SPAA_DAN-00058.pdf
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B.E.& M.TH. DANIELSSON
MERVEILLES
N A TU R E E T DE L A R T .
RYEILLES
DR LA
f u m n a i 'ü ï ï 2 > i iL * ü a 2
DANS LES CINQ PARTIES DU MONDE.
ou
DESCRIPTION
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tomoin froU ti, catctdoi, toureet. nioulojtn». roobcrt, lerttlU . tuw
pitlnrco^uoi, oce-, qon «ou* rolui do l 't / l , eomnio ■nlbjuitèt, uionumcu» .
rooiUiitlloiu »it>*uUr«t ou fifiiitMqoer. Mo. Ou»r»*» propre a dooiwr
tut fouilno crn>lo(«4H Ae la Incluro t\ 1» «Mtir Art liolUt cliolci, "Il 1«
ItMlruiiaut par dit ubloaui «fui lout oITmit |rn imafia
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< 1 too Loiiuiuii col produit do plot fraud et <1* plut p«rf»it-
PAR M. DE MARLÈS.
AVEC G U A VCU E S.
t
O CE A N IE .
PARIS,
A LA U BBA IBIB û ’énCGATIOH
DE YM KUï , in u G E n E T COMPAGNIE,
ICI KlItOOT, »• JO.
1830-
IN TRO D U CTIO N .
Les heureuses tentatives «les Portugais pour
doubler le cap de Bonne-Espérance, et la dé
couverte d’un Nouveau-Monde par ChristopheColomb avaient ouvert aux navigateurs une car
rière immense : ils s'y jetèrent en Ibule. Du tous
les ports de l'Europe sortirent des expéditions
dont quelques-unes eurent pour but h*s progrès
de la science ou Futilité commune, mais dont le
plus grand nombre, dirigées an profil de l’am
bition et de la cupidité , manquaient de ce noble
mobile. Toutes les mers furent explorées; on pé
nétra jusqu’aux plus hautes latitudes; ou fit le
tour du glol»ede l'orient à l’occident. Des terres
ignorées, «les îles sans nombre, des archipels
Considérables, un troisième continent ont vu les
vaisseaux européens sillonner l'Océan de leurs
rivages, et l’Océanie n’a pas tardé à se montrer
sur les cartes.
Le volume que nous publions aujourd’hui est
destiné è faire connaître les plus rares ouvrages
de la nature et de l’art qu’ou a rencontrés dans
cette cinquième partie du monde. Ou ne doit pas
s’attendre à un travail complet, car, à l'exception
vi
i.v rn on rcT iox.
dp <|uelqucs îles peu étendues comme celle d’Otaïti, les voyageurs n’ont fait, pour ainsi dire,
«jue reconnaître les côtes; ils n’ont pu voir dans
l'intérieur des pays qu’ils ont visités. Ainsi les
sources où l’auteur a puisé sont loin d’être abon
dantes. et il on C6l même plusieurs qui ont dû
justement lui paraître suspectes. C’était pour lui
un motif de redoubler d’efforts dans la rédaction
de son livre pour y introduire quelque intérêt
qu’afin d’en exclure les notions incertaines ou
fabuleuses.
Nos jeunes lecteurs trouveront à la fin , sous le
titre de supplément à l’Asie, quelques articles
destinés à remplir la lacune quo le défaut, de ma
tériaux suiiisans sur l’Océanie aurait, dû laisser
dans ce volume, q ui, nous l’espérons, ne sera
pas accueilli avec moins de faveur que ceux qui
le précèdent.
LES
MERVEILLES
2>is
2 >ü
sr& & w K B
E T DES ARTS.
LA NOUVELLE-HOLLANDE.
L a Nouvelle-Hollande que le navigateur
Cook désigne sous le nom de Nouvçllc-Gulles
méridionale, est file la plus vaste qui soit sur
la terre j sa longueur eu ligne droite est d’en
viron neuf cents lieues, e f son immense sur
face excède celle de l’Europe entière. L’inté
rieur de ces régions australes est tout-à-fait
inconnu; on n’a même que des détails super
ficiels ou imparfaits sur les cotes; et comme
cela doit être, elles ollrent tantôt l’image de
là stérilité la plus complète, tantôt des paysa
ges assez rians, couverts de verdure et riches
de végétation. Ces côtes sont eu général peu
élevées; vers le nord , les rochers dominent;
vers le sud au contraire, ce sont des plages
■J
LES
M E R V E IL L E S
sablonneuses où croissent d’assez grands ar
bres, où le sol se couvre surtout d’une herbe
(•paisse et haute à travers laquelle il est pres
que impossible de se frayer un passage. Les ar
bres ne se voient guère qu’à sept ou huit toi
ses éloignés l’un de l’autre; mais lets terrains
marécageux que les marées inondent sont hé
risses de palétu\ iers; l'herbe et les broussailles
occupent le fond des vallées, et le sol paraît
peu susceptible d’être soumis à une culture ré
glée. On n’y trouve point do rivières, mais
seulement des ruisseaux peu profonds où le
plus souvent les marées pénètrent, ce qui pro
duit beaucoup de lagunes salées.
On y trouve deux sortes d’arbres qui peu
vent fournir du bois de charpente. L’un ressem
ble assez ayx pins de KEurope; l’autre a les feuil
les semblables à celles du saule. De ce dernier
qui est le plus commun , on voit couler une
résine d’un rouge foncé , de laquelle on pour
rait tirer grand parti. Il y a aussi un arbre
dont l'écorce fibreuse s’enlève très facilement.
Ou emploie cette écorce pour calfater les bàtimens. Quelques portions de cotes offrent des
palmiers de trois sortes. Celui de la première
espèco a les feuilles plisséescn éventail; il donne
un chou petit, mais d’un goût exquis; ses noix
ne sont bonnes que pour nourrir les porcs. Le
second, peu différent du chou palmiste de l’A
mérique , a les feuilles ailées comme celles du
OE I.A RATURE.
O
cocotier j son chou est plus gros, mais sa qua
lité est mediocre. Le troisième, dont le tronc
n’a que dix pieds de hauteur, porte des feuil
les qu’on prendrait pour celles de la fougère.
Cette espèce qu’on ne rencontre, que dans les
contrées septentrionales ne produit point de
chou , et ses noix de la grosseur d'un marron
ont des propriétés malfaisantes et provoquent
les nausées.
beaucoup de buissons et d’arbustes inconnus
en Europe croissent aussi dans la NouvelleHollande. Leurs fruits sont bien loin d’égaler
en saveur ceux que nous possédons. Parmi les
plantes qu’on y rencontre, on en remarque
une à feuilles longues, étroites, épaisses, la
quelle distille une résine d’un jaune brillant,
d’une odeur suave; cette substance ressemble
A la gomme-gutte, mais elle ne tache point
comme elle.
Les montagnes ont toutes dans ces contrées
une direction générale du nord nu midi. La
chorine immense qui descend depuis le cap le
pl us septentrional, à peu de distance de la eôte
orientale, va s’unir par des branches sous-ma
rines aux montagnes île Van Diémeri. Cette
chaîne orientale s'aperçoit au fond de l’hori
zon comme un rideau bleuâtre, A quinze ou
seize lieues de distance. On la découvre très
bien de Botany-Bay; la couleur constante dont
elle semble revêtue lui a fait donner le nom
4
LES
M E R V E IL L E S
d e MoiUaynct-Iileu.es. Leur sol aride repousse
toute espèce de végétation.; il se compose de
grauit et de grès-, inaccessibles à l'hom m e, elles
ne lui olïrent de toutes parts que des rochers
abruptes et d’aflrcux précipices.
Eu 1789 le lieutenant Dawes tenta, mais
sans succès, d’y pénétrer -, il ne put jamais s’a
vancer dans leurs profondes gorges au-delà de
huit à neuf milles. Eu 1790 le capitaine Tench,
suivi d'une troupe nombreuse armée d’instrumeus et de crocs de fer, partit dans l'intention
de traverser la chaîne-, trois ans après le co
lonel l’aterson, et plus tard encore le voya
geur bass ont renouvelé cette épreuve; tous
ont échoué, et si l'on ne trouve un passage sur
quelque autre point il est vraisemblable qu'on
ne connaîtra jamais l'intérieur de la NouvelleHollande, qui d'ailleurs peut-être ne renferme
là que des oables déserts.
Ce qui rend cette conjecture probable, c’est
«pie malgré ces montagnes qui semblent devoir
opposer aux vents du nord-ouest une barrière
qu’ils lie sauraient franchir, ces vents brùlans
et délétères se font sentir avec violence sur la
côte orientale, où ils répandent la dévasta
tion. Les vents du nord et de l'est n’y exercent
pas moins de ravages, et leur pernicieuse iotlueuce se fait principalement sentir sur les cô
tes du sud et de l'occident. Dans les mois de
janvier çt de février, été de ces clim ats, la cha-
DE
LA N A T tm E .
5
leur acquiert tant (l’intensité par l’effet de.ces
vents désastreux qu’il n’est pas rare d’y voir
le thermomètre monter à l’ombre jusqu’à
trente degrés. Le 10 et le 11 lévrier 179 1, dit
M. Collins, il s’éleva au-dessus de trente-deux
degrés-, et l’on vit la terre couverte des corps
de mille espèces d’oiseaux qui périrent sufl'oqués par la chaleur.
11 n’est point possible qu’un climat si chaud
ne soit pas souvent tourmenté par les orages.
Nulle part le tonnerre ne gronde avec plus de
fracas. Au milieu de ses éclats redoublés, ac
compagnés d’éclairs effroyables, les nuages
s’entr’ouvrentj des torrens d’eau et de grêle
tombent sur la terre, arrachent, déracinent
les arbres que la foudre n’a point frappés, em
portent en un quart d’heure l’espoir du culti
vateur. J’ai v u , dit le meme Collins, des gré
ions de six à huit pouces de longueur, épais
de deux travers de doigt; j ’ai vu des ruisune heure à la hauteur de plusieurs brasses.
Celte chaleur excessive tient saus doute à
des causes locales, car dans l’îlc Maria, à l’est,
do la terre de Van Diémeu, à deux cent cin
quante lieues du port Jackson , M. l’eron n’a
essuyé pendant le mois de février qu’une cha
leur de quinze degrés; encore n'était-ce qu’au
milieu du jour; et toutes choses égales, la
différence qui existe entre les latitudes ne sau-
6
LE S M E R V E IL L E S
rait amener une aussi grande variation dans
les températures.
J’ai dit que la chaîne des Montagnes-lMeues
correspondait à celles qui couvrent la terre de
Van Diémen , et celles-ci ont en eflet la même
direction; mais vues de la côte elles semblent
s’élever comme par degrés. Des neiges éternel
les couronnent leurssommets. On sait que cette
terre est séparée de la Nouvelle-Hollande par
un large détroit découvert par Bass, q u i,
poussé par son amour pour la science et son
zèle pour ses progrès, osa s’abandonner sur
une clmloupc à des mers inconnues, semées
d’écucils et presque toujours agitées par les
vents. Les Anglais reconnaissans conservent re
ligieusement la chaloupe de Bass au port Jack
son , et le détroit a pris comme par acclama
tion générale le nom du célèbre navigateur.
Les côtes de l’ouest de la Nouvelle-Hol
lande n’ofirent point de montagnes; elles sont
couvertes de sables stériles et n’ont point de
rivières : aussi la nature y parait-elle morte.
Du côté des terres de Leuw in, de Wit et d’Eudrach le terrain est très peu élevé, et le ri
vage est partout bordé de collines qui descen
dent en pente jusqu’à la mer: mais ces collines
sont d’un aspect triste; la végétation y lan
guit; dans beaucoup de lieux même on n’en
aperçoit pas le moindre vestige.
Tout le pays manque d’eaux courantes ; si
DE h \
RA TURE.
7
quelque? rivières, sur la cote de l’est, ont à
leur embouchure l'apparence d’un fleuve, c’est
par l’effet des marées. Aussitôt qu’on veut les
remonter, oti v o it, à bien peu de distance, le
fleuve devenir un humble ruisseau; plus d’une
fois encore ce ruisseau reste à se c , dès que les
chaleurs arrivent. Aussi est-il difficile de faire
de l’eau dans ces parages où la nature semble
n’agir qu'à regret.
Les Anglais , possesseurs de Botany-Bay et
du port Jackson , n’ont rien négligé pour na
turaliser dans ces contrées les productions vé
gétales et les animaux de l'Europe, de l'Asie
et du Nouveau-Monde. Le commodore Phi
lips, principal fondateur decctte colonie, avait
fait les premiers efforts; d'autres après lui ont
marché sur ses traces, et le gouvernement les
a secondés de ses propres moyens. On y a
transporté des ch evaux, des boeufs et des bétes
A laine ; tous ces animaux y ont prospéré, el
ils s'y sont multipliés de manière à passer tou
tes les espérances. Ce qui a favorisé le déve
loppement de leurs races, c’est qu’elles ont pu
s’étendre en liberté dans les prairies où elles
trouvent d’aboudans pâturages saus y être ex
posées aux attaques des bêtes féroces. Les mou
tons deTace espagnole s’y élèvent si bien qu’on
croit généralement que dans peu d’années la
Nouvelle-Hollande pourra fournir ù l’Angle
terre autant de laines qu'elle en tire aujourd’hui
8
LES
M E R V E IL L E S
de ses voisins. Toutes les espèces d’oiseaux do
mestiques y ont pris aussi les plus rapides accroisscmcns.
On cultive encore avec succès à Botany-Bay
le coton, le café et le blé. Ou a cherché à y
faire croître la vigne; des plants de Bordeaux,
de l’Espagne et du Cap avaient d’abord très
bien réussi; des vignerons français avaient
été appelés pour en prendre soin; mais ils
n’ont pu résister au souffle empoisonné des
vents «lu nord-ouest; ceux qu’on a pu en
abriter se sont bien conservés.
Les fruits de l’Europe et surtout le pécher
s’accommodent très bien du clim at, de même
que les grains. On a vu le blé sur un premier
défrichement donner quatre-vingt-quatre pour
un, l’orge donner cent quarante et le maïs
jusqu’à deux cents.
Les huttes des habitons sont fort petites; ils
leur donnent la forme de nos fours; ils les cons
truisent au moyeu de longues branches flexi
bles dont ils enfoncent les deux bouts dans la
terre; ils recouvrent ces branches de feuilles
ou d’écorce de palmier. Chaque hutte ne peut
contenir que trois ou quatre individus; ils
sont même obligés de s’y coucher ployés en
rond de manière que les pieds de l’un touchent
Ir tête de l’autre. Elles n'ont qu’ une petite
ouverture, du côté opposé au vent. Comme
les naturels mènent une vie nomade, ils cons
DE LA RATURE.
9
truisent leurs cases là où ils veulent s'établir,
et ils les abandonnent lorsqu’ ils changent de
place. On voit presque toujours dans le voisi
nage de ces tristes habitations des trous creusés
dans la terre à une assez grande profondeur;
les naturels en retirent un peu d’eau saumâtre,
non en puisant avec des sceaux, mais en l’as
pirant au moyen d’un tube qu’ils font avec la
tige du céleri sauvage. Ils ont pourtant des
vases de goémon.
Quand la horde errante ne doit pas rester
trop long-tem ps dans le meme lieu, elle
s’épargne la peine de construire des cases :
un peu d'herbe sèche devient un lit-, un simple
buisson sert, d’abri.
Le mobilier consiste en un vase d’écorce
attaché par l’orilice à une baguette flexible
qui sert à le porter, et en un petit sac à mailles
où l'on renferme les hameçon», la ligue, quel
ques coquillages tranchons et «les pointes de
javeline.
Pour allumer du feu, ils font tourner rapi
dement un bâton dont le bout est émoussé
sur un morceau d«* bois plat et peu de temps
leur suffit pour produire une étincelle.
La javeline et la lance sont leurs armés les
plus communcs.Celle-ci ajusqu’à trois ou qua tre
pointes, garnies d’un os aiguisé, barbelées audessous de l'os et enduites d’une résine qui
durcit à Pair. L i javeline est formée de plu
to
LES MERVEILLES
sieurs pièces de jour ou de canne qui s'enchâs
sent les unes dans les autres; elles sont fort lé
gères, leur pointe est de bois dur, d’os de
poisson ou de morceaux de. coquille. Ils les
lancent à lu main et visent assez juste, quand
ils veulent atteindre »\ de grandes distances,
ils ajouteut un morceau de bois arrondi à l'ex
trémité inférieure; le contre-poids augmente
la force du jet. Ils ont pour arme défensive
un bouclier d'écorce d'arbre de trois pieds de
long sur un et demi de large. Ils le taillent et le
découpent sur l’arbre avant de l'enlever; l'ex
périence leur a appris que laissée sur le trqnc
après avoir été entaillée, l'écorce devient plus
épaisse et plus forte.
Leurs pirogues grossièrement faites ne m é
ritent pas qu’on les décrive. Tout ce qu’on
peut dire e’esl que pour ces constructions ils
n’ont qu’une hache tie pierre, un maillet de
bois cl quelques fragment» de corail, et que
pour aiguiser la pointe de leurs inslnimeus ils
ne sc servent que des feuilles d'une sorte de
figuier sauvage.
La colonie anglaise s’était d'abord établie
à Botany-Bay, mais quaud le gouvernement
voulut que l’établissement acquit de l’impor
tance, il fut transféré- au port Jackson sur la
même côte, un peu plus au nord. Le com
modore Philips chargé d’y conduire les dé
portés dont l’Angleterre purgeait son sol, y
DE
LA
N ATURE.
li
i arriva Pan iy8H. Sept cent soixante-quinze
l condamnas parmi lesquels on comptait d ix huit enfanset cent quatre-vingt-douze femmes,
j y furent débarqués. Le commodore les exhorta
dans une courte harangue à changer de con
duite. et à se rendre digues par la soumission
j et le travail du sort heureux dont ils pour
raient jouir, dès qu'ils seraient sortis de l’é
preuve pénible qu’ils devaient subir. Ce dis
cours ne tit d’abord que très peu d’effet. Plu
sieurs déportés endurcis au crime tombèrent
en de nouveaux écarts et périrent par le sup
plice: d’autres furent relégués dans îles îles
- désertes-, quelques-uns s’amondèrent (1). Eux
| et leurs descendons sont devenus à la longue
citoyens utiles île leur nouvelle patrie.
LE POUT JACKSON.
Lb port Jackson, dit James G ran t, est le
plus beau , le plus vaste et le plus sur de l’uni
vers. Mille vaisseaux peuvent y mouiller et y
manœuvrer sans obstacle. La ville de SydncyTown s’élève au fond de la baie, au milieu d’un
pays dont l’aspect est aussi varié que piltorcs( i ) \ o y n le J u i f d u fmrt Jackson.
(2
LES MERVEILLES
que. La petite île tie G arden Island située de
vant la ville a été convertie en un Heu de plai
sance. Plusieurs particuliers possèdent sur le
rivage à droite et à gauche de belles maisons
de campagne, que l’Européen qui arrive s’at
tendait peu à trouver aux extrémités de la
terre. La ville paraît grande et surtout popu
leuse, si l’on considère que sa fondation ne
remonte pas à un demi-siècle. Elle a des rues
larges et bien alignées, et l’on y voit circuler
beaucoup d’équipages; il y a même pour ceux
(pii n’ont point de voiture des cubriolets de
louage et des fiacres.
• Le gouverneur faits»résidence ù Paramatta,
joli village que les Anglais appelaient Rotcf f i U , dans un vaste hôtel situé à l’extrémité
d’ une rue qui a un quart de lieue de long. Un
jardin magnifique , planté d’arbres fruitiers de
toute sorte, fournit aux besoins du gouverneur
et de sa maison. Les habitations des particu
liers sont aussi ornées de jardins, tous très
productifs.
Les maisons des déportés sont presque toutes
construites de claies et couvertes de planches.
Les claies sont revêtues dans l'intérieur d’un
enduit de plâtre, et à l’extérieur d’une couche
de terre soutenue par un enduit de ch au x .
qu’on fabrique sur les lieux mêmes avec le»
coquillages que fournissent les bords de la mer.
On prétend que la présence eu ce lieu des ma
DK LA HA T t IU Ï.
l3
tières calcaires fut une des raisons détermi
nantes qui firent préférer le port Jackson à
Botany-Bay. 11 est rare de voir deux familles
habiter dans la même maison ; chacune a la
sienne. Ou en voit dans le nombre qui sont de
brique, et paraissent aussi bien construites
que celles d’Europe. Beaucoup de gens en
Angleterre sont moins bien loges que les dé
portés du port Jackson. Aussi voit-on la plu
part de ces derniers témoiguer le désir d’y
rester après que le terme de leur exil est ar
rivé.
Les naturels dont les hordes erraient dans
les environs de Sydney, familiarisés aujour
d’hui avec l’aspect des Européens, commen
cent à s’établir à demeure dons les lieux que
naguère encore ils ne faisaient que parcourir ,
attires par les avantages qui résultent pour
eux de la fréquentation des Anglais. Mais au
lieu «les chétives cabanes, ou plutôt des mi
sérables lanières où ils passaient leur vie
enfouis comme des hôtes fauves, ils construi
sent des cases solides, commodes et spacieu
ses , d’où ils peuvent se rendre fréquem
ment à la ville pour y consommer leurs
échanges.
L’air de Sydney et en général celui de la
Nouvelle-Galles méridionale est pur et salubre
malgré les chaleurs extrêmes de l’été. Un le
remarque sur la ligure des déportés. Ils arri
l4
L E S M E R V E IL L E S
vent presque tous soutlrans, épuisés de fatigue,
accablés de chagrins : à peine quelques mois sc
sont-ils écoulés que la santé brille sur leurs
visages.
LES 1G 0 L 0 TES, LES MALAIS El’ LES NOIKS
DE LA MElt Dü SUD.
U n e chaîne immense de hautes montagnes
traverse Tile de Luçon du nord au m id i, s’a
baisse en s'approchant du rivage, et se lie par
des branches sous-mariucs aux montagnes de
Samar et de Mindanao, au sud-est et au sud
de Luçon. Toutes ces montagnes qui occupent
l’intérieur des terres, recèlent dans leurs gorges
profondes et dans leurs forêts une race sau
vage de noirs à cheveux courts et crépus. Los
noirs vivent toujours en guerre avec les Espa
gnols qui n’ont jamais pu les soum ettre. ils
n’ont point de communication avec les Tagals, autre race indigène des Philippines. On
leur donne dilli rens noms, mais généralement
on les désigne sous celui d’Igolotes.
La passion extrême de ces noirs pour une
indépendance absolue les isole, même entre
eux , et les rend peu dangereux pour les Espa
gnols. fis deviendraient redoutables s'ils sa-
vaieut Ç ititjr fin corps de nalion , el s’ils vou
laient se soumettre A obéir à un chef qui
dirigerait leurs cfl'orts et leur courage: mais
chaque famille vit séparément sans observer
d’autres lois que celles de la nécessité présente*
Aussi les voit-on toujours errans et vagabonds,
accompagnés de leurs femmes et de leurs enfans. Ils ont pour armes des /.agaics et des llèclies empoisonnées. Ils ont la plus-grande vé
nération pour les vieux arbres; les noirs de
Mindanao qui sont évidemment de la même
race croient que h-s troncs des arbres renfer
ment les antes de leurs ancêtres.
Les Igolotes diffèrent des Tagals par la cou
leur, le poil frisé qui couvre leur tète et leur
constitution physique-, autant que par l’i
diom e, les moeurs el les habitudes. Les tra
ditions qui font descendre les Tagals des
Malais «le Roméo, représentent les Igolotes
comme les restes de la race primitive qui ,
vaincue par 1«ïs Malais et chassée «les contrées
qu’elle habitait, chercha un nsilo dans les
Montagnes. Cette tradition ,si elle n’est fondée
sur la vérité qu’il n’est guère possible de dé
couvrir, a pour elle au moins toutes les pré
somptions de vraisemblance et de probabilité.
Si l’on compare entre êlles toutes les rela
tions des voyageurs qui ont visité les îles de
l’Océan Pacifique, on demeure à peu près con
vaincu que la mer a vu naître autrefois dans
l6
LES
M E R V E IL L E S
son sein deux races d’hommes bien distinc
tes : les Malais à teint jaune ou olivâtre, et
les noirs à cheveux frisés. Et les uus et les
autres doivent paraître indigènes, car ni ces
derniers ne sont sortis de l'Afrique , ni les pre
miers des rivages de l’Inde ou de la côte de
M alacca, comme on l’a prétendu plus d’une
Ibis et toujours sans preuves.
La configuration des divers contiueus, en >
comprenant la N ouvelle-H ollande, semble
indiquer que toutes les parties de la terre lu
rent construites sur les mêmes buses, et que
partout les longs efforts de l’Océan ont produit
des résultats semblables. D’ un autre côté,quand
on considère la direction des principales mon
tagnes qui constituent la charpente de la terre,
et qu’on retrouve au milieu des mers deux
grandes chaînes qui suivent à peu près la même
direction que celles des deux cont incus; dont
l'une traversant les îles Mari ânes et courant
à l’est vers les Carolines, retombe vers le sud
en passant par les îles Mulgrnves, et l’autre
venant de Formosa et traversant les Philip
pines, Célèbes et les Moluques, va se perdre
sur les derniers rivages de la Nouvelle-Hol
lande , on est tenté de croire que tous ces ar
chipels qui couvrent les mers du sud formè
rent jadis uri seul continent, dessiné par la
nature des mêmes traits qu’elle avait employés
pour la formation de l’Afrique et de l’Amérique
| ;9 B
LA S A T U R E .
17
méridionale. Les eaux do l’Océau poussées aveu
rapidité de l’est à l’ouest par le mouvement
contraire de rotation du globe de l’ouest à
l’est, n’ont-elles pas dû par le laps des siècles,
parvenir à rompre de trop faibles barrières,
et envahir les terres basses cpie ne protégeait
point leur constitution solide et montagneuse ?
Partout où des chaînes de montagnes ont
existé sur les côtes, l’envahissement des eaux
a été contenu : des masses énormes dont les
fondemens sont jetés au centre de la terre, ont
pu opposer une résistance efficace $ les terres
légères, friables, peu adhérentes, ont été en
traînées. D’autre p a rt, ce continent austral,
s’il a existé, a du souffrir des courans et des
vagues plus que l’Afrique et l’Amérique méri
dionale, et c’est ce qui rend moinssurprenante
I sa submersion. La force des eaux de l’Océan s’ac
croît en raison de leur vitesse, et la vitesse en
raison de la durée ou de la prolongation du
mouvement impulsif. Or les eaux de la mer
des Indes ou celles de l’Océan Atlantique ont
bien moins d’espace à parcourir que celles de
la mer du Sud ; elles subissent donc un moin
dre degré d’impulsion. D’ailleurs la côte orien
tale du Brésil et la côte orientale de l’Afrique,
fortifiées par de longues chaînes de montagnes,
ont eu beaucoup plus de moyeu do résistance.
En admettant la supposition d’un ancien
continent dans les mers du sud, on peut eon-
ÎO
I.ES
BIER V E IL L E S
cevoir l’existence des deux races de noirs et
de Malais dans les divers archipels qui eu
tiennent aujourd’hui la place, sans qu’on soit
obligé de recourir à des hypothèses peu vrai
semblables de migrations, de colonies , d'hahitans portés par les vents sur de frêles piro
gues à des distances incommensurables. Les
noirs se trouvent dans toutes les iles les plus
méridionales, telles que ln Nouvelle-Guinée,
la Nouvelle-H ollande, la Nouvelle-Calédo
n ie, etc. Ils occupent seuls tout le pays, sans
mélange de Malais: ils ont occupé de même
autrefois les Marlines, les Philippines, les Moluqucs, etc. Les Malais nés en des climats plus
doux et de mœurs moins rudes peuplaient les
îles de la Sonde et de Bornéo; de là ils se sont
répandus au nord et à l'est-, ils out peu à peu
expulsé les noirs ou ils les ont resserrés dans
l’intérieur; ils ont transporté dans les terres
conquises les produits cl les plantes de leur sol.
Les noirs, dénués de toute aptitude*, étrangers
à toute industrie, vivant dans l’abrutissement
et la misère, loin de songer à faire des con
quêtes n’ont pas su même défeudre leur pays; les
Malais, au contraire, vils, courageux, entxcprenans se sont établis partout où la nature
leur a paru belle et féconde.
Quoi qu’il en soit, on ne saurait douter que
les Malais qui habitent l’Océan depuis Sumatra
jusqu’aux îles de Sandwich cl des Am is, ne
DF. LA R A T U R E .
»9
soient un mémo peuple, sorti d’une sour hr
commune* Outre qu’on peut le présumer sur
plusieurs circonstances, la couleur de leur
teint, leur physionomie, leur caractère, leurs
formes physiques qui ne diffèrent que par de
légères nuances, on peut en acquérir une sorte
de certitude en comparant entre eux les usages
de ces peuplades, leurs fêtes, leur religion,
et surtout leurs idiomes. Et cependant c’est
par tous ces traits qu’ils se distinguent des ha
bitons de l’Amérique. D’un autre cô té , la
mémo ressemblance existe parmi tous les noirs
des contrées australes; on remarque leur face
très aplatie, la longueur de leurs bras, la té
nuité de leurs membres inférieurs, leurs che
veux crépus sans niélange de laine; et c’est
encore par tous ces signes qu’ils diffèrent des
Africains, dont la tète plus arrondie est cou
verte de laine, et dont les membres en général
sont mieu\ proportionné*.
Si fUcéan n’a point reçu de l’Amérique scs
colonies, s’il ne doit point à l’Afrique ses ha
bitons, il faut conclure que les deux races
dont ces derniers se composent sont indigènes.
Comment supposer eu effet l’existence ni même
la possibilité de telles migrations? Comment
les Africains luttant contre la force constante
des vents d’est et la violence dcscourans, au
raient-ils pu sur leurs simples nacelles s’avan
cer vers l’orient à douze ou quinze cents lieues
20
LE S M E R V E IL L E S
de leurs côtes? Où l’Afrique possède-t-elle
d'ailleurs vers ses rivages orientaux des peu
ples assez nombreux pour envoyer tant de
puissantes colonies? Gomment de simples voya
geurs poussés par la tempête et abordant à des
terres inconnues, auraient-ils pu se multiplier
au point d’être forcés à chercher plus tard des
contrées nouvelles? Quelle eBrayante série de
siècles n’eût-il pas fallu d’ailleurs pour de tels
résultats !
Quant aux Américains, la chose paraîtrait
moins improbable , parce que le mouvement
de l’Océan aurait pu aisément les porter sur
les îles de l’ouest. Mais la différence totale de
langage, de mœurs et de constitution physi
que entre eux et les insulaires de la mer du
Sud, repoussera toujours celte supposition.
Tout montre d’ailleurs que les Américains sont
un peuple nouveau et que la terre qui les
porte commence à peine à se reposer des ré
volutions qui l’ont agitée.
I.a seule idée que l’on pourrait avoir con
traire à l’hypothèse que j ’énonce, c’est que les
premiers habitons de l’Océan sonl sortis des
côtes de l’Asie , comme on l’a dit quelquefois ;
mais outre que la race des noirs ne s’y trouve
pas, il faudrait toujours admettre, pour ren
dre ces migrations probables, la possibilité de
naviguer en canot à d’immenses distances
contre les vents et les moussons.
D E LA. N A T U R E .
21
LA BAIE DUSKY, ou LA BAIE OBSCURE (i).
P o u r des navigateurs qui arrivent du fond
des mers australes où pendant plusieurs mois
luttant contre les glaces, les tempêtes et les
brouillards, ils n’ont eu que de longues fati
gues sans un seul jour de repos, combien l’as
pect de la terre doit paraître délicieux! et
quand cette terre, parée des dons de la nature,
offre l’image du printemps, de la paix et du
bonheur, combien ils doivent trouver de plai
sir à pouvoir l’embrasser ! Ce fut dans cette
disposition de cœur et d’esprit que les Anglais
entrèrent dans la baie Obscure, lorsqu’on 1770
ils revenaient avec Cook des environs du
pôle antarctique où ils devaient chercher un
continent qui probablement n’existe pas. Un
temps doux , des arbres dont le vert feuillage
contrastait avec la teinte jaune que l’automne
répand sur la plaine, de nombreuses baudes
d’oiseaux de mer qui animaient le rivage, des
oiseaux de terre dont le bruyant ramage fai
sait retentir les forêts-, des points de vue les
plus variés, des forêts antiques dans l'éloigne
m ent, de hautes montagnes présentant leur
(1) .Sur In tô le île In Nouvelle-Zélande.
22
LBS
M E R V E IL L E S
masse bleuâtre, des cascades qu’on voyait bril
ler sur leurs flancs: telle parut la terre quand
les Anglais l’aperçurent.
Cette baie a deux entrées. Celle du midi se
distingue par cinq roches pointues qui sortent
de la mer, serréés les unes contre les autres ,
et qui pour cette raison prirent le nom de CinqDoùjts. Elles forment un promontoire étroit,
d’une hauteur médiocre et couvert de bois.
Cette entrée est difficile, mais n’est point dan
gereuse: la seconde entrée, éloignée d’envi
ron cinq lieues, est plus spacieuse et se fait re
connaître à ses côtes élevées-, un groupe de
petites îles la défend des grosses lames. L’in
térieur de la baie est très vaste, et l’eau très
profonde , mais on trouve sur tous ses rivages
un grand nombre de hdvros où l’on peut
mouiller commodément.
Le pays a «les sites d’une beauté pittoresque
et sauvage5 les montagnes qui le ferment au
loin sont d’une hauteur prodigieuse; des rocs
chargés de neige forment leurs sommités, mais
le terrain intermédiaire jusqu’à la mer est cou
vert d’arbres et d’arbustes. Ce terrain paraît
entrecoupé, excepté au fond des liâvrcs où le
cours des ruisseaux l’a nivelé par le dépôt suc
cessif des débris des montagnes. On y voit des
bois propres à la marine et des bois de char
pente et d’ébénisterie. Les sapinettes qui s’y
trouvent en grand nombre s’élèvent jusqu’à la
H
I B
m: L A S A T U R E .
p
.
25
hauteur de cent pieds; leur tronc a de huit A
dix pieds de tour.
Les bois qui dans plusieurs parties descen
dent jusqu’à la mer sont remplis d’énormes
lianes, longues do cinquante et soixante bras, ses. Leurs tiges entrelacées avec les buissons
qui couvrent le s o l, rendent le pays impéné
trable. On y voit beaucoup d’arbres, abattus
par le temps,engraisser la terre de leurs dépouil
les, et de jeunes plants s’élancer du milieu de
leur tronc pourri. La terre est partout noire et
humide; elle produit A l’ombre des arbres, du
lin , du chanvre, et quelques plantes potagè
res, telles cpie le cresson et le céleri.
Dans ln baie la mer est très poissonneuse;
ses eaux y sont couvertes d’oiseaux de toute
espèce. On trouve aussi des oiseaux dans les
bois et dans la campagne mais ou n’y voit
point «le quadrupèdes.
MUSIQUE ZÉLANDAISE.
Les nouveaux Zélandais ont une musique
et des instrumens; mais cette musique est au
niveau des mœurs de ces antropopbages, et
leurs instrumens sont faits pour leur musique.
Ils chantent, pour mieux dire ils hurlent, ils
H
LE S
M E R V E IL L E S
beuglent, sans chercher même l’unisson ( 1 ) ,
l’accord qui plaît le mieux aux sauvages et
qui fut sans doute la base de toute musi
que primitive*, quanta leurs chants de guerre,
ce ne sont que des aecens de fureur et de rage,
tels qu'ils doivent être chez des hommes qui
savent qu’avant la fin du jour ils dévoreront
les membres pnlpitans des vaincus ou qu’ils se
ront dévorés eux-mêmes parleurs vainqueurs.
Leurs instrumens consistent en une trom
pette ou tube de bois, long de quatre pieds,
auquel ils font rendre un son rauque et dur ;
en un cor composé d’une espèce de murex (2),
monte sur bois et troué à 1a pointe par laquelle il
s’embouche; le son qu’on en tire imite le mu
gissement d’un bœ uf, ou si l’on veut ressem
ble au bourdonnement d’une cornemuse. Un
troisième instrument qu’on peut appeler une
llùte parce qu’il en a la form e, n’est pas plus
harmonieux que les précédons. Le tuyau lé
gèrement renilé vers le milieu de sa longueur
a dans cette partie une large ouverture \ en se
promenant sur cette ouverture, la main mo
difie le son de l’aigu au grave sur un intervalle
de trois ou quatre tons.
(1) C’est ce qu’un écrivain , favorablement disposé, ap
pelle chanter it p l u s i e n r t p a r t i e l d i s t i n c t e i .
* (3] Muret, espèce de coquillage hérisse de pointe».
25
I»E LA MATURE»
TEMPLE D’OTAITI-PIIIA.
Au sud-ouest de Pile si célèbre d’O taïti, il
en est une moins grande qui se fait reconnaî
tre de loin par ses hautes montagnes dont In
cime se perd dans les nuages. Le sol n’y est ni
moins riche ni moins fertile, et l’aspect du
pays n’oflre pas moins de charmes.
Sur la côte de l’est, on découvre un bdtiràeut de pierre ayant la forme d’une pyramide
tronquée dont les côtés ont à la base trente
pieds d’étendue. L’édifice consiste en plusieurs
terrasses posées les unes sur les autres, comme
on l’observe à quelques-unes des pyramides
d’Egypte; mais celle d’O laïti, moins solide,
tombe déjà de toutes parts eu ruine, tandis
que les autres défient et long-temps encore dé
lieront les ravages du temps et l’efibrt des siè
cles. Autour de ce monument, qui devait
offrir au roi de Pile un tombeau, on voyait plu
sieurs pièces de bois fichées en terre et ornées
de figures sculptées des deux sexes. Un peu
plus loin était un toit soutenu par quatre po
teaux. C’était en ce Heu que la divinité venait
recevoir les offrandes que la superstitieuse
piété des insulaires lui destinait; elles étaient
étalées sur un treillage dé bois et cousislaienl
en bananes et noix de coco.
OCÉAMK.
a
26
LES
M E R V E IL L E S
LE CASA RUINA.
C ’ e s t le nom que les Européens oui donné
à un arbre de la mer du Sud , que les naturels
appellent toa, mot qui signifie guerre, parce
que son bois qui est extrêmement dur leur
fournit la matière de toutes leurs armes offen
sives. Les branches du easaruina retombent
autour de lui comme celles du saule pleureur.
Le bois passe pour indestructible, c-t jamais
les vers ne l'attaquent : c’est le sycomore de
l’océan Pacifique. Il n’est pas moins pesant
qu’il n’est dur, et il a une belle couleur d'aca
jou. On commence à le cultiver en France; il
réussirait en pleine terre dans ses provinces
méridionales.
L’ ILE MAOUNA.
C e t t e ile tristement célèbre dans le s anna
les de la navigation par l’assassinat de M. de
Langlc, infortuné compagnon de l'infortuné La
Pérouse, est l’une des plus belles, des plus ri
ches et des plus fertiles de l’archipel des Navi
gateurs. Un large ressif de corail en défend les
DR I, A K AT t R B .
27
approches du col»; <le l’orient et clu midi ; il
embrasse les contours du rivage comme une
ceinture. Entre la terre et le res»if la mer Tonne
plusieurs petites anses où l’on ne peut s’intro
duire que par les étroits passages que présentent
les coupures de la roche. Au fond de ccs anses
s’élèvent de hautes montagnes couvertes jus
qu’à leur cime d’arbres et de verdure: des
ruisseaux tombant eu cascades viennent bai
gner de leurs Ilots limpides les nombreux vil
lages qu’on voit de toutes parts entre la mon
tagne et la mer; de superbes cocoLiers prêtent
leur ombrage aux habitations, et des buissons
de fleurs odorantes parfument l’air que les in
sulaires respirent.
Chaque village se compose d’une centaine
de cases toutes rangées en rond autour d’uu
grand cercle de cent cinquante toises de dia
mètre. L’intérieur de* ce cercle forme une
vaste place sur laquelle en tout temps la na
ture étend une nappe de verdure; au-delà des
maisons est une riche enceinte d’arbres frui
tiers tels que l’arbre à pain, le goyavier-, Fornnger, le cocotier e t le bananier. Les cases
ne consistent pour l’ordinaire qu’en une grande
pièce dont les murs ne sont qu’un léger treil
lage recouvert de branches entrelacées de
fleurs et de plantes, comine nos berceaux de
jasmin et de chèvre-feuille; un rang de troncs
d’arbre travaillés comme des colonnes forme
L>8
LE S M E R V E IL L E S
le pourtour et supporte le toit couvert tie feuil
les de cocotier. Des nattes d’un tissu très fin
et tombant les unes sur les autres comme les
écailles de poisson garnissent l’entre-eolonncment •, ces nattes peuvent se lever à volonté au
moyen des cordes qui les soutiennent, de
même que nos persiennes. Le sol de la case se
compose tie petits cailloux formant une cou
che d’environ deux pieds; c’est un préservatif
contre l’humidité; des nattes semblables à
celles des côtés sont étendues sur le sol.
Mais les mœurs des Maouniens forment un
triste contraste avec la douceur du climat et
les ravissantes beautés du pays qu'ils habi
tent. L’opinion qu’ils ont de leurs forces phy
siques , dues à leur très haute taille et plus en
core à la vigueur de leurs membres, les rend
Hors, querelleurs, même féroces; la force est
l’unique arbitre de leurs différends comme la
source de tous leurs droits. Leur corps est tout
couvert de cicatrices qu’ils montrent avec
orgueil comme un trophée. La Pérouse avait
remarqué les dispositions presque hostiles de
ces hommes sauvages, grossiers et vivant dans
une anarchie complète, n’ayant même entre
eux d'autres liens que ceux qui pouvaient naî
tre d'un besoin commun et n’obéissant qu’à
l’impulsion que donne un intérêt présent,
n’ayant au surplus que îles idées très vagues
sur le droit de propriété : il n’avait cédé
D E I.A N A T U R E .
»9
qu'à regret au ddsir du capitaine do Langle
qui voulut iaire provision d'eau fraîche pour
la frégate qu’il commandait.
Cet. officier se rendit avec soixante hommes
de l’équipage à une anse qu’il avait jugée la
veille vaste et commode; mais il ne l’avait vue
qu’au moment du flu x; il se trouva sur une
barre de corail avec moins de trois pieds d’eau.
ses chaloupes échouèrent; ses canots mêmes ne
purent manœuvrer. Les Maouniens profitè
rent pour l’attaquer du désavantage de sa po
sition. Plus de deux mille sauvages armés de
pierres qu’ils lançaient avec une vigueur ex
traordinaire , ayant Peau jusqu’à la ceinture,
entourèrent ses chaloupes. M. de Langle reçut
les premiers coups; atteint d’une pierre, il (ut
renversé; malheureusement il tomba dans la
mer du côté des Maouniens qui l’assommè
rent sur-le-champ. Dix hommes de l’équipage
parmi lesquels était un Chinois eurent le même
sort. Les autres ne se sauvèrent qu’avec beau
coup de peine et couverts de blessures. Ils ne
purent faire aucun usage de leurs armes à feu
qui avaient été mouillées dans le débarque
ment. L’ardeur «lu pillage que montrèrent les
insulaires, maîtres des chaloupes échouées,
donna aux canots le temps «le s’éloigner.
Ce désastre vin t, «lit-on, de la distribution
que lit M. «le Langle de quelques verroteries à
ceux qui semblaient êjrc les chefs. Cette pré-
5O
I.E S M E R V E IL L E S
l&rooec qui donnait l'exclusion uu plu» grand
nombre produisit le mécontentement et les
menaces. Un coup de lusil en l’air fut tiré de
l’une des chaloupes; loin d'imposer aux insu
laires. cet acte devint le signal des hostilités.
Au même instant une grêle de pierres tomba
sur les Français. Ceux dont les fusils se trou
vaient en état tirèrent sur les agresseurs,
mais ceux-ci ne leur laissèrent pas le temps
de recharger leurs ormes, qu’au surplus les
Maounieus qu'on avait trop ménagés ne regar
daient que comme propres à faire du bruit( I ).
COMPOSITION INFLAMMABLE DES
NOUVEAUX - GUINÉENS.
A près avoir parcouru toute lu cote orien
tale de la Nouvelle-Hollande , le navigateur
Cook voulut s’assurer si les terres dont il s’é
loignait étaient ou non séparées de celles de la
Nouvelle-Guinée. Parvenu au cap Nord . il
lit voile vers l’occident, entra dans le dé
troit qui sépare ces deux vastes contrées et
il se fraya même un passage entre plusieurs
(i) Voyc* pour il'nutrwdètail* l'article Archipel de%Na\'if(Mcur$.
DE L K
WATI: 11K.
5 l
îles qui v: présentèrent sur sa route. Ce pas
sade reçut le nom <le détroit de VEndea
vour ; c’était celui de son vaisseau. Se diri
geant ensuite vers le nord-ouest, il s’approcha
de la côte méridionale de la terre des Papous.
11 découvrit à très peu de distance une côte
basse , mais toute couverte de plantes et d’ar
bres verdoya ns; il y remarqua le cocotier, le
platane, l'arbre à pain. Le désir de se procurer
des ralYaichissemens l’engagea à tenter une
descente, et n’ayant confié à personne une
commission qui lui semblait délicate, il sc mit
lui-même à la tête du détachement chargé de
reconnaître les lieux.
A peine eut-il fait quelques pas dans l’intéqui s’avançaient vers lui en le menaçant . Deux
s’arrêtèrent pour lui jeter leurs javelines; le
troisième lança nue composition enflammée
qui brûlait comme la poudre â canon, sans
toutefois produire <le détonation. On tira sur
les trois sauvages avec du menu plomb, ce
qui ne lit qu'ajouter à leur audace, de sorte
qu’ils envoyèrent aux Anglais une autre jave
line. Alors on tira sur eux à balle. Ils prirent
lu fuite, mais ils ne tardèrent pas à revenir,
suivis d'une soixantaine de sauvages armés.
Ils tenaient dans leurs mains des bâtons courts
qu’ils agitaient violemment; en même temps
ils poussaient de grands cris, et l'on voyait
^2
L E S M E R V E IL L E S
partir de leurs mains des jets de fumée et de
flamme, mais l’explosion se fais»il sans bruit,
sans doute parce que la matière inflammable
n’était point enfermée, comme la poudre dan»
un canon de fusil. On fît siffler quelques balles
sur leurs tètes, et la crainte les contraignit à
se retirer.
Leurs javelines, longues d’environ quatre
pieds et assez grossièrement faites, se compo
saient d’une pièce de bambou dont la pointe
«'•tait garnie d’un morceau d’os ou de bois dur.
Il est fâcheux que les instructions données
à Cook pnr son gouvernement ne lui aient
point permis de faire quelque séjour sur cette
côte peu hospitalière. 11 eut été bien inté
ressant d’apprendre comment ces insulaires
avaient le secret de cette composition et de
quels ingrédiens ils la formaient. l.es Hindous
et les Chinois ont connu depuis un temps im
mémorial une poudre inflammable semblable à
la poudre à canon, ou composée d’autres sub
stances analogues. Serait-ce des uns ou des
autres que les Papous la tiendraient? L’auraicnt-ils reçue directement, à l’occasion du
commerce que les Chinois ont pu entretenir
avec eux? Ou bien serait-ce par suite d’un
accident survenu à quelque navigateur «le la
Chine, comme une tempête, un coup de vent,
un naufrage?
Ï)E
53
1.A R A T U R E .
TEMPLE D’OWIiïHÉÈ.
L’ arcimff.i. des îles Sandwich se compose de
douze îles principales et de plusieurs îlots.
I/ilc d’Owhihée est fa plus orientale; elle pa
raît excéder toutes les autres en étendue, et en
importance. On la divise en six grands districts
qui ont chacun des chefs particuliers, relevant
tous d’un chef suprême dont la domination s’é
tend sur l’île entière, et même sur plusieurs îles
d’alentour. On y voit de très hautes montagnes
dont quelques-unes s’élèvent jusqu’à seize ou
dix-huit mille pieds anglais (1); leurs sommets
sont couverts do neige. Près de ces montagnes,
on voit beaucoup de rochers brisés, crevassés,
noircis par le l'eu, mêlés de scories, de ma
tières semblables à la lave; à ces indices on
reconnaît que Pile a été autrefois tourmentée
par des volcans, et que plus d’une fois son sol
déchiré par de violentes secousses a vu sa
verte parure dévorée par les flammes. Mais au
milieu même de ees rochers entassés, de ces
débris volcaniques, on trouve des cantons où
le sol est riche et fécond : c’est là une con
quête du travail et de Part sur la nature. Par
ti) I.c pied anglais cat un peu plus court que le nuire;
c'est dan» la proportion <lc iG a 17.
a.
54
LE S U E IIV U 1 .L K S
tout où les habitons, triomphant de la paresse,
enlèvent la couche de lave et de scories qui
couvre la terre, ils trouvent au-dessous un
sol fertile qui les dédommage amplement de
leurs fatigues, et ne tarde pas à produire d’a
bondantes récoltes.
Ce fut dans cette lie «POwhihée que le na
vigateur (À)ok fut massacré par les naturels
dont il vantait lui-même la douceur, la mo
dération et la bonne foi. 11 compta un peu
trop sur /es vertus des sauvages cl sur ses pro
pres forces: victime de cette double confiance,,
il s’était livré presque seul aux fureurs d’un
peuple mécontent que ses chefs excitaient. Un
de ces chef# le frappa par derrière «l’un coup
de poignard.
Les hahitans d’Owhihée ont des idées posi
tives de religion: il existe même parmi eux
une classe nombreuse d'hommes q u i, pur droit
de naissance comme dans l’ Inde, consacrent
leur vie au service des dieux, et aux cérémo
nies du culte. ()uaud les Anglais séjournèrent
dans l’ile. ces prêtres vivaient en commu
nauté; ils habitaient ensemble dans une mai
son beaucoup mieux construite que celles des
particuliers, et ils rendirent aux Anglais «les
services essentiels. Leur maison située en face
de la mer était divisée en deux corps de logis
qui communiquaient par une galerie couverte.
1a* temple était construit à peu de distance
nv
UK I.A N A T U R E .
55
(lu logement «le» prêtres; il consistait en un
grand bâtiment carré, construit solidement
eu dalles de pierre , long de cent vingt pieds,
large de soixante, haut de quarante-deux.
Une vaste terrassa recouvrant l’édifice était
entourée d’une balustrade de bois, assez bien
travaillée. Sur cette balustrade s’élevaient
d’espace en espace des pieux droits, auxquels
étaient suspendus les crânes des victimes hu
maines sacrifiées aux dieux dans les jours so
lennels, ou des captifs immolés aux mènes des
chefs. On voyait au centre de ce temple un
bâtiment de bois, en forme de chapelle ou de
sanctuaire: il était ruiné en partie; sur le de
vant, il y avait une espèce d’autel ou plutôt
d’échafaud, élevé sur des poteaux de vingt
pieds de hauteur; c’était sur cel échafaud
que la victime était immolée en présence du
peuple.
Deux statues de bois de dimension plus que
naturelle ornaient l’entrée du temple; on leur
avait donné des traits durs et sauvages; un
cône renversé couvrait leurs tètes, et des
étoffes rouges tombaient de leurs épnulcs jus
qu’à leurs pieds. Douze statues du même genre
étaient, rangées autour de l’échafaud; devant
l’une d’elles, un petit autel recevait les offran
des qui consistaient en fruits et on porcs.
l.e» prêtres jouissent dans Pile d’un grand
pouvoir, et le peuple leur témoigne un res-
56
LE S M E R V E IL L E S
peel qui va presque à l’idolâtrie; il se pros
terne devant eu x, et â la voix d’un prêtre
tous les fronts se trempent daus la poussière.
Pour faire respecter leurs propriétés et les
rendre ta lo n , e’est-à-dire pour les mettre en
interdit, ils n’ont besoin que de les entourer
de baguettes; le peuple n’oserait franchir res
limites sacrées.
Dans les cérémonies publiques, où les insu
laires mettent beaucoup de pompe et d’appa
reil , ou porte processionnellemcnt plusieurs
idoles. Celles-ci sont d’osier,et de taille gi
gantesque. On les couvre de riches étoffes
où le rouge domine , et l’on met sur leur tète
un bonnet orné des plus belles plumes. Deux
morceaux de nacre de perle, ayant au centre
une pierre noire, figurent les yeux de l ’idole;
sa bouche est garnie d’un double rang de
dents de chien.
PLONGEURS DE SANDWICH.
Ces insulaires de l’archipel de Sandwich
sont les meilleurs plongeurs de l’univers. Le
voyageur Turnbull qui les a visités au com
mencement de ce siècle, rapporte des mer
veilles de leur adresse à nager, et de la passion
D E LA N A T U R E .
3/
extrême qu'ils ont pour l’eau dans laquelle ils
passent des journées entières, se plaisant a
lutter contre les plus fortes lames. Il raconte
que le roi Tamàhmàh désira posséder une euClume qu’il avait vue sur le vnisseau, et que
le capitaine la lui offrit A condition que ses
plongeurs iraient la prendre à cinquante pieds
de profondeur, ce qui fut accepté. L’euclume
fut jetée à la m er, à trois cents toises environ
du rivage. Les plongeurs la trouvèrent beau
coup trop pesante pour pouvoir l’enlever:
mais ne voulant pas abandonner leur entre
prise, ils descendirent dans la mer en grand
nombre , et à force de bras ils firent rouler le
bloc do fer jusqu’au rivage, ce qui leur coûta
beaucoup de temps et d’effort#; mais ils réus
sirent.
Ils o n t, dit le même Turnbull, d’excellentes
pirogues avec lesquelles ils font trois lieues à
l’heure , mais ils ue s’en servent que pour
voyager d'une île à l’autre avec des provisions.
En tout autre occasion ils se jettent à la nage.
Dès qu’ils aperçoivent un vaisseau, hommes,
femmes, enfans, tous vont à sa rencontre.
Seulement ils se munissent d’une petite plan
che assez m ince, au moyen de laquelle ils
éprouvent quelque soulagement, quand la fa
tigue commence à les prendre.
58
LE S
M E R V E IL L E S
ARCADE NATURELLE.
I l existe sur la côte orientale de la Nou
velle-Zélande, vis-à-vis une baie commode où
les vaisseaux peuvent s’approvisionner d’eau
douce, désignée par les habilans sous le nom
de T egadon un énorme rocher percé dans
toute sa profondeur d’une ouverture large de
vingt-sept pieds, haute de quarante-cinq et
longue de soixante-quinze. Cette arche im
mense a été jetée en ce lieu par la nature.
dans un de ces jeux dont la description de 1»
terre peut nous offrir tant d’exemples. On y
jouit d’un très beau point de vue qui s’étend
jusqu’à la mer.
A quelque distance de cette roche , ou voit
une colline très escarpée dont le sommet est
garni d’une double palissade de forts p ieu x,
hauts de seize pieds. L’intervalle qui sépare
les palissades est de six pieds -, l’espace d’un
pieu à l’autre est fermé par de longs bâtons,
lichés en terre par l’une de leurs extrémités.
Un large fossé défend les approches de la palissadc. Ce lieu est probablement une forte
resse ou une place d’armes des Nuuveaux-Zélandais.
Dans une petite île voisine de la côte . les
Anglais de l’expédition de Cook virent une pi-
T»K r.A
NATÜJIU.
5y
rogue loilgUêtl’3soixante pieds el large de cinq ;
sa profondeur était de trois pieds c l demi ;
trois gros trônes d’arbre creux en formaient
la quille; des planches d’une seule pièce sculp
tées en bas-relief servaient de bordage. Ils y
remarquèrent aussi la plus grande maison qu’ils
eussent vue encore dans ces parages. Des pi
liers sculptés en spirale en soutenaient la char
pente composée de pièces de bois très bien
travaillées. A lu pointe méridionale d’une ex
cellente baie que la côte présente (1 ), est une
petite île sur laquelle on aperçoit un rocher
percé de plusieurs trous, ce qui lui donne l’ap
parence d’un pont de plusieurs arches.
Tout ce pays abonde en arbres et en plantes
qui appartiennent à des espèces inconnues.
On y trouve surtout une sorte d’érable d’où
découle une gomme blanche; d’autres arbres
fournissent une résine d’un jaune très foncé.
Les uns et les autres sont peuplés d’un grand
nombre d'oiseaux qui ne sont pas mieux con
nus que les productions végétales de ce pays.
FOURMIS VERTES, BLANCHES ET NOIRES.
V e r s la baie d’Hervcy, sur la côte orientale
(i) Sous le 3 8 ° aa’ <lc latitude.
40
I.E S
M F.R V K IU .ES
de la Nouvelle-Hollande, en remontant vers
le nord, on trouve un rivage marécageux
pleiu de fondrières et de lagunes salantes. Là
croit le palétuvier qu'on ne trouve guère que
dans les îles de l’Amérique. Les branches de
cet arbre servent de retraite à une innombra
ble quantité de grosses fourmis vertes qui sor
tent en foule de leurs retraites dès qu’on agite
les branches. La piqûre de ces insectes est
douloureuse et cause une inflammation qui ne
se dissipe que lentement ; ce qui pourrait faire
croire qu’ils sont armés de venin.
On voit aussi sur le palétuvier des chenilles
vertes dont le corps est couvert d’un poil épais
qui pique comme l’ortie; mais la douleur qu’on
ressent ne dure que peu d’instans. Ces chenil
les sc montrent rangées en file sur les feuilles.
Sur la même cote, mais beaucoup plus nu
nord et au-delà du tropique, on trouve une
terre liasse et découverte où l’abordage est fa
cile. 11 y croît partout une herbe longue et
déliée dont les tiges barbelées et pointues s’at
tachent aux vèlemens, les traversent et pénè
trent même jusqu’à la chair. A cet inconvé
nient vient s’ajouter celui des innombrables
essaims de niosquites que le pays produit; et
si l’on cherche un abri contre les rayons du
soleil sous les arbres du rivage, on est soudain
assailli par des légions de fourmis blanches qui
font leur nid sur les branches. Une chose à re-
i
DE LA M A TU RE.
4 l
marquer, c'est que ces nids sont d’arg'dc et
qu’ils ont quinze ou vinyl pouces de large. Ou
a de la peine à concevoir comment ces petits
insectes ont pu transporter sur les arbres la
quantité de terre qui leur est nécessaire pom
pon voir s’y loger. Auprès de ces nids on voit
des branches qui sont chargées de fourmis noi
res. Celles-ci s’introduisent par quoique lente
dans l’intérieur de. la branche, elles en tirent
la moelle, et s’y établissent. Ce qu’il y a déplus
singulier, c’est de voir ces branches vertes et
touffues se couvrir «le nombreux essaims de
papillons de toutes couleurs.
Le nid des fourmis vertes est d’une structure
très curieuse. Ces insectes le fabriquent en rou
lant sur elles-mêmes des feuilles larges de trois
ou quatre pouces en forme de cornet; ils en
collent les bords avec une matière gluautc
qu’ils tirent de leur estomac.
Outre les fourmis noires qui se logent dans
l’intérieur des branches, il y en a une autre
espèce de la même couleur, mais beaucoup
plus petites. Celles-ci font leur nid dans une
racine de la grosseur d’un navet sans nuire à
la végétation de la plante.
Quant au nid des fourmis blanches, il est
tantôt sur les branches, tantôt au pied de l’ar
bre môme -, ordinairement elles le font d’argile,
quelquefois elles emploient des débris végé
taux mêlés avec des matièresglutineuscs. L’in-
4a
LE S M E R V E IL L E S
tcriour renferme un nombre infini de cellules
qui communiquent entre elles. Les nids cons
truits sur le sol ressemblent û des pyramides
irrégulières de six pieds de hauteur et de six
pieds de diamètre. L’extérieur se compose
d’une croûte d’argile épaisse de deux pouces.
Iæ nid communique par des galeries de la
même matière avec toutes les fourmilières qui
sont sur l'arbre , ce qui fait présumer que du
rant la saison des pluies elles se cachent dans
leurs retraites souterraines et qu’elles en sor
tent dès que le beau temps est revenu.
SENTIERS SUSPENDUS.
