B987352101_PFP1_2011_019.pdf
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Cote : P.&âP/L
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U,
OCTOBRE 2011
Te hotu fflasohi
Ramées de littérature polynésienne
Autochtonie
peuples autochtones
V
.
Littérama’ohi
Publication d'un groupe d'écrivains de Polynésie française
Directrice de la publication :
Chantal T. Spitz
Farepoiri Motu 'Ara'ara
Pluahine
E-mail
:
hombo@mail.pf
Numéro 19 / Septembre 2011
Tirage : 600 exemplaires - Imprimerie : STP Multipress
Mise en page : Backstage
Couverture : 4ian’so Te Boulc’h
Peinture rupestre, grotte de Eiaone, Tliva Oa, Marquises Sud
Photo : Tupuna et Nuuroa - Marie-Hélène Villierme
N° Tahiti lti
:
755900.001
Revue
Littérama’ohi
Ramées
de Littérature
Polynésienne
-
Te Hotu lVla’ohi -
LISTE DES AUTEURS DE LlTTERAMA’OHl N°19
Patrick AMARU
Marceline APO
Manuela ATURIA
Liliane BABOU
Anne BIHAN
Rahiti BUCHIN
Shirley BUISSON MAIRAU
Steeve CHAILLOUX
Erehia CHAMBO
Abigail MARITERAGI
Chantal MILLAUD
MONAK
Hinanui MOPI
Alice CHATELAIN
Erieta NOBLET
Manutea CHAUVET
Hinatea PAMBRUN
Annie COEROLI-GREEN
Hong-My PHONG
Flora DEVATINE
Odile PURUE
Prunella FEUTI
Jenny RAGIVARU
Morgane FRANQUIN
Natacha GAGNE
Moeata GALENON
Heinarii GRAND
Julien GUE
Manutea REASIN
Chantal T. SPITZ
Régina SUEN KO
Edgar TETAHIOTUPA
Danièle Tao'ahere HELME
Kaulana TAMA
Isidore HIRO
Titi TAUIARII
Ophélie HOCQUARD
Abel TEAHUA
Louise HUARD
Iteone TEAHUTAPU
Ali KHADAOUI
Tenahei TEHURITAUA
Nicolas KURTOVITCH
Aliona LADUS
Karine LEOCADIE
E. TONOHITI
Tuarii TRACQUI
Pamiti TURINA
Athanase VANTCHEV DE TH RACY
Marie-Hélène VILLIERME
Quentin VITASSE
SOMMAIRE
LlTTERAMA’OHl N°19
Septembre 2011
Liste des auteurs
Sommaire
...
p.
4
p.
5
La revue Littérama'ohi - Les membres fondateurs
p.
7
Editorial : Jimmy M. Ly
p.
9
p.
11
14
16
18
Hommage à Jean-Marc Pambrun
Liliane Babou
.-.
Hinatea Pambrun
..;
.
p.
.
Ali Khadaoui
p.
.
Athanase Vantchev de Thracy
p.
DOSSIER
«
Autochtonie et Peuples autochtones »
Annie Coéroli-Green
Les peuples autochtones : Définition
Les peuples autochtones
p.
20 '
25
p.
37
p.
42
p.
59 ‘
p.
66
p.
86
p.
87
p.
89 *
p.
94
p.
:
Isidore Hiro
Autochtone suivi de Ta'ata Tumu
Natacha Gagné
Les peuples autochtones et leurs luttes
Steeve Chailloux
Dire le temps et l'espace
Flora Devatine
Ecrits et dits autochtones
Régina Suen Ko
Iho tumu
Moeata Galenon
Autochtone
Edgar Tetahiotupa
Des mots et des représentations
1
Chantal T. Spitz
Sommes-nous prêts
Création
1. Concours Nouvelles policières
p.
99
p.
148
Karine Léocadie, Manutea Chauvet, Titi Tauiarii, Prunella Feuti,
Manuela Aturia, Hinanui Mopi, Tenahei Tehuritaua
2. Poésie
Concours poèmes sur la paix :
Marceline Apo, Shirley Buisson Mairau, Erehia Chambo, Abigail Mariteragi,
Iteone Teahutapu, E. Tonohiti, Eliane, Dominique, Raihau, Rosa
Concours poésie salon du livre Ra'iatea : Morgane Franquin,
Louise Eluard, Kaulana Tama, Quentin Vitasse
Danièle Taoahere Helme, Flong-My Phong, Odile Purue, Tuari'i Tracqui,
Régina Suen Ko, Heinari'i Grand
3. Textes libres
p. 171
Pâpâ rü'au - Manutea Reasin
Un secret - Chantal Millaud
'À'amu müto'i huna
-
Collectif : Jenny Ragivaru, Erieta Noblet,
Pamiti Turina, Rahiti Buchin, Abel Teahua, Patrick Amaru
Auteurs invités
Anne Bihan (Nouvelle Calédonie)
Prières et carte postale
:
p.
187
p.
190
p.
193
p.
199
Nicolas Kurtovitch (Nouvelle Calédonie)
Lire est une jouissance
Etudiants de littérature comparée : King's College de Londres
Alice Châtelain, Aliona Ladus, Ophélie Flocquard
Julien Gué précédé de la préface signée Monak
Théâtre à Nu’utania
L'artiste
Marie-Hélène Villierme
p. 224
Littérama ’ohi
Ramées de littérature Polynésienne
-
Te Hotn Ma’ohi -
La revue Littérama'ohi a été fondée par un
groupe apolitique d'écrivains
polynésiens associés librement :
Patrick Amaru, Michou Chaze, Flora Devatine,
Danièle-Tao'ahere Helme, Marie-Claude Teissier-Landgraf,
Jimmy M. Ly,
Chantal T. Spitz.
Le titre et les sous-titres de la revue traduisent la société
polynésienne d'au-
jourd'hui :
-
«Littérama'ohi», pour l'entrée dans le monde littéraire et pour l'affirmation
de son identité,
-
«Ramées de Littérature Polynésienne», par référence à la rame de
papier, à
celle de la pirogue, à sa culture francophone,
-
-
«Te Hotu Ma'ohi», signe la création féconde en terre polynésienne,
Fécondité originelle renforcée par le ginseng des caractères chinois intercalés
entre le titre en français et celui en tahitien.
La revue a pour objectifs :
-
-
de tisser des liens entre les écrivains originaires de la Polynésie
française,
originaires
de faire connaître la variété, la richesse et la spécificité des auteurs
de la Polynésie française dans leur diversité contemporaine,
de donner à chaque auteur un espace de publication.
Par ailleurs, c'est aussi de faire connaître les différentes facettes de la culture
-
polynésienne à travers les modes d'expression traditionnels et modernes que sont
la peinture, la sculpture, la gravure, la photographie, le
tatouage, la musique, le
chant, la danse... les travaux de chercheurs, des enseignants...
Et pour en revenir aux premiers .objectifs, c'est avant tout de créer un mouvement entre écrivains polynésiens.
Les textes peuvent être écrits en français, en tahitien, ou dans
autre langue occidentale (anglais, espagnol,... ) ou
n'importe quelle
polynésienne (mangarévien,
marquisien, pa'umotu, rapa, rurutu...), et en chinois.
Toutefois, en ce qui concerne les textes en langues étrangères comme pour
ceux en reo ma'ohi, il est recommandé de les
présenter dans la mesure du possible
avec une traduction, ou une version de
compréhension, ou un extrait en langue
française.
Les auteurs sont seuls responsables de leurs écrits et des
En général tous les textes seront admis sous réserve
opinions émises.
qu'ils respectent la dignité
de la personne humaine.
Invitation au prochain numéro :
Ecrivains et artistes polynésiens,
cette revue est la vôtre : tout article bio et
biblio-graphique vous concernant,
de réflexion sur la littérature, sur l'écriture, sur la langue d’écriture, sur des auteurs,
sur
l'édition, sur la traduction, sur l'art, la danse,... ou sur tout autre sujet concer-
nant la société, la culture, est attendu.
Les membres fondateurs
Editorial
Dossier : « Autochtonie et Peuples autochtones »
Et la rumeur courut enflammant les conversations dans toute la ville. On ne
parlait que du mot presque sacrilège qui a été prononcé. Ne réalisant pas encore
la portée de ce qu'il signifie, les esprits incrédules sont atterrés comme ne
pouvant
y croire. Comment peut-on faire un commentaire aussi à côté de la plaque, pour
utiliser ce mot détestable qu'on n'emploie que pour caractériser des circonstances
ostentatoires de nouveaux vainqueurs. Injuste ? Caricatural ? Péjoratif ? Crime de
lèse majesté ? Voire.
Mais à y bien regarder, il n'y avait pas vraiment matière à se scandaliser. Après
le doute, l'incompréhension, en examinant à tête reposée vient la clarté. En vérité,
les spectacles chorégraphiques pas si éloignées l'un de l'autre n'étaient que deux
façons parmi d'autres de concevoir l'orientation de sa propre culture.
D'une part, on peut aimer celle-ci dans une jolie modernité, soignée au
demeurant, mais peut-être plus « music hall » dans le sens du clinquant, du bravissimo. Ce qui n'exclut pas, et il faut le reconnaître, ni le sérieux, ni la discipline, ni
la rigueur, ni le travail.
De l'autre coté, on peut aussi préférer la deuxième vision d'un spectacle porteur
d'une authenticité plus secrète, plus ambitieuse à rechercher en soi mais qui, pourtant, inclurait aussi le même sérieux, autant de discipline et de rigueur comme de
somme de travail fourni. Et aussi avec le risque à courir, même si minime
peut-être,
de « se planter ».
Des deux voies, quelle est la meilleure et sinon quelle est la vraie ?
Le dilemme a été tranché par un jury mais il est dans une vision plutôt académique en ce sens que son choix ne vaut que pour l'instant. Il récompense les goûts
et les critères du moment mais il montre aussi les différentes directions vers les-
quelles tend aujourd'hui la danse polynésienne en tant que spectacle et culture. A
chacun de choisir la sienne.
Alors faut-il toujours trancher ? Et un classement peut-il prouver une quel-
conque supériorité artistique ou serait-ce pour récompenser la recherche d'une
autre vision de soi-même et donc de nous-mêmes ?
A moins d'être aveugle et sourd, tout le monde s'est rendu
compte avec fierté
et satisfaction que la danse polynésienne est suprêmement vivante et évolutive.
Tout ce mois de Juillet, elle a démontré par rapport à d'autres domaines
artistiques
pétulante créativité et son extraordinaire vitalité. Et surtout, ce qui n'est pas rien
par les temps qui courent, elle ne laisse personne au bord de la route.
Aussi pour en revenir par ce chemin détourné à notre chère littérature mao'hi,
peut-on penser aussi que la création littéraire pourrait être bling bling et être sujet
à polémique ? Bonne question.
Tous nos auteurs polynésiens connus ou inconnus aimeraient aussi
que le public
s'enflamme pour leurs récits. Comme ceux et celles qui dansent avec enthousiasme,
ils écrivent avec autant d'inspiration et de rigueur. Ils ne mégotent
pas non plus
avec la difficulté de leur travail de recherche
qui débouche sur leur propre vérité
sa
en
lettres et en mots.
Ils sont éminemment conscients qu'on peut écrire et décrire et commenter à
«
s'en tartiner » des feuilles et des feuilles. Mais ils savent bien qu’en fin de
un
compte,
mot à lui seul peut déclencher le buzz événementiel, celui qui suscite tout de
suite l'intérêt des lecteurs et déclenche les passions.
Si à l'occasion, vous lisez nos intervenants dans ce numéro de Littérama'ohi,
feuilletez avec avidité à l'intérieur de leurs phrases, et cherchez donc si vous arrivez
à trouver ce mot à controverse magique.
Serait-ce dans... ?
Jimmy M. Ly
Hommage à Jean-lTIsrc Pambrun
A mon fils bien aimé
Jean-Marc nous a quittés
Pour un vert paradis
Mais son souffle est resté
Dans nos cœurs, nos esprits
Toujours il sera là
Blotti comme endormi ;
Son doux regard sera
Posé sur nous, ainsi
Que ce sourire moqueur
Qui savait nous charmer.
Tais- toi ô ma douleur !
Mon fils nous a quittés.
(Créteil le 12 février 2011)
Mon fils bien aimé
Tu viens de nous quitter,
A travers tes enfants
Tu resteras présent,
Douce consolation !
Mais quelle est
raison
De cette grande tristesse
Qui, tous nous bouleverse.
Nous te laissons partir
Vers d'autres horizons
Où tu pourras agir
A Taise, à ta façon
Sous les yeux amusés
Des dieux de Panthéon.
(Créteil le 12 février 2011)
LitteRama’OHi # is
Liliane Babou
Jean-Marc nous a quitté il y a un mois
La douleur est toujours aussi vive en moi
Gardez une pensée pour lui
Là-haut dans son vert paradis.
(Bobital le 12 mars 2011)
Jean-Marc est parti
depuis 2 mois,
Seulement ou déjà !
Mais la douleur reste là,
A
peine atténuée.
Mon fils bien aimé,
Sera à jamais dans nos cœurs et nos esprits.
Une pensée pleine de tendresse pour lui
(Bobital le 12 avril 2011)
Nos cœurs désolés
Depuis trois mois
Souffrent toujours
Du « manque » de toi.
Tu manques à tes frères,
Tes fils, tes neveux et ta mère,
A tous ceux qui t'ont aimé
0 Jean-Marc le bien-aimé.
(Bobital 12 mai 2011)
La révolte gronde dans mon cœur,
Je ne puis calmer ma douleur.
Du haut de ton paradis vert,
Aide-moi mon fils bien-aimé.
13
Hommage à Jean-iïlarc Pambrun
A cet être qui a su me raisonner, quand en moi la raison disparaissait
A celui qui a su me guider, quand de mon chemin je m'égarais
A mon papa adoré, qui a toujours été à mes côtés
Même dans mes moments les plus mauvais
Qui ne m'a jamais abandonné
A toi papa
Je t'aime
12 février 2011
Perdue face à cette réalité
Je ne sais où se trouve la vérité
Car aujourd'hui encore je te vois
Revenir en me prenant.dans tes bras
Pendant longtemps j'ai cru rêver
Aujourd'hui encore j'attends de me réveiller
Je rêve encore aujourd'hui
Qu'avec nous tu rentres au pays
Ce pays que tu aimes tant
Ce pays que depuis toujours tu défends
Aujourd'hui je ne sais comment l'apaiser
Cette douleur qui a si profondément pénétré
Rire pour tenter d'oublier
Rire pour arrêter d'y penser
Pourtant face à cette réalité
à mon avenir je n'ose y songer
13 février 2011
Je n’ai rien pour apaiser ma douleur
Je ne sais comment sécher mes pleurs
J'espère un jour guérir du cœur
Avant que complètement je ne meurs
LitteRama’OHi # 19
Hinstea Pambrun
Je ne saurai expliquer cette fureur
Présente dans mon plus for intérieur
Je ne saurai expliquer cette peur
Qui en moi prend une telle ampleur
J'espère un jour te rendre honneur
En faisant en sorte que jamais ton combat ne se meure
25 mars 2011
Autrefois j'eus un père
Aujourd'hui je me retrouve sans repères
Autrefois, par lui, j'étais guidée
Aujourd'hui je me sens égarée
Autrefois j'eus un cœur
Depuis rempli de tant de rancœur
Autrefois j'eus la foi
Aujourd'hui je ne sais si elle est encore là
Autrefois j'eus de l'espoir
Aujourd'hui je ne broie que du noir
Samedi 30 avril 2011
Errer à ne plus savoir où aller
Errer à ne plus savoir où l'on est
Seule avec cette douleur si intense
Je ne sais où il faut que je m'avance
Aveuglée par cette grande colère
D'avoir perdu un être à mes yeux si cher
Et pourtant tellement rassurée
De le savoir bien là où il est
Aujourd'hui je ne sais quoi penser
Aujourd'hui je ne sais où je vais
J’erre donc telle un sans abri
En ne cessant pas une seconde de penser à lui
J'avance tant bien que mal dans cette misérable vie
Mais tout est si difficile aujourd'hui sans lui
Parfois il me prend l'envie de tout abandonner
Mais je sais que pour rien au monde il l'aurait souhaité
Je continue alors à avancer
En me laissant guider par ce qu'il m'a enseigné
Parfois même je replonge dans ces nombreux écrits
Pour me sentir un tant soit peu près de lui
Hommaga à Jaan-iïlarc Pambrun
Mercredi 11 mai 2011
Malgré le temps qui court
Il n'y a rien à quoi je puisse avoir recours
Pour apaiser cette profonde douleur
Qui chaque jour étreint davantage mon cœur
Il est dit que tout passe avec le temps
Alors pourquoi n'en ais-je pas l'impression ?
Peut-être devrais-je attendre quelque jour
Ou alors suis-je condamnée pour toujours ?
Il est dit que toute blessure guérit avec le temps
Alors pourquoi aujourd'hui j'en souffre toujours autant ?
Il y a une place qu'occupe normalement un père
Qui toute une vie doit servir de repère
Qu'en est-il de celui qui part avant l'heure ?
Nous laissant seuls ici bas en pleurs
Qu'en est-il de celui qui part à jamais
Nous laissant ici avec un cœur à jamais brisé ?
A cet être formidable qu'est ma mère
Le seul vrai amour de mon père
J'aurais tellement voulu qu'il en soit autrement
J'aurais tellement voulu que tout ce passe différemment
Samedi 21 novembre 2010
Elle se montre d'une telle férocité
Et pourtant derrière cela se cache sa grande sensibilité
Elle doit se montrer chaque jour de bonne humeur
Et pourtant de jour en jour elle se meurt
Malgré tout elle ne cesse de sourire
Mais qui sait réellement à quel point elle peut souffrir
A chaque instant elle doit se contrôler
Et pourtant elle a cette envie continuelle de pleurer
Elle aimerait tellement enfin se lâcher
Mais elle a une fille à rassurer
Elle se demande ce qu'elle deviendrait sans lui
Elle s'imagine à quel point ce ne serait plus une vie
Mais malgré tout elle sourit
Elle le fait pour elle mais aussi pour lui
LittéRama’OHi « 19
Hli Hhadaou'i
Jean -1VI arc
Iwa a Jean-Marc
Imkis tdeddit
Imkis teddit
xf ixf n ennurz
Ilia digi umarg n ususm ennk
zeg Wendake
Asusm ennk n ill
d tatsa ennk immgnunan
isawall d imzgura
enna ur
nezri
Agrram tgit
Agrram attqqimt
abda g ulawn n imzdagh imzwura
Usar nettu
Usar n tettu
tiwirga nid hnini ennegh
Dghiu ellig emyafa ugris d tghurart d waman
awd hah awd yan ighiyn ad ax ibdu
Ini azul i imzwura
Inasn liât tarwa ennun tsul tella
han amadal ira tawuri ennsen
ali khadaoui
afqqas n imdiazn n Tamazgha
Hommage à Jean-iïlarc Pgmbrun
Alors Jean-Marc...
Alors Jean-Marc
Comme ça tu t'en vas
comme tu es venu
sur
la pointe de l'espoir...
Ton silence m'a toujours manqué
depuis Wendake
Ton silence océanique
et ton sourire mystérieux...
discutant avec les ancêtres
à notre insu...
Sage tu étais
Sage tu resteras
à jamais
dans nos cœurs de Premières Nations
Fidèles nous sommes
Fidèles nous resterons
aux rêves de nos ancêtres
Et maintenant que la glace le désert et l'océan
se sont retrouvés
rien ni personne ne pourra plus nous séparer
Donne le bonjour aux ancêtres
dis -leurs que leurs peuples sont toujours là
et que le monde plus que jamais
a
besoin de leur sagesse...
ali khadaoui
Ambassadeur des Poètes de Tamazgha(Afrique du Nord)
LittéRama’OHi tt 19
Rthanase Uantcheu de Thracy
A l’Ami Poète
i
Ô, mon Ami, Fils des nénuphars roses,
Le cœur seul sait où il va !
On me dit que tu es mort !
Mort, toi, l'homme gai, hardi, pétillant,
L'homme à la tête d’aigle blanc !
Toi, l'adolescent impénitent
A la luxueuse allure de panthère,
Le Poète cher à mon cœur, à l'âme tissée
Des plus purs rayons du soleil,
Des plus claires eaux des océans !
11
De tes doigts de mer bleue à ta bouche écarlate,
Cette magnificence de l'amour
Et ce paisible endormissement des larmes
Entre l'or des constellations de tes cils
Et le candide engouffrement du matin.
Toi, mon Ami, empli de la vitesse des vents de Polynésie !
Toi, la générosité parfaite,
La simplicité des âmes attentives
Aux sanglots des êtres candides !
J'aimais tant les silencieux rituels de tes gestes,
La clarté apaisée de ton beau regard,
L'intelligence sensible de ta mélancolie !
J'aimais, mon Ami,
Les inflexions chaudes de ta voix nombreuse,
Les étincellements farouches de tes regards,,
Les coulées volcaniques de ta brûlante passion !
Dors à présent, Fils des terres somptueuses,
Dors dans les îles innombrables
De notre amour avec le chant sublime des abeilles
Déversé dans les calices solaires des fleurs exubérantes
De Tahiti !
Toi, orchidée éclose entre mes mains !
Dors dans les veines chaudes de notre tendresse,
Emporté vers l'éternité
Par les barques joyeuses des nuages !
O, mon Ami, Fils des nénuphars roses,
Le cœur seul sait où il va !
LittéRama’oHi n 19
Rnnie Coéroli-Green
Quelques définitions
Tribu : Groupement de familles de même origine, vivant dans la même région ou
se
déplaçant ensemble, et ayant une même organisation sociale, les mêmes
croyances religieuses et, le plus souvent une langue commune.
Peuple : Ensemble de personnes habitant ou non sur un même territoire et constituant une même communauté sociale ou culturelle.
Nation : Grande communauté humaine, le plus souvent installée sur un même ter-
ritoire et qui possède une unité historique, linguistique, culturelle, économique plus
ou
moins forte et régie par les mêmes lois.
Pour le dictionnaire, les termes indigène et autochtone sont interchangeables.
Selon le dictionnaire Larousse : Autochtone - aborigène - indigène.
Autochtone, du grec « autos » : de lui-même et « khtôn » : terre = « issu du sol
même ».
Aborigène : du latin « aborigènes », de « origo-originis » : origine et du suffixe issu
du grec « genos » : race = « qui habite depuis les origines le pays où il vit ».
Aborigène avec un A majuscule désigne un autochtone d'Australie.
Indigène, du latin « indigena » : « qui est né dans le pays qu'il habite». 3 Originaire
d'un pays d'outre-mer, avant la décolonisation.
En latin, le mot indigenae était employé pour distinguer les personnes nées dans
un
lieu donné de celles qui arrivaient d'ailleurs (advenae).
Les peuples tribaux : Le seul facteur qui différencie les peuples « aborigènes » des
peuples « tribaux » tient à un passé de « conquête ou colonisation » et ils ont les
mêmes droits.
Selon l'encyclopédie libre Wikipedia : Les peuples autochtones ou peuples indi-
gènes sont les descendants de ceux qui habitaient dans un pays ou une zone géographique à l'époque où des groupes de population de cultures ou d'origines
ethniques différentes y sont arrivés et y sont par la suite devenus prédominants
par la conquête, l'occupation, la colonisation, ou d'autres moyens.
Dossier
Dans les propositions de définitions, on parle souvent de l'auto-identification :
C'est la conscience d'un individu d'appartenir à un peuple autochtone et de son
acceptation en tant que membre de ce peuple par le peuple autochtone lui-même.
Au début de l'activisme autochtone à l'ONU, seuls étaient qualifiés d’autochtones
les peuples qui vivaient dans les anciennes colonies européennes d’Amérique,
d'Australie et du Pacifique.
Pour les peuples d'Afrique et d'Asie, l'utilisation de ce terme était plus délicate,
étant donné que, parallèlement à leur décolonisation, des élites locales ont été
installées au pouvoir. On parle parfois de « colonisation interne » pour attirer l'attention sur la marginalisation
de certains groupes ethniques. Parfois aussi il est
très difficile de déterminer quel peuple a habité une région en premier.
Selon I' « Etude du problème de la discrimination à l'encontre des populations
autochtones » présenté
à l'ONU par le rapporteur spécial Martinez Cobo
1980 : « Par communautés, populations et nations autochtones, il faut entendre
celles qui, liées par une continuité historique avec les sociétés antérieures à l'invasion et avec les sociétés précoloniales qui se sont développées sur leur terri-
toire, se jugent distinctes des autres éléments des sociétés qui dominent à
,
présent sur leurs territoires ou partie de ces territoires. Ce sont à présent des éléments non dominants de la société et elles sont déterminées à conserver, déve-
lopper et transmettre aux générations futures les territoires de leurs ancêtres et
leur identité ethnique qui constituent la base de la continuité de leur existence
en tant que peuple, conformément à leurs propres modèles culturels, à leurs ins.titutions sociales et à leurs systèmes juridiques. »
Critères proposés par Mme Erica-lrène Daes, présidente du Groupe de Travail
sur
-
le Peuples Autochtones des Nations Unies :
Sont les descendants des groupes qui étaient sur le territoire au moment de
l'arrivée de groupes de culture ou d'origine ethnique différent,
-
En raison de leur isolement, ont préservé presque intactes les coutumes et
les traditions de leurs ancêtres, similaires à celles que l'on considère comme
autochtones,
-
Se trouvent placés au sein d'une structure étatique qui possède des caractères nationaux, sociaux et culturels qui leur sont étrangers.
La Convention 169 de l'OIT de 1989 n'appose pas de définition stricte au terme
«
peuples indigènes et tribaux » mais s'attache, dans son article 1, plutôt à décrire
les peuples qu'elle vise à protéger.
LittéRama’oHi s 19
Rnnie Coéroli-Green
Article 1.1
La convention s'applique
(a) Aux peuples tribaux dans les pays indépendants qui se distinguent des
autres secteurs de la communauté nationale par leurs conditions sociales,
culturelles et économiques et qui sont régis totalement ou partiellement
par des coutumes ou des traditions qui leur sont propres ou par une législation spéciale ;
(b) Aux peuples dans les pays indépendants qui sont considérés comme indigènes du fait qu'ils descendent des populations qui habitaient le pays, ou
une région géographique à laquelle appartient le pays, à l'époque de la
conquête ou de la colonisation ou de l'établissement des frontières
actuelles de l'Etat, et qui, quel que soit leur statut juridique, conservent
leurs institutions sociales, économiques, culturelles et politiques propres
ou
certaines d'entre elles
L’Article 1.2
considère que
Le sentiment d’appartenance indigène ou tribale doit être considéré comme
un critère fondamental pour déterminer les groupes auxquels s'appliquent les
dispositions de la présente convention.
En
résumé, il n'existe pas de définition universelle généralement acceptée
cependant 4 critères sont considérés comme pertinents par les organisations
internationales, les peuples autochtones et les experts pour appréhender le
concept d’autochtone :
-la continuité historique avec les premiers habitants d’un territoire avant tout
processus de colonisation ;
-la perpétuation volontaire de caractéristiques culturelles, comprenant
notamment des aspects touchant leur relation spéciale à la terre, la langue,
à l'organisation sociale, aux valeurs religieuses et spirituelles, au mode de
production, ainsi qu'aux lois et institutions ;
-l'auto-identification et la reconnaissance par les autres groupes en tant que
collectivité distincte ;
-une
expérience d'assujettissement, de marginalisation, d'expropriation, d'ex-
elusion ou de discrimination.
NB : Ce dernier critère est controversé. Pour l'OIT, aucun avantage ne revient à
peuple qui est considéré comme « aborigène », au sens où historiquement, il
été victime de la conquête ou de la colonisation. La source des droits conférés
un
a
réside non dans le passé d'un peuple conquis, colonisé ou opprimé, mais dans le
fait qu’il est historiquement distinct en tan que société ou nation.
Dossier
Concept des droits des autochtones : Du mot population à celui de peuple :
Le concept des droits des peuples autochtone a pris forme en 1957 et fut introduit dans la convention N°107 de i'OIT relative à la protection et à
l'intégration
des populations autochtones, tribales et semi tribales dans les
pays indépendants».
En 1989, le terme de « peuples » sera soigneusement choisi
après de longues diseussions préalables comme le seul apte à décrire les peuples autochtones et tri-
baux lors l'adoption de la convention N°169.
On est passé d'une conception géographique à une conception
sociologique qui
implique une extension de l'application du principe de l'autodétermination aux
groupes non dominants à l'intérieur des frontières d'Etats indépendants.
Cependant, il fut rappelé que le mandat de I'OIT se limite aux droits sociaux et
économiques et qu'il n'est pas de son ressort d'interpréter le concept politique
d'autodétermination. La convention affirme les droits des peuples autochtones
à la participation, à la consultation et à s'administrer eux-mêmes, ainsi
qu'à déci-
der de leurs propres priorités. Ces mécanismes jouent un rôle important.
Autodétermination : C'est la Déclaration de l'ONU sur les droits des peuples
autochtones qui identifie les peuples autochtones comme « peuples » bénéficiant du droit à l'autodétermination (souvent confondu avec
indépendance).
L'autodétermination, c'est le choix du statut politique par les habitants. Il peut
être celui de l'indépendance ou autre.
Article 3
Les peuples autochtones ont le droit à l'autodétermination. En vertu de ce droit,
ils déterminent librement leur statut politique et assurent librement leur déve-
loppement économique, social et culturel.
Article 4
Les peuples autochtones, dans l'exercice de leur droit à l'autodétermination, ont
le droit d'être autonomes et de s'administrer eux-mêmes pour tout ce qui touche
à leurs affaires intérieures et locales, ainsi que de disposer des moyens de financer
leurs activités autonomes.
Droits fondamentaux : Les droits fondamentaux sont les droits de l'homme inaliénables (qu'on ne peut pas perdre) et intrinsèques (inhérent, du simple fait qu'il
est homme sans autres conditions extérieures), que tout individu possède dès sa
naissance, quel que soit sa race, son origine ethnique, son sexe, sa religion, sa
classe sociale ainsi que son éventuelle origine et identité autochtone. Les personnes autochtones ont droit à
jouir, au même titre que toute autre personnes,
de tous les droits de l'homme et de toutes les libertés fondamentales. Parmi ces
I ittékama'oHi # ig
Rnnie Coéroli-Green
droits fondamentaux, on citera notamment le droit à la liberté, à l'égalité, à la
citoyenneté, à la santé, à l'éducation,...etc. Faut-il ajouter que ces droits fondamentaux s'appliquent de la même façon aussi bien aux hommes qu'aux femmes.
Il peut sembler superflu de rappeler que les peuples autochtones possèdent éga-
lement ces droits fondamentaux mais, malheureusement, leur histoire a été souvent faite de génocides, d'ethnocides, de discrimination, de travail forcé et, bien
souvent, ces violations de leurs droits les plus fondamentaux se poursuivent.
Actuellement, on observe des violations des droits fondamentaux telles que le
refus d'accorder la citoyenneté, la servitude pour dette, la traite d’êtres humains,
la restriction de l’accès à l'éducation et aux services sanitaires. Les femmes sont
souvent plus victimes de ces violations que les hommes.
25
Dossier
Les peuples autochtones
Qui sont-ils ?
Plus de 5000 peuples sont reconnus comme autochtones ou indigènes d'après l’ex-
pression anglaise « indigenous people » et représentent 370 millions de personnes
réparties dans plus de 90 pays. Entre 150 et 200 millions vivent en Asie (hors Russie), 45 et 50 millions en Amérique latine, 14 millions en Afrique, 1 million et demi
en Amérique du nord (hors
Mexique), 1 million en Russie, 80 000 en Europe.
Ils constituent 5 % de la population mondiale, ils représentent 15 % des plus
pauvres.
Ils parlent plus de 4000 langues dont la plupart sont en danger et risquent de
disparaître d'ici la fin du XXI° siècle.
Certains peuples vivent dans des conditions difficiles dues à leur milieu naturel
(ex : les Touaregs du désert saharien, les Yanomamis de la forêt amazonienne, les
Inuits du cercle arctique) ou à la périphérie des Etats dits développés luttant pour
survivre face à une société qui ne les reconnaît pas ou les exclue. Nombreux aussi
sont ceux qui, victimes d'abus divers ou pour chercher de l'emploi, ont quitté
leurs terres traditionnelles pour aller vers les villes. Dans de nombreux pays, ils
sont plus de 50 % à vivre en région urbaine.
Qu'ont-ils en commun ?
Ces peuples ont en commun un passé de marginalisation, de spoliation et d'exelusion. Ils ont été marginalisés sur les plans politique, économique et culturel
par l’invasion de leurs territoires par des colons, la spoliation de leurs terres, et
de leurs ressources terrestres et marines (déforestations, exploitations minières
et pétrolières, constructions de barrages, pêche industrielle), le développement
du tourisme de masse et par des conversions forcées niant leur culture et leur
vision du monde.
Le processus de mondialisation au cours des dernières décennies a aggravé leur
situation. Ce néo-colonialisme a été mis en place par des pays dits développés et
les pouvoirs de nombreux pays du sud dépendants de la volonté de puissance des
firmes transnationales et des injonctions unilatérales des institutions internationales (FMI-Fonds Monétaire International, BM-Banque Mondiale, OMC-Organisation Mondiale du Commerce).
Littéaama’OHi tt 19
Annie Coéroli-Green
Souvent, les lois et les institutions qui les gouvernent leurs demeurent étrangères,
parfois ils n'en maîtrisent ni la langue ni les mœurs. Ils ont malgré tout conservé
des éléments de leurs modes d'organisation sociale et politique avec leurs
propres
coutumes et leur vision du monde. Dans les grands débats sociaux de notre
temps,
plan
leur apport, bien que trop rarement reconnu, est souvent primordial sur le
de leurs conceptions politiques, sociales et écologiques comme du
point de vue
culturel et spirituel. Ayant développé des savoirs et savoir-faire concernant leurs
terres et leur environnement, généralement transmis de
façon orale, ces communautés jouent un rôle important en matière de gestion et d’identification des res-
naturelles, de la biodiversité, des disponibilités en eau, ainsi que de
maintien de la diversité linguistique, bien commun de l'humanité. Elles sont ainsi
sources
au cœur des
questions de propriété foncière, intellectuelle (plantes, médicaments)
tropicale.
et de luttes pour le maintien de la forêt
Que demandent-ils ?
Les peuples autochtones demandent le respect de leur culture et de leur
langue
qu'ils souhaitent voir enseignée à l’école. Ils revendiquent le droit de préserver
leurs sites et leurs objets sacrés, leurs patrimoines artistique et
archéologique. En
effet, des tombes sont encore violées, des restes humains exhibés et des sites reli-
gieux exploités par l’industrie du tourisme. Par ailleurs, ils réclament le droit de
participer pleinement à la vie des Etats-nations dans le respect des spécificités
de chacun. Enfin, devant la menace environnementale dont fait
l’objet leur territoire (surexploitations minière, forestière et pétrolière,
pollution, etc.), les indigènes demandent que les habitants originels et l’environnement dont ils sont les
dépositaires soient protégés par des lois internationales.
Quelques définitions :
Tribu
ou se
Groupement de familles de même origine, vivant dans la même région
déplaçant ensemble, et ayant une même organisation sociale, les mêmes
:
croyances religieuses et, le plus souvent une langue commune.
Peuple : Ensemble de personnes habitant ou non sur un même territoire et
constituant une même communauté sociale ou culturelle.
Nation : Grande communauté humaine, le plus souvent installée sur un même
territoire et qui possède une unité historique,, linguistique, culturelle, écono-
mique plus ou moins forte et régie par les mêmes lois.
Pour le dictionnaire Larousse, les termes « autochtone » - «
indigène » et « abo-
rigène » sont interchangeables.
Autochtone, du grec « autos » : de lui-même et « khtôn » : terre = « issu du sol
même ». En mythologie grecque, un autochtone est un enfant né
spontanément
de la terre, sans parents.
Dossier
Aborigène, du latin « aborigènes », de « origo-originis » : origine et du suffixe
issu du grec « genos » : race = « qui habite
depuis les origines le pays où il vit ».
Aborigène avec un A majuscule désigne un autochtone d'Australie.
Indigène, du latin « indigena » : « qui est né dans le pays qu'il habite»... 3 Originaire d'un pays d'outre-mer, avant la décolonisation.
En latin, le mot indigenae était employé pour
distinguer les personnes nées
dans un lieu donné de celles qui arrivaient d'ailleurs (advenae).
Le seul facteur qui différencie les peuples aborigènes des
un
peuples tribaux tient à
passé de conquête ou colonisation, ils ont les mêmes droits.
Selon l'encyclopédie libre Wikipedia : Les
peuples autochtones ou peuples indigènes sont les descendants de ceux qui habitaient dans un pays ou une zone
géographique à l'époque où des groupes de population de cultures ou d'origines
ethniques différentes y sont arrivés et y sont par la suite devenus prédominants
par la conquête, l'occupation, la colonisation, ou d'autres moyens.
Dans les propositions de définitions, on parle souvent de l'auto-identification :
C'est la conscience d'un individu d'appartenir à un peuple autochtone et de son
acceptation en tant que membre de ce peuple par le peuple autochtone lui-même.
Le concept des droits des peuples autochtones, du mot population à celui de
peuple :
Au début de l'activisme autochtone à l'ONU, seuls étaient qualifiés de
peuples
d'Amérique,
d'Australie et du Pacifique. Pour les peuples d'Afrique et d'Asie, l'utilisation de ce
terme était plus délicate, étant donné que, parallèlement à leur décolonisation, des
élites locales ont été installées au pouvoir. On parle parfois de « colonisation interne »
pour attirer l'attention sur la marginalisation de certains groupes ethniques. Parfois
aussi il est très difficile de déterminer quel peuple a habité une région en
premier.
On est passé d'une conception géographique à une conception
sociologique qui
implique une extension de l'application du principe de l'autodétermination aux
groupes non dominants à l’intérieur des frontières d'Etats indépendants.
autochtones ceux qui vivaient dans les anciennes colonies européennes
Il n'existe pas de définition universelle généralement acceptée
cependant 4 critères sont considérés comme pertinents par les organisations internationales, les
peuples autochtones et les experts pour appréhender le concept d'autochtone :
la continuité historique avec les premiers habitants d'un territoire avant tout
processus de colonisation ;
la perpétuation volontaire de caractéristiques culturelles, comprenant notamment
-
-
LittéRama’oHi » 19
Annie Coéroli-Green
des aspects touchant leur relation spéciale à la terre, la
langue, à l'organisation
sociale, aux valeurs religieuses et spirituelles, au mode de production, ainsi
qu'aux lois et institutions ;
-
l'auto-identification et la reconnaissance par les autres groupes en tant que
collectivité distincte ;
-
une
expérience d'assujettissement, de marginalisation, d'expropriation, d'ex-
elusion ou de discrimination.
NB : Ce dernier critère est controversé. PourTOIT, aucun
avantage ne revient à
peuple qui est considéré comme « aborigène », au sens où historiquement, il
a été victime de la
conquête ou de la colonisation. La source des droits conférés
réside non dans le passé d'un peuple conquis, colonisé ou
opprimé, mais dans le
fait qu'il est historiquement distinct en tant
que société ou nation.
un
Autodétermination : C'est la Déclaration de l’ONU sur les droits des
peuples
peuples » bénéficiant du droit à l'autodétermination (souvent confondu avec
indépendance).
L'autodétermination, c'est le choix du statut politique par les habitants. Il peut
être celui de l'indépendance ou autre.
autochtones qui identifie les peuples autochtones comme «
Droits fondamentaux : Les droits fondamentaux sont les droits de l'homme inaliénables (qu'on ne peut pas perdre) et intrinsèques (inhérent, du
simple fait qu'il
est homme sans autres conditions extérieures),
que tout individu possède dès sa
naissance, quelle que soit sa race, son origine ethnique, son sexe, sa religion, sa
classe sociale ainsi que son éventuelle origine et identité autochtone. Les
personnes autochtones ont droit à jouir, au même titre
que toute autre personnes,
de tous les droits de l'homme et de toutes les libertés fondamentales. Parmi ces
droits fondamentaux, on citera notamment le droit à la liberté, à
l'égalité, à la
citoyenneté, à la santé, à l'éducation,...etc. Ces droits fondamentaux s'appliquent
de la même façon aussi bien aux hommes
qu'aux femmes.
Il peut sembler superflu de
rappeler que les peuples autochtones possèdent également ces droits fondamentaux mais, malheureusement, leur histoire a été souvent faite de génocides, d’ethnocides, de discrimination, de travail forcé
et, bien
souvent, ces violations de leurs droits les plus fondamentaux se poursuivent.
Les peuples autochtones :
Histoire d'une reconnaissance internationale.
L'histoire des peuples autochtones sur la scène internationale commence dès 1924
le Grand Chef Cayuga Deskaheh de la réserve des 6 nations
iroquoises de
l'Ontario qui se rendit à Genève auprès de la Société des Nations
avec
les droits de souveraineté de ces nations par les autres Etats.
pour faire valoir
Puis, dès la création
Dossier
de l'Organisation des Nations Unies, d'autres peuples autochtones se mobilisent
et tentent de faire reconnaître leur droit à l'autodétermination en se fondant sur
la Charte des Nations Unies. Même si ces revendications sont restées sans succès,
elles marquent le début de la mobilisation des peuples autochtones.
C'est l'intervention à l'ONU de la délégation belge en 1952 qui sera le point de
départ d'une réelle prise en compte des populations autochtones en provocant une
controverse. Elle interprète l'obligation pour les pays de communiquer à l'ONU des
rapports sur les indigènes en disant qu’elle s'applique non seulement aux colonies
d'outre-mer, mais également aux peuples autochtones dits « peu évolués » à fintérieur des frontières d’états indépendants dans toutes les régions du monde.
En 1969, la création de la Fraternité nationale des Indiens du Canada a
regroupé plusieurs organisations autochtones. C’est le début des ONG représentant les peuples autochtones.
La même année, à Londres, le mouvement pour les peuples indigènes « Survival » est créé par des citoyens préoccupés par le sort des indiens d’Amazonie vietimes d'un véritable génocide au Brésil. Il a pour but d'alerter le public sur la
situation des peuples indigènes essentiellement par des campagnes d.'information. Aujourd'hui, présent dans une centaine de pays, ce mouvement est soutenu
par de nombreuses personnalités du monde entier, écrivains, artistes, photographes célèbres. Parmi ceux qui ont financé l'achat du siège londonien en 2001,
figurent le Dalai Lama et le prince de Galles.
En 1994, la Révolte des indiens du Chiapas (Mexique) attire l'attention du
monde : « L'armée Zapatiste de Révolution Nationale (EZLN) s'empare de quatre
'
grandes villes du Chiapa et, appelle le peuple mexicain à la résistance vis-à-vis
d'un gouvernement corrompu qui délaisse une majorité en proie à la misère et
à l'exploitation. Leur motd’ordre « hoy decimos basta » vient rappeler au
Mexique mais aussi au monde la présence de « ses oubliés » qui souffrent quotidiennement d'une grande pauvreté. »
La présence des peuples autochtones sur la scène internationale est liée à Thistoire de l'Organisation des Nations Unies-ONU créée en 1945 pour remplacer
la Société des Nations-SDN fondée en 1919. Elle compte aujourd'hui 192 Etatsmembres et a pris une nouvelle dimension ces trois dernières décennies.
Au sein des Nations Unies, l'Organisation Internationale du Travail-OIT fut fon-
dée, dès 1919, sur le principe constitutionnel d'une paix durable basée sur une
justice sociale. C'est la seule structure tripartite dans le système des Nations
Unies qui implique les organisations des employeurs, des travailleurs ainsi que les
LittéRama’OHi « 19
Rnnie Coéroli-Green
.
gouvernements. Elle définit des normes, adopte des conventions et des recommandations et aide les gouvernements et autres parties intéressées à les mettre
en œuvre.
C'est en examinant les conditions de travail forcé dans le monde que TOIT s'est
aperçue que les peuples autochtones étaient particulièrement exposés à des formes
graves d'exploitation en matière de travail. Dès 1920, TOIT s’est penchée sur la question des « travailleurs autochtones » dans les colonies d'outre-mer des
puissances
européennes. Il fallait à ces peuples une protection spécifique en cas d'expulsion de
leurs terres ancestrales pour devenir des travailleurs saisonniers, migrants, à domicile,
ou travaillant en servitude
pour dette. L'un des résultats de cette constatation a été
l'adoption en 1930 de la convention de l’OIT N°29 sur le travail forcé.
L'étude sur les populations autochtones publiée en 1953 par l'OIT aboutit à la
Convention N°107 de 1957 relative à la Protection et à l'intégration des
populations autochtones tribales et semi tribales dans les pays indépendants
qui introduit le concept des droits des autochtones dans les premiers instruments juridiques internationaux pour
protéger expressément les droits des
«
populations aborigènes et tribales ».
En 1971, la Sous-commission de la lutte contre les mesures discriminatoires et la
protection des minorités, (aujourd'hui Conseil des droits de l'Homme relevant de
la Commission des droits de l'Homme) nomma Mr José Martinez Cobo
rapporteur
spécial et le chargea d'élaborer une étude exhaustive sur le problème de la discrimination à l'égard des populations autochtones. Ce travail, publié 10 ans
plus tard, se
démarque des conceptions précédentes, reconnaît et valorise la place des populations
autochtones au sein des Etats et surtout, toute idée d'assimilation disparaît.
Les peuples autochtones ne peuvent alors occuper aucune place officielle aux
réunions de l'OIT mais un certain nombre de leurs représentants s'arrangent pour
y participer en tant que membres des délégations syndicales et gouvernementaies. C'est ainsi qu'ils ont pris part aux débats dé la convention N°169.
La Convention N°169 de 1989 sur les peuples autochtones et tribaux est
adoptée
et fait disparaître la supposition implicite de la Convention N°107
que l'unique avenir
des peuples autochtones était l'intégration à la société majoritaire et
que la prise de
décisions concernant leur développement revenait à des personnes extérieures à ces
peuples. Cette avancée est due à la prise de conscience grandissante, à l'organisation
et à la participation des peuples autochtones au niveau national et international
pendant les années 1960 et 1970. Dans le Pacifique deux pays ont ratifié cette
convention : Fidji et la Nouvelle Zélande en avril 2010 après des années
d’opposition.
La France refuse de ratifier cette Convention au nom du
principe constitutionnel
d'indivisibilité de la République et de Légalité de tous les citoyens devant la loi.
C'est une interprétation abusive de la notion d'unité nationale sans
égard pour
les peuples indigènes des collectivités territoriales
françaises d'Outre-Mer qui
31
Dossier
souhaitent que soient reconnues leur spécificité culturelle et l'évidence de leurs
droits territoriaux, sans pour autant prétendre forcément à un
objectif politique
séparatiste. Ainsi aujourd'hui en Guyane, les Amérindiens, protégés uniquement
par des dispositifs réglementant l'accès à leur territoire, sont menacés par l'orpaillage illégal dont les conséquences socio-environnementales sont ravageuses.
Le Comité pour l'élimination de la discrimination raciale
(CERD) réuni à
Genève en août 2010, a recommandé à l'état
français de « permettre une reconnaissance de droits collectifs aux peuples autochtones, surtout en matière de
droit de propriété » et de « prendre les mesures
législatives nécessaire en vue de
la ratification de la Convention 169 de l'OIT.
L'Organisation des Nations Unies pour l'Education, la Science et la CultureUNESCO, dans sa Déclaration Universelle sur la diversité culturelle de 2001
mentionne expressément les peuples autochtones et des conventions ont été
adoptées pour encourager l’identification, la protection et la préservation du
patrimoine culturel et naturel à travers le monde considéré comme ayant une
valeur exceptionnelle pour l'humanité :
La Convention Concernant la Protection de
l'Héritage Culturel et Naturel
Mondial de de 1972 dont le programme est de cataloguer, nommer, et conserver les biens dits culturels ou naturels
d'importance pour l'héritage commun de
l'humanité. Le Comité du patrimoine mondial et l'UNESCO établissent la liste
du patrimoine mondial, ou patrimoine de l'humanité. Sous certaines
conditions,
les biens répertoriés peuvent obtenir des fonds de
l'organisation World Heritage
Fund. En juin 2010, 187 États parties avaient ratifié cette convention. En
juin
2011, 936 biens y étaient inscrits répartis dans 153 États parties. Depuis 1992,
cette liste est complétée par le registre international « Mémoire du monde
», qui
recense les collections documentaires d'intérêt universel. Au 31
juillet 2009, il
comprenait 193 éléments du patrimoine documentaire.
-
Dans le Pacifique, des sites des îles Salomons, du Vanuatu et de Nouvelle-
Zélande ont été classés.
En Polynésie française, des associations culturelles ont demandé
l'inscription des
sites des îles Marquises (le dossier traîne depuis 14 ans) et de Raiatea (marae
Taputapuatea).
La Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel
en
adoptée
2003 à l'UNESCO a été ratifiée le 20/6/2007 par plus de 78 Etats. Elle est née
des recommandations de 1989 sur la, protection des cultures traditionnelles et
complète la convention concernant le patrimoine mondial qui était tourné
essentiellement vers les aspects matériels de la culture.
LittéRama’OHi a 19
Rnnie Coéroli-Green
En 1997, à l'initiative d'intellectuels marocains et de l'UNESCO réunis à Marrakech,
le concept de « patrimoine oral de l'humanité » est défini, et, en 2001, une « Proclamation des chefs-d'œuvre du patrimoine oral et immatériel de l'humanité » établit
une première liste de patrimoines sur candidatures proposées par les États. Une nouvelle liste est établie tous les deux ans par un jury international. Les chefs-d'œuvre
proposés doivent être une expression culturelle vivante ou menacée. Ils doivent aussi
faire l'objet de programmes de préservation et de promotion, le fait d'être inscrit
sur la
liste de l'UNESCO.n'étant pas une garantie absolue de protection.
On entend par patrimoine culturel immatériel les pratiques, représentations,
expressions, connaissances et savoir-faire - ainsi que les instruments, objets,
artefacts et espaces culturels qui leur sont associés - que les communautés, les
groupes et, le cas échéant, les individus reconnaissent comme faisant partie de
leur patrimoine culturel. Ce patrimoine culturel immatériel, transmis de génération en génération, est recréé en permanence par les communautés et groupes
«
en
fonction de leur milieu, de leur interaction avec la nature et de leur histoire,
et leur procure un sentiment d'identité et de continuité, contribuant ainsi à pro-
mouvoir le respect de la diversité culturelle et la créativité humaine. Aux fins de
la' présente Convention, seul sera pris en considération le patrimoine culturel
immatériel conforme aux instruments internationaux existants relatifs aux droits
de l'homme, ainsi qu'à l'exigence du respect mutuel entre communautés, groupes
et individus, et d'un développement durable. »
En Océanie ont été classés : les dessins sur le sable du Vanuatu et les danses et
discours chantés Lakalaka du royaume de Tonga.
En Polynésie française est en projet le classement de sites d'envol des âmes dont
celui de Tataa à Tahiti.
-
La Convention de l'UNESCO sur la protection et la promotion de la diversité
des expressions culturelles de 2005 prend acte de leur contribution au déve-
loppement durable et s'efforce de promouvoir une éducation interculturelle et
multilingue qui accorde toute sa place à la langue maternelle et encourage
l'intégration des savoirs des peuples autochtones et de leurs façons de voir le
monde dans les programmes scolaires
La Déclaration des Nations-Unies sur les droits des peuples autochtones du 13
septembre 2007 adoptée à New York par l'Assemblée Générale malgré l'opposition
des Etats-Unis, du Canada, de l’Australie et de la Nouvelle Zélande, a permis une réelle
participation des peuples autochtones. Elle établit un cadre universel de normes minimales pour la survie, la dignité et le bien être des peuples autochtones du monde
entier et affirme le droit de ces peuples à réparation et à l'autodétermination.
Dossier
On peut encore citer les années internationales proclamées par l'ONU car elles
jalonnent les progrès des droits des peuples autochtones :
L'année 1993 est déclarée « année internationale des peuples autochtones » ;
Les années (1995-2004) furent proclamées « décennie internationale sur les
peuples autochtones » par l'Assemblée générale des Nations Unies avec pour
but l'adoption du projet de déclaration sur les droits des peuples autochtones
et la mise en place de structures au sein des Nations-Unies susceptibles de les
-
-
aider à faire valoir leurs droits ;
La 2eme décennie (2005-2014) internationale des populations autochtones
-
du Monde a pour but de continuer de renforcer la coopération internationale
-
pour la résolution des problèmes rencontrés par les populations autochtones ;
2010 fut l'Année internationale de rapprochement des cultures en même
temps que l'année de la biodiversité a offert une occasion unique de mettre
en valeur les liens directs qui existent entre la
protection des écosystèmes et
la préservation des cultures autochtones.
Les Organisations Non Gouvernementales-ONG.
Le rôle des ONG est important car elles constituent un contrepoids à un système
dominé par les Etats. Plusieurs organisations autochtones dont l'American Indian
Movement avec sa branche internationale l'International Indian Treaty Council
et le Conseil mondial des peuples indigènes, ont obtenu un statut consultatif
auprès du Conseil Economique et Social des Nations Unies et ont pu dénoncer
les atteintes aux droits de l'homme des populations autochtones au niveau inter-
national. Diverses conférences internationales des (ONG) des Nations Unies
furent ensuite organisées dont celle de 1981, sur les populations autochtones
et la question foncière.
Le GITPA-Groupe International de Travail des Peuples Autochtones, créé en
2003, branche francophone de l'IWGIA- International Work Group for Indigenous
«
-
Affairs, ONG Basée à Copenhague fondé en 1968 comprend plusieurs
ONG Maohi de Polynésie française » :
«
La Ligue Polynésienne Indépendante des Droits de l'Homme, Te Hui Tiama,
organisation de défense et de promotion des droits des peuples autochtones
du pays Ma'ohi, a été créée en 1991. Après avoir pris des contacts internationaux, Te Hui Tiama a fait porter son effort sur la constitution d'un réseau en
Polynésie même et la création de liens qui l'insèrent dans son « bassin naturel »,
le Pacifique. Ainsi est né le réseau Hiti Tau qui regroupe aujourd'hui une trentaine d'associations (0N.G) de tous les archipels. Les objectifs principaux de ces
deux organisations sont le développement durable et les droits des peuples
LittéRama’oHi « ia
Rnnie Coéroli-Green
autochtones, incluant le droit à l'autodétermination du peuple ma'ohi. Le
réseau Hiti Tau est partie prenante du Pacific Islands Association of Non
Governmental Organisations (PIANGO) - en français l'« Association des organisations non gouvernementales des îles du Pacifique », créée en 1991 et
-
qui
regroupe les ONG de 22 pays et territoires du Pacifique.
Pû Fenua Pû Metua est une association créée en 2006 qui a pour objectifs de
faire la lumière sur les traités historiques franco-ma'ohi, de rencontrer des
juristes et experts des droits de l’homme reconnus par la communauté internationale pouvant étudier les traités franco-ma'ohi ; d'amener l'État français
et le gouvernement local à changer leur politique en matière de justice foncière inopérante dans l'application stricte du code civil en Polynésie française
(1887) dans un pays où la terre est conçue comme une Terre-Mère qui ne se
vend pas et qui ne se morcelle pas.
-
-
-
Moururoa e Tatou est l'association des anciens travailleurs des sites nucléaires
français dans le Pacifique. Ils militent pour que soient reconnues les conséquences sanitaires des expérimentations atomiques militaires et qu'un cadre
législatif soit mis en place au profit des vétérans malades.
Rohutu No'ano'a est une association créée en 2006, pour la revalorisation du
patrimoine matériel et immatériel ma'ohi. Elle mène une campagne très active
pour la préservation des sites Tataa, considérés comme les lieux d'envol des
âmes après la mort. Sur l'un de ces sites, Rohutu No'Ano'a, (commune de Faaa),
le plus connu de Tahiti, un promoteur projette de construire un ensemble de
quarante villas de luxe.
Paruru Moorea,est une association des femmes de Moorea qui a mis sur pied
plusieurs activités artisanales. L'objectif visé est de permettre à des jeunes
femmes de l'île de pouvoir créer leur propre structure artisanale ou de créer
des possibilités de revenus complémentaires. »
Les réfugiés climatiques : D'autochtones à émigrés
Quel est l'avenir des peuples autochtones Pacifique qui, face à la disparition
de leurs terres due aux conséquences du changement climatique,
seront obli-
gés d’émigrer dans des pays étrangers ?
Pourront-ils conserver leur culture, leur langue etc. D’autochtones ils deviendront émigrants, parfois étrangers. Quels seront les traumatismes de ces peuples
qui, ayant un attachement viscéral à la terre, voient leur île engloutie avec un
sentiment de totale impuissance ? Impuissance à agir face à la montée des eaux
mais aussi impuissance face aux états les plus riches qui refusent de diminuer
suffisamment leurs émissions de gaz considérées comme la cause principale de
l'accélération du réchauffement planétaire.
Dossier
Les actions au niveau international,
régional et local :
Au niveau international :
-
Le sommet de la Terre, à Rio (Brésil), en 1992, a
marqué la prise de conscience
climatique. Des
conventions ont été ratifiées par divers pays
qui se sont engagés à limiter leurs
internationale des risques et des enjeux liés au changement
émissions de gaz.
En 1997, le protocole de Kyoto entré en
vigueur le 16 février 2005, a été ratifié
par 156 pays, à l'exception notable de l'Australie, des Etats-Unis et de la Chine,
les plus gros pollueurs de la planète. Les conférences de
Copenhague et de
Mexico qui ont suivi, ont été décevantes mais elles ne doivent
pas faire oublier
l'extraordinaire mobilisation citoyenne qui a poussé les chefs d'État à se rendre
si nombreux à ees conférences essentielles
pour l'avenir de la planète et de l'hu-
manité.
Le Programme des Nations Unies pour l'Environnement
(PNUE) ou United
partie du Conseil
économique et social des Nations Unies et représente la plus haute instance
chargée des questions environnementales au sein de cette organisation. On lui
doit le concept de développement durable.
Le Groupe Intergouvememental d’Experts sur l’Evolution du Climat
(GIEC) ou
IPCC (International Panel on Climate Changé], créé en 1988, traite des éléments
scientifiques de l'évolution du climat.
La Convention sur la biodiversité adoptée le 22/5/1992
par la conférence de
Nation for Environment Program (UNEP) créé en 1972, fait
Nairobi, vise à la protection des forêts, des rivières, la diversité de la faune sur
terre et la faune marine, la protection des côtes. (La mer nourrit 100 millions de
personnes dans le monde). Elle inclut également les recherches de stratégies pour
faire face aux changements climatiques.
Au niveau régional :
Les réfugiés climatiques des petits états insulaires du
Pacifique : En 1994, l’AI-
lianee des Petits Etats Insulaires (AOSIS) a été créée au sein des Nations Unies
pour agir auprès des instances internationales et des puissances étrangères. Elle
regroupe 43 pays victimes des effets des changements climatiques sur la mer. La
présidence reviendra à Nauru en 2011. Les atolls de basse altitude les plus menacés sont les îles Marshall, Kiribati et Tuvalu. Les
populations de ces îles ont déjà
commencé à immigrer en Nouvelle Zélande et en Australie.
En Polynésie française : L’archipel des Tuamotu
compte 78 atolls, tous menacés
de disparition en cas de montée des eaux. Le maire de l’île de
Napuka-Tuamotu,
lors du congrès des maires de Polynésie réuni à Tahiti en 2010 a dit : "C'est mon
LittéRama’oHi « 19
Hnnie Coéroli-Green
devoir de réfléchir maintenant à des solutions pour déplacer la population vers
d'autres régions de la Polynésie française". Un élu des Marquises, a répondu que lui
et ses collègues n'étaient pas hostiles par principe à l’accueil de la
population des
Tuamotu mais qu’ils souhaitaient à ces fins une assistance de la Polynésie française
et de l’Etat français. Cette situation a été évoquée lors du Forum des îles du Paci-
fique au Vanuatu.
Un programme de formation pour les peuples autochtones francophones
Le Haut Commissariat aux Droits de l’Homme a proposé au Centre d’Etude et de
Recherche Politiques (CERPO) de l’Université de Bourgogne de développer un programme pour les autochtones francophones en matière de coopération internationale
dans le domaine des droits de l’homme, des droits des peuples autochtones et de l’or-
ganisation de la société internationale. Plusieurs candidats, issus d’ONG représentatives, reçoivent une bourse et sont accueillis chaque année à Dijon pendant 4
semaines. Des stagiaires Kanak (Nouvelle-Calédonie) ont pu ainsi suivre ce programme.
Après la formation théorique à l’Université, les candidats effectuent des stages pratiques au sein d’organisations internationales (UNESCO, OIT, etc) pendant lesquels ils
élaborent des initiatives concrètes à destination de leur communauté respective.
Les ONG de Polynésie française pourraient présenter des candidats à cette formation.
Conclusion
Les peuples autochtones sont maintenant reconnus au niveau mondial, ils partici-
pent activement aux multiples structures internationales, régionales et nationales
pour être acteurs de leur développement et non plus victimes. Des progrès ont été
accomplis mais il reste encore beaucoup à faire pour résoudre les divergences qui
subsistent entre leurs intérêts et le développement national ou privé.
Deux risques opposés les menacent : La dissolution dans une mondialisation cul-
turelle ou l’évolution vers une radicalisation interne et extrémiste d'exclusion (reli-
gieuse ou autre).
Ils ont un rôle essentiel à jouer dans le domaine de la gestion de l’environnement
et du développement en raison de leur savoir et de leurs pratiques traditionnelles
pour un développement durable, « pour l’unité dans la diversité de l’humanité toute
entière et une prise de conscience de la richesse d'autrui dans la construction d’un
monde respectueux des valeurs de la culture de paix. »
Sources principales : ONU, OIT, UNESCO, Raphaël PORTEILLA (maître de conférence en sc po à l'Universite de Bourgogne), Survival, GITPA, ICRA International, dictionnaires Larousse, Wikipedia, association
«
Adéquations », FIDA (Fonds International de Développement Agricole) etc sur internet.
Dossier
Autochtone
(taata tumu)
(Traduit du tahitien)
1
-
connu
Il y a encore peu de temps le mot
français «autochtone» n'était pas
chez nous, on n'en avait jamais entendu parler et d'ailleurs,
l'équivalent
jusqu'à l'âge adulte,
quel que soit le lieu où je me trouvais, que ce soit dans les réunions politiques,
les rassemblements religieux, auprès de mes parents ou de toutes les
personnes
âgées de mon enfance, à aucun moment je n'ai entendu utiliser ce mot par qui
que ce soit Cela fait peu de temps qu'on l'entend dans notre pays.
D'après ce dont je me souviens, c'est vers la fin des années 80 que j'ai
entendu pour la première fois ce mot «autochtone». Ce
qui m'étonne beaucoup,
c'est à quel point son usage s'est répandu de nos jours. À
l'époque on n'arrivait
plus à comprendre qui on était exactement, où on était et comment on pouvait
se situer par rapport à cette nouvelle
expression : «autochtone». Qui était vraiment cette personne qu’on appelle « autochtone » ?...
À ce que j'ai compris, nous n'étions plus des Tahitiens, nous n'étions plus des
Paumotu, nous n'étions plus des Mangaréviens, ni des Marquisiens, ni des habitants des Australes, ni des Maupiti, ni d'autres gens des Iles sous le Vent, ni des
Maiào, ni des « Mooréanéens », cela signifiait que nous n'étions plus des Maôhi
mais plutôt des autochtones, c'est-à-dire des gens du pays...Mais
qui ? D'où
viennent-ils ?
Qui sont leurs parents ?.... Toutes ces questions sont sans
importance, ils sont nés dans le pays donc ce sont des gens du pays, il ne faut pas se
de ce mot n'existe pas dans notre langue. Depuis l'enfance
...
...
poser de question, il ne faut pas chercher à comprendre, c'est ainsi...
Mais peut-on se fier à cela ? C'est pourquoi nous allons
essayer
d'expliquer
la signification véritable de ce mot «autochtone».
2 -
Le mot «autochtone» a deux significations : on parle en
l'employant de
deux catégories de personnes et non d'une seule catégorie. On peut se questionner: si on
ce
parle de deux catégories différentes de personnes quand on prononce
qui représentent-elles ? C’est ce que nous allons définir
mot «autochtone»
maintenant.
LitteRama’OHi # 19
a)-
Isidore a Hiro
On appelle en français la première catégorie «les autochtones natifs».
