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ENCYCLOPEDIE DE LA POLYNESIE
Avec l'Encyclopédie de la Polynésie, les habitants de la
Polynésie française ont à leur disposition, pour la
première fois, un inventaire complet et détaillé du
monde dans lequel ils vivent. Pour la première fois, la
somme des connaissances acquises sur tout ce qui
concerne ce pays en ce moment du XX' siècle est
publiée pour décrire les 118ïles qui le composent, pour
faire revivre les hommes et les sociétés des temps
passés, pour faire l’inventaire des richesses que leur
offre leur environnement et dresser le tableau de la vie
quotidienne dans la Polynésie d'aujourd'hui.
Une encyclopédie de toute la Polynésie fran¬
çaise : si Tahiti et sa capitale Papeete restent l'organe
vital du Territoire, il est aussi vrai que les archipels qui
le composent jouent un rôle déterminant.
Par
conséquent, tout au long des 9 volumes de l'Encyclo¬
pédie, Australes, Tuamotu, Gambier, Marquises et
Société sont évoqués, à la fois pour leur appartenance
à l’ensemble polynésien et pour leurs caractères
spécifiques. Ainsi, qu'il s'agisse d'histoire, d'archéo¬
logie, d’économie ou de l’étude des milieux naturels,
l’Encyclopédie apporte un témoignage de la richesse
et de la diversité des îles.
Une encyclopédie thématique : dans cet esprit, une
énumération alphabétique des sujets serait apparue
comme une restriction à l'ampleur du propos. Alors
que la répartition de ces 9 volumes en thèmes
successifs permet une compréhension plus complète
plus profonde des sujets, où l'on verra que, bien
souvent, l'exploration du passé éclaire les conditions
du présent et les possibilités de l'avenir.
et
Une encyclopédie visuelle ; à notre époque où la
communication par
l’image joue un si grand rôle, il
paraît évident de lui donner une place prépondérante
un
ouvrage de cette importance. Cartes,
schémas, dessins et photographies occupent plus de
la moitié des pages, ajoutant ainsi à l’information écrite
une vision concrète et attrayante de celle-ci.
dans
Une encyclopédie pour tous : qu'il s'agisse du
peuplement de la Polynésie et de sa culture ancienne,
de ses ressources et de la gestion attentive de son
environnement, ou de l’état actuel de son organisation,
il va de soi que le désir de la connaissance passe par le
plaisir de son approche. Textes et illustrations ont
donc été conçus dans un souci de simplicité qui iaisse
intacte la rigueur scientifique. Dans chaque volume,
une
bibliographie permet de connaître les sources de
la documentation
ou d’alier plus avant dans l’étude
d’un sujet. Enfin, un index et un glossaire éclairent les
termes techniques et facilitent la lecture.
Une encyclopédie des Polynésiens : un ouvrage de
cette conception représente un outil de travail pour les
enseignants, une source de références pour les élèves
et les étudiants, un moyen d'information pour tout
esprit curieux. Il permet à tous ceux qui sont nés ou qui
vivent en Polynésie de la mieux connaître et, pour tous
ceux de l’extérieur, de découvrir une image différente
de celle des cartes postales.
Mais, les dimensions de l’Encyclopédie de la Polynésie
dépassent ces aspects pratiques. Comme tout pays en
plein essor, la Polynésie française est confrontée à ce
défi que constitue l'insertion de sa croissance démo¬
graphique et économique dans le cadre géographique
et politique qui est le sien. Des 9 volumes de cet
ouvrage se dégagent l'historique et le bilan des
ressources dont dispose ce pays. En conséquence
directe, ils mettent l'accent sur ses richesses poten¬
tielles. mais aussi sur la fragilité des équilibres naturel
et humain dont chaque Polynésien est le garant.
/
ENCYCLOPEDIE
DE
LA POLYNBIE
ENCYLOPÉDIE DE LA POLYNÉSIE
Editée et produite par Christian Gleizal
© 1986 C. Gleîzal/Multipress pour la première édition
Tous droits réservés, il est interdit de reproduire, d'utiliser dans une banque de
données ou de retransmettre par quelque moyen que ce soit cet ouvrage,
,
partiellement ou totalement, sans l'autorisation préalable écrite des éditeurs.
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ENCYCLOPEDIE DE LA POLYNESIE
la France en Polynésie
1842-1960
Ce septième volume de l’Encyclopédie de la
Polynésie a été réalisé sous la direction de
Pierre-Yves Toullelan,
Docteur de 3è cycle en Histoire, Chargé de cours au Centre Universitaire de la Polynésie française,
avec
Docteur en Économie, Maître de Conférences à l’Université de Paris I,
Panthéon-Sorbonne, Pierre Lagayette, Agrégé de l’Université, Docteur de l’Université de Californie,
Maître de Conférences à l’Université de Paris I, Panthéon-Sorbonne,
la collaboration de : Bernard Grossat,
Michel Lextreyt, Agrégé de Géographie,
Professeur, Lycée Paul Gauguin,
Institute of Commonweaith Studies, University of Oxford, Patrick O’Reilly, Licencié ès Lettres,
Diplômé de l’Institut d’Ethnologie de Paris, Jean-Louis Rallu, Démographe, Institut National d'Études Démographiques,
Henri Vernier, Licencié en Théologie, Pasteur de l’Église évangélique de Polynésie.
Colin W. Newbury, Professeur,
Conception et production : Christian Gleizal
Maquette et coordination de la réalisation technique : Jean-Louis Saquet
Assistante de production : Catherine Krief
Illustrations et cartographie ; Catherine Visse et Jean-Louis Saquet
Traductions de l’anglais : Pierre Montillier, Dominique Toullelan
Collaboration rédactionnelle : Michel-Claude Touchard
L’iconographie de ce volume a été rassemblée sous la direction de Christian Gleizal, par Celestine Dars à Londres et
Pierre Montillier à Paris et grâce à l’aide qui nous a été apportée par :
au
Musée de Tahiti et des Iles : Manouche Lehartel, Directrice, Véronique Mu-Liepman, Conservateur ; au Musée Gauguin: Gilles Artur, Directeur ;
au Service des Archives territoriales : Pierre Morillon, Chef du Service ; au Bishop Muséum : Cynthia Timberlake, Librarian,
Betty Lou Kam, Curatoriai Assistant, Photograph Collection, Clarence Mauricio, Photograph Collection ;
Library of Australia : Barbara Perry, Pictorial Librarian, Sylvia Carr, Acting Pictorial Librarian ;
à la State Library of New South Wales : Dixson Library : Mrs Rhodes, Dixson Librarian ; au Musée de l’Homme : Muguette Dumont, Photothèque ;
au Musée de la Marine : Mme Huyghes des Étages, Conservateur, Marjolaine Mourot, Chef du Service d’Études et de Documentation ;
au Service Historique de la Marine : M. le Contre-Amiral Chatelle, Chef du Service Historique,
J.-P. Busson, Chef du Service des Archives et des Bibliothèques de la Marine.
à la National
La majeure partie de l’illustration
de ce volume est tirée de la collection
mettre à notre disposition.
que le R.P. Patrick O’Reilly a bien voulu
Des collections privées nous ont été accessibles grâce à l’obligeance de leurs détenteurs : M. Christian Beslu, Tahiti ;
M. Nigel Davies, Californie ; M. et Mme Deschamps, Moorea ; M. Édward Dodd, Vermont ; MM. Pierre et Jacques Loti-Viaud, Paris ;
M. Alfred Poroi, Tahiti.
Photographies : J. Agostini, H. Bodin, Ch. Bouzer, Cedri, R. Charnay, Dormoy de la Harpe, Église évangélique de Polynésie,
K. Emory, M. Folco, L. Gauthier, Giraudon, Handy, Heisby, Hoare, Homes, LG.N., H. Lemasson, Lerable,
Mary Evans Picture Library, P. Montillier, CL Rives, Roger-Viollet, Société de Géographie, J. Stokes, G. Spitz, A. Sylvain,
U.S.LS,, Véronèse, G. Viaud, Visual Arts Library, G.P. Wilder, W. Wilson.
CHRISTIAN GLEIZAL / MULTIPRESS
Avant-propos
Le précédent volume de l’Encyclopédie, en s’attachant à retracer les circonstances de l’arrivée des Européens et ses conséquences
sur
le cours traditionnel de l’Histoire polynésienne, mettait l’accent sur le rôle des individus : circumnavigateurs, baleiniers, missionnaires...
1840 qui ouvrent ce volume. Les'grandes puissances font du Pacifique le champ de leur rivalité
Tahiti, pas plus que les autres îles ou archipels, ne reste en dehors de ces luttes hégémoniques. La renommée de Tahiti n’est plus
celle de la Nouvelle-Cythère chantée au siècle précédent, mais celle, éphémère, que “l’affaire Pritchard” lui confère lorsque
la France et la Grande-Bretagne, par consuls et religieux interposés, y rivalisent.
C’est finalement la France qui y établit un protectorat, statut juridique particulièrement flou, qui va permettre la réduction progressive
du pouvoir de la reine Pômare IV et des chefs traditionnels, jusqu’à ce que, 40 ans plus tard,
l’annexion ne soit plus qu’une formalité. La constitution, de 1880 à 1901, des Établissements français de l’Océanie,
11 n’en est pas de même pour les années
et
confiés au bon vouloir d’un gouverneur tout-puissant, ne fait qu’entériner le remplacement de l’autorité traditionnelle par la tutelle
Ensuite, dans les années d’affirmation de son pouvoir, l’administration coloniale muselle une initiative locale
qui n’arrive pas à trouver un champ d’expression. Il faut attendre 1945 pour que prenne naissance - et il en est de même
dans les autres colonies françaises - un début d’éveil politique et pour que la métropole consente
à déléguer partie de ses pouvoirs.
En 1957, les Établissements français de l’Océanie deviennent la Polynésie française et il se crée un cadre juridique nouveau
dans lequel s’inscrit l’étonnante percée du R.D.P.T. et de son chef charismatique^ Pouvanaa a Oopa. Le chemin est long jusqu’à
cette autonomie que réclame une partie du personnel politique polynésien, mais c’est néanmoins au cours de cette période
que commencent à se mettre en place de véritables partis politiques et que se forment les cadres qui seront les acteurs des années 1960-1970.
Ces mutations politiques ne laissent cependant entrevoir qu’un aspect des réalités polynésiennes. C’est ainsi que le grand absent
de cette Histoire semble être le peuple polynésien lui-même. Le conflit franco-tahitien de 1844 où certains se soulèvent
derrière les chefs de districts tandis que d’autres combattent comme supplétifs de l’armée française,
montre combien le terme de nation polynésienne demeure ambigu. C’est dans les années suivantes que les habitants de ce pays
vont prendre conscience qu’ils forment une entité, et ce à travers le cadre que leur offrent les Églises et l’administration.
Les Églises accordent à chaque individu l’égalité qu’il n’avait pas jusque-là, offrent des structures de remplacement à celles disparues
et créent un ordre social nouveau. Enfin l’administration, organisant un cadre géographique et institutionnel,
permet au peuple polynésien de s’appréhender en tant que collectivité.
de l’administration.
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Une collectivité terriblement éprouvée, il est vrai. L’étude démographique, qui occupe un chapitre entier de ce volume,
permet d’évaluer globalement,la société polynésienne, de 1840 à I960, et de montrer qu’elle est encore victime d’épidémies,
comme en 1918,
lorsque la grippe espagnole tue 3 000 personnes. Ce n’est qu’à partir de 1920 qu’elle retrouve une partie de son dynamisme
antérieur. Ce que les chiffres de la démographie ne traduisent pas, c’est l’évolution des mentalités
et aussi la détresse
matérielle et psychologique de la population.
Paresseux et indolents, tels sont les qualificatifs
Polynésiens par une administration que relayent les clichés de la littérature coloniale. Autant d’arguments
pour justifier, au nom de la mise en valeur de la colonie, la nécessité d’une immigration européenne, océanienne et chinoise,
à laquelle, dans cette seconde moitié du XIX'= siècle, les Polynésiens ne sont pas en mesure de s’opposer. Seule une vigoureuse
reprise
de la natalité, jointe à une grande capacité d’assimilation, permettra aux Polynésiens d’incorporer ces éléments
et d’élaborer ce qu’il est convenu d’appeler une nouvelle tradition.
L’élément moteur de ces métamorphoses est sans conteste l’économie dont la transformation bouleverse les modes de production
tout autant que les rapports sociaux. Ainsi en est-il, dans un premier temps, des plantations de coton et de vanille.
Outre le fait qu’elles prouvent la capacité de la société polynésienne à absorber l’immigration extérieure,
toutes deux favorisent l’émergence de micro-propriétés. Ce passage des cultures de subsistance aux cultures spéculatives
permet
également de dégager pour chaque producteur un “surplus” (qui lors de la précédente période était réservé aux chefs),
investi en biens de consommation qu’il faut créer ou, le plus souvent, importer.
Dans un second temps, la mise en place des cocoteraies et l’exploitation des nacres s’accentuent,
faisant participer les îles les plus éloignées à l’économie d’un ensemble dont elles étaient jusque-là exclues, et
développant
un salariat qui n’existait auparavant
qu’à Papeete. L’exploitation du phosphate de Makatea viendra encore renforcer
cette amorce de formation de classes sociales qui s’accentuera avec les années. En dépit d’une fragilité certaine,
cette économie se porte bien, dans la mesure où elle exporte la plupart du temps plus qu’elle importe. Mais elle contient
déjà
les signes des faiblesses qui ne feront que s’accroître lorsque la chute des cours des matières premières,
l’épuisement des lagons et des gisements de phosphate entraîneront le déséquilibre de la balance commerciale.
Il peut paraître présomptueux de résumer en un seul volume 120 années de l’Histoire de la Polynésie. Aussi seuls les trois premiers chapitres
sont réservés à la chronologie, afin de mettre l’accent tout d’abord sur la démographie pour expliquer l’état de la Polynésie
au XIX'’ siècle, puis de faire sentir le choc de
l’immigration, et enfin de bien apprécier
les conditions de l’évolution économique. Ainsi, au-delà d’une réalité coloniale, nous semblent posés
les termes institutionnels, économiques et sociaux à travers lesquels se dessine, bien avant 1960,
le visage de la société polynésienne contemporaine.
Papeete française.
dont sont affublés les
Pierre-Yves TOULLELAN
L’action de la France en
Polynésie orientale,
dans la seconde moitié
du XIX“ siècle, c'est tout
d’abord la construction
de cette ville coloniale
avec
fortins, entrepôts,
et casernes. L'essentiel
des Européens,
fonctionnaires et
colons, y établit
résidence.
Sommaire 1 Le Protectorat français 1842-1880
9
V
12
14
16
C.IV. NEWBURY, P. O'REILLY
Le contexte international
C.W.
L’annexion des Marquises et le Protectorat français
C.W.
Newbury
C.W.
Newbury
Le gouvernement provisoire
La guerre franco-tahitienne
y^i8 Le Protectorat français et tahitien
21
La cour de la reine Pômare Vahiné IV
25
Colonialisme et impérialisme dans le Pacifique
2 L’ère coloniale 1880-1945
28
30
38
C.W.
Newbury
C.W.
Newbury
P.
O'Reilly
P. LAGAYETTE, M. LEXTREYT, P. Y. TOULLELAN
P. Lagayette
P. Lagayette
Les Établissements français de l’Océanie
La représentation politique des E.F.O
P. Lagayette
^32 La guerre de 1914-1918 et les E.F.O
X 34 Bilan politique de l’entre-deux-guerres
XS6
Newbury
M. Lextreyt
M. Lextreyt
La France Libre en Polynésie
La tyrannie administrative : le poids des institutions
M. Lextreyt
P.Y. Toullelan
3 Vers l’autonomie interne 1945-1960
m. lextreyt
\4i La colonie de l’Empire devient membre de FUnion française
44
46
48
50
V
52
V 54
1947-1949 : l’affaire du Ville d’Amiens et la création du R.D.P.T.
1 949-19 5 7 : une vie politique dominée par le R.D.P.T.
Les E.F.O. deviennent la Polynésie françajise
1958 : la chute
Pouvanaa a Oopa
1958-1960 : tableau des institutions et de la vie politique
4 Crises démographiques 1842-1960
57
j.-l. rallu. b. grossat
La connaissance des faits démographiques
B, Grossat
58
1842-1918 : un lent retour vers la stabilité
J.-L. Rallu
62
L’épidémie de 1918
J.-L. Rallu
64
66
69
71
reprise
1945-1960 : une démographie galopante
Le déséquilibre géographique de la population
Croissance et migrations
1920-1941
5 La société polynésienne 1842-1940
/3’'
-76
-
-
,78
80
82
83
MM. Buisson, Rousselot
et Rouzières, médecins,
étaient les plus
96
attributions propres
98
formation dans ces
s’occuper aussi bien de
problèmes fonciers
que d’impôts locaux,
montrant par là même
les insuffisances du
dispositif administratif.
Page suivante :
Papeete 1846. Il y a
moins de 80 années que
les Européens sont
arrivés à Tahiti, mais les
changements de société
ont été radicaux. Sur
cette illustration
L’évolution du mode de vie polynésien
P.Y. Toullelan
P. O'Reilly
P.Y. Toullelan
La montée des Églises : les diocèses de l’Église catholique
P.Y. Toullelan
P.Y. Toullelan
La vie quotidienne au temps du Protectorat
La disparition des chefs
L’Église protestante tahitienne en difficulté
Les popa’a : l’immigration
94
domaines, ils avaient à
La main-d’œuvre océanienne : la traite dans le Pacifique
Les premiers travailleurs chinois
100
L’élaboration d’une communauté chinoise
102
Une société pluri-ethnique
105
L’économie tahitienne au lendemain du Protectorat
108
Les cultures spéculatives
■
7 Une économie vulnérable 1842-1910
110
112
114
Le temps de la nacre et de la vanille
La mise en place de la cocoteraie
116
Tahiti et le monde extérieur
118
Les partenaires économiques des E.F.O.
121
1910-1960 : l’économie de traite
124
Découverte et mise en exploitation du gisement de Makatea
8 Une économie coloniale 1910-1962
128
Makatea : les hommes
Européen qui pourrait
130
Les E.F.O.
132
La nacre surexploitée
Le poids économique et financier de
: une
vocation agricole avant tout
134
ayant choisi la
Polynésie pour devenir
L’économie de la Polynésie française vers
137
Bibliographie
colon.
138
Index
m. lextreyt
Makatea
ces rares nouveaux
venus
p.y. toullelan
Le coton polynésien
pudiquement vêtues de
robes-mission et un
p.y. toullelan
Les activités professionnelles
126
aussi bien être un
missionnaire qu’un de
H. Vernier
H. Vernier
La société européenne à la fin du XIX= siècle
symbolique se côtoient
deux Tahitiennes
.f.p.Y. toullelan, p. o’reilly, h. vernier
Détresse psychologique et matérielle des archipels
89
92
dépit de leur manque de
B. Grossat
6 Les nouveaux venus
coloniaux, les médecins
d’administrateur. En
J.-L. Rallu
Le christiamsme : refuge et espoir pour le tissu social
1880. De tous les
fonctionnaires
s’ajoutaient souvent,
dans les archipels
éloignés, celles
J.-L. Rallu
86
vers
appréciés. A leurs
J.-L. Rallu
: vers une
1960 : l’heure des choix
■
■,
1 Le Protectorat français 1842-1880
existait
Le royaume des profonds
Pômare dans
n’a cessé,
depuis
sa création, desoient
connaître
des toujours le dangerrégionlessi lointaine,
lesquels
les Européens-qu’ils
capitaines
nationaux de
Dans
bouleversements
Wallis, Bougainville et Cook, déserteurs comme les marins de la Bounty, ou
“beachcombers" ont été la plupart du temps utilisés par les chefs pour affirmer ou
étendre leur pouvoir. 1842 marque le renversement de cette tendance : les grandes
puissances que sont la France et l’Angleterre font intrusion dans la destinée des
comme
-
Polynésiens.
la
C’est la France, jusque-là peu présente dans cette partie du monde, qui intervient
première en annexant les Marquises, puis en “protégeant” Tahiti grâce à l’envoi
d’une force militaire impressionnante.
Le rapport des forces était inégal et le petit royaume tahitien semblait une
proie
facile, d’autant que la jeune reine Pômare Vahiné IV voyait son pouvoir vaciller. Mais
c’était compter sans l’attachement ancien des Tahitiens à leurs coutumes et
négliger
leur fidélité nouvelle aux missionnaires anglais. Ce fut la guerre, et les canonnières
eurent raison des “insurgés”. Dès lors, suspectée par les autres
puissances de vouloir
étendre son influence en Océanie, la France fut placée sous surveillance
diplomatique
et vit ses actions contrecarrées.
A Tahiti même se met en place une administration coloniale
qui devra coexister
celle de la reine Pômare. La reine, entourée d’une cour,
protégée par sa garde
qu’une allocation généreuse de la France permet d’entretenir, peut ainsi maintenir la
fiction d’un royaume tahitien autonome, aidée en cela par les représentants
français.
De fait, en l’absence d’une politique à long terme cohérente, la situation est
chaque
jour de plus en plus confuse.
avec
Le contexte
international
principales puissances européennes
Pacifique
tout au long de la première partie du XIX'
siècle. Elles entreprirent cette action dans le
Les
étendirent leur influence dans le
but de protéger et de contrôler les intérêts de
leurs ressortissants se livrant au commerce ou
à la chasse à la baleine, et de protéger
également les églises missionnaires. Dans les
années 1830, à la suite des explorations
scientifiques et du fait de l’établissement
d’installations britanniques dans les colonies
australiennes, les gouvernements anglais
ces
une
que
deux
pays,
agents
les
ou
missionnaires
protestants ou catholiques indépendants, ne
se servent de leur influence sur les
dirigeants
de
reconnus
petites
communautés
océaniennes pour instaurer
d’intérêt au profit de
un monopole
leur propre
gouvernement. Pour éviter d’aggraver la
rivalité latente et traditionnelle, source de
tension entre la Grande-Bretagne et la France,
les consuls et les officiers de marine avaient
ordre de rédiger des traités garantissant
l’égalité de traitement pour leurs sujets. Pour
l’application de ce genre de traités, il fallut
parfois l’intervention de navires de guerre de
passage, avec menaces de recours à la force et
réclamations de dédommagement.
L’entente franco-anglaise
et le Pacifique
ainsi que l’entente franco-anglaise,
épargnée à grand-peine après la Restauration,
C’est
survivant
à
une
série
de
désaccords
sur
employèrent des officiers de marine et des
agents consulaires comme principaux
instruments pour étendre en Polynésie un
empire officieux, à juridiction limitée.
L’expérience de la France en Amérique latine,
ainsi que son exploration du Pacifique,
aboutirent à des procédés analogues. Ni l’un
ni l’autre de ces pays d’Europe n’attachaient
grande importance à l’acquisition de bases
l’Amérique latine, à l’abolition de la traite des
esclaves, à l’expédition d’Alger et à la crise
turco-égyptienne de 1840, demeurait intacte
dans le Pacifique, sous la Monarchie de
s’apprêtait à annexer la Nouvelle-Zélande en
conséquence d’une colonisation entamée à
partir de la Nouvelle-Galles du Sud et de
publique
insulaires. Mais en 1840, la Grande-Bretagne
certains achats incontrôlés de terrains. En
même temps la France, qui maintenait un
comptoir d’importance limitée à Akaroa, se
mit à envisager sérieusement l’acquisition
d’une base territoriale dans les îles.
Juillet. Ni Thiers et Guizot, ministres des
Affaires étrangères de Louis-Philippe, ni Lord
Palmerston et Lord Aberdeen, qui dirigeaient
la politique extérieure de la jeune reine
Victoria, ne souhaitaient voir un quelconque
agent irresponsable enflammer l’opinion
conflit
en
pour
métropole et déclencher un
des intérêts outre-mer aussi
marginaux.
11 y avait peu de risques encore que les
États-Unis ou une autre puissance rompe cet
équilibre préservé par la diplomatie. Une
source plus probable d’instabilité
politique se
rencontrait par contre sur place, dans les
Navires de guerre
européens. De gauche à
droite .' la frégate, la
Reine Biançhe, la
frégate anglaise Pubiin,
et les corvettes Danae,
l'Uranie, l'Embuscade,
relâchant dans le port dé
Papeete.
F. Guizot (1787-1874)
est le ministre des
Affaires étrangères de
Louis-Philippe, qui
dirige à partir de 1840
l'action .de la France.
9
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
ajoutait à l’importance stratégique de la
activités des
négociants et des colons de
Nouvelle-Galles du Sud et d’Amérique du
et
Sud, dans les visites périodiques des flottes de
américaine de la Californie et du nord-ouest
baleiniers et dans l’hostilité active entre les
sociétés missionnaires représentant le
du Pacifique
protestantisme britannique et le catholicisme
français.
Dès avant 1840, les quelque cent colons
installés à Tahiti se trouvaient soumis au code
des lois missionnaires qu’appliquaient chefs et
juges locaux et en même temps protégés par
des consuls étrangers, selon les traités établis
par les officiers français et britanniques.
Plusieurs questions en suspens menaçaient de
façon permanente la paix fragile du
gouvernement
de la reine Pômare
l’interdiction de la vente de terres et le trafic
station navale de Valparaiso. La colonisation
ainsi que le déploiement par les
Américains de la plus vaste flotte baleinière de
cet océan indiquaient avec certitude que les
principaux
archipels tomberaient sous
l’influence des états riverains, bien que les
États-Unis n’eussent pas encore manifesté de
volonté expansionniste (doctrine de Monroe)
les
événements des premières
Marquises et à Tahiti, éveillèrent l’intérêt
du public en Nouvelle-Galles du Sud, en
France et en
Grande-Bretagne, où les
aux
1838 et 1839 aux commandants
Henry Temple
Palmerston (1784-1865)
L’annexion par la
est le ministre des
Grande-Bretagne de la
Nouvelle-Zélande et l’échec de l’établissement
colonial d’Akaroa altérèrent profondément la
confiance de la France en la méthode
officieuse d’influence et de protection de ses
ressortissants dans le reste du Pacifique.
Premièrement, l’action de la GrandeBretagne semblait justifier la politique lancée
par Guizot en 1839, visant à acquérir des bases
dans l’océan Indien, l’Afrique occidentale et le
Pacifique. Parmi celles-ci se trouvaient les îles
Marquises, explorées par Dumont d’Urville et
recommandées par Dupetit-Thouars comme
colonie pénitentiaire, comptoir commercial et
centre baleinier.
Deuxièmement, le ministère de la Marine
et celui des Colonies, sous la tutelle de V.G.
Duperré et G. Saint-Hilaire, commençaient à
considérer
sérieusement, comme agents
officiels d’expansion, les postes de la Mission
catholique établis à Wallis, aux Tonga, à
Mangareva, aux Marquises et en Nouvelle-
Calédonie entre 1841 et 1844, tout en
maintenant l’ancienne pratique de traités et de
consulats comme à Hawaii, en Californie et en
Amérique du Sud.
Troisièmement, on assistait à un essor du
commerce
britannique
et
de
la
surveillance
navale
à partir de Sydney et de
l’Extrême-Orient, à la suite de la colonisation
de la Nouvelle-Zélande. De l’autre côté du
Pacifique, le commerce français avec
l’Amérique centrale et les ports de la côte
ouest de l’Amérique du Sud s’accroissait aussi
10
d’une diplomatie prudente.
Facteurs locaux et partage
C’est donc ainsi que l’expansion coloniale de
aux
Enfin,
Dupetit-Thouars et Laplace. Ils devaient tirer
réparation et faire respecter les droits des
traités, sans toutefois engager le
gouvernement de Louis-Philippe à mettre fin
à l’indépendance tahitienne. Parallèlement,
Lord Palmerston exprimait encore en 1839,
au nom du gouvernement de la reine Victoria,
son
intérêt pour un royaume placé sous
l’influence de missionnaires britanniques,
mais il condamnait leur intransigeance.
de la Nouvelle-Zélande
certains
années 1840 en Nouvelle-Zélande, à Hawaii,
l’immigration et le mariage, le
les négociants,
enfin
la
liberté de
religion pour les
catholiques. L’antagonisme, tant personnel
qu’officiel, des deux consuls Moerenhout et
Pritchard, ainsi que l’influence en France et en
Grande-Bretagne des sociétés missionnaires,
eurent pour effet les instructions explicites
Conséquences de l’annexion
et
pour le bassin océanien.
recouvrement des dettes par
en
missionnaires
France et de la Grande-Bretagne en
Polynésie à partir de 1840 entraîna une
tension dangeureuse entre les deux pays, mais
sans véritable risque de guerre, tant que les
d’alcool,
données
communautés
groupes plus matérialistes de commerçants
tirèrent un profit politique de la nécessité
Affaires étrangères de
Grande-Bretagne de
1830à 1841 .Très hostile
à la France, il soutient
les intérêts des citoyens
anglais dans le
Pacifique, c'est-à-dire
essentiellement des
missionnaires de la
L.M.S., mais ii estime
que Tahiti ne vaut pas un
conflit ouvert avec la
France.
La jeune reine Victoria
(1819-1901) peu après
son accession au trône
de Grande-Bretagne en
1837. La visite qu’elle
effectue en France en
1843 marque un
rapprochement de fait
des deux puissances,
en
dépit du
retentissement de
“l’affaire Pritchard”.
la
consuls et les officiers de marine obéissaient
instructions.
Or les lignes de communications étaient
longues : les dépêches mettaient des mois à
parvenir et les circonstances locales
LE PROTECTORAT FRANÇAIS 1842-1880
évoluaient
très
vite à
la
baie
des
Iles, à
Papeete, chaque fois que les
responsables y agissaient selon leur propre
Honolulu
ou
à
Ce sont de telles initiatives locales
qui aboutirent à l’occupation provisoire et à la
protection de Tahiti en 1842, suivies de son
annexion non ratifiée et de l’expulsion d’un
consul britannique. De même à Hawaii, un
officier de la Marine britannique proclama un
protectorat provisoire en 1843. Quant à
l’extension non ratifiée de l’autorité française
aux îles Sous-le-Vent, elle fit partie
jusqu’en
1847 de la liste des interminables négociations
franco-anglaises menées en préliminaires de la
reconnaissance
officielle des acquisitions
gouverne.
coloniales.
Avant la fin de la Monarchie de Juillet, la
France jouissait des fondations d’une nouvelle
possession
Polynésie orientale et d’un
réseau étendu de missions religieuses, agis¬
sant
en
comme
têtes
de
ponts culturelles et
partage. En Nouvelle-Zélande, à Hawaii et à
Tahiti, la venue des colons européens pro¬
voqua sur place des alliances et des conflits
d’autorité. Des dirigeants reconnus étaient les
associés indispensables des sociétés mission¬
diplomatiques dans le Pacifique central. Le
partage international, entamé par l’Espagne et
la Grande-Bretagne, mettrait encore un demisiècle à s’accomplir, selon des méthodes fort
naires, des marchands en quête de terres et de
conditions portuaires favorables, des consuls
et officiers de marine soucieux de se confor¬
semblables à celles élaborées vers les années
internationale.
1830
Dans cette mesure, donc, le cours du
partage dépendait de celui de la politique
locale, comme des ambitions et des moti¬
dans
postes
le processus d’acquisition des
commerciaux et consulaires et de
conclusion de traités navals.
On ne doit cependant pas oublier que les
populations du Pacifique n’étaient pas des
spectateurs passifs dans cette opération de
mer aux
régies protocolaires de la diplomatie
vations des agents
européens et de la poli¬
tique des grandes puissances dans le cadre
élargi de leurs relations internationales.
Tahiti et Hawaii
connaissent, dans
la première moitié
du XIX" siècle, une
évolution
comparable.
Comme Pômare IV,
le roi
Kamehameha III
rencontre des
difficultés avec les
baleiniers, les
déserteurs, et les
commandants des
navires de guerre.
Il a aussi pour
conseiller un
pasteur et, de la
même manière que
Pômare à Tahiti, il
voit imposer, le
25 février 1843, le
se
protectorat anglais,
par le capitaine de
frégate G. Paulet.
Mais, à ladifférence
de DupetitThouars, celui-là
sera désavoué
son
supérieur,
par
l’amiral Thomas, et
le pavillon hawaïen
flottera à nouveau
sur Oahu.
En haut :
Kamehameha III.
Les pavillons des îles
Sandwich.
1. Le pavillon personnel
du roi.
Ci-dessus :
G. Pritchard, consul de
la Grande-Bretagne à
Tahiti, a dû
démissionner de la
L.M.S. pour occuper
cette charge.
Il sait
convaincre la reine
Pômare Vahiné IV, dont
il est le conseiller
écouté, d’adresser au
La baie d’Akaroa en
Nouvelle-Zélande. Parle
traité de Waitangi, en
1840, la Grande-
Bretagne contrôle l’île
du Nord de la NouvelleZélande et étend vite sa
souveraineté à l’île du
Sud, très peu peuplée.
Ce traité ruine les
ambitions de Paris sur la
“Nouvelle-France” de
Marion du Fresne, et la
petite colonie française
établie à Akaroa sera
peu à peu submergée
par le flux d'immigrants
anglo-saxons.
2. Le pavillon des îles
Hawaii.
Foreign Office plusieurs
demandes successives
de protectorat à la
Grande-Bretagne. Il va
lui-même à Londres en
février 1841 présenter et
soutenir la dernière de
ces
requêtes. Son
absence de Tahiti sera
décisive pour les tenants
du protectorat français.
Peinture de G. Baxter.
Hitoti a Manua
(17707-1846), grand
chef de Te Aharoa, se
montre en 1836
favorable aux
missionnaires
catholiques français et
se rapproche du consul
Moerenhout. Il est un
des principaux partisans
de la France à Tahiti et
joue un rôle déterminant
dans la décision des
chefs de demander le
Protectorat français en
1842.
11
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
L’annexion des
d’hostilités et publia, le 8 septembre, une
“Déclaration” énumérant une liste exagérée
Marquises et
de plaintes et réclamations de colons français
concernant
le Protectorat
français
Vers la fin de
1841, le ministre de la
l’amiral Duperré, reprit, avec
l’accord de Guizot, le plan Dupetit-Thouars
Marine,
d’implantation navale en Polynésie orientale.
Dupetit-Thouars fut promu au rang de
commandant de la station navale du Pacifique
à Valparaiso et chargé de prendre possession
de l’archipel des Marquises au moyen de
cadeaux et de traités pour protéger les
négociants et baleiniers français. 11 n’était pas
encore question de prendre possession de
Tahiti et Pômare reçut en janvier 1842
l’assurance de l’amiral Buglet que la France ne
nourrissait aucun dessein sur son territoire.
la terre, la contrebande et les
agissements des mutai. Une caution de 10 000
dollars espagnols était exigée sous quarantehuit
heures, sinon l’île serait occupée
militairement. Pômare ne reçut jamais ce
document, mais seulement un exemplaire en
tahitien de la requête de protection de
Moerenhout, signée par les principaux chefs
et apportée le 9 septembre à Moorea où
missionnaire Samuel
Wilson, Alexandre Simpson et lejuge tahitien
Tairapa persuadèrent la reine d’ajouter son
seing, peu de temps avant l’expiration de
Alexandre Salmon, le
l’ultimatum de Dupetit-Thouars.
Il y a plusieurs versions de cette requête
protection. Les conditions essentielles
d’acceptation de l’autorité française sur les
affaires étrangères et les résidents européens
de
étaient le maintien des lois et du gouver¬
nement de la reine et des chefs, l’autorité
la juridiction tahitiennes sur les terres,
la liberté confessionnelle et, par conséquent,
la présence des églises missionnaires bri¬
et
L’amiral Dupetit-Thouars
aux
Marquises
L’expédition
navires
de
bâtiments de transport et d’infanterie de
marine, conduite par la Reine Blanche, quitta
Brest pour le Pacifique en décembre 1841 et
de
de
guerre,
arriva en vue de Tahuata en mai 1842. Des
traités furent conclus avec lotete, Moana et de
petits chefs, qui cédaient leurs îles à la France.
La
construction de postes fortifiés fut
entreprise à Tahuata et Nuku Hiva sous la
direction des capitaines Halley et Collet, qui
disposaient d’environ quatre cents hommes.
Au bout de deux mois, il devint clair que les
garnisons dépendraient des importations, car
les Marquisiens refusaient de travailler et de
fournir des provisions. Les chefs de garnisons
ne réussirent pas à empêcher le trafic des
armes et des alcools par les baleiniers et les
négociants, ni à faire cesser les guerres locales.
Les
missionnaires
catholiques que
Dupetit-Thouars avait espéré utiliser comme
interprètes et agents administratifs n’avaient
que peu d’influence sur une population divisée
en tribus hostiles et indépendantes. Avant de
partir pour Tahiti en juillet l’amiral DupetitThouars était devenu pessimiste pour l’avenir
de la colonie dont il avait plaidé l’annexion.
Loin de développer le commerce, l’archipel
allait manifestement coûter beaucoup plus
cher que prévu. La politique française dans le
Pacifique était en jeu en même temps que la
réputation de Dupetit-Thouars.
Les événements de Tahiti
en août - septembre 1842
l’arrivée de Dupetit-Thouars, le consul
Moerenhout entreprit d’organiser la signature
A
les principaux chefs d’une requête de
protection. Dès la soirée du 7 septembre,
par
Paraita, Tati, Utami et Hitoti étaient prêts à
signer un court document, en l’absence de
Pômare qui se trouvait à Moorea. Pour
accélérer les négociations et justifier son
action,
Dupetit-Thouars
avertit
la
communauté
étrangère de l’imminence
12
tanniques. Dans la version officielle
française, Paraita, représentant de la
lotete, chef des baies de
officiers français, ainsi
(Marquises). Son
ascendant joint à sa
catholiques, de bonnes
relations qui lui
permettent d’accroître
son prestige. L’amiral
Dupetit-Thouars, ayant
reçu pour mission
d’annexer l’archipel,
Vaitahu et Hanamiai
dans l’île de Tahuata
haute taille - c’était un
colosse - en font le
véritable “roi” de l’île à
l'arrivée des Français. Il
entretient dans un
premier temps avec les
qu’avec les
missionnaires
entre en contact avec
lotete qui accepte, le
28 avril 1842, l'annexion
française, proclamée le
Fortifications dans l'ile
de Nuku Hiva. Une fois
les Marquises annexées,
les Français
construisent des forts,
des magasins à vivres,
des poudrières, sous la
direction des capitaines
Halley et Collet. Une
occupation militaire de
plus en plus maladroite
conduit à l’ouverture des
hostilités. Dessin
original de M. Radiguet.
1er mai. Mais lotete se
rendant compte que le
capitaine Halley,
commandant la
garnison, porte
ombrage à son prestige
et donc à son pouvoir, il
entre en rébellion.
Vaincu et déchu au
profit de son neveu
Maheono, il sera déporté
dans la vallée de
Hapatoni. Aquarelle
originale de
M. Radiguet.
reine, fut promu “régent”. Ce fut lui qui signa
une “Proclamation” d’acceptation établie
par Dupetit-Thouars le 9 septembre, confirmant le partage des responsabilités administratives françaises et tahitiennes. Elle
instaurait un triumvirat provisoire, composé
de Moerenhout et de deux officiers de marine
qui auraient autorité sur les résidents étran¬
gers et le port, et maintenait en vigueur
les tribunaux tahitiens et les codes mission¬
naires. Avant le départ de Dupetit-Thouars,
partie des résidents britanniques et
des missionnaires avaient
officiellement accepté cette cession partielle
une
quelques-uns
LE PROTECTORAT FRANÇAIS
d’autorité ; l’amiral put
alors justifier son
action et la menace de recours à la force en se
fondant sur la nécessité de tenir Tahiti pour
consolider la
Marquises.
fragile position française aux
Les instructions de
Réactions ofilcielles et
nomination du gouverneur Bruat
Avant que
les nouvelles de
ce
protectorat
provisoire n’atteignent la France en mars
1843, le capitaine devaisseau Armand-Joseph
Bruat
était
nommé
gouverneur
des
Marquises. Quand il apparut que la GrandeBretagne reconnaîtrait le protectorat en dépit
protestations des missionnaires en
Angleterre, le Conseil d’État ratifia les actions
de Dupetit-Thouars le 7 avril 1843, définit les
pouvoirs du nouveau gouverneur dans
l’ordonnance
du
28
avril, concernant
l’application des lois civiles et militaires aux
des
Marquises, et étendit une partie de ces
pouvoirs à sa fonction de commissaire du
Protectorat, lui permettant de créer des
tribunaux pour toutes les affaires extérieures
à la juridiction tahitienne.
Bruat, émanant du
ministre de la Marine, l’amiral Roussin,
répétaient cette distinction de fonctions entre
d’une part le gouvernement d’une colonie,
exerçant une autorité draconienne sur les
terres, sur les sujets marquisiens et les colons,
et d’autre part la co-administration d’un
protectorat où le pouvoir serait partagé avec
la reine et les chefs de Tahiti. Cette distinction
cependant théorique : Bruat devant
conserver
les pouvoirs exécutifs dans ses
propres
mains faute d’un conseil de
fonctionnaires à qui les déléguer. De plus,
c’est lui qui fut chargé de créer une
administration tahitienne composée de chefs
et de juges attitrés. Il approuvait ou non leur
était
nomitation,
de
même
qu’il
1842-1880
servait
un
traitement de 25 000 francs à la reine Pômare.
Trouver
nouvelle
des
ressources
pour
cette
administration, savoir gagner la
confiance des Tahitiens et de la communauté
européenne était donc primordial pour le
gouverneur. Le Parlement français vota un
important crédit de près de 5 millions de
francs dont seulement une petite partie fut
versée
en
espèces pour les dépenses
immédiates.
Dupetit-Thouars se joignit, en
tant qu’officier supérieur, au convoi de Bruat
à Valparaiso. Ils atteignirent les Marquises en
octobre 1843. Bruat y confirma les fonctions
des deux capitaines à Taiohae et à Vaitahu.
Mais il fut découragé par la difficulté
d’approvisionner un site aussi peu prometteur
que Nuku Hiva comme centre administratif.
A l’instar de Dupetit-Thouars, il se tourna
vers Papeete où le protectorat était en train
d’être contesté et remis en question.
Pakoko et Te Moana
s’entretiennent ave6
A. Dupetit-Thouars
qui tente de concilier
les tribus Tei etTaioa
de Nuku Hiva.
Lorsque iotete, à
Tahuata, sera
dépossédé de son
titre de chef, ia révoite
gagnera Nuku Hiva et
conduite par
Pakoko qui sera
fusilié en 1845.