Dir a * Tie séjour que fit dans Pile d’Otaùi le
naturaliste banks,qui accompagna Cook dans
ses voyages, il entreprit plusieurs excursions
dans l'intérieur du pays autant pour le con
naître que pour enrichir ses collections. Dans
l’une d’elles il entreprit de remonter la rivière
qui se dégorgeait dans la baie où le vaisseau
était à l’ancre. Pendant plus de deux lieues il
traversa une large fallée couverte d'arbres,
de verdure et d’habitations; dans les deux
lieues qui suivirent, la vallée s’était considé-
un L A IH A T U R K .
4^
ralliement rétrécie, et dans plus d’un endroit
il lut obligé de passer, non sans effroi, sous
des rochers dont la tête inclinée formaiL une
voûte nu-dessus du courant. Un peu plus
haut la rivière coule encaissée entre des ro
chers escarpés. I 11e partie des eaux s'échappe
par une coupure de la berge et tombe eu cas
cade dans un vaste bassin au-delà duquel les
(Haïtiens n’osent s’avancer, peut-être par suite
de quelque tradition qui les épouvante.
Le liane des rochers, les plate-for mes qui
les couronnent produisent des platanes sau
vages dont les naturels recueillent le fruit
pour s’eu nourrir quand leurs récoltes sont
épuisées. Ces rochers élevés perpendiculaire
ment de plus de cent pieds seraient d’un
accès impossible, si la nature elle-même n’y
avait pourvu. Des fentes qui sillonnent leurs
lianes Sortent en grand nombre des tiges d’ar
bustes fortement enracinés; ces tiges par Iout
saillie forment des sentiers suspendus sur les
quels les Otai tiens s’élèvent non sans danger
et sans peine. Là où le sentier finit avec la
fente du rocher, ils tâchent de saisir les bouts
peudans des arbustes qui croissent sur une
ligne supérieure, et ccs bouts leur servent de
cordes au moyen desquelles ils sc hissent plus
haut. G.'s chemins effrayons où le moindre
faux pas entraînerait la mort sont d’autant
plus dangereux que l’eau qui jaillit du rocher
44
LES
M E R V E IL L E S
par toutes les fentes rend le passage extrême
ment glissant.
M. Banks ne découvrit nulle part de vesti
ges de mines ni même aucune apparence de mé
taux. 11 remarqua seulement que toutes ces ro
ches portaient des marques évidentes de feu ,
ce qui lui fît penser qu’à des époques dont la
mémoire ne s’est point conservée parmi les hahitans de l’tte, cette portion du globe a été
bouleversée par l’éruption de feux souterrains,
soit que la mer ait submergé une partie d’un
continent alors existant, soit que les terres
qu’on y voit aujourd’hui aient été au contraire
élevées au-dessus du niveau des eaux.
Les montagnes qui occupent le centre de
l’île commencent à se montrer à vingt lieues de
distance; le sol entre les montagnes et la mer
est de la plus grande fertilité. Tous les arbres
y donnent du fruit; aussi u’est-ce que duns
cette partie qu’on rencontre des habitons,quoi
que les vallées de l’intérieur ofirent une belle
végétation et qu’on y trouve des arbres pré
cieux et notamment l’espèce de mûrier dont
les Chinois fabriquent leur papier, impropre
ment appelé papier de soie.
DE LA
N ATURE.
45
LES NOUVEAU X-ZÉL ANDA IS.
L e s habitans de la Nouvelle - Zélande ont
eu général une haute stature et de belles pro
portions; ils ont le teint brun; ils déploient
dans tous leurs mouvemens la vigueur et la
force et dans tout ce qu'ils font la plus grande
dextérité. Leurs femmes tiennent de ces qua
lités, mais par un singulier contraste elles ont la
voix extrêmement douce; clics sont d'ailleurs
plus vives et plus enjouées que les hommes.
Les mœurs de ces derniers sout en apparence
assez douces; mais quoiqu’ils s'enlr’aident dans
leurs besoins et qu’ils montrent de la confiance
dans les Européens qui les visitent, ils sont
cruels, sanguinaires et d’une barbarie implaca
ble envers leurs ennemis; plusieurs faits sans
réplique ont prouvé qu’ils étaient mangeurs
d’hommes; ils n'ont pas cherché cux-inènjcs
à s’en défendre; ils ont dit seulement qu’ils
ne dévoraient que leurs prisonniers.
Comme la plupart des peuples sauvages , ils
oignent leurs cheveux d’huile ou de jjraisse
et ils se tatouent d’une manière assez étrange.
Ils font sur leur corps des taches noires, et
l’on dirait que le nombre de ces taches est réglé
on proportion de celui des années , car plus
ils vieillissent plus ce nombre augmente.
46
1.ES M E R V E IL L E S
Quelques-uns se peignent tout le corps avec
un mélange d'huile et d'ocrc rouge. Outre la
peinture et les taches, on voit souvent leurs
membres sillonnés de raies profondes, à bords
dentelés, tournées en spirale.
Des feuilles de glayeul ou de phorm ium ,
coupées par bandes et entrelacées comme les
fils d’une étoffe, composent rhnbillement or
dinaire des deux sexes; une de ces nattes, at
tachée aux épaules, descend jusqu'aux ge
noux; une autre natte entoure les reins et
tombe jusqu’aux talons. L’industrie de ces in
sulaires va pourtant plus loin que ne le donne
à entendre la manière dont ils fabriquent leurs
vètcniens. Ils font do lionnes toiles avec les
fibres du phormium; elles se fabriquent à peu
près comme les nôtres, innis d’une manière
bien plus simple. Ils ont pour métier un chassis
large de quatre pieds et un peu plus long. Les
fils qui doivent former la chaîne sont attachés
au châssis, le fil de la trame passe à la main.
Ils ornent ces étoffes «le franges de plusieurs
couleurs, artistement travaillées, ou même
de fourrures que leur fournit la peau du chien.
Hommes et femmes se percent les oreilles de
très grands trous ; le doigt peut y entrer. Ils y
introduisent des morceaux d’étoffe, des os ou
des plumes d’oiseau, des morceaux de bois et
mille autres objets de ee genre; quelques-uns
y portent suspendus les dents ou les ongles de
DE LA
NATURE.
4?
leurs parais» morts. Pour compléter cette
parure, ils mettent des colliers d’os d’oiseaux
ou*de coquillages. Souvent le collier consiste
en un cordon, auquel est supendu un os de
baleine ou un morceau de talc vert où l’on
voit assez mal gravée une ligure d’homme.
Les cases des /.élandais ont communément
vingt pieds de long, dix de large, six de hau
teur. Des perches assez minces recouvertes de
paille ou d’herbes sèches, garnies en-dedans
d’écorces d'arbres plantées par un bout dans
la terre, attachées de l’autre en un seul fais
ceau pour former le to it, telles sont les habi
tations de ces sauvages ou plutôt de ces sales
lanières où ils ne peuvent entrer qu’en se traî
nant sur le ventre. Un trou carré du côté de
la porte donne entrée nu jour et passage à la
fumée. Dans quelques cases, le toit porte sui
des traverses et il a une assez grande saillie
formant un abri pour le jour. Le foyer est
dans l’intérieur, il no consiste qu’au un trou
dans la terre. Dos paniers de jonc ou de* natte,
des citrouilles vides, quelques outils grossiers,
des plumes d’oiseaux, des étoiles, des armes
renfermées dans un coffre forment tout leur
mobilier, et ce mobilier fait leur richesse.
Les pirogues des Zélandais sont beaucoup
mieux construites que leurs maisons, mais
elles sont longues et étroites, ce qui les rend
sujettes à chavirer. De grosses pièces de bois
48
LE S M E R V E IL L E S
bien attaché s ensemble eu composent le fond:
les côtés sont faits avec de longues planches
épaisses d’un pouce et dem i, larges d’un pftd,
soutenues par un grand nombre de traverses.
Des sculptures ornent la poupe et la proue.
Souvent elles consistent en une tête hideuse de
laquelle sort une énorme langue; deux grands
coquillages blancs ligurent les je u x . Les piro
gues de guerre ont les côtés garnis de planches
percées à jour, et ornés de franges flottantes
«le plumes noires. Une voile de natte ou de
roseaux, lixée entre deux planches droites.
sert à soulager les rameurs ou A favoriser leurs
eflorts plutôt qu’à imprimer seule une direc
tion à la pirogue. Ils ne s’en servent que lors
que le vent leur est tout-A-fait favorable.
Ils fabriquent leurs haches avec une pierre
noire très dure, ou avec du talc vert qui ne
casse point; deux ossemens humains ou deux
morceaux de jaspe taillé comme nos pierres à
fusil leur servent de ciseaux. I^urs instrumens
d’agriculture consistent cri un pieu étroit et
pointu qu’ils attachent à une traverse sur la
quelle ils placent le pied.
Leur arme principale est le patou-patou .
qu'ils ont soin d’attacher lbrtcmenl à leur poi
gnet pour qu’on no puisse le leur arracher. En
temps de pnix ils le portent suspendu à la
ceinture. Ils défient leurs ennemis au combat
par la danse de guerre. Cette danse n’est pas
D E LA
RA TU RE.
49
autre chose qu’une suite de soubresauts, de
mouvemens violons et convulsifs, de contor
sions hideuses. On les voit tirer la langue,
tourner les yeux en blanc, agiter leur lance ou
frapper l’air de leur massue. La danse est tou
jours accompagnée de chants; la lin de chaque
reprise est marquée par un soupir long et pro
fond.
En tout autre occasion, leur danse est plus
agréable, et ils y déploient de l’adresse et
même de la gr;\ce; leurs femmes surtout s’y
montrent avec plus d’avantage, mais leurs
airs sont plaintifs et monotones et la mesure
en est toujours lente. Quelquefois ces airs se
chantent à plusieurs parties. Leurs instrumens
consistent en une trompette et une petite
flûte. La première n’est qu’un coquillage dans
lequel on souffle comme dans le cor à bou
quin; la seconde est un tube de bois qui pro
duit le son d’un sifflet.
Quant à la religion et au gouvernement de
ces peuples on n’a pu acquérir sur ce point
que des notions très vagues et très incomplè
tes. On croit qu’ils reconnaissent l’existence de
plusieurs intelligences célestes qui toutes obéis
sent à un être supérieur; mais ils ne semblent
leur rendre aucun culte public; seulement ils
suspendent à un pieu dressé au milieu des
champs un panier qu’ils remplissent de raci
nes; ils disent que ce sont des offrandes aux
ocÉ A in i.
3
5o
LE S M E R V E IL L E S
dieux. Leur gouvernement parait tenir de
leurs idées religieuses; ils révèrent un grand
personnage qu’ils appellent le Tératié. Celuici a sous lui des chefs subalternes qui exercent
l’autorité sur les tribus auxquelles ils appar
tiennent.
l>es hommes s’occupent exclusivement de la
bourage, de pèche eu pleine mer et de chasse-,
les femmes recueillent les racines de fougère .
ramassent les coquillages, apprêtent les alimens et fabriquent les étoiles.
LE KANGOUROU.
C e quadrupède, de la grandeur d’un loup
ordinaire, commun dans la Nouvelle-Hollande
et daus les îles de la mer du Sud , offrirait une
utile ressource aux navigateurs, si moins agile
et moins sauvage il n’échappait aux chiens et
aux chasseurs par sa vitesse qui en un iuslaut
le transporte à de grandes distances, et par son
naturel méfiant qui le tient constamment en
garde contre le danger.Sa tête, son cou et ses
épaules sont très petits en proportion des au
tres parties de son corps-, ses jambes de devant
n’ont que huit pouces de long taudis que celles
de derrière en ont vingt-deux; aussi ne mar-
DF. L A K À T Ü R K .
cke-t-il que par sauts et par bonds, tenant la
tête droite-, il porte une queue aussi longue
que son corps, épaisse à la naissance, pointue
par le bout. 8a peau est couverte d’un poil
court,de couleur grisâtre; ses oreilles et même
sa tête ressemblent à celles du lièvre; ses jam
bes du devant ne paraissent lui servir que
pour creuser la terre.
Le naturaliste Pérou a trouvé plusieurs va
riétés de kangourous, dont l’une est rouge;
leur chair est tendre et bonne à manger. On
prétend que lorsque la femelle est blessée, elle
moutre un courage et un dévoùment admi
rables. Elle place ses petits dans une poche qui
se trouve située entre scs cuisses, et elle ne
songe à fuir que lorsqu’elle s’est chargée de ce
dépôt; 8i elle est poursuivie elle ne l’aban
donne pas, quoique su tendre sollicitude l’o
blige à retarder sa marche. On ajoute que ces
animaux redoutent 1« chasseurs, restent ca
chés la plus grande partie du jour et qu’ils ne
sortent guère que la nuit.
Ils sc plaisent dans les pays entrecoupés,
semés de broussailles, de rocs, obstrués de fo
rêts qui leur offrent un asile où l’on ne peut
les atteindre. Les gens du capitaine Cook en
poursuivirent inutilement quelques-uns, lorsqu’après avoir manqué de voir leur vaisseau
se briser contre les écueils, ils relâchèrent
dans une baie de la Nouvelle-Hollande. Le sol
52
LES M E R V E IL L E S
«Hait partout couvert d’une herbe «'paisse et
très haute où les chions mêmes ne pouvaient
pénétrer, et le kangourou franchissant légère
ment cet obstacle bravait impunément les
efforts des chasseurs.
LE BARINGTONIA.
L es Anglais ont donné ce nom à un arbre
que les naturels des îles de la mer du Sud ap
pellent houddoueh. C’est une des plus belles
créations végétales, autant par son feuillnge
immense qui est du plus beau vert, que par scs
fleurs qui ressemblent aux lis par la forme et
par la couleur, mais dont les nombreuses éta
mines sont du plus brillant cramoisi. Il pro
duit une noix qui a la p r o p r i é t é d’enivrer les
poissons quand on en jette quelques-unes au
lieu où on veut les prendre: dès qu’ils en ont
m angé, ils perdent leurs sens et viennent
surnager i\ fleur d’eau; on les ramasse avec la
main.
DE
LA S A T U R E .
55
TAILLE D’ UN INSULAIRE DE LA MER
1)U SUD.
n’est point rare de trouver dans les îles
de la Société ou dans les archipels voisins des
hommes de six pieds, et même d’une plus haute
taille. Ceux que la nature a pourvus de cette
stature gigantesque soul presque toujours
choisis par le peuple pour le gouverner. Car
en général les hommes aiment à voir dans leurs
princes des qualités qui les distinguent du
vulgaire : ils sont plus disposés à offrir leurs
hommages à celui que la nature elle-même
semble leur indiquer comme plus digne du
commandement. Chez les peuples civilisés où
la force et les attributs corporels ne sont point
regardés comme nécessaires â c’est par les qua
lités morales qu’un souverain commande l’a
mour et le respect; chez des hommes nouveaux
pour qui la force n’est que trop souvent l’ar
bitre des querelles et le modérateur des droits,
on veut que le prince s’élève sur les autres par
les avantages physiques.
Un chef de l’ile d’Uliétéa était remarquable
sous ccs rapports. Sa taille excédait six pieds,
et sa grosseur répondait à sa taille; mais à me
sure qu’il avait avancé eu âge, su corpulence
s’était augmentée au point qu’il paraissait
Il
54
LE S M E R V E IL L E S
monstrueux. Mesuré à la cciuturc, il avait
près de cinq pieds de circonférence; chacune
de ses cuisses avait trente-deux pouces de
tour. Ses cheveux tombaient en tresse jusqu’au
bas de son dos, et ils étaient si touiVus que sa
tête semblait énorme.
AKMES DES ILES DES AMIS.
L es (haïtiens ont plus d’opulence que les
hahitans de Tongntabou et d’É oua, dans l’ar
chipel des A m is; mais ici les arts sont plus
avancés, et les manufactures mieux entrete
nues donnent de plus beaux produits. Les
armes de ces insulaires méritent surtout d’etre
remarquées, et la perfection qu’on y remarque
doit étonner d’autant plus, que ces hommes
doux et hospitaliers ne paraissent point avoir
d’ennemis à craindre, et qu’ils montrent euxmêmes l’humeur la plus pacifique.
Cependant pour la classe des guerriers, ces
armes sont un objet de luxe; aussi mettent-ils
tous leurs soins à leur donner des formes élé
gantes, et à les enrichir d’ornemens divers.
Ces ornemens consistent pour l’ordinaire en
petites plaques d’os artistornent incrustées.
D E LA. H A T U R E .
55
q u i r c .p r é ^ n t e n t d e s é t o il e s d e m e r , d e s o i
s e a u x c l d ’a u t r e s o b je t s d e c e g e n r e .
I æ u ï s m a s s u e s , d ’ u n b o is d u r e t p e s a n t ,s o n t
t r a v a i l l é e s e t c is e lé e s a v e c b e a u c o u p
d ’ a rt-,
e lle s o f f r e n t s u r l e c o n t o u r d u m a n c h e d iv e r s e s
s c u lp t u r e s q u i , à d é f a u t d ’ in s t r u m e n s c o n v e
n a b le s , o n t d ù ê t r e c h e r e u x l’ o u v r a g e d e la
p a t i e n c e l a p lu s o p i n i â t r e . Q u e lq u e s - u n e s s o n t
t e r m in é e s p a r n u e t ê t e p la t e e t p o i n t u e , d ’ a u
t r e s o n t l a tè t e r o n d e , d ’ a u t r e s e n c o r e o n t à
l ’e x t r é m i t é u n e f o r m e c a r r é e o u r h o m b o id ale-,
il j e n a q u i s o n t e m m a n c h é e s d ’ u n e lo n g u e
p iè c e d e b o is , c e q u i le u r d o n n e l’ a p p a r e n c e
d ’ un
lo u r d
m a ille t;
on
en v o it au ssi
d’os
e t d ’ u n e s e u l e p i è c e l o n g u e d e t r o is p ie d s . C e s
o s se m e n s n e p e u v e n t a p p a r t e n ir q u ’ à d e g r a n d s
c é t a c é e s ; l’ ile n e r e n f e r m e a u c u n q u a d r u p è d e
q u i p u is s e le s f o u r n i r . L e s la n c é s s o n t d u m ê m e
b o is q u e le s
m a s s u e s , e t t r a v a illé e s a v e c le
m ê m e s o in .
L ’ a r c , l o n g d e s i x p ie d s e t s t r ié e n - d e d a n s ,
f o r m e q u a n d il n ’ e st p o in t b a n d é , u n e c o u r b e
l é g è r e ; p o u r le
b a n d e r , o n le p lo ie e n se n s
c o n tr a ir e d e la c o u r b u r e . L a
f lè c h e c o n s is te
e n u n m o r c e a u d e b a m b o u a r m é d e b o is d u r à
la p o i p t e .
56
LE S M E R V E IL L E S
FLUTE DE LA MER DU SUD.
T o u t comine les mêmes besoins font naître
partout les mêmes moyens pour les satisfaire,
il est naturel dê penser que chez tous les hom
mes un fait observe a fait naître les mêmes
résultats. La flûte ou plutôt les pipeaux de
Pan composés de plusieurs roseaux, dont le
son a été gradué diatoniquement, sont l’un
des plus anciens iustrurnens de musique qu’il
y ait au monde. Le veut qui en passaut sur
une plantation de roseaux, faisait résonner le
reste des tiges que la cognée avait épargnées,
donna la première idée des pipeaux. Le souf
fle de l’homme introduit dans les tuyaux eu
tira des sons mélodieux. D’épreuve en épreuve,
les pipeaux furent perfectionnés, et la flûte
fut inventée. Les insulaires de Tongatabou ont
trouvé les pipeaux: ils sont loin encore de
franchir le second pas. (.’instrument qu’on a
trouvé chez eux consiste en une dizaine de
petits roseaux attachés ensemble sur une seule
ligne; on le joue en le faisant glisser sur les
lèvres. Ces roseaux de même grosseur, mais
coupés à des longueurs inégales, doivent pro
duire des sons différons ; cela ne suflit point :
pour que ces sons parcourent avec justesse uue
octave, il faut d’abord connaître la théorie du
DK LA RATURE.
son; onanitc on a besoin d’une oreille assez
exercée pour pouvoir déterminer chaque ton
de l’octave avec précision ; et tout cela man
que aux insulaires de la mer du Sud. Aussi
leurs pipeaux ne donnent-ils que deux ou trois
tons distincts; tous les autres sont vagues et
ne forment pas même des demi-tons qu’on
puisse employer dans un système régulier de
musique.
La llûte des mêmes insulaires, telle encore
qu’elle fut dans les mains de son inventeur,
consiste en un long tuyau de bambou qui n’a
que quatre trous; ils en jouent en y soufflant
avec le nez.
I’our accompagner ces deux instrumens, ils
ont «les tambours q u i, ainsi que je l’ai dit
ailleurs, ne consistent qu’on une pièce de bois
creuse.
CASES DE L’ARCHIPEL DE LA RELNE
CHARLOTTE.
C e t archipel, visité par Carteret et nommé
par lui du nom qu’il porte aujourd’h u i, est
situé au sud-est de la Nouvellc-Rretagne vers
le dixième degré de latitude méridionale. D
se compose de dix ou douze iles et d’un grand
3.
58
LE S M E R V E IL L E S
nombre d’ilots déserts. Les îles ont au contraire
beaucoup d’hahitans chez lesquels on découvre
quelques traces vagues de civilisation. Ceux
île Portland, l'une de ces îles, u’ont pas seu
lement des cases construites avec une régula
rité qui paraît être le résultat de règle* posi
tives, mais ils en ont qui sont fort grandes et
semblent uniquement destinées à recevoir les
habitans dans les jours d’assemblée ou de réu
nion; ce ne sont peut-être que des magasins
communs ou des arsenaux. Ce qui peut le faire
penser niusi, c’est que plusieurs Anglais qui
y entrèrent virent un grand nombre de fais
ceaux de flèches suspendus aux poutres qui
soutenaient le toit. I.a case entière était en
tourée de vergers délicieux où l’igname crois
sait à côté de la datte et de la banane.
l.e$ Auglais virent aussi dans cette île un
grand village bâti sur le bord de la m er, et
défendu contre l’effort des vagues par un mur
ou parapet construit en blocs de pierre de
plus de quatre pieds de liant.
Les habitans se montrèrent remplis d’au
dace et de courage, soumis à des chefs et à
une sorte de discipline militaire. Leurs armes
sont l’arc , les flèches, les zagaies et la fronde.
Ils ont la tête laineuse, peu de barbe,les traita
assez réguliers et le teint moins noir que celui
des nègres. Ils nagent et plongent avec une
facilité prodigieuse et laissent voir beaucoup
DK L A M A T U R E .
5g
d ’a d r e s s e et de force dans tous Tours exercices.
Outre qu’ils visent très juste avec leurs flèches,
ils les lancent avec tant de vigueur qu’une de
ces flèches traversa le bordage du bateau de
Carteret et blessa un officier à la cuisse; elle
avait à la pointe une pierre aigue; il ne pa
rait pas que ces insulaires possèdent aucun
métal.
Leurs pirogues sont de planches assemblées
avec a r t , et ornées de sculptures et de coquil
lages; les coutures sont revêtues extérieu
rement d’une sorte de mastic très solide, im
pénétrable à l’eau.
LttLE NORFOLK.
C e t t f . île , située par le v i n g t - n e u v i è m e
degré' de latitude sud, et le cent soixantehuitième de longitude à l’orient de Paris,
sert en quelque sorte de succursale à la co
lonie anglaise de Botauy-Bay ou port Jackson.
C’est là qu’on envoie les déportés qui se mon
trent le moins susceptibles d’amendement et
dont on craint pour les autres le mauvais
exemple.
Les approches de cette île sont partout dan
gereuses , et ses rivages inaccessibles pour les
6O
LES
M E R V E IL L E S
vaisseaux, qui n’y trouvent pas même une mé
chante rade où ils puissent mouiller. Du côté
du uord et de l'est, elle est entourée d’ une
ceinture de rochers coupés perpendiculairemcuL, et recouverts d’une couche épaisse de
lave qui a coulé autrefois du sommet de la
montagne qu’on voit s’élever au centre de File.
Cette lave, en sc refroidissant, a formé en
beaucoup d’endroits, au bord supérieur du
rocher, une espèce d’avant-toitqui a plusieurs
pieds de saillie; en d’autres endroits, l’écartemcnt. des rochers laisse couler des torrens très
rapides qu’il faut remonter pour pénétrer dans
les terres, ce qui n’est praticable que pour les
canots: encore faut-il que la mer ne soit pas
trop agitée.
Du côté de l’ouest, on a moins de diilicultés
à surmonter, mais comme le fond est partout
de corail, ce qui rend l’ancrage impossible,
les vaisseaux qui viennent du port Jackson se
voient souvent obligés de louvoyer pendant
un mois avant de pouvoir aborder. Turnbull
qui a parcouru les mers du Sud dans le com
mencement de ce siècle, fait de l’île Norfolk
la plus riante description. Elle est toute cou
verte d’arbres et de verdure; l’aloès, le p in ,
lu canne à sucre , l’arbre à pain , le cocotier,
le chou-palmiste y croissent naturellement;
la terre donne, sans engrais, deux récoltes
chaque année, l’une de blé de mai eu octobre,
D E LA S A T U R E .
6 l
Pautre de tuais de novembre en avril. Les ter
rains bas y fournissent d’exccllens pâturages,
où se nourrissent de nombreux troupeaux de
pores dont on fait l'approvisionnement du port
Jackson (1).
Il ne manquait â cette île que des hommes-,
les Anglais y ont jeté les fondcmcns d’une ville
qui renferme déjà mille lmbitans, pris dans
la masse des déportés ou colons libres. Les
plus mutins ou les plus incorrigibles parmi les
premiers sont transportés aux îles Népiu ou
Philips, voisines de Norfolk.
LA FORCE DU NATUREL CHEZ LES
NOUVEAUX- HOLLA N DAIS.
L e s habitudes d e l a vie sauvage ont tant
d’attrait pour les habitons de la Nouvelle-Hol
lande, qu’il est à craindre que tous les efforts
que fout les Anglais pour les civiliser ne soient
complètement infructueux. Durant le séjour
(i) On trouve dans l'intcricur plusieurs sources d'eau
douce, du cresson et des plantes anti-scorbutiques. Les bords
de U inrr sont ornés de choux-palmistes; la côte est poisson
ncusc. hes pins y acquièrent une grosseur prodigieuse et
s'élèvent en proportion, les bois sont peuplés de perroquets,
de pigeons, de râles et d'autres oiseaux, et les champs nour
rissent beaucoup de gibier.
62
LES
M E R V E IL L E S
de Turnbull au port Jackson , on conduisit à
Londres un Nouveau-Hollandais; il n’y éprouva
que de l’eunui et du dégoût pour tout ce qu’il
y vit. Un colon du port Jackson, comptant
sur les effets de l’éducation commencée de
bonne heure et bien dirigée, prit chez lui deux
cnfàns en bas âge, une fille et un garçon. Il
les lit élever avec le plus grand soin , tant pour
former leurs mœurs que pour orner leur es
prit de connaissances utiles. Ils ne furent pas
plus tôt arrivés l’un et l'autre au terme fixé
pour le temps de leur éducation que , s’affran
chissant de toute dépendance et se dépouillant
de leurs vêtemens européens, ils s’enfuirent
tous deux au milieu des bois, beaucoup d’au
tres essais du même genre n’ont pas mieux
réussi.
LT LE WAIGIOU.
C e t t e ilequcseshnbi tans nomment O uorijo
et qu’on trouve presque sous l’équateur vers
le cent vingt-neuvième degré de longitude
est de Paris, s’élève considérablement audessus du niveau de la mer. Elle est toute cou
verte de très grands arbres, à l’ombre desquels
les insulaires construises leurs cabanes sur
des pieux dont la hauteur est de sept ou huit
D E LA M A TU R E.
63
pieds. La charpente de ces cases est de bois de
bambou ; des feuilles de latanier en Forment
la couverture.
L’ilo renferme tin grand nombre d’oiseaux ;
on y trouve surtout «les poules sauvages qui
sont à peine de la taille d’une perdrix c^qui,
disent les voyageurs menteurs ou crédules,
pondent des oeufs de la grosseur de ceux d’une
oie. Les insulaires sont de couleur noirâtre-,
ils ont les cheveux frisés, mais assez, longs.
Leurs armes consistent en «1e longues lances
armées par le bout d’une pointe de fer ou d’os:
ils se servent aussi très adroitement d’arcs et
.de flèches. Ils ont beaucoup de relations avec,
les Chinois et surtout avec les M alais, de qui
probablement ils descendent.
Le sol de l’ile est d’une grande fertilité; il
produit abondamment des cocos, des oranges;
des papayes, des ignames, des pamplemouses,
des citrons, des bananes et beaucoup d’autres
fruits.
IDOLES DE LA NOUVELLE-ZÉLANDE.
L es Nouveaux-Zélandais «le la «:ôte nordest , observés par M. «le Surville, ne sont point
dépourvus d'idées religieuses. Presque tous por-
64
LE S
M E R V E IL L E S
tent suspendus à leur cou, en guise d'orne
ment ou plutôt comme une amulette, une
petite figure à forme humaine, représentée ac
croupie sur les talons; et quand ils montrent
aux étrangers cette idole, ils regardent le ciel
en joignant les mains, ce qui semble indiquer
que c’est dans les cicux que réside l’être dont
cette figure est l'image et que c’est à lui qu’ils
adressent leurs vœux. Ces idoles sont d'une
pierre très dure à laquelle ils donnent un poli
parfait; ils leur font des yeux de nacre do
perle, et ce qui a droit d’étonner c'est qu'ils
façonnent ainsi la pierre saus le secours d’au
cun métal; leurs outils ne consistent qu’en
coquillages ou en pierres tranchantes.
Ces insulaires ont la taille haute, les traits
réguliers, le teint basané, les cheveux longs,
les jambes très grosses et presque enflées. Leur
vêtement consiste en une grande natte de
jo n c, dont ils s’enveloppent, et eu pelisses de
peaux de chien. Us se nourrissent île poisson
qu'ils font cuire sur des cailloux rougis au feu;
ils mangent au lieu de pain la racine de fou
gère, après l’avoir bien battue pour l'attendrir.
Pour éviter les surprises de leurs ennemis, ils
construisent leurs habitations sur des rocs d'un
accès difficile; cette précaution n’est point
superflue, puisque les peuplades sauvages de
ces contrées tuent et dévorent leurs prison
niers. Leurs cases sont petites, longues, basses,
D E LA K A T U R E .
65
étroites. Ib fabriquent leurs barques et tous
leurs ouvrages en bois avec, une hache de
pierre qui ressemble à l’ardoise par la forme
et par la couleur, non par la dureté.
On a vu chez eux îles cordages de chanvre*
on ignoresi le ch ainrc croit dans leur île ou
si ces cordages viennent des Européens ou de
leurs voisins. Us recueillent sur leurs rivages
une résine transparente que les Ilots de la mer
y déposent. Cette résine donne eu brûlant une
flamme très claire, et il s’en exhale une odeur
douce et suave.
MOUSTIQUES DE GUAHAM.
I . ’ i l b de Guaham l’une des Mariaucs est
décrite par le commodore Anson connue un
lieu enchanté sur lequel la nature a répandu
avec profusion ses trésors les plus doux. .Mais
au milieu de ses vertes prairies émaillées de
fleurs, de ses vergers délicieux, de ses forets
antiques de palmiers et de bananiers, on est
tenté de sc demander avec amertume pour
quoi celte nature qui là s’est montrée si
rich e,si variée et si complaisante, fait payer
tous ces avantages aux hahitaus de ces lieux
par d'innombrables essaims de moustiques qui
66
LE S
M E R V E IL L E S
les fatiguent, les tourmentent et les dévorent
la nuit comme le jour.
Il n’est pas possible aux Européens de se
faire une juste idée de l’incommodité que font
éprouver ces insectes dont on peut regarder
I’cxistencc comme un vrai fléau. Les officiers
de l’expédition du commodore Byron qui prit
terre dans la rade de Guaham eu 1765 ayant
voulu faire une excursion dans l'intérieur, con
trariés par les mauvais chem ins, les buissons
épineux qui rendaient les forets impénétrables
et surtout par la chaleur brûlante du soleil,
ne souffrirent de rien autant que «les mous
tiques. Ils en étaient couverts de la tête aux
pieds; s'ils ouvraient la bouche pour parler,
elle en était remplie à l’instant, et ces insectes
pénétraient jusque dans leur gorge.
ILE DES COCOS, DE L’ARCHIPEL
DES NAVIGATEURS.
L’i l e des Cocos, à quarante lieues environ
vers le sud de l’archipel des Navigateurs, doit
le nom qu’elle porte aux superbes cocas qu’elle
produit. Elle a la forme d’un pain de sucre
très élevé, d’une lieue de diamètre à sa base.
Ce qu’il y a de plus extraordinaire, c’est de
D E LA. N A T U R E .
67
voir la surface entière de l’îlc , depuis le bord
de la mer jusqu’au plus haut sommet, toute
couverte de cocotiers; on dirait d’une pyra
mide de verdure.
A une petite lieue de Pile des cocotiers on
voit celle que Sckoutcn a désignée sous le nom
d’ile des Traîtres; elle est basse et unie; un
bras de mer de cent cinquante toises de large
la divise en deux.
Outre leurs beaux cocos, ces deux îles pro
duisent des ignames et des bananes que les ha
bitera échangent pour des rassades, des clous
et des morceaux de fer. Ils mettent dans leurs
manières avec les étrangers plus de bonne foi
que les Maounie ns, quoiqu'ils soient évidem
ment de la même r a c e . puisqu’il y a confor
mité de goûts, de lungage, de moeurs et de
physionomie dans les deux peuples. Toutefois
ils sont moins grands, et leur taille n’excède
pas celle des Européens.
ARCHIPEL DES AMIS.
C f. t a r c h i p e l s e c o m p o s e d ’ e n v i r o n c e n t c i n
q u a n t e île s d o n t la p l u p a r t n e s o n t q u e d e s
r o c h e r s i n h a b i t é s , ta n d is q u e le s a u t r e s , p a r
u n s i n g u lie r c o n t r a s t e , s o n t lia sses e t p l a t e s ,
68
I.E S
M E R V E IL L E S
et s’élèvent à peine au-dessus du niveau de la
mer. Cette circonstance pourrait faire penser
que toutes ces îles formèrent autrefois une
grande terre dont les parties basses ont été
submergées par l’effet des invasions de l’Océan,
lui plus considérable de toutes ces îles est celle
de Toungatabou; sa surface est bien cultivée,
et l’on y voit de rians vergers; mais le terrain
est loin d’être fertile comme celui des îles dos
Navigateurs; la nature y a besoin, pour pro
duire , du travail de l’homme.
I-n nécessité d’être agriculteurs a rendu ces
insulaires industrieux, et s’ils sont obligés
d’arroser de leurs sueurs les champs qu'ils cul
tivent , ils sont dédommagés de leurs fatigues
par les découvertes qu’ils ont faites daus les
nrts utiles et leurs progrès dans la civilisation
beaucoup plus "avancée chez eux que pnrmi
leurs voisins.
Les cases des insulaires ne sont pointréunies;
on les voit éparses dans les campagnes. Chaque
famille habite auprès du champ qui lu nourrit.
Quant à leur origine, s’il faut en juger par des
raisons d’analogie, on peut dire qu’ils sont de
la même race que les habilans de Maouna;
cependant ils n’ont ni une aussi haute taille
ni des traits aussi durs; rien o’annoncc en eux
la férocité comme dans les Maouniens : il est
à présumer que cette différence daus les pro
portions physiques, et même dans l’expres-
1>E L A
SATURE.
69
sion de lu physionomie vient de l'action du
climat et du s o l, et d’autres causes locales qui
out déterminé ^avancement des idées sociales.
Une coutume singulière qui existe chez tous
les habitons des îles des Amis, c’est celle de se
couper les deux phalanges du petit doigt de la
main gauche, lorsqu’ils viennent à perdre un
parent ou un ami.
INDUSTRIE DES INSULAIRES DE LA MER
DU SUD.
L e s superbes produits de l’industrie euro
péenne sont faits pour exciter l’admiration la
plus vive*, car on ne peut les voir sans être
frappé de cette idée que les puissances de
l’homme ne s’arrêtent que lil où commence
d’agir la puissance suprême de son Créateur.
L’homme ne peut sans doute changer les lob
immuables de la nature ni se soustraire luimême à leur effet *, mais tout ce que .le Créateur
n’a point réservé pour lui-même, l’homme,
l’être créé peut le concevoir et l’exécuter.
Toutefois quand on réfléchit que ce n’est qu’a*
prês bien des siècles, eu profitant de toutes les
découvertes faites jusqu’il lui et par le secours
d’instrumens qui de jour eu jour sc perfec-
70
LES mkryf.il i .es
donnent, qu’un Européen peut enfanter aujour
d’hui ces prodiges d’industrie qui nous surpren
nent; il semble qu’il faut mettre des bornes au
sentiment qu’on n d’abord éprouvé, et res
treindre pour ainsi dire la part du mérite qui
revient à l’artiste.
Mais plus ce dernier est privé de secours
accessoires plus cette, part de mérite s’accroît;
et la reconnaître c'est lui payer un juste tri
but. Ainsi, A l'aspect de çcs tissus merveilleux
de l’ Inde, dont la finesse et In beauté surpas
sent tout ce que nous aurions pu concevoir,
il est permis, ce me semble , d’admirer fran
chement et sans restriction : on sait que les
tisserans hindous fabriquent leurs inimitables
étoffes sur des métiers composés de deux pièces
de bois liées par deux traverses et soutenues
horizontalement par quatre pieux, à peu près
comme les métiers de nos matelassiers. Cepen
dant une observation nuit encore à l’estime
qu’on peut faire de l’habileté des ouvriers
hindous : d’après une ancienne règle qui ne
souftre point d’exception, le fils est obligé
dans l’Inde d’exercer la profession de son
père; dès sa plus tendre eufanee, l’artisan
doit former ses mains au travail qu’il fera
toute sa vie, de sorte qu’à sa propre expérience
il réunira l’expérience héréditaire de trente
ou quarante siècles.
Mais ce qui est vraiment digne de notre at-
D E LA. N A T U R E .
71
tention. CO qui montre bien que la puissance
de l’homme est en lui-même et dans son génie
plus encore que dans les procédés qu’il met
en usage, ce sont les ouvrages simples, sou
vent grossiers mais toujours merveilleux , de
ces peuples sauvages qu’à des époques qui
nous sont inconnues la main du Tout-I’uissant
a jetés au milieu du vaste océan. Ici rien n’est
dû à la perfection des instruinens : tout est le
produit de la patience, de l’adresse et de l’ima
gination.
Pour ne citer qu’un exemple, ne parlons que
des Otaïticns et de leurs ustensiles de pêche,
delà charpeute de leurs maisons et de la cons
truction de leurs pirogues. Us ont des hame
çons de nacre, aussi délicatement travaillés
que s’ils étaient l'ouvrage de nos meilleurs ar
tistes; leurs cases, dont le cocotier et le latanier fournissent les m atériaux, feraient hon
neur à nos plus habiles charpentiers. La texture
des feuilles qui en composent la couverture,
leurs étoffes d’écorce de mûrier non tissues,
leurs nattes «le plusieurs sortes, tout se re
commande à l’attention de l’observateur : il
ne faut pas oublier que pour façonner leur
bois ils n’ont pas d’autres outils qu’une horminette de pierre et des coquillages pointus; que
pour fabriquer leurs étoiles ils n’emploient
qu'un morceau de bois, dont ils battent les
filameos qu’ils détachent l’un après l’autre de
72
LE S M E R V E IL L E S
l’écorce qui les coulieul; que pour leurs filets
et tous leurs tissus ils ne font usage que de
leurs mains.
ARBRES DE LA NOUVELLE-ZÉLANDE.
S u r la c ô t e orientale d e la Nouvelle-Zélande,
vers le trente-cinquième degré de latitude mé
ridionale, on découvre une contrée boisée
qu'arrose une large rivière que sa ressemblance
avec la Tamise lit nommer de ce nom par le
capitaine Cook. Il n’est point sur la terre,
dit le célèbre navigateur, de plus superbes ar
bres que ceux q u i, sans soin et sans culture ,
croissent dans ces parages solitaires. Mesurés
à la hauteur d'une toise, tous ces arbres ont de
quinze à vingt pieds de tour, et quatre-vingtdix pieds au inoinsde hauteur depuis les racines
jusqu’à la naissance des premières branches.
Tout le reste est en proportion avec ces di
mensions colossales. Le bois de ces arbres est
pesant et solide, propre à faire d’excellentes
planches; et comme il a , de même que le
piu, la propriété de devenir léger par dessica
tion , on pourrait en tirer de très bons mats.
Les bords de la rivière sont cou verts de bois,
de plantes et de verdure; elle forme à son cm-
DE LA
70
M ATURE.
b ouch ave UjïO vaste baie de quatorze lieues de
long et de trois ou quatre de large. Dans quel
ques parlies ses rivages sont marécageux., en
d’autres ils offrent des îlots bien boisés-, a son
entrée du côté de la mer, est une longue chaîne
de rochers qui eu défend l’intérieur contre la
marée et le ve n t, de sorte que l’ancrage est
sûr dans toute la baie. I.es naturels qui habi
tent près de ees lieux et dans le voisinage de
la mer sont grands et bien faits, mais ils se
barbouillent le corps d’huile et d’ocre rouge.
Ils sont industrieux si l’on en juge d’après leurs
pirogues qui sont solidement construites et
soigneusement sculptées.
SAUVAGES DE BOTANY - BAY.
L a côte d e Botany-Bay dans la NouvelleHollande fut découverte par le capitaine Cook
dans son premier voyage; clleest médiocrement
élevée. La baie dont l’entrée n’a guère que deux
cent, cinquante toises de large, oll're aux vais
seaux de bons mouillages avec les moyens de
faire de l’eau et du bois, l,a mer y est poisson
neuse, ses rivages se couvrent de coquillages
excellons, et les terres voisines produisent tant
O CKA NI X.
4
74
1.F.S M E R V E IL L E S
de plantes, la plupart nouvelles pour les An
glais à l’époque où ils y abordèrent, qu’ils lui
donnèrent le nom de Baie botanique.
Ils y trouvèrent une race d’hommes d’un
naturel si sauvage, que tous les cflbrts pour
former avec eux quelque liaison furent en
tièrement perdus. Ou les voyait armés de lon
gues piques et de lames tranchantes de bois
courir sans vêt omens sur le bord de lu m er; et
tout en invitant par leurs gestes les Anglais à
descendre à terre, ils les menaçaient et leur
lançaient des pierres et des javelines. Ils avaient
le visage saupoudré de terre ou craie blanche,
et de larges raies de la même couleur se dessi
naient sur leur corps noir et luisant. Ces raies
tombaient obliquement des épaules sur les
reins, en se croisant sur le dos et sur l'estomac
comme les bandoulières de nos soldats, mais
autour des jambes et des cuisses elles for
maient des cercles réguliers. Quelques-uns va
quaient sur le rivage A leurs occupations or
dinaires; ils regardaient les Anglais sans cu
riosité comme saus crainte et sans surprise;
mais à peine ceux-ci descendaient-ils de leurs
chaloupes, qu’ils fuyaient dans les bois en
poussant de grands cris. Les Anglais entrèrent
dans leurs cases et y déposèrent quelques pré
sens: les naturels n’y touchèrent point, et l’on
ne put réussir par aucun moyen à les rendre
moins farouches ou moins méûans.
DE
LA 3 A T U K E .
75
ILE PALMERSTON.
C e t t e île, qu’avec peu de soiu on pourrait
convertir eu uu lieu de délices, est comme la
plupart des petites îles de la mer du Sud, l’ou
vrage des polypes. Elle se compose de plu
sieurs îlots rangés cireulairement, et ne s’élève
que de trois pieds au-dessus du niveau de la
mer. Des débris de corail, mêlés d’un terreau
noirâtre que produit la décomposition des vé
gétaux ont recouvert les rochers d’une couche
épaisse et fertile sur laquelle sont nés des ar
bres. des buissons et des plantes de plusieurs
sortes. Les oiseaux du tropique, au brillant
plumage, y déposent leurs œufs par milliers.
Uu lac d’eau limpide occupe le centre de
file ; dans le fond uu rocher de corail se pro
jetant sur l’eau 0Aie sous scs voûtes la fraî
cheur et l’ombrage. Des stalactites, des con
crétions nombreuses, sous toutes les formes,
ornent les bords du lac; des coquillages de
plusieurs couleurs éu..iellcnt sur le sable; des
poissons rouges, bleus, jaunes, se jouent sur la
surface de l’eau. Des .anguilles., à la peau ta
chetée, se montrent duns le creux des rochers
et, quand on s’avance vers elles, ou les voit
élever leur tète et menacer de leurs dents lt*
main qui les poursuit.
76
LES
M E R V E IL L E S
Le cocotier sc plaît <fcn$ cette île; ses noix
y sont d’une qualité supérieure. Ce lieu n’a
point d’habitans, quoiqu’il se trouve à peu de
distance de l’archipel des Amis et de celui de
la Société, mais il parait peu ancien ; le corail
se montre encore à nu dans plusieurs parties,
et il est à présumer que des ilôts peu éloi
gnés Uniront par se joindre au groupe de Pulmerston.
CONCERT DE L’ILE D’ ÜAPPAÏ.
L o r s q u e dons sou troisième voyage Cook
visita l’archipel des Navigateurs, il y reçut
des habitans l’accueil le plus amical. Ceux de
Tile d’Happai, devant laquelle son vaisseau
avait jeté l’ancre, lui donnèrent des fêtes et des
concerts que, dans ses relations, il veut bien
appeler très agréables et d’un bel effet. Les
guerriers commencèrent par exécuter un grand
nombre d’évolutions et de danses au son du
tambour. Ce tambour consistait en un mor
ceau de bois creux, ouvert d’un côté et garni
d’une peau de requin: un tel instrument pou
vait convenir à ce genre de spectacle. Le con
cert vint ensuite-, dix-huit musiciens, assis
au milieu d’une foule immense, soufflaient à
D E LA N A T U R E .
77
la lois dans 'des tuyaux de bambou de longueur
inégale» ee qui produisait des tons différons;
mais comme tous ces tons étaient graves et
que, même pour ces peuples, le chant se com
pose du passage des tons graves aux tons aigus et
l’harmonie du mélange de tous ces tons, on en
produisait de la dernière espèce au moyen d’un
bambou tendu horizontalement et fendu dans
sa longueur, sur lequel un des musiciens frap
pait à coups redoublés. Tout ce charivari ser
vait d’accompagnement aux chanteurs dont
les accens charmèrent les insulaires*, les m a
telots anglais partageaient presque leur en
thousiasme et leur ravissement.
OUVRIERS DES ILES SANDWICH.
L es arts mécaniques sont plus avancés dans
les îles Sandwich que dans celle d’Otaïti. On y
travaille, il est vrai, les étoffes par le même pro
cédé , mais les insulaires de Sandwich Rempor
tent sur les Otaîliens par la beauté des couleurs
et surtout par la régularité des dessins. Ils fabri
quent des étoffes blanches qu’ils savent joindre
lé à lé par des coutures bien faites. Leurs nattes,
de plusieurs qualités, sont forteset bien tissues.
Les vases dont ils se servent ne sont cjue d*é-
78
l ü
MERVEILLES
corce de citrouille, mais ils donnent ù ces vases
non-seulement une couleur vive, mais encore
un très beau vernis. îlsont aussi des vases et des
écuellcs db bois si bien Taits qu’on serait tenté
de croire qu’ils sortent de l’atelier d’un tourueur. L’un des Ouvrages où ils réussissent le
mieux , ce sont les hameçons. Les uns sont en
or, d’autres en bois garnis d’or, la plus grande
partie eu nacre de perle. Ils se servent, pour les
fabriquer, de pierres tranchantes et de pierreponce, et il n’est pas possible de voir un tra
vail mieux exécuté.
Leurs pirogues sont de médiocre grandeur,
mais solidement construites, propres à mar
cher A la rame et A la voile. Leurs armes con
sistent en une lance, un poignard , des arcs et
des flèches. La lance est d’un bois dur et très
bien poli; la pointe est aplatie d’un cùté et
barbelée de l’autre. Le poignard du mémo
bois que la lance n’a que dix-huit pouces de
long; il est large à sa hase et se termine en
pointe acérée; On l’attache au poignet avec un
cordon.
Les instrumens de musique sont fort gros
siers. Le premier en rang, c’est le tambour de
bois. Vient ensuite une citrouille vide dans la
quelle on met des cailloux ou tout autre chose
qui puisse faire du bruit; elle est adaptée à
un tube de bois qui a la l’orme d’un cône ren
versé. Tandis que le musicien secoue vivement
D E LA S A T U R E .
79
d’une main cet étrange instrument, de l’autre
il se frappe la poitrine. Deux bâtons qu'on
lait heurter l'un contre l'autre, en même
temps qu’on bat avec le pied un tambour.sont
encore un instrument favori de ces insulaires
qui en revanche estiment fort peu ceux des
Européens.
LES MARI.YNESo u 11.e s DES LARRONS (i).
M a g e l l a n , qui découvrit le premier l’ar
chipel des Marianes, l’an i 5 2 i , les appela
d’abord îles de Ja.v J cUir ( des V o iles), parce
que vues de loin elles avaient l'apparence des
voiles déployées d’un navire. Ce ne fut que
duns une relation postérieure de son voyage
qu’elles ont été nommées îles de tos Lad rom*
(des Larrons),» cause du penchant que les
habitans montraient pour le vo l, de l’impu
dence et de l’adresse avec laquelle ils déro
baient tout ce qui leur plaisait. Les insulaires
actuels ne sont pourtant pas plus voleurs que
ceux de toutes les terres de la mer du Sud; et
sans discuter ici le point de savoir si la civ i
lisation les a ipiéris de ee penchant dépravé cri
rectifiant knirs idées sur le droit de propriété.
(«) V o y e z l i e île (iuuham .
8o
LE S M E R V E IL L E S
ne peut-on pas dire qu’on les a calomniés
peut-être trop légèrement?
Les sauvages sont comme les enfans; ils dé
sirent tout ce qui flatte leurs regards, et ils le
prennent s’ils peuvent le faire, sans s’embar
rasser du droit de propriété qu’ils ne''connais
sent pas; ils chercheront de même à reprendre
ce qu’ils auront donné, parce qu’ils ne sentent
pas que donner c’est aliéner. On ne saurait
donc être étonné que, voyant pour In pre
mière fois chez eux des étrangers possesseurs
de mille choses qui les tentaient, parce qu’elles
faisaient naître en eux de nouveaux besoins,
ils cherchassent à s’en emparer afin d’éviter
l’inconvénient de la privation.
iVe partageons point sur l’état et les mœurs
des sauvages le ridicule enthousiasme de cer
tains écrivains; mais ne leur faisons pas un
crime d’une action qu’ils ne regardent pas
même comme injuste. La justice et la probité
ne sont point dos senti mens innés; c’est plutôt
le résultat de la comparaison de nos idées sur
les avantages et les désavantages d’une chose,
appliqué «1 l’intérêt de la société qui se com
pose de tous les intérêts particuliers. Si les sau
vages ont entre eux des règles de conduite
■ jl’après lesquelles une chose est licite ou défen
due, ces règles, fruit de leur expérience, ne
sont relatives qu’à eux; ils ne les regardent
nullement comme obligatoires envers des étran-
D E LA N A T U R E .
8 l
gcrs qui ne sout entrés pour rien dans la for
mation de leur soc iété.
L’ILE BOUROU ou BOÈRO.
C e t t e île, l’une des Moluques, a dix-huit
lieues d’étendue de l’est à l’ouest et treize du
nord au midi. Les Hollandais y ont eu un
comptoir et un enclos palissadé , avec six ca
nons et une trentaine d’hommes. Le pays est
un des plus Beaux qu'on rencontre dans la
mer du Sud*, il est coupé de cô tcau x, de plai
nes, de bosquets, de vallons qu’arrosent des
ruisseaux ahoudans. La politique hollandaise
en a fait disparaître les épiceries, mais on y
trouve, en dépit de ce vandalisme , des cocos,
des bananes, des citrons, des pampelmouses,
des ananas et d’autres fruits délicieux, du bois
d'ébène noir et blanc, du poivre et du bois de
construction.
Les habitons appartiennent à deux races.
Les uns, auxquels on donne le nom de Maures,
sont paresseux, lâches et avilis par la servi
tude; les autres, connus sous le nom d'Alfourw , vivent dans les montagnes qui protègent
leur indépendance, et ils sont ménagés par les
Hollandais.
82
LKS
MKHVF.II.I.ES
Les avantages qu’offre le séjour de Itourou
sout compensés par de terribles inconvéniens.
On y trouve des serpens énormes, capables,
dit-on, d’avaler un agneau; on y voit aussi
l’espèce de ces reptiles qui habite sur les arbres
d’où elle s’élance sur les passons; les rivières
sont infestées de crocodiles très dangereux;
enfin Pile est sujette aux tremhlemens de terre
et aux ouragans.
FÉTICHES DE SANDWICH.
Lf. fétichisme est très commun en Afrique;
il l’est beaucoup moins dans les îles de la mer
du Sud, cl la plus grande partie des sauvages
qui les habitent semblent même vivre sans
nnrune espèce de religion. Les naturels de
Sandwich forment une exception remarqua
ble; non-seulement ils ont des temples, des
prêtres, des idoles, mais encore on trouve
dans leurs cases de petites idoles qui sont
comme, leurs dieux pénates. Ces idoles reçoi
vent du caprice de l’ouvrier qui les façonne
les formes les plus bizarres.
I)E
LA R A T U R E .
85
L’ILE KING ET SES PRODUCTIONS RARES.
C e t t e île visitée par le naturaliste Pérou,
est située vers le milieu du détroit qui sépare
la Nouvelle-Hollande de la terre de Van-Di éinen. Elle reniérme plusieurs productions ra
res qu'il est intéressant de connaître.
Parmi les quadrupèdes, on remarque le
wombat, dont la chair oflïc un mets excel
lent; il est de la taille du chien, aussi familier
que lui. aussi caressant, aussi lidèle; mais
d’un aspect désagréable. Son naturel le porte
sans cesse û courir au-devant de ceux qui pour
prix de la confiance qu'il leur témoigne lui
dounent la mort.
l.cs mers qui entourent cette île abondent
en phoques de plusieurs espèces, en tortues,
en requins de vingt-cinq à vingt-six pieds de
long sur cinq oiisix pieds d’épaisseur. Ce que
M. Péron y a vu de plus singulier et de plus
étonnant c’est une énorme sépia du genre des
calmars, de la grosseur d’un tonneau; elle
roulait, d it-il, avec fracas au milieu des
vagues. Ses bras, longs de six à sept pieds sur
un diamètre de sept i\ huit pouces, s’agitaient
comme autant de reptiles effraya ns.
Le règne végétal offre daus ces parages le
mclaieuca, arbre que son écorce blanche fait
84
LES
M E R V E IL L E S
remarquer de très loin; le métros idéros qui
p at ses tourtes de feuillage et de Heurs peut
servir d’ornement aux plus rians bosquets, et
surtout le gigantesque eucalyptus qui s’élève
A cent quatre-vingts pieds de hauteur et dont
le tronc a trente ou trente-six pieds de cir
conférence. Cet arbre donne une gomme de
couleur rougeâtre, fortement astringente.
En quittant 1’ile King et sur la côte méri
dionale de la Nouvelle-Hollande, dans la terre
de Leuwin, le même naturaliste a trouvé une
éponge qui rendait, en la pressant, une liqueur
pourpre du plus grand éclat. Peut-être les
cellules de cette éponge servaient-elles de re
traite à quelques mollusques de la famille des
physales (i).
•
LE JUIF DU POUX JACKSON.
I.ujuif Lnrra , Français d’origine, condamné
en Angleterre pour vol et pour fa u x , fut dé
portée Botany-Bayen 1788. Après avoir subi
sa peine , devenu libre il voulut redevenir ci
toyen. Pour y parvenir il consacra sa vie au
travail. Il obtint la concession d’un terrain
(1) Voyez l'article P h o s p h o r e s c e n c e d e la m e r.
D E LA
N A TU RE.
85
qu’il défricha et la terre fdcondéc par ses
soius lui donna d'amples récoltes. Il avait
épousé uue déportée juive comme lui, et elle
le seconda par d’heureux efforts. I,a fortune
que les époux acquirent de dette manière les
mit en état de construire une maison vaste et
commode. Larra ne tarda pas à la convertir
en hôtellerie. Les étrangers y affluèrent parce
qu’ils y furent bien traités et bien servis. En
tourés de la considération publique, Larra et
sa femme étaient au commencement de ce
siècle les plus riches *propriétaires du port
Jackson.
L’ILE DOTAIT!.
L a côte de cette île fameuse offre aux vais
seaux qui viennent de l’orient l’aspect le plus
riârit, le plus riche et le plus pittoresque. Près
du rivage le sol est plat et tout couvert d’ar
bres, dont, les rameaux touffus, toujours verts,
ombragent les cases des naturels. A une lieue
de la côte, le pays s’élève en petites collines
couronnées de bois. De leur sommet tombent
de petites rivières qui fuient en serpentant
vers la mer. Bientôt on découvre une large
baie dont le fond excellent promet aux vais
86
LE S M E R V E IL L E S
seaux un mouillage commode. Tout le pays
d’alentour cultivé avec soin n’offre qu’un vaste
tableau qu’animent les plus belles scènes de la
nature.
Une femme que Wallis désigne sous le nom
de la Heine ù cause de l’autorité dont elle
semblait jouir sur les insulaires, lit àux An
glais un accueil amical. Elle habitait dans une
maison qui avait trois cents pieds de façade,
et dont le toit formé de feuilles de palmier artistement tressées était soutenu par cinquantetrois colonnes ou piliers de bois, l.e faite de
ce toit se trouvait \ trente pieds d'élévation
au-dessus du sol.
Dans l’intérieur de l’ile le sol est partout
gras et fertile. Des habitations propres et com
modes s’élèvent de toutes parts; des jardins,
des vergers les entourent; des eaux fraîches
et abondantes coulant par mille can au x, les
arrosent sans cesse et favorisent la végétation.
Les naturels ont eu l'idée du droit de propriété,
car chaque domaine particulier est enclos
de haies et de murailles. I.e centre de l’ile
supporte de hautes montagnes. Dépourvue»de
métaux et de m inéraux, elles sont aussi à
l’abri de ces déchircmens intérieurs qui bou
leversent lu surface du sol ; nulle part elles
n’offrent d’indices d’éruptions volcanique»,
bien que les volcans soient communs dans les
mers du Sud : l’usage du fer paraissait être in-
DK LA
N A T U R E.
87
connu aux insulaires dont tous les instrument
étaient d’os, de coquillages ou de pierres tran
chantes.
Dans ce lieu fortuné où le climat toujours
égal n’oiïre point ces terribles vicissitudes de
froid rigoureux et de chaleur accablante, de
sécheresse et d’humidité si contraires à l’homme
qui s’y trouve exposé, la terre produit d’ellemème et sans culture la canne à sucre, le
tamarin, le gingembre et beaucoup d’autres
végétaux, lai canne à sucre d’O taïti, d’un bois
plus dur et d’un plus beau vert que celle du
continent asiatique, parait aussi plus produc
tive que cette dernière. Suivant la remarque
de Humboldt, cette caune à sucre transportée
par l'amiral Bligh à la Jamaïque et de là jrépandue à Cuba et à Saint-Domingue, donne
des produits d’un tiers plus abondans.
Les (Haïtiens sont en général grands, bien
faits, agiles et d'une figure assez régulière.
Leur teint est basané; leurs cheveux d’abord
blonds deviennent châtains ou même noirs;
ils les relèvent sur le haut de la tète, ou les
laissent flotter sur leurs épaules. Ils ont grand
soin de le» oindre d’huile de coco parfumée
avec une graine qui sent lu rose. Les femmes
sont d’un extérieur agréable; elles sont vélues
d’une étoile non tissue que leur fournissent
les arbres de leur île. Pour la fabriquer on
enlève les libres ligneuses de l'écorce , et on les
88
LUS M E R V E IL L E S
fait macérer dans l’eau pendant quelque temps
jusqu’à ce qu’elles soient entièrement ramol
lies. Alors on les étend les unes sur les autres
et on les bat pour les faire adhérer ensemble.