Ce qui veut dire dans notre langue quelqu'un qui est né dans notre
pays. Mais
qu'il faut bien préciser c'est que ce n'est pas une personne originaire de ce
pays maisune personne dont les parents ou les ancêtres sont venus de l'extérieur
et, à ce sujet, il ne faut pas oublier que les étrangers sont arrivés pour la première
fois chez nous à la fin du 18ème siècle, que certains se sont installés définitivece
b)-
ment chez nous, se sont unis à des Maôhi ou bien entre eux, ont eu des
sont devenus propriétaires de terres et que ce
enfants,
phénomène a perduré jusqu'à la
génération d'aujourd'hui.
Ce sont ces personnes qu'on appelle «autochtones natifs», c'est-à-dire des
personnes nées dans le pays, qui ont grandi dans le pays, sont mortes dans le
pays et y ont laissé des descendants. Donc nous pouvons dire que ces personnes
sont des gens d'ici.
Nous allons examiner maintenant la deuxième
ce
signification que peut avoir
mot «autochtone» et ainsi nous constaterons les différences entre ces deux
catégories de personnes.
La deuxième signification de ce mot se dit en français «autochtone de
souche», ou bien «originaire», cela désigne dans notre langue les premiers habitants de ce pays. Un «autochtone de souche» est un homme de
de ce pays, attaché au socle de sa terre, relié à ses ancêtres
souche, originaire
par son nom depuis
la nuit des temps, depuis des générations et des
générations jusqu'à ce jour. Cette
personne-là a un lien avec sa terre, un lien avec sa généalogie et fait corps avec
son
pays.
Le lien avec les origines se fait aussi par le
sang (le sang maôhi), on peut par-
1er aussi de l'ethnie : le peuple Maôhi, du lien
symbiotique de ces personnes avec
l'animal protecteur de leur famille, venu de la terre, de l'océan ou du ciel. On
peut évoquer sa terre, son placenta, le nombril de sa terre, sa montagne, sa
douce, le lieu où les gens se rencontrent, s'installent et discutent,
source d'eau
embouchure, sa passe, son marae et son Dieu. Il a un hymne pour son pays
le t rava, le ûte, le rùau, le patautaù, le pehepehe, le
son
:
paripari (éloge du pays). Il
utilise ses instruments de musique, sa conque marine, son tambour, son toère, sa
flûte nasale et pratique ses danses comme le tea, le hivinau, le
paôâ, le àparima
etc. Il a son four traditionnel, où il fait cuire les
plats habituels, sa nourriture
composée des fruits de la terre et des ressources de l'océan. Le tatouage et la
sculpture font partie de ses coutumes,, il est très habile au tressage et connaît les
techniques pour construire les habitations locales et les embarcations traditionnelles (pirogues de pêche, pirogue de course et grandes
pirogues doubles) etc.
C’est l'ensemble de ces richesses et de ces savoirs
qui le lient au socle de sa
terre et conduisent à dire : «C'est vraiment un autochtone de souche.»
Dossier
se
Pour conclure ce que l'on peut dire sur cette
personne et sur sa terre on peut
référer à un proverbe maôhi : «La terre est la mère nourricière du Maôhi.»
Voici la démonstration de la différence entre ces deux
catégories de perl’appelle en français «autochtone de souche», donc il appartient à sa terre natale et au peuple
dont il est originaire alors que l'autre n'a pas de lien ancestral avec la terre et les
premiers habitants de cette terre parce que ses parents ou ses ancêtres sont
venus de l'extérieur et donc on
l'appelle, en français, «autochtone natif» : il est
né dans le pays, y a vécu et c'est tout.
sonnes :
l'un a un lien viscéral avec sa terre et ses ancêtres, on
Cela dit, nous sommes tous des humains : comme l'a dit le Grand Prêtre
Vaita : «Ils seront d'aspect différent de nous et pourtant ce sont nos sembla-
blés, issus du même tronc.». Donc il n'y a aucun problème pour vivre ensemble
au
quotidien en se respectant mutuellement.
Isidore a Hiro
LitteRama’oHi # 19
Isidore a Hiro
Taata tumu
(autochtone)
1
-
Aita terâ parau « autochtone» i itehia aènei' e aore ra i faaroohia aènei i te
fenua nei e aita roa atoà atu terâ taô i roto i te reo o te maôhi, mai toù â tamariiraa
mai e tae roa mai i toù paariraa, tae noa atu i te mau vahi atoà taù i haere i roto
ànei i te tahi mau rùrùraa poritita, faaroo ânei, i pihai iho i toù iho na metua ânei
e i te feiâ paari atoà no toù ra tau, aita roa atu terâ
parau e parauhia ra e i faaroohia aènei. No teie roa nei terâ parau i te àtùtùraa i roto i to tatou nei fenua.
Noù noa nei, i roto paha i te pae hopeà no te mau matahiti 1980 ra toù faate taime matamua roa i terâ parau “autochtone”. E o taù ia e maere
rahi nei ua riro roa teie parau, ei parau rahi roa i teie mahana. Eita atu ra ôe e
rooraa no
taa maitai faahou e : o vai mau atu na râ hoi ôe... tei hea ôe... e eaha to ôe tiàraa
i mua i teie parau âpï “autochtone”... O vai teie taata...
Te âuraa ia hiôhia atu, èere tatou i te Taata Tahiti faahou, èere i te Paùmotu
faahou, èere i te Maareva faahou, èere atoà i te Nuuhiva tae noa atu i te Tuhaa
Pae ânei, te Maupiti ànei e to Raro Matai mâ taatoà, te Maiào atoà e aore ra èere
i te Taata Moorea faahou, te âuraa, èere tatou i te Maôhi faahou e “autochtone”
râ, ôia hoi ; e taata ia no te fenua nei... aita rà e faataa ra e : o vai mau na râ
ôna... no hea mai ôna... e o vai tona mau metua... haapaô noa râ e, ua fanauhia
i te fenua nei e taata ia no te fenua nei, eiaha e feruri, eiaha e tuatâpàpà, mai terâ
ihoâ... Terâ mau ànei râ hoi... e tamata ia tatou i te hiô mai i te âuraa mau no
teie parau “autochtone”.
2 - “Autochtone” e piti auraa tona, e piti taata teie e parauhia nei èere ra hoê
E ui ia tatou e, mai te peu e piti taata teie e faahitihia nei i roto i teie taô
“autochtone”... o vai ia raua... ta tatou ia e hiô mai i teie nei.
noa.
a) - Te âuraa matamua e parauhia teie taata na roto i te reo farani e :
“autochtone natif’, te
âuraa na roto i to tatou reo : e taata fanauhia i te fenua
nei. Te vahi râ o te tià ia haapapü maitaihia, èere râ i te taata tumu no teie fenua
e taata rà e tona mau metua e aita ra tona mau
tupuna, no rapae mai ia i te haerèê atoà
eraa mai io tatou nei e eiaha atoà ia àramoinahia ia tatou e, te mau taata
i tae mai no te taime matamua roa io tatou nei, tei te pae hopeà ia no te àhuru
ma vaùraa
(18) o te tenetere (1800), ua noho tumu roa mai, ua faaea i te taata
maôhi e aore ra i rotopü noa ia ratou ratou iho, ua huaàihia, ua fenuahia e tae
roa aènei
i teie ànotau i to tatou, te üi no teie tau.
Dossier
O ratou teie
mau taata e parauhia nei e: “autochtone natif’ ôia
hoi,e taata
fanauhia i te fenua nei, paari i te fenua nei, pohe i te fenua nei e ua huaàihia râ
i te fenua nei, e parau ia tatou e taata atoà ia no te fenua nei. E hiô mai râ tatou
i teie nei i te piti no te âuraa no teie taô
“autochtone”, i reira tatou e taa papü
maitai ai i te taaêraa no nâ taata toopiti nei.
b) - Te piti no te âuraa, na roto i te reo farani te na ô ra ia e : “autochtone de
souche” e aore ra, “originaire”, te âuraa na roto i to tatou reo : te taata matamua
ia no teie fenua, e taata tumu, e taata âià,taàmuhia i nià i te
pàpà no tona
fenua e taàtihia i nià i te pàpàraa iôa no tona mau tupuna mai te
roa
tau âuiui mai e tae roa mai i teie mahana. E
pô mai, mai té
pàpàraa fenua tona, e e pàpàraa
tupuna tona i nià i te tino no tona fenua.
E 5 mai te parau no te tôtô (e tôtô
maôhi), te parau no te taura taata (e taura
taata maôhi), tae noa atu i te parau no te tâüra no terâ e terâ
ôpu fetii taata, i nià
ânei i te fenua, i roto i te moana üriüri pao ânei e to te reva. Te
parau no tona
fenua, te pü fenua, te pito o te fenua, tona mouà, tona puna pape ôra, tona tahua
e tona vauvau o tona ia
turuiraa, tona ôütu, tona âva, tona pü-marae e tona Atua.
E himene âià tana : e târava, e ûte, e ruàu, e
pataùtaù, e pehepehe, e paripari
fenua. E ùpaùpa tana mai te pü, te pahü, te toère, te vivo e tae noa atu i tana
ôri,
mai te ôteà, te hivinau, te paôâ, te àparima etv... E âhi-maa tana e
hopehope
maite aè tana maa-tahiti, tana maa tumu te reira e te mau hotu rau atoà o te fenua
e to te tai. Te vai nei tana tatâu e tana
nanaô, no roto mai i tana peu-tumu, tona
àravihi i te ôhipa haùne e te raraa, tona ite i te haamani i tona fare maôhi e te
ôhipa tarai vaa (te vaa taià, te vaa hoehoe, te vaa tauàti) etc.
Teie o te tahi no te mau faufaa tumu atoà e te
paari o tona ite, tei natinati
maite iana i nià i te pàpà o tona fenua i parauhia ai ôna e : e taata tumu no te
fenua ôia hoi “autochtone de souche” e parauhia ra. E no te
tona e tona fenua, te na ô ra te tahi
puôhu i teie parau i
parau paari a te maôhi e : «Te fenua ra e
metua vahiné ia no te maôhi».
Teie te taaêraa no na taata toopiti nei, e pàpàraa fenua, e e
pàpàraa tupuna to
te tahi, ia âu i te parauraa na roto i te reo farani e : «autochtone de souche» ôia
hoi, e taata-âià e taata tumu no te fenua. Areà i to te tahi iho ra, aita ia tona e
pàpàraa fenua e pàpàraa tupuna i nià i te tino no teie fenua e te mau taata matamua no teie
fenua, no te mea, tona mau metua e aore ra tona mau tupuna, no
rapae anaè mai ia i te haereraa mai io tatou nei i parauhià ai ôna e : e «autochtone natif» ôia hoi fanauhia e te ôra râ i te fenua nei, e tira râ atu ai.
Hoê â anaè râ tatou, ia âu i te parau paari a te Tahuà Rahi ra o Vaita e :
«E tino ê to ratou e tino ê to tatou, hoê â anaè râ hum no te TUMU mai».
No reira aita e tafifiraa i te pae no to tatou ôraraa, e ôra
faatura maite te tahi i te tahi, e tià roa ai.
âpipiti noa tatou mâ te
LittéRama’OHi 8 19
n.atacha Gagné
Les peuples autochtones
et leur lutte1
Dans le mouvement mondial de décolonisation, certains États d'Océanie ont
acquis leur indépendance complète. D'autres ont progressivement acquis un certain
degré d'autonomie, tout en restant dans le giron d'un autre État. Ailleurs, comme
en Nouvelle-Zélande, en Australie et à Hawai'i, où la voie de
l'indépendance n'était
pas ou difficilement une option concevable, les populations autochtones, qui sont
devenues des minorités démographiques, ont gagné différentes mesures de protection et de contrôle sur leur destin en recourant à la stratégie autochtone. Dans
les années 1970, des leaders M ori, Hawaiiens et Aborigènes d'Australie, aux côtés
de militants amérindiens et inuit, furent en effet responsables d'une mobilisation
de la catégorie « autochtone » à des fins politiques et légales particulières à l'international. Des représentants d'autres peuples se sont par la suite joints à eux.
Aujourd'hui, on estime à environ 300 à 350 millions le nombre de personnes se
considérant et pouvant être considérées comme autochtones dans le monde
(IWGIA 2007 : 10 ; WGIP 2001 ; pour des estimations régionales, voir MayburyLewis 2006 : 22). Ces personnes représenteraient près de 6°*de la
population mondiale et constitueraient pas moins de 5000 peuples dans 77 pays.
Dans les pages qui suivent, nous verrons d'abord ce que sous-tend la
catégorie
« autochtone ». Nous verrons ensuite la
portée générale des revendications autochtones. Nous résumerons enfin les principaux moments
marquants des luttes
autochtones à l'international, en particulier sera soulignée l'importance centrale
de l'ONU dans l'avancée de la cause autochtone au cours des dernières décennies.
1
Ce texte reprend de grands passages de notre chapitre intitulé « Les peuples autochtones, une catégorie en développement » publié dans Introduction au développement international : approches,
acteurs, enjeux, sour la direction de P. Beaudet, J. Schafer et P. Haslam (Presses de l’Université d'Ottawa,
2008 : 372-390). Sur la question, les lecteurs pourront aussi trouver utile de consulter
Gagné, Martin
et Salaün (2009) et Gagné et Salaün (2010a).
Dossier
L'autochtonie : acceptions universelle et particulière
Il existe une distinction importante entre deux
acceptions de l'autochtonie :
l'autochtonie comme catégorie universelle aux usages anciens et l'autochtonie
catégorie particulière, une catégorie identitaire et politique, mais aussi
légale relevant du droit international depuis la fin des années 1970.
Jetons d'abord un œil à l'étymologie du mot français « autochtone ». Celuici renvoie au grec autokhthôn qui se
décompose en deux mots : « autos » qui
signifie « même » et « khthôn » qui signifie « terre ». Le mot grec signifie donc
«
qui vient de la terre même ». En français, ce qui est autochtone est défini
comme étant ce «
[q]ui est issu du sol même où il habite, qui est censé n'être pas
venu par immigration ou n'être
pas que de passage » (Dictionnaire Le Petit
Robert, 1993 : 160). Des synonymes d'« autochtone » sont « aborigène » et
«
indigène ». Dans son acception générale, « autochtone » est l’antonyme
d'« étranger ». Donc, une coutume autochtone est une coutume relative aux
habitants du pays, une espèce autochtone d'arbres est une espèce de la
région,
qui n'a pas été importée, et être autochtone à un lieu signifie être originaire de
ce lieu. On voit que dans cette
acception générale, il s'agit d'un concept proprecomme
ment universel.
De tout temps, ce qui est universel, c'est la
propension de toutes les sociétés
à distinguer ce et ceux qui viennent d'ici et ce et ceux
qui viennent d'ailleurs.
Pour toute société, il s'agit de définir ses frontières
propres en identifiant un
Autre, une altérité, sur des bases qui lui sont spécifiques et partant, varient
d'une société à l'autre. Peu importe la langue dans laquelle elle
s'exprime, la
catégorie « autochtone » a été utilisée de tous temps pour marquer cette distinction entre ceux qui sont d'« ici » en opposition à ceux qui viennent d'ailleurs, les immigrants. On retrouve cette distinction tant chez les Grecs anciens,
les Celtes, les Romains, les Kanaks de la Nouvelle-Calédonie, les
peuples d’Amazonie, les Mossi de l'Afrique subsaharienne, que les Égyptiens de l'époque des
Pharaons, pour ne nommer que quelques exemples classiques (voir, entre autres,
Bensa 2008, Detienne 2003, Sahlins 1989). C'est aussi cette distinction entre
ceux qui viennent d’ici et ceux
qui viennent d’ailleurs qu'on retrouverait derrière
l'identité tn 'ohi, fer de lance du mouvement de renouveau culturel tahitien
depuis la fin des années 1970, comme l'a indiqué Saura (2008), citant Dura Raapoto : « Maohi est l'exact opposé de hutu painu (graine à la dérive). Il est générâlement défini de la manière suivante : commun, indigène, qui n'est
pas
étranger » (1978 : 115 cité dans Saura 1998 : 121). Saura précise que le terme
« hotu
p inu (ou hutu p inu) (...) désign[e] stricto sensu le fruit de l'arbre Barringtonia [hotu) qui dérive [p inu) sur la mer et vient prendre racine sur les
rivages » (2008 : 121).
LittéRama’oHi » 19
flatacha Gagné
Dans ces sociétés, la catégorie « autochtone » est utilisée comme base de la
légitimité spatiale, juridique et politique, et cette légitimité est fondée sur le lien
privilégié d'un groupe avec la terre où il demeure et donc, sur l'antériorité d'occupation du territoire. Dans tous ces cas, l'autochtonie est habituellement le fait
des majoritaires, et est potentiellement utilisée comme base à la relation avec
les immigrés. Chez les Kanak, les Mossi et les Fidjiens, par exemple, avant la colonisation européenne, la distinction entre les deux groupes distincts, voire antagonistes, est à la base de l'idéologie juridique et politique : aux autochtones la
terre et sa maîtrise juridique et religieuse, et aux étrangers le pouvoir politique
sur les hommes (Bensa 2008).
Depuis les années 1920, mais avec plus de force depuis la fin des années
1970, dans le cadre du mouvement plus large de décolonisation et des luttes
pour les droits civils, on a assisté à une remobilisation du concept sur la scène
internationale dans un contexte politico-historique très précis.
Cette remobilisation comporte deux dimensions importantes. D'un côté, on
assiste à la formation d'un mouvement social qui récupère la dénomination
« autochtone » à des fins identitaires et politiques qui leur sont propres eu égard
à leur histoire et à leur situation contemporaine. Le qualitatif d'« autochtone »
est alors utilisé par des populations marginalisées pour demander justice pour la
violation des droits humains dont elles sont victimes depuis la colonisation ou
l'invasion, et revendiquer des droits en vertu de leur antériorité d'occupation
d'un territoire.
De l'autre, on assiste à l'émergence à l'ONU
principalement à travers les
activités en matière de droits de l'homme, le Conseil économique et social et
l'Organisation internationale du travail (OIT) d'une catégorie légale correspondant à un ensemble particulier de populations discriminées dans les
aucune définition formelle de la
États. Si
catégorie n'a été formulée jusqu'à ce jour - les
autochtones eux-mêmes s'y opposant -, certains critères généralement admis la
balisent. Ces critères se retrouvent en grande partie dans la définition de travail
de José Martinez Cobo, le rapporteur spécial qui fut chargé en 1971 par la Sous-
Commission de la lutte contre les mesures discriminatoires et de la protection
des minorités de l'ONU d'étudier le problème de la discrimination contre les
populations autochtones dans le monde. Cette définition qui a guidé les travaux
des Nations-Unies depuis est la suivante :
379. Par communautés, populations et nations autochtones, il faut entendre celles
qui, liées par une continuité historique avec les sociétés antérieures à l'invasion et
précoloniales qui se sont développées sur leurs territoires, se jugent
distinctes des autres éléments des sociétés qui dominent à présent sur leurs territoires
ou parties de ces territoires. Ce sont à présent des éléments non dominants de la société
et elles sont déterminées à conserver, développer et transmettre aux générations futures
avec les sociétés
Dossier
les territoires de leurs ancêtres et leur identité ethnique qui constituent la base de la
continuité de leur existence en tant que peuple, conformément à leurs
modèles culturels, à leurs institutions sociales et à leurs systèmes
propres
juridiques.
380. Cette continuité historique peut consister dans le maintien,
pendant une longue
période jusqu'ici ininterrompue, de l'un des facteurs ou de plusieurs :
a) L'occupation des terres ancestrales ou au moins d'une partie de ces terres ;
b) L'ascendance commune avec les premiers occupants de ces terres ;
c) La culture en général ou sous certaines de ses manifestations (telles que religion,
vie en système tribal, appartenance à une communauté autochtone, costume,
moyens d'existence, mode de vie, etc.) ;
d) La langue (qu'elle soit utilisée comme langue unique, comme langue maternelle,
comme moyen habituel de communication au
foyer ou dans la famille, ou
comme langue
principale, préférée, habituelle, générale ou normale) ;
e) L'implantation dans certaines parties du pays ou dans certaines régions du
monde ;
f) D'autres facteurs pertinents.
381. Du point de vue de l'individu, l'autochtone est la
personne qui appartient à une
population autochtone par auto-identification (conscience du groupe) et qui est
reconnu et accepté par cette
population en tant que l'un de ses membres (acceptation par le groupe).
382. Cela laisse aux communautés autochtones le droit et le
pouvoir souverain de
décider quels sont leurs membres, sans ingérence extérieure (extraits du document de
l'ONU E/CN.4/Sub.2/1986/7/Add. 4, cité dans Schulte-Tenckhoff 1997 : 134-135).
La catégorie « autochtone » correspond donc à une configuration
spécifique
de rapports de pouvoir, incluant le fait que les peuples autochtones sont les der-
niers peuples à être encore colonisés et à être victimes d'activités expansionnistes. Les populations autochtones 1) sont sous domination ; 2) ne peuvent pas
accéder (ou difficilement) à leurs propres ressources naturelles ; 3) sont en mino-
rité politique et souvent non reconnues ; 4) sont exploitées économiquement par
les sociétés voisines ; et 5) sont niées culturellement (Schulte-Tenckhoff 1997).
C'est la combinaison de ces caractéristiques qui les distingue, les peuples autochtones figurant parmi les populations les plus défavorisées du globe. C'est d'ail-
leurs pour cette raison qu'on parle souvent d'elles comme faisant partie du Quart
Monde, c'est-à-dire qu'elles sont parmi les populations les plus défavorisées et
opprimées au sein des pays développés et du Tiers Monde.
La catégorie « autochtone » suppose aussi une continuité historique avec les
sociétés antérieures à l'invasion ou .à la colonisation. Elle suppose de
plus une
spécificité culturelle au plan de l'ontologie, de la cosmologie, de la langue, de la
coutume, de la religion. La définition de Cobo insiste d'ailleurs sur la nécessité
de la présence d'une volonté de maintenir et de perpétuer les environnements
et les systèmes ancestraux et donc, la spécificité culturelle.
LittéRama’OHi # 19
flatacha Gagné
Un autre critère important balisant la catégorie « autochtone » est le critère
d'autodéfinition ou d'auto-identification. Ce critère est en effet maintenant
lar-
gement reconnu dans les instances onusiennes. Ainsi, par exemple, on peut lire
dans la Convention 169 de l'OIT, une convention très importante pour la cause
autochtone comme nous le verrons plus loin, que le « sentiment d'appartenance
indigène ou tribale doit être considéré comme un critère fondamental pour déterminer les groupes auxquels s'appliquent les dispositions de la présente convention »
(cité dans Schulte-Tenckhoff 1997 : 141). On peut aussi lire à l'article 33 de la
Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones adoptée par
l'Assemblée générale de l'ONU en septembre 2007 que « Les peuples autochtones
ont le droit de décider de leur propre identité ou appartenance conformément à
leurs coutumes et traditions ». Ce critère d'autodéfinition entre directement en
conflit, dans plusieurs cas, avec les catégories définies par les Etats.
Un autre point fondamental relatif à la catégorie « autochtone » est qu'elle
sous-tend la revendication de droits collectifs. Cette particularité distingue la
catégorie de celle de « minorité » qui demeure associée, du moins à l'ONU, à la
revendication de droits individuels comme c'est le cas, par exemple, dans la
Déclaration des droits des personnes appartenant à des minorités nationales ou
ethniques, religieuses et linguistiques de 1992. C'est sur leur histoire de dépossession, d'exclusion et de domination, sur leurs modes de vie propres et leurs
capacités en tant que sociétés autonomes avant d'être colonisés ainsi que sur
leur situation actuelle comme communautés et cultures menacées que se fondent les revendications en termes collectifs des autochtones (voir, par exemple,
Bellier 2009, Saganash 2009, Schulte-Tenckhoff 2009).
Il faut préciser que les rapports de domination dont souffrent les populations qui s'identifient comme autochtones et revendiquent des droits en lien
avec la catégorie légale « autochtone » semblent plus clairs dans les sociétés
issues de la colonisation occidentale puisqu'est évidente la distinction entre le
peuplement aborigène et les peuplements issus de la colonisation européenne
et des immigrations subséquentes (Schulte-Tenckhoff 1997). En effet, à l'ONU,
la définition des peuples autochtones concernait d'abord les habitants originels
des colonies de peuplement européen. Cette référence était implicite dans la
définition de travail de Cobo. Sans qu'une liste n'ait jamais été établie par
l'ONU, les peuples emblématiques de l’autochtonie sont donc les Amérindiens
des Amériques, les Inuits des régions circumpolaires, les M ori de la NouvelleZélande et les Aborigènes d'Australie (voir, entre autres, Schulte-Tenckhoff
1997 ; Sissons 2005; Tsing 2007). Les leaders de ces peuples furent d’ailleurs les
premiers responsables, comme nous l'avons vu en introduction, d'une remobilisation de la catégorie « autochtone » à des fins politique et légale particulières
à l'international.
47
Dossier
Des représentants d'autres peuples qui se sont identifiés comme autochtones
ont par la suite rejoint leurs rangs, qu'on pense aux Saami de Scandinavie, aux
peuples autochtones de Sibérie, aux insulaires du détroit de Torres en Australie
largement reconnus comme
et aux Ainu du Japon. Ces peuples sont aujourd'hui
autochtones.2
La situation est beaucoup moins claire quand il s'agit des peuples dits « tri-
baux
»
d'Asie et d'Afrique auxquels on applique parfois aussi la
catégorie « autochtone », comme le fait l'OIT (Schulte-Tenekhoff 1997). La situation de plusieurs peuples dits « tribaux » est très semblable à celle des
peuples
autochtones quand il est question de la menace que la société industrielle fait
courir à leurs terres, à leur économie traditionnelle, à leur
ontologie et à leur
identité particulière.
S'ajoute d'ailleurs à la définition de Cobo un volet sur les conditions similaires
de marginalisation et de non-dominanee de communautés qui n'ont
pourtant
pas été victimes de conquête, de génocide ou d'assimilation forcée :
En dépit du fait que les groupements de population isolés ou marginaux
qui existent
dans le pays n'ont été ni conquis ni colonisés, il faut
également lés inclure dans la
notion de 'populations autochtones', pour les raisons suivantes : a) ils sont les descendants de groupes qui se trouvaient sur le territoire du pays au moment de la venue
d'autres groupes, de culture ou d'origine ethnique différente ; b) ils ont conservé
presque intactes leurs coutumes et traditions ancestrales, analogues à celles qui ont
été qualifiées d'autochtones, en raison précisément de leur isolement des autres
couches de la population du pays ; c) ils sont, ne serait-ce même que formellement,
placés sous une structure étatique qui est l'expression de caractéristiques nationales,
sociales et culturelles qui leur sont étrangères (extraits du document de l'ONU
E/CN.4/Sub.2/L.566, § 45, cité dans Schulte-Tenckhoff 1997 : 136).
C'est en lien avec ce dernier volet de la définition de Cobo que la situation
de plusieurs peuples d'Asie et d'Afrique a été abordée à l'ONU comme une ques-
tion autochtone. Pourtant, comme le souligne Schulte-Tenckhoff, le texte semble
surtout faire référence « à des populations occupant des habitats
écologique-
ment fragiles, comme les régions forestières et désertiques, nécessitant des
modes de vie adaptés » (1997 : 136). Semblent donc toujours faire problème dans
la définition de l'autochtonie les peuples transfrontaliers et nomades, les
peuples
constitutifs des États africains, asiatiques (et océaniens) issus du mouvement de
décolonisation et victimes de diverses formes de néocolonialisme (pour des
exemples, voir Schulte-Tenckhoff 1997 : 136-137, Pelican 2009), bien que ces
2
Fait à noter, les populations du Pacifique Sud francophone et, plus largement de l'ancien
empire coloniai français, ne participent que depuis très récemment à la mobilisation, à l'exception des Amérindiens
de Guyane et du Canada français dont des leaders se sont joints rapidement au mouvement.
LittéRama’OHi # is
flatacha Gagné
peuples aient fait l'objet d'une plus grande attention au cours des dernières
années dans les instances onusiennes s'intéressant à l'autochtonie.3
Les demandes autochtones
Comme nous l'avons montré ailleurs (Gagné et Salaün 2010b), historique-
ment, dans le mouvement général de décolonisation, les revendications nationalistes (indépendantistes) et les revendications autochtones n'ont pas visé, en
général, le même type d'autodétermination : ce que réclament les mouvements
indépendantistes, c'est l'exercice d'une pleine et entière souveraineté en tant
qu'État après une sécession d'avec l'État original, alors que ce que demandent la
très grande majorité des mouvements autochtones, c'est la possibilité d'exercer
une autonomie à l'interne, en restant citoyens de leur pays, tout en pouvant profiter de droits supplémentaires par rapport à leurs concitoyens au motif de droits
collectifs qui leur seraient reconnus au nom de leur histoire partagée de dépossession, d'exclusion et de domination, de leurs modes de vie propres et de leurs
capacités en tant que sociétés autonomes avant d'être colonisés, ainsi que de
leur situation actuelle' comme communautés et cultures menacées. L'article 46
de la Déclaration sur les droits des peuples autochtones permet d'ailleurs d'in-
terpréter et de qualifier leur droit à l'autodétermination tel qu'énoncé aux articlés 3 et 4 de la même déclaration. Cet article précise :
qu'aucune disposition de la présente déclaration ne peut être interprétée comme
impliquant pour un Etat, un peuple, un groupement ou un individu, un droit quelconque de se livrer à une activité ou d'accomplir un acte contraire à la Charte des
Nations Unies.
■
Et les Nations Unies, jusqu'à maintenant, ont défini les contours du droit des
minorités nationales de façon telle qu'il n'a de portée légale qu'en matière d'au-
todétermination interne. « En ce sens, les minorités nationales n'ont de droit que
celui d'être protégées à l'intérieur d'un État souverain. Ce droit n'a rien de col-
lectif au sens où un État souverain serait dans l'obligation d'octroyer un tel pouvoir à l'une ou l'autre de ses minorités » (Bariteau 2009).
Les articles 19, 21,22 de la Déclaration soulignent aussi le devoir de l'État de
s'acquitter de ses obligations de garantir le droit au développement, ce qui souligne encore le maintien des peuples autochtones au sein des États.
3
Sissons (2005) décrit l'effet de l'élargissement du mouvement sur sa définition et les demandes qu'il
formule.
Ce que les autochtones revendiquent généralement, c'est un contrôle sur leurs
vies et leur propre destin. Henriksen (2001) identifie différentes significations que
■peuvent revêtir les demandes autochtones qui s'articulent en termes d'autodétermination :
•
contrôle sur la gouvernance locale, tribale
•
contrôle sur le territoire « traditionnel » ou ancestral
•
pleine participation à la vie nationale comme citoyens à part entière, ce qui
peut impliquer un redressement des disparités socio-économiques
représentation dans les instances de l'État et consultation dans l'élaboration des lois et programmes qui les concernent
•
la décolonisation des institutions et des services (santé, éducation, environnement...) et leur contrôle (total ou partiel)
•
•
reconnaissance de droits coutumiers dans certains domaines (droit foncier,
droit familial, justice pénale)
•
valorisation des structures et modes de vie traditionnels et liberté de préserver et
•
promouvoir leur culture
mise en place de mécanismes de résolution de conflits et de réparation des
préjudices.
La très grande majorité des autochtones ne visent donc pas l'obtention de la
pleine souveraineté et pour la grande majorité d'entre eux, elle n'est pas une
option envisageable étant donné, entre autres, leurs conditions extrêmement
précaires et leur poids démographique4 (voir Gagné et Salaün 2010b). Dit autrement, la majorité les autochtones ne visent pas une autre citoyenneté, mais
après avoir initialement mené des luttes anti-discrimination pour cesser d'être
considérés comme des « citoyens de seconde zone », ils revendiquent en quelque
sorte une forme de « super-citoyenneté », où ils gardent les mêmes droits individuels que leurs concitoyens non autochtones tout en ajoutant le bénéfice de
droits collectifs. On comprend dès lors combien leurs revendications heurtent
nombre de conceptions de l'égalité citoyenne.
1
Plusieurs populations autochtones sont en effet très petites au plan démographique. En Australie, les
Aborigènes et les insulaires du détroit de Torres ne représentent que 2,5 % (recensement de 2006) de
la population totale australienne, alors qu'au Canada, l'ensemble des nations autochtones - très diversifiées entre ellès aux plans de la culture et des conditions socio-économiques et politiques - représentent 3,8 °/o (recensement de 2006) de la population canadienne.
LittéRama’oHi #19
flatacha Gagné
Les grands moments qui ont marqué la lutte autochtone
dans son acception onusienne
L'établissement véritable des mouvements autochtones nationaux et inter-
national et leur expansion commença après la Deuxième guerre mondiale, même
si le véritable momentum ne vint que dans les années 1970.5 L'impulsion vint du
constat d'échec des politiques assimilationnistes révélées par les statistiques dans
les années 1960 et 1970 qui démontraient les limites de l'égalité juridique, des
frustrations engendrées chez les autochtones par l’incapacité d'obtenir justice
auprès des gouvernements des États dont ils font partie et de leur refus de se
reconnaître dans les catégories politiques établies par ces mêmes États. Les peuples
se
reconnaissant comme autochtones furent alors amenés à établir des solidari-
tés avec d'autres autochtones au-delà des frontières des États où ils habitaient,
et à établir des liens internationaux avec divers acteurs non autochtones sensi-
blés à leur cause tout en faisant appel aux instances internationales, en particulier l'ONU, de façon à faire entendre leurs doléances et leurs demandes. Un des
objectifs est alors de mettre en défaut les États en exposant certains cas d'abus
sur la scène internationale dans l'idée de ce que Blaser, Feit et McRae (2004, suivant Keck et Sikkink 1998) appellent la « stratégie boomerang » : l'arène internationale est utilisée afin de créer une pression sur les États en se servant de
l'opinion internationale pour influencer les décisions au niveau national. Et,
comme le remarque Niezen (2003) et Morin (2005, 2009), l'ONU est devenue le
foyer central du mouvement autochtone international. À ce niveau, un autre
objectif important de la lutte autochtone est la reconnaissance de leur situation
et problématiques particulières et la mise en place de standards internationaux
pour garantir leur protection, leur développement et leurs droits.
Les ONG autochtones et non autochtones jouèrent, à partir de cette période,
un rôle très important à l'ONU dans la dénonciation des violations des droits de
l'homme dont étaient victimes les peuples autochtones et dans la reconnaissance
de leur cause en représentant un contrepoids aux États qui dominent le système
onusien encore aujourd'hui (voir Bariteau 2009, Niezen 2003). La Fraternité
nationale des Indiens du Canada, créée en 1969, fut accréditée en 1974 comme
la première ONG autochtone ayant un statut consultatif à l'ONU (Minde 1996).
C'est d’ailleurs cette organisation qui fut à l'origine de la création du Conseil
mondial des peuples indigènes en 1975 à la suite d'une rencontre entre des
représentants saami, inuit, m ori, aborigènes d'Australie et amérindiens à Port
5
Pour des précisions sur le contexte favorable de cette époque, voir Minde (1996), Allen (2002), SchulteTenckhoff (1997). Pour une synthèse, voir Gagné (2008).
51
Dossier
Alberny, en Colombie-Britannique (Canada), avec l'appui d’ONG comme
\'International Work Group for Indigenous Affairs (IWGIA), des
gouvernements
Scandinaves et du Conseil des Églises (Morin 2009). L’ONG obtint son accréditation à l’ONU en 1981.
En 1977, se tint au Palais des Nations à Genève une première conférence
por-
tant directement sur les questions autochtones : la Conférence internationale
sur
la discrimination à l’encontre des populations autochtones dans les Amé-
riques. Celle-ci réunit une soixantaine d’organisations autochtones. Elle fut suivie
1981 par une autre conférence sur les populations autochtones et la
question
en
foncière.
Ces rencontres, ainsi que l’étude de Cobo sur le point d’être achevée6, ont
grandement contribué à la création, en 1982, du Groupe de travail des Nations
Unies sur les populations autochtones dans le cadre de la Sous-Commission de
la lutte contre les mesures discriminatoires et de la
protection des minorités, une
constituante de la Commission des droits de l’homme. Le
Groupe de travail est
une des avancées
importantes dans la cause autochtone à l’ONU. L’un des principes du Groupe de travail est la participation la plus large possible de représentants d’organisations (gouvernementales et non
gouvernementales) et de
communautés autochtones. Chaque année, environ 700
personnes participent
aux sessions du
Groupe, notamment des observateurs de gouvernements, d’ONG
et de peuples autochtones, ainsi
que des spécialistes et des universitaires.
À partir de 1985, le Groupe de travail se pencha sur l’élaboration d’une déclaration portant sur les droits des peuples autochtones.
L’adoption publique de ce
projet eut lieu en 1994 sous le titre « Projet de Déclaration sur les droits des peupies autochtones ». Le document fut alors soumis à la Commission des droits de
l'homme pour examen. Cette commission créa en 1995 le Groupe de travail sur
le projet de déclaration sur les droits des populations autochtones
chargé d’examiner le texte en vue de son adoption par l’Assemblée générale de l’ONU.
Plusieurs autres initiatives ont été prises par la communauté internationale
en matière de droits autochtones dont des séminaires
spécialisés et des réunions
d’experts. Des références de plus en plus fréquentes sont aussi faites aux peuples
autochtones dans les rapports et conférences sur des thèmes généraux. D’autres
initiatives à portée plus symbolique ont été la proclamation
par l’ONU de l’année
1993 comme Année internationale des
populations autochtones, les décennies
1995-2004 et 2005-2014 comme les première et deuxième Décennies internationales des populations autochtones. Le 9 août a aussi été déclarée Journée
internationale des populations autochtones.
6
L'étude réalisée par José Martinez Cobo comprend
1984.
cinq volumes qui furent présentés entre 1981 et
LittéRama’oHi » 13
riatacha Gagné
À la Conférence mondiale sur les droits de l'homme qui se tint à Vienne en
1993, à laquelle participèrent des centaines d'autochtones, on recommanda à
l'Assemblée générale de l'ONU d’examiner la possibilité d’établir une instance
permanente autochtone à l’ONU. L'Instance permanente sur les questions
autochtones des Nations Unies fut créée à l’été 2000.7 L'année suivante, la Cornmission des droits de l’homme décida de désigner un. Rapporteur spécial sur la
situation des droits de l’homme et des libertés fondamentales des populations
autochtones.8
Notons aussi que depuis 1916, l’OIT joue un rôle important dans la lutte
autochtone en se penchant sur le sort de la main-d'œuvre autochtone. La
Convention 107 de l'OIT (1957) fut en fait le premier instrument international
États à
l'égard de ces populations. Bien que novatrice, cette convention aurait pourtant
eu un ton paternaliste (Morin 2009 ; Schulte-Tenckhoff 1997), qualifiant les
populations faisant l'objet de la convention de « moins avancées » et privilégiant
une approche assimilationniste de « la protection et l'intégration des populations
aborigènes et autres populations tribales et semi-tribales dans les pays indépendants »9. La Convention 169 portant sur les droits des peuples indigènes et tribaux
dans les pays indépendants adoptée en 1989 aurait mis un terme à la visée assimilationniste. Cette convention comporte certains droits collectifs puisque « la
Convention No. 169 part du principe que les cultures et les institutions des peupies indigènes et tribaux doivent être respectées et affirme leur droit à continuer
de vivre dans leurs sociétés nationales, à établir leurs propres institutions et à
déterminer leur propre mode de développement » (ONU 2001). Comme le souligne
Schulte-Tenckhoff (1997 : 128), l'effort dans la reconnaissance de droits colléetifs demeure malgré tout très timide : les intérêts des États restent la priorité. La
convention 169 est entrée en vigueur en 1991. Elle a été ratifiée jusqu'à maintenant par 19 États10. De nombreuses instances ou programmes comme le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et la Banque mondiale
se réfèrent pourtant à la Convention 169 pour le développement de leurs propres
politiques et programmes relatifs aux populations autochtones, ce qui contribue
traitant des droits des peuples indigènes et tribaux et des obligations des
à en faire une référence en droit international.
7
Pour des détails sur l'Instance, voir http://www.un.org/esa/socdev/unpfii/fr/ (site consulté le 28 juin
2011).
8
Pour des détails sur le mandat et son titulaire actuel, voir http://www2.ohchr.org/french/issues/indigenous/rapporteur/ (page consultée le 28 juin 2011).
Pour le texte intégral de la Convention 107, voir http://www.ilo.org/ilolex/cgi-lex/convdf.pl7C107
(page consultée le 28 juin 2011).
9
10
Pour le texte intégral de la Convention
169 et une liste à jour des États l'ayant ratifié, voir
http://www.ilo.org/ilolex/cgi-lex/convdf.pl7Cl69 (page consultée le 28 juin 2011).
53
Dossier
Le 29 juin 2006, après plus de 20 ans de discussions, la Déclaration sur les
droits des peuples autochtones fut adoptée lors de la première séance du nouveau Conseil des droits de l'homme de l'ONU (en
remplacement de la Commission des droits de l’homme). Son adoption par l'Assemblée générale de l'ONU fut
aussi recommandée. Un pas important fut alors accompli pour l'avancée de la
cause autochtone.
Pourtant, l'adoption de la Déclaration ne fit pas l'effet d'un consensus et un
vote formel fut demandé : 30 États votèrent en faveur de l'adoption de la Décla-
ration, 2 États le Canada et la Fédération de Russie votèrent contre et 12 États
s'abstinrent dont six États africains, soit l'Algérie, le Ghana, le Maroc, le Nigéria,
le Sénégal et la Tunisie. La nature collective de certains droits stipulés dans ce
texte est controversée.
La Déclaration sur les droits des peuples autochtones est donc perçue comme
par certains États et populations majoritaires. À y regarder de plus
près, on s'aperçoit aussi que des pays tels que la France et le Royaume-Uni, tout
en apportant leur soutien au nom des droits de l'homme, limitent fortement la
portée de ce soutien, affirmant que cette Déclaration ne s'applique pas dans leur
espace national. Ils insistent aussi sur l'idée qu'ils ne sauraient reconnaître des
droits collectifs qui priment sur les droits individuels. Ainsi, la France a voté en
faveur de la Déclaration, tout en faisant savoir qu'au niveau national, « la France
a relevé des difficultés
juridiques »11 quant à son application en vertu du principe
d’indivisibilité de la République, du principe d’égalité et de son corollaire, le principe de non-discrimination.
Plusieurs pays, tel que le Canada, soulignent par ailleurs le fait que la Déclaration est juridiquement non contraignante. En effet, selon le droit international,
les déclarations internationales
contrairement aux conventions pour les pays
les ayant ratifiées - ne sont pas contraignantes pour les États souverains étant
donné le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des États
une menace
-
contenu dans la Charte des Nations Unies.
À l'automne 2006, plusieurs questions de procédure retardèrent la considération de la Déclaration par l'Assemblée générale de l'ONU. Il fut décidé que la Troisième Commission (responsable des questions sociales, humanitaires et culturelles),
considérerait d'abord la Déclaration. Il apparut rapidement que plusieurs pays africains avaient des préoccupations importantes avec le texte de la Déclaration,
notamment relativement à la définition des « peuples autochtones », relativement
au
11
droit à l'autodétermination qu'ils interprétaient comme un droit à la sécession,
Voir
http://www.unhchr.ch/huricane/huricane.nsf/view01/BCE215C018CE4384Cl 25719A007055F7?opendocument (page consultée le 28 juin 2011).
LittéRama’oHi b 19
flatacha Gagné
et relativement au droit d'appartenir à une communauté ou une nation autoch-
tone, au droit de propriété des terres et d'exploitation des ressources et au droit à
la création d'institutions politiques et économiques distinctes qu'ils voyaient
l'intégrité nationale et territoriale des États africains et/ou
dispositions constitutionnelles africaines.12
Le 28 novembre 2006, la Namibie, appuyée par 29 États africains, présenta à
la Troisième Commission un amendement demandant le report du vote de la
Déclaration sur les droits des peuples autochtones par l'Assemblée générale à
septembre 2007. Cette résolution fut approuvée (82 votes pour et 67 contre) et
le vote fut entériné à l'Assemblée générale le 23 décembre 2006 (85 pour et 89
abstentions) (IWGIA 2007 : 560). De vives pressions auraient été exercées par le
Canada, les États-Unis, l'Australie et la Nouvelle-Zélande.
Manifestement, l'émergence d'un droit universel des peuples autochtones
pose problème. Non seulement les États doivent faire face à plusieurs enjeux
relatifs à l'émergence de ce droit à portée universelle dans lequel la définition
de la catégorie légale « autochtone » et l'identification des peuples autochtones
demeurent ambigus, mais les peuples autochtones eux-mêmes doivent aussi faire
face à toute une série d'enjeux. Rappelons que ni la Déclaration des Nations
Unies sur les droits des peuples autochtones, ni l'OIT, qui établit des standards
minimums pour la protection des populations autochtones, n'identifient ni ne
définissent avec précision lesdits « peuples autochtones ». La notion de « peuples
autochtones » serait pourtant suffisamment délimitée pour prévenir une inflation sans limite des revendications en termes d'autochtonie puisqu'elle ne peut
pas s'appliquer à n'importe quel groupe s'attribuant une certaine ancienneté.
Un des avantages d'une définition sans critères absolus et sans liste nominative de peuples est de garder ouverte la possibilité pour des peuples ayant
jusqu'alors utilisé d'autres voies pour se faire entendre de recourir à l'autochtonie
comme stratégie
politique. Un autre avantage d'une définition sans critères
absolus est de permettre l'expression et de favoriser la reconnaissance de la
diversité des populations autochtones. Plusieurs analystes ont d'ailleurs souligné
déjà les dangers inhérents à une définition à portée universaliste ou trop étroite
des peuples autochtones et des droits autochtones. La chercheuse m ori Linda
Tuhiwai Smith avance que : « [le] terme « autochtone » est problématique parce
qu'il semble collectiviser plusieurs populations distinctes dont les expériences de
comme des menaces à
comme contrevenant aux
12
Pour des détails relativement à ces préoccupations, voir le Draft Aide Mémoire du Groupe africain
à : http://www.iwgia.org/images/stories/int-processes-eng/decl-rights-ind-peop/docs/AfricanGrou-
pAideMemoireOnDeclaration.pdf (page consultée le 28 juin 2011). Il est à noter que la plupart des
États africains ont à peine participé aux 20 ans de négociation entourant l'élaboration du texte de
la Déclaration, ce qui expliquer plusieurs erreurs d'interprétation.
55
Dossier
l'impérialisme ont été grandement différentes » (1999 : 6; notre traduction). La
marque du pluriel dans les expressions « peuples autochtones » (en anglais,
indigenous peoples ») a d'ailleurs été vigoureusement revendiquée par les leacomprend une multiplicité
d'identités et d’enjeux locaux, territoriaux, tribaux, communautaires (voir aussi
Poirier 2000). Pourtant, un des inconvénients d’une absence de définition abso«
ders autochtones. L'autochtonie est hétérogène : elle
lue tient au fait que les autochtones font toujours
l’objet de définitions décrétées unilatéralement par les États auxquels ils appartiennent. Cette situation
permet à certains États, sur la base de leur propre cadre juridique, d'affirmer que
le problème ne les concerne pas (Schulte-Tenckhoff 1997).
Le 13 septembre 2007, à quelques jours de la clôture de sa 61e
session, l'Assemblée générale de l’ONU a finalement adopté la Déclaration sur les droits des
peuples autochtones. Le résultat du vote a été de 143 voix pour, 4 voix contre
(Australie, Canada, États-Unis et Nouvelle-Zélande13) et 11 abstentions (Colombie, Azerbaïdjan, Bangladesh, Géorgie, Burundi, Fédération de Russie, Samoa,
Nigéria, Ukraine, Bhoutan et Kenya). L'adoption a entre autres été rendue possible grâce à un intense dialogue entre les États africains, des États
appuyant la
Déclaration et des représentants autochtones entre novembre 2006 et
septembre
2007.14 Au début de septembre 2007, une entente a finalement été atteinte avec
les États africains sur neuf amendements qui ne remettent pas en
question les fondements du texte de la Déclaration. C'est le texte amendé qui fut
adopté en septembre 2007.15 Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a salué l'événement,
13
Les arguments alors évoqués étaient similaires à ceux
évoqués par le Canada en juin 2006 : « le
Canada estime que les dispositions sur les terres, territoires et ressources sont
générales et vagues et
qu'elles se prêtent à de multiples interprétations. On pourrait les invoquer pour revendiquer de vastes
droits de propriété sur des territoires traditionnels, même
lorsque ces droits ont été légalement cédés
par traité. Ces dispositions pourraient aussi gêner nos processus de revendications territoriales où les
droits des Autochtones relatifs aux terres et aux ressources sont fondés sur un
équilibre avec ceux
laquelle définit notre façon de
travailler ensemble. En outre, dans le Projet de déclaration, la notion de consentement
préalable, libre
et informé est utilisée dans de nombreux contextes. Elle
pourrait être interprétée comme donnant
aux peuples autochtones un droit de veto sur
plusieurs questions administratives, lois, propositions
de développement et activités de défense nationale qui intéressent la
population en général et qui
pourraient les toucher. Quant aux dispositions sur l'autonomie gouvernementale, elles n'indiquent
pas clairement comment les gouvernements autochtones pourraient travailler avec les autres ordres
de gouvernement, notamment en ce qui concerne les lois d'une
importance nationale majeure et les
questions de financement » (voir http://www.ainc-inac.gc.ca/nr/spch/unp/06/ddr_f.html, page consultée le 25 juillet 2007).
14
Pour des détails sur ce dialogue, voir le site de l'IWGIA à
http://www.iwgia.org/human-rights/interdes autres Canadiens, dans le cadre de la Constitution canadienne,
national-human-rights-instruments/declaration-on-the-rights-of-indigenous-peoples/iwgia-updateon-african-position-2006-2007 (site consulté le 28 juin 2011) et Morin (2008).
15
Voir le texte de la Déclaration telle qu'adoptée à :
http://www.un.org/esa/socdev/unpfii/fr/drip.html
(page consultée le 28 juin 2011).
LittéRama’OHi « 19
flatacha Gagné
qu'il a qualifié d'historique, comme « un triomphe pour les peuples autochtones
à travers le monde » et a invité les gouvernements et la société civile à intégrer
les droits qui y sont inscrits dans le droit international, dans les programmes de
développement et dans les politiques à tous les niveaux, « afin que la vision qui
fonde la Déclaration devienne une réalité ».
L'adoption de la Déclaration fut suivie, la même année, par l'établissement
du Mécanisme d’Experts sur les droits des peuples autochtones dans le but de
doter le Conseil des droits de l'homme d'une compétence thématique en matière
de droits des peuples autochtones. Le Mécanisme d’experts remplace et continue
les travaux du Groupe de travail sur les populations autochtones.16
Finalement, à la suite de pressions exercées par ses populations autochtones
et par l'attention internationale suscitée parson vote en défaveur de l'adoption
de la Déclaration, l'Australie a décidé d'annoncer son appui, en avril 2009, à la
Déclaration sur les droits des peuples autochtones. La Nouvelle-Zélande fit de
même un an plus tard. L'exemple fut ensuite suivi par le Canada en novembre
États-Unis en décembre de la même année.
Il faut enfin remarquer que même avant son adoption et malgré le fait que
2010 et par les
la Déclaration sur les droits des peuples autochtones ne soit pas contraignante,
la Déclaration avait des impacts sur les lois et les politiques de certains pays ainsi
que sur les pratiques de compagnies multinationales et d'agences internationales
et régionales. De façon
plus significative encore, elle possède une légitimité
significative aux yeux des peuples autochtones du monde depuis plusieurs
années déjà (Schulte-Tenckhoff 1997) et a favorisé plusieurs avancées même si
la lutte continue.
La stratégie autochtone est pourtant qu'une option parmi d'autres et ne
convient pas nécessairement à tous les contextes. L'intérêt pour cette stratégie
manifesté par les populations de la République française, en particulier en Océa-
nie, est récent. Plusieurs facteurs expliquent cette situation. La question linguis-
tique, entre autres raisons, n'y est certainement pas étrangère, les francophones
étant largement exclus, par la langue, des débats internationaux. L'emprise maintenue et même réaffirmée de l'État français sur certains de ses territoires, comme
ce fut le cas en Océanie après la Seconde
guerre mondiale, est certainement une
autre raison, tout comme la possibilité réelle de la pleine souveraineté
qui
demeure une option dans plusieurs cas. Cette option de la souveraineté semble
pourtant aujourd'hui s'être complexifiée avec l'apparition d'une forme de dissodation, jusque-là inédite, entre « indépendance » et « souveraineté » puisque
16
Pour des details, voir http://www2.ohchr.org/french/issues/indigenous/ExpertMechanism/index.htm
(page consultée le 28 juin 2011).
Dossier
l'une et l'autre ne se recoupent plus nécessairement totalement (voir Gagné et
Salaün 2010b). Pour le dire autrement : les prérogatives dont dispose théoriquement un Etat « souverain » en droit international et sa situation
sociopolitique
de fait ne coïncident plus nécessairement puisque divers liens de dépendance à
l’égard d'autres Etats peuvent mettre en cause le principe même de sa souveraineté. Cette dissociation peut pourtant aussi être l'occasion d'explorer de nouvelles avenues en termes d'autonomie.
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Dossier
Dire le temps et l’espace :
»2.
l’exemple des particules A/l va et A/liiri
dans une problématique anthropo-linguistique en Polynésie
Qu’est ce que le temps ? Cette notion a souvent été l’objet de réflexions et
de commentaires philosophiques depuis l’antiquité, car les
conséquences du
temps qui coule tel le fleuve d’Héraclite, conduit inexorablement l’Homme à se
poser la question de son trépas et surtout de la survivance, si ce n’est de son
corps, de sa mémoire du moins, au delà des berges de la vie. Ne pouvant repousser, ad vitam aetemam, les limites du sablier de la vie, le génie humain su créer
nombre de religions à dimensions eschatologiques pour tenter
d’échapper abstraitement à la mort physique et donc à l’effritement du temps. Cependant, au
delà des considérations purement philosophiques rendant quasiment consubstantielle la temporalité de la vie, il est toutefois notable de
remarquer que la
notion de temps est un puits de signifiés aussi divers que variés. Dans le
domaine des sciences sociales par exemple, dans lequel cette notion
autre dimension, François Ost dans son
prend une
ouvrage « Pour une temporalité
citoyenne » renvoie le temps à une construction sociale et souligne que celui-ci
.a toujours été
manipulé en fonction des idéologies et des puissances »'. A
titre d’exemples, toujours selon Ost, « à chaque fois qu’un
empereur chinois ou
un pharaon égyptien montait sur le
trône, il faisait recommencer l’histoire
«
..
sociale à la date de son intronisation, contraignant les scribes et les mandarins
à réécrire l’histoire, les manuels d’écoliers, comme si l’histoire naissait avec la
prise de pouvoir de cet empereur, de ce pharaon
Le caractère « construit »
du temps sera effectivement l’objet de notre propos au travers de la controverse
des représentations spatio-temporelles s’articulant autour des particules mua et
mûri en langue tahitienne. Pour se faire, nous nous référerons
principalement
aux travaux des
anthropologues Bruno Saura et Serge Tcherkézoff qui ont fourni
1
Ost, François, 2003 « Pour une temporalité citoyenne » Ed Parenthèse. Cité par Bruno Saura dans
Tahiti Ma'ohi, culture, identité religion et nationalisme en Polynésie
française » Ed Au vent des
îles. 2005. p 261.
«
2
Ibid.
LitteRama’oHi » is
Steeue Chailloux
les principales analyses du sujet qui nous intéresse ici. Concernant la polémique
évoquée, Bruno Saura, dans son dernier ouvrage3, reprend et affine sa réflexion
qu’il avait déjà eu l’occasion d’exprimer dans son article datant de 1996 intitulé
«
Langue,.représentation du temps - muahnuri - et vision du monde à Tahiti4 ».
Mais que nous apprend t-il exactement ?
Le renouveau culturel qui s’est opéré à Tahiti au travers de l’activisme intellectuel des philosophes, poètes et théologiens tahitiens Duro Raapoto et Henri
Hiro a permis l’émergence d’un discours fortement culturaliste. La iangue tahitienne te reo ma ’ohi fut notamment le canal par lequel les discours prônant
les différences et les spécificités culturelles mâ’ohi devaient s’exprimer. Dès les
années 1970, un retour aux traditions ancestrales exprimant une volonté de rupture avec le Tahiti « moderne » de plus en plus occidentalisé sera le leitmotiv
d’une intelligentsia tahitienne grandissante. Le tatouage, disparu des pratiques
usuelles depuis les années 1820 reviendra sur le devant de la scène culturelle et
identitaire tahitienne au même titre que la danse « traditionnelle », te ’ori tahiti.
Les pratiques, les rituels, bref tout ce qui est relatif à la « coutume » reprendra
un nouveau dynamisme grâce au souffle culturaliste
qui sera insufflé par les
deux personnages que nous évoquions ci-dessus. Il en ira de même pour la
langue tahitienne qui n’échappera pas à un examen culturaliste constituant le
soubassement d’une idéologie politique à peine voilée.
-
-
L’opposition mâ’ohi et occidentale de la conception
de l’espace et du temps
A priori, lorsque Ton veut exprimer un positionnement spatial, devant ou
derrière, nous ferons usage en langue tahitienne des particules mua et mûri. Te
ta ’ata i mua ia
’u (la personne devant moi) te ta ’ata i mûri ia ’u (la personne
derrière moi). Tous s’accordent quant à l’usage de ces particules pour exprimer
la répartition spatiale telle que nous l’avons montré au travers des exemples
donnés. Cependant, lorsque nous basculons d’un ordre spatial à un ordre tem-
porel, les chantres de la culture ma ’ohi prônant un « vrai » usage de mua et mûri
nous montre l’exemple à suivre. En effet, leur théorie voudrait voir dans Temploie de mua l’expression du passé et de mûri celle de l’avenir. La justification
de cette théorie (mua = devant (espace) /passé (temps); mûri = derrière (espace)
/ futur (temps)) viendrait de l’existence du terme et de l’expression mâtâmua
(jadis) et I mua nâ (au commencement, autrefois). A l’inverse dans le cas de
3
Saura, Bruno, 2005 « Tahiti Ma'ohi, culture, identité religion et nationalisme en Polynésie
française » Ed Au vent des îles. Chapitre 6, partie 3.
4
Bulletin de la Société des Études Océaniennes, Papeete, n°296-297.
Dossier
mûri exprimant l’avenir il y aurait l’expression e a mûri noa atu
(pour toujours,
pour l’éternité). Cependant, comme le note Saura, cette conception de l’usage
temporel de ces particules est faiblement répandue parmi la population, y cornpris parmi les personnes âgées qui maîtrisent en principe intimement leur
langue. Il suffit en effet d’allumer son poste de radio, ou de parcourir les rues
de Papeete pour s’apercevoir que l’individu lambda utilisera très souvent mua
pour exprimer le futur et mûri le passé, par l’emploie par exemple de te ’âva’e
i mua (le mois à venir) et te ’âva’e i mûri
(le mois dernier). C’est d’ailleurs à ce
niveau que se situe la controverse, car les partisans d’un retour à «
l’authentique
» y voient là, la
preuve d’une corruption manifeste de la pensée et de la conception mâ’ohi du temps par une représentation temporelle occidentale, visible à
travers le « mauvais » usage que lés tahitiens font de mua et mûri dans l’ordre
du temps.
La rivière du temps mâ’ohi
Les traditionnalistes évoquent la métaphore de la rivière pour donner
corps à
l’idéologie de la conception « authentiquement » mâ’ohi du temps qui se trouve
être foncièrement opposée à celle des occidentaux. Cette conception nous montre
l’image du temps qui s’écoulerait « telle la rivière des expériences humaines, sur
le bord de laquelle serait assis l’homme mâ’ohi5 » regardant en direction de l’embouchure (muriâvai6). Ainsi, le jour à venir se situerai derrière l’homme te
mahana i mûri nei, le jour à venir. La partie en amont de notre homme mâ 'ohi, i
mûri ia na, serait alors le siège du futur. Faisant suite à cette
logique, lorsque le
jour « s’écoule » celui-ci passe du mûri au mua de l’homme. Le jour passé est
alors temporellement (et spatialement) devant {mua) l’homme
qui devient le
siège du passé. Alors qu’à l’opposé, l’hommepopa’â serait assis dans le sens
inverse de celui du mâ ’ohi, car il fait face au haut de la rivière, donc vers le futur.
Le jour à venir serait alors te mahana i mua nei (le jour
devant) et le jour passé
que l’occidental privilégierait alors la fuite en avant dans le temps, alors que les tahitiens valoriseraient pour leur part le passé. Les confusions sociales, culturelles, et
linguistiques
te mahana i mûri nei. L’interprétation qui nous est offerte est
5
Saura, Bruno, 2005 « Tahiti Ma'ohi, culture, identité religion et nationalisme en Polynésie française »
Ed Au vent des îles, p 266.
6
«
...qui bien qu'étant spatialement devant lui - i mua ia na - se dit mûri vai car elle est la fin, la
partie ultime - mûri - de la rivière - vai » ibid. Il faut veiller à ne pas confondre le raisonnement spatial et temporel. Le décorticage lexical du terme mûri vai opéré par Saura se situe dans un ordre
spatial, il ne faut toutefois pas perdre à l'esprit que ce terme doit être ramené dans le contexte général
d'une métaphore temporelle de la rivière. Nous reviendrons à la fin sur une possible confusion de
S.Tcherkézoff.
LitteRama’OHi 819
Steeue Chailloun
qu’auraient apportées l'occidentalisation, pour ne pas dire la colonisation, de
Tahiti seraient la cause du trouble que les Tahitiens auraient à se représenter et à
exprimer « authentiquement » le temps au travers d'une utilisation « adéquate »
des particules mua et mûri, c'est à dire mua = passé et mûri = futur. Penser ainsi
reviendrait alors à considérer que ces particules exprimeraient des lieux du temps.
Devant qui et derrière quoi ?
Le schéma que nous avons vu précédemment est tout à fait évocateur de
l’opposition entre une conception temporelle mâ'ohi se situant à l’envers d’une
conception occidentale du temps que certains chercheraient à légitimer. Ce qui
nous frappe dans l’image qui nous ait donnée, c’est le caractère statique de
l’homme comme point de référence autour duquel le temps s’agence et se positionne. Le temps, passé ou futur, se positionne devant ou derrière l’homme.
Mais si ce dernier ne devait pas être le point de référence ? Qu’en serait-il si le
temps ne s’agençait pas spatialement autour de l’homme ? L’hypothèse conciliatrice de Bruno Saura est justement d’appréhender mua comme pouvant exprimer tout à la fois le devant spatial et l’avant temporel (inversement pour mûri)
qui est rendu possible à travers une perspective exo centrée en prenant comme
point de référence, non plus l’homme, mais l’événement en soi. Un événement
à venir qui est qualifié à l’aide de mûri peut tout à fait se situer derrière (mûri)
un événement qui se déroule dans le présent. Dans cette perspective l’homme
n’est plus le point de référence autour duquel doit nécessairement être placé les
événements devant ou derrière lui. Saura défend ainsi l’idée selon laquelle mua
et mûri ne devraient pas être appréhendés comme des particules relevant fondamentalement de l’espace et du temps, mais plutôt comme relevant de l’ordre de
la connaissance et de la perception.
La comparaison régionale
L’hypothèse de Bruno Saura est confirmée par Serge Tcherkézoff, anthropologue spécialiste de Samoa, qui, au travers de son article « MuaiMûri : ordre,
espace et temps en Polynésie. Le cas samoan comparé au tahitien et le rapport à
l’occident7» dans lequel il fait appel à la comparaison régionale des langues polynésiennes et plus particulièrement à la langue samoane. 11 a pu montrer également
que mua et muli (les équivalents samoans de mua et mûri) étaient primordialement des catégories cognitives. A l’aide des listes du POLLEX8 de l’équipe de
7
Bulletin de la Société des Études Océaniennes n°276. 1998.
8
II s'agit d'une liste qui référence sous la racine proto-polynésienne (PPn) reconstruite, toutes les
traductions données par chaque dictionnaire existant pour chaque langue issues des langues austronésiennes.
Dossier
Bruce Biggs et Ross Clark (Auckland
University, listing 1993), Tcherkézoff mon-
tre que mua est issu d’une racine proto-polynésienne
(PPn) MUQA et a donné
des réflexes dans toutes les langues polynésienne, affichant une certaine homo-
généité des sens. De manière massive la signification au sens temporel et spatial
serait « avant / devant ». Cependant, une nuance est
marquée du coté samoan,
chez qui mua signifierait plutôt premier, à l’opposé de muli
qui voudrait dire dernier. La dimension spatiale n’est pas présente dans le mua samoan car
pour indiquer l’espace, les samoans utiliseront plutôt i luma (ce qui est devant) et i tua (ce
qui est derrière). Au sujet maintenant de la dimension temporelle on pourrait
croire que mua fait référence au passé au travers de
l’expression ’o aso anamua
(les jours d’antan), mais selon Tcherkézoff, le marqueur du passé n’est pas donné
par mua mais par ana. Les exemples d.onnés par l’auteur sont multiples : «pô —
nuit (et soir) —> anapô =la nuit dernière (ou hier soir); taeao = matin —>anataeao = ce matin (quand, au moment où l’on parle, on est
déjà dans l’après-midi
ou le soir) ; afiafi =
après-midi —> ananafi = hier ; fea = où ?, âfea = quand ?
