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Les Mémoires de Ariitaimai par Henry Adams : stratégie narrative et importance de l’oeuvre dans l’historiographie du Pacifique - Florent Atem
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LES MÉMOIRES DE ARIITAIMAI PAR HENRY ADAMS :
STRATÉGIE NARRATIVE ET IMPORTANCE
DE L’ŒUVRE DANS L’HISTORIOGRAPHIE
DU PACIFIQUE
Florent Atem
Université de la Polynésie française / Maître de conférences
Introduction
En débarquant à Papeete en 1891, après un périple qui l’a d’abord mené à Hawai‘i
et aux îles Sāmoa, Henry Adams ignore qu’il s’apprête à jouer un rôle fondamental dans
l’historiographie polynésienne. Dès son arrivée, il rencontre quelques-unes des personnalités les plus influentes de la société locale, dont la reine Marau Ta’aroa et son frère Tati
Salmon, avec qui il se lie rapidement d’amitié. Fille et fils de Ariitaimai Salmon, ces derniers le mènent tout naturellement à leur mère, la dernière « ari’i nui » de la lignée des
Teva, le clan dominant du Tahiti de l’ère pré-européenne. En traduisant les propos de la
cheffesse, ils permettent au brahmine, membre d’une prestigieuse dynastie dont sont
issus deux présidents des États-Unis, de se plonger au cœur de l’histoire et de la culture
autochtones. Fasciné par ses récits, l’Américain ne tarde pas à prendre conscience de la
valeur inestimable de son témoignage, qu’il s’attèle alors à consigner par écrit, mission
scripturale dont il se sent d’autant plus investi depuis son adoption et son intégration au
cercle familial de son hôte, dans les règles de la tradition locale.
Soucieux de contribuer à sa manière à la préservation d’un patrimoine déjà menacé par les assauts d’une influence étrangère toujours grandissante, Adams prête sa plume
à la voix de Ariitaimai, en s’autorisant néanmoins quelques irruptions dans un tissu narratif complexe résolument polyphonique, qui rend parfois difficile l’identification des
sources. Mais si la démarche de l’historien de Boston transforme la vénérable Tahitienne
en authentique mémorialiste de son peuple et assure à son discours le passage à la postérité, l’autochtone permet à son tour à l’écrivain de pleinement s’accomplir puisqu’elle
semble lui avoir inspiré sa philosophie de l’opposition des forces contradictoires de l’unité
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et de la multiplicité, caractéristique de son œuvre majeure, The Education of Henry Adams,
manifestement élaborée, du moins en partie, dans le prolongement de réflexions amorcées au temps de la composition des Mémoires de Ariitaimai, aux confins du Pacifique.
I. Historiographie du livre
En 1865, au terme de la guerre de Sécession, l’Amérique du Nord est encore largement une nation de fermiers, telle que rêvée par Thomas Jefferson, le premier président
républicain, à qui Henry Adams a consacré les premiers volumes de sa monumentale
histoire des États-Unis, composée de neuf tomes4. Mais la fin du XIXe siècle correspond
à une période de révolution industrielle qui transforme en profondeur la société agraire
telle que l’avait pensée le « Père fondateur ». Le dessein expansionniste mis en œuvre par
les pionniers de la conquête de l’Ouest a permis à la civilisation blanche de s’étendre sur
l’ensemble du territoire, ce qui amène Frederick Jackson Turner, dans un célèbre discours
prononcé à l’occasion d’un colloque d’historiens à Chicago en 1893, à déclarer la frontière
désormais close5. Définie comme une ligne de démarcation mouvante entre le monde
civilisé et les territoires encore inexplorés du continent, elle est vue par le théoricien
comme le lieu d’émergence de l’identité américaine. Coïncidence remarquable, c’est également cette même année que Adams, de retour d’un long périple qui l’a mené jusqu’à
Tahiti, choisit de publier à compte d’auteur un ouvrage intitulé Memoirs of Marau Taaroa,
Last Queen of Tahiti.