L'étoffe qui résulte de cette opération ressem
ble assez au papier. Hommes et femmes, tous
aiment la parure; ils portent des bracelets,
des plumes, des colliers de coquillages et même
de perles; ils se tatouent les parties du corps
qui ne sont point couvertes.
Tous les arts étaient chez eux dans l’en
fance lorsqu'ils furent visités par Wallis. Pour
allumer du feu ils employaient deux mor
ceaux de bois sec; pour cuire leurs alimens, ils
faisaient chauffer ou rougir des caillou x,
plaçaient ensuite la viande sur ces cailloux
et la recouvraient-ils avec des feuilles et
d’autres pierres : aussi la vue d’une marmite
et surtout l’emploi qu’on en fit devant eux
excitèrent-ils au plus haut point leur surprise
et leur admiration. Ils ignoraient absolument
la manière d’obtenir de l’eau bouillante; ils
ne savaient pas même que l’eau put acquérir
par le feu un grand degré de chaleur. L’un
d’eux avait vu ouvrir le robinet d’une théière
et couler le thé tout brûlant. Saisissant le mo
ment où il crut n’èlre point aperçu, il s'ap
procha furtivement «le la théière «;t tournant
promptement le robinet il reçut le thé daus sa
main. Il se mit à hurler d’une façon épouvan-
DE
I.A
RATURE.
8ÿ
labié, ruais ses cris furent encore plus d'éton
nement que de douleur.
Ils ont des pirogues de plusieurs sortes. Les
unes no consistent qu’en un tronc d’arbre et
sont destinées pour la pèche-, les autres sont
construites de planches bien jointes et portent
jusqu’à quarante hommes : elles iront qu’un
seul mal. D’autres encore, réservées pour les
expéditions lointaines, sc composent de deux
grandes pirogues attachées ensemble par des
Iraverses qui supportent deux mats. Le bois
dont ils se servent pour ces constructions est
une espèce de pommier dont le tronc formé
de couches superposées peut être facilement
divisé en planches, après avoir été équarri au
moyen de haches de pierre auxquelles on
donne le tranchant, en les passant sur une
autre pierre. Ces planches, poli»*; ensuite avec
des pierres tranchantes, ont de distance eu
distance des chevilles de bois et le plus sou
vent d’os, formant une saillie d’environ un
pouce. C’est au moyen d’une corde tendue des
chevilles d’une planche à celles de la planche
contiguë qu’ils les unissent ensemble. Ils rem
plissent les jours avec du jonc sec, et passent
sur le tout une couche épaisse de gomme.
Cook estimait à deux cent mille aines la
population de cette île. Ce calcul était sans
doute exagéré, mais il prouve au moins (pu
le nombre des kabitans était considérable. II
9°
LES
M E R V E IL L E *
se trouvait réduit à dix mille en 1796, époque
de l’arrivée de quelques missionnaires anglais.
Sept ans après, Turnbull n’a trouvé que la
moitié de ce nombre environ, et il est à crain
dre qn’ il 11e diminue encore; les visites des
Européens ont été fatales i\ ces insulaires.
Aux anciennes causes de dépopulation qui
existaient avant elles et qui ont continue
d’exister malgré l’intervention de la raison
européenne, telles que la coutume d’immoler
des victimes humaines, et surtout l’institution
infâme des Arrevys qui dans l’intérêt de leurs
plaisirs étouffent leurs enfaus aussitôt qu’ils
sont nés, sont venues se joindre d’autres causes
non moins fatales : de nouveaux besoins,
l'usage immodéré des liqueurs j^iritueuses,
plusieurs maladies dont quelques-unes atta
quent la vie dans sa source, l’art de la guerre
et les armes à feu qui ont converti les moin
dres querelles en tueries réglées, comme cela
doit être chez tous les peuples pour qui le droit
c’est In force, pour qui la victoire c’est le mas
sacre de l’ennemi.
INDICES DE TERRE DANS L’OCÉAN
PACIFIQUE.
M. de Bougainville qui joiguail à l'amour
|; D E
LA N A T U R E .
9I
(les découvertes des connaissances solides et
varices, donne pour indices presque certains
du voisinage des terres clans l’Océan Pacifique,
les orages, l’horizon charge de nuages épais
et les tourbillons de vent. Toutes les fois
que ces accidens ont troublé le cours de sa
navigation , il n’a jam ais, d it - il, manqué de
rencontrer la terre à peu de distance. On peut
croire que ces indices sont d'autant plus cer
tains , qu’ils ont été observés avec soin : a l’é
poque où ce navigateur parcourait l’Océan Pa
cifique, on n’y avançait guère qu’en tâtonnant,
et l’attention la plus soutenue d’un observa
teur éclairé pouvait seule diminuer les dan
gers de cette navigation.
ILE DES LÉPREUX.
Non loin de Pile Aurore, dans l’archipel de
Quiros connu sous le nom de Terre du Saint-Ksprit,est une île d’environ douze lieues de long,
haute, escarpée et partout. Couverte de grands
arbres. Les insulaires, noirs ou mulâtres, à
lèvres épaisses, à cheveux laineux,sont petits,
mal faits et tout dévorés de lèpre. Ils n'ont
point de barbe, ou bicu ils s’épilent avec soin ;
ils se percent les narines pour y placer des an-
92
LES
M E R V E IL L E S
ncaux; ils ornent leurs liras de bracelets d’os
ou d’ivoire, ils portent au cou des plaques
d’écaillc de tortue. Leurs armes consistent
en flèches et en sabres. Iæs premières ne sont
que des roseaux armés par le bout d'un os très
pointu; les seconds sont de bois de fer. Les ha
bitations des insulaires ne sont que de vilaines
huttes où l’on ne peut entrer qu’en s’allongeant;
ils les entourent d’un enclos de palissades qui
ont trois pieds de haut. Ces noirs sont d’un
naturel farouche et perfide.
POISSON A QUATRE AILES.
J’ ai déjà parlé du poisson volant, commun
dans la mer Atlantique , entre les deux tropi
ques. Il en existe dans la mer du Sud une va
riété fort remarquable; il est noir et a quatre,
ailes rouges, dont'il se sert également soit pour
fendre l’eau soit pour s’élever dans l'air quand
il est poursuivi de trop près. Il est à remarquer
qu’il les fait mouvoir de la môme manière
dans l’un et dans l’autre élément.
Les poissons volans se montrent presque
toujours par troupes; ils voient par je ts, et
parcourent à peu près autant de distance
qu’une perdrix; ils s’élèvent même assez haut
DE LÀ. N A T U R E .
g5
pour aller se heurter fréquemment contre les
Toiles ou les mâts des navires. Dans les temps
d’orage on les voit bondir sur l’eau par cen
taines.
L’EWHARI, ou LA MAISON DE DIEU.
Ou trouve dans les îles de la $pciété un
monument bien extraordinaire par les souve
nirs qui s’y rattachent. C’est une espèce de
coffre dout le couvert est travaillé délicate
ment et revêtu de feuilles de palmier. Le cof
fre repose sur deux hâtons horizontaux,
comme ceux des porteurs de chaise, et les
deux hâtons s’appuient sur deux petites tables
de bois, qu’ornent des ligures sculptées. Les
hâtons paraissent destinés à porter le coffre
d’un lieu à l’autre et proccssionnellement. Ce
monument ne ressemble pas seulement par la
forme à Yarche d'alliance des Israélites-, mais
ce qui est encore plus étonnant, c’est qu’on
lui donne le nom de Eiohari no Itoua, mots
qui littéralement signifient maison de Dieu, il
est à présumer que c’est la connaissance que
les juifs de l’Inde ont eue de quelque fait de ce
genre, qui leur a fuit dire qu’une de leurs co
lonies s’était établie dans les mers du Sud.
94
LES
M ERY Kl 1. L b s
L’ ILE DE TINIAN.
I l est desgouvernemens qui, secondant par
une sage politique les intentions prévoyantes
de la nature, ou favorisant la tendance des
hommes qui vivent en société pour toutes les
idées génératrices ou conservatrices, augmen
tent la npimne des biens et diminuent les
causes du malaise dans tous les pays que la
forLuue a mis sous leur domination. D'autres
au contraire semblent faits pour turir partout
les sources les plus abondantes de prospérité
et de vie. On disait surtout qu'il a été donné
au gouvernement espagnol, créé par Ferdi
nand et maintenu par ses successeurs, de
mettre à la place des prospérités d'un pays la
dévastation et la solitude.
L’ile do TLuian dans l'archipel des JVIarianes, jouit d'un climat doux et d’un sol fertile.
L’intérieur de l’île est couvert de hautes mon
tagnes, mais ces montagnes s’inclinent de tous
les côtés vers la mer et forment des vallons
verdoyans ou s’étendent jusqu’au rivage eu
vastes prairies,où l’un \ oil serpenter les ruis
seaux qui tombent du haut des rochers par
lesquels l’horizon se termine.
(.cite île était autrefois très peuplée, et la
D E LA
H A Tl/A E.
9 5
campagne trfcrich e; des troupeaux nombreux
la parcouraient en tous sens. A la suite d’une
épidémie q u i, dit-on. lit de grands ravages,
peut-être parce qu’on négligea les moyens cu
ratifs, les Espagnols transportèrent à l’île de
Guaham tous ceux que le mal avait épargnés;
les animaux eux-mêmes furent compris dans
la proscription; il n’y resta plus que quelques
porcs qui ne tardèrent pas à devenir sauvages;
il fut défendu sous des peines sévères de ren
trer à Tinian et de s’y établir.
Quel avantage retirèrent les Espagnols d’une
telle mesure? Parce qu’une maladie afflige les
habitans d'uu pays, au lieu de leur- procurer
des secours efficaces, faut-il les enlever au
sol qui les a vus naître, et vouer à la stérilité
une terre fertile qui naguère encore se cou
vrait de moissons? Pour qui les Espagnols out
ils voulu faire de cette ile un désert? C’est
dans leur politique étroite qu’on doit cher
cher la cause de leur conduite. Trop faibles
pour garder leurs possessions immenses, ils
ont sacrifié à lu sûreté de leur principal éta
blissement dans une contrée les élablissemens secondaires ou moins importons. Mais
Tinian abandonné pouvait appeler d’autres
conquérais, et devenir pour les Philippines
un dangereux voisinage : il a donc fallu ruiner
et dépeupler Tinian. Si tel fut le mobile qui fit
agir les Espagnols, il faut convenir qu’ils ont
96
LES
M E R V E ILL E S
à regard des peuples soumis par leurs armes
des principes de droit public un peu étranges;
PIROGUE EXTRAORDINAIRE.
P a r m i les monumcns extraordinaires de
l'industrie, réduite aux seuls secours de l’art
naissant, on peut citer une pirogue vue sur
les côtes de la Nouvelle-Irlande, dans les ré
gions équatoriales vers le cent cinquantième
degré de longitude. Cette pirogue exactement
mesurée fut trouvée avoir quatre-vingt-dix
pieds de long; elle était d’une seule pièce,
c’est-à-dire formée d’un seul tronc d’abre.
Quelques figures grossièrement sculptées or
naient ses lianes et sa proue; elle portait
trente-trois hommes et marchait à lu pagaie.
Les Anglais qui accompagnaient Carteret se
saisirent dans ces parages d’une pirogue aussi
d’un seul arbre, mais de cinquante pieds de
long seulement, ils y trouvèrent île grandes
nattes qui servent aux insulaires de voiles et
de tentes. Ces derniers ont le teint couleur de
cuivre et la tète couverte de laine; ils tracent
sur leur corps des raies blanches, et arment
leurs flèches et leurs lances d'un caillou pointu
de couleur bleuâtre.
n r.
9
LA B A T U B E .
LA VILLE DE MACASSAR.
t
C e t t e ville, la principale tie l’ile de Célè
bes, s’élève sur une pointe de terre qu’arrose
une rivière large et profonde, où les vaisseaux
trouvent un assez, bon ancrage, sous les murs
même de la ville. Les environs de Macassar
sont tout couverts de cocotiers, à l’ombre des
quels on voit un grand nombre d’habitations.
Le sol d’abord uni et bien cultivé , se hérisse
et devient montueux à mesure qu’on s’éloigne
de Macassar; c’est dans ce lieu que réside le
souverain de la partie méridionale de Célèbes;
il est allié des Hollandais qui y entretiennent
tm résident et un gouverneur avec quelques
soldats. A quelque distance est la baie de
Bûnthaïm où les vaisseaux peuvent mouiller
avec sûreté durant les deux moussons. L’en
trée de la baie est défendue contre les vente
par une chaîne de rochers. Au fond de la haie
on voit un fort de construction hollandaise,
palissadé et défendu par une batterie de huit
canons. Les rivages de cette baie sont très
agréables, et le sol y est fertile et abondant.
On y trouve du riz. des fruits, de lu volaille ,
des porcs, du bois et de l’eau : en un m o t,
tout ce qui sert à renouveler les provisions
d'un vaisseau.
O C C A M t.
*
s
98
1XS ’HF.HTEltT.ES
ILES PÂLLISEtt.
U s groupe de plusieurs îles basses cl bor
dées <le récifs, désignées par lloggeween sous
plusieurs noms particulière et par le célè
bre Cook sous celui d’iles Palliser, existe au
nord-est d’Otaïti dans une mer que les navi
gateurs ont appelée la Mer Mauvaise. Boggeweèn y perdit un de ses vaisseaux qui s’étant
engagé pendant, la nuit entre deux rochers y
fut brisé par les lames. 11 est malheureux pour
les navires qui parcourent ces latitudes de
ne pouvoir aborder à ces îles que tapisse une
riante verdure et qu’ombragent de très beaux
arbres parmi lesquels ou remarque le cocotier.
Beaucoup de plantes anti-scorbutiques, des
fruits sains, Pair de terre, une eau nbondantect
debonne qualité offriraient aux navigateurs des
secours plus précieux que l’or pour lequel ils
exposent leur vie et du moins la santé, qu’ils
voudraient racheter lorsqu’ ils l'ont perdue au
prix des richesses des deux mondes-, mais l’ap
proche de ces rivages est interdite aux grands
vaisseaux ; les canots seuls des insulaires peu
vent impunémeut frauehir les récils qui les
protègent.
*
Ou trouve dans ecs parages beaucoup de
moules, de nacre et même d'huîtres perlières;
DE
LA
A A TU H E.
99
Boggeween ou du moins sou historien Behrens
prétend avoir trouvé des perles dans plusieurs
huîtres que les habitans lui vendirent. Ou pré
sume aussi que le sol produit du chanvre ou
d’autres végétaux qui eu tiennent lieu puis
qu’on vit des canots inunis de voiles et de cor
dages dont le lil ressemblait au chanvre.
Les insulaires sont «le haute taille; ils ont
les cheveux noirs et très* longs, des traits ru
des, l’air menaçant: ils ne se montraient ja
mais sur le rivage qu’armés de piques longues
de quinze à vingt pieds.
Un autre groupe de plusieurs îles à peu de
distance des premières et formant une en
ceinte d’environ trente lieues, reçut «le Boggeween le nom de Labyrinthe à cause do la dillieulté que ses vaisseaux éprouvèrent ;i leur
sortie «le cet archipel. Les habitans semblent
avoir les mêmes mœurs et les mêmes habitu
des que les insulaires de Pnlliser, «*t ils sont
probablement de la même race.
ILLS DU ROI GiEORCË.
Les des du roi George situées par 1<? qua
torzième degré de latitude sud et le cent qua
rante-huitième de longitude occidental» . t
lOO
I.r.S MERVT.IU.E8
presque partout entourées de récifs de corail,
ne sont guère accessibles que pour les canots
ou les chaloupes des Européens, et les piro
gues dos insulaires qui paraissent être en grand
nombre. La terre y est toute couverte do
plantes, de fleurs et de grands arbres par-dessus
lesquels les cocotiers élèvent leur tète chargée
de fruits. Les sables du rivage sont radiés sous
des tas de coquillages parmi lesquels on dis
tingue récaille de l’huître ù perle. Les cabanes
des naturels ont à peu près la même forme que
toutes celles do la mer du Sud; le cocotier en
fournil la charpente et le recouvrement dans
ses branches cl dans ses feuilles. Auprès de ces
cabanes, on voit des cases carrées dont les co
tés sont construits en pierre: de grands arbres
leur prêtent un frais ombrage : ce sont des
tombeaux.
Ces îles ont de l’eau douce; elle est très
bonne, m aison petite quantité. On la trouve
en creusant dans la terre de petits puits, peu
profonds, qui se vident très aisément, mais
qui ne tardent pas à s'emplir de nouveau. Les
Anglais qui les premiers ont abordé dans ces
iles en 1760, n’y ont aperçu aucun animal
venimeux, mais ils se plaignent d’y avoir
été constamment tourmentés par les mouche»
q u i, malgré leurs eflbrts pour s’en délivrer,
les couvraient de la tête aux pieds. Ils y ont
vu des perroquets et des oiseaux semblables à
f)E L.V NATUnÉ.
101
des colombes et si familiers qu'ils se laissaient
prendre à la main.
Les insulaires sont tous de haute taille et
bien proportionnés', ils paraissent guerriers et
peu disposés à recevoir les étrangers dans leurs
îles.
Leurs pirogues longues d’une trentaine de
pieds sont d’une construction ingénieuse et
particulière. Elles sont faites de planches tra
vaillées avec, soiu , artisteinent cousues, et
ornées de figures sculptées. La couture des
planches est recouverte d’une longue bande
d’écaille de tortue fortement attachée. Le fond
de la pirogue est toujours très étroit; c’est
afin de prévenir les aceidens qui résulteraient
«le ce défaut de largeur qu’ils ne manquent
jamais de les accoupler, au moyen de plu
sieurs traverses de bois dont les deux extré
mités sont fixées sur les deux pirogues en lais
sant entre elles un intervalle de sept ou huit
pieds. Du milieu de chaque pirogue s’élève un
mat de médiocre hauteur; la voile est tondue
entre ces deux mats; elle se compose d’un
t issu de jonc qui est à la fois léger et solide. Les
cordages sont faits de l’écorce du cocotier et
n’ont pas moins de force (pie les cordes de
chanvre. Ces pirogues vont à la voile et à la
rame. Dans l#dcrnier cas, les rameurs armés
de leurs pagaies se placent dans le corps de la
pirogue; dans le premier, ils se tiennent atiis
102
LES MEIIVBIL1.ES
sur les pièces de bois qui unissent les deux
esquifs.
En général les terres qui sc trouvent dans
ces latitudes équatoriales présentent les mêmes
accidens que celles du roi George. Toutes pa
raissent fertiles et populeuses, mais toutes se
trouvent ceintes de rochers de corail, et il est
à présumer qu’elles ne sont elles-mêmes que
de lentes conquêtes des siècles sur l’océan,
suivant la Théorie tic Forster (1).
I.TLE DES LANCIERS.
C e t t e ile , voisine des Quatre-Facnrdins.
îlots sans babitans, fait partie de l’archipel
Dangereux situé vers le tropique du capri
corne, du cent quarantième au cent cinquan
tième degré de longitude à l’ouest de Paris.
Une plage do sable très unie semble d’abord
promettre un mouillage facile, et les bois de
cocotier qui couvrent l’intérieur de Pile invi
tent le navigateur à s’en approcher; mais les
flots de la mer qui s’élèvent en grosses lames
et vont se briser sur le rivage lui en interdi
sent l’accès, et se jouent de ses^florts. Vainc-
(i) Voyez l'article llct 6asset des Tropiques.
DE LA N A T U R E .
103
ment II -perçoit celle, terre si ardemment dé
sirée après un long voyage; vainement ses
yeux enchantés se reposent avec délices sur la
verdure des arbres, sur les fruits dont ils sont
chargés : la mer brise partout avec violence,
la côte n’oflro aucun point, où les vaisseaux
puissent aborder, et à peu de distance du ri
vage une soude de deux cents brasses n’atteint
point le fond.
Cette ile reçut de Bougainville le nom
qu’elle porte parce qu’au moment où la fré
gate française cherchait un ancrage qu’elle
ne trouva point, quelques insulaires d’nsse*
haute taille, au teint basané et sans vête me ns.
se montrèrent sur le rivage, armés de longues
piques qu’ils secouaient d’un air menaçant.
I.’ilc de la Harpe, ainsi appelée à cause de
sa forme qui ressemble à un croissant dont les
côtés seraient alougés mais étroits,est, comme
l’ile des Lanciers dont elle est peu éloignée,
basse et couverte d’arbres et de verdure. Ses
habitans ne diffèrent point des précédens. Ils
se firent voir aussi arn\és de lances et disposés
à défendre l’accès de leur ile.
PYRAMIDE NATURELLE D’OTAÏTI.
Lorsqu' on s’avance vers l’île d’Otaïti en. \*
IO 4
LE S M E R V E IL L E S
uaiit du côté de l’orient le rivage se présente
sous un aspect ravissant. Depuis le bord de la
mer, le sol s'élève en amphithéâtre jusqu'au
pied des montagnes qu’on aperçoit au fond de
l'horizon. Celles-ci sont très hautes et parfai
tement boisées; la campagne n’est elle-même
qu’une vaste prairie ombragée de cocotiers
et coupée de vergers et de plantations. Au
milieu de l’espace qui sépare la mer des mon
tagnes s’élève un pic remarquable par sa hau
teur cl plus encore par son étroit diamètre,
qui excède ù peine trente toises. Ce pic ou
plutôt cette colonne de roche est couverte
d'arhresel d’arbustes jusqu’à sou sommet, de
sorte qu’on croirait voir une pyramide entourée
«le guirlandes de feuillages, et dont, la tête va
se perdre au sein des nuages. Du haut des
montagnes une rivière se précipite dans 1«
plaine et forme une cascade qui embellit en
core ce riant paysage.
PORT DU ROI GEORGES DANS LA
NOUVELLE-HOLLANDE.
L a côte méridionale de la Nouvelle-Hol
lande vers le trente-cinquième degré de lati-
6e
LA
H A T C R fi.
lo
5
Inde *u<l et le cent dix-septième de longitude,
est toute hérissée de rochers élevés, dont le
pied iiûd et dépouillé, toujours lmttu par les
vagues, n’ofifre aux navigateurs aucun abri
contre les tempêtes, Untre ces rochers le sol
se compose d’un sable blanc qui repousse toute
sorte de végétation-, seulement ou voit sur
leurs flancs et jusqu’à lears sommets, un peu
d’herbe ou plutôt de mousse d'un vert triste
et noirâtre, ce qui leur donue l’apparence de
murs qui tombent en ruine. Au-delà de cette
chaîne de rochers et par les intervalles qui les
séparent. on aperçoit l’intérieur du pays dont
l’aspect n’est guère plus ajpréuble. Uu découvre
pourtant dans le lointain des bouquets d’arbréa
assez toufl'in.
Une haute montagne qui surpasse en éléva
tion toutes les roches voisines, forme un pro
montoire au-delà duquel la côte remonte vers
le nord. C’est au milieu de ce rivage solitaire
et sauvage, que la nature a placé un port sur
et commode où les navigateurs peuvent pen
dant quelques jours oublier leurs fatigues et
la plus cruelle de leurs privations: celle d’une
eau fraîche et limpide. La côte est presque
partout composée de rochers d’un accès diffi
cile; auprès du port, les rochers sont couron
nés d’arbres. Au milieu du bassin est une île
rouverte d’une herbe épaisse et abondante;
dans le fond, quelques courans (pii tombent
106
LE S M E R V E IL L E S
dans la mer fournissent aux navires une eau
de très bon goût.
En remontant le cours île ce ruisseau ù tra
vers un petit bois, le navigateur Vancouver
parvint à un village abandonne, composé
d'une vingtaine de misérables buttes qui
avaient la forme d’une ru ih e , et ne consis
taient qu’en quelques branches couvertes de
feuillage et de terre. Deux ou trois de ces cases
plus grandes que les autres semblaient avoir
été destinées au chef de la tribu et à sa famille:
mais tout indiquait que depuis long-temps ce
lieu n’était point habité. Le sol, sablonneux et
aride, ne saurait rien produire, et les naturels
n’y peuvent avoir d’autres ressources que celle
de la pêche. Peut-être ne s’y rendent-ils que
pour la pêche des huîtres qui sont assez abon
dantes dans le voisinage de l’entrée du port.
Ce qui rend cette conjecture assez vraisem
blable , c’est que Vancouver trouva dans quel
ques huttes des filets, à prendre du poisson,
grossièrement travaillés.
' L’ ILE Cil AT AM.
C e t t e île s itu é e p a r le c e n t s o i x a n t e - d i x h u i t i è m e d e g r é d e lo n g it u d e ù l ’o u e s t d o P a r is
D L LA S A T U R E .
107
et lu-imarantfr-quatrième degré do latitude
australe, u’n été découverte qu’au mois do
novembre 1791. Elle est habitée par des peu
plades sauvages de la race des noirs de lu Nou
velle-Zélande, et comme eux d’un naturel
traître et perfide, ignorans, grossiers, sans
arts et sans industrie. C’est assez généralement
à ces traits qu'on distingue tous les insulaires
de la mer du Sud.
Il n’est guère possible de dire comment ni
en quel temps celle ile a été peuplée, à moins
d’admettre l’hypothèse d’un ancien continent
dont les parties les plus basses auraient été
submergées daps la suite des siècles. Mais s’il
fallait juger de l’ancienneté d’une race d’hommes par leur état moral actuel, on serait tenté
de croire que les habilnns de l’ilc Chalam sont
un peuple nouveau qui sort à peine des mains
de la nature. Toutefois il est plus que probable
que cette race existe en ces lieux depuis bien
des siècles. Comment se fait-il donc qu’elle est si
loin encore de la civilisation et des connaissan
ces? C’est apparemment parce,que la civilisa
tion n’est pas seulement l’ouvrage du temps : elle
doit encore avoir été déterminée par des cir
constances particulières ou fortuites. La civi
lisation ne se perfectionne que lorsqu’elle est
commencée, et pour qu’elle commence, il
faut une cause qu’il ne dépend pas de l’homme
de faire naître; car s’il suffisait.de*la réunion
lOo
I.E S M E R V E IL L E S
«1rs hommes en société pour que la civilisation
s’établît parmi eux, il n'y aurait plus depuis
bien long-temps de peuples sauvages.
Les canots des habitans de l’ile Cbatam ont
à peu près la forme d'une civière sans bras; ils
sont d'un bois très léger qui ressemble assez
au bambou; ils se composent de plusieurs piè
ces solidement attachées les unes aux autres
par des lieus dont les arbres de leur pays leur
fournissent la matière. Le fond en est plat,
comme celui des bateaux do nos rivières; les
trous des coutures sont bom bés avec des toulVes
d’herbes marines. Ces canots, lout-i-fait im
propres à une longue navigation , ne peuveut
contenir que deux ou trois personnes. Les in
sulaires ont pour les arrêter des grappins faits
de pierre, et ils se servent pour les attacher
de cordes tissues de brins d’herbes.
Leurs fdetssont travaillés avec assez d’art;
ils ont la forme d’un sac dont la bouche a cinq
ou six pieds de diamètre, et terminé en pointe.
Pour les tenir ouverts, ils fixent au bord su
périeur un cerceau de bois, traversé par un
axe. Une corde attachée à cet axe tient le lilct
suspendu à une ligne au moyen de laquelle ou
le plonge dans l’eau. Il est tissu en entier de
brins de chanvre tordus ensemble deux i\ deux
et uoués les uns avec les autres, à peu près
comme les^ mailles de nos filets.
Les bois sont recherchés pour la fraîcheur
DF. LA KA TO R K .
109
de km- ombrage. Eu beam oup de places ils
forment «le vastes berceaux , impénétrables au
soleil. Pour leur donner celte forme , les insu
laires plient leurs brandies eucore jeunes, et
leur font prendre la direction qu’ils veulent.
Les arbres de Pile se préfont 11 cette opération
par la souplesse de leur bois; il en est dont la
feuille ressemble à celle du laurier; aucun
n’est propre à lu construction.
Ces insulaires ne semblaient avoir aucune
idée des échanges’, ils recevaient avec empres
sement tout ce qu’on voulait leur donner,
mais ils refusaient ce qu’on leur demandait en
retour; ils finirent par attaquer les Anglais
qui les visitaient.
Ils sont d’une taille moyenne et paraissent
fortement constitués. Ils ont la barbe et les
cheveux noirs. Quelques-unsleslaissentcroitic
et tomber sur leurs épaules; les jeunes geos les
relèvent sur le sommet de la tète. Leur teint
est noirâtre, et ils ont en général la figure
plate. Leurs vétemens sont en peaux de veau
marin dont le poil est tourné en dedans; plu
sieurs insuluires y ajoutent, pour se parer, des
colliers de nacre.
110
I.E S
M EUVE IL L E S
A RCR ES DE YAN-DIÉA1KN.
A l’extrémité méridionale de la terre de
Van-Diémen, qui est elle-même à la pointe
de la Nouvelle-Hollande, ou trouve à pou de
distance du rivage des forêts magnifiques ,
que la cognée a toujours respectées. Les arbres
qui les composent, presque tous'de la famille
des myrtes, élèvent à une hauteur prodigieuse
leurs sommets couronnés de feuillage. Plusieurs
de ces arbres vaincu» par le temps, tombent
et se renversent sur leurs voisins qui leur prê
tent long-temps encore un appui que d’autres
un jour leur rendront. Ce fut. peut-être à l’as
pect des forêts antiques où l’image de la des
truction se mêle aux riaus tableaux d’une
végétation vigoureuse, que les anciens légis
lateurs de l’Inde conçurent l’existence de leur
•lieu Schiba qui détruit sans cesse pour repro
duire !
Les débris de ces grands végétaux, décom
posés par les eaux qui jaillissent du sein de la
terre, ont formé en beaucoup de lieux une
excellente courbe de terre végétale qui repose
sur un sol de grès. Ailleurs on trouve une terre
argileuse qui, une fois délayée par ces eaux
vives, n’a plus aucune consistance, et n’oflre
qu’un sol fangeux qu’on ne saurait traverser
DK LA
N A T U ilE .
111
sam danger; car souvent il arrive que la terre
entraînée par les eaux qui s'infiltrent, laisse à
sa place des cavités qui deviennent des marcs
en s’emplissant; et comme elles sont presque
toujours recouvertes île plantes, on ne peut
les apercevoir, de sorte que l’on court risque
de s’y abîmer si l’on ne marche avec précau
tion.
Cependant tous les arbres qu’on trouve ren
versés ne sont pas tombés de vieillesse; on en
voit un assez grand nombre qui ont été abattus
par les vents de sud-ouest, fléau de ces con
trées. Iji direction uniforme qu’ils ont. reçue
en tombant, du sud-ouest au nord-est, infapic assez clairement la cause de leur chute.
Ces arbres en général tiennent peu nu sol
parce que leurs racines, bien qu’elles soient
longues, courent dans une position horizon
tale; aussi arrive-t-il souvent que lorsqu’un
arbre est renversé , les racines entraînent avec,
elles une couche épaisse de terre, et comme
l’arbre continue de végéter, ces raciues et la
terre qui les accompagne ont l'apparence d’un
mur élevé de main d'homme; les naturels
ne manquent pas d’en profiter pour se mettre
■\ l’abri derrière ce retranchement que le bu
sard leur offre.
Ces arbres que les botanistes désignent sous
le nom à’ eucalyptus resin ijeva , ont commu
nément cinq ou six pieds de diamètre; quel
112
L E S U B R Y B IL I.E S
ques-uns ont jusqu’à neuf pieds. Leur écorce
s’enlève très aisément par grandes bandes
d’environ quinze ou vingt pouces de large et
plusieurs pieds de long; comme cette écorce
a beaucoup de souplesse, les naturels s’en ser
vent pour couvrir leurs cases.
On voit surtout du côté de la mer beaucoup
d’arbres auxquels on a pratiqué, en y appli
quant le feu , de petites niches toutes tournées
vers te nord-est, côte opposé aux vents dominans. Ces niches servent de retraite aux sau
vages lorsque la chasse ou la pèche les attirent
loin de leurs habitations. Dans certains de ces
arbres la hauteur des niches n’excède pas cinq
ou six pieds; d'autres sont creusées dans to i( l
îh longueur du tronc. Ces dernières sont plus
paticulièrement destinées à la préparation des
alimens. Le feu se fait sur le sol, les sauvages se
rangent tout autour, et la fumée monte par
le creux longitudinal de l’arbre, comme dans
une cheminée.
Il y a une espèce d’eucalyptc qui produit
des fleurs, mais les fleurs ne viennent qu’à
l’extrémité des plus hautes branches. Cet arbre,
de la famille des myrtes, pourrait fournir de
bon bois de construction, et principalement
des matures, son troncs’élevant en ligne droite
jusqu’à une grande hauteur ; ilu ’auruit d’autre
inconvénient que celui d’éfïe lourd. L’écorce,
la feuille et le fruit qui ressemble à un bou-
DE
L A 'S A T U rtE .
I l3
fou, renferment beaucoup d’arome bt pour
raient remplacer peut-être avec avantage les
épiceries des Moluquès.
HAVRE DE VAN-DIÉMEN.
A l’extrémité méridionale de la terre de
Diénicu , vers le quarante-quatrième degré de
latitude sud et le cent qufr'antc-cinquicmc de
longitude à Test de Paris, lu nature a formé
Un luivre vaste et commode où les vaisseaux,
A l’abri des vents, peuvent relâcher pour se
radouber ou pour renouveler leur ea u , chose
si nécessaire dans les voyages de long cours.
C’est une rade d’environ huit lieues d’étendue
où l’on trouve partout un excellent fond à la
profondeur de six A vingt-cinq brasses, sans
aucun écueil. On peut mouiller très près du
rivage; il y a même IA plus d’eau que vers le
milieu de la baie, où il parait que les courons
ont déposé uue plus grande quantité de sable.
Ca côte offre partout des sites agréables, des
ruisseaux d’une eau douce, abondante et lim
pide, des arbres dont le bois peut s’appliquer
avec avantage au radoub des vaisseaux, et
quelques plantes potagères d'Europe, res
source toujours précieuse pour des marins qui
1I \
LES M ERVEILLES
depuis plusieurs mois n’ont vécu que de viandes
salées.
D’un autre cô té, l’on peut séjourner à terre
et y placer toute sorte d’ateliers sans crainte
d'être inquiété ni volé par les naturels, comme
cela n’arrive que Irop souvent dans les îles de
la mer du Sud et de l’Océan Pacifique. Les ha
bitons du Diéinen paraissent d’un naturel doux
et timide: ils sont d’ailleurs en trop petit
nombre pour qu'on ait à redouter d’en être
assailli. S’il est souvent avantageux pour im
vaisseau d’aborder
des lieux où par la voie
des échanges, il peut se procurer les provi
sions qui lui m anquent, eu d’outres occasions
il est heureux de trouver un mouillage suret
commode où il peut réparer ses avaries. On
établissement en ce lien pourrait, devenir très
important pour une nation commerçante.
MERVEILLEUX OUVRAGES UES POLYPES.
Si l’on nous disait, en nous faisant remar
quer une masse de roches de cent cinquante
ou deux cents toises d’élévation et dont l’œil
ne pourrait mesurer la longueur, que ces ro
chers sont l’ouvrage d’une famille d’insectes,
assurément nous dirions que c’esL une chose
DE LA RATURE.
n 5
impOscUitej Ct noua prendrions presque pour
une injure un appel de ce genre fail ù noire
crédulité. Rien n’est pourtant plus réel que
(’existence de plusieurs ouvrages semblables
dus en entier aux polypes qui peuplent les abî
mes de l’Océan. La plupart des récifs qui ren
dent la navigation si dangereuse dans les hautes
latitudes ne sont pas autre chose que les
cellules des polypes entassées depuis plusieurs
siècles les unes sur les autres. Ou sait que ces
animalcules, du genre des vers, se construi
sent des espèces de ruches où ils végètent
comme les poissons dans leurs coquilluges,dans
un état mixte entre la vie des animaux et
celle des plantes avec lesquelles on les a long
temps confondus. Ces polypiers q u i, sembla
bles à un mur construit (Jp mniu d'homme,
s’élèvent perpendiculairement du fond de la
mer et s’accroissent sans cesse par la superpo
sition de couches nouvelles, obstruent souvent
à d’immenses distances le bassin do l’Océan;
ils forment des chaînes sous-marines qui sont
avec raison l’eUroi des navigateurs. Beaucoup
de parages que les vaisseaux peuvent parcou
rir encore aujourd’hui n’olfriront bientôt que
des écueils où ils iront se briser si la plus
grande vigilance n’éclaire leur marche et si lu
sonde ne la dirige.
Les côtes de la Thébaïde ne présentent sur
une vaste étendue qu’ un sol de corail hérissé
Jl6
LES MERVEILLES
de rochers, ouvrage des polypes: en beaucoup
d’autres lieux on trouve de même des rochers,
<lcs écueils, des brisans que les polypes cuit
formés; mais de toutes les créations de ce
genre, il n’en est point de plus extraordinaire
que la chaîne des récifs qui forment une espèce
de ceinture à la Nouvelle-Calédonie et s’éten
dent du sud-est au nord-ouest sur un espace
d’environ cent cinquante lieues depuis le vingttroisième degré de latitude sud jusqu’au dixseptième, entre les cent soixante-quatrième et le
cent soixantième de longitude i l ’oiient de Paris*
Ces récifs sont d’autant plus dangereux
que le plus grand nombre sont à fleur d’eau et
cachés par les Ilots voisins, que les coutans y
portent et que la mer y brise sans cesse avi <î
violence. Ces courais sont si forts que la perle
d’un navire serait presque certaine s’il y étuit
pris par les calmes parce qu’il n’aurait aucun
moyen d’éviter le danger. On tenterait en vain
de jeter l’ancre pour se sauver; comme ces
polypiers montent directement comme des
colonnes, on ne trouve point de fond, même
à proximité.
ROCHER D’EDÜY-SToNE.
C e r o c h e r q u i s o r t d e la m e r s o u s le h u i -
DE LA SATURE.
1 l"
ticinc degré de latitude sud et le cent cin
quante-quatrième degré de longitude orien
tale , vu d’un peu loin , ofl'rc l’apparence d’un
vaisseau à la vo le. L’illusion est si forte que
plusieurs navigateurs ne l’ont reconnue qu’en
louchant, pour ainsi dire, de la main l’objet
qui la faisait naître. C’est une roche stérile,
de couleur blanche, et couronnée à peine do
quelques arbustes.
A vingt-cinq ou trente lieues d’Eddy-Stone
on aperçoit un groupe d’iles.séparées par des
canaux si étroits qu’on les prendrait pour une
seule île qu’arrose une rivière dans son cours
tortueux-, ecs îles sont sans habitnns et pres
que partout couvertes d’arbres. A quelques
lieues au-dessus de ce groupe et à peu de dis
tance de Elle Bougainville, un groupe nouveau
sc présente comme une masse de verdure au
milieu îles Ilots. Tout le sol est couvert de
grands arbres touffus, au-dessus desquels des
palmiers élèvent leurs tètes. Mais comme si la
nature voulait défendre l’approche d’un lieu
dont l’aspect est ravissant, elle a garni le ri
vage de brisans et d’écueils qui en rendent l'ac
cès très difTicile. I/i, sous un éternel ombrage
demeurent quelques sauvages que la vue dos
vaisseaux européens rie tire pas do leur paisible
retraite. Ou ils ignorent lesrésultais des «’■ chan
ges et les jouissances qu’ils pourraient devoir
au commerce, ou bien ils les dédaignent.
ll8
LES MERVEILLES
.MONUMENS FUNÈBRES DES .NOUVEAUXHOLLANDAIS.
L’ üsaob de brûler les morts n’appartient
pas seulement aux anciens peuples civilisés; on
le trouve encore dans les coutumes d’un grand
nombre de tribus sauvages, qui n’ont cherché
peut-être , eu taisant dévorer par les flammes
les restes de lours parens, qu’à les préserver
de l’atteinte des hèles féroces, ou peut-être
même de celle de leurs ennemis, mangeurs
d’hommes. Quoi qu’il en soit, cette coutume
s’est vue établie sur toutes les côtes de lu Nou
velle-Hollande. Plus d’une fois on rencontre
auprès des ruisseaux, à l’ombre solitaire d’un
arbre, des monumens funèbres d'une extrême
simplicité, quelquefois même on y voit des ca
ractères grossièrementgravéssur l’écorce; mais
un monument de ce genre destiné à couvrir des
cendres, ne semble-t-il pas dire que ceux qui
l’élevèrent avaient quelques idées religieuses
qu’on ne s'attendait pas à trouver chez des
hommes qui n’ont ni chefs, ni lois, ni vêteineus, ni aucun principe d'organisation poli
tique ?
En 1802. AI. Péron se trouvant dans Pile
M aria, sur la côte orientale de la terre de
Van-Diémen, remarqua sous un berceau formé
DE
J,A
NATTEE.
1 ig
naturellement par de vieux arbres, un large
curie grossièrement fnbriqiiéau moyen dVeorecs
plantées en terre par une de leurs extrémité*.
Quatre longs pieux soutenaient le frêle édifice.
Ce monument rerouvrait une couche de gazon,
sous laquelle il aperçut un amas de cendres
blanchâtres, et parmi ces cendres il décou
vrit un reste de mâchoire humaine à moitié
brûlée. Son premier mouvement fut d’horreur;
la rélîexion le réconcilia avec les sauvages. A
la verdure qui brillait dans ce lieu , à l’herbe
jeune qui couvrait la cendre, au monument
protecteur qui défendait l’herbe naissante, il
se convainquit qu'il venait de voir un monu
ment funèbre.
LES ILES UOOKN.
C es des. nu nombre de doux, sont situées
par le quatorzième degré de latitude sud entre
l’archipel Fidgi H celui des Navigateurs. Elles
ont do hautes montagnes, des vallées pro
fondes, des bois de corot iers, et plusiCur>
ruisseaux d’eau douce, niais le sol est ingrat.
et les habitons doivent prineipalement leur
subsistance à la mer qui les entoure. Ils sont
d’assez haute taille et bien proportionnés; à
1 “Mt
LES MERVEILLES
voir leur agilité, leur vitesse A la course, on
devine qu’ils ont de la force cl île la vigueur.
Ils excellent surtout à nager et à plonger.
Leur teint est brun et tirant sur le jaune; leurs
cheveux auxquels ils attachent beaucoup de
p r ix , tombent en tresses sur leurs épaules.
Leurs femmes sont laides et très mal faites:
ils les croient belles, en sont ja lo u x , et ne les
montrent pas aux étrangers.
LES PUITS DE L’ILE NICOBAR.
L a soif des r ic h e s s e s sous le nom s p é c ie u x
d’intérêts d e c o m m e r c e avait attiré les Hollan
dais dans l’Inde sur les traces d e s Portugais,
et tandis q u e c e u x - c i consolidaient leur puis
sance à Goa, les premiers faisaient des con
quêtes dans la mer du Sud, comptant bien
que plus tard ils atteindraient leurs rivaux sur
le continent. Durant le cours de leurs expédi
tions maritimes, ils apprirent que duns'l'ile
de Nicobar il existait un puits merveilleux
dont les eaux avaient la vertu de convertir le
1er en or. Cçlte nouvelle que leur avarice ac
cueillit avant que leur raison eût décidé si elle
était vraisemblable, les conduisit en ormes
devant Nicobar : les habitons se défendirent
DP. LA MATURE.
121
avec courage, et les Hollandais furent con
traints de se retirer, abandonnant ou plutôt
emportant leur chimère de laquelle ils ne fu
rent désabuses «pie long-temps après.
ARBRES DE CÉLÈBES.
L’Ilb de Célèbes, A l’ouest des Moluques ,
coupée de plusieurs golfes profonds qui la di
visent eu cinq branches comme les rayons
d’une étoile, est couverte partout d’une terre
grasse et fertile, propre A toute sorte de cul
ture et riche en végétaux. Ce qu'on y voit de
plus remarquable sous ce dernier rapport, ce
sont de grands arbres qui s’élèvent A une hau
teur prodigieuse, telle qu’on n’en a pas l’idée
en Europe. Le tronc seul de six à huit pieds de
diamètre a de trente A quarante-cinq pieds de
hauteur au-dessous de la naissance des bran
ches, et celles-ci s’élançant de ce tronc en sens
divers forment des masses immenses de feuil
lage et de verdure que le soleil ne saurait per
cer de scs rayons.
L’ile Bouton A l’une des pointes méridiona
les do Célèbes a de hautes montagnes couron
nées de forêts: la ville de Calla-Soussoung,
capitale de Pile et résideuce du prince, monOCÊASIB.
6
122
LES MERVEILLES
Ire ses modestes édifiers sur la cime élevée
d’un mont tout couvert de cocotiers.
Les hahitans de Bouton sont presque tous
mahometans, et leur chef preud le titre fas
tueux de sultan. Les naturels de Célèbes sont
restés idolâtres, du moins en très grande par
tie. Les uns et les autres semblent appartenir
à la race malaise.
ARBRE A PAIN DES MARIANES.
C e t arbre ressemble au pommier; son feuil
lage est d’ un vert très foncé; son fruit est rond,
enfermé sous une épaisse écorce de couleur
jaune. On le fait cuire au four ou sous la cen
dre chaude; l’écorce tombe et il reste par
dessous une croûte mince qui couvre une subs
tance tendre et blanchâtre, comme lu mie de
pain. Ce fruit diffère du rim a, en ce qu’il n’a
ni pépins, ni noyau.
LE TECK DES MOLU QU ES.
L e t e c k , e s p è c e d e c h ê n e d o n t le b o b e st
DE LA SATURE.
*3 5
éminemment propre à la construction des
vaisseaux autant par sa dureté presque égale à
«elle du fer que par sa légèreté qui est ex
trême, paraît être originaire de la presqu'île
de l’Inde, où il couronne de masses de verdure
les hautes cimes de lu double chaîne des G al
les. Toutefois cet arbre est assez répandu sur
les îles de la mer du Sud, et principalement
aux Moluques où il a fourni pendant long
temps aux Hollandais des matériaux précieux
pour leur marine. Dans Tile de Bourou, Tune
d’elles, le teck devient un arbre magnifique
dont la hauteur commune est de cent vingt
pieds. La même île fournit des bois de teinture
assez estimés et des bois de marqueterie que
les Chinois recherchent (i).
JEU DE DAMES.
L es insulaires de Tile d’Chvhihée, dans l'ar
chipel de Sandwich* aiment les jeux , le chant
e.t In danse, ©t ils se livrent avec passion ù ces
amuseiuens. Leur danse consiste en pantomi
mes, en mouvcmensconvulsifs, en contorsions
qu’on ne peut trouver agréables qu’avec des
(l) V o jei l'article Ile de Bourou.
124
LES MERVEILLES
yeux bien prévenus, comme le sont presque
toujours ceux des navigateurs qui les premiers
abordent en des contrées lointaines où tout
diffère de ce qu’ils laissent dans leur pays. La
nouveauté produit son effet, et souvent ils ju
gent avec le sentiment d’enthousiasme qu’elle
fait naître plutôt qu’avec leur raison et le
calme qui lui convient. Quant ù la musique
de ces sauvages elle est très grossière*, leurs
chants sont des hurlemens inarticulés*, le tam
bour de bois accompagne ces hurlemens.
Leurs jeux valent mieux que leur musiquo ;
ils consistent en exercices où il faut de l’a
dresse , ou en combinaisons où la réflexion est
nécessaire. Ainsi, par exemple, ils lancent
successivement en l’air plusieurs boules qu’ils
sont obligés de recevoir dans leurs mains l’une
après l'autre et sansqu’clles tombent par terre,
de sorte quon les voie constamment en l’a ir ,
montant et descendant avec plus ou moins de
rapidité suivant l’impulsion qu’elles reçoivent
de la main du joueur.
Parmi les jeux de combinaison de ces insu
laires. on remarque une espèce de jeu de
dames, beaucoup plus compliqué que le nôtre.
Leur échiquier contient deux cent trente-huit
cases, disposées sur dix-sepl lignes de quatorze
cases chacune. On se sert de cailloux blanc»
et noirs pour tenir lieu de dames. Les joueur*
sont toujours entourés de beaucoup de spec-
DE LA K ATI!KF..
125
tateurs qui parient pour ou contre ; ils atta
chent une grande importance à une partie
gagnée.
Les exercices de la natation entrent aussi
dans leurs jeux. Ils y excellent, et ou les voit
fendre l’eau en tout sens avec la rapidité d'une
flèche.
LES OTAITIENS.
D a r b un ouvrage destiné à faire connaître
les plus belles créations d’une nature étran
gère , on doit s’attendre à trouver quelques
détails sur les hommes eux-mêmes; et ces
races que distinguent si bien de la nôtre la
couleur, les formes, les traits, le langage , les
mœurs et les habitudes méritent sans doute de
fixer l’attention des lecteurs qui cherchent
l’instruction avec l’amusement. Nous avons
parlé des Malais et des noirs qu’on trouve ré
pandus sur les nombreux archipels de l’Océan
Pacifique; les uns et les autres se dessinent à
l’œil de l’observateur par «les traits caracté
ristiques fortement prononcés. Voici mainte
nant une autre race qui semble différer sous
bien des rapports des noirs et des Malais, et
former une famille nouvelle entre les deux
I •il)
LES MEli VEILLES
graudes familles (fui peuplent les îles de la
grande mer. Ce sont les lmbitans des îles du la
Société1, si justement célèbres depuis les voyages
de Bougainville et de l’Anglais Cook.
En effet, par la couleur de leur teint, leur
physionomie et la régularité de leurs formes,
les (Haïtiens ressemblent aux Uabitans de l’Eu
rope bien mieux qu’aux peuplades sauvagçs
qui les environnent. IlSn’ontni les pommettes
des joues proéminentes, ni les yeux creu x , ni
le front en saillie, ni le nez écrasé quoiqu'il
soit Légèrement aplati. Leur tète n’est point
couverte de laine ou d’un crin grossier-, ils
n’ont pas les jambes {frêles ou le corps bouffi;
une odeur ücre et forte ne s’exhale pas autour
d’eux.
' Ils sont grands et bien faits, toutes leurs
proportions sont belles, leur teint est brun,
tirant sur l’olive dans ceux qui vivent le plus
exposés aux rayons du soleil, beaucoup plus
blanc chez les grands et les riches, et surtout
dans les femmes qui prennent plus de précau
tions pour se garantir du héla. Leur peau est
unie et délicate; la forme de leur visage est
douce et agréable; elle ne pèche que par la
pâleur: leur houchu est ornée de dents blan
ches et saines, leurs ycuxsont pleins d’expres
sion. Leurs cheveux noirs, longs, mais un pou
rudes, sont tantôt relevés sur le front, tantôt
retombent en boudes sur les épaules. Tou»
DB LA SATURE.
leurs moüvemcns annoncent la vigueur et la
santé; ceux des femmes sont remplis de grâce.
Le caractère répond en général chez ces insu
laires aux dons extérieurs. On ne les trouve
ni cruels, ni vindicatifs, ni perfides; ou ne
leur a reproché que leur extrême penchant
pour le vol; encore est-il juste de dire que
s’ils cherchaient à s’approprier, eu les dé
robant, les objets que leur apportaient-les
Européens, c’est qu’ils n’attachaient point à
ces enlèvement furtifs la même idée que nous
• en avons : on les voit entre eux se montrer
une confiance sans bornes, et pour garder leur
propriété ils n’ont besoin ni de portes ni de
verroux.
Comme tous les anciens peuples de l’A sie,
les Otaïtieus ont beaucoup «Je goût pour les
onctions et les parfums, ils inondent leur tèLe
d’huile de co co , dans laquelle ils font eutrer
des décoctions d’herbes et de Heurs odorifé
rantes. Ils se lavent et se baignent plusieurs
fois le jour; mais à ces précautions nécessaires
dans un climat chaud pour se tenir dans un
état constant de propreté, précautions qui
annoncent un certaiu degré de civilisation, ils
joignent l'usage, commun à tous les peuples
sauvages, de se tatouer, et de couvrir de des
sins ineffaçables les parties charnu»» de leur
corps.
Pour se procurer cel te étrange parure, ils se
128
LES MERVEILLES
servent d’un morceau d’écaille de tortue qu’ils
découpent en pointes, à peu près comme les
dents d’une scie. Ils trempent ces pointes dans
une composition noire qui consiste en pous
sière de charbon délayée dans l’eau. Ils appli
quent sur la peau l’instrument chargé de celte
teinture; ensuite ils frappent sur l ’instrument
à petits coups et pendant long-temps, jusqu’à
ce que les pointes, pénétrant dans la chair, y
aient introduit la couleur. Cette opération ne
peut manquer d’être douloureuse; on la fait
subir aux enfans dès qu’ils atteignent Fàge de
treize ou quatorze ans. Les dessins qui en ré
sultent ne s’effacent jamais; on en voit qui
sont très curieux.
Les Otai'tiens sont vêtus de longues pièces
d’étoffe qu’ils roulent en plusieurs doubles au
tour de leur corps, et qu’ils attachent avec
une ceinture qui presse leurs reins. Plus un
homme est élevé parmi eux en dignité, plus
il porte sur lui de vêtemens. Ceux des femmes
sont peu différens. Celles-ci tressent leurs che
veux et ornent leur tête de fleurs ; quelquesunes l’enveloppent d’un lambeau d’étoffe à
laquelle elles donnent la forme d’un turban ;
les hommes se parent d’une espèce do bonnet
de plumes d’oiseaux; ils y attachent souvent
de petites plaques de bois sur lesquelles ils
collent quelques fleurs.
Ils choisissent toujours pour leurs habita-
DR LA RATURE.
12<)
lions dçs lieux Trais et ombrages; leurs mai
sons tout ouvertes ue consistent guère qu’eu
un toit «le feuillage supporté par quelque» pi
liers de bois; ils se tiennent, quand il p le u t,
dans ces sortes de hangars. Si le temps est
beau , ils passe»L la journée sous les arbres qui
les entourent, lis ont des lieux d’assemblée
dont la construction ne diffère pas de celle île
leurs cases; seulement ils leur donnent une
plus grande étendue. Us n’ont au surplus au
cun lieu fermé où ils se puissent tenir cachés
aux regards indiscrets: ils paraissent n'avoir
aucune idée de ce que nous appelons pudeur
et modestie.
Les végétaux sont la base de leur nourri
ture ; ils y joignent des poissons et surtout des
coquillages qu’ils mangent crus. Us sc servent
en guise de paiu du rim a, du co co , ou de la
banane: ils font cuire tous leurs alimens dans
l’eau de mer. Us n’ont pour boissons que l’eau
de cocos, et il» ne montrent aucun goût pour
les liqueurs enivrantes. Ou a trouvé pourtant
chez eux, mais en très petite quantité, une li
queur qu’il» composent avec le suc fermenté de
certaines plantes que leur île produit. Us man
gent toujours seuls et avec avidité. Un repas
de famille est pour eux une chose inconnue.
Us sont dans l’usage de dormir après le repas.
Leurs moeurs sont loin d’etre pures. On p ré
tend qu'ils forment entre eux des sociétés où
c.
I 3 O
t.ES M B R V K II.L B S
toutes les femmes sont communes; et connue
la barbarie ne s’allie que trop souvent A l’amour
désordonné du plaisir, on assure que lors
qu’une des femmes de la société devient mère,
ils étouffent l’innocente créature, à moins qu’il
ne se trouve un homme qui veuille en de
meurer chargé; alors l’homme et la femme
sont exclus de l’association A laquelle ils don
nent le nom d’arrevy.
Leur langue est douce et harmonieuse; elle
abonde en voyelles, ce qui en rend la pro
nonciation aisée; mais elle parait peu riche :
les noms et les verbes manquent d’in fluxions ,
et ces derniers n’expriment ordinairement
qu’ un soûl temps. Ils ont peu de maladies,
mais ils sont sujets A des éruptions éréaipélaleuses qui ont l’apparence de la lèpre. Leurs
prêtres sont leurs seuls médecins, et les re
mèdes que ces médecins emploient ne con
sistent qu’en vaincs formules ou en amulettes
({ne les malades reçoivent avec confiance, mais
qui ne les guérissent pas.
Quand ils entreprennent quelque voyage,
ils dirigent leur course durant le jour sur la
marche du soleil; la nuit, ils se conduisent
par le moyen des étoiles dont quelques-unes
leur sont connues, et auxquelles ils donnent
des noms particuliers. Ils ont, comme autre
fois les Arabes et tons les peuples nomades qui
vécurent sous des lentes, des pronostics près-
UK I.A NATURE.
1J1
que certains pour connaître les variations fu
tures de l’atmosphère. Us divisent l'année eu
treize lunes, la lune en vingt-neuf jours, le
jour en douze heures, de sorte (juc leur année
est de trois cent soixante-dix-sept jours. Ils
comptent par d i x , par vingt, et par sommes
de dix fois vingt ou deux cents•, mais ils n’ont
pas de mots pour exprimer un nombre supé
rieur à deux mille. Ils donnent uux unités,
de un à d ix , des noms particuliers; pour les
autres nombres jusq.u’à v in g t, ils sont obligés
de joindre le nombre dix à celui de l’unité,
comme nous faisons pour les nombres dix-sept,
dix-huit et dix-neuf.
Lo mariage des (Haïtiens no consiste qu’eu
une convention particulière des parties, la
quelle, pour être valide, n’a besoin d’aucune
intervention étrangère, fl en est de même pour
le divorce : les époux se quittent comme ils
se prennent. Un (Haïtien n’est obligé d’avoir
recours à ses prêtres que lorsqu’il veut adop
ter ou choisir un dessin pour se tatouer.
l^e gouvernement d’Ütaïti rappelle notre
ancien régime féodal. Veari-rahi est le chef
suprême ; les earix sont les grands vassaux, les
manahoum représentent les possesseurs de
fiefs ; viennent eusuite les foufoux qui forment
la masse du peuple. L'cari-rahi a peu de puis
sance; son autorité est restreinte par les caris
qui ne lui laissent d’autre droit que celui de
T5 2
LE S
i u k r v k i u .e s
commander l’armée dans le cas d'une guerre
générale; en tout autre circonstance il n’a
guère que de simples prérogatives honorifi
ques.
Les earis ou grands vassaux se font souvent
la guerre entre eux -, le souverain ne s’en môle
point. La justice criminelle est dans les mains
de ces earis, ou elle est exercée par leurs re
présentais. Si le crime intéresse la société , ils
ordonnent eux-mêmes la punition; s’il ne
blesse que des intérêts particuliers, l’offenseur
est remis au pouvoir de l’offensé.
La religion des Otai'tiens n’est qu’un tissu
de fables grossières, à travers lesquelles on
distingue pourtant le dogme des peines et des
récompenses futures, et par conséquent celui
de l’immortalité de l’ame. L’univers, disentails,
est né de l'union de deux êtres dont l’un esl
Dieu, l’autre la terre. Ils eurent une fille,
qui est l’année mère des mois. Ils formèrent
aussi les étoiles et les plantes, donnèrent à
celles-ci la faculté de se reproduire; et créè
rent enfin les ea/ouas, ou dieux inférieurs qui
à leur tour créèrent les hommes.
Le sacerdoce est héréditaire; aussi le nom
bre des prêtres est-il considérable ? Leur chef
jouit d’un grand crédit, et le souverain n’est
pas plus respecté.
DE LA NATURE.
a35
L'ARBRE A SERPENT.
L ’ a r b r e A serpent ou tcepralata, croît daus
l’île de B alan bange/i, voisine de celle de Bor
néo. Ou prétend que ses feuilles et ses racines
fournissent un antidote eflicace contre la mor
sure des serpens. Kœmpfer assure qu’il les a
employées avec succès contre des fièvres bi
lieuses putrides, et il les désigne comme spé
cifiques dans Phydropbobie.
SUPERBE POINT DE VUE.
Q u a n d on traverse Pile de Luçpn de l’est à
l’ouest, pour aller de Nueva-Cacérésà Manille,
on est obligé de franchir la chaîne de monta
gnes qui s’étend du nord au m id i, et qui oc
cupe le centre de file. Parvenu au sommet, on
se trouve dédommagé amplement de scs fati
gues par le plus magnifique spectacle que la
nature puisse ofl’r ir à ses amans. Au nord se
développe l’énorme masse des montagucs avec
leurs pics cachés dans les nuages, à l’orient lu
province de Camarine toute couverte de jardius et de bosquets, montre daus le lointain
l3 4
LES MERVEILLES
les flammes de son volcan ; A l’occident se dé
ploie la province de Balayan, semblable à une
vaste prairie qui se termine à la mer; au midi,
deux golfes profonds,s'avançant dans les terres,
l’un à l’est, l’autre & l’ouest, ont l’air de cher
cher à réunir leurs eaux; mais de ce point les
montagnes tournent brusquement vers le sudest, et la mer docile parait s’enfuir dans la
même direction.