(Pour une question portant sur le futur) —>anafea = quand ? (Pour une question
portant strictement sur le passé: “quand est-ce arrivé?”)9 »
Bref, à la suite de ce bref résumé, il est possible d’établir que les divers dietionnaires dont les réflexes sont référencés par le listing POLLEX, aient souvent
interprétés d’emblée mua et muli {mûri) en tenues spatio-temporels alors que le
sens à privilégier, selon l’auteur de cet
article, serait « premier » pour mua et «
dernier » pour muli. L’hypothèse de Saura portant sur la caractère
cognitif des particules mua et mûri en tahitien serait corroborée par la particularité de
l’usage de
muli dans le contexte samoan. Nous citons encore une fois Serge Tcherkézoff10:
un fruit muli est un fruit jeune, non encore mûr
une pirogue muli est neuve, non encore
essayée
et une jeune fille {teine) dont on dit
qu’elle est teine muli est, sans ambiguïté
une fille encore vierge.
Il apparaît clairement à présent, que nous nous situons sur une échelle de
valeurs et non pas sur un plan spatial ou temporel. Un fruit muli est un fruit dont la
—
—
—
maturation est encore loin de nous, il ne nous est pas encore connu à l’état de fruit
mûr. Une pirogue neuve est dite muli car elle est encore inconnue de son
proprié-
taire du point de vue de sa performance et de sa robustesse. Et enfin, une teine muli
est une fille (vierge) dont on n’a pas encore connu l’intimité.
Ainsi, le caractère cognitif, c’est à dire portant sur la connaissance, des particules mua et mûri en tahitien
semble avoir trouvé des équivalents significatifs dans la langue de Samoa.
9
Tcherkézoff, Serge, 1998 « Mua / Mûri : ordre, espace et temps en Polynésie. Le cas samoan comparé
au tahitien et le rapport
10
Ibid, p 20.
à l'occident» Bulletin de la Société des Études Océaniennes n°276. pi2.
LitteRama’OHi # 13
Steeue ChaillouH
Quelques confusions ?
Comme nous l’évoquions au début de ce travail, il faut essayer de se garder
de toute confusion dans l’ordre du raisonnement spatial et temporel. En effet,
malgré l’excellence de la démonstration de Serge Tcherkézoff dans le cadre
d’une comparaison linguistique régionale, nous pensons toutefois que celui-ci
n’a pas su rentrer totalement dans la logique temporelle exprimée par la métaphore de la rivière du temps ma ’ohi, telle qu’elle a pu être rapportées par Bruno
Saura11. En effet, celui-ci a montré, comme nous l’avons indiqué au début de
notre propos, que les chantres de la culture tahitienne, défenseurs d’une conception « traditionnaliste » du temps, considéraient que le futur était placé à l’arrière
(mûri) de l’homme mâ’ohi, lequel avait le regard porté en direction de l’embouchure. Or, Tcherkézoff, en faisant la synthèse de cette conception tirée de l’artide de Saura, commet apparemment l’erreur de la résumer à l’inverse en
évoquant au début de son article que « Le Polynésien traditionnel regarderait
vers l’embouchure comme un espace futur, là où l’eau va couler 12». Plus loin,
faisant suite à son résumé, il écrira « cette “embouchure” n’est sans doute pas
le “futur” du cours d’eau temporel mais, simplement, la “fin” de la terre 13» A
cela, nous voudrions répondre que de toute manière, dans la conception culturaliste tahitienne, telle qu’elle est relatée par Saura, l’embouchure n’a jamais été
le futur ou le lieu du futur. Cette apparente confusion de Tcherkézoff se situerait
peut être subtilement ici, lorsqu’il ajoutera « Saura (op. cit., p. 24) rapporte, nous
l’avons vu, que certains veulent voir dans l’exemple tahitien muriavai l’idée que
le temps coule comme l’eau, le futur étant alors vers le Mûri... 14». A la suite
de cela, nous pouvons faire deux remarques. Premièrement, la référence ici au
muriavai symbolisant de manière synecdotique la rivière du temps au sens métaphorique, démontre la fixation que porte Tcherkézoff sur ce terme et qui le
mènera sans doute vers la confusion. Deuxième remarque, effectivement, si le
futur est placé vers le mûri, c’est à dire spatialement et temporellement derrière
l’homme, ce mûri, siège du futur, ne doit pas être confondu avec le muriavai,
qui est placé devant l’homme et qui constitue seulement une indication directive
du regard à l’intérieur du schéma temporel « traditionnel » mâ’ohi. La fixation
consacrée au terme « embouchure » en tahitien sur lequel Serge Tcherkézoff
11
Saura, Bruno, 1996 « Langue, représentation du temps -mua/muri- et vision du monde à Tahiti »
voir page n°8.
12
Tcherkézoff, Serge, 1998 « Mua / Mûri : ordre, espace et temps en Polynésie. Le cas samoan comparé
au
tahitien et le rapport à l'occidentl2 » Bulletin de la Société des Études Océaniennes n°276. p 2.
13
Ibid, pi 6.
14
lbid.pt 6.
Dossier
dédie un examen minutieux, lui a peut être fait oublier
que muriâvai (muri-avai), qui veut dire « derrière l’eau » sous entendu comme la fin de la rivière15, !
n’est pas l’équivalent temporel de mûri qui désigne le futur et
qui se situe spatialement derrière l’homme. Tout ceci explique peut être le fait que Tcherkézoff
ait mal restitué les propos de Bruno Saura, lequel n’a évidemment
jamais écrit
que « Le Polynésien traditionnel regarderait vers l’embouchure comme un
espace futur... ». C’est en tout cas là notre hypothèse.
Pour conclure notre propos, l’apparente opposition d’une
conception du
temps mâ’ohi et du temps occidental qui est résolu, in fine, par l’hypothèse de
Bruno Saura, selon laquelle les particules mua et mûri relèveraient de la
connaissance plutôt que de l’espace et du temps, a démontré deux manières
autochtones de penser la langue. En effet, l’analyse montre qu’il s’agirait
plutôt
d’une opposition philosophique, c’est à dire de la façon dont les Tahitiens
pensent à l’intérieur de leur langue. Les
exemples de mua = passé et mûri = futur
alors inversement mua = futur et mûri = passé, démontrent que faire
partie
d’une même communauté linguistique ne veut pas forcément dire
penser de la
même manière à l’intérieur de la langue partagée et au travers de celle-ci.
Enfin,
ou
lorsque des considérations idéologiques et politiques viennent chosifier la
langue, au service d’une prétendue conception « traditionnelle » du temps, dont
cette polémique fut un brillant exemple, nous nous
apercevons que le temps peut
également être une construction culturelle voir culturaliste. La langue peut être
piégée dans une dialectique sibylline qui amalgame politique, culture, traditionalisme et linguistique et dans ces conditions, nous pouvons
comprendre la frustration du locuteur qui voit sa langue lui glisser entre les mains,
pour la voir se
transformer en véritable arme politique au service d’idéologies fratricides.
15
Tcherkézoff déclare à ce sujet que « l'idée proto-polynésienne dans la racine *MURI-WAI ne serait
ni temporelle ni spatiale (du moins au sens de “devant" ou "derrière1'). L'embouchure est la « fin »
du cours d'eau, très simplement, du point de vue d'un observateur se référant d'abord au coté
'terre' » ibid, p 17
LittéRama’oHi n 19
Flora Devatine
Ecrits et dits autochtones
La préparation de cette intervention sur l'autochtonie, m'a amenée à traverser
de long en large des lagons, des anses d'écriture, à me pencher sur la langue, sur
les mots de notre langue.
Pour ce faire, j'ai utilisé ce que j'avais en son temps appelé « la technique du
huri », c'est-à-dire celle qui consiste à « tourner », à « retourner », quelque chose,
pour le prendre autrement, parfois à contresens, ce qui donne un autre point de
vue, parfois très inattendu.
J'ai plongé dans « Te Fa'atoro parau a Fare Vana'a » pour y pêcher
Tout ce qui touche au « huri », « tourner »,
Tout ce qui « tourne » autour du « huri »,
Pour « Fluri », « Traduire », autrement.
Et j'en ai extrait les termes de :
Flurifenua : tempête, ouragan ; quelqu'un qui perturbe la paix d'un pays par ses
«
actes séditieux »,
«
«
Huritumu : renverser jusqu'à la fondation, de fond en comble »,
Hurita'ere ; tourner la quille en l'air, renverser le gouvernement ; renverser de fond
en
comble »,
«
Huriama : vent qui retourne le balancier de la pirogue »,
«
Fluriavero : être retourné, chaviré par la tempête »,
«
Hurire : faire changer la victoire de camp ».
«
Huri i ni'a i te tahi : faire porter par quelqu'un, « pour se déculpabiliser » ; mettre
quelqu'un, ou « pour transmettre »,
Huriea : délibérer, peser le pour et le contre, dans une assemblée où l'on décide
sur
«
de la guerre ou de la paix »,
«
Hurifau : quelqu'un qui reste indemne au milieu d'une bataille »,
et
«
Hurira'a » : inversion, traduction.
Dossier
A partir de là,
On se laisse glisser,
On suit le courant des vents, de la mer,
On ne va pas à l'encontre,
On file,
On surfe,
On ralentit,
On remonte légèrement la vague,
Parfois, on la prend de court,
On joue avec les vagues.
nous
On traverse le « 'opape », le « courant », le trou, les ronds dans l'eau, qui
attirent, qui peuvent nous entraîner, et qui inspirent, nous inspirent.
Parce que dans la vie, seul, on se prend en charge,
Mais sur la base des anciens, de ses ancêtres,
En ayant pour fondement, ceux avant nous.
Et seul, on réfléchit !
Seul, on se forme !
Seul, on se fait !
Seul, on se construit !
Cela ne se fait pas forcément en ligne droite,
Ça va parfois dans tous les sens.
Alors, ai-je bu « la culture avec le lait au sein de ma mère » ?
Je ne sais pas. Je sais seulement que ma mère m'a aidée, soutenue tout au
long des études, puis plus tard, dans les recherches. Elle m'a certainement donnée
début de la vie, les premières gouttes de lait qu'elle pouvait me donner.
Mais de même qu'elle s'en était remise très tôt, par la suite, aux vaches pour
au
me
donner leur lait,
Pour ce qui est de la culture, elle s'en était remise, aussi, à tous les anciens,
A toutes les personnes qui pouvaient me nourrir, culturellement, socialement,
fondamentalement, spirituellement, intellectuellement.
Mauruuru e Mama !
LittéRama’OHi tt 19
Flora Deuatine
Et j'ai écrit, à partir de moi, comme je suis, tout en m'en cachant,
J'ai écrit à partir de là où j'étais, et où je suis encore,
A partir de ce que j'ai vu, j'ai entendu, j'ai ressenti,
A partir de ce qui me plaisait, me déplaisait,
De ce qui me faisait peur, m'amenait à dépasser mes peurs,
De ce que je refusais, voulais qu'on n'en sût rien.
J'ai écrit sur les paysages, sur les pentes, les falaises, les rochers des mon-
tagnes, sur les feuilles des arbres, sur les ailes des oiseaux, sur le dôme du ciel,
sous
les nuages.
J'ai écrit sur les vagues, sur la mousse des vagues, dans les sillages des
pirogues, sous la pluie, au soleil brûlant, dans le vent, sur le dos des dauphins.
Je me suis laissée porter par le vent, par la pluie, par la mer, par la terre, par
le soleil.
Je devais compter avec tout cela, et avec les changements subits, imprévus,
imprévisibles, soudains, de tout ce qui constituait mon environnement,
Où chacun prenait sa part dans ce que chacun vivait.
Je n'étais pas comme mes camarades de la ville, pas comme ceux partageant
leur vie entre la ville et la campagne proche de la ville,
La ville qu'ils rejoignaient en voiture.
Nous n'avions pas le même mode de vie, pas les mêmes expériences, pas la
même langue, pas les mêmes références culturelles, sociales, pas les mêmes
bibliothèques.
Longtemps cela m'avait isolée, gênée, complexée, jusqu'au moment où je
décidais d'assumer, de tracer, de marquer, de signer ma différence.
D’ailleurs, cela devenait insupportable, invivable, parce que cela devenait un déni
de soi, par soi autant que par [es autres ! Il y fallait un sursaut, réflexe de survie,
quelque chose de l'instinct de conservation. Et j'ai vécu en suivant mon instinct,
Ce qui m'amenait à faire des recherches dans tous les domaines ; parce que
tout était relié, en lien, feti'i, et aussi, relatif, mais à faire ! J'ai vécu en suivant
mon inspiration du moment,
En fonction de mes disponibilités familiales, professionnelles, et en accord, le
plus possible, - ce qui n'était pas toujours facile ! -, avec moi, et avec les miens.
Et j'ai écrit comme je pouvais écrire, avec les rudiments de mots, de langue,
de grammaire, de rhétorique, de stylistique, de poétique que j'avais acquis,
davantage à l'école de la nature et des Anciens que sur les bancs de l'Université.
Dossier
Une façon de faire, de penser, d'organiser, de construire, d'écrire, de dire, de
concevoir, d'imaginer, de créer, d'inventer,
Qui n'a pas changé au cours du temps, et des écrits, des dits, en
dépit des
essais, tentatives de changer, d'utiliser des cannes à pêche aux lignes courtes, en
lieu et place des longues lignes de pêche de « 'uravena », de «
paru », des mons-
très des profondeurs !
Alors qu'en est-il des Ecrits et dits autochtones ?
Tout d'abord, la définition actuelle de l'autochtonie, de l'autochtone, du
peu-
pie autochtone, dont l'historique vient d'être exposé par Annie Green-Coeroli,
est avant tout administrative, politique, et utilisée
par des instances internationales, en prenant en compte « 4 facteurs : une spécificité culturelle, un facteur
subjectif d'appartenance à un peuple,
un lien de filiation avec un passé précolonial, et une situation de dominé ». (Tamatoa Bambridge)
Ce n'est pas une définition par les gens des groupes sociaux du lieu,
qui eux
pourraient choisir un tout autre terme. Pour ceux d'Australie, le terme retenu en
français est « Aborigène » ; ceux du Canada ont choisi d'être des « Amérindiens ».
Ainsi, en termes d'autochtonie, c'est « une question d'identification du groupe
humain et d'identité du groupe », et la question concerne la définition, se réfère
à l’appellation :
Qui est-on? Comment se définir ? Comment voudrait-on être
désigné ? Quel
serait le nom du groupe auquel on appartient ?
Mais la question est aussi celle de savoir si la nouvelle définition, désignation,
ou
appellation sera reconnue, retenue par les groupes humains concernés.
En tout état de cause, c'est parce qu'il n'y a pas
d'appellation en français en
Polynésie française que la question est abordée ici, et que le débat est ouvert
aujourd'hui.
C'est dire que la question de l'autochtonie s'adresse au premier chef à nous-
mêmes, aux habitants de nos îles.
Mais d'ores et déjà, on pourrait dire qu'il y a plusieurs
façons d'être autochtone,
Du moins ici, où dans les dits et dans les écrits, il y a autant de
façons d'être,
de faire que de gens qui parlent, qui écrivent.
Mais ce qui les rassemble, c'est un vocable dans / et sous lequel ils se reconnaissent.
Jusqu'à présent, lé terme tahitien qui rassemble ceux qui sont d'ici, est
«
Ma'ohi ».
LittéRama’oHi tt 19
Flora Deuatine
Mais qu'en est-il en français, entre « indigène », « indien », « canaque », « aborigène », « autochtone » ?
Par ailleurs, il y a des gens qui sont d'ici, mais qui mettent de la réticence à
l'admettre, peut-être à cause du sens des termes « indigène », « canaque », « abo-
rigène », « autochtone » ?
Et il y a ceux qui proclament haut être d'ici, et ils surenchérissent !
Là, il me vient en mémoire ce que j'appelle « la leçon de la pirogue » qui dit
que pour assurer une navigation stable, il ne faut pencher ni trop à droite ni trop
à gauche,
De crainte d'un chavirage de la pirogue, d'un retournement de la société.
Alors, comment ou pourquoi certaines sociétés ou civilisations, en parlant de
la littérature issue des sociétés de tradition orale, enferment-elles ces dernières
dans une « autochtonie » que l'on ressent réductrice pour ces sociétés, et bien
réduite aux frontières ?
Qu'est-ce que l'autochtonie ?
La question est de fond, c'est une question de concept.
Ceux qui viennent d'ailleurs, et qui habitent ici, ne sont pas autochtones. Et
quand les gens de l’Outre-mer vont en France, ils s'y retrouvent avec des autochtones,
bien que les gens en France ne se disent pas et ne sont pas désignés autochtones.
Cependant pour celui qui y passe, ce sont bien des indigènes, en tant que
gens du lieu.
En même temps, il observe et remarque que l'habitant de la France profonde
de la campagne, des hameaux de la province, est un indigène, un autochtone,
pour les Français de la ville,
Pour ceux de la ville, qui, parce qu'ils vivent à la ville, après avoir quitté la
campagne ou la région de leurs grands parents, oublient leur origine campagnarde, provinciale, et se disent Français, en général, parisiens, se sentent plus
Français que les paysans, agriculteurs qui vivent au pays,
Et qui, eux, sont ce qu'ils sont, et ont toujours été, c'est-à-dire des autochtones, des indigènes, mais définis ou eux-mêmes se définissant spontanément
en tant que « paysans », gens « du pays », plus qu’en tant que Français.
Donc l'autochtonie est liée au sol, au lieu où l'on habite.
Ainsi, ici en Polynésie française, si l'on est autochtone parce que l'on est ici, d'ici,
On est aussi métis parce que l’on a été éduqué d'une façon autre, à la française, à l'anglaise, à la chinoise, à l'américaine, à l'océanienne, et/ou à la ma'ohi.
Dossier
En tant que « métis à la jonction de deux branches d’origine différente », il y a à reconnaître et à connaître chaque branche, à se
poser
des questions, à chercher à comprendre de tout côté, paternel et
maternel, pour intégrer l'histoire de manière complète. Et ce n'est pas
parce que l'on dit et que l'on écrit que l'on connaît l'histoire que pour
autant l'histoire est traversée ! Il y a à étudier l'histoire, puis à l'ac-
cepter, à apprendre à vivre avec l’histoire.
Le thème du dossier du n° 16 de Littérama'ohi, « L'Histoire, Mémoire
de l'Oubli », nous a menés tout naturellement à l'autochtonie, aux
questions sur l'autochtonie :
Qu'est-ce que l'autochtonie ? Qu'est-ce qu'un autochtone ? Qui est
autochtone ?
Ainsi, aborder la question de l'autochtonie, c'est dire tout simplement
que l'on veut entrer dans l'histoire, et que l'on veut comprendre, sans
parti pris. '
Aussi, aborder la question de l'autochtonie, est-ce, et n'est-ce que
procéder à des constats.
Vivre sans se poser de questions, c’est éluder les questions essentielles,
les questions existentielles. Quant à se soumettre à la question, c'est
ce à
quoi tout naturellement nous mène tôt ou tard la littérature,
C'est-à-dire à chercher, à comprendre, à connaître.
Alors, qu'en est-il des écrits et des dits autochtones ?
Sommes-nous « autochtones en littérature » ?
Le 15 juin 1763, Voltaire écrivait, à propos des auteurs
espagnols : « Je les croyais
autochtones en littérature. »
1763, c'était :
-
4 ans avant le passage à Tahiti de l'anglais Samuel Wallis
qui l'appela « L'Ile Du
Roi Georges », en 1767 ;
-
5 ans avant celui du français Louis-Antoine de
Bougainville, qui créa "La nou-
velle Cythère » faisant du même coup de Tahiti un mythe, en 1868 ;
-
6 ans (puis 10 ans, 14 ans) avant le passage de l'anglais James Cook
en
-
qui y aborda
1769, puis en 1773 et 1777 ;
9 ans (et 11 ans) avant celui de l'espagnol Domingo Boenechea, en 1772, et en
1774 ; avec des missionnaires espagnols
nisation ;
catholiques, et l'échec de la christia-
LittéRama’OHi # is
Flora Devatine
25-28 ans avant la mutinerie du
Bounty, qui va ancrer plus profondément le
mythe de Tahiti, en travestissant la vérité, en 1788-1791 ;
Il y a des descendants de la Bounty ici, et il faut sortir de ce mythe, mais on se rend
compte de la difficulté de sortir de ce mythe,
30 ans, avant le début de la dynastie des Pômare, en 1793 ;
34 ans, avant l'arrivée de l'anglais James Wilson par le Duff avec les premiers
missionnaires anglais, en 1797 ;
40 ans, avant le début du règne de Pômare II sur Tahiti, en 1803 ;
-
-
-
-
-
52 ans avant la conversion de Pômare II au christianisme, et la bataille de Fei-
Pi perdue par les chefs traditionnels polynésiens après la mort de ‘Opuhara, en
1815;
A partir de ce moment-là, « Très vite Tahiti devient un enjeu stratégique entre les
principales puissances européennes, notamment l'Angleterre et la France. »
56 ans avant la publication du code de Pômare, en1819 ;
63 ans avant l'arrivée des missionnaires catholiques français, en 1826 ;
73 ans avant l'expulsion des missionnaires catholiques français par les protestants anglais, en 1836 ;
78 ans avant la proclamation du protectorat français sur Tahiti, initiative ratifiée
par la Grande Bretagne, en 1841 ;
79 ans avant la proposition d'instauration du protectorat français par l'amiral
Dupetit-Thouars à la Reine Pômare IV, en 1842 ;
79 ans avant que ne commence à s'exercer sur Tahiti, l'influence de la France,
par le traité de Protectorat, à partir de1842 ;
80 ans avant la ratification du Protectorat par Louis-Philippe, roi des français,
-
-
-
-
-
-
-
en
-
-
-
1843 ;
ans à
84 ans, avant la guerre franco-tahitienne, et la fin de la guerre sous le
commandement du Gouverneur Bruat, del 844 à 1847 ;
81
84 ans, avant que Pômare IV n'accepte le protectorat de la France, en
102 ans avant l’arrivée des 329 premiers travailleurs chinois, en
1847 ;
1865 ;
[(« Deux ans plus tard, en 1867, un rapport remis au commandant dénombre dans la
plantation 916 chinois et 323 océaniens^ Les Chinois étaient originaires de Canton et des
environs, et appartenaient à deux groupes ethnolinguistiques distincts, les Cantonais (surnommés les « Punti ») et les Hakka (en mandarin, kejia »)].
117 ans avant l'annexion des îles de la Société et dépendances à la France, en
-
1880 ;
-
134 ans, avant le regroupement des Archipels de Polynésie française en Etablis-
d'Océanie, en 1903,...
«...La Polynésie française connaît alors un véritable essor économique et commercial
sements français
qui nécessite entre autre l'importation de main d'oeuvre. Des colons, en majorité français, s'implantent de plus en plus nombreux tandis que l'immigration chinoise se poursuit. Les bases d'une société pluriethnique sè mettent en place. »...
Nous arrêtons là, l'énumération de ces dates de l'histoire de nos îles depuis la rencontre avec, les puissances européennes. Mais cette énumération permet de prendre la mesure
Dossier
du métissage qui a été intense dans nos îles, et de voir combien les
gens dans nos îles
étaient ouverts, et l'étaient plus qu'ailleurs.
Enfin, elle vient nous dire aussi que l'autochtonie en Polynésie est à base de métissage,
Que l'on a affaire à une autochtonie issue du métissage :
-
-
-
du métissage des ethnies
du métissage des cultures
du métissage des religions.
Alors, sommes-nous « autochtones » ou « métis » en littérature ? »
Il y a, ou il y aurait, des plus ou moins autochtones en littérature,
Des autochtones d'une autochtonie locale et ceux d'une autochtonie métis-
sée, avec une littérature de la base de la population, •
Une littérature basée sur les récits anciens que l'on reprend, que l'on recrée,
que l'on imagine,
Que l'on invente pour remplir les trous, ou par esprit créatif, poétique, litté-
raire, artistique, théâtral,
Une littérature basée aussi sur le grand livre d'histoire, de mémoire, et d'oubli,
de littérature, de poésie, de foi, de croyances, de savoirs, de
philosophie, de
sagesse,... qu'est la Bible,
Et dans laquelle la population de nos îles se forme au savoir et à la transmis-
sion du savoir,
Et où elle apprend la langue, où elle apprend à penser, à structurer sa pensée,
et la rhétorique.
Et il y a la littérature de ceux dont nous ici,
La littérature de ceux et de celles qui ont été formés ici, ailleurs, dans d'autres
livres de savoirs, de philosophie, de littérature, d'histoire, de sagesse, de
poésie,
à l'école, au collège, au lycée, à l'université,
Et par les voyages, les rencontres, les confrontations avec d'autres,
Par les lectures diverses, nombreuses ou non, des classiques, des modernes,
des bibliothèques familiales, scolaires, municipales, universitaires.
Et il y a une littérature de ceux au milieu du gué,
Dans le passage de l'oralité à l'écriture, de la littérature orale à celle écrite,
Un passage sur la lancée initiée depuis plus de deux siècles, et
par lequel la
littérature, dans ce qui s'écrit en Polynésie française, avance à son rythme, et que
l'on découvre peu à peu,
LittéRama’OHi tt 19
Flora Deuatine
Dont ce que nous écrivons, dans des textes qui se présentent, une fois écrits,
qui résonnent d'une façon étrange, bizarre, étonnante, par ceux qui les lisent,
comme à ceux qui les entendent, les écoutent,
Et qui suscitent des questions qui sont posées mais n'ont pas leur réponse.
Aussi devons-nous veiller à ne pas à notre tour imposer une façon de penser,
de dire, d'écrire, selon des normes strictes, rigides, voire sectaires d'arasement
anti créatif.
Car il y a une façon de concevoir, de penser, de se représenter, d'organiser la
société, autre, et qui apparaît dans les dits, dans les écrits autochtones,
A partir de la langue, l'âme de la pensée autochtone... Bien que l'encouragement au passage à l'écriture, à laisser des traces imprimées, dans un mode d'or-
ganisation, de structure de la société, de l'histoire, de la mémoire, autre,
Ne soit pas totalement exempt d'une forme atténuée de recherche de rigueur,
De fait, de connaissance, d'humilité, d'équilibre.
Que sont ces écrits et ces dits autochtones ?
Ce sont des écrits divers, des écrits multiples, des écrits infinis, illimités, à partir de chacun, d'un point de vue de chacun,
A partir de sa pirogue, à la fois stable et mouvante sur son aire d'évolution,
de navigation, et à partir de l’ancre de sa pirogue qui donne le temps et l'espace,
Dans une navigation dépendant du sens et de l'aspect changeant du temps,
du vent, de la pluie, toujours subits dans leur variabilité,
Une navigation imprévisible, se faisant et s'étendant, après levée et jetée de
l'ancre de sa pirogue, sur l'élément liquide mouvant, instable de l'océan,
D'où une forme d'esprit, de pensée qui nous fait parler, dire et redire les
choses, comme dans l'exercice présent, où nous parlons dans l'écriture,
Où nous pensons dans l'oralité, écrivant et disant les choses indéfiniment et
différemment, à partir de là où nous sommes, avec notre âme, notre langue, et
ce que
nous sommes,
Dans une variété de dits, d'écrits, pour d'aucuns incompréhensibles, qui
échappent à la logique d'ailleurs, qui sait, devenue peut-être d'un autre temps,
Dans une variété d'interprétations, chaque auteur, chaque orateur, chaque
artiste ayant sa facture, son style propre.
L'art, de l'orateur, du poète, ou de l'artiste peintre, graveur, sculpteur, acteur
ou
autre, est particulier à chacun, au moment de la création ou de la recréation,
de l'interprétation.
Dossier
Il est particulier à son groupe, à son clan, à son lieu, à sa société, à son temps,
Et il est particulier à l'artisan artiste en son genre au moment du dit, de
l'écrit, de l'acte, du produit, du fait.
Pour illustrer ces dits, revenons au début de notre intervention, au terme
«
huri », « tourner », mentionné plus haut,
Tournons à notre tour autour du terme « huri », et tournons avec tous les
autres mots avec lesquels « huri », « tourner », « traduire », est en lien, affilié, allié,
feti'i, en jouant avec les traductions de tous les termes apparentés, polyphones,
relevés dans Te Fa'atoro parau a Te Fare Vana'a,
C'est ce sur quoi sont fondés Ecrits et Dits de notre autochtonie comme dans
le texte ci-dessous et à propos de « Huri » et de ses acolytes, qui
raître incompréhensible à d'aucuns... et pourtant !
«
«
Huri » et ses acolytes
c'est tordu
c’est tortueux
c'est colique
c'est douleur d'intestin
c'est à donner et à avoir la colique
c'est tordu
c'est tortueux
c'est pervers
c'est colique
c'est frivole, c'est léger, c'est superficiel
c'est frivolité, légèreté, superficialité
sans
profondeur, sans fondement
c'est être étourdi, étourdi
c'est être éméché
c'est état de légère ébriété
pourrait appa-
LittéRama’OHi « 19
Flora Deuatine
c'est tournis, c'est étourdissement et vertige
c'est à donner, et c’est à avoir des vertiges
on
tourne, on tourne
on a
le tournis, et des vertiges
on a un
étourdissement, et des vertiges
on va en
zigzag
c'est un grand degré d'étourdissement et de vertige
zigzag comme une flèche ou un éclair
c'est un grand degré d'étourdissement et de vertiges
on va en
on a
le tournis, on a la tête qui tourne
c'est étourdissement, effet de la maladie
c'est étourdissement, effet de l'ivresse alcoolique
on
tourne, on tourne, on tourne doucement
comme une
légère brise
c'est « 'aviri »
le but, c'est « te 'avirira'a »
de faire un filet
de « réunir les feuilles de cocotier
en
les tordant et en les enroulant pour faire un filet »
le moyen pour y arriver
c'est tordre, tourner, enrouler, associer
on
tord et on enroule les feuilles
associe plusieurs personnes
s'associe à plusieurs personnes
on y
on
on se groupe
à quelques-uns ou à plusieurs,
pour poursuivre un but commun défini
on forme une société
un
groupe social à l'intérieur d'un même pays
le filet
conforme à la ligne de l'horizon
conforme au dôme du ciel
conforme au rivage de l'île
conforme à l'environnement
c'est pour encercler
pour attraper du poisson ou des hommes
pour contenir poissons et hommes
pour prendre au piège poissons et humains
on
pose en couronne le filet
sert de feuilles, de plusieurs feuilles
on se
on
tourne, on tourne
risque de chavirer la pirogue
au risque de retourner la pirogue
au risque de se retourner
au
on
a, et on est,
ornements des pirogues et de la société
on
a, et on est,
dépendance des maraes
enveloppe
s'enveloppe
on est enveloppé dans une étoffe
on
on
comme on
encercle les poissons dans un filet
comme on
est filet
comme on
est poisson
on
est enveloppe d'étoffe
on
roule une natte, une natte, une étoffe
on
roule dans l'étoffe
on
roule dans l'étoffe, dans une natte
vivants et morts
manches et jambes
on
retrousse vers le haut
on
retrousse vers le bas
LittéRama’OHi »19
Flora Devatine
on
tourne
on
tourne en rond
on
tourne en rond
on
tourne plusieurs fois en rond
on va en
cercle
on
tourne en cercles
on
tourne dans une ronde circulaire
on
tournoie
on
fait tourner
on
dérive
on
fait dériver,
on
fait dériver
on
change continuellement
comme
la mer
comme
le vent
comme
la pluie
comme
le temps
comme
la vie
comme
les gens
comme
les saisons
comme
la politique
c'est instable
c'est inconstant
c'est changeant
c'est tournoyant
on
est changeant, changeant
inconstant, instable
on
change continuellement
on
fait des tours
on
produit un mouvement tournant
tournoie
on
Dossier
on
tourne, on tourne en cercles
on
fait des rondes
on
fait des tours
on
est manivelle
on
chancelle
on
titube
on
tourne
on
tourne comme une roue
on
tourne
on cesse
on
on
s'installe
est vent qui tourne
vent qui cesse
vent qui s'installe
on
est courbé vers le bas, voûté
comme une
on
branche d'arbre
dérive sous le vent
on
est « ‘aiha », débris rejetés par la mer sur le rivage
on
est amoncellement de débris, on est talus de terre
on
est rempart de terre
c'est nuage au sommet d'une montagne
on
est nuage qui couronne le sommet d'une montagne
c'est paquet de nourriture enveloppé et cuit au four
on
est paquet de nourriture enveloppé et cuit au four
on
verrouille
on
déverrouille
on
tourne la clé, on tourne
on
tourne
LittéRama’oHi n 19
Flora Devatine
on
tourne les mots, on verrouille
on verrouille
on a
on
les mots
la clé, on détourne
déverrouille les mots
on
tourne la clé
on
est la clé
la clé pour ouvrir
la clé qui ouvre, la clé qui ferme
la clé des écrits et des dits qui déverrouillent
avec des
mots qui entraînent, qui signent les actes
des mots qui du signe font passer à l'acte
des mots qui actent les signes
réunir, tordre, enrouler
faire, feuilles, guirlandes
filet, feuilles, guirlande
on
.
réunit
on enroule
on
tord
on
fait
on
édifie
on
embellit
on remue
on
mélange
mélange de manière répétée
mélange les langues
on mélange les mots
on
on
on remue
on
est bâton, bâton qui remue
qui mélange
on
agite, on embobine
Dossier
on remue
on sème
on
sème la pagaille
on
sème la confusion, le désordre
on
détourne le regard
on
est vivo
flûte nasale
on
est vini
petite perruche bleue
petits oiseaux importés
on
est téléphone portable
vini, volubile, toujours prêt à répondre
on
est vini
vinivini,
on
est vivo
vivovivo,
parlant avec facilité et volubilité.»
Tout ce qui précède n'est que traductions des termes tournant autour de
huri », « tourner, retourner », pris dans tous les sens traduits et donnés
par Te
Fa'atoro parau a te Fare Vana'a.
«
Sommes-nous « autochtones en littérature » ?
Nos écrits et nos dits sont-ils autochtones ? Qu'est-ce que l'autochtonie ?
«
Nous disions plus haut « qu'il faut se poser des questions », là où l'on est
métis à la jonction de deux branches d'origine différente », « chercher à corn-
prendre de tout côté...pour intégrer l'histoire »,
Puisqu'aborder la question de l'autochtonie, c'est dire que l'on veut entrer
dans l'histoire, que l'on cherche à comprendre sans parti pris.
C'est éveiller la conscience, ainsi que cela a été écrit en 1977, et qui a été
repris en 2002 dans le numéro 1 de Littérama'ohi :
«
Littérama'ohi
Quelle conscience polynésienne émerge de ces écrits de Polynésiens ?
Quelle identité polynésienne s'exprime et se construit
dans la littérature polynésienne d'aujourd'hui ?
A suivre ! »
LittéRama’OHi # 19
Flora Deuatine
8 ans, 9 ans après, ou 33 ans, 34 ans après,
C'est toujours la même question qui demeure, qui est posée publiquement
pour qu'on y entre, et qu'on en débatte !
A chacun d'y entrer ou non, d'y mettre ses mots.
Des mots pour ses maux, par les dits et par les écrits.
Parce que si l'on n'y entre pas, on traîne un fardeau que l'on transmet à sa
descendance.
C'est le sens de Vaianu, le livre de Patrick Ara'ia Amaru, qui a été primé par
les étudiants de Te U'i Mata (le 15 octobre 2010 au Salon Lire en Polynésie).
L'intérêt de poser la question de l'autochtonie, de s'exprimer à son propos,
c'est d'alléger sa vie, son quotidien. Chacun, aujourd'hui, tant que nous sommes
et tels que nous sommes, est confronté au poids des mots de mémoire «
abori-
gène », «indigène », « autochtone », « canaque », « indien », mots qui apparaissent
avec l'histoire de leurs connotations, dans les premiers écrits d'histoire des navigateurs, de l'administration, des journaux.
C'est ce à quoi nous a conduit la littérature, et en particulier Littérama'ohi,
C'est-à-dire, à ne pas éluder les questions essentielles, les questions existentielles.
On ne se rend pas compte combien Littérama'ohi est une pirogue perfor-
mante,
On ne rend pas suffisamment compte de l'impact profond de Littérama'ohi,
dans ce qui y est dit, écrit de la société, par les auteurs qui y écrivent.
On a pu reprocher à Littérama'ohi d'accueillir dans ses colonnes le tout venant,
Mais le cœur même des fondations du marae, symbole de la société, de la
culture, est constitué de tout venant,
Les pierres taillées constituant la partie visible, venant uniquement structurer
extérieurement l'ensemble !
En tahitien, le tout venant de « pierres et débris qui remblayent les murs des
marae »
est désigné sous le vocable de « te 'a'au » dont l'un des sens embléma-
tiques, symboliques forts, toujours actifs, et de plus en plus réactivés, est « les
entrailles »!
Ainsi « te 'a'au », « les pierres et débris...des marae » de la culture autochtone
ma'ohi, nous remet bien en mémoire, si besoin est,
Que les pierres taillées sont fondées sur le tout venant,
Que sans tout venant, elles ne tiendraient pas, en manquant de fondation,
Que les pierres taillées sont légitimées par le tout venant.
83
Dossier
Le tout venant offre, et n'a cessé d'offrir, une place, un paepae aux orateurs,
et un fabuleux terrain d'archer d'envol et de création aux auteurs autochtones
d'aujourd'hui.
Et la littérature autochtone ?
Comme il y a une autochtonie locale et une autochtonie métissée, avec des
degrés d'autochtonie, où l'on est plus ou moins autochtone,
Pour ceux qui n'ont pas eu l’opportunité d'une formation ailleurs,
spontanément la littérature autochtone serait avant tout celle de la population de
langue
polynésienne, et en langues polynésiennes.
Et à côté d'elle, il y aurait, la littérature des lettrés, des instruits, des éduqués
«
ailleurs ».
Pour nous, aujourd'hui, la littérature autochtone, de demain, sera celle que
publient les maisons d'édition qui exposent tout autour de Te paepae o Him,
Mais la littérature autochtone, aujourd'hui, avec ses degrés d'autochtonie,
est déjà dans Littérama'ohi ; la littérature autochtone, d'aujourd'hui, c'est Littérama'ohi.
Littérama'ohi est une revue fondée en 2002 par 7 auteurs (Patrick Amaru,
Michou Rai Chaze, Danièle-T. Helme, Jimmy Ly, Chantal T. Spitz, Marie-Claude
Teissier-Langraf), et qui a fait ses preuves en ouvrant ses colonnes pendant ses 9
premières années d'existence à plusieurs générations d'auteurs,
Plus de 400 auteurs !
A présent, Littérama'ohi navigue en haute mer,
Elle est dans sa pleine maturité.
Et afin que chacun puisse en mesurer l’impact, et pour encourager, si besoin
est, tous les auteurs et les membres de l'Association Groupe Littérama'ohi, à
poursuivre sur leur lancée,
Je vais lire un extrait de l'article d'un chercheur post-doctorant au Royal Hol-
loway (University of London) à propos de Littérama'ohi, avant de clore par des
vers libres :
«
...
Aux nombreuses questions qui font débat en ce début du vingt-
unième siècle dans les colloques internationaux en anthropologie, littérature,
études post-coloniales, ou performance studies, Littérama'ohi propose des
réponses, et met en lumière que les questions de création, de mémoire, de
patrimoine culturel, de rôle de la femme, de pratiques rituelles et de foi se
I.ittéRama’oHi « 13
Flora Devatine
pensent et se discutent depuis des décennies en Polynésie, comme en témoignent également les articles publiés le long du parcours de vie de la première
directrice de la revue. Source et ressource interdisciplinaire, littéraire, anthro-
pologique, culturelle et d'évasion, invitant, à chaque numéro, tous les talents
écrivains et artistes
polynésiens à offrir leur contribution, Littérama'ohi
propose, enfin, un modèle d'actes liés à la parole, au sein duquel lycéens et
célèbres écrivains peuvent trouver leur place côte à côte. Modèle civique
donc, la revue fait aussi voir et exister, un autre modèle de société. »
-
-
Estelle Castro
(2008-2009)
Postdoctoral Research Associate (Royal Holloway, University of London)
L’odeur de la mer
Contre l'étrave de la pirogue clapotent des vagues
Dont l'odeur se mêle à celles de la terre
Toutes assiègent mon esprit et mon corps oublieux
Sensations d'eau en vallées sur le corps sous la pluie
La pluie
Encore elle
Toujours elle
Partout elle
La pluie jouissive sur les flaques alentour
On aurait dit un vol d'oiseaux bruissant des ailes
.
S'abattant de toutes parts
Pluie de mots
Pluie de sons
Que je ne peux retenir
Dont je ne sais qu'en faire
Sous le double toit éventré
De ma maison délabrée
Où en sécurité pourtant je me sens
Dossier
L'orage que je redoute
Ne m'y atteindra pas...
«
Fragiles ligules. Lémures encoignures.
Rouget grondin. Ariège. Méninge.
Enneige. Sortilège. Et myosotis. »
J'ai connu
Effroi égaré
Piéride piéta
Une diablerie
En effigie.
«
Circule. Renoncule. Recule. Pédoncule.
Ecume. Bitume. Equille. Béquille.
Morigéné. Surinam. Séquence... Cadence. »
Ecris-tu...re
Coeurement
Ecris-moi.:.re
Chairement
Ecris-toi...re
Hermétique ? Idiotique ? Malêtrique ?
Riénacirique !
Par l'écriture, je m'octroie des mots d'écrits des pays que j’habite
La poésie me permet des audaces, dont celle d'écrire à sec et à vide.
L'écriture est ma ciselure d'inscription où à défaut de plume, je taille et j'aligne
Des bâtonnets porte-plume sans fin.
Intervention au débat sur « Les peuples autochtones » (16 octobre 2010),
sur Te
10° Salon Lire en Polynésie, (14-17 octobre 2010),
Paepae-a-Hiro, Te Pare Tauhiti Nui (TFTN) - Maison de la Culture
Références bibliographiques
Dictionnaire Tahitien-Français Fa'atoro Parau Tahiti-Farani, Fare Vana'a
Article du BSEO
Article de Estelle Castro
LittéRama’OHi # 19
Régina Suen Ho
lho tumu
‘Aahiata, ua ‘ümatatea te ora
Po’ipo’i, ua ‘üa’a te ora
Avatea, ua papa te ora
Pô, ua tae te ora i te rôhutu no’ano’a
Te ora, e aho nui
Te ora, e faufaa rahi
Te ora, e ô faahiahia
I riro ai tatou ei taata
Taata tô na fenua
Fenua tô na nunaa
Nunaa tâ na iho tumu
lho tumu faufaa ia o te nunaa
A here i tô fenua
A here i tô nunaa
A here i tô iho tumu
A tü e te nunaa mâ’ohi ia ora tô iho tumu
87
Dossier
Autochtone
Ce soir la lune est Hotu,
Ses reflets brillent sur l'eau calme,
Seule sur mon vaa,
Je crois entendre Hina tout la haut qui bat son tapa.
Mais c'est mon tupuna'qui me murmure à l'oreille :
Profite des rayons de la lune pour regarder l’aube au loin,
Sent le maoa'e qui arrive bientôt,
Ajuste tes voiles,
Observe, observe, observe encore...
L'observation, grand secret des Maohi.
L'observation qui a permis aux ancêtres de savoir car ils avaient vu.
Te ite, ite (E ite te ite)
L’observation encore, pour comprendre,
Que l'arbre est source, source de soins.
Te tumu, te tumu ra'au (Te tumu raau te tumu)
Que la sagesse est solidité,
Te pa'ari, paari (E paari te paari)
Que le passé est devant tes yeux, afin que tu te rappelles de
l'apprentissage,
Que le passé est devant tes yeux, afin que tu te rappelles de l'histoire,
LitteRama’oHi « 19
(Tloeata Galenon
Que la terre te définit,
Que la mer te rapproche des Dieux,
Que les étoiles te montrent le chemin,
Que la voie du Fe'e se révèle à toi si tu sais pratiquer ses valeurs,
Que l'homme fait partie de la Nature,
Que l'homme n'est qu'un élément d'un écosystème, fragile ou solide...question
d'équilibre,
Que tout est question d'équilibre.
Et si toi, tu oublies tout ça
Alors tu n'es qu'un hotu painu...
Dossier
Des mots et des représentations
Que reste-t-il des anciennes représentations ?
Le nom désigne l'objet, parce que
cet objet porte des caractéristiques
qui donnent la définition du mot1.
Les mots ont-ils encore un sens aujourd'hui ?
De prime abord, la question peut paraître saugrenue, puisque évidemment
les mots ont un sens. Au-delà de cette question, il s'agit de savoir si les mots ont
gardé leur sens premier. La question est-elle importante ? La réponse est laissée
à l'appréciation de chacun. J'ai, en revanche, estimé qu'elle est nécessaire, parce
qu'elle permet d'une part d'éviter des malentendus et des contresens, et d'autre
part de remettre les choses à leur place, afin de rendre les situations, les événements, les faits plus intelligibles. Plus encore, elle nous interroge sur la distance
qui nous sépare du sens compris et vécu par nos ancêtres, de celui compris et
utilisé, par nous, aujourd'hui.
Je me propose donc, ici, de traiter des mots suivants : fe'eet tangata manu.
Le premier est en relation avec la navigation traditionnelle, le second, avec le
culte de « l’homme-oiseau » pratiqué à Rapa Nui.
Fe'e
Ces derniers mois, la Polynésie française a vécu au rythme des pirogues traditionnelies : Upo'o Tahiti, Fa'afaite, Tahiti Nui Freedom. Pour cette pirogue-ci, il
s'agissait de faire le périple inverse effectué, il y a plus de dix mille ans, par les
lointains ancêtres des Polynésiens, à partir de la Chine. La traversée, relayée par
la presse locale et internationale, fut un immense succès.
'
Propos tenus par un écrivain sur un plateau de télévision.
LitteRama’oHi » 19
Edgsr Tetahiotupa
L'animal utilisé le plus souvent pour représenter la navigation est le poulpe.
Il se dit fe'e en tahitien, heke en pa'umotu, fe'e ou heke en marquisien. Heke en
pa'umotu ou en marquisien signifie glisser. Il ne s'agit pas ici de se déplacer, uniquement, par un mouvement continu sur une surface lisse, mais d'un point élevé
à un point situé plus bas. Aux îles Marquises, heke est utilisé pour définir un
déplacement de la vallée vers le rivage, le déplacement inverse se dit hiti. Ce
même terme, heke, est employé pour évoquer un déplacement en mer, vent
arrière ou en suivant les courants, étant entendu que, la plupart du temps, c'est
un
se
en
courant et un vent d'est. En pa'umotu, on trouve des définitions identiques :
rendre dans un village qui se trouve à/vers l'ouest, c'est heke, c'est-à-dire aller
bas, haere ki mro (Stimson, p. 128). Dans cette même langue, hakaheke, c'est
aller en bateau, c'est émigrer, c'est mettre la voile, c'est être porté par le vent
(ibid., p. 128). Hekeheke ou paheke, c'est naviguer vent arrière (ibid., p. 129). Par
ailleurs, le poulpe se dit 'e/ce en langue des îles Cook. Il s’avère que ’eke nous le
trouvons aussi en pa'umotu (ibid., p. 67). Mais 'eke ou eke (sans la glottale), on
le trouve dans veke qui signifie : circuler sur des voies navigables (ibid., p. 604),
quant à aveke, il veut dire : avancer sans direction définie, sans but (ibid., p. 605).
Pour avancer sans but défini à l’avance, on ne peut que se laisser porter par les
courants et les vents. Parmi les mots composés avec heke, nous avons haveke.
Stimson (p. 605) nous dit que haveke est « une petite pirogue qui transporte une
quelques personnes, utilisée pour la pêche, pour des activités quotidiennes »
Les notions comme roro (bas) et runga (haut) marquent un ancrage profond
dans la manière dont heke est représenté. Nous les trouvons dans certains noms
des îles Tuamotu comme Tenarunga, Marutearunga, Amanurunga qui se trouvent
i runga (en haut), donc à l'est, alors que Tenararo, Maruteararo, Amanuraro sont
respectivement des îles qui se trouvent i raro (en bas), donc à l'ouest. Par ailleurs,
les termes tua et aro désignent le dos et la face de l'homme. Nous les retrouvons
dans certaines parties des aires géographiques des Tuamotu avec Tapuhoe tauaro
et Tapuhoe tautua. Ces deux régions indiquent clairement la position de l'homme
et la direction de son regard. En effet, Tapuhoe tauaro se trouve à l'ouest de
Tapuhoe tautua. Takaaro est l'ancien nom de Takapoto qui se trouve à l'ouest de
ou
Takaroa.
Si naviguer c'est glisser vers l’ouest (heke), se tourner vers l’ouest (aro), c'est
donc que les ancêtres des Polynésiens sont partis vers l'ouest. Sinon le terme
heke n'aurait pas été attribué au poulpe, animal symbolisant la navigation ancestraie. Affirmer l'inverse, c'est supposer que heke, c'est glisser d'un point situé en
bas pour arriver à un point élevé..., c'est admettre que hiti devrait prendre la
place de heke, c'est-à-dire du poulpe... C'est considérer que affirmer quelque
chose, c'est dire son contraire. Dire que quelqu'un est en haut (runga) de l'arbre,
reviendrait à regarder en bas (raro), au pied de l'arbre !
Dossier
ar3
Heke porte une. autre signification, bannir (Stimson, p. 128). Bannir, c'est
chasser quelqu'un d'un lieu, d'un pays, c'est le faire aller loin, très loin.
Lorsqu'on
est chassé d’un lieu, il vaut mieux partir en s'aidant des courants et des vents,
heke. Partir contre les courants et les vents, c'est fatalement revenir sur son lieu
de départ. Il me semble difficile de croire que les anciens Polynésiens auraient
poussé le ridicule à revenir sur les lieux où se trouvaient, et se trouvent encore,
leurs ennemis, d'autant, disent les spécialistes de la navigation traditionnelle,
que
les pirogues polynésiennes remontent mal au vent.
Les tentacules du poulpe se disent aveave, elles sont au nombre de huit. Elles
symbolisent le lien, rendu par ave (filament), qu'entretiennent les îles entre elles.
Cette idée se retrouve dans le terme ava2 qui désigne une passe, un passage et
qui signifie chemin, voie. Ava et/ou ara sont les voies navigables symbolisées
par les tentacules, aveave, du poulpe.
Dans les langues polynésiennes, le poulpe se dit, de manière unanime : fe'e,
feke, heke, 'e/re, wheke... Son aspect gluant, et donc glissant, n'est sans doute pas
étranger au nom qu'il porte. Par ailleurs, le mot heke renvoie à la navigation vent
arrière, mais aussi aux liens qui unissent les îles entre elles.
Tangata manu
À l'île de Pâques existe le rituel annuel du tangata manu. Il s'agit de récupérer le premier œuf pondu, par l'oiseau manu tara4, sur l'îlot Motu Nui, et de
le rapporter sur l'île. La traversée du bras de mer qui sépare l'île de l'îlot n'est
pas
dénuée de danger, les requins y sont fréquents. Le serviteur, appelé hopu,
qui
rapporte cet œuf honore son chef du titre de tangata manu, ce qui donne à ce
dernier « prestige, qualification et donc puissance politique » (Perez, p. 192). Il
incarne sur terre, dit-on, le dieu Makemake pour une durée d'un an. « Makemake
est le dieu suprême de Rapa Nui, mais il semble cependant issu, lui aussi, de l'œuf
originel de Ta'aroa ou Tangaroa, selon les archipels polynésiens. Les représentations le figurent sous forme d'un être humain à tête d'oiseau, rappelant l'œuf
originel et le mythe du dieu fondateur tout seul dans sa coquille devenant trop
petite pour lui [...] » (ibid., p. 187).
2
Les langues polynésiennes ont ceci de particulier, c'est que le son « e » peut se substituer au son
a », comme, en tahitien, avec mei'a et mai'a
qui tous deux signifient banane, ou Hina (nom de le
première femme, épouse de Ti'i) et hine (personne de sexe féminin).
«
3
De la même manière que « e » et « a » peuvent se substituer l'un l'autre, nous retrouvons cette
même particularité avec « v » et « r », vahiné ou rahine nous renvoient à femme.
4
Sterne huppée, Sterna bergii.
LitteRama’OHi # 19
Edgar Tetahiotupa
En quoi le fait de rapporter le premier œuf et d'être honoré du titre de tangata manu est-il important ? Cet œuf « est censé apporter l'abondance. L'œuf
est un magicien qui donne des patates douces, des poulets, du poisson, des
anguilles, des langoustes. La pêche hauturière commence d'ailleurs sitôt après sa
découverte. C'est le début des festivités de la saison de l'été austral, saison de
l'abondance » (ibid., p. 196). Nous avons ici, la remémoration de l'œuf primordial,
c'est-à-dire : l'œuf originel de Ta'aroa, source de toutes vies.
Concernant le rituel tangata manu la quasi-totalité des commentateurs ont,
pratiquement, traduit tangata manu par homnie-oiseau. Quel lien peut-il y avoir
entre le fait de ramasser le premier œuf, de le rapporter sur l'île sans le briser et
le titre d'homme-oiseau ? Le titre d'homme-oiseau comporte une idée d'homme
volant au sens commun, ce que le rituel ne donne pas à voir. Par ailleurs, au-delà
du sens courant attribué à manu, comme étant un oiseau, manu désigne, en
autres, des êtres vivants. Firth (p. 230) en fait une catégorie d’animaux terrestres
comprenant les mammifères et les arthropodes5, à l'exclusion des animaux
marins. Le terme m.anu s'adresse aussi à l’homme, Jaussen nous parle de manu
pa'ari, homme avisé, de manu tipao, homme volage. Si, dans ce contexte culturel, manu signifie homme, nous aurions alors deux fois homme, ce qui n'aurait
aucun sens. Ce qu'il faut savoir c'est qu'en langues polynésiennes le deuxième
terme, celui qui accompagne le nom est généralement un qualifiant. Nous
aurions alors un homme (tangata) qualifié de manu.
Si dans ce contexte manu ne signifie pas oiseau ou, en tout cas, aurait un
autre sens, quel est-il ? Stimson, renvoie manu à man ia, c'est-à-dire au succès,
à la chance. Dans cet ordre d'idée, le terme marquisien manuk signifie prendre
beaucoup de poissons, k désigne ici la marque du superlatif (Dordillon, p. 255).
Mais cette chance, ce succès est affaire de pouvoir. Manu, selon Stimson (p. 283),
est un personnage vénéré doué de pouvoirs surnaturels. Firth (p. 231) reprend la
même idée, puisque, selon lui, manu représente un pouvoir extraordinaire, immatériel, exercé par les chefs à travers la manifestation des esprits. Si l'on parle de
pouvoirs extraordinaires, il s'agit alors de mono, ce à quoi nous renvoient Dordillon et Firth dans leur dictionnaire respectif.
C'est sans doute comme cela qu'il faut comprendre la description suivante
de Perez (p. 197) : « Ils deviennent des ariki nui, grands-rois, hommes-dieux. Forts
de la présence de la divinité, ils peuvent, sans crainte d’une opposition sacrilège,
s'emparer de biens et jouir d'avantages qui, en d'autres temps, leur seraient probablement contestés par les armes. »
5
Terme désignant les animaux invertébrés possédant un squelette externe et des appendices arti-
culés, comme les insectes, les araignées.
Dossier
En guise de conclusion
Nous venons de voir, à travers ces deux exemples, la nécessité de bien saisir
le sens profond des mots dans leur contexte culturel. Heke est un animal gluant,
donc glissant, il signifie poulpe en français, octopus en anglais. C'est dire que
dans la définition de cet animal, la particularité retenue par les Polynésiens est
le facteur glissant, d'un point considéré comme élevé vers un point considéré
comme
plus bas. En Europe l’attention est portée sur les tentacules considérés
pieds. Quant à tangata manu, cette expression ne s'arrête pas seu-
comme des
lement à homme-oiseau. Comme nous venons de le voir, elle va au-delà de la
simple traduction littérale. Tangata manu, c'est celui qui incarne la chance, le
succès, manu, en apportant l'abondance, le pouvoir, manu, puisqu'il est considéré
comme l'égal des dieux. Si le terme oiseau, dans son
usage culturel, renvoie à des
représentations divines, il est cependant insuffisant pour rendre l'idée de chance,
de succès et de pouvoir. Dans ce contexte-ci, les Polynésiens ont, sans doute, utilisé l'homophonie, manu, avec une représentation de l'oiseau, pour inscrire sur
la pierre les concepts de chance, de succès et de pouvoir, forcément immatériels,
incarnés par celui [tangata], appelé tangata manu, c'est-à-dire homme-dieu.
Fe'e ou heke, symbole de lien et de navigation
Pétroglyphe représentant tangata manu
(réf. au gré des vents et des courants,
E. Teta-hiotupa, 2009, EMA)
(photo : E.Tetahiotupa)
Références bibliographiques
-
-
-
Académie tahitienne, 1999, Dictionnaire français - tahitien.
Perez, Christine, 2007, Cultures méditerranéennes anciennes. Cultures du triangle polynésien
d'avant la découverte missionnaire : les formes et les pratiques du pouvoir, ÉPU.
Dordillon, René lldefonse, 1931, Grammaire et dictionnaire de la langue des îles Marquises, mar-
quisien-français, Institut d'Ethnologie.
-
-
-
Jaussen, Tepano, sd, Dictionnaire de la langue tahitienne, Société des Études océaniennes.
Firth, Raymong, 1985, Tikopia-English Dictionary, University of Auckland.
Stimson, Franck et Marshall, Donald, 1964, Dictionary of Some Tuamotuan Dialects of the Polynesian Language, The Hague.
LittéRama’oHi » 19
Chantal T. Spitz
Sommes-nous prêts à hériter
de notre autochtonie ?
Il y a plus de trente ans Henri Hiro nous exhortait à cet
héritage. Avec ses compa-
gnons il nous engageait à nous dire Mâ'ohi
Mâ'ohi au sens premier du terme à savoir « qui n'est pas étranger
indigène1». Mot
communément employé avant l'arrivée des Européens puisqu'on le trouve dans la
Bible pour signifier « homme du lieu2 », il est pourtant violemment
rejeté par beaucoup sous le prétexte que seuls les animaux et les plantes sont mâ'ohi indigènes. Pour
tenter de comprendre ce rejet il semble intéressant de suivre l'évolution des menta-
lités et des mots associés à notre identité à l'image que nous avons de nous-mêmes.
A l'arrivée des Européens l'indigène de ce
qui deviendra la Polynésie française par
la colonisation est Mâ'ohi Ta'ata tumu, homme racine homme souche, tumu se
disant d'une plante forte car bien enracinée. Le Ta'ata tumu
s'origine dans la terre
son.pla-
ancestrale dans laquelle il est planté dès sa naissance par l'enterrement de
centa. Le placenta « pü fenua» : noyau-cœur/terre, parcelle de terre incluse dans le
corps de la femme et dont se nourrit l'enfant, est par nature destiné à être mis en
terre pour qu'un arbre vienne se nourrir de lui à son tour. Cette même terre de
laquelle il naît lui sert de dernier refuge. C'est le même terme « tanu » qui est utilisé
pour désigner les actions de planter un arbre et d'enterrer un être humain : les
hommes plantent les autres hommes dans la terre comme ils
plantent les arbres3.
Le Ta'ata tumu affirme son identité en déclinant le nom des lieux de son
espace
communautaire : montagne, rivière ou source, plantes, place de réunion,
pointe ou
baie. Il est alors Ta'ata 'ai'a homme territoire. Il n'est
pas Tahitien mais « Ta'ata
Tahiti» : Homme Tahiti. Il n'habite pas Tahiti. Il est Tahiti. Il n'est
pas Marquisien
mais « Enana » : Homme4..Sa terre est « Eenua Enana' » : Terre de l'Homme. Il est
Reao. Il est Rurutu. Il est Huahine. Il est sa Terre.
1
Dictionnaire Tahitien-Français - Académie tahitienne
2
Ezekiela, pêne 23, irava 42 - VoirTokainiua Devatine A propos du terme Maohi - Litteramâ'ohi n°
16-Juin, 2009, pp 74-84
3
voir Bruno Saura Le maintien des coutumes relatives au
placenta et au cordon ombilical en Polynésie française - Les dossiers de l'obstétrique, août-septembre 2008, n°374,
pp. 36-39
4
équivalent du terme tahitien Ta'ata, qui désigne de façon générique le genre humain
Dossier
Cette manière de se fondre dans sa terre rejoint la définition des Athéniens qui
se
disent au V° siècle autochtones, ceux qui sont nés tout à la fois de la terre
même et de la même terre.
L'Autre, tous les Autres vont le définir.
Les christianisateurs l'appellent « 'ëtene » « païen », mot apparu lors de la traduction en tahitien de la bible anglaise.5 «'Ëtene-Païen », « personne étrangère à la
religion chrétienne », prend très vite une connotation péjorative définissant les
indigènes rétifs à la christianisation qui deviennent « sauvage, rustre, barbare,
mal élevé6 ». Aujourd'hui il est réservé aux Ta'ata tumu mal occidentalisés en
échec scolaire et social.
Les colonisateurs l'appellent « indigène ». Le dictionnaire de la langue française
Bordas indique : 1/ « - indigène, adjectif : qui est né dans le pays même, qui est
originaire du pays où il vit. NB : Ce mot ne s'emploie guère qu'en parlant des
habitants des pays lointains et primitifs, et il a souvent une valeur un peu méprisanté ; c'est pourquoi on évite de l'employer lorsqu'on parle d'une population
indigène. » 2/« - indigène », nom masculin ou féminin : personne qui habite le
pays où elle est née et où ses ancêtres sont nés et ont vécu quand ce pays est un
pays lointain et primitif. NB : ce mot s'employait notamment pour désigner les
habitants d'origine non européenne des territoires coloniaux ou semi-coloniaux ;
il est considéré de nos jours comme péjoratif et on évite son emploi. »
Ainsi très vite, le Ta'ata tumu Mâ'ohi devient « indigène, sauvage, rustre, barbare,
mal élevé » puis « primitif» parce que « d’origine non européenne ». Les lois missionnaires plus connues comme « code Pômare » puis le code de l'indigénat appli-
qué en 1897 aux îles qui ne dépendaient pas du royaume des Pômare devenu
colonie française le 29 juin, 18807, signent jusqu'en 1946 le statut de sujets
indignes d'être citoyens indigènes français de la colonie, confirmant l'état soushumain des Ta'ata tumu Mâ'ohi. Peut-on s'étonner alors des réactions violentes
quand Hiro nous exhorte à revendiquer notre indigénéité et ce faisant nous
identifier à des ancêtres dont on pense aujourd'hui encore qu'ils n'ont fait leur
entrée en humanité qu'en devenant chrétiens puis français...
5
Du grec : Ethnos ou Ethnikos - De l'anglais : Heathen
6
Dictionnaire Tahitien-Français - Académie tahitienne
7
Pierre Dareste Traité de droit colonial, vol 2, Paris 1931 pp. 502-512
LittéRama’OHi# 19
Chantal T. Spitz
Comment en effet accepter de revendiquer une identité porteuse de tous les stigmates d'une non-humanité ou du moins d’une humanité au rabais une humanité
de seconde zone. Les discours officiels publics nous ressassent pourtant que les
Polynésiens sont fiers de leur culture. Qu'ils la vivent sereinement. Qu'ils sont
bilingues dans une société multiculturelle. Il est vrai que jamais nous n’avons
autant dansé. Jamais nous n'avons autant mis à l'honneur les sports dits traditionnels ni l'artisanat. Jamais nous n'avons autant porté de tatouages. Jamais
nous n'avons autant vêtu le pâreu dans les lieux publics. Pratiques interdites par
les missionnaires chrétiens réappropriées dans un espoir de se réapproprier simultanément une identité effacée. Paradoxalement, dans des temps où l'on a jamais
autant parlé de culture jamais nous n'avons moins parlé les langues originelles de
notre pays. Jamais nous n'avons moins consommé les nourritures indigènes de nos
peuples. Jamais nous n'avons moins été étrangers à nos ancêtres autochtones.
