B987352101_R229.pdf
- extracted text
-
ENCYCLOPEDIE DE LA POLYNESIE 8
vivre en
Polynésie 1
RîfiwIlï'W.'^&iSl
iwVfal
/ wU
s..
æÊKP
jgfg
ENCYCLOPEDIE DE LA POLYNESIE
Avec l'Encyclopédie de la Polynésie, les habitants de la
Polynésie française ont à leur disposition, pour la
première fois, un inventaire complet et détaillé du
monde dans lequel ils vivent. Pour la première fois, la
somme des connaissances acquises sur tout ce qui
concerne ce pays en ce moment du XX® siècle est
publiée pour décrire les 118?les qui le composent, pour
faire revivre les hommes et les sociétés des temps
passés, pour faire l'inventaire des richesses que leur
offre leur environnement et dresser le tableau de la vie
quotidienne dans la Polynésie d'aujourd'hui.
Une encyclopédie de toute la Polynésie fran¬
çaise : si Tahiti et sa capitale Papeete restent l'organe
vital du Territoire, il est aussi vrai que les archipels qui
le composent jouent un rôle déterminant.
Par
conséquent, tout au long des 9 volumes de l'Encyclo¬
pédie, Australes, Tuamotu, Gambier, Marquises et
Société sont évoqués, à la fois pour leur appartenance
à l'ensemble polynésien et pour leurs caractères
spécifiques. Ainsi, qu'il s'agisse d'histoire, d'archéo¬
logie, d'économie ou de l'étude des milieux naturels,
l'Encyclopédie apporte un témoignage de la richesse
et de la diversité des îles.
Une encyclopédie thématique : dans cet esprit, une
énumération alphabétique des sujets serait apparue
comme une restriction à l'ampleur du
propos. Alors
que la répartition de ces 9 volumes en thèmes
successifs permet une compréhension plus complète
et
plus profonde des sujets, où l'on verra que, bien
souvent, l'exploration du passé éclaire les conditions
du présent et les possibilités de l'avenir.
Une encyclopédie visueile : à notre époque où la
communication par
l'image joue un si grand rôle, il
paraît évident de lui donner une place prépondérante
dans un ouvrage de cette importance. Cartes,
schémas, dessins et photographies occupent plus de
la moitié des pages, ajoutant ainsi à l'informatîon écrite
une vision concrète et attrayante de celle-ci.
Une encyclopédie pour tous : qu'il
| s'agisse du
peuplement de la Polynésie et de sa culture ancienne,
de. ses ressources et de la gestion attentive de son
environnement, ou de l'état actuel desonOrganisation,
il va de soi que le désir de la connaissance!
passe par le
plaisir de son approche, textes et illustrations ont
donc été conçus dans un souci de simplicité qui laisse
intacte la rigueur scientifique. Dans chaque volume,
une bibliographie permet de connaître les sources de
la documentation ou d'aller plus avant dans l'étude
d'un sujet. Enfin, un index et un glossaire éclairent les
termes techniques et facilitent la lecture.
Une encyclopédie des Polynésiens : un ouvrage de
cette conception représente un outil de travail pour les
enseignants, une source de références pour les élèves
étudiants, un moyen d'information pour tout
esprit curieux. Il permet à tous ceux qui sont nés ou qui
vivent en Polynésie de la mieux connaître et, pour tous
ceux de l'extérieur, de découvrir une image différente
de celle des cartes postales.
Mais, les dimensions de l'Encyclopédie de la Polynésie
dépassent ces aspects pratiques. Comme tout pays en
plein essor, la Polynésie française est confrontée à ce
défi que constitue l'insertion de sa croissance démo¬
graphique et économique dans le cadre géographique
et politique qui est le sien. Des 9 volumes de cet
ouvrage se dégagent l'historique et le bilan des
ressources dont dispose ce pays. En conséquence
et les
directe, ils mettent l'accent sur ses richesses poten¬
tielles, mais aussi sur la fragilité des équilibres naturel,
et humain dont chaque Polynésien est le garant.
En couverture
: Les pouvoirs territorial et d'Etat,
représentés par Gaston Flosse et Pierre Angéli, réunis
pour une inauguration aux Tuamotu (cl. G. Hucault,
Service de l'Information et des Relations avec la
Presse de la Présidence du Gouvernement).
Une explosion nucléaire aérienne : ce symbole apo¬
calyptique de la présence du C.E.P. a cédé la place
depuis 1975 à de plus discrets tirs souterrains.
ENCYCLOPEDIE
DE
LA POLYNESIE
ENCYLOPÉDIE DE LA POLYNÉSIE
Editée et produite par Christian Gleizal
© 1986 C. Gleizal/Multipress pour la première édition
Tous droits réservés. Il est interdit de reproduire, d'utiliser dans une banque de
données ou de retransmettre par quelque moyen que ce soit cet ouvrage,
partiellement ou totalement, sans l'autorisation préalable écrite des éditeurs.
^ Uc
Y
J
y
ENCYCLOPEDIE DE LA POLYNESIE
vivre en Polynésie
1
Ce huitième volume de l'Encyclopédie de la Polynésie a été réalisé sous la direction de
François Ravault,
Docteur de 3e cycle en Géographie,
Directeur de Recherche à l’O.R.S.T.O.M.,
Maître en Sciences sociales et Sciences humaines,
Directeur du Département des Traditions du Centre polynésien des Sciences humaines,
assisté de Jean-Marc Pambrun,
avec la collaboration de : Gilles Blanchet, Docteur d'État en Sciences économiques. Économiste à l’O.R.S.T.O.M.,
Philippe Gouraud, Docteur-Ingénieur en Agro-Économie, Service de l’Économie rurale, Michel Etilage, Maître en Droit,
Attaché juridique au Service des Affaires administratives, Paul Hodée, Docteur ès Sciences de l’Éducation,
Vicaire général de l’Archevêché de Papeete, Claude Marere, Journaliste indépendant,
Thierry Nhun-Fat, Docteur de 3e cycle en Statistiques,
Responsable du département Études et Programmation au Service du Tourisme,
Arapari Paparai, Pasteur de l’Église évangélique de Polynésie française. Paroisse de Mahina,
Jean-Marius Raapoto, Titulaire d’un D.E.A. en Phonétique, Conseiller à l’Assemblée territoriale,
Claude Robineau, Docteur d’État ès Lettres et Sciences humaines. Directeur de Recherche à l’O.R.S.T.O.M.,
Bruno Saura, Titulaire d’un D.E.A. d’Études politiques, Journaliste au Nouveau Journal,
Geneviève Simon, C.A.P.E.S. de Sciences économiques et sociales. Professeur au lycée d’Orange,
William Vanizette, Titulaire d’un D.E.A. en Sciences économiques. Analyste chargé d’études au Service des Affaires économiques,
Henri Vernier, Licencié en Théologie, Pasteur de l’Église évangélique de Polynésie française.
Conception et production : Christian Gleizal
Maquette et coordination de la réalisation technique ; Jean-Louis Saquet
Assistante de production : Catherine Krief
Illustrations et cartographie : Catherine Visse et Jean-Louis Saquet
L’iconographie de ce volume a été rassemblée grâce à l’aide qui nous a été apportée par :
Library of Australia : Barbara Perry, Pictorial Librarian, Sylvia Carr, Acting Pictorial Librarian ;
à la State Library of New South Wales, Dixson Library : Mrs Rhodes, Dixson Librarian ; à l’O.P.A.T.T.I. : Christian Vernaudon, directeur général,
à la National
Patrick Robson, directeur des Relations Publiques, Hyacinthe Cao, photographe ;
Service de l'Information et des Relations avec la Presse de la Présidence du Gouvernement : Philippe Guésdon, chef du service,
Roland Gloaguen, adjoint, Gilles Hucault, photographe ; au Service des Archives territoriales : Pierre Morillon, chef du service ;
à l'Institut territorial de la Statistique : Gérard Baudchon, directeur, Emile Bruneau, adjoint ; à La Dépêche : Michel Anglade, directeur ;
aux Nouvelles : Heimata Hirshon, directeur, Lucien Maillard, directeur de la publication ; le Service de Documentation de l’Église évangélique ;
à l’Église réorganisée de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours (sanito) : le Président et le Secrétaire ;
à l’Église adventiste : Roger Brotherson, directeur du Département de Communication ;
à l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours (mormone) : le Président ; et l’Association des Témoins de Jéhovah.
au
Nous remercions également les collections privées qui nous ont été accessibles grâce à l’obligeance de
A. Ata, Jacqui Drollet, A. Poroi, R.P. Patrick O’Reilly, F. Sanford.
Photographies : J. Bouchon, H. Cao, E. Christian, D. Darqué, M. Folco, B. Hermann,
G. Hucault, H. Lemasson, Ch. Pinson, Cl. Rives, G. Simon, A. Sylvain, B. Vannier.
CHRISTIAN GLEIZAL / MULTIPRESS
Avant-propos
L'événement a déjà été relaté, mais il mérite de l’être à nouveau car il fut lourd de conséquences"poüf la P(%nésie. Décembre 1962 : le général
de Gaulle reçoit à l’Élysée une délégation de conseillers à l’Assemblée territoriale venus “quêter cenf millions de Iraiics CFP pour boucler
leur budget.... armés d’une motion [proclamant leur] attachement à la République française”.
La subvention est bien entendu accordée,
mais le Général en profite pour annoncer à ses visiteurs qu’il a décidé de transférer en Polynésie le Centre d’Expérimentation nucléaire
de Reggane au Sahara, “dans un but de Défense nationale et pour des raisons que vous savez... [une] installation... [qui] devra être profitable
à l’expansion et à l’équipement du
Territoire”. A Jacques Tauraa qui lui “signale qu’au sein de l’Église évangélique des craintes se sont
manifestées... de Gaulle réplique en substance : Dîtes à vos pasteurs qu’ils fassent d’abord cesser les expériences nucléaires russes et
américaines”.
Une démarche, celle des conseillers, et un propos, celui du Général, qui. à vingt-cinq ans de distance, ont un caractère prémonitoire.
Mais qui. en 1962. pouvait imaginer que le Territoire, qui vit alors
malaisément un processus de décolonisation et de modernisation engagé
prudemment au lendemain de la Seconde Guerre mondiale (chcipiirc /),
allait voir le cours de son histoire s’accélérer aussi brutalement avec
l’installation du C.E.P.. et basculer, près de deux siècles après la
Découverte, dans le second âge de la modernité, la modernité post¬
coloniale (néo-coloniale, diront certains) ?
C’est cette mutation quia profondément changé la “vie en société” des
Polynésie française que les volumes 8 et 9 de
l’Encyclopédie ont pour objet et de décrire et de comprendre. Deux
volumes qui constituent un seul livre. Les chapitres en ont été
habitants de la
numérotés de I à 16 à dessein, car. bien entendu, il existe une relation
logique de continuité et de complémentarité entre les thèmes
généraux qui traitent des changements intervenus dans les
structures et les institutions, les croyances et les mentalités... et ceux
plus concrets qui replacent ces changements (économiques,
politiques, culturels) dans le contexte social ou géographique
(chapiircs /J el 14) dans lesquels ils sont effectivement vécus.
Au terme de cette analyse consacrée au “changement” (et aux
formes de résistance au changement), les deux derniers chapitres
î
dressent le bilan d’une histoire dont le cours s’est encore accéléré
récemment. Un bilan provisoire - l’histoire n’a pas dit son dernier mot - qui
débouche tout naturellement sur quelques interrogations fondamentales
concernant
le devenir de la formation sociale territoriale.
Comme les autres volumes de l’Encyclopédie. Vivre en Polynésie 1 et 2 est un ouvrage collectif
auquel une vingtaine de collaborateurs ont participé. Ils ont dû toutefois en maîtriser un certain nombre
de contraintes spécifiques. Témoins et (ou) acteurs d’une histoire en train de se faire, ils n’ont pas pu se prévaloir en effet du privilège'dc
l’historien qui travaille sur des matériaux qui ont eu le temps de se décanter.
les travaux
référence sont pratiquement inexistants.
Faut-il préciser, et pour cause, que dans certains domaines,
Dans ce contexte, chacun d’entre eux a - une fois déterminée une méthode d’approche commune de la réalité - analysé les thèmes
(ou les sujets) dont il avait la responsabilité en fonction de sa propre grille de lecture. Il revenait alors au directeur de ces volumes de veiller
à la cohérence générale du propos, de garantir le sérieux de l’information et de la compléter, le cas échéant, par un légendage
circonstancié des illustrations.
11 reste à avertir le lecteur que l’information n’est pas exhaustive. En premier lieu parce qu’il n’était pas question, dans le cadre du découpage
retenu.ide sacrifier l’essentiel à l’accessoire. En second lieu parce que dans certains domaines elle n’est pas toujours fiable
et
queiians d’autres - souvent pour des raisons politiques - elle^’èst pas accessible.
François RAVAULT
“uaif
L'emblème territorial
flottant aux côtés du
drapeau tricolore, lors
de la célébration de la
fête nationale sur la
place d’armes d’Uturoa à
Raiatea. Au terme d'une
longue évolution
statutaire, la Polynésie
française est devenue en
septembre 1984 un
Territoire autonome au
sein de la République.
Une situation qui est
vivement contestée par
les courants
indépendantistes qui
représentaient en 1986
moins de 20% de
l'électorat.
r^'
'*'■
' ' N»'
Sommaire 1 D’hier à aujourd’hui 1960-1986
9
12
Une société stratifiée
16
Une société en crise
20
/ 22
F- Ravmih
Ci Robineau
L’héritage économique de la période précédente
14
18
/■'. RAVAUl.T. Cl. ROBINEAU
Une formation sociale originale
Cl. Robineau
F. Ravauh
La crise politique : aux sources du nationalisme
La crise politique : Pouvanaa, ascension et chute
L’annonce des temps nouveaux
2 L’évolution économique et démographique de 1960 à 1986
25
3
économique
Le boorn
30
Des à-coups et des déséquilibres croissants
Croissance urbaine et déséquilibres démographiques régionaux
34
Une consolidation difficile
36
Les tentatives de redéploiement
38
a. blanchet
L’installation du Centre d’Expérimentation du Pacifique
28
32
Ci Robineau
F. Ravauh
F. Ravauh
L’emprise de l’État et la poursuite de l’indépendance économique
Les Institutions
m. etilage
fTi Statut en retrait de la loi-cadre et malaise institutionnel
i 44
1 9 7 7 : autonomie de gestion
1984 : autonomie interne
48
50
L’organisation administrative au plan territorial
L’organisation administrative au plan des subdivisions
52
La création des communes
54
Un cadre institutionnel et administratif ambigu
57
Le renouveau de l’Église catholique en
4 Les Églises majoritaires
60
62
64
66
68
P. HODÉE. H. VERNIER. A. PA PA RA!
Polynésie française
Implantation et organisation de l’Église catholique
Défis actuels et présence au monde
L’Église évangélique en Polynésie des origines à nos jours
L’organisation de l’Église évangélique
L’Église évangélique dans la société
70
L’œcuménisme en marche
73
Des premières implantations jusqu’en
5 Les Églises minoritaires
76
78
80
82
84
6
86
92
1940
L’enseignement en Polynésie française
L’enseignement aujourd’hui
Les études universitaires
La recherche
98
Les radios privées
de 17 fois, mais la
production actuelle en
est assurée à hauteur de
R.FiO
105
La multiplication des partis politiques
84% par l'importation de
produits pétroliers.
Les élections
Page suivante :
Papeete, porte ouverte
sur le monde extérieur et
ville symbole d’une
croissance qui a fait
entrer la Polynésie
française dans le second
âge de la modernité.
La vie economique
128
E. Ravauh
fi. Saura
p. couraup. g. blanchet. t. nhun-eat. m vanizette
L’agriculture
La pêche
Le tourisme en'Polynésie
Commerce et services
132
134
Le secteur informel
137
Bibliographie
138
i-M. Pambrun
i-M. Pambrun
i-M. Pambrun
fi. Saura
s. Saura
Transports et communications, énergie, bâtiment et travaux publics
L’amorce d’un développement industriel adapté au Territoire
130
Raapoto
J.-M. PAMBRUN. B. SAURA. F. RAVAULT
-
126
I.-M.
Cl. Marere
L’implantation électorale des partis
Du pragmatisme à l’idéologie
114
L’organisation des partis politiques
117
(john Teariki ej Francis Sanford
119
Gaston Flosse
Jacqui Drollet
124
Raapoto
Cl. Marere
102
121
Raapolo
I.-M.
F. Ravault
La presse quotidienne
112
électrique ont augmenté
J.-M.
F. Ravault
110
L’énergie, symbole
H. Vernier
A. Paparal
/.-m. raapoto. e ravault. ci. marere
1 La vie politique
d’une société de
consommation qui vit
dans la dépendance.
Entre 1963 et 1985, les
ventes d’énergie
H. Vernier
De la Deuxième Guerre mondiale à 1984
96
108
P. Hodée
H. Vernier
Organisation et implantation actuelle
Les Saints des derniers jours
Doctrines et pratiques
Convergences et divergences
Le dynamisme des groupes chrétiens minoritaires
94
100
P. Hodée
g. simon
Formation 6t information
89
P. Hodée
fi. Couraud
G. Blanehel
T. Nhun-Eai
W'. Vanizene
w. Vanizene
H . Vunizeiie
G. Blanehei
Index
7
1 D’hier à aujourd’hui
1960-1986
Lavingtaine
vie quotidienne
des ethabitants
de cetous
Territoire
a beaucoup
changé depuissocial,
une
d’années,
ceci dans
les domaines
: économique,
Les “héritiers”
“traditionnel” qui est souvent vécu rétrospectivement avec nostalgie ou s’inscrit-il
dans une certaine continuité ? En dépit de certaines apparences, c’est la seconde
les Ta’ata Rurutu
politique, culturel, religieux... Ce changement traduit-il une rupture avec un passé
hypothèse qui a été retenue ici. Certes, en 1960, la vie des hommes continue à se
dérouler dans le cadre des structures héritées de la période coloniale, mais le système
connaît de sérieux signes de dysfonctionnement. Tout simplement parce que la
Polynésie française, en dépit de son isolement géographique, n’échappe pas, depuis la
fin de la Seconde Guerre mondiale, au processus de décolonisation qui emporte la
planète, un processus inséparable d’une certaine ouverture au monde qui, deux
siècles après la “Découverte”, constitue ce que l’on pourrait appeler le “second choc
de la modernité”.
Une décolonisation politique très progressive qui s’effectue dans un contexte
social qui ne cesse de s’aggraver avec le développement de la crise de l’économie de
traite. Une opportunité que saisit un leader polynésien, Pouvanaaa Oopa, pour fonder
nationalisme authentiquement populaire qui lie le problème de l’émancipation
politique à celui de la réforme sociale. Un projet politique bien près de se réaliser (loicadre Defferre) jusqu’à ce que, avec l’arrivée du général de Gaulle au pouvoir, les
intérêts de l’État ne coïncident à nouveau avec ceux des privilégiés du système
colonial. Un projet qui, vingt ans après, n’a rien perdu de son actualité ; dans un tout
un
autre contexte...
Une formation
sociale originale
74,2% de “Polynésiens”,
lO, l% de
“Demis”, I l,3% de “Chinois”, 4,4% d’“Européens” et autres blancs : une petite commu¬
nauté de 84 551 habitants (recensement de
1962) qui, en situation coloniale, il convient de
le rappeler, n’a jamais succombé aux démons
du racisme. Mais elle n’en constitue pas pour
autant
une
formation sociale harmonieuse,
elle est le produit des transformations
historiques complexes qui, à compter de la
Découverte, ont affecté l’ancienne civili¬
car
sation ma’ohi pour aboutir à l’émergence de
catégories socio-culturelles originales dont,
au-delà des classifications simplistes (et des
rapports démographiques très approximatifs
qu’elles entraînent), il importe de préciser le
contenu, du moins en ce qui concerne les trois
principales. Cette analyse est nécessaire à la
compréhension de ce qui fait l’objet de ce
chapitre : le fonctionnement de la société
globale dans les années 60... et les tensions qui
la traversent, inhérentes à sa formation.
Polynésiens, ou mieux les Ta'aia Tahiti,
tous ceux que lespopa’a
(blancs) qualifient volontiers d’“indigènes”,
sont, pour la plupart, encore rassemblés dans
des communautés de pêcheurs et d’agricul¬
teurs (les mata’eina’a) dont l’existence atteste
Les
...
certaine continuité de l’Histoire. Une
continuité qui n’a pas été totalement brisée
une
les événements tragiques (guerres,
épidémies, éradication du paganisme entre
autres...) qui, dans les décennies suivant la
Découverte, ont sapé les bases matérielles et
spirituelles de l’ancienne civilisation ma’ohi et
du système économique et social ayant pour
fonction de la reproduire. Dans le domaine
(pae varua) des “croyances et des pratiques
populaires relevant de la vision du monde non
matériel”, comme dans celui (pae maa) de la
techno-économie et de l’organisation sociale,
ces communautés sont en effet les légataires de
ce qui, dans l’héritage “traditionnel”, n’a pas
été radicalement détruit par la violence initiale
du'contact. Et ceci au prix d’un “compromis
historique” - la formule est d’Alain Babadzan
dont les termes se sont progressivement
élaborés tout au long de la phase d’accul¬
turation au monde occidental qui débute avec
par
-
la
conversion massive
au
christianisme et
ultimes conséquences avec
l’imposition tardive, en milieu populaire (fin
développe
ses
XIX*^ et début du XX' siècle) d’une
économie de traite fondée sur le coprah.
du
“compromis” (j’aurai l’occasion d’y
cette Encyclopédie) qui est
“médiation” au sens étymologique du terme,
c’est-à-dire relation de réciprocité entre les
Un
revenir
dans
Un tare missionnaire à
Papetoai en 1848.
Installés sur des fenua
qui leur ont été
“donnés” par les
communautés locales,
les missionnaires de la
L.M.S., livrés à
eux-mêmes, devront
s’intégrer à
l’environnement
physique et social
ambiant pour mener à
bien leur entreprise
d'évangélisation.
Un fusilier marin vers
1870. La colonisation
militaire initiée par
Armand Bruat en 1846
(voir volume 7,
pp. 89-90) a été un
échec. Quelques
anciens combattants
des guerres coloniales,
menées à Tahiti en 1844
et aux îles Sous-le-Vent
en1854 et en 1896-1898,
n'en ont pas moins fait
souche localement.
9
VIVRE EN POLYNÉSIE
valeurs et les principes qui, dans chacun des
systèmes en présence, le ma'ohi et l’occiden¬
tal, fondent et justifient l’existence des formes
d’organisation sociale et des institutions qui
gouvernent la vie familiale, la vie économique,
la vie religieuse...
Un compromis qui, tout au long de la
période en cause - la présence de l’adminis¬
tration coloniale, à compter du Protectorat,
restera toujours fort discrète dans les districts
a eu ses médiateurs privilégiés ; je veux
parler
des Églises majoritaires, la Réformée et la
Catholique qui, en se relayant dans le temps et
dans l’espace, vont jouer un rôle décisif dans
-
l’accouchement du monde nouveau. En
convertissant les Ma’ohi au christianisme,
elles ne vont pas seulement mettre un terme au
processus de désintégration - l’effondrement
des structures démographiques en témoigne -
menaçant d’emporter une société dont la
violence naturelle, inhérente à l’ordre social
ari’i, a été portée à son paroxysme à l’occasion
du “contact”. Tout en imposant un nouveau
idéologique, elles vont aussi
investir progressivement et subvertir ce qui
reste des anciennes structures. Ce faisant, en
s’enracinant dans la réalité socio-spatiale des
districts, les Églises vont, dans une très large
consensus
jeter les fondements spirituels et
matériels sur lesquels va s’édifier une nouvelle
société
ma'ohi.
Plus
précisément, une
mesure,
famille en rupture de ban... qui, joignant
l’utile à l’agréable, ont tenté de faire fortune en
catégorie socio-culturelle “traditionnaliste”
(A. Babadzan) disposant d’un certain espace
pour les plus vertueux) tout en succombant
aux charmes des femmes du
pays... Commu¬
de liberté
au
sein d’une formation sociale
territoriale, dans le cadre du système colonial,
dominée (entre autres) par les Demis, ou du
moins par certains d’entre eux.
Les Demis : une catégorie
socio-culturelle peu homogène
Les Demis, dans les années 60, ne tiennent pas
particulièrement à être confondus avec les
Polynésiens. Même si, en raison du caractère
inextricable des liens de parenté existant dans
une aussi petite communauté, ils
comptent
parmi eux d’innombrables feti'i. Même si,
dans le monde rural notamment,
il en est
beaucoup qui en ont objectivement le statut.
Une réalité complexe que je me contenterai
d’évoquer, en ayant, bien entendu, recours à
l’histoire.
Polynésiens et Demis ont en commun
métissés, c’est-à-dire d’avoir pour
d’être
ancêtres des soldats de l’infanterie coloniale
ou
des marins (déserteurs ou non), des
gendarmes ou des missionnaires, des fils de
Océanie (ou
de faire triompher leurs idées
nauté d’origine ne signifie pas pour autant
communauté de destin et, à sacrifier aux jeux
de l’amour dans une société qui accueille
volontiers
les éléments allogènes, tout en
intégrant à ses propres conceptions les valeurs
dont ils sont porteurs, on ne s’enrichit pas
forcément. Nombreux sont, hier comme,
aujourd’hui encore, les descendants des
premiers immigrants que rien, sinon leursH
patronymes aux consonances anglo-saxonnes
ou françaises, ne
permet de distinguer de la
masse de la population.
Et cependant, il en est qui n’oublient pas
dans les bras des vahiné qu’ils sont venus en
Polynésie pour faire du “business”. Je n’insis¬
terai pas ici, faute de place, sur la formation
d’une petite bourgeoisie, urbaine dès l’origine
(commerçants, artisans, petits fonction¬
naires...), qui constitue ce que l’on pourrait
appeler une classe moyenne en gestation.
Pendant l’époque coloniale, l’essentiel est
en effet ailleurs. Dès 1850, le
principal objet
du “business” est la terre, sur laquelle on peut
planter des cocotiers produisant l’huile de
coco, puis le coprah qui va devenir le principal
moteur
de
l’économie
coloniale.
Les
premières cocoteraies ont déjà conquis les
fenua des riches héritières de l’ancienne aris¬
tocratie polynésienne des ari’i fort opportu¬
nément épousées par certains colons. Ces
plantations vont se multiplier rapidement à
partir du moment, en 1880, où l’application
effective de la législation métropolitaine (le
Code civil) permet à un vaste domaine foncier.
j
Un fonctionnaire popa’a
à la fin du XIX’ siècle.
Quand il n'est pas dans
l’exercice de ses
fonctions. Monsieur le
Substitut
“s'encanaque".
WÊ
A droite :
Portrait de jeune fille.
Aquarelle de
F. Marant-Boissauveur.
Cette jeune fille de la
société "demie” est
habillée à l’européenne,
conformément à son
statut, mais elle n’a rien
perdu de la grâce qu’elle
doit à ses origines
polynésiennes.
10
D'HIER A AUJOURD'HUI 1960-1986
français, leur sont accordées au comptepopa’a puis “demi”, de se constituer dans des
conditions souvent douteuses, grâce à la
goutte. Il n’est donc pas étonnant qu’à
mobilisation des propriétés indigènes dûment
l’exception de quelques agriculteurs qui
répertoriées et rendues aliénables. Dès lors, la
s’intégrent bien souvent au milieu polynésien,
production de coprah va se développer
planteurs de vanille à Moorea et aux îles
Sous-le-Vent, maraîchers à Tahiti, les Tinito
rapidement et favoriser l’émergence d’une
société typiquement coloniale dont les intérêts
se soient spécialisés dans le commerce, où leur
et les valeurs
n’ont pas grand-chose en ( labeur acharné et leur sens de l’éparghe font
commun avec ceux du peuple polynésien. ( merveille. Partis de rien, ils parviennent en
Cette catégorie socio-culturelle “demie” n’est
quelqûés décennies à monopoliser le
commerce et l’artisanat, à contrôler toutes les
pas pour autant homogène : dans beaucoup de
familles, certaines branches sont restées au
district
pour
s’occuper directement de
transactions touchant la vanille et la nacre, à
investir de gros capitaux dans la flottille de
goélettes qui assure le trafic entre Tahiti et les
îles, à conquérir aux dépens des popa’a et des
Demis dont c’est le domaine réservé, des
positions importantes dans l’import-export...
Le commerce detPargenï leur échappe, mais
tous les commerçants tinito des districts
accordent un large crédit à leurs débiteurs
polynésiens imprévoyants... On ne saurait se
passer des Chinois.
r
tonnes
Évolution des deux
l’exploitation de leurs domaines ; tout en
principales productions
exerçant le leadership sur le plan local, elles se
de traite entre 1875 et
,1934. La vanille, qui est
tahitiannisent progressivement par le biais des
alliances matrimoniales et des adoptions ; £une culture très
spéculative (voir l'allure
de la courbe), et le
elles ne perdent pas toutefcfis le contact avec
coprah dont la
leurs feti’i installés en ville que bien souvent,
progression est plus
elles représentent.
iente et plus régulière
(elle atteint en 1934 des
Ceux-ci, plus entreprenants, ne se
sommets qu'elle ne
contentent pas, en bons propriétaires absen¬
retrouvera plus
téistes, de toucher la rente foncière accumulée
grâce au travail à mi-fruit de leurs métayers
polynésiens
dans
ils investissent l’argent gagné
interinsulaire, l’importnégoce... toutes activités fort
;
l’armement
export,
le
rentables liées au fonctionnement normal de
l’économie de traite. Peu à peu se constitue
une
grande bourgeoisie urbaine qui pratique
l’endogamie, soigne l’éducation de ses enfants
qui deviennent fonctionnaires ou font carrière
dans les professions libérales. Ils ne manquent
jamais de rappeler aux popa'a leurs origines
polynésiennes (de plus en plus lointaines)
mais, comme l’a remarqué l’un d’entre eux,
G. Coppenrath, ils demeurent “tournés vers
un monde extérieur” qui, c’est moi qui précise,
n’a rien de polynésien.
métriques
240
.
.230
Production de la vanille.
220
-
;
210
.
200
-
,
190
-
qu'exceptionnellement)
ont joué un rôle
180
-
déterminant dans la
formation d'une société
170
-
originale, en faisant
basculer dans la
modernité coloniale un
certain nombre de
descendants “demis”
des anciens ari'i, en
contribuant à
160
.
150
-
-
l'émergence d'une
catégorie socio¬
-
culturelle ma'ohi
traditionaliste
-
(voir p. 42).
-
r
-
.
-
-
La communauté chinoise a des origines plus
modestes. Les premiers
120
110
100
tonnes
métriques
24 000
-
40
I. 23 0 0
30
19 000
70
60
50
22 000
-
21 000
-
i;
-
17 000
U 10
-
ir) b». O
h- h» œ
CO eo CO
CM CO ^ ift O)
œ eo 00 00 00 eo
CO œ 00 OO 00 CO œooco
reproche volontiers leur passion du jeu
et leur goût pour l’opium. On ne
fait d’ailleurs
16 000
T-
œo)a)0)œo>o>o>
ooœ
0)0>0> O)a>o>o>o>o> o>o>o> 0)0>o>
15 000
o>o>o>
14 000
13 000
12 000
11 000
10 000
9 000
8 000
7 000
Production du coprah.
6 000
5 000
pas grand-chose pour les intégrer à la société
locale. A partir de 1932, de crainte qu’ils ne
4 000
mettent la main sur les terres “indigènes” qui
3 000
n’ont pas encore été acquises par les Demis et
2 000
les popa'a, on leur refuse pratiquement l’accès
propriété immobilière, ' Les naturalisa¬
tions, qui leur permettraierlt d’exercer toute
une série de professions réservées aux citoyens
20 000
18 000
20
à leurs traditions
ancestrales se heurtent à l’opinion publique :
on leur
130
80
-
marginalisée
très attachés
140
K- 90
Les Chinois : une communauté
demeurent
260
250
-
■
Tinito qui arrivent à
Tahiti sont de simples coolies recrutés par un
colon britannique, W. Stewart, qui veut
lancer la culture du coton dans la plaine
d’Atimaono, la seule qui ait une ampleur suffi¬
sante pour se prêter à une expérience de
grande colonisation. L’entreprise démarre
bien, mais les cours s’effondrent à la fin de la
guerre de Sécession et W. Stewart fait faillit^,)
Quelques Chinois ne sont pas rapatriés dans
leur pays. Ils sont bientôt rejoints par des
compatriotes que le surpeuplement et la
misère chassent de la région de Canton en
Chine du Sud. Ce courant migratoire ne
s’arrêtera qu’à la veille de la Seconde Guerre
mondiale.
Très vite, ces étrangers qui
^
à la
1 000
ir)(Otvo^CMco^u)0)Oco^<oh»oo^in
<oh>co(n o^cmcîiocc
cmco^ iotor»-eoa>g^çMeo5
r*-t«-r*-eoeoooeoeooooo<j)0>o>0)0>a>oooooo^^r-^T-^^eMCMeMCMeMCMN2iwçMÇ2Ç2<2<2<2
oooooococoeo
coooeoeooococo
eococoœo)
0)0)0)0> o>o>o>o>o)0) o>o>o> o>o>o> 0>0>0)00>0)0) 0)0)o>
11
0
VIVRE EN
POLYNÉSIE
L’héritage
économique
de la période
précédente
par les deux règles suivantes : la
colonie est un réservoir de matières premières
traduit
produits primaires (non transformés)
métropolitaine ; elle
est également un marché de débouchés pour
cette économie dont le développement repose
pendant le XIX'^ et la première moitié du XX*-'
et
siècle sur l’industrie
Une économie encore coloniale
historique du terme, une
économie coloniale est fondée sur le régime du
pacte colonial ou exclusif au profit de la
métropole : l’économie de la colonie n’existe
que par et pour la métropole ; régime qui se
Au
sens
strict
et
de
nécessaire à l’économie
:
l’économie industrielle
de la métropole a l’exclusivité (“l’exclusif’) de
l’approvisionnement de la colonie en produits
manufacturés.
Au milieu du XX' siècle, on n’affirme
plus “noir sur blanc” de tels principes, mais ils
prévalu dans les comportements et
ont
attitudes des autorités et des milieux d’affaires
B
1200 -1
1100
1000
900 -
Évolution des
exportations de coprah
et de vanille entre 1945
et 1960. Le coprah, dont
la production est
relativement stable,
fournit les revenus
monétaires de base des
les archipels, sauf aux
Australes où le café lui
sert de substitut
(Tubuai, Raivavae).
Quant à la vanille,
surtout produite dans
l’archipel de la Société,
c'est une culture
à
partir de l’entreprise de colonisation qui
débute avec le Protectorat de 1843 que parfait
l’Annexion de 1880. De plus, ces principes se
rajeunis après 1880, avec l’élabo¬
économique coloniale
de la République que les historiens ont
appelée “néo-mercantilisme” et qui revient à
assurer à la métropole à la fois l’exclusivité des
approvisionnements en produits primaires et
celle du débouché en produits manufacturés.
C’est ce que d’autres ont appelé le
“capitalisme colonial” ou le “mode de
production colonial” : une exclusivité des
échanges entre la colonie et la métropole dans
une relation asymétrique telle que les termes
de l’échange soient favorables à la métropole ;
toutefois, cette question est beaucoup moins
simple qu’on ne l’a présenté parfois, car les
sont trouvés
ration d’une doctrine
relations
“d’aubaines", beaucoup
plus assujettie à la
bilatérales
entre
la
colonie et la
métropole n’ont Jamais pu s’exprimer sous
variabilité des cours.
Certaines années,
aux îles Sous-le-Vent
une
forme
absolue
:
l’économie
métropolitaine, d’une part, n’était pas isolée
du marché mondial et, d’autre part, le
monopole métropolitain des relations de la
colonie avec l’extérieur n’était pas d’ordre
institutionnel direct, au premier degré, mais
de fait, indirect, au second degré : il ne fut
jamais en réalité absolu, et moins encore en
Polynésie qu’ailleurs.
Sinon, comment expliquer l’importance,
voire la prépondérance des produits manu¬
agriculteurs dans tous
800
700
600 -\
facturés alimentaires, textiles, industriels en
500
des Etats-Unis, de la Nouvellel’Australie, voire du Sud-Est
asiatique ou de l’Amérique latine sur le
provenance
400
Zélande, de
300
marché
A
Indice exportation coprah
B
Indice prix moyen export coprah
polynésien ? Comment expliquer
200 100
0
1960
Une plantation de tara à
Rurutu (Australes).
Qu’il soit consommé
localement ou exporté
vers
Papeete à
l’occasion du passage
d’une goélette, le tara,
dont la culture donne
lieu à des pratiques
12
"traditionnelles” très
sophistiquées,
disparues partout
ailleurs (maîtrise de
l’irrigation), joue avec le
pandanus un rôle
essentiel dans
l’économied’îles comme
Rurutu et Rimatara.
D’HIER A AUJOURD'HUI 1960-1986
également les fortes variations de cours des
produits primaires en fonction du marché
mondial, qu’il s’agisse notamment du coprah
de la vanille ?
Un autre trait fait, également, l’origi¬
nalité de l’économie polynésienne par rapport
aux autres économies coloniales liées à la
ou
métropole : c’est la moindre importance du
capital étranger (métropolitain ou autre) au
pays.
D’une part, le commerce de traite ne fut
jamais exclusivement en des mains étrangères
au
pays : moins de compagnies de traite
étrangères qu’ailleurs, et moins de maîtrise des
flux de détail dans ce commerce des produits
manufacturés ; des “locaux” de souche
“demie”, chinoise voire polynésienne, ont eu
de bonne heure une part notable du marché.
Ce qui ne veut pas dire non-exploitation de la
masse
des consommateurs polynésiens, mais
seulement une présomption des bénéfices à se
faire - sinon à demeurer - dans le Territoire.
D’autre
primaires,
étrangères
part,
pas
s’agissant des produits
de grosses plantations
à
au
pays
ne laissant aux
autochtones que les maigres rémunérations de
industrielles
que la main-d’œuvre polynésienne n’a pas été
des
salariat. Ce qui ne veut pas dire, là non plus,
; que des colons n’ont pas fait
fortune et ne sont pas partis fortune faite ; que
exploitée
les bénéfices tirés du coprah, de la vanille ou
de
la
nacre
se
soient
harmonieusement
diffusés dans les districts et les archipels. Mais
cela veut dire que, plus qu’ailleurs, la masse a
recevoir ici des miettes du gâteau un peu
plus grosses qu’en d’autres endroits, en Asie
du Sud-Est, en Afrique, sur les bords
pu
méridionaux
de
la
Méditerranée,
en
Amérique latine, où l’on a pressuré la force de
travail.
Une économie de traite
siècle, la traite coloniale consiste à
collecter les produits primaires de la colonie et
Au XIX^
en
échange des produits
originaires des économies
capitalistes d’Europe occiden¬
redistribuer
manufacturés
tale et des Etats-Unis de l’Est. Cette situation
prévaudra en Polynésie jusque dans les débuts
années 1960. Les principaux produits
primaires sont le coprah, la vanille, le café, la
nacre
et les phosphates. En échange, le
Territoire obtient la totalité des produits
primaires ou manufacturés alimentaires,
textiles
et
industriels
nécessaires
à
sa
subsistance, les seules productions locales de
subsistance consistant dans les tubercules, les
fruits de l’arbre à
pain, les bananes et leur
variante fe’i, l’élevage des cochons, le poisson
de mer, le café conservé pour les
besoins de la consommation familiale. Mise à
et les fruits
part l’exploitation industrielle des phosphates
de Makatea, la population salariée est faible,
la population rurale importante par rapporté
la
population urbaine, la monétarisation de
polynésienne peu élevée.
l’économie rurale
Nettoyage des nacres
après une séance de
plonge dans un atoll des
Tuamotu. La plonge
nacrière, une ressource
complémentaire pour
les Paumotu qui, après
chaque campagne,
dilapident souvent leurs
gains à Papeete dans de
formidables bringues.
A gauche :
Coprah séchant à même
le sol dans un atoll des
Tuamotu. Une
technique très
rudimentaire (pas de
séchoir) autorisée par
ia sécheresse du climat.
Aux Tuamotu, le coprah
est une quasimonoculture qui, dans
certains atolls de l'est de
l'archipel, fournit la
totalité des revenus
nécessaires à
l’acquisition des
produits alimentaires
importés.
La pêche au grand filet
est une forme de pêche
artisanale pratiquée
collectivement autour
de Tahiti et de Moorea.
Elle permet de capturer
des ature et des orare
avec de grandes sennes
à petites mailles dont la
longueur peut atteindre
plusieurs centaines de
mètres. Le maximum
des prises intervient
entre janvier et mai.
13
VIVRE EN POLYNÉSIE
L’argent se trouve surtout en ville et en milieu
rural, aux mains des propriétaires popa’a et
“demis”. En 1956, l’agglomération urbaine,
limitée à Papeete, Pirae et Faaa, ne rassemble
30% de la population du Territoire
(contre 23% en 1936). Une population encore
essentiellement rurale qui, dans les “districts”
de Tahiti et des Iles ne perçoit pas de salaires,
sinon ceux des travailleurs employés sur les
propriétés popa’a ou “demies”. Une popula¬
tion qui a encore très largement recours à
que
l’autosubsistance.
et
lendemain de la guerre de 1939-1945,
de la Polynésie française était
l’autosubsistance, l’import-export
sur
fonctionnement de
le
quelques services
industriels pour les besoins internes. On notait
en
1947 l’existence de la sucrerie d’Atimaono,
brasserie, de l’usine électrique de
Papeete, de quelques huileries et savonneries,
d’une
d’affaires d’extraction de fibres de coco, d’un
chantier de construction navale et d’ateliers de
mécanique générale assez nombreux.
La proportion de la population rurale
(les deux-tiers de la population totale en
1956), l’importance en 1960 des exportations
des produits agricoles et de la mer (50% des
exportations à côté des exportations brutes de
phosphates, 34%, et des bénéfices du
tourisme, 14%), en 1960 encore, la place des
produits de l’agriculture, de l’élevage et de la
pêche dans la production intérieure brute
(27% dans une économie pour un tiers
urbaine, déjà assez largement dépendante de
l’extérieur
exportations 1 843 millions FP,
importations 1 618) - tous ces éléments
-
montrent le rôle de l’économie rurale
tradi¬
tionnelle. On n’oubliera pas que ces chiffres
traduisent la survalorisation des produits
industriels et des services par rapport aux
produits ruraux.
On voit bien effectivement, face à cette
économie
traditionnelle, le rôle grandissant
du commerce, notamment du tourisme, mais
avec
une
activités
très
sur
forte
concentration
de
ces
la ville, ou plus exactement, en
marge du milieu rural traditionnel. Plutôt que
dualiste, il faudrait ici parler
compartimentée avec un secteur
moderne (qui dépasse le milieu urbain,
exemple : l’hôtellerie touristique dans
quelques îles), un secteur minier (les
phosphates) qui va disparaître, et des
d’économie
d’économie
économies rurales traditionnelles de districts,
d’îles et d’archipels,
reliées à Papeete par un
moins mince cordon ombilical, le
truck ou la goélette.
Un indice supplémentaire du caractère de
subsistance de cette économie polynésienne en
1960 : la place importante du marché vivrier
de Papeete dans les flux, marché pour
l’approvisionnement des urbains en
tubercules, fruits, légumes, viandes, poissons,
mais aussi pour l’approvisionnement des
ruraux en produits manufacturés dans les
boutiques qui ceinturent le marché, en
poissons voire tubercules même sous la halle.
plus
ou
Une économie
encore
mais au sein de laquelle
coloniale certes,
(voir pp. 16-17) les
facteurs de transformation sont à l’œuvre...
14
viennent de différents processus dynamiques à
l’œuvre.
.
Territoire
l’économie
basée
On a coutume, comme partout dans le
Pacifique, et sous l’influence d’une anthro¬
pologie sociale et culturelle anglo-saxonne, de
parler des phénomènes sociaux en termes de
cultures qui se juxtaposent et coexistent, et en
oblitérant les aspects de tensions et de conflits
propres à toutes les sociétés humaines et qui
On
Une économie de subsistance
Au
Une société stratifiée
ainsi
décrit
de
la
la
société
Polynésie
dans
comme
le
pluri¬
associant des Polynésiens de
le professeur Douglas Oliver
appelle Ma'ohi à des Caucasoïdes (euphé¬
misme pour parler des Européens, Blancs,
Popa’a), des Chinois ou personnes de souche
chinoise, et à des métis appelés Demis qui (ou
que) traduisent les expressions Ta’ata Afa
Popa’a, Ta’ata A fa Ma’ohi fou Tahiti).
Dans une perspective plus sociologique
et qui restitue mieux l’histoire, il nous paraît
souhaitable de jeter au feu ce classement
lénifiant et de faire apparaître la réalité plus
crue, plus cruelle mais plus juste et plus
culturelle,
souche
que
honnête d’une société
hiérarchique dominée
D’HIER A AUJOURD’HUI
Un classement
qui est
par le groupe qui, dans la période coloniale
qui se poursuit jusqu’à 1960, détient sinon
tous les aspects, du moins les réalités du
pouvoir et la coercition.
Américains surtout.
Popa’a et Ta’ata Tahiti
qu’on appelle des phénomènes de
tuilage. On peut, cependant, accepter cette
Au sommet de la pyramide sociale on trouve,
en
de
1960, les Européens (popa'a), les Français
Métropole, d’abord hauts-fonctionnaires,
officiers de la “Royale”, chefs religieux ; puis
les petits et moyens fonctionnaires, militaires,
marins, le personnel
“locaux”
;
enfin,
du secteur privé, les
étrangers établis.
les
sans
doute
mesure
où
quelque
statuts
peu
arbitraire dans la
économiques et statuts
sociaux ne coïncident pas forcément, où les
hiérarchies réelles, multiples, sont affectées
par
ce
stratification.
En principe, les gens du premier rang
peuvent tout, ceux du second et du troisième
ne
peuvent rien contre les premiers ; en
revanche, et du fait d’un acte réglementaire de
1932, tout Français peut être expulsé du
1960-1986
Territoire ; quant à la condition d’étranger,
elle rend l’expulsion tellement plus facile que
ceux qui se trouvent alors dans cette condition
évitent généralement de tomber sous le coup
des excès du pouvoir colonial,
A
la
base,
les
Ta’ata
Ma’ohi (dits
Polynésiens) : cultivateurs, pêcheurs, artisans,
salariés. Ils n’ont qu’une faible représen¬
tation, d’une part parce que les organes
représentatifs sont peu nombreux, d’autre
part parce que peu ont accès à ces organes ou
même aucun pour les plus élevés.
L’instance représentative de base est le
conseil de district élu qui, à l’image de son
président, le tavana, est constitué souvent par
les notables que les Eglises, l’école et la
richesse foncière secrétent. Une instance qui,
au demeurant, en I960, n’est rien, au regard
du droit public français (voir pp. 52-53) sinon
une
(bonne ou mauvaise ?) courroie de
transmission de l’administrateur.
Les Demis
un niveau plus élevé, l’Assemblée élue au
suffrage universel, depuis la fin de la Seconde
Guerre mondiale. Mais ce n’est déjà plus
beaucoup, ici, le domaine des Ta’ata Ma’ohi,
mais bien plutôt celui des Demis (Afa Ta’ata
Ma’ohi ou Afa Ta’ata Popa’a), voire des
Popa’a : en tout cas, les “ténors” le sont,
“demis” ou européens. Les Demis sont pr'ô^
A
priétaires fonciers, instituteurs, agents de
; ils font carrière dans le
l’industrie locale, les professions
libérales. En fait, il s’agit d’une couche cul¬
turelle, à cheval entre les deux cultures.
l’administration
commerce,
ma’ohi et européenne,
maîtrisant à peu près
bien les deux langues, le tahitien et le français,
au surplus l’anglais, et jouant de ce
monopole, du fait que tous les Popa’a ne
parlent pas tahitien et que de très nombreux
Polynésiens ne comprennent pas le français,
plutôt que d’une classe sociale, ne serait-ce
parce que l’on trouve dans cette couche cultu¬
relle “demie” tout l’éventail des statuts écono¬
miques depuis le petit cultivateur de vallée
plus pauvre que nombre de ALo’o/ï; jusqu’au
grand bourgeois qui entretient appartement à
voire
La Tamara à quai
dans un atoll des
Tuamotu. Les armateurs
tinito ou “demis" se
livrent à une
concurrence acharnée
et anarchique -
Un tare vanira. L'argent
de la vanille gagné avant
et après la Première
Guerre mondiale a
permis à certains
notables ma'ohi ou
"demis" de construire
des maisons dont
l'architecture s’inspire
d’un certain style, dit
"colonial", en honneur
dans le sud des ÉtatsUnis.
la
fréquence et la
régularité des voyages
souffrent - pour
collecter les produits de
traite (le coprah
évidemment)^_y
Paris et villa sur la Côte (d’Azur
Les Demis et les Popa’a n’ont toutefois
dans les années 60. le monopole de la
représentation parlementaire (ou quasi parle¬
en
pas,
essentiellement) et
mentaire)
redistribuer les tôles, le
pétrole... et les produits
alimentaires (farine, riz,
sucre...) vendus “à
l’aventure” au magasin
du bord. Autant de biens
importés dont les
insulaires ne peuvent
plus se passer.
la
plus
importante
dansv^la
hiérarchie politique. Certes, ils occupent satts
discontinuer depuis
1946 les sièges de\
Sénateur et de Conseiller économique et
1948, par la grâce du
suffrage universel, la fonction de député leur
échappe ; elle échoit d’abord à Pouvanaa a
Dopa (voir pp. 20-21), puis, après sa desti¬
social, mais depuis
tution en 1958, à son fils Marcel.
L’élection d’un authentique Polynésien à
Page de gauche :
Le gouverneur Toby
tait la bringue. Ce
gouverneur, qui fut par
ailleurs un excellent
analyste de la situation
politique locale à
l’époque de son
proconsulat (1954-1958,
voirp. 21), ne dédaignait
pas les plaisirs offerts
par le Papeete
nocturne.,, ce qui a très
largement contribué à sa
popularité.
une
fonction aussi importante a évidemment
signification qui n’est pas seulement
politique et qui atteste que la société
tahitienne est travaillée en profondeur par le
changement.
Un changement qui, en
une
apparence, ne concerne pas les Chinois que
leur statut d’étrangers tient en marge de la
population. Ce qui ne veut pas dire que la
asiatique ne joue pas un rôle
important, qu’elle saura faire valoir plus tard,
communauté
dans la société territoriale.
15
VIVRE EN POLYNÉSIE
Une société en crise
Le système colonial qui vient d’être décrit
dans
aspects essentiels fonctionne à peu
près correctement entre les deux guerres.
Certes, la société de ce qui constitue alors les
ses
Établissements
français d’Océanie a ses
contradictions. Les Demis, tout au moins
ceux
qui tiennent le haut du pavé,
n’apprécient guère le dynamisme économique
des Chinois qui, partis de rien, sont parvenus
en
quelques décennies à monopoliser le
négoce et une partie de l’artisanat, à contrôler
la plupart des transactions touchant la vanille
et la nacre, à investir de gros capitaux dans la
flottille de goélettes qui assure le trafic entre
Tahiti et les archipels, à conquérir des
positions importantes dans l’import-export
qui fut longtemps leur domaine réservé et
celui des Popa’a. Quant aux Ta’aia Tahiti, ils
apprécient sans doute d’être sous-administrés,
mais ils n’oublient pas que la plupart des fenua
appropriés par les autres catégories sociales
ont jadis appartenu à leurs ancêtres ; ils
éprouvent quelque animosité à l’égard de leurs
créanciers chinois ; ils ressentent surtout
confusément que leur destin leur échappe : ce
ne sont
pas eux qui fixent les prix du coprah et
de la vanille, ce ne sont pas eux non plus qui en
tirent les plus gros profits.
Mais les conséquences de ces contra¬
dictions
relativement
bénignes tant
que la pression démographique n’augmente
pas trop vite, tant que l’écart entre le prix du
restent
coprah, de la vanille, de la nacre et des
phosphates et celui des produits importés des
pays industrialisés n’est pas trop grand. Ce
fragile équilibre va être rompu après la
Seconde Guerre mondiale par la conjonction
de toute
Par
une
une
série de facteurs défavorables.
pression démographique
accrue
d’abord : entre 1931 et 1946, le taux moyen de
croissance annuelle de la population est de
2,5% ; entre 1946 et 1962, il passe à 3,3%. Par
affaiblissement
du potentiel productif
l’exploitation des phosphates de
Makatea arrive à son terme ; les lagons
nacriers, trop sollicités, s’épuisent ; les
plantations pérennes (cocoteraies, caféières),
atteintes par un vieillissement, ne peuvent être
un
ensuite
:
renouvelées
en
l’existence
coutumière
raison des obstacles liés à
indivision foncière
d’une
non
ration
reconnue.
rapide, enfin,
l’échange”. Entre 1948
calculs
de
exportations
Cl.
Par
une
détério¬
des “termes de
et 1960, selon les
Robineau, la valeur des
accuse une hausse annuelle
inférieure à 5%, alors que celle des impor¬
tations approche les 18%. Dans le même
temps, toujours selon le même auteur, l’indice
du coût de la vie progresse d’environ 70
points.
Ce sont bien entendu les ruraux qui
pâtissent le plus de cette situation. Dans les
années 50, ils émigrent toujours plus nom¬
breux : vers la Nouvelle-Calédonie, qui
accueille les travailleurs
sur
venus s’embaucher
le chantier de construction du barrage de
Yaté ; vers l’agglomération urbaine de Tahiti
(Papeete, Pirae, Faaa) dont le poids
démographique relatif s’accroît de 4,65%
entre 1946 et 1962. Quant aux privilégiés du
16
système colonial, avec la baisse de la rente
foncière, ils cessent d’investir dans l’agri¬
culture au moment où celle-ci en a le plus
besoin. L’inspecteur général Guillaume note
dès 1956 que “l’on spécule [déjà] sur les plusvalues à attendre du développement des
centres urbains et des zones résidentielles à la
faveur
d’une
tourisme”.
puissante
expansion
du
Une politique d’investissements
Le Gouvernement central qui, dans le passé,
s’était
guère intéressé à une lointaine
colonie qui devait se suffire à elle-même,
s’inquiète de la dégradation d’une situation
socio-économique qui contribue à nourrir une
revendication politique dont on analysera
plus loin les implications spécifiques. Par le
biais de la planification - deux plans de
développement se succèdent en se
ne
chevauchant entre
1960
1947 et
-
dont les
actions sont financées par le
Fonds d’inves¬
tissement économique et social (FIDES) qui
Papeete à la fin des
années 60. La politique
d'investissements
menée dans les années
Infrastructures. Sur
cette photo. Papeete a
qui ont précédé et qui
conservé son aspect
colonial. Seule
concession visible à la
modernité en matière
d'urbanisme : ia
développement des
au
ont immédiatementsuivi
l'installation du C.E.P.
s'est essentiellement
attachée au
présence des bâtiments
de l'Office du Tourisme
premier plan à droite.
émarge
au budget métropolitain, l’Etat va
3 631 millions de FCP dans le
Territoire en 15 ans. La somme nous paraît
investir
dérisoire
aujourd’hui, mais elle est fort
importante à l’époque. Plus de 80% de ces
crédits, le fait est significatif, “portent sur des
travaux d’infrastructure
et sur des équi¬
...
pements sociaux”. Avec le passage du temps,
la finalité de ces investissements se modifie
progressivement. Au lendemain de la Seconde
Guerre mondiale, les crédits en cause servent à
rénover un “équipement vétuste et démodé”
qui, pour l’essentiel, “datait de 70 ans”, nous
précise la Documentation française. Dans la
décennie qui précède l’installation du C.E.P.,
il s’agit plutôt d’ouvrir la Polynésie française
sur
le monde extérieur
:
la construction de
l’aéroport international de Tahiti-Faaa,
inauguré en 1961, nous y reviendrons,
symbolise cette “ouverture”. Une ouverture à
laquelle il faut préparer les jeunes esprits : le
lycée Paul Gauguin ouvre ses portes la même
année. Une politique qui, somme toute, ne
pouvait faire de vagues ; on ne saurait en dire
autant
de
l’action menée
en
production qui s’inscrit dans
explosif.
Dans le
l’agriculture, qui demeure
social
faveur de la
un contexte
domaine
une
de
activité
en 1956, elle procure 46% des
emplois -, la réussite du plan de relance et de
diversification des cultures, préconisé par
l’inspecteur Guillaume, dépend de l’adoption
essentielle
et de
-
la mise en œuvre de toute une série de
dispositions portant reconnaissance et
“aménagement” d’une indivision coutumière
que les pouvoirs publics ont en vain essayé
d’éradiquer pendant plusieurs décennies. Une
réforme préparée par une commission ad hoc,
la commission Bonneau, qui suscite l’oppo¬
sition passionnée des Demis parce qu’elle
déroge du Code civil métropolitain,
instrument juridique de
la colonisation
foncière et par le fait même symbole de leur
prééminence socio-économique et de leur
identité.
Le Gouvernement
central, qui dispose
pourtant des moyens institutionnels
d’imposer son point de vue au risque de passer
pour
colonialiste, capitule devant cette
opposition. Malgré quelques succès - la
production de coprah atteint des sommets
dans les années 60 grâce au baguage de la
cocoteraie, une opération agro-technique qui
ne
soulève pas de problèmes sociaux - la
réussite du plan de relance de l’agriculture est
bien compromise avant même que le C.E.P.
ne lui porte le coup de grâce. Cet échec dans le
domaine de la production et l’augmentation
importante des importations de biens d’équi¬
pement, qui est la conséquence de
l’intervention croissante de
autres
secteurs
180% 160 140 -
FAAA, PIRAE
l’Etat dans les
de l’économie, se
traduisent
par une détérioration de la balance commer¬
ciale ; le taux de couverture des importations
par les exportations passe de 90% dans les
années 50 à 56% en 1962. L’équilibre socio¬
1946
économique du Territoire est donc en train de
se modifier quand la même année, le général
ARUE, MAHINA,
PUNAAUIA, PAEA
de Gaulle annonce l’installation du C.E.P.
Couverture des importations
A droite :
par les exportations {en %)
Polynésie française :
de 1944 à 1963.
croissance et
"Sèséqullibres
démographiques
(1946-1962). L’inégale
répartition de la
CVJ O
O
T
I
80% n
®4 107
1951
5 742
.
1956
.
7 728
,
1
J
1962
.STE DE TAHITI
croissance
démographique qui a
contribué à la formation
de la proche (Pirae,
Faaa) et de la lointaine
(Arue, Mahina,
Punaauia, Paea),.
banlieue de Papéete et
au déséquilibre entre
Tahiti et les archipels
(voir.pjj. 32-33), est un
ILES DU VENT
phénomèrie'qui apparaît
lendemain de la
Seconde Guerre
mondiale.
au
1962
ILES SOUS-LE-VENT
1956
TUAMOTU-GAMBIER
(avec Makatea)
rpf'J
41»
»?.'
MARQUISES
AUSTRALES
17
VIVRE EN
POLYNÉSIE
La crise politique :
aux sources
du nationalisme
Le 12 octobre 1958. Pouvanaa a Oopa,
vice-président du Conseil de Gouvernement
de la Polynésie française, député à l’Assem¬
blée nationale, chef du Rassemblement démo¬
populations tahitiennes
cratique des
(R.D.P.T.) et leader charismatique du peuple
ma’ohi (le meliia, le père) était arrêté au
matin, à son domicile, sous l’inculpation
d’avoir “invité en public et à plusieurs reprises
ses partisans à brûler Papeete et à en faire un
criminelle (la Cour
Territoire) sous l’inculpation
d’homicide volontaire, comme s’il s’était agi
d’un simple pyromane, et non d’atteinte à la
sûreté de l’Etat une accusation qui aurait été
plus sérieuse mais peut-être plus difficile à
prouver -. Pouvanaa fût incarcéré en France
“à la prison des Baumettes, sous le régime...
des prisonniers politiques, régime qui montre
bien l’inanité de l’inculpation de pyromane ; et
après huit ans de détention, puis de résidence
surveillée, après avoir été gracié, il revient à
Tahiti le 30 novembre 1968, objet d’une
manifestation grandiose et d’une prière
d’action de grâce pour les retrouvailles avec
désert’’.
d’Assises
Jugé
du
en
-
cour
peuple". 11 reprit alors dans le calme après un accident de parcours qui en constitue
sans doute l’épisode le plus important - une
carrière politique commencée vraiment au
son
lendemain de la Seconde Guerre mondiale et
symbolisant pour la première fois à Tahiti
l’émergence d’un nationalisme populaire dont
les racines sont anciennes et profondes mais
qui Jusqu’alors n’avait pas réussi à s’exprimer.
Un nationalisme authentiquement populaire
parce qu’il ne se contente pas de remettre en
cause les relations de dépendance existant
entre la France et sa lointaine possession du
Pacifique, mais conteste fondamentalement
l’ordre social mis en place localement par le
système colonial.
Des racines profondes
et anciennes
Le nationalisme symbolisé par Pouvanaa n’a
de peine à trouver des aliments dans le
passé, tant la lutte pour l’indépendance des
Polynésiens le marque, sinon vigoureuse¬
ment, du moins très régulièrement. Après la
victoire des royaux-chrétiens en 1815 à Tahiti
qui est, aussi, la défaite d’une indépendance
pas
tahitienne, la crise de la Mamaia (en ses dates
extrêmes
festation
refusant
1826-1840) est également une mani¬
la
de
de
se
personnalité
dissoudre dans
tahitienne
un
univers
européen-chrétien. Le protectorat français de
1843 amène trois années de guerre dure : 1844-
1846. Et l’annexion des îles Sous-le-Vent en
1887 déclenche des résistances armées à
Huahine et à Raiatea. Les Tahitiens n’ont
Jamais compris, ni admis, que leur union à une
grande puissance européenne, reconnaissance
de la puissance technologique et religieuse de
celle-ci en échange de sa protection, puisse
son intrusion dans leurs propres
affaires, l’aliénation de leurs terres au profit de
entraîner
ses
propres sujets ou citoyens,
dans un livre tout récent. Les
temps
des premiers
missionnaires voyaient très bien “Peretane”
(la Grande-Bretagne) comme une unité
politique de rang élevé apportant Jéhovah
dans les îles et formant avec les unités
à
ce
propos,
Tahitiens
du
politiques traditionnelles une confédération à
la tête de laquelle elle aurait eu une suprématie
toute nominale (à l’âge des ari'i maro ’ura ou
maro
tea). Lorsque, le 18 avril 1958,
J.-B. Céran-Jérusalemy “se faisant l’inter¬
prète de M. Pouvanaa a Oopa”, déclare à
l’Assemblée territoriale que le R.D.P.T. s’est
assigné la tâche de mener le pays vers une
république tahitienne dans l’Union française,
la conception
n’est guère différente, et
A.-R. Grand a raison de répéter avec force
dans
sa
thèse de doctorat que,
dans
son
nationalisme, Pouvanaa demeurait attaché à
la France.
La conquête de
l'archipel de la Société.
Ces reproductions
{ci-dessus : une
aquarelle de C.C. Antig
représentant un fortin
dominant les hauteurs
de Papeete et édifié par
les troupes françaises ;
à gauche : la résidence
fortifiée, le pa de
Teraupoo à Raiatea) de
vestiges aujourd'hui
disparus nous
rappellent que la
domination française a
été imposée par la force
dans cet archipel. Cet
événement historique
alimente aujourd'hui
la revendication
nationaliste de certains
encore
partis indépendantistes.
18
le peuplement
îles par des colons étrangers. “Malen¬
tendu pacifique” écrit l’ethnologue J.-F'. Baré,
des
D’HIER A AUJOURD’HUI 1960-1986
Un nationalisme longtemps
contenu
conquête coloniale
longtemps à se remettre de la perte de
Le nationalisme né de la
mettra
l’indépendance. Le Tahiti colonial d’avant la
Première Guerre mondiale est un Tahiti très
paternaliste, un territoire “assoupi”, en proie
seulement aux éclats de voix, aux intrigues et
aux
scandales de la toute petite colonie
européenne dressée en clans antagonistes,
“locaux” contre “métropolitains”, “privés”
administration, colons contre maisons
de commerce. Français contre Anglo-Saxons.
contre
De la masse polynésienne, au demeurant peu
habitants en 1918), mais
écrasante majorité par rapport à la colonie
euro-américaine, il est peu question. Bien que
citoyens, les habitants de Tahiti, des Tuamotu
et des Marquises n’ont pas d’assemblée élue au
niveau du Territoire, ni de député au niveau
du Parlement de la République, seulement un
délégué au Conseil supérieur des Colonies, qui
sera,
le plus souvent, un étranger au
Territoire.
Une certaine conception
tahitienne, paternaliste et hiérarchique des
rapports sociaux qui n’exclut pas, tradition¬
nellement, le contrôle rigoureux des leaders,
correspond au paternalisme autoritaire et
nombreuse (27 000
tâtillon
de
l’administration
et
à
celui,
exploiteur, des colons, et peut expliquer
l’apparente passivité des Tahitiens.
Une
passivité dont ils vont sortir
progressivement quand la Première Guerre
mondiale
va
les faire entrer dans le monde
contemporain comme combattants destinés à
mourir sur les champs de bataille de l’est ; et
leurs survivants, qui ont découvert l’existence
en Métropole d’une société relativement égali¬
taire et démocratique - au moins par rapport
aux
conditions sociales et politiques prévalant
à Tahiti - vont se retrouver, à leur retour aux
société figée, paternaliste et
qui se refuse à faire la moindre
place à leur nouveau statut de fait d’anciens
combattants ayant donné leur sang, souvent
décorés et donc citoyens plus qu’à part entière.
Pouvanaa est de ceux-là et un premier
îles, dans
autoritaire
une
nationalisme
tahitien
s’ébauche
et
va
revendiquer, dans le cadre de la France, mèrepatrie. l’égalité de régime entre Tahiti et la
Métropole dans le cadre d’une République
démocratique dont les anciens combattants
ont
constaté l’existence lorsqu’ils s’y
trouvaient pour faire la guerre et la défendre.
Le Père fondateur et ses
héritiers. L'arrestation
de Pouvanaa a Oopa le
12 octobre 1958
(ci-contre) ne sonne pas
le glas du combat
nationaliste, repris avec
vigueur par John Teariki
(ci-dessous) (voir
118-120), son fils
spirituel, rejoint en 1967
par Francis Sanford
(en bas à gauche).
Le scrutin législatif du
10 juin 1976 (durant
lequel F, Sanford mène
pp.
campagne en
compagnie de
Pouvanaa. autorisé à
revenir à Tahiti en 1968)
le peuple
polynésien est en
majorité favorable à
montrera que
l'autonomie interne.
19
VIVRE EN POLYNÉSIE
La crise politique :
Pouvanaa,
ascension et chute
Une
tiellement
revendication de caractère
essen¬
politique qui devra attendre les
lendemains de la Seconde Guerre mondiale et
le discours fameux prononcé à Brazzaville par
de Gaulle pour être enfin prise en
considération par le Gouvernement central
qui, en 1945, accorde la citoyenneté à tous les
ressortissants des Établissements français
le général
d’Océanie
et
leur
octroie
le
droit
d’être
représentés, par la voie du suffrage universel,
au
Parlement français, à l’Assemblée de
l’Union
française et localement à une
Assemblée représentative (sans pouvoirs sur
le plan politique) qui deviendra Assemblée
territoriale
en
1953.
Des
mesures
qui
Ci-dessus :
Noël Mari présidant
l’Assemblée territoriale
(1954-1958). Curieux
destin que celui de cet
homme "de tradition”
faire fortune à
Tahiti en 1934 après
avoir fréquenté la bonne
société parisienne.
venu
Antigaulliste de choc
pendant la Seconde
Guerre mondiale
(et après), son chemin
croiser celui de
Pouvanaa qui fut
va
partisan du générai de
Gaulle en 1940 : leur
nationalisme "ouvert" et
une haine commune de
l'administration les
1958, il se retire alors
volontairement dans son
"Ermitage
Sainte-Hélène" où il
achèvera ses jours. De
cette “terre d'exil”, il
rédige pour le Journal
de Tah/f/de savoureuses
chroniques où il
continue à ferrailler avec
verve contre les
administrateurs et les
gendarmes. Il est
l'auteur de "Secrets
tahitiens, journal d'ury^
popa'a farani".
l’espace politique ainsi libéré. Faut-il préciser,
s’agissant de ces derniers, que dans la mesure
où ils participent des deux cultures, l’euro¬
péenne et la ma’ohi, ils se sentent tout natu¬
rellement désignés pour représenter le peuple
tahitien tout entier. Un point de vue que
Pouvanaa ne partage sûrement pas mais qu’il
n’a pas encore les moyens de faire valoir. En
1945, il n’obtient que 44 voix (sur 14 330 vo¬
tants) lors des élections qui permettent aux
habitants de la colonie d’envoyer un député à
la première Assemblée constituante. Il ne fera
pas partie non plus des 20 membres élus de la
première Assemblée représentative, une
assemblée dominée par les Demis, dans
laquelle siègent six Européens.
On connaît la suite et point n’est besoin
ici de réécrire par le menu l’histoire du metua
et de son mouvement dont les épisodes essen¬
tiels ont déjà été décrits dans un autre tome de
cette Encyclopédie.
plus clairement
politiques, organisent
en commun une grande
dont l’Assemblée
représentative elle(dont
Pouvanaa et N. Ilari),
accusés notamment
“d’immixtion dans les
affaires du
Gouvernement local (et)
de complot en vue de
de l'affaire du'
Ville d'Amiens, il est élu
conseiller R.D.P.T. des
Australes à l'Assemblée
territoriale. Battu en
les “droits" des anciens
combattants du
Bataillon du Pacifique,
et le Comité Pouvanaa,
dont les objectifs sont
des Volontaires et le
Comité Pouvanaa
20
Volontaires, qui défend
politique
Ville d'Amiens va être le
catalyseur de la vie
politique locale et, deux
ans plus tard, l'Union
fusionneront pour
donner naissance au
R.D.P.T.
récupérations
exceptionnelle
-
d’une aventure
qui, aujourd’hui
encore, continue à nous interpeller. 11 fut
exceptionnel, en effet, le destin de cet homme
que son origine populaire ne prédisposait pas
à jouer les premiers rôles dans un système
dont les Ta’ata Tahiti étaient exclus. Doué
d’une autorité naturelle qui lui permettra de
s’imposer à ses compagnons de route Demis
(certains le trahiront plus tard), il
en
fondant en 1947 le Comité Pouvanaa qui
donnera naissance
R.D.P.T.
au
en
1949. 11
profit le système repré¬
sentatif octroyé par la Métropole - il est élu
député en 1951 - et chaque campagne
électorale lui fournit l’occasion de “prendre la
saura surtout mettre à
POUVANAA
ütférrrrn Uttri m. U7 C*». Ji 2-1-ir âe Monùtmr le Couetrneer à Montieer POUVANAA j OOPA.
tion
politique qui prend le nom ■ provisoirement ■ de:
I rotopu 1 tel papal ana’e l te lo'a l raro nel, ua
laa ll'a hia le hoé. talete polittla o tel topa hla — no
tele nel mau mahana
"COMITÉ POUVANAA"
Ce Comité créera dans les Etablissements Fran¬
de I Oceonle un parti politique avec des repré¬
dans chaque Ile ou district, et il présentera
des candidats â toutes les élections.
sentants
Son but est la * Modification du Décrei organique
1885*. dans
un
esprit tahiilen por les Tahitiens,
pour une adhésion pleinement et librement consentie
q I Union Française.
LE
Préildeel
(PerelliiDl)
Vic«-PréildflDl
(Hoopao moDl]
Membres du Bureou
(Mero ne te Bureau)
E faa tupu loua Tomlie râ 1 roio 1 te E F. O., l te
hoè pupu polltila, ma te laa toro'a 1 te hoè mau fêla
no te mono raa la'na i roto i te vetahi mau ienua e i
te mau malaelnaa E tuu oto'o mol ola i te mau iela e
ou la
maltl l te mau maltl rao ato'a.
Te vahl e hlna’aro hla. la taul hla te * Décret or¬
ganique de 1885 *, no roto 1 le leruri roa o te Toaia
Tahiti na te Taola Tahiti, no te lahi laho'e roa tl'a o
TAHITI la FARANI i rotopu 1 te AMUIRAA FARANI
(Union Française).
BUREAU
TIXIER Pierre
CepAN./BRUSALBMY /ren-SepriiK
COLOMBANI Benjemln
BUILLARD Anihelme
AUMERAN Henri
URARII Totea
"TE ARATAI”
-
i te lo'a o :
POUVANAA”
Pomnee e OOPA
(PercUléBl mono)
Secrétoire (PopoJ porou)
Secrétaire ad|olDt (Popol porou mono)
Trétorlei
—
"TOMITE
çois
de
saura
d’abord structurer les différents groupes de
mécontents qui s’opposent à l’administration
Entre les soussignés. Ü a été composé une associa¬
même a contesté le
meneurs
les
(37-3-47 Dodlilé 22-3 47]
recrutement. Les
résidence surveillée à
Tubuai (où il a acheté
propriété) à la suite
-
toutes
COMITE
s’opposer au
débarquement de trois
fonctionnaires popa'a
■prendre le pouvoir”,
seront acquittés faute de
preuves. L'affaire du
une
Il faut quand même tenter de dégager la signi¬
fication profonde, trop souvent occultée ou
déformée
le pouvanisme fait l’objet de
manifestation pour
En haut à droite et
ci-contre :
L’affaire du
Ville d'Amiens et le
Comité Pouvanaa. Le
21 juin 1947, l'Union des
rapprochent. Mis en
Un destin exceptionnel
permettent aux colons - le vocable est encore
en usage à l’époque - et aux Demis, d’occuper
BULUTIN DU COMITE POUVANAA
-
D’HIER A AUJOURD’HUI 1960-1986
parole” et, ce faisant, de la rendre à un peuple
qui n’a jamais eu la possibilité de s’exprimer
directement. Une parole “traditionnelle” dans
la forme
Pouvanaa est un grand orateur
polynésien nourri de culture biblique - mais
-
nouvelle dans son contenu.
Pouvanaa n’innove pas
dans le champ
politique quand il réclame une véritable
décolonisation des rapports existant entre la
Métropole et le Territoire. Certes, pour
certains colons et Demis, la France demeure le
meilleur garant de la reproduction du système
colonial, mais il en est d’autres qui, depuis les
débats tumultueux du Conseil général à la fin
du XlX'^siècle, réclament périodiquement une
“autonomie interne” (ou ce qui en tient lieu)
spécifique, aurait
l’avantage de les préserver des velléités de
qui,
outre
sa
finalité
réforme sociale d’un gouvernement de gauche
métropolitain. Pouvanaa innove parce qu’il
fait
de
la
revendication
autonomiste
un
préalable à l’amélioration des conditions de
vie des Ta’ata Tu/î/t/qui sont, nous l’avons vu.
les principales victimes de la crise du système
faits
foncière,
passe par une
sociaux
nés
révision
transformation des rapports
de
la
colonisation.
Une
perspective insupportable pour les privilégiés
dudit système, Pouvanaa l’apprendra à ses
dépens. Commentant la campagne électorale
des
élections
législatives de 1956, le
gouverneur Toby n’hésite pas à écrire dans un
rapport officiel que : “Rudy Bambridge est
apparu comme le candidat de la classe
possédante s’opposant par contraste [à
Pouvanaa
candidat des] cultivateurs et
pêcheurs tahitiens des districts et des îles”. On
ne saurait être plus clair.
Au plan politique, le R.D.P.T. obtient
satisfaction : la loi-cadre élaborée par le
ministre socialiste Defferre est promulguée
dans le Territoire en 1957 et son leader devient
du nouveau Conseil de
Gouvernement. Mais la Roche tarpéienne est
vice-président
près du Capitole : le metua en fait la cruelle
expérience quand il veut faire entrer dans les
programme
son
colonial. Une amélioration qui, bien entendu,
transferts
il
refuse
“social” : en matière
autorisations de
les
immobiliers
des
droits
et
demande
fonciers
une
“indûment
acquis” ; J.-B. Céran-Jérusalemy fait voter à
l’Assemblée en avril 1958 un impôt sur le
revenu.
C’est le commencement de la fin
devant
l’émeute, le texte doit être retiré.
:
L’administration centrale était-elle hostile à la
politique suivie par le metua ? Ce n’est pas sûr.
A l’époque, il convient de le rappeler, elle n’est
pas hostile à une réforme foncière qui devrait
permettre de relancer une agriculture moins
assujettie au marché mondial.
On connaît la suite. Pouvanaa, déçu, fera
l’erreur
de
s’opposer à de Gaulle lors du
référendum constitutionnel du 29 septembre
1958. Affaibli par cet échec, il sera liquidé
politiquement en octobre dans les conditions
que nous avons relatées. Le 23 décembre, le
Gouvernement central rend au gouverneur les
pouvoirs que la loi-cadre avait transférés aux
élus de l’exécutif local. LeC.E.P. peut arriver.
Le premier exécutif
iocai. Institué par la loi-
cadre, ce Conseil de
Gouvernement, élu par
l’Assemblée territoriale,
est présidé par le
gouverneur Toby mais,
“le vrai pouvoir se trouve
entre les mains du vice-
président du Conseil",
Pouvanaa a Oopa
Les manifestations
d’avrii 1958 contre
i’impôt sur le revenu.
Pouvanaa, suivi
notamment de
J.-B. Jérusalemy et de
Jacques-Denis Drollet,
traverse une foule de
“petits et moyens
contribuables” qui ne
(“Mémorial
polynésien”). Tous les
“ministres”, qui
appartiennent au
R.D.P.T., (à l'extrême
droite on reconnaît
Pierre Hunter, actuel
conseiller Here Ai'a) ne
sont pas d’accord, tant
s’en faut, avec le
programme social du
Metua.
Ci-dessus :
Pouvanaa et l’Église
évangélique. Pouvanaa,
qui assiste à
l'inauguration d’un
temple, n'a sans doute
pas apprécié la position
opportuniste prise par
l’Église évangélique lors
l’impôt si certains “gros
du référendum
constitutionnel de 1958.
Par la voix autorisée et
radiodiffusée du pasteur
s'illustreront d'ailleurs
au cours de cette
effet savoir, tout comme
seraient sûrement pas
venus manifester contre
contribuables”, qui
journée mémorable, ne
les y avaient pas incités
d’une
campagne de
“désinformation”
au cours
soigneusement
organisée.
Koringo a Poo
(voir p. 85), elle fera en
l'Église catholique (qui
recrute davantage dans
les milieux “demis")
qu'elle n’est pas
favorable au “non”
prôné par le Metua.
21
VIVRE EN
POLYNÉSIE
L’annonce
propos a dû très largement passer, si l’on peut
des temps nouveaux
Dans les années 60, le système colonial
place,
solide, du moins en
apparence. Pourtant, il n’en finit pas de sortir,
dans l’ordre socio-économique comme dans
l’ordre politique, d’une crise profonde qui est
seulement le signe tangible des changements
qui affectent la planète depuis la fin de la
Seconde Guerre mondiale, des changements
que la Polynésie, en dépit de son isolement
géographique, ne peut ignorer. Dans ce
contexte, le C.E.P., qui est l’agent et le
symbole de la grande mutation que connaît le
Territoire depuis un quart de siècle, n’est pas
un événement fortuit. Certes, en raison de la
est
en
nature
encore
même
dimension, il
de
a
ses
ses
activités
et
de
dire
“par-dessus la tête” de son auditoire.
Après avoir rappelé les liens étroits que le
Territoire a tissés avec la France Libre lors du
second conflit mondial, le Général ajoute :
“Depuis les années
ont passé, et par
le monde change. 11
pas difficile maintenant de voir quels
toutes sortes de moyens,
n’est
sont les traits nouveaux que notre terre est en
train de prendre. Ces traits nouveaux, les voici
comme
je les vois.
«D’abord, il y a la tendance de toutes les
entités
ethniques populaires et nationales à
garder leur caractère propre et à disposer
d’elles-mêmes. 11 y a en même temps la
nécessité primordiale de se rattacher
délibérément à un grand ensemble
économique, culturel, politique, sans quoi
chaque territoire tomberait vite dans la
misère, serait la proie de l’ignorance et
servirait de champ de bataille à tous les impé¬
rialismes du monde.
«Un autre trait du monde nouveau, c’est
rétablissement, tout autour de notre terre, de
sa
responsabilités
propres
dans l’accouchement du monde dans lequel
nous vivons. Mais ce monde
qu’il marque de
empreinte et dont il accélère l’évolution,
déjà en gestation au cours de la
période précédente ? Ce monde, le général de
son
n’est-il pas
Gaulle lui-même n’a-t-il
avènement dès 1956 ?
pas
annoncé
son
Le voyage du général de Gaulle
Quand le général foule le sol tahitien le 30 août
1956, à l’invitation du maire de Papeete, il n’a
pas encore terminé sa “traversée du désert” et
si, face à la légalité vacillante de la IVe
République, il ne doute pas de sa légitimité,
rien, à cette date, ne laisse présager son retour
prochain “aux affaires”. Ce jour-là, devant
une
foule chaleureuse massée place du
Maréchal Joffre, il prononce un discours,
parfois cité, plus rarement commenté, dont le
22
De Gaulle visite les
districts. Le Général,
qui n'est pas en odeur de
sainteté dans les
instances dirigeantes
de la IV' République,
est reçu très
officiellement dans un
Territoire où il jouit d'un
immense prestige
auprès du peuple
(en majeure partie
“pouvaniste”), tout en
bénéficiant de solides
amitiés politiques de
certains milieux
“demis”. A côté des
personnages officiels,
du gouverneur Toby et
des tavana, on note la
présence de son
"compagnon de ia
France Libre"
John Martin, et celle de
Jacques Foccart son
conseiller spécialisé
dans les missions
politiques discrètes.
ce
grand réseau de communications aériennes,
navales, aéro-navales, qui enserrent le monde
et sans lequel, de plus en plus, on ne peut plus
imaginer de relations humaines, d’échanges ni
d’activités.
«Le
nouveau,
troisième
trait
de
notre
monde
c’est le commencement du règne de
CD.EP6,
D'HIER A AUJOURD'HUI 1960-1986
l’énergie atomique qui apporte à tous les
hommes à la fois d’immenses
possibilités de
progrès et une terrible menace.
«Voilà bien, je crois, comment on peut
exprimer les trois conditions nouvelles dans
lesquelles va maintenant marcher pour une
période plus ou moins longue notre terre...
«Eh bien, dans le monde tel qu’il devient.
Tahiti jusqu’à présent lointaine, isolée au
milieu
des
s’ouvrir
un
Tahiti tout à coup voit
important, un rôle nouveau
sur le globe terrestre. 11 n’est
que de regarder la
mappemonde et d’y tracer les communi¬
cations aériennes de demain pour voir que
Tahiti est nécessairement pour beaucoup de
ces communications une
étape indispensable
et capitale, et, d’autre
part, il n’est que
d’imaginer les périls que la menace atomique
fait peser sur la Terre pour voir que Tahiti, là
où
elle
mers,
rôle
est.
entourée
d’immensités
invulnérables de l’Océan, Tahiti peut être
demain un refuge et un centre d’action pour la
civilisation toute entière. Voilà comment la
transformation du monde à laquelle nous
assistons donne à votre île, et aux îles qui
l’entourent, une importance tout à coup très
grande. Eh bien ! Ce destin nouveau qui lui est
ouvert, Tahiti y marchera avec la France.»
On peut bien entendu, plus de trente ans
après, gloser rétrospectivement sur
l’ambigu'îté du propo.s du Général en matière
nucléaire, voire sur sa duplicité s’agissant des
institutions. La gaullolâtrie inconditionnelle
Tahiti-Faaa en chantier.
Avec l'aéroport de Faaa,
inauguré en 1961, la
Polynésie s'ouvre
trafic aérien
international. En 1950,
Air France avait tenté
au
de lancer une ligne
Paris-Bora Bora, mais
sans succès, les moyens
navigation et les
renseignements météo
disponibles étant encore
de
Insuffisants.
Un Bréguet décollant de
Tahiti-Faaa à la fin des
années 60. Ce type
d'appareil, utilisé par
l'armée de l'air, assura
les liaisons rapides entre
la "base arrière de
Tahiti" et les "sites" du
(voir chapitre 2).
Il sera remplacé par le
puis par la
Caravelle.
23
VIVRE EN
POLYNÉSIE
n’est pas, à vrai dire, meilleure conseillère que
l’antigaullisme systématique. L’homme privé
de 1956, si conscient fût-il de l’incidence de la
crise algérienne sur la décomposition des insti¬
tutions de la IV^ République, n’imaginait sans
si proehe la chute de ce régime.
Savait-il, à l’époque, que l’issue du conflit le
conduirait six ans plus tard à transférer les
sites d’expérimentations nucléaires du Sahara
dans un Territoire où l’indépendance n’est pas
encore à l’ordre du jour et où la loi-cadre qui
doit y conduire n’est pas encore promulguée ?
Raisonnement
purement conjectural qui
devient plus vraisemblable deux ans après,
quand l’homme d’État, l’homme de la raison
d’État, le visionnaire de la politique qui sait
jouer des circonstances aura pris toute la
doute pas
dossiers nationaux, mais aussi
locaux dont M. Etilage nous rappellera la
mesure
des
substance en matière institutionnelle.
En 1956, nous n’en sommes pas là. Reste
la fresque géo-politique magistrale qui permet
Général d’intégrer par anticipation le
Territoire à un monde en devenir ; reste dans
au
le cadre de cette vision du monde l’annonce de
ces
temps nouveaux dont les Tahitiens vont
bientôt
avant-goût avec la
construction de l’aéroport de Tahiti-Faaa
24
connaître
un
dont les “travaux, nous dit Cl. Robineau, font
appel à un volume de main-d’œuvre considé¬
rable”. De grandes sociétés métropolitaines de
travaux publics s’implantent dans le Terri¬
toire : elles ne sont pas prêtes à le quitter.
Autre événement prémonitoire... «le tournage
du film “Les Mutinés de la Bounly" réalisé par
la
Metro-Goldwin-Mayer qui», nous dit
toujours Cl. Robineau, «coûte 27 millions de
dollars, dure dix mois à partir de décembre
Le tournage du film
“Les Mutinés de la
Bounly ”. Réalisée par
Frank Lloyd et jouée par
Clarke Gable et
Charles Laughton,
la
première version des
“Mutinés de la Bounly"
avait été un évènement
artistique dont les
retombées socio¬
économiques étaient
passées inaperçues
dans la Polynésie de
1934... On ne saurait en
dire autant de ce
"remake" qui n'a pas
marqué l’histoire du
la
présence de
7e art, en dépit de
Marion Brando.
