INTRODUCTION La Princesse de la paix et l’Écrivain venu de la mer - Florent Atem et Carole Atem
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- INTRODUCTION La Princesse de la paix et l’Écrivain venu de la mer - Florent Atem et Carole Atem
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Ce volume est dédié à notre ami le Professeur Daniel Royot.
INTRODUCTION
La Princesse de la paix et l’Écrivain venu de la mer
En cette décennie qui marque le bicentenaire de la naissance de la cheffesse
tahitienne Ariitaimai, c’est avec une émotion difficile à décrire que nous présentons
au public le présent volume, où sont rassemblés les textes des communications données pendant les journées du colloque international « Henry Adams et les Mémoires
de Ariitaimai ». Nous sommes plus qu’heureux de partager par le biais de ces actes de
colloque le contenu de ces journées de réflexion et d’échanges, qui se sont tenues à
l’Université de la Polynésie française du 27 février au 1er mars 2023 pour les communications formelles, puis le 2 mars et le 22 avril 2023 pour les temps de restitution sur
les grands sites historiques liés à la vie de Ariitaimai, notamment dans la commune de
Papara, ancien fief du clan des Teva.
Depuis le déroulement du colloque, trois événements éditoriaux relatifs à l’histoire familiale de Ariitaimai ont marqué la vie culturelle polynésienne : la publication
en octobre 2024 de l’ouvrage biographique inédit Marau Taaroa, dernière reine de Tahiti par S.A.R. Raanui Daunassans Pōmare, arrière-arrière-petit-fils de la cheffesse Teva,
qui, lors de son intervention au colloque, avait bien voulu partager quelques-unes des
réflexions désormais consignées dans son livre alors en préparation ; on soulignera
aussi la réédition par la Société des Études océaniennes, en début d’année 2025, du
classique Alexandre Salmon (1820-1866) et sa femme Ariitaimai (1821-1897), deux figures
de Tahiti à l’époque du Protectorat, par Ernest Salmon, publié initialement en 1964
par la Société des Océanistes à Paris et déjà réédité depuis lors pour son importance
testimoniale ; enfin, une autre importante publication de la Société des Études océaniennes est venue clôturer l’année 2025, la réédition par le même Raanui Daunassans
Pōmare, pour la première fois à Tahiti, des Mémoires de Marau Taaroa, dernière reine
de Tahiti, enrichis de documents, annotations, planches généalogiques, illustrations
et photographies.
C’est dire le prestige plus que jamais actuel d’une constellation de figures prégnantes de l’histoire locale, dont le champ d’action, loin de se retreindre à la jonction
temporelle et idéologique entre deux moments révolus de la construction d’une Polynésie pré-moderne, s’étend au contraire jusqu’à notre réalité contemporaine, par le
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rayonnement régulièrement ravivé de ces personnages-phares de la geste tahitienne
sur la pensée académique comme sur les représentations collectives du corps culturel
polynésien.
C’est donc avec une certitude, celle de l’élan authentique et encore vivace qui a
animé l’ensemble des participants et du public venu nombreux, que les organisateurs
du colloque « Henry Adams et les Mémoires de Ariitaimai » voudraient revenir ici sur la
démarche commune qui fut à l’origine de l’événement.
Le lundi 27 février 2023, ce fut non sans plaisir que nous avons accueilli à
l’Université de la Polynésie française des auditeurs aussi divers que des membres du
Gouvernement de la Polynésie française, dont Monsieur le Président Édouard Fritch
et plusieurs de ses ministres, des chercheurs, enseignants et étudiants de l’établissement, ainsi que de nombreux auditeurs extérieurs à la sphère académique. S’il a
su fédérer un public aussi varié, c’est sans doute en partie parce que cet événement
scientifique et culturel, plutôt que de donner la primauté à un versant de son épistémè
polymorphe au détriment des autres, était consacré à un tandem improbable : celui
formé par la dernière cheffesse du puissant clan Teva de l’ancien Tahiti, Ari’ioehau
Ta’aroari’i a Tati, plus connue sous le nom de Ariitaimai, et l’historien américain Henry
Adams, descendant de deux présidents des États-Unis, tandem immortalisé au tournant des XIXe et XXe siècles dans une œuvre aux confins de l’histoire, de la littérature
et du témoignage, les Mémoires de Ariitaimai.
La cheffesse tahitienne et l’homme de lettres venu de la mer
Née en 1821 à Papeari et décédée en 1897, Ariitaimai était, par son père, la petite-fille du Grand Chef Tati. Adoptée par la veuve du roi Pōmare II, elle devint la sœur
adoptive de Pōmare III et de la future reine Pōmare IV, ’Aimata, avec qui elle entretint
toujours des liens affectifs étroits. C’est lors de son mariage en 1842 avec le Londonien Alexander Salmon que le nom de Ariitaimai, « Prince venu de la mer », fut donné
aux deux époux, conformément à la coutume tahitienne, et que celui de Ariitaimai Vahine fut particulièrement attribué à la cheffesse du clan des Teva. Ariitaimai succéda à
son père en 1855 à la tête du district de Papara, dont elle assura le développement par
son mode de gouvernance favorable aux relations avec l’extérieur. Elle s’illustra par
divers traits de générosité qui témoignent de sa politique d’ouverture et d’échange.
À plusieurs titres, elle reste une figure remarquable de l’histoire tahitienne : au rang
élevé qu’elle occupa dans la dynastie des Teva, à la prospérité économique qu’elle sut
instaurer dans ses terres, s’ajoute son influence pacificatrice déterminante dans les
moments de crise qui jalonnèrent le processus de l’implantation française.