Résultat d’un long travail éditorial qui prend sa source dans les longues nuits passées à écouter et retranscrire les propos de Ariitaimai, traduits par ses enfants, dont Marau Ta’aroa, dernière reine de Tahiti récemment divorcée du roi Pōmare V, l’ouvrage paraît
à nouveau en 1901, cette fois à Paris, dans une édition augmentée par la rédaction d’une
nouvelle conclusion ainsi que l’inclusion de documents transmis à l’historien de Boston
par Tati, le fils de la cheffesse. C’est d’ailleurs au nom de celui-ci, qui est désormais son
frère adoptif, que Henry « Adams-Tauraatua » fait parvenir le livre « à une demi-douzaine
de bibliothèques publiques »6. Outre les deux exemplaires de la Massachusetts Historical Society dans la collection Adams, les autres se trouvent à la Bibliothèque du Congrès
à Washington, au Musée Bernice Pauahi Bishop à Hawai‘i, dans plusieurs bibliothèques
universitaires, dont celles de Harvard ou de l’université du Michigan, ainsi que dans les bibliothèques publiques de New York et de Boston. Alors qu’elle relate l’histoire d’une seule
et même vie, celle de l’aristocrate polynésienne du Tahiti pré-européen, cette nouvelle
4 La colossale anthologie assied davantage la réputation de l’historien américain ; indisponible plusieurs décennies durant, elle est rééditée en deux volumes, parus en 1986 aux éditions Library of America.
5 La célèbre théorie de Turner est exposée dans l’ouvrage The Frontier in American History, paru en 1920.
6 Robert E. Spiller cite les termes de Henry Adams dans sa réédition des Mémoires : « I’ve sent Tahiti in Tati’s
name to half a dozen public libraries » (Henry Adams, Tahiti : Memoirs of Arii Taimai e Marama of Eimeo, Teriirere
of Tooarai, Teriinui of Tahiti, Tauraatua i Amo, Edited, with an Introduction by Robert E. Spiller, New York, Scholars’
Facsimiles and Reprints, 1947, p. iv).
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version de l’ouvrage se distingue par sa première de couverture qui arbore désormais le
nom complet ainsi que les titres de la cheffesse : Memoirs of Arii Taimai e Marama of Eimeo,
Teriirere of Tooarai, Teriinui of Tahiti, Tauraatua i Amo. S’il ne figure pas parmi les œuvres
majeures de l’écrivain, l’ouvrage présente de nombreuses caractéristiques qui le rendent
digne d’intérêt, notamment le fait qu’il corresponde à un vide dans la production littéraire
de Adams, signe extérieur d’un processus transitoire au terme duquel l’historien se mue
en homme de lettres, comme le souligne Robert E. Spiller dans l’introduction de sa réédition des Mémoires en 1947. Celle-ci paraît sous le simple titre de Tahiti puisque le mot,
inscrit sur la tranche des exemplaires à partir desquels il élabore son volume, lui semble
« plus parlant du point de vue du lecteur moyen »7 que les deux titres en langue tahitienne.
Outre le témoignage supposé être celui de Ariitaimai, l’ouvrage se compose de
fragments de chants et de légendes issus du patrimoine des Teva, d’extraits de récits de
voyages de navigateurs tels que Wallis, Cook, Bougainville ou Bligh, ou encore de comptes
rendus du pasteur William Ellis ainsi que d’autres membres de la Société missionnaire
de Londres. Il reprend également la carte de Tahiti du capitaine Cook, qui tend à rajouter à la confusion puisque l’orthographe des noms de lieux, transcriptions phonétiques
des termes polynésiens correspondants, n’est pas toujours reprise de façon systématique
dans le texte lui-même. Grâce à l’aide de Tati, Adams dans son rôle d’éditeur est aussi en
mesure de proposer sept tableaux généalogiques. Le premier, qui remonte approximativement à 1650, prend pour point de départ trois individus : Tūitera’i, le chef de Papara, Tavi,
celui de Tautira à la presqu’île de Tahiti, et Ta’urua de Hitia’a, l’épouse de ce dernier, avatar
tahitien d’Hélène de Troie, que le premier finit par lui dérober. Le second est centré sur la
descendance de Aromaitera’i et Tūitera’i, les deux petits-fils de Ta’urua ; le troisième fait
apparaître le lien de parenté avec les Pōmare, dynastie des futurs rois de Tahiti ; le quatrième détaille davantage la généalogie des ancêtres de ceux-ci ; le cinquième présente
un intérêt particulier puisqu’il s’étend sur plusieurs générations et inclut ’Aimata, ou Pōmare IV, la sœur adoptive de Ariitaimai ; le sixième illustre les liens qui unissent d’autres
membres des premières générations de la future famille Pōmare et le septième fait apparaître le lien entre Tū, ou Pōmare Ier, et les frères Tati et Opuhara, soit le grand chef de
la lignée des Teva et le valeureux guerrier au courage légendaire mort lors de la célèbre
bataille de Fē’ī Pī, respectivement le grand-père et le grand-oncle de Ariitaimai.
Si rien n’amène le lecteur attentif à douter de l’exactitude de telles informations,
puisque l’Américain a amplement bénéficié de l’assistance des membres de la famille
Salmon dans l’élaboration de ses travaux, y compris une fois de retour à Boston, il en va
différemment du témoignage de Ariitaimai en raison de la technique narrative adoptée,
qui trahit les irruptions de l’éditeur dans une œuvre au titre finalement trompeur, stra-
7 « The title “Tahiti” […] has been adopted as more meaningful to the general reader than are the two Polynesian
titles » (Ibid., p. vii).
