Des Mémoires d’Ancien Régime aux Mémoires de Ariitaimai par Henry Adams : perspective transhistorique - Carole Atem
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- Des Mémoires d’Ancien Régime aux Mémoires de Ariitaimai par Henry Adams : perspective transhistorique - Carole Atem
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DES MÉMOIRES D’ANCIEN RÉGIME AUX
MÉMOIRES DE ARIITAIMAI PAR HENRY ADAMS :
PERSPECTIVE TRANSHISTORIQUE
Carole Atem
Université de la Polynésie française – INSPÉ / Maître de conférences
La facture littéraire des Mémoires de Ariitaimai a déjà fait l’objet d’études détaillées
qui, en particulier en matière de narratologie, ont notamment porté sur la polyphonie de
ce texte hybride, en considérant aussi la question philologique liée à celle de la pluralité des voix auctoriales. Ma réflexion se propose d’envisager ces problèmes à partir de la
génétique des écrits mémoriels, sous un angle comparatiste, à la fois transhistorique et
transculturel, en revenant sur la lointaine matrice des Mémoires occidentaux modernes,
les Mémoires de guerre et de cour de l’Ancien Régime européen, et en mettant en évidence
l’influence de leur poétique sur la stratégie scripturale de Henry Adams. Il s’agira surtout
de montrer que le parti pris de l’auteur de placer le témoignage de la cheffesse Teva sous
le patronage littéraire de ces modèles prestigieux, loin de se limiter à un simple jeu esthétique, s’inscrit pleinement dans le projet polémique du texte, et ressortit à la pragmatique
sociopolitique et idéologique de l’ouvrage dans le contexte de son époque, marqué par des
rivalités fortes entre différents paradigmes de pouvoir, de culture et de pensée. L’ambition
de cette communication est de montrer ce que la structure littéraire adoptée par Adams
emprunte aux codes mémorialistes, et de mettre en lumière l’efficacité de cette structure
dans la rhétorique de persuasion qui, sous la plume du dynaste américain, imprègne le
discours de la cheffesse tahitienne.
Si la catégorie des Mémoires ne s’est pas constituée comme « genre » à part entière
aux yeux de l’histoire littéraire, le succès éditorial de cette forme de récit et les codes tacites qui lui ont été peu à peu associés lui ont permis de s’imposer comme un paradigme
narratif essentiel dans l’Europe occidentale des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles. Leur contexte
d’émergence, celui de la Première Modernité, fait des Mémoires l’un des lieux d’expression privilégiés de la noblesse de guerre, alors en pleine mutation. Les Mémoires d’Ancien Régime sont ainsi l’espace scriptural par excellence de l’aristocratie ; je renvoie ici
aux travaux fondateurs de Marc Fumaroli et à ceux, plus récents, d’Emmanuèle Lesne, qui
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ont vu dans cette soudaine et intense activité narrative des grands nobles, phénomène
jusqu’alors inédit, un substitut de geste militaire et un acte de contestation face à un pouvoir royal de plus en plus centralisateur. Récit rétrospectif et en partie autodiégétique, autrement dit récit de soi composé à distance des événements racontés, souvent en fin de
carrière ou en fin de vie, les Mémoires, avec un grand M et au masculin pluriel, comme le
précise Marc Fumaroli142, ont partie liée avec la mémoire, en tant que somme narrative du
passé personnel et collectif, mais aussi avec le mémoire, modeste document d’intendance
destiné aux inventaires et à la comptabilité : en d’autres termes, les Mémoires d’Ancien
Régime dressent le bilan d’une vie passée au service du roi en mettant l’accent sur la dette
du monarque envers la noblesse en matière, tout particulièrement, de sang versé.
Le parallèle transhistorique entre ces témoignages fortement ancrés dans l’histoire européenne et les Mémoires de Ariitaimai peut sembler osé et anachronique ; il est
pourtant justifié, structurellement et culturellement, puisqu’un lien génétique réel unit
l’ouvrage d’Adams à cette lointaine matrice que sont les Mémoires de guerre ou de cour
du Vieux Continent. Ces derniers, s’ils ont ouvert la voie aux Mémoires fictifs et aux romans-Mémoires, ont aussi servi de modèle aux Mémoires factuels toujours en vogue
aujourd’hui, souvent mais pas exclusivement consacrés à des personnalités publiques
éminentes. Cette perpétuation de la tradition mémorialiste au fil des époques a permis
la transmission au moins partielle d’une poétique codifiée et sa mise en pratique par
Adams, qui fut largement exposé à l’héritage des Humanités classiques par sa formation
d’historien et d’écrivain de la Nouvelle-Angleterre. Car la vogue des Mémoires est loin de
s’essouffler au XIXe siècle et s’impose comme paradigme à mi-chemin entre histoire et
littérature, dans lequel l’intelligentsia occidentale voit un instrument testimonial d’autant
plus efficient qu’il possède, à l’inverse des autobiographies plus intimes, l’honorabilité
que lui confère l’articulation entre moi privé et moi public.