Dès l’époque de l’établissement du Protectorat français, elle joua un rôle politique et diplomatique important : en 1842, pendant la période qui se solda par la signature du traité, c’est elle qui servit de médiatrice entre les représentants de la France
et la reine Pōmare IV, alors exilée volontaire à Mo’orea. En 1846, elle mena encore avec
succès les négociations indispensables au retour de la paix lorsque culminèrent les
tensions qui opposaient le gouverneur Bruat aux chefs tahitiens. En l’absence de la
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reine, réfugiée à Ra’iātea, elle refusa la couronne de Tahiti que lui proposait le gouverneur, et accepta d’être son intermédiaire auprès des souverains des Îles-sous-le-Vent
ainsi que de la reine elle-même, qu’elle parvint à convaincre de revenir à Tahiti.
Parmi les neuf enfants qu’eurent Ariitaimai et Alexander Salmon, la reine Marau Ta’aroa fut l’épouse du dernier souverain de Tahiti Pōmare V. Tati Salmon, quant
à lui, succéda à Ariitaimai à la tête du district de Papara. Ce fils, qui se lia d’une amitié
indéfectible avec Henry Adams, apporta son aide à l’écrivain voyageur bostonien lorsqu’il rédigea le récit de la vie de la cheffesse.
Empreints de la sensibilité personnelle de l’auteur américain, mais aussi document important de l’historiographie tahitienne, par leur intérêt tant informatif et
culturel que littéraire, les Mémoires de Ariitaimai se situent au croisement de plusieurs expériences : émanation de l’identité autochtone, ils sont aussi un témoignage
littéraire de la rencontre humaine, affective et idéologique, entre deux cultures, entre
deux mondes, entre la famille de l’illustre cheffesse tahitienne et un professionnel de
l’écriture issu d’une prestigieuse lignée américaine.
La recherche comme lieu de contact
C’est cette idée de rencontre que les organisateurs ont souhaité mettre au
centre du colloque dont le présent volume transcrit les actes. À ce titre, il nous a semblé indispensable d’y associer des membres de la grande famille Salmon, descendants
de Ariitaimai, qui nous ont fait l’honneur de s’impliquer avec enthousiasme non seulement dans la réalisation de l’événement, mais aussi dans la diffusion médiatique a
posteriori des discussions qui en ont émergé, et, bien entendu, dans sa préparation, à
travers les nombreuses réunions de travail qui ont rassemblé, en amont des journées
de conférence, les membres de cette vaste famille – dont certains, de leur aveu propre,
ont pu se rencontrer pour la première fois à l’occasion de ces travaux préparatoires.
En favorisant les phénomènes de feuilletage des perceptions et l’élaboration
d’une heuristique sédimentaire, le colloque s’est proposé d’être un lieu de dialogue
et d’articulation, entre discours scientifique et perception populaire, entre perspectives internationales et points de vue autochtones, entre approche synchronique
d’une époque cruciale dans l’histoire de la Polynésie et réflexion diachronique sur
l’influence de cette époque dans la construction d’une forme de modernité. Les journées de restitution, assurées en français et en tahitien par les intervenants locaux
et en particulier par Monsieur Félix Atem, maître de conférences honoraire de l’Université de la Polynésie française, spécialiste des Mémoires de Ariitaimai, étaient d’ailleurs destinées à parachever ce lien entre l’université et la population, et la démarche
consistant à aller à la rencontre des auditeurs, dans les pas mêmes des Teva, nous
paraissait devoir prolonger dignement une série de journées de recherches fécondes
menées au cœur de l’institution.
Quelques jours à peine avant la Journée de la Femme, l’un des objectifs du colloque était aussi de mettre à l’honneur une figure féminine de pouvoir, dont le rôle
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a été politiquement déterminant à une époque troublée de l’histoire de la Polynésie.
Notre ambition était ainsi de mettre en évidence les divergences ou convergences de
perception à l’égard de cette figure de grande dame, et les manières dont la littérarité
de ses Mémoires favorise la diffraction d’une image déjà protéiforme, sinon fantasmée, de cette figure de proue de la culture tahitienne qui joua un rôle d’interface entre
son pays et le monde extérieur.
Naturellement, les Mémoires de la cheffesse rédigés par Henry Adams ont déjà
fait l’objet, par le passé, d’études scientifiques, notamment chez les américanistes1, et
les rencontres franco -américano-tahitiennes de 2023 avaient pour dessein de mettre
à jour, dans le contexte contemporain d’une recherche mondiale de plus en plus ouverte sur les autochtonies, les hypothèses qui avaient pu être formulées auparavant
sur cet ouvrage. Par la mise en contact des différents communicants, à la lumière
de ce que nous dit encore ce texte sur l’histoire d’un univers insulaire naguère à la
confluence de plusieurs puissances, à la lumière aussi d’une éventuelle rémanence
des antagonismes claniques dans la lecture que font aujourd’hui les descendants de
Ariitaimai de leur passé familial et du passé collectif, cet événement se proposait enfin de porter un regard prospectif sur le positionnement de la Polynésie actuelle dans
le contexte océanien et mondial de demain.
Des voix de divers horizons pour une exégèse protéiforme
Les trois journées académiques du colloque ont vu se succéder une quinzaine
d’intervenants, pour des communications en français et en anglais qui ont concerné conjointement l’histoire, la civilisation, la littérature et l’éducation. Les analyses
proposées en anglais par les universitaires américains ont fait l’objet d’une traduction simultanée par Monsieur Peter Brown, enseignant-chercheur de l’Université de
la Polynésie française et de l’Australian National University, ainsi que par Monsieur
Florent Atem, tandis que les traductions tahitien-français-anglais ont été assurées
par Monsieur Félix Atem, notamment pendant la phase d’échanges avec les auditeurs.
