Actes du colloque Henry Adams et les Mémoires de Ariitaimai.pdf
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Les Presses Universitaires
de Polynésie française ont
pour vocation de valoriser
les travaux de chercheurs
français et étrangers inscrits
dans des thèmes et disciplines
pour lesquels l’expertise de
l’Université de la Polynésie
française
est
reconnue.
Résolument
engagées
en
faveur de la science ouverte,
elles publient des ouvrages
scientifiques,
culturels
et
pédagogiques qui participent
au rayonnement de l’UPF, à la
diffusion du savoir dans toute la
région Pacifique, et au dialogue
entre disciplines, cultures
et langues, et contribuent
à mieux comprendre la
société polynésienne et son
environnement insulaire et
océanique.
Henry Adams et les Mémoires de Ariitaimai
En cette décennie qui marque le bicentenaire de la naissance de Ariitaimai,
dernière cheffesse du clan Teva et figure majeure de l’histoire tahitienne,
le présent volume rassemble les contributions des participants au colloque
international « Henry Adams et les Mémoires de Ariitaimai », qui s’est tenu
à l’Université de la Polynésie française en 2023. En articulant les analyses
d’universitaires et les témoignages de descendants de la famille Salmon, ces
travaux célèbrent la rencontre entre la culture polynésienne et la sensibilité
continentale de l’historien américain Henry Adams, qui rédigea les Mémoires
de la cheffesse.
Entre dialogue des civilisations, transmission du patrimoine et réflexion
sur la place des voix autochtones dans l’écriture de l’histoire, ces actes font
revivre la mémoire d’une femme de paix et laissent retentir l’écho durable
d’une amitié entre Tahiti et le monde.
HENRY ADAMS ET LES MÉMOIRES DE ARIITAIMAI
Presses Universitaires
de Polynésie française
HENRY ADAMS
ET LES MÉMOIRES DE ARIITAIMAI
Actes du colloque international organisé
par l’Université de la Polynésie française
(27 février 2023 – 1er mars 2023 / 2 mars et 22 avril 2023)
Spécialiste de la jeune république
nord-américaine, Florent Atem
est maître de conférences en
langues et littératures anglaises
et anglo-saxonnes à l’Université
de la Polynésie française, docteur
d’Aix-Marseille Université en
études anglophones, et agrégé
d’anglais.
Sous la direction de
Florent Atem et Carole Atem
ISBN : 978-2-494507-51-7
Spécialiste de l’écriture des
Mémoires romanesques, Carole
Atem est maître de conférences
en langue et littérature françaises
à l’Université de la Polynésie
française, docteur de l’Université
Paris 3 - Sorbonne Nouvelle en
littérature française des XVIIe
et XVIIIe siècles, et agrégée de
lettres modernes.
HENRY ADAMS
ET LES MÉMOIRES DE ARIITAIMAI
Actes du colloque international
Henry Adams et les Mémoires de Ariitaimai
Université de la Polynésie française
27 février 2023 – 1 er mars 2023
2 mars et 22 avril 2023
Sous la direction de Florent Atem et Carole Atem
Ces actes de colloque sont publiés avec le soutien de
l’Université de la Polynésie française, et notamment avec l’aide des
Presses Universitaires de Polynésie française - PŪ o te ’ite.
o te ’ite
Presses Universitaires
de Polynésie française
Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant au terme de l’article L.122-5 2e et 3e a, d’une part,
que « les copies ou reproductions strictement destinées à l’usage privé du copiste et non destinées à
une utilisation collective » et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans le but d’exemple
et d’illustrations « toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement
de l’auteur.e ou de ses ayants droit ou ayant cause, est illicite » (art. L. 122-4). Cette reproduction ou
représentation par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par
les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
Couverture : “Ariitaimai, of Tahiti,” photograph by unknown artist, circa 1890, American Culture,
photograph number 1986.33.103, Yale University Art Gallery.
Dos de couverture : “Henry Adams seated at desk in study, writing, in light coat,” glass plate negative
by Marian Hooper Adams, circa 1883, Marian Hooper Adams photographs, photograph number 6.2.1,
Massachusetts Historical Society.
Mise en page et travail graphique : ’Api Tahiti éditions / Pacific Diffusion (contact@apitahiti.com)
© Presses Universitaires de Polynésie française
PŪ o te ’ite
Avril 2026
ISBN : 978-2-494507-51-7
HENRY ADAMS
ET LES MÉMOIRES DE ARIITAIMAI
Actes du colloque international
à l’Université de la Polynésie française
27 février 2023 – 1er mars 2023
2 mars et 22 avril 2023
Publiés sous la direction de
Florent ATEM et Carole ATEM
o te ’ite
Presses Universitaires
de Polynésie française
SOMMAIRE
REMERCIEMENTS ................................................................................................................. 7
INTRODUCTION
La Princesse de la paix et l’Écrivain venu de la mer
Florent Atem et Carole Atem ........................................................................................................ 11
Seeing from the Inside: Henry Adams’s Affective
Transformation
John C. Orr............................................................................................................................................ 33
Les Mémoires de Ariitaimai par Henry Adams :
stratégie narrative et importance de l’œuvre
dans l’historiographie du Pacifique
Florent Atem ....................................................................................................................................... 45
The Critical Reception of Henry Adams
Kevin J. Hayes ..................................................................................................................................... 57
Henry Adams and History: The United States and Tahiti
Ormond Seavey .................................................................................................................................. 71
Le périple de Henry Adams dans les mers du Sud
Florent Atem ....................................................................................................................................... 85
Une autre vérité sur Ariitaimai
Ueva Salmon, Terupe Salmon, Vaite Thiébaut, Tati Morgant ...................................... 97
Les relations entre Ariitaimai et la reine Pōmare IV
S.A.R. Raanui Daunassans Pōmare ........................................................................................ 111
4
Reines ou cheffesses : les femmes politiques en Polynésie
entre la « découverte » et l’annexion
Sylvie André ...................................................................................................................................... 125
E Mālama i ka Maluhia: Legacies of Peace from Tahiti
and Hawaiʻi
Leilani Basham ............................................................................................................................... 139
The Many Faces of the Many and the One
William Merrill Decker ................................................................................................................. 159
Des Mémoires d’Ancien Régime aux Mémoires de Ariitaimai
par Henry Adams : perspective transhistorique
Carole Atem........................................................................................................................................ 171
Chants et légendes dans les Mémoires d’Arii Taimai de
Henry Adams (éd. 1964) : des fragments d’histoire et de
littérature polynésienne des Teva de Tahiti pour servir de
base de référence à l’histoire du Tahiti ancien
Vāhi Sylvia Tuheiava-Richaud ..................................................................................................181
Pistes d’exploitations pédagogiques des Mémoires de
Ariitaimai en classe de français au collège et au lycée
Isabelle Proust ................................................................................................................................. 199
Quand les histoires se rencontrent… et les cultures
se racontent…
Tonyo Toomaru ............................................................................................................................... 217
POSTFACE
L’héritage des Teva et l’empreinte de Tauraatua
Florent Atem et Carole Atem..................................................................................................... 233
5
Accueil des invités officiels
6
REMERCIEMENTS
Pour leur aide à la publication de ce volume, nous remercions :
L’Université de la Polynésie française
Les Presses universitaires de Polynésie française – PŪ o te ’ite
et Madame le Professeur Nabila Gaertner-Mazouni
Monsieur Samuel Lespets,
Directeur de la Bibliothèque universitaire de la Polynésie française
Les Éditions ’Api Tahiti et Monsieur Jean-Luc Bodinier
Pour leur soutien à l’organisation du colloque international « Henry Adams et les
Mémoires de Ariitaimai » dont nous présentons ici les actes, et pour l’honneur qu’ils
nous ont fait par leur aimable participation à l’événement, nous exprimons notre profonde gratitude à :
L’Université de la Polynésie française
Monsieur Patrick Capolsini,
Président de l’Université de la Polynésie française
Monsieur Jean-Paul Pastorel,
Vice-Président de l’Université de la Polynésie française
Madame Nabila Gaertner-Mazouni,
Vice-Présidente de l’Université de la Polynésie française
La Commission de la Recherche de l’Université de la Polynésie française
L’Institut national supérieur du Professorat et de l’Éducation de la Polynésie française
Monsieur Jean Chaumine, Directeur de l’INSPÉ
L’Unité de Recherche 4240 GDI – Gouvernance et Développement insulaire
Monsieur Damien Mourey, Directeur de GDI
Monsieur Antonino Troianiello, Directeur adjoint de GDI
L’Unité de Recherche 4241 EASTCO – Études approfondies des Sociétés traditionnelles
et contemporaines en Océanie
Madame Rodica Ailincai, Directrice d’EASTCO
Monsieur Jacques Vernaudon, Directeur adjoint d’EASTCO
7
Le Gouvernement de la Polynésie française
Monsieur Édouard Fritch,
Président du Gouvernement de la Polynésie française
Le Ministère de l’Éducation de la Polynésie française
Madame Christelle Lehartel, Ministre de l’Éducation de la Polynésie française
Le Ministère de la Culture de la Polynésie française
Monsieur Heremoana Maamaatuaiahutapu, Ministre de la Culture de la Polynésie
française
Nous adressons aussi l’expression de notre vive reconnaissance à :
Monsieur Thierry Terret, Vice-Recteur de la Polynésie française
Madame Sonia Punua Taae, Maire de Papara, et son conseil municipal
Monsieur Tati Salmon
L’ensemble des membres du comité organisateur et du comité scientifique du colloque, les intervenants, collègues, étudiants, encadrants – des États-Unis, de Hawai‘i,
de Paris, de Tahiti – dont le détail est donné ci-après.
Nous exprimons nos remerciements particuliers aux membres de la famille
Salmon qui se sont investis sans réserve dans cette rencontre entre université et
société, entre héritage familial et histoire collective.
Enfin, que nos proches soutiens reçoivent l’expression réitérée de notre gratitude :
Mesdames Sylvie André, Isabelle Proust, Karine Léocadie, Vāhi Sylvia TuheiavaRichaud, Flora Devatine, Chantal Atem, Ranitea Laughlin
Messieurs Félix Atem, Daniel Royot, Gérard Hugues
8
Kevin J. Hayes, Florent Atem, William Merrill Decker, John C. Orr et Ormond Seavey
Clôture du colloque avec tous les participants
9
10
Ce volume est dédié à notre ami le Professeur Daniel Royot.
INTRODUCTION
La Princesse de la paix et l’Écrivain venu de la mer
En cette décennie qui marque le bicentenaire de la naissance de la cheffesse
tahitienne Ariitaimai, c’est avec une émotion difficile à décrire que nous présentons
au public le présent volume, où sont rassemblés les textes des communications données pendant les journées du colloque international « Henry Adams et les Mémoires
de Ariitaimai ». Nous sommes plus qu’heureux de partager par le biais de ces actes de
colloque le contenu de ces journées de réflexion et d’échanges, qui se sont tenues à
l’Université de la Polynésie française du 27 février au 1er mars 2023 pour les communications formelles, puis le 2 mars et le 22 avril 2023 pour les temps de restitution sur
les grands sites historiques liés à la vie de Ariitaimai, notamment dans la commune de
Papara, ancien fief du clan des Teva.
Depuis le déroulement du colloque, trois événements éditoriaux relatifs à l’histoire familiale de Ariitaimai ont marqué la vie culturelle polynésienne : la publication
en octobre 2024 de l’ouvrage biographique inédit Marau Taaroa, dernière reine de Tahiti par S.A.R. Raanui Daunassans Pōmare, arrière-arrière-petit-fils de la cheffesse Teva,
qui, lors de son intervention au colloque, avait bien voulu partager quelques-unes des
réflexions désormais consignées dans son livre alors en préparation ; on soulignera
aussi la réédition par la Société des Études océaniennes, en début d’année 2025, du
classique Alexandre Salmon (1820-1866) et sa femme Ariitaimai (1821-1897), deux figures
de Tahiti à l’époque du Protectorat, par Ernest Salmon, publié initialement en 1964
par la Société des Océanistes à Paris et déjà réédité depuis lors pour son importance
testimoniale ; enfin, une autre importante publication de la Société des Études océaniennes est venue clôturer l’année 2025, la réédition par le même Raanui Daunassans
Pōmare, pour la première fois à Tahiti, des Mémoires de Marau Taaroa, dernière reine
de Tahiti, enrichis de documents, annotations, planches généalogiques, illustrations
et photographies.
C’est dire le prestige plus que jamais actuel d’une constellation de figures prégnantes de l’histoire locale, dont le champ d’action, loin de se retreindre à la jonction
temporelle et idéologique entre deux moments révolus de la construction d’une Polynésie pré-moderne, s’étend au contraire jusqu’à notre réalité contemporaine, par le
11
rayonnement régulièrement ravivé de ces personnages-phares de la geste tahitienne
sur la pensée académique comme sur les représentations collectives du corps culturel
polynésien.
C’est donc avec une certitude, celle de l’élan authentique et encore vivace qui a
animé l’ensemble des participants et du public venu nombreux, que les organisateurs
du colloque « Henry Adams et les Mémoires de Ariitaimai » voudraient revenir ici sur la
démarche commune qui fut à l’origine de l’événement.
Le lundi 27 février 2023, ce fut non sans plaisir que nous avons accueilli à
l’Université de la Polynésie française des auditeurs aussi divers que des membres du
Gouvernement de la Polynésie française, dont Monsieur le Président Édouard Fritch
et plusieurs de ses ministres, des chercheurs, enseignants et étudiants de l’établissement, ainsi que de nombreux auditeurs extérieurs à la sphère académique. S’il a
su fédérer un public aussi varié, c’est sans doute en partie parce que cet événement
scientifique et culturel, plutôt que de donner la primauté à un versant de son épistémè
polymorphe au détriment des autres, était consacré à un tandem improbable : celui
formé par la dernière cheffesse du puissant clan Teva de l’ancien Tahiti, Ari’ioehau
Ta’aroari’i a Tati, plus connue sous le nom de Ariitaimai, et l’historien américain Henry
Adams, descendant de deux présidents des États-Unis, tandem immortalisé au tournant des XIXe et XXe siècles dans une œuvre aux confins de l’histoire, de la littérature
et du témoignage, les Mémoires de Ariitaimai.
La cheffesse tahitienne et l’homme de lettres venu de la mer
Née en 1821 à Papeari et décédée en 1897, Ariitaimai était, par son père, la petite-fille du Grand Chef Tati. Adoptée par la veuve du roi Pōmare II, elle devint la sœur
adoptive de Pōmare III et de la future reine Pōmare IV, ’Aimata, avec qui elle entretint
toujours des liens affectifs étroits. C’est lors de son mariage en 1842 avec le Londonien Alexander Salmon que le nom de Ariitaimai, « Prince venu de la mer », fut donné
aux deux époux, conformément à la coutume tahitienne, et que celui de Ariitaimai Vahine fut particulièrement attribué à la cheffesse du clan des Teva. Ariitaimai succéda à
son père en 1855 à la tête du district de Papara, dont elle assura le développement par
son mode de gouvernance favorable aux relations avec l’extérieur. Elle s’illustra par
divers traits de générosité qui témoignent de sa politique d’ouverture et d’échange.
À plusieurs titres, elle reste une figure remarquable de l’histoire tahitienne : au rang
élevé qu’elle occupa dans la dynastie des Teva, à la prospérité économique qu’elle sut
instaurer dans ses terres, s’ajoute son influence pacificatrice déterminante dans les
moments de crise qui jalonnèrent le processus de l’implantation française.
Dès l’époque de l’établissement du Protectorat français, elle joua un rôle politique et diplomatique important : en 1842, pendant la période qui se solda par la signature du traité, c’est elle qui servit de médiatrice entre les représentants de la France
et la reine Pōmare IV, alors exilée volontaire à Mo’orea. En 1846, elle mena encore avec
succès les négociations indispensables au retour de la paix lorsque culminèrent les
tensions qui opposaient le gouverneur Bruat aux chefs tahitiens. En l’absence de la
12
reine, réfugiée à Ra’iātea, elle refusa la couronne de Tahiti que lui proposait le gouverneur, et accepta d’être son intermédiaire auprès des souverains des Îles-sous-le-Vent
ainsi que de la reine elle-même, qu’elle parvint à convaincre de revenir à Tahiti.
Parmi les neuf enfants qu’eurent Ariitaimai et Alexander Salmon, la reine Marau Ta’aroa fut l’épouse du dernier souverain de Tahiti Pōmare V. Tati Salmon, quant
à lui, succéda à Ariitaimai à la tête du district de Papara. Ce fils, qui se lia d’une amitié
indéfectible avec Henry Adams, apporta son aide à l’écrivain voyageur bostonien lorsqu’il rédigea le récit de la vie de la cheffesse.
Empreints de la sensibilité personnelle de l’auteur américain, mais aussi document important de l’historiographie tahitienne, par leur intérêt tant informatif et
culturel que littéraire, les Mémoires de Ariitaimai se situent au croisement de plusieurs expériences : émanation de l’identité autochtone, ils sont aussi un témoignage
littéraire de la rencontre humaine, affective et idéologique, entre deux cultures, entre
deux mondes, entre la famille de l’illustre cheffesse tahitienne et un professionnel de
l’écriture issu d’une prestigieuse lignée américaine.
La recherche comme lieu de contact
C’est cette idée de rencontre que les organisateurs ont souhaité mettre au
centre du colloque dont le présent volume transcrit les actes. À ce titre, il nous a semblé indispensable d’y associer des membres de la grande famille Salmon, descendants
de Ariitaimai, qui nous ont fait l’honneur de s’impliquer avec enthousiasme non seulement dans la réalisation de l’événement, mais aussi dans la diffusion médiatique a
posteriori des discussions qui en ont émergé, et, bien entendu, dans sa préparation, à
travers les nombreuses réunions de travail qui ont rassemblé, en amont des journées
de conférence, les membres de cette vaste famille – dont certains, de leur aveu propre,
ont pu se rencontrer pour la première fois à l’occasion de ces travaux préparatoires.
En favorisant les phénomènes de feuilletage des perceptions et l’élaboration
d’une heuristique sédimentaire, le colloque s’est proposé d’être un lieu de dialogue
et d’articulation, entre discours scientifique et perception populaire, entre perspectives internationales et points de vue autochtones, entre approche synchronique
d’une époque cruciale dans l’histoire de la Polynésie et réflexion diachronique sur
l’influence de cette époque dans la construction d’une forme de modernité. Les journées de restitution, assurées en français et en tahitien par les intervenants locaux
et en particulier par Monsieur Félix Atem, maître de conférences honoraire de l’Université de la Polynésie française, spécialiste des Mémoires de Ariitaimai, étaient d’ailleurs destinées à parachever ce lien entre l’université et la population, et la démarche
consistant à aller à la rencontre des auditeurs, dans les pas mêmes des Teva, nous
paraissait devoir prolonger dignement une série de journées de recherches fécondes
menées au cœur de l’institution.
Quelques jours à peine avant la Journée de la Femme, l’un des objectifs du colloque était aussi de mettre à l’honneur une figure féminine de pouvoir, dont le rôle
13
a été politiquement déterminant à une époque troublée de l’histoire de la Polynésie.
Notre ambition était ainsi de mettre en évidence les divergences ou convergences de
perception à l’égard de cette figure de grande dame, et les manières dont la littérarité
de ses Mémoires favorise la diffraction d’une image déjà protéiforme, sinon fantasmée, de cette figure de proue de la culture tahitienne qui joua un rôle d’interface entre
son pays et le monde extérieur.
Naturellement, les Mémoires de la cheffesse rédigés par Henry Adams ont déjà
fait l’objet, par le passé, d’études scientifiques, notamment chez les américanistes1, et
les rencontres franco -américano-tahitiennes de 2023 avaient pour dessein de mettre
à jour, dans le contexte contemporain d’une recherche mondiale de plus en plus ouverte sur les autochtonies, les hypothèses qui avaient pu être formulées auparavant
sur cet ouvrage. Par la mise en contact des différents communicants, à la lumière
de ce que nous dit encore ce texte sur l’histoire d’un univers insulaire naguère à la
confluence de plusieurs puissances, à la lumière aussi d’une éventuelle rémanence
des antagonismes claniques dans la lecture que font aujourd’hui les descendants de
Ariitaimai de leur passé familial et du passé collectif, cet événement se proposait enfin de porter un regard prospectif sur le positionnement de la Polynésie actuelle dans
le contexte océanien et mondial de demain.
Des voix de divers horizons pour une exégèse protéiforme
Les trois journées académiques du colloque ont vu se succéder une quinzaine
d’intervenants, pour des communications en français et en anglais qui ont concerné conjointement l’histoire, la civilisation, la littérature et l’éducation. Les analyses
proposées en anglais par les universitaires américains ont fait l’objet d’une traduction simultanée par Monsieur Peter Brown, enseignant-chercheur de l’Université de
la Polynésie française et de l’Australian National University, ainsi que par Monsieur
Florent Atem, tandis que les traductions tahitien-français-anglais ont été assurées
par Monsieur Félix Atem, notamment pendant la phase d’échanges avec les auditeurs.
Outre les chercheurs de l’Université de la Polynésie française et les représentants de
la famille Salmon, la parole a ainsi pu être donnée à quatre professeurs d’universités
nord-américaines, spécialistes de civilisation américaine, de Henry Adams et/ou des
Mémoires de Ariitaimai, ainsi qu’à une collègue universitaire de Hawai‘i, spécialiste de
la reine Lili‘uokalani, dernière souveraine du royaume de Hawai‘i avant l’annexion de
l’archipel par les États-Unis.
Le colloque a ainsi rassemblé des intervenants aux champs d’expertise complémentaires, pour une rencontre à la confluence des horizons continentaux et insulaires, américain, français et polynésien :
1 De façon non-exhaustive, on citera les travaux de Pierre Lagayette, en particulier l’ouvrage Henry Adams et les
mers du Sud : « The Memoirs of Arii Taimai », Université de Pau, 1977, ainsi que la thèse de doctorat de Félix Atem,
« Henry Adams et le Pacifique Sud : De l’expérience tahitienne aux Mémoires d’Ariitaimai », soutenue à l’Université Sorbonne Nouvelle Paris 3 en 1996 sous la direction de Daniel Royot. On mentionnera aussi, au sein de la très
active American Literature Association fondée en 1989 (« a coalition of societies devoted to the study of American
authors »), l’existence de la Henry Adams Society, dirigée par les Professeurs Orr et Decker, qui faisaient partie des
invités au colloque. (URL : https://americanliteratureassociation.org/)
14
1. John C. Orr, de l’Université de Portland
2. Florent Atem, de l’Université de la Polynésie française
3. Kevin J. Hayes, de l’Université de Central Oklahoma
4. Ormond Seavey, de l’Université George Washington
5. Terupe Salmon, Vaite Thiébaut, Ueva Salmon et Tati Morgant, descendants de Ariitaimai
6. S.A.R. Raanui Daunassans Pōmare, arrière-petit-fils de la reine Maurau Ta’aroa et
arrière-arrière-petit-fils de Ariitaimai
7. Sylvie André, de l’Université de la Polynésie française
8. Leilani Basham, de l’Université de Hawai‘i à Mānoa
9. William Merrill Decker, de l’Oklahoma State University
10. Carole Atem, de l’Université – INSPÉ de la Polynésie française
11. Vāhi Sylvia Tuheiava-Richaud, de l’Université de la Polynésie française
12. Isabelle Proust, de l’Université – INSPÉ de la Polynésie française
13. Tonyo Toomaru, de l’Université – INSPÉ de la Polynésie française
Un faisceau d’enjeux transdisciplinaires
Les Mémoires de Ariitaimai sont généralement considérés comme un texte
moins connu que d’autres sources perçues comme fondamentales pour la connaissance de l’histoire polynésienne2. Il s’agit sans conteste d’un ouvrage hybride, semi-biographique, semi-historique, de facture partiellement romanesque et poétique,
rédigé par l’écrivain américain Henry Adams mais sous la forme d’un récit autobiographique où la première personne grammaticale réfère à la cheffesse Teva, en dépit de
toutes les barrières linguistiques qui semblaient pouvoir compromettre un tel projet.
Conçu autour de ce témoignage au statut auctorial complexe, le colloque international éponyme de 2023 s’est situé à l’intersection de plusieurs champs de recherche en
sciences humaines, notamment la civilisation, l’histoire et la littérature ; il a en outre
articulé les perspectives culturelles et linguistiques américaine, océanienne et francophone. Par sa dynamique interdisciplinaire et pluriculturelle, il a fait dialoguer des
spécialistes internationaux, des chercheurs locaux, et des membres de la sphère sociale représentés par plusieurs descendants de la cheffesse Ariitaimai, qui ont pu exposer et confronter leurs sources, leurs informations, leurs hypothèses et leurs points
de vue respectifs sur le statut de l’ancienne cheffesse dans la société tahitienne, en
particulier sur son rôle socio-politique décisif à un moment charnière de l’histoire
polynésienne. L’examen conjoint de la genèse, de la visée et de la technique narrative
subtile de ces Mémoires a constitué l’un des autres axes forts des communications
proposées, lesquelles, en se concentrant sur la rhétorique à double entente de l’ouvrage et sur son axiologie ambiguë, ont conforté en fin de compte, si besoin était, son
statut de trace singulière dans la chronique et l’historiographie d’une société insulaire
alors en cours d’européanisation.
2 On pense bien sûr au très fameux Ancient Tahiti de Teuira Henry (Honolulu, Bernice P. Bishop Museum, 1928,
puis Paris, Musée de l’Homme, 1951, pour la version française, Tahiti aux temps anciens, traduite par Bertrand
Jaunez et publiée par la Société des Océanistes).
15
À l’instar de l’événement, ces actes de colloque ont l’ambition sincère d’ouvrir
un espace possible d’articulation entre discours scientifique et perception collective,
entre regard spécialiste et intuition affective, entre perspectives exogènes et points
de vue autochtones – notions délicates et souvent tues, que nous avons choisi d’aborder plutôt que de les contourner, confiants dans le désir commun de rencontre qui a
nourri de part et d’autre, en toute humilité, l’effort d’échange et de mise en regard des
conceptions culturelles en présence.
Parmi les thèmes et aspects qui ont été particulièrement abordés, le lecteur
retrouvera, dans les textes des interventions successives, les questions qui furent au
centre des réflexions des contributeurs :
-la figure de la femme polynésienne, en particulier la femme de pouvoir, éventuellement à l’épreuve de la pression – voire de l’oppression – politique,
-la mise en avant des autochtonies traditionnelles et contemporaines,
-l’analyse des problèmes de langues et de communication dans une situation de
contacts coloniaux,
-la nature complexe des rapports interculturels entre l’historien américain, héritier d’une lignée dynastique prestigieuse, et la famille de l’illustre cheffesse,
-l’importance du témoignage historique, social et culturel que représente le texte
de Adams pour l’étude d’une période de l’histoire polynésienne sur laquelle les
sources sont limitées, en particulier les sources émanant de témoins directs et/ou
issues de points de vue endogènes,
-la littérarité du texte produit par l’historien, les questions d’auctorialité et de
polyphonie qui en infléchissent les orientations pragmatiques et la portée politique,
-la mise à jour des supports pédagogiques disponibles sur le Territoire dans une
perspective de contextualisation des enseignements d’histoire, de civilisation polynésienne et de littérature sur la période et les grandes figures concernées, à savoir le déclin de la dynastie des Teva à un tournant du destin du pays.
Du point de vue linguistique, les moments de dialogue avec le public ont été spécialement caractérisés par un recours syncrétique aux langues tahitienne, française
et anglaise. Les organisateurs se permettent de signaler leur émotion au souvenir de
cette présence vivace des trois langues qui a fortement contribué à la dynamique des
échanges, au sein même de l’amphithéâtre principal de leur université d’exercice. Ils
se réjouissent tout autant du succès des temps de restitution du colloque, où les intervenants locaux s’attachèrent à diffuser les analyses développées par les conférenciers
auprès des descendants de la famille de Ariitaimai et de la population, phase à laquelle
le comité d’organisation accordait, depuis les prémices de l’élaboration du projet, une
attention particulière.
Dans les traces de Henry Adams, les contributeurs dont les textes dialoguent ici
tendent tous à mettre en évidence la complexité, mais aussi le charisme de la cheffesse
prééminente que fut Ariitaimai. Au prisme d’une œuvre dont la littérarité marquée
traduit poétiquement les troubles d’une époque de changement irrépressible, c’est la
gémellité profonde entre deux mondes en apparence disparates qui transparaît, tan16
dis que l’homme de plume venu de la mer, dans sa quête idéaliste d’une indigénéité
essentielle, dessine, sous les traits de la vénérable Princesse de la paix3, les contours
d’une très réelle amitié humaine.
Florent Atem et Carole Atem
Décembre 2025
3 Sens du prénom de naissance de la cheffesse, Ari’ioehau.
17
L’ÉQUIPE DU COLLOQUE INTERNATIONAL
« HENRY ADAMS ET LES MÉMOIRES DE ARIITAIMAI »
Co-présidents du comité organisateur
Florent ATEM
Maître de conférences en Langues et littératures anglaises et anglo-saxonnes,
Spécialiste de civilisation américaine,
Agrégé d’anglais,
Université de la Polynésie française,
alors membre de l’EA 4240 GDI – Gouvernance et Développement insulaire,
aujourd’hui membre de l’UR 4241 EASTCO – Études approfondies des Sociétés
traditionnelles et contemporaines en Océanie
Carole ATEM
Maître de conférences en Langue et littérature françaises,
Spécialiste de l’écriture des Mémoires et pseudo-Mémoires,
Agrégée de lettres modernes,
INSPÉ – Université de la Polynésie française,
UR 4241 EASTCO – Études approfondies des Sociétés traditionnelles et contemporaines
en Océanie
Membre associé de l’EA 174 FIRL – Formes et Idées de la Renaissance aux Lumières,
Université Sorbonne Nouvelle Paris 3
Comité d’organisation
Florent ATEM, Co-Président (Maître de conférences de l’UPF)
Carole ATEM, Co-Présidente (Maître de conférences de l’UPF – INSPÉ)
Ueva SALMON (descendant de Ariitaimai)
Tati SALMON (descendant de Ariitaimai)
Isabelle PROUST (Professeure agrégée de l’UPF – INSPÉ)
Karine LÉOCADIE (Professeure certifiée et docteure de l’UPF)
Tonyo TOOMARU (Professeur certifié et doctorant de l’UPF – INSPÉ)
Félix ATEM (Maître de conférences honoraire de l’UPF)
Comité scientifique
Florent ATEM, Président (Maître de conférences de l’UPF)
Sylvie ANDRÉ, Vice-Présidente (Professeure émérite, honoraire de l’UPF)
Carole ATEM, Vice-Présidente (Maître de conférences de l’UPF – INSPÉ)
John C. ORR, Membre (Emeritus Professor of English and Assistant Provost, University
of Portland)
18
Ormond SEAVEY, Membre (Professor of English, George Washington University)
William Merrill DECKER, Membre (Regents Professor, Department of English,
Oklahoma State University)
Daniel ROYOT, Membre (Professeur émérite, honoraire de l’Université Sorbonne
Nouvelle Paris 3)
Vāhi Sylvia TUHEIAVA-RICHAUD, Membre (Maître de conférences honoraire de l’UPF)
Félix ATEM, Membre (Maître de conférences honoraire de l’UPF)
Traducteurs
Peter BROWN (traduction anglais-français, Australian National University – UPF)
Florent ATEM (traduction français-anglais et anglais-français, Maître de conférences
de l’UPF)
Félix ATEM (traduction français-anglais-tahitien, Maître de conférences honoraire de
l’UPF)
Étudiants et stagiaires adjoints à l’organisation
-Des étudiants de Licence 3e année de Langues, Littératures et Civilisations étrangères
et régionales, parcours Anglais de l’Université de la Polynésie française :
Kim CHING, Heipoetea FAANA, Élodie GARCIN, Hoanui MAIRAU, Turukiteraihaunui
MARITERAGI, Herenui NEUFFER, Raumata TETUANUI, Tuhiva TEVAEARAI
-Des stagiaires de Master 2e année de MEEF4 Pratiques et Ingénierie de la Formation,
parcours Médiation scientifique et culturelle, de l’INSPÉ de la Polynésie française :
Mesdames Marie CURIEUX, Georgia DOMINGO et Vanessa PANI
-Les étudiants de Licence 1ère année de Langues, Littératures et Civilisations étrangères
et régionales, parcours Langues polynésiennes de l’Université de la Polynésie
française, sous la direction de Madame Karine LÉOCADIE
Universités impliquées
En Amérique du Nord :
-University of Portland
-George Washington University
-University of Central Oklahoma
-Oklahoma State University
À Hawai‘i :
-University of Hawai‘i at Mānoa
En France :
-Université de la Polynésie française
-Université Sorbonne Nouvelle Paris 3
19
DÉROULEMENT DU COLLOQUE
Tout comme sa phase d’ouverture, l’ensemble de l’événement s’est déroulé en
présence d’un public substantiel incluant, outre des descendants du clan des Teva et des
personnes intéressées par la thématique, de nombreux représentants des institutions
culturelles et politiques locales, dont des membres de l’Académie tahitienne, notamment
Madame Flora Devatine, alors à la tête du Fare Vāna’a, et Monsieur Emmanuel Nauta, qui
lui a, depuis, succédé.
L’ouverture du colloque a été marquée par plusieurs temps forts que nous voudrions évoquer ici.
-Chant traditionnel du clan des Teva, le hīmene « Teva tamaiti māmari e », interprété par
les étudiants de Licence 1ère année de Langues, Littératures et Civilisations étrangères
et régionales, parcours Langues polynésiennes de l’Université de la Polynésie
française, sous la direction de Madame Karine Léocadie
-Discours du Vice-Président de l’Université de la Polynésie française, Monsieur JeanPaul Pastorel
-Discours du Vice-Recteur de la Polynésie française, Monsieur Thierry Terret
-Discours du Président du Gouvernement de la Polynésie française, Monsieur Édouard
Fritch
-Discours d’ouverture en français et allocution en tahitien des co-organisateurs du
colloque, précisant les ambitions scientifiques et les enjeux sociaux de l’événement
-Séance inaugurale du colloque par le Professeur émérite John C. Orr de l’Université
de Portland
Titres et thèmes des communications
John C. Orr (University of Portland)
“Seeing from the Inside: Henry Adams’s Affective Transformation”
(« Voir de l’intérieur : la transformation affective de Henry Adams »)
Les deux versions des Mémoires de Ariitaimai
Florent Atem (Université de la Polynésie française)
« Les Mémoires de Ariitaimai par Henry Adams : stratégie narrative et importance
de l’œuvre dans l’historiographie du Pacifique »
Kevin J. Hayes (University of Central Oklahoma)
“The Critical Reception of Henry Adams”
(« La réception critique de Henry Adams »)
Présentation de l’auteur des Mémoires de Ariitaimai
20
Ormond Seavey (George Washington University)
“Henry Adams and History: The United States and Tahiti”
(« Henry Adams et l’Histoire : les États-Unis et Tahiti »)
Liens entre les vies publique et privée de l’homme de lettres américain
Florent Atem (Université de la Polynésie française)
« Le périple de Henry Adams dans les mers du Sud »
Ueva Salmon, Terupe Salmon, Vaite Thiébaut, Tati Morgant (descendants de Ariitaimai)
« Une autre vérité sur Ariitaimai »
S.A.R. Raanui Daunassans Pōmare (arrière-petit-fils de la reine Marau Ta’aroa et
arrière-arrière-petit-fils de Ariitaimai)
« Les relations entre Ariitaimai et la reine Pōmare IV »
Sylvie André (Université de la Polynésie française)
« Reines ou cheffesses : les femmes politiques en Polynésie entre la “découverte” et
l’annexion »
Leilani Basham (University of Hawai‘i at Mānoa)
“E Mālama i ka Maluhia: Legacies of Peace from Tahiti and Hawai‘i”
(« E mālama i ka maluhia : héritages de paix de Tahiti et de Hawai‘i »)
La cheffesse Ariitaimai et la reine Lili‘uokalani
William Merrill Decker (Oklahoma State University)
“The Many Faces of the Many and the One”
(« Les multiples facettes du grand nombre et de l’unique »)
La philosophie de Henry Adams : unité et multiplicité
Carole Atem (Université – INSPÉ de la Polynésie française)
« Des Mémoires d’Ancien Régime aux Mémoires de Ariitaimai par Henry Adams :
perspective transhistorique »
Vāhi Sylvia Tuheiava-Richaud (Université de la Polynésie française)
« Les chants et légendes présents dans les Mémoires d’Arii Taimai de Henry Adams
(édition 1964) : des fragments de littérature polynésienne orale des Teva de Tahiti
pour servir de base de référence à l’histoire du Tahiti ancien »
Isabelle Proust (Université – INSPÉ de la Polynésie française)
« Pistes d’exploitations pédagogiques des Mémoires de Ariitaimai en classe de
français au collège et au lycée »
Tonyo Toomaru (Université – INSPÉ de la Polynésie française)
« Quand les histoires se rencontrent… et les cultures se racontent… »
21
22
Texte du chant traditionnel des Teva
Te hīmene « Teva tamaiti māmari e »
Interprété le 27 février 2023 par les étudiants de Licence 1ère année de Langues,
Littératures et Civilisations étrangères et régionales, parcours Langues polynésiennes
de l’Université de la Polynésie française, en ouverture du colloque
Sous la conduite de Madame Karine Léocadie :
Teva tamaiti māmari e
’Ua iheihe Hotuti’a e te māuiui fānau e
Te patura’a u’au’a e
Fānau ’ōmurira’a nā te reva e
Vauvau-noa-hia te rau ’ape e
’Īhia i te ua rahi e ’auē o Teva e
O Teva tā’u tamaiti māmari e
Huri a’e tō mata
’Apetahi tō mata
I te mau pōti’i e
Tiare herehia (e) te mau pōti’i o tō’u ’āi’a e
Huri a’e tō mata ’apetahi tō mata
I te mau pōti’i e ’Eimeo
I te rā(rā)varu
’Ia ora
Traduction de Madame Vāhi Sylvia Tuheiava-Richaud :
Teva, l’enfant issu de la laitance de poisson
Hotuti’a est belle dans les douleurs de l’enfantement
Entreprise au fluide liquide
Délivrance de poisson par le firmament
Sur un tapis de feuilles de ’ape étalées
Recouvert des grandes eaux d’où Teva a poussé son cri
Mon fils Teva issu de la laitance de poisson
Tourne ton visage
Regarde de côté
Du côté des jeunes filles
Fleurs chéries sont les jeunes filles de ma terre natale
Tourne ton visage, regarde de côté
Du côté des jeunes filles de ’Eimeo
Aux huit radiations
Que la vie soit
23
24
DISCOURS DU VICE-PRÉSIDENT
DE L’UNIVERSITÉ
DE LA POLYNÉSIE FRANÇAISE,
MONSIEUR JEAN-PAUL PASTOREL
Monsieur le Président de la Polynésie française,
Mesdames et Messieurs les Députés et Sénateurs,
Monsieur le Vice-Président,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Madame le Maire,
Mesdames et Messieurs les Représentants à l’Assemblée de la Polynésie
française,
Monsieur le Secrétaire général du Gouvernement,
Mesdames et Messieurs les Chefs de service,
Chers collègues,
Chers étudiants,
Mesdames et Messieurs,
’Ia ora na i tō tātou fārereira’a.
Monsieur le Président de l’Université, qui devait intervenir à l’ouverture de cette
Journée d’études, regrette d’avoir été empêché de participer à cet événement. Il m’a chargé de le remplacer en vous transmettant ses regrets, ses salutations et l’assurance de l’intérêt vigilant qu’il porte à vos travaux.
C’est avec un immense plaisir que je participe aujourd’hui, avec ma collègue, Nabila Gaertner-Mazouni, notre vice-présidente Recherche, à l’inauguration de ce beau
colloque sur « Henry Adams et les Mémoires de Ariitaimai », aux côtés de Monsieur le
Président de la Polynésie française, que je tiens à remercier chaleureusement pour son
soutien et sa contribution généreuse à cet événement, ainsi que ceux des ministères de la
Culture et de l’Éducation.
Je veux aussi exprimer mes plus vifs remerciements à Carole et Florent Atem qui
ont pris l’initiative de ces quatre journées d’études ainsi qu’au comité organisateur et au
comité scientifique du colloque qui ont permis leur réalisation.
Permettez-moi aussi de remercier toutes celles et tous ceux qui, dans les laboratoires et les instances de l’université – je n’oublie pas l’INSPÉ, dans les services qui
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viennent en support, ont prêté leur concours à ce colloque, et saluer tous les invités et
participants à cette rencontre, venus débattre à l’Université de la Polynésie française.
Les « Mémoires de Ariitaimai », illustre descendante des derniers chefs historiques
de la dynastie d’un des clans les plus prestigieux de Tahiti, constituent une source d’une
valeur inestimable d’informations sur l’ancienne société tahitienne, ses légendes, ses
chants, ses généalogies. Cette œuvre autobiographique est d’autant plus intéressante
pour tous ceux qui s’intéressent à l’histoire et à l’ethnologie tahitiennes que les récits et
descriptions faits par des savants et historiens tahitiens, sur le modèle par exemple des
Hawaiian Antiquities de Malo, sont rares. Sa rencontre avec Henry Adams, qui appartient
à l’une des plus grandes familles américaines (son grand-père et son arrière-grand-père
furent présidents des États-Unis) et qui eut une chaire d’histoire médiévale à Harvard, a
permis la transmission de cet héritage précieux, même s’il faut distinguer la contribution
de l’historien de celle de Ariitaimai.
On écoutera alors avec d’autant plus d’attention et d’intérêt les interventions qui
vont se succéder tout au long de ces journées d’études et qui articuleront perspectives
académiques et points de vue autochtones, en faisant dialoguer spécialistes internationaux, chercheurs locaux et descendants de Ariitaimai, l’illustre cheffesse du clan des Teva.
Les intervenants présenteront le résultat de leurs plus récentes recherches sur la
personnalité de Ariitaimai et son statut de grande dame de la société polynésienne, son
rôle politique qui a déterminé le cours de l’histoire de son pays, la genèse des mémoires et
la technique narrative utilisée par l’auteur, sans oublier les circonstances qui ont motivé
le périple dans les mers du Sud de l’historien américain.
Autant de questions passionnantes, dont je ne voudrais pas plus longtemps retarder l’étude.
Je vous remercie donc d’être venus en débattre à l’UPF et souhaite plein succès aux
travaux de cette rencontre internationale.
Māuruuru roa. Te aroha ia rahi.
26
DISCOURS DU VICE-RECTEUR
DE LA POLYNÉSIE FRANÇAISE,
MONSIEUR THIERRY TERRET
Monsieur le Président de la Polynésie française,
Madame, Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Vice-Présidents de l’Université de la Polynésie
française,
Mesdames et Messieurs, en vos titres et qualités,
Chers étudiants,
’Ia ora na et un « ’ia ora na » très particulier pour tous nos collègues qui viennent de
loin, qui arrivent de Portland, qui arrivent de l’Oklahoma, qui arrivent de Hawai‘i : merci
d’avoir fait ce déplacement ; ils arrivent aussi de la George Washington University pour
rejoindre l’UPF pour ces journées importantes et je me réjouis de voir autant de monde
parce qu’un colloque, dans une université, c’est toujours un moment fort, un moment intense de rencontres et d’échanges. Mais il y a, au-delà de cette habitude académique de
se réunir pour discuter de tel ou tel objet, des raisons sans doute plus spécifiques, plus
particulières, qui font que nous devons collectivement nous réjouir d’être ensemble.
D’abord, il faut saluer, dans ce projet, les motivations clairement interdisciplinaires, qui nous réunissent, qui vont de l’histoire à la littérature, et ce n’est pas si fréquent,
y compris à l’Université, que de donner des espaces et des temps d’échange, de confrontation, de dialogue entre des univers scientifiques – même s’ils relèvent du grand champ
des sciences sociales – qui ne sont pas identiques. Et, pour avoir dirigé pendant quelques
décennies un laboratoire interdisciplinaire, je sais tout à fait de quoi il ressort quand on
souhaite promouvoir l’interdisciplinarité.
La seconde raison qui me fait me réjouir avec vous ici, c’est l’opportunité qui nous
est collectivement donnée de faire dialoguer des scientifiques, d’un côté, et des grands
témoins, comme l’on dit, de l’autre ; des spécialistes académiques – de la narration, de
l’histoire – et, de l’autre côté, celles et ceux dont la connaissance est sans doute plus incorporée, moins conforme, en tout cas, à la doxa universitaire et ça, c’est également un
pari, un pari heureux.
Il y a une troisième raison : le projet même de ce colloque place l’interculturalité au
centre de ces échanges, avec un parti pris qu’on ne peut que partager. Ce parti pris, c’est
27
le fait que parler de l’Autre, à la vérité, c’est un révélateur de soi ; dire l’Autre en dit sans
doute davantage sur qui on est, d’où on vient. Quand Henry Adams rapporte les propos
de Ariitaimai, il les met en mots et, dans ses déformations, il nous apprend autant, voire
davantage, sur la société américaine dont il est issu que sur la société polynésienne qu’il
nous donne à lire. Mais malgré cela, ce colloque doit fondamentalement éclairer la place
du récit local dans la compréhension de l’histoire de la Polynésie française et, de ce point
de vue, on ne peut pas saisir toute l’épaisseur de cette histoire de la Polynésie sans replacer en son corps, en son sein, tout ce que le clan Teva a représenté et on ne peut pas appréhender toute cette influence du clan Teva sans travailler à une meilleure connaissance
de Ariitaimai.
Histoire culturelle, histoire sociale autant qu’histoire politique, en tant qu’historien, je suis extrêmement heureux de pouvoir écouter et puis, j’espère, après ces journées,
de pouvoir lire les échanges que vous, spécialistes, allez mener pendant cet événement.
Mais je le suis aussi en tant que vice-recteur parce que j’ai vu avec beaucoup d’intérêt,
dans les résumés, qu’il y avait sans doute une ultime idée forte dans ces communications :
celle de pouvoir alimenter, d’une certaine manière, les programmes d’enseignement,
ou plus exactement de mieux pouvoir adapter aux programmes cette partie essentielle
qu’est l’histoire de la Polynésie à travers, encore une fois, ce dialogue entre un Américain
et une grande cheffesse. Cette mission d’aider les élèves à comprendre le monde dans
lequel ils vivent est au cœur des politiques éducatives, et je crois que ce colloque peut
pleinement y participer.
Merci donc à Florent et Carole Atem d’avoir rendu ces rencontres possibles. Nous
attendons avec impatience les actes, qui ne manqueront pas d’offrir des prolongements
à ces journées.
Excellent colloque à toutes et tous.
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DISCOURS DU PRÉSIDENT
DE LA POLYNÉSIE FRANÇAISE,
MONSIEUR ÉDOUARD FRITCH
Cérémonie d’ouverture du colloque international :
« Henry Adams et les Mémoires de Ariitaimai »
Monsieur le Vice-Président de l’Université de Polynésie française,
Chers invités,
Mesdames et Messieurs,
’Ia ora na.
Je suis heureux de vous saluer au nom du Gouvernement de la Polynésie française,
à l’occasion de ce colloque international dédié à « Henry Adams et les Mémoires de Ariitaimai ».
Je tiens d’ailleurs à remercier les organisateurs pour cette initiative : Carole et Florent ATEM.
Permettez-moi de dire quelques mots sur mes deux citoyens engagés de Pirae, Carole et Florent.
Florent est membre du conseil municipal de Pirae, en prenant la succession de son
père, Félix, qui fut adjoint au maire de Pirae.
Je dois vous avouer que j’ai eu de l’admiration et du respect pour cette famille pleine
de ressources. Un papa maître de conférences à l’université, une maman professeure en
secondaire, Carole et Florent, artistes de musique et maîtres de conférences à l’université.
Et de plus, ils sont des citoyens engagés au sein de la municipalité de Pirae. Merci et bravo
pour toute cette énergie au service des autres, au travers de l’enseignement, du mandat
municipal et de la musique.
Ce colloque sur une personnalité importante de notre histoire, ARIITAIMAI, est un
nouveau pas dans votre envie de servir votre pays, en apportant votre pierre sur un thème
qui semble lier, à la fois, l’histoire, la littérature, la sociologie, la politique et l’anglais.
29
Aussi, l’occasion nous est enfin donnée de rendre visibles les difficultés de coopération entre Marau Taaroa et l’écrivain Henry Adams, quant à l’écriture du récit d’une
histoire de Tahiti, à partir du matériel historique et de la tradition orale, fournis par Marau.
Deux œuvres, en langue anglaise, écrites par Henry Adams, sortiront de cette rencontre :
• Memoirs of Marau Taaroa, Last Queen of Tahiti, parus en 1893 ;
• Memoirs of Arii Taimai, qui est une révision substantielle de l’édition de 1893, publiée à Paris en 1901.
Elles ont marqué et façonné la mémoire des Polynésiens, sans toutefois réussir à
refléter la vision de Marau. Émaillant son récit des témoignages et des observations de
Cook, Bligh, Ellis, Moerenhout, le dépositaire des Mémoires de Ariitaimai, Henry Adams,
n’a pas pris le contenu de son récit pour de la « nourriture précieuse ».
Et malgré toutes les tentatives des Ari’i de la famille de Marau de transmettre les
fondements et les grandes lignes de la tradition tahitienne, les représentations d’un
Moerenhout, d’un Ellis et de bien d’autres ne parviendront jamais à capter complètement
la structure profonde de la société d’alors.
Est-ce que le prisme de perception et de compréhension de Moerenhout ou de Ellis
aurait pu tronquer, voire altérer dans sa forme, la réalité de l’époque ?
En tout cas, la question mérite d’être posée car nous avons tous besoin de vérité.
En 1972, paraissait, dans la série des Publications de la Société des Océanistes, l’ouvrage n° 27, intitulé Mémoires de Marau Taaroa, dernière reine de Tahiti, une traduction de
la Princesse Takau Pōmare, à partir d’un manuscrit original rédigé en anglais par Marau
elle-même.
Elle passait alors d’un rôle d’informateur à celui d’auteur, prenant soin d’écrire
elle-même l’histoire de Tahiti. Car, qui mieux qu’une Ari’i vahine pouvait comprendre les
mystères de l’organisation sociale ou culturelle de Tahiti ?
Les Mémoires de Marau Taaroa présentent le point de vue des Ari’i de Tahiti, légitimé par :
• son statut de Ari’i vahine de Tahiti, par son mariage avec Pōmare V ;
• sa double appartenance aux deux dernières Maisons de Ari’i de Tahiti :
-Te pori o nu’u par les Pōmare, d’où son nom de Ta’aroa ;
-Tevaiuta de la Maison des Teva par sa mère Ariitaimai, Cheffesse de Papara.
30
Il faut les considérer comme une « nourriture précieuse ». Ils permettent à leurs
dépositaires de devenir le porte-parole de Ari’i de cette époque.
Et je suis certain que vos études et travaux de recherches récents, vos échanges
durant ces quelques jours, ainsi que vos coopérations à venir, seront fructueux.
Je vous souhaite un très bon colloque.
’Ia maita’i ’outou e ti’a ai !
Māuruuru !
31
Allocution d’ouverture en tahitien
Te Peretiteni o te Hau Fenua, te Mono Peretiteni,
e tae noa atu i te Feiā mana o te fenua nei :
nā Hui To’ofā, te mau ’Īriti ture,
te mau Fa’aterehau o te fenua,
te Fa’aterehau nō nā Papa e toru o te Ha’api’ira’a e nō te Ta’ere,
te mau Mono Peretiteni o te Fare Ha’api’ira’a Tuatoru nō Porinetia farāni,
te fa’atere nō te Fare INSPÉ, e tae noa atu i te mau fa’atere nō te EASTCO e te GDI,
’ia ora na.
’Ia ora na ato’a ’outou pauroa, e te mau hoa tei tae mai i teie nei mahana.
Nā ni’a i tō māua i’oa o Florent, e tae noa atu i te mau ’orometua nō te Fare
Ha’api’ira’a Tuatoru nei, o tei fa’ari’i e fa’aō mai i roto i teie fa’anahora’a, tē hina’aro
nei au e ha’amāuruuru maita’i ia ’outou pā’ato’a nō te pāhonora’a mai i tā māua
tītau-manihini-ra’a ia ’outou, nō teie mahana ’iritira’a i te rurura’a o tā māua i
fa’atupu.
I te roara’a o nā mahana e toru, e tuatāpapahia te parau nō te hō’ē ta’ata pāpa’i puta
tu’iro’o nō te fenua Marite o Henry Adams, ’oia o tei pāpa’i i te ’ā’amu o te orara’a o
te hō’ē vahine tu’iro’o nō tō tātou fenua, te tupuna vahine ia o tō mātou mau hoa
nō te ’ōpū fēti’i Salmon, o Ari’ioehau Ta’aroari’i a Tati, tei pi’i-noa-hia o Ari’itaimai, i
fa’aipoipohia ia Alexander Salmon.
Ia ’outou pā’ato’a, māuruuru, e māuruuru roa !
Allocution écrite par Carole Atem et Félix Atem
Prononcée par Félix Atem, le 27 février 2023
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SEEING FROM THE INSIDE:
HENRY ADAMS’S AFFECTIVE TRANSFORMATION
John C. Orr, Ph.D.
University of Portland / Emeritus Professor
My talk proposes an answer to a question that has long puzzled me: why in 1901 did
Henry Adams print a revised edition of his book on Tahitian history originally published in
1893? A corollary question is why—if his sole desire in pursuing the revision was to gather
more historical data—did he wait eight years before issuing the revised edition? Adams
was notoriously quick at researching and writing; David Brown notes that he completed
his biography on John Randolph in “a remarkable three-months sprint” (201). Why the
eight-year gap in the two editions of his Tahitian memoir? Since the book was privately
printed and had a limited distribution, one would be entirely justified in thinking that a
revision of the book was unnecessary. Yet, Adams spent his time and money revising and
reprinting it. For what end? And what does the timing of the reprint indicate about what
motivated the revision?
Edward Chalfant claims that the 1893 Memoirs of Marau Taaroa is, strictly speaking,
“not a book,” but instead “proof-sheets of a work-in-progress” (56). He likens the process
that Adams was following in 1893 to the 1907 version of The Education of Henry Adams
that Adams printed and sent to friends and associates asking for revisions and corrections. And indeed, one of the few remaining copies of the 1893 Tahiti book housed at the
Massachusetts Historical Society includes revisions apparently made by Marau’s brother,
Tati Salmon. Chalfant’s claim, however, rings a bit hollow when we remember that the
1918 posthumous version of The Education varies only slightly from the 1907 edition of
the work. I find it hard to believe that Henry Adams—a recognized stylistic perfectionist—
would allow anyone access to what he knew was an incomplete draft. Moreover, even if we
33
view the 1893 book as a work-in-progress, the second question of why the eight-year gap
in editions remains unanswered.
In a letter from 1905, Adams claimed that the second edition of the book “was not
made to be read. It was made only for my brother Tati to offer to the French government as
a basis for a family pension. At least, for that it was printed” (LHA V: 630). A measure of that
statement is undoubtedly true—Adams was attempting to assist the Salmon family in their
negotiations with the French government, and the addition of “The Story of Arii Taimai,
1846” appended to the revised edition as well as subsequent translations of the volume
into French lend credence to his assertion. However, I hear in his statement, “it was not
made to be read” a kind of disingenuous dismissal of his work that Adams occasionally
voiced when describing one of his books, often as a means of masking disappointment
when they were not widely acclaimed. His dismissal of the book stands in contrast to the
intention he had for it while in Tahiti when he wrote to Elizabeth Cameron that if Marau
“completes the memoirs, you will see” what the archaic woman was (LHA III: 485). Even if
only his private circle of friends, he anticipated an audience. Moreover, he noted in a letter
to Cameron in 1902 that he sent copies of the second edition of the book “in Tati’s name to
half a dozen public libraries” (LHA V: 378). Clearly, Adams prepared for the possibility of a
wider readership beyond his friends in Washington D.C.
Furthermore, if his sole intention in revising the book was to aid his adopted family, why would he alter the narrative in such a manner that makes the book decidedly
more difficult for a Western reader to decipher: beginning with Tahitian genealogy and
legend rather than Western linear history? Ronald Martin in The Language of Difference
claims that due to the intensive reliance on traditional Tahitian oral legends which do not
translate easily into English (and by association, French) the book’s “quality of readability
is highly questionable” before he sums up nicely that “the greatest drag on the book as
a literary performance is exactly what makes it ethnographically valuable” (77). The only
part of the revised edition that aids the Salmons in their appeal to the French government
is the concluding Arii Taimai story recounting her efforts to unite the island’s leaders in
negotiations with the French. If his true desire in printing the book was to aid the family,
would he not want to make that narrative the central story of the book?
These unsatisfactory answers to my initial questions lead me to propose an alternate way of approaching the revision to the volume and the intervening space between
editions. I contend that the revisions are evidence of a change in Henry Adams, historian
and writer, a change that allowed him to draw upon his emotions and affective responses
to the primary material in ways that were foreign to him only a few years prior. This affective transformation in Adams began in the South Seas as he slowly learned to see from the
inside, and it flourished as he traveled in France in 1895 and rediscovered French cathedrals. The impact of this shift led, I contend, to the revision of the Tahitian memoirs as well
34
as the decidedly unusual stylistic orientation of his two great masterworks: Mont-SaintMichel and Chartres and The Education of Henry Adams.
Traveling to Polynesia with the American artist John La Farge, Adams was immersed in the difficulties of painting watercolors, yet his letters routinely mentioned his
dabbling in paints as well as his and La Farge’s failures when attempting to capture tropical light and color. After decrying the weakness of his paintings in a letter, Adams noted that “I have learned enough, from La Farge’s instruction, to make me look at painting
rather from the inside, and see a good many things about a picture that I only felt before”
(LHA III: 448). Two elements of that quotation are important for my argument: first, the
emphasis on starting to see from the inside, a metaphor that I employ throughout this
paper to explain the changes that occurred in the sensibility of Henry Adams, one that
is manifest in his late works. The second is the emphasis on feeling and learning to be
available to what emotions reveal as an alternate epistemology that is more intuitive than
rational. As J. C. Levenson succinctly phrases it, Adams’s watercolors in the South Seas
were “the instrument of his sensuous education” (210), an enlightenment that impacted
his later books.
This enlightenment fully bloomed in 1895 with his rediscovery of French cathedrals. In a telling description, he remarked in a letter that although “it is the third time
I have seen Amiens, I never thoroughly felt it before” (LHA IV: 311). There is that word
again: felt, feeling, emotion, affect. David Brown notes that the “word ‘felt’ suddenly and
conspicuously entered his correspondence” when describing his response to cathedrals,
and just as Adams became a Teva by right of adoption in Tahiti, Brown notes that by
“Rejecting the rational, Enlightenment side of the recent European past, Adams once
more picked a persona that met certain psychical needs” when he began identifying with
his supposed Norman heritage (311). In both cases—Teva and Norman—he is learning to
see from the inside and permit his affective understanding to inform his identity. In an
extended flight of fancy to John Hay, Adams proposed that with his ancestors he helped
“in building the cathedral of Coutances, and my soul is still built into it.” “There is not a
stone in the whole interior which I did not treat as though it were my own child” (LHA IV:
319), he concluded. The felt experience of revisiting the cathedrals outweighed his rational
understanding of them, allowing Adams a new means of awareness and expression.
Ernest Samuels comments that Adams was trained from childhood to hide his emotions
and to suppress emotional outbursts, but Tahiti first offered him the opportunity to
“cultivate the garden of his sensibilities” (249), a freedom that flourished a few years later
when standing in the nave of the Coutances cathedral. Adams remarks in The Education
that if “history had a chapter with which he thought himself familiar, it was the twelfth
and thirteenth centuries” (354), since he once taught medieval history at Harvard. Yet he
returns again to affect when describing the change that occurred in 1895, claiming that
“this atmosphere, in the touch of a real emotion” transformed his understanding, and he
35
“drifted back to Washington with a new sense of history” (354-355). To understand that
new sense of history, we need to investigate the evidence of changes that occurred in Adams between the start of his voyage to the South Seas and the revision of the Memoirs.
His affective transformation is manifest in his letters and in the choices he made when
revising Memoirs of Arii Taimai.
Late in the chapter entitled “The Dynamo and the Virgin” from The Education of
Henry Adams, Adams ponders how the lens through which one observes and thinks about
a scene or event is informed by what the American thinker Kenneth Burke would later call
terministic screens: the discourse one inhabits and the contextual orientation that discourse prescribes. Noting that the British historian Edward Gibbon dismissed the cathedral in Amiens as one of “the stately monuments of superstition,” Adams notes succinctly,
“One sees what one brings, and at the moment Gibbon brought the French Revolution”
(387). Discourse partially constructs the reality one sees; context colors the objects one
meditates upon. Nowhere in his own experience is the power of contextual orientation
more apparent than when Adams traveled to Japan in 1886 and then sojourned in Polynesia in the early 1890s.
Despite a growing awareness of the effects of Western imperialism on native cultures, Adams carried with him to Japan and the South Seas many of the reprehensible
and racist attitudes Westerners routinely projected onto non-Western cultures. He found
Japan “a child’s country,” where the “whole show is of the nursery” (LHA III: 17), and Polynesians, “like all orientals, are children, and have the charms of childhood as well as the
faults of the small boy” (LHA III: 302). Samoans “are the happiest, easiest, smilingest people I ever saw, and the most delightfully archaic… They have virtues of healthy children”
(LHA III: 346). Undoubtedly, Adams is guilty of the worst kind of Orientalism: the process,
notes Kojin Karatani, that views “the people of the non-West as convenient objects of analysis for the social sciences but ignores their intellectual and ethical existence” (140). That
attempt at analysis certainly applies to Adams who also brought with him to the Pacific a view of modern man as degenerated from his ancestors, a perspective promoted by
eugenicist thinkers that Adams was sympathetic to. Ever the amateur scientist, Adams
routinely measured Samoans in the months he spent on the islands in order to provide
evidence for degeneration at home. At his best, he might be accused of exhibiting towards
Japan what Karatani calls “aestheticentrism,” a reverence for the aesthetic of a non-Western culture while ignoring the lived reality of the people who actually inhabit the space.
In the South Seas, however, Adams initially could not recognize anything to admire aesthetically. In a dismissive statement regarding Polynesians, he commented that, beyond
their aristocratic social schema, they “have no other arts worth mentioning” (LHA III: 293).
However, while these racists perspectives oriented his initial understanding of the
cultures he was exposed to, it became clear during his time in Samoa that Adams was be36
ginning to question them. “I find myself now and then regaining consciousness that I was
once an American supposing himself real,” he wrote to Elizabeth Cameron in October of
1890. He continued, “The Samoan is so different from all my preconceived ideas, that my
own identity becomes hazy” (LHA III: 292). Even when recognizing the artfully exaggerated nature of this statement, we hear in this version of the master/slave dialectic Adams’s
questioning the stability of his own identity when confronted with challenges to his preconceptions about Samoans.
A true historian, Adams reported from Samoa that he routinely questioned his
hosts about their legends and histories, but the inquiries often proved unfruitful. La Farge
corroborates Adams’s version of the resistance he met, noting that Adams “is patient
beyond belief; he asks over and over again the same questions […]. But everywhere one
comes right against some secret […], something that cannot be well disentangled from
annoyance to the questioned one” (242). His experience in Tahiti proved remarkably different once Adams met the Salmon family of the Teva clan, particularly Arii Taimai who
he noted “tells us about pagan Taiti; old songs, superstitions and customs” (LHA III: 420).
Consequently, Adams suggested to her daughter Marau that if she would write her
memoirs, he would serve as her scribe. To his great surprise, she accepted the offer, and
on 10 May 1891 they began. Within a week, he reported that he was “rather amused and occupied. My ‘Memoirs of Marau, Queen of Tahiti’ give me a sort of excuse for doing nothing”
(LHA III: 477). Eventually, Arii Taimai became more heavily involved and “astonished her
children by telling me things she would never tell them” (LHA III: 478) while they served as
translators. Soon the entire family was providing him with material. Swamped with “new
stories, legends or songs” (LHA III: 478), Adams soon recognized the stylistic difficulties
such a work would entail; twenty years of writing political history had ill-prepared him
for the task, rendering his hand “too heavy for the work” (LHA III: 479). His methods were
“all intellectual, analytic and modern”; notice the absence of any reference to feeling or
affect (LHA III: 434). It would require a distinctly original approach to write the history of
Tahiti, one that intertwined island history and politics with legends and poems. While that
methodology appeared partially realized in the revised edition of Tahiti, it clearly proved
adaptable for Mont-Saint-Michel and Chartres.
Although Adams hyperbolically claimed after completing his History of the United
States During the Administration of Thomas Jefferson and James Madison, “With the year
1890 I shall retire from authorship” (LHA III: 225), work on the memoirs apparently rekindled his literary aspirations, for shortly after his arrival in France from the South Seas
he suggested that John Hay join him “in writing […] a volume or two of Travels which will
permit me to express my opinion of life in general” (LHA III: 598-599). He conceived of
the book as “a sort of ragbag of everything; scenery, psychology, history, literature, poetry,
art; anything in short, that is worth throwing in” (LHA III: 599). The Memoirs of Arii Taimai
37
stands as an initial excursion into that realm of ragbag compilation, one that despite its
weaknesses excited Adams. After producing the first edition in 1893, he confessed that
“I really enjoy writing that kind of history,” since unlike American history, “Tahiti is all literary” (LHA IV: 156). The result of his labors “amused me much more, and is much better reading, than my dreary American history” (LHA IV: 157). The 1893 edition was limited
to no more than ten copies and appeared under the title Memoirs of Marau Taaroa, Last
Queen of Tahiti. Robert Spiller points out that, despite the title, the memoirs were “always
Arii Taimai’s, never Marau’s” (iv). Adams acknowledged his true source in the subtitle of
the 1901 edition when the book reappeared as Tahiti: Memoirs of Arii Taimai. However, the
primary difference between the two editions is one of perspective.
The 1893 edition begins with the 1767 arrival of Captain Samuel Wallis on board
H.M.S. Dolphin, thus giving that edition a decidedly European slant. A few chapters later,
Adams picks up island legend predating Wallis. He reorganized the second edition so that
the first chapter of the original becomes the sixth of the new edition. The first five chapters now recount island prehistory, primarily the ascension of the Tevas, accessible solely
through legend and genealogy. Besides reorienting the book on a strict chronology, this
alteration forces readers to recognize the initial balance among rival tribes as well as to
confront their arcane customs and mores. Consequently, when the Europeans arrive in
Chapter VI, we are made more conscious of the tragic errors they made in treating island politics and customs as derivations of a European model. Adams acknowledges this
perspectival dysfunction in the concluding sentence of Chapter V of the second edition
when noting that up to that point he has depended “mainly on tradition, but here Captain
Wallis and Captain Cook begin their story from the European stand-point” (46). Surely he
realized that this rearrangement makes the volume more difficult to read, for the labyrinthine genealogical structure of the first five chapters challenges even the most dedicated
reader. But it clearly forces the reader to identify with the Tahitians and their ordered, if
markedly different, society and to recognize the destruction of that society at the hands
of the Europeans.