Dessin originai de
M. Radiguet.
sera
Ci-dessous :
Prise de possession
solenneile de Ule de
Tahuata par i'amirai
Dupetit-Thouars ie
1er mai 1842. Le
drapeau français est
envoyé et ies soidats
présentent ies armes,
sous i’œii des chefs et
de ia popuiation qui
ne
comprennent
guère la portée d'un
tel acte. Lorsque
l'amiral quitte
l’archipel en juin, les
Marquisiens, ayant
enfin compris ce
qu'annexion signifie,
attaquent les
garnisons. Il faudra
attendre 1880 pour
que l’archipel soit
pacifié. Dessin
original de
M. Radiguet.
13
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
Le gouvernement
Pritchard se retira dans son consulat et
Pômare se réfugia à bord du H.M.S. Basilisk,
provisoire
commandé par le lieutenant Hunt, en rade de
Papeete. Une fois de plus l’attitude d’officiers
L’administration symbolique du commis¬
saire Moerenhout et des lieutenants de vaisseau
Campagna n’empiéta pas sur le
s’aliéna les
résidents européens de Papeete en tentant de
percevoir les droits de licence de vente au
détail des alcools et en poussant les mutoi à
empêcher la contrebande. Plus grave encore,
un navire de guerre britannique, le Talbot,
commandé par Sir Thomas Thompson, refusa
en janvier 1843 de reconnaître le nouveau
protectorat et salua le pavillon de Pômare et
non
l’ancien pavillon tahitien disposé en
quartier sur le drapeau français. En février, les
Reine et de
gouvernement de Pômare, mais
assises du protectorat reçurent un nouveau
coup lors d’une réunion entre Thompson,
Pômare, Moerenhout, les chefs et certains
missionnaires, où fut soutenue la thèse selon
laquelle les signatures avaient été obtenues
sous
la contrainte. Tati et Utami retirèrent
leur soutien à Moerenhout et son petit groupe
français.
d’alliés
Enfin
Pômare
entreprit
d’écrire à la reine Victoria et au contre-amiral
Thomas,
commandant
les
forces
navales
britanniques à Valparaiso, pour réclamer
l’intervention de la Grande-Bretagne.
Retour du consul Pritchard et
de l’amiral Dupetit-Thouars
La détérioration des rapports franco-tahitiens
se
en
trouva aggravée par le retour de Pritchard
février
1843,
commandant
temps que le
Tous deux
validité du protectorat et
en
Toup
même
Nicolas.
contestaient la
refusèrent de coopérer avec les tribunaux
consulaires.
Ensemble
ils encouragèrent
vivement
Pômare
à croire que son
de marine anglais fut déterminante, lorsque le
commandant
Tucker
du
H.M.S.
refusa
Dublin
également de reconnaître le
changement de gouvernement en janvier 1844
et donna à Hunt l’ordre de prêter assistance à
la reine Pômare.
Les causes du conflit
Bruat arriva juste à
temps pour participer à
l’annexion par Dupetit-Thouars et se retrouva
installé dans la résidence de Pômare, à la
tête de
d’arrêts ordonna la saisie de la demeure de la
reine et de terrains destinés à établir les camps
de l’Uranie et de l’Embuscade ainsi que l’îlot
de Motu Uta dans la rade de
Papeete. La
procédure se poursuivit toute l’année, sans
compensation, jusqu’à ce que la plus grande
partie du bord de mer et du centre de la rade
ait été accaparée par la nouvelle admi¬
nistration. La vallée de la rivière Tipae, qui
appartenait à Pômare, fut également saisie
pour devenir le site du village de SainteAmélie ; elle englobait des terrains que cer¬
tains colons européens louaient à leurs pro¬
priétaires tahitiens. On tenta en octobre 1845
plus de mille hommes et de quatre
navires de guerre. Ses objectifs immédiats
furent de construire des casernements pour ses
troupes et de faire la conquête de Pômare et
des chefs en les soustrayant à l’influence de la
Marine
et
des
nements de
britanniques,
politique des gouver¬
missionnaires
conformément à
la
Londres et de Paris. Ces deux
entreprises l’accaparèrent jusqu’à ce
qu’éclatât, en mars 1844, une insurrection
provoquée par la confiscation de terres et la
perte de confiance d’un grand nombre de chefs
influents. Bruat avait confirmé, en janvier
1844, les titres de la plupart des chefs des
districts, mais, Pômare refusant toujours de
coopérer, il devait, comme Moerenhout, agir
par
l’intermédiaire du régent Paraita.
Pômare, de son refuge à bord du Basilisk,
entretenait des liaisons constantes
avec
les
conjurait de rester calmes en
attendant que la Grande-Bretagne agisse. Des
lettres
interceptées convainquirent Bruat
qu’il existait une conspiration menée par les
missionnaires, et il menaça de s’emparer des
terres de la
reine.
A partir de la mi-janvier 1844, une série
A gauche :
J. Toup Nicolas,
commandant la
Vindictive, reconduit à
Tahiti le consul de
Grande-Bretagne,
G. Pritchard. Ce retour
et l’attitude partisane de
indépendance allait être restaurée. Il fallut
Toup Nicolas attisent la
que les ordres du Foreign
l’Amirauté
parviennent de
gouvernement
tension entre Pômare
Vahiné IV et le
attendre la fin de 1843 et l’année suivante pour
Office et de
provisoire français.
Londres à
Valparaiso, notifiant à Thomas, et donc à
Pritchard, que les changements intervenus
dans le gouvernement de Tahiti devaient être
respectés. Entre-temps Pômare avait reçu des
mains de Nicolas un pavillon personnel
qu’elle fit flotter au mépris des ordres du
gouvernement provisoire ; Pritchard
importait une nouvelle monnaie de bronze et
conseillait à Pômare de lui donner cours légal ;
d’importantes
affaires de terres furent
l’assentiment de Pritchard et
de Nicolas. Dans l’ensemble, le gouvernement
tranchées
avec
provisoire fut réduit à l’impuissance pendant
un
an, et
les officiers de marine français de
passage étaient convaincus qu’il serait bientôt
complètement supprimé.
Cet état de choses prit brusquement fin le
D'' novembre 1843 quand Dupetit-Thouars,
arrivant une nouvelle fois des Marquises,
annonça la ratification française du traité de
protectorat
et
l’arrivée imminente du
gouverneur Bruat. Pômare ne,voulut pas
abaisser son pavillon, et Pritchard refusa de
reconnaître le protectorat. En conséquence,
Dupetit-Thouars agit de sa propre initiative et
annexa Tahiti, hissant les couleurs françaises
le
14
6
novembre
avec
salves
d’honneur.
L'arrestation de
Pritchard par les soldats
français, telle que
l’imagina The lllustrated
London News. Cette
gravure, bien propre à
enflammer les esprits
anglais contre la
présence française en
Polynésie, contribua à
lancer "l'affaire
Pritchard”. Il est
indéniable cependant
qu’en arrêtant le consul
anglais, le fougueux
commandant d’Aubigny
outrepassait ses
pouvoirs. La France dut
présenter ses excuses
au gouvernement
britannique. Mais
Pritchard fut quand
même expulsé en
direction du Chili.
ketch
anglais commandé par
le lieutenant H.S. Hunt,
au bord duquel la reine
Le Basilisk,
districts et les
Pômare Vahiné IV va
chercher refuge dans la
nuit du 30 au 31 janvier
1844. Elle gagne ensuite
un autre navire anglais,
le Craysford, qui la
conduit aux îles Sous-leVent. Cette protection
britannique conforte la
reine dans sa position
intransigeante à l'égard
du Protectorat.
LE PROTECTORAT FRANÇAIS
réglementer les formalités de ces confis¬
par une combinaison de codes
tahitiens et français relatifs aux ventes et loca¬
de
cations
tions de terre. De nouvelles confiscations fu¬
rent
effectuées à Taravao en février et mars
1844 pour construire un fort gardant la pénin¬
sule de Taiarapu, tandis que deux fortins étaient
établis sur les hauteurs dominant Papeete.
Si mineurs qu’ils fussent, ces exemples
d’aliénation de terre soulevèrent l’hostilité
générale, surtout parmi les chefs apparentés à
la reine. De nouvelles interceptions de lettres
de Pômare entraînèrent l’emprisonnement de
à
mobiliser
la
plus
grande
1842-1880
part
de
la
population, pour résister à une administration
coloniale qui confisquait les terrains et
pouvait encore, espérait-on, être forcée à
repartir.
six chefs sur ïEmbuscade, en mars 1844. Des
rumeurs sur un rassemblement de “rebelles” à
Papara inquiétèrent tellement Bruat qu’il
proscrivit Terai, chef d’Atimaono, Pitomai,
chef de Papeari pour Atiau Vahiné, Fare’au,
chef de Mataiea, et Teaviri, juge tahitien.
Leurs propriétés étaient menacées de saisie et
les districts les abritant devaient être punis
d’amende. Pômare conseilla aux chefs bannis
de se réfugier dans la montagne, mais elle ne
prônait
pas encore de recourir à la force.
Bruat ne réussit pas à capturer ces meneurs et
partit surveiller la construction du poste de
Taravao.
Pendant
commandant
rumeurs
son
d’Aubigny
concernant
des
absence,
s’alarmant
mouvements
le
de
de
troupes tahitiennes derrière Papeete arrêta
Pritchard qui fut d’abord enfermé dans un des
fortins des collines puis remis le 8 mars à
Le capitaine de vaisseau
Armand-Joseph Bruat
(1796-1855),
gouverneur des îles
Marquises, commissaire
du roi auprès de la reine
Pômare Vahiné IV, se
trouve en
position
difficile lorsque son
supérieur, Dupetit-
Thouars, qui a agi avec
beaucoup de
maladresse, quiffe Tahiti
en
effervescence. Bruaf
prend les mesures
militaires qui s'imposent
face aux "insurgés”
polynésiens.
Gardon, commandant du navire de guerre
britannique Cormorant, et expulsé.
Le tumulte international provoqué par
l’expulsion de Pritchard ne changea pas en
réalité l’acceptation du fait par Londres ni
l’intention française d’indemniser le consul
par la suite. Plus grave était la situation à
Tahiti même, en 1844. Les alliés des Français
étaient réduits à quelques-uns des principaux
chefs : Tati, H itoti, Paraita, le juge Tairapa et
le chef de Moorea, Hapoto. Alors l’opposition
conduite par Pômare et sa famille commença
Proclamation du
Protectorat à Tahiti. Le
10, septembre 1842, le
pavillon est salué de
21 coups de canon par
les navires présents
dans, la rade, tandis qu’à
terre retentit la musique
militaire. Dessin original
de M. Radiguet.
Ci-dessus :
Soldat tahitien servant
sous les ordres du
régent Paraita aux côtés
des troupes françaises.
Ces volontaires
apportèrent une aide
décisive lors de la
dernière bataille de la
Fautaua. Dessin original
de F. MarantBoissauveur.
En haut :
Paraita (1787-1865) se
montre partisan des
Français tout au long du
conflit qui oppose
l'armée française aux
“rebelles”. Il signe avec
Hitoti, Tati, Paofai et
Utami la demande de
protectorat de 1842.
Après la proclamation
de la déchéance de
Pômare Vahiné IV, il
assure les fonctions de
régent. Lors de la guerre
de 1844-46, il combat
avec bravoure aux côtés
des soldats français.
Dessin original de
F. Marant-Boissauveur.
15
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
La guerre
franco-tahîtienne
Les événements
A la suite d’escarmouches à Taravao en 1844
De 1844 à fin 1846, la plus grande partie
de Tahiti et Moorea était en état de rébellion
française qui se
confinait au port principal et à la péninsule de
Taiarapu. Tant que les insurgés menaçaient
Papeete à partir de leurs places fortes des
contre
vallées
l’administration
centrales
de
l’île,
l’étendue
de
l’administration du gouverneur Bruat était
limitée. L’expulsion de Pritchard et la retraite
de Pômare aux îles Sous-le-Vent, en juillet
1844, aggravèrent les tensions entre officiers
marine britanniques et fonctionnaires
français et étendirent le conflit à l’archipel
voisin en 1845, lorsque des tentatives furent
faites pour annexer Bora Bora, Huahine et
de
Raiatea. Peu à peu, cependant, avec la
restauration officielle du protectorat, en
janvier 1845, Bruat réussit à accroître le
nombre
des
chefs
et
des juges
qui
désapprouvaient les rebelles, ces notables ne
devant leurs fonctions qu’à la reconnaissance
officielle de leurs tiers. Pômare fut parmi les
derniers à se rendre en 1847.
consul général William Miller, de Flonolulu,
fut autorisé à visiter le camp de Papenoo en
août
1844 ;
il découragea les espoirs d’une
et
d’un bombardement qui détruisit des
maisons sur la côte est, quelque 4000 rebelles,
intervention britannique mais, d’autre part,
conseilla à Pômare de rester aux îles Sous-le-
venant surtout de Te Aharoa, furent attaqués
Vent.
par 460 soldats de marine, débarqués de
l’Uranie et du vapeur Phaeton sur les plages de
Elle y avait le soutien des ari’i du hau
fetii (gouvernement familial) : Tapoa, son
premier mari, chef de Bora Bora, Tamatoa de
Raiatea, Teri’itaria, reine de Fluahine
(Ari’ipaea à Tahiti). Pour mettre fin à ce sou¬
Mahaena, le 17 avril. Les pertes furent lourdes
Tahitiens, vaincus, se
des deux côtés et les
retirèrent pour établir leurs camps de guerre
principaux dans les vallées de la Papenoo et de
la Punaruu. Les accrochages qui eurent lieu
par la suite ne modifièrent pas le rapport des
forces en présence. Celles-ci étaient conduites
du côté tahitien par un noyau de ari’i
apparentés à Pômare, par des sous-chefs
territoriaux
comprenant
Atiau Vahiné
(Teriivaetua, mère de Ariitaimai) cheffesse de
Faaa, Utami, transfuge du parti français,
Fanaue, chef de Mahaena, Peueue, Tariirii,
Teriitua et par les chefs des contingents de
combattants de chaque district de Tahiti et de
Moorea, où ils avaient été élus. Les révoltés ne
recevaient
que
peu
d’aide active
missionnaires britanniques alors que
des
les
Français bénéficiaient d’une importante
coopération des commerçants résidents. Le
tien et soumettre Pômare, Bruat tenta un
blocus de Raiatea et envoya un résident
officiel français à Fluahine. Ces démarches
françaises furent contestées par la GrandeBretagne et des officiers de marine français et
britanniques furent chargés d’enquêter sur les
droits de souveraineté de Pômare
aux
îles
Sous-le-Vent. Cette enquête gêna Bruat dans
l’archipel. Une
expédition militaire et navale à
Huahine, menée par le commandant Bonard
en janvier
1846, fut repoussée par la reine
sa tentative de rattachement de
désastreuse
Teri’itaria et coûta de lourdes pertes aux
troupes françaises. Cette défaite déclencha des
attaques contre Papeete, en mars et des
représailles de Bruat à Punaauia, en avril et
mai. Cependant, l’arrivée de renforts de
France et la pénurie de provisions dans les
camps tahitiens commencèrent à affaiblir la
résistance. La conclusion se joua dans un
assaut par surprise sur le camp de la Punaruu,
le 17 décembre 1846, et au col de la Fautaua,
mettant fin à toute
résistance dans les deux
camps rebelles.
Conclusion de la paix
La guerre avait fait un demi-millier de victimes
dont 160 tués français et tahitiens, détruit une
grande partie du port et du village de Fare à
Huahine, et entraîné un gaspillage d’argent et
de matériel à Tahiti. Bruat en vint à estimer
son ennemi et
prit soin de faire un armistice et
20-22 mars 1846
29 juin 1844
V
\
\
Refouler les Insurgés au
fond des vallées ou dans
la montagne, telle est la
tactique adoptée par
Bruat. Des fortins
empêchent les
“révoltés” d’avoir accès
aux plaines, donc au
ravitaillement et à
l’approvisionnement en
munitions. Les corvettes
gardant la côte sous
/TAHITI N,UI
leur feu contribuent
également à l’isolement
des “insurgés". Dessin
original de C. Antig.
Le camp retranché de la
Punaruu, en 1846. En
dépit de leur supériorité
en
armement et en
artillerie, les Français
ne se sentent
pas en
mesure de prendre la
forteresse naturelle
*
combats
quasi inexpugnable des
hauteurs de la Punaruu.
Dessin original de
F. Marant-Boissauveur.
16
camps des “insurgés"
LE PROTECTORAT FRANÇAIS
une reddition officielle honorables ;
il respecta
autant que possible les titres de chefferies des
évita de punir ou d’exiler les
récompensa les Tahitiens qui,
comme Tati, Paraita, Hitoti, Tairapa et leurs
parents, étaient restés un noyau de
districts,
et
meneurs,
personnalités pro-françaises et anti-Pomare.
Les titres de districts furent confirmés
aux
assemblées de 1844 et 1845 ; les Toohitu
continuèrent à rendre la justice. Enfin les neuf
chefs déposés de Tahiti et Moorea furent
remplacés dans chaque cas par un membre de
première famille du district en question.
Cependant Bruat ne réussit pas à se saisir des
îles Sous-le-Vent, reconnues indépendantes
dans la déclaration franco-britannique du 19
juin 1847. Tant que Pômare restait à Raiatea,
la constitution du protectorat était privée
d’une tête suprême, et diverses démarches,
officielles et officieuses, furent tentées pour la
persuader de revenir, en 1846. Mais Pômare
prit conscience de la possibilité qu’avait Bruat
de conclure la paix sans elle, et elle se décida
la
donc à revenir sur le Phaeton à Papeete, en
février
1847,
soumission.
La
pour
signer
un
acte
de
modifia les rapports entre
guerre
l’administration
tahitienne
et
les
services
français, de bien des façons. Bruat étendit le
système d’appointements aux chefs et aux
juges en tant qu’agents de l’administration
interne, et réduisit leur dépendance face à
d’autres influences telles que celle des
missionnaires. Ces chefs de districts
et
les
magistrats du Toohitu avaient fait
la guerre plus contre les Français que pour
Pômare ; certains étaient d’anciens ennemis
du lignage Pômare et se tournaient vers les
Français pour leur promotion sociale. La
reine avait son importance comme contre¬
partie constitutionnelle du gouverneur
français, mais elle ne commandait plus la
police, n’avait plus de milice privée. Elle
n’avait même plus le dernier mot dans les
nouveaux
affaires de terre
ou
dans l’attribution des
Enfin, les îles Sous-le-Vent, dont les
Pômare tiraient une grande part de leur
prestige social et politique, en association avec
d’autres ari’i, formaient un archipel séparé et
indépendant.
De plus, la guerre avait paradoxalement
inversé l’importance relative des Marquises au
profit de Tahiti et Moorea. Les petits
appointements versés aux chefs Moana et
titres.
1842-1880
Maheono furent supprimés en 1847 et le
ministère de la Marine décida d’abandonner
l’archipel
en
1848.
Dorénavant
Papeete
restait la capitale que Dupetit-Thouars avait
choisie et Bruat défendue. Le protectorat
assurait la base de la domination française sur
l’archipel des Tuamotu et l’île australe de
Tubuai dont les chefs avaient combattu pour
les Français.
Finalement, l’opposition des officiers et
britanniques à la présence
française fut également vaincue avant la fin de
1847. La raison en fut en partie que le
missionnaires
gouvernement britannique était disposé à
reconnaître Tahiti comme possession
française, pourvu que les clauses du traité de
1842 fussent respectées, tandis que les îles
Sous-le-Vent étaient “neutralisées” comme
l’avaient été les
îles
Hawaii. Cette
reconnaissance était également une
concession de la Grande-Bretagne et des
colonies australiennes aux vues de certains de
leurs missionnaires et officiers de marine,
selon lesquels un gouvernement plus stable et
port commercial étaient nécessaires en
Polynésie orientale en ce milieu du XIX=
un
siècle.
Carte des principaux
atfrontements de la
guerre franco-tahitienne
de 1844 à 1846.
Le premier coup de feu
retentit le 21 mars 1844
à Taravao et le combat
le plus violent a lieu à
Mahaenaoù les Français
ont 15 tués et 51 blessés
en
attaquant le camp
retranché des
“insurgés". Dès lors, les
Tahitiens se retirent
dans les vallées de la
Papenoo et de la
Punaruu. La défaite des
forces françaises face
aux habitants de
Huahine en janvier 1846
redonne courage aux
guerriers tahitiens qui
attaquent Papeete les 20
et 22 mars 1846.
Bruat,
qui dispose enfin des
forces nécessaires,
décide d’en finir : c’est à
la Punaruu, le 17
décembre 1846, la
irnière bataille.
Î7 avril 1844
21
mars
1844
TÂIARAPU
Papeete fortifiée. Toute
une ligne de défenses
est érigée, des batteries
sont construites, des
forts édifiés sur les
hauteurs. Le nom donné
à la rue des Remparts
demeure aujourd’hui le
seul souvenir de cette
architecture défensive.
Elle fut néanmoins
inefficace, puisque les
insurgés parvinrent à
pénétrer dans le cheflieu les 20 et 22 mars
1846.
.
Le lieutenant de
vaisseau Lejeune, blessé
le 29 mai 1846 lors des
combats de Punaauia,
est aux côtés du
commandant de Bréa,
tué au cours de l'action.
On ignore combien de
Tahitiens périrent
pendant cette guerre.
Dessin original de
F. Marant-Boissauveur.
17
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
Le Protectorat
français et tahitien
Le gouverneur Lavaud prolongea le sys¬
tème mis en place par Bruat et officialisé par
signée par la reine en août
1847, qui mettait fin aux anciennes reder
une
Convention
vances
tributaires payées par les districts et
inaugurait le principe d’une assemblée élue,
chargée de discuter les lois proposées par le
Conseil du gouverneur ou les représentants
des districts. Bien qu’il n’eût jamais été ratifié
par le gouvernement français, ce partage de
responsabilités servit de protocole d’accord et
laissa la juridiction des terres aux tribunaux
tahitiens. Les codes des missionnaires furent
révisés et simplifiés à nouveau et, en 1848, les
édifices du culte et les bâtiments scolaires
furent
déclarés
propriété nationale
administrée par les districts.
L’administration tahitienne
l’influence de commerçants et de planteurs
Alexander Salmon, John Brander et
comme
autres
résidents étrangers, qui s’étaient alliés
par mariage à des familles ari'i. En outre, avec
la diminution de la contribution métro¬
politaine au budget colonial local dans les
années 1860 et 1870, ils furent obligés d’aug¬
menter
contributions
les
indirectes
et
les
patentes de la communauté commerciale.
Les gouverneurs rencontrèrent donc
deux courants d’opposition et de conflit latent
période du protectorat. La reine
quelques chefs supportèrent mal leur
au cours de la
et
intervention dans l’attribution des chefferies
et la séparation
fari’i hau du patrimoine des
et autres charges de districts
des
terres
titulaires.
la fin des années
Vers
1870, les
passés sous la direction de
rapport avec les lignages
du pouvoir traditionnel ; certains districts
disparurent ; dans seulement neuf des trente et
un districts de Tahiti et Moorea, restaient en
place les chefs traditionnels élus par les
districts étaient
tavana souvent sans
ra’atira.
La
reine
Pômare
contesta
La cour royale, l’assemblée, les Toohitu, ainsi
les chefs et pasteurs de districts,
constituaient
la structure essentielle de
l’administration tahitienne. Seules les affaires
criminelles
graves
venaient devant les
tribunaux français. Une taxe en espèces ou
sous
forme de corvée était due mais fut
que
rarement perçue. Les ressources du budget
indigène, distinct du budget colonial local,
dépassaient à peine 100 000 francs par an. Les
frais comprenant les traitements de la reine,
des chefs, juges, pasteurs et mutai devaient
être assumés par les moyens français. Cette
charge s’accrut quand une loi de 1852 institua
des Conseils de districts élus et payés, sans
ressources
indépendantes mais avec
d’importantes fonctions : choix des
bénéficiaires de titres, des juges et même des
pasteurs de districts. L’Assemblée tahitienne,
qui continua de se réunir tous les ans jusqu’en
1866, ratifia le système électoral qui affaiblit
l’influence des missionnaires britanniques, et
fit d’autre part appel à la Société des Missions
évangéliques de Paris, pour qu’elle satisfasse
au
besoin d’une direction spirituelle
de
Plan de Papeete
français. C'est Bruat qui
décide de transformer
ce
petit viilage composé
de queiques tare
traditionnels en cheflieu des Etablissements
français. Il en a les
moyens, disposant
d’ingénieurs militaires
de premier ordre (les
officiers et gardes du
Génie) et de 63 ouvriers
qualifiés, 400 marins et
600 soldats. En 6 mois,
Papeete change
complètement : le palais
du gouverneur, les
casernes,
les entrepôts,
les forts, les batteries
sont construits, le camp
de l'Uranie prend une
ampleur considérable
(caserne, magasins,
forges...) et une ligne
fortifiée est dressée
autour de la ville. En
1846 cependant, tous les
projets n’ont pas été
réalisés. Carte publiée
par E. Delessert.
Papeete vue de la mer.
Sous la surveillance des
fortins français, le petit
bastion anglais
constitué de la maison
mb
La maison du consul
extérieure.
anglais semble
abandonnée.
G. Pritchard, expulsé, a
dû la quitter en mars
1844 et ne reverra jamais
Tahiti. Dessin de
Les autorités françaises et
les colons étrangers
Les commandants de la Marine et les
commissaires
responsables des affaires
extérieures et du contrôle des Européens
exerçaient leur autorité avec le concours de
huit services, un magistrat principal et
quelque trente autres fonctionnaires. Un
conseil administratif, assisté de deux colons
français, et un assortiment de chambres et
comités avisaient le chef de l’exécutif dont
l’approbation était nécessaire pour une
grande partie des affaires indigènes et pour la
législation commune concernant les sujets de
Pômare.
En
pratique, la nécessité de
subventionner le budget tahitien et le désir de
réformer l’agriculture amenèrent les
gouverneurs à se mêler de plus en plus de
l’administration tahitienne. Ils étaient dans
une
certaine mesure obligés de contrer
18
^
X..;V
®
^
LE PROTECTORAT
FRANÇAIS 1842-1880
et du gouverneur. Sur le
front de mer, le
clocheton de la
boulangerie militaire
donne à celle-ci l’allure
d'un bâtiment officiel.
Iliusfration de^, .
,
C. Shipley.
lointe^di
La maison de la reine.
C'est en 1847 que
Pômare IV, à son retour
de Moorea, s’y installe.
A cette maison royale
aux allures modestes,
s’oppose la belle
résidence du premier
gouverneur des
Etablissements français
(cuŸMclc natus'cL'
d’Océanie, dont les
matériaux ont été
envoyés par le ministre
de la Marine et qui,
achevée en 1844, ne sera
détruite qu’en 1966.
Dessin original de
C. Antig.
CcM'es (Le /latarels
Fl^'L dctachel
•^Mdisoiv de Jrrjfoetrnhoit t
<&Cotnin
vnacic
itsc de
dT,' (rn\uûi/
Casernee
Intérieur de la case de
Charles Giraud. Ce fars
fradifionnel, situé en
retrait de la plage, est la
ïlnjn.e du
ddrHiPceacri/
modeste demeure du
peintre qui illustrera
l'expédition militaire
française. Dessin
original de
F. Marant-Boissauveur.
19
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
nombreuses nominations aux Conseils de
districts et certaines promotions officielles,
mais elle ne réussit pas à supplanter la
voulaient que soit supprimée lajuridiction des
les
loi française fut rendue applicable
sujets de Pômare.
Le gouverneur de La Roncière et
le déclin du Protectorat
L’autonomie administrative et la sépa¬
ration des statuts souffrirent une nouvelle
Tahitiens et modifié le système judiciaire en
Après avoir étendu la loi française
direction d’un haut fonctionnaire et que le
Conseil administratif comporte des membres
élus. Mais il ne proposa pas de transformer le
combinaison formée par le gouverneur,
Toohitu et l’Assemblée tahitienne.
perte quand le code fut aboli en 1866, sauf en
qui concernait les terres tabitiennes, les
élections de conseils, l’Assemblée et les écoles,
ce
et
que la
aux
nommant un
aux
magistrat impérial en 1868, le
gouverneur de La Roncière projetait d’élargir
l’autorité exécutive de Pômare au moyen d’un
conseil consultatif, doté de fonds propres et
ayant juridiction sur les colons. De nouveaux
impôts
destinés
à
financer
ces
réformes
devaient être tirés de la communauté
merçante.
com¬
Une opposition de la part des
propres fonctionnaires de l’administration
coloniale eut pour effet l’arrestation, en 1869,
du principal magistrat, Joseph Langomazino
et de l’ordonnateur
Boyer, puis le rappel de
La Roncière. A la suite de la mort de la reine
Pômare en 1877 et de l’avènement de Ariiaue
le nom de Pômare V, personnage plutôt
sous
faible, les successeurs de La Roncière prirent
le contre-pied de son projet quelque peu
excentrique de “royaume tahitien”. Ils
suivaient en cela l’avis des inspecteurs des
colonies qui critiquaient l’existence de deux
budgets séparés et d’un système autonome de
chargés des affaires de terres
tahitiennes. Les colons, pour leur part,
réclamaient une meilleure représentation en
échange de leur plus grande contribution au
budget, grâce à une réforme du Conseil
administratif du gouverneur.
Eux aussi
d’ailleurs, et pour leurs propres raisons.
tribunaux
Pômare Vahiné IV au
temps du Protectorat.
Il existe de nombreux
clichés de la souveraine
de Tahiti. Ils furent
souvent publiés sous
forme de gravures dans
les journaux européens.
Défilé des districts
devant la reine Pômare.
C'est en février 1847 que
Pômare Vahiné IV fait sa
soumission à Bruat qui,
immédiatement, la
rétablit comme
souveraine. En août
1847, un nouveau traité
>,
20
.V .lïn
est signé par la reine.
Elle doit désormais
partager ses pouvoirs
avec
le commissaire du
roi, quiseraensuitecelui
de la République, et
enfin de l’Empire.
terres.
En
redonna
1878, le commandant
vie
à
une
commission
tionnelle, recommanda
que
Planche
constitu¬
le Service des
Affaires indigènes passe entièrement sous la
statut de protectorat en statut colonial.
Peu à
statut théorique d’une
administration
tahitienne, côtoyant une
administration coloniale limitée, se réduisit à
peu,
donc,
le
subordination à l’autorité française.
Pratiquement, Tahiti était sur-administrée, et
sous-financée d’une façon qui aurait pu
encourager Tahitiens
et colons à faire
fonctionner leurs propres conseils locaux de
gouvernement dans les districts et à Papeete.
la
Mais il aurait été difficile de concéder une
autonomie pour les affaires internes à un
protectorat qui constituait une anomalie dans
la règle coloniale française du X1X= siècle.
Faute
de
réelle
délégation
de pouvoirs
locales, le
protectorat allait probablement dépérir,
maintenant que des événements survenus
dans certaines îles voisines menaçaient la
sécurité de la position française à Tahiti à
l’approche de 1880 et que la personnalité de
Pômare avait quitté la scène.
Tout au long de ce protectorat, bien
qu’elle eût très peu de pouvoir effectif,
Pômare Vahiné IV était encore, à travers sa
cour personnelle, source de
protection et de
prestige considérable.
financiers
aux
institutions
LE PROTECTORAT FRANÇAIS
La cour de la reine
Pômare Vahiné IV
Pômare aimait à s’entourer de
de plaisir avec lesquelles on prenait certaines
libertés que
La Maison de la reine
les missionnaires ne parvinrent
jamais à faire considérer autrement
comme
En
jeunes
suivantes, les faarearea, des amuseuses, qui
chantaient et dansaient pour elle, compagnes
1864, Pômare Vahiné IV - née le 28 février
1813 - est dans sa cinquante et unième année.
La “Maison de la reine” comprend “un
majordome”, un “concierge” et 18 teuteuarii,
ou gens de suite. Ce personnel est engagé par
le gérant de la Caisse de la reine et sur ses
instructions. Il est rétribué sur les recettes de
la liste civile : 30 francs par mois pour le
majordome, 25 francs par mois pour le
concierge, une somme variable, déterminée
par la reine, pour les teuteuarii. Ces derniers
étaient élus parmi des, volontaires,
représentant chacun des districts. La reine
avait à son service “un précepteur des enfants
toutes
naturelles.
Des
dames
que
de
compagnie, plus mûres, vivaient également
dans l’entourage de la reine. Elles avaient le
privilège de porter des robes de la même étoffe
que celle de
Pômare.
toute une catégorie de
mi-servantes, mi-parasites,
gravitent épisodiquement autour de la Reine,
dormant au palais et y prenant leurs repas.
Elles y jouent le rôle de familières, de dames
Par
ailleurs,
personnes,
1842-1880
d’honneur ou de service. On rencontre là des
parentes que l’on convoque ou qui s’invitent
pour la préparation d’une fête ou d’un repas,
maternité, une maladie ou un deuil, et
également des nourrices-gouvernantes,
chargées du soin des jeunes enfants et de leur
première éducation. Enfin, on trouve au
palais des tahua, femmes possédant des
pouvoirs particuliers, à la limite entre le sacré
une
le magique, moitié prêtresses - moitié
guérisseuses et qui, on s’en doute, étaient fort
mal vues des gens des missions.
Moerenhout a bien rendu l’atmosphère
de la “cour” : “La visite de sa Majesté ne
m’était pas toujours des plus agréables, à
cause du grand nombre de misérables des
deux sexes qui l’entourait sans cesse et pour
et
de la Reine”.
ne comprenait que le tahitien.
qui ne parlaient pas sa langue
étaient accompagnés d’un interprète. Celui-ci
fut longtemps Adam John Darling, interprète
de première classe, qui avait aussi les
La reine
Les visiteurs
fonctions
de
caissier.
La
maison
royale
comportait également un corps de messagers,
les vea, chargés de porter dans les districts les
instructions de la souveraine. Enfin, un corps
de “lanciers tahitiens”, des cavaliers d’escorte,
au
nombre de
12, lui formait
une
milice
d’honneur. Ceux qui s’y engageaient devaient
être “propriétaires
d’un cheval en bon état”.
loi prévoyait que cette troupe “devait
former une garde d’honneur, et non une milice
La
susceptible de soutenir ses volontés”.
La présence
française. Dans la
seconde partiedeson
règne, de 1844 à 1877,
la reine Pômare
Vahiné IV dut
partager son pouvoir
avec
le commissaire
du roi puis avec celui
de l’Empire. La
présence française
s’accrut
considérablement,
sur le plan
administratif puis
politique. Soldats et
marins français
occupaient une
bonne place dans la
vie quotidienne. Si le
tour de l’île effectué
en
1861 par les
troupes de garnison
donna lieu à de
Pômare Vahiné IV vers
1860. L'insouciante
princesse est devenue
cette femme vieiiiie qui
cinquante ans durant
régnera sur Tahiti et ies
iles. Son pouvoir s’est
amenuisé et iimité même
à un rôie purement
honorifique. Son seul
atout face à
l'administration
coloniale qui se met en
place est son prestige,
demeuré intact.
nombreux tama’ara'a,
comme en
témoignent ces
dessins de L.Armand,
il est aussi la
démonstration de la
puissance de la
“Nation protectrice”.
21
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
lesquels elle
rentes
ne
cessait de demander diffé¬
choses, mais surtout de l’eau-de-vie...
Pour se soustraire elle-même à leurs impor¬
tunités, elle se cachait d’eux et faisait souvent
fermer portes et fenêtres ; mais il n’était pas
qu’ils ouvrissent par force les jalousies,
regardant, tout au moins, par toutes les
ouvertures, ce qui se passait dans l’intérieur ;
et le plus singulier, c’est qu’elle se formalisait
et se plaignait rarement de leur manque
d’égards. Le cri sans cesse répété de ces
courtisans d’un nouveau genre était : “du
rhum” ! “du rhum” ! toujours “du rhum” ! et
plus on leur en donnait plus ils en voulaient
rare
avoir”.
Un deuil à la cour
reine perdit son fils, le prince Ariiaue,
dans la nuit du 13 mai 1855. A cette occasion,
La
les Européens purent voir combien la famille
royale conservait l’amour de son peüple. La
population de Tahiti prit le deuil. La reine
ordonna à toutes les femmes, selon l’ancienne
coutume, de se couper les cheveux, et bientôt
tombèrent sous les ciseaux les longues
chevelures. Quelques jeunes filles en firent des
tressées, dont elles
parèrent.
les
enfouirent sous la terre, quelques-unes les
laissèrent sur le chemin. Quant aux hommes.
couronnes
se
D’autres désolées de ce sacrifice imposé,
Papeete en 1848. La
présence militaire
française, apparente sur
les plans et cartes de
l'état-maJor, est
beaucoup moins visible
dans la réalité que fixe
G. Shipley sur ses
dessins. Baignades,
rêveries au bord du
lagon, promenade sur
le Broom, constructions
en
bambous et
pandanus... Papeete
garde sa spécificité
tahitienne.
22
LE PROTECTORAT
il y en eut qui se rasèrent seulement la nuque ;
d’autres tout un côté de la tête, conservant
Pômare, chaque députation poussait des cris
lamentables : "Aue ! Aue .Mwe/” s’écriait-on
chapeaux de paille
les yeux pleins de larmes, et toute la foule de
ajoutèrent une voilette en gaze de la même
répondre
bruyantes
Tous les chefs et les officiels du voisinage
se reproduisaient d’une manière
invariable à l’arrivée et au départ de chaque
délégation
l’autre côté intact.
Les
furent recouverts de satin noir, et les femmes y
couleur.
vinrent apporter leurs condoléances. Après
avoir déposé ses présents aux pieds de
aussitôt. Ces manifestations
d’un visiteur important. La
reine et les parents retrouvaient ensuite leur
gaieté, causaient, riaient même aux éclats
selon l’originalité des propos de l’assemblée.
Pômare fumak paisiblement une cigarette.
“J’avoue, déclare un témoin de ce spectacle,
que je restai stupéfait de ce passage si subit de
la douleur à la joie,...” Campés sur la pelouse,
vivement éclairés par la lune, des milliers
d’indigènes fumaient eux aussi, accroupis au
ou
FRANÇAIS 1842-1880
funérailles. Une odeur tellement forte
s’exhalait du cercueil qu’on ne put davantage
retarder la date de cette cérémonie. Elle se
les
déroula
sous
une
pluie
torrentielle
qui
commença dès le matin et ne cessa de tomber
continuelles jusqu’à 20 heures. Ces
déluges d’eau lors de la célébration des
obsèques de notabilité de premier rang sont
une chose que la pensée populaire reconnaît
en averses
comme traditionnelle :
ses
le ciel lui même mêlant
larmes à celles des assistants.
sein d’un air tiède encore, entonnant de temps
à autre
des cantiques ou d’harmonieux
himene.
C’est le 28 mai seulement qu’eurent lieu
Pômare V (1839-1891).
On lui a souvent
reproché sa vie dissolue
(ses démêlés avec sa
femme, la reine Marau,
sont célèbres). Il reste
cependant à l’écoute de
son peuple, mais, face à
l’administration
coloniale, il ne peut
empêcher l’abrogation
des lois et coutumes
traditionnelles.
Ci-dessus :
La reine Pômare
Vahiné IV, entourée de
Ariifaite, son époux, et
de deux de leurs fils. Au
centre, Teretane qui prit
le nom de son frère
aîné Arilaue et, à droite,
Teriitapunui. Arilaue
devait succéder à sa
mère en 1877, sous le
nom de Pômare V.
Comme tous les
souverains Pômare, le
nouveau roi est très
populaire et chacun de
déplacements à
ses
Tahiti et dans les îles est
l’occasion de grandes
réjouissances. Pourtant,
le règne de Pômare V est
court : en 1880, il fait don
de ses États à la France.
Cet acte n'ôte rien à son
prestige qui demeure
jusqu’à sa mort en 1891.
La cour de la reine. La
liste civile prévoit 18
personnes pour la suite
de la reine. Mais il faut
aussi compter avec les
dames d’honneur, les
nourrices-
gouvernantes, les
femmes guérisseuses.
Tout cet entourage
coûte cher à la reine, et
les dettes s'accumulent.
Dessin original de
P. Loti.
23
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
Le palais royal
Les revenus de Pômare IV
Un peu à l’écart de la maison de la reine, une
Financièrement, la loi de 1848 a fixé, pour la
reine, une liste civile. Chaque année ses sujets
cour
où l’on prépare le four à la tahitienne est
le domaine des cuisiniers. Tout autour, des
constructions légères, abris aux toits desquels
pendent des régimes de fe’i, bananes sauvages
qu’on fera cuire, réserves où s’entassent, aux
jours d’abondance, tara et ignames, légumes
et fruits de l’arbre à pain, paniers d’oranges,
dons des gens des districts de passage à
Papeete pour y saluer leur souveraine.
Parfois, le soir, les pêcheurs au retour de leur
sortie quotidienne viennent déposer dorades
ou thons, quelques filoches de poissons de
lagon, ou des paniers de crustacés encore
vivants. Une tortue est une aubaine rare, mais
qui appartient de droit à la table royale ;
mentionnons enfin la présence d’un ou deux
hommes à toutes mains, jardiniers à leurs
heures, qui balayent la cour, y coupent l’herbe
avec un coupe-choux manœuvré d’un bras
nonchalant et habile.
Ci-contre :
Les lanciers de la reine.
Douze cavaliers forment
la milice d’honneur qui
accompagne la
souveraine dans ses
déplacements et sert à
"donner de l’éclat à son
palais royal”. Ces
cavaliers doivent être
propriétaires d’un
cheval en bon état pour
avoir le privilège
d'accéder à cette
fonction. Photographie
de G. Viaud vers 1860.
A droite :
Le palais de la reine
Pômare Vahiné IV. En
1857, la reine tait savoir
qu’elle désire se faire
construire un véritable
palais. Les crédits sont
ouverts en 1861 et les
matériaux fournis par les
districts s’accumulent.
En 1874, le palais n’est
toujours pas achevé et la
reine ne l'habitera
jamais : seul le rez-de-
chaussée est utilisé pour
les grandes fêtes.
Photographie de
G. Viaud vers 1860.
Festivités à Tahiti au
temps de la reine
Pômare Vahiné IV. Cette
illustration n’est pas un
témoignage original de
la société polynésienne
de la seconde moitié du
XIX" siècle, mais elle
laisse deviner que les
années 1860-1870 furent
une
période
relativement heureuse
pour les habitants de
Tahiti. Les graves crises
démographiques se sont
apaisées. L’économie, à
partir de 1865, devient
relativement florissante
et le niveau de vie
s’améliore. Fêtes, bals et
les 'upa'upa dont Bruat
a levé l’interdiction, se
succèdent, accréditant
le mythe de l’île
heureuse.