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tégie qui constitue également l’un des aspects les plus remarquables des Mémoires de la
cheffesse Teva.
II. Spécificité des Mémoires : discours plurivoque et polyphonie
narrative
Dans l’introduction qu’il signe pour accompagner la traduction française des Mémoires de Ariitaimai, Bengt Danielsson ne cache pas son enthousiasme pour l’œuvre, en
laquelle il voit un manuscrit qui constitue, « pour tous ceux qui s’intéressent à l’histoire
et à l’ethnologie tahitiennes, une source d’une valeur inestimable »8. S’il va jusqu’à souligner que « les ouvrages dignes de foi qui nous donnent une description exacte et détaillée
de l’ancienne société tahitienne sont très peu nombreux »9, commentaire qui permet de
mesurer la valeur historique qu’il attribue au témoignage de la vénérable dame, de telles
affirmations sont néanmoins à nuancer puisque l’ouvrage prétendument autobiographique présente des spécificités sur le plan narratologique qui permettent de démontrer le caractère oscillatoire d’une instance narrative qui repose, comme l’écrit Pierre
Lagayette, sur « un va-et-vient presque continu entre différentes sources et différents
narrateurs »10, si bien qu’il est parfois difficile de « reconnaître qui de Marau, Ariitaimai et
Adams menait le récit »11. Pour Spiller, qui semble approuver le changement de titre entre
les deux éditions, « les Mémoires ont toujours été ceux de Ariitaimai, à aucun moment
ceux de Marau »12. Mais constituent-ils seulement une authentique transcription des déclarations de la cheffesse ?
Les narrations en rapport avec l’histoire de son clan et les détails qui s’y rapportent,
la toponymie des lieux, les informations relatives à sa famille ou encore le récit de sa
propre vie semblent bien émaner de la vieille dame. À la lumière des arbres généalogiques d’une grande cohérence, qui jalonnent l’ouvrage et tendent à conférer au récit un
caractère authentique, les commentaires empreints de subjectivité qui visent à dénoncer les effets négatifs sur son peuple de l’arrivée de la civilisation occidentale paraissent
tout aussi crédibles. De même, la profusion de détails fournis par l’autochtone lorsqu’elle
dresse la liste des dégâts causés par la venue des Européens reflètent vraisemblablement
sa sensibilité. Il en va de même pour la manière avec laquelle elle relate l’influence de
la Société missionnaire de Londres et l’émergence du roi Pōmare, décrit comme un chef
tyrannique, le plus cruel et le plus barbare de Tahiti, tout en étant le premier monarque
8 Henry Adams, Mémoires d’Arii Taimai, Traduit de l’anglais par Suzanne & André Lebois, Introduction par Marie-Thérèse & Bengt Danielsson, Paris, Publications de la Société des Océanistes, n° 12, Musée de l’Homme, 1964,
p. viii.
9 Ibid., p. vii.
10 Pierre Lagayette, « Mémoires et “Mémoires”. Marau Taaroa et l’historiographie de Tahiti », Journal de la Société des Océanistes, n° 34, tome 28, 1972, p. 53.
11 Ibid.
12 Henry Adams, Tahiti, op. cit., p. iv : « the Memoirs were always Arii Taimai’s, never Marau’s ».
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chrétien de l’île, dont les vices étaient, dit-elle, « aussi connus des missionnaires que des
natifs »13. Un point de vue à ce point biaisé et un tel parti-pris traduisent assurément la
pensée de l’indigène.
Au contraire, lorsque la voix narrative tend vers la généralisation, implique des
références culturelles ou littéraires inconnues de l’autochtone, voire exprime l’aversion
bien connue de l’Américain pour le colonialisme ou les visées impérialistes, la plume
de l’écrivain n’est plus au service du même discours. Ainsi, la cheffesse Teva n’a pas pu
comparer ’Oro, le dieu de la guerre des Tahitiens à celui de la mort dans la mythologie
égyptienne, « une sorte d’Osiris »14, comme mentionné à la page 17. Dès la ligne 10 du premier chapitre, les termes « Pari » et « Pali », donnés comme équivalents pour désigner les
falaises de la presqu’île, trahissent l’intrusion de Adams dans le récit, puisque la lettre
« L » est absente de l’alphabet tahitien. Pareillement, le rapprochement entre celles-ci et
la « Palissade d’Angleterre »15, en référence aux blanches falaises de Douvres, met en lumière un évident changement de source. Avec astuce et subtilité, la voix narrative émerge
périodiquement des pages des Mémoires et le recours à la première personne du singulier ou du pluriel contribue à rétablir l’illusion d’un point de vue unique qui serait celui de
Ariitaimai ; c’est le cas dès la première phrase du livre, lorsque la cheffesse déclare : « Si la
famille et le peuple de Papara avaient un nom, à la manière des Européens, je suppose que
ce serait Teva, car nous sommes un clan, et Teva est le nom de notre clan »16.