Adams in essence begins the revised edition from the inside of Tahitian culture in
order to avoid Othering the people and their way of life. His conceit of writing in the voice
of Arii Taimai allows him to produce what Ronald Martin describes as “an unusual text
that largely gave the narration over to the native informants; that scrupulously followed
indigenous concerns, often couched in indigenous nomenclature, legend and song” and
that finally “eschewed the imperialistically loaded classifying terminologies such as ‘primitive’ and ‘barbarism’” (66). Edward Chalfant nicely summarizes the differences between
the two versions of the book when he asserts that the 1893 edition “could seem a book by
a Europeanized Tahitian queen” while the second iteration “would appear to speak for a
person in no way European, the last of the ancient Tahitian leaders, a great chiefess of the
38
Tevas” (56). The change in Adams from his dismissive letters of 1891 to the reorientation of
the book in 1901 is remarkable.
Understandably, Adams was approaching oral legend as a Westerner steeped in
print culture. Thus, the permanent nature of written expression was what he expected of
the more fluid elements of oral legend. Soon after Arii Taimai began participating in the
recounting of legends, Adams wrote to Elizabeth Cameron that the “old lady’s memory is
prodigious, but even she often makes mistakes. Marau tells me a story; Moetie (Mrs. Atwater) tells me a different one; the old lady laughs at both, and tells it in a way totally unlike either” (LHA III: 478). Notice that Adams attributes the different versions of a legend
to someone making mistakes. He fails to grasp how his orientation in print culture ills
suits him for understanding oral performance, for as Walter Ong reminds us, in “the
total absence of any writing, there is nothing outside the thinker, no text, to enable him
or her to produce the same line of thought again or even to verify whether he or she has
done so or not” (34). Adams’s frustration continued when he returned to the U.S. and was
communicating with Marau about stories she was providing him. In a letter to her from
1892, Adams again voiced a desire for exactness and precision, informing Marau that he
wanted “the full and exact native text” of one of the genealogical puzzles she was sending
him. The full and exact native text is the desire of a print culture outsider looking at the
opacity of oral culture. Telling her, “I stumble over every word and name,” he encouraged
her to write out the legend “with a literal meaning under each word” (LHA IV: 83). She responded by lamenting the difficulty of translating Tahitian into English while being “able
to keep a little of its charm” before noting that one of the conundrums she faced was a
result of the lack of written versions of ancient legends, meaning that there “are so many
words that we have lost all trace of, & a great many more that are not used today” (quoted
in Chalfant: 30). “Written words are residue,” notes Walter Ong, while “Oral tradition has
no such residue or deposit” (11), and the meaning of words becomes occluded over generations.
Even so, Adams attempted in the revised edition to capture the elusive nature of
Tahitian legends and solidify them in written form. And we can see subtle evidence that
he began to appreciate how oral cultures differ from his own. In the first paragraph of the
revised edition, Adams attempts to describe the shape of the island, noting that it looks
like “an hour-glass or figure of 8; but as the natives knew neither hour-glasses nor figures,
they used to call the island a fish, because it had a body and a tail” (1). In the traditional
Tahitian culture, they neither mark time in the Western manner nor do they have abstract symbols for their language or mathematical systems. Likewise, Adams notes that
with “the want of writing,” Tahitians “seem to have kept certain stock-stories […] which
represent the sharp points of their history and the names of their heroes” (21), precisely
how cultural history is passed down in an oral culture. In both instances, Adams is seeing
from the inside and understanding how inhabiting an oral culture alters one’s means of
39
knowing and telling. Genealogy, likewise, offers another way of relating historical narrative that Adams relished.
He remarked in 1886 that “genealogy has a curious, personal interest, which history wants” (LHA III: 6). Genealogy represents for Adams a more material approach to a
past than can be afforded in rational, abstract history. He was predisposed then to write
the history of Tahiti, where he claims in the revised edition that “genealogy grew into a
science” and “swallowed up history” (17). To an extent, the genealogical emphasis is the
fascination for Adams. It pre-dates Western history, it offers him a recognizable methodology for working within an alternate epistemology, and it inevitably relates the narrative
of the rise and fall of great families, primarily the Tevas of Papara with whom the displaced
American aristocrat identified. But the genealogical perspective is what also makes the
book initially so challenging to read. Even Adams appears to throw his hands up in frustration at one point, noting that one generational progression leaves behind “one of the
most complicated puzzles in genealogy that ever perplexed a succession” (38).
In my remaining time, I want briefly to touch upon the changes in Adams’s style
and the importance of his Tahitian book in relationship to his final two major works.
Adams revised Tahiti while drafting Mont-Saint-Michel and Chartres, and that connection
is important to remember. Both are examples of a new kind of historical writing that he
was pursuing, and both contain a playful, more emotional tone than what he called his
“dreary American history.” Here is the first sentence of his History of the United States: “According to the census of 1800, the United States of America contained 5,308,483 persons”
(1). Facts, data, analytics, what David Brown terms “the unmistakable imprint of the era’s
self-conscious scientific training” (353). Here is the opening of Mont-Saint-Michel and
Chartres: “The archangel loved heights” (1), a playful description of the statue atop MontSaint-Michel’s cathedral. He has evolved as a thinker and writer, one whose work is, according to Brown, “literary, suggestive, subjective” (353), brought about initially by his time
spent in Tahiti. Memoirs of Arii Taimai is the first production by the transformed Adams,
and while not a major work, it does prefigure the works yet to come. Louis Auchincloss
contends that the book “marks an important step in Adams’ career” as his first attempt to
approach a subject with the combined skills of historian and artist (8). Likewise, Levenson
notes that the book and Adams’s letters from the South Seas “point the way to Adams’s
extremely personal expression of an historical subject” in Mont-Saint-Michel and Chartres
(217). Tahiti also formally prefigures The Education of Henry Adams as Adams’s first attempt at a posed autobiography (Rowe 661). Likewise, Willam Merrill Decker asserts that
the appeal of oral legend that Adams grew to understand “may have done much to prompt
the uncle of Chartres and the Adams of the Education to affect talk” (231). Clearly, Memoirs
of Arii Taimai represents the pivot point in Adams’s evolution as a thinker and writer, and
to experience his affective transformation required that he spend time living and learning
on Samoa and Tahiti. As Levenson nicely sums up, “La Farge’s friendship quickened his
40
eye,” and “Arii Taimai lent a primeval dimension to what he could feel” (232). Both taught
him to see and feel from the inside, and the result is the transformation of Henry Adams
into the artist we recognize in his subsequent masterworks.
Works Cited
Adams, Henry, The Education of Henry Adams, ed. Ernest Samuels, Boston, Houghton Mifflin, 1973.
Adams, Henry, History of the United States During the Administration of Thomas Jefferson
and James Madison, New York, Albert and Charles Boni, 1930.
Adams, Henry, The Letters of Henry Adams, ed. J. C. Levenson, et al., Cambridge, Harvard
University Press, 1982/1988, Vol. 1-6.
Adams, Henry, Mont-Saint-Michel and Chartres, Garden City, Doubleday Anchor Books,
1933.
Adams, Henry, Tahiti: Memoirs of Arii Taimai, ed. Robert E. Spiller, New York, Scholars’ Facsimiles and Reprints, 1947.
Auchincloss, Louis, Henry Adams, Minneapolis, University of Minnesota Press, 1971.
Brown, David S., The Last American Aristocrat: The Brilliant Life and Improbable Education
of Henry Adams, New York, Scribner, 2020.
Chalfant, Edward, Improvement of the World: A Biography of Henry Adams, His Last Life,
1891-1918, North Haven, Archon Books, 2001.
Decker, William Merrill, The Literary Vocation of Henry Adams, Chapel Hill, University of
North Carolina Press, 1990.
Karatani, Kojin, “Uses of Aesthetics: After Orientalism,” in Edward Said and the Work of
the Critic: Speaking Truth to Power, ed. Paul Bove, Durham, Duke University Press,
2000.
La Farge, John, Reminiscences of the South Seas, New York, Doubleday, Page, 1916.
Levenson, J. C., The Mind and Art of Henry Adams, Boston, Houghton Mifflin, 1957.
Martin, Ronald E., The Languages of Difference: American Writers and Anthropologists Reconfigure the Primitive, 1878-1940, Newark, University of Delaware Press, 2005.
Ong, Walter, Orality and Literacy: The Technologizing of the World, London, Routledge, 1988.
Rowe, John Carlos, “Henry Adams,” in Columbia History of American Literature, New York,
Columbia University Press, 1988.
Samuels, Ernest, Henry Adams, Cambridge, Belknap Press of Harvard University Press,
1989.
Spiller, Robert E., “Introduction” to Tahiti by Henry Adams, New York, Scholars’ Facsimiles and Reprints, 1947.
41
Abstract
My paper seeks to answer a simple question: why did Henry Adams revise his short
book on Tahiti in 1901 after having published it initially in 1893? Beyond the obvious titular
attribution to its true speaker and his attempts to aid the Teva family as they negotiated
with the French government, I contend that the revised edition is Adams’s first foray into
a new type of documentary style that reaches its zenith in Mont-Saint-Michel and Chartres
and The Education of Henry Adams.
My title references a comment he made in a letter from Tahiti while painting with
John La Farge when he noted that he might not be getting better as a painter, but he was
learning to see a painting “from the inside, and see a good many things about a picture
that I only felt before.” Seeing from the inside serves as a key metaphor when comparing
the differences in the second edition of the Memoirs to the first edition, and it informs his
later masterworks when compared to his earlier works.
This new narrative strategy seeks new ways of knowing beyond the strict linearity
and causality of Western history. Adams in essence introduces readers into a new episteme, one that focuses more on the felt reality of history derived in part by according legends and myths equal value to seemingly objective facts. His trip to France in 1895 when
he learned to listen to his affective responses to French cathedrals provides him the impetus to revise the Tahiti volume as well as to pursue his masterworks.
John C. Orr is an Emeritus Professor at University of Portland, where he taught
American Literature. In addition, he served as Assistant Provost for Scholarly Engagement and Career Readiness for many years. Beyond multiple articles on Henry Adams, he
has published on regional American women writers, particularly those experiencing life
in the American West.
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Résumé
« Voir de l’intérieur : la transformation affective de Henry Adams »
Ma communication cherche à répondre à une question simple : pourquoi Henry
Adams a-t-il révisé son ouvrage sur Tahiti publié en 1901 après l’avoir initialement publié
en 1893 ? Au-delà de son choix évident de rendre son texte à son véritable auteur et de sa
volonté d’apporter son aide aux membres du clan des Teva qui avaient entamé des négociations avec le gouvernement français, je persiste à croire que l’édition révisée constitue
la première incursion de Henry Adams dans un nouveau genre d’écriture documentaire
qui atteint son apogée dans ses ouvrages ultérieurs, Mont-Saint-Michel et Chartres ainsi
que The Education of Henry Adams.
Le titre de ma communication fait référence à un commentaire qu’il a publié dans
une lettre de Tahiti alors qu’il s’adonnait à la peinture avec son compagnon de voyage,
John La Farge. Il écrivait en effet que, certes, il ne s’améliorait peut-être pas en tant que
peintre, mais qu’il apprenait par contre à voir une peinture « de l’intérieur, et à percevoir
beaucoup de choses dans un tableau que je ne pouvais alors que ressentir ». « Voir de l’intérieur » apparaît comme une métaphore clé lorsque l’on compare les différences entre
la deuxième édition des Mémoires de 1901 et la première édition de 1893, métaphore qui
sous-tend et informe également ses chefs-d’œuvre ultérieurs, par rapport à ses œuvres
antérieures.
Cette nouvelle stratégie narrative traduit une volonté d’explorer de nouvelles modalités de connaissance, au-delà de la logique strictement linéaire et causale de l’histoire
occidentale. Adams introduit en substance les lecteurs dans un nouvel épistémè, qui se
concentre davantage sur la réalité ressentie de l’histoire, en partie par l’attribution aux
légendes et aux mythes d’une valeur égale à celle des faits apparemment objectifs. Son
périple en France en 1895, où il apprend à écouter ses réactions affectives devant les cathédrales françaises, l’incite vivement à réviser le volume tahitien ainsi qu’à poursuivre
l’élaboration de ses œuvres majeures.
John C. Orr est professeur émérite à l’Université de Portland, où il a enseigné la
littérature américaine. De plus, il a été vice-recteur adjoint à l’engagement scientifique
et à la préparation à la carrière pendant de nombreuses années. Au-delà de multiples
articles sur Henry Adams, il a publié sur les écrivaines américaines régionales, en particulier celles dont les écrits rendent compte de la vie dans l’Ouest américain.
43
44
LES MÉMOIRES DE ARIITAIMAI PAR HENRY ADAMS :
STRATÉGIE NARRATIVE ET IMPORTANCE
DE L’ŒUVRE DANS L’HISTORIOGRAPHIE
DU PACIFIQUE
Florent Atem
Université de la Polynésie française / Maître de conférences
Introduction
En débarquant à Papeete en 1891, après un périple qui l’a d’abord mené à Hawai‘i
et aux îles Sāmoa, Henry Adams ignore qu’il s’apprête à jouer un rôle fondamental dans
l’historiographie polynésienne. Dès son arrivée, il rencontre quelques-unes des personnalités les plus influentes de la société locale, dont la reine Marau Ta’aroa et son frère Tati
Salmon, avec qui il se lie rapidement d’amitié. Fille et fils de Ariitaimai Salmon, ces derniers le mènent tout naturellement à leur mère, la dernière « ari’i nui » de la lignée des
Teva, le clan dominant du Tahiti de l’ère pré-européenne. En traduisant les propos de la
cheffesse, ils permettent au brahmine, membre d’une prestigieuse dynastie dont sont
issus deux présidents des États-Unis, de se plonger au cœur de l’histoire et de la culture
autochtones. Fasciné par ses récits, l’Américain ne tarde pas à prendre conscience de la
valeur inestimable de son témoignage, qu’il s’attèle alors à consigner par écrit, mission
scripturale dont il se sent d’autant plus investi depuis son adoption et son intégration au
cercle familial de son hôte, dans les règles de la tradition locale.
Soucieux de contribuer à sa manière à la préservation d’un patrimoine déjà menacé par les assauts d’une influence étrangère toujours grandissante, Adams prête sa plume
à la voix de Ariitaimai, en s’autorisant néanmoins quelques irruptions dans un tissu narratif complexe résolument polyphonique, qui rend parfois difficile l’identification des
sources. Mais si la démarche de l’historien de Boston transforme la vénérable Tahitienne
en authentique mémorialiste de son peuple et assure à son discours le passage à la postérité, l’autochtone permet à son tour à l’écrivain de pleinement s’accomplir puisqu’elle
semble lui avoir inspiré sa philosophie de l’opposition des forces contradictoires de l’unité
45
et de la multiplicité, caractéristique de son œuvre majeure, The Education of Henry Adams,
manifestement élaborée, du moins en partie, dans le prolongement de réflexions amorcées au temps de la composition des Mémoires de Ariitaimai, aux confins du Pacifique.
I. Historiographie du livre
En 1865, au terme de la guerre de Sécession, l’Amérique du Nord est encore largement une nation de fermiers, telle que rêvée par Thomas Jefferson, le premier président
républicain, à qui Henry Adams a consacré les premiers volumes de sa monumentale
histoire des États-Unis, composée de neuf tomes4. Mais la fin du XIXe siècle correspond
à une période de révolution industrielle qui transforme en profondeur la société agraire
telle que l’avait pensée le « Père fondateur ». Le dessein expansionniste mis en œuvre par
les pionniers de la conquête de l’Ouest a permis à la civilisation blanche de s’étendre sur
l’ensemble du territoire, ce qui amène Frederick Jackson Turner, dans un célèbre discours
prononcé à l’occasion d’un colloque d’historiens à Chicago en 1893, à déclarer la frontière
désormais close5. Définie comme une ligne de démarcation mouvante entre le monde
civilisé et les territoires encore inexplorés du continent, elle est vue par le théoricien
comme le lieu d’émergence de l’identité américaine. Coïncidence remarquable, c’est également cette même année que Adams, de retour d’un long périple qui l’a mené jusqu’à
Tahiti, choisit de publier à compte d’auteur un ouvrage intitulé Memoirs of Marau Taaroa,
Last Queen of Tahiti.
Résultat d’un long travail éditorial qui prend sa source dans les longues nuits passées à écouter et retranscrire les propos de Ariitaimai, traduits par ses enfants, dont Marau Ta’aroa, dernière reine de Tahiti récemment divorcée du roi Pōmare V, l’ouvrage paraît
à nouveau en 1901, cette fois à Paris, dans une édition augmentée par la rédaction d’une
nouvelle conclusion ainsi que l’inclusion de documents transmis à l’historien de Boston
par Tati, le fils de la cheffesse. C’est d’ailleurs au nom de celui-ci, qui est désormais son
frère adoptif, que Henry « Adams-Tauraatua » fait parvenir le livre « à une demi-douzaine
de bibliothèques publiques »6. Outre les deux exemplaires de la Massachusetts Historical Society dans la collection Adams, les autres se trouvent à la Bibliothèque du Congrès
à Washington, au Musée Bernice Pauahi Bishop à Hawai‘i, dans plusieurs bibliothèques
universitaires, dont celles de Harvard ou de l’université du Michigan, ainsi que dans les bibliothèques publiques de New York et de Boston. Alors qu’elle relate l’histoire d’une seule
et même vie, celle de l’aristocrate polynésienne du Tahiti pré-européen, cette nouvelle
4 La colossale anthologie assied davantage la réputation de l’historien américain ; indisponible plusieurs décennies durant, elle est rééditée en deux volumes, parus en 1986 aux éditions Library of America.
5 La célèbre théorie de Turner est exposée dans l’ouvrage The Frontier in American History, paru en 1920.
6 Robert E. Spiller cite les termes de Henry Adams dans sa réédition des Mémoires : « I’ve sent Tahiti in Tati’s
name to half a dozen public libraries » (Henry Adams, Tahiti : Memoirs of Arii Taimai e Marama of Eimeo, Teriirere
of Tooarai, Teriinui of Tahiti, Tauraatua i Amo, Edited, with an Introduction by Robert E. Spiller, New York, Scholars’
Facsimiles and Reprints, 1947, p. iv).
46
version de l’ouvrage se distingue par sa première de couverture qui arbore désormais le
nom complet ainsi que les titres de la cheffesse : Memoirs of Arii Taimai e Marama of Eimeo,
Teriirere of Tooarai, Teriinui of Tahiti, Tauraatua i Amo. S’il ne figure pas parmi les œuvres
majeures de l’écrivain, l’ouvrage présente de nombreuses caractéristiques qui le rendent
digne d’intérêt, notamment le fait qu’il corresponde à un vide dans la production littéraire
de Adams, signe extérieur d’un processus transitoire au terme duquel l’historien se mue
en homme de lettres, comme le souligne Robert E. Spiller dans l’introduction de sa réédition des Mémoires en 1947. Celle-ci paraît sous le simple titre de Tahiti puisque le mot,
inscrit sur la tranche des exemplaires à partir desquels il élabore son volume, lui semble
« plus parlant du point de vue du lecteur moyen »7 que les deux titres en langue tahitienne.
Outre le témoignage supposé être celui de Ariitaimai, l’ouvrage se compose de
fragments de chants et de légendes issus du patrimoine des Teva, d’extraits de récits de
voyages de navigateurs tels que Wallis, Cook, Bougainville ou Bligh, ou encore de comptes
rendus du pasteur William Ellis ainsi que d’autres membres de la Société missionnaire
de Londres. Il reprend également la carte de Tahiti du capitaine Cook, qui tend à rajouter à la confusion puisque l’orthographe des noms de lieux, transcriptions phonétiques
des termes polynésiens correspondants, n’est pas toujours reprise de façon systématique
dans le texte lui-même. Grâce à l’aide de Tati, Adams dans son rôle d’éditeur est aussi en
mesure de proposer sept tableaux généalogiques. Le premier, qui remonte approximativement à 1650, prend pour point de départ trois individus : Tūitera’i, le chef de Papara, Tavi,
celui de Tautira à la presqu’île de Tahiti, et Ta’urua de Hitia’a, l’épouse de ce dernier, avatar
tahitien d’Hélène de Troie, que le premier finit par lui dérober. Le second est centré sur la
descendance de Aromaitera’i et Tūitera’i, les deux petits-fils de Ta’urua ; le troisième fait
apparaître le lien de parenté avec les Pōmare, dynastie des futurs rois de Tahiti ; le quatrième détaille davantage la généalogie des ancêtres de ceux-ci ; le cinquième présente
un intérêt particulier puisqu’il s’étend sur plusieurs générations et inclut ’Aimata, ou Pōmare IV, la sœur adoptive de Ariitaimai ; le sixième illustre les liens qui unissent d’autres
membres des premières générations de la future famille Pōmare et le septième fait apparaître le lien entre Tū, ou Pōmare Ier, et les frères Tati et Opuhara, soit le grand chef de
la lignée des Teva et le valeureux guerrier au courage légendaire mort lors de la célèbre
bataille de Fē’ī Pī, respectivement le grand-père et le grand-oncle de Ariitaimai.
Si rien n’amène le lecteur attentif à douter de l’exactitude de telles informations,
puisque l’Américain a amplement bénéficié de l’assistance des membres de la famille
Salmon dans l’élaboration de ses travaux, y compris une fois de retour à Boston, il en va
différemment du témoignage de Ariitaimai en raison de la technique narrative adoptée,
qui trahit les irruptions de l’éditeur dans une œuvre au titre finalement trompeur, stra-
7 « The title “Tahiti” […] has been adopted as more meaningful to the general reader than are the two Polynesian
titles » (Ibid., p. vii).
47
tégie qui constitue également l’un des aspects les plus remarquables des Mémoires de la
cheffesse Teva.
II. Spécificité des Mémoires : discours plurivoque et polyphonie
narrative
Dans l’introduction qu’il signe pour accompagner la traduction française des Mémoires de Ariitaimai, Bengt Danielsson ne cache pas son enthousiasme pour l’œuvre, en
laquelle il voit un manuscrit qui constitue, « pour tous ceux qui s’intéressent à l’histoire
et à l’ethnologie tahitiennes, une source d’une valeur inestimable »8. S’il va jusqu’à souligner que « les ouvrages dignes de foi qui nous donnent une description exacte et détaillée
de l’ancienne société tahitienne sont très peu nombreux »9, commentaire qui permet de
mesurer la valeur historique qu’il attribue au témoignage de la vénérable dame, de telles
affirmations sont néanmoins à nuancer puisque l’ouvrage prétendument autobiographique présente des spécificités sur le plan narratologique qui permettent de démontrer le caractère oscillatoire d’une instance narrative qui repose, comme l’écrit Pierre
Lagayette, sur « un va-et-vient presque continu entre différentes sources et différents
narrateurs »10, si bien qu’il est parfois difficile de « reconnaître qui de Marau, Ariitaimai et
Adams menait le récit »11. Pour Spiller, qui semble approuver le changement de titre entre
les deux éditions, « les Mémoires ont toujours été ceux de Ariitaimai, à aucun moment
ceux de Marau »12. Mais constituent-ils seulement une authentique transcription des déclarations de la cheffesse ?
Les narrations en rapport avec l’histoire de son clan et les détails qui s’y rapportent,
la toponymie des lieux, les informations relatives à sa famille ou encore le récit de sa
propre vie semblent bien émaner de la vieille dame. À la lumière des arbres généalogiques d’une grande cohérence, qui jalonnent l’ouvrage et tendent à conférer au récit un
caractère authentique, les commentaires empreints de subjectivité qui visent à dénoncer les effets négatifs sur son peuple de l’arrivée de la civilisation occidentale paraissent
tout aussi crédibles. De même, la profusion de détails fournis par l’autochtone lorsqu’elle
dresse la liste des dégâts causés par la venue des Européens reflètent vraisemblablement
sa sensibilité. Il en va de même pour la manière avec laquelle elle relate l’influence de
la Société missionnaire de Londres et l’émergence du roi Pōmare, décrit comme un chef
tyrannique, le plus cruel et le plus barbare de Tahiti, tout en étant le premier monarque
8 Henry Adams, Mémoires d’Arii Taimai, Traduit de l’anglais par Suzanne & André Lebois, Introduction par Marie-Thérèse & Bengt Danielsson, Paris, Publications de la Société des Océanistes, n° 12, Musée de l’Homme, 1964,
p. viii.
9 Ibid., p. vii.
10 Pierre Lagayette, « Mémoires et “Mémoires”. Marau Taaroa et l’historiographie de Tahiti », Journal de la Société des Océanistes, n° 34, tome 28, 1972, p. 53.
11 Ibid.
12 Henry Adams, Tahiti, op. cit., p. iv : « the Memoirs were always Arii Taimai’s, never Marau’s ».
48
chrétien de l’île, dont les vices étaient, dit-elle, « aussi connus des missionnaires que des
natifs »13. Un point de vue à ce point biaisé et un tel parti-pris traduisent assurément la
pensée de l’indigène.
Au contraire, lorsque la voix narrative tend vers la généralisation, implique des
références culturelles ou littéraires inconnues de l’autochtone, voire exprime l’aversion
bien connue de l’Américain pour le colonialisme ou les visées impérialistes, la plume
de l’écrivain n’est plus au service du même discours. Ainsi, la cheffesse Teva n’a pas pu
comparer ’Oro, le dieu de la guerre des Tahitiens à celui de la mort dans la mythologie
égyptienne, « une sorte d’Osiris »14, comme mentionné à la page 17. Dès la ligne 10 du premier chapitre, les termes « Pari » et « Pali », donnés comme équivalents pour désigner les
falaises de la presqu’île, trahissent l’intrusion de Adams dans le récit, puisque la lettre
« L » est absente de l’alphabet tahitien. Pareillement, le rapprochement entre celles-ci et
la « Palissade d’Angleterre »15, en référence aux blanches falaises de Douvres, met en lumière un évident changement de source. Avec astuce et subtilité, la voix narrative émerge
périodiquement des pages des Mémoires et le recours à la première personne du singulier ou du pluriel contribue à rétablir l’illusion d’un point de vue unique qui serait celui de
Ariitaimai ; c’est le cas dès la première phrase du livre, lorsque la cheffesse déclare : « Si la
famille et le peuple de Papara avaient un nom, à la manière des Européens, je suppose que
ce serait Teva, car nous sommes un clan, et Teva est le nom de notre clan »16.
De même, il paraît improbable que les références à Herman Melville, Robert
Browning ou William Wordsworth soient les siennes, et il est difficile d’imaginer qu’elle
ait pu rapprocher Tavi de Ménélas et Ta’urua d’Hélène de Troie17. L’enlèvement de celle-ci,
la plus belle femme du monde après Aphrodite, par le prince troyen, Pâris, eut pour effet
de déclencher la Guerre de Troie. Dans la version tahitienne du conte, Tavi-Ménélas n’a
pas d’autre choix que d’honorer la demande du chef Tūitera’i, qui souhaite lui emprunter
son épouse, la belle Ta’urua, afin de préserver les relations pacifiques avec le clan de ce
dernier. Mais tombé éperdument amoureux, Tūitera’i-Pâris n’honore pas sa promesse de
restituer au bout de sept jours l’épouse de Tavi-Ménélas, qui se refuse pourtant à tuer son
rival, de peur de choquer « la moralité et la décence tahitiennes »18 et de porter « atteinte
à son caractère s’il tuait Tūitera’i de ses propres mains et dans sa maison ». En dépit de
13 « I do not care to enter on the chapter of his personal vices, all which were as notorious to the missionaries
as to the natives » (Ibid., p. 144).
14 « The great Marae of Tautira was supposed to be peculiarly sacred to the God Oro, a sort of Tahitian Osiris,
to whom the human sacrifices were made » (Ibid., p. 17).
15 « The head is the peninsula of Taiarapu, at its southernmost point, Matarufau, at the Pari, Pali, or cliff, which
overhangs the sea there; identical, I suppose, with the English Palisade » (Ibid., p. 1).
16 « If the Papara family and people had any name, in European fashion, I suppose it would be Teva, for we are
a clan, and Teva is our clan name » (Ibid.).
17 « Taurua of Tautira and Helen of Troy belonged to the same society; Tavi and Menelaus were relatives »
(Ibid., p. 26).
18 « The wars of Tahiti were as cruel and ferocious as the wars of any other early race, but such an act as this
would have shocked Tahitian morality and decency » (Ibid., p. 27).
49
l’issue différente du conflit, puisque les codes de la mythologie grecque semblent inopérants dans le folklore du Pacifique, l’instance narrative affirme que « Tavi et Ménélas était
parents »19, observation qui à nouveau ne peut que difficilement traduire la pensée de la
Tahitienne. Il en va de même des similitudes ou contrastes établis entre les figures féminines du pouvoir local et les grandes dames d’Europe telles que Marie-Antoinette de
France, Marie-Louise de Parme, Marie-Thérèse d’Autriche ou Catherine de Russie20, en
raison du fait qu’elle ne s’est jamais rendue sur le continent européen et ne s’exprime dans
aucune langue étrangère. Enfin, que dire, à la page 7, du passage dans lequel Ariitaimai
postule l’origine aryenne du peuple tahitien : « Nous considérons que nous appartenons à
la grande race Aryenne [sic.], la race des Ari’i, et nos chefs étaient des Ari’i, non des rois »21 ?
Effort collectif de reconstruction mentale du Tahiti ancestral rendu possible par
la traduction systématique des propos de la cheffesse par Marau Ta’aroa et Tati, qui agrémentent aussi le récit de leurs propres observations, le mode d’élaboration des Mémoires
de Ariitaimai ainsi que le remaniement du texte a posteriori rendent inévitable l’émergence d’une voix protéiforme marquée par un changement constant de points de vue, et
aboutit à la composition d’un tissu textuel plurivoque dans lequel les sources se fondent
en une instance narrative globalisante, au caractère transculturel.
III. Importance de l’ouvrage sur le plan historiographique
Sur le plan historiographique, l’œuvre revêt une importance certaine puisqu’en
dépit des nuances à apporter et des précautions à prendre22, elle constitue l’une des rares
traces écrites du Tahiti des temps anciens. Mais sa particularité est aussi d’établir un parallèle remarquable entre le destin de deux peuples, en proie aux mêmes conflits, causés
par les mêmes forces rivales, qui tentent en permanence de se court-circuiter sur l’échiquier mondial.
La fuite en avant de Adams, qui espère échapper à lui-même afin de jouir quelque
temps du privilège de ne penser à rien, n’en est pas une puisqu’il n’abandonne pas l’histoire mais se retrouve confrontée à une autre réalité, celle d’un peuple indigène au centre
d’affrontements entre Français et Britanniques, ces mêmes puissances coloniales qui
avaient été, dans sa patrie natale, la cause de maintes inquiétudes, notamment sous les
administrations de Jefferson et Madison. Ainsi, si Tahiti est un lieu où le voyageur en quête
19 Ibid., p. 26.
20 « Women played an astonishing part in the history of the island […]; they figured as prominently in island
politics as Catherine of Russia, or Maria Theresa of Austria, or Marie Antoinette of France, or Marie Louise of
Parma, in the politics of Europe » (Ibid., p. 10).
21 « We believe ourselves to belong to the great Aryan race — the race of Arii — and our chiefs were Arii, not
kings » (Ibid., p. 7).
22 Nonobstant son vif enthousiasme, Bengt Danielsson émet lui-même certaines réserves par rapport à une
œuvre qui n’a « malheureusement pas tout à fait la même authenticité et originalité que les récits comparables
des autres archipels polynésiens » (Henry Adams, Mémoires d’Arii Taimai, op. cit., p. viii).
50
d’ailleurs est susceptible d’opérer un authentique retour aux sources, la lecture des Mémoires de Ariitaimai ainsi que le traitement narratif proposé par Adams révèlent en fait
que l’île est aussi le théâtre sur lequel se joue à nouveau, en miniature, le conflit qui a
divisé le monde Atlantique du début du siècle.
À Tahiti, les rivalités claniques ne sont pas sans rappeler les conflits intertribaux,
que les premiers pionniers du mouvement vers l’Ouest doivent d’abord apaiser avant
de pouvoir envisager l’expansion de la nation. Aux niveaux politique et diplomatique,
le rôle de Ariitaimai n’est pas sans rappeler le discours pacificateur et la posture antimonarchique de la jeune République américaine : elle sert d’intermédiaire entre les
représentants français et la reine Pōmare, en exil sur l’île voisine de Mo’orea au moment
de l’établissement du Protectorat en 1842, permet le dialogue entre les chefs tahitiens et
le gouverneur Bruat en 1846, et refuse la couronne du royaume de Tahiti que celui-ci lui
propose, tandis que la détentrice du trône est en exil à Ra’iātea. Empreint de l’idéologie
des chefs de la nation dont il vient d’écrire l’histoire, Adams n’aura pas manqué de retrouver dans ces agissements l’essence de la pensée jeffersonienne, qui voit en la guerre la
source de tous les maux de l’humanité, et prône un type de politique étrangère entièrement nouveau, dont l’achat de la Louisiane en 1803 démontre l’efficacité. Les similitudes
se retrouvent aussi entre la luxuriance du cadre naturel tahitien, en lesquels il pourra
retrouver le fondement des thèses agrariennes de Jefferson, et l’environnement « exceptionnel » de la wilderness nord-américaine, que le labeur du cultivateur vertueux transforme en authentique corne d’abondance, ce qui amène Hector Saint-John de Crèvecœur,
dès 1782, à qualifier le peuple américain de « société la plus parfaite au monde »23. Pour
sa part, en formulant sa « théorie des factions », James Madison permet de dépasser le
postulat de Montesquieu, selon qui le mode gouvernemental républicain ne peut fonctionner que s’il est circonscrit à un territoire restreint24. Celui qui succèdera à Jefferson à
la tête de la nation en 1809 permettra la réconciliation des contradictions en expliquant
que la république a au contraire besoin d’espace, ne serait-ce que pour dissiper les tensions entre communautés aux intérêts divergents et ainsi préserver une unité durement
acquise25. Tels sont les principaux éléments qui montrent le lien évident, établi plus ou
23 « We are the most perfect society now existing in the world » (J. Hector St. John de Crèvecœur, Letters from
an American Farmer, Edited with an Introduction and Notes by Susan Manning, New York, Oxford University
Press, 1997 [1782], p. 41).
24 « [T]he Federalist Party […] would hold the reins of power until Jefferson’s 1800 election. Their argument
was […] in straight line of Montesquieu’s teachings about the essence of the republican government. The latter
was suitable only to a territory of small size […]. To counter this widely accepted argument, Madison developed
an elaborate abstract argument meant to reconcile the republican form with the inevitable enlargement of the
nation […] » (Gérard Hugues et Daniel Royot, Thomas Jefferson et l’Ouest, L’expédition de Lewis et Clark, Paris,
Armand Colin/CNED, 2005, p. 37).
25 « [S]ociety is not a monolithic body whose members follow the same ends and pursue the same goals. It is
diverse and composed of a multiplicity of conflicting interests. […] [A] constant clash of factions […] is potentially
disruptive of the social order, especially if it is restricted to a small area. […] Madison suggests one solution to this
dilemma […]. It consists in enlarging the sphere of the republican government […]. To Madison, […] the republic
wanted space, and the American West provided that necessary space » (Ibid., pp. 37-39).
51
moins consciemment par Adams, entre l’expérience tahitienne et la destinée américaine,
tandis que se dessine peu à peu, dans ses pages, sa nouvelle philosophie d’écrivain.
Prélude à l’œuvre majeure de l’Américain26, The Education of Henry Adams, pour
laquelle il obtiendra le Prix Pulitzer à titre posthume en 1919, les Mémoires de la cheffesse
lui permettent de poser les premiers jalons de ce qui constituera sa stratégie narrative
future, puisqu’au travers d’une somme d’éléments disparates, tels que données historiques, géographiques, généalogiques, ou anecdotes diverses, parvient à émerger, comme
l’avance Spiller, « le portrait d’un peuple représentatif de tous les peuples »27. Si la méthode
n’en est encore qu’à l’étape expérimentale, les bases générales, selon lesquelles un fragment de l’histoire des hommes en arrive à se retrouver érigé en symbole de l’histoire de
toute l’humanité, semble bien être posé, pour la toute première fois, dans les Mémoires de
la cheffesse tahitienne.
Conclusion
En 1971, l’écrivain afro-américain Ernest J. Gaines publie l’Autobiographie de Miss
Jane Pittman, œuvre qui lui vaudra la reconnaissance des critiques comme du grand public ainsi que le passage de son nom à la postérité. Dans l’introduction, l’« éditeur » décrit
le long et fastidieux processus de composition du livre : cet enseignant d’une école des environs explique que c’est à l’automne 1962 qu’il profite des vacances d’été pour retourner
à la plantation où vivait la vieille dame, alors âgée de cent-dix ans, sa seule et unique opportunité de faire raconter par cette mémorialiste de tout un peuple28 l’histoire de l’esclavage à la première personne, et de permettre ainsi au lecteur de vivre dans son intériorité
un épisode à son goût trop souvent aseptisée par la narration aussi froide que factuelle
qu’en font les ouvrages scolaires. Comme Ariitaimai, Miss Jane est entourée tandis que
le mystérieux éditeur enregistre ses propos : celui-ci avoue explicitement qu’en dépit de
l’utilisation permanente de la voix narrative de la vénérable centenaire, d’autres sont parfois contraints de poursuivre le récit à sa place, lorsque la fatigue la rattrape, lorsque sa
mémoire est défaillante, ou lorsqu’elle n’est tout simplement pas d’humeur à se confier.
Ainsi, comme Marau et Tati, Mary Hodges, qui est à ses soins, et Pap, un octogénaire qui a
vécu toute sa vie sur la plantation, comblent les lacunes ou se joignent au chœur narratif.
Mais si elle alterne entre phases de longues digressions et mutisme forcené, Miss Jane
sait jaillir du tissu narratif collectif, qu’elle fend alors d’un tonitruant « Non, non, non, non,
26 Achevé en 1907 et diffusé à titre privé par l’écrivain à un cercle restreint de lecteurs, l’ouvrage est commercialisé à grande échelle en 1918. En 2007, la Massachusetts Historical Society commémore le centenaire de
l’œuvre en publiant The Education of Henry Adams : A Centennial Version, éditée par Edward Chalfant et Conrad
Edick Wright.
27 « From a mass of geographical, genealogical, and historical facts, interspersed with characterization and
lore, there emerges a portrait of a people representative of all people » (Henry Adams, Tahiti, op. cit., p. v).
28 « Miss Jane’s story is all of their stories, and their stories are Miss Jane’s » (Ernest J. Gaines, The Autobiography of Miss Jane Pittman, New York, Bantam Books, 1971 p. viii).
52
non », pour revendiquer la maîtrise de son récit : « après tout, c’était son histoire »29, ajoute
l’éditeur. Comme Ariitaimai, elle décède peu de temps après les auditions : huit mois plus
tard pour l’Afro-Américaine, à peine six ans après le passage du Bostonien dans le cas
de la Tahitienne. Les similitudes entre le manuscrit de Gaines et celui de Adams, sur le
plan de la stratégie narrative adoptée, sont saisissantes, à la différence que le titre du premier est encore plus trompeur puisque Miss Jane Pittman est un personnage totalement
imaginaire, aussi fictif que l’est son histoire. Néanmoins, l’intérêt suscité par l’ouvrage,
dont l’écho fut retentissant à sa publication et qui même fut adapté à l’écran, témoigne du
caractère avant-gardiste de la méthode intellectuelle de Adams, qu’il se forge au contact
de la noble autochtone, dans le cadre idyllique polynésien, paradis sur terre qui s’incline
chaque jour davantage face au nouveau mythe du paradis perdu.
De par le rôle qu’elle a joué dans l’histoire de son peuple, dans l’ombre de la reine
Pōmare, Ariitaimai incarne l’unité si chère à Adams et aux théoriciens de la jeune République américaine. La rupture de la cohésion familiale dont elle était la seule garante,
comme l’écrit Tati à son frère adoptif après la disparition de la matriarche30, confirme
cette hypothèse. De la même manière, les Mémoires de Ariitaimai peuvent être vus comme
le symbole de cette unité, à l’image de l’élaboration de l’ouvrage, fruit d’un effort collectif
et du mélange des voix en un tissu scriptural résolument polyphonique. Comme l’écrit
George Hochfield, « si la musique est polynésienne, le libretto est du pur Henry Adams »31.
Symphonie narrative inaugurale dans la chanson de l’Ouest, les témoignages des hérauts
du jeffersonianisme du début du siècle, acteurs de la mise en œuvre du dessein transcontinental que l’Histoire qualifiera ensuite de « destinée manifeste » des États-Unis,
reflètent l’union qu’il est impératif d’atteindre dans la nature sauvage ancestrale, environnement fondamentalement hostile bien que prétendument « exceptionnel »32. Aux
confins du Pacifique, Adams s’accomplit également dans un contexte tout aussi unique,
celui du cadre insulaire de Tahiti, qui lui permet de retrouver, le temps de son odyssée au
cœur du grand océan, le parfum suranné des utopies fondatrices d’une jeune Amérique,
à présent hantée par le retour du spectre de la fragmentation, en proie aux forces contradictoires de l’unité et de la multiplicité, concepts centraux à la pensée philosophique du
29 « Miss Jane would sit there listening until she got ready to talk again. If she agreed with what the other
person was saying she might let him go on for quite a while. But if she did not agree, she would shake her head
and say: “No, no, no, no, no.” The other person would not contradict her, because, after all, this was her story »
(Ibid., p. vii).
30 Pierre Lagayette souligne ce point dans l’introduction de sa traduction des échanges épistolaires de Tati
Salmon et Henry Adams : « A la mort d’Arii Taimai, qui par le respect et la dévotion qu’elle inspirait à ses enfants
perpétuait l’unité du clan, l’équilibre familial est rompu. Des inimitiés apparaissent ou ressurgissent, et leurs échos
vont même emplir les prétoires » (Tati Salmon et Henry Adams, Lettres de Tahiti, Traductions et notes de Pierre
Lagayette, Papeete, Éditions du Pacifique, 1980).
31 George Hochfield, Henry Adams : An Introduction and Interpretation, New York, Holt, Rinehart and Winston,
1962, p. 97 : « although the music is Polynesian, the libretto is pure Henry Adams ».
32 « S’il fallait isoler une constante du discours politico-théologique touchant au peuplement de l’Amérique
septentrionale, sans doute la notion d’évidence viendrait-elle en bonne place. […] L’évidence puritaine rejoint
celle des Lumières pour ouvrir la voie d’un destin exceptionnel, à défaut certainement d’être tout à fait manifeste »
(Gérard Hugues et Cécile Coquet, Un destin manifeste, Paris, Mallard Éditions, 1999, pp. 7-10).
53
dynaste bostonien, que seule la rencontre avec la vénérable indigène semble lui avoir permis de puiser, au plus profond de son être.
Bibliographie sélective
Adams, Henry, History of the United States of America during the Administrations of Thomas Jefferson, éd. Earl N. Harbert, New York, Library of America, 1986.
Adams, Henry, History of the United States of America during the Administrations of James
Madison, éd. Earl N. Harbert, New York, Library of America, 1986.
Adams, Henry, Memoirs of Marau Taaroa, Last Queen of Tahiti, Privately printed, 1893.
Adams, Henry, Memoirs of Arii Taimai e Marama of Eimeo, Teriirere of Tooarai, Teriinui of
Tahiti, Tauraatua i Amo, Paris, [Henry Adams], 1901.
Adams, Henry, Tahiti : Memoirs of Arii Taimai e Marama of Eimeo, Teriirere of Tooarai, Teriinui of Tahiti, Tauraatua i Amo, Edited, with an Introduction by Robert E. Spiller,
New York, Scholars’ Facsimiles and Reprints, 1947.
Adams, Henry, Mémoires d’Arii Taimai, Traduit de l’anglais par Suzanne & André Lebois,
Introduction par Marie-Thérèse & Bengt Danielsson, Paris, Publications de la Société des Océanistes, n° 12, Musée de l’Homme, 1964.
Adams, Henry, The Education of Henry Adams : A Centennial Version, éd. Edward Chalfant &
Conrad Edick Wright, Boston, Massachusetts Historical Society, 2007.
Crèvecœur, J. Hector St. John de, Letters from an American Farmer, Edited with an Introduction and Notes by Susan Manning, New York, Oxford University Press, 1997
[1782].
Gaines, Ernest J., The Autobiography of Miss Jane Pittman, New York, Bantam Books, 1971.
Hochfield, George, Henry Adams : An Introduction and Interpretation, New York, Holt,
Rinehart and Winston, 1962.
Hugues, Gérard et Coquet, Cécile, Un destin manifeste, Paris, Mallard Éditions, 1999.
Hugues, Gérard et Royot, Daniel, Thomas Jefferson et l’Ouest, L’expédition de Lewis et
Clark, Paris, Armand Colin/CNED, 2005.
Lagayette Pierre, « Mémoires et “Mémoires”. Marau Taaroa et l’historiographie de Tahiti »,
Journal de la Société des Océanistes, n° 34, tome 28, 1972, pp. 49-65.
Salmon, Tati et Adams, Henry, Lettres de Tahiti, Traductions et notes de Pierre Lagayette,
Papeete, Éditions du Pacifique, 1980.
Turner, Frederick Jackson, The Frontier in American History, Introduction by Andrew S.
Trees, New York, The Barnes & Noble Library of Essential Reading, 2009 [1920].
54
Résumé
En débarquant à Papeete en 1891, après un périple qui l’a d’abord mené à Hawai‘i
et aux îles Sāmoa, Henry Adams ignore qu’il s’apprête à jouer un rôle fondamental dans
l’historiographie polynésienne. Dès son arrivée, il rencontre quelques-unes des personnalités les plus influentes de la société locale, dont la reine Marau Ta’aroa et son frère Tati
Salmon, avec qui il se lie rapidement d’amitié. Fille et fils de Ariitaimai Salmon, ces derniers le mènent tout naturellement à leur mère, la dernière « ari’i nui » de la lignée des
Teva, le clan dominant du Tahiti de l’ère pré-européenne. En traduisant les propos de la
cheffesse, ils permettent au brahmine, membre d’une prestigieuse dynastie dont sont
issus deux présidents des États-Unis, de se plonger au cœur de l’histoire et de la culture
autochtones. Fasciné par ses récits, l’Américain ne tarde pas à prendre conscience de la
valeur inestimable de son témoignage, qu’il s’attèle alors à consigner par écrit, mission
scripturale dont il se sent d’autant plus investi depuis son adoption et son intégration au
cercle familial de son hôte, dans les règles de la tradition locale.
Soucieux de contribuer à sa manière à la préservation d’un patrimoine déjà menacé par les assauts d’une influence étrangère toujours grandissante, Adams prête sa plume
à la voix de Ariitaimai, en s’autorisant néanmoins quelques irruptions dans un tissu narratif complexe résolument polyphonique, qui rend parfois difficile l’identification des
sources. Mais si la démarche de l’historien de Boston transforme la vénérable Tahitienne
en authentique mémorialiste de son peuple et assure à son discours le passage à la postérité, l’autochtone permet à son tour à l’écrivain de pleinement s’accomplir puisqu’elle
semble lui avoir inspiré sa philosophie de l’opposition des forces contradictoires de l’unité
et de la multiplicité, caractéristique de son œuvre majeure, The Education of Henry Adams,
manifestement élaborée, du moins en partie, dans le prolongement de réflexions amorcées au temps de la composition des Mémoires de Ariitaimai, aux confins du Pacifique.
Florent Atem est maître de conférences à l’Université de la Polynésie française,
où il enseigne la civilisation américaine et la linguistique anglaise. Agrégé d’anglais et
lauréat du Prix de thèse 2016 d’Aix-Marseille Université, il est spécialiste de l’expédition
Lewis et Clark ainsi que de la jeune république nord-américaine. Auteur de plusieurs
articles, il est aussi le co-auteur d’une étude comparative du tahitien, du français et de
l’anglais. Ses recherches actuelles portent sur Henry Adams, plus particulièrement sur
la dimension interculturelle du périple de l’historien américain aux confins du Pacifique.
55
Abstract
“The Memoirs of Ariitaimai by Henry Adams: Narrative Strategy and Importance of
the Work in Pacific Historiography”
When, in 1891, Henry Adams arrived in Papeete, after a journey that first took him
to Hawai‘i and the Samoan Islands, he was unaware that he was about to play a fundamental role in Polynesian historiography. In the first days of his stay, he encountered a few
of the most prominent personalities in the local society—such as Queen Marau Ta’aroa
and her brother, Tati Salmon, whom he quickly befriended. The two siblings naturally led
him to their mother, Ariitaimai Salmon, the last “ari’i nui” of the Teva lineage—the dominant clan in pre-European Tahiti. By translating the words of the chiefess, they allowed
the Brahmin—a member of a prestigious dynasty which gave the United States two presidents—to immerse himself in the core of the indigenous history and culture. Fascinated
by her stories, the American immediately became aware of the inestimable value of her
testimony, which he then got down to record in writing—a scriptural mission in which he
felt all the more invested as he had been adopted by Ariitaimai and therefore integrated
into the family circle of his host, in accordance with the rules of the local tradition.
Anxious to contribute in his own way to the preservation of a heritage already
threatened by the assaults of ever-growing foreign influences, Adams took up his pen to
channel the voice of Ariitaimai, nevertheless allowing himself to occasionally intrude into
a complex and resolutely polyphonic narrative, thus making it difficult, in some cases, to
identify the sources. But if the Boston historian’s approach transformed the venerable
Tahitian into an authentic memorialist of her people, ensuring the transmission of her
discourse to posterity, the native, in her turn, enabled the writer to reach his full potential
as she seems to have been a source of inspiration behind his philosophical views on the
opposing and contradictory forces of unity and multiplicity, at the heart of his major work,
The Education of Henry Adams—apparently elaborated, at least in part, in the continuation
of his reflections at the time of the composition of the Memoirs of Ariitaimai, on the borders of the Pacific.
Florent Atem is an Associate Professor at the University of French Polynesia,
where he teaches American civilization and English linguistics. Holder of the agrégation
in English and winner of the 2016 Aix-Marseille University Thesis Prize, he specializes in
the Lewis and Clark expedition and the young North American republic. He is the author
of several articles and the co-author of a comparative study of the Tahitian, French and
English languages. He currently conducts research on Henry Adams, particularly focusing on the intercultural aspects of the American historian’s Pacific journey.
56
THE CRITICAL RECEPTION OF HENRY ADAMS
Kevin J. Hayes, Ph.D.
University of Central Oklahoma / Emeritus Professor
The Library of America is a landmark in the history of American literature. It was
launched in 1982 with the release of the first Herman Melville volume, which contains
three book-length works: Typee, Omoo, and Mardi. Upon its launch R. W. B. Lewis averred
that the publication of the Library of America could be “the cultural event of our epoch.”
Though the purpose of this paper is to survey the critical reception of Henry Adams’s
work, including the Memoirs of Arii Taimai, his book about Tahiti, it is important to note
that Omoo, Melville’s book about Tahiti, helped initiate the single greatest collection of
American literature ever published. In other words, Tahiti plays an important role in the
story of American literature.33
Reviewing the first Melville volume, Malcolm Cowley called the Library of America
the “American Pléiade” and, in so doing, acknowledged its French inspiration. Patterned
on the Bibliothèque de la Pléiade, the set of classic French literature Gallimard publishes
in Paris, the Library of America celebrates and perpetuates the finest writers in the nation’s history. Gallimard launched the Pléiade in 1931 with the first volume of the complete works of Charles Baudelaire. Starting with a volume of Melville’s work, the Library of
America selected an author with commensurate literary stature. The Library of America
also parallels the Pléiade in terms of the physical quality of its volumes, using high-quality
bible paper to squeeze over a thousand pages of material between their covers.34
Though the Memoirs of Arii Taimai has not appeared in the Library of America,
Henry Adams is represented in the series by three volumes. The first, which appeared as
33 Herman Melville, Typee, A Peep at Polynesian Life; Omoo, A Narrative of Adventures in the South Seas; Mardi
and a Voyage Thither, ed. G. Thomas Tanselle (Library of America, 1982); R. W. B. Lewis, “The Literary Americans,”
New Republic, May 19, 1982: 26.
34 Malcolm Cowley, “American Pléiade,” New York Times Book Review, April 25, 1982: 3; Charles Baudelaire,
Œuvres, ed. Y.-G. Le Dantec (Gallimard, 1931).
57
number 14 of the Library of America, contains four book-length works: Democracy, a novel of political intrigue set within the shadowy corridors of power in Washington, D.C.; Esther, a philosophical treatise masked as a romance novel; Mont Saint Michel and Chartres,
a contemplative book of travel Henry James praised for “its easy lucidity, its saturation
with its subject, its charmingly taken and kept, tone”; and The Education of Henry Adams,
his artfully-crafted autobiography, which Yvor Winters compared with a different Melville
work. In Winters’s view The Education of Henry Adams resembles Pierre: or, The Ambiguities in terms of its “willed confusion and religious horror.” When R. W. B. Lewis, who held
a loftier opinion of The Education of Henry Adams, heard about the contents of the first
Henry Adams volume in the Library of America prior to its release, he began to covet the
volume, calling it “infinite riches in a little room.”35
Winters was more complimentary when it came to Adams’s major historical work,
The History of the United States during the Administrations of Thomas Jefferson and James
Madison. Comparing it with Edward Gibbon’s masterwork, Winters called Adams’s History
“the greatest historical work in English, with the probable exception of The Decline and
Fall of the Roman Empire.” Adams’s History has also appeared in the Library of America,
which split this massive work in two. History of the United States of America during the
Administrations of Thomas Jefferson appeared as number 31 in the Library of America, and
History of the United States of America during the Administrations of James Madison as number 32. Both numbers appeared in 1986. Together the three volumes contain nearly four
thousand pages of material: a testament to the place that Henry Adams held as a major
American author into the 1980s.36
Whereas their place in the Library of America has revitalized the reputations of
some authors, Adams’s reputation declined precipitously in the late twentieth century.
The first edition of the Norton Anthology of American Literature, which appeared in 1979,
contained a fifty-page selection from The Education of Henry Adams, but the latest edition
contains a nine-page selection from “The Dynamo and the Virgin,” Chapter 25 of The Education of Henry Adams.37 How did Adams go from a prominent figure in American literary
history to the author of a nine-page set piece? Or, in the parlance of popular music, how
did Henry Adams change from a major voice to a one-hit wonder?
35 Henry Adams, Novels, Mont Saint Michel, The Education, ed. Ernest Samuels and Jayne N. Samuels (Library
of America, 1983); Henry James to Henry Adams, July 30, 1906, in The Correspondence of Henry James and Henry
Adams, 1877-1914, ed. George Monteiro (Louisiana State University Press, 1992), 70; Yvor Winters, The Anatomy
of Nonsense (New Directions, 1943), 35-36; Lewis, “Literary Americans,” 29.
36 Winters, Anatomy of Nonsense, 69; Henry Adams, History of the United States of America during the Administrations of Thomas Jefferson, ed. Earl N. Harbert (Library of America, 1986); Henry Adams, History of the United
States of America during the Administrations of James Madison, ed. Earl N. Harbert (Library of America, 1986).
37 Henry Adams, “The Education of Henry Adams,” The Norton Anthology of American Literature, ed. Ronald
Gottesman, et al. (Norton, 1979), 2:964-1014; Henry Adams, “The Dynamo and the Virgin,” The Norton Anthology
of American Literature, ed. Robert S. Levine, et al., 10th edition (Norton, 2022), 3:364-373.
58
The publication of a multi-volume collected edition of letters has long been recognized as both a monument to important literary figures and a confirmation of their historical status. Adams is no exception. The publication of The Letters of Henry Adams began
in 1982, when the Belknap Press, the brawny arm of Harvard University Press, issued the
first three volumes of Adams’s Letters, which contain two thousand pages of letters covering Adams’s life through his trip to Tahiti. Three further volumes would follow. While
confirming his status as a major author, Adams’s published letters have proven his undoing.
Reviewing the first three volumes of letters, Norman Podhoretz found Adams singularly unlikeable, observing, “It is a tribute to his gifts as a writer that one can tolerate
his tiresome affectations and poses, not to mention his nihilistic attitudes, even for a few
hundred pages; but two thousand makes an inhuman demand.” This statement comes
early in his review. Later on Podhoretz quotes several letters that reveal Adams’s disturbing antisemitism. By the end of his review Podhoretz is ready to dismiss Adams altogether: “I see little of value that would be lost by allowing him to slip into the obscurity he
so often boasted of wishing to achieve.”38
The letters have also undermined Adams’s vaunted status as a historian. In 1861
after Abraham Lincoln appointed his father, Charles Francis Adams, minister to Great Britain, Henry Adams came along as his private secretary. He stayed in Europe throughout
the Civil War, during which he remained a fierce opponent of the South. Less than a year
after reaching England, he decided to challenge one of the South’s greatest heroes, Captain John Smith. Though conceived as an attack on the South, Adams’s essay about Smith
did not appear until after the Civil War, when the North American Review published it in
1867.39
The war had ended, but Adams gave Southerners no quarter. He made no attempt
to soften his approach to heal the wounds the war had opened. His attack on Smith remained uncompromising. Historians accepted Adams’s blatant assertion that Smith was
a liar who invented the popular story about Pocahontas rescuing him from certain death.
Adams’s vicious attack so thoroughly damaged Smith’s historical reputation that now,
over a century and a half later, it has yet to recover fully.40
Upon the article’s publication in 1867, readers were unaware of the sectional prejudice that motivated Adams’s essay. They assumed he was motivated by the objectivity
of the dedicated historian, but the publication of Adams’s letters revealed his sneaky
small-mindedness. Writing to his friend and fellow historian John Gorham Palfrey in late
38 Norman Podhoretz, “Henry Adams: The ‘Powerless’ Intellectual in America,” New Criterion, June 1983, 7:
13-15.
39 Henry Adams, “Captain John Smith,” North American Review 104 (January 1867): 1-30.
40 J. A. Leo Lemay, Did Pocahontas Save Captain John Smith? (University of Georgia Press, 1992), 102-105.
59
1861, Adams conveyed his uncertainty about proving Smith wrong, but after he started
the piece, he wrote Palfrey again, using the language of the battlefield to characterize the
essay. He called it “a rear attack, on the Virginia aristocracy, who will be utterly gravelled
by it if it is successful.”41
Though Adams’s reputation as a major American historian endured through the
1970s, the publication of his letters in the eighties coincided with the decline of his reputation. Far from indicating a great historian, his letters reveal Adams’s true colors. He was
a Northern propagandist, a narrow-minded bigot who used history as a weapon to batter
his political enemies.
After returning home from England, Adams accepted a teaching position at Harvard and also became editor of the North American Review. Under his editorial control,
the quarterly retained the reputation it had held since it was founded over fifty years earlier. The North American Review remained the voice of conservative New England, and its
contributors were largely comprised of Harvard dons and Boston divines. Ever since it was
founded during the Romantic era, forward-thinking authors considered this stuffy journal out of sync with the tastes of the times. Edgar Allan Poe advised Nathaniel Hawthorne
to throw all his back issues of the North American Review out the window to the pigs.42
Adams left the North American Review in 1876, Harvard the following year. He moved to Washington, D.C., where he could use the government archives to research his
extensive history of the Jefferson and Madison administrations, which would ultimately
fill nine volumes. Adams’s letters express a condescension toward Jefferson and Madison reminiscent of his snarky attitude toward Captain John Smith. Thinking about their
presidential administrations, Adam used a clever simile to characterize both leaders. The
cleverness of his figure of speech only highlights his condescension: “I am at times almost
sorry that I ever undertook to write their history, for they appear like mere grass-hoppers,
kicking and gesticulating, on the middle of the Mississippi river.”43
The first volume of Adams’s history appeared in 1889. As in his correspondence,
his fine writing cannot mask his sectional bias. Adams concentrated on the Jefferson and
Madison administrations because he considered their era the time when the American
experiment had begun to crumble. In other words, it was not until President John Adams,
Henry’s great grandfather, left office and the Virginians reestablished control of the national leadership that the United States started going downhill.44
41 Henry Adams to John Gorham Palfrey, October 23, 1861, and March 20, 1862, in The Letters of Henry Adams,
ed. J. C. Levenson, et al. (Belknap Press of Harvard University Press, 1982), 1:258-259, 287.
42 Edgar Allan Poe, Essays and Reviews, ed. G. R. Thompson (Library of America, 1984), 588.
43 Henry Adams to Samuel J. Tilden, January 24, 1883, in Letters, 2:491.
44 David R. Contosta, “Adams, Henry,” in American National Biography, ed. John A. Garraty, and Mark C. Carnes
(Oxford University Press, 1999), 1:91.
60
Even before the final volume of his history appeared, Adams grew weary of the
project. Of history-writing he was overtired. In August 1890 he left on a round-the-world
voyage with his artist friend John La Farge. This was the trip that brought him to Tahiti,
where he arrived in February 1891. He came with a letter of introduction from a prominent
British author who had previously visited Tahiti, Robert Louis Stevenson. Discovering that
there was no hotel in Papeete, Adams and La Farge moved into a cottage overlooking the
harbor.45
Beginning his first letter home from Papeete, Adams exclaimed, “Tahiti! does the
word mean anything to you? To me it has a perfume of its own, made up of utterly inconsequent associations; essence of the South Seas mixed with imaginations of at least forty
years ago; Herman Melville and Captain Cook head and heels with the French opera and
Pierre Loti.” Quoting this passage in The Melville Log, Jay Leyda acknowledged Tahiti as the
place where the histories of Adams and Melville intersected. Adams was obviously familiar with Typee or Omoo or both, and his memory of reading Melville in his youth helped
shape his initial understanding of Tahiti.46
After Adams and La Farge settled into the cottage, they were adopted into the family of Marau Taaroa, one of the daughters of the old chiefess of the Teva clan, Arii Taimai. Adams considered this round-the-world journey a break from history-writing, but
he soon found himself taking notes as he listened to Arii Taimai speak and her daughter
translate. Tahiti’s matriarchal society intrigued Adams. Perhaps Louis Zukofsky has explained his situation best: “Adams’s mind revelled in a society where women, under ‘primitive’ institutions, shared equal sovereignty with men; where they not only caused wars
but directed them.”47 Arii Taimai told the story of her ancestors and related what Adams
characterized as “long native legends about wonderful princesses and princes, who did
astonishing things in astonishing ways, like Polynesian Arabian Nights.”48
Upon his return to the United States in 1893, Adams published his story of Tahiti
as Memoirs of Marau Taaroa, Last Queen of Tahiti. Perhaps “published” is the wrong word.
Adams, who possessed a self-consciousness at odds with his profound sense of superiority, was always leery about publishing work under his own name, so he had Memoirs of
Marau Taaroa privately printed, distributing copies to only to his closest friends. Naturally,
he presented one to La Farge, and he gave another to John Hay, who had encouraged the
project.49
45 Fiona J. Mackintosh, “The Revitalization of Henry Adams,” American History 38, no. 3 (August 2003): 73.
46 Henry Adams to Elizabeth Cameron, February 6, 1891, in Letters, 3:402; Jay Leyda, The Melville Log: A Documentary Life of Herman Melville, 1819-1891 (Harcourt, Brace, and World, 1969), 2:832.
47 Louis Zukofsky, Prepositions: The Collected Critical Essays of Louis Zukofsky, expanded edition (University of
California Press, 1981), 111.
48 Quoted in Mabel La Farge, “A Niece’s Memories,” Yale Review 9, no. 2 (January 1920): 276.
49 Luther S. Livingston, American Book Prices Current (Dodd and Livingston, 1911), 452; The Life and Works of
John Hay, 1838-1905: A Commemorative Catalogue of the Exhibition Shown at the John Hay Library of Brown Univer-
61
Adams also sent a copy to Marau Taaroa. This gift indicates that Adams saw the
Memoirs of Marau Taaroa as an interim text. He hoped to get feedback from her before
expanding the work into its final form. Marau Taaroa thoroughly annotated and corrected
Adams’s text and sent the volume back to him. While living in Paris, Adams began revising
the work once he received her marked-up copy. Zukofsky saw the revision as a labor of
love. Rewriting the work in Paris, Adams lingered over his memories of Tahiti.50
The revised version appeared in Paris in 1901 as the Memoirs of Arii Taimai. Again
Adams had it privately printed, but he did distribute this version a little more widely than
the Memoirs of Marau Taaroa, sending copies to several New England libraries. Marau Taaroa’s family helped distribute the Memoirs of Arii Taimai more widely, donating one copy
to the Polynesian Society in New Zealand and another to Cambridge University Library.51
In terms of its narrative point of view, Memoirs of Arii Taimai is practically postmodern. Though purportedly a historical work, Adams wrote it in the voice of Arii Taimai,
thus making it a fictionalized autobiography. Vanessa Smith characterizes the work as “a
piece of consummate ventriloquism.”52 In terms of genre and narrative voice, Memoirs of
Arii Taimai anticipates The Education of Henry Adams. Much as Adams created narrative
distance by writing in the voice of Arii Taimai in one work, he created narrative distance
in The Education of Henry Adams by telling his own story in the third person. In a way the
Memoirs of Arii Taimai gave Adams more narrative freedom than the later work, letting
him speak in a female voice to tell a story of female power.
Adams privately published The Education of Henry Adams in 1907. After his death
in 1918, his autobiography was released in a trade edition, became a surprise bestseller,
and earned recognition as a classic of the genre. Memoirs of Arii Taimai was practically
forgotten after Adams’s death. Not until a German translation appeared did the book begin receiving a broader readership. In 1923 Paul Hambruch, a German ethnologist who
had conducted field research in Micronesia and collected numerous fairy tales and myths
from the Pacific Islands, published his translation as part of a series of papers issued by
the Museum of Ethnology in Hamburg.53
sity in Honor of the Centennial of His Graduation at the Commencement of 1858 (Brown University Library, 1961),
42-43; John Hay to Henry Adams, December 30, 1890, in William Roscoe Thayer, The Life and Letters of John Hay
(Houghton Mifflin, 1915), 2:86.
50 Zukofsky, Prepositions, 111.
51 Library of Congress Acquisitions: Rare Book and Special Collections Division, 1980 (Library of Congress, 1982),
28-29; The National Union Catalog, Pre-1956 Imprints: A Cumulative Author List Representing Library of Congress
Printed Cards and Titles Reported by Other American Libraries (Mansell, 1968-1981), no. A0060914; “Transactions
and Proceedings,” Journal of the Polynesian Society 13, no. 2 (June 1904): 132; Report of the Library Syndicate for
the Year Ending December 31, 1902 (Cambridge University Press, 1903), 22.
52 Vanessa Smith, “Henry Adams / Ari’i Taimai: ‘That Link of History,’” in Exploration and Exchange: A South
Seas Anthology, 1680-1900, ed. Jonathan Lamb, et al. (University of Chicago Press, 2000), 318.
53 Henry Adams, Denkwürdigkeiten von Arii Taimai e Marama von Eimeo, Teriirere von Tooarai, Teriinui von Tahiti,
Tauratua i amo, translated by Paul Hambruch (O. Meissner, 1923).
