Les relations entre Ariitaimai et la reine Pōmare IV - S.A.R. Raanui Daunassans Pōmare
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- Les relations entre Ariitaimai et la reine Pōmare IV - S.A.R. Raanui Daunassans Pōmare
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LES RELATIONS ENTRE ARIITAIMAI
ET LA REINE PŌMARE IV
S.A.R. Raanui Daunassans Pōmare
Arrière-petit-fils de la reine Marau Ta’aroa
et arrière-arrière-petit-fils de Ariitaimai
En l’honneur de ce colloque international, il m’a été demandé de vous exposer les
relations qui unissaient Ariitaimai et ’Aimata Pōmare Vahine, la reine Pōmare IV. Les propos que je vais vous délivrer n’ont pas été tirés de mon imagination, ou de livres d’historiens exégètes, mais tout simplement de notes recueillies par mon arrière-grand-mère,
la reine Marau, qui les avaient scrupuleusement recueillies auprès de sa propre mère,
Ariitaimai Vahine.
Nous reprendrons donc l’histoire de notre clan au moment des événements tragiques que générèrent la bataille de Fē’ī Pī, en novembre 1815, et qui changèrent le cours
de notre histoire, car ce fut seulement à ce moment précis que le second Pōmare du nom
réussit à se faire reconnaître comme roi de Tahiti, en brisant la dernière coalition formée
contre lui.
Il avait entre-temps contracté alliance avec notre famille en épousant Tetuanui
Reia i te Ra’i Atea, plus connue sous le nom de Teriitaria, la fille du roi Tamatoa III de Raiatea et également cousine avec la mère de Ariitaimai, Arii Manihinihi a Marama, la grande
cheffesse de Moorea. Cependant, rien de tous ces événements tragiques n’avaient aboli
nos droits primordiaux, que l’enfant de Arii Manihinihi pouvait se voir en mesure de revendiquer un jour, d’où son projet de se l’attacher par les liens de l’adoption, aussi valables
à nos yeux que ceux du sang.
Devant la situation créée par l’intrusion de colons étrangers dans une petite île où
ils se croyaient tout permis, Tati avait compris la nécessité d’un pouvoir unique et fort. Jugeant que les Pōmare étaient stratégiquement mieux en état de l’établir que notre propre
famille, il s’en était rallié à eux.
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Amoureux fou de sa belle-sœur, Pōmare II avait imposé aux missionnaires qu’il
épouse également la sœur cadette de sa femme, la belle Terito (nommée également Teremoemoe), qui lui donnera trois enfants :
• une fille, ’Aimata, née en 1813, qu’il soupçonnait de n’être pas de lui,
• un garçon, Teriitaria, mort en bas âge,
• et un autre garçon, Teina Iti, le futur Pōmare III, né en 1820, un an avant la mort
de son père, alors âgé seulement d’une quarantaine d’années.
Pōmare II était mort depuis quelques mois à peine lorsque Ariitaimai vint au
monde en 1821. Appelé à se prononcer sur la demande d’adoption présentée par Terito, le
conseil de famille tenu à cette occasion fut amené à l’admettre par les sages avis de Tati.
À la suite de cela, Ariitaimai, Ariimanihinihi, sa mère, et Terito furent provisoirement installées à Papara, dans une maison que Tati leur avait préparée, et elles y demeurèrent tout le temps de l’allaitement. L’enfant fut confiée ensuite à la veuve de Pōmare II pour la faire élever avec sa propre fille, ’Aimata.
L’enfance des deux sœurs se déroula paisiblement jusqu’à leur puberté, où elles
furent amenées sur l’îlot de Tetiaroa afin de subir, comme il était d’usage pour les Arii, une
cure de jouvence pour devenir ce que l’on appelle des « Tapairu » ou princesses de beauté.
Là, elles occupaient leur temps à se faire masser à l’huile de coco parfumée, à se distraire
ou à dormir allongées sur des nattes tressées, bien abritées des rayons du soleil. (C’était
déjà « Le Brando » avant l’heure, n’est-ce pas ?)
’Aimata n’avait que quatorze ans lorsqu’elle hérita du trône, pas très solide ni très
enviable, où les missionnaires étaient parvenus à asseoir son frère cadet avant elle. ’Aimata fut placée sous la tutelle des deux sœurs simultanément épousées par Pōmare II,
l’une qui était sa tante, Teriitaria, la reine douairière, si l’on veut, l’autre, sa mère, Terito.
Pas très grande, ’Aimata était plutôt jolie, avec de très beaux yeux intelligents et expressifs, tenus le plus souvent baissés car elle était très timide et n’aimait pas regarder les
gens en face. Elle se montrait excessivement curieuse et observait tout sans en avoir l’air,
trouvant cependant écrasant le fardeau d’une royauté dont les embarras et les responsabilités grandissaient de jour en jour.
Aussi en fuyait-elle les charges le plus possible, se réfugiant soit à Motu Uta, îlot en
face de Papeete, soit dans une maison qu’elle possédait à Papeete, en bord de mer, ou bien
à Arue, où était la demeure familiale des Pōmare.