Adams dispose donc d’un réservoir culturel et rhétorique dans lequel, littérateur
aguerri, il ne se prive pas de puiser, et les signes d’une inspiration classique des Mémoires
de Ariitaimai sont sans équivoque : en premier lieu, l’idéal aristocratique, omniprésent,
sature l’espace narratif comme trace de l’origine du texte, dont la cheffesse est présentée comme la source autorisée et l’énonciatrice ; dans une certaine mesure, cette essence
aristocratique sous-tend aussi, comme parti pris poétique et stratégique, la visée de l’ouvrage. Mon hypothèse est que, sous la plume d’Adams, l’épopée des Teva est le support
d’une ode au prestige des chefs et à la puissance clanique, dans une écriture qui célèbre
un passé polynésien pré-monarchique propice à la geste individuelle, souvent évoqué,
non sans une forme d’idéalisation nostalgique, sous les traits de la féodalité historique
européenne, par l’écrivain américain qui, rappelons-le, fut aussi un passionné de culture
médiévale. Prolongement de l’action militaire ou politique, comme dans le système des
142 Marc Fumaroli, « Les Mémoires du XVIIe siècle au carrefour des genres en prose », XVIIe siècle, n° 94-95,
1971, p. 13.
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anciens Mémoires, la reconstitution de l’âge des seigneurs par la narration mémorielle
acquiert alors la valeur pragmatique d’un acte à part entière, inscrit dans une stratégie de
revendication aristocratique à l’encontre de la menace que constitue le monopole émergent de l’autorité royale, celle, en l’occurrence, de la dynastie Pomare.
Parmi les traits caractéristiques de la tradition mémorialiste qui viennent étayer le
projet apologétique d’Adams, on peut identifier dans les Mémoires de Ariitaimai :
-en matière de macrostructure, une facture hétérogène, voire hétéroclite,
conforme à la poétique des Mémoires, rassemblant plusieurs types, genres et sous-genres
textuels, narratifs ou poétiques, ainsi que des documents de diverses natures tels que les
tableaux généalogiques, voire des passages citationnels extraits d’autres ouvrages, qui
augmentent la polyphonie du texte.
-sur le plan thématique, l’idée cruciale du pouvoir à plusieurs têtes, non-centralisé, légitimé avant tout par le sang versé, aux fondements de l’organisation des clans et
des lignées.
-au niveau métascriptural, c’est-à-dire dans les remarques critiques que la narratrice formule sur sa propre écriture, le topos de la spontanéité, du naturel et de la transparence, cher aux Mémorialistes d’Ancien Régime, qui rejetaient vigoureusement toute
prétention à la littérarité, cette posture anti-littéraire affichée étant perçue à l’époque
comme une garantie d’authenticité et de véridicité testimoniales. Ainsi peut s’interpréter,
dans le discours attribué à la cheffesse, l’insistance sur la supposée imperfection formelle
de son propre texte, notamment sur le caractère empirique des reconstitutions généalogiques, à partir de souvenirs parfois fluctuants transmis à l’intérieur des familles.
-dans le choix des tonalités, le goût et le sens de l’anecdote, porteuse d’une fonction
heuristique dans la construction de l’identité aristocratique, en particulier lorsqu’elle illustre le panache seigneurial et qu’elle est associée à l’humour, son corollaire esthétique.
Même dans la traduction française de l’édition de Robert Spiller par Suzanne et
André Lebois, publiée par la Société des Océanistes en 1964, ces éléments structurels
sont aisément repérables, comme dans l’épisode du chapitre III qui raconte l’« emprunt »
de l’épouse du chef Tavi de Tautira par le chef Tuiterai du clan Teva143. Tout en articulant
histoire privée et destin collectif, passions individuelles et événements publics, l’épisode,
évocation souriante des antagonismes dynastiques et claniques, développe le topos du
panache glorieux indissociable de l’image du chef militaire :
« Vers l’année 1650, Tavi était chef de Tautira, et se flattait d’être aussi
généreux que fort. Tout chef était tenu à être généreux s’il ne voulait pas
143 L’épisode, resté célèbre dans la culture locale, a donné lieu à l’écriture d’une pièce par le fameux homme de
lettres tahitien John Mairai, Tavi roi et la loi, tragédie en quatre actes, 2012.