62
Four more decades would pass before another European edition. In 1964 a French
version translated by Suzanne and André Lebois appeared as one of the publications of
the Society of Oceanists. Along with Hambruch’s German translation, the French version
added scholarly oomph to the Memoirs of Arii Taimai, establishing the work as a contribution to ethnology, anthropology, and folklore studies. Reviewing the Lebois translation, the
editor of Oceania made no bones about its significance: “All students of Tahitian ethnography need to read this book.”54
After World War II American literary scholars began to notice the Memoirs of
Arii Taimai, which earned a complimentary mention in the standard history of American literature. Under the general editorship of Robert E. Spiller, the Literary History of the
United States appeared in 1948. Spiller had the scholarly ability and leadership skills to
bring this massive project to completion. In a personal tribute, Louis D. Rubin reminisced,
“It was Bob Spiller who showed me that a man could be a warm, generous, understanding
human being and also be a professor of English.”55
Spiller became so strongly associated with the project that the Literary History of
the United States is generally known by his last name. Spiller gave Henry Adams his own
chapter: a testament to the literary status he held at the time. Spiller wrote the Adams
chapter himself. He devoted one paragraph to the Memoirs of Arii Taimai but, strangely,
never named the book by title.56
The omission may reflect Spiller’s dislike of the hard-to-pronounce title. To be
sure, Adams lacked Melville’s ability to craft mysterious, yet memorable titles like Typee
or Omoo. Melville was quite proud of the title of his first book, which he called “the magic,
cabalistic tabooistic Typee.” Omoo, the title of his second book, is similarly evocative.57
Spiller’s reluctance to name the Memoirs of Arii Taimai in the Literary History of the
United States should not be taken as a sign of his disapproval. He may have disliked the title, but he quite enjoyed the book. The year before the Literary History of the United States,
in fact, Spiller had edited the Memoirs of Arii Taimai, but he did retitle the book. The title
page of his edition calls it Tahiti. In the introduction Spiller explains his change of title,
noting that since “Tahiti” is the spine title of the 1901 Paris edition, he could justify using
that title for his scholarly edition.58 Spiller’s introduction to Tahiti is the single fullest criti-
54 Henry Adams, Mémoires d’Arii Taimai, translated by Suzanne Lebois and André Lebois (Musée de l’Homme,
1964); A. P. Elkin, “Publications de la Sociétés des Océanistes,” Oceania 39, no. 3 (March 1969): 251.
55 Louis D. Rubin, Jr., “Spiller, of ‘Spiller et al.,’” American Quarterly 19, no. 2 (Summer 1967): 301.
56 Robert E. Spiller, Literary History of the United States, ed. Robert E. Spiller, et al. (Macmillan, 1948), 2:1088.
57 Herman Melville to John Murray, September 2, 1846, in Correspondence, ed. Lynn Horth (Northwestern
University Press and the Newberry Library, 1993), 65; Kevin J. Hayes, Melville’s Folk Roots (Kent State University
Press, 1999), 79.
58 Robert E. Spiller, introduction to Henry Adams, Tahiti, ed. Robert E. Spiller (Scholars’ Facsimiles and Reprints, 1947), vii.
63
cal appreciation of Adams’s book published to that time. His edition did not immediately
inspire any further critical attention, however.
During the mid-sixties, Spiller’s edition had become nearly as scarce as the original. In 1968 Gregg Press published a facsimile of the Paris edition with an introduction by
Fred C. Sawyer. This edition is also titled Tahiti. In his introduction Sawyer identifies the
appeal of Arii Taimai and her clan: “For once, Adams could describe such a ritual of high
society without his usual ironic detachment: he was genuinely moved, for to be officially
received by a family which was aristocratic without being cold, formal, or supercilious was
an event which broke through the wall of reserve surrounding this sensitive, melancholy
man.”59
Spiller’s edition would be reprinted in 1976. Even before then, the Memoirs of
Arii Taimai began receiving some perceptive critical attention. Louis Auchincloss, who
wrote the Henry Adams volume for the University of Minnesota Pamphlets on American
Writers in 1971, began it with Adams’s trip to the South Pacific. Auchincloss identified the
Memoirs of Arii Taimai as an important step in Adams’s career. The task of reconstructing
Arii Taimai’s family history and her traditional legends required Adams to use both his
abilities as a historian and as a literary artist to bring alive the world of Tahiti’s ancestral
past.60
Though the publication of Adams’s letters in the 1980s hurt his reputation as a historian, a strange thing happened at the end of the twentieth century: Adams began receiving renewed scholarly attention, and it was mainly because of the Memoirs of Arii Taimai.
It turns out that a new generation of literary scholars found appealing the political issues
and power struggles that Adams treats in the book and the narrative point of view that he
takes. In 1999 Daniel L. Manheim contributed a lengthy article about the theme of empire
in the Memoirs of Arii Taimai to Biography, a scholarly journal published at the University
of Hawai‘i.61
Several more scholarly treatments followed. In the year 2000 the University of
Chicago Press published Exploration and Exchange, an anthology of South Seas literature
that included an excerpt from the Memoirs of Arii Taimai. In her introduction to the excerpt, Vanessa Smith observes that the Memoirs gave Adams “the opportunity to play oral
ethnographic informant; the liberal republican to comment on kingship; the white male
historian to dress up as a Tahitian queen and write a history motivated by female power.”62
59 Roger G. Rose, “Tahiti, Memoirs of Arii Taimai,” American Neptune 29, no. 2 (April 1969): 148-149; Fred C.
Sawyer, introduction to Henry Adams, Tahiti: Memoirs of Arii Taimai (Gregg Press, 1968), v.
60 Louis Auchincloss, Henry Adams (University of Minnesota Press, 1971), 6-8.
61 Daniel L. Manheim, “The Voice of Arii Taimai: Henry Adams and the Challenge of Empire,” Biography 22,
no. 2 (Spring 1999): 209-231.
62 Smith, “Henry Adams / Ari’i Taimai,” 318.
64
Writing “The Revitalization of Henry Adams,” a 2003 piece for American History,
Fiona J. Mackintosh identified Adams’s trip to Tahiti as the event that allowed him to revitalize himself after the death of his wife and the exhaustive work that writing the history
of the Jefferson and Madison administrations required. Mackintosh’s title may be a double
entendre: it also suits the story of Adams’s critical reputation. The renewed attention to
the Memoirs of Arii Taimai over the past quarter century has revitalized Adams’s literary
reputation.63
During the late 1980s and early 1990s, Ronald E. Martin, a professor at the University of Delaware, showed little interest in Henry Adams, much preferring to direct his
attention to William Faulkner, but in his 2005 book, The Languages of Difference: American Writers and Anthropologists Reconfigure the Primitive, Martin analyzes the portrayal
of the primitive in American literature and culture, devoting a twenty-five-page chapter
to the Memoirs of Arii Taimai titled “The Historian’s Art as Ethnography.” And in 2007 Edward L. Galligan contributed a fine critical appreciation of the Memoirs of Arii Taimai to
the Sewanee Review: an indication that even the South was finally willing to listen to what
Adams had to say.64
The questions that Henry Adams raises in the Memoirs of Arii Taimai regarding colonial empire, the gendered structure of power, and the importance of the female voice
to history all make its author worth a new look. I still find it difficult to forgive him for his
unprincipled attack on Captain John Smith, and we all must admit that Adams’s book is no
Omoo. But the Memoirs of Arii Taimai is significant enough to recognize it as a vital part of
Adams’s literary life and a notable contribution to American literary history. In addition to
“The Dynamo and the Virgin,” perhaps the next edition of the Norton Anthology of American Literature will contain a selection of the Memoirs of Arii Taimai.
63 Mackintosh, “Revitalization of Henry Adams,” 70.
64 Ronald E. Martin, The Languages of Difference: American Writers and Anthropologists Reconfigure the Primitive, 1878-1940 (University of Delaware Press, 2005), 66-90; Edward L. Galligan, “Henry Adams’s Tahiti,” Sewanee
Review 115, no. 3 (Summer 2007): 455-462.
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London, Mansell, 1968-1981, no. A0060914.
“Transactions and Proceedings,” Journal of the Polynesian Society 13, no. 2, June 1904.
Winters, Yvor, The Anatomy of Nonsense, Norfolk: New Directions, 1943.
Zukofsky, Louis, Prepositions: The Collected Critical Essays of Louis Zukofsky, expanded
edition, Berkeley, University of California Press, 1981.
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Abstract
Starting with a general overview of Henry Adams’s works, this history of the Memoirs of Arii Taimai will also examine Adams’s overall critical reception.
Since the Memoirs of Arii Taimai was privately printed, it received little attention
initially. For his other works, Adams earned a reputation as a major American author.
Adams’s reputation peaked in the early 1980s, but with the release of his collected letters,
readers began to question his motives.
His letters reveal that his critical essay on Captain John Smith, for example, was
motivated by narrow-minded sectional prejudice. Adams’s reputation diminished considerably after his letters appeared. In recent years, however, his reputation has revived,
largely because of renewed attention to the Memoirs of Arii Taimai.
Kevin J. Hayes, Emeritus Professor of English at the University of Central Oklahoma, now lives and writes in Toledo, Ohio. He is the author of several books on American
history, literature and culture including George Washington: A Life in Books (Oxford
University Press), for which he received the George Washington Prize. He is currently writing an intellectual life of Henry Adams’s great grandfather John Adams.
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Résumé
« La réception critique de Henry Adams »
En prenant pour point de départ un aperçu général des œuvres de Henry Adams,
cette contribution retrace l’histoire des Mémoires de Arii Taimai et examine également la
réception critique globale de l’historien américain.
Publié à titre privé, l’ouvrage Mémoires de Arii Taimai a suscité peu d’attention lors
de sa parution. Par contre, ses autres œuvres ont permis à Adams d’acquérir une réputation d’auteur américain majeur, réputation qui atteint son apogée au début des années 1980, même si la publication de ses lettres a suscité chez les lecteurs des interrogations par rapport à ses motivations.
Ses lettres révèlent par exemple que son essai critique sur le capitaine John Smith
était motivé par des préjugés qui témoignent d’une certaine étroitesse d’esprit, ce qui entachera considérablement sa réputation après leur publication. Sa renommée auprès des
lecteurs s’est cependant ravivée, en grande partie grâce à l’attention renouvelée portée
aux Mémoires de Arii Taimai.
Kevin J. Hayes, professeur émérite d’anglais à l’Université de Central Oklahoma,
réside actuellement à Toledo, dans l’Ohio. Il est l’auteur de plusieurs livres sur l’histoire,
la littérature et la culture américaines, dont George Washington: A Life in Books (Oxford
University Press), pour lequel il a reçu le prix George Washington. Il travaille actuellement sur l’histoire de la vie intellectuelle de l’arrière-grand-père de Henry Adams, John
Adams, deuxième président des États-Unis.
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HENRY ADAMS AND HISTORY:
THE UNITED STATES AND TAHITI
Ormond Seavey, Ph.D.
Washington State University / Professor
In this essay I have to use the word history repeatedly. At times I will be employing
the term in its familiar meaning—the record of events that occurred in the past. At other
times I have to refer to a particular text, designated with the definite article as The History, by which I mean Henry Adams’s nine-volume work The History of the United States of
America during the Administrations of Thomas Jefferson and James Madison—an ungainly
title though precise. I am also aware of the compounded confusions as someone who employs the English word history in contexts where its French cognate histoire prevails.
Just as Henry Adams came to Tahiti from Washington, D.C., I too come from Washington. It is a place deeply devoted to public life, about which Adams himself held a historian’s longer view—elections, government measures, wars, diplomacy. Those of us from
Washington cannot escape the inundations of the quotidian preoccupations of those who
concern themselves above all with such matters.
Indeed, we find ourselves at present in just the situation that Adams inhabited in
the 1880s. Hard at work on his great work, The History of the United States of America during the Administrations of Thomas Jefferson and James Madison, he had been obliged to
accumulate and read American newspapers from the period between 1795 and 1817, complaining in his text about how nearly devoid of substance this source generally was:
“Of American newspapers there was no end; but the education supposed
to have been widely spread by eighteenth-century newspapers was hardly to be distinguished from ignorance. The student of history might search
forever those storehouses of political calumny for facts meant to instruct
the public in any useful object. A few dozen advertisements of shipping and
sales; a marine list; rarely or never a price-list, unless it were European;
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copious extracts from English newspapers, and long columns of political
disquisition—such matter filled the chief city newspapers, from which the
smaller sheets selected what their editors thought fit. Reporters and regular correspondents were unknown. Information of events other than political—the progress of the New York or Philadelphia water-works, of the Middlesex Canal, of Fitch’s or Fulton’s voyages, or even the commonest details of
a Presidential inauguration—could rarely be found in the press.” (History I:
83-84)
By the 1880s American newspapers had advanced beyond their progenitors in
substance, but as the readers of 2024 look back at the preoccupations of that period it
is readily possible to credit Henry Adams with superior insight in directing his attention
to Jefferson, Hamilton, Burr, Madison, and even manic Congressman John Randolph,
rather than their counterparts in Adams’s own time—figures like Grover Cleveland, Roscoe Conkling, Benjamin Harrison, or even his former student Henry Cabot Lodge. Adams’s
own time was focusing its attention on such political issues as the coinage of silver, the
suppression of the native population in the West by cavalry units largely made up of former slaves, the dangers of alcohol, and above all other issues the size of U.S. protective
tariffs. That Adams could emerge from the din of attention to such issues with his History
shows a capacity for focus and discrimination.
The strain of years of labor on the History, together with the noise of contemporary
political wrangling, weighed down on him in 1891 so he fled to various Pacific sites and
eventually to Tahiti. I suppose that he hoped to find in the islands some degree of relief
from faction, pettiness, and trivial wrangling and experience a domain of beauty, peace,
and sunny tranquillity. But instead what he encountered in Tahiti in particular served to
echo his situation in Washington. Tahiti had not been exempt from history.
Adams’s own personal life had already collapsed in the wake of his wife’s suicide
in December 1885, so there also could not be any respite from that intractable loss. And
Adams already knew of a cautionary warning about the prospect of escaping through
travel from personal and collective history. He had read Emerson’s “Self-Reliance” as the
Concord sage had depicted the folly of traveling:
“At home I dream that at Naples, at Rome, I can be intoxicated with beauty,
and lose my sadness. I pack my trunk, embrace my friends, embark on the
sea, and at last wake up in Naples, and there beside me is the stern fact, the
sad self, unrelenting, identical, that I fled from. I seek the Vatican, and the
palaces. I affect to be intoxicated with sights and suggestions, but I am not
intoxicated. My giant goes with me wherever I go.” (Emerson 278)
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For Emerson the sadness had come from the death of his first wife from tuberculosis. But to account for the feeling of something deeply amiss merely by connection to
a personal grief would be reductionist. The deaths of Clover Adams or of Ellen Emerson,
sad as they were, stand also for the deep loss experienced by every sentient being, our
common perception that time and chance finally overrule our efforts to counteract them.
So despite his hopes for relief from Washington and all its associations by going
to a place of transcendent beauty and continual supply of fruits and flowers, he did not
expect to be intoxicated. In various ways Adams’s History would provide him a matrix for
his perceptions about history in Tahiti.
Obviously there are differences between a nation state constituted from half a
continent and an island society the size of Tahiti, but he had worked with the social palette of American complications long enough for complications to seem discoverable
elsewhere as well. Probably the most important common element between Tahitian history and U.S. early national history arises from Adams’s boldest and most systematic innovation.
Henry Adams insists in the History that American history must be seen in close
conjunction with contemporary world history—seemingly a truism hardly worth stipulating except that his predecessors and most of his successors in the writing of American history overlook it. Thus for example the Louisiana Purchase had to be related first
to domestic relationships in the royal Spanish household and ultimately to the Haitian
revolution. In the words of the History itself—striking and memorable though embedded
inside a sentence: “but the prejudice of race alone blinded the American people to the debt
owed to the desperate courage of five hundred thousand Haytian negroes who would not
be enslaved.” (History I: 316)
In other words, because Napoleon’s only use for Louisiana had been to provide food
for the re-enslaved sugar-producers, at the point when he realized that French armies
could never prevail on the island, he had no real need for the Louisiana territory and was
disposed to discard that large tract of territory on the North American mainland, getting
some modest payment in return.
Just as American history requires being seen in a world context, Adams will insist
on exploring the international contexts for Tahiti that begin in 1767. So a considerable
share of Tahiti’s consequence in the world derives from its availability to fit late Enlightenment paradigms for human life in the absence of urban life, in particular as articulated by
Rousseau and Diderot.
And the Memoirs of Arii Taimai elaborately documents the way that interlopers
to Tahiti like James Cook, an Englishman with the English impulse to locate everywhere
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someone accepted as the king, disrupted the local system of aristocratic families controlling collective life in Tahiti. So an unheralded figure who had caught Cook’s eye is able to
launch a take-over of the entire island.
There prove to be notable social similarities between Adams’s early national America and Tahiti before Western discovery. Both societies had been controlled by regionally
based aristocracies. The distinctive qualities of early American aristocracies he outlines
in the introductory chapters to the History. The Memoirs show that Tahiti had had a comparable system of aristocratic management functioning not just on that island itself but
also on the nearby islands—a system that had functioned effectively for centuries. To be
sure, the oligarchs he had noted in post-Federalist America had differed by region, with
a merchant oligarchy in New England coexisting with a planter oligarchy in Virginia and
the Southern states, while the Tahitian aristocrats had constituted an interlinked network
managed according to mutually understood codes of activity and discourse.
Adams’s early national United States had been a scene of religious conflicts, mostly among variants of American Protestantism, with particular threats to national unity
posed by the political version of Edwardsian Calvinism, which constituted the backbone of
a fading and increasingly impotent Federalism in New England. In Tahiti, as Adams would
document in the Memoirs, the Calvinist fatalism of early missionaries combined collaboration with colonialists together with collusion in the bloody suppression of a once viable
and peaceful social order.
For the historian there does exist a key difference between the situations in the
United States from 1800 and 1817 on one hand and in Tahiti between 1767 and 1815. That
difference consists especially of the evidence available for the historian. As Adams gradually assembled his depiction of American life, his materials could be found mostly on
paper—those unsatisfactory early newspapers, which might eke out dribbles of information when read systematically, and records of diplomatic interchanges, ferreted out of
European archives by a combination of family credibility, linguistic acumen, and some
amount of chutzpah. Let me repeat here a story already incorporated in my study of
Adams’s early writings (Seavey 262-264). In 1879 Henry and Clover Adams were in Seville,
Spain, at the site of the Spanish colonial archives, records of the Spanish empire going
back to the fifteenth century. He had previously been offered access to the archives, but
the offer had been withdrawn, obliging the Adamses to improvise an entry to the archive.
On a train ride the Adamses by chance encounter someone who knows the archivist himself. Clover Adams finagles their traveling companion into approaching the feeble old archivist, who consents to open the records to them the following morning, obliging her to
distract the old dude as Henry locates the evidence of a Spanish bribe to a highly placed
American. This would be the culmination of weeks of archival research in Europe.
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The task for the historian of reconstructing the past in Tahiti would be even more
complicated because so much of the most relevant evidence reposed in the elaborate memory of Arii Taimai. Access to that repository comes to us mostly through the writings of
Henry Adams. A visitor to her family, he had befriended two of her children, one of them
connected by marriage to the last titular king of Tahiti.
The voice first heard in the Memoirs is that of Arii Taimai, explaining matters of
custom and kinship in Tahiti as related to her own family to someone from the outside:
“If the Papara family and people had any name, in the European fashion, I
suppose it would be Teva, for we are a clan, and Teva is our clan name. On
the map of Tahiti the four southwest districts, from Papara to the isthmus, is
marked as Te Teva I uta, the inner Tevas […].” (Tahiti 1)
The voice is cordial and welcoming and also conscious of possible misconstructions. The shape of the island must be conveyed further along, with indications of comparable English terminology. The way that the space for human habitation is restricted
to the island’s coastline is conveyed. Then in the second paragraph appears information
that Adams himself has ascertained from his reading of voyage narratives from Wallis
in 1767 on the Dolphin and Cook in 1774 on the Endeavor, the latter ship name expressed
in its American spelling. The melding of perspectives between the inside versions of the
Tahitians together with alien versions that introduce some range of misunderstanding is
central to the achievement of the text.
Voices keep shifting back and forth between Adams and Arii Taimai in the text, but
at one point explicitly in his own voice Adams links the methodological situations of this
text to those of the History. The story mentions the Maraes, monuments or burial places
located in various parts of the island.
“Thanks to the Maraes, the social rank of chiefs in the South Seas was so well
known or so easily learned that few serious mistakes could be possible. On
this foundation genealogy grew into a science, and was the only science in
the islands which could fairly claim rank with the intellectual work of Europe and Asia. Genealogy swallowed up history and made law a field of its
own. Chiefs might wander off to far distant islands and be lost for generations, but if their descendant came back, and if he could prove his right to
the seat in a family Marae, he was admitted to all the privileges and property
which belonged to him by inheritance.” (Tahiti 11)
Also to be noted in this passage is the connection between history and law, a
connection which had launched Henry Adams’s earliest serious engagement with the
past. In Tahiti what might seem to have counted as legal questions about possession or
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pre-eminence are resolved by genealogical evidence. Hence, even a remote and long absent descendant from an aristocratic Tahitian house could expect his title to be honored if
matters of lineage could be established.
Back in the 1870s as an assistant professor of History at Harvard, Henry Adams
had begun the earliest U.S. graduate program in History, mobilizing a small cadre of recent graduates in the study of Anglo-Saxon law. At that early point he himself composed
a review essay about Anglo-Saxon law as the introduction to the publication of his students’ dissertations. Hence his claim that in Tahiti genealogy had grown into a science,
subsuming jurisprudence and equivalent to the intellectual work of Europe and Asia. In
other words, the ample supplies of genealogical lore in the memory of Arii Taimai count
as equivalent to the written evidence of political maneuvering to be discovered in the national archives of Spain, France, or Great Britain.
Adams had insisted in the History on connecting the story of the Jefferson and
Madison administrations to the complications of the Napoleonic Wars, so that Napoleon
himself, depicted as an avatar of Milton’s Satan, proves to be a more consequential adversary to the Jeffersonians than the largely ineffectual, regionally limited, and divided forces
of the Federalist party. In turn Adams will engage in a related paradigm in relation to Tahiti. While he begins with Arii Taimai’s account of genealogical reconstruction of the island’s
history, he must also incorporate the major misperceptions of European sea captains like
Bougainville and Cook, soon compounded by the self-serving local observations of English missionaries. So these European intruders impose their own version of the island’s
polity. Tahiti becomes a scene where competing colonial powers collide.
The crucial feature of Adams’s History is his systematic location of American history in an international context. So as Thomas Jefferson is inaugurated as President in
Chapter VII of the first volume, he is linked not to his predecessor, the absent John Adams, but to two other absent figures—“[t]he man who mounted the steps of the Capitol, March 4, 1801, to claim the place of an equal between Pitt and Bonaparte” (History I:
126). Moreover Henry Adams has already made it clear by this chapter that the newly
elected leader of the presumptuous little American republic was not really comparable
in international consequence to either William Pitt the younger, then the British prime
minister, or Napoleon Bonaparte, at that point the first consul of France.
The first six chapters of the History in their meticulous enumeration of the provincial vulnerabilities of the disunited United States have already located the still new nation
as prey to internal fragmentation. Young readers of that collection of chapters, sometimes
packaged together under the title The United States in 1800, tend to overlook the way that
unsparing depiction reveals not the promise of the nation so much as its peril. But Adams’s
story in the ensuing nine volumes of text is one of emergence from provincial limitation.
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Just as the context for United States history between 1800 and 1817 is the interaction with potent European imperial powers, Henry Adams insists in the Memoirs that the
recollections of Arii Taimai must be considered in their relation to the incursions of British and French sea captains and missionaries.
As with his History, Adams displays a highly acidic view of the British in the Memoirs, in passages more distinctly reflecting his own perceptions than those of his Tahitian counterparts. When the History announces the arrival of Spencer Perceval as
leader of the ministry coming into power in 1807, it describes that coalition as representing “everything in English society that was most impervious to reason” (History I:
966). Adams’s language does violate later historians’ conventions for the avoidance of
unequivocal pronouncements. Although historians of the present are not so likely to rally
in defense of Perceval, they would frame their treatments of him in more muted terms.
I find it refreshing to see Adams’s disposition to display without equivocation his own
encyclopedic awareness of the vicissitudes of British government leadership over some
centuries of history and his refusal to equivocate.
In the Memoirs as the story of Purea is being followed, the narrative engages in a
moment of anthropological observation, as the observers are being themselves observed:
“The English never took an idea by halves. Having made a queen of Purea in 1768, they
were determined to regard her as a beggar in 1773” (Tahiti 62). Having committed himself
again to a level of description beyond the schematic, the situation of this Tahitian aristocrat requires a much more ramified context than the alternatives of queen and beggar.
In the course of his history of early Tahiti, the narrative at one point offers what we
might rightly see as a provocative observation about developments: “[B]ut as I come to the
dark ages of our history, between 1800 and 1815, I find a want of records and traditions that
shows how narrowly our family must have escaped the fate of almost every other chiefly
race” (Tahiti 97).
The interval of time (1800-1815) which the history of Tahiti sees as the island’s dark
ages is precisely the interval of time which Adams had already exalted in the History of
the United States of America as the source of American national unity—a contention by no
means accepted by previous American historians. As for the adequacy of records and traditions in the U.S. period, Adams’s deployment of the records at his disposal would supply
thousands of pages.
Central to the connection Adams makes between Tahiti and Europe is the way
that the encounter with Tahiti connected to ideas Adams associates with Rousseau and
Diderot. The connection proves to be complicated by the ways that Tahiti is fitted to a
pre-existing paradigm particularly articulated by Rousseau. The Tahiti that the adherents
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of Rousseau perceive bears only slight resemblance to the complex and ramified social
arrangements existing over centuries and recalled for Adams’s benefit by Arii Taimai. A
handful of signifiers combine to constitute the Rousseau paradigm, including in particular Diderot’s contribution specifically designated for Tahiti. Diderot’s own access to Tahiti
derives from his connection to the Encyclopédie, as its principal editor. So that work affords its creator with cosmic connections to all things.
Louis-Antoine de Bougainville published his own account of his voyage, to which
Diderot adds his fanciful Supplément au Voyage de Bougainville. From the Supplément one
would discover that love reigns in Tahiti and requires no constraints imposed by marriage
practices. The connections to Rousseau’s Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes will be obvious to all. But Rousseau’s potent assault on civilization
first appeared in 1755, years before European navigators reached Tahiti. Adams’s glances
at Rousseau and Diderot in the Memoirs indicate both his awareness of the paradigm they
advanced and his own distance from that paradigm.
At the opening of Chapter 14 he observes, “Meanwhile Europe had totally lost its
first keen interest in Tahiti. Like an old fashion, the South Seas fell into the hands of unfashionable people such as missionaries and whaling-captains; the glamour vanished,
and the worn-out excitement faded away” (Tahiti 88). In other words, the historical moment had become what Henry Adams himself had already found to be most congenial.
At the point where he himself had turned to the Jefferson administration as his own
field of focus, that territory had seemed to American historians as lacking consequence.
Jefferson and Madison had seemed to be superseded in consequence by the advent of the
abolitionist movement, the early years of William Lloyd Garrison and the sturdy Congressional resistance to slavery led by John Quincy Adams. Yet regardless of Henry’s persisting allegiance to his grandfather, he insisted on reviving the Virginia presidents. Correspondingly, the way that European attention to Tahiti descended to unfashionable people
like missionaries and whaling-captains signaled that Tahiti’s consequence would require
what Clifford Geertz would describe as thick description. Just the ways that Tahiti and the
Rousseau paradigm had been snuffed out by the French Revolution reveal how merely
superficial and suggestive its engagement with Tahiti had been.
Here is Adams’s language describing the shift of European attention away from Tahiti, as he notes the arrival in Tahiti of the Duff, with its cargo of missionaries reaching the
island in March 1797:
“Thirty years had elapsed between the coming of Captain Wallis in the Dolphin and the coming of the missionaries in the Duff. Little was left of all that
had charmed the discoverers. In these thirty years Europe had also passed
78
through the experience of centuries; the dreams of Rousseau and the ideals
of nature were already as far away as the kingdom of heaven. In 1797 the philosophers were dead; the guillotine had disposed of the innate virtues of the
human heart; and war had swept away most of the landmarks of old Europe,
with much of its old population; but the wreck of society that had occurred
in Europe was not to be compared with the wreck of our world in the South
Seas.” (Tahiti 89)
Neatly embedded in the report about the arrival of missionaries are two linked histories, one of European cultural history and the other of Tahitian social history. Neither
historical record is adequately represented in these summary treatments. Adams knows
what an adequate rendition would require. The depredations to Tahiti appear as adjunct
to the devastation to free thought caused by the Jacobins of the French Revolution. And
the missionaries appear in Tahiti not as emissaries of freely chosen spiritual choices but
as components to factions which will impose a social system alien to the Tahitian indigenous pattern whose elements Adams’s text has elaborately detailed. So the freight of
cultural disaster ensconced in the syntax of Adams’s language melds European and Tahitian contexts.
Henry Adams scholars who come to the Memoirs from an immersion in The Education of Henry Adams would probably already expect to hear the note of despair, so vividly
sounded in that work. But the Education would not be composed until after the turn of the
century. The more appropriate context for the Memoirs is the History of the United States
of America during the Administrations of Thomas Jefferson and James Madison. Though my
own critical effort has aimed to distinguish the History from the bleak perceptions of the
Education and The Life of George Cabot Lodge, his latest completed books, this occasion
invites me to observe that even though the trajectory of the History is positive, its surface
is quite often dark. Henry Adams did not have the sunny Emersonian discourse as a note
he could sound personally despite his palpable affinities for Emerson.
If there is any favored protagonist in the History it would have to be Thomas Jefferson, in part by the way he pivots away from the earlier Republican revulsion against
Federalist exercises of national action—but consider the History’s early description of the
position taken by Jefferson’s party:
“Jefferson aspired beyond the ambition of a nationality, and embraced in
his view the whole future of man. That the United States should become a
nation like France, England, or Russia, should conquer the world like Rome,
or develop a typical race like the Chinese, was no part of his scheme. He
wished to begin a new era. Hoping for a time when the world’s ruling interests should cease to be local and should become universal, when questions
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of boundary and nationality should become insignificant, when armies and
navies should be reduced to the work of police, and politics should consist
only in non-intervention—he set himself to the task of governing, with this
golden age in view. Few men have dared to legislate as though universal
peace were at hand, in a world torn by wars and convulsions and drowned in
blood; but this was what Jefferson aspired to do.” (History I: 101)
There appears to be something laughable about Jefferson’s aspirations. Had any
Federalist contemporary of Jefferson—someone like Fisher Ames or Timothy Pickering—
spelled out this Jeffersonian position in such high-flown terms, the characterization
would have been dismissed as exaggerated partisanship. Henry Adams had notoriously
little personal sympathy with the sort of unpractical idealism that he describes in Jefferson. Yet his History documents not the collapse of the Democratic Republicans into ideological futility but rather their success at consolidating the disparate and still unregenerated components into a union that would survive civil war.
So despite incorporating this damning characterization of the Jefferson position,
Adams depicts Jefferson’s actual conduct of the Presidency in quite positive ways. But irony has to disguise those affirmative elements.
It is Henry Adams’s deep attachment to irony that disguises the affirmative vectors in his perceptions. Himself the lineal descendant of Emerson even more than that
bachelor defender of chastity Henry Thoreau, Henry Adams turned to the weatherbeaten Emerson of the essay “Experience,” not just in The Education of Henry Adams but
also in his own flight from the illusory realm of contemporary politics surrounding him
in Washington. He comes upon Tahiti not to find the escape from Western social mores
but to live out Emerson’s direction in “Experience” that “[w]e must set up the strong present tense against all the rumors of wrath, past or to come” (Emerson 481). The story of
Arii Taimai had had a potent element of personally effectual activity, as the chiefess had
intervened in 1846 to prevent a French assault on Tahiti, even at the cost of reinstating an
indigenous regime whose lack of legitimacy had been so much the matter of the Memoirs.
We are here in Tahiti as evidence that the strong present tense can still be set up
and that Tahiti itself has had a history and has a future. It is where Henry Adams found
himself.
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Works Cited
Adams, Henry, History of the United States of America during the Administrations of Thomas Jefferson, ed. Earl N. Harbert, New York, Library of America, 1986, Vol. 1.
Adams, Henry, Tahiti (Memoirs of Arii Taimai), Kissimmee, McAllister Editions, 2015.
Diderot, Denis, “Supplement to Bougainville’s Voyage” in This is Not a Story and Other Stories, translated by P. N. Furbank, Oxford, New York, Oxford University Press, 1993.
Emerson, Ralph Waldo, “Experience” in Essays Second Series in Essays and Poems, New
York, Library of America, 1996.
Emerson, Ralph Waldo, “Self-Reliance” in Essays First Series in Essays and Poems, New
York, Library of America, 1996.
Seavey, Ormond, Henry Adams in Washington: Linking the Personal and Public Lives of
America’s Man of Letters, Charlottesville and London, University of Virginia Press,
2020.
Abstract
Exhausted by the effort that went into completing The History of the United States
of America during the Administrations of Thomas Jefferson and James Madison in nine volumes, Henry Adams departed Washington, D.C., on the voyage that would take him to
Tahiti. There he encountered not a refuge from history but another complex history preserved in large part in the recollections of Arii Taimai. In various ways Adams’s History
would provide him a matrix for his perceptions about history in Tahiti. Despite the apparent differences between a nation state constituted by half a continent and an island the
size of Tahiti, he would apply to his treatment of Tahiti his boldest and most systematic
innovation, the insistence of seeing the site of historical examination within a surrounding context of world history. Of course historians gesture at such contexts reflexively,
but Adams had insisted that Jefferson’s America had also been an America bound to Napoleon’s and William Pitt’s divided Europe.
Like the America of 1800, Tahiti before 1767 had been managed by local oligarchies,
with identifiable principles of law and power succession. Only James Cook’s English expectation of the existence of a monarchy could disrupt the settled order of things in Tahiti,
permitting someone outside of the previously existing order to move into that anomalous
and disruptive power. Adams’s History had instructed him in the strategies for dominance
of British overseas power. At the same time that Napoleon was disposed to perceive the
Americans as covert allies with the British, linked by language and persisting commercial ties, regardless of British interference with American shipping both by edict and by
boarding American vessels at sea, the United States resorted to drastic counter-imperialist measures to frustrate both European adversaries, culminating in the War of 1812,
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a belated and desperate effort to preserve the young nation’s standing in a world long
convulsed in imperial conflict. To be sure, recourse to self-protection against imperialism
would be more problematic in Tahiti. Adams’s two histories together constitute an early
version of the critique of imperialism.
Ormond Seavey was born and raised in Hibbing, Minnesota. He graduated from Carleton College cum laude with distinction in English. His graduate career at Columbia University was punctuated with a tour of duty in the U.S. Marine Corps. He has taught at the
George Washington University since 1976. He is the author of Becoming Benjamin Franklin:
The Autobiography and the Life and Henry Adams in Washington: Linking the Personal
and Public Lives of America’s Man of Letters. He is the editor of the Oxford paperback collection of Franklin writings titled Autobiography and Selected Writings. His wife Nina Gilden
Seavey is a prominent documentary filmmaker.
Résumé
« Henry Adams et l’Histoire : les États-Unis et Tahiti »
Épuisé par les efforts déployés pour achever les neuf volumes de son ouvrage, The
History of the United States of America during the Administrations of Thomas Jefferson
and James Madison, Henry Adams quitte Washington, D.C., pour effectuer le voyage qui
le conduira à Tahiti. Là-bas, il trouve non pas un refuge contre l’histoire, mais une autre
histoire complexe, préservée en grande partie dans les souvenirs de la cheffesse Arii Taimai. De diverses manières, l’Histoire d’Adams lui fournit une matrice pour ses perceptions
de l’histoire à Tahiti. Malgré les différences évidentes entre un État-nation constitué d’un
demi-continent et une île de la taille de Tahiti, il appliquera à son traitement de Tahiti son
innovation la plus audacieuse et la plus systématique : l’insistance à considérer le site qui
fait l’objet de l’analyse historique dans le contexte global de l’histoire mondiale. Bien entendu, les historiens établissent instinctivement des références à de tels contextes, mais
Adams avait insisté sur le fait que l’Amérique de Jefferson avait également été une Amérique liée à l’Europe divisée de Napoléon et William Pitt.
Comme l’Amérique de 1800, Tahiti avant 1767 avait été gérée par des oligarchies
locales, avec des principes identifiables de droit et de succession au pouvoir. Seules les attentes anglaises, en la personne de James Cook, quant à l’existence d’une monarchie pouvaient perturber l’ordre établi à Tahiti, en permettant à une personne, étrangère à l’ordre
en place, d’accéder à ce pouvoir anormal et perturbateur. L’Histoire d’Adams lui avait enseigné les rouages des stratégies de domination de la puissance britannique outre-mer.
Alors même que Napoléon avait tendance à considérer les Américains comme des alliés
secrets des Britanniques, du fait du lien linguistique et de la préservation de rapports
82
commerciaux entre les deux nations, en dépit de l’ingérence britannique en matière de
transport maritime américain, tant par édit que par arraisonnement des navires américains en mer, les États-Unis ont eu recours à des mesures anti-impérialistes drastiques
pour contrecarrer les agissements des deux adversaires européens, tensions qui atteignirent leur paroxysme lors de la guerre de 1812, effort tardif et désespéré de la part de la
jeune nation de maintenir sa position dans un monde longtemps secoué par les conflits
impériaux. Certes, le recours à l’autoprotection contre l’impérialisme était plus problématique à Tahiti. Prises ensemble, les deux histoires d’Adams constituent une première
version de la critique de l’impérialisme.
Né à Hibbing, dans le Minnesota, Ormond Seavey est diplômé avec distinction du
Carleton College (cum laude). Sa carrière universitaire débute à l’Université Columbia, interrompue par une période de service dans le Corps des Marines des États-Unis. Professeur à
l’Université George Washington depuis 1976, il est l’auteur de Becoming Benjamin Franklin:
The Autobiography and the Life ainsi que de Henry Adams in Washington: Linking the Personal and Public Lives of America’s Man of Letters. Il est l’éditeur de la collection de livres
de poche Oxford des écrits de Franklin intitulée Autobiography and Selected Writings. Son
épouse Nina Gilden Seavey est une réalisatrice de documentaires de premier plan.
83
84
LE PÉRIPLE DE HENRY ADAMS
DANS LES MERS DU SUD
Florent Atem
Université de la Polynésie française / Maître de conférences
Introduction
Profondément marqué par le suicide de son épouse, Marian Hooper Adams, en
1885, et exténué par l’écriture des neuf volumes de son ambitieuse histoire des États-Unis
sous les administrations de Thomas Jefferson et James Madison, parus de 1889 à 1891,
Henry Adams décide de s’exiler en compagnie de son grand ami, le peintre John La Farge.
En partant de San Francisco, le 23 août 1890, il répond à son tour à l’appel du Pacifique,
comme l’ont fait avant lui bon nombre d’intellectuels américains. La traversée mène
d’abord les deux hommes jusqu’à l’archipel hawaiien. Déçu par cette première étape dans
sa quête d’exotisme, Adams ne retiendra de l’escale à Honolulu, la capitale de Hawai‘i, que
l’image d’une société dépourvue de son authenticité, aussi américanisée que vidée de son
essence.
Aux îles Sāmoa, l’historien se mue en anthropologue et partage le quotidien des
natifs pour mieux se plonger dans la culture locale et comprendre les coutumes. Le séjour
à Apia, la capitale des Sāmoa, lui procure une réelle satisfaction : outre l’immersion dans
le mode de vie autochtone, il y rencontre notamment Robert Louis Stevenson, qui jouera
un rôle fondamental dans son périple jusqu’aux confins des mers du Sud, en lui remettant
des lettres d’introduction qui lui permettront d’établir un contact favorable avec les chefs
de Tahiti que l’écrivain écossais avait pu rencontrer lors d’un récent voyage en Polynésie.
Car c’est en effet à Tahiti que les deux aventuriers débarquent, le 4 février 1890,
pour un séjour d’exactement quatre mois, durant lequel ils côtoieront les notables de
Papeete mais aussi des familles influentes de la sphère locale, jusqu’à la rencontre avec
Ariitaimai, l’illustre cheffesse du clan des Teva, qui suscitera la fascination des voyageurs.
85
Subjugué par la vénérable dame, dernière « ari’i nui » de sa lignée, le dynaste bostonien
qui tentait d’échapper à sa propre destinée se retrouve en réalité confronté à lui-même
au travers du personnage de Ariitaimai, incarnation du Tahiti des temps immémoriaux
et de valeurs ancestrales qui ne sont pas sans lui rappeler les utopies fondatrices d’une
Amérique dont il est intensément nostalgique.
I. Fuite en avant et première escale à Hawai‘i
En 1890, Henry Adams est un ancien professeur d’université alors âgé de cinquante-deux ans, encore traumatisé par le récent suicide de celle qui, en 1885, partageait
sa vie depuis treize années. À cette perte tragique s’ajoute celle de sa sœur, Louisa Catherine Adams, décédée du tétanos en Italie quinze ans plus tôt. Profondément blessé par ces
événements, il part à l’aventure dans les mers du Sud pour échapper à lui-même, d’autant
qu’il se sent en décalage par rapport aux visées impérialistes d’une Amérique de l’aprèsguerre civile65 qui n’a, estime-t-il, aucune utilité d’une personne de son genre66. Le temps
était venu de ne rien faire et de ne plus penser à rien. Mais outre ces motifs personnels,
Adams souhaite aussi suivre la trace de ces nombreux intellectuels désireux d’opérer une
forme de renaissance au contact de sociétés dites « primitives »67.
Le 30 août 1890, Adams et La Farge débarquent à Hawai‘i, dont le souverain est alors
le roi David Kalākaua, surnommé le « monarque joyeux » en raison de sa passion pour la
culture et les formes artistiques, notamment celles de la musique et de la danse. Mais la
signature en 1875 d’un traité de réciprocité avec les États-Unis a préparé l’annexion de
l’archipel, déjà défiguré par son entrée récente dans la modernité. Le nouveau mode économique et l’afflux de capitaux bouleversent la vie autochtone, au grand dam de Adams,
frustré dans sa quête anthropologique. Il s’improvise donc géologue, et même vulcanologue, lorsqu’il cherche à comprendre le principe de formation des atolls ou lorsqu’il se
rend sur la grande île de Hawai‘i, à la découverte des cratères du Mauna Loa ou du volcan
65 John Carlos Rowe développe cette idée dans la préface de son ouvrage, Henry Adams and Henry James : « The
rapid changes that took place in science, technology, and economics from the end of the Civil War to the first
decade of the twentieth century clearly had an enormous impact on traditional American values. […] American
history after the Civil War merely made explicit the gradual deterioration of man’s confidence in his own rational
faculties and an inherent order in nature. […] No American writer at this time struggled more determinedly than
Henry Adams to define the infrastructure of modern history » (John Carlos Rowe, Henry Adams and Henry James :
The Emergence of a Modern Consciousness, Ithaca and London, Cornell University Press, 1976, pp. 10-11).
66 George Hochfield souligne le grand pessimisme devenu caractéristique de l’attitude de Adams à partir de
cette époque : « The temper of Henry Adams’ mind during the 1890’s was to a great extent the product of a strong
revulsion against his own society […]. The pessimism and even cynicism which have become permanent elements
of his reputation took firm root then and remained until the end of his life to color his view of the contemporary
world » (George Hochfield, Henry Adams : An Introduction and Interpretation, New York, Holt, Rinehart and Winston, 1962, p. 97).
67 « Nostalgie d’une nature vierge, poursuite réitérée du bonheur entre Nouveau Continent et Asie ? Le nouvel
Adam américain conçu par les Pères Fondateurs connaît-il alors le besoin impérieux de se ressourcer au sein de
sociétés primitives ? Autant d’interrogations que suscite cet appel du grand large » (Félix Atem, « Henry Adams.
Tahiti et Les Mémoires d’Ariitaimai », Alizés : Revue angliciste de La Réunion, Islands, n° 8, 1994, p. 92).
86
Kīlauea, le plus grand du monde, d’où il admire la beauté hostile des vastes paysages de
lave. Dans ce cadre géologique primordial, il court-circuite l’histoire et vit hors du temps,
au beau milieu de l’immense océan. Épuisés mais ravis, les deux aventuriers regagnent
Honolulu, où ils se mêlent aux notables de la place : juges, hommes d’affaires ou autres
personnalités politiques, sans oublier le roi Kalākaua, auquel ils rendent visite la veille du
départ pour les Sāmoa. Dans ce que l’écrivain décrit comme « un vilain salon »68, ils sont
initiés à l’archéologie et aux arts hawaiiens par le monarque, qui s’adresse à eux dans un
anglais parfait, ce qui surprend agréablement Adams mais ne l’aide en rien dans sa quête
d’indigénéité69.
Le 27 septembre 1890, Adams écrit à son amie, Elizabeth Cameron, qu’il se réjouit
sous les tropiques d’être « mort à [s]on ancienne existence qui était une torture, et de
l’oublier, grâce à ce changement de vie aussi grand que [s’il avait] changé de planète »70.
Néanmoins, les lettres qu’il adresse depuis les mers du Sud à son cercle de proches révèlent sa déception par rapport à une terre d’où l’authentique mode de vie autochtone
semble avoir disparu, supplanté par le modèle américain. Occidentalisé à l’extrême,
Hawai‘i n’est déjà plus à la hauteur de l’image projetée par les récits de voyage dont Adams
a pu prendre connaissance. Certes sympathiques, les Hawaiiens délaissent déjà leur
culture et semblent aspirer à la nouveauté, au point d’accueillir à bras ouverts l’ère moderne, quitte à perdre leurs traditions et sacrifier leur identité. Comme il l’écrit à John Hay
dans une lettre datée du 15 septembre 1890, « [i]l ne reste absolument aucun des chefs ou
des membres des anciennes grandes familles »71. Il observe aussi que même la nature, qui
a pu être pour lui source d’émerveillement, a été altérée par l’intrusion du modèle étranger dans un cadre ancestral désormais privé de son originalité et de sa beauté. Il souligne
que les ranchs comme les plantations de canne à sucre bouleversent l’organisation territoriale et nuisent aux paysages, avant d’ajouter que le recours à une main-d’œuvre extérieure de faible coût achève de sonner le glas de la civilisation hawaiienne et, pour citer
ses propres termes, détruit « sans rémission les indigènes »72, ce « jusqu’à la dissolution
68 Henry Adams, Letters of Henry Adams (1858-1891), éd. Worthington Chauncey Ford, Boston and New York,
Houghton Mifflin, 1930, p. 414 : « Kalakaua received us informally in his ugly drawing-room » (« Kalakaua nous accueillit sans cérémonie dans son vilain salon », Henry Adams, Lettres des mers du Sud : Hawaii, Samoa, Tahiti, Fidji,
1890-1891, Traduites de l’américain avec des notes et une introduction par Évelyne de Chazeaux, Publications de
la Société des Océanistes, n° 34, Paris, Musée de l’Homme, 1974, p. 55).
69 Bengt Danielsson résume en une phrase l’épisode hawaiien : « Pendant le mois qu’ils passèrent aux îles
Hawaii, ils visitèrent les volcans actifs Mauna Loa et Kilauea, la baie Kealakekua où Cook avait été tué, le roi d’opérette Kalakaua et toutes les autres curiosités qu’un touriste se doit de voir, sans jamais s’enthousiasmer beaucoup » (Henry Adams, Mémoires d’Arii Taimai, Traduit de l’anglais par Suzanne & André Lebois, Introduction par
Marie-Thérèse & Bengt Danielsson, Paris, Publications de la Société des Océanistes, n° 12, Musée de l’Homme,
1964, p. xiii).
70 « Je suis heureux de vivre et j’en jouis, plus que pendant ces cinq dernières années. Je suis heureux d’être
mort à mon ancienne existence qui était une torture, et de l’oublier, grâce à ce changement de vie aussi grand
que si j’avais changé de planète » (Henry Adams, Lettres des mers du Sud : Hawaii, Samoa, Tahiti, Fidji, 1890-1891,
op. cit., p. 55).
71 Ibid., p. 50.
72 Ibid., p. 51.
87
finale »73. Au départ de Hawai‘i, le 27 septembre, l’Américain regrette de ne pas avoir pu
connaître le visage originel de cette société du Pacifique, qui n’en demeure pas moins « un
agréable hors-d’œuvre au banquet polynésien »74 qui l’attend dans la suite du parcours.
II. L’expérience samoane ou l’initiation à la vie sauvage
Dès l’étape suivante, son hypothèse semble se vérifier, comme en témoigne, à
l’arrivée aux Sāmoa, l’accueil que leur réservent les indigènes à moitié nus sur leurs embarcations. Mais contrairement à ces premières impressions, les habitants font preuve
d’un raffinement et d’une hospitalité exemplaires. Lors de cette première journée d’escale
dans l’archipel, ils sont initiés à la cérémonie du « kava », breuvage à base de racine au goût
amer et aux vertus relaxantes, voire euphorisantes, élément incontournable et synonyme
de l’identité locale dans de nombreuses cultures du Pacifique, dont La Farge illustrera la
préparation dans l’une de ses peintures. Après Kalākaua à Honolulu, c’est au roi Malietoa
qu’ils rendent visite à Apia, puis au roi intérimaire Mata’afa, à l’anglais irréprochable, ainsi
qu’à Seumano, le chef local.
La rencontre avec le consul américain Harold Marsh Sewall, un diplômé de Harvard,
où Adams a lui-même enseigné de 1870 à 1877, constitue un point important puisque c’est
lui qui permettra la rencontre avec Robert Louis Stevenson, qui s’est établi dans l’archipel
à la recherche d’un remède contre la tuberculose qui le ronge, du moins d’un climat
susceptible d’en réduire les symptômes. Si Adams ne prête au début guère d’importance
à l’écrivain à l’allure singulière et totalement négligée75, il finira par dire du personnage
que son impressionnante culture n’a d’égal que sa grande intelligence et qu’« [i]l a vu, des
îles, plus de choses qu’aucun homme de lettres ou de sciences, et connaît à fond tout ce
qu’il a vu »76. Au fil de leurs conversations, l’Américain obtient de précieuses informations
sur la société locale et note particulièrement un commentaire de l’Écossais, qui qualifie
73 « C’est la même situation qu’au Japon, et qui s’aggrave peu à peu jusqu’à la dissolution finale » (Ibid., p. 50).
74 Félix Atem emploie cette image dans sa thèse de doctorat : « Hawaii offre par tous ses attraits un avant-goût
à ce qui les attend ; ce n’est rien de plus qu’un agréable hors-d’œuvre au banquet polynésien, au monde archaïque
encore authentique » (Félix Atem, « Henry Adams et le Pacifique Sud : De l’expérience tahitienne aux Mémoires
d’Ariitaimai », Thèse de doctorat, Université Sorbonne Nouvelle - Paris III, 1996, p. 106).
75 « Hier après-midi, Sewall m’a emmené avec La Farge faire une visite à Robert Louis Stevenson. […] Comme
nous arrivions au bas des marches, une silhouette apparut, à laquelle je ne peux pas rendre justice. Imaginez un
homme si maigre et si émacié qu’on dirait un paquet d’os dans un sac, la physionomie éclairée par deux yeux
intelligents, à l’expression morbide et toujours agitée. Il portait un pyjama de coton rayé sale, dont les jambes
flottantes étaient serrées dans des chaussettes de laine grossièrement tricotées, l’une d’un brun vif et l’autre
violet foncé », écrit Adams à Elizabeth Cameron le 17 octobre 1890 (Henry Adams, Lettres des mers du Sud : Hawaii,
Samoa, Tahiti, Fidji, 1890-1891, op. cit., pp. 75-76) ; dans une lettre à John Hay, datée de la veille, l’aventurier des
mers du Sud émet un jugement encore plus cinglant à l’égard de l’écrivain et de son apparent retour à l’état sauvage : « J’aurais aimé que vous fussiez des nôtres dernièrement quand nous avons rendu visite à Stevenson. […]
Stevenson et sa femme étaient perchés, comme d’étranges oiseaux, vraiment très, très étranges. […] Il ne tient
jamais en place, se perche comme un perroquet sur tout ce qui dépasse, saute d’un endroit à l’autre, et parle sans
discontinuer. Peut-être pris à l’improviste, le perroquet, quand nous l’avons vu, était très sale et mal habillé, et
la femelle dans un état plutôt pire encore que le mâle. Je n’étais pas préparé à tant d’excentricité » (Ibid., p. 86).
76 Ibid., p. 77.
88
les indigènes d’individus « toujours respectables, au contraire de certains blancs tombés
dans un état de dégradation au-delà de toute description »77, comme pour opposer la vertu
naturelle exemplaire du bon sauvage aux vices et à la corruption des colonisateurs.
Adams et La Farge s’aventurent ensuite hors de la capitale et rendent visite aux
chefs du littoral avant de gagner les îles voisines. Après la déception à Hawai‘i, la satisfaction d’avoir pu partager le quotidien des indigènes et le sentiment d’avoir « vu tout
ce qu’on peut voir de la vie indigène »78 des Sāmoa pourraient marquer la fin du voyage ;
mais l’intellectuel souhaite approfondir sa quête philosophique et poursuivre, au cœur
du grand Pacifique, son immersion dans les sociétés primitives79 de Polynésie. Les rapports toujours plus cordiaux qu’il entretient avec Stevenson amène ce dernier à lui remettre des lettres qui lui permettront d’entrer en contact avec des chefs tahitiens, dont
ce même Stevenson a pu faire la connaissance quelques années plus tôt. Mais avant le
départ, Adams souhaite obtenir davantage de réponses puisqu’il est encore intrigué par
le peuple samoan, notamment en ce qui concerne la question de son origine, la structure
sociale et les coutumes en vigueur ainsi que le régime de succession de cette société matriarcale. En matière de religion, il se rend rapidement compte, en s’entretenant avec des
chefs autochtones dont il se fait traduire les propos, que les pratiques ancestrales sont
perpétuées à l’abri des regards et que, sous les apparences, « leur christianisme recouvre
un paganisme encore joliment complet avec des prêtres et des croyances aussi fortes que
jamais »80. Enfin, il obtient aussi des transcriptions de chants et légendes extraits du patrimoine culturel de ses hôtes, dont il estime avoir cerné l’histoire. Organisées et régies
par des lois spécifiques, ces sociétés indigènes, qui atteignent ainsi leur haut degré de
raffinement, n’auront pas manqué de rappeler à Adams l’ordre qui caractérise certaines
tribus amérindiennes, ces « républicains naturels »81, comme l’écrit Peter Onuf, spécialiste
de Jefferson. Vers la fin du séjour, il rencontre Dorence Atwater, anciennement consul
américain à Tahiti, où il favorisera l’introduction du Bostonien dans le cercle de la haute
société. Ainsi, le séjour samoan aura été bien plus fructueux et réjouissant que l’étape
hawaiienne, puisque l’archipel est encore préservé des envahisseurs, dont la venue n’a
pas pu, pour l’instant, altérer les usages millénaires. Forts de ces enseignements, les deux
77 Ibid., pp. 77-78.
78 Ibid., p. 201.
79 À ce stade de son périple, dans sa lettre à John Hay du 16 novembre 1890, Adams écrit des Samoans que
« [c]e sont les gens les plus heureux, simples, souriants, que j’aie jamais rencontrés, et les plus délicieusement
primitifs » (Ibid., p. 150).
80 C’est ce qu’écrit Adams à Elizabeth Cameron dans sa lettre du 8 novembre 1890 (Ibid., p. 127) ; quelques jours
auparavant, le 21 octobre, il confiait déjà à Anne Cabot Mills Lodge que « Samoa est très peu différent de ce qu’il
était au temps païen. Le christianisme est indigène, et diffère peu du paganisme indigène, si ce n’est que davantage de coutumes sont tenues secrètes » (Ibid., p. 91).
81 « Uncorrupted by civilization, Native Americans reflected man’s true nature. […] For Jefferson, the Indians
were natural republicans who showed that society did not depend on submission to the authority of a governing
class but was instead the spontaneous expression of man’s sociable nature » (Peter S. Onuf, Jefferson’s Empire :
The Language of American Nationhood, Charlottesville and London, University Press of Virginia, 2000, p. 19).
89
hommes quittent Sāmoa à la fin du mois de janvier 1891 et arrivent à Papeete quelques
jours plus tard, fins prêts pour l’expérience tahitienne.
III. Tahiti ou la révélation
À Tahiti, Adams et La Farge sont reçus par le consul américain William Doty ainsi
que par son prédécesseur, Atwater, qui avait été nommé à ce poste en 1872. Ce dernier les
installe dans une maison voisine à celle d’une grande famille de l’île : les Salmon. Ils y font
la connaissance des sœurs Titaua, Moeti’a, qui n’est autre que l’épouse de l’ancien consul,
Joanna Marau Ta’aroa, qui a été mariée au dernier roi de Tahiti, Pōmare V, ainsi que leur
frère Tati Salmon, avec qui Adams se liera d’une profonde amitié. Il est particulièrement
séduit par Marau, à la personnalité complexe dans laquelle se mêlent finesse aristocratique et intelligence autochtone. Comme Tati, elle est férue d’histoire et de culture polynésiennes, autre aspect qui intéresse au plus haut point l’historien. Mais c’est surtout la
rencontre avec leur mère, à laquelle ils ne tardent pas à le mener, qui bouleversera l’écrivain et le marquera à jamais.
Descendante du côté de son père d’une prestigieuse lignée, celle du clan des Teva,
le plus puissant du Tahiti de l’ère pré-européenne, Ari’ioehau Ta’aroari’i a Tati, également
connue sous le nom de Hinarii, hérite aussi de tous les droits et pouvoirs de sa mère,
Ari’imanihinihi, fille unique de Marama, le plus grand chef de l’île voisine de Mo’orea.
Adoptée par Terito, la veuve du roi Pōmare II, devenu suite à sa conversion par les missionnaires britanniques le premier roi chrétien de Tahiti, elle a grandi aux côtés de ’Aimata, dont le prénom signifie « manger les yeux », sa cousine et désormais sœur adoptive, qui
n’est autre que la future reine Pōmare IV. C’est d’ailleurs grâce à cette dernière, qui lèvera
trois jours durant la loi de 1835 édictée par les missionnaires, qui interdit le mariage entre
indigènes et étrangers, que Ari’ioehau peut en 1842 prendre pour époux Alexander Salmon82, de son vrai nom Alexander Solomon, un commerçant britannique d’origine juive.
C’est suite à cette union que le nom de « Ariitaimai », le « prince venu de la mer », fut donné
aux deux époux, ainsi que le veut la tradition tahitienne. Parti, comme Adams quelques
années plus tard, de San Francisco, celui qui est surnommé « Monsieur Diamant » à son
arrivée à Tahiti, en 1841, caresse un moment l’espoir d’occuper le poste, qu’il croit vacant,
du consul britannique Georges Pritchard, en vain.
En route pour Tautira, où Adams doit rencontrer le chef Ori a Ori, l’une des connaissances de Stevenson, l’Américain s’arrête à Papara, à la maison des Salmon, où il passe
trois jours à écouter la cheffesse lui dévoiler les secrets du Tahiti païen. L’historien pourra
82 Personnalités au rôle déterminant dans le contexte du Tahiti de l’époque du Protectorat, Ariitaimai et son
époux sont au centre de l’ouvrage Alexandre Salmon et sa femme Ariitaimai, d’Ernest Salmon, le fils de Marau, soit
le petit-fils de ces deux figures incontournables de l’histoire polynésienne.
90
compléter ses notes au retour de la presqu’île, après sa visite au chef. Avec La Farge, ils
sont à cette occasion adoptés selon le rite tahitien et reçoivent respectivement les noms
de « Tera’itua » et « Tauraatua », scellant officiellement leur appartenance au clan de la
« ari’i nui ». Adams aura encore l’opportunité d’écouter la vénérable dame à Papeete, où
elle rend visite à sa fille, Marau, dans sa maison, non loin de celle occupée par les deux
visiteurs. À propos du départ de Tahiti, le 4 juin 1891, Adams écrira : « La seule chose qui
m’importait à cette heure, ce n’était pas la gaieté ou la tristesse, c’était de quitter la chère
vieille dame ; elle m’embrassa sur les deux joues — […] elle nous fit un petit discours, si
sincère et si plein de dignité, que, bien qu’elle l’eût prononcé en sa langue natale, et que je
n’en comprisse pas un mot, je perdis tout à fait le contrôle de moi-même »83. Cette confidence de l’Américain permet de mesurer à quel point il a été touché par cette rencontre
avec la noble indigène, qui le changera à jamais.
Conclusion
S’il n’est pas exactement comparable, en lui-même, à l’épopée transcontinentale inaugurale d’un Lewis ou d’un Clark, à l’orée de l’expansion vers la côte Pacifique, ou
aux autres expéditions menées par les pionniers de la conquête de l’Ouest du cours du
XIXe siècle, le périple océanien de Henry Adams s’inscrit dans la trajectoire de ces illustres
prédécesseurs. Mais outre la direction dans laquelle s’opère le mouvement, l’avancée
jusqu’aux confins du Pacifique s’accompagne d’un émerveillement grandissant de celui
qui est venu échapper à lui-même, hors de la civilisation et hors du temps, dans le contexte
insulaire des sociétés primitives84 du grand océan. En effet, plus Adams s’éloigne de la côte
nord-américaine, moins se font ressentir les effets néfastes de l’intrusion d’une civilisation qui ne fait que reproduire, sur le théâtre des mers du Sud, les rivalités des puissances
impériales de la vieille Europe85.
Les thèses de Crèvecœur, qui avait postulé dans ses Lettres d’un cultivateur américain86 le caractère graduel et géographiquement visible de l’arrivée du modèle occidental, semblent se vérifier, à la satisfaction de l’historien qui s’est mué en anthropologue, en
quête d’exotisme tropical et de sauvagerie primordiale. Jefferson avait lui-même repris à
83 Henry Adams, Lettres des mers du Sud : Hawaii, Samoa, Tahiti, Fidji, 1890-1891, op. cit., p. 384.
84 Dans sa lettre du 4 juin 1891, adressée à Elizabeth Cameron, Adams, profondément ému avant de quitter
Ariitaimai, emploie le terme de façon clairement laudative : « Je ne la reverrai plus jamais, mais j’ai appris d’elle ce
qu’était une femme primitive » (Ibid.).
85 « Here in a remote Pacific island had been enacted in miniature the drama of mercantile world-empires
in the making. Here England came to grips with France, and a struggling native people were victimized and
subdued. This same clash of interests had formed the background of the struggles of Jefferson and Madison to
sustain the young American Republic through the years that Adams had so recently examined » (Henry Adams,
Tahiti : Memoirs of Arii Taimai e Marama of Eimeo, Teriirere of Tooarai, Teriinui of Tahiti, Tauraatua i Amo, Edited, with
an Introduction by Robert E. Spiller, New York, Scholars’ Facsimiles and Reprints, 1947, p. v).
86 Authentique ode au paradigme agrarien, l’ouvrage définit les bases de l’un des principaux mythes fondateurs de la jeune république nord-américaine.
91
son compte cette théorie, qu’il avait étendue à l’ensemble du continent, comme dans sa
lettre à William Ludlow87, en 1824, dans laquelle il explique que l’aventurier qui entreprendrait son parcours à partir des contrées inexplorées de la région des Rocheuses et avancerait vers l’Est ne manquerait pas de constater, dans un environnement sauvage ancestral
jusqu’alors vierge de toute intrusion étrangère, l’irruption progressive et irrépressible de
la civilisation blanche, certes au détriment des cultures amérindiennes ancestrales, mais
au profit des nouveaux occupants du territoire, dont les autochtones qui auraient su s’associer à l’édification de son « empire de la liberté »88. Ce schéma, emprunté à Crèvecœur et
appliqué par le président républicain à l’ensemble du territoire, paraît trouver un prolongement naturel dans l’itinéraire de Adams, même si la désillusion de Hawai‘i laisse déjà
augurer de sombres avenirs pour les sociétés millénaires d’Océanie, dont les jours sont à
présent comptés.
Dans le cas du dynaste bostonien, le périple dans les mers du Sud l’autorise encore
à fuir les dystopies de son temps. L’odyssée moderne de l’aristocrate jusqu’au bout du Pacifique, cadre naturel atemporel où s’opère au contact de l’indigène sa révélation à luimême, le mène à une société dans laquelle il retrouve les valeurs fondatrices de sa propre
nation, idéal prélapsaire qui prend la forme du contexte insulaire du Tahiti d’autrefois,
dont l’âme vit encore au travers du personnage de Ariitaimai.
Bibliographie sélective
Adams, Henry, History of the United States of America during the Administrations of Thomas Jefferson, éd. Earl N. Harbert, New York, Library of America, 1986.
Adams, Henry, History of the United States of America during the Administrations of James
Madison, éd. Earl N. Harbert, New York, Library of America, 1986.
Adams, Henry, Letters of Henry Adams (1858-1891), éd. Worthington Chauncey Ford, Boston and New York, Houghton Mifflin, 1930, vol. 1.
87 Thomas Jefferson, Writings. Autobiography, Notes on the State of Virginia, Public and Private Papers, Addresses, Letters, éd. Merrill D. Peterson, New York, Library of America, 2011 [1984], pp. 1496-1497 : « Let a philosophic
observer commence a journey from the savages of the Rocky Mountains, eastwardly towards our sea-coast. […]
This, in fact, is equivalent to a survey, in time, of the progress of man from the infancy of creation to the present
day ».
88 Robert W. Tucker et David C. Hendrickson, Empire of Liberty : The Statecraft of Thomas Jefferson, New York
and Oxford, Oxford University Press, 1990, p. ix : « In constructing his “empire of liberty,” Jefferson pursued
ambitious ends—preeminently, territorial expansion […] ».
92
Adams, Henry, Lettres des mers du Sud : Hawaii, Samoa, Tahiti, Fidji, 1890-1891, Traduites
de l’américain avec des notes et une introduction par Évelyne de Chazeaux, Publications de la Société des Océanistes, n° 34, Paris, Musée de l’Homme, 1974.
Adams, Henry, Tahiti : Memoirs of Arii Taimai e Marama of Eimeo, Teriirere of Tooarai, Teriinui of Tahiti, Tauraatua i Amo, Edited, with an Introduction by Robert E. Spiller,
New York, Scholars’ Facsimiles and Reprints, 1947.
Adams, Henry, Mémoires d’Arii Taimai, Traduit de l’anglais par Suzanne & André Lebois,
Introduction par Marie-Thérèse & Bengt Danielsson, Paris, Publications de la Société des Océanistes, n° 12, Musée de l’Homme, 1964.
Atem, Félix, « Henry Adams et le Pacifique Sud : De l’expérience tahitienne aux Mémoires
d’Ariitaimai », Thèse de doctorat, Université Sorbonne Nouvelle - Paris III, 1996.
Atem, Félix, « Henry Adams. Tahiti et Les Mémoires d’Ariitaimai », Alizés : Revue angliciste de
La Réunion, Islands, n° 8, 1994, pp. 91-102.
Crèvecœur, J. Hector St. John de, Letters from an American Farmer, Edited with an Introduction and Notes by Susan Manning, New York, Oxford University Press, 1997
[1782].
Hochfield, George, Henry Adams : An Introduction and Interpretation, New York, Holt,
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Jefferson, Thomas, Writings. Autobiography, Notes on the State of Virginia, Public and
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America, 2011 [1984].