’Aimata avait été mariée alors qu’elle n’avait guère que neuf ans, avec un prince des
îles Sous-le-Vent, nommé Tapoa a Taaroa, de très peu son aîné. Ce mariage fut célébré
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à Huahine par les pasteurs, entre des enfants que leurs parents avaient fiancés dès leur
premier âge, suivant la coutume dans nos îles.
Tapoa continua de résider sur son île, tandis que sa femme habitait Tahiti. Il devint
éperdument amoureux d’une très belle fille de Huahine, avec laquelle il vécut jusqu’à sa
mort, tandis que ’Aimata, volage et insoumise à l’autorité des missionnaires, se livrait à
tous les caprices de son tempérament !
Les chefs finirent cependant par s’émouvoir d’un état de choses qui laissait le trône
sans héritier. En 1834, après avoir procédé à l’annulation du premier mariage de ’Aimata,
ils la mirent en demeure de choisir un autre époux. Mais n’étant pas parvenus à s’entendre
sur le prétendant, il y eut un sérieux conflit familial à ce propos. Le parti vainqueur imposa
son candidat et ce fut Tenania a Hiro, un autre prince des îles Sous-le-Vent, devenu Ariifaaite par la suite. Il n’avait que quinze ans et elle déjà vingt-et-un.
Dédaigneuse d’un mari trop jeune et trop timide, ’Aimata l’envoya résider dans un
district voisin. Cela dura un certain temps ; elle le faisait venir à d’assez longs intervalles
mais le renvoyait chaque fois presque aussitôt, comme si elle ne pouvait pas se décider à
le garder.
Le jeune homme ainsi humilié se ravisa et, pour se venger ou pour piquer la reine,
devenant homme aussi, il se mit à avoir des aventures extraconjugales et, comme il était
très beau garçon, toutes les femmes se l’arrachaient…
Le bruit ne manqua pas d’en parvenir aux oreilles de ’Aimata, qui, prise de jalousie,
le rappela pour de bon et, le trouvant désormais à son goût, se mit à l’aimer passionnément. Elle lui demeura dès lors fidèle et en eut six enfants, ce qui n’empêchera pas son
prince consort de la tromper copieusement !
Devenue reine en 1827 et inséparable de sa sœur d’adoption, Pōmare IV était toujours accompagnée de Ariitaimai lors de ses déplacements, l’amenant dans toutes ses
tournées, qu’elles soient officielles ou non, et ses décisions ne se prenaient jamais sans
avoir demandé l’avis de sa jeune sœur.
La reine n’a jamais couché dans un lit mais toujours sur des nattes, que l’on changeait chaque soir de place depuis qu’elle avait failli être assassinée par un Blanc. L’homme
fut découvert portant un revolver et faillit être lynché par les Tahitiens ; depuis cet événement, la reine était demeurée craintive et se faisait entourer, la nuit, de toute sa maisonnée, y compris du pasteur indigène et des diacres, qui devaient parler de la Bible ou
autre sans interruption pendant tout le temps qu’elle dormait, car elle se réveillait dès
qu’ils s’arrêtaient.
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À ses pieds étaient trois suivantes chargées de la masser jusqu’au jour et, dès que
leurs mains s’arrêtaient, elle se mettait à tapoter la natte avec ses pieds aussi longtemps
que l’on ne reprenait pas le mouvement. Restée très tahitienne dans l’âme, Pōmare IV aimait à s’entourer de jeunes suivantes qui chantaient et dansaient pour elle, en dépit des
prohibitions des missionnaires et sans qu’ils se permettent d’y trouver à redire !
Quand on lui annonçait des visites qui l’ennuyaient, elle prenait un brin de « aretu »,
sorte de paille que l’on mettait sous les nattes où l’on s’asseyait, et se mettait à le rouler
en boule, sans répondre : on savait alors ce que cela voulait dire. Elle ne comprenait et
ne parlait guère que le tahitien et personne, jusqu’à ce jour, n’a connaissance d’une lettre
entièrement écrite de sa main, ne sachant que tout juste signer de son nom.
Elle prenait ses repas seule, comme c’était la coutume chez nous, jamais avec ses
enfants, ni ses belles-filles, Ariitaimai étant l’unique à jouir du privilège de déjeuner en sa
compagnie.
Comme vous le disait plus tôt ma cousine Vaite, c’est en 1841 que débarqua un
jeune Anglais nommé Alexander Salmon, arrivé sur un navire de commerce. Âgé de
vingt-et-un ans, le nouveau venu à Tahiti était très bien fait de sa personne et raffiné dans
ses manières. Ariitaimai l’aima sur le champ, déclarant qu’elle n’aurait pas d’autres époux
et qu’elle était prête à tout quitter pour aller vivre avec lui si on refusait de les marier ensemble car, malheureusement, il y avait une nouvelle loi, édictée par les missionnaires en
1842, qui interdisait toute union entre étrangers et indigènes, et, cela, tout simplement
dans le but d’empêcher quelque autochtone que ce soit de prendre influence dans le pays
à leur détriment !