De même, il paraît improbable que les références à Herman Melville, Robert
Browning ou William Wordsworth soient les siennes, et il est difficile d’imaginer qu’elle
ait pu rapprocher Tavi de Ménélas et Ta’urua d’Hélène de Troie17. L’enlèvement de celle-ci,
la plus belle femme du monde après Aphrodite, par le prince troyen, Pâris, eut pour effet
de déclencher la Guerre de Troie. Dans la version tahitienne du conte, Tavi-Ménélas n’a
pas d’autre choix que d’honorer la demande du chef Tūitera’i, qui souhaite lui emprunter
son épouse, la belle Ta’urua, afin de préserver les relations pacifiques avec le clan de ce
dernier. Mais tombé éperdument amoureux, Tūitera’i-Pâris n’honore pas sa promesse de
restituer au bout de sept jours l’épouse de Tavi-Ménélas, qui se refuse pourtant à tuer son
rival, de peur de choquer « la moralité et la décence tahitiennes »18 et de porter « atteinte
à son caractère s’il tuait Tūitera’i de ses propres mains et dans sa maison ». En dépit de
13 « I do not care to enter on the chapter of his personal vices, all which were as notorious to the missionaries
as to the natives » (Ibid., p. 144).
14 « The great Marae of Tautira was supposed to be peculiarly sacred to the God Oro, a sort of Tahitian Osiris,
to whom the human sacrifices were made » (Ibid., p. 17).
15 « The head is the peninsula of Taiarapu, at its southernmost point, Matarufau, at the Pari, Pali, or cliff, which
overhangs the sea there; identical, I suppose, with the English Palisade » (Ibid., p. 1).
16 « If the Papara family and people had any name, in European fashion, I suppose it would be Teva, for we are
a clan, and Teva is our clan name » (Ibid.).
17 « Taurua of Tautira and Helen of Troy belonged to the same society; Tavi and Menelaus were relatives »
(Ibid., p. 26).
18 « The wars of Tahiti were as cruel and ferocious as the wars of any other early race, but such an act as this
would have shocked Tahitian morality and decency » (Ibid., p. 27).
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l’issue différente du conflit, puisque les codes de la mythologie grecque semblent inopérants dans le folklore du Pacifique, l’instance narrative affirme que « Tavi et Ménélas était
parents »19, observation qui à nouveau ne peut que difficilement traduire la pensée de la
Tahitienne. Il en va de même des similitudes ou contrastes établis entre les figures féminines du pouvoir local et les grandes dames d’Europe telles que Marie-Antoinette de
France, Marie-Louise de Parme, Marie-Thérèse d’Autriche ou Catherine de Russie20, en
raison du fait qu’elle ne s’est jamais rendue sur le continent européen et ne s’exprime dans
aucune langue étrangère. Enfin, que dire, à la page 7, du passage dans lequel Ariitaimai
postule l’origine aryenne du peuple tahitien : « Nous considérons que nous appartenons à
la grande race Aryenne [sic.], la race des Ari’i, et nos chefs étaient des Ari’i, non des rois »21 ?
Effort collectif de reconstruction mentale du Tahiti ancestral rendu possible par
la traduction systématique des propos de la cheffesse par Marau Ta’aroa et Tati, qui agrémentent aussi le récit de leurs propres observations, le mode d’élaboration des Mémoires
de Ariitaimai ainsi que le remaniement du texte a posteriori rendent inévitable l’émergence d’une voix protéiforme marquée par un changement constant de points de vue, et
aboutit à la composition d’un tissu textuel plurivoque dans lequel les sources se fondent
en une instance narrative globalisante, au caractère transculturel.
III. Importance de l’ouvrage sur le plan historiographique
Sur le plan historiographique, l’œuvre revêt une importance certaine puisqu’en
dépit des nuances à apporter et des précautions à prendre22, elle constitue l’une des rares
traces écrites du Tahiti des temps anciens. Mais sa particularité est aussi d’établir un parallèle remarquable entre le destin de deux peuples, en proie aux mêmes conflits, causés
par les mêmes forces rivales, qui tentent en permanence de se court-circuiter sur l’échiquier mondial.