Outre les chercheurs de l’Université de la Polynésie française et les représentants de
la famille Salmon, la parole a ainsi pu être donnée à quatre professeurs d’universités
nord-américaines, spécialistes de civilisation américaine, de Henry Adams et/ou des
Mémoires de Ariitaimai, ainsi qu’à une collègue universitaire de Hawai‘i, spécialiste de
la reine Lili‘uokalani, dernière souveraine du royaume de Hawai‘i avant l’annexion de
l’archipel par les États-Unis.
Le colloque a ainsi rassemblé des intervenants aux champs d’expertise complémentaires, pour une rencontre à la confluence des horizons continentaux et insulaires, américain, français et polynésien :
1 De façon non-exhaustive, on citera les travaux de Pierre Lagayette, en particulier l’ouvrage Henry Adams et les
mers du Sud : « The Memoirs of Arii Taimai », Université de Pau, 1977, ainsi que la thèse de doctorat de Félix Atem,
« Henry Adams et le Pacifique Sud : De l’expérience tahitienne aux Mémoires d’Ariitaimai », soutenue à l’Université Sorbonne Nouvelle Paris 3 en 1996 sous la direction de Daniel Royot. On mentionnera aussi, au sein de la très
active American Literature Association fondée en 1989 (« a coalition of societies devoted to the study of American
authors »), l’existence de la Henry Adams Society, dirigée par les Professeurs Orr et Decker, qui faisaient partie des
invités au colloque. (URL : https://americanliteratureassociation.org/)
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1. John C. Orr, de l’Université de Portland
2. Florent Atem, de l’Université de la Polynésie française
3. Kevin J. Hayes, de l’Université de Central Oklahoma
4. Ormond Seavey, de l’Université George Washington
5. Terupe Salmon, Vaite Thiébaut, Ueva Salmon et Tati Morgant, descendants de Ariitaimai
6. S.A.R. Raanui Daunassans Pōmare, arrière-petit-fils de la reine Maurau Ta’aroa et
arrière-arrière-petit-fils de Ariitaimai
7. Sylvie André, de l’Université de la Polynésie française
8. Leilani Basham, de l’Université de Hawai‘i à Mānoa
9. William Merrill Decker, de l’Oklahoma State University
10. Carole Atem, de l’Université – INSPÉ de la Polynésie française
11. Vāhi Sylvia Tuheiava-Richaud, de l’Université de la Polynésie française
12. Isabelle Proust, de l’Université – INSPÉ de la Polynésie française
13. Tonyo Toomaru, de l’Université – INSPÉ de la Polynésie française
Un faisceau d’enjeux transdisciplinaires
Les Mémoires de Ariitaimai sont généralement considérés comme un texte
moins connu que d’autres sources perçues comme fondamentales pour la connaissance de l’histoire polynésienne2. Il s’agit sans conteste d’un ouvrage hybride, semi-biographique, semi-historique, de facture partiellement romanesque et poétique,
rédigé par l’écrivain américain Henry Adams mais sous la forme d’un récit autobiographique où la première personne grammaticale réfère à la cheffesse Teva, en dépit de
toutes les barrières linguistiques qui semblaient pouvoir compromettre un tel projet.
Conçu autour de ce témoignage au statut auctorial complexe, le colloque international éponyme de 2023 s’est situé à l’intersection de plusieurs champs de recherche en
sciences humaines, notamment la civilisation, l’histoire et la littérature ; il a en outre
articulé les perspectives culturelles et linguistiques américaine, océanienne et francophone. Par sa dynamique interdisciplinaire et pluriculturelle, il a fait dialoguer des
spécialistes internationaux, des chercheurs locaux, et des membres de la sphère sociale représentés par plusieurs descendants de la cheffesse Ariitaimai, qui ont pu exposer et confronter leurs sources, leurs informations, leurs hypothèses et leurs points
de vue respectifs sur le statut de l’ancienne cheffesse dans la société tahitienne, en
particulier sur son rôle socio-politique décisif à un moment charnière de l’histoire
polynésienne. L’examen conjoint de la genèse, de la visée et de la technique narrative
subtile de ces Mémoires a constitué l’un des autres axes forts des communications
proposées, lesquelles, en se concentrant sur la rhétorique à double entente de l’ouvrage et sur son axiologie ambiguë, ont conforté en fin de compte, si besoin était, son
statut de trace singulière dans la chronique et l’historiographie d’une société insulaire
alors en cours d’européanisation.
2 On pense bien sûr au très fameux Ancient Tahiti de Teuira Henry (Honolulu, Bernice P. Bishop Museum, 1928,
puis Paris, Musée de l’Homme, 1951, pour la version française, Tahiti aux temps anciens, traduite par Bertrand
Jaunez et publiée par la Société des Océanistes).
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À l’instar de l’événement, ces actes de colloque ont l’ambition sincère d’ouvrir
un espace possible d’articulation entre discours scientifique et perception collective,
entre regard spécialiste et intuition affective, entre perspectives exogènes et points
de vue autochtones – notions délicates et souvent tues, que nous avons choisi d’aborder plutôt que de les contourner, confiants dans le désir commun de rencontre qui a
nourri de part et d’autre, en toute humilité, l’effort d’échange et de mise en regard des
conceptions culturelles en présence.