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perdre le respect et la considération de son peuple ; mais Tavi fut le plus
généreux de tous les chefs de Tahiti. Il avait une femme, Taurua de Hitiaa, la
plus belle femme de son temps […].
Le chef de Papara, et la tête des Teva à cette époque, était Tuiterai ou Teuraiterai. […] Tuiterai ne pouvait entendre parler d’une jolie femme sans la désirer ; mais la femme de Tavi était bien trop importante pour être approchée
autrement qu’avec les formes de courtoisie requise entre chefs. Tuiterai
envoya par conséquent ses messagers à Tavi pour lui demander de lui prêter sa femme avec la promesse formelle qu’elle lui serait rendue sept jours
après. Les usages polynésiens rendaient impossible le refus d’une telle demande, sans causer une dispute. Elle ne pouvait même pas être éludée sans
créer un ressentiment qui aurait pu finir mal. […] Tavi ne voulait pas prêter
sa femme, mais son orgueil, et peut-être bien son intérêt en demandait le
sacrifice. Avec la meilleure grâce du monde, en grand seigneur qu’il était, il
l’envoya à Papara. Apparemment, elle ne fit aucune objection ; si le mari était
satisfait, le code de l’île n’avait rien à reprocher à la femme.
Taurua vint à Papara, comme une reine polynésienne de Saba, pour rendre
visite à Tuiterai lequel devint immédiatement éperdument amoureux […] à
la fin de la semaine, il ne tint pas sa promesse faite à Tavi et refusa de rendre
Taurua à son mari. Ceci était un outrage de la plus grave conséquence […].
C’était un défi, une déclaration de guerre, Tuiterai ne chercha pas d’autre
excuse que sa passion144. »
Comme le montre bien l’organisation narrative de l’épisode par Adams, le fracas qui affecte la sphère politique, parfois jusqu’au cataclysme des révolutions, s’enracine dans des motivations particulières, telles que l’ambition ou le désir amoureux d’un
homme : c’est précisément là le principe d’un type de récit littéraire en vogue au Grand
Siècle en France, l’« histoire secrète », qui influença de nombreux mémorialistes de la
même époque. On notera d’ailleurs que la désignation de « grand seigneur », en français
dans le texte d’Adams, permet de mettre l’accent sur cette filiation entre Tavi et ses homologues de l’Ancien Régime européen : « Tavi did not want to lend his wife, but his pride and
perhaps his interest required the sacrifice, and with the best grace in the world, like the
grand seigneur that he was, he sent her to Papara145. »
Les références ouvertes à la culture occidentale, en particulier à la tradition épique,
sont aussi présentes en bonne part dans le discours supposé de la cheffesse. L’énoncia144 Henry Adams, Mémoires d’Arii Taimai, traduction par Suzanne et André Lebois, Publication de la Société des
Océanistes, n° 12, Paris, Musée de l’Homme, 1964, chap. III, pp. 20-21.
145 Henry Adams, Tahiti, Memoirs of Ariitaimai, éd. Robert E. Spiller, New York, Scholars’ Facsimiles and Reprints, 1976, p. 24.
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tion en trompe-l’œil de « ses » Mémoires devient alors le lieu d’un brouillage des voix non
dénué d’effet comique ; l’illusion du statut auctorial de Ariitaimai est sapée de l’intérieur,
et l’on ne sait plus très bien, en définitive, qui parle :
« Heureusement au moins cette histoire est trop récente pour qu’on
puisse la suspecter d’être un mythe. Taurua de Tautira et Hélène de Troie
appartenaient à la même société ; Tavi et Ménélas étaient parents. Les
coïncidences apparaissent dans toutes les îles des mers du Sud, où aucun
voyageur n’a jamais pu s’empêcher d’évoquer l’Odyssée en s’approchant
d’un village indigène. L’histoire de Papara peut prouver la véracité de celle
de Troie car, aussitôt que le refus de Tuiterai fut connu à Tautira, TaviMénélas se mettant à la hauteur de sa réputation fit appel à ses guerriers
et les envoya contre Papara avec l’ordre de le détruire et de tuer son chef.