Comme si nous portons en nos tréfonds un dédoublement de nous-mêmes, ambiguïté schizophrénique entre fierté d'être polynésien et honte d'être indigène, une
part de nous revendiquant exhibant les signes extérieurs d'une culture d'une identité pensées traditionnelles, une autre part refusant l'identification aux ancêtres
indigènes qui nous ont donné patrimoines en nous donnant naissance et désirant
s'identifier à tous les Autres qui ont envahi nos espaces. Vouloir se dire de ce pays
sans se dire de ce peuple. Ce désir de s'identifier à l'Autre, né dès les premiers
mariages mixtes, tend à se généraliser dans une société dirigée par les descendants
de ces mariages, aristobourgeoisie qui a repris à son compte le mépris des colonisateurs pour les indigènes. Il importait en effet en ces temps-là de se désolidariser
de ses ancêtres indigènes pour entrer de plain pied en humanité. Ce mépris soigneusement transmis de génération en génération s'étale sournoisement
aujourd'hui dans les stigmatisations incessantes que subissent les autochtones qui
n'ont pas su pas pu pas voulu s'intégrer à la société dominante très occidentalisée.
La société française qui voudrait en théorie que tous soient citoyens de la
République, distingue pourtant des français issus de l'immigration, des français
de la deuxième génération ou des beurs. Nous, autochtones indigènes, au
contraire, n'osons plus affirmer ni revendiquer fortement notre différence dans
société étouffée par la bienpensance et transformant le mâ'ohi en polynésien, mot fourre-tout fourre-rien pour des êtres en mal d'identité, peuplant
une
notre pays de Polynésiens de souche d'adoption de cœur, toutes expressions
démontrant la difficulté générale de se définir sereinement et donnant à pen-
tous communient une identité assumée. A observer la société contemporaine il apparaît rapidement que seuls les mots ont changé. Le racisme est
désormais plus feutré. On ne dit plus 'ëtene, quoi que, on dit « petit tahitien,
ser que
97
Dossier
feia ri'i ri'i, cas sociaux, Polynésie d'en bas, populations défavorisées ». On dit
même simplement « tahitien ou ta'ata Tahiti » avec une petite moue de mépris,
dit aussi « les gens des îles » avec un accent paternaliste condescendant Cette
condescendance affichée pour « les gens des îles » s'explique sans doute en partie
on
par leur état de sujets maintenu jusqu'en 1946. Par ailleurs, les médias dans leur
ensemble présentent une image dévalorisante de l’autochtone. Ces dernières
semaines la une de la Dépêche titrait plusieurs fois sur l'ambigüité et la malhonnêteté des tahu'a et l'exorcisme toujours en cours dans notre pays, comme si
l'exorcisme n'était pas le fait de l'église catholique. De même régulièrement les
sujets télévisés traitant de problèmes de santé ou de société sont illustrés par
d'images d'autochtones en surpoids au marché de Pape'ete. La Société française
des jeux a même un dessin animé caricaturant les tahitiens dans sa publicité
pour l'euromillions, Une banque vient d'éditer une affiche pour le compte solidarité qu'elle propose aux plus démunis de nos concitoyens, avec en illustration
un coupe d'autochtones avec un enfant, aux
visages tristes le père de famille
vêtu d'un tshirt délavé déformé. Toutes les affiches positives sont quant à elles
et quel que soit le sujet traité illustrées par des représentants de l'aristobourgeoisie élégamment vêtus et souriants de toutes leurs blanches dents. Comment
s'identifier à une image si négative. Une image née dans les illusions de Bougainville et désormais véhiculée par l'aristobourgeoisie aux pouvoirs à laquelle la
société s'est adaptée peu à peu, intériorisant l'idée de sous-humanité à laquelle
il convient d'échapper en se soumettant à la pensée unique castratrice d'une
humanité humaine parce qu'occidentale française.
S'il est légitime d'être indigné par les deux derniers siècles de notre histoire, il
n'est plus temps de reprocher à la christianisation le désamour de nous-mêmes.
Il n'est plus temps de reprocher à l'état français une société coloniale perpétuée
par nous-mêmes. Depuis trente ans le statut d'autonomie donne aux élus indi-
gènes autochtones la possibilité la responsabilité d'accompagner tous les peuples
autochtones de notre pays à la traversée de notre histoire pour apaiser nos douleurs et restaurer notre humanité. Le refus ou du moins la difficulté de nous définir indigènes autochtones et en assumer l'héritage collectif entraine au-delà des
mal-aises mal-être psychologiques une joyeuse adhésion à la folklorisation de
nous-mêmes une funeste apathie devant le pillage systématique de notre patrimoine matériel et immatériel auquel nous participons volontiers. Nous n'avons
jamais été aussi étrangers à nous-mêmes que depuis les trente dernières années.
La signature de la Déclaration sur les Droits des Peuples Autochtones par l'assemblée générale des Nations Unies le 13 septembre 2007 est passée quasiment ina-
perçue dans notre pays alors qu'elle a été célébrée par les peuples autochtones
LitteRama’OHi » 19
ITlanuteB Chauuet
1 mua noa a’e i te mata
I taua mahana pae ra, i te tapera’a mahana, i te otira’a atu te hôrue, hôho’i atura
‘o ‘Atamoe ‘e ‘o Ra’inui i te fare. No te rohirohi ‘e te po’ia, ‘aita nâ hoa i ha’ama-
rirau n5 te vai iho atu i mûri ia râua te ‘5utu no Tefauroa i Mahina. ‘A himenemene noa ai ‘o ‘Atamoe ‘e ‘a ‘amu’amu noa
ai i tâna vï ‘ôhure pi’o, te ‘ôtohe atura
ia ‘o Ra’inui nô te mea të ‘ite nei ‘oia i te tahi ‘ohipa mâere i mûri i te tumu ‘uru
: e ta’ata
pohe ! Parau atura ‘o Ra’inui :
-‘Atamoe, ‘a hi’o na i terâ tumu ‘uru, e aha ho’i te ‘ohipa i mûri ?
Ma te momi i te tuha’a vï tâna e ‘amu ra, pâhono atura ‘oia :
«
-1 hea roa ? Terâ tumu ‘uru ?
‘Ë ! E tino ta’ata, e ‘ere ânei ?
-
‘Oia ! Tera ihoâ, e ta’ata.
-
la hi’o atu vau, e tino ta’ata pohe paha...
-
E aha ia ! ‘Aita paha, e ta’ata terâ e ta’oto ra. Peneia’e, ‘ua inu rahi roa ‘oia
i te pia, mai ia ‘oe, i te hepetoma i ma’iri a’e nei ! »
-
‘Ata atura ‘o ‘Atamoe, mea au ihoâ nâna te ‘ohipa ‘a’a. No Ra’inui râ, e ‘ere
roa atu i te tahi
‘ohipa hô’ata no te mea, ‘ua pâpü ‘oia i te ‘ohipa tâna e ‘ite nei.
No te mea ra ë, ‘aita ‘o ‘Atamoe e hina’aro e ti’aturi i tâna parau, ‘ôpua ihora râua
e
tâpiri i pïha’i iho i te tumu ‘uru. Nâ ‘Atamoe i haere na mua, ‘âpe’ehia atu e
Ra’inui. E taure’are’a mehameha haere noa ‘o Ra’inui, ‘âre’a ia ‘Atamoe ra, e’ita
‘oia e ti’aturi ra i te mau ‘ohipa mâere. ‘E no te mea ato’a ë, e mea ‘âpï a’e ‘o
Ra’inui ia ‘Atamoe, e rahi ihoâ ia te ri’ari’a. Tâpiri atura ‘o Ra’inui i teie vâhi
mâere, parau atura :
«
-
‘Ua nava’i paha terâ, tâpe’a tâua i ‘5 nei.
E aha tâ ‘oe e ri’ari’a ra ? Mai te peu eita ‘oe e hina’aro e haere fa’ahou i
mua, ‘a fa’aea noa ia i ‘ô nei. ‘Aita vau e ‘ite maita’i ra nô te pôiri i raro a’e
i teie
tumu ‘uru. »
‘Ua ‘ite ‘o Ra’inui ë, mea au roa nâ ‘Atamoe te ‘ohipa moemoera’a, noa atu e
riro ‘oia ‘ei mâmoe, tei haere ma te tâ’ua ‘ore i te mau fifi tâna e nehenehe e fare-
rei, tapa’o ato’a ra ‘aita ‘ona e feruri nâ mua i te haere, no reira mai paha tôna i’oa.
Vai iho atura ‘o ‘Atamoe i tâna ‘iri fa’ahe’e i raro, i piha’i iho ia Ra’inui, ha’amata
fa’ahou ‘oia i te tâpiri i te tino ta’ata. ‘Ua piri roa ‘oia i teie nei, e piti ‘aore râ e
toru mëtera, hitimahuta ihora ‘oia. Pi’i atura Rainui :
«
‘Atamoe, e aha tâ ‘oe e ‘ite ra ? E ta’ata ihoâ ?
Création
■
flouuelles policières
‘Aita râ taua tamaroa ra i pâhono mai. Ho’i vitiviti atura ‘oia :
-
-
-
...’ua tano ‘oe...e tino ta’ata pohe ihoâ !
‘Ua pâpü ia ‘oe, ‘ua pohe ‘oia ?
‘Ë ! ‘Ua ‘ü’umihia tôna ‘arapo’a. Mea rahi ato’a te toto i ni’a iâna. E mea
hâ’iri’iri roa !
-
-
‘ Auë
! Nâfea tâua i teienei ?
E haere tâua e ‘imi i te tahi rave’a no te tâniuniu i te mau müto’i. »
Nâ reira ihora râua. Rave atura i tô râua ‘iri fa’ahe’e, ‘e, n5 te mea ‘aita e
ta’ata fa’ahou i te pae tahatai, nâ raro noa râua i te haerera’a, tae roa atu i te fare
toa « Vénus Star ». Tomo atura râua i roto, ani ihora i te tahi niuniu ‘âfa’ifa’i.
‘Ahum minuti i mûri mai, faura mai ra to’otoru mûto’i i piha’i iho i te vâhi i
reira te tino ta’ata i te ‘ite-ra’a-hia. Hora ono i te tapera’a mahana i te reira
taime. Nâ te müto’i tâpa’o piti to Tihôni e fa’atere i te mau ‘imira’a ‘ohipa. I
mûri iho i te arohara’a i nâ taure’are’a, ani atura ‘oia :
« Tei hea roa te tino o te ta’ata
pohe ? »
Pâhono atura ‘o Ra’inui :
« I mûri mai
-
i te tahi tumu râ’au, i te pae tahatai.
E haere mâtou pauroa e hi’o i terâ tino i teie nei. E ‘âpe’e atu mâtou ia
‘5rua. »
Haere atura râtou i mûri i te tumu ‘uru. Terâ râ, ‘aita e tino ta’ata fa’ahou,
‘ua mo’e. Hitimahuta atura nâ tamaroa e to’opiti no te mea, ‘ua ‘ite râua i terâ
tino. Ha’amata atura ‘o Ra’inui i te ri’ari’a.
«
‘Auë ! ‘Aita e tino ta’ata pohe fa’ahou ! ‘Ua reva ! »
Parau atura ‘o Tihôni :
« E aha tâ ‘oe e
parau ra ? ‘Aita e aura’a ! Mai te peu e tino ta’ata pohe, eita
‘oia e nehenehe e hâhàere fa’ahou. ‘Aita ‘ôrua e ha’avare ra ? E mea pâpü ia
‘ôrua i te mea ë, e ta’ata pohe tâ ‘ôrua i ‘ite ?
-
‘Ë ! ‘Aita mâua e ha’avare ra ! E aha te tumu mâua e ha’avare ai ia ‘oe?
‘Aita e ‘âpî !
-
Penei a’e ia, ‘ua ti’ihia mai ‘oia ! E ti’a ânei ia ‘ôrua e fa’a’ite i te huru o
te tino ?
Nâ ‘Atamoe i pâhono atu :
‘O vau te ta’ata i piri roa i te tino. E tâne, hau ri’i i te maha ‘ahuru matahiti. E pôpa’a, mea pârarai roa ‘oia. Terâ ana’e tâ’u i ‘ite.
-
-
‘Ua ‘ite ânei ‘oe na hea ‘oia i te pohera’a? E aha te tahi ‘ohipa ‘ë atu tâ ‘oe
e ha’amana’o ra ?
‘Ua ‘ü’umihia tôna ‘arapo’a, ‘e e mea rahi te mau pëpë i ni’a i tôna tino. ‘Aita
‘ohipa ‘ë atu tâ’u i tâpa’o mai. Mea iti roa te taime tô’u hi’ora’a atu i te tino.
-
e
-
‘Aita e fifi. Mâuruuru roa. A hôro’a mai i tâ ‘orua nümera niuniu ‘e tô
‘ôrua i’oa. E nehenehe ‘ôrua e ho’i i tô ‘orua fare i mûri a’e. »
LitteRama’OHi # 19
iïlanutea Chauvet
Na reira atura nâ taure’are’a ra. Te ‘imi noa ra nâ müto’i to’opiti i te tino i
te mau vâhi ato’a i piha’i iho i te tumu ‘uru. Ta’i
mai nei te tahi niuniu ‘afa’ifa’i.
Pi’i ihora ia Tihôni :
« Tihôni, e niuniu terâ nô te fare müto’i mai. Ua ‘âfa’ihia te tahi tino ta’ata
pohe i te fare ma’i, aita i mâoro a!e nei. Mea piri roa te hôho’a o te tino i tâ te
taure’are’a mau fa’ati’ara’a.
-
E aha ia ! ‘Api’i atu i te tahi müto’i, e haere tatou to’otoru i te fare ma’i i
teienei. »
I tô râtou taera’a i te fare ma’i, e ta’ata tahiti tê tïa’i noa ra ia râtou ma te
ha’uti’uti i tâna niuniu ‘âfa’ifa’i, i piha’i iho i te tino o te ta’ata pohe. E tâne, piri
roa ‘oia i te torn ‘ahuru
matahiti, ‘e mea ‘ito’ito noa ra â. Nâ na i ‘âfa’i i te tino
i taua fare ma’i ra. Uiui atura te müto’i Tihôni iâna :
«
Ta ora na. ‘O vai to ‘oe i’oa?
Pâhono maira teie tâne ma te tu’u atu i tâna niuniu ‘âfa’ifa’i i roto i tôna
pütê :
-
-
‘O Mâui.
Ta ora na Mâui. ‘O Tihôni to’u i’oa. E müto’i tâpa’o piti au nô Mahina ‘e
te hina’aro nei au e uiui atu ia ‘oe : Nâfea ‘oe i te ‘itera’a i teie tino ?
I tô’u ho’ira’a mai nâ te tautai. ‘Ua ‘ite au i te tahi ‘ohipa i ni’a i te one.
Tâpiri atura vau i terâ tino ta’ata tâ’u i ‘ite. Ha’amana’o atura vau ê, ‘ua ‘ite a’e
nei au iâna i tô’u ho’ira’a mai i tai nô te ho’o i te tahi mâ’a nâ’u. Tê ‘âparau noa
râ ‘oia i te tahi tamâhine. ‘Aita râ vau i tâu’a roa, ravera’a ia vau i tô’u poti
mâtini, ho’i fa’ahou i te vahi tâ’u e haere noa ra nô te hl.
E aha tâ ‘oe e nehenehe e parau i ni’a i teie pôti’i ? Tôna hunt, tôna i’oa,
te ‘ohipa tâ ‘oe e ha’amana’o.
E tamâhine nô Tahiti. Mea ‘âpï roa ‘oia, piti ‘ahuru matahiti paha tôna.
Mea nehenehe maita’i tôna tino, te rouru ‘ehu rôroa ‘e te mata rehu. ‘Ua ‘ite
pinepine au iâna i terâ vâhi. E ‘âpe’e noa ‘oia i te mau tâne huru faufa’a moni
rahi. Tôna i’oa ? ‘Aita vau i pâpü maita’i i te reira. Tâ’u râ i fa’aro’o, e i’oa piri
roa i te Tehina, ‘aore ra Tehani.
-
-
-
-
Terâ ana’e tâ ‘oe e ha’amana’o ra ?
Feruri-maita’i-ra’a ia ‘o Mâui, hi’o i raro, hi’o i mua, hi’o i ni’a.
Tâpiti ihora ‘o müto’i Tihôni i tâna uira’a, ma te fa’aô i te parau nô te tahi
tatau, ‘aore ra te tahi ‘ohipa faufa’a i ni’a i tôna tino nô te ‘ite i tôna ihota’ata.
Pâhono ‘oi’oi atura ‘o Mâui :
-
‘Oia ! E tatau tôna i ni’a noa mai i te ‘ôhure, i te pae ‘atau. E honu te
hôho’a e ‘ite-maita’i-hia ‘e te tahi atu mau tâpa’o i piha’i iho.
Tê hi’o noa râ ‘o Tihôni i te piriaro nâ teie nei ta’ata i mua iâna, ‘ani ihora
‘oia iâna :
-
Aita e piriaro fa’ahou i ni’a i teie tino ta’ata. Nâ ‘oe i tâtara mai ?
Création ■
flouuelles policières
Hitimahuta roa te ‘apoparau i teie ‘anira’a. Pâhono atura ‘oia ma te
fa’ateiaha i tôna reo :
‘Aita roa atu. Terâ ato’a te ‘ohipa tâ’u i maere. I te taime ‘oia i ‘âparau ai
tamâhine, e piriaro nehenehe roa tâna, ‘e i tô’u ‘âfa’ira’a mai i nei, ‘aita
fa’ahou. ‘Ua mo’e ato’a tâna mau ‘ohipa faufa’a moni, mai tâna niuniu ‘âfa’ifa’i, tâna pütë ‘e tâna tïti’a mata nô te pârurura’a i te mahana.
Tü’ou’ou noa taua müto’i ra ma te pâpa’i i te ‘ohipa e parauhia e, ‘e fa’aoti
atura ma te parau ë :
‘A hôro’a i tô ‘oe i’oa ‘e to ‘oe pa’era’a i tô’u nei hoa, ‘e te tahi nümera
niuniu, ‘ia hina’aro mâtou e ‘ani fa’ahou ia ‘oe i te tahi ‘ohipa. I mûri iho, e ti’a
-
e te
-
ia ‘oe e ho’i i tô ‘oe fare. Mâuruuru nô tâ ‘oe mau fa’a’itera’a.
‘Aita e fïfi. Mâuruuru ia ‘oe, pârahi ana’e. »
Haere atura te tahi atu müto’i e farerei iâna, ‘e i te tahi utuutu ma’i. Pae
-
minuti i mûri mai, ‘ua mo’e a’e ra taua tàne.
Nâ mua roa, ‘ua mana’o râtou ê, ‘ua târî paha teie tâne iâna iho, nô teie
tâpa’o taura i ni’a i tôna ‘arapo’a. Te ‘ohipa râ tâ râtou i maere, te parau ia no te
‘eiâ-ra’a-hia tâna mau ‘ohipa faufa’a. Te parau ato’a nô te mau pëpë i ni’a i tôna
tino. Penei a’e paha, ‘ua taparahihia ‘oia nâ mua roa i tôna târî-ra’a-hia. Nô
reira, ‘ôpua ihora te mau müto’i e ‘imi i te i’oa ‘o teie nei ta’ata pohe nâ mua
roa. E vahiné ‘aore ra e tamari’i ânei tâna, no hea mai
‘oia, ‘e te tahi atu mau
uira’a i ni’â i tôna ihota’ata. Nô te mea ra ë, e tâere ri’i teie ravera’a ‘ohipa,
haere atura teie mau müto’i, i te mahana i mûri, i teie ‘Ôutu nô te ‘imi i te
tamâhine tâ te ta’ata tâi’a i fa’ahiti mai. Nô te mea ra ë, e mahana mâ’a, e mea
rahi roa te ta’ata i te pae tahatai, ‘aita ia tâ râtou ‘imira’a i manuia. Nô reira râtou
i ‘ôpua ai i te ho’i fa’ahou nô te ‘imira’a i te monirë. I rotopü i terâ ârea taime,
ua ‘itehia te ihota’ata ‘o te tino ta’ata
pohe: ‘o Jean tôna i’oa, e ta’ata tô’ivi ‘oia,
hô’ë noa tôna tamâroa e të noho ra i te fenua Farâni. A pae matahiti i teie nei i
tôna haerera’a mai i Tahiti, mai te fenua Farani mai. ‘Ua rave ‘oia i te
roto i te hô’ê taiete tuiro’o i Pape’ete. ‘Ua ‘ite ato’a râtou i te tahi
‘ohipa i
‘ohipa i raro
a’e i tôna mai’u’u rima, ‘aita râ râtou i hi’opo’a atura i teie tapa’o.
Haere atura te mau müto’i e uiui i te mau ta’ata rave ‘ohipa i roto i teie
taiete. Te ‘ohipa maita’i tâ râtou i roâ’a mai, ‘oia ho’i te parau nô te hô’ë hoa
tôna, ‘o Eric tôna i’oa. ‘Aita râ ‘o Eric i te ‘ohipa i terâ mahana. Haere atura te
mau müto’i e farerei ia Eric i tôna fare. Tê noho noa ra â ‘o Eric i te fare o tôna
nâ metua, i ‘Àrue. Nâ tôna pâte’a ino i fa’ari’i i nâ müto’i to’otoru. ‘Aita râ tâna
tamâroa i te fare, ‘ua ma’ihia ‘oia mai te mahana maha noa ra, e ‘ua fa’aea ‘oia
i te fare ma’i mai taua mahana ra. Tâpa’o ia terâ nô Tihôni, eita ‘o Eric e
nehenehe e riro ‘ei ta’ata hara i ni’a i teie ‘ohipa; ‘e nô reira, ‘aita râtou i haere
e
fârerei iâna. Ho’i fa’ahou i te ‘ômuara’a. Te ‘ohipa noa tâ râtou e ‘ite ra, te
parau ia nô te tamâhine. Monirë i teie nei, hora ‘ahuru ma hô’ê i te avatea, teie
LitteRama’oHi n 19
fTlanutea Chauuet
ràtou to’otoru i te ‘ôutu nô Mahina. ‘Aita râtou i ‘o’omo i to râtou ‘ahu müto’i,
nô te fa’ari’ari’a ‘ore i tâua tamâhine ra. ‘A piti, a toru hora i teienei tô râtou
tia’i-noa-ra’a. Mau tâ’ue noa atura hô’ë o te mau müto’i, parau atura ‘oia ia
Tihôni :
«
‘O ‘ôna ! »
Ani ihora ‘o Tihôni (‘e tahi atu müto’i) :
« I hea roa ?
-
Terâ tamâhine e ‘àpe’e ra i nâ popa’a to’opiti. E piriaro ‘ute’ute e te piri-
pau ‘ere’ere.
‘Eiaha tatou e rü. ‘A tïa’i i te taime e mea pâpü ‘o ‘ôna ihoâ »
-
TTa’i atura râtou ma te hi’o noa ra i tâua tamâhine ra. Tae i te hô’ë vâhi i
piha’i iho i tâua popa’â ra, parahi ihora ‘oia i ni’a i te one. Tâtara atura i tâna
piriaro, ‘itehia te tatau o te honu i te vâhi i parauhia e Mâui. ‘Aita râ te mau
müto’i i ha’uti a’e. ‘Ua hi’o maita’i râ râtou iâna, te ‘ohipa tâna e rave, te ta’ata
tâna e farerei. I te hô’ë taime, haere atura taua tamâhine e ‘âparau i nâ popa’â e
piti. ‘Ahuru minuti i mûri a’e, ho’i atura ‘oia i te vâhi tâna i parahi i mua a’e.
‘Ua tâpiri atu te tahi ta’ata tahiti, pâutuutu maita’i, i piha’i iho i terâ tamâhine.
I mûri a’e tô râtou ‘itera’a ë, tôna hoa iti terâ. Mana’o a’era nâ müto’i to’otoru
ë, terâ tâ râua ravera’a : E fa’atlaniani te poti’i i te mau popa’â rü’au, ‘e nâ te
tâne, tôna ia hoa rave hara, e ‘eiâ ia râtou ma te fa’a’ohipa i te pü’ai ‘e, penei
a’e i te tahi taime, mai te peu
‘aita te mau pôpa’a e fa’aro’o iâna, i reira te fifi
tupu ai, mai te popa’â ‘o tei pohe. Nô te mea ra ë, e ta’ata fa’a’oroma’i ‘o
Tihôni, tla’i noa atura râtou nô te hi’o e aha mau te ‘ohipa e tupu i mûri iho.
e
Haere atura te poti’i i roto i te miti, i te tahi vâhi âtea roa, i tai, ‘âpe’e-’oi’oi-hia
‘oia e nâ popa’â to’opiti. ‘Aparau fa’ahou râtou e torn, ‘e i taua ârea taime, tâpiri
atura te tâne i piha’i iho i tâ te popa’â mâ tauiha’a.
‘Aita râua i ‘ite ë, të ‘eiâ ra
te hoa o teie tamâhine, te tamâhine tâ râua e hi’o ‘e ‘âparau noa ra. E ravera’a
‘ite maita’i teie nâ râua. I te hô’ë taime râ, ‘ua huri mai te tahi popa’â i tôna
upo’o, ‘ite atura te ta’ata ‘eiâ. Horo mai nei ‘oia i râpae’au i te miti. Tâere roa
râ ‘oia, ua horo a’e nei te taure’are’a i te fa’aro’ora’a atu i tâua popa’â i te
tuôra’a. ‘Auë, mea ‘aroha roa nô te mau müto’i i te ‘itera’a iâna ! Tâpapa atura
te tahi ta’ata i te ta’ata ‘eiâ, hô’ê hoa müto’i no Tihôni ‘o tei fa’a’ine’ine a’e na
iâna. ‘Ua roa’a te hoa rave hara, të tla’i noa râ ‘o Tihôni ‘e te tahi müto’i i te
tamâhine ra. ‘Ua ‘ite ‘oia i te ‘ohipa i tupu, ho’i mai nei ‘oia i ni’a i te one, tâpiri
atura ‘o Tihôni iâna ra, parau atura :
«
-
‘O ‘oe ‘o Tehani ? ‘Aore râ ‘o Tehina ?
‘O Tehanihanirea ato’a to’u i’oa. Nô te aha ? E müto’i ânei ‘oe ?
‘Ë ! Müto’i tâpa’o piti ‘o Tihôni. ‘la ora na ‘oe Tehani. ‘Ua ‘ite au i te
‘ohipa tâ ‘oe ‘e tô ‘oe hoa iti i rave, e ‘ere roa i te mea maita’i !
-
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-
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E aha tâ ‘oe e parau râ ? ‘Aita tô’u e hoa iti.
‘Eiaha roa atu e ha’avare iâ’u nei. E ‘âpe’e mai ‘oe iâ’u, mai te peu râ eita
‘oe e fari’i, e haru vau ia ‘oe i mua i te mau ta’ata ato’a. E aha tâ ‘oe e mà’iti ? »
Feruri maôro ‘oia. Ti’a atura ‘oia, parau ihora :
« Haere ia tâua! »
‘Ua haere râua i te hô’ê vâhi mo’emo’e n5 te ‘âparau. Fa’ahiti ihora ‘o
Tihôni i te parau nô te tino ta’ata pohe i ‘itehia. ‘Ua ha’amana’o ‘oia i terâ
pôpa’a, ‘ua fa’ati’a mai ‘oia, ‘ua ‘eiâ râua o tôna hoa iti i tâna tauiha’a faufa’a,
‘aita râ taua tamâhine ra i ‘ite ê, ‘ua pohe ‘ona. Eita ‘o Tihôni e nehenehe e
fa’a’ite nô te aha, ‘ua ti’aturi râ ‘oia i tâna parau.
I terâ taime, ta’i mai nei tâ Tihôni niuniu. Te feiâ nô te tuha’a ‘imira’a i te
fare mûto’i te niuniu maira iâna. Te ‘ohipa tâ râtou i ‘ite, te
‘ohipa i raro a’e i te
mai’u’u rima, e tuha’a ‘iri, ‘e i tâ râtou ma’imira’a nô vai, te i’oa ‘o « Mâui T. »
tei matara mai. Hitimahuta roa ‘o Tihôni, ‘aita roa ra ‘oia i mâere rahi.
Ha’amana’o ihora ‘oia i te niuniu ‘âfa’ifa’i tâ Mâui i tu’u i roto i tôna pütë, nâ
te pôpa’a ia !
Ha’amana’o ato’a ‘oia i te hôho’a mata ‘o Mâui, no te mea, i
piha’i iho i tôna ‘utu, e maha tâpa’o ‘âfaro, e toto pa’ari tô ni’a iho. ‘Aita *oia i
feruri nâ te popa’â i pâra’u iâna. Ha’amana’o atura ‘oia i te ‘anira’a a te tahi
utuutu ma’i i ni’a i teie mau tâpa’o. Tâ Mâui pâhonora’a, pâra’uhia nâ tâna ‘ürî
i tô râua ha’utira’a. Terâ râ, ‘aita ‘oia i fa’ahiti i te parau nô tâna ‘ürî, nô te mea
‘ua haere ‘oia e hi ! ‘E mai te peu ‘ua pâra’uhia ‘oia i te mau mahana i ma’iri,
‘ua mo’e ia teie mau tâpa’o ! Tu’u atura ‘o Tihôni ia Tehani, haere atura i roto i
te pere’o’o, ape’ehia e tôna mau hoa müto’i, ‘e ‘o Hiro, te tâne â Tehani. Ho’i
atura râtou i te fare müto’i nô te vai iho ia Hiro i ‘ô. Ferurira’a ia râtou i te hô’ë
râve’a nô te haru mai ia Mâui. Ha’amana’o a’era i te nümera niuniu tâna i
hôro’a, ma te ti’aturira’a ë, terâ ihoâ tâna nümera niuniu mau. Tâniuniu atura
râtou, ‘aita râ i manuia, e nümera ‘ë roa !
Tmi atura râtou i roto i tâ râtou mâtini roro uira, roa’a mai nei te nümera niuniu mau, tâniuniu atura. Nâ tâna vâhine i pâhono mai. ‘Ua parau ‘oia ë, ‘ua
haere tâna tâne i tôna hoa ra, i Papeno’o. ‘Aita e fifï, haere atura ‘o Tihôni i terâ
ra vâhi nô te ti’i iâna. I tôna ‘itera’a ia
Mâui, ha’avare atura ‘oia ë, mea hina’arohia ‘ôna i te fare müto’i no te ha’apâpüra’a ë, ‘ua haru râtou i te tamâhine mau
tei ‘âparau i te popa’â ‘e ua fa’ati’a mai ‘o Tehani ë, nâna ihoâ i
ha’apohe iâna.
Mea faufa’a roa ia fa’ati’a mai ‘oia i mua i te tiripuna ë, terâ poti’i te ta’ata taparahi. Vare ihora Mâui, ‘âpe’e atura ‘oia ia Tihôni. Rahi roa tôna mâere i te
tâpaera’a i te fare müto’i, nô te mea ‘o ‘oia tei fa’arirohia ‘ei mau ‘auri. ‘Aita
tâna parau i tâu’ahia.
I te mau mahana i mûri mai, ‘ua ‘âfa’ihia ‘oia i mua i te
tiripuna nô Pape’ete,
‘e ‘ua rahi te mau parau fa’ati’a tei fa’ariro ia Mâui ei ta’ata hara tei
taparahi,
‘eiâ ‘e ha’apohe ia Jean: te ‘iri i ‘itehia i raro a’e i tôna mai’u’u rima, te mau
LitteRama’OHi tt 19
fflariutea Chauvet
i
tapa’o i ni’a i tona ‘arapo’a, ‘e te vai atura. ‘Ua ‘aipa ‘oia na mua roa; 1 mûri
iho, ‘ua fari’i ‘oia i te fa’a’ite i te parau mau. ‘Ua pe’ape’a râua terâ popa’â, ‘e
‘ua ‘aro râua, ‘e nô te mea ë, mea püai a’e ‘oia, ‘ua upo’oti’a ‘oia i mua i teie
tâne rü’au-roa-a’e. I te hô’ë taime, ‘ua tu’u ‘o Mâui i te upo’o nô Jean i roto i te
pape miti nô te mea te tuô noa ra ‘oia. I reira ‘oia i te pâra’u-ra’a-hia i ni’a i te
hôho’a mata. I tôna ‘itera’a ë, ua pohe teie pôpa’a, ‘ua tupu te tahi ri’ari’a, nô
te mea e ‘ere terâ ‘ohipa tâna i hina’aro. ‘Ôpua atura ‘oia e ‘eiâ iâna nô te pari
atu i tâua tamâhine e tôna hoa iti. I te otira’a ‘o tâna fa’ati’ara’a, mâmâ-roa-hia
tôna mâfatu, nô te mea ua parau ‘oia i te parau mau. ‘E no reira, ‘aita tâna taime
tâpe’ara’a i te fare ‘âuri nô Nu’utania i te mea maôro, hau râ i te pae matahiti.
107
Création •
nouvelles policières
1 taua TTiahana pac r3,itetapera’amahanaiteotira’aatu
te home hôho’i atura o Atamoe ‘e ‘o Rainui i te fare no te rohirohi e te po’ia,
‘aita nâ hoa iti i ha’amarirau no te vaiho atu i mûri ia râua te ‘ôutu no Tefauroa
i Mahina. A hïmenemene noa ai o Atamoe ‘e a ‘amu’amu noa ai i tâna vi ‘ohure
pi’o, te ‘otohe atura ia o Rainui no te mea te ‘ite nei ‘oia i te tahi ‘ohipa maere
i mûri mai i te tumu ‘uru: e ta’ata pohe.
E i tona hi’o maita’ira’a atu ,e ‘avae ana’e teie e ‘itehia nei i te mea ho’i ë
ua
tapo’ihia tona nei tino i te ni’au.
Parau atura ia Atamoe ê :
« A hi’o na i te
‘ohipa maere?» no te mea ‘aita ‘oia e papu roa ra, i te
hi’ora’a o Atamoe te ‘ite nei ‘oia i te ho’e ‘ohipa maere, e te ‘ite ato’a nei i te
-
mea ta Rainui
i ’ite: e ta’ata pohe ihoa.
Parau atu ra o Atamoe ia Rainui ê :
« Mai haere ana’e e hi’o o vai mau ânei tera ta’ata ». No te ri’ari’a o Rainui
-
‘aita râua to’o piti i haere e hi’o maoti ra, te faura ato’a maira to râua nau hoa
to’o toru ‘oia ho’i o Hauarii, o Tainui e o Heiarii. Tuo atura ia râtou no te haere
mai e hi’o i teie tino. I to ratou hi’o-amui-ra’a ‘eita te hôho’a
ta’ata tapu e ‘itehia, toôna noa ‘avae
e te tino o teie
teie e ‘itehia nei, e i piha’i iho iâna ua ‘ï i
te toto. Aita re’a ta’ata i ha’uti noa a’e i te ni’au e i te mau ‘ohipa i piha’i iho
iâna a roa’ahia râtou i te parihia.
Ua mana’o ra o Atamoe :
-
« E mea hau a’e e niuniu i te muto’i ».
Ho’ë o râtou o Heiarii tei i’oa tei parau:
-
«
‘Eiaha e niuniu vaiho noa ra mai tërâ e ‘itehia ihoa ‘ananahi ‘aore ra i
teie nei pô ihoa. Ua turu ra te toe’a o te mau hoa i te mana’o o Atamoe. Tupu
atura te tama’i i rotopü ia Atamoe e o Heiarii tei parau ê :
-
«
la niuniu ‘oe i te muto’i ‘eiaha roa atu ‘oe e fa’aô iâ’u i roto i ta ‘oe
‘ohipa, e parau ra ‘oe o ‘outou ana’e tei ‘ite i teie tino pohe. » I te reira taime,
ho’i atura o Heiarii e te riri ato’a. Are’a ia Atamoe ‘aita ‘oia i fa’ataere, ua niuniu
‘oia i te ‘aua muto’i no Mahina no te ha’avitiviti no te mea te haere noa atura i
te poirira’a, e ma te parau ê :
-
« E tino pohe tâna e ‘ite nei i mua iâna i te ‘outu no Tefauroa
Pâhono maira taua muto’i :
« Na reira, te haere atura tera ra, ‘eiaha e ha’uti ho’ë noa a’e
‘ohipa e vai
i reira » ‘Ahuru miniti i ma’iri, te faura maira te mau muto’i, tape’a atura o
-
ra
Atamoe ia râtou ma te parau ë :
LitteRama’oHi » ig
Titi Tauiarii
-
« Tei ‘ô nei te ta’ata tapu? »
I to te mau müto’i ‘itera’a atu, pou ‘oi’oi atura mai ni’a i te pere’o’o no te tâtara
i te mau ni’au. I te tâtarara’a i te mau ni’au, te ‘ite nei râtou i te ho’ë tamahine ‘âpi
‘aita e ‘ahu fa’ahou, ua ta’utuhia tôna vaha e ua ta’amuhia tôna rima. E rave rahi
puta te ‘itehia i ni’a i tôna nei tino, i ni’a i tôna hoho’a e tae noa atu i te pae o tôna
nei hua e au ra ê ua patiatiahia teie vahiné i te tipi, e ua màfera-ato’a-hia.
I to te mau müto’i fatata-maita’i- ra’a i teie nei tino pohe, e mea ‘âpi teie
‘ohipa i te tupura’a e au ra ë no teie noa nei taime, no te mea e mea ‘âpi â te toto.
Ha’amata atura te mau müto’i i ta râtou tïtorotorora’a, e ho’ë tei uiui ia Atamoe ma :
« Ua ‘ite ânei ‘outou o vai teie tamahine? na vai i ‘ite i teie tino pohe? ua
fa’aro’o ânei ‘outou i te tahi maniania? ua ‘ite ânei ‘outou iana i te ho’ira’a? »
-
Pâhono atura o Atamoe :
«
E, ua ‘ite mâtou o vai teie tamahine, e tamahine horue teie, e ‘ite pinepi-
nehia ‘ôna i teie nei ‘outu i te mau mahana ato’a no te mea ua ora mai mâtou
mai to mâtou na’ina’ira’a, ua reva ‘ôna i te fenua marite no tâna tau ha’api’ira’a.
Ua ho’i fa’ahou mai tae noa atu i tôna nâ metua a tahi matahiti i teie nei, no te
mea tôna metua tâne e ta’ata tahiti
‘are’a i te metua vahiné e vahiné marite ihoâ
ia. E teie nei mahana te ha’api’i nei ‘ôia i te reo marite i te fare ha’api’ira’a tuarua no Mahina e,
i te mea e tei roto ‘ôna i te taime fa’afa’aeara’a ha’api’ira’a e
taime tano ia teie nôna e haere e horue. E te i’oa o teie nei vahiné o Meherio ia
e
piti ‘ahuru matahiti tôna i teie nei. Teie taure’a vahiné, ‘aita ‘oia e ma’iti i te
ta’ata, e aroha noa ‘ôna noa atu ‘aita i matau e tamâhine paraparau roa, e
‘ite ato’a vau iâna i te ho’ira’a. »
mau
ua
Pâhono atura o Rainui i tâna :
-
« Nâ’u
i ‘ite iâna i mûri mai i teie tumu ‘uru, ‘aita ho’i au i papu roa, tuo
atura ia Atamoe no te hi’o. I to mâua nei ‘itera’a atu e ‘avae noa ta maua e ‘ite
nei, i parau mai ai o Atamoe no te haere e hi’o, ‘aita ho’i au i fa’ari’i no te mea
ua ri’ari’a vau i te reira taime.
Maoti te ho’i ra o Hauarii e o Tainui i to râua fare
i tuo ai o Atamoe ia râua, i ‘ore ri’i ai tô’u riari’a».
Are’a ia Tainui uaparau ‘oia ê :
-
« Te
fa’aeara’a o teie nei tamahine e ‘ere ia i te mea atea i tô’u nei fare, e
nô’u iho nei, ‘aita roa atu vau i ‘ite iâna i te ho’ira’a. ‘Aita ato’a vau i fa’aro’o
i te ‘ohipa i tupu no te mea, i te mau ho’ira’a ato’a, mâua ihoâ teie e ho’i nei, i
teie ra mahana, ua nâ mua ‘oia i te ho’i».
Parau atura te müto’i ia râtou :
-
« Mauruuru no ta
‘outou mau pâhonora’a, e i teienei, e ho’i ‘outou i roto i
to ‘outou mau ‘ütuafare ma te ‘ore e parau i te tahi noa a’e ta’ata, a riro teie mau
parau i te ‘atutu e i te fa’ahuru’ë-ato’a-hia. E riro vau i te tuo atu ia ‘outou ‘anânahi po’ipo’i no te tahi â mau ha’amâramarama.
109
Création
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nouvelles policières
Pâhono ‘âmui atura râtou i te müto’i :
-
« Na reira ia e te
müto’i, e ti’ai atu ia mâtou i ta ‘oe niuniu».
I te ho’ira’a atu te mau taure’are’a, te tütonu noa ra te mâ’imira’a a te mau
mûto’i e te mea ‘âpi i ‘itehia, te ‘ahu ia o teienei vahiné, tâna ‘iri fa’ahe’e, e te
piriaro o te ta’ata taparahi. E te ‘ohipa ta râtou e hina’aro nei te ‘imira’a ia i te
moiha’a ta teie ta’ata i fa’a’ohipa no te pâtiara’a i te tino o Meherio, ‘aita i ‘itehia, e ua mana’o ê, e vaiho ia po’ipo’i a’e teie ‘ohipa e fa’aoti roa ai, no te mea
‘aita e ‘ite fa’ahouhia ra.
No te mau taure’are’a, ua haere ‘oia i te ho’ê vâhi e ua uiui ia râtou iho ia
‘aifaito to râtou mau mana’o i te taime e uiui fa’ahouhia ai râtou e te müto’i.
Parau atura o Hauari’i ia Atamoe ë :
« E pa’i, o Heiarii ia te ta’ata fa’ahiahia no te mea ‘aita te mau müto’i i ‘ite
‘ôna ato’a tei ‘ite i te tino pohe».
-
Pâhono atura Atamoe ê :
« E, e parau mau roa ta ‘oe, ‘eiaha ra ‘oe e ha’ape’ape’a no te mea ‘aita
ho’ê a’e ‘ohipa hape ta tâtou i rave, te ‘ohipa e tano ia rave, te tauturura’a ia i te
-
mau müto’i no te
‘imira’a i teine nei ta’ata, e i te paruru-ato’a-ra’a i to tâtou nei
‘ôutu ‘eiaha teie maua fifi ia tupu fa’ahou».
Horo’a atura o Tainui i tona nei mana’o :
-
« Mai
teie atu mahana e moemoe tâtou i te mau tamahine ia ho’i ana’e
râtou, e o vai mâ te mau taure’are’a e ‘ape’e atu».
O Hauarii i tôna:
« Na reira e te mau hoa, ia rave tâtou i te
‘ohipa na roto i te ho’era’a, e
maita’i ai te ‘ohipa, e e fa’a’ohie-ato’a-ra’a i te mau mâ’imi’imira’a».
-
‘Are’a no te mau müto’i, üa niuniu i te pere’o’o uta ma’i no te ‘âfa’i i teie
vahiné i Mamao i te vâhi
o
te
mau
pohe, i te mau ‘ihi ra, no te mau
mâ’imi’imira’a. Penei a’e nâ roto i te mau fa’a’itera’a e ‘itehia mai te tahi
râve’a. Te vâhi fifi, te fa’a’itera’a ia i tôna nâ metua ‘e ua fa’aru’e mai ta râua
nei tamâhine nâ roto i te ho’ë ‘ati taparahi. Tuo atura i te muto’i ia Tainui no te
numera niuniu a te metua o
Meherio, e ua horo’a mai. I te ‘ütuafare ra o Meherio, te hepohepo nei nâ metua o Meherio i te mea ë, ‘aita a i ho’i mai. A tira,
penei a’e tei te mau hoa ra. Te patëra’a te niuniu io râtou, e au ra ë ‘ua ‘ite teie
nei metua vahiné e ‘ohipa fifi tei tupu, e ‘ere i te tapa’o maita’i. Aita ‘oia i
hina’aro e pâhono ‘ua parau i tâna tâne :
« ‘A pâhono na ‘oë i te niuniu, no te mea te hum ‘ino nei au ».
Pâhono atura o Tapunui te metua tâne i te niuniu, parau mai nei te müto’i ë :
-
-
« la ora na.
O ‘oe te metua o Meherio »
Pâhono atura te metua tâne:
-
«
‘E, eaha teie ? »
Parau mai nei te müto’i ë :
I.itteRama’oHi # 19
Titi Tauiarii
-
«
‘Eiaha ‘oe e ‘ino’ino mai, e müto’i farani teie, e parau pe’ape’a teie tâ’u
e parau
atu nei.
‘Ua fa’aru’e mai o Meherio, ‘ua ‘itehia mai i mûri mai i te tumu ‘uru i te
‘ôutu no Tefauroa i teie tapera’a. mahana ».
I te reira taime, ua fa’aru’e o Tapunui i te niuniu ‘e ‘ua horo e haru i tâna
vahiné no te fa’a’ite e :
-
«
‘Ua fa’aru’e mai ta tâua tamahine »
‘Aita ia ‘o Karen te metua vahiné i ti’aturi, no te mea ‘aita ‘oia i fa’ari’i i
teie nei pohe. Teie te pitira’a o ta râua tamari’i tei taparahi pohe-roa-hia, ‘e i teie
nei te toe ra te hope’a o te tamari’i, e tamahine ato’a.
Parau atura i tôna nei hoa:
-
« Ananahi
po’ipo’i, e haere taua e horo i te ta’ata taparahi i te ‘âua
müto’i ».
No Atamoe, ‘aita roa atu tona ta’oto e topa ra, no te mea ‘aita e fa’ari’i ra i
tona pohe, e tamahine teie o tana i matau mai tona na’inaTra’a ‘e ‘ua rahi. Te
‘ohipa ra ‘aita i ti’a iana i te ani, te anira’a ia fa’aea raua no te mea tona
na’ina’ira’a tona here-noa-ra’a i teie vahiné, noa atu ‘ua reva i te fenua marite,
‘ua vai noa tona here, ‘aita ra teie here i ha’afaufa’ahia. E, i teie nei, ua pohe o
tâna i here ua pohe ato’a tôna mâfatu. ‘Eita ra e mo’e iâna te mau ‘ohipa maita’i
ato’a o ta râua i rave no te mea, ‘ôna ana’e e ‘aita ‘e ta’ata ‘ë atu.
Pi’i atura i te Atua ma te ta’i ato’a :
-
«
Ta tauturu i tôna haere’a, ia haere ‘oia mâ te hau »
E mâ te poro’i ato’a i tâna i here:
-
« No tô’u here ia
‘oe, e tauturu vau ia ‘itehia mai te ta’ata i taparahi ia ‘oe,
‘e e itehia mai ihoà ‘ôna »
‘A po’ipo’i a’e, haere atura nâ metua o Meherio i te ‘âua müto’i no Mahina
no te horo i te ta’ata i rave
-
«
i tera ‘ohipa mâ te parau i te müto’i ë:
Ta ‘ite-noa-hia-atu teie ta’ata, ia fa’autu’a ‘e ia rahi tôna mahana i te
fa’aeara’a i te fare ‘auri ».
I te otira’a, ua haere râua i te ma’i i Mamao no te hi’o i ta râua tamahine. I
to râua ‘itéra’a atu, ua ta’i nâ metua no to râua aroha i te
‘ite-mata-ra’a i te
hôho’a e te tino o Meherio ‘e ua poro’i :
-
« Te mauiui
nei to mâua ‘a’au i te ‘itera’a atu ia ‘oe mai tera, ‘aita ho’i
mâua i mana’o e e pohe ‘oe mai teie te huru. A tira, ‘ua oti ihoâ ia parau, e i teie
nei e tauturu ato’a mâua i te mau müto’i no te ‘imira’a i teie ta’ata ».
I te reira avatea titauhia atura na taure’are’a to’o maha no te haere i te ‘âua
müto’i no te tahi â mau ha’amaramaramara’a. I to râtou tapaera’a na’o mai nei
te müto’i ë :
«Tnapo ra, ua ‘itehia mai ia mâtou te ‘ahu o teie nei tamahine, tâna ‘iri
fa’ahe’e, e te piriaro o te ta’ata i rave i teie ‘ohipa. Tei roto noa mâtou i te
-
Création
•
nouvelles policières
ma’imira’a i teienei e teie mau ‘ohipa ‘ua ‘afa’ihia i mua i te ha’ava, e nana e
fa’a’ite mai i te tai’o mahana ».
Tera ra ‘aita te müto’i i fa’a’ite i te mau ‘ohipa i ‘itehia mai. Ho’i atura te
mau taure’are’a i te
-
«
fare, e ma te uiui ê:
‘Ahani paha te muto’i i fa’a’ite mai i te piriaro o te ta’ata taparahi e riro
paha i te ‘itehia mai i teie mahana ».
A haere noa ai o Atamoe mâ e fa’ahe’e, te ferurira’a ra tei ni’a ia ia Meherio
e au ra ë, te ‘ite nei ‘oia ia Meherio ia fa’ahe’e ana’e, ‘e ‘a moemoe noa ai i te
mau taure’are’a ‘ia ‘ape’e ana’e i te mau tam.ahine ia ho’i ana’e. ‘Are’a no nâ
metua, te mihi noa ato’a ra i ta râua tamahine, ‘e ‘ua parau i ta râua hope’a:
« Ha’apa’o maita’i ia ‘oe ia haere ‘oe i te ‘5utu a riro i te taparahi-ato’ahia. ‘la tupu ana’e te ho’ê ‘ohipa, a niuniu mai ‘aore ra a tuo ia fa’aro’o mai te
mau ta’ata i piha’i iho noa ».
Tau mahana i mûri iho, te farerei nei o Heiarii ia Atamoe, parau atura o
'
-
Heiarii iâna ë:
-
« E aha atura
terâ ‘ohipa to terâ vahiné ? »
Pâhono mai ra ‘o Atamoe:
-
«
‘Aita te nu’u noa ra i mua, i te mea ho’i ë, ‘ua itehia te tahi mau ‘ohipa
e te mau müto’i i te vâhi i
pohe ai o Meherio ».
Ui fa’ahou atura o Heiarii
« ‘Ua matau ânei ia ‘oe ia Tapunui ? e ta’ata pa’ari, tei roto i te area maha
‘ahum matahiti i teienei, e te ora i ‘5 nei i Mahina ».
-
Pâhono atura o Atamoe:
-
«
‘E, ua matau vau i te reira ta’ata, te fa’aea nei ‘ôna i ‘5 nei ».
Ui fa’ahou atura ia Heiarii e :
-
« No te aha teie uira’a ? »
Pâhono atura o Heiarii:
-
« Aita mai tera noa »
I te ho’ira’a ‘o Atamoe, te maere ‘oia i te uira’a a Heiarii,no te aha ra ia teie
uira’a, penei a’e e hoa ato’a teie nona, ‘aita ‘oia i ha’apa’o fa’ahou.
Pae ava’e i mûri iho, te fa’ataehia mai nei te mau rata i na taure’are’a e
maha, no te haere i mua i te ha’ava, no te mea ua riro ‘ei mau ‘ite, ‘e, teie
ha’avara’a, e tupu ia i teie hepetoma i mûri nei.
I te hepetoma i mûri iho, haere atura nâ taure’are’a to’o maha i te fare ha’ava
no te ‘ohipa i tupu i ni’a ia Meherio, ‘e ‘ua uiui te pâruru o te feti’i o Meherio
ia Atamoe ë :
-
« E aha te
‘ohipa ta ‘oe i ‘ite i taua mahana pae ra ? »
Pâhono atura o Atamoe e :
-
«
‘Ua ‘ite ho’i au i teie nei vahiné i mûri mai i te tumu ‘uru, ‘ua tapo’ihia
i te mau ni’au, e ‘avae noa te ‘itehia »
LitteRama’OHi #19
Titi Tauiarii
Ui fa’ahou atura te pâruru :
-
«
E aha te ‘ohipa ta ‘oe i rave i te reira taime »
Pâhono atura o Atamoe :
-
« I te reira taime
‘ua ri’ari’a ato’a vau, ‘aua’e ra teie nau hoa te ho’i ra râtou,
parau atu ai au ia râtou ia hi’o ‘àmui matou, ‘e
,
i to matou ‘itera’a atu, te ‘ohipa
mâtâmua tâ’u i hina’aro, te ‘itera’a ia o vai teie nei vahiné, ‘aita ra i ti’a iâ’u i te
hi’o no te mea ua tâpo’ihia i te ni’au, ‘e i piha’i iho iâna ua pu’e tona toto »
Ui fa’ahou te pâruru :
-
«
‘E i to ‘oe ‘itera’a atu i te hôho’a o teie nei vahiné, ‘e aha te ‘ohipa i puta
mai ia ‘oe? »
Pâhono atura o Atamoe :
-
«
‘Aita vau i mana’o e, ‘ôna teie vahiné,, e no te mea e vahiné matarohia
teie e au, mai tô’u ihoâ na’ina’ira’a ».
Parau atura te pâruru :
-
«
la au i te mau mâ’imi’imira’a a te mau ‘e te mau fa’a’itera’a a te mau
muto’i, ‘aita a te tahi ‘ohipa ‘âpï i itehia mai, tei roto noa ia i te mau
mâ’imira’a ».
I te fa’a’ite-ra’a-hia mai ra te piriaro o te ta’ata taparahi, ‘ua ta’a ‘oi’oi atura
ia Atamoe e no Heiarii, no te mea teie te piriaro o tâna i pupu i tôna ‘ôro’a, ‘e o
tâna ato’a i ‘omo i taua mahana ra, ‘aita ra i fa’a’ite noa a’e i tôna nau hoa, ua
tape’a noa nana iho.
Fa’aoti maira te ha’ava :
-
« E
vaiho i teie ‘ohipa, e ti’ai i te mau mâ’imi’imira’a, e horo’a vau e piti
hepetoma i te maoro no te mau ma’imi’imira’a ‘e i te monire o te torn o te hepetoma tatou e farerei ai ».
I te ho’ira’a na taure’are’a to’o maha, ‘ua feruri noa ia o Atamoe i te
‘ohipa
i ‘itehia mai, e ma te ha’amana’o e, ‘ona ihoâ te ta’ata i ho’i mai na mûri iho ia
Meherio i taua mahana ra, e i te ho’i-fa’ahou-ra’a mai ‘aita e piriaro fa’ahou, i
ta’a ai ‘oi’oi ai iana, ‘ona ihoa te tumu o teie ‘ohipa. Piti hepetoma i mûri iho, i
te tapati i te tapera’a mahana, ‘ua haere ia na taure’are’a
to’opae e ‘oia ho’i ‘o
Atamoe, ‘o Heiarii,’o Hauarii, ‘o Rainui e ‘o Tainui i te ‘outu no te haere e
horue.’E i taua mahana ra, ua haere ato’a mai te tuahine ra o Meherio, o Heirani
tei i’oai Piti ihora i mûri iho, te ho’i ra ‘o Heirani i te fare, ‘e i te reira ato’a
taime, te haere ato’a ra o Heiarii.
Parau atura ‘o Atamoe ia Rainui ma e :
-
« Mai
haere ana’e, e au ra ia mana’o ana’e au, e ‘ohipa te tupu ».
Pâhono atura ‘o Tainui ê :
« Na reira, mai haere ana’e tâtou
pauroa ».
Haere ana’e atura ratou pauroa e ‘a piri atu i te vahi i reira ato’a
-
Meherio i
râtou, ‘e
te taparahi-ra’a-hia, te fa’aro’o nei râtou i te tahi tuo. Horo ‘oi’oi atura
113
Création
•
flouuelles policières
i to ratou ‘itera’a atu, te ha’amata ra o Heiarii i te taparahi ia Heirani, horo atura
o Tainui e va’uva’u
e ti’i
‘e ‘aita i maoro, roa’a mai nei. ‘ Are’a ia Atamoe ua horo ia
i tâna niuniu, no te tuo i te mau muto’i ia ha’avitiviti mai, ‘ua ‘itehia ia
rtâou te ta’ata taparahi, are’a no Heiran ra ‘ua ri’ari’a roa ‘oia.
‘Ahuru miniti i mûri iho, te tae mai nei te mau muüo’i,’afa’ihia atura ‘o
Heiarii i te ‘âua müto’i.
‘Ua ui atura te müto’i ia Heiarii :
« I te mea ho’i e, ‘ua pohe ho’ë tamahine i te vahi mau ‘oe i te ha’amatara’a i te taparahi i teie nei tamahine, na ‘oe ato’a pahaia i taparahi pohe roa i
-
te tahi tamahine ‘tahi ava’e e piti hepetoma i teienei ? »
Pâhono atura o Heiarii e :
-
«
‘E, na’u i taparahi pohe ia na ».
Ui fa’ahou te muto’i :
«
No te aha ‘oe i rave ai teie ‘ohipa, e e aha te ‘ohipa o tâna i rave ? »
Pâhono atura o Heiarii :
-
«
‘Aita ho’ë a’e ‘ohipa tana i rave, te tumu vau i rave ai teie ‘ohipa, no te
mea ‘aitaëâ tu riri e maha ra,
te ‘imi nei au i te ho’ ta’ata te fa’aea nei i’o nei, e
te i’oa o teie ta’ata ra ‘o tapunui ia. la au ite fa’ati’ara’a a to’u metua vahiné, ‘ua
pohe a tahi matahiti na roto i te ho’e ‘ati ma’i, ‘o tei parau mai ia’u nei hou a
pohe ai, teie ta’ata, o to’u ia metua tane, ‘e te ‘ohipa tana i rave i to’u metua
vahiné, ‘aita vau i mauruuru, ‘ua mafera e ua taparahi, e ma te poro’i iana, ia
fa’a’ite noa atu ‘oe i te muto’i e taparahi pohe roa vau ia ‘oe. E teie mau parau,
te vai noa ra i roto i to’u nei ‘a’au, i te mea ‘ua fa’a’ite ato’a mai to’u metua
vahiné i te hoho’a o teie ta’ata, e teie hoho’a ua mau roa ia i roto i tona upo’o »
Fa ‘aea iho nei te uiuira’a a te muto’i e ‘afa’ihia atura ‘oia i roto i te ho’e
piha hi’opo’ara’a, a tano atua ai i te mea, ‘ia po’ipo’i a’e teie ‘ohipa e tupu fa’ahou ai i mua i te ha’ava. I te po’ipo’ira’a ‘afa’ihia atura o Heiarii i te tiripuna.
Te ‘ite nei ‘oia i teie ta’ata i mua iana, tupu a’era tona riri no te mea, teie te ta’ata
tana e hina’aro nei e taparahi. I tona uira’ahia e te paruru:
« No te aha ‘oe i rave ai i teie ‘ohipa ? »
Ua pâhono ‘oia mai tana i pâhono i te muto’i. Huru ‘e atura o Tapunui i te
mea e, ‘aita i ‘ite ‘ua fanaü te vahiné o tâna i taparahi na.
-
Ui fa’ahou atura te pâruru e :
-
« ‘Ua ‘ite ânei
‘oe o Meherio e o Heiranai e tamahine ? ua na’ to ‘oe metua
tane ? »
Pâhono atura ‘oia :
« ‘Aita, ‘aita roa atu vau i ‘ite. Te vahiné o ta’u i taparahi pohe roa o to’u
iho ia tuahine ». Ua ta’i ‘oia i te reira taime e ma te tatarahapa i mua i te metua
-
vahiné o Meherio. Fa’aoti ihora te ha’ava e fa’autu’a ia Heiarii tae noa atu i tona
metua tane, ho’e ahuru ma pae matahiti i te maoro.
LitteRama'oHi s ib
Titi Tauiarii
‘Are’a no ia Karen, ‘ua ‘ino’ino ‘oia i te ‘ohipa a Tapunui i rave i ni’a i te
metua vahiné o Heiarii, te aura’a ra, ua ha’uti tata’ipiti noa ‘oia e nona ato’a ia
te hape i taparahi-pohehia ai o Meherio. Piti hepetoma i mui iho, ho’i atura o
Karen tae noa atu ia Heirani i te fenua marite, ma te vaiho mai te mau ‘ohipa
‘ino. ‘Are’a no te pae o te home, te vai hau noa ra ia, e no Atamoe, ua riri i tna
hoa ‘e ‘ua ‘oa’oa no te mea ua tape’a i tàna parau fa’aau.
115
Création
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nouvelles policières
Hunara’a parau i roto
i te hô’ë ’utuâfare
ra
I taua mahana pae ra, i te tapera’a mahàna i te otira’a atu te hôrue, hoho’i atu
’o Atamoe ’e ‘o Ra’inui i te tare. Nô te rohirohi ‘e te po’ia, ‘aita nâ hoa iti i
ha’amarirau nô te vai iho atu i mûri ia râua te ’ôutu nô Tefauroa, i Mahina. ’A hïmenemene noa ai
’o ’Atamoe ’e ’a ’amu’amu noa ai i tâna vï ’ohure pi’o, të ’ôtohe
atu ra ’o Ra’inui nô te mea te ’ite nei ’oia i te tahi ohipa maere i mûri i te tumu ’uru
: e ta’ata
pohe. Tuô atu ra i tôna hoa ma te ri’ari’a i te’ohipa tâna e ’ it era : te tino
’Atamoe ’i piha’i iho i tôna hoa, ma te fa’aru’e atu i
tâna vï ’ohure pi’o, e hi’o e aha te ’ohipa e tupu ra. I te ’itera’a atu i te tino o taua
ta’ata pohe ra, piha’e atu ra i te mâ’atâna i ’amu iho nei, parau atu ra :
« E... E aha teie ? E aha teie
’ohipa i tupu i ni’a iâna ? ’O vai te ta’ata i rave
i terâ ’ohipa i ni’a iâna ? ’auë ! ’auë ! ’Ua tâniuniu ’oe i te müto’i? te taote? »
pâhono atu ra ’o Ra’inui :
« ’Aita, ’aita vau i ha’amana’o a’e » tuhi atu ra tôna.hoa iâna :
« E aha ïa tâ ’oe e tï’a ra ? ’a niuniu atu,
ha’ape’epe’e, ha’ape’epe’e,
■ha’ape’epe’e e Ra’inui ».
o Ra’imoana. Horo atu ra ’o
Niuniu atu ra ’o Ra’inui i te müto’i ’e i te taote. I mûri maii mâta’ita’i noa
atu ra i te tino pohe o Ra’imoana :
’ua ’iravarava roa, të toe noa ra i ni’a iâna
tôna piripou. E ta’ata tautai o Ra’imoana e mea au-roa-hia ’ôna e te ta’ata nô
tôna hum, ta’ata marü. Tôna noa fifi, ’ia haere ana’e ’ôna e tautai e ino ato’a ïa,
’e’ere i te inu tanotano. ’Ua riro ato’a o Ra’imoana ’ei metua, ’oia ho’i, o ’Aute
te i’oa o tâna vahiné e piti tâ râua tamari’i, ’o Ra’imanu te i’oa o te
matahiapo,
’e ’o Tipanie te i’oa o te teina. E va’u matahiti tô te matahiapo, ’e ono noa ia
’âva’e tô te teina. Të fa’aineine ra râua e i teie hepetoma imuri nei, teie râ,’ua
tupu teie’ati, ’eita ïa terâ ’ôpuara’a e tâ pae i tôna hope’ara’a. Nô tôna mata’u
rahi i te ’ohipa i tupu i ni’a ia Ra’imoana, mo’ehia ia Ra’inui e fa’aara i tô na
tuahine o ’Aute. Ha’amana’o atu ra o,’Atamoe iâna e fa’aara i te ’ütuafare i teie
’ati. ’Ua fa’aea ato’a ’o ’Atamoe ’e ’o ’Aute, i tô râua ’âpïra’a teie râ, .’ua ta’a
râua, nô te mea e feti’i râua i te pae o tô râua nau metua tâne. E taea’e te pâ’ino
o te
pâ’ino o ’Aute nô te pâtea’ino o te pâ’ino o ’Atamoe. I teie mahâna të vai
noa ra terâ here i roto ia
râua iho e’ite nei.
râua, ’aita râ râua e fa’a’ite nei i mua i te ta’ata, e ’aita
LitteRama’oHi »19
Prunella Peuti
,
’la ’ite ato’a tâtou, ’aita o Ra’imoana i ’ite i te ’ ohipa i tupu i roto ia râua.