1960 et mobilise à Tahiti 2 000 salariés. La
main-d’œuvre est
payée quatre fois le tarif
local ; les locations de logement triplent».
Reste enfin, dans le discours du Général - de
Gaulle, décidément, n’avait pas encore prévu
d’installer le C.E, P. aux Tuamotu - la formule
où le Général évoque, qui peut en douter, ce
que
avec
devraient être les relations du Territoire
la France. Un propos d’une actualité
brûlante...
2 L’évolution économique
et démographique de 1960 à 1986
Quand le premier
contingent de légionnaires
tahitien dans
le 19 juillet
1963, L’installation du
socio-économique
Territoire,foule le sol
l’avons
le premier
l’équilibre
du
nous
vu
chapitre, est en train de se modifier. Du fait notamment de l’intervention de l’État qui a
beaucoup investi (déjà !) “dans les travaux d’infrastructure... et dans les équipements
sociaux” sans pour autant réussir à restaurer les bases productives d’une économie
qui reste essentiellement agricole.
Ce processus de transformation va brutalement s’accélérer avec l’installation du
C.E.P. Un organisme, nous dit G. Blanchet, qui a “(ses) motivations et (ses) objectifs
propres” ; un organisme dont les activités sont sans aucune mesure avec celles qui
étaient jusqu’alors “exercées sur le plan local”. En quelques années d’une croissance
aussi exceptionnelle qu’artificielle - une croissance générée par l’injection massive de
crédits publics tant militaires que civils (selon un effet d’entraînement) -, le Territoire
va connaître une extraordinaire “mutation”. Une mutation économique bien sûr : à la
“traditionnelle économie d’exportation” se substitue en effet une “économie de
services”. Mais aussi et surtout, une mutation démographique et sociale : les archipels
se vident au profit de Tahiti qui connaît une urbanisation sauvage, et la “manne
atomique” est très inégalement répartie. Une mutation enfin qui, cela va sans dire, se
traduit par une dépendance accrue de la Polynésie française à l’égard delà Métropole.
Autant de déséquilibres dont les pouvoirs publics, étatiques et territoriaux, vont
prendre progressivement conscience. Dans les années 70, le C.E.P., après avoir réduit
le volume de ses activités, entame un repli progressif sur Moruroa où, à compter de
1975, pour se concilier une opinion “régionale” et locale de plus en plus hostile, il
substitue des tirs souterrains aux expériences dans l’atmosphère. La question de
l’après-C.E.P. et de la reconstruction d’une économie moinsdépendantede’Temprise
de l’État” et moins génératrice d’inégalités sociales est désormais posée. Elle l’est
toujours dans la mesure où tous les efforts consentispourrelancerl’agriculturesurde
nouvelles bases et diversifier la production en rééquilibrant les activités économiques
et les transferts sociaux au profit des archipels (la “revitalisation”) n’ont obtenu jusqu’à
maintenant que des “résultats mitigés”. Quant à “l’emprise de l’État” qui se fait plus
“civile”
ia part des militaires'dans le P.I.B. n’a cessé de baisser - elle ne s’est pas
desserrée pour autant... en dépit des changements majeurs apportés au cadre
-
institutionnel.
Centre
d’Expérimentation
du Pacifique
C’est au début de 1963 que sont posés les
premiers jalons de l’installation du C.E.P.
Placé sous l’autorité du ministre des Armées,
le C.E.P. fait
appel à des militaires des trois
armes, à des civils du Commissariat à l’énergie
atomique (C.E.A.) et à des entreprises
chargées d’en mettre en place les infrastruc¬
tures. Sa mission officielle est de préparer et
entretenir les moyens et l’infrastructure
nécessaires aux expérimentations ; d’assurer
le soutien logistique des moyens du Centre et
ceux du Groupe opérationnel des expériences
nucléaires (G.O.E.N.), constitué pendant les
campagnes de tirs
; de participer aux
opérations pendant les tirs. 11 est dirigé dans ce
but par un organisme mixte, la Direction des
centres d’expérimentation nucléaire
(DIRCEN), à la tête de laquelle se trouve un
officier général de la Marine assisté de deux
adjoints, un ingénieur qui représente le C.E.A.
et la Direction des applications militaires et un
officier qui commande le G.O.E.N. Sur
chaque terrain d’expérimentation, se trouve
Le C.E.P. et ses
retombées. Entre ces
deux clichés qui se
rapportent à une activité
pratiquée aux Tuamotu
(les expériences
aériennes dans
l'atmosphère ci-dessus
et le moni de la
aucun
rapport de
causalité. Tout au plus
suggèrent-ils que les
retombées atomiques
ont pris la forme d’une
manne monétaire dont
les effets induits vont
bouleverser la vie de la
société territoriale.
perliculturé) Il n’y a
25
POLYNÉSIE
VIVRE EN
une
base
interarmée placée sous l’autorité
d’un commandant de site.
Le 6 février 1964, par trois voix contre
deux,
Commission
la
permanente de
l’Assemblée territoriale cède gratuitement à
l’État, pour une durée égale à celle du C.E.P.,
les
domaniaux
atolls
de
Moruroa
et
de
Fangataufa et, sur l’atoll voisin de Hao, le
terrain
nécessaire
aérodrome.
à
l’installation
d’un
Sur la base avaneée de Hao, la réalisation
d’infrastructure
Tout un dispositif se met en place autour des
sites de Moruroa et de Fangataufa, autour de
la base avancée de Hao et de la base arrière
que constitue Tahiti. De grands travaux sont
entrepris avec une importante main-d’œuvre
locale et le concours de milliers de techniciens
métropolitains.^Selon
militaires,
début de
au
les statistiques
1966, auraient été
effeetués sur les sites deux millions de mètres
cube de terrassements,
coulés 100 000 m^ de
béton, édifiés deux kilomètres de quais, trois
‘aérodromes, 7 400 m de pistes et réalisés
25 hectares de surfaces couvertes. S’y ajoutent
une
passe artificielle percée dans la couronne
récifale,
de contrôle de tir de
d’Anémone, ét deux
postes d’enregistrement avancé, cathédrales
de béton de 50 000 tonnes capables de résister
aux explosions et baptisées Denise et Dindon.
un
poste
5 000 tonnes, du nom
sont
aménagés à Moorea et à
Bora Bora.
et
tions militaires et paramilitaires voit le jour :
eotiers, le déplacement de 880 000 m-’ de béton
4 000 tonnes d’acier, tandis que l’approfon¬
dissement de la passe d’accès a imposé l’éva¬
cuation de 50 000 m’ de corail. Sont aussi
créés un centre technique du C.F.A. et une
base de soutien pouvant accueillir l’ensemble
des services et quelque 4 000 personnes.
A Tahiti, qui fait fonction de base arrière
plaque tournante, sont également
entrepris des travaux importants. Fn Juin
1966, après deux ans d’efforts et une dépense
de 100 millions de FP, est inauguré le nouveau
port de Papeete qui incorpore l’îlot de Motu
Uta et se trouve désormais protégé de l'océan
par une digue de 800 m de long, érigée Sur le
récif-barrière. La longueur des quais en eau
profonde est portée de 100 à 1 100 m, la
capacité de stockage pétrolier de 22 500 à
50 000 m\ les terre-pleins de 4 000 à
90 000 m2 et les entrepôts de 10 000 à
et
De grands travaux
secondaires
de l’aéroport a entraîné l’abattage de 7 700 co-
de
22 500 m2. La Marine et le C.E.P. disposent,
outre, de 350 m de quais, de 13 000 m- de
terre-pleins, de 6 600 m- d’entrepôts, d’ateliers
de réparation navale et d’un dock flottant de
3 500 tonnes. Malgré leur importance, les
nouvelles installations ne sont pas suffisantes
pour recevoir tous les bâtirhents de la Force
du Pacifique au moment des tirs. Un port
annexe de dégagement est créé dans la baie de
Vairao, avec un élargissement de la passe et la
mise en place de coffres ; des mouillages
en
Parallèlement,
un
complexe d’installa¬
camp d’Arue, base aérienne de Faaa, bâtiment
de l’état-major et hôpital Jean-Prince à Pirae.
Des hôtels préexistants sont affectés aux
besoins des armées : le “la Orana” pour les
officiers, le “Arahiri” pour les sous-officiers, le
Hôtel” pour l’état-major. Des eités
résidentielles et
des
villas de fonction
“Grand
surgissent de terre, des foyers ou des centres de
détente et de repos sont installés à Arue,
Mataiea, Vairao...
Des dépenses considérables
Tous ces aménagements représentent des
dépenses considérables de l’État dont l’inter¬
vention
dans
la vie du
Territoire devient
prépondérante.
L’importance des
investissements consentis pour la mise en
route du C.E.P. est illustrée parla progression
des dépenses publiques qui passent de 32% du
en 1960 à 98% en 1966. Entre 1960 et
1969, les dépenses de l’État décuplent et leur
montant cumulé s’élève à 75,5 milliards de FP,
dont 44,5% - près des deux tiers - pour le
P.I.B.
C.E.P. proprement dit.
Cette intervention accrue de la puissance
publique s’accompagne de la venue
d’entreprises métropolitaines et d’un
développement rapide des entreprises locales.
Moruroa : les tirs sous
ballons. "Les avantages
du tir sous ballon" (qui
fut utilisé pour la
première fois en août
1968 lors de l’explosion
de la première bombe H
baptisée Canopus)
“ayant dépassé toutes
les espérances”, il était
parfaitement inutile de
prendre une"précaution
supplémentaire” en
invitant la cinquantaine
d’habitants de Tureia à
passer le juillet à Tahiti
"pour son plus grand
plaisir" (Revue du
C.E.A.).
Ci-dessus :
Moruroa : le blockhaus
Dindon. Ce chefd’œuvre de
l’architecture militaire,
si gracieusement
nommé, constituait le
poste avancé où
Commerce, transports et services
Industrie et T.P.
Agriculture et pêche
s’effectuait
l’enregistrement
automatique des
mesures pendant les tirs
aériens.
Moruroa au temps des
bateaux-bases. Pour
loger le personnel
affecté à la construction
des installations
nucléaires, le C.E.P. a
utilisé d’anciens
paquebots devenus
disponibles avec la
diminution du trafic vers
l’Afrique du Nord
(Sidi-Ferruch,
El Mabrouk, El Mansour,
Savorgnan de Brazza).
26
1962
1963
1964
L'ÉVOLUTION ÉCONOMIQUE ET DÉMOGRAPHIQUE DE 1960 A 1986
A l’occasion d’un passage à Moruroa en mars
1965, le ministre des Armées fait état de plus
de 1 000 entreprises travaillant pour le C.E.P.
A la même époque, un recensement, portant
les
sur
145
principaux établissements du
Territoire, souligne que 17 d’entre eux ont
plus de cent salariés et que, mis à part la
Compagnie des phosphates, l’Électricité de
Tahiti et trois sociétés d’acconage et de
transport, tous se situent dans le secteur du
bâtiment et des travaux publics. La valeur des
travaux effectués dans cette branche d’activité
quintuple de 1962 à 1965 et passe de 815 à
4 172 millions de FP. Elle tend à fléchir à la fin
la construction du C.E.P., mais reste
importante en raison de ses effets induits qui
de
développement des
équipements collectifs à caractère écono¬
mique et social. S’y ajoutent, à partir de 1967,
les
charges d’entretien des installations,
se
traduisent
par
un
évaluées à 600 millions de FP par an.
1960
1961
1962
1963
1964
1965
Une main-d’œuvre importante
La
multiplication
chantiers civils et
des
militaires engendre un brusque appel de main-
d’œuvre et les entreprises installées sur les sites
travailleurs locaux passent de 500 en
salariés du Territoire. Une fois les
infrastructures achevées, leur nombre régresse
des
plus que 2 800.
employé par le
C.E.P. connaît lui-même des fluctuations,
redescendant à 7 000 personnes en 1967 et
doivent elles-mêmes affréter des bateaux pour
et, en 1969, ils ne sont
L’ensemble du personnel
mai 1965, le gouverneur Sicurani estime que
3 500 ouvriers sont employés par le C.E.P. et
culminant à 15 000
aller recruter des travailleurs dans les îles. En
que Texode rural momentané touche de 85%à
90% des travailleurs agricoles. A la main-
locale s’ajoute une population
expatriée formée de techniciens, de fonction¬
naires et de professionnels du secteur privé,
dont la venue répond au déploiement des
activités et au développement parallèle des
services
administratifs et techniques.
Certaines estimations permettent d’évaluer les
flux de travailleurs engendrés par le C.E.P. à
4 000 personnes en 1964, 7 000 en 1965 et
13 000 en 1966. En leur sein, les effectifs des
d’œuvre
1966
1967
1968
Finances de l’Assemblée nationale, de retour
employés par le Centre d’expéri¬
12 000 personnes, chiffre qui
diminuerait de 45% après chaque campagne
les effectifs
mentation à
de tirs.
Le Camp d'Arue.
Ensemble des administrations
1965
1966
privé. Le gonflement
des salariés à partir de
1968 s'explique par une
meilieure saisie
1967
1968. Ces variations
d’une mission d’études en Polynésie, évaluent
Construit pour héberger
Ci-dessous :
Évolution du nombre
de salariés du secteur
en
s’expliquent par l’irrégularité des campagnes
de tirs et la venue du “groupe alpha”, force
aéronavale constituée pour la circonstance,
dont une partie des éléments se déplace de
Métropole pour renforcer ceux qui sont déjà
sur
place. En 1970, les rapporteurs des
budgets militaires à la Commission des
1969
C.E.P./C.E.A., Armée
m| Administrations civiles
1964 à
5 400 au début de 1967 et représentent le tiers
statistique, l'institution
d'une allocationvieillesse ayant conduit
les employeurs à
déclarer la totalité de
leurs employés. Source :
Inspection du Travail.
1968
la majeure partie du
personnel militaire
affecté à la "base
arriére" de Tahiti, il
abrite principalement
le 57' Bataillon de
Commandement de
1969
Soutien du Pacifique et
la Direction de
l'Infrastructure et du
Matériel, et compte
environ 300 militaires et
380 civils “P.R.L."
(personnel recruté
localement).
1970
27
VIVRE EN POLYNÉSIE
Le boom
produits par les industries mécaniques et
électriques métropolitaines font l’objet d’une
économique
demande étroitement liée à celle du C.E.P. Ils
constituent le principal poste d’importations
fixer dans le
Territoire avec des motivations et des objectifs
qui lui sont propres, le C.E.P., du fait de
l’ampleur de ses activités et de leur dispropor¬
tion avec celles exercées sur le plan local,
transforme le paysage économique et social au
point d’en masquer provisoirement les
réalités. Quelques indicateurs économiques
permettent de se faire une idée de son impact.
Brusquement
De
venu
se
1970, le Produit intérieur brut
1962 à
habitant est multiplié par 3,5
contre
2,2 en Métropole. En valeur, il
représente 83% de celui de la France en 1968,
(P.I.B.)
par
lieu de 45% au début de la décennie. Dès
au
1964, les dépenses du C.E.P. sont quatre fois
supérieures au budget territorial et, entre 1966
et 1970, elles sont plus de deux fois supérieures
à celles du 5ème plan qui couvre la même
période et connaît lui-même un taux de
réalisation
160%
de
prévisions initiales.
rapport
par
aux
Croissance des activités
et hausse du niveau de vie
la Société des
dragages, à l’achèvement de l’aéroport de
Faaa, et celle de la Compagnie des
Phosphates, à sa fermeture. Elle entraîne
l’afflux de métropolitains, civils et militaires,
agents de l’État et travailleurs du secteur
privé. Le nombre des Européens résidant à
libérée
Tahiti double
entre
par
1962 et 1965
et
s’élève
alors à 5 500 personnes. Dans le Territoire, ils
représentent en 1971 une population active de
7 500 personnes au lieu de 2 000 en 1962.
L’accroissement des salariés dans le secteur
public va de pair avec celui des salariés du
secteur privé dont le nombre triple et atteint
26 000 en 1970.
La
les
sur
progression de l’emploi se répercute
revenus
distribués.
Leur
montant
quadruple dans le même laps de temps et passe
de 4,4 à 18,1 milliards de FP. L’accroissement
n’est pas uniforme et, alors que les salaires
versés par l’administration sont multipliés par
dix, ceux que distribuent les entreprises ne le
sont que par cinq, et les revenus des entre¬
preneurs individuels connaissent un
coefficient
d’augmentation deux fois
moindre. L’ensemble des administrations est à
l’origine de 34% des revenus, au lieu de 12%
ans plus tôt,
et les entreprises indivi¬
duelles n’y contribuent plus qu’à raison de
dix
33%, au lieu de 60%.
D’importants besoins d’équipement et de
consommation se font jour et il y est fait face
par
des importations. Comme le constate
l’I.N.S.E.E., “l’installation en 1963 du C.E.P.
traduit
plus tard par un véritable
décollage des importations”. De I960 à 1970,
se
un
an
leur montant s’élève de 1,6 à 13,6 milliards de
FP, avec une croissance en dents de scie ; il
septuple de 1962 à 1966 et régresse en 1967 et
en
1969, années de reflux de l’activité du
C.E.P.
En
l’absence
transformation,
28
les
métallurgie de
biens d’équipement
d’une
dépassent régulièrement la moitié.
le même temps, les achats de biens
alimentaires et de produits finis sextuplent et
Dans
connaissent un rythme annuel de croissance
supérieur à 20%. Lorsque les dépenses de
fonctionnement du C.E.P. chutent de moitié
1967 et 1969, leur régression n’est que
légère, indice de la résistance à la baisse de
produits caractéristiques d’une consomma¬
tion moderne : biens ménagers, automobiles,
en
vêtements...
L’accroissement
continu
le coût de la vie augmente de 60%. La
production agricole progresse faiblement et sa
valeur ajoutée passe de 848 millions de FP à
I 304, la baisse des productions exportées
étant compensée par une augmentation de la
production vivrière. En moins de dix ans, les
ventes locales de fruits et légumes, d’animaux
de boucherie, de poissons et de crustacés
triplent, mais les importations corres¬
pondantes progressent deux fois plus vite par
appel à des produits de substitution ou de
complément.
que
des
importations
se répercute sur la, balance
commerciale dont le déficit passe de 275 mil¬
lions en 1960 à 10,8 milliards deFPen 1970 et
dépasse 13 milliards en 1966 et 1968, années
LU
'LU
d’intense activité.
CE
Fléchissement des productions
traditionnelles
O
Q.
Z
Le déficit provoqué par le gonflement des
importations est aggravé par le déclin conco¬
mitant des exportations de matières premières
et de produits agricoles. Avec la fermeture en
1966
L’installation du C.E.P. permet d’éponger la
main-d’œuvre
dont ils
diminuent de I lOO à 434 millions de FP alors
de
la
mine de
O
ü
3
Q
Makatea, cessent les
livraisons de phosphates
O
qui se chiffraient à
CE
CL
30% des ventes à l’extérieur. Parallèlement,
régressent les cultures traditionnelles d’expor¬
tation. La production commercialisée de
coprah tombe de 25 000 à 16 000 tonnes de
1964 à 1967 ; cette diminution de 40%
s’explique par la baisse des cours mondiaux et
des rendements et surtout par la pénurie de
main-d’œuvre engendrée par le C.E.P. 11 en
est de même pour la vanille, dont les cours ne
retrouvent qu’en 1970 leur valeur nominale de
1959. Dans l’intervalle, la production chute de
84% et les plantations sont peu à peu
abandonnées
à
Tahiti
et
Moorea,
se
doublant
de
maladies
Installations à l’abandon
la
fusariose. Les exportations de café vert, qui se
ÇM
chiffraient encore à 114 tonnes en 1960, sont
de 29 tonnes en 1964 et cessent en 1965. Avec
l’implantation du C.E.P. et la dégradation
continue des cours, les exploitations cessent
d’être entretenues et la cueillette ne se fait plus
que pour la satisfaction des besoins locaux. La
production nacrière suit une trajectoire
identique et tombe en dix'ans de 645 à 185
tonnes, par suite de la concurrence de produits
de synthèse, de cours déprimés, de lagons
surexploités et d’une pénurie de main-d’œuvre
qui s’exerce au détriment de la plonge. Le
déclin des productions locales se réflète dans
les valeurs exportées qui, de I960 à 1970,
Évolution de la
production vivrière
commercialisée sur le
marché (en tonnes).
Comme l'a noté
Cl. Robineau,
“l’expansion toute
récente du salariat liée
besoins directs et
indirects du C.E.P.
entraîne un
aux
développement rapide
de la production vivrière
commercialisée...'' qui
n’en est pas moins
en
en
Compagnie des
Phosphates de
rOcéanie (C.F.P.O.)
qui avait entamé
l'exploitation du
gisement en 1908, cesse
activité en 1966 et
licencie quelque 500
"ouvriers et
manœuvres" qui, pour la
son
ü
3
Q
O
CE
Q.
plupart, trouveront à
s'employer sur le
marché de l’emploi créé
directement et
indirectement par le
C.E.P.
O)
CO
CO
i
incapable de faire face
440
aux nouvelles normes de
consommation.
<
ü
O
à Makatea. La
la
comme
O)
LU
dégénérescence engendrée par le manque de
soins
CO
a>
430
894
481
I960
1970
Viande et volailles
1960
1970
Pêche
y compris les importations
de conserves de poissons
1960
1970
I
Fruits et légumes {
y compris les tubercules
et féculents traditionnels
•
1
L'ÉVOLUTION ÉCONOMIQUE ET DÉMOGRAPHIQUE DE 1960 A 1986
Essor du commerce et des services
rythme
travaux
quelques années, s’opère une transfor¬
mation profonde de la structure économique
du Territoire, qu’illustre le déclin du secteur
primaire au profit du secteur secondaire et
En
du
surtout
tertiaire
secteur
dont
la
prééminence se renforce. La baisse du secteur
primaire est due à la fin de l’exploitation des
phosphates, à la transformation sur place du
coprah après 1968 et à la diminution de
l’importance des activités agricoles. Jusqu’en
1965, la croissance du secteur secondaire
découle
des
d’infrastructure
travaux
du
qui en dérivent en
matière d’énergie ou de construction. Un léger
reflux se produit à la fin de ces travaux et le
C.E.P.
et
Années
des besoins
Importations
Exportations
de’ progression
publics,
alimentaires
de
boulangeries industrielles...) se ralentit.
La contribution du secteur tertiaire, qui
déjà 50% de la production intérieure
1967. Après le
coup de fouet que lui donne l’ouverture de
l’aéroport international de Faaa, le tourisme
connaît un temps d’arrêt à la venue du C.E.P.
et ne recommence à se développer qu’à partir
de 1966. Ses recettes, estimées à partir des
atteint
1 343
1 352
0,64
1962
2 266
1 258
0,55
1963
2 894
1 338
0,46
1964
6 391
1 392
0,21
1965
9 637
1 355
0,14
1966
15 372
2 025
0,13
1967
10 230
1 783
0,17
1968
15 619
1 753
0,11
1969
10 368
2 068
0,19
1970
13 580
2 800
0,20
1971
14 855
2 997
0,20
1972
14 944
2 714
0,18
1973
16 916
3 227
0,19
1974
25 151
5 686
0,22
1975
22 317
5 159
0,23
1976
25 576
5 309
0,20
1977
28 697
6 083
0,21
1978
32 401
7 323
0,22
1979
35 936
8 562
0,23
1980
41 459
9 906
0,23
1981
54 830
12 270
0,22
1982
62 310
15 760
0,25
1983
74 230
18 100
0,24
1984
86 260
18 100*
0,21
1985
89 800
24 864*
0,27
Cette
commercial qui, comme celui des
services, avoisine 4 milliards de FP en 1970.
Le développement parallèle des achats à
augmentation
De 1960 à
1970, elles passent de 1 à 4,5 milliards de FP
et, en même temps qu’elles quadruplent,
atteignent près de la moitié du montant total
l’extérieur entraîne
une
forte
des marges sur les biens importés.
1960 et 1963 et, après une stagnation de
quatre ans, doublent à nouveau entre 1967 et
qu’en dix ans, la valeur ajoutée
le tourisme passe de 3,5% à 4,5% de la
1970. Alors
1968, à la grande époque
Ci-dessus :
des expériences dans
Taux de couverture
des importations par les
l’atmosphère. Le
exportations (exprimées fléchissement ultérieur
•Tertiaire
27%.
des importations.
0,83
1 618
2 096
Secondaire
à
secteur
achats de devises aux non résidents, doublent
par
15%
de
Territoire tend ainsi à devenir une économie
de services et voit, en corollaire, grandir un
brute en 1962, dépasse 67% en
entre
s’élève
progression concerne aussi bien le secteur
public que le secteur privé (transports,
communications, enseignement, logement,
banques, assurances...).
L’économie du
(brasseries,
Taux de
1961
en
services
couverture
I960
Primaire
production intérieure brute, celle des autres
du bâtiment, des
industries
comme
des
transformation
des activités du C.E.P. et
les “achats des
millions de francs
CFP). Sources :
touristes",
I.N.S.E.E. et I.T.STAT.
Le déficit de la balance
commerciale des biens
et services ne date pas
de l’installation du
C.E.P. il culmine en
comptabilisés dans les
exportations, rendent
compte du léger
rétablissement opéré
depuis lors.
Coco
Café
râpé
vert
377 462
450
368 784
467
1962
326 735
1963
321 247
1964
374 117
1965
318 620
-
1966
200 113
-
Années
Phosphates
1960
1961
1967
1968
1969
Vanille
Coprah
114
179
23 915
645
49
223
21 692
513
433
85
181
26 855
298
419
106
194
23 200
309
88
29
165
24 876
402
132
21 103
149
115
20 222
185
59
15 830
130
76
17 064
183
55
17 529
183
28
14 969
185
-
-
-
-
-
-
1970
-
■
Nacre
Valeur ajoutée au prix de marché
En haut :
Répartition des travailleurs
Le port, vue d'ensemble.
A la fin des années 60,
le port n’a pas encore
tout à fait sa
physionomie actuelle.
Évolution comparée des
structures de la
1960
1965
production et de la
population active.
Sources : comptes
économiques I.N.S.E.E.
J.
1969
1962
1971
et recensements
I.N.S.E.E.
Exportations de
“produits du cru” de
1960 à 1970, en tonnes.
Selon Robert Le Verre,
statisticien à l'I.N.S.E.E.,
“l’économie naturelle",
qui repose sur
l’exportation, “peut être
suivie à la trace pendant
un moment, puis elle
disparaît, entièrement
phagocytée par cet
événement" (le C.E.P.).
Seul le coprah, peu
exigeant en temps de
travail, résiste. (A partir
de 1968, on regroupe
sous ce terme l’huile et
les tourteaux.)
29
VIVRE EN POLYNÉSIE
Des à-coups
et des déséquilibres
croissants
un
Au cours des années 70, la croissance et la
liés
cadence moins rapide et avec des à-coups
aux variations du C.E.P. et à la dété¬
rioration de la conjoncture extérieure.
Fluctuations du C.E.P.
et renforcement du rôle de l’État
Après deux années de marasme, le C.E.P.
développe son activité au moment où s’ac¬
croissent les dépenses civiles pour accueillir
les Jeux du Pacifique qui se tiennent à Papeete
en 1971. Un fléchissement général y fait suite,
et l’année suivante, le P.I.B. diminue de 5%.
En 1973, au contraire, une active campagne de
tirs coïncide
renforcement
du
rôle
de
l’Etat
dans
l’économie. La croissance des transferts
modernisation de l’économie se poursuivent à
une
P.I.B.
(contre 13% en Métropole) et
atteignent la moitié des dépenses. Mais leur
importance tend à se réduire au profit d’inves¬
tissements publics qui, eux-mêmes, traduisent
aux
ménages témoigne également d’une prise en
charge croissante des particuliers. Toutes ces
dépenses sont couvertes, dans une proportion
de 61%, par des fonds métropolitains qui
continuent d’augmenter plus vite que les prix
(14% contre 8,5%). Leur ventilation montre
que l’intervention de l’État s’accroît plus vite
que celle du Territoire, dont la part n’est que
42% en 1980, contre 52% en 1970, et se
réduit à 33%, si on y ajoute les frais engagés
de
par le C.E.P., le C.E.A. et l’armée.
le lancement d’une im¬
avec
portante tranche de travaux publics : route
de dégagement ouest (R.D.O.), canalisation
de la Fautaua, percement de l’avenue du
Prince Hinoï et construction du Centre de
Sciences humaines de
Punaauia. La
croissance des
modérée
en
dépenses publiques est plus
1974, mais l’activité militaire
devient fébrile avec la dernière campagne de
préparation des essais
du premier choc
pétrolier commencent aussi à se faire sentir. A
la hausse brutale du coût des biens importés,
répond une flambée des prix de détail qui
tirs
aériens
souterrains.
et
la
Les
effets
s’élèvent de 18%. Leur hausse est encore de
14% en 1975 et la contraction des activités du
privé s’ajoute à la stagnation des
dépenses publiques pour entraîner une
nouvelle chute de 5% du P.I.B. Le passage à
des
tirs souterrains s’accompagne d’une
diminution des moyens mis en œuvre. Le
secteur
C.E.A.
et
le
C.E.P.
réduisent
1 500 hommes. Dès le début de 1976, le
gouvernement met sur pied un plan de relance
axé sur un accroissement des travaux publics.
Réparti en deux tranches semestrielles, il se
poursuit l’année suivante alors que s’amorce
une reprise de l’économie et que se maintient
le rythme du' C.E.P. après la reconversion
qu’il vient d’opérer. En 1979, le deuxième choc
pétrolier entraîne un renchérissement des
importations et une aggravation du déficit
commercial. Il se répercute sur le P.I.B. qui
stagne en 1980, avec un fléchissement de la
production marchande, compensé par une
légère accentuation de l’intervention civile et
militaire de l’État.
règle générale, les pouvoirs publics
s’attachent
à
régulariser le cours de
l’économie, en tempérant les irrégularités de
fonctionnement du Centre d’expérimenta¬
tion. Leurs dépenses continuent ainsi de jouer
un rôle essentiel et, si leur importance relative
En
tend à décroître dans la seconde moitié des
elles représentent encore plus de
50% du P.I.B. En leur sein, la part du C.E.P.
années 70,
diminue et celle des administrations civiles
Les seuls frais de personnel
s’élèvent, en fin de décennie, au quart du
30
fréquentation dans le
port de Papeete est
fonction des variations
de l'activité du C.E.P.
qui, bien entendu,
augmente à chaque
campagne de tirs.
Globalement, il va
le
diminuer quand
C.E.P., avec le passage
des expériences dans
l'atmosphère aux tirs
souterrains, se repliera
sur
Moruroa.
leurs
personnels expatriés de 25%, soit environ
progresse.
Navires de la Marine
nationale. Leur taux de
100%
Évolution de l’ensemble
des dépenses publiques
de 1970 à 1982, en
pourcentage du P.I.B.
80
Sources : I.N.S.E.E. et
I.T.STAT. PourleC.E.P.,
70
La baisse des productions orientées vers
l’exportation se poursuit et les exportations
nouvelles de fruits, de trocas ou de perles ne
suffisent pas à contrebalancer la diminution
des ventes de coprah, de vanille ou de nacre.
De 1970 à 1980, l’ensemble des ventes à
l’extérieur de produits du cru passe de 15 000 à
12 000 tonnes et leur valeur de 478 à 663 mil¬
lions de FP, alors que les prix de détail
production de
coprah s’établit à une moyenne de 16 000
tonnes, contre 21 500 tonnes pour la période
1960-1970, avec des fluctuations parfois
doublent dans l’intervalle. La
brutales.
Les
cours
mondiaux
restent
déprimés et leur remontée éphémère en 1974
et 1977 ne suffit pas à contrecarrer la tendance
à la baisse, non plus que les relèvements
successifs des prix payés aux producteurs. La
valeur annuelle des exportations se chiffre à
une moyenne de 370 millions de FP contre 300
pour la décennie précédente. Un même
mouvement affecte les exportations de vanille
qui tombent de 28 tonnes en 1970 à moins de 2
tonnes en 1982, à la suite d’une décroissance
régulière qui se répercute sur leur valeur qui
n’est plus que de 13 millions de FP contre 47
en 1970. Quant aux plantations de café, la
cueillette pour les besoins locaux oscille
autour de 120 tonnes par an. A partir de 1975,
le relèvement des cours et des prix payés aux
producteurs se répercute sur les quantités
commercialisées qui, entre 1970 et 1980,
passent de 110 à 168 tonnes et de 9,5 à 60 mil¬
lions.
Mais, à la concurrence du café
calédonien vendu moins cher, s’ajoute celle
des cafés solubles dont sont importées plus de
200 tonnes chaque année. La production
nacrière continue de son côté à se dégrader et
chute de 186 à 26 tonnes, malgré un redresse¬
ment des cours depuis 1969. Cette diminution
est largement imputable à l’épuisement des
gisements et se répercute sur la valeur des
exportations qui baisse de 42 à 8 millions de
F P en dix ans.
Ci-dessous :
90
Régression continue
des productions traditionnelles
à partir de 1976, les
pourcentages ne
tiennent plus compte
dans les salaires du
montant des délégations
de soldes payées en
Métropole aux familles
demeurées en France.
60
50
40
30
20
10
0
miiijjjjjjj
1970
1971
1972
1973
1974
im C.E.P./C.E.A., Armée
Administrations civiles
Ensemble des administrations
1975
1976
1977
1978
1979
1980
1981
1982
L'ÉVOLUTION ÉCONOMIQUE ET DÉMOGRAPHIQUE DE 1960 A 1986
Un secteur tertiaire
vulnérable et artificiel
Après
un
développement très rapide, le
consolider
et, en 1980, il représente plus des deux tiers de
la population locale. Bien que son importance
secteur tertiaire voit sa position se
passant de 6 à 28,5 milliards de FP,
progressent plus vite que le P.l.B. L’augmen¬
tation parallèle du taux de marge se conjugue
avec
le renchérissement des produits importés
pour peser sur les prix et le coût de la vie. En
dix ans, le déficit de la balance commerciale se
creuse
de
11 à 32 milliards. En valeur, les
produits du cru ne représentent plus que 7%
des exportations au lieu de 33% et 1,5% des
importations au lieu de 3,5%.
90 000 grammes
relative tende à diminuer au profit du secteur
secondaire
l’implantation
avec
industrielles
transformation
de
80 000
d’unités
70 000
agro¬
alimentaire, il regroupe une part croissante de
la population active, qui est évaluée à
60 000
Perles
50 000
43 000 personnes en 1977.11 occupe alors deux
personnes sur trois, au lieu de une sur deux six
ans
plus tôt.
Le quart des ressources procurées par les
services le sont par le tourisme, dont la contri¬
bution passe de 1 à 8,5 milliards de FP en dix
Quant au nombre des visiteurs, il double,
cette
progression est irrégulière et
connaît deux coups de frein sévères avec les
chocs pétroliers. Au sein des autres services,
les
dépenses liées aux transports, aux
télécommunications et au logement
augmentent sensiblement et témoignent d’un
effort d’équipement des administrations et des
ménages, au détriment de leur consommation
qui croît de façon plus modérée. L’activité des
banques, assurances et professions libérales
progresse elle aussi rapidement, et la microinformatique entame une percée prometteuse.
Malgré cela, la branche des services reste
■
15 000 tonnes
10 000
Coprah
ans.
250 tonnes
200
150
100
50
mais
Fruits
frais
0
250 tonnes
200
150
Trocas
100
50
0
70 tonnes
60
50
40
Nacre
30
20
vulnérable et tributaire des flux de touristes et
de fonctionnaires expatriés.
La
même
remarque
s’applique
10
0
25 tonnes
20
au
qui, en 1980 comme en 1970,
entraîne une valeur ajoutée de l’ordre du quart
commerce
Vanille
du P.l.B. Il continue de dépendre du C.E.P. et
des administrations
qui forment le principal
élément de la demande. Les marges brutes sur
les produits importés représentent 95% du
chiffre d’affaires du commerce local et, en
Évolution comparée des
Primaire
Secondaire
Tertiaire
structures de la
production et de la
population active.
Sources : comptes
économiques et
Exportations des
“produits du cru” de
1971 à 1985. Avec le
développement de la
perliculture, la structure
recensements I.N.S.E.E.
La “tertiairisation” de
l’économie s'accuse
de ces exportations
connaît une
encore.
1976
1980
rapport à la période
précédente fvo/r tableau
p. 29). Le coprah est le
seul produit de base de
l'ancienne “économie
naturelle" qui résiste
encore.
Répartition des travailleurs
Valeur ajoutée au prix de marché
1970
modification
fondamentale par
1982
1983
31
VIVRE EN POLYNÉSIE
Croissance urbaine
et déséquilibres
démographiques
régionaux
l’implantation
du
C.E.P.
les distorsions entre Tahiti et les
accentue
1956 à
mètre carré de terrain dans le centre devient
1983, avec un rythme annuel de progression
de 8,2% contre 7,5% pour l’île de Tahiti et
4,4% pour l’ensemble du Territoire. Cette
croissance n’est pas uniforme et varie de 1,1%
supérieur à celui des Champs-Elysées, passant
de 5 000 FPen 1970à50 000en 1983etjusqu’à
développe d’abord dans la proche banlieue
ainsi qu’à Arue, siège du C.E.P., puis gagne la
banlieue éloignée. A partir de 1971, son
rythme se ralentit (3,6% de 1971 à 1983) et le
noyau urbain voit le nombre de ses habitants
légèrement diminuer au bénéfice de la
périphérie, notamment de Mahina dans le
personnes
par an à Papeete à près de 27% à Faaa. Elle se
En même temps qu’elle aec 1ère l’exode
rural et la concentration en zone urbaine de la
population,
passe de 28 975 à 93 294 habitants de
80 000 en 1985. Elle s’exerce aussi au
détriment
de
l’habitat
qui reflue vers
l’extérieur. Plus de la moitié (54% en 1983) des
travaillant à Tahiti, la plupart à
Papeete, exercent désormais leur activité hors
de leur commune de résidence, ce qui entraîne
des migrations quotidiennes de plus en plus
nombreuses.
Des déséquilibres
autres îles.
courant des années 70 et de
Une urbanisation accélérée
s’accentuent en direction des communes limi¬
L’urbanisation
trophes de Papeete qui ne représente plus que
20% de la population de l’île au lieu de la
moitié à la fin des années 50. La multiplication
des fonctions politiques, administratives,
financières, industrielles et commerciales de la
ville y favorise le développement de la
spéculation foncière au point que le prix du
détriment des autres îles, dont elle aggrave les
Entre
Depuis
l’administration française y a
siège au milieu du XIX'-' siècle,
Papeete est devenue le principal pôle du
Territoire et sa population s’est accrue de
installé
que
son
façon naturelle et
par
un
long processus
migratoire en provenance des districts ruraux
de Tahiti et des autres îles. Dès
1956 (voir
pp.
16-17) Tahiti- concentre la moitié des
ceux
de l’île, ce pourcentage s’élevant à 70%
1977
et
1983,
Punaauia ensuite.
les flux
migratoires
régionaux accrus
s’opère ainsi
au
L’urbanisation sur ia
côte ouest : Punaauia
dans le secteur de la
les districts suburbains de Pirae et de
pointe Tapuna Tout
i’espace compris entre le
lagon et les premiers
Faaa. Au début des années 60, cette tendance
s’accentue avec la construction de l’aéroport
contretorts de la
de Faaa et le tournage du film “Les Mutinés de
montagne (bande
littorale) est occupé
par les "constructions".
Au premier plan, le
la Boiiniy" (voirpp. 22-24). En 1963, le C.E.P.
prend le relais à une tout
Tahiti
déséquilibres. Alors qu’en 25 ans sa popu¬
lation passe de 50% à 70% de celle du
Territoire, celle des archipels des Australes,
des Marquises et des Tuamotu-Gambier n’en
représente plus que 15% au lieu de 25%.
L’exode rural a surtout touché l’archipel des
habitants du Territoire et Papeete la moitié de
avec
de
autre échelle. Il
Papeete
qui, enserrée entre la mer et la montagne,
déborde sur la plaine alluviale, surtout sur la
lotissement social de
Punavai. Pour
l’ensemble de la
Son extension se fait de façon
intercalaire, par densification de l’habitat le
long d’un littoral où il était épars. Le reflux
vers
l’extérieur s’accompagne d’une
restructuration du centre, sous le double poids
de
la
pression démographique et du
développement urbain. Il provoque une
ségrégation sociale croissante. Les plus
démunis, attirés par la ville, sont rejetés dans
ses
zones
ingrates, au fond de vallées
8,17% entre 1962 et
entraîne l’éclatement de la ville de
commune,
la croissance
moyenne annuelle de la
population a été de
côte ouest où elle rencontre des conditions
favorables.
1983. Les popa'a y ont
très largement
contribué.
TAHITI et MOOREA
42 640 actifs
insalubres
où
ils
s’entassent
dans
des
bidonvilles. Les plus favorisés s’échappent du
centre, gagné par les immeubles administratifs
périphérie
plus souriante où se multiplient les résidences
et commerciaux, en direction d’une
de luxe
en
bord de mer ou sur des terrasses
aménagées à flanc de montagne.
Cette
évolution
rejaillit dans le
vocabulaire et, alors que, dans les années 50,
on se contente d’évoquer Papeete par rapport
aux
districts
ruraux
qui, comme elle,
comptent une dizaine de milliers d’habitants,
en 1960, on commence à parler de la zone
urbaine en y incluant les districts de Pirae et de
Faaa. A partir de 1965, date de leur trans¬
formation en communes, on englobe sous le
vocable d’agglomération, non seulement les
communes de Papeete, Pirae et Faaa, mais les
districts limitrophes d’Arue et Mahina à l’êst
et de Punaauia et Paea à l’ouest. François
Doumenge distingue alors la ville de Papeete,
sa proche banlieue qui comprend Pirae à l’est
et Faaa à l’ouest et sa lointaine banlieue qui
s’étend jusqu’à Mahina et Paea, selon les
mêmes axes. Prise dans cette acception, la
population recensée dans l’agglomération
32
Population active par
grandes zones
géographiques et
grands secteurs
d'activité (1983).
L’intervention du
Territoire et de l’État
(création des
communes), en
favorisant le
□
Primaire
□
Secondaire
□
RESTE DU TERRITOIRE
15 223 actifs
Tertiaire
développement du
salariat, a très largement
contribué à la
"tertiairisation’’ des
activités dans les
archipels où 35%
seulement des actifs
se consacrent à
l’agriculture, à l’élevage
pêche.
et à la
L'ÉVOLUTION ÉCONOMIOUE ET DÉMOGRAPHIQUE DE 1960 A 1986
qui, de 1962 à 1967, a
perdu presqu’un tiers de ses habitants, tandis
que leur nombre augmentait dans les mêmes
proportions dans les îles du Vent et de près de
40% dans l’agglomération de Papeete. Après
1970, s’opère une certaine stabilisation et, en
1977, le niveau de la fin des années 50 est de
nouveau
atteint.
Depuis lors, le taux
Tuamotu-Gambier
d’accroissement de la population des archipels
des Australes et des
Marquises est voisin de
celui de Tahiti et des îles du Vent et, dans les
Tuamotu-Gambier, il lui est supérieur. Cela
permet d’avancer l’hypothèse d’un
tarissement des mouvements migratoires en
plus forte et celle des adultes en âge
plus faible, l’exception des
Tuamotu-Gambier s’expliquant par la maind’œuvre présente sur les sites. A Tahiti et à
Moorea, sont recensés en 1983 74% des
ans reste la
de travailler la
du
habitants
Territoire
et
une
même
proportion de travailleurs. Mais celle des
salariés y est de 84% contre 59% ailleurs. C’est
là aussi que s’agglomèrent 86% des personnes
qui sont nées hors de Polynésie (un peu plus de
23 000) et qui, dans une proportion de quatre
sur cinq, y sont depuis moins de 8 ans. La
répartition par activité de la population met
en
évidence des distorsions du même ordre.
provenance des archipels périphériques et
celle d’un reflux dans leur direction. De 1977 à
On trouve à Tahiti et à Moorea le plus grand
l’ensemble du Territoire, 25%
contre 21%, et beaucoup plus vite que dans les
L’orientation vers des emplois tertiaires y est
1983, leur population augmente un peu plus
vite que dans
îles Sous-le-Vent (17%).
Malgré
ce
redressement apparent, les
déséquilibres persistent. Ce sont dans les îles
éloignées que la proportion des moins de 20
nombre de commerçants (89%) et le plus petit
nombre
d’agriculteurs et de pêcheurs (6%).
particulièrement forte. Près de trois actifs sur
quatre travaillent dans le commerce et les
services, au lieu de un sur deux ailleurs, et un
tiers
appartiennent à l’administration. Ce
le reste du
pourcentage est de 42% dans
les agents de l’État sont
désormais plus nombreux que les agriculteurs
et les pêcheurs (35%), signe du rôle clé que
Territoire- où
jouent les pouvoirs publics dans l’économie
des îles.
Le recensement effectué en 1983 met
aussi en relief les disparités qui existent entre
ethnies différentes. Le taux d’activité est de
65% chez les Chinois et les Européens, mais il
n’est que de 52% chez les
archipels éloignés, n’occupent que 63%
emplois, alors que les Chinois et les
Européens, qui en représentent 16%, en
occupent 23%. Le taux de chômage est deux
fois plus élevé chez les Polynésiens et un
décalage analogue se retrouve dans le
des
des
domaine
60-
la
scolarisation.
des
71%
que ce n’est le cas que pour le cinquième (20%)
Polynésiens.
des
déséquilibres
démographiques
PAPEETE
de
Européens et 42% des Chinois ont un niveau
d’instruction secondaire ou supérieure, alors
Croissance et
J70-
Polynésiens. Ceux-
ci, bien que représentant plus des deux tiers de
la population et les quatre cinquièmes de celle
AUTRES/
1 272
(1971-1983).
58,7%
-,
25 342
40-
20.
o_
1971
240%.
1977
CHINOIS
5 895
1983
FAAA, PIRAE
220-
200180.
160%-
160.
140-'
140.
120-
120.
84 552
123 069
101 392
60.
29 020
40.
parents). La proportion
des individus âgés de
moins de 20 ans (49,8%
4033 950
20.
pour l'ensemble du
Territoire) atteint 49%
aux îles du Vent, 54,9%
200-
0.
1971
1977
1971
1983
.
ILES SOUS-LE-VENT
120
100.
40,9% dans l'archipel
des Tuamotu-Gambier.
70 385
40-
60.
TUAMOTU-GAMBIER
(avec Makatea)
20-
40.
20.
17 441
25 794
35 848
0
J
0.
1971
8 226
-905^
1971
1977
MARQUISES
RESTE DE TAHITI
.
5 419
40
20
0
'
1977
8060
1983
54,3%
1983
120%.
100
.6 548
1983
Situation d’activité (
60%-|
.
,
40-
,
200
,
1971
1977
1983
51,8%
POLYNÉSIENS
60%-
80.
15 120
Marquises, 56% aux îles
Australes et seulement
ARUE, MAHINA,
PUNAAUIA, PAEA
,
EUROPÉENS
îles Sous-le-Vent,
59,2% aux îles
160.
140.
64,5%
aux
1977
1983
180.
les sites contient
des feti'i (grands-
60-
DEMIS
13 891
archipels, les adultes
partis travailler à Tahiti
souvent leurs enfants à
80-
80,
Un groupe d’enfants aux
Australes. Dans les
ou sur
100-
100.
200%
ILES DU VENT
origine ethnique en
1983. Source :
recensement de 1983
AUSTRALES
-
5 079
1971
(population née avant
5 208' ■
1977
6283...
1983
le 1er juillet 1969).
ENSEMBLE
106 563
33
VIVRE EN
POLYNÉSIE
Une consolidation
difficile
L’aggravation des déséquilibres pousse à
y porter remède et à engager une politique de
rechange au C.E.P., dont la présence demeure
provisoire. Dès la fin de son installation, les
pouvoirs publics s’attachent à compenser les
effets prévisibles d’une diminution de ses
activités par un renforcement du tissu produc¬
tif local et la mise en place d’infrastructures
d’accompagnement et de soutien.
Réactivation de l’agriculture
Le
développement
de
la production est
direction d’une agricul¬
modernisée. Parallèlement à un effort
d’abord cherché
ture
en
d’intensification de la culture du coprah, une
huilerie voit le jour en 1968. Pareillement
encouragée, la production vivrière progresse,
avec une orientation de plus en plus marquée
vers
des cultures maraîchères (fruits et
légumes) qui tendent à se substituer aux tuber¬
cules et féculents (tara, tarua, fe’i, patates
douces...) qui constituaient auparavant la
d’offrir un travail temporaire à quelques
centaines de personnes. Ils sont relayés parles
chantiers de reconstruction mis en place au
lendemain des cyclones de 1983. Le SMIG
fait l’objet de revalorisations successives.
Entre 1977 et 1980, il augmente de 95%,
augmentation, le SMIG a cessé d’être
référence pour la grille des salaires de la
forte
une
fonction publique locale qui ne s’aligne plus
automatiquement sur ses variations. L’index
de
correction,
servant
au
des fonctionnaires
calcul
des
autant que pendant le reste de la décennie. De
expatriés et
territoriaux, a lui-même été abaissé graduel¬
que l’accroissement concomitant
l’indice des prix à la consommation est
moyenne des salariés des administrations et
celle des salariés des entreprises s’exerce
1980 à 1983, il progresse à nouveau de 77%,
de
de
55%. La situation est moins favorable pour la
couverture sociale qui s’étend cependant en
1980 aux agriculteurs, aux pêcheurs et aux
artisans. Les prestations servies par habitant
sont,
en
moyenne,
cinq fois moins
importantes qu’en Métropole, sur la base de
prélèvements également cinq fois moindres.
Depuis 1976, elles progressent toutefois à un
rythme annuel supérieur à 20%. Le décalage
entre les rémunérations du secteur public et du
secteur privé s’est également atténué, à la suite
des mesures prises, à la fin des années 70, pour
alors
résorber les distorsions existantes. Outre sa
indemnités
lement.
L’écart
entre
la
rémunération
au bénéfice des premiers mais n’est
plus que d’un quart, et a été réduit dans la
même proportion de 1976 à 1982.
L’adaptation du système scolaire aux
besoins du Territoire est plus problématique.
Le taux de scolarisation est proche de 100%,
mais celui des échecs reste préoccupant
malgré une succession de réformes pédago¬
giques et la mise en place, à partir de 1980, de
filières adaptées. Aujourd’hui encore, plus de
la moitié des enfants d’une même classe d’âge
se retrouvent dans la vie active sans diplôme et
encore
sans
formation facilitant cette insertion. Les
base de l’alimentation locale. Avec l’aide du
Service de l’Économie rurale et des résultats
probants, sont expérimentées des
productions nouvelles : cultures sur motu de
melons et pastèques à Huahine, Maupiti ou
souvent
Tahaa dans les îles
Sous-le-Vent, acclimata¬
tion de la pomme de terre dans l’archipel des
Australes au climat plus tempéré, culture de
l’ananas à Moorea ou de fleurs (anthuriums,
roses
gardénias-t/are Tahiti) à Tahiti.
ou
animal, des efforts sont
déployés pour mieux couvrir la demande,
malgré les contraintes qui découlent de la
rareté et du coût des pâtures disponibles. En
1983, la production de viande bovine ne
représente que 5% de la consommation, mais
celle de la viande porcine la couvre à 88%. Les
le domaine
Dans
habitudes alimentaires se transforment et la
production
tend
à
s’orienter
vers
la
satisfaction de la demande intérieure plus que
vers
l’exportation de produits traditionnels, à
la rentabilité aléatoire. Mais elle le fait dans
contexte peu favorable et se développe
moins vite que les importations, en sorte que
un
Le Raromatal Ferry. Mis
en service en 1985, ce
bateau affrété par ia
la dépendance vis-à-vis de l’extérieur pour les
principaux produits commercialisés
que croître.
ne
fait
Lutte contre les inégalités
Afin
d’enrayer les conséquences fâcheuses
d’une urbanisation mal contrôlée, à la fin des
programme de lotissements
sociaux à destination des plus défavorisés est
années
60,
un
mis en place. Il entraîne la construction en
douze ans de 1 700 logements qui malheureu¬
bénéficient guère aux plus
nécessiteux et ne suffisent pas à résorber
l’habitat insalubre (voir vol. 9, pp. 30-31).
sement
ne
dispositions sont prises pour
réduire les inégalités de revenus et lutter
contre l’apparition du chômage (voir vol. 9,
pp. 28-29). Outre les programmes de travaux
publics entrepris en 1976, des chantiers de
développement permettent, à partir de 1980,
D’autres
34
Compagnie tahitienne
maritime (C.T.M.,
L’aéroport de Terre
Déserte à Nuku HiVa.
Exception faite de
Tahiti-Faaa, ie Territoire
est équipé en
1985 de
35 aérodromes
desservis par ie trafic
commerciai général :
1 est situé à Moorea,
4 aux îles Sous-le-Vent,
2 aux Australes, 4 aux
Marquises et 24 aux
Tuamotu-Gambier.
“Deux de ces aéroports
disposent de pistes
accessibles aux
quadri-réacteurs ; une
douzaine peuvent
accueillir des avions
de capacité moyenne
(de type Fokker ou
A.T.R.) ; les autres pistes
ne peuvent recevoir que
de petits avions".
Groupe Cowan), assure
deux fois par semaine
le trajet PapeeteHuahine-RaiateaTahaa-Bora Bora et
' retour. Il est homologué
pour transporter
550 passagers et
55 voitures.
L’ÉVOLUTION ÉCONOMIQUE ET DÉMOGRAPHIQUE DE 1960 A 1986
élèves achevant leurs études
B.E.P.C. sont
en
au
niveau du
nombre excessif et il y a
pénurie d’ouvriers qualifiés, de techniciens et
de cadres de haut niveau.
Désenclavement
des archipels isolés
La volonté de réduire les
disparités les plus
criantes se couple avec une politique de désen¬
archipels isolés qui vise à
en même temps qu’à
encourager les retours et le développement des
activités productives dans les îles périphé¬
riques. Elle passe par une amélioration des
dessertes intérieures, d’autant plus nécessaire
que le renchérissement des coûts de transport
se répercute sur les échanges. C’est dans le
domaine aérien que les progrès réalisés sont
d’abord les plus sensibles et, entre 1970 et
1980, le nombre des aérodromes quintuple et
clavement
des
freiner l’exode
rural
Un élevage porcin
industriel dit “par
bandes”. Il existe 4
élevages de ce type en
Polynésie française, y
compris celui du Service
de l’Économie rurale à
Papara. En 1985,
l'élevage porcin a
satisfait 88% de la
demande locale, mais
celle-ci a beaucoup
Mais seules 27 îles
l’objet de liaisons commerciales
régulières et le fret transporté est infime,
compte
tenu
d’avions spécialisés dans
l’acheminement de voyageurs et de tarifs
marchandises prohibitifs par rapport à la voie
maritime. Une vingtaine d’armements et
autant de petits caboteurs, toujours appelés
goélettes, assurent depuis les années 50 la
desserte des archipels, avec un itinéraire et un
rythme de rotation qui varient en fonction de
l’éloignement, du fret et des infrastructures
d’accueil. Un dénombrement opéré en 1977
recense
18 unités, représentant un port en
lourd de 4 215 tonnes et une capacité de 650
passagers, ainsi qu’une demi-douzaine de
celui des passagers triple.
font
La même année, entre en vigueur un plan de
transport maritime, assorti d’un cahier des
charges détaillé, qui vise à régulariser et
rationaliser les dessertes intérieures. Sa mise
application coïncide avec une
augmentation sensible du cabotage interinsu¬
en
laire.
De
1980 à
1983, les mouvements de
progressent de 75% et ceux de
marchandises de 60%. Dans le même temps, le
trafic en direction de Moorea triple, par suite
de l’instauration de liaisons quotidiennes par
passagers
ferry. En revanche, le trafic intérieur aérien
traverse une période de récession qui semble
liée à la concurrence maritime et à la mise en
un port en
lourd de 2 000 tonnes. S’y ajoutent la desserte
d’unités de transport plus
performantes. En 1983, les passagers
transportés par avion sont cependant trois
fois plus nombreux que par bateau alors que,
appartenant à une société d’économie mixte.
négligeable, avec moins de 1% des quantités
transportées.
navires administratifs cumulant
de l’île de Moorea par quelques caboteurs et
celle
des
îles
Australes par un navire
service
dans le domaine du fret, la voie aérienne reste
baissé ; elle ne couvre
plus que 7% de la
consommation des
produits carnés contre
15% il y a quelques
années.
Indices
annuels
Ci-dessus :
Les cultures
maraichéres de plaine.
Un succès dans la
“réactivation de
l’agriculture”.
Concentrées surtout
aux îles du Vent, qui
assurent 63% de la
production globale,
elles couvraient en 1985
une
part très importante
de la consommation
locale de légumies.
En haut :
Le lotissement social de
Fautaua Val. Situé dans un
quartier insalubre en voie de
rénovation, ce lotissement
permettra aux attributaires de
tdevenir propriétaires de
logements dont "les prix de
vente se situent entre
2 000 000 F pour un F2 et
4 250 000 F pour un F5, avec un
taux de subvention
pouvant
varier de 32 à 60% {Les
Nouvelles), 18 octobre 1986).
35
VIVRE EN POLYNÉSIE
Les tentatives
de redéploiement
national d’exploitation des océans, s’implante
à Tahiti. 11 signe avec le Territoire un accord
portant sur l’aquaculture de la chevrette, la
production et la capture d’appâts vivants et
celle de naissains d’huîtres. 11 s’oriente aussi
d’aménagement et de conso¬
va de pair avec la
volonté de créer des pôles de développement
capables de donner à l’économie un second
souffle et de fournir une solution de rempla¬
L’effort
lidation des structures
cement au
C.E.P.
La recherche de nouveaux axes
de développement
Outre la modernisation de l’agriculture, de
nouveaux
axes
de
développement sont
recherchés en direction de la pêche et du
tourisme, qu’il s’agit de faire passer du stade
artisanal au stade industriel. Cette orientation
exige des investissements importants et
implique le recours à des capitaux en
provenance de la Métropole ou de l’étranger.
Dans le domaine touristique, malgré le
lancement, à la fin des années 60, de deux
grands
hôtels
de
standing
international
la
production de crevettes et de
mollusques. La plupart des opérations sont
vers
expérimentales, mais la culture de
à
la technologie désormais
éprouvée, est en cours de transfert au
Territoire et au secteur privé. Les campagnes
d’appâts vivants ont montré que les ressources
n’étaient pas suffisantes pour justifier l’inter¬
vention d’une flottille équipée pour ce type de
capture des thonidés. Quant à la culture de
perles noires, obtenues naturellement ou par
greffage, avec des ventes s’élevant à 859 mil¬
encore
chevrettes,
lions
de
FP
en
1983, elle est devenue le
principal poste d’exportation et intéresse une
quinzaine d’entreprises privées et une quaran¬
taine de coopératives au lieu d’une seule
société au début des années 70.
Le C.O.P. se penche aussi sur l’énergie
thermique des mers et l’exploitation d’un eycle
thermique utilisant comme source chaude
(Taharaa, Maeva Beach), les résultats sont
inférieurs aux prévisions. Celles, exagérément
optimistes du 6ème plan (1971-1975), envisa¬
geaient à l’horizon 1975 une capacité hôtelière
de 7 000 chambres, la création de 7 000
emplois et la venue de 240 000 touristes. Au
début des années 80, le nombre des touristes
plafonne aux alentours de 100 000, la capacité
hôtelière à 2 000 chambres et le nombre des
emplois à 2 000 également. Dans le secteur de
la pêche, après une série d’études et d’essais
infructueux de mise sur pied d’une pêcherie
industrielle de thonidés, celle-ci n’est encore
pratiquée dans les eaux territoriales que par
une
flotte asiatique de palangriers qui
travaillent dans des conditions difficiles. De
son
une
côté, la pêche artisanale plafonne depuis
quinzaine d’années à 2 000 tonnes de
poissons commercialisés sur les marchés
municipaux. Les cultures traditionnelles
d’exportation ne cessent elles-mêmes de
décroître. En dépit de la création d’une usine
de fabrication d’huile et de tourteaux et d’une
aide à la
production qui atteint en dix ans
1,7 millia.rd de FP, la production de coprah
chute d’un quart et l’huilerie ne tourne qu’à la
moitié de sa capacité de trituration.
La diversification de la production
Après 1975, les effets conjugués de la crise et
repli du C.E.P. conduisent à davantage
tenir compte des contraintes imposées par un
du
environnement
privilégier des
moins
favorable
et
à
opérations de dimensions
restreintes. Mieux assises sur les ressources et
les énergies locales, elles doivent permettre de
réduire
les
importations
et
l’autosuffisance du Territoire.
d’augmenter
point d’application
privilégié la mise en valeur des ressources
marines dont les potentialités se sont accrues
Elles
avec
ont
pour
l’extension à 200 milles marins des eaux
territoriales
et
la
création
d’une
zone
économique exclusive couvrant ce périmètre.
En
1972, le Centre océanologique du
Pacifique (C.O.P.), émanation du Centre
36
Les Installations de la
Société pour la
Commercialisation et
l'Exploitation du
Poisson à Apataki.
Créée en 1973 par des
hommes d’affaires
locaux, la S.C.E.P., qui
proposait d'améliorer
l’approvisionnement de
Papeete en poissons
lagunaires et
pélagiques provenant
des îles périphériques,
se
a dû cesser toute activité
en
1982, malgré le
soutien qu’elle recevait
du Territoire. Une
expérience
malheureuse de pèche
semi-industrielle en
Polynésie française.
l’eau de surface (de l’ordre de 25") et comme
source froide
l’eau profonde (de l’ordre de 4”).
Le coût d’une usine de ce type, d’une puissance
10 milliards de FP.
était estimé le barrage
hydroélectrique de la Papenoo avant que la
Société d’énergie polynésienne (Enerpol),
constituée pour la circonstance, ne tombe en
déconfiture en 1979 avec des impayés de plus
de 500 millions. A une échelle plus modeste, le
Territoire inaugure en 1978, avec le C.E.A.,
un programme triennal d’énergies renouve¬
lables portant sur 295 millions. Aux applica¬
tions envisagées - climatisation et réfrigé¬
ration solaires, pompage d’eau douce par
éolienne ou photopiles - s’ajoutent bientôt
l’élecfrification par les mêmes procédés ou par
des mini-centrales hydrauliques et le
de 15 mégawatts, serait de
C’est
celui auquel
de l’eau de mer par osmose
inverse en association avec une éolienne. Ces
dessalement
expériences débouchent en 1981 sur un plan
d’équipement dirigé vers les archipels
éloignés. A Tahiti, où l’électricité d’origine
thermique est distribuée par l’Electricité de
Tahiti (E.D.T.), se créent parallèlement deux
L'ÉVOLUTION ÉCONOMIQUE ET DÉMOGRAPHIQUE DE 1960 A 1986
nouvelles sociétés
pement du
tourisme voit le jour en 1981.
du Territoire, et une dotation globale de fonc¬
installées sur des cours d’eau situés en dehors
sement pour
le développement de la pêche et
réelle autonomie financière. A
privées, la produisant à
partir de petites centrales hydroélectriques
de l’agglomération de Papeete (près de 10%de
l’énergie distribuée en 1983).
La diversification de la
production est
également encouragée en matière industrielle
artisanale. Institué en 1966 pour favoriser
l’industrialisation du Territoire, le code des
investissements est refondu en 1971 et en 1976,
L’année suivante, un Fonds spécial d’investis¬
des industries
annexes
(F.S.I.D.E.P.) et un
Fonds spécial pour le développement de
l’agriculture (F.S.D.A.) naissent de
l’éclatement d’un autre fonds. Jugé insuffi¬
samment
différencié et fonctionnel.
et
façon à s’ouvrir aux entreprises de plus
petite taille. En plus d’exonérations et d’allè¬
gements fiscaux, une prime d’équipement est
modulée en fonction de l’éloignement de
Papeete et d’autres primes le sont en fonction
des emplois créés. Un nouveau remaniement
de
en
1983 exclut de
son
bénéfice
ces
mêmes
petites entreprises qui doivent désormais
relever de fonds particuliers financés par
l’État et le Territoire. Un Fonds spécial pour le
développement de l’industrie et de l’artisanat
(F.S.D.l.A.) est créé en 1978 et devient en
1984
le
Fonds de développement
des
entreprises. Un Fonds spécial pour le dévelop¬
La revitalisation des îles
tionnement versée par l’État, leur donne une
ce dispositif
greffer un Fonds
d’aménagement et de développement des îles
de la Polynésie française (F.A.D.I.P.) dont
l’objet est de donner aux habitants des
archipels éloignés les moyens de rester sur
place et de fournir à ceux qui ont été attirés à
Tahiti une incitation à s’y réinstaller. De 1980,
d’encadrement, vient
entrée en fonction, à 1983, les
distribuées
par
le F.A.D.I.P.
atteignent 1,4 milliard de FP et sont affectées
pour moitié à l’aide au retour et, pour plus
date de
son
Les aides prodiguées par le truchement de ces
sommes
politique de revitalisation des archipels
éloignés menée pour résorber l’exode rural et
y encourager le développement d’activités
d’un tiers, aux
institutions s’inscrivent partiellement dans la
productives traditionnelles (pêche, culture du
coprah) ou nouvelles (perliculture, tourisme
chez l’habitant). Celle-ci a pour point de
départ la réforme communale de 1971 qui
transforme
les
districts de
droit local en
collectivités
communes de droit commun et en
territoriales de la République. Elle allège leur
tutelle et, grâce à un fonds intercommunal de
péréquation, alimenté par les recettes fiscales
se
productéurs de coprah. S’y
depuis 1983 l’action menée par
l’Agence territoriale de la reconstruction
(A.T.R.) pour indemniser les victimes des
cyclones. Les dégâts qu’ils ont provoqués ont
conduit à intensifier les opérations de régéné¬
ration de la cocoteraie, timidement reprises en
1978 après une éclipse de dix ans. Elles
ajoute
doivent,
de
1984
à
1987,
entraîner
des
dépenses annuelles de l’ordre de 350 millions
de F P.
Les Installations du
C.O.P. à Valrao. Dans
ses bassins (les plus
anciens sont à droite de
la photo, côté
montagne), le Centre
améliore ses techniques
d'élevage intensif de la
chevrette et de la
crevette d'eau de mer et
il poursuit ses travaux
de recherche sur les
poissons tropicaux et
tempérés, en mettant
l'accent sur les espèces
locales (mérous,
carangues).
Une centrale
hydroélectrique “au fil
de l’eau”. La société
Coder-Marama Nui a
construit 3 centraies
de ce type sur la
Vaihiria (côte sud de
Tahiti), Vaihiria i, il et
III, mises en service en
1982, 1985 et 1986. Leur
puissance installée est
respectivement de 1 300,
1 300 et 2 000 kW.
Page de gauche, en bas :
L'hôtel Taharaa. Ouvert
en
1969, cet hôtel de
grand standing dispose
de 200 chambres. Son
taux d'occupation, peu
élevé en 1985, a doublé
en 1986 grâce aux
croisières du Liberté.
Le village d'Anaa
reconstruit. Le village
de Tukuhora qui avait
été rasé par un raz-demarée en 1906 a été
entièrement détruit lOrs
du passage des
cyclones de 1982-1983.
Il a été reconstruit sur
un autre site par les
soins de l'A.T.R. qui a
transporté sur l'atoll des
tare préfabriqués,
conçus et découpés par
une entreprise privée.
37
VIVRE EN POLYNÉSIE
L’emprise de l’État
et la poursuite
de l’indépendance
économique
un
développement davantage centré sur les
potentialités locales.
L’emprise de la Métropole
un rôle prépondérant au
l’installation du C.E.P. et à
Après avoir joué
de
moment
l’occasion
des
campagnes
de tirs aériens,
l’intervention des pouvoirs publics se stabilise,
début des années 70, à un niveau deux fois
plus élevé que celui qui était le sien dix ans
plus tôt. Elle tend ensuite à fléchir sous l’effet
au
Les tentatives de
redéploiement de
l’économie se juxtaposent avec un renfor¬
cement
de
l’intervention
de
l’État
et
une
pérennisation du C.E.P. qui renforcent la
situation de dépendance et assurent un niveau
de vie et des revenus plus élevés que ceux que
pourraient valoir au Territoire ses ressources
propres. Sans remettre en cause la situation
acquise, se dégage aujourd’hui la volonté de
mettre en place, avec l’aide de la Métropole,
Ministères civils
Ministère
de la Défense
Pensions
Retraites
de la crise et de la réorientation des activités
du
C.E.P., et ne recommence à progresser
qu’après 1978, sans retrouver son importance
Les dépenses correspondantes
s’élèvent aux deux tiers du P.I.B. jusqu’en
1975 et à un peu plus de la moitié aujourd’hui.
Leur répartition souligne l’importance initiale
des dépenses militaires et le relais pris, peu à
peu, par les dépenses civiles, qui les dépassent
antérieure.
partir de 1972, et leur sont trois fois
supérieures en 1982. Leur augmentation à
partir de 1978 s’explique par un accroissement
des frais de personnel, dû à des améliorations
à
statutaires et à une revalorisation des salaires,
plus encore, à un développement des
opérations de redistribution de caractère
social et économique, qui passent de 18% à
22% du total de 1976 à 1982. La ventilation
des dépenses civiles montre que l’intervention
de l’État s’est accrue plus vite que celle du
Territoire, dont la part est de 41% en 1983 au
et,
lieu de 52% en 1969 et se réduit à 33%, si on y
ajoute les frais engagés par le C.E.P. et
l’armée. Elle indique aussi qu’une fraction
croissante de cette intervention s’effectue de
manière indirecte, par le truchement des
communes
comme
territoriaux dont le nombre et le rôle se sont
considérablement accrus en quelques années.
(1J dont 11 468,2 pour le C.E.A
(2) dont 10 344,4 pour le C.E.A
(3) dont 12 833,2 pour le C.E.A
1984
1985
21 037,4
22 660,6
25 471,5
15 403,9
18 692,3
46 062,1
51
3 202,5
4 169,6
3 820,2
4 594,6
Haut-Commissariat,
2 631,7
2 164,5
Programmation. Les
dépenses du ministère
75 174,6
83 698,1
1981
1982
1983
15 603,7
18 526,8
13 408,2
2 815,9
Dépenses diverses
15 526,3 lU
16 414,4 (2)
20 233,1 (3)
TOTAL
47 354,1
53 547,3
64 132,4
467,5
Évolution des dépenses
de l’État (1981-1985)
en
Polynésie française,
millions de francs.
Source :
en
Bureau de la
de la Défense retrouvent
en 1984 et 1985 le niveau
que, selon toute
vraisemblance, elles
n'auraient jamais dû
perdre.
L ARBRE DE L INDEPENDANCE
ÉCONOMIQUE
L’arbre de
l’Indépendance
économique “mis en
terre" par la Chambre
de Commerce et
d'industrie en 1985. Les
actions cohérentes à
Une visite ministérielle
en
Polynésie française.
Le secrétaire d'État aux
D.O.M.-T.O.M.
Georges Lemoine est
accompagné du haut-
commissaire Alain Ohrel
et suivi
protocolairement par
l'amiral Montpellier
commandant le C.E.P.
38
d’organismes métropolitains,
celui d’établissements publics
ou
par
mener pour atteindre un
tel objectif sont
innombrables...
Le port, "poumon” du
Territoire et expression
concrète de sa
dépendance. Sur cette
photo, prise en 1982,
n’apparaissent pas les
installations de la
société Pétrocéan.
L’ÉVOLUTION ÉCONOMIQUE ET DÉMOGRAPHIQUE DE 1960 A 1986
En
1982,
administrations
63%
des
ressources
des
proviennent de fonds
transférés de Métropole. Les salaires qu’elles
distribuent représentent la moitié de la masse
salariale globale et le tiers des revenus dont
disposent les ménages, soit près du quart du
P.I.B. La consommation qu’engendrent ces
salaires s’ajoute à celle qui découle de leur
fonctionnement
pour
stimuler les
importations, qui s’élèvent à près de 40% des
biens et services disponibles. Ces flux
d’importations entraînent, à leur tour, un
gonflement continu du secteur tertiaire, qui
représente 70% de la valeur ajoutée de la
production marchande contre 6% pour
l’agriculture, l’élevage et la pêche. Ils alimen¬
tent aussi les finances du Territoire, dont les
ressources propres proviennent, en grande
partie (73% en 1982), d’impôts indirects assis
sur les importations. Le
poids et le caractère
non
productif de l’intervention des
administrations incitent moins au développe¬
production qu’à l’acquisition
immédiate auprès de la puissance de tutelle de
biens qui renforcent la situation de
dépendance.
ment
de
la
La volonté d’autonomie
C’est
locaux
à la rendre moins vulnérable en permettant
une certaine autosuffisance alimentaire. Elle
répond à une initiative du pouvoir central et se
met en place au moment où les responsables
leurs
pour
autonomie
efforts
obtenir
sur
une
le
terrain
plus grande
dans l’administration du
Territoire. En juillet 1977, un nouveau Statut
augmente leurs pouvoirs et accroît leur marge
d’intervention dans les affaires courantes. Un
nouveau
style de relations s’ébauche avec les
autorités métropolitaines, et des négociations
directes
dépendance que s’attachent à
réduire l’État et le Territoire. Lorsqu’on 1975
la crise entraîne un repli général des activités,
ils adoptent une série de mesures favorisant le
développement d’entreprises de taille
artisanale ou semi-industrielle, capables de
jouer un rôle de substitution d’importations.
Cette politique vise à diversifier l’économie et
cette
axent
politique,
s’instaurent
avec
les
ministères
techniques parisiens. Elles conduisent à la
conclusion de conventions particulières et à la
création d’établissements publics territoriaux
spécialisés. Parallèlement, les élus locaux
peuvent plus librement nouer des rapports
directs avec leurs homologues d’autres pays
du Pacifique Sud.
Les élections de 1981 portent au pouvoir
une nouvelle majorité, qui souhaite
disposer
d’une plus grande autonomie, sans remettre
en cause les liens qui unissent le Territoire à la
Métropole. En matière économique, se
39
POLYNÉSIE
VIVRE EN
dessine une orientation nouvelle qui cherche à
allier
les
méthodes
traditionnelles
et
les
techniques les plus modernes pour se tourner
vers le futur. Elle témoigne d’une ambition et
s’appuie sur un constat. En 20 ans, le
Territoire est passé, presque sans transition,
d’une
économie
de
subsistance
à
une
économie de services et, aujourd’hui, il plonge
à la fois dans le
passé et dans l’avenir. Il
caractéristiques de pays sousdéveloppé et de pays à la pointe du
développement, avec une main-d’œuvre non
qualifiée, peu ou mal employée, mais aussi un
fort
potentiel scientifique, des salariés
nombreux et des salaires élevés. Les îles péri¬
phériques restent désavantagées et mal reliées
cumule des
entre elles,
mais un réseau central de télécom¬
satellite avec l’extérieur
symbolise la modernité d’un pôle urbain
favorisé. Faute de pouvoir progresser selon les
méthodes habituellement préconisées pour les
pays en voie de développement, qui reposent
sur de faibles capitaux, une main-d’œuvre
nombreuse et bon marché, des technologies
appropriées et des activités au ras du sol, elle
munications
par
performantes et une orientation vers des
produits de qualité et de “haut de gamme”.
C’est la solution adoptée en matière de
tourisme où, de 1982 à 1985, la capacité
hôtelière doit augmenter d’un tiers, de 900
chambres, avec des investissements de 8,5 mil¬
liards de FP, alors que, de I976à 1982,ellen’a
progressé que de 300 chambres avec un capital
de 1,4 milliard.
Une telle politique ne peut se mettre en
soutien actif de la
d’une ouverture sur
l’extérieur pour attirer les investisseurs et les
capitaux étrangers. Elle suppose une grande
qu’avec un
Métropole, doublé
œuvre
marge .de manœuvre des responsables locaux,
à la fois pour nouer des relations avec des
partenaires extérieurs et pour développer, sur
un pied de plus grande égalité, celles qu’ils
entretiennent avec
les
représentants du
pouvoir central. L’autonomie interne,
accordée par le nouveau Statut de mars 1984,
n’a pas l’extension de l’équivalent anglo-
saxon du terme.
circonstances.
Tahiti, “paradis fiscal”.
Ce thème, évoqué par
ce
Elle renforce néanmoins leurs
pouvoirs et, dans les affaires intérieures,
remplace la tutelle a priori par un contrôle a
posteriori. Elle doit aussi avoir, selon son
article 1, un caractère évolutif, adapté aux
TAHITI
dossier paru dans le
mensuel néo-
calédonien 30 jours en
septembre 1983, a été
récemment repris par la
revue Epargner sous la
plume de
Paul-Loup Sulltzer,
UN PARADIS POUR
TA RECHERCHE ET
L'INVESTISSEMENT
essaie de relever le défi en sens inverse. Elle
choisit de résoudre les problèmes par le haut,
par une valorisation maximale des ressources
locales, l’emploi de méthodes modernes et
Structure des dépenses
directes des
administrations en 1976
et en 1982. Ces
dépenses ont augmenté
en moyenne de 28,2%
par an. Cette croissance
a surtout concerné
celles des services civiis
de l’État dont la
contribution à
l’ensemble est passée de
23,1 à 28,9%.
1976
de
el
,t£»mande du
-
O
l'Fiai
„oiammenr aax P
S-nSa^nrenraaxprodans \es Vor
covcovrs rman
miques et socva
es
conformement
□ État
□□
40
:
services civils
«
par
conventions,,
ps^^rpèu^"' reduu
- g
passées U
..r.nies
par
m,,
\e!
oouverne-
1982
État : Armée et C.E.A.
□ Caisse de Prévoyance sociale
Territoire
I. t '1 Établissements publics territoriaux
Communes et syndicats de communes
□ Autres administrations
services.
Les conventions. Le
statut du 6 septembre .
1984, d’où est extrait ce
document, stipule que
“l’aide
I aiae lec
technique
3 Les Institutions
Ill'État
ne se serait rien passé en matière
entrede décembre
qui voitet
acquits institutionnelle
décentralisateurs
la loi-cadre1958,
Defferre,
remettre en cause les
juillet 1977, qui voit l’adoption d’un statut d’autonomie de gestion, si le Gouvernement
central, en 1971, n’avait étendu le régime communal à l’ensemble de la Polynésie
française. Une incontestable avancée démocratique qui doit cependant être située
dans son contexte : celui d’une politique d’assimilation destinée à faire pièce aux
autonomistes locaux qui ont le mauvais goût de lier le problème des institutions
(retour au statu quo ante) à celui du C.E.P. dont ils ne cessent de réclamer le départ.
Une manœuvre qui fera long feu... même si, tous comptes faits, elle n’a pas totalement
échoué. En assurant la tutelle des communes qu’il exerce par le biais des chefs de
subdivisions administratives, l’État continue à jouer un rôle essentiel dans les affaires
locales.
Une manœuvre qui fera quand même long feu car le gouvernement central sera
obligé de restituer en 1977 et surtout en 1984, en négociant un vrai statut
d’autonomie interne, ce qu’il avait retiré en 1958. Une restitution qui, à vrai dire, n’en est
bien
pas tout à fait une. La finalité de la loi-cadre, nous dit M. Etilage, était de “préparer...
l’indépendance” des colonies. Le statut de 1984, quant à lui, tout en conférant à la
Polynésie française “une grande liberté d’action pour gérer (ses) affaires... et pour
affirmer (sa) présence et (son) identité dans une région du monde située à 20 000 km
de ia métropole et dont les conditions de développement sont entièrement
différentes... cherche à (transposer) dans le Territoire les principes de la décentra¬
lisation en vigueur en métropole au bénéfice des communes, départements et
régions”. Dans ce contexte, les concepts d’appartenance à la République et d’intégrité
du Territoire national conservent toute leur force. Décentraliser n’est pas forcément
décoloniser.
Statut en retrait
de la loi-cadre
et malaise
institutionnel
vigueur en 1960, découle
des dispositions du
juillet 1957, pris en
application de la loi de 1956 appelée commu¬
nément “loi-cadre”, du moins en ce qui
concerne les pouvoirs de l’Assemblée terri¬
Le statut, en
pour une certaine part
décret n" 57-812 du 22
toriale.
Conformément au préambule de la Cons¬
titution de
statut
1946
qui prévoit l’évolution du
des Territoires d’outre-mer, la loi-cadre
1957 ont constitué une
étape fondamentale dans la vie politique du
pays. Pour la première fois dans l’histoire des
Territoires d’outre-mer et en particulier de la
Polynésie, un régime de décentralisation poli¬
tique est mis en place. 11 s’agissait en effet
“d’associer plus étroitement les populations
d’outre-mer à la gestion de leurs intérêts
propres” (article 1, loi n“ 56-619 du 23 juin
ainsi que le décret de
1956, loi-cadre).
Relativement
décentralisatrices,
ces
dispositions de 1957 vont pourtant être
abrogées quelques mois plus tard par
l’ordonnance n° 58-1337 du 23 décembre 1958
relative
au
Conseil de Gouvernement et à
territoriale de la Polynésie
française. Seule l’extension des pouvoirs de
l’Assemblée
l’Assemblée territoriale subsistera.
Conçu pour dégager des.élites politiques
locales, les former à la vie administrative et
préparer ainsi l’indépendance de leur pays, le
statut issu de la loi-cadre était considéré par la
majorité politique locale du moment plus
aux
exigences des territoires
d’outre-mer d’Afrique, alors à l’aube de leur
émancipation politique, qu’à celles de la
Polynésie française. Or cette dernière a mani¬
.conforme
festé
attachement à la France lors du
son
référendum du 28 septembre
Les
une
1958.
élus ont alors sollicité eux-mêmes
restriction de l’autonomie relative dont
jouissait le Territoire à cette époque. Us
semblent avoir eu pour souci de chasser le
spectre de l’indépendance qui s’était profilé
sur la scène politique lors de la mandature de
Pouvanaa, premier vice-président de l’histoire
polynésienne. Pour cela, si les compétences
aux instances locales ont été pour
l’essentiel sauvegardées, les élus ont demandé
accordées
que leur exercice fût davantage
rôle accru du représentant de
bridé par un
l’État. Ce qui a
été fait par l’ordonnance n“ 58-1337 du 23
décembre 1958 d’où il ressort les points
le Conseil de Gouver¬
présidé par le gouverneur ou son
représentant le secrétaire général. La fonction
de vice-président, exercée auparavant par le
conseiller élu en tête de liste, disparaît complè¬
tement. Les titres de ministres sont remplacés
par la dénomination plus neutre de conseillers
de gouvernement. De plus apparaissent de
nouvelles incompatibilités avec les fonctions
suivants. D’une part,
nement est
de conseillers de gouvernement.
D’autre part,
dans son fonctionnement,
le Conseil de Gouvernement
devient étroi¬
dépendant de l’Assemblée terri¬
toriale. En effet, celle-ci peut, par un vote de
tement
Le fronton d une mairie
des Tuamotu.
L'évolution statutaire
de ces dernières
décennies n'a jamais
remis en cause
l'appartenancé du
Territoire à ia
République.
.
41
POLYNÉSIE
VIVRE EN
censure
à la majorité des 3/5, mettre fin aux
fonctions
l’ensemble
de
des conseillers de
Cette dépendance à sens
unique de l’exécutif vis-à-vis du législatif
s’apparente à l’échelon du Territoire à un
régime d’Assemblée. De même, la tutelle sur
gouvernement.
les conseillers est accentuée : dorénavant, un
conseiller de gouvernement peut être démis de
fonctions par le seul chef du Territoire
alors qu’en 1957 une telle procédure n’était
ses
possible que sur proposition du viceprésident. Mieux encore, une procédure
nouvelle est mise en place. Les conseillers
peuvent être collectivement suspendus de
l’exercice de leurs fonctions par arrêté du
gouverneur de la Polynésie française.
Enfin, du point de vue des attributions du
Conseil, il y a suppression pure et simple des
attributions
individuelles
des
conseillers.
Ceux-ci ne conservent plus que des tâches insi¬
gnifiantes de contrôle du fonctionnement de
l’administration. Les pouvoirs du gouverneur
en
de
revanche se renforcent. Outre son pouvoir
suspension des conseillers de
nement, il retrouve la
gouver¬
direction des services
publics territoriaux sans aucun partage. Il
conserve naturellement sa qualité de chef des
services de l’État.
réforme
La
du
Conseil
de
d’État chargé des Départements et Terri¬
toires d’outre-mer. Ultérieurement, plusieurs
propositions de loi seront déposées tant à
l’Assemblée nationale
qu’au Sénat, afin de
Polynésie française
doter le Territoire de la
d’un nouveau statut.
Gouver¬
nement en 1958 comporte donc une restriction
évidente de l’autonomie de gestion locale.
Le malaise institutionnel
système ainsi mis en place a cependant
1967, date à
laquelle l’Assemblée territoriale a demandé le
retour à l’autonomie interne prévue par la loiLe
fonctionné sans heurts jusqu’en
cadre de 1957.
Mais
une
mission de
cette
assemblée,
composée de Jean Millaud, président de cette
assemblée, Francis Sanford, député, et John
Teariki, ancien député, se voit en 1968
opposer un refus par Pierre Billotte, ministre
A gauche :
Le gouverneur Sicurani.
C'est un homme
d'autorité et de
Pierre Messmer a été un
très libéral gouverneur
de l'A.O.F. sous la
IV® République. Devenu
ministre des
D.O.M.-T.O.M. sous la
V®, il est la parfaite
incarnation de cette
raison d’État gaulliste
qui voit dans
l’autonomie interne
l’antichambre de
l’indépendance... et la
fin du C.E.P.
compétence qui préside
à la grande mutation que
connaît la Polynésie
française avec
l'installation du C.E.P.
Chef du Territoire entre
1965 et 1969, il a
auparavant exercé de
hautes fonctions
administratives en
Algérie en 1961-1962, à
l'époque du conflit,
avant d’être directeur
de cabinet du ministre
des Armées entre 1962
et 1964.
Monument à Charles
de Gaulle. Rarement le
destin d’un tout petit
peuple n’a autant
dépendu de la décision
d’un seul homme. Le
Territoire se devaitde lui
rendre hommage.
Organigramme des institutions du Territoire en 1958.
REPRÉSENTANT de l'ÉTAT
CHEF du TERRITOIRE
préside
suspend
révoque
J
SERVICES et
EXÉCUTIF TERRITORIAL
LÉGISLATIF TERRITORIAL
CONSEIL de GOUVERNEMENT
'ASSEMBLÉE
CONSEILLERS de GOUVERNEMENT
I
délibère sur les affaires
,
ÉTABLISSEMENTS PUBLICS
de sa compétence
(limitativement énumérées)
TERRITORIAUX
▼
SERVICES et
ÉTABLISSEMENTS PUBLICS
■
assure
;• d’ÉTAT
l'administration
générale
des matières de compétence territoriale
(par arrêtés en Conseil de Gvt.)
rend exécutoires les délibérations de
l’A.T. ou de la Commission permanente
42
annulation des
délibérations par
décret ministériel
.
dissolution par
décret ministériel
PEUPLE
POLYNÉSIEN
COMMISSION
PERMANENTE
LES INSTITUTIONS
Malgré cela le problème n’est à nouveau
qu’en 1975 au cours d’entretiens à
Paris entre une délégation de l’Assemblée
territoriale et Olivier Stirn, secrétaire d’État
aux Départements et Territoires d’outre-mer.
