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ENCYCLOPEDIE DE LA POLYNESIE 9.
vivre en
Polynésie 2
ENCYCLOPEDIE DE LA POLYNESIE
Avec l'Encyclopédie de la Polynésie, les habitants de la
Polynésie française ont à leur disposition, pour la
première fois, un inventaire complet et détaillé du
monde dans lequel ils vivent. Pour la première fois, la
somme des connaissances acquises sur tout ce qui
concerne ce pays en ce moment du XX* siècle est
publiée pour décrire les 11 Biles qui le composent, pour
faire revivre les hommes et les sociétés des temps
passés, pour faire l'inventaire des richesses que leur
offre leur environnement et dresser le tableau de la vie
quotidienne dans la Polynésie d'aujourd'hui.
Une encyclopédie de toute la Polynésie fran¬
çaise : si Tahiti et sa capitale Papeete restent l'organe
vital du Territoire, il est aussi vrai que les archipels qui
le composent jouent un rôle déterminant. Par
conséquent, tout au long des 9 volumes de l'Encyclo¬
pédie, Australes, Tuamotu, Gambier, Marquises et
Société sont évoqués, à la fois pour leur appartenance
à l'ensemble polynésien et pour leurs caractères
spécifiques. Ainsi, qu'il s'agisse d'histoire, d'archéo¬
logie, d'économie ou de l'étude des milieux naturels,
l'Encyclopédie apporte un témoignage de la richesse
et de la diversité des îles.
Une encyclopédie thématique : dans cet esprit, une
énumération alphabétique des sujets serait apparue
comme une restriction à l'ampleur du propos. Alors
que la répartition de ces 9 volumes en thèmes
successifs permet une compréhension plus complète
et plus profonde des sujets, où l'on verra que, bien
souvent, l'exploration du passé éclaire les conditions
du présent et les possibilités de l'avenir.
Une encyclopédie visueile ; à notre époque où la
communication par l'image joue un si grand rôle, il
paraît évident de lui donner une place prépondérante
dans un ouvrage de cette importance. Cartes,
schémas, dessins et photographies occupent plus de
la moitié des pages, ajoutant ainsi à l'information écrite
une vision concrète et attrayante de celle-ci.
Une encyclopédie pour tous : qu'il s'agisse du
peuplement de la Polynésie et de sa culture ancienne,
de ses ressources et de la gestion attentive de son
environnement, ou de l'état actuel de son organisation,
il va de soi que le désir de la connaissance passe par le
plaisir de son approche. Textes et illustrations ont
donc été conçus dans un souci de simplicité qui laisse
intacte la rigueur scientifique. Dans chaque volume,
une bibliographie permet de connaître les sources de
la documentation ou d'aller plus avant dans l'étude
d'un sujet. Enfin, un index et un glossaire éclairent les
termes techniques et facilitent la lecture.
Une encyclopédie des Polynésiens : un ouvrage de
cette conception représente un outil de travail pour les
enseignants, une source de références pour les élèves
étudiants, un moyen d'information pour tout
esprit curieux. Il permet à tous ceux qui sont nés ou qui
vivent en Polynésie de la mieux connaître et, pour tous
ceux de l'extérieur, de découvrir une
image différente
de celle des cartes postales.
Mais, les dimensions de l'Encyclopédie de la Polynésie
dépassent ces aspects pratiques. Comme tout pays en
plein essor, la Polynésie française est confrontée à ce
défi que constitue l'insertion de sa croissance démo¬
graphique et économique dans le cadre géographique
et politique qui est le sien. Des 9 volumes de cet
ouvrage se dégagent l'historique et le bilan des
ressources dont dispose ce pays. En conséquence
et les
directe, ils mettent l'accent sur ses richesses poten¬
tielles, mais aussi sur la fragilité des équilibres naturel
et humain dont chaque Polynésien est le garant.
En couverture : Une jeunesse heureuse vivant dans un
environnement social et spatial préservé. Tel est le
redoutable défi que doivent relever les responsables
du Territoire, s'ils veulent lui conserver son identité
tout en maîtrisant les conséquences d'une ouverture
monde extérieur qu'ils ne sont pas en mesure de
refuser, (cl. Cl. Rives et B. Vannier).
au
.’.ïi
A'â.jA.'tii
ENCYCLOPEDIE
DE
LA POLYNESIE
ENCYLOPÉDIE DE LA POLYNÉSIE
Editée et produite par Christian Gleizal
© 1986 C. Gleizal/Multipress pour la première édition
2“™ édition © 1990 C. Gleizal/Éditions de L’Alizé
Tous droits réservés. Il est interdit de reproduire, d'utiliser dans une banque de
données ou de retransmettre par quelque moyen que ce soit cet ouvrage,
partiellement ou totalernent, sans l'autorisation préalable écrite des éditeurs.
ENCYCLOPEDIE DE LA POLYNESIE
vivre en Polynésie 2
Ce neuvième volume de l’Encyclopédie de la Polynésie a été réalisé sous la direction de
François Ravault,
Docteur de 3e cycle en Géographie, Directeur de Recherche à l’O.R.S.T.O.M.,
avec
la collaboration de : Jacques Bonvallot,
Docteur de 3e cycle, Directeur de recherche
à i’O.R.S.T.O.M.,
Marc Cizeron, Diplômé d’État du Service social. Assistant social au Service des Affaires sociales,
Enseignante, François Merceron, Agrégé de l’Université,
Lycée du Taaone, Thierry Nhun-Fat, Docteur de 3e cycle en Statistiques, Responsable du département Études
et Programmation au Service du Tourisme, Jean-Marc Pambrun, Maître en Sciences sociales et Sciences humaines,
Directeur du Département des Traditions du Centre polynésien des Sciences humaines,
Jean-Marius Raapoto, Titulaire d’un D.E.A. en Phonétique, Conseiller à l’Assemblée territoriale,
Francis Rougerie, Licencié et D.E.A. ès Sciences, O.R.S.T.O.M., Bruno Saura, Titulaire d’un D.E.A. d’Études politiques,
José Wiid, Licencié de Géographie, ancien éléve de l’École pratique des Hautes Études, Consultant,
Karin Daussat, Licenciée en Sciences humaines (Sociologie),
Conception et production : Christian Gieizai
Maquette et coordination de la réalisation technique : Jean-Louis Saquet
Assistante de production : Catherine Krief
Illustrations et cartographie : Catherine Visse et Jean-Louis Saquet
Nous tenons à remercier particulièrement pour ieur précieuse coilaboration Messieurs Yannick Amaru, Bureau de la Programmation,
et Emile
M.
Mission d'Aide financière et de Coopération
régionale, Haut-Commissariat ; Gérard Baudchon, Directeur,
Bruneau, Adjoint, Institut territorial de la Statistique ; Théodore Céran-Jérusalemy, Secrétaire général de l’U.S.A.T.P. ;
Dupuy, Chef du Service de l’Aménagement du Territoire ; Jean-Paul Le Caill, Directeur de l’Office territorial de l’Habitat social ;
J.-P. Petitjean, B.E.T.P.E.D., Vice-Rectorat ; B. Teissier, Chef du Service de l’Inspection du Travail et des Lois sociales ;
Simako Yon Yuc Chong, Directeur adjoint de la Caisse de Prévoyance sociale.
L’iconographie de ce volume a été rassemblée grâce à l’aide qui nous a été apportée par :
Christian Vernaudon, Directeur général, Patrick Robson, Directeur des Relations publiques, Hyacinthe Cao, photographe
au Service de l’Information et des Relations avec la Presse de la Présidence du Gouvernement : Philippe Guesdon, Chef du service,
Roland Gloaguen, adjoint, Gilles Hucault, photographe ; au Service des Archives territoriales : Pierre Morillon, Chef du service ;
à rO.P.A.T.T.I.
:
à l’Office territorial de l’Action culturelle : M. Stein, Directeur, Mme Do Carlson ; à la Société des Études océaniennes :
Président du C.A. ; le Musée de l’Homme ; le Bishop Muséum ; la Mitchell Library.
M. Paul Moortgat,
Photographies : J.-Cl. Bosmel, J. Bouchon, H. Cao, D. Charnay, D. Darqué, M. Folco, G. Hucault, Ch. Pinson,
Cl. Rives, A. Sylvain, B. Vannier, G. Wallart, P. Zarlenga, T. Zysman.
DATE
/V-
INV.
N“ BIB
PPN
COLL.
COTE
Type Ex.
CHRISTIAN GLEIZAL/LES ÉDITIONS DE L’ALIZÉ
:
Le lever des trois
couleurs le 11
à Ua Pouaux
Les habitants des
qui votent massivement
contre l’indépendance
(elle recueille 20%
environ des suffrages à
l’échelle territoriale),
restent très sensibles à
tout ce qui symbolise
l'appartenance à la
République une et
indivisible. Mais cet
attachement à une Mère
Patrie qui les a
longtemps ignorés avant
de les faire très
largement "profiter” de
la "solidarité nationale”
est-il profond et
durable ? Les Tahitiens
quant à eux pratiquent
de moins en moins la
reconnaissance du
ventre.
Avertissement
Le dernier volume de l’Encyclopédie paraît avec beaucoup de
retard. Le maître d’œuvre a bien entendu une part de responsabilité
: il s’est trompé en confiant la rédaction de certains
thèmes à des personnes qui se sont révélées incapables de remplir
dans ce retard
obligations dans des délais raisonnables et sans cesse
repoussés. Il a dû faire face à ces défaillances avec la collaboration
leurs
de la petite équipe qui a accepté de le suivre jusqu’au bout dans
l’aventure.
Que Thierry Nhun-Fat, François Merceron, Jean-Marius Raapoto,
Bruno Saura et José Wild, qui a bien voulu accepter la
responsabilité de revoir les trois derniers sujets du chapitre 16,
en
soient remerciés. Tout comme les rédacteurs qui ont assuré le
légendage de leurs illustrations...
Une dernière remarque. L’Encyclopédie a été pour ses divers
intervenants un espace de liberté. Ils ont pu s’y exprimer en dehors
de toute pesanteur institutionnelle. Cela vaut notamment pour les rédacteurs
qui sont aussi des acteurs de la vie politique et culturelle de ce Territoire.
Leurs contributions n’engagent qu’eux-mêmes et non les institutions dans
lesquelles ils militent.
L’Encyclopédie n’est pas un espace de pouvoir. Bien au contraire...
François RAVAULT
Sommaire 9 Les rapports sociaux
9
12
L’évolution des formes de réflexion sociale
16
Les groupes de réflexion
20
22
1962
k. daussat, j.-m. pambrun
J.-M. Pambrun
La stratification sociale : vers des rapports de classes
14
18
10
La stratification sociale : la situation sociale en
J.-M. Pambrun
K. Daussat
K. Daussat
K. Daussat
K. Daussat
Les syndicats patronaux
Les syndicats de travailleurs : des négociations aux grèves
Les syndicats de travailleurs : du syndicalisme dur au retour à la
négociation .... K. Daussat
Les problèmes sociaux
25 La protection sociale
M. CIZERON, F. RA VAVLT
M. Cizeron et F. Ravaull
28
La santé
M. Cizeron
30
La drogue
M. Cizeron
32
L’alcoolisme
33
L’habitat
F. Ravaull
36
La délinquance
M. Cizeron
38
M. Cizeron
F. Ravaull
Le chômage
La vie associative
41
44
46
48
50
52
54
12
Les associations sportives
L’occupation du temps libre et l’organisation des loisirs
Le système associatif au service des identités collectives
La vie culturelle et artistique entre les pupu et les fédérations
Culture et identité
60
Aliénation et refus de l’aliénation culturelle
Les sources livresques du “renouveau culturel”
Culte et culture du passé
66
L’institutionnalisation de la culture
68
Les manifestations culturelles
70
Les fêtes et manifestations institutionnelles du 14 juillet - le Tiurai
Les îles du Vent
F. RA VA ULT, F. MERCERON
73
La formation de la ville coloniale
76
La formation de l’agglomération
80
Les banlieues
F. Merceron
82
Papeete diffuse son mode de vie
Papeete oriente l’activité économique
Papeete structure l’espace
F. Merceron
86
Les Archipels
89
française est devenue un
pays “riche” : le P.I.B.
par habitant a été
multiplié par 17 entre
1962 et 1983. Une
"richesse” qui, en dépit
de l’extension de la
couverture sociale, a été
très inégalement
répartie. Des inégalités
qui sont vécues avec le
sourire dans les îles où
n’existe pas encore une
conscience de classe. Il
n’en va pas de même à
Tahiti, où elles
contribuent au
Une économie qui s’ouvre sur le marché local
96
Des richesses découvertes ou redécouvertes
98
Le désenclavement des îles
100
Des espaces sous influences
102
Un monde rural qui change
105
Le Territoire aujourd’hui
...
F. Merceron
F. Ravaull
...:
f. ravault. b. saura, t. nhun-fat. j. wild. j.-m. raapoto
B. Saura
Politique nucléaire et présence française
L’économie : une crise qui s’annonce
Vers de nouvelles relations sociales
116
La culture ma’ohi aujourd’hui
Le Ma’ohi face à sa propre culture
Quel devenir ?
128
Problèmes fonciers
130
Le modernisme
132
Le culturalisme
134
La troisième voie
138
Bibliographie
Carte et caractéristiques géographiques des îles
140
Index
indépendantiste.
142
Annexes
F. Ravault
B. Saura
T. Nhun-Fat
J. wnd
J.-M. Raapoto
J.-M. Raapoto
F. ravault. j. wild. j. BONVALLOT. f. ROUGERIE. b. saura. T. NHUN-FAT
Vingt-cinq ans d’histoire, un bilan
124 Des ressources humaines gaspillées
126 Un environnement de plus en plus dégradé
121
137
F. Merceron
F. Merceron
F. Merceron
114
118
F. Ravault
La vie politique
développement de la
revendication
F. Ravault
94
112
16
1960
Une économie “traditionnelle” en déclin
110
Tuamotu et une
résidence confortable à
Tahiti. La Polynésie
F. Merceron
92
107
Polynésie aujourd’hui ;
tare de pêcheurs aux
F. Merceron
F. RAVAULT. F. MERCERON
Société et espace dans les années
15 Tahiti aujourd’hui
un
F. Ravault
F. Merceron
84
Page de gauche
F. Ravault
....
Le centre ville
78
et page suivante :
Deux “visages” de la
b. saura
57
64
14
L’assujettissement de la vie associative à la loi et ses conséquences
Un relais entre la société et les Églises : les associations d’inspiration confessionnelle
Culture et renouveau culturel
62
13
J■-M. pambrun
La notion de pupu : fondement de la vie sociale et associative
F. Ravault
JJ. Bonvallot et F. Rougerie
F- Ravault
B. Saura et J. Wild
B. Saura et J. Wild
F. Nhun-Fat et J. Wild
S^p3H
jup^kw rMk.
9 Les rapports sociaux
En dépit des contradictions
développent en son
le
pouvaniste qui
est se l’expression
la sein-contradictions
société territoriale dont
“néo¬
mouvement
-
traditionnelle” des années 60 ne présente pas, à notre avis, tous les caractères d’une
société de classes (voir volume 8, pp. 9-24). Pour les raisons suivantes, entre autres.
Parce que, dans une aussi petite communauté qui demeure encore essentiellement
rurale, les rapports de parenté traversent encore très largement les catégories socio-
ethniques : la charge conflictuelle des antagonismes socio-économiques existants
privilégiés du système colonial et les Ta'ata Tahiti s’en trouve atténuée
d’autant. Parce que, seconde raison, les Églises qui ont très largement contribué à la
formation de ladite société, garantissent sa reproduction, sa conservation, en la
“verrouillant” idéologiquement et politiquement, un contrôle social qui bien entendu
retarde ou compromet l’action sociale qui permettrait au peuple polynésien de
entre les
transformer sa condition.
Une situation qui, en un quart de siècle, s’est modifiée radicalement comme le
montre l’analyse contenue dans ce chapitre. Avec les mutations démographiques et
économiques qui ont entraîné le développement de l’urbanisation et du salariat, avec
l’émergence d’un “État” territorial techno-bureaucratique qui s’accompagne corréla¬
tivement, en dépit de certaines apparences, d’un déclin de l’influence des Églises au
plan du contrôle social, avec la formation, dans le cadre du système éducatif et
■médiatique, d’une intelligentsia locale qui contribue à l’idéologisation du débat
politique, au sens le plus large du terme... de nouveaux rapports sociaux se sont
progressivement constitués. Ils traduisent la formation, encore inachevée, d’une
société territoriale “moderne” où s’opposent globalement, non sans de multiples
contradictions internes - la complexité de la vje patronale et syndicale l’atteste par
exemple amplement - deux classes : d’une part une bourgeoisie hétérogène
(patrons, commerçants, fonctionnaires...) où se fondent progressivement des
individus appartenant essentiellement aux catégories socio-culturelles popa'a,
“demies” et chinoises ; d’autre part le peuple polynésien qui, s’il ne constitue pas
encore un vrai prolétariat, est, en dépit de son niveau de vie relativement élevé, de plus
en plus conscient des inégalités dont il est victime.
Cette analyse vaut essentiellement pour les îles du Vent et tout particulièrement
pour la “zone urbaine” de Tahiti. Dans les archipels, lechangementsocial n’a pas (pas
encore ?) opéré de telles transformations. Nous y reviendrons.
■
La stratification
sociale : la situation
en 1962
Indépendamment du rôle joué par les
acteurs sociaux que sont les popa’a
et les Chinois, la vie sociale en Polynésie
pendant la période coloniale se caractérise
essentiellement par l’ambiguïté des relations
qu’entretiennent deux catégories socio-cultu¬
relles : les Ta’ata Ma’ohi, qui sont les héritiers
de l’ancienne civilisation ma’ohi, et les ’Afa
Tahiti, improprement appelés “Demis”, qui
sont plus métissés. Un métissage qui acquiert
nouveaux
toute sa signification sociale quand il est
issu
mariages successifs contractés entre les
premiers colons européens et les filles de
des
l’ancienne aristocratie des ari’i.
Cette stratification constitue la matrice
dans laquelle s’inscrivent les rapports sociaux
antagonistes qui se développent dans le Terri¬
toire depuis 25 ans : à une bourgeoisie divisée
plusieurs fractions politiques, couches
ethniques et catégories socio-culturelles,
s’oppose un monde du travail plus homogène
qui, à la ville comme au district, rassemble les
Ta’ata Ma’ohi. Et c’est par rapport à ces deux
classes que se situent les popa'a et les Chinois
qui jouent un rôle de plus en plus important
en
dans la vie sociale.
fV" Vivre au district en ÎÔ6
'
Une foule bon enfant,
des fruits, un certain
type d'habitat... le tout
sur fond
de cocotiers.
Autant d'images "rétro"
que ne regarderont pas
sans nostalgie tous ceux
qui ont connu le Tahiti
■5d'aufrefois.
9
VIVRE EN POLYNÉSIE
Les Ta’ata Ma’ohi absorbés
par le salariat
Si l’on s’en tient aux données très approxi¬
matives du recensement de 1962 (voir vo¬
lume 8, p. 9), les Ta’ata Ma’ohi représentent
à cette date les trois quarts de la population
polynésienne. Témoins vivants du dépérisse¬
ment de l’ancienne civilisation, ils ont élaboré
un mode interne
d’organisation sociale qui
intègre, tout en les déformant, les valeurs et
d’antan et certains modèles déstruc¬
turants de l’Occident. Mais, si cette intégra¬
les
us
tion des valeurs du système colonial réinter¬
prétée à son propre usage permet à la commu¬
nauté polynésienne de conserver une certaine
spécificité dans l’ordre socio-culturel, elle
n’est pas pour autant toujours maîtrisée dans
l’ordre socio-économique. Dès lors, pour les
Ta’ala Ma’ohi, c’est le début d’une longue
lutte entre la préservation de cette identité et
leur intégration dans les nouveaux types de
rapports sociaux liés au mode de production
capitaliste naissant.
Bien
avant
1963
(voir
volume
8,
16-17), l’économie du pays se trouvait
engagée dans un processus de sous-développement dû à l’effondrement de la production
de coprah et de vanille, à l’épuisement pro¬
gressif des gisements de phosphate de
Makatea et à la baisse considérable des profits
procurés par la plonge nacrière. Cette crise du
pp.
10
système colonial, en libérant quelques milliers
de travailleurs, va permettre la constitution
d’une réserve de main-d’œuvre qui sera très
rapidement mobilisée entre 1959 et 1966 pour
la construction de la piste de l’aéroport de
Faaa, le tournage des “Mutinés de la Bounty”
et
l’édification
des
sites
du
C.E.P.
Cette
activité, jointe à l’extension du
marché du travail à Papeete, provoquera une
dernière
série de nouveaux courants migratoires sans
précédent vers la capitale, et ce jusqu’à la fin
années
soixante.
Le
processus
de
des
conversion
massive des Ta’ata Ma’ohi
salariat était irrémédiablement engagé.
au
Le double mirage des ’Afa Tahiti
En 1962, les ’Afa Tahiti, qui représentent 10%
de la population, sont encore pour la plupart
grands propriétaires terriens. De ces
propriétés, acquises essentiellement lors de
l’application du Code civil à la fin du XIX'
de
siècle et au début du XX', ils tirent l’essentiel
de
leurs
revenus,
soit
en
les rentabilisant
directement, soit en profitant de l’accumu¬
lation de capital constituée par la rente
prélevée sur le produit de l’activité de leurs
métayers.
Bien que divisée depuis l’après-guerre
dans l’ordre politique et institutionnel entre
moins grande
autonomie et ceux du statu quo, cette élite
les
partisans d’une plus
ou
terrienne
ne se résoud pas à surmonter le
paradoxe de sa situation. Bornée entre ses
origines polynésiennes et son adhésion aux
valeurs
occidentales,
contradiction entre
sa
animée d’une sainte
revendication identi¬
taire et son attachement pour la mère patrie,
elle fait très vite son choix. Certains Demis
demeurent fidèles à leurs attaches
rurales,
plupart, à la faveur des milliards
déversés par l’État, vont former une nouvelle
bourgeoisie urbaine, dont le niveau de vie
mettra en évidence de façon plus criante
encore les nouvelles inégalités socio-écono¬
miques. Une position sociale qü’elle confor¬
tera tout en accroissant ces clivages quand ses
enfants, partis faire leurs études en Erance et
en Amérique, reviendront sur le Territoire
pour devenir fonctionnaires, employeurs dans
l’industrie et le commerce, cadres supérieurs
du secteur privé, membres des professions
mais
la
libérales.
Les Chinois au seuil
de la puissance économique
La communauté chinoise, quant
à elle (11%
environ de la population totale) reste encore
marge de la société polynésienne. Après
l’échec des plantations de coton à la fin du
en
siècle,
grande partie de la mainpréféré rester à Tahiti et
occuper le seul créneau économique dispoXIX'
une
d’œuvre chinoise
a
LES RAPPORTS SOCIAUX
égard à son statut d’étranger : le
Jusqu’en 1964, date de la natura¬
lisation d’une bonne partie d’entre eux, les
nible,
eu
commerce.
instances locales et l’administration coloniale
s’opposent à l’assimilation. En leur interdi¬
propriété immo¬
bilière, on leur a refusé en effet la possibilité de
se rendre propriétaires des terres indigènes
tant convoitées par les ’Afa Tahiti et les
popa'a. On se méfie aussi de la contamination
sant
en
1934 l’accès à la
communiste.
Pourtant, en \962 (voir volume 8, p. 11),
ils occupent déjà des positions économiques
importantes. Admirés des uns pour leur
opiniâtreté au travail agricole au sein de la
société polynésienne, détestés des autres pour
leurs réussites en affaires, les Chinois, tout
en conservant leurs traditions ancestrales,
sont dans les années soixante au seuil d’un
décollage économique fulgurant
Page de gauche :
Le truck, où s’entassent
hommes et
marchandises, est le
symbole et le moyen
privilégié de la vie de
et d’une
beaucoup contribué à la
dégradation des
demeure relativement
isolé en raison de
l’insuffisance des
infrastructures
routières.
rappeler que les
“bidasses” affectés en
Une famille chinoise
dans les années 60.
Dans les familles
asiatiques vivant au
district, ce sont
institutionnelle du pays.
Les Popa’a Farani : de la méfiance
à l’hostilité
Avant
les
bouleversements induits par
le
la minorité de Popa’a Farani ne
comptait en 1962 que 2 696 personnes (moins
de 5% de la population totale). Employées en
C.E.P.,
majorité
le
dans
secteur
tertiaire, elles
occupent principalement des postes de fonc¬
tionnaires
ou
exercent
des professions
libérales. Ces deux secteurs d’activité, géné¬
reusement développés par le système colonial,
leur
sont
en
fait
réservés.
Ce
droit
de
préemption fera naître, en particulier dans la
fonction publique, une compétition sociale
engagée par les ’Afa Tahiti où viendra se cris¬
talliser l’essentiel de leurs aspirations.
Jusqu’en 1962 les Popa’a Farani ne font
que colporter dans une ambiance paternaliste
et bon enfant l’aspect pseudo-idyllique de la
société coloniale. Et ce, jusque dans les rangs
de la bourgeoisie “demie” et autonomiste qui
s’évertue pourtant à en dénoncer le caractère
parasitaire. Avec l’installation du C.E.P., la
couche ethnique blanche va se modifier, tout
en
s’accroissant considérablement. Avec les
3 650 militaires vivant en caserne ou dans des
logements individuels, elle représente une po¬
pulation active de 7 500 personnes à la fin des
années soixante. L’insertion de ces nouveaux
arrivants dans la société polynésienne ne se
fera pas : leur indifférence à l’égard de la popu¬
lation indigène va créer des tensions, sinon des
heurts, avec les jeunes Tahitiens. Cette margi¬
nalisation croissante ne leur interdira pas
pour autant de jouer un rôle de plus en plus
important dans la vie sociale du pays.
La “quille” : scènes
vécues à l’aéroport.
La présence massive de
militaires dans les
années 60-70 a
relation existant entre
Papeete et le district qui
intégration progressive à la vie politique et
relations entre la
communauté popa’a et
la communauté locale.
On doit pourtant
Polynésie ne sont pour
rien dans la décision
d’implanter le C.E.P.
dans le Territoire.
généralement les aînés
qui tiennent le magasin
fondé par les parents ou
les grands-parents.
Les cadets sont plutôt
maraîchers dans les
districts suburbains,
planteurs de vanille
(comme métayers) à
Moorea ou aux îles
Sous-le-Vent ou simples
agriculteurs. Une
occurrence qui se
présente fréquemment
quand ils sont intégrés
familles ma'ohi par
le biais des relations
matrimoniales.
aux
John Teariki a été en
politique (voir vol. 8,
117-118) le principal
légataire de l'héritage
transmis par Pouvanaa
a Oopa, le fondateur
pp.
d’un nationalisme
Classement des grands groupes de professions
en
fonction de ieur importance relative (1962-1983)
authentiquement ma’ohi
(voir vol. 8, pp. 18-21).
1983
1962
Grands groupes de
nombre
%
nombre
%
10 352
38,38
7 459
12,89
Ouvriers
5 941
22,02
18 136
31,35
Employés
4 316
16
11 826
20,44
indépendants
2 462
9,12
4 984
8,61
Cadres moyens
1 299
4,81
8 366
14,46
Ouvriers agricoles
1 204
4.46
865
1,49
5,64
professions
Exploitants agricoles
et patrons pêcheurs
Employeurs et
travailleurs
Militaires et assimilés
556
2,06
3 264
Cadres supérieurs
257
0,95
2 567
4,43
0,23
Clergé
192
0,71
130
Professions libérales
89
0,34
262
0,45
310
1,15
4
0,01
26 978
100
57 863
100
Mal définis
Population active
11
VIVRE EN
POLYNÉSIE
La stratification
sairement devenir le fer de lance d’une bour¬
geoisie dominante aux options économiques
sans mélange.
sociale :
vers des rapports
de classes
carrières administratives du secteur public et
des professions libérales. L’apparition de cette
nouvelle catégorie socio-culturelle de Chinois
nés de parents chinois et polynésiens ou
français - correspond essentiellement à une
perte de la culture identitaire ancestrale et à
une nouvelle répartition des rôles sociaux et
politiques dans l’ensemble de la communauté.
Ce rééquilibrage des hégémonies sociales
et
économiques entre les couches socioethniques “demie” et chinoise allait tendre
finalement à une plus grande homogénéisa¬
tion de la classe bourgeoise et à un fraction¬
nement politique plus net dans la course à la
direction et à la gestion des affaires du pays.
-
L’effritement de la communauté
chinoise
l’instar
A
Lorsque s’achèvent les grands travaux
d’installation des sites atomiques, ce sont des
milliers de travailleurs qui sont rapatriés vers
Papeete et viennent s’entasser dans les bidon¬
villes péri-urbains et suburbains.
L’apparition du “travailleur nu”, sans
n’ayant à sa disposition
que sa seule force de travail, et l’affirmation
d’une classe bourgeoise sont les deux éléments
constitutifs des nouveaux types de rapports
sociaux qui caractérisent cette époque,
travail et sans terre,
de
la
couche
“demie”
de
la
bourgeoisie, la catégorie ethnique d’origine
chinoise allait se retrouver divisée sur le plan
politico-institutionnel avec la création, en
1975 et 1976, de deux partis politiques. L’un
proche des autonomistes, l’autre de l’U.T,U.D.R. Projetés en moins de dix ans d’une
économie mercantile à une économie de type
capitaliste, les Chinois occupent très vite de
façon largement prédominante les secteurs de
l’industrie et du commerce privé aux échelons
les plus élevés de la hiérarchie. Ils augmentent
considérablement leurs acquisitions immo¬
bilières et constituent ainsi entre l’immobilier
La prolétarisation
des Ta’ata Ma’ohi
et
l’import-export des fortunes parmi les plus
enviables.
qualification des secteurs publics et
privés. Environ 8 000 d’entre eux étaient
manœuvres et ouvriers, spécialisés ou non. Ce
nouveau prolétariat, qui se distingue par une
certaine homogénéité socio-culturelle, l’occu¬
pation des postes d’exécution dans la division
faible
A
fin des années 70, les
la
forment
une
Mais une nouvelle tendance au sein de la
va s’affirmer progres¬
fil des années : celle de l’accès
communauté chinoise
sivement
au
d’une partie d’entre eux, les plus métissés, aux
Popa’a Farani
catégorie socio-ethnique parti¬
culière. Près de 70% sont des fonctionnaires
d’État
;
le tiers restant se répartit entre les
différentes
En 1971, 13000 7û'a/a A/û’o/r/environ étaient
salariés à des postes subalternes et compo¬
saient près de 80% de la masse salariale à
L’emprise néo-coloniale
des nouveaux Popa’a Farani
activités
du
secteur
privé. La
tendance à l’isolement et à l’auto-réclusion du
premier groupe s’affirme dans la décennie qui
suit.
En revanche, ceux du secteur privé qui
sociale du travail et une condition de salariés
faiblement rémunérés,
va
se
structurer
de
façon croissante et se consolider en tant que
classe sociale dominée économiquement : un
prolétariat sous-employé et de plus en plus
touché par le chômage, dont la situation
demeure précaire, tout comme celle des
laissés-pour-compte de l’expansion ; petits
propriétaires indivis pratiquant encore l’au¬
tosubsistance, métayers au bord de la paupé¬
risation, s’interrogeant sur l’avenir de leurs
enfants qui pourraient bien venir gonfler les
rangs des salariés.
Les
une
’Afa Tahiti :
bourgeoisie dominante
'Afa Tahiti souffrent à présent d’une
double frustration et d’une auto-culpabilisa¬
tion. Ayant épousé de plus en plus les valeurs
occidentales, ils ne peuvent réaliser leurs
ambitions sans conquérir au préalable la
puissance économique. Mais celle-ci passe
nécessairement
par
l’appropriation des
moyens de production et l’utilisation de la
force de travail offerte par les Ta’ata Ma’ohi,
ainsi que par l’acceptation de l’assistance
budgétaire de l’État français.
Ces dilemmes, qu’il leur faut résoudre en
assumant pleinement la logique du système
capitaliste et le nouveau rôle d’exploiteur qui
en
découle pour eux, sont d’autant plus
pressants à régler que la compétition socio¬
économique avec les bourgeoisies d’affaires
chinoise et européenne est d’ores et déjà
engagée. N’ayant pu ni trancher le cordon
ombilical qui la reliait à la France, ni refuser le
choix du développement d’un mode de
production à dominante capitaliste, la caté¬
gorie socio-culturelle “demie” allait néces¬
Les
12
■
I ï
■
Le développement d’un
salariat dans lequel ils
occupent des postes
subalternes constitue un
élément déterminant de
la prolétarisation des
Polynésiens (voir
graphique p. 13).
D'autant qu’en 1962
(l’exemple de Makatea
est à cet égard probant
s’agissant des insulaires
des îles Australes),
les
Polynésiens occupaient
bien souvent des
emplois subalternes.
Une nouvelle catégorie
socio-culturelle
chinoise. Dans les
années 1960, les Chinois
sont exploitants
agricoles ou
commerçants. Ils le sont
toujours aujourd’hui,
mais bon nombre
d'entre eux se sont
orientés vers les
nouvelles activités de
services ou ont intégré
la fonction publique.
La naturalisation
française et les mariages
inter-ethniques ont
contribué à accélérer
cette évolution.
LES RAPPORTS SOCIAUX
Polynésie à la recherche d’un
qu’ils espèrent rémunérateur
vont
nourrir une bourgeoisie petite et
moyenne qui noue des alliances avec ceux qui
viennent
en
contrat
local
sauront
le
mieux
défendre
ses
intérêts
particuliers.
Cette couche popa’a va se
montrer dès lors plus active que par le passé
dans les décisions et les choix politiques du
pays. Une large majorité d’entre elle ne cache
pas d’ailleurs son désir de voir la présence de
l’État français se maintenir.
Importance relative (au-dessus de 5 %) et
classement des grands groupes
de professions
en
fonction des
Une nouvelle classe d’État ?
Aujourd’hui, la Polynésie compte approxi¬
mativement 170 000 habitants. 68,5% sont des
Ta'ata Ma’ohi, 11,6% sont des Popa’a, 9,5%
’Afa Tahiti, 4,5% Chinois et 4,1% sont des
“Demis” chinois issus de mariages contractés
entre
des Chinois et des
Polynésiens d’une
part et entre des Chinois et des Popa’a d’autre
part. Les 1,7% qui restent sont composés
d’ethnies venues de l’extérieur. Le dosage
particulier de ce nouveau découpage
s’explique par la simple mise en évidence du
métissage inter-ethnique d’une partie de la
communauté chinoise.
nouveau
Il révèle surtout le
drame identitaire qui se joue depuis
quelques années au sein de la communauté,
la pression des événements politiques,
économiques et culturels qui ont agité la
société polynésienne depuis 15 ans.
Le taux de salariat qui était de 50% en
groupes socio-ethniques
sous
1962 est actuellement de
78%. 11 intéresse
environ 45 000 personnes et touche essentiel¬
professions subalternes exercées
principalement par les Ta'ata Ma’ohi. Le
chômage structurel qui s’est substitué
largement au travail saisonnier et à temps
partiel frappe un nombre important de
travailleurs de faible qualification. En 1984,
plus d’un millier de demandes d’emplois n’ont
pu être satisfaites. Si l’on relève enfin qu’en
1983, 48 700 personnes étaient encore à la
recherche d’un emploi, il faut en conclure que
le développement trop rapide des nouvelles
formes prises par le mode de production capi¬
lement les
1962
POLYNÉSIEN
1983
1962
EUROPÉEN
1983
Professions et groupes
socio-ethniques. Les
pourcentages donnés
n'ont qu'une valeur très
relative, compte tenu de
la difficulté d'identifier
les catégories socio-
1962
1983
CHINOIS
ethniques en zone
urbaine (voir p. 77).
Trois enseignements
peuvent néanmoins en
être tirés : les popa'a
affirment leur position
taliste est
responsable de la crise grave que
traverse actuellement la société polynésienne.
A côté d’un prolétariat ma’ohi de plus en
plus important, la classe bourgeoise continue
à s’enrichir en accumulant profits et plusvalues sur les marchés de la production et de la
distribution. Néanmoins, c’est l’hypertrophie
démesurée du secteur tertiaire qui semble le
mieux caractériser la période actuelle. En
vingt ans, le nombre de salariés du secteur
public s’est accru de 462%. Cette fonction¬
narisation à outrance d’une partie de la classe
bourgeoise est symptomatique des retombées
financières d’une assistance budgétaire de
l’État français toujours plus grande, d’une
accumulation du capital privé non réinvesti
dans les secteurs productifs du pays et d’une
nouvelle conception de la façon de gérer et
d’administrer socialement et économique¬
ment le
Territoire.
assiste en effet, depuis quelques
années, à l’éclosion d’une nouvelle classe de
On
gérants, d’hommes d’appareil étatique, de
techniciens du pouvoir politique et économi¬
que. Issus des différentes couches socioethniques de la classe dominante, ils se
trouvent renforcés par l’arrivée massive de
cadres supérieurs et d’administrateurs popa’a.
Ce nouveau phénomène est significatif de
l’émergence d’un micro-capitalisme d’État, né
de l’alliance du capitalisme privé et de l’État
territorial en gestation. Sans constituer pour
autant un monopole, cette nouvelle fraction
de la classe bourgeoise tente de réaliser à la
fois les conditions de son hégémonie sociale,
politique et économique.
leur profil socio¬
économique donne à
penser qu’ils se fondent
progressivement en
milieu urbain dans les
deux grandes classes
sociales en formation :
bourgeoisie
hétérogène et le
prolétariat.
une
dominante ; les
"Polynésiens” se
prolétarisent ; quant aux
Chinois et aux Demis,
lil
1962
1983
DEMI
Ci-dessus :
Le haut-commissaire
recevant ie bureau et ia
commission
permanente de
i'Assembiée territoriaie.
Réception du 14 juiiiet
chez ie hautcommissaire. Les
méfaits dont se rendent
1962
AUTRE
1983
m Cadres moyens
I etExploitants
agricoles
patrons pêcheurs
I Ouvriers agricoles
m Employés
Ouvriers
(Employeurs
et
HH Militaires et assimilés
travailleurs indépendants
I Cadres supérieurs
I Clergé
coupables certains
popa'a permettent à un
pouvoir territorial qui ne
maîtrise pas le devenir
politique, social et
économique de la
Polynésie française,
d'agiter l'épouvantail de
l'immigration. Un
discours idéologique
reposant sur une
certaine déformation de
la réalité (voir p. 77)
qui, dans ce contexte,
vise à réaliser le
consensus à son profit.
13
VIVRE EN POLYNÉSIE
L’évolution
des formes de
réflexion sociale
Une réflexion limitée
par l’idéologie religieuse
Jusqu’en
1972, l’univers social des
Poly¬
nésiens reste confiné au cadre de la commu¬
nauté villageoise, en particulier dans le monde
rural. Base du système économique et social,
organise les formes
spécifiques touchant la participation à la vie
la
communauté
sociale et l’action sur le devenir de la société.
Les
relations
à
sociales,
les
regroupements
économique ou idéolo¬
gique, tels que lespupu ’ohipa ou les amuira’a,
s’inscrivent dans cet espace et sont encadrés
par les Églises qui en assurent la cohésion.
d’individus
but
En effet, la réflexion sur la situation et
l’avenir de la société est impulsée par les diffé¬
rentes
confessions,
et
en
particulier
par
l’Église évangélique. Mais la morale chré¬
tienne, essentiellement conservatrice, fait
barrage à toute réflexion révolutionnaire qui
pourrait remettre
l’ordre social
établi, même si, dans le même temps, elle tient
en
Le district est pendant
toute la période
coloniale l'espace de
référence d'une société
néo-traditionnelle où les
Églises (en bas, un
temple à Rimatara dans
les années 1930)
impulsent et animent les
activités socio¬
économiques (àgauche,
le lancement d'un cotre
à Maupiti en 1930).
14
cause
qui reflètent les
antagonismes existant dans la société poly¬
nésienne. La tutelle exercée principalement
par l’Église évangélique, garante de l’ordre et
de la paix sociale, est telle qu’elle empêche que
les discours d’opposition élaborés en son sein
se concrétisent par la formation de groupes de
pression.
Ainsi
en
1963, lors du projet
d’implantation du Centre d’Expérimentation
du Pacifique, l’Église évangélique s’y oppose
en
adoptant une résolution. Mais elle
n’engage aucune action véritable. Cet
immobilisme dans l’action et cette impuis¬
des discours contradictoires
sance
à concrétiser
ses
décisions font, alors
la majorité de ses coreligionnaires sont
opposés au nucléaire, qu’aucun groupe de
pression ou d’opposition ne se constitue.
Les deux autres formes de participation
sociale présentes aux côtés des Églises sont les
partis politiques et les syndicats. Mais, autant
les premiers développent des discours se
référant à l’idéologie religieuse, autant les
seconds ne constituent pas à proprement
parler des groupes de réflexion portant sur le
changement social. Tout en luttant pour
que
l’amélioration
des
conditions
générées
le
salariat,
par
demeurent conservateurs.
les
de
travail
syndicats
L’émergence des groupes
de réflexion
A partir de 1972, la réflexion développée sur
l’état et le devenir de la société polynésienne
prend une forme plus radicale avec
l’émergence de nouveaux groupes de réflexion
dont le fer de lance est l’association la Ora te
Natura. Ces groupes dépassent le cadre d’une
opposition formelle s’en tenant aux discours
ils tentent au contraire de
s’ériger en groupes de pression animés par la
et aux vœux pieux ;
volonté d’infléchir le sens de l’évolution de la
société.
Ces groupes s’opposent à ceux qui
adhèrent à l’idéologie dominante et agissent
pour maintenir l’ordre social existant, comme
à ceux qui disent prôner une société nouvelle
mais ne font rien pour la changer.
Ils témoi¬
gnent en fait de l’irruption de la modernité liée
à l’installation du C.E.P. Le salariat, la moné¬
tarisation
de
créent
nouvel univers social et culturel
un
l’économie
et
l’urbanisation
dont les traits principaux expliquent l’origine
de
ces
sophie.
groupes et
le contenu de leur philo¬
La primauté de l’individu et non plus de
la communauté est le trait le plus important
qui
caractérise
désormais
les
nouveaux
LES RAPPORTS SOCIAUX
sociaux générés par la modernité.
l’image religieuse ancienne
véhiculée par le missionnaire, celle du droit au
rapports
Par
ailleurs,
bonheur
sur
terre et de la croyance en une
détermination surnaturelle, se voit peu à peu
supplantée par la diffusion d’une nouvelle
image de l’Occident qui donne la possibilité
aux hommes d’agir sur leur propre destin.
Enfin, le contact et la diffusion des idées
nouvelles, ainsi que leur brassage par les
jeunes Demis retournant sur le Territoire
après des études supérieures faites en
Métropole, constituent un autre des traits
marquants de la période.
une
aux
société plus rigide, aux contradictions et
antagonismes accrus. Tous ces change¬
ments amènent une intensification et une
diversification de la vie politique, associative
et culturelle qui seront favorables à l’éclosion
groupes de pression rassemblant des
individus issus de milieux différents mais qui
des
partagent grosso modo une même conception
de la société, de l’analyse de ses problèmes et
de ses perspectives d’avenir.
Ils ne se situent
A ces modifications s’ajoute une restruc¬
à l’instar des partis politiques, dans la
perspective d’une prise de pouvoir. Ils se défi¬
nissent simplement par la nature de leur
réflexion qui porte sur la nécessité ou non du
changement social et politique.
inégalités entre une minorité possédante et
lisme) qui caractérisent le nouvel univers
turation de la société.
une
masse
L’accroissement des
d’individus démunis caractérise
pas,
Tous
ces
traits (et notamment
l’individua¬
socio-culturel ont du mal à pénétrer en milieu
polynésien. Une pénétration d’autant plus
difficile que les Églises et les partis politiques
continuent à exercer leur tutelle sur les masses
et de façon
protectionniste.
En outre, les structures comme les règles
de fonctionnement de
ces
nouvelles formes
d’organisation restent calquées sur les formes
de regroupement de type occidental. En cela
elles s’opposent à celles traditionnelles qui
prévalent dans la société polynésienne, et
empêchent ainsi une réelle implantation de
leur part dans les milieux populaires. En effet,
les Polynésiens n’intègrent toujours pas la
démarche occidentale d’une adhésion indivi¬
duelle à une organisation. Les formes de parti¬
cipation passent toujours par la commu¬
nauté : on n’adhère pas à un groupe mais on
un groupe. Ces groupes de
réflexion ne peuvent donc espérer s’implanter
appartient à
d’individualisation
que lorsque le processus
des rapports sociaux en cours sera achevé, au
risque d’anéantir les règles de fonctionne¬
la vie communautaire.
Enfin, les nouvelles conceptions sur la
société et les théories du changement social
forment le contenu d’une réflexion dont seule
ment de
une
partie de l’intelligentsia locale a l’apanage.
Les nouveaux concepts et valeurs qui corres¬
pondent à une véritable révolution
idéologique et intellectuelle ne peuvent encore
atteindre largement la grande majorité des
Polynésiens.
Les lotissements
sociaux de la zone
urbaine, où les
logements sont
attribués en fonction de
critères socio¬
économiques.
consacrent à leur
manière la disparition
des liens de solidarité
socio-culturels qui
fondent dans le monde
rural l’existence des
communautés.
Un changement de
société. Les familles
étendues, regroupées
en communautés
rurales encadrées par
les Églises, ont constitué
jusque dans les années
1960 les cellules de base
de la société
polynésienne. La
monétarisation de
l’économie,
l'urbanisation et le
développement de la
consommation
accélérés par
l'installation du C.E.P.
ont
profondément
bouleversé cette
structure sociale qui
perdure encore dans les
archipels.
15
VIVRE EN
POLYNÉSIE
Les groupes de
réflexion
La diversité des groupes de réflexion qui
se constituent à
est
partir des années soixante-dix
évidemment fonction du choix des thèmes
qu’ils privilégient : l’environnement naturel, le
nucléaire, la paix, la condition de la femme,
pour ne citer que les principaux. Histori¬
quement, la première organisation “moderne”
à avoir été fondée est la Ora Te Natura, créée
le 28 août 1973.
la Ora Te Natura
problèmes de protection de la nature, jusqu’à
constituer un groupe de pression”. Les six
premiers mois, une campagne de sensibilisa¬
tion de l’opinion est menée à l’aide d’affiches,
d’autocollants, dans la presse et à la télé¬
vision, de débats dans les écoles ; l’association
diffuse également un bulletin d’informations.
Les principaux thèmes de la campagne
portent sur les pesticides, les ordures ména¬
gères, l’abattage intensif d’arbres, la protec¬
tion de sites tels que l’atoll de Tetiaroa et celle
du milieu en général.
De 1974 à 1976, ses actions sont nom¬
breuses, et même si la OraTeNatura s’oppose
ouvertement au pouvoir local en lui intentant
des procès, dont elle sort souvent victorieuse.
le cadre reste la défense de l’environnement.
Ce qui
la conduit à poser le problème de la
présence du C.E.P.
A partir de 1976, la OraTeNatura centre
alors
son
action contre les essais nucléaires
français.
Mais, au lieu de mener une
de sensibilisation, de créer un
courant d’opinion sur les causes et l’origine de
leurs méfaits, l’organisation opte pour une
action supranationale en liaison avec des
organisations internationales comme
Greenpeace.
Par ses prises de position de plus en plus
campagne
radicales et l’absence d’actions réelles, la Ora
Te
Natura
d’association
perd
de
peu
à
défense
peu son caractère
de la nature et
la Ora Te Natura est née de la rencontre
d’anciens cadres de l’Église évangélique et de
Jeunes diplômés de l’Enseignement supérieur.
A l’origine, son but était la protection de la
nature menacée depuis l’implantation du
Centre d’Expérimentation du Pacifique, mais,
pour répondre à une carence du Territoire en
matière de politique d’aménagement, l’asso¬
ciation allait avoir pour objectif “de créer un
courant d’opinion partant de la base, sur les
la Ora Te Natura. En
1974, lorsqu’elle est
créée, cette association
de défense de la nature
dispose d'un local, d’un
journal, d'une
subvention territorialeet
de l’enthousiasme de
ses animateurs :
Do Carlson, J.-P. Barrai,
Ph. Siu, J. Drollet...
16
En 1976, ses prises de
position antinucléaires
contribuent à la
diminution de son
audience. Depuis 1982,
elle n’a plus d'activité
et ses membres se sont
dispersés dans des
partis politiques ou
d’autres groupes de
réflexion : la Mana,
Comité pour la Paix,
Here Ai’a, Ligue
internationale des
Femmes pour la Paix et
la Liberté
...
Ci-dessous :
Tortue à Scilly.
Des
rapports sans suite, des
associations aux
réunions sporadiques,
de nombreuses
proclamations
politiques... les discours
concernant la défense
de la nature sont
beaucoup plus
nombreux que les
actions effectivement
menées. Pendant ce
temps-là, les chercheurs
constatent que la
dégradation de
l’environnement se
poursuit
(voir pp. 126-127).
LES RAPPORTS SOCIAUX
apparaît dès lors comme une organisation
politisée. Désenclavée de la vie sociale locale,
la Ora Te Natura n’est plus aujourd’hui qu’un
sigle.
Le Comité pour la Paix
Créé à l’initiative d’anciens militants de la Ora
Le Planning familial
Du C.I.F.P.L.
au
Conseil des Femmes
organisations de type occidental ont
toujours eu du mal à s’implanter en Polynésie.
Les
Une
association
comme
la section
polyné¬
sienne de la Ligue des Femmes pour la Paix et
organisation politique si l’on en croit ses
statuts. Néanmoins, la nature des organi¬
la Liberté, qui a été créée en 1981, n’a plus
aujourd’hui qu’une vingtaine de membres.
A contrario, de par son caractère “tradi¬
tionnel”, un groupe de réflexion comme le
Nunaa
dans le tissu social. Il regroupe en effet, depuis
Te Natura,
le Comité pour la Paix n’est pas
une
sations fondatrices, comme le la Mana Te
ou le Here Ai’a, le contenu de son
manifeste, le type de ses actions qui privi¬
légient les manifestations, et le sens de ses
déclarations attestent le caractère politique de
ce groupe de réflexion.
Son objectif est de regrouper le peuple
polynésien afin de lutter pour la suppression
des essais nucléaires en Polynésie et la dénu¬
cléarisation complète du Pacifique. Son
action, limitée à l’organisation d’une manifes¬
tation annuelle dans les rues de Papeete, ne
permet pas au Comité de s’implanter dans la
réalité sociale. Le 25 février 1984, il n’a réuni,
selon certaines estimations, que 800 à 1 500
personnes.
Conseil des Femmes est bien mieux inséré
1981, treize associations qui, pour la plupart,
pratiquent l’entraide dans le cadre de leurs
activités artisanales. Une pratique qui est très
largement impulsée et contrôlée par les Églises
et
notamment, dans le cadre qui nous
préoccupe, par l’Église mormone. Sur plus de
2 000 membres du Conseil, 1 205 font partie de
la Société des Secours de l’Église de JésusChrist des saints des derniers jours (pieux de
Pirae et Papeete en particulier) qui adhère au
Conseil depuis sa création. Le Conseil des
Femmes, est-il besoin de le préciser, ne remet
pas en cause les clivages sociaux ; ce faisant, il
s’inscrit dans la durée.
Le Planning familial a été créé à l’initiative de
médecins
métropolitains,
d’assistantes
sociales et de cadres de l’Église évangélique,
conscients des
problèmes engendrés par une
démographie galopante. Son but initial était
de freiner le taux d’accroissement naturel en
intervenant
sur
la natalité
au
moyen
de la
contraception, ün premier centre est créé en
1972 à Papeete. Le mouvement essaime
ensuite à Taravao, à Papara et à Raiatea. Ces
centres
mènent
une
action d’information et
importante
en particulier en
matière de contraception, de prévention et de
d’éducation
,
suivi médical de la grossesse.
Plusieurs
raisons
expliquent la
popu¬
larité du Planning et son succès. D’une part, la
d’un accueil toujours ouvert à la
discussion, le souci de réduire les contraintes
administratives ; d’autre part, le soutien
apporté par l’Église, dont les points de vue
chaleur
convergent avec les siens, notamment dans un
domaine particulièrement important : tout
comme elle, et contrairement à son homo¬
logue métropolitain, il est contre l’interrup¬
tion volontaire de la grossesse.
Le Conseil des Femmes
regroupe, autour de la
Société de Secours de
l’Église des Saints des
Derniers Jours, diverses
associations : Groupe de
Solidarité des Femmes
de Tahiti, Tuterai Nui,
Club Soroptimist,
Te Vahiné Polynetia,
Tiare Rau, Comité de la
Croix Rouge,
Te Vahiné Ura, Pu Maohi,
Tamatea, Tumuhau,
Tiare Moorea.
L’amélioration de la
condition de la femme
constitue un des
objectifs poursuivis par
les groupements de
solidarité féminins. Une
action qui, pour la
majeure partie d’entre
est conçue et
menée en termes
d’assistance et ne remet
eux,
pas en cause les clivages
sociaux qui sont
responsables de la
condition féminine.
Le Comité économique
et social, qui a été
institué par le statut de
1977, est une chambre
de réflexion et de
propositions. Ses
compétences sont fort
limitées : le
gouvernement local
reste maître de son
ordre du jour et il
désigne les
groupements
professionnels et
associatifs qui y sont
représentés.
17
VIVRE EN
POLYNÉSIE
Les syndicats
Cependant, à la fin des années soixante,
syndicats demeure faible : ils
sont 32 environ regroupés dans trois organi¬
sations : la Confédération syndicale inter¬
professionnelle créée en 1968, l’Union polyné¬
le nombre de
patronaux
En Polynésie française, les premiers
syndicats patronaux sont créés dans les
années vingt. En 1948, il en existe une dizaine,
ainsi qu’une Union patronale des E.E.O. qui
regroupe industriels, entrepreneurs et com¬
merçants.
Ces organisations ne seront
reconnues et définies qu’en 1952 par le Code
du travail toujours en vigueur aujourd’hui.
sienne de l’Hôtellerie fondée
en
1969 et la
Eédération polynésienne de l’Hôtellerie et des
Industries touristiques.
Leur nombre
augmente ensuite rapidement : ils sont 50 en
1973 et 80 en 1979. Dans le même temps se
crée
la
Confédération des
Associations et
Syndicats patronaux de Polynésie française
(C.A.S.P.P.E.).
Les débuts d’une restructuration
La création de la C.A.S.P.P.F. marque le
début d’une restructuration du syndicalisme
patronal. Jusque-là, il n’y avait que des
syndicats ou des unions regroupant des tra¬
vailleurs
indépendants. La C.A.S.P.P.F.
rassemble 12 syndicats sur les 59 existants.
Les prémices
Les objectifs poursuivis par ces syndicats pro¬
fessionnels
sont
avant
tout
économiques.
Ainsi, en 1940, les exportateurs de vanille se
regroupent pour améliorer les conditions de
ce produit. Dans les
majorité des syndicats
qui se créent intéressent les transports, le
commerce, le bâtiment, les travaux publics, le
commercialisation de
années 1950-1960, la
B?®*
tourisme et ses activités annexes (hôtels, bars,
restaurants...). Dans les années soixante-dix,
malgré un déclin des productions tradition¬
nelles, nombreuses sont les créations d’orga¬
nisations qui regroupent les travailleurs
indépendants de l’agriculture, de l’élevage et
de la pêche.
Le syndicalisme
patronal s’est développé
en adaptant ses objectifs
et ses structures à la
nouvelle donne
socio¬
économique.
Regroupant au départ
les producteurs de
coprah ou les
exportateurs de vanille,
il a d’abord attiré, dès
les années 1950, les
patrons de l’hôtellerie et
des entreprises de
services, avant de
prendre sa
configuration actuelle.
18
Par ailleurs, avec la
promulgation du code
du travail, il adù prendre
en compte l’existence
des organisations
syndicales de
travailleurs salariés.
à gauche :
Jean-Claude Michaux,
En bas,
qui fut jusqu’à la prise
de participation
majoritaire de la
Lyonnaise des Eaux, le
responsable du groupe
(familial) Martin
(électricité, brasserie,
imprimerie...), incarnait
certaine force
d'action patronale bien
une
représentée à la
C.A.S.P.P.F.
Le Conseil des
Employeurs, qui a
remplacé la C.A.S.P.P.F.
en 1983, est, à l'image du
C.N.P.F. métropolitain,
le parti des patrons, et
pour ce faire, il n'hésite
pas à intervenir dans le
débat socio¬
économique pour peser
sur la politique du
gouvernement local. Les
entreprises adhérentes
rassemblaient 18 000
des 45 133 salariés du
Territoire en 1985. Il est
actuellement présidé
par J. Guilpain (en bas,
au
centre).
La C.G.P.M.E. a été
créée en 1984 pour
représenter des
entreprises de moins de
100 salariés. Son
fondateur est
M. Le Hebel
(ci-dessous).
LES RAPPORTS SOCIAUX
multiplication ainsi que les modifica¬
syndicalisme patronal
polynésien s’inscrivent logiquement dans le
nouveau contexte juridico-institutionnel mis
en place par la nouvelle réglementation du
Cette
tions structurelles du
travail et des lois sociales.
En 1974 en effet, sont créées les commis¬
mixtes paritaires qui réunissent les
représentants des syndicats patronaux, ceux
des syndicats de travailleurs, sous la direction
de l’Inspection du travail et des lois sociales.
L’objet de ces commissions est la négociation
sions
d’accords
destinés
notamment
à
fixer
les
conditions de travail en matière de salaires et
d’horaires, qu’il s’agisse d’une entreprise ou de
tout
un
secteur
d’activité. Ces accords sont
appelés aussi conventions collectives.
Face à ce nouveau rapport de forces, la
C.A.S.P.P.F. voulut s’affirmer comme étant
le seul représentant du patronat polynésien et
unique interlocuteur. Mais elle se heurta à
deux séries d’obstacles : d’abord à l’esprit de
chapelle entretenu par les syndicats patro¬
naux qui continuent à défendre des intérêts
corporatifs, ensuite à la nouvelle donne
politique créée par le statut d’autonomie de
gestion de 1977 qui favorise l’apparition d’une
nouvelle conception du patronat polynésien.
En effet, le pouvoir territorial fait alors
appel à l’ensemble des patrons, en tant que
son
Ci-dessus :
L’action syndicale, par le
biais de l'élection des
délégués, se développe
surtout au sein des
entreprises d’une
certaine taille. Ici,
l’Électricité de Tahiti.
nouveaux
partenaires économiques et
sociaux, afin de déterminer des politiques
économiques étendues au niveau du Territoire
et non limitées à
l’entreprise.
Le 15 octobre 1983, la C.A.S.P.P.F. devient le
des
Employeurs.
Ce paysage se modifie avec la création en 1984
d’une
nouvelle
organisation patronale
;
la
Confédération des Petites et Moyennes Entre¬
La constitution du monopole
Conseil
Le patronat divisé
Ce
conseil
se
caractérise par des structures qui permettent
de regrouper de manière cohérente syndicats
professionnels et interprofessionnels. Ainsi, le
Conseil des Employeurs a notamment pour
adhérent l’Union patronale qui avait refusé
jusque-là d’entrer à la C.A.S.P.P.F. En 1985,
le Conseil comprend 16 syndicats patronaux
qui regroupent 392 adhérents. Jusqu’en 1984,
il est la seule organisation dite représentative
du patronat polynésien. Siégeant dans les
différents
organes de consultation
économique et sociale, il a en effet le
monopole de la représentation syndicale dans
les organes bipartites, placés sous la tutelle de
l’Inspection du travail et composés pour
moitié d’employeurs et pour moitié de travail¬
leurs, comme dans les organes tripartites
comprenant en plus les représentants du
gouvernement local. Organisées par celui-ci,
les réunions tripartites portent sur l’emploi, la
formation et la protection sociale.
prises de la Polynésie française
(C.G.P.M.E.P.F.) qui affirme vouloir repré¬
senter le patronat réel et considère que le
Conseil des Employeurs ne défend que les
intérêts du grand patronat de gestion. La
C.G.P.M.E.P.F. s’adresse aux entreprises de
moins de 100 salariés. Encore récente, elle a
surtout mené une action d’information auprès
des
syndicats patronaux indépendants, non
au Conseil des
Employeurs. La
adhérents
C.G.P.M.E.P.F.
intervient
dans
quatre
privilégiés : la fiscalité, l’envi¬
ronnement économique, le Code du travail et
le chômage.
domaines
La
C.G.P.M.E.P.F., en dépit de la fai¬
blesse relative de son implantation - en avril
compte que 250 entreprises
oblige néanmoins les parte¬
naires socio-économiques à reformuler leurs
relations et elle modifie le rapport de forces
avec les organisations de travailleurs salariés.
Cette division entre patrons, qui est encore
formelle, risque fort de modifier les décisions
et les
accords relatifs au développement
économique et social du Territoire.
1985
elle
adhérentes
ne
-,
En haut, à droite :
L’évolution des formes
de commerce (ici, la
galerie marchande du
centre Moana Nui) a
contribué à mettre en
valeur la différence de
taille des entreprises et à
faire éclater le monopole
du Conseil des
Employeurs.
A droite :
La vallée de la Tipaerui,
aux confins occidentaux
de la commune de
Papeete, concentre une
bonne partie de l'activité
industrielle de Tahiti :
brasseries, menuiseries
métalliques, garages,
etc.
19
VIVRE EN POLYNÉSIE
Les syndicats
de travailleurs :
des négociations
aux
Ces succès attestent l’implantation du
syndicalisme dans le monde du travail. Son
avenir n’en est pas garanti pour autant : la
liberté syndicale reste formelle et la répression
n’épargne pas les militants. Le licenciement de
105 travailleurs de la municipalité de Papeete,
le 8 mai 1953, pour leur appartenance syndi¬
cale, en témoigne et reste encore gravé dans les
grèves
L’idée syndicale, c’est-à-dire la volonté de
créer des
organisations représentatives des
travailleurs afin d’améliorer leurs conditions
de travail, est née en 1946-1947.
essentiellement diffusée par des
Elle a été
métropo¬
litains expatriés, sympathisants communistes
pro-C.G.T., et surtout par le mouvement
politique pouvaniste.
Ainsi deux types de syndicats voient le
jour : des syndicats adhérents à la C.G.T. et
des syndicats adhérents à la C.F.T.C. et
fondés
par
des membres du Comité
Pouvanaa. En 1947, les dix syndicats profes¬
sionnels C.G.T. se regroupent et forment la
première union de syndicats : l’Union des
Syndicats tahitiens. En 1956, les syndicats
professionnels C.F.T.C. s’organisent de leur
et
côté au sein de la Confédération des Travail¬
leurs
chrétiens
du
Pacifique,
elle-même
affiliée à la Confédération internationale des
Syndicats chrétiens. Les syndicats de cette
époque revendiquent pour les Polynésiens
l’extension des lois métropolitaines en matière
de droit du travail et de protection sociale.
mémoires.
1972, le développement du syndi¬
la
Dans les années soixante, de nouvelles orga¬
nisations
comme
se
créent dans le secteur
public
dans le secteur privé, à l’initiative des
qui essaient de structurer le
mouvement syndical : le Syndicat autonome
des Fonctionnaires indépendants (S.A.F.L),
créé le 10 septembre 1958, et la Fédération des
Syndicats de Polynésie française (F.S.P.F.),
deux centrales
fondée le 10 février 1962 - fédération issue du
Syndicat
général
des
Non sans succès
puisque, en 1966, à la suite d’une grève de 11
jours déclenchée dans la fonction publique
pour obtenir l’alignement des salaires sur ceux
de la Métropole, les fonctionnaires locaux
Par
majeure partie des salariés
recensés (38% de la population active) sont
fonctionnaires, quand ils ne travaillent pas sur
le port ou à la Compagnie française des Phos¬
phates de l’Océanie (C.F.P.O.) ; 18 syndicats
professionnels seulement les représentent.
1956,
Elles assument désormais la responsa¬
bilité de l’action syndicale.
politaine.
calisme reste lent, à la mesure des progrès et de
la diversification du salariat dans l’économie.
En
l’U.S.T./C.G.T. et l’U.S.T./F.O.
sont intégrés dans la fonction
Vers une structuration
du syndicalisme polynésien
De 1955 à
Agents de la Fonction publique. Ces deux
supplantent la C.T.C.P.,
centrales
Fonctionnaires et
publique métro¬
ailleurs, elles essaient d’améliorer
leur implantation dans le secteur privé, ce qui
conduit la S.A.F.L à changer de sigleen 1967 :
elle devient le Syndicat autonome des Travail¬
polynésiens (S.A.T.P.). Ces deux orga¬
nisations mènent alors une action unitaire afin
leurs
de contribuer à l’amélioration de la protection
sociale des travailleurs salariés.
Elles sont
l’origine des premières conventions
collectives signées avec le patronat.
Le recours à des actions de grève est
fréquent mais limité à des entreprises capables
d’en supporter le coût économique. La
aussi à
F.S.P.F. et le S.A.T.P. interviennent enfin
pour l’application du
Code du travail du 15 décembre 1952 et la
auprès du Territoire
promulgation de décrets territoriaux fixant la
composition des commissions mixtes
paritaires comme préalable nécessaire à
l’obtention de conventions collectives dans le
secteur privé.
L’objectif est atteint en 1974.
Les premiers conflits
De 1948 à 1954, aucun nouveau syndicat n’est
mais la vie politique et
syndicale reste très agitée.
En avril 1951, intervient le premier
conflit important dans le monde du travail
polynésien. A l’initiative des deux syndicats
professionnels des dockers (C.G.T. et
C.F.T.C.) une grève d’un mois est déclenchée
dans le port de Papeete. Les revendications
portent sur la planification horaire de la
journée de travail, l’élaboration de tarifs
spéciaux pour les heures supplémentaires, la
officiellement créé,
création d’un bureau d’embauche de la maind’œuvre de Papeete et l’adoption d’une classi¬
fication de la profession.
Le conflit est dur. Le gouverneur envoie
des soldats tahitiens en armes qui, si l’on en
croit certains
témoignages, refusent d’ouvrir
le feu par solidarité avec les grévistes. Les
dockers jettent les marchandises par-dessus
bord et obtiennent satisfaction, après que les
Le premier code du
commerçants aient fait pression auprès des
autorités.
Un autre conflit d’un mois a lieu à
travail a été institué en
1952 par le
gouvernement central
dans le cadre d’une
Compagnie française
des Phosphates de l’Océanie. La grève est
déclenchée par le Syndicat des Travailleurs de
Makatea en 1953, à la
politique générale
concernant l’Outre-Mer
où se multipliaient les
conflits sociaux
Makatea C.F.T.C. et C.G.T.
conjugués à l’action
politique menée par Pouvanaa a Oopa, alors
député, et son parti politique, le R.D.P.T. majoritaire à l’Assemblée territoriale - sont
responsables de l’adoption du Code du travail
pour les territoires d’outre-mer en 1952 et de la
création de la Caisse de compensation des
prestations familiales, le 28 septembre 1956.
L’Office de la Main-d’Œuvre quant à lui est
Ces deux conflits,
créé le 3 août 1957.
Le développement du
syndicalisme à Tahiti est
inséparable de l’action
politique menée par les
comités Pouvanaa et le
R.D.P.T. Nous avons
déjà souligné (voir
volume 8, p. 21) la
dimension sociale de
l'action menée par le
Metua et par son
second,
J.-B. Céran-Jérusalemy.
(voir p. 25). Des conflits
qui n’ont pas disparu
pour autant, la grève
déclenchée en 1953 à
Makatea l’atteste.
LES RAPPORTS SOCIAUX
Un univers syndical éclaté
des Travailleurs autonomistes polynésiens, la
C.T.A.P., qui est issue de la C.D.T.P. ; en
1974, l’Union territoriale des Syndicats démo¬
cratiques, qui est intégrée à la F.S.P.F. en
1979 ; et en 1977, l’Union des Syndicats auto¬
A partir de 1973, la configuration de l’univers
syndical polynésien se transforme. Avec
l’augmentation massive du nombre des sala¬
riés, le mouvement syndical se diversifie : la
F.S.P.F. crée 14 syndicats et l’U.S./S.A.T.P.
en
nomistes
du
mouvement politique autonomiste affecte les
conditions d’émergence de ces nouvelles
D’autre
1976, la Centrale
le
part,
renouveau
syndical a
le thème de
l’autonomie, le sort des travailleurs ayant
toujours été considéré comme en dépendant.
En 1972-1973, alors que la mobilisation auto¬
nomiste contre la présence du C.E.P. est
importante dans le monde syndical, la
confédérations.
toujours
Charles Taufa joua un
rôle décisif entre 1953 et
1963 pendant la période
de développement du
syndicalisme qui aboutit
à la création de la
F.S.P.F. Son départ a
marqué un changement
d’attitude de cette
fédération qui a
abandonné la lutte pour
la négociation.
s’associer au mouvement.
On assiste donc dans les années 70-80 à
de la C.T.A.P.
fonde 8. Par ailleurs, trois nouvelles confé¬
dérations voient le jour : en
polynésiens qui naît d’une scission
prend position pour le maintien du
agit pour anéantir les actions de
boycott organisées par les syndicats du
Pacifique. Elle est rejointe dans ses positions
par le S.A.T.P. Seule la C.D.T.P. refuse de
F.S.P.F.
C.E.P. et
été
Le
combat
centré
sur
une
diversification croissante des confédé¬
syndicales qui annonce la fin du
monopole de la F.S.P.F. et de TU.S./
S.A.T.P., une diversification qui est insé¬
parable de la crise des idéologies dont elles se
réclament. Désormais, chaque organisation se
préoccupe surtout de son implantation à
l’occasion des élections des délégués du
personnel et de l’obtention de la subvention
territoriale correspondante.
rations
Les dockers ont toujours
été à la pointe du combat
syndical. Ils ont
déclenché en 1951 le
premier "conflit
important" qu'ait connu
le Territoire.
1956
U.S.T./C.G.T.
C.T.C.P./C.I.S.C.
C.G.T.
Travailleurs
Union des Syndicats tahiîiens
Organigramme historique des unions de syndicats de 1947 à 1984
U.T.S./F.O.
Union territoriale
Centrale des
des Syndicats F.O.
Chrétiens du
S A F I
1958
Pacifique
1947
issu du S.G.F.A.F.
15 mars
1964
U.P.S.C.T./F.P.C.T.O.M.
Union polynésienne
des Syndicats de
Coopération technique
1964
mars
et Agents de la
Fonction publique)
C.D.T.P./C.F.D.T.
/
U.T.S.D.
/
y
Union territoriale des
Syndicats démocratiques
T
1979
1977
Fédération des Syndicats des Travailleurs polynésiens
issue du regroupement Syndicats de la Fonction publique
et du S.G.F.A.F.P. (Syndicat général des Fonctionnaires
Centrale démocratique des Travailleurs polynésiens
1974
1976
F.S.P.F. (10 février) 1962
Fédération du
Personnei de Coopération
Technique d’Outre-Mer
U.T.S.D.
S.A.T.P. (5 juillet)
les Syndicats autonomes
des Travailleurs polynésiens
'
1967
uTS./SjA.T.P. (31 août)
Union des Syndicats "S.A.T.P.”
affiliation à la
1978
F.S.P.F.
disparaît
C.T.A.P. (24 février)
Centrale des Travailleurs autonomistes polynésiens
C.T.A.P.
(tendance C.T.U.) 1984 22 mars
U.S.A.P. (2 septembre)
Union des Syndicats
autonomistes polynésiens
F.I.S.T. Intersyndicale
^î’Fédération indépendante des Syndicats
1984 28 mars
U.S.C.P.F.
F.S.P.F.
des Travailleurs
C.S.I.P. (28 mars)
Union des Syndicats
Confédération
des Cadres de Polyné¬
U.T.T.IL.
sie française
1984 2 avril
U.D.S.A. créée en 1982
Union démocratique
des Syndicats de
l’Aéronautique
Union des
25 mai
Travailleurs
de Tahiti et
F.I.S.T.
C.T.A.P.
(mai 1984)
des Mes
U.S./S.A.T.P. - U.D.S.A. - C.T.A.P.
H^i
accord d'union (décembre 1984)
U.S./S.A.T.P.
(avril-mai 1984)
des Syndicats Indépendants
1980
de Polynésie
SOLIDARITÉ (7 juillet)
AU PUPU MAOHl
1984
21
VIVRE EN POLYNÉSIE
Les syndicats
de travailleurs :
du syndicalisme dur
L’intensification
de la vie syndicale
signe de la négociation. Les
1980, la vie syndicale
s’anime. Le patronat, mal organisé, refuse
d’aller plus loin dans la satisfaction des reven¬
dications des organisations. Les procédures
juridiques se multiplient. Une nouvelle confé¬
dération naît : la Confédération des Syndicats
indépendants de Polynésie (C.S.l.P.). Créée à
l’initiative de six syndicats professionnels
autonomes déçus par les autres organisations,
la C.S.l.P. a une conception offensive de
centrales formulent leurs revendications par le
des travailleurs qu’elle juge menacés à la fois
au
retour
à la négociation
Ainsi, jusqu’en 1980, la vie syndicale se
déroule
sous
le
actions menées restent dans le cadre légal et les
biais des institutions placées sous la tutelle de
l’Inspection- du travail. Le climat social et
syndical demeure relativement calme : les
syndicats et le patronat portent leurs conflits
devant le Tribunal du travail.
Mais, à
partir de
l’action. Son but est de défendre les intérêts
par le patronat, les instances territoriales et le
gouvernement français. Organisation
d’opposition, la C.S.l.P. définit une nouvelle
conception des moyens d’action : négocier,
mais établir au préalable un rapport de force
aux travailleurs en bloquant au
besoin la production économique. La C.S.l.P.
favorable
envisage des actions de grève dépassant le
cadre de l’entreprise, étendues à un secteur
d’activité ou au Territoire tout entier.
Le temps des grèves
Pour la
appelle
première fois, en 1982, la C.S.l.P.
à la grève générale. Mais le
mouvement n’est suivi que par les dockers.
leurs en dehors de leur lieu de travail, dans la
rue. Elle a pour objectif la grève générale afin
d’imposer sa revendication globale d’amélio¬
ration de la condition des travailleurs poly¬
nésiens et d’obtention d’un nouveau Code du
Fin 1981, l’arrivée du texte métro¬
travail.
politain, qui ressemble beaucoup au code de
1952, déçoit l’ensemble des confédérations.
La grève de l'hôtellerie
d’octobre 1983 est une
date importante dans le
syndicalisme
polynésien, en ce sens
qu'elle fut longue
(40 jours) et marquée
par une vive tension
entre grévistes et forces
de l'ordre. Elle consacre
par ailleurs une rupture
dans le syndicalisme :
les accords de Matavai
montrent que la majorité
des organisations
syndicales refuse la
grève générale prônée
par la C.S.l.P.
22
La
C.S.l.P. innove aussi en mobilisant les travail¬
LES RAPPORTS SOCIAUX
Mais le climat est à la négociation, car une
métropolitaine, présidée par
MM. Santarelli et Mangin, doit arriver en
août 1982. De plus, le Territoire organise des
mission
réunions consultatives. La table ronde d’avril
1982 a pour objet de “conduire à un progrès
significatif, compatible avec les
capacités contributives des salariés, des
entreprises et du Territoire”.
Les
syndicats de travailleurs sont
social
confrontés
à
une
résistance
patronat qui souhaite que
conditions de travail des
progressive,
surtout
dans
courtoise du
l’évolution des
employés soit
le
commerce,
l’hôtellerie et le bâtiment. 11 invoque pour cela
économique que la satisfaction des
revendications représente pour l’entreprise.
le coût
Une
rations
tactique efficace, car les confédé¬
réagissent pas, à l’exception des
ne
syndicats des dockers et de la C.S.l.P. qui
manifestent
mécontentement.
leur
La
C.S.l.P. travaille à l’élaboration d’un projet
de code de travail dès le mois de janvier 1982.
Ce “code du travail ma’ohi" de 440 articles est
remis aux autorités en juin.
Une tension sociale exacerbée
De la fin 1982 à la mi-1983, la tension sociale
syndicale progresse. Les avant-projets
Santarelli et Mangin s’en tiennent à des prin¬
et
cipes généraux, laissant aux autorités locales
le soin de définir le contenu réel du nouveau
Code
du
travail.
Dès
lors, les syndicats
méfiants et insatisfaits réclament la création
chargée de
l’élaboration du projet, en présence de
l’Inspection du travail. La C.S.l.P. et la
d’une
commission
mixte
F.S. P.F.
constituent
un
front
commun
en
décembre 1982 et élaborent un texte qu’elles
proposent comme instrument de concerta¬
tion, texte qui reprend à 90% le contenu du
code ma'ohi. Mais leurs appels aux autres
confédérations
ne
sont
pas
entendus. Les
territoriales répondent en ins¬
taurant une commission tripartite placée sous
la direction du Conseil de Gouvernement,
mais sans représentation de l’Inspection du
instances
travail, alors que le thème du premier volet des
réunions de cette commission est la réglemen¬
tation du travail.
Cette négociation provoque la division
du monde syndical : d’un côté la F.S.P.F. qui
participe aux réunions et signe les accords qui
sont conclus ; de l’autre, toutes les autres
confédérations qui considèrent que l’absence
de l’Inspection du travail est illégale. Elles
y
L’U.T.T.IL. a été créée en
1984 à partir de
l'U.S.A.P. Elle prône
l'unité syndicale à la fois
contre le patronat et la
F.S.P.F. Son dirigeant
actuel est John Tefatua.
A Tia I Mua, qui apparaît
sur la scène syndicale en
1985, est opposée aux
essais nucléaires, ce qui
ne l’empêche pas d’être
très bien représentée au
sein du personnel
employé par le C.E.P.
Elle revendique
actuellement
2 500 adhérents. Son
président est
Hiro Tefaarere.
En bas, à gauche :
La F.S.P.F., créée en
1972, prône la
négociation comme
moyen de défense des
intérêts des travailleurs.
Elle est la seule
qpiofè
N* 17 • JUIN 1987
organisation syndicale
qui soit présente aux
réunions tripartites. Son
responsable depuis
1981, M. Ahini, a cédéla
place à
Mme Lucie Lucas on
1987.
A droite :
L’U.S.A.T.P., créée en
1978 en tant
qu’émanation du
S.A.F.I., a signé en 1985
un accord avec la
centrale métropolitaine
Force ouvrière. Elle est
dirigée actuellement par
Terarefa Chang, son
président, et par
Théodore
Céran-Jérusalemy, son
secrétaire général.
Elle publie un
périodique : Omore.
WLL7TIH DE LIAISON OFFIOEl DE rUHION DES SYNDICATS AUTONOMES DES TRAVAILUURS DE
FOIYNESIE
23
VIVRE EN POLYNÉSIE
demandent la constitution d’une commission
prônant le retour à la négociation et à la paix
la C.S.l.P. qui refuse de se
soumettre.
Ainsi, l’U.S. / S. A.T. P., la
C.T.A.P. et l’U.S.A.P. considèrent les reven¬
dications des travailleurs de l’hôtellerie
interprofessionnelle en vue de
signer des conventions territoriales sous la
tutelle de l’Inspection du travail. L’ensemble
des organisations font éclat de leur méconten¬
sociale,
tement.
comme
territoriale
niser
mais la C.S.l.P. est la seule à orga¬
manifestation pacifique place
une
Tarahoi le 20 juin
1983.
La C.S.l.P. entame dans les mois
qui
suivent des actions de grève qui la conduisent
à
se
marginaliser par rapport aux autres
d’opposition. Le conflit hôtelier
centrales
d’octobre-novembre 1983 met en évidence les
divergences existant entre les organisations
et
étant
légitimes, mais refusent de
s’associer à la grève déclenchée par la C.S.l.P.
le 26 octobre à l’hôtel Tahara’a. Une action
qui s’étend ensuite à l’ensemble du secteur
hôtelier.
Toutes ces organisations désa¬
morcent le conflit en signant les accords de
Matavai du 18 novembre 1983. Accords qui
restent en deçà du contenu des revendi¬
cations minimales.
Retour au syndicalisme
de la négociation
En
1985, le syndicalisme polynésien est donc
à une négociation qui se déroule
désormais dans le cadre des consultations
revenu
tripartites. La grève n’est envisagée que pour
la défense d’intérêts corporatifs : elle est alors
menée par des intersyndicales constituées
pour la circonstance.
Dans ce climat, les travailleurs, qui ont
été échaudés par la grève de l’hôtellerie,
délaissent la C.S.l.P. mais aussi des organi¬
sations
la
comme
F.S.P.F.
et
l’U.S.A.P.
L’U.S./S.A.T.P. et A Tia i Mua, ex-conseil
syndical de la C.F.D.T., ont en revanche le
vent en poupe.
Toutes deux prônent la négo¬
ciation, mais s’agissant de la présence du
C.E.P., que A Tia i Mua réprouve, elles ne
portent pas le même jugement. La grande
affaire intéressant le monde du travail actuel¬
lement reste la difficile négociation relative au
Code
du
travail.
Une
négociation qui
implique des appuis extérieurs. A Tia i Mua
est affiliée à la C.F. D.T. métropolitaine et
l’U.S./S.A.T.P. a signé un accord avec Force
ouvrière. Les centrales ont-elles fait le bon
choix ?
Évolution de la représentation syndicale
Nombre de délégués obtenus en pourcentages (1982-1986)
37,71 %
Un syndicalisme de
négociation. Les
syndicats, exception
faite de la C.S.l.P. qui
prônait un syndicalisme
d'opposition, sont
acquis au principe de la
négociation, par
entreprise, par secteur
d'activité {ci-dessous :
les dockers) ou par
centrale syndicale.
Les négociations
tripartites traduisent
la volonté
des responsables
gouvernementaux
d’instaurer la paix
sociale par une politique
contractuelle.
Évolution de la
représentativité
syndicale. Ce graphique
n’est pas facile à
interpréter car la vie
syndicale tahitienne est
caractérisée par les
scissions et les fusions.
Il n’en fait pas moins
apparaître un certain
tassement de la
représentativité de la
F.S.P.F. au profit de
l’U.S.A.T.P. Les chiffres
de 1986 ne rendent pas
compte, semble-t-il, de
l’influence réelle de
A Tia i Mua.
20,16%
15,94%
12,84%
9,57 %
9,36%
1982
24
1983
1984
1985
1986
10 Les problèmes sociaux
La société coloniale
avait bien entendu ses problèmes
“sociaux"
qui étaient
soit
la répression,
à l’alcoolisme,
soit pris
charge
traités par
chichement par
nous pensons
en
une “colonie” dont le budget était limité, nous pensons plus
particuliérement à la santé.
En générant un certain nombre de déséquilibres qui, dans l’ordre démo¬
économique se sont traduits notamment par une urbanisation sauvage, et dans l’ordre
psychologique par le profond malaise qui peut résulter du décalage qui s’est institué
entre l’évolution des structures économiques et celle des mentalités, l’irruption brutale
de la modernité a aggravé certains problèmes anciens ; elle en a aussi créé de
nouveaux : l’habitat insalubre, la délinquance, la drogue. Problèmes qui ne se posent
évidemment pas dans les mêmes termes et avec le même degré de gravité selon les
groupes concernés : ruraux encore protégés par l’organisation sociale néo¬
traditionnelle dans les “archipels” ; résidents des îles du Vent intégrés à la société
moderne et bénéficiant d’un statut socio-économique privilégié ; déracinés de lazone
urbaine et parmi eux de nombreux jeunes qui n’appartiennent pas à celle-ci et ne sont
plus intégrés à celle-là.
Les relations organiques entre les divers problèmes traités dans ce chapitre n’ont
pas besoin d’être soulignées. Ce sont bien évidemment dans les quartiers insalubres
dont l’existence atteste le développement d’une urbanisation non maîtrisée que l’on
rencontre le plus de chômeurs et de délinquants, et que les conditions sanitaires sont
les plus déplorables.
Les pouvoirs publics (relayés par l’initiative privée) ont, depuis une vingtaine
d’années, consacré des moyens financiers considérables à la résorption des
“problèmes sociaux”. Obtenant des résultats importants dans certains domaines,
comme celui de lasanté, mêmesi, géographiquement, ils sont encore insuffisamment
répartis. En revanche, en raison de la spéculation foncière et de l’insuffisante
adaptation du système éducatif (ce facteur n’est pas seul en cause !), ils n’ont pas fait
beaucoup reculer l’habitat insalubre et ils n’ont pas su enrayer la montée du chômage.
Quant à certains problèmes plus spécifiques (alcool, drogue, délinquance), on
s’attache davantage à endiguer leurs effets qu’à s’attaquer à leurs causes profondes
qui sont socio-économiques et culturelles.
La protection sociale
Lié notamment par un certain nombre de
conventions
internationales,
le
pouvoir
colonial métropolitain a, dans les années 50,
doté le Territoire d’institutions (l’ancêtre de la
Caisse de Prévoyance sociale ; le Service des
Affaires sociales - S. A.S.) dont la mission était
d’atténuer les inégalités et d’assurer aux plus
démunis de ses ressortissants ultra-marins un
minimum de ressources. Ce système de
protection et d’aide sociale s’est considé¬
rablement développé et complexifié au cours
de ces vingt-cinq dernières années. Au point
de connaître aujourd’hui une “crise de
croissance” qui remet en cause son
organisation et son fonctionnement.
Signataire de la “Déclaration universelle
des Droits de l’Homme”
l’Organisation
(1948), membre de
internationale
du
Travail
fondée en 1919 dans le cadre de la Société des
Nations, confrontée par ailleurs, dans ses
colonies, à une certaine agitation sociale, la
France
pouvait
ne
que
se
conformer,
en
matière de droit du travail et de protection
sociale, à
reconnus
un
certain nombre de principes
par les instances internationales. Ce
qu’elle a fait le 15 décembre 1952, en instituant
le Code du Travail Outre-Mer et en créant
dans les E.F.O. le 28 septembre 1956, en vertu
de
article
son
237,
une
Caisse
de
Compensation des Prestations familiales
(devenue la C.P.S.) dont l’organisation et le
fonctionnement
-
les modalités essentielles
n’en ont pas été affectées par une délibération
territoriale du 29 janvier 1987 -, concoctés par
dés fonctionnaires du ministère de la F.O.M.,
sont, dans une très large mesure, semblables à
ceux des organismes de même nature créés
dans les colonies africaines (Cameroun...) à la
même époque.
Conçu dans cet esprit paternaliste, le
de la C.P.S., que nous ne saurions
analyser en détail, combine, selon un éminent
spécialiste, les dispositions qui régissent la
Mutualité agricole métropolitaine (structure
entièrement autonome) et la Sécurité sociale,
statut
dont la structure comporte trois instances :
ru.R.S.S. A.F. qui encaisse les cotisations ; la
Caisse nationale de la Sécurité, organisme
tripartite (État, employeurs, salariés) qui
définit dans la concertation les grands
équilibres financiers... ; les Caisses dépar¬
tementales enfin, dont l’État est absent, qui
traitent concrètement les dossiers.
La combinaison fonctionnelle que nous
d’évoquer ne permet pas pour autant
le système local au système
métropolitain. Pour deux raisons essentielles
qui tiennent au statut colonial de la C.P.S.
assumé aujourd’hui par le gouvernement
territorial : les pouvoirs publics sont repré¬
venons
de
réduire
sentés à
son
conseil d’administration alors
qu’en Métropole, ils n’interviennent pas au
niveau des Caisses départementales et bien
entendu de la Mutualité ; les partenaires
sociaux représentés au C.A. ne sont pas élus
par
la Caisse, mais nommés par le
La Polynésie française
est dotée d'un système
dé protection et d’aides
sociaies de pius en plus
étendu : la C.P.S.
comptait à elle seule
48 627 immatriculés en
1985 contre 22 770 en
1982. La société de
consommation n’en a
pas moins ses
marginaux, ses
“hombos" (ci-contre)
et ses exclus,
ses
clochards
(ci-dessus).
25
VIVRE EN POLYNÉSIE
gouvernement local sur proposition
employeurs et des syndicats.
des
Une couverture sociale complexe
La C.P.S. a pour mission essentielle de gérer
l’ensemble des
régimes de protection sociale
institués en faveur des salariés, agriculteurs,
pêcheurs, artisans ... et assurés volontaires.
Une réglementation extrêmement complexe
et évolutive (le “recueil” édité par la C. P.S. en
1983 qui ne prend pas en compte notamment
les six délibérations du 29 janvier 1987,
recense,
sauf erreur, 78 “textes”) dont nous
nous contenterons de
signaler la mise en place
initiale : prestations familiales en 1956 ;
accidents du travail et maladies profession¬
nelles en 1957 ; aide aux vieux travailleurs
salariés (régime en voie d’extinction) en 1961 ;
retraite des travailleurs “salariés” et “indé¬
pendants” en 1968 et en 1974 ; assurance
maladie invalidité en 1974 ; protection sociale
du monde rural (R.P.S.M.R.) enfin, en 1979,
un régime qui grosso modo assure aux agri¬
culteurs, pêcheurs... la même couverture
sociale qu’aux salariés. En 1985, le volume
total des prestations versées par la C.P.S. au
titre de ces régimes a été de 12 500 millions de
francs CFP. Quant au budget global de l’insti¬
tution, il s’est élevé à 16 200 millions de francs
CFP, soit 35% environ par rapport au budget
Le R.P.S.M.R. en revanche est un régime
La C.P.S. : une institution en crise
publics sous la forme notamment d’un prélè¬
effectué sur les taxes para-fiscales (à
Même si elle ne protège pas contre tous les
risques - le chômage (voir pp. 38-40) n’est pas
indemnisé dans le Territoire -, la C.P.S.
garantit à ses assurés une “couverture sociale”
qui n’a cessé de s’améliorer au fil des ans et
qui, depuis la signature du troisième volet des
presque entièrement financé par les pouvoirs
vement
de 52,7% en 1985), d’une
contribution de l’État (17,8%) et cette même
concurrence
année, d’une subvention du Territoire de
450 millions de francs CFP (19,4%).
Cette
analyse
essentielle”
“mission
très
de
sommaire
la
incomplète si nous ne signalions pas qu’elle
“la surveillance médicale des
travailleurs salariés... pour déterminer (leur)
aptitude (médicale) à leur poste de travail” ;
une tâche qui, en Métropole, est effectuée par
les
centres
médicaux inter-entreprises.
Dernier domaine d’intervention depuis que la
C.P.S. a pratiquement cessé toute activité en
faveur de l’habitat social (voir pp. 33-35),
l’action menée par Te Service social des
Salariés
en
matière socio-éducative
les cotisations
patronales et salariales dont les taux et les
répartitions sont fonction des régimes : actuel¬
lement, 5,6% (employeurs) et 2,8% (salariés)
du salaire brut pour l’assurance maladie ;
3,5% et l,75%pour la retraite ; 6%environ à la
charge des seuls employeurs pour les
prestations familiales...
:
d’une
part, le Service a ses travailleurs sociaux, en
matière d’aide sociale stricto sensu, d’autre
part, quand il s’agit, par l’intermédiaire du
Fonds d’Action sanitaire et sociale (F.A.S.S.)
de distribuer des secours alimentaires ou vesti¬
mentaires, de prendre en charge des frais de
cantine scolaire, des bourses de colonies de
vacances...
tripartites, vaut bien, au niveau de
régimes tout au moins (retraite,
assurance-maladie) celle de la Métropole. Une
charge financière dont le poids spécifique n’a
cessé de s’alourdir avec la multiplication des
immatriculations ( 113,6% de croissance entre
1982 et 1985, dont 70,3%pourle R.P.S.M.R.)
et avec l’augmentation des besoins, en matière
accords
certains
Certes, en dépit de
1982 et 1983 en ce qui
concerne l’assurance-maladie), les régimes des
salariés demeurent bénéficiaires ; la C.P.S. a
encore
des “réserves” qui lui permettent
d’effectuer des placements financiers (prêts au
Territoire notamment : A.T.R...) dont les
de
santé notamment.
certaines alertes (en
intérêts
concourent
à
l’équilibre de
son
budget. Le R.P.S.M.R., en revanche, connaît
depuis 1983 un “trou” qui est devenu verti¬
gineux : de l’ordre de 3 à 4 milliards en 1986.
L’institution traverse donc une “crise de
dont la gravité est propor-
croissance”
Évolution des recettes et des dépenses
2 320 902 991
de la C.P.S. tous régimes confondus
Pour financer la couverture sociale des
recouvre
la
serait
assure
territorial.
salariés, la C.P.S.
de
C.P.S.
Évolution des recettes et
des dépenses de la
C.P.S. Si l'on s’en tient à
la signification des
chiffres représentés
dans ce graphique, on
constate que,
giobaiement, les
recettes continuent à
remporter sur les
dépenses, même si le
taux d'augmentation a
été plus rapide pour
celles-ci que pour
celles-là (104% contre
86%) ces dernières
années.
Le nouveau siège de la
C.P.S. Avec la mise en
place en 1986 de locaux
plus vastes et plus
fonctionnels - l'ancien
siège qui est occupé
aujourd'hui par certains
syndicats était situé
rue Dumont d’Urville -,
la C.P.S. est plus à même
de remplir une mission
de plus en plus
complexe. Toute une
partie de la classe
politique et certains
syndicats locaux ont
toutefois déploré le
caractère ostentatoire et
coûteux de la
construction.