La fuite en avant de Adams, qui espère échapper à lui-même afin de jouir quelque
temps du privilège de ne penser à rien, n’en est pas une puisqu’il n’abandonne pas l’histoire mais se retrouve confrontée à une autre réalité, celle d’un peuple indigène au centre
d’affrontements entre Français et Britanniques, ces mêmes puissances coloniales qui
avaient été, dans sa patrie natale, la cause de maintes inquiétudes, notamment sous les
administrations de Jefferson et Madison. Ainsi, si Tahiti est un lieu où le voyageur en quête
19 Ibid., p. 26.
20 « Women played an astonishing part in the history of the island […]; they figured as prominently in island
politics as Catherine of Russia, or Maria Theresa of Austria, or Marie Antoinette of France, or Marie Louise of
Parma, in the politics of Europe » (Ibid., p. 10).
21 « We believe ourselves to belong to the great Aryan race — the race of Arii — and our chiefs were Arii, not
kings » (Ibid., p. 7).
22 Nonobstant son vif enthousiasme, Bengt Danielsson émet lui-même certaines réserves par rapport à une
œuvre qui n’a « malheureusement pas tout à fait la même authenticité et originalité que les récits comparables
des autres archipels polynésiens » (Henry Adams, Mémoires d’Arii Taimai, op. cit., p. viii).
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d’ailleurs est susceptible d’opérer un authentique retour aux sources, la lecture des Mémoires de Ariitaimai ainsi que le traitement narratif proposé par Adams révèlent en fait
que l’île est aussi le théâtre sur lequel se joue à nouveau, en miniature, le conflit qui a
divisé le monde Atlantique du début du siècle.
À Tahiti, les rivalités claniques ne sont pas sans rappeler les conflits intertribaux,
que les premiers pionniers du mouvement vers l’Ouest doivent d’abord apaiser avant
de pouvoir envisager l’expansion de la nation. Aux niveaux politique et diplomatique,
le rôle de Ariitaimai n’est pas sans rappeler le discours pacificateur et la posture antimonarchique de la jeune République américaine : elle sert d’intermédiaire entre les
représentants français et la reine Pōmare, en exil sur l’île voisine de Mo’orea au moment
de l’établissement du Protectorat en 1842, permet le dialogue entre les chefs tahitiens et
le gouverneur Bruat en 1846, et refuse la couronne du royaume de Tahiti que celui-ci lui
propose, tandis que la détentrice du trône est en exil à Ra’iātea. Empreint de l’idéologie
des chefs de la nation dont il vient d’écrire l’histoire, Adams n’aura pas manqué de retrouver dans ces agissements l’essence de la pensée jeffersonienne, qui voit en la guerre la
source de tous les maux de l’humanité, et prône un type de politique étrangère entièrement nouveau, dont l’achat de la Louisiane en 1803 démontre l’efficacité. Les similitudes
se retrouvent aussi entre la luxuriance du cadre naturel tahitien, en lesquels il pourra
retrouver le fondement des thèses agrariennes de Jefferson, et l’environnement « exceptionnel » de la wilderness nord-américaine, que le labeur du cultivateur vertueux transforme en authentique corne d’abondance, ce qui amène Hector Saint-John de Crèvecœur,
dès 1782, à qualifier le peuple américain de « société la plus parfaite au monde »23. Pour
sa part, en formulant sa « théorie des factions », James Madison permet de dépasser le
postulat de Montesquieu, selon qui le mode gouvernemental républicain ne peut fonctionner que s’il est circonscrit à un territoire restreint24. Celui qui succèdera à Jefferson à
la tête de la nation en 1809 permettra la réconciliation des contradictions en expliquant
que la république a au contraire besoin d’espace, ne serait-ce que pour dissiper les tensions entre communautés aux intérêts divergents et ainsi préserver une unité durement
acquise25. Tels sont les principaux éléments qui montrent le lien évident, établi plus ou
23 « We are the most perfect society now existing in the world » (J. Hector St. John de Crèvecœur, Letters from
an American Farmer, Edited with an Introduction and Notes by Susan Manning, New York, Oxford University
Press, 1997 [1782], p. 41).
24 « [T]he Federalist Party […] would hold the reins of power until Jefferson’s 1800 election. Their argument
was […] in straight line of Montesquieu’s teachings about the essence of the republican government. The latter
was suitable only to a territory of small size […]. To counter this widely accepted argument, Madison developed
an elaborate abstract argument meant to reconcile the republican form with the inevitable enlargement of the
nation […] » (Gérard Hugues et Daniel Royot, Thomas Jefferson et l’Ouest, L’expédition de Lewis et Clark, Paris,
Armand Colin/CNED, 2005, p. 37).