Parmi les thèmes et aspects qui ont été particulièrement abordés, le lecteur
retrouvera, dans les textes des interventions successives, les questions qui furent au
centre des réflexions des contributeurs :
-la figure de la femme polynésienne, en particulier la femme de pouvoir, éventuellement à l’épreuve de la pression – voire de l’oppression – politique,
-la mise en avant des autochtonies traditionnelles et contemporaines,
-l’analyse des problèmes de langues et de communication dans une situation de
contacts coloniaux,
-la nature complexe des rapports interculturels entre l’historien américain, héritier d’une lignée dynastique prestigieuse, et la famille de l’illustre cheffesse,
-l’importance du témoignage historique, social et culturel que représente le texte
de Adams pour l’étude d’une période de l’histoire polynésienne sur laquelle les
sources sont limitées, en particulier les sources émanant de témoins directs et/ou
issues de points de vue endogènes,
-la littérarité du texte produit par l’historien, les questions d’auctorialité et de
polyphonie qui en infléchissent les orientations pragmatiques et la portée politique,
-la mise à jour des supports pédagogiques disponibles sur le Territoire dans une
perspective de contextualisation des enseignements d’histoire, de civilisation polynésienne et de littérature sur la période et les grandes figures concernées, à savoir le déclin de la dynastie des Teva à un tournant du destin du pays.
Du point de vue linguistique, les moments de dialogue avec le public ont été spécialement caractérisés par un recours syncrétique aux langues tahitienne, française
et anglaise. Les organisateurs se permettent de signaler leur émotion au souvenir de
cette présence vivace des trois langues qui a fortement contribué à la dynamique des
échanges, au sein même de l’amphithéâtre principal de leur université d’exercice. Ils
se réjouissent tout autant du succès des temps de restitution du colloque, où les intervenants locaux s’attachèrent à diffuser les analyses développées par les conférenciers
auprès des descendants de la famille de Ariitaimai et de la population, phase à laquelle
le comité d’organisation accordait, depuis les prémices de l’élaboration du projet, une
attention particulière.
Dans les traces de Henry Adams, les contributeurs dont les textes dialoguent ici
tendent tous à mettre en évidence la complexité, mais aussi le charisme de la cheffesse
prééminente que fut Ariitaimai. Au prisme d’une œuvre dont la littérarité marquée
traduit poétiquement les troubles d’une époque de changement irrépressible, c’est la
gémellité profonde entre deux mondes en apparence disparates qui transparaît, tan16
dis que l’homme de plume venu de la mer, dans sa quête idéaliste d’une indigénéité
essentielle, dessine, sous les traits de la vénérable Princesse de la paix3, les contours
d’une très réelle amitié humaine.
Florent Atem et Carole Atem
Décembre 2025
3 Sens du prénom de naissance de la cheffesse, Ari’ioehau.
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L’ÉQUIPE DU COLLOQUE INTERNATIONAL
« HENRY ADAMS ET LES MÉMOIRES DE ARIITAIMAI »
Co-présidents du comité organisateur
Florent ATEM
Maître de conférences en Langues et littératures anglaises et anglo-saxonnes,
Spécialiste de civilisation américaine,
Agrégé d’anglais,
Université de la Polynésie française,
alors membre de l’EA 4240 GDI – Gouvernance et Développement insulaire,
aujourd’hui membre de l’UR 4241 EASTCO – Études approfondies des Sociétés
traditionnelles et contemporaines en Océanie
Carole ATEM
Maître de conférences en Langue et littérature françaises,
Spécialiste de l’écriture des Mémoires et pseudo-Mémoires,
Agrégée de lettres modernes,
INSPÉ – Université de la Polynésie française,
UR 4241 EASTCO – Études approfondies des Sociétés traditionnelles et contemporaines
en Océanie
Membre associé de l’EA 174 FIRL – Formes et Idées de la Renaissance aux Lumières,
Université Sorbonne Nouvelle Paris 3
Comité d’organisation
Florent ATEM, Co-Président (Maître de conférences de l’UPF)
Carole ATEM, Co-Présidente (Maître de conférences de l’UPF – INSPÉ)
Ueva SALMON (descendant de Ariitaimai)
Tati SALMON (descendant de Ariitaimai)
Isabelle PROUST (Professeure agrégée de l’UPF – INSPÉ)
Karine LÉOCADIE (Professeure certifiée et docteure de l’UPF)
Tonyo TOOMARU (Professeur certifié et doctorant de l’UPF – INSPÉ)
Félix ATEM (Maître de conférences honoraire de l’UPF)
Comité scientifique
Florent ATEM, Président (Maître de conférences de l’UPF)
Sylvie ANDRÉ, Vice-Présidente (Professeure émérite, honoraire de l’UPF)
Carole ATEM, Vice-Présidente (Maître de conférences de l’UPF – INSPÉ)
John C. ORR, Membre (Emeritus Professor of English and Assistant Provost, University
of Portland)
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Ormond SEAVEY, Membre (Professor of English, George Washington University)
William Merrill DECKER, Membre (Regents Professor, Department of English,
Oklahoma State University)
Daniel ROYOT, Membre (Professeur émérite, honoraire de l’Université Sorbonne
Nouvelle Paris 3)
Vāhi Sylvia TUHEIAVA-RICHAUD, Membre (Maître de conférences honoraire de l’UPF)
Félix ATEM, Membre (Maître de conférences honoraire de l’UPF)
Traducteurs
Peter BROWN (traduction anglais-français, Australian National University – UPF)
Florent ATEM (traduction français-anglais et anglais-français, Maître de conférences
de l’UPF)
Félix ATEM (traduction français-anglais-tahitien, Maître de conférences honoraire de
l’UPF)
Étudiants et stagiaires adjoints à l’organisation
-Des étudiants de Licence 3e année de Langues, Littératures et Civilisations étrangères
et régionales, parcours Anglais de l’Université de la Polynésie française :
Kim CHING, Heipoetea FAANA, Élodie GARCIN, Hoanui MAIRAU, Turukiteraihaunui
MARITERAGI, Herenui NEUFFER, Raumata TETUANUI, Tuhiva TEVAEARAI
-Des stagiaires de Master 2e année de MEEF4 Pratiques et Ingénierie de la Formation,
parcours Médiation scientifique et culturelle, de l’INSPÉ de la Polynésie française :
Mesdames Marie CURIEUX, Georgia DOMINGO et Vanessa PANI
-Les étudiants de Licence 1ère année de Langues, Littératures et Civilisations étrangères
et régionales, parcours Langues polynésiennes de l’Université de la Polynésie
française, sous la direction de Madame Karine LÉOCADIE
Universités impliquées
En Amérique du Nord :
-University of Portland
-George Washington University
-University of Central Oklahoma
-Oklahoma State University
À Hawai‘i :
-University of Hawai‘i at Mānoa
En France :
-Université de la Polynésie française
-Université Sorbonne Nouvelle Paris 3
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DÉROULEMENT DU COLLOQUE
Tout comme sa phase d’ouverture, l’ensemble de l’événement s’est déroulé en
présence d’un public substantiel incluant, outre des descendants du clan des Teva et des
personnes intéressées par la thématique, de nombreux représentants des institutions
culturelles et politiques locales, dont des membres de l’Académie tahitienne, notamment
Madame Flora Devatine, alors à la tête du Fare Vāna’a, et Monsieur Emmanuel Nauta, qui
lui a, depuis, succédé.