26
3 085 887 931
LES
tionnelle à son poids dans
le Territoire. Les
solutions en sont bien évidemment techniques
(la “restructuration”), mais aussi et surtout
socio-économiques, dans la mesure où le
financement de l’institution dépend de la
bonne santé du Territoire en la matière, et
politiques, dans celle où la C.P.S. est un enjeu
majeur à ce niveau : pour le Territoire qui en
fait un>“outil de sa politique sociale” ; pour les
syndicats comme l’U.S.A.T.P. ou Atia i Mua
qui entendent être davantage associés à sa
gestion.
Quant au R.P.S.M.R., il pose un
problème spécifique ; ce régime ne relève pas
vraiment de la protection sociale : les béné¬
ficiaires ne cotisant pas, ils ne sont pas
astreints, en raison de la nature de leurs
activités, à déclarer un minimum d’heures de
Quiconque plante quelques tara ou
fait le coprah une fois l’an, peut s’inscrire au
R.P.S.M.R... et soulage d’autant le budget
“Aide sociale” des communes, ce qui ne peut
travail.
mécontenter l’État. Le R.P.S.M.R. relève de
l’assistance sociale...
Une aide sociale très diversifiée
Créé en 1953, le Service des Affaires sociales
(S.A.S.) est la principale institution publique
mise au service des plus défavorisés.
En 1985, une centaine de personnes, dont
près de 70 travailleurs sociaux “de terrain”,
font partie de ce service qui s’est fixé comme
objectifs principaux la mise à la disposition de
les Polynésiens de techniciens du social
proches de leur domicile qui puissent les aider
à résoudre leurs problèmes ; le développement
des actions de secours aux plus défavorisés ; la
promotion du secteur médico-social ; le
soutien des activités de type communautaire.
Des
équipes pluri-disciplinaires,
comprenant
des spécialistes (assistants
sociaux, éducateurs spécialisés, animateurs)
et du personnel auxiliaire, sont réparties en
secteurs géographiques (au nombre de 15) et
en sections spécialisées (10). Les équipes de
secteur, grâce aux permanences installées
tous
dans les mairies et lors des visites sur le terrain,
effectuent
un
travail social de “généralistes”
répondant à des demandes aussi variées qu’un
secours
financier
ou
une
sans
oublier
constitution de
problèmes
conjugaux, d’éducation scolaire, d’habitat, de
chômage, etc. Ces équipes sont saisies par les
intéressés eux-mêmes ou par des organismes
comme
les dispensaires, le Tribunal, les
écoles. Pour traiter certains problèmes, tels la
réinsertion des délinquants, l’hygiène
mentale,
la
prévention des endémies,
l’adoption, les mineurs relevant de mesures
judiciaires etc., le S.A.S. s’est doté d’unités
dossiers,
les
spécialisées.
11 n’est pas inutile de signaler pour finir
que, pour faire face à ses multiples tâches, le
S.A.S. manque actuellement de travailleurs
sociaux polynésiens qualifiés.
Prestations versées (en F)
Accroissement annuel
Nombre d’allocataires
Nombre d'enfants
Une assistante sociaie
travaii dans un
district de Tahiti. Les
assistantes sociales,
comme l’ensemble des
“travailleurs sociaux”
font face à de multiples
au
861 472 995
(%)
16 085
48 919
1981
En dehors de la C.P.S. et du R.P.S.M.R.,
quelques
C.E.P.,
institutions
le
C.E.A.
possèdent leurs
Certaines
comme l’Armée, le
et l’hôpital
Mamao
propres
administrations
services sociaux.
comme
le
vice-
rectorat, les mairies, l’O.T.A.S.S. en sont
aussi dotées, mais ces services demeurent
embryonnaires et leur rôle est essentiellement
administratif.
Parmi les autres organismes territoriaux
intervenant dans le domaine sanitaire et
social, on peut citer : le Centre de Rééducation
de l’Ouïe et de la Parole (C.E.D.O.P.) qui
assure
la scolarisation des enfants déficients
;
l’Institut médico-pédagogique
(LM.P.) “Raimanutea” et l’Institut médicoéducatif (l.M.E.) “Tiaitau” qui accueillent à la
journée des enfants handicapés mentaux ; le
auditifs
Centre de Fraternité chrétienne qui accueille
de jour les mineurs handicapés physiques ; le
Centre
d’Accueil
des
Personnes
âgées
(C.A.P.A.) de Taravao, public, qui héberge
des personnes âgées délaissées ou en perte
d’autonomie ; les foyers privés “Moria” et du
“Bon Pasteur” qui accueillent des adolescents
dont les difficultés familiales
ou
sociales ne
permettent pas un maintien dans leur milieu ;
le foyer privé “Hure piti” à Tahaa qui reçoit
des adolescents pré-délinquants ; l’Office
territorial de l’Habitat social (O.T.H.S.) qui
aide à la résorption de l’habitat insalubre
tandis
que
l’Agence territoriale de la
Reconstruction (A.T. R.) assure le relogement
familles
victimes
des
catastrophes
des
naturelles.
Les allocations familiales versées aux salariés (1980-1985)
1980
PROBLÈMES SOCIAUX
1982
1983
1984
1985
1 052 064 220
1 303 702 600
1 576 752 616
1 816 661 798
2 066 448 561
22,1
23,9
20,9
15,2
13,7
19 060
16 251
19 224
18 572
18 822
48 005
56 903
55 686
52 296
structure des
prestations servies aux
saiariés en 1985. A eux
seuls, le Service de
l’Assurance maladieinvalidité qui a émis
141 088 mandatsen 1985
et celui des Allocations
familiales (voir tableau)
distribuent 78,2% des
prestations versées par
la C.P.S.
tâches. Le Service social
de la C.P.S. s’efforce
plus particulièrement
d'acquérir une meilleure
connaissance des
situations des familles
les plus démunies et
d’intervenir plus
rapidement au niveau
des prestations à servir
sur le Fonds d'Action
sanitaire sociale et
familiale.
Structure des prestations servies aux salariés (1985)
27
VIVRE EN POLYNÉSIE
La santé
connaissances qui entraînent une abondance
d’affections aiguës des bronches, oreilles, de
maladies de peau (mycoses, pyodermites), de
Selon un médecin polynésien ayant une
grande expérience du terrain, “il existe en
Polynésie une pathologie de pays développé et
une
pathologie de pays du Tiers-Monde”.
Mieux vaudrait dire de pays mal développé. Si
les maladies de surcharges et le manque
d’activités physiques caractérisent les pays
développés, la pathologie du Tiers-Monde
résulte de conditions socio-économiques défa¬
parasitoses.
Maladies “classiques”
Encore faut-il nuancer ce jugement en
fonction du contexte : la vie à Tahiti n’est pas
celle des îles où le Polynésien n’est pas coupé
de ses racines, où les coutumes sont encore
Assimilé
à
l’Occident,
le
vivaces, les bidonvilles Inexistants. De plus,
: l’une moderne,
préventive, l’autre traditionnelle, dont la
Territoire
souffre de déséquilibres alimentaires (trop de
deux médecines se côtoient
glucides et de lipides, pas assez de fibres) et
d’une discontinuité des activités physiques,
pourtant privilégiées. Obésité, hypertension,
diabète,
goutte,
dyslipémie, cancers
notamment des voies respiratoires et de
l’appareil digestif - distinguent cette
pathologie.
Au regard des pays sous-développés, on
rencontre
l’insalubrité
dans
l’habitat,
valeur n’est plus à démontrer quand le savoir
qu’elle
implique est
connu et
encore correctement
utilisé à bon escient, ce qui n’est pas
toujours le cas...
Quoi qu’il en soit, les maladies existent et,
comme partout, elles touchent surtout les
sujets les plus exposés : les jeunes enfants,
créant parfois de véritables handicaps (surdité
à la suite d’otites chroniques) ou entraînant
la
promiscuité, le manque d’informations et de
(rhumatisme
articulaire
aigu).
Outre
ces
maladies somme toute classiques, le Territoire
est le lieu d’endémies diverses. On peut citer ;
ciguatera, toxémie consécutive à
l’absorption de poissons empoisonnés dont on
recense en moyenne 600 cas pour 100 000 indi¬
vidus chaque année ; la filariose lymphatique,
maladie parasitaire propagée par les mous¬
tiques, qui peut conduire à l’éléphantiasis : si elle régresse aux îles du Vent, la
situation dans les autres archipels demeure
préoccupante ; la tuberculose et la lèpre, deux
bacilloses qui sévissent toujours et demandent
une vigilance constante même si l’effort pro¬
phylactique est soutenu ; la dengue, virale et
contagieuse, sorte de grippe due aux
moustiques que l’on rencontre assez fréquem¬
la
et endémiques
vorables.
des conséquences graves sur le plan cardiaque
ment, mais les cas mortels sont rares ; les
maladies sexuellement transmissibles
(M.S.T.) dont le développement est specta¬
depuis quelques années (progression
de 54% en 84 par rapport à 83) : la syphilis et
les gonococcies se taillent la part du lion ; le
rhumatisme articulaire aigu (R.A.A.),
complication d’angines pas ou mal soignées,
qui constitue un problème majeur pour le
culaire
Gaston Flosse visitant te
Centre hospitaiier
territoriai de Mamao.
Cet hôpital, qui
fonctionne depuis 1970,
est bien équipé. En 1986.
les “autorisations
de programme" se sont
élevées à
1 884 100 000 francs, soit
(interventions
chirurgicales,
évacuations
sanitaires). Une section spécialisée d’éradi¬
cation et de prophylaxie du R. A. A. a été mise
en place en 1983 au sein de la Santé
publique.
ministère de la Santé.
de santé
Territoire et
dont
le coût social est élevé
L’organisation des services
24,5% du budget du
Une statistique portant sur 887 décès (dont
quelques enfants de moins de 1 an) enregistrés
en 1984 montre que 204 cas de mortalité (23%)
MINISTÈRE DE LA SANTÉ, DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE
ET DE L’ENVIRONNEMENT
T
CENTRE
HOSPITALIER
TERRITORIAL
DE MAMAO
’fq INFORMATIONS
DIRECTION DE LA SANTl PUBLIQUE
BUREAU TECHNIQUE
-
-
-
ÉCOLE TERRITORIALE
D'INFIRMIERS/IÈRES
LIAISON
RÉCHERCHES
-
-
Statistiques
BUR. ADMINISTRATIF
-
Archives
Planification
Organisation
Évacuation
Matériel
-
Personnel
sanitaire
CENTRE DE TRANSFUSION
Comptabilité
-
-
Inspection des
Pharmacies
MAGASIN
D’APPROVISIONNEMENT
SANGUINE
DIR. PHARMACIE
PHARMACIE
D’APPROVISIONNEMENT
DISPENSAIRE DE MAMAO
OIRCONSORIPTiONS MÉDICALES
SERVICES CENTRAUX
■
OENTRE MÉDICO-SOCIAL
DES FONCTIONNAIRES
C.M. Tahiti Côtes Est et Ouest
C.M. Tahiti Côte Sud
C.M. Moorea
C.M. Iles Sous-le-Vent
C.M. Marquises Nord
C.M.
HOPITAL
VAIAMI
Marquises Sud
C.M. Australes
C.M. Tuamotu-Gambier
Éducation sanitaire
Hygiène publique territoriale
Hygiène dentaire
Hygiène scolaire
Centre de Protection infantile
Centre de Protection maternelle
Centre médico-sportif
Prophylaxie du R.A.A.
Handicapés
Section de Lutte contre les
Toxicomanies
28
LES PROBLÈMES SOCIAUX
sont
imputables aux maladies de l’appareil
cardio-vasculaire, 115 (13%) à des tumeurs,
52 (7%) à des affections de l’appareil respi¬
ratoire.
Pour faire face aux différentes formes de
maladie, trois options médicales s’offrent
aux Polynésiens. D’une part, les médications
traditionnelles (raau Tahiti) qui sont encore
très utilisées pour des raisons culturelles et
économiques (les médicaments occidentaux
sont chers et, même avec une prise en charge
des caisses d’assurance maladie, l’avance de
la
fonds à effectuer au moment de l’achat reste
lourde).
Ces
remèdes à base de plantes
peuvent avoir une réelle efficacité (maladies
de peau, maux de gorge) comme être
totalement inopérants (tumeurs, calculs, etc.).
L’effet
psychologique est une des
composantes de cette pratique.
D’autre part, la médecine privée qui
compte des généralistes, des spécialistes, des
dentistes qui consultent surtout en zone
urbaine. Deux cliniques modernes existent à
Papeete.
La médecine publique enfin, qui est
placée sous l’autorité de la direction de la
Santé publique qui dépend elle-même du
Ministère
du même
s’exerce
essentiellement
secours
hospitalier territorial de Mamao, hôpital
psychiatrique de Vaiami à Papeete, hôpitaux
secondaires à Taravao, Afareaitu, Raiatea,
Taiohae, Atuona, Mataura).
projets de la direction de la Santé
publique sont nombreux et portent en
particulier sur des investissements qui
devraient permettre de réduire le nombre des
évacuations sanitaires vers la Métropole, la
Nouvelle-Zélande, la Nouvelle-Calédonie.
Ces évacuations sont onéreuses et parfois
problématiques en raison notamment de leurs
répercussions psychologiques. Sur les 262
évacuations extérieures opérées en 1984, 232
Les
peuplées. Partout
ailleurs, et notamment
aux Tuamotu, les soins
dentaires sont donnés
prioritairement aux
enfants des écoles à
l’occasion des tournées
1983
1984
1985
1986
88
112
125
140
312
358
404
460
Chirurgiens-dentistes
23
Pharmaciens
26
25
25
8
6
7
8
Adjoints de soins
141
148
162
180
Page de gauche :
Cet organigramme du
Service de la Santé
Armées Jean
Prince, caisson de décompres¬
sion de la Base marine ; hôpital de Hao aux
Tuamotu).
et la prophylaxie des
Polynésie sont conditionnés par
les facteurs humains et géographiques : il a
fallu adapter les moyens à l’existence de
166 000 habitants répartis dans 115 îles
éparpillées dans un environnement océanique
dont la surface est égale à celle de l’Europe.
Dans ces conditions, la planification, l’orien¬
traitement
Le
maladies en
tation
la
et
activités
en
coordination des différentes
matière de santé deviennent
capitales.
patients peuvent aussi y
consulter médecins
l’équipement sanitaire
public était la suivante
1983 selon
l'I.T.STAT. : les îles du
Vent comptaient 5,2 lits
essentiellement
données au Centre
pour 1
ophtalmologiques sont
cliniques privées qui
comptent
respectivement 102 et
86 lits, on pratique la
chirurgie et on met les
Vent et de 0,12 aux
Tuamotu-Gambier.
Iles, celle de Moerai à
Rurutu. La répartition de
Ci-dessous :
Les consultations
ces
médicalisation (nombre
d'agents sanitaires par
rapport à la population)
était de 0,38 aux îles du
Vent et aux Marquises,
de 0,27 aux Australes,
de 0,23 aux îles Sous-le-
Une infirmerie dans les
en
hospitalier territorial de
Mamao et dans les
cliniques Cardella et
Paofai.
Personnel sanitaire de la
Santé publique de 1983
à 1986. En 1983, selon
diversité des
interventions
sectorielles et
fonctionnement
inscrites au budget
territorial sont passées
services à la disposition des civils (service
des grands brûlés de l’infirmerie, hôpital des
000 habitants
(21,6 à Papeete) ; les
Marquises 12,8 ; les
Australes 6,8 ; les îles
Sous-le-Vent 5,7 et les
Tuamotu-Gambier 2,2.
Au-dessous :
Personnel médical du
secteur privé de 1977 à
1986. Le personnel a
augmenté do 241% en
dix ans. Entre 1983 et
1986 ce taux a été de
41,5% environ (42,13%
dans le secteur public).
Personnel médical du secteur privé de 1977 à 1986
publique montre la
géographiques de cet
organisme. Entre 1984et
1986, les dépenses de
ses
généralistes et
spécialistes.
l'I.T.STAT., le taux de
Infirmiers
traitement de certaines maladies en mettant
établissement de ce type
dans le Territoire. Dans
administratives.
Territoire.
enfants au monde. Les
(la clinique Cardella
ayant été fondée en
1965) mis en service
dans les îles les plus
le
La clinique Paofai qui a
ouvert ses portes en
1982, est le second
Tahiti, les chirurgiensdentistes sont affectés
Médecins
dispensaires
(20), sans oublier les hôpitaux (Centre
Soins dentaires dans les
Personnel sanitaire
en
urbains (au nombre de 7), ruraux (6), infir¬
meries (15), centres médicaux (9) et postes de
archipels. En dehors de
de ia Santé pubiique de 1983 à 1986
Cette médecine
nom.
prises en charge par les caisses et 30 par
Parallèlement, il existe un
système d’évacuations inter-îles assurant le
transport des malades vers les hôpitaux les
plus proches (Taiohae aux Marquises,
Raiatea aux îles Sous-le-Vent). L’armée
apporte également son concours au
ont été
Médecins
de 2 236 779 000 F à
5 799 751 000 F, soit un
taux d'augmentation de
160% environ.
1977
1978
1979
1980
1981
1982
1983
1984
1985
1986
29
34
36
50
53
85
86
94
91
115
15
18
20
25
25
26
26
30
33
35
31
34
47
60
Pharmaciens
11
13
13
Chirurgiens-dentistes
19
21
25
29
VIVRE EN POLYNÉSIE
La drogue
montagneux de l’île. Cela ne facilite pas la
Étrangère à la culture polynésienne, la
drogue, telle qu’elle se définit en Occident, a
été assez récemment introduite. Elle trouve à
Tahiti
et
dans
les
archipels
terrain
un
favorable à son expansion et, si elle n’y fait pas
encore
de véritables ravages, il est difficile de
savoir ce que réserve l’avenir.
Modèles occidentaux
Si certaines formes de
narcotiques ont existé
dans la culture polynésienne, la drogue (raau
taero) elle, est un phénomène très récent,
absent de l’histoire locale jusqu’au milieu du
XX^ siècle. Son usage remonte aux années du
boom économique qui a coïncidé avec le
début de l’accélération des échanges interna¬
Polynésiens ont d’ailleurs
les étrangers d’avoir
introduit la drogue, à Tahiti d’abord, dans les
archipels ensuite. Le fait est que les drogues
utilisées sont des produits non indigènes à la
Polynésie. En même temps que ces produits
étaient importés, des comportements
également venus du dehors s’installaient dans
la population polynésienne touchée par le
phénomène (prosélytisme du drogué, début
du trafic).
Ce problème récent touche essentielle¬
ment les jeunes et, à ce titre, si l’usage de
tionaux.
Les
l’habitude
d’accuser
l’alcool
commence
gendarmes qui essaient de les
repérer. 11 existe d’ores et déjà un trafic de
cannabis en Polynésie, un trafic dont les
conséquences sont d’autant plus graves que,
toujours en raison des conditions climatiques,
le cannabis tahitien est quarante fois plus fort
que ses homologues californien ou méditer¬
tâche
rarement
ranéen.
Une autre plante souvent utilisée est le
champignon. Il s’agit d’un petit champignon
fragile (Panaelus cyanescens) qui pousse sur
les excréments des bovins. Cette plante, après
récolte, est bouillie, écrasée dans un tissu
(selon la technique employée pour obtenir le
lait de coco) et le jus qui en est exprimé est bu
par le consommateur. D’autres préparent ce
champignon en omelette. Les propriétés
hallucinogènes en sont connues dans de
nombreux pays. Cette drogue est moins à la
mode que le cannabis et emporte moins la
notamment de l’île de
Maui où il existe
tout
à
fait
comparable, les plantations clandestines se
sont multipliées dans le Territoire depuis
quelques années. Le climat tropical humide
qui règne en Polynésie française est en effet
favorable et à une croissance rapide des pieds
de cannabis, et à la dissimulation des planta¬
tions sous l’épais couvert végétal de l’intérieur
30
entre
les
États-Unis,
Hawaii,
Face à
ce
surtout
les
Évolution du trafic de stupéfiants (1976-1985)
1977
1979
1980
1981
1982
1983
1984
1985
Faits constatés
-
36
19
22
07
14
52
43
36
-
12
08
10
65
35
38
08
10
38
26
34
27
09
04
Personnes mises
en cause
dont majeurs
dont mineurs
22
23
-
19
21
11
-
03
02
01
-
-
Évolution de la consommation de stupéfiants (1976-1985)
un
production mondialement réputé.
Quoi qu’il en soit, dans un
naturel
pas encore fait leur apparition en
Polynésie française. Tout au plus, leur usage
reste
assez
limité à des étrangers assez
fortunés. De même, les trafiquants qui sont
parfois arrêtés à l’aéroport de Faaa ne sont
qu’en transit, Tahiti étant une simple plaque
n’ont
problème nouveau qui concerne
jeunes, les autorités se sont
trouvées prises de court. 11 existe naturel¬
lement une législation, des sanctions prévues
pour l’usage et le trafic de drogue. Ces
centre de
environnement
D’une manière générale, les drogues dites
“dures” (L.S.D., héroïne, cocaïne, morphine)
Sanctions et actions
1976
-
synthèse
de
l’Amérique du Sud (via le Chili et l’île de
Pâques), l’Australie et la Nouvelle-Zélande.
Néanmoins, les autorités réalisent parfois
d’impressionnants coups de filet.
On peut toutefois noter que l’usage des
solvants par inhalation procède d’une démar¬
che psychologique assez proche de celle qui
conduit aux drogues dures, beaucoup plus
que celui du cannabis. Ce qui revient à dire
qu’il existe en Polynésie un terrain favorable
au développement potentiel de ces drogues. 11
faut également remarquer que 80% de leurs
utilisateurs passent par le stade du cannabis.
communauté.
Qu’elle soit consommée en “joints” (feuilles et
ou
fleurs de cannabis parfois mélangées à
du tabac) ou beaucoup plus rarement sous la
forme de résine (le hashish) ou de gâteaux, la
drogue la plus utilisée en Polynésie est le
pakalolo - un vocable d’origine étrangère qui
semble indiquer que la plante qui sert à la
fabriquer a été “importée” des îles Hawaii,
produits
médicaments, médicaments seuls...
tournante
-
-
des
à se répandre chez les enfants et
chez les jeunes.
Beaucoup de produits
chimiques peuvent être utilisés. Les plus
courants sont l’éther et les diluants, faciles à se
procurer dans le commerce et à consommer
par inhalation. De graves troubles broncho¬
pulmonaires peuvent résulter de l’usage de ces
produits ; les effets psychologiques sont
également à prendre en .compte. Enfin, le
jeune consommateur polynésien utilise
parfois des mélanges qui peuvent le conduire à
l’hôpital. Tout est alors utilisé : tabae plus
faveur des toxicomanes.
au-dessous de
Le pakalolo et les autres drogues
commence
sa
14 ans, celui de la
drogue peut commencer
plus tôt. Des enfants d’une dizaine d’années
sont connus à Tahiti pour avoir “sniffé”
(inhalé) des diluants, éther et autres produits.
Par ailleurs, si l’alcoolisme touche surtout les
couches les plus défavorisées de la population,
l’usage de la drogue se répand à partir des
classes sociales plus aisées, dans toutes les
catégories sociales. Cela s’explique par un
effet de mode les modèles occidentaux, cali¬
forniens, hawaïens, “rasta” jamaïcains y sont
pour beaucoup -, et par un besoin des jeunes
de se singulariser par rapport au monde des
adultes qui consomment de l’alcool mais pas
de drogue. A cela s’ajoutent le désir de braver
un interdit et le sentiment de
s’intégrer à une
L’usage
des
1976
1977
1979
1980
1981
1982
1983
1984
1985
01
75
81
38
54
95
102
88
143
en cause
01
50
82
126
69
100
97
80
120
dont majeurs
01
41
58
108
41
65
75
67
93
09
24
18
28
35
22
13
27
Faits constatés
et élucidés
Personnes mises
dont mineurs
-
LES PROBLÈMES SOCIAUX
être très lourdes pour les
planteurs et les vendeurs (amendes, emprison¬
nements). Mais il s’agit essentiellement de
répression, peu de structures étant prévues
pour la prévention. Dans ce domaine, les
initiatives privées sont venues plus
rapidement que les initiatives de l’État ou
dernières peuvent
pouvoirs publics qui ne peut être que
répressive (utilisation de l’arsenal législatif) ou
médicale (cure de désintoxication). Une
action le plus souvent individuelle qui
n’aboutit pas toujours aux résultats
des
même prise en charge d’anciens drogués sont
escomptés.
L’usage de la drogue se double d’attitudes
marginales, d’un rejet de l’école, du travail...
Le jeune drogué ayant néanmoins besoin
d’argent pour se procurer son pakololo
pourra être conduit à commettre des vols, à
moins qu’il ne plante lui-même des pieds de
absorbés par de multiples tâches, supplée celle
Dans ces conditions, la toxicomanie fait
partie d’un tout et il ne sert pas à grand-chose
celles du Territoire. Elles sont essentiellement
le fait des
Églises, regroupées au sein du
Églises de
Comité des Œuvres sociales des
Polynésie française. Réflexion, information et
réalisées par cet organisme. Une action qui,
dans la mesure où les travailleurs sociaux sont
cannabis et ne risque ainsi une lourde peine.
Page de gauche,
haut :
Le pakalolo, qui est
multiples
dénominations comme
témoigne cette
affiche placardée dans
en
les locaux de la Police
urbaine, est de loin la
drogue la plus
Page de gauche :
Évolution du trafic et de
la consommation des
personnes mises en
(à droite), c'est la
cocaïne qui est surtout
faits constatés ou des
selon le docteur
augmenté beaucoup
plus vite que leur trafic,
ce qui en soi n'a rien
Bertrand, médecin-chef
rapportés par le Comité
économique et social,
les “7 132 drogués”
repérés dans le
Territoire
se
répartissaient de la
manière suivante en
1986 : "6 000 fumeurs de
pakalolo (soit 84%) ;
1 000 utilisateurs de
solvants ;
100 consommateurs de
champignons
hallucinogènes ;
30 usagers de produits
stimulants et
2 d'opiacées".
au
de
l’alcoolisme ou
limités
relativement
de
aux
la délinquance,
couches défavo¬
risées, il est encore plus difficile d’adopter une
stratégie unique. Seul un travail médico-social
d’équipes pluridisciplinaires doublé d’un
travail
d’information et de sensibilisation,
pourrait, parallèlement à l’action anti-drogue
de la police et aux recherches de réponses
éducatives nouvelles face aux problèmes de la
jeunesse, venir à bout du phénomène de la
drogue, en Polynésie française comme
ailleurs.
Dans les années 70
(cl-dessus), ils
cause, la consommation
de l'hôpital Vaiami, dont
les propos sont
problème isolément, tant
drogue. Avec le passage
du temps, leurs prises
ont changé de nature.
stupéfiants entre 1976 et
1985. Qu’il s'agisse des
consommée en
Polynésie puisque,
traiter le
niveau juridique que médical. Le problème
étant plus diffus au sein de la société que ceux
international de la
en
connu sous de
de
des stupéfiants a
d'étonnant. A noter que
ces données ne reflètent
que la "face émergée de
l’iceberg-drogue” et
que, pour la période
1976-1982, elles ne
coïncident pas toujours
avec les chiffres
élaborés par
Bernard Schlemmer
(voir p. 36) en dépit de
leur commune origine :
le Groupement de
Gendarmerie.
Les douaniers jouent un
rôle important dans la
répression du trafic
saisissaient surtout du
haschich ; aujourd'hui
en cause
si l'on en croit
statistiques citées
par le Comité
économique et social :
“2 kg le 14 juillet 1985 ;
7,700 kg le 8 janvier
1986 ; 3,250 kg le 28 mai
ces
1986”.
En haut, à droite :
La Police nationale
(ici le Commissariat de
l'avenue Bruat) et la
Gendarmerie,
conformément à leur
mission, défèrent à
l’institution judiciaire les
planteurs de cannabis,
les trafiquants et les
consommateurs de
drogue qu'elles ont
appréhendés.
31
VIVRE EN POLYNÉSIE
L’alcoolisme
boissons
bière,
populaires,
sont
moins
concernés que le whisky qui est plus volontiers
consommé par les nantis. Une augmentation
partie intégrante du compor¬
tement social des Polynésiens, l’alcool est un
Devenu
des fléaux du
Territoire. Et contre ses con¬
séquences dramatiques, les campagnes de
luttes antialcooliques n’ont pas beaucoup
d’efficacité.
qui,
l’arrivée
avant
des
Européens,
la
racines de ’ava servaient à son élaboration :
mâchées et imprégnées de salive, elles étaient
délayées dans de l’eau, selon le même procédé
qu’utilisaient les Indiens d’Amazonie avec le
manioc.
L’installation des Occidentaux a trans¬
ces
et
adonnent
dès
l’adolescence.
Par
ses
A MA'ITI ANA 'E I TE ORA
E'IA'ARO PUAIHIA
un
facteur
de
déchéance
physique et
mentale du buveur : vieillissement prématuré,
fabrication et l’usage d’une forme de stupé¬
fiants étaient répandus en Polynésie. Des
l’alcool
par
peu élevé des cyrrhoses en témoigne - l’alcool
Culture et symboles
formé
(consommation
habitant) place la Polynésie dans le peloton de
tête des pays qui s’adonnent à la boisson.
Avec les conséquences que l’on sait.
Même s’il est mieux supporté en Polynésie que
dans d’autres pays - le nombre relativement
est
Bien
statistiquement
l’institution familiale, surtout
quand, assimilé à un état “normal”, il revêt
une valeur d’exemple pour les enfants qui s’y
déstabiliser
coutumes, et l’introduction de
des techniques de distillation a
production et consommation.
un premier temps, des alcools à
base de fruits divers (oranges, v; Tahiti, fruit
du pandanus, etc.) font leur apparition, à tel
point que de nombreux écrivains du XIX*^
siècle s’épanchent sur les ravages de l’alcool
parmi la population. Dans un deuxième
temps, les importations (vin, whisky, bière,
etc.) prennent le relais. Jusqu’à une époque
encore récente, il était fréquent que le salaire
des
ouvriers
ceux
de la plantation
d’Atimaono, par exemple - soit payé en
alcool. Actuellement, la bière, fabriquée sur
place, est la boisson alcoolisée la plus
délirium, perte des facultés. 11 est le respon¬
sable des rixes qui trop souvent éclatent à
l’occasion des sorties dans les boîtes de nuit et
bringues. Une violence qui n’épargne pas
proches du buveur et notamment sa
les
les
compagne.
L’alcoolisme contribue à
Évolution des importations
de boissons alcooliques (1983-1985)
A
Nombre de bouteilles 75 cl. importées
-
accru
Dans
165 735
154 484
CHAMPAGNES CHAMPAGNES CHAMPAGNES
ET VINS
ET VINS
ET VINS
MOUSSEUX
MOUSSEUX
MOUSSEUX
-
courante.
Si l’alcool est associé à la fête, il est aussi
chargé de symboles. Avec le rite de la cir¬
concision et la fin de l’obligation scolaire, il
marque pour les garçons le passage à l’âge
adulte. 11 a la réputation de faciliter les
relations humaines notamment quand il s’agit
d’aborder les filles.
B
1983
1984
1985
total en litres
673 931
total en litres
total en litres
650 095
662 527
-
Autres alcools importés en litres
H RHUMS
■whisky ■ AUTRES
conséquences néfastes relevant
2 317 749 F de droits en
1985, un chiffre en
augmentation de 17,7%
par rapport à 1983.
3 203 702
La conduite en “état
d’ivresse” a été
responsable de 1,9 puis
13,3 et 8,8% de la
mortalité enregistrée
lors des accidents de la
route en 1981, 1982 et
1983.
moindre que les hommes.
A
couches défavorisées, on ne saurait ramener
culturelles.
L’aspect social est tout autant manifeste et, en
aux
seules
causes
l’alcoolisme est l’une des consé¬
quences de la pauvreté, de l’insatisfaction et
ce
sens,
du mal de vivre de ceux qui en sont victimes,
un
CO
LU
CC
CO
<
Z
<
Z
Û
Q
ÛC
O
CO
Z
>
LU
ÛC
à mettre en relation avec
l’alourdissement de la
fiscalité.
(X
O
Page de droite :
CO
Z
La consommation de
bière (fabriquée
localement à
concurrence de 92,5%
>
mal qu’ils tentent d’oublier en s’adonnant
pendant le week¬
end, conformément au modèle anglo-saxon.
Une
consommation en augmentation
constante depuis quelques années qui reflète
massivement à la boisson
l’évolution
différentes
32
du
niveau
de
vie
dans
les
catégories sociales. Le vin et la
JM.340
1983
1984
1985
total
total
total
3 634 022
4 277 090
3 285 980
total
total
total
A-f B
A-b B
A-P B
4 927 185
1986) a augmenté de
43% entre 1980 et 1986.
Contrairement aux
autres "boissons
en
216 300
4 307 953
gauche :
Évolution des
Importations de
“boissons alcooliques”
(1983-1985).
A l'exception des "vins
fins”, elles ont baissé en
volume, un phénomène
Une consommation importante
usage
L’importation des
“boissons alcooliques"
est une source
qui a encaissé
appréciés, et l’état d’ivresse, par sa fréquence
ou son intensité, peut être sujet de fierté. Ce
phénomène touche également les femmes et
les jeunes filles, mais dans une proportion
L’alcool faisant surtout des dégâts parmi les
entre les
gouvernement territorial
Les gros buveurs, les grands “bringueurs” sont
son
mesure
espaces publicitaires
consacrés aux boissons
alcoolisées et ceux (ici,
une affiche du Service
de la Santé) essayant
d’en dissuader la
consommation.
importante de rentrées
Dans les classes popu¬
d’une fatalité à laquelle on ne peut échapper.
Métropole, il
n'y a aucune commune
comme en
fiscales pour le
3 780 490
laires, l’absorption d’alcool est chose normale,
son abus et ses
La lutte antialcoolique.
En Polynésie française
3 948 507
alcooliques"
on ne
note aucun
infléchissement de la
tendance.
Page de droite, en haut :
Évolution et Impact des
accidents de la route
(1976-1985). Le nombre
des victimes (tués et
blessés) des accidents
de la route a augmenté
d’un peu plus de 10% en
10 ans. Ce chiffre est à
mettre en relation avec
l’amélioration du réseau
routier puisque dans le
même temps plus de
40 000 voitures ont été
immatriculées.
LES PROBLÈMES SOCIAUX
tiers
Les Églises réussissent assez souvent à
faire souscrire aux buveurs des engagements
consacrés à l’achat des boissons alcoolisées.
moraux
répercussions économiques aussi, quand un
ou plus des revenus du ménage sont
Faut-il
d’accident
signaler
de
la
enfin
circulation,
qu’en
la
matière
Polynésie
détient le triste record des décès par kilomètre
de route utilisé et que l’alcool est le principal
responsable de ces accidents mortels ?
Au regard de cette réalité, différents
moyens de lutte ont été mis en place avec plus
plus souvent, on
combat le mal lui-même, plus rarement ses
racines socio-culturelles. Dès lors, les résultats
ne sont pas à la hauteur des espérances.
ou
moins de bonheur. Le
Ligue antialcoolique, les associations
d’anciens buveurs, le Conseil des Églises de
Polynésie française et un récent Centre
d’Alcoologie dépendant du Ministère de la
Santé publique travaillent dans le sens de la
prévention, de l’information et des soins
La
volontaires. Leurs actions se manifestent sous
des formes diverses.
-
à travers une signature symbolique
du type “Croix bleue” - pour une durée variant
quelques mois à plusieurs années. Le
Centre d’Alcoologie travaille dans un but
curatif (cures de désintoxication). Ce système,
fondé sur le volontariat de la part des
alcooliques désireux de se faire soigner, se
double d’une action d’information puisque
près de 60 personnes sont en permanence
suivies par l’équipe de ce centre.
de
Les
associations
d’anciens
mérites de telle ou telle boisson.
Évolution et impact des accidents de la route (1976-1985)
VICTIMES
ACCIDENTS CORPORELS
Années
Mortels
Non mortels
buveurs
leur soutien aux personnes
récemment engagées dans le processus d’arrêt
d’absorption d’alcool, afin de leur éviter les
rechutes, de favoriser leur réinsertion sociale,
familiale,
professionnelle.
Malgré cela,
l’alcoolisme continue à se développer, plus ou
moins encouragé par les publicités vantant les
apportent
TOTAL
Tués
Blessés
TOTAL
521
1976
0
0
295
33
488
1977
0
0
289
33
470
503
1978
0
0
315
39
460
499
526
1979
41
289
330
45
481
1980
49
286
335
58
519
577
1981
35
250
285
43
450
493
1982
30
312
342
31
518
549
1983
34
284
318
36
493
529
548
574
1984
42
298
340
47
501
1985
46
319
365
50
524
Production locale et importations de bière en hectolitres
123 784
L’habitat
En dépit d’une activité soutenue qui a
progressé au même rythme que celui de
l’ensemble de l’économie, le secteur Bâtiment
publics (voir vol. 8, pp. 130-132) a
été incapable de faire face à l’énorme demande
et Travaux
de logements créée par une urbanisation trop
rapide. A côté de logements “officiels”, dotés
du permis de construire, dont le confort et le
luxe attestent, en bord de mer et dans certains
lotissements de montagne, le statut privilégié
de leurs occupants, s’est développé un habitat
dit “insalubre” selon la terminologie officielle,
qui, dans les cas extrêmes, reflète une réalité
sociale rappelant celle qui prévaut dans les
bidonvilles du Tiers-Monde. Pour des raisons
qui sont surtout foncières, la politique de
l’habitat social suivie par le Territoire n’a pas
eu tout l’impact désiré.
Un phénomène majeur
Conséquence notamment des migrations en
provenance des archipels qui se sont accrues
avec
l’implantation du C.E.P., l’habitat
“insalubre” s’est considérablement développé
depuis 20 ans. En 1969, selon une enquête de
la SCET-Coopération effectuée à Papeete,
Pirae et Eaaa, il concernait “22 000 personnes
environ (vivant) dans 3 960 logements dont
2 650 dans la seule commune de Papeete”. En
1982, si l’on en croit une étude de la Setil
menée dans l’ensemble de l’agglomération
urbaine, ces chiffres passent respectivement à
21 100 et 3 936. Ee phénomène touche 2 l%du
“parc immobilier” et 22% de la population
“supposée” (96 220 habitants). Il y revêt deux
formes dont l’aspect n’est sans doute pas sans
signification sociale (origine géographique
des résidents ?) : une forme concentrée en
“quartiers” (59% des habitations en moyenne)
qui s’est surtout développée à Papeete et à
Faaa ; une forme “dispersée” (41%) dont la
fréquence, sur la côte ouest notamment, a
distance de
Papeete. Au point de devenir exclusive dans le
Tahiti rural où, en 1982, elle affectait la tota¬
tendance à s’accroître avec la
lité du parc immobilier. L’enquête de la Setil
n’a malheureusement pas
été actualisée. En
1987, selon l’Office territorial de l’FIabitat
social
(O.T.H.S.), “les quartiers insalubres
qui ont été recensés en 1982 avec
les enquêteurs de l’Office
ont constaté une densification plus forte du
nombre d’habitants dans ces quartiers’’.
sont ceux
cette différence que
Une grande misère matérielle
et sociale
Les
“matériels” ou plus spécifi¬
“sociaux” qui servent à définir
critères
quement
l’habitat “insalubre” sont nombreux et
controversés. Dans l’ordre matériel, selon
J.
Champaud, géographe à l’O.R.S.T.O.M.,
c’est la “précarité” qui
prévaut. Précarité de
l’environnement : les quartiers insalubres sont
souvent situés dans des zones marécageuses
ou
inondables
(près de l’embouchure de la
Fautaua par exemple) ou sur des pentes raides
de bas de versants ; précarité des équipements,
1980
1981
1982
1983
1984
1985
1986
qu’il s’agisse de la voirie ou des divers réseaux ;
VIVRE EN POLYNÉSIE
Second critère, “l’incertitude concernant
électrique, adduction d’eau,
eaux
pluviales ou usées ;
précarité des matériaux de construction :
matériaux de récupération, planches, pinex...
Autant de phénomènes qui ne s’additionnent
pas forcément en un même lieu et qui sont
susceptibles d’évoluer dans le temps, ce qui
branchement
évacuation
conduit actuellement
du logement”. Ce n’est pas ici, contrairement à
une
une
majeure partie des occupants des
“bidonvilles”, ne détiennent pas, dans leur très
distinction
grande majorité, de droits fonciers à Tahiti.
L’incertitude du titre d’occupation doit être
recherchée
ailleurs ; toujours selon
l’O.R.S.T.O.M., les habitants des logements
insalubres, dans leur majorité, ne sont pas
propriétaires ou co-propriétaires des terrains
qu’ils occupent. A titre grâcieux parfois,
beaucoup plus souvent comme dépourvus de
bail et dépendants dans ce cas du bon vouloir
d’autrui. Est-il besoin de le préciser, dans ce
cas de figure, les familles hébergées par des
fetii ou des amis sont doublement
dépendantes. Au total, toujours selon
opérationnel entre les quartiers où
et ceux où la “qualité” de l’habitat est d’abord
en cause.
Dans l’ordre
l’indivision qui est la principale
raison de cette incertitude. Pour la simple
raison que les insulaires, qui forment la
l’insalubrité ressort plutôt de l’assainissement
se
idée reçue en forme d’explication passe-
partout,
l’Office territorial de
l’Habitat social à effectuer
d’ordre
le statut juridique dans l’occupation du sol et
des
social, l’habitat insalubre
définit d’abord par la densité d’occupation
des logements qui peut créer des situations de
promiscuité insupportables (jusqu’à 20 occu¬
pants par pièce selon une enquête effectuée
par les assistantes sociales de l’O.T.H.S. en
1981 et dépouillée par l’O.R.S.T.O.M.). Une
situation aggravée quand le même logement
est occupé par plus d’une famille, ce qui, selon
la même enquête, est le cas de 53,3% des 900
familles candidates au relogement.
l’O.R.S.T.O.M.,
des
63,6%
familles
concernées par l’enquête “dépendent d’autrui
Statut foncier et mode d’occupation juridique dans ies quartiers insalubres de l’agglomération urbaine
Nombre
STATUT FONCIER
MODE D’OCCUPATION
Nombre de cas
Nombre de cas
Propriété
quartiers
individuelle
PAPEETE
23
FAAA
17
Propriété
Propriété
Les
Location
Propriété/
loyer
9
5
2
13
3
deux
11
3
9
4
9
1
7
1
1
2
2
5
2
PIRAE
7
2
3
2
ARUE
7
3
3
1
PUNAAUIA
7
1
1
5
MAHINA
5
1
1
3
PAEA
1
TOTAL
67
1
6
1
1
3
1
13
27
Sans
Location
indivisée
Location
27
7
3
1
1
36
17
3
1
Ci-dessus :
statut foncier et mode
d’occupation juridique
(1982). Outre la
complexité des
Nombre total
d’habitations
En quartiers
compte les
superficies concernées,
Nbre
%
Nbre de Qlers
Nbre Mais.
%
Nbre Mais.
%
il serait intéressant de
connaître les revenus
propriétaires tirent de
198
10
5
113
85
ARUE.
5,7
1 312
4,3
146
11
7
92
4
54
7
PIRAE
2 592
294
11
7
172
4 753
6,6
122
PAPEETE
1 727
4,7
36
23
1 195
25
532
11
FAAA
3 859
933
24
17
620
16
313
8
PUNAAUIA
2 204
470
21
7
220
10
250
11
10
1,4
145
8,6
1 688
168
18 368
3 936
1 125
273
TEVA 1 UTA
940
TAIARAPU O.
620
COTE OUEST
2 685
816
1
23
67
2 435
24
0
0
294
31
0
0
0
294
31
249
40
0
0
0
249
40
1 501
0
273
24
840
347
41
0
0
0
347
41
1 250
368
29
0
0
0
368
29
COTE EST
2 090
715
23 143
5 467
715
24
67
2 435
3 032
que certains
l’habitat insalubre.
L’habitat insalubre à
Tahiti.
Selon cette enquête
réalisée en 1982,
l’habitat insalubre était
en zone rurale un
phénomène strictement
“isolé". Cette assertion
nous
paraît erronée et de
toutes façons
aujourd’hui dépassée si
l’on se réfère par
816
TAIARAPU E
TOTAL
individuelle qu'en
en
Isolé
1 960
HITIAA O TE RA
situations, ces chiffres,
qu’il faudrait actualiser,
montrent que l'habitat
insalubre se développe
davantage en propriété
à condition de prendre
MAHINA
PAPARA
3
propriété indivise.
S'agissant de celle-là, et
Habitat insalubre
Total des hab.
PAEA
Inclassables
1
L’habitat insalubre à Tahiti
ZONE URBAINE
loyer
sans
exemple à l'existence du
quartier dit
de La Carrière, situé au
fond de la vallée de la
Tahuruu qui, en matière
d’assainissement
comme de qualité de
l’habitat, présente tous
les caractères de
l’insalubrité.
34
LES PROBLÈMES SOCIAUX
matière de logement, une majorité
cumulant dépendance et cohabitation”.
en
2 364 logements sociaux en 26 ans
C’est avant l’implantation du C.E.P. que les
pouvoirs publics se sont préoccupés pour la
première fois de résoudre l’habitat insalubre
en créant, entre 1962 et 1964, des lotissements
sociaux, trois précisément, à Pirae et Faaa,
pour 236 logements construits. Après une
pause de six années (le boom), il a fallu
toutefois
attendre
les
années
70,
et
la
publication du Rapport SCET-Coopération,
pour voir un tel programme se développer en
se déplaçant progressivement dans l’espace et
dans le temps. Entre 1971 et 1982, 60% des
1 603 logements (4 lotissements sur 12) ont été
édifiés à Faaa ; un taux qui est passé à 16%
(1 lotissement) entre 1982 et 1986, la
commune
de
Papeete, qui avait été
complètement négligée jusqu’alors,
bénéficiant de 30% (3 lotissements) des 478
nouvelles réalisations, contre 27% pour la
commune d’Arue
(2 lotissements) et 13%
(1 lotissement) pour celle de Punaauia.
Le développement de ce programme
d’habitat social répond incontestablement à
une volonté politique, partagée par tous les
peut accorder “une aide à la construction” et
une “aide à l’amélioration des logements” -,
“couleur”. Une volonté qui se manifeste en
1967 avec la création d’un Fonds spécial de
sociales
de noter que, dans une première période qui
ciaires
qu’en
quelle
gouvernements,
soit
leur
l’Habitat social (F.H.S.). Il convient toutefois
s’achève en 1974, lesdits gouvernements ont
très largement délégué leurs responsabilités en
la matière à des institutions comme la Setil, la
qui ont mis en oeuvre
politique de l’habitat social axée sur la
construction de grands ensembles destinés à la
location et surtout à la location-vente (de 15 à
Socredo ou la C.P.S.
une
25 ans).
Le gouvernement territorial va intervenir
directement à compter de
1975, d’abord en
davantage à contribution le F.H.S.,
ensuite en instituant en 1979 l’O.T.H.S., un
mettant
établissement
public
territorial
doté
de
l’autonomie financière et dont les ressources
budget de 2 milliards environ)
proviennent actuellement du Fonds
d’intervention et de Solidarité (F.LS.).
A côté d’interventions ponctuelles - il
(un
rO.T.H.S.
a
pour
mission essentielle “de
mettre en œuvre un programme d’habitations
ou de lots à construire et de les
attribuer au vu d’une enquête menée par le
Service des Affaires sociales à des bénéfi¬
(qui ne sont pas) déjà propriétaires
d’une habitation (et ne disposent pas) de
mensuelles supérieures à 4 fois le
SMIG”.
L’O.T.H.S. a innové par rapport à ses
ressources
en mettant en œuvre des
lotissements de taille plus réduite, puis tout
prédécesseurs
en substituant “l’accès à la
propriété” à la “location-vente”. Une raison
majeure, semble-t-il, à ce changement : le
récemment,
niveau de vie relativement élevé de certains
logés” : l’enquête sociale réalisée pour
l’attribution des 120 logements de Taapuna H
à Punaauia (en projet) a révélé que 74% des
1 248 candidats répertoriés disposaient de
“mal
ressources
égales ou supérieures à 3 fois le
SMIG. Reste à savoir si ce “type de gestion”
convient aux couches les plus défavorisées de
la population, à tous ceux qui vivent en
“bidonvilles”. Une réalité fort mal connue
actuellement.
Page de gauche :
Une situation et une
solution. Pour éradiquer
les formes d'habitat les
FARE ROI
MATAVAI
plus précaires, le
Territoire s’oriente vers
la construction de petits
logements de type
Autre innovation qui paraît fort peu
adaptée au mode de vie des candidats au
logement ; la construction de petits immeu¬
bles ; un choix motivé par le coût des terrains.
Un effort insuffisant
H.L.M. Un choix motivé
par des considérations
économiques,, mais qui
paraît fort peu adapté au
Le Territoire a fait depuis 1971 un effort
considérable en matière d’habitat social. Un
mode de vie des familles
à reloger.
effort
qui s’est accéléré récemment puisque
rO.T.H.S. doit livrer 224 logements en 1987 à
Punaauia et à Pirae (contre 96 en moyenne les
cinq années précédentes) et 190 en 1988 dont
VAIAHi
deux “cités de transit” (Mission et Tipaerui)
destinées à accueillir les habitants de quartiers
insalubres voués à la réhabilitation. Cet effort
n’en demeure pas moins insuffisant, puisque,
l’O.T.H.S., “les besoins annuels en
logement ne sont pas inférieurs à 400 unités
selon
pour la seule
île de Tahiti”. Cette évolution
intégrant la seule résorption des quartiers
insalubres en 10 ans, ainsi que les besoins dus
à l’accroissement de la population sociale.
La principale cause de ce retard : l’impré¬
voyance des années
1964-1970 et, bien sûr, le
“foncier”. Ici encore, globablement - les
situations varient selon les quartiers - ce n’est
pas l’indivision qui, en freinant l’acquisition
des terrains constructibles, est la première
responsable. Mais bien plutôt, en zone
urbaine, le coût desdits terrains appropriés
individuellement. A Papeete, le mètre carré
vaut 9 000 F à Mamao Colline et 15 000 F à
Vaininiore. S’agissant, par exemple, de là
construction des deux “cités de transit” de la
Mission et de Tipaerui (immeubles collectifs),
le prix du terrain représente 14% de la charge
Les lotissements
sociaux dans la zone
urbaine autour de
Papeete.
Signalons l’existence
plus de 350
hors "zone urbaine” du
lotissement Maire Nui à
Tautira qui comporte
60 logements en
location-vente mis en
service en 1980.
financière totale. Aussi, ne faut-il pas
s’étonner si le Territoire compte mener un
certain nombre d’opérations de résorption des
quartiers insalubres en collaboration avec la
de Papeete ; il a par ailleurs fait
appel à la “solidarité” de l’État qui, par la
commune
bouche du ministre Bernard Pons, a promis
d’intervenir.
35
VIVRE EN
POLYNÉSIE
La délinquance
ciente. Ces conditions d’existence difficiles,
De tous les problèmes sociaux, la délin¬
quance, qui relève bien davantage des infrac¬
tions de la correctionnelle que de la crimi¬
sans doute le problème dont la
représentation est la plus déformée, parce
qu’elle concerne surtout les jeunes, parce que
les comportements de déviance et (ou) de
marginalité - le phénomène “hombo” en porte
témoignage - sont spécifiques du conflit de
normes
culturelles que traverse la société
polynésienne. Un conflit que l’on retrouve à
un tout autre niveau de gravité quand il s’agit
d’interpréter le “crime” de viol qui demeure le
plus répandu.
Dans ce contexte, la répression, qui n’est
pas toujours comprise par les intéressés,
demeure la réponse la plus courante à la délin¬
nalité, est
prison connaît quelques
problèmes de
d’accueiiiir 300 détenus.
Seion B. Schlemmer, le
nombre des “personnes
mises en cause" pour
divers crimes et délits
inadaptation scolaire, puis à l’échec scolaire
proprement dit ; ces deux éléments pouvant se
conjuguer, soit avec une démission parentale
carences
à gauche :
Détenus à Nuutania. La
qui a été inaugurée en
1970, est capable
familiale traditionnelle sur
l’enfant,
conduisent
généralement celui-ci à une
et
entraînant des
Page de droite,
Ci-dessous :
La prison de Nuutania,
jointes à la baisse de l’emprise religieuse
est passé de 914 à 1
éducatives et affec¬
en
surpeuplement dont la
presse locale se fait
périodiquement l'écho.
Des problèmes que la
“convivialité" propre au
milieu carcéral ne
248
dix ans, soit un taux
tives, soit avec une éducation trop rigide et
d'augmentation de
36,5%. Un taux qui peut ■
stade de l’adolescence, le
catégorie des infractions
classées, citées dans
inadaptée aux réalités actuelles.
Parvenu
au
varier à la baisse selon la
jeune en difficulté aura tendance à rechercher
la sécurité dans la compagnie de ses sembla¬
bles : se forment alors des groupes marginaux
dont le phénomène “hombo” est l’expression
et la forme la plus répandue. L’histoire des
“hombos”, terme qui vient de l’espagnol
honihre, remonte aux années soixante qui
voient les jeunes de l’époque s’identifier à des
l'ordre de leur
croissante
en 1982 : -5% pour les
“attentats aux moeurs” ;
900% pour la rubrique
occurrence
“stupéfiants” ; 171%
pour le “vandalisme” ;
-1,4% pour la violence ;
26% pour le “vol” qui, en
1982, concernait à lui
seul 55% des personnes
mises en cause.
“anti-héros” de bandes dessinées, à des hors-
quance.
permet pas toujours
de résoudre.
Page de droite, à droite :
Un numéro spécial de
Tauhiti. L'un des mérites
de la revue de la Maison
de la Jeunesse-Maison
de la Culture de
Papeete, dirigée par
Henri Hiro, est d'avoir
su montrer la relation
existant entre les
problèmes culturels et
les problèmes sociaux.
Une relation trop
souvent occultée par
certains “culturalistes”
locaux.
La délinquance et ses caractères
spécifiques
Polynésie française, la délinquance, et
la délinquance juvénile, relève
bien davantage du délit que du crime. Elle
En
notamment
recouvre
surtout en
effet tout
un
ensemble
d’infractions peu graves que les lois punissent
de peines simplement correctionnelles : vols,
cambriolages, escroqueries, chèques sans
provision... Les meurtres, assassinats, viols
passibles de la cour d’assises sont infiniment
plus rares.
11 n’empêche ; la presse dans ses articles,
les responsables politiques, judiciaires et
religieux dans leurs déclarations et la popu¬
lation dans
ses
commentaires, renvoient du
phénomène une image plutôt inquiétante,
sinon préoccupante. Une image qui, selon le
sociologue B. Schlemmer, est celle “d’une
fraction sans cesse croissante de la jeunesse
tahitienne vivant de plus en plus “en marge”
de la société, recourant de plus en plus systé¬
matiquement à des activités délictueuses, pour
satisfaire à des besoins sans cesse plus sophis¬
tiqués, usant de plus en plus facilement de
violence, et se montrant de plus en plus réfrac¬
taire à l’autorité, se révélant de plus en plus
inapte à une réinsertion dans le tissu social”.
La délinquance relève donc en Polynésie
de deux catégories de comportements que l’on
a l’habitude de distinguer en d’autres pays : les
jeunes délinquants polynésiens sont tour à
tour ou
différentes.
Portrait du jeune délinquant
polynésien
plus visibles en sont la violence familiale,
l’éthylisme et une situation sanitaire défi¬
les
36
Juge pour enfants
\
mesure
de PLACEMENT
mesure
d'A.E.M.O.
liberté surveillée (délégué à la
liberté surveillée)
DÉTENTION PRÉVENTIVE
X
SURSIS
SURSIS
RÉCIDIVISTE
PRIMAIRE
/
V
avec
EMPRISONNEMENT
mise à
FERME
l'épreuve
Juge d'application des peines
Polynésie, l’histoire du jeune délinquant
débute souvent par une venue au monde dans
un
milieu déjà touché par l’inadaptation
sociale et la marginalisation : les symptômes
MINEUR
ADULTE
Juge d'instruction
simultanément des “déviants” ou des
“marginaux”. Ils choisissent plus ou moins
délibérément de transgresser seuls ou en
groupe les normes de la société à laquelle ils
appartiennent tout en vivant une désorgani¬
sation psychologique et sociale qui résulte de
leur appartenance à deux cultures aux normes
En
DÉLIT
Parcours juridique du délinquant
LIBERTÉ
^
CONDITIONNELLE
I
LIBÉRATION
(comité d'aide aux
libérés
en projet -)
-
\
SEMI
LIBERTÉ
LES
la-loi de rhistoire américaine ou européenne,
mexicains, etc. Les “hombos”
ont leur territoire : quartier urbain ou secteur
géographique (district, vallée, section kilomé¬
à des bandits
trique ou tout simplement lieu-dit).
En groupe ou isolément, le jeune en
difficulté va évoluer vers une petite délin¬
quance constituée de délits mineurs tels que
saccages d’écoles, larcins, etc. Cette situation
va se prolonger durant toute l’adolescence
sans pour autant déboucher fatalement sur
une délinquance plus grave. Le moment le
plus critique se situe néanmoins entre la fin de
la scolarité obligatoire, fixée à 14 ans en
Polynésie, et le service militaire. Durant ces
années vides, les jeunes adultes ont coutume
de faire leurs expériences dans la communauté
des “châteaux” - ces lieux de rassemblement et
d’hébergement que les “hombos” édifient
pour le groupe. Le passage à la délinquance
ordinaire se traduit rarement par des crimes
de sang. Il s’agit généralement d’activités
délictueuses qui portent principalement sur
les vols, la conduite en état d’ivresse ou sans
permis, la culture et la vente de cannabis,
l’implication dans des bagarres, etc. Plus
fréquemment, l’individu, après son service
militaire, va reproduire le schéma familial de
ses parents : la délinquance va se transformer
en
violence
et
en
instabilité
familiale,
lesquelles vont entraîner les mêmes
conséquences pour la génération suivante.
La grande délinquance paraît assez peu
répandue sur le Territoire. Les trafiquants de
drogue arrêtés à l’aéroport sont le plus
souvent des étrangers en transit ; il n’existe pas
de réseaux pour receler et écouler les
marchandises volées. 11 n’y a pas non plus
apparemment de “milieu” polynésien, même
si quelques affaires de détournements de
fonds défraient périodiquement la chronique.
Les attentats à l’explosif sont extrêmement
rares et, quand on les constate, ils sont surtout
le fait des fractions les plus dures de l’indé¬
pendantisme polynésien.
Alors que le proxénétisme est extrê¬
mement peu développé en Polynésie, le viol,
en
constante
augmentation depuis une
quinzaine d’années, constitue le crime le plus
répandu. Un constat qui est très symptoma¬
tique du conflit de normes culturelles que
traverse la société polynésienne. S’agissant du
second “crime” qui demeure sans doute le
sujet de polémique le plus actuel, on peut plus
particulièrement noter que la notion de viol
est à la croisée de deux conceptions : l’une,
normative et héritée de l’histoire et du droit
occidental, veut que l’outrage soit criminel et
puni comme tel ; l’autre, spécifique à la culture
polynésienne, considère encore que cet acte
relève de la coutume du motoro. Il n’est pas
rare en tout cas que les viols soient collectifs et
qu’ils soient perpétrés par de très jeunes
adultes.
PROBLÈMES SOCIAUX
Prévention et répression
de la délinquance
Pour endiguer l’existence et la montée de la
délinquance, malgré les projets du Territoire
en
matière de prévention, malgré le rôle
dissuasif exercé par la gendarmerie, la
répression est encore la réponse la plus
courante
au
problème. Les projets de
réinsertion sociale des délinquants mineurs ou
majeurs, encore trop peu nombreux, ne se
sont pas encore affranchis d’une vision trop
alarmiste des choses.
Le seul pas important qui ait été fait en
matière de réinsertion des jeunes délinquants
depuis quelques années est l’ensemble des
mesures
d’assistance éducative qui sont
prononcées par le Juge des Enfants dans
l’intérêt des mineurs pré-délinquants. Ces
mesures permettent de suivre le mineur sur le
plan scolaire, éducatif et psychologique tout
en le maintenant dans sa famille. Pour ce
qui
est des adultes, les peines d’amendes ou
d’emprisonnement sont prononcées par les
tribunaux correctionnels ou la cour d’assises
suivant le même schéma qu’en France. A cet
effet, il existe une maison d’arrêt établie sur la
commune de Faaa. Cet établissement héberge
en
permanence environ
150 détenus et
prévenus qui, pour 98 % d’entre eux, sont de
sexe
masculin.
«enTRe i'iMnee x*
iwpojee
coNHE^iewe ipeMCjer ter iwmstgKntts
jteimiufiNTes atsTinees a anoatik
us iHjvirlces
socîAteSfSenseifT les
HoBIBICS SOtCAriFS, 3>AIU l£ Tire J>e
SoeiCTe ENiiMe«R
inAfArre awx
.
RCALtres
Extrait du débat
29
TotyHesietiHesK
sur
septembre 1976-
la
délinquance juvénile du mercredi
los olvidados les oubliés
Un "château"
dans PAPEETE le 20.12.76.
37
VIVRE EN POLYNÉSIE
Le chômage
Au même titre que
d’autres problèmes
sociaux comme l’habitat, le chômage, dont le
développement est récent dans le Territoire,
est “une retombée indirecte de l’implantation
du
C.E.P.’’.
Tout
en
s’inscrivant dans
le
démographique et socio¬
économique ainsi créé, il n’en conserve pas
moins, pour certaines catégories de chômeurs
nouveau
tout au
contexte
moins, un certain nombre de carac¬
tères spécifiques dont essaient de tenir compte
les pouvoirs publics
pour le résorber.
dans la politique menée
recherchent des emplois de manœuvres
(24,6%), d’ouvriers spécialisés (11,6%) ou
d’employés non qualifiés (15,3%).
Le chômage :
une certaine spécificité
La limitation des
compétences de l’Agence
du manque de
S’agissant de
certaines
catégories de sans-emploi, le
phénomène revêt des caractères spécifiques
qui interdisent par exemple de l’assimiler à
son
homologue métropolitain, plus
facilement quantifiable, du moins en théorie.
Certes, en milieu urbain, “le chômage est
n’est pas seule responsable
fiabilité
des
statistiques.
évidemment,
comme
l’a
noté
un
socio-
Un développement récent
économiste
Le concept de chômage est lié à celui de
salariat. Aussi ne faut-il pas s’étonner si, dans
ouvrage à paraître, la conséquence d’une part
de l’afflux excessif d’insulaires attirés par la
la Polynésie des années 60, qui connaît encore
coloniale
économie
une
essentiellement
rurale, les chômeurs ne sont pas recensés. Il
faudra d’ailleurs attendre le recensement de
les démographes de
s’emploient à quantifier le
phénomène. Ce qui ne signifie pas que le
problème du sous-emploi (et de l’insuffisante
rémunération des emplois) ne se posait pas
dans une économie en pleine crise. Une
situation à laquelle les ruraux ont réagi en
émigrant vers la Nouvelle-Calédonie dans les
années 50 et, déjà, vers la zone urbaine de
1977
pour
l’I.N.S.E.E.
que
Tahiti.
Un problème que le C.E.P. va permettre
régler directement ou indirectement (et
provisoirement) en assurant le plein emploi.
Ceci pendant près de deux décennies, si l’on
considère qu’en 1977, selon les données du
recensement, le taux de chômage (1 689 chô¬
meurs) ne dépassait pas 3,8%. Un taux qui
s’est brusquement accru depuis lors puisque
en
1983, toujours selon les recenseurs, il
atteint 11,2%, “7 322 personnes n’occupant
pas un emploi (ayant déclaré) être à la
recherche d’un emploi”.
Depuis lors, faute de statistiques fiables les demandeurs ne sont pas tenus de s’inscrire
de
au
Service
de
la
Main-d’œuvre
cette année-là, est de
1,77 contre 1,85 en 1984
1,93 en 1985.
En 1983, selon l’I.T.STAT., le chômage
touchait surtout les femmes, les jeunes, les
personnes faiblement qualifiées et les Poly¬
nésiens. Ce qui ne saurait surprendre et n’a pas
et
beaucoup changé, si l’on en croit certaines
l’A.E.F.P. qui a
analysé la situation des demandeurs d’emplois
“non satisfaits” en 1986 : le chômage concerne
d’abord des jeunes de 18 à 24 ans (à
concurrence de 53,5%), des personnes sans
diplôme (36,1%) ou peu formées (22% sont
titulaires d’un C.E.P.) et qui par conséquent
sont
pas ou peu qualifiées puisqu’elles
informations fournies par
38
l’O.R.S.T.O.M.
dans
un
possibilité d’y trouver des emplois et aussi par
l’ensemble du contexte que l’on pourrait
appeler socio-culturel propre à la ville
(cinémas, boutiques, sports, etc.), d’autre part
de
l’arrivée
sur
le
marché
du
travail
de
catégories de jeunes qui ont grandi et étudié en
ville (descendants de parents arrivés en ville
depuis plus ou moins longtemps : migrants de
la première et de la deuxième générations) et
qui sont souvent insuffisamment formés sur le
plan professionnel”.
Ceci étant, il semble, selon une étude de la
Chambre de Commerce et d’industrie datant
1979, que “le nombre de chômeurs non
recensés est probablement considérable dans
de
groupe intermédiaire entre un groupe
parfaitement moderne vivant en économie de
marché en ville et un groupe presque entière¬
un
ment traditionnel en zone rurale, (ce groupe
intermédiaire) pouvant être estimé à 30% de la
population active et se distinguant par une
autoconsommation partielle, un habitat en
bidonville urbain et un salariat temporaire”.
Faut-il ajouter, mais cette remarque
concerne plus particulièrement le milieu rural,
que la structure familiale, à travers des
actifs
(devenu
l’Agence pour l’Emploi et de la Formation
professionnelle le 19 décembre 1985) et les
employeurs de proposer leurs offres
d’emploi -, il n’est pas possible de décrire
précisément l’évolution du chômage. Tout au
plus, si l’on rapporte les “offres nouvelles
d’emplois” aux “demandes nouvelles
d’emplois”, note-t-on pour 1986 une légère
amélioration de la situation puisque ce ratio,
de
I
élèves, étudiants ■
personnes au foyer |
militaires du contingent |
chômeurs i
autres inactifs ■
En haut :
Le Service de
l’Économie rurale a été
doté par le Comité de
Gestion des Chantiers
de Développement de
26% environ des crédits
qui lui ont été affectés en
1987. En 1986, ces
dotations avaient
surtout servi, dans les
archipels notamment,
à mener des “travaux
forestiers”.
Que font les jeunes ?
Ils sont “chômeurs”
dans une proportion qui
est supérieure à celle de
l'ensemble des actifs
(11,2%), mais surtout ils
sont sous-employés, à
de 20,1%,
semblent
concurrence
comme
l'indiquer les taux
affectant les “personnes
au
foyer" et les
“autres inactifs”.
emplois d’aides familiaux dans le secteur du
celui du coprah et de
pêche, “joue un rôle d’amortisseur” par
rapport au marché du travail. Dans ce cas,
dans la conjoncture qui est actuellement celle
de l’agriculture, notamment dans les
archipels, mieux vaut parler de sous-emploi
que de chômage.
commerce comme dans
la
De la politique de l’emploi
au traitement du chômage
Pendant
le
“boom
économique” (voir
volume 8, pp. 28-29), le gouvernement
territorial (au sein duquel l’Etat exerçait les
responsabilités essentielles) ne s’est guère
préoccupé des conséquences que pourrait
avoir sur le plein emploi une diminution, voire
une cessation (“l’après C.E.P.”) des activités
de cet organisme. Il a fallu attendre la
conjoncture difficile des années 70 - une
mission effectuée par le démo-économiste
Bernard Grossat y a sans doute très largement
contribué
pour que les pouvoirs publics
raisonnent “en terme de remplacement des
-
LES PROBLÈMES SOCIAUX
activités induites ou déduites de la présence du
(et) en terme de création nette
d’emplois” et mettent en oeuvre une politique
de relance diversifiée des activités (dont
C.E.P.
G.
Blanchet
nous
a
décrit
les
“résultats
mitigés”), impliquant dans le cadre des orien¬
un gros effort en matière
d’enseignement technique et de formation
professionnelle.
tations choisies
En
1968, selon une enquête de l’époque,
celui-là (44 classes réparties dans trois établis¬
privés et deux publics) est essen¬
tiellement ménager et commercial. Quant à
celle-ci, qui est davantage orientée vers les
métiers de la mécanique, du bâtiment et des
travaux publics, elle est dispensée dans une
dizaine d’organismes comptant 70 stagiaires
en moyenne. A la rentrée scolaire 1985-1986,
si l’on excepte les étudiants fréquentant le
C.N.A.M. et la classe de préparation aux
sements
“hautes études commerciales” (voir volume 8,
94-95), le “second cycle court” de l’ensei¬
technique (dont font partie les
Centres d’Education aux Technologies appro¬
priées au Développement (C.E.T.A.D.) qui
sont de “petits lycées professionnels ruraux”,
a accueilli dans 13 établissements publics et
trois privés, 2 919 élèves répartis dans 139
classes préparant aux examens sanctionnant
une formation professionnelle dans le secteur
pp.
gnement
industriel
et
le
secteur
tertiaire dont
rhôtellerie : C. A.P. classiques (22 spécialités) ;
C.A.D. (option industrielle) et C.A.P.D.
(option Activités familiales, artisanales et
touristiques) pour les C.E.T.A.D. ; B.E.P.
(12 spécialités). Dans le “second cycle long”
(4 établissements publics et un privé), les
effectifs scolarisés dans 44 classes étaient les
suivants : 896 en ce qui concerne les prépara¬
tions aux cinq baccalauréats et aux deux
brevets
de Technicien (Tourisme et
Hôtellerie), 100 pour le B.T.S. (trois spécia¬
lités) qui relève de l’enseignement supérieur
des lycées.
En terme de “flux de sortie”, la même
année, le système a produit, tous niveaux de
formation
et
tous
secteurs
d’activités
confondus, 955 diplômés dont 45,6% orientés
vers le tertiaire, 32,8% vers l’industrie, 9% vers
l’hôtellerie et le tourisme, 2,6% pour la santé et
9,9% pour le secteur “employé technique de
collectivité”.
A côté de ces formations classiques
reproduisant le modèle métropolitain, y
compris dans le cas des C.E.T.A.D. dont la
formule initiale a été “normalisée”, le Terri¬
toire a créé en 1978 les Centres de Jeunes
1987), les Maisons familiales rurales, fondées
1981. Associations régies par la loi de 1901,
les M.F.R., qui fonctionnent encore actuelle¬
en
ment avec
le
concours
d’une subvention de
l’Etat (16 276 000 FCP en
1985), pratiquent
pédagogie de l’alternance qui voit les
élèves passer successivement une semaine
une
dans rétablissement et “deux semaines dans le
milieu familial où ils mettent en pratique les
enseignements reçus dans le domaine de la
pêche, de la culture ou de l’élevage”.
Les “chômeurs” étaient 1 689 en 1977 et
7 322 en 1983. Combien sont-ils aujourd’hui ?
Nul
ne
le sait. Force est de constater que la
Les jeunes demandeurs d’emploi (1983)
Adolescents (C.J. A.) - ils sont aujourd’hui 21 -
qui accueillent (en 1986-1987) 1 015 jeunes en
situation d’échec scolaire, appartenant aux
milieux les plus défavorisés puisque en maijuin 1984, ils étaient issus en moyenne, d’une
famille de huit personnes avec un revenu
mensuel familial moyen de 66 000 francs CFP.
L’objectif poursuivi est de préparer les jeunes
active en les intégrant au “tissu
économique communal”. Pour ce faire, les
maîtres, qui malheureusement ne sont pas
tous suffisamment formés, essaient de les
“responsabiliser” (les C.J.A. sont constitués
en coopératives) et de les réhabiliter par une
pédagogie appropriée.
à la vie
14 000
(
Autre forme originale d’enseignement
professionnel dont l’impact est plus limité
(4 établissements pour 127 élèves en 1986-
I Secondaire général
13 000
□ Technique public -|- privé
L, ,l C.J.A.
12 000
11 000
10 000
9 000
-8 000
Évolution des effectifs
de l’enseignement
technique et de
renseignement
secondaire générai
(1971-1986). En taux
d’accroissement moyen
annuel (18,5%), les
effectifs de
l'enseignement
technique ont progressé
plus vite que ceux de
l’enseignement
secondaire général
(10,6%). Un progrès qui
ne doit pas faire trop
illusion si l’on veut bien
considérer qu’au départ
ceux-ci étaient 4,9 fois
plus nombreux que
ceux-là. Le
développement de la
7 000
-
6 000
scolarisation dans les
Centres de Jeunes
Adolescents (cliché du
bas) constitue en
revanche un élément
beaucoup plus positif.
5 000
4 000
'3 000
2 000
1 000
'0
Ci-dessus :
Le Centre de Formation
professionneiie pour
Aduites (C.F.P.A.) de
Pirae a été ouvert en
1978. Il comporte
"quatre sections de
20 stagiaires chacune,
réparties dans les
spécialités suivantes :
maçonnerie : deux
sections ; serrurerie :
une section ;
menuiserie :
une section" (Agence
pour l’Emploi et la
Formation
professionnelle Rapport d’activité,
1986).
39
VIVRE EN POLYNÉSIE
“politique de l’emploi, initiée après le “boom”
et poursuivie sans relâche depuis lors par tous
les gouvernements, a globalement échoué. En
quelques années, la question du chômage et de
son
traitement est devenue une “priorité
absolue” pour les pouvoirs publics comme
pour les partenaires à vocation sociale :
employeurs, syndicats. Églises, groupements
associatifs... Nous ne discuterons pas ici d’un
dossier dont le règlement à moyen et à long
termes dépend de l’efficacité des programmes
de développement qui pourraient être mis en
le cadre de choix de société
alternatifs. Faute de pouvoir citer toutes les
initiatives privées (stages de l’AFODEP, du
œuvre
dans
G.E.F.O.P., de la C.C.I., des J.R.P...), nous
contenterons d’évoquer brièvement la
politique suivie par les pouvoirs publics
étatiques et territoriaux.
nous
Tout
et
le Territoire ; ces chantiers, au nombre de
170 en 1980, ont fourni du travail à 1
179 allo¬
cataires pour un coût global de 246 millions de
francs CFP dont 41,5% pour les archipels.
Quant à la politique du Territoire, elle
s’est d’abord traduite par la mise en place d’un
certain nombre de “structures et instruments”
selon la formule du Tahoera’a : création dans
le cadre des seconds accords tripartites signés
en
1984 d’un Haut Comité de l’Emploi, de la
Formation professionnelle et de la Formation
sociale qui, dans ces différents domaines, est
de réflexion, de concertation et
coordination” ; création du Fonds
une “instance
de
l’Emploi et de la Formation
professionnelle qui est l’instrument de
territorial de
“des
actions
originales en
d’emploi et de formation profes¬
financement
matière
sionnelle ; transformation de l’ancien Office
de la Main-d’œuvre en Agence territoriale de
l’Emploi et de la Formation professionnelle
qui doit être un outil efficace de connaissance
du
marché
du
travail
et
de
placement et
d’adaptation des actions de formation aux
besoins des entreprises.
Tout
en
restant
un
organisme de
placement aux compétences limitées, l’Agence
à désormais un rôle.essentiel dans le domaine
de la formation des jeunes dont
l’apprentis¬
vient d’être réformé ; dans celui de la
formation professionnelle des adultes qui est
assurée par le C.F.P.A. de Pirae (et bientôt de
la Punaruu) ou par exemple par les profes¬
sage
sionnels de l’hôtellerie. Les stages en tous
genres, destinés à diminuer à court terme le
taux de chômage, se sont multipliés ces
derniers mois. Il est encore trop tôt pour en
préjuger les effets.
apportant
son
concours
financier à certaines réalisations territoriales
en
(construction du C.F.P.A. de la Punaruu par
exemple), l’Etat en tant que tuteur des
communes, s’est efforcé de lutter contre le
chômage en créant des “chantiers de dévelop¬
pement permettant de donner une activité
salariée aux demandeurs d’emplois”. Sous le
contrôle
du
recrutent des
haut-commissaire,
travailleurs
A gauche :
L’Agence pour l’Emploi
et la Formation
professionnelle qui a été
créée par un arrêté du
10 mars 1986, comporte
trois départements :
"Études et Statistiques’’ ;
“Emploi” et “Formation
professionnelle des
Adultes (F.P.A.) et
Apprentissage”. Son
les maires
temporaires payés
SMIG qui sont affectés à des travaux
demandés par le Service de l’Économie rurale
au
conseil d’administration
est tripartite (Territoire,
(reboisement...) ou par les communes elles-
Employeurs,
Travailleurs).
mêmes. Lancés en 1980, leur financement est
assuré conventionnellement à parité par l’État
Le Haut-Comité pour
Mal œuvres
Fémmai de ménage
l’Emploi et la Formation
professionnelle, institué
par une délibération de
l’Assemblée territoriale
du 11 octobre 1984, est
composé de trois
membres du
gouvernement, de
trois membres de
l’Assemblée territoriale,
de cinq membres de
“statut spécial” dont
trois chefs de services
administratifs, de
32 représentants,
titulaires et suppléants,
des Employeurs et des
Travailleurs, traités sur
un pied d’égalité. ■
Offres et demandes
Employés
non
qualifiés
d'emploi :
niveau de qualification
(1986)
Ouvriers
spécialisés
iTotal des offres 3 030
:i
iTotal des demandes 5 367
■Ouvriers
qualifiés
Non
précisé
Les niveaux de
qualification des offres
et les carences du
l’économie territoriale
qualifiés”.
système éducatif : 60,8%
des offres d'emploi ne
d’emploi. Tout en
requièrent pas de
amplifiant les
tendances, l’Agence de qualification
l’Emploi touche surtout particulière. Quant aux
le secteur Bâtimentautres, les demandes
sont bien incapables de
Travaux publics. Ce
graphique illustre bien les satisfaire, sauf dans
les faiblesses
le cas, très significatif,
structurelles de
des “employés
ef des demandes
Agents
de maîtrise
Techniciens
40
Cadres
11 La vie associative
DuPolynésiens
groupe d'entraide
traditionnel
à l’association
reconnue
d’utilité publique,la vie
les
ont toujours
témoigné
haut degré
d’inclination
un
pour
associative. Une activité jugée parfois excessive qui, tout en étant enracinée dans les
mentalités, va prendre de nouvelles formes avec l’introduction des diverses
dispositions du Code civil relatives au contrat d’association. Le Droit français va donc
se substituer progressivement à la coutume dans la constitution et
l’organisation des
groupes associatifs qui se sont multipliés depuis un siècle.
Aujourd’hui, le monde associatif se présente comme un édifice hétérogène et
complexe où les rapports politiques, économiques, sociauxetcultureissecroisent, se
combinent et interfèrent sans qu’on puisse toujours en distinguer les ramifications.
Près de deux Polynésiens sur trois participent de près ou de loin à l’activité
associative qui touche, dans tous les secteurs de la vie sociale, toutes les classes
d’âges, les ethnies des deux sexes et l’ensembie des catégories socio¬
professionnelles.
cipation de membres recrutés selon l’objet, la
taille et la durée de l’entreprise, au sein de la
famille restreinte, de la famille étendue ou du
voisinage.
L’entraide sous-tend par conséquent
l’activité du pupu, mais son fonctionnement et
son dynamisme dépendent aussi de
l’esprit de
compétition et des besoins de prestige qui
animent
ses
membres.
“traditionnelles”
encore
Autant
de valeurs
à l’œuvre dans les
regroupements associatifs d’aujourd’hui.
L’évolution du pupu
Pendant toute la période coloniale, et jusque
dans les années 60, l’activité des pupu a été très
orientée et contrôlée par les
représentants des Églises (curés, pasteurs,
diacres) intervenant dans le cadre paroissial.
A des fins spécifiquement religieuses si le
service de l’Église (entretien des lieux de culte,
etc.) est en cause ; à des fins socio¬
économiques plus profanes quand le pupu
prend en charge la construction d’un fare ou
l’aménagement d’une tarodière. Ce faisant,
l’activité du pupu est un facteur de cohésion
sociale, surtout quand elle permet la prise en
charge de certains secteurs économiques :
l’agriculture et la pêche dans certaines îles
des Australes par exemple, à la fin des années
largement
La notion de pupu :
fondement de la vie
sociale et associative
La notion de pupu renvoie à un
phénomène sociologique universel : celui de la
propension des hommes à se regrouper pour
toutes sortes de
motifs
:
la défense de leurs
droits, la diffusion de leurs idées, la recherche
d’avantages divers, la réalisation collective
d’un projet quelconque, etc. En un sens
générique, le terme de pupu peut se traduire
par celui de groupe, recouvrant ainsi toutes les
formes correspondant à une terminologie plus
connue : guildes, confréries, corporations de
métiers, compagnonnages, associations
Une pêche au caillou en
1934 dans l’archipel de
la Société.
le pêche
nelle”, qui est
souvent
organisée à Tahaa ou à
Bora Bora à l’occasion
du passage d’un visiteur
de marque, est l’une des
dernières formes
socio¬
économiques profanes
pouvant mobiliser
politiques, sociétés secrètes, troupes artis¬
tiques... Autant d’associations relativement
autonomes
dans leur fonctionnement dont
l’existence relève d’un haut niveau de diver¬
sification des activités sociales.
Tel n’est pas le cas du pupu qui “tradi¬
tionnellement” depuis les temps anciens,
une forme de groupement parfai¬
intégrée à une société dont l’organi¬
sation atteint un moindre degré de
complexité.
En effet, le pupu était et reste encore une
forme d’association reposant sur des rapports
de réciprocité des tâches et de redistribution
des produits et des bénéfices. Ces rapports
s’organisent en vue de la réalisation de
travaux spécifiques comme la récolte du
coprah, la mise en culture d’une tarodière ou
la pêche au grand filet. Ils requièrent la parti¬
constitue
tement
60.
Plus
près de
nous,
les maires savent
utiliser les pupu dans la réalisation de travaux
d’utilité communale ou territoriale. A des fins
qui, dans le contexte socio-économique
d’aujourd’hui, ne sont pas toujours
productives.
La pêche des ature
“au grand fiiet" est
pratiquée à Tahiti par
des équipes de 8 à
12 personnes
(pagayeurs, jeteurs de
filet, plongeurs) qui,
dans 50% des 28 cas
analysés par
G. Blanchet en 1982,
étaient composées
surtout de parents et
d'alliés.
i’ensemble d’une
communauté villageoise
dans le cadre d’une très
41
VIVRE EN
POLYNÉSIE
Des associations artisanales aux partis
politiques, en passant par les syndicats et les
groupes de réflexion, la notion de pupu reste
quand même présente même si, dans certains
cas, elle a
souvent perdu son caractère
spontané et originel et ne sert qu’à forger le
D’une manière générale, on peut dire que
les valeurs qui sous-tendent l’activité despupu
perdurent, sans pour autant avoir l’efficacité
d’autrefois. C’est le cas des troupes de danses
folkloriques, des pupu himene ou groupes de
chants traditionnels et des formations musi¬
label de l’association, du mouvement ou de la
cales qui fonctionnent très souvent comme des
corporation. Cette permanence du vocable,
bienfaisance, répartissant entre
leurs membres les produits de leurs presta¬
tions. Produits tout à fait dérisoires, et par là
œuvres
même
de
considérés
uniquement
comme
devenu un véritable leitmotiv, renvoie en effet
à l’idée que chacun est conscient de la nécessité
d’avoir recours à cette notion pour être assuré
des
de la cohésion et de l’efficacité de son propre
d’appoint.
On peut dire aussi que c’est par l’inter¬
médiaire de l’activité culturelle et artistique
que s’expriment le plus les valeurs du pupu.
revenus
Avec
certains
secteurs
informels
du fait des valeurs implicites qu’elle
Ce qui implique, entre les membres
du pupu, l’existence d’un consensus préalable
des plus larges. En d’autres termes, un accord
minimum, portant sur un certain ordre social,
politique, économique ou religieux.
groupe,
recouvre.
de
l’économie comme la pêche au grand filet des
les amuiraa paroissiaux et quelques
associations
artisanales, les groupes à
ature,
vocation artistique semblent en effet consti¬
tuer
les derniers îlots de résistance involon¬
à la disparition du pupu et à la
pénétration des nouvelles formes instituées de
taire
regroupement.
Le tama’ara'a,
expression majeure de
la convivialité en
Polynésie. Il n’y a pas
dans le Territoire de
Une forme de pupu toujours
présente : le ’amuiraa
manifestation sociale de
quelque importance,
qu’elle soit "civile” ou
religieuse (en haut :
femmes râpant des tara;
Le ’amuiraa, qui peut se traduire par rassem¬
blement ou groupement, est certainement la
forme de regroupement associatif la mieux
conservée du pupu, et aussi la plus élaborée et
plus complète. Aujourd’hui le ’amuiraa
spirituel de
l’activité paroissiale des différentes Eglises. Il
la
constitue la base et le ferment
ci-contre : fourniture de
vaisselle pour préparer
la table où vont manger
les personnes
participant à
l'inauguration du temple
de Paofai) sans
tama'ara'a, où sont
consommées
d’importantes quantités
de nourriture. La
préparation en est
assurée par le “groupe”
qui est au centre de
l’événement avec le
bénévole de
nombreux aides.
concours
Un pupu de tresseuses
travaillant dans un
lare amuira'a.
Le tressage est accompli
archipels, la danse a
encore très largement
conservé son caractère
non
lucratif, les
membres des pupu
participant à un
dansant
essentiellement pour le
concours
prestige de leur district ;
les récompenses sont
d’abord destinées à
payer les frais engagés
pour la confection des
costumes.
changements socio¬
économiques, l'Église
évangélique contrôle et
impulse de moins en
finalité socio¬
moins cette forme
d'activité qui devient de
activité est strictement
individuelle.
en commun,
mais la
économique de cette
individuelle, le groupe
travaillant
quotidiennement (4 à
5 jours par semaine) et à
tour de rôle pour chacun
de ses membres.
A Rurutu, avec la
création par le Territoire
des associations
artisanales et les
42
Ci-dessous :
Un groupe de danse des
Tuamotu. Dans les
plus en plus strictement
LA VIE ASSOCIATIVE
rassemble les individus faisant
même réseau familial
partie d’un
appartenant à une
même aire géographique et culturelle.
Il est à la base de regroupements divers,
ou
(entretien, réfection et construction des
édifices religieux) et par les dons qu’il verse
lors des grands rassemblements populaires
organisés à l’occasion de la célébration de la
particulier au sein de l’Église évangélique :
les haapüra'a tapati (écoles du dimanche), les
fête du Me.
certaine mesure, fait contrepoids à la
hiérarchie ecclésiale, même s’il contribue à son
tante
en
u’i api (jeune génération).
Le ’amuiraa, dans
une
renforcement par l’énergie qu’il déploie lors
des différentes activités d’ordre économique
Un ’amuiraa peut regrouper un effectif de
paroisse protes¬
peut se composer de sept ’amuiraa. Le
’amuiraa est peu ou pas du tout implanté en
800 à 900 personnes et une
zone
urbaine, signe qu’il a nécessairement
besoin pour se
constituer, et se maintenir,
d’une base communautaire peu
compatible
l’individualisme engendré par l’urba¬
nisation.
Cependant, le ’amuiraa ne
fonctionne pas de façon spontanée et sans
avec
règles précises. La nécessité d’un consensus
idéologique stable et continuel sous-tendu par
des leaders-catalyseurs appartenant à un
corps institutionnel est une condition indis¬
pensable à son établissement.
C’est
au
sein
des
’amuiraa
que
se
recrutent les membres des pupu himene et des
chorales paroissiales, celles-ci et ceux-là étant
constitués des mêmes individus.
Présents dans la plupart des districts de Tahiti
souvent
et des archipels, les pupu himene témoignent à
pérennité de ce type de chant
de la force de l’idéologie
religieuse qui suscite ces types spécifiques de
la fois de la
traditionnel
et
regroupement.
Les himene tarava sont,
selon R. Mesplé, des
chants polyphoniques
comportant de six à
dix voix, interprétés
a cappella et en reo
ma'ohi exclusivement,
par de nombreux
choristes hommes et
femmes. La zone de ces
chants traditionnels
semble se limiter aux îles
de la Société et
aux Australes.
Ci-dessous :
La capacité de
mobilisation par l’Église
protestante de ses
'amuiraa et de ses
paroisses apparaît
pleinement lors de
l'inauguration de
nouveaux temples ou
lors de leur réfection,
fut le cas de
celui de Paofai en 1981.
comme ce
43
VIVRE EN POLYNÉSIE
L’assujettissement
qui ne va pas
associations de proliférer.
associative. Ce
de la vie associative
A ce jour, 2 200 associations déclarées,
environ, ont été enregistrées au Service des
Affaires administratives, les deux tiers d’entre
elles ayant été créées durant ces vingt
dernières années. En 1986, le régime des asso¬
ciations en Polynésie se présente donc sous la
à la loi
et ses conséquences
forme d’une architecture compacte, uniforme
L’introduction du contrat
d’association
au
d’association
contrat
ont
1901
été
applicables aux Établissements
français de l’Océanie par un décret n°46-432
rendus
du
13
mars
1946. Si le droit de
se
former
librement en association ne fut reconnu qu’à
date, diverses dispositions avaient été
prises afin de permettre aux associations de se
fonder légalement.
A cette époque, les
cette
associations se formaient essentiellement sous
le régime des Sociétés de Secours mutuel. Les
démarches de constitution étaient adressées
au
gouvernement de la colonie qui les autori¬
sait par arrêté de gouvernement.
C’est dans ce cadre juridique particulier
qu’un décret du 7 août 1934 porta extension
aux colonies des dispositions du décret métro¬
politain du 25 juin 1934 sur le contrôle des
subventions aux sociétés privées. A partir de
cette
date,
les
de
la
associations recevant des
au budget du gouver¬
subventions inscrites
nement
colonie
furent
tenues
de
communiquer leurs budgets et leurs comptes
annuels sous peine, en cas de refus, de voir leur
subvention supprimée. Cette mesure
concernait essentiellement les oeuvres de bien¬
faisance, amicales et diverses sociétés
ou
collectivités privées.
Les associations étrangères ne dérogèrent
pas au vide juridique de la liberté d’asso¬
ciation, puisque un décret du 18 avril 1939
avait été pris afin de permettre aux gouver¬
neurs du Territoire relevant des Ministères des
Colonies,
leur autorisation de
d’accorder
constitution et d’exercice d’activités aux asso¬
ciations étrangères.
La
notion
de
reconnaissance d’utilité
publique ne fut introduite sur le Territoire
qu’en 1946 par le décret n°46-740 du 16 avril
qui vint préciser les modalités d’application de
la déclaration des associations la sollicitant.
1964 marque un changement important
dans les rapports entre le gouvernement local
et les
associations. C’est en effet à partir de
cette date que les modalités et le contrôle des
subventions
accordées
sur
les
fonds
du
Territoire furent déterminés. Cette nouvelle
“politique des subventions” allait avoir des
conséquences importantes sur le devenir de la
vie associative.
Un phénomène associatif
exacerbé
De l’arrêté du 4 avril 1964 à celui du 15 février
1983 pris en Conseil de Gouvernement de la
Polynésie française, les modalités d’attri¬
bution
et
de
contrôle
des
subventions
accordées sur les fonds du Territoire vont aller
en
se
renforçant,
44
ainsi la
publiques sur la vie
augmentant
mainmise des autorités
toutes sortes de groupements, quels
qu’en soient les buts et l’objet. A tel point que
les différents services de tutelles concernés ne
pour
Les titres I et II de la loi du 1er juillet
relative
empêcher les
peuvent en faire le recensement qu’à partir
d’un seul critère : les dossiers constitués en vue
de l’obtention d’une subvention.
Aujourd’hui, la vie associative est donc
devenue un véritable phénomène socio¬
logique, dans lequel se condensent de façon
complexe les rapports culturels,
économiques, religieux, politiques et insti¬
tutionnels. Le corporatisme et l’esprit de
chapelle entretenus par un système
très
d’attribution des subventions clientélistes sont
deux
principaux caractères qui ont
profondément la vie associative
des
marqué
durant la décennie écoulée.
Un autre trait remarquable est que le
développement du mouvement associatif a
conduit le Territoire à rechercher la colla¬
boration des associations
ou
à susciter leur
création pour leur confier des tâches d’intérêt
ou général.
Entre les associations
simples à caractère temporaire dont les idées
ou
les activités peuvent porter atteinte à
collectif
LA VIE ASSOCIATIVE
l’autorité du
pouvoir et celles qui émanent
directement de la volonté de
ce
dernier, la
panoplie est étendue. Elles ont pourtant un
trait commun : la propension exacerbée des
Polynésiens à se regrouper dans tous les
secteurs
de la vie.
L’importance et le dynamisme
des associations
La vie associative n’a pas la même impor¬
tance
ni le même dynamisme selon les
secteurs.