25 « [S]ociety is not a monolithic body whose members follow the same ends and pursue the same goals. It is
diverse and composed of a multiplicity of conflicting interests. […] [A] constant clash of factions […] is potentially
disruptive of the social order, especially if it is restricted to a small area. […] Madison suggests one solution to this
dilemma […]. It consists in enlarging the sphere of the republican government […]. To Madison, […] the republic
wanted space, and the American West provided that necessary space » (Ibid., pp. 37-39).
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moins consciemment par Adams, entre l’expérience tahitienne et la destinée américaine,
tandis que se dessine peu à peu, dans ses pages, sa nouvelle philosophie d’écrivain.
Prélude à l’œuvre majeure de l’Américain26, The Education of Henry Adams, pour
laquelle il obtiendra le Prix Pulitzer à titre posthume en 1919, les Mémoires de la cheffesse
lui permettent de poser les premiers jalons de ce qui constituera sa stratégie narrative
future, puisqu’au travers d’une somme d’éléments disparates, tels que données historiques, géographiques, généalogiques, ou anecdotes diverses, parvient à émerger, comme
l’avance Spiller, « le portrait d’un peuple représentatif de tous les peuples »27. Si la méthode
n’en est encore qu’à l’étape expérimentale, les bases générales, selon lesquelles un fragment de l’histoire des hommes en arrive à se retrouver érigé en symbole de l’histoire de
toute l’humanité, semble bien être posé, pour la toute première fois, dans les Mémoires de
la cheffesse tahitienne.
Conclusion
En 1971, l’écrivain afro-américain Ernest J. Gaines publie l’Autobiographie de Miss
Jane Pittman, œuvre qui lui vaudra la reconnaissance des critiques comme du grand public ainsi que le passage de son nom à la postérité. Dans l’introduction, l’« éditeur » décrit
le long et fastidieux processus de composition du livre : cet enseignant d’une école des environs explique que c’est à l’automne 1962 qu’il profite des vacances d’été pour retourner
à la plantation où vivait la vieille dame, alors âgée de cent-dix ans, sa seule et unique opportunité de faire raconter par cette mémorialiste de tout un peuple28 l’histoire de l’esclavage à la première personne, et de permettre ainsi au lecteur de vivre dans son intériorité
un épisode à son goût trop souvent aseptisée par la narration aussi froide que factuelle
qu’en font les ouvrages scolaires. Comme Ariitaimai, Miss Jane est entourée tandis que
le mystérieux éditeur enregistre ses propos : celui-ci avoue explicitement qu’en dépit de
l’utilisation permanente de la voix narrative de la vénérable centenaire, d’autres sont parfois contraints de poursuivre le récit à sa place, lorsque la fatigue la rattrape, lorsque sa
mémoire est défaillante, ou lorsqu’elle n’est tout simplement pas d’humeur à se confier.
Ainsi, comme Marau et Tati, Mary Hodges, qui est à ses soins, et Pap, un octogénaire qui a
vécu toute sa vie sur la plantation, comblent les lacunes ou se joignent au chœur narratif.
Mais si elle alterne entre phases de longues digressions et mutisme forcené, Miss Jane
sait jaillir du tissu narratif collectif, qu’elle fend alors d’un tonitruant « Non, non, non, non,
26 Achevé en 1907 et diffusé à titre privé par l’écrivain à un cercle restreint de lecteurs, l’ouvrage est commercialisé à grande échelle en 1918. En 2007, la Massachusetts Historical Society commémore le centenaire de
l’œuvre en publiant The Education of Henry Adams : A Centennial Version, éditée par Edward Chalfant et Conrad
Edick Wright.
27 « From a mass of geographical, genealogical, and historical facts, interspersed with characterization and
lore, there emerges a portrait of a people representative of all people » (Henry Adams, Tahiti, op. cit., p. v).
28 « Miss Jane’s story is all of their stories, and their stories are Miss Jane’s » (Ernest J. Gaines, The Autobiography of Miss Jane Pittman, New York, Bantam Books, 1971 p. viii).
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non », pour revendiquer la maîtrise de son récit : « après tout, c’était son histoire »29, ajoute
l’éditeur. Comme Ariitaimai, elle décède peu de temps après les auditions : huit mois plus
tard pour l’Afro-Américaine, à peine six ans après le passage du Bostonien dans le cas
de la Tahitienne. Les similitudes entre le manuscrit de Gaines et celui de Adams, sur le
plan de la stratégie narrative adoptée, sont saisissantes, à la différence que le titre du premier est encore plus trompeur puisque Miss Jane Pittman est un personnage totalement
imaginaire, aussi fictif que l’est son histoire. Néanmoins, l’intérêt suscité par l’ouvrage,
dont l’écho fut retentissant à sa publication et qui même fut adapté à l’écran, témoigne du
caractère avant-gardiste de la méthode intellectuelle de Adams, qu’il se forge au contact
de la noble autochtone, dans le cadre idyllique polynésien, paradis sur terre qui s’incline
chaque jour davantage face au nouveau mythe du paradis perdu.