Papara n’avait pas les murs de Troie pour soutenir un siège, ses forces furent
détruites en bataille. Tuiterai fut capturé et Taurua reprise. […] l’intention
de Tavi était bien de faire ce que tout chef grec ou nordique aurait fait à sa
place : tuer son rival et piller ses villages ; mais l’affaire prit une autre tournure146. »
Sur le point de mourir de la main des guerriers ennemis, Tuiterai obtient la vie
sauve grâce à une simple « protestation », une « objection » de sa part, énonçant que : « un
chef grand comme lui-même ne pouvait être mis à mort par un inférieur. Personne qu’un
égal ne pouvait porter la main sur lui. Personne que Tavi ne devrait tuer Tuiterai147. »
Mais Tavi lui-même, dans un geste de suprême magnificence, renonce à châtier
son adversaire :
« […] il porterait atteinte à son caractère s’il tuait Tuiterai de ses propres
mains et dans sa maison, […] un acte pareil aurait choqué la moralité et la
décence tahitiennes. Tavi se vit obligé d’épargner la vie de son rival, mais
entre une vengeance complète et un pardon complet, la loi ne connaissait
pas de milieu. Un chef épargné devenait un hôte et un égal. Tavi donna à
Tuiterai sa vie et sa liberté et Taurua par-dessus le marché148. »
On notera, dans le style d’Adams, la syntaxe accumulative par le biais de la double
coordination dans la phrase « Tavi gave Tuiterai his life and his freedom and Taurua besides149 », qui vient confirmer, en guise de clausule, la magnanimité de Tavi annoncée, on
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Henry Adams, Mémoires d’Arii Taimai, op. cit., p. 22.
Ibid., pp. 22-23.
Ibid., p. 23.
Henry Adams, Tahiti, Memoirs of Ariitaimai, op. cit., p. 27.
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s’en souvient, en ouverture du chapitre : « Tavi fut le plus généreux de tous les chefs de
Tahiti150 ».
Malgré son traitement narratif subtilement parodique, cet épisode d’inspiration
épique illustre bien l’orientation pragmatique de la rhétorique d’Adams : véritable hymne
à la grandeur passée des Teva, l’ouvrage recompose la gloire des anciens chefs en s’inscrivant dans la droite ligne des témoignages aristocratiques qui furent les ultimes vestiges
littéraires de la féodalité.
Peut-être ces réminiscences médiévales et classiques confortaient-elles chez
Adams, le sentiment d’une aristocratie partagée, qui vint sceller le lien entre le dynaste
bostonien et sa famille d’adoption, les Salmon. Ce lien est d’ailleurs renforcé par la prise
de position explicite de celui à qui Ariitaimai donna, honneur insigne, le nom de Taura
Atua.
Car la dimension épidictique du dispositif narratif mis en place par Adams ne saurait occulter sa portée polémique. Son texte à la gloire des Teva est aussi un pamphlet qui
vise notamment le règne des Pomare.
L’ouvrage revient à plusieurs reprises sur la question de la royauté, perçue comme
un objet de suspicion, voire comme une excentricité proprement coloniale.
« La royauté que les Européens s’entêtèrent à leur attribuer, à lui ou à
un autre chef qui se trouvait à ce moment-là être son rival, ne fut jamais
acceptée par les indigènes que lorsqu’elle leur fut imposée par l’influence et
les armes des Européens ; mais les Teva, unis, ne cessèrent jamais d’être le
parti le plus puissant de l’île151. »
Bien qu’elle réfère aux Teva, cette phrase à double entente tirée du chapitre inaugural, peut être interprétée comme une allusion indirecte aux Pomare, évoqués sans ambages au chapitre III comme « une famille qui est devenue depuis fameuse et royale, sous
le titre accidentel et missionnaire de Pomare152 », dans une formule qui associe résolument la royauté des Pomare à un système de valeurs allochtones.
En somme, Adams pratique dans les Mémoires de Ariitaimai une rhétorique de
la véracité, avec pour cautions la tradition orale, la facture artisanale de l’écriture, le caractère non-professionnel de la narration : le glissement de l’énonciation, d’Adams vers
Ariitaimai, revêt alors une valeur stratégique, et révèle une visée de crédibilité héritée
150
151
152
Henry Adams, Mémoires d’Arii Taimai, op. cit., p. 20.
Ibid., p. 10.
Ibid., p. 24.
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directement de la tradition oratoire des Mémoires. Mais ce topos d’un témoignage sans
artifice est évidemment une fiction, et l’écrivain américain, loin de dissimuler la littérarité
de son texte, mobilise et exhibe dans la narration de la cheffesse tout l’arsenal stylistique
d’un écrivain professionnel féru d’Humanités classiques. De ce point de vue, on pourrait
voir dans les Mémoires de Ariitaimai un cas de Mémoires apocryphes, c’est-à-dire dont
l’attribution pose problème, indépendamment des questions de véracité et d’historicité. L’entrecroisement fécond des voix et des styles y engendre des effets polémiques qui
servent l’engagement idéologique d’Adams, sa méfiance envers les Pomare, son hostilité à
l’encontre du pouvoir anglais ; peut-être l’épopée dynastique des Teva telle qu’il choisit de
la retracer parachève-t-elle, dans l’imaginaire de l’écrivain américain, une superposition
fantasmée entre la lignée Adams et le clan Teva, unis par le rêve partagé d’une féodalité
clanique idéale.