Onuf, Peter S., Jefferson’s Empire : The Language of American Nationhood, Charlottesville
and London, University Press of Virginia, 2000.
Rowe, John Carlos, Henry Adams and Henry James : The Emergence of a Modern Consciousness, Ithaca and London, Cornell University Press, 1976.
Salmon, Ernest, Alexandre Salmon et sa femme Ariitaimai. Deux figures de Tahiti à l’époque
du Protectorat, Papeete, Sociétés des Études Océaniennes, 1982.
Tucker, Robert W. et Hendrickson, David C., Empire of Liberty : The Statecraft of Thomas
Jefferson, New York and Oxford, Oxford University Press, 1990.
Résumé
Profondément marqué par le suicide de son épouse, Marian Hooper Adams, en
1885, et exténué par l’écriture des neuf volumes de son ambitieuse histoire des États-Unis
sous les administrations de Thomas Jefferson et James Madison, parus de 1889 à 1891,
Henry Adams décide de s’exiler en compagnie de son grand ami, le peintre John La Farge.
En partant de San Francisco, le 23 août 1890, il répond à son tour à l’appel du Pacifique,
comme l’ont fait avant lui bon nombre d’intellectuels américains. La traversée mène
d’abord les deux hommes jusqu’à l’archipel hawaiien. Déçu par cette première étape dans
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sa quête d’exotisme, Adams ne retiendra de l’escale à Honolulu, la capitale de Hawai‘i, que
l’image d’une société dépourvue de son authenticité, aussi américanisée que vidée de son
essence.
Aux îles Sāmoa, l’historien se mue en anthropologue et partage le quotidien des
natifs pour mieux se plonger dans la culture locale et comprendre les coutumes. Le séjour
à Apia, la capitale des Sāmoa, lui procure une réelle satisfaction : outre l’immersion dans
le mode de vie autochtone, il y rencontre notamment Robert Louis Stevenson, qui jouera
un rôle fondamental dans son périple jusqu’aux confins des mers du Sud, en lui remettant
des lettres d’introduction qui lui permettront d’établir un contact favorable avec les chefs
de Tahiti que l’écrivain écossais avait pu rencontrer lors d’un récent voyage en Polynésie.
Car c’est en effet à Tahiti que les deux aventuriers débarquent, le 4 février 1890,
pour un séjour d’exactement quatre mois, durant lequel ils côtoieront les notables de
Papeete mais aussi des familles influentes de la sphère locale, jusqu’à la rencontre avec
Ariitaimai, l’illustre cheffesse du clan des Teva, qui suscitera la fascination des voyageurs.
Subjugué par la vénérable dame, dernière « ari’i nui » de sa lignée, le dynaste bostonien
qui tentait d’échapper à sa propre destinée se retrouve en réalité confronté à lui-même
au travers du personnage de Ariitaimai, incarnation du Tahiti des temps immémoriaux
et de valeurs ancestrales qui ne sont pas sans lui rappeler les utopies fondatrices d’une
Amérique dont il est intensément nostalgique.
Florent Atem est maître de conférences à l’Université de la Polynésie française,
où il enseigne la civilisation américaine et la linguistique anglaise. Agrégé d’anglais et
lauréat du Prix de thèse 2016 d’Aix-Marseille Université, il est spécialiste de l’expédition
Lewis et Clark ainsi que de la jeune république nord-américaine. Auteur de plusieurs
articles, il est aussi le co-auteur d’une étude comparative du tahitien, du français et de
l’anglais. Ses recherches actuelles portent sur Henry Adams, plus particulièrement sur
la dimension interculturelle du périple de l’historien américain aux confins du Pacifique.
Abstract
“Henry Adams’s Journey Through the South Seas”
Deeply affected by the suicide of his wife, Marian Hooper Adams, in 1885, and exhausted after writing the nine volumes of his ambitious History of the United States of
America during the Administrations of Thomas Jefferson and James Madison, published
from 1889 to 1891, Henry Adams decided to embark on a journey through the South
Seas with his dear friend, painter John La Farge. In departing from San Francisco on August 23rd, 1890, he was in his turn answering the call of the Pacific, as many American
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intellectuals had done before him. The voyage first led the two gentlemen to the Hawaiian
archipelago, which was the source of much disappointment as it failed to answer his quest
for exoticism. All he retained from his stopover in Honolulu—the capital of the state of
Hawai‘i—was the image of a society devoid of its authenticity and stripped of its essence
by extreme Americanization.
In the Samoan Islands, the historian turned into an anthropologist, not hesitating
to share the daily life of the natives in order to better immerse himself in the local culture
and understand their customs. The stay in Apia—the capital of Sāmoa—brought him genuine satisfaction since, in addition to probing the indigenous way of life, he met Robert
Louis Stevenson, who would play a fundamental role in the next step of his journey to the
far reaches of the South Seas by providing him with letters to help him introduce himself
and thus establish favorable relationships with the Tahitian chiefs the Scottish writer had
met on a recent trip to Polynesia.
It was indeed in Tahiti that the two travelers landed on February 4th, 1890, for a four
months’ stay during which they got to meet with the dignitaries of Papeete as well as some
influential local families, before eventually being led to Ariitaimai, the illustrious chiefess
of the powerful Teva clan who would become the object of the two voyagers’ fascination.
Enthralled by the venerable lady, the last “ari’i nui” of her lineage, the Boston dynast, who
was trying to escape his own destiny, actually ends up being confronted with himself
through the character of Ariitaimai, who embodies the Tahiti of the past, with its ancestral
values that harken back to time immemorial and remind him of the founding utopias of
an America for which he is intensely nostalgic.
Florent Atem is an Associate Professor at the University of French Polynesia,
where he teaches American civilization and English linguistics. Holder of the agrégation
in English and winner of the 2016 Aix-Marseille University Thesis Prize, he specializes in
the Lewis and Clark expedition and the young North American republic. He is the author
of several articles and the co-author of a comparative study of the Tahitian, French and
English languages. He currently conducts research on Henry Adams, particularly focusing on the intercultural aspects of the American historian’s Pacific journey.
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UNE AUTRE VÉRITÉ SUR ARIITAIMAI
Ueva Salmon, Terupe Salmon, Vaite Thiébaut, Tati Morgant
Descendants de Ariitaimai
Ariitaimai – 1ère intervention
Bonjour et bienvenue à tous,
Je suis Terupe Salmon. Les organisateurs de ce colloque ont eu la folle idée de me
confier la tâche de vous parler de mon ancêtre, Ariitaimai. Pour ce faire, j’ai pensé qu’il
fallait d’abord retourner aux origines connues les plus lointaines de l’histoire du peuple
de mon pays. Ces origines ont imprimé durablement les traditions, les comportements
et, bien sûr, les individus. Et elles expliquent aussi ce qui a fait de Ariitaimai cette femme
étonnante, hors normes et si marquante qu’aujourd’hui, cent vingt-six ans après son
décès, nous nous réunissons pour évoquer sa vie.
Afin de faciliter votre compréhension des évènements, je vais tâcher de limiter au
maximum les références aux noms tahitiens qui n’auront peut-être aucune résonance
sur vous, mais qui, je dois vous le dire, sont très importantes dans la culture polynésienne.
Je vais donc remonter aux alentours de l’an 700 après Jésus-Christ.
De l’union du dieu Taaroa et de la fille du dieu Tāne est né Taaroa Nui Tahi Tumu.
Oui, je sais, je viens de dire que j’allais éviter de vous donner trop de noms pas forcément
faciles à retenir pour tout le monde, mais ce personnage est le plus lointain ancêtre connu
de Ariitaimai. Et comme vous l’avez noté, il est né des amours de deux dieux.
Ce qui fait de lui et de ses descendants des enfants des dieux.
Cette notion d’« enfants des dieux » est très importante pour comprendre la structure de la société jusqu’à Ariitaimai. Une société théocratique basée sur le respect des enfants des dieux et de leurs lois.
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Taaroa Nui Tahi Tumu est donc le premier d’une lignée d’enfants des dieux. Dans
cette lignée, la branche aînée produisait le dirigeant du peuple, celui qu’on nomme le Arii
Nui, ou son vassal, le Arii, qui n’ont pas réellement d’équivalents dans les sociétés occidentales. Un parallèle peut par contre être fait avec les empereurs japonais, considérés
comme des dieux par le peuple du pays du Soleil-Levant.
L’extension de cette lignée avec celle des souverains de Bora Bora a consacré le
contrôle des ancêtres de Ariitaimai sur tous les Marae principiels, érigés par les dieux
pour leurs enfants.
Je vais vous parler de ces Marae, afin que vous en compreniez l’importance pour la
société de l’époque.
Un Marae est un temple à ciel ouvert ayant des fonctions à dimensions variables :
érigé initialement par les dieux pour leurs enfants, lieu de célébration, repère généalogique ou géographique, le Marae est tel « l’église au centre du village ». C’est sur le Marae
qu’a lieu l’évènement le plus important, celui qui fait d’un enfant des dieux un Arii Nui ou
un Arii.
Lors de cet évènement, les attributs du pouvoir sont remis à celui qui devient le
Arii Nui ou le Arii. Ces attributs sont le « maro ’ura », ceinture de plumes rouges, parfois
couplé au « maro tea », ceinture de plumes jaunes. L’homme à qui on remet le maro ’ura et
le maro tea a pouvoir et autorité sur un territoire et un peuple. Il peut par la suite prendre
une pierre d’un Marae principiel afin d’en fonder un autre ailleurs et ainsi asseoir son autorité sur un nouveau territoire, qu’il peut léguer, par la suite, à ses enfants. La fondation
de différents Marae a permis un maillage géographique et l’expansion du contrôle des
territoires. Bien sûr, comme dans toutes les sociétés humaines, les alliances par le mariage entre puissants ont aussi permis l’intégration de nouveaux territoires dans le giron
familial.
C’est de cette façon que des guerriers de Raiatea sont arrivés à Tahiti, dans la zone
correspondant aujourd’hui à Papeari. À cet endroit, les dieux de la nuit avaient fondé le
Marae Farepua pour leurs enfants.
C’est sur ce Marae Farepua que, vers l’an 850 après Jésus-Christ, fut élevé Tetuna’e
Nui, qu’on a surnommé « le législateur ». Ce surnom, vous l’aurez compris, est lié aux lois
qu’il promulgua.
Ce personnage est très important dans l’histoire de mon pays. Il a institué des lois
qui, aujourd’hui encore, plus de mille ans plus tard, sont respectées par les Tahitiens, notamment celles liées à l’hospitalité. Ce sont certainement ces dernières qui, inscrites dans
notre ADN, font que le peuple polynésien est considéré comme si accueillant.
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Tetuna’e Nui institua aussi un équivalent du principe des apanages pour ses petits-enfants, permettant aux branches cadettes de recevoir des territoires tout en reconnaissant l’autorité du Marae de Farepua. Enfin, le législateur créa l’institution des « Hiva »,
constituée des cadets de la famille, dont les attributions étaient la police, la justice et la
guerre.
Ce n’est pas par hasard que j’évoque aujourd’hui ces différents points. Ces lois et
institutions, couplées à la nature divine des descendants de Tetuna’e Nui ont permis une
stabilité sans pareil dans le monde, avec une famille dont les enfants sont restés au pouvoir pendant plus de mille ans.
À titre de comparaison, en moyenne, les dynasties au pouvoir en France, depuis les
Mérovingiens en 448 après Jésus-Christ, ne perduraient pas au-delà de trois cents ans.
Mais revenons aux ancêtres de Ariitaimai et à l’époque de Tetuna’e Nui, le législateur. Je vais vous partager une anecdote : à cette époque, l’île de Tahiti s’appelait « Hitinui ».
Tetuna’e Nui eut un petit-fils prénommé Tetuna’e. En l’honneur de ce dernier, un nouveau
Marae fut érigé à Papeari, à partir d’une pierre du Marae Farepua. Une grande cérémonie
fut organisée afin de faire de Tetuna’e un Arii Nui. Lorsqu’il fut transporté sur le nouveau
Marae, qui avait été appelé Tahiti, son grand-père décida de renommer l’île en l’honneur
de cette cérémonie, du nom de ce Marae. C’est donc depuis ce jour que l’île Hitinui s’appelle « Tahiti ».
Tetuna’e eut plusieurs enfants. Sa dernière fille s’appelait Hotutu.
L’histoire raconte qu’alors que son mari était en voyage aux Tuamotu, Hotutu
connut un autre homme. Lorsque celui-ci lui fit ses adieux, il lui dit :
« Nous aurons bientôt un enfant. Ce sera un fils et tu l’appelleras Teva, il sera l’enfant du vent Ahura’i et de la pluie. Il sera grand et sa descendance nombreuse. Partout où
il ira, la pluie et le vent annonceront sa venue. Je lui laisse le maro ’ura de Raiatea. »
Après cela, il disparut dans l’océan, où Hotutu vit une énorme queue de requin, là
où était précédemment l’homme. C’est ainsi qu’on dit que Teva est le fils du dieu requin,
Ruahatu.
Pour son fils, Teva, Hotutu fit édifier le Marae Mataoa, à Papara, à partir de sa pierre
venant du Marae Farepua, pierre sur laquelle elle s’asseyait. Sur ce Marae Mataoa, Teva né
aux alentours de l’an 1000 après Jésus-Christ, fut consacré Arii Nui de Papara.
Par la suite, Teva eut dix enfants de deux femmes. Parmi ces enfants, certains ont
des noms que ceux de Tahiti connaissent bien : Afaahiti, Vairao, Mataiea, Taiarapu. Des
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communes de Tahiti portent aujourd’hui les noms des enfants de Teva parce que celui-ci
a décidé de créer des territoires et de mettre à leur tête ses enfants. Ces territoires sont
devenus les communes que nous connaissons tous. D’ailleurs, ces communes ont été regroupées sous les appellations « Teva I Uta » et « Teva I Tai », ce qui signifie « les enfants de
Teva du côté de la montagne » et « les enfants de Teva du côté de la mer ».
Mais Teva ne s’est pas contenté de mettre ses enfants à la tête de ces territoires.
C’est à son époque que le destin a voulu qu’il récupère le contrôle du territoire de Papeari,
la branche aînée n’ayant plus d’héritiers. Il a ainsi unifié le pouvoir en créant une « fédération » semblable à une forteresse imprenable, « Na Teva E Va’u ». Sous ce dernier titre, cette
fédération est encore chantée de nos jours dans les chants traditionnels « tārava ».
De Teva, Ariitaimai a notamment hérité qu’elle et ses enfants étaient chez eux à
Papara, où beaucoup passèrent une grande partie de leur vie. C’est d’ailleurs là que fut
accueilli Henry Adams.
Cette forteresse du clan des Teva a perduré quarante générations, soit huit cents
ans après lui, jusqu’au contact avec les Européens.
Huit cents ans pendant lesquels le peuple respectera les Arii Nui et les lois de Tetuna’e Nui.
Huit cents ans jusqu’à l’arrivée des missionnaires déicides et la naissance de Ariitaimai.
Terupe Salmon
Ariitaimai – 2
ème
intervention
Bonjour à tous,
Je suis Vaite Thiébaut, et je tiens tout d’abord à vous remercier de votre présence
parmi nous. En effet ce colloque représente pour notre famille bien plus qu’un débat :
nous avons enfin l’opportunité de reprendre l’histoire de ce que fut Tahiti ainsi que ses
dépendances, à travers un personnage central, Ariioehau, prénom dont la signification
est « la princesse de la paix ». Elle était néanmoins plus connue sous son nom d’épouse,
Ariitaimai Salmon.
Aussi me permettrez-vous de la faire revivre au travers d’un monologue à la première personne qui ne s’appuiera pas uniquement sur les habituels ouvrages de référence. Vous allez découvrir certaines vérités quelquefois méconnues mais authentiques
de l’histoire de notre pays.
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« Bienvenue », maeva et ’ia ora na, « longue vie à tous ».
Henry Adams tāne, mon fils d’adoption, je te remercie d’avoir su graver mes paroles. Afin de te rendre hommage, nous, le clan des Teva, te baptisons Tauraatua, « le perchoir des dieux » : désormais tu es l’un des nôtres. Nous t’offrons également une terre, des
racines polynésiennes.
Au soir de ma vie, je rencontrai cet ami venu de loin, petit-fils et arrière-petit-fils de
deux présidents des États-Unis, John Quincy Adams et John Adams. Il vécut parmi nous,
se lia d’amitié avec mon fils, Tati Salmon, et ma fille, Marau Salmon, et comprit ce qu’aucun auteur ou chroniqueur ne sut transmettre de notre Polynésie au monde des grands
continents : notre nature profonde, notre identité, nos généalogies, que je lui racontais,
soit mille années de civilisation originelle. Cet ouvrage est authentique et ne fut publié
qu’en seulement vingt exemplaires.
Je suis Ariioehau, signifiant « la princesse de la paix », un nom que me donna ma
mère, tout comme celui de Tepau ; je deviendrai plus connue sous le nom de Ariitaimai.
Mon père me baptisa Teriirere i Tooarai i Tetuna’e, en hommage à notre ancêtre. Je suis
née Ariinui aux deux ceintures : rouge, du symbole de Taaroa, et jaune, du symbole de Oro.
Je suis la dernière de notre lignée, de sang pur. Ma mère est une Ariinui de ’Eimeo, Moorea,
unique descendante de la lignée des Marama : elle s’appelait Ariimanihinihi Tepau a Marama. Elle me donna naissance sur le Marae de Tahiti, érigé par Taaroa ; elle vécut parmi
les Teva, le clan auquel appartenait mon père Tapuataaroa a Tati, lui-même fils aîné du
Ariinui Tati. Je suis venue au monde en 1821 et fus la seule Ariinui portée sur tous les Marae principiels érigés par Taaroa, notre dieu.
Notre XIXe siècle marqua malheureusement la période des empires coloniaux
anglais et français, à laquelle notre civilisation polynésienne ne résista pas, disparaissant
sous la supériorité des armes à feu ; ce fut aussi l’époque de la division de notre peuple
indigène et de la religion des missionnaires anglais.
Pōmare II était mon père adoptif. Il fut malheureusement le premier indigène à
posséder des armes à feu, que lui concédèrent les navigateurs Cook, Wallis, Bligh et les
missionnaires anglais qui accostèrent à la baie de Matavai, petit territoire qu’il dirigeait en
tant que Arii de petite noblesse. Mais il était tyrannique et cruel, et les Anglais avaient fait
de lui un monstre. Il tua hommes, femmes et enfants dans d’atroces conditions, laissant
derrière lui leurs corps mutilés. Il était craint tant des Britanniques que des populations
qui, soumises, se rangeaient à ses côtés.
Amo, mon grand-oncle, le mari de la belle Oberea, Ariinui du clan des Teva, perdit
sa descendance lors de ces affrontements. Tati, mon grand-père paternel, et Opuhara, son
frère cadet, devinrent les deux Ariinui de la lignée.
101
Opuhara et les Hiva exilèrent Pōmare à Moorea en 1808 et, jusqu’en 1815, Opuhara
et son clan, les Teva, résistèrent aux attaques des Anglais dotés d’armes à feu.
Tati, sa femme et ses deux fils étaient sous la protection de Opuhara, alors sans
descendance : telle était la loi de Tetuna’e. Ma grand-mère était Tehea a Teiri a Puni, ellemême héritière du titre de Ariinui de l’île de Vaiotaha, devenue aujourd’hui Bora Bora :
c’est là-bas que la prophétie de Vaita indiquait de se réfugier. La prophétie annonçait également la mort de Opuhara.
Effectivement, 1815 marqua la fin de notre civilisation théocratique. Les Teva, selon
la tradition, attendaient le cri du ’Orero, annonciateur de la guerre, que leurs adversaires,
Pōmare et ses alliés, n’avaient pas respecté. Notre Ariinui fut lâchement abattu dans le
dos par une arme à feu et l’unique préoccupation de ses hommes était de préserver sa
dépouille de leurs ennemis et de le ramener jusqu’à sa montagne sacrée, Tamaiti, à Papara. Cette bataille s’appelait la « bataille de Fē’ī Pī ». Le sacrifice de Opuhara et le courage
de notre clan avaient valeureusement sauvé les derniers Ariinui de Farepua, Tati, mon
grand-père, mon père, Tapuataaroa, et son frère cadet Faaitohia Matahuira.
C’est alors que les missionnaires anglais instituèrent le royaume tahitien, s’étendant des Australes aux Tuamotu, englobant les îles de la Société, ayant à sa tête Pōmare II,
devenu à la fois souverain et Chrétien protestant. Ce dernier institua aussi un pacte : que
chaque aîné issu de notre sang lui soit confié en adoption ou en mariage à sa descendance. Il décida que le premier enfant né de mes parents lui soit donné en adoption. J’étais
donc l’aînée. Il mourut avant ma naissance et je grandis auprès de sa fille, ’Aimata, qui
devint Pōmare IV, reine de Tahiti. Avant de mourir, il demanda à Tati de devenir le roi successeur. Tati refusa en mémoire de son frère, Opuhara.
1842 fut non seulement l’année de la signature du protectorat avec la France mais
encore l’année de la célébration de mon mariage avec Alexander Salmon, que j’ai aimé
au premier regard. Je l’appelais Taiamani parce qu’il portait au doigt un énorme diamant.
Ce jour-là, nous reçûmes les noms de baptême de Ariitaimai tāne, « prince venu des
mers lointaines », et de Ariitaimai vahine. Nous célébrâmes aussi la naissance de notre
première fille, Titaua Tetuanui Salmon. Taiamani avait vingt-et-un ans lorsqu’il arriva à
Tahiti. Il était commerçant anglais, né en 1820, il appartenait à une famille de banquiers
israélites d’abord installés à Paris et ayant fui la Révolution de 1789, étant soupçonnés
d’avoir financé la fuite du roi Louis XVI à Varennes, puis réfugiés à Londres à partir de
1791 ; il était aussi franc-maçon. Puis, il devint le conseiller de la reine ’Aimata Pōmare à
la suite du pasteur anglais Pritchard, ce dernier ayant été à l’origine du déclenchement
de la guerre dite « franco-tahitienne ». Mon grand-père, Tati, et lui-même, rédigèrent le
protectorat français. Il resta un homme très influent à Tahiti. Le gouverneur Bruat consigna dans son mémorandum de 1847 au gouverneur Lavaud, son successeur : « Il (Alexan102
der Salmon) a puissamment contribué à la demande et à l’établissement du Protectorat
français ». ’Aimata signa le protectorat sur mes conseils, ceux de mon mari et de Tati, mon
grand-père, qui veillaient également sur ’Aimata.
Nous eûmes neuf enfants de sang mêlé. Mon époux était un bon père et veillait à
ce que nos enfants reçoivent une éducation anglaise, française et tahitienne à la fois. C’est
ainsi que nous envoyâmes nos trois fils en Angleterre, auprès de leurs grands-parents, et
nos filles à Sydney. Ils revinrent à Tahiti en tant que jeunes adultes, parlant couramment
l’anglais, le français et le tahitien.
La guerre franco-tahitienne de 1844, déclenchée à la suite du non-respect du traité
du protectorat par la reine Pōmare IV, eut pour conséquence la révocation de Pritchard et
l’investiture de Moerenhout comme consul de France.
Ayant proposé à Bruat de négocier auprès des chefs indigènes, je rencontrai ces
derniers au cœur de la bataille, au prix de grands dangers, afin de leur apporter la paix.
Ces négociations conduisirent, après maintes interventions de Taiamani et de moi-même
auprès de Pōmare IV, qui s’était réfugiée aux îles Sous-le-Vent, à la signature définitive du
protectorat français, que ’Aimata signa devant le gouverneur Bruat, lequel la rétablit dans
ses fonctions de souveraine à partir de cet instant.
La paix de l’île était dès lors scellée, le 7 janvier 1847.
À la mort de Tati, en 1854, le conseil des chefs me transmettait les titres, les
privilèges et les terres d’apanage lui ayant appartenu, en tant qu’aînée de son fils aîné. Et
je devins cheffesse de Papara. Mon mari devint consul des États-Unis en 1861, puis président du Tribunal de commerce en 1864 et mourut en 1866. À la suite de ce décès, ’Aimata
me supplia alors de marier ma fille, Marau, à son deuxième fils, Ariiaue. Il devint à son
tour Pōmare V, sombra dans l’alcoolisme et le vice. Il signa l’annexion à la France en 1880
pour régler ses dettes de jeu. Marau devint alors la dernière reine de Tahiti, recevant plus
tard, en 1932, de la part de la France, trois titres princiers, que personne d’autre qu’elle ne
put obtenir ni transmettre.
Je mourus en 1897, entourée de mes enfants et de mes petits-enfants, à Tahiti, île
de mes ancêtres, à qui je rends hommage.
Māuruuru e ’ia ora na.
Vaite Thiébaut
103
Ariitaimai – 3ème intervention
Le rôle central tenu par Ariitaimai dans la « vengeance du dernier Arii Nui »
Tati, grand-père de Ariitaimai, n’a jamais pardonné à Pōmare II le meurtre de son
frère. S’étant juré de le venger, il a été l’instigateur principal de la chute de la royauté Pōmare.
À l’instar d’un Arii Nui, et selon le code ancien, il annonce à l’assemblée des chefs
de 1824 :
« Est-ce bien au nom de la justice de faire que l’homme devienne le bourreau du
meurtrier de son frère ? Je ne le pense pas. Je crois donc que nous devons nous en tenir au
bannissement du meurtrier. J’ai dit. »
Après avoir préservé ses deux enfants, Tepua Taaroa a Tati et Faitohia a Tati, les
derniers descendants de la lignée de Teva, de la fureur meurtrière de Pōmare II, Tati reste
proche de ce dernier, car le meilleur moyen de contrôler l’ennemi est de rester dans son
intimité, tout en demeurant parfaitement identifiable.
Ayant été le témoin privilégié :
• de la montée en puissance de Pōmare grâce aux Anglais,
• de sa conversion au christianisme, qui a légitimé la royauté,
• et de la propagation de cette nouvelle doctrine grâce à cette conversion,
Tati a parfaitement compris que tout affrontement direct pour préserver l’ancienne civilisation théocratique des Arii Nui serait voué à l’échec.
Après avoir pris le temps d’évaluer les forces qu’il devait affronter, après les avoir
bien étudiées, il a élaboré une stratégie digne d’un Arii Nui :
Inviter dans la danse des adversaires de la même envergure que les Anglais : la
puissance coloniale française et la religion catholique. Et les soutenir.
Cette stratégie va mener à la chute de la royauté Pōmare et donc à la vengeance de
Tati, selon la chronologie suivante :
1817 : le 1er cheval de Troie : Tati donne son accord pour l’adoption de son premier
petit-fils par Pōmare. Il s’agira en fait d’une fille.
1819 : Tati n’intervient pas dans l’élaboration du code Pōmare, pour mieux le combattre cinq ans plus tard.
104
1821 : Tati n’accepte pas la couronne, que Pōmare II lui propose à sa mort.
1821 : naissance de Ariitaimai ; elle est aussitôt adoptée et grandira avec ’Aimata,
née en 1813, la future reine Pōmare IV. Ariitaimai connaît parfaitement son rôle : phagocyter sa sœur d’adoption.
1824 : Tati relativise l’autorité des Pōmare et de l’Église protestante lors de la
réunion des chefs : grâce à son intervention, la peine de mort est abolie.
1842 : le 2ème cheval de Troie : Tati, sa petite-fille Ariitaimai et l’époux de celle-ci,
Alexander Salmon, sont les instigateurs de la signature du protectorat par la reine Pōmare IV.
1843-44 : la reine s’enfuit à Raiatea. Ariitaimai gère le royaume et s’implique pour
calmer les belligérants tahitiens et français, qui s’affrontent.
1845 : Bruat fait venir tous les chefs pro-Français, leur communique le résultat
négatif de cette dernière démarche et leur propose de remplacer la reine récalcitrante
par un roi élu, pensant évidemment en premier à Tati. Ce dernier refuse.
1845-46 : Bruat propose la couronne à Ariitaimai. Celle-ci refuse et va elle-même
chercher la reine réfugiée dans les îles Sous-le-Vent, puis la ramène à Tahiti.
L’action déterminante de Ariitaimai dans la guerre franco-tahitienne et son refus
de la couronne sont les causes du protectorat par les Français.
1846 : Tati et les chefs historiques proposent à Bruat de nommer Paraita, un chef
qui s’est rallié à eux, comme régent de Tahiti. Bruat accepte.
1847 : retour de Pōmare IV, accompagnée de ses deux maris, Tapoa et Ariifaaite, de
sa sœur, Ariitaimai, et du nouveau secrétaire de la reine, Alexander Salmon.
La reine est docile. Elle se cantonne au rôle purement cérémoniel et décoratif qui
lui a été assigné par Bruat. Si elle ne manifeste pas davantage de velléités, c’est surtout
parce qu’elle est entièrement dominée par son secrétaire et beau-frère, Alexander Salmon.
1875 : le 3ème cheval de Troie : Marau Salmon épouse Teratane Ariiaue, futur Pōmare V.
À la demande de Pōmare IV, sa sœur adoptive, Ariitaimai accepte que sa fille, Marau Salmon, alors âgée de quatorze ans, épouse le fils de la reine, Ariiaue, qui lui succèdera
en 1877 sous le titre de Pōmare V.
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1877 : Pōmare V accède au trône mais la branche est sciée ; le savait-il ?
1880 : le 29 juin, annexion des Établissement français de l’Océanie. Pōmare V cède
ses États à la France pour rembourser ses dettes de jeu.
Mais la boucle n’est pas bouclée pour autant. Il restait une chose à faire.
Marau, au mépris du code Pōmare et du diktat de la religion, a deux filles, dont l’une
n’est pas de Pōmare. Celui-ci le sait. Malgré cela, Marau utilisera la loi française pour le
contraindre à les reconnaître.
1879 : naissance de Terii Nui o Tahiti Pōmare.
1887 : naissance de Ariimanihinihi Takau Pōmare.
À la mort de Pōmare V, Marau est reconnue comme la dernière reine de Tahiti et
elle est reçue en tant que telle lors de ses voyages en France, en Angleterre et ailleurs.
Ainsi, les deux filles, Terii et Takau, hériteront des terres ancestrales des Teva qui
vont du Pont de l’Est, à Papeete, jusqu’à Taravao.
Marau, le dernier cheval de Troie, a parfaitement rempli son rôle :
• pousser Pōmare V à céder la couronne à la France,
• obliger Pōmare V à reconnaître les deux enfants,
• forcer Pōmare V à lui rendre les terres ancestrales des Teva.
En 1932, Marau réunit une dernière fois les membres du conseil de famille pour
les informer qu’elle ferme définitivement la royauté tahitienne et qu’elle a obtenu de la
France trois titres princiers authentiques, qu’elle attribuera selon sa bonne volonté.
Enfin, Marau, née Salmon, descendante des Teva, est bien la dernière à avoir porté
le titre de reine de Tahiti, n’en déplaise aux ignorants.
Ce qui vient de vous être présenté n’est qu’un simple devoir de mémoire pour rétablir une vérité historique inconnue des non-initiés.
Cette défaillance mémorielle a permis à des révisionnistes de raconter une histoire
tout autre, en proférant des absurdités et des propos insultants envers des membres de
notre famille, les descendants de Teva, les Salmon et alliés.
Nous n’avons aucunement l’intention d’initier un contentieux :
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Teriinavaharoa Pōmare a épousé successivement Opuhara Salmon et son frère
Teuraiterai Salmon.
Nous avons beaucoup de respect pour nos cousines et cousins issus de ces deux
mariages.
Bien évidemment, si entre-temps des personnes ont réussi, de leur côté, à obtenir
de la France des titres de noblesse, nous serons heureux qu’ils partagent cette information avec nous, comme nous le faisons aujourd’hui avec le passeport de notre cousin, descendant de Teva et de Ariitaimai, affiché devant vous.
J’ai dit.
Rédaction : Ueva Salmon / Lecture : Tati Morgant
Note des deux directeurs de la publication
Les directeurs de cette publication et organisateurs du colloque « Henry Adams et
les Mémoires de Ariitaimai » ont choisi de ne pas altérer par des transformations éditoriales
outrancières les textes des interventions de Terupe Salmon, Vaite Thiébaut, Ueva Salmon,
Tati Morgant et S.A.R. Raanui Daunassans Pōmare. Il nous a en effet semblé important de
respecter au plus près la forme et le sens que ces intervenants ont souhaité donner à leur
présentation collective, dont la force pragmatique, imprégnée de tradition oratoire insulaire, répond à d’autres codes que ceux des écrits académiques continentaux.
Nous signalons ainsi que :
À l’exception d’interventions mineures sur les éléments usuels d’harmonisation
typographiques, ont été conservés
-les marques d’adresse directe à l’auditoire, indices délibérés, signifiants en euxmêmes, de la situation d’oralité dans laquelle s’inscrit la transmission de ces textes,
-les choix graphiques, en particulier pour les noms tahitiens, dans les transcriptions des interventions transmises par ces communicants, dont les souhaits ont été respectés concernant l’établissement de leurs textes définitifs ;
-surtout, sur le fond, l’engagement personnel de ces intervenants dans l’exégèse
historique qu’ils réalisent, au niveau individuel ou collectif, ainsi que leur interprétation
idéologique des sources premières auxquelles ils ont eu un accès direct par le biais de leur
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patrimoine familial, matériel, oral ou écrit – nous précisons que nous recourons ici au
terme d’interprétation sans aucune connotation, ni positive ni négative.
Dans leurs communications, dans leurs textes comme dans les résumés de leurs
interventions, il nous a paru essentiel d’interférer le moins possible avec le propos de ces
invités, afin de faire entendre leurs voix, sans filtrage excessif susceptible de faire perdre
sa pertinence et son authenticité à l’entreprise de mise en présence des points de vue,
d’expression, d’écoute et d’échange, qui fondait la démarche même du colloque.
Résumé
Ariitaimai.
Qui est-elle vraiment ?
D’où vient-elle ?
Son rôle charnière et sa mission vis-à-vis de l’éphémère royauté Pōmare :
-Faire redécouvrir l’histoire d’une dynastie théocratique qui a régné neuf cents ans
et qui a été balayée de la mémoire des hommes en soixante-dix ans.
-Rappeler les lois sacrées de Tetuna’e qui ont été le ciment de la monarchie des
enfants des dieux et dont certaines vivent encore dans le cœur de nombreux Polynésiens.
-Relativiser une vérité « pōpa’a » qui fait loi.
-Quarante-neuf générations séparent Ariitaimai de Tetuna’e, le premier Arii Nui
Maro ’Ura et Maro Tea de Hiti Nui, et quarante-cinq générations la séparent de Teva, son
arrière-petit-fils, le premier Arii Nui Maro Tea sur le Marae Mata Oa.
-Ils sont les piliers d’une monarchie théocratique qui a régné sans partage sur Tahiti pendant quarante-neuf générations.
Écoutons Ariitaimai et faisons nôtres ses paroles :
« Résonnent encore dans mon cœur et dans mon âme les dernières volontés de
mon ancêtre Tetuna’e :
Venez, pour la dernière fois, écouter mes souhaits.
À vous, mes enfants, à vos descendants, je laisse un héritage de grande valeur. »
Terupe Salmon, Vaite Thiébaut, Ueva Salmon et Tati Morgant, de même que
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S.A.R. Raanui Daunassans Pōmare, dont l’intervention est présentée ci-après, sont tous
des descendants de Ariitaimai.
Abstract
“Another Truth about Ariitaimai”
Ariitaimai.
Who is she really?
Where does she come from?
Her key role and her mission in relation to the short-lived Pōmare royalty:
-Rediscovering the history of a theocratic dynasty that reigned for 900 years and
was swept from memories in 70 years.
-Recalling the sacred laws of Tetuna’e which were the cement of the monarchy of
the children of the gods, some of which are still alive in the hearts of many Polynesians.
-Qualifying a “white” authoritative history regarded as the norm.
-49 generations separate Ariitaimai from Tetuna’e, the first Arii Nui Maro ’Ura and
Maro Tea from Hiti Nui, and 45 generations separate her from Teva, her great-grandson,
the first Arii Nui Maro Tea on the Marae Mata Oa.
-They are the cornerstones of a theocratic monarchy which reigned unchallenged
over Tahiti for 49 generations.
Let’s listen to Ariitaimai and make her words our own:
“In my heart and soul, the last wishes of my ancestor Tetuna’e still echo:
Come, for the last time, and hear my wishes.
To you, my children, to your descendants, I leave a heritage of great value.”
Terupe Salmon, Vaite Thiébaut, Ueva Salmon and Tati Morgant, as well as
HRH Raanui Daunassans Pōmare, whose presentation is featured hereafter, are all descendants from Ariitaimai.
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LES RELATIONS ENTRE ARIITAIMAI
ET LA REINE PŌMARE IV
S.A.R. Raanui Daunassans Pōmare
Arrière-petit-fils de la reine Marau Ta’aroa
et arrière-arrière-petit-fils de Ariitaimai
En l’honneur de ce colloque international, il m’a été demandé de vous exposer les
relations qui unissaient Ariitaimai et ’Aimata Pōmare Vahine, la reine Pōmare IV. Les propos que je vais vous délivrer n’ont pas été tirés de mon imagination, ou de livres d’historiens exégètes, mais tout simplement de notes recueillies par mon arrière-grand-mère,
la reine Marau, qui les avaient scrupuleusement recueillies auprès de sa propre mère,
Ariitaimai Vahine.
Nous reprendrons donc l’histoire de notre clan au moment des événements tragiques que générèrent la bataille de Fē’ī Pī, en novembre 1815, et qui changèrent le cours
de notre histoire, car ce fut seulement à ce moment précis que le second Pōmare du nom
réussit à se faire reconnaître comme roi de Tahiti, en brisant la dernière coalition formée
contre lui.
Il avait entre-temps contracté alliance avec notre famille en épousant Tetuanui
Reia i te Ra’i Atea, plus connue sous le nom de Teriitaria, la fille du roi Tamatoa III de Raiatea et également cousine avec la mère de Ariitaimai, Arii Manihinihi a Marama, la grande
cheffesse de Moorea. Cependant, rien de tous ces événements tragiques n’avaient aboli
nos droits primordiaux, que l’enfant de Arii Manihinihi pouvait se voir en mesure de revendiquer un jour, d’où son projet de se l’attacher par les liens de l’adoption, aussi valables
à nos yeux que ceux du sang.
Devant la situation créée par l’intrusion de colons étrangers dans une petite île où
ils se croyaient tout permis, Tati avait compris la nécessité d’un pouvoir unique et fort. Jugeant que les Pōmare étaient stratégiquement mieux en état de l’établir que notre propre
famille, il s’en était rallié à eux.
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Amoureux fou de sa belle-sœur, Pōmare II avait imposé aux missionnaires qu’il
épouse également la sœur cadette de sa femme, la belle Terito (nommée également Teremoemoe), qui lui donnera trois enfants :
• une fille, ’Aimata, née en 1813, qu’il soupçonnait de n’être pas de lui,
• un garçon, Teriitaria, mort en bas âge,
• et un autre garçon, Teina Iti, le futur Pōmare III, né en 1820, un an avant la mort
de son père, alors âgé seulement d’une quarantaine d’années.
Pōmare II était mort depuis quelques mois à peine lorsque Ariitaimai vint au
monde en 1821. Appelé à se prononcer sur la demande d’adoption présentée par Terito, le
conseil de famille tenu à cette occasion fut amené à l’admettre par les sages avis de Tati.
À la suite de cela, Ariitaimai, Ariimanihinihi, sa mère, et Terito furent provisoirement installées à Papara, dans une maison que Tati leur avait préparée, et elles y demeurèrent tout le temps de l’allaitement. L’enfant fut confiée ensuite à la veuve de Pōmare II pour la faire élever avec sa propre fille, ’Aimata.
L’enfance des deux sœurs se déroula paisiblement jusqu’à leur puberté, où elles
furent amenées sur l’îlot de Tetiaroa afin de subir, comme il était d’usage pour les Arii, une
cure de jouvence pour devenir ce que l’on appelle des « Tapairu » ou princesses de beauté.
Là, elles occupaient leur temps à se faire masser à l’huile de coco parfumée, à se distraire
ou à dormir allongées sur des nattes tressées, bien abritées des rayons du soleil. (C’était
déjà « Le Brando » avant l’heure, n’est-ce pas ?)
’Aimata n’avait que quatorze ans lorsqu’elle hérita du trône, pas très solide ni très
enviable, où les missionnaires étaient parvenus à asseoir son frère cadet avant elle. ’Aimata fut placée sous la tutelle des deux sœurs simultanément épousées par Pōmare II,
l’une qui était sa tante, Teriitaria, la reine douairière, si l’on veut, l’autre, sa mère, Terito.
Pas très grande, ’Aimata était plutôt jolie, avec de très beaux yeux intelligents et expressifs, tenus le plus souvent baissés car elle était très timide et n’aimait pas regarder les
gens en face. Elle se montrait excessivement curieuse et observait tout sans en avoir l’air,
trouvant cependant écrasant le fardeau d’une royauté dont les embarras et les responsabilités grandissaient de jour en jour.
Aussi en fuyait-elle les charges le plus possible, se réfugiant soit à Motu Uta, îlot en
face de Papeete, soit dans une maison qu’elle possédait à Papeete, en bord de mer, ou bien
à Arue, où était la demeure familiale des Pōmare.
’Aimata avait été mariée alors qu’elle n’avait guère que neuf ans, avec un prince des
îles Sous-le-Vent, nommé Tapoa a Taaroa, de très peu son aîné. Ce mariage fut célébré
112
à Huahine par les pasteurs, entre des enfants que leurs parents avaient fiancés dès leur
premier âge, suivant la coutume dans nos îles.
Tapoa continua de résider sur son île, tandis que sa femme habitait Tahiti. Il devint
éperdument amoureux d’une très belle fille de Huahine, avec laquelle il vécut jusqu’à sa
mort, tandis que ’Aimata, volage et insoumise à l’autorité des missionnaires, se livrait à
tous les caprices de son tempérament !
Les chefs finirent cependant par s’émouvoir d’un état de choses qui laissait le trône
sans héritier. En 1834, après avoir procédé à l’annulation du premier mariage de ’Aimata,
ils la mirent en demeure de choisir un autre époux. Mais n’étant pas parvenus à s’entendre
sur le prétendant, il y eut un sérieux conflit familial à ce propos. Le parti vainqueur imposa
son candidat et ce fut Tenania a Hiro, un autre prince des îles Sous-le-Vent, devenu Ariifaaite par la suite. Il n’avait que quinze ans et elle déjà vingt-et-un.
Dédaigneuse d’un mari trop jeune et trop timide, ’Aimata l’envoya résider dans un
district voisin. Cela dura un certain temps ; elle le faisait venir à d’assez longs intervalles
mais le renvoyait chaque fois presque aussitôt, comme si elle ne pouvait pas se décider à
le garder.
Le jeune homme ainsi humilié se ravisa et, pour se venger ou pour piquer la reine,
devenant homme aussi, il se mit à avoir des aventures extraconjugales et, comme il était
très beau garçon, toutes les femmes se l’arrachaient…
Le bruit ne manqua pas d’en parvenir aux oreilles de ’Aimata, qui, prise de jalousie,
le rappela pour de bon et, le trouvant désormais à son goût, se mit à l’aimer passionnément. Elle lui demeura dès lors fidèle et en eut six enfants, ce qui n’empêchera pas son
prince consort de la tromper copieusement !
Devenue reine en 1827 et inséparable de sa sœur d’adoption, Pōmare IV était toujours accompagnée de Ariitaimai lors de ses déplacements, l’amenant dans toutes ses
tournées, qu’elles soient officielles ou non, et ses décisions ne se prenaient jamais sans
avoir demandé l’avis de sa jeune sœur.
La reine n’a jamais couché dans un lit mais toujours sur des nattes, que l’on changeait chaque soir de place depuis qu’elle avait failli être assassinée par un Blanc. L’homme
fut découvert portant un revolver et faillit être lynché par les Tahitiens ; depuis cet événement, la reine était demeurée craintive et se faisait entourer, la nuit, de toute sa maisonnée, y compris du pasteur indigène et des diacres, qui devaient parler de la Bible ou
autre sans interruption pendant tout le temps qu’elle dormait, car elle se réveillait dès
qu’ils s’arrêtaient.
113
À ses pieds étaient trois suivantes chargées de la masser jusqu’au jour et, dès que
leurs mains s’arrêtaient, elle se mettait à tapoter la natte avec ses pieds aussi longtemps
que l’on ne reprenait pas le mouvement. Restée très tahitienne dans l’âme, Pōmare IV aimait à s’entourer de jeunes suivantes qui chantaient et dansaient pour elle, en dépit des
prohibitions des missionnaires et sans qu’ils se permettent d’y trouver à redire !
Quand on lui annonçait des visites qui l’ennuyaient, elle prenait un brin de « aretu »,
sorte de paille que l’on mettait sous les nattes où l’on s’asseyait, et se mettait à le rouler
en boule, sans répondre : on savait alors ce que cela voulait dire. Elle ne comprenait et
ne parlait guère que le tahitien et personne, jusqu’à ce jour, n’a connaissance d’une lettre
entièrement écrite de sa main, ne sachant que tout juste signer de son nom.
Elle prenait ses repas seule, comme c’était la coutume chez nous, jamais avec ses
enfants, ni ses belles-filles, Ariitaimai étant l’unique à jouir du privilège de déjeuner en sa
compagnie.
Comme vous le disait plus tôt ma cousine Vaite, c’est en 1841 que débarqua un
jeune Anglais nommé Alexander Salmon, arrivé sur un navire de commerce. Âgé de
vingt-et-un ans, le nouveau venu à Tahiti était très bien fait de sa personne et raffiné dans
ses manières. Ariitaimai l’aima sur le champ, déclarant qu’elle n’aurait pas d’autres époux
et qu’elle était prête à tout quitter pour aller vivre avec lui si on refusait de les marier ensemble car, malheureusement, il y avait une nouvelle loi, édictée par les missionnaires en
1842, qui interdisait toute union entre étrangers et indigènes, et, cela, tout simplement
dans le but d’empêcher quelque autochtone que ce soit de prendre influence dans le pays
à leur détriment !
Désireuse d’assurer le bonheur de sa sœur adoptive, Pōmare IV suspendit l’effet de
cette loi pendant trois jours et permit ainsi son mariage avec Alexander Salmon, à qui elle
conféra le titre de « Ariitaimai » (le « prince venu par-delà les mers »). Jamais alliance ne fut
plus heureuse ni plus féconde puisqu’ils eurent neuf enfants : quatre garçons et cinq filles.
Dès sa naissance, leur fille aînée à qui l’on avait donné les noms de Titaua Tetuanui
Rei ia i te Ra’i Atea fut adoptée immédiatement par Pōmare IV. Un peu plus tard, la reine
voulut absolument la fiancer à son fils aîné, Ariiaue, mais Alexander Salmon refusa.
Lorsque le jeune prince Ariiaue Pōmare décéda, la reine désira que son second fils,
Teratane (celui qui deviendra plus tard le roi Pōmare V), épouse leur seconde fille, Moetia ;
c’est là qu’Alexander Salmon déclara qu’il préférait voir ses filles mortes plutôt que de les
marier avec des princes tahitiens, tant il redoutait leurs instincts brutaux ainsi que leur
éducation déplorable.
114
Ce fut bien plus tard, en 1875, que des envoyés de Kalākaua, roi des îles Hawai‘i,
vinrent demander la main de la septième enfant de Ariitaimai pour son fils cadet, le
prince héritier Leleiohoku. Ce n’était d’ailleurs pas la première fois que la famille royale de
là-bas recherchait alliance avec la nôtre. Une petite sœur de Ariitaimai, nommée Ninito,
avait été recherchée par le roi Kamehameha III pour son fils adoptif, le prince Alexander
Liholiho, alliance qui ne put malheureusement se conclure car, lorsque Ninito débarqua à
Hawai‘i, le prince était décédé entre-temps.
Avant d’accepter la proposition du roi Kalākaua et, comme c’était la coutume, Ariitaimai réunit le conseil de famille pour le consulter sur la réponse qu’il convenait de faire.
La reine Pōmare IV, qui en faisait partie, s’opposa formellement à ce qu’on laissât partir
Marau à Hawai‘i car elle voulait la fiancer à son fils cadet pour réunir enfin les deux familles, ce qui avait toujours été la constante politique des Pōmare depuis la bataille de
« Fē’ī Pī ». De souche étrangère à Tahiti, ils éprouvaient le besoin de s’allier le plus étroitement possible avec notre famille, afin que son autorité et ses titres ancestraux puissent,
en quelque sorte, légitimer l’usurpation que les circonstances et l’appui des missionnaires leur avaient permise.
Se souvenant qu’Alexander Salmon n’avait jamais voulu donner l’aînée, Titaua, ni
sa cadette, Moetia, aux enfants de Pōmare IV, Ariitaimai, ne voulant pas blesser sa sœur
par un refus répété et péremptoire, s’en remit à la décision du conseil de famille, lequel
finit par céder aux instances répétées de la reine.
C’est ainsi que mon arrière-grand-mère, Marau Taaroa Salmon, sans en avoir été
seulement consultée, fut donnée en mariage à Teratane Ariiaue Pōmare, âgé de trente-six
ans alors qu’elle en avait à peine quatorze.
Mais revenons un peu plus tôt, en 1835. Le gouvernement établi par les missionnaires se montrait de plus en plus incapable de faire face aux problèmes posés par l’établissement des Européens dans l’île. Une centaine de navires, des baleiniers, en majeure partie, s’y comportaient en bandits armés, la police indigène étant impuissante à en
réprimer les excès. Il y avait en outre les dérèglements causés par le trafic illicite d’alcool,
auquel les Européens se livraient en dépit de sa prohibition. Enfin, comme aux îles Sandwich et en Nouvelle-Zélande, entre autres, Tahiti était en train de devenir une arène où
missions protestantes et catholiques se disputaient la prééminence.
Que pouvait faire la reine ? Chercher une puissance protectrice, la plus forte et la
plus désintéressée possible, qui se chargerait de rétablir l’ordre dans son île ? C’était également le vœu des chefs. Quant aux missionnaires protestants, ils étaient naturellement
hostiles à toute mainmise, fût-elle anglaise, sur un pays rangé sous leur obédience.
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Ayant appris en 1835 qu’une équipe de missionnaires catholiques s’apprêtait à
faire voile de Bordeaux pour les îles du Pacifique, ils cherchèrent à parer le coup, non
seulement par des lois établissant un privilège religieux en leur faveur mais encore en
s’efforçant de ranger Tahiti sous le protectorat britannique. Le révérend Nott, celui qui
avait couronné Pōmare III de son propre chef et rédigé les nouvelles lois du pays, vint à
Londres, porteur d’une lettre prétendument écrite par un petit roi de cinq ans à Sa Majesté
Georges IV, lui demandant la protection de la Grande-Bretagne sous le pavillon anglais,
avec promesse de ne jamais nous abandonner et de nous protéger contre l’envahisseur.
Au bas de cette lettre apparaissait la signature de Pōmare III mais également celles
de Henry Nott et William Ellis (missionnaires).
Mais, déjà en train d’annexer la Nouvelle-Zélande, ayant d’autres sujets de préoccupation ailleurs et ne voyant pas la nécessité de se mettre en frais pour une petite île
dont l’acquisition ne lui apparaissait pas suffisamment désirable, le Gouvernement anglais répondit par une fin de non-recevoir. Il ne trouvait pas (et je cite) « avantageux, ni
politique de chercher à rendre prépondérante l’influence de la Grande-Bretagne dans ces
îles, au préjudice de celles dont jouissaient les autres puissances » ; ceci est extrait d’une
lettre de Lord Canning, Premier ministre du Royaume-Uni, au Premier lord de l’Amirauté.
Dans sa réponse officielle au roi Pōmare III, le même Canning s’était borné à refuser l’autorisation d’arborer le pavillon anglais, ajoutant :
« le roi d’Angleterre sera heureux de vous accorder, à vous et à vos domaines,
toute même protection que Sa Majesté peut accorder à un pouvoir aussi
éloigné de ses propres royaumes. Cette lettre est remise aux bons soins de
M. Nott, qui va retourner à Tahiti. Il vous la présentera et vous assurera plus
complètement des dispositions amicales que le roi mon maître entretient à
votre égard. »
Nous ne savons pas comment, à ce point précis, le révérend Nott traduisit et interpréta ce refus enrobé de formules aimables et polies mais la reine Pōmare IV, à laquelle
il remit la lettre (Pōmare III étant mort dans l’intervalle), fit remercier Canning en ces
termes : « La reine et tous les chefs se réjouissent que le roi de Grande-Bretagne acquiesce à la requête contenue dans la lettre de Pōmare III [maintenant décédé], d’une alliance
amicale, avec la protection de la Grande-Bretagne pour elle et ses domaines… ».
Dès son arrivée à Tahiti en 1824, le missionnaire Pritchard avait pris une influence
prédominante sur Pōmare IV. Autoritaire et violent, avide de pouvoir et d’argent, de la plus
mauvaise foi quand il s’agissait de ses intérêts et devenu consul en 1837, il avait pris en
main toutes les questions relatives au domaine politique et la reine ne faisait plus rien
sans le consulter, croyant et suivant aveuglément ses avis.
116
Lorsque les missionnaires catholiques, que nous avons évoqués plus haut, arrivèrent à Tahiti, venant des îles Gambier où la congrégation catholique de Picpus venait
de fonder une mission, Pritchard, qui s’était méfié du coup, avait eu la précaution de faire
publier une loi interdisant aux étrangers autres que les missionnaires protestants de devenir propriétaires dans l’île et même d’y débarquer sans l’agrément de la reine et le versement d’une taxe de huit onces d’or.
En laissant la question sur le terrain diplomatique, Pritchard aurait sans doute obtenu que le Gouvernement anglais négociât avec la France pour arriver à un partage de
l’Océanie entre les deux influences et religions rivales, dont l’une, anglaise et protestante,
avait précédé l’autre. La France y aurait été assez disposée, d’après un entretien qui eut
lieu à Paris, le 17 février 1840, entre Lord Granville, ambassadeur à Paris, et le Maréchal
Soult, ministre des affaires étrangères auprès du roi Louis-Philippe.
Mais, se croyant certain d’entraîner l’Angleterre derrière lui, Pritchard endoctrina
la reine Pōmare IV et brusqua les choses.
Les deux missionnaires français, le Père Laval et le Père Caret, furent expulsés de
force, outrage dont le capitaine de vaisseau Dupetit-Thouars, monté sur la frégate Vénus,
reçut l’ordre de venir demander réparation, avec paiement d’une indemnité de deux mille
piastres fortes d’Espagne, ce 30 août 1838.
Pōmare IV se vit obligée de céder. En même temps, elle signait un traité de paix et
d’amitié perpétuelle avec la France, reconnaissant aux sujets de cette dernière la liberté
d’aller et venir, sans contrainte aucune, dans les îles composant son royaume, et d’y être
reçus et protégés comme les étrangers les plus favorisés.
C’est ainsi que M. Moerenhout, précédemment consul des États-Unis à Tahiti et
qui, comme tel, avait pris fait et cause pour les deux missionnaires odieusement maltraités, fut installé comme consul de France.
À peine la Vénus avait-elle levé l’ancre que Pritchard faisait promulguer une loi établissant le protestantisme comme religion d’État à Tahiti et ordonnant l’expulsion de
quiconque voudrait y enseigner une autre religion ou construire des édifices religieux
consacrés à un autre culte.
Ne perdons pas de vue, cependant, que depuis la découverte, Tahiti ne connaissait
guère que les Anglais, leur langue et leur religion, que l’arrivée des Français avait été tardive et s’était produite dans des conditions plutôt fâcheuses, que leur prétention à vouloir
se substituer aux Anglais, qui jusque-là avaient été les éducateurs et les pourvoyeurs des
indigènes, pouvait en quelque sorte heurter le sentiment de ces derniers, à commencer
par la reine, que l’on voulait contraindre à abjurer du jour au lendemain ses préférences
117
pour la seule nation qu’elle connaissait, en faveur d’une autre, dont elle ignorait tout sauf
la violence qu’elle venait d’en subir.
C’est ainsi que, lorsque les Français voulurent s’emparer de Tahiti, il y régnait déjà
un état d’esprit qu’il était impossible de modifier autrement qu’avec beaucoup de temps,
de tact et de bienveillance, joints à la fermeté nécessaire.
Tous ces événements montant crescendo conduisirent à ce que l’Histoire appellera plus tard « l’affaire Pritchard » et qui se terminera par la signature d’un Protectorat
français.
La reine avait signé la demande de Protectorat que l’amiral Dupetit-Thouars lui
avait présentée à la demande expresse des principaux chefs de l’île, Tati en tête parce que,
disait-il, « nous ne pouvons pas continuer à gouverner par nous-mêmes dans le présent
état de choses, de manière à conserver la bonne harmonie avec les gouvernements étrangers, sans nous exposer à perdre nos îles, notre liberté et notre autorité ». Il est bien évident
que la reine n’avait signé que pour éviter le pire mais, l’ayant fait, elle ne pouvait plus revenir sur cette signature sans s’exposer aux représailles de la France. Pritchard était absent
à ce moment-là, parti pour Londres, où il portait une nouvelle demande de protectorat
britannique, adressée en toute hâte par Pōmare à la reine Victoria. On devine sa fureur à
son retour, en janvier 1843 : non seulement il n’avait pas abouti dans sa demande auprès
de Lord Palmerston mais il trouvait l’île placée sous Protectorat français !
Il ne se tint cependant pas pour battu, persuadé que l’Angleterre n’admettrait
pas l’installation de la France à Tahiti. Il reprit tout son ascendant et toute son autorité
sur Pōmare Vahine, qui était alors à Moorea, partie accoucher, et lui fit croire que Dupetit-Thouars avait été capturé sur son vaisseau, la Reine-Blanche, par les Anglais et qu’il
avait été emmené les fers aux pieds pour être jugé comme pirate à Londres.
Entre-temps, le roi Louis-Philippe avait accepté le Protectorat et nommé l’amiral
Bruat gouverneur de Tahiti. S’attendant à être reçu à bras ouverts, il n’avait pas hésité à
emmener sa femme avec lui. De retour à Tahiti, Dupetit-Thouars vint installer Bruat à son
poste et trouva Pōmare IV en pleine révolte contre la France, ayant arboré un pavillon de
fantaisie que lui avait donné un commandant anglais. Obligée par ce dernier à baisser ce
pavillon, elle s’y refusa et adressa à l’amiral une protestation en forme contre l’acte de Protectorat français, qui, disait-elle, lui avait été imposé par la force. À quoi Dupetit-Thouars
répondit en lui retirant son titre et en prenant possession de Tahiti au nom de la France.
Ce geste fut aussitôt désavoué lorsque connu à Paris : on donna ordre de revenir au Protectorat initial, que le contre-amiral Hamelin rétablit le 7 janvier 1845. Quant à Pōmare IV,
elle s’était enfuie à bord du brick anglais, le Basilik, Pritchard l’ayant persuadée d’aller s’y
réfugier.
118
Alexander Salmon, qui avait entre-temps épousé Ariioehau Tepa’u a Tati et qui
était devenu Ariitaimai Tāne, parent par alliance de la reine, se rendit compte de l’impasse
où les impérieux conseils de Pritchard avaient amené Pōmare IV. La faiblesse de cette dernière et les difficultés d’une situation tous les jours plus pénible l’obligèrent à chercher
l’appui d’une puissance étrangère. Voyant aussi que le consul missionnaire Pritchard
continuait à la tromper sur les véritables intentions de l’Angleterre, il comprit qu’il fallait
se tourner résolument du côté de la France. Ariitaimai Vahine se rangea également derrière son mari, convaincue du bien-fondé de son avis avec une conviction et une fidélité
sans faille.
Dans une lettre en date du 8 novembre 1843, Salmon écrivait à Lord Aberdeen, Premier ministre britannique :
« Comme proche parent par alliance de Sa Majesté la Reine Pōmare, je me
sens obligée de vous écrire au sujet de ce que je considère comme l’injustifiable conduite de M. Pritchard, consul de Sa Majesté britannique dans ces
îles, en ce qui concerne les avis qu’il a donnés à cette femme infortunée et
l’influence fatale que de tels conseils ont eue sur elle et sur son gouvernement. »
Demeurés à Tahiti, Ariitaimai et Alexander Salmon suivirent avec angoisse les
péripéties d’une lutte qui dura deux ans et dont une des conséquences les plus désastreuses fut d’armer les indigènes les uns contre les autres, tous faisant preuve d’un
héroïsme auquel les Français ont rendu hommage. Ce fut ce que l’Histoire appela la
« guerre franco-tahitienne ».
En mars 1846, il y avait encore un groupe important de dissidents rassemblés à
Papeete et sur la côte est de l’île. Décidé à en finir coûte que coûte avec eux, le gouverneur Bruat avait donné l’ordre de se tenir prêt à appareiller pour coopérer à leur soumission avec des forces de la marine. C’est alors que Ariioehau, la « Princesse de la Paix », alla
trouver Bruat pour lui offrir de négocier directement avec les opposants et sa courageuse
initiative fut couronnée de succès mais non sans qu’elle-même ait couru les plus grands
dangers en traversant les lignes ennemies, où régnait la tension des veilles de bataille.
Entre-temps, Pōmare IV, qui s’était enfuie aux îles Sous-le-Vent, laissa le pays entre
les mains de Ariitaimai Vahine, lui recommandant de faire pour le mieux. Bruat, voyant
que la reine fuyait ses responsabilités, proposa aussitôt à Ariitaimai de la nommer souveraine à la place de Pōmare, ce qu’elle refusa. Elle négocia des mois durant, pied à pied avec
les chefs indigènes, parcourant toute l’île de Tahiti. Elle leur parla avec foi et conviction,
leur faisant savoir qu’elle venait à leur rencontre de son propre chef, pour leur apporter la
paix du Protectorat.
119
Une grande réunion eut lieu, au cours de laquelle tous les chefs, les uns après les
autres, s’adressèrent à elle, acceptant tour à tour la paix providentielle que Ariitaimai leur
apportait.
« Que la paix soit faite. Prenez cette paix, gardez -là. C’est avec cette paix du Protectorat que nous attendrons le retour de notre reine », dit l’un ; celui de Papara, dont elle était
la grande cheffesse, lui déclara : « Voici Teriirere Aromaiterai (autre nom que Ariitaimai
portait lorsqu’elle était à Papara), elle est ma tête, elle est aussi mes yeux. Je ne suis que les
mains et les pieds. J’accepte donc la paix que vous me donnez ».
Ce n’est qu’à deux heures du matin que cette réunion prit fin et que la paix fut
solennellement remise entre les mains de Ariitaimai, chargée de la porter vers l’amiral
Bruat. Les chefs lui remirent également deux lettres de leur part et dirent :
« Allez à Raiatea devant notre reine et portez-lui ces lettres et qu’elle nous
donne une réponse afin de nous dire pour quelles raisons Pritchard était
allé à Raiatea avec elle. Est-ce vrai que l’Angleterre ne nous aidera pas ? Que
le peuple ne soit plus sacrifié inutilement et qu’elle nous commande de
nous mettre sous le Protectorat français et nous nous y mettrons. »
De retour à Papeete, elle se rendit auprès du gouverneur, qui lui demanda d’aller à
Raiatea pour parlementer avec la reine et la ramener à Tahiti.
Ce même jour, à trois heures de l’après-midi, Ariitaimai et Alexander Salmon embarquèrent sur le Phaéton. Arrivés sur l’île, ils allèrent jusqu’à Vairahi, où la reine habitait,
et la trouvèrent qui pleurait tout haut.
Tamatoa (roi de Raiatea), Tapoa (roi de Bora-Bora et premier mari de Pōmare IV)
ainsi que Teriimaevarua (sa fille, adoptée par Tapoa) commencèrent la réunion avec les
Pōmare.
Ariipaea prit la parole et dit :
« Voici Ariitaimai Tāne, voici Ariitaimai Vahine. Ils sont venus pour vous
chercher, ainsi que vos enfants. Allons à Tahiti nous mettre sous le Protectorat français. Vous êtes la reine de votre pays, c’est à vous qu’il appartient de
faire respecter vos lois. C’est pourquoi nous sommes venus. »
Mais, comme Pōmare IV était l’hôte des rois des îles Sous-le-Vent, elle ne se décida
pas à les suivre, prétextant qu’il fallait que ce soit eux qui lui demandent de s’en aller, et
elle ajouta, en baissant la tête : « J’attends toujours l’aide de l’Angleterre, qui ne m’a pas
120
encore dit qu’elle ne m’aiderait pas. Mon peuple est sous les armes et il attend comme moi
l’aide de l’Angleterre. C’est pourquoi je n’irai pas. Ne m’en veuillez pas ».
Ariitaimai et Alexander Salmon s’en retournèrent alors à Tahiti…
Devant cette valse-hésitation, il fut convenu que cette question serait tranchée par
les deux gouvernements de Paris et de Londres.
Entre-temps, un amiral anglais avait été chargé d’informer la reine Pōmare qu’elle
ne pourrait plus compter sur l’appui de l’Angleterre. Mais la reine se refusait encore à le
croire.
À quelque temps de là, Bruat demanda encore une fois à Ariitaimai et son mari de
retourner à Raiatea pour chercher la reine. Ils restèrent plusieurs mois auprès d’elle et y
furent rejoints par un mandataire de Bruat, venu pour régler provisoirement la situation
des îles Sous-le-Vent.
Après de longues discussions entre la reine et Ariitaimai, après avoir longuement
pesé le pour et le contre, Tapoa, le roi des îles Sous-le-Vent étant convaincu que l’Angleterre ne les aiderait pas, leur dit solennellement : « En est-il bien ainsi, Ariitaimai ? Est-ce
bien vrai que l’Angleterre ne portera pas secours à Pōmare ? » « Oui, c’est la vérité, répondit-elle ; demandez à Pōmare Vahine elle-même si l’amiral anglais ne lui a pas conseillé
lui-même d’entrer dans le Protectorat français. »
Tapoa se retourna alors vers Pōmare et lui posa la question. « C’est vrai, dit-elle.
Mais il l’a dit seulement de vive voix, pas par écrit. Il m’a dit : “Vous feriez mieux de retourner à Tahiti vous mettre sous le Protectorat.” Je lui ai demandé s’il se chargerait de m’y
conduire, lui. L’amiral me dit que non, que ce ne serait pas lui qui m’y conduirait mais un
bateau français. »
Tapoa dit alors : « Puisqu’il en est ainsi, Ariitaimai, vous nous avez dit la vérité. Nous
ne pouvons plus rien. Mais pourquoi les Anglais ne ramèneraient-ils pas la reine à Tahiti,
puisque ce sont eux qui l’ont amenée ici ? » Ariitaimai répondit : « Cela ne se peut pas. Ce
sont les Français qui viendront chercher la reine. Tous les arrangements sont faits pour
cela. »
La reine pleurait et, malgré cela, encore une fois, ne consentit pas à les suivre ! Les
Arii des îles Sous-le-Vent étaient mécontents après elle, cependant, parce qu’ils n’avaient
pas été mis au courant de ce qu’avait dit l’amiral anglais.