Celui-ci, au cours d’un voyage en Polynésie du
abordé
1975, annonce devant
l’insistance pressante et les aspirations auto¬
15
au
25
mars
nomistes de plus en plus vives, le dépôt d’un
projet de loi modifiant le statut du Territoire.
Les autonomistes jugeant ce texte insuffi¬
sant, l’Assemblée territoriale sous la prési¬
dence
de
novembre
Frantz
1975
un
Vanizette,
avis
émet
défavorable
le
à
19
ce
projet. Elle estime qu’“il diffère trop - et en
trop de points fondamentaux - avec la réforme
qu’attend la Polynésie française depuis plus de
15 ans pour que nous puissions nous eontenter
d’y proposer des amendements partiels”. Un
contre-projet très audacieux est donc
présenté.
Le 10 juin 1976, l’Assemblée, convoquée
en session ordinaire, élit un nouveau bureau
anti-autonomiste présidé par Gaston Flosse
L’autonomie interne est,
avant 1977, avec le
retrait du C.E.P., le
cheval de bataille
électoral de
Francis Sanford et de
John Teariki. Ils devront
se contenter d’un C.E.P.
moins "polluant” et d'un
statut d'autonomie
de gestion.
tandis que les bâtiments de l’Assemblée terri¬
toriale sont occupés par les autonomistes. Le
17 du même mois, Francis Sanford, député de
Polynésie,
annonce
d’obtenir
sa
dissolution
la
démission
de
afin
l’Assemblée
territoriale et de démontrer que
des
la majorité
Polynésiens est favorable à l’autonomie
interne. 11 est réélu le 12 septembre
55,74 % des voix.
1976 avec
qui risquait de
incidents, tant les
passions étaient exacerbées, et la réélection
Devant
déboucher
très
une
sur
situation
de graves
confortable
de
Francis
Sanford,
le
gouvernement central élabore alors, après des
entretiens avec les élus de la Polynésie, un
nouveau
projet de statut assurant “une large
décentralisation administrative” et accordant
au
Territoire
commun,
compétence
une
de
droit
l’État ne conservant que des attri¬
butions limitativement énumérées. Mais
ce
D. Millaud,
sénateur, et F. Sanford, député, ce dernier
n’hésitant pas à déclarer, le 10 février 1976 :
“Dans l’état actuel des choses, je ne vois
qu’une solution pour nous libérer d’institu¬
tions qui entravent notre développement
économique : l’indépendance”.
Les négociations avec le gouvernement
reprennent à l’initiative de Daniel Millaud et
nouveau
statut
est
refusé par
aboutissent le 4 mars 1977 à un accord, dont
En bas :
Monument à Pouvanaa a
Oopa, père spirituel de
John Teariki et
Francis Sanford. Dans
combat pour
l'autonomie interne
son
puis pour
l’indépendance, il s’est
violemment opposé à
cet autre nationaliste
est
issu le
projet de loi qui est soumis à
l’Assemblée nationale.
Dès lors, le dégel de la situation est très
rapide : Gaston Flosse, leader de la tendance
anti-autonomiste, se rallie à l’accord ainsi
réalisé, tandis que les autonomistes cessent
leur occupation des locaux de l’Assemblée
territoriale le 1er avril 1977.
qu’était
Charles de Gaulle.
L’occupation de
i’Assembiée territoriaie
en
juin 1976, la
démission de F. Sanford
de son poste de député
puis sa réélection et la
menace
de
l’indépendance
poussent le pouvoir
central à un accord avec
les autonomistes,
concrétisé par la loi du
12 juillet 1977.
43
VIVRE EN POLYNÉSIE
1977 : autonomie
lement par le Conseil de Gouvernement, dans
un
de gestion
projet
de
1977 relative à l’organisation de la
Polynésie française. Bien qu’approuvé à
l’unanimité
par
l’Assemblée territoriale
nouvellement élue, ce statut reste néanmoins
bien
en-deçà
des
revendications autono¬
le retour à
l’autonomie interne issue de la loi-cadre. Sans
doute face à l’inertie calculée, les tergiver¬
sations
initiales,
pour
ne
à
savoir
pas
dire l’opposition du
gouvernement central à octroyer une trop
large autonomie, la lassitude a joué chez les
autonomistes.
Le
nouveau
statut
été
a
présenté à l’Assemblée nationale comme se
distinguant “essentiellement du précédent par
l’accroissement considérable des prérogatives
reconnues
au
vice-président et par la
réduction des compétences d’État”. En
réalité, ce statut ne diffère pas fondamen¬
talement
du précédent.
En effet, si
l’appellation de vice-président est réhabilitée,
ses
pouvoirs en revanche ne sont pour
l’essentiel que de pure forme et ont surtout un
caractère
honorifique. En revanche, le
gouverneur n’a rien perdu de ses prérogatives
continue de coiffer l’ensemble des institu¬
tions territoriales.
et
Pour le reste, le nouveau statut innove
essentiellement sur les cinq points suivants.
Le Conseil de Gouvernement
(composition et attributions)
Le
président en titre du Conseil de Gouver¬
nement est, comme sous le précédent statut, le
gouverneur,
commissaire.
désormais
Ce
dénommé
haut-
changement de termino¬
logie ne reflète pas pour autant une diminu¬
tion de ses prérogatives. Même s’il ne figure
plus expressément dans l’énumération des
institutions territoriales, son rôle dans les
affaires locales reste capital. Ainsi, le haut-
commissaire, président du Conseil de Gouver¬
nement représente le Territoire en toutes
circonstances, sauf dans un cas de litige entre
l’État et le Territoire. 11 est le chef de
l’administration
territoriale
qualité, prend toutes
et,
en
cette
mesures utiles pour
décisions du Conseil de
l’exécution des
Gouvernement. Il peut déléguer tout ou partie
de cette fonction au secrétaire général, son
suppléant légal. 11 est ordonnateur du budget
territorial et peut confier ses pouvoirs en cette
matière à un fonctionnaire relevant de son
autorité. Il nomme les chefs des services
publics territoriaux après avis donné
en
Conseil de Gouvernement. 11 assure la gestion
du personnel.
En outre, le Conseil de Gouvernement
comprend sept membres élus (au lieu de cinq
auparavant) dont l’un porte le titre de viceprésident. Les attributions de ce dernier sont
toutefois mineures.
Cela étant, les
autres membres du
Conseil, les conseillers de gouvernement, ne
disposent pas réellement d’attributions indivi¬
duelles. Ils peuvent être désignés individuel¬
44
l’administration
publics, à l’effet
sements
12 juillet
mistes
de
territoriale
pouvant regrouper certains services et établis¬
statut laborieusement
élaboré en 1977 est devenu la loi n° 77-772 du
Le
secteur
;
de contrôler
l’exécution des décisions du Conseil ; de saisir
propositions relatives au fonc¬
tionnement du secteur contrôlé. De plus, ils
n’ont chacun aucune autorité hiérarchique
vis-à-vis des chefs de services publics terri¬
le Conseil de
toriaux
celle-ci incombe seule
;
commissaire.
au
haut-
qui concerne la tutelle, tous les
Conseil de Gouvernement doivent
rendus
exécutoires
par
le haut-
En
limitative. Sauf quelques exceptions, les attri¬
qui lui sont confiées ne sont pas
réellement nouvelles. Le Conseil de Gouver¬
butions
nement est chargé
des
affaires
publics territoriaux. 11 arrête le
projet de budget et le transmet à l’Assemblée.
des services
11 a, concurremment avec celle-ci,
des
dépenses.
Par
reçoit
être
commun
Néanmoins, dans son
ensemble, le Conseil de Gouvernement peut
individuellement.
dissous par décret en Conseil des
Ministres. Dans ce cas, le haut-commissaire
assure
seul
l’administration locale sous
être
réserves des compétences de l’Assemblée terri¬
jusqu’à l’élection d’un nouveau
Conseil de Gouvernement par l’Assemblée.
toriale,
La répartition des pouvoirs entre
le Territoire et l’État
Comme avant, le
dispose
d’une
Conseil de Gouvernement
compétence
d’attribution
11 délibère
sur
nombre de matières limitatives.
ce
après signature par le viceprésident. En revanche, cette tutelle ne vise
plus les conseillers de gouvernement pris
11 détermine, dans les
matières de la compétence territoriale, l’action
actes du
commissaire
collégialement de la gestion
locales.
l’initiative
un
certain
l’Assemblée territoriale
compétence générale de droit
ailleurs,
une
en
toutes
matières non réservées à
l’État ou au Conseil de Gouvernement. Les
délibérations continuent de faire l’objet d’un
rendu
exécutoire
par
le haut-commissaire.
Enfin, tout comme le Conseil de
Gouvernement, l’Assemblée territoriale peut
être
dissoute
Ministres.
par
décret
en
Conseil des
Pour sa part, l’État ne conserve que les
attributions limitativement énumérées, qui se
rapportent aux matières de la compétence du
pouvoir central, conformément à la Constitu¬
11
s’agit d’une innovation importante, l’État
n’ayant plus qu’une compétence d’attribution.
L’État est représenté par le haut-commis¬
saire, dépositaire des pouvoirs de la
tion et à la tradition juridique française.
LES INSTITUTIONS
République et chef des services d’État, qui,
assemblée consultative composée de représen¬
l’habitat social
ciations qui concourent à la vie économique,
statut
notamment promulgue les lois et décrets dans
tants de groupements professionnels et d’asso¬
de Gouvernement, assure leur exécution, est
ordonnateur des recettes et des dépenses
sociale et culturelle du Territoire, à l’exclu¬
sion des titulaires d’un mandat électif local.
le Territoire après en avoir informé le Conseil
civiles de l’État. En outre, le haut-commissaire
veille
à la
territoriales.
légalité des actes des autorités
L’aide technique et financière
contractuelle de l’État
Les sanctions pénales
Comme sous l’ancien statut, avec toutefois des
restrictions,
l’Assemblée
territoriale
peut
réglementations
peines de simple police et, sous réserve
d’homologation législative, de peines correc¬
assortir les infractions à ses
de
tionnelles
et
de
sanctions
administratives
complémentaires, elle peut réglementer le
droit de transaction de l’administration.
reçoit
également des pouvoirs analogues dans la
limite des peines de simple police. 11 s’agit ici
Conseil
Le
de
innovation.
d’une
cependant,
dissuasives.
ces
Gouvernement
les
Dans
sanctions
deux
cas
restent
peu
La création d’un Comité
économique et social
La création d’un Comité économique et social
avait été
revendiquée dès 1969. C’est
une
CONSEIL de GOUVERNEMENT
HAUT-COMMISSAIRE
compétences sont définies par des actes
Ses
des autorités territoriales.
L’État, dans le cadre des lois de finances,
apporte son concours financier et technique
I
règle collégialement les
affaires du Territoire
entrant dans sa
compétence
(limitativement énumérées)
détermine l’action des
services publics territoriaux
éventuelle
convention.
La politique conventionnelle est une des
principales et plus originales innovations
introduites dans le statut de la Polynésie, mais
également dans celui de la NouvelleCalédonie. Les objectifs visés sont très divers :
solidarité nationale en matière de santé par la
prise en charge des personnels, ou par la parti¬
cipation à une meilleure couverture sociale ;
contribution à des dépenses d’infrastructures
nécessaires au développement, à l’animation
culturelle et artistique, à l’amélioration de
<
ASSEMBLÉE
.
TERRITORIALE
\
COMMISSION
PERMANENTE
\
COMITÉ '
ÉCONOMIQUE^
et SOCIAL,
règle les affaires du Territoire
qui ne relèvent pas de la
compétence de l’État ou de celle
du Conseil de Gvt.
-
-
rend exécutoires les arrêtés
et décisions du Conseil de Gvt.
et les délibérations de l’A.T.
et de la Commission
permanente
-
vote le budget
contrôle le Conseil de Gvt.
dissolution par
décret ministériel
font
décentralisation.
Les
limites
du
statut
ne
à apparaître. Le Territoire ne
dispose pas d’une réelle maîtrise de gestion de
tardent
pas
ses affaires.
Le maintien du dédoublement
fonctionnel du haut-commissaire
à la fois
-
représentant
du
demeurant,
tion
-
-
se
jour au lendemain de l’arrivée de la gauche au
pouvoir (mai 1981) et visent une plus large
légalement habilité à représenter le Terri¬
toire) -, ne permettra pas aux élus d’exercer
pleinement leurs compétences. Au
ces
dernières semblent laisser à
ceux-ci une marge de manoeuvre relativement
faible
pour
assurer
le développement
économique du Territoire alors qu’il s’agissait
d’un objectif de ce statut. En effet, le Territoire
ne
dispose d’aucune compétence réelle en
matière de transports aériens, commeree
extérieur, crédit, relations financières avec
l’étranger. La double fonction du hautcommissaire le conduisait naturellement, en
cas de divergences d’intérêts entre l’État et le
Territoire, à faire davantage prévaloir les
intérêts de l’État sur eeux du Territoire.
Page de gauche :
Une visite ministérielle,
une de plus, celle de
Bernard Stasi (en
compagnie d’Alec Ata et
du gouverneur Daniel
VIdeau au second plan)
qui sera en 1974 un très
éphémère secrétaire
d’État aux
D.O.M.-T.O.M. Trop
éphémère pour que ce
très libéral ministre
TERRITORIAUX
d’ÉTAT
explorées. Très vite de
d’organismes ou établisse¬
ments publics métropolitains est également
prévue et peut faire, de même, l’objet de
conditions fixées par convention. L’interven¬
ÉTABLISSEMENTS PUBLICS
SERVICES et
ÉTABLISSEMENTS PUBLICS
vite
investissements et peut participer au fonc¬
tionnement des services territoriaux, dans des
aux
SERVICES et
f
seront
nouvelles revendications statutaires
gouvernement chargé
d’assurer la tutelle du Territoire et également
chef du Territoire (à ce titre il est seul
VICE-PRÉSIDENT et CONSEILLERS
I
...
Ceci étant, les possibilités offertes par ce
PEUPLE
POLYNÉSIEN
puisse donner sa
mesure.
En haut, à gauche :
Le Front uni au pouvoir.
Autour du vice-
président F. Sanford
(E’a Api) qui est
encadré, en bout de
table par John Teariki
(Here Ai'a) et Frantz
Vanizette
(Indépendants), on
reconnaît de gauche à
droite : Emile Le Caill
(qui vient du Tahoera'a),
Paul Bourgeois
(directeur du cabinet du
vice-président), Maco
Tevane (Indépendants)
et Yannick Amaru
(Here Ai'a).
Ci-dessus :
Les deux têtes de
l’exécutif. En devenant
haut-commissaire de la
République, le
gouverneur Charles
Schmitt (ici auxcôtésdu
vice-président
F, Sanford), disparu
tragiquement en mer en
1977, n’a pas perdu
beaucoup de ses
prérogatives.
45
VIVRE EN
POLYNÉSIE
1984 : autonomie
interne
Conseil constitutionnel. Cette démarche tend
à faire déclarer l’article 10, alinéa 2 du statut,
non
septembre 1981, Francis Sanford,
vice-président du Conseil de Gouvernement,
au nom du Territoire, prend l’initiative de
demander au nouveau gouvernement issu des
élections présidentielles et législatives de maijuin 1981 d’engager des négociations en vue
d’apporter des aménagements au statut en
vigueur. G. Flosse, qui lui a succédé à la viceprésidence du Conseil de Gouvernement le 2
Juin 1982, a poursuivi dans cette voie en faveur
En
*•
de la réforme statutaire. Contre toute attente
et
G.
devançant les autonomistes de longue date,
Flosse avait même dès le
13 mai
1980
déposé une proposition de loi sur le bureau de
l’Assemblée nationale pour
revendiquer une
plus large autonomie.
En réponse à ses demandes, le gouver¬
nement a mis en place dès août 1981 un comité
État-Territoire chargé d’examiner les modifi¬
cations statutaires
élus territoriaux.
en
concertation
avec
les
la
D’emblée
il
suscite
raison de son
insuffisance, les autres en raison de son
inutilité. Sur rapport n° 146-83 du 19
septembre 1983 présenté par les conseillers
Franklin
Brotherson, Terii Sanford et
Georges Kelly et adopté par l’Assemblée terri¬
toriale, l’avis rendu par l’Assemblée dénonce
le caractère peu audacieux de la répartition
des compétences entre l’État et le Territoire,
relevant même des points en recul par rapport
l’hostilité des élus, les uns en
au
statut
de 1977.
Suite à cet avis, d’ultimes modifications,
après arbitrages rendus par le président de la
République sollicités par le vice-président
Flosse, et après examen par le Conseil d’État
et son adoption par le Conseil des Ministres,
sont apportées au texte soumis aux élus. Fe
texte étant sensiblement remanié mais n’ayant
pas fait pour autant l’objet d’une nouvelle
consultation de l’Assemblée territoriale, celleci prend l’initiative d’émettre un
nouvel avis
afin d’éviter un risque de censure de la future
loi par le Conseil constitutionnel. Cet avis,
rendu le 12 avril 1984, souligne la nécessité
d’une amélioration du texte
sur le plan des
compétences. Pas plus que lors de son premier
avis, l’unanimité des élus territoriaux ne se
dégage sur la dernière mouture de ce projet de
statut.
Déposé
sur
le bureau de l’Assemblée
nationale le 7 décembre 1983 après examen
par
le Conseil d’État et adoption
par
le
Conseil des Ministres, le projet de loi est
finalement adopté par l’Assemblée nationale
le 2 août 1984.
Sitôt le texte adopté, l’opposition parle¬
mentaire nationale (R. P. R. et U.D.F.) saisit le
46
l’article
2
de
la
Constitution’’, le Conseil
constitutionnel par sa décision n° 84-177 DC
1984 donne finalement gain de
requérants en l’annulant. Dès lors,
plus rien ne s’oppose à la promulgation et à la
publication de la loi au Journal officiel (Foi
n° 84-820 du 6 septembre 1984 portant statut
du Territoire de la Polynésie française du 30 août
cause aux
L’océan Isation des
cadres. De gauche à
droite :
MM. Roland Garrigou,
secrétaire général du
Tahoera’a : Jean-Marc
Daussin-Charpantier,
séance du 21
Constitution.
Gaston
Léontieff, ministre du
avis sur ce projet, conformément à l’article 74
de
Flosse venait précisément
siège au titre de la liste R. P. R.
lors des élections européennes du 17 juin 1984.
Estimant
cette
disposition “contraire à
l’indivisibilité de la République consacrée par
Or,
d’obtenir un
Tourisme et de la Mer ;
Albert
septembre 1983,
l’Assemblée territoriale, réunie en session
extraordinaire, exprime officiellement son
sa
l’Assemblée des Communautés européennes.
Cabinet d’Alexandre
le projet de loi
et la procédure législative
de
Territoire et, entre autres, celle de membre de
Lestienne, chef de
Les réactions politiques sur
Fors
conforme à la Constitution. Cet article
instituait
une
incompatibilité entre les
fonctions de membre du Gouvernement du
directeur de Cabinet
du président du
gouvernement et
Jean Ferez, secrétaire
général du
gouvernement. Le
Territoire a la gestion
de ses propres affaires,
mais il fait toujours
appel à la matière grise
de certains
métropolitains.
La présidence du
gouvernement. D'un
statut à l'autre,
le
président du
gouvernement occupe
l'ancienne résidence du
directeur de Cabinet du
haut-commissaire.
.
J.O.R.F. du 7 septembre
1984 p. 2831).
Présentation du statut
loi portant statut du Territoire de la
Polynésie française tire son origine d’une
double volonté : d’une part, celle du Territoire
visant à accéder à davantage d’autonomie et
d’autre part celle de l’État cherchant à
transposer dans le Territoire les principes de la
décentralisation en vigueur en Métropole au
bénéfice des communes, départements et
régions.
En
acceptant un certain degré
d’autonomie interne, dans lequel certaines
compétences attribuées au Territoire sont
administrées librement par des élus du
Territoire, le gouvernement central a voulu
répondre à l’aspiration des élus polynésiens de
voir reconnue leur spécificité au sein de la
Fa
LES INSTITUTIONS
République.
Ceci implique
plus grande liberté
d’action à la fois pour gérer les affaires du
Territoire et pour affirmer leur présence et
leur identité dans une région du monde située
à 20 000 kilomètres de la Métropole et dont les
conditions
de
une
développement
sont
entièrement différentes. Le nouveau statut
modifie donc les institutions du Territoire
difficile à atteindre”. De même encore, “il
fallait savoir Jusqu’où il pouvait ne pas aller
trop loin pour éviter d’aboutir d’une façon
insidieuse et contre leur volonté même à une
solution que récusent 99 % des Polynésiens” les dernières élections territoriales viennent
encore
de le confirmer - “c’est-à-dire au
détachement des liens avec la France”.
également et surtout la répartition des
compétences entre le Territoire et l’État.
Cela
étant, il est remarquable de
constater que ce qui
était apparemment
impossible en 1977, est devenu réalité en 1984,
alors que dans un cas comme dans l’autre la
Polynésie française ne remettait pas en cause
mais
appartenance à la République. Ainsi,
Christian Bonnet, ministre de l’intérieur,
déclarait devant les députés le 24juin 1977 que
le statut constituait un “point d’équilibre
son
Favorable aux seules améliorations formelles
ou
rédactionnelles apportées au texte alors en
discussion, le ministre poursuivait : “le
gouvernement ne peut laisser rompre à
l’occasion de ce débat l’économie générale du
tentative d’élargissement
disposition de l’accord ou
même simplement
des amendements de
grignotage ou de dérapage
risqueraient de
ruiner l’œuvre si patiemment, si difficilement
statut ...” “... toute
de telle
ou
telle
...
...
si méritoirement élaborée et unanimement
avalisée”. Or, sept ans plus tard, la Polynésie
et
française
voit dotée d’une plus grande
que
les liens avec la
Métropole ne soient pour autant rompus
La décentralisation que le gouvernement
a entendu appliquer en Polynésie française est
analogue à celle dont bénéficient les
départements métropolitains depuis l’entrée
en vigueur de la loi n” 82-213 du 2 mars 1988.
se
autonomie
sans
...
L’exécutif de la collectivité territoriale est
à un président élu, les tutelles
administratives et financières sont
transféré
supprimées, le contrôle a priori est remplacé
par un contrôle a posteriori sur la légalité des
délibérations des autorités territoriales, qui
est assuré par le Tribunal administratif à l’ini¬
tiative du haut-commissaire de la République.
Comme en Métropole, les délibérations des
autorités locales sont transmises au repré¬
sentant de l’État et sont exécutoires dès leur
publication.
M. Jacky Teuira, ancien
président de
i'Assemblée territoriale.
Ce vieux compagnon de
G. Flosse, co-fondateur
du Tahoera’a, est le chef
d'une majorité
disciplinée verrouillant
le pouvoir législatif
territorial. Il est devenu
en 1987 président du
gouvernement du
Territoire.
Le premier
gouvernement de
Gaston Flosse, formé en
septembre 1984.
De gauche à droite :
Sylvain Millaud, ministre
de l'Agriculture ;
Georges Kelly, ministre
de la Jeunesse,
des Sports,
de l'Éducation populaire
et de l'Artisanat
traditionnel ;
Lysis Lavigne, ministre
de la Santé,
de la Recherche
Gaston Flosse,
scientifique et de
l'Environnement ;
Alexandre Léontieff,
vice-président du
gouvernement, ministre
de l'Économie, du Plan,
Organigramme des institutions du Territoire
REPRÉSÉNTANT DE L'ÉTAT
du Tourisme, de la Mer,
de l'Industrie et du
Commerce extérieur :
nomme
HAUT-COMMISSAIRE
ministre des Affaires
sociales, de la Solidarité
et de la Famille ;
Michel Buillard, ministre
de l'Émploi,
de la Formation
professionnelle et du
Logement :
Jacques Teheiura,
ministre de l'Éducation
et de la Culture ;
Patrick Peaucellier,
ministre des Finances
et des Affaires
intérieures ;
Édouard Fritch, ministre
LÉGISLATIF TERRITORIAL
EXÉCUTIF TERRITORIAL
GOUVERNEMENT du TERRITOIRE
président du
gouvernement ;
Huguette Hong Kiou,
ASSEMBLÉE
_
-TERRITORIALE
COMMISSION
PERMANENTE
PRÉSIDENT et MINISTRES
N
Télécommunications
et des Ports.
Une visite ministérielle
dans une commune. Le
secrétaire d'État
G. Lemoine visite la
commune de Paea en
compagnie notamment
le
Président
-
de l'Équipement,
de l'Aménagement,
de l'Énergie et des
Mines ; Alban Ellacott,
ministre des Transports,
des Postes et
du conseiller-maire
J. Greffe et du députémaire de Papeete,
Jean Juventin.
/
COMITÉ
ÉCONOMIQUE
'
SERVICES et
ÉTABLISSEMENTS PUBLICS
d'ÉTAT
contrôle la légalité des actes
territoriaux (A.T.. Conseil
des Ministres. Commission
permanente)
SERVICES et
et SOCIAL
ÉTABLISSEMENTS PUBLICS
TERRITORIAUX
règle les affaires
-
règle collégialement les
affaires du Territoire
du Territoire qui
ne sont
au
entrant dans sa compétence
dissolution par
pas attribuées
Conseil des
Ministres ou au
Président du Gvt.
du Territoire
décret ministériel
-
-
vote le budget
contrôle, le Gvt.
(motion de censure)
PEUPLE
POLYNÉSIEN
47
VIVRE EN POLYNÉSIE
L’organisation
En revanche, il perd sa compétence en matière
de
administrative
au
se
plan territorial
Comme les précédents, le statut de 1984
caractérise par une double structure, celle
de l’État et celle du Territoire, chacune étant
rattachée
à
un
domaine
de
compétences
propres.
Les compétences de l’État
La représentation de l'État dans le Territoire
continue
d’être
commissaire de la
décret
en
par
un
hautRépublique nommé par
assurée
Conseil des Ministres. En tant que
délégué du gouvernement et conformément à
l’article 72 de la Constitution, il a la charge des
intérêts nationaux, du respect des lois, de
l’ordre public et, dans les conditions fixées par
le statut, du contrôle administratif. Il veille à
l’exercice régulier de leurs compétences par les
autorités du Territoire
territoriaux
administratif.
en
déférant les actes
relative
à
la
liberté
surveillée des mineurs”. De même, au terme
d’un délai de cinq ans après l’entrée en vigueur
du statut et à condition que le Territoire lui en
plus pouvoir en
matière “d’enseignement du second cycle du
fasse la demande, il n’aura
degré”. En outre, la compétence de
second
l’État dans le domaine de l’audiovisuel doit
dorénavant s’exercer “dans le respect de
l’identité culturelle polynésienne et de la légis¬
lation
propre
au
Territoire”. Toutefois, le
Territoire, sous réserve des missions confiées à
la Haute autorité audiovisuelle, a la faculté de
créer une société de production d’émissions à
caractère social, culturel et éducatif pouvant
passer pour leur diffusion
avec les sociétés d’État.
des conventions
Enfin, le statut de 1984 prévoit la compé¬
principe de l’État en matière de zone
économique. Toutefois, celui-ci “peut
concéder au Territoire la compétence en
matière d’exploration et d’exploitation des
ressources
naturelles, biologiques ou non
biologiques, du fond de la mer, de son sous-sol
et des eaux sur-jacentes”.
tence de
Les compétences du Territoire
aux
précédents statuts, le
plus représenté par le hautcommissaire, mais par le président du Gou¬
vernement du Territoire, élu par l’Assemblée
territoriale parmi ses membres. Bien qu’il ne
reçoive pas expressément la dénomination de
chef du Territoire, il en exerce les pouvoirs.
Contrairement
Territoire n’est
ailleurs, les autorités du Territoire
compétentes dans toutes les matières
Par
restent
qui ne sont pas réservées à l’État. Il s’agit donc
toujours d’une compétence de droit commun.
Sur le plan des institutions, le Territoire
est
désormais
doté
d’un
gouvernement
composé de six à dix ministres désignés par un
président, lui-même élu par l’Assemblée terri¬
toriale. Le gouvernement du Territoire se
réunit en Conseil des Ministres au moins trois
par mois, sur convocation de son
président qui en fixe l’ordre du jour. Le
président du gouvernement, chef de l’exécutif
fois
territorial,
définit
les
attributions
des
ministres, délègue à chacun d’eux les pouvoirs
correspondants, dirige et coordonne l’action
irréguliers devant le tribunal
Même s’ils restent
importants, les pou¬
voirs du haut-commissaire se sont amenuisés.
Ainsi, il a perdu son autre qualité de chef du
détenait auparavant. La
qui existait alors lui
permettait par définition d’intervenir direc¬
tement dans la gestion des affaires terri¬
toriales et, en cas de divergence d’intérêts, de
faire prévaloir ceux de l’État.
En ce qui concerne les compétences de
l’État, quelques modifications de fond sont
apportées par rapport à 1977. Attribution
expresse de compétences est ainsi donnée à
l’État en matière “d’importation, commerce et
exportation de matériel militaire, d’armes et
de munitions de toutes catégories”. L’État
retrouve une compétence entière pour fixer
“les principes généraux du droit du travail”.
Territoire
“réglementation
qu’il
situation ambivalente
Le bâtiment qui a abrité
jusqu’en 1986 les
services du hautcommissariat. Cet
édifice aux ailures
modestes a été jusqu'en
1984, en dépit de
certaines apparences
statutaires (1977), le
siège du pouvoir réei.
Ci-dessous :
Le haut-commissariat
s'adapte à la nouvelle
donne du statut. Le
transfert des
compétences de l’État
au Territoire l’a contraint
à réorganiser ses
structures dans le sens
du contrôle de la légalité
et de l'assistance
technique et financière
aux communes
48
et au
LES INSTITUTIONS
des ministres ; il peut révoquer un ministre à
procéder dans les mêmes
formes à son remplacement. Le gouvernement
du Territoire est responsable devant
l’Assemblée territoriale qui peut mettre fin
aux fonctions de celui-ci par le vote d’une
motion
de
censure.
Le
président du
gouvernement du Territoire dispose des
pouvoirs nécessaires à la conduite des affaires
locales ; ordonnateur du budget, chef de
l’administration territoriale, il dispose
également des services de l’État et des agents
de l’État selon les modalités fixées par voie de
convention entre l’État et le Territoire. Il
exerce
des compétences dans les relations
moment
tout
extérieures
et
et
peut
en
outre
recevoir
par
délégation du gouvernement local certaines
des compétences attribuées à celui-ci. Le
président du gouvernement du Territoire rend
compte périodiquement à l’Assemblée terri¬
toriale de l’activité du gouvernement, de la
Également nouvelles, et spécifiques au
Polynésie française, sont les
compétences attribuées au président et au
Territoire de la
Gouvernement du Territoire dans le domaine
Le président du
désormais proposer au
gouvernement de la République l’ouverture
de négociations diplomatiques avec les États
du Pacifique Sud, négociations auxquelles un
représentant du Gouvernement du Territoire
pourra participer : il est également autorisé à
représenter, conjointement avec le hautcommissaire, le gouvernement de la
République au sein des organismes régionaux
du Pacifique Sud. En outre, le Gouvernement
du Territoire peut participer à la négociation
des
situation du Territoire, de l’état des différents
services publics ; l’Assemblée territoriale peut
en
organiser librement, dans le cadre de
règlement intérieur, les procédures de
outre
son
relations
extérieures.
Gouvernement peut
contrôle de l’action du gouvernement.
d’accords intéressant la desserte aérienne et
maritime internationale de la Polynésie
française. Il peut enfin être habilité par les
autorités de la République à négocier les
traités dans certaines matières ressortissant de
la compétence du Territoire,
Conseil des Ministres du Territoire dans les
qui relèvent de la compétence de
en ce qui concerne le
crédit, le gouvernement local est assisté par un
comité
consultatif
du
crédit, composé
domaines
l’État. Par ailleurs,
notamment de représentants de l’État et du
Territoire, tandis qu’en matière monétaire il
est
tenu
informé des décisions prises par les
autorités de la République.
Il convient cependant de relever que dans
plusieurs autres domaines, le statut définit une
nouvelle délimitation des compétences respec¬
tives de l’État et du Territoire qui apparaît
parfois comme une reprise par l’État d’attri¬
butions jusqu’alors, soit dévolues au
Territoire, soit partagées avec le Territoire.
C’est surtout le cas de l’exploration, l’exploi¬
tation et la gestion des ressources naturelles de
la
zone
économique exclusive de la
République, mais également du droit du
travail, de la possibilité de fixer les échelles de
peines aux infractions des actes du Conseil des
Ministres et ceux de l’Assemblée territoriale,
A ces nouvelles compétences, il convient
d’ajouter les attributions qui sont conférées au
et
de
la
judiciaires.
réglementation
professions
des
plan des compétences, on peut
En premier lieu, le
Territoire reçoit un certain nombre de
compétences qui sont destinées à lui permettre
d’affirmer son identité et sa spécificité au sein
de
la
République (signes distinctifs
permettant de marquer sa personnalité dans
les manifestations publiques et officielles,
enseignement des langues locales dans le cadre
Sur le
noter
des
innovations.
scolaires, enseignement du
premier cycle du premier degré et celui à terme
du second cycle à la demande du Territoire,
droit d’autoriser les acquisitions de propriétés
immobilières par les étrangers et droit de
préemption.,.). En second lieu, le Territoire
bénéficie de nouveaux pouvoirs économiques
(restrictions quantitatives à l’importation,
autorisations préalables aux investissements
directs étrangers en Polynésie française, et
exploration, exploitation, gestion des
ressources naturelles de la zone économique
exclusive de la République au large des côtes
de la Polynésie française après concession de
compétence par l’État ...).
des programmes
Le gouvernement du Territoire de ia Poiynésie française.
Organisation du
gouvernement du
Territoire telle qu'elle se
présente dans le second
gouvernement de
G. Flosse,
démissionnaire le
7 février 1987.
Mme Huguette HONG KIOU
M. Jacques TEHEIURA
MINISTRE de
l'ÉDUCATION, de la
RECHERCHE SCIENTIFIQUE
Au-dessus :
Le nouvel immeuble
administratif de la rue
du Commandant
Destremeau. Du verre et
du béton, symboles du
modernisme et de la
bureaucratie rampante
qui s'est beaucoup
développée depuis 1984.
el de la CULTURE.
PORTE-PAROLE du GOUVERNEMENT
et CHARGÉ des RELATIONS
avec le PACIFIQUE SUD
M. Michel BUILLARD
MINISTRE
de l'EMPLOi.
et de fa
du LOGEMENT,
FONCTION PUBLIQUE
M. Alexandre LÉONTIEFF
MINISTRE
du TOURISME et
de la MER
M. Georges KELLY
MINISTRE
de l'AGRICULTURE
et de
l'ARTISANAT TRADITIONNEL
M. Patrick PEAUCELLIER
M. Gaston TONG SANG
VICE-PRÉSIDENT
MINISTRE
MINISTRE de
l'ÉCONOMIE et
de l'ÉQUIPEMENT,
de l'AMÉNAGEMENT.
des FINANCES
de l’ÉNERGIE el des MINES
M. Lysis LAViGNE
M. Manate V1VISH
MINISTRE
de la SANTÉ
et de
fENVIRONNEMENT
MINISTRE
de la JEUNESSE, des SPORTS
et des
AFFAIRES INTÉRIEURES
MINISTRE des
AFFAIRES SOCIALES,
de la SOLIDARITÉ el de
la FAMILLE,
CHARGÉE
des RELATIONS avec
l'ASSEMBLÉE TERRITORIALE
et le COMITÉ ÉCO. el SOCIAL
M. Jeftrey SALMON
MINISTRE
du
DÉVELOPPEMENT des ARCHIPELSl
des TRANSPORTS et
des PTT
49
VIVRE EN POLYNÉSIE
L’organisation
administrative
au
plan
des subdivisions
Jusqu’en 1972, le Territoire reste divisé
administrativement en cinq circonscriptions
(îles du Vent, îles Sous-le-Vent, Australes,
Tuamotu-Gambier,
Marquises) placées
chacune sous l’autorité d’un fonctionnaire des
généraux. Ces circonscriptions font
place à des subdivisions qui tirent leur origine
cadres
du décret n® 72-408 du 17 mai 1972 portant
création de subdivisions administratives dans
le
Territoire de la Polynésie française
(J. O. R. F. du 29 mai 1972). Ce texte, pris en
application de la loi n“ 71-1028 du 24
décembre
1971
ne disposent
pouvoir propre. Ils n’agissent que
dans le cadre des délégations de signature
accordées par le haut-commissaire (décret
n° 70-544 du 19 juin 1970 portant délégation
de pouvoirs et autorisant les délégués du
gouvernement, dans certains Territoires
d’outre-mer, à déléguer leur signature ;
également, loi n°. 71-1028 du 24 décembre
1971 article 20
alinéa 2 ; également encore,
Les chefs de subdivision
d’aucun
-
décret n° 80-918 du 13 novembre 1980 portant
application
...
de la loi n° 77-1460 du 29
décembre 1977 modifiant le régime communal
en
Polynésie française). Représentants du
haut-commissaire dans leur ressort géogra¬
phique, les chefs de subdivision avaient,
de 1984, et à l’image du hautcommissaire, une double qualité de représen¬
tants du gouvernement central et de représen¬
avant le statut
tants
du chef du Territoire.
relative à la création et à
des communes dans le
Territoire de la Polynésie française (article 14)
définit uniquement la consistance
géographique de chacune des subdivisions et
abroge les dispositions visant les circonscrip¬
l’organisation
tions administratives.
Tout comme ces dernières, les subdivi¬
sions sont
placées sous l’autorité d’un
fonctionnaire de l’État, chef de subdivision.
Celui-ci est dans son ressort le représentant du
haut-commissaire et possède seulement, par
délégation de celui-ci,
un
certain nombre
d’attributions. Comme pour les circonscrip¬
tions administratives, il n’existe également
aucun texte définissant la structure adminis¬
interne, pas plus qu’il n’existe de
dispositions réglementaires de portée générale
trative
fixant les attributions du chef de subdivision.
Les
subdivisions n’ont pas la
personnalité
morale ; elles ne constituent que de simples
découpages géographiques.
Ci-dessus et à gauche :
Les chefs de subdivision
territoriaux (ici
Terii Sanford
accompagné de
Gaston Tong Sang,
ministre de
l’Équipement,
participant à une
réunion de travail à la
mairie d'Uturoa), dont
l’action est
"chapeautée” par le
Service de
l’Administration des
Archipels, exercent les
attributions territoriales
qui, avant la
promulgation du statut
de 1984, étaient
déléguées par les
gouverneurs (ici
Daniel Videau en
tournée aux Marquises)
et les hauts-
commissaires aux
administrations d’État.
A droite :
L’archipel des TuamotuGambier est administré
depuis Papeete par un
chef de subdivision dont
les services sont
installés rue des Poilus
Tahitiens, dans un
bâtiment dont il partage
les locaux avec son
collègue,
l’administrateur des îles
du Vent.
50
En tant que
représentants du gouvernement central, les
chefs de subdivision assurent, par déconcen¬
tration des pouvoirs du haut-commissaire, et
à titre principal, la tutelle administrative des
communes
de leur subdivision. En tant que
représentants du chef du Territoire, ils gèrent
un
certain nombre d’affaires territoriales, en
application des réglementations édictées par
les instances territoriales.
disparaître ce
puisque le hautcommissaire a perdu sa qualité de chef du
Territoire au profit d’un élu. Les chefs de
subdivision n’assurent donc plus que la
gestion d’affaires ressortissant de la
compétence de l’État.
Cette compétence des chefs de
subdivision comprend presque essentielle¬
Le
statut
de
1984 fait
dédo'iblement fonctionnel
ment la tutelle des communes.
La loi de 1977
prévoit en effet que la tutelle sur les actes
LES INSTITUTIONS
exercée par le hautPolynésie française, sauf
dispositions législatives ou réglementaires
antérieures contraires, et que le hautcommissaire peut déléguer ses fonctions aux
l’État. Ces derniers continuent d’être nommés
par le haut-commissaire de la République
après consultation préalable du Gouverne¬
ment du Territoire,
lequel est également
consulté sur la création, suppression ou
Tuamotu-Gambier et îles Australes.
Les fonctions du bureau central portent
sur des actions de formation, d’animation et
règle est du reste reprise dans de nombreuses
dispositions du Code des Communes (art. L.
121-37 à L. 121-39, L. 122-21 et L. 314) ainsi
que dans le décret n° 80-918 du 13 novembre
1980 (article 22). En tant qu’autorités de
tutelle des communes, la loi n° 77-1460 du 29
décembre 1977 modifiant le régime communal
en Polynésie française, assimile les chefs de
subdivision à des sous-préfets pour l’applica¬
tion du Code des Communes ainsi que le Code
électoral en Polynésie française.
Cela étant, ils signent également les
tives (statut de
1984, article 31.8'=).
Quoi qu’il en soit, l’organisation mise en
place par le Territoire a été fixée par une
délibération n° 85-1037/AT du 23 mai 1985
portant création du Service de l’Administra¬
tion des Archipels en Polynésie française. Ce
service est composé, d’une part, d’un bureau
central appelé Centre de formation,
d’animation, de coordination et de gestion des
circonscriptions administratives des archi¬
pels ; d’autre part, de quatre sections de
service appelées circonscriptions administra¬
tives, et dirigées chacune par un administra¬
teur : îles Sous-le-Vent, îles Marquises, îles
administratives des archipels.
municipaux
est
commissaire de la
chefs des subdivisions administratives. Cette
arrêtés attribuant les subventions de l’Etat
imputables sur les ressources du Fonds
d’Aménagement et de Développement des lies
de la Polynésie française (F.A.D.I.P.). De
même, ils signent les actes d’ordonnancement
et toutes pièces justificatives d’ordonnance¬
ment pour les dépenses imputées sur le budget
modification
des
subdivisions
administra¬
de gestion de personnel des circonscriptions.
Elles visent
également la coordination et le
suivi du fonctionnement des circonscriptions
Pour leur part, les attributions des admi¬
nistrateurs comportent notamment plusieurs
missions : présentation et coordination des
services territoriaux, délivrance d’autorisa¬
tions administratives, participation à des
commissions,
membre
observateur
ou
commissaire du gouvernement des sociétés
d’économie mixte. Ils assurent également des
consultations pour avis sur les procédures
administratives et peuvent se voir confier
toutes attributions complémentaires que le
président du Gouvernement ou les ministres
leur délégueraient.
de l’État en matière de chantiers de développe¬
ils gèrent les services de leur
(congés annuels, ordres de
ment. En outre,
subdivision
déplacement, ordonnancement des dépenses
de fonctionnement, d’entretien et de frais de
représentation). Enfin, ils centralisent les
résultats électoraux enregistrés dans chaque
des communes et les
haut-commissaire. En effet,
les subdivisions administratives constituent
de
bureau
vote
transmettent au
également des circonscriptions électorales.
Par ailleurs, les chefs de subdivision n’ont
plus aucune attribution territoriale depuis
1984. 11 en résulte que le Territoire ne dispose
plus d’une autorité unique le représentant au
niveau des subdivisions. Cependant, quelques
services territoriaux disposent de structures
décentralisées
et
permanentes dans les
archipels (subdivisions du service de l’Équi¬
subdivision
pement,
service
de
territoriaux
en
du
l’Aménagement à Uturoa, circonscriptions
médicales ...). C’est la raison pour laquelle le
Territoire nomme dorénavant ses “propres
chefs
de
parallèle
subdivisions”
avec
les chefs de subdivisions de
Madame
L’Astrolabe permet aux
administrateurs qui
exercent leur autorité
sur les subdivisions les
plus étendues
géographiquement
(les Tuamotu-Gambler
et les Australes) de
visiter une ou deux fols
par an les îles dépendant
de leur ressort. Les
services d'État et
territoriaux intéressés
peuvent participer à ces
tournées
administratives.
Marie-Françoise
Desgranges (en haut)
qui, à la mi-1986,
a
succédé à
Daniel Canepa
(participant au Tiurai,
en bas) à la tête de la
subdivision des îles du
Vent, est la première
femme qui, en Polynésie
française, ait été
nommée à un tel poste
de responsabilité.
51
VIVRE EN POLYNÉSIE
La création
des communes
Ensuite, la loi prévoit l’intervention de décrets
Conseil d’État pour la définition des limites
territoriales, la fixation des chefs-lieux, les
en
Avant la mise
en place progressive des
(1890, 1931, 1965 et 1971), les
constituaient la plus petite unité
communes
districts
administrative.
Ils
avaient
à
leur
tête
un
Conseil de District élu au suffrage universel
les électeurs du district. Ce conseil com¬
prenait de 7 à 11 membres, selon le nombre
d’habitants, élus pour six ans. Il désignait en
son sein un président (tavana) et un viceprésident.
Le régime communal a pour la première
fois été introduit en Polynésie française en
par
1890,
avec
la création de la
commune
de
Papeete. Il faut attendre le décret du 17
décembre 1931 pour voir la création d’une
seconde
commune,
celle
d’Uturoa.
Deux
autres, Pirae et Faaa, font ensuite leur appa¬
rition en 1965.
La création des communes
en 1971
L’élaboration de la loi de 1971 prise à la seule
initiative
du gouvernement central a été
marquée par un certain nombre de réactions
de défiance. On ne peut toutefois pas parler,
semble-t-il, de vives oppositions, malgré les
revendications autonomistes de l’époque. Les
représentants de ce courant suspectaient le
gouvernement central de vouloir départemen¬
taliser le Territoire “par petits morceaux’’.
Cependant, l’aspect financier a
davantage paru susciter les hésitations et les
questions des élus tant le projet était imprécis
sur ce point. La participation financière de
l’État, auteur de ce projet, n’y est pas expres¬
sément proclamée. Le projet prévoit la
création d’un fonds intercommunal de péré¬
quation dont le financement devra être assuré
par le Territoire à concurrence de 15% de son
budget. Cette charge nouvelle imposée au
Territoire est d’autant plus mal ressentie qu’il
n’a pas sollicité cette généralisation des
communes. Or, précisément, ce sont les préoc¬
cupations financières et budgétaires qui ont
empêché l’Assemblée territoriale de pour¬
suivre sa politique de transformation progres¬
sive des districts en communes.
Enfin et surtout, on assiste à une nouvelle
amputation des prérogatives du Territoire
après celle de 1958, puisque le Territoire était
compétent en matière de création de
communes de plein exercice (art. 58, décret de
1957).
Le contenu de la loi
prévoit tout d’abord, puisque telle
était sa finalité, que le régime communal est
Ce texte
institué sur le Territoire de la Polynésie
française. Il s’agit d’une mise en place progres¬
sive dont les modalités sont déterminées par
des décrets
en
Conseil
d’État, après consul¬
tation des Assemblées territoriales. Il est inté¬
ressant de noter que les communes créées sont
formées à partir d’un ou de plusieurs districts.
Quarante-quatre nouvelles communes sont
plus des quatre déjà existantes).
créées (en
52
regroupements des communes actuellement
existantes avec un ou plusieurs districts, et la
détermination du domaine des
portant organisation de la Polynésie française
(article 62) avait réservé exclusivement à l’État
la
compétence en matière communale.
Certains ont donc pu craindre que la
poursuite de la décentralisation réalisée au
communes.
niveau communal ne vienne en fait amoindrir
plan budgétaire et financier, le texte
définit également la nomenclature du budget
pouvoirs de l’Assemblée territoriale et
en
contrepartie ceux du hautcommissaire appelé à exercer sa tutelle sur les
Sur le
communal dressé
ment
et
section
en
section de fonctionne¬
d’investissement,
tant
en
qu’en dépenses. De plus, un fonds
intercommunal de péréquation reçoit une
quote-part des impôts, droits et taxes perçus
ou à percevoir au profit du budget territorial.
Le taux de cette quote-part qui ne peut être
inférieur à 15% est fixé par décret en Conseil
d’État après consultation de l’Assemblée
les
renforcer
communes au nom
territoriale et avis du haut-commissaire et sur
proposition du ministre chargé des Départe¬
ments
et
Territoires
d’outre-mer.
Au
31
décembre 1985, ce taux est de 25%.
tionnement des conseils municipaux (nombre
de conseillers à élire, dissolution des conseils
municipaux, élections, réunions du Conseil
municipal ...).
Sous réserve de certaines adaptations,
une seconde étape dans la mise en œuvre du
régime communal est ensuite intervenue en
1977
avec
la loi n° 77-1460 du 29 décembre
1977, modifiant le régime communal de la
Polynésie française. Par cette loi, le législateur
étendu aux communes de Polynésie une
partie du Code des Communes. Ainsi ont été
rendues applicables les dispositions du livre I
“Organisation Communale”, du livre II
a
“Finances
Communales”,
du
livre
III
“Administrations et services communaux” et
du livre IV “Personnel Communal”. Entre¬
temps la loi n° 77-772 du 12 juillet
Une mairie “new look”.
Les maires des
nouvelles communes
polynésiennes
disposent de moyens
financiers que
pourraient leur envier
beaucoup de leurs
collègues
métropolitains.
polynésiennes à leurs homologa¬
métropolitaines n’a pas été poursuivie
par le gouvernement central. Le régime
communal en vigueur en Polynésie reste donc
pour l’instant en retrait par rapport aux
communes de Métropole et encore bien plus
depuis la réforme de la décentralisation de
communes
tions
1982,
1977
relative
communes,
non
Enfin, la loi détermine les règles de fonc¬
de l’État.
étant, l’œuvre d’assimilation des
Cela
recettes
aux
droits et libertés des
des départements et des régions,
applicable dans le Territoire.
revanche, c’est bien
En
en
,
conformité
d’un avis rendu par l’Assemblée territoriale,
le gouvernement n’était juridi¬
tenu de le suivre, que les
communes
de
Polynésie française se
démarquent de leurs homologues de
Métropole en matière électorale. Sur ce point,
et avant les élections municipales de mars
1983, le gouvernement central se proposait
d’étendre aux trois communes de plus de
10 000 habitants (Papeete, Faaa, Pirae) le
encore
que
quement
pas
nouveau
mode
de
scrutin
proportionnel
institué en Métropole pour les communes de
3 500 habitants et plus.
Ce nouveau système
principe proportionnaliste,
permettant d’améliorer la représentativité des
partis, et le principe majoritaire, qui empêche
la constitution d’assemblées locales ingouver¬
nables. Craignant “la politisation excessive
électoral allie le
LES INSTITUTIONS
Le découpage
communal. Dans la
"définition des limites
territoriales” des
communes, le
législateur de 1971 n’a
pas beaucoup innové.
En règle générale, dans
les îles hautes, les
anciennes collectivités
territoriales insulaires
baptisées “districts” ont
été érigées en
communes. Sauf à
Tahiti, Moorea et
Raiatea (3 communes),
où il a été procédé au
NUKU HIVA
UA HUKA
POU"
regroupement de ce qui
s'appeler désormais
HIVA OA
va
TAUUATA'
'Hlp^
des "sections de
®
communes”. Aux
Tuamotu, où les
communautés
FATIJ HIVA
humaines sont
QU/S^£s
beaucoup plus
restreintes
démographiquement, il
.
s’est efforcé de réunir
des atolls voisins en
tenant compte parfois
(Manihi-Ahe, TakaruaTakapoto) de l’existence
de certains liens
historico-
géographiques. Ce qu’il
n’a évidemrhént pas pu
toujours faire à l’est, où
la dispersion
géographique des îles
constitue,un obstacle
0
UPITI
„
insurmontable.
BORA BORA
TA|HAA^ JHUAHINI
’
0
RAIATEA
MOOREA,
£4
%
TUBUM
»
RAIVAVAE
I RI PAU
‘-HIPU
TAPUAMÇJ
V'^ÎC'/FAAAHA
RUUTKÂ
HAAMENE
ARCHIPEL DES AUSTRALES
NIW^ ' "T^vAITOARE
UTUROA,.^—
TAHAA
TEVAITO^ I A«ERA .
rTEHURlJi'X '>
RAPA
'
TUMARAA
VAIAA^U
_
qu’elle risque d’entraîner dans les débats des
municipaux” et estimant que ces
derniers “fonctionnent parfaitement avec les
dispositions existantes”, la majorité de
l’Assemblée territoriale s’oppose à l’intro¬
duction de la proportionnelle pour l’élection
conseils
des conseils municipaux.
Prenant
cet
avis
secrétaire d’État aux
toires
d’outre-mer,
en
Départements et Terri¬
Henri Emmanuelli,
ne
néanmoins d’exprimer des
regrets : “Une certaine dose de proportion¬
manqua
pas
OPOA —
FETUrTAÜ." ^'ûOHINE-*
RAIATEA
aux citoyens de ces
l’apprentissage de la
démocratie locale”. Quoi qu’il en soit, les
communes de Polynésie française sont actuel¬
lement les seules de la République à demeurer
sous le régime du scrutin de liste majoritaire.
nalité
considération, le
Y_;'
TAPUTAPUATEA
aurait
communes
de
permis
faire
53
VIVRE EN
POLYNÉSIE
Un cadre
institutionnel et
administratif ambigu
Si la loi n“ 84-820 du 6 septembre
1984
portant statut du Territoire de la Polynésie
française a fait disparaître la principale source
d’ambiguïté des précédents statuts, c’est-àdire la double qualité du haut-commissaire,
d’autres cependant subsistent encore.
Ainsi en est-il d’abord de la création des
compétences propres.
depuis 1946 (Consti¬
tution de la IV'^ République du 27 octobre
1946 articles 60 et 74), la Polynésie française
dispose à ce titre d’une “organisation parti¬
culière”, afin de tenir compte des particula¬
rismes locaux (géographie, ethnie ...). C’est
dire
que
les territoires d’outre-mer se
distinguent totalement des départements
métropolitains ou même d’outre-mer lesquels
communes
et de leurs
Territoire d’outre-mer
-
se
caractérisent
au
contraire
par
une
principe au territoire
métropolitain. Aussi, si l’analogie entre les
assimilation
de
Gaston Flosse,
secrétaire d’État de
Jacques Chirac, Premier
ministre gauiiiste
"pompidoiien". Celui-ci
s'accommode fort bien
du statut d’autonomie
interne de 1984,
concocté par son “frère"
G. Fiosse et le ministre
socialiste G. Lemoine,
ii ne s’inscrit pas en
effet, comme ia loi-cadre
de 1957, dans une
perspective
indépendantiste.
Prise d’armes à Uturoa
(Raiatea). L’embiéme
territorial, symbole de la
“personnalité de la
Polynésie française”
(Préambule du Statut
du 6 septembre 1984)
flotte à côté du drapeau
de la République.
54
départements et territoires d’outre-mer est
souvent tentante à faire (existence d’une
assemblée
délibérante,
représentant du
gouvernement central, un exécutif local), il
n’en résulte pas moins qu’elle doit être
condamnée
comme
étant juridiquement
inexacte.
La notion
attachée
aux
d’“organisation particulière”
territoires
d’outre-mer
et
destinée à préserver leur spécificité ne postule
précisément la nécessité d’une organi¬
sation communale à l’image de celle en place
dans les départements de Métropole ou
pas
d’outre-mer.
Le fait que le gouvernement central en ait
décidé autrement en 1971 est particulièrement
de la politique d’assimilation
poursuivie alors (départementalisation). De
révélateur
surcroît,
il
lui
avait
fallu
faire
fi
des
compétences alors dévolues au Territoire en la
matière. 11 appartenait en effet aux seules
instances territoriales de juger de l’opportu¬
nité de la création de communes ou de toutes
circonscriptions administratives
(collectivités rurales, districts, conseils de
circonscriptions).
Quel que soit le degré d’autonomie
autres
une collectivité terri¬
République, son statut
demeure de nature législative et même de
nature de législature ordinaire. C’est la raison
pour laquelle la loi de 1971 a pu indirecte¬
ment amputer le Territoire des compétences
qui étaient siennes avant 1971, une loi
ordinaire pouvant toujours modifier une loi
auquel est
toriale
au
parvenue
sein de la
ordinaire antérieure.
L’ambiguïté relevée au niveau de la
création des communes se prolonge également
sur
le plan des compétences des relations entre
communes de Polynésie
française. Si le législateur a réglé les rapports
entre l’État et le Territoire, d’une part et entre
l’État et les communes d’autre part, il est resté
muet en revanche sur les rapports entre le
le Territoire et les
Territoire
et
les
communes.
11
en
résulte
prétentions
concurrentes entre ces deux types de collec¬
souvent des
incertitudes
ou
des
tivités, nées rivales dans l’idée même de leurs
créateurs. Ces ambiguités n’ont pourtant
jamais été levées, même à l’occasion du statut
de 1984.
L’articulation entre le régime communal
introduit
en
1971
et
l’organisation
du
Territoire n’est pas simple. En généralisant le
LES INSTITUTIONS
système communal, la loi de 1971 a fait des
communes
des collectivités décentralisées de
la République, et non du Territoire, soumises
à un régime dépendant uniquement de l’État
et
aussi proche que possible de celui appliqué
Métropole. Aussi, logiquement, la loi du 12
juillet 1977 puis la loi n" 84-820 du 6
septembre 1984, portant statut du Territoire
de la Polynésie française ont attribué à l’État
compétence en matière d’“organisation
en
communale,
financier
de
des
contrôle
de
leurs
l’ensemble
n’est
communes
établissements publics”.
La
administratif et
cohérence
de
les deux derniers
compé¬
tences qui, pour pouvoir être exercées pleine¬
ment, impliquent souvent une action sur la vie
des communes elles-mêmes. De plus, il existe
des cas où compétences territoriale et commu¬
nale se superposent (santé publique, hygiène,
qu’apparente.
statuts
En effet,
et
accordent
au
polices administratives, énergie ...). Dans
certains domaines, cependant, le règlement
territorial
se
trouve
hiérarchiquement
supérieur à la réglementation communale.
Ainsi, l’article 19 de la loi n" 77-1460 du 29
décembre 1977 (loi communale) a prévu que,
pour l’application des dispositions du Code
des
Communes
dans
le
Territoire
de
la
Polynésie française, dans les articles, les
références qui sont faites au Code de l’Urba¬
de l’Habitation, au Code rural, au
Code de la Santé, au Code de la Famille et de
nisme
et
l’Aide sociale, sont remplacées par les termes
“réglementation territoriale en vigueur”.
Pour autant,
les incertitudes entre les
Territoire des
Le second
gouvernement de
G. Flosse se différencie
du 1" par le départ de
S. Millaud, E. Fritch et
A. Ellacott et par
l'arrivée de M. 'Vivish,
G. Tong Sang et
J. Salmon. P, Peaucellier
devient le vice-président
à la place de
A. Léontieff, élu député.
J. Teheuira manque sur
ce
cliché.
compétences des deux types de collectivités ne
doivent pas être exagérées. Aucun conflit
sérieux ne paraît devoir être signalé Jusqu’à
présent. Une nécessaire clarification garan¬
tirait cependant un meilleur équilibre insti¬
tutionnel.
En
dehors
communes,
des
des
rapports Territoire
ambiguïtés
et
apparaissent
ensuite dans les relations Territoire-État. En
effet, ces dernières sont fondées sur un partage
de compétences. La compétence de droit
commun a été renversée en 1977 au
profit du
à
l’instar
d’une
organisation
fédérale. Il en résulte que |es compétences de
Territoire
l’État sont limitativement énumérées. De plus.
En bas :
Un pouvoir partagé
entre un hautcommissaire
représentant l'État,
un président du
gouvernement du
Territoire “qui
s'administre librement
par ses représentants
élus” et l'amiral auquel
sont délégués les
pouvoirs détenus par le
ministre de la Défense.
55
VIVRE EN POLYNÉSIE
raison
SOUS peine de ruiner l'économie du statut, les
attributions de celui-ci ne peu\ent être inter¬
tion
cultés de détermination de frontière entre les
coordination des actions et des décisions de
prétées que strictement. Or. tout partage de
compétence entraîne inévitablement des dilïi-
Territoire.
du
C'est
la
pour
laquelle a été prér uc une commission paritaire
de concertation, chargée généralement de
toute question dont le règlement requiert une
sphères d'action de chacun, quelle que soit la
qualité de rédaction des te.xtes.
Précisément, l'un des objectifs poursuivis
par la loi portant sur le statut du Territoire
l’État d’une part, du territoire, d'autre part
(article .72. statut de 1984). Sur le plan juri¬
l'application du précédent texte, et
notamment celles relatixes à la gestion très
importante de la zone économique et
maritime. Ainsi, la rédaction très imparfaite
du statut de 1977 permettait-elle de soutenir la
thèse du partage de compétences en ce
tifs
était de le\er certaines difficultés rencontrées
dans
domaine
entre
l’État
et
le
Territoire.
Au
contraire, le statut de 1984 affirme clairement
la compétence de principe de l’État, lequel
concéder au Territoire la
compétence en matière d'exploration et
d'exploitation des ressources naturelles,
biologiques ou non biologiques, du fond de la
dorénavant "peut
mer. de son sous-sol et des eaux sur-jacentes”
(article .T loi n" 84-820 du 6 septembre 1984).
L'effort
de
clarification
mené
par
le
législateur de 1984 n’a pas permis - il ne
polirait guère en être autrement - de lever
toutes les incertitudes propres à l’organisa¬
dictionnel. les conlTts de compétence pcu\ ent
toutefois, en dernière extrémité, trouter leur
règlement auprès des tribunaux administra¬
ou du Conseil d’État dans le cadre du
contrôle
de
légalité dé\olu au hautcommissaire de la République (article 92.
statut de
1984). De son côté, le Territoire peut,
auprès des
mêmes juridictions contre les arrêtés du Itautcommissairc et
actes
réglementaires du
gouvernement central qui ne respecteraient
pas les compétences attribuées au l erritoire.
En revanche, ce dernier ne semble disposer
d’aucun
moyen
juridique de sanction
lorsqu’une loi applicable de plein droit dans le
Territoire ou applicable en vertu d’une dispo¬
sition expresse porte atteinte à la répartition
des compétences posée dans son statut. Sur ce
point, il n’est pas rare de constater des
"grignotages de compétences” qui sont autant
de remises en cause du statut. Cette particu¬
larité .s’explique par le fait que les territoires
de
même,
intenter
un
recours
L'administration
"aux champs”.
Gaston Flosse,
Pierre Angéli et
l'administrateur d'État
au cours de
l'inauguration de l'abri
anticyclonique d'Anaa,
L'État apporte "son
concours technique et
financier" aux
investissements
économiques et sociaux
Territoire.
56
■
d’outre-mer sont des collectivités tcrritoritiles
subordonnées.
Elles tiennent
l’ensemble de
compétences de l’État, collectivité
originaire. Celui-ci peut donc modifier
l’organisation et les pouvoirs de ses collec¬
tivités secondaires comme il l’entend, au gré
des nécessités politiques
ou de la raison
d’État !
Ces difficultés pourraient être réglées de
façon juridique par une modification de
l’article 74 de la Constitution de 1958 qui
prévoit que l’organisation particulière des
leurs
...
territoires d’outre-mer est définie et modifiée
par
la loi après consultation de l’Assemblée
territoriale intéressée. Ainsi, au lieu d’une loi
pourrait-on prévoir une loi consti¬
tutionnelle (article 1 I et .79. Constitution), ou
à tout le moins, une loi organiqtie (article 46,
ordinaire
Constitution) lesquelles ne pourraient être
directement
ou
par des lois de
De façon
indirectement modifiées que-
même nature.
plus radicale et sur un plan
politique, CCS conflits peuvent naturellement
trouver
leur
évolution
du
solution
dans
statut
du
le
cadre
d’une
Territoire
qui
s’orienterait sensiblement de la simple décen¬
tralisation administrative vers la personnalité
politique (autonomie
indépendance).
accrue,
fédéralisme,
4 Les Églises majoritaires
La décolonisation et ses implications
politiques ; lale bombe
et
qui institutionnelles
interpellent les et
consciences
dévelop¬
ses
“retombées” de tous ordres
;
pement rapide des inégalités ; l’emprise de plus en plus grande des institutions
étatiques et territoriales sur une société civile qui, dans le monde rural notamment, est
encore très largement encadrée par les hiérarchies ecclésiales... Autant de faits
d’essence profane qui, pour certains d’entre eux tout au moins, ne sont pas sans
relations avec un certain développement de l’incroyance en milieu urbain, avec le
dynamisme des Églises minoritaires (voir chapitre 5j et avec les tensions qui traversent
l’Église évangélique (existence, par exemple, de l’association Te É’a Porotetani)...
T rois thèmes que n’évoquent pas directement le Père Hodée et le Pasteur Vernier
lorsqu’ils délivrent un bulletin de santé satisfait de leurs Églises qui, selon eux,
vivraient plutôt bien leur nécessaire adaptation aux réalités du monde d’aujourd’hui.
Trois thèmes auxquels ils répondent indirectement en s’interrogeant : la “vitalité dans
la foi” ne compense-t-elle pas une certaine perte d’audience ? Les Églises ne sont-elles
pas, grâce à leurs oeuvres, à leurs activités socio-éducatives, profondément
enracinées dans une réalité populaire dont elles expriment la convivialité et les
aspirations profondes ? Ne sont-elles pas devenues majeures, ce qui leur permet de
proclamer en toute indépendance avec le Pasteur Vernier que “le but de l’Évangile est
le service des hommes éclairé par l’esprit du Christ et (que) chacun doit rechercher à
réaliser ce but dans sa vie religieuse, professionnelle et même politique”.
Mais il s’agit là d’un but difficile à atteindre dans un Territoire où, du fait de
l’Histoire, la frontière entre laïque et confessionnel n’est pas (encore ?) clairement
délimitée et où les pratiques politiques et économiques ne se prêtent pas à cette
clarification.
Le renouveau
de l’Église catholique
en
Polynésie
française
Vivre à Tahiti aujourd’hui amène rapide¬
ment à découvrir la vie chrétienne des commu¬
nautés. Chacun sait l’importance de l’âme reli¬
gieuse des Polynésiens et les visiteurs sont
souvent saisis par la qualité de la vie spiri¬
tuelle des
paroisses et des quartiers :
célébrations festives, chants polyphoniques,
créations musicales et artistiques innom¬
brables s’épanouissent dans une ambiance de
renouveau
chrétien très explicite depuis 1978
surtout.
Les mutations
-
affectueusement
missionnaire.
Ce changement est fruit du 21 ème concile
œcuménique Vatican 11, ouvert le 11 octobre
1962 et clôturé le 8 décembre 1965. Mgr Paul
Mazé, honoré pour son grand âge et célèbre
pour sa magnifique barbe blanche, participa
avec
minutie à tous les travaux. Les îles de
Polynésie suivirent l’événement par les
journaux et les revues. En fait et contraire¬
ment à ce qui se passe ailleurs, la “mise à jour
des sources” et le “dépoussiérage de l’Église”
par cette “nouvelle Pentecôte” - selon les mots
de Jean XXlll
se déroulent paisiblement à
Tahiti. La fidélité à l’Église, la vie paroissiale
-
La date majeure qui marque cette nouvelle
étape est le 21 juin 1966. Ce jour-là, les
vicariats apostoliques de Tahiti et des îles
Marquises deviennent l’archidiocèse de
Papeete et le diocèse de Taiohae. Mgr Paul
Mazé
archevêque de l’Église catholique en Poly¬
nésie avec Mgr Louis-Bertrand Tirilly comme
suffragant à l’évêché de Taiohae. L’érection
des diocèses marque, pour l’Église, la fin offi¬
cielle de l’époque dite des Missions où le
peuple chrétien était confié directement à la
responsabilité première d’une congrégation
religieuse, la Congrégation des Sacrés-Cœurs
de Jésus et de Marie, dite de Picpus, dans le
cas de la Polynésie française. Même si l’aide
extérieure doit encore continuer, elle se réalise
désormais comme entraide entre partenaires
majeurs, responsables d’eux-mêmes. Un
diocèse, même petit et isolé, c’est l’Église uni¬
verselle présente et réalisée chez un peuple
particulier vivant dans un lieu donné.
Progressivement, chaque diocèse, comme
Église locale ou particulière, doit se prendre
en main pour se suffire et même partager avec
les autres dans une perspective de partenariat
surnommé
le
“patriarche du Pacifique” - devient le premier
centrée sur l’eucharistie, les nombreux efforts
d’expression liturgique en langues locales
depuis les débuts de la Mission aux Gambier
en 1834, la longue expérience de Mgr Mazé,
missionnaire dans les îles depuis 1910, la peti¬
tesse
des communautés concernées souvent
animées par des
laïcs depuis longtemps (les
La prière avant une
séance de l’Assemblée
territoriale. La Polynésie
a connu, avant
l’instauration du
Protectorat, de
véritables théocraties
missionnaires, dans le
Tahiti protestant de la
reine Pômare comme
dans les Gambier du
Père Laval. Dans la
France laïque et
républicaine, les Églises
majoritaires n'assurent
plus de telles
responsabilités
politiques.
Leurs ministres n’en
continuent pas moins
à intervenir pour que la
parole divine inspire
le législateur local.
57
VIVRE EN POLYNÉSIE
kaiekiia) font de cette période conciliaire plus
épanouissement heureux qu’une mutation
brusque avec rupture du passé.
un
Ce
renouveau
nouveaux
autochtones
les
:
favorisé
est
l’ordination de
frères
par
prêtres diocésains
Michel et
Hubert
Coppenrath de retour à Tahiti en 1959, les
pères Lucien Law de Raiatea ordonné en 1964
et Norbert Holozet de la presqu’île ordonnéen
1968. C’est l’amorce d’un clergé séculier local
qui se développe dans les années 80 et est
épaulé par l’ordination, à partir de 1979, des
premiers diacres permanents mariés. Ceux-ci
sont
huit
en
1985.
Le
16
février
1968,
Mgr Michel Coppenrath devient coadjuteur
Mgr Mazé et administrateur du diocèse
avant d’en être l’archevêque le 5 mars 1973.
Cette époque de mutation profonde de la
de
Polynésie est dominée par la tenue des deux
synodes diocésains de 1970 et 1973 pour le
diocèse de Papeete et celui de 1978 pour celui
des Marquises. 1978 en voit la reprise par une
année de “révision apostolique”. Après un
pèlerinage en Terre Sainte, c’est le démarrage
rapide du “Renouveau dans l’Esprit”. Ce
mouvement spirituel, sous diverses formes,
marque profondément le style d’expression de
la foi et les activités d’évangélisation de
l’Église catholique en Polynésie.
Dame des Anges, originaires du Canada et
expulsées de Chine, viennent renforcer les
trois congrégations présentes depuis les
débuts : sœurs de St Joseph de Cluny (1844),
frères de Ploërmel (1860), pères des SacrésCœurs (1834). D’autres suivront : filles de la
Charité du Sacré-Cœur en 1972, Sœurs du
Bon Pasteur en 1967 (parties en 1985), sœurs
Clarisses en 1982, frères du Sacré-Cœur en
La vitalité dans la foi
Cette
vitalité
spirituelle et apostolique
s’enracine dans la diversification et le dévélop-
pement du personnel au service de l’Église., En
1950, déjà, des sœurs missionnaires de Notre-
Une communauté des
Sœurs de St-Joseph de
Cluny. Ces religieuses,
dont la Congrégation a
été fondée en 1906 par
Anne-Marie Javouhey,
"cherchent à faire ia
volonté de Dieu par
i'ouverture missionnaire
et la disponibilité aux
besoins concrets, aux
besoins des personnes
imprévus du
quotidien : catéchisme,
malades, paroisses,
écoles" (P. Hodée).
et aux
Monseigneur Paul Mazé.
Né en Bretagne en 1885,
ordonné prêtre à 25 ans,
Paul Mazé, qui a
prononcé ses vœux à la
congrégation des Sacrés-
Cœurs de Picpus, part
comme missionnaire
aux îles Cook où il
exerce son ministère
pendant 8 ans avant
d’être affecté aux
Tuamotu de l’Est qu’il
sillonnera
inlassablement pendant
20 ans. Nommé évêque
titulaire d’Ascalon et
vicaire apostolique de
Tahiti en 1938, il devient
archevêque de Papeete
1966, charge qu’il
en
transmettra à
Mgr Coppenrath en
1973. Il prend alors une
retraite bien méritée au
presbytère de Taravao
où il meurt à l’âge de
90 ans le 21 décembre
1976. Il laisse derrière
lui une œuvre immense.
Monseigneur Michel
Coppenrath lors des
cérémonies d-’ouverture
du IV® Festival des Arts
du Pacifique à Tahiti, le
29 juin 1985.
Mgr Michel, qui
appartient à une grande
famille “demie” de la
place, a fait des études
de droit et de lettres
avant d’être ordonné
prêtre à 30 ans en 1954.
Nommé vicaire général
Mgr Mazé en 1966,
il devient son coadjuteur
de
et administrateur
apostolique le 16 février
1968. Il est archevêque
de Papeete depuis le
24 juin 1973.
58
LES ÉGLISES MAJORITAIRES
1982, tous - sauf le Bon Pasteur - venant du
Canada. Ainsi l’accueil et l’épanouissement
daires un peu partout dans les quartiers.
fondation de la congrégation locale des filles
Tuamotu. Le
des vocations locales peuvent se développer :
de Jésus-Sauveur en 1962, ouverture de l’école
des katekita en 1970, de celle des diacres en
1976, de l’École théologique-grand séminaire
en
en
1983 après le foyer-séminaire Jean XXIII
1979. Les années 1977 pour les soeurs de
pour les frères des SacrésCœurs voient l’ouverture de leurs noviciats
Cluny et 1985
respectifs.
souligner un aspect bien
caractéristique de ce renouveau de la vie de
l’Église : la créativité musicale et liturgique. La
joie de la foi célébrée ensemble dans des
messes chantantes où l’on prend son temps est
bien connue comme une dimension spécifique
des communautés catholiques àTahiti et dans
les îles. Les nombreux groupes de prière
l’expriment dans leurs réunions hebdoma¬
Il convient de
Cela
remonte
aux
premiers mission¬
naires des Sacrés-Cœurs aux Gambier et aux
plus célèbre - dont le souvenir
toujours présent - est le père Albert
Montiton, missionnaire de 1852 à 1893 : sa
clarinette et son accordéon ainsi que sa belle
est
voix ont fait merveille à travers les atolls. Il
écrit le
premier recueil de chants religieux
tahitiens en 1855. Une seconde édition de 328
pages sera publiée en 1889.
La possibilité d’utiliser sans réticence les
langues locales dans la liturgie depuis le
concile Vatican II a libéré la créativité des
compositeurs locaux. La célèbre fanfare du
collège La Mennais des frères de Ploërmel,
disparue en 1966, a joué un rôle important
dans la formation de ces compositeurs.
Citons, parmi bien d’autres, les noms de
Lantereis, Bambridge, Ganivet, Toti
Leboucher, Dédé Nouveau, Coco Mamatui,
Richard Mai, Teipo vahiné, Maurice Frogier,
Médéric Bernardino.
De grands chanteurs
locaux n’hésitent pas à mettre leur talent pour
promouvoir le chant religieux. De nombreux
jeunes et groupes composent à leur tour des
refrains et mettent en mélodies l’expression de
leur foi en s’aidarrt d’orchestres modernes avec
guitare, batterie, etc.
Le père Ernest Amans, arrivé à Tahiti en
1966, a entrepris, en plus de la formation
patiente de nombreux jeunes et groupes, de
noter un
certain nombre de ces créations en
langue tahitienne. Aidé de Mélanie
Desroches, un répertoire noté et harmonisé
est publié en mai 1984 : "Mau himene no te
Pure Tutia".
Cette vie renouvelée exprimée de façon
communautaire selon le style traditionnel en
Polynésie, fondé sur les amuiraa, donne son
visage particulier à l’organisation de l’Église
catholique dans nos archipels.
La fanfare de l’École des
Frères. Les auditeurs de
l'O.R.T.F. des années
60-70 se souviennent
sans doute de l’indicatif
fort martial qui servait
de fond sonore à
l'annonce radio-diffusée
du Banquet annuel des
Anciens de l’École des
Frères.
Une procession aux
Gambier, premier fief de
l'Église catholique en
Polynésie. “La vitalité
^
dans la foi" dans les îles
ne va pas sans un
certain
faste des manifestations
religieuses.
Une Église moderne.
L'église Paulo Peata à
l'Église catholique ne
dédaigne pas le
modernisme surtout
Mahina. Contrairement
à l’Église évangélique
quand celui-ci a pour
certaine tradition en
matière architecturale,
Dieu.
qui reste attachée à une
fonction d'évoquer la
multitude du peuple de
59
VIVRE EN POLYNÉSIE
\
Implantation
Revault, commissaire territoriale aidée d’une
et organisation
tiers de la population, environ 60 000 fidèles
170 000 habitants. Elle est majoritaire
aux Gambier, Marquises et Tuamotu, impor¬
tante à Tahiti, principalement dans la zone
urbaine de Mahina à Paea, très minoritaire
ailleurs. Les 84 paroisses du diocèse de
Papeete sont desservies par 26 prêtres, aidés
par 8 diacres permanents et 22 katekita diocé¬
sains
institués
officiellement.
En
plus,
plusieurs centaines d’aides, catéchètes et ani¬
pour
de
apportent
mouvements
un
précieux aux nombreuses activités
du peuple chrétien, principalement au service
des paroisses, des jeunes et des familles. Il faut
souligner que de nombreuses paroisses,
spécialement aux Tuamotu, ne voient de
prêtre qu’une fois par an et qu’elles sont sous
la responsabilité, depuis l’origine, de ministres
concours
en
milieu
scolaire,
jeunes animés
par
environ 800
120 moniteurs sous la
regroupe
en
Polynésie française
et à Tahiti. Outre ses
NUKU Hivif
Gambier, des Tuamotu
UA POU
fiefs “historiques" des
de l'Est et des
ARCHIPEL DES MARQUISES
Marquises, l'Église
catholique est bien
implantée dans
l'archipel de la Société
considérablement
renforcé ses positions
des dernières
années. Dans la zone
urbaine de Tahiti,
notamment, grâce à
IanTêT
au cours
MATAI VA
l'immigration popa'a.
“
°
ê P d»
RAIATEA
TAWEg
de
MAKATEA
■’
•
HU/^IIÆ
/ NIAU7.
kaukura'’''^v'
ARUTUA
ANAA
RURUTU
RAIVAVAE
ARCHIPEL DES AUSTRALES
quartiers, des services pour l’entretien des
églises et des paroisses ; la Légion de Marie,
lancée en 1966 par sœur Saint-Fidèle de Faaa
et dont l’apostolat est orienté vers les familles
et les jeunes en difficultés de tous ordres ;
l’Association familiale catholique, instaurée
par le synode de 1970 et qui est à l’origine de
nombreuses activités au service des familles :
Utuafare pour la régulation des
naissances et le Conseil familial, S.O.S.Futures Mères, visites des familles, causeries
sur la sexualité,
préparation au mariage, liens
jeunesse,
il
existe
divers
mouvements, sans compter la participation
mouvements des adultes. En voici les
aux
principaux
regroupe
60
TI 7«
les autorités, etc. ; le Renouveau charis¬
la
: le Scoutisme, lancé en 1947,
actuellement autour de Léone
,
\
•
^
RAROIA
TAENG/?
•
„
MAKBMO
KATIU
\ rarAKA
\
\
FAA|TE
rIAROKAU
/7
FAKAWNA
"
%IANU
'
HAO
°
TAT/|*<Cj^O
^
V/fHlTAHI
PUKARUA
REAO
NUKUTAVAKE
RAVAHERE
^<4
TUBUAI
plus connus sont : le Rosaire Vivant, dont
Pour
\
TEMATANGI
pour les adultes, par divers mouvements. Les
enfin, les associations de parents d’élèves, les
conseils et comités paroissiaux, les groupes
d’enseignants chrétiens, les animateurs de
catéchèse, les groupes de chants, etc.
complètent cette vie associative bien déve¬
loppée au niveau des adultes.
»
,
PUKA PUKA
'
Ce “vouloir vivre ensemble” s’exprime,
matique, surtout développé depuis 1978, dont
leè groupes rassemblent autour de 2 000 parti¬
cipants réguliers chaque semaine, et dont
l’esprit marque fortement la vie de l’Église ;
NAPUKA
TAKAROA
HEREHERETUE
nombreuses activités, rencontres et services.
avec
TEPOTÔ
„
VAIRAATEA
à de
l’existence remonte aux débuts de la Mission,
et dont les groupes jouent un rôle majeur au
niveau de l’entraide familiale dans les
,
FAKARAVA'
ARCHIPEL DE LA SOCIÉTÉ
cadre
TAHUATA
ÀfWl»TAKAPOTO
9
!
M
MAR«ril^? TAKUME FANGATAU
TIKEHAU
tahXÂ
BORA BORA
paroissiale est fondée sur le partage
population si la
paroisse est petite, des quartiers si la paroisse
est populeuse, h’amuiraa, communauté de
sert
HIVA OA
évangélique, elle a
La vie
l’Église,
LM HUKA
FATU HIVA
communautaire de toute la
centre Pou
bureau
son
où, face à l'Église
MOOREA
Partage communautaire
dans
quartiers et les paroisses, et
Cartes de l'Implantation
de l'Église catholique
laïcs institués, les katekita.
base
manière souple compte aux alentours d’un
millier de jeunes de 12 à 25 ans dans les
Jeunes (M.E.J.), lancé en 1969 et surtout actif
l’Église catholique représente,
pour l’ensemble de la Polynésie - soit les deux
diocèses de Papeete et de Taiohae - plus du
mateurs
ciation du Monde des Jeunes (A.M.D.J.),
fondée par le synode en 1971, fédérée de
adolescents ; le Mouvement eucharistique des
de l’Eglise catholique
En 1985,
responsabilité du frère Alain Celton ; l’Asso¬
soixantaine de cadres, environ 400 enfants et
■■
T
'.'T spfcb;,:"
La prière à Fangatau "
(Tuarhotu). Dans les
petites paroisses
insulaires de 50 à 300
personnes, les katekita
dirigent la communauté
président la prière du
dimanche, dont le
catéchisme, conduisent
les funérailles, baptisent
en cas
d'urgence. Avant
1970, ils étaient formés
le tas par des
missionnaires ; depuis
ils suivent des sessions
annuelles de formation
d'une durée d'un mois
sur
Or.U
8
MORUROA
MARUTEA Sud
MANGAREVÂ
LES ÉGLISES MAJORITAIRES
sements sont aux Marquises, un à Raiatea et
Patricia Tiatia ; la
sportive et culturelle de France
(F.S.C.F.) lancée à Tahiti en 1981 par le frère
Francis Caillet dans le but de former et perfec¬
diocésain est présidé par
Tahiti, principalement en zone
urbaine (Papeete, Faaa, Pirae).
les autres à
Fédération
Dans la ligne du concile
tionner les cadres, animateurs et moniteurs
des divers mouvements, en a formé, en quatre
Si le diocèse de Tefenuaenata (îles Marquises,
avec 6 700 habitants), a une organisation
années, plus de 600 dans ses nombreux stages.
simple avec un évêque (Mgr Hervé Le
Cleac’h), un coadjuteur (Mgr Guy Chevalier)
et quatres prêtres (tous de la congrégation des
Sacrés-Cœurs), l’archidiocèse de Papeete se
compose de services plus complexes. Le
Conseil presbytéral rassemble les prêtres et les
diacres. Un Conseil pastoral de 28 membres
réunit les délégués des principaux secteurs
l’enseignement catholique,
petites écoles paroissiales
lancées par les premiers missionnaires dès
1839 et amplifié par les sœurs de Cluny et les
frères de Ploërmel, il regroupe, en 1985, 9 557
élèves (1 836 en pré-élémentaire, 4 218 en élé¬
mentaire, 2 523 en premier cycle, 980 en
second cycle) répartis en 361 classes dans 13
écoles et 7 lycées et collèges. Deux établis¬
Quant
à
enraciné dans les
d’activités. Le Conseil d’Administration de la
mission, issu du décret de Mandel du 16
janvier 1939, assure la gestion matérielle de
l’ensemble.
••
ARUE
••
MARINA
dispersé et vaste, les médias, même modestes,
ont un rôle majeur de lien et d’information.
Les deux journaux diocésains fondés en 1909le bi-mensuel français Semeur tahitien ; le
mensuel tahitien Ve’a Katorika - tirent chacun
1 800 exemplaires. Le Centre
Jaussen s’est ouvert pour les
émissions religieuses radiophoniques en 1961
et télévisées en 1967, émissions diffusées dans
le cadre du “Jour du Seigneur” par le service
public d’État R.F.O.
Finalement, l’organisation de l’Église,
selon la ligne du concile Vatican II et dans le
contexte très évolutif du Pacifique Sud actuel,
,
FAAA
V
interdiocésain
de
de
Tepano
PAPENOO
A
Comité
l’ensemble
progresse.
Il est évident que, dans un diocèse aussi
autour
PIRAE
Un
l’enseignement
catholique. Un Conseil de consulteurs sert de
Conseil permanent de l’archevêque. Il eh est
de même pour le secteur important des
vocations, de la pastorale familiale, des
mouvements de jeunesse, des mouvements
spirituels. Ainsi la participation des fidèles
coordonne
TIAREI
*
MAHAENA
PAPEETE
HITIAA
PUNAAUIA
est
•
••
•
FAAONE
PAEA •
au
service de l’inculcation véritable et
profonde de l’Évangile dans le peuple de Dieu
vivant dans les archipels polynésiens pour
qu’il se prenne en main et suscite tous les
ministres et serviteurs dont il a besoin pour
•
développement au sein de la communion
catholique selon le “Lève-toi et marche”
évangélique.
son
TARAVAO,
PAPARA
MATAI EA
•
AFAAHITI
PAPEARI
*
•
•
PUEU
TOAHOTU
VAIRAO
TAUTIRA
•
FENUA AIHERE
*
TAIARAPU
•
TEAHUPOO
•
En bas :
Le collège Anne-Marie
Javouhey. Ancienne
"école publique des
filles de Papeete" fondée
en 1857 par les Sœurs
de St-Josepfi de Cluny
grâce à la "bienveillance
de la reine Pômare IV", le
collège accueille
aujourd’hui 977 élèves
dont 333 dans
renseignement
technique (38 classes
et 64 professeurs en
tout).