Désireuse d’assurer le bonheur de sa sœur adoptive, Pōmare IV suspendit l’effet de
cette loi pendant trois jours et permit ainsi son mariage avec Alexander Salmon, à qui elle
conféra le titre de « Ariitaimai » (le « prince venu par-delà les mers »). Jamais alliance ne fut
plus heureuse ni plus féconde puisqu’ils eurent neuf enfants : quatre garçons et cinq filles.
Dès sa naissance, leur fille aînée à qui l’on avait donné les noms de Titaua Tetuanui
Rei ia i te Ra’i Atea fut adoptée immédiatement par Pōmare IV. Un peu plus tard, la reine
voulut absolument la fiancer à son fils aîné, Ariiaue, mais Alexander Salmon refusa.
Lorsque le jeune prince Ariiaue Pōmare décéda, la reine désira que son second fils,
Teratane (celui qui deviendra plus tard le roi Pōmare V), épouse leur seconde fille, Moetia ;
c’est là qu’Alexander Salmon déclara qu’il préférait voir ses filles mortes plutôt que de les
marier avec des princes tahitiens, tant il redoutait leurs instincts brutaux ainsi que leur
éducation déplorable.
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Ce fut bien plus tard, en 1875, que des envoyés de Kalākaua, roi des îles Hawai‘i,
vinrent demander la main de la septième enfant de Ariitaimai pour son fils cadet, le
prince héritier Leleiohoku. Ce n’était d’ailleurs pas la première fois que la famille royale de
là-bas recherchait alliance avec la nôtre. Une petite sœur de Ariitaimai, nommée Ninito,
avait été recherchée par le roi Kamehameha III pour son fils adoptif, le prince Alexander
Liholiho, alliance qui ne put malheureusement se conclure car, lorsque Ninito débarqua à
Hawai‘i, le prince était décédé entre-temps.
Avant d’accepter la proposition du roi Kalākaua et, comme c’était la coutume, Ariitaimai réunit le conseil de famille pour le consulter sur la réponse qu’il convenait de faire.
La reine Pōmare IV, qui en faisait partie, s’opposa formellement à ce qu’on laissât partir
Marau à Hawai‘i car elle voulait la fiancer à son fils cadet pour réunir enfin les deux familles, ce qui avait toujours été la constante politique des Pōmare depuis la bataille de
« Fē’ī Pī ». De souche étrangère à Tahiti, ils éprouvaient le besoin de s’allier le plus étroitement possible avec notre famille, afin que son autorité et ses titres ancestraux puissent,
en quelque sorte, légitimer l’usurpation que les circonstances et l’appui des missionnaires leur avaient permise.
Se souvenant qu’Alexander Salmon n’avait jamais voulu donner l’aînée, Titaua, ni
sa cadette, Moetia, aux enfants de Pōmare IV, Ariitaimai, ne voulant pas blesser sa sœur
par un refus répété et péremptoire, s’en remit à la décision du conseil de famille, lequel
finit par céder aux instances répétées de la reine.
C’est ainsi que mon arrière-grand-mère, Marau Taaroa Salmon, sans en avoir été
seulement consultée, fut donnée en mariage à Teratane Ariiaue Pōmare, âgé de trente-six
ans alors qu’elle en avait à peine quatorze.
Mais revenons un peu plus tôt, en 1835. Le gouvernement établi par les missionnaires se montrait de plus en plus incapable de faire face aux problèmes posés par l’établissement des Européens dans l’île. Une centaine de navires, des baleiniers, en majeure partie, s’y comportaient en bandits armés, la police indigène étant impuissante à en
réprimer les excès. Il y avait en outre les dérèglements causés par le trafic illicite d’alcool,
auquel les Européens se livraient en dépit de sa prohibition. Enfin, comme aux îles Sandwich et en Nouvelle-Zélande, entre autres, Tahiti était en train de devenir une arène où
missions protestantes et catholiques se disputaient la prééminence.
Que pouvait faire la reine ? Chercher une puissance protectrice, la plus forte et la
plus désintéressée possible, qui se chargerait de rétablir l’ordre dans son île ? C’était également le vœu des chefs. Quant aux missionnaires protestants, ils étaient naturellement
hostiles à toute mainmise, fût-elle anglaise, sur un pays rangé sous leur obédience.
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Ayant appris en 1835 qu’une équipe de missionnaires catholiques s’apprêtait à
faire voile de Bordeaux pour les îles du Pacifique, ils cherchèrent à parer le coup, non
seulement par des lois établissant un privilège religieux en leur faveur mais encore en
s’efforçant de ranger Tahiti sous le protectorat britannique. Le révérend Nott, celui qui
avait couronné Pōmare III de son propre chef et rédigé les nouvelles lois du pays, vint à
Londres, porteur d’une lettre prétendument écrite par un petit roi de cinq ans à Sa Majesté
Georges IV, lui demandant la protection de la Grande-Bretagne sous le pavillon anglais,
avec promesse de ne jamais nous abandonner et de nous protéger contre l’envahisseur.