De par le rôle qu’elle a joué dans l’histoire de son peuple, dans l’ombre de la reine
Pōmare, Ariitaimai incarne l’unité si chère à Adams et aux théoriciens de la jeune République américaine. La rupture de la cohésion familiale dont elle était la seule garante,
comme l’écrit Tati à son frère adoptif après la disparition de la matriarche30, confirme
cette hypothèse. De la même manière, les Mémoires de Ariitaimai peuvent être vus comme
le symbole de cette unité, à l’image de l’élaboration de l’ouvrage, fruit d’un effort collectif
et du mélange des voix en un tissu scriptural résolument polyphonique. Comme l’écrit
George Hochfield, « si la musique est polynésienne, le libretto est du pur Henry Adams »31.
Symphonie narrative inaugurale dans la chanson de l’Ouest, les témoignages des hérauts
du jeffersonianisme du début du siècle, acteurs de la mise en œuvre du dessein transcontinental que l’Histoire qualifiera ensuite de « destinée manifeste » des États-Unis,
reflètent l’union qu’il est impératif d’atteindre dans la nature sauvage ancestrale, environnement fondamentalement hostile bien que prétendument « exceptionnel »32. Aux
confins du Pacifique, Adams s’accomplit également dans un contexte tout aussi unique,
celui du cadre insulaire de Tahiti, qui lui permet de retrouver, le temps de son odyssée au
cœur du grand océan, le parfum suranné des utopies fondatrices d’une jeune Amérique,
à présent hantée par le retour du spectre de la fragmentation, en proie aux forces contradictoires de l’unité et de la multiplicité, concepts centraux à la pensée philosophique du
29 « Miss Jane would sit there listening until she got ready to talk again. If she agreed with what the other
person was saying she might let him go on for quite a while. But if she did not agree, she would shake her head
and say: “No, no, no, no, no.” The other person would not contradict her, because, after all, this was her story »
(Ibid., p. vii).
30 Pierre Lagayette souligne ce point dans l’introduction de sa traduction des échanges épistolaires de Tati
Salmon et Henry Adams : « A la mort d’Arii Taimai, qui par le respect et la dévotion qu’elle inspirait à ses enfants
perpétuait l’unité du clan, l’équilibre familial est rompu. Des inimitiés apparaissent ou ressurgissent, et leurs échos
vont même emplir les prétoires » (Tati Salmon et Henry Adams, Lettres de Tahiti, Traductions et notes de Pierre
Lagayette, Papeete, Éditions du Pacifique, 1980).
31 George Hochfield, Henry Adams : An Introduction and Interpretation, New York, Holt, Rinehart and Winston,
1962, p. 97 : « although the music is Polynesian, the libretto is pure Henry Adams ».
32 « S’il fallait isoler une constante du discours politico-théologique touchant au peuplement de l’Amérique
septentrionale, sans doute la notion d’évidence viendrait-elle en bonne place. […] L’évidence puritaine rejoint
celle des Lumières pour ouvrir la voie d’un destin exceptionnel, à défaut certainement d’être tout à fait manifeste »
(Gérard Hugues et Cécile Coquet, Un destin manifeste, Paris, Mallard Éditions, 1999, pp. 7-10).
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dynaste bostonien, que seule la rencontre avec la vénérable indigène semble lui avoir permis de puiser, au plus profond de son être.
Bibliographie sélective
Adams, Henry, History of the United States of America during the Administrations of Thomas Jefferson, éd. Earl N. Harbert, New York, Library of America, 1986.
Adams, Henry, History of the United States of America during the Administrations of James
Madison, éd. Earl N. Harbert, New York, Library of America, 1986.
Adams, Henry, Memoirs of Marau Taaroa, Last Queen of Tahiti, Privately printed, 1893.