Le sport
est le principal réservoir
associatif, puisque près de 700 associations
sportives ont déposé à ce jour leurs statuts au
Service des Affaires administratives. Viennent
ensuite, tous secteurs confondus : les associa¬
confèssionnelles ou d’inspiration
religieuse, les œuvres de bienfaisance et asso¬
ciations à vocation scolaire, péri-scolaire ou
para-scolaire. Sans oublier les clubs, ligues et
autres groupements de loisirs ou à caractère
ludique. Environ 700 associations se
répartissent dans cet ensemble avec une
prédominance scolaire et religieuse.
Un troisième ensemble de quelque 300
associations regroupe les artisans, les artistes,
les groupes et amicales folkloriques, les
mouvements de renouveau et de résurgence
culturels,
les
sociétés philanthropiques
chinoises et les groupements à vocation
touristique.
Le reste se répartit entre les partis
politiques, constitués selon la loi de 1901, les
tions
différentes
associations
d’anciens
combat¬
corporations professionnelles, les
syndics de propriétaires, les groupes de
tants, les
réflexion, les sectes et associations de
méditants, et bien d’autres groupes inclas¬
sables.
Ce foisonnement n’est pas excessif car, à
la différence de beaucoup de pays européens,
il est moins un mouvement associatif concerté
pouvant inquiéter les pouvoirs publics qu’un
relais indispensable entre ceux-ci et la popu¬
lation. Cette réalité donne à penser que les
choix de société
opérés
par
les différents
gouvernements et les aspirations virtuelles des
individus trouvent temporairement une aire
de compromis dans cet exercice de convivia¬
lité riche et puissant qu’est la vie associative.
La grande diversité des
formes que revêt
aujourd'hui le
mouvement associatif
éclate lors des défilés du
14 juillet ou de la fête de
l’Autonomie interne. Les
espaces de liberté que
associations sont
censées représenter
sont fortement limités
ces
par la dépendance
politique que créent les
subventions.
45
POLYNÉSIE
VIVRE EN
Un relais entre
la société
et les Églises :
les associations
enfants de 6 à 12 ans. Son objectif prioritaire
par les divers mouvements de jeunes tels que
l’Association Monde des Jeunes (A.M.D.J.),
centres de vacances
former
C.P.C.V.
réservés aux
spirituellement les jeunes. Le
un
rôle important dans
tient
l’organisation des Centres de vacances mais sa
vocation essentielle demeure la formation des
cadres à l’animation.
Les œuvres catholiques
confessionnelle
Depuis la création, le 17 mars 1842, de la
Société de secours de l’Église de Jésus-Christ
Derniers Jours,
chrétiens se réalise de plus en plus par le biais
est de
d’inspiration
des Saints des
Territoire un rôle déterminant dans l’organi¬
sation des
un
nombre
important d’associations inspirées par toutes
les confessions présentes sur le Territoire ont
vu le jour. C’est dire le rôle moteur qu’elles ont
joué dans l’organisation de la vie associative.
Mais c’est l’Église protestante qui a su le
mieux s’inspirer des formes de regroupements
traditionnels.
L’Église catholique n’a pas d’existence légale
Polynésie. Elle a, en revanche, depuis le
fameux décret Mandel de 1939, la capacité de
d’un
mouvement
multiples.
Depuis
associatif
aux
finalités
gens qui, ayant trouvé dans l’Évangile de
Jésus-Christ la source de leur vie morale, et
Les associations de
jeunesse à encadrement
religieux représentent
une grande part des
convaincus que cet évangile est la seule force
associations. Les Scouts
de France (à gauche),
l’individu et la transformation de la société,
cherchent à faire partager à leurs camarades
aujourd’hui 200, les
véritablement efficace pour la régénération de
les certitudes qu’ils sont heureux de posséder”.
Aujourd’hui l’U.C.J.G. s’occupe princi¬
palement de l’organisation des groupes
locaux, foyers de jeunes, camps de vacances,
centres de préapprentissage, de formation
rurale. Élle mène aussi des activités sportives.
L’association
a
créé
en
1985 une section de
volley-ball. Mais son activité prédominante
reste l’organisation des centres de vacances et
de formation des adolescents où elle détient
un
record
avec
l’hébergement de 9 382 en¬
fants entre décembre 1982 et novembre 1983.
A côté de l’U.C.J.G., l’Église évan¬
gélique contrôle deux forts mouvements de
jeunesse qui s’intéressent à des classes d’âges
différents : le Comité protestant des Centres
de Vacances (C. P.C.V.) qui existe depuis 1967
et
le
Comité
protestant
des
Écoles du
Dimanche (C.P.E.D.). Ceci étant, C.P.C.V. et
C.P.E.D.
recoupent
œuvrant
poursuivent
ceux
dans
de
les
des objectifs qui
l’U.C.J.G., tout en
mêmes
C.P.E.D., quant à lui, joue
46
secteurs.
au
Le
niveau du
l’Église
sein de
; elle regroupe à l’heure
actuelle la jeunesse populaire des quartiers et
de promouvoir le monde des jeunes et de déve¬
lopper leurs aptitudes sur les plans physique,
moral, culturel, social, civique, affectif et
spirituel. L’A.M.D.J. est animée par un
conseil
quinzaine d’années,
pastorale et spirituelle des
une
1954.
constitutive,
bien d’autres. Fondée en 1971, l’A.M.D.J.
est l’instrument de concertation et de réflexion
des paroisses. Elle a pour but d’évangéliser et
Reconnue
officiellement
par
les divers
régimes politiques qui se sont succédé à Tahiti
depuis 1797 et parvenue à la pleine autonomie
le 1er septembre 1963, l’Église évangélique de
Polynésie française a pu ainsi s’enraciner
profondément dans le tissu social polynésien.
Forte de ses institutions scolaires, elle s’est
toujours intéressée à la jeunesse en favorisant
la mise en place, à côté des écoles du dimanche
et des u’i api, d’un mouvement de jeunesse
puissant et dynamique : l’Alliance des Unions
chrétiennes des .leunes Gens en Polynésie
(l’U.C.J.G.), créée par décision du Conseil
supérieur des Églises tahitiennes le 26 août
déclaration
et
gérer les ressources des associations qu’elle
pourrait créer. Une situation qui, jointe aux
vicissitudes originelles de son implantation, a
favorisé le développement dans sa mouvance
évangélique
sa
Mouvement eucharistique des Jeunes
(M.E.J.) et les Scouts de France pour ne citer
que les principaux. A côté d’eux, divers
groupements d’apostolat complètent ces
structures de participation : la Légion de
Marie, l’Association familiale catholique, le
Rosaire vivant, le Renouveau charismatique
le
au
L’association dans l’Église
Dans
séminaires, sessions, retraites organisés
en
l’animation
l’U.C.J.G. se veut “une association de jeunes
des
photographiés ici dans
les années 60, sont
Scouts Liahona de
l’Église mormone
(à droite) 490, quant à
l’U.C.J.G. de l’Église
évangélique
(ci-dessous), elle
compte environ
11 000 membres.
d’administration
essentiellement
LA VIE ASSOCIATIVE
composé de jeunes représentant les différentes
sections paroissiales ou de quartier où l’asso¬
ciation est présente. Elle déploie l’essentiel de
ses activités dans l’organisation des centres de
Missionnaires volontaires de la Polynésie
française, créée en 1964, qui devient en 19791a
Jeunesse adventiste de Polynésie française
(J.A.P.F.). La J.A.P.F. a pour mission de
place importante.
En organisant des centres de vacances et
de loisirs, des camps d’adolescents, le M.E.J.,
dont la création est plus récente, occupe une
place prépondérante dans l’animation de
groupes d’enfants et d’adolescents. 11 fait plus
particulièrement porter ses efforts sur les
jeunesse des Églises adventistes du Septième
Jour de la Polynésie française par la création
vacances et
des centres de loisirs où elle tient
une
milieux scolaires. Les Scouts de France, quant
à eux, se sont développés à partir de 1947. Le
mouvement a connu son âge d’or au début des
années 70. Il a décliné ensuite avant d’amorcer
une
reprise, il y a peu.
Jeunesses adventiste,
mormone et sanito
Les
différentes
confessions
minoritaires
présentes sur le Territoire ont éprouvé, elles
les
coordonner
de
structures
activités
d’animation et de formation
vacances,
camps
Le Mouvement de Jeunesse mormone a
jour au moment de l’installation de
Saints des
Derniers
Jours.
L’association
la
plus
dynamique issue de ce mouvement est celle
des Scouts Liahona, fondée en juin 1956, qui
rassemble tous les jeunes membres de l’Église
âgés de 12 à 16 ans. Les objectifs de l’asso-
vu
le
l’Église de Jésus-Christ des
au
mouvements
Ainsi
La prière à
en
est-il
de
la
Fédération
des
de
clubs
:
Les dangers qui guettent
la jeunesse motivent la
création de ces
meilleure propagation de la foi.
sociétés
éducatifs, colonies de
d’études sociales et reli¬
gieuses, centres pédagogiques pour les
animateurs, sessions d’éducation populaire et
d’éducation physique et sportive.
diverses
aussi, le besoin de susciter des regroupements
sein de la jeunesse polynésienne pour une
des
: ce
aussi bien le
déracinement des
sont
jeunes filles venues des
îles, que l’oisiveté des
adolescents ou les
conditions de vie des
enfants dans les
quartiers insalubres de
la zone urbaine de
Tahiti.
ciation
des
Scouts
Liahona
visent
à
développer les capacités intellectuelles,
spirituelles, civiques et physiques de ses
membres
en
organisant des structures
d’animation et de formation appropriées. Son
enseignement repose sur le principe qu’il faut
aider les autres sans jamais exiger aucune
contrepartie. Elle rassemble un effectif de 500
jeunes environ. Pour l’avenir, le Mouvement
de la Jeunesse mormone s’est fixé un objectif :
la formation des cadres.
L’Église sanito dispose de deux asso¬
ciations de jeunesse : le Mouvement de la
Jeunesse sanito, et le Mouvement Scouts et
Éclaireurs sanito qui lui est intégré. Le
premier a vu le jour en 1968. Il a pour but de
promouvoir une conduite, un idéal et une
morale basés sur l’exemple de la vie de JésusChrist. Le second, créé en 1973, veut offrir aux
jeunes la possibilité de s’épanouir pleinement
grâce à des activités saines et eonstructives ; il
n’en néglige pas pour autant l’aspect socioéducatif de sa mission. Les deux mouvements
travaillent
en
concertation et sont
présents
dans certaines communes de Tahiti et aux îles
Sous-le-Vent
par
l’intermédiaire de leurs
centres de vacances.
la prison de
Nuutania. Les Églises,
en contribuant au salut
des âmes, aident les
délinquants à se
réinsérer dans la
société.
47
VIVRE EN POLYNÉSIE
Les associations
de
sportives
Le
sport constitue certainement le
premier réservoir associatif en Polynésie
française. Suscitées pour des motifs parfois
ambigus où l’idéal sportif et les intentions
politiques ne sont pas toujours nettement
séparés, les associations et les structures
d’encadrement sportif ont proliféré depuis les
années 60. A tel point que le secteur associatif
est
devenu
une
véritable
institution
aux
prolongements tentaculaires, soumis parfois
aux pressions de certains
groupes d’influence.
1896,
le
baron
Pierre de
Coubertin
nom
regroupe des sociétés sportives aux îles Sous-
qui reprend à son compte le
de Jeunes Tahitiens en 1926. Entre 1924
Tamarii Tahiti
et
1932, d’autres associations
“Les Unis jusqu’à
sont
créées
:
la mort” (Z’alamort) qui
de Taravao. Toutes
équipes de
football seront regroupées le 21 mars 1932 au
sein de la Fédération océanienne des Sports
athlétiques.
Le sport, comme les
autres mouvements
associatifs, est
dépendant des
subventions que lui
accorde le pouvoir
politique.
Le marathon
International de Tahiti
n’arrive à réunir chaque
année qu'une centaine
de participants. Cette
discipline, qui demande
un entraînement long et
régulier que le climat ne
favorise pas, suscite peu
d'engouement et est
pratiqué en majorité par
des popa'a. Un récent
sondage donne une
explication
sociologique à ceci, en
montrant que près de
50% des marathoniens
en France font partie de
la catégorie des cadres
supérieurs, professions
libérales et patrons de
commerce
d’industrie.
et
Ci-contre :
Fernand Chavez, le plus
populaire des coureurs
de grand fond.
La modernité est
présente dans les sports
depuis la T" Guerre
mondiale, lorsque les
combattants, de retour
d'Europe, introduisirent
ou développèrent la
pratique du football, du
cyclisme et de la boxe
qui restent les plus
populaires des sports
d'importation. Les goûts
des jeunes s’orientent
plus aujourd’hui vers le
motocross, le bicross ou
le skate-board,
disciplines où le “fun"
(l’amusement) est
indissociable de l’effort.
48
F.G.S.S.
A la suite de dissensions internes au sein
de la F.G.S.S., une seconde fédération appa¬
:
et Teva
restaure les jeux Olympiques à Athènes. C’est
Cependant, le sport ne prend vraiment
qu’à partir de la création de la Fédé¬
ration générale des Sociétés Sportives des
Établissements français de l’Océanie
(F.G.S.S.) en 1947. Cette fédération reste
associée au nom du docteur Cassiau qui l’a
marquée de son empreinte. La société sportive
Fetia, fondée en 1948 au sein de l’École des
Frères, fournit pendant de longues années
d’innombrables sportifs et dirigeants à la
son essor
Fe’i Pi, créée à l’initiative d’élèves et
d’anciens élèves du collège Lamennais, et
valle
deviendra en 1925 “Des vrais amis”, Nahoata
Abrégé d’histoire sportive
En
grâce à cette formidable impulsion
portée universelle que naîtra l’Union des
Jeunes Gens de Papeete, le 19 décembre de
cette même année. Cette union laissera peu de
traces dans les annales sportives locales et il
faudra attendre 1913 pour voir apparaître la
première association sportive qui prendra le
nom
de Jeunes Tahitiens (J.T.) et qui
s’adonnera à la pratique du football.
En 1922, deux associations sportives
voient le jour à quelques semaines d’inter¬
sans doute
ces
raîtra, celle des Sports d’Océanie (F.S.O.) qui
le-Vent, aux Marquises et aux Tuamotu. Mais
elle ne vivra que peu de temps.
Après bien des vicissitudes, liées essen¬
tiellement au problème de la répartition des
subventions entre les disciplines sportives et,
à celui de l’autonomie des
ligues et comités au sein de la F.G.S.S., celle-ci
n’arrive plus à faire face à cette situation qui
par contrecoup,
va
conduire à la création du Comité territorial
des
Sports de Polynésie française (C.T.S.) le
1972.
21 janvier
LA VIE ASSOCIATIVE
En 1951, la F.G.S.S. comptait déjà 5 000
licenciés pour une centaine de sociétés spor¬
tives. En 1970, ses effectifs sont pratiquement
identiques alors même que le nombre de clubs
et de disciplines a augmenté. Aujourd’hui, les
dernières statistiques établies ou estimées par
le Service territorial des Sports font appa¬
raître un effectif global de plus de 35 000 licen¬
ciés toutes disciplines confondues, pour
environ 700 associations sportives. Autant
dire que si le nombre de licenciés par
association (50) n’a pas changé depuis 1951, la
pratique sportive, en revanche, a beaucoup
augmenté, puisqu’elle concerne 22% de la
population.
Fils chéri du sport polynésien, le football
qui rassemble à ce jour près de 8 000 licenciés,
soit près de la moitié de l’effectif réel des
pratiquants, est la discipline reine en Poly¬
nésie. Avec ses 155 clubs regroupés au sein de
la Ligue de Football de Polynésie, il se place
du point de vue du nombre de licenciés loin
devant le volley-ball (4 371), le basket-ball
(2 203), le tennis ( 1 686), la chasse sous-marine
( 1 506), la pirogue ( 1 188), le rugby ( 1 050), le
karaté (877), l’athlétisme (868), la pétanque
(648) et la boxe (610).
Autres disciplines sportives représentées
au sein de la F.G.S.S., le cyclisme, le golf,
l’haltérophilie, le hand-ball, le judo, le moto¬
cyclisme, la natation, le parachutisme, le surf,
le tennis de table, le tir à l’arc, la voile, sans
oublier bien entendu les sports équestres qui
sont
pratiqués par 300 adeptes environ.
La population scolaire participe elle aussi
dynamisme sportif. Deux associations
vocation d’organiser et de déve¬
lopper la pratique des sports dans le cadre
scolaire : l’Association du Sport scolaire
à
ce
ont
pour
polynésien (A.S.S.P.) regroupe à l’échelon de
l’enseignement secondaire, technique et
professionnel une trentaine d’associations
comptant quelque 3 800 licenciés ; l’Union
sportive de l’Enseignement du 1 er Degré de la
Polynésie française (U.S.E.P.), créée en
janvier 1962, compte quant à elle 12 000 li¬
cenciés environ, répartis en 87 associations
scolaires sportives. L’athlétisme est la disci¬
pline la plus recherchée en milieu scolaire.
Caractères du sport polynésien
Le football est le point fort du sport
polynésien parce qu’il renvoie à une
conception du jeu fortement enracinée dans
les mentalités. Nul
ne
sait très bien à quand
l’apparition du ballon rond sur les
stades polynésiens, mais il est certain que bien
avant l’arrivée des
Européens, les Poly¬
nésiens connaissaient plusieurs variantes du
jeu de balle. L’une d’elles, appelée luiraa,
donnait lieu à des compétitions pouvant
opposer plusieurs districts. On poussait la
balle avec le pied en tentant de l’envoyer à
l’intérieur des limites du camp adverse. Quand
une équipe avait marqué un but, des cris de
triomphe accompagnaient la victoire.
A l’origine, le sport polynésien était
d’abord un jeu. Individuel ou collectif, son
caractère ludique primait avant tout et il
n’était pas rare, comme dans le teka ou lancer
du javelot, de voir les vainqueurs honorer les
vaincus en les invitant à déguster avec eux des
remonte
Traditlon dans la vie
sportive. Les
Polynésiens excellent
naturellement dans les
disciplines qui
s'enracinent dans une
pratique ancienne, qu'il
s'agisse de courses de
pirogues où ils
obtiennent de bons
résultats sur le plan
international
(Moiokai...), de surf où,
être les égaux des
Australiens ou des
Américains, ils sont
parmi les premiers, ou
encore de planche à
voile, de hobby-cat ou
de chasse sous-marine.
sans
noix de coco vertes.
les Polynésiens
prédilection pour le jeu
bref, la dépense physique de courte durée, le
sport-loisir. Pour cette raison et pour d’autres
qui sont liées aux obligations de la vie
conjugale et professionnelle, on reproche
souvent aux Polynésiens leur manque d’opi¬
niâtreté et de persévérance dans la pratique du
sport. La durée moyenne de la carrière du
sportif en Polynésie est en tout cas moins
longue qu’en Métropole. A cela s’ajoute une
certaine répugnance à l’entraînement
personnel intensif, encore que les adeptes du
culturisme semblent constituer une exception.
Autre trait caractéristique du sport poly¬
nésien qui constitue un paradoxe : dans la vie
Aujourd’hui
semblent avoir
encore,
une
l’assistanat
Le dynamisme et la
prolifération d’associations sportives sont en
des associations, le bénévolat et
ménage.
font
bon
effet
le résultat de deux facteurs détermi¬
l’énergie fantastique déployée par un
personnel d’encadrement sportif en grande
partie bénévole qui se voue au dévelop¬
pement de la vie sportive en Polynésie et
nants :
l’attribution
de
subventions
territoriales
importantes à la plupart des associations
sportives. Ainsi, en 1985, plus de 300 millions
de francs CFP ont été ventilés sur l’ensemble
du secteur sportif, tous services confondus.
49
VIVRE EN
POLYNÉSIE
L’occupation
du temps libre
et l’organisation
Si le sport tient une place prépondérante
dans la vie quotidienne des Polynésiens, les
jeux, les compétitions de caractère ludique et
les autres formes de loisirs sont tout aussi
prisés par certaines couches de la société.
maints tournois d’échecs ou de bridge qui sont
réservés à quelques cercles d’initiés. Ce
qui n’empêche pas les Jeunes Polynésiens de
pratiquer ce Jeu international d’origine
encore
indienne dans la rue ou dans certains snacks
du centre ville. Toutefois, il ne supplante pas
variante locale, \t fa’anu’u, qui est pratiqué
à tout âge dans les cours de récréation comme
les chantiers, lors de la pause de midi.
Les Jeux d’argent ne sont pas non plus
absents des préoccupations individuelles. Des
paris pris sur les combats de coqs Jusqu’aux
du
Lion’s
où,
Club
apparentée à l’Union chrétienne de Jeunes
Gens métropolitains. Enfin, le secteur de
l’éducation populaire, c’est-à-dire tout ce qui
adolescents de condition modeste, il
la baignade, le Jogging et la
reste
télévision.
D’autant
districts,
l’irrégularité
que
s’ils habitent les
des
transports
en
(trucks) ne leur permet guère d’avoir
accès, si tant est qu’ils en aient les moyens, aux
commun
lieux de divertissement concentrés à Papeete.
Ce qui ajoute à
tion.
leur ennui et à leur frustra¬
C’est en partie pour tenter de pallier un
accru,
aux
conséquences
sociales diverses, que de nombreuses asso¬
ciations et institutions publiques ou privées se
L’année civile ne se passe pas sans qu’il y ait
soirées
leur
désœuvrement
Les jeux, les concours
et autres formes de loisirs
sur
confessionnelle, tels les Éclaireurs de France,
les
Scouts
de
France,
les
Éclaireurs
unionistes, les Éclaireurs adventistes, les
Éclaireurs de Jésus-Christ des Saints des
et aux
des loisirs
sa
possibilité de se passionner pour le surf ou la
motocyclette. Ceux qui disposent d’un peu
d’argent de poche pratiquent les Jeux électro¬
niques et vont au cinéma. Quant aux enfants
sous
couvert
sont
occupées de mettre en œuvre à longueur
d’année une politique de la Jeunesse.
Les associations de formation
de jeunesse et d’éducation
populaire
De 1947 à 1961, le développement du sport sur
le Territoire et son contrôle ont été assurés par
les animateurs bénévoles de la
Fédération
générale des Sociétés Sportives. Les
problèmes de la Jeunesse et l’organisation de
ses loisirs étaient quant à eux pris en
charge
par les mouvements de Jeunesse d’inspiration
Derniers
touche
Jours
aux
et
activités
l’association
de
U'i
formation
api,
extra¬
scolaire, était abandonné aux initiatives les
plus diverses.
En I960, les autorités administratives et
publics commencèrent à se
préoccuper du développement de ces diffé¬
rentes activités. C’est ainsi qu’est créé le
Bureau des Sports, rattaché à la direction du
Service de l’Enseignement, qui aura pour
tâche d’élaborer une politique du sport à
l’école. Ce bureau vient relayer la Fédération
générale des Sociétés Sportives. Le dispositif
est complété en novembre 1961 et en Janvier
les
services
1962 par deux associations dont la fonction
d’animer et de contrôler les activités
est
sportives et socio-éducatives péri-scolaires : il
s’agit de l’Union sportive des Écoles primaires
L’ennui qui règne dans
les îles contribue à faire
fuir les jeunes vers
Papeete. Rares sont
ceux qui continuent à
pratiquer les jeux
traditionnels (échasses,
jeux de ficelles...) ou qui
se contentent de jouer à
la pétanque, aux cartes,
au
football ou au
volley-ball dans les
cocoteraies.
d’œuvres de bienfaisance, on Joue à la roulette
ou
au
black-Jack dans des cadres feutrés et
raffinés, l’éventail est important. 11 faut encore
signaler l’apparition, depuis cinq ans, des jeux
électroniques qui côtoient les Jeux plus
anciens comme le taviriraa des fêtes de Juillet,
le keno ou Jeu de hasard sans parler des autres
Jeux d’origine asiatique autorisés ou
clandestins.
nationale
Enfin, si le loto
n’existe
ou
la loterie
Polynésie, les
multiples tombolas organisées à longueur
pas
en
d’année par toutes sortes d’associations les
remplacent largement quant au volume des
engagées par les acheteurs de billets et
versées au profit des gagnants.
Les concours sont légion, qu’ils prennent
la forme de Jeux radiophoniques ou qu’ils
soient organisés par la Fédération de BodyBuilding de Polynésie française pour élire le
plus bel athlète ou par le Club canin pour
désigner le meilleur chien de défense, sans
compter les concours de tressage de feuilles de
cocotiers ou de pandanus organisés par les
associations artisanales. Quant aux inévi¬
tables élections de “Miss”, elles figurent à
l’affiche des grandes fêtes culturelles comme
celle du Juillet (Miss Tiurai), elles contribuent
à la publicité d’une boîte de nuit (Miss Pianobar) ou elles constituent l’une des animations
organisées par des associations sportives
(Miss Dragon, Miss Moto-club).
sommes
Ces manifestations
ne
suffisent évidem¬
ment pas à occuper les soirées et à meubler les
loisirs du week-end. Selon
l’importance de
leurs revenus, les Polynésiens vont au cinéma
ils fréquentent les restaurants, les disco¬
thèques et les boîtes de nuit ; ils peuvent
ou
s’offrir un week-end à Moorea ou se contenter
du “traditionnel” tour de l’île.
Cette discrimination économique Joue
aussi chez les Jeunes. Les plus fortunés ont la
50
Jeux de hasard. Est-ce
un
effet de la
conjoncture, le
lavirira'a (loterie) du
Tiurai devenu Heiva est
en
perte de vitesse. Ce
qui n'est pas le cas des
tombolas dont la
prolifération est telle
que les tirages se font
souvent attendre.
LA VIE ASSOCIATIVE
Comité du Sport scolaire tahitien pour
l’Enseignement secondaire.
En ce qui concerne l’organisation des
loisirs de la jeunesse et des activités socioéducatives extra-scolaires, les années 60 ont
vu l’éclosion de quantités d’associations et la
mise en place, en 1966, d’un organisme public
et du
Sports.
Les
des
Œuvres
de
associations. Cette période est essen¬
tiellement marquée par le dynamisme déployé
par la Fédération des Œuvres laïques et par la
création en 1978 du Comité territorial de la
Jeunesse. La Fédération des Œuvres laïques
mène
en
effet
une
réflexion
sur
tous
plus
Jeunesse
de
question du système scolaire devient même le
française (1964), la Jeunesse
adventiste de Polynésie française (1964), la
Fédération des Œuvres laïques de Polynésie
française (1966), le Comité protestant des
Polynésie
centres
depuis 1944.
1970 pour que soient
bases de l’organisation de la
formation et de l’activité scolaire, péri¬
scolaire et extra-scolaire. La décennie qui suit
Il faut attendre
posées
les
L’accès aux loisirs est
fonction du niveau de
vie : cinéma, surf, moto,
boîte de nuit pour ceux
qui disposent de
suffisants.
Téiévision de groupe,
sports coiiectifs pour
revenus
les autres.
1984, le Service
Jeunesse et de
l’Éducation populaire et le
Service territorial des Sports.
fera de la Fédération des Œuvres
et des mouvements
Gens (1969). Sans
d’entraînements aux
méthodes d’Éducation active qui existaient
des Jeunes
en
pratique, le développement des centres de
vacances
oublier
les
Ainsi,
cheval de bataille de cette association. Dans la
Jeunesse sanito (1968), l’Alliance des Unions
chrétiennes
structures.
territorial de la Jeunesse et des Sports a été
scindé en deux : le Service territorial de la
ensemble d’actions concrètes. La remise en
laïques en 1975 le premier mouvement de
jeunesse du Territoire. Quant au Comité terri¬
torial de la Jeunesse, créé dans le but d’assurer
Centres de Vacances ( 1967), le Mouvement de
des
les
les
associations
marquantes créées durant cette période sont la
Fédération
être celle de la diversification des activités
et des
problèmes qui touchent à l’école, à l’éducation
et à la jeunesse, une réflexion suivie par un
dénommé Service territorial de la Jeunesse et
des
va
la coordination des activités des associations
qui en sont membres, il
regroupe à l’heure actuelle quelque 25 asso¬
ciations
de
formation
de jeunesse et
d’éducation populaire.
Si les années 70 ont été une période de
développement et de diversification, on assiste
en revanche aujourd’hui à un cloisonnement
L’élection d’une
Miss Tahiti est le tribut
annuel au nombrilisme
insulaire (le plus beau
pays, les gens les plus
accueillants, les plus
belles femmes I).
Miss Tahiti est pour un
an au
service de la
promotion touristique
du Territoire, d'autres le
sont au service d’un
club, d’une amicale
régionale, d’une banque
ou encore d’une
différence sexuelle
(Miss Raerae).
51
VIVRE EN POLYNÉSIE
Le système associatif
au service
des identités
collectives
Vivant en Polynésie, on a l’habitude de
considérer la revendication culturelle ou iden¬
titaire comme un phénomène local, alors
que
d’autres groupes sociaux expriment leurs
différences en formant des associations
spécifiques, qu’il s’agisse des Chinois de
Polynésie, des métropolitains originaires de
différentes régions de France ou des femmes.
Les associations
de la communauté chinoise
l’arrivée des coolies
sur le Territoire (18721911). En 1872, c’est la Société de Secours
mutuel qui assume l’ensemble des activités
sociales de la communauté. Mais la formule
n’étant pas adaptée à ses besoins, elle devient
en
1911 la Société civile immobilière Sin Ni
Tong qui, comme son nom l’indique, ne
poursuivait pas un but purement philan¬
thropique. A côté, le Kuo Min Tang des
progressistes, fidèles du docteur Sun Yat Sen,
voyait le jour en 1898.
La seconde période se place durant
l’effondrement
de
l’Empire chinois et
l’installation
fédérale des
de la nouvelle
République
cinq peuples (1911-1922), et se
caractérise par des rivalités personnelles et par
des dissensions politiques. Prenant prétexte
de l’utilisation des ressources de la Société
Sin Ni Tong, les différentes factions tentent à
Le fait associatif chinois a évolué en Polynésie
plusieurs reprises de prendre le contrôle de
l’association. Cette lutte intestine aboutit à la
scission du Kuo Min Tang, à la création du
de
l’aversion et de l’isolement, et correspond à
les “neutres”, de l’Association philan¬
thropique Chun Fa fui Kon dont les statuts ne
en
quatre périodes à peu près distinctes.
La première se situe au temps
Les associations
chinoises ont évolué en
fonction de l'histoire de
la communauté.
Autrefois
essenfiellement
tournées vers le secours
mutuel et l'éducation,
elles s'efforcent
aujourd'hui de préserver
identité culturelle
menacée par
une
l'Intégration progressive
des Chinois à la
communauté
territoriale.
Page de droite en haut :
La défense de leurs
droits et de la condition
féminine n'a jamais
beaucoup mobilisé les
Polynésiennes. Un
certain nombre
d'associations
constituent le Conseil
des Femmes ; le pouvoir
politique et les positions
sociales dominantes y
sont bien représentés.
52
Le nouveau temple
chinois, inauguré en
1987, atteste la volonté
des associations
chinoises de préserver
une identité socioculturellede plus en plus
menacée.
Kuo Men Tong et à la fondation, en mai 1921
par
lui assignent que des buts à vocation
humanitaire.
Ces
quatre
associations regroupent
chacune aujourd’hui entre quatre cents et
cents
membres.
Deux
autres
cinq
associations
régionales, qui existent toujours elles aussi,
ont été créées à la même
époque : Nem Hoi et
Chec
Kong Tong. Actuellement celle-ci,
réputée société secrète, compte deux cents
membres.
Est-il
besoin
de
le
préciser, des
événements comme la mainmise de la commu¬
nauté chinoise sur le secteur commercial et la
naturalisation d’une bonne partie de ses
membres ont favorisé depuis la naissance de
l’Association philanthropique l’émergence de
sensibilités
rivales.
Depuis une dizaine
d’années, avec l’apparition de nouveaux
enjeux culturels, politiques, socio¬
économiques, ce mouvement s’est accéléré :
une
dizaine d’associations ont vu le jour.
Parmi les plus marquantes, l’Assoeiation
Wen
Fa
qui affirme renouer avec la
philosophie chinoise traditionnelle, et l’asso¬
ciation Physigma, constituée autour des
LA VIE ASSOCIATIVE
jeunes Chinois ayant fait leurs études aux
États-Unis, qui cherche à intervenir tant à
l’intérieur qu’à l’extérieur de la communauté.
La communauté chinoise célèbre encore
dans le cadre de ses associations respectives le
Jour de l’An chinois, le “Double-six” ou anni¬
versaire du Kuo Min Tang et le “Premier dix”
qui commémore la révolution de 1949.
Composées en grande partie de
militaires, fonctionnaires et membres des
professions libérales, ces amicales organisent
manifestations
des
à
l’occasion
de
fêtes
régionales comme la Saint-Nicolas pour les
gens du Nord ou les gens de l’Est et (ou) pour
célébrer la fête des Mères, Noël ou le Jour de
l’An.
produit de ces manifestations,
les recettes des tombolas qui sont
Le
comme
Les associations régionales
organisées, sont destinés généralement à leurs
Une bonne partie de la communauté d’origine
malades et des familles en détresse, quand ils
œuvres en
métropolitaine est regroupée au sein
d’amicales qui couvrent à peu près l’ensemble
des régions de l’Hexagone et des départements
d’Outre-Mer. Ainsi, on trouve du nord au sud
et
de l’est à l’ouest
:
l’Amicale des Gens du
Nord, l’Amicale des Corses, l’Amicale des
Gens
de
l’Est, l’Amicale des Bretons,
l’Amicale des Gens du Sud-Ouest. Et pour les
départements d’Outre-Mer, l’Amicale antilloguyanaise et l’Amicale de l’océan Indien. Ces
associations regroupent chacune en moyenne
100 à 150 membres actifs qui correspondent à
environ 50 ou 70 familles.
ne
servent
financer
faveur des enfants nécessiteux, des
pas
les
à alimenter leur caisse et à
activités
de
loisirs
de
leurs
membres.
Deux traits essentiels caractérisent l’état
d’esprit qui anime ces associations. Dans tous
les cas, on se regroupe pour s’adapter aux
nouvelles conditions de vie du pays, ou à
défaut pour lutter contre une sensation
d’isolement et d’ennui, voire pour échapper à
un environnement social que d’aucuns jugent
hostile. Un état d’esprit - il s’agit du second
trait qui n’est pas toujours favorable à la vie
culturelle qui, le cas échéant, s’exprime dans
-
privilégiés : la cuisine et la
jamais atteindre la dimension
artistique, à la notable exception de l’Amicale
antillo-guyanaise dont la prestation du
groupe de danse a été fort appréciée lors du
deux domaines
danse,
sans
Festival des Arts organisé à Tahiti en
1985.
Les associations de femmes :
de l’apolitisme au conservatisme
composées essentiellement
Les associations
sinon
exclusivement
assez
bien
certains
forme
de
motifs
les
femmes
réels
illustrent
lesquels
pour
d’individus utilisent cette
juridique de regroupement qu’est
groupes
Dans la plupart des cas, les
objectifs des fondateurs n’apparaissent pas
l’association.
dans les statuts des associations. Les moyens
ne sont pas plus explicites, mais ils
expriment beaucoup mieux le cadre des
activités réelles de leurs membres, qui, en
l’occurrence, peuvent s’inscrire dans un
certain contexte politique, surtout quand,
dans les préambules de leurs statuts, ces asso¬
ciations éprouvent le besoin de se référer à
l’apolitisme. En Polynésie, il existe environ
quatorze associations de femmes désignées
comme telles et regroupant près de 2 000
d’action
membres. Treize d’entre elles sont fédérées au
sein du Conseil des Femmes, créé en juin 1982.
La dernière est une organisation à part
entière, en conflit avec le Conseil des Femmes,
qui a été fondée en 1981 : la Section poly¬
nésienne de la Ligue internationale des
Femmes
pour
la Paix et la Liberté
(F.LF.P.L.). Celle-ci s’intéresse, si l’on en
croit ses statuts, à la condition et aux droits de
la femme en Polynésie française, tout comme,
au
sein du Conseil, le Groupement de
Solidarité des Femmes de Tahiti, Tuterai nui.
Tiare Moorea et le Club Soroptimist. Toutes
les
li
!
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autres
peuvent
être classées
en
deux
groupes à peu près distincts : les associations à
vocation artisanale et les sociétés de secours
La
seule justification de leur
représentation au Conseil des Femmes tient
au fait qu’elles sont animées par une forte
majorité de femmes.
Quelques traits caractérisent la plupart
de ces associations. En premier lieu, elles sont
dirigées ou ont été créées à l’initiative de
femmes appartenant à la bourgeoisie locale.
C’est ce qui explique en partie qu’aucune
mutuels.
Ji
d’entre elles, hormis la F.LF.P.L., nedénonce
les
systèmes d’oppression et d’exploitation
les
femmes des milieux les plus
dont
défavorisés sont les victimes. C’est ce qui
explique aussi qu’elles se limitent à des actions
de bienfaisance et d’aide sociale en faveur des
plus démunis, par le biais de l’information et
de propositions émises au sein des organismes
où le Conseil des Femmes est représenté.
11
faut signaler dans cet ordre d’idées, la mise en
place
d’une
polynésienne de
antenne
“Femmes Avenir” en avril 1985, organisation
qui a pris position contre l’indépendance de la
Nouvelle-Calédonie
et
l’influence
du
communisme.
Les associations
dans une certaine
l'association antillo-
s'intégrer à la
régionaies (Ici,
guyanaise) se sont
multipliées depuis
25 ans. Elles attestent
mesure un
refus de
communauté
territoriale.
53
VIVRE EN
POLYNÉSIE
La vie culturelle
et artistique entre
les pupu
et les fédérations
Les associations artisanales
à la recherche d’une politique
Si l’on accepte la définition suivant laquelle
l’artisanat est la condition socio-économique
de l’artisan et que ce dernier est celui qui
exerce une
Environ 166 associations, dont la grande
majorité date de 1979, ont été recensées à ce
jour. Auparavant, la production artisanale
était plus le fait d’associations culturelles à
vocation polyvalente, de groupements
informels animés par des maires ou des
pasteurs, et de magasins de curios à but
commercial et touristique. Ce grand boom
artisanal correspond à la fois à un regain
d’intérêt des Polynésiens eux-mêmes pour
leur culture matérielle et à la création d’un
nouveau
milieu
activité
régime de protection sociale
rural, destiné à créer
en
nouvelle
économique rentable. 11 ne faut pas
activité manuelle pour son propre
on comprend les raisons pour
lesquelles les artisans polynésiens, même
regroupés en association, travaillent et
vendent leurs produits à titre individuel.
Diverses tentatives pour leur faire adopter une
formule juridico-gestionnaire proche de la
coopérative ont eu lieu, mais sans succès. La
précarité des revenus qui résultent actuelle¬
ment de cette activité ne les incite pas à risquer
de mettre leurs gains dans un fonds dont ils
auraient
la
gestion commune. Pour le
moment, l’association se justifie largement
par les aides et subventions dont elle peut
compte,
bénéficier.
La danse, expression
artistique d’une réalité
sociale, est devenue une
activité touristique prise
charge par des
groupes professionnels.
Les groupes de district,
comme celui qui
accueillait le général
de Gaulle en 1956, ne se
forment plus qu'à
l'occasion d’événements
en
exceptionnels ou lors
des fêtes de juillet.
Les pupu himene sont
encore
l'expression
d'une unité
communautaire
(district, quartier,
commune...).
54
une
plus négliger le caractère incitatif des
Ainsi, durant les
huit premiers mois de l’année 1985, 26 asso¬
ciations nouvelles ont vu le jour.
Des raisons accidentelles peuvent aussi
présider à leur constitution. Ainsi, le clienté¬
lisme politique conduit parfois à mettre en
présence deux associations concurrentes au
sein d’un même village. Quant à leurs effectifs,
variables, ils peuvent aller des quelques
membres d’une famille jusqu’à 250 individus.
Dans le but de pouvoir bénéficier d’une
subvention plus importante, et de défendre
efficacement leurs intérêts, de plus en plus
non
subventions territoriales.
CULTURE ET RENOUVEAU CULTUREL
d’associations se regroupent au sein de fédé¬
rations. Ainsi le Pu Maohi F.A.A.T.l,
regroupe 35 associations environ, et la
Fédération artisanale de la Polynésie 39.
Enfin, et c’est un phénomène tout à fait récent,
certaines associations artisanales se veulent
être
formes
des
de
contre-pouvoir
en
proposant à leurs membres de concevoir et de
des
modes
de
développement
économique différents des choix officiels.
C’est le cas de la Fédération Te Anapurotu qui
regroupe des associations artisanales des îles
réaliser
Sous-le-Vent.
par l’association
Harrison Smith
regroupent les amateurs
costumes oblitère l’expression corporelle, et il
attendre
1970 pour voir
cette
conception remise en question.
Le groupe de danse n’est pas un simple
faudra
rassemblement d’individus. Il est le cordon
qui relie les danseurs entre eux et
la tradition. Il contribue aussi par ses
activités et sa vie propre à aider socialement et
ombilical
le point de rencontre de trois
d’expression artistique tradition¬
:
la danse elle-même, le chant et
l’instrumentation. Jusque dans les années
de plantes autour du
souvenir du donateur du
Jardin botanique de
Nui, Maeva Tahiti, Feti’a et bien d’autres.
Durant cette période, la somptuosité des
composent. La
nelles
Les floralies organisées
de nombreux groupes, pour la plupart issus
du premier, tels Tiare Tahiti, Temaeva, Tahiti
groupes folkloriques, terme ambigu
servant à désigner les troupes de danse,
formes
par l'Association HARRISOM SMITH
traditionnelle. Lui succèdent à partir de 1960
Les troupes de danse : une forme
particulière du pupu
réalisent
jeudi 3 octobre au dimanche 6 octobre 1985
organisées dans les jardins de l'Assemblée territoriale
C’est le groupe Heiva qui, à compter de
1956, pose les bases de la “nouvelle” danse
avec
Les
Du
lors dans la catégorie des amateurs.
danse traditionnelle restait
dynamique dans la plupart des
districts des archipels. Mais, très vite, une
nouvelle distinction allait s’opérer en son sein
avec l’apparition des troupes professionnelles
opposées aux groupes des districts, classés dès
soixante,
vivante et
la
économiquement les membres qui le
notion de tapupu (signifiant
grouper) résume assez bien la manière dont
leurs chefs en conçoivent le fonctionnement.
Les danseurs ne rencontrent pas moins
un
certain
nombre
de
difficultés
dans
l’exercice de leur métier à l’intérieur comme à
l’extérieur de la Polynésie. Ils ont tenté de les
surmonter
en
Tahiti Toa
membres.
créant
en
1981
l’association
qui comptera jusqu’à six cents
Suite à des dissensions à conno¬
tation politique, elle sera mise en sommeil en
1983.
Papeari.
Les associations
artisanales sont
aujourd’hui
subventionnées par ie
Territoire. Une pratique
largement à la
disparition des pupu
encadrés par les Églises.
qui, dans les îles (ici à
Rurutu), contribue très
55
VIVRE EN POLYNÉSIE
Un phénomène récent :
les associations musicales
La
association, après avoir organisé quelques
bals
musique instrumentale empruntée à la
tradition
occidentale et dominée par les
instruments à cordes, est depuis longtemps le
fait de groupes constitués en moyenne de
quatre joueurs accompagnant dans la plupart
des cas une voix. Trois caractéristiques essen¬
tielles semblent propres à définir les groupes
de musiciens locaux : l’hétérogénéité et la
brièveté des formations, une prédilection pour
rythmiques d’inspiration latinoaméricaine en général et une constante
affection .pour les répertoires de musiques de
les
bals et de dîners dansants. Environ
une
cin¬
quantaine de formations musicales, réparties
sur l’ensemble du Territoire, ont été
réperto¬
riées à ce Jour.
La première tentative de regroupement a
lieu en 1982 avec la création de l’Associa¬
tion
musicale
des
Artistes
polynésiens.
eu
Conçue à l’origine pour fournir une aide
économique et sociale aux musiciens, cette
avec
sommeil
succès, tomba très rapidement en
suite à des dissensions internes
politique et financier. Après une
place en octobre
1984 à la Fédération des Musiciens qui réunit
une vingtaine de formations.
d’ordre
année d’inactivité, elle fit
Les difficultés de l’Association musicale
des
Artistes
nai.ssance
polynésiens
d’une
nouvelle
ont favorisé la
association très
particulière : Jeunesse Manuhoe. Fondée en
juin 1984 dans l’intention de trouver un
moyen de regrouper les “hombos” du quartier
Manuhoe autour d’activités d’ordre musical et
culturel. Jeunesse Manuhoe veut participer à
L’art pictural prisonnier
de l’individualisme
De Paul Gauguin aux artistes peintres ori¬
ginaires du Territoire, des dizaines de peintres
ont développé ce nouveau patrimoine culturel
qu’est l’art pictural. Les tentatives de
regroupement
ont
été nombreuses. La
première association créée à cette fin est le
Club des Artistes Peintres de Polynésie qui
date de 1956. Elle a fonctionné en fait comme
une
école
tout ce
artistes
la culture en
avec
qui est promotion de la musique et de
Polynésie. Parmi ses activités les
plus marquantes, il faut signaler les Journées
de Musique contemporaine qu’elle organisa
dans le cadre des Fêtes de Juillet 1984 et le
Musique qui offrit une
rétrospective de la musique dans le Territoire.
Ses objectifs à venir sont de favoriser la
promotion sociale des jeunes en Polynésie.
Salon
de
la
d’initiation
aux
tant artistique
dans iesannéesSOsinon
autour d'une "écoie” de
seul à se dévouer est
peintres se constituaient
peinture, du moins
autour d'individualités
essentiellement
manque d'homogénéité
qu'ethnique nuit à un
regroupement auquel le
Ruy Juventin
(ci-dessous).
européennes :
A. Gouwe, P. Heyman,
F. Fay ... Aujourd'hui, le
La peinture, placée sous
le patronage tutélaire de
P. Gauguin, voit chaque
année une floraison
d'expositions.
Beaucoup de ces
exposants occasionnels
partent du principe que
ia société tahitienne du
début du siècle, ayant
par ignorance méprisé
Gauguin, ne prendra pas
le risque d'une nouvelle
erreur !
Rock à l'O.T.A.C. Le
théâtre donne asile aussi
bien à des spectacles de
danse polynésienne
qu'à des concerts de
musique classique ou
de groupes de musique
moderne.
56
plastiques
locaux
se
concrétise véritablement
la naissance du Centre d’Art abstrait de
Tahiti.
Entre-temps, plusieurs associations
d’arti.stes peintres sont constituées ; elles vont
conduire à la création, en 1968, d’une Fédé¬
ration
générale des Sociétés d’Artistes, qui
dynamique jusqu’en 1974. Durant près
de 15 ans, on assiste à l’âge d’or de l’expression
sociale et coopérative de l’art pictural. Depuis
lors, les peintres sont revenus à l’initiative
personnelle exclusive, sinon à l’individua¬
lisme le plus forcené. L’Association des
Artistes qui a vu le jour en 1984 espère
reste
remédier à cette situation.
Ci-dessus :
Les associations de
arts
pendant près de 25 ans, jusqu’à la mise en
place du Conservatoire artistique territorial.
Mais c’est en 1961 qu’une volonté de réunir les
12 Culture et renouveau culturel
Ce chapitre,perspective
consacré à sociologique,
la culture et aupartant
renouveau
cultureltout
polynésien,
s’inscrit
du fait
acte humain
est
entier.
corps” qui prouve s’il en était besoin la multiplicité, selon les peuples et les cultures,
des manières de manger, de marcher, de regarder et même de dormir.
Mais comment dès lors concevoir une autonomie de la culture, si tous les faits sont
culturels ? Et comment isoler les revendications et les actions culturelles des autres
types de comportements ? C’est ce paradoxe que s’efforcent de dissiper les premières
privilège
dans
que
une
culturel. Marcel Mauss l’a parfaitement démontré par son étude des “techniques du
Dans
sens,
ce
le mot culture est
synonyme de civilisation.
La Culture, par contre,
hommes
d’un
peuple,
à l’intérieur de
mais
ce
n’est pas le
de certains
peuple. Cette
Culture, au sens “noble” du terme, se rapporte
aux
activités
intellectuelles
ou
spirituelles
pages de ce chapitre, en traitant conjointement du thème de l’identité culturelle. Poser
clairement les concepts d’identité et de culture est un préalable indispensable à
institutionnalisées, et qui font partie de la
culture, rêvée, pensée, dite ; la Culture des
artistes, des savants, des sages, des chefs, ou
culturelles qui prennent place à Tahiti, à partir des années 60-70, dans le cadre de la
Maison des Jeunes et de la Culture de Tipaerui, et qui se multiplient au sein, ou en
“culturelles”, et à la notion d’hommes
“cultivés”, instruits. Ce vocabulaire démontre
l’existence d’un clivage entre deux types de
cultures : l’une, partagée par tous les membres
d’une communauté, et l’autre qui serait
l’analyse scientifique, car nombreux sont les enjeux idéologiques des revendications
culturelles en Polynésie française, et grand est le désordre qui règne dans le
vocabulaire de la culture, pour des raisons volontaires ou non, consciemment ou
inconsciemment.
Une fois admises ces définitions, il est possible de resituer les manifestations
dehors, des institutions officielles, de nos jours.
Enfin, l’évocation du Tiurai permet d’illustrer très concrètement quelles sont les
mutations de sens qui se sont opérées au fil des ans et des décennies dans le domaine
dit du “folklore”, mais aussi de mieux se rendre compte du lien étroit qui unit la culture
et la
politique.
des poètes. Cette acception du terme “culture”
fait implicitement référence à des oeuvres dites
d’une minorité “éclairée”,
spécialisée dans la création, la production, la
diffusion, l’analyse et la reproduction des
formes dites “supérieures” de cette culture
l’apanage
commune
à tous.
Il serait sans doute plus simple de parler
de civilisation pour désigner
Culture et identité
La Culture est
un
enjeu politique. Elle
l’est plus encore dans les pays où deux cultures
sont entrées violemment en contact, ce qui est
assurément le cas de la Polynésie française.
Les revendications culturelles qui se font
jour, dans ces conditions, témoignent bien
entendu de la volonté de certains habitants du
pays de voir reconnue la légitimité de cette
culture ancestrale, et restaurées certaines de
ses
formes, à des degrés divers. Mais peut-être
avant
d’aborder
les modes
faudrait-il
d’expression de la revendication identitaire et
culturelle tahitienne, s’arrêter quelque peu sur
la notion même de “culture”. Il est clair que ce
terme revêt une double signification, qui
apparaît nettement lorsque l’on différencie la
Culture (prise comme un tout) et une culture
particulière.
Culture et culture
Une culture peut se définir comme l’ensemble
des eroyances, des
qui caractérisent un
peuple, par rapport à d’autres peuples. Parler
des
comportements,
savoirs et des savoir-faire
de la culture tahitienne, c’est alors évoquer ce
qui caractérise, en identifiant et différenciant,
les habitants de Tahiti, dans l’ensemble
polynésien, océanien, ou dans le monde
la culture d’un
peuple, et de culture pour qualifier les formes
les plus spirituelles de cette civilisation. Le
problème vient de ce que les Occidentaux ont
longtemps considéré leur civilisation comme
étant supérieure. Au point qu’ils se sont
octroyés le monopole de “la Civilisation”,
censée être unique et conçue en opposition à
l’ensemble des autres cultures (civilisations).
Le terme “civilisé” est alors devenu synonyme
“proche de la civilisation occidentale”,
lorsqu’on se réfère à un peuple ou à des
individus n’appartenant pas à l’univers
occidental. D’autre part, et pour les mêmes
raisons, la notion de civilisation paraît avoir
de
pris une dimension plus large que celle de
dans le temps et dans l’espace,
puisqu’elle est directement liée à l’hégémonie
culture,
culturelle occidentale dans le monde.
Appel aux dieux ou
invocation aux ancêtres,
ce
geste symbolique ne
doit pourtant pas faire
oubiier qu'ii ne s’agit ià
que d'une reconstitution
historique sur un marae
restauré. Le sens des
pratiques cultureiies et
cuituelies a changé,
mais demeurent ies
interrogations sur
l’avenir.
Le Festival des Arts du
Pacifique qui se déroula
à Tahiti en juillet 1985
fut l’occasion d'un grand
rassemblement culturel
et marqua le départ
d’une politique de
séduction à l’égard des
micro-États de la région.
57
VIVRE EN POLYNÉSIE
La culture tahitienne
La culture tahitienne ancestrale, au sens de
était détenue par certaines
catégories d’hommes entretenant d’étroits
rapports avec le sacré : les prêtres et spécia¬
listes (tahua), les arioi, les haere-po et, d’une
certaine façon, les ari’i (nobles, rois) qui, en
tant
que
minorité dominante, avaient
justement accès aux formes nobles et
dominantes de la culture de leur peuple.
culture savante,
Les revendications culturelles
à Tahiti
dépit de certaines apparences, conserver leur
pureté originelle, traverser l’histoire sans se
Cette revendication que l’on peut qualifier de
Ceci étant, l’idéal du retour aux sources
n’est rien d’autre que le fruit d’une conception
intellectuelle de la culture, qui amalgame les
“culturaliste”
a
un
caractère
illusoire. On voit mal en effet
faut-il
profondément
-
mais encore
poser la question - comment des
traits culturels anciens ayant survécu à la
se
violence initiale du contact auraient pu, en
transformer.
possibilités de renouveau dans le domaine de
la culture noble, ou de la création, et l’idéo¬
logie impossible et aliénante du nihilisme
Puis vinrent les premiers Européens,
missionnaires, marins ou colons, et l’on sait
bouleversements
les
entraînés
par
cette
monde, à la fois sur la culture
polynésienne, au sens de civilisation, et sur les
formes les plus élaborées de cette culture.
Disparurent de nombreux objets d’art, des
ouverture au
techniques et savoirs ancestraux...
(voir
Dans ses travaux consacrés au pae varua
volume
9),
8, p.
clairement montré
A.
Babadzan
a
type d’analyse peut
également être étendu à tout ce qui relève du
-
ce
pae maa - que le processus de syncrétisation
déclenché lors du contact a abouti à la
naissance
d’une
“nouvelle
tradition”
nouvelle
culture,
dont
les
d’une
formes
supérieures étaient détenues et reproduites
par les missionnaires.
Une réalité culturelle qui, on le sait, a été
remise en cause dans les années 60 par le
second choc de la modernité.
C’est dans
apparaître
ce
contexte
le
que
l’on verra
courant de
revendication
culturelle et identitaire traditionaliste, produit
de l’acculturation d’une partie des élites du
symptôme de leur rejet de la culture
présente et signe de leur volonté d’un retour à
pays,
la culture d’autrefois.
Ci-dessus :
La bringue n'est plus
aujourd’hui ce qu'elle
était encore dans les
années 70. La bière
coule toujours à flots
mais ies jeunes, à Tahiti
tout au moins, ont
davantage tendance à
écouter la musique
reproduite par les radiocassettes et les
"walkman" qu’à chanter
s'accompagnant de la
guitare et du ukulele.
en
De la représentation à la
reconstitution.
L'environnement spatial
et socio-culturel de la
Polynésie tel que les
Européens se le
représentaient en 1792
(à gauche : aquarelle de
Georges Tobin) et le
passé tel qu’il est
reconstitué aujourd'hui
(page de droite :
intronisation d’un roi au
Arahurahu à
Paea) sur la base des
observations et des
marae
objets recueillis par les^
Européens. Tout un
système de déformation.
.
58
CULTURE ET RENOUVEAU CULTUREL
culturel et du refus de l’Histoire.
revendication
Cette
un
1960, c’est-à-dire au moment où les
premiers étudiants tahitiens reviennent de
Métropole. Le “détour culturel” que constitue
cette expérience de la vie française, leur a fait
prendre conscience de leur différence. Ils
se
Tahitiens, le disent, le crient,
parfois, alors même que leur pays
à grands pas vers davantage de
sentent
l’écrivent
évolue
modernité et d’acculturation.
Cette
revendication
culturelle
naît
qui
s’étaient toujours sentis occidentalisés à
Tahiti, mais qui se sont découverts Tahitiens
aux yeux des Occidentaux ; par rapport à leur
regard. Et peut-être, parce qu’ils savaient
qu’ils ne seraient jamais entièrement, ou tout à
surtout
en
milieu
“demi”, chez
le
Dans
dans
précis. Elle apparaît à la fin des
contexte
années
naît
ceux
fait, de vrais Occidentaux.
cadre
de
ce
l’affirmation de la différence
pluralisme,
sera
une
des
composantes essentielles du jeu identitaire.
Ceci étant, le sens du terme “identité” évoluera
rapport aux mutations de
l’environnement culturel dans lequel viendra
forcément
par
s’exprimer la revendication identitaire. En
cela, Pierre Tap a raison d’écrire “qu’il n’est
d’identité que paradoxale, lien réel ou
imaginaire, et source de conflits et d’illusions,
espaces délimités aux frontières changeantes,
temps reconstruits par la mémoire ou jalonnés
par les projets et les utopies”.
On aurait tort dans ces conditions, si l’on
s’en
réfère à la situation polynésienne,
d’admettre que l’identité renvoie à ce qu’il y a
de plus traditionnel et de plus spécifique dans
la culture tahitienne. Ou bien l’identité ne se
conjugue alors plus qu’à l’imparfait. Les
contradictions
de
l’identité
incluent
bien
entendu ce déchirement entre un passé mytho¬
et un présent moins
L’identité réelle recoupe tout cela.
logique
rêvée peut n’en être qu’une partie.
glorieux.
L’identité
L’identité culturelle est donc toujours et
immanquablement plurielle, puisqu’il est
possible de revendiquer successivement ou
cumulativement
une
identité
tahitienne,
rurutu, marquisienne, polynésienne, nta’o/î/...
selon les instances culturelles auxquelles on se
réfère.
Enfin, l’identité sera performative, c’est-
à-dire que sa construction n’est jamais tout à
achevée, et qu’elle est sujette à des
aménagements permanents. En même temps,
elle se renforce de par la revendication même
dont elle est l’objet. Cet aspect dynamique de
l’identité montre une fois de plus qu’elle est un
produit de l’Histoire, autant que le point
d’articulation des réactions présentes, passées
ou à venir des Polynésiens, face à cette histoire
qui s’est faite avec et, parfois aussi, contre eux.
fait
L’identité polynésienne
L’importance du jeu de miroirs par lequel se
construit un processus identitaire et s’élabore
une
revendication culturelle mérite d’être
L’Autre est toujours là pour
de la spécificité, celle de la
différence, et parfois, celle de la complé¬
soulignée.
renvoyer l’image
mentarité refusée. Car, à l’inverse de la
culture, qui peut se définir de manière objec¬
tive, l’identité est une notion très floue, aux
multiples significations.
L’identité d’une chose (ou d’un
objet),
c’est à la fois sa conformité par rapport à elle-
même, mais aussi ce qui la distingue et la
différencie d’une autre chose, et ce par quoi
elle est unique.
L’identité culturelle
présente dans ces
triple caractère : elle est
paradoxale, plurielle et performative.
Le problème de l’identité culturelle ne se
pose que dans la mesure où l’on est en
présence d’une confrontation de cultures. Les
groupes humains vivant isolés ont résolu le
problème depuis toujours, en désignant leur
conditions
un
communauté du
comme
en
nom
même de l’Homme,
c’est fréquemment le cas en Afrique,
Amérique, en Asie ou en Océanie.
Le modèle culturel
américain, et plus
particulièrement le
modèle californien, a
“une force d'attraction
majeure sur la
Polynésie" française,
selon la très juste
formule de J.-P. Charles
et F. Merceron
(volume 1, p. 11). Sa
diffusion est inséparable
du développementd’une
société de
consommation
exacerbée et de
communication de
le “paraître"
l'emporte sur "l’être".
masse, où
59
VIVRE EN POLYNÉSIE
Aliénation et refus
de l’aliénation
culturelle
La revendication traditionaliste nia'ohi
relève à l’origine de l’aliénation, à un double
degré.
Tout d’abord, elle vise l’appropriation, la
restitution et la résurrection d’une culture qui
n’existe plus telle qu’elle peut être pensée
aujourd’hui. Se dire ma’ohi en I960, en 1970,
ou en 1980, n’a de sens que si l’on accepte de
reconnaître que la culture s’inscrit dans
l’Histoire, et que rien ne saurait être hors du
Temps. Implorer Taaroa, ou se rendre sur un
marae pour prier, de nos jours, est donc une
conduite “insensée”, non parce qu’elle n’a
aucun sens interne, mais parce qu’elle suppose
un refus du sens de l’évolution des choses qui
inscrit dans leur nature même.
est
incontesté la crise des valeurs polynésiénnes,
et les convulsions de cette culture qu’il trouva
“agonisante” à son arrivée en Polynésie.
Tous deux passent donc pour avoir été
des
puisse toujours être employé comme
d’autochtone, d’indigène de la
Polynésie française, impliquerait davantage
que l’on se rende au temple ou à l’église, le
dimanche, et non à Taputapuatea ou à la
pointe de Mahaiatea, sur les restes d’un édifice
terme
synonyme
écrivains, des artistes de l’intérieur, par
opposition à tous ceux qui, avant ou après
eux, se contentèrent de livrer leurs sentiments
sur la Polynésie sur le thème trop connu du
lagon et du cocotier. L’aliénation de Paul
Gauguin était par conséquent salutaire,
puisqu’elle fut la source d’un processus de
création artistique véritable, au point que l’on
dit (faussement) de lui qu’il a su exprimer
l’authenticité de l’âme tahitienne à travers ses
peintures.
Victor Ségalen, médecin
de marine et écrivain qui
a
Être ma’ohi, aujourd’hui, si tant est que
ce
l’arrivée de V. Ségalen en Océanie), a su
dépasser le mythe de l’indigène, bien qu’il ait
lui-même écrit une “Étude sur l’exotisme”. Il a
saisi, de l’intérieur, et su décrire avec un génie
séjourné dans les
E.F.O. en 1903 et 1904,
est sans doute l’auteur
qui, selon la formule du
O’Reilly, a su le
mieux “opposer le vieux
R.P.
passé ma'ohi...
reconstitué
ethnographiquement...
et la civilisation
occidentale”.
dont la fonction et le rôle social ont irrémé-
diablement
changé.
Parler
alors
d’“aliénation” n’est pas trop fort, puisqu’il y a
bel et bien identification à un Autre que l’on
voudrait Soi, mais qui est séparé de nous par
200 ans d’Histoire et d’acculturation.
Le second degré d’aliénation réside dans
le fait précédemment explicité que ce refus de
l’Histoire naît d’une
sens
prise de conscience du
de l’Histoire, qui se refuse à elle-même,
qui passe nécessairement par des
schémas de pensée occidentaux.
Mais l’aliénation a parfois été aussi celle
mais
des Occidentaux...
Paul Gauguin et Victor Ségalen
Paul Gauguin a intériorisé une partie des
valeurs culturelles polynésiennes, et a été le
premier à vouloir faire revivre ces valeurs qu’il
avait fini par faire siennes. Sa vision de la
culture tahitienne est une vision européenne
bien
marginale, qui diffère largement de la
vision dominante du bon sauvage qu’avait
véhiculée la philosophie des Lumières.
Paul
Gauguin
se
voulait
un
sauvage.
“Oviri, écrits d’un sauvage” est d’ailleurs le
Héritage partiel du
conception du
sauvage était néanmoins résolument nouvelle.
Ses tableaux témoignent de cette pénétration
à l’intérieur du monde de la nuit, des esprits,
du Po et du /IO des Polynésiens.
On est loin d’un traitement exotique, au
titre de l’un de ses livres.
XVHP
sens
siècle,
sa
propre
strict, de la culture, même si les in¬
bibliques
qui surgissent dans chacune de ses œuvres
prouvent que le grand peintre intégrait ses
émotions polynésiennes dans un contexte
culturel universel, qui dépasse le simple
fluences asiatiques, égyptiennes ou
reflet de la réalité ma'ohi.
loin
60
De même, Victor Ségalen, sans aller aussi
que
Paul Gauguin (mort l’année de
Le Musée Gauguin de
Papeari. On y trouve peu
d'oeuvres originales du
grand peintre, mais une
évocation de sa vie
quotidienne en
Polynésie, de sés
souffrances et de ses
interrogations.
CULTURE ET RENOUVEAU CULTUREL
Les nouveaux immémoriaux ?
Parallèlement et inversement à la situation de
P.
Gauguin, c’est aussi l’aliénation qui peut
analysée à la base du mouvement de
être
renouveau
1960.
culturel tahitien né dans les années
Cette
fois,
étape décisive est
franchie. Ce ne sont plus des Occidentaux qui
une
se font les
témoins, ou les garants, de la culture
polynésienne, ou de l’image qu’ils en ont,
souvent
en
référence à P. Gauguin ou
V. Ségalen. Ce sont des enfants du pays, pour
la plupart “demis”, qui défendent ces valeurs
et
les revendiquent.
ils revendiquent une
identité qui est tout à la fois protectrice,
défensive, négative (et somme toute simpliste
et inconfortable), puisqu’elle leur permet de
Pour
ce
faire,
s’autodéfinir
comme
sont
nous
comme des Ma’ohi (qu’ils ne
plus) dans la mesure où cette qualité
s’oppose à celle de popa'a (qu’ils ne sont pas
vraiment).
Cette revendication va encore plus loin,
lorsqu’ils refusent d’être définis comme des
Tahitiens par les Occidentaux. Les propos de
la
linguiste tahitienne Vonnick Bodin,
directrice du Centre de Recherche
sur
les
Langues et Civilisations océaniennes de
Tahiti, sont on ne peut plus clairs à ce sujet :
“Ce qu’on dit être la culture, notre culture,
n’acquiert pour nous de sens qu’au travers du
plaisir que l’autre tire du constat que son
imaginaire est notre réel. N’avons-nous donc
de culture que parce que l’autre se voit
conforté dans l’idée qu’il a de nous, de notre
cohérence ?... Mais pourquoi se rendre prison¬
nier de cette situation ? A force de montrer à
l’autre
ce
que
nous pensons
qu’il
a
défini
étant nous, nous en sommes venus à
persuader
L’autre
retrouve
que nous sommes cela...
dans le système ce qu’il
connaît, et ne cherche pas plus loin. Ceci est
tellement vrai que Tahiti est certainement le
seul endroit au monde où il suffit à l’autre de
fouler le sol quelques heures pour se sentir et
se
dire plus autochtone que l’autochtone”.
Et Duro Raapoto de lancer dans un cri :
“Que suis-je ? Rien, pas encore, demain peutêtre. Non, l’état civil ne me suffit plus. J’ai
besoin
d’une autre dimension. Mon nom
s’écrit avec les lettres de l’alphabet latin, mais
ma vie s’écrira avec mon souffle, et le souffle
de tous ceux qui souffrent du manque d’être.
Nous ne sommes assurément pas encore. On
me
dit Tahitien, mais je le refuse. Tahiti, c’est
nroduit exotique, fabriqué par des
Occidentaux, pour la consommation de leurs
compatriotes”.
un
Vonnick Bodin fut,
jusqu’à sa mort en août
1987, l'animatrice du
Centre de Recherches
sur les Langues et
Civilisations
océaniennes.
Dure Raapoto, linguiste,
poète, ardent défenseur
Henri HIro, Interprète
talentueux du film de
J. Segara “Les
Immémoriaux". Un
de la langue tahitienne,
et l’un des rares
intellectuels
haere-po des temps
années 80.
qu’il ne comprend plus.
polynésiens des
modernes confronté aux
mutations d’une société
61
VIVRE EN POLYNÉSIE
Les sources
l’écrivain américain
livresques du
“renouveau culturel”
Si la plupart des acteurs de la revendica¬
tion culturelle du retour aux sources s’élèvent
violemment contre la vision qu’ont les Occi¬
dentaux de leur culture, il ne faut pas oublier
c’est souvent à la lecture des écrits de
que
certains de ces Occidentaux qu’est né leur
sentiment identitaire, qu’il y a puisé sa force et
qu’il s’y est enrichi.
assiste paradoxalement à un
double phénomène de sanctification et de
Or,
on
dénigrement de ces textes.
XIX*^ siècle constituent
une
source
unique de savoir sur la culture polynésienne
des temps anciens. D’où cette sanctification.
Ainsi, le livre de Teuira Henry, basé sur
les écrits de son grand-père le missionnaire
John Orsmond, passe pour être une bible en la
matière. 11 est d’ailleurs fréquent, lors des
cérémonies de reconstitution historique des
coutumes ma’ohi (intronisation d’un roi sur le
baptême d’un enfant, marche sur le
feu...), d’entendre les orateurs réciter des
passages entiers de ce livre, en langue
tahitienne. C’est la preuve que jusqu’à présent,
les documents originaux sur la culture ma’ohi
d’autrefois sont très peu nombreux. D’où la
tendance à leur accorder une grande valeur de
vérité et à s’y référer aveuglément,
uniquement parce qu’ils ont le mérite
d’exister, et comme si cela suffisait à en faire
marae,
des textes “sacrés”.
C’est exactement le même phénomène
qui s’est produit au XIX'^ siècle, dans la pensée
de
certains
apparue
Tahitiens,
l’écriture,
missionnaires.
au
moment
où est
sous
l’influence des
Devant les bouleversements
que connaissait alors leur culture, ils eurent
tendance à tenir systématiquement pour vrai
qui était écrit, puisque le même mot désigne
tahitien ce qui est fixe, immuable, et ce qui
est vrai : mau. Lorsque l’on dit, aujourd’hui,
d’une parole qu’elle est mau, cela signifie
qu’elle est vraie (mau opposé à haavere), parce
qu’elle ne changera pas, et que l’on ne
reviendra pas sur cette parole donnée.
On peut se rendre compte du caractère
dommageable de cette attitude vis-à-vis des
trop rares livres bien documentés au sujet de la
ce
en
culture ancestrale, si l’on se réfère à un
exemple précis. Dans la seconde moitié du
XIX'^ siècle et la première moitié du XX'^, ont
paru plusieurs livres ayant trait à la culture et
à l’histoire polynésiennes, émanant des
descendants du clan des Teva. On peut citer,
entre
autres
ouvrages,
les
Mémoires de
Ariitaimai ou bien celles de MarauTaaroa(sa
fille), traduites par la petite-fille de Ariitaimai,
Tekau Pômare ; sans oublier les travaux de
62
lire ces textes avec beaucoup de recul.
11 est donc facile de s’apercevoir du risque
qu’il y a à se référer à ce type de documents
pour connaître le passé tahitien, d’autant que
la lecture de ces textes partiels, voire partiaux,
joue un rôle très important dans la prise de
conscience
du
sentiment
identitaire
de
certains acteurs de la revendication tradi¬
sur
l’idée de la
passée du peuple tahitien.
Par
leur rareté
même, les premiers
témoignages des missionnaires ou les études
ethnographiques menées à Tahiti et dans les
au
notables. D’où la nécessité, maintenant, de
tionaliste fondée
La sanctification des écrits
du XIX® siècle
îles
Henry Adams, devenu
membre de leur famille. Or, si
tous ces livres présentent une valeur consi¬
dérable quant à la connaissance du passé
tahitien, il a fallu attendre les années 1980
pour que l’on se rende compte qu’ils étaient
devenus dans l’esprit de beaucoup une sorte
d’historiographie officielle en la matière, celle
de certaines familles de nobles, puis de
par adoption
grandeur
Le dénigrement des écrits
postérieurs
A l’opposé, les études menées au cours du XX®
siècle par certains Européens, et tout particu¬
lièrement par certains Français, font l’objet
d’un dénigrement qui peut surprendre. 11 n’est
pas rare que la distance prise par rapport à ces
textes
se
transforme en véritable procès
d’intention, qui concerne d’ailleurs moins le
fond que l’esprit de ces documents. Mais
La reine
au
Marau,
centre, était la fille
d'Alexandre Salmon et
d'Ariitaimai, et l’épouse
de Pômare V. Héritière
d'une certaine tradition
aristocratique, celle des
leva, et “éievée à
l'anglaise", Marau
appartenait à ces Demis
de la première
génération dont le vécu
était encore enraciné
complètement dans le
passé. D’où la valeur de
témoignage, même
s’il est biaisé, compte
son
tenu de son statut
socio-culturel et de sa
position dans la
hiérarchie sociale.
CULTURE ET RENOUVEAU CULTUREL
comment auraient-ils pu être écrits autrement,
TEUIRA
HENRY
TAHITI
aux
temps anciens
Traduit de l'AngJaispar
BEKTRAttD
JAUÜBZ
étant donné le contexte qui était celui de la
gestion de l’entreprise coloniale ? D’une
grande valeur historique, ils nous instruisent à
la fois sur la culture polynésienne et sur les
questions que se posaient certains Européens
à cette époque. Et ce d’autant plus que, étant
très liés au pouvoir colonial, ces chercheurs
travaillaient souvent au sein de sociétés
d’institutions officielles, reconnues par
ou
ce
dont ils se gardaient bien de
contester eux-mêmes une légitimité qui était
en partie la leur.
C’est ainsi que la Société des Études
océaniennes vit le j our en 1917, à l’initiative du
gouverneur Gustave Julien. Initiative entiè¬
rement personnelle - en ce sens qu’elle ne
même pouvoir,
devait rien aux directives venues de Paris -,
davantage, à l’époque, à un
cabinet de curiosités ou à une société savante
elle ressemblait
Publications de la Société des Océanistes, N* i
Musie
Piri
de l'Homme
J
> 9
de province qu’à une véritable institution de
recherche
indépendante. La plupart de ses
membres étaient des colons européens.
Malgré tout, la Société des Études océa¬
BtrixiEiTiaîT'
'
Société d’Etudes Océaniennes
(POLTÎTÉSIE 0:OTirTALB)
publié 5ÛUS le patronage du f§ouvemement
des établissements français de l'(Qcéanie.
X* 4. — SEPTEMBRE lOl»
Anthropolofia —Sthnolo^i»
PhilolOKio.
Hiatotra
—
des
InatiiatiOna et Antiqaitéa
popnlktiona maories.
Beieaoes astarellea.
certain crédit, et le
G. Julien réussit à lui
assurer un large réseau de correspondants,
constitué
de
quarante-huit sociétés
scientifiques de nationalités et d’horizons
différents. La S.E.O. possède encore
aujourd’hui un autre élément qui fit sa force :
niennes
gagna
un
dans les années 1970.
Le même phénomène peut être enregistré
Hawaii, où le Bernice Pauahi Bishop
Muséum, créé bien avant l’annexion de l’État
de
Hawaii aux États-Unis d’Amérique,
remplit la fonction d’une institution de
sauvetage du passé océanien. Mais ses
chercheurs, prenant pour champ d’investi¬
gation privilégié la Polynésie orientale
(Polynésie française), évitèrent longtemps de
se poser des questions sur l’évolution de la
à
culture hawaïenne en situation coloniale.
gouverneur des E.F.O.
En haut :
Tahiti aux Temps
anciens : la bible des
océanistes concernant
le Tahiti d’avant 1767,
mais aussi un ouvrage à
lire au second degré et
avec du recul, comme le
montra bien V. Bodin
dans sa thèse
s’intéresser aux thèmes
d’actualités.
Récemment, et pour la
première fois sauf erreur
(0° 237), il a publié un
article concernant la vie
politique
contemporaine : “Il y a
trente ans :
Defferre".
la,loi-cadre
d'ethnolinguistique en
1977, basée sur des
études de ce texte.
A gauche et en bas :
B.S.E.O. Soixante-dix
ans séparent ces deux
Bulletins de la Société
des Etudes
océaniennes. Signe des
temps, les premiers
numéros ont été publiés
“sous le patronage du
Gouvernement des
BULLETIN
DE M
SOCIŒ
DES HUDES
bibliothèque bien documentée et bien
constituée d’innombrables dons
privés de particuliers ou d’instituts étrangers.
Elle publie également, depuis sa création, un
bulletin sur des thèmes ayant trait à “l’anthro¬
pologie, l’ethnologie, la philologie, l’histoire,
les institutions et antiquités des populations
maories”, ainsi qu’à leur “littérature” et au
“folklore polynésien”. Quant aux soubresauts
de cette culture, ou à son évolution au contact
de l’Occident, ils ne devinrent des sujets de
préoccupation des auteurs de ce bulletin que
une
entretenue,
Établissements français
de l’Océanie". Fidèle à
ses
origines, le Bulletin
continue à conjuguer la
culture au passé, ce qui
ne l’empêche pas de
Le gouverneur
Gustave Julien, qui afait
carrière à Madagascar
et en Côte d’ivoire avant
d’être affecté dans les
E.F.O. entre 1915 et
1919, était, seion
P. O’Reiliy (“Tahitiens”),
“breveté de l'Écoie des
Interprètes de
Madagascar (et) à
plusieurs reprises (il
avait été) chargé des
cours de langue et de
civilisation malgaches
à l'École des Langues
orientales". Son intérêt
pour la culture
polynésienne n’était
donc pas fortuit.
Ci-dessous :
L’ancien Musée de la
Société des Études
océaniennes conservait
et exposait de "riches
collections
ethnographiques et
archéologiques" dont le
Catalogue commenté a
été dressé en 1966 par
Anne Lavondès, ethno-
muséologue à
l’O.R.S.T.O.M.
OCENNIENNES
N° 238
TOME XX — N“ 3 / Mars 1987
63
VIVRE EN POLYNÉSIE
Culte et culture
du passé
Pendant
exigence.
longtemps - cette attitude qui
logiques connaît actuellement, sous d’autres
formes, un regain de vigueur en Occident - les
chercheurs popa’a qui se sont intéressés à
l’histoire et à l’ethnologie polynésiennes ont
considéré que la recherche en matière cultu¬
relle n’avait pas à se poser de questions sur les
transformations
(et
les
contradictions)
pourtant fort nombreuses d’une société en
pleine mutation. Ceci étant, ils ont accrédité
une vision passéiste et folklorisante de la
culture qui a conforté les autres Occidentaux
les puissances coloniales dans l’idée que la
polynésienne a cessé de vivre,
puisqu’elle n’existe plus dans les formes où les
premiers découvreurs l’ont décrite. Toutes les
culture
données de base sur la civilisation polyné¬
sienne ne s’écrivent plus qu’à l’imparfait : “les
Polynésiens avaient... ils étaient...’’. Et l’on
glisse alors de l’idée que la civilisation poly¬
nésienne a un passé à celle qu’elle est un passé.
Il
n’y a rien d’étonnant, dans ces
conditions, à ce que les tenants de la revendi¬
cation
du
renouveau
culturel
tahitien
ne
à se demander ce qu’ils sont
positivement, à leur époque. Ils résolvent le
problème de leur quête identitaire dans la
reprise en compte de ce passé et dans la
récupération du qualificatif "ma'ohi", qui
renvoie
à
la
culture
ancestrale
qu’ils
cherchent pas
voudraient voir revivre, et réincarner. Mais,
ce faisant, ils commettent pour des raisons
idéologiques différentes, et même contraires,
la même erreur que les savants ou les colons
occidentaux avaient commise avant eux. Ils
refusent d’analyser et d’assumer l’évolution de
polynésienne, pour se complaire
dans l’adéquation “culture = passé”. Malgré
eux sans doute, ils reproduisent une image
folklorisante de la culture qu’ils défendent,
une image qui alimente un projet idéologique
illusoire de retour en arrière, projet qui se
trouve d’ailleurs lui-même en partie à la
source de leur propre aliénation.
la culture
Être Ma'ohi ou ne pas être
Le
terme
"ma’ohi"
définition, à
renvoie,
de
par
sa
image valorisante de la
culture ancestrale, puisqu’il est non seulement
synonyme d’autochtone de la Polynésie, mais
aussi de “royal” et de “vrai”, comme l’attestent
tous les dictionnaires de langue tahitienne
parus au X1X'= siècle.
une
Dans le cadre de la confrontation de deux
cultures, le terme "ma’ohi" est d’autant plus
valorisé
positivement qu’il s’agit d’un terme
autochtone, employé pour désigner ce qui est
autochtone, sans passer par les mots du voca¬
bulaire
de
la
langue française (“tahitien”,
“polynésien”...).
Pour Duro
Raapoto, linguiste, poète et
chantre de la culture ma’ohi, la décompo¬
sition de ce terme peut s’opérer ainsi : ma
signifie
“pur,
propre,
digne”. “Ma c’est
l’affirmation de l’Être dans
dans
64
toute
sa
toute sa
plénitude, dans
ma,
c’est
avoir
sa
place
de ce terme “ma" que se construisent les mots
repose sur un certain nombre d’a priori idéo¬
et
Être
d’homme libre, parmi les hommes libres”.
N’oublions pas non plus que c’est sur la base
force,
toute
son
liberté (ti’ama) et indépendance (li’amara'a),
empruntant au terme "li'a" l’idée de droiture,
de justice, de dignité {li’a voulant dire, au pied
de la lettre, “droit, debout”).
Quant à ohi, “il désigne un rejeton qui a
ses racines, lui assurant une certaine
autonomie de vie, tandis qu’il est toujours
relié à sa tige-mère”. Le "Ma'ohi", c’est alors le
rejeton, ou l’être, qui se nourrit de sa terre
maternelle, natale, dans laquelle il plonge ses
racines, qui se rattache à elle tout en restant
déjà
libre et autonome.
Cette revendication identitaire ma'ohi et
ce renouveau culturel ma’ohi passent
donc par
l’opposition à ce qui vient de l’extérieur, et qui
serait susceptible de souiller les racines
ma’ohi, de porter atteinte à la pureté ori¬
ginelle mythifiée de la culture d’autrefois.
Dans le contexte politique polynésien des
années 1960-1970, qui voient l’implantation
du C.E.P., la lutte pour l’autonomie interne,
l’apparition de troubles sociaux nouveaux, le
terme
comme
“ma’ohi" devient même un drapeau,
le terme “kanak" en Nouvelle-
Calédonie. Vocable de la langue tahitienne, et
non
paumotu,
mangarévienne
ou
marqui-
sienne, il devient le dénominateur commun
aux origines diverses, vivant sur
plus de cent îles différentes et parfois très
isolées, dans une acception nationaliste qui
prouve combien est difficile, en situation
(néo-) coloniale, la séparation des domaines
de la culture, de l’idéologie et de la politique.
d’hommes
Le Maohi Club
La
première
association
culturelle
empruntant le nom "ma’ohi”, baptisée Maohi
Club, verra le jour le 15 octobre 1965, à
l’initiative d’Eugène Pambrun, qui était
désireux de compenser l’absence d’associa¬
tions populaires tahitiennes en milieu urbain,
multipliaient les groupements
régionaux français à Tahiti.
C’est ce que confirmeront en l’occur¬
rence les premières manifestations
publiques
du Maohi Club, dont certaines purent prêter à
alors que se
sourire, comme l’élection de “Monsieur Tane
Maco Tevane. Président
du Fare Vana’a
(Académietahitienne) et
membre du Comité
consultatif de ['Unesco
sur les langues et
cultures océaniennes,
M. Tevane reste aussi
dans les mémoires
l’auteur de la première
pièce de théâtre en
ma'ohi, l’histoire de
Papa Penu et
reo
Marna Roro.
Les groupes de chant
des districts, bien loin
des interrogations
identitaires de la
jeunesse polynésienne
et de certains
intellectuels du
Territoire, témoignent
au quotidien de la
vivacité de la culture
ma’ohi. Le chef du
groupe de Tipaerui
photographié ici incarne
à lui seul la jovialité
et l’humour polynésiens,
qui lui valent à chaque
Tiurai
un
inégalé.
succès
CULTURE ET RENOUVEAU CULTUREL
Tahitr. Mais le vide culturel à
Papeete était
tel à cette époque que l’idée allait séduire, puis
des
personnes
qui, depuis
plusieurs années, jouaient dans ce domaine un
rassembler
rôle déterminant. 11 faut citer Maco Tevane,
Arapo, Tanetua Richmond, Tutu Temai
bien encore Kimitete, appuyés à titre
officieux par l’interprète Martial lorss. Ils
entreprirent de remettre en mémoire l’appar¬
tenance de la Polynésie orientale au triangle
polynésien, en invitant les étudiants du
Tereora College de Rarotonga et en renouant
Te
ou
les liens avec les Maoris et les Hawaïens.
Mieux encore, le programme que l’asso¬
ciation
avait élaboré pour l’année 1968
prévoyait un pèlerinage au marae de
Taputapuatea qui venait d’être restauré par
l’archéologue japonais Y. Sinoto, et la
construction de deux pirogues, Aotearoa //et
Honoura Rua, qui devaient rallier respecti¬
vement la
Nouvelle-Zélande et Hawaii.
Le Maohi Club se scinda en 1968 en deux
tendances, mais sa création et les premières
années de
son
existence avaient démontré
la nécessité d’entreprendre à l’avenir certaines
actions culturelles.
Le marae, symbole de la
religion et de la culture
ancestrale
polynésienne, "lien
sacré entre les hommes”
pour Dure Raapoto.
La restauration des
de Huahine,
marae
entreprise par les
professeurs du
Bishop Muséum K. Emory (à droite) et
Y. Sinoto (en haut)
depuis 1972 -, contraste
avec celle entreprise par
José Garanger,
professeur à l'Université
de Paris I, après avoir
longtemps travaillé “sur
le terrain”, oriente et
l'armée à Paea. Mais le
site théâtral de
Arahurahu à Paea
archéologique en
Polynésie.
historiques.
contrôle aujourd’hui la
recherche
(ci-dessous) en fait un
iieu idéal pour les
reconstitutions
65
VIVRE EN POLYNÉSIE
L’institutionnali¬
sation de la culture
turation au monde dans lequel ils vivent, c’està-dire une langue qui établisse un solide pont
entre
L’État français ne devait guère tarder à
remplir le vide culturel qui régnait à Papeete à
la fin des années 70. Une initiative qui, à vrai
dire, n’est pas entièrement nouvelle. Déjà, en
1917, faut-il le rappeler, le gouverneur Julien
avait su prêter une oreille attentive à l’appel
lancé par les défenseurs de la culture poly¬
nésienne. Mais une initiative qui s’inscrit dans
un
tout autre contexte
(voir p. 63). Dans la
Polynésie contemporaine, la prise en compte
et la prise en charge des aspirations culturelles
constituent le meilleur moyen de satisfaire et
de freiner les aspirations autonomistes ou
indépendantistes qui s’en nourrissent. La
plupart des acteurs de cette revendication
Joignent en effet les deux combats, dans un
seul et même mouvement de rejet de toute
domination (culturelle ou politique) exté¬
rieure. L’action étatique en faveur de la
leur passé et leur avenir”.
En 1975, l’Académie, enfin dotée d’une
existence officielle, élit à sa tête Maco Tevane,
ancien
présentateur de l’O.R.T.F. Le nom
de la nouvelle institution, Fare
Vana’a, fait référence aux maisons dans les¬
tahitien
quelles les vieillards transmettaient autrefois
à la jeune génération les légendes et les généa¬
logies traditionnelles, et où les adolescents et
les jeunes hommes s’initiaient à l’art oratoire.
Depuis sa création, le but de l’Académie
tahitienne n’a pas varié. 11 consiste toujours à
normaliser le vocabulaire, la grammaire et
l’orthographe de la langue tahitienne, ainsi
qu’à encourager l’apprentissage de cette
langue, et la diffusion d’ouvrages écrits en
tahitien. En 1985, le Fare Vana’a a publié la
première grammaire officielle tahitienne. Ses
membres
travaillent
maintenant
à
un
dictionnaire.
Le Centre polynésien
des Sciences humaines
Le Centre polynésien des Sciences humaines
(C.P.S.H.) a été créé en 1980. 11 comprend
trois départements : le Département
d’Archéologie, le Département des Traditions
et
celui du Musée de Tahiti et des lies.
C’est en réalité autour du Musée de
Tahiti et des lies que s’est bâti le C.P.S.H., ce
qui explique peut-être sa vocation passéiste.
Tout comme l’Académie tahitienne, le centre
porte d’ailleurs un nom ancien : Te Ana Vaha
Rau, un vocable signifiant “la caverne aux
multiples issues”, qui, autrefois, désignait les
Tahua parau tumu fenua, “spécialistes de la
connaissance des origines du monde”.
La naissance de ce Musée qui devait être
édifié sur un terrain acheté en 1966 par le
gouverneur Sicurani, fut plutôt laborieuse. La
Société des Études océaniennes, maîtresse de
restauration de
la
culture traditionnelle
restreint donc le champ de revendication des
indépendantistes, et accroît la stabilité
politique du Territoire en situant la lutte pour
le retour
sources
aux
dans le cadre d’insti¬
tutions françaises, et non en dehors.
La création de l’Académie
tahitienne
première institution qui ait vu officiel¬
le jour, fut l’Académie tahitienne,
ayant pour but la sauvegarde et l’enrichis¬
La
lement
sement
de
la
culture
l’étude de la langue.
tahitienne, à
travers
IJ
Jl’ f
Alors qu’il inaugurait le Musée Paul
Gauguin, à Papeari, en 1965, le gouverneur
Sicurani évoqua la complémentarité des
cultures française et polynésienne, dont les
tableaux du célèbre peintre étaient pour lui la
plus flagrante illustration. A la fin de la même
année, il demanda à John Martin, futur
académicien, de faire mûrir ce projet de
défense de la culture polynésienne.
1967, il fit adopter le principe de la
En
création d’une Académie tahitienne par le
Conseil de Gouvernement. Mais dans sa
conception, cette académie n’aurait été qu’une
imitation colorée de l’Académie française,
Les Immortels
reconnaissance de la
Immémoriaux.,. La
création de l'Académie
tahitienne (ci-dessus),
souhaitée dès 1967 par
le gouverneur
Jean Sicurani
ma 'ohi.
remplacent les
consacre
officiellement la
langue et de la culture
A gauche :
La première grammaire
officielle, publiée en
1987 par l'Académie
tahitienne, a l’ambition
de devenir un ouvrage
de référence.
dont les buts devaient se limiter à l’étude de “la
grammaire, de la poétique, ou de la
rhétorique, à des observations critiques sur les
beautés
ou
les
traductions”.
folklorisante
défauts des auteurs, et des
Une
de la
conception
culture
limitée
tahitienne
conséquent, et
et
par
ce, d’autant plus que les
membres de cette assemblée auraient dû être
vêtus à la mode coloniale, pour reproduire le
côté
solennel
française.
et
grandiose de l’Académie
C’est une tout autre institution qui vit
finalement le jour, en 1975, au terme de sept
années de palabres et de réflexion.
En 1972, le conseiller territorial autono¬
miste Henri .Bouvier avait eu le courage de
dire que cette académie ne devait pas devenir
“le conservatoire d’une langue morte”. Son
rôle devrait plutôt être de “donner aux Poly¬
nésiens d’aujourd’hui le meilleur outil d’accul¬
66
Le Musée Gauguin, qui
ne possède aucune des
grandes œuvres de la
période polynésienne
du peintre, réussit
cependant, grâce à son
conservateur
Gilles Artur, à en
présenter 18 œuvres
originales (gravures,
sculptures.
monotypes...). Le
Territoire est devenu
propriétaire du Musée
1983 et lui alloue une
subvention (12 millions
en
en
1986, mais 10 en
1987), tandis que son
budget est de
59 millions. En 1986, il a
été visité par
65 000 personnes.
CULTURE ET RENOUVEAU CULTUREL
l’ouvrage, en avait confié la conception et la
réalisation à Bengt Danielsson qui semblait
faire l’affaire puisque ce parfait connaisseur
de l’histoire ancienne de la Polynésie était
aussi l’ancien directeur du Musée national de
Une désignation unanimement
approuvée, jusqu’à ce que le représentant de
l’État s’aperçoive que le consul honoraire de
Suède.
Suède est
un
adversaire de la bombe et un
partisan de l’émancipation du Territoire. C’en
était trop, et au terme d’un feuilleton politicoscientifique qui devait défrayer la chronique
locale, B. Danielsson était remercié et Henri
Lavondès, ethnologue de l’O.R.S.T.O.M.,
nommé directeur du Musée en 1972. Une
fonction qu’il devait abandonner en 1976,
“écœuré”, passant la main à son épouse Anne
Lavondès, ethno-muséologue appartenant au
même organisme et qui avait réalisé un
inventaire des “Collections ethnographiques
archéologiques” du vieux Musée de la rue
Lagarde. Le Musée de la Pointe des Pêcheurs,
avec ses trois salles consacrées au milieu
naturel, à l’archéologie et à l’histoire de la
Polynésie (le projet de B. Danielsson était fort
différent), finira, sous sa houlette, par ouvrir
et
ses
portes au public en 1977.
Il faudra attendre 1980 pour que Maco
l'O.R.S.T.O.M., a dirigé
de 1976 à 1983 le Musée
de Tahiti et des Iles
(en bas). Une
direction qui est assurée
actuellement par
Manouche Lehartel.
perdu au fil des ans son
autonomie et son souffle
propre.
On est loin de
i’époque de la Maison
des Jeunes et de la
Culture dirigée par
Henri Hiro.
le
C.P.S.H.,
l’Office
créée
en
œuvres
1970 pour faciliter la diffusion des
culturelles et artistiques à Tahiti, en
référenee
implicite à la culture française. A
officielle
de
l’inverse, la transformation de la M.J.-M.C.
en O.T.A.C., en 1980, témoigne de la volonté
développer conjointement la
culture ma’ohi et la culture française.