Au bas de cette lettre apparaissait la signature de Pōmare III mais également celles
de Henry Nott et William Ellis (missionnaires).
Mais, déjà en train d’annexer la Nouvelle-Zélande, ayant d’autres sujets de préoccupation ailleurs et ne voyant pas la nécessité de se mettre en frais pour une petite île
dont l’acquisition ne lui apparaissait pas suffisamment désirable, le Gouvernement anglais répondit par une fin de non-recevoir. Il ne trouvait pas (et je cite) « avantageux, ni
politique de chercher à rendre prépondérante l’influence de la Grande-Bretagne dans ces
îles, au préjudice de celles dont jouissaient les autres puissances » ; ceci est extrait d’une
lettre de Lord Canning, Premier ministre du Royaume-Uni, au Premier lord de l’Amirauté.
Dans sa réponse officielle au roi Pōmare III, le même Canning s’était borné à refuser l’autorisation d’arborer le pavillon anglais, ajoutant :
« le roi d’Angleterre sera heureux de vous accorder, à vous et à vos domaines,
toute même protection que Sa Majesté peut accorder à un pouvoir aussi
éloigné de ses propres royaumes. Cette lettre est remise aux bons soins de
M. Nott, qui va retourner à Tahiti. Il vous la présentera et vous assurera plus
complètement des dispositions amicales que le roi mon maître entretient à
votre égard. »
Nous ne savons pas comment, à ce point précis, le révérend Nott traduisit et interpréta ce refus enrobé de formules aimables et polies mais la reine Pōmare IV, à laquelle
il remit la lettre (Pōmare III étant mort dans l’intervalle), fit remercier Canning en ces
termes : « La reine et tous les chefs se réjouissent que le roi de Grande-Bretagne acquiesce à la requête contenue dans la lettre de Pōmare III [maintenant décédé], d’une alliance
amicale, avec la protection de la Grande-Bretagne pour elle et ses domaines… ».
Dès son arrivée à Tahiti en 1824, le missionnaire Pritchard avait pris une influence
prédominante sur Pōmare IV. Autoritaire et violent, avide de pouvoir et d’argent, de la plus
mauvaise foi quand il s’agissait de ses intérêts et devenu consul en 1837, il avait pris en
main toutes les questions relatives au domaine politique et la reine ne faisait plus rien
sans le consulter, croyant et suivant aveuglément ses avis.
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Lorsque les missionnaires catholiques, que nous avons évoqués plus haut, arrivèrent à Tahiti, venant des îles Gambier où la congrégation catholique de Picpus venait
de fonder une mission, Pritchard, qui s’était méfié du coup, avait eu la précaution de faire
publier une loi interdisant aux étrangers autres que les missionnaires protestants de devenir propriétaires dans l’île et même d’y débarquer sans l’agrément de la reine et le versement d’une taxe de huit onces d’or.
En laissant la question sur le terrain diplomatique, Pritchard aurait sans doute obtenu que le Gouvernement anglais négociât avec la France pour arriver à un partage de
l’Océanie entre les deux influences et religions rivales, dont l’une, anglaise et protestante,
avait précédé l’autre. La France y aurait été assez disposée, d’après un entretien qui eut
lieu à Paris, le 17 février 1840, entre Lord Granville, ambassadeur à Paris, et le Maréchal
Soult, ministre des affaires étrangères auprès du roi Louis-Philippe.
Mais, se croyant certain d’entraîner l’Angleterre derrière lui, Pritchard endoctrina
la reine Pōmare IV et brusqua les choses.
Les deux missionnaires français, le Père Laval et le Père Caret, furent expulsés de
force, outrage dont le capitaine de vaisseau Dupetit-Thouars, monté sur la frégate Vénus,
reçut l’ordre de venir demander réparation, avec paiement d’une indemnité de deux mille
piastres fortes d’Espagne, ce 30 août 1838.
Pōmare IV se vit obligée de céder. En même temps, elle signait un traité de paix et
d’amitié perpétuelle avec la France, reconnaissant aux sujets de cette dernière la liberté
d’aller et venir, sans contrainte aucune, dans les îles composant son royaume, et d’y être
reçus et protégés comme les étrangers les plus favorisés.
C’est ainsi que M. Moerenhout, précédemment consul des États-Unis à Tahiti et
qui, comme tel, avait pris fait et cause pour les deux missionnaires odieusement maltraités, fut installé comme consul de France.
À peine la Vénus avait-elle levé l’ancre que Pritchard faisait promulguer une loi établissant le protestantisme comme religion d’État à Tahiti et ordonnant l’expulsion de
quiconque voudrait y enseigner une autre religion ou construire des édifices religieux
consacrés à un autre culte.