E ’ôpani -’eta’etahia-hia ’o ’Aute ’e ’o ’Atamoe nâ to râua mau metua, ’ia fare-
rei râua, ’ia ’âparau râua ia râua iho, ’a ’ati ai râua. Pi’i atu ra o Ra’inui ia ’Aute
mâ te ’oto rahi, tâtara atu ra iâna it e ’ohipa i tupu i ni’a ia Ra’imoana, mâ te
’ôpani atu iâna e ’âmui ato’a ia râtou ra, nô te mea e haere mai te pere’o’o
utara’a ma’i ’e te pere’o’o müto’i no te ti’i it e tino o Ra’imoana ’e nô te uiui ia
râUa. Te aura’a ra, e farerei ia râua it e fare ma’i no Mama’o. I te reira ato’a
taime, te tae mai nei e piti pere’o’o müto’i ’i piha’i iho ia râua. Pou mai nei e
piti müto’i mai rotoi te pere’o’o mâtâmua nô te ’âua i te vâhi i reira te tino pohe
i te târavaravara’a, ’ia ’ore te mau ta’ata e haere mai e fa’ataupupü i tâ râtou
’ohipa. Pou mai nei e piti müto’i mai roto i te piti o te père’o’o, haere mai ra, ia
’Atamoe mâ ra, nô te uiui ia râua i ni’a i te terera’a ’o te ’ohipa i tupu hou a’e
râua ’a niuniu ai ia râtou. Tâtara atu ra o Ra’inui it e ’ohipa tâ râua i rave, hou
’a ’ite aria Ra’imoana. Nâ’ ô atu ra te müto’i ia râua :
Nô te aha ’ôrua e pi’i ai iana ’o Ra’imoana? Aita hô’ê noa a’e ’ api
«
fa’a’itera’a ia ’ôrua i tôna ihota’ata. » pâhono atu ra ’ôna :
«
’Oia, ua ite mâua,’ôna ihoâ teie, nô te mea e ta’oete ’ôna nô’u, ’e e vai-
taea’e ia nô ’Atamoe. » Vai iho atu ra te mau müto’i ia râua ma te fa’aitoito atu
ia râua i roto i teie ’ati. Tau minuti noa i mûri iho tae mai nei te père’o’o utara’a
ma’i, huri atu ra i te tino pohe i roto i te faura’o. ’Âpe’e atu ra nâ ta’ata nei ia
râtou, tere ti’a atu ra râtou i te fare ma’i nô Ta’aone. ’ I te taera’a atu râtou i te
fare ma’i, tê haere mai nei te mau tuati ma’i nô te ‘âfa’i i te tino i roto i te piha
fa’ato’eto’era’a, ’e ’aita i maoro atu të tae mai nei te pere’o’o o ’Aute i mua ia
,
râua. 1 te poura’a mai tôna tuahine, horo ato’a mai ia Ra’inui ra, mau mai nei i
te pa’ufifi o tôna taea’e i roto tôna rima, parau atu ra mâ ta ueue iâna :
« ’E Ra’inui iti, ’a parau mai, tei hea roa ’o Ra’imoana? Tei hea roa ’ôna ? »
Tüturi atu ra i mua iâna mâ te auë i tôna nâ hoa here, ’ite atu ra ’o ’Atamoe i
tôna metua tei ’âpe’e-ato’a-hia
tam au metua o Ra’inui, ua ’ape’e mai râtou ia
’Aute. Vai iho atu ra ’o ’Atamoe ia Ra’inui mâ, tâpapa atu ra i tôna metua, parau
atu ra :
Pâpâ, mâmâ, ua pohe ’o Ra’imoana, e au ë ua taparahihia ’ôna, mai te peu
tâtou, nâ reira ïa. » Pâhono atu ra tôna pâtea ’ino :
« ’Aita e ta’u tamaiti, e fa’aea noa tâtou ’i ’ô nei. E fîfi rahiterâ, e ti’a ïa ia
tâtou ’e fa’aea nô te tâmaru ia Merehiti mâ, (ta i’oa ïa o tepatea 'ino o ’Aute
mâ) » pü’oi atu ra tôna pâ’ino :
« E ua ’itehia te ta’ata i terâ peu? E aha ia teie, ua taui roa te huru ’o te ta’ata
i teie tau. E aha te ’ohipa ’i tupu i ni’a iâna? » Pâhono atu ra ’o ’Atamoe iâna :
« Pâpâ tapiri ana’e ia râtou râ, e ’ite ia tâtou i te parau ‘âpï. » Haere atu ra ia
«
e ho’i
râtou :
«
’O vai te ta’ata e ti’a iâna e haere mai e ha’apâpü ia mâtou ’o Ra’imoana
Création
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ihoà te i’oa o teie ta’ata pohe? »Ti’a atu ra ’o ’Aute haere atu ra i mua i te
müto’i, parau atu ra :
« Nâ’u e
haere e hi’o, nô te mea e tâne ’5na nâ’u. » Haere atu ra râua i te
piha fa’ato’eto’era’a. Hô’ë ’âfa hora i mûri nei, të ho’i mi nei râua. 1 te reira
ato’a taime të faura mai nei tô râtou tuahine, ’o Mareva tôna i’oa, të ta’i noa ea
’oia, parau atu ra i te tâ’âto’ara’a o te ta’ata i ’âmui mai, ma te tohu atu ia ’Atamoe
« Nô na te
hape. Nâ ’oe ’Atamoe i ha’apohe ia Ra’imoana nô tô ’oe pohe,
hae iâna. » Mau mai nei te rouru o Mareva i roto i te rima o tôa tu’âne tei ’urne
iana i te pô’ara, parau atu ra iâna :
«
’Aita oe i tâhiti i te fa’ahuehue i te orara’a o ’Aute ? Teie nei tei ni’a roa
ia ’oe ia ’Atamoe. » Ani atu ra te mûto’i ia râtou :
« E aha ïa tâna e hina’aro ra e parau ? Mai te peu të vai ra te tü’atira’a i roto
i teie parau ’e teie ’ati, e ti’a iâ’u e fa’ahoro iâna i te ’âua müto’i. » Pâhono atu
ra
’Atamoe iâna :
« ’Aita, të hape ra ’outou, ’e’ere nâ’u i ha’apohe iâna, nô te aha ’oe e parau
ai te reira parau e Mareva? ’Aita mâua o Ra’imoana e farerei fa’ahou nei e rave
rahi mahana i teie nei. » Haere mai ra nâ müto’i toopiti e ti’i iâna nô te fa’ahoro
atu i te ’âua müto’i, nô te uiui iâna. I te reira ato’a taime, te haru mai nei te
pâtea’ino i tâna tamaiti mâ te parau atu ia râtou, e vai iho i tâna tamaiti, parau
atu ra tôna hoa iâna :
« E
Tahanea, eita e ti’a ia tâtou e pato’i it e fa’auera’a a te müto’i, ’a vai iho
atu ia râtou e ’âfa’i i tâ tâua tamaiti, nâ mûri ato’a tâua i te haere. » Vai iho atu ra
te metua vahiné i tâna tamari’i, mâ te ta’i, nâ mûri atu ra i te pere’o’o müto’i. Të
ta’i noa ra ia o Mareva, të haere mai nei tô na tuahine i mua iâna, parau atu ra :
« ’Aita i rava’i i teie
’ati rahi, ’âfa’i fa’ahou mai ’oe i tâ ’oe. ’Ua T roa tô ’oe
’a’au i te ’ino e Mareva » I mûri mai, haere atu ra ’ôna nâ mûri ia ’Atamoe mâ.
I te reira ato’a taime të parau mai nei tôna pâ’ino iâna :
« Të haere ra
’oe i hea? ’Aita i maoro ua mo’ehiaia ’oe tâ ’oe tâne! ’Aute
fa’aea mai i ’ô nei, e pô’ara vau ia ’oe. » Nâ’ô atu ra te müto’i iâna :
« E ti’a ato’a iâna
’e tôna tuahine ë tae atu ia ’oe e Ra’inui e haere it e ’âua
müto’i, e uiui ato’a mâtou ia ’outou. I mûri mai e fa’aho’i atu mâtou ia ’outou.
» Haere atu ra râtou
it e ’âua müto’i. I te reira ato’a taime i te ’âua müto’i ra, të
uiui noa ra te mau müto’i ia ’Atamoe :
« -
-
-
E aha te taime hope’a ’ôrua i farerei ai ?
’Ua tarerai mâua i te tâpati ra, i te fare pure.
Tei hea roa ’oe i te mahana maha i te tapera’a mahana ?
Të fa’aineine ra mâua o Ra’inui it e mau mauiha’a tautai, nô te mea të
’ôpua ra mâua e haere e püpuhi pô, nâ ni’a it e poti o Ra’imoana.
-
Te aura’a, ’ua farerei ihoâ ïa ’outou ?
LitteRama’OHi tt 19
Prunella Peuti
’Aita, tê fa’aineine ra mâua o Ra’inui e ani iâna i tôna poti, teie râ, i tô
-
mâua haerera’a e farerei iâna, ’aita ’5na i te fare fa’ahou, ’e i te po’ipo’i ra ’ua
haere ato’a o Ra’inui e farerei iâna, ’aita ato’a ’e poti fa’ahou. Ho’i atu ra mâua
o Ra’inui
i te fare, inuinu atu ra i te tahi pia.
Mai te peu ’ua ’itehia ia ’ôrua tô na tino i piha’i iho i te tumu ’uru,
-
roa ïa te
tei hea
poti ?
Aita vau i ’ite, i mûri mai i tô mâua 0 Ra’inui inuinura’a, ’ua haere au e
ta’oto, ’are’a o Ra’inui ra, ’ua ho’i ia iô na.
Te. vai ra te ta’ata e ti’a e ha’apâpü ia matou e parau mau ta ’oe e parau nei ?
’E, tei te fare ato’a tô’u nâ metua.
Nâ reira ïa, e ti’a ia ’oe e ho’i i te fare. » Ho’i atu ra o ’Atamoe ’e tona nâ
metua i tô râtou fare. I mûri mai, tae mai nei o ’A,ute mâ, haere atu ra râtou i roto
-
-
-
-
i te mau piha fa’ata’ahia nô te uiui ia râtou. I roto it e piha mâtâmua, tê ui
mai
nei te müto’i ia Ra’inui :
«- E aha te taime
’ôrua o Ra’imoana i farerei ai ?
-’Ua ’ite au iâna i te mahana maha ra i te po’ipo’i, ’aita râ mâua i paraparau
a’e
,
tê fa’aineine râ vau e ani iâna i tôna poti nô te mea ’ua ’ôpua mâua o ’Ata-
moe e haere e
püpuhi pô i tâua mahana ra. I te taera’a râ vau.iô na, tei ni’a ïa
’ôna i tôna pere’o’o ta’ataahi të haere râ i tai, teie râ, mea huru ’ë roa tôna
ta’ahira’a atu i tôna faura’o, e au e...
-’Ua fa’ati’a mai tô ’oe hoa ia mâtou, ’ua inuinu ’ôrua i terâ pô.
-’E, nô te mea ’aita i noa’a ia mâua o Ra’imoana, ’ua haere nâ ni’a i tôna
poti.
-I mûri mai ’ua ho’i ’oe iô ’oe ?
-’E
-’E aha ïa tâ ’oe ’ohipa i rave i tô ’oe ho’ira’a atu iô ’oe ?
-’Ua haere au i te pae tahatai i te ’ôtu’e ra nô Tefauroa e ha’apau
i tâ’u pia,
i mûri mai, ho’i atu ra vau i te fare.
-E aha te hora ia ’oe i ho’i atu ?
-’Aita vau i ’ite, ’ua ta’ero roa vau. E au 5, tê mâramarama noa atu ra, i reira
tô’ü ho’ira’a.
Te aura’a ra, të haere ra i te hora pae i te po’ipo’i.
-’Aita ’oe i ’ite, aore ra i fa’aro’o i te hô’ë ’ohipa maere?
.
’ua fa’aro’o vau i te hô’ë mâniania, mai te hô’ë pa’a’ina. ’Aiata râ
ha’apa’o atu ’ua ho’i au i te fare ato’a tô’u nâ metua.
-’Oia
vau i
-
,
Nâ reira ïa »
Haere atu ra o Ra’inui i râpae it e piha e tïa’i i tôna nâ tuahine.
’Âre’a i roto
i te piti 0 te piha, të ui noa ra ia te müto’i ia ’Aute :
«[...] - ’Aita vau i haere nâ mûri ianâ, ’ua ri’ari’a roa vau, nô te mea ’ua
riri ’ôna iâ’u, ’aita vau i ’ite nô te aha râ, ’e ’ua ta’ero roa ’ona. ’Ua ha’amata
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’oia i te inu i te pô mahana torn, ’ua haere mâua o Ra’imoana ’e tô’u ato’a tuahine i te hô’ë tamâ’ara’a i fa’atupuhia iô tô’u vahiné tupu, tei titau manihini mai
ia matou to’o torn ato’a ’e tô’u nâ tamari’i to’opiti, nô te ’ôro’a ’âvarira’a o tô
râtou fare
’E, i te hora iva i te pô, fa’aho’i atu ra vau i tâ’u nâ tamari’i i te fare.
Hora hitu roa i te po’ipo’i, tô Ra’imana ho’ira’a mai. I reira tôna fa’ahue.
hue-noa-ra’a iô matou, ma te parau mai iâ’ü ê, ’ua ha’avare au iâna, e vahiné
fa’aturi au, ( ta’i noa atu ra ’ôia )
-1 terâ tamâ’ara’a toe noa atu ra ’ôna ’e tô ’oe tuahine ?
-’Ë, nô te aha ?
-
Mea au ânei nâ Ra’imoana tô’oe tuahine ?
-’Ë, e tao’ete ho’i râua ! tê mana’o ra ’outou ë nâ Mareva i taparahi iâna ?
-’Aita, teie râ, e aha te huru o terâ here ?
-’Ua ti’aturi au i tô’u hoa. Teie râ,’ua ’ite au tê here ato’a ra o Mareva iâna,
e mea
pohehae roa ’ôna iâ’u.
Nô te aha ’ôna i pari ai, nâ ’Atamoe i ha’apohe ia Ra’imoana ?
Ta parau ana’e au mea here roa ’ôna ia Ra’imoana, te aura’a ra ’ua here
’ôna iâna mai te hô’ë vahiné e here ra i tâna tâne. ’Ua parau ’ôna i terâ
parau nô
te mea, ’ua ’âno’i ’ôna i te ’ohipa i
tupu i roto ia mâua ’e ’o ’Atamoe. I tô mâua
’âpïra’a ’ua fa’aea mâua o ’Atamoe, ’aita hô’ë a’e ta’ata i ’ite, tae roa mai i te
mahana i ’ite ai ’ôia ia mâua i te ’âpaâra’a, fa’a’ite atu ra i tô mâua mau metua,
-
-
te tumu ïa mâua i ta’a ai.
-
-
Te aura’a ra, të here noa ra ’ôrua ?
’Aita, ’ua here au i tô’u hoa, ’e të fa’atura nei ’o ’Atamoe i tô mâua nei
orara’a.
-
E tô ’oe hoa, ’ua ’ite ’ôna i teie ’â’amu ?
’Aita tô ’oe tuahine i pâtia atu iâna i terâ parau, nô te mea te parau mai nei
’oe ia mâtou, të here ra ’ôna i tô ’oe hoa, ’âre’a tô ’oe hoa, mea fa’atura roa ia
-
’oe. ’Aita ânei tô ’oe tuahine i pâtia iâna i terâ parau nô tôna hina’aro e tâiroiro
ia ’oe ?
-
’Aita vau i mana’o i te reira, mai te peu râ, ’ua rave ’ôna i terâ peu, ’ua rahi
roa ïa tâna.
-
’Ua oti te uiuira’a. E ti’a ia ’oe e haere i râpae e tïa’i i tô ’oe tuahine, tei
tïa’i ato’a mai ra o Ra’inui ia ’orna. »
I te reira ato’a taime, ’ua fa’aoti ato’a te uiuira’a i tôna tuahine. Fa’aho’i atu
ra hô’ë müto’i
ia râtou i to râtou fare. Hi’o noa atu ra nâ müto’i to’opiti ia râtou
i te haerera’a, të tauahi ra o Ra’inui ia ’Aute, ’âre’a ra o Mareva, tei mua ïa ia
râua te ta’i-noa-ra’a. Parau atu ra hô’ë nâ müto’i :
« ’Ua tuea ihoâ ïa te mau ’â’amu, terâ râ, mea nâhea tô Ra’imoana
tâpe’ara’a
i te tumu ’uru ? E te poti, tei hea roa ? Te mo’e ra te hô’ë ta’o ia tâtou. E ti’a ia
tâtou e haere e ’imi i te poti. »
LitteRama’oHi « is
Prunella Feuti
Teie râ, ’ua pôiri roa ’ino i râpae, vai iho atu ra i tâ râua ’ôpuara’a ra nô
po’ipo’i a’e. Haere atu ra nâ müto’i to’opiti i te fare ma’i i reira te tino pohe e
vai ai. I te taera’a atu i roto i te piha fa’ato’eto’era’a, të hi’opo’a noa ra te taote
i te tino pohe, a nni atu ra râua i te parau ’âpï, pâhono mai ra te taote ia râua :
«
Tano maita’i tô’ôrua haerera’a mai. N5 oti noa mai ra tâ’u hi’opo’ara’a i
te tino pohe. ’Aita ’ôna i taparahihia, ’ua ’ite mai au i te tahi ’âpa’apa’a to’a i
-
roto i te hô’ê o te mau ’ïravarava.
-
-
-
E aha ïa te tû’atira’a e te huru o tôna pohe ?
Te aura’a ra, ’ua pëpë ia ’ôna i roto i te miti.
Te aura’a ra, ’ua haere ihoâ ïa ’ôna nâ ni’a i tôna poti !
-’Aita i oti, ’ua ’ite ato’a vau, mea teitei roaa te faito o te ‘ava i roto i tôna
tino, ’e ’ua pohe ’pohe ’ôna i teie mahana, i te ârea hora iva i te po’ipo’i, ’e ’ua
fa’a’ohipa ’ôna i te toe’a o tôna puai i roto i te hô’ê tü’aro ra te huru. »
Hâro’aro’a atu ra nâ müto’i to’opiti i te terera’a o te ’ohipai tupu i ni’a ia
Ra’imoana, fa’ari’i atu ra ’ia fa’aho’ihia atu te tino pohe i te ’ütuafare ’ati nô te
huna atu iana. I te mahana i mûri mai, haere atu ra te müto’i e ’imi i te poti. I te
reira ato’a taime i te pae o te ’ütuâfare ’ati, të fa’aineine ra ïa e huna i te tino o
Ra’imoana. ’Ua ’âmui pauroa mai te mau ta’ata o te mata’eina’a i te fare
’âmuira’a nô Mahina, ’âre’a i te pae o te ta’ata pohe ’aita hô’ê a’e, nô te mea e
tamari’i ’ôtare ïa nô ’ô mai i te fénua Raromata’i.
’Aita ato’a tôna e hoa,tôna ’ütuâfare, o te
’ütuâfare ïa o tâna vahiné. I te
hora va’u i te pô, tê tâmâ’a ra ïa te ’ütuâfare tei ’âmui pâ’ato’a mai iô ’Aute mâ,
të faura mai nei e torn müto’i iô râtou, parau mai ra :
« ’Ua ’itehia ia mâtou te huru pohe tâ Ra’imoana i fa’aruru mai. » I mûri mai
i taua parau, haere atu ra râtou i roto i te piha rahi nô te fa’aro’o atu i tâ râtou
parau. Të ui mai nei te müto’i ia râtou :
« ’Aita ’outou i fa’aara atu i te ’ütuâfare o Ra’imoana ?. Tei hea roa râtou ?
’Aita tô râtou upo’o i ha’ape’ape’a a’e nô tô râtou tamaiti ? E aha ïa huru
metua ! ».
Pâhono atu ra o ’Aute ia râtou :
«’Aita tôna e metua, e tamari’i ’ôtare ’oia, ’o mâtou tôna ’ütuâfare. » Parau
atura te hô’ë o te mau müto’i ia râtou :
« ’Aita i tano terâ parau nô te mea, nô Mahina te mau metua o Ra’imoana,
’o ’Apetahi te i’oa o te pâtea’ino o Ra’imoana ’e’o Tâne te i’oa o tôna pâ’ino,
te mau ta’ata tupu ïa o ’Aute mâ, tei titau manihini ato’a ia râtou nô terâ ’ôro’a
’âvarira’a i tô râtou fare. »
Tupu atu ra te maere rahi i roto i te ’ütuâfàre. I mûri mai, fa’ati’a atu ra te
müto’i te terera’a :
« ’Ua fa’aro’o ’oe ’e ’ua tapa’o mâtou i tâ ’outou mau fa’ati’ara’a, ’e ’ua
tü’ati maita’i te terera’a o tâ ’outou mau fa’ati’ara’a. Te aura’a ra, ’ ua ha’amata
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taua ’ohipa ra i te ’ôro’a ra iô ’Apetahi mâ. I mûri mai i tô ’Aute ho’ira’a atu iô
’ua fa’aea o Ra’imoana ia Mareva ra, noa’a atu ra iâna te mana’o, e
fa’ahina’aro ia Ra’imoana. I te reira taime, türa’i atu ra ’o Ra’imoana iâna, mâ
na,
te fa’aha’amana’o iâna i tôna ti’ara’a i roto i tôna orara’a, e tao’été ïa. Fa’a’ite
atu ra ’o Mareva iâna, i te ’ohipa i tupu i roto ia ’Atamoe râua o tâna vahiné, riri
roa atu ra ’o Ra’imoana mâ te ani atu ia Mareva e fa’aea i te
parau i te reira mau
paru hâ’iri’iri, inu pu’upu’u atu ra ’ôna i te pia nô te mea tê pâtiatia noa ra ’o
Mareva iâna. I mûri mai i tôna ho’ira’a atu i te fare ...»
I te reira taime, ti’a tâ’ue noa atu ra ’o ’Aute, tê fa’aineine ra e haere e taparahi ia Mareva, haru atu ra ’o Atamoe iâna, topa tâ’ue atu ra te riri o Aute. Hi’o
’Atamoe iâna, tae noa atu i te mau metua o ’Aute,
hi’ohi’o noa atu ra râtou ia râtou iho, parau atu ra ’o ’Atamoe ia ’Aute :
noa atu ra te mau metua o
«
Pârahi, fa’aro’o i te parau a te müto’i farâni e mea faufa’a roa nô tâtou,
fa’a’oroma’i. »
Parahi atu ra ’o ’Aute i piha’i iho ia ’Atamoe, tei tauahi atu iâna mâ te ’ore
e
ha’apa’o i tô râua mau metua. Pü’oi atu ra te müto’i farâni :
«... Tae atu ra o Ra’imoana iô râtou, nô te reira ’ona i ’iriâ ai i ni’a i tâna
vahiné. I mûri mai, ’ôpua atu ra e haere nâ ni’a i tôna poti, te taime ïa o Ra’inui i
haere mai ai i te fare, tê ta’ahi atu ra ’o Ra’imoana i tôna faura’o. Haere atu ra nâ
ni’a i te poti, nô tôna ho’i ta’ero, haere noa atu ra e ori haere mâ te ’ore e ha’apa’o
i te hora. Ha’apôiri atu ra , mana’o atu ra e ho’i i te fare nô te rohirohi ato’a, te
tumu ïa i ’ore i ’itehia ia ’outou te poti ’e ’o Ra’imoana ato’a. ’Ua mo’e ato’a iâna
te ’avei’a, ’âehuehu roa tôna mau mana’o, tâpiri mai te ’ava ’e te rohirohi,
atu ra tôna poti i ni’a i te hô’ë to’a, topa atu ra ’ôna i roto.i te miti.
üpâ’ina
’ïravarava roa
tôna tino, ’au noa atu ra ë, nâ te vâve’a o te miti i fa’aho’i atu iâna i te pae tai, teie
ïa te mâniania tâ ’oe e Ra’inui, i fa’aro’o. I te taera’a i ni’a i te one tahatai, mana’o
atu ra e ho’i i te fare, no te rohirohi, haere atu ra i mûri i taua tumu ’uru ra, pohe
atu ra i roto i tôna ta’otora’a. Terâ ïa tâ mâtou tuha’a, na reira ïa. »
Ho’i atu ra te mau müto’i farâni, toe noa atu ra te ’ütuâfare ’ati, ti’a mai nei
te pâtea ’ino o ’Atamoe mâ te fa’a’ite hua atu i tâna tamaiti :
«
’Ua oti, ’ua rohirohi roa vau i te hi’o-noa-ra’a i tâ’u tamaiti i te mâuiui-
noa-ra’a erâ a’e na te tau, ’Atamoe, te i’oa o tô’oe mau ...» Pü’oi atu ra tôna
pâ’ino :
« Ua fa’aamuhia
mea hô’ë â tô
ra i tâna mau
’oe, ’aita mâua i ’ite e tü’ane o Ra’imoana nô ’oe, nô te
’ôrua metua, teie râ, ’ua here mâua ia ’oe mai te hô’ë metua e here
tamari’i, ’eiaha ’oe ’e riri ia mâua, ’aita mâua i fa’a’ite ia ’oe i te
reira parau nô tô mâua ri’ari’a ’ia haere ’oe ia râtou ra nô tô mâtou veve. »
Pâhono atu ra ’o ’Atamoe ia râua:
« Nâfea vau e riri
here ’e te aroha.
ai ia ’ôrua, ’ua fa’a’ï ’ôrua i tô’u orara’a i te parau o te
LitteRama’OHi # 19
Prunella Peuti
’
Aita vau i riri a’e, e .tumu ia ’ôrua i nâ reira ai. »Tauahi atu ra nâ metua i ta
râua tamaiti.
Ani atu ra o ’Aute ia râua :
« - Teie
nei, e tu’âne o ’Atamoe nô Ra’imoana, erâ a’e te tau i te maorora’a
tô ’outou ’itéra’a !
Nô te aha i ’eta’eta ai i ni’a ia mâua, i ni’a i terâ ’ohipa i tupu i roto ia mâua,
aita ia e tano ra !
’Ua tano ihoâ ’oe, (tô na pâtea’ino) nâ tô ’oe iho pâ’ino i ’ore i fa’ari’i i te
-
reira
-
Nô te mea e feiâ ri’iri’i tatou. »
Riri atu ra o ’Aute i tôna pâ’ino parau atu ra :
« Te
hâro’a atu ra ia ‘oe i hea tô ’oe ’ino i te haerera’a ? ’Ua pohe tâ ’oe
hüno’a tei riro ato’a ei tu’âne nô Atamoe, ’e ’ua matara te parau ti’a tei hunahia
i roto i te pôiri, e haere mai ihoâ i te vahi mâramarama. »
I mûri mai i teie mau parau, rave atu ra o ’Aute i tâna mau tamari’i, ho’i atu
ra iô na
’Atamoe mâ.
I teie mahâna, tê fa’aea ra râua i roto i te hô’ë fare i Mahinarama, ho’ohia e
Mai te reira ato’a
mahâna, ’aita ’o ’Âute ’e tôna pâ’ino e paraparau fa’ahou nei, tae noa atu ’e tôna
tuahine. ’Are’a o Ra’inui, ’ua manuia ’ia i te mau tata’ura’a müto’i farâni, tâna
te metua fanau o ’Atamoe, ’ua tâ’ati -ato’a-hia râua i teie nei.
ïa ’ohipa i teie nei.
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Te pohe, te pohehae te turrm
I taua mahana pae ra, i te tapera’a mahana, i te otira’a atu te home, hoho’i
atu ra o Atamoe e tôna hoa o Ra’inui i te fare. Nô te rohirohi e te po’ia, ‘aita nâ
hoa iti to’o piti i ha’amarirau nô te vaiho atu i mûri ia râua te ‘ôutu o Tefauroa
i ‘Uporu. A hîmenemene noa ai o Atamoe ma te ‘amu’amu i tâna vî ‘ohure pi’o,
‘otohe tâ’ue iho ra o Ra’inui nô tôna ‘itera’a i te tahi ‘ohipa maere i mûri mai i
te tumu ‘uru : e ta’ata pohe !...
‘Ahiri ana, e ho’i tâtou i te mahana maha i mûri mai hou teie ‘ati e tupu ai,
ia ta’a maite te ‘ohipa i tupu na.
Mai tei mâtauhia e Atamoe, hou ‘oia e haere ai e fârerei i tôna hoa iti o
Ra’inui,
e haere ‘oia e ti’i i te huero râ’au i te fare râ’au nô ‘Uporu nâ tôna
metua pa’ari. O Atamoe, o te hô’ê ïa teie taure’are’a nô ‘Uporu, ‘ahum ma
pae
E tino ‘ie’ie e te puai ato’a. Ua pa’ari ‘oia i piha’i iho i tôna
noa matahi tôna.
pâpâ rû’au a pae matahiti i teie nei, mai te pohera’a mai i tôna nau metua. I taua
mahana maha ra, ua fa’aro’o ‘oia i te ta’ata tûtuô i mûri noa mai i te fare toa rahi
o Venus. I tôna
tâpirira’a atu, ‘ite iho ra ‘oia ia Vaita, te fatu o te fare toa rahi. E
ta’ata nô te ‘ino e te nounou moni to’a. Tê fa’a’ite ra o Vaita i tôna mana’o mâumum
-
‘ore i te tahi o tôna ta’ata rave ‘ohipa :
Ua ‘iahia ta’i ‘ahum ‘âfata pia e, e ta’i piti hanere pû’ohu ‘ava’ava !
‘Aita râ o Atamoe i vai maoro i reira nô te mea tê tia’i noa ra tôna metua
tupuna i te huero râ’au. I tôna taera’a atu i te fare, ua fa’aineine ‘oia i te râ’au a
tôna pâpâ rû’au nô te rapa’au i tôna ma’i rahi. Nâ teie pâpâ rû’au i fa’a’amu ia
Atamoe mai tôna na’ina’ira’a tae roa atu i tôna pa’arira’a, e metua tâne ‘oia nô
te metua vahiné o Atamoe. I mûri iho, fa’aara atu ra o Atamoe i ônae
pâpâ’u ma
te parau ê :
-
E haere au e fârerei ia Ra’inui nô te fa’aineine i tâ mâua mau moiha’a
home nô ananahi.
E, nô te atea ho’i o te vâhi nohora’a o Ra’inui, parau atu ra te metua tupuna :
-
E ta’oto roa ‘oe i’ô na. E mea maita’i a’e nô ‘oe. Eiaha ‘oe .e ha’ape’ape’a
mai nô’u.
Nô te haere i te fare o Ra’inui i Tuauru, hô’ê ana’e ‘e’a ‘âoaoa tei fa’a’ati i
te fa’a’apu ‘uru a Vaita. I tôna taera’a, aroha iho ra o Atamoe ia Ra’inui e tôna
nau metua ma te
ha’apâpû atu e ta’oto ‘oia ia râtou, tâ te metua tâne o Ra’iui i
LitteRama’oHi » is
manuels Rturia
fa’ari’i nô te mea e tau fa’afa’aeara’a ha’api’ira’a. ‘Ôpua atu ra o Atamoe mâ e
fa’aineine i tâ râua mau moiha’a nô ananahi. ‘Ahuru ma maha matahiti tô
Ra’inui, e taea’e ‘oia nô Atamoe : e tu’âne tôna pâpâ nô te metua vahiné o AtaE tamaroa ‘ao’ao e te roa. Fa’ati’a iho ra o Atamoe i te ‘ohipa o tâna i
moe.
fa’aro’o :
Ua tupu te tahi ‘ohipa ‘ia i te fare toa o Venus.
‘Aita roa atu o Ra’inui i maere noa a’e, e parau atu ra ‘oia :
-
Ua fa’a’itehia vau e tô’u nau metua. I tô ‘u mana’o, o te mau taure’are’a
-
nô Ahonu te mau ‘aito, e peu matauhia e râtou. Ua fa’aro’o ato’a vau i te mâumum
‘ore e te âfaro ‘ore o Vaita. Kaitoa nôna ! Ha’api’ira’a iâna eiaha e tâviri
fa’ahou i te mau hoani.
‘Aita râ râua i tuatâpapa hohonu roa i teie parau ‘âpî, haere atu ra râua e tauturn i te metua tâne 0 Ra’inui nô te paru i tâ râtou mau pua’a ‘ôviri.
Terâ, te ‘ohipa ïa i tupu i te mahana maha i ma’iri.
I teienei mahana, mahana pae, hora iva i te po’ipo’i, ua ineine o Atamoe râua
o Ra’inui e haere e
fa’ahe’e, tâ râua mau mauha’a i raro a’e i tô râua rima, nâ
‘âvae noa râua ia haere i te ‘outu nô Tefauroa i ‘Uporu.
Ua fa’ahe’e râua mai te po’ipo’i a avatea atu. Auê ho’i te au ê ! ‘E’ere te
‘oa’oa iti nei ! Ua rau te huru o te fa’ahe’e : te mea ti’a, te mea tûturi e tae noa
te târava. E mea ‘ê ïa te nâ raro ‘ae i te tâfare. E nâ taure’are’a aravihi teie nô te
‘ohipa home. E aha ho’i ! Pauroa te mahana, tei roto i te miti ! ‘E’ita ïa e ‘ite i
te fa’ahe’e !
‘Ahiri ana, e vira e fa’aû i te mau aito nô Tahiti !
‘Atîrâ pa’i ! Ua tae i te hora nô te ho’i, ua tape te râ. Ua rava’i terâ. Ua ho’i
iho ra râua. Nô te rohirohi e te po’ia, ua pôfa’i râua i te tahi vî ‘ohure pi’o i te
pae purûmu. A hîmenemene noa ai râua ma te ‘amu’amu i te vî. I te taera’a atu
râua i te fa’a’apu ‘uru a Vaita, fa’aea tâ’ue iho ra o Ra’inui e ‘otohe iho ra i
mûri. Ua ‘ite ‘oia i te tahi ‘ohipa huru ‘ê i piha’i iho i te tahi tumu ‘uru. A
fa’atata atu ra ‘oia i taua vâhi ra, e parau atu ra ‘oia ia Atamoe :
-
Aiaaa ! hô’ê tino teie e târava noa mai ra !
Tupu iho ra te mehameha e te mata’u rahi i rotopû ia râua. ‘Aita râua i pâpû
pohe ânei, tô râua ïa i tâpiri i piha’i iho i te tinoa. Auê ho’i ê ! ua ‘î te
tino i te toto e te mau pêpê. ‘E’ita e ‘ore ua mate teie ta’ata. ‘Aita roa atu râua i
‘âhîhî noa a’e nô te mea a tahi nei râua a ‘ite mata roa ai i te hô’ê ta’ata pohe e,
e te mea ato’a ua ‘î roa râua i te mana’o
hepohepo.
e ta’ata
‘Imi iho ra râua i te hô’ê rave’a nô te fa’aara i te mau ta’ata i teie ‘ati. ‘Opua
iho ra o Atamoe e haere e fârerei ia Vaita nô te fâtata i tôna nohora’a. ‘Aita râ
’oia i atea roa tê ‘ite nei *oia i te tahi ‘âfata pia pau e te tahi mau pû’ohu ‘ava‘ava
i te hiti o te ‘e’a, te mau tauiha’a ‘iahia paha teie i te fare toa a Vaita. E toto tei
125
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ni’a i teie mau mauha’a. Ua ô atu ra te tahi mana’o hepohepo i roto iâna e ua
rahi atu â i tôna ri’ari’a. ‘Otohe atu ra o Atamoe, fa’ati’a atu ra ‘oia ia Ra’inui,
nâ ‘ô atu ra ‘oia :
-
Ua ‘ite au i te tahi mau tao’a i ‘iahia i roto i te fare toa Venus.
Mana’o iho ra râua o Vaita paha tô mûri mai i teie ‘ohipa ‘ino. Haere rû atu
ra râua i
te fare niuniu e vai ra i te fare râ’au nô te tâniuniu atu i te fare muto’i.
‘Aita i maoro i tô râua tia’ira’a, tê tae mai nei te mau muto’i farâni. Arata’i iho
ra râua ia râtou
ra e
i te vâhi ‘ati. I reira, hi’opo’a haere atu ra te muto’i i taua vâhi
te tino ma te tâpa’opa’o i te mau mea ato’a tâ râtou e ‘ite ra : te huru o te
tino, te mau ‘ohipa huru ‘ê
-
... Uiui atu ra te tahi o râtou ia Atamoe mâ :
E mea nâ hea tô ‘ôrua i te ‘itera’a atu i te tino e, e aha te hora ?
Pâhono atu ra o Ra’inui nâ roto i te ri’ari’a, te ta’a ‘ore e te hepohepo :
-
Tê ho’i ra mâua i te fare a ‘ite ai au i teie tino i piha’i noa mai i teie tumu
‘uru, ‘aita i maoro ua tâniuniu mâua ia ‘outou.
Tâniuniu atu ra hô’ê o te mau muto’i i te pere’o’o ma’i e te ta’ata tîtorotoro
atu ia Atamoe mâ e ho’i i tô râua nohora’a, e, e tîtauhia atu râua
ananahi i te fare muto’i nô ‘Uporu nô te tahi ïa fa’ahohonura’a hou atu. Haere
ma te parau
atu ra râua ma te uiui ‘ore. ‘Aita râ râua i ho’i roa atu, tâpuni iho ra râua i mûri
noa mai
i te tahi tumu ‘uru a hi’opo’a noa ai i te ‘ohipa â te mau muto’i e te mau
ta’ote e rave ra. Tau miniti i mûri iho, tae mai nei te tahi ta’ata, e vahiné. E
vahiné pâutuutu maita’i e te roa ato’a, e rouru ma’ere’ere poto, e ia haere ho’i
‘oia e hapehia ra e tâne. E vahiné huru ‘eta’eta e te femrira’a pa’ari ato’a. E ‘ahu
tôna mai tô te mau ta’ata hi’opo’a i roto i te mau hoho’a teata, e ua ‘âfa’i ato’a
mai ‘ôna i tâna mau tauiha’a mâ’imira’a. Ani atu ra teie vahiné, o Vainatea i tôna
i’oa, i te mau muto’i :
-
-
Tei hea roa te mau taure’a i ‘ite i teie tino pohe ?
Ua ho’i râua i te fare e, ananahi roa râua e haere mai ai i te fare muto’i,
Riri iho ra ‘oia i terâ fa’aotira’a ma te parau atu :
‘O vau te ‘arata’i i teie ‘ohipa e nâ’u e horo’a i te mau fa’auera’a.
Ha’amata atu ra o Vaiatea i tâna ‘ohipa. ‘ Are’a o Atamoe e tône hoa, ua ho’i
-
ato’a atu râua. ‘Aita râ ‘o Atamoe i ho’i atu nâ mûri ia Ra’inui, ua ‘âfaro ti’a atu
‘ôia i tôna vâhi.
I te taera’a atu o Atamoe i tôna nohora’a, ua ta’oto tôna metua tupuna, ‘aroha
iho ra iâna hou a haere atu ai i roto i tôna piha. I ni’a i tôna ro’i, ‘aita te ta’oto
o Atamoe e topa ‘oi’oi, ua tapitapi tôna ferurira’a i teie ‘ati rahi. ‘Âre’a râ i te
vâhi i tupu ai i te ‘ati, tê tâmau noa ra te mau mâ’imira’a.
I teie pô mahana pae, ua vauvau te feiâ tîtorotoro i tâ râtou ha’amâhuira’a i
mua i
te mau ve’a, e maoti i tô râtou reo, e ‘ati taparahira’a ta’ata teie .
‘Oia
mau, ia au i tâ râtou mau tuatâpapara’a, e ta’ata mâtau maita’i i te ta’ata
LitteRama’OHi tt is
(Tlanuela Hturia
taparahi-pohe-hia e i te vâhi i tupu ai i teie ‘ohipa ‘ino : ‘oia ho’i, e vâhi
mo’emo’e roa te fa’a’apu. Te taime a tupu ai i teie ‘ati, hora hô’ê ‘aore ra hora
piti i te avatea.
Te uira’a rahi a Vainatea, maoti ra, e aha te ‘ohipa a terâ mau ta’ata i ‘ônei ?
E vâhi ta’ata ‘ore ho’i. ‘Aita ânei e ‘ohipa hum ‘ê tô mûri mai !
I te otira’a te tino pohe i te hi’opo’ahia, pâheru-maite-hia atu ra te fa’a’apu.
Parau atu ra ‘oia •:
-
Ua haere mai râtou i inu i te pia i ‘ô nei e, e au ra e mau tao’a ‘iahia mai
roto mai i te fare toa.
Te mana’o mâtâmua i ô i roto iâna, o te ta’ata fatu fenua te ta’ata taparahi.
Fa’aue
-
atu ra ‘oia i tôna mau ta’ata tauturu :
O Vaita tâ tâtou e hi’opo’a mâtâmua roa, o ‘oia ho’i te ta’ata fatu o te.
fa’a’apu e o te fare toa. A haere e ti’i iâna ananahi po’ipo’i e a poi mai iâna i
roto i tâ’u piha ‘ohipa.
Mahana maha, hora va’u e te ‘âfa i te po’ipo’i, ua ‘âfa’ihia mai o Vaita i te
fare muto’i. Fa’aro’o atu ra o Vainatea ia Vaita i te tûtuô i roto i te âroa :
-
‘Aita roa atu tâ’u ‘ohipa i roto i teie ‘ati !
Fa’a’ao atu ra o Vainatea nâ te ‘ûputa ma te parau atu e :
-
A tomo mai. Eiaha ‘oe e ‘ino’ino mai. E ‘imira’a noa teie. ‘Aita e parira’a.
Au raro a’e ra o Vaita e tomo atu ra. Iâna i poihia mai, ua pâheruhia tôna fare
e te mau muto’i : aore re’a
‘ohipa huru ‘ê i ‘itehia mai. Maoti fa, ‘aita te reira i
fa’ataui noa a’e i te ferurira’a o Vainatea : o Vaita ihoâ te ta’ata taparahi. Nâ’ô
atu ra ‘oia :
-1 hea roa ‘oe i te area hora hô’ê e te hora piti i te avatea inanahi ra ?
Pâhono atu ra o Vaita :
-1 roto i tâ’u fare toa, nô te aha ra ?
-
-
-
Tê vai ra te tahi mau ta’ata nô te ha’apâpû i tâ ‘oe parau ?
‘Ê, tâ’u mau ta’ata rave ‘ohipa.
Inanahi po’ipo’i, ua haere mai ‘oe e horo i te ‘ohipa ‘ia i tupu na i roto i tâ
‘oe fare toa, aore ânei ?
Tâpû atu ra o Vaita i te parau ma te ui e :
-
Parau mau. E aha ïa tô’u tu’atira’a i teie ‘ati ?
Pâhono ‘iriâ atu ra o Vainatea :
-
Ua ‘itehia i te tahi mau tauiha’a ‘ia i piha’i iho i te vâhi o te tino pohe, i
roto i tâ ‘oe fa’a’apu. E, e au ra ê, e ta’ata ‘ino ato’a o ‘oe :
o tâ
‘ohipa ‘i’ino ana’e
‘oe i rave na e, o te tumu ato’a ïa i mau ai ‘oe i te fare ‘âuri i Nu’utania.
Pâhono riri atu ra o Vaita :
-
‘Aita roa atu vau e ‘âfaro ra i tâ ‘outou mau parira’a. ‘E’ere nâ’u i rave i
teie ‘ohipa taparahira’a ta’ata ! E parau ha’apâpûra’a tâ ‘outou nô tâ ‘outou mau
parira’a ?
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nouvelles policières
Hi’o tûtonu atu ra o Vainatea ia Vaita, parau atu ra ‘oia nâ roto i te reo
‘eta’eta :
-
Eiaha roa atu e ha’ape’ape’a e Vaita. Nô te pae o te mau parau ha’apâ-
pûra’a, nâ te tau e fa’a’ite mai i te parau mau.
I reira, ho’i atu ra o Vaita i tâna vâhi ravera’a ‘ohipa. ‘Aita ato’a maoro roa,
e ‘ahuru ma
pae minuti i mûri mai, tê tae mai nâ taure’are’a to’o piti o Atamoe
râua o Ra’inui. E mea haere ‘atâ noa mai e te ri’ari’a ato’a. Tomo iho ra râua i
roto i te piha ma te aroha atu i te vahiné tîtorotoro o Vainatea. Nâ ‘ô atu ra te reo
o Vainatea :
Eiaha ‘ôrua e ri’ari’a mai, e uiui noa vau ia ‘ôrua i te tahi ha’amâramaramara’a. E hia matahiti tô ‘ôrua e, e aha tâ ‘ôrua e ‘ohipa i roto i te fa’a’apu ?
-
O Atamoe tei pâhono atu ma te reo marû :
-
‘Ahuru ma pae matahiti tô ‘u e ‘ahuru ma maha tôna e, e tê ho’i ra mâua i
te fare i mûri noa mai i te fa’a’apu a Vaita.
Pû’oi atu ra o Vainatea :
-
E aha te hora i ‘ite ai ‘ôrua i te tino ?
Nâ Ra’inui i pâhono atu :
-1 te tapera’a mahana, i te ârea o te hora maha, mea ho’i mai mâua mai te
home i Tefauroa.
Nâ ‘ô atu ra o Vainatea :
-
‘Aita e ‘ohipa huru ‘ê o tâ ‘ôrua i ‘ite i reira ?
Hô’ê reo tô râua i te pâhonora’a atu :
-
‘Aita ! ‘Aita roa atu !
I te reira taime, ua tomo mai te hô’ê muto’i ma te vaiho atu i te hô’ê pu’e
parau i ni’a i te ‘iri. ‘Aita râ o Vainatea i ha’apa’o atu, ua tâmau ‘oia i tâna
uira’a:
-
Ua mâtau ânei ia ‘ôrua i terâ ta’ata pohe ?
Te reo o Atamoe tei fa’aro’ohia atu :
-
‘Aita roa atu. l‘ite atea na mâua iâna i te tahi taime i te fare ha’api’ira’a
‘aore ra i te pae purûmu. Te reira atu ai.
Nâ’ô atu ra o Vainatea :
-
Ua ‘ite ânei ‘ôrua tei hea tôna nohora’a ?
O Atamoe fa’ahou â :
-
‘Aita... ‘Aita.
Parau atu ra o Ra’inui :
-
Mana’o ana’e vau, i Ahonu paha !
Hi’o tûtonu ihora te vahiné tîtorotoro ia râua ma te mana’o e ‘aita râua e
fa’a’ite i te parau mau, nâ ‘ô atu ra ‘oia ma te reo taiaha :
Mea fa’ahepohia ‘ôrua ia fa’a’ite mai i te parau mau, ia ‘ore ana’e e riro
‘orna ei ta’ata turn i teie ‘ohipa. E utu’a fare ‘âuri tô mûri mai.
-
LitteRama’OHi # ia
manuels flturia
Hi’ohi’o atu ra râua ia râua iho. Nô tôna mata’u rahi, fa’ati’a atu ra o Atai te ‘ohipa o tâna i ‘ite : te mau tauiha’a, te mau ‘âfata pia pau e te mau
pû’ohu ‘ava’ava, e te toto ihoâ ra... Tae noa atu te parau o te ‘ia-ra’a-hia i roto i
te fare toa a Vaita e tôna hum hepohepo.
E ‘oe, Ra’inui, ‘aita tô ‘oe e mana’o ?
la au te mana’o o Ra’inui, te ta’ata pohe o te ta’ata ïa e matauhia e te
huira’atira nô Mahina.nô tâna ‘ohipa ‘ia, ‘ê, ‘e’ita e ‘ore o ‘oia tei ‘ia haere nâ
te mau vâhi ato’a. I te hope’ara’a o te uira’a, ua ho’i râua i tô râua fare. ‘Are’a
o Vainatea, ua tai’o ‘oia i te pu’e parau i vai na i ni’a iho i te ‘iri, i te otira’a, ua
moe
-
mm
-
‘oia i tôna mau ta’ata raverave, e nâ ‘ô atu ra :
Teie te tahi ha’apâpûra’a a te taote hi’opo’a. Te tino pohe, o te tino ïa teie
tâne, o Moana tôna i’oa, ‘ahuru ma pae matahiti tôna e, i
noho na i Ahonu. Ua patiahia ‘oia e te hô’ê tipi. Ua rau te mau pêpê i ni’a i te
o te hô’ê taure’are’a
tino pohe. E ha’amata tâtou tâ tâtou mâ’imira’a nâ ni’a ia Vaita. E ho’i â ‘outou
pâheru i roto i te fa’a’apu, e ‘imi ‘outou i te hô’ê moiha’a ‘oe’oe mai te tipi.
I roto i tâna mâtini roro uira, patapata iho ra o Vainatea i te i’oa o Moana nô
te tahi parau ha’amâramaramara’a, tau tetoni noa, tê puta mai nei ihoâ te i’oa o
taua taure’are’a : te pa’era’a, te vâhi nohora’a, te nûmera niuniu e, tôna mau
metua. Te aura’a, e ta’ata matauhia teie e te mau muto’i, ua rave a’e nei ‘oia i te
‘ohipa ‘ino. Tâniuniu atu ra o Vainatea i te mau metua nô te fa’aara i te ‘ati rahi
e
i ro’ohia e tâ râua tamaiti. Parau atu ra ‘oia ia râua :
-
Tê ani nei au ia ‘ôrua ia ha’ape’epe’e mai i te fare ma’i nô Mama’o nô te
ha’apâpûra’a o te tino pohe mau â o tâ ‘ôrua tamaiti.
Nâ ‘ô atu ra te metua tâne :
-
E tae atu ihoâ mâua ananahi. A ti’aturi mai.
-
Nâ reira ïa. Ananahi tâtou e fârerei ai.
Ua hora hitu i te pô tô te mau muto’i i te ho’ira’a mai te fa’a’apu mai. ‘Aita
re’a ‘ohipa ‘âpî : ‘aore e tipi, ‘aore e moiha’a.
Nâ ‘ô atu ra te vahiné tîtorotoro o Vainatea
-
:
Tei roto tâtou i te rem. Mai nanahi mai â, aore re’a ‘ohipa i nu’u noa a’e.
Hô’ê noa rave’a, e tia’i i te mau tuatâpapara’a a te pû hi’opo’ara’a nô te
fa’ahaere tâ tâtou ‘ohipa i mua. E fa’aea tâtou i teie hora, ua rava’i nô teie
mahana. E ha’amata ‘âpî fa’ahou tâtou ananahi po’ipo’i i te hora pae. A haere
ana’e ! la hau tô ‘outou ho’ira’a.
Tâpati hora maha i te ‘a’ahiata, i te ‘âua muto’i, tei reira noa ihoâ o Vainatea,
‘aita ‘oia i ho’i i tôna fare. A feruri ê a ferari, a ‘imi ê a ‘imi... O tâna ïa ‘âu’a
taofe. ‘Aita tâ te tu’u ! E pae minuti toe e.hora va’u ai, ua fa’aro’o ‘oia i te
maniania i râpae mai i te fare muto’i, haere atu ra ‘oia e hi’o, ‘ite atu ra ‘oia to’o
piti ta’ata, te tâne e te vahiné, ui atu ra ‘oia :
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-
nouvelles policières
O vai ‘ôrua ? E aha tâ ‘ôrua e ‘ohipa i ‘ô nei ?
Pâhono atu ra te tâne :
-
O mâua te mau metua o Moana, tê hina’aro’o nei mâua e hi’o i te tino o tô
mâua tamaiti iti.
Parau atu ra o Vainatea ia râua :
A ‘ê ! Haere mai, a tomo mai ! Ua tae vave mai ‘ôrua i ‘ô nei.
Pâhono atu ra te metua tâne :
-
-
Ua haere ru mai mâua nô te ‘ite i te tino o tô mâua ‘aiû iti, mai te peu o ‘oia
mau ihoâ.
Nâ’ô atu ra o Vainatea :
-
-
-
Eiaha e haape’ape’a. la mâtara te fare ma’i a haere atu ai ‘ôrua e hi’o.
Maoti ra pa’i ïa, e tia’i ihoâ ïa ia mâtara te fare ma’i.
Nô teie râ taime, e uiui au ia ‘ôrua i tahi atu ha’amâramaramara’a.
Te metua tâne :
-
-
‘Aita e fifi nô te reira pae. A rave ‘oe i tâ ‘oe ‘ohipa.
E aha te taime e te vâhi hope’a i ‘ite ai ‘ôrua ia Moana ?
Nâ ‘ô atu ra te metua vahiné :
-
Ua ho’i mai ‘oia i te fare i te mahana toru ra nô te tâmâ’a e, te mo’era’a,
mo’emo’e roa atu ra.
-
‘Aita ‘ôrua i ha’ape’ape’a noa a’e i tôna mo’era’a ?
Te metua vahiné :
‘Aita roa atu. E peu mâtauhia e ana, e mo’e nei ‘oia i te mau hepetoma
ato’a. E taure’are’a pa’i nô te ori !
-
-
E aha tôna huru i taua mau mahana ra ?
Te metua tâne :
Terâ noa ihoâ, ‘oia ho’i, te te’ote’o. Ua ha’amata ‘ôna i te te’ote’o i te taime
‘âmuimui haere ai ‘ôna i te tahi mau taure’are’a. Te tumu ato’a ïa i fa’aea ai
-
a
‘oia i tâna ha’api’ira’a.
-
Ua ‘ite ânei ‘ôrua i te mau ‘ohipa tâna i rave na ?
Te metua tâne :
-
‘E, e ‘ia puai te ‘ohipa.
Te metua vahiné :
-
Ua ‘ite ânei ‘oe nâ vai i rave i teie ‘ohipa ?
O Vainatea :
-
‘E’ere i te mea pâpû roa i teienei taime. Tê toe noa ra te i’oa o te ta’ata i nâ
mûri iâna i taua avatea.
Te metua tâne :
-1‘âpe’e na ‘oia i te hô’ê taure’are’a e noho ra i Fare ro’i.
Ua uiui noa o Vainatea i nâ metua e tae roa atu i te hora iva, te hora ato’a i
tae mai ai te mau muto’i mai te fa’a’apu mai.
LitteRama’oHi # 19
(Tlanuela flturia
Nâ’ô atu ra o Vainatea i te mau metua :
-
Terâ ïa, ua hope tâ’u uira’a ia ‘ôrua, tê ha’amâuruuru maita’i nei au ia
‘ôrua. Teie tâ ‘u nûmera niuniu ia hina’aro noa atu ‘ôrua i te tahi ha’amâramarama hou atu e ia
‘ite noa atu ‘ôrua i te tahi ‘ohipa huru ‘ê.
Nâ’ô atu ra te metua tâne :
-
Nâ reira ïa. E tia’i ïa mâua i te hope’ara’a e pâpû atu ai te vaira’a mau o
taua ‘ohipa ra. E haere ti’a atu mâua o tô’u hoa vahiné i te fare ma’i.
I te hora piti i te avatea, ua tae mai te parau fa’aotira’a a te pû ‘imira’a i roto
i te vehi rata, tâ te vahiné tîtorotoro ïa i tâtara o’i’oi atu ma te ti’aturi ê, o Vaita
ihoâ te taparahi. ‘E’ere te riri iti a Vainatea nei i tôna tai’ora’a atu i te ‘api parau
! E aha ra ? Te tumu mau, ‘aita pa’i e tû’atira’a i tôna mau mana’o e tô te mau
‘aivana’a. E piti putara’a rima i ‘itehia e te mau ‘aivana’a hi’opo’a, hô’ê nô
Moana e, te piti nô te tahi atu ïa ta’ata. ‘Aita roa atu i tô Vaita ! Ha’aputuputu
atu ra o Vainatea i te mau muto’i ma te parau atu e :
Ha’amata ‘âpî fa’ahou â tâtou. Eiaha e ha’aparuparu. A fa’aitoito !
Ha’amana’o iho ra ‘oia i te mau parau a te metua tâne o Moana, e nâ’ô iho ra :
-
-
A haere a ‘imi mai i te tahi hoa o Moana i noha na i Fare ro’i !
‘Aita i maoro, ua haruhia taua ta’ata ra o tei ‘ôpua i te horo e tâpuni i te ‘itera’a atu i te mau muto’i, ‘aita râ i manuia. Poi-ihora-hia taua ta’ata ra i te ‘âua
muto’i ma te pônao i te rima. I te pâheru-ra’a-hia i tôna vâhi nohora’a, ua ‘itehia
mai te hô’ê tipi o tei tâfetafeta i te toto. Ua ‘âfa’ihia taua tipi ra i te pû
i
hi’opo’ara’a. I roto i tôna piha ‘ohipa, ua ui to Vainatea i tô ta’ata nei :
-
O vai tô ‘oe i’oa ?
‘Aita e pâhonora’a. Ua vai mû noa ‘oia. Pû’oi atu ra o Vainatea :
‘O ‘oe ânei te ta’ata i taparahi pohe roa ia Moana ?
‘Aita tâ te pâhono ! Maoti ra, ‘aita ato’a o Vaiatea i ‘âhitahita.
-
-
‘Aita e pe’ape’a. E mau ‘oe i te fare ‘âuri i Nu’utania i te hô’ê tau maoro,
penei a’e e tae noa atu i tô ‘oe pohera’a !
Nô tôna mata’u, fa’a’ite iho ra taua taure’are’a i te parau mau. O Temanava
tôna i’oa. Vauvau maite iho ra ‘oia i te tupura’a o taua ‘ohipa ‘ino ra. ‘Oia mau,
e
‘ôpuara’a feruri-maoro-hia e ana : te ha’apohera’a ia Moana. Te tuha’a mâtâ-
mua, e fa’ata’ero ia Moana. Te fifi, ‘aita e moni nô te ho’o i te pia. Te rave’a, e
haere e ‘ia i roto i te fare toa. Te ‘ohipa ïa i tupu i te pô mahana torn, i te fare
toa o Venus. I mûri iho, te fa’ainura’a ia Moana mai te reira iho pô e tae roa atu
i te mahana pae i te po’ipo’i. Unuhi ihora o Moana i roto i te fa’a’apu a Vaita,
te hô’ê vâhi mo’emo’e. Te piti o te tuha’a, te pâtiara’a ïa i te tipi nô te ha’apo-
hera’a iâna. E rave rahi taime i tôna pâtiara’a ia Moana. Ua uruhia tôna upo’o !
Te toru o te tuha’a, te tûmâra’a i tôna mau putara’a rima ia ‘ore ‘oia ia ‘itehia
nâna i teie ‘ohipa. E te tuha’a hope’a roa, te fa’anahora’a i te mau moiha’a ‘iahia
131
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ia parihia te tahi atu ta’ata ‘ê, mai ia Vaita, te fatu o te fenua e o te mau moiha’a !
‘Oia, e mea mâramarama mau â taua taure’are’a ! Te tumu o taua ‘ohipa ‘ino ?
Te pohehae ! Nô te aha ? E taure’are’a auhia o Moana, ‘âre’a o Temanava ‘aita
roa atu te mau ta’ata e
‘âfaro ra iâna nô tôna huru ‘ino.
Parau riri atu ra o Vainatea iâna :
E ‘ohipa ma’au roa o tâ ‘oe i rave ! Nô te hô’ê tumu ha’apa’ora’a ‘ore roa
pohe roa atu ra te hô’ê taure’are’a ‘âpî roa ! E ‘ohipa tamari’i ana’e tâ ‘oe !
Tâ’iri’iri noa iho ra o Temanava i tôna upo’o. Tê ‘ite nei ‘oia i te teimaha o
te ‘ohipa ‘ino o tâna i rave. Tupu atu ra tôna tâtarahapa rahi e te ‘oto. Maoti ra,
poi-ihora-hia ‘oia i te fare tâpe’ara’a o Nu’utania.
Monirê, hora ‘ahum i te po’ipo’i, ua topa te mau hi’opo’ara’a : nô Temanava
ihoâ te mau puta rima i ni’a i te mau môhina pia e te tipi. Ua oti ïa ‘ohipa. Ua
maere e ua fa’ahiahia ato’a te nûna’a i te vitivitira’a o teie nei ‘ohipa i te rav-
era’ahia : e maha noa mahana !
Ua hunahia te tino pohe o Moana i te vâhi hunara’a ma’i a te ‘oire o Mahina.
Ua tâmaumau o Vaita i te mau mâtini pata hoho’a i roto i tâna fare toa. Te vahiné
tîtorotoro, ua tîtauhia ‘oia i roto i te tahi atu ‘ohipa taparahira’a ta’ata. O Atamoe ? Ua riro taua
‘ohipa ‘ino i tupu na ei ha'api’ira’a nâna : o te ora te faufa’a
rahi, e mea ti’a ïa ia ha’apa’o i te a’ora’a a tôna mau tupuna. Ua tâmau noa â
‘oia i te fa’ahe’e.
LitteRama’oHi a 19
Hinanui (Tlopi
Te fa’autu’ara’a hope’a
I tâua mahana pae ra, i te tapera’a mahana, i te otira'a atu te home, hôho'i atu
ra o
'Atamoe e o Ra'inui i te fare. Nô te rohirohi e te pô'ia, 'aita nâ hoa iti i
ha'amarirau nô te vai iho atu i mûri ia râua te 'ôutu nô Tefauroa i Mahina. A hîmenemene noa ai o
'Atamoe e 'amu'amu noa ai i ta na vi 'ohure pi'o. Tê 'otohe noa
atu ra ia o Ra'inui nô te mea te 'ite nei o ia i te tahi
'ohipa maere i mûri mai i te
tumu 'uru : e ta'ata pohe.
E maere rahi tô Ra’inui, i te 'ôpuara'a e 'ite pâpü roa. 'Aita roa o 'Atamoe i
ha'apa'o noa a'e i te ma'irira’a atu tôna hoa i mûri, ia tae roa o ia i te hôpe'ara'a
pürümü, i 'ôpua ai e ho'i mai i mûri e 'imi i tôna hoa. 'Ite atu ra o ia ia Ra'inui i
roto i te hepohépo e te ri'ari'a i piha'i iho i tâua tumu ra'au ra. Fa'a'ite atu ra e e
tino tâna i 'ite i mûri mai i te tumu 'uru, 'aita o na i 'ite o vai ra, o tâna ra i pâpü,
pohe mau â teie ta’ata. E mea tâpupu-hia te tino, a vai iho hia atu ai i roto i te
pü'ohu 'urina. Ua pahaehia tâua mau pü'ohu ra, ua puehu te mau 'apa'apa i
mûri a'e i te 'amu hu'ahu'a-ra'a-hia e te mau 'uri pohe pô'ia.
I mûri a'e i tô 'Atamoe 'itera'a i teie 'ohipa ri'ari'a, 'opua iho ra o ia e niuniu
i tôna metua tâne, te muto'i 'oire. I mûri noa iho, ha'aputuputu iho ra te muto'i i
tôna nau nu'u. E pae miniti i mûri iho, te tae nei râtou i tâua vâhi ra no te
hi'opo’ara’a. I te taime i fa'a'ati ai te muto’i i te 'oti'a arai, e uiui-hia ai te mau
'ite no teie 'ati, ua rave âto'a te mau muto'i i te mau hoho'a no tâua vâhi ra. Rave
iho ra e 'afa'i roa i te pu mâ'imira'a no te hi'opo'a maita'ira'a. I po'ipo'i a'e, i
mûri a'e i te pu'oi'oi-ra'a-hia te tino, 'ite iho ra te taote e te toe ra te üpo'o o te
tino. Ua 'ite hia te mutura'a tipi tei fa'ata'a'ë roa te üpo'o i te tino. Nâ te reira
mutura'a i ha'apau 'oi'oi ai te toto i te tahe, mûri mai, tapüpühia atu ai i te matini
tapu ra'au. Ua tu'u-hia atu ai te mau 'apa'apa i roto i nâ pute 'urina e toru, mai te
tumu 'ore, e pute rarahi maita'i mai tei fa'ari'i-noa-hia nei te mau pehu. Ua fa'aoti
te taote e, e 'ohipa 'ôpua a’e na hia, e mea fa'aineine hia. E 'ohipa na te tahi ta'ata
'aravihi, 'aita hô'ë noa a'e tafetafeta toto, 'aita e putara'a rima, e 'ohipa rave nehenehe hia, e ‘ohipa rave mâ hia. Ua 'ite hia te tahi putara’a nira i ni'a i te 'arapo'a
o te tino pohe, penei a'e e pâtia no te ra'au fa'ata'oto i te tino, a ha'apohe roa atu
ua
mau
ai. I te taime a amo hia te tino o teie ta'ata, ua tütonu atu ra te taote i te hô'ë tatau
i ni'a iho i te 'ouma o tâua ta'ata ra, pata iho ra i te tahi mau hoho'a no te 'itera'a
o vai mau teie ta'ata e,
no te tauturura'a te titorotorora'a a te mau mutoi huna.