L’ouverture du colloque a été marquée par plusieurs temps forts que nous voudrions évoquer ici.
-Chant traditionnel du clan des Teva, le hīmene « Teva tamaiti māmari e », interprété par
les étudiants de Licence 1ère année de Langues, Littératures et Civilisations étrangères
et régionales, parcours Langues polynésiennes de l’Université de la Polynésie
française, sous la direction de Madame Karine Léocadie
-Discours du Vice-Président de l’Université de la Polynésie française, Monsieur JeanPaul Pastorel
-Discours du Vice-Recteur de la Polynésie française, Monsieur Thierry Terret
-Discours du Président du Gouvernement de la Polynésie française, Monsieur Édouard
Fritch
-Discours d’ouverture en français et allocution en tahitien des co-organisateurs du
colloque, précisant les ambitions scientifiques et les enjeux sociaux de l’événement
-Séance inaugurale du colloque par le Professeur émérite John C. Orr de l’Université
de Portland
Titres et thèmes des communications
John C. Orr (University of Portland)
“Seeing from the Inside: Henry Adams’s Affective Transformation”
(« Voir de l’intérieur : la transformation affective de Henry Adams »)
Les deux versions des Mémoires de Ariitaimai
Florent Atem (Université de la Polynésie française)
« Les Mémoires de Ariitaimai par Henry Adams : stratégie narrative et importance
de l’œuvre dans l’historiographie du Pacifique »
Kevin J. Hayes (University of Central Oklahoma)
“The Critical Reception of Henry Adams”
(« La réception critique de Henry Adams »)
Présentation de l’auteur des Mémoires de Ariitaimai
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Ormond Seavey (George Washington University)
“Henry Adams and History: The United States and Tahiti”
(« Henry Adams et l’Histoire : les États-Unis et Tahiti »)
Liens entre les vies publique et privée de l’homme de lettres américain
Florent Atem (Université de la Polynésie française)
« Le périple de Henry Adams dans les mers du Sud »
Ueva Salmon, Terupe Salmon, Vaite Thiébaut, Tati Morgant (descendants de Ariitaimai)
« Une autre vérité sur Ariitaimai »
S.A.R. Raanui Daunassans Pōmare (arrière-petit-fils de la reine Marau Ta’aroa et
arrière-arrière-petit-fils de Ariitaimai)
« Les relations entre Ariitaimai et la reine Pōmare IV »
Sylvie André (Université de la Polynésie française)
« Reines ou cheffesses : les femmes politiques en Polynésie entre la “découverte” et
l’annexion »
Leilani Basham (University of Hawai‘i at Mānoa)
“E Mālama i ka Maluhia: Legacies of Peace from Tahiti and Hawai‘i”
(« E mālama i ka maluhia : héritages de paix de Tahiti et de Hawai‘i »)
La cheffesse Ariitaimai et la reine Lili‘uokalani
William Merrill Decker (Oklahoma State University)
“The Many Faces of the Many and the One”
(« Les multiples facettes du grand nombre et de l’unique »)
La philosophie de Henry Adams : unité et multiplicité
Carole Atem (Université – INSPÉ de la Polynésie française)
« Des Mémoires d’Ancien Régime aux Mémoires de Ariitaimai par Henry Adams :
perspective transhistorique »
Vāhi Sylvia Tuheiava-Richaud (Université de la Polynésie française)
« Les chants et légendes présents dans les Mémoires d’Arii Taimai de Henry Adams
(édition 1964) : des fragments de littérature polynésienne orale des Teva de Tahiti
pour servir de base de référence à l’histoire du Tahiti ancien »
Isabelle Proust (Université – INSPÉ de la Polynésie française)
« Pistes d’exploitations pédagogiques des Mémoires de Ariitaimai en classe de
français au collège et au lycée »
Tonyo Toomaru (Université – INSPÉ de la Polynésie française)
« Quand les histoires se rencontrent… et les cultures se racontent… »
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Texte du chant traditionnel des Teva
Te hīmene « Teva tamaiti māmari e »
Interprété le 27 février 2023 par les étudiants de Licence 1ère année de Langues,
Littératures et Civilisations étrangères et régionales, parcours Langues polynésiennes
de l’Université de la Polynésie française, en ouverture du colloque
Sous la conduite de Madame Karine Léocadie :
Teva tamaiti māmari e
’Ua iheihe Hotuti’a e te māuiui fānau e
Te patura’a u’au’a e
Fānau ’ōmurira’a nā te reva e
Vauvau-noa-hia te rau ’ape e
’Īhia i te ua rahi e ’auē o Teva e
O Teva tā’u tamaiti māmari e
Huri a’e tō mata
’Apetahi tō mata
I te mau pōti’i e
Tiare herehia (e) te mau pōti’i o tō’u ’āi’a e
Huri a’e tō mata ’apetahi tō mata
I te mau pōti’i e ’Eimeo
I te rā(rā)varu
’Ia ora
Traduction de Madame Vāhi Sylvia Tuheiava-Richaud :