24
étaient imposés selon les termes suivants : un
franc pour l’homme veuf avec deux enfants,
deux francs pour l’homme veuf sans enfant,
deux francs pour le garçon “en âge d’être
marié”, et un franc pour la fille dans la même
situation.
L’impôt était perçu par des
personnes dignes de confiance, désignées par
les hui ra’atira et agréées par la reine. Une
décision de 1859 créa la “Caisse de la reine” où
était centralisé l’impôt de la liste civile.
Outre cette liste civile, la reine recevait
dès l’origine une pension annuelle de
18 684
francs, doublée d’une somme à peu près égale
( 18 556 francs) comme “frais de cadeaux et de
représentation”. C’était l’équivalent exapt du
traitement du gouverneur, ce qui explique la
bizarrerie des chiffres. En 1856, il est d’ailleurs
question à Paris de ramener l’indemnité pour
cadeaux à 10 000 francs, “car si la reine reçoit
beaucoup de cadeaux, elle n’en fait jamais
aucun”.
Joignons à cela qu’en dépit des stipu¬
lations de la loi XXI, Pômare ne traversait
jamais un district, elle n’abordait pas une île
sans
être couverte de cadeaux. On ne saurait
lui rendre visite sans apporter quelque tribut
alimentaire, des nattes, des étoffes ou des
objets usuels. Enfin, elle dispose des revenus
de ses terres qui lui procurent 40 ou 50 000
francs de rente.
Ces rentrées régulières n’empêchaient pas
Pômare de faire des dettes et de se plaindre de
sa
situation financière. Tout en menant une
assez
simple, la générosité tahitienne
l’emportant, la reine n’avait jamais le sou.
vie
Nous
connaissons
un
billet
d’elle
à
un
gendarme de Papeete lui demandant “de lui
faire tenir d’urgence un poulet, car elle n’a rien
à manger pour son déjeuner”.
Sa disparition fut un véritable choc pour
les Tahitiens. Des funérailles exceptionnelles
furent organisées.
2 L’ère coloniale 1880-1 945
La première moitié du XIX® siècle fut marquée, dans le Pacifique, par la rivalité
franco-britannique. Mais au fil des ans, toutes les grandes puissances
occidentales vont faire leur entrée en scène dans le Grand Océan, et témoigner d’un
vigoureux appétit de colonisation : annexions, achats, transactions, chacun veut
s’implanter quelque part dans le Pacifique, suivant des buts et des rivalités divers.
Jusqu’en 1880, la France, pour sa part, n’exerce sa souveraineté que sur un seul
archipel, les Marquises. Quant au protectorat qui s’étend sur le royaume des Pômare,
son ambiguïté n’est toujours pas levée : Tahiti est-elle bien française, et le restera-telle ? Pourtant, de 1880 à la fin du siècle, c’est tout un domaine cohérent, celui des cinq
archipels, que la France intégrera à son empire. Parfois sans péripéties notoires,
parfois à l’issue de longues crises insurrectionnelles, comme aux îles Sous-le-Vent de
1889 à 1897.
Après quoi, jusqu’en 1914, puis au cours de l’entre-deux-guerres, les
Établissements français d’Océanie s’installent dans l’ère de l’administration coloniale.
Appareil pesant, difficilement supporté aussi bien par les Polynésiens que par les
colons, les uns et les autres souffrant d’une absence presque totale de représentativité.
Le passage éphémère de gouverneurs qui se succèdent sans pouvoir former de projets
à long terme, les luttes d’influence dont personne ne tire profit, tout pourrait faire
croire à une étouffante inefficacité. Il n’empêche que, dans le même temps, s’opère la
lente maturation qui fera s’ouvrir Tahiti au monde extérieur, à commencer par ses
réalités les plus cruelles : deux guerres mondiales où les Polynésiens seront présents,
jusqu’à faire entrer dans leur histoire un nom aussi insolite, aussi lointain que Bir
Hakeim...
Colonialisme et
impérialisme dans
le Pacifique
colonialisme
Le
occidental fut
long à
s’installer dans les terres du Pacifique. Seul le
pourtour du Grand Océan semblait assez
apaiser les appétits économiques
politiques des puissances européennes.
L’Australie, la Nouvelle-Zélande ou le Japon
riche pour
ou
suscitèrent la convoitise des nations ; la
Mélanésie ou la Polynésie, d’abord celle des
L’expansion coloniale y fut
fragmentaire. L’Empire bri¬
tannique, du fait de son extension planétaire
hommes.
désordonnée et
et
de
sa
nature
mercantile,
consacra
le
premier l’intérêt stratégique et commercial du
Pacifique insulaire. Les îles, disséminées sur
les routes maritimes, devaient servir de bases
pour la marine de guerre, de dépôts, de relais
pour
le ravitaillement
ou
le transit des
marchandises. Le renouveau d’attention que
le milieu du siècle, au
Pacifique oriental suscita un élan général
d’expansionnisme où se mêlaient d’anciennes
rivalités religieuses, de nouvelles exigences
économiques et le désir constant d’affirmer la
supériorité des cultures civilisées. La France
de la Seconde République ressuscita la
politique coloniale ambitieuse que Guizot
avait délaissée mais dont Napoléon III avait
perçu
les avantages pour la nation.
L’Allemagne de Bismarck rêvait d’empires
maritimes
et
l’Amérique des grands
capitalistes poussait à l’appropriation de
nouveaux
marchés» En
peu
de temps,
conquises ou protégées, annexées ou placées
en tutelle, occupées ou administrées, les îles du
Pacifique furent emportées dans la tourmente
renaissante de l’impérialisme colonial.
La présence la plus ancienne, celle,
conjointe, de l’Angleterre et de la France,
n’avait jamais cessé de se manifester. Au
début des années 1880, l’influence anglaise
s’étendait plus particulièrement sur le Paci¬
fique occidental, où dominaient deux grandes
colonies de peuplement, l’Australie et la
Nouvelle-Zélande. Plus disséminées, par la
nature même du contexte géographique, les
possessions françaises se rencontraient à l’est
du 180®"’® méridien, excepté la NouvelleCalédonie et ses dépendances.
Londres porta, vers
L’impérialisme actif
de l’Angleterre
Ayant acquis en 1840, au nez de la France, un
territoire colonial qui couvrait, avec les états
australasiens, près de 8 millions de kilomètres
carrés, l’Angleterre disposait d’une base idéale
expansion dans le- Pacifique. A
partir de 1880, l’impérialisme domina la
politique britannique et trouva ses meilleurs
avocats
en
Lord
Salisbury et Joseph
Chamberlain. L’Angleterre avait besoin de
faire face aux concurrences économiques
pour son
croissantes, celle des États-Unis ou celle de
Voyageur contenant
l'agressivité d’un chef
maori : face aux armes
à feu, massues et haches
ne suffisent plus.
25
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
l’Allemagne, et redoutait le protectionnisme
ses
rivaux, fatal à sa politique libreéchangiste. Le développement de l’Australie
de
et
de
la
Nouvelle-Zélande
fortifiait
les
exigences coloniales anglaises. La morale
s’était jointe aux intérêts commerciaux
lorsqu’il avait fallu, en 1874, mettre un terme à
la traite des “Canaques” et annexer les Fidji.
Dix ans plus tard, les menaces que pourraient
faire peser les négociants étrangers sur le
australien menèrent à l’annexion
de la Nouvelle-Guinée.
commerce
Après 1886, et durant une quinzaine
d’années, l’Angleterre ne cessa d’étendre son
influence dans le
Pacifique, notamment en
Mélanésie et en Micronésie. Plus de cent îles
passèrent sous sa tutelle, depuis les NouvellesHébrides, dont elle partageait le contrôle avec
France en vertu d’une convention de
novembre 1887, jusqu’aux Tonga, arrachées à
la
l’emprise allemande en 1899. Les îles Cook
(1888), les Humphrey, les Tokélau et les
Phoenix ( 1889), puis Gilbert et Ellice ( 1892) et
les Salomon (1893) passèrent successivement
sous la domination
britannique.
La France : une timide expansion
La
France,
puissance
elle,
en
développer ses possessions insulaires.
L’Afrique et l’Indochine monopolisaient
l’attention du gouvernement républicain.
de
Seule
la Nouvelle-Calédonie, annexée en
1853, aurait pu se transformer en colonie de
peuplement, sur le modèle australien. Mais,
faute de moyens et de stratégie à long terme,
toute expérience agricole était vouée à l’échec.
En Polynésie, malgré l’annexion pacifique de
Tahiti
en
1880, l’appareil administratif et
colonial français introduisait une pesanteur et
une
inertie propices à la stagnation et à
l’incurie. L’expansion de la France était donc
plutôt le fait d’officiers de marine dynamiques
ou
de
négociants entreprenants qui
devançaient bien souvent les décisions de
Paris. Dans ces années 1880, marquées parla
politique de Jules Ferry, la France affirma sa
présence aux Tuamotu, aux Marquises, aux
Gambier et aux Australes, et parvint à se
maintenir
aux
Nouvelles-Hébrides.
Lord R.G.C. Salisbury
(1830-1903). Premier
ministre de la Grande-
Bretagnede 1885 à 1902,
i’exception d'une
période de trois
ans, ii représente ia
poiitique coioniale
expansionniste de
i’Angleterre de la fin du
XIX" siècle. L’Empire
britannique, déjà
à
courte
considérable en Asie,
s'étend à partir de
26
coloniale
Océanie depuis 1842, ne se préoccupait guère
Ses
l’Australasie dans toute
l’Océanie. Au début du
XX' siècle, la Grande-
Bretagne est la mieux
implantée des grandes
puissances dans cette
partie du monde.
diplomatiques en Océanie furent
cependant insuffisants pour lui assurer une
place de choix dans le partage politique et
économique de cette région. Ainsi, elle
abandonna au Chili en 1888 l’île de Pâques,
pourtant située sur la route de l’Amérique.
Elle laissa l’Angleterre s’installer aux îles
Cook la même année et ne put empêcher
l’Allemagne et l’Angleterre de se partager les
Salomon, stratégiquement placées sur
l’itinéraire Nouméa-Saigon.
efforts
L’expansion commerciale
allemande
Malgré le scepticisme du chancelier Bismarck,
l’Allemagne se lança, à partir de 1880, dans
une
politique d’expansion coloniale peu
cohérente et encore moins profitable. Comme
les États-Unis, cependant, elle imposait une
présence non négligeable sur la place
océanienne. La “Weltpolitik” se traduisit ici
par un mode atténué d’impérialisme
économique qui s’exprimait surtout à travers
des compagnies commerciales comme celle de
L’ÈRE COLONIALE
Hernsheim aux îles Marshall, la Compagnie
de
la
Nouvelle-Guinée,
ou
Société
la
de l’Océanie à Tahiti. La
convention germano-anglaise de 1886 octroya
commerciale
Pacifique occidental au
de la NouvelleGuinée, les Salomon (plus tard cédées à
l’Angleterre) et l’archipel Bismarck. Une
transaction
avantageuse
avec
l’Espagne
une
bonne partie du
lleme Reich, dout uu quart
1898, l’achat des Carolines et des
Mariannes. En Polynésie, l’Allemagne, après
assura, en
1880 - 1945
bien des péripéties, obtint en 1899 les deux
grandes îles d’Upolu et Sava, aux Samoa.
Unis prenaient possession des Philippines,
annexaient les îles Hawaii et achetaient à
La présence américaine
bénéficiant d’un accord avec l’Allemagne et
Dernière venue en Océanie, mais décidée à y
aussi dans la partie orientale des Samoa.
Cette redéfinition provisoire des
influences et des contrôles dans le Pacifique
devait subsister,
sans
grands boulever¬
de tout son poids économique et
militaire, l’Amérique se lança dans une
politique “impérialiste”, à la faveur de la
guerre avec l’Espagne. En 1898, aiguillonnés
par leurs succès dans les Caraïbes, les Etatspeser
l’Espagne
Pile
l’Angleterre,
les
Guam.
de
États-Unis
1899,
En
s’installaient
sements, jusqu’au
déclenchement
Première Guerre mondiale.
de
la
Le consulat américain
de Papeete. Très tôt les
Américains ont
manifesté un grand
intérêt pour l’Océanie, et
ie Pacifique en général,
et les États-Unis ont été
les premiers à nommer
un consul à Tahiti,
J.A. Moerenhout. En
Page de gauche,
à droite :
Otto von Bismarck
(1815-1898), le
"chancelier de fer",
dirige de 1862 à 1890 ia
politique de ia Prusse
puis de l’Allemagne.
Très réticent à l’égard de
acquérant en 1898
Hawaii et les
Philippines, ils
la colonisation,
Bismarck n'en dote pas
moins son pays de
nombreuses
contrôlent le Pacifique
Nord. Avec la baie de
Pago Pago aux Samoa,
ils disposent d'une des
plus belles rades de la
Polynésie. Comptoirs,
banques, lignes de
vapeurs renforceront
encore la présence
possessions en
Océanie. En son
honneur, les territoires
annexés en Nouvelle-
Guinée, pius de 300 îles
(48 640 km^), porteront
américaine en Océanie.
son nom.
Carte du partage de
l’Océanie (1840-1899).
Les années 1870
1899
marquent un profond
changement de la nature
et du rythme de
l’expansion des grandes
puissances dans le
Pacifique. En annexant
les Fidji, la GrandeBretagne rompt
l’équilibre précaire qui
Mariannes
(moins Guam)
1958
Johnston
1898 SUS
Guam-Wake
1885
(Mariannes)
îles Marshaii
1899
s’est instauré. Dès lors,
on assiste à une ruée de
la part de l’Angleterre, la
Caroiines
1899
Paiaos
France, l’Allemagne et
1861
des États-Unis. Peu
d’autres parties du
monde furent aussi
île Fanning
(archipei
Ligne)
de ia
1892
1864
Nlle~Guinée
(nord)
îles Gilbert
1885
Phoenix
1886
archipel Bismarck
Salomon
(nord)
1895
1892
1892
Union
Ellice
partage Nlle-Guinée
1897
Russe!
1893'
1886
Salomon (sud)
Wallis
1879
1897
1880
1898
Rotumah
Santa-Cruz
(nord des Fidji)
(NIIes-Hébrides)
1853
Niie-Calédonle
tie des Pins
1888
1878
.
_1879
Pago Pago
(Samoa)
1643
1892
Nassau
Saiuafata
(Samoa)
Renneii
Bellona
disputées.
1889
,
iies Cook
Marquises
18881
îles Sous-lé-Vent
1843
Tahiti
1874
1864;
iies Loyauté
Fidji
I
1881
Gambllsr |
L
.1
1840
Nlle-Zélande
FRANCE
ALLEMAGNE
ANGLETERRE
ÉTATS-UNIS
1
;
27
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
Les Etablissements
L’annexion devint une réalité avant même que
français de l’Océanie
Le
certains notables de l’île,
défavorables à cette
ou
certains chefs
opération, aient eu le
temps de réagir. L’annexion ne fut ratifiée par
assemblées de la Métropole que le
30 décembre 1880 et la loi d’annexion parut au
les
système du Protectorat, en place à
Tahiti depuis 1842, ne satisfaisait entièrement
ni le ministère de la Marine, dont dépendait
Journal officie! de la colonie le 24 mars 1881.
mêmes.
Gambier, qui jouissait du Protectorat depuis
1844, demanda à être réuni à la France le
l’administration des lies, ni les Tahitiens eux-
23 février 1881. 11 devait être administré par
L’annexion à la France
chercha à consolider sérieusement sa position
Océanie et envisagea un contrôle plus
direct sur ses colonies polynésiennes. En 1879,
en
le commandant Jacques-Ferdinand
Planche,
alors gouverneur à Tahiti, fit une première
ouverture au roi Pômare V et lui proposa de
pouvoir entre les mains des
autorités françaises. Maladroitement engagée
par Planche, cette affaire échoua. Il fallut
attendre l’arrivée à Papeete, en février 1880,
d’Isidore Chessé, Commissaire général en
l’Océanie, pour que le rattachement de Tahiti
à la France entre dans une phase décisive.
Chessé parvint, en avril 1880, à convaincre le
roi de céder ses pouvoirs à la France. Celle-ci
lui ferait une pension supérieure à sa liste
civile
son
actuelle
et
lui
conserverait tous
les
honneurs, toutes les préséances de la royauté.
Poussé par quelques amis, Pômare V finit par
décider, mais insista pour que les chefs de
districts soient consultés, préalablement à la
se
donation.
Isidore Chessé
mena
les choses
tambour battant et convoqua d’urgence tous
les chefs à Papeete, à l’Hôtel du Gouverneur,
le 29 juin 1880 à 8 heures du matin. A 9 heures,
l’acte établissant la réunion à la France des îles
de
28
la
Société
et
Résident tout comme l’archipel des
Marquises, occupé par la France depuis 1842
et celui des Tuamotu, où le poste de résident
fut créé en 1864. Les Australes, quant à elles,
se trouvaient officiellement placées sous la
tutelle de la France, mais seules Tubuai et
un
Vers la fin des années soixante-dix, la France
remettre
Quelques mois plus tard, l’archipel des
dépendances était signé.
Raivavae étaient directement concernées
;
Rapa se trouvait, depuis longtemps, privée de
représentant du gouvernement colonial, ce
qui ne manqua pas de provoquer des
difficultés. Notons enfin que les îles Sous-leVent (groupe Raiatea-Tahaa) avaient, deux
mois avant l’annexion de Tahiti, accepté le
protectorat de la France, mais conservaient
leur
souveraineté.
promettaient,
en
autant.
Huahine
outre, d’en
et
Maiao-iti
faire bientôt
L’ensemble des îles contrôlées alors par la
dans le Pacifique oriental était
France
rassemblé
sous
l’autorité d’un “Gouverneur
Établissements français de l’Océanie”
dont les fonctions furent rétablies par décret
en juillet 1881. Par souci de continuité (la
Marine ayant, depuis quarante ans, assuré la
gestion du Territoire) on confia d’abord ce
poste à un officier de l’escadre du Pacifique, le
des
capitaine de vaisseau Dorlodot des Essarts.
Mais, vers le milieu de la décennie, on
constatait déjà le remplacement progressif des
administrateurs militaires par des fonction¬
naires coloniaux dont la connaissance du
conception du pouvoir ne pou¬
vaient que conduire à des conflits ouverts.
terrain et la
La résistance à l’annexion
premiers signes d’agitation apparurent
l’archipel Tubuai et aux îles Sous-leVent dès 1886 ; ces dernières, que la France et
l’Angleterre avaient reconnues indépendantes
par la Convention de Jarnac de 1847, sup¬
portèrent mal l’abrogation de cet accord et la
tentative du gouverneur Lacascade, en 1889,
d’annexer
officiellement
l’archipel. La
sédition éclata à Huahine, puis à Raiatea. 11 ne
fallut pas moins de huit ans pour accomplir la
pacification de ces îles. 1. Chessé dut revenir à
Les
dans
Tahiti en 1895 pour mettre fin à l’insurrection
qui régnait à Raiatea, conduite par le chef
Teraupo. Sa mission ayant échoué, le gouver¬
neur
Gallet mena une courte campagne mili¬
au
cours
de laquelle Teraupo fut
appréhendé et exilé en Nouvelle-Calédonie
taire
en
février 1897. Mais il fallut attendre la loi
1898 pour voir les îles Sous-leintégrer officiellement le domaine
colonial français. Les choses, en revanche, se
du
19
mars
Vent
déroulèrent
sud,
à
moins
Rurutu
et
Le 29 juin 1880, au
palais du gouvernement,
Pômare V, en présence
de vingt chefs de Tahiti,
signe l’acte de réunion
de son royaume à la
violemment
dans
balayées par l’envoyé
spécial de Paris, le
premier commissaire
civil en Polynésie,
France. Il remet
Isidore Chessé. Le roi
tient cependant à taire
de la France le
doit continuer à
"complètement et pour
toujours entre les mains
gouvernement et
l'administration” de ses
États. Ses réticences
ont finalement été
le
Rimatara où, grâce à
figurer dans l’acte de
donation que la France
“gouverner notre peuple
en tenant compte des
lois et coutumes
tahitiennes”.
L'ÈRE COLONIALE
l’entremise de l’Église protestante, le pavillon
français put être hissé dès mars 1889. Il était
temps : les chefs locaux avaient, quelques
mois auparavant, pressenti le consul anglais
de Rarotonga pour organiser le rattachement
de ces deux îles à l’Empire britannique. L’ar¬
chipel de Cook, lui, n’attendit pas, et demanda
la protection de l’Angleterre en mai 1888.
Teraupo est l’âme de la
révolte de l'îlede Raiatea
contre la France. Ayant
épousé la cheffesse de
Tevaitoa, Teraupo jouit
d'un assez grand
prestige, L’île toute
entière passe sous son
contrôle, à l’exception
d’Uturoa où se trouve la
garnison française. Il
faudra un total de
1 050 marins, soldats et
volontaires pour
xion
Le changement du protectorat à l’anne¬
était,
pour les Tahitiens, purement
nominal. Mais le cadre politique et adminis¬
tratif des nouveaux “Établissements français
de
l’Océanie”,
naguère marqué par une
certaine spécificité locale, tendait à s’aligner
plus fidèlement sur le modèle métropolitain,
avec tous les
désagréments que cela pouvait
'1
1880 - 1945
occasionner. Ceux que la reine Marau
appelait de “petits fonctionnaires coloniaux”
acquirent une influence disproportionnée sur
les affaires des Iles, même si Tahiti demeurait
brève escale dans leur carrière. Les
administrateurs brillants furent rares et la
succession rapide des gouverneurs gêna
une
l’élaboration de projets à long terme.
Le palais royal de
Huahine. Les menées
allemandes à Raiatea
ont inquiété la France et,
après de longues
tractations avec la
Grande-Bretagne, la
France peut annexer ce
groupe d’îles en mars
1888. Quelques jours
plus tard, trois marins
français sont tués à
capturer le chef rebelle,
le 16 février 1897.
Teraupo est envoyé en
exil à Nouméa avec sa
femme et trois autres
chefs. 118 prisonniers
seront également
déportés aux Marquises
et 300 autres astreints
aux travaux publics.
En haut :
La famille royale de
Rimatara accepte
d'entrer dans l’orbite
française en 1901. Les
activités néozélandaises dans cette
région ont rendu
souhaitable de
proclamer le Protectorat
de la France sur les
Australes. Il est effectif
en 1889 sur les autres
îles, mais Rimatara est la
dernière à les rejoindre.
29
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
La représentation
politique des E.F.O.
proclamation de Pômare V, qui
confiait à la France tous les pouvoirs
politiques, permit l’établissement d’une
structure
administrative plus rigide. Par
décret du 5 juillet 1881, les fonctions de
gouverneur, qui avaient été supprimées en
La
1849, furent rétablies. Les officiers de marine,
à qui le contrôle des îles était jusque là confié,
furent
remplacés
des administrateurs
Cependant, Tahiti et
ses dépendances demeurèrent sous la tutelle
du ministère de la Marine jusqu’à la création
du ministère des Colonies, en 1894.
Le nouveau gouverneur était assisté d’un
Conseil privé et d’un corps de fonctionnaires
dont, entre autres, un commissaire-adjoint
colonial, un secrétaire-général du
Gouvernement, un chef du Service judiciaire,
un
directeur
de
l’Intérieur, etc. Tous
pouvaient être amenés, à un moment ou un
par
coloniaux de carrière.
autre, à assurer l’intérim du gouvernement, et
la plupart d’entre eux le firent puisque, entre
l’annexion
et
1914, Tahiti compta treize
intérimaires, c’est-à-dire à peu près autant que
de gouverneurs nommés.
Conseil
Conseils et Chambres
général remplit mal sa mission.
François Cardella, membre du
parti “français” et assimilationniste notoire,
jusqu’en 1903, il devint une arène politique où
La représentation locale était assurée par un
tahitiens
corps élu et démocratique, le Conseil général
des Établissements français de l’Océanie, créé
en
1884,
colonial,
lorsque fut dissous le Conseil
organe éphémère mis en place au
lendemain de l’annexion, fin juin 1880. Ces
assemblées locales successives étaient toutes
deux
destinées
à
remplacer l’ancienne
tahitienne, tombée en désuétude
session de 1866. Mais, dotées de
pouvoirs limités (le Conseil colonial était
consultatif et le Conseil général ne votait que
le budget de Tahiti et Moorea), elles étaient
vouées à l’impuissance. De plus, tantôt en
Assemblée
après
butte
sa
aux
pesanteur
décisions
de
A gauche :
François Cardella
(1838-1917) est l’un des
principaux personnages
politiques de la fin du
XiX* siècle. Ce notable,
pharmacien de
érigée en commune à
partir de 1890.
Le gouverneur
Edouard Petit
(1856-1904) prononce
en 1903 iadissoiution du
Conseil général créé en
1884. L'administration
coloniaie y est devenue
la cible privilégiée des
représentants des
colons, et diffamation et
calomnies sont ia règle,
alors que le débat
politique y est
inexistant.
brouillonnes
l’administration
profession, a été un
conseiiier écouté du roi
Pômare V. Dès la
création d'une
assembiée élue, le
Conseil colonial, il en
devient le président, li
est aussi ie maire
inamovible de Papeete,
30
tantôt affaibli par des querelles de clocher, le
et
à
la
française.
Présidé par
s’affrontaient les factieux. Certains notables
y furent victimes de décisions
tendancieuses, comme, par exemple,
Tati Salmon et trois autres chefs indigènes,
Arioi a Tane, Temarii et Tamatahi, dont
l’élection
annulée
Conseil
au
fut
momentanément
1893. Devenu
ingouvernable, le
Conseil général vit sa dissolution prononcée
par le gouverneur Petit, le 19 mars 1903. A sa
place fut créé un Conseil d’Administration des
E.F.O., appuyé par une commission
permanente chargée de toutes les questions
économiques et financières locales, et placé
en
directement
sous
gouverneur.
En marge
intégrante
du
la
haute
autorité
du
de ces instances, mais partie
réseau administratif du
L'ÈRE COLONIALE
Territoire, la Chambre d’Agriculture et la
Chambre de Commerce de Tahiti, toutes deux
créées en mai 1884, tentaient d’assurer à la fois
le développement foncier de la colonie et
productions agricoles.
Statutairement placées sous la haute autorité
l’essor
du
diverses
des
directeur de l’Intérieur,
ces
Chambres
constituaient une sorte d’antenne économique
gouvernement colonial dont elles
prenaient, la plupart du temps, leurs ordres.
Organisme semi-public d’investissements, de
crédit et d’émission fiduciaire apparu dans la
période du Protectorat, la Caisse agricole
n’était
pas
plus indépendante que les
du
Chambres
élues
l’Intérieur
y
légal”.
:
le
même
faisait fonction
directeur
de
de “censeur
Paris, où siégeait le Conseil supérieur des
Colonies, la Polynésie n’était représentée que
de façon dérisoire. Elle figurait dans la 4'""=
Section, celle des “Autres Possessions”, aux
côtés des comptoirs de l’Inde, de Mayotte et
de Diego Suarez. Autant dire qu’elle ne fut
guère favorisée par les décisions de ce conseil,
malgré la présence en cette assemblée
d’Isidore Chessé, le “Père” de l’Annexion, et
d’Henri Mager, délégué de Diego Suarez. Ce
dernier, entré au Conseil en 1892, se battit
durant de longues années pour arracher Tahiti
isolement et défendre
économique.
son
potentiel
politique
coloniale française en Océanie, qu’il estimait
stérile et oppressive,
Henri Mager fut
cependant responsable de l’attention accrue
que le ministère des Colonies porta à la
Polynésie vers la fin du siècle. C’est lui qui,
après une campagne électorale tonitruante à
Tahiti en 1893-1894 (il souhaitait être élu
délégué de la Polynésie au Conseil supérieur
des
Colonies
et
se
présentait contre
Isidore Chessé), soumit un projet de lignes
Adversaire
déclaré
de
la
Métropole dont
plus tard.
C’est lui aussi qui, dans un ouvrage
publié en 1905 (“Vingt-cinq Années de
Politique coloniale”) résumait ainsi les
problèmes de l’administration des colonies
françaises - et cette appréciation s’applique
avec beaucoup de pertinence aux Établisse¬
ments français de l’Océanie à l’époque :
“Nos Colonies ne se sont pas développées - on
commence
enfin
à
voir
leur
alarmante
situation économique et morale - parce qu’il
n’y a pas eu au gouvernail des hommes de
savoir et d’expérience, des hommes aimant les
Colonies et ayant une
but.
claire intelligence du
passé et de ne confier la mise en valeur de nos
d’outre-mer qu’à des hommes
capables d’assumer cette tâche difficile entre
Territoires
A
son
avec
l’autorité coloniale s’inspira quelques années
“Il convient de rompre avec les pratiques du
Une politique coloniale
inconsistante
à
maritimes directes
1880 - 1945
la
toutes.”
Isidore Chessé
(1839-1912), premier
ouverneur civil des
tablissements français
d'Océanie en 1880,
Le pasteur
Charles Viénot
(1838-1903) donne à
l’Église évangélique
un
souffle nouveau,
représente à Paris, de
1887 à 1895, cette
colonie au Conseil
supérieur. Il revient à
Tahiti en 1895 pour
inlassable, il se lance
régler la délicate
question des îles Sous-
les districts de Tahiti et
met fin à sa carrière
océanienne.
également dans la
politique, représentant
de Moorea dont la
le-Vent, mais son échec
population est en
majorité protestante. Il
est avec le chef Tati le
principal adversaire des
"assimilationnistes”,
F. Cardella et V. Raoulx,
représentants de la ville
de Papeete et des colons
européens.
31
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
La guerre
de 1914-1918
et les E.F.O.
Heureusement, un train de mesures a déjà été
pris afin d’assurer la défense de Papeete face
aux
croiseurs allemands qui sillonnent le
Pacifique.
Le gouverneur Fawtier a chargé, dès le 8
En septembre 1914, le port de Papeete est
bombardé
navire allemand et les
E.F.O. se trouvent ainsi projetés dans un
conflit qui a pris naissance et se déroulera à
l’autre bout du monde, auquel cependant ils
vont prendre une part active.
par
un
Les événements de 1914
Privés de liaison T.S.F., les E.F.O. n’ont
connaissance officieusement de la déclaration
de guerre entre l’Allemagne et la France
officielle.
bâtiments
de
Tahiti. Mais là, ils sont accueillis par quelques
de toute agression, Destremeau fait désarmer
unique navire de guerre mouillant à
Papeete, et transporter ses canons sur les
hauteurs de la ville. Par ailleurs, il fait miner
les balises signalant l’entrée de la passe, et
installer des foyers d’incendie dans le dépôt de
charbon. Il se charge également de la mobi¬
lisation de 150 volontaires qui viennent
compléter l’effectif de 40 marins et de
60 soldats dont dispose l’île.
Entre-temps, l’amiral von Spee,
commandant
l’escadre
allemande
flotte ennemie décide de transiter par
confirmation
énormes
la Zélée,
recevoir
la
Gneisenau,
le
11 500 t, se retrouvent le 21 septembre à Bora
Bora, où ils se font passer pour des navires
anglais et se ravitaillent en vivres frais.
Pacifique,
enfin
et
août, le commandant Destremeau de cette
délicate mission. Afin de décourager l’ennemi
qu’une semaine après le début des hostilités.
Ils doivent même attendre le 29 août pour en
E.F.O., qui pourront lui servir de base de
dans ce long périple
transocéanique. C’est ainsi que le Scharnhorst
ravitaillement
Stationnée
décide
aux
du
de
regagner l’Europe.
Carolines en août 1914, la
les
Le
lendemain, ils arrivent
en
vue
de
coups de canons qui marquent la volonté de
nie de se défendre. Dans le même temps,
sautent les amers du chenal d’accès,
rendant
hasardeuse, et d’autant plus
inutile que le feu s’élève du stock de charbon
toute
entrée
convoité.
Dès lors, von Spee décide de continuer sa
route, non sans avoir entrepris de couler la
Zélée. La canonnière est effectivement passée
par le fond, mais les tirs mal ajustés touchent
aussi le quartier du marché, y occasionnant
des
dégâts
importants
et
tuant
deux
personnes.
1913
1914
William
Bataille de la Marne
Bombardement de Papeete
1916
VERDUN
MOBILISATION
1917
Entrée en guerre des États-Unis
1918
Offensives allemandes et contre-attaque alliée
FAWTIER
1915
Envoi de 10 contingents
Révolutions russes
SALONIQUE
Gustave
Boulouris
JULIEN
2ème Bataille de la Marne
GRIPPE ESPAGNOLE
1919
Traité de VERSAILLES
CRISE ÉCONOMIQUE
1920
Le Sixième Contingent,
composéde76 hommes,
pose devant le
photographe avant de
s’embarquer sur le
Moana. Nous sommes
le 6 juin 1916. Entre le
21 janvier 1916 et le
12 juin 1917, dix
contingents, regroupant
près de 1 100 hommes,
quittent les îles pour
participer à la défense
de la Métropole.
Le bombardement de
Papeete touche
sévèrement le quartier
du marché. Une
quarantaine d'obus sont
tirés depuis les
croiseurs allemands
en direction de la Zélée.
Les coups mal ajustés
tombent pour la plupart
sur la ville, occasionnant
d’importants dégâts et
provoquant un incendie
que la population a
beaucoup de mal à
maîtriser.
32
Page de droite, en haut :
Le gouverneur
Gustave Julien arrive à
Tahiti en 1915,
succédant au
gouverneur W. Fawtier.
Efficace et
unanimement apprécié,
il est à l’origine en 1916
de la mobilisation des
Océaniens. Par la suite,
sa
gestion économique
éclairée permet à la
colonie de bien négocier
ces années de guerre.
Il quitte son poste en
avril 1919, après avoir
eu à faire face à la
terrible épidémie de
grippe.
L’ÈRE COLONIALE
Leur œuvre accomplie, les deux croiseurs
rejoignent les autres éléments de leur escadre
aux Marquises, où ils stationnent quelques
jours avant de mettre le cap sur le Chili.
Une vie quotidienne peu affectée
par le conflit
Une fois la silhouette des navires ennemis
l’horizon, la vie quotidienne
reprend ses droits, loin du conflit qui
commence à déchirer l’Europe.
Les liens
avec
la Métropole étant
suspendus par la force des événements, les
E.F.O. entreprennent de resserrer ceux qui les
unissent avec leurs voisins du Pacifique
(Australie, Nouvelle-Zélande, États-Unis). Le
commerce, ainsi, reste prospère, et le budget
disparue
affiche
à
de
forts
Réfection
excédents.
et
publics vont bon train et les aména¬
gements se multiplient : un poste de T.S.F. est
installé à la pointe Vénus, le wharf de Papeete
travaux
et
1880 - 1945
Papetoai sont refaits à neuf, la
celui de
desserte routière du tour de l’île de Tahiti est
sensiblement améliorée...
On n’oublie pas la
autant. Des organismes
Métropole pour
d’entraide sont créés,
telle l’œuvre du “Café du Soldat”, suscitée par
gouverneur G. Julien. Il s’agit ici de
recueillir les dons de café des nombreux plan¬
le
et de les acheminer vers la
Métropole, afin de contribuer à adoucir la
teurs de l’archipel
dure condition des soldats au front.
Mais
cela
d’hommes
en
ne
pas. Beaucoup
combattre désirent
suffit
âge de
participer de façon active à la défense de la
patrie. Ils ne comprennent pas que celle-ci ne
fasse pas appel à eux, et c’est à leurs frais que
certains quittent la colonie pour aller
combattre. Il faut attendre 1916 pour que le
gouverneur Julien obtienne de Paris la mobi¬
lisation des Océaniens, à l’exception des
ressortissants des Marquises et des îles Sous-
qui sont sujets et non citoyens
français. Ceux-ci ne partiront que s’ils se
le-Vent
portent volontaires. Au total, 1 100 soldats
gagnent les théâtres d’opérations européens
entre 1916 et 1917.
Privée d’une partie de ses forces vives, la
connaît alors des difficultés pour
maintenir son activité économique. Le coup
colonie
de grâce lui est porté à peine le conflit terminé
la forme de Vinjluenza, l’épidémie de
grippe espagnole qui, en quelques semaines,
fauche huit fois plus de personnes que la
sous
guerre.
Les “Poilus tahitiens” au front
Incorporés dans le Bataillon mixte du
Pacifique, composé de Tahitiens et de
les premiers contingents se
Boulouris, dans le Var, dès l’été
1916. Le froid est leur principal ennemi, et il
apparaît difficile d’envoyer les Polynésiens se
Calédoniens,
retrouvent à
battre dans le nord ou dans l’est en plein hiver.
Le
bataillon
stationne donc
en
Provence
jusqu’à l’été suivant, époque à laquelle il
monte au front pour être occupé essentielle¬
ment à des travaux de terrassement. Notons
toutefois qu’une centaine de Tahitiens sont
acheminés dès l’automne 1916 dans la région
Carollnes
(Micronésie)
(possessions allemandes). En
fait, l’escadre de l’amiral von
Spee était basée à Kiao“Tchéou, en Chine. Les navires'
-Iles
îles Christmas
27.09-03.10
équateur
éprouvante.
se trouvaient aux Carollnes au
ravitaillement
Le B.M.P. devient unité combattante en
moment du déclenchement du
conflit.
Apia
^
21.09
/
Nlle-Zélande
après
un
deuxième hiver passé à
Boulouris. Envoyé au front dans les environs
JÊk—M 22.09
tropique du Capricorne
île de Pâques
bombardement
de Papeete
La dernière croisière de
i’amirai Von Spee. Le
Scharnhorst et le
Gneisenau étaient
d’énormes bâtiments de
11 500 tonnes, armés de
huit canons de 210 mm
et d’une trentaine de
pièces plus légères. S'ils
avaient de quoi
impressionner la
population de Papeete,
ces
1918,
Bora Bora
ravitaillement
de Salonique, en Grèce, où ils affrontent les
Autrichiens
lors
d’une
campagne
très
navires, entrés en
•*%,12.10
01.11
Co
service en 1907, étaient
pourtant largement
surclassés par les
croiseurs de bataille
anglais qui les
coulèrent dans la
bataille des Falklands.
08.12
le Scharnhorst et le Gneisenau
sont coulés par une escadre
anglaise
!
Coronel
;
i
.
Valparaiso
de Boissons, il participe de façon active à
l’arrêt des dernières offensives ennemies lors
de la seconde Bataille de la Marne, et se joint à
la
contre-offensive
alliée
qui
Allemands à signer l’Armistice.
pousse
les
L’attitude exemplaire des soldats venus
de Polynésie leur vaut une citation à l’ordre de
la lO^™' Armée, citation que l’on peut lire sur
la plaque commémorative placée quai du
Commerce.
A l’heure du bilan, on constate que la
colonie a payé un lourd tribut à la défense de
la Métropole, puisque 300 de ses enfants y ont
laissé la vie. En 1923, est érigé le Monument
aux Morts de l’avenue Bruat, en souvenir de
leur sacrifice.
33
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
Bilan politique de
Deflesselle, Edouard
Ahnne,
Rougier ou Teriiero a
Teriieroiterai, l’un des rares autochtones à
avoir participé au plus haut niveau à la vie
politique locale.
Constant
Emmanuel
Fentre-deux-guerres
Dresser le bilan politique de l’entre-deux-
amène dès l’abord à constater
combien cette période doit à la fin du
guerres
siècle, dont elle est l’héritière directe.
Les points de continuité sont nombreux
effet. On retrouve le même simulacre de
en
démocratie, avec un corps électoral restreint
des
et
assemblées
fantômes.
On
retrouve
également la même pauvreté quantitative du
personnel politique, qui se résume à un groupe
de colons influents assortis de quelques chefs
tahitiens qui jouent le plus souvent le rôle de
doublures. On recherche toujours en vain de
véritables programmes et l’on bute invaria¬
blement
sur
administration,
intestines,
la
rivalité
ou
sur
entre
colons
et
quelques querelles
sein du milieu colonial luimême. Le même esprit demeure donc : celui
au
d’un univers
figé dans ses privilèges et ses
préjugés, quoique volontiers frondeur.
Quelques signes d’évolution cependant
peuvent être soulignés. Ainsi, les luttes
religieuses et la hantise de l’annexion
étrangère (anglo-saxonne) s’atténuent, alors
que le problème chinois prend les devants de
la scène.
écarte d’emblée les Tahitiens qui “n’étaient et
pouvaient être que les aimables figurants
d’un jeu social qui leur échappait”, comme le
souligne avec réalisme E. de Curton, dans
ne
“Tahiti 40”.
Tahiti, ne l’oublions pas, demeure une
colonie, et dans la logique coloniale il ne peut
être question de laisser quelque réel pouvoir
de décision aux autochtones. Ceux-ci sont à
l’évidence beaucoup mieux traités que bien
d’autres peuples de l’Empire. Ils n’en sont pas
moins considérés comme “de grands enfants...
ayant besoin d’être conduits et dirigés”, si l’on
rapport adressé le 13 septembre
1919 par le gouverneur J. Robert au ministre
un
des Colonies.
Les colons et l’administration usent et
abusent de
paternalisme outrancier. Ils
arguent de ce manque de maturité du Tahitien
pour le priver de l’exercice réel de sa citoyen¬
neté. Et il est vrai que les élections muni¬
cipales et, à partir de 1935, les élections aux
Conseils
de
Districts, sont les seules
consultations auxquelles prend part
l’ensemble de la population des îles du Vent,
des Tuamotu et des Marquises. Notons que les
habitants
ce
des
îles
Sous-le-Vent
et
des
Australes, étant sujets et non citoyens, n’y ont
point d’accès.
Échiquier politique restreint également
du fait que les Chinois, en qualité d’étrangers,
privés de droits civiques. La mainmise
européenne. Et encore ! A
l’image de la période précédente, une poignée
seulement d’entre eux, les plus instruits ou les
plus riches, se partagent les pouvoirs que veut
bien leur laisser l’administration. On dégagera
quelques grandes figures de l’époque, tels
sont
demeure donc
34
qui cumulent les responsabilités,
les
polémiques, créent des
journaux, siègent aux assemblées ou frondent
contre l’administration, relèvent tous du
même bord social : celui des privilégiés. Dès
lors, on cherchera en vain un véritable débat
d’idées. Les concepts de droite et de gauche ne
loin s’en faut, le moteur de la vie
sont pas,
politique locale. De même, les oppositions
religieuses n’ont plus la vigueur du siècle passé
et le danger d’une annexion de la colonie
les Anglo-Saxons s’estompe peu à peu.
par
11 ne
l’administration et les
Chinois, deux thèmes sur lesquels les colons
alors
restera
que
font cause commune.