Ne perdons pas de vue, cependant, que depuis la découverte, Tahiti ne connaissait
guère que les Anglais, leur langue et leur religion, que l’arrivée des Français avait été tardive et s’était produite dans des conditions plutôt fâcheuses, que leur prétention à vouloir
se substituer aux Anglais, qui jusque-là avaient été les éducateurs et les pourvoyeurs des
indigènes, pouvait en quelque sorte heurter le sentiment de ces derniers, à commencer
par la reine, que l’on voulait contraindre à abjurer du jour au lendemain ses préférences
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pour la seule nation qu’elle connaissait, en faveur d’une autre, dont elle ignorait tout sauf
la violence qu’elle venait d’en subir.
C’est ainsi que, lorsque les Français voulurent s’emparer de Tahiti, il y régnait déjà
un état d’esprit qu’il était impossible de modifier autrement qu’avec beaucoup de temps,
de tact et de bienveillance, joints à la fermeté nécessaire.
Tous ces événements montant crescendo conduisirent à ce que l’Histoire appellera plus tard « l’affaire Pritchard » et qui se terminera par la signature d’un Protectorat
français.
La reine avait signé la demande de Protectorat que l’amiral Dupetit-Thouars lui
avait présentée à la demande expresse des principaux chefs de l’île, Tati en tête parce que,
disait-il, « nous ne pouvons pas continuer à gouverner par nous-mêmes dans le présent
état de choses, de manière à conserver la bonne harmonie avec les gouvernements étrangers, sans nous exposer à perdre nos îles, notre liberté et notre autorité ». Il est bien évident
que la reine n’avait signé que pour éviter le pire mais, l’ayant fait, elle ne pouvait plus revenir sur cette signature sans s’exposer aux représailles de la France. Pritchard était absent
à ce moment-là, parti pour Londres, où il portait une nouvelle demande de protectorat
britannique, adressée en toute hâte par Pōmare à la reine Victoria. On devine sa fureur à
son retour, en janvier 1843 : non seulement il n’avait pas abouti dans sa demande auprès
de Lord Palmerston mais il trouvait l’île placée sous Protectorat français !
Il ne se tint cependant pas pour battu, persuadé que l’Angleterre n’admettrait
pas l’installation de la France à Tahiti. Il reprit tout son ascendant et toute son autorité
sur Pōmare Vahine, qui était alors à Moorea, partie accoucher, et lui fit croire que Dupetit-Thouars avait été capturé sur son vaisseau, la Reine-Blanche, par les Anglais et qu’il
avait été emmené les fers aux pieds pour être jugé comme pirate à Londres.
Entre-temps, le roi Louis-Philippe avait accepté le Protectorat et nommé l’amiral
Bruat gouverneur de Tahiti. S’attendant à être reçu à bras ouverts, il n’avait pas hésité à
emmener sa femme avec lui. De retour à Tahiti, Dupetit-Thouars vint installer Bruat à son
poste et trouva Pōmare IV en pleine révolte contre la France, ayant arboré un pavillon de
fantaisie que lui avait donné un commandant anglais. Obligée par ce dernier à baisser ce
pavillon, elle s’y refusa et adressa à l’amiral une protestation en forme contre l’acte de Protectorat français, qui, disait-elle, lui avait été imposé par la force. À quoi Dupetit-Thouars
répondit en lui retirant son titre et en prenant possession de Tahiti au nom de la France.
Ce geste fut aussitôt désavoué lorsque connu à Paris : on donna ordre de revenir au Protectorat initial, que le contre-amiral Hamelin rétablit le 7 janvier 1845. Quant à Pōmare IV,
elle s’était enfuie à bord du brick anglais, le Basilik, Pritchard l’ayant persuadée d’aller s’y
réfugier.
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Alexander Salmon, qui avait entre-temps épousé Ariioehau Tepa’u a Tati et qui
était devenu Ariitaimai Tāne, parent par alliance de la reine, se rendit compte de l’impasse
où les impérieux conseils de Pritchard avaient amené Pōmare IV. La faiblesse de cette dernière et les difficultés d’une situation tous les jours plus pénible l’obligèrent à chercher
l’appui d’une puissance étrangère. Voyant aussi que le consul missionnaire Pritchard
continuait à la tromper sur les véritables intentions de l’Angleterre, il comprit qu’il fallait
se tourner résolument du côté de la France. Ariitaimai Vahine se rangea également derrière son mari, convaincue du bien-fondé de son avis avec une conviction et une fidélité
sans faille.
Dans une lettre en date du 8 novembre 1843, Salmon écrivait à Lord Aberdeen, Premier ministre britannique :
« Comme proche parent par alliance de Sa Majesté la Reine Pōmare, je me
sens obligée de vous écrire au sujet de ce que je considère comme l’injustifiable conduite de M. Pritchard, consul de Sa Majesté britannique dans ces
îles, en ce qui concerne les avis qu’il a donnés à cette femme infortunée et
l’influence fatale que de tels conseils ont eue sur elle et sur son gouvernement. »
Demeurés à Tahiti, Ariitaimai et Alexander Salmon suivirent avec angoisse les
péripéties d’une lutte qui dura deux ans et dont une des conséquences les plus désastreuses fut d’armer les indigènes les uns contre les autres, tous faisant preuve d’un
héroïsme auquel les Français ont rendu hommage. Ce fut ce que l’Histoire appela la
« guerre franco-tahitienne ».