ILE DE GUAIIAM.
C e t t e î l e , In plus considérable on «lu moins
la plus importante aujourd’hui de l’arcbipel
«les Marianos, présente aux navigateurs qui
viennent de l’ouest un aspect ravissant. Des
vallons ombragés de grands arbres, des sa
vanes couvertes d’une verdure éternelle, des
bois de cocotiers, des ruisseaux qui répandent
sur leurs rivnges la fraîcheur et la fécondité,
de hautes montagnes au fond du tableau : telle
est l’ile de Gualiam. Du côté de l’est ses cotes
sont escarpées et inabordable?. La? port quoi
que petit est sûr et commode , mais des hauts
rochers qui semblent en défendre l’entrée ren
dent. la passe étroite et. même dangereuse.
Quelques maisons construites sur le rivage ser-
UE LA NATL’H K.
l5 j
veut d’habitation aux officiers du port et aux
douaniers espagnols.
V deux petites lieues nu nord on trouve la
\ ille d’Agana , résidence du gouverneur de ces
iles. Le chemin par lequel on y arrive s’é
loigne peu tic la mer; tantôt il traverse des
prairies où paissent d’innombrables troupeaux
de boeufs ^tantôt il s'enfonce dans des vallons
remplis d’orangers, de citronniers et d’autres
arbres de ce genre. Plus loin il s’étend au mi
lieu de champs cultivés ou bien il eotoie des
bois d’arbres il pain que les naturels appellent
rimas.
\xt climat de Gualiam est plus doux et
moins chaud que celui des Philippines, mais
on y est incommodé par des nuées de mou
ches et. d’autres insectes. et surtout par dos
fourmis noires qui s’introduisent par bandes
dans les lieux le mieux fermés. Les cases des
naturels sout construites en bois sur des pieux
hauts de quatre ou cinq pieds : chaque ease a
un jardin peuplé d’arbres fruitiers et un champ
dont les produits peuvent fournir aux besoins
de la famille.
La population indigène a prodigieusement
diminué depuis que les Espagnols se sont ren
dus maîtres de ees iles. Gualiam seule renfer
mait trente mille individus et l’arohi pel énûor»
dit-on, n’en contient pas aujourd’hui peut-être
la quinzième partie. Il parait même quo le genre
t 56
I.ES MERVEILLES
do vie auquel les naturels ont été assujétis par
leurs dominateurs a singulièrement influé sur
leur physique : les relations anciennes en par
lent comme d’assez beaux hommes, grands et
bien faits; ils sont aujourd’hui laids, petits et
presque difformes.
L’archipel se compose d’une trentaine d’iles,
liées entre elles par des récifs et des îlots sans
nombre. Il n’y a d’habilans que dans eelle de
Guaham et celles de Rota et de Saïpan. I>a
première de celles-ci, qui porte aussi le nom de
Sarpana,cst habitée par quelques tribus d’indi
gènes qui ne trouvant pas à Guaham des moyens
sutlLsans de subsistance vont défricher loin des
Espagnols quelques lambeaux de terre qu'il»
sèment de riz et de froment. Ils ont de petites
barques sur lesquelles ils fout des incursions
aux lies abandonnées pour y recueillir des
noix de coco et des rim as, ou pour y prendre
des porcs et des bœufs sauvages. L’ile de Sai
pan ou Saint-Joseph, un peu au-dessus de
Tinian , n'a pas plus de cent cinquante habitans des deux sexes, quoiqu’elle ait plusieurs
milles d’étendue. Ils délestent les Espagnols
qu’ils regardent comme des tyrans farouches,
destructeurs de leur race.
Ce fut vers l’an 1678, environ deux siècles
après la conquête que sur ln demande des jé
suites, on envoya aux Marianos des soldats et
des missionnaires. Les premiers bâtirent un
DE LA RATURE.
l5 ^
fort; les seconds prêchèrent l’Évangile. Les
commencemeus furent heureux; mais les na
turels s’étant soulevés on eut recours a la force
et pour les punir de ce qu’on nomma leur ré
volte on les extermina. Un petit nombre s’é
tant réfugiés daus les montagnes, la faim les
en fit sortir et ils furent contraints de se sou
mettre. Ils se sont peu à peu accoutumés au
jou g, et en échange de leur liberté ils ont
reçu la connaissance de quelques arts utiles
où ils réussissent, parce qu’ils sont naturelle
ment industrieux.
ILE I)E TIMOR.
L e naturaliste français Ééron, qui a sé
journé environ trois mois dans cette île , au
nord de la Nouvelle-Hollande, en fait une
longue description dans laquelle il la peint
comme un des lieux du monde le plus favori
sé» de la nature. Il parle d’abord de scs habi
ta ns qu’il divise en trois classes : les indigènes
ou noirs de la mer du Sud, les Malais con
quérons, et les descendons des marchands
chinois qui se sont établis dans cette île. Les
premiers habitent les montagnes, ont des an
tres profonds pour retraite, des rochers escar-
158
LES MERVEILLES
pés pour remparts , et passent pour antropophages; ils sont toujours en guerre avec les
Malais. C e u x -ci, de couleur cuivrée et à che
veux longs, cherchent les rivages de la mer;
ils sout audacieux, actifs, en treprena ns, ja
loux de leur indépendance. Les Chinois, fai
bles et pusillanimes, se livrent exclusivement
au trafic.
Timor, dit ensuite M. Pérou, est un lieu
enchanteur sur lequel ou voit prodigués tous
les trésors de la végétation avec les richesses
du règne animal. Tous les fruits de l’Inde y
prospèrent, et ils n’ont pas besoin de culture-,
tous ceux de la mer du Sud s’y trouvent éga
lement rassemblés. Des troupeaux de bullies,
de ch evaux, de moutons, de chèvre», de
porcs paissent sur les montagnes et dans les
plaines-, des bandes nombreuses de canards et
de poules élèvent leurs petits autour des ca
ses des habitons. Mille sorles d’oiseaux parés
des plus belles couleurs peuplent les bosquets;
dos légions de singes remplissent les forêts.
Jusqu’à la chauve-souris dont la chair est
pour les Malais un mets délicieux, tout dans
cette île fortunée semble excéder en bonté les
productions des autres pays.
Au milieu de tant de biens. semblable au
Turc indolent de l’Égypte, le Malais accroupi
sur ses talons, à l’ombre d’un manguier ou
d’un baumier, passe sa vie à mâcher du bétel,
DK L A WATURK.
l 3g
A prendre scs repas, à dormir ou A jouer d’une
espèce de lyre faite avec une feuille de latanier et un cylindre do bambou; ou s’il sort
par intervalles de cette vie inactive, c'est
pour s’aller baigner, s’oindre et se frictionner
d’huile de coco, ou nonchalamment tresser
quelque natte légère.
Cette île fut loug-temps sous la domination
hollandaise. L’ancien gouverneur Van-Estcn
avait occupé la plus riante habitation qu’il
fût possible de voir. On y arrivait, dit le
mèmè voyageur, par une superbe avenue de
bananiers, de lataniers et d’autres arbre-S. Des
ruisseaux d'une eau pure et limpide arrosaient
les jardins et y entretenaient une fraîcheur
constante; l’intérieur de la maison était orné
avec beaucoup de luxe. La veuve de ce gou
verneur y demeurait encore; elle y jouissait
d’une grande considération duc A ses riches
ses: elle n’entretenait pas moins de douze ou
quinze cents esclaves des deux sexes.
Ce beau pays serait un lieu de délices, si l'on
n’y respirait constamment un air chaud et
humide, contraire A la santé. Tout sc com
pense par des biens et des maux sur la terre
que nous habitons ; rarement les premiers
nous sont donnés sans mélange; rarement les
seconds nous affligent sans recevoir d’adoucis
sement.
140
LES MERVEILLES
MANILLE.
Aux yeux d’un Européen la situation de
Manille est la plus belle de l’unir ers; l’aspect
d’une nature étrangère exerce sur l’imagina
tion une sorte d’influence magique. Transporté
sur les bords de la L oire, un habitant de Ma
nille éprouverait peut-être des émotions sem
blables. Cette ville s’élève sur le bord occi
dental de la baie qui porte son nom , à l’em
bouchure de la rivière de Bahia dont les eaux
calmes et limpides serpentent au pied de ses
muT6 du coté de l’est. xVu nord , elle s’appuie
sur des coteaux verdoyans qui se prolongent
jusqu’à une chaîne de montagnes qu’on aper
çoit aux extrémités de l’horizon. La rivière est
toujours couverte de bâtiinens marchands et
de pirogues indiennes q u i, du lac de Balii,
apportent à la ville le tribut journalier des
productions du pays.
La ville est spacieuse et assez bien bâtie;
plusieurs de ses rues sont tirées au cordeau.
La plupart des maisons ont le rez-de-chaussée
en pierre de taille, mais les étages supérieurs
ne sont qu’en charpente : c’est une précautiou
contre les désastres qu’occasionent les trem
blement de terre auxquels l’ile de Luçon est
sujette, comme en général le sont tous les
DR I.A KATü RE.
l4 l
pays où brûlent (les volcans. Beaucoup d’édi
fices où l’on avait négligé cette méthode de
construction ont été totalement renversés;
d’autres à demi ruinés ou fortement endom
magés , et que l’incurie espagnole abandonne
au hasard et au temps, n’attendent qu’une se
cousse nouvelle pour être abattus.
Les Espagnols prirent Manille en 1671 ,
sous la conduite de Lope Legaspi; elle ne con
sistait alors qu’en un amas de cases indiennes.
Le siège du gouvernement espagnol y fut aus
sitôt transféré de Hic de Zébu où il se trouvait.
Quelques temps après on l’entoura d’assez
mauvais remparts que ilanquèrent cinq ou six
bastions. En i 5 j)o, les Espagnols y construisi
rent une citadelle sous le nom de fort SaintJacques; elle s’étend à la pointe du cap jus
qu’au bord de la mer. Un fossé profond la sé
pare de la ville , et ses fortifications protègent
l’entrée de la rivière q u i, dans un de ses re
plis, vient former sous les remparts une espèce
de port ou de rade pour les hateaux. Les An
glais s’emparèrent de Manille en 1762; ils y
étaient entrés par une brèche ; ils l’évacuèrent
l’année suivante, et les fortifications lurent
réparées et augmentées. On y voit aujourd’hui
quelques ouvrages construits à la moderne.
Sur la rive opposée de la rivière , est le fau
bourg de*Sainte-Oroix, vaste et bien bâti.
Vis-à-vis Sainte-Croix, ou remarque celui de
l 4 -
LES MERVEILLES
Pariasi, presque attenant A la ville. Plus haut et
sur les deux rives de la Bahia se montront plu
sieurs villages indiens, situés au milieu de vas
tes rizières que coupeut des plantations de man
guiers, de cocotiers, d’orangers et de figuiers.
Le lit de la rivière elle-même est partout om
bragé d’arbres touffus. Les côteaux voisins,
toujours couverts de troupeaux , offrent d’excellens pâturages. Les montagnes qui termi
nent l’horizon à l’occident semblent d’abord
former une barrière immense, destinée à dé
fendre la contrée de la fureur des vents: mais
les vents la franchissent et vont ravager la
plaine voisine; triste compensation de tous
les dons (pie les Philippines tiennent de la na
ture !
Manille, les faubourgs compris, renferme
à peu près vingt mille hubitans, dont les sept
huitièmes sont des naturels ou des sangièyes,
c’est-à-dire des Chinois ou des hommes issus
des Chinois. Ces derniers se distinguent à leur
front large et chauve, à leur face aplatie, à
leur teint jaune et livide. Ils composent la
classe active, industrieuse etcommervante de
la contrée. Trop fiers pour occuper leurs
mains d’un travail quelconque, trop pares
seux pour se livrer aux affaires, les Espagnols
confient à Ces étrangers l'exploitation de leurs
terres eL le service de leurs atelfers; et les
sangièyes, avides do gain autant que labo-
DK LA l'ATUBE.
rieu x, s’enrichissent aux dépens de leurs
malt res q u i. dans leur fastueuse misère , sont
con tens de pouvoir s’enivrer du sentiment de
leur supériorité. Mais pour fonder des manu
factures, pour appeler tous les genres d’in
dustrie, pour établir la prospérité de leur
patrie adoptive sur «les hases fermes et solides,
ces Chinois devraient compter parmi leurs
droits celui dont la jouissance est le plus fé
conde en résultats* le droit de propriété des
terrains qu’ils défrichent-, mais la politique
espagnole ne leur permet point d’y prétendre,
et dans ce qui plus que tout autre chose atta
che l’homme nu sol qui le nourrit, elle ne
veut voir qu’un accroissement dangereux de
puissance, dont elle ne pourrait modifier ou
régler les effets.
La classe la plus nombreuse d’habitans est
celle des Tagales qui se croient issus des Malais
de Bornéo,de Macassar et de Sumatra. La con
formité de langue, de moeurs et d’idées reli
gieuses entre eux et ces M alais, rend leurs
prétentions ou leurs conjectures assez plausiï>les. On les trouve répandus sur toutes les
côtes de Manille, et ils semblent avoir lu même
origine que les Bissayes qui habitent les îles
situées entre Luçon et Mindanao. Les uns et
les autres sont gais, vils, adroits; en peu «le
temps ils deviennent maçons, charpentiers,
tisserands,etc.,et leurs ouVrages ont d’autant
'4 4
LES MERVEILLES
plus de mérite, qu'ils ue sont faits qu’avec de
mauvais instrumeus.
CYGNES NOIRS.
Or a tellement l’habitude de dire ou d’en
tendre dire que les merles sont noirs que
dans une expression populaire les mots mark
blanc servent à désigner toute chose qu’on
croit impossible. Toutefois si l’on doit s’en
rapporter aux voyageurs naturalistes qui ont
visité le Sénégal, il existe en ce lieu des merles
blancs : la terre de Vnn-Diémen produit de
même des cygnes noirs, et ce ne serait point
dans les latitudes australes que pour exprimer
la blancheur on pourrait prendre le cygne
pour objet de comparaison.
Le cygne de Van-üiémen ne diffère d« nôtre
que par la couleur qui est. d’un noir très lui
sant; il est même un peu plus gros : au surplus
il en a toutes les formes élégantes. I.a mandi
bule supérieure du bec est rouge avec uue
bande transversale blanchâtre à l’extrémité;
la mandibule inférieure est rouge par les bords
et blanche nu milieu. Les pales sont de cou
leur gris foncé. Six grosses plumes blanches
décorent le bout dé chaque uile.
l/t5
D r LA NATURE.
PARAVENS ET CASES DES VANDIÉMÉNOIS.
L e s v e n t s du sud-ouest désolent continuel
lement In terre de Van-Dîémen. la première
exposée à leur souffle impétueux. Pour s’on
garantir. les habitons de cette contrée creu
sent par le feu le tronc des grands arbres et se
ménagent ainsi des lieux d’abri où ils se reti
rent durant le jour, pour préparer et prendre,
leurs repas. Quand les arbres leur manquent,
ils construisent des paravens au moyeu de
forts pieux qu'ils enfoncent en terre très soli
dement et qu’ils garnissent de lanières d’éeorcc entrelacées. Ces paravens n’ont guère
que trois ou quatre pieds de haut; ils n’en
sont que moins-sujets à être renversés, et c’est
d’ailleurs toute In hauteur dont les naturels
ont besoin pour que le vent ne les incommode
pas et n’éteigne pas leur feu.
Quant au\ cases de ces sauvages, comme ils
ont toujours les mêmes précautions à prendre
contre l’effort, des vents, ils leur donnent très
peu d’élévation. Voici comment ils les cons
truisent. Ils fichent en terre par les deux bouts
de très longues branches auxquelles ils font
aiusi décrire un demi-cercle. D’autres branches
plantées de m êm e, mais dans une direction
OCBASIE.
f
T| 6
i.ES IIE R V E II.L E S
opposée (c’est-à-dire que si les premières sont
du nord au midi les secondes sont de Test à
l’ouest), forment une sorte de charpente sphé
rique d’environ cinq pieds de haut dans le cen
tre. Ces branches sont attachées l’une à l’autre
par des liens de plantes graminées tressées en
semble. Le toit et les côtés sont ensuite revêtus
de plusieurs couches d’écorce, ce qui rend ces
cases impénétrables à la pluie. L'ouverture,
est toujours tournée au nord-est.
EFFETS DE LA MUSIQUE SUR LES
INSULAIRES DE BOUKA.
Q üakd les frégates françaises qui s'occu
paient de la recherche de La l’érouse pas
sèrent devout Tile de Bouka, qui n’est séparée
que par un bras de mer de celle de Bougain
ville , un grand nombre de pirogues se déta
chèrent du rivage; elles étaient remplies de
naturels qui par Içurs signes multipliés invi
taient les Français à s’approcher de leur ile,
mais ils refusaient eux-mêmes de s’approcher
des vaisseaux. Ou leur envoya sur une planche
que les c.ourans leur amenèrent plusieurs prêsens qui firent naître én eux la confiance, et
quelques échanges eurent lieu-, mais un ca-
I>F. I,A SATURE.
i/fr
nonnier s’étant avisé do jouer plusieurs airs
sur son violon, ce lut comme le signal d'une
intime alliance; ils se portèrent en l'oule au
tour des frégates, et ils témoignèrent le plus
violent désir de posséder l’instrument qui pro
duisait des sons si nouveaux pour eux. Un
officier de l’équipage qui jouait un peu mieux
que le canonnier prit alors l’instrument, et
joua sur deux cordes un air v if et d’une me
sure précipitée. Les sauvages surpris et char
més écoutèrent d’abord dans un profond si
lence, comme s’ils eussent craint de rien per
dre de ce (ju'ils entendaient; mais bientôt le
plaisir qui se peignait sur leurs traits éclatant
malgré eux, on vit tout leurveorps tressaillir
et leurs bras exécuter en suivant la mesure
des mouvemens très animés, ce qui ne laissait
aucun doute sur reflet que produisait en eux
la musique. Ils offrirent beaucoup de choses en
échange de cet instrument qu’ils désignaient
-en imitant avec une pagaie le mouvement de
l’archet; on pense bieu que leur demande ne
lut point accueillie.
FIGUIERS D’OTAITL
L a v é g é t a t io n e n g é n é r a l e s t d'autant
plus
u ;8
LES 3 IliR V E IL I.E S
vigoureuse ((uc la terre se trouve plus échauf
fée par les rayons solaires, et fécondée en
même temps par des pluies abondantes. Aussi
dans les climats méridionaux, et p r in c ip a l
ment dans les îles du sud on voit les arbres et
même les plus simples plantes acquérir un de
gré d’élévation qui paraîtrait prodigieux en
Europe. Les figuiers, les bananiers et tous les
arbres de celte famille semblent surtout sc
plaire daus ces climats; ils y prennent des
proportions gigantesques en hauteur et en
diamètre. Les Anglais qui séjournèrent à Otnïl i
durant le premier .voyage de Cook y virent
des figuiers d’une grosseur incroyable; ils eu
mesurèrent un dont la circonférence était de
soixante aunes. Il faut dire pourtant que cette
circonférence n’appartenait pas au tronc seul;
un grand nombre de branches, courbées par
leur poids vers la terre, s’y étaient attachées
par de nouvelles racines et avaient produit
des rejetons forts et pressés les uns sur les au
tres, de sorte qu’ils environnaient le trône
comme une palissade qu’on aurait plantée au
tour de lui.
ILE DE OHÉTÉROA.
C e t t e île située au midi de l’archipel de la
Société, presque sous le tropique du capri-
Dr.
la
îïa t u h e .
149
rornc. se compose de terres busses, assez fer
tiles mais peu étendues. On y trouve de belles
plantations d’étoas, arbres dont le boh dur et
pesant sert aux insulaires ù faire leurs armes,
leurs pirogues et la charpente de leurs cases.
Ces insulaires sont grands, bien faits, vigou
reux, plus bruns que ceux d’Otaïti et tatoues
de noir autour des bras et des jambes. Mafc
bien qu’à en juger par la conformité du lan
gage qui est absolument le meme, ils semblent
ne faire qu’une même famille avec les Otaïtiens, ils ont beaucoup moins de douceur et
d’obligeance que ces derniers : ce qui est d’au
tant plus surprenant que les arts, plus avances
chez eux qu’à Otaïli, annoncent de plus grands
progrès dans la civilisation.
Ils fabriquent une étoile du genre de celles
d’Otaïti, à laquelle ils donnent une couleur
jaune très brillante; ils enduisent la partie
extérieure d*une couche de vernis rouge, ou
couleur de plomb foncé; ils tracent sur le
vernis de grandes raies blanches ou noires.
Leurs vèternens consistent en une pièce de
cette étoffe; un trou fait au milieu sert à faire
passer la tète ; les deux, bouls.pendent derrière
et devant et on les fixe au moyen d’une cein
ture jaune et rouge (1). Ainsi couverts, ces
(1) Ce vilement en usage aux Piiilipincr n clé prolmlilrment porte «le là «n Espagne nu le peuple s’cii sert en j-ui&c
Je manteau; on l’y nomrn* poncho.
1ÔO
LE S M E R V E IL L E S
insulaires pareut leurs têtes d'un bonnet de
plumes. Leurs lances, de bois d’êtoa, sont
longues de vingt pieds et ont trois pouces de
diamètre; ils eu ont de plus courtes dont la
pointe est aiguisée en double tranchan:t comme
le fer d’une pique. Pour se soustraire aux coups
de leurs ennemis, ils ont soiu de se couvrir le
corps d’une sorte de cuirasse faite avec des
milles dont le lissu très fort et très serré délie
la pointe des lances. Leurs autres armes offen
sives. sont le ens^e-tète ou patou-patou; leurs
pirogues solidement construites sont ornées de
ligures sculptées dont le dessin est assez régu
lier et le travail bien exécuté.
PRODUCTIONS VÉGÉTALES DE LA
NOUVELLE-ZÉLANDE.
L e sol des deux grandes îles qui composent
la Nouvelle-Zélande, presque partout couvert
de verdure, produit plusieurs plantes incon
nues en Europe, toutes celles- qu’on trouve
répandues dans les mers du Sud, et quelquesunes de celles qui croissent dans nos climats.
La plante la plus précieuse qu’on y rencontre
est une espèce de lin ou de chanvre dont la
qualité surpasse en bonté le chanvre et le lin
e
DE LA RATURÉ.
l5 ï
que nous possédons (1). Les forêts y abondent
en bois de charpente et de construction pour
la marine; de tous côtés s’élèvent des arbres
droits et vigoureux de plusieurs pieds de dia
mètre et d'une longueur égale à celle de nos
plus beaux sapins. On en voit surtout de ce
genre dans les terrains marécageux; ou pour
rait, en tirer.de superbes mâts ; ils ressemblent à
l’if par la feuille et ils portent des baies de la
grosseur de celles du laurier. Les terrains secs
et élevés fournissent une autre espèce de bois
qui pourrait remplacer le chêne avec avan
tage. L’arbre, de moyenne grandeur, est
chargé de feuillage, et dans le printemps il so
couvre de belles Heurs de couleur écarlate. Le,
mûrier à papier croit aussi dans la NouvelleZélande, mais il n’y est pas très abondant. On
y trouve une espèce de grandes citrouilles dont
l’écorce fournit des vases aux naturels.
a r c h i p e l d e s î l e s p a s s e s ou d e l a m e r
MAUVAISE.
C e t a r c h i p e l W i la n a v i g a t i o n e s t t r è s d a n
g e r e u s e à c a u s e d e l ’ im m e n s e q u a n t i t é d e r é (i ; Voyez l'article l i n tie la NûuveMoZclaiule.
1 0 2
LE S MEK V E IL L E S
cifs et île bancs de corail qu’on y trouve, se
compose de plusieurs îles qui sont évidem
ment l’ouvrage des polypes. Une ceinture de
petites iles très- basses; liées ensemble par une
chaîne de roches de corail et formant un
grand lac nu milieu, telle est la configuration
que chacune d’elles .présente; et si dans lesunes ou découvre quelque chose qui ne soit
pas dans les autres, on peut dire que la difl'érence est peu impor taule. Quand ou s’approche
de ces iles, on voit d’espace en espace le terrain
couvert d’arbres touflus, par-dessus lesquels,
le cocotier élève sa tète altière. Les flots de la
mer coupent le soi de plusieurs haies, et tan
dis que l’océan épuise sa fureur contre les brisans du rivage, les eaux du lac voient à peine
se rider leur paisible surface. Les rochers qui
scmblcut teiuts de la plus belle couleur écar
late , les pirogues qui naviguent sur le. lac , les
tourbillons de fumée qui s’élancent du milieu
des bosquets où sont les habitations, les hom
mes qui courent armés «ur le rivage, les
femmes qui s’éloignent lorsque des vaisseaux
s’approchent de trop près : tout anime lo
paysage ravissant qu’on a sous les yeux , tout
contribue à varier In perspective, à donner
de ces lieux l’idée la plus favorable.
Les usages des habitons ressemblent à ceux
des Otai tic ns ; ils en parlent la langue bien que
dans leur bouche*elle soit moius polie. Les
Dr. i:\
x a t c iie .
vas.v« lagunes qui occupent le centre de Pile
sont pour eux d'ahondans viviers où la pèche
est toujours heureuse; les tortues viennent y
déposer leurs œufs sur le sable et s’y laissent
prendre avec eux.
La plus considérable de toutes ces îles porte
le nom de ïioukéa. Le défaut presque absolud’eau douce en éloignera constamment les na*
vigatcurs.
CASCADE Ü’OTAITI.
C f. t t e magnifique cascade se précipite p e r
pendiculairement d’une hauteur de deux cent
quarante pieds. On voit l’eau s’élancer en jet
du milieu des arbrisseaux qui couvrent le
front du rocher et tomber ensuite comme une
colonne un peu aplatie. Le rocher est tout
composé de piliers arrondis de basalte noir,
debout, parallèles, attachés l’un à l'autre et
d’un diamètre de quinze à vingt pouces. Ce
basalte est si compacte et si dur «pic les Otaitiens s’en servent pour fabriquer plusieurs
outils.
i54-
LES
M E R V E IL L E S
ÎLE D’ANA-MOKA.
L ’a s p e c t
du pays enchanta; i l invite ù
le parcourir. Des plantes en fleur répandues
«rçc profusion sur le solides plantations de
cocotiers et d'arbres ù pain qui lui donnent
l’apparence d’un verger; de petites émineuces
qu’entourent des haies vives; de longues ave
nues d’arbres qui laisse).’t entrevoir dans le
fond la verdure des champs; des berceaux
touttus de fleurs odorantes : {out semble se
réunir pour charmer l’heureux habitant de
ces contrées. Les cases n’ont que sept à huit
pieds de haut, mais elles sont longues.et lar
ges; elles sont fermées par une haie de roseaux
au-delà de laquelle’se projettent les bords du
toit qui est de brnuebes et de feuillages. Un
n’y entre que par une ouverture de deux pieds
carrés. L’intérieur est tout garni de nattes qui
servent de siège et de lit.
Un lac long d’une lieue et communiquant
avec la mer renferme trois petites îles boisées.
Sur ses bords s’élèvent en amphithéâtre de
vertes collines couronnées d'arbres superbes :
ces arbres sont peuplés de pigeons, de perro
quets et d’autres oiseaux; les eaux du lac sont
couvertes de canards sauvages. Des fleurs pa
rées de couleurs éclatantes embaument l’air de
DE
IA
X A T tR E .
'
l
55
leuiï parfums. Il n’est pas possible de trouver
ailleurs dans un espace aussi resserré une aussi
grande variété de beaux sites et de produc
tions végétales.
Le liabitaus paraissent doux et hospitaliers.
En général les hommes sont bons quand ils
sont heureux; mais l’aspect des Européens et
des objets qu'ils ont dans leurs mains, tous '
objets nouveaux poux eux, les remplissent du
désir de les posséder i ils deviennent voleurs.
PALMIER S A G O U ER (i).
C f. palmier est pour les liabitaus des îles
Moluques un don précieux de la nature, au
quel ils doivent des jouissances qui sont des
besoins dans les climats chauds : une liqueur
saine et rafraîchissante, agréable au goût et
qui, légèrement fermentée, peut se conserver
très long-temps. Celte liqueur se distille des
pédoncules des régimes du palmier récem
ment coupé»; elle est reçue dans des vases de
bambou attachés aux branches au-dessous de
l’incision, qu’on a soin de rajeunir tous I* <
jours, pendaut les deux mois que dure l’écou[\) Le saffitcruj du naturaliste Uumphius. mort dan*
l’ile d'Amljoine.
i56
LE S M E R V E IL L E S
lenient, afin «Je le faciliter. Pour empêcher la
liqueur de s’aigrir au moment de la fermenta
tion , les insulaires y mêlent quelques mor
ceaux d'un bois très amer qui croit dans leurs
lies. La quantité de liqueur qui coule cha
que jour de l'arbre est d’envirou huit à dix
pintes.
L’e'coulemeutest plus considérable la nuit que
le jou r, bien que la chaleur dn soleil favorise
l’ascension de la sève; c’cst que les vapeurs
humides de la nuit, absorbées par les feuilles
du palm ier, se mêlent avec les sucs de l’arbre
et les rendent plus abondaus; mais la liqueur
recueillie pendant la nuit est beaucoup moins
sùcrée.
Les insulaires savent extraire ces parties
sucrées par la simple évaporation ; le sucre
reste au fond du vase; il.est de couleur brune,
assez semblable à celle du chocolat; il laisse
voir lorsqu’on le casse, après sa dessication
com plète, des grains jaunâtres et hrillans. qui
fout présumer que le raffinage amenant un
degré suffisant de cristallisation, pourrait lui
donner une qualité supérieure.
Les pétioles des feuilles du sagouer sont gar
nis à leur naissance de longs filamcos de la
couleur du c rin , mais plus gros du double.
Ces filamens tressés par les insulaires leur
fournissent des cordes qui sont, très fortes. Les
feuilles sont employées dans la construction
B E LA N A T U R E .
i
57
des cases pour couvrir le toit et les côtés; le
I>ois sert à former lu charpente qui les sou
tient.
*
LE DRAGON VOLANT.
C ’ e s t un trèsjoli lézard, assez commun clans
Pile d'Amboine et les îles voisines, de formes
légères et paré de couleurs vives et brillantes.
Il a reçu de la nature deux membranes qui
sont attachées à son dos comme des ailes; il
s’on sert non pour voler, puisque ces membroucs sont privées d'action musculaire suffisante
pour frapper l’air de mouvemens redoublés,
mais pour se soutenir dans su chute lorsqu’il
se précipite d’un lieu élevé. Ces membranes
ne. peuvent que s’étendre horizontalement, et
c’est ce qu’elles font an moment où l’anima T
s’élance au moyen de l’impulsion qu’il reçoit
de ses pates de derrière qui ont beaucoup de
ressorL et d’élastitité. Il peut franchir ainsi
d’assez grands intervalles. La ligue oblique
qu’il parcourt en tombant forme presque tou
jours un angle de quarante-cinq degrés, avec
le point d’où il part et celui qu’il atteint, de.
sorte que la distance réelle qu’il franchit, est
en proportion de la hauteur à laquelle il s’é
lève pour prendre l’essor..
ï* 8'
LE S M E R V E IL L E S
L’ÉCREVISSE DES MOLUQUES.
C e t t e écrevisse qpi se multiplie principale
ment dans les rivières, fournit aux insulaires
un aliment qu’ils recherchent avec empresse
ment. Us se servent pour la prendre d’un crin
de cheval ou d’un fil de tugouer qu’ils atta
chent au bout d’une baguette; ce crin porte
à l’extrémité un nœud coulant. Quand l’écre
visse paraît, ils lancent sur elle ce nœud cou
lant, et ils la saisissent par le filet ou l’antenne
qui sert de hase à l’œil. S’ils manquent leur
coup, l’animal fuit avec beaucoup de vitesse ,
mais incapable d’acquérir de l’expérience, il
ne manque jamais de revenir au même lieu ,
à plusieurs reprises, jusqu’il ce qu’il se soit fait
prendre.
LE BRIQUET DE BOIS DES ILES
DE LA MER DU SUD.
L e s insulaires de la mer du Sud se procu
re n t du feu par un procédé qui , tout simple
qu’il est, fait supposer bien des essais anté
rieurs, si la découverte n’en est due au lia-
DE
LA
SATURE.
'
l5 $
sard. Il* tondent en deux un morceau de bam
bou long de deux pieds; ils pratiquent dans
Tune des deux moitiés une feule qui en occupe
le centre; l’autre moitié est taillée en lame
large et mince. Ensuite ils placent horizonta
lement le premier morceau, et mettent audessous de la fente un peu de raclure du même
bois; le second morceau est alors passé dans
la fente, et est rapidement poussé de haut en
bas et de has en haut comme une scie; en très
peu d’instans la raclure s’allume.
[INSTRUMENT SINGULIER UE MUSIQUE.
On a trouvé dans l’ile d’Amboinc un instru
ment singulier dont les sons, parfois mélo
dieux , ressemblent assez à ceux de l’harmonica. C’est un bambou long de vingt pieds,
couché horizontalement sur des pieux au bord
de la mer. Entre les nœuds on pratique d»
petites fentes moins larges que longues}; quand
le veut souffle, il produit en s’introduisant
dans ces fentes des sons très doux qui quel
quefois donnent des dissonances, mais le
plus souvent forment des accords de tierce et
de quinte. Ces entailles sont faites en sens
divers afin que de quelque cùté que le
ü6o
LES
M E R V E IL L E S
vent arrive, il puisse entrer dans quelques-unes
et produire la sauvage harmonie qui v raise ni-'
blablcmcnf fait les délices des insulaires.
Cet instniment n’était point le seul des ha
bitons d’Amboiuc. On v it entre les mains d’une
jeune femme une espèce de lyre qui mérite
d’étro décrite. Kilo consistait en un morceau
de bambou loup d’un pied , garni par un bout
d’une peau tondue comme celle d’un tambour.
Trois cordes d’écorce de rotin, fixées aux deux
bouts du bambou reposaient sur trois cheva
lets. Ces trois cordes formaient un accord
d’octave et de quinte. Deux cercles élevés aux
deux extrémités de l’instrument servaient à
soutenir d’autres cordes qui n’étaient desti
nées qu’a rendre l’instrument plus sonore*, ces
cordes étaient plus ou moins tendues, au
moyeu d’un eordou qui les liait deux à deux
et qu’on faisait mouvoir à volonté commc.dans
nos tambours. Les trois cordes sonores rece
vaient leurs vibrations d’un morceau de bam
bou dont on les frappait. Les habitons d’Arnboine ont encore une espèce de flûte à bec
dont l’extrémité se divise en deux branches,
comme une fourche; chaque brandie est per
cée de trous qu’on a soin de placer û d’égales
distances sur les deux flûtes, afin de pouvoir
en tirer les mêmes tons. La bonté de l'instru
ment consiste à produire des sons à l’unisson.
Les naturels aiment beaucoup ceux de ce
DE
LA
NATURE*
l6 l
genre, et ils se montrent peu sensibles à l’har
monie <lu nos accords.
AMANDES DU J A T R O F A -C U R C A S .
0 > donne le nom de jattofa-curcas «Vun ar
buste assez, commun des îles Moluques, dont
les graines semblables A des amandes out un
goût de noisette très agréable. On trouve
surtout le jatrofa dans Tile d’Amboine, où on
l'emploie à former des baies vives autour des
jardins. Une particularité remarquable de ce
fru it, c’est que si l’on en mange sans en ôter
L'ombrion, on tombe presque sur-le-champ
dans un profond assoupissement, mais comme
c’est dans l’ombrion seul que réside la qualité
narcotique, on peut manger le fruit sans dan
ger pourvu qu’on ail la précaution de le dé
pouiller de son germe.
TORCHES DE RÉSINE.
B e a u c o u p d’insulaires de la mer du Sud s’é
clairent la unit au moyen de torches de résine
1 6 'J
LES M E R V E IL L E S
sans mèche. Mlles donnent peu de fumée et
une lumière assez vive; leur durée est d’envi
ron trois heures, et comme la matière est très
abondante le prix des torches est d’une ex
trême modicité. Elles consistent en un cylin
dre long de quinze à vingt pouces, de la gros
seur de nos flambeaux, plein de la résine qu'on
tire d’un bel arbre de l’espèce des et/cas et dé
signe par le naturaliste Rumphius pnr le nom
de dammara atba. Quant nu cylindre, il ne
se compose que d’une feuille de suejouer rou
lée sur elle-même. Comme cette enveloppe se
réduit en charbon à mesure que la résine se
consume, il faut avoir soin d’enlever de temps
• en temps la partie brûlée, à peu près de la
même manière que chez nous on retranche
une partie du lumignon. Les naturels appel
lent damrner la résine et l’arbre qui la pro
duit.
LIGNES GRIS.
On trouve dans les contrées septentrionale1;
de la Nouvelle-Hollande des cignes d’un très
beau gris cendré, ils sont un peu moins gros
que les cignes blancs ou noirs. Ils ont les pâ
tes rougeâtres et le bec noir, excepté à sa nais-
DE
LA - X A T U R E .
1G3
sauce où il existe un renflement dont la cou
leur est jaune. Ces ciguës se réunissent par
troupes.
ARCHIPEL DES NAVIGATEURS.
L ’ a r c h i p e l des Navigateurs, découvert par
M. do Bougainville, se compose de plusieurs
îles, riches des dons de la n a tu rett couvertes
d'habitans; elles s’étendent de l’est à l’ouest
sous le quatorzième degré de latitude méridio
nale et du cent soixante-douzième au cent
soixante-quinzième degré environ de longi
tude occidentale. Les îles situées du coté de
l’est n’oflront de toutes parts que des rives es
carpées, hautes d’envirou deux cents toises,
mais couvertes de la hase au sommet d’arbres
touffus et du plus beau v e r t, parmi lesquels se
distinguent un grand nombre de cocotiers. Les
maisons des insulaires soul bdties à mi-cote;
là elles jouissent d’une température plus douce
et d’un coup d’ceii magnifique; auprès des mai
sons on aperçoit des terres cultivées; clics pro
duisent des ignames et des patates. La mer sur
les côtes est d’une grande profondeur; A moins
d’un mille du rivage on a plus de cent brasses.
Les pirogues de ces iusulaii^* vont très bien
lG -f
LES ME&Vfe!lt8R
à la voile, ma is elles chavirent fort aisément
et presque à chaque instant? cela vient «le ce
qu’elles sont 1res étroites, de sorte que l'équi
libre est difficile à garder pour peu que la mer
soit agitée; mais comme les insulaires sont
excellons nageurs, ils s’inquiètent peu de cet
accident : ils soulèvent la nacelle par-dessus
leurs épaules, vident ainsi l’eau qui l’avait
submergée, et la remettent ù flot.
11s son t d’u ne huu te s ta turc, la taille moyen ne
étant de cinq pieds sept ou huit pouces; leur
teint est Inwaué; leurs cheveux, non Irisés,
sont relevés sur leur tète, mais leur physio
nomie est dure et farouche. Ils sont ou parais
sent très industrieux, et ce qui augmente le
mérite de leurs ouvrages, c’est qu’ils les font
sans le secours de nos instrumens qu’ils ne
connaissent pas et qu’ils n’estiment en aucune
manière parce qu’ils ignorent le secours qu’on
en. tire. Ils vendirent ü La Pérouse un vase de
bois, plein d’huile do coco et si bien travaillé
qu’on eût cru impossible de le façonner ù la
main et sans employer le tour. L’instrument
dont ils se servent consiste on une petite hache
de basalte très lin; ils ne laissent pas de don
ner à leurs ouvrages un poli si parfait qu’on
les prendrait pour enduits île vernis; il est
probable que chacun des ustensiles qu’ils fa
briquent ainsi leur coûte plusieurs mdîs du
travail.
DE LA SATURE*
l 65
L’herbe de leurs prairies leur sert à faire
des nattes et même des étoiles qui oi.t nresque
la .finesse et la flexibilité de nos toiles. Les
femmes ne sont guère vêtues que d’une de res
nattes qu’elles ceignent autour de leur corps.
Elles paraissent presque toutes grandes et bien
laitesj leurs traits om beaucoup de régularité,
et leur physionomie annonce la douceur et la
complaisance, ce qui les fait singulièrement
contraster avec le6 hommes dont la figure ex
prime toujours la colère, le mécontentement
et l’orgueil.
9 Le langage de ces insulaires a beaucoup d'a
nalogie avec celui des Malais des Philippines
et des autres îles plus voisines du continent :
aussi est-on aujourd’hui généralement per
suadé que tous les insulaires de la mer du Sud
proviennent en partie des colonies malaises
qui à diverses époques, toutes très éloignées,
ont fait la conquête de leurs îles. Quant à
cette race d'hommes noil’s à cheveux laineux
qu’on trouve dans l’intérieur de Pile i'onnore
et de Pile Luçou, il parait qu'elle descend des
Indigènes qui parvinrent, à ?e soustraire au
joug des Malais en S’enfonçant dans 1er- mon
tagnes. Pans les îles où la conquête a trouvé
moins de résistance les vaincus sc sont mêlés
avec les vainqueurs, ce qui a formé une es
pèce mixte dans laquelle on ne reconnaît plus
les traits caractéristiques auxquels se distin-
l6 6
LE S M E R V E IL L E S
guaient les deux races primitives. Dans l'ar
chipel des Navigateurs, res deux races conser
vent encore leur physionomie particulière,
dans un petit nombre d’individus et de fa
milles.
INSULAIRES DE MOWl.
Ox donne le nom de Mowi ou Moui à l’une
des îles de l’archipcl de Sandwich, situé par#
le vingtième degré, trente-quatre miuutes,
treute secondes de latitude septentrionale et
le cent cinquante-huitième degré vingt-cinq
minutes de longitude ouest. Cette île de même
cjue toutes celles qui composent cet urchipel
fournit ahondammculùseshahitans touteequi
leur est nécessaire pour leur subsistance; mais
malgré celle fécondité du sol et la douceur
constante du clim at, les insulaires, presque
tous en proie à deux maladies dévorantes, ont
un extérieur souffrant et malheureux qui dé
truit l’impression de plaisir que donne l’aspect
du pays qu’ils habitent. La lèpre est l’une de
ces maladies; l’autre, à ce qu’on prétend, leur
a été communiquée par les navigateurs euro
péens q ui, en abordant sur leurs cotes, s’en
trouvaient infectés. Ce qu'il y a de plus fâcheux
nr I.a nature.
. pour ces peuples, c’est q u il ne parait pas qu’ils
emploient aucun moyen curatif.
La taille commune îles JWowiens n’excède
guère cinq pieds deux pouces, mais ils sont
fortement musclés; leurs bras nerveux, leur
barbe touffue, leur corps velu comme celui
d’une bête fauve, tout annonce que la nature
leur a donné une excellente constitution; il
est malheureux que de cruelles maladies qui
pourraient être facilement extirpées contra
rient scs vues bienfaisantes. Ils ont générale
ment les sourcils épais, les yeux noil's, les pom
mettes proéminentes, le nez épaté, la bouche
grande, les lèvres épaisses, les dents grosses,
mais bien placées. Leurs cheveux sont très
noirs; ils les coupent de manière à leur don
ner l’apparence d’un casque; ceux auxquels
ils laissent toute leur lougucur, en représen
tent assez bien la crinière; mais l'extrémité
flottante est de couleur rousse,ce qu’on attri
bue à l'action de quelque acide végétal dont
ils se serveut.
On voit parmi eux beaucoup d’individus
auxquels il manque une ou deux dents. On a
supposé qu’ils se les arrachaient à la mort de
quelqu’ un de leurs parons pour témoigner
leurs douloureux regrets, comme en pareille
circonstance les insulaires de l’archipel des
Amis se coupent une ou deux phalanges de
leur petit doigt: mais cette supposition n’est
l6 8
LE S M E R V 7.IL I.E S
fondée sur aucune preuve; il est plus vraisem
blable que la chute des dents tient chez eux à
une affection morbifique.
La taille des femmes est beaucoup plus pe
tite que celle des hommes , elle est assez mal
prise. ce qui répond aux traits grossiers de
leur visage, et à la lourdeur de leur démarche
et de leurs manières.
Les individus des deux sexes se peignent et
se tatouent la peau du haut en bas; ils ont les
oreilles et la cloison du nez percées, et ils
passent de grands anneaux dans les ouver
tures. Quant à leur caractère, il paraît assez
doux; du moins les navigateurs qui les ont
visités les ont trouvés atlablcs, prévenans et
pleins de bonne fo i, ce qui est bien rare chez
les insulaires de la mer du Sud q u i, de même
que les Malais leurs ancêtres, sont querelleurs,
voleurs, cruels et perfides.
COUTEAU DES A:\TROPOPFIAGES
DE LA MER DU SUD.
L es p r ô n e u r s d e s s a u v a g e s
r é v o q u e n t en
d o u t e q u ’ il e x is t e d e s p e u p la d e s f é r o c e s q u i
m a n g e n t le u r s p r is o n n ie r s ; m a is le s v o y a g e u r s
m o d ern es o n t v u
t a n t d ’e x e m p le s
de
cette
DE r.A STATURE.
16 9
coutume barbare, qu'on ne saurait en con
tester l’existence. Si les mers du Sud, dans
leurs innombrables îles, ont montré quelque
fois îles hommes d’un caractère doux et con
fiant bien qu’ils u’eussent eu d’autre instituteur
que la simple nature, elles ont fourni plus
souvent le Lrisle spectacle d’hoimnes saurages
et corrompus, de moeurs farouches, d’un ca
ractère perfide , aimant à répandre le sang de
leurs ennemis, et ne s’épargnant pas euxmêmes au moindre sujet de mécontentement
qu’ilssc donnent. On devait s’attendre à trou
ver parmi ces derniers des antropophages, et
malheureusement on ne s'est point trompé.
Les babitans de la NouvelIc-Calédonic ne font
point mystère de leurs goûts dépravés, et. lors
qu’on a trouvé chez eux des os humains, dé
bris d’un festin horrible, ils sont tous conve
nus du plaisir qu’ils prennent à dévorer leurs
ennemis, après avoir jeté 6ur le feu leurs
membres encore tout palpita ns. Ils ont même
fait voir l’instrument qu’ils emploient pour
mettre en pièces la victime.
(Test un morceau de serpentine très dure,
long de sept ù huit pouces, naturellement
mince ou aminci à force de travail, tranchant
sur les bords, de forme elliptique, et d’un
poli parfait. Celte lame de pierre est percée
île deux Irons dans lesquels on introduit des
liens qui la tiennent fixée à un morceau de
O CB 1M S*
8
1 " 0
LE S M E R V E IL L E S
bois qui s’emmanche par un bout dans une
noix de coco. Les attaches sont faites avec le
poil de la chauve-souris. L’est à l'aide de cet
instrument qui porte le nom de abouti, de
même que leurs tombeaux, qu’ils fendent le
ventre de leurs prisonniers, et qu’a près avoir
arrache et jeté les intestins, ils lui coupent les
bras et les jambes et divisent le tronc en plu
sieurs quartiers. Comme les parties musculeu
ses sont celles qu’ils préfèrent, ils réservent
pour leurs chefs les bras et les jam bes, où les
muscles sont plus sensibles et plus ubondans.
MASQUES I)E GUERRE.
L e s Nouveaux-Calédoniens fabriquent de*
masques ou faux visages dont ils font usage dans
leurs incursions sur les terres de leurs ennemis,
ou même lorsqu’ils ont quelque vengeance
particulière à exercer. Ces masques sont taillés
dans un morceau de bois de cocotier; l’exté
rieur en est sculpté de manière à figurer un
visage d’homme; mais comme ces sculptures
sont beaucoup mieux faites que celles qu’on
voit sur les portes de leurs cases, il esta pré
sumer qué ces masques leur viennent des lies
Fidji, où les arts sont beaucoup plus avancés
DE LA MATURE*
I 71
que chez eu x, et d’où ils reçoivent, de leur
propre aveu, la plupart des objets qu’ils pos
sèdent.
On ne peut guère se rendre raison du motif
qui détermine les Calédoniens à cacher leurs
visages aux ennemis qu'ils vont attaquer, car
il ne peut, que leur importer peu d’étre ou de
1i’éIre pas reconnus; ils n’y peuvent avoir
qu'un intérêt trop éloigné pour qu’i! soit ca
pable d’exciter leur prévoyance. On ne peut
dire non plus que ce soit là une arme défen
sive, puisqu’ils ne portent pas même de vêtemens sur les autres parties de leur rorps. Ce
qu’on sait de leur naturel féroce ne permet de
former qu’une seule conjecture: c’est qu’ils se
servent de ces masques pour se surprendre
entre eu x, et pour que le meurtrier ne reste
point exposé aux ressentimens des amis de lu
victime.
ADRESSE DES SAUVAGES A LANCER
LEURS ZAGAIES.
•
P armi les insulaires de la mer du Sud, il en
est qui font usage de l'arc et des flèches:
d’autres, en tout aussi grand nombre, ne con
naissent pas le premier de ces instruirions;
172
LES
M E R V E IL L E S
aussi leurs, armes ne ronsislont-clles qu’en
massues et en zagaics. Celles-ci sont longues
«le douze à quinze pieds, d’une seule pièce de
bois qui u’a guère que neuf lignes d’épaisseur
vers le m ilieu, et se termine en pointe aux
«leux extrémités. Pour lancer la zagaie avec
plus de force et lui communiquer une plus
grande vitesse, ils se servent d’un procédé
simple mais industrieux.
IIson l une espèce de corde très élastique, l'aite
«le bourre de coco et de poil d’animaux -, ils atta
chent un bout de cette corde u leur index , et
font entrer la pointe de la zagaie dans une es
pèce de poche qui se trouve à l’autre bout de
la corde; saisissant ensuite l’arme par le m i
lieu , et la poussant en arrière aussi loin que
l’élasticité de la corde peut le permettre, ils
la lancent en avant avec force, et ils aident
à cette première impulsion en tirant vivement
la corde dans le même sens, ce qui lui donne
à peu près Reflet d’une fronde.
PIROGUES DE LA MER DU SUD.
L e s insulaires de la mer du Sud ont d e s pi
rogues de plusieurs dimensions, mais toutes
construites à peu près sur le même plan. Les
DT. Ï.A N A T U R E .
170
plus urdinairesont environ vingt pieds de long
sur deux pieds de large et tout autant de pro
fondeur. Elles sont d’une seule pièce taillée
dans un tronc d’arbre. Pour relever les bords
de leur nacelle, les insulaires placent de champ
sur les deux côtés une planche assez m ince,
plus large aux extrémités qu’au m ilieu, ou
bien , si la largeur de la planche est égale dans
toute sa longueur, ils en placent une seconde
sur la première, mais seulement aux deux ex
trémités de la barque, c’est-à-dire à la proue
et à lu jroupe.
•
On remarque ordinairement sur la surface
extérieure de cc$ planches des figures d'ani
maux grossièrement sculptées. L’extrémité an
térieure de la pirogue est presque toujours ter
minée par une tète d’oiseau au-dessous de
laquelle ces insulaires attachent une louile ou
guirlande de feuilles teintes en rouge.
Ces pirogues sont trè*facilement culbutées
par les vagues, mais cet accident embarrasse
peu ceux qui les montent; excellons nageurs ,
ils élèvent la nacelle par-dessus leur tète , vi
dent l'eau qu’elle contient et In remettent à Ilot
aussi aisément qu’elle est submergée.
Les pirogues à balancier ne diffèrent des au
tres que par une longue pièce de bois posée
en travers sur la nacelle et présentant, à ses
extrémités assez de surface pour que si la pi
rogue s’incline d’un ou d’autre côté le bout du
*74
I.E S
M n R Y T II.L B S
balancier trouve une resistance capable «le 1«
soutenir en équilibre.
Quelques insulaires ont de doubles pirogues.
Ce sont deux pirogues mises côte à côte et
jointes ensemble par des traverses de bois r«?couvertes «le planches j beaucoup moins su
jettes «\ chavirer que les pirogue» simples,
elles sont plus propres à tenir la haute mer;
quelques-unes s'éloignent de plusieurs lieues
du rivage. Elles vont à la voile et à la rame.
Le mât est lixé entre les deux pirogues, aux
traverses qui les unissci#.
VOLCAN DE LA NOUVELLE-BRETAGNE.
L e navigateur Dampierrc avait reconnu sur
une île située non l«4ti «le la pointe occiden
tale «le la i\ouvelle-l»retngnc, un volcan qui
jetait beaucoup de flamme et de lave. Quand
la frégate française ht Recherche passa prés
de cette ile en 1790, ce volcan paraissait
éteint, mais il en existait un autre à deux ou
trois lieues de distance, sur un ilôt de forme
conique également observé par Dampierrc qui
11’y avuit pas vu «l’indiecs de feux souterrains.
Ce dernier volcan était alors en pleine érup
tion. Une fumée épaisse teinte de plusieurs
vr. j,\ x v r c r . E .
i ”5
cuhi-.VtS, parmi lesquelles on distinguait sur
tout celle dû*cuivre. s'élevait en tourbillon
nant à une hauteur prodigieuse. Vers le milieu
du jour h%Tntèiv vomit une grande quantité
de matière embrasée qui du haut de la mon
tagne tomba comme un torrent de feu dans la
mer. Le choc île la lave brûlante fit aussitôt
bouillonner les eaux qui s’élevèrent sous la
forme de nuages d’écum e, d’une blancheur
éclatante.
Ce magnifique spectacle ne fut vu qu’à la
clarté du jour qui nécessairement nuisait à son
efi’et. La n u it, il aurait ofierl un plus haut de
gré d’intérêt parce que tous scs détails auraient
été mieux sentis.
I.LS NOUVEAUX-HOLLANDAIS.
L e s h a b i t a n s d e la Nouvelle-Hollande, d it
le capitaine Cook, sont bien laits, sveltes, v i
goureux, actifs, agiles. Leur voix est douce
et agréable; leur teint est brun cuivré, mais
la boue dont ils se barbouillent le fait paraî
tre noir; leurs dents sont belles, leurs cheveux
noirs et longs; leur barbe est toulluc; quand
elle est trop longue , ils la brûlent. Ils ont 1«?
nez m oyen, de même que les lèvres. Ils se
W >
LES
M E R V E IL L E S
percent la cloison du nez ut ils \ portent an os
io n j de cinq ou six pouces et de In grosseur du
doigt; ils nltnchent le plus grand prix à ce
singulier ornement, ils se parui^ encore de
colliers de coquillages, de bracelets. «le lo tî
tes corde&aulour des bras, de cordons de che
veux qui serrent leur ceinture, de plaques d'or
qui tombent sur la poitrine. A ces ornemens
ils ajoutent le tatouage, «les taches, des raies
rouges ou blanches, en rond, eu sautoir ou
tombant du haut en bas.
M. Peron qui lésa visités long-temps après
le navigateur anglais leur a trouvé une phy
sionomie expressive et m obile, sur laquelle
se peignent vivement leurs passions et jus
qu’aux. sensations du moment. Ils ont l’air fa
rouche lorsqu’ils menacent, sombre et perfide
lorsqu’ils soupçonnent, gai jusqu’à la folie
quand ils sont contons. Les hommes âgés ont
en général un aspect dur et sauvage; mais dans
tous les individus, en quelque temps qu’on
lus observe, on trouve caché dans leurs yeux
et dans leur maintien quelque chose de sinistre
qui répond bien au fond de leur caractère.
Les femmes, dit encore M. Pérou, sont d’une
laideur horrible et de la plus dégoûtante mal
propreté. Elles se poudrent la tète et la ligure
de charbon broyé. Quand elles accouchent de
deux enfaus, elles étouffent toujours celui qui
leur parait le plus faible. 31. While qui ac-
nr. la j u t l u e .
w *i
ccmpa ,!!.i lc commotlorc Philips n’en (ait pas
un portrait plus flatteur, et M. Collins ajoute
qq^ lorsqu'une d'elles vient à mourir laissant
des enfapsen bas âge, les barbares qui se di
sent leurs pères leur écrasent la tête avec une
{•rosse pierre afin de s’épargner le soin de les
nourrir et de les élever.
Les peuples de Van-Diémcn sont plus féroecs encore que les Nouveaux-Hollandais dont
le détroit de Ilass les sépare. Les premiers sont
plus noirs, ont la tête plus grosse , un peu lai
neuse . présentent des extrémités faibles, n’ont
ni vètemens, ni habitations fixes, ni princi
pes de conduite ou de inqrale. Ils ressemblent
assez aux hommes des Lois (i) que M. Paterson a observés dans les montagnes Bleues, et
que les naturels des environs de Sydney dési
gnent sous le nom de HMiagal.
Tous ces insulaires haïssent et repoussent
les étrangers, et malgré leur apparence de dou
ceur et de boune foi les Européens sont obli
gés de se tenir constamment sur leurs gardes ,
s’ils ne veulent devenir victimes d’une cou
•fiance imprudente en des hommes qui les re
gardent comme des ennemis, et ne s’abstien
nent de violence envers eux qu’au tant qu’ils
sont retenus par la crainte. Beaucoup de faits
particuliers rapportés par les voyageurs rie
1• J V©jr«i ecVnrlktc.
8.
: ;7o
LlïS MERVEILLES
permettent pui*.* Jo Jo u tu de luurpernaie m
de se méprendra ù leurs intentions.
*
Le Nouveau-Hollandais a très peu d’idées,
parce qu’il a très peu de besoins. Se nourriv et
se reposer sont toute l’occupation de sa vie.
La pèche, la chasse, les fruits des arbres lui
fournissent à toute heure les alimôns qui lui
sont nécessaires; quant au repos, il le prend
partout où il se trouve. Un arbre qui l’abrite
du vent ou du soleil, ou tout au plus quelques
branches entrelacées sur sa tète, c’est tout ce
qu’il cherche, tout ce qu'il demande. Vivant
sous un climat chaud . il ne lui faut pas d'au
tre toit; ignorant ou dédaignant l’usage des
vétemens il ne commit ni ne désire les jouis
sances du lu xe; do l’ocre, de la poussière de
charbon , de l’huile puante font tous les frais
de sa toilette. Un béton pointu, une lance,
une hache de pierre composent sa richesse. Scs
idées ne peuvent donc rouler que dans un cercle
bien étroit. Ce défaut d’idées ue favorise pas le
développement de son Intelligence : sans intel
ligence,sans idées,il n’a pas besoin d’un vocabu
laire étendu. Quelques mots lui su (lisent pour,
se faire entendre et pour entendre les autres.
Cette pauvreté d’expression , cette absence
■ de mots permettent à ehuque peuplade d’avoir
un idiome particulier. Aussi arrive-t-il rare
ment que ileux peuplades voisines se com
prennent , et l’on peut assurer qu’il n’y a point
D E LA iV V T L R R .
r?9
dan? !."• Nouvelle-Hollande de .langue generale
au moyeu do laquelle on se puisse Taire enten
dre d’une contrée ù l’aulre, comme cela ar
rive dans les mers du Sud à ceux qui possè
dent la longue malaise.
Los Nouveaux-Hollandais et surtout leurs
Tommes sont habiles à imiter ou ù contrefaire
les personnes qu’ils voient ou qu'ils entendent.
Ils saisissent parfaitement leur air, leur dé
marche , jusqu’aux inflexions de leur voix, et
ils les rendent avec une vérité frappante.
Ils n’ont point d’autres médecins que leurs
sorciers ou devins. Tous les peuples sauvages
ont eu parmi eux des imposteurs qui se van
tant d’un art qu’ils n’ont pas, vivent sans tra
vail de l’impôt qu’ils établissent sur la curio
sité crédule et superstitieuse. Quand ils sont
attaqués de quelque mal ils laissent ù la na
ture le soin <lc réparer le désordre. S’il faut
que la nature soit aidée, ilsfont une forte ligalu..* A la partie souffrante, la piquenl avec un
os pointu , et foui couler l’humeur par expres
sion ou même par une forte aspiration. Si lout
cela nesullil point, ils serrent la ligature jus
qu’à ce que le membre, privé de toute nourri
ture, se flétrisse et tombe de lui-même.