Eace à l’administration, la pomme de
discorde revêt deux aspects : le premier est
d’ordre
politique et le second d’ordre
1919
1922
1923
1924
1925
1926
1927
1928
1929
1930
1931
1932
1933
1934
1935
1936
1937
1938
1939
plan politique, les colons
1920, ils n’ont
aucune représentation valable, tant au niveau
de la Métropole qu’au niveau de la colonie. Ils
réclament, en vain, un siège de député et une
Assemblée élue qui ne soit pas dominée par les
hommes du gouverneur et dispose de réels
pouvoirs.
Sur le plan financier, ils demandent à
avoir droit
de
regard sur les débats
budgétaires et, quant aux dépenses, ils sont
unanimes à dénoncer le nombre trop élevé de
fonctionnaires, dont les rémunérations et les
frais de voyage sont imputés à la colonie.
Politique et finances se mêlent dans deux
affaires qui éclatent à une dizaine d’années
d’intervalle : la manifestation contre le 3.30 en
1921, et, en 1934, la démission des membres
élus
des
Délégations économiques et
financières. On se trouve chaque fois devant
un déficit budgétaire
qu’il faut combler au
plus vite. Doit-on pour cela augmenter les
ou
diminuer les dépenses d’ordre
administratif ? La priorité donnée systéma¬
tiquement par les autorités aux prélèvements
fiscaux ne peut amener que des frictions avec
les élus locaux qui souhaiteraient voir
taxes
CRISE
CC
Manifestation contre le 3,30
O
LU
Z
Mussolini
X
au
ü
LU
Auguste
pouvoir
>
CC
LU
Z
UJ
D.
O
CO
en
O
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CC
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CL
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.
Q.
en
-
Q
E
lU
Z)
ü
Louis
RIVET
LU
H
p.i. THALY
GUEDES
Z
LU
Jocelyn
ROBERT
LU
W
1921
L’échiquier politique est des plus restreints. Il
croit
Ces popa’a
alimentent
1920
L’échiquier politique
en
L’enjeu politique
financier. Sur le
souffrent de n’être rien. En
c:
LU
Louis-Joseph
D
O
BOUGE
2
O
Z
Léonce
O
ü
JORE
■in
LU
CO
Roosevelt
CC
au
O
pouvoir
pouvoir
z
LU
Front populaire
CC
Q
Guerre
CC
sino-jaoonaise
LU
Affaire Kong Ah
Affaire Rougier
2
LU
CO
CO
LU
Mise en place des Délégations éco. et financ.
BOUOHE
Hitler
au
1-
p.i. SOLARI
Michel
MONTAGNE
SAUTOT
CHASTENET de GERY
L’ÉRE COLONIALE
diminuer les crédits alloués à l’administra¬
beaucoup plus complexe et mêler les deux
milieux au sein de clans opposés se livrant à
tion.
Une deuxième source de déstabilisation
des luttes fratricides. Ainsi en est-il de l’affaire
politique dans la colonie doit être
recherchée dans la présence et l’impact
grandissant de la minorité chinoise au sein de
Kong Ah.
de la vie
eux.
Chinois, tout comme
fonctionnaires, font l’unanimité contre
Leur arrivée
en
masse
lors des deux
Les
commerce
de
personnalités locales,
sanctions tombent
en
1935,
avec
des
peines d’emprisonnement et le rappel du
gouverneur. Mais Rougier veut confondre
tous ceux qui ont trempé dans l’affaire et, dans
intérêts matériels, l’administration se montre
ne prend des décrets visant à
mieux contrôler le commerce chinois et à
prudente et
sa
chasse
aux
sorcières, il
se
livre à des
documents
administratifs,
manipulations. Ainsi, il monte, semble-t-il, de
toutes pièces, un attentat contre sa personne et
limiter la spoliation des terres indigènes qu’à
partir de 1934.
détourne
des
provoquant son arrestation et son expulsion.
En fait, lorsque éclate la Seconde Guerre
mondiale, les E.F.O. ont à peine refermé les
cicatrices laissées par les séquelles de cette
L’affaire Kong Ah
Les dissensions au sein du monde popa’a ne se
résument pas seulement à la rivalité colonsLe
maison de
hautes
grands mouvements de 1907-1914 et de 19211928 déclenche la colère du milieu colonial qui
voit le commerce local lui échapper et prend
peur pour ses intérêts fonciers. Des mesures de
ségrégation sont alors réclamées à cor et à cri.
Consciente de l’acuité d’un problème dans
lequel se mêlent sentiments xénophobes et
administration.
A la faveur de la liquidation judiciaire de
Papeete, de
proches du
gouverneur
Montagné, se livrent à
d’importants détournements de fonds. Or,
beaucoup sont liées à la franc-maçonnerie, et
sont une proie rêvée pour la droite cléricale,
emmenée par Emmanuel Rougier(le neveu du
grand Rougier), le Président des Délégations.
cette
l’économie locale. Les
les
1880 - 1945
déchirement
Constant Deflesselle
peut être
(1872-1933). Ancien
officier de marine, il
pénible affaire et de ses retombées, qui les ont
secoués pendant cinq longues années.
s’installe comme colon
Edouard Ahnne
(1867-1945). Arrivé à
Tahiti en 1892 comme
missionnaire de la
Société évangélique de
Paris, il est nommé
directeur de i’école
protestante de garçons
en 1903, fonction qu’il
occupe jusqu'à sa
retraite, en 1935. Il est
par ailleurs
conservateur du Musée
de Papeete, président’de
la Société des Études
océaniennes, membre
à Mahina au début du
siècle. Il est plusieurs
fois élu président de la
Chambre d’Agriculture,
d’Administration, puis
puis du Syndicat
agricole qu’il contribue
président de la Caisse
agricole et de la
difficile, cet esprit
frondeur s’en prend
du Conseil
du Conseil privé,
Chambre
d’Agriculture... En 1940,
il est un des instigateurs
du ralliement à la France
Libre.
à fonder. D'un caractère
Ci-dessous :
L’affaire dite du 3.30. Le
31 août 1921, les
manifestants se
rassemblent devant les
murs de la résidence
du gouverneur. Ils
violemment à
s’opposent à
l’augmentation du droit
sur les importations et à
colonnes de son journal,
L'Echo de Tahiti.
3,30% sur le chiffre
d’affaires, décidées par
l’administration, en
particulier dans les
la création d’une taxe de
le gouverneur Guédès
afin de combler le
déficit de la colonie.
Conscient de
l’impopularité de ces
mesures, le gouverneur
abandonne son projet
et pense s’orienter vers
des économies
administratives. Il est
alors rappelé par Paris.
Page de gauche :
Le gouverneur
Michel-Lucien
Montagné et son
Conseil privé, en
octobre 1934, au
moment de l’affaire
Kong Ah. On reconnaît,
de gauche a droite ;
F. Hervé (administrateur
des Tuamotu),
E. Charlier,
A. Leboucher
(secrétaire général), le
gouverneur Montagné,
L. Goguillot (chef du
Service judiciaire),
A. Hervé (président de la
Chambre de Commerce,
liquidateur indélicat de
et le
l’affaire Kong Ah)
docteur Morin
(médecin-chef). Le
Conseil privé, qui
détient l’éssentiel des
pouvoirs, est aux mains
du gouverneur. Il est en
effet composé du
secrétaire général, des
chefs du Service
judiciaire .et du Service
de l’Enregistrement, et
de trois notabies
nommés par le
gouverneur.
35
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
La France Libre
Polynésie
en
Par
ailleurs, de
nouveaux
débouchés
trouvés pour les
produits locaux
(voir pp. 122-123) et, lorsque vient l’heure du
bilan, on s’aperçoit que le niveau de vie de la
Polynésie s’est sensiblement amélioré pendant
le conflit. Il faut dire que l’archipel n’a
pas
connu d’opération militaire sur son sol. Et
pourtant, on n’en a pas été loin en 1942.
Devant l’avancée japonaise dans le sud
du Pacifique, les Américains décident en effet
sont
Le Pacifique est déjà secoué depuis deux
par l’agression japonaise en Chine
lorsque, le 3 septembre 1939, la France déclare
la guerre à l’Allemagne. Ce nouveau conflit,
plus mondial que le précédent, va davantage
concerner la colonie, même si, à l’heure du
bilan, il y aura fait trois fois moins de victimes.
ans
Le ralliement à la France Libre
Dès le début des hostilités, les E.F.O. sont mis
en
de la population en denrées de première néces¬
sité.
d’installer une base arrière à Bora Bora. Dès
février 1942, ils envoient dans l’île 5 000 sol¬
dats, et construisent en cinq mois une piste
d’atterrissage longue de 2 000 mètres. La
l’autorité du capitaine Broche. 11 faut dire que
la France ne manifeste pas le désir d’utiliser
des soldats venus de si loin. De rares métro¬
mère-patrie à leurs propres frais, tel
Noël llari, que l’armistice surprend au combat
Libre, le 2 septembre, l’enrôlement d’un corps
expéditionnaire de 300 hommes est organisé.
Avec les Calédoniens et les Néo-Hébridais, les
soldats tahitiens forment bientôt le C Batail-
FRANCE EN GUERRE
1940
plonge les E.F.O.
dans l’expectative. En effet, les Tahitiens en
bloc, ainsi que quelques popa’a, admettent
difficilement cette défaite, alors qu’ils n’ont
pas combattu et que l’archipel n’a pas été
envahi. L’appel du 18 juin rencontre ainsi un
écho très favorable auprès de ces personnes
qui fondent le Comité France Libre, alors que
les “Vichystes”, de leur côté, créent le Comité
des Français d’Océanie. Querelle d’idées...
querelle de clans... Le fait est que le
2 septembre 1940, les gaullistes, emmenés par
MM. de Curton, Gilbert, Sénac et Ahnne,
obligent le gouverneur Chastenet de Géry à se
démettre de
ses
alors
premiers maillons de l’Empire
un
des
fonctions. Les E.F.O. sont
français à rallier la France Libre.
Mais, très vite, de Curton, qui a pris en
charge les destinées de la colonie, est accusé de
dictature partisane. Certains n’approuvent
pas les mesures qu’il prend à l’encontre de
divers intérêts locaux, sous prétexte de
l’économie de guerre. Ils suscitent alors
l’inspection du gouverneur général Brunot,
qui ne fait qu’envenimer, par ses décisions
arbitraires, une situation déjà fort délicate
(juin 1941). Il faudra attendre le mois de
septembre 1941 pour que le calme revienne, à
la suite de la mission du haut-commissaire de
France
dans
le
Pacifique, Thierry
d’Argenlieu. Celui-ci installe à Papeete un de
ses
collaborateurs, le lieutenant-colonel
Georges Orselli, qui reste en poste jusqu’à la
fin des hostilités.
1941-1945 : économie de guerre
et Américains à Bora Bora
nouveau
gouverneur est un
homme à
poigne. Après avoir réduit toute forme
d’opposition, il continue en fait, mais avec
plus de discernement, l’œuvre entamée par de
Curton.
La
vie du pays est dominée par
l’économie de guerre, dont le symbole est le
Service de Ravitaillement, chargé d’éviter la
spéculation et d’assurer l’approvisionnement
CHASTENET de GERY
Bataille d'Angleterre
MANSARD
RALLIEMENT
1941
1942
de CURTON
Richard
LU
O
Midway
El Alameln
BRUNOT
D
Pearl Harbour
sud de la Loire.
L’arrêt des hostilités
36
Dès le ralliement de la colonie à la France
1939
politains décident cependant de regagner la
Le
L’épopée du Bataillon
du Pacifique
état de mobilisation, mais sur les 5 000 ré¬
servistes qu’ils peuvent fournir, 207 hommes
seulement suivent l’instruction militaire, sous
au
présence américaine a entraîné de profondes
perturbations dans la vie quotidienne locale.
Toutefois, la base ne servit jamais puisqu’en
mai 1942, l’engagement de la mer de Corail
stoppa net l’avancée japonaise dans le
Pacifique Sud.
BIR HAKEIM
Stalingrad
1943
TUNISIE
Georges
ORSELLI
1944
Débarquement en Normandie
ITALIE
PROVENCE
LIBÉRATION
1945
1946
Hiroshima
ARMISTICE
J.-C. HAUMANT
L'ÈRE COLONIALE
Bir Hakeim est considéré
qui, aux ordres du
rejoint le ProcheOrient le 31 juillet 1941.
Après six mois de préparation en
Palestine., en Syrie et au Liban, le Bataillon est
incorporé dans la P''' Division française Libre
du général Koenig et descend sur Le Caire.
Très vite, c’est le baptême du feu face aux
Italiens, puis aux Allemands. En mai 1941, il
contre-offensive.
que coûte l’avancée de Rommel dans la région
de Bir Hakeim. Les Français résistent bien et
débarquement de Provence et les violents
Ion
du
Pacifique
Broche,
commandant
est demandé à la
P'''^ D.F.L. de ralentir coûte
retardent suffisamment l’ennemi pour que la
Viiieme Armée anglaise de Montgomery, alors
en
déroute, puisse se reprendre et organiser la
les historiens comme le tournant de la
guerre du désert. Le Bataillon du Pacifique s’y
est couvert de gloire, mais y a perdu de
nombreux hommes, ainsi que ses deux chefs,
le colonel Broche et le commandant Savey.
On retrouve plus tard les Volontaires
tahitiens en Tunisie, puis dans le sud de
l’Italie, où ils livrent de violents combats dans
par
environs
les
du
Monte
Cassino.
Le
combats qui suivent permettent à nouveau au
Bataillon de s’illustrer, notamment en libérant
Hyères. D’autres accrochages très meurtriers
lieu dans le Jura, avant que les Tahitiens
ont
1880- 1945
soient enfin relevés par des F.F.L, en
octobre 1944, après trois années de campagne
ne
au cours
la mort.
desquelles 80 d’entre eux ont trouvé
Cette épopée hors du commun, à laquelle
ont essentiellement participé des
Polynésiens,
doit être considérée comme un bel exemple de
patriotisme des populations autochtones.
On serait incomplet si l’on omettait de
signaler que d’autres combattants des E.F.O.
ont participé à la défense de la Métropole, sur
mer (à bord du Triomphant, du Chevreuil et
du Cap des Palmes) et dans les airs ; huit
marins et quatre aviateurs l’ont payé de leur
vie.
Le haut-commissaire
Thierry d’Argenlieu
passe en revue un
détachement de soldats
tahitiens lors de son
arrivée à Tahiti, ie
23 septembre 1941. Les
soldats du Bataillon du
Pacifique, partis depuis
Page de gauche, en bas :
Des hydravions
américains à Bora Bora.
En attendant la
construction d'une piste
asphaltée (janvier-avril
1943), les Américains
Tnstallèrent à Bora Bora
une
hydrobase pouvant
accueillir quinze
appareils.' Afin de
protéger ces derniers, ils
le 21 avril, se trouvent
alors au Proche-Orient
et se préparent pour les
durs combats qui les
attendent en Egypte et
en
Libye. A l’intérieur de
la colonie toutefois, les
problèmes se sont
accumulés sous le
gouvernement de
Richard Brunot.
construisirent un vaste
hangar sous la
cocoteraie. Bora Bora
servit à la fois de base de
ravitaillement en
carburant et de centre
de repos pour les
combattants.
itinéraire suivi en temps de guerre
Carte des mouvements
du Bataillon du
Pacifique. De Port
PARIS ■.
Tewfik à Marseille
Luxeulj
(1941-1946), les 300
volontaires polynésiens
(21.10.44)
JURA
Saintes
L
participent à quelques-
fi/TTtesqiostilités pour
uns des plus violents
combats qui opposent
les Alliés aux puissances
de l’Axe : Lybie, Italie,
Provence.
jLXe contingenj-tehitien
itinéraire suivi
après la relève
et en temps de paix
principaux accrochages
iliano
ROME
(4.06)
Latakie'
SYRIE
PALESTINE
Tobrouk
Soloum
El Alamei
JORDANIE
BM HAKEl
ALGÉRIE
TRIPOLITAINE
(141(02-11.06.
■■
LE CAIRE
N
(2.06.42 puis oct. 42)
LIBYE
37
LA FRANCE EN
POLYNÉSIE
La tyrannie
administrative :
par d’obscurs commissaires de marine. Dans
le même temps, le personnel mis à la disposi¬
tion des gouverneurs était sensiblement réduit
et
le poids
que
des institutions
cessé de se renforcer en Polynésie, et les deux
n’ont
guère modifié les
institutions politiques de la colonie, si ce n’est
dans le sens d’une évolution que l’on percevait
déjà à l’époque du Protectorat(1842-1880), et
devenue simplement plus visible : une
administration coloniale ayant considéra¬
blement accru son pouvoir, son emprise, sur la
société polynésienne comme sur les colons
européens et leurs descendants. Face au
représentant de Paris, le tout-puissant
institution locale n’est
capable d’exercer le moindre contrepoids.
gouverneur,
aucune
Les gouverneurs
La
France
ayant
choisi
une
politique
d’administration directe pour ses colonies, il
lui fallut créer un corps de fonctionnaires
spécialisés
la gestion des territoires
Cela demanda de longues
pour
d’Outre-Mer.
les bâtiments de la Station Navale se
années. En fait, durant tout le Protectorat,
l’officier de marine fut l’administrateur par
excellence de Tahiti et de ses dépendances.
Mais si, les premières années (1840-1860), des
français
prenait de l’ampleur, fit que les Jeunes et
brillants capitaines de vaisseau partaient pour
le Tonkin et n’étaient remplacés à Papeete que
Notons
nistration civile.
ainsi que l’on envoya des fonctionnaires ayant
Avec l’annexion
en
1880, on estima en
effet que le temps des officiers de marine était
révolu
cadres
:
des fonctionnaires
militaires,
non
remplacèrent les
sans
friction,
l’administration coloniale demeurant truffée
de soldats et de marins. Quels furent les
Etienne-ThéodoreMondésir Lacascade
(1841-1906) et les
principaux
fonctionnaires de son
administration.
Gouverneur de 1886 à
1893, ii détient le record
de durée à ce poste.
Homme intègre,
capable, il parvient à
bâtir un plan à long
terme que,
contrairement à ses
malheureux
prédécesseurs, aux
séjours trop brefs, il peut
mener
à bien.
Les médecins de
l’hôpital militaire sont
démographique de la
colonie. Dans les
archipels, les médecins
assurent également les
fonctions
d’administrateur et de
juge.
Au-dessous :
L’uniforme colonial,
casque, pantalon blanc
et bottes d'équitation :
les fonctionnaires ont
fière allure, mais seuls
les cadres de haut
niveau mènent une
existence agréable.
Gustave-PierreThéodore Gallet
(1850-1926) est le
symbole de cette
administration coloniale
qui entend briser les
particularismes locaux.
Que ce soit en NouvelleCalédonie (1877) ou aux
îles Sous-le-Vent (1897),
il mène une politique
brutale.
Léonce Jore en tenue
d'apparat. Gouverneur
de 1929 à 1932, il
s'attacha à entourer sa
fonction du décorum
qu'il estimait nécessaire
pour le premier
personnage des E.F.O.
38
tempéraments.
à des personnalités exceptionnelles, mais bien
les fonctionnaires les
moins décriés de
l'administration
coloniale, contribuant
sans aucun doute à la
stabilisation
colonial
de
le Protectorat devenait-il pratiquement
impossible à gérer lors du passage à l’admi¬
mesure
domaine
infinie
sous
Page de droite :
le
variété
d’emblée que, comme Tahiti était une colonie
hommes de tout premier plan furent envoyés,
la perte d’importance de Tahiti, dans la
où
que
leur formation, leur
personnalité, leur ambition présentaient une
d’autant
faisaient rares, rendant les communications
interinsulaires difficiles. Dès lors, le système
ultra-centralisateur mis en place par la Marine
De 1880 à 1945, la présence française n’a
conflits mondiaux
devenait notoirement insuffisant, d’autant
appelés à diriger la colonie ? Ils
hommes
furent pour le moins de qualité très inégale,
modeste ne nécessitant que des gouverneurs
de troisième classe, le poste n’était pas attribué
plutôt à des hommes en fin de carrière. C’est
laborieusement franchi tous les échelons de
l’administration et pour qui ce poste était le
couronnement de leur carrière, des hommes
politiques
(anciens députés comme
E. Lacascade, P. Papinaud, P. Jullien) remer¬
ciés de leurs services antérieurs par un poste
L’ÉRE COLONIALE
outre-mer. Quelques arrivistes, sûrs de leurs
appuis politiques parisiens, complètent le
tableau. Après 1914, les gouverneurs furent
d’une qualité supérieure, mieux formés par un
passage à l’École coloniale (G. Julien,
L. Rivet, L. Jore, M. Montagné). On le voit,
l’éventail est large, d’autant que “la valse des
gouverneurs” demeura une constante pour
toute cette époque. Ainsi, de 1870 à 1914, les
gouverneurs ne restèrent en moyenne qu’un
dans la colonie. Cet état de fait n’échap¬
pait pas au ministère puisque, dès 1914,
l’inspecteur des Colonies Revel écrivit : “les
gouverneurs établissent des budgets à la hâte,
an
veulent réaliser des réformes insuffisamment
étudiées..., procédés dont la succession a des
conséquences les plus regrettables sur l’emploi
des deniers publics”.
Car, paradoxalement, c’est
au gouver¬
neur, si mal préparé qu’il soit, et connaissant si
peu le pays et ses habitants, que revient la
charge de tout diriger : il est le chef de tous les
services publics locaux, ce qui exige qu’il soit
un juriste confirmé, financier habile et surtout
bon comptable, quelque peu ingénieur, et
excellent rédacteur, car ses dossiers envoyés
au ministère
sont le plus souvent la seule
source d’information du
gouvernement. Mais
le premier personnage de la colonie, point de
mire de tous les regards, entouré dès son
arrivée d’un cérémonial Jugé fastueux, est
d’abord un homme isolé, sans liens avec la
population polynésienne (excepté lors de
quelques gigantesques tama’ara’a), ignorant
la communauté chinoise, et se méfiant des
coteries des côlons qu’il se garde de
fréquenter. Il doit donc se reposer tout entier
sur son
administration.
Cette administration coloniale si décriée, si
haïe même par les colons, est difficile à cerner,
mais elle n’est certainement pas ce monstre
monolithique si souvent dénoncé. La pre¬
mière question, tant de fois soulevée, con¬
cerne
le nombre de fonctionnaires
en
poste
dans la colonie. L’état nominatif du personnel
administratif montre que, en
ne demeurant dans la colonie
guère plus que le
gouverneur. Or, la loi des finances du 13 avril
1900 fait incomber à la colonie toutes les
dépenses de transfert qui s’avèrent ruineuses.
Les émoluments de ces cadres (qui en 1914
sont de l’ordre de
10 à 30 000 francs)
exaspèrent encore les colons mais aussi les
cadres subalternes et les employés recrutés
dans la colonie. En effet, gendarmes, marins et
soldats disparaissant assez vite de la colonie,
on fait
appel à un personnel civil local, à tel
point d’ailleurs que l’administration est de
loin le premier employeur. Peu de Polyné¬
siens font carrière dans “les bureaux”, bien
que l’enseignement primaire, l’interprétariat,
les postes soient largement occupés par eux.
Par contre, les colons européens et leurs
descendants
peuplent littéralement les
services administratifs. Mais ce personnel
subalterne, “recruté au hasard des aventures”,
est
L’administration coloniale
1914, 300 em¬
ployés sont recensés comme tels. Ce nombre
s’accroît encore légèrement dans les années 30,
dans la mesure où les instituteurs, les postiers,
augmentent de façon notable. Ce chiffre est
élevé, et ce d’autant plus que la majorité des
fonctionnaires métropolitains
résident à
Papeete, au sein de l’administration centrale.
Car en fait, le problème soulevé par les colons
concerne une poignée de cadres, de très haut
niveau, venus de France à grands frais, mais
1880 - 1945
d’un niveau souvent médiocre. Il est vrai
que les conditions de vie sont peu séduisantes :
les salaires très faibles n’attirent guère l’élite de
la colonie. On doit même instituer des
indemnités pour cherté de la vie à certaines
époques
pour
les employés
comme
pour
certains cadres. Ne pouvant participer à “la
vie mondaine” de Papeete, contraints par leur
devoir de réserve à s’éloigner des colons,
jalousant les prérogatives des hauts fonction¬
naires, les employés locaux, partagés entre le
bureau et le Cercle, vivent en vase clos, ce qui
n’est pas sans danger : les querelles de
personnes enveniment autant l’administration
que les colons.
du
Impréparation, mauvaise connaissance
milieu, personnel souvent médiocre,
l’administration coloniale en Polynésie est
loin d’être à la hauteur de sa tâche : et
pourtant, son rôle ne cesse de croître.
39
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
La représentation politique
siècle, l’unification des
Établissements français d’Océanie est enfin
réalisée sur le plan administratif, mais dans le
sens d’une profonde centralisation. En effet,
alors que le décret du 10 août 1899 considérait
les
archipels comme des établissements
distincts, tant sur le plan financier qu’admi¬
nistratif, celui du 19 mai 1903 établit que les
archipels “forment avec les îles de Tahiti et de
Moorea une colonie homogène placée sous la
haute autorité du gouverneur” (article 1).
Celui-ci dispose, dans chaque groupe d’îles,
d’un administrateur qui est son représentant
direct, qui ne relève que de lui et qui dispose de
Au
tournant
du
pouvoirs très étendus.
Cette
année
même
1903
voit
la
suppression du Conseil général, ce qui fait que
seul
subsiste
le
Conseil
d’Administration.
C’est désormais en son sein qu’ont lieu toutes
les discussions. Mais sa composition montre
combien il est tout entier entre les mains du
gouverneur : pas moins de huit fonctionnaires
font face à trois notables élus, à savoir les
présidents des Chambres d’Agriculture et de
Commerce et le maire de Papeete (la
municipalité ayant été créée en 1890). Encore
que le 24 mai 1912, les quatre administrateurs
des archipels ne furent plus convoqués. La
lecture des procès verbaux du Conseil
d’Administration montre que toutes les
questions, étaient abordées et discutées
âprement. Mais, organisme purement consul¬
tatif, le Conseil ne donne qu’un avis sur le
budget de la colonie, rendu exécutoire par le
seul gouverneur.
Il est clair que Polynésiens et colons sont
totalement exclus de la bonne marche de la
colonie.
Jusqu’à
la
Première
Guerre
mondiale, ils n’ont guère les moyens de
protester efficacement contre l’omniprésence
administrative. Au lendemain de la guerre,
tant lors de la manifestation du 31 août 1921
La demeure
l’administrateur
des îles Ma.fquisés.' '
L'administràtiûn de^
.
«
archipels fut sabrifie'éau
profit des seulesitès dij
Vent. Un
personrpl
médioore, mal préparé •
à sa tâche, remplace.,
à partir des an'qées
1860-1870, les Dt;il1ants
officiers de marirte du Protectorat.
40
lors de la campagne pour l’élection du
Délégué au Conseil supérieur des Colonies de
1928, les critiques les plus vives sont lancées
que
dans la colonie contre l’administration. Mais
c’est finalement de Paris que vient la décision
exigences des habitants des
E.E.O. : le ministre des Colonies, A. Sarraut,
institue par les décrets du D'' et du 13 octobre
1932 les Délégations économiques et finan¬
cières. Polynésiens et Européens y sont
représentés, puisque siègent à la fois trois
membres des Conseils de Districts de Tahiti,
Moorea et Tuamotu, et sept membres élus,
soit dans les Chambres d’Agriculture ou de
Commerce, soit dans les commissions
municipales de Papeete ou d’Uturoa (la mairie
de cette ville est créée en 1945). Enfin, leurs
administrateurs respectifs siègent pour les
archipels non représentés. Élus pour 4 ans, les
représentants se réunissent en une seule
session ordinaire annuelle, pour 20 jours
maximum. Le rôle des Délégations est de
délibérer sur le budget local et les budgets
annexes, à l’exception des dépenses obliga¬
toires, qu’elles ne sauraient modifier. Dès
septembre 1934, tous les membres
d’accéder
la suppression par le gouverneur des mesures
qu’ils proposaient pour améliorer le budget
Délégations ne constituèrent donc
qu’un simulacre de représentation ; la lecture
local. Ces
de l’article 16 est d’ailleurs édifiante : “Toute
discussion, tout voeu, tout acte... ayant une
portée politique ou contenant un blâme à
l’adresse du gouvernement ou de ses agents
nommément désignés, ainsi qu’à l’adresse des
membres du Parlement sont interdits, nuis et
sans
ET FINANCIÈRES
Composées de
A
aux
démissionnent en bloc pour protester contre
ÉCONOMIQUES
LES DÉLÉGATIONS
13 membres
^
6 membres
de droit
7 membres
élus
un
le Maire de Papeete
représentant de la
(G. Bambridge)
Chambre de Commerce
(H. Bodin)
un
le Président de la
représentant de la
Chambre de Commerce
Chambre d'Agriculture
(J. Quesnot)
(Anahoa a Tavae)
un
représentant du Conseil
municipal de Papeete
(Clément Coppenrath)
un
un
le Président de la
Chambre d'Agriculture
(Ph. Michel!)
représentant du Conseil
municipal d’Uturoa
(Clément de Balmann)
l'Administrateur des
représentant des Conseils
l'Administrateur des
Gambier
îles Sous-le-Vent
(Dr. Le Gall)
de Districts de Tahiti
(Teriiero a Teriieroiterai)
un
représentant des Conseils
l'Administrateur des
de Districts de Moorea
(Teriitauairohotu a Mataitai)
un
Marquises
(Dr. Benoît)
représentant des Conseils
de Districts des Tuamotu
(Célestin Roua a Fiu)
■
,
vote des dépenses
budget local
(1/10 du budget total)
facultatives du
,une
session par an
Président : H. Bodin
Vice-Président : J. Quesnot
Secrétaire : Cl. Coppenrath
effets”.
En fait, les décisions sont toujours prises
par le gouverneur, mais cette fois au sein du
Conseil privé, les décrets de 1932 qui
abolissaient
le
rétablissant aussi
Conseil
un
d’Administration
Conseil privé composé
des mêmes sept membres de droit.
Ce tableau présente la
première assemblée,
inaugurée par le
gouverneur Montagné le
25 septembre 1833. Les
noms entre parenthèses
sont ceux des premiers
délégués. Mais, dès
1834, tous les membres
démissionnent pour
protester contre le
manque de pouvoirs de
rassemblée.
3 Vers l’Autonomie interne
1945-1960
A français
la veille ded’Océanie
la Seconde disposent
Guerre mondiale,et on àconstate
les Établissements
l’image que
de toutes
les colonies
ne
pas,
ce
françaises, exception faite de l’Algérie, d’institutions démocratiques. Durant ieconflit,
on assiste même au renforcement des pouvoirs du gouverneur, au nom des impératifs
de guerre. Jusqu’en 1945, ne domine encore que l’antagonisme séculaire des colons
européens fixés à Papeete et de l’administration coloniale, qui se refuse à tout partage
des responsabilités.
Si le conflit mondial ne laisse pas de traces visibles dans les E.F.O., il marque
toutefois le début d’une ère nouvelle pour la Polynésie. Tahiti et les archipels
connaissent une profonde évolution dans l’immédiat après-guerre. Cela se discerne
au changement de statut, certes, mais surtout à l’éveil des masses polynésiennes à la
vie politique. C’est là le trait caractéristique de cette époque. L’après-guerre signifie
tout d’abord l’établissement du suffrage universel complet dans les E.F.O. Le peuple
polynésien est appelé à donner son avis, à choisir ses représentants. Des partis se
créent et, à leur suite, toute une vie associative et syndicale. Le jeu politique s’en trouve
considérablement modifié, n’étant plus confiné aux seuls clans de colons européens
de Papeete.
Vient encore s’ajouter, avec le retour des combattants du Bataillon du Pacifique,
une prise de conscience des divisions sociales au sein de la colonie. A la rivalité
colons-administration se superpose celle des colons et des Polynésiens, telle que la
perçoit Pouvanaa a Oopa. En préconisant la défense des intérêts des Polynésiens, le
grand “leader” va permettre, pour la première fois, aux habitants des districts et des
archipels, d’émettre leurs propres revendications. Avec ferveur, l’électorat polynésien
se “donne” au metua, et lui confie en quelque sorte un chèque en blanc.
Mais l’aventure de Pouvanaa a Oopa, et de son parti, le Rassemblement
démocratique des Populations polynésiennes (R.D.P.T.), se termine par un échec. Les
grandes revendications du mefua n’ont pas abouti. A l’heure du choix institutionnel, on
assiste en fait à une régression, marquée par le retour en force de l’influence de
l’administration.
L’évolution a-t-elle été trop rapide ? Éveil politique ne signifie pas forcément prise
politique. Les dirigeants polynésiens font le dur apprentissage de la
gestion d’un Territoire. De ces années décisives, mais troublées, sortira la Polynésie
française d’aujourd’hui.
de conscience
La colonie
de l’Empire devient
membre de
rUnion française
La
guerre de 1939-1945
à amorcer de par
a largement
le monde le
processus de décolonisation. La France ellemême, dès la conférence de Brazzaville
(janvier 1944), semble disposée à adopter une
attitude plus souple à l’égard de son Empire.
contribué
Les E.F.O. sont naturellement concernés par
cette libéralisation.
Signes avant-coureurs
Le F'' août 1943, le médecin-capitaine Rollin,
qui a servi aux E.F.O., adresse aux autorités
de la France Libre un rapport qui ne manque
pas de bon sens. IL y souligne en premier lieu
la
nécessité
autonomie
de
donner
à
administrative
la
colonie
“sans
une
porter
préjudice aux intérêts français”. Il convient,
poursuit-il, d’accorder à tous les sujets'
français d’Océanie la qualité de citoyens
français (réservée jusqu’alors aux seuls
Océaniens relevant des anciennes possessions
des Pômare). De même, il pense qu’il est
nécessaire de procéder à des élections à un
Conseil général qui aurait pour attribution de
discuter le budget en session régulière.
Le général
de Gaulle
passe en revue un
détachement du
Bataillon du Pacifique,
ii est accompagné du
générai Legentilhomme,
du capitaine Hervé et du
ministre Diethelm. En
contribuant à la
libération de la
Métropole, les E.F.O.
ainsi que la plupart des
possessions de l’Empire
ont poussé le
gouvernement français
à modifier le statut de
ses colonies.
41
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
Ces
dans la
mesures
mesure
apparaissent nécessaires
où, comme l’explique Rollin
dans un rapport antérieur (du 20 août
1942),
“il est à envisager que la population indigène
tahitienne réclame, après cette guerre, son
indépendance sous le protectorat de la
Nouvelle-Zélande, la grande sœur maorie,
voisine et amie”.
Cette démarche est le reflet d’un état
d’esprit général qui prend forme d’une façon
plus officielle avec le rapport que Edouard
Ahnne et Robert Charron, au nom du Conseil
privé, envoient le 10 février 1944 au gouver¬
nement
de la France Libre.
Les deux conseillers privés y dénoncent le
fait que “le Gouverneur centralise entre ses
mains plus de pouvoirs que n’en saurait
réclamer le dictateur le
plus exigeant”. Ils
déplorent également le rôle dérisoire joué par
les
Délégations économiques et financières.
PRÉSIDENT
DU
CONSEIL
ainsi que par le Conseil privé, et réclament en
conséquence le rétablissement de ce fameux
Conseil général supprimé en 1903. En dernier
lieu, ils souhaitent que “tous les habitants de
nos îles puissent jouir librement de tous les
droits
politiques et civils des citoyens
français”.
La
réponse de René Pleven, alors
commissaire
Colonies, est encoura¬
geante à plus d’un égard. Le ministre évoque
la conférence de Brazzaville et parle de décen¬
tralisation, ainsi que d’association des
représentants élus de la population à l’œuvre
S’il
opposé au
rétablissement du Conseil général, il est par
contre
favorable au
remplacement des
Délégations “par une assemblée ayant une
assiette populaire plus large”. 11 est d’accord
pour abroger l’indigénat et accepte de
proposer au gouvernement de la République
ses
les originaires des E.F.O.”.
Nous
sommes
le 23 mai
1944, et
ces
propositions émanent du Gouvernement
provisoire de la République française d’Alger.
Seront-elles suivies d’effet lorsque, l’ennemi
vaincu, la Métropole retrouvera le fonction¬
nement normal
de ses institutions ?
aux
administrative.
choisit
“d’accorder le statut de citoyen français à tous
se
montre
MINISTRES
dont le
Premières élections
La
paix revenue, la France va effectivement
respecter la plupart de ses engagements. Le
sort des E.L.O. se trouve, en fait, lié à celui de
l’ensemble de l’Empire français, transformé en
Union
française par le truchement de la
constitution de la IV' République. On ne parle
désormais plus de colonies, mais de Dépar¬
tements d’Outre-Mer, de Territoires d’Outre-
MINISTRE DE LA
nomme
le
FRANCE D’OUTRE¬
MER
désigne
le
GOUVERNEUR
PRÉSIDENT
DE LA
Chef du Territoire
préside le
RÉPUBLIQUE
Domaines de
compétence nationale
(défense ; relations
extérieures ; justice ...)
ASSEMBLÉE
NATIONALE
(627 élus, pour 5 ans,
dont 42 Outre-Mer)
1
CD
Q
CD
Dépenses
obligatoires
Dépenses
facultatives
'
,
PCEOOXNUCTLVRUSLIRIEF
SIMPLE
La Constitution de 1946 et son incidence
sur
42
ies institutions iocales.
VERS L’AUTONOMIE INTERNE 1945-1960
Mer et d’Etats associés. Les E.F.O., pour leur
part, ont reçu le statut de Territoire d’OutreMer.
La
de
changement du
provisoire se manifeste dès
1945, avec la décision d’élargir la nationalité
volonté
Gouvernement
française
aux
îles
Sous-le-Vent,
aux
Marquises et aux Australes, qui n’en béné¬
ficiaient pas encore, pour les raisons évoquées
plus haut. La seule ombre au tableau concerne
la forte minorité chinoise, encore considérée
comme étrangère, mais que les élus locaux se
sont bien gardés de défendre auprès des
instances métropolitaines.
Pour les citoyens,
anciens et nouveaux,
les rendez-vous électoraux ne manquent pas
1945-1946, puisqu’ils doivent envoyer un
représentant à la première Assemblée consti¬
tuante (21 octobre 1945
: Charles Vernier),
puis à la deuxième (9 juin 1946 ; Georges
en
Ahnne), participer au référendum sur la
constitution, et élire enfin des délégués à
l’Assemblée représentative qui remplace les
Délégations.
Les
sont
bases de cette nouvelle assemblée
définies
dès
le
31
août
1945, mais
quelques retouches seront apportées au texte
initial en 1946, pour donner la version
définitive.
des sessions, d’expédier les affaires courantes,
le contrôle du gouverneur.
sous
En cas de
conflit entre les deux parties, une session
extraordinaire peut être convoquée.
Les
compétences de l’Assemblée
représentative sont plus étendues que ne
l’étaient celles des Délégations. Cependant,
Joseph Quesnot, son premier président,
constate dans son allocution d’ouverture que
“les attributions du Conseil général (jusqu’en
L’Assemblée représentative
L’Assemblée représentative est composée de
vingt membres, élus au scrutin de liste à un
tour pour une durée de cinq ans. Elle se réunit
deux fois par an en sessions ordinaires, en
mars-avril (session administrative) et en
juillet-août (session budgétaire). Une
Commission permanente, composée de trois à
cinq membres, est chargée, dans l’intervalle
1903) et du Conseil d’Administration (19031932) étaient sensiblement les mêmes que
celles de l’Assemblée représentative”.
le
11 est vrai que le budget reste préparé par
en Conseil privé, et qu’il
des dépenses obligatoires,
gouverneur
comporte
concernant
le
fonctionnement
de
essentiellement, sur
lesquelles l’Assemblée n’a aucun droit de
regard. Celle-ci n’a que la possibilité de
délibérer sur les dépenses facultatives et sur les
l’administration
affaires intérieures de l’archipel.
Ce qui change en fait par rapport aux
périodes précédentes, et que relève J. Quesnot
un peu
plus loin dans son discours, c’est le
mode de représentation : “tous les archipels
sont
représentés et les délégués de ces
archipels choisis parmi leurs populations
respectives”, alors qu’auparavant on déplorait
l’omnipotence de Tahiti.
Noël llari, dans “Secrets tahitiens”, juge
par contre la nouvelle institution incapable de
faire face à l’administration. Les élus, selon
lui, sont des gens certes de bonne volonté,
mais d’une ignorance totale des choses de la
politique ou de l’économie.
On est loin en tout cas du véritable
Parlement local auquel rêvaient certains.
Autres élections
24 novembre
1946, les citoyens de
Polynésie sont conviés aux urnes pour élire un
député. Sur les 14 402 sùffrages exprimés,
Georges Ahnne obtient 7 038 suffrages,
devançant Louise Tumahai, épouse de
Pouvanaa, (5 328) et Francis Sanford (1 814).
Parallèlement, le Territoire doit envoyer
un sénateur au Conseil de la République. La
nomination de ce parlementaire relève de
Le
La cérémonie
d’instaiiation du Conseii
municipai de Papeete en
1946. Il est procédé à
l'élection du maire et de
ses
adjoints avant la
traditionnelle remise des
écharpes. A cette date,
seules Papeete et
Uturoa ont un statut de
commune.
Page de gauche :
L’institution d’une
Assembiée
représentative dans les
E.F.O. relève du décret
du 31 août 1945, paru le
5 octobre de la même
année au Journal
officiel. Il ne s’agit en
tait que d'une ébauche
de statut. Le statut
définitif, sur lequel
fonctionnera le
Territoire pendant
11 ans, est mis en forme
par le décret n° 46-2379
en date du 25 octobre
1946. Les remaniements
apportés par les textes
de 1946 vont dans le
sens d'une restriction
des pouvoirs de
l'Assemblée
représentative par
rapport au projet de
1945.
Alfred Poroi est un des
personnages clés de
l’après-guerre.
Longtemps maire de
Papeete, de 1942 à 1966,
il est régulièrement élu
aux
assemblées
législatives locales
(Délégations,
Assemblée
représentative.
Assemblée territoriale).