Ariitaimai et Alexander s’en retournèrent donc sans que la question du gouvernement fût réglée. Trois semaines étaient passées lorsqu’un pasteur vint en secret à la
121
maison voir Ariitaimai pour lui remettre une lettre signée de Pōmare Vahine. Elle écrivait
qu’elle regrettait de ne pas être venue à Tahiti, ajoutant qu’elle avait entendu que son pays
était « défait et ravagé, conquis, annihilé, que les chefs et leurs troupes étaient entrés dans
le Protectorat. »
Pour la troisième fois, Ariitaimai et son mari partirent chercher la reine et la trouvèrent enfin prête à embarquer. Après une brève escale à Huahine, ils s’arrêtèrent à
Moorea. Ils n’attendirent pas longtemps et un bateau de guerre arriva avec Bruat, qui descendit immédiatement et vint jusqu’à leur maison. Lorsqu’il vit la reine, il mit trois fois genou à terre pour lui rendre hommage. Elle le reçut bien et c’est là que l’accord du Protectorat fut finalement conclu, lorsque la reine y apposa enfin sa signature. Elle avait demandé
d’abord à Ariitaimai Tāne si elle pouvait signer, puis signa sur sa réponse affirmative.
La France, au travers du gouverneur Bruat puis de son successeur, le gouverneur
Lavaud, reconnurent que Monsieur et Madame Salmon avaient été investis officiellement
d’une mission de la plus haute importance, aussi dangereuse que délicate, et qu’ils s’en
étaient acquittés avec succès, non sans graves dommages pour leurs intérêts personnels, ayant ainsi contribué de la façon la plus essentielle au rétablissement du Protectorat
français à Tahiti.
À la mort de Ariitaimai, en 1894, le pasteur Frédéric Vernier, chargé de l’oraison
funèbre, déclara devant le catafalque :
« Sa descendance illustre, le rôle qu’elle a joué dans l’histoire contemporaine de son pays, son adhésion cordiale aux événements qui ont finalement fait de Tahiti une terre française, l’intelligence supérieure qu’elle a
constamment déployée dans ces diverses situations, sont autant de points
qui appelleraient des observations d’un véritable intérêt […]
Rien de trivial ni de commun dans cette personnalité distinguée, rien non
plus de hautain ni de dédaigneux dans toute sa manière d’être avec les
humbles et les petits.
Sa parole avait un charme irrésistible. Dans sa bouche, la langue tahitienne,
qu’elle parlait en perfection, était une musique douce et pénétrante qu’on
ne se lassait pas d’entendre ; c’était un véritable délice pour l’oreille autant
que pour le cœur et pour l’esprit. De là, l’ascendant qu’elle exerçait naturellement et sans effort sur son entourage. Princesse par la naissance, elle le
fut surtout, pouvons-nous dire, par son grand cœur, par son intelligence supérieure, par la dignité de sa personne et par maintes excellentes vertus. Il
semblerait même que les nombreuses appellations princières qui lui furent
octroyées à diverses époques de son existence, selon une antique coutume
122
tahitienne encore en vigueur, furent comme le symbole des qualités rares
qui en étaient l’ornement.
Ainsi, les noms de Huruata (qui a le sourire) et d’Ariioehau (Princesse de
la Paix) pour ne citer que ceux-là, pouvaient représenter […] d’un côté son
caractère gracieux et aimable, et de l’autre les dispositions pacifiques de
son esprit ; en effet, rien ne lui était plus odieux que les querelles et les divisions. »
Aussi, Mesdames et Messieurs, me permettrez-vous de conclure ici, en espérant
avoir pu vous donner un éclairage plus précis de qui était mon illustre aïeule, Ariitaimai
Tepa’u a Tati, épouse Salmon, dernière Arii Nui Maro ’Ura et Maro Tea de Hiti-Nui et Hiti-Iti, petite-fille des dieux, Ariioehau, la Princesse de la Paix.
Je termine l’allocution par ce « faateni » très célèbre en tahitien, que notre clan se
plaisait à entonner, lorsque les circonstances le permettaient. Je l’ai traduit en français,
afin que les interprètes puissent le rapporter à notre auditoire anglophone.
E faateniteni a’e na vau ia ’oe
Je te glorifie
E Tahiti Nui, e ta’u fenua ura e
Ô Tahiti, mon pays sacré
Tahiti o ’oe te noho i ni’a te one uri
Tahiti élevée sur son sable noir
Tei amo i tau ’ōmore i te fana a ’Oro
Portant
fièrement
(la
montagne
’Orohena) la lance du dieu ’Oro
I ni’a te taputu ura o te ra’i
Projetée dans l’infini des cieux
Tei ’ahu i te ’ahu puteatea o Taaroa e o Qui se pare du blanc manteau des dieux
Tane
Taaroa et Tane
Tei hei i tou hei i tafifihia i te ura mea
Qu’enguirlande le « ura moemoe » (la
couronne des dieux)
Tei turiahia i te hihi ura o Raa
Qu’illuminent les rayons du dieu soleil
Raa
Tahiti Nui ’oe, te huru o to’u ’āi’a
Tahiti la glorieuse, ô mon pays natal
Parahi e ’ia ora na !
Note des deux directeurs de la publication
Les directeurs de cette publication et organisateurs du colloque « Henry Adams et
les Mémoires de Ariitaimai » ont choisi de ne pas altérer par des transformations éditoriales
outrancières les textes des interventions de Terupe Salmon, Vaite Thiébaut, Ueva Salmon,
Tati Morgant et S.A.R. Raanui Daunassans Pōmare. Il nous a en effet semblé important de
123
respecter au plus près la forme et le sens que ces intervenants ont souhaité donner à leur
présentation collective, dont la force pragmatique, imprégnée de tradition oratoire insulaire, répond à d’autres codes que ceux des écrits académiques continentaux.
Nous signalons ainsi que :
À l’exception d’interventions mineures sur les éléments usuels d’harmonisation
typographiques, ont été conservés
-les marques d’adresse directe à l’auditoire, indices délibérés, signifiants en euxmêmes, de la situation d’oralité dans laquelle s’inscrit la transmission de ces textes,
-les choix graphiques, en particulier pour les noms tahitiens, dans les transcriptions des interventions transmises par ces communicants, dont les souhaits ont été respectés concernant l’établissement de leurs textes définitifs ;
-surtout, sur le fond, l’engagement personnel de ces intervenants dans l’exégèse
historique qu’ils réalisent, au niveau individuel ou collectif, ainsi que leur interprétation
idéologique des sources premières auxquelles ils ont eu un accès direct par le biais de leur
patrimoine familial, matériel, oral ou écrit – nous précisons que nous recourons ici au
terme d’interprétation sans aucune connotation, ni positive ni négative.
Dans leurs communications, dans leurs textes comme dans les résumés de leurs
interventions, il nous a paru essentiel d’interférer le moins possible avec le propos de ces
invités, afin de faire entendre leurs voix, sans filtrage excessif susceptible de faire perdre
sa pertinence et son authenticité à l’entreprise de mise en présence des points de vue,
d’expression, d’écoute et d’échange, qui fondait la démarche même du colloque.
S.A.R. Raanui Daunassans Pōmare est l’arrière-petit-fils de la reine Marau Ta’aroa
et l’arrière-arrière-petit-fils de Ariitaimai.
Il a publié fin 2024 l’ouvrage inédit Marau Taaroa, dernière reine de Tahiti. Souvenirs
recueillis par sa fille, la princesse Ariimanihinihi Takau Pomare-Vedel, Papeete, Au vent des
îles.
“The Relationships between Ariitaimai and Queen Pōmare IV”
His Royal Highness Raanui Daunassans Pōmare is the great-grandson of Marau
Ta’aroa and the great-great-grandson of Ariitaimai.
In late 2024, he published Marau Taaroa, dernière reine de Tahiti. Souvenirs recueillis par sa fille, la princesse Ariimanihinihi Takau Pomare-Vedel, Papeete, Au vent des îles.
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REINES OU CHEFFESSES : LES FEMMES POLITIQUES
EN POLYNÉSIE ENTRE LA « DÉCOUVERTE »
ET L’ANNEXION
Sylvie André
Professeure émérite
Université de la Polynésie française
Université Sorbonne Nouvelle Paris 3
Dans les textes coloniaux du XIXe siècle portant sur la Polynésie française apparaît
de manière insistante la figure de la reine autochtone. Dans la plupart des cas, elle fait
l’objet d’un traitement littéraire positif. On s’est demandé quelle était l’origine de cette figure fascinante pour les auteurs, des hommes dans une écrasante majorité. S’agissait-il
d’un cliché issu de l’imaginaire mâle occidental, qui représenterait des fantasmes plaqués
sur une réalité autre ou bien cette figure tutélaire avait-elle une base sociologique dans
l’univers polynésien précolonial, qui aurait été ensuite utilisée par le pouvoir colonial ? Le
cadre historique de la colonisation sera notre fil conducteur car la rencontre a vu l’image
de la femme et notamment celle de la femme de haut rang évoluer, toujours sous le regard
masculin occidental.
I. Les « découvreurs »
Chez les premiers voyageurs européens, la description de la femme polynésienne
est diverse. Pedro Fernández de Quirós fait paraître en 1607 les récits des découvertes
des Marquises et d’une partie des Tuamotu effectuées en 1595 puis 1605-1607, lors d’un
deuxième voyage. Cet ouvrage issu de plusieurs sources reste discret quant aux femmes
polynésiennes. Les marins n’en mentionnent aucune sur Fatu Hiva dans les pirogues qui
entourent les navires. À terre, sur l’île de Tahuata, ils les trouvent belles et familières89.
Lors du deuxième voyage, ils rencontrent une vieille femme sur Hao et une jeune femme
89
Pedro Fernández de Quirós, Histoire de la découverte des régions australes, Paris, L’Harmattan, 2001, p. 55.
125
avenante sur Puka Puka. Les Espagnols sont frappés par la beauté physique des autochtones, hommes ou femmes.
On sait qu’Antoine de Bougainville évoquant son escale à Tahiti en 1768 créa le
mythe de la Nouvelle Cythère, avec des Tahitiennes libres et offertes. Serge Tcherkézoff
a récusé cette peinture, montrant que ces femmes obéissaient à un rituel de bienvenue,
à l’initiative de leurs compagnons, et étaient souvent rétives90. Cependant dès le voyage
de Bougainville, Charles-Félix-Pierre Fesche propose une vision sensiblement différente
de celle du chef de l’expédition : « Des pères et des mères amenaient leurs filles… plusieurs faisaient des façons, se laissant vaincre cependant91 ». Il précise bien que toutes les
femmes ne sont pas offertes :
« Le prince de Nassau voulut un jour caresser une des femmes d’un chef.
Jaloux sans doute ? […] Le roi, notre ami, l’arrêta sur-le-champ avec un
peu de colère, lui criant qu’elle était mariée et lui fit plusieurs signes qui
indiquaient qu’on tuait vraisemblablement ceux qui se mettaient dans le
cas dont j’ai parlé92. »
Le capitaine Marchand, en 1791, est aussi sensible à la contrainte exercée sur les
femmes de Tahuata : « elles ne sont pas voluptueuses […] elles s’offraient elles-mêmes, et
tous les hommes même les étrangers nous amenaient presque de force celles qui voulant
faire les renchéries se faisaient trop appeler93. » Il note d’ailleurs une différence de comportement entre les femmes de Tahuata et celles de Ua Pou où il est le premier Européen
à accoster :
« loin de venir comme celles de Sainte Christine (Tahuata) persécuter nos
messieurs effrontément par les gestes les plus lascifs, celles-ci au contraire,
se tenaient éloignées et même séparées des hommes, et semblaient ne
céder qu’avec peine aux insistances qu’on leur faisait, et comme forcées par
leurs parents94. »
La Nouvelle Cythère de Bougainville est donc bien un mythe, une création de marin
occidental, féru de culture classique et de philosophie des Lumières.
Néanmoins, si la thèse de Serge Tcherkézoff a l’avantage de détruire le mythe de
la femme facile et sensuelle, il n’en demeure pas moins que ces femmes de la Polynésie
90 Voir Serge Tcherkézoff, Tahiti-1768, Jeunes filles en pleurs, Papeete, Au vent des îles, 2004.
91 Charles-Félix-Pierre Fesche, Tahiti au nom du roi, Paris, Nicolas Chaudun, 2007, p. 39.
92 Ibid., p. 40.
93 Odile Gannier et Cécile Picquoin, Le Voyage du Capitaine Marchand, Papeete, Au vent des îles, 2003, p. 125.
94 Ibid., p. 145.
126
précoloniale ne présentent pas d’intérêt pour elles-mêmes aux yeux des observateurs
occidentaux et n’existent que par leur soumission aux désirs masculins, occidentaux ou
polynésiens. Selon les marins français, ces femmes offertes sont toujours sous la coupe
de leurs compagnons ou de leurs pères. William Ellis, missionnaire britannique de 1816
à 1824 dans les îles de la Société, reprend le même préjugé : « L’avilissement de la femme
accompagne toujours le paganisme […] la basse condition et l’état d’esclavage auxquels
les femmes des îles des mers du sud étaient réduites95. » L’autosatisfaction règne chez les
Européens avec la conviction d’apporter un progrès civilisateur.
Toutefois les premiers marins anglais, hasard du mouillage ou absence de préjugés liés à la loi salique dans leur pays, décrivent une figure féminine de premier plan,
nommée Purea par Samuel Wallis en juillet 1767, Oberea par James Cook en 1769. C’est
elle qui la première, sera qualifiée de reine, « car elle paraissait en avoir l’autorité ». Elle
a un « port majestueux » et la « liberté qui distingue toujours les personnes habituées à
commander96 ». Elle est entourée d’une nombreuse suite et reçoit fastueusement les marins quand il s’avère qu’ils ne peuvent être repoussés à la mer. Elle était en fait la femme
de Amo chef du clan des Teva, et première-née du chef du clan de Faa’a-Punaauia97. À ce
double titre elle paraissait jouir d’un grand pouvoir politique qui n’existera plus lors du
voyage de J. Cook, parce que Amo et elle n’avaient pas réussi à imposer leur fils Teri’irere
comme grand Ari’i98 de Tahiti. Cette figure féminine, tout comme celle de Tetuanui-reiai-te-Ra’iatea dite ’Itia, femme de Tu, décrite par James Morrison en 1790-9199, laissent entrevoir l’importance politique des cheffesses, pourtant difficile à appréhender pour les
Européens, si bien que Nicholas Jeremy Thomas écrit dans sa thèse sur les îles Marquises :
« Les femmes de haut rang étaient généralement considérées comme passives, à qui du
respect et des cadeaux étaient dus, leur importance en tant qu’agents politiques n’étaient
pas reconnue habituellement100. » En effet, elles ne sont semble-t-il ni réellement reines
selon les critères occidentaux comme au Royaume-Uni, ni uniquement épouses de rois
comme en France et leur véritable statut, indéfinissable, n’intéresse pas « les découvreurs », ni même un nombre conséquent de commentateurs masculins actuels.
Bientôt, avec le développement des voyages, le regard occidental dénoncera la
prostitution féminine, contrainte ou non, afin d’obtenir des biens précieux, tels que les
objets en métal. En quelques années, l’image des Polynésiennes subit un changement im-
95 William Ellis, À la recherche de la Polynésie d’autrefois, Publications de la Société des Océanistes, n° 25, Paris,
Musée de l’Homme, 1972, tome II, p. 586.
96 James Cook, Voyages du capitaine Cook, dans la mer du Sud, aux deux pôles et autour du monde, gallica.bnf.
fr/BnF, 1, p. 226.
97 Anne Salmon, L’Île de Vénus, Papeete, Au vent des îles, 2012, p. 66.
98 Dictionnaire de l’Académie tahitienne, Papeete, Fare Vāna’a, 1999 : « prince, chef principal, roi ».
99 Anne Salmon, L’Île de Vénus, op. cit., p. 162.
100 Nicholas Jeremy Thomas, « Social and Cultural Dynamics in Early Marquesan History », Thèse, Australian
National University, 1986, p. 117 : « Chiefly women were typically seen as passive […] to whom gifts and respect
were due; their importance as political agents usually passed unrecognized. »
127
portant et négatif, toujours sous le regard masculin occidental. En 1835, Jacques Antoine
Moerenhout, s’appuyant sur la coutume du tapu101, mal comprise, fera une description atterrante de la condition féminine précoloniale : « tout leur était interdit ou défendu… en
butte au mépris de tous les hommes, esclaves de leurs maris ou de leurs enfants, objet de
réprobation pour les dieux… elles traînaient leur triste existence au milieu des privations
et des douleurs, condamnées aux travaux les plus pénibles de la vie102 ». Il note cependant
qu’à Tahiti, cette condition est plus facile. Le soldat Boisard, embarqué de 1843 à 1847 durant la campagne d’Abel Dupetit-Thouars aux Marquises et à Tahiti dit les choses clairement et ne note aucune différence dans le comportement des femmes, quel que soit leur
statut, lors des escales : « Les naturels hommes et femmes avaient coutume d’aller à bord
des bâtiments marchands […] Là, ils faisaient des orgies dégoûtantes. Le commandant […]
défendit aux femmes d’aller à bord […] en fit arrêter plusieurs […] Parmi les prisonnières,
se trouvait la fille du grand chef Pakoko103. » Pour lui, la prétendue « essence féminine »
transcende les autres catégories descriptives, alors même que de la détention de la fille
du chef sera dans la réalité la source d’un grave conflit entre les marins français et le chef
marquisien.
II. Les premiers ethnographes
Pouvoir politique
Cependant les premiers missionnaires, malgré leurs préjugés, nous permettent
d’entrevoir une réalité précoloniale originale, éloignée des clichés patriarcaux de l’Occident. Vivant plus longtemps auprès des Polynésiens et plus proches d’eux, ils se comportent en véritables ethnographes. Le texte du missionnaire William Ellis exprime ces
paradoxes, puisqu’au-delà de sa vision de la triste condition des femmes soulignée plus
haut, il fait état d’un statut remarquable des femmes de haut rang. Selon lui, « l’office
royal est héréditaire et se transmet du père au fils aîné : le titre n’est pas réservé au sexe
masculin ; ces îles ont été souvent gouvernées par des femmes. » Il cite Oberea (Purea),
Pomare IV et la « fille du roi de Raiatea […] souveraine en nom de l’île de Huahine », Teri’itaria, régente du royaume Pomare de 1821 à 1827104. William Pascoe Crook, arrivé aux Marquises avec le Duff, missionnaire de 1797 à 1799, note : « Quoiqu’ici, sous certains rapports,
101 Dictionnaire de l’Académie tahitienne, op. cit. : « restriction, serment, interdit ».
102 Jacques Antoine Moerenhout, Voyages aux îles du grand océan, Paris, Adrien Maisonneuve, 1959, tome I,
pp. 532-533.
103 Soldat Boisard, Voyage en Océanie, Verrières, Éditions de L’Étrave, 2011, p. 21.
104 William Ellis, À la recherche de la Polynésie d’autrefois, op. cit., p. 532. « Teri’i Tari’a II, Ari’i-paea-vahine,
Ari’i-rahi of Huahine. b. 1790, eldest daughter of Tamatoa IV, Ari’i-rahi of Ra’iatea, by his wife, Tu-ra’i-Ari’i E-he-vahine, eldest daughter of Mato Teri’i-te Po Are’i, High Priest of Ra’iatea and Huahine. Regent of Tahiti for her stepson King Pomare III, 7th December 1821 to 8th January 1827. » Cf. http://www.royalark.net/Tahiti/tahiti3.htm
128
les femmes soient dans un état de sujétion plus marquée […] il n’est pas rare cependant de
trouver des exceptions frappantes parmi celles de familles principales des Marquises105. »
Greg Dening note dans le glossaire de son ouvrage un terme marquisien, relevé dans le
dictionnaire publié en 1904 par Monseigneur Dordillon, qui désigne l’équivalent du Haka’iki ou chef : « Ha’atepei’u. Cheffesse, princesse. Femme issue de la classe tapu, héritière
du prestige et du mana106 de toute une lignée. À l’origine le terme haha signifie saint, sacré107. » Nicholas Jeremy Thomas précise qu’une femme pouvait exercer la régence durant
la minorité de son fils : « Putahaie qui avait probablement une cinquantaine d’années en
1800 était sans aucun doute une femme d’importance et d’influence. Il semble que depuis
la mort de son père jusqu’à ce que Keatonui soit majeur, elle était chef à part entière108. »
Aux Marquises, les femmes occupent aussi des fonctions religieuses, telle Tahiatuou,
mère et sœur de Tahu’a109, possédant de même que les hommes de sa famille « un pouvoir
surnaturel110 ». Pour N. J. Thomas, qui se fonde sur l’étude des premiers textes ethnographiques,
« certaines femmes au début de la période de contact étaient actives dans
les domaines politique et religieux à peu près de la même manière que
les hommes. Cette possibilité était marquée conceptuellement dans les
expressions marquisiennes de l’action : la manière les plus courantes de
parler de situations ou d’actes consiste à se référer à ’Enana, c’est-à-dire au
peuple plutôt qu’à des hommes ou des femmes. Il y avait donc une notion
primordiale d’agentivité, plutôt qu’une division entre l’action masculine et
féminine111. »
Dans sa thèse, N. J. Thomas s’efforce de démontrer comment les ethnologues ont
avec constance voulu à tort retirer toute pertinence à un « pouvoir des femmes ». Il analyse
longuement la notion de tapu pour démontrer qu’elle ne repose pas sur un schème sexué,
supposant infériorité et rejet des femmes, les catégories tapu/non tapu ne recouvrant pas
105 William Pascoe Crook, Récit aux Îles Marquises, Papeete, Haere Pō, 2007, p. 49.
106 Dictionnaire de l’Académie tahitienne, op. cit. : « pouvoir (surnaturel ou matériel), puissance, autorité, influence ».
107 Greg Dening, Marquises 1774-1880 : Réflexion sur une terre muette, traduit de l’anglais et présenté par [Mgr]
Hervé Le Cléac’h, Danielle Peiffert et Léopold Musiyan ; préface de Georges Toti Teikiehuupoko, Pirae, Association
’Eo Enata, 1999.
108 Nicholas Jeremy Thomas, « Social and Cultural Dynamics in Early Marquesan History », op. cit., p. 29. Sa
source pour Putahaie est Edward Robarts, The Marquesan Journal of Edward Robarts, 1797-1824, éd. Greg Dening,
Canberra, Australian National University Press, 1974. « Putahaie, who was probably about fifty years old in 1800,
was undoubtably a woman of stature and influence. It appears that from the time of her father’s death to Keatonui’s attainment of maturity, she was a chief in her own right. »
109 Dictionnaire de l’Académie tahitienne, op. cit. : « spécialiste, expert […] prêtres, sorciers, guérisseurs ».
110 William Pascoe Crook, Récit aux Îles Marquises, op. cit., p. 101.
111 Nicholas Jeremy Thomas, « Social and Cultural Dynamics in Early Marquesan History », op. cit., p. 55. « Some
women in the early contact period were active in political and religious realms in much the same way as men. This
possibility was and is manifested conceptually in Marquesan expressions of action: the most common way of
talking about situations or acts involves referring to ’enana, that is, to people, rather than to men or women. Thus
there was a basic notion of agency, rather than a division between male and female action. »
129
exactement la catégorie homme/femme : « le système de tapu n’était pas exactement un
système qui dégradait ou subordonnait les femmes […] Tout comme il y avait des femmes
de statut élevé, avec un tapu personnel particulier, il y avait aussi des hommes de statut
inférieur112. » Il s’emploie par ailleurs à récuser l’explication courante chez les ethnologues
et les écrivains masculins occidentaux qui relie les interdits frappant les femmes à une
forme d’impureté due à leurs menstrues, y voyant un préjugé masculin occidental.
Polyandrie aux Marquises
Aux Marquises W. P. Crook se rend vite à l’évidence de l’existence d’une polyandrie,
une femme cohabitant avec plusieurs époux. Crook fera ensuite une analyse assez détaillée de cette polyandrie et de la coutume du Pekio, réservée aux familles aisées : « chaque
fille de famille, arrivée à l’âge de la puberté, cohabite avec un domestique mâle, qui porte
le nom de Pekio. » Ce domestique la suit lorsqu’elle se marie. W. P. Crook précise son propos, revenant sur ses premières impressions : « parfois les hommes très riches condescendent à occuper cette position inférieure et ils y sont très respectés113. »
Thomas dénonce clairement l’explication ethno- et androcentrée qui consiste à
faire d’un déséquilibre démographique entre les sexes la seule raison d’une coutume aussi scandaleuse aux yeux des Occidentaux que la polyandrie :
« L’interprétation des institutions des autres peuples est, en règle générale,
problématique ; c’est particulièrement le cas lorsque les questions de genre
et de sexualité, que les cultures aiment à considérer comme naturelles et
éternelles, sont en jeu. L’apparition de la polyandrie remet apparemment
en question les notions de rôles liés au genre et a donc été principalement
rejetée ou expliquée comme un mécanisme permettant de faire face à une
situation inhabituelle, telle qu’une situation de déséquilibre sexuel, lorsque
le nombre relatif de femmes ne permet pas la monogamie générale114. »
Il s’attache à montrer, grâce aux quelques documents d’époque disponibles, que
le manque de femmes ne peut rendre compte de l’existence du système polyandre marquisien. Pascal Picq, paléoanthropologue reconnu, note cependant que la polyandrie n’est
pas un système enviable pour les femmes. En effet elle peut conduire « à des formes d’es112 Ibid., p. 59. « While the tapu system was not exactly a system which “degraded” or subordinated women
[…] Just as there were women of high status, with particular personal tapu, there were also some men of low
status… »
113 Nicholas Jeremy Thomas, « Social and Cultural Dynamics in Early Marquesan History », op. cit., p. 51.
114 Ibid., p. 166. « The interpretation of other people’s institutions is, as a rule, problematic; it is especially so
where matters of gender and sexuality, which cultures like to constitute as natural and eternal, are at issue. The
occurrence of polyandry apparently calls into question notions of appropriate gender roles and therefore has
mostly been dismissed or explained away as a mechanism for dealing with an unusual situation, such as one of
sexual imbalance, when the relative number of women does not permit general monogamy. »
130
clavage domestique et sexuel qui bien souvent accroissent les contraintes pesant sur les
femmes, soumises à plus de coercition et de surveillance115 » puisqu’elles doivent satisfaire plusieurs époux. Ce n’est pas le cas aux Marquises où les femmes de haut rang sont
déchargées de nombreuses tâches par des serviteurs des deux sexes.
Matrilinéarité et succession cognatique
Dépassant la vision patriarcale, W. P. Crook note que certaines femmes sont extrêmement respectées et comme il est l’un des premiers à avoir décrit la polyandrie marquisienne, il évoque un système de succession très proche de la matrilinéarité : « une fille
unique ou la première-née hérite des biens comme un fils ; mais si la dignité de haka’iki
est en cause, il s’avère que ces biens reviennent à son mari ou à son fils, en aucun cas à
la femme elle-même116. » L’existence d’un système de succession matrilinéaire est aussi
soulignée par G. Gunson à Tahiti : « Le rôle des Femmes de haut rang dans la période 16501815 peut laisser imaginer que le droit de porter le maro’ura117 était largement transmis par
les femmes118. » Il précise le rôle déterminant de la filiation par la mère, qui peut s’opposer
à la règle du premier né : « Il semblerait raisonnable de supposer qu’un chef royal de descendance patrilinéaire senior serait contraint de céder la prééminence à un chef subalterne de la même lignée qui avait un statut supérieur par sa mère119. » On est donc en droit
de s’étonner que les généalogies savantes actuelles continuent à présenter des arbres patrilinéaires alors qu’il semble à peu près certain par exemple que l’accession de la famille
Pomare au pouvoir suprême à Tahiti se soit faite grâce à l’ascendance par les femmes. En
effet Tu, devenu grand chef de Pare Arue, fera valoir les droits de sa grand-mère paternelle, Tetuaehuri sur Taiarapu, les droits de sa femme ’Itia sur Faa’a et sur Moorea par sa
mère, sœur de Mahine120. Il deviendra ainsi grand chef de Tahiti. Tu Vairaatoa, selon Vancouver, avait beaucoup de considération pour ’Itia sa première épouse : « nous le vîmes, en
plusieurs occasions, céder sans discussion aux avis de la première (’Itia), et la traiter avec
infiniment de tendresse et d’égards121. » Pascal Picq souligne que la destruction des socié-
115 Pascal Picq, Et l’évolution créa la femme, Paris, Odile Jacob, 2020, p. 290.
116 William Pascoe Crook, Récit aux Îles Marquises, op. cit., p. 54.
117 Dictionnaire de l’Académie tahitienne, op. cit. : « ceinture ornée de plumes rouges, insigne de la royauté à
Tahiti ».
118 Niel Gunson, « Great Women and Friendship Contract Rites in Pre-Christian Tahiti », The Journal of the Polynesian Society, 73, I, Wellington, 1964, p. 59. « The role of the Great Women in the period 1650-1815 looks very
much as if the right to wear maro’ura was largely transmitted through female titleholders. »
119 Ibid., p. 55. « It would seem reasonable to assume that a royal chief of senior patrilineal descent would be
forced to yield preeminence to a junior chief of the same lineage who was of superior status through his mother ».
Serge Dunis dans Ethnologie d’Hawai’i, souligne « l’égalité sexuelle de haut parage. En reconnaissant presque la
parité du roi et de la reine, les Hawaiiens avaient triomphé de l’idéologie. » (Paris, L’Harmattan, 1990, p. 4.)
120 Voir Bernard Pichevin, Généalogies et histoire de Tahiti et des îles de la société, Papeete, Au vent des îles,
2013, pp. 117-126.
121 Ibid., p. 124.
131
tés matrilinéaires, plus égalitaires, ont été souvent le fait du contact avec « les hommes
des sociétés colonisatrices, à commencer par les missionnaires et les militaires122 ».
III. Les royaumes de la fin du XIXe siècle
Malgré tous ces biais culturels, tendant à minimiser le rôle et le statut des femmes
appartenant à de grandes familles régnantes, au XIXe siècle, on voit apparaître un motif
récurrent dans la littérature coloniale française, celui de la reine polynésienne. Le plus bel
exemple est sans doute celui du Mariage de Loti publié en 1880 où on trouve un portrait
développé de la vieille reine de Tahiti Pomare IV ainsi qu’un portrait plus rapide de la reine
des Marquises, Vaekehu123. Ces deux femmes sont présentées comme l’incarnation de
leur peuple qu’elles tentent de protéger, profondément nostalgiques des temps anciens
dont elles perpétuent le souvenir. Pierre Loti dit de Vaekehu : « Cette reine déchue, avec
ses grands cheveux en crinière et son fier silence, conserve encore une certaine grandeur124… » Pomare IV est décrite comme une figure tutélaire bienveillante, attentive à sa
famille, à ses sujets, consciente du déclin de sa culture et désireuse d’en assurer la transmission.
Un bref panorama historique des personnes régnantes en Polynésie française
après les annexions, démontre l’existence d’une réalité associée à ce motif : on trouve des
reines dans presque toutes les îles. Comment passe-t-on d’un pouvoir politique féminin
précolonial réel mais discret à un pouvoir très présent lors de la période coloniale ? On
peut formuler diverses hypothèses face à cette abondance de figures politiques féminines. Les colonisateurs, suivant en cela leurs préjugés, pensaient-ils les femmes de haut
rang plus malléables et donc plus susceptibles que les hommes d’accepter leur tutelle ?
Les hommes de haute lignée se mettaient-ils en retrait pour moins engager leur dignité ?
L’application de l’ascendance patrilinéaire stricte dans les successions et de la règle du
premier-né selon le modèle occidental a-t-elle favorisé cette visibilité des femmes ? Les
raisons sont sans doute multiples et complexes, mais le constat est que ces périodes de
trouble ont fait apparaître en nombre des femmes investies du pouvoir politique, bien que
souvent réduites à un rôle de figuration à la fin du processus d’annexion.
En résumé, les îles de la Société sont gouvernées par de nombreuses femmes durant le XIXe siècle. « Raiatea avait deux reines : Tehauroa (r. 1881-1884) et Tuarii (r. 18881897). Huahine a eu quatre reines : Teriitaria II (r. 1815-1852), Tehaapapa II (r. 1868-1893),
Teuhe (r. 1888-1890), et Tehaapapa III (r. 1893-1895). Bora Bora a eu deux reines : Teriimaevarua II (r. 1860-1873) et Teriimaevarua III (r. 1873-1895)125. » On peut évoquer pour
122 Pascal Picq, Et l’évolution créa la femme, op. cit., p. 365.
123 Il est aussi fait allusion à la reine de Bora-Bora ou à la reine Moe, p. 142.
124 Pierre Loti, Le Mariage de Loti, Paris, GF-Flammarion, 1991, p. 111.
125 Voir la version en anglais de Wikipedia : en.wikipedia.org/wiki/Queen Mamea.
132
mémoire Tahiti avec Pomare IV et des cheffesses comme Ari’itaimai à Papara, Ahu’ura
à Tautira ou Aifenua a Pohuetea à Punaauia. Durant la même période des femmes ont
aussi exercé le pouvoir politique à Nuku Hiva : Vaekehu devient cheffesse à la mort de
son époux. À Rimatara aux Australes on peut voir encore les tombes de la famille royale,
dont celles de deux reines : Temaeva IV qui règne de 1876 à1892 et Heimataura Tamaeva V, reine de 1893 à 1923. À Mangareva aux Gambier Maria Eutokia Toaputeitou devient
régente à partir de 1857126.
Le cas de Aifenua a Pohuetea dite Aifenua Vahine, née en 1820, est un exemple de
l’instrumentalisation des femmes dans les conflits politiques du temps. Partisane du protectorat français, elle a été nommée cheffesse du district de Punaauia de 1846 à 1881. Elle
succédait ainsi à son frère Aru Pohuetea, francophile également, nommé par le gouverneur français Bruat en 1845, mais destitué par la reine Pomare IV en 1846, officiellement
à cause de son alcoolisme, avant que celle-ci ne se soumette aux Français après son exil
à Raiatea127.
Un autre exemple bien documenté est celui de la longue résistance de Raiatea
à la domination française durant les années 1880 à 1897, menée par un chef de second
rang Teraupo’o. Le grand chef de Raiatea Tahitoe (1872-1881) avait été écarté du pouvoir
par d’autres chefs car il avait capitulé devant les Français. Il est alors remplacé par sa
fille Rereao Tehauroa plus proche du camp anglais. En 1884 un homme succède à celleci, Tamatoa VI jusqu’en 1887, date à laquelle ce dernier renonce à la fonction afin de ne
pas céder aux exigences des Français et s’en retourne à Huahine, dont il est originaire. La
reine Tuari’i lui succède, deuxième fille de Tahitoe, soutenant le combat de Teraupo’o en
faveur des Anglais128. Pourtant elle ne sera pas inquiétée à la suite de l’intervention militaire française et Victor Segalen mentionne son nom en 1904, « la grande cheffesse, Tuarii
Vahine129 ». Une autre cheffesse de second rang, Mai, suivra Teraupo’o et sa femme dans
leur exil en Nouvelle-Calédonie.
La grande cheffesse de Huahine Tehue, née en 1840, fut aussi choisie pour s’opposer à la France. Elle était la fille aînée de la reine Teha’apapa II qui elle-même était devenue reine de Huahine en 1868, lorsque son mari avait été destitué. Tehue fut proclamée
reine durant l’insurrection en 1888 et dut fuir à Tahiti pour rechercher la protection de
son premier mari, Pomare V. Après cet intermède (1888-1890), Teha’apapa II restera reine
jusqu’en 1893, après avoir accepté le protectorat de la France en 1890.
126 Cf. Corinne Raybaud, Reines et Cheffesses de Polynésie au XVIIIe et XIXe siècle, Papeete, Association Mémoire
du Pacifique, 2021, p. 344.
127 Voir notamment www.punaauia.pf/les-chefs-et-les-maires-de-punaauia.
128 La Lignée royale des Tama-Toa de Ra’iatea, Papeete, Ministère de la Culture de Polynésie française, éd. et
préface de Bruno Saura, 2003, pp. 20-25.
129 Victor Segalen, Journal des îles, Saint-Clément-de-Rivière, Fata Morgana, 1988, p. 119.
133
D’après ces exemples, dont le plus célèbre est sans nul doute Pomare IV, on peut
déduire que les Français n’ont pas trouvé des reines dociles, prêtes à se soumettre. Si les
querelles franco-anglaises ou internes ont contribué à propulser ces femmes au premier
plan de la vie politique, elles ont apparemment agi selon une stratégie politique qui leur
était propre, conforme à leur importance dans la société précoloniale. L’histoire officielle,
occidentale et masculine, privilégie l’explication de femmes tiraillées entre le pouvoir des
pasteurs et celui des militaires occidentaux, comme par exemple Pomare IV lors de l’épisode de la guerre tahitienne, durant laquelle elle s’exila à Raiatea sur les conseils du pasteur Pritchard pour résister à l’influence française130.
Pour conclure, nous dirions avec Pascal Picq que : « la condition des femmes trop
longtemps occultée par l’invisibilité anthropologique et archéologique131 » mérite d’être
étudiée pour elle-même, notamment dans ces cultures du Pacifique précolonial éloignées
des schémas occidentaux. C’est non seulement un des moyens d’échapper à « une histoire
ethnocentrée et androcentrée sous le regard de l’Occident132 », mais encore à une histoire
« sous le regard des hommes du Pacifique », qui certes, tels que Epeli Hau’ofa ou encore
Jean-Marc Pambrun133, recherchent d’autres formes d’historicités, mais sans nécessairement échapper à un biais masculin et patriarcal. Une histoire ou une anthropologie androcentrées sont tout aussi contreproductives pour les sciences sociales qu’un ethnocentrisme souvent dénoncé et désormais très combattu.
130 En 1934, Jean Dorsenne, dans sa biographie romancée, C’est la Reine Pomaré, aux Éditions de France,
présente celle-ci comme une jeune femme inconséquente et versatile. Il précise : « L’influence que le pasteur
avait fini par prendre sur l’esprit de Pomaré était telle, que celle-ci n’adoptait plus aucune décision sans consulter
auparavant “Piritati”. » (p. 189)
131 Pascal Picq, Et l’évolution créa la femme, op. cit., p. 355.
132 Ibid., p. 337.
133 Voir notamment Epeli Hau’ofa, Un passé à recomposer, Arue, Pacific Islanders Éditions, 2015, ou Jean-Marc
Tera’ituatini Pambrun, L’Allégorie de la natte, Tahiti, 1993, à compte d’auteur.
134
Bibliographie sélective
Une version antérieure de cette contribution, élaborée en vue de ce colloque, est
parue dans le Comparative Law Journal of the Pacific, vol. 26, Wellington, New Zealand,
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Dictionnaire de l’Académie tahitienne, Papeete, Fare Vāna’a, 1999.
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Sites consultés
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Worldwide Guide to Women in Leadership : www.guide2womenleaders.com
www.punaauia.pf/les-chefs-et-les-maires-de-punaauia
www.royalark.net/Tahiti/tahiti3.htm
Résumé
Dans les textes coloniaux sur la Polynésie apparaît de manière insistante la figure
de la reine autochtone. Dans la plupart des cas, elle fait l’objet d’un traitement littéraire
positif. On s’interrogera sur cette figure fascinante pour les auteurs, des hommes dans
une écrasante majorité. S’agit-il d’un stéréotype issu de l’imaginaire occidental, qui représenterait le pouvoir matriarcal et qui serait apparu à l’occasion d’un « malentendu
culturel » ? Est-elle née de la projection de fantasmes et de schémas politiques occidentaux plaqués sur une réalité autre ? Ou bien cette figure tutélaire a-t-elle une réalité historique dans l’univers polynésien précolonial ? Les figures littéraires féminines sont souvent bienveillantes à l’égard des Occidentaux. On pourra donc se demander là encore si
cela correspond à une réalité avérée historiquement. On envisagera l’hypothèse, à infirmer ou confirmer, qu’à l’occasion de la mise en place progressive d’une véritable situation
coloniale, les reines ont pu être utilisées pour marginaliser un pouvoir masculin indocile,
celui des frères ou des époux. Cette analyse s’appuiera notamment sur des données historiques disponibles concernant les figures royales rencontrées dans les textes littéraires.
Sylvie André a enseigné dans des universités du Maghreb, de l’Afrique subsaharienne et de la région Pacifique. Elle a été directrice de recherches à l’Université de Paris III.
Elle est spécialiste des littératures exotiques, coloniales, francophones, essentiellement
des productions narratives. Elle a contribué à ériger la littérature francophone du Paci136
fique en champ d’études universitaires. Elle a toujours été attentive aux liens entre anthropologie et littérature. Ses recherches actuelles se fondent sur les théories de la décolonialité et les études féministes contemporaines.
Abstract
“Queens or Chiefesses: Women in Political Life in Polynesia between the ‘Discovery’
and the Annexation”
The pervasive figure of the native queen is prominently featured in colonial writings on Polynesia. In most cases, she is the object of a positive literary treatment. We
shall wonder about that figure, which fascinates writers—male ones in an overwhelming
majority. Is she a stereotypical production of western imagination—the embodiment of
matriarchal power originating from a “cultural misunderstanding” of sorts? Is she the
result of the projection of western political patterns and fantasies applied to a different
reality? Or does that guardian figure refer to some historical reality in the pre-colonial Polynesian universe? The female literary figures are often benevolent towards Westerners.
Here again, we shall wonder if this corresponds to a historically proven reality. We shall
contemplate the assumption—to be invalidated or confirmed—that in the progressive implementation of a genuine colonial paradigm, the queens may have been used to marginalize a stubborn male power—that of brothers or husbands. This analysis shall notably
be based on available historical data concerning the royal figures to be found in literary
writings.
Sylvie André has taught at universities in the Maghreb, Sub-Saharan Africa and
the Pacific region. She was Head of Research at the University of Paris III. She is a specialist in exotic, colonial and francophone literatures, mainly in narrative productions.
She has contributed to establish Pacific francophone literature as a field of academic
study. She has always been attentive to the links between anthropology and literature.
Her current research is based on the theories of decoloniality and contemporary feminist
studies.
137
138
E MĀLAMA I KA MALUHIA: LEGACIES OF PEACE
FROM TAHITI AND HAWAIʻI
Leilani Basham, Ph.D.
University of Hawai‘i at Mānoa / Associate Professor
O ke au i kahuli wela ka honua
O ke au i kahuli lole ka lani
O ke au i kuka‘iaka ka la
E ho‘omalamalama i ka malama
O ke au o Makali‘i ka po
O ka walewale ho‘okumu honua ia
At the time that turned the heat of the earth,
At the time when the heavens turned and
changed,
At the time when the light of the sun was subdued
O ke kumu o ka lipo, i lipo ai
O ke kumu o ka Po, i po ai
O ka lipolipo, o ka lipolipo
To cause light to break forth,
At the time of the night of Makali (winter)
Then began the slime which established the
earth,
The source of deepest darkness.
Of the depth of darkness,
Of the depth of darkness,
O ka lipo o ka la, o ka lipo o ka po
Po wale ho—‘i
Hanau ka po
Of the darkness of the sun, in the depth of night,
It is night,
So was night born.
Hanau Kumulipo i ka po, he kane
Hanau Po‘ele i ka po, he wahine […]
Po—no—
Kumulipo was born in the night, a male.
Pole was born in the night, a female. […]
It is night / It is proper.
Source: Kalākaua, He pule hoolaa
alii: He kumulipo no Ka-I-imamao,
a ia Alapai Wahine, Pa‘iia e ka Hui
Pa‘ipalapala Elele, 1889.
Source: Lili‘uokalani, The Kumulipo: An Hawaiian
Creation Myth, Pueo Press, original publication
1897.
Kumulipo: Ancient Genealogical Connections
The genealogical mele that opens this paper, the Kumulipo, is more than a chant of
origins; it is a declaration of interconnection—between land and people, past and present,
and across the vast ocean that binds the islands of Polynesia. These genealogies, layered
139
in poetic imagery, serve as historical records, political statements, and cultural affirmations. In the context of this paper, they offer an entry point into the intertwined lives of two
extraordinary aliʻi (chiefly) women: Ariitaimai of Tahiti and Queen Liliʻuokalani of Hawaiʻi.
Despite being born over a decade apart and separated by thousands of miles, these
two women navigated remarkably parallel paths. As members of the highest chiefly ranks
in their respective societies, they were raised in cultural traditions that valued not only
lineage and leadership but also diplomacy and duty to their people. Both witnessed the increasing pressures of colonial expansion and foreign influence, and both were ultimately
placed in positions where they had to choose between resistance and preservation. The
decisions they made—choosing peace over immediate political power—continue to shape
the historical memory of their nations.
This paper explores their genealogical connections, their formative years, and
their roles in pivotal moments of Tahitian and Hawaiian history. It examines how both
women, through leadership and sacrifice, embodied a commitment to their people that
extended beyond their personal status as aliʻi. By highlighting the ways in which their lives and choices reflected deeper cultural values and political realities, this paper seeks
to underscore the enduring significance of their legacies in contemporary discussions of
sovereignty, justice, and Indigenous leadership in Oceania.
Kolo ke Ēwe i ke Ēwe: Ancestral Connections of Moʻokūʻauhau &
Moʻolelo
The genealogy of the Kumulipo–a Hawaiian creation chant–firmly establishes
connections between Kānaka Maoli, our islands, and our shared histories across Moananuiākea–Oceania. In addition to recording or documenting Kānaka Maoli connection to
the earth, the Kumulipo also records our common moʻokūʻauhau—or genealogical and familial connections—to the people of Kahiki–Tahiti. Specifically, in line 1,975 of the Kumulipo, we see the birth of Ulu and Nanaulu recorded. In this section, as recapped by Martha
Beckwith, “To Kiʻi is born by his wife Hinakoʻula, a famous name in Hawaiian romance,
the two sons ʻUlu and Nanaʻulu, names common to other Polynesian genealogies of chiefly line. To one or the other of these two all Hawaiian chiefs trace their line of descent.”
(Beckwith, Kumulipo, p. 116)
Liliʻuokalani was the first person to translate and publish the Kumulipo in 1897,
following the overthrow of the Hawaiian Kingdom. While the Kumulipo was traditionally
added to with each subsequent generation, following Western contact and the chanting of
this mele at the birth of Kalaniʻīamamao, it was not continued as a practice amongst aliʻi.
Nevertheless, as the descendant of this genealogy and of Kalaniʻīamamao, in Liliʻuokalani’s publication of the translation, she did include her own genealogy at the very end,
140
following the conclusion of the chant, no doubt in order to make it clear that her connection, not just to Kalaniʻīamamao, but to all of the ancestors in the Kumulipo, including, of
course, ʻUlu.
In the genealogies of Tahiti, these same two names Ulu/Uru and Nana are seen. According to S. Percy Smith in the Journal of the Polynesian Society, Vol. 2, No. 1, from March
1893,
“The first name on the list, Uru, is one known both to Hawaiians and to the
Maoris, and both people trace a descent from one of that name, but it is very
difficult to prove that this is the same person; it is indeed more probable
that this Uru is a descendant of the two brothers Ulu and Nana of Hawaiian
history or of Uru and Ngangana (or Ngana) of Maori history. It was by no
means uncommon—more especially in early times—for a name to descend
from father to son for several generations, as indeed is well illustrated in
this table, where the name Rai (or in Maori, Rangi) is found five times in succession. […]
Fornander shows clearly that there are two well-defined lines of descent
in Hawaii, the one originating with Ulu—whose descendants were the later occupants of that group—the other, which he terms the Nana-ulu line,
originating from Nana, whose descendants arrived at the Sandwich Islands
many generations before the first. The former people came from the southern groups, from Samoa, Tahiti, &c. Hawaiian traditions refer to them as
brothers; the Maori traditions show that Ngangana was a son of Uru’s.”
Given the multiplicity of naming across generations, it may be unclear which exact
“Ulu” and “Nana” are being referred to in these genealogies of Hawaiʻi and Tahiti (and the
rest of Polynesia), and yet the consistent recording of these names in our mele and our
genealogies is more than sufficient proof of our common ancestry.
Pilina Moʻolelo: Literary & Cultural Connections
While genealogical ties firmly establish the interconnectedness of Hawaiʻi and Tahiti, these connections were further maintained and reinforced through shared moʻolelo—our histories and literatures—our mele—songs, chants, dances, and our cultural practices. For Kānaka Maoli, these moʻolelo—literatures include our Akua (God) of Fire and
Volcanic activity, Pele, and her entire family. Our moʻolelo teach us that Pele came from
here, from Polapola specifically and we know that Tahiti’s moʻolelo also speak of Pele. In
more recent times, the migrations and trans-Pacific travel of Moʻikeha and Laʻamaikahiki,
141
and Paʻao, too, are also recorded in the moʻolelo of Hawaiʻi. As such, the connection between Hawaiʻi and Kahiki was maintained in the hearts, minds, and knowledge-bases of
the Hawaiian and Tahitian people. This longstanding awareness of shared genealogies,
language, and cultural practices has informed diplomatic and familial ties between Hawaiʻi and Tahiti for centuries. We have always been aware of these connections and soon
after connections were re-established in the early 1800s, the aliʻi/ari’i134 and kānaka/tangata of Hawaiʻi and Tahiti pursued and established several paths for diplomatic exchange
and interaction. In his book, A Power in the World, on the Hawaiian Kingdom in Oceania,
Lorenz Gonschor documents the diplomatic relationship between Kamehameha I of Hawaiʻi and Pōmare I of Tahiti dating back to 1810, which continued since then. Given these
shared genealogical and cultural ties, it is significant that both Liliʻuokalani and Ariitaimai, born during times of increasing colonial pressure, navigated their roles as leaders in
remarkably parallel ways.
Nā Aliʻi Wahine Liliʻuokalani & Ariitaimai: Introductions
Though separated by thousands of miles and born fourteen years apart, Ariitaimai
of Tahiti and Liliʻuokalani of Hawaiʻi lived strikingly parallel lives. Both were born into the
highest ranks of their societies, raised in cultural traditions that emphasized leadership,
responsibility, and service to their people. Their formative years unfolded against the
backdrop of increasing foreign influence, as colonial powers sought to reshape their homelands’ political and social landscapes. Despite these challenges, both women navigated
their way to positions of authority, ultimately finding themselves at the center of defining
moments in their nations’ histories. Their choices, shaped by the values of their chiefly
lineages, continue to influence historical narratives and Indigenous political thought in
Oceania today.
The parallels between these two aliʻi women are striking:
•
•
•
•
Both were of high-ranking aliʻi (chiefly) descent and raised with the
responsibilities of leadership.
Both were born during periods of immense social and political change due to
expanding colonial influence.
Both married foreign men at a time when such unions were uncommon for aliʻi
women.
Both ascended to positions of political authority in times of turmoil.
134 The Hawaiian term aliʻi and the Tahitian term ari’i both refer to the chiefly class in their respective societies.
These terms, derived from a shared Polynesian linguistic and cultural heritage, indicate individuals of high status
who held political, social, and religious authority. While their specific roles and structures varied between islands,
aliʻi in Hawaiʻi and ari’i in Tahiti functioned as leaders responsible for governance, diplomacy, and maintaining the
well-being of their people. For clarity, this paper retains the original term when referring to each woman within
her respective cultural context.
142
•
Both were confronted with the challenge of safeguarding their peoples’
sovereignty against colonial aggression.
•
Both chose diplomacy and negotiation over military resistance, sacrificing
their own political power to protect their people from bloodshed.
•
Both recorded their experiences, leaving behind written accounts that provide
invaluable insight into the political and cultural struggles of their time.
Hānau a Hānai ʻia he Aliʻi: Born and Raised as Aliʻi
Genealogy, as evidenced by its recording in the Kumulipo, was of paramount importance for the aliʻi of both Hawaiʻi and Tahiti. In their memoirs, their introductions of
themselves are grounded foremost in these genealogies.
Ariitaimai writes:
“I was the eldest child of Tapua Taaroa and Marama, born probably in 1824,
at Vaiari. From my father I received the name Teriirere i Tooarai; from my
mother the name of Ariioehau; and as I had been claimed by Pomare, I received from his side the name Taaroa, although he was dead before I was
born. In old days the eldest child of a head-chief was always carried at its
birth to the family Maraes as sacred, with offerings to the Gods. In the island
society any person who could say that one of his parents had been carried to
the Marae asserted his high birth; any one who could say that both parents
had been carried stood at the head of society; but anyone who could say that
all four of her parents, by birth and adoption, had been carried, enjoyed a
rare social distinction, and therefore even the Pomares, far from showing
jealousy, regarded and treated me as one of themselves.” (Ariitaimai, in Tahiti, pp. 174-175)
In her memoir, originally published in 1898, Lili‘uokalani writes the following about
her own genealogy:
“My father’s name was Kapaakea, and my mother was Keohokalole; the
latter was one of the fifteen counsellors of the king, Kamehameha III.,
who in 1840 gave the first written constitution to the Hawaiian people. My
great-grandfather, Keawe-a-Heulu, the founder of the dynasty of the Kamehamehas, and Keoua, father of Kamehameha I, were own cousins […], and
my great-grandaunt was the celebrated Queen Kapiolani, one of the first
converts to Christianity.” (Liliʻuokalani, 1972, p. 5)
Later on, she expands on this genealogy, showing the centrality of her direct ancestors to the formation of the Hawaiian Kingdom, writing that
143
“Naihe, the husband of Kapiolani, was the great orator of the king’s [Kamehameha’s] reign; his father, Keawe-a-Heulu [Liliʻuokalani’s grandfather],
was chief counselor to Kamehameha I; while had it not been for the aid of
the two chiefs, Keeaumoku and Kameeiamoku, cousins of the chief counsellor, the Hawaiian Islands must have remained for a long time, if not until
this day, in a stay of anarchy.” (Liliʻuokalani, 1972, p. 6)
In addition to genealogy as an important form of identity for aliʻi, another similar
cultural value and practice that both Queen Liliʻuokalani and Ariitaimai experienced was
that of hānai or adoption.
Of her own experience, Liliʻuokalani wrote:
“But I was destined to grow up away from the house of my [biological] parents. Immediately after my birth I was wrapped in the finest soft tapa cloth,
and taken to the house of another chief, by whom I was adopted. Konia, my
foster-mother, was a granddaughter of Kamehameha I, and was married
to Paki, also a high chief; their only daughter, Bernice Pauahi, afterwards
Mrs. Charles R. Bishop, was therefore my foster-sister. In speaking of our
relationship, I have adopted the term customarily used in the English language, but there was no such modification recognized in my native land
[here, she’s referring to the “foster” in “foster-sister”] […].” (Liliʻuokalani,
1972, p. 7)
Once again, we can see many similarities to Ariitaimai’s own story when she writes
that
“Children in this communistic society were as much the objects of exchange
or gift, as any other article of property, and were begged quite as commonly.
Although I was born at Vaiari, the Papara people at once claimed me, and
built for me a special house, the fareoa, usually built for the children of Arii,
and sacred even to the parents. […] This arrangement was broken up by Terito, Pomare’s widow, who carried out the idea of her husband by claiming
me, and by coming to Papara to take me away; which she actually did, and
carried me to Papaoa, the Pomares’ residence in Arue.” (Ariitaimai, in Tahiti,
p. 175)
Kuleana & Pono: Responsibility to Kin and Community
Both Ariitaimai—born “probably in 1824”—and Liliʻuokalani—born in 1838—were
living in a time of great change in their socio-economic, and political lives due to the colo144
nial period in which they were living. That being said, they were born early enough within
that colonial period to still be participants and actively engaged and living within their
own cultural contexts. Because of this, they were both perhaps hyper aware that many of
the social norms that they were raised to participate and engage in were considered unusual to the American, British, and French who were settling and occupying their countries.
Because of the nature of colonial encounters and power imbalances present therein it’s
not just a matter of differences in cultural practices, but the assumptions of superiority
and inferiority, civilized and primitive that were often present in colonial encounters. The
practice of hānai—or adoption—was one of the cultural practices that was considered
unusual, and Liliʻuokalani’s comment here is representative of her awareness, when she
writes about hānai that
“It is not easy to explain its origin to those alien to our national life, but it
seems perfectly natural to us. As intelligible a reason as can be given is that
this alliance by adoption cemented the ties of friendship between the chiefs.
It spread to the common people, and it has doubtless fostered a community
of interest and harmony.” (Liliʻuokalani, 1972, p. 8)
In addition to the practice of hānai, both of these women were also compelled to
defend their own positionality as aliʻi and both of them articulate their understandings of
their position from their Tahitian- and Hawaiian-world views and perspectives. Ariitaimai
explains that
“Every one who has tried to tell the story of Tahiti has had to struggle with
this idea of kingship, and none has yet made it intelligible to Europeans. I
shall not try, because the idea was so far from distinct in the islanders themselves that until one has dismissed from one’s mind the notion of government such as Europeans conceived it, one must always misunderstand the
South Seas […] and our chiefs were Arii, not kings.” (Ariitaimai, in Tahiti,
pp. 6-7)
Liliʻuokalani seems to help clarify some of these misunderstandings related to the
differences between our Aliʻi and Western ideas of kings and royalty. Liliʻuokalani writes:
“For the purpose of enhancing the value of their own mission, it has been at
times asserted by foreigners that the abundance of the chief was procured
by the poverty of his followers. To any person at all familiar, either by experience or from trustworthy tradition, with the daily life of the Hawaiian
people fifty years ago, nothing could be more incorrect than such assumption. The chief whose retainers were in any poverty or want would have felt,
not only their sufferings, but, further, his own disgrace. […] It is true that
145
no one of the common people could mortgage or sell his land, but the wisdom of this limitation is abundantly proved by the homeless condition of
the Hawaiians at the present day. Rent, eviction of tenants, as understood in
other lands, were unknown; but each retainer of any chief contributed in the
productions of his holding to the support of the chief’s table.” (Liliʻuokalani,
1972, p. 8)
Through these explanations, both Ariitaimai and Liliʻuokalani clearly demonstrate
the centrality of Aliʻi to their personal and national identities, but also how these practices
are fundamentally different from Western conceptualizations and practices.
Kui ʻia a Paʻa Pono: Their Marriages and Political Positionalities
Marriage for aliʻi and ari’i was never purely a personal matter; it was deeply intertwined with genealogy, politics, and social status. In the rapidly changing colonial landscapes of the 19th century, the choices that aliʻi women made in marriage carried even
greater weight, shaping not only their own positions but also the political dynamics of
their nations. Both Liliʻuokalani and Ariitaimai made unconventional choices in this regard, each marrying a foreign husband at a time when such unions were rare. Their marriages reflected not only personal alliances but also strategic decisions that influenced
their roles as leaders navigating the complexities of sovereignty, diplomacy, and shifting
power structures.
In the case of Ariitaimai, she married Alexander Salmon, a British merchant, who
came to Tahiti in 1841 at the age of 20. Ariitaimai explains the challenges given the context
of Tahiti at that time, writing that
“Among other laws which the English missionaries were supposed to have
obtained to prevent strangers from obtaining influence in the island, was
one of March 1, 1835, forbidding strangers under any pretext, from marrying
in Tahiti or Moorea. I did not choose to marry any native then to be found in
the island. Terito, the queen mother, tried to get up a match between me and
one of the Raiatea chiefs, but my mother, Marama, did not think the marriage good enough. Finally I decided to marry Mr Salmon, an Englishman
who had general esteem and consideration in the island; and Aimata suspended the law in order to enable her friend to be married.” (Ariitaimai, in
Tahiti, p. 177)
Liliʻuokalani, on the other hand, married John O. Dominis, from New York in the
U.S., who came to Hawaiʻi with both of his parents in 1837, at the young age of 6. Raised in
Honolulu, he attended the Royal School, where Liliʻuokalani and other aliʻi children were
146
also educated. He worked in business in Hawaiʻi and San Francisco, and when home, he
was frequently in social circles with Liliʻuokalani. He didn’t become a naturalized Hawaiian
citizen until 1861, one year prior to their marriage. Liliʻuokalani writes:
“I was engaged to Mr. Dominis for about two years, and it was our intention
to be married on the second day of September, 1862. But by reason of the fact
that the court was in affliction and mourning [Prince Edward, son of Kamehameha IV and Queen Emma had just passed away at age 4], our wedding
was delayed at the request of the king.” (Liliʻuokalani, 1972, p. 33)
She goes on to describe the ceremony itself, stating that “to it came all the high
chiefs then living there, also the foreign residents; in fact, all the best society of the city”
(Liliʻuokalani, 1972, p. 33).
While these two Aliʻi wahine no doubt had their own reasons for marrying
non-Kānaka men, it seems pretty apparent that both of these non-Kānaka men increased
their own social, economic, and political positions by leaps and bounds. For Salmon, he
served as secretary to Queen Pōmare. For Dominis, in Hawaiʻi, within less than two years
of his marriage to Liliʻuokalani, he was named as a member of King Kamehameha V’s
Privy Council, and went on to serve in the House of Nobles, was Governor of Oʻahu, and of
course, eventually Prince Consort upon the Queen’s ascension to the throne.
Alahele Nihinihi: Precarious Political Positions
For aliʻi and ari’i, leadership was often a precarious path, shaped by shifting political landscapes, external pressures, and the ever-present responsibility to their people.
Both Ariitaimai and Liliʻuokalani found themselves at critical junctures in their nations’
histories, where colonial forces threatened not only their sovereignty but also the very
fabric of their societies. Though separated by nearly half a century, each woman was faced
with a defining choice: to resist foreign incursion through conflict or to seek a path of negotiation and peace. In both cases, their decisions—to prioritize the well-being of their
people over their own political power—would leave lasting legacies that continue to shape
historical memory in Tahiti and Hawaiʻi today.
According to her account, Ariitaimai refused her own potential path to the throne
in this process, and instead negotiated tirelessly for peace between the involved parties in
order to end the war. Ariitaimai writes that she
“requested the governor to allow me some time to go out and see if I could
not make peace with these people. Before authorizing these steps, however,
he sent for the commander of the troops, who informed us after his arri147
val, that orders had gone out to the outpost at Point Venus to prevent any
people passing to the native armies beyond, and that in order for me to pass,
it would be necessary that an officer should be sent with us.” (Ariitaimai, in
Tahiti, p. 182)
Here, and throughout her relating of this history, it’s clear that peace and the saving
of lives was Ariitaimai’s only goal and objective with repeated references to her goal “to
offer peace to the natives” (p. 183), referencing her “peaceful intention” (p. 184) and reiterating her objective “to bring peace” (p. 185). Once she’s able to stand in front of the ari’i
gathered, she once again voiced her proposal for peace, which was recognized and affirmed by the ari’i present, in turn. Following these negotiations, Ariitaimai is then entrusted
to negotiate the peace with Queen Pōmare, a responsibility which she and her husband
continued to negotiate with the Queen and various groups over the next several months’
time until Pōmare finally returns and agrees to rule under the Protectorate, thereby allowing for the maintenance of some form of Tahitian independence through the 1800s.
In the case of Liliʻuokalani, she actually was named as the heir apparent by her brother, King David Kalākaua in 1877, when their younger brother Leleiohoku, who had been
the heir apparent, passed away unexpectedly. When she was named as the heir apparent,
she writes that
“From this moment dates my official title of Liliuokalani, that being the
name under which I was formally proclaimed princess and heir apparent
to the throne of my ancestors. Now that this important matter had been decided by those whom the constitution invests with that prerogative, it became proper and necessary for me to make a tour of the islands to meet the
people, that all classes, rich and poor, planter or fisherman, might have an
opportunity to become somewhat acquainted with the one who some day
should be called to hold the highest executive office.” (Liliʻuokalani, 1972,
p. 422)
Her brother’s reign was rather extended, from 1874 until his death in 1891, when
Liliʻuokalani ascended the throne of Hawaiʻi and became Queen of the Hawaiian Kingdom.
Upon her ascension, she began receiving petitions from her people to reinstate the monarchical power that had been stripped from her brother with the Bayonet Constitution
of 1887.
Two years after her ascension, in January, 1893, the Queen attempted to promulgate a new constitution. This act was used as motivation by which foreign and American
businessmen orchestrated the overthrow of the Hawaiian Kingdom. They were able to
achieve this with the collusion of the U.S. Minister to Hawaiʻi, John L. Stevens who orde148
red U.S. naval troops ashore and stationed them across from the ʻIolani Palace and the
government building even though they had supposedly been brought ashore to protect
American lives and property.
Although the Kingdom forces and citizenry outnumbered the U.S. forces, Queen
Liliʻuokalani made a request to her people, made from the front of ʻIolani Palace, commanding them “E mālama i ka maluhia,” or to “Maintain the peace.” Similar to the position advocated by Ariitaimai, Liliʻuokalani also made repeated reference to the choice for
peace. In the statement in which she yielded her authority to the superior forces of the
U.S. military, she wrote:
“Now, to avoid any collision of armed forces, and perhaps the loss of life, I
do, under this protest and impelled by said forces, yield my authority until
such time as the government of the United States shall, upon the facts being
presented to it, undo the action of its representative, and reinstate me in
the authority which I claim as the constitutional sovereign of the Hawaiian
Islands.” (Liliʻuokalani, 1972, p. 422)
Following this, Liliʻuokalani never regained the throne even though President Grover Cleveland recognized that the U.S.’s involvement in the overthrow of the Hawaiian
Kingdom constituted an “act of war,” and recognized that its sovereignty be reinstated and
the Queen returned to the throne (Cleveland statement to U.S. Congress on the Matter of
Hawaiʻi, 1893). In 1895, following the failed attempt by several hundred Kānaka Maoli to
re-establish the sovereignty of Hawaiʻi through violent means, the Queen was arrested,
charged in a military tribunal and then imprisoned in ʻIolani Palace for 9 months, followed
by house arrest for another 9 months.
Ultimately, both Tahiti and Hawaiʻi end up as colonial possessions of France and the
U.S., and yet the legacies of both of these aliʻi women live on in their descendants and for
their people. Their legacies of peace and justice serve as examples for us of the contemporary era who continue to work for the lives, health, education, and sovereignties of our
peoples and islands for this and future generations.
Pili Kumulipo, Pili Au Hou: Continuous Connections
Beyond the individual experiences of Ariitaimai and Liliʻuokalani, other figures
from their extended chiefly lineages further illustrate the enduring relationships between Tahitian and Hawaiian aliʻi. One such connection is found in the life of Ariitaimai’s sister, Ariininito Taaroa Tati, known affectionately as “Ninito.” As a result of the
long-standing diplomatic and familial ties between Tahiti and Hawaiʻi, Ninito traveled to
Hawaiʻi and married John Kapilikea Sumner, a member of a prominent Hawaiian aliʻi family. Their union not only reinforced political alliances between the two island nations but
149
also highlights the ways in which chiefly families navigated trans-Pacific relationships in
the 19th century.
In his book on the life of Hawaiian John T. Baker, a Hawaiian diplomat who traveled
extensively throughout Tahiti in the 19th century, Kealani Cook describes the important
relationships maintained between the aliʻi (and non-aliʻi also) of Tahiti and Hawaiʻi. Cook
describes it as follows, writing that
“Ninito Salmon [had] traveled to Hawaiʻi in the 1850s and married into the
prominent hapa-Haole Sumner family, moving back and forth between
Hawaiʻi and Tahiti through much of her adult life. Ninito and other prominent Tahitians, such as her cousin Princess Maiaula Tehuiarii, who also
married into the Sumner family, established a strong social connection
between the Hawaiian and Tahitian elite. As a result, prominent Tahitians,
including the Salmons, occasionally visited Hawaiʻi and joined in the Honolulu social scene either temporarily or permanently.” (Cook, p. 169)
There are several articles in the Hawaiian language newspapers that reference Ninito, this one here documenting her and her husband’s travels between Hawaiʻi and Tahiti.