Teva, l’enfant issu de la laitance de poisson
Hotuti’a est belle dans les douleurs de l’enfantement
Entreprise au fluide liquide
Délivrance de poisson par le firmament
Sur un tapis de feuilles de ’ape étalées
Recouvert des grandes eaux d’où Teva a poussé son cri
Mon fils Teva issu de la laitance de poisson
Tourne ton visage
Regarde de côté
Du côté des jeunes filles
Fleurs chéries sont les jeunes filles de ma terre natale
Tourne ton visage, regarde de côté
Du côté des jeunes filles de ’Eimeo
Aux huit radiations
Que la vie soit
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DISCOURS DU VICE-PRÉSIDENT
DE L’UNIVERSITÉ
DE LA POLYNÉSIE FRANÇAISE,
MONSIEUR JEAN-PAUL PASTOREL
Monsieur le Président de la Polynésie française,
Mesdames et Messieurs les Députés et Sénateurs,
Monsieur le Vice-Président,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Madame le Maire,
Mesdames et Messieurs les Représentants à l’Assemblée de la Polynésie
française,
Monsieur le Secrétaire général du Gouvernement,
Mesdames et Messieurs les Chefs de service,
Chers collègues,
Chers étudiants,
Mesdames et Messieurs,
’Ia ora na i tō tātou fārereira’a.
Monsieur le Président de l’Université, qui devait intervenir à l’ouverture de cette
Journée d’études, regrette d’avoir été empêché de participer à cet événement. Il m’a chargé de le remplacer en vous transmettant ses regrets, ses salutations et l’assurance de l’intérêt vigilant qu’il porte à vos travaux.
C’est avec un immense plaisir que je participe aujourd’hui, avec ma collègue, Nabila Gaertner-Mazouni, notre vice-présidente Recherche, à l’inauguration de ce beau
colloque sur « Henry Adams et les Mémoires de Ariitaimai », aux côtés de Monsieur le
Président de la Polynésie française, que je tiens à remercier chaleureusement pour son
soutien et sa contribution généreuse à cet événement, ainsi que ceux des ministères de la
Culture et de l’Éducation.
Je veux aussi exprimer mes plus vifs remerciements à Carole et Florent Atem qui
ont pris l’initiative de ces quatre journées d’études ainsi qu’au comité organisateur et au
comité scientifique du colloque qui ont permis leur réalisation.
Permettez-moi aussi de remercier toutes celles et tous ceux qui, dans les laboratoires et les instances de l’université – je n’oublie pas l’INSPÉ, dans les services qui
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viennent en support, ont prêté leur concours à ce colloque, et saluer tous les invités et
participants à cette rencontre, venus débattre à l’Université de la Polynésie française.
Les « Mémoires de Ariitaimai », illustre descendante des derniers chefs historiques
de la dynastie d’un des clans les plus prestigieux de Tahiti, constituent une source d’une
valeur inestimable d’informations sur l’ancienne société tahitienne, ses légendes, ses
chants, ses généalogies. Cette œuvre autobiographique est d’autant plus intéressante
pour tous ceux qui s’intéressent à l’histoire et à l’ethnologie tahitiennes que les récits et
descriptions faits par des savants et historiens tahitiens, sur le modèle par exemple des
Hawaiian Antiquities de Malo, sont rares. Sa rencontre avec Henry Adams, qui appartient
à l’une des plus grandes familles américaines (son grand-père et son arrière-grand-père
furent présidents des États-Unis) et qui eut une chaire d’histoire médiévale à Harvard, a
permis la transmission de cet héritage précieux, même s’il faut distinguer la contribution
de l’historien de celle de Ariitaimai.
On écoutera alors avec d’autant plus d’attention et d’intérêt les interventions qui
vont se succéder tout au long de ces journées d’études et qui articuleront perspectives
académiques et points de vue autochtones, en faisant dialoguer spécialistes internationaux, chercheurs locaux et descendants de Ariitaimai, l’illustre cheffesse du clan des Teva.
Les intervenants présenteront le résultat de leurs plus récentes recherches sur la
personnalité de Ariitaimai et son statut de grande dame de la société polynésienne, son
rôle politique qui a déterminé le cours de l’histoire de son pays, la genèse des mémoires et
la technique narrative utilisée par l’auteur, sans oublier les circonstances qui ont motivé
le périple dans les mers du Sud de l’historien américain.
Autant de questions passionnantes, dont je ne voudrais pas plus longtemps retarder l’étude.
Je vous remercie donc d’être venus en débattre à l’UPF et souhaite plein succès aux
travaux de cette rencontre internationale.