Le Tare Tauhiti Nui, comme le Ana Vaha
devenu, à partir des années
polynésien des Sciences humaines.
Comment, néanmoins, ne pas regretter qu’on
n’ait pas songé à y ajouter un département
“Sociologie et Anthropologie”, préférant
territorial
(Te Tare Tauhiti Nui), vit le jour en 1980. Il
succédait en réalité à la Maison des Jeunes Maison de la Culture (M.J.-M.C.) de Papeete,
autour de ce qui peut enfin prendre le nom de
Centre
L’Office territorial
d’Action culturelle a
Comme
d’Action culturelle (O.T.A.C.), de son nom
tahitien “la maison des temps qui se lèvent”
est
également divisé
départements : “Recherche et
département “Traditions” et d’un
département “Recherches archéologiques”,
muséologue de
L’Office territorial d’Action
culturelle
Tevane, alors conseiller de gouvernement à la
Culture, complète sa structure par l’addition
d’un
Anne Lavondès, ethno-
pour l’instant replier ses activités sur la seule
étude du passé et de ses survivances.
Rau,
trois
création”,
en
“Animation et diffusion”, “Fêtes et mani¬
festations”. Malheureusement, il semble être
1980, un simple
service administratif, sans grande autonomie,
dynamisme, et sans grande
très dépendant du ministère
territorial de la Culture et de l’Éducation.
sans
grand
envergure,
En bas, à droite ;
Le Centre des Métiers
Mamao, est
devenu, sous l’impulsion
de son directeur
Henri Bouvier, uneécole
de formation artistique
d’Art de
pour les jeunes
Polynésiens, souvent en
marge du système
éducatif traditionnel, qui
trouvent là l’occasion
d'apprendre un métier
relation avec leur
culture.
en
A droite :
Bengt et Marie-Thérèse
Danielsson,
ethnologues et
écrivains, sont les
témoins passionnés de
l’histoire polynésienne.
Leur bibliothèque a été
acquise par le Territoire
en 1986 pour son Centre
universitaire.
67
VIVRE EN
POLYNÉSIE
Les manifestations
culturelles
taIhitI* n\j, ^ présente
MANAO
premières grandes manifestations
Les
milliers de Tahitiens venus accueillir Hokulea
la
Nouvelle-
Zélande, concrétisant le rêve de F. Cowan et
sculpteur Matahi Brightwell, suscita un
moindre engouement. Les manifestations
culturelles s’étant diversifiées, et multipliées,
durant ces dix années, la pirogue n’était plus le
symbole de ce renouveau identitaire poly¬
du
nésien.
incontestablement
Maison
la
des
Jeunes-Maison de la Culture de Tipaerui qui,
avec le concours de l’Office du Tourisme, fut
principales
manifestations
culturelles dans les années 1970, et ce jusqu’au
le
des
cadre
début des années 1980.
On doit à la personne de Henri Hiro,
passionné par la culture ma’ohi, cet élan qui se
manifesta
au
moment
où
le
cœur
de
la
Polynésie battait au rythme du combat
politique pour l’autonomie interne, et pour
une reconnaissance des spécificités polyné¬
siennes, notamment dans l’enseignement de la
langue.
Henri Hiro, jeune intellectuel licencié en
théologie (tout comme son ami Duro
Raapoto qui est un des grands noms du
mouvement
de
renouveau
culturel traditio¬
naliste), fut tout d’abord étudiant à l’univer¬
sité de Montpellier où il côtoyait alors Jacqui
Drollet et Jean-Paul Barrai avec qui il créera
en
1975 le parti indépendantiste socialiste
autogestionnaire la Mana Te Nuna’a.
Animateur du mouvement écologiste la Ora
Te Natura, il donna une impulsion inégalée à
la
Maison des Jeunes et de la Culture de
Tipaerui, qui publia pendant un certain temps
un journal à l’expression très libre, intitulé
Reflets.
Malheureusement,
l’engagement
politique de certains animateurs, au moment
même où le groupe Te Toto Tupuna
commettait des actes d’une violence extrême,
et
où
se
déroulait la célèbre mutinerie de la
prison de Nuutania, porta préjudice à leur
action culturelle.
A la révolte intellectuelle qui trouvait son
expression
privilégiée
dans
l’écriture
et
notamment la poésie, va succéder, au sein de
la M.J.-M.C., le temps de la création cinéma¬
tographique et théâtrale. Mais les produc¬
tions de la fin des années 70 et du début des
années 1980 furent de qualité inégale, et il est
68
Huira’atira d’Oscar Temaru,
dont il deviendra vice-président en
1986.
Quant à Coco Hotahota, danseur et
chorégraphe polynésien, et John Mairai,
comédien, ils tentèrent de donner un peu de
IB JEUDI 21, VENDREDI 22, SAMEDI 23
NOVEMBRE A 20 HEURES
AV GRAND théâtre DE L'O.T.A.C.
RÉSERVATIONS : TÉL ; 42.88.50
longtemps meilleur
i’interprétation de
spectacles aux textes
d'une grande richesse
écrits parfois en
collaboration avec
souffle. On doit à Coco la mise en scène de
ballets ma’ohi aux noms hautement symbo¬
liques, à mi-chemin entre la danse et le théâtre.
son
côté continue d’œuvrer
pour le développement d’un théâtre populaire
danseur du Tiurai des
années 60, est
rO.T.A.C. Sa troupe
exceiie dans
dynamisme à ce Tare Tauhiti Nui à bout de
John Mairai de
Ci-dessous :
Coco Hotahota,
i'atelier de danse de
C’est
activités militantes, mais cette fois
au sein du Tavini
aujourd'hui directeur de
Les soubresauts de la M.J.-M.C.
dans lequel Henri Hiro tient le rôle
principal, avec “Les rescapés de Tikeroa” ou
“Le pasteur et la vanille”...
et
nuant ses
plage de Paofai, qui désormais porte son
nom, célébraient moins l’exploit sportif des
navigateurs hawaïens qu’une identité cultu¬
relle perdue dont on cherchait les racines dans
un passé glorieux.
Dix ans plus tard, le périple de la pirogue
vers
de
J. Segara, inspiré du roman de Victor Ségalen
ses fonctions pour aller diriger la
publication hebdomadaire de l’Église évan¬
gélique, Te Ve’a Porotetani, tout en conti¬
sur la
Nui
de
donner
populaire spontané qui surprit par son
ampleur et fit penser à juste titre que les
Hawaiki
comparer
“Moemoea”
“Les Immémoriaux”
ou
en
siens, fut l’occasion d’un large rassemblement
double
de
Arnaud
O.T.A.C., son ancien directeur, Henri
Hiro, devient simple directeur du
département de la création, avant d’aban¬
pirogue
Hokulea, venant de Hawaii, pour
ressusciter les voyages des anciens Polyné¬
double
D.
Avec la transformation de la M.J.-M.C.
culturelles n’apparaissent véritablement qu’en
1976. Cette année-là, l’arrivée de la
difficile
John Mairal (ci-dessous),
chef de l'atelier
du théâtre polynésien
qui obtient beaucoup de succès auprès d’un
public polynésien bon enfant et très sensible à
l’humour caustique dont il fait preuve dans ses
préparant la mise en
En bas :
Henri Hiro, ancien
directeur de l’O.T.A.C., a
pièces très appréciées
public.
institutions culturelles
officielles pour vivre au
que l'on voit ici
scène d'une de ses
du
quitté le monde des
milieu de la population
de Huahine où il milite
activement pour
l’indépendance de son
pays.
CULTURE ET RENOUVEAU CULTUREL
dialogues et dans la mise en scène de ses
personnages confrontés aux problèmes de la
vie de tous les jours.
La culture spectacle
On doit à
un autre
Polynésien, également
engagé dans la vie politique (militant du Ea no
Maohinui) et archéologue de métier,
Raymond Graffe Teriierooiterai, d’avoir su
ressusciter un certain nombre de manifes¬
tations culturelles ancestrales à partir des
années 70. Ces cérémonies prennent la forme
de vastes reconstitutions historiques, telles
Les reconstitutions
historiques des grandes
cérémonies de la vie
polynésienne
d'autrefois connaissent
de nos jours un
renouveau, sous
l’impulsion de
Raymond Graffe.
La marche sur le feu,
dernière en date, suscite
de la part des
spectateurs et des
participants, un
enthousiasme souvent
peu respectueux des
interdits qui entourent
sa pratique, devenue au
demeurant fort lucrative.
Le projet Hawalki Nul
doit incontestablement
son
aboutissement à la
patience de F. Cowan et
courage du jeune
sculpteur et navigateur
maori Matahi Brightweli
que l’on voit ici renouer
avec l’art du tatouage.
La grande pirogue
au
double rallia en 1986
l’archipel de la Société à
la Nouvelle-Zélande,
tandis qu’un an plustard
Hokule'a (en bas :
photographiée ici sur la
plage de Pirae) reprenait
son péripledepuisTahiti
à destination de
Honolulu.
que le couronnement d’un ari’i au marae
Arahurahu de Paea ou bien encore la marche
sur
le
feu
(umu ti),
un
spectacle auquel
participe chaque année un nombre croissant
de personnes de toutes ethnies, dans les
jardins du Musée de Tahiti et des lies à
Punaauia.
Raymond Graffe veille minutieusement à
que soient respectés les moindres détails des
rites de ces cérémonies, qui ont été transmis
ce
par les récits des missionnaires et des naviga¬
teurs.
Mais
l’engouement du public polyné¬
sien ou européen ne saurait faire oublier qu’il
s’agit là seulement de reconstitutions histo-
riques à caractère touristique et marchand, ce
qu’ont parfois tendance à oublier les prota¬
gonistes eux-mêmes, emportés par l’enthou¬
siasme que suscitent ces manifestations.
Les années 1980 ont aussi été marquées
par la renaissance du tatouage, pratique
traditionnelle autrefois très répandue (le mot
“tatouer” dérive du terme polynésien lalaii).
C’est ainsi qu’en 1984 et pour la première fois
depuis cent cinquante ans, deux jeunes
garçons originaires de Rurutu ont été initiés
dans leur île à toutes les techniques du
tatouage par le toofa Tavana Matagialaloa.
Tavana Matagialaloa est avant tout célèbre en
tant que chef de l’établissement
qui porte son
nom, à Honolulu, le “Tavana’s”, dans lequel
se produisent des groupes de danse de
grande
qualité, dont la réputation n’est plus à faire à
Hawaii. Pendant de longues années, il a
organisé dans le monde entier des tournées
internationales de danse polynésienne, et sa
plus grande satisfaction est de voir l’art du
tatouage renaître à Tahiti aujourd’hui.
En se faisant tatouer entièrement le corps
(à l’exception des mains, des pieds et du
visage) par le grand tatoueur samoan Lésa
Li’o, un de ses danseurs, loteve Tuhipua, dit
Teve, est devenu le symbole vivant de cette
renaissance du tatouage. Il dut souffrir durant
six semaines pour en arriver là, alors qu’une
telle opération eût pris environ deux ans,
autrefois. Les techniques utilisées étant les
mêmes que celles des temps anciens, les
samoans
ont
voulu tenir un
véritable pari en les appliquant dans les
conditions d’hygiène et de sécurité aujour¬
d’hui nécessaires. Depuis, Teve est devenu
tatoueurs
pour nombre de jeunes Tahitiens un modèle,
si aucun n’a suivi son exemple jusqu’au
et
bout, en se livrant tout entier à l’art des tatatau
samoans, des centaines d’entre eux se sont fait
tatouer une partie du corps.
L’Office territorial d’Action Culturelle a
ainsi édifié en 1983 un/drepo/ee (une maison
traditionnelle ouverte), dans ses jardins,
destiné à accueillir durant les fêtes du Tiurai
les
tatoueurs
153 candidats
Pendant
samoans.
11
jours,
tatouage sont ainsi passés
entre leurs mains (138 hommes et 15 femmes),
au
s’ajoutant à la centaine de personnes tatouées
1982. Depuis, l’opération se poursuit ; ainsi
Raymond Graffe a organisé une séance de
tatouage à l’Ecole normale, lors de la journée
en
culturelle ma’ohi du 21
mars
1986. 11 ne faut
oublier non plus que des centaines de
jeunes gens se font tatouer par des amateurs,
ou se tatouent eux-mêmes, ce qui prouve
l’importance du phénomène en Polynésie, à
pas
l’heure actuelle.
journées
tatouage de
des responsables
faisait état de la “détermination profonde”
Lors
des
rO.T.A.C.
en
1983,
de
un
qu’il avait ressentie chez tous les candidats
inscrits.
parmi
Toutefois, il faut remarquer que
les
138
hommes
tatoués à
cette
occasion, les trois quarts étaient des Euro¬
péens qui “s’apprêtaient à regagner la
Métropole”, et que parmi les quinze jeunes
femmes tatouées, on comptait trois touristes
américaines. En 1987, les séances de tatouage
de rO.T.A.C. ont été annulées par mesure de
précaution contre le sida... un cruel rappel à la
réalité pour la jeunesse ma’ohi.
69
VIVRE EN POLYNÉSIE
Les fêtes et
manifestations
institutionnelles
du 14 juillet
Le Tiurai
musique situé face au palais de la reine. Les
des districts mettaient à profit ces
journées de fête pour rencontrer les parents ou
amis de Papeete, avec qui l’on échangeait
force cadeaux, tandis que les représentants
des autorités municipales ou coloniales se
voyaient également remettre de multiples
présents. Enfin, l’hébergement improvisé dans
gens
le mois de juillet (tiurai) soit
aujourd’hui consacré à la célébration de la
Bien que
culture ma'ohi, et au culte de
l’authenticité
retrouvée, les fêtes qui s’y déroulent depuis
l’annexion
volonté
de
trouvent
leur
origine dans la
l’administration
coloniale
de
célébrer chaque 14 juillet l’appartenance de la
Polynésie à la France.
11 est significatif au regard du processus
de syncrétisme culturel qui s’est opéré en
Polynésie de constater combien a évolué le
sens
de cette commémoration, même si le
remplacement du Tiurai par le Heiva, depuis
1985, traduit la volonté des dirigeants du
Territoire de transformer “par décret” les fêtes
de juillet, alors que leur signification est l’héri¬
tage de plus de 100 ans d’une histoire très
mouvementée mais aussi très révélatrice du
rapport étroit qui unit la culture et le pouvoir
en situation coloniale (ou post-coloniale).
Le Tiurai des gouverneurs
La danse n’avait paradoxalement aucune
place au sein des premiers Tiurai organisés par
les gouverneurs, si l’on excepte une tentative
qui eut lieu en 1895. C’est précisément cette
année-là qu’apparut la première contestation
du
Tiurai,
une
contestation émanant des
descendants du clan des Teva, qui refusaient
participer aux cérémonies officielles. Ceci
pour effet de déclencher les foudres du
gouverneur, qui décréta alors l’obligation
pour tous les citoyens français de s’y joindre.
de
eut
11 fallut attendre le début du XX= siècle
pour que la danse réapparaisse pendant le
Tiurai. Elle avait été interdite dès 1820 aux îles
Sous-le-Vent, par le premier code indigène
écrit sous l’influence des missionnaires, inter¬
réitérée par le code de la reine
Pômare IV datant de 1842, et par les autorités
diction
françaises à plusieurs reprises tout au long du
XIX' siècle. Les manifestations du Tiurai se
parades militaires, à
quelques retraites aux flambeaux, salves de
coups de canon ou encore prestations de la
fanfare
coloniale, tandis que le point
culminant de ces fêtes très patriotiques
résidait dans le bal du 13 juillet au soir, chez le
gouverneur. Les “indigènes” étaient absents
de ces cérémonies, mais on avait prévu à leur
intention des jeux collectifs afin de distraire
“le bon peuple des Établissements français de
l’Océanie” qui trouvait néanmoins
sympathique cette occasion de se rassembler
en-dehors du cadre très strict et réglementé
des cérémonies communautaires religieuses
rythmant la vie des districts polynésiens.
Le Tiurai fut bientôt organisé par la
municipalité de Papeete, et les premières
représentations de danse eurent lieu place
Tarahoi, autour du fameux kiosque à
limitaient alors à des
70
écoles
les
ou
chez
l’habitant, donnait
un
communautaire au
d’année en année
davantage de personnes venues des districts et
caractère spontané et
Tiurai qui rassembla
même de toutes les îles Sous-le-Vent.
porteurs de fruits, des spectacles de himene ou
de ori tahiti, on concourt avant tout pour la
gloire, même si les récompenses en argent sont
là pour en marquer le souvenir et pour
permettre aux participants de s’acquitter en
partie des dettes que pouvait entraîner un
séjour en ville durant un mois de réjouissances
sans
limites.
partir de 1956, le Tiurai connaît une
évolution radicale sous la conduite d’une insti¬
A
tutrice
particulièrement
dynamique,
Madeleine Moua, qui crée un groupe de danse
du
nom
de “Heiva” et cherche à codifier les
de danse pour enrichir le folklore
polynésien et redonner ses véritables lettres de
pas
Du Tiurai des districts
Tiurai urbain
au
Jusque dans les années 50, le Tiurai a conservé
typiquement polynésien que lui
participants, en saisissant le
prétexte d’une fête française pour mieux
réaffirmer les rivalités entre les entités géo¬
graphiques ancestrales, ou les différentes îles
de Polynésie.
Qu’il s’agisse des courses de pirogues, du
tressage du niau ou du pae'ore, des courses de
ce
caractère
ont
donné
ses
noblesse à la danse. Mais
avec
“Heiva” les
cessent d’être associés à un lieu
géographique pour devenir des troupes semigroupes
professionnelles au sein desquelles évoluent
de nombreux jeunes Demis issus de la ville. La
danse évolue, et ce faisant elle change de
caractère ; beaucoup voient en elle un moyen
de voyager à travers le monde, dès lors que
s’ouvre la piste de l’aéroport international de
Faaa en 1961. Pourtant, l’impulsion que lui a
Madeleine a été décisive quant à
donnée
CULTURE ET RENOUVEAU CULTUREL
l’enrichissement des techniques. Les groupes
des îles et archipels éloignés apportent
de leur côté la spontanéité et l’innovation qui
venus
font
parfois défaut aux troupes de Papeete,
qui ne différencient pas toujours leurs
prestations dans les hôtels de celles qu’elles
effectuent pour les fêtes du Tiurai.
Le Tiurai de la contestation
Signe des temps, l’organisation du Tiurai
passe entre les mains de l’Office du Tourisme
en
1963. A partir de 1968, il se déplace de
Tarahoi à Vaiete, et tend à perdre de son
souffle au fil des années, alors que les Tiurai
des îles Sous-le-Vent connaissent
un
succès
grandissant.
Pourtant, la danse, comme figure
d’expression artistique, devient un moyen de
contestation à travers la personne
de Coco
Hotahota, chef du groupe “Te Maeva”, et lui-
même ancien
définit
danseur de
volontiers
comme
Ci-dessus et à droite :
Le ole’a refait son entrée
officielle au Tiurai grâce
à Madeleine Moua qui
ressuscite l'art du ori
tahiti. Madeleine recevra
en 1987 la médaille de
Chevalier des Arts et des
Lettres pour sa
contribution au
renouveau de la culture
polynésienne.
Madeleine.
un
11
se
provocateur.
En haut, à droite :
Les participants de ce
Tiurai du début du
XX' siècle offrent,
malgré leurs costumes
d’apparat et leurs
de tête,
regard triste,
singulièrement empreint
d’une gravité qui tranche
couronnes
un
le sourire des
danseurs des années 80.
avec
Les défilés militaires
Page de gauche :
Les premiers Tiurai sous
le signe de l’ambiguïté.
De grands
rassemblements
typiquement
polynésiens à i’ombre
des trois couleurs pour
commémorer la prise de
la Bastille. Le royaume
des Pômare vient d’être
annexé à la République.
prestigieux ont vécu (ici,
le 14 juillet 1974 sur
l’avenue Bruat). Ils
perdent de leur lustre, et
de leur intérêt, au profit
des défilés des
associations artisanales
et sportives,
organisés
à Pirae le 29 juin depuis
1985 (fête de
l'Autonomie interne).
D’ailleurs, le mot
“Tiurai" est banni du
langage officiel, au
profit de ‘’Heiva’’. Mais
réforme-t-on la culture
par décret ?
71
VIVRE EN
POLYNÉSIE
mais ses innovations sont porteuses d’inter¬
rogations sincères qui donnent à ses spectacles
ce dynamisme et cette richesse tant attendus
chaque année. En 1980, en signe de protes¬
tation
contre
l’utilisation
croissante
de
synthétiques dans les costumes
folkloriques, il n’hésite pas à faire danser sa
troupe avec des more sur lesquels ont été
matériaux
fixées des boîtes de
conserve.
En 1985, ses
laiire'are’a envahissent la piste de Vaiete vêtus
de vêtements occidentaux, enfourchant des
motos, un walkman sur les oreilles, avant de se
attributs du monde
moderne, pour mieux chanter et exprimer leur
dépouiller
de
ces
fierté d’être au fond d’eux-mêmes des Ma'ohi.
Il introduit également des thèmes originaux
Tiurai et de faire débuter les fêtes le 29 juin. La
Polynésie française qui a accédé à l’autonomie
interne au mois de septembre 1985, pourra
ainsi manifester ce jour-là son attachement à
la France et son appartenance à l’ensemble
océanien. Le 29 juin est en effet l’anniversaire
du don de Tahiti et de ses îles à la Mère-Patrie,
1880. Quoi de plus habile, dès lors, que de
déguiser le recul du pouvoir de l’État en
Polynésie grâce à l’autonomie interne, en
symbole du patriotisme français des Tahi¬
en
tiens ! Dès lors, le Festival des Arts est conçu
comme un
moyen de prouver aux autres pays
Pacifique que le statut
jouit désormais la
Polynésie est le garant du développement
indépendants du
d’autonomie
dans ses spectacles, à mi-chemin entre la pièce
économique
l’accouplement ou de l’accouchement, qui
symbolisent pour lui la vie ; une thématique
qui lui vaut d’être un artiste très controversé et
parfois incompris. Qu’importe ! Grâce à Coco
Hotahota,
le Tiurai
prend une autre
dimension : son spectacle a une dimension
culturelle qui l’éloigne d’un certain folklore.
ma'ohi.
de théâtre et le
ballet-musical, tels ceux de
1985 : le Tiurai du Président
En 1985, la Polynésie française fut chargée
d’organiser le Festival des Arts du Pacifique
Sud, un rassemblement culturel au cours
duquel des délégations de tous les Etats ou
territoires océaniens ont la possibilité de
témoigner de la vivacité de leurs traditions,
par le biais des chants et des danses de leur
pays.
Gaston
Flosse, alors président du Terri¬
toire, décida de bouleverser le calendrier du
cause
dont
sans
pour autant remettre en
l’authenticité proclamée de la culture
Signe de cette récupération politique
du Tiurai, à certaines fins nationalistes à peine
déguisées, le Tiurai est débaptisé et prend le
de “Heiva Vae Vae” (Grand
blement) ou de “Heiva i Tahiti”.
nom
Le
président G. Flosse ne cachera
d’ailleurs pas à l’issue du Festival des Arts que
le but recherché avait été atteint, en déclarant :
“l’objectif culturel, bien évidemment, était
fondamental, mais le second objectif était de
faire connaître notre pays à toutes ces popu¬
lations du Pacifique quijugeaient la Polynésie
française à travers des articles mal inten¬
tionnés à notre égard. Sur ce plan là, nous
avons
gagné, je le crois, car toutes les
personnalités qui nous étaient peu favorables,
sont unanimes pour faire eonnaître que la
Polynésie est le pays le plus avancé du
Pacifique Sud” (La Dépêche de Tahiti,
17 juillet 1985).
Heiva I Tahiti. Alors que
Gaston Flosse débaptise
le Tiurai devenu Heiva I
Tahiti (à gauche), pour
fêter l'autonomie interne
dans le cadre de la
République, la
commune
de Mahina
organise depuis 1986
ses propres fêtes du
14 juillet. Ce n'est pas
une résurgence des
anciennes rivalités de
districts, mais la
conséquence d'une
querelle politique avec
le pouvoir territorial en
place. Et Jean Juventin
entre également dans la
danse aux côtés de
Miss Papeete,
“Purotu Ai'a 1987”.
72
rassem¬
Le Tiurai
a
donc vécu... mais peut-on
imposer par décret l’usage du terme “Heiva”,
alors que celui de Tiurai s’inscrit dans une
perspective sociologique et historique bien
plus riche en signification ? Dernier signe des
temps
:
le maire de Mahina, Emile
Vernaudon, réagit en organisant son propre
14 juillet sur sa commune, à partir de 1986,
tandis qu’un an plus tard, la ville de Papeete
entend répondre au Heiva par l’instauration
des fêtes du “Taupiti” correspondant à l’anni¬
versaire de la municipalité.
Néanmoins, une chose est certaine : avec
l’exemple du Festival des Arts et la trans¬
formation du Tiurai
en
Heiva, la culture
apparaît nettement comme un enjeu politique,
non seulement à Tahiti même, ce qui pourrait
se
comprendre (à la rigueur, comment
pourrait-il en être autrement ?), mais aussi
dans le cadre de la politique stratégique de
maintien de la France dans le Pacifique tout
entier. Heureusement que le roi Pômare V
n’avait pas eu l’idée de donner Tahiti à la
France
au
mois de décembre...
on
fêterait
alors le Tiurai en même temps que Noël
!
Que la culture soit un enjeu de pouvoir ne
doit
pas
faire oublier qu’elle pourrait
également être mise au service du dévelop¬
pement réel de la population polynésienne, et
non d’une mise en évidence politicienne des
effets apparents de ce développement, sur les
seuls plans de la technique ou du bien-être
économique. Max Weber avait sûrement
raison lorsqu’il écrivait que l’éthique du
savant et celle de l’homme politique étaient
inconciliables. La sociologie de la culture en
Polynésie française le prouve au quotidien.
13 Les îles du Vent
Les changements de tous ordres qu’a connus le Territoire
au cours de ceshérité
deux
démo-socio-spatial
dernières décennies se sont inscrits dans un contexte
de l’histoire (le contexte géographique tel que nous l’entendons) qui a très largement
contribué à les orienter, à les freiner ou à les accélérer. Une mutation globale qui, en
retour, a entraîné la restructuration de l’espace territorial. Une restructuration qui nous
conduit, dans les chapitres 13 et 14, à distinguer deux grands ensembles. Le premier
est constitué par les îles du Vent qui comportent deux entités socio-spatiales : Papeete
et son agglomération, la “zone urbaine” telle qu’elle a déjà été identifiée fi/o/r volume 8,
32-33) : la zone dite “rurale” - cet adjectif a une valeur toute relative - qui vit,
contiguïté spatiale oblige, dans la dépendance directe de l’agglomération. Second
grand ensemble géographique qui sera étudié dans le chapitre 14 : le monde des
“archipels” que, au mépris d’innombrables différenciations introduites par l’histoire et
la géographie (voir volume 1, ch. 1 ), nous traiterons comme une seule et même entité
dotée de là relative “autonomie” que lui confèrent la distance, les caractères de son
peuplement et de son organisation sociale.
Un découpage “régional” qui, bien entendu, n’était pas acquis dans les années 60,
même si sa réalité est déjà inscrite virtuellement dans certains faits qu’il nous faut
rappeler. Le recensement de 1962 nous apprend en effet que Tahiti rassemble déjà
45 400 des 84 600 habitants de la Polynésie française. Une population qui se concentre
à concurrence de 78% à Papeete et dans les districts qui constituent l’actuelle “zone
urbaine”, espace privilégié de résidence des popa’a, de certains Chinois et Demis qui,
en monopolisant certaines activités (notamment tertiaires) contrôlent la vie politique
pp.
et sociale du Territoire.
Le processus de croissance urbaine aux conséquences spatiales (élimination
progressive des zones agricoles par densification de l’habitat) encore limitées qui va
aboutir à la restructuration de l’espace des îles du Vent est donc entamé. A défaut de
pouvoir dresser une chronologie précise de ce processus (non contemporanéité des
documents cartographiques, démographiques et socio-économiques disponibles),
nous nous efforcerons dans les quatre premiers sujets de ce chapitre de relater la
génèse de la ville et de l’agglomération, d’analyser ses cadres de vie. Avant de montrer,
dans les trois derniers sujets, comment le “grand Papeete” exerce sa domination sur
son
hinterland des îles du Vent.
La formation
de la ville coloniale
Papeete est née entre 1820 et 1830 parce
Pômare, qui viennent d’unifier politi¬
que les
quement Tahiti avec l’appui
intéressé des
européens,
ont décidé de transférer l’embryon de pouvoir
missionnaires et des marchands
centralisé qu’ils détiennent sur un site qui se
prête particulièrement à l’établissement de
relations avec le monde extérieur.
Un choix lourd de signification pour le
devenir de la capitale des E.F.O. qui, dans les
historiques troublées de
l’imposition du Protectorat, va être entériné
par Armand Bruat qui jette les fondations
d’une ville dont le développement initial, lent
à s’affirmer, est lié à l’émergence et à la conso¬
lidation d’une formation sociale coloniale qui
connaît son apogée entre les deux guerres. La
crise qu’elle traverse,
après 1945 (voir
volume H, p. 16). ouvre un nouveau chapitre
de l’histoire de Papeete (voir pp. 76-77).
circonstances
Le Papeete tahitien ;
les prémices du phénomène urbain
spécialistes ne sont pas d’accord entre
“Papeete n’existait pas” avant l’arrivée
des Européens ; “Papeete (était) faiblement
peuplée”. Une seule chose est sûre, le site de la
future capitale des E.F.O. ne faisait pas l’objet
d’une occupation humaine notable, démogra¬
phiquement et socialement. Pour une raison
qui nous paraît évidente, les Pômare qui
Les
eux
:
contrôlaient le
Porionu’u, une des six entités
territoriales de Tahiti (une entité qui d’ailleurs
fin du XVIIF siècle ne faisait pas le
poids comparée aux grandes principautés de
Tahiti Nui et de la presqu’île) n’avaient pas
leur résidence principale dans un lieu qui,
dans le contexte historique de l’ancienne
Polynésie, n’était pas valorisé religieusement
et politiquement. Parce que les hommes, à
l’origine, ne s’y étaient pas installés, rebutés
par le caractère partiellement marécageux du
en cette
site ? Peut-être. Les lacunes de l’information
historique ne nous permettent pas
d’interpréter correctement les faits relevant de
l’ordre de la nature.
Nous
ne
voyons
pas
en
revanche
pourquoi, toutes choses égales par ailleurs, la
rade de Papeete aurait davantage fixé les
hommes. Tout simplement parce que dans le
contexte politique (absence d’un pouvoir
politique insulaire de vaste compétence terri¬
toriale) et techno-économique du temps
(navigation en pirogues, faiblesse relative et
nature
non
monétaire des échanges), les
“avantages” dont l’a dotée la nature n’avaient
rien de décisif pour les anciens Polynésiens.
Des avantages - un vaste plan d’eau (200 hec¬
tares) bien abrité des houles et des vents
dominants et ouvert sur l’océan par une passe
large et
profonde (Il
mètres)
-
que
ne
manquer
de remarquer les
baleiniers et marchands qui, à compter de
pouvaient
1790,
viennent
fréquenter
les
toujours
parages
plus
tahitiens
nombreux
pour
se
Papeete en 1851 et vers
1984. Du comptoir
colonial noyé dans la
verdure à la ville néocoloniale envahie par le
béton, le contraste est
saisissant. Restent les
navires qui, à quelque
130 ans d’intervalle,
symbolisent toujours
la dépendance de la
Polynésie à l'égard du
monde extérieur.
73
VIVRE EN POLYNÉSIE
repérage appa¬
mission
cartographique est l’un des premiers à avoir
ra\itailler et commercer. Un
Le “Papeete colonial”,
quand on sort des
quartiers du centre ville,
est une cité à l’aspect
fort peu urbain. Des
remment tardif, puisque Duperrey. en
montré
182.1) l’intérêt de la
(en
rade de
insulaires constituant
Papeete où les baleiniers commencent à faire
relâche (voir volume 6. p. 76). La carte qu’il
dresse alors montre que la baie est encore
déserte : on ne reconnaît que l’habitation du
pasteur Crook (installé depuis 1818). le temple
et la
résidence (secondaire) de la famille
royale.
Visiblement, à cette époque, les navires
continuent
à
mouiller
dans
la
rade
population
75)
peuvent y camper
provisoirement
(le cliché du bas a été
pris en 1910) ou s’y
installer plus
une
“flottante” (voir p.
durablement en édifiant
un habitat typiquement
rural (Hamuta, derrière
la rue des Remparts, sur
le cliché ci-contre
de
pris vers 1960).
proximité de l’embouchure de la
Papaoa (Pointe Vénus), lieu chargé d’histoire
Matavai. à
où résident les Pômare et le pasteur Nott fvo/r
volume 6, p. 77). Papaoa est encore le siège
d’un embryon de pouvoir central tahitien dont
l’émergence et la consolidation depuis la
Découverte reposent très largement sur le
contrôle
des
transactions
avec
le
monde
extérieur.
Papeete est née dans les années 1830 (en
1827 exactement), le jour où Pômare Vahiné,
suivie des consuls, décida d’y fixer sa résidence
principale, entraînant
déclin de Matavai.
En
par
le fait même le
1838, à la veille de
Évolution de la population
Français dont nous ne
relaterons pas ici les circonstances, Papeete
compte I 600 habitants.
l’intervention
des
de Papeete (1838-1962)
(1) Effectifs apparemment surestimés.
(2) Militaires et population ‘'flottante"
non comptés.
Le Papeete français à ses débuts
G. Tetiarahi l’a noté (nous renvoyons à ses
détail des faits), le capitaine de
reprise et
amplifiée par ses successeurs à partir de 1847,
était un militaire doté de sens politique.
travaux pour le
vaisseau Bruat, dont l’œuvre sera
Contrairement à certains de ses compagnons
qui contestent ses vues - ils préfèrent les sites
de Matavai
et
de Port-Phaeton
-
il va, avec
l’appui de Paris, “décider de concrétiser la
présence française en renforçant ce qui forme
déjà le germe urbain de Papeete”. Non
seulement parce que, dans la conjoncture
insurrectionnelle de 1843-1844 (voir volume 7.
pp.
16-17), le site a des vertus défensives (les
“blockhaus”
édifiés
sur
les
premiers
contreforts montagneux et les fortifications
de la Papeava disparaîtront progressivement),
mais aussi et surtout parce qu’il s’identifie nous l’avons montré -à un espace
déjà valorisé
politiquement et économiquement par le
pouvoir tahitien. Un espace qu’il importait de
contrôler en s’y implantant solidement. Une
politique dont Bruat va être l’initiateuravec le
capitaine de vaisseau Rimbaud, le premier
“urbaniste” de Papeete. Les deux hommes
vont construire des ponts, mener les premiers
travaux de drainage, bâtir les casernes et les
bâtiments administratifs qui sont les premiers
signes tangibles de la présence française. Tous
ces travaux conduits par la
garnison militaire
et par des spécialistes venus de Paris vont
susciter,
nous
dit
M.
Panoff, “un
boom
extraordinaire du commerce et de l’artisanat
Les recensements
antérieurs à 1962
n'introduisirent pas de
distinction entre les
“Polynésiens” et les
“Demis”. Il est infiniment
probable que ceux-là
sont bien davantage que
ceux-ci responsables
des taux de croissance
imputés aux
“Océaniens”. A noter
qu’entre 1951 et 1962, la
population européenne
s’accroît très vite, mais
les taux enregistrés ne
concernent encore que
des effectifs de départ
limités.
MAHINA
1951
Européens
Océaniens
Chinois
Autres
Effectifs, croissance (en bleu)
et répartition (en rouge)
des catégories socio-ethniques
dans ia “zone urbaine" (1951-1962).
74
Totai
ARUE
1962
9
28
1,16
2,58
730
970
93,7
89,48
33
69
4,24
6,37
7
17
0,9
1,57
779
1 084
1951
211
32,88
109,09
142,86
39,15
PIRAE
1962
55
194
5,47
9,53
654
1 441
65,07
70,81
275
357
27,36
17,54
21
43
2,1
2,12
1 005
2 035
1951
252,73
120,34
29,82
95,45
102,49
PAPEETE
1962
99
383
5,71
9,11
1 407
3 385
81,19
80,56
181
371
10,44
8,83
46
63
2,66
1,5
1 733
4 202
286,87
140,58
104,97
36,96
142,47
1951
1962
905
1 130
5,95
5,68
10 923
14 176
71,76
71,23
3 181
4 238
20,9
21,29
211
359
1,39
1,8
15 220
19 903
24,86
29,78
33,23
70,14
30,77
LES ILES DU VENT
révèle le seul nombre des patentes
acquittées (167 en 1847 et 176 en 1848 contre
que
73”
en
1846), “confirmation d’une certaine
stabilité de l’implantation française...”.
embarcadères. Un habitat en îlots délimités
par des rues dont le plan géométrique et
l’orientation
sont
déterminés
par
l’implantation des premiers grands éléments
de l’infrastructure urbaine : le Broom, qui
deviendra la route de ceinture, la Papeava
1860, Papeete voit ses
Dans les années
fonctions politico-administratives renforcées ;
“cité administrative” s’est installée
une
au
débouché de la vallée de Sainte-Amélie ; les
frères
arrivés
Ploërmel,
de
en
1858,
ont
première “école” derrière le
temple de Paofai. Mais c’est avant tout un
port, une cité cosmopolite où la présence
étrangère est particulièrement visible : gens de
sac et de corde plutôt instables, notables (les
construit
leur
Salmon,
l’économie.
les
Les
Brander...)
Français,
contrôlant
minoritaires,
occupent les postes de commandement poli¬
tique et militaire, ou (il s’agit surtout d’anciens
colons
et
Le
militaire des années 1840 qui a
croissance démographique
boom
entraîné
Un boom qui est le point de départ d’une
première croissance démographique et d’une
première densification de l’habitat sur le
pourtour de la rade où se multiplient les
régularisée...
Papeete, ville coloniale
militaires) végètent dans le commerce
l’artisanat ou exercent de “petits métiers”,
toutes activités dont l’exercice sanctionne leur
échec dans l’agriculture.
la
enregistrée en 1863 n’a pas été suivi en effet
d’un
développement significatif dans le
Protectorat (voir volume 6, chapitre ôjet ce,
dépit de la constitution - aux dépens des
anciens nianahune - de grands domaines
fonciers appropriés par les colons ( W. Stewart
en
à
exemple, mais aussi des
Atimaono par
résidents de Papeete) ou par des notables
locaux (anciens ari’i) appartenant à
la
catégorie socio-culturelle “demie” en voie de
formation.
socio-économique qui,
situation
Une
des répercussions démo¬
graphiques, puisque, si l’on en croit les recen¬
sements, la croissance de la population ne
bien
entendu,
a
dépasse pas 0,7% par an entre 1863 et 1921. Il
faudra attendre cette date pour qu’elle prenne
ce taux passant à
1921-1946 (contre 4%
pour l’ensemble du Territoire).
Une évolution qui, dans sa première
phase, a incontestablement des causes con¬
joncturelles ; incendie de 1884 qui “dévaste
notamment une quinzaine de bâtiments...,
cyclone de 1906 qui détruit la moitié de
véritablement
son
essor,
6,8% pour la période
l’ensemble
urbain”
;
bombardement
par
Spee le 22 septembre 1914 ;
grippe espagnole de 1918 qui fait de nom¬
breuses victimes (voir volume 7, /;/;. 62-63).
l’amiral Von
Faut-il invoquer pour rendre compte de la
reprise démographique constatée à partir de
1921 “l’absence de cataclysmes naturels et les
progrès de la médecine” ? Oui, sans doute,
mais il ne faudrait pas oublier que l’expansion
de Papeete est fondamentalement due, à
compter de 1910, au développement de
l’économie de traite
qui va consolider
l’existence d’une société dont nous avons déjà
analysé la formation (voir volume 8, pp. 9-11 )
et indiqué qu’elle a connu son apogée entre les
deux guerres. Dans le contexte historique qui
a produit le système colonial,
Papeete est
d’abord le lieu où
se
concentrent
(dans des
proportions très supérieures à leurs effectifs
globaux) tous ceux qui, par leur statut,
contrôlent et dominent la vie politicoadministrative et économique des E.F.O. :
“Français nés hors colonie” (3,25% de la
population en 1946) ; Demis, nous voulons
parler de ceux qui, notamment, touchent la
rente foncière ; Chinois (24,9% en 1946) qui,
nous l’avons vu (voir volume 8, p. Il), Jouent
un
rôle essentiel dans le fonctionnement de
l’économie de traite et dans le commerce et
l’artisanat, activités éminemment urbaines où
supplanté les “petits Français” du
L’expansion de Papeete est d’ailleurs
chronologiquement liée à la formation de
cette
communauté
qui s’est nourrie
d’immigrants dont “le nombre croît de façon
rapide... à partir de 1907... avec une brusque
accélération du mouvement (qui s’arrêtera
ils ont
début.
avant
la Seconde Guerre mondiale) en
(voir vol. 7, p. 100).
Les Polynésiens ont aussi contribué, bien
entendu, au développement d’une ville où,
semble-t-il, ils étaient fort peu nombreux au
Les quartiers les plus
marécageux de Papeete
(entre Fare Ute et
Fautaua, lagon et route
de ceinture) sont aussi
ceux qui ont été le plus
tardivement occupés.
‘
XIX'^ siècle : “quelques groupements de cases
indigènes” selon le sociologue M. Jullien qui
nous apprend par ailleurs que, dans les années
50, en dehors d’une “population flottante” de
Paumotu présents à Papeete après chaque
campagne de plonge, cette catégorie socio¬
culturelle est surtout composée d’originaires
Motu Uta
Entre 1940et1950,selon
M. Jullien qui commente
un
1921”
croquis élaboré par
.Robert Auzelle.
des
districts
tahitiens
et
d’insulaires.
Une
immigration commencée au début du siècle
qui contribue, à la périphérie du centre
administratif et commerçant, à la formation
de quartiers d’apparence rurale (habitat lâche,
maisons sur pilotis, utilisation de matériaux
d’origine végétale...) qui regroupent autour
des
maisons
FAAA
PUNAAUIA
TOTAL
PAEA
de
réunions
les
Tahitiens à
Tipaerui, les
insulaires des îles Sous-le-Vent, à compter de
1910, le long de la Papeava ou à Manuhoe,
ceux des Australes, à compter de
1920, à
Orovini
ou
dans la vallée de
1951
1962
1951
1962
1951
1962
1951
1962
Puea...
101
270
28
274
9
49
1 206
2 328
4,94
7,33
2,26
11,3
0,76
2,24
5,2
6,56
(accès à des emplois relativement stables...) de
Le
167,33
878,57
444,44
degré d’intégration à la vie urbaine
qui ont souvent conservé des
avec leur fenua d’origine,
dépend de l’ancienneté de leur installation. Le
Papeete polynésien de la périphérie présente
ces
ruraux,
relations étroites
1 410
2 669
68.95
72,51
518
691
25.33
18,77
16
51
0.78
1,39
2 045
3 681
89,29
33,40
218,75
80
1 007
1 843
81,14
76,03
178
235
14.34
9,69
28
72
2.26
2,98
1 241
2 424
83,02
32,02
157,14
95,33
1 086
1 897
91,33
86,82
58
184
4,88
8,42
36
55
3,03
2,52
1 189
2 185
74,68
217,24
52,78
83,77
17 217
26 381
74,17
74,28
4 424
6 145
19,06
17,30
365
660
1,57
1,86
23 212
35 514
53,22
donc dans les années 50 un contraste saisissant
36,90
80,82
le Papeete du centre. L’ensemble de
l’organisme urbain est pourtant déjà
“travaillé” par les phénomènes qui vont faire
éclater le cadre spatial, devenu trop étroit, de
la ville. Des phénomènes déclenchés (voir
volume 8, pp. 16-17) par la crise du système
colonial, mais qui vont changer de dimension
avec
et de nature avec
l’arrivée du C.E.P.
75
VIVRE EN POLYNÉSIE
La formation
de l’agglomération
En 1951, le phénomène urbain concerne
commune de Papeete qui
exclusivement la
rassemble respectivement 49,9% et 24,2% de
la population de Tahiti et des E.F.O. Des taux
qui passent à 61,1% et 32,9% en 1962 avec
l’intégration à l’espace urbain des districts de
Pirae et de Faaa. L’agglomération de Papeete
est née : elle va dès lors repousser ses limites
très rapidement pour constituer la “zone
urbaine” qui, en 1983, concentre 55,9% de la
population du Territoire et la majeure partie
de ses activités, réduisant, si l’on peut dire, à la
portion congrue les espaces encore ruraux
qu’elle domine, ceux des îles du Vent, ceux des
archipels. Des espaces dont le poids démogra¬
phique relatif à l’échelle de la Polynésie
française ne dépasse pas respectivement
17,9% et 26,2%.
Notre propos n’est pas ici de revenir sur le
historique global (voir volume 8,
chapitres I et 2) dans lequel s’inscrit une
expansion urbaine qui s’accélère brutalement
avec l’installation du C.E.P., ni d’analyser à
nouveau un certain nombre de phénomènes
qui, tel l’habitat spontané (voir pp. 33-35),
contexte
traduisent
une
modification
des
rapports
socio-spatiaux anciens. Nous aimerions en
revanche, dans la perspective historique qui
est la nôtre, insister sur certains aspects, qui
nous
paraissent essentiels du processus
d’urbanisation ayant conduit à la formation
de l’agglomération : en suivant son dérou¬
lement spatio-temporel, en spécifiant le rôle
des acteurs engagés dans ce processus, celui
des popa’a expatriés notamment qui a été
déterminant. Une analyse indispensable à la
description et à la compréhension des
paysages urbanisés. Une analyse qui, malheu¬
reusement, restera très générale, compte tenu
de la qualité des documents disponibles
(voir p. 73).
Changements démographiques
et changements
socio-économiques
Ces insuffisances de données ont conduit un
géographe de l’O.R.S.T.O.M., Luc
Cambrezy, à suivre le déroulement spatiotemporel de l’urbanisation en construisant, à
l’aide des seules séries démographiques (19561977) un indice lui permettant de déterminer
quand chaque district (ou commune) franchit
le seuil qui sépare le rural de l’urbain. Une
méthode dont nous ne discuterons pas ici la
“position charnière” en 1977, son intégration
à la “zone urbaine” est sans aucun doute chose
faite aujourd’hui.
Luc Cambrezy aurait pu donner plus de
profondeur historique à son analyse en
utilisant les données démographiques
contenues dans les recensements précédents
(1936, 1946, 1951). Les graphiques (voir
p. 146) montrent sans ambiguïté en effet
que le processus d’urbanisation démarre en
1946. La pente des courbes qui enregistre
l’augmentation des effectifs se redresse bru¬
talement à cette date, une évolution s’amorce
qui va se traduire par une très forte augmen¬
tation des taux de croissance. Des taux dont la
valeur
relative permet
de suivre le dérou¬
lement du processus d’urbanisation jusqu’en
1956.
qui à cette date n’a pas
l’agglomération. La
carte dressée par Robert Auzelle en 1952 et
revue par
Michel Jullien en 1962 montre
clairement que le “phénomène urbain” n’a pas
encore
conquis à Papeete tout l’espace
“habitable” (plaine littorale, débouché des
vallées) dans les conditions techno-socio¬
économiques du temps. Les districts limi¬
trophes de Pirae et d’Arue n’en sont pas moins
travaillés par un “bouillonnement urbain” qui
conduit R. Auzelle, chargé d’établir un plan
d’aménagement de Papeete, à “étendre ses
investigations dans ces deux districts”.
Ceci étant, qui devait être rappelé, les
résultats obtenus par L. Cambrezy nous
paraissent tout à fait pertinents. Dès 1962,
Pirae et Faaa, avec 4 202 et 3 681 habitants
dépassent et de loin le seuil de 2 500 habitants
qui en France - ce critère variable selon les
écoles géographiques a, il est vrai, une valeur
toute relative
sanctionne le passage du rural
à l’urbain. Passage attesté en revanche par les
statistiques de l’I.N.S.E.E. qui montrent que
Un processus
encore donné naissance à
-
dans ces deux districts 4,72% et 23,71% des
actifs sont agriculteurs et pêcheurs, alors que
atteignent 62,1% et 43,1% pour les
publics “et privés”. De nombreux
espaces non urbanisés n’en subsistent pas
moins, ceux qui à Pirae notamment seront
occupés par les installations du C.E.P.
L’agglomération de Papeete est donc née
ces
taux
services
entre
1956 et 1962, mais c’est bien évidemment
organisme qui, en accélérant les mouve¬
ments migratoires - les taux de croissance
enregistrés entre 1962 et 1971 sont d’autant
plus impressionnants qu’ils s’appliquent à des
effectifs de départ relativement importants va emballer le processus qui a conduit à la
formation de l’agglomération que nous
connaissons aujourd’hui. Dès 1971, la popu¬
cet
lation
des
communes
de
la
zone
urbaine
dépasse le seuil indiqué tout à l’heure et il
suffit de se référer (voir tableau p. 146) à la
valeur relative de leurs taux d’accroissement
pour
constater
que
le
processus
spatio-
en cause s’est déroulé conformé¬
ment au schéma de Luc Cambrezy, Mahina et
temporel
surtout Paea étant les deux
dernières entités
territoriales à être intégrées à l’agglomération,
dont le développement marque depuis
1977,
pause toute relative, sauf à Mahina, à
Punaauia et à Paea. Notons pour finir - nous
une
n’avons pas retenu en la matière les données
du recensement de 1971 qui ne nous paraissent
valables - qu’en 1977, l’agriculture et la
pêche ont été pratiquement éradiquées de la
zone urbaine, ce secteur d’activité ne repré¬
sentant
que 6,1% des actifs à Paea, la
commune la plus favorisée.
Une tendance
confirmée par les chiffres de 1983.
pas
^Le rôle déterminant des popa’a
L’urbanisation est un processus de
changement démo-socio-spatial dont on ne
saurait, dans le contexte local, analyser la
signification et les implications géogra¬
phiques (densification de l’habitat et loca¬
lisation fonctionnelle de l’espace bâti) sans
Ce plan, d’après
R. Auzeile, n’a pas
besoin d’être beaucoup
commenté sinon pour
Papeete
1950
préciser que si la terre
est rare et chère
aujourd’hui sur le
territoire communal,
révolution socio¬
économique enregistrée
depuis 25 ans ne saurait
en être tenue pour la
seule responsable,
validité, mais dont
nous commenterons les
résultats à la lumière de certains faits.
L’indice d’urbanisation montre que le
phénomène urbain se diffuse dans les districts
de Pirae et de Faaa entre 1956 et 1962 ; entre
1962 et 1967, c’est la commune d’Arue qui est
à son tour intégrée à l’agglomération alors que
“Papeete présente des signes de saturation” ;
entre 1967 et 1971, Mahina et Punaauiasont à
leur tour urbanisées : l’agglomération atteint
ses limites actuelles, tandis que Pirae et Arue
présentent des “signes de fléchissement”.
Quant à Paea qui occupait encore une
76
I
I Propriétés communales
I Mission catholique
Mission protestante
[~
I Autres collectivités
LES ILES DU VENT
tenter de saisir le rôle des acteurs qui y sont
impliqués. Un rôle qui bien entendu est
fonction de leur statut. Une analyse difficile
car il
faut attendre 1962 - auparavant aucune
distinction n’est introduite entre Polynésiens
et Demis - pour avoir une connaissance suffi¬
samment précise de la répartition des catégo¬
ries socio-ethniques (voir volume 8, p. 9). Une
connaissance reposant sur les déclarations des
recensés, qui à cette date est encore fiable dans
la
intéressés assument leur
où les
mesure
statut dans le cadre de la stratification colo¬
niale.
Mais
une
connaissance
qui,
avec
le
passage du temps, devient de plus en plus
biaisée (voir l’évolution de la répartition entre
“Polynésiens-Demis/ Polynésiens européens”
dans les recensements entre 1977 et 1983) dans
une société
qui, en milieu urbain, se modernise
et s’idéologise rapidement. Ce qui conduit cer¬
tains de ses membres, originaires notamment
du milieu “demi”, à s’auto-définir en fonction
de critères socio-culturels, alors que ce sont
des critères socio-économiques qui fondent le
plus objectivement un statut qui se confond de
plus en plus avec celui de certains Chinois et
bien entendu des popa’a.
Des popa’a qui constituent le groupe de
référence, d’une part parce qu’ils sont
aisément identifiables (surtout quand ils sont
expatriés), d’autre part parce qu’ils ont joué et
continuent de jouer pendant toute la période
un rôle déterminant dans la vie de l’agglomé¬
ration. Une analyse qui, bien entendu, doit
être périodisée en tenant compte des grandes
étapes (1962-1971) qui ponctuent chronolo¬
giquement la formation de l’agglomération.
Entre 1951 et 1962, la communauté
popa’a enregistre (voir tableau p. 74) dans
toute la zone
Ceci étant, les popa’a ne sont pas assez
lation du C.E.P. Il suffit de
se
socio-ethniques
pertinents en milieu
urbain. Dès lors, il n’est pas sans intérêt de
noter que c’est au moment précis où se forme
une bourgeoisie locale de plus en plus occi¬
dentalisée que les controverses sur l’immi¬
gration se développent ; alors même que la
communauté popa’a,
réserve faite d’un
changement de tendance postérieur à 1983,
n’accroît plus depuis longtemps son poids
démographique relatif. Mais ladite commu¬
nauté se renouvelle ; pas au niveau des fonc¬
tionnaires civils qui sont remplacés, mais à
anciens
1971
{voir tableau ci-dessous : valeur absolue,
croissance, poids démographique relatif) pour
croissance, poids démographique relatif) pour
tendance
à
se
sont
encore
celui des militaires dont le nombre décroît
deux choses : d’abord que le
développement spatio-temporel du
phénomène urbain est lié à l’arrivée massive
des popa’a dont la venue contribue à alimen¬
ter les flux migratoires des Polynésiens qui
maintiennent
leur poids démographique
global en se concentrant préférentiellement à
Papeete et à Faaa ; ensuite que les catégories
socio-ethniques “demies” et chinoises, qui ont
constater
d’ailleurs
où les critères
recensement
référer, en
termes de comparaison, aux chiffres de
l’avons montré, est la dernière année de
nous
numériquement pour entamer
démographiquement (voir tableau p. 74)
et
socio-économiquement les positions
détenues par les Chinois et surtout par les
Demis. D’autant que ces groupes profitent
très
largement des changements socio¬
économiques intervenus.
Tout bascule après 1962 avec l’instal¬
nombreux
alors
que
s’installent durablement dans le
Territoire (à Punaauia par exemple) des civils
(métropolitains, caldoches) venus “faire du
business”. Dans la Polynésie d’aujourd’hui, la
compétition socio-économique est de plus en
plus rude entre les deux catégories de
bourgeois, les expatriés et les “locaux” qui
soulignent leur différence en usant très
largement d’un argument socio-culturel
qu’ignoraient leurs ancêtres “demis”. Dans ce
contexte, les Polynésiens qui sont margina¬
redistribuer dans
l’espace urbanisé (changements de résidence),
apparaissent
marginalisées
démographi¬
quement, ce qui ne veut pas dire qu’elles le
soient socio-économiquement. Ceci étant, et
compte tenu de cette dernière réalité, 1971,
socio-économiquement servent surtout
lisés
de faire-valoir dans le discours. La ville est
aussi un espace idéologique.
Papeete est une ville
dont 59% des
constructions dans les
années 60 sont
“en bois", nous apprend
M. Jullien dans son
“Inventaire socio-
logique des Foyers de
Papeete" ; 16% sont en
“fibres végétales”,
16% en dur et 9%
"inclassables”.
urbaine de très forts taux de
croissance. Une croissance qui lui permet,
d’Arue à Punaauia, d’accroître considéra¬
poids démographique
qui, compte tenu du
rôle socio-économique joué par les expatriés
dans l’après-guerre dans le Territoire pour
conjurer la crise (voir volume 8, p. 16),
contribue sans aucun doute à gonfler le poids
démographique relatif du groupe polynésien ;
un
groupe majoritairement
constitué
d’immigrés, du moins si on veut bien admettre
que sont Polynésiens et migrants les 39%
d’habitants de Papeete, Pirae et Faaa nés dans
blement
en
1962
son
relatif. Une croissance
les districts de Tahiti (à concurrence de 10,5%)
ou
dans les îles (28,5%).
Évolution de la population européenne dans la zone urbaine entre 1951 et 1983
1962
1951
1
2
3
1
2
3
1
2
1983
1977
1971
3
3
1
2
3,8
13,44
1 598
13,7
17,85
2,6
27,64
1 695
0,6
25,12
3
20,2
2 438
0,06
20,3
0,7
13,8
2
1
3
9
1,16
28
19,2
2,58
714
272,2
22,45
877
ARUE
55
5,47
194
23
9,53
1 935
99,7
35,04
1 634
-
PIRAE
99
5,71
383
26
9,11
2 976
75,2
29,4
2 447
-
PAPEETE
905
5,95
1 130
2,3
5,68
2 653
15
11,06
3 121
2,9
13,5
3 247
FAAA
101
4,94
270
15,2
7,33
1 561
53,1
13,68
1 770
2,2
10,4
2 221
4,2
10,1
PUNAAUIA
28
2,26
274
79,9
11,3
1 130
34,7
21,49
1 520
5,8
19,6
2 665
12,6
21,5
9
0,76
49
40,4
2,24
233
41,7
6,72
695
33
12,8
1 104
9.8
14,28
2 328
8,5
6,6
12 064
1,3
15,5
14 968
4
16
MAHINA
PAEA
ZONE URBAINE
1
-
2
-
3
-
1 206
5,2
Effectifs
Taux d’accroissement moyen annuel
Poids démographique relatif au sein du district ou de la commune
11 202
42,4
17,8
-
POLYNÉSIE
VIVRE EN
Le centre ville
tage et le quai au long cours. En 1964, la
Entité
géographique relativement
hétérogène, le centre de Papeete présente
néanmoins des limites assez nettes qui corres¬
pondent à celles que les premiers gouverneurs
avaient assignées à la ville au milieu du
XIX' siècle. Elles s’appuient sur des éléments
naturels : la Papeava à l’est, aujourd’hui
masquée par la rue des Remparts, la Tipaerui
l’ouest,
et,
corsetant
périmètre
de
70
à
étroitement
l’ensemble, la rade semi-circulaire et le talus
frontal des planèzes. A l’intérieur de ce
assez
hectares, dominent les
immeubles de deux ou trois étages, agrégés en
blocs triangulaires ou rectangulaires, séparés
par des rues souvent étroites.
Point de départ de multiples flux qui
soulignent sa fonction de commandement au
sein de l’agglomération et du Territoire, le
centre ville connaît une animation diurne très
intense
tration
qui témoigne du degré de concen¬
et
de la vitalité de
ses
activités de
service.
Le port : poumon principal
du Territoire
Ancien comptoir colonial, Papeete a gardé un
tissu
urbain structuré autour du port :
l’avenue du front de mer et les axes intérieurs
que sont la rue des Remparts et les rues Foch,
de Gaulle et Destremeau sont reliés par 1 1
voies courtes
en
partir des quais.
Dès
pente douce, rayonnant à
le début du XIX' siècle,
la rade
devint le lieu d’ancrage préféré des baleiniers
et des
navires de commerce. Bien abritée et
couvrant
160 hectares, elle communique avec
11,30 m de profon¬
Jusqu’à la fin de la Première Guerre
mondiale, les équipements portuaires se résu¬
maient à quelques appontements de bois,
d’abord perpendiculaires à la plage, puis
parallèles au plan d’eau approfondi. C’est à
partir de 1922 que le gouverneur Rivet fit
réaménager le port et maçonner les quais,
mais il ne s’agissait alors que de permettre un
l’océan par une passe de
deur.
trafic annuel
inférieur à 100 000 tonnes.
L’établissement de la base arrière du C.E.P. à
Papeete et les transformations prévisibles de
l’agglomération amenèrent le Port autonome
(organisme public territorial créé en 1962) à
prévoir des extensions portuaires sans précé¬
dent. Financés à 90% par l’État, les travaux
furent achevés en 1967.
Aujourd’hui,
une
digue établie
sur
le
récif, longue de 2 100 m et haute de 5,10 m
protège l’ensemble des installations. Les terre-
pleins aménagés à l’emplacement de Motu
princi¬
pale zone de transit des marchandises. Entre
Motu U ta, où est également établie l’admi¬
nistration du port, et Fare Ute, qui accueille
les entrepôts de 9 maisons d’import-export et
U ta couvrent 16 ha et constituent la
de 43 maisons de commerce, le récif remblayé
joue un rôle de trait d’union. 11 est le support
d’une artère qui se raccorde à l’avenue du
front de mer par le pont de Fare Ute et permet
la livraison annuelle de 730 000 tonnes de
marchandises (1986) et l’acheminement de
137 000 tonnes de fret vers les quais du cabo¬
78
pointe de Fare Ute a été élargie par d’impor¬
tants
remblais
sur
lesquels s’étendent
aujourd’hui les cuves de stockage pétrolier, la
base marine et les ateliers de réparation navale
de la D.C.A.N.
Au nord, de nouvelles
extensions sont
prévues jusqu’à la passe de Taunoa pour
aménager un port de pêche et construire de
nouveaux
dépôts d’hydrocarbures. Enfin,
plusieurs flottilles sont basées le long des
900 m de quais anciens qui entourent la rade :
celles des ferries, des bonitiers et des yachts, le
quai d’honneur étant réservé aux paquebots
de croisière. A l’exception de l’huilerie et de
quelques ateliers de petite métallurgie, le port
n’a
fixé
constitue
aucune
le
activité
relais
activité commerciale.
industrielle, mais
essentiel
d’une
intense
Les espaces commerçants
C’est autour de la rade, à proximité immédiate
lieux de transbordement, que s’instal¬
lèrent les premières maisons de commerce au
des
XIX' siècle. Elles formaient un petit front de
où les négoces de gros et de détail étaient
mêlés. Ces deux fonctions sont aujourd’hui en
mer
partie séparées. Fare Ute et Motu Ua jouent
plutôt un rôle d’entrepôt, tandis que le
commerce
de
détail
domine
entre
la
rue
Clappier et la poste centrale. Au sein même de
cet espace commerçant, on peut distinguer
deux zones où les établissements s’adressent
en
majorité à des clientèles différentes, ces
deux
zones
s’articulant
autour
de
la
rue
Jeanne d’Arc.
Au nord de cette rue, le marché constitue
encore
le
pôle
essentiel
du
commerce
LES ILES DU VENT
populaire, même si les productions qui y sont
commercialisées (vivrières surtout) ne repré¬
sentent plus que 8% du tonnage des produits
importés et vendus dans les magasins. La
présence permanente de plus de 100 étals,
auxquels s’ajoutent ceux de 350 autres
commerçants et producteurs en fin de
semaine, génère des flux multiples et
provoque le quasi-blocage des rues adja¬
centes par les 250 trucks y ayant fixé leur tête
de ligne. A la périphérie du marché, des
commerces de complément tenus pour la
plupart par des Chinois, captent une clientèle
aux revenus généralement modestes. De la rue
des Écoles à la rue Gauguin, le long de la rue
Foch
et
des voies affluentes dominent les
petits établissements à gestion familiale dont
l’agencement n’a guère varié depuis le début
des années soixante. Les plus proches du
marché ont parfois gardé la structure des
magasins de marchandises générales à
laquelle est restée fidèle une clientèle presque
exclusivement polynésienne.
A l’ouest de
la
rue
Jeanne d’Arc, les
boutiques de luxe se sont multipliées : elles
sont
implantées au rez-de-chaussée des
immeubles du front de mer ou regroupées en
galeries marchandes dans les centres commer¬
ciaux (Vaima, Bruat) qui ont été construits
par de puissantes sociétés promotrices depuis
la fin des années 70. Ici, le Polynésien est plus
spectateur que partie prenante d’un circuit
économique qui, centre Aline excepté,
satisfait surtout les besoins de la bourgeoisie
popa’a, “demie” et chinoise.
la proximité du coeur économique de la cité
(pour le contrôler et en tirer sa substance),
Papeete a vu se constituer un quartier
politique dès la première moitié du
siècle, entre le front de mer et le
Mt Faiere. Les vastes pelouses de la place
X1X=
Tarahoi, le square Bougainville et l’avenue
Bruat aèrent cette partie de la ville qui a connu
d’importants travaux de rénovation à la fin
des années 60. Les palais en bois de la reine et
du gouverneur ont fait place à l’Assemblée
territoriale et à la résidence de style néo¬
polynésien du haut-commissaire. Sur le côté
ouest se tiennent la résidence du président et le
bureau des affaires
polynésiennes. Tout au
long de l’avenue Bruat, des bâtiments massifs
Les espaces des pouvoirs
abritent les services administratifs (bureau des
A l’image de nombreuses villes françaises, où
l’équipement,
l’autorité politique et administrative apprécie
subdivisions
administratives,
services
de
de l’aménagement, des
archives...), la Sûreté générale voisine du
palais de justice, la gendarmerie, le quartier
militaire du R.LM.A.P. et enfin les bureaux
des ministères et du conseil de gouvernement.
Disséminés à la périphérie de cette remar¬
quable concentration d’autorités, et enclavés
dans des quartiers aux fonctions différentes,
trois autres espaces de pouvoirs apparaissent.
Il s’agit de la mairie, fondée en 1890 au cœur
du Papeete commerçant et lieu central des
manifestations démocratiques en Polynésie.
Ce sont aussi les quartiers des Missions :
évêché entouré d’importantes infrastructures
scolaires catholiques à l’entrée de la vallée de
la Papeava et siège de l’Église évangélique à
Paofai qui organisent la vie religieuse de plus
de 120 000 personnes.
La fonction résidentielle
La population résidant au centre ville ne
s’élevait qu’à 2 744 habitants en 1983, soit une
Page de gauche,
haut :
Le deuxième pôle des
services marchands de
en
Papeete s'étend à
l'ouest de la rue Jeanne
d'Arc. Il contraste par
son architecture
moderne avec les
constructions des
années 1950 et 60 tel
l’immeuble Donald à
gauche. A eux seuls, les
centres Vaima et Aline
(au centre) abritent
environ 80 magasins,
agences, restaurants,
cinémas..., soit une
Le quartier de Tarahoi,
cœur
politique de la cité
et du Territoire. La reine
Pômare Vahiné IV s’y
établit en 1839 et
Armand Bruat fit
construire à proximité
la première résidence
du gouverneur en 1843.
Amourd’hui, le pouvoir
d’Etat et les pouvoirs
territoriaux cohabitent
encore autour de la
place : Assemblée
territoriale à gauche,
résidence du président
à droite et celle du
haut-commissaire au
densité exceptionnelle
centre.
Page de gauche, en bas :
Sur cette vue aérienne
de Papeete, le centre
ville s'inscrit nettement
dans un périmètre en
forme d'accent
circonflexe coiffant la
rade. La forte densité
d'immeubles
Cette carte de la densité
de population (1 point
pour Papeete de
70 établissements par
hectare-sol.
polyvalents et la rareté
des espaces verts lui
confèrent une apparente
homogénéité, face aux
banlieues voisines où
dominent les maisons
individuelles.
rouge = 20 habitants)
fait apparaître le sous-
peuplement du centre
de Papeete. Les
densité moyennede39 hab./hacontre61 pour
le reste de la commune de Papeete. La plupart
résidents vivent en appartements de
standings très divers ; généralement modeste
des
dans la moitié nord et souvent de haut niveau
dans les immeubles résidentiels du front de
mer. Les habitations traditionnelles en bois
constituent néanmoins une part encore
notable du tissu urbain dans les quartiers de
Paofai, Le Cail-Galenon et Apua Flaari.
Faute d’étude de synthèse, le profil de la
nous est assez mal
Les données de la composition par
population du centre
connu.
âge indiquent une forte proportion d’adultes
de 20 à 64 ans (66,6% contre 47,3% pour
l’ensemble du Territoire) et on peut supposer
que la part des actifs du secteur tertiaire est au
moins égale à la moyenne de la commune
entière : 78%. Quoi qu’il en soit, la fonction
résidentielle tend à se réduire en raison du prix
très élevé des terrains et de la construction
de la préférence des promoteurs
les locaux à usage de bureaux et de
ainsi que
pour
constructions vétustes
commerce.
remplacées par des
immeubles de grand
standing dont le prix
moyen au mètre carré
équivaut à deux mois
est apparu depuis le milieu des années 70.11 se
sont progressivement
d'un salaire d’ouvrier.
De 1977 à 1983, le solde
migratoire s'est établi à
-14 968 personnes pour
la commune de Papeete.
Ainsi, un véritable “phénomène de city”
traduit par un rejet des habitants vers des
banlieues de plus en plus éloignées, l’afflux
quotidien de 60 000 personnes vers les lieux de
travail du centre et l’adoption progressive
d’une
architecture
l’exiguïté du site.
verticale
imposée
par
79
VIVRE EN POLYNÉSIE
Les banlieues
demeures bourgeoises (Punaauia, Paea Nord
De
part et d’autre du noyau urbain
central s’étire une vaste zone urbanisée qui, de
la rivière Ahonu de Mahina (P.K. 12,5 est) au
lieu-dit Taverea (Paea, P.K. 24 ouest), couvre
les plaines et les premiers versants en dépit de
quelques discontinuités liées au relief ou au
mode d’occupation du sol. Cet ensemble
comptait 90 550 habitants en 1983, soit 97%de
la population totale de l’agglomération. 11
faudrait cependant en retrancher les résidents
des quartiers orientaux de Papeete, installés
dans une zone de transition entre le centre ville
et
les banlieues proprement dites.
A l’est de la rue des Remparts s’étend en
effet une zone péricentrale bien reliée au cœur
de la ville par trois avenues et servie par un
quadrillage de voies secondaires. Le peuple¬
ment y a débuté vers 1930. 11 est aujourd’hui
particulièrement dense derrière l’hôpital
Mamao et
au
nord de l’avenue du Prince
Hinoi, là où des migrants des Australes, des
Tuamotu et des îles Cook
Dans cette
se
sont
entassés.
partie de Papeete où l’habitat
insalubre est très étendu (44 hectares si l’on
inclut la vallée de la Mission), le paysage
urbain est très contrasté. Les immeubles de un
à deux
étages, à vocation commerciale et
résidentielle,
s’élèvent de plus en plus
long des avenues principales et
dominent un habitat ancien, en voie de dispa¬
rition. Dans des quartiers actuellement bien
aérés, ils composent des sortes d’antennes
prolongeant le centre ville jusqu’à la Fautaua.
nombreux le
Au-delà
commencent
tiels
de
cette
zone
péricentrale
les banlieues, espaces résiden¬
déconcentration des activités
et
de
urbaines qui se sont développées depuis 1950.
Les banlieues résidentielles
Dans
cette
englobe
les
partie de l’agglomération qui
communes
de Pirae, Arue,
Mahina à l’est et de Faaa, Punaauia et Paea à
l’ouest, les paysages urbains sont essentiel¬
lement constitués d’espaces résidentiels où
domine l’habitat pavillonnaire. A l’exception
de quelques beaux élargissements de la plaine
côtière à Pirae et au droit de la Punaruu et de
la Tuauru, les reliefs se
prêtaient mal à la
formation d’une agglomération. Sur les 33 km
de banlieues littorales, 12 seulement ont pour
cadre une plaine de plus de 500 m de largeur.
Ailleurs, les lambeaux de planèzes, séparés
par des vallées profondes et retombant assez
abruptement sur la plaine, constituent un
milieu compartimenté et coûteux à aménager.
Au début des années 70, les espaces libres se
firent rares en plaine et, sous l’impulsion de
promoteurs privés se livrant à des opérations
immobilières
de
grande envergure, les
versants commencèrent
à être systémati¬
quement occupés. D’après les résultats par
districts du recensement de 1983, 33 000 per¬
sonnes
vivent sur les hauteurs, 8 000 dans les
basses vallées et 37 000 en plaine.
Il n’est pas de forme d’habitat propre à
chaque milieu physique et on ne peut plus
opposer systématiquement, sur ce plan, a tai
(côté mer) et a tua (côté montagne). Il existe
certes des portions du littoral où dominent les
80
baie du Taaone à Pirae), tandis que les
vallées et les piémonts accueillent plutôt les
exclus de la croissance : rives de la Tuauru, de
et
la Fautaua, de la Nahoata, de la Vaitiu et bas
de versants de Faaa, d’Arue, d’Outumaoro.
Depuis 1965, l’occupation anarchique des
espaces disponibles a cependant fait naître de
nombreuses juxtapositions de formes
d’habitat et de genres de vie très différents. Si
l’on
excepte quelques grands lotissements
homogènes s’adressant aux classes aisées
(Taina et Lotus à Punaauia, Super-Mahina)
les lotissements sociaux de Puurai et
Oremu à Faaa, les contrastes apparaissent sur
ou
de courtes distances entre un habitat modeste
et des villas de standing. 11 en est ainsi au sein
des lotissements Frima (Arue), Te Maru ata
(Punaauia), entre la Cité de l’Air et les
quartiers Bordes et Etilagé de Faaa, entre les
quartiers Afarerii et Lagarde à Pirae par
exemple.
vient
En fait, le seul trait d’unité des banlieues
de
ce
qu’elles
subissent
l’influence
puissante de Papeete, nœud des échanges,
source
majeure de services et d’emplois
(22 085 pour une population de 7 317 actifs
résidant
et
travaillant à
Papeete). En
moyenne, 30,2% des actifs vivant en banlieue
occupent un emploi dans leur commune de
résidence, mais 51,3% vont travailler quoti¬
diennement à Papeete et 18,5%dans une autre
de l’agglomération. L’importance
migrations pendulaires entre 6 h et 8 h,
puis de 16 h à 18 h (voir graphique p. 82)
commune
des
confirme
la
fonction de “dortoir” des
banlieues où 89,4% de la population active
sont salariés.
Cependant, tous les foyers n’ont pas
calqué leur mode de vie sur celui des ban¬
lieusards des pays industrialisés. Dans les
quartiers où s’est maintenue la petite propriété
polynésienne et “demie” subsistent encore des
comportements traditionnels, typiques des
districts ruraux : approvisionnement auprès
du petit commerce chinois, activités reli¬
gieuses et sportives dans le cadre paroissial,
formation saisonnière de groupes de pêche au
ature,
bringues de quartier... Il faut enfin
relativiser l’aspect satellitaire des banlieues,
dans la mesure où elles fournissent 39,5% des
emplois de l’agglomération et où les activités
de service aux particuliers s’y sont rapidement
développées.
Espaces annexes
et espaces d’autonomie
l’étroit dans son cadre naturel, Papeete a dû
déconcentrer une partie de ses activités vers les
LES ILES DU VENT
communes
voisines dès le début des années
soixante ; ses fonctions de capitale l’ont aussi
amenée à annexer d’importants espaces péri¬
alimentaire,
des
sociétés
du
bâtiment et
publics, des ateliers d’imprimerie et
de petite métallurgie, une nouvelle centrale
électrique et diverses sociétés de maintenance.
travaux
phériques. Point de contact majeur avec le
reste du monde, Papeete fut équipée d’un
aéroport international en 1962.
Aménagé sur le lagon remblayé de Faaa,
celui-ci engendra la formation d’un pôle tou¬
ristique important dans la zone TataaOutumaoro (538 chambres) ainsi que la
construction progressive de huit autres hôtels
de Auae à Tahara’a (739 chambres). Le
transport aérien a également sécrété des
activités de maintenance et de transit qui
emploient près de 500 personnes à proximité
et dans l’enceinte de l’aéroport.
Port stratégique et base arrière du Centre
d’expérimentations nucléaires, la capitale ne
pouvait accueillir tous les personnels et les
jouent cependant un rôle notable dans la vie
économique locale, par exemple P, B.A.
Pugibet (Mahina et Punaauia), Caudèle
(Arue), Taputuarai (Pirae) et de nombreux
le milieu du XIX*^ siècle, le principal quartier
certaine, autonomie en matière de services. A
moyens logistiques nécessaires à la fonction
militaire qui lui fut attribuée en 1962. Depuis
militaire
en
Polynésie était établi dans la
étroite de Sainte-Amélie et à son
débouché sur l’avenue Bruat. L’État a réalisé
vallée
d’importantes acquisitions foncières à Pirae,
Arue et Faaa, au point que la superficie des
terrains
armées
actuellement
dévolus
aux
forces
(R.LM.A.P. à Faaa, camp d’Arue,
périmètre du C.E.P, à Pirae) égale aisément
celle du centre-ville.
La
constituent des pôles
Saturées,
ces
zones
l’intérieur
de
l’agglomération. Arue attire
d’activité importants qui orientent une partie
des flux quotidiens de main-d’œuvre à
ainsi 2 150 migrants par jour, Punaauia 830 et
Pirae, pôle tertiaire, plus de I 600.
Les activités de production et de service
des banlieues se sont développées plus à l’ini¬
tiative de décideurs établis à Papeete (ou à
l’étranger) qu’à celle d’entreprises originaires
des
communes
considérées.
Ces
dernières
ateliers à structure artisanale.
Les
banlieues
disposent
aussi
d’une
proximité des carrefours importants de la
I
de ceinture et des voies d’accès aux
lotissements ou aux vallées se sont agrégés des
route
et des services dits de proximité
(supermarehé voire hypermarché, stationservice, agence bancaire, pharmacie et cabinet
médical, magasin de vêtements) auxquels
peuvent s’ajouter diverses boutiques spécia¬
lisées.
Ces
petites concentrations sont
toutefois géographiquement dissociées de la
plupart des services publics (mairie, poste,
commerces
services administratifs et culturels) et
forment donc pas de véritables noyaux
urbains. De Mahina à Paea, “aller en ville”
autres
ne
signifie donc invariablement se rendre à
Papeete, alors qu’aucune des communes de
l’agglomération ne compte moins de 8 000
habitants (1987),
Espaces
inorganisés, les banlieues
chaque année 4 000 habitants
supplémentaires et contribuent, en l’absence
de tout schéma directeur d’aménagement, à
aggraver les dysfonctionnements des équipe¬
accueillent
ments et des
services actuels.
Zone portuaire et aérodrome
I
Zone à forte densité (administrations, commerces)
n
Zone à densité moyenne
I
Extension récente
fonction portuaire de Papeete et
firmes déjà implantées en ville
l’essor des
exigeaient également des espaces importants à
la fois pour le stockage des marchandises et
l’installation d’ateliers industriels. Le coût des
extensions sur le lagon, à Motu Uta et Fare
Ute, ne pouvait qu’inciter à l’aménagement de
zones
spécifiques dans les endroits les moins
attractifs pour l’habitat résidentiel : vallées de
Tipaerui, de la Fautaua (Titioro), de la
Punaruu et étendues marécageuses d’Arue-
Elles ont accueilli des entrepôts
commerciaux, des industries du secteur agro-
centre.
Page de gauche :
La plaine de
lotissements ont
L'agglomération de
Papeete en 1966 entame
la conquête des
premiers versants. Elle
connaît déjà une
colonisé les hauts de
Punaauia, Faaa, Pirae et
Mahina les années
suivantes, le périmètre
5%, mais le tissu urbain
est loin d'être saturé à
cette date. En effet, si
40 000 hab. en 1966) a
croissance annuelle de
Punaauia-Paea a fait
l'objet d'une
urbanisation intense
entre 1962 et 1983 : la
quelques grands
cartographié ici d'après
F. Doumenge (environ
gagné près de'
20 000 habitants en
20 ans.
population y est passée
de 4 619 habitants à
19 756, pour les deux
districts. Les
lotissements
résidentiels à usage
locatif (au premier plan,
celui de Punavai Plaine)
constituent de petites
“cités" aux alignements
stricts, alors que les
lotissements destinés à
la vente, notamment sur
les versants,
comprennent des
parcelles plus vastes,
aménagées de façon
variée. Au centre, la
basse vallée de la
Punaruu, bien
raccordée à la route de
ceinture, est la plus
récente zone industrielle
de l’agglomération. Elle
ne constitue cependant
qu'un espace de
déconcentration pour
les établissements à
l’étroit dans le centre
ville.
La commune d’Arue, à
l'extrémité orientale de
la plaine de Papeete-
Pirae, comprend une
centaine d’hectares
plans dont 23 sont
occupés par une enclave
militaire (au premier
plan). Espace saturé,
Arue a connu le taux
d’accroissement
démographique le plus
faible des communes de
Tahiti depuis 1977,
Papeete exceptée. Du
vaste ensemble des
résidences individuelles
qui montent à l'assaut
des versants
(lotissement Erima), se
détachent les grands
bâtiments de la zone
industrielle de Papaoa ;
11 entreprises y
employaient
767 personnes en
1985.
81
VIVRE EN POLYNÉSIE
Papeete diffuse
son
radio et télévision, couvre tout le secteur par
ses
mode de vie
déclin, c’est que la vidéo, alimentée par des
clubs locaux et des cars aménagés, a brutale¬
en
Au-delà de la zone urbaine de Tahiti et à
Moorea, les districts périphériques des îles du
30 000 habitants, soit autant
que les îles Sous-le-Vent, les Marquises et les
Australes réunies. C’est cette population qui,
dans son nombre, sa composition, ses migra¬
tions, son mode de vie, ses activités, subit une
évolution
brutale
depuis une vingtaine
d’années. Papeete, qui est devenue le lieu de
diffusion de la “modernité”, tend à imposer
une conception du modèle urbain occidental,
à orienter l’activité économique et à struc¬
turer l’espace à son profit.
Vent comptent
Les citadins au district
Les premiers vecteurs de cette diffusion sont
les habitants d’origine citadine. C’est bien plus
jouant le rôle de modèle que par leur
nombre que ces personnels qualifiés véhi¬
culent la culture urbaine en s’efforçant de
développer une mentalité technicienne en
milieu rural. Tel est le cas des spécialistes
employés à plein temps au Cnexo à
Vairao et dont la ferme pilote de Teahupoo,
“Aquapac”, a pour vocation de vulgariser les
techniques de production aquacole. C’est
aussi le rôle du personnel de la station
d’élevage de Taravao, comme celui des
pépiniéristes du C.l.R.A.D. à Papara
(Groupe d’Études et de Recherches pour le
Développement de l’Agriculture tropicale),
sans oublier à
Moorea les professeurs du
Lycée d’Enseignement agricole d’Opunohu
qui forment environ 80 élèves. Les autres
métropolitains présents au district sont aussi
porteurs de cette culture urbaine. Peu
nombreux à Hitiaa (1,6% de la population
totale), ils forment un noyau notable à Papara
(plus de 5%) et à Taiarapu Est (7%), commune
qui inclut Taravao. En plus de cette présence
continue, les migrations de loisirs des citadins
en
mettent
les
ruraux
au
contact
12 réémetteurs. Enfin, si le cinéma rural est
avec
ment suscité Une demande en forte croissance.
Ces divers canaux ajoutant leurs effets, qu’en
est-il de l’impact du mode de vie urbain dans
sonnes.
La cohabitation des trois générations
fréquente et le taux de divorces est
plus faible qu’en ville. Les Églises, avant tout
l’Église évangélique, maintiennent ici une vie
associative toujours intense sur les plans
religieux, éducatif et sportif. Elles constituent
est assez
conservatoire des valeurs traditionnelles
à l’individualisme urbain. L’étude de
l’habitat montre que la pleine propriété du
un
les districts ?
face
La culture urbaine vécue
logement est beaucoup plus répandue qu’en
au
district
L’evolution des modes de vie est rapide mais
incomplète. La population reste à 85%
polynésienne et les comportements familiaux
sont encore
traditionnels. La population des
districts comptant de 51 a 55% de moins de 20
ans, chaque foyer abrite en moyenne 6 à 7 perLes techniciens et les
ouvriers du C.l.R.A.D.
l’acclimatation de
nouvelles variétés
d’une station d’essais
à Papara et d’antennes à
le traitement des
maladies de la vanille et
du cocotier.
(à droite) disposent
Taravao, Opunohu et
Rangiroa. Leurs
recherches, adaptations
des savoir-faire
occidentaux, portentsur
la culture de la vanille.
légumières et fruitières,
Ci-dessous :
Récent lotissement
au cœur du village
de Tautira.
des
différents et apparemment
enviables. Les citadins qui, chaque week-end,
comportements
se
rendent
dans
les
districts tahitiens
ou
chenal, obéissent à des motiva¬
tions fort diverses, qu’il s’agisse de loisirs
traversent le
sportifs (golf, moto-cross et jeux nautiques)
plus simplement du
dépaysement procuré par un tour de l’île. On
compte 600 résidences secondaires dans la
région étudiée. Les ruraux employés dans
l’agglomération sont également porteurs des
valeurs citadines lorsqu’ils regagnent leur
district : ces salariés, pour la plupart, vivent en
d’une visite aux fetü ou
Évaluation en 1985 du trafic routier horaire et journalier : flux maxima entre
et les districts les jours ouvrables sur la Côte Ouest
PAPEETE
1 950
600
2 400
520
1 800
730
SC IR
17 h
effet hors de leur lieu de travail une détente
consommatoire.
L’ensei¬
16 h
essentiellement
gnement secondaire dispensé par les collèges
de
Papara, Taravao, Afareaitu et Paopao
constitue aussi
un
média efficace tant par
l’origine du personnel essentiellement métro¬
politain qui le dispense que par son contenu. Il
en est de même des
quotidiens de Papeete
distribués le jour même dans toute l’île de
Tahiti et à Moorea. Les centres commerciaux
principaux bourgs assurent la vente de
nombreux magazines tandis que R.F.O.,
des
82
DISTRICTS
MATIN
6 h à 7 h
1 050
1 410
800
1 210
1 160
1 680
Moyenne hebdomadaire du nombre de véhicules
Moyenne par lundi du nombre de véhicules
Moyenne par vendredi du nombre de véhicules
Papeete
LES ILES DU VENT
ville, l’individu se sentant encore fortement lié
patrimoine foncier de sa famille. La
location est donc moins répandue qu’en ville ;
au
plus encore : les meublés sont plus rares
puisque la clientèle ici est davantage poly¬
nésienne. Ainsi, les maisons familiales tradi¬
tionnelles juxtaposent souvent le fare metua
des parents, vaste, et les maisons des enfants
plus réduite. Cette organisation de
l’espace bâti est assez fréquente à Hitiaa, Teva
i uta et Taiarapu Ouest. Les transformations
de la vie quotidienne et de son cadre sont
de taille
toutefois nombreuses.
L’agriculture et la pêche n’occupent plus
qu’une minorité d’habitants à Moorea,
Hitiaa o te ra. Dans ces
le salariat peut intéresser jusqu’à
60% des actifs et, de plus, les populations ont
Taravao
et
communes,
Régime de Protection
Milieu rural. Chaque foyer est
accédé récemment au
sociale
en
beaucoup plus dépendant de
économique et des services de la
désormais
l’activité
capitale ; en participant au mode urbain de
perception des revenus, les populations de la
région ont été intégrées à la société de consom¬
mation. L’habitat s’en est d’autant plus
ressenti que les cyclones de 1983 ont provoqué
ici de gros dégâts : les fare en construction
constituent
aujourd’hui la moitié des
chantiers en cours aux îles du Vent. Toutes les
enregistrent un taux de
résidence récente supérieur à celui de l’agglo¬
mération. Toutefois, notre secteur comporte
communes du secteur
proportionnellement plus d’habitations de
fortune, traditionnelles, à murs en bois, à sol
en terre battue. Si Taiarapu Ouest est la seule
à disposer d’un réseau d’égouts, l’eau courante
est distribuée dans 2 habitations sur 3 ; quant à
l’équipement des ménages, il a rapidement
progressé avec l’électrification des districts, en
à Moorea. 30% des foyers disposent du
téléphone, 65% de la télévision et 70% d’un
réfrigérateur contre respectivement 50%, 90%
et 90% dans l’agglomération de Papeete, Les
rythmes de vie ont été également bouleversés
par le renforcement des liens avec la capitale.
Chaque ménage se rend au moins une fois par
semaine à Papeete pour s’y approvisionner ou
avoir recours à un service public ou privé, et ce
d’autant plus facilement qu’un foyer sur 2
possède une voiture. Ces équipements
traduisent une aisance apparente, mais
l’endettement des ménages s’accroît. La scola¬
risation aujourd’hui complète de la jeunesse
suscite des déplacements massifs et multiplie
le nombre des personnes qui passent de 10 à
14 heures hors du foyer. La participation au
cours
mode de vie urbain date donc ici
beaucoup
plus des années 70 et 80 que de l’époque où le
C.E.P. s’installait en Polynésie.
Entre l’agglomération
de Papeete et Moorea
transitent
600 000 passagers et
171 000 tonnes de
marchandises (1986). La
mise en service de2 puis
4 ferries d'une capacité
d’emport de 30 à
80 véhicules a contribué
au
développement du
trafic maritime.
Cependant, une
concurrence acharnée
entre la S.A.R.L.
Le Prado et la
Compagnie Tahiti Linea
débouché sur l'abandon
de la desserte par la
seconde en août 1987.
Densité et croissance de la population
hors zone urbaine
Papenoo
La population de
l’espace tahitien, hors
agglomération, est
Tiarei
passée de 17 823 à
22 526 habitants entre
1977 et 1983, soit un taux
de croissance de 26,4%,
sensiblement supérieur
21,4% relevés pour
l'ensemble du Territoire.
L’essor démographique
de Taravao est égal à la
moyenne de la région,
preuve que le
aux
Mahaena
développement du
Hitiaa
Faaone
Densité (1983)
plus de 400 hab/km=
plus de 30 %
rapide de Papara et de
Papenoo (35,8% et
32,2%) conduit à
l'intégration progressive
l'agglomération de
Papeete.
Pueu
moins de 200 hab/km^
de 20 % à 29 %
Tahiti n’est pas encore
vraiment amorcé. Par
contre, la croissance
de ces deux districts à
de 200 à 399 hab/km®
Croissance (1977-1983)
2' centre urbain de
Tautira
Papara
Vairao
moins de 20 %
Teahupoo
83
VIVRE EN POLYNÉSIE
Papeete oriente
l’activité économique
Hitiaa
o
te ra.
Cette dernière
commune
60% des actifs résidents la quittent pour la
journée. Ceci étant, l’agglomération ne se
contente
pas d’attirer les travailleurs du
district ; elle contribue à la création d’emplois
sur place en suscitant le développement des
produits de base qu’elle consomme.
Papeete attire les hommes
Bien
que
l’agglomération représente le
premier marché de l’emploi en Polynésie, elle
n’a pas pour autant vidé les campagnes de leur
accru,
breuses que les départs mais les pyramides des
coprah récolté en Polynésie ; leur café n’est
plus ramassé ; quant aux vanillières de
Moorea, elles sont abandonnées ; ailleurs, en
dépit de la volonté politique, les surfaces
qu’elles occupent sont minimes. Ce recul est
compensé par de nouvelles activités qui
emploient en moyenne un travailleur sur dix
(un sur sept à Taiarapu). La culture la plus
expansive, liée directement au marché urbain,
réside dans le maraîchage, sous serres parfois,
en pleine terre plus souvent. Il associe les
choux, haricots verts, salades, carottes,
tomates et même les asperges et pommes de
terre de Taravao. L’ensemble représente plus
des trois quarts de la production horticole
Les arrivées restent plus nom¬
rapide du secteur public (mieux représenté
le secteur privé) depuis la création des
communes en
1972, le coût du logement en
aujourd’hui les départs défi¬
nitifs. En cas de départ, l’amélioration des
transports incite à des migrations surtout pen¬
dulaires. Ces déplacements intéressent 300
habitants de Taiarapu Ouest (30% de la popu¬
lation active) 600 de Teva i uta (43%) et 800 de
ville
limitent
anthuriums
malgré la crise de l’économie de traite.
Taravao, au nord de Moorea et sur la côte sud
sont
du
Pêche
84
Énergie
Bâtiment
Travaux pub.
1977
1977
1963
1977
1983
HItIaa O te ra
24,78
12,01
18,28
16,60
Taiarapu Est
27,28
15,92
14,61
15,92
Taiarapu Ouest
37,22
34,63
12,53
12,21
1,60
Teva 1 uta
27,69
28,73
15,51
10,47
Papara
19,33
18,75
21,45
19,06
0,26
Moorea - Malao
20,74
20,21
10,69
9,07
Zone rurale
25,36
20,95
15,17
Zone urbaine
4,08
2,45
10,87
Total
8,27
6,37
11,72
Industries
Transports
Communications
Quatre gros élevages laitiers
sur
1000 hectares d’un paysage
: ils représentent 90%
polynésien et alimentent les
troupeau
laiteries urbaines de Pirae (Sachet) et Arue
(Comat). L’élevage pour la viande est dispersé
en petites unités de 10 à 40 têtes, fournissant
15% des besoins locaux. Le cheptel bovin a
diminué de moitié depuis
1960, mais l’élevage
porcin a connu un essor remarquable : les 200
élevages recensés ici suffisent presque à la
consommation territoriale. 11 en est de même
spécialisée dans la fourniture
entreprises intégrées à
l’économie de marché ne doivent pas faire
de l’aviculture
des
oeufs.
commun
Ces
et un flux
chaque entrée de la ville
expliquent la saturation
des voies et imposent
de coûteux
Commerce
Activités
Banque
mal désignées
1977
1983
1977
1983
1977
7,34
6,41
4,52
11,19
7,71
32,15
49,81
0,67
5,28
3,63
3,42
8,36
6,55
41,55
5,40
3,80
3,44
3,40
10,56
6,70
29,24
1,33
4,10
4,9
3,72
2,45
8,72
6,23
39,10
45,86
0,75
7,25
6,94
6,24
4,75
10,87
8,44
33,73
41,31
0,70
6,93
7.11
5,51
4,28
34,80
6,61
20.74
52,66
0,32
1983
2,49
2
4,02
0,67
0,22
3,88
1
1,15
0,4
0,04
domine sur les versants
est et sud de Tahiti.
réaménagements.