Ci-dessous :
Le Pou Utuafare. Dans
ce centre au service des
familles, les femmes
chrétiennes peuvent
apprendre à espacer les
maternités en maîtrisant
leur sexualité. La
méthode Billings
d'abstinence périodique
leurévite d'avoirrecours
à la contraception
artificielle (pilule,
stérilet...) qui n’a pas les
faveurs de l'Église.
61
VIVRE EN POLYNÉSIE
Défis actuels et
présence au monde
L’Eglise
doit
réaliser
dans
l’unité
des
sa
mission
de
témoignage de l’Évangile et de “rassemble¬
ment
enfants
Dieu
de
dispersés” dans le monde de ce temps. Vivre
à Tahiti aujourd’hui, c’est faire face à la
mutation globale et profonde d’une société
traditionnelle, à un monde moderne de
gestion responsable dans un Pacifique Sud
secoué par une “crise des nationalités” qui
atteint toutes les îles. Les archipels franco¬
phones sont actuellement au centre du défi
politique qui tourne autour des débats sur
l’indépendance. Si désormais l’intégration
départementale pure et simple ne trouve que
peu d’échos, les débats sont vifs entre les
tenants d’une autonomie interne la plus
poussée possible et les partisans d’une
indépendance, associée ou non à la France.
Les
interférences de
la
situation
néocalédonienne sont de plus en plus profondes et
évidentes.
avec
L’Église doit remplir sa mission
11 ne lui appartient pas
place des populations régu¬
tous et pour tous.
de choisir à la
lièrement consultées. C’est aux électeurs de
décider ou non de l’indépendance politique à
l’égard de laquelle l’Église, comme telle, n’a
d’objections. N’est-elle pas elle-même
reconnue
comme
responsable et majeure
depuis 1966 ? Ici comme ailleurs, elle se doit de
rappeler “à temps et contre-temps” que
l’homme est sa route, que le respect de la
dignité et de la vie de chaque personne
humaine a plus de valeur que tous les
programmes politiques.
pas
Solidarité océanienne.
Une conférence
épiscopale du Pacifique
s’est tenue à Papeete
en 1971. Sur cette photo,
outre Mgr Mazé, au
premier rang, on peut
reconnaître, au 2' rang
Le jour des Morts à
Hakahau (Ua Pou). Dans
les îles catholiques
L’engagement
Promotion
Droits
des
de
l’Homme,
témoignage des valeurs de justice, de vérité, de
liberté, de paix selon l’Évangile, volonté d’être
espace de dialogue et lieu de rassemblement
pour
tous sans exclusive ni différence,
engagement constant pour la conversion des
esprits et des cœurs guident son action.
L’Église catholique reprend volontiers à son
compte ces expressions célèbres : “Aime et fais
ce que tu veux” (St Augustin), “La
gloire de
Dieu c’est l’homme vivant et la vie
hommes c’est de voir Dieu” (St Irénée).
des
Spécialement à l’occasion du jubilé des
ans de l’arrivée des
premiers mission¬
naires, l’Église s’est engagée résolument dans
150
la
réflexion
sur
la
transformation
socio¬
économique du Territoire. Appuyée sur les
études des organismes officiels de statis¬
tiques, elle dénonce les inégalités excessives
d’une société de consommation artificielle et
trop assistée, les injustices graves qui mettent
en
péril la grande valeur de la vie polyné¬
sienne : la convivialité paisible et harmonieuse
dans
plus en plus brassé et
plans. Élle propose un
partage solidaire plus équilibré.
Dans cette optique, à la fois culturelle,
sociale et évangélique, il est facile de
comprendre l’importance attachée à
l’épanouissement de tous les aspects de la vie
communautaire : animation dynamique des
un
métissé
62
monde de
sur
tous les
à droite Mgr Le Cieac’h
qui était encore il y a peu
évêque titulaire des
Marquises et derrière lui,
au 3' rang, Mgr Michel
Coppenrath qui était
alors coadjuteur de
Mgr Mazé (voir p. 58).
comme
A gauche :
La visite de Jean-Paul II
à Auckland en novembre
1986 a permis à 300
catholiques poiynésiens
d'approcher ie pape.
dans les îles
protestantes, la
pérennité de l'influence
ecclésiale passe bien
entendu par
l’encadrement des
enfants au niveau de
l'école.
LES
messes
rassemblent
soutien
développement des
jeunes et d’adultes qui
personnes à tous niveaux,
dominicales,
de
mouvements
les
actif
à
la
créativité
musicale
et
artistique si importante pour créer une âme
commune.
L’Église, malgré sa modestie en nombre
et personnel, s’efforce de faire
face aux graves
guerre et de paix du monde
actuel dont le défi atomique et la dissuasion
questions de
expérimentée à Moruroa
constituent un des aspects les plus complexes
et inquiétants. Sur un fond de condamnation
radicale de l’usage anti-cités des bombes
nucléaires, sa position est plus nuancée sur
l’expérimentation dans des conditions de
nucléaire
sécurité, de maîtrise et de contrôle à respecter
de façon drastique. L’expérience montre qu’il
n’y a pas que des retombées négatives de la
physique
nucléaire
(médecine,
connaissance de la nature...).
énergie,
Mais, en même
temps, elle comprend bien l’allergie viscérale
des populations du Pacifique à ces réalités, le
Japon en ayant été victime en 1945, diverses
régions ayant servi et servant de lieux d’expé¬
rimentation, certaines fosses étant envisagées
comme
décharges atomiques et les navires
étant nombreux à sillonner le
nucléaires
Grand Océan.
D’une voix commune
monde de ce temps demande
deux petits diocèses de la Polynésie d’être
La présence au
aux
en
liens de solidarité
l’Église universelle.
Dans
avec
le
Pacifique et
l’Océanie, les deux Églises locales
1968 de la Conférence des
évêques du Pacifique (la C.E.PAC.) qui
regroupe en 1985 la totalité des diocèses îliens
du Pacifique de Guam aux Marquises, soit 14
diocèses répartis sur 10 000 km de long et
5 000 km de large. Les évêques se retrouvent
font partie depuis
en
Assemblée annuelle successivement dans
chaque diocèse... si possible, les transports
aériens n’étant pas aisés ! La principale réali¬
sation de la C.E.PAC. est le Grand Séminaire
régional commun à tous les diocèses et sis à
Suva (îles Fidji). Il réunit, en 1985, 122 grands
séminaristes. De plus la C.E.PAC. est partie
constitutive, depuis 1976, de la Pacific Confé¬
rence
of Churches (P.C.C.) qui regroupe
toutes
les
confessions
chrétiennes
du
ÉGLISES MAJORITAIRES
Pacifique dans un partage œcuménique en
progrès.
A l’occasion de la visite du pape Paul VI
en
Australie en 1970, tous les évêques
d’Océanie se sont retrouvés à Sydney. Depuis,
tous les trois ou quatre ans, les quatre confé¬
rences épiscopales d’Australie, de NouvelleZélande, de Papouasie-Nouvelle-Guinée Salomon et la C.E.PAC. ont un symposium
commun.
melle
a
En mai 1985, cette rencontre infor¬
été institutionalisée dans
un
but de
partenariat plus efficace et de concertation sur
les situations nouvelles affectant une région
Pacifique de plus en plus au centre du monde
contemporain. A l’occasion, tous les diocèses
d’Océanie
pourront
parler d’une voix
commune sur les grandes questions d’actualité
concernant
l’Océanie.
par la Délégation
apostolique de Wellington, chaque diocèse de
Bien
évidemment,
la C.E.PAC. - et la Conférence comme telle -
sont en
communion avec le centre de l’unité
catholique, l’évêque de Rome le Pape JeanPaul
IL Celui-ci a entrepris une visite
apostolique en Océanie en novembre
1986.
Deux époques, deux
styles. Construite en
1875, la cathédrale
Notre-Dame (à gauche)
est une vieille dame plus
que centenaire qui a
subi les outrages du
temps. La commune de
Papeete qui est
propriétaire de i'éditice
effectue en 1987 sa
rénovation en
reconstruisant le
clocher et en refaisant
la toiture.
De nouveaux vitraux
seront installés.
L'Église St-Etienne de
Punaauia (ci-dessous)
livrée en revanche
à la pioche des
démolisseurs. Elle a fait
a été
place à un édifice d’une
architecture audacieuse
qui a été inauguré en
1986.
63
VIVRE EN POLYNÉSIE
L’Église évangélique
Polynésie
des origines
à nos jours
en
A la demande des protestants, l’Assemblée
locale prie en 1860 le gouvernement d’envoyer
1813-1852 : la Société
des Missions de Londres (L.M.S.)
une quinzaine d’années de grandes
difficultés et de douloureuses épreuves pour
Après
missionnaires protestants anglais de la
Société des Missions de Londres (London
les
Society)
arrivés
en
1797, le
message évangélique est accepté et se propage
partir de Papetoai dans l’île de
est installé le premier centre
d’enseignement. La langue tahitienne rnise par
écrit par les missionnaires et les nombreux
livres en tahitien imprimés sur place depuis
1818 permettent une diffusion rapide des
écrits bibliques que toutes les îles réclament.
Des centres paroissiaux très actifs et des
postes d’évangélisation naissent dans
beaucoup d’îles dès 1818 : une vingtaine dans
les îles de la Société, aux îles Australes dès
1820, dans les îles Tuamotu, aux Gambier et
même aux Marquises où le poste de Vaitahu
dès
1813 à
Moorea
où
dans l’île de Tahuata a été ouvert dès 1797.
Dans cette première période, de nombreux
évangélistes polynésiens répandent le message
évangélique vers les îles Cook, les îles Tonga,
les Samoa, etc.
1842-1880 : le Protectorat
de la France
Les
missionnaires
anglais écartés de leurs
activités se retirent, les paroisses protestantes
passant alors sous l’autorité administrative du
Protectorat
(lois de 1851 et de 1852). Un
concordat autoritaire organise dorénavant les
paroisses indépendamment les unes des autres
les place dans les mains du pouvoir
politique. Les pasteurs nommés officiellement
et
deviennent des fonctionnaires du Protectorat.
Malgré sa dépendance du pouvoir, le peuple
polynésien, en très grande majorité protes¬
tant, conserve avec sa langue, son unité et son
propre. Pourtant l’Église protes¬
tante, sans organisme interne de liaison, sans
caractère
rapport avec les autres communautés du
Pacifique, repliée sur elle-même et marginaLe temple octogonal de
Papetoai à Moorea.
L'ancienne Eimeo a été
le premier fief solide de
l'Église évangélique en
Polynésie. Ce temple,
“fondé” en 1822 sur
64
méthodes administratives européennes.
1880-1945 : la période coloniale
L’implantation du protestantisme en
Polynésie est un fait majeur dans le Pacifique.
Bien enraciné depuis le siècle dernier, il s’y est
fermement maintenu malgré des situations
délicates et se perpétue aujourd’hui en Poly¬
nésie française grâce à une importante
communauté qui suit l’évolution démogra¬
phique du Territoire.
On peut discerner quatre périodes nette¬
ment distinctes depuis ses origines.
Missionary
Usée, connaît un grand désarroi devant les
l'emplacement même du
de Papetoai et
inauguré en 1827, est
“le plus ancien
marae
monument chrétien
existant... dans les îles
du Pacifique Sud”.
à Tahiti des pasteurs français. Le premier
arrive en 1863 ; en 1870, ils sont quatre. Dès
1873, ils réussissent à donner aux églises
protestantes une unité officieusement admise.
Le gouvernement français établira par un
décret en 1884 un statut officiel et gardera une
surveillance active de l’Église protestante. Un
sensible se manifeste pourtant
dans les îles de la Société et des Australes
De 1945 à aujourd’hui :
l’Église évangélique autonome
de Polynésie française
A la suite des guerres
de 1914-1918 et de
1939-1945, un mouvement d’émancipation se
produit dans le pays, appelé encore E.F.O.
puis Territoire à partir de 1947. Les pasteurs
et leurs collègues tahitiens ont
précédé ce mouvement en se préparant dès
1945 à une progression de l’Église vers son
autonomie ecclésiastique. Entre les années
1950 et 1963, une émulation de bon aloi règne
français
dans les différentes commissions de l’Église, et
les charges et les attributions de
responsabilité passent toutes aux Polynésiens.
renouveau
bientôt
aux centres paroissiaux, sous' la
conduite des pasteurs français de la Société
dans le Territoire. 11 se remarque particuliè¬
grâce
des
Missions
(S.M.E.P.). En
évangéliques de Paris
1927, toutes les paroisses
protestantes de l’Océanie française sont unies
par un nouveau décret et l’Église devient un
foyer de rayonnement et d’approfondissement
dans un esprit proprement polynésien. On
compte alors une quarantaine de pasteurs et
plus de 300 diacres ou “anciens”. Une activité
importante se développe sur le plan scolaire et
une meilleure ouverture au monde se fait jour,
malgré le repliement sur elle-même de cette
communauté insulaire si loin de l’Europe.
Un vent de
renouveau se
lève aussi partout
écoles que soutient l’Église.
On passe en peu d’années du niveau primaire
rement dans les
au
niveau des classes terminales avec bacca¬
lauréat.
œuvres
Ce
mouvement
déborde dans les
sociales et de jeunesse
animées par
l’Église. Enfin, le 1er septembre 1963, dans le
temple de Paofai à Papeete, en présence de
plusieurs milliers de personnes, Marc
Boegner, pasteur de renommée mondiale, au
nom de la Société des Missions évangéliques
de Paris, lit devant le gouverneur Grimald la
déclaration de l’autonomie de l’Église évan-
LES ÉGLISES MAJORITAIRES
géliquede Polynésie française. Depuis ce jour,
l’Église protestante se dirige elle-même dans
la mouvance de l’Église chrétienne univer¬
nuité et de fidélité à leurs origines. D’après les
estimations de l’Église en
1985, on dénombre
Foyer de la Jeune Fille, accueil¬
pensionnaires, et abrite aussi un
dès 1971 le
20
lant
L’Église
oecuménique des
Polynésie française
ayant reçu le
baptême dans l’Église évangélique. Les
membres
directement
responsables sont
environ 25 000, auxquels il convient d’ajouter
la jeunesse paroissiale et les enfants des Écoles
consolide des liens fraternels avec vingt-cinq
aujourd’hui 27 paroisses dans l’île de Tahiti,
26 aux îles Sous-le-Vent, 6 à Moorea-Maiao,
tendre à un centralisme uniforme. Sur le plan
gélisation) en 1971. Le pasteur Samuel
Raapoto anime d’une façon remarquable les
treize premières années de cette “jeune
communauté” et la marque d’une forte
empreinte spirituelle et polynésienne.
dans les archipels lointains.
par son soutien au Foyer de Jeunes en danger
selle. Elle trouve dans la Bible éclairée par
l’esprit des apôtres et des prophètes et résumée
dans les premiers symboles chrétiens, sa ligne
de conduite. Elle devient membre du Conseil
Églises en 1963, puis du
Conseil des Églises du Pacifique en 1966. Elle
Églises de la C.E.V.A.A. (Association frater¬
nelle d’Églises pour le Partage et l’Évan¬
Dans toutes les agglomérations ou districts de
Tahiti, des îles de la Société et des Australes,
des
groupes rattachés à ces centres. Aux îles
Tuamotu, Marquises et Gambier, où la
population protestante est minoritaire, on
trouve pourtant une dizaine de paroisses.
Toutes
des
ces
paroissiaux
ou
communautés ont survécu à la
politique et économique et
aujourd’hui un exemple de conti¬
colonisation
donnent
centres
l’ensemble
environ
du
90
000
Dimanche,
de
la
personnes
très
nombreux.
11
y
a
10 aux îles Australes et une dizaine d’autres
Il faut y ajouter,
depuis 1955, l’importante paroisse tahitienne
de
Nouvelle-Calédonie, dont le centre est à
restaurant-cafétéria,
sans
alcool.
anime aussi d’importantes écoles primaires et
secondaires à Papeete et à Raiatea (Uturoa),
2 000 jeunes en tout. Ces
écoles n’ont pas la prétention de remplacer les
concernant plus de
écoles
publiques,
tradition
de
mais
libéralisme
perpétuent
et
une
d’ouverture
nécessaire dans un monde insulaire pouvant
social, l’Église montre également son intérêt
moral, installé sur une terre lui appartenant
dans les hauteurs
proches de Papeete. Par
Nouméa et qui a compté jusqu’à 5 000 parois¬
ailleurs, un centre de réinsertion sociale vient
Nouvelles-Hébrides (Vanuatu).
acquise à cet effet.
siens, répartis sur la Grande Terre et aux
Pour
L’implantation actuelle
existent
dans
entourer
ses
fidèles,
l’Église
évangélique compte une cinquantaine de
pasteurs en activité, aidés dans leur tâche par
plusieurs centaines de diacres, fermes soutiens
de la base, maintenant activement une
tradition originale. On connaît l’attachement
du peuple protestant pour ses lieux de culte,
soigneusement entretenus ou renouvelés. Au
nombre de 77, les plus anciens datant de 1850,
ils ont remplacé depuis longtemps les cons¬
tructions en style local, et sont entourés de
maisons paroissiales (130 en tout) pour les
rencontres hebdomadaires. On peut y ajouter
encore une trentaine de maisons de jeunesse
ainsi que les habitations des pasteurs sur des
terrains appartenant aux paroisses, doublés
parfois de terrains de culture dans les districts
ruraux.
Les services et les bureaux de
d’être installé dans l’île de Tahaa sur une terre
L'inauguration du
temple Zlona à Tahaa.
Entièrement construit
moins de deux ans
en
par les fidèles,
■
il a été
^ inauguré Ie21 décembre
r^ 1986. Sur ce cliché,
outre le président
Marurai, on reconnaît
les deux députés
Edouard Fritch et
Alexandre Léontieff.
l’Église
ainsi que le centre de documentation et la
librairie occupent depuis 1970 un grand
bâtiment à quatre étages sur le front de mer,
construit sur l’ancienne terre de la mission à
Papeete. La partie nord de ce bâtiment a reçu
Ci-dessous :
arrondissement la même
Vers l’autonomie.
MM. Koringo a Poo,
nommé vice-président
du Conseil supérieur de
année, appartiennent à
1953, et Tapao, élu
co-président du
réservées aux
missionnaires
une
génération de
pasteurs exerçant des
l'Église évangélique en
responsabilités qui
étaient jusqu'alors
troisième
européens.
65
VIVRE EN POLYNÉSIE
L’organisation de
l’Église évangélique
L’organisation actuelle de l’Église évan¬
gélique de Polynésie française ne fait que
perpétuer le mode d’existence du peuple
protestant du siècle dernier qui se fondait sur
un
système social proprement polynésien.
Sans doute cette organisation s’est démocra¬
tisée au cours des années et se rapproche très
sensiblement de celles des premières
formations chrétiennes en gestation dès la fin
premier siècle de notre ère. Un intime
mariage entre ces deux sources a donné à la
communauté protestante, et on peut dire au
Territoire lui-même, un visage original qui
sied parfaitement au monde polynésien,
du
même si à la fin de ce siècle il a tendance à
glisser peu à peu vers un modèle plus occi¬
dental.
Premières communautés
Lorsque la première implantation évan¬
gélique s’est consolidée au début du XIX'
siècle, les populations étaient fixées depuis des
générations dans des lieux géographiques
précis et reconnus. Tenu sous l’autorité de
chefs hiérarchiques, chaque groupe formait
une cellule de vie particulière, développant en
son sein une solide cohésion ainsi que des liens
remarquables d’entraide entre ses membres.
Au moment où les archipels polynésiens
acceptèrent le message évangélique, elles ne
changèrent pas leur organisation originale et
chaque groupe local devint une base de la
de
l’Église protestante. 11 fut accepté défi¬
nitivement par le Conseil supérieur de l’Église
1963, et mis à l’œuvre dès cette année-là.
Alors que les statuts précédents (1884 et 1927)
L’Église instruit ses fidèles et veille sur son
peuple
dans
difficiles qu’il
les questions
en
rencontre.
étaient en réalité des concordats soumettant
La paroisse, base du peuple
de l’Église
l’Église protestante polynésienne à l’autorité
gouvernementale, la nouvelle Constitution de
1963, agréée par l’administration, la conduit
en
toute
indépendance comme toute
association
reconnue.
Les
missionnaires
européens se sont définitivement retirés et la
direction de cette “société protestante’’ repose
uniquement entre les mains des membres de
l’Église protestante du Territoire polynésien
sur
un
mode
démocratique. L’autorité
ecclésiastique est redevable à la seule, église
locale qui, de ce fait, devient “ecclésias¬
tiquement autonome”.
La Constitution de l’Église évangélique
Polynésie française émane directement de
la communauté chrétienne protestante. Elle
de
son
existence et la marche qu’elle
entreprend en toute indépendance, mais dans
la fidélité à l’esprit de ses pères. L’Église
reconnaît en effet qu’elle doit son existence à
l’Évangile accepté dès le début du XIX' siècle.
Son objet est de se soumettre à cette Parole et
de la propager. Elle s’appuie pour cela sur le
message chrétien connu dans la Bible et
résumé dans les symboles de l’Église ancienne
définit
et
les
confessions
de
foi
de
la
Réforme.
Le
peuple de l’Église, rassemblé dans les
paroissiales, comprend toutes
communautés
les familles et individus protestants ayant reçu
le baptême. La paroisse (paroita) est une
communauté locale conduite par un pasteur et
dirigée par un conseil de “diacres” (diakono).
La paroisse est formée elle-même de plusieurs
groupes (amuiraa) dirigés par un diacre
(ancien). Toutes les paroisses sont unies dans
le sein de l’Église et de ses conseils, et parti¬
cipent à la vie de l’ensemble. Le centre parois¬
sial comporte un lieu principal, le temple (fare
pure) où ont lieu les célébrations et actes du
culte (Sainte-Cène, baptêmes, etc.), ainsi
qu’une maison de paroisse (fare paroita), lieu
de rassemblement. Chaque groupe prépare sa
participation aux cérémonies dans sa maison
de groupe (fare amuiraa). En dehors des
dimanches, les membres responsables (mero
ekalesia) sont convoqués chaque mois à
l’assemblée de paroisse où sont données les
décisions
service
du
de
(Faraire).
Conseil et où
se
déroule
un
préparation à la Sainte-Cène
Page de droite :
Le temple de Paofai.
Inauguré “avec un grand
concours de peuple” le
communauté chrétienne naissante animée par
8 août 1981,
"Siloama Api”, qui est
édifié en lieu et place
de Siloama construit
un
sous
instructeur formé dans les centres évangé¬
liques. Plusieurs groupes voisins les uns des
autres furent associés dans une entité parois¬
au centre du district, conduite par un
missionnaire européen ou un pasteur polyné¬
sien et soutenue par le chef du lieu. Des liens
nombreux se manifestèrent entre les paroisses
siale
d’une même île ou d’un même archipel grâce
fréquentes manifestations d’ensemble et
permirent une réelle unification sociale aussi
bien qu’ecclésiastique.
Jusqu’au milieu du XX' siècle, on peut
dire que s’exerça profondément dans la com¬
munauté protestante l’influence spirituelle des
missions protestantes, anglaise jusqu’en 1850,
puis française à partir de 1863 et jusqu’en
1963. En même temps qu’elles eurent la
responsabilité de la direction spirituelle de
l’Église dans son ensemble, ces missions
apportèrent un dynamisme évangélique et un
regain d’espérance pour le peuple polynésien,
malgré les statuts imposés par
l’administration française.
Après la Seconde Guerre mondiale, une
évolution profonde se fit sentir dans les
colonies et territoires français. Une nouvelle
constitution de l’Église, libérant le peuple
protestant de toute tutelle missionnaire et
gouvernementale, était devenue nécessaire.
Son étude fut entreprise dans une collabo¬
ration fraternelle entre responsables poly¬
nésiens et européens dès les années 50. Un
projet soigneusement étudié fut soumis à
l’approbation de tous les conseils et paroisses
aux
i'égide du pasteur
Frédéric Vernier en
1906, occupe un iieu
chargé d'histoire
puisque le pasteur
Crook s'y établit en
1817 grâce à une
donation des Pômare.
L'Église n'en devra pas
moins racheter la terre
de Paofai aux
descendants de ia
famille royale.
L’École du Dimanche et
le culte à Rurutu
(Australes). Dans les
îles où l’Église
évangélique encadre la
population, la vie
dominicale est rythmée
par les manifestations
religieuses : l’Écolë du
Dimanche (haapiraa
sabati) où pendant
longtemps les enfants
ont appris à lire et à
écrire dans leur langue
tout en étant initiés à la
parole biblique ; les trois
services religieux de
7 heures (pureraa
poi poi), de 10 heures
(pureraa avatea) et de
15 heures (pureraa
ahiahi) ; le tuaroi de la
soirée enfin qui se tient
dans le fare paroita et est
consacré à des
commentaires bibliques
communautaires
entrecoupés de chants
et de tarava.
LES ÉGLISES MAJORITAIRES
La paroisse choisit par élection ses
diacres qui doivent être admis par les conseils
de l’Église. Une vie active se développe dans le
paroisse : rencontres diverses,
de jeunes (Ui Api), enseignement,
cadre de la
groupes
fêtes, etc.
L’Église dans son ensemble compte huit
(tuhaa ou “régions”),
correspondant aux divisions géographiques
du Territoire. Les deux premiers, côte est et
côte ouest de Tahiti, regroupent respective¬
ment 13 et 9 paroisses. Le septième est celui de
“arrondissements”
Le temple de Taunoa en
construction.
L'Église
évangélique bâtit
beaucoup et voit grand.
"Avec 45 m de long,
18 m de large et un
clocher de 27 m de haut,
le temple de Taunoa
peut se vanter d'être le
plus grand de toute la
Polynésie française"
(La Dépêche du 11 mars
1986). Les travaux
nécessaires à sa
construction sont
exécutés par les
membres de la paroisse
de Taunoa.
Papeete auquel on a adjoint l’île de Makatea
(5 paroisses). Les îles de Moorea et Maiao
(6 paroisses), les îles Sous-le-Vent (26 pa¬
roisses) et l’archipel des Australes (10 pa¬
roisses) forment les troisième, quatrième et
cinquième arrondissements. Quant aux autres
archipels, Marquises et Tuamotu-Gambier (9
paroisses), ils constituent les sixième et
huitième
arrondissements. Enfin, un
neuvième arrondissement est extérieur à la
Polynésie : il concerne les Tahitiens protes¬
ayant émigré en Nouvelle-Calédonie et
tants
Nouvelles-Hébrides (Vanuatu), formant
paroisse et six groupes, avec 5 000 parois¬
siens. Un conseil (Apooraa Tuhaa), composé
des pasteurs et de deux membres par paroisse
qui se réunissent quatre fois par an, est à la tête
de chaque arrondissement.
Tous ces arrondissements délèguent des
responsables au Conseil supérieur (Apooraa
Rahi) qui est l’Assemblée générale de l’Église
évangélique et son autorité dernière. Le
Conseil supérieur fixe la Constitution, la
discipline, la liturgie, les règlements. Il
comprend une quarantaine de membres élus
pour quatre ans. Son président, élu par
l’Assemblée, est aussi appelé le président de
aux
une
l’Église.
Les affaires courantes sont expédiées par
un
Comité
permanent
(Tomite
Tamau),
nommé par le Conseil supérieur, et qui se
réunit sur convocation du président. Des
commissions diverses sont aussi nommées
pour conduire les principales
l’ensemble : le collège pastoral,
l’information,
diaconat, etc.
la jeunesse,
activités de
les finances,
les écoles, le
L’Église évangélique a regroupé tous les
services et bureaux dans un grand bâtiment du
front de mer, contigu au Foyer de la Jeune
Fille et proche du temple principal de Papeete,
au
lieu dit Paofai.
67
VIVRE EN POLYNÉSIE
L’Église évangélique
avec
dans la société
Rappelons ici quelles sont, d’après la
Constitution nouvelle de 1963, la base de la foi
de l’Église et le fonctionnement de ses rouages.
L’article 1er précise : “L’Église évangélique de
Polynésie française est chargée d’annoncer la
bonne nouvelle du salut par le moyen de la foi
Jésus-Christ et de rendre témoignage du
Royaume de Dieu jusqu’à ce qu’il vienne...’’.
Élle devient ainsi un foyer de partage et de
en
convivialité où doivent
se
manifester vérité,
justice et amour fraternel non seulement dans
son sein mais dans la société toute entière.
tend à devenir en cela
nouveau
Des
un
une
instruction normale une éducation
libérale en mettant l’accent davantage sur la
personnalité et la responsabilité des élèves.
Les écoles Viénot furent longtemps un
modèle dans le Territoire, tant par l’origi¬
nalité de leurs méthodes pédagogiques que
par la qualité des résultats obtenus qui ont été
appréciés par les autorités gouvernementales.
De nombreux maîtres et maîtresses des écoles
publiques sont sortis de ces écoles. Les écoles
actuelles ainsi que le collège Pômare IV qui
prépare les classes terminales depuis 1964 ont
rendu de grands services aux élèves polyné¬
siens les moins favorisés, et ce malgré les dif¬
ficultés d’adaptation aux programmes métro¬
politains.
Élle
signe d’un temps
dans une société livrée à elle-même.
commissions
se
répartissent
les
branches d’activités et donnent à l’ensemble
de la collectivité ecclésiale des directives pour
des buts particuliers ou généraux : jeunesse,
information, réflexion théologique, collège
pastoral, écoles protestantes, finances, etc. Un
esprit démocratique tend à s’installer dans
tous les domaines de son action. Une grande
liberté est donnée à chaque membre dans le
cadre de ses activités ; ainsi une vie normale
doit
régner
constamment
dans
la
communauté et se répandre dans la société en
général dont elle ne se sépare pas.
Instruire et aider
L’Église, en tant que communauté vivante, est
donc
“présente
au
monde”. Par ses écoles
d’abord, qui ont existé à partir de 1864, bien
que l’instruction publique ne soit
établie. Dès la laïcisation, il n’y eut plus guère
d’extension et de création d’écoles protes¬
avant
tantes, celles-ci faisant
neutralité
religieuse de
confiance
l’État.
en
la
L’Église
protestante s’est donc bornée, dans quelques
“écoles témoins” ouvertes à tous, à donner
En haut :
“Présence protestante”.
Les émissions
Inauguré en mars 1963
les hauteurs de
Sainte-Amélie à
religieuses télévisées
sur
(les Églises minoritaires
l’emplacement de
des Égiises majoritaires
n’ont droit qu’à la radio)
sont diffusées à une
heure de grande écoute
(voir p. 63). Un régime
de faveur tenant aux
spécificités locales dont
ne bénéficient pas les
téléspectateurs d’une
Métropole qui, il est vrai,
est beaucoup plus
déchristianisée que la
Polynésie.
Le temple Zlona à Faaha
(Tahaa) a été inauguré
en 1986 par les plus
hautes autorités
religieuses de l’Église
évangélique en
présence des présidents
de gouvernement et de
l’Assemblée territoriale,
de plusieurs ministres et
des députés. Le
financement de sa
construction
(41 millions) aété assuré
pour plus de la moitié
par les fidèles.
68
Ci-dessus :
Le centre de Morla.
l’ancienne école
pastorale, ce centre
éducatif agréé par le
Territoire a pour
vocation d’accueillir des
mineurs répondant aux
catégories suivantes :
“délinquants,
vagabonds, victimes de
mauvais traitements, de
parents déchus du droit
de garde ou faisant
l’objet de mesures
d’assistance éducative’’.
Avec le concours du
Service de l’Économie
rurale, les pensionnaires
ont notamment mis en
valeur le “vaste terrain
de Moria” qui appartient
à l’Égiise évangélique.
LES ÉGLISES MAJORITAIRES
cmmmNmNDfmmimri
PAROISA SILOAMA
NlUNIU 204.22
ARUE MARINA
PAPEETE
PAPENOO
PIRAE
FAREOROMETUÀ
’pjs.esB&Tètis
TIAREI
MAHAENA
FAAA
HITIAA
PUNAAUIA
■
FAAONE
PAEA
■
TARAVAO
PAPARA
MATAIEA
AFAAHITI
PAPEARI
TAUTIRA
.
PUEU
TOAHOTU
■
VAIRAO
TAIARAPU
TEAFIUPOO
NUKU
RIVA
•m
UA POU
.
RIVA OA
^
ARCHIPEL DES MARQUISES
La paroisse de Paofai.
En 1981, lors de
l'inauguration de
"Siloama Api"
(voir p. 67), la paroisse
de Paofai comptait
“5 à 6 000 paroissiens
répartis en sept groupes
ou amuiraa, un conseil
de 21 diacres ou
anciens, 650 membres
d'ÉglIse et environ
800 enfants dans les
Écoles du dimanche”.
TARAA|
MAUPITI-
4
O
O
hUARINE
0
O
g ■■■
P ■■■■
t
ÿORA BORAS É
O
^
°
O
CS
ARCHIPEL DE LA SOCIÉTÉ
O
Cartes de l'implantation
de l’Église évangélique
en
Polynésie française
et à Tahiti.
L’Église
RIMATARA
■*
■
V
RURUTU
*■
TUBUAI
RAIVAVAE
évangélique occupe une
position dominante
partout où elle est
arrivée la première, sauf
Tuamotu où elle a
été supplantée au
XIX” siècle par les S.D.J.
de rutah et les sanitos,
dans le centre et dans
l'ouest de l'archipel.
A Tahiti, où sont
rassemblés la majeure
O
MORUROA
0,0O
O
%
MANGAREVA
aux
partie des popa'a et des
demis, elle est fortement
concurrencée par
l'Église catholique.
.
ARCHIPEL DES AUSTRALES
□
RAPA
O
69
POLYNÉSIE
VIVRE EN
présence de
La
dans
œuvres
scouts
l’Église apparaît aussi
jeunesse et ses
premières troupes de
de
mouvements
ses
sociales. Les
unionistes sont créées dès les années
1935 à Papeete et aux îles Sous-le-Vent. A la
fin des années 50, naissent les groupes de Ui
Api qui sont toujours la formation dejeunesse
la plus nombreuse du Territoire. Les Ui Api se
proposent de conduire les jeunes de 15 à 30 ans
à un état adulte sur les plans physique, moral,
civique et spirituel.
sociaux para-
Par ailleurs, des centres
scolaires complètent les
de
Taravao
écoles : les internats
d’Uturoa,
et
en
accord
avec
hébergent des élèves des
écoles publiques ; l’école ménagère d’Uturoa
donne aux jeunes filles des îles Sous-le-Vent
l’administration,
de toutes origines une ouverture profession¬
nelle ; le Foyer de la Jeune Fille de Paofai, à la
fin des années 60, devint le premier centre
social permanent ouvert à tous pour l’accueil
des jeunes filles éloignées de leurs familles et
travaillant
en
ville.
Elles
sont
plus d’une
centaine logées dans les locaux du boulevard
Pômare. Le Foyer de Moria fut aussi le
premier à accueillir sur un terrain de l’Église et
dans
locaux
des
fonctionnels
de
jeunes
danger moral ou des cas sociaux
la nouvelle société engendre, hélas !
garçons en
que
inéluctablement. Un autre centre de réinser¬
tion sociale original pour jeunes gens en état
de détention a été inauguré sur une terre
acquise
par
l’Église aux îles Sous-le-Vent.
Plusieurs garçons y ont retrouvé une existence
normale. Citons
protestant
encore
le C.P.C.V. (Centre
de Colonies de Vacances) qui
les enfants en temps de
organise
pour
vacances
un
encadrement
et
des
loisirs
adaptés aux jeunes de toutes origines.
Le Synode de 1986 a
décidé à l'unanimité de
rencontrer les autorités
de l'État et du Territoire
(ici Gaston Flosse reçoit
le 18 août 1986
une
délégation de l'Église
évangélique conduite
par John Doom) pour
ieur "réaffirmer sa
désapprobation du
maintien des essais
nucléaires dans notre
pays" et leur faire part de
"préoccupations"
(assorties de
"propositions")
ses
concernant les
"questions foncières".
La tâche de l’Église
Ces activités socio-éducatives attestent que
l’Église évangélique se sait intimement unie
toute
la
population. De même
qu’autrefois elle a été une des premières à
encourager et soigner les malades d’Orofara, à
participer activement à la lutte anti-alcoolique
en lançant la société d’abstinence de la CroixBleue, à intervenir en faveur des marginalisés,
elle continue toujours à dénoncer les fléaux
sociaux actuels. Aujourd’hui, le problème des
salaires et de la vie chère, les questions des
terres, de la pollution, des implantations
forcenées du tourisme international, des expé¬
rimentations
nucléaires, du manque de
formation des jeunes, de l’alcoolisme, etc.
posent à l’Église, au pays et à tous ceux qui
vivent en Polynésie d’angoissantes interro¬
gations. L’Église évangélique est prête à les
examiner avec les responsables dans un esprit
clairvoyant et désintéressé que l’Évangile lui a
dévoilé et qui seul peut, croit-elle, mener à un
esprit nouveau et à un avenir plus humain et
avec
fraternel.
L’Église n’est pas une société fermée et
repliée sur elle-même. Elle vit dans un monde
dont elle est partie intégrante, et c’est là que
s’exerce pour chacun de ses fidèles sa vie
normale. Le but de l’Évangile est le service des
hommes éclairé par l’esprit du Christ et
L’œcuménisme
en marche
L’héritage historique complexe et
agressif, mêlé des conflits coloniaux
entre le Royaume-Uni et la France - sans
négliger les interférences américaines et alle¬
mandes -, permet de saisir que la marche œcu¬
ménique soit lente et heurtée à Tahiti. Selon le
style polynésien, les relations personnelles
jouent un rôle primordial dans une manière
affective d’aborder les sujets. L’étroitesse des
îles et la prolifération actuelle des groupes
religieux ne facilitent pas les relations d’Église
à Église. Sans doute, le Conseil œcuménique
des Églises fondé en 1948 et le concile
Vatican 11 (1962-1965) ont libéré diverses
hypothèques d’un lourd passé et ouvert une
immense espérance. Mais il est impossible de
purifier la mémoire, de supprimer les
préjugés, d’extirper les expressions péjora¬
tives des uns et des autres en quelques années.
De plus, ces ruptures de l’unité chrétienne sont
souvent le fruit de conflits socio-politiques,
l’expression de profondes incompréhensions
culturelles. Elles sont liées aux périodes de
crises importantes des sociétés, comme à la
Renaissance qui a vu la Réforme.
Démêler le théologique, le culturel, le
souvent
chacun doit chercher à réaliser ce but dans sa
religieuse, professionnelle et même
politique. 11 est bon que, dans un pays qui
cherche à former des hommes responsables et
courageux, l’Église voie se lever en son sein des
membres qui, avec honnêteté et transparence,
élèvent la politique “dans la sphère de la
probité intellectuelle et morale pour le plus
grand bien du pays”.
C’est aussi la tâche de l’Église de rappeler
que tout pouvoir et autorité sont donnés aux
responsables, même s’ils l’ignorent, non pour
leur propre satisfaction
ou leur propre
puissance, mais pour le service des plus
vie
humbles des hommes.
Le Renouveau
charismatique qui a pris
une "ampleur
inattendue" en octobre
1982 lors de la “mission"
du père Tardif, a une
“dimension
œcuménique" dans la
mesure où "dans les
foules" (ici au stade
Pater) “qui se pressent
aux messes
il y a
beaucoup de noncatholiques... Le
Seigneur semble vouloir
faire naître un
mouvement
œcuménique, non pas à
partir de la tête des
Églises, mais à partir de
la base" (Le Semeur
lahilien, 28 novembre
1982).
70
LES
social, le politique, l’économique dans ces
globales est difficile. C’est pourtant
essentiel à faire dans “la vérité qui libère et
crises
afin
éclaire”
de
reconstruire
“l’amour
fraternel”, seul signe auquel on reconnaît les
disciples de Jésus.
Les premiers pas
poids
symbolique
représentent ces
missions fondatrices pour les protestants de la
London Missionary Society (1797), les prêtres
catholiques de la Congrégation des SacrésCœurs (1834),
les mormons américains
(1844), cette exigence de voir clair dans le
que
respect fraternel est primordiale. Les Polyné¬
rien dans les conflits
politiques et religieux dés Européens et
siens
ne
sont
pour
Américains du X1X'= siècle. C’est une donnée
historique à nejamais oublier. Ils sont d’abord
victimes des querelles d’héritage chrétien du
monde des Blancs.
Les différences que ces
derniers mettent entre eux, jusqu’au point de
faire des “guerres de religion”, échappent à la
majorité des Océaniens. Selon leur culture
traditionnelle, les Polynésiens restent assez
fidèles à leur communauté, “l’esprit de
groupe” étant très fort.
Aussi, la première visite d’une équipe à la
fois
internationale
et
envoyée par le Conseil œcuménique à Tahiti
pour préparer l’Assemblée de Vancouver de
juillet 1983 sur le thème : “Jésus-Christ, viedu
monde”, constitue-t-elle un événement ma¬
jeur. Du 20 au 29 octobre 1982, ses cinq
membres
le pasteur Frédéric Trautmann de
Paris, le père Gérard Leymang du Vanuatu, la
diaconesse Levinia de Fidji, le diacre Kaoua
échanges qui se développent dépuis. Le
passage du vicariat apostolique aux diocèses
de plein droit en 1966 représente la même
réalité pour les catholiques.
Grâce au travail persévérant du père
Patrick O’Reilly, le 30 mai 1977 a vu l’inau¬
guration en commun de la grande salle Tenete
(Genèse) consacrée aux Églises dans le Musée
Églises évan¬
paroisses et activités, les rencontres frater¬
-
de
A Tahiti, en raison des charges affectives et du
interconfessionnelle
ÉGLISES MAJORITAIRES
Nouvelle-Calédonie,
Pierre
Genève - ont dialogué avec les
Beffa
de
gélique et catholique. Le sommet en fut un
grand culte commun célébré pour la première
fois en Polynésie au temple de Paofai. Plus de
1 500 chrétiens, protestants et catholiques,
réunis autour de la majorité des pasteurs,
prêtres et diacres de Tahiti, ont prié et célébré
ensemble.
Une telle célébration exceptionnelle fut
rendue
possible parce que des signes encou¬
rageants existaient, des faits avaient été posés.
En plus de liens personnels, familiaux ou pro¬
fessionnels entre catholiques et protestants, le
dialogue confiant et respectueux entre le
président Samuel Raapoto et Mgr Michel
Coppenrath a permis une avancée importante
dans l’esprit du concile Vatican 11. La célé¬
bration de l’autonomie de l’Église évan¬
gélique de Polynésie française en 1963, les
interventions publiques du président Marc
Boegner à cette occasion ont apaisé un passé
douloureux d’incompréhension et amorcé les
de Tahiti et des lies. Au niveau de diverses
nelles
et
confiantes
protestants
entre
et
catholiques font désormais partie de la vie
quotidienne. Elles ne constituent plus des
événements.
De
même,
entre
pasteurs
et
prêtres un certain nombre d’amitiés person¬
nelles se sont nouées. Sans doute, comme le
remarque le groupe œcuménique au terme de
sa visite en octobre 1982 : “les relations œcu¬
méniques au sommet ne sont pas encore très
avancées ; elles sont plus réelles et spontanées
à la base... 11 y a attente populaire en raison du
dynamisme des deux grandes communautés
catholique et protestante”.
Rester lucide
Dans cette optique et de façon tout à fait
originale, le 16 février 1981 a débuté le Conseil
de
Coordination
des
Œuvres sociales des
Églises chrétiennes de Polynésie française
(C.C.O.S.E.C.P.F.).
Face
aux
fléaux
de
Le don de guérison.
“Les diverses guérisons
physiques stables et
confirmées” ont très
largement contribué au
succès populaire et
œcuménique du
mouvement
charismatique.
En haut, à gauche :
Le père Patrick O’Reilly,
que l'on voit ici
(le second à partir de la
gauche), revêtu des
habits liturgiques,
assister à r“exercice'' du
père Tardif, a joué un
rôle important dans
l’association Tenete. au
sein de laquelle l’Église
catholique et l’Église
évangélique ont
collaboré, dans le but
d'aménager la salle du
Musée de Tahiti et des
Iles consacrée aux
Églises.
71
VIVRE EN POLYNÉSIE
l’alcoolisme et du tabagisme, dans lesquels la
Polynésie détient de tristes records mondiaux,
et devant la montée rapide de l’usage de
diverses drogues en tout milieu, il s’agit de
coordonner les activités socio-éducatives des
principales
communautés religieuses.
Les
membres de ce Conseil de Coordination sont
l’Église évangélique de Polynésie française,
l’Église catholique, l’Église adventiste du
7e jour, l’Église de Jésus-Christ des Saints des
Derniers Jours ou Église mormone, et l’Église
réorganisée de Jésus-Christ des Saints des
Derniers Jours ou Église sanito. Sous l’impul¬
sion vigoureuse du pasteur Ramon Brothers,
du père Pierre Laporte, d’Olivier Anihia, des
pasteurs Philippe Tihoni, Tihoti Tchong,
Richard Willy, le C.C.O.S.E.C.P.F. organise
des soirées d’information et d’éducation dans
optique de prévention dans tous les
archipels de la Polynésie. Il a mis sur pied des
une
C. OS.ECP.F
c’est de voir la participation active à ces réali¬
pedia”, publié à Nairobi en 1982 en prépa¬
ration
de
l’Assemblée
oecuménique de
Vancouver de 1983, constate “qu’il y avait
Santé, Prévention, Hygiène,
22 000 en 1982. Il s’en crée actuellement cinq
stages de formation pour les animateurs. Ét,
ce qui est tout à fait particulier et prometteur,
sations de tous les services publics de l’État et
du Territoire
:
1 900 dénominations chrétiennes en 1900 et
Éducation, Gendarmerie. Les Églises ne
remplacent pas les professionnels. Mais, selon
le rapport d’un des services publics, “elles
insufflent une attitude d’esprit, une orienta¬
tion de pensée et d’action grâce au capital de
confiance
enracinée
dans
l’Évangile dont
jouissent les Églises. De plus, elles sont
présentes dans tous les quartiers et au milieu
des jeunes ; cela leur donne une responsabilité
particulière”. Le 23 mars 1984, le
a
reconnaissance
la
vu
La Polynésie n’est
à l’abri d’un tel éclatement des groupes
religieux, ce qui constitue une des réalités les
plus préoccupantes du monde actuel.
Mais l’espérance œcuménique est en
marche.
La
“mission
d’évangélisation”
animée par le père Emiliano Tardif fin 1982 à
nouvelles par semaine !”.
pas
officielle de ses statuts.
Sans doute, il convient d’être lucide. Les
forces de divisions existent et sont actives.
D. Barret dans ‘‘World Christian Encyclo-
Tahiti l’a bien manifesté. Peut-on souhaiter
qu’elle s’exprime bientôt par l’acceptation en
Polynésie de la “semaine universelle de prière
pour l’Unité des Chrétiens”, du 18 au 25
janvier, et par la mise en chantier d’une
traduction œcuménique de la Bible dans la
perspective du prochain bi-centenaire de
l’arrivée de l’Évangile, le 5 mars 1997 ?
la méthode des quotas
L'oecuménisme a vécu
son
par B.R.C. en février et
novembre 1986 (un seul
plus grand
événement en octobre
1982, quand un culte
commun, célébré pour
la première fois en
Polynésie, a rassemblé
l'ensemble des pasteurs,
passage aux îles SousL'enquête a
porté sur
1 000 personnes de
18 ans et plus. Ce
tableau (la population
du Territoire a doublé en
24 ans) atteste
Tahiti.
concerne
au
ie-Vent).
temple de Paofai
1 500 fidèles protestants
et catholiques, autour de
clairement, en ce qui
diacres et prêtres de
notamment
les Polynésiens, la perte
d'influence (un déclin
historique ?) de l'Église
évangélique dont les
positions ont été
sérieusement entamées
par les Églises
minoritaires et surtout
Répartition de la
population par religion,
en pourceniage de
chaque ethnie. Ce
par l'Église catholique
qui a surtout “recruté"
chez les Chinois ("sans
religion" en 1962) et
précisément chez les
Polynésiens. Cette
progression semble
tableau, que nous
publions avec
l'autorisation de
B R. Consultants,
repose sur un
dépouillement exhaustif
moins due à
l'immigration popa’a
qu'à l'impact du
des résultats du
recensement de 1962 et
sur les résultats d'une
Mes Sous-le-Vent
Iles du Vent
Ensemble
Religions
Sans réponse
Renouveau
charismatique.
enquête réalisée selon
Répartition de ia popuiation par reiigjon (en % de chaque ethnie)
Polynésiens
Européens
1962
1986
1962
1986
1962
1986
1962
1986
1962
1986
0
2
0
2
1
1/3
0
1/2
0
3/4
5/8
Sans religion
8
8
Protestants
55
34/36
Catholiques
29
39/42
.
Ensemble
Demis
Chinois
1962
Polynésiens
1986
1962
0
0
0
0
5
7
1
5
88
76
5
1986
4
7
22/24
45
12/15
3
70
44/49
7
1/5
22
19/25
43
31
80
63
21
27/32
84
70/72
28
55/62
48
40/43
6
13
2
4
4
3
0
0
0
■Adventistes
2
3/5
2
4/6
0
0
0
0/1
3
2/6
5
'Sanitos
3
3
3
4/5
0
0
1
1/2
2
1/5
0
'Mormons
2
3/4
3
3/5
0
0
2
1
1
4/7
3
6
4
4
'Témoins de Jeh.
0
1
0
1/2
0
0
0
0
0
2
0
6
0
5
2/4
0.
1/5
1
2/6
2
0/3
0
0/6
1
1
1
2
12/17
8
13/23
1
0/2
5
3/6
6
15/20
9
17
9
14
'Autres
.
‘Ensemble des
rel. secondaires
Nota
72
:
8
Pour 1986, les résultats se réfèrent aux enquêtes de mars (1" chiffre) et de novembre (2* chiffre).
Lorsqu'il n'y a qu'un pourcentage en 1986, les deux enquêtes ont produit le même résultat.
Pour les îles Sous-le-Vent, il n'y a eu qu'une enquête en 1986.
5 Les Églises minoritaires
L5 oecuménisme - quisocio-politique
passe d’abord, opposant,
en Polynésie
française,
parcoloniale,
un apurement
du
depuis
l’époque
l’Église
lourd contentieux
évangélique et l’Église catholique - est “en marche”. “Les premiers pas” vers “l’unité
des chrétiens” ont tout au moins été franchis (voir pp. 70-72), même si “les forces de
divisionsexistent et sont actives”. Si l’on en croit certains sondages récents, les Églises
minoritaires les plus anciennement implantées ont, en un quart de siècle, augmenté
leur audience de façon d’autant plus significative que les Églises majoritaires ont dans
le Territoire un statut quasi officiel. Quant à la “vague pentecôtiste” de la fin des
années 60, elle a contribué à la prolifération fâcheuse des “dénominations
chrétiennes”. “Une réalité préoccupante... (pour) les disciples de Jésus” et tout
particulièrement pour l’Église évangélique qui fait les frais de ce dynamisme alors que
l’Église catholique, qui compte en son sein beaucoup de popa’a immigrés récemment,
a su par ailleurs, grâce au Renouveau charismatique, s’adapter au mouvement
émotionnel qui porte la “vague pentecôtiste”.
Il est impossible de dégager en quelques lignes ce qui fait l’originalité et le succès
des Églises minoritaires ; de faire la part des facteurs généraux qui rendent compte “de
l’expansion des mouvements sectaires dans le monde” et des facteurs relevant du
contexte historique propre à ce Territoire. Disons, pour résumer le propos de Madame
Geneviève Simon, que tout en étant sensibles à la chaude atmosphère familiale qui
règne dans de petites communautés religieuses, les nouveaux adhérents sont
également attirés par la fermeté (et le simplisme ?) des principes doctrinaux et des
règles de conduite qui leur sont proposés. On cherche à la fois “un retour à la rigueur
des missionnaires de la L.M.S. et un rempart contre les incertitudes des orientations
actuelles”. Car, dans un monde troublé, on aime savoir où l’on va et comment se
comporter dans la vie quotidienne. “L’adhésion à” (une Église minoritaire), précise
Madame Simon, “se fait presque toujours dans la contestation de l’Église majoritaire
dans laquelle on a été élevé et qui ne répond plus à l’attente, ni sur le plan spirituel, ni
sur le plan affectif”.
Des premières
implantations
jusqu’en 1940
Dès les premières années du Protectorat
français,
missions
des
chrétiennes améri¬
caines sont venues concurrencer en Polynésie
Missionary Society
catholique française. C’est
d’abord celle de l’Église de Jésus-Christ des
l’influence de la London
et
de la Mission
■
des derniers jours (mormone ou
S.D.J.). puis celle de l’Église adventiste du 7e
Saints
jour. A la veille de la guerre, ces minorités reli¬
gieuses étaient estimées à près de 10% de la
population.
La première mission des S.D.J. :
1844-1852
Créée le 6 avril 1830 dans l’Ohio à la suite des
“révélations” de Joseph Smith, l’Église S.D.J.
est établie à Nauvoo, dans l’Illinois, quand elle
décide d’envoyer une équipe de missionnaires
aux
îles Sandwich. En fait, les “elders”, dont
Addison
Pratt, ancien
marin familier du
Pacifique, quittent le Massachusetts sur le
Timoleon en partance pour la Polynésie.
C’est ainsi que A.
Pratt établit la
première communauté mormone à Tubuai où
le navire jette l’ancre le 30 avril 1844. A Tahiti,
Benjamin-F. Grouard et Noah Rogers
installent une mission avec quelques familles
anglophones dans l’enceinte royale d’Arue.
Puis N. Rogers échoue dans ses tentatives aux
îles Sous-le-Vent, tandis que B. Grouard
réussit
bien
à Anaa, aux Tuamotu
;
dès
l’assemblée des fidèles
mormons regroupe 620 membres répartis en
cinq “branches”.
septembre
A
1845,
Tahiti, où A. Pratt et B. Grouard se
peu plus tard, la mission se
déplace d’Arue à Tiarei. La conversion du
chef local y assure des fondements solides à
l’Église, en dépit de l’hostilité des mission¬
retrouvent un
protestants anglais. Les efforts se
poursuivent aussi aux Tuamotu, et, à la confé¬
rence annuelle de septembre 1847 à Anaa, on
compte 850 participants.
A. Pratt part chercher du renfort en
Amérique. La nouvelle équipe, toutefois, reste
peu de temps en Polynésie : les conditions
restrictives imposées à l’action des mission¬
naires par le gouverneur Bonard (pour les
dons des fidèles et les acquisitions foncières
notamment), et les lois de 1851-1852 sur le
contrôle des Églises par l’État, leur portent un
coup qu’ils jugent fatal. Ils s’embarquent pour
naires
San Francisco dès le mois de mai 1852.
Tous ont
cette
quitté la Polynésie à la fin de
année 1852, quand de violents affronte¬
ments
opposent à Anaa mormons et catholi¬
ques - et, à travers eux, pro-américains et pro¬
français -, à la suite desquels la communauté
mormone de cette île disparaît pratiquement.
Pendant plus de vingt ans, l’Église S.D.J.
continue à vivre, non sans déviations, sous la
direction de responsables locaux. A Tahiti, le
ÿ fl
L'Église sanito : un
encadrement
polynésien. Les
missionnaires
américains de cette
Égiise sont peu
nombreux et ceia les
conduira très vite à
promouvoir des
convertis polynésiens
à des postes de
responsabilité. Sur cette
photo, prise au début
du siècle, figure au
premier rang et en
3e position en partant
de la gauche Tekakahu
dit Metuaore.
73
VIVRE EN POLYNÉSIE
groupe des Saints le plus important s’est
désormais installé à Faaa : c’est la congré¬
Le recensement officiel de 1881 ne permet
pas d’avoir une idée précise de la situation ; il
qualifie de “baptistes” les mormons, réor¬
ganisés ou non, soit 236 à Tahiti (alors peuplée
d’à peine 10 000 habitants) et 218 à Tubuai.
L’apôtre T.W. Smith, qui prend la relève
de W. Nelson, en 1884 acquiert le terrain de
Fare U te où s’est regroupée une partie de la
communauté “sanito” (abréviation de la
longue appellation de l’Église), et y établit la
congrégation de Tarona. La conférence
annuelle de l’Église à Kaukura aux Tuamotu
lui fournit l’occasion d’affirmer publique¬
ment l’authenticité de l’Église réorganisée par
rapport à celle de l’Utah et de réunir officiel¬
lement autour d’elle quinze branches.
Les missionnaires qui se succèdent après
son départ font œuvre de bâtisseurs et de
linguistes ! livres saints et cantiques sont
traduits en tahitien ; un journal. Te Orometua
(L’instructeur), qui paraît toujours aujour¬
d’hui, sort dès 1897. Les cyclones du début du
gation de Tiona (Sion).
Le retour des missionnaires
de l’Église réorganisée S.D.J.
En Amérique, la mort du prophète J. Smith en
juin 1844 a causé des divisions au sein de
l’Église mormone. Si la majorité des Saints a
suivi Brigham Young qui installe, au terme
d’une longue migration vers l’ouest, le siège de
l’Église à Sait Lake City - on les appelle S.D.J.
de l’Utah -, d’autres se regroupent autour du
fils du fondateur, Joseph III, en qui ils voient
le
seul chef
légitime. Ils fondent
en
1860
l’Église réorganisée S.D.J. dont le siège,
d’abord
trouve
établi
à
Piano; dans l’Illinois,
se
aujourd’hui à Independence, dans le
Missouri.
C’est cette dernière qui reprend contact,
en
1873,
avec
les communautés
mormones
polynésiennes. De passage à Tahiti sur le
Dominguo, les elders Wandell et Rodger
visitent la congrégation de Tiona. Ce n’est
cependant qu’en 1878 que W. Nelson reprend
en mains à Tahiti, puis aux Tuamotu, un
siècle touchent durement les communautés
sanitos
Tuamotu.
aux
Certaines
familles
réfugiées à Tahiti contribuent à créer une
nouvelle congrégation sur les hauteurs de
Faaa
grand nombre de “branches” issues de la
:
Heberona. C’est
développe
première mission.
Priesthood
en
son
sein que se
spiritualiste, la
Company, dont les pratiques
un
mouvement
la réprobation des
qui, à la conférence de 1907,
prononcent 52 exclusions (beaucoup
recevront un nouveau
baptême quelques
années plus tard).
Dès le début du siècle, des Polynésiens
ont accédé aux hautes responsabilités de
l’Église réorganisée : ainsi Tekakahu, dit
Metuaore, devient évêque en 1901. 11 est le
premier délégué polynésien à la Conférence
générale de l’Église américaine.
excessives
provoquent
missionnaires
Les Saints des derniers jours
de rutah
Ce n’est qu’en janvier 1892 qu’arrive à Tahiti,
provenance des Samoa, une mission
envoyée par l’Église S.D.J. de l’Utah. Joseph
Damron et William Seegmiller, aidés par
J.
Brown, missionnaire de la première
période, parcourent Tahiti, Tubuai et une
partie des Tuamotu, s’efforçant de dissiper à
leur avantage la confusion créée par la scission
des héritiers spirituels de J. Smith.
Après eux, d’autres équipes entre¬
prennent
l’évangélisation des différents
archipels de la Polynésie. Celle-là est vite
abandonnée aux Marquises et aux Gambier,
mais poursuivie activement aux Tuamotu où
en
TE OROMETUA
*'/ mau ma\t9 outow i ta’u parmi, e jApi maa ia ouiou na'u i
Site jto’ouiou i te parau mau, ena te parau mau outou
Ttira.
ejanüamà.** loaneSiSJ,, 32.
“Eiaha hoiuüio mim e rave, maon râ, o te hot
noa iho vahiné, e eiaha roa hm e vahiné tavinV Buka
a
~
Momoni, lakcbo B; 6, B. M. U. lahobo 2; 2T.
Buka g.
Papeete. TAsm,
F«buiuu, 1017.
Nu. 2.
Te Vahiné Rau, e Tamarii ia na fe I*o neL
(Toatlraà)
DAVIDA
;
.
RAT7A
SOLO.MONA.
TWTai ta tatou i hi'opoa i roto i na vea i maîri a'enei
no te mau taata i tahito ê ra, tei paraubia e te
momoni e, ua haapao raton i te vahiné rau na roto i te
hinaaro e te faàùeraa na te Ato, o te hi'opoiaa iho â
la i nia i na taata i papaihia i nia neL la hi'opoa râ te-
t tou i te raveraa o teie nei na taata e tia’i, e. ia ite hdi ta¬
tou e, ua faaue anei te Atua i te reira, e ua faatia anei
te Atua i te reirà? E horo tatou i Te Iritiraa i Uruhia
ei haapapuraa i te mau mea i tîtauhia e matou i roto i
teie nei parau. Eiaha te mau taata roaohi ia mana'o e,
74
En haut, à gauche :
L’ancienne église sanito
de Kaukura.
La communauté sanito
de cette île est une des
Harry Deane,
photographié ici en 1916
alors qu’il était pasteur
de la Congrégation
Tuamotu et
actuellement une des
fut en charge de Tarona
pjus anciennes des
plus nombreuses.
En bas, à gauche :
La chapelle de HIkueru
en 1920. Démolie en
1985, une nouvelle
chapelle a été construite
au même emplacement,
et inaugurée le 15février
1987. La communauté
mormone de Hikueru
compte une centaine de
personnes et représente
une part importante de
la population de l’île.
Ci-dessus :
sanito de Tiona, est le
père de Arii Deane qui
pendant de nombreuses
années.
LES ÉGLISES MINORITAIRES
de nombreuses chapelles sont construites.
A
Takaroa, les missionnaires organisent même
un
système communautaire de récolte des
perles.
A Tahiti, la Mission s’installe en 1905 à
Orovini, un quartier de Papeete. Elle
entreprend la traduction des Écritures
mormones
en
tahitien et l’édition d’un jour¬
Api (La Révélation
nouvelle). En 1926, les jeunes, organisés en
Société d’Amélioration mutuelle (S.A.M.)
créent un orchestre qui contribuera beaucoup
à la popularité des S.D.J. de l’Utah.
nal
:
A
Te
la
Heheura
veille
de
la
Seconde
Guerre
mondiale, le gouverneur Chastenet de Géry
enregistre la présence de 1 650 mormons de
l’Utah (avec 25 missionnaires américains) et
de 2 162 sanitos (avec un seul missionnaire
américain).
Les adventistes du Septième jour
L’Église adventiste du 7e jour est fondée aux
États-Unis
en
1863.
En
contact
avec
des
des mutins de la Bounty de
Pitcairn, elle leur dépêche un missionnaire,
donnant une chapelle construite à Mamao
(Papeete) se replie à Arue jusqu’au lendemain
1891, lors du premier voyage du Pitcairn, le
missionnaire A.J. Read établit la première
vallée de la Tipaerui.
descendants
dès 1886, puis elle arme à San
Francisco un bateau du nom de cette île. En
John 1. Tay,
mission à Tahiti, à Pirae, dans le quartier
Hamuta. En 1893, une chapelle est construite
l’un des
premiers convertis (petania, déformation de
Pitcairn), Paul Deane, et l’année suivante la
chapelle de Paea. Le pasteur Cady, arrivé en
renfort en 1893, va s’efforcer d’implanter
l’Église à Raiatea : il acquiert à Avera une
propriété sur laquelle il tente de construire une
chapelle et une école. Ce projet rencontre
l’opposition du gouverneur, car c’est dans la
vallée d’Avera que se sont réfugiés Teraupo et
ses compagnons rebelles à la France, toutefois
à
Arue
sur
un
terrain cédé
par
de la Première Guerre mondiale. En 1920,
sous la présidence du pasteur F.E. Lyndon, un
nouveau souffle l’anime :
et autant aux îles
La présence de ces missions suscite beaucoup
de réserves de la part de l’administration fran¬
çaise. La correspondance officielle mentionne
souvent ces “sectes”
qui sont supposées
vouloir constituer un “parti américain”.
L’affaire d’Anaa concernant les
suspicion. Dans l’entre-deux-guerres,
d’un délégué des Tuamotu au
Conseil supérieur des Colonies suscite la
cette
doit fermer en 1909 parce qu’elle est anglo¬
création
connaît
des
difficultés
Ci-dessus :
L’Église adventiste en
1930 ; un encadrement
popa'a.
Sur ce cliché, pris à
l’occasion de la visite du
président de la
Conférence générale de
l’Église (voir p. 78),
le pasteur Watson (au
second plan, en
3e position en partant de
la gauche), on note la
présence à ses côtés du
pasteur F.E. Lyndon
(avec un chapeau).
internes
et,
aban-
mormons et
celle d’Avera visant les adventistes alimentent
l’élection
phone. L’année suivante, la mission de Tahiti
Sous-le-Vent.
L’État et les minorités religieuses
il se réalise, mais l’école dite “missionnaire”,
associant le travail agricole à l’enseignement,
elle s’installe dans la
Quinze ans plus tard,
l’Église compte près de 300 membres à Tahiti
des
“comités
de
le
candidat
“de
refus”
(patoi),
gauche”, qui
réclament une autonomie “sous protection
américaine”. Le fait que les membres de ces
comités soient en majorité mormons ou
sanitos
conforte
l’idée
d’une
ingérence
politique des missions, malgré les dénéga¬
tions de leurs responsables.
soutenant
Une église adventiste.
Cette église en bois a été
édifiée vers 1910 en lieu
et place de la chapelle en
niau construite en 1903
par les missionnaires
adventistes. Én 1925,
elle sera démontée et
transportée à Tipaerui.
Le pasteur Cady. Après
séjour à Raiatea, le
pasteur Benjamin
son
J. Cady prendra la
succession du pasteur
Read à la tête de l’Église
adventiste. Il imprimera
“personnellement une
petite feuille périodique
dont sa femme est le
gérant" (P. O’Reilly).
Te Maramarama. Ce
périodique adventiste
dont la parution était
épisodique, a été diffusé
pour la première fois en
1893. En 1911 (notre
photo), il est édité par
E.C. Chapman et son
épouse.
75
POLYNÉSIE
VIVRE EN
De la Deuxième
Guerre mondiale
à 1984
pasteurs français. Une dizaine d’années plus
tard, elle s’installe Cours de l’Union sacrée, à
Papeete. Sur le terrain adjacent est construite
école (maternelle, primaire, puis le cycle
secondaire).
L’Église progresse réguliè¬
une
rement
à Tahiti, aux îles Sous-le-Vent, aux
Australes. En 1980, pour la première fois, c’est
président de mission polynésien, L. Doom,
qui est nommé. A l’étroit dans les locaux de la
Mission, une partie de l’école s’installe à la fin
un
La guerre ralentit notablement l’activité
missionnaire de ces Églises qui reprend rapi¬
dement
dès
début
le
des
années
1950.
L’implantation des Témoins de Jéhovah
précède de peu les grandes transformations
des années I960. Celles-ci
ne
manquent pas
progression de ces groupes
religieux, qui est encore peu sensible si on se
d’affecter
la
réfère
recensement de
au
1971, le dernier à
prendre en compte l’appartenance religieuse :
9% de la population dit alors se rattacher à un
groupe autre que l’Église évangélique ou
l’Église catholique.
C’est
pourtant à ce moment que
commence
à se développer un courant
pentecôtiste éclaté en plusieurs commu¬
manifestation
nautés,
d’une
1984 dans de nouveaux bâtiments au Pic Vert.
Depuis 1982, s’est détaché de l’Église
un
groupe
de dissidents en
désaccord avec ses positions estimées trop
laxistes : menés par un ancien responsable des
jeunes, ses membres (40 environ) se rattachent
adventiste
à la branche traditionaliste des “adventistes de
la Réforme” de Nouvelle-Zélande, prônant un
principes de la fondation de
l’Église, Ils ont un lieu de culte à Pamatai
(Faaa). Une scission les a coupés d’un groupe
de Mahina qui a quelques ramifications
retour strict aux
familiales à Huahine.
Les Témoins de Jéhovah
L’œuvre des Témoins de Jéhovah, fondée par
en 1881 et dont le siège est à
Brooklyn (New York), est introduite à Tahiti
en 1958 par deux couples américains venant
de Los Angeles. Ceux-ci sont rapidement
relayés par un couple local, un Américain
marié à une Tahitienne, qui fait appel à
l’œuvre française. Celle-ci envoie à Tahiti des
“pionniers spéciaux” en 1960-1961,
Peu de temps après, au recensement de
1962, on dénombrait déjà 152 adeptes, dont
C.T. Russell
132 à Tahiti et 20 à Raiatea. Au recensement
de 1971, ils sont 464 en Polynésie, dont 413 à
Tahiti, ce qui témoigne du succès du porté-àporte insistant que les Témoins, dès leur
engagement dans la communauté, sont tenus
d’effectuer.
Les
“Salles
du
Royaume”
s’implantent sur plusieurs points de l’île de
Tahiti, aux îles Sous-le-Vent, plus récemment
à Moorea ; une petite communauté existe à
Rurutu. En 1983, est édifié à Paea le Bethel,
effervescence
religieuse dont les nombreuses constructions
d’édifices de culte sont un autre signe.
Le devenir des premières
dénominations américaines
installées en Polynésie
Les missionnaires américains continuent à se
succéder à la tête de l’Église sanito jusqu’au
importante
période est l’ouverture de deux
écoles professionnelles - à Fare U te et à Heiri visant à donner aux jeunes de plus de 14 ans
ayant des difficultés scolaires une formation
pratique à des métiers du secteur artisanal,
début des années 1970. L’œuvre
durant cette
industriel
ou
tertiaire.
Cette
innovation
montre l’orientation sociale de cette
Église qui
reste bien implantée, surtout aux Tuamotu et
dans
une
Faaa.
commune
très
peuplée de Tahiti :
Devenue autonome
en
1973,
l’Église
de
l’Utah,
présidée depuis cette date par un
Polynésien : E. Vanaa.
sanito est
La
Mission
inexistante
nouveau
des
S.D.J.
guerre, compte à
une dizaine d’“elders” en 1950. Elle
pendant
la
acquiert alors un vaste terrain dans le quartier
de Faariipiti, à Papeete, aujourd’hui siège du
pieu de Papeete. Ce pieu, groupe de paroisses
indépendantes de la Mission, est créé en 1972,
attestant la maturité de l’Église locale. Un
second pieu, celui de Pirae, créé en 1980,
confirme cette évolution qui va de pair avec
celle des programmes d’activités pour les
membres.
Un
président régional coiffe
désormais ces deux pieux. Couronnement de
cette progression, un temple, lieu sacré par
excellence
des
Titioro,
sur
octobre
1983.
construit
à
Les efforts missionnaires
se
mormons,
est
l’emplacement de l’école (qui a
fonctionné de 1964 à 1982), et dédicacé en
poursuivent par ailleurs à Moorea et aux îles
Sous-le-Vent ; ils sont moins importants aux
Tuamotu.
Au début des années 1950, la présidence
de la Mission adventiste, jusque-là améri¬
caine
76
ou
australienne, est assurée
par
des
Le centre paroissial et
culturel des S.D.J. de
rutah à Paea. C’est avec
celui deTipaerui l’un des
plus anciens de Tahiti.
L’ensemble chapelle,
bureaux, salles de
réunion, terrain de sport
et parking, constitue le
type de tous les édifices
mormons
construits
depuis ie début des
années 1970. Le
financement de toutes
les constructions
mormones est assuré
pour l'essentiel par
l’Église américaine, les
membres des paroisses
contribuant pour 1% de
leurs revenus.
Le Béthel des Témoins
de Jéhovah à Paea.
Construit en 1983, le
Béthel est le centre
administratif de la Tour
de Garde pour le district
de Polynésie française.
C’est là aussi que sont
traduites en tahitien les
publications qu’elle
diffuse. Dans la même
enceinte, se trouve l’une
des quatre Salles du
Royaume de Tahiti.
LES
centre
administratif
de
l’œuvre
Polynésie française.
pour
la
de l’Église du Nouveau Testament (N.T.C.), et
séjour dans quelques familles, jette les
bases d’un nouveau schisme qui éclate en
1979 : cette année-là, quelques familles
quittent l’Église Alléluia pour fonder l’Église
son
La vague pentecôtiste des années
1970-1980
C’est au sein de l’Église évangélique, et plus
de Tahiti, branche locale de la N.T.C. dont le
siège est à Taiwan, En 1981, un vaste bâtiment
construit
les
contributions
des
précisément de la paroisse chinoise de Bethel
(aujourd’hui paroisse Jourdain), que naît un
mouvement
réparti aujourd’hui entre
plusieurs communautés distinctes.
La première étape est la création, fin
1967, par quatre diacres de la paroisse
est
appelée Alléluia, qui prend
rapidement des allures de schisme. Celui-ci
apparaît définitif quand l’Église Alléluia est
construite à Faariipiti et fait appel au pasteur
du C.E.P., Vinubah. Par la suite, l’appel à des
pasteurs rattachés aux Assemblées de Dieu de
France confirme une orientation pentecôtiste.
Le passage d’un missionnaire chinois
venu de Flong Kong pour prêcher le message
presqu’île (Église de Pentecôte) : elles ont
maintenant perdu la caractéristique exclusi¬
vement chinoise de la communauté de départ.
Derniers rejets du tronc Alléluia, l’Église
Bonne Nouvelle de Faaa et l’Église biblique
Morija de Pirae. Leurs fondateurs ont, en
effet, tous deux été appelés à prêcher par
l’Église Alléluia dans les années 1970. Le
premier est rattaché à une Assemblée de Dieu
chinoise de Bethel, d’une association de bien¬
faisance,
à demeure.
Moerenhout
Ci-dessous :
rue
et le panneau situé à
l’embranchement de
l'avenue du Prince
Hinoi, qui indique la
direction à prendre pour
s’y rendre. De ce creuset
sont sortis tous les
groupes pentecôtistes
actuellement actifs en
Polynésie française. Elle
compte plus
aujourd’hui qu’une
ne
soixantaine de
membres, tous d’origine
adeptes (environ 300 actuellement), derrière le
marché de Pirae.
Dans le même temps, les pasteurs pente¬
quittent l’Église Alléluia, entraînant
une partie des fidèles, et créent deux nouvelles
côtistes
communautés, l’une à Titioro, l’autre dans la
du M issouri qui a financé le grand bâtiment de
Puurai dominant la R.D.O., inauguré en
octobre 1984 ; le second, à une Assemblée de
Dieu suisse.
L’Église Alléluia elle-même ne
compte plus qu’une soixantaine de membres,
tous
d’origine chinoise.
Il
convient de remarquer que ce tour
d’horizon des groupes chrétiens minoritaires
tend à figer une réalité dont il n’est pas excessif
de dire qu’elle change constamment. Ainsi, le
mouvement
communautaire
et
millénariste
californien des Enfants de Dieu, qui a fait,
dans les années 1970, quelques dizaines
d’adeptes parmi les jeunes Tahitiens, n’existe
plus en tant que mouvement structuré
aujourd’hui. En revanche depuis juin 1984,
date à laquelle cet inventaire est arrêté, de
nouvelles communautés chrétiennes
se
sont
implantées : ainsi, une communauté baptiste
venue du Missouri installée à Papeari, l’Église
libre de Polynésie française, à la théologie très
libérale, fondée par un ancien pasteur de
l’Église évangélique, et l’Église orthodoxe.
chinoise, sans pasteur
/A droite et ci-dessus :
L'Ëglise Alléluia de la
avec
ÉGLISES MINORITAIRES
La mission sanito et la
Congrégation deTarona
à Fare Ute. Les sanitos
s’installèrent sur ce
terrain dès 1884, et
l’ensemble actuel date
du début des années
1960. La congrégation
de Tarona rassemble un
millier de fidèles
résidant sur une vaste
(de Papeete à
Mahina) subdivisée en
quartiers et en sections.
zone
L’école, préparant à des
métiers du tertiaire
(secrétariat,
comptabilité...), jouxte
les bureaux de la
direction régionale de
l’Église.
Ci-dessous :
L'ancien temple sanito
de Takapoto. Ce lieu de
culte, construit en
matériaux locaux.
existait encore en 1974,
au moment où a été pris
ce cliché. Il a été
remplacé depuis lors par
un
édifice moderne.
77
VIVRE EN POLYNÉSIE
Organisation
et implantation
16 paroisses (de 200 à
deux pieux regroupant
400 membres) dans six centres paroissiaux et
Un président régional assisté de
plusieurs services (publications, statistiques,
culturels.
actuelle
constructions, finances...)
nation
tente
Tous ces groupes religieux, pentecôtistes
et
mis à part, relèvent d’organisations centra¬
et hiérarchisées dont le siège est aux
États-Unis.
tionnement de l’Église sanito est assuré à 80%
de Sait Lake City.
assure
l’adoption des “révélations” du prophèteprésident, soumises au vote des délégués à la
Conférence mondiale qui a lieu tous les deux
Les sanitos
Constituée en région autonome depuis
l’Église de J. Smith, tant dans son organi¬
dans son fonctionnement. Les
congrégations des îles (regroupées en districts)
sont, comme l’ensemble des cinq congréga¬
tions de Tahiti, placées sous la responsabilité
Localisation
que
Constitution
Sait Lake City
régional
Première présidence (1)
+ 12 apôtres
dont un responsable du Pacifique
-
Tahiti - Papeete
-
Président de région
+ responsables régionaux
d’activités
H- Bureau des affaires matérielles
-
local
pieu
-
PAPEETE
6 paroisses
Temple
Président de pieu
+ Grand conseil de pieu
PIRAE
10 paroisses
dans les centres paroissiaux
et culturels de :
Faariipiti
Tipaerui
1973,
de façon très souple les principes de base de
sation
Pirae, Papenoo
Taiarapu-Est
Un évêque par paroisse
-j- responsables d'activités
Paea
L’Église sanito
commun
est,
par
contre,
appliqué de façon très active, tant pour la
nomination
des
responsables
que
pour
ans.
Les adventistes du Septième jour
l’Église sanito de Polynésie française applique
L’Église S.D.J. de l’Utah
mondial
locales. Le principe du
ressources
sont importants : dîme (un dixième du revenu)
(Te ekalesia a lesu Mesia, te feia mo’a i te mau mahana Hopea nei).
Échelon
les
par
l’Église S.D.J. de l’Utah. Le fonc¬
consentement
pour l’œuvre missionnaire, offrande de jeûne
dépend de la Mission (Cours de l’Union sacrée
à Papeete) : ce sont les “branches” des îles qui,
n’ayant pas atteint une maturité suffisante
pour constituer des paroisses, sont regroupées
en “districts”.
La Mission comprend, sous
l’autorité d’un président américain nommé
pour trois ans, de jeunes missionnaires
bénévoles appelés pour 18 mois (46 en 1984,
dont la moitié sont polynésiens). D’autre part,
l’île de Tahiti est, depuis 1980, organisée en
que dans
qui doit être approuvé par la communauté :
c’est le principe du “consentement commun”.
pour l’entraide, participation au fonctionne¬
ment des paroisses et aux constructions.
L’Église de l’Utah comporte une structure
dualiste. D’une part, une partie du Territoire
plein temps, notamment celui de
président régional.
responsabilité, exercée collégia¬
la
Les dons et offrandes des membres à l’Église
Les Saints des derniers jours
de rutah
exercés à
La dîme et autres contributions finan¬
cières sont recueillies avec moins de rigueur
avec
lement et bénévolement, résulte d’un “appel”
lisées
pasteur-président. Si la plupart des
ministères sont bénévoles, quelques-uns sont
présidence compé¬
le lien
Toute
la coordi¬
d’un
La Mission adventiste de Polynésie française
est
l’une
des
six
missions
de
l’Union
du
Pacifique central, elle-même rattachée à la
Division
australasienne.
La
conférence
générale de l’Église a son siège à Washington.
Le président de la mission est nommé par le
Congrès de l’Union, composé de représen¬
tants élus et délégués par les missions, siégeant
à Fidji tous les cinq ans. Les autres respon¬
sables de la mission chargés des départements
d’activités (École du Sabbat, santé, publi¬
cations, jeunesse ...) ainsi que le comité
exécutif sont élus lors d’un Congrès des
Églises de Polynésie française qui a lieu tous
les trois ans. Le dernier s’est tenu en juillet
1984.
11 existe actuellement vingt-huit cha¬
pelles adventistes sur l’ensemble du Territoire,
dont treize sur la seule île de Tahiti, qui sont
autant d’églises locales conduites par les
“anciens”, les diacres et les pasteurs. Une
partie de ces derniers sont formés au sémi¬
naire adventiste de Collonges en HauteSavoie ; ils sont nommés par lé comité exé¬
cutif, alors que les responsables d’activités
sont élus chaque année par la communauté.
Chaque membre de l’Église est tenu de
s’acquitter de la dîme et participe à l’entraide,
aux constructions... Une librairie
(Signes des
Temps) diffuse les publications spirituelles et
d’éducation sanitaire de l’Église, ainsi que les
produits alimentaires fabriqués dans ses
usines.
Échelon
Localisation
Constitution
gauche et page de
droite :
Tableaux résumant
A
mondial
régional
Independence
Tahiti -
-
+ 12 apôtres
dont un responsable du Pacifique
+ conférence mondiale
Papeete (Pare Ute)
local
districts
TAHITI
Congrégations
Première présidence (1)
-
Président régional
+ responsables d’activités
+ services administratifs
-
Pasteur président
ILES
Congréga'tion
deTarona,
des îles
Heiri, Tiona
Heberona, Taravao
-
Président de Congrégation
l’organisation des
Eglises sanito, S.D.J. de
l'Utah et adventiste et de
l'association des
Témoins de Jéhovah.
Tous ces groupes ont
des structures très
voisines. Seul varie
leur degré de
centralisation qui est
minimal chez les
sanitos.
Page de droite,
ci-contre :
Les effectifs des
différents groupes
chrétiens minoritaires
en
qui ont la
même origine,
représentent 66%
mormons,
environ des effectifs
totaux. Les premiers ont
réussi à supplanter les
seconds dans les îles du
Vent et aux Tuamotu.
Les Témoins de Jéhovah
et les Pentecôtistes,
dont le développement
est
(1) A tous les niveaux de responsabilité, la direction est collégiale : le président est
assisté de deux conseillers. Ceci est valable pour les deux Églises.
78
Polynésie française.
Les sanitos et les
plus récent, sont
exclusivement localisés
dans l’archipel de la
Société.
LES ÉGLISES MINORITAIRES
filiale directement rattachée
une
au
Collège central de Brooklyn. Celui-ci entre¬
tient douze ministres à plein temps. La
communauté de base est la congrégaticxi
dirigée par un collège d’“anciens” bénévoles ;
elle se réunit dans une “Salle du Royaume”.
Le district est divisé en deux circonscriptions ;
il y a, chaque année, une assemblée générale
de circonscription, et une de district. L’asso¬
ciation des Témoins de Jéhovah - elle récuse
l’appellation d’Église - est une organisation
théocratique : tous les responsables (anciens,
surveillants de circonscription, pionniers
spéciaux,..) sont nommés par le Collège
central, constitué de “oints” choisis par Dieu.
Les
contributions des fidèles
nement de
au
l’association sont libres.
fonction¬
Les pentecôtistes
Les pentecôtistes ont une conception congré-
gationaliste de l’Église : la communauté locale
bénéficié
en
1984 de
mondial
-
PAPEETE
:
en
Églises locales regroupées
secteurs
Conférence générale
L’harmonisation de ces données et leur
comparaison avec les chiffres fournis par
l’Église évangélique et l’Église catholique
permettent d’évaluer à 25 000 personnes, soit
15% de la population, les Polynésiens
relevant,
à
la
mi-1984,
de
ces
groupes
religieux. L’essentiel de la progression de ces
se fait à Tahiti, où la
densité des lieux de culte, déjà très forte, va
s’accroître dans les années à venir.
minorités chrétiennes
-
Béthel
Président
-
Institutions
-
idem
Institutions : écoles à Tahiti
-
Pasteur
MOOREA
ILES
Collège d’anciens
2 congrégations
4 salles du Royaume
6 congrégations
\
A,
%
PUNAAUIA
SOUS-LE-VENT
Surveillant de circonscription
ILES SOUS-LE-VENT
TAHITI/
-j- anciens
groupes chrétiens minoritaires en Polynésie française (1984).
de Polynésie française
circonscriptions
local
-
Responsable du district
Tahiti - Béthel de Paea
régional
Président (1)
+ Comité exécutif
-f- directeurs de départements
TAHITI-
Collège central (7 membres)
Brooklyn
mondial
-j- directeurs de départements
MOOREA
Constitution
Localisation
OtS)
O®
PAEA
PAPENOO
**•*
Les effectifs des différents
#-¥-®
TIAREI
Carte de l’implantation
des lieux de culte des
différents groupes
chrétiens minoritaires à
Tahiti (1984).
Les adventistes du
7® jour paraissent
particulièrement bien
représentés dans les
AUSTRALES
TUAMOTU
6 686
34
392
2 159
5 721
1 440
692
800
Adventistes du 7e jour (3)
3 500
3 000
500
50
Témoins de Jéhovah (4)
1 100
100
Pentecôtistes (5)
1 000
20
5
-
“'A
¥
MATAI EA
-
(2) baptisés et leur famille, inacfifs compris (août 1984).
(3) 2 444 membres inscrits sur les registres de l'Église (avril 1984), soit environ 7 000
adventistes au sens large. La ventilation par archipel est approximative.
(4) 554 Témoins actifs (avril 1984), soit environ 1 200 membres avec les sympathisants.
Évaluation des participants aux réunions des 5 communautés d’après les respon¬
HITIAA
TARAVAO
-
(1) baptisés (à partir de 8 ans) et enfants bénis (avril 1984).
MAHAENA
FAAONE
districts.
S.D.J. de l’Utah (2)
sables et nos propres observations.
taires.
membres)
OO
(5)
ainsi, non seulement les
baptisés, mais aussi les
“chrétiens sociologiques” des Églises majori¬
Échelon
(1) Cette structure se retrouve à tous les échelons de l’Église.
Seules les institutions (hôpitaux, écoles...) changent.
Sanitos (1)
encore
vivent dans un statut comparable à celui des
gieuse des Polynésiens conduit à faire une
évaluation reposant sur les informations
-
Mission de Polynésie française
28
non
“inactifs” qui, bien que non exclus de l’Église,
L’absence, depuis le recensement de 1971, de
données officielles sur l’appartenance reli¬
de l’Église (7
Fidji : Union du Pacifique central
-
leur famille” inclut
enfants
l’assistance de deux
Constitution
Sydney : Division autralasienne
TAHITI
l’origine (converti respectant un
de vie), S.D.J. de l’Utah et
sanitos, par contre, retiennent une définition
plus large dans l’établissement de leurs statis¬
tiques : le nombre des “membres baptisés et de
de
engagement
Les Témoins de Jéhovah
Washington
local
restrictive du terme de “membre” conforme à
celle
Estimation des effectifs
de ces groupes et répartition
sur le Territoire
Localisation
régional
certains de ces groupes - adventistes et
Témoins de Jéhovah - donnent une définition
missionnaires (dont une femme) de Taiwan et
de Malaisie.