Māuruuru roa. Te aroha ia rahi.
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DISCOURS DU VICE-RECTEUR
DE LA POLYNÉSIE FRANÇAISE,
MONSIEUR THIERRY TERRET
Monsieur le Président de la Polynésie française,
Madame, Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Vice-Présidents de l’Université de la Polynésie
française,
Mesdames et Messieurs, en vos titres et qualités,
Chers étudiants,
’Ia ora na et un « ’ia ora na » très particulier pour tous nos collègues qui viennent de
loin, qui arrivent de Portland, qui arrivent de l’Oklahoma, qui arrivent de Hawai‘i : merci
d’avoir fait ce déplacement ; ils arrivent aussi de la George Washington University pour
rejoindre l’UPF pour ces journées importantes et je me réjouis de voir autant de monde
parce qu’un colloque, dans une université, c’est toujours un moment fort, un moment intense de rencontres et d’échanges. Mais il y a, au-delà de cette habitude académique de
se réunir pour discuter de tel ou tel objet, des raisons sans doute plus spécifiques, plus
particulières, qui font que nous devons collectivement nous réjouir d’être ensemble.
D’abord, il faut saluer, dans ce projet, les motivations clairement interdisciplinaires, qui nous réunissent, qui vont de l’histoire à la littérature, et ce n’est pas si fréquent,
y compris à l’Université, que de donner des espaces et des temps d’échange, de confrontation, de dialogue entre des univers scientifiques – même s’ils relèvent du grand champ
des sciences sociales – qui ne sont pas identiques. Et, pour avoir dirigé pendant quelques
décennies un laboratoire interdisciplinaire, je sais tout à fait de quoi il ressort quand on
souhaite promouvoir l’interdisciplinarité.
La seconde raison qui me fait me réjouir avec vous ici, c’est l’opportunité qui nous
est collectivement donnée de faire dialoguer des scientifiques, d’un côté, et des grands
témoins, comme l’on dit, de l’autre ; des spécialistes académiques – de la narration, de
l’histoire – et, de l’autre côté, celles et ceux dont la connaissance est sans doute plus incorporée, moins conforme, en tout cas, à la doxa universitaire et ça, c’est également un
pari, un pari heureux.
Il y a une troisième raison : le projet même de ce colloque place l’interculturalité au
centre de ces échanges, avec un parti pris qu’on ne peut que partager. Ce parti pris, c’est
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le fait que parler de l’Autre, à la vérité, c’est un révélateur de soi ; dire l’Autre en dit sans
doute davantage sur qui on est, d’où on vient. Quand Henry Adams rapporte les propos
de Ariitaimai, il les met en mots et, dans ses déformations, il nous apprend autant, voire
davantage, sur la société américaine dont il est issu que sur la société polynésienne qu’il
nous donne à lire. Mais malgré cela, ce colloque doit fondamentalement éclairer la place
du récit local dans la compréhension de l’histoire de la Polynésie française et, de ce point
de vue, on ne peut pas saisir toute l’épaisseur de cette histoire de la Polynésie sans replacer en son corps, en son sein, tout ce que le clan Teva a représenté et on ne peut pas appréhender toute cette influence du clan Teva sans travailler à une meilleure connaissance
de Ariitaimai.
Histoire culturelle, histoire sociale autant qu’histoire politique, en tant qu’historien, je suis extrêmement heureux de pouvoir écouter et puis, j’espère, après ces journées,
de pouvoir lire les échanges que vous, spécialistes, allez mener pendant cet événement.
Mais je le suis aussi en tant que vice-recteur parce que j’ai vu avec beaucoup d’intérêt,
dans les résumés, qu’il y avait sans doute une ultime idée forte dans ces communications :
celle de pouvoir alimenter, d’une certaine manière, les programmes d’enseignement,
ou plus exactement de mieux pouvoir adapter aux programmes cette partie essentielle
qu’est l’histoire de la Polynésie à travers, encore une fois, ce dialogue entre un Américain
et une grande cheffesse. Cette mission d’aider les élèves à comprendre le monde dans
lequel ils vivent est au cœur des politiques éducatives, et je crois que ce colloque peut
pleinement y participer.
Merci donc à Florent et Carole Atem d’avoir rendu ces rencontres possibles. Nous
attendons avec impatience les actes, qui ne manqueront pas d’offrir des prolongements
à ces journées.
Excellent colloque à toutes et tous.
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DISCOURS DU PRÉSIDENT
DE LA POLYNÉSIE FRANÇAISE,
MONSIEUR ÉDOUARD FRITCH
Cérémonie d’ouverture du colloque international :
« Henry Adams et les Mémoires de Ariitaimai »
Monsieur le Vice-Président de l’Université de Polynésie française,
Chers invités,
Mesdames et Messieurs,
’Ia ora na.
Je suis heureux de vous saluer au nom du Gouvernement de la Polynésie française,
à l’occasion de ce colloque international dédié à « Henry Adams et les Mémoires de Ariitaimai ».
Je tiens d’ailleurs à remercier les organisateurs pour cette initiative : Carole et Florent ATEM.
Permettez-moi de dire quelques mots sur mes deux citoyens engagés de Pirae, Carole et Florent.
Florent est membre du conseil municipal de Pirae, en prenant la succession de son
père, Félix, qui fut adjoint au maire de Pirae.
Je dois vous avouer que j’ai eu de l’admiration et du respect pour cette famille pleine
de ressources. Un papa maître de conférences à l’université, une maman professeure en
secondaire, Carole et Florent, artistes de musique et maîtres de conférences à l’université.