Ils sont superstitieux ù l’excès; ils oui sur
tout grand peur du bogie ou le diable: cola
va au point qu'ils n’osent point sortir seuls île
leurs cases pendant la nuit.
lîio
I.ïïS M E R V E fl.L K S
Mous ces peuples vivent par tribus ou par
iiordcs dont les plus nombreuses ne comptent
pas plus de cent individus; la plupart n’en
ont pas cinquante. Ils mènent une vie misé
rable où ils ne $c dédommagent des privations
que par le plaisir de céder à leur paresse; et
ce genre de vie ne saurait aider aux progrès
de la populat on. Si l’on ajoute ù celte cause
l'habitude où ils sont d’immoler une partie de
leurs enfans, les {pierres interminables qu’ils
se font de peuplade à peuplade, les rudes
famines auxquelles ils sont exposes par les
émigrations périodiques des poissons, si elles
surviennent dans une année orageuse où les
récoltes ont péri, l’on sera peu surpris que la
Nouvelle-Hollande ait si peu d’hnbitans. D’ail
leurs les tribus de l’intérieur ne tirent aucun
avantage des productions maritimes: ils sont
réduits à ce que leur donne la terre. Aussi les
voit-on faire une guerre cruelle aux lézards,
aux serpens, aux grenouilles et jusqu’aux arai
gnées qu’ils dévorent de même que les Nou
veaux-Calédoniens.
Avec de tels alitnons il n’est guère possible
qu’ils acquièrent de la force et de la vigueur,
etilsen ont beaucoup moins sans doute que le
célèbre Cook ne l’a supposé. M. Péron répond
par des faits à des assertions : il a soumis des
insulaires et des Européens aux épreuves du
dynamomètre, et de ses expériences il est ré
D E LA
SA TU RE.
i 8 l
suite que de lous les babitans <lcs terres aus
trales, Ceux du Diemen cl de la Nouvel lullollaude sont les plus faibles, et qu’ils le sont
iafiniment plus que les Kuropécns.
M. Je m'es Grant, observateur judicieux,
mais eu général trop indulgent dans ses jugemens sur les bons sauvages, n’ose pas con
venir qu’ils soient mangeurs ({'hommes. Lui—
même pourtant cite des laits qui ne paraissent
pas laisser de place au doute. Il a vu des osscmens humains grillés et à moitié rongé»; plu
sieurs naturels lui ont assuré qu’ils mangeaient
leurs ennemis tués dans un combat; ils ont
décrit d’une manière imitativC et très horri
blement expressive les procédés qu’ils em
ploient pour dépecer la victim e; d’autres pris
sur le fait ont convenu de la vérité, de l’air
dont ont reconnaît une chose toute naturelle
et autorisée par un long usage. Qu’était-il be
soin d’autres preuves, surtout quand on pense
que ces insulaires sont souvent expogés-À man
quer d’alitmins, et que la coutume dont il s’a
git ici leur est commune avec les habitans de
la Nouvelle-Zélande, peu éloignés d’e u x , ceux
de la Nouvelle-Calédonie, de la NouvelleGuinée .et, l’on peut dire, de la plus grande
partie des îles de la mer du Sud, peuplées par
la race primitive des noirs de l’Océan.
182
LE S M E R V E IL L E S
PARTICULARITÉS DES ILES MOLUQUES.
L’ ilf de Ternate passe pour la principale de
ret archipel. Son s o l, constamment agité par
un volcan, produit du soufre, et se couvre
en partie de cendre et de laves. Il ne laisse
pas d’etre assez fertile. Ou y trouvait autrefois
la noix muscade et le gérofle: mais les natu
rels eu ont arrache ou détruit tous les pianl.s,
en haine des Européens qui recherchent ces
épiceries. Les rivages de Pile sont tout cou
verts de grands arbres qui sont liés ensemble
par des bambous, et forment une barrière
presque impénétrable. Ces arbres servent de
retraite à des perroquets blancs très criards.
Une singularité bien di-ne de remarque,
c’est que Ternate qui manque absolument de
rivières et de sources, a un lac d’eau douce
voisin du bord de la m er; e t , chose bien éton
nante, ce lac hausse ou baisse avec le flux et
et le re flu x , ce qui ne perihct pas de douter
qu'il i f y ait quelque communication souter
raine entre le lac et la m er, quoique leurs
eaux ne se mêlent point. S i, comme je le sup
pose , cette communication existe , on pour
rait penser que les eaux de la mer augmentant
de volume et acquérant plus de poids en proortion de cet accroissement, exercent sur les
DP. I.A X A T U R K .
i85
eaux ùu lac uue pression plus forte, et les
obligent ainsi à remonter; et si les eaux du
lac çt <le la mer ne se mêlent point, c'est
p eu t «
jI.it puroo qn n CCS flerniàrco a y a n t um*
plus grande pesanteur spécifique, occupent la
partie inférieure du lac.
I.'île «le Tidor a aussi un volcan; mais du
pied même de la montagne embrasée, coulent
plusieurs ruisseaux dont l’eau est très saine dès
qu’elle est refroidie, Les habîtans tirent encore
<le l’eau d’un de leurs arbres qu’on nomme
npilaga. Cette eau a une teinte fortement ver
dâtre, ce qui n’empécbc pas qu’elle ne soit
bonne.
L’ilc de Banda a la forme d’un fer à cheval,
ses rivages produisent le muscadier, dont le
feuillage au fond blouse mêle de teintes noires,
rouges et dorées. Celle d’Amboine est la plus
importante de toutes les Moluques, au tap t
par son étendue que par la fertilité de son sol
qui produit le gérofle et la muscade, du riz,
des cocos, des citrons, des oranges, des can
nes à sucre, et beaucoup d’autres fruits.
Quanti les Anglais s'emparèrent dWmboine
en i "96 , cette ile comptait près de cinquante
mille habitons, sur lesquels les'deux tiers
étaient mahométnns ou idolâtres. Le teint de»
naturels est noir tirant sur le jaune. Ils por
tent tous un grand chapeau fait de feuilles de
latauier; celui des femmes, dit Sonnerai, a
1 8*
T.Ë8 MF.RVr!I.!.rS
sept ou huit pieds de circonférence. I.es Moluquois diffèrent beaucoup par les trails, les
mœurs et les habitudes des Papous leurs voi
sins. Ceux-ci sont grands et robustes, d'un
noir luisant, braves mais sanguinaires.
Les aromates et les épiceries des Moluqucs
sont connus partout. Leur vente exclusive fut
pendant long-temps pour les Hollandais une
source féconde de richesse. Dans leur politique
étroite autant qu'intéressée, ils ont fait plu
sieurs fois des tentatives que la nature a tou
jours rendues infructueuses, pour détruire en
tous lieux les géroQiers et les autres plantes
aromatiques: plusieurs fois ils ont porté le fer
et la flamme dans les îles voisines d'Amboinc
et de Ternate, mais tous leurs efforts n’ont
abouti qu’à leur donner le regret d’avoir com
mis des dévastations inutiles, dignes d’un peu
ple de Vandales. Les Moluqucs, la NouvelleGuinée, la terre des Papous, les îles qui
remplissent l’immense intervalle que la na
ture a mis entre ces contrées, ont continué
de produire les épiceries.
FRUITS DLS MA RI AN ES.
L e rim a e st u n fr u it p r é c i e u x p o u r le s lia -
D E I.A
.N ATU RE.
185
bilans de «’es îles*, ils s’en servent au lieu <lu
pain qui leur manque. Ce fru it, de la gros
seur d’un melon et de la couleur des dattes,
est lout, hérissé de piquan», cl renferme un
noyau blanc. La manière «le le préparer con
siste à le faire rôtir ou bouillir, comme nous
faisons nos marrons. On peut le garder cinq
ou six mois sans cjue sa subslnnce s’altère. On
dit qu’il a le goût de la figue d’ Inde.
Le douedou est un autre fruit qui offre à ces
insulaires de grandes ressourc«'s. Il a la forme
et la «grosseur d’une poire. La palpe en est
blanche et molle; on y trouve quinze noyaux
qu’on fait rôtir, et qui ont le goût de la châ
taigne.
EXEMPLES D'AFFECTION MUTUELLE
DANS LES ANIMAUX.
L’ a ffectioh d’un individu pour un autre
individu de son espèce n’est pas un sen tim en t
exclu sivem en t donné à l'h o m m e ; sou vent on
le voit régner a v ec fo rce en tre les an im au x .
La n a tu r e , m ère com m une «le to u s, n'a voulu
sans doute refuser à au cu n les douces jo u is
sances qui naissent de l’am itié.
Le voyageur La Billàrdière qui montait
>3 6
i.F.s tin n v E iu .F s
Tune des frégates envoyées û la recherche de
La Pérouse, en cite deux exemples remarqua
bles. Deux goélands, de l'espèce que Button ap
pelle bourgmestref et à laquelle Linné donne
le nom de larux-fuscu* ( mouette noirâtre ),
étaient venus s’abattre sur un rocher, dans
une île voisine de la côte de la IVouvelle-Holîande. L’un d’e u x , c’était la fem elle, fui tué
d’un coup de fusil. Epouvanté d'abord par le
bruit de l’explosion, le mule prit la fuite:
bientôt s'apercevant que la femelle ne le sui
vait pas, il vint reprendre sa première place
et attendre qu’un second coup unit son sort à
celui de sa compagne.
« J’avais tiré avec du plom b, dit ce voya
geur,un veau marin qui était caché assez loin
«le moi; il se sentit blessé, et se méfiant de scs
forces, il n’osa se jeter à l’eau: j ’étais si bien
caché qu’il ne pouvait m’apercevoir, bientôt
j ’en vis un autre très gros qui, attiré par les
cris du blessé, vint, lécher tous les endroits
d’où son sang coulait. Cet animal se laissait
faire comme s’il en eût éprouvé quelque sou
lagement; mais à la vue d’une chaloupe qui
s'approcha d’eu x, ils se jetèrent à la mer.
« Peu de temps aprèsj’cn distinguai d’autres
qui s'avançaient vers les bords du rivage; ils
ne manquaient jam ais, avant de se risquera
gaguer la terre, d’élever au-dessus de l’eau
près de la moitié de leur corps, et ils se le-
D E LA N A T U R E .
(87
liaient quelque temps dans ccttc attitude en
flairant et regardant de toutes parts, pour
lâcher de reconnaître s’il n’y avait pas de
danger pour eux à venir se reposer sur les
rochers. >►
S KL MARIN A CENT TOISES D’ÉLÉVATION.
S u r une roche de granit qui s’élève du fond
de la mer près de la cote méridionale de la
Nouvelle-Hollande, vers le trente-quatrième
degré de latitude sud , et le cent viogt-unième
de longitude à l’est de Paris, à la hauteur per
pendiculaire de plus do cent toises au-dessus
du niveau de la nier, on trouve plusieurs ca
vités remplies d’une eau très limpide, mais
très salée; des cristaux de sel marin qui eu
couvrent les bonis annoncent, la nature de
ces eaux , ce qui nu premier aspect offre un
phénomène d’autant plus singulier, que de la
fente d’une roche voisine ou voit jaillir une
petite source d'eau douce peu abondante, mais
de la meilleure qualité. Voici comment le pro
dige s'explique. La nier brise avec violence
contre le pied des rochers. Atténuée par le
choc, l’eau s’élève à nue grande hauteur; les
parcelles les plus déliées et les plus légères sont
188
LUS M ERYU Tl.I.ES
entraînées et soulevées par l’air, qui les dépose
un petites gouttes sur la cime des mêmes ro
chers, ou plutôt les laisse retomber sous la
forme d’un léger brouillard. Cette eau se réu
nit dans les creux qui se trouvent à la surface
du sol; elle y dépose à la longue les sels dont
elle est chargée, et l’action du soleil favorise
celle simpfe opération de la nature.
LE L E P T O S P E R MUM.
L e leptospcrinum de la Nouvelle-Hollande
ù feuilles argentées et à fleurs d’un rouge écla
te n t, est un petit arbuste ou devient un arbre
superbe , suivant qu’il croit sur un terraiu sec
et aride ou qu’il s’élève sur un sol humide et
marécageux. Sous la dernière forme, il ac
quiert quelquefois jusqu’à cent pieds de hau
teur; mais il offre une singularité remarquaIUe, c’est que la grosseur de sou tronc n'a
guère que vingt pouces de diamètre, y com
pris une écorce épaisse de plus d'un pouce.
Une autre particularité du leptospermum sc
lait voir dans l’écorce m êm e, qui se com
pose d’un grand nombre de lûmes déliées po
sées les unes sur les autres comme les feuillets
d’un liv r e , et non moins faciles à se détacher.
BE
LA R A T U R E .
1 89
Ces lames sont aussi minces que le papier le
plus fin.
Cette organisation de l’écorce, particulière
à la Nouvelle-llollande, se retrouve dans quel
ques autres arbres de la famille des myrtes ou
de l’espèce des protées ( protoea anjenlea );
mais seulement dans celte contrée.
RESSOURCES DE L’INDUSTRIE.
C e n’est que depuis un petit nombre d’an
nées que les insulaires répandus sur l’Océan
Pacifique connaissent le fer, et les outils de ce
métal qui donnent tant île puissance à l’indus
trie humaine chez les peuples civilisés et avan
cés dans les arts. Pour suppléer à ces outils
sans lesquels un ouvrier ne saurait façonner à
son gré ni le hois ni la pierre ni les m étaux,
ces insulaires se servaient de dents de requin
emmanchées d’un morceau de hois. Avec cet
instrument si imparfait, ils exécutaient d’assez
beaux ouvrages en bois et les ornaient de des
sins et de ciselures. Ils dounoieut |ensuite le
poli au moyen du frottement; ilssc servaient
pour cela de la pierre-ponce.
Quant A la taille des pierres, ils lu leur don
naient assez bien au moyen du verre volcanL
•
ItyO
LES
M E R V E IL L E S
que dont la dureté se prêtait à ce genre «J«*
travail; il est vrai qu'ils avaient soin de choi
sir les pierres tendres et disposées par couches
comme l'ardoise.
v il l a g e c a l é d o n ie n .
L e s Calédoniens de la mer du Sud C o n s tr u i
sent leurs habitations nu milieu des forêts de
c o c o t i e r s dont leur île abonde. Ce sont de mau
vaises huttes d'environ huit ou dix pieds car
rés, consistant eu quelques branches recou
v e r t e s de feuillage ou de paille. Quelques-unes
sont entourées d’une palissade dont les pétioles
des feuillesdu cocotier leur fournissent les ma
tériaux; c e t t e palissade, à deux pieds envi
ron des c ô t é s de la case, forme une petite ga
lerie extérieure qui en suit les contours. Cinq
ou six de ces cases, quelquefois un plus grand
nombre, composent un village et renferment
probablement une tribu de plusieurs familles.
Quand ccs insulaires veulent construire une
case, ils préparent d’abord une aire qu'ils
npplanissent et qu’ils élèvent d’un pied ou
deux au-dessus du sol. Au milieu de cette aire
ils plantent un niât de deux ou trois pouces
d’épaisseur; l’extrémité supérieure de ce mât
DE LA
NATURE.
]9l
supporte le bout de quelques perches fichées
eu terre nutour de l’aire et recourbées eu arc
à leurs sommités. La couverture de la case a
deux pouces au moins d’épaisseur, ce qui
suffit pour mettre à l’abri de la pluie ceux
qu’elle renferme. La porté est la seule ouver
ture qu’on y laisse, et elle n’a guère que trois
pieds de haut sur un pied et demi de large.
Elle est formée par deux montans de bois
sur lesquels on voit ordinairement des sculp
tures grossières qui représentent presque
toujours une tète d’homme. Les cotés de la
case dans l’intérieur n'ont que trois pieds d’é
lévation comme la porte; daus le milieu lu
toiture s’élève en forme de cône ou de pyra
mide.
Chaque village a dans les environs un lieu
commun de sépulture que les habitans nom
ment abouct. Ce sont de petits monceaux rie
terre qui ne s’élèvent que de huit ou neuf
pouces, ce qui indique qu’ils se contentent
d’enterrer les t’orps. Us couvrent ensuite ces
tombes d’un treillage de bois, comme pour les
garantir de toute profanation ou pour en dé
fendre l’accès aux animaux.
192
LES
M E R V E IL L E S
ABC HI PEL DE R0 GGEWEE 2V.
C e t archipel se compose de plusieurs îles
aussi peuplées qu’elles paraissent fertiles. Elles
offrent aux navigateurs un aspect ravissant;
couvertes d’arbres fruitiers, de plantes légu
mineuses de toute sorte, arrosées d’un grand
nombre de ruisseaux, elles leur promettent
des rafraichissemens toujours ardemment dé
sirés après un long séjour sur les mers. Les na
turels sont armés d’arcs et de flèches, leur teint
est d'un brun assez clair; ils seraient blancs s'ils
n’étaient exposés sans cesse aux ardeurs du so
leil. beaucoup moins sauvages que leurs voi
sins, ils paraissent portés au plaisir et à la gaîté.
Leurs vétemens consistent en une pièce d’étofl'e soyeuse très bien tissue et ornée de fran
ges qui descendent jusqu'aux talons; ils cou
vrent leur poitrine de colliers et de guirlan
des de fleurs; et cette circonstance dépose, ce
semble, en faveur de leurs mœurs. Les hom
mes qui recherchent ou aiment les jouissances
pures de la nature ne sauraient avoir d'incli
nations féroces. Le Nouveau-Zélandais se fait
une parure des dents des ennemis qu’il a vain
cus et dévorés; l ’habitant des îles hoggeweeu.
paré de fleurs et couvert d’étofles qui sont Je
produit de son industrie, ne se plaît pas à ré
pandre le sang.
DE
I.A
N A TU RE.
193
L’OISEAU DE PARADIS.
L’ oiseau de paradis qui doit probablement
son nom à lu rare beauté de sou plumage se
trouve dans les îles de la mer du Sud qui sont
à l’orient, des Moluquos, c’est-à-dire vers la
terre des Papous. L’oiseau de paradis est uu
peu plus gros que l’hirondelle et sa forme est
à peu près semblable, mais il a tant de plu
mes qu’il offre aux yeux un assez grand vo
lume. Celles de sa tète ont la couleur de l’or
p o li, celles de sa gorge le velouté le plus par
fait; sa queue et scs ailes forment un brillant
panache où toutes les couleurs se déploient.
Les insulaires de la Nouvelle-Guinée qui
vont trafiquer aux Moluquos y apportent un
assez bon nombre de ces oiseaux, mais tou
jours morts; ils prétendent qu’ils les trouvent
ainsi dans leurs îles, le bec planté dans la
terre. Pour étonner davantage les acheteurs ,
ils leur disent que ces oiseaux n’ont point de
pieds, et en effet on ne voit pas sur eux la
trace delà place que les pieds ont occupée. On
prétend quo les vendeurs obtiennent ce résultat
eu coupant les pieds de l’oiseau tandis qu’il vit
encore, et la peau, dit-on * se rejoint si bien
que la cicatrice^mème ne parait point.
Les Maures, les Persans et les Arabes font
ociuMir.
9
1 9 -1
L E S M E R V E IL L E S
le plus grand cas des plumes de cet oiseau ; ils
eu parent leurs turbans et jusqu’aux selle:; deleurs chevaux : c’est qu'ils attribuent à ces
plumes le merveilleux pouvoir d’éloigner les
traits ennemis.
LE POHON-IIUPAS o u AI1BRE A POISON.
C e t arbre qui a le port et la feuille de l’or
meau s’élève communément à trente ou qua
rante pieds de hauteur. Les feuilles sont rudes
au toucher et les fleurs naissent à l’aisselle des
feuilles. 11 croit dans toutes les Moluques où il
porte le nom de anijar c l dans le cœur des
forêts de Java. Le poison est le suc laiteux qui
découle de l’arbre quand on arrache ses fleurs
ou.ses feuilles; il a la consistance de celui que
produisent nos figuiers. I-es Javanais préten
dent qu’un morceau de sucre avalé au mo
ment où l’on est atteint d’une flèche ou d’une
arme empoisonnée arrête les progrès du mal
en neutralisant le venin. Le naturaliste Ramphiusraconte dans son ouvrage intitulé : Flore
d'Amhoine, qu’à l’époque de leur établisse
ment aux Moluques les Hollandais atteint! de
flèches empoisonnées prenaient des excrémens
humains comme préservatif U est possible
D E LA
N A TU RE.
1^5
que la violence qu'il lullait se faire pour vain
cre le dégoût cause5 par uu tel remède, et
que les nausées ou peut-être les évacuations
qu’il procurait amenassent quelque crise salu
taire.
Ou trouve aux Antilles un arbre de lu gros
seur et de la taille d’un pommier, dont les
fruits ronds et vermeils comme la pomme
d’api renferment un poison si actif qu'il se
communique aux animaux qui en mangent,
de sorte que ceux-ci deviennent eux-mêmes
capables d’empoisonner. Les Français dounent
à cet arbre le nom de mancelinier, les Espa
gnols l’appellent or bol de mançaniUa9 (arbre
à petites pommes). On reconnaît les poissons
qui s’en sont nourris à leurs dents livides et
noirâtres, et l’on a grand soin de s’en abstenir.
PHÉNOMÈNE LUMINEUX.
C o o k décrit ainsi un phénomène qu’il a ob
servé en traversant la mer des Moluques pour
se rendre A l’îlc de Java. « Tout A coup, d ili l , nous vîmes une lueur rougeâtre, mais
d’une teinte uu peu sombre, s’élever de vingt
degrés sur l’horizon. Son étendue ne restait pas
toujours égale; on la voyait croître et dirni-
196
I.E S
M E R V E IL L E S
nuer par intervalles. A travers ce rideau ma
gnifique déployé sous nos yeux passaient des
rayons d’une vive lumière q u i, semblables
pour la durée à des éclairs rapides, brillaient
un moment pour s’éteindre l’instant d’après,
et reparaître ensuite avec plus d’éclat : ce phé
nomène avait commencé de se montrer A dix
heures du soir; il ne cessa qu’après minuit. »
FOURNEAU INDUSTRIEUX DE SAVOU.
L e s habitans de File de Savon , qu’on trouve
au sud-ouest de File plus connue de Timor,
construisent pour faire cuire leurs alimens et
fabriquer leurs sucres et leurs sirops, un four
neau économique, bien simple et au moyen
duquel avec peu de matières combustibles ils
obtiennent!! la foisplusieurs résultats. 11schoi
sissent auprès de leurs cases un lieu abrité
des vents domiuans, et ils creusent dans la
terre un trou horizontal, long d’environ six
ou sept pieds, A peu près comme le terrier
d'un lapin. L’une des ouvertures de ce trou
est large et spacieuse; c’est là qu’ils placent le
feu; l’ouverture opposée est petite et ne sert
qu’à donner passage à l’air. Sur la partie su
périeure de ce fourneau et dans le sens de la
DE LA NATURE.
»97
longueur, ils pratiquent plusieurs ouvertures
rondes, destinées à recevoir les vases où les
admens doivent cuire. Ces vases sont faits en
pointe de manière à ce qu’ils ferment hermé
tiquement l’ouverture sur laquelle ou les place,
l.e feu agissant dans toute la longueur du
fourneau, tousles vases sont chauffés en même
temps. L'avantage réel que ces insulaires ti
rent de ces fourneaux, c’est qu'ils ne consom
ment qu’une très petite quantité de combus
tible. Quand une fois le ^ u a été allumé .
quelques brins de bois, une tige de plante sè
che , une feuille de palmier suffisent pour l’en
tretenir.
Les cases des Savoucns sont construites sur
des colonnes ou pieux de bois, hauts de qua
tre pieds. Des pièces de traverse qui portent
par leurs bouts sur lu tête de ces colonnes sup
portent un plancher composé de branches en
guise de solives et recouvertes de planches et
de nattes. Sur ce plancher s’élèvent verticale
ment d’autres colonnes qui soutiennent le toit
auquel on donne une forte inclinaison, de
sorte (pie l'intervalle du plancher au toit, qui
est de six ou sept pieds dans la partie la plus
élevée, est réduit au tiers de cette hauteur à la
partie la plus basse. Les côtés restent tout ou
verts, soit pour favoriser la circulation de l'air,
soit pour que le jour s’introduise dans l’inté
rieur. I.’appartement des femmes occupe le
îg S
les merveilles
centre de la case; tout autour sont de peti
tes chambres qui ne s’éclairent que par la
porte; l’espace qui reste de la porte des cham
bres à l’extrémité du plancher forme une ga
lerie ouverte. Ces maisons sont toutes cons
truites de la même manière; elles ne djfièrent
entre elles que par l’étendue; quelques-unes
n’ont que dix-huit du vingt pieds de lo n g ,d ’au
tres ont jusqu’à quatre cents pieds.
Les insulaires sont de petite taille, mais
bien laits, vigourimx et agiles; leur teint est
brun foncé; ils ont les cheveux noirs et plats;
leurs traits n’oflrcntpoint d'irrégularité. Deux
pièces d’étoile de coton teintes en bleu sur
bleu, enveloppent leur corps; mais les bras,,
les pieds et les jambes ne sont point couverts.
Le sol do l’ile est de la plus grande fertilité
et son aspect est très beau. Diverses espè
ces de cocotiers croissent sur les bords de la
m er; les collines qui oecupeut le centre de
Tile sont richement boisées de la base au som
m et, et les nombreuses plantations du pal
mier-éventail y forment partout des berceaux,
des bocages où les rayons du soleil ne pénè
trent point. Le tamarin, le limonier, l’oranger,
le manguier, beaucoup d’autres arbres mêlent
leurs fruilsetleur feuillage à ceux du palmier,
et sous leur frais ombrage croissent le maïs, la
canne à sucre, le coton, le tabac, le bétel,
toutes les plantes qu’ont trouve dans ces mers.
DS
I.A
NATURE.
19c)
Le palmier-éventail est précieux pour les
Savouens. Outre In liqueur qu’ils en tirent et
qu’ils nomment, toddy f ils savent en extraire
un sirop agréable, dont les résidus donnent
un sucre grossier et. rougeâtre qui sert aux usa
ges communs. Les feuilles donnent des paniers,
des vases, des nattes, des pipes à fumer; on
en couvre les toits des maisons. Le fruit con
tient trois amandes, bonnes à manger pourvu
qu’elles ne soient pas entièrement mûres.
Les Hollandais avaient un établissement
dans l’ile de Savon : ils y entretenaient un agent
et quelques soldats.
CASES DE PULO-SÉLAM.
L e s cases de cette île que les Européens
nomment l’ ile du P rin ce, sont comme celles
de Sayou, construites sur des poteaux de
quatre ou cinq pieds; mais leur plancher fait
de cannes de bambou ne consiste qu’en un
treillage solide et à jour. Une forte claie de
bambou qui du plancher s’élève jusqu'au toit,
sert de clôture. Chaque case a une grande
croisée et une porte; l’intérieur se divise en
deux parties qui reuferraent deux chambres.
200
LE S M E R V E IL L E S
La première pièce sert de cuisine, la seconde
est pour les cnfans; le maître et sa femme ha
bitent la troisième; la quatrième est réservée
pour les étrangers. Cette disposition est la
même dans toutes les cases: elle prouve que
les insulaires savent honorer et pratiquer
l’hospitalité.
Les habitans de Pulo-Sélam ont dans leur
idiome un grand nombre de mots qu'on re
trouve dans celqi de Madagascar. Cette cir
constance qui semble indiquer sinon identité
d'origine, du moins d’anciennes communica
tions entre les deux peuples, étonne d’autant
plus qu’ils different essentiellement entre eux
par les traits et la conformation physique.
L’habitant de P ulo, comme le Javnnais son
voisin, est de couleur olive, et a les cheveux
longs; l'insulaire de Madagascar est noir, et
sa tète est couverte de lain e, cgmme chez les
Africains.
LA RIVIÈRE HUNTER.
L es cAtes de la Nouvelle-Hollande n’en of
frent point dp plus considérable; ses eaux sont
douces et saines; son lit large et profond forme
une grande baie à l’abri des vents, et les vais
DE
LA S A T U R E .
201
seaux y !mu vent un bon mouillage. Mais tout
indique ici comme dans les autrosrivières deces
vastes contrées, que le Hunter n’a pas un cours
bien étendu, et qu’a quelques lieues au-dessus
de son embouchure, c’est-à-dire à quinze ou
vingt lieues du rivage, il n’ofl'ro plus qu’un
ruisseau formé des eaux qui tombent des mon
tagnes bleues. Dans le voisinage de la rivière,
tout le pays est marécageux, preuve non équi
voque de l’invasion de la mer dans les hautes
marées, et l’on peut conclure de là que la baie
elle-même n’est qu’un bras de mer. O n’est pas
tout : les bords de la rivière sont ombragés de
très grands arbres q u i, à plusieurs marques
tracées par les eaux sur leur écorce et aux
mousses déposées sur- leurs branches, montrent
(pie la riv iè re , sujette à de grands débordemens, s’élève quelquefois de quarante à cin
quante pieds au-dessus du niveau ordinaire.
C’est ce qui arrive dans la saison des pluies et
des orages; c’est aussi peut-être ce qui con
tribue à rendre si fertile le sol qui environne
la baie, lequel s’élève en pente douce à mesure
qu’il s’éloigne de l’océan.
Ce canton est d’une grande importance pour
la colonie anglaise de Sydney; il renferme
beaucoup de mines de charbon de terre, très
abondantes et de la meilleure qualité.
202
LES
M E R V E IL L E S
MAISON D’UN CHEF OTAITIEN.
U s e {grande case sans meubles et sans orncm ens, ayant vingt pieds de large et quatrevingts de long; quelques nattes pour s’asseoir
ou pour sc coucher : tels étaient l'habitation
et les meubles d’É réti, chef d'un canton de
File d’O taïti, quand les Français y abordèrent
pour la première fois, vers le milieu du siècle
passe. Seulement on remarquait suspendu au
toit un cylindre d’osier, long d’environ une
aune, et garni de plumes noires; c’était sans
doute une marque de dignité ou de comman
dement. Au fond de la case, on voyait deux
ligures de bois grossièrement faites , représen
tant un homme et une femme, probablement
un dieu et une déesse. Elles tenaient l’une et
l’autre à un piédestal cre u x , orné de sculp
tures à jour. Le bois dont ces idoles étaient
formées ressemblait à l’ébène par la couleur
et la dureté.
L’OISEAU C L O C H E , L’OISEAU JH EU R ,
ET L’OISEAU S IF F LE Ü R .
P a r m i le s n o m b r e u x o i s e a u x q u ’ o n
trouve
s u r le s côtes m é r id io n a le s de la NouvelIc-IIoI-
hr. LA RATURE,
2tM
lande. il en est qui inériteut.une mention par
ticulière. L’un d’eux que les Anglais appellent
bell-bird, est très ordinaire sous le rapport de
sa forme et de son plumage ; mais sou chant
ressemble au tintement d’une clochette, au
point de faire illusion à ceux qui l’entendent.
Quand plusieurs sont réunis et qu’ils remplis
sent l’air de leurs cris, on croirait entendre
les nombreuses sonnettes d’un attelage de che
vaux.
Un autre oiseau non moins extraordinaire,
c’est le laughing-bird ou l’oiseau rieur, dont
le chant ressemble parfaitement aux éclats de
rire d’une personne qui se livre de tout son
cœur a un accès de gaité, et les ah ! ah ! ah !
de l’oiseau sont si frappaus de ressemblance,
qu’il faut voir ce petit animal e ls e trouver
seul avec lu i, pour pouvoir se persuader que
(t’est lui qui produit le son qui nous trompe.
Ce qu'il y a de plus surprenant encore, c’est
que ces éclats d’une grosse voix, ces sons pleins
et nourris sortent du corps d’un animal qui
n’est pas plus gros qu’une grive. L’oiseau rieur
salue tous les matins l’nurore par ses chants,
et c’est toujours lui qu’on entend le premier.
L'oiseau silfleur est une espèce de canard
plus petit que les nôtres. Quaud il v o le , il
produit par le battement de ses ailes un long
sifflement, qui lui a valu le nom qu’il porte
dans la Nouvelle-Hollande.
20 4
LES
M E R V E IL L E S
LE PORT OCCIDENTAL.
C e port, situé sur la côte méridionale de la
N’ouvelle-Galles, sur le rivage septentrional du
détroit de Bass, est parfaitement sùr et peut
contenir plusieurs centaines de vaisseaux.
Comme l’entrée n’en est pas très large, il se
rait facile de le fortifier et d'en défendre l’ac
cès. Il oflrc l’avantage bien rare que les vais
seaux peuvent y entrer et eu sortir en tout
temps, de quelque part que lo vent souille; il
est d’ailleurs placé dans un pays très fertile.
et sous un climat pur et sain. Les naturels ont
dans le voisinage un assez, grand nombre de
y ou îV iu , c'est le nom qu'ils donnent à leurs
habitations; ils vivent principalement des pro
duits de leur pêche, et le poisson qu’ils pren
nent est aussi bon qu’il est abondaut. La mer
y fournit aussi de très gros coquillages.
Les seuls quadrupèdes qu’on trouve dans le
pays sont des chiens de très haute taille; ils
ont le poil long et très fin, mais ils ne se lais
sent point prendre; ils sont sauvages, presque
féroces, et fuient à l'aspect de l’homme.
av
DE LA V.VTUHE.
2o5
L’HOMME DES BOIS.
L e s montagnes Bleues renferment dans leurs
gorges profondes des tribus sauvages que les
indigènes de la cote de Sydney regardent comme
appartenant à une espèce inférieure; et dans
la colonie on les distingue en effet par le nom
d'Aommor des bois. On peut dire que Ta nature
elle-même les a marqués d’un sceau inalté
rable, qui en fait réellement une race particu
lière; ils ont tous des jambes et des cuissesd’une
longueur démesurée et sans proportion avec
le reste de leur corps. Quand on les voit grim
per sur les arbres ou escalader les rochers les
plus escarpés, on dirait que c’est à de tels
exercices qu’elle tes a destinés en leur donnant
de longs membres. Voici comment ils s’y pren
nent pour se hisser au sommet des arbres. Ils
étendent les bras en haut autant qu’ils le peu
vent, et quand ils ont saisi de leurs mains une
branche, une excroissance du tronc, ou une
entaille qu'ils y out faite, d’un seul élan ils por
tent leurs pieds là où ils tiennent les mains.
Se relevautsoudain, ils recommencent la même
manœuvre, et d’élan en élan ils arrivent bien
tôt au sommet.
Leur langage est tout-à-fait inintelligible
pour les naturels eux-m êm es, c l l’on dirait
. 2 Of)
LES M ERVEILLES
qu'ils poussent des sons inarticulés plutôt qu'ils
ne prononcent des mots. Ces sons discordons
et rudes sont tels, qu’il est presque impossible
de les répéter en les imitant. Ils sont extrê
mement voraces et sales, et ils ne portent
aucune espece de vêtement. Le colonel Pa
terson, qui durant son long séjour à Sydney
a eu occasion de voir plusieurs de ces sauva
ges, les^rouve si grossiers, si dépourvus d’in
telligence , qu'il ne leur laisse qu’avec peine
le nom d’homme qu’ils ne méritent guère
mieux que l’orang-outang.
NAGEURS D’OTAITI.
Ox a vu des enfans abandonnés dans les bois
acquérir la force, la vigueur et l’agilité des
animaux qui font leur séjour sur les arbres,
grimper, sauter, courir, escalader les rochers
les plus escarpés. Cela peut indiquer jusqu'à
quel point les forces de l’homme peuvent mon
ter lorsqu’elles se développent par un long
exercice. Les nageurs otaïtiens fournissent à
cette proposition un nouvel exemple et d’au
tres argumens. Ou les voit souvent s’élancer
par plaisir au milieu des plus terribles vagues,
lorsqu'elles viennent se briser contre les ro-
D E LA X A T L 'U E .
2 C>7
cher* qui presque partout ceignent les bords
de leur ile. Quand la lame est près d’e u x , ils
plongent et dans quelques instruis, passant pardessous le flot soulevé, ils se montrent der
rière lu i, courent au-devant d’une lame nou
velle, plongent encore et gagnent la pleine
mer. Ensuite ils s’abandonnent aux vagues qui
les portent sur le rivage avec une incroyable
rapidité, et près d’etre lancés sur les brisans
ils recommencent lours jeux avec une adresse
et une vigueur sans exemple.
MONUMENT RELIGIEUX D’OTAITI.
L es Otaïtiens out un jjrand respect pour les
morts; ils leur rendent des honneurs qui ne
peuvent s’allier qu’avec des idées religieuses et
la croyance d’une vie future, et ils u’ûnt ja
mais vu sans inquiétude les Européens s’appro
cher des lieux où sont déposés les restes de
leurs parens et de leurs amis. Ce sont en gé
néral des enclos fermés par des murailles de
pierre. Quelques Anglais de l’équipage de Cook
ayant voulu démolir une de ces nuira il les pour
lester leur vaisseau de ses débris, les naturels
qui jusque-là s’étaient montrés doux et timi
des leur opposèrent une vive résistance; les
208
LE S M E R V E IL L E S
Anglais cédèrent. \jc chirurgien du vaisseau
fut aussi maltraité pour avoir cueilli une fleur
sur un arbre qui ombrageait une tombe.
Les chefs de Pile construisent pour eux et
pour leurs familles de véritables monumens
funéraires. On en vit un de ce genre au nordouest de Pile. Il consistait en une plate-forme
pavée en dalles de pierre, du milieu de laquelle
s’élevait une pyramide haute de cinq pieds.
Le sommet de la pyramide était couvert de
fruits d’une espèce particulière. Il y avait à
coté d’elle une statue de pierre assez mal faite,
mais laissant toutefois distinguer les formes et
la figure d’un homme; c’était probablement la
représentation de celui qu’on avait enseveli
sous le monument. La statue était abritée par
un toit de feuillage supporté par quelques
pieux. Les Anglais ne .trouvèrent pas d’autre
exemple dans Pile de la sculpture en pierre.
Non loin de là on voyait une figure d'osier,
de sept pieds de haut, oruée du haut en bas
de plumes blanches et noires. Sa tète portait,
une longue chevelure et quatre protubérances
en forme de cornes, trois sur le front, une
derrière. Les naturels lui donnaient le nom de
Manioc. C’était une représentation de M auwé,
qui est un de leurs dieux ou iiouan de se
conde classe.
Mais le monument le plus remarquable ou
pour mieux dire le seul monument de Pile.
DE
LA S A T U R E .
20g
c’était le mausolée de la famille royale d’Oamo
et d’Übéréa ( 1 ). Il sc composait comme le
précédent, d’une plate-forme et d’une pyra
mide. La première était carrée, pavée eu pier
res plates bien jointes et bien polies, entourée
de murs de pierre et ombragée de tous les co
tés par de grands arbres. La pyramide à qua
tre faces formait un parallélogramme dout les
côtés longs avaient deux cent soixante-sept
pieds d’étendue elles autres quatre-vingt-sept j
le sommet était terminé en dos d’une comme
le toit d’une maison. On y arrivait par quatre
rnmpesdoulcliueuneavailonzepieds de h a u t,
ce qui faisait quarante-quatre pieds pour tout
le monument. Les rampes étaient de blocs de
corail blanc, de deux pieds et demi à trois
pieds et demi de long sur environ deux pieds
de large. Le reste du monument était de cail
loux ronds placés par assises régulières. La
partie la plus basse, servant de base, avait été
construite en pierres carrées. Sur le milieu du
sommet on voyait une grande ligure d’oiseau
sculptée eu bois, et un poisson eu pierre.
Ce qui étonna les Anglais en voyant cette
masse, ce fut de penser que toutes ces pierres,
tous ces blocs de corail avaient été taillés, fa
çonnés, polis sans le secours d’aucun instru(i) C’étaient les souverains de l'iic au temps île Cook et de
Bougainville.
210
LES MERVEILLES
ment de fer, et que les constructions semblaient
très solides quoique les pierres ne fussent join
tes entre elles par aucun ciment.Ce qui ne les
surprit pas m oins, ce fut de ne trouver le co
rail qu'à trois ou quatre pieds au-dessous du
niveau des e a u x , et de ne voir dans le voisi
nage aucune carrière d’où les pierres pussent
être tirées.
Au-dehors de l’enceinte, du côté du cou
chant, on avait dressé des colonnes de bois
qui portaient pour chapiteaux une petite table
ronde; ces bibles servaient à recevoir les of
frandes destinées aux dieux.
LIN DE LA NOUVELLE-ZÉLANDE.
L es
Nouveaux - Zelandais possèdent une
plante précieuse qui leur lient lieu de chan
vre et de lin, et mérite lu première place parmi
les végétaux fibreux propres à donner des
toiles et des cordages. C’est le phormium ternix
de Forster. Les modernes navigateurs en ont
fait présent à l'Europe et l’on commence à le
cultiver en quelques lieux de la France. Les
Zelandais se vêtissent de ses feuilles sans au
cune préparation; et des fils très forts qu'ils
en tirent ils fabriquent des filets, des cordons,
DF. LA NATURE.
2 l l
de» ligues à pécher et des étoiles d’une excel
lente qualité.
De sa racine charnue et tuberculeuse sortent
plusieurs œilletons d’où naissent à leur tour
des touffes de feuilles longues et larges, sem
blables à des lames de sabre à deux tranchans.
La longueur de chaque feuille varie de trois à
quatre pieds $ sa largeur est d’environ trois
pouces à la partie inférieure; l’extrémité op
posée sc termine en pointe. I a î s feuilles pren
nent en se desséchant la couleur jaune de la
paille. Elles sc composent presqu'en entier de
libres longitudinales de couleur blanche, dé
liées comme des brins de soie; la force de ccs
ills surpasse de beaucoup ce qu'on croit d’al>oril pouvoir en attendre; la soie seule a plus
de ténacité. La résistance du chanvre dans la
Perse et dans l’Inde est moindre de moitié.
Une tige droite s’élève du milieu des touffes
de feuilles; elle se couronne de fleurs d’un beau
rouge, et les fleurs laissent à leur place des
capsules pleines de graines noires, plates et
très minces rangées les unes sur les autres.
Une variété de cette plante a les fleurs jaunes;
ses qualités sont les mêmes.
Le phormium vient spontanément dans les
îles de la Zélande et principalement sur les
sables arides des rivages de la mer. AI. Alton,
directeur des jardins du roi d’Angleterre, en a
envoyé quelques plants à Paris en ifloo; ils
21 2
LES MERVEILLES
out été placés et élevés dons le Jardin du Roi.
On croit que le climat le plus analogue à la
culture de cette plante est celui des côtes de
la Provence. Les graines ne doivent être re
cueillies que lorsqu’elles sont parvenues à leur
entière m aturité; il est même bon de les lais
ser dans la capsule qui les renferm e, jusqu’au
moment où l’on doit les semer. Une terre
meuble et substantielle, qu’on peut arroser à
volonté et garantir au moins en partie des
ardeurs du soleil , est celle qui convient le
mieux à ces graines; encore ne faut-il couvrir
le semis que d’une couche extrêmement mince
et légère de terreau sablonneux.
L’ Égypte fut autrefois renommée pour la
finesse et la beauté de ses lins; mais de toutes
les substances végétales dont on Lire du fil,
des tissus et des cordages, il n’en est point
qu’on puisse comparer au lin de la NouvelleZélande sous le rapport de la solidité.
Diverses épreuves faites par M. de la Billarilière sur le degré de force du lil de phor
m ium, comparé aux fils des autres substances
fibreuses, out donné les résultats suivans. La
force de. la soie est comme trente-quatre; celle
du phormium comme vingt-trois cinq on
zièmes; celle du chanvre équivaut à seize un
tiers et celle du lin , bien moins considérable,
ne va qu’à onze trois quarts. Ainsi les cordages
de phormium, plus forts que ceux du chanvre
DT. I.A
NATURE.
ai5
dans la proportion de trois à deux, sont évi
demment les meilleurs que la marine puisse
employer.
Les Nouveaux-Zélandais connaissent très
bien le prix qu’on doit attacher à l’utile plante
que la nature leur a donnée. Dès qu’uu vais
seau parait sur leurs côtes, s’ils veulent procédèt à des échanges, ils ne manquent pas de
se présenter dans leurs pirogues tenant des
faisceaux de phormium dans leurs mains.
MONUMENT FUNÈBRE DE LT LE D’EOUA.
Au fond d'une vallée délicieuse revêtue de
gazon cl ombragée d’arbres touilus que peupleut mille essaims d’oiseaux, on trouve un
sentier étroit mais riant par lequel on arrive A
une espèce de grande plate-forme ceinte de
montagnes élevées. Au centre de la plate-forme
est un monLieule artificiel, fait de blocs de co
rail. Une palissade de bambou entoure ce mo
nument , auquel une double allée circulaire
de cas uarines prête son ombrage. Sur le som
met de l’éminence on voit deux huttes. L’une
renfermait un cadavre au moment où elle fut
visitée par les Anglais. L’autre était vide; on
l'avait probablement destinée à recevoir un
autre cadavre.
2 14
LES MERVEILLES
LES ILES MARQUISES DE MENDOZA.
A i n s i nommées par le marquis de Mendoza
qui les découvrit dans les dernières années du
seizième siècle, ces îles forment avec celles
qu’y ont ajouté les découvertes plus récentes
du navigateur Marchand un archipel d'envi
ron soixante lieues de long sur une ligne droite
qui va du nord-ouest au sud-ouest. SainteChristiuc Tune des plus considérables oflrc sur
un sol fertile , embelli par une nature riche et
complaisante, toutes les productions végétales
qu'on trouve dans l’archipel de la Société,
dans celui des Amis et dans les autres îles de la
mer du Sud. Mais ce qu’on ne trouve nulle
part comme aux îles Marquises, c’est une race
d’hommes grands, bien faits, uu teint blanc,
aux yeux noirs, portant de beaux cheveux,
pleins de manières aisées et gracieuses. Les
femmes n’y sont pas moins intéressantes; plus
d'une d’entre elles pourrait disputer de beauté
avec les Européennes, et quoique les hommes
se peignent le visage et le corps, elles atta
chent trop de prix à la blancheur et à l’éclat
de leur teint pour se tatouer et gâter ainsi eu
se barbouillant les dons qu’elles tiennent de la
nature.
Il est fâcheux que des mœurs licencieuses
DR
IA
N A TL'IIE .
corrompent leur coeur, et que le libertinage
soit publiquement autorisé par l’exemple et
les leçons mêmes de ceux qui dans tousles pays
sont les plus intéressés à le réprimer. Dans les
cinq îles que le capitaine Marchand a décou
vertes, la dissolution est moins générale et du
moins elle n’est pas aussi déboulée; au fond
ce sont au moral les mêmes usages comme c’est
dans le sol la même nature.
Ces insulaires se nourrissent de fruits, île
volaille et de poisson , mais ces derniers arti
cles ne sont que secondaires : les fruits sont
pour eux la base de tous les repas.
Les (Haïtiens, selon Forster, connaissaient
les îles de cet archipel bien long-temps avant
les découvertes des Européens. On ne peut
même douter qu’il n’y ait eu jadis des relations
entre les «leux peuples, puisque les Mendozais
ont dans leur langue beaucoup de mots qui se
trouvent dans celle d’Otaïti.
HABITS DE GUERRE DES OTAITIENS.
T.o e s q u e d u r a n t le
co u rs
de
so n
secon d
v o y a g e le c a p i t a i n e C o o k s e r e n d i t à F ile d ’ O
t a ï t i p o u r r a d o u b e r s o n v a i s s e a u , il y v i t les
2 l(>
LES MERVEILLES
préparatifs d’unegrande expédition m aritim e,
et les guerriers revêtus de leur habit de com
bat. La flotte consistait en cent soixante dou
bles pirogues, longues de quarante à cinquante
pieds, bien équipées, bien munies d’armes et
de provisions. Toutes ces forces étaient desti
nées à porter la guerre dans Pile d’Eiruéo dont
le ch ef, vassal du roi d’O taïti, venait de pro
clamer son indépendance.
L’habillement des chefs consistait en trois
grandes pièces d’étofle, percées dans le milieu
d'un trou pour passer la tête, et placées l’une
sur l’autre. Celle du dessous était la plus large
et de couleur blanche, la seconde rouge, et la
troisième, celle du dessus, brune et courte. Ils
tenaient de la main un bouclier d’osier tout
couvert de plumes et de dents de requin ; une
cuirasse de la même matière couvrait leur es
tomac. Ils portaient aussi des casques; quel
ques-uns avaient cinq pieds de haut; c’étaient
de longs bonnets cylindriques dont le devant
était haut de quatre pieds, et orné de plumes
bleues et vertes avec une bordure de plumes
blanches. Une immense quantité de longues
plumes d’oiseaux du tropique sortaient en tout
sens de ce bonnet, comme les rayons d’une
gloire. Une touffe épaisse de plumes vertes et
jaunes, attachées sur le derrière du casque,
tombait sur leur dos. L’amiral portait cinq
robes garnies de franges de bourre de coco.
DE LA RATURE.
21"
entremêlée do plumes routes; au lieu de cas- cpic il portait un lurbau. Des pavillons et des
banderoles de toutes couleurs décoraient les
pirogues, dans lesquelles on voyait les soldats
armés de massues, de piques et de pierres. La
pirogue de l’amiral occupait le centre de la
Hotte. L’habillement des soldats était i\ peu de
chose près semblable à celui des officiers ; ils
avaient des turbans au lieu de casques, et
les ornaient de plumes blanches et de peti
branches sèches.
MONUMENS FUNÉRAIRES DE TANNA.
A u p r è s d’un village qui se compose d’une
vingtaine de maisons, on voit de nombreuses
plantations de rocotiers et de bananiers; nu
milieu de ces plantations s’élèvent de petites
cases , consistant en un toit supporté par quel
ques p ieux, et un fort treillage qui forme les
côtés.C’est dans ces cases, nu sein de la terre,
que les hahitans de Tanna déposent les restes
de leurs parens et de leurs amis. Ces tombes
n’ont qu’une entrée qui est fort étroite,et qu’on
bouche avec des nattes; ils ne soutirent pas
que les étrangers y pénètrent. Sur le devant
de la porte ils suspendent une corbeijle dans
OCEARII.
IO
ii8
LBS MEHV BILLES
laquelle ils mettent des ignames grillés et des
feuilles fraîchement cueillies. Presque tous les
peuples, surtout dans l’enfance des sociétés,
ont placé des alimens sur la tombe des morts.
Cette coutume, toute grossière qu'elle est,
prouve sans réplique quelles sont leurs idées
sur la vie future. S’ils pouvaient penser que
tout périt avec eux au moment de la m ort, iis
^bstiendraient d’un soin qui ne serait que riOTnile et sans objet. Tous ces insulaires témoi
gnent le plus grand respect pour leurs morts.
Quand ils perdent un de leurs proches, ils lui
coupent les cheveux, les tressent eu cordons
et en font des colliers qu'ils ne céderaient à
aucun prix.
Les tombes des morts sont presque toujours
ombragées-par de grands arbres, et principa
lement par des figuiers, dont l'immense feuil
lage forme une voûte épaisse que les rayons du
soleil ne peuvent percer. Ces liguions croissent
d’ordinaire dans des proportions gigantesques-,
le tronc ne part pas immédiatement du so l,
mais il a pour base d’énormes raciucs qui s’é
lèvent jusqu’à dix ou douze pieds au-dessus du
sol •, on croirait voir plusieurs arbres qui nés
ensemble continuent de croître jusqu’à ce
qu’ils se réunissent eu un seul corps. Le tronc
a de huit à neuf pieds de diamètre, quelquefois
davantage-, et il s’élève en ligne droite jusqu’à
la hauteur de quarante ou cinquante pieds.
*
t
DK
LA
NATURE.
2 ig
avant de produire des branches. Ces branches
ne s’étendent pas horizontalement : elles mon
tent toutes avec peu de divergence , jus
qu’à la hauteur de cent cinquante pieds, où
elles se divisent en un nombre infini de ra
meaux qui composent la tète de l’arbre. On
conçoit que la structure particulière de ce
figuier, permet de construire autour de son
pied plusieurs cases, et que ces cases doivent
jouir d'une ombre éternelle.
SOURCES CHAUDES DE TANNA.
S u r l'une des routes qui conduisent au cra
tère de Tanna , on trouve des sources chaudes
op pour mieux dire bouillantes. Iæ thermo
mètre y monte en peu d’instans à cent quatrevingt-onze degrés de fareuheit. Des poissons
à coquille y sont cuits en trois minutes. Une
pièce- d’argent qu’on y plongea en sortit très
brillante au bout d’une demi-heure. Le bassin
qui reçoit les eaux renferme des êtres vivans.
Ce sont des espèces de poissons longs de-deux
pouces, qui portent les yeux sur le sommet
de la tète. Ce qui rend le phénomène plus
extraordinaire, c’est que ces animaux, du
genre des blemmies, sont amphibies et vivent
220
LF.8 M E R V E I L L E S
à l’air comme tlans l’eau bouillante, de ma
nière qu'ils peuvent supporter sans inconvé
nient le passage subit à deux degrés si éloignés
de température. Quand ils sont sur terre, ils
fout des sauts de deux ou trois pieds au moyeu
des nageoires qu’ils out sous la poitrine.
ARTS D'OTAÏTI.
L es progrès des arts chez un peuple sont tou
jours en rapport avec ceux de la civilisation.
Les Otaïliens sont autant au-dessus des Nouveaux-Zélandais par le caractère, la douceur
des mœurs et des habitudes et leurs qualités
sociales, que les Européens sont eux-mèmes
au-dessus des Otaïliens. Aussi les arts sont-ils
• •
chez ceux-ci beaucoup plus avancés que daus
la Nouvelle-Zélande et beaucoup d’autres terres
de l’Océan Pacifique, et parmi les ouvrages qui
sortent de leurs mains il en est qu’un ouvrier
européen ne dédaignerait pas d’avouer.
Us fabriquent trois sortes d’étoffes : trois
arbres différons en fournissent la matière. Le
mûrier («ion/* papyrifera) donne la plus
blanche et la plus belle", elle reçoit d’ordi
naire une riche couleur rouge. Celle qu’on
tire de l’arbre à pain est moins blanche et
DE LA NATURE.
*
l'l l
moins souple. La troisième qualité vient d’une
espèce de figuier sauvage: elle est rude et gros
sière, mais elle est beaucoup plus utile que les
autres, parce qu’elle résiste à l'eau, ce que les
premières ne sauraient faire. Les Otai tiens ont
le plus grand soin du mûrier que son écorce
rend si précieux-, ils le plantent sur les terres
cultivées ; dès qu’il a six ou sept pieds de hau
teur et un pouce de diamètre à la tige, ils
l’arrachent, en coupent la racine et la tète,
et détachent l’écorce qu’ils plongent dans un *
ruisseau où ils la font rouir comme le chan
vre. Lorsque cette écorce est bien macérée, ils
séparent l’écorce intérieure «le l’écorce verte.
(Jette opération se fait nu moyen d’un coquil
lage avec lequel on ratisse légèrement, la sur
face afin «le mettre les fibres û découvert. Cela
fait, on jette l’écorce dans l’eau; toutes les
parties ligneuses sc précipitant, les fibres seules
restent. Alors on étend ces dernières l’une à
coté de l’autre sur des feuille%de platane-, sur
cette première couche on en met une seconde
et ensuite une troisième. Aussitôt que l’eau
qui humecte les fibres s’est desséchée, elles
s’uuisseut au point d’adhérer ensemble très
fortement, et elles forment une étoffe#rn!>lable à une feuille de papier. Pour lui donner
de la souplesse et en même temps de la légè
reté , ils placent chaque feuille sur une pièce
de bois bien polie,’ et ils la battent avec un
222
LBS MERVEILLES
maillet, fait d’un bois dur légèrement strié.
Ainsi battue, la feuille s’éleud. s'am incit, de
vient douce et flexible, mais elle est peu so
lide. Les autres étoffes se fabriquent de même.
Quand elles se déchirent, ou rejoint les mor
ceaux avec une colle végétale.
On teint en rouge Pctoflc de mûrier j celle
de la seconde espèce se teint en jaune. Ces
deux couleurs que fournissent divers végétaux
ont beaucoup d’éclat et de vivacité. Les autres
• couleurs qu’ou çmploie sont médiocres.
Les nattes d’Otaïti méritent encore qu’on
eu fasse mention. Les unes sc font avec l’écorce
d’une espèce d’ortie en arbre, les autres avec
des feuilles, des joncs el des brins d'herbe. 11
y en a dont le tissu est très fin et très serré;
les (haïtiens s’en servent en guise de manteaux
ou de pelisses pour se couvrir dans la saison
pluvieuse; les plus grossières donnent des tapis,
dessiégesetdes lits. Les ouvrages d’osier reçoi
vent les formes Jp» plus varices, et nou-sculement ils sont faits avec beaucoup «Part, mais
encore avec beaucoup de promptitude; les
feuilles de cocotier entrelacées deviennent de
grands chàpeaux sous lesquels la tête sc place
a l’abqjplu soleil.
Les cordages de toute grosseur, jusqu'aux
ligues à pécher, sont faits de la même matière
que les étoffes, c’est-à-dire de iilameus four
nis par les écorces de plusieurs arbres. Ils sout
DE
LA
N ATURE.
225
très fort* et ils remplacent avec avantage les
cordes de chantre. Les hameçons consistent
en un morceau de nacre de perle ou en un
coquillage, façonné en crochet avec une lime
(hi corail (1).
Il y a plusieurs sortes de pirogues, les unes
destinées à la pêche, les autres aux voyages
de long cours ou aux expéditions guerrières.
Les premières sont assez semblables à celles
des.autres insulaires de la mer du Sud, mais
elles sont beaucoup moins travaillées. Les se
condes ont la forme d’un dem i-cercle, par
l’élévation de la poupe et de la proue. Quand
on veut s’en servir contre l’ennem i, on eu
attache plusieurs ensemble, et on garnit la
proue d'un parapet haut de six pieds et soutenu
par des pieux perpendiculaires. Les guerriers
se placent derrière Ce retranchement pour lan
cer les pierres et les zagaies; les rameurs se
tiennent assis dans le nÿlicu de la pirogue.
On conserve ces barques sous des hangars.
Une hache de pierre, espèce de basalte gri
sâtre, un ciseau d’os, et une râpe ou lime de
corail sont les seuls outils que les Otaïtiens
emploient. C’est avec ces instrnmcns si bornés
qu’ils taillent les pierres, les arbres-, qu’ils tra
vaillent le bois, le polissent et Foment de
sculptures.
(i) Lnlinte de corail n’est pas nuire choie qu’une branche
raboteuse de cette substance.
224
LES MERVEILLES
Les instrument de musique des (Haïtiens
consistent en une flûte clans laquelle ils souf
flent avec le nez, et en un tambour d’uue seule
pièce de bois creuse, recouvert d’une peau de
requin. Ils frappent ce tambour avec les mains.
Ils savent mettre leurs flûtes à l'unisson, non
leurs tambours. C’est en s’accompagnant de
ces instrument qu’ ils chantent leurs airs de
danse comme leurs airs de guerre. Les paroles
de ces airs que souvent ils improvisent, sont
assujéties a la rime.
Ils s’éclairent la nuit au moyen de noix hui
leuses qu’ils enfilent à une baguette. Au sur
plus, ils n’ont guère besoin de cette lumière
artificielle, parce qu’ils se couchent toujours
peu de temps après la fin du crépuscule, et
qu’il sac lèvent avec l’aurore. Leurs danses sont
voluptueuses et lascives. Ils y exercent leurs
filles dès leur bas âge; ils enseignent aux enfans mâles à tirer la javeline et lancer la flèche.
MAUSOLÉE D’OULIÉTÉA (1).
O . monument fnnèbre consiste en un enclos
carré d’environ quinze ou dix-huit toises.
(1) L’une île* île» rie la Soeiélê.