L’Église adventiste du Septième jour
Échelon
par ces groupes eux-mêmes. Ces
données ne sont pas homogènes. En effet, si
qui caractérise les communautés tahitiennes, dont le rattachement à une Assemblée
de Dieu française, américaine ou suisse assure
au départ la prise en charge des pasteurs,
prédicateurs et de leur famille, et une certaine
aide matérielle. Elles s’efforcent, par la suite,
d’acquérir leur autonomie financière et de
fonctionner à l’image de l’Église primitive.
L’Église Alléluia, qui n’a pas de pasteur
permanent, fait appel à des prédicateurs
étrangers pour de courtes périodes.
Quant à l’Église de Tahiti, l’équipe de
sept responsables bénévoles qui l’anime a
ce
Regroupés dans un district, les Témoins cons¬
tituent
fournies
recherche un maximum d’indépendance. C’est
Les Témoins de Jéhovah
TAUTIRA
/0
-S),
VAIRAO
-^Adventistes du 7e jour
ijLAdventistes de la Réforme
• Assemblée de Dieu
DÉglise Alléluia
@Église de Tahiti
'^APu
®
-¥■
TEAHUPOO
Mormons
O Sanitos
® Témoins de Jéhovah
79
VIVRE EN POLYNÉSIE
Les Saints
des derniers jours
de Mormon comme parole de Dieu ; baptême
par immersion à partir de l’âge de 8 ans ;
“offices” de l’Église répartis en deux degrés de
Les deux Églises S.D.J. ont une même
origine : la révélation du prophète J. Smith.
Elles ont toutefois évolué très différemment et
n’ont plus guère de relations dans la Polynésie
d’aujourd’hui.
Doctrine et pratiques
des S.D.J. de l’IJtah
Naissance du mormonisme
Cest dans l’Amérique en gestation du début
du XIX" siècle que naît le mormonisme. Dans
un
prêtrise (Aaron et Melchisedek) accessibles à
masculin dès l’âge de 12 ans.
Chacune d’elles rassemble, par ailleurs,
dans un livre portant le même titre, “Doctrine
et Alliance”, les révélations des prophètes
postérieurs à J. Smith, qui les différencient.
tout membre
milieu agité par les mouvements de réveil
religieux, un jeune homme de l’État de New
York, guidé par un ange, découvre un livre
écrit sur plaques d’or qu’il traduit à l’aide de
pierres mystérieuses : c’est le Livre de
Mormon, imprimé en 1830. Ce livre raconte
l’histoire méconnue de l’ancienne Amérique :
son peuplement par une famille ayant quitté
Israël en 600 av. J.-C. ; le destin de son chef,
Léhi, et de ses deux fils, Néphi et Laman, à
l’origine d’un peuple blanc et d’un peuple de
couleur (ce dernier ayant été ainsi maudit
pour son impiété) ; .et comment, à l’issue de
conflits
incessants, les Néphites furent
Les S.D.J. de l’Utah ont élaboré, à partir de
leurs
Écritures, une explication complète du
destin de l’homme dont l’idée maîtresse est
qu’il n’y a pas de différence de nature entre
Dieu et les hommes. Ces derniers ne sont que
l’incarnation d’esprits
imparfaits à qui Dieu,
esprit supérieur préexistant avec eux au
Royaume céleste, a donné la possibilité dé
devenir semblables à lui. Par le passage sur la
terre,
chacun peut
espérer accéder
r“exaltation” ou degré supérieur de gloire.
de
Chacun doit pour cela accomplir, au sein
l’Église, les “ordonnances” nécessaires à
baptême, confirmation, SainteCène, etc., et suivre les commandements de
son
salut
:
finalement anéantis en 420 de notre ère par les
Lamanites, et leurs annales cachées par le
Moroni. L’un des points
forts de cette histoire est la venue du Christ en
dernier survivant
:
Amérique après sa résurrection, au cours de
laquelle il fonde son Église parmi les Néphites.
Cette Église, oubliée par les Lamanites les
Indiens, leurs descendants, gardant
toutefois le vague souvenir d’un “Dieu blanc”
et trahie dans le monde chrétien par la
“grande apostasie” des Églises officielles,
J. Smith a reçu de Dieu mission de la rétablir.
Ce rétablissement est le signe de la proximité
de la fin des temps. Le Christ doit prochai¬
nement revenir et présider en Amérique au
Millénium annoncé dans l’Apocalypse. Dans
-
l’attente de
autour
du
Saints, rassemblés
prophète, cherchent un lieu où
ce
retour, les
établir la nouvelle Sion. Ce
sera
successi¬
(Ohio), Independence
(Missouri), puis Nauvoo (Illinois) où ils ont
vement
Kirkland
organisé une véritable cité-État (ils sont alors
15 000).
A la mort de J.
s’est
divisée.
Les
Smith, la communauté
fondateurs
de
l’Église
réorganisée ne reconnaissent pas B. Young
comme nouveau chef de l’Église ; pour eux, le
prophète-président doit toujours être un
membre de la famille de J. Smith. De plus, ils
s’opposent au “mariage plural”, proclamé
point de doctrine de l’Église en 1852 par le
même B. Young. La polygamie sera d’ailleurs
abandonnée dès
rutah.
1890 par les mormons de
Les deux Églises sont actuellement d’im¬
portance inégale dans le monde. Celle de
rutah compte environ 5 400 000 membres,
celle d’Independence un peu plus de 200 000.
Elles gardent en commun l’essentiel des
“Treize articles de foi” consignés dans les
Écrits de J. Smith : croyance en un prophé¬
incarné par le président de
tisme permanent
l’Église ; autorité égale donnée à la Bible(dans
sa
80
“version inspirée” de J. Smith) et au Livre
à
Le temple mormon de
TItioro. Dédicacé en
octobre 1983, il a coûté
environ 300 millions de
francs CFP et a été
construit
principalement avec des
matériaux et du
personnel qualifié
américains. Seuls les
membres “dignes” de
l’Église peuvent en
franchir le seuil, munis
d’une
"recommandation"
(environ 400 en 1984,
dans la communauté
S.D.J. de Tahiti). C’est là
que se déroulent les
scellements des familles
(qui devaient
auparavant se rendre en
Nouvelle-Zélande) et
l'œuvre pour les rnorts..
De janvier à juin 1984,
plus de 8 000 baptêmes
et plus de 4 000
scellements ont été
effectués.
l’indispensable
de Dieu
(hygiène, sport, respect de la “parole de
sagesse” proscrivant l’alcool, le tabac, le café
et les drogues), sur la recherche de l’harmonie
Dieu.
L’accent
sanctification
mis
est
du
corps,
sur
temple
familiale et sociale, et sur les devoirs envers
l’Église, la dîme notamment. Enfin, il faut
accomplir au temple les ordonnances qui ne
peuvent être faites qu’en ce lieu : scellement à
son conjoint et à ses enfants pour l’éternité,
baptême et scellement des morts. Cette
dernière pratique est destinée à donner aux
défunts qui n’ont pas été évangélisés de leur
vivant
la
chance
l’exaltation,
chacun
toujours
progresser
terrestre.
de
connaître
aussi
effet,
dans le monde post¬
pouvant,
en
L’Église invite ses membres à des activités
nombreuses, notamment dans le cadre des
sociétés auxiliaires : Société de Secours pour
(formation familiale et sociale,
d’entraide) ; Société d’Amélioration
mutuelle pour les jeunes de 12 à 18 ans ;
Primaire pour les enfants de 3 à 12 ans ;
Société généalogique (recherche des ancêtres).
les femmes
service
C’est autour de la famille que tourne
l’essentiel de ces activités. Promise à l’éternité,
elle doit devenir exemplaire : les soirées fami-
LES ÉGLISES MINORITAIRES
liales du lundi, les visites régulières dont elle
l’objet de la part des “frères et sœurs”,
comme
les cours d’économie domestique,
vont dans ce sens. Chaque dimanche, les
membres d’une paroisse sont rassemblés pour
trois heures : culte, réunions de chaque société
et de la prêtrise. École du dimanche (étude des
est
Écritures).
inégalement
suivies. L’Église de Polynésie estime globa¬
Toutes
ces
activités
sont
lement les inactifs à 40% des membres.
dans l’application des règles morales (“recom¬
mandations” concernant l’alcool, la danse...)
de celles réglant son fonctionnement
(attribution des “offices”, dîme...). Elle a pris,
que
lors de la dernière conférence mondiale
avril
en
1984, des positions très avancées en
matière de morale familiale (contraception et
interruption de grossesse) et sur le rôle
femmes dans l’Église (femmes pasteurs).
des
L’éducation est le maître mot de l’Église,
mais elle se réalise de façon plus pragmatique
chez les S.D.J. de l’Utah : l’École du
couplée avec le culte (la SainteCène n’a lieu que le premier dimanche du
mois), comme le Centre de Formation
chrétienne sanito (C.F.C.S.) visent moins à
que
Doctrine et pratiques des sanitos
L’Église réorganisée, quant à elle, se refuse à
de longs développements théolo¬
giques. Elle s’élève contre l’anthropomor¬
phisme qui ressort de la conception de Dieu
des S.D.J. de l’Utah et ne reconnaît pas les
fondements doctrinaux du baptême et du
entrer dans
scellement des morts.
L’axe essentiel de
Église vivant dans l’obéissance
et
l’amour de Dieu. Elle insiste sur le fait que
l’esprit compte plus que la lettre dans le
respect des commandements de Dieu.
Très attentive
aux
donner une formation strictement spirituelle
qu’à assurer une “hygiène de vie” appuyée sur
les Écritures, parmi lesquelles la Bible est
pratiquement privilégiée.
Nombre d’activités de l’Église concernent
sa
doctrine est la réalisation de Sion, c’est-à-dire
d’une
dimanche
situations concrètes,
l’Église sanito fait preuve de souplesse, tant
les femmes, les familles et les jeunes : Ui api
Sanito. Enfin, l’œuvre pionnière faite par
l’Église sanito en matière d’éducation profes¬
sionnelle est sans doute la plus révélatrice de
orientation actuelle : permettre au plus
grand nombre de prendre en main un présent
et un avenir caractérisés par le changement.
son
Le temple de Sait Lake
City, capitale de l'État de
rutah aux États-Unis,
dont la population est
composée à 70% par des
mormons. Au premier
L'ange Moroni
surmontant le temple de
Titioro. Dernier
survivant des Néphites,
c'est lui qui cacha dans
la colline de Cumorah,
en
peuple et qui les fit
découvrir 14 siècles plus
tard au jeune Joseph
Smith. Le livre de
Mormon est considéré
par les deux Églises des
Saints des derniers jours
parole de Dieu
au même titre que la
Bible qu'il éclaire et
précise. Ce sont les
comme
révélations des
prophètes postérieurs à
J. Smith qui les
différencient.
l'Église S.D.J. de l’Utah.
L'Église rétablie des
420, les annales de
son
plan, la statue de
Brigham Young, qui a
fondé la ville en 1847 et y
a installé le siège de
S.D.J. de l'Utah. Cette
Croyance à la divinité du Christ (Jean 14:6)
2. Croyance à la résurrection du corps
(Luc 24:39)
3. Croyance en un Dieu personnel
(Hébreux 1:1-3)
4. Le sacrement de la Cène du Seigneur
(Luc 22:19-20)
5. Dons du Saint-Esprit (Marc 16:16-18)
6. Autres Écritures (Ezéchiel 37:16-17)
7. Baptême pour les morts
(1 Corinthiens 15:29)
8. Évangile prêché aux morts
(1 Pierre 3:18-19)
9. Membres appelés saints (Ephésiens 2:19)
10. Baptême par immersion (Matthieu 3:16)
11. Révélation continue (Amos 3:7)
12. Les soixante-dix (Luc 10:1)
13. Un clergé laïque (Matthieu 10:8)
14. Appelé de Dieu "comme le fut Aaron”
(Hébreux 5:4)
15. Apôtres vivants (Ephésiens 4:11-12)
16. Prophètes chrétiens vivants
(Ephésiens 4:11)
1.
représentation insiste
les S.D.J.
sur le fait que
n'ont pas fondé une
nouvelle religion, mais
ont renoué avec l'Église
primitive organisée par
le Christ. Elle s'appuie
textes du
Nouveau Testament
sur des
qui justifient par ailleurs
la Révélation mormone
(prophètes chrétiens
vivants). Certains
théologiens pensent,
par contre, que cette
Révélation nouvelle
exclut les mormons de la
grande famille
chrétienne qui ne
connaît d'autre
révélation que la Bible.
81
VIVRE EN POLYNÉSIE
Doctrines
par trimestre.
Parmi les “activités
et pratiques
Les adventistes du Septième jour
L’Église adventiste du 7e jour est issue du
lancé
mouvement
William
par
Miller,
Église baptiste du Vermont,
membre d’une
lorsqu’il annonça, à la suite de calculs
appliqués à une lecture littérale des prophéties
de Daniel, le retour du Christ pour 1844. La
déception causée par la non-réalisation de
l’événement n’atteint pas Ellen White qui,
reprenant à son compte ce message et le
réinterprétant, créa officiellement, en 1863,
l’Église adventiste du 7e jour.
La
poursuite des études bibliques
éclairées par l’esprit de prophétie de la fonda¬
trice aboutit à l’élaboration d’une doctrine
complexe s’inscrivant dans une philosophie
globale de l’homme, depuis sa création (niant
l’évolutionnisme) et sa chute, jusqu’au millénium et au jugement dernier à la suite duquel
la
terre
éternelle
restaurée
sera
des
élus.
La
comme
venue
du
révélation sur la réforme sanitaire nécessaire à
observer les interdits bibliques concernant les
impurs (porc, crustacés, poissons
sans
écailles), proscrire certains usages
(alcool, tabac, stimulants, excès de viande),
mettre
en
pratique certains principes
d’hygiène de vie. L’importance donnée aux
questions de santé a conduit l’Église à mettre
en place dans le monde entier une œuvre
d’hôpitaux, de maisons de retraite et des
usines alimentaires conformes à ses principes
diététiques. Une grande attention est portée à
aliments
familiale
et
à
l’éducation
des
enfants.
Enfin, dans le domaine politique,
l’Église prône une grande neutralité.
Organisée sur le modèle de l’Église
primitive qu’elle désire restaurer, l’Église
adventiste ne veut en son sein que des
convertis, baptisés par immersion à partir de
l’âge de 12 ans ; elle exclut tout membre
indigne. Aussi ne compte-t-elle aujourd’hui
que quatre millions de membres, alors
qu’environ quinze millions de personnes dans
le monde se déclarent adventistes.
L’École du Sabbat est le point fort du
culte du samedi : elle consiste en l’étude minu¬
tieuse d’un texte biblique préparé pendant la
semaine, par petits groupes sous la conduite
instructeur ; chacun rend compte,
également dans ce cadre, de ses actions chari¬
tables et missionnaires, de sa vie de prière et
d’un
d’étude
de
la
semaine.
La
Sainte-Cène
précédée du lavement des pieds a lieu une fois
Les Témoins de
Jéhovah. Il y a très peu
de rites chez les
Témoins, en dehors de
la commémoration de la
mort de Jésus
82
Le mouvement naît dans
une
communauté
Pennsylvanie. Charles
T. Russel y fonde un groupe des “Étudiants de
la Bible” dont il diffuse les analyses, dès 1879,
adventiste
de
dans La Tour de Garde de Sion. En 1881, il
crée l’association de la Tour de Garde.
Rutherford, à sa suite, en complète la doctrine
et
l’organisation.
En
1931,
ses
membres
prennent le nom de Témoins de Jéhovah.
Sous la présidence de Knorr, à partir de 1942,
spectaculaire et compte aujourd’hui
plus de deux millions de membres répartis
dans 200 pays.
La doctrine
garde des points communs
(créationnisme, nonimmortalité de l’âme, absence d’enfer...) et
s’en sépare sur d’autres (rejet de la Trinité).
Une même ambition de rendre compte à tra¬
avec celle des adventistes
la Bible du dessein de Dieu sur l’homme
aboutit à la construction d’un schéma histo¬
vers
rique daté avec précision qui a peu varié
malgré les déconvenues. Depuis 1914, Satan
chassé du ciel a investi le système économique
mondial, les gouvernements et les Églises en
place, tandis que Jésus gouverne la Terre de
façon invisible par l’intermédiaire de la Tour
de Garde avec quelques-uns des 144 000 oints
(la véritable Église). La bataille finale
d’Armaguedon (Apo./16) qui inaugurera le
jour du jugement (le millénium) est
imminente.
Pour être de
ceux
qui vivront éternel¬
lement sur une terre régénérée, il faut appar-
a
la régénération de l’homme pécheur : il lui faut
morale
Les Témoins de Jéhovah
le mouvement connaît une expansion interna¬
tionale
demeure
Christ
apporté la certitude du salut ; elle n’a pas
aboli, toutefois, la loi de l’Ancien Testament
(Deutéronome et Lévitique). Ainsi, l’Église
insiste particulièrement sur le respect strict du
Sabbat le samedi, qui est pour elle le véritable
“septième jour”, et a rétabli la dîme en 1875.
Par ailleurs, E. White eut, dès 1863, une
la
laïques” de l’Église
adventiste de Polynésie française, celles
concernant les jeunes (jusqu’à 30 ans) tiennent
une grande place. Le département Santé et
Tempérance mène une action éducative
importante. Un service social, la Société
Dorcas, comporte des responsables dans
chaque paroisse. L’école, enfin, s’efforce de
mettre en œuvre la philosophie adventiste
d’un développement harmonieux de l’homme.
(Mémorial) ; au cours de
cette cérémonie, seuls
les “oints'' peuvent
communier sous les
deux espèces.
A ara maina!
“La Tour de Garde” et
“Réveillez-vous" dans
leur traduction
tahitlenne (depuis
1983). Ces publications
diffusent
périodiquement et
anonymement les
positions doctrinales et
morales de la
"théocratie" de
Brooklyn ; elles sont
tirées dans le monde à
9 millionsd'exemplaires.
Les perspectives
millénaristes très
précises de
l'organisation donnent
un sens à l’inquiétude
qu’éprouvent beaucoup
de gens dans un univers
en changement rapide.
Mais le retrait du monde
constitue, par contre,
sans aucun doute, une
limite à sa progression.
LES ÉGLISES MINORITAIRES
tenir à l’organisation de Jéhovah, proclamer
faire sa volonté. Un Témoin est
tenu de consacrer à la proclamation quelques
son nom et
heures par semaine. Il y est préparé par les
réunions hebdomadaires de sa congrégation,
le fond (étude de la Bible et des
publications de la Tour de Garde), que pour la
forme (École théocratique et réunions de
service). Le baptême par immersion consacre
son engagement ; l’exclusion sanctionne les
tant pour
mauvaises brebis. Sa conduite est faite de
refus de participation à ce monde satanique
(religions, partis politiques, syndicats...), de
rigueur morale et de respect de certains
principes bibliques particuliers (utilisation du
sang...).
L’activité centrale de
proclamation est
soutenue par les publications diffusées par les
Témoins lors de leurs visites, dont des pério¬
diques : La Tour de Garde et Réveillez-vous !,
traduits en tahitien depuis 1983. L’organi¬
sation a sa propre traduction de la Bible, dite
“du monde nouveau” (nouvelle édition en
1984).
Les pentecôtistes
Pas
de
constructions
1950, le mouvement est au sein même des
philosophiques
et
historiques dans le mouvement pentecôtiste :
c’est avant tout un élan du cœur.
Quand ce mouvement prend naissance
dans les communautés protestantes de l’ouest
des États-Unis à l’aube du XX' siècle, il désire
Église qu’il juge
L’Ésprit Saint est au
centre de ce réveil : appelé par une prière
fervente, il apporte au chrétien ses dons ou
“charismes” comme à la Pentecôte (parler en
langues ou “glossolalie”, don de guérison, don
de prophétie...), suscitant des manifestations
d’émotion qui mirent vite ses adeptes au ban
des institutions qu’ils voulaient transformer.
Refusant d’abord de figer leur expérience
avant
tout
réveiller
une
endormie et formaliste.
dans des
rites, des institutions, une doctrine
trop précise, les pentecôtistes furent toutefois
à mettre en place un minimum
d’organisation. Ainsi naquirent notamment
les Assemblées de Dieu qui comptent plus de
10 millions de membres. Depuis les années
amenés
Églises
protestantes ; il a gagné l’Église
catholique un peu plus tard (Renouveau
charismatique).
La plate-forme doctrinale est simple : les
pentecôtistes se réfèrent à la Bible comme
unique source de vérité et en font une lecture
littérale. Le chrétien, baptisé par immersion
après repentance et conversion, aspire à
recevoir le “baptême de l’Esprit” qui inaugure
le temps de la sanctification. Sa vie doit être
“sainte” dans l’obéissance au commandement
divin.
La pratique fait une très large place à la
prière de louanges, à l’étude de la Bible, au
chant.
Les
communautés, chaleureuses,
se
“prier sur les
malades”. La participation à la Sainte-Cène
est un rite essentiel jusqu’au retour prémil¬
lénaire du Christ attendu comme proche.
Cette dernière perspective contribue à laisser
au second plan les préoccupations sociales et
politiques.
réunissent
souvent
pour
A gauche :
Un congrès des
Témoins de Jéhovah.
Les réunions annuelles
de circonscription et de
district (ici celle qui s’est
tenue les 24 et 25 février
1987 dans la salle
omnisports de la
Fautaua et qui a
rassemblé 1 100
personnes) sont pour les
Témoins l'occasion
d'exposés, de
témoignages, de
représentations
scéniques sur un thème
biblique ou moral. On y
effectue aussi des
baptêmes collectifs.
Tee-shirt et embième de
i’Ëgiise du Nouveau
Testament. On voit
parfois flotter cette
bannière devant les
maisons et dans les
voitures des membres
de l'Église de Tahiti.
Brandie par le prophète
Elle Hong (l'Élu des
derniers jours) sur une
colline de Taïwan (la
nouvelle Sion), elle
rassemble autour d’elle
les justes du monde
entier qui pourront ainsi
être sauvés lors du
jugement imminent de
Dieu. De nombreux
symboles y figurent
(notamment les
chevaux, messagers de
Dieu ; les apôtres de la
Croisade de la Grâce de
Jésus-Christ) ainsi que
des références à des
versets de l'Ancien
Testament (Aggée,
Esther).
L’Église adventiste,
comme d’autres
communautés
chrétiennes, participe
au secours aux
défavorisés ou aux
sinistrés. Ici, elle
collecte des vivres pour
les victimes du cyclone
quia frappé les îles Cook
en janvier 1987.
83
VIVRE EN POLYNÉSIE
Convergences
et divergences
Cet
examen
Cette démarche s’appuie sur une lecture
plus littérale possible de la Bible (fonda¬
mentalisme), rejetant toute interprétation
“libérale” et en particulier toute relativisation
historique. Dans cet esprit, le message
prophétique prend une actualité détermi¬
nante ; le retour du Christ est proche (adventisme) et avec lui s’ouvrent les perspectives
annoncées par l’Apocalypse de Jean (milléna¬
risme).
la
succinct des doctrines
et
pratiques des minorités chrétiennes présentes
Polynésie française fait apparaître bien des
traits communs.
Il
n’est
pas
possible,
en
toutefois, de les considérer comme un groupe
homogène. En dégageant leurs caractères
dominants tels qu’ils apparaissent dans la
réalité polynésienne actuelle, on peut établir
des rapprochements et des distinctions signifi¬
catifs.
Leur certitude de constituer la véritable
Église des “derniers Jours”, choisie par le
Christ pour son second avènement, les amène
à poser des conditions strictes à l’entrée dans
la
On
ne
peut
y
être “de
naissance”. Il faut une véritable conversion et
un
commun
démarche initiale de
contestation des
engagement sanctionné par le baptême par
symbolisant l’homme nouveau
(baptisme). Les exigences morales qui s’impo¬
sent alors au chrétien trouvent leur justifi¬
cation dans l’exemple des communautés de
l’Église primitive, mais aussi dans la loi
immersion
Les convergences
Le caractère
communauté.
le
ces
plus évident est la
mouvements
:
la
Églises établies qui, selon
eux, ont trahi le message évangélique. Le chef
charismatique, prophète ou inspiré de Dieu
qui les initient, est chargé de “rétablir” les
croyances, les rites et l’organisation de l’Église
authentique du Christ. 11 ne s’agit, en effet, en
aucun cas de créer une nouvelle religion, mais
bien de s’inscrire dans la continuité de la
fondation du christianisme.
vétéro-testamentaire
et
les
révélations
des
prophètes.
ont
Ainsi, ces communautés de “professants”
bien le sentiment de constituer une élite
possédant la vérité, face à des Églises majo¬
ritaires considérées comme trop tièdes, incer¬
taines dans leurs croyances, et moralement
laxistes. Cet état d’esprit, à proprement parler
“sectaire”, est toujours plus ou moins percep¬
tible chez les adeptes polynésiens de nos jours.
Les divergences
oppositions apparaissent sur de nom¬
points de doctrine (idée de Dieu,
divinité du Christ, millénium et jugement
Des
breux
dernier...), sur les rites autres que le baptême
immersion, sur l’organisation et le fonc¬
tionnement de l’Église (rôle du principe dé¬
mocratique, ministères...), les obligations
morales, la pratique missionnaire, l’attitude
par
face à la société dans son ensemble.
L’invitation à une lecture littérale de la
Bible ne peut, en effet, aboutir à des positions
unanimes. La richesse du texte
impose des
choix, des rapprochements qui sont, en soi,
des interprétations au même titre que le refus
de la perspective historique. Dans la pratique,
le chrétien n’est jamais laissé à son seul discer¬
puisqu’il est constamment guidé dans
lecture des Écritures par les instances diri¬
nement
sa
geantes de son organisation choisies par Dieu.
Les révélations nouvelles autorisent même des
commentateurs
à considérer certaines d’entre
elles comme non chrétiennes, encore qu’il soit
souvent
difficile de définir le moment où une
interprétation devient inacceptable.
Ces divergences sont aussi le fruit de
Le baptême par
immersion. Sous sa
forme ancienne, chez les
sanitos à Apataki
(à gauche) et sous sa
renouvelé après une
exclusion. Notons que
les missionnaires de la
L.M.S. baptisaient aussi
dans les cours d'eau.
forme moderne, dans la
chapelle adventlsfe de
Papenoo en 1986 (page
de droite). C’esf un
trait commun à tous les
groupes chrétiens
minoritaires de
Polynésie française qui
se veulent assemblées
de convertis régénérés.
De l’immersion
complète sort un
homme nouveau, décidé
à se comporter selon
l’Évangile. Pour les
mormons et les
adventistes du 7e jour,
baptême de
repentance peut être
ce
84
Défilé de la jeunesse des
Églises le 29 juin 1984.
Les uniformes des
scouts Liahona
(S.D.J.
de rutah) (en bas,
à droite) et de la
jeunesse adventiste
(au centre), l’ordre
irréprochable de leur
marche, contrastent
fortement avec la
présentation de la
jeunesse sanito (en bas,
à gauche). Cela reflète
l’esprit différent dans
lequel agissent ces
Églises.
LES ÉGLISES MINORITAIRES
révolution. 11 y a loin des petits groupes de
croyants fervents du départ aux institutions
puissantes et riches d’aujourd’hui. Si cer¬
taines tiennent à garder leur spécificité
sectaire, d’autres, au contraire, tendent à
ressembler sur beaucoup de points aux Églises
multitudinistes.
Esquisse d’une typologie
pour la Polynésie
Les Églises minoritaires de Polynésie fran¬
çaise pourraient être, selon leurs particu¬
larités, rassemblées en quatre groupes.
A bien des
égards, on peut rapprocher
S.D.J. de l’Utah et adventistes du 7e jour. Les
uns
et les autres sont souvent moins sensibles
différences doctrinales qui les séparent
qu’à l’emprise culturelle globale de même
nature que leur religion opère dans leur vie, la
réglant dans les aspects les plus quotidiens de
la vie personnelle, familiale et sociale comme
dans ses aspects spirituels. Les règles de
aux
conduite
strictement
définies font souvent
appel à l’Ancien Testament et un contrôle
social régulier en assure l’application. Pour
ces deux Églises, la perspective d’un retour
proche du Christ qui sous-tend toujours
l’effort d’évangélisation n’a pas empêché la
mise en place de solides institutions destinées
à aider leurs membres dans leur progression,
participation mesurée à certaines insti¬
tutions œcuméniques (tel le Conseil de
et leur
Coordination des Œuvres sociales des Églises
de Polynésie française). Ce sont aussi elles qui
connaissent, depuis quelques années, le
développement le plus marqué.
La dominante sociale est plus clairement
affirmée dans l’Église sanito. Son évolution
récente, notamment depuis son accession à
l’autonomie, l’amène à se garder de tout
dogmatisme, à chercher à agir sur le monde
dans un esprit œcuménique, voire à jouer un
rôle politique (au moins au plan de la consul¬
tation). Elle a perdu l’essentiel des caractères
“sectaires” de ses origines et se rapproche
beaucoup d’une Église multitudiniste dans ses
pratiques (pas d’exclusion, beaucoup de
membres inactifs...) et ses positions morales.
Bien que très attachés à ce qui fait leur spéci¬
ficité, notamment leur prophète, leurs chants,
leur organisation, les sanitos se disent volon¬
tiers plus proches de l’Église évangélique que
des
S.D.J.
l’origine.
de
A l’autre
restent
l’Utah
dont
ils
partagent
pôle, les Témoins de Jéhovah
fidèles au millénarisme et à l’élitisme
fondation, et refusent toute action
dans un monde qui ne peut, selon eux,
changer que du fait d’une intervention divine
de leur
imminente. L’absence de toute œuvre sociale,
le rejet de tout
œcuménisme, et la neutralité
qui en découle, les mettent à part.
Toutefois, on retrouve des traits analogues
dans la vision eschatologique et les appels
vibrants à la repentance immédiate de l’Église
de Tahiti.
Cette dernière s’en distingue
pourtant sur un point important : alors que
absolue
l’adhésion demandée à la doctrine de la Tour
de Garde est avant tout
version
à
rationnelle, la con¬
l’Église du Nouveau Testament
apparaît plutôt d’ordre émotionnel. Sur ce
point, comme sur l’importance donnée à
l’Esprit Saint et à ses charismes, c’est bien une
Église pentecôtiste.
On peut dire des Églises pentecôtistes
qu’elles forment un groupe avant tout
spiritualiste. Alors que les autres dénomi¬
nations présentent des constructions doctri¬
nales qui s’efforcent d’évacuer tout mystère
concernant l’origine et la fin de l’homme, les
pentecôtistes privilégient le vécu spirituel,
l’expérience de la relation sensible avec Dieu.
Les
manifestations
très
visibles
de
leur
dévotion suscitent de nombreuses réticences
de la part des autres groupes religieux mino¬
ritaires. Elles n’entretiennent pas de relations
avec
l’Église évangélique avec qui elles ont
pourtant en commun le rapport direct au texte
biblique sans médiation prophétique.
Une chorale sanito entre
les deux guerres. La
musique tient une
grande place dans les
réunions religieuses en
Polynésie française.
Depuis longtemps, les
missionnaires
américains des Églises
des Saints des derniers
jours et adventiste se
sont attachés à traduire
leurs cantiques en
tahitien et à constituer
des chorales. Le ton en
est très différent de celui
des himene de l'Église
évangélique.
85
VIVRE EN POLYNÉSIE
Le dynamisme
des groupes chrétiens
minoritaires
Le
succès
obtenu
par
ces
raisons affectives que les motifs doctrinaux :
religieuse est leur vraie fa¬
mille ; c’est auprès de leurs “frères et sœurs”
qu’ils sont heureux et trouvent le réconfort.
De plus, la certitude de faire partie des élus, la
précision et la cohérence des articles de foi, et
l’aspect très concret des préceptes moraux
qu’ils doivent suivre ajoutent un sentiment de
la communauté
groupes
religieux en Polynésie française participe sans
doute à l’expansion générale des mouvements
sectaires dans le monde, liée aux change¬
ments économiques et sociaux rapides et à la
désintégration des liens familiaux et des
sécurité
valeurs traditionnelles. Sans doute existe-t-il
plus spécifiques au
Territoire, dont il importe d’évoquer les plus
importantes. Tout comme il est nécessaire de
formuler quelques hypothèses sur le poids
économique et social de ces minorités
religieuses.
aussi
des
raisons
bien-être affectif. Cela est très
franchi, beaucoup de
pas
activités offertes et au soutien qu’ils reçoivent
dans les difficultés qu’ils
plus, chacun est très vite
sollicité pour remplir un rôle dans le fonction¬
du
groupe
rencontrent.
force le respect (et devient un signe de vérité
encadrement de réunions...) et y trouve ainsi
d’un
changement spectaculaire qui
doctrinale).
que, bien souvent, les
femmes soient l’élément moteur d’une conver¬
Cela
explique
amélioration sensible de leur vie quotidienne.
de
nement
De
sa
communauté
(évangélisation,
confirmation de son utilité sociale. On peut,
somme, considérer comme valorisant à
beaucoup d’égards le fait d’appartenir à l’un
de ces groupes. 11 faut ajouter que, pour
en
sion dont elles attendent, à tout le moins, une
Églises mettent plus volontiers en avant les
premier
Ce
convertis sont alors sensibles à la variété des
à l’alcool, au tabac, aux écarts de
conduite s’accomplit le plus souvent sous la
forme
Pour expliquer leur adhésion, les membres de
par
de résidence...
cement
Pourquoi cette progression ?
ces
au
fréquemment exprimé par les S.D.J. à propos
de leur prophète et de ses révélations pour
notre temps : “on sait où on va”.
Les exigences morales accompagnées
d’un étroit contrôle du groupe aident aussi à
conquérir le sentiment de sa dignité. Le renon¬
qui sont le plus souvent
le porte-à-porte des mission¬
naires (notamment pour les Témoins de
Jéhovah). 11 est fréquent que la conversion
gagne, de proche en proche, les membres de la
famille, surtout lorsqu’il existe un terrain
favorable : pluralisme des appartenances reli¬
gieuses du fait des mariages mixtes et des
adoptions, marginalité ou désaccord dans la
communauté religieuse d’origine, changement
Ce sont elles, aussi,
touchées
certains d’entre
eux
-
surtout les S.D.J. de
Carte de l’implantation
des Églises minoritaires
dans les archipels
(1984). Cette carte, qui
recense
les lieux de
culte, montre que pour
des raisons
essentiellement
historiques (voir
.pp. 73-75), les Églises
minoritaires sont surtout
MANIHI
MATAiVA
AHE ®
S
©
<=>
O® ^RANGIROA
TIKEHAU
MAKATEA O.
TUPAI
MAUPITI
gy Q» P
“BORA BORA®
^
rj
_
/p>Çs
arutuaV^
/ NIAU
^^^HUAHINE KAUKURA
©ÎT'^HAA
/
FAKARAVA
RAIATEA ®'®
O
0,0
O
TAKAPOTO
°
\
présentes aux Tuamotu
de l'Ouest et du Centre
et à Tubuai.
’TAKAROA
O-
OMAKEMOG-_^
c> fs. ® „TAENGA
1^^ J*
HIFHJ
FAAITE
®
HIKUERàl
MOOREA
c©
MAROKAU
ARCHIPEL DE LA SOCIÉTÉ
^
O
HAO
HEREHERETUE
«
O
O
'’o
TUREIA
®
O
ARCHIPEL DES TUAMOTU-GAMBIER
O
RURUTU
O®
‘^MORUROA
O
é
0
TUBUAI
^flAIVAVAE
ARCHIPEL DES AUSTRALES
O
RAPA
,
rUtah - obéir à la loi est présenté comme une
“source de bénédictions” terrestres et célestes,
et
peut
donc être le
matérielle et sociale.
gage
d’une réussite
Par ailleurs, presque toujours, l’adhésion
Églises se fait dans la contestation de
l’Église majoritaire dans laquelle on a été élevé
à
ces
et qui ne répond plus à l’attente, ni sur le plan
trouve
lisme
chrétiens.
plus la contrepartie. Le fondamenta¬
biblique comme les fermes directives
doctrinales et morales des Églises minoritaires apparaissent, en revanche, à la fois
comme un retour à la rigueur des mission¬
naires de la London Missionary Society et un
rempart contre les incertitudes des orien¬
tations actuelles.
spirituel, ni sur le plan affectif. Les dissen¬
sions qui se manifestent, par exemple, au sein
de l’Église évangélique depuis la fin des années
On peut noter enfin que le thème millé¬
nariste, comme les traits marquants du réveil
pentecôtiste, ont été constamment présents
dans l’histoire du christianisme polynésien :
1950 entre traditionalistes et modernistes, les
prises de positions politiques de certains
responsables, ont incontestablement
engendré un malaise sensible dans les réti¬
cences
ne voient
l’hérésie
Mamaia
entre
Priesthood
1820
et
1840,
la
Company du début de ce siècle,
témoignent de la vitalité d’une certaine forme
de croyance et de dévotion dont l’origine se
de certains à l’offrande du me dont ils
sans
LES
ÉGLISES MINORITAIRES
doute
déjà dans les cultes pré¬
Le poids économique et culturel
des Églises minoritaires
La multiplication des lieux de culte depuis
quelques années, en particulier à Tahiti,
appelle l’attention sur le poids économique de
ces minorités religieuses. Ces investissements
sont la contrepartie des prélèvements opérés
sur les revenus des membres par l’intermé¬
diaire de la dîme et autres contributions de
solidarité.
connus,
Ces
flux
financiers
mal
sont
mais on peut avoir une idée de leur
on sait que S.D.J. et
adventistes peuvent donner à l’Église jusqu’à
importance quand
20%
de
leur
revenu,
et
qu’une paroisse
moyenne de Tahiti collecte une
dîme annuelle de l’ordre de quatre millions de
mormone
francs Pacifique. Les constructions, financées
localement
mère
-,
directement
ou
-
ont
par
des retombées directes,
l’Église
le
sur
marché de l’emploi en particulier. L’impact de
certains aspects de la consommation (alimen¬
tation, publications, entraide, voyages...) liés
l’appartenance à l’un de ces groupes n’est
doute pas non plus négligeable.
A un autre niveau, on peut considérer
que ces Églises jouent un rôle important dans
révolution du Territoire par le biais de l’effort
d’éducation qu’elles mènent, en particulier
auprès des jeunes et des femmes. C’est évident
pour les écoles sanitos qui ont devancé les
à
sans
Centres
des
formation
C’est
aussi
Jeunes
Adolescents
dans
la
professionnelle des adolescents.
une
des
ambitions
du
C.E.S.
adventiste à vocation agricole.
Si l’école des
S.D.J. de rUtah a fermé ses portes, de
nombreux jeunes continuent à être envoyés
La croisade de l'ËglIse
de Tahiti en 1984. Des
défilés spectaculaires
et bruyants ont, à
plusieurs reprises,
ARUE
PAPEETE
FAAA
oGO
o°o°o°®°
°o°
oo
sillonné les routes de
Tahiti. Moorea et
Raiatea, exhortant la
population à se
regrouper dans l’Église
du Nouveau Testament
MAHINA
ooo
pour être sauvée.
0^0 PAPENOO
PIRAE
Ci-dessous :
Remise de dipiômes aux
®
jeunes du séminaire à ia
TIAREI
<^^0°
chapelie mormone de
Faariipiti en juin 1984.
Parmi les programmes
d’éducation que l’Église
S.D.J. de l’Utah propose
à ses membres, celui du
séminaire donne aux
jeunes de 14 à 18 ans
une formation spirituelle
répartie sur 4 années
(étude des 4 livres de
l’Écriture), à l’issue de
laquelle beaucoup se
sentent "appelés" à
devenir missionnaires.
MAHAENA
PUNAAUIA
00
FAAONE
PAEA
O
oo
O
AFAAHITI
TARAVAO
o
PAPARA
0
oo
0
®
O
PUEU
PAPEARI
MATAIEA
Carte de t’implantation
des Égtises minoritaires
à Tahiti (1984). La
VAIRAO
O
TAIARAPU
répartition des lieux de
culte reflète assez
fidèlement la répartition
de la population entre
zone urbaine et zone
rurale.
s
TEAHUPOO
87
VIVRE EN POLYNÉSIE
chaque
année dans les différentes écoles
secondaires et universités de l’Église (Tonga,
Nouvelle-Zélande,
façon
générale,
Hawaii,
l’éducation
familles et surtout
aux
Provo).
donnée
femmes
en
D’une
aux
matière
L’appartenance à l’une de ces minori¬
tés religieuses est, sans doute aussi, riche de
signification culturelle. Être membre d’une
Église dont le centre se trouve en Amérique ou
en
Chine n’est pas seulement un moyen pour
les Polynésiens de dépasser l’insularité. C’est
d’hygiène, de budget familial, et dans le cas
spécifique des sanitos de planning familial, Xçertainement, dans une période de bouleverrelaie avec efficacité l’action des services / sements sociaux marqués, une façon de se
définir et de se projeter dans l’avenir. S’il
publics.
Si on ne peut parler de rôle politique au
paraît aujourd’hui difficile d’accréditer l’idée
d’un “parti américain” ou d’un “parti austra¬
sens strict de ces groupes, à l’exception des
sanitos se plaçant hors de ce domaine, il est
lien”, politiquement opposés à la présence
clair que l’engagement de nombre de membres
française, il reste que l’influence de ces aires
culturelles est bien réelle. Elle se manifeste
de certaines de ces Églises dans des postes à
dans le mode de fonctionnement, les normes
responsabilité au sein de services publics
morales et esthétiques (conception de la
(enseignement et santé notamment) ou dans
famille, constructions, chants, publications...)
les conseils municipaux, témoigne de leur
des communautés polynésiennes qui leur sont
volonté d’agir sur l’évolution de la société
rattachées. L’Église sanito, qui reste très liée à
civile.
mondiale d’independence, le
a contrario, dans sa volonté
actuelle de retrouver ses “racines polyné¬
la
direction
montre
bien,
siennes”.
La persistance de la croyance des S.D.J.
de l’Utah dans l’origine américaine des Poly¬
nésiens - ce sont des Lamanites - tout en légi¬
l’implantation de cette Église et son
développement actuel, ouvre d’évidentes
perspectives à ce que certains appellent
r'impérialisme culturel américain”.
Que dire de l’Église de Tahiti ? La Chine
posée comme nation “élue” pour le retour
prémillénaire du Christ, un prophète chinois
pour rassembler tous les peuples : il y a sans
doute matière pour une partie de la commu¬
nauté chinoise polynésienne à trouver une
timant
sorte de
revanche sur les difficultés de l’assi¬
milation.
En haut, à gauche :
“Assemblée de Dieu ;
pas de miracles dans
l’assemblée”. Si l'on en
croit ce titre de
La Dépêche du 9 avrii
1986, le missionnaire
Roger Albert n'aurait
guéri aucun des “400
malheureux souffrant de
maux divers qui se
pressaient ce soir-là au
Liou Fong, toujours
enclins à croire celui qui
leur promet la guérison
miraculeuse et à bon
marché” !...
Ci-dessus :
Le collège adventiste du
Pic Vert. Inauguré en
juillet 1984, c’est l’un des
piliers de l'activité de
l'Église adventiste du
7“ jour. Son coût
(environ 200 millions de
francs CFP) a été
supporté par la division
australasienne. Un
enseignement
“équilibré”, comportant
la mise en valeur
agricole d’une partie des
19 hectares de terrain
entourant l’école, est
donné depuis la rentrée
1984 (100 élèves). La
cantine, comme pour
l'école de la Fautaua, est
végétarienne.
Chapelle adventiste à
Tahaa. Cette chapelle a
été construite en 1984
grâce aux dons et au
travail de l’Église,
implantée sur cette île
depuis le début du
siècle.
88
Formation et information
L’enseignement en
Le processusde modernisation queconnaît
un quart
seulement la Polynésiefrançaisedepuis
transformation profonde
des
qui gouvernent la vie sociale et en fixent la
Polynésie française
règle du jeu. Il
aussi
modification profonde des idées, des connaissances,
de siècle ne se caractérise pas
structures
et
des
institutions
par une
suppose
une
des savoir-faire, des modèles culturels... qui permettent aux individus de s’intégrer à la
laquelle ils vivent. En contribuant à la socialisation de l’individu, le
système éducatif constitue un élément essentiel de cette intégration. Quant aux
médias (la presse, les radios, la télévision) qui, en l’espace d’une vingtaine d’années
sont devenus, dans l’audiovisuel notamment, de systèmes de communication de
masse, des “mass-médias”, ils jouent un rôle déterminant dans la diffusion des
nouveaux modèles culturels auxquels les individus doivent se conformer.
société dans
Le système éducatif qui a subi le choc de l’explosion démographique (supporté
a-t-il réussi à s’adapter aux innovations
(notamment techniques) de la modernité tout en prenant en compte l’héritage néo¬
traditionnel (voir chapitre 1 ) ? A cette question fondamentale pour le devenir de la
formation sociale territoriale, nous tenterons de répondre au terme de cette
Encyclopédie, quand nous serons en possession de tous les éléments du dossier.
Quant aux médias, et pour les mêmes raisons, nous nous contenterons d’insister
ici sur le rôle qu’ils jouent en matière d’information. En soulignant d’abord, ce qui est
fondamental et il s’agit d’un apport positif de la modernité à mettre en relation avec
“l’idéologisation” croissante du débat politique (voir chapitre 7) - que la presse
quotidienne est en train de s’ouvrir au pluralisme. Ce qui ne signifie pas bien entendu
que cette ouverture couvre tout le champ du débat idéologique : les commentateurs
sont anti-indépendantistes, anti-communistes et, sauf exception, fort méfiants à
l’égard de l’environnement anglo-saxon.
En soulignant aussi que dans l’audiovisuel, la radio-télévision d’État qui demeure
la “voix de la France” ou plutôt celle du gouvernement en place, quel qu’il soit (local ou
national), n’a plus le monopole de l'information. Qn peut quand même regretter que
certaines radios privées dites “locales”, en retransmettant les programmes d’Europe 1
et de R.T.L., aient choisi de privilégier les nouvelles nationales et internationales. Pour
essentiellement par l’enseignement public)
-
des raisons commerciales.
C’est au cours de ces vingt-cinq dernières
années que l’enseignement en Polynésie fran¬
çaise a connu son véritable essor, dans l’ensei¬
gnement secondaire et technique notamment
dont la phase de développement et de rayon¬
nement, à Tahiti comme dans les archipels, se
situe entre 1975 et 1985. 11 faut en effet savoir
qu’en 1963, l’enseignement secondaire privé
comptait plus d’élèves (1 508) que le laïque
(1 155). Dès lors, le secteur public se devait,
pour mieux répondre aux besoins de la popu¬
lation scolaire du Territoire, d’accompagner
son
ses
effort d’extension d’une diversification de
filières de formation.
Néanmoins, il est bon de rappeler que
l’enseignement en Polynésie remonte au début
du XIX® siècle et qu’à cette époque il était
dispensé en reo ma’ohi des îles de la Société abusivement nommé tahitien -, sous la féruje
de missionnaires anglais.
Le système éducatif a dû
faire face, notamment
dans renseignement
primaire, à une forte
augmentation du
nombre des enfants
scolarisables. Entre
1962 et 1983, en 21 ans,
les “moins de 15 ans"
sont passés de 37 256 à
63 238.
89
VIVRE EN POLYNÉSIE
Au commencement était
quelques années plus tard. Autre événement
Les débuts de l’enseignement en Océanie n’ont
époque : l’ouverture de l’école française
indigène, plus connue aujourd’hui sous le nom
l’enseignement confessionnel
été faciles. L’opposition en la matière
catholiques et protestants s’alimente au
vieil antagonisme Anglais/Français. Un anta¬
gonisme qui, indirectement, va engendrer la
dichotomie
linguistique tahitien/français
dont les Polynésiens d’aujourd’hui, adultes
pas
entre
comme
enfants, subissent
encore
les consé¬
quences.
Un demi-siècle
d’enseignement en reo
ma’ohi, la première école créée à Moorea par
la London Missionary Society en 1813,
l’édition d’un premier syllabaire diffusé à
2 600 exemplaires, celle de livres de lecture et
d’une méthode de calcul en reo ma'ohi mis en
circulation dès 1818, tels furent, en matière
éducative, les précédents à l’implantation des
premières écoles françaises reconnues par le
Protectorat et paradoxalement tenues par des
missionnaires anglais. Ainsi celle d’Adam
Howe à Papeete qui, en 1853, édita pour la
première fois un livre de lecture en langue
française destiné aux Tahitiens. Quant à
l’école française des dames de Cluny, elle
n’ouvrit ses portes qu’en 1857 pour les fermer
Pour les premiers
missionnaires, ici le
père Fouqué, reiigieux
picpucien qui a été en
poste aux Tuamotu, et le
pasteur Henry Nott,
premier traducteur de la
Bible, i’évangéiisation
passait par
l'alphabétisation.
A droite :
Une école chinoise dans
les années 20. “Les trois
écoles chinoises qui
comptaient jadis plus de
mille élèves, en
dénombraient à peine
deux cents lorsqu'elles
furent supprimées en
juin 1964"
(G. Coppenrath, “Les
Chinois de Tahiti”).
L'éducation dispensée
dans les écoles
chrétiennes reste
empreinte du plus grand
rigorisme au début du
XX" siècle. Ici, une
école protestante au
bain.
90
aussi
tout
marquant qui caractérise cette
Charles Viénot.
d’école
Autorisée
1866
en
après d’incessantes et pénibles démarches
auprès des autorités administratives, tant
locales que métropolitaines, elle est posté¬
rieure à l’école des frères de Ploërmel qui est
inaugurée dès 1860. Le gouvernement français
clairement
avait
manifesté
l’enseignement officiel
ganistes catholiques.
confier
souci
son
aux
de
congré¬
A l’actif de ce même Charles Viénot, on
notera
qu’il fut l’un des principaux artisans de
la création des écoles publiques, aussi bien à
Tahiti que dans les archipels éloignés, et qu’il
édifia en 1873 la première École normale qui
resta
pendant longtemps la grande
pour¬
voyeuse des maîtres de l’enseignement public
des districts et des îles. En revanche, l’inter¬
diction de la
langue “tahitienne” à l’école,
existait déjà par un
même “dans les jeux”,
arrêté
du
7
novembre
1857
approuvée et même encouragée
Ch. Viénot.
-
par
mesure
le dit
Si l’enseignement public occupe aujour¬
d’hui la place qui lui revient de droit, et que
lui conteste, l’ensei¬
privé n’en assume pas moins son
rôle. Indépendamment de la dimension spiri¬
tuelle à laquelle il est attaché, il constitue pour
les parents la garantie du libre choix de l’école
désirée pour leurs enfants.
personne en outre ne
gnement
La normalisation
vingt-cinq dernières années ont été
marquées par un événement fondamental : la
normalisation de l’enseignement dans le Terri¬
toire. 11 faut entendre par ce terme la défi¬
nition claire et précise des compétences et des
responsabilités respectives de l’État français et
Ces
du
Territoire. Un certain nombre de dates
importantes ont ainsi marqué l’évolution et
l’organisation administrative de l’enseigne¬
ment en Polynésie française.
Le 22 juillet 1957, un décret définit les
compétences respectives du Territoire et de
l’État en matière d’enseignement. D’une façon
générale, l’Assemblée territoriale prend des
délibérations portant réglementation terri¬
toriale en matière d’enseignement du lerdegré
et d’enseignement secondaire, technique et
professionnel. Mais, les programmes
d’études, les programmes et modalités
FORMATION ET INFORMATION
d’examens, les brevets et diplômes ainsi que
qualifications requises pour enseigner,
relèvent de la compétence de l’État.
Si la loi du 11 juillet 1966 crée des corps
de fonctionnaires de l’État pour l’adminis¬
tration de la Polynésie française, c’est un
décret du 24 octobre 1968 qui rend applica¬
les
bles aux instituteurs locaux bénéficiaires de ce
les règles statutaires en vigueur en
Métropole, Ces dispositions sont étendues
pendant une période transitoire de cinq ans
texte
aux
titulaires
du
brevet
élémentaire.
Par
ailleurs, le même décret institue un Conseil
territorial de l’Enseignement primaire. Quant
à la
création
rectorats
et
dans
à
les
l’organisation des vice-
territoires
d’Outre-Mer,
promulguées par décret du 15
Janvier 1970, portant aussi délégation de
pouvoirs aux vice-recteurs.
Depuis le 1er Janvier 1974, certaines
dispositions de la loi du 31 décembre 1959
elles ont été
modifiée
(loi Debré) sur les rapports entre
l’État et les établissements privés, concernent
l’enseignement du 1er degré au terme d’un
décret du 17 mai 1974 ; un an plus tard, la déli¬
bération locale du 24 Janvier crée un Service
territorial de l’Enseignement du 1er degré,
distinct
du
vice-rectorat
d’État,
pour
sa
gestion administrative et financière. La même
année, l’arrêté du 17 mars porte définition des
fonctions et
organisation du Service terri¬
1er degré.
torial de l’Enseignement public du
Enfin, le décret du 8 avril 1975 intéresse les
dispositions statutaires applicables au corps
des instituteurs de la Polynésie française. Ce
texte pérennise la disposition transitoire per¬
mettant aux “normaliens” et aux remplaçants,
titulaires du Brevet élémentaire, d’accéder au
corps
des instituteurs créé par l’administra¬
tion de la
Polynésie française. Toujours en
1975, sont déterminées, en matière d’ensei¬
gnement du second degré, les modalités
locales d’application des dispositions de la loi
Debré sur les rapports entre l’État et
établissements d’enseignement privés.
les
Le statut d’autonomie administrative et
financière de 1977 élargit les compétences du
Territoire dans le domaine de l’enseignement
du 1er degré et
dans celui de l’enseignement
Dans ce cadre, un arrêté
des langues locales.
Juillet 1977 fixe la répartition des
compétences entre le Service territorial de
l’Enseignement du 1er degré (devenu Service
du
18
l’Éducation)
le vice-rectorat, comme
suit : l’enseignement public du 1er degré est
sous la direction du Territoire, celui du second
de
et
degré sous celle de l’État ; quant à l’ensei¬
gnement privé “sous contrat” (loi Debré), il
relève de la compétence de l’État.
1979, l’arrêté interministériel du 3
En
l’Association
polynésienne
d’Enseignement supérieur à créer un Centre
régional associé au Conservatoire national
des Arts et Métiers (C.N.A.M.). Quant à la loi
Guermeur du 25 novembre 1977, complémen¬
taire à la loi Debré, elle est promulguée dans le
Territoire la même année. Cette loi permet de
régler progressivement la situation des
maîtres de l’enseignement privé en matière de
carrière, pensions, congés, dans les mêmes
conditions que pour les enseignants titulaires
de l’enseignement public, d’une part, et
d’autre part d’accroître la contribution de
l’État (forfait d’externat) à la rémunération
des personnels et aux dépenses de fonction¬
nement des établissements d’enseignement
privés sous contrat.
avril
autorise
Le statut d’autonomie interne de 1984 a
élargi les compétences du Territoire au
1er cycle de l’enseignement du second degré. 11
encore
l’avenir puisque “sur sa de¬
(et) à l’issue d’un délai de cinq ans
réserve aussi
mande
...
après l’entrée en vigueur de la loi”, le second
cycle peut lui “être transféré”.
...
La première “École
protestante française
indigène” a été
inaugurée en 1966, aune
époque "où les écoles
sont entièrement entre
les mains des pères
catholiques".
Aux Marquises,
l'Église
Ci-dessous :
catholique (à gauche :
Le Service territoriai de
dans les années 20) a eu
statutairement
une classe et son
maître
longtemps le monopole
de l'Éducation, mais en
1971, l'enseignement
public {ci-dessus :
une classe récemment
créée) scolarisait déjà
75% des enfants.
l’Éducation, qui est
compétent en matière
d'enseignement du 1"
degré, dans le l" cycle
du second degré et qui a
la “faculté d'organiser
ses propres services de
recherches", négocie
actuellement avec l’État
le transfert du second
cycle du second degré.
91
VIVRE EN POLYNÉSIE
L’enseignement
aujourd’hui
A cet égard, on peut dire qu’à l’heure actuelle
l’école primaire publique est présente sur tout
le Territoire, y compris dans les vallées d’accès
difficile des îles Marquises. Les statistiques de
1982/83 font état de 32 376 élèves répartis
Si entre les recensements de 1971 à 1983
population du Territoire a fortement
augmenté (+ 40,13 %), l’accroissement est
plus spectaculaire encore dans le monde
la
scolaire (+ 53.16 %), et c’est surtout l’ensei¬
gnement public qui draine la majorité des
enfants scolarisés, 11 est vrai également que
l’école n’est obligatoire que de 6 à 14 ans et que
la formation des maîtres nécessite des amélio¬
rations.
L’enseignement public, prédominant
se
sur
le
doit surtout d’assurer l’édu¬
base, l’accomplissement de cette
tâche
fondamentale permettant une
amélioration d’ensemble du système éducatif.
cation de
-
des
établissements.
Ils sont essentiellement
représentés à Papeete et dans la zone urbaine,
à Taravao et aux Marquises tandis qu’aux îles
Sous-le-Vent, et notamment à
Public et privé
Territoire,
primaires et
spéciales, soit 223 écoles implantées dans les
archipels ; mais en fait cette importante
fréquentation du primaire s’explique par
l’obligation de la scolarité entre 6 et 14 ans.
Côté privé, les catholiques - qui arrivent en
seconde position des confessions du Terri¬
toire dominent avec 80 % de l’effectif global
1 483 classes maternelles,
dans
Raiatea, ils
partagent leur rôle éducatif avec les protes¬
tants.
Au sein de l’enseignement privé, une dis¬
tinction doit être opérée selon les contrats qui
régissent les établissements. Ainsi, depuis le
1er Janvier 1974, pour le 1er degré, et à
compter du
1er janvier 1975 pour le
secondaire et le technique, la loi Debré est
appliquée aux établissements des missions
catholique, protestante et adventiste. En
outre, ces institutions sous contrat bénéficient
de certaines dispositions de la loi Guermeur.
11 est à noter que
testants ont
catholiques et pro¬
souscrit un contrat d’association
(rémunération des personnels et frais de fonc¬
par l’État) pour l’ensemble de
leurs établissements, alors que la mission
adventiste a préféré un contrat simple
(rémunération des personnels exclusivement).
tionnement
Ce sont donc 547 maîtres contractuels dont la
gestion (administrative, financière, contrôle
pédagogique) est assurée par le vice-rectorat.
A l’opposé, plusieurs autres établis¬
sements sont hors contrat. L’École mormone
ne
bénéficie d’aucune aide, ni du Territoire ni
l’État, Cet établissement du 1er degré qui
encore en 1980 16 classes et 367
élèves a fermé ses portes en 1982. Un collège
adventiste, ouvert en septembre 1979, ne
de
comptait
A gauche :
Le lycée Paul Gauguin.
En 1987,
130 professeurs ont en
charge 1 005 élèves du
T' cycle, 67 de
renseignement
technique et 742 de
l’enseignement général.
Le Collège Lamennais.
Fondé par les Frères
de l’Instruction
chrétienne de Ploërmel,
arrivés à Tahiti en 1860,
le Collège Lamennais
compte aujourd’hui
1 663 élèves répartis
dans 59 classes : 958 et
35 dans le 1" cycle ;
705 et 24 dans le 2' cycle
de l’enseignement
général et technique.
L'évolution des effectifs
globaux de
l’enseignement entre
1963 et 1985. En
moyenne annuelle,
l'accroissement des
effectifs a été de 9,4%
dans le public contre
2,7% dans le privé.
Celui-ci, avec l’aide de
l'État (contrats
d’association
notamment), a pu
améliorer la qualité d’un
enseignement dispensé
dans les meilleures
conditions.
92
Page de droite,
ci-contre :
Un stage de tormation
des instituteurs. Une
nécessité permanente,
l’éducation devant
“viser, selon le grand
sociologue Durkheim, à
susciter chez i’enfant un
certain nombre d’états
physiques, intellectuels
et moraux que
réclament de lui et la
société politique dans
son ensemble et le
milieu social auquel
il est particulièrement
attaché”.
FORMATION ET INFORMATION
perçoit aucune assistance, ni de l’État ni du
Territoire. Ses horaires et programmes sont
conformes à ceux de l’enseignement public.
L’école de la mission sanito ne bénéficie pas
des
dispositions de la loi Debré, mais est
subventionnée par le Territoire. Deux cours
commerciaux de sténodactylographie et de
sténotypie ne perçoivent aucune aide. En ce
qui concerne l’enseignement secondaire et
technique public, la mise en place et l’adapta¬
tion des structures d’accueil amorcées depuis
1973
peuvent
être considérées comme
quasiment achevées en 1983-1984, à
l’exception des collèges d’Arue et de Paea,
d’ouverture récente.
Un problème crucial :
l’encadrement des élèves
Un
décembre
du
vice-rectorat présentait la
personnel enseignant au 31
1972
comme
suit.
première récession de 1975... Face à cette
poussée très importante, les effectifs des ensei¬
gnements privés sont demeurés stables, voir
en légère diminution... De ce fait, la poussée
démographique a donc été, au niveau du 1er
degré, entièrement supportée par l’enseigne¬
ment public, lequel a enregistré, de 1972 à
1977, une augmentation de ses effectifs de
24,21 % pour l’enseignement élémentaire et de
14,32 % pour l’enseignement pré¬
portion qu’ils représentent par rapport aux
maîtres titulaires) n’a fait que croître au fil des
années...” La cause principale est la poussée
démographique. “...De 1966 à 1972, 12 456
maîtres titulaires) qui est intimement associée
nantis du seul C.E.P.E. (ainsi que la pro¬
élèves
rapport du
situation
enseignants du 1er degré, on comptait 360 ins¬
tituteurs titulaires (dont 24 % de métropoli¬
tains), 100 instituteurs stagiaires ou rempla¬
çants, du niveau Brevet élémentaire ou bacca¬
lauréat, 50 moniteurs du niveau B.E.P.C, et
360 suppléants ayant pour la plupart le Certi¬
ficat
d’Études primaires élémentaires
(C.E.P.E.) pour seul bagage, soit 40 % du
personnel enseignant.
Une analyse plus tardive, faite en 1977
par le Service de l’Éducation et portant sur
plusieurs années, donne une idée plus précise
de révolution de ce personnel. “On constate
que le nombre des suppléants non titulaires,
Sur
870
moyenne
été scolarisés, soit une
ont
nouveaux
supérieure à 2 000 par an. Cette
moyenne s’est pratiquement maintenue en
1973 (-F I 771) et en 1974 (+ 2 011), avant la
✓'^8;
-,
Ci-dessus :
L’informatisation à
i'écoie se répand
rapidement, y compris
aux
Australes et aux
Marquises. Ce qui ne va
pas sans poser quelques
problèmes de
maintenance pour le
matériel.
A gauche :
Le Cours Normal
devenu l'École Normale
dans les années 80,
forme des instituteurs
recrutés par concours
au niveau du
baccalauréat ou du
Brevet élémentaire, ce
second mode de
recrutement devant
disparaître en 1987.
^
élémentaire...”
L’analyse des dernières statistiques du
Service de l’Éducation montre une amélio¬
ration sensible de qualification du personnel
enseignant
(augmentation
régulière
des
recrutement intensif assuré par l’École
normale à raison de deux concours de recrute¬
au
annuels : un concours interne (maîtres
exercice, titulaires des titres de capacité
B.E. ou bac) et un concours externe (élèves
issus de l’enseignement secondaire B.E. et
bac).
ment
en
Uni
-JM
Le lycée technique du
Taaone comprend en
1987, en enseignement
technique 714 élèves
en cycle court, 562 en
cycle long, 141 en
section post¬
baccalauréat et 151 en
enseignement général
de second cycle.
146 professeurs
dispensent ces
enseignements.
Ci-dessous :
Une classe aux
Tuamotu. En dépit de la
qualification croissante
des maîtres, laqualitéde
l'enseignement a
tendance à décroître
avec la distance. En
effet, dans les archipels
éloignés, il est encore
parfois dispensé par des
instituteurs titulaires
seulement du B.E.P.C.
ou du C.E.P.
93
VIVRE EN
POLYNÉSIE
Les études
nique, gestion des entreprises et secrétariat de
direction
préparatoires aux
concours d’entrée aux Écoles supérieures de
universitaires
Jusqu’à
date récente, les jeunes
poursuivre des études
supérieures n’avaient pratiquement que la
possibilité de s’expatrier, en France métropo¬
litaine dans leur quasi-totalité. Un recense¬
ment effectué par l’Association des Étudiants
de Tahiti (A.E.T.) en 1981 évaluait à 305 le
nombre des jeunes continuant des études uni¬
versitaires dans les branches les plus diverses.
une
bacheliers désireux de
le Territoire ?
jusqu’en
deux
1983, formait des instituteurs
ans
;
les
sections
capacité de droit) et par les enseignants de
Bordeaux 1 par correspondance (jusqu’à la
maîtrise) ; le Centre associé au Conservatoire
national des Arts et Métiers (C.N.A.M.) qui
accueille des auditeurs du niveau baccalauréat
et
les prépare, selon un système d’unités de
valeur, en cours du soir, aux diplômes d’État
de premier cycle du C.N.A.M.
de
en
techniciens
supérieurs du lycée technique du Taaone, qui
préparent en deux ans aux B.T.S. électro¬
1983, décision fut prise d’ouvrir, dès
rentrée de septembre, un centre univer¬
sitaire sur la base de deux principes. D’une
la
Territoire, bien qu’en nombre réduit. On
citer notamment l’École normale qui,
peut
classes
Commerce
;
les formations juridiques,
financées par le Territoire, qui sont assurées
en liaison avec l’université de Bordeaux 1
par
des professionnels du Territoire (cours de
en février
Des formations post-baccalauréat existent sur
le
les
A la suite d’un séminaire tenu à Papeete
Quelles formations
sur
;
part, offrir aux jeunes de plus grandes possi¬
bilités d’études supérieures et leur permettre
quitter éventuellement le Territoire
(dans des conditions toujours difficiles en
Métropole) qu’avec une maturité et un acquis
plus importants, et surtout une voie déjà
de
ne
tracée : cette possibilité leur serait donnée par
la mise sur
une spécialisation
qu’ils pourront mettre au
service du Territoire, pour tirer le meilleur
parti des ressources locales, cette formation
étant confiée aux membres des organismes de
recherche présents sur le Territoire, à des
universitaires, ou à des personnes extérieures
compétentes. Ce troisième cycle universitaire
serait axé notamment
naturel
sur
l’étude
En
selon
avec
une
une
concernant
les
première étape est
la formation
nouvelle formule
instituteurs
“l’université à
des
:
l’École normale”. 11 est prévu des stages en
responsabilité de trois ans, des
enseignements dispensés à l’École normale
tutelle ou en
Le Centre de Formation universitaire
de Pirae : les enseignements délivrés
en
1985/1986.
dont
PEGC
Lettres modernes
48
14
D
Histoire
43
8
Û
Sciences A
26
8
DULCO
34
8
O
U
Capacité
1
H
O
cc
94
recherche
septembre 1983,
réalisée
r
'
la
et
Mise en place et fonctionnement
langues et une
bibliothèque de 400
ÜJtlVÊRSITAlRE
ViRAE
l’étude du milieu
du Centre universitaire
l’année universitaire
1985/1986 de locaux
i.iWÉ,ijtiiaÉii
sur
au
langues et civilisations océaniennes.
disposait pendant
capables d'accueillir
spécifique
Territoire (biologie,
écologie, milieu marin, énergies douces...) et
Le Centre de Pirae
491 étudiants, soit
onze salles de cours,
un laboratoire de
pied d’un premier cycle universi¬
taire. D’autre part, leur permettre d’acquérir
DEUG
1'® année
65
2® année
6
V® année
55
2® année
12
Û
Licence
L
Maîtrise
5
TOTAL
304
10
FORMATION ET INFORMATION
mixte de Polynésie française, organisés en
unités de formation et axés sur la pédagogie et
les
didactiques, mais surtout des
enseignements universitaires assurés, à
l’occasion de missions universitaires de deux à
quatre semaines, par les universités de Nice,
Montpellier III, Paris 1 et l’I.N.A.L.C.O. et
qui mèneront les élèves-maîtres à la prépa¬
ration d’un Diplôme d’Etudes universitaires
générales (DEUG), mention “enseignement
du 1er degré”. Ce type de formation a été
défini dans le cadre d’une convention entre le
Territoire, l’État (ministère de l’Éducation
nationale) et les universités. A l’issue de ces
études, le diplôme d’instituteur est délivré aux
qui sont titulaires du DEUG
enseignement du 1er degré et qui peuvent se
prévaloir d’un bilan positif de l’enseignement
dispensé en École normale.
En septembre 1984, une autre étape a été
élèves-maîtres
amorcée avec l’ouverture du Centre de forma¬
tion des Professeurs d’Enseignement général
des
Collèges (P.E.G.C.), annexé à
Ce centre, défini par convention
l’État et le Territoire, forme les élèves
normale.
entre
l’École
professeurs en trois ans ; ils sont recrutés en
première année parmi les instituteurs en
exercice depuis plus de trois ans, et en
deuxième année parmi les candidats titulaires
au
moins d’un
A l’heure actuelle,
DEUG.
quatre sections fonctionnent déjà : la section
A (histoire, géographie et instruction civique),
la section D (lettres et anglais), la section D bis
(lettres, reo ma’ohi) et la section E (mathé¬
matiques, physique). La création de ce centre
eu
pour conséquence une extension de
l’intervention des universités sur le Territoire,
a
la form.e de premiers cycles universi¬
taires conduisant à la préparation d’un certain
nombre de DEUG : DEUG A (mathémati¬
sous
épreuves théoriques du Certificat d’Aptitude
(C.A.P.E.G.C.). La dernière année, axée sur
les problèmes de l’enseignement, est sanc¬
tionnée par des épreuves pratiques.
En septembre 1985, une nouvelle formule
bis ou “l’École normale à l’université” est mise
place pour la formation des instituteurs.
Cette formation diffère essentiellement de la
en
précédente (formule “l’université à l’École
normale”) par le fait d’une qualification uni¬
versitaire encore plus spécialisée, selon le
modèle
retenu
en
Métropole, pour la
formation
nouvelle
particularités locales, qui a été retenue par le
ministre de l’Éducation et de la Culture pour
physique), université de Nice ; DEUG
histoire, universitéde Paris 1 ; DEUG lettres et
civilisation anglaises, université de
Montpellier 11 ; DEUG lettres modernes, uni¬
versité de Montpellier 11 ; Diplôme unilingue
de
Langues et Civilisations orientales
(DULCO), Institut national des Langues et
est
Civilisations
orientales
tuteurs et
l’issue
deux
leurs
ques,
des
(I.N.A.L.C.O.). A
premières années de
formation, les élèves-professeurs subissent les
dite “transitoire”. C’est cette
formation, après adaptation aux
la promotion des “normaliens” de 1985-1988.
Pour l’heure, l’École normale, à laquelle
le Centre de Formation des
P.E.G.C., accueille 250 enseignants. Ce n’est
qu’à partir de 1987 et sur la base des recru¬
annexé
tements
actuels qu’en sortiront 60 à 80 insti¬
20 professeurs qui iront rejoindre
collègues au sein des écoles et des
collèges.
Le docteur
Charles Telaria, qui tut
un des tout premiers
docteurs en médecine
du Territoire, a été
ministre de la Santé
dans le premier
gouvernement de
Gaston Fiosse,
La classe
“hautes-études
commerciales”, créée en
1981
au
lycée du
Taaone, prépare, pour
l'année 1986/1987.
9 élèves de la section
générale et 20 élèves de
la section
Économie,
aux concours
de l'École
supérieure de Gestion,
de l'Institut supérieurde
Gestion... Ici,
François Merceron,
protesseur agrégé, leur
enseigne l'histoire et la
géographie. L'année
précédente, un élève de
la classe a été admis à
H.E.C.
Jacques Teheiura,
vice-président du
gouvernement et
ministre de l'Éducation,
de la Recherche
scientifique et de la
Culture, est le premier
Tahitien qui ait obtenu
son
CAPES, Il a été
professeur d'anglais au
lycée d’Uturoa en 1972,
et au lycée Paul Gauguin
de 1977 à 1979.
L'Association Wen Fa
regroupe de jeunes
intellectuels d'origine
chinoise qui, tout en
essayant de "renouer
avec la philosophie
chinoise traditionnelle",
pensent que le
“ressourcement
culturel" de la
communauté passe
aussi par son adaptation
au "nouvel
environnement culturel"
dans lequel elle vit.
95
VIVRE EN POLYNÉSIE
La recherche
Celui-ci qui a pris en charge la recherche agro¬
matière d’enseignement, les
besoins de recherche se sont beaucoup déve¬
Comme
en
loppés à la faveur des mutations qu’a connues
la
société territoriale depuis vingt ans,
entraînant par le fait même la multiplication
des
organismes de recherche dans le
Territoire. Les pouvoirs publics se sont
efforcés
d’orienter, de contrôler, d’harmo-
niser leur activité. Avec un succès mitigé.
l’expérimentation les bases techno¬
économiques des opérations de dévelop¬
pement agricole programmées par le
outre
patrimoine culturel entreprise entre les deux
guerres par le B.P. Bishop Muséum, la
recherche ne s’intéresse à la société contem¬
poraine et à ses problèmes qu’après 1945. A
l’origine, en 1949, l’I.T.R.M.L.M. est fondé à
l’initiative d’un Américain pour lutter contre
section de recherche agro¬
au
sein
du
Territoire.
les
Dans une seconde phase, on assiste, dans
70, à la création d’organismes
années
surtout territoriaux,
investissent dans différents secteurs.
nouveaux,
Dans
Consacrée essentiellement à la sauvegarde du
la filariose ; une
marin.
menée
l’Économie rurale, s’attache à définir par
l’Antenne
Les premiers pas
le domaine
de
Moorea
qui
marin et lagunaire,
du Muséum et de
l’E.P.H.E. s’intéresse, dans une optique
fondamentaliste, aux écosystèmes insulaires
lagons ; le
C.O.P., antenne du C.N.E.X.O. (actuel
Ifremer), s’attache actuellement à mettre au
point des techniques d’aquaculture des mol¬
lusques, crustacés et poissons ; l’E.V.A.A.M.,
ex-ORERO, a parmi ses missions la vulgarisa¬
tion et le transfert des acquis de la recherche
et
notamment aux
récifs et
aux
nomique est créée au sein du Service de
l’Agriculture. Il faut cependant attendre les
années 60 pour voir une équipe d’ethnosociologues américains de Harvard s’inté¬
resser
au
changement socio-culturel ;
l’O.R.S.T.O.M., qui a installé un laboratoire
de magnétisme à Pamatai en 1958, affecte à
Tahiti sa première équipe de chercheurs en
sociales.
Sciences
Avec
le
Laboratoire de
Géophysique du C.E.A. qui est créé pour
mettre
en
place le Réseau sismique
polynésien, le petit Service de la Météoro¬
logie et le Département de Protection du
C.E.A. (l’ancêtre du L.E.S.E.) qui s’intéresse à
“la radioactivité d’origine artificielle consé¬
cutive aux tirs aériens étrangers”, il y a, à la
veille de l’implantation du C.E.P. dans le
Territoire, six organismes de recherche
installés à demeure. Une activité qui est donc
loin d’être négligeable en 1964, mais qui va se
développer considérablement ensuite pour
répondre aux besoins propres du C.E.P.
(création du L.E.S.E. et du S.M.C.B.,
premières interventions des chercheurs du
Muséum...) ou prendre en charge, avec des
moyens accrus, toute une série de problèmes
économiques, sociaux, culturels... qui
désormais vont se poser dans un contexte qu’il
a très largement contribué à transformer.
Développement et diversification
Dans
une
première phase, les organismes
existant
localement
étendre
le
affirmant,
vont
être
conduits
champ de leurs activités,
comme
l’O.R.S.T.O.M.
à
en
leur
pluridisciplinaire ; depuis 1969,
l’Institut intervient dans pratiquement tous les
domaines de recherche explorés en Polynésie
vocation
française ; connaissance du fonctionnement
des écosystèmes marin et lagonaire et
inventaire des ressources naturelles, soit
aquatiques (populations ichtyologiques), soit
terrestres (sol, végétation et eau), en diver¬
sifiant, comme l’Institut Malardé ou comme le
G.E.R.D.A.T., futur C.l.R.A.D., les recher¬
ches relevant d’un domaine spécifique : santé
ou développement rural. Celui-là, outre la
filariose, s’intéresse désormais entre autres à
la lèpre, à la ciguatera, aux arboviroses...
96
relevant du domaine des sciences du milieu
Service de
nomique
Dans le domaine de
En bas :
La station du C.l.R.A.D.
à Papara. Outre ses
parcelles
d'expérimentation et de
démonstration (au
premier plan : des
cultures maraîchères),
le C.l.R.A.D. dispose de
laboratoires où sont
analysés les sols et les
maladies des plantes et
où sont mises au point
des techniques de lutte
contre les Insectes
ravageurs des cultures
(cocoteraie
notamment).
l’aquaculture comme
dans celui de l'énergie
solaire, le Territoire
possède une certaine
avance sur ses
partenaires de la région.
Ci-dessus, un ministre
des îles Samoa
occidentales visite des
installations de
riFREMER. Ci-contre,
un
en
groupe d'Océaniens
stage à l’I.E.R.P.S.
Dans
le domaine culturel et
des
institutions
éducatif,
spécifiquement
(Académie, G.P.S.H., O.T.A.C.),
des
organismes comme le
C.T.R.D.P. et le C.F.R.L.C.O. quia vocation
à mener des études de linguistique en
Polynésie française.
Enfin, le domaine des énergies renou¬
velables, particulièrement porteur par ses
retombées économiques immédiates, relève de
la compétence de l’I.E.R.P.S. qui mène des
études très finalisées d’ingéniérie et de
culturelles
sont
créés
dimensionnement d’installations et étudie les
gisements solaires et éoliens.
Un cadre juridique complexe
et ambigu
De r“organisme d’État” (L.E.S.E.) à l’“orga-
nisme d’Enseignement et de Recherche, grand
Établissement d’Enseignement supérieur”
(Antenne du Muséum) en passant par les
“établissements publics” nationaux ou terri¬
scientifique et techno¬
logique” ou “industriel et commercial”
(O.R.S.T.O.M. ou C.O.P.) dotés ou non de la
“personnalité morale et de l’autonomie finan¬
cière”, on ne relève pas moins de dix déno¬
minations pour désigner le statut juridique des
institutions de recherche implantées dans le
toriaux “à caractère
Territoire.
Une diversité qui n’interdit évidemment
pas à un puissant organisme
d’État comme le
C.E.A., qui travaille essentiellement pour le
compte de l’armée, de contrôler des centres de
recherches dont l’activité “civile” peut être
jugée
plus
recommandable
contrôle soit total (le
(l’I.E.R.P.S.).
par
certains,
L.D.G.), soit partiel
Une diversité qui, bien entendu, tout en
reflétant
assez
fidèlement la finalité scien¬
tifique, technique, voire commerciale, des
LM.DNGH
FORMATION ET INFORMATION
en
cause, ne saurait toujours
préjuger, à travers les procédures de contrôle
administratif et financier mis en place, l’indé¬
pendance relative des chercheurs qui dépend
institutions
de la nature de leurs recherches... et de leur
degré de conformisme.
C.E.A. Commissariat à l’Énergie atomique
C.E.P.
d’Expérimentation du Paci¬
Centre
fique
C.F.R.L.C.O. Centre de Formation et de
Recherches sur les Langues et sur les Civi¬
lisations océaniennes
C.I.R.A.D. Centre de Coopération interna¬
tionale en Recherche agronomique pour le
Développement
CNEXO Centre national
Océans
d’Exploitation des
C.O.P. Centre océanologique du Pacifique
C.P.S.H.
Centre
polynésien
humaines “Te Anauaharau”
de
Sciences
C.T.R.D.P. Centre territorial de Recherche et
Documentation pédagogique
Par ailleurs, tout ce juridisme ne saurait
masquer le flou, plus ou moins artistique, des
règles qui, en matière de recherche, régissent
les relations entre l’État et le Territoire. Les
statuts de
1977 et de 1984 ne disent-ils pas que
l’État est “compétent... sans préjudice de la
faculté, pour le Territoire d’organiser ses
propres services de recherche”. Une ambiguité
qui a conduit les pouvoirs publics à mettre en
place en 1978 un Conseil de la Recherche
scientifique et technologique, dont la prin¬
cipale mission est d’émettre des avis sur les
grandes orientations de la recherche. Mais ce
Conseil, structuré en six commissions qui sont
des lieux utiles de réflexions et
d’échanges
développe¬
ment, peut-il remplir cette mission de coordi¬
nation, alors même, comme Ta noté le Comité
économique et social dans un rapport en
octobre 1985, qu’il “manque de moyens
propres” et ne dispose pas de “pouvoir de
entre
chercheurs
et
acteurs
du
décision” ?
E.P.H.E. École pratique des Hautes Études
E.V.A.A.M. Établissement pour la Valori¬
sation des Activités aquacoles et maritimes
G.E.R.D.A.T. Groupe d’Étude et de Recher¬
ches pour le Développement de l’Agronomie
tropicale
Institut
I.E.R.P.S.
des
Énergies
renou¬
le Pacifique Sud
IFREMER Institut français de Recherche
pour l’Exploitation de la Mer
Institut français de Recherches scientifiques
pour le Développement en Coopération
(ORSTOM)
velables
pour
I.T.R.M.L.M. Institut territorial de Recher¬
ches médicales Louis Malardé
L.E.S.E. Laboratoire
d’Étude et de Surveil¬
lance de l’Environnement
Laboratoire de Géophysique
Muséum national d’Histoire natu¬
relle
O.R.E.R.O.
Office
de
Recherche
pour
l’Exploitation des Ressources océaniques
O.T.A.C.
Office
territorial
d’Action
cul¬
turelle
S.M.C.B. Service mixte de Contrôle biolo¬
gique
Page de gauche :
Antenne de l'E.V.A.A.M.
à Rurutu. Lorsqu’elles
sont dépourvues de
moyens financiers ou
de personnel de
recherche, les antennes
cantonnent à des
activités d'évaluation
se
des ressources.
A droite :
La recherche coûte
cher. Du classique
microscope au
projecteur de profils
(une grosse loupe avec
un écran), en passant
par les enregistreurs, les
laboratoires des grands
organismes de
recherche implantés
dans le Territoire
(en haut à droite :
rO.R.S.T.O.M. ;
ci-contre : le Laboratoire
de Géophysique ;
à droite : l'IFREMER)
sont équipés avec des
matériels sophistiqués
et coûteux.
97
VIVRE EN POLYNÉSIE
Les radios privées
Il existe actuellement - le phénomène est
récent puisque
Radio Tiare a vu le jour le 18
août 1981 - onze radios privées (huit à Tahiti,
une
à Raiatea.
une
à Rurutu.
à Nuku
une
Hiva) qui, pour la plupart, n’ont pas attendu
pour émettre que la communication audiovi¬
suelle soit libérée et organisée localement. Ces
stations
homologuées par la Haute
Autorité de l’Audiovisuel depuis le 1er mars
1986, ce qui ne veut pas dire, en l’état actuel de
la législation applicable dans le Territoire - les
textes métropolitains les plus récents n’ayant
pas été promulgués au J.O.P.F. - qu’elles
sont
fonctionnent conformément à la lettre
et
à
l’esprit de la loi. Dans la mesure notamment
où. sauf exception, elles ont recours aux
recettes
publicitaires, que leur finalité
proclamée soit commerciale ou relève de la
communication sociale.
cement
Un mode de finan¬
qui contribue à la fois à l’améliora¬
tion de la qualité “technique” des programmes
(professionnalisation de l’activité radio¬
phonique) et à leur banalisation. On constate
en effet que les radios privées se différencient
essentiellement par la nature de la musique
diffusée (américaine, tahitienne...) qui vise à
“cibler”
un
auditoire en fonction de critères
socio-ethniques ou de classes d’âge. Quant à
l’information, quand elle existe, elle est fort
peu “locale”,,.
Deux générations
de radios privées
Suivant
cela
en
l’exemple
Hiu
Aline
qui
métropolitain,
se définit lui-même
comme un commerçant et Gaston Flosse qui
n’a pas besoin d’être présenté, n’ont pas
Edwin
attendu que le législateur métropolitain
déroge au monopole d’État de la radiodiffu¬
sion (loi du 9 novembre 1981) ou réglemente
une première fois la “communication audio¬
visuelle” (loi du 29 Juillet 1982) pour lancer et
parrainer les deux premières radios privées du
Territoire : Radio Tiare et Radio Tahiti Api
(R.T.A.), celle-ci dirigée par Christine
Bourne, qui émettent respectivement depuis le
18 août 1981 et le 20 avril 1982. Il faudra
toutefois attendre que ce texte aménagé à
l’usage des T.O.M. (loi du 12juillet 1983) soit
promulgué dans le Territoire (J.O.P.F. du 15
septembre 1983) pour voir les radios privées se
multiplier : huit en moins de quatre ans, si on
ne prend pas en compte les stations qui ont
cessé de fonctionner et la très “locale” Radio
Papara qui émet depuis 1982. Des stations que
l’on peut classer en trois grandes catégories,
du moins si on se réfère à leur finalité origi¬
nelle. Nous distinguerons donc d’une part une
station “commerciale”. Radio Soleil, fondée
par Jean-Claude Amerio, dit “Jeff’, un ancien
animateur de
R.T.A. ; d’autre part, trois
stations insulaires privilégiant tout naturel¬
lement
la
communication
locale
:
Radio
Cocotier à Raiatea, Radio Umetai à Nuku
Hiva et Radio Orovaru à Rurutu, créée grâce
notamment
à
l’aide
de
l’État
et
de
la
quatre stations qui se
réclament de la communication sociale tout
commune.
en
98
étant
Enfin,
plus
ou
F.M
partis politiques
moins contrôlées par des
;
Radio Maohi, la
sœur
R.T.A.. installée comme elle
dans les locaux de la M.J.M.C. de Pirae ;
Tahiti F.M. (Radio Mahina) très liée à
tahitienne de
E. Vernaudon, un des leaders de l’opposition à
G. Flosse
;
F.M. 106 (Radio Papeete) dont
l’association a pour président d’honneur Jean
et
qui vient d’être intégrée au
Syndicat d’initiative communal Parenui ;
Radio Vaihiria enfin, hébergée à Orovini par
le Te Aratia o te Nuna’a de Milou Ebb et qui
est très largement sponsorisée par Philippe
Lou, le “patron” de Tropic Import.