En mars 1846, il y avait encore un groupe important de dissidents rassemblés à
Papeete et sur la côte est de l’île. Décidé à en finir coûte que coûte avec eux, le gouverneur Bruat avait donné l’ordre de se tenir prêt à appareiller pour coopérer à leur soumission avec des forces de la marine. C’est alors que Ariioehau, la « Princesse de la Paix », alla
trouver Bruat pour lui offrir de négocier directement avec les opposants et sa courageuse
initiative fut couronnée de succès mais non sans qu’elle-même ait couru les plus grands
dangers en traversant les lignes ennemies, où régnait la tension des veilles de bataille.
Entre-temps, Pōmare IV, qui s’était enfuie aux îles Sous-le-Vent, laissa le pays entre
les mains de Ariitaimai Vahine, lui recommandant de faire pour le mieux. Bruat, voyant
que la reine fuyait ses responsabilités, proposa aussitôt à Ariitaimai de la nommer souveraine à la place de Pōmare, ce qu’elle refusa. Elle négocia des mois durant, pied à pied avec
les chefs indigènes, parcourant toute l’île de Tahiti. Elle leur parla avec foi et conviction,
leur faisant savoir qu’elle venait à leur rencontre de son propre chef, pour leur apporter la
paix du Protectorat.
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Une grande réunion eut lieu, au cours de laquelle tous les chefs, les uns après les
autres, s’adressèrent à elle, acceptant tour à tour la paix providentielle que Ariitaimai leur
apportait.
« Que la paix soit faite. Prenez cette paix, gardez -là. C’est avec cette paix du Protectorat que nous attendrons le retour de notre reine », dit l’un ; celui de Papara, dont elle était
la grande cheffesse, lui déclara : « Voici Teriirere Aromaiterai (autre nom que Ariitaimai
portait lorsqu’elle était à Papara), elle est ma tête, elle est aussi mes yeux. Je ne suis que les
mains et les pieds. J’accepte donc la paix que vous me donnez ».
Ce n’est qu’à deux heures du matin que cette réunion prit fin et que la paix fut
solennellement remise entre les mains de Ariitaimai, chargée de la porter vers l’amiral
Bruat. Les chefs lui remirent également deux lettres de leur part et dirent :
« Allez à Raiatea devant notre reine et portez-lui ces lettres et qu’elle nous
donne une réponse afin de nous dire pour quelles raisons Pritchard était
allé à Raiatea avec elle. Est-ce vrai que l’Angleterre ne nous aidera pas ? Que
le peuple ne soit plus sacrifié inutilement et qu’elle nous commande de
nous mettre sous le Protectorat français et nous nous y mettrons. »
De retour à Papeete, elle se rendit auprès du gouverneur, qui lui demanda d’aller à
Raiatea pour parlementer avec la reine et la ramener à Tahiti.
Ce même jour, à trois heures de l’après-midi, Ariitaimai et Alexander Salmon embarquèrent sur le Phaéton. Arrivés sur l’île, ils allèrent jusqu’à Vairahi, où la reine habitait,
et la trouvèrent qui pleurait tout haut.
Tamatoa (roi de Raiatea), Tapoa (roi de Bora-Bora et premier mari de Pōmare IV)
ainsi que Teriimaevarua (sa fille, adoptée par Tapoa) commencèrent la réunion avec les
Pōmare.
Ariipaea prit la parole et dit :
« Voici Ariitaimai Tāne, voici Ariitaimai Vahine. Ils sont venus pour vous
chercher, ainsi que vos enfants. Allons à Tahiti nous mettre sous le Protectorat français. Vous êtes la reine de votre pays, c’est à vous qu’il appartient de
faire respecter vos lois. C’est pourquoi nous sommes venus. »
Mais, comme Pōmare IV était l’hôte des rois des îles Sous-le-Vent, elle ne se décida
pas à les suivre, prétextant qu’il fallait que ce soit eux qui lui demandent de s’en aller, et
elle ajouta, en baissant la tête : « J’attends toujours l’aide de l’Angleterre, qui ne m’a pas
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encore dit qu’elle ne m’aiderait pas. Mon peuple est sous les armes et il attend comme moi
l’aide de l’Angleterre. C’est pourquoi je n’irai pas. Ne m’en veuillez pas ».
Ariitaimai et Alexander Salmon s’en retournèrent alors à Tahiti…
Devant cette valse-hésitation, il fut convenu que cette question serait tranchée par
les deux gouvernements de Paris et de Londres.
Entre-temps, un amiral anglais avait été chargé d’informer la reine Pōmare qu’elle
ne pourrait plus compter sur l’appui de l’Angleterre. Mais la reine se refusait encore à le
croire.
À quelque temps de là, Bruat demanda encore une fois à Ariitaimai et son mari de
retourner à Raiatea pour chercher la reine. Ils restèrent plusieurs mois auprès d’elle et y
furent rejoints par un mandataire de Bruat, venu pour régler provisoirement la situation
des îles Sous-le-Vent.