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Résumé
En débarquant à Papeete en 1891, après un périple qui l’a d’abord mené à Hawai‘i
et aux îles Sāmoa, Henry Adams ignore qu’il s’apprête à jouer un rôle fondamental dans
l’historiographie polynésienne. Dès son arrivée, il rencontre quelques-unes des personnalités les plus influentes de la société locale, dont la reine Marau Ta’aroa et son frère Tati
Salmon, avec qui il se lie rapidement d’amitié. Fille et fils de Ariitaimai Salmon, ces derniers le mènent tout naturellement à leur mère, la dernière « ari’i nui » de la lignée des
Teva, le clan dominant du Tahiti de l’ère pré-européenne. En traduisant les propos de la
cheffesse, ils permettent au brahmine, membre d’une prestigieuse dynastie dont sont
issus deux présidents des États-Unis, de se plonger au cœur de l’histoire et de la culture
autochtones. Fasciné par ses récits, l’Américain ne tarde pas à prendre conscience de la
valeur inestimable de son témoignage, qu’il s’attèle alors à consigner par écrit, mission
scripturale dont il se sent d’autant plus investi depuis son adoption et son intégration au
cercle familial de son hôte, dans les règles de la tradition locale.
Soucieux de contribuer à sa manière à la préservation d’un patrimoine déjà menacé par les assauts d’une influence étrangère toujours grandissante, Adams prête sa plume
à la voix de Ariitaimai, en s’autorisant néanmoins quelques irruptions dans un tissu narratif complexe résolument polyphonique, qui rend parfois difficile l’identification des
sources. Mais si la démarche de l’historien de Boston transforme la vénérable Tahitienne
en authentique mémorialiste de son peuple et assure à son discours le passage à la postérité, l’autochtone permet à son tour à l’écrivain de pleinement s’accomplir puisqu’elle
semble lui avoir inspiré sa philosophie de l’opposition des forces contradictoires de l’unité
et de la multiplicité, caractéristique de son œuvre majeure, The Education of Henry Adams,
manifestement élaborée, du moins en partie, dans le prolongement de réflexions amorcées au temps de la composition des Mémoires de Ariitaimai, aux confins du Pacifique.
Florent Atem est maître de conférences à l’Université de la Polynésie française,
où il enseigne la civilisation américaine et la linguistique anglaise. Agrégé d’anglais et
lauréat du Prix de thèse 2016 d’Aix-Marseille Université, il est spécialiste de l’expédition
Lewis et Clark ainsi que de la jeune république nord-américaine. Auteur de plusieurs
articles, il est aussi le co-auteur d’une étude comparative du tahitien, du français et de
l’anglais. Ses recherches actuelles portent sur Henry Adams, plus particulièrement sur
la dimension interculturelle du périple de l’historien américain aux confins du Pacifique.
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Abstract
“The Memoirs of Ariitaimai by Henry Adams: Narrative Strategy and Importance of
the Work in Pacific Historiography”
When, in 1891, Henry Adams arrived in Papeete, after a journey that first took him
to Hawai‘i and the Samoan Islands, he was unaware that he was about to play a fundamental role in Polynesian historiography. In the first days of his stay, he encountered a few
of the most prominent personalities in the local society—such as Queen Marau Ta’aroa
and her brother, Tati Salmon, whom he quickly befriended. The two siblings naturally led
him to their mother, Ariitaimai Salmon, the last “ari’i nui” of the Teva lineage—the dominant clan in pre-European Tahiti. By translating the words of the chiefess, they allowed
the Brahmin—a member of a prestigious dynasty which gave the United States two presidents—to immerse himself in the core of the indigenous history and culture. Fascinated
by her stories, the American immediately became aware of the inestimable value of her
testimony, which he then got down to record in writing—a scriptural mission in which he
felt all the more invested as he had been adopted by Ariitaimai and therefore integrated
into the family circle of his host, in accordance with the rules of the local tradition.
Anxious to contribute in his own way to the preservation of a heritage already
threatened by the assaults of ever-growing foreign influences, Adams took up his pen to
channel the voice of Ariitaimai, nevertheless allowing himself to occasionally intrude into
a complex and resolutely polyphonic narrative, thus making it difficult, in some cases, to
identify the sources. But if the Boston historian’s approach transformed the venerable
Tahitian into an authentic memorialist of her people, ensuring the transmission of her
discourse to posterity, the native, in her turn, enabled the writer to reach his full potential
as she seems to have been a source of inspiration behind his philosophical views on the
opposing and contradictory forces of unity and multiplicity, at the heart of his major work,
The Education of Henry Adams—apparently elaborated, at least in part, in the continuation
of his reflections at the time of the composition of the Memoirs of Ariitaimai, on the borders of the Pacific.
Florent Atem is an Associate Professor at the University of French Polynesia,
where he teaches American civilization and English linguistics. Holder of the agrégation
in English and winner of the 2016 Aix-Marseille University Thesis Prize, he specializes in
the Lewis and Clark expedition and the young North American republic. He is the author
of several articles and the co-author of a comparative study of the Tahitian, French and
English languages. He currently conducts research on Henry Adams, particularly focusing on the intercultural aspects of the American historian’s Pacific journey.
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