Appearing in the newspaper, Ke Au Okoa, on 26 September 1867, it was reported as follows:
“Ua hala i Bolabola.—I ka holo ana aku nei a ka moku kuna Aorai, i Bolabola,
i ka la Sabati iho nei, ua kau aku maluna ona o John Sumner (Kapilikea,) a
me kana aliiwahine Niniko […] He pilikana ka ka Kapilikea aliiwahine no Pomare, a ma kana kauoha mai nei oia i hoi aku nei e ike i kona aina hanau a
me kona hiiia ana.” (Ke Au Okoa, Volume III, Number 23, 26 September 1867)
“Sailed to Borabora.—When the schooner Aorai sailed to Borabora, on this
past Sunday, John Sumner (Kapilikea) and his aliʻi wahine Niniko […] Kapilikea’s wife is a familial relation Pomare, and it was on her [Pomare’s] command that she returned to the place she was born and raised.” (Translation
by Basham)
In Liliʻuokalani’s memoir and her diary, there are several references that make it
clear that she was not only familiar with, but close friends with Ninito. Soon after her marriage, Liliʻuokalani and her husband were invited by Prince Lot (soon to be King Lunalilo) to
take a trip to Hawaiʻi island with several other couples, stating that “invitations were also
extended to Mr. And Mrs. John Sumner,” who are explained in the footnote on that page as
“John K. Sumner (b. 1820, Honolulu-d. 1915, Mokapu, Oahu), son of Captain William Sumner and his Hawaiian wife Hua. He married Ninito, a Tahitian princess (d. 1898, Honolulu).
Occurring soon after their marriage, Liliʻuokalani writes that the trip “became really my
bridal tour” and that “we were gone many weeks, but the time passed away delightfully”
(Liliʻuokalani, 1972, p. 39).
150
Soon thereafter, a concert and celebration were held to commemorate Lā Kuʻikahi,
the recognized independence day of the Hawaiian Kingdom in celebration of the signing
of diplomatic treaties between Hawaiʻi, Great Britain, and France, “oia ka manawa i ike ia
mai ai o Hawaii ma ka helehelena Kuokoa” (“which was the time that Hawaiʻi was recognized as befitting Independence”). The concert was held at Kawaiahaʻo Church, where
several groups came out and shared songs and readings from the Bible. According to the
newspaper,
“Komo mai ka poe o ka apana elua, a mele mai i kekahi mele Bolabola. O ka
mea kiekie V. K. Kaahumanu a me Mrs. Ninito Sumner kekahi i oli pu mai ma
ka olelo Bolabola i keia mele.” (Ka Nupepa Kuokoa, 2 December 1861)
“The members of the second group entered, and sang a Bolabola135 song.
The honorable V. K. Kaʻahumanu and Mrs. Ninito Sumner were among those
who chanted this song in the Bolabola language.” (Translation by Basham)
(“Ka La Kuikahi!” Ka Nupepa Kuokoa, 2 December 1861.)
135 “Bolabola” is an alternative spelling of “Polapola,” the name of one of the islands in what is now French
Polynesia.
151
This article places Ninito in close proximity to her honorable V. K. Kaʻahumanu,
whose full name was Victoria Kamāmalu Kaʻahumanu, Kuhina Nui—Premier—of the
Hawaiian Kingdom. From this and other evidence, it’s clear that Mrs. Sumner was a favorite amongst the aliʻi wahine of Hawaiʻi. These relationships with various aliʻi were maintained over the next several decades as demonstrated by Queen Liliʻuoakalani’s reference
to Ninito in her diary several months after the overthrow, on Wednesday, July 26, 1893.
Liliʻuokalani recorded that she
“Wrote a long letter to Ninito [Sumner] telling her about our situation, that
I am living in confinement waiting the decision of the U.S. For this reason, it
would not be well for Arii paea Kealatane Ariimanihinihi and Kamakahuila
to come now and make me a visit—but to wait till everything was settled,
then when they come everything would be in peace [and] then they would
enjoy their visit.” (Liliʻuokalani, 2019, p. 365)
Ninito and her husband, do eventually return to Hawaiʻi, as is reported in the
Hawaiian language newspaper on January 11, 1897, where it is written that a “mokumahu”
(“steamship”) had arrived from Tona (Tonga) mai and from Rarotona (Rarotonga) also, noting that
“A ma ia moku like no i hiki mai ai o J. Kapilikea Sumner (Keolaloa) a me Alii
Ninito, kana wahine Alii o Polapola.” (Ka Makaainana, 11 January 1897)
“It was on the same ship that J. Kapilikea Sumner (Keolaloa) and his Aliʻi Ninito, his Aliʻi wife from Polapola (Borabora).” (Translation by Basham)
Unfortunately, Ninito Sumner passed away in Honolulu in 1898. Her passing is reported in the newspaper in several articles. In an article published on 22 July 1898, it was
reported that
“Ma ka hora 2 a oi o ka auina la o ka Poakolu nei, Iulai 20, i haalele mai ai i keia
ola ana ke ‘Alii’ Ninito o Polapola, ka wahine a John Kapilikea Sumner, ma ko
laua wahi noho ma Alanui Beretania. Ua hala aku la oia ma kela aoao i ka 60
o kona mau makahiki. O Tahiti kona one hanau, aia malaila ka nui o kona
ohana, a he koko pili loa oia i na ali‘i koikoi oia wahi.”
“It was a little after 2 o’clock on the afternoon of this past Wednesday, July 20,
that the ‘Aliʻi’ Ninito of Polapola, wife of John Kapilikea Sumner, left this life,
at their residence on Beretania Street. She passed at the age of 60 years. Tahiti was her birthplace, that is where the majority of her family are, and she
is a very close relation to the important aliʻi of that place.”
152
Her passing was also announced in Ka Malamalama Hawaii on 1 August 1898, and
then, a week later, in August 1898, a letter was published in the newspaper from a “Mrs. Lilia Topati” and “Mr. Topati” who they identify as “na pilikoko o ka mea i make, Ninito,” or
“family members of the person who had died, Ninito”. In the body of the letter, directed to
Ninito’s husband, “Mr. Sumner Kapilikea,” they write:
“No laila, e hooholoia Ke komo pu aku nei makou a pau e auamo pu me oe i
na haawina o ka ehaeha i ili iho maluna ou […] a ke nonoi pu ae nei makou i
ka lokomaikai o ka Makua Lani e hoomana ae i Kou mau kaumaha a na kona
Mana e malama a kiai ia oe.” (Ka Loea Kalaiaina, 6 August 1898)
“Therefore, let it be resolved that we all are with you in carrying the burdens
of grief that have descended upon you […] and we are requesting the blessings and generosity of the Heavenly Father to strengthen you in your sadness and it is his Power that will care for and guard over you.” (Translation
by Basham)
What’s clear from the multiple articles referencing her and her husband’s presence in Hawaiʻi and traveling back and forth between Tahiti and Hawaiʻi, and then in the
information and aloha shared at her passing, is that Ninito, as an Ari’i wahine of Tahiti,
had found a home in Hawaiʻi, and family who loved her, and had created a further bond
between Hawaiʻi and Tahiti that extends to today.
Panina: “Ku mai o Kalani Aimoku”
This paper concludes by offering a mele composed in honor of Liliʻuokalani, encapsulating the legacies of these aliʻi women and for Ninito as well. It was composed in
1881 and printed in the Hawaiian language newspaper, Ko Hawaiʻi Pae Aina on August 6,
1881. Liliʻuokalani had been named as regent by her brother, then King David Kalākaua,
as he went on his world tour. It’s a mele that honors genealogy and our connection to the
cosmos, to our islands, and to our people—and to the continuation of our sovereign lands,
nations, and peoples.
The histories of these women not only offer insight into their individual legacies
but also reflect broader themes of Indigenous governance, sovereignty, and resilience in
the face of colonial expansion. Their lives exemplify a commitment to peace that continues to hold significance today.
153
Ka uila me ka hekili
Ke ānuenue piʻo i ka lewa
Ka punohu ʻula i ka lani
Ka ua koko i ka moana
E lei ʻia kō wehi hanohano
E Liliʻuololokuikekapu
The Ruling Chief stands before us/reigns
Born in the time of ʻIkuwā
The royal center of sanctity
The woman is truly sacred
Belonging to the glory of Papa
Belonging to Papanuihānaumoku (Earth
Mother)
Belonging to the bays of Piʻilani
Along with the sacred cliffs of Kākaʻe
Belonging to the heiau of Pakaʻalana
These adornments are sacred for the
royal one
The lightning and thunder
Rainbows that arch in the skies
The red-tinted rainbow on the horizon
The red rain on the ocean
Let your glory be adorned
E Liliʻuololokuikekapu
He inoa no Liliʻuokalani
A name chant in honor of Liliʻuokalani
Ko Hawai‘i Pae Aina, 6 August 1881.
Translation by: Leilani Basham.
Kū mai ʻo Kalani ʻAi Moku
I hānau ʻia i ʻIkuwā
Ka ʻōnohi lani o ke kapu
Kapukapu wale ka wahine
No ka hiwahiwa a Papa
No Papa nui hānau moku
No nā hono aʻo Piʻilani
Me ka pali kapu aʻo Kākaʻe
No ka heiau aʻo Pakaʻalana
Kapu ia wehi no ka lani
Works Cited
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154
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“Ua Hala i Bolabola,” Ke Au Okoa, 26 September 1867.
“Ua Lele Ke Aho o Mrs. Ninito Sumner Kapilikea,” Ka Nupepa Kuokoa, 22 July 1898.
Abstract
Born about 14 years apart, “probably in 1824” and in 1838 respectively, and separated by more than 2,000 miles between Tahiti and Hawaiʻi, two women—Ariitaimai and
Liliʻuokalani—each played critical roles in political negotiations on behalf of their respective countries and against their colonial oppressors. Although these violent encounters
occurred nearly 50 years apart, the parallel aspects of the encounters and the lives of
these two women are noteworthy, perhaps especially given the shared historical, social,
and political connections between Hawaiʻi and Tahiti.
For this presentation, while the focus is largely on Liliʻuokalani, I compare her life,
actions, and experiences to those of Ariitaimai, beginning with their genealogies and formative years, as both were born to the chiefly class of aliʻi/ari’i and thereby born and raised
to be leaders of their people. Not unusual within the traditions of both Hawaiʻi and Tahiti,
neither woman was raised by her own parents, but by close relatives and guardians, providing them with strong cultural foundations even within the colonial contexts in which
they were living.
Ariitaimai, as a close member of the ruling Pōmare family, matured to her political
position much quicker than did Liliʻuokalani, who was not directly connected to the ruling
Kamehameha dynasty of Hawaiʻi, and whose ascent to power then took significantly longer. As such, while Ariitaimai was interceding and negotiating between Tahiti and France
in 1846, it took nearly 50 more years for Liliʻuokalani to ascend the throne of Hawaiʻi and
be in a position to make her stance between Hawaiʻi and the United States in 1893. Although their decisions were separated by several decades, both of these women leaders,
Ariitaimai and Liliʻuokalani, were at the center of similar situations and sought similar solutions to them. In the context of violent confrontation and warfare (or imminent warfare
in the case of Hawaiʻi), both of these women persistently advocated and acted for peace. In
the case of Ariitaimai, she sacrificed her own potential path to the throne in this process,
while she negotiated tirelessly for peace between the involved parties in order to end the
war.
Comparably, Liliʻuokalani’s instruction to her people was “E mālama i ka maluhia”
or “Maintain peace,” when they demanded justice, and she ultimately ceded her authority
155
and position as the sovereign to the superior force of the U.S. military in order to avoid
violent confrontation between them and her own forces and also to avoid any loss of life.
Ultimately, the legacies of both of these aliʻi/ari’i women are those of peacekeepers who
sacrificed their own political power for the literal lifeblood of their people. Even though
they were ultimately unable to maintain the independent governments of their two nations, they each left a lasting legacy of peace and aloha for this and future generations.
Dr. Leilani Basham is of Kānaka Maoli (Native Hawaiian) descent tracing her genealogy to Koʻolauloa, Oʻahu and Kekaha, Kauaʻi. She has taught Hawaiian Language
and Hawaiian Studies at the University of Hawaiʻi for nearly 30 years and is currently
an Associate Professor of Hawaiian Studies at Kamakakūokalani Center for Hawaiian
Studies, UH-Mānoa. She teaches undergraduate and graduate courses that allow for the
intersection of her multi-disciplinary educational background in History and Political
Science, along with her training as a Hula practitioner on topics related to Hula (Dance),
Oli (Chant), Mele (Music, Poetry), Wahi Pana (Place Names), and the historical, literary,
political, and cultural contexts that make up their backgrounds. Her research interests
include mele lāhui (nationalist poetry) and moʻolelo wahi pana (place name history, literature).
Résumé
« E mālama i ka maluhia : héritages de paix de Tahiti et de Hawai‘i »
Si environ quatorze années séparent la reine Lili‘uokalani de Hawai‘i, née en 1838,
et Ariitaimai, qui vit le jour à Tahiti « probablement en 1824 », chacune de ces deux dames
a joué un rôle crucial dans l’histoire de son pays, à plus de quatre mille kilomètres l’une de
l’autre. Lors des négociations politiques qu’elles ont été appelées à mener au nom de leurs
nations respectives face à la violence de leurs oppresseurs coloniaux, même si ces rencontres ont eu lieu à cinquante ans d’écart, le parallèle entre leurs actions et leurs vies apparaît en effet de manière évidente et ce, compte tenu, sans doute, des liens historiques,
sociaux et politiques qui existent entre Hawai‘i et Tahiti.
Cette présentation particulièrement centrée sur Liliʻuokalani établit néanmoins
un parallèle entre sa vie, ses actions et ses expériences, et celles de Ariitaimai, en commençant par leurs généalogies et leurs jeunes années, puisque toutes deux, issues de la
classe dominante des ali‘i/ari’i, étaient par définition nées et élevées pour devenir des meneuses de leur peuple. Caractéristique courante dans les traditions locales de Hawai‘i et
de Tahiti que partagent ces deux femmes de haut rang, aucune d’elles n’a été élevée par
ses propres parents, mais par des parents proches, voire des tuteurs, qui leur ont inculqué
des bases culturelles solides, en dépit du contexte colonial dans lequel elles vivaient.
156
Ariitaimai, en tant que membre proche de la famille régnante Pōmare (elle était la
fille adoptive de Pōmare II), a acquis une maturité politique beaucoup plus rapidement
que Lili‘uokalani, qui, pour sa part, n’était pas directement liée à la dynastie régnante des
Kamehameha de Hawai‘i, et dont l’ascension au pouvoir a donc nécessité bien plus de
temps. Ainsi, alors que Ariitaimai intercédait et négociait au nom de Tahiti auprès de la
France en 1846, il fallut près de cinquante ans de plus à Liliʻuokalani pour monter sur le
trône de Hawai‘i et être en mesure de prendre position et s’interposer entre son pays et les
États-Unis en 1893. Bien que leurs décisions aient été prises à plusieurs décennies d’intervalle, ces deux femmes de pouvoir, Ariitaimai et Liliʻuokalani, se sont trouvées au cœur
de situations similaires, auxquelles elles ont cherché à apporter des solutions identiques.
Dans un contexte d’affrontements violents et de guerres (ou de guerre imminente dans
le cas de Hawai‘i), elles ont toutes deux constamment plaidé et agi en faveur de la paix.
Dans le cas de Ariitaimai, ses inlassables négociations avec les parties en présence, afin
de mettre un terme à la guerre et ramener la paix, l’ont amenée à sacrifier sa propre et
potentielle accession au trône.
De façon similaire, lorsque son peuple réclamait justice, Lili‘uokalani n’avait de
cesse de préconiser la paix à travers son message, « E mālama i ka maluhia », qui signifie
« maintenir la paix ». Elle ira même jusqu’à abandonner son autorité et céder sa position
de souveraine à la force supérieure de l’armée américaine, évitant ainsi une confrontation violente entre la puissance étrangère et ses propres armées, qui aurait causé la perte
de nombreuses vies humaines. L’image que laissent en héritage ces deux femmes aliʻi/
ari’i est celle de pacificatrices, qui n’ont pas hésité à sacrifier leur propre pouvoir politique
au profit de la survie et du bien de leur peuple. Même si elles n’ont, en définitive, pas été
en mesure de maintenir l’indépendance de leurs nations, elles ont néanmoins légué un
héritage durable de paix et d’amour à leur génération ainsi qu’aux générations futures.
De descendance Kānaka Maoli (Hawaiienne de souche), le Dr. Leilani Basham tire
ses origines de Koʻolauloa, Oʻahu et Kekaha, Kauaʻi. Elle a exercé en tant que professeur de
langue et d’études hawaiiennes à l’Université de Hawai‘i pendant près de trente ans et elle
est actuellement maître de conférences en études hawaiiennes au Kamakakūokalani Center
for Hawaiian Studies, UH-Mānoa. Elle enseigne dans le premier cycle et dans les cycles supérieurs. Outre sa formation pluridisciplinaire en histoire et en sciences politiques, elle excelle
également dans le domaine de la danse hawaiienne et son expertise dans ce domaine lui
permet d’associer à son enseignement des sujets en rapport avec le Hula (la danse), les Oli
(chants et arts déclamatoires), les Mele (arts de la musique et de la poésie), le Wahi Pana (la
toponymie), ainsi que les contextes historique, littéraire, politique et culturel dans lesquels
ils s’inscrivent. Ses recherches portent notamment sur le mele lāhui (la poésie nationaliste)
ainsi que le moʻolelo wahi pana (l’étude de la toponymie au prisme de l’histoire et de la littérature).
157
158
THE MANY FACES OF THE MANY AND THE ONE
William Merrill Decker, Ph.D.
Oklahoma State University / Regents Professor
Over the course of his long career, Henry Adams produced thousands of pages
across a wide spectrum of literary genres. His bibliography rivals those of Mark Twain
and Henry James, the more celebrated figures of his literary generation. Asked to name
a single title as Adams’s magnum opus, the Adams specialist would undoubtedly cite
the nine-volume History of the United States during the Administrations of Thomas Jefferson and James Madison (1889-1891), an achievement historians continue to honor for
its depth of research and narrative refinement. Nevertheless, along with his many books,
essays, and letters chronicling six decades of day-to-day life, the History is not nearly as
well known as the one title that attained best-seller status: The Education of Henry Adams
(completed in 1907 but published posthumously in 1918). If this single item can overshadow a multi-volume historical narrative, how much more it must eclipse the short but critically important volume that serves as the centerpiece of our 2023 colloquium: Memoirs
of Ariitaimai (1901).
Readers who have any familiarity with Adams are likely to know only the Education
and to have focused their attention on the two chapters that most frequently appear in
anthologies: “Quincy” and “The Dynamo and the Virgin,” both of which advance unity and
multiplicity as Adams’s signature theme. In this essay I address that theme as it relates to
Adams’s South Pacific sojourn. In doing so I explore the ethos by which the unity-seeking
Adams established bonds with a multiple human world, and I speak to Ariitaimai’s role
in deepening those bonds. My aim is twofold: to rescue Adams and his reader from his
fixation with the need to unify, a compulsion that arises from epistemological panic and
that leads to reductive rather than expansive views of the world, and to underscore the
centrality of Tahiti and the Teva clan in his celebration of a life-affirming human plurality.
Seduced by the multiple, Adams is always at his best.
159
Adams acquired his unity fixation honestly enough. As the descendent of two
United States presidents, the first of whom participated directly in the nation’s founding,
he was aware from childhood of the divisiveness that characterized American politics. As
a student in Boston’s Latin School, he might well have been asked to parse the national
motto, E pluribus unum, whose thirteen letters represent the original colonies (pluribus,
or many) forming the one nation (unum). Just after Adams graduated from Harvard University, he would see that nation dissolve and the country plunge into civil war. By the light
of his youthful experience, then, disunity is contention, conflict, chaos. It is no wonder
that in the Education’s first chapter, Adams identifies the quest for unity as a categorical imperative: “From cradle to grave this problem of running order through chaos, direction through space, discipline through freedom, unity through multiplicity, has always
been, and must always be, the task of education, as it is the moral of religion, philosophy,
science, art, politics, and economy.”136 In context, however, Adams subjects this statement
to sharp qualification: as emphatically as he underscores the need for unity, he exalts the
multiplicity of idyllic Quincy, the family’s summer residence, with its abundance of natural sensation, and he recalls the child’s abhorrence of school discipline imposed on summer freedom: “a boy’s will is his life,” Adams writes, “and he dies when it is broken” (731).
The boy’s will, in the broader reach of Adams’s writing, is one that delights in color, texture,
and the allure of daily living. “Winter was always the effort to live; summer was tropical
license” (728) he observes, and the latter phrase resonates with his memory of the South Pacific. As a man, and particularly as a traveler, Adams let himself be absorbed in the
phenomenology of the passing moment. As he formulates the unity/multiplicity binary,
he acknowledges the pervasive duality of life and does so as an individual whose life and
selfhood are themselves irreducibly multiple.
The multiplicity of Henry Adams is visible in the Education’s narrative premise—
his decision to tell his life story in the third person, substituting “he” for “I.” Adams writes
about himself as though he were already a deceased person, establishing unity in the fiction of a completed life, even as his living intellect wrestles with future possibilities. We
see that restless intellect in the book’s most famous chapter, “The Dynamo and the Virgin,”
which combines an aspirational “scientific history” with something more like “lyric history”: an impressionistic historiography that seeks resolution in metaphor—specifically,
the Virgin/Dynamo dyad. Adams’s adventure in lyric history had come to full flower in
Mont Saint Michel and Chartres (1904), predecessor to The Education of Henry Adams. In
these two books, often referred to as his late masterworks, Adams invokes the Virgin or,
alternatively, the Eternal, Primitive, or Archaic Woman, as one of two unifying forces in
human experience. How Adams, the product of a Calvinist, patriarchal culture, acquires a
reverence for this transcultural matriarchal figure requires close consideration of his re-
136 Democracy, Esther, Mont Saint Michel and Chartres, The Education of Henry Adams, edited by Ernest Samuels and Jayne N. Samuels (New York: Library of America, 1983), 731. Subsequent citations are provided in text.
160
lationships to and perception of women, and it is here, after a little more context-setting,
that we will turn our attention to the South Pacific and those passages in his letters from
Tahiti where he writes of Ariitaimai as a living, breathing, and magnetic presence.
The women in Adams’s life are a well-known matter of biography.137 His celebrated
great-grandmother, Abigail Adams, died twenty years before Henry was born, but lived on
in the family circle as a strong mythic figure. His grandmother, Louisa Catherine Johnson
Adams, an elderly personage whose delicacy and resilience fascinated the child Henry,
appears in the Education’s opening chapter as a subtly formative personality. Of his difficult and needy mother, Abigail Brooks Adams, Henry has little to say, but his sister, Louisa,
to whom he was much attached, assumes a pivotal role in the Education. Adams provides
a glimpse of Louisa’s character in recounting her daring excursion to the Alps during the
Austro-Prussian War. Having crossed from the Italian frontier into Austrian-held territory, she is able to charm the sentries into allowing the party (which includes her brother,
Henry) to continue their journey: “the eternal woman,” as Adams refers to his sister in this
scene, “[…] when she is young, pretty, and engaging, had her way” (799). But Louisa features more climactically in the Education as the victim of an accidental puncture wound
and, in her excruciating death from tetanus, Adams’s first crushing experience of bereavement: “For the first time,” Adams writes of the shock of Louisa’s death in the prime of
life, “the stage-scenery of the senses collapsed; the human mind felt itself stripped naked,
vibrating in a void of shapeless energies, with resistless mass, colliding, crushing, wasting,
and destroying what these same energies had created and labored from eternity to perfect” (983). In its invocation of an evolutionary process beset by inexplicable catastrophe,
this passage is key to practically everything Adams ever wrote, and we will come back to
it later for what it contributes to our understanding of the “unity and multiplicity” theme. For now, it suffices to focus on the phrase “for the first time.” The loss of Louisa had
its sequel in the death of Adams’s wife Marian Hooper Adams, who took her own life on
December 6, 1885, while Henry was in the middle of writing the History. The Education
makes no mention of Marian, known familiarly as “Clover,” and it does not need to because
the terrible death of the brilliant Louisa serves as proxy.
Louisa and Clover Adams exemplify for Adams the “highly civilized,” “modern” woman of Adams’s Anglo-American generation. So too do Madeleine Lee and Esther Dud137 Biographical treatment of Henry Adams and the women in his life is extensive. See Ernest Samuels, The
Young Henry Adams (Cambridge: Harvard University Press, 1948), Henry Adams: The Middle Years (Cambridge:
Harvard University Press, 1958), and Henry Adams: The Major Phase (Cambridge: Harvard University Press, 1964);
Eugenia Kaledin, The Education of Mrs. Henry Adams (Philadelphia: Temple University Press, 1981); Edward Chalfant, Both Sides of the Ocean: A Biography of Henry Adams. His First Life, 1838-1862 (Hamden: Archon Books,
1982), Better in Darkness: A Biography of Henry Adams. His Second Life, 1862-1891 (Hamden: Archon Books, 1994),
Improvement of the World: A Biography of Henry Adams. His Last Life, 1891-1918 (Hamden: Archon Books, 2001);
Arline Boucher Tehan, Henry Adams in Love: The Pursuit of Elizabeth Sherman Cameron (New York: Universe Books,
1983); Natalie Dykstra, Clover Adams: A Gilded and Heartbreaking Life (Boston: Houghton, Mifflin, Harcourt, 2012);
David S. Brown, The Last Aristocrat: The Brilliant Life and Improbable Education of Henry Adams (New York: Scribner Books, 2020).
161
ley, the protagonists of his two novels. In his characterization of the contemporary white
upper-class American woman, real and imaginary, we see brilliant individuals struggling
to achieve personal identity as well as fulfill conventional expectations of marriage and
childbearing. They offer the image of a highly evolved but impaired womanhood that
contrasts with the pre-modern woman Adams would see in various incarnations, including Ariitaimai. Democracy (1880) and Esther (1885), both of which predate Clover’s suicide,
explore the dilemma faced by gifted women who seek definition beyond that of wife and
mother. In Democracy, Madeleine Lightfoot Lee finds little meaning in her luxurious Manhattan life following the deaths of her husband and child, and as a young, sophisticated,
newly single woman in need of distraction she moves to the nation’s capital to observe
the workings of what at the time is an exclusively male federal government. Attracting the
attention of a powerful United States senator, she briefly considers assenting to his marriage proposal before learning the truth of his corrupt and cynical character. The novel
ends with her retreat to a life of solitude and celibacy. In Esther, the daughter of a wealthy
New York physician is courted by a prominent Anglican minister with whom, in theory,
she should form an ideal alliance, but Esther declines his proposal in accordance with her
unshakeable agnosticism. Both protagonists are marked by bereavement: Madeleine by
the loss of husband and infant, Esther by the death of her father, the trauma of which eerily foreshadows the trauma Clover would experience in the loss of her father, Dr. Robert
Hooper, an event that no doubt contributed to the severe depression that preceded her
suicide. Scholars and biographers of Henry and Clover Adams have identified striking parallels between Clover, Madeleine, and Esther. Like Clover, both fictional characters possess a critical intelligence that clashes with patriarchal expectations of women. Both, like
Clover, must bear the stigma of childlessness.
“The American woman at her best,” Adams writes in the Education, “[…] exerted
great charm […] but not the charm of a primitive type. She appeared as the result of a long
series of discards, and her chief interest lay in what she had discarded” (1126). Through
the evolutionary process that produced the American woman in her white, Protestant,
upper-class presentation, she had, in Adams’s view, chiefly discarded motherhood in her
effort to follow what were then considered male intellectual callings. In keeping with his
era’s fundamentally binary gender expectations, Adams assesses the women of his cohort as a peculiar combination of strength and deficiency: they exhibit moral rectitude,
emotional depth, intellectual capacity, and strong personality, but also, very pointedly, an
inability to perform, as women, in the assigned social and biological roles. Dissatisfied as
they may be by their relegation to those roles, their failure to achieve motherhood weighs
heavily upon them, although the dysfunction, Adams observes, is not theirs alone.
For the men of his cohort, in his estimation, are similarly impaired. “The scientific mind is atrophied,” he writes in Mont Saint Michel and Chartres (“scientific” and “male”
being virtually synonymous), “and suffers under inherited cerebral weakness, when it co162
mes in contact with the eternal woman—Astarte, Isis, Demeter, Aphrodite, and the last
and greatest deity of all, the Virgin” (523). Here, as in the previous quotation, the “primitive,” “eternal,” “archaic” woman is the benchmark of vibrant human capacity. Her vitality is incomprehensible to the overcivilized European male, detached as he has become
from sexuality and procreative function. In “The Dynamo and the Virgin,” Adams critiques
his polite culture’s repressive attitudes toward the human body, its perception of sex as
scandal and its sublimation of eros in sentiment. In the fictional Madeleine and Esther, he
depicts female figures whose sexual and reproductive power is suffocated under genteel
convention. In both Mont Saint Michel and Chartres and the Education, Adams exalts the
Virgin as an apotheosis of sexuality and reproductive capacity. By contrast, as “highly evolved” types, the contemporary white upper-class male and female have discarded a biological but also a spiritual viability. They have become emotionally unavailable, and paralysis has overtaken their capacity to express affection.
On both sides of the Atlantic, social theorists had advanced the thesis that those
same Europeans who had produced Western Civilization and colonized the world had
entered a racial death spiral signaled by such evidence as hair loss, tooth decay, alcoholism, but most tellingly a decline in birth rate.138 Adams readily subscribed to the view that
white people like himself manifested a progressive physical decline whereas non-Europeans, if not annihilated by the European colonizer, demonstrated a more robust and
generative physical constitution. His dissatisfaction with the Anglo-American woman
and doubts about his own sexual and procreative viability led to his fetishizing not only
of what he imagines as the strong, fecund woman of prior European generations but also
of non-European women. For Adams and other theorists dabbling speculatively in genetics, non-Europeans retained the health and vitality of a mythic early humanity and
exerted “archaic” powers of social integration. In line with Enlightenment-era models
that propose all human societies to have evolved through the same stages, Adams in his
travels examined non-European people (such as indigenous Polynesians) as clue to the
character of his own Western predecessors: hence, in the letters he writes from the South Pacific, we see recurrent comparisons of Samoan and Tahitian natives to the Greeks
of the Homeric period.139 Looking more closely for the “primitive and archaic” among his
Anglo-Norman ancestors, he identifies the ascendency of the Virgin in France as the last
sustained instance in his own genealogy of the pre-modern woman’s appearance in a Eu138 See such works as Charles Henry Pearson’s National Life and Character: A Forecast (1893) and Brooks Adams’s The Law of Civilization and Decay: An Essay on History (1896).
139 For a lucid exploration of stadialism especially as manifested in nineteenth-century American literature,
see George Dekker, The American Historical Romance (New York: Cambridge University Press, 1987), Chapter 3.
In his diary letters from Samoa and Tahiti, Adams frequently likens native men and women to figures of Greek
antiquity. In a letter to Clarence King dated April 22, 1891, from Moorea, he suggests that Polynesian cultures
must predate by many generations the human evolutionary stage represented by the Homeric epics. See Letters
of Henry Adams (6 volumes), edited by J. C. Levenson, Ernest Samuels, Charles Vandersee, and Viola Hopkins
Winner (Cambridge: Harvard University Press, 1982/1988), 3:462-468. Subsequent citations to Letters of Henry
Adams are provided in text.
163
ropean culture as well as the last moment of a social unity founded on the model of the
nuclear and extended family, allegorized in a vision of a harmonious cosmos materially
expressed in the gothic cathedral. In Mont Saint Michel and Chartres, Adams celebrates
that moment while also identifying it as a threshold beyond which theological, philosophical, and scientific inquiry, driven by men and culminating in the European Enlightenment, set the West on a course in which no model of unity could thereafter contain the
proliferating ways of knowing and experiencing the world. As he contemplated Europe’s
escalating rivalries and increasing stockpiles of military ordnance, he rightly concluded
that no organic vision of oneness could prevent the great imperial powers from applying
such knowledge toward acquisitive and destructive ends.
Adams’s extensive travels in the non-western world following his completion of
the History figure as a critical incubation period for both Mont Saint Michel and Chartres
and the Education. The letters Adams wrote from the South Pacific document alternating
intervals of rapture and boredom as well as distress over his confusing relationship with
Elizabeth Cameron, a married woman twenty years his junior with whom he had long
been enamored, the recipient of his most detailed and intimate letters. Along with his
friend, the artist John La Farge, Adams had embarked on his Polynesian adventure full
of preconceptions concerning the erotic expressiveness and permissive sexuality of native women, and as spectators of the Siva in Samoa, Adams and La Farge had indulged in
the agonized pleasure of middle-aged white male voyeurism—agonized because, more
than any other experience, viewing the display of young, scantily-dressed, brown female
bodies confirmed Adams’s suspicion that he was no longer a candidate for anything like
physical contact with other human beings. A short, bald, self-shaming older man with a
body racked by age-related pains, Adams felt mortified by the spectacle of tall, lithe, beautiful figures—“Naked to the waist, their rich skins glistened with cocoanut oil” (3:291)—he
encountered in the South Pacific. By the time he and La Farge arrived in Tahiti, Adams had
largely tired of their excursion, yet it was here, after several weeks, that both men succeeded in forging genuine cross-cultural human relationships. Ariitaimai, her daughter
Marau, and son Tati, offered the American travelers their one opportunity to establish something other than observational contact with indigenous Polynesia. As offspring of a Tahitian mother and an English father, Marau and Tati (along with their brothers and sisters)
provided access to their historic Tahitian first family, the Tevas, and as their friendship
developed Marau and Tati facilitated formal adoption of Adams and La Farge into the
clan, a process that could only proceed with Ariitaimai’s wholehearted approval. Adams
must certainly have been aware that Tati Salmon sought favor with the wealthy Americans who had entered their isolated social sphere, but he regarded adoption into the Teva
clan, along with his adoptive name, Taura-atua i Amo, as a great personal honor, and as
acknowledgement on the part of a noble family of his own patrician standing.
164
Much as Henry Adams took to Marau and Tati, he developed a profounder regard
and deeper affection for Ariitaimai. What was it about the contact between a rich, aging,
white widower beset by grief and exhaustion, adrift in the tropics with fixed notions as
to the nature of non-Europeans, and, on the other, an elderly native Tahitian woman, the
widowed mother of nine children fathered by a Jewish Englishman, that marks an epoch
in Adams’s life and work? Why did the nonwestern, non-English-speaking Hinarii seated
on her mat exert such power over a man who entered the South Pacific with the presumption and arrogance of the white colonist if also a recognition of the degree to which European imperialism had disrupted indigenous life? What, finally, was it about Ariitaimai that
inspired him to take on an exceedingly challenging literary project, the complicated narrative genealogy that comes down to us as Memoirs of Ariitaimai, a work in which Adams
lends his own highly idiosyncratic voice to the Teva matriarch?
My answers to these questions are partly speculative but stem from the observation that something nearly unprecedented occurs in those passages of Adams’s letters
where he describes his interactions with the Tevas. Upon first arriving in Tahiti, Adams is
not at all charmed by what he sees in Papeete: a port of call in which an indigenous culture
is even more disrupted than what he had witnessed in Samoa. He complains of boredom
and restlessness. He is eager to be on his way to Fiji, India, and thence to Paris where he
anticipates reuniting with Elizabeth Cameron. But his foul mood rapidly dissipates as he
meets and almost instantly forms attachments with Marau and Tati, the English-speaking,
worldly, younger-generation Tevas, whose mother enigmatically and magically presides
in the background. Formal adoption of Adams and La Farge quickly follows, and Adams
refers to Marau as his sister, Tati as his brother, and their mother, Hinarii (Ariitaimai), as
“our grandmother.” Although he cannot exchange words directly with Hinarii, and must
rely on Marau to serve as interpreter, he forms a reverence and affection for her, and they
cultivate a rapport that has no parallel in Adams’s life and work. To his credit, Adams recognized that Ariitaimai possessed an encyclopedic knowledge of the history and folkways
of Tahiti in urgent need of transcription, but his response to her far exceeds imperatives
of historic preservation. In the following passage, Adams exhibits a capacity for intimacy
rarely witnessed in any of his writing:
“The dear old lady has been quite unwell. The other evening I was taken in to
see her, and found her sitting on her mat on an inner verandah. When I sat
down beside her, she drew me to her and kissed me so affectionately that
the tears stood in my eyes. She was looking very badly, but it is better now;
all right, I hope. Marau gave us a feast yesterday at Faaa, and I was only sorry
that the old lady could not be there. La Farge is not in love with her as I am;
he takes more to Marau and the girls; but I think Hinarii is worth them all.”
(3:477)
165
Readers of the Education might see in this passage a foreshadowing of Adams’s
affectionate reminiscence of his grandmother Louisa Catherine Johnson Adams, but no
such kiss plays any part in Adams family bonding rituals; almost nowhere in Adams’s writing, even in the novels which are purportedly love stories, do we see physical expressions
of love. Rarely does he portray himself as someone who sheds tears. Here is another passage in which Adams details Ariitaimai’s ability to access his emotional core. It is the eve
of his departure:
“[…] we had a gay breakfast; but I cared much less for the gaiety than I did
with the parting with the dear old lady, who kissed me on both cheeks—after
all she is barely seventy, va!—and made us a little speech, with such dignity
and feeling, that though it was in native, and I did not understand a word of
it, I quite broke down. I shall never see her again, but I have learned from her
what the archaic woman was.” (3:485)
Adams concedes far more than he generally does in such phrases as “I quite broke
down,” yet (and here we return to the unity and multiplicity theme) he is quick to contain
his emotional response to the human multiple (Ariitaimai) in the cerebral unity of the abstract concept (“I have learned from her what the archaic woman was”). In writing Memoirs
of Ariitaimai, he would set himself to the task of establishing a genealogical sequence that
clarifies and honors the Teva lineage and that foregrounds Ariitaimai as the heroic figure
who brokered a measure of peace in a world shattered by European incursion. In the Memoirs she is at once the instance and the abstract concept. In the letters, however, Ariitaimai is first and foremost a person who radiates love that language is powerless to dilute.
“Historians undertake to arrange sequences,” Adams observes in the Education,
“[…] assuming in silence a relation of cause and effect” (1068). Any such sequence proposes that we understand human experience as a coherent, cause-driven, evolutionary
progression, but what evolves must also devolve: high achievement is followed by unmaking, whether we are speaking of a nation, a culture, or a species. In his later years, preoccupied by a modern world riven by intensified conflict, Adams strove to formulate a law
of devolution: a coherent way to understand the destructive multiplicity he experienced
in the first shock of bereavement: “the human mind felt itself stripped naked, vibrating in
a void of shapeless energies, with resistless mass, colliding, crushing, wasting, and destroying what these same energies had created and labored from eternity to perfect.” The
single formulation that he finally settled upon was the second law of thermodynamics,
also known as the principle of entropy: the oneness of universal death.140 Very much in
character, Adams offers multiple visions even of death—violent, agonizing, traumatic
death, such as he witnessed in the demise of Louisa and Clover, and such as the wars of
140 See especially A Letter to American Teachers of History collected in The Degradation of the Democratic Dogma, edited by Brooks Adams (1919. Reprint. New York: Peter Smith, 1949).
166
the modern era must massively bring, or easeful death, tidings of which he felt in the exquisite atmosphere of Tahiti surrounded by his adoptive family.141 As the title of this essay
suggests, there are many faces of the many and the one to be found in Henry Adams’s writing, but for Adams the most enduring, emotionally persuasive, and life-affirming unity
remained that of the family centered in the mother: agent of multiplicity. In Tahiti, and
in Ariitaimai, Adams reports that he “learned what the archaic woman was,” but he more
convincingly attests to having felt at last the unifying power of the family kiss.
Works Cited
Adams, Henry, Democracy, Esther, Mont Saint Michel and Chartres, The Education of
Henry Adams, ed. Ernest Samuels and Jayne N. Samuels, New York, Library of
America, 1983.
Adams, Henry, The Letters of Henry Adams, ed. J. C. Levenson, et al., Cambridge, Harvard University Press, 1982/1988, Vol. 1-6.
Additional references are featured in the footnotes.
Abstract
“Historians undertake to arrange sequences,” Henry Adams observes in The Education of Henry Adams, “assuming in silence a relation of cause and effect.” He thereby lays
the groundwork for the special thesis of “The Dynamo and the Virgin,” the much-anthologized chapter that outlines the rupture of sequence Adams identifies as a hallmark of modernity. To arrange a sequence is to exert a measure of epistemological control, to forge
a unity from disparate parts, and to allay the panic that stems from recognition that the
forces that drive collective experience play fast and loose with our systems of knowledge.
In Chapter 1, Adams had affirmed the seeking of unity as a categorical imperative: “From
cradle to grave this problem of running order through chaos, direction through space, discipline through freedom, unity through multiplicity, has always been, and must always
be, the task of education, as it is the moral of religion, philosophy, science, art, politics,
and economy.” By the end of the book, however, the best he can propose are alternative
if necessary fictions of unity, those that align with the Virgin carrying, for him, the most
weight—as consolation if not as “truth.” In this paper, accordingly, I probe the symbolic
value of the sequence Adams arranges in the Memoirs of Ariitaimai as well as the affective
unity he sought in the transcultural appearance of what he calls “the eternal woman,” of
whom Ariitaimai figures as avatar. Beneath the symbolism Adams the widower contrived
141 To Elizabeth Cameron, 19 April 1891, from Opunohu Bay, Moorea, Adams writes: “Taïti is lovely; the
climate is perfect; we have made a sort of home here; and I shall never meet another spot so suitable to die in.
The world actually vanishes here” (3:459).
167
to assuage his bereavement and grief, and beneath the caste-consciousness he constantly invoked to support a tenuous self-esteem, this paper will seek to recover the essential
human contact a vulnerable and humbled Adams achieved among the Tevas and, most
of all, with Ariitaimai herself, as he wandered “over the dark purple ocean, with its purple
sense of solitude and void.”
William Merrill Decker is Regents Professor of English at Oklahoma State University.
He has held visiting positions at the Université Catholique de Louvain (Fulbright) and Universität Paderborn (DAAD). His books on Henry Adams include The Literary Vocation of
Henry Adams (1990) and Henry Adams and the Need to Know (2005), coedited with Earl
N. Harbert. He is also the author of Epistolary Practices: Letter Writing in America before
Telecommunications (1998), Kodak Elegy: A Cold War Childhood (2012), Geographies of
Flight: Phillis Wheatley to Octavia Butler (2020), and Writing Distance: Genres of Travel
and Separation (forthcoming).
Résumé
« Les multiples facettes du grand nombre et de l’unique »
Ainsi que l’écrit Henry Adams dans son ouvrage The Education of Henry Adams,
« les historiens se chargent d’arranger les séquences en supposant en silence l’existence
d’une relation de cause à effet ». Il jette ainsi les bases de la thèse spécifique du chapitre
« The Dynamo and the Virgin » (« La dynamo et la Vierge »), chapitre d’anthologie qui décrit la rupture de séquence qu’Adams considère comme étant une marque de modernité.
Organiser une séquence, c’est appliquer une mesure de contrôle épistémologique, c’està-dire reconstruire une unité à partir de parties disparates afin d’apaiser le sentiment
de panique qui émerge de la prise de conscience du fait que les forces qui gouvernent
l’expérience collective ne ménagent aucunement nos systèmes de connaissance. Dans le
chapitre 1, Adams affirme que la recherche de l’unité est un impératif catégorique : « Du
berceau à la tombe, ce souci de rétablir l’ordre naturel à travers le chaos, de la direction
à travers l’espace, de la discipline par la liberté, de l’unité par la multiplicité, a toujours
été, et doit toujours être, la tâche de l’éducation, comme elle est la morale de la religion,
de la philosophie, de la science, de l’art, de la politique et de l’économie ». À la fin du livre,
cependant, il n’a guère mieux à proposer que des fictions alternatives, si nécessaires,
pour atteindre l’unité, celles qui s’inscrivent dans la lignée de la Vierge, figure qui revêt,
selon lui, la plus grande importance—comme consolation si ce n’est comme « vérité ».
Ainsi, dans le présent document, j’évalue la valeur symbolique de la séquence qu’Adams
construit dans les Mémoires de Ariitaimai ainsi que l’unité affective qu’il recherchait dans
la présence transculturelle de ce qu’il appelle « la femme éternelle », dont Ariitaimai est
l’incarnation. Sous le symbolisme, le veuf qu’était Adams est parvenu à apaiser son deuil
168
et son chagrin, et, sous la conscience de caste qu’il invoquait constamment afin de préserver un sentiment précaire d’estime de soi, cet article cherchera à retrouver le contact
humain essentiel qu’un Adams vulnérable et humble a atteint parmi les Teva et, surtout,
au contact de Ariitaimai elle-même, tandis qu’il errait « sur l’océan pourpre foncé, avec
son sens pourpre de solitude et de vide ».
Professeur de chaire en anglais à l’Université d’État de l’Oklahoma, William Merrill
Decker a enseigné au titre d’allocataire d’une bourse Fulbright à l’Université catholique de
Louvain et à l’Université Paderborn (DAAD) en Allemagne. Ses ouvrages sur Henry Adams
comprennent The Literary Vocation of Henry Adams (1990) ainsi que Henry Adams and
the Need to Know (2005), coédité avec Earl N. Harbert. Il est également l’auteur de Epistolary
Practices: Letter Writing in America before Telecommunications (1998), Kodak Elegy: A
Cold War Childhood (2012), Geographies of Flight: Phillis Wheatley to Octavia Butler (2020)
et Writing Distance: Genres of Travel and Separation (à paraître).
169
170
DES MÉMOIRES D’ANCIEN RÉGIME AUX
MÉMOIRES DE ARIITAIMAI PAR HENRY ADAMS :
PERSPECTIVE TRANSHISTORIQUE
Carole Atem
Université de la Polynésie française – INSPÉ / Maître de conférences
La facture littéraire des Mémoires de Ariitaimai a déjà fait l’objet d’études détaillées
qui, en particulier en matière de narratologie, ont notamment porté sur la polyphonie de
ce texte hybride, en considérant aussi la question philologique liée à celle de la pluralité des voix auctoriales. Ma réflexion se propose d’envisager ces problèmes à partir de la
génétique des écrits mémoriels, sous un angle comparatiste, à la fois transhistorique et
transculturel, en revenant sur la lointaine matrice des Mémoires occidentaux modernes,
les Mémoires de guerre et de cour de l’Ancien Régime européen, et en mettant en évidence
l’influence de leur poétique sur la stratégie scripturale de Henry Adams. Il s’agira surtout
de montrer que le parti pris de l’auteur de placer le témoignage de la cheffesse Teva sous
le patronage littéraire de ces modèles prestigieux, loin de se limiter à un simple jeu esthétique, s’inscrit pleinement dans le projet polémique du texte, et ressortit à la pragmatique
sociopolitique et idéologique de l’ouvrage dans le contexte de son époque, marqué par des
rivalités fortes entre différents paradigmes de pouvoir, de culture et de pensée. L’ambition
de cette communication est de montrer ce que la structure littéraire adoptée par Adams
emprunte aux codes mémorialistes, et de mettre en lumière l’efficacité de cette structure
dans la rhétorique de persuasion qui, sous la plume du dynaste américain, imprègne le
discours de la cheffesse tahitienne.
Si la catégorie des Mémoires ne s’est pas constituée comme « genre » à part entière
aux yeux de l’histoire littéraire, le succès éditorial de cette forme de récit et les codes tacites qui lui ont été peu à peu associés lui ont permis de s’imposer comme un paradigme
narratif essentiel dans l’Europe occidentale des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles. Leur contexte
d’émergence, celui de la Première Modernité, fait des Mémoires l’un des lieux d’expression privilégiés de la noblesse de guerre, alors en pleine mutation. Les Mémoires d’Ancien Régime sont ainsi l’espace scriptural par excellence de l’aristocratie ; je renvoie ici
aux travaux fondateurs de Marc Fumaroli et à ceux, plus récents, d’Emmanuèle Lesne, qui
171
ont vu dans cette soudaine et intense activité narrative des grands nobles, phénomène
jusqu’alors inédit, un substitut de geste militaire et un acte de contestation face à un pouvoir royal de plus en plus centralisateur. Récit rétrospectif et en partie autodiégétique, autrement dit récit de soi composé à distance des événements racontés, souvent en fin de
carrière ou en fin de vie, les Mémoires, avec un grand M et au masculin pluriel, comme le
précise Marc Fumaroli142, ont partie liée avec la mémoire, en tant que somme narrative du
passé personnel et collectif, mais aussi avec le mémoire, modeste document d’intendance
destiné aux inventaires et à la comptabilité : en d’autres termes, les Mémoires d’Ancien
Régime dressent le bilan d’une vie passée au service du roi en mettant l’accent sur la dette
du monarque envers la noblesse en matière, tout particulièrement, de sang versé.
Le parallèle transhistorique entre ces témoignages fortement ancrés dans l’histoire européenne et les Mémoires de Ariitaimai peut sembler osé et anachronique ; il est
pourtant justifié, structurellement et culturellement, puisqu’un lien génétique réel unit
l’ouvrage d’Adams à cette lointaine matrice que sont les Mémoires de guerre ou de cour
du Vieux Continent. Ces derniers, s’ils ont ouvert la voie aux Mémoires fictifs et aux romans-Mémoires, ont aussi servi de modèle aux Mémoires factuels toujours en vogue
aujourd’hui, souvent mais pas exclusivement consacrés à des personnalités publiques
éminentes. Cette perpétuation de la tradition mémorialiste au fil des époques a permis
la transmission au moins partielle d’une poétique codifiée et sa mise en pratique par
Adams, qui fut largement exposé à l’héritage des Humanités classiques par sa formation
d’historien et d’écrivain de la Nouvelle-Angleterre. Car la vogue des Mémoires est loin de
s’essouffler au XIXe siècle et s’impose comme paradigme à mi-chemin entre histoire et
littérature, dans lequel l’intelligentsia occidentale voit un instrument testimonial d’autant
plus efficient qu’il possède, à l’inverse des autobiographies plus intimes, l’honorabilité
que lui confère l’articulation entre moi privé et moi public.
Adams dispose donc d’un réservoir culturel et rhétorique dans lequel, littérateur
aguerri, il ne se prive pas de puiser, et les signes d’une inspiration classique des Mémoires
de Ariitaimai sont sans équivoque : en premier lieu, l’idéal aristocratique, omniprésent,
sature l’espace narratif comme trace de l’origine du texte, dont la cheffesse est présentée comme la source autorisée et l’énonciatrice ; dans une certaine mesure, cette essence
aristocratique sous-tend aussi, comme parti pris poétique et stratégique, la visée de l’ouvrage. Mon hypothèse est que, sous la plume d’Adams, l’épopée des Teva est le support
d’une ode au prestige des chefs et à la puissance clanique, dans une écriture qui célèbre
un passé polynésien pré-monarchique propice à la geste individuelle, souvent évoqué,
non sans une forme d’idéalisation nostalgique, sous les traits de la féodalité historique
européenne, par l’écrivain américain qui, rappelons-le, fut aussi un passionné de culture
médiévale. Prolongement de l’action militaire ou politique, comme dans le système des
142 Marc Fumaroli, « Les Mémoires du XVIIe siècle au carrefour des genres en prose », XVIIe siècle, n° 94-95,
1971, p. 13.
172
anciens Mémoires, la reconstitution de l’âge des seigneurs par la narration mémorielle
acquiert alors la valeur pragmatique d’un acte à part entière, inscrit dans une stratégie de
revendication aristocratique à l’encontre de la menace que constitue le monopole émergent de l’autorité royale, celle, en l’occurrence, de la dynastie Pomare.
Parmi les traits caractéristiques de la tradition mémorialiste qui viennent étayer le
projet apologétique d’Adams, on peut identifier dans les Mémoires de Ariitaimai :
-en matière de macrostructure, une facture hétérogène, voire hétéroclite,
conforme à la poétique des Mémoires, rassemblant plusieurs types, genres et sous-genres
textuels, narratifs ou poétiques, ainsi que des documents de diverses natures tels que les
tableaux généalogiques, voire des passages citationnels extraits d’autres ouvrages, qui
augmentent la polyphonie du texte.
-sur le plan thématique, l’idée cruciale du pouvoir à plusieurs têtes, non-centralisé, légitimé avant tout par le sang versé, aux fondements de l’organisation des clans et
des lignées.
-au niveau métascriptural, c’est-à-dire dans les remarques critiques que la narratrice formule sur sa propre écriture, le topos de la spontanéité, du naturel et de la transparence, cher aux Mémorialistes d’Ancien Régime, qui rejetaient vigoureusement toute
prétention à la littérarité, cette posture anti-littéraire affichée étant perçue à l’époque
comme une garantie d’authenticité et de véridicité testimoniales. Ainsi peut s’interpréter,
dans le discours attribué à la cheffesse, l’insistance sur la supposée imperfection formelle
de son propre texte, notamment sur le caractère empirique des reconstitutions généalogiques, à partir de souvenirs parfois fluctuants transmis à l’intérieur des familles.
-dans le choix des tonalités, le goût et le sens de l’anecdote, porteuse d’une fonction
heuristique dans la construction de l’identité aristocratique, en particulier lorsqu’elle illustre le panache seigneurial et qu’elle est associée à l’humour, son corollaire esthétique.
Même dans la traduction française de l’édition de Robert Spiller par Suzanne et
André Lebois, publiée par la Société des Océanistes en 1964, ces éléments structurels
sont aisément repérables, comme dans l’épisode du chapitre III qui raconte l’« emprunt »
de l’épouse du chef Tavi de Tautira par le chef Tuiterai du clan Teva143. Tout en articulant
histoire privée et destin collectif, passions individuelles et événements publics, l’épisode,
évocation souriante des antagonismes dynastiques et claniques, développe le topos du
panache glorieux indissociable de l’image du chef militaire :
« Vers l’année 1650, Tavi était chef de Tautira, et se flattait d’être aussi
généreux que fort. Tout chef était tenu à être généreux s’il ne voulait pas
143 L’épisode, resté célèbre dans la culture locale, a donné lieu à l’écriture d’une pièce par le fameux homme de
lettres tahitien John Mairai, Tavi roi et la loi, tragédie en quatre actes, 2012.
173
perdre le respect et la considération de son peuple ; mais Tavi fut le plus
généreux de tous les chefs de Tahiti. Il avait une femme, Taurua de Hitiaa, la
plus belle femme de son temps […].
Le chef de Papara, et la tête des Teva à cette époque, était Tuiterai ou Teuraiterai. […] Tuiterai ne pouvait entendre parler d’une jolie femme sans la désirer ; mais la femme de Tavi était bien trop importante pour être approchée
autrement qu’avec les formes de courtoisie requise entre chefs. Tuiterai
envoya par conséquent ses messagers à Tavi pour lui demander de lui prêter sa femme avec la promesse formelle qu’elle lui serait rendue sept jours
après. Les usages polynésiens rendaient impossible le refus d’une telle demande, sans causer une dispute. Elle ne pouvait même pas être éludée sans
créer un ressentiment qui aurait pu finir mal. […] Tavi ne voulait pas prêter
sa femme, mais son orgueil, et peut-être bien son intérêt en demandait le
sacrifice. Avec la meilleure grâce du monde, en grand seigneur qu’il était, il
l’envoya à Papara. Apparemment, elle ne fit aucune objection ; si le mari était
satisfait, le code de l’île n’avait rien à reprocher à la femme.
Taurua vint à Papara, comme une reine polynésienne de Saba, pour rendre
visite à Tuiterai lequel devint immédiatement éperdument amoureux […] à
la fin de la semaine, il ne tint pas sa promesse faite à Tavi et refusa de rendre
Taurua à son mari. Ceci était un outrage de la plus grave conséquence […].
C’était un défi, une déclaration de guerre, Tuiterai ne chercha pas d’autre
excuse que sa passion144. »
Comme le montre bien l’organisation narrative de l’épisode par Adams, le fracas qui affecte la sphère politique, parfois jusqu’au cataclysme des révolutions, s’enracine dans des motivations particulières, telles que l’ambition ou le désir amoureux d’un
homme : c’est précisément là le principe d’un type de récit littéraire en vogue au Grand
Siècle en France, l’« histoire secrète », qui influença de nombreux mémorialistes de la
même époque. On notera d’ailleurs que la désignation de « grand seigneur », en français
dans le texte d’Adams, permet de mettre l’accent sur cette filiation entre Tavi et ses homologues de l’Ancien Régime européen : « Tavi did not want to lend his wife, but his pride and
perhaps his interest required the sacrifice, and with the best grace in the world, like the
grand seigneur that he was, he sent her to Papara145. »
Les références ouvertes à la culture occidentale, en particulier à la tradition épique,
sont aussi présentes en bonne part dans le discours supposé de la cheffesse. L’énoncia144 Henry Adams, Mémoires d’Arii Taimai, traduction par Suzanne et André Lebois, Publication de la Société des
Océanistes, n° 12, Paris, Musée de l’Homme, 1964, chap. III, pp. 20-21.
145 Henry Adams, Tahiti, Memoirs of Ariitaimai, éd. Robert E. Spiller, New York, Scholars’ Facsimiles and Reprints, 1976, p. 24.
174
tion en trompe-l’œil de « ses » Mémoires devient alors le lieu d’un brouillage des voix non
dénué d’effet comique ; l’illusion du statut auctorial de Ariitaimai est sapée de l’intérieur,
et l’on ne sait plus très bien, en définitive, qui parle :
« Heureusement au moins cette histoire est trop récente pour qu’on
puisse la suspecter d’être un mythe. Taurua de Tautira et Hélène de Troie
appartenaient à la même société ; Tavi et Ménélas étaient parents. Les
coïncidences apparaissent dans toutes les îles des mers du Sud, où aucun
voyageur n’a jamais pu s’empêcher d’évoquer l’Odyssée en s’approchant
d’un village indigène. L’histoire de Papara peut prouver la véracité de celle
de Troie car, aussitôt que le refus de Tuiterai fut connu à Tautira, TaviMénélas se mettant à la hauteur de sa réputation fit appel à ses guerriers
et les envoya contre Papara avec l’ordre de le détruire et de tuer son chef.
Papara n’avait pas les murs de Troie pour soutenir un siège, ses forces furent
détruites en bataille. Tuiterai fut capturé et Taurua reprise. […] l’intention
de Tavi était bien de faire ce que tout chef grec ou nordique aurait fait à sa
place : tuer son rival et piller ses villages ; mais l’affaire prit une autre tournure146. »
Sur le point de mourir de la main des guerriers ennemis, Tuiterai obtient la vie
sauve grâce à une simple « protestation », une « objection » de sa part, énonçant que : « un
chef grand comme lui-même ne pouvait être mis à mort par un inférieur. Personne qu’un
égal ne pouvait porter la main sur lui. Personne que Tavi ne devrait tuer Tuiterai147. »
Mais Tavi lui-même, dans un geste de suprême magnificence, renonce à châtier
son adversaire :
« […] il porterait atteinte à son caractère s’il tuait Tuiterai de ses propres
mains et dans sa maison, […] un acte pareil aurait choqué la moralité et la
décence tahitiennes. Tavi se vit obligé d’épargner la vie de son rival, mais
entre une vengeance complète et un pardon complet, la loi ne connaissait
pas de milieu. Un chef épargné devenait un hôte et un égal. Tavi donna à
Tuiterai sa vie et sa liberté et Taurua par-dessus le marché148. »
On notera, dans le style d’Adams, la syntaxe accumulative par le biais de la double
coordination dans la phrase « Tavi gave Tuiterai his life and his freedom and Taurua besides149 », qui vient confirmer, en guise de clausule, la magnanimité de Tavi annoncée, on
146
147
148
149
Henry Adams, Mémoires d’Arii Taimai, op. cit., p. 22.
Ibid., pp. 22-23.
Ibid., p. 23.
Henry Adams, Tahiti, Memoirs of Ariitaimai, op. cit., p. 27.
175
s’en souvient, en ouverture du chapitre : « Tavi fut le plus généreux de tous les chefs de
Tahiti150 ».
Malgré son traitement narratif subtilement parodique, cet épisode d’inspiration
épique illustre bien l’orientation pragmatique de la rhétorique d’Adams : véritable hymne
à la grandeur passée des Teva, l’ouvrage recompose la gloire des anciens chefs en s’inscrivant dans la droite ligne des témoignages aristocratiques qui furent les ultimes vestiges
littéraires de la féodalité.
Peut-être ces réminiscences médiévales et classiques confortaient-elles chez
Adams, le sentiment d’une aristocratie partagée, qui vint sceller le lien entre le dynaste
bostonien et sa famille d’adoption, les Salmon. Ce lien est d’ailleurs renforcé par la prise
de position explicite de celui à qui Ariitaimai donna, honneur insigne, le nom de Taura
Atua.
Car la dimension épidictique du dispositif narratif mis en place par Adams ne saurait occulter sa portée polémique. Son texte à la gloire des Teva est aussi un pamphlet qui
vise notamment le règne des Pomare.
L’ouvrage revient à plusieurs reprises sur la question de la royauté, perçue comme
un objet de suspicion, voire comme une excentricité proprement coloniale.
« La royauté que les Européens s’entêtèrent à leur attribuer, à lui ou à
un autre chef qui se trouvait à ce moment-là être son rival, ne fut jamais
acceptée par les indigènes que lorsqu’elle leur fut imposée par l’influence et
les armes des Européens ; mais les Teva, unis, ne cessèrent jamais d’être le
parti le plus puissant de l’île151. »
Bien qu’elle réfère aux Teva, cette phrase à double entente tirée du chapitre inaugural, peut être interprétée comme une allusion indirecte aux Pomare, évoqués sans ambages au chapitre III comme « une famille qui est devenue depuis fameuse et royale, sous
le titre accidentel et missionnaire de Pomare152 », dans une formule qui associe résolument la royauté des Pomare à un système de valeurs allochtones.
En somme, Adams pratique dans les Mémoires de Ariitaimai une rhétorique de
la véracité, avec pour cautions la tradition orale, la facture artisanale de l’écriture, le caractère non-professionnel de la narration : le glissement de l’énonciation, d’Adams vers
Ariitaimai, revêt alors une valeur stratégique, et révèle une visée de crédibilité héritée
150
151
152
Henry Adams, Mémoires d’Arii Taimai, op. cit., p. 20.
Ibid., p. 10.
Ibid., p. 24.
176
directement de la tradition oratoire des Mémoires. Mais ce topos d’un témoignage sans
artifice est évidemment une fiction, et l’écrivain américain, loin de dissimuler la littérarité
de son texte, mobilise et exhibe dans la narration de la cheffesse tout l’arsenal stylistique
d’un écrivain professionnel féru d’Humanités classiques. De ce point de vue, on pourrait
voir dans les Mémoires de Ariitaimai un cas de Mémoires apocryphes, c’est-à-dire dont
l’attribution pose problème, indépendamment des questions de véracité et d’historicité. L’entrecroisement fécond des voix et des styles y engendre des effets polémiques qui
servent l’engagement idéologique d’Adams, sa méfiance envers les Pomare, son hostilité à
l’encontre du pouvoir anglais ; peut-être l’épopée dynastique des Teva telle qu’il choisit de
la retracer parachève-t-elle, dans l’imaginaire de l’écrivain américain, une superposition
fantasmée entre la lignée Adams et le clan Teva, unis par le rêve partagé d’une féodalité
clanique idéale.
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Centre de Recherches Historiques (en ligne), 33 | 2004, mis en ligne le 29 avril
2009. URL : http://ccrh.revues.org/235 ; DOI : 10.4000/ccrh.235
Sperber, Dan et Wilson, Deirdre, « Les ironies comme mentions », dans Poétique,
n° 36, 1978, pp. 399-412.
Résumé
La facture littéraire des Mémoires de Ariitaimai a déjà fait l’objet d’études détaillées
qui, en particulier en matière de narratologie, ont notamment porté sur la polyphonie de
ce texte hybride, en considérant aussi la question philologique liée à celle de la pluralité
des voix auctoriales.
La présente réflexion se propose d’aborder ces problèmes à partir de la génétique
des écrits mémoriels, sous un angle comparatiste, à la fois transhistorique et transculturel, en revenant sur la lointaine matrice des Mémoires occidentaux modernes, les Mémoires de guerre et de cour de l’Ancien Régime européen, et en mettant en évidence l’influence de leur poétique sur la stratégie scripturale de Henry Adams.
Il s’agira surtout de montrer que le parti pris de l’auteur de placer le témoignage de
la cheffesse Teva sous le patronage littéraire de ces modèles prestigieux, loin de se limiter à un simple jeu esthétique, s’inscrit pleinement dans le projet polémique du texte, et
ressortit à la pragmatique sociopolitique et idéologique de l’ouvrage dans le contexte de
son époque, marqué par des rivalités fortes entre différents paradigmes de pouvoir, de
culture et de pensée. L’ambition de cette communication est de mettre en lumière l’efficacité de la structure littéraire adoptée par Adams, empruntée aux codes mémorialistes,
dans la rhétorique de persuasion qui imprègne le discours de la cheffesse tahitienne sous
la plume du dynaste américain.
Carole Atem est maître de conférences en langue et littérature françaises à l’Université de la Polynésie française, docteur de l’Université Sorbonne Nouvelle Paris 3 en
littérature française de l’âge classique, et agrégée de lettres modernes. Spécialiste des
Mémoires romanesques des XVIIe et XVIIIe siècles, elle est l’auteur de plusieurs ouvrages
et travaux de recherche consacrés à la littérature française et aux problématiques culturelles polynésiennes. Ses recherches actuelles portent notamment sur les littératures du
Pacifique insulaire contemporain.
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Abstract
“From Memoirs of the Ancien Régime to the Memoirs of Ariitaimai by Henry Adams:
A Transhistorical Perspective”
The literary style of The Memoirs of Ariitaimai has already been the subject of detailed studies which, particularly in terms of narratology, have especially focused on the
polyphony of this hybrid text, also considering the philological question related to that of
the plurality of the auctorial voices.
The present reflection proposes to approach these problems from the genetics of
memory writings, from a comparative angle, both transhistorical and transcultural, by
returning to the distant matrix of the modern Western Memoirs, the War and Court Memoirs of the European Ancien Régime, and by highlighting the influence of their poetics on
Henry Adams’s scriptural strategy.
This study shall particularly aim at demonstrating that the author’s bias consisting
in placing the testimony of the Teva chiefess under the literary patronage of these prestigious models, far from being restricted to a mere aesthetic game, is fully in line with the
polemical project of the text, and belongs to the socio-political and ideological pragmatics
of the work in the context of its time, marked by strong rivalries between different paradigms of power, culture and thought. The ambition of this communication is to highlight
the efficiency of the literary structure adopted by Adams, borrowed from the memorialist
codes, in the rhetoric of persuasion which permeates the discourse of the Tahitian chiefess under the pen of the American dynast.