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Fumaroli, Marc, « Les Mémoires du XVIIe siècle au carrefour des genres en prose »,
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Lettres, 2004.
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2009. URL : http://ccrh.revues.org/235 ; DOI : 10.4000/ccrh.235
Sperber, Dan et Wilson, Deirdre, « Les ironies comme mentions », dans Poétique,
n° 36, 1978, pp. 399-412.
Résumé
La facture littéraire des Mémoires de Ariitaimai a déjà fait l’objet d’études détaillées
qui, en particulier en matière de narratologie, ont notamment porté sur la polyphonie de
ce texte hybride, en considérant aussi la question philologique liée à celle de la pluralité
des voix auctoriales.
La présente réflexion se propose d’aborder ces problèmes à partir de la génétique
des écrits mémoriels, sous un angle comparatiste, à la fois transhistorique et transculturel, en revenant sur la lointaine matrice des Mémoires occidentaux modernes, les Mémoires de guerre et de cour de l’Ancien Régime européen, et en mettant en évidence l’influence de leur poétique sur la stratégie scripturale de Henry Adams.
Il s’agira surtout de montrer que le parti pris de l’auteur de placer le témoignage de
la cheffesse Teva sous le patronage littéraire de ces modèles prestigieux, loin de se limiter à un simple jeu esthétique, s’inscrit pleinement dans le projet polémique du texte, et
ressortit à la pragmatique sociopolitique et idéologique de l’ouvrage dans le contexte de
son époque, marqué par des rivalités fortes entre différents paradigmes de pouvoir, de
culture et de pensée. L’ambition de cette communication est de mettre en lumière l’efficacité de la structure littéraire adoptée par Adams, empruntée aux codes mémorialistes,
dans la rhétorique de persuasion qui imprègne le discours de la cheffesse tahitienne sous
la plume du dynaste américain.
Carole Atem est maître de conférences en langue et littérature françaises à l’Université de la Polynésie française, docteur de l’Université Sorbonne Nouvelle Paris 3 en
littérature française de l’âge classique, et agrégée de lettres modernes. Spécialiste des
Mémoires romanesques des XVIIe et XVIIIe siècles, elle est l’auteur de plusieurs ouvrages
et travaux de recherche consacrés à la littérature française et aux problématiques culturelles polynésiennes. Ses recherches actuelles portent notamment sur les littératures du
Pacifique insulaire contemporain.
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Abstract
“From Memoirs of the Ancien Régime to the Memoirs of Ariitaimai by Henry Adams:
A Transhistorical Perspective”
The literary style of The Memoirs of Ariitaimai has already been the subject of detailed studies which, particularly in terms of narratology, have especially focused on the
polyphony of this hybrid text, also considering the philological question related to that of
the plurality of the auctorial voices.
The present reflection proposes to approach these problems from the genetics of
memory writings, from a comparative angle, both transhistorical and transcultural, by
returning to the distant matrix of the modern Western Memoirs, the War and Court Memoirs of the European Ancien Régime, and by highlighting the influence of their poetics on
Henry Adams’s scriptural strategy.
This study shall particularly aim at demonstrating that the author’s bias consisting
in placing the testimony of the Teva chiefess under the literary patronage of these prestigious models, far from being restricted to a mere aesthetic game, is fully in line with the
polemical project of the text, and belongs to the socio-political and ideological pragmatics
of the work in the context of its time, marked by strong rivalries between different paradigms of power, culture and thought. The ambition of this communication is to highlight
the efficiency of the literary structure adopted by Adams, borrowed from the memorialist
codes, in the rhetoric of persuasion which permeates the discourse of the Tahitian chiefess under the pen of the American dynast.
Carole Atem is a lecturer in French language and literature at the University of
French Polynesia, a doctor from the University of Sorbonne Nouvelle Paris 3, in French
literature of the classical age, and a holder of the agrégation of modern literature. Specialized in the fictitious memoirs of the Seventeenth and Eighteenth centuries, she is the
author of several books and research works devoted to French literature and Polynesian
cultural issues. Her current research focuses on contemporary Pacific Island literatures.
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