1983
1977
parcelles reboisées au
ministre de l'Agriculture,
Georges Kelly. Le pin
des Caraïbes, à la
croissance très rapide,
15 000 véhicules à
1977
1983
Présentation de
quotidien de 10 000 à
achevé de transports en
Agriculture
établis
bocager à Taravao
d’étranglement pour le
développement
économique de
l’agglomération.
L’absence d'un système
Répartition géographique des grands secteurs
et
D’autres
orchidées cultivées dans de
et
de Tahiti nui.
Les transports routiers
constituent un goulot
d’activité en %
pamplemousses)
papayes.
petites ombrières attenantes aux fare, prin¬
cipalement à Tiarei, Mahaena et Papenoo.
L’élevage, et avant tout l’élevage bovin, ne
s’est développé que là où l’espace le permet¬
tait : les pâturages dominent sur le plateau de
Les îles du Vent ne fournissent plus que 2% du
âges traduisent bien l’attrait exercé par la ville
sur
les jeunes adultes actifs, toutes les
communes
enregistrant un excédent de
mineurs et de personnes âgées. Le relatif plein
emploi qui règne à Moorea, le développement
des
cultures spécialisées
offrent des revenus
substantiels, comme l’ananas de Moorea qui
alimente une usine de jus de fruits à Paopao, et
les fleurs comme le tiare à Moorea, les opuhi,
Le poids de la capitale dans ce domaine s’est
des migrations montre une grande mobilité de
que
secondairement
l’économie agricole
de l’agglomération entre 1977 et 1983. L’étude
mandarines,
citrons,
Papeete organise
population. L’accroissement démographique
dans les districts a même été supérieur à celui
la population.
polynésienne. L’arboriculture suit, qui
produit principalement des agrumes (oranges,
est
devenue un des “dortoirs” de Papeete puisque
1983
Nombre
total
d'actifs
1977
1983
1 045
1 349
52,68
1 184
1 344
38,24
814
999
780
1 347
993
1 600
1 543
2 404
13,53
1
0,78
5,39
6,15
4,94
3,90
15,96
7,04
31,86
47,63
0,30
6 359
9 043
12,04
0,94
0,89
9,85
8,78
9,32
7,20
23,19
15,70
41,57
51,75
0,16
0,04
25 967
33 597
12,35
0,95
0,87
8,98
8,23
8,46
7,39
21,77
13,87
39,66
50,88
0,19
0,03
32 326
42 640
LES ILES DU VENT
oublier que
près de la moitié des exploita¬
tions, certaines minuscules, sont orientées
vers les cultures vivrières. Phénomène récent,
croissant a rendu plus
nécessaire le recours à une autoconsomma¬
tion à base de produits de la pêche artisanale
l’endettement
et de
légumes et fruits locaux.
Papeete utilise les districts
réserve potentielle
comme
L’agglomération utilise l’espace disponible
des districts pour ses loisirs et pour couvrir ses
besoins en énergie, eau et matériaux de cons¬
truction. L’étude de l’évolution de l’espace
montrera qu’aujourd’hui les promoteurs en
tourisme jettent leur dévolu sur des sites pitto-
resques bien au-delà de ses limites. Mais la
demande urbaine entraîne d’autres aména¬
gements. Si le reboisement effectué en espèces
communes,
pins
des
Caraïbes,
aito
ou
falcatas, en espèces nobles comme le tou et le
santal, vise à freiner l’érosion pluviale, il
répond aussi au projet de réduire des impor¬
tations onéreuses de l’ordre de 50 000 m^/an.
Ce reboisement couvre 250 hectares à Hitiaa o
te ra, à Teva i uta, sur les versants de la
caldeira de Moorea, sur les hauts d’Afareaitu... Les cours d’eau présentent à eux seuls
triple intérêt. D’abord parce qu’ils four¬
des graviers et des blocs d’enro¬
chement (lits de la Papenoo et de la Punaruu)
ensuite, parce que, en saison sèche, ils sont
susceptibles de fournir à l’agglomération qui
un
nissent
centrale hydroélectrique
Papenoo
igné 90 Kv et en projet
ligne 20 Kv et en projet
✓
exploitation d'agrégats
PAPEETE
versants reboisés
consomme
120 000 m^ d’eau par an l’appro¬
qui peut lui manquer : des
captages sur la Papenoo sont prévus à cet
effet ; enfin, parce qu’ils peuvent être équipés
visionnement
en
centrales, comme au sud-est de Tahiti, la
Vaihiria (3 captages), la Vaite (1) et la
Faatautia (2) qui produisent 14% de l’énergie
électrique de Tahiti.
Le secteur Est est
directement intéressé par la production d’une
société locale fondée en 1981 (Marama Nui),
puisque les abonnés résident sur la côte est,
mais cette société vend aussi de l’énergie à
l’E.D.T. qui est en situation de monopole dans
l’agglomération. En février 1985 est née la
T.E.P. (Société de Transport d’Énergie élec¬
trique en Polynésie), société chargée du
transport, de la transformation et de la
construction de réseaux de collectage dans le
sud
de
Tahiti.
En
fait,
doit
elle
aussi
coordonner l’expansion de deux sociétés pro¬
:
E.D.T, qui utilise de l’énergie
importée et Marama Nui dont l’impact sur la
région est important. En plus de ces travaux
d’aménagement de centrales, de la construc¬
tion de la route traversière Vaihiria-Papenoo
par le col Teaora, et de l’installation de lignes à
haute tension pour fournir Papeete et la zone
ductrices
industrielle de la Punaruu, Marama Nui doit
Hitiaa
percer un
d’Urufaru.
tunnel de 200
m
sous
le col
Centrales de
la Faatautia
Faaone
Centrâtes
de^
Vaihiria
Taravao
L’exploitation des ressources natureiles
Vairao
dans ies districts ruraux de Tahiti
cœur du commerce
popuiaire de
l'agglomération. Installé
sur
l'actuel
emplacement depuis
1860, reconstruit en
1927 puis en 1987
(à droite, le nouveau
marché), il accueille
quotidiennement
130 vendeurs
Tautii
Papeari
Papara
Le marché de Papeete,
Pueu
Ci-dessus :
Roger Doom, maire de
Taiarapu Ouest et
professionnels et
500 agriculteurs,
pêcheurs et
Teahupoo
commerçants en fin de
semaine. Ceux-ci
viennent pour la plupart
des communes rurales
de Tahiti et fournissent
50% des légumes
commercialisés,
80% des fruits, mais
10% seulement des
produits de la pêche. Les
rues adjacentes servent
de tête de ligne à 90%
Tinomana Ebb, maire de
Teva i uta.
Deux promoteurs de
l'équipement
hydroélectrique des
vallées du sud de Tahiti.
des trucks de Tahiti et
voient transiter
25 000 personnes par
jour.
85
VIVRE EN POLYNÉSIE
Papeete structure
l’espace
Les transformations des paysages
de la
région sont aujourd’hui de plus en plus
rapides. Elles affectent les structures et les
paysages agraires et les espaces villageois et se
propagent tout au long et à l’extrémité des
axes de circulation constitués par les routes
terrestres, maritimes et aériennes.
L’évolution des structures agraires
Les espaces non bâtis sont encore dominants
mais se réduisent sous la pression de l’urba¬
nisation. Ils associent des zones agricoles et
non
agricoles dont la superficie varie d’une
section de commune à l’autre. Les incultes se
divisent
en
terres
marécageuses de bord de
mer, en brousses parfois denses, en lambeaux
forestiers de purau et mape, en bosquets de
fruitiers ou médiocres prairies en zone plus
l’appropriation individuelle
sèche. Les espaces bâtis consacrent l’oppo¬
sition de deux genres de vie. A l’imitation des
est mal connu,
s’aligner des fare uniques entourés de pelouses
arborées sur des parcelles avoisinant mille
mètres carrés. L’habitat de type traditionnel
s’inscrit dans un plan parcellaire plus émietté
et aux contours rendus plus flous dans le
paysage par l’abondance d’arbres fruitiers et
de bosquets ornementaux. Le régime foncier
subit également une évolution qui voit
agricole,
banlieues, certains bords de route voient
se
substituer à
l’indivision. Au demeurant, le régime foncier
les partages effectifs ou des
échanges de biens indivis n’étant pas toujours
déclarés.
Les
achats
de
terre, à vocation
peu nombreux, ont vu leurs prix
doubler de I960 à 1970 et tripler de 1970 à
1980
dans
région de Taravao. Cette
forte s’agissant des
la
tendance est encore plus
achats à fins résidentielles. Suivant la loca¬
lisation, les prix actuels du mètre carré
s’échelonnent de 1 500 FCP à 8 000 FCP : le
double seulement des terres agricoles les plus
chères. Une évolution qui influe sur le prix des
Évolution de l’occupation du sol :
locations et décourage les candidats au
fermage. Dans ce contexte, on assiste à un
(1967-1984) et situation actuelle
de l’élevage du secteur
mesure où les habitants du district n’ont
Côte Sud et isthme de Taravao
accroissement des sorties d’indivision et à un
renforcement de la propriété urbaine dans la
guère
les moyens de participer aux transactions de
grande envergure. La très inégale répartition
de
la
propriété demeure. Les anciens
CO
c
a>
E
O)
3
CO
C
a>
Zone d'habitations
La part du secteur dans l’ile de Tahiti (1984) est de
51,5 % des porcins et 91 % des bovins.
La taille est proportionnelle au nombre de têtes.
m
bovins en 1981
bovins en 1984
porcins en 1981
porcins en 1984
localisation
localisation de centres
Zone inculte
Ci-dessus :
Élevage avicole. Bien
adapté à l’exiguïté de
i’espace agricole,
l'élevage hors sol a
connu un essor
récent
sur la côte sud de Tahiti.
En 1986, 12 producteurs
ont livré 484 tonnes de
poulets de chair mais
n'ont satisfait que 10%
de la consommation
locale.
(g) de promotion agricole
Ci-dessous :
La plaine d’Atimaono
est, par sa superficie et
la qualité de ses sols, un
des lieux les plus
propices à l’agriculture
Polynésie. Domaine
en
colonial voué au coton
puis à la canne à sucre
jusqu’en 1950, Atimaono
est aujourd'hui un des
espaces-loisirs de
Tahiti. A proximité du
terrain de golf, un
lotissement agricole,
aménagé à grands frais
par le Territoire, illustre
une
volonté de
reconquête des espaces
utiles à l’agriculture.
Marina
‘
Pépinière
forestière
et fruitière
86
Q de i’éievage avicole
de Mataiea
Golf d’Atimaono
Mataiea
LES ILES DU VENT
domaines constitués au X1X= et au XX'= siècle
s’arrogent la plus grande part de l’appro¬
priation individuelle. A Moorea, les
propriétés de plus de 50 hectares occupent
plus du tiers de la superficie de l’île. A Papara,
Teva i uta et Taiarapu Est les résultats sont
comparables. A l’opposé, la mini-propriété,
qui est surtout indivise, regroupe, en petites
unités de moins de 5 hectares, plus des trois
quarts des propriétaires. Récemment est
“réaction foncière”, ce qui
n’empêche pas la spéculation foncière de se
répandre dans toute la région et surtout dans
apparue
une
le district de Papenoo.
L’urbanisation se mesure également à l’évolu¬
tion de l’espace bâti. 11 y a à la fois glissement
zones
locale, 6 000 habitants supplémentaires sont
apparus en 6 ans, soit un quart des effectifs et
jusqu’à 1 habitant sur 3 à Papara et à
Papenoo. Les traits typiquement urbains sont
accentués du fait de l’installation de citadins
dans le secteur et aussi en raison de l’augmen¬
tation du nombre de résidences secondaires :
les deux tiers du total des îles du Vent. Si la
dispersion domine encore, une concentration
croissante
s’observe
surtout
à
Papara,
Taravao, Afareaitu et Paopao avec la
construction
L’évolution des espaces villageois
des
constructions à partir des noyaux villageois.
La zone résidentielle s’accroît donc surtout en
liaison avec l’augmentation de la population
résidentielles des vallées
vers
le
lagon et concentration de la population le
long de la route de ceinture avec étirement des
d’établissements commerciaux
de bâtiments administratifs : mairie,
gendarmerie, collège, hôpital. Les lieux
privilégiés de cette urbanisation, trace visible
d’une économie de plus en plus ouverte, se
répartissent en fonction des facilités de
communication. Si Temae et son aéroport
n’ont pas encore développé de centre résiden¬
et
tiel, ni même le débarcadère à Vaiare,
contre
par
celui de la baie de Cook fait partie de
Paopao et contribue à développer la partie
nord du village. La route, et surtout la route
bitumée, a un pouvoir attractif beaucoup plus
fort, permettant, entre autres facilités, une
viabilisation des terrains à bâtir, d’où ces
améliorations, rectifications et réfections de
ponts, ce projet de route rapide à Papara au
pied des collines et ces voies secondaires
quadrillant l’espace. Enfin, en dehors des
agglomérations, l’urbanisation à vocation
touristique transforme rapidement cet espace.
Des
hameaux résidentiels
à
Vaimarama
résidences
de
comme
celui de
Papeari installent des
conception d’avant-garde
induisant un mode de vie “californien” et des
loisirs : club bouse, bassin hydro¬
thérapique et court de tennis à éclairage
nocturne. Ces hameaux se mettent en place en
espaces
fonction des structures d’accueil existantes ou
en
projet, tel le futur port de Paratea qui
Mlüi
Ci-dessus :
La station touristique de
Punui occupe une
trentaine d'hectares
d'une planèze aux sols
riches située sur le flanc
nord-ouest de la
presqu'île. Ses
54 appartements et villas
accueillent des touristes
et des résidents de la
zone
urbaine.
Ci-dessous :
Les bassins
d'aquacuiture de ia
société Aquapac
couvrent 10 hectares
aménagés en gradins
dans une vallée de
Teahupoo. Filiale de
France-Pacifique
(groupe Ifremer), cette
société pratique
l'élevage extensif des
chevrettes et a fourni la
presque totalité des
12 tonnes produites en
Polynésie en 1986.
L'effet d'entraînement
de cette unité est faible
en raison des problèmes
fonciers et des
incertitudes relatives à la
rentabilité des
exploitations.
Page de gauche :
La baie de Por'i-Phaéton
borde l'isthme de
Taravao. D'une
superficie comparable à
celle de Papeete
(150 ha), elle n'a reçu
équipement
portuaire car Taravao
n'est longtemps restée
qu'un poste militaire.
aucun
Avec ses 400 hectares
plats, bordés de
1 000 autres faciles à
aménager, l'isthme
pourrait être le cadre
du 2' pôle urbain de
Tahiti.
87
VIVRE EN POLYNÉSIE
s’étendra sur la bordure orientale de l’isthme.
nord de l’île
;
appartiennent
Un terme de l’évolution :
les espaces touristiques
notamment au
phénomène touristique
qu’on y observe, Moorea prend un caractère
original dans la région. La quinzaine d’hôtels
activité
a
l’agglomération
récréatifs,
de
entraîné
d’un
dans
boutiques
et
parages
ses
ensemble
de
services
lieux
très
diversifiés. Le tout, avec les activités induites
telles que la pêche, l’agriculture, l’artisanat, les
locations variées, les transports, fait dépendre
touristique plus du tiers de la
population de l’île. Cette activité, représentée
à la fois par la petite entreprise familiale
(motel Albert, bungalows Jamet ou Linareva)
et
la grande hôtellerie capitaliste (Club
Méditerranée, Bali Hai, Kia Ora) a littérale¬
ment colonisé une part importante du littoral
de l’activité
Moorea
Sofitel Tiare
Club Méditerranée dont les
bungalows occupent un des plus beaux
sites de l’île. L’activité touristique a également
fait son apparition dans la partie sud de
Tahiti, témoin le complexe de Punui
développé sur les plateaux de Vairao et dont la
marina est établie sur la pointe Riri. Le
complexe d’Atimaono occupe une place à part
en raison de sa superficie (plus de 2000 hec¬
tares) et de la tri-dimensionnalité du projet.
Une finalité agricole sera préservée : elle
concerne les terrains enclavés qui jouxtent
actuellement le golf et les premières collines.
Un ensemble touristique, en situation inter¬
médiaire, en liaison avec le golf, s’articulera
autour d’une unité hôtelière de plus de 500 lits.
Enfin, en bordure du lagon, une université de
la mer est prévue.
Nous avons donc affaire à une région de
365
De par l’ampleur du
en
plus de 5 kilomètres de côte
à ces établissements et
plus en plus pénétrée par l’urbanisation.
Jusqu’où cette évolution ira-t-elle ? Jusqu’à
l’extension de la construction dans l’ensemble
de l’île ? La coexistence de deux conceptions
du
monde, l’une refoulant l’autre, est-elle
génératrice de tensions ? En d’autres termes,
les habitants du secteur étudié vivent-ils posi¬
tivement ou négativement cette nouvelle
mutation commencée il y a un quart de siècle ?
Ce qui est sûr aujourd’hui, c’est que les
districts des îles du Vent se situent bien à mide l’agglomération et des autres
archipels. Entre eux apparaissent des clivages
distance
entre
sections
de
Moorea : espace loisir.
L'essor économique a
essentiellement touché
le nord de l’île. Les
Maharepa
Climat de France
plaines y sont les plus
larges et le littoral plus
aéroport
de Temae
Papetoarv Baie
!□ Club Méditerranée
conforme à l’image des
îles des mers du sud
diffusée auprès des
’Opunohu
populations de
l'hèmisphère nord. La
capacité hôtelière
Kia Ora
Teavaroj
Paopao
urbanisées
mondes différents.
Bail Hal
Lagon
communes
(Papenoo, Papara, Taravao, Afareaitu,
Paopao, Maharepa) et des sections plus
rurales (Mataeia, Hitiaa, Faaone, la presqu’île
et la côte sud-ouest de Moorea). L’originalité
de la région provient bien de sa situation inter¬
médiaire et de l’interpénétration de deux
atteint 1 025 chambres
vSB Vaiare
Vallée’!^
d'Opunohu
Moorea : espace loisir
-—'n
limite de terres domaniales
route touristique et belvédère
plage fréquentée
Afareaitu
havre de plaisance
JHaapiti
(1987) dont 711 pour la
seule côte nord-ouest.
Cette région nord
s’oppose au sud
montagneux et agricole
par la densité des
activités liées au
tourisme. Elle compte
5 494 habitants (1983),
soit 78% de la population
totale de l’île.
Le réseau routier de
Moorea a été modernisé
pour mieux desservir les
touristiques. Pour
préserver les paysages,
les réseaux électrique et
téléphonique ont été
zones
Maatea
enterrés et on a défini
une
chambres
300
200
100
esthétique des
ouvrages d'art comme
sur cette section de
Haapiti.
88
14 Les Archipels
Nous avons évoqué implicitement
ces phénomènes
le chapitre de13, en
Papeete ville
coloniale et ledans
développement
étudiant la formation de
son
agglomération : les sociétés créent leurs régions géographiques en utilisant un certain
nombre de techniques qui leur permettent d’intervenir dans la nature en découpant
l’étendue (création par exemple des entités administratives) et en transformant le
milieu physique (grands travaux d’Armand Bruat par exemple). Ces techniques ne
sont évidemment que les moyens matériels dont usent les communautés humaines
(plus ou moins nombreuses) arrivées à un certain stade historique (politique,
économique, culturel...) de leur développement pourse reproduire biologiquement et
socialement (au sens le plus large du terme) en prenant en compte la dimension
matérielle de l’ordre naturel, qui est incontournable. Ces techniques n’ont évidemment
d’efficacité et de signification que rapportées, consciemment ou inconsciemment peu
importe, à un certain projet global de développement.
Tout ceci pour dire que depuis deux cents ans, les espaces polynésiens sont
fondamentalement le produit du choc inégal de deux civilisations, de deux systèmes
socio-culturels arrivés à un stade différent de leur développement.
Dans ce contexte d’acculturation, l’espace urbain, espace colonial de domination,
est, en raison du dynamisme des processus qu’il diffuse, le vecteur des transfor¬
mations qui affectent le monde rural. Une première vague de transformations a été
déterminée par le premier choc de la modernité. Nous en rendrons compte, en allantà
l’essentiel, dans le sujet 1 qui fait le point sur la réalité socio-spatiale des années 1960,
Une réalité qui, en dépit d’un certain nombre d’éléments qui concourent à sa
diversité, permet d’opposer globalement l’agglomération telle qu’elle est constituée à
l’époque à un monde rural dont l’unité profonde, des confins de Pirae et de Faaa aux
Marquises, tient à la nature des relations que la société entretient avec son espace
dans le cadre du mataeina'a. Une réalité qui, à son tour, va être profondément affectée
par les processus de changement (sujets 2 à 6) générés par le second choc de la
modernité.
Les districts tahitiens et Moorea, François Merceron nous l’a montré, ne sont pas
(pas encore ?) urbanisés. On ne saurait pour autant les intégrer aujourd’hui, comme en
1960, dans le Monde des Archipels qui a évolué plus lentement. C’est ce que nous nous
efforcerons de montrer dans le dernier sujet de ce chapitre qui tentera de dresser le
bilan géographique (provisoire) de 25 ans d’histoire.
Société et espace
dans les années 1960
vivriers “locaux”), l’opposition est tranchée
dans les années 1960 entre une agglomération
dépit de la présence d’un certain
autres districts des îles du Vent et ce que nous
En
nombre de formes de transition spécifiques de
la
réalité
tahitienne
(grandes
propriétés
“demies” dont l’existence favorisera ultérieu¬
rement l’explosion urbaine, écoulement sur le
marché de Papeete de légumes et de produits
qui se développe, et dont l’emprise
spatiale s’étend jusqu’aux confins de Pirae et
de Faaa, et un monde rural qui comprend les
urbaine
appelons aujourd’hui les archipels.
Une opposition qui en première approxi¬
mation et à un très grand degré de généralité
repose sur les facteurs suivants. Le Grand
Papeete de 1962 rassemble 32,9% de la
population du Territoire dans un espace sans
solution de continuité qui représente 2,5%
environ de sa superficie. Un espace de domi¬
nation dont la genèse (voir pp. 76-77) et
le
les
caractères de son peuplement : l’agglomé¬
ration concentre respectivement 57,1 %, 62,4%
et 44,5% despopa'a, des Chinois et des Demis
fonctionnement
sont
symbolisés
par
résidant dans le Territoire.
Un espace dont la relative homogénéité,
due à une certaine combinaison des facteurs
physiques et humains permettant de définir les
régions géographiques, contraste fortement
avec
l’apparente hétérogénéité du monde
rural, du moins si l’on prend en compte globa¬
lement les éléments qui contribuent à sa
formation : la distance à l’échelle générale
(localisation par rapport à Tahiti) et à l’échelle
locale (modes de groupement ou de dispersion
des terres émergées) qui a influé sur les
modalités et les caractères essentiels du peu¬
plement ancien (notions d’aires culturelles
Tuamotu, voir volume 6, p. 71
rela¬
tions privilégiées de Rurutu et Rimatara avec
certaines Cook..,) ou du peuplement récent
(diffusion de la modernité aux îles Sous-leVent et aux Tuamotu de l’Ouest par l’inter¬
médiaire des popa’a, des Demis et des
Chinois). Interviennent aussi bien entendu la
superficie, très variable, des îles, leur morpho¬
logie (îles hautes et îles basses), leur climat (les
Tuamotu et les Marquises sont relativement
sèches, les Australes trop froides pour que le
cocotier donne beaucoup de fruits), leur
biogéographie... Autant de facteurs qu’il faut
prendre en compte (voir volume 8,
pp. 121-123) pour expliquer à l’échelle des
ensembles ou des sous-ensembles archipélagiques, voire à l’échelle insulaire, l’impor¬
tance relative des effectifs démographiques,
les phénomènes de densité et de répartition de
la population, les grandes orientations socio¬
économiques (voir volume 8, pp. 121-123) :
poids relatif et orientation (autoconsomma¬
tion, marché) de la production vivrière ; le
coprah exclusif aux Tuamotu, dominant aux
aux
89
VIVRE EN POLYNÉSIE
îles Sous-le-Vent et à Moorea. Autant de
aux
affiner
l’analyse en raisonnant à des échelles de plus
en plus grandes (des espaces de moins en
moins étendus) qui, à nos yeux, ne sauraient
masquer ce qui au-delà ou en-deçà des appa¬
rences, à un niveau plus profond de la réalité
socio-spatiale, fait l’unité du monde rural :
l’identification totale des Polynésiens à leur
espace de vie. Une identification qui, comme
aux temps anciens, mais dans le contexte
(politique, socio-économique et culturel) créé
par le premier choc de la modernité, fait de
l’île et surtout du mataeina’a (le territoire
insulaire peut se confondre avec celui du
mataeina’a, mais les îles les plus étendues et les
mieux
peuplées comportent toujours
plusieurs maiaeina’a), l’espace social de réfé¬
diversité dont
facteurs de
rence,
on
peut
le lieu où se rassemblent autour du
temple ou de l’église les groupes sociaux plus
ou moins apparentés qui, en s’enracinant de
génération en génération dans la réalité
terrienne par le biais du régime foncier
coutumier, assurent la pérennité de l’implan¬
tation
des
communautés
villageoises
d’agriculteurs et de pêcheurs.
Le va’a mataeina’a :
entité territoriale fondamentale
Le va’a mataeina’a, unité de peuplement ori¬
ginelle symbolique ou réelle (le va'a est la
pirogue dans laquelle ont voyagé les premiers
occupants qui sont à l’origine des lignées
“résidentielles”
du
district), a toujours
constitué en Polynésie, du moins si l’on se
réfère au statut socio-spatial des anciens
politiquement et socio-économi-
nouvelles normes, leur cohésion aux commu¬
l’entité territoriale formée par le mataeina’a,
permettant aux groupes de parenté qui les
constituent de perpétuer leur enracinement
contrôlait
Marquises, voit sa suprématie contestée par le
café et le pandanus aux Australes, la vanille
ils lui en réservaient une partie (qui était
d’ailleurs redistribuée) sous la forme de
-
moins, s’inscrit maté¬
riellement avec plus ou moins de finesse (tout
dépend et du processus de segmentation qui,
avec le passage du temps, a affecté les groupes
sociaux
et
des
phénomènes de
regroupement qui ont pu ultérieurement
intervenir, aux Tuamotu ou à Rurutu par
exemple) dans le cadre physique déterminé
par la morphologie insulaire : ce peut être une
vallée aux Marquises, un bassin versant à
Rurutu, un secteur plus vaste aux îles Sous-leVent. Une réalité qui n’a pratiquement pas
changé au plan de la contenance (étendue et
délimitation du mataeina’a) ; on ne saurait en
dire autant de son contenu (nature, agence¬
ment et signification des formes d’occupation
de l’espace) qui a été profondément affecté par
l’imposition du système colonial et
notamment par l’introduction de l’économie
de traite (voir volume 8, pp. 12-13).
tout
ment
organisation socio-spatiale extrême¬
complexe de territoires emboîtés
historique global (reprise démogra¬
phique, constitution d’une propriété coloniale
popa’a et “demie” aux dépens de la propriété
indigène...) qui, en pesant sur l’évolution de la
Dans un premier temps, en éradiquant le
paganisme, les missionnaires vont saper les
fondements religieux du pouvoir politique des
société rurale, a transformé les rapports que
celle-ci entretient avec la Nature et par le fait
même
ari’i et libérer les manahune de leurs liens de
geoises dont ils prennent le contrôle (voir
volume 8, p. 10). Jouant un rôle profondé¬
ment ambigu car, s’ils investissent et subvertissent ce qui reste des anciennes structures
par le biais notamment des “Codes de lois”
(voir volume 6, pp. 60-61), ils vont, en inter¬
disant les ventes de terres aux étrangers, jouer,
jusque dans les premières années du Protec¬
torat, un rôle déterminant dans la protection
de la “propriété” indigène qui, de leur fait
(voir supra) est devenue autonome. Somme
toute, après avoir rendu, dans le cadre de
déclenché un processus de déstructuration
sociale qui a affecté le fonctionnement de ce
a
que nous appellerons l’indivision coutumière.
Nous nous contenterons d’indiquer ici
que, dans les années 60, la société rurale poly¬
nésienne n’a pas (pas encore ?) perdu le nouvel
équilibre qu’elle a su trouver pour ne pas
disparaître quand elle a été confrontée au choc
de l’économie de traite.
De même qu’au début du XIX‘= siècle les
Codes de lois traduisaient, comme l’a souligné
MOOREA
1 314
Production par district
de coprah et de vanille en
total
150 606
-
-
X-
1960
En rouge production
de coprah en tonne.
En noir production de vanille verte en kilo.
<V
>5,
.•r
226
306
HAAPITI 406
système foncier qui constitue le
plus de préciser comment la crise du système
colonial (voir volume 8, pp. 16-17) qm débute
au lendemain de la Seconde Guerre mondiale
rendre leur cohésion aux communautés villa¬
O
le
moyen de sa reproduction dans le cadre du
mataeina’a. 11 ne nous est pas possible non
dépendance. Ce faisant, tout en imposant un
nouveau
consensus
idéologique, ils vont
-
20 145
.
.
16 920
oSiP''
4 893
Xr
'''X
299
yF
108
MA'
PUNAAUIA 471
.2 782
HITIAA 263 - 6 178
A.
<o
■p
PAEA 425
-
275
<t
FAAONE 189
%
Le coprah et la vanille
jouaient encore dans les
années 1960 (voir p. 93)
un
rôle déterminant
,dans la reproduction
sociale (voir volume 5, p.
îles du Vent. A noter que
90
La place nous manque ici pour analyser et le
contexte
lesquels ils avaient des droits d’usage héré¬
reflétant à tous les niveaux une stratification
121) fondée reli¬
gieusement sur la proximité généalogique
avec les dieux,
les manahune, qui consti¬
tuaient la “classe” inférieure de la société,
assuraient l’essentiel de la production vivrière,
mais en signe d’allégeance à Yari’i qui
Organisation socio-spatiale
et régime foncier
ditaires.
...
d’une
développement de l’économie de traite, un
développement dont l’application du Code
civil va être l’instrument socio-juridique.
de l’Est au début du XX'= siècle - \ss fenua sur
au
Avant la Découverte et dans le cadre
qui vont dès lors être capables de résister, à la
fin du XIX' siècle, au choc provoqué par le
c’était encore le cas à Rurutu et aux Tuamotu
phique fondamentale. Une réalité qui, dans les
hautes
dans la réalité terrienne. Des communautés
prestations ritualisées. Une production
vivrière qui, dans le cadre des communautés
villageoises, était mise en œuvre par des
groupements de parenté de type ati, beaucoup
plus étendus que les catégories sociales perti¬
nentes aujourd’hui (le opu hoe actuel est
constitué par un groupe de frères et sœurs et
leurs descendants sur trois ou quatre généra¬
tions) qui exploitaient, semble-t-il en commun
manahune et de leurs “héritiers” contempo¬
rains (voir volume 8, p. 9) la réalité géogra¬
îles
nautés rurales, ils ont assuré leur pérennité en
(par l’intermédiaire des ra’atira)
quement
'de la société rurale des
coutumière.
S,
"^^AIRao
491
V
TAHITI total 6 430 - 34 566
■O
334
3Sÿ
pour Tahiti, il existe une
nette corrélation : forte
production de coprah/
grands domaines, forte
production de vanille/
appropriation
-
1 215
03
3
-
CO
LU
a.
LES ARCHIPELS
un
“compromis” entre les
missionnaires et celles des
Ma’ohi, de même le nouvel équilibre qui
prévaut encore dans le monde rural des années
60 procède de l’amalgame des fondements de
la Tradition (celle de la fin du X1X'= siècle) et
des apports de la Modernité.
des familles élémentaires. Ces
“ménages”, à défaut de pouvoir s’intégrer aux
grandes unités familiales d’autrefois (de type
ati, voir supra) qui ont perdu la plus grande
partie de leur signification, relèvent désormais
de la famille étendue (de type opu hoe, voir
supra). Ce groupe social, quant à lui, continue
équilibre en forme de compromis
historique qui, sur le plan social, a été la
résultante de l’intégration au système ancien
de l’économie monétaire (coprah, vanille,
café...), une intégration qui a favorisé l’émer¬
principes “traditionnels”. Dans les termes de
la parenté et de l’alliance, la “famille étendue”
n’a en effet d’existence concrète que si elle
s’enracine (tumu) génération après géné¬
ration dont la réalité terrienne (fenua et faapu).
J.-F.
Baré,
conceptions
Un
gence
à être gouverné dans une large mesure par des
Un faapu maa. Un
défrichement partiel de
la végétation, l'incendie
des débris, un travail du
sol sommaire, tels sont
les caractères essentiels
d'une forme
d'agriculture pratiquée
sur les versants, qui est
exclusivement orientée,
aujourd'hui comme hier,
vers une production
vivrière
autoconsommée ou
vendue sur le marché
intérieur.
Un édifice reiigieux
(à droite, aux Tuamotu)
qui symbolise l’unité de
la communauté rurale,
habitat groupé
un
{ci-dessous, àTahaa) au
débouché des vallées,
partout où l'implantation
de la propriété
individuelle ne
contribue pas à sa
dispersion. Deux signes
tangibies des facteurs
Quant au système foncier coutumier, en
distinguant
(contrairement au système
ancien) deux niveaux d’appropriation (f'enua
et faapu), en organisant dans le temps et dans
l’espace les relations entre les droits (d’essence
socio-économique et d’essence socio¬
culturelle) qui se rapportent à ces deux
réalités, il a pour fonction de garantir à la fois
l’existence de la famille étendue et l’autonomie
économique des ménages exploitants.
Si les familles élémentaires tiennent leurs
droits de résidence et d’exploitation de leur
appartenance au opu
hoe qui s’approprie
collectivement le fenua, c’est, dans le cadre du
nouveau
système de production généré par
l’introduction
de
l’économie
monétaire,
l’exercice continu qu’elles font de ces droits
qui garantit l’existence et la pérennité de la
famille étendue en l’enracinant dans la réalité
système de compromis sociospatial est le prix que les Polynésiens ont eu à
payer pour conserver leur spécificité, celle
d’une identité que nous qualifierons de néo¬
traditionnelle.
Une
identité aujourd’hui
terrienne. Ce
menacée.
idéologiques,
économiques et socio-
cuiturels qui contribuent
à matérialiser, hier
comme
aujourd'hui
(dans les archipels), la
réalité du concept de
va'a mataeina'a.
91
VIVRE EN POLYNÉSIE
Une économie
exploitations qui la caractérisent ne sont pas
petites : tout dépend au niveau
local de la répartition appropriation indi¬
viduelle/appropriation coutumière et, dans le
cadre de celle-ci, du rapport numérique
résidents/non-résidents. Leur “fonctionne¬
ment” n’est pas forcément “orienté vers la
forcément
“traditionnelle”
déclin
en
Le déclin de l’agriculture territoriale qui,
rappelons-le (voir volume 8,
p.
121), est
devenue branche économique marginale, est
essentiellement dû à la baisse (coprah) voire à
l’effondrement (vanille, café) des spécula¬
tions qui se sont développées pendant la
période coloniale. Une chute qui, dans le
contexte
global de l’évolution socio¬
économique du Territoire, n’a pas été com¬
pensée par le développement aux îles du Vent
(voir ch. 13), mais aussi dans les archipels,
d’une
production maraîchère, fruitière,
animale orientée vers la
besoins en milieu urbain.
satisfaction
des
L’agriculture des années 60 n’a pas pour
autant disparu des
archipels, sinon dans sa
forme coloniale, du moins dans sa forme que
nous qualifierons de néo-traditionnelle. Deux
concepts dont nous allons préciser le contenu
avant d’analyser l’évolution des
principales
productions : coprah, vanille, café, tubercules
et
fruits locaux.
Les modes de production
dans les années 1960
Compte tenu des clivages qui traversent la
“formation sociale” territoriale et des critères
qui permettent de définir les catégories socioethniques (volume 8, pp. 9-11), l’agriculture,
satisfaction de besoins vivriers et monétaires
minimaux (dans le contexte du temps) avec le
minimum d’heures de travail” : la vanille
mobilise une importante main-d’œuvre au
mariage des fleurs ; elle peut, à
la plonge nacrière, rapporter
beaucoup de "moni" quand les cours sont
élevés ; les tarodières irriguées de Rurutu
relèvent, dans un contexte qui n’est pas
“moderne” d’une culture intensive. Quant à la
distinction suggérée entre une agriculture
vivrière “traditionnelle” (un héritage du passé
pré-colonial ?) vouée à l’autoconsommation,
et une agriculture d’exportation
qui permet¬
trait de satisfaire les besoins monétaires, elle
ne rend pas
compte d’une réalité infiniment
plus nuancée. En 1963, le Territoire a
commercialisé 25 000 tonnes de coprah, mais,
selon le Service de l’Agriculture, 10 000 tonnes
de produits du cocotier ont été affectées à des
usages domestiques ou à l’alimentation des
animaux. Quant aux produits vivriers locaux
(tubercules et fruits) en surplus, ils sont
commercialisés par les insulaires dès qu’une
opportunité (le passage d’une goélette) se
présente et ils aboutissent généralement sur les
marchés de Papeete et d’Uturoa. Ces produits
et les objets fabriqués avec le pandanus
(aux
Australes) peuvent contribuer de façon essen¬
moment du
l’instar
de
tielle à la formation des revenus monétaires.
dans les années 60, revêt deux formes. Nous
qualifierons la première de “coloniale” dans la
mesure où, par le biais de l’économie de
traite,
elle est liée à l’émergence et à la reproduction
Elle se caractérise en effet par un système
des ouvriers polynésiens mettant en valeur de
grands
domaines (à l’échelle territoriale)
par des colons popa’a ou des
appropriés
Demis souvent absentéistes.
Une structure
agraire de type latifundiaire dont nous avons
déjà évoqué la formation (volume 8,
pp. 10-11) qui, dans le cas notamment de
l’association coprah-élevage très répandue
dans l’àrchipel de la Société, combine domi¬
nation sociale et système agricole extensif, les
bas
rendements
à
l’hectare
étant
alors
compensés en termes de profits par la taille des
exploitations.
Seconde forme d’agriculture, la néo¬
traditionnelle que nous désignerons sous ce
vocable parce qu’elle est le produit des trans¬
formations sociales qui ont affecté les com¬
munautés territoriales polynésiennes du fait
de l’introduction de l’économie de traite et,
par le biais du système foncier coutumier qui
est l’expression (voir pp.
89-91), le moyen
qui permet à la société néo-traditionnelle ainsi
formée de se reproduire biologiquement et
socialement. Une agriculture que l’on ne
saurait définir en termes simplistes. Les
en
92
Il n’est pas facile de suivre l’évolution de la
production agricole : les données (surtout
aujourd’hui) ne sont pas toujours recueillies
sérieusement ; elles ne forment pas toujours
des séries continues, complètes et cohérentes ;
seules les quantités commercialisées sont
prises en compte, ce qui se traduit par une
minoration systématique des chiffres
concernant les produits vivriers traditionnels.
Ceci étant, réserve faite des tubercules et fruits
locaux dont la production résiste en se spécia¬
lisant
(voir tableau), toutes les courbes
traduisent (voir annexes p. 147) le déclin des
spéculations introduites pendant la période
coloniale. Une évolution défavorable difficile
suivre, car les productions en cause
connaissent un certain nombre de variations
inter-annuelles qui peuvent être liées à des
à
faits climatiques ou à une hausse brutale des
prix - c’est le cas du coprah en 1974 et en 1982
la vanille en 1985
qui a entraîné une
augmentation momentanée de la production.
Une évolution qui n’en est pas moins ponctuée
par des infléchissements brutaux, en 1965
d’abord (installation du C.E.P.), puis pendant
la période
1970-1975 qui correspond à
l’implantation des communes.
Le déclin est général, mais il n’est pas
uniforme. Entre 1960 et 1986, la production
commercialisée de café, qui a disparu des
statistiques agricoles des Marquises en 1981, a
été divisée par 16,6 fois (239 tonnes contre
et de
-
14,4). Elle est exclusivement concentrée aux
Australes où elle ne compte pratiquement pas,
y compris dans une île comme Raivavae où, en
Commercialisation (en tonnes) de quelques produits vivriers
au
marché d’Uturoa (Raiatea)
de la société du même nom.
agricole associant quelques spéculations
“primaires” (voir volume 8, pp. 12-13) :
coprah plus élevage, vanille, voire café, dont
la production est assurée par des métayers et
Un déclin qui n’est pas uniforme
1961
1966
1978
1980
1985
47,1
Tara
37,1
9,9
21
20,9
Tarua
19,9
5,6
10,5
11
Patates
3,4
0,5
8,2
Uru
10,7
2,5
7,3
8,1
4,8
Fei
5,1
14,9
10,2
8,5
7,9
Bananes
29,8
15,3
13,1
11,9
10,4
Sous'total
106
48,7
70,3
69,3
81
Ananas
10,7
5,5
6,8
5,1
22
Légumes
16,9
15,1
34,9
35,3
127,6
133,6
69,3
109,7
230,6
Total
112
8,9
5,9
4,9
Les données publiées
par le Service de
l’Économie rurale
manquant totalement de
fiabilité, les seuls états
statistiques permettant
de suivre la production
des tubercules et fruits
locaux sont fournis par
les marchés
municipaux.
Néanmoins, les chiffres
consignés ici ne sont
pas toujours
comparables car en
1961, et ce jusque dans
les années 1970, les
producteurs de Tahaa
écoulaient l’essentiel de
leur production sur le
marché d’Uturoa, alors
qu’aujourd’hui, l’îleétant
directement desservie
par les goélettes, ils en
exportent une bonne
partie vers Papeete. Ceci
étant précisé, il apparaît
que la production
vivrière locale, tout en se
spécialisant (tara),
résiste assez bien,
d’autant qu’une part
importante est
commercialisée dans les
collectivités de la petite
cité.
Une vente de vanille à
Tiva (Xahaa) en 1987.
Les ventes de vanille (au
plus offrant :
commerçant local,
préparateur,
exportateur de
Papeete...) qui ont lieu
plusieurs fois par an à
dates fixes sont
organisées et contrôlées
par des Tomite vaniraa
élus par les agriculteurs.
LES ARCHIPELS
1961, elle fournissait 90% des revenus moné¬
agriculteurs. Celle de la vanille,
entre ces deux dates, a été divisée par 24 aux
îles Sous-le-Vent. 11 n’est peut-être pas inutile
de rappeler que dans cet archipel en 1960, la
vente de ce produit a rapporté aux agricul¬
teurs 2,6 fois plus d’argent (145 millions
contre 55) que celle du coprah. Le coprah en
revanche a beaucoup mieux résisté, pas aux
îles du Vent (production divisée par 11 entre
1960 et 1982, avant la période cyclonique), pas
aux
Australes où il n’a jamais beaucoup
compté, mais aux îles Sous-le-Vent, aux
Tuamotu et aux
Marquises. Dans ces
archipels, la production moyenne de la
période 1978-1982 représentait respective¬
ment 73,4, 88,2 et 99,9% de ce qu’elle était
pendant la période 1960-1964. L’économie
étant ce qu’elle est devenue, le coprah
contribue beaucoup moins que par le passé à
taires des
la formation des revenus des insulaires. Son
poids dans l’activité agricole desdits archipels
n’en demeure pas moins important ou décisif,
puisque selon les calculs (très approximatifs, il
est vrai) du Service de l’Économie rurale, il
représente en 1986 respectivement 25, 83 et
100% de la valeur de la “production agricole
brute
commercialisée”, alors même
que sa
production est très inférieure à ce qu’elle était
avant les cyclones.
S’agissant de la vanille et
du café, ce rapport est globalement inférieur à
1%.
condition nécessaire à la régénération et à
l’extension des caféières. Une condition qui
n’a jamais
été réalisée. Les agriculteurs des
Australes, qui sont les premiers concernés, se
L’importance du coprah
tourneront tout
Le déclin global des formes d’agriculture qui
spéculations dans le cadre d’une agriculture
prévalaient dans les années 60 est bien
évidemment lié à l’intervention d’“éléments
étrangers” (voir volume 8, p. 121). Ceci étant,
indépendamment de leur dynamique propre
qui a pu être accélérée ou freinée (rôle de la
et des moyens de transport par
exemple), l’impact de ces facteurs a été très
largement conditionné (les différences
constatées dans les évolutions l’attestent) par
l’importance relative et le rôle que jouaient le
café, la vanille et le coprah dans les systèmes
de production.
Exception faite de Raivavae et dans une
moindre mesure de Tubuai, le café, produit de
cueillette très largement autoconsommé, n’a
distance
jamais beaucoup contribué à la formation des
revenus monétaires des
agriculteurs, ses cours
une
période récente) et
rendements étant particulièrement bas.
(jusqu’à
ses
Son
développement qui, jusque dans les années
1970, a constitué pour le Territoire une action
prioritaire, passait par la mise en place d’une
politique d’aménagement de l’indivision.
naturellement vers d’autres
relativement diversifiée... ou vers le salariat.
Dans les années
1960, la vanille est une
culture purement spéculative, la seule de son
espèce, dont la production, quel que soit le
cadre socio-juridique dans lequel elle s’inscrit
l’indivision ne gêne aucunement son
développement - réagit au niveau des cours.
-
Des cours qui ne cessent de baisser alors même
qu’une maladie, la fusariose, s’attaque à partir
de 1962 aux racines d’une liane qui dépérit
parce que les fleurs ont été trop mariées aupa¬
ravant. Autant de facteurs agro-économiques
qui, en se conjuguant avec la ponction de
main-d’œuvre effectuée par le C.E.P., vont
entraîner la chute que nous avons signalée.
Une chute qui va s’accélérer à compter des
années 1970, avec le développement du
salariat dans les îles Sous-le-Vent. Il est symp¬
tomatique de constater que la légère reprise de
production enregistrée en 1985 est surtout le
fait, comme nous l’avons constaté à Tahaa,
d’anciens cultivateurs de vanille réagissant à la
hausse des cours.
Les statistiques relatives à la production
Une cocoteraie
“régénérée” à Ahe
(Tuamotu). Si l’on en
croit les chiffres
officiels, plus de
5 000 hectares auraient
été régénérés après les
destructions opérées
par les cyclones en
1982-1983. L’entretien
(débroussaillage,
dépose des engrais)
des jeunes plantations
n’ayant pas été assuré
par les agriculteurs, qui
estiment que ce travail
revient aux agents du
Service de l’Économie
rurale, cette opération
agronomique, dont le
lancement a fait l’objet
d’un important
"battage", peut être
considérée comme un
échec coûteux pour la
collectivité.
de coprah sont sans ambiguité. Elle s’effondre
îles du Vent ; elle résiste ailleurs, mais
beaucoup moins aux îles Sous-le-Vent qu’aux
Tuamotu et aux Marquises. Il est évident que
les “éléments étrangers” ont joué un rôle
déterminant dans l’évolution plus ou moins
défavorable constatée dans l’archipel de la
Société, mais avec d’autant plus de force que
l’agriculture sous sa forme coloniale y était
particulièrement bien représentée. Le coprah
et l’élevage ne font plus recette aujourd’hui
dans beaucoup de grands domaines voués aux
lotissements résidentiels ou aux implan¬
tations touristiques, quand ils ne sont pas
aux
purement et simplement vendus au Territoire.
Dans les autres archipels, la situation est
autre. Ceci étant, il n’est pas facile
d’expliquer pourquoi la production de coprah
tout
“résiste”. Un certain nombre de facteurs, aux
Tuamotu notamment, militent en faveur de
son déclin ; le développement du salariat et de
la transformation des modes
qui s’est traduite notamment par la
disparition du système du rahui (déplacement
périodique du village au secteur) qui
permettait d’assurer dans le passé une exploi¬
tation relativement complète de la
la perliculture,
de vie
cocoteraie...
L'élevage sous
cocoteraie (la vache
“tondeuse" assurant à
peu de frais l’entretien
de la plantation) était à
l’époque coloniale le
mode d’exploitation le
plus répandu dans les
grands domaines. Il a
beaucoup reculé depuis.
A noter l’aspect ordonné
et homogène (pas
d’autres arbres utiles)
de la cocoteraie. Il
procède de la mise en
place systématique des
plantations par les
colons popa’a et les
Demis.
Faut-il
dans
ces
conditions
invoquer les prix élevés du coprah ? Dans une
certaine mesure sans doute. L’argument n’est
pas pour autant déterminant si l’on veut bien
admettre que le pouvoir d’achat du produit
n’a cessé de se détériorer (voir volume 8,
p.
123). Alors pourquoi les insulaires
continuent-ils à faire du coprah ? Tout
simplement parce que dans une société qui n’a
pas encore basculé de la néo-tradition à la
modernité, c’est l’exercice continu des droits
d’exploitation portant sur les faapu haari
(cocoteraies) qui garantit l’existence et la
pérennité de la famille étendue en l’enracinant
dans la réalité du fenua (voir pp. 89-91).
93
POLYNÉSIE
VIVRE EN
Une économie
puisqu’en 1979, à Rurutu par exemple, elle
qui s’ouvre
sur
le marché local
économiques de subsis¬
l’exploitation en plein déclin des
cultures spéculatives apparues pendant la
période coloniale sont venues s’ajouter,
depuis le début des années 60, d’autres formes
activités
Aux
à
tance et
d’utilisation
des
des espaces
insulaires. A côté du tourisme et de la perliressources
et
culture (voir pp. 96-97), le développement des
cultures
ment, un
liés aux
productions de l’île, un pourcentage qui, en
1985, ne devait pas dépasser 20%.
constituait
maraîchères, les efforts de reboise¬
certain essor des productions arti¬
sanales ont contribué à la diversification des
paysages et au resserrement des liens entre les
îles et la capitale.
47,3
%
des
revenus
Le développement de la pêche
plus encore sur les
l’élevage bovin et porcin demeure
Dans les îles hautes, et
atolls,
“traditionnel”. Les hommes ont préféré ou ont
été contraints de tirer les protéines animales
de la mer. C’est ainsi que la consommation de
poisson est ici une des plus élevées du monde
après le Japon : 50 kg par an et par habitant à
Rangiroa par exemple. Les prises proviennent
pour moitié du lagon et, pour l’autre, des
sorties de la flottille des bonitiers : en 1986,
17 unités aux îles
Sous-le-Vent, 4 aux
Marquises et 3 aux Tuamotu-Gambier. Dans
dernier archipel, il existe toutefois, à des
dizaines d’exemplaires, un bateau permettant
les prises en haute mer : le kau.
ce
Seules
les
Tuamotu
ont
réellement
dépassé le stade de l’autoconsommation.
Déjà, dans les années 50 et 60, la présence d’un
millier de mineurs extrayant les phosphates de
Makatea avait incité les pêcheurs, de Tikehau
à Kaukura, à multiplier les parcs à poissons et
à commercialiser le surplus des pêches. Ces
parcs, traditionnellement construits en blocs
de corail, ont aujourd’hui des parois de
grillage ; ils répondent maintenant à la
demande de la population tahitienne, une
demande qui a triplé de 1960 à 1983.
Dans la seule période 1977-1983, des
demandes d’autorisation pour occuper le
domaine public maritime ont été faites pour
Une
étude chronologique
révèle le
développement soudain de certaines activités
“traditionnelles” ou, parfois, la mise en valeur
accélérée de certains potentiels. Ces petits
“booms” successifs qui superposent leurs
effets ont eu lieu, soit en fonction des besoins
croissants de la capitale, soit sous l’impulsion
de
capitaux privés originaires de Papeete.
Toutes les îles n’avaient pas la même aptitude
accueillir ces activités. La proximité de
Papeete, mais aussi les avantages fournis par
le relief, la nature des sols, la richesse du
lagon, ont joué un rôle déterminant. Les
à
Tuamotu du Nord et les îles Sous-le-Vent qui
bénéficiaient davantage de tous ces atouts ont
été le lieu privilégié du développement écono¬
mique hors des îles du Vent.
région considérée, est
l'activité principale de
721 personnes. Prés
Les productions artisanales
Dans le passé, la pauvreté des îles en matières
premières avait toujours conduit les
populations insulaires à faire preuve d’une
grande ingéniosité dans le travail des fibres, de
la pierre, du bois ou de l’os. Cette habileté
conservée, jointe au développement du
tourisme et à un regain d’intérêt pour la
culture polynésienne, explique l’essor des
productions artisanales. Aux îles Sous-leVent, c’est à Bora Bora que l’afflux des
touristes a suscité les productions les plus
abondantes : petits objets de bois ou de nacre
(les curios), coquillages et more fabriqués avec
des fibres de purau. La vente se fait soit sur des
étals en plein air, à Anau par exemple, soit
dans le hall de l’aéroport. Les Tuamotu du
Nord envoient des colliers de coquillages à
Papeete, alors que les artisans des Marquises
se sont spécialisés dans la sculpture du bois : il
semble que cette dernière activité soit la plus
rémunératrice pour l’archipel.
Aux Australes, le tressage et le nattage
des feuilles de pandanus permettent l’expor¬
tation de chapeaux, de paniers, pewc, plateaux
et “sous-plat”. Les artisans de Tubuai et
Rurutu en retirent plus de dix millions de
francs de revenus annuels : 11 522 000 FCP à
Tubuai en 1977 et 13 512000 FCP à Rurutu en
1982. A Raivavae et à Rimatara, la vente de
colliers de coquillages atteignait 5 millions de
FCP
en
1984, dépassant ainsi nettement la
11 s’agit, là aussi,
valeur des produits du fara.
d’une
94
recette
essentielle
pour cet
L’artisanat, dans la
archipel
d'un millier d'autres
voient dans l'artisanat
d'art un complément de
revenus et travaillent
surtout pour le
marché
tahitien. Souvent
groupés en
associations, les
artisans reçoivent l'aide
d'un Fonds spécial pour
le Développement de
l'Artisanat traditionnel
(à gauche : artisan
marquisien ; en bas :
tressage de chapeaux à
Rurutu ; ci-dessus :
vendeuse de curios à
Papeete).
LES ARCHIPELS
une
superficie de 35 000
dans le but
d’installer 51 parcs à poissons. La production
de l’archipel est passée de 1 000 tonnes en 1960
130 tonnes en 1984 ; elle est surtout
le fait des atolls de Kaukura, Apataki, Arutua
à près de 1
L’E.V.A.A.M. a équipé les deux
premiers de containers frigorifiques et a
installé une unité pilote de traitement des
produits marins à Apataki pour expédier des
produits finis tels que des holothuries fumées
et des filets de poissons salés ou séchés. Les
services territoriaux favorisent également le
développement de la pêche aux Marquises et
aux
îles Sous-le-Vent en y installant des
dispositifs de concentration de poissons et en
dispensant une formation technique aux
professionnels de la pêche.
et Tikehau.
La mise en valeur des espaces
agricoles
Bien qu’à Tahiti, la plaine de Papara à Papeari
plateau de Taravao soient devenus la
Papeete,
les agriculteurs des îles Sous-le-Vent et des
Australes ont su mettre en valeur des milieux
et le
“ceinture” maraîchère et laitière de
naturels
aujourd’hui
capitale,
particuliers et contribuent
à l’approvisionnement de la
A Huahine et Maupiti, plusieurs dizaines
de familles tirent des revenus appréciables de
production de melons et pastèques. Les
cultures
sont
pratiquées sur les motu
coralliens enserrant le lagon ou, à Huahine, le
lac Maeva. Les parcelles, de 20 ares à un
hectare, sont allongées perpendiculairement
au littoral et à moitié encloses par des haies de
aito ou par les débris du défrichement. La
production des deux îles, très variable selon
les années, est acheminée vers Papeete avec la
petite récolte de Tahaa, celle de Bora Bora
étant achetée par les hôtels.
Dès 1961, les îles Australes ont mis à
profit leurs bas-plateaux fertiles et leur climat
plus frais, aux saisons plus marquées
qu’ailleurs, pour se lancer dans la culture des
légumes. En 1964, l’éventail des productions
était encore réduit aux pommes de terre
(30,7 tonnes commercialisées par l’archipel),
aux oignons (17,5 t) et aux carottes (19,1 t),
mais l’élevage des bovins et des porcs, et bien
entendu l’artisanat, dégageaient alors
quelques surplus à l’exportation. Pendant une
quinzaine d’années, les productions ont rela¬
tivement
stagné, voire parfois disparu
(pommes de terre par exemple) des tableaux
statistiques de commercialisation. C’est à
partir de 1980 que, grâce à l’établissement
la
d’une desserte
création
de
la
maritime moderne et à la
S.D.A.P., les cultures se
sont
largement
notamment
étendues
et
diversifiées,
à Tubuai et, dans une
moindre
Rurutu et à Rimatara. En 1985, ces
trois îles, et principalement Tubuai, ont
exporté 1 103 tonnes de pommes de terre,
262 tonnes de carottes, 151 tonnes de choux
verts et, dans des quantités bien moindres, des
oignons, des tomates, des concombres, des
mesure, à
pastèques... Aux îles Marquises, le Service de
l’Économie
rurale
s’efforce
de
mettre
en
plateau de Toovi pour, dans une
première phase, garantir une meilleure
autonomie alimentaire aux populations. Ce
plateau sert de cadre à un élevage bovin
extensif et a fait l’objet d’un programme de
valeur le
reboisement.
Sur les 6 045 hectares consacrés au reboi¬
les îles hautes, 2 220 le sont aux
îles Sous-le-Vent, 930 aux Australes et 1 200
sement dans
Marquises où l’on s’est orienté vers les
précieuses (tou, santal). Partout
ailleurs domine le pin des Caraïbes, utilisé
comme bois d’œuvre et facteur de protection
des sols. Ces plantations ne donnent pas
encore lieu à un commerce significatif. En fait,
et en dehors des quelques îles citées, il apparaît
que les archipels éloignés de Tahiti sont
encore loin de jouer le rôle de “grenier” des îles
du Vent : ils sont eux-mêmes très dépendants
des produits importés de la capitale.
aux
essences
Aux Tuamotu, les parcs
à poissons fournissent
l'essentiel des prises,
3' richesse de l'archipel,
en valeur.
Essentiellement
commercialisés sur le
marché de Papeete
jusqu'au début
des années 1980, les
produits de ia pêche
sont, aujourd’hui, de
plus en plus écoulés par
d’autres canaux de
distribution :
supermarchés,
collectivités, société
grossiste Pomafrex,
hôtels traitant
directement avec les
producteurs.
La vente des produits
agricoles connaît la
même évolution,
notamment les
pastèques, melons, les
produits de
l'arboriculture et les
ananas.
En haut, à droite :
Une plantation d’ananas
aux Australes,
témoin
d'une recherche de
diversification agricole
dans l’archipel.
95
VIVRE EN POLYNÉSIE
Des richesses
361
unités d’accueil
est
nombre, totalisent
96 aux
Marquises et 58 aux Australes). Ce mode
d’hébergement s’adresse en général à une
clientèle de résidents qui est aussi très présente
dans les croisières régulièrement organisées
teurs
vers
les îles Sous-le-Vent et les
700 000 touristes par an.
L’aquaculture : une nouvelle
“ruée vers l’or” ?
d’activité que peuvent être l’artisanat d’art et
l’animation folklorique. Le travail salarié a
découvertes
ou redécouvertes
remplacé le travail indépendant et, avec lui,
s’est élaboré un système de valeur différent, et
ce, d’autant plus que le contact avec le touriste
Depuis 1960, les archipels se sont ouverts
à deux autres activités dont la prospérité doit
beaucoup plus aux capitaux venus de Papeete
ou de l’étranger qu’aux initiatives locales. Le
tourisme et la perliculture étaient inconnus
des îles éloignées jusqu’à une époque récente.
La découverte de perles lors des campagnes de
plongée pour la nacre n’avait donné lieu qu’à
un commerce confidentiel depuis le milieu du
XIX*^ siècle.
Aujourd’hui, bien que la rémunération
du capital soit beaucoup plus élevée que celle
travail, ces deux activités ont déjà
fortement marqué la société et les paysages de
du
quotidien. Bora Bora reçoit 20 000 visi¬
par an et sa population n’est que de
3 238 habitants (1983). Toutes proportions
gardées, la situation serait assez semblable
pour les habitants de Tahiti s’ils recevaient
Les
quatre
autres
îles qui disposent
d’hôtels classés : Raiatea (36 chambres),
Huahine (71), Rangiroa (52) et Manihi (20)
sont les
mieux reliées à Papeete, un avion s’y
à 20 fois par semaine. Toutes
ajoutent à la capacité d’accueil officiellement
recensée une petite hôtellerie, des pensions de
famille et des logements chez l’habitant qui.
posant de 3
bien
que
Avec
fluctuants
environ
20
en
en
000
1986 (dont
km-
Marquises.
de
lagons, la
Polynésie dispose en principe de conditions
favorables
au
développement de
l’aquaculture. Celle-ci a pris plusieurs formes
suivant les régions. Aux Tuamotu du Nord et
du Centre ainsi qu’aux Gambier, les cam¬
pagnes de plonge qui se sont succédé pendant
plusieurs îles de l’archipel Sous-le-Vent et des
Tuamotu.
L’inégale répartition
des activités touristiques
La capacité hôtelière des îles étudiées ne
représente, avec 683 chambres d’hôtels classés
(1986) que le quart de la capacité d’accueil
totale du Territoire. Cependant, pour Bora
Bora, Rangiroa et Huahine, le tourisme est
une source essentielle d’emplois et de revenus.
C’est à Bora Bora que le premier grand
hôtel de tourisme s’est implanté. Dès 1961, il
proposait 80 chambres à une clientèle surtout
américaine qui avait goûté aux charmes de
l’île moins de vingt ans plus tôt. En 1966, le
Club Méditerranée vint l’épauler avec ses
15 premiers bungalows mais ensuite, alors que
Tahiti voyait s’édifier les grandes unités que
sont
le
Tahara’a
et
le
Maeva
Beach,
le
tourisme marqua le pas dans les îles éloignées
jusqu’en 1973. Cette année-là, l’arrivée des
avions gros-porteurs (relayés par un réseau
aérien interinsulaire étoffé) coïncida avec
l’ouverture de nouveaux établissements ou en
suscita la construction. Ils appartenaient ou
furent bientôt liés à des chaînes hôtelières :
Bali Hai de Huahine et de Raiatea, Kia Ora de
Ci-dessus :
Une coopérative aux
Tuamotu.
Bora
Bora associés
coopératives perlières
Chaque année a vu ensuite son lot de petites
moyennes unités apparaître dans les îles
avec
une croissance
marquée depuis 1983
puisque la politique fiscale, le code des inves¬
dans cet archipel. Le
mouvement s'est
fortement ralenti depuis,
suite à une maladie de la
nacre et aux restrictions
de crédits sanctionnant
la mauvaise gestion de
nombreuses
tissements et la volonté du gouvernement se
conjugués pour attirer les capitaux et
l’agrandissement des unités exis¬
favoriser
coopératives.
La prospérité de la
perliculture est pour
tantes.
En 1986, Bora Bora totalise 350 cham¬
bres, soit 51% de la capacité d’accueil des îles
étudiées.
Les
effets
sur
l’économie
l'instant le fait
d’entrepreneurs privés.
Jean-Claude Brouillet
(à gauche) a été
l'initiateur d’une
et
l’organisation sociale de l’île ont été consi¬
dérables. En 1983, sur les 998 actifs de l’île,
368 étaient directement employés dans les
ajoute les
agriculteurs et pêcheurs qui livrent une partie
de leurs produits aux hôtels, les ouvriers du
bâtiment et des travaux publics, les employés
des entreprises de transport... c’est près de
65% de la population active qui a un emploi lié
au tourisme, sans compter les compléments
hôtels et les restaurants. Si l’on
96
Tuamotu, témoin ce
révolution du nombre
annuel de créations de
à la firme Sofitel.
ou
sont
véritable boom aux
graphique qui traduit
Rangiroa, Kaina Village de Manihi et Marara
de
La perliculture a connu,
de 1983 à 1986, un
politique commerciale
tournée vers l'extérieur,
Évolution du nombre annuel
reposant sur la conquête
d’une notoriété auprès
des plus grands joailliers
du monde.
Robert Wan (en haut),
s’il occupe aujourd’hui
de créations de coopératives
perlières aux Tuamotu de 1975 à 1984.
une
position dominante
dans le domaine de la
1975
1976
1977
1978
1979
1980
1981
1982
1983
1984
production, n’a pas
résolu les problèmes de
cette commercialisation.
LES ARCHIPELS
des dizaines d’années ont presque épuisé le
stock naturel de nacres. Ce qui conduisit dès
1963 le Service de la Pêche à procéder à des
expériences de culture de perles sur des huîtres
puis, en
1971, à mener une étude sur les possibilités
commerciales de la perliculture en colla¬
boration avec une société japonaise.
Jusqu’en 1980, fermes privées ou coopé¬
ratives se sont créées au rythme de 2 ou 3 par
an.
Ensuite, face à l’intérêt suscité par la
perle noire sur le marché mondial, notamment
au Japon, on a assisté à une véritable ruée vers
les lagons de Manihi, Takapoto, Takaroa,
nacrières à Hikueru et Bora Bora,
l’E.V.A.A.M. a
enregistré 81 demandes d’occupation tempo¬
raire du domaine public maritime portant sur
62 000 m- destinés à la création de fermes de
collectage et d’élevage de la nacre. Dans le
Hao...
De
1977
à
Page de gauche :
La lagune de Tahaa,
mise en valeur par une
antenne expérimentale
de l'E.V.A.A.M.
Rattachés à la section
Conchyliculture de cet
organisme, des
techniciens territoriaux
assurent l'élevage de
moules vertes des
Philippines, le naissain
étant fourni par le
Centre océanologique
du Pacifique. La
production totale de
moules pour l'archipel
de la Société s’est
élevée à 13,3 tonnes en
1986.
1983,
même temps, 31 demandes d’établissement de
perlières étaient formulées pour
l’exploitation de 165 700 m^ de littoral. Au
cours
du seul premier semestre 1984, le
fermes
Service recevait 106 demandes de concession
maritime... la plupart n’ont toutefois pas
abouti à la création d’entreprises effectives.
Le cycle de production de la nacre s’étend
trois ans. Le naissain de nacre est récolté
dans
une
douzaine d’atolls : Hikueru,
sur
Makemo, Scilly, Mopelia et surtout
Takapoto. Après une période d’élevage d’un
an qui a souvent pour cadre d’autres atolls
(Manihi, Hao, Gambier, Aratika, Arutua...),
les nacres sont greffées par des spécialistes
Japonais ou locaux et peuvent produire une
perle en deux ans. En 1986, les coopératives
des Tuamotu ont commercialisé par l’inter¬
médiaire
du
cette partie de
de Bora Bora, forment
une des côtes les plus
accueillantes de
en
Polynésie. De
92 chambres en 1981, la
capacité hôtelière de
Poe
Rava
Nui
d’affaires
de
600
millions
de
francs.
La
production nacrière est également en passe de
se développer aux îles Sous-le-Vent. En 1983,
un élevage a été mis en place à Raiatea à partir
de naissains provenant de Scilly et Mopelia.
Les
efforts
des
services
territoriaux
production de moules
vertes des Philippines à Raiatea. Elle pourrait
atteindre 20 tonnes par an et prendre le relais
portent aussi sur la
de l’ostréiculture de Huahine ruinée par un
parasite. A Rangiroa enfin, la diversification
économiques s’affirme avec la
des activités
naissance d’une école des métiers de la nacre et
le développement de la production de chanos-
chanos,
appâts
vivants
destinés aux navires thoniers.
principalement
l’île est
passée à 241 chambres
1987, y compris
La pointe Matira et les
plages voisines, au sud
G.LE.
16 778 perles représentant une valeur de vente
de 252 143 000 FCP, mais les huit grandes
fermes privées ont sans doute réalisé un chiffre
l’hôtel Sofitel dont on
peut admirer ici
l’architecture lacustre.
Hôtels Matira
(28 bungalows) et
Ibis (36) exceptés,
l'ensemble s’adresse à
la clientèle trèsaiséedes
pays industrialisés.
Matira est également
fréquentée par les
passagers des croisières
deluxe, pourlesquelson
organise des loisirs à
terre (ci-contre : un
pique-nique sur motu).
97
VIVRE EN POLYNÉSIE
Le désenclavement
des îles
geable. On observe ainsi que le trafic est
d’autant plus dense que l’une ou plusieurs des
conditions suivantes sont remplies : proximité
de Tahiti, population supérieure à 2 000 habi¬
L’apparition de nouvelles activités
économiques, la transformation de certains
paysages et l’évolution des comportements
sociaux sont pour une part liés à la rupture de
l’isolement des communautés. En dehors de
quelques régions montagneuses, il n’est sans
doute pas d’espace au monde plus difficile à
désenclaver que
la poussière d’îles de
Polynésie.
place le “poumon” du Territoire,
constitué par le port de Motu Uta et l’aéroport
de Faaa, on observe que la desserte des îles n’a
que
modestement évolué depuis le début du
siècle.
Une
seule
relation
nœud
tahitien sont
rares.
Seules
Bora
Bora, Raiatea et Nuku Hiva distribuent un
petit trafic vers les îles voisines mais il n’y a
six passagers par semaine en moyenne
que
entre Tubuai et Rurutu,
l’avion
ne
Dans un tel contexte,
contribue guère à diffuser l’influ¬
économique, sociale et culturelle de la
capitale. Il n’en va pas de même aux Tuamotu
ence
circulation des hommes et des idées est impor¬
Au début des années soixante, alors que se
en
du
du Nord et surtout aux îles Sous-le-Vent, où la
Les liaisons aériennes
met
tants, existence d’établissements hôteliers. Les
relations interinsulaires organisées en dehors
aérienne
tante ;
visites
tournées administratives et politiques,
aux
parents
et
flux
touristiques
imprègnent lentement les populations des
modes de vie occidentaux. Vers les autres îles,
les
passagers
sont
essentiellement locaux.
mais leurs voyages sont aussi des manifes¬
tations de l’attraction et des pouvoirs de la
capitale. L’avion peut enfin conforter les
populations dans leur désir de rester dans les
îles. Il permet les évacuations sanitaires et
l’envoi de produits vers le marché de Papeete :
poisson frais et produits de l’aquaculture.
Les limites techniques
de la communication
audiovisuelle
Les moyens techniques diffusant la
information trouvent beaucoup
seule
plus
rapidement leurs limites sur les longues
distances séparant les archipels. Les îles Sousle-Vent reçoivent la télévision depuis 1978
grâce au puissant émetteur de 1 000 watts du
Mt Marau ; on y capte aussi les émissions en
modulation de fréquence et ces îles sont
accessibles par un téléphone automatique qui
était
assurée au départ de Tahiti en
Bora
1962, celle de
Bora grâce aux pistes construites par
l’armée américaine dans cette île
Bora Bora fut d’ailleurs la tête de
en
1942
:
ligne des
relations internationales dans les années 50.
Les îles n’étaient touchées que par de petits
bateaux pratiquant des rotations longues, très
variables suivant les ressources des îles et les
possibilités des armateurs.
La création de la Sétil en novembre 1961
(Société d’Équipement de Tahiti et des Iles) a
permis de multiplier les aérodromes,
notamment
entre
1965
et
1973.
Cet
organisme, issu de la Société centrale pour
l’Équipement du Territoire, elle-même créée
par la Caisse des Dépôts et Consignations, a
pour but d’étudier et de réaliser les projets
d’aménagement des collectivités insulaires ;
elle peut aussi gérer les ouvrages terminés. Dès
lors, s’ouvraient les pistes de Rangiroa en 1965
(aérodrome de dégagement obligatoire pour
Tahiti), Manihi en 1967, Raiatea, Huahine et
Hiva Oa en 1971, Maupiti en 1972...
Aujourd’hui, on compte 4 aérodromes
d’État, 3 militaires, 28 territoriaux et 7 pistes
privées, soit une moyenne, pour les archipels
étudiés, d’une piste pour 1 100 habitants. Il
faut néanmoins tempérer cette statistique en
soulignant que 11 îles seulement peuvent
recevoir des appareils de l’aviation du
deuxième niveau (Fokker 27, A.T.R. 42).
Outre Air Moorea qui relie Tahiti à l’île-sœur,
le trafic interinsulaire est assuré depuis 1958
par une compagnie locale, filiale pour partie
du T.A.I. (la future U.T.A.), dénommée
Réseau aérien interinsulaire (R.A.I.) qui est
devenue en 1971 Air Polynésie avant de
s’appeler Air Tahiti en 1985 quand le
Territoire a pris le contrôle de 25% de son
capital.
Les
tronçons
les plus fréquentés,
parcourus une fois par jour au moins, sont
Tahiti-Bora Bora (80 000 passagers), TahitiRaiatea (40 000), Tahiti-Huahine (25 000) et
Tahiti-Rangiroa (20 000). Cinq aéroports
occupent une position secondaire avec un
trafic annuel compris entre 5 000 et 10 000 pas¬
sagers : Nuku Hiva, Manihi, Tubuai, Rurutu
et Maupiti, tandis que les autres îles enre¬
gistrent une activité aérienne presque négli¬
98
passagers/avion
000
Ci-dessus :
L’aéroport de Papeete
est une plaque
tournante des relations
Rangiroa : population résidente
et trafic passagers de l’aéroport.
000
15 000
interinsulaires. Sur les
386 000 passagers
l'ayant fréquenté pour
des vols intérieurs en
1986, 201 000 se sont
rendus ou sont venus
des archipels
périphériques.
2 000
12 000
9 000
1 000.
6 000
Ci-contre :
Ce graphique met en
évidence l'importance
du fait aéroportuaire
dans certaines îles
touristiques ou à
3 000
vocation de carrefour
telle
Rangiroa. Ici, le
nombre de passagers
ayant transité à Avatoru
équivaut à 16 fois la
population de l'atoll.
LES ARCHIPELS
utilise les faisceaux hertziens. Vers l’est et le
réception radio devient
progressivement défectueuse, tandis que le
fonctionnement du circuit Vidéo-Archipels se
sud du Territoire, la
heurte à de nombreuses difficultés touchant à
la
transmission
des
émissions
et
à
la
maintenance des appareils.
Une desserte maritime
de service public
Si
l’avion
les
et
contacts entre
ondes
ont
multiplié les
Tahiti et “ses” îles, le bateau
de transport majeur pour les
Tuamotu et Australes. Aux
liaisons assez irrégulières, effectuées par de
petites unités souvent vétustes, l’admi¬
reste le moyen
Marquises,
voulu
moderne et efficace.
nistration
été
a
substituer
un
service
En mars 1977, la profession d’armateur a
par une délibération
territoriale qui confère à
organisée
l’Assemblée
de
la
desserte maritime interinsulaire le
caractère
L’armateur bénéficie d’une
révision périodique des tarifs, mais doit
respecter un cahier des charges qui définit une
ligne de desserte et un nombre minimal de
touchées par île. La flotte s’est modernisée :
le poids en lourd moyen est passé de 250 à
400 tonnes et on ne peut plus appeler
“goélettes” des navires comme le Tuhaa pae II
et le Raromatai Ferry qui resserrent les liens
entre la capitale, les Australes et les îles Sous-
de service public.
le-Vent.
L’administration
apporte
aussi les
services de ses cinq “landing craft transports”
qui assurent des approvisionnements en maté¬
riaux ou le transport des élèves. Là encore, le
réseau rayonne à partir de Papeete et, sur
toutes les lignes, le fret distribué par la capitale
dépasse largement celui qui est issu des îles :
120 000 tonnes contre 47 000 en 1984. L’étude
des
trafics
par
ligne ferait apparaître la
L’ouverture des
archipels sur le monde
passe par le
développement des
télécommunications.
Ci-dessus :
Des techniciens de la
station R.F.O. de
Papeete dupliquent des
programmes vidéo à
i'intention des
communes
trop
éloignées pour recevoir
directement des
émissions télévisées.
A gauche :
Les émetteurs-
récepteurs type B.L U.
sont encore utilisés par
les gendarmes, les
météorologistes et le
personnel de santé des
Australes, des Tuamotu
prépondérance des liens Papeete-l.S.L.V.,
mais le nombre de touchées importe plus dans
la vie quotidienne des insulaires. La petite
nébuleuse des Tuamotu du Nord, de Tikehau
à Faaite, reçoit autant de navires que Raiatea
ou
Huahine : de 5 à 10 par mois. Les navires
coprah et une part des pêches,
puis déversent des produits alimentaires en
conserve qui ont bouleversé le mode nutri¬
collectent le
tionnel, voire aboli des cultures vivrières,
tandis que
les matériaux importés (ciment,
tôles, contreplaqué...) sesont imposés dans les
paysages villageois. Ces observations ne sont
vraies que pour une partie des îles, car le
désenclavement est très différencié et ce, à
l’intérieur même de chaque archipel. La
qualité et la fréquence des relations existant
entre
les îles Sous-le-Vent, les Tuamotu du
Nord d’une part et la capitale d’autre part font
ces
régions à l’unisson du cœur
économique du Territoire.
vivre
La qualité et la rapidité
de la communication de
la pensée trancheraient
alors davantage sur la
lenteur des échanges
traditionnels de produits
par goélette et la
précarité des touchées
et des Marquises. Au
d'atolls sans passe.
appareillage pourrait
Ci-dessous :
Une baleinière aux
Tuamotu rejointàvidela
de la prochaine
décennie cet
cours
être remplacé par des
émissions-réceptions
par satellite.
goélette.
Ci-dessus :
La boutique à bord d’une
goélette.
VIVRE EN
POLYNÉSIE
Des espaces sous
influences
bution de revenus dans les îles contribue, cela
va
développement d’un réseau de
Avec le
de soi, à l’accroissement de la demande de
produits importés et renforce la dépendance
des
petites communautés à l’égard des
pouvoirs centraux.
communications moderne, la mise en place de
nouvelles
d’encadrement
structures
ayant
fonction de distribuer la
manne généreusement dispensée par l’État est
sans doute le facteur qui a le plus profon¬
notamment
pour
dément bouleversé la vie des insulaires.
L’amélioration des équipements
collectifs
Les communes peuvent aussi, en vertu de la
réforme, envisager des dépenses destinées à
l’amélioration des
Le contre-pouvoir des communes
L’élément essentiel de ces réformes est la loi
instituant,
décembre
régime
communal sur le Territoire. Jusque-là, seules
Papeete (depuis 1890), Uturoa (1931), Piraeet
Faaa (1965) avaient ce statut. Le reste du
Territoire était divisé en districts dirigés par
un conseil, composé d’un tavana et de ses
adjoints, qui disposait de moyens financiers
en
1971,
le
modestes. L’essentiel des finances locales était
équipements collectifs. A
effet, la section d’investissement de leur
budget est alimentée en grande partie par les
cet
versements du Fonds intercommunal de Péré¬
quation (F.l.P.j et
par
des subventions de
l’État provenant notamment de la section du
Fonds
d’investissement
pour
le
Développement économique et social
(F.I.D.E.S.). Le F.I.P,, né en 1972, est
alimenté par le quart des produits des droits
de douane, soit 808 millions de FCP en 1973
mais 8,3 milliards en 1985. Aujourd’hui, la
répartition géographique des sommes montre
un
souci de rééquilibrage au profit des
archipels éloignés puisque ceux-ci, qui
représentent 26% de la population ■ du
Territoire, reçoivent 35% du montant total
des dotations. Ce fonds est géré par l’État,
l’Assemblée territoriale et, surtout, les repré¬
sentants des collectivités locales, majoritaires
au comité de gestion. Le F.I.D.E.S. distribue
des subventions d’État à la demande des
communes qui déposent un projet d’investis¬
sement d’utilité évidente. Il peut aussi aider à
la réalisation de projets intercommunaux
d’intérêt général.
Au total, ce sont près de 600 millions de
FCP qui sont mis à la disposition des collec¬
tivités dont la moitié aux îles situées en dehors
l’archipel de la Société. Ces fonds ont
permis la rénovation des bâtiments
de
communaux,
quais,
L’État
de
a
la construction de routes et de
dispensaires
ainsi
voire d’hôpitaux.
participé à hauteur de 176
perçu puis utilisé par l’autorité territoriale.
En créant 44 nouvelles communes dans le
Territoire, l’État donnait aux communautés
insulaires des responsabilités étendues et leur
accordait de nombreuses sources de recettes,
la section de fonctionnement que
pour celle d’investissement. On peut citer ainsi
le produit des centimes additionnels, celui des
droits de place, des péages, dés services
exploités en régie, des amendes, des contri¬
butions, taxes et droits divers. Il faut ajouter
que
la commune pouvait désormais
contracter des
emprunts. Autant d’inter¬
tant
pour
ventions
souhaitait
donnant
à
déposséder
partie de
penser
que
l’État
terri¬
pouvoirs, voire
entamer un processus de départementalisa¬
tion. Et de fait, l’article 24 de la loi abrogeait
des dispositions du décret de 1957 instituant
toriale d’une
un
l’Assemblée
ses
conseil de gouvernement et
étendant les
attributions de l’Assemblée territoriale ; le
bon fonctionnement des institutions commu¬
nales ne pouvait être vérifié que par l’admi¬
nistration d’État (voir volume 8, p. 41).
Les communes, sources de revenus
et de dépendances
Loin des remous politiques suscités par la loi,
grâce à leurs fonds propres et à l’attri¬
bution, depuis 1979, d’une dotation globale de
fonctionnement (s’élevant à 740 millions de
francs C.F.P. en 1985), les nouvelles muni¬
et
cipalités purent mettre en oeuvre différents
services publics. 11 s’agit de l’ordre, de
l’hygiène, de l’entretien des bâtiments publics,
du fonctionnement des cantines et transports
scolaires, de la distribution du courrier, de
l’eau et de l’électricité. Ce qui, bien entendu,
conduisit
les
communes
à
recruter
un
personnel nombreux.
A Rurutii (I 971 habitants en 1983), par
exemple, la mairie en 1985 rémunérait 107 tra¬
vailleurs permanents ou temporaires dont les
salaires
globaux se montaient à
46 867 202 francs CFP. La même année, à titre
de comparaison,
les 66 producteurs de
pommes de terre avaient dégagé un bénéfice
net de 8 820 000 francs CFP. Une telle distri¬
100
Réunion des maires de
Polynésie (août 1987).
L'administration d’État
organise réguiièrement
des séances
d'information à
i’intention des
personnels municipaux
souvent inexpérimentés.
La législation, la gestion
des biens communaux
et i'initiation à la
technologie (énergie
solaire notamment :
ci-dessous à Anaa) sont
les thèmes les plus
fréquemment abordés.
LES ARCHIPELS
millions de FCP à l’édification de
l’hôpital
d’Uturoa. Les fonds d’investissement ont pu
être aussi affectés à l’achat de matériel contre
l’incendie, à l’extension de cimetières, à la
construction d’abris anti-cyclones, de
centrales électriques,
Ci-dessus :
Le quai de Vaiare à
Moorea. Équipement
vital pour les échanges
avec
Papeete, il a vu
transiter
416 000 passagers et
171 000 tonnes de
marchandises en 1986.
Un développement propre
à chaque archipel
si les municipalités ont les moyens de réaliser
projets, le gouvernement territorial
met également en œuvre une politique d’aide
au développement des îles éloignées. Ainsi, le
IX' plan quinquennal (1984-1988) reconnaît
que le moindre développement des îles crée
des relations de dépendance entre les îles et
Tahiti. 11 vise à organiser un développement
propre à chaque archipel “en adaptant
l’ensemble des interventions réglementaires,
législatives, économiques, financières et
sociales du Territoire”, Ce plan doit être
complété par un Schéma d’Aménagement
général et d’Équipement. Le développement
économique est notamment envisagé dans le
code des investissements, qui, de façon
générale, propose aux entreprises se créant ou
se développant, des facilités fiscales et des
primes d’aide à l’investissement. L’arrêté du
29 juillet 1983 introduit une différenciation
géographique dans l’attribution des primes
pour favoriser les implantations d’activités en
dehors des îles du Vent. Alors que l’agglo¬
mération voit le taux de ces primes varier de 5
certains
cipent aussi par leur budget propre au
développement des îles où ils sont représentés
par de nombreux services spécialisés. Le
ministre de l’Agriculture, par exemple, envoie
dans les îles
îles, de 14 à 16%.
Tous
les
ministères
agents de l’Économie rurale
l’amélioration de la cocoteraie et la refores¬
tation. Le ministère des Affaires sociales met
en
place le Régime de Protection sociale en
Milieu rural. L’Établissement pour la Valo¬
risation des Activités aquacoles et maritimes
et
le
Service de la Pêche mènent de
expériences dans les îles ; les
du G.LE. Soler équipent
entièrement des atolls en capteurs d’énergie
solaire, tandis que le Service de la Santé
publique forme des personnels locaux et
nombreuses
techniciens
assure
les évacuations sanitaires. L’aide
aux
îles passe aussi par le maintien d’un potentiel
humain suffisant.
Un Fonds d’Aide au Départ vers les lies
Polynésie (F.A.D.l.P.) subventionne les
voyages de retour, il contribue à la formation
professionnelle des candidats au départ, à
l’acquisition de matériel de travail et à
l’aménagement de logements dans les îles. En
de
à 8%, à Bora Bora il est de 7 à 10% et, dans les
autres
ses
qui vulgarisent les techniques et conseillent les
exploitants ; il dispose de fonds spéciaux pour
techniques parti¬
d’Entraide des Iles
(F.E.I.) est venu s’ajouter à l’ensemble des
organismes concourant au développement
des archipels.
octobre 1985, un Fonds
rnif mÈÊà
iSi
Les équipements
ont été
considérablement
améliorés depuis la
réforme de 1972.
Les mairies (à gauche,
Makemo et Arue en bas)
reflètent l’importance
nouvelle des pouvoirs
communaux
communaux.
Les services territoriaux
ont également participé
à la revitalisation des
archipels en finançant la
construction
d'aéroports, de quais,
d’antennes d’études et
d'expé rimentations
(à droite : locaux de
l’E.V.A.A.M. à Rangiroa)
ou en étoffant par de
nouvelles
infrastructures les
services offerts {en bas :
infirmerie d’Anaa) ou
par des visites régulières
de médecins, de
S
bILéI
U
s '
A
h
techniciens,
d’administrateurs,
d'inspecteurs
pédagogiques...
{au centre : le médecinchef et l'administrateur
territorial à Manihi).
101
VIVRE EN POLYNÉSIE
Un monde rural
société néo-traditionnelle. Une société dont
l’équilibre repose, pour une large part, sur la
prospérité de l’économie d’exportation dans
qui change
la mesure où ses cellules de base, les familles
Dans les années 1960, la
naissance de
l’agglomération est dans une très large mesure
(voir p. 16) la conséquence de la crise démo¬
graphique et socio-économique que connaît,
depuis le lendemain de la Seconde Guerre
mondiale, un Territoire qui n’en demeure pas
moins
essentiellement
rural.
Les
communautés des districts tahitiens et des îles
rassemblent encore, en 1962, 67% de la popu¬
lation de la Polynésie française, une popu¬
lation qui, dans sa majorité (voir tableau
p. 104), s’adonne à l’agriculture et à la pêche.
Une activité qui sous-tend les rapports què la
société néo-traditionnelle entretient avec son
étendues, ne peuvent se reproduire en s’enra¬
cinant dans la réalité terrienne (fenua) que si
(constituant les familles
élémentaires) exercent de façon continue les
droits de résidence et d’exploitation sur les
faapu. Nous nous contenterons de rappeler
ici, entre autres, que si la production de
coprah, de vanille (voir annexes, p. 147) se
porte bien dans les années 1960, grâce à
certaines interventions techniquement effi¬
caces
du Service de l’Agriculture (voir
leurs
membres
Évolution du commerce interinsulaire
(archipels) (en francs C.F.P.)
espace et, par le fait même, confère son unité
profonde au monde rural.
Cette
situation
a
été
changée par 25 ans d’histoire. Le dévelop¬
pement de l’agglomération urbaine n’a pas
seulement réduit son poids démographique
relatif (44% en 1983) et son emprise spatiale. A
Tahiti comme dans les archipels, le change¬
ment qu’il traduit a fait des agriculteurs et des
pêcheurs les acteurs sociaux minoritaires
d’une activité économique devenue négli¬
geable (voir volume 8, p. 12). Ce qui est en
cause
dans
cette
évolution c’est moins la
dynamique du processus de changement en
cours que sa nature. Car si le premier facteur,
en se diffusant avec plus ou moins de force
dans le monde rural, contribue à sa différen¬
ciation Tahiti ne fait plus aujourd’hui partie
des archipels -, le second concourt à terme à sa
disparition.
-
1960 : Tahiti fait partie
des “archipels”
Nous ne reviendrons pas sur ce qui dans les
années 1960 fait l’hétérogénéité apparente et
profonde du monde rural. En
soulignant d’entrée que les districts de Tahiti
font encore partie de ce que nous appelons
aujourd’hui sans paradoxe les archipels.
Précisément, parce que, dans leur très grande
majorité, les Tahitiens forment encore des
communautés d’agriculteurs et de pêcheurs
qui s’identifient à leur espace de vie : le
mataeina’a. Rappelons par ailleurs qu’en
1964, les districts tahitiens produisaient 18%
du coprah vendu dans le Territoire. Ce qui ne
signifie pas que, du fait de leur appartenance à
la Grande lie, ils ne connaissent pas un certain
nombre de transformations qui leur confèrent
une certaine spécificité dans le monde rural : la
présence du marché de Papeete stimule la
l’unité
commercialisation des légumes, des tuber¬
cules et des fruits locaux ; la population des
districts s’accroît plus vite que celle des îles :
beaucoup de nouveaux arrivants popa’a, de
Chinois et de Demis résidant à Papeete
viennent s’y installer (Punaauia, Paea...), tout
comme un certain nombre de migrants venus
des archipels. Des changements annoncia¬
teurs
d’autres changements qui peuvent
contribuer à masquer à Tahiti, mais pas dans
le reste du Territoire, la crise que traverse la
102
Taux de
Provenance
Destination
1960
570 349
515 710
1961
519 574
560 271
92,7
1962
507 527
551 017
1963
441 184
556 367
92,1
79,3
1964
470 828
552 411
85,2
1965
416 751
682 705
61
1966
447 173
789 981
56,6
1967
417 803
823 564
50,7
1968
430 641
913 391
47,1
1969
492 857
925 201
53,3
1970
437 523
1 020 445
42,9
1971
528 790
1 108 757
47,7
1972
533 269
1 046 487
51
1973
540 741
1 338 005
43,7
radicalement
couverture
110,6
1974
700 640
1 750 015
40
1975
1 127 266
2 364 053
47,7
1976
1 063 060
2 639 915
40,3
1977
1 102 546
3 027 150
36,4
1978
979 580
3 921 095
25
1979
2 051 691
4 320 534
47,5
1980
2 158 394
5 941 642
36,3
1981
1 998 957
7 224 090
27,7
1982
2 754 643
9 257 896
29,7
1983
2 684 685
10 341 846
26
1984
2 831 671
10 575 224
26,8
1985
6 223 000
14 877 000
41,8
1986
8 133 000
17 983 000
45,2
volume 8, p. 17), la valeur en millions de
francs constants de ces produits, selon
Cl. Robineau, n’a cessé de baisser (670 en
1960, 441
en
1964). Une baisse qui n’est pas
rapports avec le solde migratoire négatif
sans
pour les archipels que l’I.N.S.E.E. a calculé en
1962 en comparant les données relatives aux
lieux
résidence
de
et
de
naissance
des
les îles Sous-le-Vent,
2 046 pour les Tuamotu-Gambier, 479 pour
les Marquises, I 822 pour les Australes. Les
Australes, un archipel dont le Service de
l’Agriculture essaye de fixer les populations en
lançant la culture des légumes : en 1963, ce
n’est qu’un exemple, Rurutu a produit
13 tonnes de pommes de terre...
recensés
:
3 161 pour
A la veille de l’installation du C.E.P., en
dépit des efforts de relance de l’agriculture des efforts qui ont échoué pour des raisons
que nous avons déjà évoquées (voir volume 8,
p. 17) - \e ver est dans le fruit, mais il n’a pas
mangé le fruit. Parce que la dynamique des
transformations qui se diffusent à partir de
Papeete n’est pas assez forte pour modifier la
nature des rapports que la société rurale entre¬
tient avec son espace. En 1964, en dépit de la
baisse des cours du coprah et de la vanille qui
affecte la valeur de ces produits, le commerce
interinsulaire (voir tableau) est encore à peu
près équilibré. Les exportations (provenance)
couvrent à hauteur de 85% les importations
(destination) de biens de consommation et
d’équipement dont la valeur reste stable. En
somme, dans le cadre de la dépendance
globale créée par le système colonial, le monde
rural
conserve
une
certaine
autonomie.
l’administration qui a très
largement “délégué” ses pouvoirs aux Églises
D’autant
que
La nomenclature qui
sert de cadre à
rétablissement des
statistiques du
commerce interinsulaire
comporte pour les
"marchandises en
provenance”
sept rubriques : coprah,
poissons, bétail, vanille,
nacre, café, autres
produits. Cette
nomenclature, qui date
de la période coloniale,
ne rend pas compte de la
réalité des échanges
actuels qui concernent
surtout les pommes de
terre, pastèques, objets
artisanaux... regroupés
dans la rubrique
"autres produits".