Carole Atem is a lecturer in French language and literature at the University of
French Polynesia, a doctor from the University of Sorbonne Nouvelle Paris 3, in French
literature of the classical age, and a holder of the agrégation of modern literature. Specialized in the fictitious memoirs of the Seventeenth and Eighteenth centuries, she is the
author of several books and research works devoted to French literature and Polynesian
cultural issues. Her current research focuses on contemporary Pacific Island literatures.
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CHANTS ET LÉGENDES DANS LES MÉMOIRES
D’ARII TAIMAI DE HENRY ADAMS (ÉD. 1964) :
DES FRAGMENTS D’HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
POLYNÉSIENNE DES TEVA DE TAHITI
POUR SERVIR DE BASE DE RÉFÉRENCE À L’HISTOIRE
DU TAHITI ANCIEN
Vāhi Sylvia Tuheiava-Richaud
Université de la Polynésie française / Maître de conférences honoraire
Rares sont les sources premières du passé tahitien ancien, d’origine polynésienne
et en langue tahitienne. Aussi, les chants et légendes présents dans les Mémoires d’Arii Taimai de Henry Adams (édition 1964), représentant au total 10 fragments écrits de « tradition orale », font exception et méritent une attention particulière. Présentés de manière
composite, sans ordre chronologique et de longueur inégale, ils sont issus d’une source
unique, de Ari’ioehau (née en 1821, décédée en 1897), fille du fils aîné Tapu-a-Ta’aroa du
grand Taura’atua i Patea, plus connu sous le nom de Tati-i-te-ra’i-maru (chef souverain de
tous les Teva pendant la première moitié du XIXe siècle) et de Ari’imanihinihi a Marama,
seule descendante de la famille de Marama, un des grands chefs de Mo’orea. Cette ari’i
vahine « cheffesse » de Papara, de haute lignée, issue du clan des Teva qui était implanté
sur la côte sud et toute la presqu’île de Tai’arapu à Tahiti, s’est fait appeler Arii-tai-mai
(Ari’i-tai-mai : ari’i venu par la mer) – un nom titre, dès son mariage célébré en janvier
1842 dans le temple protestant de Pā’ofa’i avec le négociant juif anglais Alexander Salmon.
Ce nom de Ari’itaimai est donc celui que la reine Pomare IV lui a attribué, à son époux et
au nouveau couple, et qu’elle a fait sien. Petite-fille favorite de son grand-père paternel
Tati, Ari’itaimai a appris de lui les chants, les légendes et les traditions du clan des Teva.
La transmission jusqu’aux générations actuelles de cette précieuse littérature
orale traditionnelle et ancienne en langue tahitienne de l’époque, dont la traduction en
français a été assurée par Aurora Natua, n’aurait pas pu laisser de traces écrites si Henry Adams, Américain érudit versé dans l’histoire et dans l’écriture, n’avait pas rencontré
Ari’itaimai alors âgée de 67 ans en 1891 et si Marau Taaroa, l’une des filles de Ari’itaimai
181
et de Salmon (qui devint reine de Tahiti en 1875 par son mariage avec Pomare V, fils de la
reine Pomare IV), et son frère Tati, ne lui avaient pas fourni des éléments complémentaires utiles pour finir les Mémoires de leur mère, disparue en 1897.
Marau Taaroa qui s’intéressait beaucoup au passé tahitien, à ses légendes et ses
traditions, tout comme sa mère, a laissé par écrit ses « Mémoires » écrits en anglais à sa
fille Takau Pomare qui a pris soin de les traduire en français, sous le titre de Mémoires de
Marau Taaroa, dernière reine de Tahiti, publiés par la Société des Océanistes en 1971. Beaucoup des chants que Ari’itaimai a transmis à Henry Adams et que nous allons passer en
revue sont étoffés et développés par Marau Taaroa dans ses Mémoires.
Chant 1 : chapitre I, p. 8153
Il s’agit ici d’un cri de ralliement ou signal d’appel commun aux Teva (Teva i tai et
Teva i uta) de Tahiti, qui fait partie des traditions historiques et politiques du clan des Teva,
selon Geneviève Mai-Arii Cadousteau (Généalogies commentées des Arii des îles de la Société, Société des Études océaniennes, 2021).
Teva te ua, Teva te matai [mata’i], Teva te Teva la pluie, Teva le vent, Teva les œufs
mamari [māmari]
de poisson
E mamari [māmari] iti au na [nā] Ahurei Les œufs de poisson chers au vent Ahurei
/ Ahurai
/ Ahura’i
Selon Marau Taaroa (BSEO n° 15), le nom de Teva a été donné à l’enfant que portait
la belle Hotutu, princesse régnante de Papeari, suite à une histoire d’amour entre elle et
le ari’i de Havai’i, Vari-matau-hoe ou Ari’imatauhoe du marae ari’i de Vaeara’i, pendant
l’absence de son mari Temanu-tu-nu’u de Puna’auia (avec lequel elle avait eu un premier
enfant du nom de Terii-i-te-moana-rau i Puna’auia) parti avec ses guerriers chercher des
plumes rouges à Fa’a-au (Nīau). À l’annonce du retour de ce dernier, Vari-matau-hoe ou
Ari’imatauhoe respectueux des lois ancestrales, laisse Hotutu sa bien-aimée, en lui prédisant des signes surnaturels accompagnant la naissance de leur enfant (illumination
du ciel, coups de tonnerre, arc-en-ciel et pluie) et en lui demandant de donner à l’enfant
qu’elle porte en son sein le nom de Teva de Ahurei, de lui construire un marae qui sera appelé Mata’oa i Tahiti. Ari’imatauhoe se jeta ensuite à la mer et Hotutu qui le regardait partir, tout en pleurs, l’aurait vu disparaître avec une queue de poisson au lieu de ses pieds,
d’où la légende que Ari’imatauhoe était un dieu poisson, un dieu requin.
La pluie et le vent qui accompagnèrent le premier Teva à sa naissance sont les
signes annonciateurs de la venue des Teva qui voyagent rarement sans pluie et sans
vent, si bien que le terme Teva rarirari (Teva mouillé) est employé pour les nommer. Les
153
Toutes les références des chants passés en revue renvoient aux Mémoires d’Arii Taimai, éd. 1964.
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hommes du clan forment un seul groupe, en grand nombre, à l’image du māmari (les œufs
de poisson contenus dans la laitance), mais cette dernière est aussi une allusion à la puissance guerrière des Teva et à l’origine des guerriers.
-Ahurai, Ahurei est le nom du vent du sud-est qui souffle de Tai’arapu. C’est le vent
des Teva qui est dévastateur lorsqu’il souffle.
-Ahurei est aussi une autre appellation de la déesse du vent du sud-est des Teva
(Geneviève Mai-Arii Cadousteau, Généalogies commentées des Arii des îles de la Société,
p. 35 – Mémoires de Marau Taaroa, p. 169).
Dans la version française de l’ouvrage de Teuira Henry, Tahiti aux temps anciens,
un extrait d’un chant de Papara, où l’on retrouve aussi Oropa’a, indique les vers suivants
proches de la version de Ari’itaimai :
O Papara nui ia ’Oro hua re’a
’Oe te vai i Tai-au
Ta’ai na i te horo i pa’epa’e ’iri’iri
E manu vau nei e Teva
E Teva i te ua,
E Teva i te māmari
Māmari iti no ’Oro hua re’a
Teva, consacré plus tard prince régnant de Papara sur le marae Mata-o’a eut dix
enfants de ses deux épouses qu’il fit régner, grâce à l’appui de sa mère la reine Hotutu de
Vai’ari, sur différentes subdivisions territoriales de Tahiti. Craignant que des conflits ne
surgissent entre ses dix enfants, il les réunit tous à Papara dans une grande assemblée
que l’on peut qualifier d’historique, à l’issue de laquelle le principe d’une fédération incluant les subdivisions territoriales majeures est acceptée par tous d’un commun accord,
ainsi qu’une alliance défensive avec à sa tête Teva.
La fédération regroupant Papara (le centre), Vai’ari, Mataiea, ’Ātimaono (Vai’ari iti
et Vai’ari nui) formait les Teva i uta, Teva de l’intérieur ; et ’Āfa’ahiti, Vaira’ō, Hui (Tautira)
et Tai’arapu formant les Teva i tai, les Teva de l’extérieur. D’où l’allusion à Nā Teva e va’u,
les huit Teva, magnifiés dans les chants : une fédération une et indivisible, une force militaire et politique indestructible et qui tiendrait de génération en génération tant que ses
membres seraient unis.
Chant 2 : chapitre IX, p. 71
Il s’agit ici d’un paripari fenua, chant de louange à la terre, des chefs de Ra’iātea.
183
E moua [mou’a] i nia [ni’a] o Teaetapu Tea’etapu est la montagne qui domine
[Tea’etapu]
E tahua o Hauiri [Hauviri]
Hauviri le lieu de rassemblement
E outu [’outu] o Matahiraiterai [Mata- Matahiraiterai la pointe
hira-i-te-ra’i]
E marae o Taputapuatea [Taputapuātea]
Taputapuatea le marae
Pourquoi ce paripari fenua des ari’i de Rai’ātea ? Cela s’explique par le lien de Ari’itaimai avec Tetupaia i Hauviri qui a épousé Teu, appelé aussi Tu-nui-e-’a’a-i-te-atua de Pare
(’Ārue). Teu était le fils de Ta’aroa-manahune et de Tetua-ehuri v., cette dernière était la
fille d’un Vehiatua, grand chef de Te-ahu-upo’o et ari’i nui des Teva i tai de Tai’arapu. Dans
la hiérarchie de la société tahitienne, Tetupaia permettait à ses descendants le port du
maro ’ura à Ra’iātea, privilège exclusivement réservé aux grands ari’i.
Chaque ari’i, petit ou grand, jouissait de quatre prérogatives. Tous, ils possédaient
un mou’a, un ’outu, un tahua et un marae. Pour qu’un ari’i soit reconnu, il lui fallait justifier
de sa lignée et de ses titres, de sa victoire mais également de ces quatre éléments importants :
— un mou’a, une montagne, la plus haute et la plus loin possible à l’intérieur des
terres, Tea’etapu, c’est le symbole de la royauté.
— un marae qui soit marae ari’i, qui donne au ari’i son titre pour régner sur son
mata’eina’a : Taputapuātea.
— une pointe qui permet aux grandes pirogues d’accoster et sur laquelle est érigé
le marae ari’i : Matahiraitera’i.
— un terrain de réunion et de rassemblement Hauviri (qui est un marae).
Chant 3 : chapitre III, p. 21
Teuraitera’i et Ta’urua.
E ore [’ore] e pai a u [pā ia ’u], no [nō] fea e pa Je ne m’en séparerai pas. Comment
séparer de moi,
ia u [pā ia ’u],
Teuraiterai ono rai [ra’i] ono, e ura [’ura] piria Te’uraitera’i des six cieux, le ’ura
attaché à la prunelle de mes yeux ?
mai tau orio [ta’u ’ōri’o],
E ura [’ura] ahuahu mai Rarotoa [Raroto’a] ’Ura resplendissant venu de Raroto’a,
ô ma bien-aimée
mai e te ipo iti e,
E tahi arii [ari’i] haamoe [ha’amoe] i te ura Un seul ari’i peut bercer le ’ura chéri
[’ura] here
Mai piti e mau faau[fa’aau]. Tau mate ono ia Tous deux unis. Je l’aime à en mourir.
ia.
184
Unis par les cieux
Unis par les nuages des cieux, les
nuages fleuris, les nuages du ciel
La sécheresse a déchiré le filet,
Mahiti te upea [’ūpe’a] ma te paora
Paora te pa [pā] tuatini, tuatini te pito i haafifi Saccagé l’enceinte où des milliers de
liens
[ha’afifi].
Nous tenaient solidement unis.
Upea [’ūpe’a], upea ia mau maitai [maita’i].
Ruruu [ruru’au] te rai [ra’i] ma fau hia,
Fau hia te rai mai ata, e ata pua, e ata rai,
Nous avons ici un magnifique spécimen d’un morceau unique d’histoire et de littérature des Teva qui a marqué leur patrimoine culturel et littéraire.
Ce chant, que les Teva ont gardé en mémoire, exprime avec une grande force le
sentiment d’amour éprouvé par le ari’i de Papara, Teuraitera’i ou Tuitera’i Arorua pour la
femme d’un autre ari’i, Tavi, puissant ari’i de Tautira, à qui il a fait la demande de la lui
céder pendant sept jours, avec la promesse formelle de la lui rendre, passé ce délai. La
femme, objet de don contre don, est Ta’urua de Hitia’a, réputée pour sa grande beauté, et
mère de Tavi-hauroa (fils de Tavi). C’est en réponse au ari’i Tavi de Tautira, venu réclamer
sa femme que ce chant a été composé.
Il se décline en deux parties, la 1ère est le refus de Tu-i-te-rai de rendre Ta’urua à son
mari et la 2ème est le motif de ce refus.
Cette histoire se serait passée dans les années 1650154, soit un siècle avant la venue à Tai’arapu des Anglais sous le commandement de Cook en 1769. La coutume polynésienne ne permettait pas le refus de ce genre de demande entre chefs de haut rang,
sans risque de mécontentement et de dispute susceptibles de provoquer à court ou à long
terme des relations conflictuelles.
Un détail soulève des interrogations : la mention de l’île de Raroto’a associée au ’ura
ou encore ura (plume rouge très importante dans la confection des insignes du pouvoir
– le maro ’ura était l’emblème suprême des ari’i nui liés au marae Taputapuātea à Opoa).
Raroto’a a été une dépendance de Ra’iātea, mais de la partie tea (Te-ao-tea) de l’île, c’est-àdire Tevaito’a-Fetuna, Taha’a inclus. Le ’ura, perroquet rouge des montagnes, était l’émanation de la divinité Tāne (le ’ārevareva étant l’émanation du dieu Ta’aroa). Cela dit, les Teva
disent être alliés avec Raroto’a, et même, pour certains, originaires de ce groupe d’îles155.
154 Mémoires d’Ariitaimai (suite), BSEO n° 7, avril 1923, p. 45.
155 Takau Pomare, Mémoires de Marau Taaroa dernière reine de Tahiti, Paris, Publications de la Société des Océanistes, n° 27, 1971, pp. 181-182.
185
Chant 4 : chapitre III, p. 23
Tavi et Teuraitera’i.
A mau ra i te vahine ia Taurua [Ta’urua],
Tau [Ta’u] hoa iti e ! E matatarai [mātatara
ai] maua [māua] e,
Taurua horo poipoi [po’ipo’i] oe [’oe] ia u
[’u] nei.
Prends ma femme Ta’urua,
Ma chère amie, nous voici séparés
elle et moi
Tu étais mon étoile du matin.
To aiai [a’ia’i] ua pohe mai nei au i te ono.
Nau hoi oe [Nā ’u ho’i ’oe] i teie nei ra.
A mau ra ia Taurua, tou [to’u] hoa iti e !
Matatarai [Mātatara ai] mau ai maua
[māua] e !
Ta beauté a été la cause de mon malheur.
Tu étais mienne, mais maintenant
Prends donc Ta’urua, ma chère amie.
Nous voici séparés elle et moi.
Le refus de Tuitera’i de rendre son dû à Tavi de Tautira fut connu de tous, et pour
répondre à cet affront, une guerre s’ensuivit d’où Tavi de Tautira sortit vainqueur. Par la
suite, agissant en grand ari’i, Tavihauroa relâcha le prisonnier et lui céda sa femme.
De l’union de Tuitera’i et de Ta’urua naquit un fils nommé Teri’itahi i Marama. Celui-ci épousa Tetuaaumeretini i Vaira’ō dont il eut 4 enfants. Cette union est l’une des plus
anciennes unions connues entre Teva i uta et Teva i tai156.
Chant 5 : chapitre 4, pp. 28-29
Complainte d’Aromaitera’i, ari’i de Papara exilé à Mata’oa’e.
Ei Mataoae au hio [hi’o] atu ai i tau [ta’u]
fenua i Te tianina (nom de la terre natale
d’Aromaitera’i)
i te moua [mou’a] ra o Tearatapu (sa
montagne), te peho i Te maite, (ou Temarua)
- versant de la montagne Tearatapu
tiaa puaa [Tiaapua’a]- i te moua rahi.
De Mata’oa’e je regarde là-bas vers ma
terre Ti’anina
vers la montagne Tearatapu (la route
sacrée), vers la vallée Maite
Vers mes troupeaux de porcs (il y a
une ligne d’arbres épars qu’on appelle
le troupeau de porcs) sur la grande
montagne
La brume recouvre la montagne
Ua tahe te hupe i te moua.
Mon vêtement est étendu
Ua hora hia tau ahu [ta’u ’ahu].
Tera ra ua e, e ore oe [’ore ’oe] e iriti ae [’iriti La pluie qui tombe, tu ne te dissipes
pas
a’e]
Afin que je puisse voir la grande
ia hio [hi’o] atu au i te moua rahi ra.
montagne.
Mes pensées vont vers le mur de
Aue te pare i Mapuhi, e tau fenua iti e.
Mapuhi, ô ma terre bien-aimée.
156
Mémoires d’Ariitaimai (suite), BSEO n° 7, op. cit., p. 48.
186
Te pahu taimai [ta’i mai] o nia [ni’a] o Fareura
[Fare’ura]
e iriti [’iriti] hia mai te matai [mata’i] o te toa
[to’a]
ei tahirihiri [tāhirihiri] no te arii no
Aromaiterai.
I te huru o tau [ta’u] aia [’āi’a].
Les tambours qui résonnent audessus de Fare’ura
Chassent vers moi les vents du sud
En guise d’éventail pour éventer le
chef Aromaitera’i
Telle est ma terre natale.
C’est un autre fragment d’histoire (Mémoires de Marau Taaroa).
Aroma-i-te-ra’i et Tu-i-te-ra’i sont les 2 fils de Teriitahi i Marama, le ari’i de Papara
(fils de Ta’urua i Hitia’a et de Tuitera’i Arorua de Papara), nés vers 1690 ou 1700, leur sœur
aînée étant mariée et partie vivre à Ra’iātea. Aromaitera’i était l’aîné des deux, et à la mort
de son père, il revendiqua la position de ari’i nui de son père en se déclarant grand chef,
selon la tradition tahitienne. Tuitera’i contesta cette prétention de son frère à être ari’i
nui, avec comme argument que tous les enfants cadets pouvaient avec justice prétendre
au titre. Les hiva, chefs secondaires qui devaient juger ce conflit, décidèrent de renvoyer
Aromaitera’i – de le bannir. Il fut chassé de son district et exilé à Mata’oa’e (un district qui
a aujourd’hui disparu et qui est à mettre en relation avec celui de To’ahotu). Il se trouvait
entre To’ahotu et Te-ahu-upo’o, vers Tai’arapu, ayant reçu l’ordre de ne pas dire aux gens
de Mata’oa’e qui il était.
De Mata’oa’e, Aromaitera’i pouvait voir, par temps clair, les montagnes de Papara,
là où se situait son propre marae Mata’oa – le marae tupuna des Teva qui se trouve à Afaina. En fait, c’est dans ce district de Afaina sur le marae Mata’oa que la décision de faire la
guerre devait être prise, décision qui devait être ratifiée sur le marae Fare-pu’a de Vai-’ari
lorsque tous les Teva étaient convoqués pour prendre une décision commune de faire la
guerre.
Chant 6 : chapitre IV, p. 30
Cette complainte est un chant d’amour de Taura’atua i Amo à Papara, obligé de
rompre avec sa belle de rang inférieur.
Tauraatua te noho mai ra i tona paepae, i Taura’atua demeure sur le paepae de
Paepaeroa,
te paepae roa.
Je suis le petit ’ūriri qui s’envole vers
E uriri [’ūriri] iti au e rere i te Ruaroa.
Ruaroa (ancien nom de Papara)
Reviens à Papara au ciel nébuleux
E fenua Papara i te rai [ra’i] rumaruma,
e haere a i Teva, tena te aia [’āi’a] tei Reviens chez les Teva, ta terre natale à
Papara, ta terre ceinte de rouge sacré
Papara, to fenua ura [’ura] e,
187
Moua [mou’a] tei nia, moua Tamaiti,
e outu [’outu] tei tai, outu Manomano, te
faariiraa [fa’ari’ira’a] ia Teriirere i outu
rau ma To’o’ara’i.
E tii [ti’i] na vau e turai [tūra’i] atu i te
niau [nī’au] para o te Ruaroa e,
Ia vai noa mai nau i puu [pu’u] rii o
Maraeura tei tai e !
La montagne qui domine est Mou’a
Tamaiti
Le promontoire qui surplombe la mer est
Manomano
Le lieu d’investiture de Teri’irere à
Outurau ma To’o’ara’i
Je viens écarter les feuilles de cocotier
dorées de Ruaroa
Afin que je puisse encore admirer
Marae’ura se laisser porter par les vagues
Le jeune chef Taura’atua est amoureux d’une jeune fille de rang inférieur – Maraeura – qui habitait Ruaroa, groupe de maisons près de la plage, près du marae de Mata’oa, vers l’extrémité ouest de Papara. Il n’était pas question pour le couple de se marier,
la fille étant de condition inférieure. Leur liaison a continué si bien que Taura’atua vint
s’établir à Ruaroa, et vécut avec sa bien-aimée.
Un jour lui vint l’ordre des Hiva de revenir à sa place.
Dans ce chant, le messager est un petit oiseau, ’Ūriri, porteur de mauvaises nouvelles. Il était venu à Ruaroa où Taura’atua vivait avec sa maîtresse, pour lui intimer l’ordre
de retourner à Papara.
Tuitera’i a probablement chassé Aromaitera’i vers 1730. À l’arrivée de Wallis en 1767,
Amo ou Tevahitua i Patea i To’o’ara’i (le fils de Tuitera’i), a autorité sur l’île tout entière, mis
à part quelques districts.
Aromaitera’i avait épousé Teraha et a eu 2 enfants : une fille, Tetuanui, et un fils,
Aromaitera’i, qui épousa sa cousine germaine, la sœur de Amo.
Ari’itaimai est Aromaitera’i et Tuitera’i à la fois.
Chant 7 : chapitre VII, p. 49
C’est l’histoire du ahura’a reva (lever de l’étendard) désacralisé.
On est en 1767, avec l’arrivée et le départ de Wallis (1768 pour Bougainville).
Amo (de son nom Te-vahi-tua i Patea) et Purea (de son nom Te-vahine-’ai-roroatua i Ahura’i) à Papara préparent la grande fête au cours de laquelle leur fils Teri’irere i
To’o’ara’i devait porter le maro sur le grand marae neuf, de Maha’iatea ; des troubles éclatèrent qui interrompirent le ahuraa reva – la prise du maro ’ura, équivalant du couronnement. Le maro ’ura ou ceinture rouge que devait revêtir Teri’irere pour cette cérémonie
188
est une ceinture rouge, faite avec une flamme ou étendard que lui avait donné Wallis en
1767. Il se trouve qu’un fragment de ce maro historique est actuellement exposé au Te Fare
- Iamanaha – Musée de Tahiti et des Îles à Puna’auia.
Cette cérémonie spéciale instituée par Purea pour son fils Teri’irere n’eut pas
lieu. Purea, Amo et Teri’irere réussirent à s’enfuir par les montagnes jusqu’à Ha’apape. À
Ha’apape, aujourd’hui Mahina, le marae de Farero’i, situé sur la pointe Tefauroa, était le
marae de Teri’irere i ’Outu rau ma To’o’ara’i par sa grand-mère paternelle, fille du ari’i du
lieu. Aussi Tevahitua i Patea, Amo, et son fils Teri’irere avaient un siège sur le marae Farero’i dont le chef régnant était le cousin ou oncle de Amo, et aussi parent de Purea157.
Ahuraa reva
Ahu raa [ahura’a] reva i Tooarai
Patiri [pātiri] i te pae o te rai
Tuua te tapii i te avatea
Haati [hā’ati] i te reva a te arii
Te arii i te rai tuatini
Hapuni i te reva a te arii
Te arii i te rai tauamano
E faatia raa [fa’ati’ara’a] reva tei
Matahihae
I te aro o Vehiatua
Na taata [Nā ta’ata] i ofati [’ōfati] i te
reva a te arii
Le lever de l’étendard
Le lever de l’étendard eut lieu à To’o’ara’i
Les grondements de tonnerre dans le ciel
La splendeur de lumière du zénith
Entouraient l’étendard du ari’i
Le ari’i des cieux innombrables
Enveloppaient l’étendard du ari’i
Le ari’i des cieux infinis
Un lever de l’étendard a lieu à Matahihae
O Te’ie’ie raua o Tetumanua
Ahiri [’āhiri] te hara i hope i reira
I ati [’ati] te Oropaa
Ua hiafaifai [hi’afa’ifa’i] roa te pohe o te
fenua
Ua hara oe e te Pūrahi
I te reva ura a te arii
Tei fatihia e Taiarapu
A pohe ai tatou e
Te’ie’ie et Tetumanua
Si seulement l’offense s’était arrêtée là.
Mais le malheur s’est abattu sur Oropaa
Tout le pays fut en état d’accablement
157
En présence de Vehiatua
Se tenaient les deux hommes qui brisèrent
l’étendard du ari’i
Tu as commis une faute Pūrahi
Contre l’étendard rouge royal
Qui fut rompu par Taiarapu
Ce qui nous a amenés à notre perte.
Takau Pomare, Mémoires de Marau Taaroa, op. cit., p. 209.
189
E tatari [tātari] oe i te nuu [nu’u] nui i te
patu ofai [’ōfa’i]
I te marae i Mahaiatea
Pohuatea tei Punaauia
Tepauarii tei Ahurai
Teriimaroura tei Tarahoi
Te fenua i hara atu ai te maau [ma’au] e
Eimeo i te rara varu
Te fenua i tai hia e Mahine
Ua oti te pure, tootoo ia ite iho na
O Puni i Farerua, o Raa i Tupai
E tahua i Teae a fano i Tahiti
E oroa [’ōro’a] tei Tahiti
Ahuraa reva na Teriirere i Tooarai
Tatou e noho ai e
Ua hara oe e te Pūrahi
I te reva ura a te arii
Tei fati e Taiarapu
A pohe ai tatou e.
Tu as réuni la grande assemblée dans
l’enceinte de pierres
Du marae de Mahaiatea
Pohuatea de Punaauia,
Tepauarii de Ahurai
Teriimaroura de Tarahoi
La terre où l’insensé commit une offense,
Eimeo aux huit branches
La terre bien-aimée de Mahine
Les prières sont faites, lancez l’appel
Vers Puni du marae Farerua, vers Raa de
Tupai
Le grand-prêtre Teae158 est parti pour Tahiti
où a lieu la grande cérémonie
Le lever de l’étendard pour Teriirere de
Tooarai
Là où nous résidons tous.
Tu as commis une faute Pūrahi
Contre l’étendard rouge sacré du ari’i
Qui fut brisé par Taiarapu
Qui nous a amenés à notre perte.
Les éclaireurs en front de bataille à Pafaarava
sont en éveil
La guerre est déclarée
Quatre de l’intérieur, quatre de l’extérieur
Si l’avis de Amo avait été suivi
Par vous Oropaa
Pour nous guider directement
Au combat naval à bord des pirogues
Par l’intérieur des terres pour subir des
dommages
Devant Matataupe
Tei mua i te Matataupe
E aau paapaa [a’au pa’apa’a] tei Vaitoata Le récif est à sec à Vaitoata.
Nous aurions été battus à l’image de la
A aau paapaa tei Vaitoata
défaite de Pairituaipo
E pau tatou i te pau o Pairituaipo
Au champ de bataille de Temahuru
I te rahi tahua Tamahuru ma nei
Et de Pahupua
Pahupua ma nei
Papara est tombé
Hia [hi’a] orero tina Papara
Le mont (le ari’i) s’est effondré
Ua hia te moua
À cause de la grande armée de Hui et de
I te vaa nui o Hui ma Taiarapu
Taiarapu
Hoe [hō’ē] noa tia [ti’a] ei te pae tahatai Un seul est resté debout sur le rivage
Faaara [fa’aara] viriaro [viri’aro] tei
Pafaarava
E rima tahivai e rima tahivai
E ha [hā] ei roto e ha ei rapae [rāpae]
Ahiri i te tao a Amo e
E te Oropaa e
E hopoipoi tia tatou
I te aro na tai o te vaa
Na uta tatou hoe ana a ino
158
Teao, grand-prêtre de Tahiti.
190
Tau mate o no iaia e
Ua hara oe e te Pūrahi
I te reva ura a te arii
Tei fatihia e Taiarapu
A pohe ai tatou e.
La cause de notre défaite
Tu as commis une faute Pūrahi
Contre l’étendard rouge sacré du ari’i
Qui fut rompu par Taiarapu
Ce qui nous a amenés à notre perte.
To’o’ara’i est un marae qui se trouve à Papara, sur la pointe Manomano, pratiquement dans la même enceinte où sera construit le marae Maha’i-atea, que Purea voulait
ériger pour son fils Teriirere.
Matahihae est un marae du district de Mata’oa’e, district aujourd’hui disparu, compris entre Vaira’ō et Teahupo’o, intégré probablement dans le district de Vaira’ō.
Teae est une variante probable de Teao, grand-prêtre.
Vehiatua est le grand ari’i nui de Tautira.
Te’ie’ie et Tetumanua étaient connus pour être de grands guerriers de Tai’arapu, appelés les Ohiteitei (les grandes pousses). En 1768, les armées de Tai’arapu sous la
conduite de Te’ie’ie et de Tetumanu’a s’associèrent avec les armées de Pare et de Oropa’a
(Manu-Rua (Pā’ea) et Mano-Tahi (Puna’auia) pour écraser Papara. Les Teva i tai remportèrent la victoire sur les Teva i uta, sur Teri’irere, ari’i de Papara, d’où ce chant du ahura’a
reva.
Te’ie’ie, fils de Tetuanuihaamarura’i, ari’i de Tautira, était le cousin du ari’i Vehiatua.
Amo, grand ari’i de Papara, dont le nom est Tevahitua i Patea, était descendant de
Tetuaumeretini i Vaira’ō qui était sa grand-mère159.
Oropa’a comprenait deux divisions : Mano-Tahi, appelé aussi Mano-’ura (Puna’auia
de nos jours) et Mano-Rua (Pā’ea actuellement).
Pūrahi était une Aroma-i-te-ra’i (branche aînée)160 par son père et son grand-père.
Elle portait aussi le nom de Te-vahine-moe-atua. Elle était cousine au 1er degré du jeune
Teri’irere (né en 1762) qui était un Tuitera’i de la branche cadette.
159 Josiane Di Giorgio Teamotuaitau, Fa’ati’a mai ia Tai’arapu ! Grandeur et déclin des Teva i tai, Papeete, Parau,
2020, p. 89.
160 Takau Pomare, Mémoires de Marau Taaroa, op. cit., p. 209.
191
Chant 8 : chapitre VII, p. 51
C’est un chant de remontrance du ari’i Vehiatua au grand guerrier Te’ie’ie, accompagné de la réponse de ce dernier161.
Vehiatua était avide de pouvoir et envieux de la position de Tavi hauroa. Après la
défaite de Papara, Tavi était devenu l’un des ari’i les plus puissants de Tahiti.
Tirimiro, Manuataha et une autre part non mentionnée dans ce chant, Teraehiti,
sont les terres le long de la côte que Vehiatua offre à Te’ie’ie pour lui avoir sauvé la vie162.
Vehiatua à Te’ie’ie.
Teieie, eiaha e faainoino [fa’a’ino’ino] i te Teieie, ne trouble pas le gouvernement !
hau !
Tena ta oe [tā ’oe] i te ra [rā] e hiti ra
Tu as le lever du soleil
I Tirimiro, i Manuataha,
À Tirimiro, à Manuataha
Manuataha ou Manuatere : Teahupo’o
Te’ie’ie à Vehiatua.
Te mata toa [toa] na, te mata toa nei, Le regard du guerrier tu as, le regard du
guerrier je l’ai aussi
Tu es guerrier, guerrier je le suis aussi
Te huru toa na, te huru toa nei
Haapiti te matai [mata’i] na uta mai i
Tahuareva
I te rua o matai taua Fatutira i te tai
paaina [ta’i pa’a’ina]
O Mirihau anae ra o tau e tai
Le vent Haapiti souffle de l’intérieur de
Tahuareva.
De la source des vents de guerre de
Fatutira aux cris assourdissants
Mirihau est tout ce que je demande et
implore
Le vent Ha’apiti souffle du nord-est.
Tahuareva est la montagne de Tautira, de 1306 m, située entre Teahupo’o et Tautira.
Fatutira, ou Tautira est une division très étendue et très montagneuse, avec la rivière Vai-ta-piha.
161
162
Ibid., p. 187.
Ibid., p. 192.
192
Chant 9 : chapitre IX, p. 69
Il s’agit ici d’un chant d’orgueil ou de vantardise de Niuhi, ari’i de Pare, également
mentionné dans les Mémoires de Marau Taaroa, p. 218.
Je suis le maître de mon fief
Taveroitera’i,
I te tatua [tātua] o Manavataia, te tootoo Par la ceinture Manavataia, le bâton
Ninihotetoa,
[to’oto’o] o Ninihotetoa,
Te taamu [tā’amu] o Tiaperetii, te tahiri L’attache de Tiaperetii, l’éventail
Nuna’aehau
[tāhiri] o Nunaaehau.
E fatu vau i tau [ta’u] hau o Taveroiterai
E too [to’o] vau i tau nuu [ta’u nu’u] Pare Arue Je suis le meneur de mes armées de
Pare, Arue, Mahina
Mahina
Teharuru, Eue, Temehiti, Ahuara,
Teharuru Eue Temehiti Ahuara Tetaero
Tetaero
Toina [to’īna] te horo i paepae iriiri e maau Demandez à la cascade de Paepaeiriiri
si je suis l’idiot / le bouffon des Teva.
vau nei na Teva.
Niuhi ou Niufi était un ari’i sous les ordres de Tetohu, chef ari’i de Pare qu’il représentait. Pendant l’absence de son ari’i Tetohu allé vivre avec sa femme à Fa’a’a pour
attendre la naissance de leur premier enfant, Niuhi conspira contre lui et prit possession
de Pare.
Un tel acte d’usurpation est grave et appelle la vengeance.
Voyant son pouvoir lui échapper avec l’arrivée des fils de Tetohu, venus reprendre
la chefferie qui leur revenait de droit, Niuhi les tua lâchement sur le marae Ra’ianaunau et
prit la fuite dans les montagnes. Tetohu fut rétabli sur Pare, et par vengeance, fit appel aux
ari’i Teri’itua de Hitia’a, Teriimanaite ra’i de ’Eimeo qui acceptèrent de réparer l’offense
faite au ari’i Tetohu. Avant qu’il soit exécuté, Niuhi invoqua un droit de naissance du côté
maternel sur le marae Hauviri à Ra’iātea.
Chant 10 : chapitre XIII, p. 96
Un chant de l’union du chef Ari’ifaataia de Papara et de la cheffesse Maheanu’u de
Vai’ari.
Ari’ifaataia et Maheanu’u.
193
Orie [Ōrie] e pati [patī] i te pae tahatai
Petit surmulet qui nage en surface près
du rivage
Fait surgir l’oiseau aa-ura (aux plumes
rouges) à Taravao
Pour servir d’échange avec Terehemanu
(oiseau)
E mahuta mai te aaura i Taravao
Ei tapihoo i tei Terehemanu
Ia vai noa mai te moua iti ra Tearatauru
Afin que la petite montagne Tearatauru
reste telle qu’elle est
E Temarii e oto [’oto] oe [’oe] i te moua ra Temari’i, tu pleureras de chagrin pour la
montagne, Mou’a Tamaiti
moua Tamaiti.
Chant 11 : chapitre XVII, p. 134 (en langue française)
Chant du ari’i rahi Marama, de ’Eimeo.
Terii o Marama i te tau o te rai
Le chef Marama du haut du ciel
Eimeo et Nuurua s’inclinent devant toi
Tu surpasses Taaroa et Tane (les dieux importants)
Tu es le chef que l’arc-en-ciel ceint
Quand tu te tiens sur Punaauia
Tu es l’enfant de Ra’amaurire
Qui était chef et néanmoins un dieu
Tu portes la ceinture jaune du marae Tefano
Tes domaines allant croissant, tu grandissais comme ari’i d’Eimeo.
Nu’urua et Tefano sont les marae des Marama à Ha’apiti, sur l’île de Mo’orea.
En conclusion, ces fragments de traditions orales des Teva reposent pour la plupart
sur des faits historiques vérifiables par des recoupements de sources écrites par les Occidentaux présents à cette époque. Ils sont passés par le filtre de la mémoire d’une femme
de haute lignée, Ari’itaimai, attachée à son statut, à l’histoire de ses racines et à la préservation de la beauté de sa langue, la seule langue d’expression et de communication qu’elle
connaissait.
Leur passage en revue, sous la plume d’un passeur extérieur à la famille, nous
donne un aperçu concret d’une vision du monde et d’une approche de l’histoire tahitienne
vue de l’intérieur, sous la forme de fragments de littérature orale, celle des Teva de Tahiti,
laquelle, par leurs relations de famille et/ou de rivalité avec les autres chefferies de Tahiti,
forme la trame historique et politique du Tahiti ancien.
194
Empreints d’un langage poétique au souffle inspirant, au croisement de la littérature orale et des discours de locuteurs de haut rang, ces chants pleins d’allusions métaphoriques sont aujourd’hui incompréhensibles sans une maîtrise de la culture et surtout
de la langue tahitienne typique de cette époque – et sans une connaissance de l’histoire
du Tahiti ancien tout court. Ces véritables morceaux d’histoires doivent être « chantés »,
racontés et transmis à haute voix, et pas seulement lus, pour qu’en ressortent pleinement
toute la finesse, l’élégance et l’authenticité.
Ces fragments s’inscrivent néanmoins, non dans une histoire écrite plate, figée, inerte, accessible à peu, mais plutôt dans une histoire vivante à découvrir et à redécouvrir, qui prend vie chaque fois qu’elle est énoncée, prononcée, déclarée ; qu’on prend
le temps de les écouter, de les entendre, pour en apprécier la verve, l’éclat, la force verbale
et expressive ; qu’on s’attarde à ressentir la puissance et la beauté des images évoquées,
ainsi que les émotions dont sont porteuses leurs représentations.
Il va sans dire que ce mode d’énonciation et de communication est caractéristique
d’une culture de l’oralité dont les points de repère ne sont pas ceux d’une culture de l’écrit.
Éléments sensibles du patrimoine immatériel des Teva, uniques dans leur préservation en termes de recueil et de transmission dans la longue durée, ils ne divergent guère
du contenu de ceux que l’on peut lire dans les puta tupuna connus des Îles de la Société et
des Australes, à ceci près qu’ils ont été fort bien mis en valeur par le talent de l’historien et
écrivain Henry Adams, qui fut lui-même capté par la magie de la voix de Ari’itaimai, et par
un véritable amour des mots transmis de la bouche même de la cheffesse.
Par leur contenu historique, leur forme littéraire et langagière, ils représentent
plus qu’une base de référence à l’histoire familiale particulière des Teva et de leurs descendants. Ils sont et font l’histoire du Tahiti ancien, dans laquelle ils ont toute leur place,
d’où l’intérêt qu’ils représentent pour nous aujourd’hui.
195
Bibliographie sélective
Bulletins de la Société des Études océaniennes (BSEO), dans
l’ordre chronologique
Chadourne, Marc, Mémoires d’Ariitaimai, n° 6, 1922, pp. 33-48.
Mémoires d’Ariitaimai (suite) chap. III, n° 7, 1923, pp. 45-51.
Légendes des Teva (F. Hervé) – La légende de Teriitaumatatini […], n° 15, 1926, pp. 110125.
Vieux papiers de l’Amiral Bruat (Capitaine de Corvette Cottez), n° 71, 1944, pp. 415-430.
Les « Informations » du Messager de Tahiti de 1853/1855, Mort du Prince Ariiaue, n° 112,
1955, pp. 430-432.
Les « Informations » du Messager de Tahiti de 1857, Couronnement de Tamatoa, fils de la
reine Pomare IV, n° 115, 1956, pp. 533-537.
Lescure, Rey, La mort de Vehiatua, n° 115, 1956, pp. 538-542.
Les « Informations » du Messager de Tahiti en 1860 (J. Laguesse), Quelques réflexions sur
la situation à Tahiti en 1860 […] Fête du 29 Novembre 1860 offerte par S. M. la
Reine Pomare IV à l’Amiral Larrieu et à sa femme à l’occasion de leur départ de
Tahiti, Couronnement de la Reine de Borabora, n° 123, 1958, pp. 779-790.
O’Reilly, Patrick, The History of the Tahitian Mission 1799-1830 de John Davies,
n° 136/137, 1961, pp. 323-324.
Mai, T., Tati le grand 1772-1854, n° 172/173, 1970, pp. 393-396.
Les Mémoires de Marau Taaroa, Discours prononcés au Musée Gauguin, le 5 novembre
1972, par la Princesse Ariimanihinihi Takau Pomare et Dr. Bengt Danielsson,
n° 179, 1972, pp. 137-148.
Cadousteau, Geneviève Mai-Arii, Les Teva ancienne dynastie tahitienne, n° 212, 1980,
pp. 727-732.
Lagayette, Pierre, Les Teva et les Pomare, n° 229, 1984, pp. 1687-1694.
Kœnig, Robert et Baessler, Arthur, Deux chants de Papara – La nostalgie de Aromaiterai et Les lamentations de Tauraatua, n° 330, 2013, pp. 121-127.
Ouvrages spécifiques
Adams, Henry, Mémoires d’Arii Taimai, Paris, Société des Océanistes, n° 12, 1964, 167 p.
Adams, Henry, Lettres des mers du Sud. Hawaii, Samoa, Tahiti, Fidji 1890-1891, Paris,
Société des Océanistes, n° 34, 1974, 447 p.
Bodin, Vonnick, Tahiti, La langue et la société, Papeete, ’Ura Éditions, 2006, 393 p. + Index.
Cadousteau, Geneviève Mai-Arii, Généalogies commentées des Arii des îles de la Société, Papeete, Société des Études océaniennes, 2021.
Di Giorgio Teamotuaitau, Josiane, Fa’ati’a mai ia Tai’arapu ! Grandeur et déclin des
Teva i tai, Papeete, Parau, 2020, 367 p.
Pichevin, Bernard, Généalogie et histoire de Tahiti et des îles de la Société. De prestigieuses lignées d’arii, Papeete, Au vent des îles, 2013.
Pomare, Takau, Mémoires de Marau Taaroa, dernière reine de Tahiti, Paris, Société des
196
Océanistes, n° 27, 1971, 295 p.
Salmon, Ernest, Alexandre Salmon 1820-1866 et sa femme Ariitaimai 1821-1897. Deux
figures de Tahiti à l’époque du Protectorat, Papeete, Société des Études océaniennes, 2024, 296 p.
Saura, Bruno et Millaud, Hiriata, La lignée royale des Tama-toa de Ra’iātea, Cahiers
du Patrimoine, Puta ’ā’amu nō te ’ōpū hui ari’i Tama-toa nō Ra’iātea, Papeete,
Ministère de la Culture de Polynésie française, 2003, 230 p.
Teissier, Raoul, Chefs et notables au temps du Protectorat 1842-1880, Papeete, Société
des Études océaniennes, 2016, 136 p.
Résumé
La tradition orale d’un peuple sans écriture, racontée et transmise en langue, librement et directement d’une autorité respectée au collecteur de ces informations, est
précieuse, non seulement pour comprendre la réalité d’une époque révolue mais surtout
pour en saisir le contenu ; à leur tour, les éléments porteurs de sens sont à dévoiler et à lier
à d’autres, en contexte, pour éclairer les faits et gestes mentionnés. Partie intégrante de la
tradition orale, les chants légendaires présents dans les Mémoires d’Arii Taimai expriment,
racontent et fondent l’histoire, d’un point de vue polynésien, telle qu’elle a été ressentie
et vécue, conservée dans la mémoire collective, représentant en cela l’art du discours et
de la rhétorique polynésienne au service de la transmission intergénérationnelle de son
patrimoine immatériel.
Mme Vāhi Sylvia Tuheiava-Richaud, maître de conférences honoraire de l’Université de la Polynésie française, a axé ses recherches sur la langue tahitienne d’un point de vue
linguistique et anthropologique. Actuelle présidente de la Société des Études océaniennes
– Te Niu ’Ihi Mā’ohi (TNIM), qui publie depuis 1917 ses bulletins BSEO (www.seo.pf), rédactrice-traductrice dans l’association Parau, créée en 2015, elle a publié en tant qu’auteure,
co-auteure, traductrice et co-directrice :
Ua mana te ture – Les premières lois de Tahiti-Mo’orea […] 1819-1842, Volume I, Haere
Pō, 2013, réédition Parau, 2017 et 2020.
Ua mana te ture – Les premières lois de Tahiti-Mo’orea […] 1819-1842, Volume II, Rupture ou mutation, Parau, 2015.
Recueil général de documents juridiques intéressant l’histoire du royaume de Tahiti
et des Établissements français en Polynésie, Tome 2 – Les codes locaux et textes
assimilés (1819-1881), Presses universitaires d’Aix-Marseille, 2016.
Une histoire de Tahiti. Des origines à nos jours (dir. Éric Conte), Chapitre 5 : « Un nouvel
ordre religieux et politique », Au vent des îles, 2019.
Les us et coutumes mā’ohi en quelques mots, Parau, 2019.
197
Abstract
“The Songs and Legends in The Memoirs of Arii Taimai by Henry Adams: Fragments
of Oral Polynesian Literature of the Teva of Tahiti to Serve as a Reference Base for the History of Ancient Tahiti”
The oral tradition of a people devoid of any means of written transmission, told and
passed on in the indigenous idiom, freely and directly from a respected authority to the
collector of that information, is invaluable, not only in order to understand the realities of
a bygone era, but above all to grasp its content; in turn, the relevant elements are to be uncovered and connected to others, in context, to shed light on the events and deeds that are
mentioned. An integral part of oral tradition, the legendary songs found in the Memoirs of
Arii Taimai are the expression, the narration, and the foundation of history, seen from a
Polynesian perspective, as it was felt and experienced, preserved in the collective memory, thus illustrating how the art of Polynesian discourse and rhetoric serves the purpose of
securing the intergenerational transmission of its intangible heritage.
Mrs. Vāhi Sylvia Tuheiava-Richaud, Honorary Associate Professor at the University
of French Polynesia, has conducted research on the Tahitian language from a linguistic and
anthropological point of view. An editor and translator within the Parau association, created
in 2015, she is currently the president of the Society for Oceanic Studies – Te Niu ’Ihi Mā’ohi
(TNIM), which has been publishing its BSEO bulletins since 1917 (www.seo.pf). As a contributor, director, translator or main author, she has published:
Ua mana te ture – Les premières lois de Tahiti-Mo’orea […] 1819-1842, Volume I, Haere
Pō, 2013, réédition Parau, 2017 et 2020.
Ua mana te ture – Les premières lois de Tahiti-Mo’orea […] 1819-1842, Volume II, Rupture ou mutation, Parau, 2015.
Recueil général de documents juridiques intéressant l’histoire du royaume de Tahiti
et des Établissements français en Polynésie, Tome 2 – Les codes locaux et textes
assimilés (1819-1881), Presses universitaires d’Aix-Marseille, 2016.
Une histoire de Tahiti. Des origines à nos jours (dir. Éric Conte), Chapitre 5 : « Un nouvel
ordre religieux et politique », Au vent des îles, 2019.
Les us et coutumes mā’ohi en quelques mots, Parau, 2019.
198
PISTES D’EXPLOITATIONS PÉDAGOGIQUES DES
MÉMOIRES DE ARIITAIMAI EN CLASSE DE FRANÇAIS
AU COLLÈGE ET AU LYCÉE
Isabelle Proust
Université de la Polynésie française – INSPÉ / Professeure agrégée
Alors que s’amorce une insertion de textes littéraires polynésiens, contemporains
et postcoloniaux dans les corpus de textes proposés aux élèves scolarisés dans le secondaire en Polynésie française, quelle place accorder à un texte plus ancien, ne s’inscrivant
pas dans le cadre de la fiction, témoignant d’une époque pour laquelle les élèves ont peu
de points de repère ?
Les programmes de français actuellement en vigueur, même s’ils n’ont pas fait
l’objet d’une « adaptation » comme ceux d’histoire-géographie, ouvrent de nombreuses
possibilités d’étude des Mémoires de Ariitaimai au regard des questionnements de
« culture littéraire et artistique » du collège et des « objets d’étude » du lycée.
En cycle 4, au collège, les textes, littéraires ou non, peuvent être choisis par les enseignants pour les réponses qu’ils sont susceptibles d’apporter à des questionnements
fondamentaux sur les rapports que l’adolescent, l’individu en construction, entretient
avec lui-même, avec la société et avec l’environnement. Plusieurs passages des Mémoires
de Ariitaimai, et en particulier ceux rapportant des légendes, pourraient apporter une
contribution aux questionnements « Dire l’amour » et « Héros, héroïnes, héroïsme ». Henry Adams esquisse d’ailleurs des rapprochements entre les propos qu’il a recueillis et dont
il est le dépositaire, et les « classiques » de la littérature occidentale.
Cependant, les rôles politiques et sociaux de Ariitaimai elle-même et d’autres figures féminines de sa généalogie, pourraient surtout permettre une exploration des relations entre les individus et le pouvoir, en particulier dans le contexte de la promotion de
l’égalité filles-garçons et d’étude des stéréotypes de genre.
199
Enfin, le caractère composite de l’œuvre ne peut que contribuer à une réflexion sur
la variété des « écritures de soi », problématique abordée en troisième comme au lycée. La
polyphonie du texte, la juxtaposition des sources orales et écrites n’interrogent pas que
l’instance auctoriale et la nature du texte ; elles invitent également le lecteur à relire autrement les récits occidentaux sur le XIXe siècle polynésien.
I. État des lieux didactique
À défaut d’une adaptation des programmes, s’esquisse une contextualisation des
enseignements de français, dont les Mémoires sont quasiment absents.
1. Contextualisation et enseignements de français et de lettres en Polynésie française
En cette année universitaire 2022-2023, pas moins de deux manifestations de recherche au sein de l’INSPÉ de la Polynésie française ont permis des échanges internationaux sur la nécessité de prendre en compte le contexte dans lequel s’inscrivent les apprentissages :
-en octobre 2022, des ateliers sur le thème de la « Contextualisation de l’enseignement et de l’apprentissage des langues dans des environnements plurilingues et pluriculturels » (organisation Zehra Gabillon) ;
-en novembre 2022, les « Journées de la Recherche en Éducation-Recherches
Interdisciplinaires sur les Interactions entre Cultures, Langues et Apprentissages Scolaires » (organisation Rodica Ailincai).
Si les programmes de français en Polynésie française ne font pas l’objet d’une
adaptation au sens propre du terme, la contextualisation des apprentissages en français,
qui n’est pas propre à la collectivité d’outre-mer, s’inscrit sans doute davantage dans les
pratiques que dans les textes.
En Polynésie, plusieurs textes officiels ont souligné la nécessité d’ajuster au
contexte les programmes scolaires définis à l’échelle nationale. Il s’agit à la fois de garantir
la valeur nationale des diplômes et de lutter contre l’échec scolaire.
Depuis 1988, les conventions163 successives entre l’État et les autorités de la Polynésie française, sont inspirées par les orientations définies par une charte de l’éducation
renouvelée régulièrement.
163 Convention n° 88-003 du 31 mars 1988 sur l’éducation en Polynésie française. Parue au Journal officiel 1988
n° 16 du 21/04/1988 à la page 767.
http://lexpol.cloud.pf/LexpolAfficheTexte.php?texte=174534 (consulté le 2 janvier 2023).
200
« Art. 2. – Le territoire procède :
-aux aménagements de l’enseignement justifiés par le contexte géographique et
historique et par le développement de l’enseignement des langues et de la culture
polynésiennes ;
-à l’adaptation de l’organisation et du contenu des formations en fonction des données socio-économiques territoriales. »
Le préambule de la convention État/Pays du 22/10/2016, quant à lui, précise :
« […] la politique éducative de la Polynésie française s’attache à la réussite
de tous et s’engage à trouver les voies les plus adaptées aux particularités
de la Polynésie française pour lutter contre des iniquités à la fois sociales
et géographiques, et par voie de conséquence contre l’illettrisme et le décrochage scolaire. La politique éducative doit prendre en compte le fait que
les enfants grandissent en Polynésie française dans des environnements
familiaux et sociaux où ils entendent les langues polynésiennes, sans forcément toujours les parler eux-mêmes, et le français. La politique éducative
doit prendre appui sur ce plurilinguisme ambiant. [Ce plurilinguisme] représente un potentiel remarquable pour le développement affectif, cognitif et culturel des élèves. Réciproquement, il peut être source d’exclusion, si
certains enfants, citoyens de demain, ne sont pas en mesure d’accéder à ces
éléments fondamentaux de l’identité polynésienne. Il appartient à chacun
des acteurs du système éducatif de valoriser autant que faire se peut ces
pratiques langagières qui fondent les spécificités polynésiennes et enrichissent l’élève. »
Les derniers programmes édités, explicitement nommés « Programmes 2020 ajustés et adaptés à la Polynésie française (cycle 1, cycle 2 et cycle 3 de l’école primaire et du collège de Polynésie française) », ajoutent en particulier l’enseignement de « contenus dans
le domaine du “fait nucléaire” », lequel ne concerne pas que le programme d’histoire.
La ministre, en introduction, insiste sur les enjeux de ces programmes : « ouverts
sur le monde en intégrant la mémoire de notre Pays », « modernisés, contextualisés à la
Polynésie française, à son histoire et à sa géographie, ces programmes ajustés s’inscrivent
dans l’évolution du regard porté sur notre histoire et notre culture ».
Le contenu des programmes d’histoire de cycle 3 permet aux élèves une première
et unique initiation à l’histoire locale, en complément de l’étude des faits majeurs de l’histoire de France.
201
Programmes (adaptés) d’histoire (cycle 3)
CM1 :
Thème n° 1 - Et avant la Polynésie ?
Thème n° 3 - Des Européens dans le Pacifique
CM2 :
Thème n° 2 - En Polynésie, une présence européenne qui s’affirme
Thème n° 3 - La France et la Polynésie au XXe siècle
Sixième :
Thème n° 1 - La longue histoire de l’humanité et des migrations (dont le peuplement du Pacifique)
À l’école primaire, les élèves acquièrent ainsi quelques repères sur le royaume de
Tahiti, le Protectorat, l’Annexion, les ÉFO (Établissements français d’Océanie).
Si l’adaptation, avec la définition de contenus très spécifiques, est particulièrement
visible depuis plusieurs décennies dans les programmes d’histoire et de géographie, en
français, il y a peu d’indications en dehors de la prise en compte du plurilinguisme164.
Pour ce qui est du choix des supports d’enseignement (textes, œuvres artistiques,
audiovisuelles), et en l’absence de toute précision institutionnelle, la contextualisation relève dès lors de la liberté pédagogique des enseignants.
Dans le programme de cycle 3 de 2020, l’on retrouve à l’identique du programme
cycle 3 national : « En français, la fréquentation des œuvres littéraires, écoutées ou lues,
mais également celle des œuvres théâtrales et cinématographiques, construisent la
culture des élèves, contribuent à former leur jugement esthétique et enrichissent leur
rapport au monde. De premiers éléments de contextualisation sont donnés et les élèves
apprennent à interpréter. »
Ces « premiers éléments de contextualisation » à donner aux élèves relèvent de
« l’histoire littéraire » : il s’agit en effet de permettre aux élèves de découvrir le contexte
de création et de diffusion des textes (pour l’essentiel occidentaux), et non de prendre
en compte le contexte dans lequel le lecteur reçoit et interprète ces textes, dans lequel
l’enseignement scolaire prend place.
C’est du côté des ressources pédagogiques produites localement et diffusées par
le biais du site du ministère (local) de l’Éducation165 que l’on trouve un premier document
164 Un site proposé par l’inspection pédagogique de lettres, Mon français en archipels, propose des modules
relatifs aux erreurs fréquentes et aux effets du contact des langues : http://monfrancaisenarchipels.pf/ (consulté
le 2 janvier 2023).
165 https://www.education.pf/lenseignement-du-fait-nucleaire/ (consulté le 2 janvier 2023).
202
pédagogique en complément des programmes de 2020, en relation avec « l’enseignement
du fait nucléaire » : des pistes pour l’étude d’une œuvre littéraire polynésienne, L’Île des
rêves écrasés de Chantal Spitz.
Quant aux programmes de lycée, ce sont ceux définis en métropole qui s’appliquent directement en Polynésie, avec désormais une liste de douze ouvrages pour la
classe de première et donc les épreuves anticipées du baccalauréat. Si les enseignants
de lycée peuvent s’aventurer à incorporer des œuvres locales en classe de seconde, ils se
conforment généralement au corpus d’œuvres du programme national de première166,
largement constitué de « classiques » de la littérature française parmi lesquels ils doivent
obligatoirement choisir quatre œuvres, une par objet d’étude.
Ainsi, tout au long de la scolarité obligatoire d’un élève polynésien, seule la volonté des enseignants sera à l’origine de sa rencontre d’œuvres polynésiennes en cours de
français. De la volonté d’un enseignant ou d’un groupe d’enseignants dépendra également
la participation à des événements littéraires organisés localement comme le Salon du
livre167.
2. Quelle est la place actuelle des Mémoires de Ariitaimai dans les pratiques d’enseignement de français dans le secondaire polynésien ?
Actuellement l’étude de textes d’auteurs polynésiens est largement soutenue par
l’inspection académique de lettres : actions de formation continue des enseignants, fourniture aux établissements de collections d’ouvrages édités localement168.
L’exploitations de textes polynésiens, et, plus largement, océaniens, en cours de
français, prend essentiellement deux orientations : l’illustration des temps anciens (avant
le contact) et la littérature postcoloniale contemporaine.
Cette bipartition s’observe dans la seule tentative d’élaboration et de diffusion d’un
manuel scolaire local de français : la collection de manuels de français de collège intitulée
Îles océanes169, collection élaborée sous la direction de Jacques Marty, IA-IPR de lettres à
la fin des années 1990, et dont les deux volumes (Sixième ; Cinquième-Quatrième) furent
166 Programme national d’œuvres pour l’enseignement de français – années scolaires 2021-2022 et 2022-2023,
consultable sur : https://www.education.gouv.fr/bo/21/Hebdo5/MENE2036974N.htm (consulté le 2 janvier 2023).
167 Lire en Polynésie, salon créé en 2000 par L’Association des éditeurs de Tahiti et des îles, https://lireenpolynesie.fr/ (consulté le 2 janvier 2023).
168 Dotation de livres évoquée dans le message de rentrée 2020-2021 pour les disciplines lettres, tahitien et
philosophie, adressé le 30/08/2020 par l’IA-IPR de lettres, Gaëtan Le Lu, aux enseignants de lettres et de tahitien-lettres : « Dotation littérature océanienne : une opportunité dont se saisir. Dans le courant de l’an dernier,
une importante dotation Pays a permis de fournir à chaque établissement du second degré public et privé un
nombre consistant de séries de livres de littérature océanienne ainsi qu’un “kit” (une dizaine de livres en un seul
exemplaire). Vous y trouverez des romans mais aussi des recueils de nouvelles, du théâtre et quelques essais. »
169 Volume 1, Sixième en 1995 ; volume 2, Cinquième-Quatrième en 1998.
203
largement diffusés par le ministère de l’Éducation de Polynésie française dans les collèges.
Écrits de mémoire
Les Mémoires de Ariitaimai, traduits170 en français et publiés par la Société des
Océanistes en 1964, sont très rarement exploités et sont concurrencés par d’autres ouvrages se référant eux aussi à des sources orales pour évoquer les traditions anciennes de
la culture tahitienne.
L’ouvrage le plus cité, le « classique » sur Tahiti et le plus complet (le plus dense également) est sans conteste le Tahiti aux temps anciens171 de Teuira Henry, petite-fille du pasteur Orsmond qui met en forme les notes prises par son aïeul au milieu du XIXe siècle172.
D’abord publié en anglais en 1928 par le Bishop Museum de Honolulu, l’ouvrage traduit en
français a été publié à plusieurs reprises depuis 1951 par la Société des Océanistes et est
désormais accessible sur Internet.
C’est aussi à la Société des Océanistes que l’on doit la publication d’un autre ouvrage reconnu comme une référence : les Mémoires de Marau Taaroa173 (publiés en 1971).
Les ouvrages de la mère comme de la fille, semblent avoir connu quelques difficultés à être diffusés et reconnus. Véronique Dorbe-Larcade évoque les déboires de Marau
Taaroa quand elle voulut faire reconnaître ses travaux, parfois suspectés d’exalter la prédominance des Teva au détriment des Pomare174.
Les choix de textes polynésiens retenus dans les deux volumes de la collection Îles
océanes sont révélateurs. Les chapitres consacrés aux « textes de légende (cosmogonies,
les héros, le Tahiti des Temps anciens) », puis au « cycle de Maui », proposent des extraits de
l’ouvrage de Teuira Henry et de Maui peu tini, La légende de Maui175, d’Edward Dodd dont le
recueil de légendes a été traduit en tahitien et en français en 1985.
170 Henry Adams, Mémoires de Ariitaimai [1964], Nouvelle édition [en ligne], Paris, Société des Océanistes, 2013
(consulté le 15 septembre 2022).
Disponible sur Internet : http://books.openedition.org/sdo/117
171 Teuira Henry, Tahiti aux temps anciens, Nouvelle édition [en ligne], Paris, Société des Océanistes, 2004
(consulté le 5 février 2023). Disponible sur Internet : http://books.openedition.org/sdo/14025
172 Cf. présentation de l’ouvrage : http://www.oceanistes.org/oceanie/boutique/tahiti-aux-temps-anciens/
173 Marau Taaroa, Mémoires de Marau Taaroa, dernière reine de Tahiti, Traduits par Ariimanihinihi Takau Pomare
[1971], Nouvelle édition [en ligne], Paris, Société des Océanistes, 2013 (consulté le 2 janvier 2023). Disponible sur
Internet : http://books.openedition.org/sdo/227
174 Véronique Dorbe-Larcade, « Les savoirs perdus de l’ancienne Polynésie », Les aléas de la transmission [en
ligne], Paris, Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, 2021 (consulté le 12 février 2023). Disponible sur Internet : http://books.openedition.org/cths/14792
175 La première édition de La Légende de Maui de l’Américain Edward H. Dodd Jr. (1905-1988), d’abord parue
en anglais en 1964, est publiée en tahitien et en français en 1985. Les Éditions Haere Pō en proposent une version
trilingue. Texte français de Pierre Montillier, Texte tahitien de Turo a Raapoto, Illustrations de Jacques Boullaire,
2009, 122 pages.
204
Les concepteurs des manuels empruntent quelques extraits des Mémoires de Marau Taaroa pour illustrer un chapitre consacré à la « La tradition mā’ohi » (mariage, deuil).
Écartés des seuls ouvrages scolaires qui ont constitué un temps une référence, les
Mémoires de Ariitaimai, même lorsqu’ils sont mentionnés dans les références universitaires, ne constituent pas une source privilégiée quand il s’agit d’aborder les écrits de mémoire.
Mise en valeur de la littérature postcoloniale
S’agissant de la seconde orientation de l’exploitation didactique de la littérature
océanienne, il apparaît que les Mémoires de Ariitaimai ne s’inscrivent pas dans le champ
pris en compte dans la littérature postcoloniale du Pacifique, sans s’inscrire non plus dans
un corpus de littérature « coloniale » où figurent entre autres Pierre Loti, Victor Segalen,
Marc Chadourne.
Le développement depuis les années 1970 d’une littérature produite par des auteurs autochtones, dans les états et territoires insulaires anglophones et francophones
du Pacifique Sud, l’étude universitaire de l’émergence de cette littérature sous l’angle des
théories postcoloniales176, invitent les enseignants à proposer aux élèves des textes considérés comme des éléments d’une identité culturelle contemporaine, susceptibles d’engendrer une réflexion sur leur avenir et celui de leur pays.
Les œuvres contemporaines polynésiennes, soutenues par les éditeurs locaux177,
semblent a priori coïncider davantage avec le vécu des élèves en ce qu’elles explorent les
effets de la colonisation et les bouleversements économiques et sociaux vécus depuis
l’installation du CEP (Centre d’Expérimentation du Pacifique) et la globalisation.
L’on comprend dès lors que les quelques recommandations de l’inspection académique privilégient des textes comme ceux de Chantal Spitz et de Flora Devatine178, qui
http://www.haerepo.com/dodd_maui.html (consulté le 10 février 2023).
176 Littératures du Pacifique insulaire. Nouvelle-Calédonie, Nouvelle-Zélande, Océanie, Timor oriental. Approches
historiques, culturelles et comparatives. Sous la direction de Jean Bessière et Sylvie André, Champion, collection
« Bibliothèque de littérature générale et comparée », 114, 2013. « Il y a bien des littératures du Pacifique insulaire.
Elles font apparaître des traits ethnologiques et anthropologiques ante-coloniaux. Elles illustrent l’impact des
colonisations, les mouvements d’émancipation et les indépendances, les parentés et les croisements culturels,
qu’il faut décrire selon les échanges qu’autorise le Pacifique. Cela fait l’originalité de ces littératures. Cet ouvrage
les met en perspective et reconsidère quatre enjeux de la critique contemporaine : littératures et postcolonial ;
littératures et globalisation ; littératures contemporaines et anthropologie ; littérature, tradition, modernité et
contemporanéité. »
177 Proposant désormais à la vente des livres numériques.
178 « Au Vent de la piroguière, recueil poétique de Flora Devatine, femme de lettres présidente de l’Académie
tahitienne (Fare Vāna’a), sera disponible en série dans tous les établissements de Polynésie française », annonce faite dans le message de rentrée 2020-2021 pour les disciplines lettres, tahitien et philosophie adressé le
30/08/2020 par l’IA-IPR de lettres, Gaëtan Le Lu, aux enseignants de lettres et de tahitien-lettres.
205
interrogent la société contemporaine mais proposent également une réflexion sur leur
usage de la langue française comme véhicule d’une identité singulière.
La littérature autochtone contemporaine est largement promue lors du Salon du
livre, notamment par la revue littéraire Littérama’ohi, mais aussi lors de salons internationaux comme celui du livre insulaire d’Ouessant (depuis 1999), et elle bénéficie en outre
de l’éclairage d’études universitaires de plus en plus nombreuses.
La visibilité des auteurs contemporains sur la toile passe, par exemple, par le site179
http://ile-en-ile.org, qui, depuis deux décennies, dans sa rubrique polynésienne, ne propose que des auteurs du XXe et du XXIe siècles.
La place prépondérante de la littérature océanienne contemporaine s’est trouvée
confirmée lors d’un petit sondage fait auprès d’étudiants de Master se destinant à l’enseignement des lettres et/ou du tahitien, et de fonctionnaires-stagiaires, en novembre 2022.
Si à propos des écrits de mémoire plus de 80 % du panel interrogé déclaraient connaître
l’ouvrage de Teuira Henry, il apparaît que la majorité des futurs enseignants ou enseignants néo-titulaires, recourent très volontiers aux dernières parutions, avec des auteurs
à portée de main et dont les œuvres s’inscrivent dans des références contemporaines
proches de leurs élèves.