DE I,A NATURE.
aaû
L’inltûieur n’offre qu’un amas de petites pier
res, dont le sommet supporte cinq ou six p la id
ehes droites chargées de sculpture, et un autel
sur lequel on dépose les offrandes pieuses, Ce
que ce monument, ofl're de pl«^remarquable,
c’est le mur d’enceinte tout construit en blocs
de corail parfaitement taillés, et s’élevant à
la hauteur de huit pieds.Le naturaliste banks
qui visita ce liey en 17(19 , y vit plusieurs cof
fres de bois (pie les naturels appellent maisons
de Dieu (1). Il introduisit la main dans l’un
d’eu x, et il toucha un objet d’environ cinq
pieds de long, tout enveloppé de nattes. Il in
put pousser plus loin ses investigations,parce
que les naturels parurent très offensés de cette
liberté. Etaicnt-co des idoles ou bien des ca
davres? M. banks se relira bien mortifié de ne
pouvoir répondre à cette question-qu’il se fai
sait lui-même. Le nom que porte le coffre,
semble indiquer sa destination, et il est pro
bable qu’il ne renfermait que des idoles.
FORTERESSE DE LA NOUVELLE-ZÉLANDE.
L e s Nouveaux—
Zélnndais, divisés o n tribus
ennemies, sont presque toujours entre eux en
(1) Voyez l’article intitule E w h a r i , etc
226
LES MERVEILLES
état de guerre; aussi leurs villages offrent-ils
)uvcnl. l'aspect de forteresses inhospitalières,
’où la paix et le repos sont ù jamais bannis.
Vers le quarantième degré de latitude méri
dionale, à peuMe distance de la cote de l’est,
on remarque les reste» d’un fort dont la situa
tion était des plus heureuses. Des rochers per
pendiculaires renferment de trois côtés; un
mur haut de huit pieds et un Large fossé proIbnd de quatorze, garnis I un et t'outre de
palissades, dont les preux un peu inclinés du
côté du fort entrent profondément dans la
terre, défendent la partie accessible qui re
garde la mer. Des bancs de sable sur lesquels
la mer amoncelé d’excellentes huîtres, fer
ment à l'orient une large baie qui se trouve
au-dessous de ce fort abandonné. Il parait ipie
les’ Zélandar» ont voulu transporter leurs ha
bitations sur le rivage même de la baie.
Là on voit deux villages bien fortifiés dont
l’un surtout est situe d'une manière non moins
avantageuse pour la défense, que pittoresque.
Il est bâti sur le sommet d’un rocher isolé que
la mer entouré au moment des marées. Ce ro
cher est percé à sa base d’une grande ouver
ture dont la Ibrme est semblable à l’arche
d’un pont (1). La partie supérieure de cette
f
( 0 11 y a dans celle partie di: la Nonvelle-Zêtandc, beaneoup d’nrclici semblables. Voyez l'article intitule À t c t U Î A
n a tu r e lle .
TIE L * NATURE.
227
arche naturelle, est ù soixante pieds au moins
au-dessus du niveau de la'm er, mais au mo
ment du llux les eaux passent par-dessona.
comme celles d’un fleuve. Le haut du rocher
est garni de fortes palissades qui ne laissent
entre elles qu'un espace de quelques toises;
cinq ou six cases l’occupent. On n’y peut ar
river que par un sentier fort étroit, qui s'é
lève pri-SWv perpendiculairement sur le flanc
du roclxPW/autre village occupe de mémo les
sommités d’un promontoire, dont deux côtés
baignés par la mer sont inaccessibles. Le côté
de la terre est défendu par des escarpement
•le roche, et. dans sa partie ouverte, par deux
rangs de palissades et un double lossé garni de
parapets, et profond de vingt-quatre pieds.
Vu-delA de la seconde palissade, on a élevé
sur des piliers do bois une plate-forme du
haut de laquelle on pourrait accabler les assaillans d'une grêle de dards et de pierres. Le
sentier qui conduit au village est pareillement
défendu par des fossés et des palissades. L'in
térieur du village est disposé cu*amphithéâtre
sur plusieurs plans tous palissades de la même
manière. Chacun île ces plans communique
avec les autres par des sentiers étroits et for
tifiés. Des palissades s’élèvent encore à la par
tie du rocher la plus élevée. Ce lieu 1res facile
à defendre ne saurait être forcé qu’avec des
peines infinies; mais le défaut d’eau pourrait
2 2ÎJ
'
LES MERVEILLES
contraindre les hubilaus ù se rendre. Ils n’out
que celle d’un ruisseau qui coule au pied des
ruchers, et la provision qu’on pourrait en
faire dans le village ne saurait suffire à de
longs besoins.
LES PHILIPPINES. 0
P a r leur situation au milieu du vaste océan,
entre l’Asie et l’Amérique, près de la Chine
et des îles Aloluques , les Philippines semblent
destinées de tout temps par la nature à de
venir un centre commun où doivent se rendre
les Américains et les hohitans de l’Inde, pour
y consommer l’échange de leurs richesses. Ce
pendant les Espagnols ont eu plusieurs fois le
dessein de les abandonner. Charlcs-Quint les
avait cédées aux Portugais pour une somme
d’argent. Philippe II, il est vrai, les reprit, mais
après la mort^de ce prince la question fut de
nouveau agitée à plusieurs reprises. La jirédilection de l’Espagne pour l’Amérique qui vient
aujourd'hui de lui échapper, était le prétexte
de ces discussions impolitiqucs. Maintenant il
u’esl plus question «le renoncer à ces posses
sions lointaines; il faudrait s’occuper s a l e
ment de leur prospérité; mais une réforme
D E LA N ATl/IU t.
229
totale dans l'administration de ces colonies
serait nécessaire. et cette réforme n’est pas
près de s’opérer. C’est un malheur réel pour
l’Espagne, qui ne possède pas hors du conti
nent des contrées plus dignes d’exciter sa solli
citude.
Le sol de ces iles fournit toute espèce de
fruits et de plantes. L’arbre à pain, le coco
tier, le goyavier, le palmier nagou., mille ar
bres utiles y croissent en abondance. Les fo
rêts qui couvrent une partie de leur surface
donnent d’excellent bois de construction. Sur
toutes les cotes, la nature et le temps ont
«•reusé des baies profondes, des ports sûrs et
commode's. Le climat est d'une douceur ex
trême, l'aspect du pays partout ravissant. La
canne à sucre, les épiceries des Moluques, le
précieux indigo n’ont besoin pour y réussir
que d’être cultives avec quelque soin ; toutes
les graines de l’Europe, de l’Asie et de l’Amériqu^s’y acclimatent facilement; le tabac y
croît partout spontanément; le riz y fournil
uue ressource inépuisable pour les besoins de
la population. D’innombrables troupeaux de
bœufs parcourent en tous sens d’immenses pâ
turages. Plusieurs rivières roulent des paillettes
d’o ^ l c sein des montagnes en renferme des
uiines encore vierges; on en trouve aussi de
fer et de cuivre; ce dernier métal y est excel
lent. Son exploitation pourrait employer des
230
LES MERVEILLES
forges, des ateliers d’où il sortirait façonné
en ustensiles de plusieurs sortes. L’abaca. bel
arbre originaire de Zébu ( l’une des Philip
pines), fournirait dans ses filamcns longs et
soyeux, la matière des toiles et des cordages
nécessaires û la marine.
Pour que les Philippines devinssent le centre
d'un grand com m erce, il ne faudrait qu’une
administration sage, éclairée, ferme et cons
tante. I.es Malais qui peuplent cet archipel
sont adroits, vifs, intelligent; ils imitent tout
ce qu’ils voient : la pratique en ferait de très
bons ouvriers. On les voit exécuter avec de
{îrossiers instrumens les ouvrages les plus délicats : que ne feraient-ils point si on plaçait
dans leurs mains des instrumens perfectionnés?
Presque tous sont propres à la navigation.
Sans avoir d'autre maître que la nature, ils
construisent des barques solides sur lesquelle*
ils se confient à la grande mer quand ils veu
lent entreprendre des courses lo in tain ^ C<i
que leurs mœurs offrent encore d’agreste, dis
paraîtrait i\ mesure que la civilisation s’iAancerail parmi e u x , et. s’ils étaient une fois con
vaincus que le gouvernement désire leur bon
heur, ils deviendraient sujets sonniu et fidèles.
Quant aux noirs des montagnes, ils ^ t i
traient peu d’obstacle à l’accomplissement des
vues d’une administration bienfaisante. Ils sont,
il est vrai, de mœurs sauvages, et ils repous-
DE LA KATCRE.
23*
seat l'offre d'une civilisation qui enchaînerait
leur liberté i mais ils sont si jaloux de cette
liberté, que presque toujours en guerre entre
eux pour les plus minces sujets ils ne font que
s'entre-détruire.
Pour ce qui est des Tngals, des Bissayes et
des autres tribus malaises qui habitent les côtes
île Pile de Luçon, ils sont en général d’un na
turel doux et sociable. Amollis par l’oisiveté
que leur procure l'extrême fertilité du sol,
accoutumés à échanger leurs productions avec
les étrangers, formés par le commerce ù des
besoins nouveaux , ils ont subi sans peine le
joug des Espagnols q u i, après les avoir soumis
par les armes, leur ont appris à connaître les
avantages d'une vie paisible.
On peut voir par lu qu’ il y aurait peu de
chose A faire pour assurer la prospérité des Phi
lippines} mais il semble aussi qu’il n’y a pas
de milieu pour l'Espagne entre la nécessité d’y
travailler d’une manière efficace etl’alternative
de les voir tomber dans un dépérissement pro
gressif jusqu’au moment où elles sortiront de
leurs mains pour devenir la proie d’un con
quérant européen ou rentrer sous la domina
tion do leurs anciens maîtres.
L’ île de Luçon, d’environ cent vingt lieues
de long sur une largeur inégale de quinze à
quarante est lapins considérable des Philippi
nes. On assure qu’elle possède des mines d’or.
202
LES MERVEILLES
d'aiinant et de cuivre; mais sa principale ré
colte est celle du cacao. Elle fournit ajissi
beaucoup de cire; on trouve dans ses forêts le
bois de fer, l’ébène et des bois de teinture. Les
côtes produisent du coton et du riz en abon
dance; les montagnes donnent d’excellent bois
de construction.
Mindanao ne le cède guère-à Luron en éten
due; le climat y est même plus tempéré, mais
le terrain y est moins productif, quoiqu'il soit
coupé d’un grand nombre de rivières (pii, en
établissant des communications faciles entre
les diverses parties de H ic , semblent devoir
favoriser l’industrie des habitans. Les monta
gnes sont comme à Luçon peuplées de noirs,
qui vivent dans une indépendance absolue; Us
sont d’un naturel sauvage et féroce ; on les
nomme Arafora*. Les côtes sont habitées par
des tribus de Malais auxquels les Espagnols
donnent le nom de Maures parce qu’ils pro
fessent le mahométisme. Les Espagnole redou
tent leur courage et leur audace.
L’île de Zébu n’est guère connue que par lu
lin tragique de Magellan qui périt victime de
sa confiance dans scs habitans (1) et paya de
son sang la gloire de ses découvertes. On trouve
dans cette île Yahaea, arbre précieux qui
(i) Quelques relations placent cet événement dan* i'ilc de
Malta, qui est peu éloignée de Zcliu.
BE LA SATURE.
233
produit un fil très fort doul on fait des voiles
et «les cordages. Celle de Buglos ou de Los Neyros (des noirs) fournit d’abondantes récoltes
de riz; celle de Panai, plus fertile encore
donne des produits aussi riches que variés.
Samar et Ley te ont beaucoup d’habi tans parce
(jue leur sol est fécond, et qu'il Offre d’amples
moissons de grains et de fruits sans qu’il ait
besoin d’y être forcé par une culture opiniâ
tre. La dernière de ces deux îles est divisée
dans sa longueur, comme celle de I.uçon , par
une chaîne de hautes montagnes. Elle doit à
cette particularité d’avoir â la fois deux climatsdifférons. De niémdqu’à Manille les vents
amènent l'Iiiver et les orages à l’occident tan
dis qu’à l’autre côté de la chaîne on jouit de
toutes les douceurs du printemps; et lorsque
les venta de sud-est viennent à leur tour frap
per la côte orientale, le printemps se trans
porte sur la ri ve opposée.
Le renversement des saisons a lieu dans le
mois d’octobre et quelquefois dans celui de
septembre. Les vents sont toujours suivis d’a
bondantes pluies. Toute In terre.:est couverte
d’eau ; les moindres ruisseaux deviennent d’im
pétueux torrens; les routes sont interceptées
et l’on est souvent obligé d'aller en bateau
d’un village à l’autre. Les volcans, assez com
muns datis ces îles, semblent se ressentir alors
de l'agitation qui règne dans l’atmosphère-, ils
LE S M E R V B IM .E S
354
vomissent d’épais tourbillons de fumée et de
flamme; la contrée environnante se couvre de
lave, de pierres calcinées, de matières sulfu
reuses. Les ouragans renversent les cabanes,
enlèvent les toitures, déracinent les plantes et
les arbustes : les plus grands arbres cèdent sûuveut à leur violence. Mais la nature est là si
active et si féconde qu’à peine l’orage s’est-il
apaisé que déployant les ressources d’une vé
gétation rapide, elle efface dans quelques
heures la trace des ravages qu’il a camés.
Il n’est guère possible d’indiquer avec certi
tude la population îles Philippines. Tout ce
qu’on peut dire c’est qite le nombre des Indiens
soumis et payant l’impôt ne monte pas au-des
sus de cent cinquante m ille, dout les deux
tiers8ontrcnfcrmé8dnns Pile de .Manille. Quant
aux naturels indépendans, noirs ou Malais,
leur nombre est beaucoup plus considérable.
Plusieurs tribus nombreuses, du fond des fo
rêts ou du haut des montagnes qu’elles habi
tent, bravent impunément toute la puissance
espagnole qui ne s’étend guère au-delà de* côtes
et, dans quelques lieux, au-delà de l’enceinte
des forêts. La force militaire de» Espagnol» ré
pandue dans toutes les îles s’élève à peine à
mille ou douze cents soldats; aussi quand on
considère la faiblesse de ces moyens de domi
nation , loin d’être surpris que les Espagnols
n'aient pas fait de plus vastes conquêtes, on
DE LA# NATURE.
•
255
doit *itrc étonne qu’ils se maintiennent dans
relies qu’ils ont faites, et qu’il serait si facile
de leur ravir.
L’ ILE DES PINS.
V e r s l’extrémité orientale de la NouvelleCalédonie dont les habitons ont paru à Cook
les meilleurs des hommes, et que La Billardière
appelle franchement cannibales, il existe une
île basse ou pour mieux dire un banc de sable
d’une lieue de tour, lié par des récifs à la
grande terre, et dont le centre un peu élevé
au-dessus de l'eau, engraissé des débris des
végétaux que le flot y a déposés, s’est recou
vert d’une couche légère de terre végétale q u i,
à son tour fécondée par les pluies, a produit
insensiblement des plantes, des finissons, des
arbustes et a fini par se couronner d’un bou
quet de pins, excellons pour la mâture des
vaisseaux. Ces pins s’élèvent à la hauteur de
soixante â soixante-dix pieds sur un dinmètre
de dix—liait à vingt pouces. Les brandies nais
sent autour du tronc par petites touffes dont
il est aisé de le débarrasser, et le tronc ainsi
dépouillé petit former un beau mât d’un bois
blanc, dur, à grain serré, et en même temps
236
•
LES MERVEILLES
fort léger. Ce qui ajoute du prix à ces arbres,
c’est que les plus gros sont précisément ceux
qui ont le moins de branches.
La côte voisine de la Calédonie parait abouder en arbres de la même espèce.
• DI LE DE LA TRINITÉ.
U.x horrible amas de roches brisées, jetées
les unes sur les autres, brûlées par les feux
d’un volcan, compose la terre à laquelle ou
donne le nom d’ile de la Trinité {1). Sur tou
tes ces roches domine une large montagne cal
caire dont le sommet perce les nuages : c’est le
seul lieu de l’ilc qui laisse voir quelque appa
rence de verdure. Au pied de ces rochers sont
des monceaux de pierres noires et caverneuses,
résidu probable d’anciennes éruptions volca
niques. Entre ce^pierres et la grève on voit
une grande plaine couverte d’une terre rouge,
sèche et déliée, (pie les*vents chassent eu tour
billons-, sur cette plaine s’élève une colline de
(i) On a long-temps confondu cette île avec celle «le
l'Ascension que le* recherches positive* de La l’crousc ont
prouve ne point exister. Ce' navigateur cclchrc peine que
cette île de l'Ascension n’e»t pas autre que celle de la Trinité.
Cook a partagé l’erreur commune.
DK I.A NATURE.
257
lave, de forme conique et de couleur rouge:
près de là sout des monceaux de lave brute,
hérissée de pointes comme le verre cassé. Le
rivage de la nier n’oflre que des délTris de co
quillages d’un blanc si éclatant qu’on ne peuL
y porter les yeux, quand Je soleil le frappe de
ses rayons.
On ne trouve dans cette île que des frégates
et des boubies qui vivent de poisson. Un petit
nombre de chèvres sauvages habitent l’inté
rieur-, elles se nourrissent de l’herbe menue,
Apre et sèche qui naît dans les fentes de la
montagne calcaire qui seule dans l’île paraît
garder encore son état prim itif, puisque par
tout ailleurs l’action des feux souterrains u
laissé des traces sensibles. •
MONUMENT D'HOULAIVA.
P a r t o u t les hommes se ressemblent; quand
on les considère indépendamment de ce qu’ils
tiennent de la civilisation, on trouve chez eux
dans tous les pays et dans tous les âges, nés
des mêmes besoins et d’organes semblables,
les mêmes désirs, les mêmes idées, les mêmes
priueipes de couduite. Cette ressemblance se
fait surtout remarquer entre les peuples nou-
□58
LES MERVEILLES
veaux de nos temps modernes et les plus an
ciens peuples des temps passés, nouveaux à
l’époque où ils vécurent.
Jvune des idées le plus généralement répan
dues , c'est le respect pour les morts. De là est
venue, avec des modilic.'Uions plus ou moins
remarquables, la coutume d'ériger des tom
beaux et destina usolées, capables de braver
l’ellort des années, et de construire pour les
vivans des habitations frêles et mesquines,
telles qu’il les faut pour des voyageurs qui ne
font que passer. Les fcjjyptiens, les Perses, les
Hindous mirent tous leurs soins à construire de*
monuinens durables pour conserver les restes
de leurs proches, de leurs souverains, de leurs
sages} ils négligèrent lu construction de leurs
propres demeures. Les insulaires de la mer du
Sud q u i, probablement, n’ont pas eu d’autre
instituteur que la nature, ou qui du moins
ont perdu la mémoire des institutions primi
tives, ont élevé pour eux de faibles cabanes
que chaque printemps voit reconstruire, et
dans les monumens qu'ils ont érigés eu l'honueur de leurs morts, ils ont tâché de donuer à
leurs constructions toute la solidité compati
ble avec leurs étroites ressources.
On a trouvé dans Pile d’Houlaïva ( i j une
colline élevée de main d'homme sous la forme
(i) Dans l’archipel des Amis.
DE LA
MATURE.
2Ôt)
pyramidale, de quarante pieds de hauteur et
de treute pieds de diamètre au sommet. Des
arbres antiques orxftnt. cette plate-form e, et
leurs rameaux entrelacés forment un large
berceau de verdure sous lequel ou remarque
un rocher artificiel de corail. Les flancs de ce
rocher renferment les restes d’un ancien roi
du pays. De misérables huttes de feuillage ser
vent seules d’asile à quelques pécheurs, habitans de ces lieux.
Ces moiiuineus portent à OLaïti le nom de
toutapapaou. Cook en vit un dans lequel on
conservait le corps du dernier r o i, mort de
puis vingt mois. Chaque jour encore on y ap
portait des offrandes de fruits et de racines
que l’on déposait sur une espèce d’autel, voi
sin du monument.
LAC D’OTAITI.
L f.s ( H a ïtie n s r e g a r d e n t c e l a c c o m m e u n e
d e s m e r v e i l l e s d e l e u r p a y s . 11 e s t s u r le s o m
m e t d e l ’ u n e d e le u r s p lu s h a u t e s m o n t a g n e s ,
e t d ’u n e t r è s g r a n d e p r o f o n d e u r . U r e n fe r m e
d e g ro s se s a n g u ille s d e f o r t b o n g o û t . L e s in
s u la ir e s v o n t y p é c h e r s u r d e p e t it s r a d e a u x
q u ’ ils c o m p o s e n t e n a t t a c h a n t e n s e m b le d e u x
o u tr o is b a n a n ie r s .
2 ^ 0
LES
MERVr.II L U
MANTEAUX ET BONNETS DES ILES
SANDWICH.
C e s manteaux de meme que les bonnets sont
fabriqués avec beaucoup d’art et d’élégance,
ces deux mots employés sans restriction; on
aurait peut-être bien de la peine à les imiter
en Europe. Le fond du munleau consiste en
un réseau sur lequel sont tissues des plumes
jaunes et rouges, figurant par lu manière dont
elles sont entremêlées, desulessius assez, variés.
Ces plumes sont si bien unies entre elles, que
l'étoffé a l’air d’un velours épais, moelleux et
lustré. Sur quelques m anteaux, les plumes
offrent des compartimens rouges et jaunes eu
forme d’échiquier; d’autres ont le food d’une
couleur et la bordure de l’autre. Ces plumes
ont beaucoup d’éclat, soit qu’eîles ne U* doi
vent qu’à la nature, soit que leur lustre dé
pende de quelque procédé seeret des insulaires.
Ceux-ci se parent de ces manteaux dans les
jours de grande fête.
Les bonnets ont la forme d’un casque avec
deux trous sur les côtés, pour passer les oreil
les. Sur la partie qui couvre le haut de la tête,
on attache une espèce de crête. La charpente
du casque est en osier ; sur cet osier on place
un réseau, et ce réseau sert de fond à un tissu
D E LA M A T U R E .
2 /^ 1
tr è s s e r r é de plumes d’un rouge très v if, et
raye de bandes jaunes, vertes et noires.
ARAIGNÉES DE LA NOUVELLE-IRLANDE.
Ck hideux insecte se fait pardonner sa lai
deur par son industrie. 11 en existe au havre
Carteret plusieurs espèces qui méritent l’atten
tion de l’observateur. On en voit qui fabri
quent une sorte de cornet de sept A huit lignes
de haut, d’un tissu très serré tout-à-fait im
pénétrable à la pluie, et qui placent ensuite
ce cornet au milieu de leur to ile, de manière
que la pointe soit inclinée vers le sud-est,
parce que c’est de ce point que souillent les vents
(pii domiuentdans la contrée, et que viennent
les pluies qui l’inondent. C’est au loud de ce
cornet où elle est à l’abri de l’inclémence du
temps, que l’araignée attend patiemment sa
proie. D’autres araignées naturellement moins
Rieuses ou plus avares de leur temps, se fout
une case artificielle, au moyen d’une feuille
qu'elles roulent avec beaucoup d’art eu forme
de cône, et qu’elles placent de mémo au mi
lieu de leur toile avec lesÉtnèines précautions
qu’elles prennent pour les garnets tissus.
Il y a une autre espèce d’araignées qui déOCEÂKI K.
Il
242
LES MERVEILLES
daignent de se ménager ainsi un abri par leur
travail ; c’est que la nature les en a dispensées
par Sa prévoyance : elle leur a donné une peau
n oire, dure et luisante, sur laquelle l’eau
glisse sans s'arrêter.
VERRE VOLCANIQUE.
L e s î l e s d e l’Amirauté ont eu autrefois des
volcans, ou elles ont souffert du moins à quel
que époque éloignée d’éruptions volcaniques;
on peut l’inférer de ce qu’on y rencontre une
sorte de lave très semblable au verre quoique
moins fragile, susceptible de recevoir par le
frottement le tranchant aigu d’un rasoir. Los
insulaires se servent très adroitement de ce
verre en guise de couteaux; ils l'emploient
aussi pour armer le l»out de leurs zagaies. C’est
avec ces lames de lave ou verre volcanique
qu’ils taillent et fabriquent tous leurs usten
siles, jusqu’à leurs bracelets de coquillages; il
parait même que dans l'usage où ils sont tie se
raser tout le corps, ils emploient au lieu de
rasoirs des morceaux de ce verre. Les babil ans
des îles des Amis # servent pour cela de co
quillages. Ils réservant la pierre volcanique
pour fabriquer les baches et les iustrumens de
DF. LA S A T U E R .
3 ^ .3
ce geore. C’est avec une liachc pareille qu’ils
abattent les arbres, et qu’ils parviennent à les
façonner suivant leurs besoins*
Les insulaires de la Nouvelle-Calédonie ont
aussi des pierres très dures qu’ils aiguisent en
pointe ou qu’ils arment d'un tranchant très
aigu; ces pierres font pour eux Poflice de ha
ches et de poinçons.
LA GUIMBARDE DES PAPOUS.
L bs nn-incs besoins produisent toujours chez
les hommes les mêmes résultats, sans qu’ils
aient eu besoin de se communiquer leurs idées :
on voit souvent chez des peuples qui n’ont eu
aucun rapport entre eux les mêmes produits de
l’industrie appliquée aux choses usuelles; plus
d’une fois même cette idçptîtcse fait remarquer
dans certains objets qui, sans constituer un be
soin réel, ne sunL destinés qu’à procurer quel
ques jouissances. Ainsi partout où les hommes
se sont montrés sensibles aux charmes de la
musique, ils ont eu des instrument À peu près
semblables rarce que tous sont arrivés, en
cherchant des^bi^harmonieux, a trouver la
manière de les produire. La guimbarde de uos
villageois s’est retrouvée dans
tics1 Pa- -
244
LES MERVEILLES
pous, avec la seule différence que chez les
premiers elle est de fer, et chez les seconds
de bambou. Au surplus, la forme est absolu
ment la même; mais comme elle est taillée
dans la partie la plus dure du bois, ce qui ne
permet pas que la languette ait la souplesse
nécessaire pour donner de longues vibrations,
les Papous suppléent à ce défaut par le moyen
d’une petite corde qu’ils attachent à l’extré
mité de la languette, de sorte qu’en pinçant la
corde ils font rendre à l’instrument un son qui
se distingue à peine de celui des guimbardes
en fer.
LE SAGOUTIER ou PALMIER S A G O U ( 1).
P a r m i les diverses espèces de palmiers dont
la nature a doté léfc îles de la mer du Sud, il
faut distinguer celui qui produit le sagou, subs
tance farineuse dont les insulaires font d’assez
bon pain. Le troue de ce palmier a cinq ou
six toises de hauteur, et un pied et demi en
viron de diamètre; on le coupe au pied pour
en retirer le Bagou qui est renfermé dans l’in
térieur du tronc, lequel n’e^ qu’un gros cy- (i)
(i) On ne doit pas confondre le sagoutierqui donne le pain
avec le Mgoner qui fournit une liqueur abondante.
DE LA. N A T U R E .
345
lihdre d‘uu bois très dur dont l’épaisseur est à
peine de quelques lignes.
La fécule qui remplit cette cavité est broyée
entre deux pierres après son extraction , et
mise ensuite dans des sacs d’un tissu à clairevoie comme celui d’un tamis. On verse à plu
sieurs reprises de l’eau dans les sacs, jusqu’à
ce qu’il n’y reste que les parties ligneuses qui
se trouvaient mêlées avec la fécule. Celle-ci
se précipite au fond des auges où l’on reçoit
l’eau provenant de ce lavage. Les parties fi
breuses que les sacs ou tamis (1) n'avaient pu
retenir surnagent à la surface et peuvent être
facilement enlevées. Lorsqu’on veut avoir une
fécule très pure, on la repasse encore deux ou
trois fois de la même manière à travers plu
sieurs tainis dont le tissu est progressivement
plus serré.
__________
•
LIGNE A PÉCHER DES NOUVEAUXZÉLANDAIS.
L a ligne à pêcher des Nouvoaux-Zélandais
n’a rien de remarquable que son extrême lon
gueur, et cette circonstance ne mériterait pas
(i) On les fabrique avec une sorte de lîl tiré des pétiole*
des feuilles du cocotier.
246
LES MERVEILLES
une mention particulière si elle ne se joignait
à une autre qui prouve jusqu’où peuvent aller
chez un peuple sauvage la patience et l’indus
trie réduite aux procédés primitifs. Comme
leurs lignes sont destinées à descendre jusqu’au
fond des m ers, et que pour atteindre uno
grande profondeur elles ont besoin d’acquérir
une pesanteur capable de vaincre la résistance
de l'eau, ils en font passer le bout à travers
un morceau de serpentine extrêmement dure
qu’ils ont l’art de percer d’un petit trou sans
le secours de tarières ou d’instrumeus de ce
genre, le fer et l’acier ne leur étant connus
que par les objets de quincaillerie que leur
ont fournis les navigateurs européens. Ils ne
savent pas seulement trouer cette pierre, ils
lui donnent encore une forme sphérique et un
poli parfait. Ce qui augmente le prix de ce
tra v a il, c’est que la pierre est surmontée à
l’une de ses extrémités d’une petite protubé
rance et que c’est au milieu de cette protubé
rance que le trou est pratiqué, ce qui lui
donne ù peu près la forme d’un œuf suspendu
A un anneau.
On a bien de la peine à concevoir comment
ces sauvages qui n’ont pour instruirions trancbans que des morceaux de coquillages peu
vent venir à bout de percer la serpentine: ils
doivent y employer incontestablement un
temps prodigieux. Ils font encore avec la
DF. I,A NATURE.
247
m im e pierre des pendans d’oreilles, taillés en
lames ovales très minces et longues de deux a
trois pouces.
BARBIERS DES ILES DE LA MER DU SUD.
Se raser le menton avec un excellent rasoir,
après que la barbe a été ramollie par le savon
et Beau chaude, c’est une opération très facile,
très prompte et qui ne mérite pas d’etre re
marquée : se raser avec les deux moitiés d'un
coquillage et se raser ainsi à poil sec, voilà ce
qui est dillicile et pénible autant pour l’opéra
teur que pour l’opéré: voilà ce qui dans l’un
comme dans l’autre exige surtout un fond de
patience inépuisable : c’est pourtant de cette
manière que se font raser les insulaires de la
mer du Sud. Armé des deux valves d’un co
quillage, le barbier se présente; celle qu’il
tient de la main gauche s’appuie fortement sur
la peau dans mie position très oblique, afin
que le tranchant ne fasse point de blessure;
en même temps celle qu’il tient dans la main
droite se promène sur la ligure du patient,
ratissant les poils un à un plutôt qu’elle ne les
tranche. Cette seconde moitié est toujours
portée du haut en bas, de sorte que les deux
248
LES MERVEILLES
valves sc croisent et que le poil se trouve pris
entre les deux tranchans comme entre les
deux' branches d'une paire de ciseaux. On
conçoit qu'il faut plusieurs heures pour con
duire à terme une opération de ce genre,
et qu’il faut encore pour s’y prêter ou pour
l’entreprendre des hommes à qui leur temps
soit peu necessaire.
LIEU DE PLAISANCE DU KOI DE
TONGATABOU.
Ux chemin étroit et bordé de palissades
couduit à une esplanade assez vaste. Au fond
de cette esplanade, sur dix piliers rangés sur
un plan demi-circulaire s’élève un toit de
feuillage impénétrable à la pluie. Ce toit au
quel on a donné ù peu près la forme d’une
voûte , s'abaisse vers la terre :Ypartir du point
où il repose sur les piliers; il se termine de
tous côtés à deux pieds au-dessus du sol; cette
ouverture a été ménagée pour donner û Pair
un libre passage. Le sol intérieur de cette es
pèce de tente dont la largeur est de deux toises
et demie et la longueur de s ix , est élevé
d’environ vingt pouces au-dessus du sol en
vironnant. Cette précaution a été prise pour
249
D E LA N A T U R E .
que l'intérieur de la tente fût à l’abri dos inon
dations durant la saison pluvieuse. Tel était
le lieu de plaisance où Toubau, roi des îles des
Amis, reçut le général d’Entrccasteaux envoyé
par le gouvernement français à la recherche
de La Pérouse.
Ce prince avait un autre lieu de réunion où
il se rendait souvent avec les principaux chefs
pour prendre le kava. C’était une petite ro
tonde de deux toises de diam ètre, formée par
des palissades et des arbustes taillés avec assez
d’art, située sur le sommet d’une colline. Au
tour de la rotonde étaient vingt-quatre petites
cases, nagées en cercle et n’ayant d'autre
ouverture qu’une longue fente nu laite du
toit; des feuilles de cocotier entremêlées de
manière ù présenter un tissu très épais, for
maient tout le revêtement de ces cases, dans
lesquelles le roi et ses convives se reliraient
après h* kava pour s’y livrer au sommeil.
MUSIQUE DES ILES DES AMIS.
L e g o û t e t la f a c u l t é d u c h a n t n e s o n t u i
u n e d é c o u v e r t e n i u n e p r o d u c t i o n d e l’h o m
m e : ils s o n t n é s a v e c lu i ; c a r le s p e u p le s q u i
s o n t e n c o r e le p lu s p r è s d e la
n a tu re e b n n -
11.
a50
LES MERVEILLES
tent et jouissent en chantant. Si cette propo
sition est vraie, il sera conséquent peut-être
de dire que plus la musique sc complique et
se charge d’accords et d’ornemens, plus elle
s’éloigne du vœu de la nature qui a voulu seule
ment qu’elle servit à donner au sentiment plus
d’expression, de sorte qu’aujourd’hui la musi
que consisterait moins dans celte faculté d’ex
prim er, qu’elle ne constituerait une science
tout artificielle, où il ne s’agirait que de com
biner des sons de manière à leur laire produire
un ensemble harmonique sans aucun b u t, ou
du moins sans aucun résultat bien réel.
Pour savoir jusqu'à quel point
raisonne
ment peut être fondé, il suffit peut-être de
comparer l’efTot que produisent encore sur tous
les hommes, eu qui la cioilixatiun n’a pas
éteint les goûts simples et naturels, certains
airs populaires, sans prétention, composés de
trois ou quatre notes, avec celui qui peut
naîlre dans l’unie des modernes amateurs de
musique, de nos concertos chantés avec l’as
sourdissant accompagnement d’un orchestre à
quinze ou vingt parties. Je sais bien que les
premiers sont vivement émus, je n’oserais «lire,
ce que les autres éprouvent, parce que si je le
disais ils n’en voudraient pas convenir.
Quoi qu’il en soit,comme il s’agit moins ici
de faire ou d’analyser des théories que de rap
porter des faits, je me contenterai de dire que
DK LA NATURE.
201
le goùî Je la musique est généralement ré
pandu clans toutes les îles de l'immense mer
du Sud, et que partout cette musique est sim
ple et monotone , ce qui ne laisse pas de char
mer ceux à qui elle s'adresse, dans le seul style
au reste qu’ils peuvent comprendre.
Dans nne fête qui fut donnée par la reine
Tint5à des navigateurs français, une jeune lille
chanta pendant très long-temps un air qui ne
consistait qu’en trois tons: la quinte, la toni
que et l'octave basse de la quinte ou quinte
renversée. 11 n’était guère possible de rien con
cevoir qui put offrir plus de monotonie; mais
la jeune chanteuse mit tant d’expression dans
les inflexions de sa voix, tant de grace dans les
inouvemens de bras et de mains qui accompa
gnaient la mesure, tant de précision et de jus
tesse dans les intonations, qu’elle charma tous
ses auditeurs. Ensuite le même air fut repris
par deux autres chanteuses en partie double,
de sorte pourtant que les deux voix formas
sent toujours un accord de quinte, comme
cela se voit dans la figure suivante. Plusieurs
hommes et autant de femmes dansèrent au
son de ces chants, et les danseurs battaient la
mesure tantôt avec les pieds, tantôt avec les
mains, conjointement avec les chanteuses.
Les Français se retirèrent également satisfaits
du chant et de la danse.
2$ 2
LES MERVEILLES
AIR DE TONGATABOU.
A une voix.
A pou Ici ley a pou Ici ley a pou lelley «pot»
Bel le soi rée bel le soirée, etc.
Ici ley
A deux voix.
Dans une autre occasion, les naturels chan
tèrent en chœur sans accompagnement d’instrumens. Les uns faisaient le chant qui était
très sim ple, les autres accompagnaient en mo
dulant sur divers tons. Il parait même que
soit par ignorance, soit par un eftet de leur
g o û t, ces chanteurs faisaient entendre des dis
sonances qui flattaient singulièrement les au
diteurs.
Quelquefois les chanteurs ont un bien sin
gulier accompagnement; ce sont quatre bam
bous sonores dont on se sert pour marquer la
mesure en frappant contre terre. Le son de
ces bambous ressemble assez u celui d’un tam
bourin. Les plus courts produisent la tonique;
le second et le troisième, d’égale mesure,don-
DE LA ÎIAjCUBE.
253
' nont ta quinte renvewée; le quatrième, qui
est le plus loug, répond à la sixte ou tierce
renversée , ce qui forme l’accord parfait sauf
l’octave de la tonique. Pendant que les quatre
porteurs de bambou battent la mesure eu ca
dence , d’autres musiciens armés de deux pe
tits butons de casuari/ia, frappent sur un
bambou long de trois toises et couché hori
zontalement. Dans le même temps, trois mu
siciens placés au-devant des chanteurs, cher
chent A expliquer par leurs mouvemens le
sujet que les paroles expriment.
La danse fait toujours partie des fêles de Ces
insulaires. Elle parait être d’abord le partage
exclusif des femmes: car elles commencent
par se livrer Seule» à cet exercice , mais bien
tôt les hommes ont leur tour; ceu x -ci, par les
mouvemens qu'ils exécutent avec beaucoup
de précision, tantôt sur une mesure fort lente,
tantôt sur une mesure vive et précipitée, dé
crivent d’une manière assez exacte les hauts faits
elles exploits de leurs princes et de leursguerriers; c’est une espèce de pantomime héroïque
où ils mettent «lu naturel et meme de la grace.
Ces musiciens de leur côté ne restent point
inactifs, et ils contribuait à l’expression du
tableau , soit eu redoublant le fracas de leurs
bambous, soit en précipitant ou rallcntissant
la mesure, et eu réglant leurs chante sur les
indications de la pantomime.
254
LBS MERVEILLES
(M USQUES DE SANDWICH.
I / a r c h i p e l de Sandwich se compose de cinq
îles principales et d’un grand nombre d’ilots
qu’on n’a pas encore visités. Celle d'A lo u i,
l’une des plus considérables. renferme plusieurs
villages, si l’on peut donner le nom de village
à quelques buttes réunies sans ordre. Ce que
ces lieux, quelque nom qu’ils reçoivent, ont
de plus remarquable, ce sont les obélisques
dont les nature*) ornent leurs cimetières. Ces
derniers consistent en un enclos assez étendu ,
ceint d’un mur de pierre de quatre ou cinq
pieds de hauteur, ombragé de beaux arbres et
couvert dans l’intérieur de cailloux bien bat
tus. L’obélisque s’élève à l'une des extrémités
de l’enclos. U est formé d’une espèce de treil
lage de bois soutenu par un mât qui occupe le
centre. Ce treillage est revêtu du haut eu bas
d’une étoile mince et légère, de couleur b la n
châtre. Assez large à sa base, il se rétrécit pro
gressivement jusqu’au sommet qui se terming
eii pointe, à une hauteur de quarante ou cin
quante pieds. Le pied de l’obélisque est tou
jours chargé de bananes et d’autres fruits,
matière ordinaire des offrandes que les insu
laires font è leurs dieux. L’entrée du cimetière
est presque toujours décorée de statues de bois
DK LA KATURK.
255
d’une seule pièce, hautes de trois pieds et pas
sablement travaillées. On les couvre d’étoiles
et on coiffe leur tète d’une espèce de casque
ou bonuet cylindrique. On dépose à leurs pieds
des tiges et des racines de fougère.
Les cimetières sont probablement les seuls
temples où les naturels adorent leurs divinités.
Outre ces statues dont je viens de parler, les
quelles représentent des déesses (eatoua no
vehoina) , on voit encore dans l’intérieur de
l’enclos un autel sur lequel on sacrilie des ani
maux et assez, fréquemment des victimes hu
maines. Ces derniers sacrifices ont lieu à la
mort des princes et même à la mort des chefs
subalternes , de sorte qu’ils ne sc renouvellent
qui* trop souvent.
Dans l’île d’Otaïti dont les hnbitans de Sand
wich ont les momrs, la langue et la religion,
on croit que la divinité suprême de qui tout
émane est une femme. C’est là vraisemblable
ment dans les Otaïtiens le résultat d’une com
paraison établie entre In création de l’univers
et le mode particulier de reproduction des
êtres. Cette idée qui fait Dieu du sexe féminin
n’est rien moins que nouvelle; ou la retrouve
plus ou moins modifiée dans toutes les reli
gions des anciens peuples.
256
LES MERVEILLES
NATURELS DES ILES BOUGAINVILLE
ET DE BOUKA.
L a couleur de ces insulaires est noire, mais
peu foncée; leur taille est moyenne, mais ils
sont fortement muselés; leurs traits ont beau
coup d'expression, mais ils manquent de régu
larité et d'agrément. Ils ont la tête grosse, le
front large, le nez épaté, la bouche très grande
et le visage aplati; ils portent aux oreilles de
très lourds anneaux faits «le coquillages, dont
le poids donne à la longue aux parties qui le
supportent une extension démesurée. Ei gran
deur des oreilles est pour eux sans doute un
caractère de beauté. Leurs cheveux sont frisés
et très abonda ns; leur corps est peint ou ta
toué en partie; ils ne font point usage de vètemens, seulement ils se ceignent les reins avec
une corde en plusieurs doubles, probablement
pour augmenter leur force musculaire; ils se
font de même des ligatures autour des bras et
vraisemblablement encore par un motif du
même genre.
Leur caractère semble gai et traitable; on
a remarqué qu'ils se faisaient un jeu de répéter
les mots qu’on prononçait devant eux. Au
reste ils ont eu certainement des communica
tions avec les Espagnols et les Anglais, puis-
DF.
LA. f î A T U R Ë .
qu’on les entendit désigner très distinctement
la terre par le nom de tierra et une flèche par
celui ftarroio. Ils donnent à leur ile le nom
de Rouka.
Ils connaissent très bien l’usage du fer; on
le présume en voyant le prix qu’ils attachent
aux articles de quincaillerie et de clouterie.
Ils fabriquent leurs arcs et leurs flèches avec
autant d’élégance que de solidité. La corde, de
füamens tressés qu’ils tirent de leurs plantes,
est ordinairement enduite de résine atin de
donner plus d’adhérence aux fils dont elle se
compose. Ils attachent un morceau d’écorce
de rotain vers le milieu afin que la corde ne
s’use point par le frottement de la flèche.
Celle-ci se compose de deux parties de lon
gueur égale. La première moitié est extrême
ment légère et ne consiste qu’en un morceau
de roseau; l’autre moitié se fait d’un bois très
dur aiguisé en pointe. Le lieu dù les deux
moitiés se joignent est garni de plusieurs tours
de ficelle très forte faite -de brins ou filainens
tirés de l’écorce du rotain. Le bas de la flèche
est garni de la même manière.
358
I.F.S MERVEILLES
L’ÏLE DES COCOS DE LA NOUVELLEIRLANDE.
C e t t e île qui se touche presque avec la
Nouvelle-Irlande a été le produit de quel
qu’une de ces révolutions qui de temps eu
temps agitent le globe et qui en ont souvent
altéré ou bouleversé la surface. Elle n’est qu’un
amas de pierres calcaires d’une grande blan
cheur, mêlées de madrépores jusque dans les
parties qui s’élèvent le plus aujourd’hui sur le
niveau de ln mer, c’est-à-dire à soixante ou
quatre-vingts toises de hauteur. Sur ces débris
du sol des temps primitifs les vents ont porté
une couche légère de terre végétale. La nature
en a profité pour y faire croître de-s cocotiers
et d'autres beaux arbres que les botanistes
appellent harringionia sped usa.
Ces derniers surtout contribuent à rendre
cette île un lieu de délices qu'on croirait em
belli par la main d'une Armide nouvelle. Ces
arbres croissent sur le bord même de la tuer,
et comme ils aiment beaucoup l'humidité, ils
se penchent naturellement du coté de l’e a u ,
et poussant leurs rameaux à une grande dis
tance ils forment un véritable berceau de ver
dure qui couvre tout le rivage. Dans l'intérieur,
des figuiers de plusieurs espèces mêlent leurs
D E LX N ATURE.
25g
brandies ù celles du cocotier, mais c’est à
peu près là tout ce que produit Tile. On n’y
trouve aucune plante, aucune graminée cpii
puisse fournir à l'homme sn subsistance : aussi
n’y voit-on pas d'babitnns; elle a au surplus
si peu d’étendue qu’elle n’en pourrait contenir
qu’un bien petit nombre. Cette île est comme
un jardin planté au milieu des mers pour at
tirer un instant les regards des navigateurs.
Parmi les arbres qui croissent dans Pile des
Cocos, il y a une sorte d’arecquier bien ex
traordinaire; son tronc qui s’élève jusqu’à
quinze ou dix-huit toises n’a guère que quatre
ou cinq pouces de diamètre, encore porte-t-il
dans l’intérieur une espèce de substance amilacée sous la forme de m oelle. de sorte que le
tronc abattu et déponillé de 'cette substance
n’oflrc plus qu’un cylindre dont, le bois n’n
que quelques ligues d’épaisseur : il est vrai
que ce bois est d’une si grande dureté qu’il
faut le frapper à coups redoublé» pour pou
voir l’eutailler; et l’on sait que les mécaniciens
préfendent qu'un cylindre quoique creux jouit
d’une grande propriété do dureté et de force.
' Le fruit de cet areequier est rouge, et il a la
grosseur et la forme d'une olive ordinaire.
a 6 o
i. e s ai e r y e i l i .e s
LE PALMIER C Y C A S C IR C IN A U S .
C e palmier croit abondamment dans Pile do
la Nouvelle-Irlande; mais comme il craint la
trop grande chaleur, il cherche l’ombrage el
l’abri des grands arbres. Le fruit du cycas
consiste en une amande que les naturels man
gent grillée. Le feu lui oie son amertume et
surtout ses propriétés malfaisantes et nauséa
bondes. Prises crues et sans préparation, ces
amandes font l'office d’un puissant émétique.
Les habitait» des Moluqucs enlèvent au cycas
ses qualités nuisibles par la macération. Les
pelures de l’amande ont une forte odeur de
pomme, et leur infusion à l’eau simple fournit
une assez bonne liqueur spiritueuse.
NAGEURS DE LA MER DU SUD.
L es insulaires de la mer du Sud sont en gé- *
itérai excellons nageurs, et il n’est pas rare de
les voir traverser à la nage des bras de mer de
plus de mille toises de large, malgré la rapi
dité des vents ou l’efTort des vagues qui vont
se briser sur la côte. Ils nagent constamment
DR
LA
NATURE.
2 6 1
sur le ventre, tenant la tète et le cou hors de
l’eau, l.a main gauche, toujours en avant ,
n’exécute que des mouvemens très courts aux
quels le bras ne prend aucune part ; mais la
main droite parcourt tout l’espace qu’elle peut
atteindre en se portant alternativement d’a
vant en arrière. Le corps est un peu incliué
sur le côté gauche, afin qu'il offre moins de
surface et que par suite il trouve moins de
résistance. Ces insulaires fendent ainsi les eaux
avec beaucoup de vitesse, et il n’est peut-être
point de nageur européen qui fut capable de
les suivre.
LE K A V A ou LIQUEUR DU POIVRIER.
L e s insulaires de l’archipel des Amis ont
une espèce de poivrier dont la tige, d’un pouce
environ de diamètre, s’élève perpendiculai
rement et sc soutient assez bien d’elle-même
sans qu’il soit nécessaire de l’étayer. Cette tige
est divisée par des nœuds en plusieurs sec
tions; pour multiplier la plante ils coupent
de petits morceaux dans l’intervalle d’un
nœud à l’autre et ils mettent ces morceaux
dans la terre en guise de bouture. Le kava
s’élève à la hauteur de cinq ou six pieds;
a6a
LES MERVEILLES
scs feuilles sont larges et ont la forme (l’un
cœur.
Les insulaires font le plus grand ca5 de ce
poivrier à cause de la liqueur qu’ils en reti
rent et de laquelle ils font leurs délices, bien
qu’elle ne puisse être que de très mauvais
goût. Pour préparer ce breuvage, ils pren
nent la racine qui est charnue et fort tendre.
Après l’avoir bien nettoyée et lavée, ils la
coupent par morceaux qu’ils mâchent jusqu’à
les réduire en pute: ils en forment Insuite des
l>oulettes de la grosseur d’un œuf. Ces bou
lettes sont placées â quelque distance l’une de
l’autre au fond d’un grand vase de bois qu’on
emplit d’eau , dès que le nombre des boulettes
est suffisant. Il ne s’agit ensuite que d’agiter
l’eau dans le vase, et la liqueur se trouve faite.
Ou la serl dans les tasses de coco ou dans une
feuille de bananier roulée en cornet.
Les racines qui ont servi à faire le kava
sout remplies intérieurement de libres ligneu
ses que la mastication a séparées de la pulpe.
Après que les boulettes ont été délayées dans
l’eau du vase, ces libres se précipitent et se
déposent au fond. Celui qui doit distribuer la
liqueur les retire avec soin et en forme une
espèce de pinceau ou d’éponge dont il se sert
pour remplir les tasses, en le plongeant dans le
vase et en l’exprimant ensuite entre ses doigts.
Tous les navigateurs qui ont mouillé dans
DR L A
PCATL’ RE .
265
ces parages ont vu préparer le kava; aucun
ne se vante d’y avoir goûte (1); ou sent assez
que la délicatesse d’un estomac européen se
rait révoltée par la préparation plus encore
que par la saveur de cette liqueur enivrante.
Mais il en est qui, voulant connaître le goût
qu’elle pouvait avoir, ont mâché la racine du
poivrier : ils l’ont trouvée âcre et stimulante.
CASCADE* DÉ LA BAIE OBSCURE.
Au fond tic la haie Obscure (2), sur la côte
orientale de la Nouvelle-Zélande , s’élève une
masse «le mort Lagnes escarpées dont les sommets
sont toujours couverts de neige. Du haut de ces
montagngs s’élance une rivière qui parait peu
considérable quand ou la voit de la plaine,
mais qui semble augmenter de volume A me
sure que pour l’observer on monte sur les hau
teurs voisines. Pressée au moment de sa chute
entre deux rochers qui s'ouvrent à peine pour
(1) On assure que le goût en est si détestable que les na
turels euvmcincs nVn boivent jamais sans faire une laid*
grimace; mais telle est pour eux la forcede l'habitude qu'il»
en font un usage continuel, et qu'ils n'auraient point de
plaisir dans leurs filles, s'ils n'en buvaient jusqu'au (mint de
perdre la raison.
(a) Voyes baie D uikt.
264
LES M ERVEILLES
lui donner un passage, l’eau *e précipite à doux
cents pieds de hauteur perpendiculaire sous la
forme arrondie d’une colonne4de dix pieds de
diamètre, lülc tombe sur un second rocher
d’environ ceul pieds d’élévation et donL le plan
incliné la force à s’étendre comme une vaste
nappe. Au bas du rocher est un sol rocailleux,
hérissé de pointes qui la divisent, la brisent et
produisent des torrens d’écume- Là , elle sem
ble fuir et se disperser par mille canaux, mais
retenue par une enceinte presque circulaire de
roche, elle va sc réunir dans un vaste bassin
où elle s’entasse et s’élève jusqu’à ce que, trou
vant une issue, elle s’échappe en murmurant,
suit le penchant des collines et va se mêler aux
flots de îa mer.
Au lieu de sa chute, l’eau qui s’élève et re
tombe en vapeurs sous un soleil sans nuages, se
peint des vives couleurs de l’iris. Le bruit
qu’elle fait en tombant retentit au loin;
quand on est sur les bords du bassin, on peut
à peine s’entendre. Les rochers qui forment
l’enceinte de ce bassin sont tous de granit ou de
talc; des arbustes toullus ornent leurs cimes;
des mousses verdoyantes, des fleurs cham
pêtres. fies buissons de fougère tapissent leurs
flancs. Le cours de’la rivière est ensuite om
bragé de beaux arbres; la baie où elle entre est
toute couverte d’ilots qui n’offrent à l’œil que
des massifs de verdure. Dans le lointain, de
DK LA RA TURE .
265
hautes montagnes couronnent le paysage ,
l’un des plus beaux qu’on puisse rencontrer sur
la terre.
TEMPLE DE TONGATABOU.
•
I l ne faut point chercher des chefs-d’œuvre
d'architecture chez des peuples qui n’ont poiiyt
d’architecture. Mais les temples fameux de
PersépolisetdcThèbes, où l’art avait prodigué
toutes ses ressources, n’etaient pas plus mer
veilleux dans leur genre que ne le sout les
simples inonumens des sauvages q u i, sans
arts, sans principes, sans objets de comparai
son , sans aucun moyen de rectifier leurs idées,
conduits seulement par un sentiment qui dif
fère peu de l’instinct, ont érigé des trophées
pour leurs souverains ou des temples pour
leurs divinités. Dans l’îlc de Tonga tabou, à
l’angle d’une verte prairie, s’élève une mon
tagne artificielle. Des blocs de pierre transpor
tés ou roulés à force de bras, des masses de
corail (1) entassées les unes sur les autres, de
la terre qui lie et unit tous ces quartiers de
roche composent cette montagne, autour de
(i) Quelques-unes de ces ni aues ont neuf pieds de long
sur quatre de large.
OCEUME.
13
266
LBS MRR'VEII.LRS
laquelle un mur de corail s’étend comme une
large ceinture. Le temple repose sur la cime
aplatie de la montagne ; il a vingt pieds de
long et quinze de large. Uue pente douce y
conduit*, une allée bien sablée l’entoure*, on y
arrive par une avenue de beaux arbres qu’on
nomme étoa* , et qui ressemblent à des cyprès.
La construction de ce ^eraple est semblable
à celle des maisons*, seulement ou voit qu’elle
est plus soignée. Des pièces de bois, très so
lides , supportent la charpente du toit qui n’a
pour couverture que des feuilles.do palmier*,
des nattes épaisses des mêmes feuilles artistement tressées et formaut uu tissu très serré, im
pénétrable à l’air, tombent du toit jusqu’au sol
et font la clôture de l’édifice. Le sol est couvert
de gravier battu.*, au centre est un carré long,
élevé de six pouces et recouvert de cailloux
bleus. Deux figures de bois, assez mal sculp
tées, occupent les deux angles, du fond. C’ost
sur les cailloux bleus que les dévots déposent,
leurs offrandes.
De beaux arbres plantés tout le long de
l’enceinte de corail, vont ombrager de leurs
faites le sommet de la montagne, le temple et
trois édifices voisins qui servent de tombeaux
aux princes de Tongatabou et aux membres
de leur famille.
Il y a dans cçtte île beaucoup d’autres
temples, tous placés dans les sites les plus
DK LA NATURE.
3 67
pittoresques et les plus rinns, au milieu (les
bosquets, entourés de verdure et de fleurs.
Parmi les arbres qui leur prêtent leur ombre,
ou distingue surtout des easuarinas aux ra
meaux pendans; ils ont été chois's dans la
mer du Sud comme le saule pleureur en Eu
rope , pour orner la demeure des morts ou les
lieux consacrés A la religion.
L’ILE DU MONUMENT.
%
C’est le nom donné par le navigateur Cook
à un îlot qu’il trouva sur sa route dans l’ar
chipel des Nouvelles-Hébrides, remarquable
par sa forme extraordinaire. C’est un rocher
noir, haut de cent cinquante pieds et s’élan
çant du sein de la mer comme une pyramide,
accessible pour les seuls habitans de l’air. Ses
flancs presque perpendiculaires offrent quel
ques mousses d’un i>eau vert.
Auprès de ce rocher est un autre ilôt qu’on
appelle fax /)«ux-CoUinc* parce qu’il sc com
pose en effet de deux roches taillées à p ic,
unies par lin isthme très étroit et assez bas.
Tous ces roçhers offrent à leur base des cavités
profondes que la violence des flots et lessièclcs
y ont creusées.
268
LES M ERVEILLES
VOLCAN DE TANNA.
V er s le centre de l'île de Tanna, située en
tre l’archipel des Nouvelles-Hébrides et la
N ouvelle-Calédonie, on aperçoit une col
line assez élevée dont le sommet se termine
par un cratère de couleur rouge-brun. Une
colonne de fumée jaillit du fond du cratère sous
la forme d’un arbre dont la tète s’élargit A
mesure qu’elle s’éloigne du tronc. De temps en
temps un bruit sourd Semblable à celui d'un ton
nerre lointain se fait entendre; bientôt la fumée
devient plus épaisse; elle s’élance eu colonne
blanche, mêlée de rouge. La flamme ne tarde
point à paraître, elle brille par intervalles de
Cinq en ciuq minutes; il se fait uue explosion
violente et rapide; l’atmosphère se charge de
particules de cendre et de fumée ; tout le terrain
environnant se couvre de cendres noires.
Quelquefois la fumée s’élevant à une hau
teur prodigieuse forme des nuages noirâtres
qui parcourent rapidement de grandes distan
ces; ils s’abaissent et se condensent en se re
froidissant. Ces nuages, éclairés en dessous pur
la flamme qui sort du volcan , offrent pendunt
la nuit aux navigateurs un magnifique spec
tacle, surtout lorsque dans les temps de calme
DF. LA NATURE.
2f>9
ils se peignent, tout brillans de lum ière, sur
la surface unie de la mer.
Quand il vient à pleuvoir dans un moment
où le volcan menace d’une éruption violente ,
l’activité du feu s’accroît d’une manière ef
frayante. Alors la fumée s’échappe en tourbil
lons épais teints de jaune, de pourpre, d’orange
et de cramoisi -, ils se terminent par une espèce
de nuage gris mêlé de rouge et de brun. Tout
le pays d’alentour, éclairé par ces feux , prend
les mêmes teintes que le volcan produit,et la
campagne paraît tour à tour jaune, orange,
pourpre et couleur de leu.
Quelquefois le volcan gronde avec un fracas
horrible : c’est le signal d’un surcroît d’acti
vité. On voit des torrens do fumée et de feu
jaillir jusqu’aux nues; plus d’une fois des pier
res d’une grosseur prodigieuse s’élèvent dans
les airs et vont retomber de grandes distan
ces; tous les nuages prennent une couleur
rouge extrêmement vive; mais cette violence
dure assez peu; au bout de quelques heures
tout rentre dans l'état ordinaire.
L1 parait que ce volcan occupe dans le sein
de la terre un très grand espace, ou que le
réservoir où s’élaborent les matières qui l’ali
mentent s’étend fort loin sous la terre. A plus
de deux lieues du cratère, la terre est brû
lante, elle exhale une forte odeur de soufre ;
ties nuages légers formés des vapeurs chaudes
27O
LES M ERVEILLES
qui sortent du sol s’élèvent dans Pair où ils se
condensent; tout le terrain a une forte teinte
verdâtre, ce qui annonce la présence du sou
fre. Cela n’empêche pas le sol de produire et
d’être partout couvert de piaules
de grands
arbres, surtout de cocotiers. I.a verdure ta
pisse même les lianes de la colline embrasée.
Parmi les matières que le volcan vomit
presque sans interruption, on distingue des
schorls (1) en forme d'aiguilles, à demi trans*
parens, mêlés à des torrensde cendres q u i, s'é
panchant sur la terre, lui communiquent une
fertilité prodigieuse. Il est impossible de voir
nulle part une végétation plus a ctive, plus
prompte et phis vigoureuse. Presque toutes
les plantes ont dans ces lieux le double des
proportions ordinaires; leur tige est plus haute,
la feuille plus large, la l’ eur plus odorante,
la couleur plus belle.
Le figuier surtout semble se plaire sur ce sol
brûlant où l’on peut à peine tenir les pieds. Le
thermomètre ne monte à Pair libre qu’à 21 ou
22 degrés; plongé dans la terre, il s’élève ra
pidement jusqu’à 68 ou 69.
La partie du sol que les cendres ne couvrent
pas offre à une assez grande distance du cra
tère une croûte sulfureuse sur laquelle on
(1) C’est une espèce «le cristal noir qui se trouve, dsns les
granits.
DP.
l.K
NATURE.