Après de longues discussions entre la reine et Ariitaimai, après avoir longuement
pesé le pour et le contre, Tapoa, le roi des îles Sous-le-Vent étant convaincu que l’Angleterre ne les aiderait pas, leur dit solennellement : « En est-il bien ainsi, Ariitaimai ? Est-ce
bien vrai que l’Angleterre ne portera pas secours à Pōmare ? » « Oui, c’est la vérité, répondit-elle ; demandez à Pōmare Vahine elle-même si l’amiral anglais ne lui a pas conseillé
lui-même d’entrer dans le Protectorat français. »
Tapoa se retourna alors vers Pōmare et lui posa la question. « C’est vrai, dit-elle.
Mais il l’a dit seulement de vive voix, pas par écrit. Il m’a dit : “Vous feriez mieux de retourner à Tahiti vous mettre sous le Protectorat.” Je lui ai demandé s’il se chargerait de m’y
conduire, lui. L’amiral me dit que non, que ce ne serait pas lui qui m’y conduirait mais un
bateau français. »
Tapoa dit alors : « Puisqu’il en est ainsi, Ariitaimai, vous nous avez dit la vérité. Nous
ne pouvons plus rien. Mais pourquoi les Anglais ne ramèneraient-ils pas la reine à Tahiti,
puisque ce sont eux qui l’ont amenée ici ? » Ariitaimai répondit : « Cela ne se peut pas. Ce
sont les Français qui viendront chercher la reine. Tous les arrangements sont faits pour
cela. »
La reine pleurait et, malgré cela, encore une fois, ne consentit pas à les suivre ! Les
Arii des îles Sous-le-Vent étaient mécontents après elle, cependant, parce qu’ils n’avaient
pas été mis au courant de ce qu’avait dit l’amiral anglais.
Ariitaimai et Alexander s’en retournèrent donc sans que la question du gouvernement fût réglée. Trois semaines étaient passées lorsqu’un pasteur vint en secret à la
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maison voir Ariitaimai pour lui remettre une lettre signée de Pōmare Vahine. Elle écrivait
qu’elle regrettait de ne pas être venue à Tahiti, ajoutant qu’elle avait entendu que son pays
était « défait et ravagé, conquis, annihilé, que les chefs et leurs troupes étaient entrés dans
le Protectorat. »
Pour la troisième fois, Ariitaimai et son mari partirent chercher la reine et la trouvèrent enfin prête à embarquer. Après une brève escale à Huahine, ils s’arrêtèrent à
Moorea. Ils n’attendirent pas longtemps et un bateau de guerre arriva avec Bruat, qui descendit immédiatement et vint jusqu’à leur maison. Lorsqu’il vit la reine, il mit trois fois genou à terre pour lui rendre hommage. Elle le reçut bien et c’est là que l’accord du Protectorat fut finalement conclu, lorsque la reine y apposa enfin sa signature. Elle avait demandé
d’abord à Ariitaimai Tāne si elle pouvait signer, puis signa sur sa réponse affirmative.
La France, au travers du gouverneur Bruat puis de son successeur, le gouverneur
Lavaud, reconnurent que Monsieur et Madame Salmon avaient été investis officiellement
d’une mission de la plus haute importance, aussi dangereuse que délicate, et qu’ils s’en
étaient acquittés avec succès, non sans graves dommages pour leurs intérêts personnels, ayant ainsi contribué de la façon la plus essentielle au rétablissement du Protectorat
français à Tahiti.
À la mort de Ariitaimai, en 1894, le pasteur Frédéric Vernier, chargé de l’oraison
funèbre, déclara devant le catafalque :
« Sa descendance illustre, le rôle qu’elle a joué dans l’histoire contemporaine de son pays, son adhésion cordiale aux événements qui ont finalement fait de Tahiti une terre française, l’intelligence supérieure qu’elle a
constamment déployée dans ces diverses situations, sont autant de points
qui appelleraient des observations d’un véritable intérêt […]
Rien de trivial ni de commun dans cette personnalité distinguée, rien non
plus de hautain ni de dédaigneux dans toute sa manière d’être avec les
humbles et les petits.
Sa parole avait un charme irrésistible. Dans sa bouche, la langue tahitienne,
qu’elle parlait en perfection, était une musique douce et pénétrante qu’on
ne se lassait pas d’entendre ; c’était un véritable délice pour l’oreille autant
que pour le cœur et pour l’esprit. De là, l’ascendant qu’elle exerçait naturellement et sans effort sur son entourage. Princesse par la naissance, elle le
fut surtout, pouvons-nous dire, par son grand cœur, par son intelligence supérieure, par la dignité de sa personne et par maintes excellentes vertus. Il
semblerait même que les nombreuses appellations princières qui lui furent
octroyées à diverses époques de son existence, selon une antique coutume
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tahitienne encore en vigueur, furent comme le symbole des qualités rares
qui en étaient l’ornement.