Les Mémoires de Ariitaimai sont les grands absents des références citées tant
comme lecture personnelle que comme support d’enseignement envisageable.
II. Pistes d’exploitation pédagogique au collège
Puisque ce colloque est le premier à mettre en lumière une œuvre particulièrement absente du panel de références des lecteurs locaux et des enseignants, il m’a semblé
opportun d’esquisser quelques pistes d’exploitation didactique dans le cadre de l’enseignement du français dans les établissements du second degré de Polynésie.
Les programmes en vigueur depuis 2016 permettent une exploitation plus aisée
des Mémoires de Ariitaimai, puisqu’ils peuvent être sollicités pour répondre à des questionnements qui les soustraient aux logiques strictement générique ou historique.
Pour rappel, alors que les programmes de français de 2008 proposaient encore
une approche de la littérature centrée sur « une initiation à l’étude des genres et des
179 Le site de l’association Île en île promouvant des auteur·e·s francophones des îles, hébergé pendant dixsept ans sur le serveur à CUNY (à Lehman College, dans Le Bronx), désormais déplacé vers l’adresse ile-en-ile.org.
206
formes littéraires180 » et « un déroulement chronologique, avec des époques privilégiées
pour chaque niveau (sixième : l’Antiquité ; cinquième : le Moyen Âge, la Renaissance et le
XVIIe siècle ; quatrième : les XVIIIe et XIXe siècles ; troisième : les XXe et XXIe siècles) » donc
une approche d’histoire littéraire, à partir des programmes mis en œuvre en 2016181, le
texte littéraire n’est plus l’objet premier (de savoirs et savoir-faire à acquérir) mais un outil contribuant à apporter des réponses à des questionnements existentiels qui aident à
grandir : « À travers ces questionnements, l’élève est conduit à s’approprier les textes, à les
considérer non comme une fin en soi mais comme une invitation à la réflexion. »
À partir du cycle 3, l’exploration de la culture littéraire et artistique s’organise sous
l’angle d’entrées correspondant à des « enjeux littéraires et de formation personnelle »
(par exemple, en CM1-CM2, « Se découvrir, s’affirmer dans le rapport aux autres » puis, en
sixième, « Résister au plus fort : ruses, mensonges et masques »).
Dans la continuité, au cycle 4 :
« le travail en français, dans ses différentes composantes, est organisé à
partir de quatre grandes entrées, “Se chercher, se construire”, “Vivre en société, participer à la société”, “Regarder le monde, inventer des mondes”,
“Agir sur le monde”, qui font chacune l’objet d’un questionnement spécifique par année. Le travail autour de ces différentes entrées s’appuie sur un
corpus, comme il est indiqué ici, mais ne se limite pas à l’étude de textes ;
il comprend aussi les activités d’écriture, d’oral et de travail sur la langue.
Toutes les composantes sont concernées. Ces questionnements obligatoires sont complétés par des questionnements complémentaires au choix
du professeur. Ces entrées et questionnements mettent en lumière les finalités de l’enseignement ; ils présentent la lecture et la littérature comme des
ouvertures sur le monde qui nous entoure, des suggestions de réponse aux
questions que se pose l’être humain, sans oublier les enjeux proprement littéraires, spécifiques au français. »
Cette approche nouvelle est toujours celle qui prévaut actuellement, par exemple
dans les Programmes 2020 ajustés et adaptés à la Polynésie française.
Parmi les quatre entrées « culture artistique et littéraire » du programme de français au cycle 4, voici quelques pistes d’exploitation des Mémoires de Ariitaimai, correspondant à des questionnements imposés.
180 Programmes du collège, Bulletin officiel spécial n° 6 du 28 août 2008.
https://cache.media.education.gouv.fr/file/special_6/21/8/programme_francais_general_33218.pdf (consulté le
2 janvier 2023).
181 Programmes d’enseignement du cycle des apprentissages fondamentaux (cycle 2), du cycle de consolidation
(cycle 3) et du cycle des approfondissements (cycle 4).
https://www.education.gouv.fr/au-bo-special-du-26-novembre-2015-programmes-d-enseignement-de-l-ecoleelementaire-et-du-college-3737 (consulté le 2 janvier 2023).
207
Exemple d’exploitation 1
Le chapitre 3 des Mémoires de Ariitaimai (paragraphes 3 à 7, pp. 31-33) propose
l’histoire du conflit entre Tuiterai et Tavi, pour Taurua, qui pourrait être traité au croisement de deux questionnements de quatrième : « Dire l’amour » et « Individu et société :
confrontations de valeurs ? ».
D’une manière générale l’entrée culturelle cycle 4 « Vivre en société, participer
à la société182 » interroge la manière d’être ensemble et de « faire société », les modes de
régulation des relations interindividuelles. Dans ce contexte l’extrait du chapitre 3 permettrait de comparer l’attitude de chacun des personnages par rapport aux règles alors
en vigueur (hospitalité allant jusqu’au prêt de l’épouse) et la représentation des conflits
entre individus et société.
Le texte des Mémoires de Ariitaimai invite à considérer les effets politiques des
guerres dont le prétexte est une femme ; le parallèle avec les épopées homériques, que
l’on ne peut qu’attribuer à Henry Adams, est explicite et invite à une démarche comparative :
« Heureusement au moins cette histoire est trop récente pour qu’on puisse
la suspecter d’être un mythe. Taurua de Tautira et Hélène de Troie appartenaient à la même société ; Tavi et Ménélas étaient parents. Les coïncidences
apparaissent dans toutes les îles des mers du Sud, où aucun voyageur n’a
jamais pu s’empêcher d’évoquer l’Odyssée en s’approchant d’un village indigène. »
Ce rapprochement entre l’histoire des Teva et un topos de la littérature occidentale
se retrouve dans l’adaptation cinématographique précoce que le frère de Georges Méliès,
Gaston, propose de la rivalité, dès 1912, et sous la forme d’un « documentaire romancé »,
A Ballad of the South Seas183, premier film tourné à Tahiti. S’il est peu probable que le cinéaste ait lu cet épisode de l’histoire des Teva dans les Mémoires, il a eu des informateurs
directs à Papara : Tati Salmon et la reine Marau184. Quelques photogrammes185 du film, à
défaut de pouvoir se procurer le film muet complet, pourraient représenter, en marge de
l’illustration du texte, une ouverture à l’histoire cinématographique de la Polynésie.
182 Détail des problématiques possibles dans les ressources pédagogiques du site Éduscol : https://eduscol.
education.fr/document/30475/download (consulté le 2 janvier 2023).
183 Ce film est mentionné et décrit comme un « documentaire romancé » par Patrick O’Reilly, « Le “documentaire” ethnographique en Océanie », Journal de la Société des Océanistes, tome 5, 1949, pp. 117-144. www.persee.
fr/doc/jso_0300-953x_1949_num_5_5_1630 (consulté le 5 janvier 2023).
184
https://nocturnesproductions.net/documentaires-documentaries/le-voyage-cinematographique-de-gaston-melies-a-tahiti/ (consulté le 5 janvier 2023).
185 Trois photogrammes sur le site : https://www.imdb.com/title/tt1086833/ (consulté le 5 janvier 2023).
208
Quant au chant en tahitien du paragraphe 6, « tel que le chantent les Teva », composé en deux parties : « Teuraiterai et Taurua » et « Tavi et Teuraiterai », « toujours chanté,
comme l’une des ballades des Teva les plus connues », il propose un dialogue, sous forme
de chant en tahitien avec traduction, entre Teuraiterai refusant de rendre Taurua et Tavi le
mari désespéré. Il inspire une autre transposition écrite, plus développée dans le chapitre
« Tavi hauroa, cœur de ura, mains ouvertes », des Mémoires de Marau Taaroa186. L’ouvrage
de la fille de Ariitaimai propose également d’autres chants comme la déclaration de Tavi à
son épouse aimée, avant de la prêter à Teuraiterai187.
La variété des tons du discours amoureux que ces textes proposent permet de les
inscrire dans les différentes problématiques du questionnement « Dire l’amour188 ». La coprésence des textes tahitien et français, invite à une coopération des enseignants sur les
spécificités du lyrisme amoureux, de la tonalité élégiaque.
Exemple d’exploitation 2
Ma seconde proposition d’exploitation pédagogique se concentre sur la fin plus
biographique des Mémoires de Ariitaimai, et en particulier le chapitre 18 qui propose à
partir de la page 133, « L’Histoire de Ariitaimai, 1846 ».
La personnalité de Ariitaimai, figure féminine d’exception, témoin mais surtout
actrice de bouleversements historiques majeurs, trouve toute sa place dans le traitement de différents questionnements désormais irrigués par la problématique de l’égalité
filles-garçons. « Axe fondamental du socle commun de connaissances, de compétences
et de culture », « priorité nationale dans le cadre de politiques publiques, [l’égalité fillesgarçons] est mise en œuvre à tous les niveaux de la scolarité dans une approche qui engage
l’ensemble des matières enseignées et activités vécues 189». S’agissant de l’enseignement
du français dans le secondaire, « dans les programmes des différents cycles, certaines entrées (par exemple “Héros/héroïnes et héroïsmes” au cycle 4) ou objets d’études (La littérature d’idées et la presse du XIXe siècle au XXIe siècle) permettent d’engager une réflexion sur la place des femmes dans la littérature ou dans la société. »
Qu’il s’agisse des légendes et histoires de famille ou de la vie de Ariitaimai, l’on ne
peut esquiver la question de la place de la femme dans la cité : quelles sont ses possibilités
d’action dans une société traditionnelle ? La comparaison avec d’autres héroïnes polyné186 Mémoires de Marau Taaroa, dernière reine de Tahiti, op. cit., « Les événements jusqu’à la venue des “oiseaux
migrateurs” », paragraphes 34 et 35, pp. 174-198.
187 Ibid., paragraphe 17.
188 Problématiques présentées sur Éduscol : http://cache.media.education.gouv.fr/file/Oral/58/8/16-RA16_C4_
FRA_1_image_dire_amour_problematiques_580588.pdf (consulté le 5 janvier 2023).
189 Fiche Éduscol L’égalité filles-garçons dans les programmes d’enseignement – novembre 2021. https://eduscol.
education.fr/document/12988/download (consulté le 5 janvier 2023).
209
siennes, celles plus contemporaines de la littérature postcoloniale, permettrait de dépasser certaines représentations trop manichéennes du patriarcat et du matriarcat, et plus
généralement les stéréotypes de genre.
Dans le cadre du questionnement de cinquième « Héros/héroïnes et héroïsmes »,
les Mémoires de Ariitaimai permettent d’interroger non seulement la marge de manœuvre
individuelle d’une jeune princesse dans une société fondamentalement patriarcale et régie par des règles claniques, mais aussi ses rapports avec l’autre figure féminine au cœur
de l’histoire, la reine Pomare.
Fin 2022, la diffusion locale et nationale d’une fiction cinématographique qui se
présente comme un biopic, La dernière reine de Tahiti190, réalisé par Adeline Darraux, impose la figure de ’Aimata comme l’héroïne unique qui sauve son peuple. L’affiche du téléfilm représente ’Aimata sur un cheval tenant farouchement un drapeau blanc et rouge. Le
synopsis qui en fait la promotion manifeste clairement le parti pris romanesque des trois
scénaristes191 qui transforme la jeune Pomare en égérie féministe :
« Au royaume des lagons, la coutume veut que seuls les hommes puissent
devenir rois. La jeune ’Aimata Pomare va briser cette loi. Face à l’hostilité de
ses semblables, menacée par la convoitise de l’Angleterre et de la France,
cette jeune princesse tahitienne tentera de sauver ses traditions et son
peuple afin de lui offrir un destin. Alors que rien ne la destinait à devoir régner, elle a su apprendre à s’imposer dans un milieu d’hommes et malgré
des défaites et des sacrifices, réussir à négocier et préserver l’intérêt de son
peuple. C’est ainsi qu’elle deviendra la dernière reine de Tahiti et fera la paix
avec la France. »
Les Mémoires de Ariitaimai s’achèvent sur la conclusion de la « guerre franco-tahitienne » qui n’attribue pas à ’Aimata le mérite exclusif de la paix : « La paix de l’île était dès
lors décidée. En arrivant au palais du gouverneur, nous y trouvâmes tous les commandants
de troupes et de navires, et en leur présence je fus remerciée par Bruat de ce que j’avais
fait pour mon pays. »
Le chapitre 18 propose en effet une tout autre représentation de ’Aimata, beaucoup
moins glorieuse, alors que Ariitaimai s’engage avec énergie, dignité et efficacité, autant
que son statut et son rang le lui permettent, dans l’achèvement du conflit.
La confrontation des deux récits peut alimenter une interrogation sur l’héroïsme
et ses manifestations, sur les valeurs qu’incarne l’héroïne et qui sont susceptibles d’avoir
190 https://www.france.tv/series-et-fictions/telefilms/4284442-la-derniere-reine-de-tahiti.html (consulté le 9 janvier 2023).
191 Francis Bianconi, Sophie Deschamps, Olivier Doran.
210
une dimension collective. Elle permettrait également de souligner les enjeux de l’écriture
de l’histoire, l’importance des partis pris.
Les chapitres 17 et 18 des Mémoires de Ariitaimai permettent également d’explorer
toutes les ambiguïtés de l’écriture de soi, au cœur du questionnement de troisième « Se
raconter, se représenter » de l’entrée culturelle de cycle 4 « Se chercher, se construire »,
explicitée en ces termes :
« Les deux verbes à l’infinitif placés en miroir au sein du libellé de l’entrée
induisent un geste différent voire antithétique sur le monde, qui se double,
en raison de la forme pronominale, d’une perspective d’examen de soi, de
retour sur son être propre, d’action même portée sur sa personne.
La dynamique de l’entrée réside aussi dans cette logique évolutive de la perception de soi ; la forme pronominale réfléchie des deux verbes signale à cet
égard le déplacement qui s’opère entre le sujet percevant et l’objet perçu,
déplacement que l’on peut lire comme l’expression d’une volonté, d’un effort, d’un désir à l’œuvre192. »
Sans entrer dans le détail de la contribution respective de Henry Adams et de Ariitaimai à l’écriture de l’ouvrage, il est possible de travailler sur l’écriture de mémoires193,
la représentation du Je de l’écriture en cheffesse de clan, se définissant au travers de son
lignage, mais aussi de ses choix individuels.
À défaut de proposer une lecture intégrale de l’ouvrage, il apparaît envisageable
d’en exploiter en classe de nombreux extraits au sein de corpus interrogeant le rapport
au monde, à la société, à eux-mêmes, d’élèves polynésiens, qui, comme tous les autres
collégiens, peuvent s’appuyer sur la littérature pour se construire.
192 https://eduscol.education.fr/2080/francais-cycle-4-pour-une-culture-litteraire-et-artistique (consulté le 2 janvier 2023).
193 « Relation, parfois œuvre littéraire, que fait une personne à partir d’événements historiques ou privés
auxquels elle a participé ou dont elle a été le témoin ».
https://www.cnrtl.fr/definition/mémoires//1 (consulté le 2 janvier 2023).
211
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Résumé
Alors que s’amorce timidement une insertion de textes littéraires polynésiens,
contemporains et postcoloniaux dans les corpus de textes proposés aux élèves scolarisés
dans le secondaire en Polynésie française, quelle place accorder à un texte plus ancien,
213
ne s’inscrivant pas dans le cadre de la fiction, témoignant d’une époque pour laquelle les
élèves ont peu de points de repère ?
Les programmes de français actuellement en vigueur, même s’ils n’ont pas fait
l’objet d’une « adaptation » comme ceux d’histoire-géographie, ouvrent de nombreuses
possibilités d’étude de l’œuvre au regard des questionnements de « Culture littéraire et
artistique » du collège et des objets d’études du lycée.
Au cycle 4, en collège, les textes, littéraires ou non, peuvent être choisis par les enseignants pour les réponses qu’ils sont susceptibles d’apporter à des questionnements
fondamentaux sur les rapports que l’adolescent, l’individu en construction, entretient
avec lui-même, avec la société et avec l’environnement. Plusieurs passages des Mémoires
de Ariitaimai, en particulier ceux rapportant des légendes, pourraient apporter une
contribution aux questionnements « Dire l’amour » et « Héros/héroïnes, héroïsme ». Henry Adams esquisse d’ailleurs des rapprochements entre les propos recueillis et les « classiques » de la littérature occidentale.
Cependant, les rôles politiques et sociaux de Ariitaimai elle-même et d’autres figures féminines de sa généalogie, pourraient surtout permettre une exploration des relations entre les individus et le pouvoir, en particulier dans le contexte de la promotion de
l’égalité filles-garçons et d’étude des stéréotypes de genre.
Enfin, le caractère composite de l’œuvre ne peut que contribuer à une réflexion sur
la variété des « écritures de soi », problématique abordée en classe de troisième comme au
lycée. La polyphonie du texte, la juxtaposition des sources orales et écrites n’interrogent
pas que l’instance auctoriale et la nature du texte ; elles invitent également le lecteur à
relire autrement les récits occidentaux sur le XIXe siècle polynésien.
Isabelle Proust est professeure agrégée de lettres modernes à l’INSPÉ – Université
de la Polynésie française.
Abstract
“Possible Educational Uses of the Memoirs of Ariitaimai in French Courses in Middle
and High School”
At a time when Polynesian contemporary and postcolonial literary texts are just
beginning to be included into the corpus of possible readings for secondary school students in French Polynesia, it might be worth asking what kind of importance ought to be
granted to older texts, outside the scope of fiction, related to an era for which students
have few points of reference.
214
The existing French programs, although they have not been “adapted” the way the
History and Geography ones have, open up various possibilities regarding the study of
questions related to “Literary and Artistic Culture” in secondary school as well as topics
addressed in high school.
In “Cycle 4”, in middle school, both literary and non literary texts may be selected
by teachers according to the answers they may provide to fundamental questions concerning the relationships that teenagers, as individuals in the making, entertain with themselves, but also with society as well as the environment. Several excerpts from the Memoirs of Ariitaimai, particularly those reporting legends, might contribute to the study of
two themes: “Say Love” and “Heroes/Heroines, Heroism.” In fact, Henry Adams does outline certain connections between the narratives he collected and the “classics” of Western
literature.
However, Ariitaimai’s own political and social roles, as well as those of other female
figures of her lineage, could above all allow for an exploration of the relationships between
individuals and power, particularly within the context of promoting gender equality and
studying gender stereotypes.
Finally, the composite nature of the work itself can only but contribute to a reflection on the variety of “self-writings,” a topic tackled in the final year of middle school
as well as in high school. The narrative polyphony and juxtaposition of oral and written
sources do not solely raise questions concerning the auctorial instance and the nature
of the text—they also prompt the reader to read again, from a different perspective, the
Western narratives on nineteenth-century Polynesia.
Isabelle Proust is a holder of the agrégation of Modern Literature and teaches at INSPÉ (Teachers Training Institute) – University of French Polynesia.
215
216
QUAND LES HISTOIRES SE RENCONTRENT…
ET LES CULTURES SE RACONTENT…
Tonyo Toomaru
Université de la Polynésie française – INSPÉ / Professeur certifié, doctorant
Enseigner les savoirs traditionnels autochtones à l’école devient un véritable enjeu. L’Éducation nationale française affirme son soutien pour le développement de l’enseignement des langues vivantes régionales et la connaissance des cultures qu’elles
portent194. À plus grande échelle, l’UNESCO, par le biais d’une convention, spécifie l’intérêt
de la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel195. En matière d’héritage patrimonial,
Tahiti a connu l’existence d’une grande figure féminine au XIXe siècle, du nom de Ariitaimai, côtoyée par Henry Adams, à qui elle « révél[a] l’intériorité spirituelle de Tahiti196 »,
que l’on retrouve dans son ouvrage, Mémoires de Ariitaimai. Par le biais d’une démarche
descriptive et analytique, aborder les récits relatés par Ariitaimai vahine sous le prisme
de la littérature, via la tradition orale, permettrait d’élaborer un corpus de base incluant
les divers types de récits, en vue, d’une part, d’en extraire les enjeux linguistiques, socio-culturels et éducatifs. D’autre part, aborder l’ouvrage sous le prisme de la socio-didactique permettrait de constater sa réception par la communauté des lecteurs ; adhésions
ou tensions ? Marie Salaün affirme que prendre en compte les langues et cultures autochtones semble être un angle intéressant pour interroger la période postcoloniale car l’école
est un lieu privilégié de compréhension qui inspire les modèles éducatifs197. Ces réflexions
pourraient s’inscrire dans le parcours Master MEEF 2nd degré Tahitien-Lettres, voire dans
la formation de tout enseignant curieux.
Cette contribution consistera à observer l’ouvrage de Henry Adams sous le prisme
de la dimension socio-didactique par le biais d’une étude descriptive et analytique.
194 https://www.education.gouv.fr/bo/21/Hebdo47/MENE2136384C.htm
195 http://www.unesco.org/culture/ich/fr/convention (Paragraphe 2 de l’article 2 de la convention UNESCO pour
la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de 2003).
196 Félix Atem, « Henry Adams. Tahiti et Les Mémoires d’Ariitaimai », Alizés : Revue angliciste de La Réunion,
Islands, n° 8, 1994, p. 101.
197 Marie Salaün, Décoloniser l’école ? Hawai’i, Nouvelle-Calédonie. Expériences contemporaines, Rennes,
Presses universitaires de Rennes, 2013.
217
En quoi les Mémoires de Ariitaimai représentent-ils un enjeu dans la transmission
des savoirs traditionnels autochtones ?
J’expliciterai d’abord l’intitulé de mon sujet de communication. Dans un deuxième
temps, je m’attacherai à réaliser un état des lieux succinct quant à la place des savoirs
traditionnels de manière générale, en m’appuyant sur des réflexions de chercheurs, et en
considérant la place qui est conférée à ces savoirs traditionnels dans les programmes du
système éducatif français. Je finirai en faisant part de quelques exemples de supports extraits de l’ouvrage lui-même, en vue d’amorcer une démarche didactique et pédagogique.
I. Quand les histoires se rencontrent… et les cultures se racontent…
L’expression « rencontre entre deux cultures » est devenue assez courante et
générique pour décrire diverses situations impliquant des interactions entre deux
cultures différentes. De nombreux auteurs au fil des siècles, tels que Michel de Montaigne,
Tzvetan Todorov et Clifford Geertz, ont écrit sur des thèmes similaires liés aux rencontres
entre les cultures. Selon Bernard Leca et Loïc Plé, Clifford Geertz, souvent associé à l’anthropologie culturelle,
« considère que la culture est la “grande idée” de l’anthropologie, le concept
à partir duquel cette discipline a pris son essor et qui en spécifie les limites.
Il en retient la définition de Weber, selon lequel la culture constitue cette
“toile d’araignée” de réseaux de signification que l’homme a lui-même tissés et dans lesquels il est pris198 […]. »
On peut être séduit par l’idée selon laquelle Henry Adams inscrit lui-même sa
démarche dans la continuité de ce que met en avant Geertz, c’est-à-dire dans le but de
restituer le plus fidèlement possible la pensée de la cheffesse, bien que des éléments
propres au transcripteur fassent irruption tout au long du récit, en suscitant, de fait, une
altération du texte de départ, mais en y apportant également une forme d’originalité, ce
qui donne naissance à un style d’écriture nouveau :
198 Bernard Leca et Loïc Plé, « Une épistémologie à hauteur d’homme : l’anthropologie interprétative de Clifford Geertz et son apport potentiel à la recherche francophone en management » [En ligne], Management & Avenir, n° 60, 2, 2013, pp. 35-52. https://shs.cairn.info/revue-management-et-avenir-2013-2-page-35?lang=fr
218
La citation précédente199 fait écho aux propos de Florent Atem dans la présentation
de son sujet200 concernant « la stratégie narrative et l’importance de l’œuvre dans l’historiographie du Pacifique », dont voici un extrait :
« Soucieux de contribuer à sa manière à la préservation d’un patrimoine déjà
menacé par les assauts d’une influence étrangère toujours grandissante,
Adams prête sa plume à la voix de Ariitaimai, en s’autorisant néanmoins
quelques irruptions dans un tissu narratif complexe résolument
polyphonique, qui rend parfois difficile l’identification des sources. Mais si
la démarche de l’historien de Boston transforme la vénérable Tahitienne en
authentique mémorialiste de son peuple et assure à son discours le passage
à la postérité, l’autochtone permet à son tour à l’écrivain de pleinement s’accomplir puisqu’elle semble lui avoir inspiré sa philosophie de l’opposition
des forces contradictoires de l’unité et de la multiplicité […]. »
Henry Adams nous emporte bien loin des idées préconçues du XVe siècle, et, ici,
je fais allusion à l’expression « découverte et contact des peuples » en référence aux événements historiques tels que la prétendue « découverte » du monde par les explorateurs
européens, lorsqu’ils ont établi des contacts premiers avec des peuples et des cultures
encore méconnus. Cette expression est évidemment associée à la période historique européenne habituellement appelée la « découverte du Nouveau Monde » (la découverte de
l’Amérique par Christophe Colomb en 1492) ou au mythe de la « Terra Australis Incognita201 », locution latine pour « la terre australe inconnue » qui n’était rien d’autre qu’un continent imaginaire apparaissant sur les cartes européennes entre le XVe et le XVIIIe siècles.
Il convient de noter que l’expression « découverte et contact des peuples » fait l’objet de questionnements car elle sous-entend que les peuples et les cultures qui ont été
rencontrés par les explorateurs européens étaient auparavant inconnus. Elle dénote une
dimension coloniale ou impérialiste car elle suggère que les Européens ont « découvert »
des peuples et des terres, alors que celles-ci étaient déjà habitées et connues par les populations autochtones.
C’est cette réflexion lexicale qui m’a amené à proposer cet intitulé : « Quand les histoires se rencontrent… et les cultures se racontent… ». Dans cette longue « odyssée » qui
nous est offerte au travers des Mémoires de Ariitaimai, nous avons deux protagonistes
principaux, tous deux appartenant à deux cultures différentes, donc deux visions dis-
199 Henry Adams, Mémoires de Ariitaimai, traduit de l’anglais par Suzanne et André Lebois, introduction par
Marie-Thérèse et Bengt Danielsson, Publication de la Société des Océanistes, n° 12, Paris, Musée de l’Homme,
1964, p. 21.
200 Présentation donnée lors du colloque dont les actes sont ici réunis.
201 L’idée de la Terra Australis a été introduite par Aristote puis développée par Ptolémée, cartographe grec
du Ier siècle.
219
tinctes du monde. Le lecteur se retrouve témoin d’une description précise et minutieuse
d’un paysage polynésien riche et complexe. Il s’agit de croisement entre individus, entre
cultures, entre modes de pensée, entre états d’esprit, qui ont surpris à l’époque et continuent encore de surprendre, car il est question de génie occidental et polynésien ; ma modeste contribution, qui vise à mettre ces derniers en exergue, se limitera à offrir une vue
d’ensemble de ce croisement interculturel et multidimensionnel.
II. Les savoirs traditionnels autochtones dans les programmes
L’intérêt porté par l’UNESCO à la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel202
a engendré de nombreuses initiatives qui intègrent des savoirs traditionnels autochtones dans des programmes éducatifs tels que le programme « Nunavik Sivunitsavut » au
Québec, lequel permet aux jeunes Inuits de découvrir leur histoire, leur culture et leur
langue à travers des cours, des visites de sites culturels et des séjours en communauté ;
le programme « Orlenda » en Ontario, qui propose des ateliers et des formations sur les
pratiques et les savoirs traditionnels des peuples autochtones, ainsi que sur les enjeux
actuels auxquels ils sont confrontés ; le projet « Pollen » en Guyane, qui vise à valoriser
les savoirs des peuples autochtones en matière de biodiversité, notamment à travers
des activités de formation et de sensibilisation ; les « écoles du bush » en Australie, qui
permettent aux enfants aborigènes de suivre un enseignement en lien avec leur culture
et leur environnement, en utilisant des méthodes pédagogiques adaptées à leur mode de
vie nomade.
En France, l’enseignement des savoirs traditionnels se présente sous diverses
formes, notamment à travers l’éducation informelle et non-formelle. Il existe aussi des
programmes d’études formels qui se concentrent spécifiquement sur les savoirs traditionnels, tels que les parcours proposés par les instituts de formation en anthropologie
et en ethnologie. En outre, certains établissements d’enseignement supérieur proposent
des programmes de recherche en sciences sociales qui incluent une dimension interculturelle et des études sur les savoirs traditionnels. L’enseignement des savoirs traditionnels en France est souvent lié à la préservation et à la valorisation du patrimoine
culturel immatériel. Les savoirs traditionnels peuvent inclure des pratiques artistiques,
artisanales, agricoles et culinaires, entre autres. Leur enseignement reste toutefois objet
de débat et de réflexion en raison de la tension entre la préservation du patrimoine culturel et l’évolution des cultures et des sociétés contemporaines.
202 http://www.unesco.org/culture/ich/fr/convention (Paragraphe 2 de l’article 2 de la convention UNESCO pour
la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de 2003).
220
Des directives émanant du ministère de l’Éducation nationale apportent une
nouveauté et un avancement réel du côté du système éducatif français depuis 2008203.
Si Frédéric Anciaux, Thomas Forissier et Lambert-Félix Prudent dénoncent l’imposition
d’une démarche autoritaire dans les écoles des « anciennes colonies » ultramarines dès
la première moitié du XXe siècle (« les contenus d’enseignement sont restés et restent
encore comme des corps étrangers, déplacés, parachutés, catapultés dans les cerveaux
des enfants204 »), on peut voir se profiler à la fin du siècle des changements dans les programmes nationaux, notamment des références à des particularités locales prenant en
compte le contexte linguistique, historique, géographique, climatique et culturel. La question de la « contextualisation de l’enseignement » prend alors forme et est définie comme
suit selon le dictionnaire Larousse : « la mise en relation d’une action, d’un fait, avec les circonstances historiques, sociales, artistiques, etc. dans lesquelles ils se sont produits205 ».
Des recherches universitaires sur le sujet de la contextualisation de l’enseignement s’ensuivent, dont un colloque en 2011 intitulé « Contextualisation didactique : états
des lieux, enjeux et perspectives206 » à l’initiative du CRREF (Centre de Recherches et de
Ressources en Éducation et Formation).
Abdeljalil Akkari et Magdalena Fuentes mettent en garde sur la compréhension des
attendus institutionnels et les approches qui en découlent : « Lorsque nous examinons les
pratiques d’enseignement et de formation dans nos écoles, nous devons toujours nous
demander si elles accueillent de façon positive la diversité culturelle ou si elles sonnent la
priorité à la conformité aux normes culturelles eurocentriques207. »
Marie Salaün estime quant à elle que « la périphérie pédagogique permet de repenser le centre208 » :
« Nous avons beaucoup à apprendre des marges, ne serait-ce que parce
qu’elles permettent, en miroir, de reconsidérer le centre. La prise en compte
des langues et cultures autochtones, considérée tant du point de vue de
203 Le ministre de l’Éducation nationale de l’époque écrit en introduction du Bulletin officiel n° 3 du 19 juin 2008
précisant les horaires et programmes d’enseignement de l’école primaire, que « si les programmes s’imposent à
toute la communauté éducative, le choix des méthodes et des démarches relève intégralement de la responsabilité des enseignants. Cette liberté pédagogique sert l’école et ses finalités : elle vous donne la possibilité d’adapter
la progressivité des apprentissages aux besoins des élèves. Elle permet de concilier l’égal accès à l’instruction avec
la prise en compte de la diversité des enfants et des contextes. »
204 Frédéric Anciaux, Thomas Forissier et Lambert-Félix Prudent, éd., Contextualisations didactiques, approches théoriques, Paris, L’Harmattan, 2013.
205 Dictionnaire Larousse Langue française en ligne : https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/contextualiser/18595
206 IUFM de Guadeloupe, Université des Antilles et de la Guyane.
207 Abdeljalil Akkari et Magdalena Fuentes, Repenser l’éducation : alternatives pédagogiques du Sud [En ligne],
Paris, Unesco, 2021, p. 10.
https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000377797/PDF/377797fre.pdf.multi
208 Marie Salaün, Décoloniser l’école ? Hawai‘i, Nouvelle-Calédonie. Expériences contemporaines, op. cit., p. 10.
221
l’histoire dont elle est l’aboutissement que des difficultés contemporaines
de sa mise en œuvre, me paraît être un angle intéressant pour interroger
ce moment postcolonial, parce que l’école est de fait un lieu privilégié
de compréhension de l’hétérogénéité des référents contemporains qui
inspirent les modèles éducatifs209. »
La mise en place du statut d’autonomie interne de la Polynésie française en 1984
a favorisé le développement de l’enseignement dans le premier et dans le second degré.
Un bref récapitulatif historique nous permettra de comprendre l’évolution de l’enseignement et celle de la création d’outils pédagogiques :
-12 mai 1981 : Extension de la Loi Deixonne à la Polynésie [L.41.56] qui permet l’enseignement du tahitien dans les écoles.
-20 octobre 1982 : Décision territoriale [DT. 1021 SE]. Introduction de l’enseignement du tahitien en maternelle et primaire. Définition de la graphie officielle dans l’enseignement.
-28 juillet 1983 : Création du Centre territorial de Recherche et de Documentation
pédagogique (CTRDP). Introduction du tahitien dans les programmes de l’École normale.
-9 décembre 1985 : Arrêté concernant les programmes détaillés de l’enseignement
du reo mā’ohi dans les écoles maternelles et élémentaires.
Ce rapide historique révèle une réelle volonté politique d’enseigner les spécificités
linguistiques locales au sein des établissements du premier degré. De cette volonté du
Territoire de prendre en compte le contexte polynésien, a découlé la création d’outils et
de manuels pédagogiques (en histoire-géographie notamment). Monsieur Nicolas Sanquer, ministre de l’Éducation en Polynésie française à l’époque, rappelle ainsi les enjeux
de cette démarche :
« La convention du 31 mars 1988 entre l’État (français) et le Territoire prévoyait de procéder à des aménagements de programme et l’adaptation des
manuels scolaires. En 1992, la Charte de l’Éducation, adoptée par l’Assemblée territoriale, fixait parmi les objectifs l’adaptation de l’enseignement
aux réalités géographiques, linguistiques et culturelles de la Polynésie française. D’importants travaux ont déjà été réalisés dans ce sens, notamment
en éducation civique et en histoire-géographie210. »
209 Ibid.
210 Les propos du ministre de l’Éducation de Polynésie française de l’époque, M. Nicolas Sanquer, sont extraits
du manuel pédagogique Français 5e-4e, collection Îles Océanes dirigée par Jacques Marty, 1998, avant-propos,
p. 3.
222
Figure 1 : Extrait de l’étude des programmes adaptés d’histoire et de
géographie de 2020, étude thématique CM1 et CM2211 (Capture d’écran)
Dans la même dynamique, ces aménagements de programme et l’adaptation des
manuels scolaires ont été élargis à d’autres disciplines, comme le français, dans le second
degré, sans pour autant réduire le niveau d’exigence attendu :
« [Mais] le français occupe évidemment une place tout à fait particulière
puisqu’il est non seulement une discipline à part entière, mais aussi la
clef de l’enseignement des autres disciplines. Monsieur Marty, agrégé de
lettres classiques et Inspecteur de lettres, a participé aux réflexions qui
ont conduit à l’élaboration de la Charte de l’Éducation. Il a inspecté tous
les professeurs qui enseignent le français sur le Territoire. Il a pu analyser
leurs difficultés et l’inadaptation relative des outils pédagogiques élaborés
en Métropole. C’est enrichi par ces multiples observations qu’il a entrepris,
211
https://hgemc.monvr.pf/wp-content/uploads/2019/03/hgemc_cycle3_pf.pdf
223
aidé de quelques professeurs de lettres […], de créer un nouveau manuel
scolaire expressément conçu pour les élèves polynésiens212 […]. »
Ainsi le CRDP213, anciennement appelé CTRDP214, a-t-il largement contribué à la
création et à la diffusion d’outils pédagogiques, des travaux qui sont aujourd’hui poursuivis et assurés par la DGEE215 (Figures 1 et 2) notamment par le biais d’un site qui favorise
l’accès à divers outils d’enseignement numérisés216.
Figure 2 : Site ebooks.education.pf (Capture d’écran)
En 1998, un manuel de français pour le collège a été édité et mis à la disposition
des établissements et des professeurs de lettres, pour tous les niveaux (de la 6ème à la 3ème).
Son contenu, tel que nous le décrit son concepteur, Jacques Marty, semble riche et intéressant car il prend effectivement en compte les spécificités locales, en concordance
avec les besoins des élèves :
« Initiation à la grammaire tahitienne et à sa civilisation, rapprochement
entre langue française et tahitienne, insistance sur les points de grammaire
qui donnent le plus souvent lieu à des erreurs. Thèmes et illustration
retenus en liaison avec les thèmes du programme adapté à la Polynésie en
Histoire et Géographie. Respect du programme national, mais introduction
de textes d’écrivains locaux ou portant sur des aspects de la vie en Polyné-
212 Ibid.
213 Centre de Recherche et de Documentation pédagogique.
214 Centre territorial de Recherche et de Documentation pédagogique.
215 Direction générale de l’Éducation et des Enseignements.
216 Site Internet de la Direction générale de l’Éducation et des Enseignements : www.ebooks.education.pf
224
sie et dans le Pacifique. Références à l’imaginaire polynésien, chinois, occidental217. »
Les programmes officiels des premier et second degrés n’ont cessé d’évoluer dès
lors ; les créations et productions d’outils pédagogiques (manuels, supports, etc.) sont foisonnantes et prennent en compte la contextualisation des enseignements à plusieurs
niveaux. Prenons l’exemple de l’enseignement du tahitien au lycée218 : la déclinaison des
thématiques culturelles219 (Figure 3) pour le niveau 1ère LLCER spécialité Tahitien permet
de constater la richesse des sous-thématiques à aborder auprès des élèves, proposant
ainsi des entrées pédagogiques diverses dans l’étude de ces thèmes et sous-thèmes.
Figure 3 : « Thèmes à l’étude », niveau 1ère LLCER spécialité Tahitien
En annexe des thématiques, des listes d’ouvrages littéraires non-exhaustives sont
proposées aux enseignants et aux élèves. Sur l’une des listes220 apparaît le titre de l’ouvrage de Marau Taaroa : Mémoires de Marau Taaroa, dernière reine de Tahiti (Traduits par
sa fille, la princesse Takau Pomare, Publications de la Société des Océanistes, 1971), parmi
d’autres ouvrages.
217 Jacques Marty, agrégé de lettres classiques et IA-IPR de lettres, Français 5e-4e, collection Îles Océanes, 1998,
préface, p. 7.
218 Programme publié au Bulletin officiel de l’Éducation nationale n° 8 du 25 juillet 2019.
219 Les programmes pour la 1ère LLCER spécialité Tahitien sont disponibles sur le site Éduscol : https://www.
education.gouv.fr/sites/default/files/imported_files/document/1e_Tahitien_Specialite_Voie_generale_108264
220 À la p. 19 :
https://www.education.gouv.fr/sites/default/files/imported_files/document/1e_Tahitien_Specialite_Voie_generale_108264
225
Cette approche historique nous permet de constater une évolution positive en faveur de l’enseignement des savoirs traditionnels autochtones, qui apparaissent officiellement dans les programmes scolaires et retrouvent leur pleine légitimité. Les volontés
politiques d’une part, et celle des enseignants des premier et second degrés d’autre part,
ont ainsi largement contribué à l’inclusion des savoirs traditionnels.
En tant qu’enseignant, il semble important de souligner la nécessité de comprendre les codes linguistiques et socio-culturels pour mesurer au mieux les enjeux éducatifs et pédagogiques, ainsi que les besoins des élèves.
III. Amorcer une démarche didactique et pédagogique à partir
de quelques supports
Dans cette dernière partie, je m’attacherai, à partir de deux extraits, d’apporter des
informations sur le contexte et de proposer des pistes d’exploitations pédagogiques. Je
tiens à préciser que les informations données méritent un meilleur approfondissement,
tout comme les situations d’exploitations pédagogiques proposées. Les pistes suggérées
sont bien évidemment à considérer selon les enjeux didactiques et pédagogiques que
tout enseignant estime être le mieux adapté à sa pratique, selon le niveau et tout autre
facteur déterminant pour sa propre pratique.
L’intérêt consiste à démontrer que l’acquisition des savoirs ancestraux à travers
ces deux exemples, d’une part, la symbolique du « maro ’ura » et, d’autre part, la manière
de dire l’amour, sont autant d’éléments qui mériteraient d’être étudiés et mis à disposition
d’un jeune public, pour permettre une première découverte, et susciter une curiosité que
chacun serait amené à exploiter et à approfondir à titre personnel.
Ma démarche consiste surtout à montrer la richesse des notions abordables, notions qu’il est possible d’exploiter à l’école primaire, au collège, au lycée et à l’université.
1. Transmission du « maro ’ura »221
Ce texte descriptif et informatif apporte des éléments sur le mode de vie sociétal
de Tahiti dans le courant du XVIIIe siècle à travers le « maro ’ura » ou la ceinture royale de
plumes rouges. Elle représente la symbolique du pouvoir politique ; seuls les grands chefs
(« ari’i rahi » ou « ari’i nui ») en possédaient car ils étaient considérés comme sacrés.
221
Henry Adams, Mémoires de Ariitaimai, op. cit., p. 21.
226
Il est possible d’aborder les points suivants :
-Mode de vie avant l’arrivée des Occidentaux : l’organisation sociopolitique à Tahiti ; la place du « ari’i » (chef) dans la société tahitienne à l’ère pré-européenne ; comprendre
la relation et l’alliance entre les familles de Vaiari (Papeari) et de Punaauia ; connaître la
symbolique du « maro ’ura » (ceinture royale à plume rouge).
-Genre du récit autobiographique et, en particulier, genre des mémoires : l’utilisation de la première personne du singulier, mais aussi l’étude de la part d’objectivité et de
subjectivité du récit.
227
2. Récits d’amour222
Le contexte de cette histoire d’amour repose sur un conflit de politique et d’honneur, sous forme de prose. Ici, il est question de la réponse de Tū-i-te-ra’i-aro-rua (ou Tūi-te-ra’i) au messager de Tavi, venu réclamer Ta’urua.
Un bref rappel synthétique de cette histoire mérite toute notre attention. Ta’urua
(de Hitia’a), était l’épouse de Tavi, chef de Tautira. Tous deux eurent un fils qu’ils nommèrent Tavi-hau-roa. Tavi était connu comme « le plus généreux de tous les chefs de Tahiti223 ». Tū-i-te-ra’i224, chef de Papara, entendit parler de la beauté de Ta’urua. Selon la
coutume, il expédia un de ses messagers à la rencontre de Tavi pour lui demander de lui
prêter sa femme pendant sept jours, avec la promesse de la lui rendre. Tavi, en grand chef
et par orgueil, accéda à la demande du chef de Papara. Les sept jours s’écoulèrent, mais le
chef Tū-i-te-ra’i ne tint pas sa promesse et refusa de rendre Ta’urua à son époux.
222 Ibid., p. 32.
223 Ibid.
224 Te-’ura-i-te-ra’i était l’autre nom du chef de Papara, Tū-i-te-ra’i.
228
La situation étant posée, en parallèle à ce poème, on retrouve quelques lignes
plus loin, les propos225 du chef Te-’ura-i-te-ra’i (ou Tū-i-te-ra’i) qui manifestent son refus d’abandonner son amante. Ce passage semble plus explicite et se rapprocherait davantage du sens du poème. Cependant les allusions métaphoriques aux plumes rouges
(symbole du pouvoir royal) et l’image du filet (représentation d’un amour fort qui rend
indestructible les liens) ne se retrouvent manifestement pas.
« Pourquoi renoncerai-je à Taurua ? Je n’y renoncerai pas, moi, Tuiterai des
six cieux ; elle, qui est devenue à mes yeux comme le Ura apporté de Rarotoa,
mon cher Trésor. Elle me fut aussi chère, et elle m’est encore aussi chère
que le Ura de Faau, je ne m’en séparerai pas maintenant ! Non, je ne m’en
séparerai pas. Pourquoi m’en séparerai-je ? Moi, Tuiterai des six cieux ; elle,
qui m’est devenue comme le Ura de Rarotoa. »
Henry Adams apporte des informations détaillées et précises sur la situation politique et la relation entre les chefs de l’époque. Sa grande érudition lui permet aussi, en
toute liberté, de faire un parallèle entre cette histoire tahitienne et celle des fameux protagonistes de la Guerre de Troie, l’illustre récit mythologique d’Homère.
« Taurua de Tautira et Hélène de Troie appartenaient à la même société ; Tavi
et Ménélas étaient parents. Les coïncidences apparaissent dans toutes les
îles des mers du Sud, où aucun voyageur n’a jamais pu s’empêcher d’évoquer l’Odyssée en s’approchant d’un village indigène. L’histoire de Papara
peut prouver la véracité de celle de Troie car, aussitôt le refus de Tuiterai
connu à Tautira, Tavi-Ménélas se mettant à la hauteur de sa réputation fit
appel à ses guerriers et les envoya contre Papara avec l’ordre de le détruire
et de tuer son chef. Papara n’avait pas les murs de Troie pour soutenir son
siège, ses forces furent détruites en bataille. Tuiterai fut capturé et Taurua
reprise. »
Ces éléments trouvent leur importance dans l’exploitation du poème et du récit
en lui-même. Travailler l’intertextualité, effectuer un rapprochement entre les protagonistes, étudier l’histoire d’amour dans un contexte spécifique selon des règles communautaires particulières, analyser les caractéristiques morales des personnages, sont autant d’activités possibles à entreprendre auprès des élèves et des étudiants.
225
Henry Adams, Mémoires de Ariitaimai, op. cit., p. 31.
229
Conclusion
En quoi les Mémoires de Ariitaimai représentent-ils un enjeu dans la transmission
des savoirs traditionnels autochtones ?
Pour répondre à la question, il semble pertinent de proposer l’étude de l’ouvrage à
un public élargi, allant du cycle 3 jusqu’à l’enseignement supérieur, car elle s’inscrit dans
une dynamique globale où l’enseignement des savoirs traditionnels trouve sa légitimité
au sein des différentes institutions et répond aussi, de manière universelle et spécifique,
à un besoin sociétal.
Pour certains, cette quête devient viscérale car de nombreux autochtones
éprouvent le besoin de comprendre, de se comprendre, de grandir et de s’accomplir dans
une société en mouvement constant, notamment dans un contexte mondialisé où tradition et modernité se mêlent en permanence.
En me reposant sur les propos de Paul Veyne qui disait : « Une culture est bien
morte si on la défend au lieu de l’inventer226 », pour ma part, je dirais qu’il semble essentiel
d’amorcer l’étude de sa propre culture le plus tôt possible. Il en est de même pour tout
ouvrage de la même envergure que celui de Adams, pour permettre une préservation des
savoirs traditionnels autochtones auprès de la génération actuelle et des générations futures. En parallèle, la conception et la publication d’outils pédagogiques nouveaux, adaptés à chaque cycle, sont à envisager. Au même titre, l’intégration de sources telles que les
Mémoires de Ariitaimai pour enrichir les revues littéraires et bibliographies dans les programmes devient indispensable.
L’inclusion de ces ressources a son importance car elle permettra aux enseignants
de proposer des situations didactiques et pédagogiques formelles qui répondront directement aux attentes institutionnelles, ce qui entraînera par la même occasion la production de plus en plus abondante d’outils pédagogiques.
Bibliographie et sitographie sélectives
Adams, Henry, Mémoires de Ariitaimai¸ traduit de l’anglais par Suzanne et André
Lebois, introduction par Marie-Thérèse et Bengt Danielsson, Publication de la
Société des Océanistes, n° 12, Paris, Musée de l’Homme, 1964.
Akkari, Abdeljalil et Fuentes, Magdalena, Repenser l’éducation : alternatives pédagogiques du Sud [En ligne], Paris, Unesco, 2021.
226
Paul Veyne, L’inventaire des différences, Leçon inaugurale au Collège de France, Éditions du Seuil, 1976.
230
https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000377797/PDF/377797fre.pdf.multi
Anciaux, Frédéric, Forissier, Thomas et Prudent, Lambert-Félix, éd., Contextualisations didactiques, approches théoriques, Paris, L’Harmattan, 2013, 282 p.
Atem, Félix, « Henry Adams. Tahiti et Les Mémoires d’Ariitaimai », Alizés : Revue angliciste de La Réunion, Islands, n° 8, 1994, pp. 91-102.
Marty, Jacques, Manuel pédagogique de français 5e-4e, collection Îles Océanes, 1998.
Salaün, Marie, Décoloniser l’école ? Hawai’i, Nouvelle-Calédonie. Expériences contemporaines, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2013.
https://www.cairn.info/revue-management-et-avenir-2013-2-page-35.htm
www.ebooks.education.pf
https://www.education.gouv.fr/bo/21/Hebdo47/MENE2136384C.htm
https://www.education.gouv.fr/sites/default/files/imported_files/document/1e_Tahitien_
Specialite_Voie_generale_108264
http://www.unesco.org/culture/ich/fr/convention
Résumé
Enseigner les savoirs traditionnels autochtones à l’école devient un véritable
enjeu. L’Éducation nationale française affirme son soutien pour le développement de
l’enseignement des langues vivantes régionales et la connaissance des cultures qu’elles
portent. À plus grande échelle, l’UNESCO, par le biais d’une convention, spécifie l’intérêt
de la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. En matière d’héritage patrimonial,
Tahiti a connu l’existence d’une grande figure féminine au XIXe siècle, du nom de Ariitaimai, côtoyée par Henry Adams, à qui elle « révél[a] l’intériorité spirituelle de Tahiti227 »,
que l’on retrouve dans son ouvrage, Mémoires de Ariitaimai. Par le biais d’une démarche
descriptive et analytique, aborder les récits relatés par Ariitaimai vahine sous le prisme
de la littérature, via la tradition orale, permettrait d’élaborer un corpus de base incluant
les divers types de récits, en vue, d’une part, d’en extraire les enjeux linguistiques, socio-culturels et éducatifs. D’autre part, aborder l’ouvrage sous le prisme de la socio-didactique permettrait de constater sa réception par la communauté des lecteurs ; adhésions ou tensions ? Marie Salaün affirme que prendre en compte les langues et cultures
autochtones semble être un angle intéressant pour interroger la période postcoloniale
car l’école est un lieu privilégié de compréhension qui inspire les modèles éducatifs. Ces
réflexions pourraient s’inscrire dans le parcours Master MEEF 2nd degré Tahitien-Lettres,
voire dans la formation de tout enseignant curieux.
Tonyo Toomaru est professeur certifié de tahitien à l’INSPÉ – Université de la Polynésie française et doctorant dans cette même université, au sein de l’UR 4241 EASTCO
– Sociétés traditionnelles et contemporaines en Océanie.
227
Félix Atem, « Henry Adams. Tahiti et Les Mémoires d’Ariitaimai », art. cit., p. 101.
231
Abstract
“When Stories Meet… and Cultures Tell Each Other…”
Teaching indigenous traditional knowledge at school is becoming a real challenge.
The French Ministry of National Education affirms its support for the development of the
teaching of modern regional languages as well as for the knowledge of the cultures they
carry. On a larger scale, UNESCO, through a convention, specifies the interest of safeguarding intangible cultural heritage. With regard to patrimonial legacy, Tahiti in the nineteenth century was home to a great female figure, named Ariitaimai, whom Henry Adams
encountered and who “revealed to him the spiritual interiority of Tahiti,” which one may
find out about in his work, Memoirs of Ariitaimai. Through a descriptive and analytical
approach, the study of the narratives related by Ariitaimai vahine through the prism of
literature, via oral tradition, might allow for the creation of a basic corpus which would
include the various types of narratives, in order to extract the linguistic, socio-cultural and
educational issues, on the one hand. On the other hand, approaching the book through
the prism of socio-didactics would make it possible to note its reception by the community of readers—adherence or tensions? Marie Salaün asserts that taking the indigenous
languages and cultures into account seems to provide an interesting angle from which to
question the postcolonial era, school being a privileged place of understanding that inspires educational models. These reflections could be included into the curriculum of the
Tahitian-French section in Master “MEEF2,” or even in the training of any teacher with a
sense of curiosity.
Tonyo Toomaru is a certified Tahitian teacher at INSPÉ (Teachers Training Institute) – University of French Polynesia and a Ph.D. student at the same university, as
well as a member of the UR 4241 EASTCO research team – Traditional and Contemporary
Societies in Oceania.
232
POSTFACE
L’héritage des Teva et l’empreinte de Tauraatua
La relance des échanges scientifiques sur un texte relativement
méconnu
Les objectifs que s’étaient fixés les organisateurs du colloque « Henry Adams et les
Mémoires de Ariitaimai » ont été très largement atteints : en matière pratique, d’abord,
par la mise en présence d’interlocuteurs de différents plans impliqués à divers titres dans
la thématique du colloque ; en matière théorique, pareillement, puisqu’au rappel synthétique des hypothèses formulées par leurs devanciers sur Adams et Ariitaimai et sur le
produit de leur collaboration littéraire, les membres du panel réuni ont pu, pour la première fois dans l’histoire de la recherche sur les Mémoires de la cheffesse Teva, adjoindre
un faisceau de propositions scientifiques actualisées dans une situation d’échanges in
praesentia et in situ, selon une dynamique d’articulation qui est parvenue à faire émerger
des visions convergentes ou divergentes aptes à donner corps, quelle que soit la perspective initialement privilégiée, au regard de l’autre.
Sur le plan historique, les informations et les sources jusqu’alors éparses relatives
à Ariitaimai et à la période de l’histoire qui constitue la genèse des Mémoires ont pu être
partagées et confrontées. La mise au jour et la mise à jour de ces éléments permettent
aussi, à l’issue du colloque, de soulever de nouvelles interrogations au sujet de leur historicité, de leur éventuelle charge apologétique ou encore de leur qualité hybride de traces
à l’intersection du public et du privé, traces à la visée potentiellement affective dont le
statut même doit continuer d’être interrogé.
Sur le plan littéraire, la narratologie semi-spéculaire, parfois en trompe-l’œil, du
texte des Mémoires a fait l’objet d’analyses nouvelles, dans le prolongement de celles proposées pendant les dernières décennies ou au contraire en rupture possible avec celles233
ci ; ces analyses ont pu être réactualisées en fonction des recherches contemporaines en
matière de littératures à la confluence des autochtonies océaniennes et de la modernité
ou de la post-modernité occidentale.
Sur les plans socio-culturel et linguistique, la qualité à la fois testimoniale et polémique d’une démarche scripturaire engagée, aux confins de la chronique, de l’épopée
contestataire et de la revendication, avec des relents d’hagiographie, a été soulignée dans
plusieurs interventions, ce qui suggère la nature fondamentalement actuelle des problèmes posés par le texte des Mémoires, dont le projet littéraire peut être pensé comme
un acte idéologiquement signifiant, à la puissance pragmatique encore vivace dans une
société polynésienne contemporaine imprégnée d’un imaginaire de cultural revival.
Le colloque a eu un impact dynamique sur le long terme auprès des chercheurs
internationaux qui y ont pris part. Il a eu notamment pour effet de déboucher sur trois
événements scientifiques organisés par les collègues américains ayant participé au
colloque à l’Université de la Polynésie française. Ces événements en aval du colloque se
sont tenus dans leurs universités respectives ainsi que dans des congrès extérieurs, à
Boston, entre autres, où se sont de nouveau rassemblés des spécialistes mondiaux de la
période tahitienne de la carrière de Henry Adams, dont la figure complexe de Ariitaimai
a été la clé de voûte.
On mentionnera en particulier la tenue, le 27 mai 2023, du panel « Taura-atua
i Amo: Henry Adams in Tahiti », organisé par la Henry Adams Society, dans le cadre du
34e congrès annuel de littérature américaine (34th Annual Conference on American Literature), 25-27 mai 2023, de l’American Literature Association (Westin Copley Place, Boston).
L’intervention du Professeur Decker au colloque à l’Université de la Polynésie
française a aussi été abondamment signalée dans les communiqués de la newsletter de
l’Oklahoma State University :
https://www.orangeconnection.org/controls/email_marketing/view_in_browser.aspx?sid=860&gid=56&sendId=4700284
Un compte rendu du colloque à Tahiti a en outre été envoyé par le Professeur Decker à la Massachusetts Historical Society. Le spécialiste y souligne l’importance du colloque qui s’est tenu à l’Université de la Polynésie française en matière d’avancée scientifique sur la production littéraire de Adams.
Dans le courant de l’année 2023, la thématique du colloque a aussi suscité l’intérêt
du comité organisateur de la 5e conférence internationale du Pacific Islands Universities
234
Regional Network, où une communication sur Henry Adams et l’écriture des Mémoires de
Ariitaimai, co-écrite avec Carole Atem, a été présentée par Florent Atem.
Si leur ouverture marquée à la sphère américaniste explique leur dimension bilingue français-anglais, nous avons choisi de publier les présents actes de colloque aux
Presses universitaires de Polynésie française – PŪ o te ’ite, au sein du Pôle éditorial de
l’Université de la Polynésie française, puisque les questions scientifiques et sociétales
soulevées dans les différentes interventions, de même que la situation de Tahiti, concrètement et symboliquement au cœur de la recherche dans le contexte de ces travaux, nous
ont semblé justifier que la primeur de cette publication revienne à la Polynésie française.
Impact et rayonnement culturel du tandem Ariitaimai-Tauraatua sur la société
228
La thématique du colloque a suscité de façon unanime l’intérêt de la presse. De
nombreuses interviews et présentations, ainsi que plusieurs tournages d’émissions ont
eu lieu avec les différents organes de presse pour le colloque, avant, pendant et après
l’événement, en radio, en télévision (sur les deux chaînes locales), dans la presse écrite et
par voie numérique.
Une captation vidéo professionnelle de l’ensemble des communications du colloque a été réalisée. Le traitement et le montage sont en cours en vue d’une mise à disposition du résultat de cette captation, dont le public intéressé pourra ainsi retrouver ultérieurement le contenu en ligne, s’il le souhaite.
Comme nous l’indiquions en introduction de ces actes, le succès académique du
colloque et son impact sur la société se sont signalés aussi par le nombre important de
participants dans le public durant les trois journées de communications à l’Université de
la Polynésie française, ainsi que pendant les deux journées de restitution à Papara et sur
certains des grands sites liés à l’histoire des Teva. Les deux premières journées, en particulier, se sont distinguées par la quantité substantielle d’auditeurs venus participer au
colloque, puisque l’amphithéâtre principal de l’université n’a pas désempli et que l’intérêt
des personnes présentes ne s’est pas démenti en cours d’événement.
Les organisateurs se réjouissent en outre du succès de l’articulation qui était visée
entre sphère académique et sphère de la population, succès dont témoignent notamment
les suites du colloque, et les débats sociétaux, soutenus et denses, que les présentations
228 Nom tahitien d’adoption de Henry Adams après son adoption traditionnelle par la famille de Ariitaimai,
selon le rite d’amitié pratiqué dans l’ancien Tahiti, le bond-friendship, suivant l’appellation de Ben Finney. (Voir
« Notes on bond-friendship in Tahiti », The Journal of the Polynesian Society, vol. 73, no 4, 1964, pp. 431-435. JSTOR,
http://www.jstor.org/stable/20704234. Accessed 10 Feb. 2025.)
235
ont suscités systématiquement. Des échanges détaillés entre le public et les spécialistes,
des informations et des thèses inédites, appuyées par des documents dûment sourcés,
issus de travaux universitaires ou du patrimoine privé de la famille Salmon, de même
que des pistes de réflexion novatrices en particulier sur l’influence de Ariitaimai sur son
temps et, indirectement, sur notre époque, ont pu être développés et partagés.
La dynamique trilingue du colloque, enrichie par l’apport du Professeur Leilani
Basham en matière de culture hawaiienne, s’est inscrite au cœur de la politique de valorisation du plurilinguisme océanien dont l’actualité est plus que jamais prégnante. Loin
d’être un simple fait de surface, le recours conjugué aux trois langues et en particulier
au tahitien, dans les allocutions, les présentations, les questions et les réponses ou encore les réactions du public, a été perçu par le public aussi bien que par les communicants
américains comme un signe irrécusable d’une forme de libération de la parole autochtone et de la connexion réussie entre monde scientifique et sphère non-universitaire. Cet
usage spontané des trois langues a d’ailleurs été salué explicitement comme une marque
forte du succès de cette articulation des sphères, par plusieurs représentants de l’Académie tahitienne présents à l’ensemble du colloque et unanimement enthousiasmés par
l’événement. Le colloque « Henry Adams et les Mémoires de Ariitaimai » a ainsi réalisé,
conformément à l’ambition des organisateurs, une immersion massive et engagée du
public non-académique dans le cœur même de l’espace universitaire.
Toujours sur le plan du rayonnement culturel fédérateur de ce colloque, les organisateurs souhaiteraient conclure ce bilan, avec un bonheur non-dissimulé, en soulignant
les éléments suivants.
Outre la présence à l’ouverture du colloque de la quasi-totalité du Gouvernement
du Pays, la diversité des partis politiques représentés, preuve que certaines figures-phares
du patrimoine commun de la Polynésie ont le pouvoir de transcender beaucoup de frontières idéologiques ;
L’implication active des étudiants, aussi bien dans le public que dans l’équipe organisatrice et parmi les communicants, puisque des doctorants et étudiants locaux ou en
poste à l’Université de la Polynésie française sont également intervenus ;
L’enthousiasme durable des intervenants extérieurs, professeurs spécialistes
de civilisation américaine, de Henry Adams et de Ariitaimai et/ou de langue et culture
hawaiiennes, venus de grandes universités des États-Unis continentaux et de Hawai‘i, qui
nous ont avoué, pour plusieurs d’entre eux, que l’aventure humaine de ce colloque sur
les traces de Henry Adams resterait gravée de manière indélébile dans leur mémoire, et
qu’avoir enfin marché sur la terre de Ariitaimai, entendu parler sa langue, rencontré son
236
peuple et ses descendants, représentait en toute certitude le couronnement de leur carrière (« the highlight of their careers »).
La venue de ces intervenants extérieurs favorisera indubitablement le développement et la consolidation de collaborations internationales avec les universités étrangères,
y compris dans le bassin Pacifique. Mais ce qui suscite la joie sans mélange des organisateurs de l’événement, c’est surtout l’attraction irrésistible exercée par la Polynésie française sur ces membres éminents de la communauté mondiale des chercheurs, venus à la
rencontre, par le biais de ses héritiers réels ou spirituels, de la dernière représentante des
anciennes puissances claniques tahitiennes, sur les traces historiques et fantasmatiques
de personnages majeurs de la destinée polynésienne.
Florent Atem et Carole Atem
Décembre 2025
237
ALBUM PHOTO
Chant d’ouverture (Hīmene des Teva)
Avec les membres de la famille Salmon, descendants de Ariitaimai
238
Colloque international HALMA
Sylvie André, Carole Atem, William Merrill Decker, Ormond Seavey, John C. Orr
239
Notre engagement pour une édition responsable et écologique
Nous croyons que la culture et la transmission du savoir doivent s’accompagner d’un profond respect pour notre environnement. C’est pourquoi nous
adoptons une démarche raisonnée, inspirée par les principes de l’Association
pour l’Écologie du Livre et d’autres acteurs engagés avec le moyen de notre
diffuseur Pacific Diffusion.
Nos engagements concrets :
• Impression raisonnée et locale
• Nous limitons les tirages excessifs et privilégions les petites séries ou
l’impression à la demande.
• Nous faisons appel à des imprimeurs labellisés Imprim’Vert ou utilisant
du papier FSC/recyclé.
• Économie de ressources
• Nos maquettes sont conçues pour limiter le gaspillage de papier (formats
optimisés, encres végétales ou écologiques si possible).
• Nous limitons l’usage de pelliculage plastique, de vernis UV ou de
couvertures à fort impact environnemental.
• Transport et diffusion éthique
• Nous favorisons la vente locale, les circuits courts, et la mutualisation
des expéditions avec d’autres acteurs culturels.
• Nos partenariats de diffusion sont choisis en cohérence avec ces valeurs.
• Durabilité des contenus
• Nous participons à la bibliodiversité en valorisant des voix minoritaires,
locales ou peu représentées.
• Engagement collectif
Chaque ouvrage publié est une promesse : celle de transmettre une pensée,
une émotion ou un savoir, sans nuire à la planète qui les accueille.
o te ’ite
Presses Universitaires
de Polynésie française
Achevé d’imprimer avril 2026
Dépot légal : 1er trimestre 2026
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Les Presses Universitaires
de Polynésie française ont
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les travaux de chercheurs
français et étrangers inscrits
dans des thèmes et disciplines
pour lesquels l’expertise de
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française
est
reconnue.
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en
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elles publient des ouvrages
scientifiques,
culturels
et
pédagogiques qui participent
au rayonnement de l’UPF, à la
diffusion du savoir dans toute la
région Pacifique, et au dialogue
entre disciplines, cultures
et langues, et contribuent
à mieux comprendre la
société polynésienne et son
environnement insulaire et
océanique.
Henry Adams et les Mémoires de Ariitaimai
En cette décennie qui marque le bicentenaire de la naissance de Ariitaimai,
dernière cheffesse du clan Teva et figure majeure de l’histoire tahitienne,
le présent volume rassemble les contributions des participants au colloque
international « Henry Adams et les Mémoires de Ariitaimai », qui s’est tenu
à l’Université de la Polynésie française en 2023. En articulant les analyses
d’universitaires et les témoignages de descendants de la famille Salmon, ces
travaux célèbrent la rencontre entre la culture polynésienne et la sensibilité
continentale de l’historien américain Henry Adams, qui rédigea les Mémoires
de la cheffesse.
Entre dialogue des civilisations, transmission du patrimoine et réflexion
sur la place des voix autochtones dans l’écriture de l’histoire, ces actes font
revivre la mémoire d’une femme de paix et laissent retentir l’écho durable
d’une amitié entre Tahiti et le monde.
HENRY ADAMS ET LES MÉMOIRES DE ARIITAIMAI
Presses Universitaires
de Polynésie française
HENRY ADAMS
ET LES MÉMOIRES DE ARIITAIMAI
Actes du colloque international organisé
par l’Université de la Polynésie française
(27 février 2023 – 1er mars 2023 / 2 mars et 22 avril 2023)
Spécialiste de la jeune république
nord-américaine, Florent Atem
est maître de conférences en
langues et littératures anglaises
et anglo-saxonnes à l’Université
de la Polynésie française, docteur
d’Aix-Marseille Université en
études anglophones, et agrégé
d’anglais.
Sous la direction de
Florent Atem et Carole Atem
ISBN : 978-2-494507-51-7
Spécialiste de l’écriture des
Mémoires romanesques, Carole
Atem est maître de conférences
en langue et littérature françaises
à l’Université de la Polynésie
française, docteur de l’Université
Paris 3 - Sorbonne Nouvelle en
littérature française des XVIIe
et XVIIIe siècles, et agrégée de
lettres modernes.
Fait partie de Actes du colloque Henry Adams et les Mémoires de Ariitaimai