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I mûri a'e i tô Ra'inui tu’urimara'a i tâna parau 'itera'a, tano atu ra tôna
mata i ni'a i te tatau o te tino pohe. O tôna ânei metua tâne ? Ani atu ra i te
muto'i no te hi'o pâpü i te tino, no te mea e au ra e ua 'ite o ia o vai teie ta'ata,
o Raupea, tôna metua tâne. Hi'o atu ra i te ta'âto'a ra'a o te tino o
Raupea i
pü'oihia, o te metua hôpe'a ho'i e toe ra. Ani atu ra i te müto'i 'oire ia vai iho
nâ na iho e 'imi, e tltoro, no te mea o tôna ihoâ te reira toro'a e no te tâho'ora'a
âto'a ho'i. Fa'ari'i mai nei te müto'i i te mea ho'i ê, 'aita âto'a râtou i rave a'e
nei te tahi 'ohipa mai teie a'e te teimaha e no te rava'i 'ore âto'a ho'i te ta'ata
rave 'ohipa. I mûri a'e i te hi'opo'ara'a, fa'aho'i atu ra te müto'i i te tino a Raupea ia Ra’inui ra e tauturu iho ra no te hunara'a ma'i. Ua fa'ariro roa teie müto'i
ia Ra'inui 'ei tamaiti nô na i te mea hi'o ê, e hoa rahi o ia no 'Atamoe mai to
râua ne'ine'ira’a mai ihoâ.
I te hi'opo'ara'a te mau 'aivana'a i te mau pute 'urina, ua 'ite hia te tahi mau
huruhuru 'uri e te tahi mau 'ôfa'i, ua 'ite âto'a hia mai te ha'ae 'uri i ni'a i te
rima o tei hu'ahu'a roa i mûri a'e i te amura'ahia e te 'uri. E mea maere roa teie
'ôfa'i i 'ite hia i roto i tâua mau pute ra, i tâua taime ra, ta'i mai nei te niuniu a te müto'i, ua 'ite hia mai te tahi mau pute 'urina rarahi, na te mau ta'ata
mau
tâi'a hopu 'opupu 'aravihi i 'ite mai i teie mau pute i tua a'e i te motu Martin ra.
E hu'ahu'a ta'ata to roto i tâua mau pute pehu 'urina 'ere'ere. Haere atu ra te
mau pupu müto'i e te mau ta’ata
tüpohe auahi 'oti'a moana na reira no te
fa'aho'i mai i tâua mau pute ra i te pü hi'opo'ara'a. E torn hepetoma teie moemoea no te
rave
'ati mana'o 'ore hia i te vai noa ra'a. O ia mau, 'e'ere teie ta'ata i
iho nei i teie 'ohipa e a tahi ra o ia a rave ai, ua hau i te toru 'ahuru ra'a o
te pute tei fa'aho'i hia mai i te pü mâ'imira'a ë, 'aita teie
'ohipa i oti atu ra. Ua
tupu te mau mâ'imira'a a te mau tüpohe auahi 'oti'a moana i te ta'ato'ara'a o te
mau roto no Mahina o tâ teie ta'ata
tâparahi ta'ata i fa'ariro 'ei vâhi fa'aru'era'a
i te mau pute 'urina. Ua 'ite hia e maha vâhi pâpü maita'i o ia ho'i hô'ê i
noa a'e mai
rapae
i te Tahara'a, hô'ê i rapae noa a'e i te 'aua a te nu'u fa'ehau, hô'ê i
rapae e piri atu i te motu ra no Martin, e te hôpe'a, e riro ra e, e pae hânere
metera i mua atu, piri atu i te pae no Papeno'o. Ua riro teie mau vâhi mai te hô'ê
hunara'a ma'i i raro i te moana. Ua tâhô'ë hia te mau müto'i âto'a no te ravera'a
i tâua 'ohipa ra. Ua hepohepo roa o Tahiti e te mau motu. Tei roto te huira'atira
i te arara'a, 'aita teie 'ohipa i 'ite hia a'e nei i roto i te 'a'amu o te fenua nei. E
mea
tâpupu hu'ahu'a hia te tino a tu'u atu ai i roto i te mau pute 'urina mai tâna
i matau noa i te rave. Fa'atü'ati iho ra te mau müto'i huna i ni'a i te
tâparahi
ha'apohera'a hia o Raupea. Ua riro te mau 'ôfa'i i 'ite hia 'ei fa'ateiahara'a i te
pute no te tütau atu ai i raro i te moana ia 'ore roa e 'ite â fa'ahou hia. Nô
Ra’inui ra, a pau ia mahana ra, ua 'ü'ana roa atu tôna hïna'aro ia roa'a mai teie
mau
ta'ata tâparahi i tôna metua tâne, 'eiaha noa atu nô tôna noa metua tâne, no te
mea ra ho'i ë, o te ta'ata huehue e te ri'ari'a roa a'e i roto i te
'a'ai nô Porinetia.
j
LitteRama’oHi # 19
Hinanui fTlopi
roa'a mai nei te tahi
tapa'o 'api, o ia ho'i, ua 'ite hia mai te tahi remu iti tâ'a’e roa tei tupu i ni'a
i 'ôfa'i tûtau. Teie remu miti, e 'ite hia i roto e toru tai roto, o ia ho'i, e piti to
Ua hi'opo'a fa'ahou hia te mau tao'a i roa'a mai, ua
mau
roto noa ihoâ i te 'oire no Mahina. Fa'aoti iho ra te mau müto'i huna ë, e poti tâ
te ta'ata i rave i teie 'ohipa hâ'iri'iri, e riro o ia e tâ’amu
i t5na faura’o i te roto
i te tahi tai no Mahina i te vahi i reira te remu tei 'ite hia mai e tupu ai. Ua 'ite
âto'a hia teie remu i te 'ôutu no Tefauroa, i te vâhi te ta'ata e fano atu ai i te
motu ra no Martin. Ua roa'a mai ia Ra'inui te hô'ë 'uputa pâpü no tâna mau
mâ'imira'a. No te pôiri ho'i i ni'a i te mau tâpe'ara'a poti, e te 'atu'atu-'ore-
ra'a-hia, e nehenehe noa te mau ta'ata âto'a e haere nâ reira mâ te 'ore e
ha'apa'o-hia-atu. Fa'atae atu ra o ia i te ânira'a i te müto'i 'oire ia tâmau hia mai
'imihia nei i te haere mai i ni'a
i tôna poti.
'Ôpua iho ra te mau 'aivana'a e ha'amau mai te hô'ë vaira'a tino pohe i
pTha'i iho i ta râtou pü ravera'a 'ohipa 'ei fa'a'ohiera'a i ta râtou mau
mâ'imira'a no te pü'oi'oira’a i te mau mero o te tino o te mau ta'ata pohe i roa'a
mai. 'Aita ra teie mau 'ohipa i fa'a'ohie noa a'e mâoti ra ho'i te to'eto'e o te
anuvera o te 'aru moana i fa'aherehere maita'i mai i te mau tino. Te tino pohe
mâtamua, ua hau ia i te 'ahuru mâ hô'ë matahiti i te maoro. Ua piri atu i te ono
o te mahana e o te ru'i no te pü'oi'oira'a i te mau mero e hope roa ai. Tâna
ravera'a, 'oia ho'i e tâpupu o ia te tino e fari'i atu ai o ia i roto e maha a'e pute
pehu 'urina hou a tütau atu ai i nâ pute i nâ vâhi e maha i roto i te miti. la au i
te tâpupu-ra'a-hia i te mau tino e te 'ôpere-ra'a-hia i te mau pute, 'aita roa atu
teie mau mero i rau'a hia i te pü'oi e te mau 'aivana'a. Mâoti ra to râtou 'aravihi,
ua oti teie mau tino i te pü'oi'oi-hia i te va'u-ra'a o te mahana. Të vai nei i roto
ia râtou tei hi’opo’a ra 'are'a ra vetahi, tei tâpa'opa'o ra ia 'aore ra tei tânumerara’a mai te tino matamua tei tâparahi hia e tae roa mai i te hôpe'a o te tino a rave
atu ai i te tahi mau hôho'a pata no te mau tino tâta'i tahi. I tera ra'a ra pô, mutu
mai nei te uira o tei ha'afifi i te piha fa'ato'eto'e-ra'a, tei fa'atupu i te maere i
roto i te mau 'aivana'a, te ha'amata ra te mau tino i te pê, e te püai âto'a te
te tahi tâvirira'ara'a hôho'a, penei a'e te ta'ata i
hau'a. Haere atu ra o Ra'inui e hi'o a aha te tumu o teie fifi, e i mua i te 'afata
uira, 'ite iho ra 'o ia ë, e ta'ata tei tâtara i te nuinui e fa'atere ra i te mau
fa'ato'eto'e-ra'a. Mâoti ra ua ineine te mau 'aivana'a no te fa'aoti hôpe roa ta
râtou mau tuatâpapara'a, te hôho'a e te mau parau ti'ara'a o te mau tino tâta'i
tahi. Fa'aho'i pau-roâ-hia teie mau parau o te mau tino tâta'i tahi i roto i te rima
o te mau müto'i huna, fa'aue atu ra tô râtou ra'atira ia fa'a'oi'oi te mau
mâ'imira'a o te mau feiâ âto'a i mo'e, e 'o vai tei riro mai 'ei târaihara na teie
rave hara ri'ari'a mau. Haere atu ra te mau pâpa'i ve'a e 'imi i te mau parau 'api,
te 'âua müto'i, te pü müto'i huna e te pü mâ'imira'a âto'a o tei ha'atihia e te
mau müto'i no te âraira'a i teie mau pâpa'i ve'a ia tomo atu i roto. I roto i teie
135
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nouvelles policières
hlna'aro tu'utu'u 'ore o te mau pâpa'i ve'a, ua 'ôpua iho ra te ra'atira müto'i e
hôro'a te tahi mau parau 'àpl i te huira'atira, i te mau 'ôhipa e tupu ra i mûri a'e
i te 'ite-ra'a-hia mai i teie mau tino mâ te tltau atu i te mau feti'i âto'Ui e te vai
ra tô râtou
metua o tei mo'e a piri atu i te
'ahum matahiti i mûri, ia haere mai
mâ 'âfa'i âto'a mai te hôho'a, huru 'âpî no te fa'a'âplra'a i ta râtou
parau
mâ'imira'a. I te po'ipo'i a'e, i mûri a'e i te parau 'âpî i roto i te ve'a, ua
fa'ata'ahia nâ Ra'inui e ha'apa'o i te mau parau horora'a a te mau feti'i o te mau
tino tei mo'e, 'ei fa'a'ôhiera'a ihoâ i tâna mau mâ'imira'a. Hô'ë noa a'e ra
ta'amura'a i vai ra i ni'a i te mau tino i roa'a mai, fa'a'ôhiera'a tîtorotorora'a e
tae atu ai i ni'a i te ta'ata i tâparahi. I mûri a'e tau pu'e parau hôro'a, nümera
iho ra o Ra'inui ê, e 'a Tva atu ra tâna tino ta'ata tâparahi ta'ata, fa'aâra atu ra i
te ra'atira müto'i ê, e feiâ tâparahi ta'ata âna'e, tuatâpapa iho ra ra'atira,
hi'opo'a
iho ra i te mau pu'e parau o teie mau ta'ata, pâpü maita'i atu ra ë, e mau ta'ata
rave hara âna'eo tei mau i te fare
'auri, e tei tu'u hia i rapae'au no te râva'i 'ore
'ore ia i te parau
ha'apâpüra'a no te fa'aütu'a ia râtou. Ua tae vitiviti te parau 'âpî na te mau
motu, o tei tâmarü i te tahi pae huira'atira, 'âre'a ra te tahi pae, 'aore â ia i
te vaira'a i te fare tâpe'ara'a, te toe'a ra, no te rava'i
mâuruuru. No te râva'i 'ore o te mau ha'apâpüra'a, e te mau tâpa'o, ua
'ôpua
a'e ra o Ra'inui e mâta'ita'i i te mau hôho'a ha'aputu i tâviri hia i ni'a i te mau
uâhi ta'amura'a poti, o tei fa'atupu i te maere i roto ia Ra'inui, te 'ite nei ô ia i
te hô'ë ta'ata huru maere, o tei ni'a i tôna poti e te pâmu ra i te tahi ra'au ta'a'ë
roa, e riro e no te ha'amo'e-roa-ra'a i te tahi mau 'ohipa huru 'ë, mai te toto
ta'ata ânei, ia 'ore ia 'ite hia. E ta'ata huru pâ'utu'utu, i roto i te piti 'ahum ‘aore
ra tom
'ahum ânei matahiti, e tâne. Fa'aâra atu ra o ia i te ra'atira müto'i o tei
tono rü atu i te nu'u müto'i e mâ'imi i teie ta'ata fa'ati'ara'a hum ’ë roa. I mûri
a'e tau hepetoma, 'aita roa a'e e parau 'âpî. Tltau atu ra te mau müto'i te tahi
pupu ta'ata 'aravihi no te tîtorotorora'a i te huru, te fa'ati'ara'a iho ta'ata. I mûri
a'e i te hi'opo'ara'a, i te mea ra ë, e tâne tei roto i te ârea matahiti
piti 'ahum e
toru 'ahuru matahiti, e ta'ata ha'avare pâpü mâ te huna i tôna hum e tâna
peu,
tâparahi 'o ia i te mau feiâ tâparahi ta'ata âna'e. E ta'ata mâramarama,
fa'ati'ara'a maita'i e 'ore roa i ti'aturi hia, 'aita ho'i tôna puta i tâfetafeta i te
e
fare ha'avâra'a. Hô'ë teie ta'ata o tei ü i te fîfî, 'aore ra tei 'ite i te tahi 'ohipa
teimaha roa i roto i tôna orara'a, no reira 'ôna i 'ore i 'ite fa'ahou i te huru’ë ra'a
'ohipa âto'a, o o ia âna'e i roto i tôna hum, tâna peu e tôna orara'a. I
mûri a'e i te pâpa'ira'a hia i tôna hôho'a, piahia atu ra nâ roto i te mau ve'a i
o te mau
ti'a te huira'atira e 'ite i te huru mau o tâua ta'ata ra, penei a'e ia fa'aro'o 'ôna
e ia 'ite i tôna
hôho'a, rahi roa atu 'ôna i te mata'u. I te po'ipo'i a’e, 'ite hia mai
nei i te tahi tino pohe i te 'ôtu'era'a i 'Orofara, o Ra'inui tei tae mâtamua roa
atu i tâua vâhi ra, hô'ë â fa'anahora'a, ua rave fa'ahou tâua ta'ata ra i tâna
'ohipa
'ino, ua 'ite hia i te hô'ë î'oa i pâpa'i hia i ni'a i te 'ôuma o te ta'ata tei tâparahihia.
LitteRama’OHi « 19
Hinanui fTlopi
«
'
Taraina » e aha te aura'a o teie pâpa'i ? O tôna ânei teie ï'oa ? Tupu iho ra te
huru 'ë ia Ra'inui, puta mai nei te hôho'a o t5na tuahine o Taraina âto'a tôna
ï'oa o tei pohe na. Hôpoi'e hia atu ra te tino no te hi'opo'ara'a, o 'Ita'ata tôna
T'oa, ua fa'aütu'a hia i te 'ohipa mâferara'a tamari'i e te tàparahi ta'ata âto'a.
Rahi fa'ahou â ia te riri o Ra'inui i te mea 'aita e tâpa'o pâpü i roa'a mai, e aha
te mea e hïna'arohia nei e te ta'ata ra ? E aha tâna
poro'i e fa'a'ite mai ra ? Ua
'iriti hia pau roa te mau puta no te mau « Taraina » âto'a i fïfï, 'aita roa to tôna
i
tuahine i 'ite hia mai. 'Aita âto'a ho'i 'ona i 'ite i te 'ohipa i tupu i ni'a iho i tôna
tuahine i te mea ho'i ê, mea ‘api roa ia 'ona i tera ra tau.
Piti mahana i mûri mai, roa'a hia mai i te feiâ hapu miti i te taha tai ra no te
hotera ra Radisson i te hô'ê fa'ahou â tino pohe. I reira â, o Ra'inui tei tae mata-
atu, hô'ê â fa'anahora'a, mea tâpupu âto'a hia e 'aita e tâpa'o i 'ite hia. I
ni'a i teie tino, ua pâpa'i âto'âhia, o « Tevai » te ï'oa i 'ite hia. Ua hitimahuta
mua
:
fa'ahou o Ra'inui, no te mea te ï'oa âto'a teie o tôna metua vahiné i fa'aru'e
âto'a mai, no te aha teie mau ï'oa i matau noa hia e ana e tei hiti mai i teie
.
mahana. O o ia anei te tumu ? Na mua atu, o tona tuahine i mûri mai, tona metua
vahiné, e aha te 'ohipa i tupu, uiui maere-noa-ra’a nâ na. Te otira'a i te
hi'opo'ara'a e te tïtorotorora'a, ua 'ite hia mai ê o Matera teie, hô'ê ta'ata pohe
hae e tei tàparahi i tâna mau vahiné e pohe roa a'e nei.
E ta'ata ori pô o 'Atamoe, i tôna ho'ira'a mai na te vâhi âreareara'a, ua
ta'ero roa ho'i e nâ te 'âua müto'i mai nei no te ti'i mai ia Ra'inui, mâ te 'ite
'ore o ia ê ua tâpiri mai hô'ê ëpititore i ni'a iho i tôna tua. Ua haere atu ra e
fa'arerei ia Ra'inui tei roto i te mâna'ona'o, te feruri i te 'ohipa e tupu nei i ni'a
ia na, te 'ohipa a teie ta'ata e rave nei i ni'a ia na nei, te mau parau no te 'ati o
tôna metua vahiné e tôna âto'a ho'i tuahine tei mo'e mai na roto mai te 'aua
müto'i, mâna'ona'ora'a rahi nâ na. Nô te rohirohi o 'Atamoe, haere atu ra i roto
i te tahi piha piri noa mai i tâ Ra'inui i te ta'otora'a. Tau taime noa i mûri iho,
haere atu ra 'o ia e hi'o i tôna hoa, e i tôna tütonu maita'ira'a atu, te 'ite nei 'o
ia i teie 'ëpititore i tâpiri hia atu i ni'a i tôna hoa, te vâhi maere, hô'ê â huru
pâpa'i tei 'itehia i ni'a iho i te ta'ata mâfera e te tâne pohe hae. E aha, ua farerei
mai teie 'aito tuiro'o ia 'Atamoe? I roa a'e ra o Ra'inui i te hae, fa'ara atu ra i
tôna hoa mâ te âni tu'utu'u 'ore i te mau feiâ o tâna i farerei i tâua 'âru'i ra, te
vâhi, 'o vai mâ i tâna i mâtau tâna i 'aparau atu i roto i te hôtera ra Beach
House ? Riri roa a'e ra ho'i no tôna ihoâ hïna'aro e ha'amau i te 'auri i teie
Rave fa’ahou atu ra i tâna mau tïtorotorora'a
mai ni'a atu i te 'ëpititore i roa'a mai, te fa'a'ite âto'a mai e te hô'ë tïtaura'a ia
ta'ata tàparahi i tôna metua tâne.
tae mai ihoâ i tâua vâhi ra, e'ite 'o ia i te ta'ato'a ra i te parau mau. I tâua
vahi
ra, o te hô'ë ia fare i ho'ohia mai e te ta'ata ra o Tinomana ARITMATE, e toru
'ahum mâ piti matahiti tôna. 'Aita o ia i fa'ahapa noa hia a'e e te tare, 'aita âto'a
ra tôna hô'ë noa a'e e
'
feti'i fa'ahou e ora nei, e te rave nei o ia i te 'ohipa i te
Création ■
flouuelles policières
fare ha'avâra'a. Ua fa'aru'e mai tôna metua vahiné o tâna i 'ite i te pohera'a. E
tei fa'afifi roa i tôna fërurira'a, ua mau roa ia na, e ua fa'a'amuhia mai o ia e te
tahi na ta'ata pa'ari tei 'ore i fanau. Ua haere 'ôna i te fare ha'api'ira'a teitei tuatorn nô Puna'auia e ua roa'a mai te tahi parau tü'ite teitei. la au i ta hi'ora'a, e
tano tôna ti'ara'a e tôna hum, i te hôho'a ta'ata e 'imihia ra e te mau 'aivana'a.
Taime maoro tô Ra'inui 'imi-noa-ra'a i teie hôho'a ta'ata, tôna uiui-noa-ra'a e
o
vai, e 'inaha, teie o ia i mua i teie ï'oa tei tia'i-maoro-hia ua hau i te 'ahuru
âva'e e e piti hepetoma, tôna moemoeâ-noa-ra'a. I reira noa iho, ua ha'aputu iho
ra i tôna nu'u müto'i no te harura'a ia Tinomana.
'Inaha, tei mua o Ra'inui i te
'uputa fare o te ta'ata i tâparahi pohe roa i tôna metua tâne e penei a'e o te
ta'ato'a ra'a paha o te feiâ i pohe. Tê fa'a'ea ra o ia i roto i te tahi fare fa'a'eara'a
maita'i, hô'ë 'âua nehenehe e te mâ maita'i, ua ineine ho'i 'ôna i te tomo atu i
roto i te orara'a o tei tâparahi i tôna metua tâne. I tôna tae-ra'a atu i roto i te fare,
te vâhi taha noa ra te fare,
'aita hô'ê a'e taiha'a fa'ahou i roto, o te hô'ë âna'e
'âfata hum rahi te vai noa ra i rôpü maita'i i te fare, 'aita hô'ê a'e ta'ata e ora
nei i roto. Ua tâpiri atu ra o ia i tâua 'âfata ra, te 'ite nei i te hô'ê parau-i pâpa'i
hia. « te parau mau ». Te vai âto'a ra te tahi rata e vai ra ni'a i tâua 'âfata ra, mea
fa'ata'a hia nâ na e teie ia te parau i pâpa'i hia i roto :
« Ua rave au i teie
'ohipa nô te nûna'a âto'a, nô tëra e tëra 'ôpu feti'i, nô 'oe
iho e nô'u nei ho'i. Ua fa'aütu'a vau ia ràtou mai tei ti'a i te mea ho'i ë, 'aita te
ture i rave maite i tâna 'ohipa.
E hoa iti e, 'eiaha 'oe e 'ino'ino mai, i teie taime 'oe e tai'o nei, tei te vâhi
âtea roa vau.
'Eiaha 'oe e rohi fa'ahou, 'aita vau e noa'a fa'ahou ia te müto'i.
la ora na tô Tahiti. »
'Iriti a'e ra 'ôna i te 'afata, hitima'ue roa a'e ra i te 'itera'a i te üpo'o o tôna
metua tâne. I raro a'e, te vai nei e piti pu'e parau : to tôna metua vahiné e to tôna
tuahine ; te tahi pu'e hôho'a, nô na, nô tôna tuahine, nô tôna pâpâ e nô tôna
mâmâ i tëra te vai ora noa mai â râua e ta vai atu â ra. E fare metua teie nô râtou,
o te
'ômuara'a i tô râtou orara'a, tô râtou 'â'amu e te mau 'ohipa âto'a i tupu.
Mea ho'i mai tô râua metua vahiné nâ te 'ohipa i tâua mahana torn ra i te 21
nô fepuare i te matahiti 1979, roa'a maita'i hia mai te metua tâne i te mâferara'a
i tâna tamahine, mâniania iho ra e ua tâparahi mai ra ia na e pohe roa a'e i mua
i tâ râua tamahine tei rürü-noa ra i te ri'ari'a i te 'ohipa i tupu. Hôpoi atu ra i te
tino e fa'aru'e i raro mai i te Tahara'a o te 'itehia mai i te po'ipo'i roa a'e. 'Ôpua
a'e ra e fa'aotiroa i te parau nô Taraina, 'ahuru mâ hô'ë noa â ia tôna matahiti i
te reira taime,
'âfa'i atu ra i 'Orofara ra fa'am'e. I te reira mahana, tei te fare a
tôna mâmâ ru'au ia o Ra'inui, a piti noa ia matahiti tôna. 'Aita atu ra tôna metua
LitteRama’oHi « is
Hinanui fTlopi
tâne i tâpe'a hia n5 te rava'i 'ore te mau parau ha'apâpüra'a e 'oia mau tei rave
i teie hara. Mai tôna 'âpîra'a mai e tae noa atu i tôna pa'arira'a, 'aita âto'a o
Raupea i fa'ahiti noa a'e i tô ràtou parau, o te tumu ia e 'ite hia ai teie nâ T'oa i
ni'a iho i teie nâ tino hôpe'a e piti. Mai te 'omuara'a mai, te fa'a'ite noa mai ra
tapa'o o tôna iho orara'a. Teie ta'ata o tei 'ite pâpü i te
orara'a a Ra'inui e tei ta'a 'ore hia âto'a e Ra'inui. 'are'a ra o Ra'inui, e aha tâna
o Tinomana i te mau
i 'ite i ni'a iho ia Tinomana ? Vai noa mai nei o Ra'inui i roto i tôna ta'a'ore,
tôna hitima'ue e tôna fa'aea 'otahi-noa-ra'a.
Tu'uhia mai nei 'o ia i rapae e te mau müto'i, fa'ahaere hia atu ra i tâna tau
fa'afa'aeara'a 'ohipa e te tahi mau hi'opo’ara'a tu'u 'ore.
>
Tau matahiti i mûri a'e, ua mo'e roa te parau nô Tinomana, te parau nei vai
tahi e mea haere mai o ia e tâmâ i tô tâtou mau orara'a e te heva nei te tahi pae
i to râtou mau feti'i tei mo'e. Ua tâpiri te ture i tâua mau pu'e parau ra, 'are'a
ra tôna
'â'amu, te ha'amata'u noa ra ia.
139
Création •
flouuelies policières
1 tana mahana pae ra i te tapera’a mahana, i te otira’a atu
te hôrue hôho’i atu râ o Atamoe ’e o Ra’inui i te fare. No te rohirohi ’e te po’ia
’aita nâ hoa iti i ha’amarirau no te vaiiho atu i mûri ia râua te ’ôutu no Tefauroa
i Mahina. A himenemene noa ai o Atamoe ’e a ’amu’amu noa ai i tâna vl ’ahure
pi’o te ’otohe atu râ ia o Ra’inui no te mea te ’ite nei ’oia i te tahi ’ohipa maere
i mûri mai i te tumu ’uru : e ta’ata pohe.
Tupu iho râ te hitimahuta ’e te ri’ari’a i rotopû iâna.
Tu5 atu râ ’ôna ia Atamoe :
-
« E Atamoe e a horo ha’aviti mai na
!
»
Ui atu râ tôna hoa e :
-
<< Eaha ho’i teie ? Eaha ta
’oe e ’ite râ ? »
I tôna ’itera’a atu i te tino pohe, ua hitimahuta ato’a ’ôna, ’e ua ui maere atu
râ ia Ra’inui e :
-
«
’Ë ! e’ere o Vanira terâ ? »
Pâhonohia atu e ana ma te tâpe’a i tâna ta’i :
-
«
’Oia o Vanira ihoâ terâ, o vai râ te ta’ata i rave i teie ’ohipa hâ’iri’iri ? »
Parau atu râ o Atamoe e :
-
« E
Ra’inui, eaha roa ’oe e ha’uti iâna no te mea e mau te hôho’a o to ’oe
ni’a iho i tôna tino, e haere au e fa’a’ite i terâ mau ta’ata i’ô, no te
nau rima i
tâniuniu atu i te mau müto’i farâni no teie ‘ohipa. »
Tau minuti i mûri iho, ua tae mai te mau müto’i farâni, ’âua ’oi’oi atu râ
râtou i te vâhi i ’itehia ai te tino pohe. I mûri a’e, ua tae ato’a mai te pere’o’o
fa’autara’a ma’i, te vai râ ia hô’ê taote hi’opo’a tei tonohia mai e te ha’avâ ’e e
piti utuutu ma’i.
I mûri mai i te fa’a’itera’a atu i tô râua mau i’oa, uiui atu râ teie na müto’i e
piti, hô’ë te fa’atere ia o te ’âua müto’i farâni no Mahina o Etau Taruoura tâne
tôna i’oa ’e te tahi atu müto’i o Iatopa Tetuanui tâne ia, ia râua e :
-
« O vai na mua roa tei
’ite i te tino ’o teie tamâhine ? »
Pâhono atu râ o Ra’inui e :
-
« O vau. »
Ui atu râ o Iatopa tâne e :
-
«
’Àhiri, a fa’ati’a mai na ia mâtou te ’ohipa tâ ’oe i ’ite ? »
Fa’ati’a atu râ o Ra’inui e :
-
e, e
« Na te
’ôutu no Tefauroa mai mâua, no te rohirohi ’e te po’ia i mana’o ai
ho’i i te fare. Tae a’e râ i teie vâhi, ua ’anapa mai te tahi ’ohipa i to’u nau
mata. No te mea e ta’ata hi’opo’a roa vau i mana’o ai au e, e haere e hi’o. I tô’u
LitteRama’oHi » 19
Tenahei Tehuritaua
pirira’a atu, e uâti ia tâ‘u i ’ite i ni’a iho i te rima o terâ tino. Mea na reira tô’u
’itéra’a iâna. »
Ua târava te tino o teie taure’a tamâhine i raro, i mûri mai i te tumu ’uru, ua
’ahu ’oia i te ’ahu pâ’ave nînamu ’e i tôna ’avae e tla’a ’ere’ere ia. ’Aita noa a’e
e toto ni ni’a
iâna, tôna râ ’arapo’a mea ’ere’ere roa ia, e au râ e ua ’u’umihia
’ôna.
Ani atu râ o Etau tâne ia Atamoe e :
-
« E
’oe, hia roa ia ’oe ? »
Pâhono atu râ terâ e :
-
« Tô mua roa ia vau iâna i te
ti’ara’a ’e te ’amu’amu ato’a râ vau i tâ’u vï,
i tuôhia mai ai e tô’u hoa. I tô’u ’itera’a atu terâ tino, horo ’oi’oi atu râ vau ia
terâ mau ta’ata ha’uti pôro râ i’ô, no te ani tâ râtou niuniu ’âfa’ifa’i, no te tâni-
uniu atu ia ’outou. »
Ani atu râ te fa’atere noa â o te mau müto’i farâni ia râua e :
-
« Ua mâtaro ânei ia
’ôrua teie tamâhine ».
’Aita râua i pâhono vave atu, no te mea ua tupu te ri’ari’a i roto i nâ hoa e
piti râ. Tâpiti fa’ahou atu râ te ta’ata ui ia râua.
I reira o Ra’inui i te pâhonora’a atu iâna e : '
-
« E
! ua mâtau ’oia ia mâua, o Vanira tôna i’oa. E pôti’i maita’i roa ’ôna, te
marü ’e te nehenehe ato’a no te fenua Taha’a mai. Ua reva mai ’oia i Tahiti nei i
hope’ara’a o te ’âva’e tiunu,
io tôna tao’ete vâhine o Mareta tôna i’oa'. No tôna ’aravihi i te pae o te ’ori i fa’aô
te ’omuara’a o te mau fa’afaeara’a ha’api’ira’a i te
ai iâna i roto i te pupu ’ori a Nonahere no Mahina ihoâ, mea na reira mâtou i te
mâtaura’a iâna. Tôna nohora’a tei roto ia i te aroâ o te fare ’oire no Mahina, te
torura’a ia o te fare i te pae ’aui. Te reira noa tâ ’u i ’ite i ni’a iho iâna. »
Nâ ’ô atu râ te ta’ata ui o Iatopa tâne e :
-
e
« No te aha ’ôrua i
’ore ai e pâhono vave mai i teie uira’a ? ’Aita ânei ’ôrua
tâpuni râ i te tahi ’ohipa ? »
Pâhono atu râ e Atamoe e :
-
«
’Aita mâua e huna râ i te tahi atu ’ohipa, ua fa’a’ite pou roa mâua te
’ohipa tâ mâua i ’ite. »
Hou a vaiiho ai ia râua, ua ani te mau ta’ata ui i tô râua vâhi nohora’a ’e tâ
râua numera niuniu, penei a’e e tuô fa’ahouhia râua no te tahi atu mau anira’a.
I mûri iho i tâ râtou mau anianira’a, ua ha’amata ia i te rave i te ’ohipa ma
te ’imi atu ia i te tahi mau mea e fa’a’ite ai te terera’a o te taparahi-ra’a-hia o
Vanira. I piha’i iho i te tumu ’uru, ua ’ite te tahi müto’i i te hô’ê heirima, i ni’a
iho ua pâpa’ihia ia te reta A. Ua ’ite ato’a ’ôna i te pütë a teie taure’a tamâhine
i te ârea e toru metera i te âtea i te tumu ’uru. I roto, te vai râ ia tâna parau
ihota’ata, tâna parau fa’ati’ara’a tere ’e i roto i te pütë ne’ine’i te vai râ ia te tahi
tôna, tâna tïteti ha’api’ira’a ’e te tahi ato’a tino môni tei ’ore i
mau hôho’a
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flouuelles policières
•
’eiâhia. Vëtahi ’ë o râtou, te pata râ ia i te hôho’a o te tino pohe, te vai ’atoa râ
tei haere e hi’o i te feti’i no te fa’aara atu i te parau ’âpl. Tau hora i mûri iho, ua
fa’auta te pe're’o’o ma’i i te tino o Vanira i te fare ma’i no Mama’o no te rave
atu i te mau hi’opo’ara’a.
I te reira pô ua ha’apurorohia teie parau ’âpï i roto i te ’afata teata a RFO ’e
a TNTV. Ua fa’aara te fa’atere o Etau Taruoura tâne e, te
ravehia râ te mau ’imi-
ra’a parau i ni’a iho i te pohe o teie pôti’i, no te mea e’ere terâ i te ’ônohi, ua
taparahi ha’apohe-roa-hia teie tamâhine.
] te mahana ma’a i te po’ipo’i, ua tae mai ’oia te mau metua o Vanira ma te
putapü te ’â’au ’e te ’oto rahi ato’a no te mea hô’ë ana’e to râua tamâhine ’e e
toru tamâroa. Raverahi uira’a ta te metua tâne o Vanira i ui i te mau müto’i, ’aita
râ râtou i ’ite atu râ te pâhonora’a. O Mareta te tao’ete vâhine o Vanira ’e te
tuahine ato’a o tôna metua tâne, te fa’ariro râ ia, iâna mai te ta’ata hara no te
mea ’ôna tei ti’aturihia e tôna tua’ane no te ha’apa’o i tâna tamâhine. ’Aita râ i
ha’apa’o maita’i, ua pohe ’oia.
Hô’ë hepetoma te maorora’a ’aita â te mau ’imira’a parau i nu’u atu, tei roto
noa râ i te uiuira’a i te fëti’i ta’ato’a, i te feiâ ’ori ato’a a te
pupu a Nonahere ’e
te tahi atu mau hoa tôna të noho ato’a râ i Tahiti.
Tae atu râ i te hô’ë mahana, ua tupu iho râ i te tahi mea mana’o ’orehia, ua
ti’a atu te tahi hoa o Vanira no Taha’a mai i te ’âua müto’i farâni no Mahina, o
Purotu tôna i’oa. I tôna ’itera’a atu teie parau pe’ape’a, ua tâniuniu ’oi’oi ’oia i
te metua vâhine o Vanira no te ani iâna i te mau parau ’âpï. Ua hepohepo iho râ
’ôna no te mea e hoa pâpü terâ nôna, ’e ua ’ite ato’a ’oia i te tahi ’ohipa ’aita â
e ta’ata i
’ite maoti râ ’ôna ana’e ’e te ta’ata tâna e fa’ahapara râ.
Nâ Etau tâne i fari’i atu iâna, arata’i atu râ e ana i roto i te piha uiuira’a,
fa’ati’a atu râ o Purotu te mea tâna i ’ite :
-
«
Ua fa’ahiti mai o Vanira iâ’u e të fa’ahina’aro râ te tahi tamâroa iâna ’e
’ôna ato’a, o Ra’inui tôna i’oa, të noho ato’a râ ’oia i roto i tôna aroâ, ’e e torn
hepetoma râua i të fa’aeara’a. I tô’u mana’o peneia’e nâ Ra’inui i ha’apohe iâna,
no te mea ’aita noa a’e te mëtua vâhine o Vanira i fa’a’hiti noa mai tô râua
parau
are’a râ te mau parau noa râ ta Ra’inui râua o Atamoe i fa’a’ite atu ia ’outou te
mau müto’i.
’E e piti mahana hou a pohe ai, ua tâniuniu ’ôna iâ’u no te fa’ati’a
mai i ta râua tatama’ira’a matamua.
Ua ani terâ taure’are’a ma te onoono, të hina’aro râ ’oia e ta’oto iâna. ’Aita
râ tô’u hoa i fari’i, ua hina’aro ’ôna e tïa’i i te mahana e mômo’ahia ai râua. E
tamâhine pàretenia noa ia ’oia, ’aita â tôna tino i fa’arèpohia na te tahi atu ta’ata.
Ua hina’aro ato’a o Ra’inui e fa’aea roa iâna, eaha râua e tâpuni fa’ahou i mua
i te mata o te ta’ata. Te reira noa tâ‘u i ’ite. E müto’i mâ eiaha e fa’aea i te mau
mâ’imira’a parau, ia ’itehia râ te parau mau no te mea ’aita atu tô’u e hoa maoti
râ ’ôna ana’e ’e ’aita â vau i fari’i atu râ i tôna revara’a. »
LitteRama’oHi » 19
Tenahei Tehuritaua
Ui atu râ te ta’ata ui ma te mâramarama ’orera’a e :
-
« No te aha
roa hô’ê
’oe i tïa’i ai i teie mahana no te fa’a’ite mai ia màtou, fa’atata
’âva’e te maoro ? »
Pâhono atu râ terâ e :
-
« la ha’amata ana’e te mau fa’afaeara’a
ha’api’ira’a e haere au ’e tô’u mau
ieti’i i ni’a iho i te motu e ta’oto ai, ’aita tâ màtou e uira, ’aita ato’a ia e ’àfata
teata, tê fa’a’ohipa nei màtou i te mon teitei, te tahi taime tai’o noa ’outou hô’ê
’aore râ e piti hepetoma e ho’i màtou i te.fenua. Maoti i ho’i ai au i te fenua i
’ite ai i te parau ’âpï i te hope’ara’a o te hepetoma i mà’iri a’e nei. Ua fa’anaho
atu râ vau ’e tô’u pà’ino i tô mâua tere i Tahiti nei, mea na reira vau i ti’a ai i
teie mahana. »
Ha’amaruuru atu râ te müto’i farâni iâna no teie mau parau e tautura’a ia i
te ’imira’a te parau ti’a.TTtau atu râ te mau müto’i farâni ia Ra’inui no te uiui
fa’ahou iâna. No tôna ri’ari’a i te ha’aparihia atu, i ’ore ai i tae i terâ târereira’a
i te fare müto’i.
I te po’ipo’i a’e, ua ti’i râtou i terâ taure’are’a i roto i tôna nohora’a, ’aita râ
i manuia no te mea ua reva atu ’ôna i Mo’orea i te mahana i mûri a’e. Ua tàni-
uniu te mau müto’i no Mahina i tô râtou mau hoa. ’ohipara’a i terâ fenua e e rave
i te mau mà’imira’a ia Ra’inui ’e e fa’aho’i atu iâna.
I te reira ihoà mahana ua tae atu o Ra’inui i te ’âua müto’i farâni ’o tôna
mata’eina’a, ’ape’ehia mai e tôna nau metua no te ani i te mau ha’amaramaramara’a i ni’a i te tape’ara’ahia tô râua tamâiti. Ua arata’ihia ’ô na i roto i te piha
uiuira’a. Tau minuti i mûri iho, ua ha’amata ia te mau uira’a i teie putaputa. Raverahi mau uira’a tâ te mau müto’i i ui atu iâna, ’aita râ o Ra’inui i pâhono vave
atu no te mea tei roto noa ’oia i te ferurira’a e, e nahea ’ôna e te pâhono atu ia
râtou, ma te ha’avare ànei ’aore râ ma te fa’a’ite atu i te parau mau.
No tô râtou hina’aro ’oi’oi i te mau ha’apâpüra’a i ’ôpua ai e fa’ari’ari’a iâna
atu iâna e e hôho’a tôna ’e râua o Vanira ia râtou râ.
Mea na reira ’oia i te fa’a’itera’a atu ia râtou e te parau mau :
ma te parau
« ’Oia ho’i, o Vanira, ua riro ’oia ei hoa here nô’u, ’e te mau
parau tâ tôna
hoa i fa’a’ite atu ia ’outou mea mau i te tahi vâhi noa, e’ere râ nâ’u i hâmani
-
’ino iâna, no te mea hou a ’itehia ai tôna tino, tei te fenua no Ra’iatea ia vau io
tô’u mau feti’i. E nehenehe au e ha’apàpü atu i tâ’u parau, e tîteti manureva tâ’u.
Ua ho’i mai au i te po’ipo’i mahana pae, te mahana ia i ’ite ai au te tino o
Vanira. »
Ui fa’ahou atu râ o Taruoura tâne e :
-
« No te aha ia
’oe i ’ore ai i fa’a’ite ’oi’oi mai ia mâtou ’e i ’ore ato’a ai i
tae mai inanahi râ i’ü nei ? »
Pâhono atu râ ’oia e :
-
« No te mea ua ri’ari’a roa vau,
’aita noa a’e vau i ta’a fa’ahou e e nahea
143
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râ, i mana’o ai au e reva. Ua mana’o ato’a vau e ‘aore e ta’ata i ’ite te parau nô
màua, i vai mü noa ai au. »
Ua parau atu râ râtou iâna e :
-
« E
tape’a matou ia ’oe i teie pô, tîa’i noa atu ai i te mau ha’apâpüra’a o ta
’oe i fa’ahiti mai. Mai te peu mea mau ta ’oe i parau, e nehenehe ia ’oe e ho’i
atu io ’oe. Mai te peu râ e mea ha’avare, e ’âfa’i ia mâtou ia ’oe i te vâhi
tape’ara’a, a tîa’i noa atu ai e i tâ ’oe ha’avâra’a. »
-
I te mahana i mûri iho, i te avatea, ua ârata’i-fa’ahou-hia o Ra’inui i roto i
te piha uiuira’a.
U a parau atu râ o Iatopa tâne iâna e :
« Ua niuniu mâtou i to ’oe mau metua, no te haere mai e ti’i ia ’oe ’e e
fa’aho’i atu i te fare. Te mau parau tâ ’oe i parau mai mea mau ia ’e ’aita ato’a
-
tâ mâtou e hôho’a ’aore râ e parau no te fa’ahapa atu ia ’oe. No te fa’ahopera’a
i ta tâua ’aparaura’a, te hina’aro râ vau e fa’a’ite atu ia ’oe te mau fa’aotira’a ta
te mau taote hi’opo’a i rave. Te pohe o Vanira, ua ’u’umihia ia tôna ’arapo’a no
reira i ’ere’erehia ai, e’ere râ ia terâ te ‘ino. Ua mâferahia na mua ’5 na hou a
pohe ai, ’e teie te parau tâ ’u e maere râ, ua hapü ato’a ia e piti hepetoma tôna.
Hou ’oe a ho’i e, e horo’a mai ’oe i te tahi huare no të ha’apâpüra’a e, e’ere ihoâ
nâ ’oe i mâfera iâna. »
Hitimahuta a’e râ o Ra’inui, parau atu râ ’5 na ma te riri e :
-
« Të parau
râ ’outou e, ua hapü o Vanira, ’aita vau e ti’aturi râ no te mea
’aita noa a’e mâua i ta’oto, ua parau mai ’ôna iâ’u e, ’aita â tôna tino i fa’arepohia. Ua ha’avare mai ai ’oia ià‘u ? O vai ia tâna i ta’oto ? A parau mai na ?
Pâhono atu râ te ta’ata ui e :
« ’Aita e ti’a iâ’u no te pâhono atu ia ’oe, e fa’a’ite atu râ vau ia ’oe, te mau
’ohipa tâ mâtou i ’ite i piha’i iho i te tino, i terâ mahana ’e te mau hôho’a ato’a
tei patahia penei a’e e ta’a ia ’oe te fatu o te tahi mau taiha’a. Të vai râ tâna pütë,
tâna parau ihota’ata, tâna pütë môni, tâna mau hôho’a ne’ine’i ’e te tahi heirima
i ni’a iho ua pâpa’ihia te reta A. »
-
Tae a’e râ i ni’a iho i te fa’a’itera’a i te heirima, ua maere iho râ o Ra’inui
no te mea ua
’ite ’ôna te fatu o teie tao’a.
Fa’a’ite atu râ ’ôna i te müto’i e :
-
« Hô’ë tao’a tâ
’u i hi’o maita’i atu ’oia ho’i teie heirima, ua ’ite vau te fatu
o teie tao’a. la mana’o ana’e au no Atamoe no te mea të vai râ tô
’u mai te reira,
ia, no te mea tô’u e reta R ia i ni’a iho,
te reta matamua ia o tô’u i’oa. Te reta A, te reta matamua ia o te i’oa o Atamoe.
a hi’o nâ. Te mea noa ai e ta’a’ë ai te reta
Teie nau heirima na mâua ihoâ i hâmani. ’Aita mâua e tatara nei ’oia no te mea,
mea faufa’a roa no
mâua, e tâpa’o teie no tô mâua hoara’a. Mea nâ hea ia teie
tao’a i tae ai i piha’i iho i te tino o Vanira ? ’Aita, ’aita ! Të mana’o râ ’outou e
’ô na te tumu o teie ’ohipa ha’iri’iri, ’aita vau e ti’aturi râ. No te mea o Atamoe,
LitteRama'oHi a is
Tenahei Tehuritaua
e ta’ata maita’i roa
’oia, a piti matahiti teie nei tô mâua hoa noara’a, e fa’ariro
ato’a vau iâna mai te hô’ë tua’ane nô’u. »
Tuô atu râ o Iatopa tâne i tôna mau hoa müto’i e :
« E ti’i ia
-
Atamoe, no te uiui iâna ’e no të rave ato’a i te tahi huare tôna,
’ôna tô tatou tupatupa matamua roa, peneia’e nâ na i taparahi ia Vanira. »
I te nohora’a o Atamoe, ’aita noa a’e e ta’ata, ’aita ato’a e taiha’a fa’ahou, e
au ra e ua mo’e
’oia i roto i te nâtura. Ua rave ’oi’oi te mau müto’i no Mahina i
te mau mâ’imira’a ato’a, ma te fa’aara atu i te mau müto’i no Tahiti nei
mau müto’i no te mau ta’amotu ato’a.
’e te
Ua ’imi aturâtou iâna i te taura’a manu-
reva, i te vâhi fa’arevara’a pahl, ua piahia tôna hôho’a i te mau vâhi ato’a.
Ua ’iriti te tahi müto’i i te parau ha’amâramaramara’a, tei tuatâpapahia e
râtou i ni’a iho i te ta’ata râ o Atamoe. Ua ’itehia e e ta’ata ha’avare roa terâ no
te mea, a tahi roa tôna i’oa mau o Patrice ia. A piti, e ta’ata terâ tei ha’avâhia e
torn matahiti i mûri a’e tô râtou taera’a atu i Mahina, no te tahi atu ’ohipa ’T’ino
tâna i rave i te fenua râ no Nuku Hiva. A toru, e’ere tôna matahiti mai tô Ra’inui,
e toru matahiti hou tôna ia Ra’inui.
Ua fa’a’ite-ato’a-hia, nâ na e fa’atere atu i tôna mau metua, ’e e ta’ata ’ino
roa, ha’avarevare ’e e tâparahi ta’ata ato’a. Tau ’âva’e te maoro, i te tâpati
po’ipo’i, ua roa’ahia ia ’ôna i te taura’a manureva, te fa’aineine râ ia i te reva
atu i Marite na mûri iho i te tahi vâhine papa’â. Fa’auta iho râ ’oia i te ’âua
mütoi farâni no Pape’ete.
I roto i te piha uiuira’a, ani atu râ te fa’atere o terâ fare müto’i e o Tinorua
tâne e :
« I hea roa ’outou i te tâpunira’a ? Teie mahana ’aore e rave’a fa’ahou tâ
’outou no te tâpuni iho. E mau ’oe Patrice i te fare ’âuri no Nuutania, a tahi no
-
te ha’apohera’a ia i te tahi tamâhine tâ ’oe i mâtau, a piti no terâ tâpunira’a ’oe
’e a toru terâ tauira’a ’oe i to’oe ihota’ata. ’Âhiri, a fa’ati’a mai na ia mâtou te
’ohipa i tupu i te pô i pohe ai o Vanira »
’Aita teie tupatupa i pâhono vave atu, ua tla’i maoro ’oia.
Fa’a’ite atu râ ’ôna i te parau mau ma te fa’ati’a atu i te mau ’ohipa ti’a ’ore
tâna i rave :
-
« Ua
’ite au i te fa’ahinara’arora’a ’o Ra’inui ia Vanira ’e ’ôna ato’a, ’e te
tâpuni ato’a râ i tô râua here. I te hô’ë pô, ua niuniu mai terâ tamâhine iâ’u, tau
mahana noa ia tô râua fa’aeara’a. Te hina’aro râ ’oia e aniani mai iâ’u te tahi
parau no Ra’inui, no te mea e hoa pâpü vau nôna. Ua ha’amata vau i te
fa’ahiti te parau maita’i no tô’u hoa, no te maoro o tâ’u fa’ati’ara’a parau i ani
mai ai ’ôna iâ’u e, te Tnu tâ’u e hina’aro, ua mana’o roa vau e e pâpë ’aore râ e
mau
e
pâpë monamona. ’Aita ho’i au i mana’o ai e e pia tâna e horo’a mai, ua maere
iho râ vau. Ua Tnu atu râ mâua e, ’e tae a’e râ i te hô’ë taime, ua ’apâ ’ô na iâ’u
ma te
hina’aro ’orera’ahia, i reira mâua i te ta’otora’a atu. Ua here ato’a atu râ
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iâna, ’aita râ terâ i hina’aro noa a’e iâ’u, no te mea ua ma’ama’a-roa-hia ’ô
vau
na ia Ra’inui.
Mai te reira mahana ’aita mâua i ’aparau fa’ahou, ’aita ato’a o
Ra’inui i ’ite noa a’e i teie ’ohipa. »
Ani atu râ o Tinorua tâne iâna e, ua ’ite ânei ’ôna e ua hapü o Vanira.
Ua ha’apâpü o Atamoe e, ua ’ite ihoâ ’ôna i terâ parau ’e ’ôna ato’a te pâpâ
o terâ
’aiü. Nâ Vanira ihoâ i fa’a’ite atu iâna te pô i pohe ai. I te reira noa â pô,
ua tatama’i
ràua, no te mea ua hina’aro o Vanira e ha’amarua tôna tamari’i,
pâto’i atu râ e Atamoe. ’Aita ato’a o Vanira i vaiiho iâna, ua parau atu râ ia Atamoe e, e’ere ’ôna tâna i here maoti o Ra’inui râ ia. No te pohehae o Atamoe i
riri ai ’oia, ’e ua ’u’umi atu râ ’oia i tôna ’arapo’a ma te mâfera ato’a ia iâna.
Mea nâ reira terâ tamâhine i pohe ai. Vaiiho atu râ o Atomoe te tino pohe o tâna
i here mai te reira i piha’i iho i te tumu ‘uru.
I mûri iho tôna tu’urimara’a te ’api parau o tei fa’a’ite e ’ôna ihoâ te ta’ata
taparahi, arata’i atu râ te mau müto’i farâni ato’a iâna i te fare tape’ara’a no
Nu’utania. A tla’i noa atu ai tâna ha’avâra’a. Tau ’âva’e i mûri iho, ua ha’apohe
o
Ra’inui iâna ma te târî atu, no te mea ua mâuiui roa ’oia i te ’itera’a atu i te
parau no tôna hoa here ’e no tôna hoa pâpü. ’Aita ia i mara’a iâna i te
fa’a’oroma’i ’e te tâmarü i te mâuiui ’e te hepohepo tâna e amo râ.
mau
Hô’ê matahiti i mûri iho, ua ha’avâhia o Atamoe, ua fa’aoti te ha’avâ o te
tiripuna no Pape’éte e, e fa’autu’a iâna e piti ’ahuru matahiti i te fare tape’ara’a
no Nu’utania i
Fa’a’a.
LittéRama’oHi s 19
Marine Léocsdie
A/lana’o pu’ohu
E ’ohipa fa’ahiahia mau tei ravehia mai e teie mau piahi no te mea ua o i roto
ia ratou te faufa’a no te papa’i na roto i te reo ma’ohi, papa’ira’a i to ratou iho
parau, ’aore ra i te tahi Vamu i fa’ati’ahia e te mama ru’au, ’aore ra i te tahi moemoea o tei mau roa i roto i to ratou upo’o. Tera ra, na roto i teie
’ohipa ha’api’ira’a,
ua farerei
te mau piahi i te tahi mau fifi.
’Oia mau, ua ’itehia te fifi i roto i te hamanira’a i te mana’o i ni’a i te tahi tumu
parau papu. ’Aita te ferurira’a i matara no te mea ua anihia e papa’i nà roto i te reo
ma’ohi. No te matara ’ore te mana’o, ua ha’amata te rahira’a e papa’i na mua roa
na roto i
te reo farani. I mûri iho, ua huri atu na roto i te reo ma’ohi.
Hau atu a, ua papa’i te tahi piahi na roto i te reo farani, a huri atu ai na roto i
te reo tahiti, a fa’aoti roa atu ai na roto i te reo pa’umotu, ’oia te reo tumu o tona
metua vahiné.
la au i tana i fa’ata’a mai, e au e, ua pau roa tona taime i te papa’ira’a, i te
hurira’a, i te papa’i fa’ahoura’a, te fa’anehenehe roa ra’a i te tahi ‘irava....
’Aita ato’a te mana’o e ’afaro fa’ahou ra. la feruri na roto i te reo farani, e ia
feruri na roto i te reo pa’umotu, ’aita e tueara’a fa’ahou. Na roto i te reo tahiti, ia
au i tana paraura’a, ua taui te fa’anahora’a mana’o i roto i tona upo’o.
’Ahiri ihoa ia i papa’i na roto i te reo pa’umotu ! No te veve ra i te mau ta’o
pa’umotu, i ’imi ai i te ’ohipa ’ohie, ’oia ho’i, te papa’ira’a na roto i te reo farani.
I fïfî roa atu ai, no te mea, ’aita te fa’anahora’a o te reo farani i papu, mai te piha
tamahou mai a, a tae mai ai i roto i te piha tuatahi ato’a, a ’ino roa atu ai i roto i te
ha’api’ira’a tuarua.
Teie ia reo « ’ano’ino’i » e parauhia nei ’âore ra e papa’ihia nei, te ’ano’ira’a
i te reo farani e te reo tahiti.
I to’u mana’o, ’aita te ferurira’a popa’a i tuea i te fa’anahora’a o te ma’ohi. Te
vai nei te tahi area e fa’ata’a nei i na hamanira’a mana’o e piti, i ’ore ai i ’ohie
fa’ahou te papa’ira’a na roto i te reo pa’umotu.
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Tera ra, i to’u mana’o, ua ’api teie taure’a i ni’a i te papa’ira’a na roto i tera
reo e aore ra i tera reo.
No te mea, na tona iho roro, tona iho upo’o, tona iho
manava, i fa’aitoito i te ’imi i te mau pu’oira’a mana’o, na roto i tera reo e i tera
reo.
Te ’ite ato’a hia nei te fa’ahiahia o te tahi piahi i te ’imira’a i te mau ta’o
anei, te patura’a i te ’irava anei, te fa’anahora’a i te mau mana’o anei.
Ua feruri atea mai teie taure’a e papa’i ato’a ’oia, ia tae i te ho’e mahana, na
roto i te reo tutae ’auri, e reo o tana e fa’a’ohipa ato’a nei !
Noa atu te veve i te mau ta’o tahiti, ’aita roa atu teie fifi i farereihia i roto i
te fa’anahora’a o te mau piahi tei matau i te papa'i na roto i te reo tahiti mai te
’omuara’a e tae roa atu i te hope’a, no te mea, ua feruri noa ratou na roto i te
tahi fa’anahora’a papu o ta te roro i matau maita’i.
Teie te fa’anahora’a o te rahira’a o te mau piahi no te ’ama’a reo
ma’ohi « LCR » no te fare ha’api’ira’a tuatoru no Porinetia farani nei, ’oia ho’i,
te ha’apapu maita’ira’a i te feruri na roto i te reo tumu, na mua roa.
Ua fa’anaho mai au.i teie tuha’a ha’api’ira’a no te mea ia tae te piahi i te
faito tu’ite « Master », te vai nei te tahi puta iti o tana e papa’i, mai te 30 haere
atu i te 50 ’api parau.
la ’ineine ia te taure’a, hou a tae atu ai i ni’a i teie faito.
Ei mana’o hope’a roa, no te ’ana’anatae o te rahira’a o te mau piahi, te
mana’o nei au, noa atu te ’ohipa rahi, e rave fa’ahou i teie tuha’a ‘ohipa
ha’api’ira’a fa’ahiahia mau, i teie matahiti i mûri nei, mate fa’a’ohipa ato’a i te
mau piahi LCR 1, piahi o te matahiti matamua, e ma te ti’aturi e, e turuhia mai
e te ta’atira’a AETI a te mau fare nene’i puta e fa’anaho nei i te fa’a’ite’itera’a
e te ho’ora’a puta « Salon du Livre », tae noa atu i te ta’atira’a « Littérama’ohi »
a te mau taparau, te feia papa’i puta.
LittéRama’OHi # 19
Poésie
Marceline Apo,
Lauréats du Concours de Poésie
Shirley Buisson Mairau,
lancé par le Club Soroptimist de Tahiti Papeete,
Erehia Chambo,
sur le thème « La Paix / Te Hau »
Abigail Mariteragi,
Iteone Teahutapu,
lors des Journées « Femmes et Ecritures »
E. Tonohiti,
Assemblée de Polynésie)
(14-15 septembre 2010,
Eliane,
Dominique,
Raihau,
Rosa.
La Paix / Te Hau
Un Monde de Paix
Un Monde Aimé
Un Monde d’Amour
Pour de meilleurs jours
Faisant la Paix
Faisant l’Amour
Faisant le Bien
Pour notre Bien.
Abigail Mariteragi
La Paix intérieure est primordiale en ces temps magnifiquement troublés.
Travaillons tous cette zénitude interne, afin de la restituer par une attitude tout
simplement « humaine » ! La Paix ici, ailleurs commence dans le cœur des enfants
des hommes !
C’est un sentiment d’amour et de respect envers ses semblables et notre mère
la terre qui gémit à cause des guerres et des bruits de guerre !
Elle n’en peut plus, et nous le fait savoir par ses soubresauts qui vont en s’am-
plifiant !
La Paix dans le cœur fait que nous nous respections les uns les autres et que
respections la terre en ne la polluant pas ! ! !
Et même avant d’arriver à l’extrême ; la guerre !
nous
E. Tonohiti
1M9
Création
J’aimerais que la violence cesse, j’aimerais la Paix dans le monde, j’aimerais
que la pollution cesse comme ça on pourrait ralentir le réchauffement climatique. J’aimerais que plus personne ne se batte et comme ça il y aurait moins de
morts, moins de blessés et surtout plus du tout de malades : un monde parfait.
Je voudrais la Paix dans le monde et qu’il n’y ait plus du tout de méchanceté et
de guerre en Afghanistan et partout dans le monde.
PEACE AND LOVE
Iteone Teahutapu
La paix, c’est comme le murmure du vent dans les palmes de cocotiers.
On ne veut rien entendre d’autre.
C’est comme la caresse du coton sur la peau...
Ça nous touche
C’est comme un bon plat de grand-mère durant une nuit trop froide.
La Paix, c’est un silence qui rassure.
Marceline Apo.
O vau teie, o te hau
Tei te mau vahi ato’a vau
Te vahi te reira oe
O oe, o orua e o outou ato’a na
O vau ato’a ia i reira
la faarii mai oe
Orua, outou i ia’u
E hau ia tatou.
O tatou te mau
Mahana ato’a
Aita ra oe
e faarii.
A Hau anae ra.
A afai mai i te hau
A Poihere i te hau
A faarahi mai i te hau
E A hau ana’e tatou e te fenua.
Eliane
LittéRama’OHi s 19
Poésie
La paix se fait avec amour, joie
et bonheur. Nous en tant que tahitiens,
si nous voulons que notre monde change,
alors il n’est pas trop tard.
Faisons la paix et non la guerre
regardons tous autour de nous et
dites vous : « est-ce que notre
pays
pourrait être mieux si nous
faisions tous la paix ? »
Pensez à ce que notre pays
deviendra plus tard si nous
ne faisons pas
la paix ?
...Pensez-y?...
Erehia Chambo
Partager nos avis et nos idées
Aider à trouver des solutions
Inventer un monde d’humanité
aXer
ses
énergies vers ce but.
Dominique
Pour moi, la paix est un grand mot,
On peut le lire tout bas ou tout haut,
Il signifie plusieurs mots à la fois,
Qu’est-ce que la paix pour toi ?
La Paix ne rime pas avec guerre,
La paix n’a cessé guère,
De nous donner l’envie de le prononcer,
De l’écrire ou de le crier.
La paix est un mot puissant,
Qui ne cesse d’être omniprésent,
Dans les âmes calmes et pures,
Même si elles ont la vie dure.
Dans la paix, il y a plein d’espoir,
Nous devons tous y croire,
Car des gens croient à la paix,
Nous ne devons pas en douter, jamais.
151
Création
Les malheurs seront finis
La paix gagnera, mes amis,
Je suis sûre qu’un jour,
Le règne appartiendra à l’amour...
Raihau
Pour un sourire une larme
Pour que le bonheur ne se fane,
Pour qu’un amour épanoui ne se finisse par une guerre.
Que jamais une mère
N’ait à perdre son enfant.
Qu’une sœur n’ait à regretter un frère.
Alors pour que la paix triomphe
Prions la vie et faisons la paix.
Aimez-vous les
Uns les autres
Peacefull
Peace and Love
Shirley Buisson Mairau
Dis-moi c’est quoi la Paix !
Dis-moi comment la trouver !
Dans cette immensité qu’est notre terre
Chacun aspire à une paix
Chacun souhaite la Paix.
La paix dans le cœur quand tu pardonnes
La Paix de l’âme
Quand le souffle s’arrête.
La Paix dans le monde
Quand vous acceptez.
Du Nord au Sud
De l’Est à l’Ouest.
Tous, ouvrons nos cœurs
Et tendons nos mains
Sans perdre espoir.
Que de cette universalité
Naisse la plénitude de vivre
Simplement en tant que citoyen
En paix dans le monde.
Rosa
LittéRama’OHi « 19
Poésie
Morgane Franquin,
Louise Huard,
Lauréats du Concours de poésies
Kaulana Tama,
par l’association « Lire sous le vent»
Quentin Vitasse
sur les
organisé à Uturoa (Raiatea)
thèmes « Temehani, le regard, les fruits, les
couleurs,... », à l’occasion du Salon du livre 2010.
Je hais ta façon de me parler
Et la couleur de tes cheveux
Je hais ta façon de te conduire
Et de me regarder dans les yeux
Je hais tes stupides manières
Et ce que tu devines en moi
Je te hais au point d’en crever
Et même de tuer parfois
Je hais ta façon d’avoir raison
Et tes histoires inventées
Je te hais quand tu me fais rire
Et davantage quand tu me fais pleurer
Je te hais quand tu n ’es pas là
Et que tu es Dieu ne sait où
Mais je hais surtout de ne pas te haïr
Ni un seul instant
Ni une seide minute
Ni même du tout
Morgane Franquin
(1er Prix)
Création
Les fruits importés de métropole
Je suis une pomme qu’on range
Comme ma voisine l’orange
Dans des petites caisses en mousse
Petites pour des pamplemousses
Dans un coin de l’œil, la poire
Me glisse un regard noir !
Tandis que son voisin
Taquine le raisin
Ce qui ne déplairait pas à son voisin
L’abricot qui détestait le grand raisin !
Il ne faudra pas le dire à la cerise
Sinon, elle piquera une superbe crise !
Le voyage ne sera pas monotone
Accompagné de tous ces fruits en tonnes
Je me demande dans quelle pagaille
Seraient l’ananas, la mangue, la papaye !
Kaulana Tama
(2ème Prix)
Nos regards
Depuis le haut du phare
Je pose mon regard
Sur la plage où tu étais autrefois
Après que tu te sois éloignée de moi.
Quand je t’ai retrouvée,
Tu étais blessée.
Puis je t’ai regardée,
Mais tu as pleuré.
Puis je t’ai portée,
Et tu as regardé
LittéRama’oHi s is
Poésie
Le monde autour de toi,
Et tu as crié ton effroi.
Tu m’as observé,
Puis tu m’as finalement demandé
De ne plus te regarder,
Pour ne pas pleurer.