271
aperçoit des (ragmens d’une substance alumi
neuse el viLriolique. Partout ailleurs que sur
la colline cl dans ses environs, le sol sc cache
sous la verdure : rien n’annonce le terrible
voisinage d’un volcan; ses éruptions nu reste
paraissent peu dangereuses, et les naturels,
accoutumés à tous ses effets, s’en inquiètent
peu.
1.Æ8 habitans de Tanna sont de petite taille,
mais assez, bien proportionnés. Us ont le teint
couleur de bronze , le visage peint en noir ou
en rouge, les cheveux bouclés et un peu lai
neux. Ils paraissent audacieux e t guerriers;
on les voit toujours arm és, prêts à attaquer
pour peu qu’ils puissent compter sur le succès;
les Anglais, eu abordant sur leurs rivages,
éprouvèrent qu’ils étaient perfides et truilres.
27*2
LE S M E R V E IL L E S
SUPPLÉMENT A L’ASIE.
LA MONTAGNE-BLANCHE.
Ltn e haute chaîne de montagnes séparé la
Corée du pays des Mandchoux; ta neige dont
elle est couverte en tout temps lui a fait don
ner par les naturels le nom de Gramle-Montagne-Blanche. Cette contrée n’était guère mieux
connue des Chinois que des Européens qui n’y
ont jamais pénétré, si ce n’est quelques j é
suites que l’empereur Khaug-Hy chargea dans
Te commencement du dernier siècle de lever
la carte de la Tartane orientale. Quelques an
nées auparavant ( 1 ), le même empereur, sur
le motif que ses ancêtres étaient sortis de ce
canton ignoré, avait chargé un de scs officiers
de visiter la Montagne-Blanche afin d’en avoir
une description exacte.
Cet officier étant de retour rapporta qu’il
n’était parvenu au pied de la plus haute mon
tagne qu’avec des peines infinies. Il fallut d’abord se frayer un chemin avec la hache à tra[ 0 K" 1C77 , suivant une relation mandchoue, traduite
par M. Klaproth.
de
la
sature.
270
>t*s une épaisse forêt; ensuite on s’avança,
par un pays coupé, vers le pic qu’on avait
aperçu de très loin entouré de nuages; ce ne
fut qu’après une marche d’environ trois jours
qu’on y arriva-, mais d’épais brouillards cou
vraient la terre, et l’on fut obligé de s’engager
au hasard dans un sentier qui semblait tracé
par les cerfs. Ce sentier conduisit au milieu
d’un bois; on y trouva une petite p rairie, et
un peu plus loin, uu espace entouré de grands
arbres qu’on jugea plantés de mains d’homme.
Ces arbres étaient entremêlés d’arbrisseaux
aromatiques, et des fleurs d’un beau jaune nais
saient abondamment sur le sol. On laissa les
chevaux à cette place, et quand les brouil
lards furent dissipés, on se remit en marche.
Le flanc de la montagne était tout couvert
de neige incrustée de glace; la montée d’abord
assez douce ne tarda pas à devenir rude et
pénible. Parvenus au sommet, les Chinois
aperçurent une plaine entourée de cinq pics ,
entre lesquels il y avait un lac rempli d’eau
d’environ deux lieues de tour. Quatre de ces
pics ont leurs cimes si fortement penchées,
qu’elles paraissent près de tomber; l’autre pic
est perpendiculaire et moins haut que les pre
miers. De plusieurs endroits de la montagne
on voyait jaillir des sources qui formaient des
ruisseaux prenant leur cours vers des points
opposés. Les Chinois n’aperçurent dans ces lieux
11.
274
LK8 mkhveili.es
déserts qu’un ours qui se tenait au bord du
la c, et un troupeau de cerfs qui dans leur
fuite rapide se précipitèrent parmi les rochers.
MONUMENT ANTIQUE DE LA SIBÉRIE.
L e s v o y a g e s de Pallas e t de q u e lq u e s autres
s a v o n s o n t f a i t découvrir dans la Sibérie beau
coup de monurnens antiques, et surtout de
tombeaux. Dans un mémoire lu par M. Kla
proth à la société asiatique de Paris,en 1822,
sont décrits quelques objets singuliers qu'on
a tirés d’anciens tombeuux situés dans le voi
sinage d’Abakansk à peu de distance du Jcnisscï.
Un morceau en bronze représente un {guer
rier se débattant contre un monstre; il est
d’un travail fini et qui ne manque pas de goût.
Deux grandes clochettes du même métal sont
surmontées par le mugi mon, espèce de bou
quetin fort commun dans les montagnes de
Sayausk . désigné par Linné sous le nom de
cnprn am mon, et par les Russes sous celui de
mouton des rocherg.
Le savant orientaliste décrit aussi deux co
lonnes en pierre, chargées d’inscriptions dont
les caractères sont inconnus. Ces colonnes se
sont trouvées sur les sommets de deux petites
DK L A
SATURE.
2^5
-
collines voisines du Jenisseï. Sur le dos d’une
de ces colonnes est empreinte ou sculptée nssez
(grossièrement une figure humaine. Quant aux.
caractères dont se composent les inscriptions,
M. Klaproth leur trouve un air plutôt euro
péen qu’asiatique, parce qu’on y reconnaît aisé
ment plusieurs lettres grecques et esclavonnes.
CARACTÈRES CHINOIS.
•
Chinois n’ont ni lettres ni alphabet; ils
y suppléent par un nombre infini de caractères
ou signes de convention, qui expriment cha
cun une idée particulière. « Ces caractères,
dit M. Klaproth, étaient dans l’origine des
images représentant les objets qu’on voulait
désigner. L’invention de cette écriture se perd
dans la nuit des siècles.... La forme primitive
des signes représentatifs s’effaçait <\mesure que
l’art se propageait; les traits indiquant les
contours s’altéraient; alors, pour donucr plus
de réguiurilé à l’écriture, on rendit les traits
plus raides et plus uniformes. Les caractères
cessèrent ainsi d’etre des images, et ils devin
rent dès signes de convention. Le nombre dc6
signes primitifs parait avoir été très limite dans
L es
2^6
LE S M E R V E IL L E S
le commencement....... mais la barrière de
l’image une fois franchie, et les clémens des
caractères rendus plus réguliers et plus faciles
à tracer, les groupes augmentèrent avec ra
pidité. »
Ce ne fut sans doute que dans les premiers
siècles de lu monarchie chinoise, qu’on em
ploya les signes primitifs, car dans les ins
crip tio n les plus anciennes de la Chine, ou
ne voit que très peu de caractères qui forment
image réelle; les contour? seuls de l’image,
bien que sensiblement altérés, peuvent s*y
montrer encore aux yeux attentifs. En sc ré
gularisant davantage dans le hu^ième siècle
avant Fère vulgaire, les caractères s’éloignè
rent encore plus de la forme primitive; cette
forme avait totalement disparu quatre ou cinq
cents ans plus tard.
L’ARCUIPEL DF. LIEOU-KHIEOU.
C e t archipel, situé entre les îles du Jupou
et l’ilc Formose, se compose de plusieurs grou
pes qui forment ensemble trente-six îles, dont
une seule a quelque étendue; c’est le T a-Licou.
ou Grande Lieou , au centre de l’archipel. Sa
plus grande longueur parait être d’une cin-
UK t \ X^lrne.
'Iff
quantaiue de lieues sur une largeur moyenne
de huit ou neuf.
La ville capitale, résidence du souverain ,
porte le nom de Tztou4 i ou Cheou-li; elle est
silure à l’occident d’une montagne élevée, du
haut de laquelle la vue s’étend au loin sur la
mer à droite et à gauche. Parmi les édiflees
que celte ville renferme, on distingue celui
qui est consacré ù la sépulture des rois. Un
voit au frontispice une iiyp’ription gravée
sur la pierre, indiquant la destination de ce
monument. Hors de l'enceinte des murs, il
existe un temple laineux; c’est celui des an
cêtres divinisés du souverain; un insulaire ne
passerait pas en ce lieu sa us donner des sigues
d’une extrême vénération: on y voit ilnassez
grand nombre de tablettes de pierre, portant
chacune le nom d’un prince décédé. Le palais
du roi s’appuie sur une éminence qu’ou ap
pelle le Mont~des~Tigres : on voit à la base un
petit temple sans idoles; on y brûle de l’encens
en l’honneur de la terre.
Dans la cour du palais est une grande mu
raille de pierre qui s’étend sur une longueur
de vingt ou vingt-cinq toises et qui en a cinq
ou six de hauteur; au milieu de ce mur ou
voit une tête de dragon , par la gueule duquel
coule «’eau d’une source si abondante qu’elle
ne tarit pas, même durant les plus fortes cha
leurs. Cette eau vient de l'étang du Dragon à
378
I.FS jflfe v E lL IÆ S
l’ouest de la ville; on voit au milieu deux ro
chers dont l’un a la forme d’un bambou. A
certain jour de l’année, les habitaus se ren
dent ce bassin dont mille bateaux sillonnent
la surface. Tous ces bateaux sout ornés de
heures de dragons.
Le principal port de l’ile est celui de Aaka
A'ou, ou Nakapa Kiang; il est à quatre ou
cinq lieues à l'ouest de la capitale. Il forme
un vaste bnssin^Tond dont l’entrée est très
étroite. Au milieu «le cette baie il y a une île
sur laquelle s’élève une ville petite, mais po
puleuse; l’ile se joint au continent par un
pont. A peu de distance de l’entrée du port,
on a bâti un palais pour Ica ambassadeurs
chinois; il est composé d’une infinité de piè
ces, salles, chambres, terrasses; les jardins
sont ornésde tours, de jets d’eau, de kiosques,
de pavillons. L’édifice renferme une bibliothè
que; on voit au dehors une grande table de
pierre sur laquelle on a gravé en caractères
chinois les noms et les actious de tous les
insulaires célèbres. Devant ce monument
national, il y a une pelouse immense où
tous les jours, à m idi, les femmes de tout slge
se rassemblent, soit pour exposer en vente
plusieurs petits omrages sortis de leurs
mains,soit pourse livrer entre elles à diflércus
jeux.
A une demi - lieue du port sont deux
DR LA
N ATURE.
3? 9
énorme* pin» qui odl ,* d it-o n , deux cents
pieds de hauteur : on remarque derrière ce*
pins un palais, un très beau temple consacré
à la princes*# céleste, et plus loin le pont de
FJro-en-C iel large de cinq pieds et long d’une
lieue, sur lequel on traverse d’une rive à
l’autre le lac de M an-hou qui communique
avec la mer. A l'extrémité du pont s’élève la
montagne de Soumj-Limj. toute couverte de
pins et de sapins dont le feuillage d’un vert
un peu sombre n’est pas le moindre ornement
de ces lieux.
Dans une petite île au nord-est de la grande
Liéou on recueille du soufre naturel en grande
quantité. Le volcan qui le produit vomit cons
tamment de la fumée et des vapeurs épaisses
qui rendent la montagne inaccessible du côté
opposé à celui d’où le vent souffle. Le cratère
a la forme d'une chaudière; les rochers qui
l'entourent sont de couleur jaune mêlée de
bandes brunes. Les rochers de la cote méri
dionale de Hie sont d'un rouge loucé; le ri
vage est partout si escarpé que le débarque
ment n’est possible qu’eu très pou d’endroits.
Cette île n’a pour hahitaus que quelques fa
milles de bannis qu’on emploie à faire la ré
colte du soufre; on est obligé de leur .apporter
des vivres de la grande Liéou; le sol ne pro
duit rien , toutefois la mer est très poisson
neuse.
280
LE S
M E R V E IL L E S
Le port d’Ou-Ting* (fans File priucipale est
un des plus beaux, des plus surs et des plus
commodes que la nature ait formés sans le se
cours de l’art. On voit d'abord une pointe do
roche longue et étroite s’avancer du rivage
dans la mer comme une jetée. Vers l’extré
mité occidentale de cette pointe, s’élève du
milieu de la mer une très haute montagne
qu'on aperçoit, dit-on, à la distance de vingtcinq lieues marines; elle sert aux navires de
point de reconnaissance, et de tous les cotés
elle se présente sous le même aspect. Le pied
de cette montagne jusqu’au tiers de sa hau
teur, est tout couvert de maisons «*t d'arbres;
on dirait que File est un jardin qui sort de la
iner. Au-delà, vers le nord-est, un groupe
d’ilots, se rapprochant de la côte et joignant
File de K o u i, achève de fermer la baie dont
la profondeur du nord au midi est d’environ
deux milles sur une largeur inégale.
Une flotte nombreuse pourrait mouiller dans
Ce vaste p o rt, qui sur tous lespoiutsest A l’abri
des lames du large et presque partout garanti
du souffle des vents. Le mouillage est bon , le
débarquement facile, et en beaucoup d’en
droits le rivage parait disposé pour qu’on puisse
y radouber les vaisseaux. Le port a deux en
trées; la première est entre la grande île et le
groupe d’ilots; la seconde se trouve entre ce
même groupe et File de Koui. Cette dernière
DE L A K A T D E E .
2»1
passe est étroite, mais non dangereuse, et aussi
tôt après qu’ils l’ont franchie les navires trou
vent un fond de dix-sept »\ vingt brasses. Au
fond de la baie on remarque deux grands bas
sins circulaires à fond vaseux, où la profon
deur varie de neuf à quinze et même à vingt
brasses.
Il y a autour de la baie un grand nombre de
villages; celui de Ou-ting, sur la rive septen
trionale, est le plus considérable. Toute cette
contrée paraît fertile et bien cultivée.
Les îles qui composent l’archipel de LieouKieou fournissent nu commerce un grand nom
bre d’articles, du cam phre, du v in , du soufre,
du cuivre jaune d’une qualité supérieure, du
zinc,du poivre, d’excellent tabac, du brésillci
que les Portugais nomment bois de japon, et
dont ils se servent pour teindre en rouge, du
papier, des étoffes, du sel, etc.
Dans les îles du groupe septentrional on
trouve un arbre que les naturels nomment
iseki, et les Japonais kiav-mou; il ressemble
au cèdre, donne un bois très dur et qui passe
pour incorruptible, comme autrefois le syco
more sur les bords du Nil. Le theou-leou-chou
ressemble à l’oranger, mais ses feuilles sont
plus épaisses. Les extrémités de scs branches
se terminent en blâmons aussi déliés que des
cheveux, retombaut en paqqet comme les
brins d’une frange.
282
L E S H E B V E IL L E S
Le kin-king n’est ni moins estimé ni moins
précieux que le kian-mou. Sort bois a la cou
leur de l’or, et son intérieur oil're de belles
veines dont les ramifications imitent et sou
vent surpassent la broderie la plus délicate.
Comme il s’eu exhale une odeur très suave,
les naturels en font des espèces d’oreillers sur
lesquels ils reposent leur tète. Ce bois, em
ployé dans l’ébénisterie, se distingue difficile
ment du sandal.
Les insulaires fabriquent des étoffes com
munes avec les libres de la tige du bananier,
ou avec une grande espèce de chanvre qui
croît dans leurs îles; ils font aussi des toiles
de coton et quelques étoffes de soie; mais ces
dernières ont peu de prix parce que leur soie
est rude et grossière; en revanche ils se ser
vent des cocons pour fabriquer un papier qui
est si fort qu’on peut le teindre et en substituer
l’usage à celui de la toile; ils ont uu autre pa
pier moins solide , dont la matière est l’écorce
du mûrier. Les plantes marines sont employées
pour la fabrication des nattes; on en fait aussi
des manteaux contre la pluie.
b* procédé des insulaires pour extraire le sel
des eaux de la merest simple, mais ingénieux.
Ils commencent par applanir une portion du
rivage, et ils battent le sol jusqu’à ce qu’il ait
acquis beaucoup de dureté. Ensuite iis étendent
par dessus une couche de sable noirâtre de
DE
LA
NATURE.
285
trois ou quatre ligues d’épaisseur-, ils en unis
sent la surface avec des rouleaux et d’autres
iuslrumer>s,afm qu’il n’y reste point d’inégalité,
mais ils ont grand soin de ne pas la fouler, de
peur que ses particules n’adhèrent entre elles.
Ces préparations terminées, on arrose ou plu
tôt on asperge d’eau de mer, à l'heure où le
soleil a le plus de lon e. Quand l’eau est éva
porée , on rainasse le sable, on le met dans des
fosses profondes, el l’on recommence l’opéra
tion jusqu’à ce que les fosses soient pleines.
Cela fa it, on verse de l’eau de mer daus les
fosses. Celte eau dissout le sel dont le sable est
chargé, e t, en s’écoulant par un petit trou,
elle l’entraîne dans les vaisseaux où elle est
reçue. Après une seconde évaporation, on
trouve au fond des vWsseaux une croûte de
très bon sel d'un pouce à un pouce et demi
d’épaisseur.
La religion des insulaires est celle de Fo ou
Bouddha; pour honorer la divin ité, ils se
contentent de brûler des parfums sur une
pierre qui lui est consacrée, et de lui offrir des
fruits. Ils ont pour les morts le plus grand res
pect; ils les traitent presque à l’égal de leurs
dieux. Leurs arm es, leurs vètemens, leurs
meubles, leurs ustensiles sont faits comme au
Japon; ils sont plus Japonais que Chinois, quoi
que ceux-ci prétendent à la suzeraineté. On
assurequ’ils sont d’un naturel doux et humain ,
284
LES
M E R V E IL L E S
et qu’ils ne sont pas moins civilisés que leurs
voisins.
On dit encore que les prêtres bouddhistes,
venus de la Chine, apportèrent danse.es îles les
caractères de l’écriture chinoise, de manière
que les Chinois peuvent s’entendre avec les in
sulaires et les insulaires avec, les Chinois, quoi
que les uns ne comprennent pas la langue des
autres; il est vrai que c’est seulement par écrit
qu’ils peuvent s’entendre de cette sorte.Quant
à la langue même de Lieou-Khieou, il parait
qu’elle est un dialecte de celle du Japon (1).
'
V
•
-
LA MONTAGNE ^RULANTE DE
BICU-BAUK.
D a j is les temps postérieurs à celui d’Houlak o u , on a donné le nom de Bich-Üalik à tous
lespaysqui avoisinent la chaîne duThian-Khau
ou Mùntagne-CMette, qui traverse la Bucharie
de l'est à l’ouest au-dessus de Kaschgar. Les
montagnes qui composent cette chaîne sont
très volcaniques, surtout dans leur revers
(1) Cet article est extrait de ln description de cet archipel
faite par M. Klaproth sur divers ouvrage» japonais et chi-
mt
LA
NATURE.
285
septentrional. Le» géographes chinois parlent
du Mont-Blanc ou Pe-hcn d’où sortent sans
cesse de la fumée et. des flammes, et du lac de
Je-hai ou Téinourtou, la mer chaude. Des
voyageurs modernes ont reconnu l’existence
de ce la c , de quelques volcans et de plusieurs
solfatares, au nord des villes oreigouriennes
de Kharachar et de Koutché.
La solfatare du pays d’Ouroumti, à trois
lieues de Bourgos, est la plus considérable de
toutes et en même temps celle où l’on remar
que les effets les plus singuliers. Elle peut avoir
neuf
£ ou dix l ieues de circonférence, et le sol est
tout couvert de cendres vojQples. Si l’on y
jette quelque objet combustible, ou voit surle-cham p monter un je t de flamme qui l’en
toure , le brûle et le réduit eu cendres; si c’est
un corps du r, tel qu’un caillou, au lieu de
flamme on voit jaillir un tourbillon de fumée
noire qui ne se dissipe qu’au bout de quelque
temps. Eu h iv e r, par les temps les plus rigou
reux, la neige fond i mesure qu’elle tombe,*
quoiqu’elle couvre par grandes masses toutes
les montagnes voisines. On ajoute que jamais
on n’a vu d’oiseau voler travers ce terrain.
Le Ho-chan ou Montagne-de-Feu fait partie
de la même chaîne, et se trouve vers le qua
rante-deuxième degré de latitude. Elle brûle,
dit-on , nuit et jour depuis dix-huit ccntstans.
Les pierres mêmes, ajoute-t-ou, sont en com-
a86
LF-S M E R V E IL L E S
bustiou , se liquident et coulent en torreus de
lave à plusieurs lieues du cratère.
Tout ce pays est sujet aux tremblemens de
terre; au commencement du dix-huitième
siècle,la ville d’Aksou fut renversée et détruite
de fond en comble par un de ces terribles bouleversemens qui sont presque toujours le résul
tat d'une conilagration intérieure.
LA jjjJLLE DE KHOTAN.
•
C e t t e ville, siluée vers l’extrémité du Tur
kestan , a été dans le moyeu âge l'une des
plus célèbres de l’Asie centrale. Quoique bien
déchue de son importance, elle fait encore un
commerce considérable en toile, en soie et en
blé. Son territoire est borné au nord par des
montagnes si escarpées qu’elles forment une
barrière qu’on ne saurait franchir; à l’orient
wnt des terrains sablonneux coupés de marais;
au midi et à l'occident, le sol, fécondé par de
fréquens arrosemens, produit en abondance
des grains et du fruit. Un recueille dans les
environs la pierre de yu des Chinois, que,
dai*s une savante dissertation, Al. Abel de Komusat a prouvé ne pas être autre chose que le
DE LA N A TU R E.
287
jasp«; ilex anciens, yeteb ou ycchdf des Persans
et des Arabes (x).
Les hahitans de Khotan passent pour être de
mœurs simples et d’un caractère assez doux.
Ils sont laborieux et leur vie s’écoule dans le
travail des champs tandis que leurs femmes
s’occupent d’élever les vers à soie, et de tous
les soins domestiques. On fabrique à Khotan
de très belles étoiles que les Asiatiques recher
chent.
TEMPLE SIAMOIS.
L es t e m p le s des Siamois sont en général des
édifices non moins somptueux que solides.
Très insoucians pour eux-m êm es, et sc contentaut des plus simples cases où ils trouvent
A peine un abri contre les ardeurs du soleil et
les pluies continuelles de leur hiver, ils ne né
gligent rien pour embellir la demeure de leurs
idoles et leur donner en même temps la plus
grande durée. Ces temples sont ordinairement
(») Plusieurs savnns avaient prétendu que la pierre de jn
«tait In matière de eu* r a s e s m u r r h i u t dont lus Romains
faisaient tant de e u . Le même écrivain démontre lu con
traire, et il croit que e t s vases su fabriquaient avec le s p a t h f l u o r o u fluatc de chaut.
288
LE S M E R V E IL L E S
de forme carrée, etprécédés d’une vaste cour.
L'intérieur du temple est orné de peintures,
mais très peu éclairé. La lumière n’y entre
que par des lucarnes ménagées duns l’épais
seur des murs. L'autel occupe le loud du sanc
tuaire-, on y monte par plusieurs degrés dis
posés en nmphithédtreet tout chargés d’idoles.
A uuelieue de Siam, sur une éminence, on
voit un temple célèbre qui attire sans cesse
une grande affluence de pèlerins et de dévots.
Outre les idoles communes aux autres tem
ples , on y voit Pefligie d’un pied humain
d’une grandeur extraordinaire (1). Les talapoins qui desservent la pagode prétendent
que cette effigie est la trace réelle de la plante
du pied du premier homme. Son pied, disentils , s’imprima sur le rocher, lorsque d’un seul
pas il sauta de ce lieu à Pile de Ceylan; la
pierre qu’on garde dans le temple a été déta
chée de la roche. Il ne faut pas leur faire de
représentations inutiles : si Pou observe qu'un
homme qui d’uuc enjambée pouvait asseoir
ses deujf pieds sur deux montagnes que sépare
un espace de mille lieues devait avoir une
bien plus grande taille que ne permet de le
supposer un pied tel que celui dont ils mon
trent l’empreinte, ils scscandalisent, murmu
rent et n’ en gardent pas moins leur conviction.
(1) Trois pied» environ dclongcnrqninxe ponces de large-
DK
LA
K A T L 'R B .
289
Les lalapoins portent une tunique ja u n e ,
une écharpe de toile rouge qui couvre l’esto
m ac, et un grand éventail de feuilles dé pal —
m ic r (i); ils ont les pieds et la tète nus. Leurs
habitations sont d’ordinaire voisines des tem
ples; elles ont la forme de nos anciens cloî
tres, et sont ornées d’une multitude d’idoles à
figure humaine. Au milieu de la cour inté
rieure, on voit presque toujours une pyramide
» de brique très élevée, et couverte de haut eu
bas d’une dorure très bien appliquée. Ces py
ramides uc sont pour l’ordinaire que des m'ouumens sépulchraux où sont renfermés les
restes de quelque personnage éminent.
Connue les Siamois sont persuadés que fam e
survit au corps, mais qu’à celte croyance ils
mêlent de grossières superstitions, ils ont grand
soin d’amasser durant leur vie le plus qu’ils
peuvent et d’enfouir sous terre ce fruit de
leurs épargnes en un lieu qu’eux seuls con
naissent et dont en mourant ils emportent le
secret. Ils pensent que ce fonds de réserve leur
servira dans l’autre vie. Les riches bâtissent
des pyramides dont ils confient la garde aux
talapoins; c’est une précaution qu’ils pren
nent pour reconnaître plus aisément le lieu
qui renferme leur trésor. Quand les Birmans
(a) Ce sont les l’orlugnais qui leur ont donné te nom de
Ulâpoins.
océixix.
i3
uyo
LES MERVEILLES
ont fait la conquête de ce pays, ils ont dé
pouillé sans scrupule tous lés inonumcns de ce
geure; il n’y avait pas d’exemple avant eux
que l’argent des morts eùl été enlevé.
SÉMtRAMACERTE.
A p r è s que l a fameuse Sémirainis eut fait la
conquête de l’Arménie, vers le milieu du dixhuitième siècle avant l’ère vulgaire ( i ) , elle
voulut visiter la contrée qu’elle venait d’ajou
ter à son v a s t e empire. Arrivée sur les bords
d’un lac salé (a), elle s’ a r r ê t a sur une colline
qui s’étend de l’orient à l’occident sur la rive
méridionale du lac. De là elle contemplait
avec admiration la beauté du paysage qui se
déroulait sous ses yeux . les vallées couvertes
de verdure et de fleurs, les rivières qui ser
pentent dans la plaine, les sources abondantes
(i' Moyse de Chorènc n qui ces details *oiit emprunte,
était un écrivain arménien du cinquième siècle, lin laissé
plusieurs ouvrîmes parmi lesquel* ou <li»iinique son Histoire
dcT Arménie jusqu'à l’an 4iof temps auquel il écrivait. Il se
distinguo par l'elegancc et la chaleur de son style plu* que
pW l'esprit de saine critique qui doit présider aux tra
vaux d’un historien. Son livre ne laisse pas de renfermer
beaucoup de détails aussi curieux qu'intéressans.
{a) I.e foc de Van.
UK LA. N A T U R E .
2 9 1
qui jaillissent île la montagne. Au nord une
pente douce descend jusqu’au Inc, au midi
c’est un précipice dont les lianes nus et per
pendiculaires ajoutent par le contraste aux
délices de ce lieu.
Soudain elle conçut le projet d’y bâtir une
ville: un nombre prodigieux d’ouvriers fut
sur-le-champ rassemblé, et les travaux com
mencèrent. Idle fit d’abord élever une large
et haute terrasse, pour les constructions de la
quelle on n’employa que Hi's blors énormes de
pierre, unis entre eux avec du ciment. Ce
monument existait encore au temps de Moyse
de Ghorène, c’est-à-dire plus de vingt siècles
après, et les malfaiteurs trouvaient dans ses
cavités une retraite aussi sure que les antres
mêmes des mon tagines. Les assises des pierres
étaient disposées avec un art infini, et elles
étaient si bien jointes qu’on ne pouvait en dé
tacher le plus léger fragment.
Ces travaux qui couvraient un espace de
plusieurs stades , se prolongèrent jusqu’à l’em
placement qu’elle destinait à sa ville. Alors
elle divisa les ouvrier» en plusieurs troupes,
afin qu’on put à la lois construire les divers
quartiers que la ville devait avoir. Au bout de
peu d’années tout fut terminé. Semiramacertc
fut entourée de remparts et fermée de portes
d’airain. Les maisons, à deux ou trois étages,
étaient toutes bâties eu pierres de plusieurs
292
LES MERVEILLES
couleurs. Des places publiques, des bains, des
édifices somptueux embellirent la ville que
traversait un bras du fleuve; des jardins or
nèrent ses alentours, et les deux rives du lac
se couvrirent de villages et de plantations; les
coteaux reçurent des ceps de vigne. Une po
pulation nombreuse vint habiter Séniiramacertc.
Sur les sommets de la colline on construisit
des palais, ceints de fossés et de rctranchcmens; sous les bâtimens on avait creusé de
vastes souterrains solidement voûtés. Du coté
du m id i, où la roche est si dure qu’à peine le
ciseau y laisse-t-il son em preinte, la reine
érigea des temples et des hospices. Chacun de
ces édifices était entouré de fossés. Elle fit gra
ver un grand nombre d’inscriptions sur la
pierre; elles étaient destinées à transmettre
son nom à la postérité.
De tous ces travaux immenses, de la ville
de Séiniramis il ne reste qu’une petite bour
gade q u i, ainsi que le la c , porte le nom de
Van et ne possède pas même des ruines ca
pables d’attester sa grandeur passée.
PALAIS DE TÉHÉRAN.
L e s o u v e r a in a c t u e l d e la P e rs e f a i t s a ré
DF. I.A
M ATURE.
2 ()5
sidence a Téhéran. Son palais n%Tre rien
d’extraordinaire à l’extérieur, niais il n’est
point possible de décrire avec exactitude la
richesse, l’élégance, les ornement dont l’inté
rieur est décoré. Partout des tapis de soie ou
de brocard d’or, relevés de broderies en bosse,
couvrent les murs et le sol; partout des pla
fonds de cristal, des colonnes revêtues de tra
ces répètent mille fois l’image des objets. Le
prince donne scs audiences dans un magnifique
pavillon carré, eiftouré de jardins et de pièces
d’eau; au fond est un trône d’albâtre. Les
grands officiers se tiennent sur les côtés, por
tant dans leurs mains des vases d’or et des pi
pes garnies de brillans. Au milieu de la salle
on voit plusieurs bassins de m arbre, du mi
lieu desquels s’élancent des jets d’eau qui retombenten pluies; des lustres de cristal, ornés
d’or et depierreries, sont attachés an plafond.
Le prince ne parait jamais dans cette salle,
que vêtu d’une robe de drap d’or enrichie de
pierres précieuses; il porte sur la tête une ai
grette de diamans, ornement réservé au sou
verain.
AMASIE.
Cette
ville de l’Asie-Mineure, patrie du
394
LE S M B R VBII.LK 8
géograpli#$trabon, est Initie au fond d’une
gorge où ia chaleur se fait vivement sentir
dans P é t é ; elle com pte, d il-o u , quatre mille
maisons, et parmi ses hnhilans beaucoup d’Ar
méniens; une rivière bordée de beaux arbres
coule au pied de ses murs. On n’arrive ù la
ville que par un long défilé entre deux rochers
nus, dont la couleur noirâtre attriste d’abord
le voyageur, mais rend plus vive ensuite la
sensation délicieuse qu’il éprouve à l’aspect
des jardins et des bosquets, «ni milieu desquels
Arnasie s’élève. Scs approches sont défendues
par une forteresse bâtie autrefois par les Grecs
sur le-sommet d’une roche escarpée.
L.E M O IS IiLM N C
ou LL NOUVEL AN DES CHINOIS.
 f j M ï
■ :,• )!>
. 'j j
J,
’•
j
Le nouvel au est toujours pour les Chinois
l’occasion d'une fête solennelle,à laquelle tous
prennent pari. Les rues et les maisons sont
ornées de pavillons et de banderoles de papier
de couleur, sur lesquelles on écrit des carac
tères qui expriment des voeux pour le bonheur
de l’année où l’on entre. t>ur les pinces publi
ques et â l’extrémité des grandes rues, ou
construit de petites chapelles où l’on place des
DE L A
NATURE.
29Ô
idole»; on offre il ces idoles des fruits et dos
pâtisseries, au bruit des chants, des tambours
et des flûtes. Devant les chapelles on expose des
bandes de papier rouge chargées d’inscriptions
en l’honneur des trois principes. qu’on repré
sente sous la forme de trois vieillard#, c l i a n y
youan , mandarin du ciel; tchoung youan,
mandarin de la terre, et kia youan. mandarin
de l’eau. Dans l’intérieur des chapelles de
même que dans les maisons, ou brûle des es
sences , des bois d’odeur, afin d’honorcr les
idoles; dans les rues on lire des pétards. La
nuit on fait des illuminations brillantes; des
millions de lanternes éclairent le sol; de brillans feux d’artifice éclatent au sein des airs.
DIARBÉKIR.
C e t t e v ille , extrêmement ancienne, au
trefois capitale de la Mésopotamie , bâtie sur
une éminence, s’élève sur la rive droite du
Tigre. Ses remparts sont de pierre de ta ille ,
ils ont pour fondement la roche vive. Des
tours antiques la défendent û l’occident, le
fleuve-en Interdit l’approche du côté de l’est.
Le château qui sert de résidence au pacha est
entouré de très hautes murailles. On fabrique
2g6
LES
M E R V E IL L E S
à Diarbékir îles toilos de coton, et principale
ment des maroquins, l.es bois des environs
produisent en abondance la noix de galle.
Comme les eaux du Tigre coulent avec beau
coup de rapidité, les babitaos sc servent au
lieu de barques de radeaux carrés qu’ils nom
ment kelek*i et que quelquefois on soutient
au moyeu d’outres ou de peaux de bouc plei
nes de vent.
Entre Diarbékir et Gézir le lit du fleuve est
semé fie rochers qui en rendent la navigation
dangereuse. Sur un de ces rochers on aper
çoit un village dont la situation est très pit
toresque.
CHÈVRES POHTKUSKS.
E x t k e Schiraz et Ispahan le pays
coupé
«le hautes montagnes, d’un accès difficile et
qu’on ne franchit que par des sentiers rudes
et étroits où les chevaux ne peuvent monter.
On assure que ces contrées sauvages nourris
sent en certains lieux de très grandes chèvres
que les naturels ont accoutumées à porter des
fardeaux proportionnés à leurs forces, et que
ce sont là les seules bétes de somme qu’on
peut avoir. Encore trouve-t-on des passages
DK L A
NATU UK.
297
si escarpés que les chèvres elles-mêmes ne
peuvent s’y soutenir; elles sont remplacées
par des hommes qui habitent au pied de ces
montagnes, et gagnent leur vie à porter sur
leurs épaules les voyageurs et leurs équipages.
On ajoute que ces porteurs prennent la pré
caution d’envelopper d’une pièce d’éloflè la
tète des voyageurs, afin qu’ils ne puissent voir
les all'reux. précipices qui les entourent; la
crainte involontaire dont ils seraient saisis en
se voyant suspendus sur des abîmes, pourrait
causer en eux quelque agitation qui se com
muniquant au porteur serait capable de lui
faire perdre l’équilibre.
LE PONT DE MAZÜLÏPÀTNAM.
M azulipati * am est le nom d'une ville au
trefois populeuse et commerçante, située sur
la rôle de Coromandel. Comme cette partie de
la côte est fort basse, les marées y sont très
sensibles; et il n’y n pas encore deux cents
ans que chaque jour le flux inondait toute la
campagne et formait de la ville une île véri
table où l’on ne pouvait entrer qu’au moyen
d’un pont long de six ou sept cents toises. Ce
pont était de bois et entretenu avec soin. Il a
i3 .
3yo
LES MERVEILLES
été remplacé dans les temps postérieurs par
des chaussées que protègent de fortes digues;
et le sol s’est exhaussé en beaucoup de'parties.
L’air de cette ville est peu sain; les eaux y
sont mauvaises; les hnbitans font usage d’une
liqueur produite par une espèce «le palmier
dont leur pays abonde.
INONDATIONS PÉRIODIQUES DU
ROYAUME DE SIAM.
L’ É g vp t e n’est point le seul pays que fécon
dent les eaux du fleuve qui le traverse. Un
sait qu’en général toutes les rivières de^Asie
sont sujettes à des débordemens périodiques,
causés par le» pluies qui tombent par torrens
duns les montagnes à des époques assez régu
lières, et c’est à ces déhordemens-, aux limons
qu'ils déposent sur le sol qu'ils inondent, qu’on
doit attribuer la prodigieuse fertilité des con
trées cb- l’Orient. Celles dont sc compose l’an
cien royaume de Siam ou pour mieux dire île
.fondin, nom que les naturels lui donnent ( i) ,
ne sont pas moins favorisée* de la nature que
les bords du Sind, du Gauge ou du Nil. On
(ij tl fan niijoiird’liui punie de t’empire birman.
DE LA
D ATU M »,.
ô f) Q
peut même dire que les inondations y offrent
des avantages qui manquent à l'Égypte. Dans
ee dernier pays, il Taut que la crue ne soit ni
trop forte ni trop basse pour que les récoltes
soient bonnes; dans le Siam , elle produit tou
jours son effet, et l’excès même loin d'être un
mal promet de plus riches moissons.
Le ri/, croit au milieu de l’eau , et de même
que dans l’Inde il montre toujours sa tête audessus du niveau, à quelque hauteur qu’il s’é
lève : le tuyau qui porte l’épi s’alonge à me
sure que les eaux sont plus hautes.
Ces inondations ont encore un autre résul
tat; c’est de tempérer les chaleurs, qui sont
bien moins fortes à Siam qu’en beaucoup d’au
tres lieux dont la latitude est la même. Mais
elles out aussi un inconvénient, c’est que les
naturels qui sont très paresseux, se reposant
sur la nature du soin de leur subsistance, négli
gent de cultiver leurs superbes plaines partout
où, l’inondation ne s’étendant pas, ils seraient,
obligé-s de leur procurer l’arrosement par leur
industrie et des soins qu’ils ne veulent point
prendre. Aussi la plus grande partie de leur
pays n’est-clle peuplée que de bêtes fauves.
.•>00
LES MERVEILLES
EFFET SINGULIER DE LA FOUDRE.
Quajxd nos missionnaires, dont on ne sau
rait trop admirer le zè le , allaient au péri! de
leur vie prêcher l'Evangile aux nations qui
habitent au-delà du Gange, il arriva à l’un
d’eux un événement singulier : tandis que le
vaisseau qui le transportait s’approchait de
Kescho, capitale du Tonquin . un orage mêlé
de veut, de pluie et de tonnerre vint à écla
ter sur la ville et sur la rivière, dont les eaux
agitées menaçaient les matelots du naufrage.
Le missionnaire se mit en prières, tenant sa
tête appuyée contre le grand mât. Soudain la
foudre tombe avec un épouvantable Iracas;
elle atteint le m â t. le coupe en deu x, brise
douze ou quinze cercles de fer dont il était lié,
divise en deux portions longitudinales la moi
tié qui tenait au vaisseau, rompt en mille
pièces l’une de ces portions, laisse intacte celle
qui soutenait le missionnaire, soulève un ais
qui se trouve à deux pas du m ât, le pose en
travers au-dessus de la Lête du religieux, l'en
vironne d’une épaisse fumée et s’éteint sans lui
faire d’autre mal que la peur. L'a is déplacé*
par la foudre l’avait garanti de la chute de la
grande voile et dé tous les agrès qui la soute
naient.
*
DE
LA, R A T U R E .
3 o i
L’ILE OLKIlOiN.
C e t t e île , longue mais étroite, se trouve
dans le lac Baikal auquel les peuples de l’Asie
donnent le nom de Mev-des-Pin* o u Petite-Mer}
elle est près de lu rive nordrest*, une chaîne
de hautes montagnes la traverse*, elle nourrit
beaucoi<|> de gibier <it ses bords abondent en
poissods. Elle est habitée par cinquante ou
soixante familles mongoles qui n’ont pour tous
biens que leurs troupeaux. Le climat y est
très rude et :i ln fin de l’automne le lac com
mence à se prendre, de sorte que tout l’hiver
on peut le traverser à pied ou à cheval. Plu
sieurs rivières apportent au lac le tribut de
leurs eaux.
LE FOUT DE IIAGUPAD.
L a position de cette forteresse est naturelle
ment très forte; elle est placée sur le sommet
d’une haute montagne. Du côté de l’occident
et au sud ses approches sont défendues par des
précipices et des abîmes. Au fond de la vallée
coulent avec une étonnante rapidité les eaux
5 02
I,ES MERVEILLES
d’une rivière où Ton prend d’excellent pois
son. A l’orient et au nord sont des forêts d’ar
bres fruitiers de toute espèce; dans les cuviroii8 croit la vigne sauvage. Le chemin qui
conduit à la forteresse est taillé en entier dans
le roc, mais il est ni étroit qu’un cheval chargé
n’y passe qu'avec peine. Quand on est par
venu sur la hauteur, on n’est pas peu surpris
de trouver une plaine bien cultivée sur la
quelle s’élèvent cinq églises qui dépendent du
monastère voisin de Hagbpad , l'un des plus
fameux de l’Arm énie, fondé sur la lin du
dixième siècle par la femme d’Achod 111, roi
de cette contrée.
Ces cinq églises sont renfermée* dans une
enceinte commune; elles ont été construites
eu pierres dé taille de la même couleur et du
même grain; les autels sont formés d’un seul
bloc. Tous ces édifices, aujourd’hui abandon
nés, commencent A dépérir, et dans peu d’an
nées peut-être ils tomberont eu ruine. Quant
au couveut, il a été restauré en 1801 par les
soins de l’archevêque arménien Johannes.
LE TEMPLE D’OJVCO.
C e t e m p l e , s i t u é d a n s l ’i n t é r i e u r d u r o y a u m e
DE
LA
SATURE.
S oo
de Caraboje, consiste en un vaste édifice d’une
construction extrêmement simple, car les habi
ta ns n’ont de l’architecture que des idées très
imparfaites-, mais il renferme de grandes ri
chesses, fruit de la piété des pèlerins qui*s’y
rendent de toutes parts, non-seulement de
Cambojc mais encore des étals voisins; c’est le
Sumnaut ou Jaggucrnaut de Cambojc. Il faut
faire au moins une fois dans la vie le pèleri
nage d’Onco, de même que les musulmans
fout*celui de la Mecke.
LES RUINES DE S 1GÉE ET LA
DE TROIE.
PLAINE
L a ville de Sigée s’élevait sur une éminence
qui domine sur l’antique plaine d’ ilium ; on
n’y voit aujourd’hui qu'un misérable hameau
qu’habitent quelques familles grecques. On a
trouvé dans les environs beaucoup de ruines,
et notamment la fameuse inscription dont il
est fait mention dans l’Écriture. Lord Elgin,
ambassadeur d’ Angleterre dans les dernières
années du dix-huitièm e siècle, obtint de la
Porte la permission de l’enlever, malgré la ré
sistance des Grecs qui se montraient convain
cus de l’enicacité de la pierre sur laquelle est
5 o4
LES
M E R V E IL L E S
gravée l’inscription, pour la guérison des liè
vres les plus opiniâtres. Cette pierre paraît
avoir fait partie d’une colonne; au-dessous de
l'inscription était un bas-relief représentant
cinq figures d’un travail fini; quatre sont mu
tilées. Ces deux précieux restes d’antiquité fu
rent transportés à Londres.
Les babitans font remarquer trois monumeus funèbres qui, suivant leurs traditions
sont les tombeaux d’Achille, de Patrocle et
d’Ajax.
La plaine est assez bien cultivée ; elle peut
avoir quatre lieues de long sur deux lieues de
large; elle renlerme d’alumdans pâturages qui
nourrissent de nombreux troupeaux. Les ri
vières de Scamnndrc et de SimOCls traversent
la plaine en serpentant; à leur confluent est
le village de lîournabüschi, construit, dit-on,
sur l’emplacement même qu’occupait la ville
troyenne. A peu de distance de Itourna, ou
voit les ruines d'un temple d’Apollon. C’est
tout ce qui reste de Troie; quant aufleuve
fa m eu x <pii baignait ses remparts, ce n’est
qu’un petit ruisseau dont les bords sont cou
verts d’herbages, et qui manque d’eau la moi
tié de l’année.
DE
in s c r ip t io n
I..V WA TUHK.
3 o 5
h é b r a ïq u e d e s in .
T h o m a s de Novara, dans ses notes sur Kircher, dit qu’il a vu dans le disert de S in , où
les Israélites reçurent Ja inanne céleste, une
insription eu caractères hébreux, gravée sur
une grande pierre en mémoire du prodige, et
signifiant : pluie de la manne. Au-dessous de
l’inscription,ajoute-t-il, il y a la représenta
tion de la mesure qui servait à déterminer la
quantité de manne que chacun pouvait pren
dre. Cette figure est accompagnée d’autres ins
criptions , mais les lettres en ^ont si effacée»
qu'il est impossible de les lire* A quelque dis*tance on aperçoit beaucoup d’autres pierres
chargées pareillement descriptions sur toute»
les faces; elles se trouvent à l’entrée même de
la vallée qui conduit à Kuphiddim.
LES RUINES DE LAODICÉE.
L a o d i c é k , lit-on dans Strabou, ville de la
Syrie, sur le bord de la mer, est très bien
bâtie et elle a un bon port; la campagne
abonde en vins et en fruits. Ce fut là que,
5o6
L IS M F.nV EIM .K S
suivant le témoignage de Cicéron , se réfugia
D olabella, chassé d’Antioche. Un la reconnais
sait de loin aux rochers blancs qui s’élèvent
dans les environs. lui ville moderne qui l’a
remplacée, porte le nom de Lalikéa; elle est
construite sur une éminence et défendue par
une citadelle.
Parmi les ruines qui couvrent le sol voisin,
on remarque les res tes d’un grand aqueduc,dont
l’historien Joseph* attribue la construction à
llérode; il est sans arches et d’une structure
massive. On voit non loin de l’aqueduc un
grand arc de triomphe dont les colonnes,
d’ordre corinthien, supportent une architrave
chargée de sculptures et de trophées guerriers:
plusieurs rangs de colonnes de granit et de
porphyre, des tables de marbre portant des
inscriptions {grecques ou latines, indiquent en
core des monumens qui n’existent plus.
A l’occident de Lnlikéa on trouve les ruines
d’un port construit en amphithéâtre, et qui
semble avoir été assez vaste pour contenir des
flottes nombreuses. 11 est aujourd’hui comblé
presque en entier pnr les sables que les vagues
■ y déposent quand clics sont agitées par le vent
d’ouest, et la passe n’a guère plus de cinq ou
six toises de largeur. Vers le nord on a dé
couvert un {p*nnd nombre de sarcophages de
pierre; quelques-uns sont ornés de sculptures
qui représentent des bustes humains, des têtes
DK L A I fA T U R E .
5o?
de bœuf, des satyres, des coquillages. Le sol
sur lequel on voit tous ces sarcophages est
rempli d'excavations profondes et souterraines,
ou plutôt de vastes chambres sépulchrales,
dons lesquelles il y a de chaque côté une ran
gée de cellules, qui probablement, furent desti
nées à recevoir les cadavres et leurs cercueils.
On y descendait par des galeries dont les pa
rois étaient tout ornées de sculptures du même
genre que celles des sarcophages, La» (irecs
modernes ont la plus grande vénération pour
un de ces caveaux q ui, disent-ils, a servi
long-temps de retraite à sainte Thèclc. Une
source jaillit du fond du çaveatu ses eaux pos
sèdent des propriétés merveilleuses, et quoi
que l'expérience ne coniiriiîc pSat ics louange^
que les Grecs leur donnent, leurs vertus n’en
passent pas moins pour constantes.
LE KOCH EK DE MÉKIB a II.
A l'occident du mont SinaV se trouve la
vallée de Raphidim, dont il est fait mention
dans l’Écriture. Au milieu de cette vallée s’é
lève un bloc carré de granit d’environ six toi
ses de hauteur, ne portant sur le sol que par
une petite portion de sa hase. Les eaux gui,
3o8
LES
M E R V E IL L E S
suivant le psalmiste, coulèrent en torrent de
ce rocher, ont laissé empreinte sur ses lianes
la trace de leur passage; on y voit un canal
large de vingt pouces, sur deux pouces de
profondeur, revêtu intérieurement d’une es
pèce de croûte semblable û celle qui s’attache
aux parois des vases û eau. Ce canal est percé
d’un grand nombre de trous de deux pouces
de diamètre ; c’était par ces trous, ajoutet-ou , que les eaux jaillissaient.*
Il est probable que la roche de Méribahs’est
détachée du mont Sinai, qui de ce côté pré
sente des cscarpeuiens d’une hauteur prodi
gieuse, et des rochers saillans perpendiculai
rement suspendus sur le vallon.
EFFET SINGULIER DES VENTS
L E V A N T IN S .
0> donne le nom de levantins à tous les
vents qui souillent dans la Syrie du nord-est
au sud-est. Comme leur violence est extrême,
ils chassent les eaux de la côte et les refoulent
si loin dans la mer, qu’ils mettent à découvert
une portion du rivage. Aristote, et Pline après
lui parlant du cœcias (1), disent que ce vent
(0
C’eit l e vent du nord-cit.
DE
LA X A T L H K .
5og
a la propriété (Fattirer les uuaije* , expression
que le philosophe grec explique lui-même jde
cette manière : « Le cœcias remplit l’air de
nuages, parce qu’il se retourne sur lui-même
en tourbillonnant, et que tenant du borée et
de l’eurus il est extrêmement froid. Par là .
il force les vapeurs de la terre à se condenser.
D’un autre cô té, comme il vient de l’orient,
il arrive chargé de vapeurs. »
Des voyageurs modernes et dignes de foi
affirment que lorsque ces vents d’est se font
sentir, on voit tous les objets un peu éloignés
beaucoup plus gros qu’ils ne le sont réelle
ment.
Ce qui paraît certain, c'esFquc dans les
temps orageux, surtout si des vents contraires
se combattent, les vaisseaux de la cête sont
exposés à être surpris par «les trombes très
dangereuses. Ces trombes ont l’apparence de
cylindres attachés aux nuages , quoique la ré
flexion des rayons lumineux et la chute des
gouttes d’eau qui s’en détachent. semblent in
diquer qu’elles montent de la mer même.
LES SOURCES DE BELLMONT,
A deux lieues au sud de Tripoli de Syrie,
310
LES M E R V E IL L E S
au-dessous du village de Bellmoot.sur le bord
de la mer, ou voit sortir du milieu des sables
plusieurs sources d’eau douce qui sont alimen
tées, à ce qu’on présume, par les eaux d’une au
tre source très abondante qui naît au fond d’une
grotte peu distante, vers l’orient, et se perd
dans la terre presque aussitôt après qu’elle en est
sortie. Cette grotte, ouvrage de la nature, a
cinq cents pas de profondeur sur Cent pas en
viron de large; la voûte en est si régulière
qu’on dirait qu’elle a été taillée au ciseau.
On voit û liellmont un fameux monastère
de kaloyers (1), lequel fut construit au temps
des croisades. Jbès de là, sur le penchant d’une
colline, on découvre les ruines d’une ville
qu’on croit être l’ancienne Trieris.
LES MLN'ES DE GUK 1IP.
\ on loin du village de Gokhp situé sur la
frontière du Paclialick de Karss’élèvc une montag ne dont les lianes recèlent d’abondantes mi
nes de sel gemihe que les Arméniens exploitent.
C’est île ces mines que la Géorgie et la moitié
de l’Arménie tirent le sel nécessaire à la coa
ti) C'csl le nom qu'on donne aux moines grec*.
DR L A
NATURE.
3ll
somma lion de leurs liabitans. En remontant
vers le nord-ouest r on trouve le lac d’Aigheri;ol, auquel on ne voit aucun écoulement et
dont on «ne trouve pas le fond; près de IA est
un marais dont le nom arménien signifie eau
noire; il en sort une rivière du meme nom ,
extrêmement poissonneuse. Si l’on continue
d’avancer en se rapprochant «lu fameux mo
nastère d’Etchmiazin, on découvre près du
village de Gourdougouli une haute colline que
les traditions arméniennes ont rendue fameuse;
ce fut là, suivaitL elles, que se livra la bataille
où Julien l’apostat fut mortellement blessé.
LES CAILLES DE KARAYAS.
L a plaine de Karayns qu’arrose le fleuve
Kour est vaste et fertile, mais elle n’a point
d’habilans. Des bordes de Turkomans y avaient
autrefois quelques villages; l’insalubrité de
l’air, causée par les émanations putrides qui
s’élèvent des marais, les a obligées d’aban
donner le pays qui d'ailleurs est infesté de
reptiles et de serpens très dangereux. Ces inconvéniens disparaissent en partie durant
l’hiver, et comme celte saison y est assez
douce la campagne se couvre de verdure et
31»
LES
MF.RVBIM.F_S
fournit aux troupeaux qui s’y rendent d’excellens pâturages. On y trouve alors beaucoup
de faisans-, les Géorgiens les chassent avec des
faucons-, mais de tout le gibier que cette plaine
offre aux chasseurs, il n’en est pas qu'ils re
cherchent autant que les cailles. Ces oiseaux
sont d’un goût exquis-, on prétend qu’ils de
viennent si gras que leur poids les empêchant
de voler, on les prend à la main.
Avec des habilans industrieux la plaine de
Karayas, favorisée de la nature, deviendrait
un lieu de délices. Ixs marais qu’elle renferme
se forment des eaux que les inondations pério
diques du fleuve laissent dans les lieux bas;
il serait aisé de procurer un écoulement à ces
eaux superflues et d’assainir ainsi la contrée;
mais il faudrait pour cela du temps, du tra
vail et de la persévérance: les Turkomans ont
préféré vivre sans fatigue de ce que la nature
leur donne elle-même.
LES FOUIS DE THELWI.
L a ville de T h eh vi, autrefois capitale du
petit royaume de Kakhetie dans la G éorgie,
eut, dit*on, des palais somptueux et des édifi
ces publics, ouvrnge de scs souverains; elle ne
DE L A
ÏTA TU R E .
3l5
consiste aujourd’hui qu’en trois forteresses
qu’entourent de hautes murailles et qui sont
séparées l’une de l’autre par de profonds ra
vins, ce qui donne à ces lieux un aspect non
moins singulier que pittoresque. Le fort du
milieu a sept cents pas de circuit; une mu
raille élevée divise l’intérieur en deux parties
dont l’une renferme le palais, l’église et quel
ques autres édifices; les maisons des habitans
sont dans l’autre partie. Les boutiques des
marchands arméniens sont hors de la forte
resse du côté du midi ; un chemin couvert
conduit à une fontaine de très bonne eau qui
jaillit de terre au fond du ravin. Les autres
forts sont, moins considérables; celui qui est à
l'orient renferme les maisons des habitans
cultivateurs.
LES MONTAGNES DE FORMOSE.
U.nk très haute chaîne de montagnes tra
verse dans sa longueur du midi au nord Tile
de Formose; les Chinois la désignent sous le
nom de Ta-C kan ou la Grande-Montagne.
L’un de ses pics principaux 1a Moukantj-Chan
(mont boisé), se montre toujours couronné
de nuages; il est très escarpé; ses lianes recèOCÉAME.
l4
5 l4
LES M E R V E IL L E S
lent dans leurs cavités les habitations des in
digènes; un autre pic non moins élevé a de
loin l’apparence d’un m ur; il sert de point de
reconnaissance aux vaisseaux qui fréquentent
ces parages.
Le Montrdo-TEau-Bouillante s’élève à côté
d'une petite plaine du milieu de laquelle on
voit s’élancer avec force un jet d’eau sulfu
reuse, presque brûlante. A peu de distance de la
source elle forme un petit étang d’une lieue à
peu près de circuit* Daus cet étang sont trois
ilôts qu’ombragent des arbres d’une hauteur
prodigieuse. La couleur de ces eaux est d'un
blanc azuré; les insulaires s’en servent pour
l’arrosement de leurs champs.
Le pic de Phi-nan-my-chun est couvert de
pins. On dit que pendant la nuit on voit sur
son sommet une lueur assez vive qui éclaire
les cimes des arbres. Près de là croît le grand
gouet ( arum m ajtu) dont les feuilles sont
d’une grandeur prodigieuse, cl peuvent cou
vrir chacune uno maison; aussi les insulaires
en font-ils très grand cas.
Le Monl-dex-SninU termine la chaîne au
m idi; il sert à guider dans leur route les vais
seaux de Manille. Ses flancs sont taillés à pic;
la mer en baigne le pied. Qnaud la mer est
basse, on aperçoit tout le long de la côte de
petits rochers auxquels les Chinois trouvent
l'apparence de chevaux.
DK I.A
NATURE.
3 i5
Le MorU-ilit-Feu a beaucoup d’élévation; il
est tout couvert de pierres à travers lesquelles
coulent les eaux de plusieurs sources chaudes.
Des flammes jaillissent constamment de ces
sources et semblent voltiger sur les eau x, ce
qui indique, dit le savant M. Klaproth à qui
j ’emprunte le fond de cet article, « que la
terre contient beaucoup de naphte,ou que ses
exhalaisons sont du genre de celles de pietra
mala dans les Apennins, ou du voisinage de
Bakou sur les bords de la mer Caspienne, qui
donnent continuellement du feu. »
Le Moni^iur-Poulailler est à la pointe nord
de Korrnosc, au milieu de In mer. Les Hollan
dais y avaient établi un fort palissadé. Entre
File cl la montagne est un port spacieux et
commode où une trentaine de navires peu
vent trouver un abri contre la tempête.
I«c Mont~duSoi/fre est ainsi nommé parce
qu’on voit sa base sans cesse entourée de flam
mes bleuâtres, et qu’il en sort des exhalaisons
sulfureuses si fortes qu’on ne saurait s’y ex
poser sans danger de In vie. Sur uu pic voi
sin du Mont-du-Soufre il existe, d it-o n , un
bloc de fer fondu qui a la forme d’un chat,
et qu’on regarde comme un monument 1res
ancien. Près do là croissent eu abondance des
camphriers et des châtaigniers dont les insu
laires tirent parti pour la construction de leurs
mâts. Il y avait dans ce lieu quelques Chinois
5 i 6
LES
M E R V E IL L E S
qui eu furent chasses par des pirates. A peu de
distance on voit un grand nombre de villages
qu’habitent les naturels.
LE CUIR-MONNAIE.
V e r s l’an 1 1 9 de Vère vulgaire, sous le règne
de O u-ti, de la grande dynastie de //an , em
pereur de la Chine, la rareté du numéraire
métallique obligea le gouvernement chinois à
recourir aux valeurs idéales. On nourrissait
dans un parc intérieur du palais, des cerfs
blancs ; la peau de cas animaux , tannée, pré
parée et coupée' en pièces carrées d’environ
neuf pouces, devint le signe représentatif de
ces valeurs. Ces pièces de peau étaient ornées
de peintures et de broderies d’une extrême
finesse; on les appelap h ip i(valeur en peau).
On avait fixé le taux de ces phipi à quarante
mille deniers, équivalant à trois cents francs
de notre monnaie. Toutes les fois que les
grands ou les membres de la famille impé
riale étaient invités à quelque cérémonie ou
que seulement le désir de faire leur cour à
l’empereur les attirait au palais, ils étaient
obligés de payer d’une de ces peaux l’honneur
qu’ils recevaient. Cette monnaie au reste n’a
DF. LA RATURE»
O l?
vait cours que parmi les grands personnages-,
le peuple ne s’en servait pas.
Plus tard et en une infinite5 d’occasions les
Chinois ont eu du papier-monnaie, de vérita
bles assignats. Tantôt ils étaient fabriqués avec
l’écorce de l’arbre tchu, tantôt on se servait
de papier fait avec plusieurs sortes de plantes.
Les premiers ne consistaient qu’en une feuille
imprimée et munie du sceau impérial ; les au
tres avaient des bordures et des ornemeus plus
ou moins recherchés.
TH AY-OUAJï-FOU, VILLE CHINOISE.
C r t t e ville est le chef-lieu des établissemcns
que les Chinois out dans Plie de Formose; elle
a pour défense un rempart de dix pieds d’é
paisseur construit de la même manière que la
grande muraille : deux murs parallèles et l’in
tervalle rempli do terre. Huit portes, dont
quatre sont fort petites, établissent la com
munication du dedans au dehors; chacune de
ces portes a un corps de garde en forme de
tour qui s’élève par-dessus les remparts. L’en
ceinte a plus de trois cent cinquante toises de
circonférence; un fessé profond règne è l’en
tour.Sui vaut la coutume des Chiuois, l’artillerie
5 18
I,ES
MEH V K l l.l.F.S
reste dans l’arsenal, les murs en sont dégarnis.