Page de droite :
Le Rassemblement des
Agriculteurs qui s'est
tenu à Tevaitoa-Raiatea
en octobre 1986 s’inscrit
pour le ministre
Georges Kelly dans une
"vaste démarche
(électorale ?) de
réhabilitation et de
promotion de
l’agriculture et des
agriculteurs
polynésiens".
Une démarche en
parfaite contradiction
avec
l'orientation
générale de la politique
gouvernementale qui
contribue à la
marginalisation de
l’agriculture.
Un porteur de tel en
représentation dans les
années 1960. Avant
d’être acclimaté au
XX' siècle dans les
basses vallées et dans la
plaine littorale, le tei
était un produit de
cueillette que l’on allait
ramasser à l’intérieur de
l'île dans les vallées du
même nom.
LES ARCHIPELS
guère dans la vie des commu¬
nautés, qui ne s’en portent pas plus mal. Ce
n’intervient
qui ne devait pas durer.
en
Un monde rural de plus en plus
banalisé
Entre 1984 et
minoritaires devancées par les “Services”
essentiellement “non marchands”, c’est-à-dire
1986, en effet, l’écart entre la
valeur des exportations (qui sont multipliées
14) et celle des importations (qui le sont
30) ne cesse de se creuser, le taux de
couverture, qui est descendu à 25% en 1978,
par
par
étant de l’ordre de 45% en 1986. Certes, ces
rapports, qui font la synthèse de chiffres
relevés dans le cadre d’une nomenclature
complètement dépassée - elle date de la
période coloniale -, ne représentent que des
ordres de grandeur très approximatifs. Leur
évolution sur une période de 22 ans n’en
demeure pas moins significative. Surtout si on
la confronte à celle de la répartition des
“actifs” par branche d’activité économique,
qui montre que, dans tous les archipels (sauf
aux Australes où l’importance de l’artisanat
apparaît dans la branche Industrie), l’agri¬
culture et la pêche sont devenues des activités
l’occurrence
“administratifs”,
comme
le
précise le dernier recensement. Une tendance
qui s’est accélérée après 1977. Une tendance
qui en dit long sur la nature profonde de la
politique de “revitalisation” (voir volume 8,
pp. 34-37) destinée à restaurer les activités
productives. En fait de production, le Terri¬
toire, avec le concours de l’État, tuteur des
qui sont dotées de ressources
abondantes, produit surtout des fonction¬
naires ou assimilés qui consomment. Et ce
jusque dans le fin fond des Tuamotu et des
Marquises qui, en raison de leur isolement,
ont droit à une sollicitude toute particulière.
communes
Ceci étant, les données en cause, tout
comme les précédentes, n’ont qu’une valeur
très relative car il n’est pas toujours facile, en
milieu polynésien, de savoir si un “actif’ est un
agriculteur salarié ou un salarié agriculteur.
Elles n’en demeurent pas moins significatives
d’une évolution, même dans ce cas de figure,
car l’intéressé est de plus en plus conduit à
faire la comparaison entre le montant du
salaire qui lui est versé, par exemple par le
Ci-dessous :
Dans une société rurale
qui n'est pas encore trop
"politisée” et trop
idéologisée (voir p. 77),
maire, et le revenu réel que lui procure l’agri¬
culture, un revenu qui n’a rien à voir avec la
valeur brute de la production complaisam¬
ment étalée dans les statistiques. Surtout
quand cette agriculture est très encadrée
financièrement et techniquement, ce qui peut
le conduire à s’endetter et à perdre de l’argent,
l’avons montré dans le cas des
comme nous
pommes de terre de Rurutu.
Il va sans dire que cette
évolution qui
marginalisation des activités
productives, qu’elles relèvent de l’ancienne
conduit
à
la
économie ou de leur “diversification”, modifie
profondeur la réalité des rapports sociospatiaux, dans les mentalités aujourd’hui,
en
mais demain ce sera dans les comportements.
Parce que la terre, dans la mesure où elle n’est
plus un facteur de production, n’est plus le lieu
qui garantit l’existence et la pérennité de la
famille étendue. Faut-il rappeler en effet que,
dans une telle situation, les unités de produc¬
tion que sont les familles élémentaires
jouissant d’une très large autonomie
économique au sein des groupes de parenté
qu’elles contribuent à reproduire, ont de plus
en plus tendance à s’individualiser. Ce qui est
en cause ici c’est un véritable changement de
société qui n’est pas lié en lui-même à l’intro¬
duction de l’argent (qui a été réalisée avec
l’imposition de l’économie de traite), mais à
l’overdose de “moni”, qui constitue le facteur
déterminant du développement de la nouvelle
économie.
les critères socio-
ethniques de 1962 sont
encore valables en 1983.
Ce qui n’empêche pas,
1987 : Tahiti ne fait plus partie
des “archipels”
par exemple, les
habitants de Rimatara
La nature des rapports que la société rurale
(une île polynésienne
s’il en est) dont
entretient avec son espace est donc en train de
beaucoup s’appéllent
changer, mais le rythme du changement n’a
Lenoir, de se déclarer
massivement "demis”,
ce qui fausse la
répartition socioethnique des Australes.
A noter que les militaires
présents à Moruroa
(commune de Tureia)
grossissent
démesurément la
communauté popa'ades
Tuamotu. Une
communauté dont le
poids relatif dans le
monde rural est encore
faible mais qui
augmente rapidement,
suffisamment pourjouer
un rôle important dans
les îles les plus peuplées
(présence d’un C.E.S...).
pas partout la même intensité. Les îles
résistent plus ou moins au processus de “bana¬
qui les emporte. Pour des raisons
qui, dans le détail, sont extrêmement com¬
plexes et qui tiennent à ce que nous avons
appelé r’hétérogénéité” du monde rural, une
hétérogénéité “apparente” qui, dans la phase
de transition que nous vivons aujourd’hui,
joue (provisoirement) un rôle déterminant
dans la différenciation des espaces. Certes,
avec la mise en place d’un réseau de transport
aérien qui dessert la plupart des îles hautes (à
l’exception de Tahaa, de Rurutu, Rimatara et
Rapa aux Australes), les hommes et les idées
lisation”
Évolution (en %) de la répartition socio-ethnique de la population dans les archipels (1962-1983)
Européens
Polynésiens
1962
1983
1962
1983
1962
1983
6,08
0,39
0,47
16 177
19 060
14,82
0,57
0,77
2 135
1,08
1,32
8 882
11 793
25,63
39,37
10,6
28,76
3,72
1,68
1,48
3,68
3,14
7,61
80,87
63,78
7,47
2,90
52,97
37,43
14,80
TUA.-GAM.
0,54
14,86
90,19
79,1
89,75
4,47
3,89
1983
1962
0,67
3,24
TOTAL
Autres
1962
1983
I.S.L.V.
Tureia
1983
1962
dont Uturoa
sans
Chinois
Demis
1,50
AUSTRALES
0,37
3,07
93,98
82,65
3,8
10,55
1,69
3,14
0,16
0,59
4 371
6 283
MARQUISES
1,03
5,04
96,03
86,07
1,78
4.2
0,76
4,57
0,4
0,2
4 838
6 548
TOTAL
0,65
6,18
3,48
87,1
73,97
76,43
5,42
14,21
6,29
4,55
4,73
0,54
0,66
0,68
34 268
sans
Tureia
14,68
43 684
42 284
103
VIVRE EN POLYNÉSIE
traditionnelles (lois codifiées). Ce qui n’empê¬
éloignées (les Tuamotu de l’Est par exemple),
les plus homogènes dans leur peuplement
circulent de plus en plus ; certes en usant de
moyens politico-administratifs, techniques et
financiers extrêmement puissants, l’action des
chait pas d’ailleurs les îles en question, et pour
qui résistent le mieux au
changement. Surtout quand les aléas de
l’Histoire coloniale leur ont permis de
conserver tout à fait légalement, jusqu’en 1945
(voir volume 8, p. 20), ce qui est le cas de
(polynésien),
pouvoirs publics, qui se substituent de plus en
plus aux Églises dans le contrôle des hommes,
gomme de plus en plus les différences. Il
n’empêche, ce sont les petites communautés
insulaires les plus isolées, sinon les plus
Rurutu et
cause,
d’être très engagées dans l’économie
monétaire
Makatea).
Ceci
(artisanat, salariat temporaire à
étant,
la
différenciation
socio-
spatiale majeure dans le monde rural
d’aujourd’hui réside dans le statut spécifique
Rimatara, leurs institutions néo¬
des îles du Vent. Les “districts” de la Grande
lie et ceux de Moorea ne font plus partie des
“archipels”. François Merceron (voir
pp. 80-88) nous a montré qu’ils demeuraient
ruraux par défaut, dans la mesure où ils ne
sont pas urbanisés, si tant est que dans un
Territoire de la dimension de la Polynésie
française, ils soient “urbanisables”. Appar¬
tenant à un ensemble géographique de grande
dimension, soumis directement dans ce cadre
à l’influence croissante de la zone urbaine, ils
ne vivent que pour et par Papeete dont ils
constituent de plus en plus la grande banlieue.
La notion de va'a mataeina’a encore pré¬
gnante dans les archipels (pour combien de
temps ?) n’a plus beaucoup de sens dans des
grande partie de la popu¬
plus (migrations alter¬
nantes), dans des districts où les feia tumu
(habitants de souche) sont de plus en plus
noyés dans le flot des immigrants de toutes
origines, dans des districts qui ont de plus en
plus tendance à se regrouper dans des
syndicats inter-communaux (Syndicat de
l’Hydraulique...), dans des districts où le
coprah et la vanille ont pratiquement disparu,
districts où
lation
ne
une
travaille
dans des districts où (voir tableau p. 84) les
agriculteurs-pêcheurs sont partout très mino¬
ritaires, dans des districts où l’indivision
coutumière, quand elle perdure, parce que
l’on ne peut pas en sortir, a perdu toute signi¬
fication. Non, décidément, le Tahiti rural ne
fait plus partie des “archipels”...
Cette carte et ce tableau
se
passent de
mais le transfert (indice
d'urbanisation) qui s'est
opéré de l'Agriculturepêche vers les autres
la zone rurale des îles du
Vent n'est pas
celui du BâtimentTravaux publics.
102-103). A noter
cependant que ce qui
spécifie, en termes
socio-économiques,
Répartition géographique et évolution des grands
l'importance relative des
secteurs d’activité (en % des actifs en 1962, 1977 et 1983)
zone
zone
ruraie
1962
1977
1983
1962
1977
1983
1962
1977
1983
1962
1977
1983
1962
1977
1983
5,93
4,08
2,45
44,68
25,37
20,96
74,05
46,31
37,85
67,75
43,23
29,85
63,6
47,8
Bâtiment, T.P.
16,81
10,87
12,04
12,74
15,18
13,54
5,27
7,06
6,53
22,34
4,47
7,9
1,65
4,64
Énergie
0,58
0,94
0,89
0,18
0,78
0,08
0,37
0,33
0,03
0,02
Industrie
12,23
9,85
8,79
8,05
5,39
6,15
3,41
2,36
2,50
2,12
1,73
2,28
26,82
11,6
12,3
9,32
8,33
5,87
4,94
3,9
1,67
2,71
2,68
0,23
1,2
1,39
0,13
17,09
23,19
15,71
7,7
15,96
7,04
5,02
14,06
5,23
2,61
3,03
1,05
32,6
41,58
51,75
17,26
31,86
47,63
8,45
26,99
44,88
3,40
46,31
57,48
Agriculture
Pêche
Transports
Communications
Commerce
Banques
Services
104
urbaine
secteurs, et notamment
Marquises
Australes
Tuam.-Gamb.
I.S.L.V.
I.D.V.
services, qui est à peu
près la même partout,
pp.
commentaires (voir
Autres
2,46
0,17
0,04
3,52
0,30
Total
100
100
100
100
100
100
2,05
0,14
100
100
1,55
100
100
100
1962
1977
1983
40,46
39,73
36,3
2,19
11,02
5,13
15,08
5,7
3,11
1,16
0,94
1,6
2,13
1,65
2,39
1,98
7,45
3,87
5,71
32,41
39,25
34,5
49,47
100
100
100
100
0,1
0,03
0,44
100
100
15 Tahiti aujourd’hui
Latemps.
rédaction
des 14 premiers
chapitres
de “Vivre
enles
Poiynésie”
étaléeC’est
dansdirele
Les premiers
textes ont
été écrits
1985,
derniers a été
1987.
en
en
que leur contenu a besoin d’être actualisé... et complété. Dans la mesure notamment
où notre propos, volontairement centré sur le Territoire, a quelque peu négligé
certains aspects des relations que la Polynésie entretient avec le monde extérieur
(sujet 2). Ce thème, d’une brûlante actualité, participe précisément de cette brutale
accélération de l’Histoire qui caractérise la période que nous vivons et dont il nous faut
tenter de rendre compte. Une accélération qui, en accentuant (et en infléchissant
parfois) dans tous les domaines (politique, économique, social, culturel) un certain
nombre de tendances apparues pendant ces vingt dernières années, se traduit par une
aggravation des contradictions traversant la vie de la communauté territoriale. Des
contradictions qu’un certain nombre de faits récents permettent d’illustrer.
Bruno Saura nous les rapporte dans le premier sujet, tout en montrant qu’ils
s’inscrivent dans un contexte plus global qui leur confère, indépendamment de leur
logique propre, une part de leur signification.
Restait bien entendu à dégager cette signification. Ce que font B. Saura,
José Wild, Thierry Nhun-Fat et Jean-Marius Raapoto (sujets 3 à7) dont les analyses
reflètent des préoccupations et des sensibilités spécifiques. T. Nhun-Fat, dans son
sujet consacré à l’économie, centre sa démonstration sur D’économie naturelle” qui
n’arrive pas à “décoller” ; J. Wild, quanta lui, pense que le développement du Territoire
passe par la création d’une véritable industrie. Son proposs’inscrit résolumentdans le
contexte d’une modernité dont J.M. Raapoto dénonce les excès... Un modernisme qui
justifie l’émergence du culturalisme, cet “intégrisme” de la tradition. Un thème
fondamental pour le devenir de ce Territoire et sur lequel nous reviendrons dans le
dernier chapitre de cette Encyclopédie.
aujourd’hui
Polynésie a connu ces derniers mois
une certaine accélération de l’histoire
qui s’est
traduite à la fois par la radicalisation de
certains conflits de pouvoir et par la perte de
confiance en un nombre grandissant de
valeurs, de personnes ou d’institutions.
Cette accélération a des causes spéci¬
fiques, mais elle n’est pas non plus sans
rapports avec un certain nombre
d’événements majeurs qui, ces dernières
années, ont défrayé la chronique locale,
nationale et internationale : le passage des
cyclones, la crise calédonienne, l’affaire du
Rainhow Warrior, le changement de majorité
en Métropole...
moment, Gaston Flosse va être conduit,
moins d’un an plus tard, le 7 février 1987, à
renoncer à
la présidence du gouvernement et à
laisser la place au
président de l’Assemblée
territoriale, Jacky Teuira, au terme d’une
semaine de délibérations bien difficiles pour le
Tahoera’a.
La
vie
économique. L’année 1986 restera
l’apparition des hypermarchés à
l’année de
Tahiti, avec l’ouverture au mois de novembre
du géant de Punaauia Euromarché, suivie
quelques mois plus tard de celle de Tropic
Import à Pirae. C’est une révolution au sein
du monde du commerce local, qui engendre de
nouvelles
habitudes
Pour la première fois depuis
trente ans, un parti remporte seul les élections
de
consommation
et
petits négociants à aligner peu
à peu leurs prix à la baisse. En cela, il s’agit
sans doute d’une victoire pour l’économie du
Territoire, qui dispose également en 1986 d’un
ballon
d’oxygène dans le domaine du
tourisme avec la venue du paquebot de
contraint les
croisière Liberté. Ce navire de luxe ne restera
dans les îles polynésiennes que
à-dire
le
14 mois, c’est-
indépendantistes et attirent l’attention de
l’opinion publique sur la progression de son
Tahoera’a Huira’atira, majoritaire au niveau
Territoire, soit plus de 20% du nombre total
territorial, n’a obtenu que 36% des voix aux
îles du Vent, ce qui conforte l’idée selon
laquelle il a été reconduit au pouvoir par les
habitants des archipels, mais non par la masse
de la population tahitienne.
Accusé d’exercer le pouvoir en solitaire,
éprouvant quelques difficultés à assumer à la
fois ses fonctions de président du gouver¬
nement territorial et de secrétaire d’État
La démission de
G. Fiosse, en
temps
publique que dans son
entourage, a créé un
vide que le président
gouvernement de
démissionnaire s'est
Tahoera’a, J. Teuira,
alors que
ia classe
ses
Hawaïan Cruise, mais quatorze
mois qui “rapportèrent” 33 000 touristes au
American
de visiteurs de la
cette
Polynésie française pour
année (162 000 au total).
nomination de son
"dauphin” présumé,
aussi biendansl’opinion
pour
politique s’attendait à la
provoquant la surprise
empressé de combler en
mettant en place un de
ses proches du
Une actualité mouvementée
problèmes
propriétaires
d’exploitation dans les
eaux américaines. Quatorze mois à raison de
plus d’un million de dollars de déficit pour
mouvement, le Tavini Fluira’atira (Front de
Libération de la Polynésie). D’autre part, le
La
graves
sociaux et aux incertitudes économiques du
d’obtenir la licence
Le Territoire
La vie politique.
français, confronté à de
A. Léontieff.
Le nouveau
J. Teuira. Sur
10 ministres, neuf
faisaient déjà partie de
l’équipe précédente, la
vice-présidence passant
d'A. Léontieff à
J. Teheiura.
territoriales en Polynésie française, au mois de
mars
1986. Le Tahoera’a Huira’atira
est en
vainqueur (il totalise 43% des
voix) de cette consultation voulue par Gaston
Flosse depuis le mois d’août 1985, date à
effet le grand
laquelle les conseillers territoriaux avaient
demandé
pour
la dissolution
assurer
majorité.
une
de
leur assemblée
plus large victoire à la
En outre, les deux jeunes députés du
parti, Alexandre Léontieff et Edouard Fritch,
font leur entrée à l’Assemblée nationale
moment
où le
au
président Gaston Flosse est
nommé par le Premier Ministre français
Jacques Chirac secrétaire d’État chargé des
problèmes de Pacifique Sud.
Deux phénomènes sont toutefois de
nature à relativiser cette victoire ; l’élection du
maire de Faaa, Oscar Temaru, et celle de son
Salmon, à l’Assemblée terri¬
toriale, qui portent à cinq le nombre d’élus
second James
105
VIVRE EN
POLYNÉSIE
Troisième
évolution
notable
dans
polynésienne : la multiplication
des lignes aériennes entre Tahiti et le reste du
monde. La compagnie U.T.A. augmente ses
fréquences, tandis que Minerve et Air France
se posent à Faaa. Les vols à destination de
Honolulu s’accroissent également. C’est le
signe (ou la condition ?) d’une politique de
développement touristique accéléré, mais
aussi d’une plus grande dépendance vis-à-vis
l’entrée
de
Papeete
(pont
de
Tipaerui),
l’économie
L’incident avec les forces de l’ordre est évité de
de l’extérieur.
justesse. Deux mois plus tard s’achève la
grève des dockers qui avait débuté à la fin du
mois de novembre 1986, pour se transformer
peu à peu en un conflit social et politique sans
égal.
La justice. Peut-être l’installation du Tribunal
administratif a-t-elle précipité les choses...
Toujours est-il que l’indépendance de la
justice est au cœur des débats en 1986 et 1987.
Le social. 1986 a été une année sociale parti¬
agitée. D’abord parce que
certains grands dossiers deviennent explosifs.
culièrement
Celui
du
nouveau
code
du
travail
(voir
pp. 22-24j adopté par le Parlement, mais dont
certaines modalités d’application dans le
Territoire font l’objet de négociations ardues
pouvoirs publics et les partenaires
sociaux. Celui de la protection sociale (voir
pp. 25-27) dont la crise est soulignée par la
entre
les
révocation
du
directeur
de
la
C.P.S.,
Raymond Dauphin... et par l’inauguration de
nouveau siège. Par ailleurs, les conflits
sectoriels se multiplient (U.T.A., E.D.T. ...) ;
une partie du monde syndical fusionne en une
Intersyndicale qui anime la journée de grève
générale du mercredi 10 décembre 1986, au
cours de laquelle sont dressés des barrages à
son
Le
Tribunal
administratif
à
plusieurs reprises les abus du pouvoir
politique. Il rétablit par exemple le conseiller
Quito Braun-Ortega à son poste de troisième
vice-président de l’Assemblée territoriale, ou
bien encore déclare irrégulière la procédure
des appels d’offres pour les produits de
première nécessité (et notamment le ciment !)
mise en place par le gouvernement pour faire
baisser le coût de la vie, mais qui dissimule mal
dans
certains
cas
la
volonté
de
favoriser
partenaires économiques en les
situation de monopole sur un
produit. L’indépendance du Tribunal
d’instance de Papeete paraît en revanche toute
relative. La mise sous séquestre des biens du
notaire Maître Lejeune, en avril 1987, et le
procès qui s’en suit relatif à la succession de la
certains
plaçant
en
A gauche :
Raymond Dauphin,
ancien directeur de la
C.P.S. évincé par ie
gouvernement, est
devenu ie conseilier
déclaré des dockers.
A droite :
Les tare A.T.R. ont pu
faire dire et écrire que
les cyciones de 1983
avaient permis au
Tahoera’a de gagner les
élections de 1986.
106
sanctionne
famille Higgins-Charly Brown sont l’occasion
d’une dénonciation par quelques
des pressions dont est victime
magistrats
le Palais.
le rédacteur en chef
adjoint du Monde, Alain Rollat, dans les
colonnes de son journal, fait beaucoup de
bruit à Papeete.
L’affaire
relatée
par
Tout comme l’affaire de Nuutania qui, en
janvier 1987, voit G. Flosse entouré de son
gouvernement
couronner
Guy Sanquer
(conseiller territorial Tahoera’a accusé d’avoir
détourné 20 millions de francs CFP) au
moment précis où celui-ci est incarcéré. Une
affaire d’autant plus grave que la justice est
ouvertement bafouée par un membre du
gouvernement central.
Un monde qui change
La chronique que nous venons de faire aurait
sans
doute été tout autre si le contexte global
dans lequel s’inscrit la vie du Territoire n’avait
pas profondément changé.
Les cyclones de 1983 sont une des causes
indirectes mais fondamentales de la victoire
du Tahoera’a
Huira’atira
aux
élections de
1986. Grâce à l’action menée par l’Agence
territoriale pour la Reconstruction, plus de
8
000
maisons
ont
pu
être rebâties
ou
TAHITI AUJOURD'HUI
restaurées en partie, entraînant des jalousies,
mais aussi la reconnaissance des populations
concernées, comme ce fut surtout le cas aux
Tuamotu. De même, le Fonds d’Entraide aux
Iles (F.E.I.) mis en place avant les élections de
1986, pour des actions très ponctuelles, a-t-il
indéniablement contribué à la victoire de la
majorité face à une opposition il est vrai très
désunie.
Faut-il ajouter que tout en contribuant à
la surchauffe de
l’économie, cette injection
massive de crédits a lancé ou relancé le débat
Polynésiens par la
Métropole, qui est devenu un thème dominant
de la politique locale en 1986.
sur
“l’assistanat”
des
L’affaire du Rainbow Warrior, qui contribue
à faire de l’année 1985 “une mauvaise année
pour la France” dans la région, va conduire les
responsables gouvernementaux (socialistes
puis R.P.R.) relayés en Polynésie par le
pouvoir local (du Tahoera’a) à développer un
nouveau discours et une nouvelle politique
dans le Pacifique Sud. Une politique dont la
mise en œuvre confiée à Gaston Flosse ne vise
pas seulement à justifier l’existence du C.E.P.
Moruroa et à “prouver” l’innocuité des
à
essais, une politique qui vise aussi et surtout à
France qui est présente dans le
Pacifique pour des raisons stratégiques,
économiques, sociales et culturelles, peut
contribuer par le fait même à la paix et au
développement de la région. Cette politique
n’a pas (pas encore ?) désarmé l’hostilité de
montrer que la
l’Australie, de la Nouvelle-Zélande et des
territoires mélanésiens à l’égard de la France
dont
les
explications et les initiatives
paraissent mieux accueillies aux Cook ou aux
En bas,
à gauche :
La politique des
médiations. Confronté à
des problèmes sociaux
sur le port qu'il ne peut
pas résoudre, le pouvoir,
après avoir fait appel
aux Églises, demande à
un juge de diriger une
commission d'étude.
Ci-dessous :
Le soutien qu'a accordé
G. Flosse, président du
gouvernement de la
Polynésie française, au
R.P.C.R. a été plus
apprécié que ne l'est
son
action de secrétaire
d’État. Le dossier de la
Nouvelle-Calédonie est
aujourd’hui entre les
mains du ministre des
D.O.M.-T.O.M.
Le Rainbow Warrior en
baie d'Auckland.
L'existence du C.E.P. ne
saurait être contestée.
Les écologistes de
Greenpeace en ont fait
l'amère expérience le
10 juillet 1985.
Tonga. Elle est en revanche appréciée par les
États-Unis qui ont refusé de signer en février
1987 à Rarotonga le traité de dénucléarisation
du Pacifique Sud.
L’élection d’une majorité R.P.R. en France, le
16 mars 1986, qui coïncide avec la “vague
orange” qui submerge la Polynésie française
pendant la même période, est un facteur
explicatif du cumul des pouvoirs du président
Gaston Flosse, qui n’est plus enfermé dans
aucune limite politique. Dès 1985, la mise en
place des institutions d’autonomie interne
liées au statut de septembre 1984, obtenu
pourtant sous le ministère socialiste de
Georges Lemoine, s’était faite en faveur des
dirigeants au pouvoir à Tahiti, ce qui est très
compréhensible puisqu’ils étaient les premiers
à disposer des pouvoirs très larges accordés
dans ce statut.
La venue à la tête du gouvernement de
Jacques Chirac, qui augmente les crédits de
l’outre-mer malgré l’austérité économique en
France, a des conséquences bénéfiques sur la
croissance
du
Territoire, mais des consé¬
quences politiques négatives par l’image que
se font les Polynésiens de l’usage qui en est
fait.
Politique nucléaire
et présence française
“L’indépendance nationale est d’abord
militaire. Sans l’atome, une puissance même
importante reste un nain diplomatique. Pour
la France, développer l’atome c’était d’abord
l’indispensable nécessité (sic) de pouvoir
disposer d’un périmètre d’essai” (Jean-Claude
Roux). Après Reganne (Sahara) ce fut donc
L’existence du C.E.P.
Moruroa.
contestée.
être
saurait
Les
Warrior, ont de fait contraint la France sinon
à changer de politique, du moins à changer les
moyens de sa politique. Pour tenter de sauver
l’essentiel.
Le Pacifique
Sud redécouvert
De la raison d’État au terrorisme d’État, il n’y
qu’un pas qui a été allègrement franchi, si
l’on peut dire, par les “plongeurs” des services
a
français qui ont coulé le Rainbow
10 juillet
1985. Une “bavure” (il y a eu mort d’homme),
secrets
Warrior dans le port d’Auckland le
exécutée à la demande de la Direction du
Centre d’Essais nucléaires (la Dircen) avec
l’aval des plus hautes instances de l’État, si l’on
en
croit
Jacques
Derogy et Jean-Marie
Pontaut, qui ne pouvait contribuer à redorer
le blason de la France dans le Pacifique Sud,
un
blason pourtant déjà bien terni par vingt
d’expériences nucléaires à Moruroa.
Dans une conjoncture aussi désastreuse,
le pouvoir socialiste, qui venait de renier ses
“idéaux”, ne pouvait se contenter, dans la
tradition gaullienne, d’invoquer (voir supra)
les grands principes qui fondent la présence
nucléaire de la France en Polynésie. Aussi,
tout en multipliant les gestes destinés à réaf¬
firmer spectaculairement la pérennité de ces
principes et l’innocuité des essais (voyages
ans
éclairs de F. Mitterrand et de Laurent Fabius
en
septembre et octobre) a-t-il été conduit à
définir une nouvelle politique et à mettre en
place
dès
septembre un Comité, de
Pacifique Sud, qui prendra
Coordination du
décembre
forme institutionnelle
La crise en Nouvelle-Calédonie a eu enfin un
en
certain
devenant le Conseil du
répercussions sur
révolution politique de la Polynésie. Elle
actualise le débat sur l’indépendance des pays
du Pacifique Sud, renforce les positions des
partisans de la présence française dans leurs
convictions, tandis qu’elle permet au leader du
Front de Libération de la Polynésie, Oscar
Temaru, de se présenter comme l’égal
polynésien de Jean-Marie Tjibaou aux yeux
de l’opinion publique internationale et du
nombre
de
Comité de décolonisation des Nations Unies
par exemple. Elle entraîne également un
afflux de capitaux calédoniens à Tahiti et un
fenua de plusieurs centaines de
polynésiennes installées à Nouméa.
Quant à l’immigration des Calédoniens
blancs, elle inquiété la population et les partis
politiques (toutes idéologies confondues)
retour
au
familles
tahitiens, au moment où il devient de bon ton
de
ne
écologistes de
Greenpeace, après le sabotage du Rainbow
donc
réaffirmer
les
valeurs
ma’ohi
et
de
proclamer sans cesse la grandeur de l’authen¬
ticité polynésienne.
Une
une
structure
en
Pacifique Sud.
dont
la mission est de
“coordonner la(dite) politique dans cette zone
et d’assurer le dialogue avec les autres
États de
la région”. Une action qui, si l’on se réfère aux
propos de l’ancien haut-commissaire Bernard
Gérard (La Dépêche du 24 décembre 1985),
s’inscrit dans la continuité tout en innovant.
Continuité quand d’entrée le “caractère indis¬
négociable... de la présence
matière stratégique et
nucléaire” est réaffirmé ; innovation quand la
nécessité d’une “ouverture marquée... vers les
autres États de la région” est affirmée, une
“ouverture qui passe par “la valorisation des
aspects non militaires” de ladite présence et
par “la défense et la progression de la fran¬
cophonie dans l’acception la plus large du
cutable et
non
française...
en
terme”.
R. Debray, “conseiller” de F. Mitterrand,
nommé Secrétaire général du Conseil,
mais avec le retour de la droite au pouvoir en
est
107
VIVRE EN POLYNÉSIE
1986, il n’aura guère le temps d’y exercer
talents de communicateur et de coordi¬
mars
ses
nateur.
Gaston Flosse, dans le cadre d’une
structure gouvernementale créée à cet effet, le
Pacifique Sud, prendra
le relais. Sans changer grand chose quant au
fond à la politique définie par les socialistes,
mais en déployant dans toute la région une
activité inlassable, protéiforme et spectacu¬
laire, où il sait user de tout son savoir-faire qui
est grand. Quand il invite les chefs d’État de la
région à faire le voyage de Moruroa pour
constater de visu que les expériences nuclé¬
aires sont sans danger, il compte les rassurer ;
quand il agite le spectre de la pénétration
soviéto-lybienne dans le Pacifique Sud, il
s’emploie auprès de ses interlocuteurs à
justifier la présence nucléaire, stratégique et
politique de la France dans les T.O.M. du
Pacifique ; quand il distribue des aides maté¬
rielles aux victimes des cyclones et propose
Secrétariat d’Etat au
États de coopérer à leur développement
financièrement, économi¬
quement, scientifiquement, culturellement, il
tente de séduire. Un savoir-faire qui lui a
permis de remporter quelques succès
ponctuels bien connus des lecteurs de
La Dépêche. Mais en rassurant le roi des
Tonga et le Premier Ministre des Cook, en
distribuant des fare A.T. R. et en concluant ici
et là quelques accords de coopération, Gaston
Flosse et le gouvernement français sont-ils en
train de faire adhérer les États et les opinions
de la région à ce qui constitue l’enjeu essentiel
de l’action menée : le maintien de la présence
nucléaire et politique de la France dans le
Pacifique Sud ?
Une telle question ne vaut que si le carac¬
tère déterminant d’un tel enjeu est clairement
établi. Ce que nous ferons en soumettant à
l’épreuve des faits l’argumentation qui fonde
et justifie globalement la politique française
aux
en
intervenant
dans le Pacifique. Un dossier que malheureu¬
sement nous nous contenterons
d’effleurer.
Une argumentation idéologique
général de Gaulle ne “barguignait” pas
la grandeur de la France ; féru d’histoire
et de géographie, il avait aussi quelque compé¬
tence en géopolitique et en géostratégie. Aussi
est-il étonnant qu’il n’ait pas songé, tout
comme Georges Pompidou et Valéry Giscard
d’Estaing, à valoriser les “aspects non
militaires de la présence française” dans le
Pacifique Sud. 11 a fallu attendre la malheu¬
reuse affaire du Rainbow Warrior pour que le
pouvoir central trouve de l’intérêt aux spécu¬
lations de certains experts proches de la
Le
avec
Défense nationale
-
nous
nous
référons ici
notamment aux travaux de l’Institut du Paci¬
fique qui a publié en 1983 un livre :
“Pacifique, nouveau centre du monde” - qui
sans
nodules
Q 1 % de nodules
10 % de nodules
0 25 % de nodules
G. Flosse a jugé
“modéré" le
communiqué publié par
les chefs d'États et de
Territoires constituant
le Forum du Pacifique
Sud qui s'est réuni à
Apia en juin 1986.
Celui-ci n’en a pas
moins “complètement
rejeté” le référendum
prévu à Nouméa.
L’Importance
stratégique du Pacifique
Sud. Comme l'a
souligné Yves Lacoste
{Hérodote, n“ 32, 1984),
les sous-marins
nucléaires soviétiques,
pour échapper aux
bases d’écoute
américaines, peuvent
avoir intérêt à emprunter
la route du
Pacifique
central ou mieux celle
du Pacifique oriental.
Dans ces deux cas,
l’intérêt stratégique
du Pacifique CentreSud n’en demeure pas
moins limité puisqu’il
constitue un lieu de
passage et non une zone
opérationnelle. La
France n’auraitd’ailleurs
doute pas les
sans
Flèches rouges : itinéraires éventuels des sous-marins soviétiques pour atteindre l’Atlantique.
Zones jaunes : principales aires de contrôle des sous-marins soviétiques par les Américains.
Points rouges : bases soviétiques.
108
moyens d’installer et de
faire fonctionner seule
une base d’écoute
installée aux Gambier
ou à Rapa.
Ci-contre :
Un sous-marIn nucléaire
français en rade de
Papeete. Pour le
prestige.
Cette carte montre que
le Pacifique oriental où
trouvent la Polynésie
Cette carte des routes
commerciales montre
que le Pacifique CentreSud occupe une
pauvre en nodules.
tenir à l’exemple
hawaïen et aux
se
française et sa zone
économique exclusive
est particuliérement
position tout à fait
marginale. Pour s’en
TAHITI AUJOURD’HUI
proclament doctement que le destin de la
France, “puissance moyenne à l’échelle
mondiale”, va se jouer dans le Grand Océan.
Certes,
assurent-ils,
“la
crédibilité de
l’armement nucléaire” (de la France) se joue à
Moruroa mais, “bien au-delà de ces raisons
spécifiques, (il convient de) souligner l’exis¬
tence de marchés considérables... les perspec¬
d’exploitations de fonds océaniques
particulièrement vastes... en bref, le bassin du
Pacifique c’est 50% de l’Humanité et 45% du
P.N. B. mondial”. Et bien entendu, soulignent
d’autres experts, un lieu de confrontation
majeure entre les Super-Grands qui sont, si
l’on peut dire, “au contact”. Autant de
facteurs qui doivent inciter la France, présente
dans le Pacifique Sud grâce à ses T.O.M., “à
concevoir une politique active de relations
extérieures dans cette région du monde”. Une
perspective exaltante pour Tahiti qui se
trouve au centre du Pacifique qui est lui-même
tives
Points rouges
bases soviet.
Points blancs
bases U.S.
transports aériens,
F. Doumenge a pu écrire
que “en décembre 1983,
l’aéroport d’Honolulu
avait 431 liaisons
hebdomadaires avec le
continent nordaméricain (et) du côté de
l’Extrême-Orient 99...”.
A titre de comparaison,
Tahiti-Faaa enregistre
tous azimuts
62 mouvements pour la
même période, à
l’arrivée et au départ.
le “centre du monde”. Pour qu’il en fût ainsi, il
préjugés, contestent la présence nucléaire et
experts en idéologie, soit un peu
part du pouvoir central et de son commis
voyageur Gaston Flosse à un discours et à une
faudrait que ce concept, importé de Californie
par nos
moins flou et un peu moins totalisant.
Une
d’abord
remarque
nous ne
:
d’ordre
sémantique
connaissons pas de centre
plus étendu que sa périphérie. A moins bien
entendu que cette périphérie ne fasse partie du
centre, ce qui est le cas puisque nos experts
(voir supra), comme l’a souligné fort
justement le géographe Y. Lacoste, “imputent
à une aire pacifique la totalité des effectifs de
population et de valeur de P.N. B. de
nombreux Etats qui ont une côte sur cet
océan, sans tenir compte du fait que la plus
grande partie des habitants et de l’activité
économique de TU. R.S.S. et des États-Unis se
trouve en fait à des
ses
milliers de kilomètres de
côtes”.
Un concept flou, mais aussi un concept
Il n’y a pas un, mais plusieurs
totalisant.
Pacifique selon que Ton se réfère à des critères
ethnographiques, économiques (voir les
cartes). Le général Charton a fait remarquer
fort justement dans La Dépêche du 25 juillet
1985
que
“Tenjeu stratégique militaire”
procède de Tenjeu économique et qu’il “suffit
de regarder une carte pour s’apercevoir que le
Pacifique Sud est à l’écart des deux axes
commerciaux majeurs qui sont par suite les
deux grands axes stratégiques”. Faut-il enfin
préciser, s’agissant de Tatout “majeur” repré¬
senté par la Zone économique exclusive des
200 milles, que la Polynésie française baigne
dans un
océan qui, selon F. Rougerie et
B. Wauthy, est un “désert océanique”, que ses
fonds sont particulièrement pauvres en
nodules (sauf en cobalt) qui de toutes façons
ne seront pas exploitables économiquement
avant
plusieurs dizaines, voire plusieurs
centaines d’années...
Sud et la Polynésie
constituent donc pas pour la
France, “puissance moyenne à l’échelle
mondiale” un enjeu vital. Sauf en matière
nucléaire bien entendu, comme le souligne le
général Charton qui ajoute, négligeant un peu
rapidement selon nous le problème caldoche,
que c’est du seul point de vue de “l’existence
(du C.E.P.) que la Calédonie prend une
importance particulière, car toute déstabili¬
Le
française
Pacifique
ne
sation de la société calédonienne entraîne un
processus déstabilisateur pour la Polynésie”.
Une politique aléatoire
L’argumentation dont nous venons de faire la
critique dans la mesure où elle repose sur une
véritable manipulation de la réalité, a essen¬
tiellement pour objet, avec le concours de
certains médias nationaux et locaux qui en
accentuent
le simplisme déformateur, de
sensibiliser l’opinion française à une poli¬
tique dont Tenjeu fondamental demeure
depuis vingt ans la poursuite des activités du
C.E.P. et par le fait même le maintien de la
souveraineté de la France dans les T.O.M. du
Pacifique. Il va sans dire que ce type d’argu¬
mentation nationaliste “à usage interne” a peu
de chances d’emporter l’adhésion d’États (et
d’opinions) qui, au nom de leurs intérêts et de
leurs aspirations et en vertu de certains
“coloniale” de la France. D’où le recours de la
pratique idéologiques “à usage externe” rassurer, expliquer, séduire (voir supra), cette
dernière opération visant à conforter l’effi¬
cacité des deux premières -, où il s’agit de
masquer les aspects les plus nationalistes de la
politique de la France tout en mettant en
évidence
-
en
termes d’utilité
le caractère
-
positif de sa présence. En usant de tels
moyens, le pouvoir central peut-il parvenir à
ses fins ? La question doit être examinée sous
deux angles différents.
micro-États du Pacifique sont sans
prêts à conclure avec la France un
certain nombre d’accords de coopération,
dans la mesure où celle-ci, en fonction de ses
moyens, est prête à intervenir : d’abord parce
qu’ils ont besoin de cette coopération, ensuite
parce que leur très relative indépendance
passe par la diversification des aides. Sont-ils
pour autant prêts à s’accommoder de la
présence nucléaire et politique de la France
dans le Pacifique Sud ? Tupou IV, roi des
Tonga, et Pupuke Robati, Premier Ministre
des Cook, qui semblent être particulièrement
sensibles à la manne distribuée par G. Flosse,
se sont dit très “rassurés”
la politique très
relative de transparence suivie par les
autorités politico-militaires aurait donc porté
ses fruits
après leur visite de Moruroa. Vontils pour autant dénoncer le traité de dénucléa¬
risation du Pacifique Sud dont les disposi¬
Les
doute
-
-
tions
visent
“directement
la
base
de
Moruroa”, comme Ta noté l’historien Jean
Chesneaux ? Vont-il par le fait même se déso¬
lidariser des autres États du Forum au sein
duquel l’Australie et la Nouvelle-Zélande
occupent une position dominante ? Vont-ils
faire fi d’une opinion régionale - le fait qu’elle
soit manipulée ou non par les organisations
écologiques et certaines Églises n’y change
rien
qui est viscéralement anti-nucléaire ?
Admettons-le. Mais constatons aussi que les
chefs d’États mélanésiens seront beaucoup
plus difficiles à convaincre. La géopolitique
est un rapport de forces où jouent à l’échelle
spatiale un certain nombre de solidarités
socio-économiques et culturelles. Qu’on le
veuille ou non, l’espace géopolitique de la
-
France
est
Handicap
essentiellement
supplémentaire,
euro-africain.
la
présence
nucléaire de la France dans la région s’inscrit
dans
le
contexte
d’une
décolonisation
Que les États de la région soient
dépendants, comment en douter, mais en
passant la main, la Grande-Bretagne a
inachevée.
dédouané l’Australie et la Nouvelle-Zélande
du péché de colonialisme ...
possède pas moins un
majeur : l’appui des États-Unis qui ne
peuvent se permettre de dénoncer la présence
nucléaire française en Polynésie sans donner
quelques idées aux populations micronésiennes qu’ils contrôlent. Reste à savoir si
La France n’en
atout
cas d’un marchandage global avec
Gorbatchev, ils ne seraient pas conduits à
accepter la dénucléarisation du Pacifique
Sud, dont l’intérêt économique et stratégique
décroît régulièrement d’ouest en est.
dans le
109
VIVRE EN POLYNÉSIE
La vie politique
Quant à Emile Vernaudon, le tonitruant
maire de Mahina. il n’est pas non plus en reste
Quelques mois à peine après les élections
territoriales de mars 1986 qui voient la très
large victoire du Tahoera’a Huira’atira,
commence à se dissiper l’illusion de la stabilité
dans laquelle.aurait pu s’ancrer une Polynésie
française dotée depuis quelques mois de
institutions d’autonomie
nouvelles
interne.
Paradoxalement, 1986 est une année de crise
politique. Elle est surtout marquée par une
dégradation et une radicalisation croissantes
de la vie politique qui conduisent à la
démission du président Gaston Flosse. Ce
départ rapide révèle aux yeux de l’opinion
publique les divisions et les dissensions
Huira’atira,
internes du Tahoera’a
contribuant à
un
certain retour
tout en
au
calme
politique, tandis que se profile bientôt
l’hypothèse d’une “cohabitation” polyné¬
sienne entre la majorité et l’opposition
modérée, à plus ou moins long terme.
La radicalisation
de la vie politique
lendemain
Au
des
territoriales,
élections
l’opposition apparaît affaiblie et surtout très
désunie. Chacun a marché de son côté dans la
bataille
électorale du mois de
mars,
sauf
quelques partis de l’opposition modérée (Ai’a
Api, Porinetia no Ananahi, Te Aratia o te
Nuna’a) qui se sont “fédérés” en un rassem¬
blement (Amuitahira’a) quadricéphale, mené
par Emile Vernaudon, Jacky Graffe, Milou
Ebb et Quito Braun-Ortega. Le Amuitahira’a
aura la vie courte : M. Ebb s’en écarte peu à
peu, J. Graffe en sort officiellement au mois de
novembre pour “jouer la carte” de l’U.D.F. et
celle
François
de
Léotard
en
Polynésie,
Q. Braun-Ortega attendra le mois de juin 1987
pour former son propre parti, le Amuitahira’a
no
Oceania.
Du côté
partis indépendantistes,
toujours impossible entre
l’idéologue Jacqui Drollet et le pragmatique
populiste Oscar Temaru que le leader du la
des
l’alliance semble
Mana Te Nuna’a accuse sans cesse de déma¬
gogie. Mais J. Drollet a conscience de perdre
une
partie de ses électeurs au profit
d’O. Temaru, ce qui l’oblige à durcir le ton par
moments pour éviter de décevoir certains
d’entre eux.
Dans ces conditions, l’union de
l’oppo¬
sition prônée par de nombreux chefs de partis
en
1986 est une chimère. Le 3 novembre, la
marche contre le nucléaire
organisée par le
Amuitahira’a, le E’a no Maohinui et le la
Mana Te Nuna’a, rassemble moins de mille
manifestants.
antinucléaire
Une
a
lieu
seconde
au
manifestation
mars 1987.
mois de
Cette fois-ci, O. Temaru et J. Drollet défilent
main
main, l’espace de quelques
heures, mais sans les autres partis de l’oppo¬
sition, soucieux de ne pas cautionner la
dans
la
Faaa, jugé trop
pas, quelques
jours plus tard, à se faire désigner par ses
militants rassemblés en congrès, président à
vie du Front de Libération de la Polynésie
(F'.L.P. Tavini Huira’atira). C’est cela la
radicalisation de la vie politique.
présence
du
extrémiste.
110
maire
Celui-ci
de
n’hésite
puisqu’il bascule provisoirement dans le camp
de l’indépendance en septembre 1986 : “Nous
devons
nous
débarrasser du
C.E.P. et de
Gaston Flosse” déclare-t-il, avant
d’ajouter
que “si l’indépendance seule nous le permet,
eh bien, vive l’indépendance 1”. C’est cela aussi
la radicalisation de la vie politique à
Tahiti.
La grève des dockers
La fin de l’année 1986 et le début de 1987 sont
marqués par une grève d’une ampleur peu
commune qui paralyse l’activité du
port de
Papeete, entrave le bon fonctionnement de
succède. Économiste reconnu, celui-ci a gravi
les échelons de la vie politique polynésienne,
successivement aux fonctions de
conseiller territorial en 1977, de ministre en
accédant
1982, de vice-président du gouvernement en
1984, de député enfin en 1986. Seule lui fait
défaut une écharpe de maire ; A. Léontieff,
brillant homme de dossier, n’a rien en effet
d’un leader charismatique proche du peuple.
Quant à ses rapports avec le président
G. Flosse, ils sont plutôt tendus, tous deux
représentant des sensibilités opposées et
disposant d’appuis différents dans les milieux
socio-économiques de Papeete. A. Léontieff,
moins
interventionniste
en
matière écono¬
mique, a su s’attirer la sympathie du patronat,
l’économie du Territoire et se transforme peu
à peu en un vaste mouvement de protestation
rallier à sa personne les déçus du “flossisme” et
obtenir le soutien d’une partie de l’opposition
place et de son chef, Gaston Flosse.
La grève des dockers du port a pour
origine l’installation sur le marché de la manu¬
tention portuaire d’une nouvelle société, la
Compagnie générale polynésienne d’Acconage (C.G.P.A.) et d’une compagnie de
transport, la TransPacific Marine (T.P.M.),
toutes deux dirigées par un chef d’entreprise
métropolitain, Bernard Baudry, qui est très
proche de G. Flosse. Une amitié précieuse
puisqu’elle lui permet de décrocher l’appel
d’offres sur le ciment (que condamnera par la
suite le Tribunal administratif de Papeete).
Une mauvaise affaire pour Q. Braun-Ortega,
possible de “cohabiter”. Malheu¬
r“ouverture” prônée par son
entourage irrite la frange conservatrice du
Tahoera’a qui craint l’implosion du parti.
Celle-ci désigne finalement comme candidat
sociale et politique à l’encontre du pouvoir en
P.D.G.
de
société
la
Cowan
et
modérée qui voit en lui un homme avec lequel
il
sera
reusement,
officiel à la succession de G. Flosse son vieux
de combat politique, le fidèle
Jacky Teuira, au terme d’une semaine de
compagnon
débats difficiles. A. Léontieff refuse de se faire
élire en provoquant l’éclatement du Tahoera’a
et, malgré son intention initiale de prendre du
recul vis-à-vis de la vie politique, accepte
ennemi
politique de G. Flosse, qui voit lui échapper
un marché de
plusieurs centaines de millions
de francs chaque année. L’installation de la
T.P.M. et de la C.G.P.A. gêne les acconiers et
polynésiens déjà présents.
Quant aux dockers, ils exigent l’embauche
immédiate de treize des leurs, qu’ils entendent
choisir, par B. Baudry, et réclament aussi des
augmentations de salaire...
Malgré une première médiation des
Eglises et la signature d’un accord au siège de
l’Église évangélique au mois de décembre
1986, la grève reprend tandis qu’O. Temaru
fait son entrée sur les quais. Son langage
simple et très biblique, son refus du com¬
promis et sa détermination, ajoutés à sa
les transporteurs
remise en cause des valeurs occidentales et de
modernité, dont le conflit des dockers est
une parfaite illustration, font de lui un homme
très écouté et bientôt un véritable porte-parole
la
des dockers. Les scènes de violence qui se
déroulent sur le port avec l’agression de
B. Baudry, et la lassitude de l’opinion
publique devant un conflit qui s’éternise font
un instant un dérapage social
géné¬
ralisé. Comprenant que seul son départ,
réclamé par les dockers, pourra faire revenir
l’ordre sur les quais, Gaston Flosse annonce sa
craindre
démission le 7 février 1987 au matin.
L’union de la majorité à l’épreuve
La
brutalité de
cette
démission
plonge le
Tahoera’a dans le désarroi et révèle à l’opinion
publique
les
divisions
d’un
parti
dont
Flosse était à vrai dire le seul ferment
d’unité.
G.
La logique aurait voulu que le numéro
deux du Tahoera’a, Alexandre Léontieff, lui
Ci-dessus :
Emile Vernaudon,
depuis ses déclarations
sur l'indépendance en
1986, fait preuve d’une
discrétion qui pourrait
être l'annonce
d'alliances possibles
avec certains
mécontents de la
majorité actuelle.
J. Gratte, autre membre
d'un Amuitahira'a
éphémère, essaye
d'acquérir une
dimension nationale en
faisant désigner
représentant du Parti
républicain et porteparole du candidat
se
U.D.F. aux
présidentielles de 1988.
TAHITI AUJOURD’HUI
reprendre le portefeuille de
l’Économie pour se consacrer tout entier “au
finalement de
redressement” du Territoire.
Vers la désidéologisation
de la vie politique ?
G. Flosse n’étant plus là, les partis éprouvent
moins la nécessité de se “positionner” sur la
question de l’indépendance en se référant aux
thèses d’O. Temaru. Une situation qui va
contribuer à dépassionner le débat politique.
Aussi, lors des congrès tenus en 1987,
évite-t-on soigneusement d’évoquer cette
question en termes clairs, afin de n’exclure
aucune possibilité d’alliance à terme, avec les
autres
partis indépendantistes. Ainsi, le
10‘^ congrès du Here Ai’a, présenté par les
instances dirigeantes comme le congrès du
renouveau, est avant tout le congrès de l’am¬
biguïté. Les militants y tiennent le langage
de l’indépendance (ti’amaraa) tandis que les
responsables du mouvement préfèrent
traduire le mot//’a/rrarfla par “émancipation”.
Dans ces conditions, tous les scénarios
d’évolution politique sont permis. La chute de
G. Flosse a sans doute marqué la fin de
l’époque où le Tahoera’a régnait en maître au
milieu des autres partis désertés et déchirés.
Mais elle aura aussi permis de débloquer une
situation qui tendait à voir les forces poli¬
tiques se bipolariser autour du double
problème du C.E.P. et de l’indépendance de
façon trop manichéenne. Désormais, il est
permis d’envisager le départ du C.E.P. sans
pour autant réclamer celui de la France ; de
même il est admis que les hommes qui
dirigeront demain le pays peuvent venir
d’horizons politiques divers à partir du
moment
où ils sont d’accord
sur un
certain
nombre de points communs. Cette forme de
politique, économique et social, qui
pourrait déboucher sur une “cohabitation” à
la polynésienne, ne saurait faire oublier que
l’opposition n’a pas de chef. La déperson¬
nalisation du pouvoir comme la désidéologi¬
sation qui l’accompagne constituent malgré
tout un terrain propice à la montée des
consensus
extrêmes. Comment s’étonner dès lors que
l’effacement des repères traditionnels dans la
vie politique locale engendre une poussée des
indépendantistes d’O. Temaru qui
catalyse autour de lui l’énergie des laisséspour-compte de la prospérité, tandis qu’à
l’extrême droite, le Front national fait son
entrée sur la scène politique en jouant sur
l’électorat militaire et sur les bons Français du
thèses
R.P.R.
Tout est devenu possible dans le domaine
politique, y compris un éventuel retour au
pouvoir de G. Flosse, appuyé par une partie
de l’opposition. Tout est désormais possible...
y compris le pire. Si ce n’est pas le meilleur.
A gauche :
Le Ea no Maohinui, né
de l'ancien E’a Api, placé
sous le patronage de
D. Millaud, essaye sous
dockers dont l'action a
mis en évidence une
J.-M. Raapoto, de
T. Nhun-Fat, de
W. Vanizette, etc., de se
définir comme un juste
milieu entre majorité et
Territoire.
l'impulsion de
opposition. Leur
discours, qualifié
Ci-dessus :
Slim Pukoki,
représentant des
dépendance alimentaire
qui n'est qu'un des
aspects de la
dépendance
économique du
d'“intellectuel", passe
encore
mal dans la
population.
Ci-contre :
Alexandre Léontieff n'a
pu devenir président du
gouvernement local
après la démission de
G. Flosse. Ministre de
l'Économie dans
l’équipe de J. Teuira, il a
la lourde tâche de faire
face à la diminution des
flux touristiques et à une
situation économique
difficile.
Gaston Flosse et
Quito Braun-Ortega
lors de la signature des
accords avec les
dockers en 1987. On
n’est pas près de voir,
comme sur cette
photographie, ce
dernier arborer un
autocollant du
Tahoera’a sur son portedocuments ! La rivalité
politico-économique
entre les deux
hommes.
Ci-dessous ;
Oscar Temaru ne se
limite pas à
comptabiliser
électoralement des
mécontents. Il se rend
sur le terrain (ici lors de
la grève des dockers en
1986) pour fournir son
explication aux conflits
en cours,
et sa vision
d'une société ma'ohi à
construire.
après l'avantage
marqué par Q.B.O. sur
les problèmes
d'acconage liés à la
grève des dockers,
tourne en sa défaveur
lorsqu’il est amené à
restreindre ses activités
de transport maritime en
cessant l'exploitation de
Tahiti Line qui
desservait la NouvelleZélande et celle du
Moorea Ferry.
111
VIVRE EN POLYNÉSIE
L’économie :
une crise
tations. Faut-il signaler enfin que le niveau des
prix en Polynésie dépend de l’inflation des
partenaires commerciaux et de la conjonc¬
ture
qui s’annonce
Une prospérité artificielle
“Réduire la dépendance économique” ; la
formule retenue par les rédacteurs du 1X'= Plan
(1984-1988) du Territoire, qui n’a d’ailleurs
jamais été officialisé, n’est pas nouvelle. Les
planificateurs de 1966 (VP Plan) et leurs
successeurs avaient déjà pour objectifs de
développer l’agriculture, la pêche, le tourisme,
l’emploi... Avec les “résultats mitigés” que l’on
sait (voir volume 8, chapitre 2). La réalité se
conforme-t-elle davantage aujourd’hui à ce
discours en forme de leitmotiv ? Certes pas.
1984 à
1986, les importations ont
augmenté de 8,4% en valeur, les exportations
de produits locaux ont stagné, le taux de cou¬
verture du commerce extérieur est passé de 5,9
à 5,5%, les dépenses de l’État, qui en moyenne,
sont supérieures de 70% au budget du Terri¬
toire, ont augmenté de 17,8%. Les secteurs qui
relèvent
de
ce
que
nous
appellerons
De
l’“économie
naturelle”
n’arrivent
pas
vraiment à “décoller” ; elle ne se maintient que
grâce aux interventions des pouvoirs publics.
politique
La
économique actuelle
s’inscrit donc dans la continuité. Mais plus le
temps passe, plus les contradictions entre les
discours (réduction de la dépendance écono¬
mique) et les réalités (augmentation de la
dépendance due à une croissance entretenue
par les transferts de l’État) s’aggravent. Ces
contradictions déjà apparentes dans les
années
70
se
sont
encore
internationale ?
accentuées
et inégalement répartie
La Polynésie est un pays “riche” à l’échelle du
Pacifique et même à celle des pays développés
si l’on se réfère à la seule valeur de son P.l.B.
par
habitant. Une prospérité qui, dans le
dépendance que nous venons
d’évoquer, n’en demeure pas moins artifi¬
cielle. Un caractère que traduit parfaitement
depuis deux décennies déjà la répartition des
branches économiques au sein du P.l.B. (voir
volume 8, p. 121, poids des services et du
B.T.P.). A ce propos, il importe de signaler
que cette branche, qui est très dépendante des
dépenses publiques, a connu un très grand
essor pendant la période de reconstruction qui
a suivi la période cyclonique (1 000 emplois
créés en 1984-1985). Avec la raréfaction des
commandes
que
connaît aujourd’hui le
bâtiment, une certaine morosité apparaît. Le
ministre parle de “tassement de l’activité
économique” ; le Conseil des Employeurs
contexte
de
souhaite une relance.
noter enfin, et ce malgré
statistiques valables pour les
archipels, que la création de richesses, autre¬
ment dit la formation du P.l.B. en Polynésie,
provient essentiellement d’activités écono¬
miques et d’opérations commerciales
concentrées à Tahiti. Les îles, en dépit des
efforts d’équipement accomplis, ne ramassent
que les miettes de la croissance.
On
l’absence
peut
de
Une économie naturelle étouffée
par l’économie de services
L’économie
naturelle
de
est
second
toujours
souffle
à
la
(voir
volume 8, pp. 36-37). Le secteur primaire et le
recherche
son
15% à la
production intérieure brute.
Faute
d’aménagements suffisants, d’une
planification véritable, faute aussi d’un capital
social adéquat, les ressources potentiellement
exploitables, à l’exception des énergies renou¬
velables, ne peuvent être vraiment mobilisées.
tourisme
ne
contribuent que pour
formation de la
Ainsi, la loi Pons de 1986
sur
la défisca¬
lisation des investissements extérieurs vient au
secours
de certains secteurs économiques en
difficulté
(bâtiment), mais peut-elle servir à
Évolution des effectifs moyens du B.T.P. de 1982 à 1986
6 000
Ce graphique
fait clairement
apparaître "l'effet
cyclone" et la
5 500
raréfaction des
commandes qui est
apparue lorsque la
reconstruction a été
terminée.
5 000-
ces
derniers temps.
4 500
1982
Une économie de services
fragile et vulnérable
Avec l’apparition, depuis quelques années, de
magasins proposant une gamme de
plus en plus étendue de produits de luxe, avec
la création en 1986 d’hypermarchés modifiant
le paysage de la distribution et les compor¬
tements des consommateurs, avec le dévelop¬
pement de certains services (informatique,
consultants, formation, animation touris¬
tique...) créant des emplois qualifiés occupés
surtout
par
des expatriés, le caractère
dépendant (rôle des transferts métropolitains
transitant par l’administration) et artificiel
(tertiaire hypertrophié) d’un système
économique socialement injuste s’est encore
nouveaux
accentué.
1983
1984
1985
1986
F.CFP par kilo
Prix locai du coprah et prix à l’exportation
de l’huile de coprah en 1985 et 1986
Selon la Note de
conjoncture n° 13
(mars-avril 1987) de
l’I.T.STAT, “en raison de
l’effondrement du cours
mondial (du coprah), le
kilo d'huile exportée
passe de 144 F C.F.P. au
1" trimestre 1985 à 17 F
3' trimestre 1986,
alors que le prix du
au
coprah brut payé au
producteur passait entre
1985 et1986de60à65F
le kilo...’’.
prix au producteur Tuamotu-Gambier
prix à l’export de l’huile de coprah
prix à l’huilerie
Les ventes de poissons de 1983 à 1986
Une économie de services qui est de plus
en
plus fragile et vulnérable
dockers de
1986
a
bien mis
;
en
la grève des
évidence la
alimentaire du Territoire en
compromettant son ravitaillement général.
Une économie dont le poids relatif (près
des deux tiers de la production locale) influe
directement sur les recettes douanières qui, au
budget de 1986, représentaient plus de 70%
des dépenses ordinaires du Territoire. Des
recettes qui la même année ont baissé de
total
poissons
La tendance sur 4 ans
dépendance
470 millions de francs avec la chute des cours
étrangères et des matières
premières qui affecte la valeur des impor¬
des
112
monnaies
est à la stagnation,
autres poissons
,
notamment en ce qui
le tonnage en
provenance des
archipels. Ceci étant,
toujours selon
l’I.T.STAT., il convient
concerne
de relativiser ces
statistiques pessimistes,
les produits de la pêche
étant de plus en plus
écoulés par d’autres
canaux
de distribution
que les marchés
municipaux.
TAHITI AUJOURD’HUI
développement du Territoire qui
compromis par l’expansion du
secteur tertiaire qui, en drainant les capitaux
vers les activités les plus lucratives (économie
de spéculation et de ventes) étouffe peu à peu
les productions traditionnelles du secteur
primaire ?
terme
le
demeure
Celles du
secteur
agricole notamment
qui, en dépit de certains progrès quantitatifs,
demeure de plus en plus incapable de réduire
la dépendance alimentaire du Territoire. En
l’absence pratiquement de toute exportation,
les productions locales ne couvrent que 20%
des besoins qui s’expriment sur le marché
local et qui doivent être satisfaits par un
recours massif aux importations qui, entre
1981 et 1986, se sont açcruesde 3,6%paranen
moyenne. Un taux à rapprocher de celui qui
permet d’apprécier la croissance démogra¬
phique : 3%.
Des exportations qui stagnent
exportations des produits du cru
reposaient en 1985 à concurrence de 90% sur
la vente de deux produits : l’huile de coprah et
les perles de culture.
Après le passage des cyclones de 1982-
transformer quelques
matières premières qui
viennent de l’extérieur,
ne contribue en rien à
rééquilibrer le déficit du
commerce
extérieur.
La perle noire a
remplacé la pêche dans
les espoirs
économiques des
dirigeants. Si sa
production est maîtrisée
(sauf accident
écologique comme à
Takapoto), sa
production, on a assisté en 1985 à une
reprise très nette des exportations : 7 823 t
contre 5 314 en 1984 pour la première ;
206,4 kg pour les secondes contre 139,9 en
1983 et 1 12,2 en 1984. En 1986 en revanche,
elles stagnent (7 825 tonnes) ou régressent
(104,2 kg). En valeur, l’évolution a été la
suivante : 864 millions de francs en 1984, 753
commercialisation pose
des problèmes que les
principe en juin 1986, mais n’a pas encore
déterminé le montant final de l’aide qui sera
accordée.
Les difficultés de la perliculture qui en
1986 employait environ 2 000 personnes
réparties dans quelque 350 exploitations, sont
d’un autre ordre. Elles sont d’abord dues à une
très forte mortalité des
nacres
constatée à
pour les perles.
Takapoto dans le second semestre 1985, puis
repérée dans d’autres atolls à vocation
perlière. Cette mortalité serait due à la surpo¬
pulation des élevages s’agissant d’une activité
qui prend de plus en plus des formes spécu¬
des exportations est due, à compter du second
times traitées en 1986). Faut-il souligner enfin,
1985 et 211
en
en
en
ce qui concerne
326 millions de francs
1986 en
l’huile de coprah ; 441
1984, 1 392 548 en 1985et 1 milliard en 1986
S’agissant du coprah, la chute en valeur
semestre
1985, à l’effondrement des
qui
cours
conduit la Caisse de
Soutien (volume 8, pp. I2I-I23) à intervenir
massivement pour soutenir les prix du coprah
au producteur ; 1 500 millions de francs en
1986. Pour soulager le budget de la Caisse, les
mondiaux. Ce
autorités
Les
L’industrie tahitienne,
dans la mesure où elle
se contente de
1983 qui avaient entraîné une chute brutale de
la
locales
a
ont
demandé
à
la
Commission de Bruxelles de faire jouer en
faveur du Territoire (à hauteur de 380 mil¬
lions) le “Stabex”, un mécanisme destiné à
certains revenus des pays indé¬
pendants associés à la Convention de Lomé.
stabiliser
La
Commission
a
La production de coprah
est une activité qui
coûte cher à la
collectivité (voir p. 112),
mais qui contribue à
maintenir la population
des archipels.
coopératives ou les
G.I.E. ne sont pas
donné
son
accord
de
latives (675 demandes de concessions mari¬
si l’on s’en tient à l’examen des comptes des
coopératives, que cette activité n’est pas
rémunératrice, en raison de l’en¬
dettement massif des coopératives auprès de
forcément
la Socredo dont les prêts de campagne se sont
élevés à 1 300 millions de francs en 1985 et
700 millions en 1986.
Signalons tout de même, pouratténuer ce
pessimiste, que le G.LE. Poe Rava
Nui (voir pp. 96-97) a. vendu 29 kg de perles en
1986 pour une valeur de 252 millions de
francs, alors qu’en 1985 ces chiffres étaient
respectivement de 22 kg et de 156 millions.
constat
Une affiche de
l’O.P.A.T.T.I. hautement
symbolique. Le soleil et
la beauté des paysages
peuvent rapporter gros,
à condition que les
Polynésiens sachent
renvoyer l'image
folklorisée que l’on
attend d'eux.
toujours à même de
prendre en compte.
Évolution de l’indice des prix de détaii en P.F. et en France
(Indice du mois de décembre, base 100 en 1980)
Variation
(en glissement)
P.F. ensemble
P.F.
prod. locaux
1981
100,0
116,7
100,0
France ensemble
différentiel d’inflation
1980
100,0
1983
1984
1985
1986
86/80
86/82
133,6
151,9
168,1
181,1
179,7
79,7%
34,5%
130,9
153,6
170,0
186,2
191,4
91,4%
46,2%
131,3
143,5
153,1
160,3
163,7
63,7%
24,7%
.
P.F. ensemble/France ensemble
P.F.
119,8
1982
produits locaux/France ensemble
16,0
9,8
27,7
21,5
113
VIVRE EN POLYNÉSIE
Le tourisme : des problèmes
à surmonter
Le tourisme, première activité économique du
Territoire, connaît également les aléas de la
conjoncture. L’année 1986 a été une bonne
année grâce aux croisières effectuées locale¬
ment par le Liberté. Le départ imprévu et
subit de ce paquebot en fin d’année montre
clairement que les autorités territoriales n’ont
pas beaucoup de prise sur le devenir des struc¬
tures touristiques internationales implantées
en Polynésie. Ces structures ont leur logique
propre et sont installées en Polynésie pour
“faire du business”
comme
le disent fran¬
chement certains investisseurs.
Par
ailleurs,
l’année
1986
a
connu
également un développement du trafic aérien
Vers de nouvelles
relations sociales
L’observation
et l’analyse des événe¬
qui se sont déroulés ces dernières
années en Polynésie, notamment ceux qui ont
ments
suivi
territoriales
l’évidence que les
élections
les
de
1986,
liens qui
unissaient les différents partenaires du Terri¬
à
montrent
toire, dans
conformisme et un immobi¬
aloi, ont considérablement
évolué, poussés en cela tant par des circons¬
lisme
de
un
bon
internes que par une actualité
rieure de plus en plus prégnante.
tances
exté¬
Les rapports entre les partenaires sociaux
traduisent
qui, en 1985, attaquait fermement la
de “monopole” d’U.T.A. De
nouvelles compagnies aériennes telles que Air
profond bouleversement qui,
par delà les formes parfois violentes qu’ils ont
pu prendre, remettent en cause, et d’une
manière irréversible, les liens qui existaient
entre patronat et salariés.
aériennes
Une législation inadaptée
international conforme au souhait du gouver¬
nement
position
France, Minerve, Continental Airlines etc. se
sont implantées et
de nouvelles liaisons
Paris-San FranciscoPapeete, Papeete-Honolulu-San Francisco,
ont vu le jour.
La multiplication des compagnies a
permis d’une part une certaine baisse des tarifs
aériens et d’autre part une croissance de
l’ordre de 30% des sièges offerts par les vols
réguliers. Toutefois, cet effort n’a pas été suivi
par une augmentation notable des touristes,
puisque pour les cinq premiers mois de l’année
1987, on constate que leur nombre baisse de
15% par rapport à la même période de 1986 et
augmente de 8% si l’on compare ces deux
périodes sans tenir compte des touristes
arrivés pour les croisières du Liberté. Dans ce
contexte de surcapacité, la multiplication des
liaisons aériennes pose à certaines compagnies
quelques problèmes de remplissage et fait
planer le doute quant à la viabilité et à la
durabilité de certaines liaisons ou fréquences
telles
que
actuellement mises en service.
Maintenant que le trafic aérien atteint un
satisfaisant, c’est le produit touris¬
tique polynésien, et en particulier le niveau des
prix pratiqués en Polynésie, qui pose des
problèmes, ce qui a conduit le gouvernement à
prendre toute une série de mesures en sa
niveau
faveur en juin
1987.
En
conclusion, l’économie de la
Polynésie demeure fortement dépendante de
l’extérieur ce qui met en évidence sa fragilité :
d’une part, dépendance structurelle vis-à-vis
de l’ensemble des transferts de l’État qui
représentaient 75 milliards en 1984, 83 mil¬
liards en 1985 et 87 milliards en 1986. D’autre
part, dépendance conjoncturelle vis-à-vis des
économies internationales
et
en
particulier
celles des pays avec lesquels elle entretient des
relations
commerciales.
liée
importations, affecte
Cette
dépendance,
l’inflation
locale, la fiscalité du Territoire et la produc¬
tion locale. Enfin, fragilité interne liée d’une
part à la faible compétitivité de la production
aux
locale vis-à-vis des produits d’importation, et
d’autre
part à une faible
productivité de
l’administration et des entreprises due à une
compétence insuffisante de la main-d’œuvre
locale par rapport aux besoins des entreprises.
114
ce
Si en 1985, les partenaires sociaux ont depuis
longtemps pris conscience du caractère désuet
du Code du Travail Outre-Mer de
mise
en
œuvre
d’une nouvelle
impliqué dans les rouages de l’entreprise,
conçoit ses rapports avec les salariés comme
une relation amicale où tout se règle de bon
gré. Les salaires sont fixés plutôt en fonction
des comportements et à l’ancienneté de
l’individu
qu’en fonction de catégories
précises.
Pour leur part, les salariés se posi¬
tionnent par rapport à une fonction et à une
appartenance à un groupe social (salarié de
l’administration) plutôt que par rapport à une
compétence clairement définie ou un poste de
travail. Un sage équilibre, animé par des
rapports affectifs de type paternaliste, évite les
conflits et calme toute vélléité de remise en
d’un système, sans doute hérité du colo¬
nialisme.
cause
Le
salarié polynésien est plus perçu
force de travail douée de muscles,
comme une
plutôt que de capacités intellectuelles. Les
conversations du Tout-Papeete font état de
l’amour du Polynésien pour la musique, la
guitare et la “bringue”, jamais pour son
imagination et son sens des responsabilités.
Cet équilibre est conforté par le faible niveau
technologique requis par les entreprises du
Territoire, cantonnées dans le commerce, le
1952, la
législation a
et connaît encore, un enfantement
difficile. Les péripéties des accords tripartites,
connu,
initiés
(première série d’accords
les conditions de travail),
poursuivis en juillet 1984 (emploi, formation
professionnelle et promotion sociale), et
terminés en février 1986 (protection sociale),
montrent, au-delà des divisions syndicales et
patronales (scission des employeurs et
en
portant
1983
sur
création de la C.G.P.M.E., formation d’une
intersyndicale pour obtenir l’annulation des
troisièmes accords tripartites), la difficulté
pour les partenaires sociaux de trouver,
ensemble, des solutions. Seuls deux facteurs
ont pu faire véritablement avancer les choses :
d’une
l’approche des élections terri¬
mars
1986, d’autre part les
différents mouvements de grève qui ont agité
toriales
part
de
le Territoire.
De nouvelles exigences
En fait,
comme
les rapports sociaux sont vécus plus
des rapports de force que comme une
volonté véritable d’améliorer le fonctionne¬
ment des entreprises. La puissance publique a
toujours été le partenaire mobilisateur et
parfois “manipulateur” des résultats de ces
“concertations” (signature des troisièmes
accords le 6 février/élections territoriales du
mois de mars 1986).
Cependant, les bases socio-culturelles de
ces rapports semblent évoluer sous la pression
d’une prise de conscience, encore fugitive, de
la part des salariés, qui découvrent que la
compétence, la formation, et la promotion
professionnelles sont de nature à favoriser
leur promotion sociale.
En effet, jusqu’au milieu des années 1970,
l’entreprise locale est généralement d’une
dimension assez restreinte pour être assimilée
à de l’artisanat. Son responsable, fortement
L’U.S.A.T.P., qui est
affiliée à Force ouvrière,
tout comme A Tia i Mua
qui l'est à la C.F.D.T.,
sont des organisations
parfaitement
représentatives des
nouvelles formes de vie
syndicale qui se
développent dans une
société qui se
modernise. Ces
syndicats, qui ont
parfois du mal à être
suivis par leurs troupes,
remettent en cause le
paternalisme qui trop
souvent règle les
relations entre
partenaires sociaux.
Page de droite :
Les grèves de la fin 1986
ont montré à l’évidence
que l'évolution des
rapports sociaux dans le
Territoire est très
largement conditionnée
par la nature
spécifiquement
politique des liens de
dépendance à l'égard de
la Métropole. Une réalité
qui n'est pas nouvelle,
mais dont les travailleurs
ont de plus en
conscience.
plus
TAHITI AUJOURD'HUI
publics, et la trans¬
simpliste de quelques produits
semi-finis. Le travail est perçu plus comme
une activité “occupationnelle” que comme un
moyen de se réaliser en tant qu’individu.
bâtiment et les Travaux
formation
L’évolution des rapports sociaux
L’évolution va être rapide : elle va bouleverser
cet
équilibre et conduire les partenaires
sociaux à modifier leurs rapports, sans pour
autant prendre de risques que ni les uns ni les
autres ne sauraient maîtriser.
est
Cette évolution
issue de trois facteurs essentiels :
part, de retour au pays, les
polynésiens souhaitent trouver un
emploi qui leur permettra de mettre à profit
les
études
qu’ils viennent d’accomplir.
L’aspect “occupationnel” est remplacé par la
D’une
étudiants
volonté de devenir véritablement des acteurs
économiques et sociaux du développement.
D’autre part, l’introduction de nouvelles
technologies, en particulier l’informatique, et
l’émergence d’une concurrence jusqu’alors
maîtrisée par accord tacite vont contraindre
les entreprises à rendre leur personnel plus
performant. La mise en place de l’Afodep,
organisme de formation patronal, est le signe
bien timide de cette volonté.
Enfin, l’arrivée d’un nombre croissant de
popa’a de diverses origines (militaires restant
sur le Territoire, anciens résidents de pays
devenus
indépendants, en particulier
d’Afrique, anciens du “boom” de NouvelleCalédonie, chômeurs et déçus de Métropole)
habitués à un autre dialogue social établi sur
des règles précises, remet en cause les com¬
portements autoritaristes et dépassés de la
classe dirigeante.
Ces divers éléments vont introduire, tant
dans le secteur privé que dans l’administra¬
tion territoriale - qui s’entoure de nombreuses
compétences d’expatriés -, un nouveau style
de relations, imprégnées de technocratie et de
professionnalisme. Les syndicats renforcent
leurs compétences en recherchant l’appui de
centrales métropolitaines : C.N.P.F. pour lès
employeurs après avoir procédé à un
regroupement au sein du Conseil des
Employeurs, Force ouvrière pour l’U.S.A.T.P.
A partir de ce déséquilibre nouveau des
modes relationnels, par rapport à l’ancien
ordre établi qui avait duré si longtemps, on
recherche une approche plus technique des
problèmes sociaux sans pour autant que
disparaisse l’affectivité dans les rapports avec
les salariés. La grève des dockers de la fin 1986
est significative des limites du compromis
possible entre le relationnel et le technique,
entre l’affectif et le professionnalisme.
D’individuels, les rapports deviennent
plus collectifs : la notion de solidarité devient
un
élément essentiel des stratégies déve¬
loppées tant par les employeurs que par les
salariés. L’arrivée de nouvelles formes de
distribution (Euromarché...) a contraint les
entreprises à cette solidarité, non plus pour
gagner plus, comme par le passé, mais plutôt
pour perdre moins. A contrario, on peut
penser que la grève générale de décembre 1986
a
été pour les salariés une association
ponctuelle, non plus pour perdre moins, mais
pour gagner plus.
Ce renversement du sens de la relation, et
la notion réelle de solidarité, quoique encore
timide, semblent être l’amorce d’une stratégie
sociale à la recherche d’un nouveau mode de
fonctionnement
qui pourrait conduire, à
terme, au pouvoir partagé, à l’instar du statut
d’autonomie interne qui a libéré les forces
d’émancipation et d’indépendance.
La diversification
croissante des tâches à
accomplir dans une
société qui se modernise
introduit une
hiérarchisation de plus
a
en
plus grande de
l’encadrement : chefs,
sous-chefs, petits
chefs...
L’uniforme des
nouveaux
popa’a.
Chemise avec ou sans
fleurs, mais toujours
l’attaché-case,
indispensable attribut
de la compétence.
Les popa'a et, en règle
générale, tous les
technocrates de "haute
compétence”
professionnelle qui
peuplent les ministères
et les administrations
inconsciemment, ils ont
sont de redoutables
tendance à masquer la
états-majors syndicaux.
interventions en se
interlocuteurs pour les
D’autant que,
consciemment ou
nature politique de leurs
réfugiant derrière la
complexité des dossiers.
SYWaBssRuTniinMFj! desTr.
115
VIVRE EN POLYNÉSIE
La culture ma^ohi
inopérants. Et pourtant, bien que
l’histoire soit passée par là pour en modifier la
devenus
aujourd’hui
Le paradoxe est évident : nous assistons à
disparition de la culture ma'ohi, et
pourtant, jamais on n’a autant parlé de
culture. Jamais on n’a autant écrit à son sujet.
Et dans ce foisonnement d’idées et de déclara¬
la
tions.
où chacun
se
visiblement “des
sent
complexes vis-à-vis de l’autre” (Ph. Draperi.
La Dépêche du 14 juin 1986). tout se passe
comme
si tout le monde était mû par un désir
impérieux et impétueux de déclarer sa propre
conception de la culture nta'ohi.
Devant un tel constat de confusion et face
problématique posée en termes aussi
:
“dévoiler l’illusion du mythe qui
masque la misère...” (Ph. Draperi). il nous a
paru intéressant de faire le point sur la culture
nta'ohi aujourd’hui. Non sans avoir tenté de
cerner au préalable ce qu’elle fut hier.
à
une
clairs
faire.
Mais
la
transmission
des
savoirs
ancestraux ne se faisait pas non plus sans une
se
éthique. Le sujet apprenant, sous
peine d’être détruit, devait faire montre de
qualités morales certaines et donner la preuve
de sa volonté d’assumer pleinement l’héritage
concédé. Le verbe, indépendamment de ses
qualités lyriques, était en effet doté d’une
force, d’un pouvoir, d’une charge considé¬
lié à l’expérience.
La culture itta'ohi n’était pas seulement
maître et disciple ne pouvait être conçue qu’à
dans la mémoire collective rendent compte
d’un certain nombre de pratiques vécues par
les
Ma'ohi
d’aujourd’hui,
un
vécu qui
transmet essentiellement par l’oralité, un vécu
en
effet
une
mémoire
du
verbe.
C’était
également une mémoire des gestes et de l’expé¬
rience. des pratiques et des comportements.
Bien
plus, le savoir (ire) devait être
appréhendé par la mémoire des sens et en
particulier des yeux [le ite mata : le savoir
vécu) qui non seulement permettait au sujet
apprenant un ancrage indélébile dans les
viscères (laittau aaii : littéralement, fixer dans
les
viscères), mais encore d’en être le témoin
(te ite), en d’autres termes, d’en assurer la
transmission ou la reproduction sociale néces¬
De l’historicité du concept
de culture
Selon B. Saura (voir p. 57),
signification (nous avons ici affaire au
“compromis historique” qui, dans le cadre du
processus
de syncrétisation défini par
A. Babadzan, vohntte 8. pp. 9-10, se traduit
par un amalgame de la Tradition et de la
Modernité), ces valeurs et ces concepts inscrits
nta'ohi associait donc intimement le dire et le
saires à la
pérennité du groupe. La culture
certaine
rables.
La relation de confiance mutuelle entre
l’échelle viscérale (aaii : siège des sentiments).
Dès lors, on comprend mieux pourquoi
certains érudits se refusaient à fixer sur le
papier leurs connaissances.
La culture pour les Ma'ohi, quel que soit
son contenu historique, c’est donc dans le
savoir ancestral (dont le sujet apprenant est un
simple vecteur : on ne thésaurise pas la culture
à des fins personnelles) tout ce qui touche à la
vie et lui donne une signification. Qu’en est-il
aujourd’hui, à une époque où la culture
conjuguée au passé côtoie les manifestations
les plus agressives de la modernité ? Une
le concept de
culture, pris dans sa plus large acception, fait
référence aux croyances, aux comportements,
spécifiques
plus
étroit de compréhension, il renvoie à la
production de formes savantes de la culture,
une production qui est l’apanage d’une mino¬
rité d’indi\idus “cultivés” ; une minorité qui
jouit généralement d’un certain prestige, d’un
certain statut social ; une minorité qui
s’exprime par le biais de la création artistique,
par l’intermédiaire de l’écrit qui. dans la civi¬
aux
savoirs
et
aux
d’une communauté.
lisation
savoir-faire
Mais à
occidentale
un
niveau
notamment,
une
a
importance exceptionnelle. Un concept qui.
dans sa seconde acception, ne rend pas
compte de la réalité polynésienne qui est plus
complexe et plus nuancée.
Certes, il existe dans
ce
Territoire
une
Demis
écono¬
mique et qui. du fait de leur accès à l’écrit
rendu possible par l’éducation occidentale,
sont devenus les légataires privilégiés de la
“minorité éclairée” incarnée par les
détenteurs du pouvoir politique et
culture
nta’ohi
traditionnelle,
mais
cette
culture, dont ils sont partie prenante en raison
de leurs origines, peut-elle avoir pour eux une
signification autre qu’intellectuelle et idéo¬
logique, alors qu’aujourd’hui ils sont installés
confortablement
dans
un
univers
monde christianisé où les valeurs fondamen¬
l’ancienne société étaient
frappées
d’anathème, où les concepts relatifs à l’origine
du monde, la place de l’homme dans l’univers,
l’harmonie
116
des
êtres
et
guérir. Un pouvoir qui
sembie-t-ii n'a pas
disparu, comme
i'attestent ie cliché
ci-dessus pris à Maupiti
vers 1930 et i'exemple
actuel de ce jeune
guérisseur (en haut à
droite) dont les
prestations, ii convient
de le souligner, sont
gratuites.
Le tabouret d’Omai. Les
beaux objets de la vie
quotidienne de la
Polynésie d'autrefois
sont rares et ia plupart
du temps détenus parles
grands musées
européens, américains
ou
australiens.
L'acquisition de ce
tabouret symbolise
l'effort que le Territoire
est prêt à faire
financièrement pour
“récupérer” son
patrimoine.
socio¬
économique dont les Ma’ohi sont exclus ?
Comment
ne
pas
voir aussi que
l’accession à ce statut ambivalent et privilégié
est le produit d’une histoire qui. au départ, du
fait de l’éradication du paganisme, a été
marquée par la disparition des érudits ma'ohi
qui ne connaissaient pas l’écrit ? Avec cette
disparition, c’est toute la dimension spirituelle
des savoirs ancestraux qui était condamnée.
Ils n’avaient plus de raison d’être, dans un
tales de
Les anciens tahu'a
détenaient le pouvoir de
des choses étaient
Le voyage d’Hokulea
avait pour objet de faire
prendre ou reprendre
conscience aux
Polynésiens de leur
appartenance à une
communauté ma'ohi
élargie. Pourquoi a-t-il
fallu, si cette idée a de
l'avenir, que l'aventure
de la piroguedoublesoit
symbolisée par un
monument qui se réfère
exclusivement à un
passé révolu
(pseudo-marae) ?
TAHITI AUJOURD'HUI
modernité dont les conséquences se font parti¬
culièrement sentir dans le domaine du reo
ma'ohi qui est un des principaux vecteurs
culturels.
quotidien par les Ma'ohi
Faut-il ajouter que la démarche cultu¬
raliste de retour au passé trouve ses propres
limites quand, nolens votens, elle se réfère à
des événements historiques qui n’ont rien de
“cinquantième
anniversaire
L’attrait irrésistible du passé
ma’ohi
11 suffit de suivre l’actualité, à travers la presse
(Marquises) ; “Il y a 122 ans un frère français,
Eugène Eyraud, évangélisait l’île de Pâques”...
notamment, pour s’en convaincre. Jamais
la
quête de la tradition n’a été aussi fébrile
aujourd’hui. L’archéologie, avec ses décou¬
vertes et ses interrogations, demeure le thème
le plus mobilisateur. Mais on s’intéresse aussi
aux
sur
thèses des lahua hiohio (prêtres voyants)
l’origine des Polynésiens, aux secrets de la
médecine
traditionnelle...
On
réédite
des
anciens ; on ne lésine pas sur la
dépense pour acquérir le siège de Mai (Ornai) ;
on “plonge au cœur de la Polynésie authen¬
tique” (Raivavae)... Une démarche culturelle,
celle de la “minorité éclairée” (les popa'u y
sont impliqués) qui a sa légitimité quand il
s’agit de fixer ou de transmettre la tradition
pour la préserver de l’oubli. Mais s’agit-il bien,
tant au niveau des formes que de leur signifi¬
ouvrages
cation, de la tradition inscrite dans la mémoire
collective telle
qu’elle est
encore
vécue
au
:
de
l’arrivée de Sébastien Falchetto à Aaakapa”
Le reo ma’ohi en proie
au
modernisme et au culturalisme
Les
enseignants déplorent unanimement
aujourd’hui l’interdiction de pratiquer le reo
ma'ohi {de quelque aire linguistique qu’il soit)
à l’école primaire. Comment ne pas souligner
le traumatisme subi par les jeunes élèves poly¬
nésiens à un âge où la structuration linguis¬
tique est nécessaire ‘i Pour parachever cette
déstructuration,
mentionnons
également
l’attitude des parents qui s’expriment de
préférence avec leurs enfants dans la langue de
Descartes, mais en dehors de toute préoccu¬
pation normative. Le résultat : un appauvris¬
sement de la langue et une simplification
outrancière
de
ses
structures,
une
substi¬
tution aux concepts ma'ohi de leur équivalent
sémantique français ou occidental. A cela il y
a lieu d’ajouter la politique linguistique du
Territoire, qui semble à tout le moins
manquer de cohérence : standardisation ou
uniformisation linguistique par la volonté non
cachée de l’Académie de faire du “tahitien” la
langue vernaculaire de toute la
Polynésie, mais surtout, normalisation de
cette
même langue “tahitienne” par une
description et le recours à un métalangage
exclusivement français, ce qui constitue dans
le cas d’espèce son appropriation pure et
simple au profit des popa’a ou de quelques
deuxième
rares
initiés.
Le modernisme investit donc la langue
l’usage,
le
biais d’une
ma’ohi
dont
coutume
ancestrale, celle du pii, n’en révèle
par
moins un certain nombre de comporte¬
passéistes.
Dans les temps anciens, cette coutume
avait deux fonctions : une fonction sociale qui
se manifestait par exemple à l’occasion de
l’insertion ou de l’intégration d’un étranger
rebaptisé d’un nom qui consacrait sa nouvelle
appartenance au groupe d’accueil ; une
fonction religieuse qui punissait par contre de
pas
ments
La médecine
traditionnelle comme
spectacle. Le savoir
ancestral est ravalé au
rang des pratiques
"folkloriques”.
Pendant ,
TAffm
La presse, sensible à
l'opinion deses lecteurs,
conjugue la culture au
passé, que ce soit à
travers la recherche
archéologique ou les
manifestations
culturelles.
117
VIVRE EN POLYNÉSIE
mort violente toute personne ayant
prononcé,
même par mégarde, le nom du roi ou de l’un de
son
entourage.
Si l'on se réfère à
ces
fonctions tradi¬
tionnelles. quel usage est-il fait aujourd’hui de
la coutume du pii
langue !
dans le domaine de la
En référence à eelle-là. il permet et justifie
les changements de dénomination. L’Hôpital
devient l’Hôpital Vaiami. l’École
française indigène devient l’École Viénot.
mais plus tard la section secondaire de cet
enseignement confessionnel s’appellera le
Collège Pômare IV. Vues sous l’angle du pii,
ces manifestations culturalistes peuvent être
comprises et interprétées comme une neutrali¬
sation des aspects trop saillants d’un colonia¬
lisme fruste et éculé. mais également comme
une réappropriation ina’ohi des choses. Une
réappropriation qui n’empêche pas pour
autant,
par exemple,
qu’une avenue de
Papeete porte le nom du général de Gaulle, un
nom qui symbolise à lui tout seul la continuité
de la présence et de la tradition françaises en
Polynésie.
colonial
référence à celle-ci (fonction
En
reli¬
gieuse). le /;// est de plus en plus utilisé dans les
manifestations culturelles. C’est le
cas.
par
exemple, des spectacles de danses folkloriques
où l’on invoque publiquement les anciens
dieux (Taaroa. Tane). Une pratique généra¬
lement admise qui n’en choque pas moins
certains dans les familles chrétiennes. Para¬
ce
ne
sont pas toujours les
dogmes du christianisme qui motivent cette
attitude, mais la référence qui est faite à des
croyanees ou à des superstitions très vivaces
selon lesquelles, si l’on invoque les “puissances
de la nuit”, elles peuvent ou elles pourraient
revenir, même au siècle de la technologie
doxalement.
Le Ma^ohi face
à sa propre culture
folklore,
culture
spectacle,
culture marchande, culture enjeu politique, la
culture ma'ohi. on ne saurait s’en étonner, fait
Culture
l’objet aujourd’hui de toutes les manœuvres
partisanes, de toutes les tentatives de récu¬
pération de la part de ceux qui confondent
l’être et le paraître, qui ne la vivent pas mais en
vivent, qui en font un instrument idéologique
de
la
conservation
Si l’on se réfère à l’étymologie anglosaxonne,
le folklore est “la science des traditions et des
usages, de l’art populaire d’un pays” et, par
extension, “l’ensemble de ces traditions”
(Petit Robert). Un concept dont la signifi¬
cation a beaucoup évolué. Son champ
sémantique s’est restreint : il ne désigne plus
aujourd’hui que les chants et danses dits
“folkloriques” à l’exclusion, par exemple, de
l’artisanat et de l’art pictural ; son emploi est
teinté de connotations péjoratives : “c’est du
folklore !”. Une évolution générale qui, bien
entendu, n’a pas épargné la Polynésie.
on
se
rend
118
devenu Heiva, on édifie des infrastructures :
tribunes, scène, éclairage, sonorisation... Les
exigences de la vie professionnelle ou écono¬
mique étant ce qu’elles sont, les temps de
préparation sont souvent très courts et réduits
au strict minimum. Il ne faut
pas s’étonner dès
lors si la création cède souvent
le pas au
prestations individuelles
(concours du meilleur
plus en plus de place.
La
bien
grand profit d’un modernisme destructeur de
la tradition. Celle-là est un alibi pour celui-ci.
également consacré par un prix, soin plus
attentif apporté à la chorégraphie.