Juventin
Une homologation tardive
La promulgation des textes de
a
sans
1982 et de 1983
doute stimulé l’ardeur médiatique des
“opérateurs” radiophoniques ; ils n’en ont pas
pour autant régularisé la situation des stations
en fonctionnement puisqu’ils stipulent que
pour être autorisées à émettre (article 81 de la
loi du 29juillet 1982) les radios privées doivent
se
constituer en “associations déclarées selon
la loi de 1901”, Une formalité soumise à toute
procédure qui n’a abouti que le 1er mars
1986... Le temps de caser chaque radio (qui
continuait bien sûr à émettre) dans la bande
une
pour qu’elle ne gêne pas son voisin et les
services publics (navigation aérienne, gendar¬
merie...). Une homologation qui, à défaut de
régler tous les problèmes de légalité, nous
y venir, a quand même produit
quelques effets. En permettant d’abord à la
Société polynésienne des Auteurs, composi¬
teurs et Éditeurs de Musique (S.P.A.C.E.M.)
de
passer avec
les radios privées des
conventions (les derniers dossiers sont en voie
de règlement) fixant à 5% des recettes publi¬
allons
citaires le taux de redevance sur les œuvres
diffusées. En permettant ensuite à Télédiffu¬
sion
de
France
(T. D.F.) de proposer ses
services techniques aux stations à qui elle peut
louer des émetteurs, des câbles de liaison, des
antennes... tout en assurant,
bien entendu, la
partie “haute fréquence” de l’émission (H.F.)
à partir de l’émetteur du Pic Rouge. Pour des
coûts qui, selon la demande, variaient de
350 000 à 700 000 FCP par an en 1985.
Jusqu’ici Radio Soleil, Radio Vaihiria, Tahiti
F.M., F.M. 106 et Radio Orovaru à Rurutu
ont
profité de cette opportunité.
Un statut inadapté à certaines
réalités locales
Les
radios
privées ont désormais une
existence légale, ce qui ne veut pas dire qu’en
l’état actuel de la législation applicable dans le
Territoire, elles fonctionnent toujours confor¬
mément à la lettre et à
Mauvaise
volonté
ou
l’esprit des textes.
plutôt négligence.
FORMATION ET INFORMATION
n’a
pas
promulgué
localement les dispositions (prises notamment
l’administration
en
1983 et
1984) qui assouplissent la régle¬
mentation initiale en permettant aux radios
privées de “s’ériger en sociétés commerciales
bénéficiant de ressources publicitaires
illimitées ou encore, à prendre le statut inter¬
médiaire d’une association habilitée à avoir
quelques rentrées publicitaires”.
La loi de
1982
a
en
effet
un
caractère
Soucieux (article 5) de favoriser
“l’indépendance et le pluralisme de l’infor¬
mation...” et de répondre “aux besoins
contemporains en matière de communication
sociale...”. Le législateur socialiste a été
conduit dans un premier temps à insister sur le
caractère “local” des radios privées en
stipulant notamment (article 81) que leur
restrictif.
couverture
d’émission doit s’inscrire dans un
cercle dont le rayon ne dépasse pas trente
kilomètres et en subordonnant l’autorisation
d’émettre, nous l’avons vu, à la constitution
“d’associations déclarées selon la loi de 1901”.
Ce qui, dans l’ordre technique et au plan
socio-économique,
signifie concrètement
d’une part que la “puissance apparente
rayonnée” (la
P. A. R.), c’est-à-dire la
puissance nominale de l’émetteur multipliée
par le rayonnement de l’antenne, ne doit pas
dépasser 500 watts et, d’autre part, que “la
collecte des ressources publicitaires et la diffu¬
sion des messages publicitaires” est interdite
qui, dans
ces conditions, pour créer et faire fonctionner
les stations doivent compter sur les cotisa¬
aux associations à but non lucratif...
tions de leurs membres, les ressources offertes
par
l’organisation de fêtes, de tombolas,,. et
bien entendu
sur
le bénévolat.
En d’autres
termes, sur de petits budgets.
Un
texte
dont
les
virtualités
sont
indéniables : la vie associative est en effet très
développée sur le Territoire. Mais un texte
déjà dépassé lors de sa promulgation et qui
devait se révéler inadapté à eertaines réalités
locales. Un dossier complexe que nous ne
ferons qu’effleurer.
Ce n’est pas tant la limitation de
puissance des émetteurs (seule Radio Tiare
avec ses 1500 watts ne respecterait pas la loi)
que le recours généralisé à la publicité qui est
en cause.
Pour les radios qui affichent leur
vocation commerciale non prévue par la loi
comme pour les autres.
S’agissant des premières, qui se sont
dotées des structures commerciales appro¬
priées tout en conservant la forme associative,
était normal, voire fatal, que dans un
Territoire d’économie libérale se développent
des médias radiophoniques dont le fonction¬
nement est lié à leur statut de supports publi¬
citaires. De là à penser que Radio Tiare est un
élément du dispositif commercial mis en place
il
par la nébuleuse constituant le groupe Aline, il
y a un pas que nous ne franchirons pas.,, faute
des éléments suffisants d’information. Une
seule chose est sûre
:
avoir
Jeff, de Radio Soleil,
beaucoup plus de mal à
équilibrer son budget de fonctionnement
(2 millions de francs par mois) que Edwin Hiu
(3 millions).
S’agissant des radios associatives qui
disposent d’autres ressources et notamment,
dans quatre cas, des subventions et des divers
avantages matériels que leur procure leur affi¬
liation à des organisations politiques, le
recours à la publicité fait davantage problème.
En fait, ces radios qui, à l’exception de
R.T.A., ont démarré avec des budgets
semble
modestes
(des investissements inférieurs à
lO millions de francs dans la majeure partie
des cas contre 20 millions pour
R.T.A.) ont
bien vite constaté - c’est un élément d’expli¬
cation parmi d’autres - que le fonctionnement
régulier d’une station au plan technique et au
plan de l’animation implique le recrutement
d’un minimum de personnel permanent.
F.M. 106 a ainsi fonctionné plus ou moins
régulièrement avec 26 bénévoles, jusqu’à son
intégration toute récente au Syndicat Parenui.
Elle
fonctionne
désormais
avec
quatre
animateurs salariés travaillant aux heures de
grande écoute (de 6hà I5hetde I8hà2l h) et
huit vacataires travaillant au forfait.
Une certaine banalisation
des programmes
Le recours à la publicité a tout naturellement
conduit les stations à axer leurs programmes
sur
la musique aux dépens d’autres formes de
communication, en “ciblant” soigneusement
leurs auditoires. Radio Tiare est une station
“hit” qui s’adresse aux jeunes en diffusant de
la musique rock ou des chansons françaises à
la mode ; Radio Soleil vise plutôt les auditeurs
âge (surtout popa'a) aimant les
françaises des années soixante ;
quant à F.M, 106, Tahiti F.M. et Radio
d’un certain
chansons
Vaihiria qui s’adressent à un public tahitien.
elles
ont
tendance
à
toujours diffuser les
mêmes rengaines à la demande des auditeurs.
Dans
cet
univers
assez
morne
où sévit le
matraquage, R.T. A. se distingue par la qualité
de certains programmes produits par d’excel¬
lents spécialistes : la station diffuse même une
heure de musique classique par semaine.
Sans être exhaustif -
nous
connaissons
mal les programmes des stations insulaires - il
faut quand même signaler l’effort conduit par
Radio Vaihiria pour animer et retransmettre
certaines manifestations locales, organiser des
débats
Page de gauche, en haut :
Radio Tahiti Api
(R.T.A.), la station du
Tahoera’a, diffuse
depuis son studio
instaiié dans les locaux
de la M.J.-M.C. de Pirae,
six bulletins
d'informations par jour :
quatre “flashes" (6h, 9h,
lOh et 17h) et deux
journaux (7h et 12h).
Principales sources
d'information ;
La Dépêche de Tahiti et
les télex de l'A.F.P.
fournis par la
Présidence.
Page de gauche, eh bas :
Radio Soleii n'est pas
suréquipée. Le matériel
de la cabine d'émission
visible ici comprend
(de gauche a droite)
les deux platines, un
amplificateur relié au
téléphone (pour les
jeux), la table de mixage
ou “console", manipulée
par Ariane, les deux
“cassettes" (qui servent
surtout à diffuser les
publicités) et leur ampli.
Radio Tiare, qui ne
diffuse pas
d'informations locales,
dispose pas de
studio. Tous les
animateurs (ici.
de gauche à droite,
Bruno au micro,
ne
Philippe, Georges et
Paul) sont autonomes
sur le plan technique.
société
(politiques, concernant des faits de
comme
les accidents de la route..,)
dans rémission de Brigitte “Toute la Vérité”.
Enfin, F.M. 106 nouvelle manière, qui se veut
un outil de communication sociale situé “entre
la mairie qui gère la satisfaction des besoins et
Syndicat d’initiative qui gère l’expression
besoins”, vient de lancer une grille de
programmes très élaborée.
Reste le problème de l’information, très
orientée sur R.T.A., beaucoup plus libre sur
Radio Soleil qui retransmet aussi R.T.L. à
l’instar de Radio Tiare qui a lancé la formule
avec Europe l. Tout un symbole.
le
de ces
99
VIVRE EN POLYNÉSIE
La presse
Le succès est immédiat : 600 exemplaires sont
premier jour, 2 000 le second mois,
2 500 à 3 000 au terme de la première année. 11
devient le premier quotidien de la place, mais
il connaît déjà les “problèmes financiers” qui
tirés le
quotidienne
Née à la fin des années cinquante et au
début des années soixante dans une Polynésie
le conduiront à sa perte...
Des
qui s’ouvre au monde extérieur, la presse
quotidienne qui compte actuellement trois
titres et tire à 20 000-25 000 exemplaires, s’est
développée au rythme de la modernisation du
Territoire. La conquête d’un lectorat de plus
en plus avide d’informations a posé aux entre¬
prises de presse, auxquelles se sont intéressés
réunis.
Des débuts modestes
“Ce bulletin
se
propose
qui pèsent
sans
doute
Mazellier de
résilier ses fonctions au bout de 13 mois pour
fonder
avec
quelques amis la Société poly¬
nésienne de Presse qui va lancer La Dépêche
de Tahiti dont le premier numéro (16 pages
d’un “format moderne” imprimées en offset)
sort le 3 août
très tôt les milieux d’affaires, de redoutables
problèmes dans l’ordre technique, au plan de
la gestion et en matière de contenu rédac¬
tionnel. Des problèmes qu’elles n’ont pas
toujours su résoudre ; à l’exception de La
Dépêche de Tahiti qui tire aujourd’hui plus
d’exemplaires que ses deux concurrents
difficultés
lourd dans la décision de Ph.
1964. Ph. Mazellier cumule les
fonctions de directeur-gérant de la S.P.P. et
de directeur et de rédacteur
en
chef de la
publication. Il a rassemblé autour de lui une
petite équipe technique et rédactionnelle
(22 personnes) qui accorde la priorité aux
nouvelles locales et notamment à l’actualité
sportive. Grâce à l’augmentation régulière de
ses tirages - 600 le premier mois, I 000 au bout
d’un mois, 2 500 au terme de la première année
La Dépêche, avec l’appui des banques, va
-
progressivement un équilibre finan¬
qui lui permet de poursuivre une
expansion régulière.
trouver
cier
Problèmes de croissance
Ainsi, au moment de l’implantation
C.E.P., trois quotidiens se partagent
du
un
qui, à défaut de se développer
rapidement - il est loin d’être saturé aujour¬
d’hui -, va devenir de plus en plus avide
d’informations. Pour vivre et se développer et
parvenir dans ce contexte de concurrence à
l’équilibre financier qui dépend très largement
(à plus de 50%) des recettes fournies par la
publicité et les petites annonces, un journal
doit conquérir ses lecteurs et les “fidéliser”, se
doter en temps opportun du matériel (de
composition et d’impression notamment) lui
permettant de faire face aux meilleurs coûts
aux augmentations de tirage et de volume.
Autant d’actions impliquant à tous les
niveaux de responsabilités dans l’entreprise
une
politique rédactionnelle cohérente et
marché
de vous entretenir
quotidiennement d’informations mondiales et
de nouvelles locales sous une forme absolu¬
ment
neutre”.
Nouvelles de
Le
Tahiti,
premier
une
numéro
des
feuille ronéotée
en
500 exemplaires, sort de
l’Imprimerie de Tahiti qui appartient à Tony
Bambridge le D''juin 1957 ; le quotidien est
recto-verso
l’œuvre de trois anciens de l’ex-Indochine
française : Roger Brissaud alors speaker à
Radio-Tahiti, et Michel Gérard et Roger
Espinasse qui se dirigeront bientôt vers
d’autres horizons médiatiques.
Une première étape dans la vie des
Nouvelles est franchie avec l’impression du
journal mais R. Brissaud se brouille avec
T. Bambridge, fervent gaulliste, quand en
1961, il affiche en première page ses
sympathies pour les putschistes d’Alger. Il
doit alors faire appel à la communauté
mormone qui possède une imprimerie pour
poursuivre la publication.
Le quotidien n’en poursuit pas moins son
chemin, agrandissant son format à deux
reprises en 1961 et en 1962, accordant de plus
en plus de place aux nouvelles locales et aux
photos qui en augmentent l’impact. L’impres¬
sion en offset, à partir de 1963, est techni¬
quement en la matière un progrès décisif qui
TWinl;
conforte cette orientation. Les Nouvelles sont
fabriquées
par
une
petite équipe conduite
fermement par R. Brissaud qui dirige la
rédaction tout en gérant prudemment une
entreprise de presse qui finit “par voler de ses
propres ailes”.
Les Nouvelles ont le monopole de l’infor¬
mation quotidienne jusqu’au 19 mars 1963
lorsque naît Le Journal de Tahiti.
T. Bambridge “qui entend continuer à peser
sur la politique locale” a confié la rédaction du
titre à Philippe Mazellier, un ancien journa¬
liste parlementaire (onze ans à France Soir, à
Paris Match...) qui, faute de capitaux, n’a pas
réussi à se reconvertir dans le transport aérien
local à vocation touristique. Le Journal,
12 pages au format 27 X 37 imprimées en
offset, entame sa carrière par un scoop en
publiant le “bulletin de naissance du C.E.P.”.
100
LES NOUVELLES
1957
1962
LE JOURNAL
LA DÉPÊCHE
LE NOUVEAU
DE TAHITI
DE TAHITI
JOURNAL
500
1100(7)
,
600 - 2 000
1963
1964
600 - 1 000
1965
2 500
1968
3 000
5 000
1970
1973
1 800
proviennent de diverses
sont très
3 000
sources,
approximatifs. Ils ne
signifient pas que tous
les exemplaires tirés ont
8 000
1975
1977
L’évolution des tirages
des quotidiens locaux.
Les chiffres cités, qui
2 000
1979
1980
1984
1986
3 500
été vendus. Si l'on s’en
tient aux chiffres
10 000
actuels, La Dépêche
2 500
7 000 - 8 000
14 000
4 000
poursuit son expansion
régulière et
Les Nouvelles décollent.
En rouge, année de création.
(1) Source : P. O'Reilly.
Quant au Nouveau
Journal, il lui reste à faire
la preuve de sa viabilité.
FORMATION ET INFORMATION
suivie,
une
prudente audace dans les inves¬
rigoureuse.
M*^
Lejeune, soupçonné de flirter
les
autonomistes,
Journal de Tahiti qui, en seize ans d’existence
l’expulser.
financiers
épisodiquement - et dans le désordre - les
nombreuses équipes rédactionnelles (une
demi-douzaine en 12 ans) qui vont se succéder
aux
Nouvelles après le départ en 1970 de
R. Brissaud à Nouméa pour fonder les
Cette dernière fait défaut, semble-t-il, au
(1963-1979)
les problèmes
changements de proprié¬
taires : la famille Bambridge, après la mort de
son chef en
1965, passe la main à Maître
Lejeune en 1967 ; en 1972, Michel Lefèvre
devient à son tour propriétaire d’une entre¬
prise qu’il dirige déjà depuis quatre ans, mais il
la cède en 1976 au groupe Martin-Bréaud qui
a
acquis une part du capital. Ce groupe
abandonne à son tour la partie en 1979,
et
accumule
les
vendant à la S.P.P. de Ph. Mazellier le titre et
une
machine à imprimer qu’il vient d’acheter.
contre
avait
avec
tissements et une gestion
défendu
l’administration
ses
qui
intérêts
finira
par
Un non-conformisme dont feront preuve
Nouvelles
calédoniennes.
En
1973, celui-ci
finit par vendre son quotidien qui bat de l’aile
en
son
absence. Les Nouvelles sont achetées
par le groupe Siu, déjà propriétaire de l’impri¬
merie Multipress, et par un certain nombre de
personnalités comme M. Law et G. Pugin. Ce
prend la direction de la nouvelle
société Multipress-Lcs Nouvelles qui fait de
l’imprimerie et édite le quotidien ; celle-là
Un investissement trop tardif - le matériel est
dernier
fidèles. Un non-conformisme dont il avait fait
qui n’a aucune ligne rédactionnelle
précise. La situation se dégrade quand la
société, dans un premier temps, fait un
depuis longtemps hors d’usage - qui ne
permettra pas au Journal de remonter la
pente, car, en changeant de propriétaire, il
perd le ton d’impertinence qu’avait su lui
donner M. Lefèvre et qui lui valait des lecteurs
preuve
en
1970
quand
son
propriétaire
marchant mieux et comblant les déficits de
celui-ci
mauvais choix
en
achetant
une
machine à
imprimer, une Rotagazette, beaucoup moins
performante que la rotative que la S. P. P. lui a
proposé d’acheter en commun, et quand, dans
un second temps, elle acquiert une machine à
imprimer “2-couleurs” pour répondre à la
concurrence
de
Bill
Ravel qui, devenu
propriétaire de l’imprimerie Peaucellier, a
apporté
Nouvelle-Calédonie une “4groupe Siu devient alors
actionnaire majoritaire et reprend en main la
gestion de l’entreprise puis, après un premier
essai infructueux, confie la rédaction du
journal à une équipe rédactionnelle dirigée
par Lucien Maillart qui, depuis les élections
territoriales d’avril 1986, suit une ligne plus
couleurs”.
cohérente.
de
Le
Les
Nouvelles
sont
toujours,
semble-t-il, déficitaires,
mais elles ont
fortement augmenté leur tirage depuis 1986.
Les gens heureux n’ont pas d’histoire et la
réussite de La
Dépêche souligne a contrario
les erreurs de ses concurrents. Les facteurs de
cette
réussite
assure
été
:
la continuité du
capital qui
la continuité d’une gestion qui n’a pas
interrompue par l’entrée minoritaire du
Le service technique des
Nouvelles. Dans ce
laboratoire sont réalisés
la photogravure et le
titrage.
En haut, à droite :
La Dépêche : la salle de
photocomposition.
Cette technique
consiste à traiter sur
ordinateur les textes qui
sortent sur un film
transparent. Le choix
des caractères, leur
taille, les titres, la mise
page, les
corrections.,, la machine
en
permet tout cela avec un
gain de temps et une
qualité visuelle et
graphique sans égale,
La rotative de
La Dépêche. Cette
machine (chaque
groupe est capable
d'imprimer 8 pages
recto-verso) permet de
tirer et de plier d'un seul
jet 56 pages dont 8 en
quadrichromie.
101
POLYNÉSIE
VIVRE EN
groupe Martin-Bréaud dans la S.P.P. Une
gestion prudente qui a permis à Ph. Mazellier
d’acquérir en 1980 une rotative pour faire face
à une augmentation de la demande qu’il ne
pouvait plus satisfaire, puis de monter un
atelier
de
notamment
et
photo-composition
permettant
d’améliorer la qualité graphique
visuelle de La Dépêche.
Dernier facteur de réussite et
non
des
beaucoup de postes de responsa¬
bilités sont tenus par des hommes et des
moindres
:
qui ont participé au lancement du
quotidien. A la rédaction notamment, avec
Michel Anglade. directeur de la publication;
et François Nanai, rédacteur en chef. Cette
cohésion et cette continuité dans la politique
éditoriale vont jouer un rôle décisif dans la
conquête d’un lectorat qui reste fidèle à un
Journal devenu une véritable institution sur le
plan local.
femmes
Les débuts
R.F.O.
R.F.O., en tant que média contrôlé par
l’État, est née en 1958 quand Radio Tahiti-La
Voix de la
France, fondée
1949,
en
a
été
intégrée à la R.T.F. qui deviendra l’O.R.T.F.
puis F.R. .7 avant de prendre sa dénomi¬
nation actuelle. La station, dont les dépenses
(en investissement et en fonctionnement) ont
beaucoup augmenté ces dernières années (de
près de 23% entre 1984 et 1985 en passant de
610 à 748 millions de F), couvre prati¬
quement l’ensemble du Territoire, y compris
télévision grâce au système Vidéo-
en
Archipels mis en place en 1979. En tant que
service public. R.F.O. s’adresse à toutes les
catégories socio-ethniques de la population,
quelle que soit leur classe d’âge : ses pro¬
grammes sont donc généralistes.
Quand .Jean d’Anet d’Astier de la Vigerie - il
représente F. Mitterrand, ministre de la
France
d’Outre-Mer
débarque sur le
-
1949 pour monter un “service
d’information” qui va devenir Radio TahitiTerritoire
en
La Voix de la France, une station radiopho¬
nique (le Radio-Club-Océanien) créée par des
sans-filistes passionnés, dont A. Poroi, existe
déjà depuis 1935. .Ses animateurs du moment,
Marc
Darnois
installés
“baraque en planches” située en face de la
caserne. Grâce à un émetteur de 200 watts loué
à Tony Bambridge, ils diffusent tous les jours
à partir de 18 heures un quart d’heure
d’information en français et en tahitien, puis,
nous dit “Le Mémorial”. M. Darnois branche
la ligne téléphonique directe sur le Quinn’s...
Le studio de télévision
dans les années 1970.
Presse d’information
Tandis qu'on tourne une
et presse d’opinion
émission, une
speakerine attend pour
passer à l'antenne. Si les
émissions sont alors en
noir et blanc et les
La presse quotidienne est une presse d’infor¬
où les affaires locales
l’inexistence de magazines
spécialisés conduit à aborder les domaines les
plus variés : politique internationale,
nationale et locale, faits divers, sports, loisirs,
mariages, naissances, nouvelles religieuses,
mation
Martin, se sont
d’Urville dans une
.John
et
Dumont
rue
générale
dominent et que
moyens techniques
limités, on peut noter
que les locaux resteront
les mêmes... toujours
trop exigus.
mondanités, courrier des lecteurs... On
même, jusque dans les années 1975,
trouvera
rubrique arrivées-départs, photos de
quittant Tahiti ou,
rentrant au pays. Elle disparaîtra d’elle-même
quand le trafic aérien deviendra trop
important.
Par contre, apparaissent de nouvelles
rubriques qui traduisent une plus grande
ouverture des lecteurs polynésiens à l’infor¬
mation. Les pages consacrées aux îles se sont
multipliées, tout comme celles consacrées au
Pacifique qui pendant longtemps s’est réduit à
la Nouvelle-Calédonie. Une presse d’informa¬
tion mais aussi, de plus en plus, une presse
d’opinion. Certes les trois quotidiens
s’adressent à leurs lecteurs par delà leurs
croyances religieuses et leurs convictions
politiques. Ce qui ne les empêche pas de
prendre position dans certains domaines : ils
sont partisans de la présence française dans le
Pacifique et vigoureusement anticommu¬
nistes. Longtemps bridés par le. pouvoir
colonial, ils sont devenus depuis une dizaine
d’années parties prenantes dans le débat
politique local. Madame Christine Bourne a
donné l’exemple dans La Dépêche en publiant
de vigoureux articles contre le Front Uni et en
apportant un soutien inconditionnel et
passionné à Gaston Flosse. Quant aux
Nouvelles dirigées par L. Maillart, elles
critiquent vigoureusement aujourd’hui après
l’avoir soutenue l’action de l’ancien président
du gouvernement, l’accusant de dirigisme et
d’affairisme. Faut-il ajouter qu’en com¬
mandant certains sondages et en m.enant de
solides enquêtes sur les problèmes d’actualité,
initiative suivie depuis peu par la concur¬
rence, ce quotidien contribue à faire de la
presse locale une presse moderne d’infor¬
mation et d’opinion.
une
familles et de personnes
102
PAOPAO
baie de Cook
maharepa
La presse dans l’archipel
de la Société. Ce
sondage (au 1/50e dans
les îles du Vent et au
1/60e à Raiatea, Tahaa
et Huahine), réalisé en
décembre 1985 alors
que deux journaux
étaient diffusés, montre
clairement que les taux
de pénétration et de
lectorat de la presse, qui
sont globalement très
PAPETOAI
les résultats de cette
baie d'Opunohu
enquête réalisée par
faibles, diminuent
naturellement avec la
distance. Nous publions
l'I.T.STAT. avec
l'aimable autorisation de
l'Institut de Recherches
médicales Louis
Malardé.
^AAPITI
La pénétration de la presse dans l’archipel de la Société.
RADIO MA
RADIO MA ET TV
ménages sondés (nombres et pourcentages)
E
zone
TV
urbaine
_
S =
g
i c
3
^
M
O
a
jrt
jamais
irrégulièrement
régulièrement
tous les jours
234
62%
90
65%
51
76%
82
22%
37
27%
8
12%
8
2%
1
1%
0
0%
14%
9
7%
8
12%
TOTAL
377
53
100%
137
100%
67
100%
Le lectorat dans l’archipel de la Société (lecteurs de plus de 14 ans).
lecteurs sondés (nombres et pourcentages)
zone
urbaine
zone
rurale
îles Sous-le-Vent
-|- Moorea
O
(0
3
3
E ^
S 3
.2
jamais
irrégulièrement
régulièrement
tous les jours
642
66%
241
65%
158
70%
199
20%
98
27%
45
20%
14
20%
3
1%
0
0%
120
12%
27
7%
22
10%
TOTAL
975
100%
369
100%
225
100%
■
RADIO MF
RADIO MF ET TV
STATION TERRIENNE
A
CP
SATELLITE
PROJET
CENTRE DE PRODUCTION
FORMATION ET INFORMATION
Darnois
M.
Martin
émissions
socio-éducatives.
Les moyens
naturellement succéder à eux-mêmes et Radio
Radio Tahiti
Tahiti prendre le relais du R.C.O. Grâce aux
augmenter une première fois, en 1954, quand
elle est prise en charge par la Sorafom et une
petit noyau de reporters-cameramen
locaux, dont R, Espinasse, le futur directeur
de la station, et M. Darnois, filment les évé¬
nements locaux, fabriquent des documen¬
R.T.F. 11 lui faudra encore changer deux fois
la ville et notamment au cinéma “Bambou” de
T. Bambridge, toujours lui. L’étonnement des
et
J.
vont
tout
quelques
crédits, très insuffisants, de la
F.O.M. que viennent compléter les recettes
publicitaires, la station crée de nouvelles
émissions vite populaires : des jeux, le “Disque
sont
de
modestes, mais ils vont
seconde fois, après le référendum constitu¬
tionnel de 1958, quand elle est intégrée à la
des Auditeurs”, “Allô les îles” ; elle retransmet
certaines manifestations. Somme toute une
radio “locale” qui s’efforce d’informer et de
sigle (O.R.T.F. et R.F.O.) pour prendre
progressivement le visage qu’on lui connaît
aujourd’hui.
Quand, en octobre 1965, les techniciens
de la R,T.F. procèdent aux premiers essais
télévisés, les Polynésiens ont une certaine
habitude des images. Depuis longtemps déjà.
de
distraire son auditoire tout en travaillant à la
promotion de la langue française, sans
négliger pour autant les locuteurs tahitiens à
qui sont plus particulièrement destinées des
un
taires... qui sont projetés dans les cinémas de
téléspectateurs regardant ce qui se passe sur
les “étranges lucarnes”, installées dans les
mairies de Papeete, Faaa et Pirae, au stade de
Fautaua ou à la poste, n’en est pas moins
grand. Ce qui ne les empêchera pas de
s’habituer
rapidement aux programmes
présentés par Michèle de Chazeaux. D’abord
peu cohérentes - aux images d’actualités
succèdent les courts métrages - les émissions
de télévision vont peu à peu s’inscrire dans une
véritable “grille”.
Aujourd’hui, il existe
50 000 téléviseurs dans le Territoire, au moins
un
par famille.
Des moyens importants
La R.T.F. a dû attendre 1966 pour disposer
d’une maison digne de ce nom qu’elle agran¬
dira
plus tard
en
récupérant les bâtiments
services de la Circonscription
administrative des îles du Vent. R.F.O. n’en
abritant
est pas
les
moins aujourd’hui à l’étroit dans les
locaux où travaillent les 74 agents perma¬
journalistes en langue française et 5 en
tahitienne, 29 techniciens radio¬
télévision, des animateurs et le personnel
administratif) qui ont la responsabilité de
nents (6
langue
faire fonctionner la station. Une station
MARINA
La régie vidéo-son de ce
qui est alors F.R.3,
Pte Vénus
PAPEETE
Radio Télé Tahiti,
Ville
CP
pendant la présentation
Papenoo
▲
ARUE
A *
PAPENOO-Térri.
PAPEETE
Pic Rouge
MONT MARAU
Pic Vert
des informations en
langue tahitienne.
TiAREI.
PahohuA
A
MAHAENA
Putaiamo
Le réseau de
Télédiffusion de France
des besoins des sociétés
de programme du
(T.D.F.) dans l’archipel
"Organisme de service
publie de la
,
;
radiodiffusion sonore et
de la télévision, T.D.F. -,
doit principalement
exploiter et maintenir
en
état de fonctionner,
développer en fonction
fort
bien
service public ou de
ceux des titulaires de
de la Société.
PUNAAUIA
au
équipée puisque,
indépendamment de ses trois studios (deux
studios radio et un studio télé), elle comprend
un
laboratoire de développement, trois
cellules de montage-film et une cellule vidéo,
une cellule de montage radio, une salle de
projection, une discothèque, une cinéma¬
thèque, une cellule de réception des images
monitoring... Un matériel fixe que viennent
compléter les trois cars radio, vidéo et trafic.
demeurant
concession, adapter en
fonction de l’évolution
de la technique,
l’ensemble des réseaux
nécessaires à la
diffusion des
programmes".
(Document T.D.F.).
Papeari
PAPAREVA^
TARAVAO
Mahaiatea
Pueu
Vairao
BORA BORA
m
•Teahupoo
VAITAPE Pahonu
UTUROA
Tapioi
Le journal télévisé de
R.F.O. en langue
française est présenté ici
par E. Raapoto qui est le
premier à le faire aussi
bien en français qu'en
tahitien. Les
programmes sont
MOOREA^
Oo
composés en majeure
partie d'émissions
envoyées de Métropole
10 km
sur
bandes
magnétiques, mais une
part de plus en plus
grande est faite aux
transmissions par
satellites et, dans les
limites des moyens
financiers ettechniques,
à des émissions
produites localement,
par R.F.O. ou par
l'Institut de la
Communication
audiovisuelle (I.C.A.).
103
VIVRE EN
POLYNÉSIE
Grâce
au
réseau d’émetteurs de T.D.F.
du Mont Marau, de la pres¬
qu’île, de Raiatea, de Moorea et de Mahina
(ondes courtes) qui diffusent ses émissions en
ondes moyennes et, depuis la création des
radios privées, en modulation de fréquence,
R.F,O. couvre en radio, mais pas toujours de
du Pic rouge,
manière très audible dans les îles lointaines, la
totalité du Territoire. En télévision, elle n’ar¬
rose
directement que l’archipel de la Société,
mais grâce au système Vidéo-Archipels créé
1979 par le haut-commissaire Cousseran,
en
trente-trois
îles
extérieures
reçoivent
par
avion ou par bateau des programmes (quinze
heures par semaine en moyenne)
ment sélectionnés et enregistrés.
préalable¬
Certaines
communes
sont
équipées de stations
émettrices, permettant aux habitants de
capter les émissions chez eux. Quand ce n’est
pas le cas, la retransmission a lieu dans une
salle de projection commune.
Des programmes variés
Dans
les
Mémorial”,
heures
de
soixante, selon “Le
Radio Tahiti diffusait quatre
années
programme
par
jour (six
le
dimanche), dont 30% environ en langue tahi¬
Un reportage télévisé en
direct.
Le cameraman tourne,
en liaison avec le
réalisateur qui, à
l’intérieur du cartélévision de R.F.O., lui
donne des indications
et fait le choix des
diverses prises de vue.
Cette production est
ensuite transmise par
104
câbie jusqu'au car de
T.D.F. qui, grâce à
l'émetteur et à l’antenne
munie d’un réflecteur,
l’envoie à l’antenne du
Mont Marau.
Après un aller-retour au
siège de R.F.O.,
l’émission est diffusée
les divers
réémetteurs... jusqu’aux
vers
postes de télévision.
tienne ; en 1965, la R.T.F. radio est présente à
pendant 9 h 30 ; en 1986, la durée
moyenne des émissions (de 5 h 30 à 23 h) est de
17 h 30 : un quart d’entre elles sont en langue
tahitienne et pour 85%, il s’agit de produc¬
tions locales. Des programmes qui, en 1985,
selon les résultats d’un sondage effectué pour
le compte de l’Institut Malardé, ne souffraient
pas trop de la concurrence des radios privées.
Des programmes qui par ailleurs constituent
actuellement le seul média dont disposent les
habitants des îles éloignées pourêtre à l’écoute
du monde extérieur. Faut-il préciser que
chaque jour, la radio, grâce notamment aux
l’antenne
émetteurs
ondes
certaines îles les
Postes
et
courtes,
messages
retransmet
dans
de l’Office des
Télécommunications,
Dans
une
Polynésie où les familles sont dispersées sur
un Territoire à l’échelle de l’Europe, la radio
est devenue le seul lien rapide et efficace
permettant de sauvegarder le contact dans les
moments importants de la vie.
La télévision qui est actuellement - notre
sondage l’affirme - le média le plus fidèlement
suivi par les habitants du Territoire quels que
soient leur âge et leur origine socio-ethnique,
ne connaît pas encore la concurrence du privé.
Présente à l’antenne (et en couleurs depuis
1978) 7 h 30 par jour en moyenne, elle allonge
programmes le dimanche. Les émissions
ses
proviennent d’une sélection des trois chaînes
nationales. Un système de distribution en
permet l’acheminement sous forme de bandes
vidéo dans un délai de deux ou trois semaines.
La
sélection
s’effectue
à
Paris
en
tenant
compte des désirs et des avis d’une commis¬
personnalités locales. Elle
chaque semaine un condensé des
sion composée de
propose
meilleures émissions métropolitaines avec un
équilibre entre les divers genres : magazines
d’actualités, variétés, fictions, documen¬
taires, films, productions pour la jeunesse...
De plus, depuis la construction de la station de
réception satellite de Papenoo, R.F.O. reçoit
chaque jour de Paris trente à quarante
minutes de reportages d’actualités.
La production télévisée locale est presque
entièrement
concentrée
sur
l’actualité
:
quarante-cinq minutes d’information quoti¬
en français et en tahitien et quatrevingt-dix minutes hebdomadaires de
magazines. A cela s’ajoute la couverture
d’événements importants comme les Jeux du
Pacifique Sud, le Tiurai, le championnat du
monde des
pirogues, certains débats à
dienne
l’Assemblée territoriale...
7 La vie politique
La politique passionne les habitants
ce campagne”
Territoire : il suffit des’enconsulter
la presse
politicien de
“en
convaincre.
Les
de suivre un
pour
échéances électorales et notamment les scrutins qui permettent la désignation des
conseillers à l’Assemblée territoriale constituent les temps forts du débat politique. Un
débat animé par les partis qui, dans un système de démocratie représentative Yvo/'r
locale
ou
chapitre 3), instituent la nécessaire médiation entre les citoyens-électeurs et les élus,
choisis en leur sein, qui ont précisément pour mandat de les représenter.
Des partis qui, pour les plus importants d’entre eux, sont à la fois des “partis de
masse” et des “partis de clientèle”, ce qui les oblige, quelle que soit par ailleurs la
structure, ancienne ou plus moderne de leurs organes de direction (pour leTahoera’a
et le la Mana) à être très solidement implantés à la base, pour encadrer l’électeur et
capter son suffrage.
Des partis de masse, dans la mesure où le débat politique s’organise autour de
quelques grands thèmes dont le contenu a, bien entendu, évolué dans le temps, qu’il
s’agisse des problèmes institutionnels, du C.E.P. ou des objectifs plus concrets qui, en
matière de développement économique et social ou de protection du patrimoine
culturel, conditionnent le devenir de la société.
Des partis de clientèle aussi. Une organisation politique, pour réussir
\
électoralement, à l’échelleterritorialecommeà l’échelle locale (scrutinscommunaux),
doit “garder en permanence le contact avec la population” et avoir pour candidats modes de scrutin et découpage électoral obligent - des hommes bien implantés dans
leur environnement socio-géographique. Une situation qui, comme chacun le sait,
n’est pas sans inconvénients au plan de la morale politique.^
La vie politique est très personnalisée dans le Territoire et un parti ne saurait
conquérir ou conserver le pouvoir - objectif (ultime ?) de son action - s’il n’est pas
dirigé par un leader charismatique capable de forger un large consensus autour de lui.
John Teariki et surtout Francis Banford, qui se sont durement combattus avant de
s’allier au sein du Front uni pour arracher le statut de 1977 à la Métropole, sont
incontestablement de ces hommes-là. Tout comme Gaston Flosse qui les a chassés du
pouvoir en 1982 et qui depuis lors règne sans partage sur le Territoire, sans rencontrer
d’adversaire
le vocable est faible à sa mesure. Sauf peut-être Jacqui Drollet dont la
jeune popularité, sanctionnée par un sondage récent {Les Nouvelles du 26 novembre
1986), dépasse très largement l’audience de son parti
et qui, en matière institu¬
tionnelle comme en termes de société, propose aux Polynésiens des choix alternatifs.
-
-
...
La multiplication
des partis politiques
Les partis fondateurs
Après vingt années d’affrontements virulents
partisans d’une autonomie accrue et
les défenseurs du maintien de la présence
française, deux formations “mères” vont
s’affirmer sur l’échiquier politique polynésien
au seuil des années soixante. D’une part le
parti fondateur des thèses autonomistes, le
Rassemblement démocratique des
Populations tahitiennes (R.D.P.T.) créé en
novembre 1949 par Pouvanaa a Oopa
d’autre part, l’Union tahitienne démocra¬
tique (U.T.D.) qui avait reçu en 1959 l’appa¬
rentement de ru.N.R. français avec comme
dirigeants le maire de Papeete, Alfred Poroi,
et un avocat, Rudolph Bambridge.
Ce qui apparaît alors comme l’une des
caractéristiques de la vie politique est le frac¬
tionnement en chaîne des partis. En juillet
1962, une scission s’opère au sein de l’U.T.D.^
U.N. R. Maître Rudolph Bambridge donne sa
démission au profit d’Alfred Poroi, dont le
parti reprend l’appellation U.T.D., et fonde
l’Union tahitienne (U.T.) pour laquelle il
reçoit l’apparentement de l’U.N.R. qui le
entre les
retire à l’U.T.D. Du côté du R.D.P.T., un
similaire se déroule. Fruit de
scénario
plusieurs années d’une lutte violente pour le
Les élections
constituent le moment
privilégié de la vie
politique, qu'il s'agisse
pour les électeurs de
suivre les candidats en
campagne (à gauche,
une réunion chez
Alfred Poroi qui brigue
sa réélection à
l'Assembléeen 1967) ou,
au moment du scrutin,
de se pressera proximité
des bureaux de vote
(en haut, installés à la
mairie de Papeete).
Quant aux candidats, la
passion partisane peut
les aveugler (ci-dessus,
Jacques Vii, maire de
Punaauia, tentant
d'interdire l'entrée d'un
bureau de vote à
G. Flosse lors des
élections à l'Assemblée
territoriale de mars
1986).
105
VIVRE EN POLYNÉSIE
pouvoir entre Pouvanaa a Oopa et son lieute¬
Jean-Baptiste Heitarauri CéranJérusalemy, ce dernier quitte le R.D.P.T. et
crée le Pupu Tiama Maohi (P.T.M.) en,août
nant
1962.
J
La dissolution du R.D.P.T. et du P.T.M.
par décret du 5 novembre 1963 va accentuer
les divisions sinon la confusion au sein de la
politique et susciter la création de
nouveaux partis. Le 18 novembre 1963, J.-B.
Céran-Jérusalemy reconstitue le Pupu
Tahoera’a Maohi en appelant à “l’indépen¬
classe
dance dans l’association avec la France”, mais
il
qu’une audience très restreinte.
Jusqu’au 5 janvier 1965, l’U.T.D. s’était
entendue avec le R.D.P.T. pour former une
majorité à l’issue des élections du 14 octobre
1962. Mais, après un renversement d’alliances
spectaculaire, l’U.T.-U.N.R. fera bloc avec le
R.D.P.T. pour rejeter l’U.T.D. dans l’oppo¬
n’aura
sition. C’est à la suite et en réaction à “cette
triste affaire” que plusieurs membres de l’exR.D.P.T. vont créer le Pupu Here
Nuna’a ia ora, en février 1965.
Ai’a te
En
septembre de la même année, Jean
Millaud fonde le Te E’a ’Api no Polynesia,
parti favorable à l’accession du Territoire à
autonomie interne. Lors des élections
territoriales du 1er septembre 1967, malgré
leur désaccord sur la question du retrait du
son
Centre
d’Expérimentation du Pacifique,
Francis Sanford et John Teariki forment, à la
tête de leurs partis respectifs, une nouvelle
majorité favorable aux thèses autonomistes.
Le Te E’a ’Api enlèvera neuf sièges, le Pupu
Flere Ai’a sept, tandis que l’U.T.-U.N.R. en
obtiendra sept et l’U.T.D. trois.
La multiplication des partis
“indépendants”
Au sortir des élections territoriales de 1967,
tendance qui peut être qualifiée de
une
centriste
se
développer
longtemps par Alfred Poroi va s’amplifier
particulier, l’apparition simultanée
des Indépendants d’Action économique et
avec, en
Api no Polynesia de Charles Taufa. Ces deux
partis fusionneront dans le Te Au Tahoera’a
fondé en septembre 1971 et conduit par
représenter une force homogène,
(POUVANAA A OOPA - novembre 1949)
l’Assemblée territoriale
qu’il
y a
de partis
r
r
ITIENi
UNION TAHITIENNE
DÉMOCRATIQUE (U.T.D.)
PUPU HERE AI'A TE NUNA’A IA ORA
Ifred F
(Alfred
POROi - juillet 1962)
(Tete PARAU - février 1965)
t
PUPU TIAMA MAOHI (P.T.M.)
(J.-B. CÉRAN-JÉRUSALEMY - août 1962)
derniers
se
politiques traditionnelles. Cette nouvelle
politique va peser constamment sur la
constitution des différentes majorités, souvent
trop courtes pour espérer gouverner seules.
C’est ainsi que l’Union tahitienne, qui devient
l’U.T.-U.D.R. en septembre 1971 avec comme
nouveau président Gaston Flosse, aura besoin
du soutien du Te Au Tahoera’a et des petites
listes élues dans les archipels pour gouverner,
à
l’issue
des
élections
territoriales du
10
septembre 1972. Dans le camp adverse, quand
le Pupu Here Ai’a et une partie du Te E’a ’Api
formeront le Front uni pour l’Autonomie
interne au lendemain de l’occupation de
l’Assemblée territoriale en juin 1976, ils feront
alliance avec une partie de ces mêmes listes
pour remporter les élections territoriales du 29
mai 1977.
Malgré ces va-et-vient entre les partis
UNION TAHITIENNE (U.T.)
(Alfred POROI - décembre 1956)
r
Charles Taufa.
parce que souvent éclatée en autant de sièges à
DES POPULATIONS TAHITIENNES (R.D.P.T.)
ces
force
sociale de Erantz Vanizette et du Tahoera’a Ui
Sans
RASSEMBLEMENT DÉMOCRATIQUE
s’imposer puis
va
considérablement tout au long des années
soixante-dix. Cette tradition amorcée depuis
indépendants représentés,
caractérisent par une certaine propension à
osciller entre les deux grandes tendances
UNION TAHITIENNE DÉMOCRATIQUE
(U.T.D.-U.N.R.)
(Rudolph BAMBRIDGE - août 1958)
UNION TAHITIENNE DÉMOCRATIQUE
(U.T.D.-U.N.R.)
U- \.Ï5--U.Ï\iR
(Rudolph BAMBRIDGE - août 1958)
TE E’A API NO POLYNESIA
(Jean MILLAUD-septembre 1965)
■ ■
FRONT UNI POUR
H
TE AU TAHOERA’A
(Charles TAUFA - septembre 1971 )
M
L’AUTONOMIE INTERNE
IA MANATE NUNA'A
(Jacques DROLLET ■ février 1976)
t
(Francis SANFORD, John TEARIKI,
Frantz VANIZETTE - juin 1976}
UNION TAHITIENNE (U.T.-U.D.R.)
noverr
(Michel LAW - novembre
1976)
DE LA POLYNÉSIE
I
(F.L.P.)
(Oscar TEMARU • mai 1977)
TAHOERA’A HUIRA’ATIRA
(Gaston FLOSSE - mai 1977)
i
A'IA API
(Émile VERNAUDON
r
-
mars
uiiÇ
I
PUPU TAINA
TAINi
FRONT DE LIBÉRATION
b.'i
(Gaston FLOSSE - août 1971)
1982)
POLYNESIA NO ANANAHI
TE E'A NO MAOHI NUI
(Daniel MILLAUD - août 1985)
(Jacquie GRAFFE - décembre 1982)
r
I
AMUITAHIRAA NO PORINESIA
(Quito BRAUN-ORTEGA. Jacquie GRAFFE,
Tinomana EBB, Émile VERNAUDON - mars 1986)
formation ayant
fait scission
union
ponctueiie
iNDÉPENDANTiSTES
t formation
dissoute
sommeii
PARTiSANS DE L'ÉTAT ASSOCiÉ
fusionné
Q
106
aiiiance ponctuelie
t formation ayant
ou en
Formation et filiation des partis politiques de Polynésie française.
□ □ □
formation existant encore
formation représentée à i’A.T.
AUTONOMiSTESxl
iNDÉPENDANTS
PARTiSANS DU MAiNTiEN
DU TERRiTOiRE
i/
AU SEiN DE LA RÉPUBLiQUE
LA VIE POLITIQUE
autonomistes et l’U.T.-U.D.R., ces derniers
vont réussir à conserver leur intégrité et à
éviter en grande partie les scissions. A partir
de
1976, le groupe des indépendants va se
trouver
nés
de
augmenté de deux nouveaux partis,
l’éclatement
de
communauté
la
sur la question de l’autonomie. Le
Pupu Taina (parti des libéraux) de Michel
Law sera fondé en novembre 1976. Quelques
mois plus tôt, en avril, Arthur Chung
constitue le Ta’atira Polynesia (parti d’entente
polynésienne). Bien qu’indépendants, le Pupu
chinoise
Polynesia vont afficher
sympathies respectives pour l’U.T.U.D.R. et le Pupu Here Ai’a.
Taina et le Ta’atira
leurs
Mais
c’est
bien
évidemment dans les
archipels des Marquises, des Australes et des
Tuamotu-Gambier que les petits partis margi¬
naux ont le plus tendance à se multiplier. En
25 ans de consultations électorales, plusieurs
dizaines de petites formations proposeront
leurs suffrages aux électeurs des îles et
viendront
se
“satelliser”
indifféremment
grands blocs
politiques quand elles seront élues. L’exemple
le plus caractéristique de cette tendance est
celui de Guy Rauzy, réélu aux Marquises à
quatre reprises. Élu sur la liste du Te E’a ’Api
aux
territoriales de 1967, il crée ensuite
autour
l’Union
de l’un
ou
l’autre des
marquisienne. et fait successivement
alliance avec l’U.T.-U.D.R. en 1972, le Front
uni pour l’Autonomie interne en 1977 et le
Tahoera’a Huira’atira en 1982. En 1986,Usera
élu sur la liste de ce dernier.
L’éclosion du courant
indépendantiste
L’apparition d’un courant indépendantiste
enjeux élec¬
toraux. Près d’une dizaine de partis arrivent
sur le terrain politique entre 1976 et
1980.
Trois formations, de la plus radicale à la plus
modérée, vont marquer la fin de cette
diversifié vient bouleverser les
décennie. Le Te Ta’ata Tahiti Tiama, créé en
mai 1976 par Charlie Ching, sera le plus
virulent mais ne bénéficiera que d’une faible
audience.
Front
Le
de
Libération
de
la
Polynésie (F.L.P.), fondé en mai 1977 par
Oscar Temaru, veut rompre lui aussi le cordon
ombilical
la France. 11 obtiendra deux
avec
sièges aux élections territoriales du 16 mars
1986. Plus modéré, le la Mana Te Nuna’a,
dirigé depuis sa création en février 1976 par
Jacques Drollet, propose la réalisation d’un
programme socialiste autogestionnaire tout
en se situant dans la perspective de l’indé¬
pendance.
L’éclatement du front
autonomiste
En
mai
1977,
l’U.T.-U.D.R. change
son
devient le Tahoera’a
Huira’atira (rassemblement populaire) qui
reçoit l’apparentement du R.P. R. français. Il
appellation
et
confirme ainsi sa stabilité face à la crise gran¬
dissante qui divise le camp des autonomistes
et la décomposition
qui s’en suivra. En mars
1982, à la veille des élections territoriales du 23
mai, Émile Vernaudon quitte le Te E’a ’Api et
fonde le Ai’a ’Api (terres nouvelles) qui se veut
favorable au transfert aux instances élues de la
Polynésie des compétencces ayant trait à la vie
politique, économique, sociale et culturelle.
Après l’échec essuyé aux élections territo¬
riales du 23 mai 1982, où il ne disposera plus
que d’un seul siège, le Te E’a ’Api va réviser ses
orientations. En août 1985, il prend l’appella¬
tion Te
E’a
no
Nui,
Maohi
avec
comme
président le sénateur Daniel Millaud, et milite
pour faire de la Polynésie un État associé à la
France.
Du côté du
accidentel de
son
Here
Ai’a, après le décès
leader John Teariki, une
lutte d’influence oppose le nouveau président
parti en décembre 1983, le
député Jean Juventin, et son vice-président,
élu à la tête du
Tinomana Ebb. Ce dernier démissionne du
Here Ai’a et fonde le Te Aratia o te Nuna’a (la
voix du peuple), en janvier
élections territoriales du
1985. Au soir des
16
mars
1986, les
partis nés des querelles intestines
des diverses tendances autonomistes repré¬
sentées jusque-là à l’Assemblée territoriale
vont se recomposer en deux fractions princi¬
pales : le Ta’atira Polynesia de Arthur Chung
va rejoindre les rangs du Here Ai’a ; avec le
Polynesia no Ananahi, constitué en décembre
1982 par l’indépendant Jacquie Graffe, le Te
Aratia o te Nuna’a et le Ai’a ’Api vont
fusionner dans le Amuitahira’a no Polynesia
(union pour la Polynésie) en mars 1986.
différents
Cette plaque
commémorative érigée
suriacommunede Faaa,
fief d'Oscar Temaru,
leader du F.L.P.,
symbolise le fhème
sous-jacent à
l’indépendantisme dur :
le rejet de toute
présence française.
Le Front uni, dirigé par
Francis Sanford
(ci-dessus), n'a pas
survécu à la défaite
électorale de 1982.
L’AmultahIra’a, dont on
reconnaît ici les
principaux dirigeants
(de gauche à droite :
“Quito" Braun-Ortega
micro, J. Graffe qui a
pris ses distances à
l’égard du parti,
au
Emile Vernaudon et
Milou Ebb, constitue
actuellement la
principale force
d’opposition au
Tahoera’a, le parti
de G. Flosse.
107
VIVRE EN POLYNÉSIE
Les élections
Les législatives
C’est à juste titre que la Polynésie fran¬
çaise a été qualifiée de “terres d’élections” car
depuis 1958, d’une consultation à l’autre, les
électeurs polynésiens se sont rendus aux urnes
au moins une fois
par an en moyenne. Mais,
de tous les types de consultations, c’est
criptions électorales forment les dispositions
les plus importantes des textes organisant les
élections législatives qui ont lieu tous les cinq
ans en Polynésie française.
Jusqu’en 1985, la loi n“ 66-1023 du 29
décembre 1966 stipulait l’élection des députés
à l’Assemblée nationale représentant les Terri¬
l’élection des conseillers à l’Assemblée terri¬
qui demeure l’enjeu principal des
partis, car c’est à cet échelon de la vie politique
locale que se dessinent les grandes destinées
du Territoire. Les législatives, les prési¬
dentielles ou les municipales ne servent qu’à
confirmer les choix des électeurs, souligner les
particularismes ou tester l’audience réelle de
tel ou tel projet politique.
toriale
L’organisation des élections
territoriales
L’organisation des élections territoriales
relève principalement des dispositions de la loi
n° 52-1175 du 21
octobre 1952 qui fut
promulguée afin de fixer les règles relatives à
la formation et à la composition de l’Assem¬
blée territoriale én Polynésie française. Ce
texte de base complète le décret n° 46-2379 du
25 octobre 1946 portant création de la
première assemblée représentative. La
procédure en vigueur pour ce type de consul¬
Le mode de scrutin et le nombre de circons¬
toires
d’Outre-Mer
au
scrutin
uninominal
majoritaire à deux tours. La loi n° 85-689 du
lOjuillet 1985 substitue àce modede représen¬
tation le scrutin de liste à la représentation
proportionnelle à la plus forte moyenne.
S’agissant du nombre de circonscriptions
électorales, l’ordonnance n'’ 58-227 du 4
février 1959 avait organisé le Territoire de la
Polynésie française en une circonscription
unique. Cette disposition sera plus tard
abrogée par la loi n° 77-1340 du 8 décembre
1977 et remplacée par un découpage en deux
circonscriptions électorales avec, pour
chacune d’entre elles, un député à élire.
Depuis la loi de 1985, le Territoire de la
Polynésie française ne forme plus qu’une seule
circonscription dans laquelle il y a toujours
deux sièges à pourvoir.
Les municipales
L’organisation
renouveler
les
des
élections
en
vue
de
Conseils
municipaux est
soumise depuis les municipales de mars 1983
au
régime du code électoral français. Les
membres des Conseils municipaux sont élus
pour six ans au scrutin de liste majoritaire à
deux tours. Le nombre de conseillers à élire est
proportionnel à celui des électeurs inscrits
chaque section électorale de la
commune.
Le maire et ses adjoints sont
choisis par les membres du Conseil municipal
dans
nouvellement élu.
particularité essentielle de ce type de
est
que
les communes de
Polynésie française sont les seules du territoire
de la République française à conserver le
mode de scrutin de liste majoritaire à deux
La
consultation
ce malgré la tentative du
gouver¬
français en 1983 d’y étendre le
principe de la représentation proportionnelle
en vigueur en France. Le maintien du statu
tours
et
nement
tation est le scrutin de liste à la propor¬
tionnelle à la plus forte moyenne, sans pana¬
chage ni vote préférentiel.
Dans le cadre des cinq circonscriptions
électorales, les électeurs ont en effet le choix
entre des listes de candidats appartenant à des
formations politiques différentes. La sélection
s’opère en excluant tout d’abord les listes qui
ont obtenu un nombre de voix inférieur à 5 %.
Les différents partis ayant franchi ce seuil se
voient attribuer des représentants en nombre
proportionnel aux suffrages recueillis en leur
faveur. La règle de la plus forte moyenne est
utilisée afin de répartir entre les listes les sièges
restants.
Plus récemment, la loi n° 85-1337 du 18
décembre
1985
est
venue
modifier
et
compléter celle de 1952, mais sans change¬
ment radical. Il s’est agi essentiellement de
rendre applicable le code électoral français en
matière d’établissement des listes électorales
et d’organisation des opérations de vote et de
procéder d’une façon générale à une “norma¬
lisation”
pour
que
les élections dans
l’ensemble du territoire de la République fran¬
çaise se fassent sur les mêmes bases, mais en
tenant compte des particularités locales.
La deuxième modification importante
apportée par ce texte, et qui a été acceptée à la
quasi-unanimité par les différentes tendances
politiques polynésiennes représentées à
l’Assemblée territoriale, est le nombre de
conseillers territoriaux, porté à 41 au lieu de
30 précédemment, ainsi que la nouvelle répar¬
tition des sièges par circonscription électorale.
Le nombre de sièges est ainsi passé de 16 à 22
pour les îles du Vent, de 6 à 8 pour les îles
Sous-le-Vent, de 4 à 5 pour les TuamotuGambier et de 2 à 3 pour les Marquises comme
pour les Australes.
108
Ci-dessus :
Les élections à
l’Assemblée territoriale
suscitent la création ou
la résurrection de
nombreux petits partis
(onze formations ont
brigué les suffrages des
mars 1986)
qui disparaissent au
électeurs en
lendemain du scrutin.
autonomiste qui avait
soutenu F. Mitterrand en
1974, s'est prononcé en
1981 en faveur de
V. Giscard d'Estaing,
le président qui avait
accordé l'autonomie de
gestion en 1977.
Ci-dessous :
Les élections
législatives de mars 1986
ont constitué un
A gauche :
Lors des élections
Tahoera'a Huira'atira
déterminent souvent en
fonction d'enjeux
locaux. Ainsi, le courant
Edouard Fritch et
Alexandre Leontieff
accéder à la députation.
présidentielles, les
partis politiques se
triomphe pour le
qui a vu ses deux
candidats,
LA VIE POLITIQUE
quo en
cette matière limite autant la repré¬
sentativité des formations politiques dans les
tions.
Conseils municipaux que la possibilité d’un
débat autre qu’à l’échelle territoriale.
comparaison possible entre, d’une part les îles
du Vent, où plus de 77 000 électeurs Inscrits
La carte géographique électorale
et, d’autre part, les TuamotuGambier, dont les 6 000 électeurs répartis dans
sont
concentrés sur les seules îles de Tahiti et
Moorea,
découpage électoral du Territoire de la
Polynésie française respecte à peu de choses
près les divisions culturelles et linguistiques
façonnées par l’histoire pré-européenne.
Quarante-huit communes regroupant quatre
vingt dix-huit sections de communes se
répartissent entre cinq subdivisions adminis¬
Le
17
communes
et
34 sections de
communes
résident dans 48 îles dispersées dans un espace
tratives : celles des îles du Vent, des îles Sous-
océanique elliptique dont le plus grand axe
mesure plus de 3 000 km de long. Les îles
Sous-le-Vent, les Marquises et les Australes
sont un peu plus homogènes puisqu’elles
comptent respectivement 7 communes pour
près de 13 000 électeurs, 6 communes pour
Tuamotu-Gambier. Seul trait commun à ces
3 500 électeurs.
le-Vent, des Australes, des Marquises et des
cinq circonscriptions : leur insularité. A
l’opposé, c’est cette même insularité qui
souligne les particularismes propres à chaque
archipel, île ou atoll, ainsi que les enjeux
observables au gré des différentes consulta¬
sièges à pourvoir dans chaque circons¬
cription (loi de décembre 1985), le scrutin à la
représentation proportionnelle à la plus forte
moyenne n’avantage pas les petites listes dans
tous
les
cas,
en
particulier quand les
communes ont une forte population. Dans les
circonscriptions des îles Sous-le-Vent, des
Australes, des Marquises et des TuamotuGambier, il y a 1 siège pour un nombre d’élec¬
teurs compris entre 1 000 et 1 600. Aux îles du
Vent, en dépit du nombre important de sièges
à répartir, il faut compter 1 siège pour environ
des
Pour s’en tenir aux extrêmes, il y a peu de
environ 4 000 électeurs et 5 communes pour
3 500 électeurs.
Dans un tel contexte géographique et
numérique, les grandes formations politiques
de Tahiti ont évidemment tout intérêt à mettre
en oeuvre
particularité de ce découpage
électoral est celle de la proportion du nombre
de sièges territoriaux à répartir pour chaque
circonscription par rapport au nombre
d’électeurs inscrits. Malgré l’augmentation
Une autre
Présidentielles (l" et 2‘ tours)
“la” stratégie qui leur permettra de
recueillir dans les archipels éloignés quelques
centaines, voire quelques dizaines, de voix
supplémentaires, et par le fait même de gagner
un ou plusieurs sièges de plus à l’Assemblée
territoriale.
nombre d’électeurs inscrits
□ Législatives (1" et 2' tours)
hqqqq
100.000
□ Référendum
1er
2e tOUrS
90.000
circonscription Ouest i—
□ Européennes
80.000
□ Territoriales
70.000
60.000
50.000
40.000
30.000
L’Assemblée territoriale
mars 1986 est
élue le 16
composée de
24 conseillers du
Tahoera'a et apparentés
constituant la majorité ;
de 6 conseillers
appartenant au
Nonotahi, un groupe
rassemblant les
4 conseillers du
Here Al'a, Arthur Chung
du Taatira et
Jean-Marius Raapoto du
Maohi Nui ; de
3 conseillers du la Mana
et de 2 conseillers du
Tavini Huira'atira.
20.000
10.000
1968
1969
1972
19/3
1974
1977 1978 1979
1981
1982 1984
0
1986
0
10
20
30
40
50
pourcentage d'abstentions L 60%
La participation
électoraie est fonction
des enjeux locaux ou
nationaux. Elle est la
plus faible lors des
référendums (sauf celui
de 1958) et des élections
européennes. Elle est
maximale quand il s’agit
du renouvellement de
l’Assemblée. A noter que
les dernières élections
territoriales et
législatives ont eu lieu
le même jour.
109
VIVRE EN POLYNÉSIE
NUKU HIVA
L’implantation
électorale des partis
UA HUKA
-HIVA OA
FATU HIVA
La composition des différentes
Assemblées territoriales
En 1962, malgré la disparition de la scène
politique du vieux leader incarcéré, Pouvanaa
a Oopa, celui-ci
jouit encore d’un immense
prestige dont va bénéficier le R.D.P.T. lors
élections territoriales du 14 octobre.
Conduit par John Teariki, le R.D.P.T.
obtient 14 sièges. Avec Jean-Baptiste Cérandes
Jérusalemy, seul candidat réélu sur la liste du
Pupu Tiama Maohi, et les cinq représentants
de
rU.T.D.,
le
R.D.P.T.
constitue
une
majorité confortable. L’U.T.-U.N.R. de
Rudolph Bambridge n’enlève que 8 sièges. Les
deux derniers sont occupés par deux indépen¬
des
Gambier.
dants
îles
Vent et des
du
Tuamotu-
Aux élections du 10 septembre
1967, le
Polynesia de Francis Sanford
emporte 9 sièges. Il constitue ainsi le groupe le
plus important de la nouvelle assemblée. Le
Pupu Here Ai’a de John Teariki, né des
cendres du R.D.P.T., le suit avec sept élus.
Te E’a ’Api no
L’U.T.-U.N.R.
n’en
en
a
autant.
L’U.T.D.
par
plus que trois. Les 4 sièges
restants sont répartis entre quatre conseillers
appartenant à des formations différentes.
Frantz
Vanizette qui avait quitté
précédemment l’U.T.D. est réélu sur sa propre
liste des Indépendants d’Action économique
et sociale. Charles Taufa, tête de liste du
Tahoera’a Ui ’Api est élu aux îles du Vent.
Jean Oputu est élu dans la circonscription des
contre
a
André Porlier dans celle des
Tuamotu-Gambier.
Mais en 1972, l’alliance Te. E’a ’ApiAustrales et
RIMATARA
nn Partisans de l'État associé
□ Autonomistes
. ,
. ,
ILES AUSTRALES
H Indépendants (en haut : -|- U.T.D.)
m Partisans du maintien du Territoire au sein
de la
en
Rép. française (en haut : U.T.-U.N.R. ;
1962
bas : Tahoera’a)
Représentation en nombre de sièges et par
subdivision administrative des grandes tendances
politiques élues à l’Assemblée territoriale
Représentativité en % de rU.T.-U.N.R. (en haut)
(en bas) par communes
et du Tahoera’a
□ 10 à 20%
□ 40 à 50%
I - de 5%
□ 20 à 30%
H 50 à 60%
I 5 à 10%
□ 30 à 40%
Pupu Here Ai’a doit laisser la majorité à
(ex-U.T.-U.N.R.). Les deux
partis autonomistes n’obtiennent que 7 et 6
sièges. L’absence d’un candidat unique et le
nouveau
découpage électoral entraîné par la
NUKU HIVA-
H 60% et plus
UA HUKA
l’U.T.-U.D.R.
création récente des communes constituent les
causes principales de cet échec. La “muni¬
cipalisation” permet en effet aux petites listes
de présenter des candidats moins marqués
politiquement et ainsi de réduire la bipola¬
risation.
Cette
nouvelle
donne
TUAMOTU-GAMBIER
bénéficie
principalement à l’U.T.-U.D.R., déjà forte de
neuf conseillers. Ce parti recevra ainsi l’appui
de Tutaha Salmon, de Marcel Hart et de Guy
Rauzy, élus respectivement aux îles du Vent,
aux îles Sous-le-Vent et aux
Marquises. Les
trois
indépendants de Te Au Tahoera’a,
Charles Taufa, Frantz Vanizette et Michel
rejoignent aussi l’U.T.-U.D.R.
L’indépendant des Tuamotu-Gambier, André
Law,
Porlier,
Taratua
et
l’apparenté Pupu Here Ai’a,
(ex-U.T.D.) se voient
Teriirere
attribuer les deux sièges restants.
Durant les deux dernières années qui
précèdent l’occupation de l’Assemblée terri¬
toriale par les militants du Front uni, la
majorité bascule à deux reprises. Une
première fois en faveur des autonomistes, avec
le
ralliement
seconde fois
du
au
Te Au Tahoera’a. Une
bénéfice de l’U.T.-U.D.R.,
grâce à l’adhésion à ce parti de deux con110
RIMATARA
LA VIE POLITIQUE
seillers autonomistes, Adolphe Bohl et Lucien
Ratinassamy. Tous ces événements vont jouer
au profit du Front uni qui
remporte 16 sièges
aux élections du 29 mai 1977 et dispose ainsi
de
la
majorité absolue. Le Tahoera’a
Huira’atira (ex-U.T.-U. D. R.) obtient
néanmoins 10 sièges. Le Te Au Tahoera’a ne
dispose plus que d’un seul représentant,
Michel Law ayant été réélu sur sa propre liste
et Frantz Vanizette ayant rallié le Front uni
avant
le scrutin. Guy Rauzy, réélu aux
Marquises, et Arthur Chung, du Ta’atira
Polynesia, enlèvent les deux derniers sièges.
L’année 1982 voit de nouveau le renver¬
sement
de la
majorité autonomiste et
son
effritement. Le scrutin du 23 mars donne une
avance
au
Tahoera’a
Huira’atira
avec
13
conseillers. Grâce aux trois sièges obtenus par
’Api d’Émile Vernaudon (ex-membre
du Te E’a ’Api), il peut constituer son gouver¬
nement. Le Pupu Here Ai’a stagne avec 6
représentants élus. Le Te E’a’Api n’occupe
plus qu’un seul fauteuil. Si la scission opérée
par Émile Vernaudon a pu être la cause de ce
le Ai’a
déclin, un nouvel électorat a décidé de porter
ses
se
voix en faveur du la Mana Te Nuna’a qui
voit ainsi représenté par trois conseillers à
l’Assemblée. Charles Taufa, Frantz Vanizette
disparaissent de l’échiquier
Seuls les indépendants Arthur
Chung, Guy Rauzy et Mate Hart sont réélus.
Le dernier siège est attribué à un autre indé¬
pendant : Jacquie Graffe.
Malgré le retrait d’Émile Vernaudon,
suivi quelque temps plus tard par Jacquie
Graffe, la majorité ne sera jamais réellement
menacée jusqu’aux élections du 16 mars 1986.
et
Michel
Law
politique.
La poussée historique
du Tahoera’a Huira’atira
suffrages exprimés dans la commune d’Arue.
Aux îles Australes, le parti de Gaston Flosse
amorce sa percée, en particulier à Rapa où il a
L’appréciation, commune par commune, des
suffrages recueillis lors des scrutins terri¬
toriaux par le courant politique issu de l’U.T.U.N. R. affine la réalité de sa progression dans
le temps et dans l’espace. En 1962, le parti de
Rudolph Bambridge obtient moins de 30 %
des voix dans quarante et une des 48
communes que compte la Polynésie française.
Bien qu’absent de la circonscription des
dernière
Australes,
fief
du
R.D.P.T.,
il
compte
quelques bastions aux îles
(Ua Pou) et aux TuamotuGambier (Reao). Aux élections de 1967, la
situation reste stationnaire, sauf dans la
circonscription des îles Marquises où l’U.T.U.N.R. recueille les suffrages de 46 % des
néanmoins
Marquises
votants. Aux îles du
Vent, seule la commune
Pirae, Gaston Flosse, tranche
avec la faiblesse des scores enregistrés dans
du maire de
toutes les autres.
septembre
1972, l’U.T.-U.D.R.
amorce un premier décollage.
Il réussit à
rallier plus de 30 %des électeurs dans la moitié
des communes de la circonscription des
Tuamotu-Gambier et crée la surprise aux îles
du Vent en recevant la majorité absolue des
En
63 % des voix. Le travail effectué dans cette
puisque,
circonscription porte ses fruits
élections territoriales de mai
aux
1977, le Tahoera’a Huira’atira franchit la
barre des 30 % à Rapa, Rurutu et à Tubuai. Il
confirme aussi ce nouveau pôle de résistance
constituent les communes de Fangatau,
Napuka, Nukutavake, Puka Puka et Tureia
que
aux
Tuamotu-Gambier.
Le scrutin du 23 mai 1982 permet de
vérifier l’ascension du Tahoera’a Huira’atira.
Les électeurs de 28 communes accordent plus
de 30 % de leurs suffrages au parti de Gaston
Flosse. Aux îles du Vent ce dernier obtient un
identique dans 6
poussée est plus
marquée aux Tuamotu-Gambier, où il
rassemble près de 44 % des suffrages
exprimés. Les territoriales de mars 1986
renforcent nettement la représentativité du
de
pourcentage
voix
13.
La
communes
sur
Tahoera’a
Huira’atira.
NUKU HIVA
MOOREA
toutes
les
UA HUKA
ILES MARQUISES
TAHITI
Dans
Polynésie française, il récolte au
minimum plus de 20 % des suffrages. Les
résultats globalisés au niveau de l’ensemble de
l’électorat polynésien font apparaître un
pourcentage moyen de voix recueillies en
faveur du parti majoritaire de 40 %.
communes de
Les résultats de cette dernière consultation
confirment
progression
Tahoera’a
sièges. La
coalition Pupu Here Ai’a-Ta’atira Polynesia
n’a plus que 4 représentants. Le Amuitahira’a
qui réunit Émile Vernaudon, Jacquie Graffe,
Tinomana Ebb (ex-membre du Pupu Here
Ai’a) et Quito Braun Ortega, obtient 5 sièges.
Le E’a no Maohi Nui (ex-Te E’a ’Api) et le la
Mana Te Nuna’a ont toujours respectivement
un
et trois représentants.
Les conseillers
indépendantistes Oscar Temaru et James
la
du
Huira’atira auquel vont 22 des 41
Salmon
sont
Huira’atira
no
TUAMOTU-GAMBIER
élus sur la liste du Tavini
Porinesia. Quatre indépen¬
se
partagent les derniers sièges :
Napoléon Spitz (ex-membre du Ai’a ’Api) aux
dants
Tuamotu-Gambier, Monil Tetuanui aux îles
Sous-le-Vent, Teina Flores aux Australes et
Edwin Pahuatini aux
Marquises,
RIMATARA
Page de gauche et
ci-contre :
Ces trois cartes qui
schématisent
i’impiantation éiectoraie
des grandes tendances
poiitiques en 1962,
1977 et 1986, soulignent
la progression du
courant gaulliste qui, en
1986, chasse
pratiquement le courant
autonomiste de ses
bastions traditionnels
des îles Sous-le-Vent et
des Australes. Les îles
du Vent constituent
actuellement le seul
archipel où leTahoera'a
recueille moins de 40%
des suffrages exprimés.
Igj Indépendantistes
I
I Partisans de l'État associé
I
I Autonomistes
t.
I Indépendants
îles australes
1986
Partisans du maintien du
Territoire au sein de ia
Représentativité en % du
Tahoera’a Huira'atira
Répubiique française
(Tahoera’a Huira'atira)
Représentation en nombre de sièges
administrative
des grandes tendances poiitiques
par communes
□ 40 à 50%
et par subdivision
□ 20 à 30%
élues à l’Assemblée territoriale
(
[ 30 à 40%
■i
à
lai 60% et pi us
111
VIVRE EN POLYNÉSIE
Du pragmatisme
à l’idéologie
Les partis politiques polynésiens passent
pour être des partis de clientèle plus que des
partis d’idéologie. 11 est vrai qu’ils rassemblent
en
général un grand nombre d’électeurs
autour de la personnalité d’un chef - plus ou
moins charismatique - qui se fixe des objectifs
concrets touchant à l’économie, à l’agricul¬
ture, à l’éducation... des objectifs susceptibles
de faire l’unanimité populaire.
Mais si
l’absence d’idéologie bien définie a pu être une
caractéristique des partis politiques en
Polynésie jusqu’à une période récente, il faut
reconnaître que certains partis adhèrent
aujourd’hui à une idéologie d’origine occiden¬
tale (libéralisme, socialisme...). Quant au
problème de l’indépendance du Territoire, il
constitue une question clef dans le débat poli¬
tique, au point de devenir un facteur d’idéolo¬
gisation des programmes de ces partis.
aux
transports interinsulaires et au désen¬
archipels, fait l’objet d’un
moindre
consensus,
surtout
parmi les
dirigeants des partis indépendantistes. Ceuxci s’inquiètent de voir un jour Tahiti et ses îles
connaître le processus de déculturation et
clavement
des
d’urbanisation massives qu’ont .connu les îles
Hawaii. D’où une relative prudence en ce
domaine, bien que le réalisme impose la
nécessité d’un certain développement touris¬
tique, déjà largement entamé, qui sera facteur
d’entrée de devises et de création d’emplois
pour le Territoire. Tous accordent la priorité à
l’emploi, dans leurs programmes
économiques, ainsi qu’à l’impératif d’auto¬
subsistance à long terme du Territoire, y
compris par la création de petites et moyennes
industries.
point important sur lequel
majorité des dirigeants
politiques concerne la protection et le
développement du patrimoine culturel
Le
second
s’accordent
la
Des objectifs concrets,
à tous
communs
Tous les partis ont en commun l’objectif du
développement économique et social du
Territoire, ainsi que la préservation du
patrimoine culturel polynésien, qui forment
les piliers du consensus social que chaque
parti vise à établir en Polynésie.
Dans
le
domaine
économique, le
développement du secteur primaire (agricul¬
ture, pêche, aquaculture...) est fondamental,
et l’objectif d’une autosubsistance alimen¬
taire de toute la Polynésie française reste le
but à atteindre, quels que soient les moyens
que l’on se donne pour y arriver. L’intérêt
porté à l’agriculture est un héritage du pouvanisme, puisque le R.D.P.T. s’appuyait
principalement sur les familles d’agriculteurs,
et liait ce problème à celui de la réforme
foncière et de la correction des inégalités
sociales dans le Territoire. Aujourd’hui, la
question agraire est une des données essen¬
tielles de l’indépendance économique de la
Polynésie, dans l’interdépendance de chacun
des archipels, ainsi que de l’emploi et de la
politique de construction de pôles de dévelop¬
pement et d’attraction dans les îles, suscep¬
tibles d’y retenir et d’y fixer une grande partie
de la jeunesse polynésienne. Qui plus est, l’idée
de
multiplier les coopératives agricoles à
Tahiti et dans les îles semble bien s’accorder
la pratique traditionnelle du travail en
communauté, et l’on s’efforce d’y voir un
moyen de ressusciter les solidarités fami¬
liales, villageoises, etc. Le pari du dévelop¬
pement de l’agriculture, de la perliculture et de
la pêché fait 'également l’objet d’un accord
unanime au sein des partis politiques locaux,
bien que les analyses divergent en la matière,
certains optant pour la coopération inter¬
avec
nationale et l’ouverture du marché tahitien à
l’exportation, d’autres préférant l’idée de la
mise sur pied de petites coopératives de pêche,
à dimension plus humaine.
Par contre, le développement touris¬
tique qjue le Tahoera’a Huira’atira pose
comme une priorité économique, car il est lié
112
Les limites du
La priorité
accordée à certains
consensus.
objectifs en matière de
déveioppement de
i'agriculture (ci-dessus :
ies pépinières du
Service de l’Économie
rurale à Papara), de
préservation du
patrimoine (en haut,
à droite : un site
archéoiogique dans la
vallée de la Vaihiria) ou
d’éducation (à droite) ne
signifie nullement que
les partis politiques
inscrivent
(implicitement ou
explicitement) les
actions à mener dans le
cadre des mêmes
Page de droite :
Le défilé anti-nucléaire
du 3 novembre 1986.
Les 1 000 à 1 500
personnes qui ont défilé
à l’appel du la Mana, de
l’Amuitahiraa et du
Ea no Maohi Nui (ici
Q.B, Ortega,
E. Vernaudon et
M. Tetuanui)
demandaient que soit
organisé un référendum
sur la présence du
C.E.P. en Polynésie.
Elles ont essuyé le triple
projets de société, ni
même qu’ils croient
toujours au contenu de
commissaire, du
notamment.
A. Giraud.
leur discours, dans le
domaine de l’agriculture
refus du haut-
président du
gouvernement et du
ministre de la Défense,
polynésien. Les actions menées et à mener,
dans ce domaine, vont de la préservation de
certains sites historiques à la généralisation de
l’enseignement des langues autochtones dans
les écoles, en passant par l’aide à la création
artistique ou à l’action culturelle pédago¬
gique. Tous les partis se prononcent en faveur
du bilinguisme français-tahitien, à l’exception
de quelques indépendantistes (ceux du Tavini
Huira’atira
essentiellement) qui désirent
revenir aux
sources
s’isolant des
autres
de la culture ma'ohi en
cultures. De même, le
respect de la pluriethnicité et des différences
culturelles des habitants du Territoire est le
principe fondamental à toute action dans le
domaine de la culture. Mais certains partis (la
Mana Te Nuna’a par exemple) réclament une
réforme complète du système scolaire, pour
l’adapter davantage à la population ma'ohi, et
refusent que cette pluriethnicité et ce plura¬
lisme culturel servent d’alibi à un processus de
déculturation accélérée du peuple polynésien.
LA VIE POLITIQUE
'J
Des options institutionnelles
différentes
côté, on trouve le Tahoera’a Huira’atira qui a
Un large consensus unit en 1986 la quasi¬
totalité des partis politiques, du Tahoera’a
Mana Te Nuna’a, et ceux du Front de Libéra¬
tion de la Polynésie (Tavini Huira’atira).
Huira’atira
au
la
Mana Te
Nuna’a,
obtenu
sur
la
nécessité d’inscrire les luttes politiques dans le
cadre de la démocratie et de faire entendre les
voix des différents partis au cours d’élections
locales librement organisées et garanties par la
française. Les élus du Tavini Huira’atira
loi
d’Oscar Temaru sont ainsi entrés démocra¬
tiquement à l’Assemblée territoriale en mars
1986. Ceci ne signifie pas pour autant que les
institutions françaises constituent pour tous
les partis le cadre adéquat leur permettant la
mise en œuvre de leur politique, le jour où ils
accéderont au pouvoir.
Le clivage idéologique entre les partisans
de la présence française, dans le cadre de
l’autonomie interne du Territoire, et ceux qui
optent pour l’indépendance, est très net. D’un
la
révision
statutaire
de
1984
et
quelques partis minoritaires comme le Pupu
Taina... De l’autre, les indépendantistes du la
Entre les deux, oscillent des partis comme le
Here Ai’a qui souhaite aborder sereinement,
de façon dépassionnée, la question de
l’indépendance, mais qui n’a pas opté à l’heure
actuelle pour une alliance politique avec les
autres groupes indépendantistes (ceux qui
souhaitent une indépendance immédiate du
et
Territoire). Le E’a no Maohinui dont le
président, le sénateur Daniel Millaud, a
toujours milité pour la création d’un Étatassocié avec la France, est lui-même partagé
entre partisans de la présence française et
partisans d’un rapprochement avec le la
Mana Te Nuna’a.
A ce clivage politique et institutionnel
s’ajoute le problème de l’attitude à adopter
vis-à-vis du
C.E.P.
et
des
explosions
atomiques françaises à Moruroa, qui
engendre un autre clivage. Seul le Tahoera’a
Huira’atira se dit favorable, dans la situation
actuelle, au maintien du C.E.P. en Polynésie,
même si la question de l’après-C. E. P. doit être
posée. Sur un plan philosophique et moral, ses
dirigeants se disent opposés à l’utilisation des
armes atomiques, “car le Tahoera’a
prend ses
racines au sein d’une population polyné¬
sienne elle-même imprégnée des valeurs chré¬
tiennes” (programme du Tahoera’a de 1986).
Mais l’attachement à la France et les
nécessités du développement économique du
Territoire l’emportent sur la philosophie et la
morale, tant que le C.E.P. n’est d’aucune
nuisance sur la santé des habitants du pays.
La position du E’a No Maohinui est plus
floue : ses responsables n’envisageaient pas de
demander
le
départ du C.E.P.,
en
1986,
pensant qu’il partirait tout seul, “et peut-être
plus tôt que prévu” (programme du parti pour
les élections de 1986). Les indépendantistes, le
Here Ai’a, et plus récemment le Amuitahira’a,
réclament en revanche le départ du C.E.P.
Mais ils ne lient pas nécessairement et trop
hâtivement, présence militaire et atomique et
présence institutionnelle et politique française
en
Polynésie. Car il s’agit là de deux
problèmes dont la solution n’est peut-être pas
unique et identique.
Une absence d’idéologies ?
La
l
question de l’indépendance et celle du
C.E.P.
'
1* *■ -J'j'tMS&œvîSfiS’
donnent
dimension
évidemment
une
autre
politique local, en
dépassant les enjeux et les objectifs concrets
au
débat
examinés précédemment.
A ce phénomène s’ajoute l’affiliation
idéologique certaine de deux grands partis, le
Tahoera’a
Huira’atira
et
le
la
Mana
Te
Nuna’a à deux courants
politiques et deux
idéologies occidentales : le libéralisme (prôné
France par le R. P. R.) et le socialisme (du
P.S.U. par exemple). Quant au petit parti
socialiste polynésien, le P.S. P., il est très lié au
en
Deux conceptions de
l'indépendance. Pour
Oscar Temaru,
président à vie du Tavini
Huira'atira {ci-dessus,
compagnie de
Françoise Machoro),
i'indépendance est un
préaiabie.
en
Pour Jacky Drollet,
secrétaire général élu du
la Mana (à droite), elle
est inséparable du
développement d'un
certain projet de société.
P.S. français.
Le Tahoera’a Huira’atira entretient des
rapports étroits avec le R.P.R.,
puisque ses
élus siègent à l’Assemblée nationale sous son
étiquette.
Par
ailleurs,
Alexandre Leontieff font
Gaston Flosse et
partie du Comité
central du R.P.R., et le Tahoera’a soutient le
libéralisme économique
de ce parti,
notamment
en
matière de création d’entre¬
prises, et d’investissement, en France comme
en Polynésie.
un
Quant au la Mana Te Nuna’a, il se veut
parti socialiste autogestionnaire, et il
entretient
partis
d’excellentes
relations
avec
les
travaillistes
du Pacifique Sud.
N’oublions pas non plus que c’est son
secrétaire général, J. Drollet, qui a reçu
l’investiture officielle du P.S. pour soutenir la
candidature de F. Mitterrand
aux
élections
présidentielles de 1981.
vu
Comme on pourra s’en rendre compte au
des structures des partis politiques, le la
Mana Te Nuna’a et le Tahoera’a Huira’atira,
qui sont les seuls partis revendiquant une
idéologie incarnée par un autre parti au plan
national, sont également les partis les mieux
organisés et les plus modernes à Tahiti.
113
VIVRE EN POLYNÉSIE
L’organisation
des partis politiques
Nature des partis polynésiens
partis politiques polynésiens se
veulent des partis de masse, et tentent pour
cela de structurer leur appareil en intégrant un
Tous
les
maximum de militants dans des cellules de
base, de façon à disposer d’une large assise
populaire. Toutefois, il existe quelques partis
purement “clientélères”, tels que le Pômare
Parti (indépendantiste) qui se revendique en
tant que parti politique issu de la famille
Pômare, mais qui n’est jamais qu’un rassem¬
blement familial de taille très réduite, plus
proche d’ailleurs de par sa nature d’un
groupuscule ou d’une association que d’un
véritable parti politique.
Le cas du Pupu Taina, parti de Michel
Law, fait aussi un peu figure d’exception dans
le monde politique polynésien, car s’il s’agit
bien d’un parti politique digne de ce nom, son
parti de Monil Tetuanui de Tahaa ; ou même à
parti comme celui d’Oscar Temaru, maire
un
de
Faaa, le Tavini Huira’atira.
Pour bien réussir, électoralement
parlant, un parti politique doit donc posséder
quatre atouts essentiels. Il doit avoir une
direction compétente, sinon pour réussir, tout
au moins pour durer. Il doit avoir un chef
charismatique, car on ne dira jamais assez
l’importance du discours (et surtout du
discours en langue tahitienne) en Polynésie. Il
doit tenter de dépasser l’aspect “clientélère”
des anciens ou des petits partis, tout en
sachant que dans chaque commune, dans
chaque district et dans chaque île, ses élus
disposent toujours d’une clientèle personnelle
d’une grande importance. Pour combiner ce
facteur “clientélère”
avec
la nécessité d’une
organisation hiérarchique très poussée, il doit
s’appuyer sur une multitude de petites
sections de base, qu’encadrent les militants, et
enfin
garder
en
population.
permanence
le contact
avec
la
Structures et fonctionnement
interne
Nous avons choisi de faire un parallèle entre la
structure
du
aujourd’hui
Tahoera’a
Huira’atira,
parti
pouvoir et majoritaire sur
l’échiquier politique polynésien, et le Here
Ai’a,
autrefois
presque
majoritaire et
aujourd’hui sur le déclin, pour essayer
d’illustrer le passage qui, en quelques années,
s’est opéré, des partis anciens vers des partis
modernes. 11 est bien évident que le déclin
au
électorat assez réduit (900 électeurs, en 1982 et
1986) se recrute surtout au sein de quelques
dizaines de grandes familles chinoises, Pupu
Taina signifiant “le parti chinois”, il est clair
qu’il ne peut espérer rassembler une majorité
de Polynésiens derrière lui, malgré la compo¬
sition pluriethnique de sa direction, et
l’idéologie libérale dont il se réclame. 11
ressemble en fait plus à un parti de cadres qu’à
un
parti de masse, d’où l’explication des revers
électoraux successifs de M. Law aux élections
territoriales de 1982 et 1986.