Les principales rues se coupent à angles droits;
elles sont d'ordinaire larges de trente-six à
quarante pieds, et la plupart ont des bouti
ques de toute espère, très bien pourvues. Pen
dant la saison descbaleurs qui durent les deux
tiers de l'année, on tend des toiles d'un coté
de ru eù l’aulre; on se garantit ainsi des rayons
hrùlaus du soleil. La plus grande partie des
maisons sont construites de terre et de bam
bou; le toit est de paille.
Quand les Hollandais étaient maîtres de
l’îlc, ils avaient, commeles Chinois, choisi cel
emplacement pour bâtir leur principal comp
toir. I.’édificc existe encore; il est à trois éta
ges, et entouré d’une enceinte flanquée de
quatre demi-bastions. Ils avaient pareillement
construit une église assez vaste; les Chinois
l’ont .conservée.
I.A TOUR DU LÉANDRE.
A peu de distance de l’ancienne ville d’Abydos et des châteaux modernes de Clienrtocally,
entre Constantinople et Scutari, sur un rocher
qui f?élance du milieu «le la mer, est une tour
antique et à demi-ruin«:e que les traditions loca-
O S LA R A T U R E .
019
I c s d i x o r e n t d u nom fameux (le lourde Léandre.
D’anciennes médailles trouvées dans Abydos re
p r é s e n t e n t l'infortuné jeune homme traversant
le détroit, et luttant contre les vagues au mi
lieu de la nuit. On prétend que la tour actuelle
a été construite sur les ruines de celle où lléro
plaçait la torche dont les clartés propices
éclairaient la morche de Léandre. On cons
truisit plus tard, dans ce lieu même, un phare
dont les ruines se montrent encore prés de la
mer. Huant à la source d’eaux vives qui jail
lissait du rocher, s’il faut eu croire les poètes,
on "n’en voit absolument aujourd’hui aucun
vestige, et il n’y n pas d’apparence que cette
source nil jamais exité ; c'était probablement
quelque dépôt formé par les eaux pluviales.
I-es personnes qui habitent dans cette tour
sont obligées de sc pourvoir d’eau sur le con
tinent.
On jouit en ce lieu du plus magnifique as
pect que l’imagination même puisse concevoir.
D’un côté e’est Constantinople, qui déploie ses
tonrSySe* monumens, ses palais, sous les yeux
de Poüservaleur; de l’autre , ce sont les déli
cieux rivages de l'A sie, ses plaines fleuries,
ses bosquets, ses montagnes couvertes de ver
dure.
5 a o
LE S M E R V E IL L E S
LE PLATANE DE STANCHO.
Il y a dans Pile de Stanebo ( l’ancienne Cos,
voisine d’iialycarnasse), près «le l’entrée du
fort moderne, un énorme plataue qui attire
de loin les regards du navigateur. C’est une
masse de verdure de cent vingt-neuf pieds
anglais de diamètre; le tronc qui la supporte
eu a trente-quutre de circonférence. Une ving
taine de colonnes de marbre ou de granit sou
tiennent par-dessous les pesantes branches du
colosse. Entre les colounes ou a élabli plusieurs
cafés turcs; on y voit aussi le tombeau d’un
santon musulman, et une belle fontaine qui
reçoit ses eaux d’un aqueduc par lequel elles
arrivent d’une source distante d’environ deux
lieues. Cette source sort d’un rocher qui forme
la cime d’une haute montagne, dont les côtés
sont si escarpés qu’en plusieurs endroits on a
été obligé de construire des galeries en maçonnerie.
L’ile de Stanebo abonde eu fruits de toute
espèce; le sol est riche et fécond; le câprier y
croit naturellement et sans culture; d’excelIens pâturages nourrissent de nombreux trou
peaux. La ville est peu considérable; ses hnbitaus sont en partie Turcs, Grecs en partie.
Elle renferme de beaux frogmens antiques,
des tronçons de colonne, des statues mutilées.
I)F. LA NATURE.
.1 2 1
LE VENT DE JAFFA.
L a ville de Jaffa,dont le n o m se trouve dé
sormais lié à nos annales par un événement
sur lequel les opinions sont loin de s’accorder,
et que la postérité seule pourra juger saine
ment, s’élève sur une éminence qu’entofire un
rempart de pierre, flanqué de distance en dis
tance de tours rondes et de tours carrées. Au
milieu de la ville est la citadelle, ancien édi
fice qui tombe en ruine et qui a pour dortjon
une tour casematée, dont les crénaux laissent
voir deux ou trois pièces de canon. Les appro
ches de la ville sont très difficiles du coté de
la mer, dont les flots brisent violemment sur
le rivage. Le port est l’un des plus mauvais de
la côte qui, dans cette partie, est toute hérissée
de rochers. La ville est petite, mal percée,
obscure: maison vaulail la beauté des jardins
qui l’entouraient du côté de l’orient. Ils ont
été complètement dévastés durant les dernières
guerres.
On remarque à Jaffa un singulier phéno
mène. Tous les jours, depuis le lever du soleil
jusqu’à son coucher, le vent souffle constam
ment du sud-ouest. c’est-à-dire qu’il vient de
la merj mais à peine la nuit est-elle arrivée,
qu’il se lève une brise de terre qui souille dans
322
LES M ER V EIL LE *
la direction opposée, et qui se l'ait sentir jus
qu’à deux ou trois lieues du rivage. Ne pout
ou pas dire que la raréfaction de l’air, causée
sur le continent par la chaleur du jou r, pro
duit dans l’atmosphère un vide où l'air envi
ronnant doit se précipiter, et que la conden
sation qui s'opère ensuite parle froid des nuit*,
en le refoulant vers l’ouest, oecasione une
espècc*de flux cl de reflux qui donne alterna
tivement le vent de mer et le vent de terre ?
LE KOCH EH DE SAMSON.
Entre Jérusalem et la mer est une petite
plaine entourée de collines. Celte plaine ren
ferme plusieurs villes-jadis célèbres, Itamla.
Yebria, Ekron, Ascnlon, Asbdod ou Azolux.
Ce fut à Kamla ( l’ancien Ramait ) que Da
vid se réfugia auprès de Samuel pour éviter
les persécutions de Saul; ce fut dans les envi
rons d’Akrom que les enfuns d’Israël rempor
tèrent sur les Philistins une grande victoire.
I.e roc lit am où Samson lut surpris par scs en
nemis, se voit à très peu de distance d’Yebnn.
Les naturels l’indiquent aux voyageurs comme
la merveille de leur pays: il n’a d’extraor
dinaire que la tradition (jui s’y est attachée.
DE L A
A AT URE.
020
Qmml au lieu où Samson périt et lit périr
avec lui trois mille Philistins sous les débris
du temple que ses mains renversèrent, on le
montre près de Gaza.
LES CHAMPS SüR LES TOITS.
I l existe aux environs de Gaza une es
père de phénomène de l’aspect le plus singu
lier et en même temps le plus pittoresque. Les
murs des maisons, extrêmement épais, sont
de brique séchée au soleil, et res murs sup
portent uu toit composé de plusieurs troncs
d’arbre placés les uns contre les autres, et cou
verts d’une forte couche de terre. (?est sur ces
couches que les habitans sèment et recueillent,
les légumes dont ils se nourrissent. On y re
marque principalement la mauve commune
dont ils mangent, les racines et les feuilles
bouillies. Le toit de la mosquée est enseveli
lui-même sous la verdure: le minaret, seul
s’élève au-dessus des édifices qu’à cent pas de
distance il est presque impossible de distin
guer du sol.
524
LE S U EU VEILLF-S
LA G RDITE DE SAINT - JEANC ’ e s t une petite caverne creusée dans le roc,
au sommet d'une haute montagne de l'ile de
Pathmos. Ce fut kl que le saint évangéliste
reçut d’en haut les révélations dont il a formé
son apocalypse , à ce que prétendent les moi
nes d’un couvent qui lui est dédié, et qui oc
cupe le centre de la ville. La ville elle-même
est bâtie sur le quartier le plus élevé de Pile,
à cinq cents pieds au moins uu-dessus du ni
veau de la mer. Les maisons sont toutes cons
truites de pierre blanche. Le chemin par le
quel ou y arrive est rude et fatigant. L’ile n’a
point de terres cultivables, et les kabitans
sont obligés de se pourvoir aux îles voisines de
tout ce qui leur est nécessaire.
CASTEL-ROSSO ou CÎSTHÈNE.
L e s Grecs donnèrent le nom de CisLhèue à
une ile ou plutôt un rocher situé dans la mer
sur la pointe méridionale de la côte de Lycie,
dans l’Asie-Mineure. Ils y avaient bâti uue
ville A cause de la bonté du port que la nature
DE L A
NATURE.
‘J 2 5
a ptau-.eutre Pile et le continent. Les Vénitiens
s’étair'lv rendus maîtres de ce p o sted l’avaient
fortifié*, les Turus à leur tour s’cn emparèrent
sur les Vénitiens, et ils l’ont conservé. La ville
est d’une construction vraiment extraordi
naire; les maisons sont bâties sur des pointes
de rocher, et l’on ne peut circuler enLre elles
par des passages très étroits taillés dans
l^i roche v iv e , et formant des degrés comme
un escalier. Ce que Pile offre d’avantageux à
ses habitans, ce sont de vastes réservoirs, en
grande partie dus à la nature, qui s’emplissent
durant l’hiver des eaux pluviales, et qui la
conservent pour les besoins de l’été.
L'ÉCOLE D’HOMÈRE.
L ’ e x i s t e n c e d’Homère e s t regardée aujour
d’hui par quelques savans comme probléma
tique; ses immortels poèmes ne sont, dit-on,
que des recueils île poésies que chantaient les
rhapsodes et qu’on a réunies en des temps pos
térieurs nu siècle où l’on suppose qu’ Homère a
vécu. Quoi qu’il en soit de cette question, il
est certain qu’il existe à Scio un monument
que les liabitans, héritiers des traditions de
leurs pères, soutiennent avoir été le lieu où le
5 2b
LES MERVEILLES
poète donnait ses leçons à ses disciples. ‘ deux
lieues environ de la v ille , du coté d: *0« tentrio n , non loin du rivage df*Ja mer, on voit
uu rocher dans le flanc duquel existe une ex
cavation naturelle ou artificielle. Au milieu de
cette excavation, il y a une grande pierre en
forme de table; c’était la place du maître- on
distingue ù l’entour des frogmens d’autres p-er
res qu’on peut appeler des bancs; c’é ta it, sui
vant les Sciotcs. la place des adeptes. A quel
que distance de ce rocher, un groupe de beaux
arbres prête sou ombrage aux voyageurs qui
vont visiter ce monument. Une source d’eau
douce et abondante naît auprès des arbres, et
répand dans ces lieux une agréable fraîcheur.
Les Turcs, babitans de la v ille , s’y rendent en
foule durant la saison des chaleurs.
COMBAT D’UN ÉLÉPHANT ET D’UN
CROCODILE.
P erdant que les Portugais avaient un éta
blissement dans la presqu’île de M alaca, ou
prit dans Pintéricur des terres un jeune élépbantquc l’on apprivoisa. Le gouverneur l’en
voya aux iles Philippines. Cet animal était
d’tin naturel si doux qu’on le laissait courir li-
DE L A
N A T l.'IU :.
027
brament dans la campagne. Un jour que r a
nimai paissait sur les bords de la rivière Para
gon, pressé par la soif il entra dans l’eau pour
la satisfaire. Il n’y fut pas plus tôt qu’un cro
codile le saisit par un pied , et ce fut avec tant
de force que l’éléphant ne put lui faire lâcher
prise. Mais celui-ci enfonçant dans l’eau sa
trompe saisit à son tour l’amphibie et le dé
posa sur le rivage. Là un nouveau combat
s’engagea, mais à la lin l’éléphant, plaçant
sur le crocodile le pied qu’il avait libre, par
vint non sans peine à le mettre en pièces avec
sa trompe.
NIDS D’OISEAUX.
Prjisokhe n’ignore que les Chinois sont très
friands de certains nids d’oiseaux qu’ils pré
tendent être non-seulement un bon m ets.
mais encore un aliment sain cl stomachique.
Ces nids se tirent principalement du pays de
Champa situé entre le royaume de Camboje et
la Cochinchinc. Les oiseaux qui les font sont
à peu près de la forme et de la grosseur de nos
hirondelles. Vers l’époque de la ponte ils ren
dent par le bec une humour glut incuse et
abondante; c’est de cette sorte de glu qu’ils
528
LB S M E R V E IL L E S
attachent contre les rochers, et qui se durcit
ù l’air qu’ils fabriquent leurs nids uuxquels ils
font prendre la (orme d’une cuiller. C’est IA
que les femelles couvent leurs oeufs. Comme
ces oiseaux se réunissent par bandes innom
brables, le nombre des uids est tel qu’on en
recueille tous les ans de quoi composer la car
gaison de plusieurs barques. Plusieurs Euro
péens qui en ont mangé prétendent qu ils ne
sont point mauvais. Ce qui est certaiu c’est
qu’il s’en fait uu commerce considérable et
que les Chinois les paient assez cher.
LA GOMME ARABIQUE.
L ’ a r b r e qui porte cette substance si recher
chée dans le comm erce, ressemble par la
forme et le feuillage A l’acacia; il est comme
lui hérissé de piqunns et surchargé de bran
ches , mais il conserve sa verdure toute l’an
née et sa hauteur est beaucoup moins consi
dérable. Sa (leur, faite en forme de cloche,
renferme un pistile entouré de filets, et un
ovaire qui contient la semence. Le fruit (pii
lui succède, vert en naissant. prend à mesure
que la maturité s’avance une teinte de feuille
morte j il est rempli do petits grains blancs,
DE
LA
NATUR
RE
E..
5 a g
assez Ours. La récolte de la (jomrne se fait deux
fois tous les ans. Les morceaux fraîchement
cueillis s’ouvrent eu deux comme un abricot,
et In partie intérieure, tendre et juteuse, a le
goût de ce fruit. Les Arabes s’en nourrissent,
de même que les nègres du Sénégal, où l’ar
bre à gomme est commun. C’est un aliment
sain, pectoral et rafraîchissant.
LES CHAMEAUX ARABES.
L e chameau que les Arabes appellent le na
vire du destri et que les Egyptiens dans leurs
hiéroglyphes auraient dû représenter comme
l’emblème de la résignation et de lu patience,
a été si souvent décrit qu’il n’est personne qui
ne le connaisse. Je ne ferai ici qu’une réflexion.
Quand on voit le chameau sans armes, sans
grilles, sans défenses, d’un naturel doux et ti
mide , dénué en un mot de tous moyens de
résistance, on est tenté de eroire que la na
ture en le formant l’a destiné à la servitude;
on dirait même qu’elle lui a donné le senti
ment de la reconnaissance et de l’afleetion pour
l'homme qui le protège contre ses ennemis.
Les chameaux des Arabes Bédouins sont
plus petits et moins forts que les autres, mais
53o
LES MERVEILLES
ils endurent mieux la fatigue et les privations,
lis sont doues de beaucoup d’intelligence, e t ,
comme l’éléphant, ils reconnaissent les bons
traitemens et gardent le souvenir des injures;
ils cherchent même à se venger, attendant,
s’il le faut, pendant plusieurs mois, l'occasion
de le faire; mais aussitôt que leur vengeance
est satisfaite, ils reprennent avec leur douceur
leurs habitudes de soumission et d’obéissance.
Leurs maîtres qui connaissent très bien leur
naturel, ne manquent jamais de leur offrir les
moyens de se venger, sans danger pour euxmêmes. Lorsqu’ils ont maltraité un de ces ani
maux, s’ils craignent qu'il n’eu garde le souve
nir, ils placent leurs vêteinens sur le lieu où
il doit passer. L’animal qui les reconnaît,
les saisit avec ses dents, les secoue avec fu
reur et les foule aux pieds. Quand il a ainsi
épuisé sa colère, il se laisse conduire avec la
même docilité qu’auparavant.
LE FERGANAÏÏ.
Ox donne le nom de Fergânah à une vaste
contrée de l’Asie centrale, dépendante de la
Bucharie et située entre les villes de Kascbgar
à l’orient, de Sainarcand à l’occident, de Badakcliàn au sud et une haute chaîne de mon-
\
DK LA SATURE.
55 J
tague* au nord. Ce pays forma le patrimoine
du sultan Babour qui jeta clans l’Inde les pre
miers fondemens de la puissance mogole , au
commencement du seizième siècle de notre
ère. Ce prince qui joignait aux vertus royales
un amour éclairé des lettres a écrit lui-meme
l’histoire de sa vie. Dans cet intéressant ou
vrage que les orientaux regardent presque
comme sacré on trouve de ses états héréditai
res une description que je m ettrai, en l’abré
geant. sous les yeux des lecteurs; elle se r e
commande autant par son exactitude que par
le nom de son auteur.
La ville d’Andoudjân était la résidence du
prince; elle est bâtie au milieu d’un pays abon
dant, en fruits délicieux; parmi ces fruits les
melons et les raisins occupent la première
place. Cette ville fermée de murailles a dans
son enceinte neuf réservoirs q u i, par autant
d’aqueducs, reçoivent les eaux de neuf sources
différentes. La forteresse est entourée d’un large
fossé. On trouve dans le voisinage beaucoup
d’oiseaux de proie dont quelques-uns sont
dressés pour la chasse. Ou y prend des aigles
très gras. A quelque distance de la ville vers
le m idi, est une montagne escarpée sur le
sommet de laquelle il existe un édilice eri
pierre construit par ordre du sultan Malvm oud, l'un des prédécesseurs de Babour; ce
dernier lit bâtir sur un point saillant de la
352
ItS MERVEILLES
même montagne un très beau portique d’où
l’on découvre la ville, la campagne et beau
coup de villages.
La rivière de Kech passe entre la montagne
et la ville; ses deux rives sont toutes couver
tes de jardins que fertilisent les eaux sagement
distribuées. Ces jardins produisent toute sorte
de fleurs, principalement des tulipes, des ro
ses et des violettes; celles-ci sont remarqua
bles par l’extrême suavité de leurs parfums,
rius près de la ville on aperçoit le temple ou
Mexdjid-dex-f)jou*, devant lequel s’étend une
très belle plaine abritée du soleil du m id i, et
ornée de trois étangs dont l’eau claire et lim
pide laisse voir les innombrables poissons qu’ils
contiennent.
On a découvert sur cette montagne, il y a
peu d’années, ajoute Babour, des pierres dont
l’intérieur offre des bandes ondulées» rouges
et blanches; on en fait de petits vases, des
manches de couteau et d’autres choses sem
blables. Ces pierres acquièrent un très beau
poli.
A deux lieues d’Andoudjân , près de Mnnghinàn, on trouve les meilleures grenades et
le plus beau jasmin de la contrée; il y a aussi
un petit fruit à noyau , semblable à la prune;
ce noyau roulé dans la bouche prend une cou
leur rouge très foncée. A l’est de Marghindn on
trouve une plaine déserte sur laquelle règno
DE T,A IVATTIRE.
555
constamment un vent fort et mal sain que les
voyageurs redoutent.
La plus forte place du pays de Fergànah est
celle d’Akhsin , située sur le pied d’une mon
tagne escarpée et défendue par des fosses lar
ges et profonds. Le Silioun coule au pied de la
ville (1). Les melons que les environs produi
sent sont les meilleurs du pays et sans doute
de l ’univers. Les montagnes voisines nourris
sent beaucoup de cerfs blancs, d'aigles eL de
lièvres.
La température du Fergànah n'est point
partout égale, ce qui dépend du plus ou moins
d’élévation du sol. Il croit sur les hauteurs
une espèce particulière de peupliers dont l’é
corce s’emploie à fabriquer des bâtons rouges,
des cages d’oiseau , des manches de fouet, etc.
Le bois est très beau et l'on en fait des ouvra
ges de menuiserie que les Turcs et les étran
gers paient très bien. Presque toutes les mon
tagnes sont couvertes d'herbe; les troupeaux
y trouvent de bons pâturages; quelques-unes
renferment des mines de fer et des turquoises.
(i) Babour dit que le sihottn, qui cat l'ancien Ju râ te s,
fie perd dans les fiables sank s’étre mêlé afec aucun autre
llcuve. C'est une erreur. Le Silioun, qu'il ne faut pas con
fondre avec le Djihiiiiu (l'ancien Oxu»), après avoir reçu le
tribut de plusieurs rivières, se je tte dans la mer d'A r a i. à
l'est de la mer Caspienne. L'Oxuss'y décharge également.
55 i
LES Mr.RVF.ILI.BS
LA VILLE DE JAKE AND.
C e t t e ville heureusement située dans le pays
de Kaschgar, est l’une des plus considérables
de l’Asie centrale. Mlle fut d’abord grande et
populeuse; les guerres qu’elle essuya la ruinè
rent complètement; les hèles fauves habitè
rent parmi ses débris; plus tard , clic fut res
taurée, ou pour mieux dire reconstruite. Elle
fut entourée d'une forte muraille haute de
trente coudées; dans l’intérieur on vit s’élever
de beaux édifices, et les eaux y furent con
duites des montagnes voisines par des aque
ducs; tous les a lien tours furent plantés de jar
dins. Le territoire de Jarkand est le plus beau
de la contrée comme il en est aussi le plus fer
tile. Ses murs sonl baignés par une rivière qui
diminue au printemps, dit-on, et qui croît
dans l’été. La température y est assez froide,
ce qui n’empêcbe pas qu’il n’y vienne beau
coup de fruits. Au-delà de Jarkand on tra
verse un pays coupé de rivières, et tout cou
vert d’arbres et de jardins.
DE
LA
SATURE.
355
LE TEMPLE DES DIEUX-RATS.
L es Egyptiens ne sont pas le seul peuple
chez <]ui les animaux ont eu des autels; ou
trouve au milieu de l'Asie des traces de ce culte
insensé; ce qui doit paraître bien surprenant
c'est de voir que les rats ont joué un rôle im
portant en des circonstances à peu près sem
blables dans l'Egypte et dans le Thibet.
On lit dans Phistoire de Khotuu, traduite
des Chinois par M. Abel de Hem usât qu'une
armée de Turcs, Hioung-nou, ayant envahi
la contrée, le roirjui se trouvait hors d’état de
résister s’adressa aux rats du désert , et qu'il
leur offrit des sacrifices pour se les rendre fa
vorables. La nuit venue, le prince étant cou
ché vit en songe un gros rat qui lui promit
que les rats combattraient pour lui contre les
Turcs. Le roi plein de confiance dans cette
promesse fit donner le signal de l’attaque dès
l’aube du jour. Les Turcs, pris â l'improvisle,
coururent aux armes; mais ils ne purent en
faire U6age ; les cordes des arcs, les comroies
des cuirasses, leurs propres vête me ns avaient
été ronges par les rats et réduits eu lambeaux,
de sorte que privés de tous moyens de défimse
les Turcs furent obligés de se rendre aux en
nemis dont ils s’étaient flattés qu'ils emporte
556
LES
MERVEILLES
raient les dépouilles. Le roi de K ho tu n , vou
lant montrer aux dieux-rats sa reconnaissance,
construisit un temple en leur honneur et leur
fit offrir des sacrifices.
Pendant le règne de Sétlios, raconte Héro
dote, Sennacherib, roi des Assyriens et des
Arabes, envahit l'Égypte avec une armée
nombreuse. La tribu des guerriers refusa de
marcher-, dans cette extrémité Sétlios eut re
cours à Vulcain dont il avait été prêtre avant
de monter sur le trône et Vulcain lui promit
de le secourir. En effet, une multitude infinie
de rats s’étant répandus dans le camp assyrien,
toutes les cordes des a rcs, des boucliers, des
carquois furent rongées dansunc n u it, de sorte
que les Assyriens saisis de terreur, lorsqu’ils se
virent ainsi désarmés en présence de l’ennemi
qui s’avançait pour combattre, prirent la fuite
et se dispersèrent. En mémoire de ce grand
événem eut, ajoute l’historien grec, on érigea
dans le temple de Vulcain une statue qui re
présentait Sétlios tenant un rat dans sa main;
il y avait l’inscription suivante: En me voyant,
apprenez à respecter les dieux.
LA FRONTIÈRE RUSSE ET CHINOISE.
Un traité de 1728, confirmé quarante ans
DE L A
NATURE.
537
apres sous Je règne de Catherine, a déterminé
sur des liases encore subsistantes la ligne de dé
marcation qui sépare les deux plus vastes em
pires de l’univers, celui des Üros (c’est le nom
que les Asiatiques donnent aux Russes ( i) et
celui de la Chine; elle s’étend depuis la rivière
Bouktourna du côté de l’ouest .jusqu’aux ri
vages de la mer d’Okholsc A l’orient. Cette li
gue a sur toute son étendue de cinq.A trente
toises de largeur, suivant la nature du pays
qu’elle traverse; elle n’appartient en propre
à aucune des deux puissances et elle forme la
véritable limite.
Les commissaires chargés de tracer la ligne
divisoire commencèrent leurs opérations uu
ruisseau de Kiakhtn qui se jette dans la rivière
tie Selenga. On y éleva deux colonnes de pierre
ou plutôt deux pyramides de trois toises d’é
lévation sur une largeur égale à la base; des
inscriptions russes et mongoles furent enter
rées au pied de ces colonnes. Des colonnes
semblables, M ayaks, ont été ensuite érigées
du côté de l’est en soixante-trois lieux différcos, et du côté opposé en vingt-quatre places,
parmi lesquelles on remarque relie où le khan
mogol Loodzung a fait tuilier dams le rue un
passage, le seul qui conduise de la Mongolie
dans la Sibérie; c’est au midi de ce passage
(i) Us appdleut A/ k js i b l a n c l'empereur de Russie.
o c é a m i »:.
l5
558
L I S M ERVEILLES
qu’on ne franchit pas sans fatigue qu’on aperçoit
les limites, au sommet d’un rocher escarpé.
La frontière doit être également protégée
par les deux puissances, et l’on ne peut s’in
troduire d’un pays dans l’autre que par les lieux
de passages déterminés. Tour garder ces passa
ges on a établi des corps de garde des deux
cotés de la ligne, de manière s» ce qu’ ils puis
sent réciproquement s’observer. Des patrouil
les parcourent la ligne chaque jour et veillent
à ce que nul ne la puisse franchir. Cette me
sure a pour but d’empêcher que des commu
nications ue s’établissent entre les peuplades
limitrophes. Dans les endroits où les limites
sont à de grandes distances On a élevé dans
l’intervalle des pyramides de terre ou de pierre
qui indiquent la direction de la frontière.
LE TEMPLE DE GEZURKHAN.
G iz d r k h à H fut un héros mongol qui vivait
au commencement du troisième siècle de Père
vulgaire; les Chinois qui lui donnent le nom
de Kouan-Yu prétendent qu’il naquit dans leur
pays. On raconte de lui beaucoup de proues
ses et l’on vante par-dessus tout son courage et
sa valeur, qui toutefois ne l’empêchèrent pas
DE LA R A TU RE.
33g
de tomber dans les mains de scs ennemis.
Ceux-ci le firent périr, mais les Chinois disent
qu’il n'est pas mort et qu’il est allé prendre
place nu ciel parmi les demi-dieux. LesMandchoux qui occupent aujourd’hui le trône im
périal le regardent comme le génie tutélaire
de leur race.
On le représente ordinairement assis, entre
son fils Kouan-Pinjg, et son écuyer dont la
couleur est d'un brun noir. Gczur a un tem
ple célèbre, è M ni-M ai-Tchin, lieu d’entre
pôt du commerce chinois sur la frontière en
face de Kiakhtn. Ce temple, que les Chinois
seuls fréquentent, renferme plusieurs images
difformes de demi-dieux et de démons, aux
quels on offre chaque jour des sacrifices. Il y
a près de l’entrée un autel couvert d'un tapis
de soie jau n e, et sur lequel on place des fruits,
des confitures et des mets de toute sorte avec
une tablette dout l'inscription signifie : Au
grand et sublime empereur régnant de Thaïthsi/tg, dix mille dix mille années (1).
Dans la partie méridionale de la ville ort
voit un autre tem ple, consacré au dieu que
les Mongols appellent Ergetou-Khomchhn, le
même, i\ ce qu’on croit, que l’Ischouarn des
Hindous,sorti des rives du gauge avec le culte
bouddhique.
(i) Daittmg ou Thnitliling,nom de la dynnsfic Mandchoue
«pii règne actuellement *ur la Clifnc.
54o
LES
BIER V E I L L E S
LE MAMENTOWA ou MAMMOUTH.
I l n’est personne qui irait entendu parler
du mammouth , le plus grand de tous les ani
maux que la terre ait portés. La rare de ce
quadrupède s’est éteinte depuis long-temps,
s’il est vrai qu’elle ait jamais existé, et que
les os qu’on a souvent trouvés à de grondes
profondeurs dans les régions septentrionales
de l’Asie, de dimensions et de formes colossa
les, appartiennent à cette espèce. Toutefois
les Tongouses, et ce qui est assez singulier les
sauvages du nord de l’Amérique prétendent
que le mammouth vit encore. Dans une des
cription chinoise de la Russie, dont M. Kla
proth a donné une traduction, on lit le pas
sage suivant :
« Le m amen town est un rat qui se trouve
dans le pays de Yakoutsk, très avant vers le
nord , près de la mer septentrionale. Son corps
est graud comme Celui d’un éléphant ; il pèse
dix mille livres. Il marche sous terre et meurt
dès qu'il est atteint par l’air extérieur. On le
trouve dans la terre au bord des rivières. Les
as sont faciles à travailler, prennent un beau
poli et sont très blancs. C’est une espèce d’i
voire. Les gens du pays en font des tasses,
des vases, des peignes et autres ustensiles sem-
UK LA
KATIU K.
341
blables. La j»ature d elà viande de cet animal
est très froide, et celui cjui en mange peut ré
sister !i la chaleur. »
L’auteur de la description ajoute, en par
lant du Yakoutsk, que le clim at y est très
froid, que les jours sont fort longs et les nuits
très courtes. Quand le soleil se couche, dit-il,
la nuit commence; mais à peine quelques
quarts d’heure se sont-ils écoulés que le ciel
s’éclaircit à l’orient ; c’est que dans ces con
trées on est proche de hendroit où le soleil se
couche.
FRUITS DE SIAM.
Uiv sol riche et fécond fournit en abondance
aux Siamois tout ce qui est nécessaire aux be
soins de la vie; parmi ses productions les plus
remarquables, il faut placer les fruits, qui
plus substantiels que ceux de lT.urope,offrent
un aliment sain , nourrissant et d'un goût
agréable.
Le premier de ces fruits est de la grosseur
et presque de la forme d’un melon ordinaire;
il croit sur le tronc d'un grand arbre au-des
sous de la naissance des branches. Il est re
couvert d'une écorce très dure qui s’entrouvre
•>42
I.ES M E R V E I L L E S
d’elle-m êm e, lorsqu’il est parvenu ù sa matu
rité. Cette écorce renferme plusieurs cellules
remplies d’une pulpe blanche, délicate, et
d’une saveur exquise. Une circonstance par
ticulière, c’cst qu’autant ce fruit parait bon
quand on le m ange, autant l’odeur qui s’en
exhale est désagréable: elle ressemble ù celle
d’une pomme pourrie. Ce fruit est très échauf
fant, et les Européens surtout doivent en être
fort sobres.
Un autre Iruit qui naît pareillement sur le
tronc de l’arbre qui le produit, n la forme
d’une citrouille; il renferme une pulpe ferme
et jaunâtre, d’un goût aigrelet comme la gro
seille. Cette pulpe contient un grand nombre
de noyaux ou pépins de la grosseur d’une
amande; on les mange rôtis. On assure même
qu’on en recommande l’usage à ceux qui se
nourrissent.du fruit, dontla vertu purgative est
corrigée par les vertus contraires des pépins.
Le figuier d’Adam est très commun dans ln
contrée. Les ligues qu’il donne y sont peu es
timées , quoiqu’elles soient très bonnes, et
qu’il en existe un grand nombre de variétés
qui toutes remportent en qualité les unes sur
les autres. L’ananas, le coro, les mangues,
les oranges, et généralement tous les fruits de
1 \sie et des mers du Sud se trouvent â Siam.
DE L A
NATURE.
543
I.A VILLE J)E TONQUI.N ou K E S C IIO .
v ille , située sur les bords d’une
{{ronde rivière que les vaisseaux peuvent re
monter, est tout ouverte et n’a point de mu
railles. Elle s'étend le long du rivage sur un
espace de deux grandes lieues; sa largeur, il
est v ra i, répond peu à cette longueur; en
core faut-il ajouter que l'intérieur de Keseho
est rempli de marais et d’étangs formés par les
eaux de la rivière dans le temps des crues.
Ses rues sont fort larges ét dans certains quar
tiers Pattluenoo est considérable. Les maisons
sont construites, comme à Siam , de branches
de bam bA^nduiles d’argile, et couvertes de
feuillage ou de chaume; celles «les personnes
riches on qualifiées ont les murs revêtus de
chaux et le toit garni de tuiles.
Il y a dans la ville et dans les environs un
grand nombre de temples; l’un des plus fa
meux est relui de Tchoua-Lhcp. On y voit
une idole de stature colossale , assise sur une
espèce d’estrade et touchant de sa tête la
voûte «lu temple. Comme elle n’est que de
brique et de p lâtre, elle a besoin d’être soute
nue par derrière; on l’étaic au moyen de co
lonnes «le bois. Cette masse informe est vernie
et dorée; l’industrie des Tonquinois ne va pas
plus loin.
Cette
HA
LES
M E R VE I LL ES
LL MENAIV ou RIVIÈRE DE'CAMBOJE.
C e t t e rivière, Lune des plus considérables
de l’Asie méridionale, coule du nord au sud à
travers uu pays fertile et des forêts peuplées
d’éléphuus, de tigres et d’autres bêtes féroces.
Elle se décharge daus la mer par quatre larges
canaux tous navigables, dont on prétend que
deux sont l’ouvrage de l’a r t . ce qui doit pa
raître peu vraisemblable. Cette rivière sort
presque tous les ans de sou lit, inondant une
immense étendue de terrain , mais ses débordemens sont moins l’eft'ot de sa propre crue
que de la jonction qui s’opère cuU^elle et la
rivière de Laos. Cette derrière
dans le
temps des pluies jjrossit cousidérableinent, se
jette dans leCamboje, non obliquement, mais
en ligne droite et avec tant d’impétuosité
qu’elle arrête le cours plus leut de ses flots, et
le force même à rétrograder vers sa source
jusqu’à plus de soixante ou soixante-dix lieues
au-dessus du confluent.
CABAR-HOÜl), on LE TOMBEAU D’UÉBER.
Ou voit sur la cote de l’Yémen, à peu de
UK I.A
NATIJHK.
546
distance de la ville de M erbat, une bourgade
qui porte le nom de Cabar-Houd, ou sépulcre
d’IIoud , à cause d’un petit monument qui s’y
trouve, consistant en une espèce de mausolée
couvert d’un dom e, et dans lequel les Ara
bes prétendent que sont renfermés les restes
d’Houd, nom par lequel ils désignent le pa
triarche Iléber de qui les Israélites prirent «re
lui d’IIébreux. Ce fut en ce lieu même, sui
vant leurs traditions, qu'après avoir ensei
gné à leurs pères la connaissance du vrai Dieu,
le patriarche lermiuu sa carrière et qu'il fut
enseveli.
Merbut ou Mirbath est située en face de
rile de Zoeotora; ses montagnes, dit Aboulféda, produisent l'arbre qui donne l’encens.
LE CADRAN DE SAMARKAND.
Ouloog -B ec. Mirza-Mehcmct, petit-lils du
fameux Tim ur-Leng, a laissé en Asie un nom
vénéré autant par les infortunes peu méritées
qui l’assaiUirent que par sou amour pour la
science, phénomène moral dans un prince
tartarc, et surtout par les tables astronomi
ques, Zidyc'-il-caili, que dressèrent par son
LES M R R Y E I L L E S
ordre les meilleurs astronomes de son temps ( 1),
réunis par ses soins à Samarcande. Pour com
poser ccs tables il fallait construire divers instrumens; entre autres choses,on lit un cadran
solaire d’une grandeur prodigieuse. Voici ce
qu’en dit un savant anglais. Il assure que du
rant son séjour à Constantinople, plusieurs
astronomes turcs, qui ne tarissaient point sur
les louanges d’Ouloug-Beg, lui dirent que le
style du cadran égalait au moins en longueur
la hauteur du dôme de Sainte-Sophie ; et
comme il laissait voir des doutes sur la vérité
du lait, attendu que ce style aurait dd avoir
une longueur de cent quatre-vingts pieds ro
mains, ces Turcs affirmèrent qu’ils l’avaient
ouï dire ainsi très souvent A des Persans «lignes
de foi.
LE BJBNGH D’ARABIE.
Os sait que les Orientaux font un usage
immodéré de l’opium. A les entendre, cette
(1) Ce* table.*, trè* renommée» dnn* tout l'O rient, mut
de l'an Si» de l'hégire ( i 4 !IG); il ne (out pas 1rs confondre
avec celles que drca*a ver» l'an isSg par ordre du fiiuicu*
Houlakou-Khaud Navtcr-cddin-hcn-hassun, originaire du
Kborauan. Ces de o» luonumens littéraires, conservés par
Aboulfeda , furent d'aboid connus en Europe parla version
Uline ou savent Greaves, professeur «le l'université d'Oxford.
DE L A
NATURE.
3/ j 7
substance ne produit pas seulement l’ivresse,
mais encore elle procure de douces rêveries,
d’agréables illusions où l’on croit posséder les
biens qu’on désire, des souvenirs pleins de
charmés, l’oubli des m aux, enfin des jouis
sances qui ne sont pas moins vives que si elles
étaient réelles. Les Arabes «lu désert rempla
cent l’opium qu'ils iront pas par une autre
plante qui produit les mêmes effets5 c’est une
espèce de jusquiame qu'ils appellent bengh; ils
en forment «le petites boules «le la grosseur
«l’une noix; une de ces boules suffit pour les
mettre dans cet état qu’ils regardent comme
le plus heureux. Si le bengh leur manque, ils
y suppléent par les feuilles préparées du chan
vre.
il fuut que réellement l’usage de celte subslance soit accompagné de résultats qui plaisent
aux Orientaux : l'assoupissement, le sommeil
et les rêves; mais il u’en est pas moins certain
qu'en agissant fortement sur les organes, elle les
affaiblit, les use et qu’à la longue elle produit
il«*s accidcns funestes qui se terminent par la
mort. Les Musulmans rigides proscrivent l’o
pium et le bengh, mais ils ne sont point écout«:s,ct malgré leurs effets désastreux ces drogues
sont toujours recherchées.
:> .î8
LE S g KH V E JU .E S
MAREB ou l’ANCIEN SABA.
L e s xVrabcs donneut le nom de March à une
ville de l’Yérnen , jadis très florissante, siège
•lu gouvernement, aujourd’hui tombant en
ruine. Elle est située à l’extrémité des monta
gnes d’Hadramonl (1). On prétend qu’elle a
été construite du débris de la ville fameuse de
Saba, dont la reine Balkis alla visiter Salo
mon. Ou voyait encore au temps d’Aboulfédu,
dans les environs de la ville moderne, les
restes d’une digue immense : c'était là tout ce
qui restait de Saba.
Cette ville de Saba fut célèbre dans l’Écri
ture de même que dans les auteurs profanes.
Suivant Ezéchicl, chap, a ? , il s’y faisait un
grand commerce, et l’on en tirait beaucoup
d’or. Diodore de Sicile et Pline après lui ont
rendu témoignage du même fait. Ce dernier
met au nombre des richesses des Sabéens, les
parfums, les essences aromatiques, l'or et les
fruits de la terre. Les montagnes d’iiadramont
renferment, dit-on, encore, plusieurs sortes
•le pierres précieuses; on y trouve principa-
(ij On croitqne ce nom d'iladninont vient d'IIaritainoiit,
fil» de Jactan et petit-fils d 'H tbrr; Saba, fondateur de lu
**11« de ce iiuiu était aussi fil» ou suivant quclquct-uns de*,
ccndant a»quatrième degré du inèuie Jactan uu Cohtau-
DF. L A K A T l’ U B .
549
lenient des agathes et «les cornalines. I.c pays
a pour capitale la ville ou plutôt le château
de Schabau, que sa position sur les monta
gnes fait regarder comme inexpugnable.
LA CITERNE DE NAÜAIIMONI.
Les Grecs ont dans la ville de Scio un fa
meux monastère auquel on donne le nom de
Nahahinoni, et dont on attribue la fondation
à Constantin. Ce couvent est très rich e, et
tous scs édifices sont construits avec autant de
solidité que de magnificence. Les étrangers y
admirent une vaste citerne de cinquante pieds
en carré, sur trente pieds de profondeur. La
voûte qui la recouvre est supportée par deux
rangs de colonnes. Ce réservoir suffit aux
besoins des nombreux habitons du monas
tère, qui sont, dit-on, nu nombre de trois
cents, parmi lesquels on compte quarante
prêtres.
LES PIERRES Dü MONT CARMEL.
Ok trouve sur .le mont Carmel une grande
5 5 o
LE S
M E R V E IL L E S
quantité do pierres ou cailloux de diverses
formes et de toutes sortes de dimensions. Ces
pierres imitent assez grossièrement la figure de
plusieurs fruits, et c’en est assez pour que les
naturels leur donnent le nom de ces fruits, et
qu’ils leur attribuent des vertus secrètes pour
la guérison de beaucoup de maladies. Aussi les
recueil Iont-ils avec soin , soit pour les vendre
aux étrangers comme des objets de curiosité,
soit pour les appliquer à leur propre usage,
car ils sont de bonne Foi lorsqu’ils en vantent
les propriétés. Les petits cailloux, de forme
arrondie et oblonguc, sont appelés olivet ; on
les regarde comme un spécifique infaillible
contre le calcul, et ou les livre au commerce
sous le nom de lapides ju d o ici ( pierres de
Judée ). Prosper A lpin, dans son Histoire na
turelle de l’Égypte, en parle comme d’un re
mède efficace que les Égyptiens employaient
de son temps, après avoir broyé la pierre avec
l’eau distillée de l’écorce de la racine de la
bugrane. D’autres fout dissoudre la pierre de
Judée avec du jus de citron.
Quelques-uns de ces cailloux portent le nom
de pêche et de melon , ils sont ronds et creux,
de différentes grandeurs; on trouve dans leurs
cavités de petits stalactites, qui tiennent la
place de pépins ou de noyaux; mais les natu
rels ne savent pas trop eux-mêmes quelles sont
leurs propriétés. Ils ramassent aussi sur la
DE L A
S A T L Ïli:.
5 5 1
montagne d’autres petits cailloux lout roads,
(|u*ils appellent pois de la vierge. Us en ven
dent aux pèlerins, ainsi que de l’eau du Jour
dain, des roses de Jéricho, et d’autres cho&s
semblables.
La roche vive qui sert de base aux monta
gnes de cette contrée, est presque partout
couverte d’une couche ou de plusieurs cou
ches d’une craie molle et blanchâtre, où l’on
trouve en fouillant, tics coraux, des coquilles,
et mémo des poissons fossiles. Ces derniers sont
ordinairement très aplatis, de même que
la fougère fossile, mais en général ils sont si
bien conservés, que non-seulement on re
trouve toutes leurs formes, mais qu’on recon
naît encore jusqu’aux écailles et jusqu’aux
moindres traits des nageoires.
LE FLO SAINT - ELME.
Personne n’ignore qu’il arrive souvent aux
marins, dans les temps orageux, de voir des
feux brillans voltiger sur les antennes et sur
les mâts de leurs vaisseaux; on leur donne le
nom de feux Sninl-KIme. Il arrive aussi plus
d’une fois aux voyageurs qui traversent des
climats chauds, d’avoir durant In mut un
352
I.E 5
M E R V E IL L E S
spectacle semblable. Le docteur Shaw raconte
que , voyageant un soir dans les vallées du
mont Ephraim, il fut accompagné ou suivi pen
dant plus d’une heure par un de ces météores,
qui pri t successi veinent toutes sortes de formes.
Tantôt, d it-il, c’était un globe de feu, rou
lant sur lui-m èm c, tantôt c'était un cylindre
terminé en pointe comme la flamme d’un
flambeau. Quelquefois il s’étendait comme une
nappe, et entourait toute la troupe des voya
geurs, mais sans offenser personne-, ensuite il
diminuait insensiblement, ou il s’éteignait
tout d’un coup 5 nu bout d’une minute il se
rallumait comme un éclair, courait d’une pro
digieuse vitesse, et allait se montrer au som
met des montagnes, ou bien il occupait le
fond des vallées.
Shaw remarque en terminant son récit que
pendant la journée l’atmosphère avait été très
chargée, et qu'au commencement de la nuit
il était tombé une espèce de rosée onctueuse
et gluante.
LE DÉSERT D’ÉDOM.
U.v pays composé d'immenses plaines do sa
ble et de montagnes arides qui n’offrent que
DE
LA. K A T O R K .
355
des rochers perpendiculaires, un sol n u , dé
charné, privé de. végétation , un soleil brûlant
pendant le jour, un froid piquant toutes les
nuits, des vents violons qui dans leur course
rapide se chargent de nuées de sable et de
poussière : tel est- aujourd’h u i, tel fut proba
blement toujours le désert d’Édom, où les
Israélites furent contraints de passer plusieurs
années après leur sortie d’Égypte.
Une particularité remarquable de ce désert,
c’est que là où les sables unis forment de vas
tes plaines dont l’œil ne saurait saisir les li
mites, il s’opère une illusion d’optique telle
qu’on se croit sur les bords d’un grand lac. A
mesure qu’on avance , le lac marche aussi, et
l’illusion se prolonge jusqu’au moment où le
soleil est descendu sous l’horizon. Ce prestige
est peut-être produit par le mouvement on
doyant des vapeurs qui s’exhalent de la terre,
attirées par les feux du soleil. Ce qui semble
appuyer cotte présomption, c’est que tous les
objets qu’on voit d’un peu loin paraissent beau
coup plus volumineux qu’ils ne le sont réelle
ment. On prendrait une gazelle pour un cha
meau, un simple arbuste pour un grand arbre.
Ces vapeurs en se condensant sous une forme
arrondie, et se plaçant entre l’objet et l’œil du
voyageur font vraisemblablement l'cflet d’un
verre convexe.
Le premier phénomène, auquel-onadonné
554
LES
M E R V E IL L E S
le nom de m irage, a été de loul temps assez
commun en Afrique.
On éprouve, eu traversant le désert d’Éd o m , tous les inconvénient qui naissent des
transitions subites du froid au chaud, de la
sécheresse à l’humidité, et l’on nosaurait pren
dre trop de précautions contre ces variations
fréquentes de température. La grande fraîchcur des nuits, après des jours brùlans , pro
duit d’abondantes rosées et des brouillards mal
sains; une heure de soleil les dissipe, et les
traces de la rosée disparaissent complètement;
une chaleur étouffante se développe, et le
voyageur inondé de sueur, regrette le froid
q ui, deux heures plus tôt, lui faisait désirer le
retour du soleil.
C’est à ces grandes chaleurs qu’il faut attri
buer la prompte dissécation «les cadavres des
hommes et des animaux qui meurent en ces
lie u x , surpris par le kamsin ou victimes «l’un
accident. Un voyageur instruit dit que plu
sieurs Arabes lui assurèrent qu’à Saïbah. nom
d’un lieu de station pour les caravanes, il y
avait un grand nombre de corps d’hommes,
de chameaux et d’ânes qui se conservaient de
puis un temps immémorial; ils ajoutèrent que
tous ces cadavres appartenaient à une cara
vane qui avait été suffoquée par les vents et
les sables. Si ce fait eût été bien constaté, il
rendrait moins douteux ce que Hérodote ra
DF. LA
SATU R E.
355
conte de l’armée de Cainbyse que les sables de
la Libye ensevelirent.
La plupart des sources qu’on trouve dans
ces déserts et principalement dans le voisinage
du bord orieutal de la mer Rouge. sont vitrioliques, saumâtres ou sulfureuses; quelquesunes sont tièdes, d’autres presque brûlantes.
11 s’exhale de toutes ces sources des vapeurs
épaisses qui répandent autour d’elles une odeur
de soufre; le soleil et la lune vus à travers ces
vapeurs paraissent tout rouges.
Dans les montagnes de la cote on trouve
beaucoup «le fossiles, des sé lé ni tes de plusieurs
formes et des couleurs les plus variées, une
espèce de craie brillante que les naturalistes
nomment pseudo-Jluor, du marbre gran it,
d’un gris clair, brun ou rougeâtre, parsemé
de petits points noirs et d’un grain très serré.
Un tire de la montagne de Sainte-Catherine
qui borne à l’occident la vallée de llaphiddim,
une espèce particulière de marbre très dur et
ressemblant au porphyre; il ofl’re dans ses cas
sures de» taches et des lignes déliées qui repré
sentent des buissons et des arbres. Quelques
naturalistes anglais lui ont. donné le nom de
marbre à buisson. J.iaxtûrlï, l’un d’e u x , uflirme que lorsqu’on brise un mofeeau de ce
m arbre, chaque fragment présente intérieu
rement la figure d’un buisson.
3 5 6
LE S
M E » V E IL L E S
LE rOUVOIR DE L’INDUSTRIE.
V i r g i l e a dit qu’un travail opiniâtre sur
monte tous les obstneles, et que la nécessite
produit l’industrie (1); mille exemples prou
vent que Virgile ne faisait pas seulement de
beaux vers, mais qu’ il savait encore exprimer
poétiquement de grandes et d’utiles vérités.
De tout ce que le génie de l’homme peut con
cevoir, de tout ce que son cœur peut juste
ment désirer, il n’est rien qu’il ne puisse ob
tenir d’un travail assidu, rien quela constance
appliquée à l’industrie ne puisse enfanter. Les
moines du mont Sinai habitent sur le sommet
d’un rocher, le plus affreux, le plus stérile
qu’il soit possible de voir-, aussi l’Écriture em
ployait-elle pour désigner cette montagne le
mot de Itorcb, qui signifie désolation et ruine.
Toutefois ou voit naître quelques arbustes dans
les fentes de la roche où les vents ont déposé
un peu de poussière; nulle part on n’aperçoit
de terre végétale : l’aspect de ces plantes ins
pira aux premiers habitons du monastère,
l'heureuse idée de forcer la nature à produire
au milieu de ces rochers nus, en lui offrant
( i ) ............... L a b o r o m n ia r i n c i l
Improbus, el Juris urgens in rebus ég a la s. !. Georg.
DE
l.\
> 'A T U a E .
557
par leur industrie un sol nouveau sur lequel
sa puissance pût s’exercer. Ils choisirent d’a
bord près de leur couvent un emplacement
qu’ils aplanirent-, recueillant ensuite toute la
poussière qu’ils purent trouver dans les fentes
de la montagne, ils la déposèrent eu ce lieu;
ils y ajoutèrent toutes les balayures, toutes les
immondices du couvent, le fumier des cha
meaux et des chevaux-, ils parvinrent ainsi à
créer un jardin d’environ quatre arpens, et ce
jardin, ouvrage de leurs mains, ne farda pas à
leur fournir d’excellens légumes, des fruits
exquis, des olives, des prunes, des pommes,
•des poires; à produire même des flenrs pour
embellir leur demeure.
FIN.
TABLE
La Nou vclle-llollaude.
j
L c port Jackson.
u
Los Jgolotes, les Malais et les Noil's de lu
mer du Sud.
i.f
La baie D usky, ou la baie Obscure.
ai
Musique zclaudaise.
a
UTcmplc d’ O ta iti-Pih.-ia
Le casaruina.
a
L ’ ile Mnounn.
lb.
Composition inllnmmable des NouvonuxGuineens^
o
.T em p le d’O w hihéc.----Plongeurs de .Sandwich.
Arcade naturelle.
Fourm is vertes, blanches et noires.
icf
Sentiers suspendus.
fi
Les Nouveaux—Zélandais*
fi
Le K angourou.
o
L e Baringtonia,____ _
a
Taille d’ un insulaire de la m er du Sud.
Arm es des îles des Amis.
Flûte de In m er du Sud.
Cases de l’archipel de la reine Charlotte.
57
L ’ He N orfolk.
g
La force du naturel chez les Nouveaux—
Hollandais.
61
LH eW nigiou.
6a
Idoles de la Nouvelle-Zélande.
Moustiques de Guahnm.
lies des cocos de l’ Archipel des Navigateurs.66
3
5
6
3
33
36
38
5
5
53
54
56
5
63
65
TABLE.
339
Archipel «les Amis.
67
Industrie des insulaires de la mer du Sud. 69
Arbres de la N ouvelle-Zélande.
7a
Sauvages de U otany-Bay.
73
lie Palm erston.
73
Concert de Pile d’ IInppnï.
76
O uvriers des îles Sandwich.
77
Les Morinncs ou îles des Larrons.
79
L’ ilc Hotirou ou Boèro.
81
Fétiches de Sandwich.
8a
L’ilc K in g et ses productions rares.
Le ju if du port Jackson.
84
L’ ile d’ O taïti.
Indices de terre dans l’ Océan pacifique.
90
lie des Lépreux.
9»
Poisson à quatre aile*.
9a
L’ Ewhari ou la Maison de Dieu!
93
L ’ ile de Tinian.
Pirogue extraordinaire.
9C
La ville de Macassar.
97
Iles Pallisser.
98
Iles du roi G eorge.
99
I/Ilc des Lanciers.
1fla
Pyram ide naturelle d ’O taiti.
io
P ort du roi Georges dans la NouvelleHollande.
io
L’ île Chainm.
106
Arbres de Van-D icinen.
1 10
HÂvre de Van—Diémen.
116
Merveilleux ouvrages des polypes.
114
Roclier d’ F.ddy-Stone.
1 1G
Monumens lu n i b res des Nouveaux-Hollandais.
83
85
94
3
4
56o
TABLE.
Les îles lloorn.
up
Les puits Jc l*ilc Nicobar.
120
Arbres Jo Célèbes.
121
Arbre à pain Jos Marian es.
12a
Le teck des Moluques.
Ib.
Jeu de daines.
ia 3
Les Otait îens.
ia 5
L’arbre à serpent.
1 33
Superbe point de vue.
Ib.
U ed cü u n bam .
134
lie de Tim or.
137
Manille.
i.{o
Cygnes noirs.
i<{>{
Paraveus et cases des Van-Diéménois.
14 ^
Effets de In musique sur les insulaires de
Bouku.
1 ji>
Figuiers d’Olaiti.
1^7
Ile de Ohetéroa.
i/jd
Productions végétales de la NouvelloZélande.
i 5o
Archipel des îles basses ou de la mer
Mauvaise.
t5i
Cascade d’Otoîti.
i 5J
Ile d’ Ana-Moka.
154
Palmier sagouer.
Le dragon volant.
Ô7
I/écrevissc des Moluques.
1Ô8
Le briquet de bois des îles de la mer duSud. Jb.
Instrument singulier de musique.
1Ô9
Amandes du Jatrofa Cureas.
16»
Torches de résine.
II».
Cygnes gris.
16a
TABLE.
36l
63
Archipel des .Navigateurs.
i
Insulaires deM ow î.
»6fi
Couteau des antropophag.delà mer duSud. 16S
Masques de guerre.
170
Adresse des sauvages h lancer leurs zagaics. »71
Pirogues de la mer du Sud.
172
Volcan de la Nouvelle-Bretagne.
«7
Les Nouveaux-Hollandais.
17$
Particularités des îles Moluqucs.
182
Fruits des Marianes.
i
Exem ples d’ a flection mutuelle daus les
animaux.
r
Sel marin û cent toises d’ élcvation
187
Le leptospermum.
>88
Ressources de l’ industrie.
’ 89
Village calédonien
190
Archipel de Roggcrween.
192
L ’oiseau de paradis.
192
Le pohon-hupas ou arbre h poison.
193
Phénom ène lumineux.
19'j
Fourneau industrieux de Savou.
196
Cases de Pulo-Sélam .
199
La rivière H unter.
200
L’ oiseau clo ch e, l’oiseau prieur et l’ oiseau
sifflour.
100.
Le port occidental.
io!\
L'hom m e des bois.
ao
Nageurs d’O taïti.
206
Monument religieux d 'O taiii.
207
Lin «le lu Nouvelle-Zélande.
210
Monument funèbre de l’ île d’ Eoua.
»1
Les îles marquises de Mendoza.
214
4
83
85
5
3
o e û n i.
iti
562
TABLE.
5
Habits de guerre des Otnilieus.
ai
Monumens funéraires de Tanna.
217
Sources chaudes de Tanna.
219
A rts d’O taïti.
220
Mausolée drOulictéa.
224
Forteresse de la Nouvelle-Zélande.
Les Philippines.
228
L ’ ile desPins.
L’ ilc de la Trinité*
Monument d’IIoulaiva.
237
Lac d’ O taïti.
239
Manteau* et bonnets des îles Sand «rich.
240
Araignées de la Nouvelle-Irlande.
241
Verre volcanique.
242
La guim barde des Papous.
243
L e sogoutier ou palm ier sagou.
244
Ligne à pêcher des Nouveaux-Zélanduis. 24
barbiers des îles de la m er du Sud.
2.47
Lieu de plaisance du roi de Tongatabou. 248
Musique des îles des Amis.
249
Obélisques de Sandwich.
Naturels des îles de Bougainville et de
Bouka.
L’ ile des Cocos de la Nouvelle-Irlande.
Le palm ier cycus cire/rial/s.
260
Nageurs de la mer du .Sud.
II)
Le k a ç a ou liqueur du poivrier.
261
Cascade de la baie Obscure.
a
Tem ple de Tongatabou.
265
L’ îlc du Monument.
267
Volcan de Tanna.
268
La montagne Blanche.
272
225
235
236
5
354
256
258
63
t a b l e .
'
565
Monument antique de la Sibérie.
274
Caractères chinois.
275
L’archipel de Lieou Khieou.
276
La montagne brûlante d cB ich -B alik.
264
La ville de Khotan.
286
Tem ple siamois.
287
Sém iram acerle.
290
Palais de Téhéran.
292
A w asir.
29J
Le mois blanc ou le nouvel an des Chi
nois.
294
D îarbcktr.
296
Chèvres porteuses.
*96
Le pont de Ma/ulipatnnm.
297
Inondations périodiques du royaum e de
Siam .
298
Effet singulier de la foudre.
oo
L ’ ilc Olkon.
m
Le fort de Hnghpad.
ih.
Le temple d’Onco.
3o2
Les ruines de Sigée et la plaine de Troie. 2o3
Inscription hébraïque de Sîn.
o
Le* ruines de Laodicée.
b.
Le rocher de Mérihnh.
307
Effet singulier des vents levantins.
o
Les sources de Bellmont.
op
Les mines d eG okh p.
tc
Les cailles de Karayas.
ii
Les forts de T h elw .
212
Les montagnes dcForm ose.
1
Le cuir-monnaie.
16
Thajr-onan-fou, ville chinoise.
317
3
3
35
1
38
3
3
3
33
3
564
TABLE.
La tour de Le an dre.
.
L e platane de Stuncho.
Le vent de Jaffa.
Le rocher de Samson.
Les champs sur les toits.
La grotte de Saint-Jean.
Castcl-Rosso ou Cisthène.
L’ école d’ Homère.
Combat d’ un éléphant et d’ un crocodille.
Nids d’ oiseaux.
La gom m e arabique.
. Les cham eaux arabes.
Le Fergnnah.
La ville de Jurkund.
Le tem ple des dieux-rats.
La frontière russe et chinoise.
Le tem ple de Gezurkhan.
LeMnmentown ou Mammouth.
F ru its <lc Siam.
La ville deT on qu in ou Kesclio.
Le Menan ou rivière de Cnmboje.
Calm r-H oud, ou lo tombeau d’ FIcher.
L e cadran de Sam arkand.
Lchengh d ’Arabie.
March ou l’ ancienne Snbn.
Lu citerne de Nahainoni.
Les pierres du mont Carm el
Le feu Saint-Elm c
Le désert. D’ Édom .
Le pouvoir de l’ industrie.
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m: la t a b l e .
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Fait partie de Merveilles de la nature et de l'art dans les cinq parties du monde : Océanie