Pour répondre aux besoins du Fiurai
danseur et de la
meilleure danseuse)
tiennent aujourd’hui de
indivi¬
très
ne
recule devant aucun sacrifice, même
financier, pour satisfaire aux impératifs du
spectacle : recherche du plus beau costume,
communautaire où les
encore.
conclusion,
les dieux de la tradition non chrétienne... On
La danse, un mode
d’expression autrefois
langue devient finalement un luxe intellectuel
qui permet de se poser idéologiquement par
rapport au popa'ci. Quand elle est normalisée
(voir supra), elle est aussi le meilleur moyen de
réduire l’altérité telle qu’elle existait ou existe
En
à terme la recherche du pittoresque : on
s’ingénie, avec plus ou moins de bonheur, à
présenter aux spectateurs, mais surtout au
jury, tout ce qui peut avoir un caractère
original, coloré ou piquant : les hommes
exhibent leur tatouage personnel, on invoque
sent
personnalités, est
chargé d'apprécier.
récupération de la
grandeur d’un passé que l’on sait révolu, mais
que l’on sacralise dans une démarche de
compte que les deux tendances - culturaliste et
moderniste -, une fois n’est pas coutume, loin
de se neutraliser dans leur démarche antago¬
niste. se nourrissent l’une l’autre pour le plus
de la fête
la convivialité, se sont
substituées de nos jours des formes d’expres¬
sion plus élaborées, plus savantes (surcharge
notamment de
connotations culturalistes)
dont le fondement et les motivations, soustendus et conditionnés par l’esprit de compé¬
tition et de concours impliqué par la course
aux prix et aux récompenses, laissent en défi¬
nitive peu de place à l’explosion naturelle de la
joie, au partage, au don gratuit.
La concurrence et l’attrait du prix favori¬
bancs réservés aux
duelles inconscientes de
fermeture à la modernité envahissante,
sens
populaire et de
table, en retrait des
En définitive, toutes ces manifestations
ou
tions instinctives et libres du
populaire qu’un
exercice codifié que le
jury, placé derrière une
littéraires ou théâtrales.
collectives
simples et dépouillées, plus rudimentaires et
spontanées, correspondant à des manifesta¬
La danse normalisée.
Pendant le Heiva, la
danse est moins un
mode d'expression
invoquer par ailleurs la vulga¬
tentatives
conquête du
Culture folklore
dénominations empreintes d’érudition
{apoapoilerainuiliuilini à l’oceasion par
exemple d’un baptême de pirogue de compé¬
tition), l’emploi par les culturalistes savants
d’une langue difficilement accessible sinon
quasiment hermétique, même pour un
locuteur moyen, dans le cadre de productions
des
la
et culture spectacle
risation des noms mythiques (“Les Prénoms
tahitiens” de M.A. Cadousteau). l’usage de
sont
de
culture sans eux ?
avancée.
Faut-il
ou
pouvoir. Autant dire que les Ma'ohi ne sont
guère impliqués par les discours et par les
actes que l’on commet en leur nom.
Et
pourtant, comment défendre et promouvoir la
Dans le domaine de la danse et même du
chant, par exemple. A des formes artistiques
Dallas. Dans la réalité
quotidienne, la culture
ma'ohi, surtout quand
elle est rêvée, ne fait pas
le poids face à la culture
de masse diffusée par
les médias.
TAHITI AUJOURD’HUI
“remake”. On
“emprunte” à la tradition les
les procédés, les techniques, pour
remplir un objectif évident et permanent :
plaire et s’accorder les bonnes grâces d’un jury
omnipotent.
L’expression spontanée et gratuite de la
joie en elle-même et pour elle-même ayant
cédé la place à des finalités nouvelles mais non
codifiées, chacun en fin de compte se crée sa
propre image et sa propre norme du spectacle.
Les résultats ne se sont pas fait attendre : le
désordre et l’anarchie. Le jury chargé de
l’appréciation de la qualité des prestations, et
donc de la qualité des prix et des récompenses,
gestes,
est
ouvertement
contesté
au
lendemain du
Tiurai de 1986. “Notre joie d’être à Vaiete n’a
pas de prix”, déclarait G. Hollande, non sans
une certaine ambiguïté. Et il
ajoutait, dans un
article intitulé “Quelques remarques après les
danses” : “Tristesse aussi. De tous mes Tiurai
vécus, je n’ai jamais connu une distribution
des prix aussi froide que celle de cette année.
Et lors du passage du groupe vainqueur, les
gradins
désertés
populaires (le baromètre) étaient
;
ceux
des tribunes
payantes se
vidèrent tout au long du spectacle. Où était la
chaude ambiance d’une victoire et la joie d’un
peuple à revivre le meilleur spectacle du Heiva
i Tahiti ?...”
La réaction ne s’est pas fait attendre. Dès
le 28
juillet 1986, le jury des concours de
chants et de danses publiait dans la presse “de
règles du jeu”, recommandant par
exemple (article 11) : “Devant la prestation
médiocre de certains groupes de deuxième
catégorie, le jury proposera, à titre d’aver¬
nouvelles
tissement, une sanction exemplaire pouvant
aller du simple avertissement (carton jaune) à
l’exclusion
temporaire
définitive
ou
des
à Vaiete (carton rouge) assorties de
diminution des subventions accordées. D’une
manière générale, tous les groupes inscrits au
concours
concours
du
Heiva
i Tahiti
deuxième
1987 dans la
catégorie seront visités par le jury
qui pourra d’autorité refuser l’accès à Vaiete à
un groupe dont la préparation sera
jugée
insuffisante ; cette dernière appréciation sera
valable également pour la partie costume”.
Somme
toute,
en
traquant la
“médiocrité”, on normalise les modes
d’expression populaire et ce qui les fonde.
"Aita te fenua e ùaa faahou ra i nia ta ratou"
(la terre, le pays ne fleurissent plus sur eux),
constatait désabusé un spectateur des gradins
populaires, commentant la prestation de
certains groupes “normalisés”.
La culture enjeu politique
La politique étant d’abord un discours, le reo
Une campagne électorale, c’est la période
où certains vocables de la langue atteignent un
degré d’occurrence jamais égalé. C’est le cas
notamment de tumu, terme polysémique par
définition qui se prête à de multiples et
heureuses combinaisons : peu tunm (les us et
traditions authentiques) ; hiroa tumu (culture
ancestrale) ; iho tumu (identité qui fonde la
spécificité individuelle) ; reo tumu (langue
maternelle)... Et il va de soi que tous les tunm
(troncs) qui fondent aussi la spécificité du
terroir doivent nécessairement constituer la
touche finale de ce tableau champêtre ma’ohi:
tumu
soit votre dextérité, ne relèverait que d’une
banale prouesse cérébrale. En matière de
politique, point trop de logique, c’est bon
pour les popa'a. Toucher le Ma’ohi, c’est
l’atteindre dans ses tripes, et il n’y a pas trente
six chemins pour aller droit au but : il faut
manier des idées simples, mais de préférence
ma’ohi fait l’objet de toutes les récupérations
politiciennes à l’occasion notamment des
THE POLYNESIAN DREAM
STILL EXISTS
campagnes électorales où il s’agit de gaver le
nuna’a (peuple) de tranquillisants au parfum
AT THE FOLKLORIC AND CULTURAL CENTER
culturel.
IN
MOOREA
Hiva, dans le
groupe Nord des îles Marquises, il est de bon
A
ton
Ua Pou
de conclure
ou
à Nuku
un
discours par
formules bien senties
en
eo
haari, tumu uru, tumufei...
Mais savoir manier la langue, quelle que
quelques
Dans le
enana.
groupe Sud, à HivaOa ou à Fatu Hiva, ce sera
en eo enata.
son
intérêt,
Le candidat, bien entendu, dans
doit
tenir
distinction linguistique.
compte
de cette
Un meeting politique
dans une salle de
spectacle. D’autant que
le spectacle est
"authentiquement”
ma'ohi, une bonne
utilisation de la langue
étant susceptible de
TIKl.THEATER
capter les suffrages
des électeurs.
La religion politisée.
Il
n’y a pas de réunion
électorale sans prière.
Ceci étant, la religion,
au nom d'une certaine
éthique, intègre dans
ses
discours des
au
centre du débat
préoccupations qui sont
politique : problème des
terres, présence du
C.E.P....
TO MISS
Le folklore en
s'appropriant la culture
la dénature et en fait une
marchandise destinée
aux touristes.
'
DONT BE DISAPPOimtD I CALL EARLY FOR RESERVATIONS
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119
VIVRE EN
POLYNÉSIE
fortement connotées de aroha (élan de charité,
de pitié). Par exemple : “Les autres, ce sont des
indépendantistes, moi, je suis seul à clamer
mon
attachement à la Mère Patrie”. On peut
bien entendu - démocratie oblige - défendre la
thèse opposée.
et
Le Polynésien est profondément croyant
il a intégré à sa propre culture les valeurs
fondamentales du christianisme. Le aroha.
l’élan du coeur, est devenu un concept chrétien
que le politicien doit savoir capter à son profit.
11 n’y manque pas quand il inaugure toute
intervention devant le niina'a par un “la ora
faito ore o te atua, to tatou
(Je vous salue par la grâce incom¬
mensurable de Dieu, notre Père). Pour faire
bonne mesure et pour flatter un auditoire
expert en la matière, il truffera son discours de
versets bibliques.
Faut-il ajouter que le politicien soucieux
d’action efficace ne manque pas de connaître
et de reconnaître tous ceux qui dans l’orga¬
nisation
sociale
ma’ohi jouent
encore,
notamment dans les archipels, un rôle fonda¬
mental : les metua à la tête des familles élargies
(utuafare) qui ont une grande réputation de
sagesse et bien entendu les pasteurs, les
diacres, les dirigeants des mouvements de
jeunesse qui encadrent les communautés villa¬
geoises.
Manipulation de la culture à l’échelle
locale ; manipulation de la culture à l’échelle
territoriale et internationale. Ce peut être
alors, si l’on peut dire, du grand art, La Fête de
l’Autonomie interne qui a été célébrée dans les
plus “pures” traditions du Pacifique par les
champions de la modernité la plus outrancière en fournit un exemple éclatant. Contra¬
dictions ? Point du tout ! Le temps s’est
simplement arrêté pendant le Festival des Arts
et nous avons pu vivre à l’heure de la tradition
et des coutumes. Amalgame choquant ? Ce
n’est pas l’avis de Pierre Messmer, qui en 1972
préconisait de “blanchir” le Caillou ; “Je ne
vois pas en quoi il est choquant de célébrer
l’Autonomie interne en même temps qu’une
grande fête culturelle. D’autant que cette
autonomie
est
justement le moyen de
préserver cette culture dans ce qu’elle a de
“fort”. 11 n’y a pas de contradiction entre
l’Autonomie interne et la culture polyné¬
sienne. Je dirai même qu’il y a complémen¬
tarité...” (interview à La Dépêche, 28 juin
1985).
na tatou i te aroha
metua”
le Ma'ohi viderait le lagon en un jour.
De même, l’urbanisation forcenée alliée à
l’individualisme né de la modernité, ont aussi
les mentalités et
l’échelle de valeurs qu’elles sous-tendent. 11
n’est que de voir l’attitude du Polynésien face
au fare qui est le sien (maison d’architecture
polynésienne), pour se rendre compte que ses
goûts se portent plus spontanément sur \e fare
tinta (la maison faite en dur), ht fare ma'ohi
pourtant ne coûte rien ou si peu quand il
s’inscrit, dans sa conception et dans son édifi¬
cation, dans le cadre des pratiques socio¬
économiques et culturelles de la vie commu¬
nautaire. Mais ces pratiques tombent progres¬
sivement en désuétude et le Polynésien n’a
plus aujourd’hui ni les moyens ni le désir de
construire un tel fare qui tend à devenir
l’apanage des riches, des étrangers ou de
quelques excentriques en mal de culture ou
d’originalité. A la limite il faudrait que le
Ma’ohi
tombe
dans
le
plus complet
dénuement pour qu’il consente à se construire
une telle maison. Cruel paradoxe, à y regarder
de près.
profondément
modifié
D’une façon plus générale, les savoirs et
savoir-faire ancestraux font l’objet d’un troc
d’un marchandage quasiment systéma¬
tiques, qu’il s’agisse de l’exploitation commer¬
ciale et sous couvert de vulgarisation péda¬
gogique des beaux parlers de la tradition, ou
de la vente des raau tahiti (préparations de la
et
médecine
traditionnelle). La recherche du
beau, la satisfaction d’avoir réalisé une œuvre
esthétique font place à la quête de l’efficacité,
du rendement. C’est ainsi que les prix des
produits de l’artisanat local connaissent des
flambées vertigineuses. Et, fait assez
significatif, au cours du IV*^ Festival des Arts
du Pacifique (1985), les coûts des objets d’art
et d’artisanat des délégations étrangères s’ali¬
gnèrent aussi par le haut.
“Time is money" disent les Américains.
“La vie n’a pas de prix” aurait répondu le
Ma’ohi d’hier, et peut-être celui d’aujourd’hui
encore. 11 faut faire un choix car il y va de la
vie, précisément. La recherche du juste milieu
n’est pas simple. Que faire ? Le Polynésien
doit répondre lui-même à la question, sinon
quelqu’un d’autre s’en chargera à sa place.
Voir poème de Dure Raapoto p. 136.
La culture marchande
Certains aspects
de la culture ont subi les
modernité.
Une
modernité
l’argent qui
en est
effets déstabilisants voire déstructurants de la
efficace.
symbolisée par
aussi le vecteur le plus
Autrefois, le Polynésien faisait toujours
la distinction entre le nécessaire et le superflu.
Le pêcheur/wa'o/îî, par exemple, savait limiter
ses
besoins de subsistance au strict nécessaire
du quotidien ; si excès ou superflu il y avait, il
le donnait ou le partageait dans le cadre de la
communauté.
Aujourd’hui, avec la transfor¬
mation des modes de vie entraînée par l’intro¬
duction de l’argent qui devient une fin en soi et
un
objet de convoitise, la relation de l’homme
à son environnement a changé : s’il le pouvait.
120
Les bâtiments du
Ministère de la Culture.
Le style architectural
laisse à penser qu’une
option “culturaliste” n’a
pas été retenue sans
pourautantqu’on puisse
y voir une quelconque
audace "moderniste”.
Tabu. En changeant
d’objet, les interdits se
sont multipliés.
16 Quel devenir ?
Quel devenir
de répondre
? Notre propos
dans qui
l’espace
est imparti n’estscience
évidemment
question
relèvequi
de nous
la futurologie,
pas
à une
une
passa¬
blement inexacte. Aussi nous contenterons-nous, dans le cadre de ce fascicule, de
fournir au lecteur un certain nombre d’éléments susceptibles d’éclairer sa réflexion. En
dressant le bilan de vingt-cinq ans d’histoire, en analysant dans ce contexte quelques
problèmes qui engagent le devenir de la société et en exposant très brièvement quels
projets de société et de développement qui pourraient servir de cadre de
références à la solution de ces problèmes. Il va de soi que ces projets procèdent d’une
certaine vision et d’une certaine analyse delà réalité ; une réalité de plus en plus vécue
au quotidien dans le premier cas (projet moderniste), une réalité rêvée dans lesecond
(projet culturaliste), une réalité en train de disparaître (projet dit de la “troisième voie”).
Il va de soi, l’histoire étant très largement imprévisible, que le devenir de la Polynésie
n’est pas inscrit dans l’un ou l’autre de ces projets, mais dans l’un et l’autre...
sont les
Vingt-cinq ans
d’histoire, un bilan
En une vingtaine d’années, l’activité des
artificiers du C.E.P., tout en suscitant dans les
opinions “locale” et “régionale” une réproba¬
tion de plus en plus vive, est à l’origine d’une
croissance
exceptionnelle inséparable d’un
profond et durable du
paysage économique et social. Une
conjoncture évolutive qui va aviver les
tensions politiques, relancer le débat sur les
bouleversement
institutions et aboutir en la matière dans les
années 1980 à des
changements significatifs
qui ne sont sans doute pas définitifs.
Un processus de transformation
Par les effets induits de ses activités, le C.E.P.
a
enclenché tout
un
processus
de transfor¬
mation des structures économiques et sociales
que l’on peut décrire très brièvement de la
façon suivante (voir volume 8, chap. 2).
En achetant à l’extérieur, pour leurs
besoins propres, des quantités considérables
de biens d’équipement, le C.E:P. et le C.E.A.
vont provoquer une augmentation massive
des importations. Une croissance qui, en
contrepartie, va alimenter les recettes fiscales
du budget du Territoire qui (avec l’aide de
l’État) va se lancer dans une politique de
développement des équipements collectifs de
caractère économique (communications) et
social (habitat, santé, loisirs).
En
recrutant
une
abondante
main-
d’œuvre
et
beaucoup
plus élevés que les maigres
procurées par le secteur primaire,
ressources
en
distribuant
des
revenus
le C.E.P. et le C.E.A. vont accélérer l’exode
rural et convertir durablement au salariat de
nombreux
agriculteurs-pêcheurs
qui
s’installent à Tahiti où les conditions et modes
de vie sont complètement modifiés.
En
faisant
venir de Métropole une
population militaire et civile,
rejointe ultérieurement par d’autres popa’a
(dont un millier de “Caldoches”) attirés par la
perspective de “faire des affaires”, l’entreprise
atomique est à l’origine d’une part d’un boom
de l’immobilier suscité par la demande
massive de logements, boom qui se traduit à la
fois par la multiplication des sorties d’indi¬
vision, une spéculation foncière effrénée et un
très rapide essor de la construction entraî¬
nant un essor très rapide du secteur bâtimenttravaux publics ; d’autre part, d’un achat
massif à l’extérieur du Territoire de produits
de
consommation (denrées alimentaires,
automobiles...), autant d’importations dont
profitent les importateurs, les commerçants et
bien entendu le Territoire par l’intermédiaire
des impôts indirects... ; et enfin d’un dévelop¬
pement rapide des besoins en matière de
services privés (professions libérales, banques,
loisirs...) et de services publics (éducation.
abondante
Le port, symbole de la
dépendance et des
problèmes sociaux que
connaît aujourd’hui le
Territoire (voir
pp. 110-111}. Entre 1960
et 1985, les importations
ont été multipliées, en
valeur, par 55.
A gauche :
Le lagon de Moruroa.
L’entreprise nucléaire,
par le caractère massif
des moyens techniques
et financiers que son
implantation et son
fonctionnement ont
transformation qui a
bouleversé le paysage
économique, social et
politique de la
Polynésie.
Ci-dessus :
L’habitat insalubre dans
les années 1950 à
Papeete. Cette
photographie, extraite
du Rapport de
l’urbaniste R. Auzelle,
montre bien que le
C.E.P. n'a pas créé les
problèmes sociaux dans
le Territoire.
En revanche, il a très
nécessité, a été le
largement contribué à
processus de
(voir pp. 33-35}.
moteur initial du
les aggraver
121
VIVRE EN POLYNÉSIE
Déséquilibres quantitatifs
santé, transports...), le Territoire recrutant de
plus en plus de fonctionnaires qui vont être
pris progressivement en charge par l’État.
Croissance et dépendance
Tout ce processus traduit une croissance
exceptionnelle générée par l’État qui, tout en
dotant le Territoire d’un niveau de vie globa¬
élevé grâce à l’assistance de la
Métropole, est à l’origine de la création de
toute une série de déséquilibres.
Une croissance en effet exceptionnelle :
entre 1962 et 1983, le P.I.B. est passé de 5 041 à
lement
168 000 millions de francs C.F.P. et le P.I.B.
par habitant de 59 600 à 992 000 francs C.F.P.
Ils ont donc été respectivement multipliés par
33 et par 17. En valeur absolue, sans situer la
Polynésie française à la hauteur de la
Métropole (1 190 000 francs C.F.P.), le P.I.B.
par habitant enregistré en 1982 place le Terri¬
toire dans le peloton de tête des pays
“développés”, loin devant le groupe formé par
les petits États indépendants du Pacifique.
La Polynésie française est donc globale¬
ment un pays “riche”, mais on ne saurait
oublier que cette croissance est liée à une
augmentation massive des dépenses publiques
militaires et civiles, celles de l’État comme
celles du Territoire (voir volume 8, pp. 27-30),
En raison de l’exode rural des Polynésiens et
de l’installation de nombreux popa’a venus de
Métropole ou de Nouvelle-Calédonie (ils
représentent 11,5% de la population en 1983,
contre moins de 5% en 1962), la part de Tahiti
dans
la
population globale ne cesse
d’augmenter tout au long de la période : elle
passe de 54% en 1962 à 61% en 1971 et 69% en
1983. Dès 1967, 80% des habitants de l’île
vivent dans l’agglomération de Papeete. Cet
exode rural s’est évidemment accompagné du
déclin et de la marginalisation du secteur
primaire de l’économie qui n’a pas encore
vraiment réussi à se reconvertir, qu’il s’agisse
de répondre à la demande du marché intérieur
le tonnage des importations de produits
alimentaires (voirpp. /72-/73jest en augmen¬
tation
ou qu’il s’agisse de conquérir loca¬
lement ou à l’exportation de nouveaux
marchés : en 1987, 28% seulement des lots de
perles proposés à la vente par le G.LE. Poe
-
-
Rava Nui ont trouvé preneurs.
Ce déclin du secteur primaire ne s’est pas
accompagné d’un développement significatif
des autres activités productives, notamment
de
l’industrie, le
commerce
et les services
impulsés par les dépenses de l’administration
des dépenses qui sont très largement couvertes
(voir volume 8, p. 121) continuant à tenir une
place prépondérante dans l’économie du
elle ne fait que
souligner le caractère totalement dépendant et
Changements qualitatifs
par des transferts de fonds métropolitains.
Dans
ce
contexte,
artificiel d’une économie qui se développe en
générant un certain nombre de déséquilibres
dans tous les domaines de la vie sociale.
Territoire.
La revendication
Avec
les
mutations démographiques et
économiques qui ont entraîné le développe¬
ment
de
l’urbanisation
et
du
salariat, de
indépendantiste n’a
encore jamais débouché
sur la violence physique,
exception faite des
“affaires” qui ont
marqué le lendemain de
l’obtention du statut
d’autonomie de gestion
(assassinat de
M. d’Anglejan, tentative
de plasticage de la
poste, mutinerie de la
prison...).
Ci-dessus :
Les différents types
d'habitat (lotissements
résidentiels ou
“bidonvilles”)
matérialisent les
inégalités qui se sont
développées depuis
30 ans. Et il est justifié,
dehors de toute
référence statutaire, que
l’on demande à l’État, ici
en la personne de
B. Pons, de prendre en
en
charge la résorption de
l’habitat insalubre.
La diffusion de ia
consommation a connu
plusieurs étapes.
Une première a vu la
création dans les îles
les plus reculées de
magasins analogues aux
anciens “chinois”
122
existant à Tahiti.
Une seconde, récente, a
été pour l’île de Tahiti
celle de la
consommation de
masse, par la création
d’hypermarchés.
QUEL DEVENIR ?
nouveaux rapports sociaux se sont progres¬
sivement constitués. En milieu urbain bien
entendu, car dans le monde rural l’ancienne
stratification sociale qui est liée au maintien
de certaines formes d’activité économique
9-15) perdure. Ces
rapports traduisent la formation, encore
inachevée, d’une société territoriale
“moderne” où s’opposent globalement, non
sans de multiples contradictions internes :
d’une
part, une bourgeoisie hétérogène
(patrons, commerçants, fonctionnaires...) où
se
fondent progressivement des individus
appartenant aux catégories socio-culturelles
popa'a, demies et chinoises qui ont le plus
“profité” de la distribution de la manne
atomique ; d’autre part, le peuple polynésien
qui, en dépit de son niveau de vie relative¬
ment élevé conforté par l’étendue de la couver¬
ture sociale (voir pp. 25-27) dont il bénéficie,
est de plus en plus conscient des inégalités
dont il est victime. Une prise de conscience qui
contribue depuis quelques années à la radica¬
lisation de la vie politique.
(voir volume 8,
pp.
Vers l’indépendance
Avec
la
montée
en
puissance du Tavini
Huira’atira d’Oscar Temaru, dont le dévelop¬
pement est inséparable de l’émergence d’un
depuis quelques années à une radicalisation de
plus en plus vive de la vie politique de ce
Territoire. Une vie politique qui depuis une
trentaine d’années a toujours été extrême¬
ment agitée, mais qui, si l’on excepte la
création
des
communes
en
1971
(voir
52) n’a pas connu d’événement
important pendant la période qui court entre
volume 8, p.
l’installation du C.E.P. et les années 19751977. Tout simplement parce que les partis
politiques
qui
revendiquent
l’autonomie
interne tout en réclamant le départ du C.E.P.
dont ils dénoncent le caractère polluant sur un
plan sanitaire comme sur un plan moral, se
heurtent à l’intransigeance du pouvoir central
qui considère à l’époque - il a modifié depuis
ses batteries
que l’autonomie est l’anti¬
chambre de l’indépendance et que l’indépen¬
dance signifie le départ du C.E.P.
Une situation qui va se débloquer quand,
de guerre lasse, les protagonistes, après une
série de péripéties qui ont défrayé la chronique
locale dans les années 1975-1977, vont
conclure un compromis : le 1er juin 1975, le
C.E.P. procède à son premier tir Souterrain ; le
13 juillet 1977, le Territoire est doté d’un statut
d’“autonomie de gestion” (voir volume 8,
p. 44) qm précise, détail important, que “l’aide
technique et financière” revêt désormais une
forme contractuelle... La manne qui transitait
par les militaires qui ont réduit leurs besoins
-
crédits civils plus “propres”... et
augmentation (voir volume 8, p. 30).
de
événements
Les
vont
en
ensuite
se
précipiter. Le Tahoera’a, qui jusqu’alors avait
été un adversaire déterminé de l’autonomie,
super-autonomiste en 1980, écarter
pouvoir le Front Uni en 1982 et engager
une
dure
négociation avec le pouvoir
socialiste qui va lui accorder en 1984 (voir
volume
8, p. 46) un véritable statut
d’autonomie interne. L’accession au pouvoir
d’un parti qui est résolument partisan de la
présence du C.E.P. et la défaite du Front Uni
qui s’est usé au pouvoir (voir volume 8, p. 118)
et a perdu beaucoup de son aura en acceptant
va devenir
du
le fait nucléaire vont sans doute contribuer au
développement du mouvement indépendan¬
tiste à compter des années 1975. Un mouve¬
ment indépendantiste relativement modéré
avec le la
Mana pour qui l’indépendance
acquise selon les voies de la démocratie est
inséparable d’une transformation des
rapports sociaux ; un mouvement indépen¬
dantiste
dur
avec
le
Tavini
Huira’atira
d’O. Temaru, pour qui l’indépendance est un
préalable à la résurrection de la société ma’ohi
(voir pp. 132-133).
La signification d’une évolution
l'automobile, qui
“emploie 2 000
personnes et représente
Si l’on examine la situation politique et la
stratégie des partis à la lumière de la situation
socio-économique créée parle C.E.P., on peut
constater plusieurs choses.
D’une part que le C.E.P., en raison de la
nature “polluante” de ses activités qui a placé
le gouvernement central dans une position de
plus en plus inconfortable, a été pour les
négiigeabie du budget
des
mouvement culturaliste (voir pp. I16~l20)<\m
apparaît dans les années 1970 (retour de
Métropole des jeunes étudiants), on assiste
Le secteur de
une
part non
du Territoire"
(Les Nouvelles du
22 octobre 1987), est ie
pius apparent symboie
de ia société de
consommation.
en
abandonnant
leurs
essais
dans
l’atmosphère, va désormais prendre la forme
autonomistes du Front Uni un élément décisif
changements institutionnels et de la
conquête du pouvoir local en 1977.
D’autre part que le parti gaulliste local,
hostile jusqu’alors à l’autonomie interne, est
devenu super-autonomiste en 1980, à partir
du moment où une telle conversion a constitué
lui la condition de la conquête du
pouvoir.
Enfin, que cette évolution de la situation
statutaire en faveur des représentants de la
nouvelle bourgeoisie a bien entendu contribué
au
développement du mouvement
indépendantiste qui recrute ses troupes dans
l’intelligentsia appartenant au mouvement
culturaliste et dans le prolétariat en formation
dans
les
bidonvilles de l’agglomération
urbaine de Papeete.
Au nom de la raison d’État, le pouvoir
central, après bien des péripéties, a fini par
conclure un mariage d’intérêt avec le pouvoir
local. La manne en provenance de la Métro¬
pole va donc continuer à arroser le Territoire,
au moins tant que le C.E.P., qui n’est pas
éternel, maintiendra son activité. Pour
combien de temps ? Suffisamment sans doute
pour développer au sein de la formation
pour
sociale territoriale des éléments de déstabi¬
lisation de plus en plus apparents (voir
110-111) qui peuvent conduire à terme la
Polynésie française sur les chemins d’une
indépendance mal préparée ou confisquée par
les héritiers locaux de la “société typiquement
coloniale” qui, dans les années 1960, a su
s’opposer au projet pouvaniste.
pp.
123
POLYNÉSIE
VIVRE EN
Des ressources
humaines gaspillées
L’homme n’est pas un facteur de dévelop¬
pement parmi d’autres, il en est le fondement.
A ce titre, il est nécessaire, lorsqu’on parle de
développement, de mesurer, tout au moins
d’évaluer, les capacités d’un peuple à prendre
en charge ce développement. Cette prise en
charge est conditionnée d’une part par un
ensemble de capacités et de motivations, et
d’autre part par la quantité et la nature des
richesses naturelles dont dispose la région ou
le pays.
confrontation
la
De
entre
ces
deux
de l’évaluation de leur adéquation
termes et
actuelle dépendent les solutions dont la mise
permettra un développement adapté
en œuvre
et
maîtrisé. Le second terme retiendra essen¬
tiellement notre attention.
marché local, utilisant des technologies peu
développées. Ses entreprises produisent peu ;
elles se contentent de transformer quelques
matières premières qui viennent de l’exté¬
rieur, ou de réaliser un quelconque montage
(voir volume 8, pp. 132-134).
On peut donc constater que le bilan des
ressources humaines du Territoire est plus lié
à une économie de type traditionnel, teintée de
post-colonialisme, qu’à un système de produc¬
tion de type moderne. Plus de la moitié de la
population polynésienne en effet n’est pas
véritablement engagée dans la vie profes¬
sionnelle, et, lorsqu’elle l’est, c’est bien
souvent pour occuper les emplois qui ne
nécessitent aucune qualification particulière
issue d’un système éducatif spécialisé.
Actuellement, la formation de base de ce
personnel est réduite à une simple alphabé¬
tisation telle qu’elle est conçue en Occident ;
elle n’est pas préparation à la vie. U ne attitude
peu favorable au développement, dans la
mesure
dans
Polynésie a encore une double image :
d’abord
celle
d’un
Territoire
à
vocation
agricole et maritime qui, en dépit de la crise de
l’économie coloniale, était
encore
capable,
compte tenu du niveau de vie de l’époque, de
produire une part importante de sa consom¬
mation ; ensuite celle d’un Territoire dont
l’“économie naturelle”, en dépit de certaines
adaptations,
marginalisée
est
devenue complètement
et bien incapable, dans le
domaine alimentaire notamment, de faire face
à l’augmentation
recours
rapide des besoins sans un
massif à l’importation.
Dans
ce
contexte
nouveau,
la mise en
valeur des ressources naturelles, même si elle
est loin d’être assurée actuellement, ne saurait
suffire
à
assumant
reconstruire
une
économie
en
l’héritage colonial, sans utiliser au
mieux ses ressources humaines.
En 1960, la Polynésie avait une vocation
agricole, maritime et minière, mais pas de
vocation industrielle, celle-ci étant le domaine
Métropole. Elle n’en a toujours
aujourd’hui ; l’économie toujours plus
dépendante, constituée par le “noyau dur” du
commerce, est alimentée par les importations
compromettant ainsi le développement de
toute activité productive.
Force est de constater que l’industrie
polynésienne est réduite à sa plus simple
expression. En 1983, le monde salarié polyné¬
sien ne comptait que 58 000 personnes (35% de
la population totale), dont 1 1 000 seulement
réservé de la
pas
le
secteur
industriel
(6 000 dans le secteur du Bâtiment et des
publics). Ces salariés étaient
employés dans des entreprises le plus souvent
européennes, dotées d’un encadrement
supérieur généralement expatrié ou quelque¬
Travaux
fois “demi”. La main-d’œuvre subalterne était
essentiellement polynésienne.
Somme toute, l’industrie locale est une
industrie de type colonial, orientée vers le
124
La grille de classification des emplois
privilégie le détenteur d’un diplôme, donc les
Polynésiens issus du monde moderne. 11 est
significatif que 64% des 2 936 bacheliers
produits localement par le système éducatif
(depuis 10 ans !), soient devenus enseignants,
et
18%
fonctionnaires.
Ainsi,
82%
des
l’assistanat et à
L’enfant
l’administration,
seul
univers
où
la
culture qu’il a reçue lui sera de quelque utilité.
Pour rendre compte de ce bilan alarmant, on
peut formuler deux hypothèses.
Première hypothèse : le système éducatif mis
place n’étant pas adapté, le personnel local
peu qualifié, et par conséquent, le tissu
économique de la Polynésie est peu déve¬
loppé. Pour n’avoir pas formé les personnes
qualifiées capables de faire fonctionner une
économie moderne, le système éducatif serait
donc responsable de l’existence du type
d’entreprises installées et, par conséquent, du
type de métiers offerts sur le marché du
en
est
travail.
statistiques de 1983 révèlent le fort
non
diplômés, tant dans l’ensei¬
gnement général (71%) que dans l’enseigne¬
ment technique (96%). Cette caractéristique
dramatique est, à l’évidence, un frein à toute
velléité d’implantation d’un tissu industriel
Les
taux
de
hypothèse : c’est le tissu écono¬
mique peu développé et peu performant sur le
plan technologique qui a induit un système
éducatif à son image. Cette hypothèse semble
se vérifier si l’on considère l’absence quasi
chronique de formation spécialisée en dehors
des activités tertiaires liées à l’importation et
au commerce en général (réparation automo¬
bile par exemple).
Deuxième
peu valorisées
dans
limitées.
moderne.
Des ressources humaines
travaillaient
elle conduit à
ce
type de formation
“privilégiés” du monde
moderne, qui ont su adhérer aux objectifs de
l’entreprise en particulier et du salariat en
général. Pour le reste de la population,
notamment pour les “sans qualifications”, le
problème reste le même : il n’existe pas de
structures de formation capables de remédier
à l’échec scolaire et de rattraper une situation
au départ compromise. La formation interne
a du mal à s’intégrer dans les schémas de
pensée de l’encadrement. Quant aux possi¬
bilités de promotion interne, elles sont
aux
alphabétisé, en
quittant son milieu, n’a qu’un espoir : entrer
Des potentialités naturelles
limitées
La
où
l’immobilisme.
Cependant,
s’adresse
Le réveil tardif du secteur de l’hôtellerie
est
significatif à cet égard. Jusqu’en 1984, on
se contentait d’une “formation sur le tas” rudi¬
mentaire. L’aiguillon de la concurrence et une
plus exigeante sur la
qualité du service ont poussé les hôteliers à
clientèle de
plus
investir dans leurs
en
ressources
humaines ; les
grèves de l’hôtellerie de 1983 n’ont pas été
étrangères à ce changement d’attitude de la
part du patronat. Malgré cette prise de
conscience un peu tardive, les entreprises ont
peu évolué en termes de formation. Seules les
banques ont généré leur propre système pour
faire face à leur évolution. L’irruption de
l’informatique a suscité des actions ponc¬
tuelles de formation, assurées par des entre¬
prises privées.
Les étudiants
polynésiens qui font
leurs études à l’extérieur
risquent d'ici quelques
années de trouver à leur
retour toutes les
“piaces" occupées.
D'autant que la plupart
d'entre eux choisissent
d'exercer dans le
secteur public.
La formation
professionnelle est une
réalité pour un très petit
nombre encore. Souvent
une prime pourdesgens
déjà intégrés au
système, elle ne résout
pas le problème de la
non-qualification
héritée de l’échec
scolaire.
QUEL DEVENIR ?
diplômés retournent dans le système qui les a
conçus.
Si les discours sont nombreux, les actes
sont rares : il semblerait que le patronat et les
responsables en général n’aient pas encore pris
conscience
de
la
dimension
humaine
de
l’entreprise. Le rapport du Comité écono¬
mique et social de juin 1987 est significatif de
cette attitude : face à un constat de carence de
la
formation, aucune des huit recommanda¬
Rapport n’aborde d’une manière
claire et précise les responsabilités des
employeurs en matière de formation.
tions du
entreprises de deuxième type apparaissent,
l’immigration de métropolitains issus d’un
milieu professionnel performant et rigoureux
progresse, et la croissance démographique,
notamment celles des jeunes (-h 31 % en 1995),
appelle au changement. La modernité
s’emballe et libère des angoisses qui se tra¬
duisent du côté des salariés par des grèves
dont le moteur est plus d’ordre culturel
qu’économique (grève des dockers de
décembre 1986). Les Polynésiens ressentent
confusément un danger du côté de l’immigra¬
tion. Les enseignants eux-mêmes avouent
l’échec scolaire. Chacun se remet à consulter
Une problématique complexe
les nombreux rapports qui, depuis des années,
La “valorisation des
avant
ressources
ont
humaines’’,
une formule qui revient comme un leitmotiv
dans de nombreux rapports ; or rien ou prati¬
quement rien n’a changé. Pourtant, en cette
fin de XX^ siècle, l’environnement évolue, des
tenté de poser
les véritables problèmes
que n’éclate le chômage. On tente
d’atténuer ce chômage par des mesures ponc¬
tuelles (chantiers de développement...), mais
qui ne peuvent avoir d’effets sur l’avenir.
Ce constat pessimiste ne permet pas
Évolution de l’emploi par statut
Effectifs annuels moyens
1986
déb. 1987
24 929
25 444
25 850
22 734
22 710
22 100
1 505
1 373
1 329
1 400
44 284
46 819
49 036
49 483
49 350
12 560
13 000
13 150
13 250
13 520
13 750
55 509
57 284
59 969
62 286
63 003
63 100
1982
1983
1984
1985
Tous secteurs marchands
21 831
22 040
23 875
Ensemble secteur public
19 694
20 696
21 439
1 424
1 548
Total salariés
42 949
Ensemble non salariés
Emploi total
Services domestiques
Source : I.T.STAT.
Évolutions prévisionnelles de l’emploi pour 1987 et 1988
1986
(a) Hypothèse basse ou défavorable
(b) Hypothèse haute ou favorable
1987
1988
(a)
(b)
Salariés des secteurs marchands
25 444
25 950
26 800
27 100
Salariés des secteurs non marchands
24 039
23 500
22 900
23 600
Non salariés
13 520
13 890
14 260
14 160
Emploi total
63 003
63 340
63 960
64 860
pratiquement pas eu de
création d'emplois
salariés en 1986, en
raison notamment de la
Évolution prévisionnelle
de l’emploi pour 1987 et
1988. Des prévisions
Évolution de l’activité
(tous secteurs
confondus) moroses, si
Population
Emploi
disponible
moyen
active
l’on se réfère aux
total
Solde
stagnation enregistrée
dans le secteur public.
S'agissant de l’emploi
moyennes annuelles
calculées pour 1987.
Quelles que soient les
1982
57 800
55 500
2 300
n’est guère meilleure en
raison de la “fragilité de
la conjoncture
actuelle".
620 ou 1 520 emplois
1983
60 500
57 300
3 200
1984
63 200
60 000
3 200
1985
65 950
62 300
3 650
1986
68 750
63 000
5 750
1987
71 600
63 300
8 300
1988 (a)
74 500
64 000
10 500
1988 (b)
74 500
64 900
9 600
non
salarié, la situation
hypothèses retenues,
créés, on est loin du
chiffre enregistré en
1984 (2 700).
Source
:
I.T.STAT.
Les Polynésiens
n'émigrent pas
volontiers, la seule
exception notable étant
constituée par l'exemple
néo-calédonien. Il est
douteux que la
Métropole attire des
évidence l’attitude
bien terminé. 11 traduit aussi
un
conflit de
culture ; il est le symptôme de la rencontre de
conceptions du monde : pour l’une
l’enjeu est essentiellement économique, pour
deux
l’autre, il est socio-culturel.
Chaque année, la Polynésie doit créer
emplois. En 1995, il faudra près de
3 000 emplois annuels pour amortir l’évolu¬
tion démographique et la propension des
femmes à travailler. Malgré ses imperfections,
le système éducatif actuel produit quelque 300
à 400 bacheliers par an, et quelques dizaines
de diplômés de l’enseignement supérieur. Ne
risque-t-on pas, à terme, d’avoir une armée de
“cols blancs”, piétinant devant les portes
d’une administration ou d’entreprises qui
n’embauchent pas ou qui ne nécessitent que
des plantons ou des manœuvres chèrement
formés ? N’est-on pas là devant les germes
d’une explosion sociale qui mêlerait dans un
mouvement revendicateur et ceux qui savent
mais ne peuvent travailler, et ceux qui peuvent
mais ne savent pas travailler ?
Certes, l’approche de ces problèmes est
encore parcellaire et velléitaire ; il n’en reste
pas moins vrai que ces deux ou trois dernières
années ont permis de poser les problèmes et de
montrer leur urgence. Le choix qui se pose
aux politiques est le suivant ;
S’agit-il de favoriser, d’abord, la mise en
place d’un tissu économique qui tienne
compte des atouts mais aussi des contraintes
de notre développement (peu de ressources
agricoles, minières et maritimes disponibles,
faiblesse de l’épargne productive, héritage
2 000
de
et
comportements
post¬
espérant que ce tissu
économique générera la mise en place de
structures de formation adaptées, capables
d’accompagner ce développement ?
S’agit-il de concevoir avant tout un
système éducatif performant, orienté vers des
productions de biens et de services à haute
technologie, capable de mobiliser la seule
source de richesse potentielle du Territoire, la
matière grise, en espérant que les personnels
formés préalablement attireront les entre¬
preneurs potentiels sur le Territoire ?
Ou bien alors, s’agit-il de concevoir et de
mettre en place un nouveau type d’entreprises
qui restent à inventer ou à adapter pour tenir
compte des caractéristiques socio-culturelles
de la population, notamment en développant
les entreprises associatives (coopératives) ?
Le temps des illusions et de la facilité est
révolu. La manne métropolitaine semble, à
terme, compromise, La Polynésie française
est engagée dans la modernité. Saura-t-elle
trouver
les solutions originales qui lui
permettront de construire une réelle indé¬
pendance économique ? En tous les cas, il est
essentiel que la Polynésie, à défaut de
coloniaux.,.),
Source ; I.T.STAT.
en
passéiste et insouciante des responsables
locaux qui semblent ne pas avoir compris que
le boom économique des années 70 est bel et
d’habitudes
Moyennes annuelles
Évolution de l’emploi
par statut. Il n'y a
seulement de mettre
en
richesses naturelles, mobilise ses efforts et son
migrants à la recherche
d'un emploi. Le
Territoire est donc
condamné à une
politique dynamique en
la matière s'il veut éviter
crise sociale grave.
une
énergie pour que l’adhésion à de nouveaux
modes de relations sociales et économiques, et
la qualification de ses ressources humaines
soient les préalables à son développement.
Son “décollage” et par conséquent son
devenir en dépendent.
125
VIVRE EN POLYNÉSIE
Un environnement
de plus en plus
dégradé
Les hommes vivent en relation d’interdé¬
pendance
avec
leur environnement qu’ils
contribuent à transformer pour assurer leur
reproduction biologique et sociale... et à
dégrader quand, par leur nombre et par la
nature de leurs activités socio-économiques
(production, consommation), ils portent
atteinte à certains équilibres écologiques. La
dégradation de l’environnement insulaire
polynésien particulièrement fragile ne date
pas d’hier, mais elle a pris depuis un quart de
siècle, avec la brutale accélération de l’histoire
qui caractérise la période, des formes particu¬
lièrement inquiétantes.
Les problèmes posés par la nécessaire
préservation de l’environnement dans les îles
polynésiennes sont à la fois simples dans leur
nature et redoutables dans leurs implications.
Simples, car dépendant en premier lieu
de la géomorphologie des îles : fortes pentes
dans les îles hautes, anneau corallien plat dans
les atolls. Mais dans ces deux cas de figures,
c’est toujours le lagon qui constitue le point
bas de l’ensemble et tend donc à devenir le
réceptacle des flux de matières, solides ou
liquides.
Redoutables, car la petitesse des îles et
des lagons périphériques va de pair avec une
utilisation croissante par l’homme de l’espace
et des ressources, ce qui entraîne l’apparition
de déséquilibres spécifiques dont la synergie
peut conduire à la dégradation de pans entiers
de l’écosystème.
On a déjà souligné (voir volume I,
chapitre 5j la gravité de la situation dans les
zones
fortement peuplées où des rivièreségouts charrient jusqu’au lagon ce dont
l’homme se débarrasse sans vergogne. Le côté
spectaculaire des pollutions dans les zones de
forte densité de population ne doit cependant
pas faire oublier les formes plus insidieuses ou
apparemment anodines d’atteintes à
l’environnement. En fait, c’est de continuum
qu’il faut parler lorsqu’on fait constat de la
dégradation de l’environnement des îles poly¬
nésiennes.
Un paysage végétal modifié
par les plantes introduites
Les paysages végétaux de maintes vallées ou
maints plateaux sont profondément perturbés
par
l’invasion d’espèces venant d’autres
parties du monde (Lantana camara, Psidium
guajava, Rubus rosaefolius, Miconia
calvescens...) qui éliminent progressivement
les espèces locales et forment des peuple¬
ments monospécifiques.
Miconia constitue un bon exemple de
plante introduite pour l’ornement et qui a
échappé à tout contrôle. Cette espèce a été
importée vers 1930 par Harrison Smith. C’est
une véritable peste, à terme mortelle pour la
forêt de moyenne altitude. Elle envahit pro¬
gressivement toutes les vallées de Tahiti et de
sa presqu’île. Ses larges feuilles vert velouté et
126
violet contribuent à l’étouffement du
sous-
bois et provoquent la mort sur pied des autres
espèces par défaut d’insolation. La raréfac¬
tion du tapis végétal au sol permet alors à
l’érosion par ruissellement de s’exercer sans
retenue. La colonisation est rapide et semble
avoir été accélérée par les destructions subies
par la végétation forestière lors des cyclones
de 1982-1983.
Dans
ce
milieu insulaire, sensible
aux
traumatismes de tous ordres, les travaux de
qui se sont multipliés durant les
pour la desserte de
chantiers de travaux publics ou de reboise¬
ment, le passage de nouvelles routes ou l’ou¬
terrassement
dernières
verture
de
décennies
nouveaux
lotissements dans les
péri-urbaines, ont entraîné des dégâts
importants sur les fortes pentes quasi
générales, se traduisant par la formation de
ravins et de glissements de terrain.
l’hydrologie lagonaire entraînent alors des
perturbations de la sédimentation ou une
recrudescence
de
l’érosion, mais aussi des
déséquilibres biologiques.
A Tahiti, la longueur du littoral est de
208 km. Sur cette façade, 98 km présentent un
tracé artificiel : quais, murs, enrochements,
remblais, ports, débarcadères... soit 47% de la
longueur totale.
A Moorea, sur une longueur de côtes de
70,5 km, 28 km sont modifiés par l’homme,
soit environ 40% du total. Les remblais
se
multiplient. Si l’on n’y prend garde, au début
du troisième millénaire les rivages naturels des
deux îles les plus peuplées de Polynésie
française ne seront plus qu’un souvenir.
zones
Des rivières aux eaux polluées
Pour dresser un panorama complet des
agressions contre l’environnement, il faudrait
mentionner aussi les nuisances occasionnées
par les 22 000 porcs recensés à Tahiti, chiffre
Un littoral défiguré
Les modifications du tracé du littoral n’ont
également, afin de gagner
quelques hectares sur le lagon ou de faciliter la
desserte portuaire. Le profil naturel des côtes,
résultat d’un fragile équilibre entre les influ¬
fait que croître
ences
marine
gravement
et
affecté.
terrestre,
Les
s’en
trouve
modifications
de
auquel s’ajoutent les effectifs des élevages de
moins de 20 têtes qui ne font l’objet d’aucun
recensement.
Les
160 000 tonnes de lisier
produites chaque année sont déversées dans
les rivières sans aucun traitement préalable,
les digesteurs installés jusqu’à présent fonc¬
tionnant mal ou pas du tout.
A une dégradation des cadres de vie, aux
QUEL DEVENIR ?
usées. En effet, les
dans les vallées en
toutes sortes subies par les
s’ajoute donc une pollution
biologique aggravée dans la zone urbaine par
les rejets d’eaux usées peu ou mal traitées par
les stations d’épuration existantes. Certaines
plages, comme celle d’Hokulea à Papeete,
sont
interdites à la baignade ; d’autres
pourraient l’être dans les mois à venir, comme
du traitement des
Pirae.
empoisonnés par des pesticides ou des hydro¬
carbures,
extraits à grands coups de
pelleteuse, les coraux meurent et dispa¬
raissent ; le récif barrière lui-même n’est plus à
l’abri et perd inexorablement de sa diversité et
de sa productivité... En définitive, le lagon
finit par jouer le rôle de bassin de décantation
atteintes
de
eaux
s’accumulent
ordures
versants,
nauséabonds et contribuent à la
pollution des eaux des rivières, mais aussi à
celle de l’air par les fumées et les odeurs qui
s’en dégagent. Les franges côtières ne résistent
pas longtemps à ces agressions multiples,
amplifiées à chaque crue de rivière ; ensevelis
dépôts
celle de l’embouchure de la rivière Hamuta à
sous
Le lagon, bassin d’épuration
Mais la maîtrise de l’élimination des ordures
ménagères de la zone urbaine ou suburbaine
n’est actuellement pas mieux réalisée que celle
des
boueux et malodorants,
nuages
Qualité des eaux de baignade
à Tahiti et Moorea (1986)
• •
Club O
• Ibis
:;,PI. Publique
Hôtel Kia Ora
•V
• Moorea Village
P,.
V
,
PI. Paroa*
PI. Faananu
Tiarei
• PI. Mahaena
"-O.
^ Marina Taina
A PI.
•-
•-
^
Orofero
Eau polluée
^
à très polluée
CO-
Eau pouvant être
momentanément polluée
^
•- Eau de moyenne
*
à bonne qualité
•
PI. Mitirapa
.
Sur une même plage
„a\rao
certains endroits sont plus pollués que d'autres.
Combat singutier
EEE
ttE RBOIIEHT K
■30.000 tOORISTES
OECOIIIER 0
.TiTTTCC
""
I
a
riSnharae "orovisoire” d'Arue
déborde sur les
Ce constat peu glorieux n’est hélas pas
uniquement réservé à quelques secteurs
lagonaires d’îles hautes. Les lagons d’atolls
sont
également à la merci des activités
humaines, particulièrement dans le cas des
atolls fermés. Ainsi à Takapoto, la nappe
phréatique du moiu du village est gravement
déséquilibrée et surchargée par des nitrites,
phosphates, détergents, insecticides, etc. Cette
nappe en contact hydraulique avec le lagon
entretient
une
diffusion insidieuse des molé¬
toxiques pour le corail et les espèces
benthiques, nacres notamment. Comme il s’y
ajoute quelques métaux lourds (calcium, zinc)
émis par les plates-formes qui supportent les
nacres greffées, on ne peut être vraiment
étonné par les anomalies physiologiques et la
mortalité élevée qui frappent ces bivalves. 11
ne s’agit pas en l’occurrence d’une maladie des
nacres, mais bien d’une maladie de l’envi¬
ronnement, analogue à bien des égards à celle
qui avait touché le bassin d’Arcachon dans les
années 80. Pour éviter l’agonie des lagons, il
faut donc réagir vite et appliquer l’armature
législative existante.
C’est donc un véritable “challenge” que
devra relever le Territoire de la Polynésie
française dans les années à venir. Des constats
de dégradation - parfois irréversible - de
l’environnement sont établis par les scienti¬
fiques, des réseaux de mesures, certes
sectoriels (Service d’Hygiène et de Salubrité
publique pour le contrôle de l’état sanitaire
des zones de baignade...), se mettent en place,
cules
le
Ministère de la Santé et de l’Environ¬
des
plus
loin et faire preuve d’innovation en matière de
lutte pour la préservation de l’environnement.
A cet égard, l’océan, par son énorme volume,
pourrait constituer la solution adéquate à une
bonne partie des problèmes posés.
nement
organise
des
débats
et
Mais il faut aller
L’homme, une menace pour
raUCHEMAR A AHUE
OlirCITE SUR
LE DEPOTOIR
thuries.
conférences-ateliers.
■tahitm
Its 2200« COCHOKS M I
d’épuration primaire : on a transformé ce
qui était une piscine pour naïades en vasque
putride où ne survivent que quelques holo¬
et
l’environnement
ÊâttEhern^J_Anjg
le
1®
en
a«e
menaces qui pèsent sur l’environnement
polynésien illustrent bien le fait que les éco¬
systèmes insulaires sont d’autant plus fragiles
que leurs dimensions sont modestes.
De plus, les atolls et récifs barrières
constituent un cas limite unique dans la
biosphère, dans la mesure où leur substrat
calcaire est vivant, et donc susceptible de
réagir à des modifications physiques ou bio¬
chimiques du milieu. Ne pas prendre en
compte cette réalité incontournable dans la
gestion rationnelle de l’environnement expose
Les
C/Tf
provisoire"
'’abitations,
donc à de sérieux déboires et à
vrissement
biotopes.
Comme
qualitatif
en
et
définitive
un
appau¬
quantitatif
des
vient
de
tout
l’homme et tout y va, c’est la pression directe
ou indirecte qu’il exerce sur le milieu qui en
conditionne le devenir. Et si la poussée démo¬
graphique de la période actuelle ne s’atténue
pas rapidement, ce sont des pans entiers des
écosystèmes récifo-lagonaires qui disparaî¬
tront à jamais.
127
POLYNÉSIE
VIVRE EN
Problèmes fonciers
Du fait de son histoire, la Polynésie fran¬
çaise connaît deux régimes fonciers qui, dans
les années 1960, reflètent les clivages qui
traversent la formation sociale territoriale : la
qualifiée de “typi¬
quement coloniale” (voir volume 8, p. Il)
adhère à la conception de la propriété (indi¬
viduelle) contenue dans le Code civil ; quant à
société que nous avons
la
société rurale “néo-traditionnelle”
constituée par les agriculteurs et pêcheurs
vivant dans les districts, le système coutumier
dit de l’indivision que nous avons décrit (voir
p.
91) assure sa reproduction biologique et
sociale. Non sans connaître d’ailleurs un
certain nombre de dysfonctionnements, car la
crise de l’économie de traite qui sévit alors, en
en
cause
l’équilibre des unités
parentales (voir p. 102), compromet le fonc¬
tionnement d’un système socio-juridique
d’autant plus fragile qu’il est illégal.
Avec les changements économiques et
socio-culturels qu’a connus le Territoire au
remettant
cours
des deux dernières décennies, la pro¬
priété individuelle a beaucoup progressé. Une
modification
dans
la
structure
foncière
globale (répartition des deux modalités de
l’appropriation) qui s’est accompagnée d’un
changement profond dans la signification du
statut de la terre. Une évolution qui concerne
bien davantage Tahiti que les archipels, où la
terre, dans la mesure où elle reste appropriée
coutumièrement grâce au maintien d’une
activité agricole, demeure un facteur déter¬
minant de la reproduction d’une société rurale
néo-traditionnelle qui n’a pas (pas encore ?)
disparu.
développement agricole
dans les archipels
terre est un bien culturel), dénoncent la spé¬
culation effrénée, les expulsions, les empiè¬
Elle n’a pas disparu en dépit des assauts de la
modernité, car l’indivision coutumière n’a pas
partis indépendantistes durs qui, au nom de la
défense du patrimoine “sacré” des ancêtres (la
un
perdu sa signification et par
conséquent toute son efficacité qui consiste,
dans le cadre de l’organisation sociale, à
garantir à la fois l’existence de la famille
étendue de type opu hoe (voir p. 90) eX l’auto¬
nomie économique des ménages exploitants.
Elle remplit cette fonction en tant que
système juridique en faisant une distinction
fondamentale assimilable à ce que les juristes
appellent un démembrement de la propriété entre d’une part le contrôle social sur la terre,
qui est assuré par des opu hoe considérés
comme
domiciliés
parce
qu’ils sont
représentés au fenua par un “noyau” de
résidents, et d’autre part l’exercice effectif des
droits d’usage d’essence économique qui
précisément sont exercés par lesdits résidents
tements fonciers des sociétés d’aménagement
encore
hydroélectrique qui, semble-t-il, ne s’embar¬
rassent
pas des procédures légales pour
entreprendre leurs travaux. Une contestation
qui, dans le cadre de la revendication indépen¬
dantiste, s’en prend aux “lois françaises”. Une
contestation qui a sa légitimité, mais qui n’en
demeure pas moins ambiguë : faite au nom de
tradition, elle s’inscrit résolument dans le
"moni", si
vigoureusement dénoncé dans les prêches et
les articles moralisateurs, est au centre des
revendications. A Tahiti, la terre est fonda¬
la
-
contexte de la modernité quand le
mentalement
l’instrument
devenue
idéologique d’un discours et d’une action
politiques dont les préoccupations écono¬
miques sont exclues ; l’indépendance y
pourvoira.
Le la
Mana est le seul parti de
l’opposition indépendantiste - il ne participe
d’ailleurs pas aux occupations de terre et aux
barrages dans les vallées - pour lequel la terre
est aussi un facteur de production qui a un rôle
déterminant à jouer dans la reproduction
d’une société qui ne veut pas perdre son
dans le cadre de leurs familles élémentaires.
aînés qui, selon la coutume,
répartition des terres à planter ou à
récolter et qui, avant de disparaître, trans¬
forment ces partages réputés provisoires en
partages définitifs, au profit des descendants
des bénéficiaires qui continuent à occuper le
sol (lignées résidentielles).
Des partages
constitutifs de nouveaux opu hoe qui inter¬
viennent au moment précis (la disparition des
aînés) où les descendants d’un même ancêtre
Ce
identité. Une identité néo-traditionnelle (voir
n’a pas disparu dans les archipels.
n^^ÏiI^l’«nbiissemonnïu"?^'”Sn
252 N.S.
gssssskî-®
décembre 1880 .
Extraits de statuts
La
^ Roi Pômare
et son
la
demande
d’un
marché
immobilier
spéculatif, ont augmenté.
L’indivision perdure quand les copro¬
priétaires, en raison des difficultés
“techniques” qu’entraîne tout partage,
hésitent à engager les
procédures qui
permettent d’en sortir. L’indivision, en tant
que moyen de reproduction d’une société
rurale néo-traditionnelle en voie de dispari¬
tion, n’a plus à Tahiti beaucoup de signi¬
fication.
128
Gouvernement.
à-dire sa couronne
cest-àtbre sa
'«et
riétéc'est-à-
diriïSéSœ’"^^=^“-
dépit de l’existence de nombreux grands
domaines appropriés par les Demis (voir
p. 92), était encore fort répandue dans les
L’organisation foncière du Territoire étant ce
qu’elle est - le système hypothécaire du Code
civil est “personnel”, le cadastre est loin d’être
à jour -, il est impossible de faire le point
aujourd’hui ; une seule chose est sûre ; avec
l’émergence d’une économie de salaires et de
services (voir tableau p. 84) qui s’est accom¬
pagnée du développement d’une société de
consommation où les rapports sociaux s’indi¬
vidualisent, les sorties d’indivision se sont
multipliées, les ventes de terres, stimulées par
dit :
P^uransféré mes droits à ia France,
tuelles, effectuées par M. Panoff, A. R. Grand
ou nous-même l’ont montré, l’indivision, en
82% à Pueu en 1965, 50% à Papeari en 1967.
les
10 Août 1986
certain nombre d’études ponc¬
années 1960 : 85% des terres à Vairao en 1961,
sont
assurent la
p. 91 ) en voie de disparition à Tahiti, mais qui
La terre, enjeu politique à Tahiti
Comme
La terre, facteur de
La terre n’en est pas moins au centre d’un
certain nombre de conflits déclenchés par les
rendu le 30 roui
mARAMA NUI composant
de
haute la soaeté MA^MA^i,„„i„„^a.;
Sta nombre d’honam^ Po'«““iJ
a été constitue
Dont U partie
Que les
‘i-"
titres étabüs en
“P^Jintnè cont'estation ap*
MétSemem‘^n.Uvertudu Décret de 1887.
le tribunal civil
jugement rendu le ^^“'t'Snrmé par la «nure c<,m *
.
, Q79
par
U
Ô^TAUTIA HERE», de générât,on g
f^ce faire nous sou^iprés do^o^ ;S’u“îrpr
PASCAULT. P^dente
,„„es autorités
competents e
tribunaux
tnouuou^
*''•—‘
“cotlattre eontre.to^ S^o^te-ÏuâtŒ'dWd'Etat
■
' -
^„rîin'birfme;ÿ^ben«^
sont
^
l’indivision ou decla
étrangers qui
terres
restées dans
""^^^f^X^Exemple
la VaUée de Riataut.a).
domamale .t
paatautia. sort
rant terres
■
et
administrer les biens,
r»mm« d'a^
r^rer
Roi Pômare V et de
la France.
tRnfin.apropHéténe:.rdpasparlenpu-usa^-^^^^^^^
'
Avec le concours
snite d;une
des teehniciens mcOTP'd'JJ'm*Tahitien (par
convention à
Haiti et Philippin®-
la société MA•^“^■atéMARAMA NUI verse annueUement le loyer sur le
»mm«pom_J^ pu valeur,
raménagement de la
Pour toutes
„,o.ttre
d’indemnité et le
Composition du bureau
fonds composant les loyer
utiliser lesdi.«
"^^^rereissaire teP'é«n.a^t^de
K TlfSuvemelr. français Ptév- 't-^^
créatrices d'emplois et
ml^bres de la famille
Son'»'- -îœrÆ-
1ère Présidente
2e Président
1er
2e
Vice-Président
Vice-Président
Secrétaire-général
Secrétaire adjoint
Trésorier général
Trésorier adjoint
AMARU Maraea veuve Raipum
AMARUTauiram
AMARU Raymond
AMARU Victor
AMARU Hans
AMARUWilbams
AMARU Rubel
AMARU Arthur
do
QUEL DEVENIR ?
sont devenus trop nombreux pour coopérer
économiquement.
Un système très efficace sur le plan socio¬
économique comme sur le plan socio-culturel,
car il réserve l’usage du sol et les ressources
procurées par les faapu aux seuls résidents
qui, ce faisant, enracinent leurs lignées dans la
réalité terrienne (voir p. 91).
Un système très efficace quand il fonc¬
tionne correctement, ce qui n’est pas toujours
le cas, et ce depuis longtemps. Pour de
multiples raisons. Nous avons déjà évoqué
(voir pp. 102-103) celles qui, dans les années
1960 comme aujourd’hui, tiennent aux trans¬
formations du contexte socio-économique.
Ce n’est pas dans ce cas l’indivision coutu¬
mière qui est responsable - l’indivision alibi des mauvais résultats de l’agriculture, mais la
politique économique générale défavorable à
l’activité agricole qui déstabilise la société
rurale et le système juridique qui a pour
fonction de la reproduire. Autre ferment de
déstabilisation, plus sociologique : la remise
en cause (déjà ancienne, mais elle n’a fait que
s’accentuer) de l’autorité des aînés qui, en
compromettant la procédure coutumière des
répartitions et des partages (voir supra),
bloque le système coutumier qui n’est plus
capable d’assurer la reproduction de groupes
cohérents sociologiquement et par
conséquent capables de coopérer économi-
dont
Est-il besoin de le souligner, le système
nous
de décrire les
les
e de terre
wr
â
déjà indiqué pourquoi (voirp. fOJjcette expé¬
rience risquait de se solder par un échec.
Il serait donc temps que les pouvoirs
publics qui proclament leur volonté de “revi¬
taliser” les archipels, se décident enfin - la
nécessité de promouvoir cette réforme
foncière a été formulée pour la première fois il
y a une trentaine d’années' - à “aménager”
l’indivision, c’est-à-dire à la reconnaître
légalement tout en remédiant à ses dysfonc¬
tionnements.
Mais
feraient-ils
le
actuelle¬
servirait pas à grand-chose,
compte tenu de la politique économique
générale qui est menée. Une intervention
d’ordre juridique n’a jamais réussi à changer à
elle seule une réalité socio-économique. Le
droit procède de la société et non l’inverse.
ment que cela ne
TAHITI
Arue
Jeudi 13 Août 1987
*
Page IS
QUARANTE GENDARMES POUR EXPUISER
DEUX FAMILLES
^ petit lopin de
fit pluMun
sni^ on
,
shué Juste eu-dotus de le dédierg, communel#, ce quertiar tranquille
rii.rhîl
oùféildentDrèVde
deux cents h*lI»". !ïïîit iï*"* tente.,
ianu,,,ean
était en pleine
pleine ettetvesoenee.
effervescenoe.
•
Les Tuuhia revendiquent une terre"
vendue par leur ancêtre en... 1895 !
VERDICT DU TRIBUNAL LE 27 FEVRIER
Roox du bureau de
léjl Ueu connu anr k
rat défenienr des ccanrdoee» le trouralt Mer
I du Piltii de Justice
$
Un processus de déstructuration qui voit
des situations de fait (“le plus fort occupe”) se
aux
principes
d’organisation et les éléments qui peuvent
contribuer à sa désorganisation, n’est pas dans
son essence, et en raison des conditions his¬
toriques qui ont présidé à la formation de la
société néo-traditionnelle (introduction de
l’économie monétaire) dont il est l’expression
et le moyen de reproduction, n’est pas incom¬
patible avec le développement de l’agriculture,
qu’elle soit “moderne” ou non. Dans les
Tuamotu de l’Est, beaucoup d’insulaires, dans
la décennie 1960-1970, n’ont pas attendu le
Service de l’Économie rurale pour remplacer
leurs vieux cocotiers ; le développement de la
production de pommes de terre à Rurutu n’a
pas été entravé par l’indivision ; nous avons
quement.
substituer
venons
Klaeonrtctlon »• '
Pour oe proeii en appel, Me Friaçoit Roux aralt dépMé une deroe
*
oppoddoB deadnée a annuler U ren¬
te pu adludicadoa de
Jet
—
-
ISJS.
-
qui eoRttmmt la n
uautn
situations de droit (coutu¬
etm
teHoa
ïam
pan,
a
répaqut dHi.
feùalt I‘obi*t « eonrex-
*5/
1B9S
Lanqui |•adJuileal^ell e tu
«en. XOB onoriiiairt étall tn
mier) : l’exploitation peut être freinée, l’inves¬
tissement découragé et le recours aux
procédures de partage préconisées par le Code
civil peut être l’aboutissement ultime du
homme qui connali blia le pan
lae {aaa dont fl parte,
pour <l
lanr ennalfAv«n.
-
puVliant les prcniicr» chopi-
atttnn
Bordcnuxllf.'^âce à une aitva igcliquc.
ropriêté privée. Depuis deu.x
en
NJO.T. : Qit'eîle €3t î'origine
vhlàme foncier en Polynésie ?
ment,
bien réel les VU
üers
indivises
tfûs
d'un intcressont
mémoire
ne à
^
J'al paru du /unmtnt i
qu’aiti^ut aulM^\ul k ^
de de
conflit.
Le SYNODE demande
aux fidèles
j de garder leurs|terres
SOURCE d'enrAcïnement
du
G. Tetiarahi : «U faut faire un
irailèle entre l'éducation et le
mcicr. Notre système éducatif est
•jqué sur celui de Métropole qui est
la forte fécondité, aux quarinsalubres, à l’attrait de la reli¬
gion. C’est un mécanisme. En ville
les Maohi s'entassent sur les ilôts in¬
divis avec bidonville et Parc Amuiraa.
r-1-îrf.nnt io refus
l'.K-cnlliinitinn est
-j des terres encore
teinoignetil. Les sorties
d’indivision ne sont dues qu à 1 at¬
en
trait de l’arcent».
EJÎ,
SUITE PAGE 8
CULTUREL ET SPIRITUEL
Revue de presse.
Une actualité
dramatique
(l'expulsion d’Arue)
qui peut renvoyer
(dans le cas des
Tuuhia) à une
décision de la justice
coloniale vieille d’un
siècle : l'énoncé par
le Synode de grands
processus du même
le monde tahitien,
de terres ancestrales
principes de plus en
plus obsolètes dans
d’aujourd’hui ; des
nom :
des
préoccupations
matérielles très
modernes s’agissant
Les occupations de
revendiquées au
nom d'un principedu
terre (ici
l'importance relative
terre se perd par le
d’acculturation”,
mais est le produit
principe coutumier
(le droit d’aînesse)
toujours en vigueur à
bloquant l’accès aux
chantiers de
Marama Nui
s’inscrivent
délibérément dans
une action de
caractère politique.
affirmations
erronées : personne
ne connaît
d’une indivision qui
n’est pas “la marque
d’un refus
(voir pp. 90-91) du
Code civil contraire
à la coutume où la
non-usage ; la
référence enfin à un
Rurutu.
le Pômare
Parti dans la vallée
de Vaihiria).
Les barrages
129
VIVRE EN
POLYNÉSIE
Le modernisme
manifesté
Modernité et modernisme : que de fois a-
opposé les termes, sans pour autant en
Polynésie française,
depuis l’arrivée des découvreurs, a subi les
t-on
clarifier le contenu. La
transformations
sociales inéluctables de la
modernité, à travers des processus de “moder¬
nisation” qui se rattachent à des règles de
fonctionnement de
plus en plus complexes,
dans lesquelles la part des causalités externes
s’accroît
fur et à mesure que tombent les
au
cloisons entre les différentes communautés
d’un monde de plus en plus communiquant, à
l’image du “village planétaire” cher à Mac
La
modernisation
modernité en œuvre.
Luhan.
Par
contre,
donc
est
la
le
modernisme
est
une
de
la
société,
tout
en
naturel
de
idéologie de la modernité qui anticipe sur les
transformations
justifiant, et
en
non
un
souhaitant même, l’accélé¬
ration du rythme de ces transformations, au
détriment des rapports sociaux antérieurs,
conçus comme des freins à la modernisation et
comme
soubassement
en
matière de dynamiques
cultu¬
relles : le processus de croissance économique
qui se développe dans le Territoire
repose bien évidemment sur la compétition
accélérée
des valeurs et des modes de vie culturels en
termes
zones
de rentabilité et de confort. Si des
de résistance
au
changement n’appa¬
pas par endroits, on aboutirait
bientôt à une certaine homogénéité culturelle
raissaient
dans le sens de l’intégration à la
Métropole que connaissent déjà la Réunion
ou les
Antilles françaises et qui ont pour
corollaire l’émigration vers la France pour des
raisons tant économiques (chômage local) que
culturelles (donner à ses enfants les mêmes
chances de réussite que “les autres Français”).
11 va de soi que le projet moderniste ne
pourrait être mis en œuvre sans l’aide écono¬
mique qui découle, sur le plan des institutions,
de l’appartenance de la Polynésie à la
République, dans le cadre de l’actuel statut
allant
d’autonomie interne de 1984 ou dans le cadre
de tout autre statut. L’essentiel étant bien sûr
de rester français,
même si la fibre indépen¬
qui sommeille au fond de tous les
Polynésiens est apprivoisée très habilement
par des dirigeants qui pratiquent la surenchère
permanente et ne cachent pas leur intention de
voir à terme la Polynésie française évoluer
vers
un
statut comparable à celui dont
jouissent les îles Cook à l’égard de la NouvelleZélande. On peut remarquer cependant que
dantiste
les
différences
les
entre
deux
statuts
apparaissent davantage dans la forme que
dans le fond : cé serait peut-être, là aussi, une
illusion du modernisme, et de son corollaire le
juridisme, de croire à l’amélioration des
conditions de vie grâce à une rédaction diffé¬
rente d’un texte qui a été conçu dans un autre
contexte socio-économique et dans un autre
type de relations plus égalitaires entre deux
partenaires librement associés.
l’évolution.
Ceux
qui prétendent combattre la
modernité, au nom des traditions, engagent
une lutte contre une
évidence : on ne milite pas
pour ou contre la modernité ; elle est un état de
fait que rien ni personne ne peut arrêter.
Ainsi,
en
Polynésie,
on
aurait tort de
confondre modernisation et occidentalisation
d’une société en voie de développement. Il est
fait que la colonisation et l’acculturation
qu’a connues la société polynésienne ont, sans
aucun doute, été des facteurs d’extension de la
modernité, tant sur le plan politique que sur
les plans économiques et sociaux. L’irruption
du C.E. P. dans l’horizon quotidien a engendré
des attitudes et des comportements “occiden¬
taux”, notamment ceux qui concernent le
travail et la consommation, qui s’apparentent
plus aux effets d’un modernisme effréné
qu’aux résultats de la modernité.
Les critères du développement, qui ont
servi et qui servent encore de mesure des
résultats, procèdent plus d’une logique occi¬
dentale que d’une référence à la modernité. En
effet, le P.I.B. et la balance extérieure, les
ratios de productivité et de compétitivité cités
par le rapport Sturlese à propos des dockers et
de la manutentioa portuaire, sont des critères
qui visent plus à mesurer les progrès du
modernisme que les performances de la
un
Avec le développement
des télécommunications
(téléphone, télévision...),
et des transports
aériens, le Pacifique Sud
fait désormais partie du
“village planétaire”.
La culture n'est pas
oubliée dans le
programme électoral du
Tahoera’a (à gauche),
mais est-il possible de
prendre au sérieux une
politique culturelle
{page de droite :
le Ministre de la Culture
au
Heiva) dont la seule
fonction objective est
modernité.
Au processus de modernisation qui s’est
de justifier, dans le
cadre de l’autonomie
interne, ce qui est censé
“spécifier” les
développé à la fin de la période coloniale, a
succédé, notamment à Tahiti, une vague de
transformations qui ont produit l’idéologie
modernistes locaux de
leurs homologues
métropolitains ?
moderniste incarnée dans le programme et
l’action politique du Tahoera’a Huira’atira,
parti au pouvoir entre 1972 et 1977, puis de
1982 à aujourd’hui.
Le modernisme : voie et moyens
Le libéralisme mâtiné de
dirigisme dont le
modernisme se réclame sur le plan de la vie
politique nationale, dans des secteurs aussi
divers
que
l’économie ou l’éducation,
s’accorde pleinement avec le laisser-aller
130
Page de droite, en bas :
Gaston Flosse, qui
symbolise en Polynésie
française tous les excès
d’une modernité
(le modernisme
destructeur de tout ce
qui faisait la spécificité
du Territoire dans les
années 1960), se pose
volontiers comme un
“Océanien”, notamment
quand, en compagnie de
l’amiral commandant le
C.E.P., il vient proposer
le “moni" de la France
micro-États de la
aux
région (ici aux Samoa).
QUEL DEVENIR ?
Le modernisme : signification
Jusqu’à présent, la voie de la moderni¬
accélérée qu’a choisie la Polynésie
française a eu des effets positifs sur l’économie
et conséquences
sation
question de la continuation des essais
nucléaires français à Moruroa est abordée
avec nuance par les dirigeants du Tahoera’a
Huira’atira, qui défendent ce dossier brûlant
avec d’autant plus de vigueur que Gaston
Flosse, devenu Secrétaire d’État en mars 1986,
est
le chantre de la politique nucléaire
française dans le Pacifique face à l’hostilité des
pays anglo-saxons de la zone. Malgré tout, le
programme du Tahoera’a pour les élections de
1986 comprenait le vœu pieux que l’on mène
“une réflexion sur l’après-C.E. P., en
prévoyant dès à présent les activités écono¬
miques susceptibles de remplacer à terme cet
organisme, sans préjudice par conséquent sur
le personnel local dont il conviendrait alors de
préserver en priorité l’emploi”. Un double
langage qui fait hélas abstraction de ce
qu’aucune autre ressource que le C.E.P.
(tourisme, aquaculture...) ne saurait assurer
termes.
en
La
Territoire dans l’avenir un niveau de vie
aussi élevé que celui que nous connaissons
au
aujourd’hui.
La Conférence du
Pacifique Sud, qui a été
créée au lendemain de la
Seconde Guerre
mondiale par les
puissances coloniales,
a très largement
contribué à la diffusion
de la modernité dans
cette région, mais
croissance, et seulement en ces
On oublie trop souvent d’apporter à
termes de
qui se réfère plus à la
qualité du développement qu’à la quantité de
biens et de services produits. De plus, ces
chiffres cachent également la réalité sociale de
la distribution des richesses produites. Ils ne
mettent pas non plus en évidence les compor¬
tements nouveaux que cette poursuite de la
croissance, a engendrés au sein des
populations victimes de l’exode rural. Certes,
les yeux du parti au pouvoir sont fixés sur les
crêtes des P.I.B. des pays voisins. Le niveau
atteint par la Polynésie, malgré son aspect
précaire et artificiel, est une justification de ce
ces ratios une dimension
modernisme. Le critère de la réussite sera
certainement le critère utilisé à Paris, à New
York ou à Tokyo.
Et
l’homme
polynésien,
dans
cette
escalade de chiffres, où est sa place, où sont
son
identité, sa différence ? Certains hommes
“modernisants” finissent par
admettre la réalité sociale du pays, et en
viennent à prôner le langage de la vérité, sans
politiques
toutefois aller jusqu’au constat de
l’impossible mission qu’ils se sont assignée.
Qui plus est, cette idéologie moderniste
est mise en œuvre par des dirigeants qui
pratiquent le chantage économique en
n’offrant aucune alternative autre que celle de
l’indépendance et du chaos, ou bien celle de la
prospérité avec la France, une prospérité liée à
la présence du C.E.P. à Moruroa...
Il est pourtant évident que les nécessités
du
développement économique doivent
prendre en compte la dimension humaine des
Polynésiens dans toute leur spécificité. Sinon,
il suffirait de dire que la Polynésie est la
France, et qu’un Polynésien est un Français,
comme un Breton ou un Auvergnat, à
qui les
mêmes traitements doivent provoquer les
oser
mêmes effets.
Dans
ce
cas,
la départementalisation de
Polynésie serait la solution de l’égali¬
tarisme et de l’assimilation pleine et entière,
chère aux Jacobins de la capitale et de la
la
République. 11 est certainement à craindre
qu’une solution de ce type entraîne irrémédia¬
blement le peuple polynésien vers une ère de
soumission et d’oubli. Les Polynésiens sont-ils
bien sûrs de vouloir ce choix ?
l’impact des petits
projets de
développement qu’elle
initie est trop faible
pour en bouleverser le
paysage économique et
social, à l'image de ce
qui s'est passé en
Polynésie française.
131
VIVRE EN POLYNÉSIE
Le culturalisme
commun
170 000 habitants en 1987, 200 000 (?) en
l’an 2000 : ces deux chiffres résument l’un des
problèmes, et non le moindre, que la
Polynésie aura à résoudre parmi les autres
défis lancés par la modernité : formation,
emploi, chômage, aménagement du territoire,
logement, santé. L’idéologie moderniste qui
anime les responsables actuels et la pratique
politique qu’elle engendre aujourd’hui, ont
donné naissance à un mouvement d’opposi¬
tion et
de revendication radical. Ce mou¬
vement de contestation, qui a sa
légitimité
parce qu’il conteste le colonialisme et le néo¬
colonialisme, pose l’indépendance du Terri¬
toire comme la condition et la première phase
d’une renaissance ma’ohi beaucoup plus
Ce choix de société s’exprime large¬
les discours du président du
Front de Libération de la Polynésie (Tavini
vaste.
ment à travers
Huira’atira),
Oscar Temaru,
aussi
retrouve
dans
mais
certaines
a
coutume
“traditionnel”.
on
prises
le
de
Le
de
qualifier de
s’impose
relativisme
lorsqu’on aborde le domaine de la culture
ma’ohi (sous-entendue “authentique”), une
culture qui a intégré des éléments de la culture
occidentale pendant les deux siècles d’histoire,
et notamment le christianisme, au nom
duquel
Oscar Temaru, sous la devise “Dieu est mon
Maître” (Te Atua ta’u Fatu), revendique le
retour à la tradition dans une vision mystifi¬
catrice de la “pureté ma’ohF qui recueille
malgré tout de plus en plus de “fidèles”.
Un christianisme qui confère un aspect
messianique au message d’Oscar Temaru : le
peuple polynésien colonisé et opprimé attend
d’être libéré par son sauveur {tavini =
sauveur). Quant au contenu nationaliste et
unificateur de ce message, il apparaît tout
entier dans
un
discours où sont mobilisées
l’énergie et la force émotionnelle véhiculées
par une triple référence constante à la commu¬
nauté de langue, à l’enracinement dans la terre
et à l’appartenance à une même histoire, donc
position de l’Église évangélique...
Cette idéologie est en tout cas une
idéologie négativiste, puisqu’elle se base sur
syncrétiques
sur lesquelles les Polynésiens
leurs modes de relations écono¬
miques, sociales et culturelles.
T
IM
polynésienne traditionnelle (voir
9-11) n’a pas entièrement
disparu pendant les premières décennies qui
ont suivi le contact. Ce sont sur ses décombres
barrière
à
Passimilation”
dont
certains
Européens avaient rêvé. Devant l’importation
vie, de façons de se vêtir, de
boire, de manger, de méthodes d’enseigne¬
ment, de répartition de la propriété foncière,
d’un langage, d’un mode de pensée, bref de
toute une civilisation étrangère, cette néo¬
culture, “syncrétisée” tout au long de ces deux
siècles, a constitué la plus puissante des
“contre-cultures” jusque dans les années 1960,
date à laquelle la Polynésie s’est une seconde
d’un mode de
fois ouverte au monde extérieur. Cette société
néo-traditionnelle n’avait pas toutefois les
moyens de résister aux assauts du moder¬
nisme. Toutefois, si sa disparition est à
l’origine du développement du mouvement
et de son expression
politique
(voir pp. 116-120), ce n’est pas à elle que se
culturaliste
réfèrent ses leaders dont le discours est essen¬
tiellement conservateur.
Culturalisme et nationalisme
ma’ohi
La modernité et la tradition ne sont pas les
deux faces d’un Janus polynésien qui pourrait
avoir pour frère Oro ou Tane. S’il est vrai que
l’on peut globalement opposer la tradition et
la modernité sous l’angle de ce qui a été et de ce
qui est en train de se construire, encore faut-il
ne pas oublier que la distance est
grande entre
la réalité de la tradition et ce que le sens
132
simpliste quand,
pour
,!
r,--
donner
un
demeurant fort vague, à ces
réalités, il se réfère à une tradition qui aurait
au
traversé deux cents ans d’acculturation et de
déculturation (depuis 20 ans) sans se trans¬
former, un message par conséquent mystifi¬
cateur, car l’histoire ne marchant pas à
reculons, on ne bâtit pas l’avenir en restaurant
un
passé révolu, sans s’interroger sur le
contenu réel de la culture et en ayant pour tout
programme la suppression du présent.
Car bâtir une nouvelle société
avec
préalable premièrement le départ du
C.E.P., deuxièmement l’indépendance immé¬
diate de la Polynésie (Ao Ma’ohi), sans
clarifier le débat culturel, procède soit d’une
approche
utopiste mâtinée d’idéalisme
angélique, soit d’une visée plus totalitaire dont
d’autres pays du Pacifique illustrent la triste
expérience (le second coup d’État du colonel
comme
notamment où la
8, pp.
que se sont édifiées une nouvelle société, une
nouvelle culture, qui ont représenté une
message
contenu,
société, dans la mesure
La société
volume
Un message efficace car, bien entendu, il
réfère à des réalités bien vivantes, mais un
catégorie socio¬
;
Un ferment de résistance
et de lutte ?
se
Le premier choc de la
modernité n’a pas
entraîné la disparition
radicale de l’ancienne
une remise en cause fondamentale des valeurs
assoient
à un même devenir, du peuple ma’ohi.
culturelle demie assure
très partiellement au
XIX" siècle (dessin
original du Voyage de
Dumont d'Urville)
l’héritage de l’ancienne
société aristocratique.
Le second choc de la
modernité, symbolisé
par l'ouverture de
l’aéroport de
Tahiti-Faaa, entraîne la
liquidation de cet
héritage. Le mouvement
culturaliste se nourrit de
cette liquidation.
QUEL DEVENIR ?
octobre 1987 en étant la
Il va de soi
que le nationalisme et le culturalisme s’enri¬
chissent mutuellement ; ils trouvent tous deux
Rabuka à Fidji en
meilleure illustration à ce jour).
leur
source
dans l’idée de la valorisation de
différences culturelles qui sont censées fonder
la supériorité ou le génie d’un peuple. Et l’on
comprend pourquoi cette soi-disant supé¬
riorité nationale, qui n’est jamais que le
produit d’une mauvaise interprétation de la
notion de spécificités culturelles, risque à tout
moment de déraper sur la pente du racisme et
de la xénophobie. Cette idéologie s’accom¬
pagne d’une vision réductrice de la culture qui
tente de légitimer le nationalisme ethnique et
le culturalisme ma’ohi au nom du respect des
différences culturelles et du droit
minorités à disposer d’elles-mêmes.
des
légitimité du peuple ma’ohi à
revendiquer son indépendance, ou même à la
conquérir, est entière au regard de la com¬
munauté internationale régie par la Charte
La
des Nations-Unies. Elle n’a absolument rien à
voir avec le fait que l’héritage ancestral de la
langue et de la culture traditionnelles poly¬
nésiennes ne dispense pas les habitants de lire
et d’écrire en français, sous prétexte que la
culture du colonisateur
aux
enfants
ne
saurait convenir
quatre coins des
ma’ohi des
archipels.
L’idéologie culturaliste, en posant
l’incompréhension des cultures, se fait l’alibi
possible de la médiocrité culturelle. Par làmême, elle se situe aux antipodes du projet de
saisie et de connaissance universelle d’une
culture qui serait universelle, mais pas univer¬
sellement comprise et partagée.
Culturalistes et développement
L’analyse des idéologies ne remplace que diffi¬
politique
certain nombre
d’objectifs à atteindre au-delà du départ du
C.E.P. et de l’indépendance pour lesquels
militent les nationalistes culturalistes proches
cilement l’absence de programme
concret
exposant
un
ieü.L'eternel
STATUT
Auto c
Gouvernwr
floMilVISTRATioN
C.ONSEIL à«b>AGE5
comité:
àe. Contrôle
PkOCl/REUR
JuSTiCE
demain ne diffère pas fondamentalement de
celle qui le fut quelques années plus tôt par
d’autres
micro-États insulaires de la région
accédant à l’indépendance ; fuite de cerveaux,
déclin économique, démographie galopante,
instruction inégale, emplois insuffisants et peu
qualifiés, logements insalubres, sont les corol¬
laires
de
ces
indépendances prétendument
salvatrices pour des sociétés mal préparées, et
qui s’appuient sur des hypothèses pour le
moins fragiles, car n’ayant que peu d’assises
sur la réalité. Il est difficile de croire que les
culturalistes soient capables de résoudre
ces contradictions pour assurer au peuple
polynésien les bienfaits d’une civilisation où
tout serait “luxe, calme, et volupté” ! Le mythe
de la Nouvelle-Cythère, s’il devient réalité
pour les touristes de passage, se renforce dans
la tête de certains de ces Polynésiens. Si la
situation n’était pas aussi grave, ce paradoxe
pourrait faire sourire !
Coup
Two
ài.
«
rENDARMERlE
d’Oscar Temaru.
La voie choisie pour le monde ma’ohi de
SuRETE
SERVICES
fVDMiNiSTRftTÎF
fftSSEMBLEE
iTÊRRiTeRiAlE
Les indépendantistes
“durs” récuseront sans
SERVICES
ru B Lies
doute bien des
institutions coloniaies
de ce curieux
organigramme éiaboré
dans ies années 1970 par
un parti politique local
qui n’a vécu que le temps
d’une élection. Sauf
“Dieu i’Éternel", dont
les représentants
patentés (les
missionnaires) ont
pourtant radicaiement
liquidé ce qui fondait
idéologiquement
l’ancienne culture dont
ils se réclament
aujourd’hui.
Le colonel Rabuka
va-t-il devenir le chef de
file (pas très original
demeurant) dans le
Pacifique Sud d’un
au
nationalisme océanien
niant, au nom d’une
certaine interprétation
de la spécificité
culturelle, les
institutions
démocratiques
(concédées par le
pouvoir colonial) qui ont
permis audit
nationalisme d’affirmer
sa
légitimité (à gauche :
O. Temaru à
l'Assemblée
territoriale) ?
Why we
did it
—
by
Colonel
Rabuka
133
VIVRE EN POLYNÉSIE
La troisième voie
La Polynésie, dans sa langueur tropicale,
semble
mener
l’actualité
se
combat permanent dont
fait l’écho : dans les médias
un
qui, en relatant la vie écono¬
mique, sociale et culturelle du Territoire,
rendent compte des assauts que se livrent la
modernité et la tradition par vie quotidienne
interposée. Ou plutôt le modernisme et le
culturalisme. Le premier, que d’aucuns attri¬
buent à une occidentalisation voulue par la
France, se réfère aux seuls critères de compé¬
notamment
titivité et de rentabilité, l’accession à la société
de consommation et à ses gadgets constituant
suprême ; le second renvoie à un
nationalisme anti-occidental teinté de racisme
la valeur
qui voue aux gémonies tous les signes
extérieurs d’un progrès qui ne se rattacherait
pas au culte des ancêtres, voir même au culte
d’un passé révolu.
Polynésie est-elle condamnée à subir
qui creusent les fossés entre
les jeunes et les vieux, les citadins et les ruraux,
les popa'a et les Polynésiens ? N’est-il pas
possible de poser le problème d’une autre
manière, en dépoussiérant les vieux clichés et
en admettant une fois pour toutes que les
combats d’arrière-garde des Anciens et des
Nouveaux
finissent
toujours faute de
La
ces contradictions
combattants ? Entre le courant “culturaliste”
et le “moderniste”, il existe une troisième voie
qui reste à expl'orer.
Car, de quoi s’agit-il, si ce n’est de trouver
les chemins d’un développement qui serait
capable de prendre en compte les originalités
d’un pays et d’un peuple et les contraintes
socio-économiques et culturelles d’une
planète en permanente évolution.
Ce n’est pas la première fois que les
Polynésiens sont confrontés aux chocs de
deux cultures. Si le premier choc généré par
la communauté polynésienne ne retrouve pas
les stimuli qui lui ont permis, au XIX' siècle,
de relever un défi qui était encore tenu dans les
années 1960. C’est cette troisième voie qui,
seule, peut permettre de réconcilier ce qui
paraissait inconciliable.
L’Homme au centre de la réflexion
Il s’agit avant tout de retrouver une cohésion
“nationale”, soutenue par une volonté de
gérer son devenir sans tomber dans les pièges
(les alibis ?) du “culturalisme” et du “moder¬
nisme”. Ce qui suppose de faire un sort à la
fatalité, source de la passivité, et, d’une
manière générale, de refuser l’assistanat sous
toutes
ses
formes. Les Polynésiens doivent
clarifier le projet de société qu’ils souhaitent
pour eux et pour leurs enfants, à partir de la
réalité.
Ce
projet de
l’ensemble
des
société,
modes de
c’est-à-dire
relations
écono¬
miques, sociales et culturelles les plus adaptés
aux
besoins
primaires ou psycho¬
sociologiques de la communauté polyné¬
XXI' siècle, doit être l’élément
mobilisateur, capable d’entraîner l’adhésion
du plus grand nombre.
sienne du
L’Homme et la commune
centre de l’action
au
Le deuxième élément sur lequel s’appuie cette
troisième voie concerne les structures à mettre
en
place.
les découvreurs du XVIIF siècle a entraîné de
profonds
bouleversements dans l’organi¬
et économique du peuple
ma’ohi, les décennies d’acculturation qui ont
suivi ont suscité lentement, progressivement,
sation
sociale
des attitudes et des comportements nouveaux
qui ont permis l’émergence de modèles
auxquels les Polynésiens du XX' siècle se
réfèrent, les confondant parfois avec les
modèles antérieurs.
Ce syncrétisme, remarquablement mis en
évidence par Alain
Babadzan, que l’on peut
qualifier de néo-culture, procède avant tout
d’une volonté individuelle et collective de ne
pas
succomber
aux coups
de boutoirs de
l’Étranger. Il se traduit par l’existence de
relativement stables (la famille
élargie) qui ont permis à la communauté de
mobiliser les sources de son énergie et de sa
structures
créativité.
L’évolution
rapide, massive, que la
Polynésie a dû subir en moins de 25 ans,
depuis la formidable poussée du C.E.P., de
l’avion et de la télévision, n’a pas permis à
cette néo-culture de poursuivre son auto¬
développement. Les rapides transformations
imposées par l’extérieur, accélérées par le
phénomène planétaire, risquent de laisser sur
la grève des femmes et des hommes accablés, si
134
Mère et enfant :
la dimension humaine
de la troisième voie.
Vivre au district (dans
les communes qui s'y
sont substituées). Tel
est le cadre
géographique adapté
aux caractéristiques
socio-culturelles des
Polynésiens.
Sans revenir plus longuement sur l’héri¬
tage colonial, on ne peut éviter de penser que
les structures créées et gérées par la Métropole
plus du tout adaptées aux problèmes
que la Polynésie doit résoudre. Si
donc les choix économiques consistent à
tendre vers une indépendance économique
(ou plutôt une interdépendance), il ne saurait
être question de renouer avec une économie de
traite pour laquelle les structures administra¬
tives et politiques avaient été mises en place.