Louise Huard
(Prix spécial « regard »)
Les couleurs
Le bleu et le jaune font le vert des feuilles de l’arbre
Comme un arbre dans une forêt verte
Le rouge et le bleu font du mauve
Car l’union fait la force d’une belle couleur
Le rouge et le jaune font de l’orange
De l’orange qui pousse sur l’oranger
Le bleu est une couleur de vie
Dont personne ne peut s’emparer
Le rouge est une couleur chaude
Dont personne ne peut s’approcher
Le jaune forme la lumière
Qui nous aide à y voir clair
Les couleurs peuvent nous différencier
Du blanc comme du noir
Car être raciste n’a pas de couleur !
Quentin Vitasse
(Prix spécial « Couleurs »)
155
Création
Heinarii Grand est née le 24 août 1987 à Pape’ete. Très vite passionnée de lecture et
d’écriture, c’est dès l’adolescence qu’elle décide que son avenir sera voué à la littérature. Elle passe donc un bac littéraire qu’elle obtient en 2005, puis s’inscrit en licence de
Lettres modernes à L’université de Polynésie française.
Trois ans plus tard, elle s’envole pour la France où elle poursuit ses études à l’université de la Sorbonne à Paris.Heinarii écrit ce texte en février 2010 à Paris, alors que la
Polynésie française est touchée par le cyclone Oli. Au moment même où la tempête
s’abat sur Tahiti et Moorea, ces îles deviennent injoignables pour quelques heures. Les
Polynésiens expatriés, inquiétés par l’alarmisme des médias nationaux, sont alors plongés
dans la “torpeur”.
Torpeur
De l’autre bout du monde...
Prières de mots perdus
Mon esprit balayé de rafales
A l’oeil rouge et déchu
sur ces clichés vieillis vibrants
paraissent bien futiles
et pensées immobiles
des gouttes versant sur cet aval
de sable, et de rayons absents
Et mon coeur aux abois
qui crie dans ce silence
Fragile instant peuplé de rien
célébration fantasmatique
dans un lointain émoi
exhorte l’existence
au coeur d’un chaos diluvien
brûle les lois arithmétiques.
De ne jamais briser
ce
fragile équilibre
Une explosion d’histoire
que mon âme éloignée
où les images mélangent
appelle pour être libre.
Curieux caprices des moires
aux
tapisseries étranges
Sur cette vague d’écume
où glissent mes angoisses
c’est entourée de brume
que mes idées se froissent
LittéRama’OHi » is
Poésie
Le Ciel et la Terre !
La dernière étoile a quitté la scène,
Le ciel, déjà paré de son azur
Eveille doucement la terre.
Chaque matin, un geste délicat
Fait de bleu et de jour,
Revendications !
Tahiti veut sa place,
Lui donne son bain de lumière.
Un pouvoir des grâces,
Les couleurs de l’au-delà avec l’ici-bas,
Un religieux sa classe,
Le peuple se lasse.
Changent le décor de la nocturne,
Qui retourne dans le ventre de la nuit.
Du sommeil en cadence émerge la vie.
Tahiti cherche ses origines,
Les bruits de la nuit s’endorment,
Un religieux ses hymnes,
Les bruits du jour se réveillent,
Le peuple mime.
Un pouvoir ses pantomimes,
La nuit s’enfuit avec ses ombres,
Le jour prend place avec ses hommes.
Tahiti délie son destin,
Indifférent à ce manège, le ciel courtise
Un pouvoir ses bulletins,
La terre revêtue de ses paysages.
Un religieux des larcins,
Le soleil aussi la saisit dans ses rayons.
Le peuple geint sans fin.
Elle assure sa ronde et tourne encore !
Tahiti saisit son envol,
Un pouvoir son protocole,
Le matin,
Un religieux.ses oboles,
Le peuple force sa farandole.
Le matin raconte que le ciel,
Descend embrasser la terre.
Tahiti choisit son lendemain,
L’infini l’effleure avec respect.
Le pourvoir tend les mains,
Des nuages lâchent une lanne,
Le religieux prêche en vain,
Sur un ourlet de corail au réveil.
Le peuple exige son pain.
Une pieuvre cherche son encre,
Pour écrire sur un fond d’océan.
Alors les coquillages s’étirent,
Pour saisir le récit du ressac.
L’écume éphémère se trémousse,
Insensible à la ronde des oiseaux
Qui tournoient inlassablement.
Les poissons argentés glissent,
Reflétant des couleurs du ciel
Qui dépose son baiser à la terre.
Danièle Helme
Création
Toi, l’envers de ma médaille
Ton visage, tahitien,
m’a confié en un bran regard,
douces étoiles éteintes,
la lente hypogée du destin.
Cognent, trépident les jours
au serpent de la route grise.
Maroto
La nuit ceint la montagne souveraine
Ciel vide, délitement
du maro sacré.
de Tîle sous la lune noire.
La reine s’épanche, veines ouvertes.
Au froid de ta lèvre mauve
débusque presque un sourire.
Souvenir mort des clairs jours...
Tu avançais alors mains pleines.
se
puise un rêve de mer.
à ses amours mortes.
étonnement mêlé de crainte ;
contre ses frères les traîtres
s’enfuient vers la vallée.
Dans la clameur, le coeur de Tîle
Le dormeur des brames songe
Le sourcil livre un secret :
front, dessin de mer ridée
d’averses drues en devenir,
Ses fluides mêlés au temps
Du coeur de Tîle, à l’aube s’élève
une
.
plainte d’enfant.
L’homme bientôt déchirera le jour.
avides semeurs de déserts.
Sur la rondeur de tes joues,
suivre le naïf horizon
d’une échappée au lagon.
Une espérance y bat encore
au déclin du soleil rouge,
vers les nuages
cerclés d’or.
Chantal Millaud
LittéRama’OHi « is
Poésie
Hong-My Phong
Née à Papeete en 1976, d’origine chinoise, Hong-My PHONG aime la lecture et l’écriture dès l’enfance. Membre de l’association l’Aire des Mots, elle se lance dans l’écriture
poétique. Certains de ses poèmes ont été publiés dans la revue “Les pages récréatives des
Ateliers d’Ecriture” : Où et comment vivre”, “Solidarité”, “Eruption”.
Gémissement
Des lames acides ruissellent sur mon visage.
Un cri de douleur remonte mais est étouffé, mâché, avalé,
L’envie de détruire : déchirer, broyer, casser, frapper.
Colère envers soi ou les autres, pétrie de haine et de rage.
Un cri de douleur remonte mais est étouffé, mâché, avalé,
Dans une mer noire d’injustice et de déception, je nage
Colère envers soi ou les autres, pétrie de haine et rage.
La terre joyeuse est invisible, je bois la mer salée.
Dans une mer noire d’injustice et de déception, je nage
Les pensées s’embrouillent, les membres sont contractés :
La terre joyeuse est invisible, je bois la mer salée.
Besoin de lumière, de chaleur et non de mirage !
Les pensées s’embrouillent, les membres sont contractés :
Noyé enfin le chagrin d’un passé continuant de me hanter
Besoin de lumière, de chaleur et non de mirage !
Des lames acides ruissellent sur mon visage.
Racine
Voici une terre rouge aride et gorgée de Soleil d’Afrique,
Continent mystérieux qui résonne d’aventures et de secrets.
Où évoluent des animaux majestueux que nul n’aurait pu imaginer,
Savanes, déserts, forêts équatoriales, des paysages magnifiques !
Création
Continent mystérieux qui résonne d’aventures et de secrets.
Tribus zoulous aux lances meurtrières, et aux cicatrices magiques.
Savanes, déserts, forêt équatoriales, des paysages magnifiques
Ici, est né l’ancêtre de l’homme et a commencé l’histoire de l’humanité.
Tribus zoulous aux lances meurtrières, et aux cicatrices magiques.
Guerres et paix, terre imbibée de sang et de larmes mais éprise de liberté
Ici, est né l’ancêtre de l’homme et a commencé l’histoire de l’humanité.
Au loin, les jurnbe résonnent dans la vallée comme une douce musique.
Guerres et paix, terre imbibée de sang et de lames, mais éprise de liberté
Pays sauvage qui fait vibrer l’âme, une nouvelle vie va débuter.
Au loin, les jumbe résonnent dans la vallée comme une douce musique
Voici une terre rouge aride et gorgée de Soleil d’Afrique.
Hantée
Je me réveille, je contemple ma vie froidement,
Désir omniprésent de me perdre toute entière,
Souhaitant, priant ardemment mourir en dormant :
Dans l’obscurité trouver enfin la lumière.
C’est pour toujours à l’abri de tous les regards,
Prisonnier dans une boîte, en ce jour malheureux.
Existence brisée parmi ses débris épars,
Impossible de caresser l’être manquant des yeux.
Un son faible dans le silence de la nuit m’éveille
Soudain, un froid terrible s’insinue dans ma chair,
Un souffle chaud, puis un murmure près de l’oreille.
Les voiles larguées, je vogue sur une vaste mer,
Un voyage prometteur de possible merveille
Tels des amarres, sommeil et mort me fuient : je veille.
LittéRama’OHi » ia
Poésie
Les racines de la colère
Une poigne de fer qui serre mon cœur agonisant
Pulsations ténues comme des battements d’ailes
Esprit engourdi et sensation irréelle
On m’a tuée mais aucune goutte de sang luisant.
Vivre, respirer et se culpabiliser.
Remords infinis, jamais la paix étemelle,
Amour perdu inassouvi et immortel,
Endurer ou oublier, vivre n’est pas aisé.
Rage de vaincre le néant laissé par son départ
Doux euphémisme car à jamais tout nous sépare :
Plus jamais son odeur, ni n’entendrais sa voix,
Jamais contre ma joue la douceur de sa peau
Mais souvent les yeux rêveurs, partout je le vois,
Mon fils que j’ai noyé dans un infâme ruisseau.
Où et comment vivre
Ailleurs, c’est l’aventure, les expériences nouvelles,
C’est découvrir des sons, des odeurs et des goûts différents, '
C’est rencontrer des gens ouverts, une riche culture
.
Voir des jardins merveilleux et de vertigineux gratte-ciels,
Je pense que j’aimerais bien vivre là dans un proche futur
Car tout me semble plus coloré et plus attrayant : vivant.
Pourtant ici, il y a l’essentiel : mon foyer, ma famille et ma maison.
Malgré le travail, les soucis et les.priorités,
Une vie souvent monotone et sans distractions,
Il y a la satisfaction d’assumer ses responsabilités,
D’être aimée de ses proches et quelquefois d’être aimée avec
Je supporte cette vie grâce à l’amour : c’est la seule raison.
Ainsi, je vis sans savoir où la vie me mène,
Je cherche la beauté autour de moi pour l’admirer
passion,
Création
J’essaie de me réaliser dans chacun de mes actes
Et j’ai décidé de faire avec mon entourage un pacte
Plutôt que de rêver à des destinations lointaines,
Je trouverai une raison de continuer de vivre et d’espérer.
Haïkus
Pluie fine
Fraîcheur matinale
Tiédeur du lit
Un fondant sucré
Une mousse légère
Un dessert
Le monde à portée de main
Les pieds sur terre
Les ailes arrachées
Joues rebondies
L’innocence
Enfance
Terre meuble
Fleurs odorantes
Enterrement
Rafale de vent
Arbres dévastés
Le néant
Grondement dans l’air
Humidité à l’approche
La cascade
Beaux yeux clairs
Cils longs et foncés
Un regard
Le sang coule
La chair blanche
Douleur vive
iJttéaama’OHi # ie
Poésie
Paroles non dites
Reproches sous-entendus
Cruelle indifférence
Le vide spatial
La petitesse de la Terre
L’infini
glacial
Une caresse furtive
Un regard intense
Séduite
Le cœur cogne
Envie de crier
Colère
Des notes de piano
Mélodie vibrante
Evasion
Prise au piège
Paralysée
Cauchemar
Dégoût d’un monde
Mauvais et égoïste
Partir
Envie d’enfant
Avenir incertain
Ventre stérile
Hong-My Phong
L’Univers ! Toi l’inconnu ?
Qui sommes-nous ? ! Que sommes-nous
Venus dans ton monde
Dans l’espoir de ta conquête,
De ta soumission facile.
Ami nourricier de générosité
Qui accapare notre gounnandise
Sans cesse exigeante et inassouvie
Maître cruel, dépourvu d’état d’âme
Qui se venge de notre ingratitude
Malgré les pleurs de détresse.
Oui, toi l’univers ! L’inconnu !
L’annonce prévisible de ta colère
Déroute et foudroie notre conscience
Toujours murée d’égoïsme et de profits.
Aujourd’hui nous implorons tout bas,
Le sursis salutaire et repentant des êtres
Pour un monde uni et généreux.
LittéRama’OHi tt 19
Poésie
Rêves... La Mer
Quand je contemple cette mer immense
Ma pensée vagabonde
Et je rêve....
Je suis un poisson empereur
Je visite les fonds marins
En évitant les lignes
des pêcheurs
Je suis un oiseau de mer
Je plane au-dessus du lagon
En prenant garde aux écueils
Je suis une sterne blanche
J’évente les beaux rivages
En battant de l’air avec mes ailes
Je suis un marin habile
Je m’évade vers la liberté
En chantant de joie
Je suis un petit surfeur
Je glisse hardiment avec ma planche
En bravant la grande vague
Je suis une pléiade
J’apparais lumineuse dans le ciel
En éclairant la surface de l’océan.
Odile Purue-Alfonsi... le 09-2009
Création
‘Airaga... Te Moana
la miri au a tai kerokero nei
Tu’e’eia mai te ‘aiga
Garamanava mai nei au e...
Ë manega au
E rama au te ana moana
Ma te karo te matau a te raveika
E moko’e au
E ‘akapa au na ruga i te tai roto
Ma te ‘akapoi te ota ragaruga
E tavake au
E peika’i au te karekare moana
Ma te pe’au’au
E’akatere vaka arimatanui au
E tokau au i te kaiata’uraga
Ma te tagi nini’ore
E tama orokuku tai au
E panina koikoi au
Ma te kukua te peau
E matariki tinitini au
E ‘ano marama au i te va’a no te ragi
Ma te papa aroragi te moana.
‘Uriraga reo magareva na : Otira Purue
Marie Gooding
LittéRama’OHi # 19
Poésie
Iho tumu
‘
Aahiata, ua ‘ümatatea te ora
Po’ipo’i, ua ‘üa’a te ora
Avatea, ua papa te ora
Pô, ua tae te ora i te rôhutu no’ano’a
Te ora, e aho nui
Te ora, e faufaa rahi
Te ora, e ô faahiahia
I riro ai tatou ei taata
Taata tô na fenua
Fenua tô na nunaa
Nunaa ta na iho tumu
Iho tumu faufaa ia o te nunaa
A here i tô fenua
A here i tô nunaa
A here i tô iho tumu
A tu e te nunaa mâ’ohi ia ora tô iho tumu
Novema, ‘âva’e o te ‘auhune
Ua ‘auhune te mau mea ato’a, ua ‘auhune ato’a te ‘oa’oa.
‘Oa’oa i te farereiraa nâ roto i te tahi tâmâaraa i reira te mau hotu rau e ‘amuhia ai.
‘Auhune ato’a te tiare e tô râtou mau ‘u rau tei riro ei hei faa’una’una i te mau
vahiné e te mau tâne, faa’iteraa i tô râtou ‘oa’oa ia ‘âmui haere mai nô te faahanahana i te ‘âva’e nôvema, te ‘âva’e o te ‘auhune !
‘Auhune te ‘aravihi e te itoito o te mau feiâ rima’ï, o tei haa nô te hâmaniraa i te
mau tao’a hôro’a nô te noera e
fatata mai ra.
Nôvema ‘âva’e o te ‘auhune, ‘âva’e ‘ômua i te ‘âva’e noera, te ‘âva’e tltema.
la ‘oa’oa tatou pâ’ato’a i teie noera !
167
Création
I te tataiao
I te tâtaiao, ia hiti te mâramarama, te ti’ahou noa ra te reo...
I te po’ipo’i, ia ti’a te màhana, tê ti’a’iahia ra te reo...
I te avatea, ia ahu te mau mea ato’a, e pâpü mai ia te reo...
I te taperaa mâhana, ia hope tôna hororaa, e ti’amà te reo...
I te ahiahi, ia haumarü te fenua, e te’ote’o te reo...
I te ‘am’i, ia
pôuri te ao, e tla’iroa te reo...
E reo e, a hiti, a ti’a, a ahu, a hope, a pôuri... eiaha ra e môrohi !
E haapii vau i tô ‘u reo, e parau vau i tô ‘u reo... e faati’oraa teie nô ‘u
A faateniteni i tô tatou reo, a ‘âmui i tô tatou reo ia ora o ia !
Te taata
Te mihi e ‘ihi mâfatu
Te here e pere mâfatu
Te vâhine
Te tâne
E tâ’ati anei ?
Te miti e ‘ihi ora
Te fenua e vâhi ora
Te pape
Te repo
E tü’ati anei ?
E mâfatu tô ‘u
E ora tô ‘u
E tâ’ati au e tô ‘u mâfatu
E tû’ati au e tô ‘u ora
E riro ai au ei taata
Régina Suen Ko
LittéRama’OHi # 19
Poésie
Tüari’i Tracqui, fils de Manouche Lehartel et de Michel Tracqui, est né à Pape’ete le 3
octobre 1991.
Il commence la danse traditionnelle lors de son premier Heiva en 2007 au sein du
groupe Toa Reva dirigé par sa mère. Il continue la danse au conservatoire et enrichit son
expérience dans différents groupes. « Pour moi c’est une révélation qui chamboule alors
tous mes projets et qui réoriente mes études vers l’apprentissage de la langue tahitienne et
de la culture polynésienne. », affirme t-il.
i
Après l’obtention de son baccalauréat en 2009 II décide de prendre une année sabbatique durant laquelle il commence à apprendre le tahitien en autodidacte.
Aujourd’hui, il poursuit ses études en langue tahitienne à l’université de Polynésie Irançaise.
Son premier poème en tahitien, « Pâpâ », voit le jour alors que sa compagne, Teruria,
attend leur premier enfant.
Pâpâ
Tô’u pâpâ
‘o tô’u papa Ta
E pâ e
‘a pâpâ mai i te vauvau
‘a pâpâ mai i tâ’u roimata
‘ia papa te papa pa’apa’a
Tepapani’a
Te papa raro
Te papa tupuna
Nâ‘oeepapaTa
E pâ tô’oe na rima
Mai te pâ ari’i
Mai te pâ ‘upa’upa
E pâ ra’a Ta
‘ua pâmai tô’oe reo
Mai te mara’ai Ta i pâ mai
‘ë, ‘ua pâ te mara’ai
E pâpâ e
‘a pâmai
I tô aroha...
Tuari’i a tracqui 24 no ‘eperera 2011
Création
Te horomoana
Ua ta'iruru te ata, ua hotu te tai
E te fa'aturuma nei te ra'i
Hana aéra to'u mafatu
I to'u mana'ona'o ra'a ia oe
E teie horomoana o tei vai atea mau ia matou
I ni'a i teie moana fa'a'aro
Ma te farerei i te fa'atupuara'a
O oe o tei fa'au i tona puai
Ma te taia e te ruru
Hanihani aéra to mana'o i to te utuafare
E, mai te ho'e toa, ua ti'aturi
Na roto i ta oe mau pure
Haro'aro'a aéra i teie reo no te ra'i teitei mai
O tei tamaru i to hepohepo
No oe ho'i i hiti ai !
E te tama ai'a e, a hura na...o ra nui teie
O tei hôromiri make i to taua ai'a
O tei tau atu i ni'a i teie moana pi'ipi'i
Himenemene aéra te hitapere
'Anapanapa aéra te anapape
E ua pura te mau hotu o te fenua
A fa'arire e te ao ato'a
No oe ho'i o ra nui i hiti ai
A tu'u na i to turi i raro e te tama ai'a e
A hiemate'oa i mua i tona maramarama nui
Colombani-Wheeler marie-claire
LittéRama’OHi 819
Poésie
Espoir
D'abord...l'absence, le silence
Le non-dit, le flagrant délit
L'incompréhension, l'accusation
Oui, tout n'était que violence et indifférence
Puis, apparurent le pardon, la réconciliation
La présence et l'alliance
Alors les peuples à nouveau rêvèrent à d'autres printemps
Et ne firent plus semblant...comme avant.
L'innocent se mit à bâtir un pont
Au-dessus de l'océan, avec ses chansons
Et se mit à prier pour l'humanité.
Alors, le grand univers, enfin libéré
Fut envahi d'espoir pour l'éternité
L'amour trouva enfin sa raison d'exister...
Liberté
Sur la grève, le temps d'une escale brève,
Un rêve était venu s'y reposer !
Un enfant l'aperçut et décida de l'enfermer
Dans un bel écrin de câlins
Mais, le rêve voyageur refusa d'être emprisonné ainsi
Alors, dès le matin, ce petit coquin s'enfuitEt se promit de ne plus jamais revenir...sur cette grève !
Colombani-Wheeler marie-claire
171
Création
*
Tentes libres
Papa Ru’au
Pâpâ Rü’au (old papa) used to stop by our kitchen in the evening on his way
home from a day fishing out on the lagon in his outrigger canoe. He’d be chilled
to the bone. My father would put a small shot glass into his gnarled hands as
they stood behind the kitchen house on the cement step. Then my father would
fetch the Myers rum from the kitchen çubboard, pull the cork out of the bottle
and slowly pour a shot of the dark liquid into the little glass. I could smell the
sweet bitter burnt sugar as 1 stood next to them and I thought of the tales I was
reading in the books in my father’s Library. Tales of slaves and sugar cane plantation owners and beautiful women with big breast and wild hair and indépendant temperments. And pirates with long flashing Swords, razor sharp at their
sides, unbuttoning the back of the women’s tight dresses from High neck to
waist. What an unfamiliar thrill thèse descriptions used to send thru my body.
Pâpâ Rü’au would put the glass to his dark lips, tilt his wrinkled, smiling
Brown face back and empty the shot glass in one swallow. Sometimes, but not
always, he’d hold the glass out, silently, and my father would refil it. When he’d
finished he’d set the small glass down en the kitchen table, wipe the back of his
hand across this mouth and walk up our yard weaving through the long shadows
of the coconut trees to his house by the road. Sometimes, before leaving, he’d
grin his toothless grin, his whiter stubbled chin pulling up, and say, ‘My bodies
nice and warm now. ’
I was seven then.
Now, as a grown woman, 1 take a small, délicate green glass, fill it with dark
rum, and sip it. Slowly. I can’t take it in one swallow as Pâpâ Rü’au did. But it
body just it did his, burning all the way down till it hits my stomach
and I am right back there, a little girl in my underpants, standing on one leg with
warms my
my other foot on my knee, watching those two men 1 thought were so old.
Are they watching me now from out there somewhere ? Are they smiling at
me ? I think so and 1
feel warm and safe and protected within their gaze.
LitteRama’OHi « is
msnutea Reasin
That was over 40 years ago.
I wish my father were still alive so I could sit and talk to him. I would like
tl ask him so many questions. I would like to as khis advise as to what I should
do about life. I would like to ask him what books 1 should read now. He was
always so good about giving me books to read. He lead me through a fascinating
and exciting world made up of book lore. It started as soon as I could sit in his
lap long enough without squirming so he could begin Reading to me. At seven
I started reading on my own. We had no TV, no radio, no movies and I had few
friends. The two I had I was only allowed to play with at certain times. So books
were very important in my life and they still are.
173
Création
■
Tentas libres
Un secret
Dans le petit bar près du quai, plus une place assise. La grand-mère est installée, bien posée dans son fauteuil de rotin aux accoudoirs brillants de vernis tout
neuf. La frêle petite fille blonde, elle, est debout mais n’en souffre pas. Elle oublie
son corps
dans la contemplation, comme devant un tableau de maître, de sa grand-
mère, très digne, très droite et en même temps occupante complète du fauteuil.
Le monde autour d’eux est dense. La famille bourdonne, converse, aspire
des liquides dans des pailles, jusqu’au fond des verres. Des liquides de couleurs,
verte ou rouge aspirés par les frères et soeurs de la fillette qui, elle, ne s’est
même pas souciée d’avoir un verre, dans la contemplation béate de sa belle
grand-mère. Quelque chose l’intrigue, qu’elle n’a pas l’habitude de voir sur la
coquette figure poudrée. Un accessoire inhabituel qui alourdit ce visage et le
rend muet, énigmatique : des lunettes noires, opaques, occultant les yeux et les
pensées que l’enfant aux boucles folles ne peut plus lire, sans les yeux nus de
sa grand-mère. Cette femme encore belle s’est transformée sous son regard
ébahi en un objet, un tableau de maître, un spectacle splendide, saisissant de
couleurs : la robe orange, les bracelets d’or alignés sur les ronds bras blancs, le
rouge à lèvres bien rouge sur des lèvres dont la bouche non plus n’a pas la fonne
habituelle. Une bouche muette, inanimée, morte. La bouche aimée qui jusqu’à
présent avait toujours quelque chose à dire, riait souvent, est morte, retombe
comme un petit morceau de bifteck saignant sur ce visage à la poudre rose, à la
peau veloutée, fragile, légèrement frémissante.
“Qu’as-tu aux yeux, grand-mère ; en souffres-tu ? Pourquoi ces lunettes de
soleil ; ici, au fond du bar il n’y a pas de soleil.” s’étonne la jolie petite, ses yeux
d’or levés regardant tendrement l’aïeule.
A l’extérieur du bar, sur le quai, la foule commence à se souder, s’agglutiner,
groupes compacts colorés. Les peaux se touchent, les sueurs perlent. De nombreux regards sont levés vers l’immense paquebot. Les étoffes sèment des bouquets sur le quai. Les fleurs s’échangent, s’entassent aux cous des voyageurs.
De petits engins motorisés louvoient autour des groupes, chargés de diverses
caisses, valises, colis. On se cherche, on s’appelle, on s’embrasse, on se serre.
Certains sanglotent à grands bruits, d’autres rient. La passerelle est pleine de
mouvements ascendants, certains descendants. Dans la parenthèse du bar, la
grand-mère explique à sa petite fille d’une voix tremblante :
-
LitteRama’OHi # 19
Chantal fTlillaud
“J’ai du chagrin aujourd’hui car vous allez partir ; je cache mes yeux pour
-
que cela ne se voie pas.”
“Mais nous, nous ne sommes pas tristes de ce départ ; nous aimons aller
-
puis dans un an nous allons revenir,” répond l’enfant de son accent
doux et chantant des îles.
en France. Et
“Oui, je sais... Mais c’est plus fort que moi. Je ne peux pas m’empêcher
-
tout de même d’avoir du chagrin.”
La sirène retentit, longue, qui appelle, rappelle à l’ordre les retardataires. La
famille se lève, la litanie des embrassades et des murmures d’adieux déroule sa
solennelle cérémonie et dans le bruit des baisers s’amoncellent les colliers de
capiteuses fleurs multicolores aux cous des partants. Famille, amis se pressent
; on s’étreint, les mots affectueux, les souhaits en tous genres fusent. Mais la
sirène aux harmoniques à la fois graves et dorées se fait insistante. 11 va falloir
monter la passerelle.
Le père de famille prend la tête du cortège, à moitié aveuglé par les couronnes odorantes sur ses épaules, grimpant à l’assaut de son cou, de ses joues,
même. Sur le quai, on entonne le chant d’adieu des tahitiens, si émouvant, dans
l’expression à la fois rude et triste des voix : le “Mauruuru a vau”. Quelques
yeux s’embuent, les paroles d’adieux chevrotent un peu.
L’enfant, elle,, est restée à l’écart, près de sa chère grand-mère. Très vite,
l’imposante femme ouvre son petit sac de ses longs doigts aux ongles faits et de
ses fines mains aux bouts colorés et tremblants, tend à l’enfant une bague extraordinaire à l’anneau ciselé et au corps de nacre d’un jaune vif, sculpté de signes
inconnus.
-
“Tiens, Alice, ma petite chérie, chuchote-t-elle ; je te donne cette bague.
Ne la montre à personne et surtout ne la perds pas. C’est une bague secrète, que
m’a donnée un homme. Il était en prison quand il l’a fabriquée.”
-
“Comment, tu as accepté le présent d’un voleur ?”
“Non, ma petite fille. Je t’expliquerai plus tard. C’était un prisonnier politique. Dans ce cas, on n’est pas un malfaiteur.”
Derrière le père, la mère, les frères et soeurs se sont éloignés. La fillette
cache à la hâte son trésor tout nouveau dans les profondeurs de la grande poche
de sa légère robe de paréo rouge et blanc. Elle suit de loin le cortège, très vite
séparée de la colonne familiale par d’autres retardataires. Comme dans un rêve,
elle monte la passerelle, légère comme les furtifs derniers baisers de sa grandmère. Alice la regarde en bas sur le quai, qui devient de plus en plus petite tandis
qu’elle s’élève progressivement.
L’enfant suit de loin la famille, tout en écarquillant les yeux. Le pont fait une
immense terrasse au parquet brillant. Un homme à la peau sombre tout de blanc
vêtu, frotte ardemment la rampe de cuivre d’un escalier. Alice lui sourit timidement
-
Création
■
Tentes libres
et remarque en contrebas, du coin de l’oeil, des fauteuils de velours cramoisis
et un sol duveteux. Elle ne peut s’empêcher d’y descendre, comme en hypnose,
la main dans la poche de sa robe tâtant la bague, le coeur battant. Toutes les
grandes personnes sont occupées par le départ. Le salon est vide. La frêle enfant
marche sur la pointe des pieds dans le duvet du sol, qui magiquement forme des
moirures plus claires sous ses pas. Emerveillée, elle se blottit au fond d’un
immense fauteuil peluche. Bien à l’abri dans cette cachette, Alice sort furtivement la bague de sa poche et en étudie longuement les signes. Deux lettres s’y
devinent, entrelacées. Un “j” et un “t”. Que signifient-elles ? La nacre jaune luit
doucement. A son doigt, l’anneau trop grand est lourd et le dessus de la bague
lui couvre presque deux phalanges. Elle regarde fièrement sa main, et remonte
en courant l’escalier.
Les trois coups de sirène ont retenti ; le bateau, immense immeuble flottant,
emporte ses occupants qui dans l’onde sont occupés à jeter leurs couronnes. La
petite fille a rejoint sa famille. Collée au bastingage, elle se libère de son odorante parure de fleurs et d’un geste brusque, lance le pesant fardeau végétal. La
mer est toute
fleurie, de toutes ces fleurs flottantes, de toutes ces couronnes
d’adieu. Le geste de l’enfant, si rapide. Et cette petite main brune, un instant
chargée de fleurs et décorée de la splendeur de la bague, est vide à présent ; vide
comme le coeur serré de l’enfant toute pâle. Plus de bague ! Les yeux exorbités,
la bouche a poussé un cri. Sa mère aussitôt serre le corps hoquetant, le visage
mouillé s’enfouit dans l’étoffe douce de la jupe ample. La longue main caresse
les cheveux fous, main apaisante, voix douce :
“Tu verras comme c’est beau, la France, la neige... Tu verras ton autre
grand-mère, ton grand-père ; tes cousins... Tu ne sais pas tout ça. Tu étais si
petite, la dernière fois.”
Sa mère non plus, ne sait pas. La bague... irrémédiablement disparue dans
les eaux glauques du port. Ce bijou déjà chéri, cadeau de la grand-mère qui lui
avait fait confiance. Et ce secret qu’Alice doit taire. Comme il est lourd, à présent. L’enfant sanglote, inconsolable, tandis que sa mère caresse inlassablement
ses jolies boucles.
De retour sur le pont côté port, les voyageurs ont à peine eu le temps de voir
diminuer les silhouettes restées debout sur la jetée dont les regards haut levés se
sont portés peu à peu vers l’horizon, en silence de paroles et de mouvements.
Les couronnes de fleurs jetées dans l’océan reviendront toucher le quai. Signe
que les passagers du paquebot retourneront un jour dans l’île sans dommage,
sans naufrage. La grand-mère s’en est assurée. Les fleurs sont revenues au bord.
Tout en tamponnant délicatement ses yeux par-dessous les lunettes noires, rassurée la belle femme soupire, puis sourit légèrement, regardant longuement le
paquebot s’éloigner, perdue dans les doux souvenirs de son jardin secret.
-
LitteRama’OHi « 19
Chantal fTlillaud
Sur la couchette supérieure, adossée dans le recoin de la cabine, personne ne
peut voir l’enfant. Qui se soucierait d’ailleurs du dessin tracé par cette petite fille
si fantasque. Des entrelacs mystérieux tracés de mémoire sur une petite feuille
de papier, d’une main sûre et appliquée, langue légèrement sortie. Le corps de
la bague, puis l’anneau ciselé prennent vie en même temps que le sourire aux
blanches petites dents de scie de la mignonne Alice.
A la lisière du marché couraient les fleurs au long de la rue. Blancheur et
couleurs sur les tables, dans la masse verte des tiges et des feuilles. Blancheur
et couleurs aux fronts couronnés des vendeurs, dans les sombres cheveux des
femmes. Blancheur de la peau d’Alice arrivée la veille de la France et couleurs
sur son
ample robe de paréo. Les parfums lourds peinaient à s’élever dans la
fraîcheur des ombres matinales.
Des visages, Alice ne percevait que le brun de la peau dans la seule clarté
laiteuse des fleurs de tiarés et les feux rougissants des cannas et autres hibiscus
écarlates. De cette sorte de brume, l’odeur silencieuse des fleurs lavait la tris-
mais encore belle malgré sa
démarche prudente. Seuls les naïfs pétales affirmaient leur netteté et leur fraî-
tesse des yeux d’Alice, femme d’âge mûr à présent
cheur, vivant végétal veillé par ces silhouettes floues aux gestes lents du petit
jour. Les pas précautionneux d’Alice pénétrèrent sous les néons où puisait déjà
le vif du marché artisanal, dans le balancement des colliers de coquillages, le
lustre des paniers de pandanus tressé, la brillance des flacons d’huile de monoï.
Dans les allées encore presque désertes, le sommeil baissait encore les paupières
sur les visages bronzés des maîtres des lieux. D’elles-mêmes, les voix chuchotaient, les pas balancés pressaient à peine le sol de béton brut.
En évitant l’odeur de mer des étals de poissons, encore trop forte pour son
estomac vide, Alice emprunta aussitôt l’escalier à claire-voie, progressant leiitement au long des marches, larges rayures brunes sur le fond éclairé du rez-dechaussée.
Le son des ukulélés fusa soudain de l’ombre dans les voix étranges du chant
des musiciens et raviva l’émotion déjà ressentie par Alice à l’aéroport : chaleur
et douceur de l’accueil de ces voix semblablement offertes dans l’aigrelet des
notes de nylon. Tenant son
petit plateau fumant de ses mains légèrement trem-
blées, Alice s’attabla solitairement dans l’espace-bar. La surface des tables luisait, absorbant le peu de lumière. Des musiciens, seuls les bras grattant
fébrilement les cordes des ukulélés étaient discernables. Leurs ombres dessinaient aux murs d’énormes insectes frottant leurs élytres.
Tous ces sons, ces odeurs, cette luxuriance de couleurs, Alice les avait
oubliés, volontairement même, durant toutes ces années qui l’avaient tenue éloi-
gnée de Tahiti. Sa vie avait été alors si pleine ! Etudes, amour, travail. Mais elle
177
Création • Tentes libres
avait été alors vide de son île, qu’elle retrouvait bien tard malgré la promesse de
prompt retour faite à sa grand-mère voici cinquante ans environ, une éternité
pensa-t-elle ; le vertige la prit. Savait-elle, au moment de ces poignants adieux
sur le quai de Papeete, que la maladie allait
s’emparer de son corps, la maintenir
loin de la Polynésie pendant des années, la rendre tributaire des spécialistes dans
les hôpitaux de la Métropole ; savait-elle qu’ensuite l’amour la retiendrait dans
ses filets, loin de ses origines, puis que le travail prolongerait la séparation ?
Même si, à maintes reprises, elle avait écrit à sa chère Grand-mère...
A présent, toutes les impressions de son enfance resurgissaient en elle, si
fortes. Le croissant trembla dans la main d’Alice, tandis que le visage de son
aïeule apparaissait dans les fumerolles de son café et que la voix chérie disait à
nouveau : “J’ai du chagrin aujourd’hui car vous allez partir” et encore, se rappelait-elle comme si la présence devenait palpable : “Je te donne cette bague ; ne la
montre à personne et surtout ne la perds pas”... Alice n’avait jamais revu sa grandmère, qui depuis vingt ans déjà n’était plus de ce monde. Au cimetière de l’Uranie,
elle avait l’intention de se rendre. Mais auparavant, elle devait réparer sa faute, la
faute de la promesse non tenue. Elle avait maintenant tous les moyens de le faire,
ici même dans le ventre du marché artisanal. Elle allait pouvoir, les bras chargés
de fleurs et le coeur en paix, paraître devant sa grand-mère, face à sa tombe.
Les vitrines des bijoutiers étincelaient de toutes leurs perles, de toutes leurs
nacres, dans les yeux d’or d’Alice. Elle serrait dans sa main tâchée un petit bout
de papier. Les stridences des minuscules perceuses, le frottement des limes, les
crissements des poinçons graveurs empoussiéraient les visages aux traits de statues. Absorbés par leurs tâches, les artisans bijoutiers baissaient leurs visages
attentifs vers leurs doigts habiles au bout desquels brillaient de délicats
ouvrages. Une jeune vendeuse aux sourcils mobiles éclaira d’un grand sourire
rouge son visage aux traits un peu lourds, enfoncés dans une chevelure fantastique d’épaisses et longues boucles noires et brillantes.
“Bonjour, madame, que puis-je faire pour vous ?” demanda-t-elle d’une
voix appliquée et artificielle dans sa phrase polie réservée aux touristes. Alice
retrouva d’instinct l’accent chantant et roulé d’il y avait si longtemps :
“Pourrais-tu me faire une bague comme ceci ? Demanda-t-elle en dépliant
son papier. L’anneau en argent, ciselé de feuilles d’acanthes de
chaque côté, et
le dessus en nacre jaune, sur fond de nacre gris foncé. Tu vois, j’ai même peint
les couleurs pour que l’on puisse mieux comprendre ce que je veux.”
C’est alors que se déploya lentement une voix poussiéreuse dans un grand
corps sorti peu à peu de la pénombre, à peine distinct dans sa teinte de brun par-
-
chemin.
-
“Laisse-moi voir ce dessin” disait la voix dans une prière ardente étonnam-
ment vivante dans ce visage de momie, terne et sombre dans l’éclat des bijoux.
LitteRama’OHi # 19
Chantal (Tlillaud
-
“Grand-père, laisse-nous.” dit la jeune femme.
Mais déjà le papier était dans la main de l’homme et un cri de surprise sur
lèvres bizarrement charnues dans ces traits décharnés. Il sortit une chaîne
ses
cachée sous son vieux T shirt délavé. Au bout de son index, une bague : “La
Bague” de Grand-mère !
Alice sentit des picotements dans tout son corps et un court instant plus rien
ne battit en elle ; ses souffles expirèrent sur ses lèvres pâles. Une chaise de bois
de tamanu la reçut avec une vigueur qui l’aida à revenir à elle.
“C’est à toi” dit l’homme en posant dans la paume de sa main abandonnée
sur ses genoux le précieux bijou.
Alice regarda l’homme, sans rien comprendre, comme assommée. “Comment a-t-il la bague, mon trésor depuis si longtemps enfoui dans les eaux du
port ?” se demandait-elle.
-
Dans le fare aux cloisons de bambou, Alice et l’homme du marché étaient
assis sur le peue à même le sol de ciment. Alice avait parlé longtemps dans le
rythme doux des vagues du lagon et des palmes bercées des cocotiers. Ce fut au
tour de l’homme de livrer son histoire. L’histoire de cette bague talisman qui
avait éclairé le chemin de sa vie. Tout en l’écoutant, Alice pensa : “ce n’est pas
un vieillard ; il n’est pas si âgé ; peut-être dix ans de plus que moi, à peine.”
“J’étais aussi parmi les badauds du quai, le jour du départ de ce paquebot.
A l’époque, j’avais une quinzaine d’années. Je faisais partie de ces “hombos”,
jeunes voyous désoeuvrés du port de Papeete. Après le départ des bateaux, puis
de la foule, je plongeais dans les eaux sales du port, en apnée, dans l’espoir de
trouver quelques piécettes, ou un objet, jetés dans l’océan. Souvent les partants
faisaient des voeux. Les trouvailles étaient rares car l’eau trouble ne permettait
pas de voir grand chose. Ce jour-là, j’ai attendu longtemps que tous soient partis.
J’ai plongé comme d’habitude et tâté le fond avec mes doigts. J’allais remonter
à la surface, bredouille. Mais un fort courant a déposé dans ma main un minuscule objet dur. J’ai cru que c’était un morceau de corail usé. Assis sur le quai,
j’ai ouvert la main et j’ai su ce que j’allais faire de ma vie. J’ai eu la vision de
mes propres mains sculptant la nacre avec un poinçon vibrant.”
Le lendemain, j’ai pris le truck jusqu’à Papeari. Ma mère m’attendait depuis
deux ans. J’avais peur des coups de balai ni’au mais au lieu de cela elle a pleuré
en me voyant. Je n’avais jamais vu pleurer ma mère. Ca m’a donné confiance
et j’ai tout dit. On a caché la bague dans le fare. Elle m’a coupé les cheveux,
m’a donné un T shirt tout neuf. Un artisan bijoutier a bien voulu me prendre à
son service. J’ai été un des plus habiles de Papeete. Depuis la mort de ma mère,
je mettais tous les matins la bague sur la chaîne dans mon T shirt en pensant à
elle, au jour où j’étais allé la trouver.”
-
179
Création
•
Tantes libres
Alice parcourt solitairement les allées du cimetière de l’Uranie à la recherche
de la tombe de sa grand-mère. Il faut qu’elle se hâte. Le jour tombe très vite et
très tôt à Tahiti. Tout est dans le coffre de sa voiture : les brassées de fleurs, la
petite boîte de pierre scellée contenant la bague, la truelle, le mortier tout frais
dans un récipient hermétique. Enfin elle s’agenouille. La pierre est brute,
presque noire. Mais de nombreuses fleurs artificielles mettent de la gaieté.
Aucune fleur fraîche, ni sèche. Personne n’est venu depuis longtemps. Le coeur
d’Alice se serre. A-t-elle parlé tout haut ?
“Grand-mère, me voici. Je suis revenue au fenua. J’espère que tu ne m’en
veux pas d’avoir tant tardé. A présent,
je suis là et j’ai toujours ta bague. Je viens
te la rendre en gage d’amour et pour que ton secret soit respecté.”
Sur la tombe, dans la masse verte des tiges et des feuilles, blancheur et couleurs des fleurs aux lourds parfums. On ne discerne pas, sur le côté de la stèle,
à ras de terre, la minuscule boîte de pierre scellée sur le secret de Grand-mère.
-
La portière de la voiture claqua. Alice resta longtemps immobile derrière son
volant, dans le soir. “Plus tard je t’expliquerai” avait dit Grand-mère. Jamais elle
ne connaîtrait cette mystérieuse histoire. Mais il y aurait toujours, entre sa
grand-mère et elle, l’immense trésor enfoui dans leurs coeurs, celui de la bague
secrète et de leur amour réciproque, par-delà même la mort.
LittéRama’oHi # 19
Collectif
A ara
Riri, rere, rara atu ra ‘0 Kuriri i teie parau ‘api.
Püpuni atu ra ‘o Kaveu.
1. ‘Ua rere te iPod
E pô uri pa’o
i te motu ra ‘o Napukà,
Napuka i te nohora’a tapairu.
Te ‘anapa nei te mau feti’a i ni’a i te mau fare ‘ie.
N5 te haumârü e te rohirohi,
Fa’ahe’e noa ihora te mau tama i ni’a i te pë’ue
Emoeatura...
‘Oto’oto atu ra ‘o Kuriri.
Horohoro atu ra ‘o Kaveu.
Ua ‘oro’oro a’e ria
o ihu ma...
Puhihau atura te maruao i te pârora Kahaia.
Hiti marü noa a’e ra te ao.
-’Auë ! ‘Ua ‘eiâhia tâ’u iPooooood!
Hitirere atu ra te rahui.
Riri, rere, rara atu ra ‘o Kuriri i teie parau ‘api.
Püpuni atu ra ‘o Kaveu.
Horo püpara atu ra te mau rauti i râpae.
-
-
E aha teie ?
E aha teie ?
-’Ua ‘eiâhia tâ’u
« Lax »
roa mai
IPod, o te reo ta’i ia ‘o Te-Ari’i-o-te-Ra’i Lani ! Tâ’u iPood, nô
!
-’Ua ‘imi ‘oe i roto i te fare ‘ie ? O te anira’a ia a Tefati, te fa’atere o teie püha-
para’a.
-’Ë,’ ua vaiiho vau i ‘ô nei!
Création
-1 hea roa, ‘a fa’a’ite mai ! Te
■
Tentes libres
pe’ape’a nei ‘o Tefati.
-1 ‘5 nei, hu..hu..hu.., (te ta’i nei te tamaiti), i piha’iho i tô’u tûru’a ! ‘A hi’o na,
‘aita fa’ahou !
Pâheruhia atu ra te fare ‘ie.
Hue-nane-hia atu ra tâna mau pûtê ‘ahu.
Te ‘ahu ta’oto, ‘ua tâorahia i rapae.
Aita i ‘ite-noa-hia a’e.
Ta’i atu ra te hio, ‘iriâ atu ra te reo o te fa’atere :
-
E te tama, ha’ape’epe’e mai i rapae !
‘A haere mai i mua ia ‘u !
‘A tîfene i te rima !
‘Eiaha e ha’uti fa’ahou !
E farerei ‘outou ia ‘u !
Fa’aue atu ra ‘oia ia pâheruhia te ta’ato’ara’a o te mau fare ‘ie.
‘Aita ato’a i ‘itehia !
Fa’aue atura ‘oia ia pâheru-ato’a-hia te mau pute.
‘Aita ato’a i ‘itehia !
Ta’ita’i atu ra ‘o Te-Arii-o-te-Ra’i Lani mai te pêpe ra i haruhia tâna monamona :
-’A fa’aho’i mai i tâ’u iPood, e fa’a’ite au i tô’u màmâ !
Pahô atu ra te ‘ata a te mau tama i mua i teie hum tamari’iri’i ‘o Te-Ari’i-o-teRa’i Lani.
Inaha, ‘ua ‘ôu’au’a haere noa ‘oia ma te tâpô i tôna mata e mâ te vaha rahi.
A rahi noa atu â te vaha, aita râ e roimata i topa noa a’e.
‘Ë, oia mau, o te huru ia ‘o Te-Ari’i-o-te-Ra’i Lani.
Te-Ari’i-o-te-Ra’i Lani, nô roto ‘oia i te tahi ‘ôpu feti’i ‘ona.
Teie pa’i pupu ta’ata, e fefe noa tô râtou ‘utu ia hi’o hipa mai ia ‘oe.
Mai te mea ra e, e ma’i pe’e tô ‘oe.
E nô te mea, ‘ua fanauhia ‘oia i te piha terevete 2, ‘aita e ha’uti e ‘aita tâna. E
‘ua hope ti’a ato’a ‘o DisneyLand mâ i te fenua Mârite, i te terehia e ana.
E nô te mea ê e tama ‘ôtahi ho’i, i fa’ati’ati’a-noa-hia ai tâna mau peu...
Teie mau peu ‘ino faito ‘ore, i fa’aoti ai te metua tâne e fa’aâtea ri’i iana ia Tahiti.
T tâpa’o ai ‘oia i tôna iôa i teie pühapara’a
i Napuka nei.
Teie râ, ‘ua tari ato’a mai ‘o Te-Ari’i-o-te-Ra’i Lani i tâna mau ha’apahira’a i
te motu nei.
Te mea ia e fa’atupu nei i te mana’ona’ora’a e te ho’ata i roto ia Temata e tôna
hoa ‘o Mâmahu.
littéRama’oHi » 19
Collectif
2. Te parira’a
-
Na Mâmahu i ‘eiâ i tâ’u IPod, o te parira’a ia a Te-Ari’i-o-te-Ra’i Lani.
Riri, rere, rara atu ra ‘o Kuriri i teie parau ‘âpî.
Püpuni atu ra o Kaveu.
Huehue atu ra te ta’ata, tütonu atu ra te mata ia Mâmahu.
-’Ë, na Mâmahu ! ‘Ua ‘ite au ianâ i te tâmoemoe-noa-ra’a ia ‘u inanahi ra !
‘Ua vai muhu ‘ore noa râ ‘o Mâmahu i mua i teie fa’ahapara’a.
Tâ’iri’iri noa atu ra ‘oia i te üpo’o, i reira t5 Temata pâtoira’a e :
-
Ha’avare !
‘Ua ite mata ‘oe ia na i te ‘eiâra’a i tâ ‘oe IPod ? ‘Aita !
-’Oia! Na nâ i èia ! Te pâhonora’a ia a Te-Ari’i-o-te-Ra’i Lani.
-
‘Ahani, Mâmahu! (E fa’ao’ô’o teie).
Ta‘oe fare ha’api’ira’a,‘e’ere ânei tera i pâheru hia ?
I te hepetoma i mairi a’e nei... nâ te mau müto’i ?
.
Uhm,‘e’ere ânei tera i tomo hia, i tii’â hia ?
‘E’ere ânei te fare ha’api’ira’a o te mau «bandits,voleurs» ?
‘Àhani, teie fare ha’api’ira’a, ‘e’ere... ?
Hahaha! E aha nei te i’oa...?
‘Ü’u noa atu ra ‘o Mâmahu, ‘ua ha’amâ roa ‘oia.
Fati roa ia o Te-Ari’i-o-te-Ra’i Lani i te ‘ata.
A ha’apâpü pa’i te parau ! Eiaha e ’ü’ü noa !
E mâ’ino’ino rahi to Mâmahu. Te rima, ua ‘ômenemene roa ia...
-’A fa’a’ea na i te fa’ao’ô’o !
Te ha’apâpü atu nei au ia ‘outou pa’ato’a, o mâua noa‘o Mâmahu ‘inanahi ra i
te tamàra’a i te ‘âua e pô noa a’e ra.
No reira,‘eita oia e naho i te ‘eiâ ... !
-
Parau mau, Temata, te reo ha’avarevare ia ‘o Ari’i-o-te-Ra’i Lani,‘aita ihoa ia
i ‘eiâ !
‘Ua hape noa ra te rima i te ravera’a !
Maoti ato’a te rima ‘o Temata i tâpe’a mai ia Mâmahu i ‘ore ai ‘oia i papa’i i
teie nei vaha repo.
Toro atu ra ‘o Te Ari’i-o-te-Ra’i Lani i te tia’a varavara,
ia ‘ite te ta’ato’ara’a.
-’E, ‘oia mau, te ha’apâpü nei au e tamari’i èiâ iho a ‘o Mâmahu.
Taha atu ra te mata i ni’a i te ‘âvae ‘o Mâmahu, ‘aita ihoa tôna hô’ê tia’a...
-1 mua noa i tô’ u fare... I teie po’ipo’i... I tô’u arara’a mai, teie ia mea !
‘O vai te fatu ? O vai... ?
Création • Tentes libres
He’e mârü noa atu ra te mata ‘o Te Ari’i-o-te-Ra’i Lani i ni’a i te tia’a ma te
tai’o puai « Mâ.. .Ma...
E reo amui o tei pâhono atu :
-
Mâmahu!
Iaa, ‘o Mâmahu ia !!! Iaa, bandit-voleur ihoa !
E reo to’eto’e t5 te fa’atere i te a’ora’a e :
Mâmahu, e noho noa ’oe i to fare ‘ie...
Mai teie nei e tae roa atu i te taime e fa’aho’i ai ‘oe i te iPod.
-
-
Te fa’aro’o mai ra ‘oe ?
E mâ’ino’ino iti rahi tô Mâmahu i te muhura’a e :
-
Ë, na reira ia...
E mata ho’ata râ to Te-Ari’i-o-te-Ra’i Lani i te ‘itera’a atu ia na i te ta’ira’a.
Riri, rere, rara atu ra ‘o Kuriri i teie parau ‘âpT.
Püpuni atu ra ‘o Kaveu.
3. O Te Arii o te Rai Lani ânei ?
Nô Temata râ, te piha’aha’a nei te ‘â’au i te riri
ia Te-Arii-o-te-Ra’i Lani.
E ari’i ‘ôhipa ino mau teie ari’i, Te-Arii-o-te Ra’i Lani...
Inaha, a piti taime, tôna tôtôâra’a ia Temata.
Te taime matamua, i te tahi po’ipo’i roa, ua hitimahuta te mau fare e te uru
ha’ari ato’a i to nâ reo i te tuora’a e :
-
E ‘ahu
teie, e ‘ahu teie e pâinu nei !
‘Ua tâpapa te ta’ato’ara’a o te tama i hopaki (3) ma te mana’o e, ‘ua iri paha te
tahi ‘ihitai, aore ra, ‘ua tomo te tahi pahi i te ava...
-
Nô vai ra teie ‘ahu ? Te ui mâerera’a ia a Tefati tâne. Nô vai... ?
‘Eiaha tâtou e ‘imi, ‘o Temata te fatu o teie ‘ahu.
’O Temata ato’a teie i ‘ati na i te ‘ahu rari.
Nâ vai ra i taora i roto i te miti ?
Nô Temata râ, hô’ê noa ta’ata, aita atu ai.
‘O Te-Ari’i-o-te Ra’i Lani.
I te piti o te taime, ua tura’ihia e ua topa ‘oia, te ihu i roto roa i te méreti mâ’a.
E teie â reo mana a teie ari’i :
E hoa a’e ra e Temata, ha’apapu pa’i te ‘âvae !
Ha’apa’ari pa’i te rima !
Fa’atâne pa’i !
Ë, ‘oia mau, ua ha’apa’ari ‘oia i te rima no te tüpa’i atu.
‘Aita râ i naho, ua paruruhia teie ari’i e tôna teuteu, maoti ra, te fa’atere.
-
LittéRama’OHi » ia
Collectif
‘Ë, e ‘arora’a nui teie, ‘inaha, e ‘aro ‘oia i te tüpâpa’u.
‘Âpe’e mâite atu ra i teie maniania.
Tae roa atu ra ‘oia i te tahi vahi mana’o ‘orehia, maoti ra, te fare ‘ie a te mau
rautl.
Ta’ahi hape atu ra ‘oia i te tahi ‘ahu...
E tâpo’i ro’i ‘uo’uo, te ‘ahu ia o te tüpâpa’u !
Tei hea ho’i teie varua ‘ino ? Teie toa ?
pô4.
Tütonu atu ra ‘oia i te uri o te
‘Ite atu ra i teie tuputupuâ, ‘o Pana !
‘
O Pana... teie tuputupuâ mai roto mai i teie fare ‘ie.. .e faraoa tô te rima.
Tâpiri atu ra i plhahho, tape’a atu ra i te tapono.
Horo atu ra teie tuputupuâ, mai te ta’ata i farerei i te tüpâpa’u mau.
Era a’e te vaha i te rahi !
-
Mâmâ, e tüpâpa’u !
‘Aita râ teie i fa’aru’e noa a’e i tâna faraoa !
1
‘ua hipa te fara i tôna horo vitivitira’a.
2
‘ua pa’ia maita’i ïa.
31 te hora 12 i te pô, e fa’aea ‘oia i rapae nô te tâmoemoe.
4
Hi'o maita’i atura ‘oia i roto i te poiri.
187
Ruteurs invités
Prières
O toi Pays
A Enora, ma fille
née un jour de mai 1996
à Houaïlou.
Ô toi Pays
à jamais libre
de choisir tes liens
et tes signes
voici le geste
et la parole
d’une passante pour toujours
peuplée
de tes rêves
qui humblement s’avance
longe l’allée
des cordylines.
Ô toi Pays
à jamais debout
sur mon âme
prends pitié de ta fidèle
servante
garde au creux de tes eaux
secret de tes vallées
ses
larmes pour ton peuple
humilié
accueille sa peine pour la douceur
violée de tes femmes
et la nuit de l’Espérance.
LitteRama’oHi » 19
Rnne Bihan
Ô toi pays
à jamais empreint
Hienghène Ouvéa
Nédivin
du long chagrin
des morts violentes
fais du fagot du désastre
qui grave les rivières
quand vient le temps
sans couleurs
de faire face
à toute souffrance.
Ô toi Pays
à jamais dressé
fraternelle abondance
si vaste à nommer
de Rachel Déwé Koicine
Daniel Suzanne Adrien Marcellin
Jojo Ipoua Henri Nicolas
Wasen Djemoué Jonathan Djena
Marc-André Celan Rosette Olivia
Kamen Marie Sylvie Linda
Evelyne Andrée Cali Dieudonné
Patrice Jean Paul Pierre Marc Elie
Catherine Gaby Gilbert Stéphanie
Waïmo Frédérique Nicole Violetta
Bénédicte
...
et même toi
Waëj la somptueuse
enragée reçois celle qui fut
votre semblable
à l’heure sans nom
de la douleur.
Ruteurs invités
Ô toi Pays
à jamais tendu
entre les rives océaniques
où les ailes des oiseaux
de haut vol
se consument
accepte l’offrande
de celle qui fut
l’autre l’étrangère
et s’est livrée.
consentante
à ta lumière.
O toi Pays
à jamais semé
dans mes déchirures
et le radieux visage
de l’enfant surgie
en moi sous tes
ombrages
accorde à son innocence
le parfum blanc
des caféiers
hantés du sang cri
des hommes versé
à Wan Yaat.
Ô toi Pays
à jamais planté
dans la terre nue
de ma parole prends mesure
de ta puissance
quand s’exile l’adoptive
sa voix irradiée
de tes ciels de traîne
son corps part en part
traversé
de ton irréductible
présence.
LittéRama’oHi » 19
flicolss Hurtouitch
Lire
Lire est une jouissance. Au-delà il n’y a rien.
C’est ainsi que je me plais à aborder la lecture. Encore faut-il être convaincu
de ce que peut offrir un texte, et n’opposer aucune résistance. Pas de précipitation,
pas d’obligation, le temps offert est infini, je lis maintenant, je lirai tout à l’heure,
plus tard, demain, toujours, le livre ne s’envolera pas et si tant est qu’il s’envole,
avec mes jambes je le rattraperai.
Il y a à peine vingt cinq ans, en 1983 exactement il se trouvait une librairie à
Nouméa qui refusait de mettre en vente dans sa boutique le recueil de poésie d’un
auteur encore vivant et présent sur le Territoire ! J’ai eu pitié de cet homme, jeune
pourtant : il portait en lui le complexe de trop nombreux insulaires. Ceux-là, ignorants de tout, sont incapables d’imaginer que du bien et du bon pouvaient exister
en leur île.
Et pourtant il faisait commerce du livre ! Que lisait-il ? Que vivait-il
pour fermer sa boutique à ses propres frères ? Quelle peur avait-il enfouie au fond
de lui et qu’il craignait de voir ressurgir à l’occasion d’une strophe ou d’un vers
qui soit un trop fort écho de son âme? Quelle tristesse ! Effroyable ville, effroyable
pays où la poésie était condamnée d’entrée de jeu car, peu conforme aux canons,
elle osait encore espérer une place parmi d’Académiques semblables. Ce temps
semble que, toujours, la lecture est suspecte.
Quant à l’écriture, ne serait-elle pas subversive ? » Se dit-on par ici. Ne risque-
est révolu, parait-il, et pourtant il me
«
t-elle pas d’éveiller l’imaginaire et l’interrogation ? N’est-elle pas une résonance
du non-conformisme un appel à Tailleurs ? « Ailleurs existe ». De cet ailleurs, de
Rimbaud, qui en veut comme compagnon ? Une poignée. L’écriture, toute
forme d’écriture, celle propre à chaque art, est indispensable, elle rend l’invention
ce
possible. J’espère en sa subversion, ne fut-ce que par la liberté qu’elle donne à
l’imaginaire de vivre au sein de l’esprit et du cœur d’un lecteur qui croit en cette
jouissance évoquée. Suspects ceux-là qui par une plongée en leurs interrogations,
leurs rêves, leurs imaginations, leur intelligence du monde, leur génie créatif d’un
autre monde prétendent proposer aux lecteurs une jouissance, vierge de classifïcation, péremptoirement qualitative, non encore estampillée d’un des quelques
« marqueur-de-certitude-littéraire ». Suspects ces auteurs qui osent proposer aux
lecteurs l’engagement et le risque d’un parcours le long de chemins non balisés !
Suspects donc ceux qui prennent le risque de cheminer quelque temps avec ces
écrivains !
Auteurs invités
Qui n’a pas senti son souffle le fuir au moment de tourner une page ou d’al1er à la ligne ne peut comprendre de quelle jouissance il s’agit ! Etre en cet instant et en ce lieu, pour soi, simultanément être au contact de l’autre, le
personnage, l’auteur, la phrase, le mot, le Monde. En fait de jouissance il n’en
est qu’Une et Elle est bonheur et toute raison d’être vivant. Qui n’a pas hésité
une heure
entière, des heures durant sinon des jours, avant de prendre le livre
convoité, de s’y jeter hors du temps en volant minutes et heures au monde du
dehors alors que dès la lecture commencée il n’existe plus de viable que le
monde du dedans. Sentir en ces instants que tout est possible, l’Univers est disponible, constructible en une architecture à chaque fois unique, imprévisible,
surprenante. Celui-là qui ignore cette hésitation et cette plongée dans l’inconnu
excitant, ignore, hélas, encore, que la vie peut être autre, son horizon ouvert et
disponible. Celui et celle qui jamais n’ont donné leur chance aux noms inconnus, aux titres jamais entendus sur les ondes, ni lus et reproduits dans les
colonnes par les Doctes Connaisseurs, font fausse route. Qui n’a pas senti tout
son corps trembler à révocation par un ami, du
prochain livre à découvrir de cet
auteur admiré et qu’on a du mal à croire réel tant ses phrases sont légères et soupies quant bien même elles s’étendent sur une demi page. Celui-là qui ignore ce
dont je parle parce qu’il n’a jamais tenu dans ses mains l’Univers, eh bien, tant
mieux pour lui... et tant pis pour lui. L’ignorance de la jouissance peut rendre
la vie plus tranquille, mais diable, quel manque ! L’absence de risque donne l’illusion de stabilité, de durée et de l’équilibre. En fait d’équilibre c’est de stagnation dont il s’agit. L’équilibre véritable n’est que le très bref instant entre deux
déséquilibres. Répété, cela donne une marche.
La prise de risque est indispensable à qui veut découvrir. Pourquoi découvrir? Pour rien en particulier. Pas de raisons. Alors ? Alors, le simple fait de
poser la question disqualifie l’interlocuteur. Il ne comprendrait pas, il ne sentirait
pas de quoi il s’agit, les mots lui seraient inconnus, le langage même, dont il faut
user pour aborder le pourquoi de la découverte, lui serait
inintelligible. Poser la
question c’est être privé du doute alors que le doute laisse entrevoir, confusément, qu’une autre chose est là, pas si loin qu’elle ne pourrait être atteinte,
qu’elle ne pourrait être « dé-couverte ». Il en va de la lecture comme de la vie,
de l’amour et de l’amitié, il reste tant à espérer de notre court passage sur Terre,
tant à éveiller dans notre corps qui est tout autant âme et esprit. Cette totale
incertitude, juxtaposée à la certitude que dans l’art réside la réponse à tous les
pourquoi et tous les doutes, est une jouissance. Au-delà il n’est rien qui puisse
nous transporter dans les marges du
temps immédiat, et pourtant les certitudes
de l’art et de la lecture sont impermanentes. Mais dans cette impermanence
même réside l’éternité. Elle inscrit définitivement en nous une étincelle de joie
par-delà la conscience.
LittéRama’om « 19
flicDlas Hurtouitch
Lire reste l’une des ultimes jouissances lorsque qu’il s’agit de liberté. Depuis
des millénaires, depuis que son instinct grégaire lui interdit toute autre imagi-
naire, l’homme n’a fait que perfectionner l’esclavage ! Enchaîné à son développement, à son accroissement, à son expansion, rien d’autre qu’une vie
programmée n’a jamais été inventée.
Il est arrivé aujourd’hui à un perfectionnement extrême dans cette exploitation de lui-même. Car à ce stade de raffinement du XXIème siècle, on ne peut
plus exclusivement parler de « l’exploitation de l’homme par l’homme ». Même
si l’exploitation procure toujours et encore une jouissance perverse à un groupe
minuscule d’individus, lesquels ont peut-être (ou peut-être pas) conscience
qu’ils vivent autant l’esclavage que le plus commun de leurs semblables. Alors
dans ces moments de doute, l’écriture, l’art dans sa totalité, la philosophie, la
religion et la métaphysique, me semblent n’être que des dérivatifs, au service de
l’asservissement, inventés parce qu’indispensables, pour que la vie, telle que
devenue, soit tout simplement supportable. Dans son inconscience, l’homme n’a
fait que développer sa propre condition d’esclave, inventant cent formes de gouvernements, cent formes d’économies, inventant mille formes de divertissements, milles formes d’illusions, pour que toujours demeure, comme s’il était
incapable d’inventer une autre existence, l’esclavage. Je crois que la poésie, la
littérature comme tous les arts, bien que participant à notre piètre condition, peuvent dans des instants miraculeux nous créer différents. Il est possible alors
d’entrevoir ce qu’il en aurait été de vivre autrement.