Il occupe également le
siège de sénateur de
1962 à 1971. Partisan du
maintien de la présence
française sur le
Territoire, il est un des
adversaires les plus
déterminés de Pouvanaa
et du R.D.P.T.
l’Assemblée
représentative, qui choisit son
Président, Joseph Quesnot, par onze voix,
contre sept à Georges Bernière et deux absten¬
tions. Quant au siège de représentant au HautConseil de l’Union française, il revient à
Michel Coulon;
On est allé très souvent aux urnes au
cours des deux années de mise en place des
nouvelles institutions. Une ère nouvelle,
fondée sur la participation de chacun à la
publique, semble se dessiner. Le jeu
politique devrait désormais prendre assise sur
des bases plus larges. On en veut pour preuve
l’émergence d’hommes issus (du peuple qui
s’apprêtent, tel Pouvanaa, à marquer le
Territoire de leur empreinte.
chose
Ces nouveaux arrivants se trouvent en
fait confrontés aux mêmes problèmes que
leurs prédécesseurs. Ils se heurtent eux aussi à
une
Métropole qui, au-delà des apparences de
libéralisme, reste très présente à tous les
échelons de la vie locale.
43
194Dobarqueni
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
justice, à l’enseignement public, à la santé
publique, aux douanes ...”, postes le plus
souvent tenus par des métropolitains.
Ainsi, la grande source de conflits de
l’avant-guerre, à savoir les fonctionnaires
inutiles, qui coûtent de l’argent à la colonie,
n’est toujours point tarie. On continue à
ignorer les vœux énoncés encore en 1944 par
le rapport Ahnne-Charron en termes parfois
1947-1949 :
l’affaire du
Ville d^A miens
et la création
du R.D.P.T.
colorés : “notre colonie... succombe sous une
lancée de la guerre, réformes institutionnelles
allant
dans
le
d’une
sens
plus
grande
autonomie... le Territoire semble être assuré
d’une certaine sérénité. En fait, il n’en sera
rien, et pour des raisons bien simples à
comprendre.
Une situation explosive :
les données du problème
Nous
indemnités
vu
des
fonctionnaires”
et
“les
dépenses afférentes aux forces publiques, à la
Conférence de Dra.^zaville
1945
Yalta
en
tels
provenant de deux
membres du Conseil privé, montrent à quel
point le problème est épineux. Ils sont révé¬
propos,
envers
d’esprit des habitants des
métropo¬
les fonctionnaires
litains. En effet, on n’en contrôle ni le nombre,
ni le salaire.
A cela vient s’ajouter le détonateur :
retour
des
Volontaires
du
Bataillon
Le Sagittaire sur lequel
les Volontaires du
Bataillon du Pacifique
rentrèrent au fenua,
dix-neuf mois après
avoir cessé les combats.
L’administration
métropolitaine, en proie
1946. Conscients du
bonnes places sont prises... d’abord par ceux
qui ne sont pas partis, ensuite par les fonc¬
tionnaires métropolitains dont le nombre n’a
pas décru. La grogne monte alors et se
cristallise sur l’administration. Le terrain est,
on
l’a vu, on ne peut plus propice. C’est dans
ce contexte que,
le 22 juin 1947, éclate l’affaire
du Ville d'Amiens.
L’affaire du Ville d’Amiens
L’affaire du Ville d'Amiens place sur le devant
de la scène les anciens combattants de la
Deuxième Guerre mondiale. Ceux-ci se sont
regroupés en une Union des Volontaires, qui
s’est donné pour tâche la défense des intérêts
de ses membres face à l’administration ou aux
profiteurs de guerre. Le mouvement est dirigé
par des hommes décidés, tels Pierre Tixier,
E. Le Caill, J.-B. Thunot ou V.
Raoulx.
L’Union des Volontaires trouve vite un
solide soutien de la part de la population, ainsi
que d’un autre mouvement, regroupé autour
VICHY
Parie libéré
Bataillon à Rome
en
Provence
CITOYENNETÉ FRANÇAISE
Élections aux Constituantes
Retour des Volontaires
dans les Vosges
Plan Marshall
AFFAIRE DU VILLE D'AMIENS
Georges
COLONIE
REPRÉSENTATIVE
KON TIKI
J.-C.
HAUMANT
TERRITOIRE
D’OUTRE-MER
(Union française)
Révolution chinoise
à ses problèmes d’aprèsguerre, mit fort
longtemps à assurer leur
rapatriement ! Ce fut là
déjà un premier sujet de
mécontentement. Il y en
eut bien d’autres...
Création du R.D.P.T.
Élection de POUVANAA
ORSELLI
ASSEMBLÉE
Élections : 1 député, 1 sénateur, 1 délégué
ivnÉruBLiüUE
1949
le
du
Pacifique. Ceux-ci, après une absence de plus
de cinq années, rentrent au fenua à bord du
GOUVERNE^ylF;NT PROVISOIRE
1947
44
De
Hiroshima
1946
1948
Normandie
rasser...”
E.F.O.
Elles concernent entre autres les “traitements
et
plupart des fonctionnaires ?... Nos jeunes
Tahitiens feraient tout aussi bien... que les
incapables, les détraqués, les fils-à-papa qu’on
nous envoie aux Antipodes pour s’en débar¬
lateurs de l’état
qu’un certain nombre de
dépenses, dites obligatoires, échappent aux
délibérations de l’Assemblée représentative.
avons
administrative
beaucoup trop
lourde... Ne peut-on pas recruter sur place la
armature
Economie plutôt florissante, vivant sur la
Sagittaire, le 5 mai
sacrifice qu’ils ont consenti, ils attendent
reconnaissance de leurs actes de la part de
l’administration et rêvent d’un reclassement
social à la mesure des services rendus. Mais les
MAESTRACCI
ANZIANI
VERS L'AUTONOMIE INTERNE 1945-1960
de Pouvanaa a Oopa ; le Comité Pouvanaa.
Pouvanaa
déjà lutté pendant la
a
guerre
contre les carences du rationnement. En 1946,
il dénonce les abus du Service de Ravitail¬
lement et s’oppose de façon virulente à
l’administration.
Les deux groupements, aux intérêts
convergents, décident de faire cause commune
à l’annonce de l’arrivée de trois fonction¬
naires
métropolitains sur le paquebot Ville
d’Amiens, arrivée d’autant plus contestée que
l’Assemblée représentative a émis à ce sujet un
avis défavorable.
C’est ainsi que le matin du 22 juin 1947,
l’Union des Volontaires et le Comité
Pouvanaa s’opposent, les armes à la main, au
débarquement desdits fonctionnaires. Ils
repoussent les forces de police et la troupe qui préfèrent se retirer plutôt que de risquer
un bain de sang -, haranguent la foule, essen¬
tiellement composée de sympathisants, et
établissent
un
tion. Il parle des “revendications légitimes des
Volontaires”, des “erreurs de l’administra¬
tion”, des “abus de certains profiteurs”. Il
évoque enfin “l’impéritie et l’incurie” de
véritables héros, ayant su faire front avec
succès aux autorités qu’ils ont tournées en
ridicule.
certains fonctionnaires.
Aussi, lorsque le gouverneur Haumant
décide l’arrestation des meneurs, il place les
autorités dans un engrenage infernal dont
elles vont ressortir amoindries. En effet,
l’instruction
procès s’avère d’emblée
pressions sont telles, au sein
d’une population en majorité favorable aux
comploteurs, que les témoins à charge font
difficile.
du
Les
défaut. Par contre, les voix sont nombreuses
pour
dénoncer
l’administration.
lieu.
les
maladresses
de
Finalement, le tribunal conclut à un nonAprès cinq mois de préventive, les
accusés - ils sont une trentaine - sont libérés et
apparaissent aux yeux de beaucoup comme de
L’événement est lourd de conséquences.
effet, quelques mois après leur acquit¬
tement,
les membres de l’Union des
En
Volontaires et du Comité Pouvanaa décident
de prolonger leur collaboration dans la lutte
politique.
Ils se donnent comme leader
Pouvanaa, qui entame ainsi une “décade
prodigieuse” qui va le conduire aux sommets
de la vie politique locale. En 1949, au
lendemain de l’élection de Pouvanaa à la
députation, les deux mouvements finissent
par fusionner en un Rassemblement démocra¬
tique des Populations tahitiennes, ou
R.D.P.T.
Le R.D.P.T. est le premier véritable parti
politique fondé sur le Territoire.
cordon sanitaire autour du
bateau. La surveillance des manifestants ne se
relâchant pas, et les multiples tractations
engagées par les autorités ayant échoué, ordre
est
finalement donné le 24 au soir au Ville
d’Amiens
prochaine
d’appareiller pour Nouméa, sa
étape. En fait, le navire
s’immobilise
vedette,
catimini
les
acheminés
Stuart.
au
venue
milieu de la rade et
une
à sa rencontre, récupère en
trois
fonctionnaires
ensuite
L’ultime
en
camion
manœuvre
qui sont
vers
des
l’hôtel
autorités,
mise en forme par le chef de bataillon Leoni, a
réussi. Succès factice cependant, car les vrais
vainqueurs dans cette affaire demeurent les
émeutiers, comme le prouve la suite des
événements.
Le chef de bataillon Leoni lui-même por¬
te, dans son rapport sur les événements, un
jugement très critique envers l’administra¬
L’affaire du Ville
d’Amiens était prévisible
car la grogne montait
depuis plusieurs mois
dans la colonie. Il y eut
d'abord le “suicideassassinat” (?) de
Lucien Céran-
Jérusalemy, retrouvé
mort dans le lagon de
Huahine, alors qu'il
enquêtait sur le
fonctionnement du
L'Assemblée
représentative avait
émis un avis défavorable
quant à la nomination
Service de
Ravitaillement. Il y eut
ensuite, le 9 mai 1947, la
manifestation organisée
par le Comité Pouvanaa
et l’Union des
Volontaires qui
réclamaient le renvoi de
certains fonctionnaires.
On reconnaît ici, au
premier plan, Pouvanaa,
Pierre Tixier et
Noël llari.
Emile Juventin, (caché)
Alfred Tissot (?),
Jean Millaud (futur
président de l’A.T.),
des nouveaux
fonctionnaires. On
reconnaît ici, de gauche
à droite : Paul Bernière,
Marcel Tixier,
Alfred Poroi (maire de
Giovanelli (chef de
cabinet du gouverneur),
Lestradt (secrétaire
sénateur),
Tautu Oopa, Marcel Pin,
Ferdinand Teiva,
Tehema Winchester,
Albert Leboucher,
Frédéric Bordes,
Rereao Tutavae (dit
Papeete, futur
Michel Coulon (membre
de i’Union française),
Joseph Quesnot
(sénateur), Yves Martin,
général par intérim), le
gouverneur Haumant, le
chef du Service des
Finances, puis
Nadeaud), (caché)
Poheara Pere (?),
Georges Pambrun
(futur maire de Papeete)
et Teotahiarii Hautia.
45
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
1949-1957 :
une vie politique
dominée par
le R.D.P.T.
Pouvanaa est accueillie “avec stupeur par le
gouvernement et l’opposition conservatrice”.
On
l’accuse, poursuit Ilari, d’être “un
Une ascension fulgurante
dix
représentative se
majorité R.D.P.T. De
même, le docteur Florisson remporte les
sénatoriales, et J.-B. Céran-Jérusalemy
obtient le siège de conseiller à l’Union
française.
Le parti de Pouvanaa contrôle alors tous
les rouages de la vie politique locale, se
dressant seul face à l’administration qu’il
de
un anti-Français, un ignare”.
Le metua, en tout état de cause, bénéficie dès
communiste...
large soutien populaire, en
particulier dans les districts de Tahiti et dans
cette date d’un
les îles.
Cet appui ne se démentira jamais dans les
années
suivantes.
Mieux
:
en
1952,
plus de 70% des suffrages. En perte de
une opposition qui s’organise
autour
de l’Union tahitienne, il obtient
cependant encore 60% des suffrages en 1956.
Quoique contesté, le pouvanisme de¬
meure puissant à la veille des événements de
tives
metua,
par
le Père des Tahitiens, remporte un
remarqué aux élections législa¬
tives. Avec 9 818 suffrages, il devance
largement le favori logique, le malheureux
pasteur Vernier dont le retour à la vie
politique, après une brève apparition à la
Constituante de 1945, se solde par un cuisant
échec (4 679 voix seulement). Noël Ilari, dans
“Secrets tahitiens”, note que l’élection de
Le candidat “social-chrétien” Pouvanaa est
précisément les bases de la
politique du parti qu’il vient de fonder,
lorsqu’il se présente à la députation, en 1949.
amené à définir
Tout en insistant sur son attachement à la
1957-1958.
Métropole, le metua réclame une refonte des
institutions dans le sens d’une plus grande
autonomie. Il parle d’océanisation des cadres,
de drapeau tahitien et d’une langue tahitienne
officielle. Il souhaite par ailleurs la mise en
place de lois sociales, ainsi que l’amélioration
du niveau de vie du monde rural, son principal
soutien. 11 montre aussi beaucoup d’atta-
succès très
1949
Prise de pouvoir par MAO ZEDONG
Toutefois, le R.D.P.T. ne repose pas que
un
seul
individu.
L’entourage de
Pouvanaa est constitué d’hommes solides qui
s’apprêtent à prendre une part active à la vie
locale. Ces derniers assurent le triomphe du
sur
rales.
aux différentes consultations électo¬
C’est ainsi qu’à l’issue des élections
Indépendance de l’Indonésie
une
L’œuvre du R.D.P.T.
vitesse face à
parti
l’Assemblée
avec
combat avec acharnement.
Pouvanaa enlève aux mêmes élections législa¬
r“Affaire des Volontaires” et
animé par la forte personnalité de son leader,
le
R.D.P.T.
domine rapidement la vie
politique locale. C’est ainsi qu’en 1949,
Pouvanaa, que l’on appelle désormais le
Propulsé
1953,
retrouve
Armand
POUVANAA DÉPUTÉ
ANZIANI
GIRAULT
1950
1951
1952
GUERRE DE CORÉE
-
MAJORITÉ R.D.P.T. à L'ASSEMBLÉE REPRÉSENTATIVE
1953
-
1954
Dien Bien Phu
1955
Conférence de BANDUNG
1956
Expédition de SUEZ
46
René
POUVANAA réélu
FLORISSON Sénateur
J.-B. CÉRAN-J. Délégué à l’Union
PETITBON
Fr.
Accords de Genève
Indépendance MAROC et TUNISIE
Jean-François
LOI-CADRE
POUVANAA réélu
VISITE de de GAULLE
TOBY
VERS L’AUTONOMIE INTERNE 1945-1960
chement à la défense de la religion, au droit à
Céran
l’instruction, à la réforme de la justice et à la
lutte anti-alcoolique. Enfin, il fait trembler les
nantis en affirmant : “il faut vouloir prendre
l’argent où il est”.
mènent l’Assemblée
commissions qui, de ce fait, ne
présentent plus guère d’intérêt. Cela sent le
règlement de compte. Fort heureusement,
l’atmosphère s’éclaircit par la suite, le
fougueux président ayant fait amende
honorable et se conduisant de façon plus
courtoise et moins dictatoriale.
Ceci étant, le R.D.P.T. semble décidé à
favorable.
projet de départe¬
mentalisation, il présente un programme
social qui met en évidence la création de
coopératives de production et de consomma¬
aller de l’avant. Outre le
1953, tout change. Sa victoire aux
va permettre au
R.D.P.T. de
passer à l’action. De fait, dès la séance
d’ouverture, le 14 mars 1953, c’est à un
véritable tir de barrage à l’encontre de
En
territoriales
tion, la
douteux,
lutte contre les intermédiaires
le contrôle des investissements,
l’adoption d’impôts directs, la conservation
l’opposition que se livre le nouveau président
l’Assemblée, J.-B. Céran-Jérusalemy.
Après avoir refusé au doyen d’âge le droit
d’ouvrir la session, sous prétexte qu’il appar¬
tient à la minorité, la nouvelle majorité
impose, sans discussion préalable, un
télégramme adressé au Président de la
République demandant la départementa¬
lisation des E.F.O. Dans les jours qui suivent,
l’intransigeance et parfois l’agressivité de
patrimoine (“Tahitiens, gardez vos
ferres...”)... Ce programme ambitieux a
cependant du mal à se concrétiser, le statut cje
1946 ne donnant pas aux élus locaux un poids
de
Xalüti
aii5^
bteas et sa
***
Îm
tait 4e
du
suffisant
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d’être
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'
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l‘..i.
ÎW fa'*'",;*.
ui',
ni**
défendues
inquiète et dérange.
Dans un article paru
dans le journal Climats,
Robert Lasalle-Séré
fait passer le metua pour
un imposteur et un
,
agitateur. Il essaie en
cela d'attirer l'attention
de l'opinion publique et
des autorités
métropolitaines sur les
Page de gauche :
La visite de de Gaulle en
Polynésie fut un grand
moment. Le Général fut
reçu en véritable cljef
d’Etat - qu'il ne
redeviendra en fait que
deux ans plus tard. On le
vit parcourir des
avenues noires de
monde (comme ici, audevant du maire A. Poroi
et du gouverneur Toby),
serrer des mains,
s'entretenir avec les'
auprès des plus
“
.
dangers que représente
l’élection de Pouvanaa
pour l'intégrité de
l’Union française.
Inspecteur général des
Colonies,
R. Lasalle-Séré
(1898-1958) assura deux
Il
n’en
ce
slogan
"11 llrr
hautes
La visite du général de Gaulle
Du 30 août
au
2 septembre
1956, le général
de Gaulle rend visite à Tahiti. Il s’agit là d’un
événement très attendu par la population
locale. Le général, qui s’est écarté volontaire¬
ment
du pouvoir en 1946, continue sa
“traversée du désert”, mais demeure très au
fait des affaires nationales et internationales.
C’est au titre d’ancien chef de la Résistance et
de la France Libre qu’il est accueilli par une
foule enthousiaste.
Dans
les
discours
qu’il
de Gaulle réaffirme le profond
prononce,
attachement
qui doit unir Tahiti à la France, en même
temps qu’il envisage la construction d’un
grand aéroport de classe internationale et-du
moins le laisse-t-il supposer - le transfert
possible du centre d’essais atomiques de
l’Algérie vers la Polynésie.
Cette visite prendra tout son relief deux
ans plus tard,
lorsque le Territoire devra se
prononcer au sujet du référendum organisé
par le même de Gaulle, devenu chef de l’État,
et portant sur le rhaintien des liens avec la
France.
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L'élection de Pouvanaa
en octobre 1949,
l’administration.
instances du Territoire.
'“rcîw'*’
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à
tiennes ont pour la première fois l’impression
POOVASAA a fa électorali
face
demeure pas moins que les populations tahi-
et
ro'""
bord de la
diverses
Élu député, Pouvanaa n’a guère la
possibilité de faire appliquer son programme
avant
1953, puisque l’Assemblée
représentative, jusqu’à cette date, ne lui est pas
iP"'
au
rupture, l’opposition refusant de siéger aux
missions à Tahiti entre
1947 et 1949. Présent
lors de l’affaire du
Ville d'Amiens, Il poussa
le gouverneur Haumant
à plus de fermeté envers
les émeutiers. Par
ailleurs. Il fut à l’origine
ri
■»>'
d’importantes réformes
fiscales et douanières,
il vient d’être élu, en mai
1949, sénateur des
E.F.O., en
remplacement du
regretté
Joseph Quesnot.
Pouvanaa a Oopa et
Jean-Baptiste CéranJérusaiemy en 1957,
alors que le R.D.P.T.
vient de triompher aux
élections territoriales.
Les deux hommes
apparaissent
complémentaires mais
en fait, ils représentent
déjà deux courants
différents au sein du
parti. Pouvanaa peut
compter sur l’appui de
conseiller
J.-D. Drollet, du
sénateur J. Florisson, de
J. Teariki, J. Tauraa ou
P. Flunter... Céran
bénéficie du soutien de
son
son
père Benjamin, de
P. Bouzer, Fi. Frébault,
Tautu Oopa,
Ropa Colombel...
Une nouveiie équipe au
pouvoir. Le numéro
d'avril 1953 de
l’hebdomadaire
gaulliste Te Ara O
Oteania semble
pessimiste sur
l’efficacité de la nouvelle
équipe dirigeante qui
principales
personnalités du
XTumule pourtant les
mandats. Deux
chauffeurs (Pouvanaa et
la Polynésie un avenir
conseillers pour une
machine du pouvoir
Territoire... Dans ses
discours, il promettait à
prospère, dans le cadre
de l’Union française.
Pensait-il déjà à la
bombe, comme certains
le prétendent ?
Céran) et beaucoup de
qu’on semble ne pas
avoir bien en main et
qu’on essaie de mettre
en
route à la manivelle...
47
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
Les E.F.O.
deviennent
la Polynésie française
La loi-cadre Defferre
En 1956, sous l’impulsion de Gaston Defferre,
alors ministre de la France d’Outre-Mer, le
gouvernement Guy Mollet fait adopter une
loi-cadre modifiant les institutions de l’Union
française. A une époque où le processus de
décolonisation est largement amorcé, en
particulier dans l’ancien Empire britannique,
il s’agit d’accorder aux Territoires d’OutreMer une plus large autonomie. Le ministre
définit ainsi l’ambition de son gouvernement :
“confier à
qui siège autour du
Gouverneur et qui est une sorte de Conseil des
Ministres... la gestion des affaires intérieures
des
un
Conseil
territoires”.
Il
est
convenu
que,
par
ailleurs, la Métropole conservera la haute
main sur l’Armée, le Trésor, la Justice, l’Infor¬
mation, les Relations extérieures...
Cette loi-cadre, dans l’esprit de son
promoteur, doit constituer une étape sur le
tahitienne, auxquels se joignent les Indé¬
pendants, au nombre de quatre, ne peut rien
faire contre le R.D.P.T. C’est ainsi que, le 11
décembre 1957, Pouvanaa est porté à la viceprésidence du Conseil de Gouvernement et
que la majorité empoche les cinq portefeuilles
ministériels, avec H. Bodin, J. Tauraa,
P. Hunter, R.-R. Lagarde et W. Grand. De
même, le second du metua, J.-B. CéranJérusalemy, obtient la présidence de
l’Assemblée.
J.-B. Céran-Jérusalemy, qui briguait la
vice-présidence du Conseil de Gouvernement.
Le Président de l’Assemblée supporte en effet
de moins en moins de n’être que le faire-valoir
d’un homme que de nombreux membres du
pas
considèrent
comme
dépassé dans le contexte socio-économique de
l’époque. Certains auraient préféré nommer
chemin de
l’indépendance, et permettre aux
maturité suffisante
pour diriger efficacement leurs pays respectifs
lorsqu’ils se libéreront de la tutelle française.
élus locaux d’acquérir la
Une nouvelle assemblée
pour de nouvelles institutions
La loi-cadre Defferre arrive dans les E.F.O.
la forme du décret du 22 juillet 1957,
sous
“portant
extension
des attributions de
territoriale”, accompagné d’une
série de mesures élargissant les compétences
l’Assemblée
locales.
Pour être rendues
réformes
statutaires
opérationnelles,
doivent
être
ces
suivies
d’élections à la nouvelle assemblée. Celles-ci
ont lieu assez tardivement,puisqu’elles ne sont
organisées que le 3 novembre 1957.
Par rapport au statut de 1946, la réforme
de 1957 accorde aux îles une répartition de
sièges plus favorable. Celles-ci en effet ne
rassemblent
plus que le quart de la
population, mais conservent la moitié des
sièges à l’Assemblée. Le grand bénéficiaire de
ce
découpage électoral est le parti de
Pouvanaa, bien implanté dans certains
archipels - aux îles Sous-le-Vent en parti¬
culier -, qui réussit le tour de force d’enlever
17 sièges sur 30 en n’ayant recueilli que 45%
des suffrages. Le R.D.P.T. obtient ainsi la
majorité absolue, au grand dam de l’oppo-,
sition, une nouvelle fois battue.
Notons toutefois, pour la bonne compré¬
hension des événements ultérieurs, que
Papeete demeure dans l’ensemble hostile au
parti de Pouvanaa, et que ce succès du
R.D.P.T. a largement été favorisé par les
de ses adversaires qui se sont
présentés à la consultation en ordre dispersé.
divisions
La victoire électorale du R.D.P.T. voit
logique couronnement à la faveur de la
nomination par l’Assemblée des six membres
du Conseil de Gouvernement. L’opposition,
son
composée des neuf représentants de l’Union
48
Les élections de 1957 à
l’Assemblée territoriale
furent pius laborieuses
que les précédentes
consultations pour le
R.D.P.T. qui obtint
cependant encore la
majorité absolue des
sièges (17 sur 30). Ce
sont les 17 élus R.D.P.T.
qui posent ici avec, de
gauche à droite :
B. Céran-Jérusalemy,
M. Tahuhuterani,
P. Bouzer, G. Deane,
T. Oopa, J.-B. Céran-J.
H. Frébault, J. Tauraa,
Pouvanaa, J. Teariki,
J. Drollet, R. Colombel,
J. Florisson,
Ch. Lehartel, P. Hunter,
R.-R. Lagarde,
Matani Mooroa.
entre Pouvanaa et son second. Les ministres
suivre, et
qu’“on vit des
ministres prendre certaines initiatives en
Conseil de Gouvernement, mais voter contre
eux-mêmes hésitent
G.
Le premier Conseil de
Gouvernement issu de la
loi-cadre réuni pour la
photo de famille le
11 décembre 1957.
Autour de Pouvanaa,
vice-président, et du
gouverneur Toby, on
reconnaît, de gauche à
droite : Jacques Tauraa
(Affaires économiques),
Walter Grand
(Enseignement),
René-Raphaël Lagarde
(Santé et Affaires
sociales), Henri Bodin
(Finances et Plan) et
Pierre Hunter (Travaux
publics), tous
ministres...
Coppenrath
Assemblée”...
La session
animée
En fait, cette répartition des postes ne satisfait
lui-même
toujours été présent comme
des suffrages, mais le metua
n’aurait pas participé directement à la gestion
des affaires. Il s’en suit quelques tiraillements
aurait
catalyseur
en
Les premiers accrocs
R.D.P.T.
Pouvanaa Président d’honneur du parti. Son
nom
sujet.
Le
au
sur
la voie à
rapporte
budgétaire de
1957, fort
demeurant, est exemplaire à ce
budget présenté
par
le Conseil de
Gouvernement, en accord avec le gouverneur
du Territoire, est discuté âprement par le
rapporteur à l’Assemblée, qui n’est autre que
J.-B. Céran-Jérusalemy. Ce dernier va jusqu’à
dépenses obligatoires,
au contrôle de la
Commission permanente. Il s’agit là d’un
empiètement flagrant du législatif sur
remettre en cause les
qu’il veut soumettre
VERS L’AUTONOMIE INTERNE 1945-1960
l’exécutif, ainsi que le relève alors le conseiller
l’opposition
s’étonne du “manque de confiance... dans les
ministres, pourtant élus par le groupe du
Vanizette.
F.
Ce
membre
de
Président”.
Mais, au-delà de ces querelles, plus ou
partisanes, cette session budgétaire
importance capitale, puisque c’est
elle qui ratifie la mise en place de l’impôt sur le
moins
revêt
une
revenu.
“Polynésie française” :
un
vocable contesté
En même temps que le décret modifiant les
institutions territoriales, les E.F.O. reçoivent,
le 27 juillet
1957, la nouvelle appellation de
Polynésie française.Ce choix décidé par la Métropole ne fait
pas l’unanimité sur le Territoire, si l’on en
croit les termes de cette lettre que l’Assemblée
territoriale adresse le 31 décembre 1957
au
ministre de la France d’Outre-Mer :
“Nous désirons que notre Territoire soit
appelé “Tahiti”, parce que cette appellation
correspond à une notion simple que tout le
monde connaît... L’appellation “Polynésie
française” ne correspond pas à une réalité
administrative, puisque des îles françaises
habitées par des populations polynésiennes
sont rattachées à un autre Territoire (Wallis et
Futuna, Loyauté ...)...
“On a reproché à l’appellation que nous
proposons de ne pas comporter l’adjectif
“français”. Et pourtant, cet adjectif ne figure
pas dans tous les noms des Territoires OutreMer français (Nouvelle-Calédonie par
exemple)...
“Nous
insistons à
nouveau
pour que
l’appellation de “Tahiti” soit adoptée pour
notre Territoire, en y adjoignant l’expression
“Océanie française”. L’appellation officielle
de
notre
Territoire
serait donc
Océanie française”.”
Cette modification
ne
se
:
“Tahiti-
fera pas.
Les
graves événements de 1958 l’ont reléguée au
second plan des préoccupations.
MINISTRE DE
LA FRANCE
D’OUTRE-MER
pronot^e
U
dissoluàôn du U
C. de G.
spr avis
de l'Ait.
la
Le gouverneur
Durant les trois années
Jean-François Toby
(1900-1964) eut la
lourde responsabilité de
faire appliquer la loicadre en Polynésie.
desonséjour, il multiplia
les actions en faveur du
développement
économique du
Territoire qu’il quitta peu
avant les événements de
1958.
Le statut de 1957 (selon la loi-cadre Defferre)
4"
-
nomme
"
'■
et,
révoque
CHEF DU
TERRITOIRE
conseIl de"
GOUVERNEMENT
peut
composé ;
-
du VICE-PRÉSIDENT
sur
(préside le Conseil en
l’absence du Chef du T.)
-
des MINISTRES
individuellement chargés
d’un ou plusieurs
services territoriaux
établit les projets
de lois
(affaires intérieures
-f dépenses facultatives
du budget)
élit auiscrutin
de liste.à TROIS
0) O
Q. (/)
TERRITORIALE
organe législatif
local
Ciu
Jean-Baptiste
Céran-Jérusaiemy
s’affirme rapidement au
sein du R.D.P.T. comme
le second de Pouvanaa.
Personnage brillant,
dynamique, mais
intransigeant, il porte
même ombrage à son
leader qui ne lui accorde
pas en 1957 le poste de
vice-président du
r
30 membres élus
pour 5 ans
armée ; relations ext. ;
de l'Assemblée
délégation de
pouvoirs de l'A.T.
Se réunit en deux
sessions ordinaires :
s.
-
administrative
(de mars à mai)
s. budgétaire
(de septembre à oct.)
(+ sessions
justice, etc.)
-
REND EXÉCUTOIRES
LES Délibérations
DE L'A.T. ou DE LA C.P.
ou bien :
-
en
tant que gardien de
la Constitution,
peut :
1) demander une
seconde lecture
de la loi
-
extraordinaires
éventuelles)
UN CONSEILLER A
L’UNION FRANÇAISE
(fonctionnaires métro. ;
Ien dehors des sessions
sur
ASSEMBLÉE
gère les domaines
-
du C. de G.
Peut délibérer
TOy.RS’
(pour fa durée
de la législature)
le Territoire
de compétence nationale
COMMISSION
PERMANENTE
reçoit les projets de loi
-V
ZJ
Représentant de l’État
présider
L’ASSEMBLÉE DÉLIBÈRE SUR
2) demander son
annulation pour
excès de pouvoir
ou violation de
la Constitution
LES PROJETS DE LOIS
UN
SÉNATEUR
Conseil de
Gouvernement qu’il
convoite. Nommé
cependant président de
l’Assemblée territoriale,
Céran s’oppose de plus
en
plus ouvertement à
Pouvanaa. Entre les
deux hommes, la
rupture est inévitable ;
elle se concrétise à la
suite de l'affaire de
l’impôt sur le revenu.
Si, aux deux premiers tours, aucune liste n’a obtenu la majorité absolue, le 3e tour a lieu à la majorité relative
49
POLYNÉSIE
LA FRANCE EN
1958 : la chute
L’année
France.
V'
1958 est bien sombre pour le
quelques mois, à la suite
d’erreurs d’appréciation, il s’engage dans des
combats suicidaires qui lui font perdre sa
popularité et le conduisent à s’entre-déchirer,
laissant place nette à l’opposition.
R.D.P.T.
En
L’affaire de l’impôt sur le revenu
1958, le R.D.P.T. mène deux combats de
front. Le premier est la radicalisation de la
En
lutte contre le colonialisme et pour l’océanisation des cadres, qui se traduit, lors de la
session
administrative, par l’évocation largement amplifiée par l’opposition - d’une
République tahitienne au cours des débats. Le
second combat est encore plus explosif. Il
concerne la mise en place d’un impôt sur le
revenu, idée chère à J.-B. Céran-Jérusalemy et
dont on parlait depuis longtemps déjà sans
oser passer à son
application. Cet impôt doit
remplacer, ou du moins limiter, les impôts
indirects, qui frappent sans distinction riches
et pauvres. C’est toucher là trop d’intérêts
Dans cette
constitution, celle de la
République, qu’il soumet au peuple par
voie
de
référendum, l’Union française est
remplacée par un nouveau régime, plus libéral
encore :
la Communauté. Le choix est donné
de rester dans la Communauté en
“oui” ou bien, en votant “non”,
d’accéder directement à l’indépendance, tout
aux T.O.M.
votant
privés de toute aide de
l’ancienne métropole.
en
étant dès
lors
La date du référendum est fixée, tant en
France que dans l’ensemble de
française, le 29 septembre 1958.
l’Union
L’U.T.D. se range aussitôt derrière
l’administration et milite en faveur du “oui”.
Le R.D.P.T. quant à lui se déchire une ultime
fois : alors que Pouvanaa fait campagne pour
le “non”,
fonde
Aratai.
Céran se prononce pour le “oui” et
propre parti, le R.D.P.T.-Te
son
Le verdict du référendum est sans appel.
A la suite d’une campagne rondement menée,
partisans du “oui” l’emportent très
largement en regroupant 65% des suffrages
(16 279 voix), contre 35% aux adeptes du
“non” (8 988 voix),
les
Pouvanaa s’est enferré dans un combat
voué d’avance à l’échec et qui n’a fait que
précipiter sa chute. Le metua n’a été suivi que
dans son fief des îles-Sous-le-Vent (Huahine,
Tahaa) et à Moorea. Le “oui” l’a emporté
partout ailleurs, et parfois très largement,
comme à Papeete (4 709 contre 1 469), ou aux
Marquises (1 258 contre 134).
La chute de Pouvanaa
Pouvanaa conteste ces résultats. Les élections,
dit-il, ont été truquées. C’est aller un peu loin,
même s’il est vrai que la campagne électorale
du leader du R.D.P.T. a été singulièrement
locaux sans en avoir suffisamment informé la
population.
L’opposition, qui avait jusqu’alors bien
du mal à rassembler les “tièdes” et à présenter
un front uni, trouve, avec ces deux
affaires,
des chevaux de bataille inespérés.
A
l’Assemblée, les Indépendants
rejoignent l’U.T. pour former l’U.T.D.
(Union tahitienne démocratique), regroupant
les treize conseillers de l’opposition, alors que,
peu avant, s’est constitué un Groupement de
Défense des Petits et Moyens Contribuables,
l’initiative
à
Groupement
d’Henri
Lombard.
lance dans
se
une
Le
campagne
d’“information” bien orchestrée, dans laquelle
sont dénoncés les inconvénients de
l’inqui¬
sition fiscale, prétexte fallacieux masquant
mal
la
défense
d’intérêts
peut-être moins
son
profond
attachement à la Métropole, en contre-point
de l’idée de République tahitienne émise par
avouables.
Il
affirme
aussi
certains membres du R.D.P.T.
La crise éclate le 29 avril, lorsque plus
d’un millier de manifestants viennent faire le
siège de l’A.T. où sont réunis les 17 conseillers
de la majorité - l’opposition a quitté la séance
peu avant.
Afin de calmer les esprits,
Pouvanaa doit promettre que l’impôt ne se
fera pas. Effectivement, après une entrevue
le chef du Territoire, le Conseil de
avec
Gouvernement rejette le projet le 30 au matin.
Cette décision est entérinée l’après-midi même
par
l’Assemblée. 11 s’agit d’un cui.sant revers
pour le R.D.P.T. qui s’enfonce un peu plus
dans ses divisions internes. Céran, déjugé sur
point
lui capital, présente sa
présidence de l’A.T, Le
mouvement pouvaniste est au bord de l’effon¬
un
démission
pour
de la
drement.
Le référendum sur l’indépendance
Le coup de grâce est porté par le référendum
sur
l’indépendance.
Dès
élabore
50
son
arrivée
une
nouvelle
au
pouvoir, de Gaulle
constitution pour la
“Cet impôt ne se fera
pas !” annonce
Pouvanaa à la foule des
manifestants qui se
presse devant
i’immeuble de
l’Assemblée territoriale
le 29 avril 1958.
Effectivement, l’impôt
le
est abrogé dès
lendemain 30 avril. A la
droite du metua se
trouve A. Poroi ; à sa
gauche, on reconnaît
Rudy Bambridge et
Henri Lombard.
VERS L'AUTONOMIE INTERNE 1945-1960
contrariée et que ce dernier n’a pu visiter les
un
mécanisme qui aurait pu avoir des consé-
dramatiques, en faisant
publiquement perdre la face au député
archipels éloignés, alors que les partisans du
“oui” y faisaient une propagande active,
soutenus en cela par la machine administra¬
tive ainsi que par une solide assise financière.
Un climat plus serein n’aurait pu cependant
permettre à Pouvanaa de l’emporter.
Cette lourde défaite, la première depuis
dix ans, a pour effet d’aigrir le vieux leader,
d’autant que, ainsi
que
l’indique le
quences
rapport : “deux mesures furent prises par
le chef du Territoire : 1°
Le Conseil de Gou¬
Pouvanaa à son domicile.
Commandant de la C.A.l.C.T. de Tahiti dans
son
R.D.P.T.
Le
de son parti.
était
suspendu dans toutes ses
s’enferme
en
effet dans
sa
11 est bientôt soupçonné d’avoir
donné l’ordre de livrer la ville aux flammes.
De fait, des foyers d’incendies sont découverts
dans
la
nuit
du
10
au
11
octobre.
Le
lendemain, les forces de Gendarmerie arrêtent
Jeté
...
vernement
metua
résidence, entouré des éléments les plus durs
en
prison, puis condamné l’année
suivante à huit ans de réclusion et quinze ans
séjour, le metua disparaît
attributions. 2” Le Vice-Président du Conseil
d’interdiction de
de Gouvernement, Pouvanaa, ayant refusé à
donc de la vie politique locale, laissant à ses
fonctions, la Gendarmerie s’en saisissait à son
sa
qui, en
voulant précipiter les événements, a enclenché
française, ainsi qu’en a décidé le référendum
du 29 septembre.
plusieurs reprises de renvoyer sa voiture de
domicile le 9 octobre”.
Maladresses de l’administration
partisans et à ses adversaires le soin d’assurer
difficile succession.
Cette dernière doit
s’effectuer dans le cadre de la Communauté
WHOIITAIIHPOT'
kV”
cnn I [ nti/tiuij
“L’impôt sur le revenu...
est universellement
reconnu comme
le plus
juste, puisqu'il frappe
chacun selon ses
moyens...”, lance Céran
lors de la session
administrative d'avril
1958. Faute d'avoir pris
soin de l'expliquer
suffisamment à la
La campagne pour le
“oui” est orchestrée de
main de maître par
l'U.T.D. qui reçoit ie
soutien du R.D.P.T.Te Aratai de Céran.
Pouvanaa se retrouve
seul à livrer un combat
d'arrière-garde dans
lequel il part battu
d'avance face à une
opposition qui dispose
d'une imposante
machine de propagande
et a l'appui de
l'administration.
population, le projet
d'impôt suscite un tollé
général bien orchestré
par une opposition qui a
de solides intérêts à
défendre et qui mobilise
aisément une
population de Papeete
qui n'a jamais été
favorable au R.D.P.T.
51
LA FRANCE EN
POLYNÉSIE
Pouvanaa a Oopa
Pouvanaa a Oopa
(1895-1977). Député de
Polynésie française de
Personnage hors du commun, Pouvanaa
a marqué son
époque, et son ombre plane
encore sur le Territoire bien
après sa mort. Il
demeure en effet le symbole du nationalisme
tahitien dans la mémoire collective du peuple
polynésien, dont il fut la suprême émanation.
Le contestataire
1949 à 1959, vice-
président du Conseii de
Gouvernement en
1957-58, sénateur de
1971 à 1977, date de sa
mort, ie ieader du
R.D.P.T. eut une carrière
politique bien remplie,
ii eut ie grand mérite
d'avoir été ie premier
véritabie porte-parole
du peuple polynésien,
qui reconnut en lui son
metua.
Pouvanaa est né le 10 mai 1895 à Huahine,
dans un milieu modeste. Homme des îles, il est
donc aussi homme du peuple.
Il abandonne
l’école de bonne heure et on le retrouve un peu
plus tard à Papeete, dans le quartier pauvre de
Manuhoe, où il s’installe comme menuisier. Il
a
alors 18 ans.
Lors de la Première Guerre mondiale, il
s’engage
comme volontaire du Bataillon
mixte du Pacifique et participe en 1918 aux
combats de Champagne et de Picardie.
De retour au ferma, il épouse Louise
Tumahai en novembre 1920 (il a déjà eu un
fils. Mate, en 1917, avec Pauline Marcantoni).
Pouvanaa supporte mal le poids excessif
l’administration. Sa contestation se
manifeste au grand jour pendant la Seconde
de
Guerre mondiale,
président
des
“Association
lorsqu’il est nommé vice-
“Amis
de
de
Défense
Tahiti”.
Cétte
des
Intérêts
agricoles et économiques du Territoire” se
réunit tous les matins au “Tare Café”, près du
marché. On parle là des problèmes de ration¬
nement, on dénonce les “Vichystes” et les
profiteurs de guerre, on aide enfin les plus
démunis.
Une
pétition condamnant les abus de
l’administration, et un esclandre sur la voie
publique font de Pouvanaa un “mauvais
Français” que l’on envoie en résidence
surveillée dans son île de Huahine. Qu’à cela
ne
tienne... Le metua rallie Bora Bora à la
dans
rame
l’espoir de faire parvenir
un
message au général de Gaulle, par l’intermé¬
diaire des Américains. Mais ceux-ci le rendent
illico aux autorités françaises, qui le déportent
à Mopelia. Ramené plus tard à Papeete, son
activisme lui vaut encore
prison, en 1944.
quelques mois de
L’homme politique
L’entrée solennelle de Pouvanaa dans la vie
politique
du
Territoire
s’effectue
l’immédiat après-guerre.
dans
En février 1947, il fonde le Comité
Pouvanaa, chargé de lutter contre les abus du
Service de
contre
Ravitaillement,
l’administration.
comment l’affaire du
et par là-même
Nous avons vu
Ville d’Amiens et le nonlieu qui en a suivi ont contribué à propulser
Pouvanaa
sur
les
devants
de
la
scène
politique. Mais son succès aux législatives de
1949
s’explique au moins autant par l’art
qu’il a de parler aux foules poly¬
consommé
nésiennes.