Instance temporaire
-désigne
tregroupé(e)s en
“parti de masse” ne convient
d’ailleurs pas exactement à la majorité des
partis politiques polynésiens. Un parti de
Le terme
donner une éducation politique et morale sur
Trésorier
fond d’idéologie, ce qui, à vrai dire, n’est le cas
général
d’aucun parti, sauf du la Mana Te Nuna’a. Le
“parti d’attraction” ou “parti d’agré¬
gation” conviendrait mieux, pour montrer
que ces partis souhaitent attirer le plus grand
nombre possible d’électeurs, et devenir ou
continuer d’être des partis de gouvernement.
Mais cette nouvelle terminologie fait oublier
l’aspect “populiste” de certains partis, dont la
force réside dans une organisation très
structurée et très décentralisée sur le terrain,
force que ne
possèdent pas tous les partis
Métropole par exemple. D’où
le choix d’utiliser malgré tout le terme
“parti
de masse” pour les qualifier. Ces difficultés de
d’attraction en
dénomination traduisent au demeurant fort
bien
l’impossibilité d’appliquer une
terminologie propre aux partis occidentaux
pour désigner la réalité politique polyné¬
sienne, qui présente des spécificités indé¬
niables. Ajoutons enfin que le caractère
populaire, et parfois populiste, de grands
partis comme le Tahoera’a Huira’atira ou le la
Mana Te Nuna’a, ou d’un petit parti comme le
E’a no Maohi Nui, va de pair avec l’existence
d’une direction composée dans sa majorité
aujourd’hui d’hommes diplômés, de cadres de
haut niveau et de grande compétence, ce qui
fait défaut aux petits partis “clientélères” ne
disposant que d’un élu à l’Assemblée terri¬
toriale dont le meilleur exemple est celui du
114
IA ORA
tr
Z)
LU
Président
2 Vice-Présidents
Secrétaire
général
-b
Adjoints -F Assesseurs =
LU
Œ
TUMU m
^
DÉLÉGUÉS DES COMITÉS LOCAuR
DES COMMUNES
ET DES COMMUNES ASSOCIÉES
CONGRÈS
TE VAI TUMU
Président du Parti
Membres du Comité directeur
Présidents des sections
COMITÉS LOCAUX
Président
PERETITENI
Secrétaire
RAPAI PARAU
Porte Parole
AFAIFAI PARAU
A
SECTIONS
PUPU
leader John Teariki
Pouvanaa a Oopa, le
Metua qui est alors
sénateur (Here Ai’a) ;
Frantz Vanizette
(Indépendants).
(7 membres)
TOMITE OIRE
qui se brouillera avec
(E’a ’Api) ;
CONSEIL DES ÉLUS
TOO HITU
O
O
à droite : Henri Bouvier
sénateur, et
Francis Sanford
TOMITE A TE MAU MANA MAITl HIA
CONSEIL DES SAGES
personnalité. On
reconnaît ici de gauche
(Here Ai’a) :
Daniel Millaud, le futur
û
■LU
le Front uni pour
l’autonomie interne, est
son
BUREAU DIRECTEUR
f—
O
Le courant autonomiste
qui constituera en 1976
(dirigé par des leaders
dotés d’une forte
DIRECTION DU PARTI
masse cherche à encadrer ses militants et à leur
terme
HERE AI’A
TE NUNAA
£0
^
,,,
a
LU
ÛC
D
h-
ü
D
CC
CO
Ci-dessous :
Jean Juventin (né en
1928) qui a été directeur
Lagon
Bleu, s’est occupé de
de l’école du
mouvements de
jeunesse avant
d’adhérer au Here Ai'a.
Conseiller de
gouvernement chargé
de la Jeunesse et des
Sports en 1967, il est élu
en
1977 maire de
Papeete et conseiller
territorial, fonctions qu’il
remplit toujours
aujourd’hui. Il a en
revanche perdu en avril
1986 le siège de député
conquis en 1978 et
conservé en 1981.
LA VIE POLITIQUE
actuel du Here Ai’a ne s’explique pas par son
aujourd’hui, augmentent l’assise électorale du
parti, et concourent à une meilleure réflexion
sur son programme économique et social. Le
Tahoera’a Huira’atira possède également une
Commission économique et sociale (Tomile
faufaa e luruutaa), dont les membres sont
choisis par le président, parmi les adhérents
du parti, en fonction de leurs compétences ou
de leur représentativité socio-professionnelle.
organisation, interne, mais relève d’autres
raisons qu’il serait trop long d’expliquer ici.
De
même,
le
modernisme
du
Tahoera’a
Huira’atira n’est pas le seul facteur explicatif
de ses succès électoraux. La comparaison n’en
moins pertinente et montre qu’il s’agit
est pas
en
fait moins d’une différence de structures
d’un esprit propre à ces partis, lequel
transparaît à travers la dénomination même
que
L’adhésion à une section donne lieu, dans
partis, au paiement d’une cotisation.
Les élus versent en général un dixième de leur
salaire au parti. L’originalité vient, en ce
domaine, du la Mana Te Nuna’a, qui, prônant
l’autogestion, se veut totalement autonome
de leurs structures.
tous les
Le Tahoera’a Huira’atira comme le Here
Ai’a ont leurs sections de base, appelées piipii
amaa
ou
pupu en
tahitien. L’originalité du
Tahoera’a est de posséder, à côté des sections
géographiques qui regroupent les militants en
fonction de leur lieu de résidence, des sections
financièrement et dont le fonctionnement est
assuré sur la base des seules cotisations de ses
socio-professionnelles qui, en se multipliant
militants, incités à donner ce qu’ils peuvent au
parti, l’idéal fixé étant de 15%de leurs revenus
mensuels.
Les sections sont regroupées dans des
fédérations
(Ta’alira) et des Comités
directeurs pour les archipels (Tomile faalere),
au
Tahoera’a, tandis qu’au Here Ai’a, ces
fédérations
prennent le nom de Comités
locaux (Tomile oire). Les Tomile oire du Here
Ai’a comprennent un président, un secrétaire
(Tapai Parau), et
Parau ).
un
porte-parole (Afaifai-
Le Congrès est pour chacun de ces partis
grand rassemblement qui réunit tous les
deux ans les délégués des fédérations ainsi que
les principaux membres de la direction de
l’appareil politique. Le congrès est
l’Assemblée suprême, l’organe décisionnaire
du parti, d’où son nom tahitien Vai litmu raa.
un
Le Tahoera’a, à l'image
du R.P.R. métropolitain,
se veut un parti de
masse, un
parti de
rassemblement. Ses
congrès sont de grandes
"messes” auxquelles
participent des milliers
de personnes.
Le Tahoera’a
use
de
toutes les ressources
AHOERAA
I/ 3aE CONGRES TERRITORl
Structure temporaire
-désigne
iregroupé(e)s en
1986), il sert à l’analyse
des résultats.
TAHOERA’A
HUIRA’ATIRA
PRÉSIDENT
cc
BUREAU
PERETITENI
<
offertes par la technique
moderne en période
électorale : la vidéo¬
cassette est un moyen
de propagande ; quant à
l’ordinateur (utilisé ici à
la Présidence en mars
EXÉCUTIF
TOMITE OHIPA
14 membres
Û.
n
D
û
CONSEIL POLITIQUE
TOMITE POLITITA
O
COMITÉ CENTRAL
LU
TOMITE RAHI
ÛC
42 membres
Û
ÉLUS
CONGRÈS TERRITORIAL
APOORAA RAHI AMUl
TE MAU MANA MAITI HIA
Président du Parti
-
Mandataires des fédérations de sections
Membres du Comité central
Membres du gouvernement
-
-
Maires
Parlementaires
LU
CO
<
CÛ
FÉDÉRATIONS
LU
COMITÉS DIRECTEURS
TE MAU TAATIRA
û
DANS LES ARCHIPELS
TOMITE FAATERE
LU
CC
D
H
SECTIONS
O
ÛC
1“
CO
>
PUPU AMA’A
Z)
Géographiques
Socio-professionnelles
-
-
COMMISSION ÉCONOMIQUE
ET SOCIALE
TOMITE FAUFA A E TURUUTAA
115
VIVRE EN POLYNÉSIE
Dans les deux cas, c’est lui qui élit le président
du parti, en son sein.
En ce qui concerne la direction du parti,
le Tahoera’a calque son organisation sur celle
du
R. P. R.
français, et cette direction
comprend trois instances : le Comité central
(Tomile rahi), le Conseil politique (Tomite
politita), et le Bureau exécutif, appelé
commission exécutive
au
ohipa).
Par
structure
R.P.R., (Tomite
le Here Ai’a offre une
plus ancienne, plus traditionnelle,
contre,
plus polynésienne aussi dans sa philosophie,
l’existence d’un
Conseil des Sages, à côté du Conseil des Élus
(Tomile a te mau mana maiti hia) et du
Bureau directeur (Tomite iti). Ce Conseil des
Sages a pour attribution de régler tous les
litiges pouvant survenir au sein du parti, de se
caractérisée
surtout
par
prononcer sur toute affaire soumise à lui par le
désigner
le
Commissaire aux comptes (Taata hiopoa
buka faufaa) qui veille sur la trésorerie du
parti, confiée toutefois à un trésorier général
(Haa pao faufaa rahi). Le Conseil des Sages a
pour nom tahitien Te mau toohitu, ce qui
signifie littéralement, les sept. Ce nom
rappelle celui des Conseils de districts (Too
pae) d’autrefois et, plus directement, le
Conseil des juges des tribunaux d’appel,
appelés “les six” fToo/î/twjcar il était toujours
présidé par un juge entouré de six assesseurs.
président,
Le
et
bureau
également
de
de
l’Académie
tahitienne,
aujourd’hui, porte toujours le nom de Too
hitu, ce qui démontre une fois de plus s’il en
était besoin, le caractère proprement poly¬
nésien de cette institution, un caractère qui ne
doit pas surprendre s’agissant d’un parti issu
des rangs du R.D.P.T.
Ajoutons que le Too hitu du Here Ai’a est
composé de sept membres, élus par le
Congrès, âgés de 40 ans au moins, et choisis
“en raison de leur compétence, de leur sagesse
et de leur intégrité” (Statuts du parti, du 10
décembre 1983).
Tous les partis politiques fonctionnent en
principe de façon démocratique, et un réel
débat d’idées a lieu dans la plupart d’entre
eux. Certains disposent aussi d’un journal ou
d’un
éditorial, tiré à plusieurs milliers
d’exemplaires. Le journal du la Mana Te
Nuna’a est ainsi tiré mensuellement à 1 500
exemplaires en français, et à 3 500 exem¬
plaires en langue tahitienne. Ces publications
concourent donc à l’éveil d’une plus grande
conscience
politique chez les électeurs,
condition indispensable pour un exercice
démocratique du pouvoir.
n [»£5 EXTRAORÛINAIRE
i!/a
Le deuxième congrès
du la Mana se
prononcera à
l’unanimité pour
l’indépendance. On
reconnaît ici. de gauche
à droite, quelques-uns
des fondateurs du parti :
Emile Teihotaata,
Henri Hiro qui a depuis
quitté le la Mana,
Jacqui Drollet, le
Secrétaire général et
Jean-Paul Barrai,
le Directeur du bulletin
de liaison du parti.
Le la Mana, parti
socialiste
autogestionnaire et
indépendantiste, sait
parfaitement qu'il
défend des thèses
minoritaires. Il attache
donc une grande
importance au travail de
terrain qui permet de
“conscientiser” la
population (ici,
Peni Atger qui
représente le parti à
l’Assemblée depuis
1982).
116
LA VIE POLITIQUE
John Teariki
et Francis Sanford
Différents dans leurs
ne
saurait
ces
deux hommes
-
Des origines sociales différentes
et des personnalités contrastées
John
guère. Physiquement d’abord, les
qui les représentent l’attestent
amplement. Dans leurs attitudes et dans leurs
comportements apparents ensuite. Tony avait
l’allure sévère, voire rigide, d’un pasteur
calviniste ; Francis a le contact plus facile, il
est “convivial” comme on dit aujourd’hui.
Tony, qui savait écouter, n’était pas très
disert ; Francis est un grand “communicateur”
qui sait user du charme redoutable de sa
blaient
clichés
évoquer séparément la
qui furent les
grandes figures de la politique locale dans les
années 60-80. D’abord parce qu’ils appar¬
tiennent à une génération d’hommes
politiques en voie de disparition qui, dans
l’action il suffit de se référer à l’image offerte
par les jeunes ministres de l’équipe gouverne¬
mentale actuelle pour s’en convaincre -,
privilégie les sentiments et le sens des valeurs
spirituelles par rapport aux aspects
techniques et aux contraintes économiques
liées à l’exercice du pouvoir. Ensuite et surtout
parce que, à compter de 1967, sans partager
tout à fait le même point de vue, ils vont mener
le même combat pour l’autonomie interne et
contre la bombe. A compter de 1977, ils
assumeront ensemble les épreuves du pouvoir.
Jusqu’au bout. Réunis par l’histoire alors que
ni leur origine sociale, ni leur personnalité, ni
leur itinéraire politique initial ne laissaient
présager un tel rapprochement.
On
carrière de
conversation et de ses talents d’orateur. Deux
personnalités fort différentes par conséquent
que rapprochaient quand même un mode de
vie sans ostentation qui, chez John Teariki,
resté profondément paysan, pouvait passer
pour de l’avarice ; et une grande tolérance,
beaucoup plus apparente chez Francis
Sanford, conciliateur né, que chez Tony, très
autoritaire de tempérament.
Deux
leur
leurs
que
à
l’administration
coloniale. Francis Sanford a été un gaulliste
première heure, ralliant à la France
Libre, en septembre 1940, les Gambier dont il
1983 des suites d’un accident de
est le
dit
hostilité
commune
de
chef de poste administratif ; ce qui ne
l’empêchera pas d’être une des victimes de
était-il un “bourgeois” comme le suggèrent ses
gouverneur Brunot (voir volume 7, p. idjqui
le jette en prison. 11 en sortira au bout de trois
5 octobre
tracteur
survenu
dans
sa
propriété
Taravao), gros propriétaire foncier, armateur
(il fut notamment co-propriétaire du Rotui),
adversaires et certains de ses “amis” ? Certes
non, car il n’a jamais été un “Demi de la ville”
(voir p. II). 11 est resté toute sa vie un paysan,
un
homme de la terre qui n’a jamais rompu
avec
certaines valeurs de l’univers ma’ohi.
Univers dont il était issu de par sa filiation
l’arbitraire
-
il
ne
l’oubliera
pas
-
du
mois pour être expédié - il préférerait
s’engager - à Bora Bora où il représente les
autorités auprès des troupes américaines. Une
mission dont il s’acquittera à merveille et qui
lui vaudra la reconnaissance de ses interlocu¬
teurs
et
une
55
ans.
Une
carrière
administrative
bien
remplie, qui ne l’a pas empêché de toucher à la
politique. Il fréquente plutôt les milieux
gaullistes orthodoxes et A. Poroi, mais c’est
toujours comme candidat “indépendant” qu’il
brigue, aux îles Sous-le-Vent, les suffrages de
ses concitoyens. Sans succès jusqu’au 2 mai
1965, où il conquiert la nouvelle mairie de
Faaa. Une base électorale qui l’incite à fonder
(le 12 octobre 1965) avec quelques amis qui
appartiennent plutôt au milieu “demi” (Jean
Millaud, Anthelme Buillard...) le Te E’a Api
no Polynesia, un parti centriste ouvert aux
idées
de
progrès et résolument anti¬
administratif. Son combat politique change
désormais
de
dimension.
Son
premier
Here Ai’a, qui assume l’héritage du R.D.P.T.,
dissous en 1963.
engagements politiques initiaux ne pouvaient
rapprocher, sinon, et ce n’est pas un détail,
de la
Teariki,
Afareaitu le 12 juillet 1914, mort à la tâche le
personnalités contrastées
(Meda! of Freedom). La guerre finie, il
reprend dans l’enseignement (où il a débuté en
1929) le cours d’une carrière administrative
qui culmine en 1963 quand il devient chef du
Cabinet civil du gouverneur Grimald. Poste
qu’il occupera jusqu’à sa retraite qu’il prend à
adversaire va être John Teariki, le leader du
Des itinéraires politiques
initiaux divergents
“Tony” (né à
French
origines sociales,
Francis Sanford et John Teariki ne se ressem¬
médaille, celle de la Liberté
Tony a déjà une longue carrière politique
derrière lui. En 1953, il est entré à l’Assemblée
territoriale
comme
conseiller
R.D.P.T.
de
fonction à
laquelle il sera
constamment réélu. Il va gravir progressi¬
vement tous les échelons du parti : en 1967, on
le retrouve député, une charge qu’il occupe
depuis 1961, date à laquelle il supplée Marcel
Oopa, décédé, avant de se faire élire en 1962.
Les objectifs politiques du Here Ai’a, que
Tony a épuré brutalement de ses éléments les
moins sûrs, sont simples : révision du procès
Moorea,
de
aux
une
Pouvanaa, autonomie interne, hostilité
essais nucléaires. Teariki est
un
anti¬
gaulliste passionné et en 1965 il a soutenu
François Mitterrand, candidat à la présidence
de la République.
paternelle ; Tony appartenait en effet à une
famille originaire de Rimatara, distinguée par
l’Église évangélique quand son grand-père,
venu faire ses études bibliques à Papeete, était
devenu pasteur de Teavaro. Une ascension
sociale confortée quand son père épousera
une femme de la société “demie”. Tony se
trouvera ainsi, par le biais de l’adoption, un
descendant des anciens ari’i d’Afareaitu dont
il
assumera
l’héritage
en
devenant chef de
district, puis maire d’Afareaitu.
Francis Ariioehau Sanford (né à Papeete
le 11 mai
1912), comme beaucoup d’hommes
politiques locaux, a été instituteur et
appartient à un milieu plus modeste. 11 est par
ailleurs parfaitement représentatif du meltingpot polynésien : on compte parmi ses ancêtres
paternels un boulanger embarqué sur un
baleinier appartenant à une vieille famille
d’aristocrates britanniques ayant émigré dans
riowa ; une femme ma’ohi originaire de
Raiatea-Tahaa ; un capitaine d’artillerie mort
à Salonique pendant la Grande Guerre
(Francis, devenu député, recherchera ses
françaises à Lorient). Quant à sa
mère. Rose Guilloux, elle descendait d’un
marin et commerçant breton, natif
“racines”
d’Audierne, qui avait épousé, en 1834, une
femme de
Mangareva aux Gambier.
John Teariki a souvent
encouru le reproche de
n’avoir rien fait pour
renouveler les cadres
de son parti. Selon
certains proches,
Tony n'était pas
allergique à un tel
renouvellement, mais il
se méfiait beaucoup des
“jeunes loups aux dents
longues”, prêts à brader
l’idéal du parti pour
accéder au pouvoir.
117
VIVRE EN POLYNÉSIE
Vers Tunion
qu’il va développer en 1967
lorsqu’il brigue le renouvellement de son
mandat. Contre F. Sanford qui, en tant que
thèmes
Des
anti-administratif, chasse sur les
mêmes terres électorales que lui, sans pour
candidat
autant
s’aliéner les suffrages des partisans du
C.E.P., dont il
ne
parle pratiquement pas
pendant sa campagne. “Parce que je n’étais
pas encore convaincu à l’époque de la nocivité
de ses retombées, sur le plan médical
notamment”, précise-t-il aujourd’hui. Cette
tactique habile met hors de combat au premier
tour
le candidat gaulliste
soutenu par
l’administration... qui, pour empêcher Tony,
le candidat anti-C.E.P., d’être réélu, oblige
Nedo Salmon à se retirer et fait voter en faveur
de
F.
Sanford
qui devient ainsi candidat
“officiel” sans l’avoir demandé, et sur la foi de
son
passé gaulliste. Francis est élu le 19 mars
1967
avec
347 voix d’avance sur 27 000 suf¬
frages exprimés environ... La manoeuvre fera
long feu : quelques mois plus tard, le député
s’allie à son adversaire qui saura dominer sa
légitime rancœur et acceptera désormais de
jouer les seconds rôles (il sera notamment
député-suppléant de Francis) dans le combat
pour l’autonomie interne et contre la bombe.
Pour l’autonomie interne
et contre la bombe
interne ? On peut renverser la question : si le
statut de
qui, à première vue, peut
qui politiquement, tous
comptes faits, est parfaitement logique.
L’option en faveur de l’autonomie interne ne
pouvait séparer deux adversaires déterminés
de l’administration, d’autant que Francis
Sanford est trop fin politique pour ne pas
avoir compris que le concept a de l’avenir.
Reste le problème du C.E.P. : Francisaura les
Une
alliance
étonner,
mais
meilleures raisons du monde de
se
rallier à
Tony, dont il partage le point de vue essen¬
tiellement moral, médical. Tout en mettant
l’accent sur la dimension politique, institu¬
question. Une logique qu’il
jusqu’à ses ultimes conséquences
quand, en juillet 1975, il cosignera avec
Pouvanaa, alors sénateur, un télégramme qui
affirme que “si la France poursuit ses expé¬
tionnelle de la
poussera
riences
nucléaires,
nous
demanderons
un
l’indépendance de la
Polynésie française par l’intermédiaire de
rO.N.U. et du Parlement français”. Agiter le
spectre de l’indépendance en posant le
problème de la présence du C.E.P., n’est-ce
pas le meilleur moyen d’obtenir l’autonomie
référendum
sur
1958 avait été maintenu, de Gaulle
aurait-il imposé le C.E.P. à la
Polynésie ?
question de décrire ici les
péripéties du double combat que les deux
Il
n’est pas
hommes
vont
croisade
anti-nucléaire
Schreiber
mener
en
1973
en
à
de
la
commun
:
de
Servan-
J.J.
l’occupation
de
l’Assemblée territoriale en 1976-1977, ils sont
demeurant
au
résultats
ont-ils
parfaitement
été à
la
connus.
mesure
de
Les
leurs
pragmatique, s’est
1975, des tirs aériens
expériences souterraines, sous réserve
espérances
Francis,
?
satisfait du passage, en
aux
d’inventaire...
;
de même il s’est contenté du
gestion de 1977, de
sortir de l’imbroglio
politico-institutionnel créé par l’occupation
statut
guerre
d’autonomie de
lasse et
pour
de l’Assemblée.
Tony quant à lui restait un partisan
du départ du C.E.P. et de
déterminé
l’autonomie interne. Mais il fera tout pour que
l’alliance entre les différentes composantes du
Front uni soit maintenue, en dépit des
querelles de personnes. Pourallerau pouvoir:
ce sera chose faite après les élections triom¬
phales du 7 juin 1977.
L’épreuve du pouvoir
Elle sera rude pour les deux hommes qui n’y
pas préparés (même s’ils ont eu la
majorité à l’Assemblée territoriale entre 1967
sont
et
1972...
dans
un
contexte
institutionnel
particulièrement défavorable) et il est de bon
ton
aujourd’hui (et de bonne guerre)
d’accabler la gestion du Front uni. Procès
assez dérisoire : nous avons
montré dans cette
Encyclopédie (voir chapitre 2) que, dans le
domaine économique et social, le Front uni
n’a fait que poursuivre la politique initiée par
les gouverneurs et reprise par le Tahoera’a sur
un
mode... moins idéaliste. Faut-il d’ailleurs
chapitre 3) qut le statutde 1977
confère pas des pouvoirs très étendus au
Territoire et que la marge de manœuvre des
rappeler
ne
responsables reste très limitée dans le contexte
de dépendance économique liée à la présence
du C.E.P. Autant de raisons qui ne suffisent
Francis Sanford, que
l'on voit ici iors de la
campagne électorale de
1967, savait à merveille,
dans la plus pure
tradition polynésienne
de l'art oratoire, utiliser
le verbe pour subjuguer
son auditoire. Ce qui
l’empêchait pas de
développer une
argumentation
rigoureuse quand il lui
fallait convaincre (ou
faire pression sur) des
ne
.
interlocuteurs,
notamment popa'a, peu
disposés à admettre ses
idées. Toute sa stratégie
politique antérieure à
1977, qui a consistéà lier
le problème des
institutions à celui du
C.E.P., porte l'empreinte
de cette rigueur.
118
pas à expliquer l’échec électoral de 1982 et le
triomphe de G. Flosse. Faut-il invoquer
l’usure d’un pouvoir qui n’a pas eu le temps ou
n’a pas voulu s’entourer des compétences
nécessaires (très peu de “technocrates”/jopo’o
dans l’équipe du vice-président), les “dossiers
noirs” du Front uni (Enerpol, les Tissages
tahitiens, l’affaire du Tuhaa Pae) ?
Les partis de la coalition au pouvoir ontils négligé une base électorale “travaillée” par
un Gaston Flosse qui va réussir à débaucher
beaucoup de militants du E’a Api, et non des
moindres
comme
Emile
Vernaudon.
trop chaude pour
trancher. Francis Sanford sera le seul de son
L’histoire
est
encore
parti à retrouver son siège en 1982 : il
démissionnera en 1986, passant le flambeau à
Daniel Millaud puis à Jean-Marius Raapoto.
Quant à John Teariki, il consacrera de plus en
plus de temps à son exploitation de la
presqu’île, jusqu’à sa mort tragique.
Le décès de J. Teariki et la “retraite” de
F. Sanford marquent la fin
celle des Metua d’autrefois.
d’une époque :
LA VIE POLITIQUE
Gaston Flosse
réussite politique qui à Tahiti ont toujours fait
bon ménage.
Jacqui Drollet
Gérant de société, il est élu président du
Conseil de district de Pirae,
Gaston Flosse et Jacqui Drollet, les deux
hommes n’ont pas apparemment grand-chose
Plus jeunes que
les Melua, ils
n’appartiennent cependant pas à la même
génération ; quant à leurs projets politiques,
ils sont franchement antagonistes. Alors,
pourquoi brosser en parallèle leurs portraits?
Parce que (voir pp. 114-116) ils sont tous les
deux à la tête d’un parti politique moderne et
surtout parce qu’ils se réfèrent l’un et l’autre à
deux idéologies, le libéralisme et le socialisme
autogestionnaire, qui ne le sont pas moins. Ce
qui ne les empêche pas de se réclamer dans
leurs discours (mais le premier y croit-il
vraiment ?) d’une tradition dont le contenu
apparaît bien flou. Une contradiction sur
laquelle nous reviendrons (volume 9,
ehapiire 16). et qui est au cœur de la vie
politique et sociale de ce Territoire.
en
commun.
Gaston Flosse
La vie de Gaston Flosse
ascension
ou
l’histoire d’une
pourrait
être le titre d’une
biographie de l’actuel secrétaire d’État au
Pacifique Sud, si cette histoire ne continuait à
s’écrire encore chaque jour. La réussite de
G. Flosse est triple : politique, bien entendu,
mais aussi financière et sociale.
Né à Rikitea le 24 juin 1931, il est origi¬
naire de Mangareva par sa mère, qui épousa
un
négociant
lointain
en
cousin
nacre
de
français, et
Francis
est un
Sanford.
Catholique pratiquant, il enseigne tout natu¬
rellement lorsqu’il devient instituteur en 1948,
chez les Frères du collège Lamennais, dont il a
été l’élève.
Marié en 1951 à Barbara Cunningham,
dont il aura cinq filles et un fils, il n’hésite pas à
quitter la Polynésie quelques années plus tard,
pour entreprendre
un stage de perfection¬
nement pédagogique aux facultés catholi¬
ques de Lyon. Cette première période de sa vie
s’inscrit donc dans la droite ligne d’un héritage
culturel et religieux fort banal dans le Tahiti
colonial de la IV*^ République. Gaston Flosse
n’appartient pas à la bourgeoisie des vieilles
familles “demies” de Papeete. Mais il est
ambitieux,
et
ses
indéniables
qualités
d’orateur, tout comme son goût prononcé
pour les relations sociales, le prédestinent à se
lancer dans une carrière politique qui sera
toute entière dévouée au gaullisme.
C’est ainsi qu’en juillet 1958, il adhère à
rU.T.D.-U.N.R.. s’embarque en goélette
jusqu’aux îles Marquises où il crée une section
du parti, et milite pour le oui au référendum
d’autodétermination qui aura lieu au mois de
septembre. 1958 est l’année de l’éclatement du
R.D.P.T. de Pouvanaa a Oopa, et du retour
au pouvoir en France du général de Gaulle.
G. Flosse revient à Papeete, devient gérant de
l’hôtel Tahiti Village, puis, en 1962, secrétaire
de M*-' Rudy Bambridge, l’homme fort de
l’U.T.D. Très vite, G. Flosse, qui a en Rudyun
bon maître, acquiert le goût du pouvoir. Mais
il doit conquérir cette place sur le double
terrain de la réussite économique et de la
en
1963. puis
1965, à la suite de l’érection du
district en commune. 11 n’a pas cessé depuis
d’exercer
cette
fonction, bien que les
contraintes du pouvoir l’aient poussé, au fil
des ans, à déléguer davantage à ses adjoints
municipaux la gestion de sa commune,
maire,
en
moderne et bien équipée.
Travailleur acharné
il a une santé de
fer -, Gaston Flosse est doté d’un atout très
rare dans la classe
politique polynésienne à
-
époque : celui de maîtriser parfaitement la
langue française comme la langue tahitienne,
son
et d’être aussi à l’aise à
Paris, dans les couloirs
des ministères, qu’au milieu d’un rassemble¬
ment de travailleurs agricoles à Tahiti. Son
nombreux amis à l’Assemblée nationale et au
sein du R.P.R. dont il est membre du comité
central. Jacques Chirac dira de lui qu’il est son
“frère”
C’est dire combien est grand le
chemin parcouru par le petit instituteur de
...
Rikitea,
européen en 1984, La même année, il obtient
pour
la Polynésie française le statut
d’autonomie interne qu’il avait tant combattu
auparavant. Car Gaston Flosse. au-delà de
son attachement au
gaullisme et à la France,
homme politique pragmatique, oppor¬
est un
tuniste, qui n’hésite pas à reprendre à son
compte les idées de l’opposition, pour“couper
l’herbe sous le pied” de ses adversaires.
Homme de dossier, sachant s’entourer
des
de séduire ses interlocuteurs, de s’adapter par¬
cacement
faitement à eux, 11 aime à leur glisser quelques
paroles agréables ou quelques mots qui
prêtent à rire avec une aisance et un naturel
sans égal. L’homme est-un véritable “animal
politique”, et les discours fleuves qu’il
improvise très souvent sont toujours écoutés
avec enthousiiîsme et
passion, par un public
qui lui est tout acquis. Enfin, sa haute stature
et son apparence physique très
popa’a contri¬
buent à lui donner cette image d’un homme de
grande classe, capable de représenter mieux
que
tout autre la
comme
à l’étranger.
Polynésie, en Métropole
Conseiller de gouvernement en 1965,
G. Flosse entre à l’Assemblée territoriale deux
plus tard, et en deviendra président en
1973. La même année, il manque de peu d’être
ans
élu à la
députation, mais fera finalement son
entrée au Palais Bourbon en 1978, pour être
réélu à ce poste en 1981. 1982 et 1986. Rappor¬
teur
de la commission des finances pour
budget des D.O.M.-T.O.M., il
se
le
crée de
presque trente ans de carrière
Gaston Flosse est élu vice-président du
Conseil de gouvernement en 1982 et
député
humour et sa jovialité lui assurent une popu¬
larité croissante en milieu polynésien, lia l’art
en
politique.
compétences popa'ci qui lui sont utiles,
homme de terrain, il contrôle et structure effi¬
l’appareil de son parti politique, le
Huira’atira. qu’il réussit à
Tahoera’a
implanter dans toutes les îles. Cette assise
populaire lui permet d’être élu en 1986 au
poste de président de gouvernement (poste
qu’il occupait en fait depuis la réforme sta¬
tutaire de 1984). au terme d’une campagne
harassante et très controversée, notamment
quant aux moyens financiers utilisés pour
s’assurer les voix des archipels.
Sa
plus brillante promotion, il l’obtient •
même temps, puisque le nouveau
Premier ministre, Jacques Chirac, en fait son
secrétaire d’État au Pacifique Sud.
dans
le
Gaston Flosse, militant
gaulliste de la première
heure, a tissé des liens
“fraternels” avec
Jacques Chirac dont il
partage la vitalité et le
goût du pouvoir.
Membre du Comité
central de l'U.D.R.
puis
du R.P.R. depuis 1984,
élu député européen la
même année, G. Flosse
a été nommé secrétaire
d'État chargé des
problèmes du Pacifique
Sud le 20 avril 1986.
119
VIVRE EN POLYNÉSIE
politique. Il y découvre les problèmes des
agriculteurs et des vignerons. En 1969, c’est
d’ailleurs dans un petit village proche de
Montauban qu’il épouse Maryse Laforgue, la
fille d’agriculteurs aisés du Tarn-et-Garonne.
On devinera sans peine qu’il prend
L’homme a de réelles compétences
techniques et une grande capacité de travail
qui lui permettent de remplir ces deux
fonctions pendant dix mois, jusqu’à sa
démission de la présidence du gouvernement
local qui'intervient en février 1987. 11 la justifie
invoquant
part aux meetings et manifes¬
tations politiques de mai 68. Sa pensée est déjà
gouvernement central. L’argument serait tout
d’un “gauchiste”.
en
arguant de l’impossibilité du cumul et en
Mère
activement
son attachement supérieur à la
Patrie et au poste de secrétaire du
jeune marxiste convaincu. Son ton, celui d’un
militant dont l’ardeur au combat idéologique
ne s’effacera pas au fil des années. Quelle est
loin dans tout cela la Polynésie ! Pourtant,
lorsqu’il rentre définitivement à Tahiti en
1973, après avoir terminé des études d’océa¬
nologie à l’université de Marseille, Jacqui
Drollet n’aura aucun mal à transposer les
schémas d’analyse marxiste auxquels il adhère
si fermement,
à la situation politique,
économique, et sociale de son pays, et du
peuple ma’ohi. Il refuse de s’engager au sein
des partis autonomistes de l’époque, tout
à fait convaincant si Gaston Flosse n’avait pas
démissionné au moment précis où il n’arrivait
pas à maîtriser le conflit social des dockers, et
alors
même qu’il
faisait l’objet depuis
plusieurs
mois, localement et au plan
national, d’une contestation de plus en plus
violente venant d’adversaires vilipendant ses
méthodes de gouvernement tout en l’accusant
d’affairisme et de corruption. Une démission
qui apparaît donc comme une reculade. Mais
une reculade qui n’est sans doute qu’un repli
tactique, G. Flosse a en effet réussi le tour de
force de faire désigner à sa succession, par son
parti, contre son second Alexandre Léontieff,
le
président de l’Assemblée territoriale,
Jacky Teuira, compagnon de route de la
première heure, ami fidèle, garant de l’ordre et
comme
épisode illustre parfaitement le
caractère rusé du personnage, qui ne s’avoue
jamais battu, et souhaite continuer à aller
toujours plus avant. Ce trait de caractère se
Ce seul
franchit
1975, non sans avoir, deux ans
milité dans l’association
écologiste la Ora Te Natura. Une transition
qui prouve son extrême difficulté à se situer à
l’intérieur du champ politique local et du jeu
des
partis politiques polynésiens où le
pragmatisme et l’art des retournements
impossibles tiennent une meilleure place que
le dogmatisme et l’intransigeance idéologique
qu’affiche volontiers J. Drollet.
Jacqui Drollet
politique contemporain à
porter la barbe, Jacqui Drollet (né le 22
novembre 1944 à Papeete) est aussi et incon¬
testablement le premier socialiste et le premier
idéologue qu’ait connu la Polynésie
française.
Appartenant par son père, Marcel
Drollet, à une des plus vieilles familles
“demies” de Tahiti, le jeune Jacques Harold
Tiamatahi passera son enfance entre Fautaua
et Mahina, commune dans laquelle il réside
toujours à l’heure actuelle. Sa ' langue
maternelle est le français, contrairement aux
hommes politiques de la “vieille génération”,
et la rigueur de son esprit cartésien lui
permettra de réussir sans difficulté des études
scientifiques entreprises sur les bancs du
collège Lamennais, où il obtiendra son bacca¬
lauréat en sciences expérimentales.
En 1965 vient l’heure du départ pour la
Métropole, tandis que le Général-Président
qui a mis un terme au conflit algérien vient de
en
auparavant, créé et
résume en un seul mot : l’ambition.
homme
il s’était refusé en France à adhérer à
parti politique. Sa force c’est son indé¬
pendance. Sa raison d’être, la liberté. De là à
fonder son propre parti politique précisément
sur
le thème de l’indépendance et de la
liberté... il n’y a qu’un pas, que Jacqui Drollet
aucun
de la continuité.
Premier
gauche. Presque celle
Son langage est celui d’un
celle d’un homme de
vrai
transférer
la
base
d’essais
nucléaires
Métropole
que
s’éveille
Charles
Tetaria,
120
pouvoir) qui se veut un parti autonomiste.
Ses dirigeants ne prôneront officiellement la
au
l’indépendance polynésienne qu’à
thèse de
compter de décembre 1978.
Pour eux, “les partis politiques actuels se
montrent
par
leurs agissements, leurs
compromissions, leurs incohérences,
discrédités et indignes de gérer l’avenir du
Territoire”. Jacqui Drollet devient tout natu¬
secrétaire
rellement
général
de
ce
parti
socialiste autogestionnaire qui entend “libérer
la personne humaine de toutes les aliénations
qui l’oppriment”. Le la Mana préconise “la
socialisation progressive des moyens
d’investissement, de production et
d’échange”, se donne pour tâche première
“l’information, l’éducation et l’organisation
du peuple”.
Reste à ancrer le la Mana Te Nuna’a au
sein d’une
population très croyante, ce qui
paraît presque une gageure vu l’athéisme
théorique dont se réclame J. Drollet. Là n’est
pas la moindre des contradictions que doivent
assumer les dirigeants comme les militants de
son parti.
Brillant orateur en langue française - il le
deviendra en langue tahitienne -, donnant
l’image d’un homme compétent, sérieux,
sincère et d’une grande droiture morale, mais
aussi profondément idéaliste, J. Drollet
réussit à faire de son parti un mouvement
puissant et structuré. Il est élu conseiller
territorial aux côtés de Jacky Van Bastolaeret
Peni Atger, en 1977. Mandataire officiel du
candidat François Mitterrand aux élections
présidentielles de 1981, il est réélu en 1986 à
réussite
La
politique
grandissante
d’Oscar Temaru, leader du parti indépen¬
dantiste Tavini Huira’atira, dont la devise est
j
“Te Atua ta'ufatu" (Dieu est mon maître) ne
va pas sans poser
S’il
quelques problèmes à Jacqui
dit n’avoir aucune animosité
envers aucun des dirigeants de l’opposition au
Drollet.
Huira’atira, ses sympathies n’en
moins actuellement vers le parti de
Marins Raapoto (E’a no Maohi Nui).
J. Drollet, qui pense visiblement au pouvoir,
axe son combat présent sur trois fronts : celui
de la lutte pour la dénucléarisation du
Pacifique, aux côtés des travaillistes austra¬
liens et néo-zélandais, par exemple ; celui de
l’indépendance socialiste et autogestionnaire,
qui deméure toujours une des finalités du la
Tahoera’a
vont pas
sa
exception à la règle : ses amis Henri Hiro,
Duro Raapoto, ou Jean-Paul Barrai, tout
comme
Alexandre Léontieff, Jacques
et
trentaine d’années, fonctionnaires et
pour la plupart diplômés de l’université,
créent donc le la Mana Te Nuna’a (Le peuple
lui un tribun très écouté.
conscience politique. Mais il ne fait pas en cela
Teheiura
d’une
soin, impressionnent ses collègues et font de
de
effectuent
également leurs études supérieures à
Montpellier, Rennes ou Paris, à la même
époque. Pour Jacqui Drollet, l’environ¬
nement radical du Sud-Ouest et de sa capitale
régionale Toulouse, constitue un terrain
d’observation privilégié pour s’initier à la vie
Henri Hiro, Duro Raapoto,
Philippe Siu, tous âgés
laquelle ses interventions précises et perti¬
nentes, jointes à son humour caustique doté
d’un sens de la métaphore qu’il cultive avec
de Moruroa...
en
Atger,
Emile Teihotaata et
l’Assemblée territoriale, une Assemblée dans
Reggane (Sud Sahara) sur l’atoll polynésien
C’est
Le 15 novembre 1975, Jean-Paul Barrai,
Peni
Mana Te Nuna’a ; enfin, celui de l’union de
Jacqui Drollet est un
intellectuel capable de
se transformer en tribun.
On le voit ici au moment
où il va être embarqué
dans un car de police
avec les autres membres
du Comité directeur du
la Mana. Motif : le parti
a
organisé une
manifestation pour
protester contre la
politique du président
V. Giscard d’Estaing, en
visite dans le Territoire
en
juillet 1979.
l’opposition, qui paraît bien difficile à réaliser
en 1987. Quand on évoque devant lui la diffi¬
culté de la tâche qui l’attend, Jacqui Drollet
esquisse
un
demi-sourire, et déclare placi¬
appartient aux hommes
“L’avenir
convaincus”.
dement
:
8 La vie économique
Disposant statutairement depuis
de pouvoirs
(voir chapitre
les qui,
autoritésmatière
élues
1977 accrus
la responsabilité
des 3),
choix
du Territoire assument
constitution. D’autre part, de petites exploi¬
en
économique, conditionnent la vie quotidienne des habitants delà Polynésie française.
Pouvant compter sur le concours (ou l’assistance) technique et financier de la
Métropole qui a initié dans les années 70 une telle politique, elles essaient de concilier
un modèle de croissance qui en un quart de siècle (entre 1960 et 1984, le produit
intérieur brut a été multiplié par 46) a fait accéder une société “traditionnelle” à la
“consommation de masse” et un modèle de développement reposant en priorité sur la
restauration de ce que l’on pourrait appeler “l’économie naturelle” du Territoire.
Cette politique, dont les grandes lignes ont été définies par G. Blanchet (voir
chapitre 2), a porté quelques fruits : les contributions de ce chapitre qui en analysent
les résultats au niveau des grandes “branches d’activité” l’attestent indubitablement.
Les cultures maraîchères vendues sur le marché local ont enregistré une notable
progression ; la perle noire est devenue en quelques années, devant le coprah, la
principale source des revenus à l’exportation ; la production hydro-électrique, en plein
développement, couvre d’ores et déjà 15% des besoins énergétiques ; le tourisme, en
dépit de certaines turbulences, a franchi pour la première fois le cap des 100 000 visi¬
teurs en 1979... Autant d’arbres qui ne doivent pas pour autant cacher la forêt.
Globalement et en dépit d’une certaine croissance, la “branche agriculture,
élevage, pêche” ne représente plus aujourd’hui que 6% du produit intérieur brut
polynésien, contre 7% en 1970. La part des services, en revanche, en passant de 25 à
30% environ, a augmenté de 5 points. Quant au commerce, alimenté par des
importations qui visent à satisfaire une consommation de masse stimulée par les
dépenses publiques, il demeure, selon la formule de W. Vanizette, “le noyau dur de
l’économie polynésienne” et constitue le principal obstacle au développement d’un
appareil productif viable et susceptible d’accroître l’autonomie de l’économie
polynésienne.
\
L’agriculture
1956), soit 11
A la fin des années cinquante et au début
des années soixante, l’économie polynésienne
caractéristique d’une économie coloniale
agro-exportatrice, fondée sur trois cultures
qui dominent le paysage agricole : le cocotier,
la vanille et le café. La valeur de ces produc¬
tions exportées représente près de la moitié
est
des ressources en devises du Territoire (47%
en
1957) et permet ainsi d’atteindre un taux de
des importations par les exporta¬
couverture
proche de l’équilibre (85% en 1957).
Avec plus de 60% des actifs recensés dans le
tions
secteur
primaire
(recensement
117 personnes, l’agriculture
constitue l’activité économique dominante.
l.N.S.E.E.
Les structures de production qui se diffé¬
rencient essentiellement selon la taille des
exploitations, le type de propriété et le mode
de faire valoir, opposent très nettement deux
types d’exploitations. D’une part, de grandes
exploitations, formées entre 1880 et 1930
grâce à des transferts de propriété réalisés au
profit d’un groupe d’Européens et de Demis.
La mise- en valeur, qui s’effectue fréquem¬
ment
sous
forme de métayage avec
attributions de petites parcelles pour les
cultures vivrières autoconsommées, répond à
une logique d’accumulation du capital menée
par
une
bourgeoisie terrienne
en
voie de
tations situées sur des unités foncières indi¬
vises issues de la propriété foncière polyné¬
sienne
vement
“traditionnelle”, possédées collecti¬
par le groupe familial et dont le
fonctionnement est orienté vers la satisfac¬
tion des besoins vivriers et monétaires
minimaux avec le minimum d’heures de
travail.
L’évolution de
l’agriculture à partir du
début des années soixante est déterminée par
étrangers qui modifient consi¬
des éléments
dérablement le niveau de rémunération de la
main-d’œuvre
agricole comparée aux autres
secteurs de l’économie
(voir pp. 25-40).
La baisse des productions
exportées et le soutien
du prix du coprah
exportations de café diminuent régu¬
partir de
1965. En 1985, la production de café est
Les
lièrement et cessent totalement à
réalisée en totalité aux îles Australes où elle
constitue une source de revenus minoritaires
dans les exploitations agricoles
dépourvues de cocoteraies pour des raisons
climatiques. Les conditions techniques de la
production (vieilles plantations, peu produc¬
tives, situées en sous-bois) placent la culture
du café au dernier rang pour ce qui concerne le
essentielle
niveau de rémunération de l’heure de travail
agricole, malgré un prix du café en parche sec
payé au producteur de deux à trois fois sa
valeur
au
cours
mondial.
En
1983,
la
production locale, protégée par une réglemen¬
tation spécifique à l’importation, ne couvre
que 17% de la consommation.
Les exportations de vanille diminuent
régulièrement jusqu’au début des années 80
(0,6 tonne exportée en 1981) pour deux
raisons principales : la stagnation des cours
dans une économie locale soumise à une forte
inflation et les problèmes phytosanitaires liés
à une conduite technique déficiente.
Le plan
SERVICES
ADMINISTRATION
COMMERCE
INDUSTRIES
AGRICULTURE
10
15
20
25
28%
-20%
-15
-10
-5
10
13%
Part relative de chaque
branche en 1960 et 1984.
Ce graphique symbolise
l’évolution de la
structure de l’activité
Évolution annuelle
(1960-1984) des
activités par branches
(en francs constants).
Ce graphique, dans
lequel les courbes sont
classées en fonction de
l'allure de leurs pentes
(les valeurs en francs
1960 sont données à titre
indicatif), montre
clairement que ce sont
les activités
économique.
“productives” (A et B)
qui ont le plus pâti de la
croissance des autres
activités (C, E et D) qui
ont été impulsées par
les dépenses de
l’administration (G).
121
VIVRE EN POLYNÉSIE
développement de cette culture mis en
place par le Territoire en 1983 permet de
prévoir, au vu des deux premières années de
fonctionnement (3,6 t en 1985), une forte
reprise des exportations (20 t prévues en 1987).
La production du coprah diminue légère¬
ment et se stabilise à un niveau moyen de
16 000 tonnes qui s’est maintenu jusqu’en
1982. La baisse de production provoquée par
la saison cyclonique 1982-1983 s’estompe
progressivement et ne devrait plus être
de
ressentie vers 1988. Avec 45 000 ha de coco-
producteurs dont 800 aux
Tuamotu, le bon fonctionnement de la filière
coprah, c’est-à-dire le maintien d’un niveau de
teraies
et
2 200
rémunération
l’heure
de
de
travail
compatible avec le reste de
l’économie, est garanti par les pouvoirs
publics afin de ne pas faire supporter à la
société polynésienne le coût social important
qu’entraînerait un départ massif de la
population rurale vers la zone urbaine de
Tahiti. A cet effet, un dispositif de soutien du
prix payé au producteur est mis en place à
partir de 1967, dont le coût varie selon le
socialement
niveau
du
mondial.
cours
En
situation
moyenne (450$ la tonne d’huile CAF Europe
en
1982), et compte tenu des niveaux de prix
Polynésie, environ 75% des revenus
distribués par la filière sont constitués par des
subventions territoriales. Ea hausse régulière
fixés en
prix au producteur et la stagnation du
cours mondial, troublée de temps à autre par
du
des hausses brutales et momentanées liées à
une
baisse de l’offre américaine de soja sur le
L’agriculture, une
oléagineux, sont de
plus en plus coûteuses pour le Territoire.
Toutefois, le rapport entre le salaire horaire
minimum et le prix du kilogramme de coprah
subventionné est passé de 3 à 6 entre 1960 et
marché
mondial
des
1984.
maraîchers d’ethnie chinoise et par des
petites exploitations traditionnellement
orientées vers des cultures d’exportations qui
parviennent ainsi, grâce à ces nouvelles
productions (pastèques, melons, pommes de
de
ananas, tara, tomates, choux) à sa¬
tisfaire des besoins monétaires croissants en
terre,
profitant des hauts niveaux de prix pratiqués
Importations et marché local
sur
1985, la population augmente
dans un rapport supérieur à 2 avec un taux
orientent en partie leurs efforts vers le déve¬
Entre 1960 et
moyen de croissance annuelle d’environ 3%.
Les
modifications socio-culturelles
importantes et la présence d’un groupe
d’expatriés d’origine française sans cesse
renouvelé
modifient
considérableriient
les
habitudes de consommation qui incorporent
progressivement une plus grande part de
produits importés dans le régime alimentaire
moyen. Ainsi, entre 1959 et 1970, selon les
statistiques douanières, les importations
annuelles de produits alimentaires passent de
237 à 587 kilogrammes par habitant. De plus,
la baisse rapide du nombre d’actifs agricoles
(14 300 actifs en 1962 contre 7 500 en 1977),
non compensée par une augmentation de la
productivité, contribue à la dégradation de
l’autosuffisance alimentaire.
Pourtant, dès le début des années
soixante, une partie de la production agricole
s’oriente vers le marché local de produits frais
concentré
sur
la
zone
urbaine de Papeete.
production est réalisée par quelques
grosses exploitations situées sur l’île de Tahiti
(lait, viande, volailles), un nombre important
Cette
le marché.
A
partir de 1970, les pouvoirs publics
loppement de la production agricole destinée
au
marché local
qui double sur la période
1970-1985. Sur cette même période, la part des
besoins en produits alimentaires d’origine
animale
et
végétale (non compris la
production autoconsommée et les produits de
pêche) satisfaite par la production locale
passe d’environ 14 à 18%, ce qui se traduit par
une
baisse des importations de produits
alimentaires par habitant et par an d’environ
la
12% en 15 ans (518 kg en 1984).
Les interventions importantes
du secteur public
interviennent pour le
public : le Service de
l’Économie rurale, service technique et
administratif auquel est confiée, sur le terrain,
la mise en application de la politique agricole
menée par le Territoire ; la Chambre
d’Agriculture qui représente et défend les
intérêts des agriculteurs ; et la Société de
Développement pour l’Agriculture et la Pêche
Trois
organismes
compte du secteur
production de plants en pépinières
vendus à des prix subventionnés
activité très encadrée.
En dépit des moyens
très importants,
techniques et financiers,
dont elle dispose,
l’agriculture n’obtient
que des résultats très
modestes (voir
graphique p. 121 et
tableau p. 123).
Budget du Territoire
pour le secteur
agricole ; 2,1 milliards
1
-J"
Tahiti
122
tarifs subventionnés accordés
engrais et travaux à façon
V
achat du coprah à
Huilerie de
des prix subventionnés
pastèque est cultivée
depuis iongtemps à
Maupiti. Les piantations
sont
corallien
considérablement
-K
sur
Uturoa (Raiatea). La
se
réalisations de prestations chez les
agriculteurs à des prix subventionnés
Développement
de l’Agriculture
créée : 4 milliards
Pastèques prêtes à
l’embarquement à
sur motu
informations à caractère technique
Société de
^
Valeur ajoutée
'V ir
développées à compter
des années 1970,
à Huahine, à Tahaa, et
bien entendu à Maupiti.
Ces îles contribuent à
elles seules à 98% de la
production territoriale
qui a dépassé
2 489 tonnes en 1985.
LA VIE ÉCONOMIQUE
(S.D.A.P.), société d’économie mixte qui a
pour objet le développement de l’agriculture
par la commercialisation de produits agricoles
locaux, l’approvisionnement des producteurs,
ainsi que toutes formes d’aides apportées aux
agriculteurs individuels ou à leurs groupe¬
ments.
Ces interventions sont multiples : soutien
prix agricoles à la production (coprah) ;
fixation
de
certains
prix agricoles et
protection du marché local par l’ouverture de
quotas d’importation ; subventions diverses
destinées à réduire les coûts de production
(engrais, travaux lourds, semences de
pommes de terre, plants fruitiers, fret vers les
archipels) ; aides à l’investissement (entre 15 et
50% selon le type et le montant de l’investis¬
sement) ; réalisation des gros travaux d’amé¬
nagement (routes, irrigation, drainage) ; loca¬
des
tion
de
terres
domaniales
assistance
;
technique.
Le coût des interventions qui figurent au
budget territorial de 1985 est d’environ 2,1
Pacifique, soit un ratio,
entre la valeur ajoutée créée dans l’agri¬
culture et les dépenses réalisées par le Terri¬
toire sur ce secteur, à peine égal à 2.
milliards de francs
L’évolution des structures
De
forts
existent
contrastes
entre
deux
groupes d’exploitation, l’un situé essentiel¬
lement sur l’île de Tahiti, l’autre réparti sur
l’ensemble du Territoire. Le premier, typique
d’une agriculture marchande, est orienté vers
la recherche d’un revenu monétaire maximal
essentiellement destiné à rémunérer le capital
en
utilisant une main-d’œuvre salariée et des
terres en propriété ou en location.
Le second
représente environ 85% du total des exploi¬
tations et se singularise par l’absence de tout
capital d’exploitation, l’exploitation en règle
générale d’une terre familiale indivise par la
main-d’œuvre familiale, la présence d’une ou
deux cultures de vente et de cultures vivrières
l’existence de revenus
monétaires d’origine non agricole au sein du
ménage.
Leur
fonctionnement, caractéristique
d’une agriculture de subsistance, répond
globalement à une logique d’entretien qui vise
autoconsommées,
à satisfaire les besoins monétaires minimaux
avec
le minimum
de travail.
Toutefois, le
évolutif subi par ces exploitations
est responsable d’une forte hétérogénéité au
sein de ce groupe. Plus l’exploitation est
proche de Papeete et de sa zone urbaine, plus
processus
les
modèles
de
consommation
sont
dépendants du système économique mondial
et plus les besoins monétaires sont élevés.
C’est l’augmentation du niveau des besoins
monétaires devant être satisfaits par l’activité
agricole qui aboutit progressivement soit à
l’abandon de l’activité agricole et au chan¬
gement d’activité, si l’environnement écono¬
mique le permet, soit à un fonctionnement
dominé par la logique marchande.
Le
fonctionnement de l’exploitation s’oriente
alors vers la rémunération des deux princi¬
paux facteurs limitant : terre et capital.
le
paysage
moindre
coût pour
nécessité à caractère social rencontrée très
fréquemment en matière de politique agricole.
Au-delà des mesures d’ordre technique, un
nouveau cadre juridique pour l’indivision doit
être mis en place, qui permette de réaliser les
investissements nécessaires pour exploiter les
ressources
foncières
dans
économie
une
dominée par le système capitaliste mondial et
qui préserve la propriété foncière de type
garante de la reproduction de
l’identité sociale polynésienne sur plusieurs
générations.
Le secteur agricole ne représente aujour¬
d’hui que 4% du Produit intérieur brut poly¬
nésien. Son nécessaire développement dans
les années à venir doit permettre de satisfaire
en
partie la forte demande d’emplois
nouveaux et de participer à moyen terme à la
satisfaction
de
l’objectif d’indépendance
économique. Les interventions importantes
du
secteur
public, qui seront encore
familial
nécessaires
durant
de
nombreuses
années,
doivent entre autres s’appuyer, d’une part sur
la persistance du système vivrier traditionnel
sur
île haute - très productif et peu coûteux en
main-d’œuvre
afin de
conserver un degré
l’exploitation, donc
d’éviter les situations de crise profonde, et
d’autre part, sur la présence d’un marché local
à haut niveau de prix dont il faut actuelle¬
ment profiter pour réaliser les adaptations
-
d’autosubsistance
sur
nécessaires.
sur une
Le rassemblement des
constitué
agriculteurs des îles du
Vent à Papara, les 26 et
27 septembre 1986. Pour
l’indispensable fret de
retour des goélettes.
Aux Tuamotu et aux
faire passer son
message techno-
Ci-dessous :
ces 10 dernières années,
principales productions.
Exception faite du
coprah et de la vanille
(voir Annexes,
volume 9), l’agriculture
effet impossibled’établir
des séries continues,
économique où la
cohérentes.
éconornique tout en se
problèmes des
agriculteurs, le ministre
Georges Kelly a
organisé plusieurs
il représente au
minimum 63% des
mettant à l'écoute des
fantaisie statistique
est la plus grande.
Marquises, et pour s'en
tenir aux tonnages de
quantités transportées.
L’évolution des
est le secteur de l’activité
rassemblements auxîles
du Vent et aux îles Sous-
le-Vent, aux Australes et
S’agissant notamment
des cultures vivrières,
fruitières et
maraîchères, il est en
complètes et
Marquises.
7
PRODUCTIONS
Rapports SMIG
horaire/prix du coprah,
stade producteur. Sur
l’ensemble de la période,
actuellement très audessus des cours
courbe correspondant à
des augmentations du
explique, au moins en
partie, la chute des
mondiaux), le pouvoir
d’achat de cette
dépit de certains
infléchissements de la
production n’a cessé de
se détériorer. ’Ce quf
prix du coprah (payé
tonnages.
et en
2-|—I—I—I—I—T—T T
62
64
66
I
68
1984
coprah
15 761
7 387
vanille
57
15
15 818
7 402
productions
destinées à
l'exportation
type, tous basés à
Tahiti. La production
de 468 t de poulets
de chair en 1985, soit
T
70
1970
Total des
Un élevage
Industriel de poulets
de chair. Il existe
actuellement
4 élevages de ce
1960
dans
Chargement de coprah
goélette. Le
coprah a longtemps
Page de gauche :
aux
exploitations et leur
économique au
la collectivité est une
L’évolution de ces
maintien
une
hausse de 9,8%
par rapport à 1984,
n’a pas empêché les
importations, qui
couvrent 90% de la
consommation,
d’augmenter de
12,9%.
café
110
63
cultures vivrières
575
1 268
légumes
2 500
5 780
fruits
3 300
5 743
poulets de chair
280
426
œufs
480
1 202
viande de porc
552
872
viande bovine
257
258
lait
789
2 103
8 843
17 715
Total des
productions
destinées au
marché local
84
123
VIVRE EN POLYNÉSIE
La pêche
La
infléchissement et se tournent moins vers la
définition de quotas de pêche et la perception
de redevances que vers une plus grande coopé¬
pêche fait l’objet d’une attention
pour des raisons qui tiennent
à une longue tradition et à une
gamme étendue de moyens de capture, d’autre
part à la configuration du Territoire dont la
ceinture d’îles n’occupe que 4 000 km^ de
terres émergées sur une surface égale à celle de
l’Europe, et enfin à la loi du 3 février 1978 qui
crée une zone économique exclusive (Z.E.E.)
de 200 milles marins au large des côtes et
renforce son potentiel en le portant à près de
particulière
d’une part
5 millions de kilomètres carrés.
plan économique, elle ne joue
cependant qu’un rôle modeste et, avec l’agri¬
culture et l’élevage, ne concourt qu’à 6% du
alors que les salaires versés par
l’administration en atteignent plus de 30%.
Les exportations de produits de la pêche
viennent toutefois d’être multipliées par dix en
dix ans, grâce aux perles noires qui forment
désormais le principal poste de vente de
produits du cru.
Selon l’Établissement pour la Valori¬
sation des Activités aquacoles et maritimes
(E.V.A.A.M.), chaque année pourraient être
récoltées 30 000 tonnes de poissons, un tiers en
profondeur et deux tiers en surface. Par
comparaison, les besoins intérieurs sont de
Sur
le
l’ordre de 5 à 6 000 tonnes, 2 000 à 2 500 tonnes
ration économique et technique.
Une
pêche de surface artisanale, à la
canne avec ou sans
leurre en nacre, s’effectue
également chaque jour au large de Papeete, à
une distance qui n’excède guère 60 milles. Elle
est mise en œuvre par une flottille d’une
centaine de bonitiers (85 en 1962, 115 en 1983)
d’une dizaine de mètres de long et de 8 à 15 tbj.
Construits en contre-plaqué, ils sont montés
par un équipage de deux à quatre personnes,
et ont une puissance motrice de 225 CV, en
moyenne. Du fait de la hausse du prix du
carburant, leur activité, qui se chiffre offi¬
ciellement à 600 ou 700 tonnes de poissons par
an, devient de moins en moins rentable,
malgré l’emploi de moteurs turbo-compressés
plus rapides et plus sobres. Plus des deux tiers
des pêcheurs à la bonite de Papeete (68%)
touchaient en 1981 au moins l’équivalent du
S.M.I.G. et, en 1984, ils étaient moins du
quart (22%). A partir de 1980, plusieurs
dispositions sont prises pour donner à la
pêche une impulsion nouvelle et une
dimension plus industrielle, qu’il s’agisse de la
mise en place de dispositifs de concentration
de poissons ou dq l’expérimentation d’un
super-bonitier de 16 mètres de long et de
25 tbj, capable d’effectuer des marées de
plusieurs jours. Les radeaux flottants ont reçu
un
n’a
super-bonitier
rencontré le succès escompté. Les
accueil favorable, mais le
pas
pêcheurs rechignent à sortir plusieurs jours
d’affilée
en
mer
et
les
consommateurs
qu’avec réticence un produit
congelé. 11 a fallu surseoir au lancement de
nouvelles unités et, aujourd’hui, on s’oriente
n’achètent
un bateau de taille intermédiaire, de
12,80 mètres de long, équipé d’installations de
réfrigération permettant des sorties de 2 à 3
vers
jours.
La pêche récifo-lagonaire
Pratiquée à une échelle individuelle et
communautaire, à l’intérieur et à l’extérieur
du lagon, la pêche côtière et lagonaire joue
toujours un grand rôle dans les ressources des
insulaires. En dehors d’une autoconsomma¬
tion difficile à évaluer, cette importance se
traduit par des quantités commercialisées de
l’ordre de 1 500 tonnes de poissons de récif et
de lagon et d’une demi-douzaine de tonnes de
crustacés. Les captures font appel à des
techniques variées, qui s’échelonnent des
lignes à main et filets aux harpons et fusils
sous-marins. Mais la plus grande partie des
prises provient de parcs fixes en grillage qui
sont établis à l’embouchure des passes ou des
chenaux des atolls et qui sont venus se
substituer, au début des années 60, aux parcs
en pierre et en touffes de miki miki.
sont commercialisées, une quantité analogue
est
autoconsommée et les
importations se
chiffrent à 1 500 tonnes. Ces quantités n’évo¬
luent guère depuis une quinzaine d’années, à
ceci près que la baisse de l’autoconsommation
voit compensée par un accroissement des
importations de produits frais et en conserves.
Pour améliorer la situation, une politique
de développement, échelonnée dans le temps,
se met progressivement en place. Elle s’efforce
de parvenir à une meilleure exploitation des
ressources afin de fournir des recettes d’expor¬
tation et de mieux répondre aux besoins de la
population. Elle accorde une égale
importance à trois axes, la pêche hauturière,
l’aquaculture et la pêche récifo-lagonaire qui,
par un soutien approprié, doivent progressi¬
vement passer du stade artisanal au stade
se
industriel.
pêche hauturière vise à la capture de
ou de thons jaunes en surface et de
thons germons en profondeur.
Depuis le début des années 70, des
équipages coréens, formosans et japonais la
pratiquent en eau profonde, à une échelle
industrielle, pour le compte de grandes
compagnies étrangères. Leurs palangriers,
équipés de longues lignes, transitent par
Papeete, dont ils utilisent les services
portuaires et les installations frigorifiques. Ils
y entreposent le produit de leur pêche avant de
l’acheminer vers l’usine de Pago Pago. Les
quantités stockées ont été de plus de 8 000
tonnes en 1973. Elles ont ensuite régressé et ne
sont plus que de 2 000 tonnes au début des
La
bonites
années 80 et de 1 400 tonnes en 1983. A cette
124
ies eaux polynésiennes,
moyennant une
redevance globale de
30 millions de francs.
Débarquement d’un
La pêche hauturière
date, les accords de pêche connaissent
Thoniers coréens dans
le port. En 1985,
80 navires coréens ont
été autorisés à pêcher
6 000 t de poissons dans
un
thon sur le quai des
bonitiers. En 1985, 82 t
de thons et 401 t de
bonites ont été pêchées
par les bonitiers
approvisionnant le
marché de Papeete ;
tonnages en baisse
respectivement de 46%
et 29% par rapport à
1984.
Le chargement du
poisson à Arutua. Dans
les atolls dépourvus de
quai, les pêcheurs
doivent livrer leurs
poissons mis en paquets
à la goélette. En 1985,
Arutua a été desservie
chaque semaine par
deux de ces navires qui
ont transporté
208 tonnes de “poissons
glacière” à Papeete, soit
20% environ de la
production de ce type
exportée vers Papeete.
LA VIE ÉCONOMIQUE
Destinée
croissants
cette
à
faire
face
aux
besoins
l’agglomération de Papeete,
pêche commerciale s’est déplacée de
de
Tahiti vers les Tuamotu de l’ouest, au fur et à
l’épuisement des lagons des îles du
Vent. L’évacuation des poissons est opérée
par une demi-douzaine de petits caboteurs,
équipés de frigorifiques ou de glacières, qui
desservent
régulièrement une douzaine
d’atolls d’où proviennent plus de 60% des
apports. Les cyclones de 1983 ont entraîné une
chute de 20% de la production qui a pu être
rapidement palliée par l’intervention de
l’Agence territoriale de la Reconstruction qui
a procédé à l’indemnisation de 166
parcs et de
mesure de
nombreuses embarcations à moteur. Celles-ci
sont construites en contre-plaqué et ont de 5 à
7 mètres de long. Elles sont dotées de moteurs
hors-bord d’une puissance moyenne de 25 à
50 CV, qui nécessitent d’importantes dépenses
grèvent les prix de revient.
Pour y remédier, l’E.V.A. A.M. vient de lancer
un programme de développement de
petits
bateaux polyvalents à moteur diesel et
commence à mettre en place des containers
frigorifiques dans les atolls où la pêche est
de carburant et
particulièrement active.
Service territorial de la Pêche a commencé à
adapter au contexte local une aquaculture de
type traditionnel en matière d’ostréiculture et
perliculture. L’installation du Centre
océanologique du Pacifique (C.O.P.) en 1972
a
permis d’entreprendre une aquaculture
moderne, centrée sur une recherche-dévelop¬
pement coûteuse et prometteuse. Elle a permis
de maîtriser le cycle de production de la
de
chevrette, dont ont été récoltées 13 tonnes en
1983 dans une ferme territoriale et dans une
pilote de 10 hectares, associant le
au
secteur privé.
D’autres essais
portent sur l’élevage de crustacés, de crevettes
de mer et de mollusques ainsi que sur des
aliments composés dont ont été fabriquées
station
C.O.P.
L’aquaculture
grands espoirs sont aussi fondés sur
l’aquaculture. Dès la fin des années 60, le
De
120 tonnes en 1983.
La percée la plus remarquable est celle de
la perliculture dont la production est passée de
1 500 grammes en 1972 à 140 000 grammes en
1983 et la valeur commerciale de 336 000 F à
859 millions de francs Pacifique. Une soixan¬
taine
au
d’entreprises s’y consacrent désormais
lieu d’une
au
début de 1970. Comme le
développement de ce secteur est conditionné
par celui de la nacre dont les gisements sont
presque épuisés, un programme de relance de
la nacre vient d’être mis sur pied. Il comporte
trois volets : un plan de développement des
fermes nacrières, des actions de repeuplement
des lagons surexploités et la création d’une
écloserie de naissains.
Pêche au filet dans le
lagon. Ce type de pêche,
pratiqué en famille ou
entre voisins à l'aide de
filets de taille modeste
(quelques dizaines de
mètres au maximum)
permet surtout de
capturer
saisonnièrement les
bancs de poissons
{ina’a, carangues, ature)
qui fréquentent le lagon
débouché des cours
d'eau sur le littoral.
au
L’élevage des crevettes
à l’IFREMER. La ponte
est provoquée et la
fécondation artificielle.
Parcs à poissons à
proximité de la passe
(côté lagon) d’Arutua
aux Tuamotu.
POISSONS DU LARGE
établis à faible
profondeur sur le sol
corallien au voisinage
des courants et des lieux
de passage de poissons.
Ceux-ci sont guidés par
des bras en forme
d'entonnoir (raupua)
vers le vivier (aua) en
forme de cœur qui peut
être lui-même prolongé
par un piège secondaire,
le tipua.
Évolution des ventes
locales de poissons sur
les marchés
municipaux. Le
développement de la
pêche pratiquée par les
locaux (les tonnages
capturés ont été
multipliés par 3 en
25 ans) n'a pas jusqu'à
maintenant répondu aux
espoirs du Territoire. En
1985, la baisse des
ventes sur les marchés
de Papeete et de Pirae a
été de 33,9% pour les
thons, de 29,7% pour les
bonites et de 8,6% pour
les autres poissons.
ENSEMBLE
%
tonnes
indices
tonnes
%
tonnes
1960
553
62
336
38
889
112
1961
531
58
382
42
913
115
1962
685
52
636
48
1 321
167
1963
779
49
810
51
1 589
200
1964
596
42
812
58
1 408
178
1965
627
40
948
60
1 575
199
1966
902
48
991
52
1 893
239
1967
744
40
1 094
60
1 838
232
1968
947
46
1 100
54
2 047
258
Les aua ia
sont des pièges fixes
DE RÉCIF OU LAGON
(1955 = 100)
1969
953
44
1 235
56
2 188
276
1970
836
39
1 302
61
2 138
270
1971
489
25
1 464
75
1 953
246
1972
646
30
1 496
70
2 142
270
1973
627
28
1 631
72
2 258
285
1974
630
30
1 475
70
2 105
265
1975
647
29
1 549
71
2 196
277
1976
,799
33
1 630
67
2 429
306
1977
697
33
1 445
67
2 142
270
1978
892
36
1 585
64
2 477
312
1979
625
30
1 478
70
2 103
265
1980
918
40
1 379
60
2 297
290
1981
611
27
1 626
73
2 237
282
1982
768
33
1 549
67
2 317
292
1983
763
37
1 276
63
2 039
257
1984
816
35
1 502
65
2 318
292
125
VIVRE EN POLYNÉSIE
Le tourisme
Polynésie
en
En rompant l’isolement géographique
qui a tant fait pour conforter le mythe des
paradis océaniens créé par Bougainville et
illustré par toute une pléiade d’écrivains et
d’artistes, le développement des transports
aériens a permis la création d’une industrie
touristique qui, en un quart de siècle, est
devenue la première activité économique du
Territoire, sans pour autant atteindre les
résultats escomptés par les pouvoirs publics
qui ont très largement pris en charge son orga¬
nisation et sa promotion. Pour y parvenir, il
reste en
prix pratiqués localement ont en effet
les responsables du tourisme à
promouvoir une activité “haut de gamme” qui
suppose que le Territoire recherche les clien¬
tèles à forte contribution économique, réduise
les effets socio-culturels (désintégration de la
famille, développement des attitudes de
prenne en compte les limites d’accueil de
chaque île. En 1986, la capacité hôtelière de
classe internationale en Polynésie s’élève à
2 736 unités et atteindrait près de 3 100 unités
en
1987. Elle est répartie sur neuf îles et
concentrée à plus de 90% sur trois d’entre
ristiques non intégrées...) et écologiques
négatifs possibles de l’activité touristique et
tance.
des
conduit
consommation,
commercialisation et
folklorisation de la culture, constructions tou¬
elles : Tahiti, Moorea et Bora Bora.
Dans ce contexte, le marché américain a
naturellement pris la première place en impor¬
Jusqu’en 1985, les touristes américains
représentaient 50% du total des touristes
TOTAL
2 736
unités
effet à surmonter un certain nombre
de handicaps d’ordre géographique et socio¬
économique.
Le soutien des pouvoirs publics
Dans les années 1950, le tourisme en Polynésie
importance, à
artisanal et familial. Ce
tourisme chez l’habitant permettait une forme
était
un
tourisme de faible
caractère
plutôt
avait une seule ligne
Papeete et Auckland à
raison d’une fréquence toutes les trois
semaines. Mais la voie la plus courante était la
époque,
cette
il
Répartition
^
de voyage proche du voyage de découverte. A
^
^(jlassée en 1986. Celle-ci
O
y
O
aérienne. Elle reliait
géograpNqi^e de la
capacité hôtelière
sé mesure en “unités
d’hébergement” : les
chambres et les
"bLfngalows, ces derniers
étant relativtement
voie maritime. En 1955, le Club Méditerranée
geaucoup pHjs ®
a
“îles" qu’à Tahiti
ripmbreux dans les
débuté ses activités touristiques à Tahiti en
s’installant à l’hôtel Rivnac, équipé de 14 bun¬
galows. L’autre hôtel à vocation touristique
était “Les Tropiques’’ situé à Faaa. En 1957,
700
touristes avaient été
hébergés en
Polynésie. En 1960, ce chiffre était passé à
5 000.
Le véritable coup
d’envoi au dévelop¬
pement touristique a eu lieu en 1961 avec la
constrüction par le gouvernement français de
l’aéroport international de Faaa. A partir de
cette
date, les attitudes vis-à-vis du tourisme
changent.
désormais
une industrie devenue vitale pour l’économie.
En 1961, les dépenses effectuées par les
L’administration
encourage
(7% seulement).
Ofs
En bas :
L’évolution du tourisme.
Ce tableau montre
clairement que l’activité
L’hôtel Maeva en
chantier (1970).
Construit par la chaîne
hôtelière U.T.H. (liée à la
notamment de la
desserte internationale,
sauf une conjoncture
avec
compagnie U.T.A.),
le Maeva appartient
touristique dépend
le Taharaa à la
première génération
des hôtels “haut de
particulière (grève dans
l’hôtellerie en 1983) qui
déjoue les prévisions.
gamme”.
touristes étaient estimées à 271 millions de
francs Pacifique, pour atteindre près de
520 millions de francs Pacifique en 1968. Les
questions qui se posent alors à l’industrie tou¬
ristique sont les suivantes : comment le
tourisme va-t-il se développer ? et jusqu’à quel
point le tourisme devra-t-il être développé ?
Pour coordonner son développement
dans le Territoire, le premier organisme public
chargé de cette tâche a été l’Office de Déve¬
loppement du Tourisme, de 1966 à 1983.
Depuis 1983, ce sont le Service du Tourisme
de la Polynésie française et l’Office de
Promotion et d’Animation touristiques de
Tahiti et ses lies qui interviennent au titre des
pouvoirs publics.
Une activité “haut de gamme”
orientée vers le marché américain
La
petite hôtellerie et l’hébergement chez
l’habitant ne sont pas absents du Territoire et
moins
aujourd’hui relativement marginaux. Le coût
élevé des transports aériens et le haut niveau
notamment
126
des îles. Ils n’en sont pas
Évolution du tourisme
1960
1962
1964
1966
1968
1970
1972
1974
4 087
10 406
13 085
16 200
28 402
48 809
69 165
84 615
Capacité hôtelière classée (nombre d’unités)
61
ND
ND
488
985
1 219
1 257
1 822
Desserte aérienne internationale (sièges offerts)
ND
ND
64 654
145 028
236 816
315 106
443 510
544 264
N.D. Non disponible
Nombre de touristes
LA VIE ÉCONOMIQUE
séjournant en Polynésie. En 1986, ce taux est
passé à 60% sous l’impulsion de la clientèle
particulière des croisières internes à la
Polynésie. Au second rang en importance
vient le marché européen, avec 20% jusqu’en
1985 et 17% en 1986. D’autres marchés tels
que le Japon, l’Australie et l’Amérique du Sud
fournissent à l’heure actuelle 10% de la
clientèle totale. Il conviendrait, bien entendu,
de les prospecter davantage.
début d’année 1986 révèle
tourisme, devenu industrie importante à
l’échelle du Territoire, est depuis quelques
années la première activité industrielle de la
Polynésie française. En 1982, les recettes
touristiques ont été évaluées à 12 milliards de
francs Pacifique. Elles sont estimées à 18 mil¬
liards de francs en 1985. U ne très grosse partie
rentrées
se
toute l’économie
revenus
et
de
toutes
répand directement dans
locale, créant un courant de
à tous les niveaux : commerce de gros
détail, services publics, transports et
les
autres
industrielles
sommation.
activités
niveau de l’hôtellerie et
un
emploi
au
niveau de la para-hôtellerie. U ne étude faite en
Le
ces
nisation actuelle du secteur, la création d’une
unité de logement hôtelier génère un emploi
au
Une activité essentielle
de
production intérieure brute et couvrent à
hauteur
de
20%
les importations du
Territoire. Pour sa part, le gouvernement
bénéficie de la perception des taxes et impôts
payés à tous les échelons du circuit
économique induit par l’activité touristique.
En ce qui concerne l’emploi, dans l’orga¬
commerciales
et
ayant trait aux biens de con¬
Ainsi, 18 milliards de francs de rentrées
représentent trois fois plus de revenus que
toutes les exportations du Territoire, 9% de la
l’emploi direct de
2 311 personnes dans le secteur hôtelier classé.
Ces emplois représentent une masse salariale
d’environ 30% du chiffre d’affaires global du
secteur
hôtelier.
n’est
évidemment
pas
rose
dans
marchés émetteurs sont des
être considérés comme
partiellement responsables du fait que la
Polynésie ne bénéficie pas d’une part plus
importante du marché touristique mondial.
Par ailleurs, sur le plan local, un
problème d’inflation artificielle a été créé
depuis vingt ans. Cette spirale inflationniste
engendre un coût de la vie très élevé et
représente un problème permanent pour les
visiteurs séjournant sur le Territoire.
des
pouvant
Tous ces facteurs sont déterminants dans
la concurrence que constituent d’autres desti¬
nations tropicales,
telles que les îles Hawaii,
les Caraïbes, les destinations de l’océan Indien
marchés
émetteurs
du
tourisme
interna¬
tional. Le tourisme polynésien doit ainsi être
un
secteur d’activité dont le développement pose
un
partir
éléments
(Seychelles, etc.) plus rapprochées des grands
Des handicaps à surmonter
Tout
du transport aérien et les fréquences limitées à
certain nombre de problèmes qui sont liés à
des
handicaps géographiques et socio¬
économiques.
En effet, l’éloignement des principales
régions émettrices de touristes et les grandes
distances séparant les différentes îles poly¬
nésiennes donnent au prix du transport une
part très élevée du prix global dans les circuits
touristiques proposés. L’importance du coût
resitué dans l’échiquier touristique mondial et
de cette concurrence à
laquelle se livrent les différentes destinations
recélant des attraits touristiques similaires ou
différents de ceux de la Polynésie.
il doit tenir compte
Pour
être
une
destination
tielle, il faudra donc mettre
concurren¬
en œuvre
des
moyens adéquats sur le plan promotionnel et
publicitaire et créer un véritable produit
touristique polynésien et d’un bon rapport
qualité-prix.
Ih seryeur t^jiitien. Un
de l’indtistrife touristique
est la formatio'ri du
personnel local
spécialisé.
Le Ma/eslic Explorer en
escale à Moorea. Une
nouvelle forme d'activité
touristique : la croisière
interne à la Polynésie.
Ce paquebot
(88 passagers) est
maintenant basé toute
l'année à Moorea.
A gauche :
L’hôtel Ibis à Moorea.
Cet établissement,
commercialisé par le
groupe Accor à la fin de
1985, vise à satisfaire la
demande des touristes
1976
T978
1980
1981
1982
1983
1984
1985
91 993
93 941
88 959
96 826
113 924
11-1 090
101 595
122 086
d’accéder à l'hôtellerie
“haut de gamme”.
1 900
2 069
2 114
2 096
2 152
1 841
2 107
2 662
Dépliants touristiques.
Le budget “Promotion"
522 236
460 668
363 812
446 053
633 522
658 908
576 512
598 628
qui n'ont pas les moyens
de l’O.P.A.T.T.I. s'est
élevé à 575 millions de
francs CFP en 1986.
127
VIVRE EN POLYNÉSIE
Commerce
et services
les marges commerciales des intermédiaires, à
sur
de l’économie polynésienne depuis les années
en particulier par l’apparition de
grandes surfaces commerciales étroitement
liées à des centrales d’achat métropolitaines.
Une période de concurrence intense semble
s’ouvrir qui ne manquera pas de modifier les
habitudes de consommation des Polynésiens,
de plus en plus aspirés par le tourbillon de la
soixante a été à l’origine de l’accroissement du
niveau de vie et de la transformation du mode
de vie des Polynésiens, et a permis de ce fait
diversification de la demande
vers
le Territoire,
d’importation continue à
enjeu considérable pour les groupes
commerciaux qui se sont constitués à l’échelle
territoriale. Une profonde restructuration de
Le
être
secteur d’activité est en cours et celle-ci se
concrétise
importés d’environ 70% en moyenne. Ceci
explique, bien sûr, le coût de la vie très élevé
Le processus de croissance exceptionnel
une
ce
l’alourdissement du prix de vente des produits
commerce
un
société de consommation.
les
produits manufacturés et les services, publics
ou privés.
Le changement de dimension du marché
intérieur, s’il a suscité l’apparition de nom¬
breuses activités économiques, a surtout
L'informatique, présente
depuis peu à Tahiti, a
“Heureusement il y a encore des fqfljilles nombreuses
connu un
formation, maintenance,
programmation, saisie)
accentué la “tertiairisation” de l’économie : le
sont occupés en
majeure partie par des
popa'a.
secteur tertiaire contribue pour 70% à la pro¬
duction intérieure brute
plus de
deux actifs sur trois. Cette prédominance
remarquable caractérise une intégration parti¬
culière de la Polynésie au sein de l’ensemble
français et, de manière plus générale, au sein
du système de l’économie mondiale.
et
occupe
Ci-dessous :
Le siège social de la
Banque de Polynésie.
Créée en 1973, son
capital est réparti entre
la Société Généraie
Le commerce d’importation,
noyau dur de l’économie
sphère de l’économie administrée qui
(80%) et des groupes
locaux (20%) (groupe
Siu notamment).
Trois autres banques
commerciales sont
Installées sur le
Territoire : Indosuez,
n
1^^
polynésienne
La
Banque de Tahiti et
I'
Paribas Tahiti qui a
ouvert ses
1984.
délivre des services non marchands à la collec¬
tivité grâce aux transferts publics et aux
recettes
fiscales
territoriales
moteur essentiel de la
constitue
très fort
développement. Les
métiers qui s’y
rattachent (vente,
portes en
le
croissance. Les effets
induits
par ces
dépenses publiques, en
particulier la généralisation du salariat, ont
permis l’accession de certaines couches
sociales à la consommation de
dominance
du
modèle
de
masse.
La
consommation
occidental a jeté les bases d’un élargissement
importations à un point tel que la
dépendance commerciale de la Polynésie
constant des
devient alarmante. En effet, le développement
social régulier a bénéficié en grande partie au
d’importation et ce, au détriment
d’un appareil productif
viable et susceptible d’accroître l’autonomie
de l’économie polynésienne.
L’adéquation des structures de consom¬
mation aux produits offerts par les pays
industriels se réalise par le biais de stratégies
commerciales dynamiques qui réduisent de
plus en plus le Territoire à une fonction
d’espace de commercialisation des produits
étrangers. Ces stratégies qui sont l’oeuvre de la
“bourgeoisie compradore” locale, composée
d’entreprises d’import-export et de sociétés de
représentation de marques françaises et étran¬
gères, ont accentué le rôle prédominant du
commerce extérieur dans la
dynamique de
l’économie.
Le
capitalisme commercial
commerce
de
la
constitution
L'acconage est partagé
entre trois sociétés : ia
S.A. Cowan, la plus
importante, fondée en
1924 ; la Sat Nui, créée
il y a une vingtaine
d'années et, la dernière
venue,
ia Cotada.
Page de droite :
Le siège social de la
par la
en
Caisse centrale
association avec le
Territoire, la Socredo a
Société de Crédit et de
Développement de
l’Océanie. Créée en 1959
obtenu le statut de
banque en 1984.
Évolution de la valeur des importations (en millions de francs C.F.P.)
1960
1961
1962
1963
1964
655
967
1965
1966
1967
1968
1969
1970
1971
1 451
1 975
1 892
2 381
2 115
2 555
2 820
Biens alimentaires
445
Produits pétroliers
119
134
118
147
238
368
499
556
636
492
722
1 611
maîtrise l’évolution de l’économie territoriale :
la valeur ajoutée dégagée par le commerce
Biens d’équipement
1 054
1 412
1 568
2 092
5 186
7 818
12 898
7 782
12 602
7 761
10 303
10 424
TOTAL
1 618
2 096
2 266
2 894
6 391
9 637
15 372
10 230
15 619
10 368
13 580
14 855
intérieure brute.
1972
1973
1974
1975
1976
1977
1978
1979
1980
1981
1982
1983
1984
1985
3 079
3 501
4 964
4 699
5 241
5 541
6 031
7 475
7 653
10 734
12 163
14 290
17 173
16 954
1 392
817
1 774
1 716
2 188
2 413
2 615
3 132
5 400
6 974
8 730
8 940
9 732
10 134
10 473
12 598
18 413
15 902
18 147
20 743
23 755
25 329
28 406
37 135
41 413
51 001
58 570
61 776
14 944
16 916
25 151
22 317
25 576
28 697
32 401
35 936
41 459
54 843
62 306
74 231
85 475
88 864
550
580
représente environ 30% de la production
La fiscalité indirecte à
l’importation ne
joue pas à proprement parler un rôle de
protection du marché intérieur, en raison
d’une production locale restreinte due en
grande partie à la faiblesse des réinvestis¬
sements des profits commerciaux dans des
activités de production. Elle contribue, avec
128
LA VIE ÉCONOMIQUE
nombreuses
De
activités
gravitent autour de ce
créant
un
réseau
dense
de
services
commercial,
d’entreprises soli¬
noyau
daires, intermédiaires entre les secteurs de
production et le marché local d’une part, et les
pays industriels d’autre part.
L’infrastructure
étoffée.
lièrement
particu¬
comprend, outre
bancaire
Elle
est
d’Émission et la Caisse centrale de
l’Institut
Coopération
économique,
cinq
banques
commerciales et de nombreux établissements
spécialisés qui sont souvent des
financiers
filiales des premières.