Petite, éphémère, désespérante consolation de croire qu’en la lecture et
l’écriture réside malgré tout un éclair de conscience et de joie !
Auteurs invités
En Mars 2011, Flora Devatine et Chantal T. Spitz étaient invitées par Ian Henderson
et Estelle Castro, professeurs de littérature
comparée, à rencontrer leurs élèves du King’s
College à Londres. Des étudiants venus de plusieurs pays du monde ont eu en effet à
étudier pendant l’année « Tergiversations autour de l’écriture orale » de Flora Devatine
et« L’île des rêves écrasés » de Chantal T. Spitz.
Les trois textes qui suivent ont été rédigés à la suite de cette rencontre.
Un jeune garçon qui regarde la mer. Un petit enfant. Sur une
île, sur le sable.
Dans ses yeux les vagues. Les vagues épaisses, puissantes. Bleues et vertes,
vertes et bleues.
Le petit garçon discute avec la mer. Et la mer lui pose une question. Une
simple toute petite question.
Une question qui flotte sur les flots comme un vieux bout de bois. Un morceau de mémoire,
que l’on croit oublié, noyé dans les eaux tumultueuses, mais
qui ballotte toujours à la surface, sur l’océan de la conscience humaine. Une
question que l’on croit morte, que l’on croit résolue, sans comprendre qu’elle
s’est simplement échouée, sans réponse, sur les rivages du monde.
Who are you ?
Where do you come from ?
De la mer, de la mer... C’est ce que pense le petit garçon qui regarde les
vagues. Les hommes sont nés de l’écume, comme Vénus. Les hommes sont des
petits bonhommes d’eau que l’océan a offerts au monde. Les hommes sont des
petits cristaux liquides...
Mais l’océan demande encore au petit garçon.
Where are you going to ?
Le petit garçon pointe le doigt vers l’horizon. L’homme marchera dans le
ciel pour rejoindre le soleil. Il s’envolera dans le vent et dérobera le
temps.
L’océan sourit. Il aime l’idée de marcher vers le soleil.
L’océan qui toujours voyage et toujours reste immobile pense à l’homme
qui toujours voyage et toujours reste immobile. L’homme-voyageur. L’hommedreamer. Sans origine, sans destination. Depuis le rivage il contemple les
nuages. L’homme qui navigue sur les berges du temps. Whitout knowing who
he is, whitout knowing why he lives. Il marche, marche, jusqu’à la fin du
Litteaama’OHi * 19
(Tlonak
Préface - Théâtre à IMijutania
De la mise à l’épreuve de soi
à l’apprentissage de l’autre
...La récidive théâtrale
Le Groupe des détenus de Nuutania coaché par Julien Gué,
suite à « La Bal-
lade des Pendus » ou « Epitaphe », pièce créée et jouée en 2009, récidive en 2010
avec une nouvelle
expérience théâtrale : « Regarde bien ».
Le Parcours du groupe est exemplaire (représentatif)
des bienfaits que peuvent
procurer deux années de pratique artistique menées dans le cadre d’une centrale
pénitentiaire. Quatre minuscules heures hebdomadaires pour inventer, façonner et
produire un spectacle : pour dire et se dire.
Cette initiative équivaut à une sorte de stage professionnalisant... où les cornpétences s’ancrent et s’affirment et (où) s’acquièrent les bases du métier. Les
apprentis acteurs -pour la plupart déscolarisés, incultes et illettrés auparavant-, se
frottent aux corvées scolaires de l’écriture, de la lecture, de la consolidation du
français, et de la récitation... à l’âge où il est moins facile d’apprendre. La
méthode n’est pas usuelle : elle s’adapte et se nourrit du vécu.
aussi, du fait même de son activité collective, une
dimension civique incontestable. Réapprendre à se supporter les uns les autres, à
vivre en société, à s’épauler. Une anticipation de la sortie.
Cette entreprise comporte
...de l’évasion à la réalité
La première année, ils ont appris que la grande évasion, c’est pouvoir se don-
de s’évader de sa condition...
admettre qu’il est des lois, et ne pas les fuir.
ner les moyens
C’est-à-dire, se responsabiliser,
C’est faire l’effort de changer ses habitudes individualistes et querelleuses,
c’est se disposer à
pouvoir réintégrer la vie ordinaire de tout le monde.
Ruteurs invités
La seconde année leur a fait découvrir que la solidarité est porteuse de
générosité et semence d’évolution, que la transmission des valeurs passe par Tins-
truction et que les liens tissés aident chacun à devenir autonome (et à
s’engager
ailleurs).
...intra muros et huis clos
Une expérience de derrière les barreaux, ce n’est tout de même pas la
au Service
planque
Pénitentiaire d’insertion et de Probation. Ce sont des efforts, de la sueur
et des lannes pour dépasser la souffrance carcérale et la transformer en
sentent de soi. C’est un travail sur soi et avec l’autre. C’est
accomplisparvenir à sublimer.
Les thèmes des spectacles, choisis par le Groupe correspondent aux
étapes
mêmes de son évolution : d’abord reconquérir sa dignité, puiser dans son ima-
ginaire pour se donner des raisons de survivre. Eprouver la nécessité de l’instruction pour la défendre et la transmettre. Mais aussi assumer que l’éducation
soit un dialogue, avec ses revendications de part et d’autre.
Ces adultes exclusivement masculins, en ressortent comme des arbres,
debout.
Sauf que... la fonnation ne peut être sanctionnée hors les murs de la prison.
Sauf que... le succès de l’opération ne bénéficiera pas, cette fois-ci encore, des
applaudissements des familles, ni de la consécration des spectateurs.
...Plaidoirie pour l’avenir
Regarde bien »... conseil paternel ou conciliabule des anciens, cette pièce
déploie à la manière d’une parabole : celle du parcours initiatique d’un jeune.
Dans un lieu indéfini, espace propice à l’universalité du propos, et sur fond
«
se
de labeur,
le problème bien actuel sous toutes les latitudes (ou presque) de l’affranchissement des adolescents... de leur besoin de tester les adultes pour se forger des repères...
L’élan de la communauté et le retour aux sources ancestrales polynésiennes,
pour pallier ou prévenir des dérapages.
Le départ du jeune homme augure d’un retour et préfigure de cette ré-insertion : disparaître pour revenir.
...Présomption de réhabilitation
Les auteurs-acteurs se projettent dans les interrogations de la jeunesse et
répondent, en s’engageant pleinement, en tant que personne. La frontière entre
le personnage et celui qui l’interprète est effacée. C’est grâce à la
préparation
du spectacle que les détenus s’exercent concrètement à l’entraide.
La responsabilisation passe par le don de soi et la solidarité.
LitteRama’OHi tt ia
ITIonal-:
C’est d’une construction de soi à travers l’autre, d’une re-construction dont
il s’agit.
Le projet de vie du personnage central se confond avec celui des détenus :
tunnel, après ce voyage aux enfers carcéraux : l’acteur est celui qui
décide de repousser les murs de sa prison...
au bout du
...Complices...
Si le spectacle n’a connu qu’une seule représentation devant le public péni-
tentiaire, qu’il puisse être relayé par la présente publication. Car, parmi les
acteurs, certains ont été libérés et n’attendent que l’occasion pour le rejouer, ou
poursuivre dans le métier.
D’une part, l’Adolescent est le symbole du possible, d’autre part le Voyage
représente la période de mise à l’épreuve que signifie la prison, et le retour de
l’Enfant... la fin de peine et la libération.
Solitude de la prison, et promiscuité, dépersonnalisation du reclus, il n’y a
pas que l’Adolescent qui ressente cette crainte du futur... Bien d’autres ghettos
illustreraient la thématique.
Un spectacle qui cherche à établir la communication entre les générations,
mais aussi entre les differentes cultures... le Tour du monde de l’Adolescent...
fait ressortir avec acuité la place du théâtre carcéral dans le paysage culturel
tahitien et polynésien... A quand la tournée ?
201
Ruteurs invités
Théâtre à Tslrmtania
(Le spectacle démarre, tous sont sur scène, saufToa Nui. Aux trois coups, ils
démarrent le vocal et la chorégraphie qui les montrent au travail. Entre Toa Nui
qui semble errer dans la campagne...)
Toa Nui
Tous saufToa Nui
Toa Nui
Tous sauf Toa Nui
Toa Nui
Seigneur, je suis très fatigué
Seigneur, il est très fatigué
Je suis né fatigué.
Seigneur, il est né fatigué.
Et j’ai beaucoup marché depuis le chant du coq
Et le morne est bien haut qui mène à leur école.
Seigneur, je vous en prie, que je n’y aille plus!
Je veux suivre mon père dans les ravines fraîches
Quand la nuit flotte encore dans le mystère des bois
Où glissent les esprits que l’aube vient chasser.
Je veux aller pieds nus par les rouges sentiers
Que cuisent les flammes de midi,
Je veux dormir ma sieste au pied des lourds manguiers.
Je veux me réveiller
Lorsque là-bas mugit la sirène des blancs
Et que l’usine
Sur l’océan des cannes
Comme un bateau ancrée
Vomit dans la campagne son équipage nègre...
Tous sauf Toa Nui
Toa Nui
Seigneur, je ne veux plus aller à leur école,
Seigneur, il ne veut plus aller à leur école,
Faites, je vous en prie, que je n’y aille plus.
Ils racontent qu’il faut qu’un petit nègre y aille
Pour qu’il devienne pareil
Aux messieurs comme il faut.
Mais moi je ne veux pas
Devenir comme ils disent
Un monsieur de la ville,
Un monsieur comme il faut.
LitteRama’OHi « 19
Théâtre à flu'utania
Je préfère flâner le long des sucreries
Où sont les sacs repus
Que gonfle un sucre brun autant que ma peau brune.
Je préfère, vers l’heure où la lune amoureuse
Parle bas à l’oreille des cocotiers penchés,
Ecouter ce que dit dans la nuit
La voix cassée d’un vieux qui raconte en fumant
Les histoires de Zambâ et de compère Lapin,
Et bien d’autres choses encore
Qui ne sont pas dans, les livres.
Les nègres, vous le savez, n’ont que trop travaillé.
Pourquoi faut-il, de plus, apprendre dans des livres
Qui nous parlent de choses qui ne sont pas d’ici?
Et pùis elle est vraiment trop triste, leur école,
Triste comme
Ces messieurs de la ville,
Ces messieurs comme il faut
Ta’i
Qui ne savent plus danser le soir au clair de lune,
Qui ne savent plus marcher sur la chair de leurs pieds,
Qui ne savent plus conter les contes aux veillées.
Seigneur, je ne veux plus aller à leur école!
Papa... Papa... Eh ! Papa !...
Quoi mon fils ?
Toa Nui
Ne me réveille-pas demain matin.
Ta’i
Et pourquoi ça, mon fils ?
Parce que je ne vais plus aller à l’école !
Toa Nui
Toa Nui
Ta’i
Ta’i
Quoi ! Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?
C’est comme ça. J’ai décidé.
Et tu as décidé ça comme ça. Tout seul !
Toa Nui
Oui.
Ta’i
Toa Nui
Et pourquoi tu ne veux plus aller à l’école ?
Parce que mon professeur de mathématiques ne fait
Ta’i
prenne pour un idiot. Je ne vais plus aller à l’école !
Tu oses traiter un professeur de menteur !
Toa Nui
que nous mentir ! Non, je ne veux pas qu’un prof me
Toa Nui
Ta’i
Toa Nui
Ta’i
Oui papa.
Viens là... Viens ici je te dis... Explique-moi ça, que
je rigole.
Voilà : avant-hier, il nous apprend que 5+2=7...
Et bien, ce n’est pas vrai peut-être ?
203
'
Ruteurs invités
Toa Nui
Si, sûrement. Mais hier il nous a dit que 4+3=7 et
Ta’i
aujourd’hui il nous dit que 6+1=7...
Ah.... Et bien... Mais si il le dit...
Toa Nui
C’est ça ! Et demain, il va nous dire quoi ? Que 103=7 ?
Ta’i
Euhhhhhhhhh
Toa Nui
Non papa, je ne veux pas qu’un prof me prenne pour
un idiot. Je ne vais
plus aller à l’école.
Ta’i
(En colère) Tu vas faire ce que je dis ! Tu prends tes
affaires, tu vas faire tes devoirs, tu prépares ton sac et,
demain matin, tu vas à l’école comme tous les jours !
Toa Nui
Mais papa...
Ta’i
Je suis ton père, oui ou non ?
Toa Nui
Ben oui papa... Mais...
Alors tu obéis à ton père, un point c’est tout ! Non
Ta’i
mais... (Penaud, Toa Nui ramasse ses affaires et va
s’installer dam un coin de la scène. Retournant prendre sa place au travail, Ta ’i est visiblement en colère)
Eh ! Les gars ! Ça va, ça suffît comme ça ! Ça ne vous
Ramana
Ta’i
Ramana
Ta’i
Ramana
Heimana
regarde pas ! Allez, au boulot tout le monde ! C’est pas
vrai ça ! (Tout le monde a repris sa place, chacun s’est
remis au travail et ils chantent tous à nouveau, sauf
Ta ’i.) Où va-ton si les enfants se mettent à décider à la
place des parents ?...
Hey ! Ta’i ! (à partir de cet instant, ils vont s’arrêter
de chanter progressivement, les uns après les autres.)
(Toujours énervé) Quoi ? Qu’est-ce que tu veux ?
Qu’est-ce qui se passe avec ton fils ? Je t’ai entendu
crier après lui, et tu ne fais jamais ça.
C’est vrai mon ami. Je ne sais pas ce qui lui prend tout
d’un coup : il a décidé qu’il ne voulait plus aller à
l’école, comme ça, sous prétexte qu’il n’est pas d’accord avec son professeur ! C’est pour son avenir que je
l’envoie à l’école, pas pour le mien !
Et bien, quoi alors son avenir ?
C’est vrai ça, c’est sa vie après tout. Il en fait ce qu’il
veut. S’il veut partir d’ici pour découvrir le
monde, il
faut qu’il le fasse...
Mana
Mais non, tu es fou : il faut aller à l’école. Moi je n’ai
pas eu cette chance, et regarde où j’en suis...
j
LitteRama’oHi » 19
Théâtre à flu'utania
Tururai
:
Ramana
:
C’est Mana qui a raison. L’école, c’est le seul moyen
de faire mieux que ses parents.
Tu parles ! Ça ne sert à rien l’école : regarde-moi !
Non, le mieux pour, un jeune comme lui, c’est qu’il
vienne se mettre au travail avec nous. Maintenant !
Ombre
:
Teara ’ui
:
Mais non, pas du tout ! Il faut vraiment qu’il retourne
à l’école sinon il le regrettera toute sa vie.
Si c’est ce qu’il veut vraiment, alors il doit partir. Il a
raison Heimana : moi je suis resté, et je le regrette tous
les jours depuis...
Ramana
:
Tururai
:
Paloma
:
Mais pas du tout ! Sa famille a besoin de lui ! Il faut
qu’il arrête l’école et vienne travailler ici avec son
père...
Tu as raison Ramana. C’est pas en allant à l’école qu’il
pourra vraiment aider ses parents, c’est en travaillant
avec nous.
Mais ça ne va pas non ? C’est sa vie ! La sienne ! Partir
ou rester, ça
le regarde. C’est à lui de décider, pas à vous !
A partir de là, le ton monte de plus en pins, les mots et les gestes sont de plus
agressifs et violents.. Et particulièrement entre Tururai et Heimana.
.
Ramana
:
Tu dis n’importe quoi Paloma. Et toi encore plus Heimana.
Ça regarde son père, et toute sa famille aussi. Il
doit les aider.
Heimana
:
C’est toi qui dis n’importe quoi : son père lui a ensei-
gné comment faire les bons choix, ce n’est pas pour
prendre les décisions importantes à sa place !
Ombre
:
Heimana
:
Et si il a envie de continuer l’école lui, hein ?
Il a dit qu’il ne voulait plus y aller. Tu ne l’as pas
entendu ?
Ramana
:
Oui, et il a dit aussi qu’il voulait venir dans les champs
avec nous
! Tu n’as pas entendu quand il a dit ça ?
Heimana
:
Il a dit ça sans savoir. Il ne sait rien de nos souffrances
Ramana
:
Non ! Toi tu sais c’est quoi courir le monde, peut-être ?
Heimana
:
Non. Mais moi je le regrette vraiment. Je ne suis pas
réelles !
borné comme toi !
Je suis borné moi ? (A partir de là, le conflit verbal se
transforme en vrai bagarre. Les autres, sauf Ta’i, se regroupent autour d’eux.
Ramana
:
205
Ruteurs invités
Les deux hommes finissent par rouler au sol sous les cris de leurs camarades.
C’est Ta 'i qui est obligé d’intervenir pour les séparer...)
Ta’i
:
Ombre
:
Ça suffit !... Arrêtez de vous battre ! Vous n’avez pas
honte ? (Il continue sur ce ton jusqu 'à ce que Heimana
et Tururai aient cessé de se battre et se soient complètement séparés. Ces deux là restent assis par terre,
reprenant leur souffle) c’est bon comme ça les gars.
Allez ! Au boulot ! De toute manière, tout ça ne vous
regarde pas. C’est le problème de mon fils. Et le mien.
Pas du tout ! C’est comme si nous étions sa famille
nous aussi. Alors ça nous
Ramana
:
Mana
:
nous maintenant.
Teara ’ui
:
Tururai
:
Ramana
:
Paloma
:
Heimana
:
Ta’i
:
Ombre
:
Ramana
:
regarde !
Si c’est ton fils, alors il doit se mettre au travail avec
Comme toi !
C’est n’importe quoi : l’école, c’est l’avenir. Il faut
qu’il retourne à l’école pour faire mieux que son père.
Non Mana : il doit partir. S’il reste ici, il va rassir. Il
vaut beaucoup mieux que nous tous réunis.
C’est vrai qu’il vaut mieux que nous tous, et ça, il le
doit à ses parents. Et c’est pour ça qu’il doit leur rendre
tout ce qu’ils ont fait pour lui.
Non, c’est Tururai qui a raison. Ses parents se sont
sacrifiés pour lui. Son père est fatigué maintenant, il
faut qu’il vienne travailler pour l’aider.
C’est vrai que son père s’est sacrifié pour en faire un
homme. Mais c’est à lui de choisir. Pas à nous.
C’est Paloma qui a raison. C’est à lui de décider. Pas à
nous ni à personne
d’autre.
Bon, ça va, j’ai compris : C’est moi le père, et c’est
vous
qui savez ce qu’il faut faire avec mon fris...
Hé ! Ta’i ! Tu ne vas pas te plaindre parce qu’on s’intéresse à ton fils quand même !
C’est vrai ça : après tout, ça fait des années qu’on s’occupe de lui avec toi. On peut bien donner notre avis
non ?
Ta’i
:
De toute façon, que je sois d’accord ou non, vous allez
me
le donner votre avis. Alors autant que je vous
écoute hein ! Ombre...
Ombre
:
Oui, quoi ?
Ta’i
:
Tu es d’accord avec moi toi : il faut qu’il continue
l’école, non ?
;
LitteRama’OHi # 19
Théâtre à Clu'utania
Ombre
Bien sûr ! Ça me'ferait mal qu’il finisse comme moi !
Ramana
Quoi ? Qu’est-ce que tu veux dire ?
Tu sais, quand j’avais son âge, je chapais l’école pour
Ombre
aller avec mes copains. C’était plus drôle que de rester
assis à écouter les profs. Mais maintenant je regrette :
si j’avais moins fait l’idiot quand j’étais jeune,
Ramana
aujourd’hui je ne ferais pas ce boulot de fou...
Et bien quoi : moi j’ai arrêté l’école pour venir ici. Je
l’ai fait pour aider ma famille et je ne le regrette pas.
C’est très bien comme ça.
Ta’i
Et toi Mana, tu en dis quoi ?
Mana
Moi?...
Ta’i
Ben oui toi ! Qui d’autre s’appelle Mana ici ?
Mana
Vous savez bien que j’ai arrêté l’école parce que mes
parents n’avaient pas de sous. Quand on a la chance de
pouvoir y aller, il ne faut pas la gâcher. Si j’avais pu, je
vous garanti que je serais allé le plus loin possible !
Ramana
Tu as tort Mana : un fils doit suivre le chemin de ses
ancêtres, et il doit aider sa famille. C’est comme ça
qu’on a toujours fait chez nous, et c’est ce que j’ai fait
moi aussi. Comme mon père, et son père avant lui, et
tous nos ancêtres avant eux...
Heimana
Et tu trouves que c’est comme ça qu’on fait avancer les
Paloma
Je suis d’accord avec Heimana. Et puis tu sais, Tururai,
choses peut-être ?
il faut avancer dans la vie.
Ta’i
Et ce n’est pas avancer que d’aller à l’école peut-être ?
Teara ’ui
Si, bien sûr. Mais avancer vers où ? Ou vers quoi ?
Heimana
Ça c’est une bonne question. Moi je suis resté parce
qu’il y avait toujours une bonne raison de rester. Et
bien, au fond de moi il y a toujours un regret.
C’est comme moi : depuis tout petit j’ai rêvé de partir
découvrir le monde. Mais je n’ai jamais eu le courage.
Je n’ai pas osé. Et puis j’avais peur de faire de la peine
Teara’ui
à ma famille...
Paloma
Et bien moi, je suis parti, et je ne le regrette pas.
Ta’i
Et toi, Tururai, qu’est-ce que tu en dis ?
Tururai
Moi?
Tous
Et ben oui : toi ! Tu connais un autre Tururai ici ?
Tururai
Moi je ne suis pas allé à l’école : j’ai préféré aller faire
Auteurs invités
la fête avec mes potes. La fête et des bêtises. Si j’avais
su, je me serais mis au boulot tout de suite. C’est ça
Ta’i
que j’aurais dû faire.
Vous avez tous raison, mais ça m’avance à quoi tout
ça, hein ! Vous pouvez me dire ? Moi, tout ce que je
veux
Tururai
pour mon fils, c’est qu’il ait une meilleure vie
que moi, c’est tout.
En parlant de vie meilleure, c’est l’heure de casser la
croûte, non ?
Paloma
Bravo Tururai ! Allez les gars : pause !
.
(En disant cela, il pose ses outils, va chercher son sac et s’installe pour manger,
suivi par Tururai d’abord, puis par tous les autres progressivement. Cela se fait
au
milieu de rires et d’échange de plaisanteries. Ta ’i les regarde faire, et ce
lorsque ils sont tous installés qu ’il se décide à les rejoindre. Toujours
plaisantant les uns avec les autres, ils commencent à manger. Brusquement,
Tururai intervient...)
n ’est que
en
Tururai
He, Ta’i ?...
Ta’i
Qu’est-ce qui t’arrive encore, Tururai ?
Tururai
Et Toa Nui, il ne mange pas ?
Teara ’ui
C’est vrai ça ! Il est où ?
Heimana
Qu’est-ce qu’il fait ?
Ramana
Il est encore parti promener dans la nature !
Tu parles : if est parti faire la tête parce que son père
Ombre
lui a passé un savon !
Paloma
Il est allé dormir oui ! C’est son père qui lui a dit d’al-
1er se coucher.
Mana
Je ne crois pas non. Il doit être en train de faire ses
devoirs.
Ta’i
Je crois que c’est Mana qui a raison. Tururai ?
Tururai
Oui Ta’i, qu’est-ce que tu veux ?
Va le chercher toi. Si il fait la tête, il viendra plus faci-
Ta’i
lement avec toi.
Tururai
Ta’i
Tu crois ça toi !
Non je ne crois pas : je suis sûr !... (Tururai ne bouge
pas et continue de manger...) Tururai ! Vas-y je te dis !
Tururai
Bon, ça va, ça va ! J’y vais ! (Ilpose son repas, se lève
et sors de scène pour aller
chercher Toa Nui. Pour lui-
même :) Pourquoi c’est toujours pour moi les corvées ?...
LitteRama’oHi #19
Théâtre à flu'utania
(Puis, en sortant de scène, en criant :) Toa Nui ! Hey !
Toa Nui !...
(Pendant ce temps les autres continuent de manger et en bavardant entre eux de
tout et de rien. Soudain...)
Ombre
:
Ta’i
:
Ombre
:
Mana
:
Ramana
:
Eh, Ta’i?...
Quoi encore ? Je ne peux pas manger tranquille ?
Quand même, qu’est-ce que tu vas faire si ton fils veut
arrêter l’école ?
C’est vrai ça Ta’i : tu ne veux pas le laisse mettre son
avenir en l’air quand même ?
Heimana
:
Team ’ni
:
Et bien quoi ? Si il ne veut plus aller à l’école, c’est pas
grave : il vient travailler aux champs avec son père et
puis voilà ! C’est pas compliqué...
C’est toujours pareil avec toi. Si il veut partir découvrir
le monde, il apprendra aussi plein de choses comme
ça...
Paloma
:
Ta’i
:
Team ’ui
:
Mana
:
Je suis d’accord avec toi, Heimana. Il ne faut pas l’ern-
pêcher de réaliser ses rêves. Au contraire : il faut l’encourager, il faut l’aider même...
Bien sûr. Mais c’est à lui de décider, n’oubliez pas. Il
faut lui expliquer les choses, mais il faut qu’il choisisse
tout seul.
Si seulement je savais ce qu’il faut faire...
Tu pourrais commencer par t’asseoir pour manger
non ?
C’est vrai ça Ta’i : arrête de te tracasser la tête et viens
t’asseoir... On réfléchit mieux le ventre plein...
(Ils se poussent pour luifaire de la place. Pendant ce temps, il va chercher son
d’eux)
sac et revient s’asseoir au milieu
Ta’i
:
Merci les gars. Et bon appétit à tous.
Tous
:
Bon appétit !...
(Ils sortent leur repas de leur sac et commencent à manger en silence...)
Ta’i
:
Quand même, je me demande vraiment ce qu’il faut
que je fasse avec mon fils...
209
Auteurs invités
Tear a ’iii
:
Mana
:
Heimana
:
Le mieux, peut-être que c’est de parler avec lui calmement. Savoir ce qu’il pense et ce qu’il veut vraiment...
Pour une fois je. suis d’accord avec ça. Le plus impor-
tant, c’est de l’écouter vraiment...
...Et de lui expliquer calmement comment toi tu vois
les choses...
Ta’i
:
Ombre
:
Ta’i
:
Oui, mais ça, c’est plus facile à dire qu’à faire !
C’est vrai Ta’i, mais c’est ça être papa : écouter, dire
les choses importantes calmement... et respecter ce
que pense ton enfant.
Je sais bien... Je sais bien...
(Pendant qu ’ils parlent, Tururai et Toa Nui sont revenus et se tiennent un instant
C’est Ramana qui les voit le premier...)
en retrait.
Ramana
:
Chuuuuttt !
Les voilà...
(Ils jettent tous un coup d’œil et se remettent aussitôt à manger comme si de rien
'était, sauf Ta ’i.)
n
Ramana
:
Et bien ! Venez vous asseoir !
Tururai
:
On veut bien nous, mais faites-nous de la place alors !
(A Toa Nui :) n’ai pas peur : ça va bien se passer. Et
puis il faut que tu manges !
(Ils se déplacent à nouveau pour qu ’ils puissent s'installer, ce qu ’ils font, Tururai en premier)
Ta’i
:
Viens à côté de moi, mon fils.
(Il fait de la place pour Toa Nui qui s’installe. Ta ’i lui tend son repas...)
Toa Nui
Merci... Papa...
Ta’i
Quoi mon fils ?
Toa Nui
Je m’excuse... Je suis vraiment désolé... Je n’aurai
Ta’i
pas dû crier comme ça tout à l’heure...
Tu es tout excusé : je n’aurais pas dû me mettre en
colère non plus...
Ramana
Heimana
Parfois, ça fait du bien de se mettre en colère !
Ne recommence pas, Ramana. On a toujours tort de se
mettre en colère.
Tous les autres
Ça suffit tous les deux ! Il y en a marre ! Taisez-vous !...
LitteRama’oHi t» 13
Théâtre à flu'utania
(Ils se calment et se remettent à manger en silence... Au bout d’un moment :)
Tururai
Toa Nui ?
Toa Nui
Oui Tururai ? Qu’est-ce qu’il y a ?
Tu dis que tu ne veux plus aller à l’école, OK alors.
Tururai
Mais tu veux faire quoi ?
Toa Nui
Et ben ! Planter, comme vous, tiens !
Mana
Tu t’imagines te retrouver avec nous dans les champs
Toa Nui
pour le reste de ta vie ?
Et bien quoi ? J’aime bien être ici avec vous moi. Je
préfère être dehors dans les champs qu’enfermé dans
une salle sans
air...
Ramana
Là tu as raison !
Teara’ui
Tu sais, Toa Nui, le plus important c’est de ne jamais
regretter ce que tu as choisi... Ce que tu vas décider,
ça va marquer toute ta vie. Tu ne pourras pas revenir
en arrière. Jamais.
Absolument. Et c’est bien pour ça que tu dois conti-
Mana
nuer l’école le plus longtemps possible. Si tu arrêtes
maintenant, ce sera fini pour toujours. Tu ne pourras
jamais y retourner.
Regarde-nous, Toa Nui, à part Paloma qui vient du
bout du monde, nous sommes tous nés ici...
.Et on est passé directement de l’école à la rue, et de
Tururai
la rue à la plantation ! Tu parles d’une vie toi !
Mana chante
:
J’ai des p’tits problèmes dans ma plantation (Tous les
autres enchaînent avec lui, saufTa’i)
Tous
:
Pourquoi ça pousse pas ?
Ta’i
:
Eh ! Ça suffit ! Taisez-vous ! (Ils arrêtent de chanter)
Ombre
..
Et alors ? Je suis fier de ma vie moi ! Je ne suis peut-
être pas riche, mais je suis heureux : j’aime ma femme,
et elle m’a donné un fils que j’adore. Qu’est-ce que
Heimana
:
je
peux demander de plus ?
Peut-être que ton fils puisse réaliser ses rêves ? Qu’il
ait la vie dont il rêve et pas celle que toi tu rêves pour
lui... Tu ne crois pas ?
Tururai
:
Teara’ui
:
Lui, ce qu’il rêve, c’est de venir travailler à la plantation avec son père ! Tu appelles ça un avenir toi ? Tu
appelles ça un rêve ?
De nous tous, c’est lui qui a été le plus loin à l’école.
211
Ruteurs invités
Il a appris plus de choses que nous tous réunis. Alors,
même s’il doit arrêter d’y aller maintenant, à l’école, il
n’aura pas perdu son temps et il pourra avoir une vie
bien meilleure qu’aucun de nous.
Ta’i
Paloma
Merci, Teara’ui, c’est gentil de dire ça...
Quand même, on parle de lui comme s’il n’était pas
là ! Vous ne croyez pas qu’il faudrait lui demander son
avis ?
Tous
Euh... Sûrement... Sans doute... Peut-être...
Ramana
Et ben, Ta’i ?
Ta’i
Ta’i
Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ?
Tu attends quoi pour lui demander ?
Lui demander quoi ?
Ce que lui il veut faire vraiment, tiens !
Tururai
Ah... OK alors...
Teara ’ui
Eh, les gars, je crois que Ton n’a pas à se mêler de ça.
Et en plus, on a une dure journée demain. Faut se lever
Ramana
Tururai
tôt. Alors moi, je vais dormir...
(A partir de ce moment, au fur et à mesure qu 'ils prennent la parole, ils se lèvent
affaires et vont s’installer dans un coin pour dormir...)
en ramassant leurs
Ramana
Moi aussi : j’ai vraiment sommeil...
Paloma
Bonne idée. J’y vais aussi... Ta’i ?
Ta’i
Quoi encore, Paloma ?
Paloma
11 faut vraiment que tu parles avec ton fds. Et surtout
que tu saches ce que lui veut vraiment au fond de lui...
Ta’i
C’est bien ce que j’ai l’intention de faire, qu’est-ce que
tu crois !
Paloma
Bon courage alors.. .Et bonne nuit...
Ta’i
Merci. Et bonne nuit à toi aussi.
Ombre
Oui, j’y vais aussi. Bonne nuit à tous. Et réfléchis bien,
Toa Nui...
Mana
Bon, et bien au lit alors... Mais quand même, de temps
temps, on pourrait profiter des soirées pour se faire
plaisir. Je ne sais pas moi : chanter un peu, ou parler de
en
chez nous, de nos familles...
Heimana
Sûr que cela ne pourrait pas nous faire de mal. Mais
bon, si on veut pouvoir faire notre boulot demain, vaut
mieux se reposer maintenant...
LitteRama’oHi » 19
Théâtre à flu'utania
Tururai
Salut les gars. Dormez bien... Eh, Toa Nui ?
Toa Nui
Quoi ?
Sois franc avec ton père, et aussi avec toi-même... Et
Tururai
écoute ses conseils...
Je n’ai pas l’habitude de mentir ! Mais ce n’est pas
Toa Nui
facile de dire vraiment ce que Ton a au fond de soi à
son
père.
Tururai
Tu n’es plus un enfant maintenant...
Toa Nui
Je sais... Je te promets que je vais essayer.
Tururai
Il ne faut pas essayer : Il faut y arriver... Allez, cou-
Toa Nui
rage, moi je vais dormir.
Bonne nuit à toi, Tururai...
.
(A ce moment là, ils sont tous couchés dans un coin ou un autre de la scène de la
scène. Il ne reste plus que Toa Nui et Ta ’i, assis au milieu, l'un à côté de l’autre)
Ta’i
:
Bonne nuit à tous, les gars...
Tous (sauf Toa Nid)
:
Bonne nuit, Ta’i. Bonne nuit Toa Nui...
(Un moment de silence pendant lequel chacun finit de s'installer pour dormir.
Ta 'i et Toa Nid finissent de ranger les restes de leur.repas en silence. Au bout
d’un moment, Ta ’i se lance. On sent que ce n ’est pas facile pour lui)
Ta’i
Toa Nui...
Toa Nui
Oui papa ?
Ta’i
Il faut vraiment que Ton parle tous les deux.
Toa Nui
Je sais, papa...
Ta’i
Ce n’est pas facile pour moi... Je ne sais pas par où
commencer...
Toa Nui
Moi non plus, tu sais...
Ta’i
Tu deviens un homme maintenant. Je sais bien que je
ne
peux plus tout décider à ta place. Moi, je voudrais
que tu continues d’aller à l’école. Je veux que tu aies
une vie meilleure que
la mienne. Mais je veux surtout
Toa Nui
que tu sois heureux...
Je sais ça, papa...
Ta’i
Laisse-moi finir mon fils, ce n’est pas facile de dire ces
choses...
Toa Nui
Excuse-moi papa. Je t’écoute.
Ta’i
Moi, je n’ai pas eu le choix. Quand j’avais ton âge,
Auteurs invités
j’étais déjà ici, à travailler avec mon père. Toi, tu peux
choisir ta vie. Mais pour choisir, il faut connaître les
différentes possibilités que l’on a. Ça sert aussi à ça,
l’école. Alors, maintenant, il faut que tu me parles ffanchement. Que tu me dises ce que tu veux vraiment.
Toa Nui
:
C’est difficile, papa...
Ta’i
:
Ouvrir son cœur et être sincère, ce n’est jamais facile.
Toa Nui
:
Bon, je vais essayer alors... Voilà : à l’école, j’ai appris
à lire, à écrire et à compter. Ça c’est bien. J’ai aussi
appris plein d’autres choses passionnantes. Mais maintenant, on veut m’apprendre des tas de trucs qui ne me
concernent pas. Qui ne me serviront jamais à rien. Par
contre, ce que je voudrais savoir et comprendre, ça on
ne nous en
Ta’i
:
Toa Nui
:
parle jamais à l’école.
Et qu’est-ce que tu voudrais savoir qu’on ne t’apprend
pas à l’école ?
Notre histoire à nous... Comment on en est arrivé là ?
Pourquoi personne ou presque n’arrive à sortir des
plantations pour faire autre chose. Pourquoi nous
sommes toujours pauvres ? Est-ce
que c’est pareil dans
les autres pays ? Est-ce que les gens vivent et pensent
comme nous ailleurs ?... Tout ça, et
plein d’autres
choses qui ne sont pas dans les livres de l’école. Je
veux connaître les gens
et leurs vies...
Ta’i
:
Je comprends ça. Mais ça veut dire quoi pour toi ?
Toa Nui
:
Tu ne vas pas m’en vouloir ? Te mettre en colère ?
Ta’i
:
Mais non ! Ne t’inquiète pas. Je t’ai dit qu’il faut être
Toa Nui
:
sincère.
OK alors... Ce que je voudrais vraiment, c’est faire
comme
Paloma... Partir découvrir le monde, et revenir
après ici pour faire ma vie en sachant à quoi je veux
qu’elle ressemble. Ce que je ne veux surtout pas, c’est
faire la même chose que toi, et que tous nos ancêtres,
sans savoir si c’est comme ça que je veux vivre...
(Ta ’i laisse un long silence pendant lequel on le voit confronté à un vrai
dilemme...)
Ta’i
:
C’est vraiment ce que tu veux, mon fils ?
Toa Nui
:
Oui papa. C’est vraiment ça que je veux...
LitteRama'oHi » 19
Théâtre à flu'utanie
Alors... Alors il faut que tu le fasses... Il faut que tu
Ta’i
partes...
C’est vrai ? Tu es d’accord ? Tu ne vas pas m’empê-
Toa Nui
cher de partir ?
Ta’i
Oui c’est vrai. Mais à deux conditions.
Toa Nui (inquiet)
Lesquelles ?...
Ta’i
D’abord, que tu me promettes de nous écrire, à ta mère
et à moi, pour nous donner régulièrement de tes nouvelles. Je veux savoir comment va mon fils, et où il
est. Et ta mère ne
supporterait pas de n’avoir aucune
nouvelle.
Toa Nui
Bien sûr ! Et la deuxième ?
Ta’i
Que tu reviennes ici pour construire ta vie près de
nous.
Ça c’est facile ! Je t’ai dit tout à l’heure que c’est ce
que je voulais faire... Je te le promets, papa.
Alors, tu n’as plus qu’à aller dormir, et à préparer ton
Toa Nui
Ta’i
départ...
Je suis prêt papa. Je partirai demain si tu veux bien...
C’est à toi de décider ça. Tu es un homme maintenant... Et moi, il faut que je dorme : la journée sera
dure demain pour le vieil homme que je suis !
Toa Nui
Ta’i
(En disant cela, il se lève et va s’installer pour dormir. Toa Nui fait de même et
va s’installer dans un autre coin.
Une fois qu ’ils sont installés et prêts à dormir,
Toa Nui reprend la parole...)
Toa Nui
Ta’i
Papa...
Quoi mon fils ?
Toa Nui
Merci... Et bonne nuit...
Ta’i
Bonne nuit à toi mon fils... Dors bien...
(Ils s’endorment. Un moment de silence pour bien marquer que la nuit se passe.
Puis ils commencent à se réveiller les uns après les autres. Sauf Toa Nui.)
Ramana
:
Salut tout le monde... C’est l’heure ! Allez, debout !
Tous (sauf Toa Nui)
:
Bonjour... Salut... Vous avez bien dormi ?...
(En même temps, ils se lèvent, rangent leurs affaires et reviennent s’installer en
cercle pour prendre leur café. C’est Tururai et Paloma qui sortent de scène et
reviennent avec le café..,)
Auteurs invités
Paloma
:
Voilà le café les gars !
Tururai
:
Et dépêchez-vous : on n’est pas en avance ce matin !
(Ils se servent et commencent à boire leur café en silence...)
Tururai
Ta’i ?
Ta’i
Quoi, Tururai ?
Alors, comment ça s’est passé avec Toa Nui hier soir ?
Très bien, merci.
Tururai
Ta’i
Maria
Et c’est tout ? Tu ne vas pas nous dire ce que tu as
décidé ?
Teara ’ui
C’est vrai Ta’i, on veut savoir...
Les autres
Il a raison Teara’ui... Il faut nous dire... On veut
savoir... Tu as décidé quoi alors ?...
(Pendant ce temps, Toa Nui se réveille. Dans son coin, ilprépare ses affaires en
silence.)
Ta’i
OK, ça va, ça va, calmez-vous. Je vais vous dire.
Tous
Ah ! Quand même !... Vas-y !... On t’écoute...
Ta’i
D’abord, ce n’est pas moi qui ai décidé...
Ramana
Quoi ?
Ta’i
Non. On parlé tous les deux, et on a décidé ensemble...
Paloma
Ça c’est bien. C’est comme ça qu’il fallait faire...
Tous
Tais-toi Paloma !
Paloma
Ça va ! Ça va ! Je me tais !
Il a besoin de voyager... De voir d’autres gens... De
découvrir le monde... Alors il va partir... Plus tard, il
Ta’i
reviendra ici pour construire sa vie auprès de sa famille
en sachant vraiment ce
qu’il veut faire... Voilà...
(Ily a un moment de silence pendant lequel chacun encaisse la nouvelle...)
Teara ’ui
C’est bien Ta’i. Tu as fait ce qu’il fallait...
Ombre
Oui, c’était la meilleure solution... Mais il va nous
Heimana
manquer !
C’est vrai que ça va faire un vide... Mais c’est bien
Tururai
pour lui.
En attendant, on ne peut pas le laisser partir comme ça.
Il faut faire quelque chose pour lui dire au revoir...
LitteRama’oHi tt 19
Théâtre à flu'utania
Mana
Et on ne peut pas le laisser partir les mains vides pour
un voyage comme
celui-là !
Un silence pendant lequel il sont tous plongés dans leurs pensées. Soudain
Ombre
On a qu’à chacun lui donner quelque chose qui pourras
Ramana
lui servir, et qui nous rappellera à lui...
Ça c’est une bonne idée !
(En disant ça, il se lève et va fouiller dans ses affaires... Les autres font pareil,
les uns après les autres. Lorsqu ’ils ont trouvé ce qu ’ils veulent lui offrir, ils se
rejoignent dans un coin de la scène, à l’opposé de Toa Nui...)
Tururai
Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ?
Heimana
On va le chercher tiens ! Que veux-tu que l’on fasse
d’autre ?
Ramana
E te mau hoa haere anae e fare rei ia toa nui no te taua
parau. (Mes amis, allons chercher Toa Nid. Ilfaut lui
parler.
Teara ’ui
No te aha e taua parau ai iana ? E taurearea oia, ua ite
oia eaha tana ohipa e ravera ? (De quoi tu veux lui par1er ? C’est un homme maintenant, il sait ce qu 'il a à
faire, non ?)
Heimana
E mea papu te reira, ua tano o teara’ui. E ere tatou tona
metua. (C’est vrai ça, il a raison Teara’ui. Et puis, ce
n 'est pas nous ses
Ramana
parents !)
Parau mau e ere tatou tona nau metua, taae noa’tu i
tona metua tane, o tatou tona opu fetii, a haere
Toa Nui
Ramana
Paloma
maira.
(Tu as raison : on n ’est pas ses parents. Mais à part
son père, il n 'a que nous comme famille. Allez, Appelons-le. (A Toa Nui) E Toa Nui, a hio mai na, te manao
nei matou et tauà parau e o oe. (Toa Nui, viens nous
rejoindre, nous souhaitons discuter avec toi.)
No te aha ? E ohipa huru e ta’u i rave? (Pourquoi ?
J’ai fait quelque chose que je n ’aurais pas du?)
Aita, eiaha e haapeapea. (Non, ne t’inquiète pas,)
Qu’est-ce qu’il raconte ? Tu y comprends quelque
chose toi ?
Mana
Comment veux-tu que je comprenne !
Paloma
Ben, demande-leur de traduire !
Auteurs invités
Pourquoi c’est toujours moi qui dois demander ?
Parce que tu es plus doué que moi pour ça tiens !
C’est toujours la même chose avec toi !... Hé ! Ta’i !
Mana
:
Paloma
:
Mana
:
Ta’i
:
Oui Mana ?
Mana
:
Qu’est-ce qu’ils lui disent, au petit ? On comprend rien
Paloma
:
Ta’i
:
Ramana
:
Ta’i
:
à ce que vous dites nous.
Et ça a l’air important...
Ne vous inquiétez pas : on va vous traduire... Ramana,
commence toi.
Ah non alors, pas moi ! Je préfère pas être le premier.
Demande à un autre.
C’est toujours pareil avec toi. Bon, qui veut commencer
alors ?...
Dans,un brouhaha de cour d’école, ils se renvoient la balle les uns les autres...
Tous
:
Paloma
:
Mana
:
Ta’i
:
Tous
:
Ombre
:
Non... Pas moi... Ah non alors, pas moi... Non, pas
moi, pourquoi pas lui...
Et pourquoi nous d’abord ?
C’est vrai ça ! Ta’i, pourquoi tu ne lui parles pas en
premier, toi ? Tu es son père après tout, non ?
C’est justement parce que je suis son père que je veux
lui parler en dernier. C’est nonnal non ?
Mais ce n’est pas à nous de le faire... C’est toujours
les mêmes qui doivent faire les choses difficiles...
Y’en a marre... C’est vrai c’est toujours pareil...
Mes amis, calmons-nous et unissons-nous pour trouver
une solution.
On ne peut pas le laisser partir comme ça.
Il faut qu’il emporte un souvenir de chacun de nous. Il
en aura besoin
quand il sera loin et qu’il se sentira
seul...
Teara ’ui
:
Tu as raison Ombre. Il faut le faire. Je vais commencer,
moi. (Il s’éloigne du groupe, ramasse son sac, le vide
de son contenu et s’approche de Toa Nid presque timiToa Nui
:
Teara ’ui
:
dement). Toa Nui...
Oui Teara’ui, qu’est-ce qu’il y a ?
Voilà... Comme tu vas partir loin et longtemps, j’ai
pensé que ce sac pourrait te rendre service. Il est solide,
c’est moi qui l’ai fabriqué et il m’a suivi dans tous mes
voyages... jusqu’ici. Prends-le, je te le donne...
LitteRama’oHi b 19
Théâtre à flu'utania
Toa Nui
Merci Teara’ui, j’en prendrai grand soin et j’y mettrai
tous les objets qui marqueront les moments
importants
de ce voyage. Il contiendra la mémoire de mon périple.
Ombre
Moi, comme je sais que tu vas beaucoup marcher, j’ai
pensé que ce serait bien que tu aies des chaussures...
Alors je te donne les miennes. Moi je n’en ai pas
besoin pour rester ici...
Toa Nui
Tururai
Toa Nui
Paloma
Ombre, ces chaussures me seront très utiles. Jusqu’ici,
je marchais pieds-nus, et maintenant ce sont tes pieds
qui sentiront la morsure des cailloux... Merci à toi
pour ce sacrifice.
Toa Nui, nous avons passé de longues heures à jouer
ensemble sur cet échiquier. C’est avec lui que je t’ai
appris tout ce que je sais de ce jeu. Aujourd’hui, tu es
aussi fort que moi, au moins !... Alors emporte le avec
toi, comme ça, où que tu seras, chaque fois que tu
joueras une partie, je sais que tu penseras un peu à moi
Merci Tururai. Il y a longtemps que j’admire la beauté
et la solidité de ce jeu que tu as mis tant de soin et
d’amour à sculpter. C’est avec lui que tu m’as appris à
jouer alors, à chaque partie que je disputerai à l’avenir,
je sais que tu seras à mes côtés.
Hermano yo quiero regarlarte estos preservatibos
porque:..
Toa Nui
Tous (saufMana)
Hey ! Paloma ! Qu’est-ce que tu me dis là ?
Hey, c’est vrai ça, qu’est-ce qu’il raconte lui ? Il ne
peut pas parler en français comme tout le monde ?
Mana
Ca va ! Ca va ! Ne vous énervez pas : je vais vous tra-
duire ! Paloma, recommence s’il-te plait...
Paloma
Hermano yo quiero regarlarte estos preservatibos
porque yo se ke eres joven y tienes un camino largo
por recorrer...
Mana
Je voudrais te donner ces préservatifs parce que je sais
que tu es jeune et que tu as un long chemin à parcourir.
Paloma
Quiero ke siempre leves contigo estos preservativos
Mana
para ke te protejas...
Je voudrais que tu utilises toujours ces préservatifs
pour te protéger dans toutes les rencontres que tu feras
durant ton voyage...
Paloma
Porque en los vejes que he echo por el mundo cuenta
219
Ruteurs invités
que las enfermedades de trasmisiôn sexual son una epidemia y las principales victimas son jôvenes como tu...
Mana
Parmi tous les voyages que j’ai pu faire dans ma vie, j’ai
pu voir beaucoup de victimes du SIDA, et je sais que
c’est le principal danger pour les jeunes comme toi...
Paloma
Mana
Que por falta de informaciôn u inexperiencia se contagian de alguna enfermada de transmisiôn sexual. Por
lo tanto siempre protégete...
Alors, pour ne pas être atteint, ou pour ne pas le transmettre, protège-toi toujours et tu n’auras aucun problême...
Toa Nui
Mana
Si Mana ne s’est pas trompé dans sa traduction...
Eh ! Tu n’avais qu’à le traduire toi-même si tu n’as pas
confiance !
(Tout le monde rigole)
Toa Nui
Ne râle pas, Mana ! Paloma, je sais que ton geste est
noble et protecteur. Je sais aussi que tu as toujours été
là pour moi comme un frère. Alors, pour tout ça, merci
Paloma...
Mana
Toa Nui
Toa Nui, voilà ma bible, elle t’aidera et te guideras
dans tes choix quand les décisions seront difficiles à
prendre. C’est mon père qui me l’avait donné quand je
suis parti de la maison. Et c’est son père qui la lui avait
donnée à lui... Comme je n’ai pas d’enfant et que je ne
veux pas que la chaîne s’arrête, alors je te la donne.
Merci Mana. Ton geste me touche profondément car je
sais que tu ne sais pas lire et que cette bible, tu y tiens
énormément. Je sais que, pour toi, c’est le symbole et
le lien de ta famille. Je t’ai toujours considéré comme
mon deuxième père et je suis très fier d’être le maillon
suivant dans la chaîne de cet héritage. Je te promets
que lorsque j’aurai des enfants, je la transmettrai à mon
fils aîné en souvenir de toi et de toute ta famille.
Heimana
(En parlant, il en enlève son tricot, le dépoussière et le
plie comme il peut) Toa Nui, tu sais que je ne possède
rien d’autre que ce que j’ai sur moi, mais je ne veux
pas que tu partes sans rien avoir de moi. Alors voilà, je
te donne ce tricot pour qu’il te protège du froid chaque
fois qu’il le faudra. Et peut être que sa chaleur te rappellera l’amitié que j’ai toujours eue pour toi.
LitteRama’oHi » 19
Théâtre à flu'utsnia
To a Nui
Heimana, mon ami, je sais que c’est le seul que tu possèdes. Je le porterai en mémoire de toi et en souvenir
de tous ces merveilleux moments que nous avons passés ensemble dans ces champs de canne à sucre. Merci
encore, et prend soin de toi.
Ramana
Toa Nui, voici un bâton de pèlerin. C’était le mien, tu
le sais. Longtemps tu vas marcher, il sera là pour te
soutenir dans les moments difficiles. Quand la fatigue
rendra tes jambes tellement lourdes que tu croiras ne
plus pouvoir lever les pieds et que tu perdras l’envie
d’avancer encore. Prends-en bien soin, et bon voyage.
Toa Nui
Ta’i
Toa Nui
Ramana
Merci Ramana. Cette canne me permettra de marcher
plus facilement et plus longtemps, je le sais. Tu as toujours été aux petits soins avec moi et surtout, tu m’as
appris que la persévérance est une valeur qu’il faut
appliquer quotidiennement. Je ne l’oublierai pas, c’est
promis. Merci à toi.
Mon fils, ton départ me cause beaucoup de chagrin, tu le
sais. Mais il me rend aussi très fier car il signifie que
maintenant tu es un homme. Ce collier est le symbole de
notre famille. Chacun des coquillages qui le composent
raconte l’histoire d’une génération. Toute notre généalogie est là. Le blanc qui est là, c’est la mienne. Le jour où
tu le donneras à ton fils, il faudra que tu rajoutes celui qui
parlera de ta génération. Ce collier s’est transmis de père
en fils depuis des temps immémoriaux, jusqu’à ce que
mon père me le donne. Aujourd’hui, c’est toi qui le reçois.
Pense à ce qu’il représente et ne le trahis jamais. Sois fier
de lui comme je l’ai été... Et sois heureux, mon fils...
Merci papa...
A haere mai i te hiti pape ei reira tatou e aparau ai.
(Approche, viens près de l’eau maintenant. On va t’expliquer quelque chose.) A hio mai e te tama.
Teara’ui
A hio mai na.
Ta’i
Regarde bien petit,
Regarde bien.
Ombre
Teara ’ui
Fariu e na i mûri i a oe te mau mea ta oe e ore e ite ra,
o to oe ia
Ombre
anani...
Regarde derrière toi tout ce que tu ne peux pas voir
encore, ce qui sera ton avenir...
Ruteurs inuitêsn
Ramana
I mua ia oe, vauvau hia i nia ite one mai te fare iamanaha o tei mau ra I to oe ioa : o to tau ia 1 mairi aenei.
Te ora raa veve e te papu ore, te teoteo, te mauiui, te
Ta’i
taiata, te ara raa ite tui raapo e o tei faaite mai ite mau
fifi rau, e ite tahi pae, i te atea e, haamoe rii hia e te
reini o te tai, te hihi marama ?... E moemoea teie !
Devant toi, étalé sur le sable, comme un musée qui
porterait ton nom : tout ton passé. Fatras de misères
citadines, de grandeurs oniriques, de blessures jamais
cicatrisées, de rencontres lumineuses, de nuits blanches
et de somptueux théâtres de misère, et là-bas, devant
toi, presque caché par la courbure de l’horizon, cette
lueur falote ?... Un rêve encore !
Teara ’ui
I te hoe vahi, no te tipaeraa tauturu raa i to oe mau
taoto, te mau hiti o te hohoa, tei ore a i morohi i to vai
apiraa e o tei ore i taoa hia...
Ombre
Un havre, l’escale salvatrice de tes insomnies, les
contours esquissés, jamais éteints d’une enfance hors
d’atteinte...
Ramana
To teie vahi to oe motu.
Ta’i
Elle est bien là ton île.
Heimana
I raro ae I to oe avae, te hemo nei te one ere ere i roto
i te moana...
Ombre
Teara ’ui
Sous tes pieds nus, le sable noir se perd dans le lagon...
Ua ite oe e, te rave nei to oe mata i te ù o te pape, e i
mûri te toa e hope ai ta oe hum hio raa e ore Faahou a
te toetoe.
Ombre
Tu sais bien que tes yeux prennent la couleur de l’eau,
que ton regard se perd par delà la barrière de corail et
qu’il ne fait plus jamais froid.
Heimana
A hio mai e te tama :
Teara’ui
Te marama teie e hiti maira.
Ombre
Regarde bien petit : Le jour se lève.
Teara’ui
A haautiuti i teie ra, a hahaere.
Ombre
II faut bouger maintenant, il faut marcher.
Ramana
E ere anei e matai teie e puhu maira i mûri i to oe tua ?
Ta’i
Tu sens le vent sur ton dos nu ?
Teara’ui
E maraamu teie e faatupu nei I to oe mau hiaai...
Ombre
C’est le maraamu qui réveille tes passions...
Heimana
Te haamahuta maira oia I te hua miti I te teitei raa o te are
LitteRama’oHi # is
Théâtre à flu'utanis
mai tana I na reira e ia Matau oe e ia tama i to roimata.
Ombre
Il soulève l’écume au sommet de la houle comme il
Ramana
A haere ra.
soulève ta peur et assèche tes lamies.
Ta’i
Il faut marcher.
Teara ’ui
A nuu atu I te pape.
Ombre
Avancer jusqu’à l’eau.
Heimana
A haamahora na rima no te haru raa ite matai e tii atoa
tu i te hupe rii.
Ombre
Etendre grand les bras pour capturer le vent et chercher
Ramana
A apiti atu i te are o tei haamahuta i te mau mauihaa e
les risées.
ume atu ai i te atea é.
Ta’i
Apprivoiser la houle qui soulève l’étrave et gagner
Heimana
Aita hoe ae auraa o to oe mau matau,
Ombre
Ta peur n’a pas de sens,
Teara’ui
E mea haavare anae,
l’horizon.
Ombre
Elle n’est qu’une illusion,
Ramana
E te reira no te haapapu raa i te hoe ohipa auraa ore o
ta oe e rave no to oe ora raa.
Heimana
Un mensonge destiné à justifier le rien que tu fais de ta vie.
A hio mai e te tama...
Ombre
Regarde bien petit...
Teara ’ui
A hio mai...
Ombre
Regarde bien...
Ramana
A hio mai...
Ta’i
Regarde bien... Mon fils...
Ta’i
Toa Nui se retourne lentement vers son père, et en s’adressant d'abord à lui,
puis à l’ensemble du groupe, il se met à chanter...
E mauruura a vau (Je vous remercie)
Toa Nui
:
Ta’i (Chante seul)
:
E mauruura a vau
Tous sauf Toa Nui
:
E mauruuru a vau
Te tiare Tahiti (Pour les fleurs de tiare Tahiti)
Te tiare Tahiti
Te tiare Tahiti
E mauruuru a vau
E mauruum a vau
Auteurs inuitésn
Toa Nui seul
:
Aue te aroha rahi (j’ai de la peine)
I to reva raa na te ara (parce que je dois découvrir le
monde)
Aue te aroha i to’u mau hoa (j’ai de la peine pour mes
amis)
0 ta’u i here (que j'ai tant aimés)
I a tae noa’tu ra (il arrivera)
Te mahana e hoi mai a vau qu ’un jour lorsque je
reviendrai)
I reira tatou e himene faahou (nous chanterons encore
ensemble)
E mauruuru a vau (je vous remercie)
Tous sauf Toa Nui
:
Aue te aroha rahi (j’ai de la peine)
To oe reva raa na te ara (parce que Toa Nui doit découvrir le monde)
Aue te aroha to matou nei hoa (j’ai de la peine pour
mon
ami)
0 ta matou (i) here (quej’ai tant aimés)
I a tae noa’tu ra (il arrivera)
Te mahana e hoi mai oe (qu ’un jour lorsque tu revien-
dras)
I reira tatou e himene faahou (nous chanterons encore
ensemble)
E mauruuru a vau (je vous remercie)
(Bis)
Pendant que les autres reprennent le bis, Toa Nui les embrasse les un après les
autres, finissant par son père qu 'il serre longuement dans ses bras. Ensuite, lentement, il ramasse ses afifaires et s’éloigne pendant que les autres le saluent de
la main...
LitteRama’OHi « 19
L'artiste
Marie-Hélène Villierme est née en 1966.
Première publication en collaboration, “Tata’u, tatouage polynésien” (1992)
apporte un témoignage visuel d’une réalité culturelle et sociale. Revendication
culturelle, appartenance sociale ou démonstration esthétique, des portraits
d’hommes, de femmes (des pionnières), de Polynésiens, de “Demis”, d’Euro-
péens (des pionniers), de danseurs, de “notables”, d’un incarcéré même, se
côtoient sans hiérarchie, afin d’exposer le phénomène du renouveau du tatouage
polynésien au début des années 90.
Suivra un recueil de photographies réalisées sur une période de six ans, à travers les cinq archipels de la Polynésie française. “Visages de Polynésie” (1996),
ouvrage à compte d’auteur, rend compte, tout en nuances, d’une époque charnière qui voit s’éteindre la génération des anciens et avec eux l’évocation de
valeurs traditionnelles.
L’ouvrage “Visages de Polynésie” donne vie à une exposition du même nom
qui débute en 1996 à Tahiti pour se poursuivre entre 1997 et 2001, à l’extérieur,
notamment au musée d’histoire naturelle de Lille, au musée de l’Homme à
Paris, au musée ethnographique de Berlin.
Puis, en 2005, l’ouvrage photographique “Tangata, une communauté polynésienne » (éd. Le Motu) rassemble près de 200 photographies réalisées entre
2003 et 2005 dans l’archipel des Tuamotu Gambier. Cet ouvrage trouve son origine dans la profondeur de la dimension communautaire dans la société traditionnelle polynésienne.
Ses récentes expositions ont été des participations à des manifestations collectives : notamment « Mana » avec l’association Pacific Trans Art Express en
2008/09, présentée au musée de Tahiti et ses îles, puis au centre Tjibaou, et le
Art’s in Le Méridien en 2010.
Cette année, elle présente une exposition sur les « Témoins de la Bombe »,
une mémoire
de 30 ans d’essais nucléaires. Cette série de 33 portraits « étayés
de quelques phrases, parfois indignées, parfois résignées, où l’émotion transparaît pudiquement. » (dixit Bruno Barrillot) dépasse les discours officiels et les
protestations médiatiques lorsque des voix anonymes ou intimes racontent
« leur » histoire avec
la bombe. Toutes différentes, toutes venant contribuer à
construire l’édifice de notre histoire collective. Elles osent aborder la réalité
«
des dégâts dans les âmes » (dixit Chantal Spitz).
Parallèlement, Marie-Hélène Villierme enseigne la photographie à l’Isepp
aux étudiants en Licence de
Communication.
Enfanter
Il appartient à l'histoire de donner aux œuvres toute leur part du passé, mais il appartient
à certaines images d'en révéler l'énigmatique part de présent [...]. »
«
(André Malraux)
C'est une phrase qui interpelle celui ou celle qui veut bien faire une pause et s'extraire un instant
du brouhaha ambiant. Faisant cela, on est tout d'un coup aspiré dans une spirale où s'efface
l’horloge du temps.
Pourquoi cela m'a fait-il cet effet ? Par touches, des explications arrivent et repartent...
Peut-être l'impression que cette pensée s'allonge dans la profondeur du temps, on la saisit,
puis on la perd, elle nous fait emprunter des sas sans issue, puis retrouver le chemin de la
remontée du temps...
Tupuna, Nuuroa et le Puta Tupuna.
Enfanter. Enfanter d'une création, enfanter d'une culture. Cette image est probablement le
fruit d'une expression « hors oral » ou « hors mental » de mon travail d'assimilation de la pensée
de Monsieur Malraux.
La revue
ma’om a été fondée par un groupe apolitique d'écrivains
polynésiens associés librement. Le titre et les sous-titres de la revue
traduisent la société polynésienne d'aujourd'hui.
ma’oHi, pour l'entrée dans le monde littéraire et pour l'affirmation
de son identité ;
par référence à
la rame de papier,
le de la pirogue, à sa culture francophone ;
signe la création féconde en terre polynésienne.
Fécondité originelle renforcée par le ginseng des caractères chinois intercalés
,
entre le titre en français et celui en tahitien.
La revue a pour objectifs de tisser des liens entre les écrivains originaires de
la Polynésie française, de faire connaître la variété, la richesse et la spécificité
des auteurs
originaires de la Polynésie française dans leur diversité
contemporaine, de donner à chaque auteur un espace de publication.
Patrick Rmaru, (Tlarcaline
Rpo, ITlanuela Rturia, Liliane Babou, Rnne Bihan,
Rahiti Buchin, Shiriey Buisson (Tlairau, Steeue Chaillou», Brehia Chambo,
Rlice Châtelain, ITlanutea Chauvet, Rnnie Coeroli-Green, Flora Deuatine,
Prunella Peuti, ITIorgane Franquin, flatachs Gagne, ITloeata Galenon,
Heinarii Grand, Julien Gué, Danièle Tao'ahere Helms,. Isidore Hiro,
Ophélie
Hocquard, Louise. Huard, Rli Khadaoui, flicolas Kurtovitch, Rliona Ladus,
Harine Léocadie, Abigail ITIariteragi, Chantal ITIillaud, fTlonak, Hinanui (Tiopi,
Brieta Goblet, Hinatea Pambrun, Hong-fTly Phong, Odile Purue, Jenny Ragiuaru,
ITlanuteà Reasin, Chantal T. Spitz, Régine Suan Ho, Edgar Tetahiotupa,
Hgulana Tama, Titi Tauiarii, Rbel Teahua, Itaone Teahutapu, Tenahei Tehuritaua,
B. Tonohiti, Tuarii Tracqui, Pamiti Turina, Rthanase Vantchev de Thracy,
ITIarie-Hélène Uillierme, Quentin Uitasse
Fait partie de Litterama'ohi numéro 19