Excellent
orateur,
il sait faire
passer l’émotion, et son manque d’instruction
l’amène à employer un langage simple, à la
portée de son auditoire. Cela change des
alambiqués des gens de la ville.
discours
52
Le “non” au référendum
de 1958 est le choix d’un
homme seul. Pouvanaa
est seul à vouloir
l'indépendance tout de
suite, seul et abandonné
par une fraction du
R.D.P.T. emmenée par
J.-B. Céran-Jérusalemy.
Il aura beau s'appuyer
sur les fidèles
inconditionnels qu'il
a conservés dans les
masses
populaires, les
moyens rudimentaires
dont il dispose pour sa
campagne ne lui
permettent pas de
l’emporter. On peut
s’interroger sur les
raisons de cet
engagement désespéré.
VERS L’AUTONOMIE INTERNE 1945-1960
Pouvanaa est enfin homme de religion dans
un monde
ses
profondément croyant qui apprécie
références constantes à la Bible.
C’est ainsi qu’il est réélu conforta¬
blement en 1952 et en 1956.
Mais les qualités qui séduisent le peuple
polynésien ne sont pas forcément celles qui
conviennent à une action politique efficace,
tant à Papeete qu’à Paris. Déjà, au niveau
local, Pouvanaa est contraint de s’entourer de
personnages plus instruits que
manient
mieux les concepts
lui et qui
politiques,
économiques et financiers. C’est ainsi que
Jean-Baptiste Céran-Jérusalemy, un des
compagnons de la première heure, prend en
main les destinées du parti. Il est également de
notoriété publique que Pouvanaa n’intervient
jamais à la Chambre des Députés, où il ne fait
d’ailleurs que de courtes apparitions.
Le flambeau est toujours là, mais, dans ce
monde nouveau qui change très vite, quelle est
au juste la place de Pouvanaa ? Papeete, Paris,
ne sont pas Huahine, et les joutes oratoires de
la bourgeoisie intellectuelle ne sont pas les
discours simples ou simplistes prononcés
devant un public acquis d’avance, dans le fare
d’un district. D’autre part, son entourage
considère-t-il Pouvanaa comme un nouveau
messie, ou plutôt essaie-t-il de lui dicter la
marche à suivre, ne le mettant en avant que
pour mieux profiter de sa popularité ? il
semble bien que cette situation malsaine ait
contribué à
1958.
précipiter la chute du metua en
Le banni
Les dissensions
cristallisées
Pouvanaa
au
sein du R.D.P.T. se sont
autour
et
son
de
la
rivalité
entre
J.-B.
Céran-
second,
Jérusalemy. On en connaît l’essentiel des péri¬
péties, la cassure définitive s’opérant lors du
référendum de septembre 1958. Pouvanaa a
donc choisi le “non”, seul et contre tous, et
c’est un R.D.P.T. amoindri qui est largement
battu. Amère défaite pour un homme qui a
la vie politique locale durant dix
dominé
longues années. En réaction, Pouvanaa a-t-il
réellement donné l’ordre d’incendier Papeete?
A-t-il été dépassé par les événements, et
surtout par le noyau le plus dur de ses
partisans qui auraient agi à son insu ? A-t-il été
victime d’un véritable coup monté, comme le
supposent certains, dont Noël Ilari qui écrit,
dans “Secrets tahitiens”, “il s’était toujours
trouvé sur les lieux, par hasard, un représen¬
de l’ordre pour éteindre
surtout arrêter le coupable” ?
tant
l’incendie et
Le doute demeure encore de nos jours sur
responsabilité de Pouvanaa, ce
dernier n’ayant cessé de clamer son innocence.
la véritable
Mais son éviction de la scène politique locale
^
arrangé trop de monde pour qu’elle ne soit pas
prononcée. C’est ainsi que Pouvanaa doit <4-!
quitter Tahiti le 16 octobre 1959 à destination
de la France. En Métropole, il passe plus d’un
an en prison (aux Beaumettes, à Marseille,
puis à Fresnes), avant d’être confié à
différentes maisons de retraite.
Pouvanaa finit par être gracié par le
général de Gaulle, en 1968. Le 30 novembre
de la même année, il revient enfin aufenua, où
il est accueilli triomphalement. 11 a alors
73 ans et, durant ses neuf années d’exil,
beaucoup de choses ont changé en Polynésie.
“Trentejours de voyage pour partir, 24heures
pour revenir”, remarque très justement
Ph.
Mazellier, dans “De l’Atome à
l’Autonomie”, afin de souligner cette
évolution.
Quoique
disant
“sans haine ni
affiche une hargne
redoublée envers l’administration, bousculant
rancune”,
se
Pouvanaa
ronronnement d’institutions
semblait avoir trouvé sa place.
le
où
chacun
En un mot, le metua dérange et, s’il est élu
sénateur en 1971, il ne faut pas en conclure
pour autant qu’il a retrouvé son rayonnement
passé.
Il s’éteint.le 10 janvier
sans
1977 à Papeete,
jamais avoir été réhabilité.
Pouvanaa est âgé de
47 ans en 1942,
lorsqu'à été prise cette
photo. Il s'est déjà
signalé par de
nombreuses attaques à
l’encontre de
l’administration et
s’apprête à envoyer au
gouverneur G. Orselli
une pétition explosive
dans laquelle II demande
“un ravitaillement
équitable”, “la radiation
de l’Administration...
des pro-vichystes et des
faux gaullistes”, “le
départ de ceux... qui
n'ont point rallié de
Gaulle”.
Le gouverneur Toby
présente Pouvanaa au
général de Gaulle en
1956. Est-ce en sa
qualité d’ancien
combattant de 1914-18
et de gaulliste de 1940,
de député
contestataire qui, deux
ou
ans
plus tard, fera voter
“non” au référendum sur
le maintien de la
présence française ?
En haut, à droite :
John Teariki
(1914-1983), que l’on
voit ici accueillir
Pouvanaa lors de son
retour d’exil, en 1968, est
le véritable héritier
spirituel de Pouvanaa.
Teariki, futur député, est
d’ailleurs l’âme du
Here Ai’a, parti politique
fondé en 1965 sur les
cendres du R.D.P.T.
dissous en 1963.
Le retour d’exil. “Je
remercie Dieu de
m’avoir permis de vivre
cette minute” clame
Pouvanaa à sa descente
d’avion. Croulant sous
les colliers, il prend
ensuite place dans un
cabriolet submergé de
fleurs de tiare.
53
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
1958-1960 :
tableau
des institutions
et de la vie politique
A l’heure du choix institutionnel
S’il implique le maintien du Territoire dans le
giron de la France, le “oui” au référendum de
1958 n’en fixe pas pour autant le statut
définitif.
En
fait, la constitution de la ¥"= Répu¬
blique laisse
aux membres de l’ancienne
Communauté le choix entre trois solutions : le
maintien de leur statut de T.O.M., avec une
organisation particulière “définie et modifiée
par la loi, après consultation de l’Assemblée
territoriale intéressée” (art. 74) ; la déparL’assemblée des chefs
de districts réunie le
8 janvier 1959. De
gauche à droite : le chef
de Papara ; Rariari, chef
de Tautira ; le chef de
Faaone ; Teariki, chef
d'Afareaitu ; Faua, chef
de Tiarei ; (?) ;
M. Doucet,
fonctionnaire de
l’administration ; le chef
de Papenoo ; (?) ;
54
Posa Raoulx ; J. Bordes,
chef d'Afaahiti ;
l'administrateur Pujol :
Taputuarai, chef de
Hapape ; un officier de
gendarmerie ; Viriamu,
chef d'Hitiaa ;
Coppenrath, chef de
Mahaena ; le chef de
Tohaotu ; Tepava, chef
de Punaauia.
tementalisation, sous réserve “d’adaptations
nécessitées par leur situation particulière” mais ces adaptations ne peuvent être votées
que par l’Assemblée nationale et l’on ne peut
en
connaître d’avance la teneur - ; l’accession
rang d’État-membre de la Communauté,
qui “jouissent de l’autonomie... s’administrent
eux-mêmes et gèrent démocratiquement et
librement leurs propres affaires” (art. 77). Ils
au
relèvent de la Communauté, dont le domaine
compétence “comprend la politique
étrangère, la défense, la monnaie, la politique
économique et financière commune...”
(art. 78) et dont le président est le président de
la République française.
de
Les Assemblées territoriales ont, selon
l’article 91, quatre mois pour se prononcer sur
options. On imagine l’effervescence qui
s’empare des conseillers devant l’importance
du choix à prendre, face à une aussi courte
échéance et dans un contexte politique aussi
ces
troublé.
Ci-contre :
Frantz Vanizette, élu
pour la première fois à
l’Assemblée territoriale
siège pendant
plus de vingt ans et en
assure par deux fois la
présidence. Chef de file
des Indépendants,
F. Vanizette compte
parmi les fondateurs de
en 1957, y
l’Union tahitienne
démocratique en 1958.
Son combat politique se
double d’une
débordante activité
journalistique qui se
manifeste dans les
Débats (1958),puisdans
le Canard tahitieni
(1963). En tant que
partisan du maintien de l
ia présence française, il '
est un des ennemis
déclarés de Pouvanaaet
du R.D.P.T.
VERS L'AUTONOMIE INTERNE 1945-1960
Le I8 octobre I958, s’ouvre donc une
session extraordinaire de l’Assemblée terri¬
toriale, au cours de laquelle doit se décider
l’avenir de la Polynésie. Depuis lO jours, le
Conseil de Gouvernement a été suspendu de
fonctions par le gouverneur Bailly, et l’on
sait que Pouvanaa a Oopa a été arrêté le
11 octobre.
Il convient cependant de souligner la
ses
bonne tenue de l’Assemblée dans ces circons¬
difficiles. Les élus en effet, conscients
tances
des graves responsabilités qui leur incombent,
savoir
oublier leurs vieilles
querelles
pour œuvrer dans le sens du bien public.
vont
Une limitation des pouvoirs
Des trois solutions proposées par la Constitu¬
tion,
deux seulement sont retenues : le
maintien du slatu quo et la départementali¬
sation.
G.
Une
Leboucher
commission,
et
dont
le
présidée
par
rapporteur .est
La Constitution de 1958 en
G. Coppenrath, est alors mise sur pied. Elle
comprend tous les courants politiques de
l’Assemblée et débouche sur l’adoption du
rapport Coppenrath, à l’unanimité et deux
abstentions (E. Atger et Ch. Lehartel) - cinq
conseillers
sont absents
Florisson,
Pouvanaa,
:
MM.
Bambridge,
Tautu a Oopa et
Tauraa. Ce rapport, présenté le 14 novembre,
propose le maintien du statut de T.O.M.,avec
toutefois quelques aménagements allant tous
dans le sens de la limitation des pouvoirs des
élus locaux.
Ainsi,
la
fonction
de
ministre
est
supprimée, tout comme celle de viceprésident. Le Conseil de Gouvernement n’a
plus désormais que des attributions
collégiales, afin d’éviter que certains de ses
membres ne prennent trop d’importance. 11
s’agit d’une sorte de Conseil des Sages,
pouvant toutefois déléguer des “chargés de
mission” pour les dossiers importants. La
présidence de ce Conseil est désormais assurée
par le gouverneur et le nombre de conseillers
ramené de six à cinq (suppression du vice-
est
président).
Les élus locaux ont donc d’eux-mêmes, et
à l’unanimité, choisi un retour en arrière des
institutions, ce qui ne peut manquer de
surprendre. En fait, cette limitation
importante des pouvoirs de l’exécutif local (le
Conseil de Gouvernement) répond au souci
d’éviter les dérapages constatés lors de
l’exercice précédent. L’administration, étant
plus présente dans la gestion des affaires,
évitera les tentations dictatoriales de certains.
Les excès, ou les faiblesses, du pouvanisme ont ainsi coûté cher à la marche vers
l’autonomie du Territoire, car le
nouveau
Polynésie française, promulgué le
23 décembre, suit en tous points les desiderata
statut de la
de
l’Assemblée
territoriale.
Il
pourra
cependant être modifié, ainsi que le prévoit la
Constitution, après une expérience de cinq
ans.
Métropoie et ie statut de ia Poiynésie.
PRÉSIDENT DE
LA RÉPUBLIQUE
55
LA FRANCE EN
POLYNÉSIE
La vie politique continue
En
ces
élection a lieu le 25 novembre 1958, alors que
périodes troublées, la vie politique
demeure, on s’en doute, fort active, même si,
comme il a été dit, dans les décisions graves on
sait oublier ses rancunes.
Si le R.D.P.T. a largement consommé sa
rupture à la fin de 1958 (on parle de R.D.P.T.Pouvanaa et de R.D.P.T.-Te Aratai), l’Union
tahitienne
démocratique elle aussi semble
tiraillée en une série de courants divergents.
politiques sont nombreux en
cette fin des années cinquante. Ils concernent
Les tests
tout d’abord les renouvellements successifs du
Conseil
de
Gouvernement.
Une
première
le Conseil comprend encore six membres : les
trois mouvements de l’Assemblée (U.T.D.,
R.D.P.T.-Pouvanaa et R.D.P.T.-Te Aratai)
réservent chacun deux sièges.
Lorsque, en
1959, le Conseil est ramené à cinq
membres, ce bel équilibre est rompu au
détriment du groupe de Céran, qui ne
conserve qu’un conseiller.
En marge de ces remaniements internes,
qui sont le fait d’une Assemblée restée la
se
février
même depuis l’application de la loi-cadre, sont
organisées des élections qui permettent mieux
de prendre la température politique du Terri¬
toire. En fait, on reste sur sa faim, puisque, si
Coppenrath (U.T.D.) enlève bien le siège
de sénateur en mai 1958, la députation
échappe encore à l’U.T.D., Rudy Bambridge
étant une nouvelle fois battu, ce coup-ci par
Mate Oopa (R.D.P.T.-Pouvanaa).
G.
Gérald Coppenrath peut
être considéré comme le
bras droit de
R. Bambridge. Trèsactif
au sein de l’Union
tahitienne, puis de
l’U.T.D., il fut conseiller
à l’A.T. de1957à1963 et
sénateur de Polynésie
française de 1958 à 1962.
Le Conseil de
Gouvernement en 1959.
A la suite de l’arrestation
de Pouvanaa, le Conseil
de Gouvernement est
dissous par le
gouverneur Bailly.
L’A.T. doit alors élire six
nouveaux conseillers
(25 novembre 1958).
Puis le nombre de
conseillers est ramené à
cinq en février 1959. De
gauche à droite :
G. Tauru (R.D.P.T.Pouvanaa), P. Hunter
(R.D.P.T.-Pouvanaa),
J. Tumahai (U.T.D.), le
secrétaire général
Poulet, P. Dilhan
(R.D.P.T.-Céran),
E. Le Caill (U.T.D.),
J. Huber (futur
secrétaire général). Ces
cinq conseillers ont des
attributions nettement
moins étendues que
sous la loi-cadre.
Rudy Bambridge
(1926-1982) fut le
principal adversaire de
Pouvanaa lors de
l’expérience de la loi-
cadre. Leader de l’Union
tahitienne
démocratique, puis de
rU.T.-U.N.R. à partir de
1962, il échoua
cependant par trois fois
aux législatives (1956,
1960, 1962).
R. Bambridge fut
conseiller territorial de
19571 à 1969, puis
membre du Conseil
économique et social.
56
Le pouvanisme n’est donc pas mort,
même si son chef spirituel est en prison, et l’on
si les institutions ont
politique reste le même,
avec ce qu’il faut de complexité en plus pour
rendre indécise chaque consultation
se
rend compte que,
évolué, le
paysage
électorale.
Notons
que
l’U.T.D.
se
déchirera
officiellement en mars 1962, lors de nouvelles
élections
législatives qui amènent
Teariki à la députation,
en
remplacement de Mate Oopa, décédé. A cette
occasion, A. Poroi se dissocie de
R.
Bambridge et fonde son propre
John
mouvement.
Le R.D.P.T. quant à lui est dissous par
décret en 1963. Le relais du mouvement sera
pris par deux nouveaux partis : le Pupu Here
Ai’a Te Nunaa la Ora, de John Teariki, et le
E’a Api, de Francis Sanford.
4 Crises démographiques
La connaissanceéconomique
des faits démographiques
en Polynésiedès
estlabien
antérieure
à ia
les premiers explorateurs
fin du
XVIIP siècie
connaissance
se
;
livrent au jeu hasardeux de l’estimation de la population globale. Par la suite, avec
l’instauration du protectorat de Tahiti,
régulier.
les recensements se succèdent à un rythme
place progressive d’un système d’état civil s’effectue au cours de la
Il s’étend peu à peu à tous les archipels et à tous les
La mise en
seconde partie du XIX® siècle.
individus.
Dans ce contexte, on
pouvait espérer avoir une connaissance particulièrement
précise de l’évolution démographique, or elle s’avère très parcellaire, souvent
incomplète, rarement analysée. Les opérations de collecte réalisées avec beaucoup de
constance ont, du moi ns jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, laissé fort peu de traces.
Terre lointaine d’un vaste empire colonial, la Polynésie a attiré plus l’aventurier et
l’artiste que le statisticien !
Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, la connaissance démographique atteint
un niveau satisfaisant pour les données structurelles. On dispose alors de séries
nombreuses, en principe, rassemblées dans des documents exhaustifs publiés par
l’I.N.S.E.E. Toutefois, l’exploitation de l’état civil reste très lacunaire et l’on devra
attendre la création du Service territorial de la Statistique en 1980 pour enfin disposer
de séries statistiques complètes.
Il faut par ailleurs constater que les concepts utilisés étaient, et restent encore,
rarement adaptés à la situation spécifique de la population locale. Bon nombre de
réalités profondes du Territoire sont ainsi ignorées : place du concubinage, échanges
de jeunes enfants, changements de patronyme, activités multiples, religion.
Dans ces conditions, l’environnement statistique est trompeur et les méthodes de
recherche diffèrent assez peu de celles utilisées dans les régions peu développées.
La connaissance
des faits
de réponse scienti¬
fique. Toutefois, si la référence aux effectifs ne
peut être retenue pour mesurer précisément la
forte dépression probable de la population
polynésienne, les données structurelles - bien
qu’elles aussi parcellaires - permettent de
confirmer le faible dynamisme de cette
population dans la période de ses premiers
contacts avec les Européens.
trouvera sans doute pas
démographiques
grands navigateurs
de Tahiti sont sans doute
surévaluées, la polémique à ce propos ne
Les estimations des
sur
le peuplement
Par la suite, et ce jusqu’en 1880, la stabili¬
sation est manifeste ; la population assure
juste son propre remplacement. Cependant, la
précarité des informations ne permet pas de
porter un jugement plus précis sur ces
évolutions de faibles amplitudes.
Les prémices du renouveau
à Tahiti
A partir de 1880, on peut commencer à
envisager le début du “renouveau”. Sans
doute la progression est-elle particulièrement
timide et ce jusqu’en 1920, mais le fait est là : la
population autochtone, après une longue
phase de dépression, vient de réussir à
surmonter
l’ensemble
influences
des
négatives. Les données démographiques sont
particulièrement difficiles à exploiter, la dis¬
tinction par âge ne porte que sur deux classes mineurs et majeurs de quatorze ans - et les
recensements
incluent
ou
excluent selon les
circonstances les populations que l’on qualifie
aujourd’hui de “comptés à part”. Ainsi, les
troupes de marine gonflent-elles parfois arti¬
ficiellement le chiffre des hommes adultes sans
possibilité le plus souvent d’en estimer le
nombre réel (selon les navires présents en
Polynésie). Il est dans ces conditions encore
délicat de préciser l’évolution de la structure
par âge. Cependant, en considérant le seul
sexe
féminin, moins sensible aux effectifs non
originaires du Territoire, on peut envisager le
niveau de remplacement des générations
successives.
De 1848 à 1902, pour la seule île de
Tahiti, les indices calculés sont inquiétants :
on
compte environ deux adultes (de 1,9 à 2,2)
enfant de moins de quatorze ans,
expression d’une population peu dynamique.
On ne dispose pas de chiffres détaillés pour le
recensement de 1921, par contre, pour celui de
1926, l’indice grossier défini ci-dessus a très
pour un
Les opérations démographiques de la période pré-moderne.
annee
date
zone
couverte
population
publication
couverte
(1847/49 n“)
1848
01
-
02
I
P
B.O./E.F.O.
1857
01
-
09
I
P
M.T. (8/11/57)
I
T
B.O./E.F.O. (1847/49 n°5)
01
II
T
Annuaire E.F.O. (1863)
(?)
(?)
(?)
(?)
(?)
(?)
I
T
I
T
(?)
1860
1863
01
-
(?)
(?)
1868
1872
1876
01
-
01
nettement
évolué. Le nombre de filles s’est
sensiblement
Annuaire E.F.O. (1877)
J.O./E.F.O. (23/02/82)
accru
(?)
1887
30 - 06
T
1892
30 - 06
T
1897
30 - 06
T
1902
30 - 06
T
Annuaire E.F.O. (1903/04/05/06/07)
1907
30 - 06
T
Annuaire E.F.O. (1908/09/11)
1911
29 - 12
T
Annuaire E.F.O. (1912/15)
1916
(?)
E
Agence génér. des colonies 980 (1931)
Commissariat E.F.O. (1931)
I : Tahiti, Moorea principalement
J.O./E.F.O. (1/08/27)
II : ensemble des archipels, mais incomplet
J.O./E.F.O. (16/1/32)
III : ensemble des archipels, exhaustif
J.O./E.F.O. (16/1/38)
P : Polynésie
J.O./E.F.O. (22/07/42)
E ; étrangers, y compris métropolitains
1921
01
-
07
T
1926
01
-
08
T
1931
01
-
07
1936
03 - 05
1941
01-11
T
II
T
T
Annuaire E.F.O. (1888/89/91/92)
Annuaire E.F.O. (1893/94/95/96/97)
confirmée en 1936.
Annuaire E.F.O. (1898/99/1900/01/02)
Les opérations
démographiques de la
période pré-moderne.
T : ensemble des résidents
Les opérations démographiques de la période moderne.
année
date
zone
couverte
population
couverte
publication
INSEE - Suppl, stat. n^ll & 12 (1950)
INSEE - Suppl, stat. n°17 (1954)
1946
10 - 06
III
P + E
1951
18 - 09
III
1956
13 - 12
III
P-bT
1962
09-11
III
T
1967
29 - 03
III
Dénombr.
1971
08 - 02
III
T
Service du Plan -
1977
29 - 04
III
T
INSEE - Paris 1979
1983
15 - 10
III
T
INSEE - Paris 1984
T
un
pour
1881
,
atteindre
jusqu’à
1,4 adulte. La reprise de la
fécondité est donc ici pratiquement sûre (la
population adulte s’accroît également en
nombre absolu). Cette évolution se trouve
mineur
INSEE - Paris 1960
INSEE - Paris 1966
Aucun document synthétique disponible
Papeete
Ci-contre :
Les opérations
démographiques de ia
période moderne. Elles
sont le fait de l'Institut
national de la Statistique
et des Études
économiques, de
l’immédiat après-guerre
à la création, en 1980,
d'un Institut territorial
de la Statistique.
On trouvera ici la liste
pratiquement
exhaustive des données
les plus sérieuses sur
la population,
empruntées soit à la
somme bibliographique
du Père O'Reilly et à un
article de R.C. Schmitt
publié par les Études
océaniennes, soit
découvertes au cours
de différentes
investigations récentes
en Métropole ou en
Polynésie.
Ces divers
renseignements
permettront au
spécialiste des
questions de population
de connaître avec
précision les lieux où
sont conservés les rares
documents historiques
encore
disponibles sur
le sujet.
57
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
La situation dans les autres
1842-1918 :
archipels
Jusqu’en 1920, l’évolution des autres archipels
est très inégale, mais elle semble
toujours
caractérisée par une chute régulière de la
population, même si les chiffres publiés d’un
recensement
à l’autre paraissent parfois
indiquer
accroissement sensible des
effectifs (îles Australes), En fait, certains
un
dénombrements
sont
manifestement
incomplets, il y a donc une extension probable
du
champ de la collecte entre deux recen¬
sements successifs.
Il est difficile a priori de fournir des
explications satisfaisantes sur ce décalage
entre Tahiti et les autres
archipels. Toutefois,
on
peut proposer au moins deux ébauches
d’explication qui paraissent plausibles
D’une part, le rôle du colonisateur :
par
.
référence à d’autres contrées,
on
constate
qu’après avoir été source de désastres, la civili¬
importée amène peu à peu quelques
soulagements comme la lutte contre les
maladies endémiques (filariose), certaines
réglementations (alcool), la paix intérieure
(armes à feu, sacrifices humains). Or ce rôle
humanitaire ne pénètre que peu à peu dans les
zones
excentriques de Papeete. A cette
époque, seuls quelques administrateurs vivent
dans les archipels et ce sont donc les rares
bâtiments de la force de souveraineté qui
apportent les bienfaits extérieurs (médecin,
radio, technologie moderne).
sation
D’autre
effectifs
en
part,
cause
la faible dimension des
:
si le
renouveau
de
la
population à Tahiti apparaît assez clairement
dès que le nombre des naissances
dépasse
définitivement celui des décès, ce n’est pas le
cas dans les
archipels. Parler d’archipels, c’est
en fait
évoquer une multitude d’îles (plus de
quatre-vingt pour les Tuamotu) peuplées
parfois par une poignée d’hommes, par
quelques familles et au maximum par un
millier d’individus pour les plus grandes des
îles Australes ou
Marquises. Dans ces
conditions, les lois statistiques relatives aux
grands nombres ne s’appliquent pas. On peut
donc observer tout à la fois
une
tendance
objectivement orientée vers la croissance et
une dépopulation
conjoncturelle due à des
aléas extérieurs (accidents en mer, malnutri¬
tion) ou aux effets pernicieux d’une structure
par âge défavorable qui, compte tenu de
révolution antérieure, est plus que probable.
Dès 1920, la reprise de la croissance
démographique devient franche (2,58 %) non
fréquente, il était bien difficile aux médecins
présents de rétablir l’état de santé de la
population.
Au recensement de 1881, on ne
comptait
que 6 975 Océaniens originaires de Tahiti et
lent retour
vers la stabilité
un
En 1842, la phase la plus importante de la
baisse de la population aux îles du Vent était
achevée. Le recensement de 1848 donne le
chiffre de 9 454 Océaniens à Tahiti et Moorea.
Les combats de 1844 contre les opposants
français firent plus de 100
morts et causèrent encore, avec l’épidémie de
rougeole de 1854, une diminution de la popu¬
Protectorat
au
lation
:
celle-ci était seulement de 8 283 per¬
sonnes au recensement
de 1860.
Dès
1863,
n’était
pas
l’administration remarquait
vers Tahiti, phénomène qui
provenance des
nouveau,
notamment
en
îles Sous-le-Vent et des plus
proches atolls des Tuamotu, mais qui s’ampli¬
fiait sans doute à partir des Tuamotu et des
Australes du fait de la création de Papeete.
époque, la population de Tahiti
était en grande majorité contaminée par la
syphilis et, si ce n’était pas une cause de décès
A cette
Population des îles de Tahiti et
Moorea aux recensements, sans
la population flottante.
Date
Océaniens
1848
9 454
1860
8 283
1863
8 884
1881
8 793
1887
1911
recensements.
de
modes
(“Tahitiens”,
Totai
Les migrations vers Tahiti, les
classement
de
la
“Océaniens”
ou
population
seulement
“population totale”) et la plus ou moins bonne
complétude de l’énumération affectent plus
révolution d’un recensement à l’autre que le
mouvement naturel de la
population.
1881 distingue la
population selon l’origine sans qu’on sache
quel est le critère adopté (lieu de naissance ou
déclaration
individuelle). La population
totale de Tahiti et Moorea comptait 10 808
personnes
dont 18,6 % d’Européens et
Chinois. La population océanienne était de
8
recensement
793
personnes
de
dont
79,3
%
étaient
originaires des îles du Vent, soit 6 975 per¬
sonnes
;
8 % venaient des îles Sous-le-Vent
(migrants stables et personnes de passage) ;
3,9 %, 1,5 % et 0,5 % venaient respectivement
des Tuamotu et Gambier, des Australes et des
Marquises. Les 6,7 % restant étaient origi¬
naires pour la moitié des îles Cook et pour le
quart des îles Gilbert, les autres venant princi¬
palement de l’île de Pâques et d’Hawaii.
Les recensements de
ne
1887, 1892 et 1897
distinguent pas les Océaniens du reste de la
10 347
(1)
10 808
12 748 (3)
11 520 (3)
1897
1907
Ensuite il devient difficile de suivre
révolution naturelle de la population entre les
9 969
1892
1902
péens”.
Le
La seconde moitié du XIX^ siècle
l’immigration
Moorea, mais les enfants métis étaient sans
doute compris dans les “descendants d’Euro¬
11 883
11 530 (2)
12 140 (2)
11 383 (2)
12 735
13 255
12 994
(1) dont 6 975 “indigènes" des îles Tahiti et Moorea.
(2) Français européens et océaniens.
(3) y compris les troupes de terre et de la mer et la
population flottante (marins, militaires...) :
1909 personnes pour
1887
l'ensemble des E.F.O. en
Une famille à Paea vers
1900. L'absence
d'enfants d'âge
Intermédiaire entre
bébés et adolescents
traduit une mortalité
984 personnes pour l’ensemble des E.F.O. en
1892
encore
seulement à Tahiti, mais aussi dans tous les
forte,
notamment des enfants
bas âge.
archipels, la seule exception étant les îles
Marquises où il faut attendre 1930. La popu¬
en
lation totale du Territoire, qui à partir de cette
époque a une signification tant administrative
statistique, passe de 29 633 habitants en
que
1921 à 43 962 habitants en 1936. Les taux de
croissance sont partout identiques. Sans
doute à Tahiti le nombre de résidents
s’accroît-il légèrement plus rapidemeht, mais
il
s’agit là d’un phénomène qui sera
dorénavant
particulière
Territoire.
58
Bain de rivière. Les
pratiques traditionnelles
d’hygiène ne sont
d’aucun effet contre les
maladies et les
toujours présent : l’attirance
de Papeete sur le reste du
TAHITI. - Un Bain de siège,
rafraîchissant
épidémies qui ravagent
la population de Tahiti
au
XIX' siècle.
CRISES DÉMOGRAPHIQUES 1842-1960
population. L’accroissement de la population
à
cette
époque provient de
l’immigration européenne, océanienne et
chinoise à partir de 1865.
totale
Les recensements de
Français
les
classent
1902, 1907 et 1911
Européens
en
et
Océaniens, mais il apparaît que les critères de
classement varient d’un recensement à l’autre,
notamment pour la population de Papeete.
Déjà à cette époque, il devenait possible, du
fait des métissages, de classer une personne
aussi bien en Européen qu’en Océanien. La
population totale recensée de Tahiti et
Moorea en 1911 était de 12 994 habitants ; la
croissance s’était inversée depuis
mariage tardif mais rarement l’absence de
mariage. L’intervalle d’âge entre les pères et
mères en 1917-1918 était en moyenne de 5,2
sont les mois forts. Ces mois correspondent à
ans.
Cette valeur s’observe couramment dans
creuse
les
sociétés
monogames,
sociétés
polygames se caractérisant par des intervalles
d’âge moyen entre conjoints beaucoup plus
grands.
Le mouvement mensuel des naissances en
1917 et
1918 fait apparaître des creux en
mai et août et un sommet en
février,
septembre et octobre. Plus globalement, les
mois d’avril, mai et juin sont les mois creux et
1907 du fait
de l’émigration vers la mine de phosphates à
l’automne et au printemps austral. La période
correspond aux conceptions dejanvier
soit l’été, période des travaux
agricoles, et la période haute aux conceptions
de juin à août, soit l’hiver où l’activité agricole
à
mars,
est
réduite.
L’espérance de vie à la naissance en 19171918 avant l’épidémie était peu supérieure à
25 ans, ce qui représente une mortalité très
élevée et qui apparaît telle à tous les âges de la
vie.
Taux brut
Année
L’état civil
L’état civil fut institué pour les Océaniens en
mars
1852. Pour les premières années de
fonctionnement, l’état civil était incomplet,
le reconnaîtront tes pouvoirs publics
1866. Les naissances, sauf sans doute les
naissances suivies rapidement d’un décès,
en
plus tôt mieux enregistrées
Taux brut
de
Décès
de
Accroissement
(1)
natalité
(1)
mortalité
naturel
pour 1000
1871
221
311
1872
198
315
1873
247
243
1874
236
224
1875
222
279
1876
318
262
les
1877
234
décès. Dans tout état civil récent, on constate
1878
274
260
des
et
1879
268
236
1880
292
ommissions
d’enfants
;
ces
décès
de
vieillards
dernières
se
poursuivront
de
ces conditions,
l’excédent des naissances sur les décès n’est
jusqu’au XX‘= siècle. Dans
que le reflet de la différence de couverture de
deux catégories d’événements par l’état
ces
apparaissent des
excédents de décès n’en sont que plus signi¬
ficatives. L’épidémie de rougeole de 1854
porta le taux de mortalité à 96 pour 1 000, à
partir des décès enregistrés. Des excédents de
civil
et
décès
les
sont
années
encore
où
permanents
1871-1880 et encore
presque
pendant la décennie
fréquents de 1885 à 1894 ; il en réapparaît en
1901 et 1903. A partir de 1904, les excédents de
naissances sur les décès sont plus substantiels ;
le taux de natalité dépasse 40 pour 1 000 à
partir de 1907 et le taux de mortalité est
compris entre 30 et 35 pour 1 000. Certes, des
décès d’enfants étaient encore omis, mais on
peut considérer que la population de Tahiti a
recommencé de croître au début du siècle par
le
mouvement
naturel,
après
une
relative
stabilité dans la dernière décennie du XIX'
siècle.
Le XX^ siècle
Le calcul des taux de fécondité par âge pour
apparaître un indice
synthétique de fécondité de 5,7 naissances par
femme, ce qui représente un niveau moyen,
pas particulièrement élevé pour une popula¬
l’année
1918
fait
tion où la fécondité devait être naturelle - les
démographes
qualifient
de
naturelle
la
fécondité d’une population qui ne recourt pas
contraception pour limiter de manière
importante la taille des familles -. La propor¬
tion des naissances illégitimes est élevée : 42 %.
Le modèle de nuptialité propre à la Polynésie
française - mariage tardif après la naissance de
plusieurs enfants - était déjà fixé au début du
siècle. De 83 % à 15-19 ans, la proportion de
naissances illégitimes décroît avec l’âge pour
atteindre 17 % à 40-44 ans, traduisant donc un
à la
apparaît dès
Naissances
que
furent
La surmortalité féminine
État civil de Tahiti. Naissances et décès.
Makatea.
comme
les
les mois de septembre, octobre et novembre
30,4
282
pour 1000
—
+
+
—
29,5
1881
280
238
272
260
1883
235
201
1884
308
247
1885
262
272
1886
331
275
256
1887
286
1888
302
329
1889
285
296
1890
319
289
1891
278
1892
326
—
1893
310
297
+
+
+
+
—
30,2
327
1894
297
319
1895
337
241
1896
311
253
1897
322
1898
374
322
1899
325
307
1900
374
346
1901
334
1902
451
1903
360
428
1904
402
304
32,6
280
—
+
—
34,9
368
1905
441
353
1906
492
325
1907
469
1908
512
424
1909
522
407
1910
506
1911
498
1912
553
291
1913
538
401
1914
572
388
1915
550
366
1916
605
349
42.0
373
—
27,7
348
+
+
+
+
+
+
—
35,5
+
—
32,0
453
45,6
—
+
396
34,1
+
+
—
335
33,2
—
90
117
4
12
57
56
48
14
32
77
31,6
1882
32,3
+
+
+
369
30,8
—
32,0
42
12
34
61
10
56
30
27
11
30
57
1
13
22
96
58
42
52
18
28
62
83
68
+ 98
+ 88
-f 167
+ 96
+ 88
+ 115
+ 53
-1- 150
+ 262
+ 137
-f 184
-f 184
+ 256
59
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
l’âge de 10 ans et est sensible de 25 à 39 ans,
soit aux âges de forte fécondité ; elle se pour¬
suivrait
aussi pendant la vieillesse pour
d’autres causes. Une surmortalité féminine est
fréquemment observée dans les pays où les
conditions
sanitaires
sont
déficientes
:
surmortalité des petites filles qu’on soigne
que
les garçons, puis mortalité
maternelle et, dans la vieillesse, mortalité due
moins
à un passé de conditions de vie difficiles.
On peut avoir une idée des migrations
dans la seconde moitié du XIX' siècle et au
début du XX' siècle en comparant les lieux de
naissance et de décès des personnes décédées
aux
îles
commune
forte
de
la
Société
1917-1918.
en
La
de Papeete se caractérisait par une
immigration, normale vu la création
récente de cette
commune.
Les îles Sous-le-
Vent présentent une immigration beaucoup
plus faible que les îles du Vent. L’immigra¬
tion était d’un niveau à peu près identique à
15-59 ans et à 60 ans et plus, attestant son
caractère ancien.
L’immigration aux îles du Vent est
originaire des îles Sous-le-Vent pour près de
60 %, pour 20 % pour les hommes et 28 % pour
les femmes des
Tuamotu
et
pour
le reste
principalement des îles Australes ; la part des
îles Marquises dans l’immigration aux îles de
la Société est très
réduite, inférieure à 5 %.
L’immigration aux îles Sous-le-Vent est
presque exclusivement originaire des îles du
Vent ; il en est de même de l’immigration dans
les autres archipels où les migrants originaires
des îles
Australes, des Tuamotu ou des îles
Marquises sont rares.
dans les archipels
Le premier recensement des îles Sous-le-Vent
fut effectué en 1897 ; il donna le chiffre de
6 274 personnes pour la population totale.
L’évolution naturelle de la population de ces
îles pendant la seconde moitié du XIX' siècle
fut sans doute semblable à celle de Tahiti,
cependant la syphilis, l’alcool et les maladies
pouvaient y être moins répandus et l’accrois¬
sement aurait pu cesser d’être négatif plus tôt
qu’à Tahiti. L’immigration était peu
importante aux îles Sous-le-Vent, plutôt
sujettes à une émigration vers Tahiti.
Au recensement de 1911, la population
totale était de 6 689 personnes dont 6 290 Océ¬
aniens. La population recensée aux îles de la
en
1911
était donc de 19 683 per¬
sonnes.
Les îles Australes
et les Tuamotu-Gambier
L’évolution
de
la
population aux îles
Australes dans la seconde moitié du XIX'
siècle fut sans doute assez semblable à celle des
îles Sous-le-Vent, soit en légère baisse ou à peu
près stable. On ne signale plus d’épidémies
importantes après 1850. Les migrations vers
les îles de la Société étaient fréquentes. Des
recensements des îles Australes eurent
partir de
1892.
En
1911,
la
lieu à
population
recensée des îles Australes était de 2 484 per¬
sonnes.
60
de
mal
est
la
connue
population
encore
à
des
cette
époque et toutes les îles n’étaient pas recensées
1902. Il a existé des migrations vers les îles
du Vent pendant tout le XIX' siècle.
La situation est un peu mieux connue aux
îles Gambier où les missionnaires catholiques
comptaient 1 630 personnes en 1840 et 650 en
1871.
Le solde de l’enregistrement des
naissances et des décès par les missionnaires
explique cette baisse pour la moitié environ.
L’autre partie de la baisse serait due à une
émigration importante vers Tahiti, du fait des
règles strictes imposées par les missionnaires.
en
Clavel, un médecin de l’administration, fit une
mission
Gambier où il observa
qu’un
souffraient
d’affections pulmonaires. La syphilis était peu
fréquente.
grand
aux
nombre
de
personnes
La population des îles Marquises
1842 selon Dupetit-Thouars.
Les îles Marquises
Les chiffres de population aux
ainsi évaluer à environ 17 000 ou 18 000 per¬
sonnes la population en 1842 en corrigeant
l’estimation de Dupetit-Thouars.
Le premier recensement en 1887 donnait
le chiffre de 5 246 habitants. Entre ce recen¬
sement
8 000
Ua Pou
2 000
Ua Huka
2 000
Hiva Oa
6 000
Tahuata
700
Fatu Hiva
1 500
A cette époque, les estimations de la popu¬
lation deviennent plus proches de la réalité,
sauf pour Ua Huka.
et
l’estimation
de
Jouan
en
1856
(11 900 habitants), il y eut une épidémie de
variole en 1863 qui aurait fait environ
1 000 morts à Nuku Hiva et 600 morts à Ua
(plus encore selon certains auteurs). En
plus de cette épidémie, il suffirait d’un taux
d’accroissement négatif de 2,2 % par an, pour
que le chiffre de Jouan et celui du recensement
de 1887 soient cohérents, ce qu’il y a tout lieu
Pou
de penser.
en
Nuku Hiva
Marquises en
1842 sont encore des estimations, mais cellesci deviennent relativement fiables ; on peut
Des
recensements
furent
fréquemment
effectués ensuite ; de l’un à l’autre, la popu¬
lation des Marquises diminue au rythme
moyen de 2 % par an.
Les taux bruts de natalité et de mortalité
de 1915 à 1918 (l’année 1914 a été marquée par
une
mortalité
plus forte) s’élèvent respecti¬
1 000, soit un taux
vement à 29,8 et 53,5 pour
Femme des Marquises
1840. Lors de la
vers
prise de possession des
Marquises, la population
vit "traditionnellement".
L’évolution démographique
Société
L’évolution
Tuamotu
mais elle est déjà
touchée par de fortes
crises de mortalité.
Dessin original de
M. Radiguet.
CRISES DÉMOGRAPHIQUES 1842-1960
d’accroissement
cohérent
entre
les
négatif de 2,3 % par an,
population
l’évolution de la
recensements.
Ceci
avec
écarte
la
possibilité que la baisse de la population aux
Marquises ait été le résultat d’une forte
émigration. Les faibles effectifs de personnes
originaires des Marquises au recensement de
1881 à Tahiti et les relevés que nous avons
effectués dans l’état civil des îles de la Société
pour
les
années
1910-1912 et
1917-1918
confirment d’ailleurs cette hypothèse.
de l’absinthe, alcools forts et aux effets parti¬
La densité de la population au
Xixene siècle
culièrement malsains pour le second.