Les
ou
banques commerciales, succursales
filiales de grandes banques extérieures au
possèdent un réseau international
pour
des opérations courantes (crédit
documentaire, crédits commerciaux, change,
transferts de fonds, placements, etc.) et
accompagnent activement, par ce moyen, le
développement du commerce international.
Territoire
Elles
tissé
ont
des
liens
étroits
avec
les
entreprises commerciales et les grands intérêts
industriels métropolitains, et, plus généra¬
lement, occidentaux.
La
Socredo, considérée
comme
la
banque de développement du Territoire, tend
à prendre une place croissante dans le finan¬
cement de
d’ores et
l’économie territoriale. Elle occupe
déjà une place primordiale dans le
financement
de
l’habitat
et
des
activités
productives qui requièrent des crédits à long
terme et à faible taux (agriculture, élevage,
pêche, industrie, hôtellerie).
Les services aux particuliers
et aux
entreprises
A côté de la sphère formée par le commerce
activités satellites
banques ...), de
multiples activités de services aux particuliers
et aux entreprises se sont créées en réponse à la
d’importation
(transports,
et
ses
acconage,
diversification croissante de la demande. Ce
de
petites et moyennes
entreprises a permis d’absorber une fraction
non négligeable de la population active et
donne au centre urbain de Papeete une
physionomie semblable à celle d’une cité occi¬
dentale dotée d’une gamme de services
relativement étoffée : commerces spécialisés,
restaurants, snack-bars, night-clubs, cinémas,
hôtels, établissements financiers, cliniques
privées, établissements de formation, sociétés
foisonnement
d’assurances, immeubles locatifs, cabinets de
médecins et d’avocats, salons de coiffure,
instituts de beauté, salles de culturisme et de
Toutes professions qui font leur apparition du
fait de la complexité grandissante des besoins
à satisfaire et
Polynésie
qui semblent indiquer que la
dans la société “post¬
Cependant, juxtaposés à ce
entre
industrielle”.
tertiaire. “noble”,
coexistent des activités à
qualifié, non déclarées et peu
petits commerces (billets de
tombola, paréos, plats cuisinés, etc.), petites
travail
peu
lucratives :
activités
artisanales
non
structurées
menuiserie, récupération de
matériaux, jardinage...) et travaux
d’employées de maison fvo;>p/). 134-136). Ces
types d’occupation révèlent la présence d’un
sous-emploi important qui touche des
personnes non qualifiées, et plus particu¬
(réparations,
lièrement les femmes.
Cette réalité économique, faite d’une
conjugaison d’éléments d’une société pré¬
industrielle et d’une société post-industrielle,
illustre à sa manière la contradiction d’un type
développement qui est à l’origine d’une
multiplication des situations de précarité et de
marginalisation sociales.
de
gym-tonic, etc. Le processus de “tertiairisa¬
tion” de l’économie s’est amplifié à un point tel
que la prépondérance des activités tertiaires
revêt un caractère hypertrophié.
Si les services traditionnels aux ménages
ont tendance à se stabiliser, les services rendus
aux
entreprises ont
soutenue
:
connu une expansion
cabinets de conseil, agences de
publicité-marketing, officines de formation
professionnelle, entreprises de traitement de
l’information, cabinets d’experts-comptables,
établissements financiers spécialisés,
entreprises de maintenance de biens
d’équipement, sociétés d’irigenierie, cabinets
de promotion immobilière et d’architecture...
La société de
consommation dans
laquelle est entrée la
Polynésie se traduit à
Papeete dans les
boutiques de vêtements
de luxe et dans les
services nouveaux,
jusque-là réservés aux
sociétés occidentales,
que sont les soins de
beauté et le culturisme.
129
VIVRE EN
POLYNÉSIE
Transports et
communications,
énergie, bâtiment
et travaux publics
Le modèle de
sur
développement reposant
l’effet d’irrigation des dépenses publiques
économique a
l’expansion de secteurs
d’activité généralement situés en aval du
processus de développement. Il était en effet
nécessaire de faire face à l’augmentation expo¬
nentielle de la consommation énergétique, à
l’effort d’équipement massif des administra¬
tions et des ménages, et à l’intensification de la
sur
l’ensemble
du
tissu
naturellement suscité
circulation, interne ou externe, des personnes.
Papeete et Faaa :
plaques tournantes pour les
transports et communications
L’agglomération de Papeete constitue
l’unique pôle de croissance du Territoire. En
effet, par son port et son aéroport, Papeete est
le point de départ et d’arrivée de toutes les
personnes et de tous les biens, aussi bien dans
les relations du Territoire avec l’extérieur que
dans les relations de Tahiti et de Papeete avec
archipels. Le port absorbe en
particulier la totalité des importations du
Territoire (produits pétroliers, produits bruts
et semi-finis et produits alimentaires) et est
desservi par treize compagnies maritimes dont
une
seule est détenue par des capitaux
polynésiens.
L’acheminement des produits, leur entrée
les
îles des
Territoire, entraîne toute une
série de prélèvements sur les échanges
effectués. La complexité des transactions
permet souvent l’apparition de nombreux
intermédiaires : magasins généraux, sociétés
d’acconage, agences, maritimes, transitaires,
ou leur sortie du
commissionnaires
en
douane, transporteurs
marchandises, entrepôts frigorifiques,
experts maritimes, déclarants en douane...
Enfin, les activités de gestion des
infrastructures
nécessaires
aux
échanges
regroupent de nombreuses entreprises. Un
de
équipement important est en effet requis pour
le transport, l’expédition ou la réception de
produits étrangers : voies de communication
et matériel de transport pour drainer ou
redistribuer les produits dans le Territoire,
port de Papeete et aéroport de Faaa, flottes
maritime et aérienne, installations simples ou
spécialisées de stockage...
Une partie des produits importés est
redistribuée par des petites unités qui
effectuent la desserte maritime interinsulaire,
considérée comme un service public. Les
armateurs sont tenus de respecter un cahier
des charges qui fixe entre autres la ligne et la
fréquence minimale de desserte. Celle-ci est le
fait d’une vingtaine de petites compagnies
dont certaines ont accru de manière sensible
leur
capacité de transport
en
accroissement régulier du trafic.
130
raison d’un
Toutes les marchandises destinées à la
capitale
(coprah, poissons et produits
maraîchers ou vivriers) sont collectées par
différents navires et débarquées à Papeete.
Celles qui sont destinées à l’exportation sont
expédiées après transit (huile de coprah).
Faaa a cette vocation de point de
réception et redistribution dans le domaine de
la desserte aérienne. L’aéroport a été réguliè¬
rement
agrandi avec le double objectif
d’intensifier la
laire
nécessaire
desserte
au
aérienne interinsu¬
désenclavement
des
archipels et d’accompagner le développement
du tourisme international. Cependant, son
extension future semble être conditionnée par
la réalisation d’un tunnel sous la piste..
Le trafic international régulier est assuré
par
sept compagnies internationales et
le
trafic interinsulaire régulier est partagé entre
compagnies aériennes détenues en
majorité par des capitaux polynésiens. La
modernisation indispensable de la flotte
interinsulaire est amorcée avec l’acquisition
deux
de deux ATR 42.
Les services postaux et
de télécommu¬
nication sont assurés par un office territorial
qui dispose d’un équipement moderne. Les
futurs plans d’équipement de l’office seront
surtout
orientés
vers
l’amélioration
des
liaisons avec les archipels.
Une réduction progressive
de la dépendance énergétique
La consommation énergétique de la Polynésie
est
importante et
en
très grande partie
Le pétrolier Tahitien
de la société Pétrocéan.
Cette société, dont les
principaux actionnaires
sont Albert Moux et le
groupe Martin,
et distribue du
importe
carburéacteur, du gasoil
(“13 000
d'hydrocarbures toutes
les 6 semaines", selon le
et du fuel
Nouveau Journal du
25 août 1986). Son
principal client est
i'E.D.T. qui, il y a peu,
appartenait encore au
groupe Martin. Pour
protester contre le
stationnement du
Tahitien qui menacerait
la sécurité de ses
administrés, le maire de
Papeete Jean Juventin
pétition qui, en
1985, a réuni la signature
a fait une
de 9 000 personnes.
L’A.T.R. 42 en vol de
démonstration. La
compagnie Air Tahiti
(nouveau sigle d’Air
Polynésie) a commandé
à l'Aérospatiale trois de
ces appareils qui doivent
remplacer
progressivement ses
vieux Fokker. D’une plus
grande capacité
(46 places au lieu de
30), plus rapide, plus
économe en carburant,
plus disponible en
raison de son système
de maintenance (il peut
voler 2 500 heures par an
au lieu de 1 700 pour
le Fokker), cet avion
d'une technologie
avancée devrait
permettre à Air Tahiti de
faire face, à de meilleurs
coûts, à toute
croissance du trafic
aérien interinsulaire.
Tahiti-Faaa : l’aire de
stationnement des
avions. Outre les
compagnies locales et le
COTAM, l'aéroport
international accueille
actuellement les vols
réguliers de
6 compagnies
internationales (U.T.A.,
Air France, Qantas,
Air New Zealand,
Lan Chile et
Continental) et de la
compagnie de charters
Minerve.
LA VIE ÉCONOMIQUE
satisfaite
carbures,
par
qui
des importations d’hydro¬
pèsent lourdement sur la
balance commerciale.
Cette consommation
bien sûr accélérée
s’est
avec
la croissance
économique de ces dernières années :
l’augmentation moyenne de la demande a été
de l’ordre de 7% par an.
Si, dans le domaine des transports, la
dépendance énergétique est complète, il n’en
est plus de même en ce qui concerne l’électri¬
cité. Sur l’île de Tahiti, la production
d’électricité est assurée à 85% par l’énergie
thermique, et à 15% par l’énergie hydraulique,
grâce à l’implantation de micro-centrales “au
thermique
industrielle de la
Punaruu se substituera progressivement à la
production de la vieille centrale de Papeete.
Le projet “Transport de l’Énergie poly¬
nésienne”
complétera le dispositif de
production électrique. 11 prévoit en effet la
construction d’une ligne haute tension qui
acheminera le courant électrique des zones de
production vers les zones de consommation,
en particulier vers l’agglomération urbaine.
Dans les archipels, la multiplicité des îles
et l’éparpillement des communes posent de
tion
de
la
nouvelle
implantée dans la
centrale
zone
fil de l’eau”.
La production d’énergié d’origine
hydraulique, réalisée par la Compagnie de
Développement des Énergies renouvelables
Marama-Nui, s’est élevée à 23,5 millions de
kW/ h. Grâce à cette société à capitaux publics
et privés, l’hydroélectricité est devenue une
réalité
polynésienne en 1984 et permettra
plusieurs centaines de millions
de francs Pacifique de devises. L’objectif que
s’est assigné le Territoire est relativement
ambitieüx : à l’horizon 1992, plus de 50% de la
production électrique de Tahiti sera d’origine
hydraulique.
L’Électricité de Tahiti, entreprise privéeà
capitaux polynésiens et métropolitains (parti¬
cipation importante de la Lyonnaise des
Eaux), poursuit sa modernisation. Laproducd’économiser
En haut,
à droite :
nouvelles zones de
Un groupe de l'E.D.T.
Grâce à ses centrales
thermiques, l'E.D.T. qui
comptait
24 922 abonnés en 1985
a contribué pour 84% à
la production d'énergie
électrique du Territoire.
A droite :
Dépôts d'hydrocarbures
à Fare Ute. Pour
remplacer le pétrolier
Tahitien qui sert d’aire
de stockage flottant à la
société Pétrocéan et
pour permettre à laShell
de s'implanter sur le
Territoire, le
gouvernement local,
selon la presse
internationale et locale,
serait prêt à autoriser la
construction de
Trafic passagers de
dépôts (40 000 m®) qui
viendraient compléter
les installations
existantes (35 000 m^)
133 682
1970
124 165
197 323
1971
165 030
244 151
1972
186 105
268 688
1973
208 087
297 418
1974
224 828
316 812
de
sociétés
production et de distribution
gérés par les communes ou des
effort
de
restructuration et de rationalisation de
concessionnaires.
ces
Un
réseaux est entrepris par le Territoire avec la
création de la société Électra qui regroupe les
principaux intervenants dans le domaine de
l’électricité thermique dans les îles. L’hydro¬
électricité dispose de peu de sites exploitables
à l’exception de Raiatea et des Marquises.
Sous l’impulsion du Groupement d’intérêt
économique Soler, structure à caractère
commercial, la formule solaire photovol¬
taïque a été retenue et est largement
développée,
notamment
aux
Tuamotu
(équipement solaire de plus de 20 atolls). Au
cours de ces dernières années, plus de 5 000
modules solaires ont été installés. La pile
photovoltaïque est particulièrement bien
adaptée aux zones à fort ensoleillement et à
l’équipement de communautés isolées des
zones
de production d’énergie à grande
échelle. Les applications se diversifient de plus
en
plus : équipement de véritables “fare
solaires”, pompage de l’eau.
Ce programme d’énergies renouvelables
a
permis la création d’une mini-filière
industrielle de fabrication d’équipements
énergétiques (batteries solaires, congélateurs,
réfrigérateurs, chauffe-eau, régulateurs...).
L’avance technique du Territoire est
désormais reconnue dans le Pacifique Sud où
son rôle d’exportateur de savoir-faire et de
C.É.A.
et
de
l’Agence française
pour
la
l’Énergie, d’un Institut des
Énergies renouvelables pour le Pacifique Sud.
Cette structure pourra intensifier la recherche,
la formation et la diffusion des techniques
éprouvées avec succès en Polynésie.
en
l’aéroport de Faaa
102 188
réseaux
d’électricité
Maîtrise
tonnes marchandises
international
interinsulaire
1975
471 462
78 658
1976
452 114
83 274
1977
527 884
84 690
1978
569 644
83 360
1979
487 579
87 746
1980
467 198
104 840
1981
475 152
124 494
1982
547 747
144 516
1983
537 850
168 078
1984
594 767
206 910
1985
584 637
230 824
an.
1969
moyenne puissance. On
la coexistence de multiples
Trafic du port de Papeete
(1 414 contre 1 361 en
1984) a augmenté de
intérieur
à
installations individuelles ou collectives et de
le
dépend des commandes
international
de
assiste donc
s’est doté, dans le cadre de sa coopération avec
En bas, a droite :
Un immeuble privé en
construction à Papeete.
Alors que le secteur des
travaux publics qui
17% en un
électrogènes
matériel se confirme. A cet effet, le Territoire
que se partagent les
sociétés Total et Mobil.
territoriales a vu son
activité régresser
fortement en 1985, le
bâtiment continue à
bien se porter : le
nombre des permis de
construire délivrés
gros problèmes de rentabilité pour les groupes
1975
213 033
318 186
1976
236 300
354 715
1977
235 958
371 956
Énergie électrique en millions de kWh
1978
242 847
428 862
1963
10,6
1971
58,6
1979
127,3
1979
255 874
480 813
1964
13,3
1972
63
1980
130,9
1980
217 803
458 307
1965
17,1
1973
71,5
1981
136,7
1981
241 900
447 595
1966
24
1974
75,9
1982
146,6
1982
289 938
418 821
1967
32,2
1975
84,1
1983
156,1
1983
282 289
403 457
1968
39,1
1976
90,8
1984
176,7
1984
271 389
349 023
1969
46,6
1977
106,4
1985
182,4
1985
307 071
358 152
1970
53,2
1978
116,6
131
VIVRE EN POLYNÉSIE
plus long terme, l’Énergie thermique
(E.T.M.), technique utilisant les
différences de température entre les eaux de
surface et celles des profondeurs, sera expé¬
rimentée sur le site du port de Papeete par
rifremer et d’importantes firmes industrielles
françaises.
Ainsi, la politique énergétique volon¬
tariste développée depuis une dizaine d’années
a
permis de réduire progressivement la
dépendance de la Polynésie vis-à-vis de
l’extérieur.
Le
Territoire, grâce à son
expérience, participe de plus en plus au
développement énergétique des Territoires et
États du Pacifique du Sud. 11 dispose dans le
domaine des énergies renouvelables d’atouts
certains qu’il conviendra d’exploiter de la
manière la plus efficace possible dans le but
d’en accroître les retombées économiques et
sociales pour la population polynésienne.
A
des
Mers
Bâtiment et travaux publics :
consolidation nécessaire
une
Après avoir connu une formidable accéléra¬
dépenses publiques et
l’équipement des ménages dans les années 60
tion induite par les
et
le
début
des
années
bâtiment et des travaux
L’amorce
d’un développement
industriel adapté
au Territoire
En l’absence d’un tissu industriel capable
d’absorber la demande en produits industriels
des couches sociales privilégiées, celle-ci a été
satisfaite
très grande partie par le
d’importation, relais entre la
Polynésie et les centres industriels extérieurs
(les importations de produits industriels
représentent 85% des importations totales).
Cette structure de consommation, calquée sur
celle des pays industriels, qui s’est étendue à
toutes les couches plus ou moins solvables de
la population, par le jeu bien connu des “effets
en
commerce
de démonstration”, est la source de toute une
série de déséquilibres :
gaspillage de devises,
dépendance commerciale caractérisée par une
fuite importante de ressources financières vers
l’extérieur (plus de 80 milliards de francs
Pacifique en 1985), opportunités de création
d’emplois industriels gaspillées, dépendance
financière
accrue...
Cette situation de
commerce
et
l’industrie locale, résulte de la
de multiples facteurs plus ou
moins maîtrisables par le Territoire.
En premier lieu, la Polynésie est soumise
à des mécanismes qui la dépassent puisqu’ils
convergence
se
situent à l’échelle mondiale : concentration
des productions industrielles d’avenir dans les
pays
les plus avancés, dynamisme des firmes
transnationales, politique de modernisation et
de rationalisation dans de nombreux pays,
spécialisation de tous les pays dans les pro¬
ductions nationales les plus compétitives,
intensification des échanges... En second lieu,
certaines contraintes propres à la Polynésie
sont autant d’obstacles à la diversification des
activités industrielles
:
la rareté des matières
premières, l’éloignement des sources
d’approvisionnement et de débouchés, l’étroi¬
tesse du marché en raison d’une population
peu nombreuse, et limitant de ce fait la taille
des séries produites, l’exiguïté des surfaces
disponibles...
70, le secteur du
publics a atteint un
palier durant la période 1976-1982 puisque sa
valeur ajoutée a progressé au même rythme
que la production intérieure brute. 11 a été
souvent
utilisé comme instrument de relance
de l’activité économique car ses effets d’entraî¬
nement sur l’emploi
et l’activité des petites et
moyennes entreprises locales sont importants.
Il a bénéficié après les cyclones d’une
période euphorique en raison des dépenses de
reconstruction
considérables financées par
l’endettement de la puissance publique et des
ménages.
Une phase de consolidation et de
rationalisation caractérisée par la recherche
gains de productivité succède à ce boom
Cela se traduit en particulier, dans
un
secteur employant
une main-d’œuvre
importante, par une réduction des effectifs.
de
passager.
Mais
ces
deux
activités
sont
relativement
différenciées.
Le domaine du bâtiment est davantage
celui de la construction des
ménages.
logements de
11 est principalement le champ
d’activité des petites et moyennes entreprises
de l’artisanat de métier (maçonnerie,
plâtrerie, couverture, plomberie, peinture,
décoration...).
Les travaux publics sont largement tribu¬
taires de programmes d’équipement lancés
par l’État, le Territoire et les communes. Ces
travaux sont généralement confiés à des
sociétés plus importantes. Cette dépendance
vis-à-vis des dépenses publiques nécessite une
concertation étroite entre les entreprises et les
pouvoirs publics qui peut déboucher sur une
programmation rigoureuse des travaux.
Cependant, le secteur du bâtiment et des
travaux publics dépend avant tout de la
conjoncture économique globale. Un ralentis¬
sement de la croissance peut engendrer des
fluctuations importantes de son activité, car il
et
est
situé en aval de nombreux autres secteurs
économiques.
132
L’usine de jus de fruits
de Moorea. Mise en
service en 1981, cette
usine a traité en 1985,
1 241 tonnes d'ananas et
71 tonnes de
pamplemousses.
sous-
développement industriel, caractérisée en par¬
ticulier par l’absence d’articulation entre le
La Brasserie de Tahiti :
la nouvelle usine de la
zone Industrielle de la
Punaruu. En mettant en
service cette usine
(la première est installée
place Notre-Dame à
Papeete), le groupe
Martin a rationalisé son
activité. En 1985, il a
produit 85% de la bière
consommée dans le
Territoire.
L’entreprise Plastiserd.
Installée dans la vallée
de la Tipaerui, cette
entreprise de
transformation
“fabrique bouteilles,
gobelets, assiettes, et
beaucoup d'objets en
plastique, du pot de
yaourt au pot de fleurs
et jusqu'à la poubelle,
grâce à des
équipements modernes,
pour la plupart
automatisés" (La
Dépêche, 12 mars 1987).
Selon le "Dixit 85", elle
est la 41e “grande
entreprise” du
Territoire.
LA VIE ÉCONOMIQUE
Enfin
dominants
et
surtout,
accordent
les
acteurs
sociaux
relativement
peu de
développement de la petite et
moyenne industrie. La bourgeoisie commer¬
ciale fait preuve de peu de “fibre industrielle”
et amorce à peine le réinvestissement des
profits commerciaux vers les activités indus¬
trielles. Les banques commerciales à capitaux
crédit
au
orientent essentiellement leurs
le financement du commerce,
des services ou de l’immobilier. Le gouver¬
extérieurs
activités
vers
local, défenseur d’une conception
libérale de l’économie, affirme ne pas vouloir
nement
se
substituer à la bourgeoisie locale et étran¬
gère par la mise en place d’une politique indus¬
trielle volontariste.
L’accroissement
lation
active
n’a
important de la popu¬
pas été absorbé
par
l’industrie et s’est surtout localisé dans le
tertiaire.
Ce
phénomène peut
s’expliquer par la faiblesse de l’investissement
industriel par rapport aux investissements
secteur
commerciaux, immobiliers et d’infrastruc¬
faiblesse liée à l’absence de mentalité
ture,
des candidats entre¬
preneurs et aux plus grandes opportunités de
industrielle de la part
profits dans le secteur tertiaire.
Les industries de biens intermédiaires
depuis 1980 à la
diversification progressive des activités indus¬
On assiste néanmoins
trielles et à la constitution d’une bourgeoisie
industrielle. Toutefois, même si l’augmenta¬
tion de la part du secteur industriel au sein de
la
production
intérieure
brute
provient
beaucoup moins qu’auparavant de la branche
“Bâtiment-Travaux publics” et est due pour
l’essentiel aux industries manufacturières, la
participation de ces dernières à la P.I.B. reste
faible et en accroissement lent.
Ces
industries
sont
au
nombre
de
quelques dizaines et on peut les répartir globa¬
lement dans les secteurs suivants.
Les industries
cation
et
vente
agro-alimentaires : fabri¬
de
bières et
de
boissons
(Brasserie de Tahiti, Brasserie du Pacifique,
Limonaderie Singapour, S.A.E.M. Jus de
Fruits de Moorea, Caudèle, Comat, Laiterie
Sachet...) ; charcuterie et conserverie (S.A.
Cotagral, Copa), huilerie (Huilerie de Tahiti),
fabrication d’aliments pour bétail (Huilerie de
Tahiti, Sangue S.A.), biscuiterie (Liou Long,
Raumanu Industries), fabrique de pâtes
alimentaires, pâtisserie-confiserie...
:
métalliques (D.C.A.N.,
S.A., S.A.R.L. Delion,
constructions
Dynacier
Herbreteau, La Garonne Aluminium,
Stam, Engeco...) ; fabrication de matériaux de
construction
(J.-B. Lecaill, E. Pugibet,
Interoute, Mahina Parpaings, Stipa, Tahiti
Agrégats, Tahiti Béton...)...
A.
Les industries de biens
d’équipement :
constructions navales (D.C.A.N., A. Blouin.
Fiberglass Polynésie, G.LE. Constructions
navales de l’Océanie, Pacifique Polyester...),
fabrication de chauffe-eau solaires (C.G.E.E.,
Sopranic...)...
industries
Les
diverses
:
de
fabrication de
transformations
mousse
et
matelas
(S.A. Chimecal), transformation d’ouates de
cellulose, produits d’entretien et ménagers
(EL-ES-EL, Holland Tahiti Trading, Pacific
Industries, Tikichimic...), fabrication de tissus
peints, vêtements (Marquis’art, Nicolas
Fabric, Tahiti Art...), fabrication de
chaussures, fabrications plastiques (Pacific
Plastique
S.A.R.L., Plastiserd, Polysac,
parfumerie (Tiki S.A.R.L,.
Cosmétiques de Tahiti, Tikichimic...).,.
Tahiti Sacs..,),
Ci-dessus :
Le chantier naval
d’Abel Blouin, spécialisé
dans la construction en
fibro-plastique,
proposait 6 types de
bateaux de 9, 14,17, 18,
19 et 36 pieds, en 1986.
Il entend augmenter
chaque année sa gamme
en se
dotant de
moules.
nouveaux
En haut, à gauche :
Tikichimic emploie
35 personnes et
20% de son
activité à l’exportation.
Sa production
consacre
comprend les
cosmétiques, les
produits d’entretien et la
fabrication de papier à
usage ménager.
La société de
construction
Herbreteau s’est
spécialisée dans la
charpente métallique :
avec 145 employés, elle
est la plus importante
de ce secteur.
133
VIVRE EN POLYNÉSIE
légères, qui s’inscrivent
logique de substitution à l’impor¬
tation de produits destinés à la consomma¬
tion finale, sont peu complémentaires et
fortement dépendantes des importations de
matières premières, de biens intermédiaires et
de biens d’équipement étrangers : à une dépen¬
dance en aval (biens de consommation) se
substitue progressivement une dépendance en
amont (matières premières, biens d’équipe¬
Ces
dans
industries
une
biens intermédiaires). Les effets de
ment,
l’implantation de ce type d’industrie, en
termes d’intégration entre secteurs de valeur
ajoutée et de création d’emplois sont encore
limités.
Des éléments favorables
au
développement industriel
Polynésie dispose pourtant de certains
atouts pour un développement industriel à
l’échelle
du
Territoire.
On
peut citer
notamment son dynamisme démographique,
le niveau élevé du revenu par habitant qui
traduit un pouvoir d’achat important, la
présence d’une importante épargne locale, des
possibilités d’emprunt à taux réduits, la
pression fiscale directe nulle lors du
démarrage de l’activité et modérée par la suite,
une fiscalité indirecte qui peut assurer un
certain “protectionnisme éducateur” si elle
devient
plus sélective, l’éloignement du
Territoire qui permet à la production locale de
bénéficier d’un différentiel de coût équivalent
au
coût du transport, l’accès privilégié à
certains
marchés
(C.E.E., U.S.A.), une
importante main-d’œuvre disponible et de
plus en plus qualifiée et enfin l’absepce de taxe
à la valeur ajoutée locale.
La
Outre ces éléments favorables au niveau
l’environnement
global, les pouvoirs
publics interviennent de manière indirecte
de
l’amélioration du réseau d’infrastruc¬
dans
industrielles-...) et dans le
renforcement du tissu industriel. Plus particu¬
tures de base (zones
lièrement, le Code des Investissements et les
divers fonds territoriaux (FSIDEM)
financent une part non négligeable des
dépenses d’investissement par l’octroi de
primes et l’exonération de droits d’entrée sur
le matériel de production. Cet ensemble
d’éléments peut faciliter la diversification du
tissu industriel de la Polynésie à condition que
cela s’intégre dans une stratégie consciente
d’autonomie économique et de renforcement
des
structures
productives axée sur la
recherche d’un plus grand “autodynamisme”.
stratégie pourra assurer une meilleure
cohésion d’ensemble de l’économie en créant
Cette
volontairement
un
tissu d’activités
complé¬
mentaires, et accroître la solidarité entre les
différents secteurs d’activité économique, ce
qui permettra au flux d’innovations et de
progrès de se propager dans l’ensemble de
l’économie.
Il sera nécessaire plus particulièrement de
en
œuvre
une
politique de
développement de petites et moyennes
industries adaptées à la taille du marché
mettre
intérieur et orientées vers la satisfaction des
les plus courants des Polynésiens
(agro-alimentaire, habillement, outillage,
besoins
artisanat de maintenance ...).
134
Le secteur informel
Une floraison
de micro-entreprises
Sous cet épithète sont envisagées des
activités de petites dimensions, gérées de
Confrontés
façon empirique, qui échappent à la régle¬
mentation en vigueur. Exigeant peu de
capitaux, elles font appel à une main-d’œuvre
familiale
non
salariée
et
débouchent
néanmoins sur des échanges marchands. Elles
sont
répandues et difficiles à cerner. On les
trouve
dans les secteurs traditionnels comme,
l’agriculture et la pêche où elles participent à
la
fois
à
l’économie
de
subsistance
et
à
l’économie de marché. On les trouve aussi
dans le sillage des activités nouvelles qui se
sont
multipliées depuis l’arrivée du C.E.P.
construction, des
transports et des services en tous genres. La
croissance
économique impulsée par la
Métropole a accru le décalage entre ces
activités modernes et celles plus tradition¬
nelles dont la compétitivité devient de plus en
plus aléatoire, du fait de leur faible producti¬
dans
les domaines de la
capacité d’offre réduite,
diversifiée et non élastique.
vité et d’une
peu
à
la
concurrence
des
biens
importés et à une hausse des coûts qu’aggrave
le contexte de crise, les petits producteurs
essaient d’y faire face en se tournant vers de
activités
complémentaires des
importations ou peu menacées par elles, où la
hausse des coûts peut être répercutée sur les
prix de vente et où une main-d’œuvre salariée
n’est pas nécessaire. On assiste ainsi à une
floraison
de
micro-entreprises, principa¬
nouvelles
lement dans le secteur tertiaire. Aux yeux de
l’observateur, ces activités se manifestent par
les boutiques en plein air de vente de curios,
les camionnettes de restauration ambulante
ou
les petits étals, disséminés le long des routes
de Tahiti et de Moorea, qui
des fruits, des légumes ou des
poissons fraîchement pêchés. Leurs
caractéristiques sont voisines de celles qui ont
été observées dans le domaine de la pêche
de
ceinture
proposent
artisanale
ou
du tourisme chez
l’habitant.
Elles ont un capital de départ peu élevé, un
fonctionnement empirique et une gestion
Le secteur Informel, difficile à
cerner
économiquement, est
très présent dans les rues de
Papeete et sur les routes des
îles. De gauche à droite et de
haut en bas : vente de billets de
tombola et de fleurs autour du
marché ; "roulottes” sur les
quais ; artisans en coquillages,
tifaifai et tressage ; ventes
saisonnières de ature et
d'oranges.
LA VIE
embryonnaire auxquels s’ajoute une mécon¬
naissance des circuits qui permettent l’ajus¬
tement de l’offre et de la demande. 11 en résulte
irrégularité des prestations fournies ou
leur inadéquation au marché auquel elles ont
accès. Leur faible échelle, le manque de
capitaux et d’expérience et, parfois, l’impor¬
tance
secondaire qu’elles ont pour leurs
responsables expliquent leur manque de
cohérence et de rationalité économiques et
leur adéquation défectueuse à la logique
abstraite de l’échange marchand.
Ce défaut d’intégration est aussi le fruit
une
d’une distorsion des comportements et
des
qu’illustre le décalage entre la
personnalisation au niveau de l’entreprise et la
dépersonnalisation au niveau du marché ou la
persistance d’une sphère privée plongeant
mentalités
dans l’environnement familial ou communau¬
taire, qui fait que la prestation délivrée ne peut
être réduite à sa dimension fonctionnelle et à
une
conduite orientée vers le profit.
frappant des responsables de
petites activités est leur dynamisme allié à leur
Un trait
vulnérabilité. Ils font
souvent
plasticité
capacité
et
d’une
d’une
d’innovation
preuve
remarquables mais ont une connaissance et
une
maîtrise insuffisantes du domaine dans
lequel ils interviennent, ce qui s’explique par
une
formation et une information sommaires
que ne compense pas une assistance technique
appropriée. Dans
une certaine mesure, ils
comblent ces lacunes par une polyvalence qui
leur permet de jouer sur plusieurs tableaux et
de combiner l’exercice simultané ou successif
de différentes
double
activités.
tranchant
Mais celle-ci est à
incite
à
d’une
occupation à une autre, à la moindre
occasion, sans la permanence et la régularité
qui sont le gage d’une réussite à terme. Indice
de débrouillardise et d’adaptabilité, elle est
et
l’est moins de
son
attitude, l’entrepreneur
son efficacité et l’échec ou la
faiblesse des résultats obtenus par beaucoup
témoignent. Le petit hôtelier dans les îles
périphériques n’a pas de moyens d’agir auprès
de sa clientèle potentielle et dépend des
en
agences de voyage et des moyens de desserte
aérienne et maritime. L’artisan
soumis
au
filières de commercialisation et à des
débouchés qu’il ne contrôle pas, alors qu’il a
des
déjà du mal à assurer la régularité du produit
collecté. 11 est d’autant plus vulnérable que les
tentatives d’organisation de la profession par
des
sociétés
de
caution
mutuelle
se
sont
soldées par un échec et que le carburant et les
matériels
importés, à la base de son
équipement, connaissent un renchérissement
de leur coût.
passer
aussi la manière dont, derrière une autonomie
de surface, se dissimule une dépendance struc¬
turelle. Libre de
ÉCONOMIQUE
pêcheur est
jeu d’une concurrence sauvage, à
Un développement pourtant
limité
Malgré leur accroissement, les activités infor¬
melles ne connaissent pas dans le Territoire un
développement comparable à celui d’autres
pays, pour des raisons qui tiennent proba¬
blement à la situation spécifique qui y
prévaut. Pour la majeure partie de la
population, s’est opéré un passage rapide et
sans
transition
d’une
situation
de
subsis¬
tance, d’autoconsommation et de troc à un
stade monétaire de salariat et de consom¬
mation de biens importés, épaulé par l’octroi
de facilités financières et techniques (crédits à
135
VIVRE EN
taux
POLYNÉSIE
privilégié,
aides
et
prestations
di\ erses...). De ce fait, n'a pas eu le temps de se
dé\ elopper. comme dans beaucoup de pays du
tiers-monde, un marché parallèle recourant à
sphère de l’économie marchande mais
offrant des prestations moins onéreuses,
la
moins élaborées et moins fiables. 11 existe bien
des
segmentations du marché qui correspon¬
dent à des critères
ethniques, géographiques
socio-économiques, mais il y a moins
dichotomie entre deux catégories distinctes de
biens et de services qu’une différenciation
ou
d’accès
en
fonction des
revenus
disponibles.
On ne trouve pas non plus de grande llexibilité
prix, dont la formation, lorsqu’elle n’est
réglementée, se fait par application d’une
marge convenue ou par alignement sur le prix
des
produits importés, sans qu’il y ait
marchandage ou fragmentation du marché.
Cette relative homogénéité des biens
fournis et consommés est peut-être favorisée
par une nature clémente et une couverture des
besoins de base plus facile qu’ailleurs. comme
des
pas
par
une
consommation
ostentatoire
que
favorisent
une
condition
insulaire,
un
aléatoire et des phénomènes de
démonstration
qui s’appuient sur des
anonymat
traditions
établies.
Cette
attitude
s’est
longtemps
traduite par une préférence
exclusive pour les biens de consommation
neufs. ID’unc façon apparemment paradoxale,
le marché de l’occasion est surtout fréquenté
par une clientèle expatriée de passage, alors
que cela “fait honte” à la population de
souche, aux revenus souvent modestes, de se
rabattre sur des produits de seconde main.
Une fiscalité réduite
d’impôt
ne
connaissant pas
sur le revenu, une réglementation
assez lâche du marché du travail, un service de
répression des fraudes peu étoffé et le jeu
prépondérant des relations de parenté et de
clientèle ne favorisent pas non plus le dévelop¬
pement de petites activités souterraines ou
clandestines. La législation en vigueur est ellemême ancienne et calquée sur un modèle
métropolitain inadapté ; de ce fait, elle est
appliquée avec souplesse et. de toute manière,
n’est pas primordiale pour le Territoire dont
l’essentiel des ressources prox ient de transferts
publics et de droits perçus sur les impor-
tatio ns.
11 reste que. pris dans l’étau de coûts plus
et d’importations plus compétitives,
beaucoup de petits producteurs se voient
élevés
contraints d’abandonner leur activité et, faute
de
pouvoir accéder à un emploi salarié, se
réduits au chômage, à des occupa¬
trouvent
tions de subsistance
ou
à la fourniture de
épisodiques, l.e gonfle¬
ment de la population non qualifiée exerçant
temporairement une activité de type artisanal
relevé par le recensement de 198.^ est peut-être
services individuels
une
de
illustration de ce mouvement, un témoin
son
caractère
régressif et un signe de sa
banalisation progressive.
La volonté de
développement du
secteur touristique a
suscité en parallèle aux
investissements lourds
des chaînes
internationales, la
floraison d'initiatives
locales se traduisant
aussi bien dans la petite
hôtellerie (à droite :
l'hôtel Marina Iti à
Tahaa) que dans le
logement chez l'habitant
{ci-dessus : chez Glorine
à Rangiroa).
136
Bibliographie
Bibliographie générale
•
Dépêche de Tahiti (La) quotidien, à compter du
3 août 1964, Papeete.
• F.
DOUMENGE{1966) L’Homme dans le Pacifique
Sud, P.S.O. n® 19. Paris, 633 p.
• Journal de Tahiti
(Le) quotidien, de mars 1963 à
mars 1979, Papeete.
• Ph. MAZELLIER
(1979) Tahiti de l’atome à
l’autonomie, Hibiscus Ed., Papeete, 576 p.
• Le Mémorial
polynésien (1977) vol. 6 (1940-1961 ),
Hibiscus Ed., Papeete, 541 p.
• Nouveau Journal
(Le) quotidien, à compter du
7 avril 1986. Papeete.
• Nouvelles
(Les) quotidien, à compter du 27 avril
1957, Papeete.
• P. O’REILLY et E. REITMAN
(1967) Bibliographie
de Tahiti et de la Polynésie française, P.S.O. n® 14,
Paris. 1 046 p.
• P. O’REILLY
(1975) Tahitiens. Répertoire
biographique de la Polynésie française, P.S.O. n° 36,
Paris. 670 p.
•
INSTITUT FRANÇAIS DE RECHERCHE
SCIENTIFIQUE POUR LE DÉVELOPPEMENT DE
LA RECHERCHE EN COOPÉRATION (1985)
Répertoire bibliographique de l’ORSTOM en
Polynésie française, 1955-1985, Centre ORSTOM de
Tahiti, multigraphié, 89 p.
D’HIER A AUJOURD’HUI (1960-1986)
• A. BABADZAN
(1981) Remarques sur la
construction d’un objet anthropologique dans
l’étude des sociétés acculturées, Communication
and Cognition, University of Ghent,
1, pp. 85-87.
• A. BABADZAN
(1982) Naissance d’une tradition.
Changement culturel et syncrétisme religieux aux
îles Australes, Travaux et Documents de l'ORSTOM,
n°
154, Paris. 313 p.
J.-F. BARb (1985) Le malentendu Pacifique,
Hachette, Paris, 278 p.
• G. COPPENRATH
(1967) Les Chinois de Tahiti,
de l’aversion à l’assimilation (1865-1966), P.S.O.
n° 21, Paris, 144 p.
• DOCUMENTATION
FRANÇAISE (1961) La
Polynésie française. Notes et Études documentaires
•
n® 2776,
Paris, 41 p.
J. FAGES. F. RAVAULT, G. RINGON,
Cl. ROBINEAU (1970) Tahiti et Moorea : Études sur
la Société, l’Économie et l’Utilisation de l’Espace,
Travaux et Doc. de l'ORSTOM, n®4, Paris, 52 + 184 p.
• J. FAGES
(1975) Punaaula-Paea. Contact ville•
campagne et croissance urbaine de la côte ouest de
Tahiti, Travaux et Doc. de l'ORSTOM, n® 41, Paris,
112 p.
•
I.N.S.E.E. (1967) Résultats statistiques du
recensement général de la population de Pol. fr.
effectué le 9 novembre 1962, Paris, 240 p.
•
I.N.S.E.E. (1970) Étude sur les comptes
économiques de la Pol. fr. (1960-1969), Paris, 136 p
• R.V. MOENCH
(1963) Economie Relations of the
Chinese in the Soc/e/y Islande, Cambridge
(Massachusetts), muitigraphié, 141 p.
• F. RAVAULT
(1985) Polynésie, la bombe et
l’indépendance, Hérodote n°® 37-38, Paris,
pp. 163-180.
Cl. ROBINEAU (1984) Tradition et modernité aux
îles de la Société. Livre 1 : Du coprah à l’atome.
Mémoires de l'ORSTOM, n® 100, Paris, 490 p.
• SERVICE DE STATISTIQUE CHARGÉ DES
RELATIONS ET DE LA COOPÉRATION AVEC LES
ÉTATS D’OUTRE-MER (1960) Recensement général
de la population (décembre 1956), Paris,
•
multigraphié, 125 p.
•
R. TEISSIER (1953) Étude démographique sur les
Établissements français de l’Océanie, de Cook au
recensement des 17 et 18 septembre 1951, B.S.E.O.
n®
102. Papeete, pp. 6-31.
L’ÉVOLUTION ÉCONOMIQUE ET
DÉMOGRAPHIQUE DE 1960 A 1986
• G. BLANCHET
(1986) Croissance induite et
développement auto-centré en Pol. fr. L’évolution de
l’économie et le rôle de la petite production
marchande, Univ. de Rennes, Thèse pour le Doctorat
d’État de Sciences économiques, multigraphié,
681 p.
• C.E.A.
(1979) Numéro spécial Polynésie des Échos
du C.E.A.. décembre.
• CONSEIL ÉCONOMIQUE ET SOCIAL
(1977) Les
voies et les moyens de l’expansion économique des
Territoires d’Outre-Mer du Pacifique, J.O.R.F.
n® 14 du 8 juillet 1977, Paris, pp. 609-697.
• J. DEMARESCAUX
(1971) La Polynésie française
et le C.E.P., Revue de la Défense nationale,
décembre. Paris, pp. 1772-1793.
•
I.N.S.E.E. (1970/1975) Comptes économiques de
la Pol. fr. : 1970 ; 1971-1972 ; 1973-1974-1975, 3 vol.
multigraphiés, 39, 37 et 44 p.
•
I.N.S.E.E., F.I.D.E.S. : Résultats du recensement
de la population en Pol. fr. du 29 avril 1977,
multigraphié, 231 p.
•
I.N.S.E.E. (1984) Résultats du recensement de la
population dans les Territoires d’Outre-Mer du
15 octobre 1983, Pol. fr., 134 p.
•
H. LAURENCIN ; Les Comptes économiques de la
Pol. fr. (1976-1980), ITSTAT, Dossier n® 5, Papeete,
96 p.
• M. LIOU ; Les
Comptes économiques de la Pol. fr.
(1981-1982), ITSTAT, Dossier n® 9, Papeete, 84 p.
• SÉNAT
(1983) Rapport de mission d’information
du Sénat du 27 août au 15 septembre 1982 sur les
conditions du développement économique des
Territoires de Pol. fr. et de Nlle-Calédonie. Rapport
annexé au procès verbal de la séance du
Paris, 131 p.
SERVICE DU PLAN, STATISTIQUE :
n® 234,
14 avril,
•
Recensement du 8 février 1971. Données
individuelles
(résultats provisoires), multigraphié,
Papeete, 127 p.
LES INSTITUTIONS
• ASSEMBLÉE NATIONALE et SÉNAT
(1971)
Travaux préparatoires de la loi n® 71.1028 du
24 décembre 1971 relative à la création et à
l’organisation des communes dans le Territoire de la
Pol. fr., J. O.R.F.. Editions des débats parlementaires.
• ASSEMBLÉE NATIONALE et SÉNAT
(1977)
Travaux préparatoires de la loi n® 77.772 du 12 juillet
1977 relative à l’organisation de la Pol. fr., J.O.R.F.,
Ed. des débats parlementaires.
• ASSEMBLÉE NATIONALE et SÉNAT
(1977)
Travaux préparatoires de la loi n® 77.1460 du
29 décembre 1977 modifiant le régime communal
dans le Territoire de la Pol. fr., J.O.R.F., Ed. des
débats parlementaires.
•
ASSEMBLÉE NATIONALE et SÉNAT (1984)
Travaux préparatoires de la loi n® 84.820 du
6 septembre 1984 portant statut du Territoire de la
Pol. fr., J.O.R.F., Ed. des débats parlementaires.
• ASSEMBLÉE TERRITORIALE DE POLYNÉSIE
FRANÇAISE : Procès verbaux des séances ;
(1967) pp. 41 et sq. ; pp. 61 et sq. ; pp. 538 et sq.
(1971) pp. 374 et sq. : pp. 698 et sq. ; pp. 830 et sq. ;
pp. 1 015 et sq.
(1977) Avis de l'Assemblée du 7 juin.
(1983) Avis de l’Assemblée du 21 septembre.
(1984) Avis de l'Assemblée du 12 avril.
• J. CHATELAIN
(1959) Nouvelle Constitution et ie
régime poiitique de ia France, Berger-Levrault, Paris.
La Vie des Communes / Te Vea Dire : bulletin
bi-mensuel diffusé par le Haut-Commissariat.
•
P. LAMPUE (1969) Droit d’Outre-Mer et de ia
•
Coopération, Précis Dalloz, Paris, 385 p.
• F. LUCHAIRE
(1966) Droit d'Outre-Mer et de ia
Coopération, Précis Dalloz, Paris, 628 p,
•
Y.TEIHOTAATA (1982) Vingt ans de consultations
électorales en Pol. fr., ITSTAT, Dossier n° 2, Papeete.
LES ÉGLISES MAJORITAIRES
•
P. HODÉE (1983) Tahiti 1834-1984,150 ans de vie
chrétienne en Église, Archevêché de Papeete, Ed.
Saint-Paul, Paris/Fribourg, 702 p.
•
D. MAUÈR
(1970) L’Église protestante à Tahiti,
Société des Océanistes, Dossier n° 6, Paris, 34 p.
• D, MAUER
(1972) Aimer Tahiti. Tahiti les yeux
ouverts, Nlles Ed. Latines, Paris, 253 p.
•
P. O’REILLY (1969) Le Tahiti catholique. Société
des Océanistes, Dossier n° 5, Paris, 30 p.
• Semeur
(Le) : mensuel catholique d’information.
•
Vea Poroletani: mensuel protestant de Polynésie.
•
H. VERNIER (1985) Au vent des cyclones. Puainoa
mai ie vero. Missions protestantes et Église
évangélique à Tahiti et en Pol. fr., E.E.P.F. et Les
Bergers et les Mages, 465 p.
LES ÉGLISES MINORITAIRES
•
F.E. BUTTERWORTH (1977) Roots of
Réorganisation, Herald Publishing House,
Independence.
•
ÉGLISE DE JÉSUS-CHRIST DES S.D.J. (1981)
Les principes de l’Évangile, Francfort.
• ÉGLISE DE JÉSUS-CHRIST DES S.D.J.
(1982)
Histoire de l’Église mormone en Pol. fr. (1844-1982),
Papeete.
• A. GILLETTE
(1985) Les mormons, théocrates du
désert, Desclée de Brouwer, Paris,
•
ÉGLISE SANITO DE POLYNÉSIE FR. (1979)
Introduction à l’Église sanito de Pol. fr., Papeete.
•
P. NOUAN (1969) L’adventisme,
Dammarie-les-Lys.
•
R. du PLESSIS (1981) M. Pentecôte, Ed. Foi et
Victoire, Rouen.
•
•
Pentecôte (1979) revue, n” spécial, Rouen.
Social Compass (1977) revue. Les Témoins de
Jéhovah, Centre de Recherches socio-religieuses,
XXIV / I, Univ. de Louvain (Belgique).
• TÉMOINS DE JÉHOVAH
(1982) Vous pouvez
vivre éternellement sur une 'Terre qui deviendra un
paradis, Watchtower Bible and Tract Society,
Brooklyn, New York.
• E.G. WHITE
(1972) La tragédie des siècles, Ed.
S.D.T., Dammarie-les-Lys.
FORMATION ET INFORMATION
.
ASSEMBLÉE NATIONALE et SÉNAT (1982) Loi
n° 82.652 du 29 juillet 1982 sur la Communication
audiovisuelle, J.O.R.F. du 30 juillet 1982, pp. 3-36.
• ASSEMBLÉE NATIONALE et SÉNAT
(1983) Loi
n° 83.632 du 12 juillet 1983 rendant applicables dans
les Territoires d’Outre-Mer les dispositions de la loi
n° 82.652 du 29 juillet 1982 sur la Communication
audiovisuelle, publiée au J.O.P.F. du 15 septembre
1983, pp. 1 010-1 011.
• COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL
(1985) Les
perspectives d’avenir de la Coopération scientifique
et technique entre le Territoire et les Organismes
scientifiques de Recherches, Rapport n° 53,
multigraphié, Papeete, 142 p. -j- annexes.
•
CONSEIL DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE
ET TECHNOLOGIQUE
(1985) Recherche et
développement. Répertoire des organismes de
recherche scientifique et technique en Pol. fr.
.
MINISTÈRE DE LA RECHERCHE ET DE LA
TECHNOLOGIE (1981) Rapport général de synthèse
du Colloque national : assises régionales de la
recherche et de la technologie de la Pol. fr. (Papeete,
29-10 octobre 1981), multigraphié, 33 p. -f- annexes,
• SERVICE DE L’ÉDUCATION :
Population scolaire
1982-1983, Papeete, 97 p
• H, VERNIER
(1985) opus cité.
• VICE-RECTORAT DE POLYNÉSIE FR. : Données
essentielles pour connaître mieux l’enseignement en
Pol. fr. Enseignement pré-élémentaire et élémentaire
privé. Enseignement secondaire public et privé,
multigraphié, Papeete, 22’p.
LA VIE POLITIQUE
•
IA MANA TE NUNA’A (1978)
n° 16,
.
multigraphié, Papeete.
Bulletin de liaison
IA MANA TE NUNA’A (1982) Programme,
supplément du Bulletin, multigraphié, Papeete, 33 p.
• A A. KOSKINEN
(t953) Missionary influence as a
polltical factor in the Pacific Islands, Helsinki.
• V. LANTERNARI
(1967) Cuitiprofeticipolinesiani,
S.M.S.R., XVVIII a, pp. 57-78.
• P. LARMOUR
(1985) French Polynesia.
Décentralisation in the South Pacific, Fidji, 393 p.
(pp. 272-295).
• TAHOERAA HUIRA’ATIRA
(1986) Ensemble pour
progresser, 199 p.
LA VIE ÉCONOMIQUE
• G. BLANCHET
(1981) Les petites et moyennes
entreprises polynésiennes : le cas de la petite
hôtellerie. Travaux et Doc. de l’ORSTOM, n° 136,
Paris, 101 p.
.
G. BLANCHET (1982) Un aspect de la pêche
artisanale en Pol. fr. : les grands filets à ature de
Tahiti, Notes et Doc. de l’ORSTOM, n»6, Paris, 168 p.
•
CONSEIL DE GOUVERNEMENT DE LA
POLYNÉSIE FR. (1979) Tahiti Moana, Document
préparatoire au colloque de la Mer.
• Ph. COURAUD
(1985) Origines et transformation
de l’Agriculture en Pol. fr. Analyse économique du
Secteur agricole. Thèse de 3' cycle, Institut national
agronomique, Paris-Grignon, multigraphié, 223 p.
• E.V.A.A M. :
Rapport d’activité de juin 1983 à juin
1984, multigraphié, 50 p.
• HARRIS,
KERR, FORSTER and Company (1970)
Un programme pour le développement
touristique
en Pol. fr., multigraphié, Los
Angeles.
INSTITUT D’ÉMISSION D’OUTRE-MER :
Rapports annuels d’activité. Exercices 1967 à 1972.
Pour la Polynésie fr. : pp. 33-48 ; pp. 33-46 ; pp. 35-48 ;
pp. 37-52 ; pp. 37-54 ; pp. 37-54.
• INSTITUT D’ÉMISSION D’OUTRE-MER :
Polynésie fr. Rapports annuels d’activité. Exercices
1973 à 1985, 45 p. ; 59 p. ; 62 p. ; 70 p. : 70 p, : 65 p. ;
.
69 p. ; 69 p. : 73 p. : 79 p. ; 85 p. : 98 p. ; 111 p.
•
ITSTAT (1985) Tableaux de l’Économie
polynésienne, Papeete, 138 p.
C.A. MICHALET (1983) Le défi du développement
indépendant, Ed. Poudevigne, Paris.
• OFFICE DU DÉVELOPPEMENT DU
TOURISME
(1971 à 1982) Statistiques touristiques annuelles,
Papeete.
.
SECRÉTARIAT D’ÉTAT AUX DOM/TOM (1976)
Rapport préparatoire au colloque sur le
développement des ressources de la mer dans les
Territoires français du Pacifique, multigraphié.
•
174 p.
SERVICE DE L’ÉCONOMIE RURALE : Bulletins de
•
statistiques agricoles n“ 1 à 12 pour les années 1972
à 1983, multigraphié, 49 p. ; 91 p. ; 115 p. : 82 p. ; 83p, :
86 p. ; 119 p. ; 109 p. ; 103 p, ; 95 p. ; 73 p. ; 84 p.
.
SERVICE DE L’ÉCONOMIE RURALE : Statistiques
annuelles de production (année 1984), Papeete,
multigraphié, 16 p.
.
SERVICE DE L’ÉCONOMIE RURALE : Statistiques
de production Agriculture-Élevage 1985, Papeete,
multigraphié, 15 p.
• SERVICE DU TOURISME
(1983 à 1986)
Statistiques touristiques annuelles, Papeete.
137
Index des
noms
CAILLET, Francis. 61.
cités
Jean-Baptiste. 18, 106, 110.
CHAZEAUX, Michèle de. 103.
CHING, Charlie. 107.
CHIRAC, Jacques. 54. 119, 119.
CHUNG. Arthur. 107, 109. 111.
COPPENRATH, Gérald. 11, 90.
COPPENRATH, Hubert. 58.
COPPENRATH, Mgr Michel. 58, 58,
LE CLEAC'H, Hervé. 61,62.
LÉONTIEFF, Alexandre. 46. 47. 55.
108, 113, 120,
LESTIENNE, Jean-Marc. 46.
DEANE, Paul. 75.
LE VERRE,
LEVINIA (diaconesse). 71.
DOOM, L. 76.
113, 116, 119-120.
DROLLET, Jacques-Denis. 27.
DURKHEIM. 92.
E
EBB, Tinomana (dit Milou). 98, 107,
107, 111.
ELLACOTT. Alban. 47, 55.
EMMANUELLI, Henri. 53.
ESPINASSE, Roger. 100, 103.
ATGER, Peni. 116, 120.
BABADZAN, Alain. 9, 10.
BAMBRIDGE, Antony(ditTony). 100,
BONARD. 73.
BONNET, Christian. 47.
BOUGAINVILLE, Louis-Antoine de.
126.
BOURGEOIS, Paul. 45.
BOURNE, Christine. 98, 102.
BRAUN-ORTEGA, Enrique
(dit Quito). 107, 111, 112.
BRISSAUD, Roger. 100, 101.
BROTHERS, Ramon. 72.
BROTHERSON, Franklin. 46.
BROWN, James. 74.
BRUAT, Armand. 9.
BRUNOT. 117.
BUILLARD, Anthelme. 117.
BUILLARD, Michel. 47.
c
CADY, Benjamin J. 75, 75.
138
MARANT-BOISSAUVEUR, Félix. 10.
GANIVET, Pierre. 59.
GARRIGOU, Roland. 46.
GAULLE, Charles de. 9,17, 20,20,21,
22, 22, 23, 24, 42, 43, 118, 119.
GÉRARD, Michel. 100.
GIRAUD, A. 112.
GISCARD d'ESTAING, Valéry. 108,
120.
GRAFFE, Jacquie. 47, 107, 707, 111.
GRAND, A.R. 18.
GRIMALD, Aimé. 64, 117.
GROUARD, Benjamin F. 73.
GUILLAUME. 16, 17.
GUILLOUX, Rose. 117.
H
119.
SANFORD, Terii. 46, 50.
SCHMITT, Charles. 45.
SEEGMILLER, William. 74.
SERVAN-SCHREIBER,
Jean-Jacques. 118.
SICURANI, Jean.27, 42.
SIU, Philippe. 120.
SMITH, Joseph. 73, 74, 78, 80.
SMITH, Thomas W. 74.
SPITZ, Napoléon. 111.
STASI, Bernard. 45.
STEWART, William. 11.
STIRN, Olivier. 43.
SULITZER, Paul-Loup. 40.
T
TAPAO. 65.
MARTIN, John. 22, 102, 103.
TARDIF, Père Emiliano, 70, 77, 72.
MAZELLIER, Philippe. 100, 101.
MERCERON, François. 95.
MESSMER, Pierre. 42.
TAY, John L. 75.
MAZÉ, Mgr Paul. 57, 58, 58, 62.
MITTERRAND, François. 102, 108,
G
BERNARDINO, Médéric. 59.
BILLOTTE, Pierre. 42.
BLOUIN, Abel. 133.
BOHL, Adolphe. 111.
MAILLART, Lucien. 101, 102.
MAMATUI, Coco. 59.
FOCCART, Jacques. 22.
FOUOUÉ. 90.
BAMBRIDGE, Rudolph (dit Rudy).
21, 105, 111, 119.
BARRET, D. 72.
BEFFA, Pierre. 71.
M
MACHORO, Françoise. 113.
MAI, Richard. 59.
MILLAUD, Sylvain. 47, 55.
MILLER, William. 82.
102, 103.
BARRAL, Jean-Paul. 116, 120.
LYNDON, F.E. 75, 75.
FLOSSE, Gaston. 43, 46, 47, 54, 55,
56, 70, 95, 98, 105, 105, 106, 107, 111,
FRITCH, Edouard. 47, 55, 108.
FROGIER, Maurice. 59.
BARÉ, Jean-François, 18.
LEYMANG, Gérard. 71.
LOU, Philippe. 98.
MILLAUD, Jean. 42, 106, 117.
MILLAUD, Daniel. 43, 107, 113, 774,
113, 118, 119-120.
B
Robert. 29.
F
FLORES, Teina. 111.
SALMON, James. 111.
SALMON, Jeffrey. 55.
SALMON, Nedo. 118.
SALMON, Frédéric (dit Tutaha). 110.
SANFORD, Francis Ariioehau. 79, 42,
43, 43, 45, 46, 707, 110, 114, 117-118,
LEFÈVRE, Michel. 101.
LEJEUNE, M' Marcel. 101.
LEMOINE, Georges. 38. 47. 54.
DESGRANGES, Marie-Françoise. 57.
DOUMENGE, François. 32.
DROLLET, Jacques Harold
Tiamatahi (dit Jacqui). 105, 107, 113,
S
LE CAILL, Emile. 45.
DEANE, Harry. 74.
ANGELI, Pierre. 56.
ANGLADE, Michel. 102.
ANIHIA, Olivier. 72.
ANTIG, Charles-Claude. 18.
ATA, Alec. 45.
RUTHERFORD. 82.
D
DEANE, Arii. 74.
ANET d'ASTIER de la VIGERIE,
Jean d'. 102.
LAPORTE, Pierre. 72.
LEBOUCHER, Totl. 59.
DAUSSIN-CHARPANTIER, Albert.
99.
ROGERS, Noah. 73.
RUSSEL, Charles T. 76, 82.
CROOK, William Pascoe. 66.
CUNNINGHAM, Barbara. 119.
46.
AMARU, Yannick. 45.
AMERIO, Jean-Claude (dit Jeff). 98,
LAFORGUE, Maryse. 120.
LANTEREIS, Jean. 59.
ROBINEAU, Claude. 16, 24, 28.
LAW, Michel. 101, 107, 110, 111, 114.
DAMRON, Joseph. 74.
DARNOIS, Marc. 102, 103.
AMANS, Ernest. 59.
RODGER. 74.
LAVIGNE, Lysis. 47.
LAW, Lucien. 58.
COUSSERAN. 103.
A
L
LAVAL, Louis, le P. Honoré. 57.
62, 71.
ALBERT, Roger. 88.
KELLY, Georges. 46, 47. 123.
READ, A.J. 75, 75.
REVAULT, Léone. 60.
KNORR. 82.
CHEVALIER, Guy. 61.
DESROCHES, Mélanle. 59.
DOOM, John. 70.
RAVEL, Bill. 101.
KAOUA (diacre). 71.
CHASTENET de GÉRY, Jean. 75.
texte.
RAAPOTO, Samuel. 65, 71.
RATINASSAMY, Lucien. 111.
RAUZY, Guy. 107, 110.
K
CHAPMAN, E.C. 75.
numéros de pages en italique renvoient à
une légende, les autres se
rapportent au
120.
JAVOUHEY, Anne-Marie. 58.
JUVENTIN, Jean. 47, 107, 114, 130.
cEran-jérusalemy,
Les numéros en gras renvoient aux pages
où le sujet est traité principalement. Les
RAAPOTO, Jean-Marius. 709, 118,
J
CANEPA, Daniel. 51.
CELTON, Alain. 60.
118.
113, 117, 120.
MONTITON, Albert. 59.
MONTPELLIER (Amiral). 38.
MOUX, Albert. 130.
N
NANAI, François. 102.
NELSON, William. 74.
NOTT, Henry. 90.
NOUVEAU, Dédé. 59.
O
OHREL, Alain. 38.
OOPA, Marcel a. 15, 117.
OPUTU, Jean. 110.
O'REILLY, R.P. Patrick. 71, 77, 75.
P
PAHUATINI, Edwin. 111.
PEAUCELLIER, Patrick. 47, 55.
PEREZ, Jean. 46.
TAUFA, Charles. 106, 110, 111.
TCHONG, Tihoti. 72.
TEARIKI, John French (dit Tony). 79,
42, 43, 45, 107, 110, 774, 117-118.
TEHEUIRA, Jacques. 47, 55, 95, 120.
TEIHOTAATA, Emile. 776, 120,
TEIPO, Vahiné. 59.
TEKAKAHU (dit Metuaore). 73.
TEMARU, Oscar. 107, 707, 111, 113,
7 73, 114, 120.
TERIIRERE, Taratua. 110.
TETARIA, Charles. 120.
TETUANUI, Monil. 1 11, 7 72, 114.
TEUIRA, Jacky. 47, 120.
TEVANE, Marc (dit Maco). 45.
TIHONI, Philippe. 72.
TIRILLY, Louis-Bertrand. 57.
TOBY, Jean-François. 75, 27, 22.
TONG SANG, Gaston. 50, 55.
TRAUTMANN, Frédéric. 71.
V
VANAA, E. 76.
BASTOLAER, Jacky. 120.
VANIZETTE, Frantz. 43,45, 106,110,
VAN
11 1,
774.
VERNAUDON, Emile. 98, 107, 707,
1 1 1, 772, 1 18.
VERNIER, Frédéric. 66.
VIDEAU, Daniel. 45, 50.
yiÉNOT, Charles. 90.
HART, Marcel (dit Mate). 110, 111.
POMARE. 57. 66.
HIU ALINE, Edwin. 98, 99.
PORLIER, André. 110, 111.
POROI, Alfred. 102, 105, 705, 106,
VINUBAH (pasteur). 77.
POUVANAAaOOPA.9,15,18,19,79,
W
HIRO, Henri. 776, 120.
HODÉE, R.P. Paul. 57, 58.
HOLOZET, Norbert. 58.
HONG, Elle. 83.
HONG KIOU, Huguette. 47.
HOWE, Adam. 90.
HUNTER, Pierre. 27.
I
ILARI, Noël. 20.
POO, Koringo a. 27, 65.
117.
20, 20, 21, 27, 41,43, 105, 106, 110,
774, 118, 1 19
PRATT, Addison. 73.
R
RAAPOTO, Duro. 120.
RAAPOTO, Etienne. 103.
VII, Jacques. 705.
VIVISH, Manate. 55.
WANDELL. 74.
WATSON. 75.
WHITE, Ellen. 82.
WILLY, Richard. 72.
Y
YOUNG, Brigham. 74, 80, 81.
Index
MAUPITI
géographique
Index des
(S) 34, 722
MISSOURI 74, 77, 80
Pour les îles,
MOOREA (S) 11, 73, 26, 28, 33,34,34,
35, 53, 64, 64, 65, 67, 76, 87, 90, 96,
104, 109, 117, 126, 727, 732, 134
Tuamotu.
Les numéros de pages en italique renvoient
N
la lettre entre parenthèses
signale l'archipel dont elles font partie : (A)
pour Australes, (G) pour Gambier, (M) pour
Marquises. (S) pour Société et (T) pour
à
une
texte.
légende, les autres se rapportent au
MORUROA (T) 25, 26, 27,30, 63, 113,
120
associations et
partis politiques
(T) 111
NOUVELLE-CALÉDONIE 16, 45, 65,
NAPUKA
67, 71, 101, 102
NOUVELLE-ZÉLANDE 12, 63, 76, 88
NOUVELLES-HÉBRIDES
(act. Vanuatu) 65, 67
NUKU HIVA (M) 34, 98
NUKUTAVAKE (T) 111
A
AFRIQUE 13, 41
AHE (T) 53
ALGÉRIE 42
AMÉRIQUE 73, 74, 80, 88, 127
AMÉRIQUE LATINE 12, 13
(T) 37, 56. 73, 75
(T) 36, 84
ARUTUA (T) 124, 125
ANAA
A
AI'A APL 706, 107, 111.
AMUITAHIRA'A NO PORINESIA.
706, 107, 707, 772, 113.
O
F
OCÉANIE 10, 63, 64
FRONT DE
OHIO 80
FRONT UNI POUR L'AUTONOMIE
INTERNE. 706, 107, 707, 1 11, 774.
APATAKI
P
PACIFIQUE 14, 18, 39, 49, 61, 62, 63,
64, 64, 73, 102, 131
H
ASIE 13
PAGO PAGO
I
AUSTRALES (archipel des) 12. 20.
32, 33, 33. 34, 34, 35, 50, 51,57, 64, 65,
66. 67, 76, 93, 107, 108, 109, 110, 111,
111, 121, 123
AUSTRALIE 12, 63, 127
BORA BORA (S) 23,
26, 117, 126
c
CANADA 58, 59
caraïbes (îles) 127
CHINE 11, 58, 88
CQQK (îles) 58, 64, 83
E
ÉTATS-UNIS 12, 13, 15, 75, 78, 81. 83
EUROPE 13, 64, 104, 124
F
FANGATAU (T) 111
FANGATAUFA (T) 26, 60
FIDJI
(Samoa) 124
PAPOUASIE-N'"' GUINÉE 63
PENNSYLVANIE 82
PITCAIRN 75
(îles) 63, 71, 78
(T) 111
NONOTAHI. 709.
R
RAIATEA (S) 18, 78, 53, 54, 58, 61,65,
75, 75, 76, 87, 92, 98, 702, 104, 117,
722, 131
RAIVAVAE (A)
72
RANGIROA (T) 736
RAPA (A) 111
REAO (T) 111
RIKITEA (G) 119
RIMATARA (A) 72, 117
PUPU TAINA. 706, 107, 113, 114.
PUPU TIAMA MAOHI
706, 110.
PARTI SOCIALISTE
RURUTU (A) 72, 66, 76, 97, 98, 111
S
SAMOA (îles) 64, 74, 96
(îles) voir HAWAII
SOCIÉTÉ (archipel de la) 72, 78, 60,
64, 65, 78, 702, 104
GRANDE-BRETAGNE 18
GUAM 63
SEYCHELLES 127
SUVA 63
TAHAA
(S) 34, 65, 68, 88, 702, 114,
117, 722, 736
HIKUERU (T) 74
HONG KONG 77
HUAHINE (S)
TAHUATA (M) 64
HAWAII
(îles) 73, 88, 112, 127
18, 34, 76, 102, 122
ILLINOIS 73, 74, 80
INDIEN
(océan) 127
lOWA 117
J
JAPON 63, 127
K
KAUKURA (T)
74, 74
M
MAKATEA (T)
13, 16, 28, 28, 67
MALAISIE 79
MANGAREVA (G)
MANIHI
(T) 53
117, 119
MARQUISES (archipel des) 19, 32,
33, 33, 34. 50, 50, 51, 57, 58, 60, 60, 61,
62, 63, 64, 65, 67, 74, 97, 92, 93, 107,
108, 109, 110, 111, 119, 123, 131
POPULATIONS TAHITIENNES
(R.D.P.T.). 18, 20, 20, 27, 105, 706,
110, 111, 112, 116, 117.
116, 1 19, 779.
T
TA'ATIRA POLYNESIA. 706, 107,
109, 111.
TAHOERA'A HUIRA'ATIRA. 45, 46.
47, 105, 706, 107, 707, 708, 709, 1 11,
777, 1 12, 113, 114, 1 15, 775, 1 16, 118,
119, 120.
TAHOERA'A Ul API NO POLYNESIA.
106, 110.
TE AU TAHOERA'A.
111.
(îles) 64, 88
73, 75, 19,
106, 706, 110,
TE E'A API NO POLYNESIA. 45. 106,
24, 25, 32, 33, 33, 34,41, 50, 50, 51,57,
53, 58, 59, 60, 64, 65, 67, 69, 73, 74, 74,
75, 76, 78, 86, 90, 93, 107, 108, 109,
110, 111, 122, 723, 125, 725, 131
TE E’A NO MAOHI NUI. 706,107,
TU BU Al (A) 72, 20, 73, 74, 86, 111
TUREIA (T) 111
TE TA'ATA TAHITI TIAMA. 107.
U
U
UNION POUR LA DÉMOCRATIE
U A POU
MAIAO (S) 65, 67
DÉMOCRATIQUE DES
TE ARATIA O TE NUNA'A. 706, 107.
TAKAROA (T) 53, 75
TUAMOTU (archipel des)
ISRAËL 80
R
RASSEMBLEMENT
PORINESIA. 109, 111, 112, 773, 114,
120,
TAKAPOTO (T) 53, 77
TONGA
PARTI SOCIALISTE UNIFIÉ(P.S.U.).
113.
TAVINI HUIRA'ATIRA NO
TAIWAN 77, 79, 83
I
(P.S.P.). 113.
RÉPUBLIQUE (R.P.R.). 46, 107, 113,
19, 20, 23, 24, 25, 26, 28, 32, 33, 33, 34,
36, 37, 40, 53, 57, 57, 58, 58, 59, 60, 60,
61,67, 62, 65, 67, 69, 70, 71,72, 72, 73,
74, 75, 76, 76, 78, 79, 79, 85, 87, 87, 89,
90, 92,98, 109, 112, 113,119,120,122,
123, 723, 125, 126, 726, 728, 130, 131,
732, 134
HAO (T) 26
(P.S.). 113.
RASSEMBLEMENT POUR LA
TAHITI (S) 9, 11, 73, 14, 16, 77, 18, 78,
H
(P.T.M.). 106,
PARTI SOCIALISTE POLYNÉSIEN
ROYAUME-UNI 70
T
PUPU HERE AI'A TE NUNA'A IA
ORA. 27, 45, 106, 706, 107, 709, 110,
111, 113, 1 14, 774, 115, 116, 117.
120
GAMBIER (archipel des) 32, 33, 33,
34, 50, 51,57, 57, 57, 59, 59, 60, 64, 65,
67, 74, 107, 108, 109, 110, 111, 117
P
POLYNESIA NO ANANAHI. 706, 107.
PUPU TAHOERA'A MAOHI. 106.
SANDWICH
G
IA MANA TE NUNA'A. 105, 706, 107,
709, 1L1, 1 12, 772, 1 13, 773, 1 14, 115,
116, 7 76, 120, 720.
N
FRANCE 18, 19, 23, 24, 30, 41,47, 57,
62, 64, 70, 75, 77, 108, 113, 118, 119,
HERE AI'A voir PUPU HERE AI'A.
IA ORA TE NATURA. 120.
PROVO 88
PUKA PUKA
B
LIBÉRATION DE LA
POLYNÉSIE (F.L.P.). 106.
(M) 62, 111
UTAH 74, 75, 76, 78, 79, 80, 81, 87
V
(anc. N'""‘ Hébrides) 71
VENT (îles du) 33, 33, 35, 50, 50, 78,
VANUATU
702, 103, 108, 109, 110, 111, 777, 723
VENT (îles Sous-le-) 9,
11, 72, 18,33,
33, 34, 34, 50, 51,65, 67, 70, 72, 73, 75,
76,92,108,109,110,111,777, 117,723
706, 107, 110, 111, 774, 117, 118.
111, 772, 113, 114, 120.
109.
U.D.R. 119.
FRANÇAISE (U.D.F,). 46.
UNION POUR LA NOUVELLE
RÉPUBLIQUE (U.N.R.). 105,106,107.
UNION TAHITIENNE (U.T.).
106, 706, 107.
105,
UNION TAHITIENNE
DÉMOCRATIQUE (U.T.D.). 105, 106,
706, 110.
U.T.-U.D.R. 706, 110, 111.
U.T.-U.N.R. 706, 110, 111. '
139
Sources des illustrations et crédit photographique
Note : Quand ils ne sont pas indiqués, les tableaux et cartes ont été effectués
d'après les données de l'auteur du sujet.
P. 66 Cl. Rives-Cedr/. Cl. Rives-Cedr/.
P. 67 J. Bouchon, Ch. Pinson.
P. 68 B. Vannier. Cl. Les Nouvelles. G. Hucault
P. 69 Cl. Rives-Cedr/.
P. 70 G. Hucault (SIRPPG). Cl. La Dépêche.
P. 71 Cl. La Dépêche.
(SIRPPG).
Cl. La Dépêche. Cl. La Dépêche.
P. 72 Coll. Service de Documentation de l’Église
évangélique. Tableau :
sondage de B&R Consultants, Papeete.
PP. 4-5 Cl. G. Hucault (Service de l'Information et des Relations avec la Presse
de la Présidence du Gouvernement).
P. 6 Cl. RWes-Cedri.
P. 8 Cl. H. Cao (OPATTI).
D’HIER A AUJOURD'HUI (1960-1986)
P. 9 Un tare : coll. Encyclopédie. Fusilier : MUSÉE DE LA MARINE.
P. 10 Cl. Lemasson, coll. O'REILLY. Aquarelle de F. Marant-Boissauveur, from
the original painting in the DIXSON LIBRARY, by courtesy of LIBRARY
COUNCIL OF NEW SOUTH WALES.
P. 12 Cl. Rives-Cedr/. Cl. M. Folco.
P. 13 B. Hermann. Cl. Rives-Cedr/.
P. 14 B. Hermann. Coll. O'REILLY.
P. 15 B. Hermann. B. Hermann.
P. 16 Coll. Encyclopédie.
P. 18 Dessin de C.C. Antig : NATIONAL LIBRARY OF
AUSTRALIA,
réf. NK 10376/4. Cl. coll. O'REILLY.
P. 19 Coll. O'REILLY. Cl. Les Nouvelles. Cl. Les Nouvelles.
P. 20 Coll. O'REILLY. Coll. O'REILLY.
P. 21 Coll. O'REILLY. Coll. O'REILLY. Cl. Ch. Vernier, coll.
Église évangélique
de Polynésie française.
P. 22 Coll. Encyclopédie. Cl. A. Sylvain, coll. O'REILLY.
P. 23 Cl. OPATTI. Cl. OPATTI.
P. 24 Coll. Encyclopédie. Coll. Encyclopédie.
L’ÉVOLUTION ÉCONOMIQUE ET DÉMOGRAPHIQUE DE 1960 A 1986
P. 25 Cl. B. Hermann. Coll. Encyclopédie.
P. 26 Coll. Encyclopédie. Coll. Encyclopédie. Coll.
Encyclopédie.
P. 27 Cl. H. Cao (OPATTI).
P. 28 Ch. Pinson.
P. 29 Coll. O’REILLY.
P. 30 Cl. Rives-Cedr/.
P. 32 H. Cao (OPATTI). Graphique d’après F. Ravault.
P. 33 Cl. Rives-Cedr/.
P. 34 H. Cao (OPATTI). H. Cao (OPATTI).
P. 35 G. Hucault (SIRPPG). G. Hucault (SIRPPG). J. Bouchon.
P. 36 Ch. Pinson. H. Cao (OPATTI).
P. 37 G. Hucault (SIRPPG). Ch. Pinson.
P. 38 Ch. Pinson.
P. 39 E. Christian.
P. 40 Graphique d’après F. Ravault.
G. Hucault (SIRPPG).
LES INSTITUTIONS
P. 41 M. Folco.
P. 42 Coll. A. ATA. D. Darqué. J. Bouchon.
P. 43 Cl. Rives-Cedr/. Coll. F. SANFORD. J. Bouchon.
P. 44 Cl. OPATTI.
P. 45 Cl. Les Nouvelles. Cl. Rives-Cedr/.
P. 46 G. Hucault (SIRPPG). G. Hucault
(SIRPPG).
P. 47 G. Hucault (SIRPPG). G. Hucault
(SIRPPG). Ch. Pinson.
P. 48 J. Bouchon.
P. 49 B. Vannier.
P. 50 G. Hucault (SIRPPG). M. Folco. B. Vannier.
P. 51 Cl. La Dépêche. G. Hucault (SIRPPG). Ch. Pinson.
P. 52 J. Bouchon.
P. 54 P. Duplan (Secteur Photo R.F.O.). G. Hucault
(SIRPPG).
P. 55 G. Hucault (SIRPPG). G. Hucault
(SIRPPG). G. Hucault (SIRPPG).
P. 56 G. Hucault (SIRPPG).
LES ÉGLISES MAJORITAIRES
P. 57 G. Hucault (SIRPPG).
P. 58 Coll. Encyclopédie. Coll. Encyclopédie. D. Darqué.
P. 59 Coll. Encyclopédie. B. Hermann. J. Bouchon.
P. 60 M. Folco.
P. 61 B. Vannier. B. Vannier.
P. 62 Coll. O'REILLY. Cl. La Dépêche. Cl. Rives-Cedr/.
P. 63 Coll. Encyclopédie. B. Vannier. H. Cao (OPATTI).
P. 64 Cl. Rives-Cedr/.
P. 65 G. Hucault (SIRPPG). Coll. O'REILLY.
140
LES ÉGLISES MINORITAIRES
P. 73 Église sànito.
P. 74 Église sanito. Égl. sanito. Église S.D.J. de l’Utah.
Égl. sanito.
P. 75 Église adventiste. Égl. adventiste. Égl. adventiste. Égl. adventiste.
P. 76 J. Bouchon. J.-Cl. Bosmel.
P. 77 J. Bouchon. J. Bouchon. J. Bouchon. Cl. Rives-Cedr/.
P. 78 et 79 Tableaux et carte d’après Mme G. Simon.
P. 80 J. Bouchon.
P. 81 J. Bouchon. Église S.D.J. de l'Utah.
P. 82 J. Bouchon.
P. 83 Cl. La Dépêche. G. Hucault (SIRPPG). Cl. La
Dépêche.
P. 84 Église sanito. D. Darqué. G. Simon.
P. 85 Église adventiste. Égl. sanito. G. Simon. D. Darqué.
P. 87 D. Darqué. Cl. La Dépêche.
P. 88 Cl. La Dépêche. G. Simon. G. Simon.
FORMATION ET INFORMATION
P. 89 J. Bouchon.
P. 90 Père Fouqué : coll. Encyclopédie. H. Nott : coll. O’REILLY. Coll.
Encyclopédie. Coll. Église évangélique.
P. 91 Cl. Bouzer, coll. O’REILLY. Coll. Encyclopédie. Cl. BISHOP
MUSEUM,
n° 7556. Cl. B. Vannier.
P. 92 B. Vannier. B. Vannier.
P. 93 G. Hucault (SIRPPG). G.
(SIRPPG). Cl. Rives-Cedr/.
Hucault (SIRPPG). B. Vannier. G. Hucault
P. 94 B. Vannier. B. Vannier. J. Bouchon. Tableau d’après La
Dépêche.
P. 95 Ch. Pinson. Ch. Pinson. Coll. Encyclopédie.
P. 96 G. Hucault (SIRPPG). G. Hucault (SIRPPG). G. Hucault
(SIRPPG).
G. Hucault (SIRPPG).
P. 97 B. Vannier. J. Bouchon. Cl. Rives-Cedr/.
P. 98 B. Vannier. B. Vannier.
P. 99 B. Vannier.
P. 100 Tableau d'après F. Ravault.
P. 101 B. Vannier. B. Vannier. B. Vannier.
P. 102 Cl. Rives-Cedr/.
P. 103 Cl. Rives-Cedr/. J.-Cl. Bosmel.
P. 104 J. Bouchon. J. Bouchon. D. Darqué. J. Bouchon.
LA VIE POLITIQUE
P. 105 B. Hermann. G. Hucault (SIRPPG). Cl. Les Nouvelles.
P. 107 J. Bouchon. Ch. Pinson. G. Hucault
(SIRPPG).
P. 108 G. Hucault (SIRPPG). Ch. Pinson. G. Hucault
(SIRPPG).
P. 109 G. Hucault (SIRPPG).
P. 110 et 111 Cartes de C. Visse d'après J.-M. Pambrun.
P. 112 G. Hucault (SIRPPG). G. Hucault (SIRPPG). G. Hucault
(SIRPPG).
P. 113 Ch. Pinson. J. Bouchon. J. Bouchon.
P. 114 J.-Cl. Bosmel. Cl. Les Nouvelles.
P. 115 G. Hucault (SIRPPG). G. Hucault (SIRPPG).
P. 116 Coll. IA MANA TE NUNAA. Coll. IA MANA. Coll. IA MANA.
P. 117 J.-Cl. Bosmel.
P. 118 J.-Cl. Bosmel.
P. 119 J. Bouchon.
P. 120 Coll. IA MANA TE NUNAA.
LA VIE ÉCONOMIQUE
P. 121 Graphiques de Geneviève Peugney,
cartographe O.R.S.T.O.M., d'après
F. Ravault.
P. 122 G. Hucault (SIRPPG). Cl. Rives-Cedr/.
P. 123 Cl. Rives-Cedr/. J. Bouchon.
P. 124 Cl. Rives-Cedr/. Cl. Rives-Cedr/. Cl, Rives-Cedr/.
P. 125 Cl. Rives-Cedr/. G. Hucault (SIRPPG). Cl. Rives-Cedr/.
P. 126 Cl. OPATTI.
P. 127 J. Bouchon. H. Cao (OPATTI). J. Bouchon.
P. 128 B. Vannier. J. Bouchon. J. Bouchon. Tableau
d'après G. Blanchet et
F. Ravault.
P. 129 J. Bouchon. B. Vannier. Ch. Pinson. B. Vannier.
P. 130 H. Cao (OPATTI). H. Cao (OPATTI). H. Cao
(OPATTI).
P. 131 G. Hucault (SIRPPG). G. Hucault (SIRPPG). Cl. Rives-Cedr/.
P. 132 G. Hucault (SIRPPG). Ch. Pinson.
P. 133 B. Vannier. B. Vannier. B. Vannier. J. Bouchon.
P. 134 Cl. Rives-Cedr/. Cl. Rives-Cedr/.
P. 135 J. Bouchon. 01. Rives-Cedr/. Cl. Rives-Cedr/. J. Bouchon.
Cl. Rives-Cedr/.
P. 136 H. Cao (OPATTI). H. Cao (OPATTI). Carte
d'après T. Nhun-Fat.
K-
.TV-ÏÇ- ■
■
. .
I
!
•
-
)
•
I
-
’•
t
■f-,
•
-i-.
il
l
m
•‘':î»vr> ,1
r
;<
■
.'■
^
•; }
\;y?
/■
*
f
-,
ï
J
1
■
I
M
•
<S->S
•
II-
■;>
entreprise collective : la réunion dans
l’Encyclopédie de la Polynésie d’une centaine des plus
éminents spécialistes, dans des domaines aussi
différents que la géographie, la climatologie, la
biologie, l'histoire, l’archéologie, l'ethnologie, la
sociologie ou l’économie, est, sans conteste, un
événement sans précédent à Tahiti. Un monument de
1 500 pages, traitant 500 sujets, se devait de faire appel
aux chercheurs, universitaires, enseignants, aussi bien
qu'aux forces vives du Territoire, acteurs de la vie
administrative, politique, économique et culturelle. Et,
Une vaste
pour la conception et la construction d’un
édifice de vastes dimensions, il fallait que chaque
volume possède son architecte en chef, un “maître
d’œuvre" en assumant la responsabilité scientifique :
Bernard Salvat pour les trois premiers volumes ; José
comme
Garanger pour le volume 4 ; Anne Lavondès pour le
volume 5 : Pierre-Yves Toullelan pour les volumes 6 et
7 ; François Ravault et Jean-Marc Pambrun pour les
deux derniers volumes.
Encyclopédie de la Polynésie
CETTE COLLECTION EST COMPOSÉE DE 9 VOLUMES
VOLUME 1
les îles océaniques
VOLUME 2
flore et faune terrestres
VOLUME 3
le monde marin
VOLUME 4
à la recherche des anciens Polynésiens
VOLUME 5
la vie quotidienne dans la Polynésie d’autrefois
VOLUMES
la Polynésie s’ouvre au monde (1765-1842)
VOLUME 7
la Polynésie s’ouvre au monde (1842-1960)
VOLUME 8
vivre en Polynésie 1
VOLUME 9
vivre eh Polynésie 2
témoignage de maturité : la réalisation de cette
Encyclopédie révèle qu’en ce moment du XX” siècle, le
développement en Polynésie de la Recherche - tant
territoriale que nationale - atteint une maturité qui
Un
reflète celle d’un pays.
aussi, le résultat de concours individuels
déterminants : celui de Julien Siu qui nous a apporté
dès la naissance du projet un soutien sans faille, et
celui de Bernard Salvat qui a su donner à cette
collection l’impulsion
de son dynamisme
communicatif.
Elle est,
En couverture : A. Dupetit-Thouars s’entretient avec
le chef marquisien Pakoko. C’est par l’édification de
postes fortifiés aux Marquises que corrimence, en mai
1842, l’installation d’une station navale en Polynésie.
Mais les difficultés d’approvisionnernent et les
guerres entre tribus hostiles justifient, quelques mois
plus tard, le choix de Tahiti comme base principale :
proclamera le Protectorat le 10 septembre 1842
(détail d’un dessin original de M. Radiguet, Service
Historique de la Marine, cl. Cl. Rives).
116 années plus tard, le 29 septembre 1958, Pouvanaa
a
Oopa fait campagne pour le “non” lors du
on
référendum et échoue dans sa tentative de mener la
Polynésie à l’indépendance (cl. R. Charriay, coll.
Encyclopédie)'
Fait partie de Encyclopédie de la Polynésie. Vivre en Polynésie. 1 et 2