Et de plus, ils sont des citoyens engagés au sein de la municipalité de Pirae. Merci et bravo
pour toute cette énergie au service des autres, au travers de l’enseignement, du mandat
municipal et de la musique.
Ce colloque sur une personnalité importante de notre histoire, ARIITAIMAI, est un
nouveau pas dans votre envie de servir votre pays, en apportant votre pierre sur un thème
qui semble lier, à la fois, l’histoire, la littérature, la sociologie, la politique et l’anglais.
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Aussi, l’occasion nous est enfin donnée de rendre visibles les difficultés de coopération entre Marau Taaroa et l’écrivain Henry Adams, quant à l’écriture du récit d’une
histoire de Tahiti, à partir du matériel historique et de la tradition orale, fournis par Marau.
Deux œuvres, en langue anglaise, écrites par Henry Adams, sortiront de cette rencontre :
• Memoirs of Marau Taaroa, Last Queen of Tahiti, parus en 1893 ;
• Memoirs of Arii Taimai, qui est une révision substantielle de l’édition de 1893, publiée à Paris en 1901.
Elles ont marqué et façonné la mémoire des Polynésiens, sans toutefois réussir à
refléter la vision de Marau. Émaillant son récit des témoignages et des observations de
Cook, Bligh, Ellis, Moerenhout, le dépositaire des Mémoires de Ariitaimai, Henry Adams,
n’a pas pris le contenu de son récit pour de la « nourriture précieuse ».
Et malgré toutes les tentatives des Ari’i de la famille de Marau de transmettre les
fondements et les grandes lignes de la tradition tahitienne, les représentations d’un
Moerenhout, d’un Ellis et de bien d’autres ne parviendront jamais à capter complètement
la structure profonde de la société d’alors.
Est-ce que le prisme de perception et de compréhension de Moerenhout ou de Ellis
aurait pu tronquer, voire altérer dans sa forme, la réalité de l’époque ?
En tout cas, la question mérite d’être posée car nous avons tous besoin de vérité.
En 1972, paraissait, dans la série des Publications de la Société des Océanistes, l’ouvrage n° 27, intitulé Mémoires de Marau Taaroa, dernière reine de Tahiti, une traduction de
la Princesse Takau Pōmare, à partir d’un manuscrit original rédigé en anglais par Marau
elle-même.
Elle passait alors d’un rôle d’informateur à celui d’auteur, prenant soin d’écrire
elle-même l’histoire de Tahiti. Car, qui mieux qu’une Ari’i vahine pouvait comprendre les
mystères de l’organisation sociale ou culturelle de Tahiti ?
Les Mémoires de Marau Taaroa présentent le point de vue des Ari’i de Tahiti, légitimé par :
• son statut de Ari’i vahine de Tahiti, par son mariage avec Pōmare V ;
• sa double appartenance aux deux dernières Maisons de Ari’i de Tahiti :
-Te pori o nu’u par les Pōmare, d’où son nom de Ta’aroa ;
-Tevaiuta de la Maison des Teva par sa mère Ariitaimai, Cheffesse de Papara.
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Il faut les considérer comme une « nourriture précieuse ». Ils permettent à leurs
dépositaires de devenir le porte-parole de Ari’i de cette époque.
Et je suis certain que vos études et travaux de recherches récents, vos échanges
durant ces quelques jours, ainsi que vos coopérations à venir, seront fructueux.
Je vous souhaite un très bon colloque.
’Ia maita’i ’outou e ti’a ai !
Māuruuru !
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Allocution d’ouverture en tahitien
Te Peretiteni o te Hau Fenua, te Mono Peretiteni,
e tae noa atu i te Feiā mana o te fenua nei :
nā Hui To’ofā, te mau ’Īriti ture,
te mau Fa’aterehau o te fenua,
te Fa’aterehau nō nā Papa e toru o te Ha’api’ira’a e nō te Ta’ere,
te mau Mono Peretiteni o te Fare Ha’api’ira’a Tuatoru nō Porinetia farāni,
te fa’atere nō te Fare INSPÉ, e tae noa atu i te mau fa’atere nō te EASTCO e te GDI,
’ia ora na.
’Ia ora na ato’a ’outou pauroa, e te mau hoa tei tae mai i teie nei mahana.
Nā ni’a i tō māua i’oa o Florent, e tae noa atu i te mau ’orometua nō te Fare
Ha’api’ira’a Tuatoru nei, o tei fa’ari’i e fa’aō mai i roto i teie fa’anahora’a, tē hina’aro
nei au e ha’amāuruuru maita’i ia ’outou pā’ato’a nō te pāhonora’a mai i tā māua
tītau-manihini-ra’a ia ’outou, nō teie mahana ’iritira’a i te rurura’a o tā māua i
fa’atupu.
I te roara’a o nā mahana e toru, e tuatāpapahia te parau nō te hō’ē ta’ata pāpa’i puta
tu’iro’o nō te fenua Marite o Henry Adams, ’oia o tei pāpa’i i te ’ā’amu o te orara’a o
te hō’ē vahine tu’iro’o nō tō tātou fenua, te tupuna vahine ia o tō mātou mau hoa
nō te ’ōpū fēti’i Salmon, o Ari’ioehau Ta’aroari’i a Tati, tei pi’i-noa-hia o Ari’itaimai, i
fa’aipoipohia ia Alexander Salmon.
Ia ’outou pā’ato’a, māuruuru, e māuruuru roa !
Allocution écrite par Carole Atem et Félix Atem
Prononcée par Félix Atem, le 27 février 2023
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Fait partie de INTRODUCTION La Princesse de la paix et l’Écrivain venu de la mer - Florent Atem et Carole Atem