Tout au contraire, il s’agit de favoriser
ne sont
nouveaux
l’économie
de
marché
dans
sa
dimension
locale, territoriale et internationale. Il est
donc nécessaire de promouvoir la création
d’activités nouvelles centrées tant sur les
richesses naturelles (qui rappelons-le, ne sont
pas
immenses)
humaines.
que
sur
les
ressources
ce faire, seules des structures “à
humaine”, proches du terrain et des
hommes, peuvent assurer l’animation et le
contrôle de ce développement : les districts (ou
communes), communautés homogènes et
ancrées dans le milieu, relayées par les mouve¬
ments associatifs ou coopératifs, sont de
nature à concevoir, à organiser et à mettre en
œuvre des projets de
développement issus de
la base, à condition que le poids de la tutelle
métropolitaine, de par son centralisme et sa
vision unificatrice, n’annihile pas les efforts et
les énergies. La cohérence et certains projets
spécifiques, de par leur taille ou leur finalité,
pourraient être assurés au niveau d’une
structure qui s’inscrirait dans le cadre du va’a
Pour
taille
QUEL DEVENIR ?
mataeina'a (voir p. 90).
remplacer les structures
laissées par le colonisateur par de nouvelles
structures adaptées tant aux finalités du déve¬
loppement qu’aux caractéristiques socio¬
culturelles des Polynésiens. Ainsi, en partant
de la base, il serait possible de reconstruire la
pyramide administrative et politique du
Territoire, pour que, à terme, la Polynésie se
En
dote
de
somme,
nouvelles
institutions
territoriales
capables d’engager avec la Métropole des
relations
égalitaires, dans le cadre du
préambule de la constitution française.
.
Enfin, un effort considérable en matière
de formation doit être entrepris pour que les
Polynésiens acquièrent les réelles capacités
nécessitées par le développement. Sans pour
autant
remettre
totalement
en
cause
le
système éducatif laissé par la France, il est
primordial de modifier les méthodes et les
contenus
pédagogiques de la formation
initiale conçue par l’Éducation nationale
métropolitaine, en tenant compte des réalités
spécifiques de l’environnement professionnel
local.
En outre, ce système éducatif devra être
complété
par
un
ensemble d’activités de
formation adaptées, centrées sur les
besoins
du Territoire, en'termes de métiers à acquérir
plutôt que de diplômes à obtenir.
Les conditions du développement
Les conditions du développement décrites
à
travers cette troisième voie, ou tout au moins
peuvent expliquer le déla¬
progressif du système social et des
performances économiques de la Polynésie.
Il ne choquera personne d’affirmer que
l’irruption du C.E.P. dans un processus
progressif d’adaptation a bouleversé, non
seulement les conditions d’auto-équilibre de la
société polynésienne, mais plus encore, les
relations avec la Métropole. La raison d’État a
absence,
leur
brement
déversé des milliards dans les caisses, des
illusions dans les têtes, et des déceptions dans
les cœurs des
Polynésiens. La tertiairisation
accélérée a suscité des vocations de fonction¬
naires
marchands
de
et
;
elle
a
favorisé
l’abandon des productions “traditionnelles” ;
enfin, elle a encouragé l’exode rural et l’émer¬
gence d’une nouvelle société de classe en
milieu urbain.
retrait
progressif du C.E.P. est la
première du développement. Bien
entendu, ce retrait doit faire l’objet d’une
préparation concertée entre la France et la
Polynésie afin que l’outil de travail que repré¬
Le
condition
sentent les installations militaires (notamment
les ateliers de réparation de la D.C.A.N.)
soit
préservé et repris par les Polynésiens dans une
finalité civile. Pour conclure, le départ du
C.E.P., la mise en place de nouvelles struc¬
tures, l’émergence de femmes et d’hommes
qualifiés et nouveaux, pour qui la fatalité n’est
plus inéluctable, sont de nature à permettre
aux Polynésiens de retrouver leur identité, et
par là, la confiance en soi, sans laquelle rien
n’est
possible. Cette confiance, source
d’imagination et d’énergie, leur permettra de
créer eux-mêmes les conditions de leur déve¬
loppement, celui qu’ils auront choisi. Elle leur
permettra de trouver les solutions propres à
l’amélioration du régime foncier, à la préser¬
vation de leur environnement et à la maîtrise
de leur démographie.
La France a un rôle important à jouer,
qui est repris dans le préambule de la
constitution et qui lui donne la responsabilité
de “conduire les peuples dont elle a la charge
celui
l’émancipation”. La vraie émancipation
vers
est celle qui permet à tout individu de choisir
là où il veut aller. Libéré des discours trom¬
peurs à force d’être trop simplistes des “cultu¬
ralistes”, dégagé du cercle infernal de la
La maîtrise de la
modernité consistera
pour les Polynésiens à
entrer dans l'avenir sans
renier ieur passé et à
concilier les activités
néo-traditionnelles avec
indispensable
ouverture au progrès
matériel auquel les
une
habitants des îles les
plus éloignées ont droit.
course
à la consommation et à l’individua¬
lisme
des
“modernistes”,
le
Polynésien
retrouvera sa capacité à “inventer” ses propres
modèles de développement.
Ce
nouveau
“syncrétisme”
ne
peut
devenir réalité que si chacun des partenaires
engagés, la France comme la Polynésie, les
hommes politiques comme les chefs d’entre¬
prises, les laïcs comme les religieux, ne
commettent pas la même erreur que celle qui a
conduit la Polynésie française à la grave crise
de société qu’elle subit aujourd’hui : l’Homme
est acteur et finalité du développement ; il ne
faudra pas “l’oublier”.
135
Poème de Duro Raapoto
Un, Deux, Trois...
Tiens, voilà une semaine d'écoulée.
Un, Deux, Trois...
Tiens, le mois est déjà à son terme.
Mais au fait, combien d’argent me paiera-t-on
pour la quantité de travail que j'ai accomplie,
pour ma fatigue, pour le temps qui est le mien
et que j'ai consenti aux autres,
pour cette parcelle de ma vie que j’ai daigné
distribuer ?
Un, Deux, Trois...
Le tas de bananes coûte cent francs.
Un, Deux, Trois...
Ce “paquet" de poissons vaut cinq cents francs.
Où est passée la main généreuse :
à quand
la fin de cette comptabilité outrancière ;
lorsque je me penche à l'extérieur,
tout me dit qu'il est l'heure d’aller au travail ;
lorsque j'ai faim,
le nombre est encore à mes trousses.
Un, Deux, Trois...
Ce nouveau-né a trois jours d'âge.
Un, Deux, Trois...
Ce vieillard là-bas a soixante-dix ans.
Reste-t-il encore un brin d'humanité
à l'homme sous l’emprise du nombre.
la vie m'échappe,
l’angoisse m’étreint la gorge.
Implacable, la roue continue de tourner.
La mesure est-elle équitable ?
Le temps s'enfuit,
Un, Deux, Trois...
Ça suffit, je veux vivre.
Un, Deux, Trois...
Comme cette plante est magnifique !
Que cette fleur exhale un parfum enivrant !
Et ce vent si frais !
Et cette eau si rafraîchissante !
Éloigne-toi de moi, triste Nombre.
Regagne le ventre qui t'a engendré.
Laisse-moi dans mon univers incommensurable.
La vie n'a pas de prix.
C'est le mot de la fin.
Pehepehe na Turo a Raapoto
Tahi, piti, toru...
A tahi ia hepetoma.
Tahi, piti, toru...
Ua hope ia âvaé.
E hia ra ia ta ù moni e àufauhia no te rahiraa
àhipa
ta ù i rave, no to ù rohirohi, no to ù taime ta ù
i horoà, no to ù ora ta ù i
Tahi, piti, toru...
àpere.
£ piti àhuru tara i te haapuéraa meià.
Tahi, piti, toru...
Hoê hanere tara i teie tui ature.
Tei hea aè nei te rima mahora,
a
hea teie taioraa e faaea ai ; ia faaào vau i rapae,
ua
hora no te haere i te àhipa ;
ia poia vau e taià a teie.
Tahi, piti, toru...
E toru mahana to teie àiu.
Tahi, piti, toru...
E hitu àhuru matahiti to tera ruàu.
E aha atu ra te taata i te rave a te taià.
Ua horo te tau, ua horo te ora,
ua
ahoaho te taata. Te taià noa ra te taià.
Ua tià anei te faito.
Tahi, piti, toru...
Eiha, e hinaaro vau i te ora.
Tahi, piti, to/u...
Aue teie raau i te nehenehe e,
Aue teie tiare i te noànoà maitai e
E teie matai i te puvaivai
E teie pape i te haumaru.
Faaea atu àe e te numera.
A hoi atu i te vahi no reira mai àe.
Vaiho mai ia ù i to ù hau taio-àre-hia.
Aore e hoo to te ora.
Tirara.
136
Bibliographie
Bibliographie générale
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TAHITI AUJOURD’HUI
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I.T.STAT.
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I.T.STAT. (1986) Te Avela, septembre.
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•
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Service du Tourisme de la P.F. (1987) Statistiques
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•
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•
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SOCREDO (1986) Rapport de tin d’exercice.
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QUEL DEVENIR ?
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TAHOERA'A HUIRA’ATIRA (1986) Ensemble pour
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•
TAVINI HUIRA’ATIRA NO PORINETIA (1986)
•
Brochure éditée à l’occasion des élections de mars
1986, multigraphiée, 48 p.
137
138
Caractéristiques géographiques des lies
^ Pour chaque île, quelques données sont Indiquées : entre parenthèses, la distance en kilomètres depuis
Papeete ; la superficie des terres émergées, en hectares ; l'altitude maximale, en mètres, pour les îles et îlots
volcaniques ; le nombre d'habitants au recensement de 1983 (ITSTAT) ; la commune à laquelle l'île appartient
(quand elle n'est pas précisée c'est que l'île est le chef-lieu de la commune) ; l'implantation d'un aérodrome
(Service de l'Infrastructure Aéronautique, janvier 1987).
Pour certaines îles, la superficie n'est pas indiquée. La note (1) renvoie aux îles pour lesquelles aucun relevé
cadastral n'a été effectué.
Pour certaines îles, la population n'est pas précisée. Elles peuvent être inhabitées ou habitées temporairement
par quelques personnes (pour le coprah par exemple). Les habitants de ces îles ont été recensés :
(a) avec ceux du chef-lieu de leur commune (voir vol. 8, carte p. 53)
(b) avec ceux de la commune associée (qui est alors indiquée) à laquelle leur île est rattachée (les effectifs de
ces communes associées auxquelles sont rattachées des îles dont la population n'est pas précisée sont
signalés par un astérisque*).
ILES DU VENT (chef-lieu : Papeete)
MAIAO (115 km). 830 ha. 154 m. 190 hab. Commune
de Moorea-Maiao.
MEHETIA (160 km). 230 ha. 435 m. (a). Commune de
Taiarapu-Est.
MOOREA
(28 km). 13 350 ha. 1
207 m.
7 059 hab. Commune de Moorea-Maiao. Aérodrome
territorial.
TAHITI. 104 270 ha. 2 241 m. 115820 hab. (communes
de Arue, Faaa, Hitiaa o Te Ra, Mahina, Paea, Papara,
Papeete, Pirae, Punaauia, Taiarapu-Est, Taiarapu-
Ouest et Teva i Uta). Aérodrome d'État.
TETIAROA (52 km). 490 ha. 10 hab. Commune d'Arue.
Aérodrome privé.
ILES SOUS-LE-VENT (chef-lieu : Uturoa)
BELLINGSHAUSEN (Motu
One) (540 km). 280 ha.
7 hab. Commune de Maupiti.
BORA BORA (252 km). 2 930 ha. 727 m. 2 687 hab.
Aérodrome d'Etat.
HUAHINE (172 km). 7
Aérodrome territorial.
480 ha. 669 m. 3 877 hab.
MAUPITI (308 km). 1
Aérodrome territorial.
140 ha. 380 m. 766 hab.
MOPELIA (Mauplhaa)
Commune de Maupiti.
(465 km). 360 ha. 3 hab.
RAIATEA (217 km). 17 140 ha. 1 017 m. 7 400 hab.
(communes de Taputapuatea, Tumaraa et Uturoa).
Aérodrome d'État.
SCILLY (Manuae) (530
Commune de Maupiti.
km).
400
ha.
TAHAA (224 km). 9 020 ha. 590 m. 3 751
18
hab.
hab.
TUPAI (273 km). 1 100 ha. 551 hab. Commune de Bora
Bora. Aérodrome privé.
ILES MARQUISES (chef-lieu : Taiohae)
EIAO (1 345 km). 3 700 ha. 577 m. (a) Commune de
Nuku Hiva.
AHUNUI (963 km). 310 ha. (b) Hao. Commune de Hao.
AKIAKI (1 065 km). 100 ha. (b) Vahitahi. Communede
Nukutavake.
AMANU (890 km). 2 500 ha. 123 hab. Commune de
Hao.
ANAA (400
territorial.
km). 3 770 ha. 400 hab. Aérodrome
ANUANURARO (690 km). (1). (b)
Commune de Hao. Aérodrome privé.
ANUANURUNGA (720
Commune de Hao.
Hereheretue.
km). (1). (b) Hereheretue.
APATAKI (380 km). 1 500 ha. 203 hab. Commune de
Arutua. Aérodrome territorial.
ARATIKA (455 km). 830 ha. 22 hab. Commune de
Fakarava. Aérodrome privé.
ARUTUA (360 km jusqu'à l'aérodrome).
249 hab. Aérodrome territorial.
1 104 ha.
FAAITE (437 km). 880 ha. 185* hab. Commune de
Anaa. Aérodrome en projet.
(980 km). 830 ha. 86 hab. Commune de
Fangatau. Aérodrome territorial.
FAKARAVA (400 km). 1 380 ha. 224 hab. Aérodrome
FAKAHINA
territorial.
FANGATAU
territorial.
(910 km). 590 ha. 165 hab. Aérodrome
FANGATAUFA (1 225 km). 530 ha. (b)
Commune de Tureia. Aérodrome militaire.
HAO (875
militaire.
Moruroa.
km). 1 850 ha. 1 167* hab. Aérodrome
HARAIKI (623 km). 270 ha.(b) Makemo. Communede
Makemo.
HEREHERETUE (535 km). 340 ha. 22* hab. Commune
de Hao.
HIKUERU
(725 km). 280 ha. 130 hab. Aérodrome
HITI (585
Makemo.
km). 150 ha. (b) Katiu.
HATUTU (1 400 km). 750 ha. 420 m. (a) Commune de
Nuku Hiva.
KATIU (535 km). 1 000 ha. 122* hab. Commune de
Makemo.
HIVA OA (1 354 km). 31 550 ha. 1
Aérodrome territorial.
190 m. 1 522* hab.
MOTANE (1 400 km). 1 400 ha. 520 m. (a) Commune
de Hiva Oa.
MOTU ITI (1 360 km). 4 000 ha. ("a) Commune de Nuku
Hiva.
NUKU HIVA (1 320 km jusqu'à l'aéroport). 27 850 ha.
1 208 m. 1 797* hab. Aéroport territorial.
SABLE (île de) (1
440 km). (1).
330 km). 6 930 ha. 1 050 m. 555 hab.
UA HUKA (1 365 km). 8 340 ha. 854 m. 476 hab.
TAHUATA (1
Aérodrome territorial.
100 km
km). 1 220 ha. 142 hab. Commune de
privé.
de Hiva Oa.
0
AHE (455
Manihi.
340 km). 8 380 ha. 960 m. 407 hab.
FATU HUKU (1 430 km). 80 ha. 359 m. (a) Commune
FATU HIVA (1
Echelle
ILES TUAMOTU (chef-lieu provisoire : Papeete)
UA POU (1 340 km). 10 530 ha. 1 252 m. 1 791 hab.
Aérodrome territorial.
ILES AUSTRALES (chef-lieu : Mataura)
MARIA (735 km). 93 ha. l'a) Communes de Rimatara et
de Rurutu.
MAROTIRI (1 310 km).
Commune de Rapa.
4 ha (10 îlots). 80 m. (aj
RAIVAVAE (720 km). 1 790 ha. 437 m. 1 177 hab.
RAPA (1 230 km). 4 050 ha. 650 m. 480 hab.
RIMATARA (655 km). 860 ha. 106 m. 914* hab.
RURUTU (570 km). 3 235 ha.
Aérodrome territorial.
TUBUAI
389 m. 1 971* hab.
(640 km). 4 500 ha. 422 m. 1 741 hab.
Aérodrome territorial.
KAUEHI (470
Fakarava.
Comniune de
km). 1 500 ha. 127 hab. Commune de
KAUKURA (336 km). 1 104 ha. 211 hab. Commune de
Arutua. Aérodrome territorial.
MAKATEA (230 km). 2 950 ha. 43 hab. Commune de
Rangiroa.
MAKEMO (578 km). 1 310 ha. 360* hab. Aérodrome
territorial.
MANIHI (480
territorial.
km). 1 300 ha. 313 hab. Aérodrome
MANUHANGI
Hao.
(868 km). (1). (b) Hao. Commune de
MAROKAU (735 km). 450 ha. 81* hab. Commune de
Hikueru.
MARUTEA NORD (647
Commune de Makemo.
km). 270 ha. (b) Makemo.
MATAIVA (290 km). 1 500 ha. 183 hab. Commune de
Rangiroa. Aérodrome territorial.
MORUROA (1 190 km). 1 050 ha. 2 785* hab.
Commune de Tureia. Aérodrome militaire.
MOTUTUNGA (525 km). 140 ha. (b) Faaite. Commune
de Anaa.
NAPUKA (920
territorial.
km). 810 ha. 264 hab. Aérodrome
NENGONENGO (800 km). (1). (b) Hao. Commune de
Hao.
NIAU (300
Fakarava.
km). 2 156 ha. 147 hab. Commune de
139
km). 200 ha. 34 hab. Commune de
NIHIRU (690
Makemo.
NUKUTAVAKE (1 120
Aérodrome territorial.
km).
360 ha.
NUKUTEPIPI (750 km). 83 ha. (b)
Commune de Hao. Aérodrome privé.
139*
hab.
Hereheretue.
PARAOA (924 km). (1).
PINAKI
(1
(b) Hao. Commune de Hao.
km). 130 ha. (b) Nukutavake.
165
Index
géographique
Pour les îles, la lettre entre parenthèses
signale l'archipel dont elles font partie : (A)
pour Australes, (G) pour Gambier, (M) pour
Marquises, (S) pour Société et (T) pour
Commune de Nukutavake.
.Tuamotu,
PUKA PUKA (1 140 km). 540 ha. 166 hab. Aérodrome
territorial.
à une
PUKARUA (1 285 km). 650 ha. 181 hab. Commune de
Reao. Aérodrome territorial.
RANGIROA (330 km
jusqu’au village, 297 jusqu'au
point le plus proche, au sud de l’atoll). 7 920 ha.
1 169 hab. Aérodrome d’État.
RARAKA (490
Fakarava.
km). 700 ha. 47 hab. Commune de
RAROIA (735
Makemo.
km). 750 ha. 42 hab. Commune de
RAVAHERE (756 km). 70 ha. (b) Marokau. Commune
de Hikueru.
REAO (1
territorial.
347 km). 940 ha. 295 hab. Aérodrome
REITORU (665 km). 170 ha. ffaj Hikueru. Commune de
Hikueru.
REKAREKA (784 km). (1).
Hao.
(b) Amanu. Commune de
TAENGA (665 km). 490 ha. 49 hab. Commune de
Makemo.
TAHANEA (470 km). 770 ha. (b) Faaite. Commune de
Anaa.
TAIARO (565 km). 330 ha. (b) Kauehi. Commune de
Fakarava.
TAKAPOTO (535 km). 1 500 ha. 309 hab. Commune
de Takaroa. Aérodrome territorial.
TAKAROA (560
territorial.
km). 1 650 ha. 162 hab. Aérodrome
TAKUME (770 km). 450 ha. 24 hab. Commune de
Makemo. Aérodrome en projet.
TATAKOTO (1
territorial.
137 km). 730 ha. 184 hab. Aérodrome
TAUERE (822 km). 200 ha. 3 hab. Commune de Hao.
TEKOKOTA (740 km). 15 ha. (b) Hikueru. Commune
de Hikueru.
TEMATANGI (1 015 km). 550 ha. 16 hab. Commune de
Tureia.
TEPOTO NORD (900 km). 185 ha. 67 hab. Commune
de Napuka.
TEPOTO SUD (556 km). 75 ha. (b) Katiu. Commune
de Makemo.
TIKEHAU (287 km). 2 000 ha. 279 hab. Commune de
Rangiroa. Aérodrome territorial.
TIKEI (610 km). 345 ha. (b) Takaroa. Commune de
Takaroa.
TOAU (385 km).
Fakarava.
1 200 ha. 5 hab. Commune de
TUANAKE (575 km). 300 ha. (b) Katiu. Commune de
Makemo.
TUREIA (1
territorial.
180 km). 835 ha. 133 hab. Aérodrome
VAHITAHI (1 100 km). 250 ha. 90* hab. Commune de
Nukutavake. Aérodrome territorial.
VAIRAATEA (1 074 km). 300 ha. 68 hab. Commune de
Nukutavake.
VANAVANA (1 120 km). 185 ha. fbjTureia. Commune
de Tureia.
ILES GAMBIER. Toutes ces îles sont regroupées
HIVA OA (M). 98,
Les numéros de pages en italique renvoient
texte.
légende, les autres se rapportent au
119.
HUAHINE (S). 65, 68, 95, 96, 97, 98,
99.
KAUKURA (T). 94, 95.
MAKATEA (T). 10, 12, 20, 20, 94, 104.
MAKEMO (T). 97, 101.
MANIHI (T). 96, 97, 98, 101.
MARQUISES (îles). 29, 29, 48, 82, 89,
90, 92, 93, 94, 95, 96, 99, 99, 102, 103,
117, 119.
AHE (T). 93.
AMÉRIQUE DU SUD. 30.
ANAA (T).
100, 101.
APATAKI (T). 95.
ARATIKA (T). 97.
ARUTUA (T). 95, 97.
AUSTRALES (îles). 12, 29, 41,43, 75,
80, 82, 89, 90, 92, 93, 94, 95, 95, 96,99,
99, 102, 102, 103.
MAUPITI (S).
14, 95, 98, 116.
MOOREA (S). 11, 18, 50, 82, 83, 83,
84, 84, 85, 87, 88, 89, 90, 90, 101, 104,
126, 127.
MOPELIA (S). 97.
MORUROA (T). 107, 108, 109,
121, 131.
AUSTRALIE. 30, 107, 109.
NOUVELLE-CALÉDONIE. 29, 38, 53,
64, 107, 107, 108, 109, 115, 120, 122,
BORA BORA (S). 41, 94,95,96, 97,97,
NOUVELLE-ZÉLANDE. 29, 30, 65,68,
125.
98, 101.
69, 107, 109, 111, 130.
NUKU HIVA (M). 98, 119.
COOK (îles). 80, 89, 107, 108, 109,
130.
ÉTATS-UNIS d’AMÉRIQUE. 10, 30,
53, 63, 107, 109.
RAIVAVAE (T). 92, 93, 94,
117.
RANGIROA (T). 82, 94, 96, 97, 98, 98,
101.
RAPA (A). 103,
108.
RIMATARA (A).
14, 89, 94, 95, 102,
RAROTONGA. 65, 107.
FAAITE (T). 99.
FATU HIVA (M). 119.
FIDJI
RAIATEA (S). 17, 29, 96, 97, 98, 99,
102.
(îles). 133.
FRANCE. 12,15, 20, 25, 26, 29, 49, 52,
58, 69, 70, 72, 76, 107, 108, 108, 109,
113, 114, 115, 121,122, 123, 124, 725,
130, 130, 131, 134, 135.
103, 104.
RURUTU (A). 29, 42, 55, 89, 90,92,94,
94, 95, 98,100,102,103,104,129, 729.
SAMOA (îles).
130.
76, 97.
SOCIÉTÉ (archipel de la). 47, 43, 69,
SCILLY (S).
GAMBIER (îles). 29,
108, 112.
HAO (T). 29, 97.
94, 96, 97, 102,
HAWAII (îles). 30, 63, 65, 69, 69, 109.
HIKUERU (T). 97.
92, 93, 97, 100.
TAHAA (S). 47, 91, 92, 93, 95, 97, 103.
TAHITI (S). 9, 9, 10, 79, 20, 27, 29, 30,
34, 34, 38, 47, 43, 47, 53, 56, 57, 58,58,
61, 62, 63, 64, 66, 67, 69, 72, 72, 73-88,
90, 95, 96, 98, 99, 101, 102, 103, 104,
105, 107, 109, 709, 110, 112,119, 121,
122, 722, 126, 727, 130, 132.
TAKAPOTO (T). 97, 113, 113, 127.
TAKAROA (T). 97.
TETIAROA (S). 16.
TIKEHAU (T). 94, 95, 99.
TONGA (royaumedes). 107,108,109.
TUAMOTU (archipel des). 29, 29, 42,
48, 80, 89, 90, 97, 93, 93, 94, 95, 96,96,
98,99,99, 102, 702, 103,104,107, 772,
129.
TUBUAI (A). 93, 94, 95, 98.
TUREIA (T). 102.
dans la commune des Gambier qui fait partie de la
subdivision administrative des Tuamotu-Gambier. La
UA POU
habitants.
VENT (îles du) (S). 9, 25, 29, 73-88,
90, 92, 93, 94, 95, 101, 104, 704, 105.
population totale de cette commune s’élève à 582
AGAKAUITAI. (1 ). 139 m.
AKAMARU. 211 ha. 246 m.
VENT (îles Sous-le-Vent) (S). 77, 29,
29, 47, 48, 55, 70, 71,75, 82, 89, 90,93,
94, 95, 96, 98, 99, 102.
AUKENA. 135 ha. 198 m.
KAMAKA. 42 ha. 176 m.
MAKAROA. 47 ha. 50 m.
MANGAREVA (1 613 km). 1 545
habitants. Aérodrome territorial.
ha. 441
m.
547
MANUI. 8 ha. 54 m.
MARIA EST. 300 ha.
MARUTEA SUD
Aérodrome privé.
(1
490
(M). 119.
km).
400 ha. 29 hab.
MATUREIVAVAO. (1).
Index des
noms cités
Les numéros en gras renvoient aux pages
le sujet est traité principalement. Les
où
italique renvoient à
légende, les autres se rapportent au
numéros de pages en
une
texte.
MORANE (1 400 km). 100 ha.
TARAVAI. 570 ha. 256 m. 6 hab.
TEMOE (1
665 km). 215 ha.
TENARUNGA. (7).
140
TENARARO. 80 ha.
VAHANGA. 250 ha.
ADAMS, Henry. 62.
AHINI. 23.
ARIITAIMAI. 62, 62.
ARNAUD, Dominique. 68.
ARTUR, Gilles. 66.
AUZELLE, Robert. 75, 76, 76, 121.
BABADZAN, Alain. 58, 116, 134.
BARÉ, Jean-François. 91.
BARRAL, Jean-Paul. 16, 68.
BAUDRY, Bernard. 110.
BERTRAND, Docteur. 31.
BLANCHET, Gilles. 39, 41.
BODIN, Vonnick. 61, 61, 63.
BOUVIER, Henri. 66, 67.
BRANDER, famille. 75.
BRAUN-ORTEGA, Enrique dit Quito.
106, 110, 111.
BRIGHTWELL, Matahi. 68, 69.
BROUILLET, Jean-Claude. 96.
BROWN, Charly. 106.
BRUAT, Armand. 73, 74, 79, 89.
CADOUSTEAU, Mai-Arii. 118.
CAMBREZY, Luc. 76.
CARLSON, Do. 16.
CASSIAU, Dr Pierre. 48.
CÉRAN-JÉRUSALEMY,
HOLLANDE, Gilles. 119.
HOTAHOTA, Coco. 68, 68, 71,72.
lORSS, Martial. 65.
JULIEN, Gustave. 63, 63, 66.
JULLIEN, Michel. 75, 75, 76, 77.
JUVENTIN, Jean. 72.
JUVENTIN, Ruy. 56.
KELLY, Georges. 102.
KIMITETE. 65.
CÉRAN-JÉRUSALEMY, Théodore.
CHAMPAUD, J. 33.
CHANG, Terarefa. 23.
CHARLES, J.-P. 59.
CHARTON, Général. 109.
CHAVEZ, Fernand. 48.
CHESNEAUX, Jean. 109.
CHIRAC, Jacques. 105, 107.
COWAN, Francis. 68, 69.
CROOK, Pasteur. 74.
DANIELSSON, Bengt et
Marie-Thérése. 67, 67.
DAUPHIN, Raymond. 106, 106.
DEBRAY, Régis. 107.
DEFFERRE, Gaston. 63.
DEROGY, Jacques. 107.
DOOM, Roger. 85.
DOUMENGE, François. 81, 109.
DRAPERI, Philippe. 116.
DROLLET, Jacqui. 16, 68, 110.
DUPERREY, Louis. 74.
EBB, Tinomana dit Milou. 85, 110.
EMORY, Kenneth. 65.
LACOSTE, Yves. 108, 109.
LAVONDÈS, Anne. 63, 67, 67.
LAVONDÈS, Henri. 67.
LEHARTEL, Manouche. 67.
LE HEBEL. 18.
LEJEUNE, M« Marcel. 106.
LEMOINE, Georges. 107.
LÉONTIEFF, Alexandre. 105, 105,
110, 111.
LÉOTARD, François. 110.
LI'O, Lésa. 69.
LUCAS, Lucie. 23.
MAC LUHAN. 130.
MAI voir OMAI.
MAIRAI, John. 68, 68.
MANGIN. 23.
MARAU, reine. 62, 62.
MARTIN, famille. 18.
MARTIN, John. 66.
MATAGIALALOA, Tavana. 69.
MAUSS, Marcel. 57.
MERCERON, François. 59, 89, 104.
MESPLÉ, R, 43.
MESSMER, Pierre. 120.
MICHAUX, Jean-Claude. 18.
MILLAUD, Daniel. 111.
MITTERRAND, François. 107.
MOUA, Madeleine. 70, 71, 71.
NHUN-FAT, Thierry. 105, 111.
NOTT, Pasteur. 74.
OMAI ou MAI. 116, 117.
O'REILLY, Patrick. 60, 63.
ORSMOND, John. 62.
PANOFF, Michel. 74, 128.
POMARE (famille). 71, 73, 74.
FABIUS, Laurent. 107.
FAY, Franck. 56.
FLOSSE, Gaston. 28, 72, 72,105,105,
106, 107, 107, 108, 108, 109, 110, 111,
111, 130, 131.
FRITCH, Édouard. 105.
GARANGER, José. 65.
GAUGUIN, Paul. 56, 56, 60.
GAULLE, Gai Charles de. 54, 108,
118.
GÉRARD, Bernard. 107.
GISCARD D'ESTAING, Valéry. 108.
GORBATCHEV, Mikhail. 109.
GOUWE, Adrian. 56.
GRAFFE, Jacky. 110, 110.
GRAFFE, Raymond Teriierooiterai.
69, 69.
GRAND, Alfred René. 128.
GUILPAIN, Jacques. 18.
HENRY, Teuira. 62, 63.
HEYMAN, Pierre. 56.
HIGGINS, famille. 106.
HIRO, Henri. 36, 61, 67, 68, 68.
SAURA, Bruno. 105, 116.
SCHLEMMER, Bernard. 31, 36, 36.
SEGALEN, Victor. 60, 68.
SEGARA, J. 61, 68.
SICURANI, Jean. 66, 66.
SINOTO, Yosihiko H. 65, 65.
SIU, Philippe. 16.
SMITH, Harrison. 55, 126.
STEWART, William. 75.
TAP, Pierre. 59.
TAUFA, Charles. 21.
Te Arapo. 65.
Jean-Baptiste. 20.
23.
SANTARELLI. 23.
POMARE IV. 70, 74, 79.
POMARE V. 62, 72.
POMARE, Tekau. 62.
POMPIDOU, Georges. 108.
PONS, Bernard. 35, 112, 122.
PONTAUT, Jean-Marie. 107.
POUVANAA A OOPA. 11, 20, 20.
PUKOKI, Slim. 111.
PUPUKE ROBATI. 109.
TEARIKI, John. 11.
TEFAARERE, Hiro. 23.
TEFATUA, John, 23.
TEHEIURA, Jacques. 105.
TEMAI, Tutu. 65.
TEMARU, Oscar. 68, 105, 107, 110,
111, 111, 123, 132, 133, 133.
TETIARAHI, Gabriel. 74.
TEUIRA, Jacky. 105, 105, 110, 111.
TEVA (clan des). 62, 62, 70.
TEVANE, Maco. 64, 65, 66, 67.
TJIBAOU, Jean-Marie. 107.
TOBIN, Georges. 58.
TUHIPUA, loteve dit Teve. 69.
VANIZETTE, William. 111.
VERNAUDON, Emile. 72, 110, 110.
VON SPEE, Amiral. 75.
WAN, Robert. 96.
WAUTHY, Bruno. 109.
WEBER, Max. 72.
WILD, José. 105.
Index des
l’Hôtellerie et des Industries touris¬
tiques. 18.
Fédération des Syndicats de P.F.
(F.S.P.F.). 20, 21, 21, 22, 23, 24, 24.
Force ouvrière (F.O.). 24, 114, 115.
FRONT DE LIBÉRATION DE LA
POLYNÉSIE (F.L.P.) vo/rTAVINI
HUIRA'ATIRA.
FRONT NATIONAL. 111.
FRONT UNI. 123.
HERE A’IA voir PUPU HERE A'IA.
IA MANA TE NUNA’A (le Pouvoir au
peuple). 16, 17, 68, 110, 123, 128.
POMARE PARTI. 129.
PORINETIA NO ANANAHI (la
Polynésie de demain). 110.
PUPU HEREA’IATENUNA’AIAORA
(Groupe aimant son pays pour le bien
16, 17, 111.
du peuple).
RASSEMBLEMENT DÉMOCRA¬
TIQUE DES POPULATIONS
TAHITIENNES (R.D.P.T.). 20, 20.
RASSEMBLEMENT POUR LA CALɬ
DONIE DANS LA RÉPUBLIQUE
(R.P.C.R.). 107.
RASSEMBLEMENT POUR LA RÉPU¬
BLIQUE (R.P.R.). 107, 111.
Solidarité au Pupu ma’ohi. 21.
Syndicat autonome des Fonction¬
naires indépendants (S.A.F.I.). 20,21,
23.
syndicats et des
partis politiques
Syndicat autonome des Travailleurs
polynésiens (S.A.T.P.). 20, 21,21.
Syndicat général des Fonction¬
naires et Agents de la Fonction
publique (S.G.F.A.F.P.). 20.
AI'A API
TAHOERA’A HUIRA’ATIRA
(Terres nouvelles). 110.
AMUITAHIRA'A NO PORINESIA
(l’Union pour la Polynésie). 110, 110.
AMUITAHIRA'A NO OCEANIA
(l’Union pour l’Océanie). 110.
A Tia i Mua. 23, 24, 24, 27, 114.
(Rassemblement du peuple). 40,105,
105, 106, 106, 107, 110, 111, 111, 123,
130, 130, 131.
TAVINI HUIRA’ATIRA (F.L.P.). 68,
105, 110, 123, 132.
TE ARATIA O TE NUNA’A (la Voie du
peuple). 110.
Centrale démocratique des Travail¬
leurs polynésiens (C.D.T.P.). 21.
Centrale des Travailleurs autono¬
mistes polynésiens (C.T.A.P.). 21,21,
24, 24.
Confédération des Associations et
Syndicats patronaux de P.F.
(C.A.S.P.P.F.). 18, 18, 19.
Confédération française démocra¬
tique du Travail (C.F.D.T.). 24, 24,
114.
Te Toto Tupuna. 68.
UNION DES DÉMOCRATES DE
FRANCE (U.D.F.). 110, 110.
Union démocratique des Syndicats
de i'Aéronautique (U.D.S.A.). 21.
Union patronale des E.F.O. 18, 19.
Union polynésienne de l’Hôtellerie.
18.
Confédération française des Travail¬
Union polynésienne des Syndicats
de Coopération technique
Confédération générale du Travail
Union des Syndicats autonomistes
Confédération internationale des
24.
(C.G.T.). 20.
(U.P.S.C.T.). 21.
polynésiens (U.S.A.P.). 21,21, 23, 24,
Syndicats chrétiens (C.I.S.C.). 20,21.
Union des Syndicats S.A.T.P.
Moyennes Entreprises de P.F.
(C.G.P.M.E.P.F.). 18, 19, 114.
Confédération syndicale interprofes¬
23, 24, 24, 27, 114, 115.
Confédération des Syndicats
RÉPUBLICAINS (U.T. - U.D.R.). 12.
21, 22, 22, 23, 24, 24.
Confédération des Travailleurs chré¬
démocratiques (U.T.S.D.). 21,21.
Union territoriale des Syndicats
Force ouvrière (U.T.S./F.O.). 21.
Confédération des Petites et
sionnelle. 18.
indépendants de Polynésie (C.S.I.P.).
tiens du Pacifique (C.T.C.P.). 20, 21.
SALMON, Alexandre. 62, 75.
SALMON, James. 105.
SANQUER, Guy. 106.
E’A NO MAOHI NUI (la Voie du
peuple polynésien). 69, 110, 111.
Fédération indépendante des Syn¬
dicats des Travailleurs (F.I.S.T.). 21.
Fédération du Personnel de Coopé¬
ration technique d’Outre-Mer
(F.P.C.T.O.M.). 21.
Fédération polynésienne de
TUPOU IV. 109.
leurs chrétiens (C.F.T.C.). 20.
RAAPOTO, Duro. 61, 61, 64, 65, 68,
120, 136.
RAAPOTO, Jean-Marius. 105, 111.
RABUKA, Colonel. 133.
RICHMOND, Tanetua. 65.
RIMBAUD, Capitame. 74.
RIVET, gouverneur Louis. 78.
ROBINEAU, Claude. 102.
ROLLAT, Alain. 106.
ROUGERIE, Francis. 109.
ROUX, Jean-Claude. 107.
E’A API (la Voie nouvelle). 111.
Conseil des Employeurs. 18, 19, 19,
112, 115.
Conseil national du Patronat français
(C.N.P.F.). 18, 115.
(U.S./S.A.T.P. ou U.S.A.T.P.). 21,21,
Union des Syndicats tahitiens
(U.S.T.). 20, 21.
UNION TAHITIENNE - UNION DES
Union territoriale des Syndicats
Union des Travailleurs de l’Énergie
(U.T.E.P.). 24.
Union des Travailleurs de Tahiti et
des Iles (U.T.I.IL). 21, 23, 24.
141
Volumes 1 et 3
Annexes
5e Congrès international
sur les Récifs coralliens Tahiti - 1985
Nous avons choisi de regrouper en annexes de
ce volume 9 les informations qui n'étaient pas
disponibles au moment de la publication des
volumes ou d'autres qui n’avaient pu figurer
faute de placer
congrès, organisé par l’Antenne du
Muséum national d’Histoire naturelle et de
Ce
pratique des Hautes Études en
Polynésie française. Centre de l’Environ¬
nement de Moorea. a donné lieu à la publica¬
tion de 6 volumes (.1 500 pages) contenant les
résultats scientifiques les plus récents sur la
Polynésie française relativement aux
contenus des volumes I (Les îles océaniques)
et 3 (Le milieu marin) de l’Encyclopédie.
Le premier volume des comptes-rendus
du Congrès, tout particulièrement, dresse un
l’École
Volume 1
Les trajectoires des cyclones
Les cyclones
et dépressions tropicales
mi-janvier à la fin avril, cinq puissants
cyclones ont dévasté pratiquement toutes les
îles de la Société et des Tuamotu, ce qui ne
s'était pas vu depuis I906.
Le
plus violent. Veena (vents de
200 km h) a touché l’île de Tahiti et plus préci¬
sément la presqu’île de Taiarapu.
De la
Cette recrudescence brutale de l’activité
cyclonique est en relation avec un réchauf¬
fement exceptionnel (.^ à 4‘’C) des eaux entre
l’équateur et le parallèle 20“S (phénomène
El Kino : voir aussi volume I, pp. 74-75 et
qui ont affecté la Polynésie
de l’été austral
1982-1983.
au cours
(11-1.3 décembre)
(20-27 janvier)
3. Orama/Nisha (14-27 février)
4. Prema (21-27 février)
5. Reva (6-14 mars)
6. Saba (19-22 mars)
7. Tomasi (27 mars-2 avrii)
8. Veena (7-13 avrii)
9. William (15-21 avril)
1. Lisa
2. Nano
bilan
de
nos
connaissances
sur
différents
archipels et atolls où étaient réalisées des
excursions qui suivirent le Congrès : îles de la
Société.
Moorea.
Makatea.
Rangiroa. Takapoto et Tikehau.
Mataiva.
B. SALVA'L
79-81).
G. CAUCHARD
L’océan qui nous entoure
Les considérations sur le fonctionnement des
atolls
pages 85-X6-87 ont permis
modèle de fonctionnement
exposés
d’élaborer
un
global reposant sur un processus original
dénommé “Endo-upwelling géothermique” :
dans ce concept en cours de vérifications in
situ, une cellule de convection au sein du socle
le flux
géothermique émis par le soubassement
volcanique et permet à l’eau océanique
profonde de déboucher à travers les zones
cavitaires à la périphérie externe du récif
corallien poreux est entretenue par
Cette
barrière.
eau
riche
en
nutriants
productivité récifale et
explique l’existence à l’intérieur des lagons des
karenci,
pinacles bioconstruits situés au
entretient
la
forte
niveau des zones de sortie secondaire de l’eau
endo-upwellée.
Les implications de ce concept d’endoupwelling sont multiples et permettent de
rendre compte :
de 'certains guyots. atolls
prématurément par insuffisance
d’endo-upwelling et engloutis par la
subsidence de la plaque lithosphérique.
des accumulations de phosphate (apatite)
-
de
l’existence
Volume 3
“décédés”
-
dans les atolls surélevés (Makatea) par capita¬
lisation des sels
phosphatés piégés lors du
comblement de l’atoll.
-
de l’existence des récifs barrières autour des
îles
hautes
grande
(Tahiti) et de leur pérennité à
distance des côtes (Nouvelle-
Calédonie. Australie).
-
de l’“effet d’îles” autour des îles Marquises ;
ces
îles
sont
ceinturées
à
90
mètres
de
profondeur par un récif barrière fossile qui
continue à être le siège d’un endo-upwelling,
mais dans
ce
cas
les récifs coralliens :
connaissances et
recommandations
sur
Lézards et geckos
La faune des Reptiles terrestres en Polynésie
française compte maintenant avec certitude
espèces : la présence du Gecko
Hemiphylloclaetyliis typus est confirmée et
une
deuxièm.e espèce à'Emoia, jusqu’ici
neuf
inconnue, a été identifiée.
Une
thèse est
en
cours
de réalisation
Francis ROUGERIE
Zoo-géographie de
Montpellier et Antenne Muséum-E.P.H.E. en
Polynésie, 1. Ineich) sur les caractéristiques et
la mise en place du peuplement en Reptiles de
la Polynésie.
c. BLANC
Bruno WAUTHY
1. INEICH
les nutriants libérés sont
disponibles pour le développement du phytoplancton qui atteint ainsi des teneurs élevées.
142
Impacts des activités humaines
Volume 2
(Laboratoire
de
Un livre de 25.3 pages (anglais et français) a été
en
1987 par B. Salvat (Antenne du
Muséum-E.P.H.E.en Polynésie française) sur
édité
sujet. 11 comporte 18 chapitres rédigés par
spécialistes sur chaque type d’activités
humaines causant des dégradations aux récifs
ce
des
coralliens.
L’objectif de cet ouvrage est de
recommander des mesures afin de minimiser
les
impacts de
s’adresse
aux
ces
activités humaines. Il
décideurs et
aux
conseillers
scientifiques.
B. SALVAT
L’exploitation perlière
l.es
premiers essais de perliculture effectués
entre
1962 et 1964 à Bora Bora et Hikueru ont
permis de conclure à la faisabilité de cette
en Polynésie française. Mais c’est à
partir de 1972 que les premières fermes
perlières ont commencé à produire quelques
kilogrammes de perles noires, pourdépasserà
partir de 1982 la centaine de kilogrammes. En
valeur, cette production représente plus d’un
milliard de francs Pacifique, ce qui la situe au
premier rang des exportations du Territoire.
La
réussite de la perliculture dans
l’archipel des Tuamotu et des Gambier a
favorisé un développement rapide des fermes
de captage et d’élevage de naissains en milieu
lagonaire, et l’on estime à plus de 2 000 le
nombre de personnes concernées par cette
activité qui regroupe une centaine de coopé¬
ratives et une vingtaine de fermes privées.
Le captage de naissains consiste à
immerger à 3 mètres en dessous de la surface
des collecteurs constitués de supports naturels
(u'u ou Suriana maritima) ou artificiels
(polyéthylène). A la métamorphose, les larves
de l’huître perlière se fixent sur ces supports,
d’où les naissains sont détroqués après 6 mois.
activité
A la récolte, les naissains sont mis en
élevage dans des paniers, puis percés et mis en
chapelets sur des plates-formes immergées,
pendant 3 ans. A cet âge. les nacres adultes
d’une taille de I I à 15 centimètres sont prêtesà
subir la greffe perlière.
Cette opération consiste à insérer dans la
gonade de l’huître-mère un morceau d’épithé¬
lium du manteau d’une jeune huître (le
greffon), ainsi qu’une bille (le nucléus) de 6 à
8 millimètres fabriquée à partir de la coquille
d’un
bivalve
d’eau
( Pleuroheiiui
douce
L’élevage perlier dure 2 ans.
période durant laquelle le greffon sécrète
autour du nucléus une couche perlière de plus
de 1,5 millimètre d’épaisseur.
Les perles de culture obtenues sont de
corduliini).
différentes tailles (9 à 18 millimètres), formes
(rondes,
couleurs
vert,
baroques, cerclées, poires) et
(grises, noires avec des nuances de
rosé, bleu violet, et brun).
Lorsque le greffon n’est pas resté accolé
au nucléus, il y a formation de keshi : perle
sans noyau, de faible diamètre et de forme
baroque.
M. COEROLI
Errata
P. 83 En titre du paragraphe, il faut lire “Parures pour
la tête” et non "Parures pour la fête”.
Volume 1
3®
P.
61
non
45°).
col.,
avant-dernière
phrase
:
lire
“généralement” au lieu de “également”.
P. 105 2® col., 6® lig. : lire “résultat" au lieu de "résidu".
P. 111 Légende : “Sur les pentes de moins de 35°” (et
P. 113 Le tableau
hectares.
indique les surfaces plantées, en
tournés en dérision” au lieu de “décision”.
Volume 2
P. 13 Les photographies ont été inversées : le gecko
est en bas et le lézard en haut.
P. 88
Photographies des Tilapia mossambica : le
mâle est à droite et la femelle à gauche.
P. 95 L’espèce représentée en bas à droite (sur fond
de carte) est Lepidodactylus lugubris (et non Gehyra
oceanica).
P. 114 La photographie représente des Noddis bruns
Anous stolidus fet non Anous tenuirostris).
P. 127 La photographie représente un groupe de
Noddis noirs Anous tenuirostris fet non Anous
stolidus).
Volume 4
P. 28 2® col., 10®
“immersions”.
lig, : tire “émersions” au lieu de
P. 35 Carte des datations 14C : Fidji ;
non
“+1 310”.
P. 49 V° col.,
P. 83 “Ta’avaha : grand diadème de chef ou de
guerrier”. La petitesse de la photographie ne donne
qu’une idée très imparfaite de la somptuosité de ces
ornements en plumes qui pouvaient atteindre de
80 cm à un mètre d'envergure.
P. 119 En bas, à droite, la gravure représentant des
guerriers marquisiens a été coupée sur la droite et on
ne distingue pas l'une des armes les plus impor¬
tantes : le casse-tête ('u'u).
P. 120 1'® col., 23® lig., il faut lire : “les vaincus étaient
lire "-1 310" et
11° lig. : lire NIHOA et non Nioha.
lig. : ajouter "à” (à Tahiti...).
P. 87 Légende : lire “la difficulté d'identifier le mur
est” (et non “ouest”).
P. 132 V° col., Atoll de Timoe, 5® lig. : marae Tota (et
non Totu).
P. 134 V® col-, 2® lig. : lire “900+90 après J.-C.” (et
non av. J.-C.).
P. 138 La référence attribuée p. 68 dans la légende à
P. 71 3® col., dernière
P. 24 Statues monumentales de Raivavae : en fait, les
trois statues de ce site ont été transportées à Tahiti et
se trouvent dans les jardins du Musée Gauguin. C’est
la plus grande d’entre elles que l’on voit sur la photo¬
graphie de droite.
P. 125 “Quelques Nuka-Hiviennes” par M. Radiguet :
il s’agit d'un dessin au crayon rehaussé à la plume
(f. 6).
P. 125 Vahi tapu (en basé droite) : il s’agit d’une plate¬
forme funéraire entourée de faisceaux symboliques
(f. 29).
P. 127 Illustrations en bas (à droite et à gauche) : il
faut supprimer “probablement”. Ces deux scènes ont
bien
été
observées
aux
îles
Marquises par
M. Radiguet. L’enfant, tout à fait à droite, porte les
premières marques de tatouages.
P. 129 II s’agit d’un détail très grossi du manche de
chasse-mouches du Musée de l’Homme n° 78.30,08.
P. 133 Les Marquisiens : il manque une partie de la
légende. Il faut lire, dans la 3® col. ; “les restes
desséchés étaient déposés sur une plate-forme en
pierres dans une maison spéciale dont les poteaux
étaient parfois sculptés en forme de tiki”.
Volume 8
P. 91 Légende : La première “École protestante
française indigène" a été inaugurée en 1866 (et non
en 1966).
Pierre Ottino est en fait à attribuer à Paul Ottino.
Volume 5
Pour l'ensemble des sources, toutes les références
(ou presque) à la collection Hooper du Musée de
Tahiti et des Iles ont été malencontreusement
omises. On notera donc que ces références à la
collection Hooper concernent essentiellement ;
P. 28 Les aiguilles de couvreurs recueillies par
Bennet. P. 60 Les fendoirs pour fruits à pain. P. 67 Le
contenant en noix de coco. P. 82 Le vêtement en tapa
appelé
tiputa.
P.
86
Pendentifs
et
colliers.
P. 91 Manche de chasse-mouches. P. 92 et p. 93 Les
détails d'un tambour sculpté des îles Australes.
P. 115 Arc, flèches et carquois. P. 119 Massue en
forme de pagaie. P. 120 Une lance des îles Australes.
P. 35 L’élément sculpté de maisons n° 3 (en bas, à
droite) n’est pas de Tubuai. Il s’agit d'un détail de la
partie haute d’un poteau d’habitation marquisienne.
P. 37 Légendes pour les différents types de fare tutu,
n°6 : il faut lire“VAIRAO” (Tahiti) au lieu de “Vairoa”.
41
L'aquarelle de Maximilien Radiguet
représentant une pêche au flambeau est inversée : la
gauche est à droite et vice-versa.
P. 44 Pour les sources des dessins (voir p. 142), il faut
noter que les dessins de J.-L. Saquet sont d’après
P. Jourdain pour les deux dessins supérieurs
(pirogues simples), mais aussi d’après J.-B. Neyret
(pirogue double de pêche) et J. Webber (pirogue
double de voyage). La compilation des termes verna¬
P.
culaires en tahitien est de A. Lavondès.
V® col-, dernier paragraphe : “De la rudi¬
mentaire gorge...”,
le mot “gorge” aurait dû
P. 46
apparaître en italique car il s’agit d’un terme anglosaxon.
P. 49 2® col.. Sur les récifs. 5® lig. : ajouter “du” : “du
côté du large”.
P. 51 V® col., avant-dernière lig. : il. faut lire :
“Signalons également la pêche au ’uravena
(Ruvettus preciosus) et au mana (Prometichtys
prometheus)”.
pierre (en haut, à gauche) est un
“ustensile de sorcellerie”
et
non
une
lampe
domestique. De plus, les “brochettes” de noix de
Bancoul qui servaient de chandelles n’étaient pas
piquées dans la lampe comme un bouquet de fleurs,
mais posées à terre et appuyées contre le bord du
vase en pierre (voir dessin). Ainsi les résidus de
combustion tombaient dans le récipient.
P. 75 “Le pied et la jambe tatouée d’une Marqui¬
sienne” : Ce dessin n’est pas de Julien Viaud (Pierre
Loti) mais de M. Radiguet, Album N° 1, folio 38.
Service Historique de la Marine. Il s’agit proba¬
P. 72 Le bol de
blement d’un homme tatoué.
Bibliographie - Complément
Volume 1
L’océan qui nous entoure
• F. ROUGERIE et B. WAUTHY (1986) Le concept
d’endo-upwelling dans le fonctionnement des
atolls-oasis, Oceanologica Acta, vol. 9, n“ 2,
pp. 133-148.
Les sols
• R. JAMET
(1986)
Les oxydosols de la Polynésie
française, Caractérisation et fertilité. Les Cahiers de
rO.R.S.T.O.M., série Pédologie, vol. XXII, n° 3,
pp. 285-299.
• R. JAMET
(1987) Tahiti, les sols et leurs aptitudes
culturelles et forestières. Notice explicative n° 107,
O.R.S.T.O.M., Paris, 115 p. et cartes.
• R. JAMET et J. TRICHET (1987) Sur l’existence de
podzols à gibbsite et anatase - Analyse des podzols
tropicaux de Tahiti, C.R. Acad. Sciences de Paris
(sous presse).
143
Volume 5
fare aua teni. Maison où la mère et l’enfant étaient
reclus pendant plusieurs mois après l’accou¬
chement.
Lexique
des mots vernaculaires
utilisés
Sauf mention du contraire les mots cités sont
tahitien.
en
A
fare ha'api’ira’a. École réservée aux fils aînés des
familles dominantes où était dispensé l’appren¬
tissage des savoirs traditionnels.
fare hua. Maison où la mère et l’enfant séjour¬
naient les jours consécutifs à l’accouchement.
fare ia manaha. Maison sacrée au marae dans
laquelle étaient déposés images et objets de valeur
appartenant aux divinités.
fare noa. Maison destinée aux serviteurs et aux
assistants lors des rites entourant la naissance d’un
fils d'ari’i.
fare rau maire. Maison où se déroulait l’accou¬
ahu. Autel, plate-forme supérieure des iiiarac.
’ahu (kalni aux Marquises et aux Tuamotu). Terme
général pour désigner les étoffes, les vêtements. Il
est le plus souvent remplacé par le mot lapa, d’ori¬
gine hawaïenne, quand il s’agit d’étoffes non tissées
écorce battue.
Grande pièce de iiipii portée sur les épaules comme
en
cape.
'ahu vauvau. Lors des cérémonies matrimoniales,
tissu taché du sang des parents des époux, dont les
coins étaient enterrés sur le manie et le reste
distribué aux arioi.
une
’aito. Casuarina ecjiii.selifoliu. "Arbre de fer" dont
le bois très durservait à la fabrication des battoirs à
ia/)a. L’aubier du ’ailo contient un pigment rouge
foncé : il permettait de préparer une teinture brune
(hiri) pour teindre les lapa. De nombreux objets, en
particulier les armes et les manches d’éventails,
étaient sculptés dans ce bois.
Au figuré, ’ailo signifie : héros, guerrier, coura¬
geux. Voir toa.
amo'a. Cycle de rites de passage, dont le premier
avait lieu dès la naissance de l’enfant.
Lumière ; monde des vivants, monde profane.
Voir po.
ao.
chement.
fare tupapa’u. Plate-forme ou édifice où le cadavre
(liipapa'u) était exposé après le décès.
fata. Plate-forme d’offrandes dans un marae.
Poteau pour suspendre des objets à l’intérieur
d’une maison.
fe’i. Mu.sa trogloilyianim. Bananier dont les fruits
sont
consommés cuits.
H
ha'akai.
Aux Marquises : ornement d’oreille
sculpté dans la dent de cachalot.
ha’ape'e. Grand vivier en vannerie.
ha’apori. Engraissage pratiqué à des fins esthé¬
tiques.
haka tepe’iu. Aux
hakaiki. Aux
ari'i.
Marquises ; cheffesse.
Marquises ; chef traditionnel. Voir
hami.
Aux Marquises : longue bande d’étoffe
portée par les hommes comme cache-sexe. Voir
maro.
hara. Transgression d’un interdit (lapii).
apa.
harura’apu’u. Jeu de balle.
heiva. Danse. Groupes de danseurs ou de musi¬
l’enceinte du marae.
heva
Exorciste.
apa’a. Tapa épais fabriqué par les hommes dans
’apai. Jeu qui ressemblait au hockey.
’ape. Cu/üca.sia macrorrhizu. Plante aux feuilles
très larges, de la famille des laro.
’aretu. Graminée avec laquelle on couvrait le sol
des maisons.
arioi. Société initiatique propre aux
Société. Les membres de celle-ci.
îles de la
’ati. Clan.
’aule. Brou.ssoneiia papyrijera ou mûrier à papier.
Son écorce donnait un tapa d’excellente qualité
très prisé.
melhyslicum. Les racines étaient
quelquefois utilisées pour teindre le lapa, mais elles
servaient surtout à la préparation d’une boisson
légèrement stupéfiante.
Piper
E
enana, enata.
Aux Marquises : homme, Marqui-
sien.
Motif de tatouage représentant un être humain très
stylisé.
e
patu tiki. Aux Marquises
tatouage.
lupapa’u. Cérémonie de deuil pratiquée
pendant la période d’exposition du cadavre d’un
ari'i.
hiro.
Plaisanter, raconter des histoires.
hopu’u. Tapa fin et blanc fabriqué à l’aide de
l’écorce de 'aute.
hura. Une danse.
ari'i. Chef traditionnel.
’ava.
ciens.
:
la technique du
F
fa’ahe’e, fa'ahe'era’a. Sport qui consiste à glisser
sur les vagues avec une planche (surQJa'e iaina. Aux Marquises : abri où la mère se
retirait avant l’accouchement.
fara. Le pandanus, dont les feuilles servaient à
couvrir les toitures et à faire des vanneries (nattes,
paniers). Son fruit était parfois consommé aux
Tuamotu.
farau. Abri à pirogues.
fare {j'a'e aux Marquises ; 'are à Mangareva et aux
Australes). Maison, abri, édifice.
fare ’aira’aupu. Maison d’apprentissage des prières
(upu) et de la liturgie traditionnelles.
I
’iatoai. Chef de rang inférieur à un ari'i.
i’e. Battoir à tapa.
a. Aux
Marquises : pèle-fruit en coquillage.
’ina’i. Nourriture d’origine animale.
inu. Boisson, boire.
ivi po’o, pu'o. Aux
Marquises : ornement cylin¬
drique en os, souvent décoré d’une figure de tiki.
K
ka’aku. Aux Marquises : mets à base de fruit de
l’arbre à pain et de lait de coco.
ka'ioi. Aux
Marquises : adolescent.
kara. Aux Tuamotu : calcaire dur pour percuteurs.
kava.
Aux Marquises et dans de nombreux
archipels polynésiens : Piper methy.sticum. Voir
’ava.
ke’etu.
Aux
Marquises : roches pigmentées,
d’originevolcanique(tufs),qui
servaient de bordures sur les plates-formes des
maisons marquisiennes. Elles étaient parfois
sculptées d’une face de liki.
koika. Aux Marquises : fête, réjouissance. Grande
fête publique.
ko’inaha'ame’ie i’ima. Aux Marquises ; cérémonie
de purification des mains.
ko’ina okapuaina. Aux Marquises : cérémonie de
perçage des oreilles des enfants.
ko’oka. Aux Marquises : plat rond, en bois.
kuhane. Aux Marquises : esprit, âme humaine.
souvent rougeâtres,
Voir uhane, varua.
pa’iatua. Cérémonie religieuse principale des îles
M
ma.
de la Société.
Aux Marquises : pâte de fruit à pain fermentée.
ma’a.
Nourriture,
végétale.
aliments,
surtout
d’origine
ma’a (niaka aux
Marquises). Fronde.
mahi (iiw'i aux Australes). Pâte de fruit à pain
fermentée.
Pouvoir d’origine surnaturelle.
mana.
manahune. Gens du commun, par opposition aux
chefs.
ma’ohi. Du pays, autochtone, polynésien.
maona.
Lutte.
Neonauclca Jor.sieri. Son bois jaune et
sonore servait à
fabriquer l’enclume sur laquelle
était battue l’écorce dont on voulait faire du tapa,
mara.
marae.
Site religieux traditionnel.
maro.
Vêtement masculin.
maro
'ara. Ceinture de plumes.
mala’eina’a. District.
matahiapo. Enfant aîné.
mati. Fieu.'; lincloria. Le Jus extrait des figues de
nmti mélangé à des feuilles de wu donnait une
teinture d’un beau rouge vif qui était utilisée pour
les décors végétaux de certains lapa,
me'ae. Aux Marquises : site religieux. Voir marae.
Marquises : l’arbre à pain et ses fruits.
Marquises : libre d’interdits.
mira. Thespc.'iia popiilnea. Avec les fleurs de niiro
on obtenait une teinture
Jaune pour les tapa. Bois
utilisé en sculpture.
moea. Natte pour dormir.
mono'i. Huile parfumée.
mer.
Aux
me'ie. Aux
motora’a. Boxe.
mo'u. Carc.x sp. Graminée dont les fibres servaient
à appliquer les pigments sur les lapa, à faire des
filtres.
du mort à l’issue des rites funéraires.
papa tupapa’u.
Civière funéraire.
Masque en nacre du chef de deuil.
parahu. Aux Marquises : arme en forme de pagaie.
pareu. Vêtement.
patu tiki. Aux Marquises : rituel du tatouage.
parae.
Pilon.
penu.
pia.
Tacca
leoniopeialuïcles.
Fibres de bourre de coco tressées.
nape.
natinati ’aha. Sorcier.
les
Plante dont
tubercules produisent de la fécule.
pifa’o. Sorcellerie.
pitipiti’o. Ahrusprecatorius. Liane dont les graines
rouges servaient à faire des ornements.
pito. Cordon ombilical.
po. Nuit ; monde des morts, des ancêtres et des
divinités ; temps des origines.
po'e. Mets sucré à base de fruits ou de tubercules.
popoi (!>oi aux Australes). Aux Marquises : pâte de
fruit à pain, mélangée avec un peu de fruit à pain
fermenté.
poreho. Dispositif pour pêcher les poulpes.
pu. Conque marine, trompe d’appel.
pufe’efe’e. Aux Marquises : placenta (i}ufenua à
Tahiti).
pu ihu. Aux Marquises : flûte nasale.
pu kohe. Aux Marquises : trompe d’appel.
putoka. Aux Marquises : conque marine.
R
ra'atira. Petit chef, d’un rang inférieur au
’iatoai.
les
nevaneva.
Surnom donné aux Jeunes gens accom¬
pagnant le chef de deuil dans les cérémonies heva
nipapa'u.
Libre d’interdits, non-iapu.
nono.
Moriiula
cilrijolia. Les racines de nono
infusées donnaient une teinture Jaune pour le lapa.
O
sur
ruru
opi’o. Four de grande taille pour cuire les fruits de
l’arbre à pain.
ora. Ficus proH.xa. Banyandont l’écorce donnait le
lapa dénommé are.
ore.
Tapa épais et brun, imperméable, tiré de
une
Massages.
Peigne à tatouer.
Aux Marquises : grand diadème de
plumes.
tahi'i. Aux Marquises : éventail.
l’écorce du ura.
’oro'a. Cérémonie religieuse.
préservé à l’issue des
’otoha’a. Offrande funéraire.
P
paeho. Longue serpe en dents de requin portée par
les chefs de deuil.
pa'ekaha, pa'eke’a. Aux Marquises : ornement de
tête en écaille de tortue et coquillage.
pa'eku'a. Aux Marquises : ornement de tête avec
des plumes.
paepae. Pavage, soubassement, plate-forme de
pierres.
pahu. Tambour.
pahupahu. Aux Marquises : oncles maternels et
tantes paternelles.
ta’avaha.
traditionnel
pour l’éclairage. La suie de noix de bancoul entrait
dans la composition de l’encre pour tatouages.
ti’i. Sculpture anthropomorphe de bois ou de
pierre.
tiki. Aux Marquises : motif décoratif, représen¬
tation humaine, sculpture.
timo, liniura'a. Jeu pratiqué avec des pierres
rondes.
tino. Corps.
tio’o. Voir mahi.
tiputa. Vêtement en forme de poncho.
tira. Mât. Pêche au thon à l’appât vivant.
titi. Groupe social inférieur, composé de prison¬
niers de guerre, de fugitifs et de marginaux.
to. Canne à sucre.
toa. Ancien
;
par
extension
:
tahu’a ra’au. Guérisseur.
tahu’a tehe. Circonciseur.
Conlia suheonUua. Les feuilles du luu
imbibées du Jus des figues de iiwii donnaient une
belle teinture rouge pour décorer le la/ia.
tou.
tutu. Cuire de la nourriture en mettant des pierres
chaudes dans un plat.
Enclume en bois ou en pierre sur
laquelle l’écorce était battue pour fabriquer du
tutu, lulua.
tapa.
U
uhikana. Aux
Marquises : ornement pour la tête.
’umete. Contenant, plat en bois.
umu.
ta'iha’a. Offrande funéraire.
unu.
tama. Enfant.
Calophytium inuphylluin. L’épiderme de
la racine du lanianu contient un pigment Jaune
utilisé pour teindre le tapa,
tapa. Étoffe non tissée faite à partir de la partie
tamanu.
interne de certaines écorces.
tapo’i. Tissu recouvrant le couple lors des céré¬
monies de mariage.
tapu. Interdit.
tapua miri. Embaumeur.
tara’ehara. Expiation à la suite de la transgression
d’un interdit.
tible.
Colucasia escu/enla. Plante à racine comes¬
Tatouages, tatouer.
Marquises : prêtre ou spécialiste reli¬
gieux. Voir tuhuna.
tatau.
ta’ua. Aux
taumata. Visière.
du Ca.suarina : voir ’aito. Aux
to’ofa. Chef de rang inférieur à l’a/ ;'/. Voir ’iatoai.
tahutahu. Sorcier.
tara.
nom
dant du cadavre.
T
Prêtre
haut rang.
ti'a’iri.
A/euriles moluccana ou bancoulier.
L’écorce macérée donnait une teinture brune pour
les tapa. L’amande huileuse des fruits était utilisée
tuhuna. Aux Marquises : prêtre ou spécialiste reli¬
gieux. Voir ta’ua.
tuia. Aux Marquises ; fiancée promise en bas âge.
tupapa’u. Cadavre ; émanation surnaturelle procé¬
vehe. Rouleau de tapa.
guérisseur, spécialiste.
teuteu. Serviteur des personnes de
tokotoko pio’o. Aux Marquises : bâton de chef.
Échasses.
tahu'a.
Espèce de castagnettes agitées par le chef de
deuil.
toki. Aux Marquises, aux Tuamotu, à Mangareva :
herminette.
Pipiuru.s ar^enteus. Arbuste dont l’écorce était
utilisée pour faire des lignes de pêche.
rumi.
tete.
to'i. Herminette.
ta.
oho aupatu tiki Maison construite pour les céré¬
monies de tatouage.
’oromatua. Crâne humain
rites funéraires.
Ancêtre.
bau
teka. Aux Marquises : sport qui consiste à lancer en
ricochet des baguettes de bois ou de roseau.
danse,
roa.
rore.
ni’au. Feuille de cocotier.
ou
Supercision.
tehe.
tohua. Place publique ; lieu de réunion, de
cérémonies, de fêtes, entouré de paepae : place de
rimu'ahu. DavaUia ^ihherosa. Fougère que l’on
retrouve dans les décors végétaux sur les tapa,
Pièce de bois transversale
te’a. Tir à l’arc, flèche.
tohi. Ciseau.
re'a. Curcunia viridifloral/onga. Le pigment jaune
contenu dans les racines était utilisé pour teindre
les tapa.
pirogue de pêche.
taure’are’a. Adolescent.
Marquises : Casuarina equisetifoHa ; courageux,
guerrier.
rahu'i Période de prohibition portant sur
récoltes ou la pêche.
rio.
taupo’o. Chapeau ; coiffure ; base des ornements
pour la tête.
ta’urua. Fête publique.
reho. Pèle-fruit en coquillage.
N
noa.
pani. Aux Marquises : huile parfumée.
pani tutui. Prière pour lever l’interdit sur la maison
taumi. Ornement porté par les guerriers.
Four polynésien.
Poteau sculpté dans un marae.
’upa'upa. Divertissements, danse.
’uravena.
deurs.
Ruveiiiis.
Poisson de grandes
profon¬
’uru. Arlocarpus aliilis ou arbre à pain. Son écorce
était utilisée pour fabriquer du tapa. Son fruit
formait la base de la nourriture et entrait dans de
nombreuses préparations culinaires.
’u’u. Aux Marquises : un casse-tête généralement
décoré de sculptures.
V
Pirogue, en général.
Pirogue à balancier, pirogue de lagon.
va’a no’o. Pirogue de pêche à tableau arrière.
varua. Esprit ou âme humaine.
verofa. Javelot utilisé pour les exercices guerriers.
va’a.
va’a motu.
vivo. Flûte nasale.
145
Volume 9
PIRAE
ARUE
1946 1951 1956
1962
1971 1977 1983
36
1946
51
1956 1962
1971 1977 1983
36
Voir pp. 76-77
Croissance des effectifs
de la “zone urbaine” de 1936 à 1983
1936
1946 1951 1956
1962
1971
1977 1983
36
1946 1951 1956 1962
1936
1946 1951 1956
1962
1971 1977 1983
36
1946 1951 1956
1962
1971 1977
1971
1983
1977 1983
36
1946 1951
MAHiNA
1962
Européens
Polynésiens
Demis
Chinois
Voir pp. 74-77
Effectifs, croissance (en bleu)
et répartition (en rouge)
des catégories socio-ethniques
dans ia “zone urbaine” (1962-1971)
146
Autres
Total
28
714
22,45
706
1 963
65,13
61.73
264
288
24,35
9,06
69
167
6,37
5,25
17
48
1,57
1,51
1 084
3 180
1962
1971
1977
1983
ARUE
1971
2,58
1956
24,50
178,05
9,09
142,03
182,35
193,36
1962
1971
194
1 835
9,53
35,04
1 291
2 303
63,44
41,71
150
569
7,37
10,3
357
638
17,54
11,55
43
77
2,12
1,40
2 035
5 522
PIRAE
897,42
78,39
279,33
78,71
79,07
171,35
1962
1971
383
2 976
9,11
29,4
2 745
5 827
65,33
57,56
640
540
15,23
5,33
371
696
8,83
6,87
63
84
1,5
0,84
4 202
10 123
PAPEETE
677,02
112,28
-15,62
87,60
33,33
140,91
1962
1971
1 130
2 653
5,68
11,06
11 522
15 076
57,9
62,83
2 654
1 815
13,33
17,56
4 238
4 089
21,29
17,04
359
360
1.8
1.6
19 903
23 993
134,78
30,84
-31,61
-3,5
0,28
20,55
Iles du Vent
Iles Sous-le-Vent
Voir p. 92 et p. 102
Tuamotu-Gambler
Production (en tonnes) de coprah
Australes
par archipel (1960-1986)
Marquises
Voir pp. 76-77
Évolution de la répartition (en effectifs et croissance moyenne annuelle) de la
population non-européenne dans la zone urbaine entre 1962 et 1971
POLYNÉSIENS
1962
CHINOIS
DEMIS
1971
1962
1971
1971
1962
706
19,8
1 963
264
1
288
69
15.8
167
ARUE
1 291
8,7
2 303
150
31
569
357
8,7
638
PIRAE
2 745
12,5
5 827
640
-
11 522
3.4
15 076
2 654
-
FAAA
2 186
27,6
7 618
PUNAAUIA
1 507
11.3
3 045
PAEA
1 588
7,7
2 692
TOTAL
21 545
8,7
38 524
MAHINA
PAPEETE
1,7
540
371
3,5
1 815
4 238
483
5,9
741
691
336
14,1
763
235
309
2.4
377
184
4 836
0,6
5 093
6 145
-
-
-
9,7
696
0.4
4 089
9,1
1 258
1.6
202
3.3
129
1,8
7 179
Voir pp. 80-81
Nombre d'actifs travaillant dans leur commune de résidence
dans une autre commune de l’agglomération
(d'après recensement 1983 t.N.S.E.E.)
ou
Population active
Commune
Commune
de travail
ARUE
MAHINA
PIRAE
PAPEETE
FAAA
PUNAAUIA
totale vivant
PAEA
dans la commune
de résidence
924
238
288
1 591
99
19
4
3 163
ARUE
67
753
269
1 380
68
9
1
2 547
PIRAE
73
335
1 301
2 566
195
41
7
4 518
PAPEETE
84
355
419
7 317
397
120
29
8 793
FAAA
64
287
264
3 817
2 511
298
31
7 272
PUNAAUIA
33
160
149
2 419
498
1 254
41
4 554
PAEA
15
79
82
1 022
269
215
794
2 476
119
198
173
1 973
147
126
60
6 638
1 379
2 405
2 945
22 085
4 184
2 082
967
MAHINA
Autres communes
de Tahiti
Nombre d'emplois
offerts par la commune
1960
-
493,2
1961
FAAA
PUNAAUIA
542,1 -
1962
TOTAL
PAEA
478,8
1963
320,2 -
1964
1962
1971
1962
1971
1962
1971
1962
1965
1971
436,5
296,1
1966
270
1 561
7,33
13,68
2 186
7 618
59,39
66,74
483
741
13,12
6,49
691
1 258
18,77
11,02
51
236
1,39
2,07
478,15
248,49
53,42
82
274
1 130
11,3
21,49
1 507
3 045
62,17
57,9
336
763
13,86
14,51
235
202
9,69
3,84
72
119
2,98
2,26
312,41
102,06
127,08
-
14
49
233
2,24
6,72
1 588
2 692
72,68
77,69
309
377
14,14
10,88
184
129
8,42
3,72
55
34
2,52
0,99
375,51
69,52
22
-
29,89
2 328
11 202
6,55
17,8
21 545
38 524
60,67
61,19
4 836
5 093
13,62
8,09
6 145
7 179
17,3
11,40
660
958
1,86
1,52
137,9 - 236 F
1967
381,19
166,2
1968
130
1969
1^^° ■■■ 67,3 - 314 F
78,81
1971
F
■■■■■■113
212 F
338 F
1972 ■■■61,3 - 192 F
1973 ■§■54,4 - 154 F
5,31
16,83
1974 ■■
36,5 - 191 F
F
1976 ■■142 - 222 F
1975 ■§ 33,2 - 242
1977 I
1978 I
7,3 - 239 F
8,4 - 250 F
1979 ■14,2 - 280 F
362,74
65,28
-38,18
45,15
1980 I
1981
11 - 800 F
■ 13,9 - 800 F
■ 13,4 - 800 F
10,7 - 900 F
1984 113,2 - 1 200 F
1985 ■23,9 - 1 700 F
1986 ■ 23 - 1 200 F
1982
1983 I
3 681
11 414
210,08
2 424
5 259
116,96
2 185
3 465
58,58
35 514
62 956
77,27
Voir p. 92 et p. 102
Évolution de la population (en tonnes)
et des prix au kg de la
vanille verte aux I.S.L.V.
147
Crédit photographique et source des iliustrations
Malgré nos efforts, certains noms.de photographes ont pu nous échapper :
qu'ils veuillent bien nous en excuser.
Les photographies sont répertoriées de la gauche vers la droite et de haut en
bas.
P. 4-5 Cl. Rives-Cedr/. P. 6 M. Folco-Éd. du
Pacifique. P. 8 H. Cao-OPATTI.
LES RAPPORTS SOCIAUX
P. 9 OPATTI. P. 10 OPATTI ; OPATTI ; OPATTI. P. 11 Cl. Rives-Cedri ;
J.-Cl. Bosmel ; tableau d’après les Recensements de l'INSEE (1962 et 1983).
P. 12 G. Hucault-SIRPPG ; M. Folco-Éd. du Pacifique ; CL Rives-Cedr/.
P. 13 tableau d’après données INSEE et ITSTAT ; G. Hucault-SIRPPG ;
Ch. Pinson. P. 14 A. Ropiteau ; coll. Encyclopédie ; Stokes-Bishop Muséum
(nég. n° 8688). P. 15 Bishop Muséum (nég. n” 8397) ; CL Rives-Cedr; ;
G. Hucault-SIRPPG ; Ch. Pinson. P. 16 coll. J. Drollet ; CL Rives-Cedr/.
P. 17 Cl. Robineau ; Cl. Rives-Cedr; (3 cl.) ; G. Hucault-SIRPPG.
P. 18 J. Bouchon ; J. Genest-OPATTi ; Ch. Pinson ; Ch. Pinson ; Ch. Pinson.
P. 19 Ch. Pinson ; Ch. Pinson ; M. Folco-Éd. du Pacifique.
P. 20 coll. Encyclopédie ; Les Nouvelles. P. 21 Les Nouvelles ;
coll. Encyclopédie ; tableau de Karin Daussat. P. 22 Les Nouvelles ;
Les Nouvelles. P. 23 Ch. Pinson ; G. Hucault-SIRPPG ; Ch. Pinson ; Ch. Pinson ;
Encyclopédie. P. 24 G. Hucault-SIRPPG ; G. Hucault-SIRPPG ; tableau d'après
données de l'Inspection du Travail.
LES PROBLÈMES SOCIAUX
P. 25 Ch. Pinson ; Ch. Pinson. P. 26 Ch. Pinson ; Ch. Pinson ; graphiqued'après
le Rapport d'Activités de la C.P.S. (1985). P. 27 graphiques d’après le Rapport
d'Activités de la C.P.S. (1985) ; Ch. Pinson. P. 28 G. Hucault-SIRPPG ; tableau
d’après le Rapport annuel d’Activités de la Direction de la Santé publique
(1984). P. 29 Cl. Rives-Cedr; ; B. Vannier ; Cl. Rives-Cedr; ; tableaux d'après le
Service de la Santé publique. P. 30 Ch. Pinson ; tableaux d’après le Service des
Douanes et des Affaires économiques, cité In Comité économique et social de
P.F. "La toxicomanie : conséquences et remèdes". P. 31 Les Nouvelles ;
J. Bouchon ; Ch. Pinson. P. 32 affiche d'après un dessin de Marc Bâti, coll.
Service des Archives territoriales ; Cl. Rives-Cedr; ; Ch. Pinson ; tableau d’après
le Service des Douanes et des Affaires économiques cité In Comité économique
et social de P.F. “La toxicomanie : conséquences et remèdes". P. 33 tableau
Accidents de la route : Gendarmerie Nationale d’après un tableau de l'ITSTAT
(Tableaux de l’économie polynésienne, 1985) ; tableau Bière : Service des
Douanes et des Affaires éco. cité In Comité éco. et social de P.F. “La
toxicomanie : conséquences et remèdes". P. 34 J. Bouchon ;
G. Hucault-SIRPPG ; tableaux d’après une enquête de laSétil sur la situation de
l’habitat insalubre à Tahiti, OTHS, octobre 1982. P. 35 carte d’après l’OTHS
“Vers une politique d’aménagement du Territoire réaliste et ambitieuse pour la
P.F.’’. P. 36 Ch. Pinson. P. 37 Ch. Pinson ; coll. OTAC. P.38 G. Hucault-SIRPPG :
graphique d’après ITSTAT. P. 39 graphique Jeunes d’après ITSTAT ;
Ch. Pinson ; Ch. Pinson ; graphique Enseignement d’après données
du Vice-Rectorat. P. 40 Ch. Pinson ; G. Hucault-SIRPPG ; graphique d’après le
Rapport d’Activités de l’Agence pour l’Emploi et la Formation professionnelle
(1986).
LA VIE ASSOCIATIVE
P. 41 Van den Broek ; coll. Musée de l'Homme (E.38.2149.1) ; D. Darqué.
P. 42 J. Stokes, coll. Bishop Muséum (nég. n°8410-A) ; Ch. Pinson ; Ch. Pinson ;
CL Rives-Cedr/. P. 43 Ch. Pinson ; Ch. Pinson. P. 44 coll. Encyclopédie ; coll.
Encyclopédie ; coll. Encyclopédie. P. 45 D. Darqué ; J. Bouchon ; D. Darqué ;
G. Hucault-SIRPPG ; D. Darqué ; J. Bouchon ; J. Bouchon ; D. Darqué.
P. 46 coll. O’Reilly ; coll. Encyclopédie ; D. Darqué. P. 47 Cl. Rives-Cedr/ ;
M. Folco-Éd. du Pacifique ; Ch. Pinson ; CL Rives-Cedr/. P. 48 Encyclopédie ;
CL Rives-Cedr/ ; Cl. Rives-Cedr/ ; Encyclopédie ; Cl. Rives-Cedr; ; Ch. Pinson ;
Ch. Pinson. P. 49 H. Cao-OPATTI ; CL Rives-Cedr/. P. 50 M. Folco-Éd. du
Pacifique ; Cl. Rives-Cedr/ ; M. Folco-Éd. du Pacifique. P. 51 Ch. Pinson ;
Cl. Rives-Cedr/ ; Cl. Rives-Cedr/ ; Ch. Pinson ; Ch. Pinson. P. 52 coll.
Encyclopédie ; Cl. Rives-Cedr/ ; J. Bouchon. P. 53 Ch. Pinson ; J. Bouchon.
P. 54 Ch. Pinson ; coll. Encyclopédie ; G. Wallart ; D. Darqué. P. 55 affiche coll.
Service des Archives territoriales ; Ch. Pinson ; G. Hucault-SIRPPG ;
CL Rives-Cedr/ ; D. Darqué. P. 56 coll. Encyclopédie ; Ch. Pinson ; Ch. Pinson ;
Ch. Pinson.
CULTURE ET RENOUVEAU CULTUREL
P. 57 E. Christian-OPATTI ; affiche d’après un dessin de Bobby Holcomb, coll.
Service des Archives territoriales. P. 58 B. Hermann-Éd. du Pacifique ; aquarelle
de G. Tobin (1792) from the original painting in the MITCHELL LIBRARY, by
courtesy of LIBRARY COUNCIL OF NEW SOUTH WALES. P. 59 J. Bouchon ;
J. Bouchon. P. 60 ROGER-VIOLLET (réf. RV.311.751) ; coll. OPATTI.
P. 61 D. Charnay ; coll. OTAC ; Ch. Pinson ; coll. OTAC.
P. 62 coll. Encyclopédie. P. 63 Encyclopédie (3 cl.) ; coll.
Encyclopédie ; coll. Société des Etudes océaniennes. P. 64 Ch. Pinson ;
Achevé d’imprimer; Juin
1990
Dépôt légal; 2™“ trimestre 1990
Cet ouvrage a été compose par POLYTRAM, Tahiti
La photogravure a été réalisée par POLYCHROME, Tahiti
Imprimé et relié par TOPPAN, Singapour.
148
G. Hucault-SIRPPG. P. 65 G. Twigg-Smith, coll. Sinoto ; J. Garanger ;
Y. Sinoto-Bishop Muséum ; H. Cao-OPATTI. P. 66 coll. Encyclopédie ;
Encyclopédie ; H. Cao-OPATTI. P. 67 coll. Centre polyn. des Sciences
humaines (Archéo.) ; Ch. Pinson ; CL Rives-Cedr/ ; Ch. Pinson ; J, Bouchon.
P. 68 affiche d’après un dessin de Sergio Macedo, coll. Service des Archives
territoriales ; Ch. Pinson ; Ch. Pinson ; coll. OTAC. P. 69 D. Darqué ;
H. Cao-OPATTI ; Ch. Pinson ; H. Cao-OPATTI. P. 70 coll. Encyclopédie ; coll.
O’Reilly. P. 71 coll. Encyclopédie ; P. Zarlenga ; A. Sylvain-OPATTI ;
CL Rives-Cedr/. P. 72 D. Darqué ; G. Hucault-SIRPPG ; G. Hucault-SIRPPG ;
G. Hucault-SIRPPG.
LES ILES DU VENT
P. 73 Ch. Pinson ; coll. BRITISH LIBRARY (réf. 10491 b29 I FP) in Lucett
"Rovings in the Pacific". P. 74 A. Sylvain ; L. Gauthier ; graphique d’après
Teissier, R. Auzelle, Jullien, INSEE, Tetiarahi ; tableau d’après INSEE et
ITSTAT. P. 75 carte d’après R. Auzelle (1950). P. 76 plan d’après R. Auzelle
(1950). P. 77 coll. O’Reilly. P. 78 H. Cao-OPATTI ; Service de l’Aménagement.
P. 79 Ch. Pinson ; carte de F. Merceron d'après le recensement de l’INSEE
(1983). P. 80 H. Cao-OPATTI. P. 81 carte d'après F. Doumenge (1966)
“L’homme dans le Pacifique Sud" ; H. Cao-OPATTI. P. 82 G. Hucault-SIRPPG ;
H. Cao-OPATTI ; graphiqued’après une enquête du Service de l’Équipement de
1978-1979, avec une extrapolation sur une base de 10% d’augmentation du
trafic annuel par J.-P. Charles. P. 83 H. Cao-OPATTI ; T. Zysman ; carte de
F. Merceron d’après l'INSEE. P. 84 J. Bouchon ; CL Rives-Cedr/ ;
G. Hucault-SIRPPG : tableau d’après les recensements de l'INSEE (1977 et
1983). P. 85 carte de F. Merceron d'après le Rapport d’activités de Marama Nui
(1986) et le Service de l'Économie rurale ; Ch. Pinson ; Ch. Pinson ; Ch. Pinson.
P. 86 J. Bouchon ; H. Cao-OPATTI ; H. Cao-OPATTI ; carte de F. Merceron et
J.-P. Charles d’après des photos aériennes du Service de l’Aménagement.
P. 87 H. Cao-OPATTI ; H. Cao-OPATTI. P. 88 carte de F. Merceron d'après
l’Annuaire statistique 1986 du Service territorial du Tourisme ; CL Rives-Cedr/;
G. Hucault-SIRPPG.
LES ARCHIPELS
P. 89 LG.N. ; Service de l’Aménagement. P. 90 Carte d'après des données du
Service de l’Agriculture et des Eaux et Forêts. P. 91 Ch. Pinson ; M. Folco-Éd. du
Pacifique ; CL Rives-Cedr/. P. 92 F. Ravault. P. 93 F. Ravault ; T. Zysman.
P. 94 M. Folco-Éd. du Pacifique ; B. Vannier ; G. Wallart ; Cl. Rives-Cedr/.
P. 95 T. Colombel-OPATTI ; Ch. Pinson ; G. Hucault-SIRPPG.
P. 96 H. Cao-OPATTI ; Cl. Rives-Cedr/ ; coll. Encyclopédie ; H. Cao-OPATTI ;
graphique d’après données EVAAM. P. 97 H. Cao-OPATTI ; H. Cao-OPATTI.
P. 98 H. Cao-OPATTI ;
graphique d’après le recensement de l’INSEE (1983) et
le Rapport annuel du Service de l'Aviation civile. P. 99 Ch. Pinson ;
M. Folco-Éd. du Pacifique ; Cl. Rives-Cedr/ ; Cl. Rives-Cedr/.
P. 100 G. Hucault-SIRPPG ; G. Hucault-SIRPPG. P. 101 G. Hucault-SIRPPG ;
G. Hucault-SIRPPG ; G. Hucault-SIRPPG ; G. Hucault-SIRPPG ;
H. Cao-OPATTI ; G. Hucault-SIRPPG. P. 102 A. Sylvain.
P. 103 G. Hucault-SIRPPG.
LA VIE POLITIQUE
P. 105 G. Hucault-SIRPPG ; G. Hucault-SIRPPG. P. 106 Ch. Pinson ;
G. Hucault-SIRPPG ; G. Hucault-SIRPPG ; coll. SIRPPG.
P. 107 G. Hucault-SIRPPG. P. 108 G. Hucault-SIRPPG ; carte des nodules par
J.-L. Saquet, élaborée à partir d’une carte publiée par le Circum Pacific Council
for Energy and Minerai Resources ; carte par J.-L. Saquet d’après Hérodote
n°32 (1984). P. 109 carte des routes commerciales par J.-L. Saquet, élaborée à
partir d’une carte publiée en 1983 dans l’'’Atlas stratégique” ; Ch. Pinson.
P. 110 G. Hucault-SIRPPG ; Ch. Pinson. P. 111 Ch. Pinson ; Ch. Pinson ;
G. Hucault-SIRPPG ; G. Hucault-SIRPPG ; G. Hucault-SIRPPG. P. 112tableaux
d’après l’ITSTAT : Aspects n°3-4. P. 113 B. Vannier ; M. Folco-Éd. du Pacifique;
affiche OPATTI ; E. Christian-OPATTI ; tableau d'après l’ITSTAT : Aspects
n° 3-4. P. 114 Ch. Pinson. P. 115 M. Folco-Éd. du Pacifique ; Ch. Pinson ;
G. Hucault-SIRPPG. P. 116 A. Ropiteau ; Ch. Pinson ; J. Bouchon ; Ch. Pinson.
P. 117 Ch. Pinson. P. 118 H. Cao-OPATTI ; Ch. Pinson ; H. Cao-OPATTI.
P. 119 G. Hucault-SIRPPG ; G. Hucault-SIRPPG. P. 120 Dormoy de la
Harpe-Musée de l’Homme (réf. C36 1236.34) ; B. Vannier ; Cl. Rives-Cedr/.
QUEL DEVENIR ?
P. 121 Ch. Pinson ; coll. Ch. Beslu ; A. Sylvain. P. 122 J. Bouchon ;
G. Hucault-SIRPPG ; coll. OTAC ; J. Bouchon. P. 123 J. Bouchon ;
M. Folco-Éd. du Pacifique. P. 124 B. Saura ; Ch. Pinson. P. 125 tableaux d’après
l’ITSTAT : Aspects n° 3-4 ; Cl. Rives-Cedr/. P. 126 carte J.-L. Saquet d’après
F. Rougerie. P. 127 carte J.-L. Saquet d'après données de la Direction de la
Santé publique ; Cl. Rives-Cedr/. P. 129 coll. Nouveau Journal.
P. 130 J. Bouchon ; coll. Encyclopédie. P. 131 Ch. Pinson ; J. Bouchon ;
G. Hucault-SIRPPG ; G. Hucault-SIRPPG. P. 132 cl. Ponsard, coll. Musée de
l’Homme (réf. MH 56.5667) ; A. Sylvain. P. 133 CL Rives-Cedr/ ;
coll. Encyclopédie ; G. Hucault-SIRPPG. P. 134 Cl. Rives-Cedr/ ;
CL Rives-Cedr/. P. 135 G. Wallart ; T. Neuville. P. 136 M. Folco-Éd. du Pacifique.
Une vaste entreprise collective : la
réunion dans
l'Encyclopédie de la Polynésie d'une centaine des plus
éminents spécialistes, dans des domaines aussi
différents que la géographie, la climatologie, la
biologie, l'histoire, l'archéologie, l'ethnologie, la
sociologie ou l'économie, est, sans conteste, un
événement sans précédent à Tahiti. Un monument de
1 500 pages, traitant 500 sujets, se devait de faire
appel
aux chercheurs, universitairés,
enseignants, aussi bien
qu'aux forces vives du Territoire, acteurs de la vie
administrative, politique, économique et culturelle. Et,
comme pour la conception et la construction d'un
édifice de vastes dimensions, il fallait que chaque
volume possède son architecte en chef, un “maître
d'œuvre” en assumant la responsabilité scientifiqué :
Bernard Salvat pour les trois premiers volumes ; José
Garanger pour le volume 4 : Anne Lavondés pour le
volume 5 ; Pierre-Yves Toullelan pour les volumes 6 et
7 : François Ravauit et Jean-Marc Pantbrun pour les
deux derniers volumes.
Encyclopédie de la Polynésie
CETTE COLLECTION EST COMPOSÉE OE 9 VOLUMES
VOLUME 1
les îles océaniques
VOLUME 2
flore et faune terrestres
VOLUME 3
le monde marii;)
VOLUME 4
à la recherche des anciens Polynésiens
VOLUME S
la vie quotidienne dans la Polynésie d’autrefois
VOLUME 6
la Polynésie s’ouvre au monde (1765-1842)
VOLUME 7
la Polynésie s’ouvre au monde (1842-1960)
VOLUME 8
vivre en
Polynésie 1
VOLUME 9
vivre en Polynésie 2
Un témoignage de maturité : la réalisation de cette
Encyclopédie révéle qu’en ce moment du XX® siècle, le
développement en Polynésie de la Recherche - tant
territoriale que nationale - atteint une maturité qui
reflète celle d’un pays.
Elle est, aussi, le résultat de concours, individuels
déterminants : celui de Julien Siu qui nous a apporté
dès la naissance du projet um soutien sans faille, et
celui de Bernard Salvat qui a su donner à cette
collection
l'impulsion de son dynamisme
communicatif.
Fait partie de Encyclopédie de la Polynésie. Vivre en Polynésie. 1 et 2