Iles du Vent en 1848
Tuamotu pour y travailler comme
plongeurs, et seulement certains d’entre eux
furent ramenés. Le recrutement pour des
destinations extérieures à la Polynésie était
relativement fréquent : les baleiniers
engageaient des Océaniens pour compléter
leur équipage lors de la campagne de pêche
proprement dite. Ces hommes étaient ensuite
laissés dans d’autres îles, plus rarement
emmenés en Amérique ou reconduits chez
La Polynésie française fut à cette époque
sujette à des recrutements de travailleurs. Des
{nombre d’habitants au kilomètre carré).
hommes des îles Australes furent emmenés
aux
Tahiti
8
Moorea
10
Iles Sous-le-Vent en 1897
Huahine
17
Raiatea
12
Tahaa
12
Bora Bora
32
Maupiti
47
28
Rimatara
5
Tubuai
12
Raivavae
24
Rapa
5
Les densités de la population varient gran¬
dement d’une île à l’autre, traduisant des
histoires
démographiques quelque peu
différentes.
Causes de mortalité
Cette période fut particulièrement drama¬
tique aux Marquises. En 1857, des marins
américains apprirent aux Marquisiens à faire
de l’alcool à partir de la fleur du cocotier. La
population s’enivra abondamment et il y eut
de nombreuses morts violentes et des guerres.
L’arrivée des Chinois s’accompagna de l’intro¬
duction d’opium qui aggrava encore l’état de
santé de la
ces
conditions étant le plus souvent clandes¬
tin, et la clandestinité s’accommodant mal de
l’enregistrement et des statistiques, nous
Iles Australes en 1911
Rurutu
Le recrutement de main-d’œuvre dans
eux.
population. Jusqu’au début du
XX'^ siècle on trouvait facilement du rhum et
n’avons pas de chiffre pour évaluer l’impact de
ce
prélèvement
la
sur
population.
Un
recrutement de travailleurs pour les mines du
Pérou fut effectué aux Marquises par les
Espagnols. La France réclama le retour de ces
hommes.
Trente-cinq survivants furent
ramenés, mais ils étaient atteints de la variole.
Le capitaine ayant voulu les débarquer sans
attendre la quarantaine, leur retour déclen¬
cha la terrible épidémie mentionnée ci-dessus
dont on pense qu’elle fit disparaître près du
tiers de la population des îles du nord-ouest.
Les effets indirects du recrutement, qui
assurait le transport d’une île à l’autre de
maladies et d’épidémies, apparaissent ainsi
plus importants que le recrutement lui-même.
La fin de la décroissance
Aux
îles
Australes
et
aux
Tuamotu
et
Gambier, la situation démographique était
probablement semblable à celle des îles de la
Société. La phase de baisse rapide de la popu¬
lation était terminée, il restait une décrois¬
lente qui s’orientait vers la stabilité, ces
archipels étant aussi sujets à une émigration
vers Tahiti assez importante. Aux Marquises,
la phase de baisse de la population se
poursuivait, présentant encore dans la
seconde moitié du X1X'= siècle des épidémies
sance
Homme des Marquises
en 1900. L’assimilation
fut le fait des
missionnaires, des
marins et des
administrateurs : sur cet
homme, fusil et croix se
mêlent aux survivances
de vêtements
traditionnels : couronne
d’êcaille et ornements
de cheveux humains.
Groupe à Fakarava.
Exception faite des îles
Marquises, la population
cesse
de diminuer en
Polynésie dès la fin du
XIX' siècle. Les jeunes
adultes sont nombreux,
comme ici aux Tuamotu
en 1929.
très
meurtrières
mais
aussi
une
baisse
régulière jusque dans les premières décennies
du XX^ siècle. Ce dernier phénomène montre
comment la mauvaise situation sanitaire de la
population pouvait créer une décroissance
importante de la population en l’absence
d’épidémie. Il n’était pas alors possible à la
population de se relever du niveau où l’avaient
amenée les épidémies. Peut-être que les îles de
la Société ont connu une situation semblable
dans la première partie du XIX= siècle ; cela
correspondrait tout à fait aux descriptions de
l’état
de
santé
et
de
l’évolution
de
la
population que donnaient les missionnaires
anglais.
Au début du XX' siècle, après une
période de forte mortalité à la fin du XVIII'
siècle et dans la première moitié du XIX' siècle
qui causa une très forte baisse de l’effectif de la
population, et après une période de lente
décroissance de la population dans la seconde
moitié du XIX' siècle, la population des îles de
la Société commençait de se stabiliser et même
de croître.
61
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
L’épidémie de 1918
grippe de 1918 n’affecte pratiquement pas les
enfants
Une reprise
brusquement interrompue
Bien que la population polynésienne
recommencé de croître depuis le début
ait
du
siècle, son état sanitaire était encore précaire
(notamment, l’espérance de vie était faible)
lorsque se déclara la grippe de 1918. La grippe
espagnole, comme elle fut nommée, fit à peu
près le tour du monde, causant des surcroîts
de décès en Europe et des mortalités catastro¬
phiques dans la plupart des archipels du
Pacifique. En effet, l’épidémie de 1918 fut
ressentie de manière également catastro¬
phique aux îles Cook, à Fidji et aux Samoa
occidentales où les statistiques d’état civil font
apparaître un taux brut de mortalité de 196
pour 1 000 pour l’année 1918.
Un mal foudroyant
lorsqu’arrive à Papeete le
vapeur Navua, le médecin arraisonneur révèle
la présence parmi l’équipage de trois malades
présentant un état mal défini et en apparence
peu grave. Un des malades, un Tahitien, est
débarqué et hospitalisé ; ordre est donné
Le
mais bien inférieure à celle des Polynésiens.
Aux îles de la Société comme en France, la
16 novembre,
moins
inconnu
en
se
taux brut de mortalité atteint
190 pour 1 000
1918 ; dans la première semaine de
décembre, on compta jusqu’à plus de 70 décès
en
par jour à Papeete, alors que la moyenne était
normalement de 1 ou 2.
Cette
grippe se caractérisa par le fait
toucha plus les adultes que les
vieillards. En France, les quotients de
mortalité en 1918 furent une fois et demie plus
élevés de 5 à 14 ans par rapport à 1917 et
doublés de 15 à 34 ans. Aux îles de la Société,
qu’elle
la mortalité en 1918 connut les mêmes varia¬
tions qu’en France par rapport à la normale,
mais à un niveau beaucoup plus élevé. De 5 à
14 ans, la mortalité en 1918 est plus du double
de celle de 1917-1918 sans épidémie ; elle est 5
à 6 fois plus élevée de 15 à 29 ans et multipliée
par 15 ou 20 de 30 à 44 ans, et encore par plus
de 10 à 45-49 ans. La mortalité de 1918 se
rapproche ensuite progressivement de celle de
1917-1918, mais elle est encore 2 à 3 fois plus
élevée à 70 ans et après. En 1918, à 20-24 ans,
1 homme sur 12 est mort, à 30-34 ans, 1 sur 6, à
35-39 ans, 1 sur 4 et de 40 a 49 ans, 1 sur 3.
Les Européens et les Chinois connurent
une
62
mortalité accrue par rapport à la normale
1918.
Enfin,
enfants, ce qui créait une baisse de natalité
différée lorsque ces générations atteignaient
les âges de reproduction.
Le contrecoup
L’épidémie de 1918 a eu un effet important sur
la
natalité.
En
réduisant
de
manière
importante
la population et plus
particulièrement la population adulte, elle a
diminué
les
effectifs
de
naissances
qui
s’élèvent seulement à 614 naissances en 1919
contre 901 en 1918, soit une baisse de 32 %.
L’indice synthétique de fécondité en 1919
est de 4,4 naissances par femme. Tous les âges
ont été à peu près également touchés. La
baisse est due essentiellement aux concep-
Page de droite :
L’hôpital de Papeete en
1930. Après l’épidémie
de 1918, un effort
médical important est
mais aussi dans toutes les îles de la Société,
jusqu’à Maupiti, la plus occidentale des îles
Sous-le-Vent qu’elle atteignit en janvier 1919,
et bien sûr à Makatea et dans quelques îles les
plus au sud des Tuamotu. Cependant, la
plupart des Tuamotu furent épargnées de
même que les îles Australes et les îles
Marquises, en raison de mesures de quaran¬
taine strictes interdisant le départ des bateaux
vers ces archipels. Aux îles de la Société, le
en
élevée. Si l’épidémie de 1918 eut un effet
favorable sur la structure de la population, il
n’en était pas toujours ainsi ; certaines
maladies touchaient plus particulièrement les
mort est fréquente aux
âges jeunes et adultes.
Cet archipel ne sera
cependant pas touché
par l’épidémie de 1918.
des
cas
France
que les conditions sanitaires entretenaient en
dehors des années d’épidémie une mortalité
Veillée funèbre aux îles
Australes. Même en
dehors desépidémies, la
phénomènes asphyxiques.
déclarent ensuite parmi
l’équipage du Navua, puis à terre, le médecin,
le personnel du port etc. L’épidémie, qui allait
faire plus de 3 000 décès, se répandit à Tahiti
avec
que
l’importance de la mortalité aux îles de la
Société en 1918 n’a rien de comparable à ce
qu’elle fut en France ; le niveau en est 10 à 20
fois plus élevé selon les âges.
La pointe de mortalité ne dura qu’un
mois ; une mortalité aussi élevée sur plusieurs
mois aurait simplement causé la disparition de
la population. Une telle baisse de l’effectif de
la population nécessitait déjà une quinzaine
d’années pour que soit retrouvé l’effectif
antérieur à l’épidémie. On comprend que
lorsque les épidémies se succédaient parfois au
rythme de deux ou trois par décennie, la popu¬
bre, un des malades isolés succombe brusque¬
Plusieurs
adolescents
la vieillesse continue d’être importante aux
îles de la Soeiété, phénomène totalement
d’isoler les deux autres malades. Le 17 novem¬
ment
les
les
adultes. Par contre, à la différence de ce qu’on
a observé en France, les adultes au-delà de
40 ans ont plus souffert que leurs cadets, aussi
bien pour les hommes que pour les femmes.
De plus, la mortalité par la grippe aux âges de
et
lation connaissait une baisse très importante
n’avait pas le temps de récupérer, d’autant
et
entrepris pour redresser
l’évolution des
populations
polynésiennes dont on
pu craindre la
disparition.
a
La mortalité pendant
l’épidémie de 1918.
Les décès de
l’épidémie se sont concentrés sur quelques jours où la mortalité atteignit des niveaux
CRISES DÉMOGRAPHIQUES 1842-1960
lions
empêchées et aux avortements
provoqués par l’épidémie auxquels seule avait
échappé une certaine catégorie de femmes
dont la grossesse était dans un certain état
d’avancement.
Le mouvement mensuel des naissances
renseignera mieux sur l’effet de
l’épidémie sur la natalité et la fécondité. Dès
décembre, mois de la pointe de mortalité, les
nous
naissances baissent et se trouvent au-dessous
de la moyenne annuelle, alors qu’elles étaient
au-dessus en 1917. On peut évaluer la baisse
de fécondité en 1919 en
naissances observées avec
comparant les
les naissances
attendues, sur la base de taux de fécondité
identiques en 1919 et 1918, réparties par mois
la moyenne de 1917-1918. Janvier,
février, mars et avril 1919 se trouvent 26 % audessous du niveau attendu pour ces mois. Les
comme
naissances empêchées pendant ces mois
correspondent principalement à des
ou
à des décès de femmes
enceintes. Les mois de mai et juin sont au
niveau des années 1917-1918, les naissances de
mai sont même légèrement supérieures aux
avortements
naissances attendues cependant, du fait de la
baisse de la population féminine, ces effectifs
-
sont inférieurs de 8 % à ceux observés en 1917-
1918. Ces
conceptions étaient âgées de 2 à
l’épidémie et elles semblent
avoir été épargnées par la maladie, de même
que les femmes qui les portaient.
Les
naissances de juillet retrouvent un niveau 22 %
inférieur aux années précédentes. Les mois de
août et septembre marquent un creux
impres¬
4 mois lors de
sionnant
attendues
:
30 % seulement des naissances
par rapport à 1917-1918 sont
observées. Cette baisse très importante est due
conceptions empêchées par l’épidémie.
Les mois d’octobre et novembre rejoignent
aux
progressivement
décembre
1919
le
est
niveau attendu et
au-dessus de décembre
1917. La récupération est déjà commencée.
La population étrangère résista mieux à
l’épidémie de 1918. Pour les Européens, la
maladie n’eut pas plus de conséquences que
pour leurs concitoyens de Métropole. La
mortalité des Chinois semble un peu plus
élevée que celle des Européens, mais cela n’a
encore rien de commun avec l’hécatombe
qui
toucha
la
population polynésienne. Le
contact que les étrangers avaient eu dans leurs
pays d’origine avec les différentes grippes
annuelles et autres maladies infantiles avait
créé chez eux une immunisation que n’avaient
pas les Océaniens. On a cependant noté que,
parmi les Polynésiens anciens combattants de
retour de Salonique, traités à la
quinine, il n’y
eut qu’un seul décès.
Taux
de fécondité par âge de la mère
(pour 1000) et Indice
synthétique de Fécondité (nombre de naissances par femme) de
1918 à 1921.
Age de la mère
1918
1919
1920
15-19
102
73
147
20-24
155
236
194
278
273
1921
25-29
276
227
308
30-34
268
248
196
265
35-39
249
192
132
220
40-44
190
75
61
86
45-49
74
8
3
I.S.F.
5,69
4,43
-
6,52
3
6,06
La fécondité chute en 1919, à la suite de l'épidémie, mais une vive
récupération a lieu les
années suivantes. Le nombre de naissances n'augmentera
pas cependant, du fait de la
baisse de la population.
On remarque la baisse
des naissances due à
l’épidémie, puis la récupé-
'ration, au début de 1920.
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
les femmes
1920-1941 :
vers une
La
lation,
reprise
reprise de la croissance de la popu¬
observée
au
début
du
siècle
et
interrompue par l’épidémie de 1918, va
reprendre en 1920 et se poursuivre les années
suivantes.
La récupération
Après la baisse de 1919, la fécondité a connu
1920 une très forte récupération. Les con¬
ceptions empêchées par l’épidémie ont été
compensées, provoquant de nombreuses
naissances au premier trimestre de 1920 et
en
inversant
le
mouvement
saisonnier
de
la
natalité cette année-là, les naissances étant
plus nombreuses au premier semestre qu’au
qu’à la fin de 1921 que le
second. Ce n’est
mouvement
saisonnier semble retrouver son
rythme normal d’avant l’épidémie. La récupé¬
ration a été suivie d’un “effort de fécondité”
pour relever la population qui s’est poursuivi
après 1920. Ces mouvements sont bien visibles
lorsqu’on considère la fécondité des années
1919 à 1921. Après avoir été de 4,4 naissances
par femme en 1919, l’indicateur conjoncturel
de fécondité atteint 6,5 naissances par femme
en
1920 et 6,1 en 1921. La récupération de
1920 élève l’indice de près d’une naissance par
plus âgées y ont aussi participé :
récupération de conceptions empêchées par
l’épidémie et formation de nouveaux couples,
hors mariage, après veuvage.
La structure par âge de la population au
1er janvier 1919 porte profondément la trace
de l’épidémie. La mortalité principalement
concentrée aux âges adultes et dans la
vieillesse
a
rajeuni la population. La
proportion de personnes âgées de 60 ans et
plus passe de 6,3 % à 3,4 %, mais les adultes
aussi ont diminué en importance relative,
passant de 49 % à 45 %. Les moins de 15 ans
augmentent donc fortement en valeur relative,
de 44 % à 52 %.
Le rajeunissement de la population a un
effet bénéfique'sur la mortalité ; les décès en
1919,
1920 et 1921 sont relativement peu
nombreux
en
raison du faible nombre de
L’effet de la structure de la
population sur les naissances est inverse. La
personnes âgées.
réduction du nombre des adultes se traduit
des naissances moins nombreuses qu’en
1918, d’abord en 1919, mais aussi en 1921
malgré alors le relèvement de la fécondité.
L’année 1920 avec la forte récupération de la
fécondité qui la caractérise ne présente que 20
naissances de plus que 1918. La structure de la
population à partir de 1919 est donc
par
défavorable
à
la
natalité,
nombre de personnes
mais le faible
âgées et de décès se
traduit par un taux de mortalité bas et il se
dégage un accroissement naturel de 1 % en
1920 et voisin de cette valeur en 1921. Si nous
l’accroissement se maintient
rythme de 1 % annuellement à partir de
1920
en fait l’accroissement peut baisser, la
structure de la population devenant de moins
supposons que
au
-
en
moins favorable vis-à-vis de la mortalité -,
il faut 14 ans à la population pour retrouver
effectif de 1918, soit 15 ans après
l’épidémie, compte tenu de l’année suivant
l’épidémie où l’accroissement est nul. Par
contre, le niveau encore peu élevé de la
fécondité pouvait augmenter, favorisé par un
son
effort sanitaire et médical dans la colonie à la
suite de la prise de conscience du risque de
disparition des populations océaniennes.
L’entre-deux-guerres
Nous avons estimé les taux de natalité entre
les deux guerres à partir de la pyramide de la
population en 1946. Il apparaît une natalité
plus faible dans les années qui suivent
l’épidémie, puis le niveau de 40 pour 1 000 est
atteint à partir de 1925, soit un niveau
normalement élevé.
La
population totale en 1921 est infé¬
1918 et encore en
rieure à celle estimée pour
1926, les effectifs des Français océaniens et
européens sont inférieurs à ceux de 1918.
Pourtant, cette partie de la population est
presque revenue au niveau de 1918 et la popu-
femme au-dessus de sa valeur de 1918, soit une
augmentation de 15 %, mais l’année 1921 est
aussi supérieure à 1918 de 0,4 naissance par
femme.
Si tous les âges étaient également touchés
par la baisse en 1919, ce sont plus particuliè¬
rement les âges jeunes qui sont concernés par
la remontée en 1920 : la fécondité augmente de
25 % avant 25 ans, au-delà de 25 ans l’augmen¬
tation par rapport à 1918 est un peu au-dessus
de 10 %. En 1921, l’augmentation ne subsiste
qu’avant 25 ans, où elle est globalement d’un
niveau identique à ce qu’elle était en 1920 ;
après 25 ans, les taux retrouvent le niveau de
1918. Ainsi, l’âge moyen des femmes à la
naissance des enfants rajeunit légèrement de
1918 à 1919 et 1920 : 29,5 ans, 29,3 ans puis
29,1 ans, et plus considérablement en 1921
avec
28,7 ans.
Une autre modification notable de la
fécondité due à l’épidémie est l’évolution des
proportions de naissances illégitimes ; égale à
42 % en 1918 et 1919, la proportion des
naissances illégitimes atteint 49 % en 1920 et
1921. C’est à 20-29 ans que la proportion des
naissances illégitimes croît le plus, mais il
apparaît aussi une augmentation aux âges
plus élevés, due aux nouvelles unions de
veuves.
On observe en Europe, après une
catastrophe, une baisse de l’âge moyen au
mariage lorsque celui-ci est suffisamment
élevé pour que la population puisse s’en servir
comme facteur de récupération. En Polynésie,
où le mariage est tardif, on observe une baisse
de l’âge moyen à la naissance des enfants et
une
augmentation des proportions de
naissances illégitimes qui est l’équivalent du
phénomène observé en Europe. Ce sont
principalement les jeunes générations qui ont
assuré le relèvement de la fécondité, même si
64
La natalité est le rapport
des naissances à la
population totale ; elle
est donc sensible à la
proportion des adultes
dans la population.
La fécondité est le
rapport des naissances
classées selon l'âge de la
mère aux effectifs de
femmes d’âge
correspondant ; la
structure par âge de la
population n’y intervient
donc pas.
Page de droite :
Enfants des Australes.
C’est d’eux que dépend
la vitalité de la
population. En 1920, les
Australes, comme les
autres archipels,
connaissent un
redressement de la
natalité.
Enfants de Tahiti vers
1900. Au début du siècle,
la fécondité en
Polynésie est d’à peine
6 enfants par femme, ce
qui n’exclut pas
l’existence de familles
très nombreuses, car ce
chiffre n’est qu’une
moyenne.
CRISES DÉMOGRAPHIQUES 1842-1960
lation totale l’a déjà dépassé.
Le mouvement
naturel n’est pas le seul facteur de l’évolution
population. Dans une petite
population, les migrations peuvent avoir un
rôle très important et c’est ce qui explique ce
relèvement rapide de la population recensée.
Dans la population totale, il faut d’abord
noter
une
nouvelle vague d’immigration
chinoise
une première vague avait eu lieu
d’une
-
entre
1911 et 1917 concernant environ 1 400
personnes
-
et l’immigration d’Indochinois
(environ 300 personnes) ; la disparition d’une
grande partie de la population adulte en 1918
avait causé un manque de main-d’œuvre qui
nécessita de faire appel à des travailleurs
étrangers. La population étrangère passe ainsi
de 1 867 personnes en 1911 à 4 400 personnes
en
1926. L’immigration concerna aussi des
Océaniens des archipels extérieurs et des
Français métropolitains.
A partir de 1920, la population des îles de
la Société a connu une augmentation continue
avec
des
taux
d’accroissement
annuels
supérieurs à 2 % et même voisins de 4 % de
1936 à
1941
qui s’expliquent par des
migrations importantes vers Tahiti. En 1941,
on comptait 36 500 personnes aux îles de la
Société dont 31 000 Français ; la population
avait été multipliée par plus de 1,5 depuis
1926, soit un accroissement annuel moyen de
2,8 % où l’immigration jouait un grand rôle.
Par conséquent,
la population de l’ensemble
des E.F.O. avait crû un peu moins vite. En
fait, l’accroissement naturel jusqu’en 1940 a
dû être inférieur à 2 %, valeur voisine de celle
observée entre 1941
et 1946
alors que la
avait beaucoup interrompu les
mouvements migratoires -, et de celle observée
dans l’immédiat après-guerre.
-
guerre
Dans les archipels lointains
Toutes
les
îles
Australes
n’étaient
pas
régulièrement recensées avant 1936, sauf en
1911 où les effectifs semblent un peu faibles.
Le recensement de 1926 peut être considéré
comme
complet, le chiffre de Tubuai
englobant la population de Raivavae et celui
de
Rurutu celle de
Rimatara.
L’accroisse¬
ment de 1,6 % entre 1911 et 1926 est élevé et
laisse penser que le recensement de 1911 sous-
estime la population. Le recensement de 1931
donne pas la population de Rapa ni de
Rimatara. Entre 1936 et 1946, l’accroisse¬
ne
ment est
inférieur à 1 %. Cette valeur est un
faible, mais elle inclut sans doute une
émigration vers les îles de la Société ; l’accrois¬
sement naturel serait alors plus important.
peu
Les
recensements
des
Tuamotu
et
Gambier ne sont également pas complets
avant 1936 exception faite de l’année 1911.
L’accroissement annuel aux Tuamotu entre
1911 et 1931 est de 1 %, mais le recensement de
1911 sous-estime légèrement la population.
L’accroissement devient pratiquement nul
entre 1931 et
1936 et est de 0,4 % entre 1936 et
L’émigration vers Tahiti ou vers
Makatea réduit beaucoup l’accroissement de
la population.
La population des Gambier augmente
aussi très peu ou baisse légèrement dans
l’entre-deux-guerres, étant sans doute sujette
aux mêmes mouvements migratoires que celle
des Tuamotu. La population de Makatea
connaît à cette époque des fluctuations plus
ou moins importantes liées à l’activité de la
1941.
mine.
La population des îles Marquises semble
mieux connue dès les années 1910-1920. Des
recensements fréquents y font apparaître
jusqu’en 1923 une baisse de la population qui
passe de 3 563 personnes en 1902 à 2 255 en
1926. Les enregistrements de naissances et de
décès à l’état civil confirment cette évolution
qui n’est donc pas due aux migrations.
Chaque île mériterait une étude particulière,
mais il existe cependant des points communs à
l’intérieur des groupes nord-ouest et sud-est.
La situation est moins catastrophique dans le
premier : Nuku Fliva, Ua Pou et Ua Huka. A
partir de 1910, on observe certaines années de
faibles excédents des naissances sur les décès,
mais ce n’est qu’à partir de 1920, ou 1925 selon
les îles, que l’accroissement par le mouvement
naturel devient constant puis s’amplifie. Dans
les
années
1930, les naissances deviennent
même très nombreuses à Ua Pou. Par contre,
Fatu Hiva, Tahuata et surtout Hiva Oa sont le
théâtre d’une mortalité extrêmement élevée
qui cause des excédents permanents de décès
jusqu’en 1925, et encore quelques années
après à Fatu Fliva. A Hiva Oa, dans les années
1910 à 1923, les décès sont le double, voire le
triple, des naissances. Dans ces îles, l’excédent
des naissances sur les décès reste faible jusque
dans les années 1940. Les Marquises furent
peu sujettes à l’émigration avant 1935 environ,
ce
qui n’exclut cependant pas quelques
départs. Elles connaissaient aussi une
immigration non négligeable d’Européens, de
Chinois et aussi de personnes des îles de la
Société et plus faiblement du nord des
Tuamotu.
En 1941, on peut considérer que le chiffre
de la population des Établissements français
d’Océanie est précisément connu : il s’élève à
200 personnes dont 43 360 Français
océaniens.
Les
Français européens ne
51
comptent que 920 personnes, auxquelles il
convient d’ajouter 920 autres de la “popula¬
tion flottante”, regroupant militaires, marins
et certains gendarmes et fonctionnaires. Les
étrangers les plus nombreux sont les Chinois :
5 450 personnes. Les autres étrangers sont au
nombre de 560,
dont 230 Anglais et
Américains et 170 Indochinois.
L’épidémie de 1918 aux îles de la Société
et la baisse continue de la population aux îles
Marquises sont à l’origine de la prise de
du risque de disparition des
populations océaniennes. A cette époque,
littéraires, anthropologues et administrateurs
écrivent abondamment, mais en retard, sur ce
sujet. Il en résulte une meilleure politique de
santé, avec la création de postes de médecins
plus nombreux, dont un second aux îles
Marquises.
conscience
65
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
On
1945-1960 :
du
une
naissances
1946,
les
d’Océanie étaient
des
rares
lement
colonies
françaises dont la population était assez
précisément connue. Chose plus rare encore,
un état civil pour la population originaire
existait depuis longtemps et était remarqua¬
blement-complet. L’enregistrement des nais¬
sances était sans doute exhaustif, sauf pour
quelques enfants décédés dans leurs premiers
jours, et celui des décès l’était probablement
aussi, même pour les personnes âgées, mais
des décès de nourrissons pouvaient être omis.
Le mouvement naturel
l’après-guerre jusqu’à la fin des années
1960, la population de la Polynésie française,
de même que la plupart des populations du
Pacifique, a pleinement participé à l’explo¬
sion démographique du tiers-monde, où elle
s’est même située parmi les pays à la plus forte
De
croissance.
Entre
1946 et
1950, la natalité atteint
40 pour 1 000, mais en 1951 une
épidémie de rougeole la fait baisser à 35 pour
presque
000, elle retrouve le niveau antérieur dès
1952 et dépasse 40 pour 1 000 pendant le reste
1
des années 1950.
La fécondité
française
âge de la
disponible que pour les années
1959-1963 ; nous ne pouvons donc calculer la
fécondité que pour la fin des années 1950. La
:
la
proportion
de
garçons aurait été anorma¬
élevée. En fait, les petits effectifs
de
annuels de
Établissements français
l’une
beaucoup écrit sur le déséquilibre
Polynésie
démographie
galopante
En
a
rapport de masculinité des naissances en
naissances, de l’ordre de 2 000
Le classement des naissances par
mère n’est
après la guerre, 3 000 vers 1950 et 3 500 vers
1960, causent des variations aléatoires impor¬
tantes ; si l’on regroupe plusieurs années, le
rapport de masculinité des naissances devient
normal, de l’ordre de 103 garçons pour 100
fécondité était alors de 6,3 naissances par
femme. Cela signifie qu’une femme dont toute
La mortalité était inférieure à 20 pour
I 000 après la guerre, mais l’épidémie de 1951
réduit volontairement sa fécondité et dont la
filles.
transparaît
fortement
dans
le
taux
de
mortalité de cette année - sans avoir rien de
commun
avec
les
épidémies catastrophiques
du XIX'’ siècle ou celle de 1918. L’épidémie de
la dernière grande
la Polynésie française
qui allait bénéficier pleinement des pro¬
grammes
sanitaires développés dans le
Pacifique à cette époque. L’année 1952
retrouve la tendance d’avant l’épidémie et la
mortalité baisse pour atteindre le niveau de 10
pour 1 000 à la fin des années 1950, niveau
assez bas à cette époque pour une population
jeune et encore peu industrialisée.
Dans l’immédiat après-guerre, l’accrois¬
sement naturel atteint 2 %. Il se réduit
beaucoup en 1951 mais reste positif avec 1 %.
II dépasse 3 % dans les années suivantes,
niveau parmi les plus élevés du monde à
l’époque, du fait d’une natalité forte et d’une
1951
est
la
cause
de
mortalité que connut
mortalité assez basse.
la
vie
féconde
se
déroulerait
dans
les
conditions des années 1959-1963 aurait eu à 50
6,3 naissances vivantes en moyenne. Vu la
présence d’une population européenne qui
ans
proportion dans la population s’accroîtra
fortement dans les années ultérieures, il est
intéressant de calculer la fécondité des femmes
nées en
Polynésie française. Elle serait de 6,6
naissances par femme. Ce sera, compte tenu
du fait que la fécondité a dû être assez stable
1960, la fécondité des femmes nées dans
l’entre-deux-guerres et qui ont près de 30 ans à
la fin des années 1950, soit les femmes nées
avant 1935. Par contre, les femmes nées après
1940 connaîtront, lorsqu’elles atteindront
30 ans, des conditions de vie différentes et une
avant
fécondité
inférieure.
Le
nombre
moyen
d’enfants nés vivants qu’elles auront eus à la
fin de leur vie féconde sera donc moins élevé.
On peut l’évaluer à environ 6,0 enfants par
femme pour les femmes nées vers 1940, et à 5,1
enfants pour celles nées en
Dans les années
naissances
1946-1950.
1950, la proportion de
illégitimes était comprise entre
45 % et 50 %, valeur voisine de celle du début
du
siècle,
ce
qui traduit la stabilité de la
00 LA JEUNESSE SE MEUBÎ...
..LE PAÏS EST PEROU
FORTS
Une explosion
démographique. Dans
l’après-guerre, la
Polynésie française
connaît l’explosion
démographique de ia
deuxième phase de la
transition
démographique. La
baisse de la mortalité
s’ajoute à une forte
natalité.
Enterrement à Papeete.
Entre 1946 et 1958, le
taux de mortalité
diminue fortement.
Exception faite de 1951,
l'épidémie fait
prendre conscience de
la fragilité de l’état
année où
sanitaire de la
population.
66
CRISES DÉMOGRAPHIQUES 1842-1960
mariage tardif, particulière à la
Polynésie. Avant 25 ans, la fécondité
illégitime est inférieure à la fécondité légitime,
du fait que chez les jeunes femmes le mariage
est souvent induit par une conception, ce qui
opère une sélection de mères, dans un futur
très proche, dans cette population. Les taux
de fécondité légitime et illégitime étaient d’un
niveau voisin après
25 ans, montrant
l’existence de couples non mariés dont la vie
reproductive est identique à celle des couples
mariés. La légère infériorité de la fécondité
illégitime était due à la présence de femmes
sans conjoint : veuves et divorcées dans la
population non mariée. La proportion de
naissances illégitimes diminue avec l’âge, le
mariage intervenant de plus en plus fréquem¬
ment lorsque les couples avancent en âge.
coutume du
les pays qui effectuèrent le passage d’un mode
La plus grande exposition des filles à ces
maladies est un fait culturel ; la condition
sociale de la femme n’a pas été très bonne dans
plus favorables à
l’époque tels Singapour, Hong Kong,
Taïwan... groupe auquel on
peut aussi
rattacher la plupart des archipels polynésiens
et quelques archipels mélanésiens.
Pour avoir une idée plus précise de
l’évolution du phénomène,
nous allons
comparer les taux par âge des différentes
tables de mortalité. En 1946-1950, c’est à
5-9 ans que la mortalité est la plus faible alors
que le minimum est le plus souvent à 10-14 ans
dans les autres pays. Les effectifs de décès à ces
âges, sujets à des variations aléatoires,
dans
conditions
les
les
La mortalité
En raison des faibles effectifs de décès, dus à la
mortalité à 10-14 ans, pour amener finalement
périodes suivantes : 1946-1950 et 1952-1958.
L’année 1951 a été traitée séparément. Les
variations de la mortalité entre les périodes
retenues peuvent être résumées par les diffé¬
rentes espérances de vie à la naissance. Il
apparaît une forte diminution de la mortalité
et donc une augmentation de l’espérance de
vie entre les périodes 1946-1950 et 1952-1958,
interrompues par l’épidémie de 1951. L’espé¬
rance de vie passe alors de 44 ans à 54 ans en
moyenne pour les hommes et les femmes.
montré les études effectuées chez les Maoris.
de vie traditionnel au mode de vie moderne,
expliquer ce phénomène qui se
rencontre, mais plus rarement, dans les tables
de mortalité d’autres pays du Pacifique.
taille de la population, nous avons regroupé
les données des différentes années selon les
distincts. Avant 15 ans, et même jusqu’à 19
ans, la surmortalité féminine est sans doute
due à des maladies infectieuses, comme l’ont
gagnant plus d’un an chaque année. Cette
évolution est semblable à celle observée dans
le Pacifique jusqu’à une date récente. Ce type
de surmortalité féminine a disparu en Europe
vers
fut réduite la mortalité par la
Après 20 ans, la surmortalité
féminine est due, en plus des maladies, à des
que
tuberculose.
décès lors des accouchements.
L’épidémie de 1951
Ainsi, les taux de mortalité par âge en 19461950
traduisent
encore
des
conditions
peuvent
précaires, et la sensibilité de la
population aux maladies infectieuses même
bénignes, comme la rougeole, apparaît lors de
l’épidémie de 1951 qui causa une
augmentation des taux de mortalité aux âges
adultes pour les deux sexes et une recrudes¬
sanitaires
Néanmoins, la décroissance progressive de la
le taux à cet âge au-dessous de ce qu’il est à 59 ans, peut être significative et traduire l’in¬
fluence des maladies infectieuses sur la
mortalité aux jeunes âges.
Les taux élevés à
cence
décès par cause pour vérifier les hypothèses
par accident ou aussi par maladies infectieuses
que nous avons faites sur les origines infec¬
tieuses de la surmortalité féminine. On peut
des taux
.semblables ont été observés à la- même époque
par
exemple)
;
cependant avoir
chez les Maoris de Nouvelle-Zélande, où les
causes de décès sont enregistrées. De
10 à
maladies
celle
des
féminine
hommes.
recouvre
surmortaüté
Cette
deux
une
infectieuses
idée de l’effet des
sur
la
mortalité
comparée des hommes et des femmes, en
étudiant à part l’année 1951. C’est aux
hommes que la surmortalité épidémique a
39 ans, la mortalité des femmes est supérieure
à
de la surmortalité féminine.
Nous ne disposons pas du classement des
15-19 ans et 20-24 ans sont dus à une mortalité
(tuberculose
1935, ches les Maoris entre 1945 et 1955, à
mesure
phénomènes
Mouvement naturel de la population.
Taux brut
Taux brut
Taux
de natalité
de mortalité
d’accrois¬
p.1000
p.1000
sement
1946-1950
38,6
17,7
20,9
1951
35,0
24,8
10,2
1952-1958
43,0
12,2
30,8
Période
p.1000
L'après-guerre voit un accroissement rapide de la
population, interrompu cependant par l'épidémie de
1951.
Scènes de rue à Tahiti
vers 1960. Enfants et
des naissances issues
de femmes non mariées
à la population
jeunes de moins de
20 ans représentent
alors plus de 50% de la
population de
Polynésie. De nombreux
migrants affluent déjà
vers Papeete.
Dans une population où
Les taux de fécondité
sont, en quasi-totalité,
des naissances issues
de femmes mariées à la
Les taux de fécondité
illégitime sont le rapport
féminine non mariée.
les femmes non mariées
des femmes sans
conjoint, la fécondité
illégitime est très basse.
légitime sont le rapport
population des femmes
mariées.
Espérance de vie à la naissance.
L'espérance de vie progresse rapidement
en
1951, année de l'épidémie de
rougeole.
sauf
Période
Hommes
Femmes
1946-1950
43,1 ans
1951
33,8 ans
52,6 ans
44,6 ans
36,9 ans
1952-1958
55,2 ans
Taux de fécondité par âge de la mère (pour 1000) et Indice
synthétique de Fécondité de 1959 à 1963.
La fécondité est élevée et ne dépend pas du mariage, les couples non mariés ayant
des taux comparables à ceux des couples mariés.
Ensemble
Age de la mère
Ensemble
Femmes nées
en
Polynésie
légitimes (1)
illégitimes (2)
15-19
118
122
381
103
20-24
331
347
409
302
25-29
322
327
328
315
30-34
234
242
240
223
35-39
174
183
178
164
40-44
80
85
91
58
45-49
5
5
5
5
I.S.F.
6,32
6,56
(1 ) Rapport du nombre des naissances légitimes à celui des femmes mariées de chaque
groupe d’âges.
(2) Rapport du nombre de naissances illégitimes à celui des femmes célibataires,
veuves et divorcées de chaque groupe d’âges.
67
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
causé globalement le plus de décès, mais la
féminine apparaît nettement
entre 5 et 30 ans ; pour l’ensemble de cet
surmortalité
intervalle d’âge, le quotient de mortalité est de
1 000 chez les hommes contre 191
1 000 chez les femmes.
144 pour
pour
Les
diffèrent
tables
de
mortalité de
essentiellement
par
1946-1950
une
baisse
importante de la mortalité qui a pour
conséquence une forte progression de l’espé¬
rance de vie à la naissance. Tous les âges des
deux sexes sont concernés ; la baisse est plus
importante aux âges adultes qu’au-dessous de
5 ans, notamment pour le sexe masculin. La
principale modification de la mortalité des
femmes
est
la
quasi-disparition de la
surmortalité de 1 à 19 ans ; comme en Europe,
c’est à 10-14 ans que cette surmortalité a le
plus longtemps résisté. Aux âges de repro¬
ans en
1956, C’est le résultat de la surmortalité
féminine, qui fut sans doute plus forte dans
l’entre-deux-guerres que dans les années 19461958.
La
population de la Polynésie apparaît
Polynésiens,
la montée de la natalité et de la baisse de la
traduisant
mortalité infantile. Ainsi, les enfants âgés de
0-4
ans
sont
particulièrement nombreux en
1954 et 1955 et devint important
1956 et 1957 ; il se réduisit quelque peu
ensuite pour reprendre en 1959 et 1960, avant
marquer une
boom du nickel.
à
nésie
la seconde partie des années
1950 et conduira
pyramide à la base très évasée au
recensement de 1962 qui représente l’état de la
population à la fin des années 1950.
une
nouvelle
de
1956. Le phénomène s’amplifiera encore dans
l’accroissement naturel traduisant l’absence
de migrations extérieures importantes. Dans
la seconde
moitié des années
1950,
Les effectifs de personnes nées hors Poly¬
Année
l’émigration des Polynésiens vers la Nouvelle-
Hommes
Femmes
1930-1939
17
8
25
1940-1949
26
17
43
1950
10
6
16
1951
7
2
9
1952
6
6
12
1953
8
6
14
1954
22
22
44
1955
55
32
87
1956
102
90
192
203
1957
116
87
1958
41
46
87
1959
66
45
111
1960
111
86
197
modernisation liée à l’installation du C.E.P.
ne se traduise
par une baisse de la fécondité.
Une base de plus en plus large
recensements de nombreux
pays en développement,
les pyramides de la
population une déformation correspondant
aux générations 1916-1920. Le faible effectif
de ces générations est dû aux naissances des
années 1919 et 1920, peu nombreuses du fait
de la baisse de la population à la suite de
l’épidémie de 1918. Les'pertes dues à la parti¬
cipation de soldats polynésiens à la Première
Guerre mondiale n’apparaissent pas sur la
pyramide. Au contraire, on remarque que les
effectifs de femmes sont nettement inférieurs à
ceux
68
des hommes après 40 ans en
1946 ou 50
Total
L’émigration vers la Nouvelle-Calédonie
commença avant le boom du nickel, dès la
seconde moitié des années 1950.
Polynésie, où elle a dégagé un accroisse¬
rapide de la population, avant que la
ment très
On remarque sur
jusqu’au
Année d’entrée des Tahitiens
recensés en Nouveile-Calédonie
en 1976.
Cette
première phase de la transition
démographique a été particulièrement intense
l’état civil.
pause
varient peu sur cette période,; ils
augmentent cependant sensiblement entre
1946 et 1951 puis très faiblement ensuite.
mortalité et du maintien à un niveau élevé,
voire d’un léger accroissement, de la natalité.
les recensements de
Polynésie française depuis la guerre sont de
très bonne qualité. L’existence d’un état civil
ancien rend les erreurs de déclaration de l’âge
rares ; elles n’apparaissent aux trois premiers
recensements qu’aux âges élevés et sont peu
importantes. Cependant, les premiers recen¬
sements après la guerre en
1946 et 1951
souffrent d’une légère sous-énumération des
très jeunes enfants et des vieillards. Nous
avons corrigé ce léger sous-enregistrement à
partir du recensement de 1956, qui est lui assez
exhaustif, et des naissances enregistrées à
émigration
en
près de moitié depuis 1946-1950, mais était
2,5 fois plus élevée qu’en Métropole.
Dans l’après-guerre, la plupart des pays
en développement ont connu une explosion
démographique, résultat de la baisse de la
aux
une
commença en
encore
Comparés
la
faible, mais ensuite les entrées de
Polynésiens en Nouvelle-Calédonie sont
importantes : le recensement de 1963 en
80 pour
en
de
dénombrera 2 540. Le courant d’émigration
de s’évaser au cours des années 1950 du fait de
Jusqu’en 1956, l’accroissement de la
population née en Polynésie française suit
1950, la mortalité infantile était de l’ordre de
1 000 - soit celle de la Métropole au
début des années 1930 -, elle avait baissé de
recensement
depuis 1920. La base de la pyramide continue
de moins de 20 ans est de 55,3 % dès 1946.
C’est le résultat d’un accroissement régulier
Migrations extérieures
1953 et 1957-1958 étant encore marquées par
des pointes de mortalité. Vers la fin des années
Le
Nouvelle-Calédonie de 1956 dénombrait 800
ancienne
1950 et au début des années 1960.