Ainsi, les noms de Huruata (qui a le sourire) et d’Ariioehau (Princesse de
la Paix) pour ne citer que ceux-là, pouvaient représenter […] d’un côté son
caractère gracieux et aimable, et de l’autre les dispositions pacifiques de
son esprit ; en effet, rien ne lui était plus odieux que les querelles et les divisions. »
Aussi, Mesdames et Messieurs, me permettrez-vous de conclure ici, en espérant
avoir pu vous donner un éclairage plus précis de qui était mon illustre aïeule, Ariitaimai
Tepa’u a Tati, épouse Salmon, dernière Arii Nui Maro ’Ura et Maro Tea de Hiti-Nui et Hiti-Iti, petite-fille des dieux, Ariioehau, la Princesse de la Paix.
Je termine l’allocution par ce « faateni » très célèbre en tahitien, que notre clan se
plaisait à entonner, lorsque les circonstances le permettaient. Je l’ai traduit en français,
afin que les interprètes puissent le rapporter à notre auditoire anglophone.
E faateniteni a’e na vau ia ’oe
Je te glorifie
E Tahiti Nui, e ta’u fenua ura e
Ô Tahiti, mon pays sacré
Tahiti o ’oe te noho i ni’a te one uri
Tahiti élevée sur son sable noir
Tei amo i tau ’ōmore i te fana a ’Oro
Portant
fièrement
(la
montagne
’Orohena) la lance du dieu ’Oro
I ni’a te taputu ura o te ra’i
Projetée dans l’infini des cieux
Tei ’ahu i te ’ahu puteatea o Taaroa e o Qui se pare du blanc manteau des dieux
Tane
Taaroa et Tane
Tei hei i tou hei i tafifihia i te ura mea
Qu’enguirlande le « ura moemoe » (la
couronne des dieux)
Tei turiahia i te hihi ura o Raa
Qu’illuminent les rayons du dieu soleil
Raa
Tahiti Nui ’oe, te huru o to’u ’āi’a
Tahiti la glorieuse, ô mon pays natal
Parahi e ’ia ora na !
Note des deux directeurs de la publication
Les directeurs de cette publication et organisateurs du colloque « Henry Adams et
les Mémoires de Ariitaimai » ont choisi de ne pas altérer par des transformations éditoriales
outrancières les textes des interventions de Terupe Salmon, Vaite Thiébaut, Ueva Salmon,
Tati Morgant et S.A.R. Raanui Daunassans Pōmare. Il nous a en effet semblé important de
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respecter au plus près la forme et le sens que ces intervenants ont souhaité donner à leur
présentation collective, dont la force pragmatique, imprégnée de tradition oratoire insulaire, répond à d’autres codes que ceux des écrits académiques continentaux.
Nous signalons ainsi que :
À l’exception d’interventions mineures sur les éléments usuels d’harmonisation
typographiques, ont été conservés
-les marques d’adresse directe à l’auditoire, indices délibérés, signifiants en euxmêmes, de la situation d’oralité dans laquelle s’inscrit la transmission de ces textes,
-les choix graphiques, en particulier pour les noms tahitiens, dans les transcriptions des interventions transmises par ces communicants, dont les souhaits ont été respectés concernant l’établissement de leurs textes définitifs ;
-surtout, sur le fond, l’engagement personnel de ces intervenants dans l’exégèse
historique qu’ils réalisent, au niveau individuel ou collectif, ainsi que leur interprétation
idéologique des sources premières auxquelles ils ont eu un accès direct par le biais de leur
patrimoine familial, matériel, oral ou écrit – nous précisons que nous recourons ici au
terme d’interprétation sans aucune connotation, ni positive ni négative.
Dans leurs communications, dans leurs textes comme dans les résumés de leurs
interventions, il nous a paru essentiel d’interférer le moins possible avec le propos de ces
invités, afin de faire entendre leurs voix, sans filtrage excessif susceptible de faire perdre
sa pertinence et son authenticité à l’entreprise de mise en présence des points de vue,
d’expression, d’écoute et d’échange, qui fondait la démarche même du colloque.
S.A.R. Raanui Daunassans Pōmare est l’arrière-petit-fils de la reine Marau Ta’aroa
et l’arrière-arrière-petit-fils de Ariitaimai.
Il a publié fin 2024 l’ouvrage inédit Marau Taaroa, dernière reine de Tahiti. Souvenirs
recueillis par sa fille, la princesse Ariimanihinihi Takau Pomare-Vedel, Papeete, Au vent des
îles.
“The Relationships between Ariitaimai and Queen Pōmare IV”
His Royal Highness Raanui Daunassans Pōmare is the great-grandson of Marau
Ta’aroa and the great-great-grandson of Ariitaimai.
In late 2024, he published Marau Taaroa, dernière reine de Tahiti. Souvenirs recueillis par sa fille, la princesse Ariimanihinihi Takau Pomare-Vedel, Papeete, Au vent des îles.
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Fait partie de Les relations entre Ariitaimai et la reine Pōmare IV - S.A.R. Raanui Daunassans Pōmare