Pendant toute cette période, la mortalité
infantile a aussi connu une baisse importante
mais irrégulière, les années 1947-1948, 1951,
naturel.
sement
être jeune. La proportion des personnes âgées
duction, la surmortalité féminine subsiste ;
elle ne disparaîtra que tout à la fin des années
Calédonie diminue l’accroissement intercen¬
sitaire de la population par rapport à l’accrois¬
Les migrations
intérieures. Beaucoup
de Polynésiens
délaissent la douceur de
vivre des îles pour aller à
Papeete chercher
l'agitation urbaine.
la
population des
Marquises dépasserait
largement 10 000
Sans émigration,
personnes.
Composition de la population aux recensements depuis 1946
(chiffres corrigés du sous-enregistrement).
La
population s'accroît rapidement, mais les départs
vers
la Nouvelle-
Calédonie commencent de l’affecter. Les Européens n’afflueront qu'après
1962.
Taux annuel
Année du
recense¬
ment
Taux annuel
d'accrois¬
Population
totale
d'accrois¬
sement
Nés en
sement
p.1000
Polynésie
Nés hors
p.1000
Polynésie
1946
59 500
1951
65 600
1,9
61 200
1,7
1956
76 500
3,0
71 900
3,1
4 600
1962
88 400
2,4
83 900
2,6
4 500
55 900
3 600
4 400
1
CRISES DÉMOGRAPHIQUES 1842-1960
Le déséquilibre
Vent,
dans
géographique
de la population
Dans
un
territoire
aussi
inévitablement
des
pendant les autres périodes. Aux Tuamotu et
Gambier l’accroissement naturel était faible à
la fin des années 1950, probablement à la suite
étendu
que
différences
de
rythmes dans l’évolution démographique des
archipels - même si tous ont été
divers
par
l’évolution
l’ensemble du Territoire.
concernés
décrite
pour
Compte tenu des petites populations de
certains archipels, on ne saurait faire pour
chaque circonscription une étude avec des
indices aussi fins que pour l’ensemble,
notamment en ce qui concerne la mortalité.
Nous considérerons donc ici les taux bruts de
natalité et de mortalité, fortement tributaires
de la répartition par âge de la population, elle-
même liée aux mouvements migratoires ; nous
garderons donc cette variable en mémoire en
considérant les différents indices.
tous
par une immigration) sur cette période ; l’écart
l’émigration nette. Aux
Australes, l’accroissement naturel est
beaucoup plus élevé que l’accroissement total,
confirmant l’émigration pendant tout l’aprèsensuite
traduit
guerre.
hommes migrent plus que les femmes, comme
c’est souvent le cas, le rapport de masculinité
élevé dans les régions d’immigration et
inférieur à 1 dans les régions d’émigration.
est
C’est ce qu’on observe entre les îles du Vent et
îles
les
Sous-le-Vent.
Dans
les
autres
archipels, le rapport de masculinité est élevé.
Aux Tuamotu et Gambier, ceci est dû à la pré¬
sence
de travailleurs à Makatea. Aux Mar¬
aux Australes, la supériorité du
nombre des hommes sur celui des femmes
quises et
peut avoir d’autres causes : en premier lieu, la
surmortalité féminine, sans doute importante
avant guerre,
réduit le nombre des femmes,
notamment après 40 ans,
mais n’explique pas
La transition
démographique est le
passage d'un régime de
fortes à un régime de
faibies nataiité et
mortaiité.
La première phase de la
transition
démographique est la
baisse de la mortalité,
baisse importante
de la fécondité ;
l’accroissement de la
sans
traditionnel, devient
1956, la population augmente dans
les archipels, mais les rythmes d’accrois¬
Tahiti connaissent des taux d’accroissement
particulièrement rapides, de l’ordre de 4,0 %
par an ; cet accroissement inclut bien sûr une
forte immigration en provenance des autres
archipels. II est remarquable alors que le
courant migratoire vers Tahiti ait commencé
dès 1946, le taux entre 1946 et 1951 étant
de
époque. La proximité des deux indices
en
1951-1956 aux îles Marquises traduit
l’absence d’émigration (ou sa compensation
cette
rapport de masculinité peut aussi
l’existence de migrations. Si les
population, de faible
sement sont très différents. Les îles du Vent et
voisin
de la forte émigration qui toucha cet archipel à
Le
traduire
dans le régime
Vers Papeete
De 1946 à
qui traduit une immigration nette
population. Les deux indices sont
voisins aux îles Sous-le-Vent entre 1951 et
1956 ; leur écart traduit l’émigration nette
l’Europe comme l’est la Polynésie française,
composé d’éléments éloignés de plusieurs
centaines, sinon milliers de kilomètres, et aux
cultures parfois sensiblement différentes, on
observe
ce
la
celui
entre
L’accroissement
est
Sous-le-Vent et
aux
1951
plus modéré
et
aux
1956.
îles
Tuamotu et Gambier,
sans doute en raison de l’émigration ; dans ce
dernier archipel l’accroissement deviendra
négatif à la fin des années 1950 pour cette
raison. Entre 1951 et 1956, les Marquises
connaissent un accroissement très rapide : la
fécondité était très élevée dans ces îles où l’on
besoin de repeuplement
après la longue décroissance de la population
jusque dans les années 1925. L’accroissement
est peu élevé entre 1946 et 1951 - souvenonsnous que, jusqu’en 1945, les naissances étaient
peu supérieures aux décès dans le groupe sud
des Marquises. L’accroissement se réduit à la
fin des années 1950, du fait d’une importante
émigration vers Tahiti. Les îles Australes
présentent un très faible accroissement sur
toute
la période, dû à une émigration
constante et importante.
Du fait de l’immigration vers Tahiti, la
population de la commune de Papeete à la fin
ressentait un grand
des années 1950 était d’environ 19 000 habi¬
tants, et celle de l’agglomération urbaine d’à
peine 35 000 habitants. La croissance de la ville
était commencée. Cependant, la population de
la Polynésie était encore en majorité rurale.
On a une meilleure idée des migrations en
comparant l’accroissement naturel et l’ac¬
croissement intercensitaire. Ce dernier est su¬
important.
La seconde phase voit la
fécondité baisser pour
aboutir, troisième
phase, à nouveau à un
accroissement faible
de la population, entre
une natalité et une
mortalité faibles.
Dans les pays
occidentaux, la
transition
démographique s’est
effectuée au XIX' et au
début du XX' siècle.
Les autres pays,
notamment les sociétés
rurales du tiers-monde,
sont entrés dans la
transition
démographique après la
Seconde Guerre
mondiale, ils sont
actuellement plus ou
moins avancés dans la
deuxième phase, où se
trouve aussi la Polynésie
française.
Papeete en 1950.
L’arrivée des bateaux
rassemble sur les quais
partie de la
population de la ville.
une
Population et taux d’accroissement des archipels
(effectifs en milliers).
L’évolution de la population des archipels est fortement tributaire des migrations qui réduisent
l’accroissement des archipels extérieurs au profit des îles du Vent.
îles
Tuamotu
Sous-le-Vent
Gambier
Marquises
Australes
8,5
3,0
8,9
3,3
4,2
4,8
3,9
4,0
4,1
4,4
Année
îles du Vent
1946
27,6
12,5
1951
33,7
12,9
1956
41,9
15,4
10,7
1962
49,8
16,2
9,4
Taux d’accroissement p.100
1946-1951
4,1
0,6
0,9
1,9
0,5
1951-1956
4,5
3,8
4,9
0,5
1956-1962
3,5
3,6
1,0
2,6
2,7
1,4
-
périeur à l’accroissement naturel aux îles du
69
LA FRANCE EN
POLYNÉSIE
;
une
émigration de femmes plus
importante que l’émigration d’hommes
s’observe parfois ; ce pourrait être le cas ici.
Le taux brut de mortalité est aussi
sensible à la structure de la population. Celleci est probablement en partie, mais en partie
Situations démographiques
Australes et
tout
migrations ont pour principal effet de
bouleverser la structure par âge de la
population. Le départ d’adultes accroît la
proportion de vieux et de jeunes dans la popu¬
Les
la
seulement,
des taux élevés aux
Tuamotu et Gambier. Le
cause
aux
taux est moyen aux îles de la Société et faible
aux
Marquises où la forte natalité récente
Marquises est à 90 % catholique et celle
des
des
Australes
Tuamotu
et
à 95 % protestante. Les
Gambier où les naissances
légitimes et illégitimes sont en proportions
égales sont à 70 % catholiques. Les îles du
Vent et les îles Sous-le-Vent étaient respec¬
tivement à 70 % et 80 % protestantes. A cette
époque, moins de
avait créé une structure de population très
jeune. Cependant, une proportion d’enfants
également forte aux Australes s’accompagnait
déclarait pour religion le culte des ancêtres.
défavorable sur la natalité (moins d’adultes,
mortalité par âge sans doute forte.
écrire était inférieure à 5 % dans tous les
à-vis de la mortalité
d’évaluation
lation
restante
;
il
en
résulte
un
effet
moins de naissances) et défavorable aussi vis-
(plus de vieux, plus de
décès), et inversement dans les régions
d’immigration. Ces effets seraient visibles sur
la répartition de la population par grands
groupes d’âges, mais la natalité peut aussi
intervenir sur la proportion de personnes de
moins de 20 ans.
A la fin
des
années
1950, la natalité
variait sensiblement selon les archipels. Elle
était la plus faible - mais cependant élevée aux
îles du Vent bien que l’immigration y soit
favorable. La natalité était élevée
aux
îles
Sous-le-Vent, malgré l’effet défavorable des
migrations dans cet archipel, et très élevée aux
Marquises et aux Australes, également malgré
l’effet
défavorable
de
l’émigration. La
fécondité devait donc être très élevée dans ces
archipels. Aux Tuamotu et Gambier, la faible
natalité est le reflet direct de la structure de la
population créée
époque.
par
l’émigration à cette
d’un
élevé de mortalité, traduisant une
taux
infantile, facteur
Les taux de mortalité
du
niveau
sanitaire
d’une
population, reflètent les mêmes situations que
la mortalité générale. La mortalité infantile
élevée
Tuamotu
aux
et
Gambier
et
aux
Australes montre que la structure par âge de la
population
n’explique
En 1962, la proportion de personnes
âgées de 15 ans ou plus ne sachant ni lire ni
archipels sauf aux Marquises où elle atteignait
30 %.
Aux îles du Vent, la présence
européenne diminue la proportion de
personnes de langue tahitienne et accroît celle
de langue française. Environ 90 % des
habitants
des
raissent maintenant bénéficier de conditions
îles Sous-le-Vent. A la fin des années 1950,
lié
à
satisfaisantes, comparées aux îles du
Vent ; les îles Sous-le-Vent sont à peine en
très
retrait.
langue tahitienne, 70 % aux
dans cet archipel le
français était plus répandu, de même qu’aux
la
Marquises,
par contre
l’alphabétisation apparaît ainsi presque
générale, mais assez en retrait aux Marquises.
Cependant, la possession d’un diplôme était
encore un fait rare en
où
Cultures et acculturation
Les proportions les plus élevées de naissances
illégitimes s’observent aux îles de la Société,
les plus faibles aux îles Marquises et Aus¬
trales ; ces deux derniers archipels sont
pourtant de religion différente : la population
Total
langue
(1)
le français (1)
le chinois (1)
une autre iangue
ie tahitien et ie français
5,5
80,0
39,6
7,3
3,9
30,0
17,3
....
dehors des îles du Vent
trouvaient la
plupart des Européens.
Sauf aux îles du Vent, la très grande majorité
de la population active travaillait dans le
secteur primaire, principalement l’agriculture.
Les femmes représentaient le quart de la
population active. 28 % des femmes âgées de
15 ans et plus étaient actives aux îles de la
se
École catholique après-
guerre. La scolarisation
Iles
du vent
îles
Sous-leVent
TuamotuGambier
4,1
5,5
77,6
88,6
55,1
9,5
5,8
37,3
26,3
6,7
1,1
23,0
3,6
92,3
12,1
1,0
0,4
8,6
23,7 (2)
8,7
2,8
Au début des années 1960, la majorité de la population sait lire et écrire, mais peu ont un
diplôme.
(1) plus éventuellement une autre langue.
(2) 32,5 pour Papeete, 17,9 pour les autres districts de la circonscription.
70
Gambier, des
écrivent
des conditions sanitaires
précaires dans ces îles. Les Marquises appa¬
apparaît
Pour 100 recensés de 15 ans et plus,
nombre de personnes sachant lire et écrire :
nombre de personnes ayant un dipiôme
et
Australes et des îles Sous-le-Vent lisent et
Connaissance des langues et diplômes en 1962.
le tahitien
Tuamotu
pas totalement le
niveau élevé du taux brut de mortalité qui
Source : recensement de la population de 1962.
aucune
% de la population
1
Australes
Marquises
3,5
93,2
16,6
0,7
0,2
13,9
29,2
68,2
27,2
0,8
0,6
24,7
4,0
5,8
obligatoire permet à la
quasi-totalité de la
population de savoir lire
et écrire sa langue
maternelle, et .aussi le
français pour une forte
proportion de
personnes.
Page de droite :
La construction de la
piste de l’aéroport de
Faaa. L’importance
croissante des
migrations des
métropolitains et des
Tahitiens nécessite la
création d’un nouvel
aéroport, capable
d'accueillir les longs
courriers modernes.
CRISES DÉMOGRAPHIQUES 1842-1960
Société (33 % à Papeete), mais seulement 13 %
aux
Tuamotu et Gambier ; cette proportion
atteignait
44
Australes.
Les
avons
%
aux
migrations
Marquises et
vers
Tahiti,
que
aux
nous
mises en évidence dès la seconde moitié
du XIXi^ siècle, se poursuivent au XX'= siècle,
après 1946. Le courant se
généralise alors, atteignant des archipels peu
touchés avant 1940, comme les Marquises ; il
s’amplifie aussi, devenant très important à
partir des Australes puis des Tuamotu, et se
poursuit à partir des îles Sous-le-Vent. La
croissance de l’agglomération urbaine de
l’ouest de Tahiti se développe ainsi aprèsguerre, sans que ce soit un phénomène
•nouveau,
sinon par sa rapidité qui ira
notamment
croissante dans les décennies suivantes.
A la fin des années
1950, les migrations
tendent déjà à déséquilibrer la situation démo¬
graphique des archipels, étant défavorables à
la natalité et vis-à-vis de la mortalité. De plus,
certains archipels connaissent des conditions
sanitaires précaires après la guerre. On trouve
cependant une unité de la Polynésie française
du point de vue de l’éducation, au-delà des
différences de religion. Les coutumes matri¬
moniales apparaissent peu dépendantes de la
religion, mais l’emprise du missionnaire ou du
pasteur serait plus grande dans les îles les plus
éloignées. Ce sont les coutumes et une
évolution démographique commune - à cette
époque, un accroissement très rapide de la
population - qui font l’unité de la Polynésie, et
surtout aussi un pôle d’attraction commun :
Papeete.
La population active en 1962.
Proportion d’actifs
fies du Vent
dans le secteur
îles Sous-le-Vent
Tuamotu
Australes
(1)
primaire (%)
Marquises
hommes
33
78
90
91
74
femmes
9
69
79
1
77
15 ans ou plus (%)
28
28
13
44
44
(1) Aux îles Australes la quasi-totalité des femmes travaillaient dans les industries de transformation.
îles du Vent, la population active est en majorité dans le secteur primaire (agriculture,
pêche). Les proportions de femmes actives sont élevées.
Sauf
aux
et migrations
La croissance de la population
polynésienne
Indéniablement, bien avant l’installation du
en
Polynésie, le renouveau de la
population est très largement confirmé. Le
C.E.P.
dernier
recensement
avant
la
Deuxième
Guerre mondiale, celui de 1936, comptabilise
quelque 44 000 personnes ; le recensement de
1941 n’aura pas lieu, bien que l’on trouve
souvent des estimations pour cette date ! Dix
ans plus tard, en 1946, on recensera 55 000
personnes puis 75 000 résidents en 1956, ce qui
correspond respectivement à des taux de
croissance de 2,3 % et 3,2 % par an. Ces taux
paraissent élevés si l’on considère la gravité
des événements qui
ont dominé les
précédentes périodes et la torpeur qui caracté¬
rise ces années encore éloignées des premiers
assauts du modernisme. Ainsi, les Polynésiens
ont atteint un dynamisme démographique
propre, peu influencé par les bouleversements
extérieurs et indépendamment des “bienfaits”
du monde industriel.
Proportion de femmes
actives parmi les
femmes âgées de
Croissance
La croissance de la population
résidente
Par la suite, les données globales perdent une
partie de leur signification du fait de l’afflux
continu de populations allogènes gonflant très
largement les effectifs des résidents. On doit
ici distinguer plusieurs mouvements d’entrée
le Territoire. Les uns, liés aux activités
nouvelles, sont le plus souvent temporaires :
personnels civils dépendants du C.E.P. /
C.E.A. (ingénieurs et ouvriers du C.E. A. mais
sur
aussi de l’Arsenal) ; personnels militaires des
forces de souveraineté stationnées en perma¬
nence ;
fonctionnaires détachés de Métropole,
notamment
dans
le
domaine
de
l’ensei¬
gnement et de la santé. Les autres peuvent être
considérés à titre définitif et trois raisons
principales sont à l’origine de ce fait : les
de transport à partir de
1961
(aéroport de Tahiti-Faaa) simplifient la mise
en œuvre des projets migratoires ; la multipli¬
facilités
cation
des
“visiteurs” (militaires du
contingent, touristes, artistes...) favorise les
“coups de foudre” pour le Territoire et son
mode de vie ; les ex-résidents de l’Empire
colonial français, résolus à trouver un
nouveau havre (fonctionnaires de la F.O.M.,
entrepreneurs divers).
Dans ces conditions, la progression
s’accélère : en 1962, la population légale
atteint 84 000 personnes, puis 119 OOOen 1971,
137 000 en 1977. Le taux de croissance s’élève
à 3,3 % par an pendant ces quinze années, on
proche du record mondial en ce
Enfin, en 1983, date du dernier
recensement, on comptabilise 166 753 indi¬
est
alors
domaine.
vidus.
Sans doute faut-il préciser que le nombre
recensées dans des ménages
privés est inférieur d’environ 5 000 personnes
(les données sont assez fluctuantes) à celui de
la population légale. Par ailleurs, si les
de
personnes
71
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
expatriés européens représentent dans la
période contemporaine le dixième des
résidents, ces effectifs soustraits des résultats
globaux ne modifient en rien les tendances
générales.
Les composantes de la croissance
pyramides de la population résidente
1946 et 1977 expriment une évolution
continue très habituelle en démographie : la
succession de phases de rajeunissement et de
vieillissement.
préciser les
composantes de cette évolution, on peut
Afin
de
mieux
considérer successivement la modification des
puis la croissance des
effectifs par groupe d’âges quinquennal entre
données structurelles
1962 et 1977.
La
pyramide des résidents établie pour
ensemble
relativement
Les
1946
entre
jeune ; on remarque toutefois un recul récent
de la natalité (groupe d’âges 0-4 ans) qu’il est
est
dans
son
difficile d’attribuer à l’influence de la Seconde
Guerre
mondiale, la Polynésie étant restée
hors des zones de combat du Pacifique même
si l’île de Bora Bora servit à l’époque de base
de repos pour l’armée américaine. A noter une
échancrure assez nette pour le groupe d’âges
25-29 ans. 11 s’agit là, par contre, de l’effet
indéniable de la Première Guerre mondiale
naissances, un bataillon, prestigieux,
Sud ayant participé très
activement au conflit se déroulant en Europe.
Dès 1951, un nouveau processus de
rajeunissement est en cours ; la base de la
pyramide s’élargit régulièrement d’un recen¬
sement à l’autre jusqu’en 1962, date à laquelle
le flux d’expatriés n’a pas encore trop perturbé
la structure par âge de la population résidente.
les
sur
Pacifique
du
Dans
le même temps,
s’estomper
l’échancrure
on
voit peu à peu
du déficit des
naissances de “14-18”. 11 est difficile de définir
précision les bornes de cette période avec
des groupes quinquennaux ; elles sont sans
doute décalées par rapport à celles officielles
avec
du conflit, compte tenu de la distance et du
temps de mise sur pied puis de la dissolution
d’un corps expéditionnaire.
La pyramide de 1971 confirme sans
ambiguïté la tendance précédente ; on jugera
cependant utile de la distinguer de la
précédente du fait de la présence d’un nombre
élevé de métropolitains, militaires ou fonc¬
tionnaires
civils.
L’établissement
d’une
pyramide pour la seule population née en
Polynésie confirme l’effet perturbateur
mentionné ci-dessus ; ses conséquences sont
évidentes,
adultes
un
renforcement
des
détriment des groupes
groupes
les plus
jeunes. Ainsi peut-on toujours affirmer en
1971 que la population du Territoire est très
jeune, et ce malgré des apports extérieurs à
au
tendance “vieillissante”.
Avec les données relatives à l’année 1977,
particulièrement brutal :
revient à une situation proche de celle de
le renversement est
on
1956. Sans doute
une
nouvelle fois peut-on
évoquer le rôle des expatriés, leur nombre
ayant augmenté de plus de cinq mille per¬
sonnes de 1971 à 1977. Toutefois, une telle
explication est insuffisante et ne peut à elle
seule justifier le renforcement relatif des
groupes
d’âges adultes. Deux éléments
confirment cette impression : le rapport des
âges pour le seul sexe féminin, moins soumis
aux
phénomènes migratoires, confirme la
tendance au vieillissement de la population ;
mais surtout,
on
observe
un
net recul du
groupe quinquennal le plus jeune.
Ainsi,
l’analyse de la population
résidente, en terme de structure, confirme-telle les conclusions que l’on peut établir à
propos des flux naturels : le recul relativement
récent de la fécondité dans le Territoire.
En haut :
Le Bataillon du
Pacifique. Au cours de la
Première Guerre
mondiale, les engagés
polynésiens partirent
combattre en France et
aux Dardanelles : il
s’ensuivit un déficit des
naissances
correspondant à cette
période de 1914-1918.
72
École aux Marquises. La
forte natalité des années
1950 et 1960 a nécessité
un
important
investissement dans le
domaine scolaire. C’est
un des problèmes
économiques que le
Territoire a dû résoudre.
5 La société polynésienne
1842-1940
AuPolynésiens
cours de lasemblent
secondeabsents
moitié dude XIX^
siècle,de unla Polynésie.
paradoxe affligeant
quedes
les
l’histoire
Certes, lesfait
récits
voyageurs, ceux des fonctionnaires et des officiers de marine, accordent une place
aux habitants des îles, mais ils ne vont que rarement au-delà du mythe et des idées
reçues. Si l’on parle, alors, des “indigènes” et de leurs traditions, c’est avec les couleurs
et l’esprit du folklore. Tama’ara'a, danses, vahiné langoureuses sont présents, on s’en
doute, dans cette littérature coloniale où l’attrait du pittoresque a le pas sur la
connaissance des êtres.
Pourtant, çà et là, des notations discordantes font entrevoir la réalité, celle d’un
peuple polynésien désorienté, dont le comportement peut aller jusqu’à faire croire,
pour certains observateurs hâtifs, à un fatalisme destructeur. Détresse psychologique,
refuge dans tout ce qui porte le nom d’alcool, les symptômes sont là. C’est que cette
société a vu ses structures voler en éclats, ses chefs perdre leur prestige, et nombre de
tabous disparaître sans que les nouvelles religions puissent pallier, soudainement, ces
effondrements. Dans les archipels, on frôle la famine. A Tahiti, on oscille entre les
repères rassurants du passé et les séductions du mode de vie européen. Mais, c’est à
cette même époque, où tavana et chefferies sont battus en brèche par l’administration
coloniale, que les Églises - plus, peut-être, que les nouvelles croyances-vont proposer
un cadre social auquel les Polynésiens auront recours
pour raffermir leur personnalité.
Urbanisation et scolarisation vont faire leur chemin en dépit des controverses, des
luttes d’influences qui agitent l’administration, aussi bien que le personnel religieux.
Dans cette réorganisation souvent confuse où chacun espère trouver des points
d’appui, se dessine une vie polynésienne à venir, où l’on peut deviner l’amorce de
véritables classes sociales qui n'avaient pas leur équivalent dans l’ancienne société :
l’instituteur ou l’employé de commerce munis d’un diplôme français, le fils d’une
famille fortunée étudiant à l’étranger ou voyageant en Amérique, le pêcheur de nacre
ou le planteur de vanille, le
pêcheur-agriculteur traditionnel dont un des enfants
deviendra un salarié, tels sont les visages contrastés d’une même réalité qui laissent
augurer d’un changement profond du monde polynésien, et d’une entrée pleine
d’inconnues dans le XX® siècle.
Une famille
marquisienne
photographiée vers
1870. Ce cliché illustre
bien le tragique état
dans lequel se trouve
psychologique
et matérielle
des archipels
La crise
démographique que connut la
polynésienne tout au long du XIX®
siècle laissa son peuple exsangue. A Tahiti,
comme dans les archipels, les
populations,
terriblement affaiblies, ne supportèrent pas le
choc que fut le contact de deux civilisations si
différentes. Les Polynésiens ont été à ce point
détournés de leur mode de vie originel qu’une
grave crise psychologique accompagne le
déclin démographique, et même lui survit : en
effet, alors qu’en cette fin du XIX®, au moins à
Tahiti, les effets les plus meurtriers des
épidémies commencent à s’atténuer, jamais
peut-être ce peuple ne paraît aussi unanime¬
ment condamné par tous les observateurs.
Feuilletons au hasard quelques ouvrages
des années 1870-1910. Les jugements portés
société
sur
les Ma’ohi sont déconcertants : “La race
polynésienne ne paraît pas appelée à jouir
longtemps de ses domaines” (FI. Jouan,
1878) ; “Bientôt le drapeau français ne flottera
plus que sur les tombes des Maoris” (A. Davin,
1886) ; “Si le christianisme a chassé devant lui
la religion primitive, il a été impuissant à régé¬
nérer la race” (J. Agostini, 1898).
Ils ont perdu le goût de vivre
plongé l'archlpg!"
marquisien au sie'cle
dernier. Ayant perdu son
Comment peut-on arriver à pareilles conclu¬
sions, alors que tous les recensements, parti¬
culièrement nombreux, laissent supposer,
sinon une reprise démographique, du moins
mode de vie ancestral,
refusant encore les,
croyances nouvelles,
terriblement affaiblie
par les épidémies, “une
race se meurt".
Détresse
une
stabilisation du nombre d’habitants.
L’explication réside sans doute dans le
.
comportement des Polynésiens. Les voya¬
geurs sont frappés par “ces grands corps
mous, au regard atone” ; ils découvrent “une
île hôpital
où tout est ruine, misère,
décrépitude” (H. Lebeau, 1906). Et chaque
fois revient ce leitmotiv sous la plume des
voyageurs : ils ont perdu le goût de vivre !
Un seul dérivatif dès lors : l’alcool. Que ce
soit à Papeete ou dans les districts, aux
Tuamotu ou aux Marquises, on boit plus que
de raison ; du rhum bien sûr, fabriqué à Tahiti
...
K
1
-
r
même, mais aussi tous les alcools forts dont la
terrible absinthe. Et que dire de la consomma¬
tion des boissons dites “hygiéniques” (bière,
vins) ?... Si les boissons importées viennent à
manquer, on fabrique de l’alcool soi-même,
comme ce “vin d’oranges que l’on boit en
pleine fermentation”. Administrateurs et gen¬
poursuivent dans les vallées marquisiennes ou mangaréviennes ceux qui se livrent
à de telles pratiques. Car au cours des orgies
qui en découlent, des bagarres éclatent, des
meurtres
mêmes
sont
perpétrés. Les
gendarmes et les résidents dénoncent les
pratiques sexuelles, peu en accord avec les
anciens tabous polynésiens, et encore moins
darmes
73
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
avec
la morale chrétienne, qui se déroulent au
de
bacchanales, et les rendent
responsables de la stérilité des jeunes filles.
L’alcool souvent ne suffit pas : les par¬
cours
ces
fums ainsi que l’opium sont consommés aux
Marquises. L’introduction de travailleurs chi¬
nois à Nuku Hiva s’est accompagnée en effet
d’une ferme de l’opium, le 9 août 1883. Après
adjudication, un colon devenait fermier et
était habilité par l’administration coloniale à
vendre annuellement 1,2 kg d’opium à chaque
Asiatique. Très vite, des voix s’élèvent pour
dénoncer certains trafics ; les quantités
vendues
sont
très
supérieures à celles
autorisées, notamment aux Marquises, où les
autochtones en usent “de façon immodérée”.
Ce n’est qu’en 1896 que l’opium cesse de
circuler aux Marquises, mais le mal est fait :
pour pallier le manque de drogue, on se livre
excès “à la boisson fermentée et distillée
avec
du jus de coco”.
Une société privée de ses valeurs
Pourquoi cet abrutissement dans l’alcool ou
dans la drogue de la part des Polynésiens ? Ne
s’apparente-t-il pas à une “forme diffuse de
suicide collectif’ ? En fait, c’est bien toute une
société qui, privée de ses cadres (les chefs n’ont
plus aucun prestige, et les gendarmes sont bien
peu nombreux), de ses valeurs (la disparition
des tabous n’a pas entraîné, loin s’en faut,
l’adhésion aux religions chrétiennes dans tous
les archipels) alors qu’elle demeure frappée
par une mortalité très au-dessus de la
moyenne, se laisse peu à peu mourir.
“Les
Indigènes ne font rien d’autre que
s’enivrer et mourir” écrivent
les voyageurs
européens surpris par ce fatalisme. Et la litté¬
rature
coloniale de dénoncer, sous ces
tropiques comme en bien d’autres lieux, la
paresse, l’indifférence à tout, même et surtout
devant la mort, l’incapacité des indigènes.
L’administrateur des Gambier écrit de fort
belles pages sur la tristesse, la résignation de
ses
administrés. Comment, s’interroge-t-il,
“arriver à faire sortir le Mangarévien de cette
tristesse résignée, de ce recueillement maladif,
de cet engourdissement spirituel où on l’a de
maintenu ?” (lettre du 10 octobre
1911). C’est ici le catholicisme qui est rendu
responsable. Mais en d’autres archipels, les
mêmes comportements sont notés, alors que
les correspondances missionnaires attestent le
tout temps
Habitation d’un
tonctionnaire indigène
à Moorea au début du
siècle. Cette demeure
en bois d’Oregon,
construite sur pilotis,
entourée d’une pelouse,
est déjà vers 1900 le
symbole d’une réussite
sociale, maisaussid’une
occidentalisation
marquée du mode de
vie. Sous la véranda, le
fonctionnaire pose en
complet-cravate, les
femmes en robes
“mission”. A gauche, le
groupe en pareu
rappelle que tous ne
sont pas aptes ou
volontaires pour une
pareille assimilation.
Le capitaine de frégate
P.E. Miof photographie
1869 et 1870 de
nombreux habitants des
îles polynésiennes où il
se rend avec la frégate
à hélice \'Astrée. Les
deux
en
couples qu’il
présente ici, figés
quelque peu du fait de la
longueur des poses,
reflètent un sentiment
de tristesse que les
observateurs notent
unanimement chez les
Polynésiens, surtoutaux
Marquises.
74
LA SOCIÉTÉ POLYNÉSIENNE 1842-1940
peu d’emprise qu’ils ont sur les insulaires.
La famine aux Tuamotu
La situation
aux
Tuamotu n’est
guère dif¬
là aussi on dénonce les méfaits de
l’alcoolisme et la disparition des valeurs. Mais
férente
un
Son confrère belge, le R.P. Fiérens, qui
près de quarante années dans ces îles,
nous a laissé de nombreuses lettres qui dépei¬
gnent l’affreuse misère de l’archipel, dans sa
partie est, pour les années 1860-1870. “Toutes
ces îles sont d’une pauvreté extrême” (1877).
Ainsi Hao, “très peuplée, a fort peu de cocos
pour tant d’habitants, ce qui fait qu’ils
souffrent souvent dé la faim” (1871). A
Napuka, il constate qu’il n’y pas “une île si
pauvre en vivres... Ils ont toujours faim”
(1877).
passa
:
autre danger apparaît : celui de la famine.
Marquises aussi, certains administra¬
craignent des disettes, mais dans les
atolls la situation semble plus dramatique. Le
R.P. Fouqué, missionnaire catholique de cet
archipel, donne, pour les années 1850, un
tableau réaliste : lorsque les vents eontraires
ou la saison rendent la pêche infructueuse, les
Paumotu se retrouvent dans le plus grand
dénuement. On ne travaille plus, on ne sort
plus de sa case : “Nous avons faim”.
Aux
teurs
Comment une population établie sur ces
atolls et
s’y maintenant en équilibre, certes
précaire, depuis plusieurs siècles en est-elle
arrivée là ? Le développement de la pêche
intensive de la nacre a détourné toujours
davantage les Paumotu de leur style de vie
traditionnel. Les
grandes fosses de eulture
disparaître : elles néces¬
en
train
de
sitaient
une
main-d’œuvre
sont
abondante,
occupée désormais à d’autres tâches. A
Napuka, en 1878, les habitants ne disposent
plus “ni de lignes de pêche, ni de petits filets, ni
de nattes, ni de pirogues, ni de rien !” Il en va
de même à Fangatau. On préfère les conserves
et les aliments apportés par des marchands,
qui savent rendre débiteurs les plongeurs (voir
à ce sujet le film “Tabu” ...). Mais si la nacre
s’épuise, les commerçants s’en vont, et la
survie devient difficile.
Années noires que cette longue période
dont les Polynésiens eurent bien du mal à se
sortir. De toute évidence, les archipels sont les
plus touchés, et les migrations vers Tahiti
s’accélèrent.
Ce couple photographié
devant leur peu d’objets
utilitaires appartient
déjà à une époque
révolue. La calebasse, le
les noix pour
boire, la table à poipoi
ont déjà ailleurs cédé la
place à la quincaillerie
penu,
européenne.
Habitant des Tuamotu
photographié au début
du siècle. Le visage
marqué de cet homme
dit long sur les
conditions d'existence
des Paumotu. La vie
dans les atolls demeure
en
difficile, en dépit des
revenus provenant de la
nacre et du coprah et qui
se traduisent ici
par une
tenue vestimentaire à
l’européenne.
Photographie de Bodin.
75
LA FRANCE EN
POLYNÉSIE
La vie quotidienne
au
temps du
Protectorat
Plus que partout ailleurs en Polynésie, les
habitants de Tahiti sont partagés entre le
mode
de vie traditionnel et celui
importé
d’Europe, et ceci jusque dans leur vie de tous
les jours.
Le Tahitien est un lève-tôt et un couche-
tard. Et
comme
à Tahiti
on ne
brûle pas la
chandelle par les deux bouts, la plus grande
partie de la journée des hommes se passe à
rester allongé sur une natte. Tout le monde se
lève au point du jour, ce qui signifie, selon la
saison, 4 ou 5 heures, et parfois même avant.
Sitôt debout, une courte prière prononcée, on
se
dirige vers la rivière, enveloppé de sa
couverture de nuit. L’ablution se borne à celle
puis on se rince la
bouche. De retour chez soi, chacun nettoie la
natte qui lui a servi de lit, la roule ou la
suspend à une paroi du fare. Il est temps
ensuite de s’habiller. Les femmes se parent de
quelques fleurs, et puis l’on mange, s’il reste
quelque chose de la veille, ce qui manque
des mains et de la figure,
Si rien de pressant n’est à faire ou
n’y a pas de travaux de rigueur, comme
cela arrive quelquefois, tout le monde, assis au
grand air, devant les maisons ou sous les
arbres, reste à flâner. Hommes et femmes,
toujours ensemble, passent le temps à causer,
sans que personne ne s’en lasse jamais.
rarement.
s’il
Importance de la toilette
On accorde beaucoup d’attention à sa toilette.
Les hommes se coiffent avec soin. Ils portent
les cheveux longs, attachés en
jolie touffe, soit sur le sorrimet du crâne,
soit de chaque côté de la tête. Ils passent un
bon moment à les laver, à les enduire d’huile
parfumée, ou de la gomme d’arbre à pain, ce
qui leur donne une apparence lustrée.
Les hommes se rasent généralement une
fois par semaine. Le règne de Pômare Vahiné
encore souvent
une
IV voit naître l’ère du rasoir à main et mourir
l’époque où l’opération était effectuée avec un
bivalve tranchant qui habilement manié,
tenait lieu de pince à épiler et de ciseau à ongle.
Il n’y a pas de barbiers professionnels. On rase
voisin qui, ensuite, vous rend la pareille.
n’utilise guère de savon. Lorsque le
tranchant du rasoir est affûté, la personne
son
On
soumise à l’opération, afin de demeurer tout à
fait immobile, se couche par terre sur le dos, à
l’intérieur de la maison, ou sous un arbre. Son
ami s’agenouille au-dessus de lui et commence
le travail.
Lorsqu’il a fini, c’est lui qui se
couche à son tour.
des cheveux assez
arrangés en boucles courtes, qui sont
l’objet de leur constante attention. Les
sourcils sont épilés. Les cheveux sont ornés de
fleurs, parfois nombreuses et variées. D’autres
fois, on se contente d’une ou deux fleurs de
jasmin, ou bien d’une petite guirlande
Les femmes portent
courts,
tombant entre les bouclettes.
On
se
baigne
beaucoup,
quotidien¬
nement, et plutôt deux fois qu’une. Le bébé,
dès sa naissance, est emmené à la rivière par sa
mère et le dernier effort souvent fourni par un
vieillard décrépi est de se traîner jusqu’à l’eau
pour jouir de son influence rafraîchissante.
On préfère pour cela les petits cours d’eau
frais, clairs et isolés, le ruisseau de montagne
l’aiguade discrète. Jamais de bains de mer,
prétend que l’eau de mer procure une
irritation particulièrement déplaisante.
ou
car on
Les repas
Les repas ne se prennent pas dans le /are où
l’on vit et où l’on se couche. Au temps de la
reine
Pômare
encore,
femmes
et
filles
mangent à part, dans une vaisselle qui leur est
propre, des nourritures cuites sur des feux
séparés. Les Tahitiens n’ont pas d’heure
régulière pour prendre leurs repas. Ils
mangent généralement au cours de la matinée,
dominical est pris vers le soir
plus de cérémonie. On mange
assis, les jambes croisées, sous un abri les jours
mais le repas
avec
Les repas. Peut-être
cette scène a-t-elle été
arrangée à la
convenance
du
photographe pour la
carte postale,
néanmoins ce repas
semble être celui qui
réunissait les familles le
dimanche ou à
l'occasion de fêtes.
Le bain est une des
occupations qui
rythment la journée.
Pris plusieurs fois par
jour, dans les rivières
les plus fraîches de
préférence, Il est le signe
évident de l’hygiène des
Polynésiens, mais, en
cas d'épidémie, il peut
être la cause de
nombreux décès.
76
un
peu
LA SOCIÉTÉ POLYNÉSIENNE 1842-1940
de
habitat groupé qu’aujourd’hui. Tout le monde
assez
se
pluie, mais le plus souvent en plein air,
éloignés les uns des autres de manière à
ne pas se gêner lorsque, avec un éventail, on
chasse les mouches attirées en grand nombre,
poisson. On pose devant soi, en
guise de nappe et d’assiette, de larges feuilles
de purau. Les gens coupent leurs aliments
surtout par le
avec un morceau
de bambou et les trempent
dans une noix contenant de l’eau salée. Uru et
immanquablement
poissons. Les cultures vivrières
occupent donc toujours une grande place dans
les activités des Tahitiens, he faapu fait l’objet
de soins nombreux, prodigués d’ailleurs plus
par les adolescents que par les adultes.
Les
Tahitiens vivent davantage en
tara
accompagnent
viandes et
connaît et tout se sait sur chacun. Pour les
nouvelles concernant les autres districts, on a
au
Messager de Tahiti, unique
périodique local au temps du Protectorat : il
est distribué à domicile par des porteurs, le
recours
samedi.
Car on sait lire à Tahiti, au temps de la
reine Pômare Vahiné IV, ce qui ne manque
d’étonner les nombreux visiteurs. Le
Messager de Tahiti, qui sort des presses de
l’Imprimerie du Gouvernement (il porte en
sous-titre : “Journal officiel des Établis¬
sements français d’Océanie”) comprend toute
une partie rédigée en tahitien. La chronique
locale passe en général en tête : on y trouve
pas
les déplacements du gouverneur, les diverses
cérémonies
et
manifestations de la semaine,
les comptes-rendus de l’Assemblée législative,
les visites officielles, les distributions de prix.
Ce sont les festivités
en tout genre qui
plus l’attention. La fête, en
Polynésie, est l’élément fondamental. L’indi¬
vidualisme n’est pas le fort des Tahitiens, qui
aiment à se retrouver en groupe. A cet égard,
le tiurai connaît un succès qui ne s’est jamais
attirent
le
démenti.
les Tahitiens sont aussi
les attraits de la société
européenne, et dès les années 1880-1890, l’art
de vivre décrit ici ne se trouve plus guère que
dans les districts éloignés.
Cependant,
sollicités
par
“Faire la fête”. Pour
rompre la monotonie de
l'existence, tout est
prétexte : mariages,
deuils, concours
agricoles, cérémonies
religieuses ou plus
simplement plaisirs de
la musique et de la
danse.
Les costumes de danse
font partie de ces
“livrées du paganisme”
qu'ont détruites les
missionnaires.
Lorsqu’on est appelé à
danser, on enfile sur les
habits européens les
vestiges de costumes
disparus : tiputa, more...
L’aspect extérieur est
aussi composite que les
mouvements inspirés
d’exercices militaires et
que les instruments de
musique où l’on voit les
tambours remplacer les
instruments de
percussion
traditionnels.
Les fêtes. Des
réjouissances
populaires sont
organisées,
essentiellement à
Papeete, par
l'administration
coloniale à l’occasion
des fêtes patriotiques.
On célèbre
rétablissement du
Protectorat, puis la fête
de l’Empereur (15 août),
enfin le 14 juillet à
partir de 1881. Les
habitants des îles et des
districts avoisinants en
profitent alors pour se
réunir et chanter,
accompagnés par
l’instrument le plus
populaire de l’époque :
l’accordéon.
77
LA FRANCE EN
POLYNÉSIE
L’évolution
du mode de vie
polynésien
Trois éléments clés expliquent la relative
rapidité du changement de mode de vie des
Polynésiens : l’urbanisation, la scolarisation
et
le salariat.
catholiques l’éducation des enfants tahitiens,
l’administration
avait
but avoué
“d’arriver à rendre françaises de cœur les
jeunes générations du pays”. Jusqu’alors,
l’enseignement se faisait en langue verna¬
culaire, même si, dès 1853, le pasteur Howe
imprimait le premier ouvrage de lecture en
français à l’usage des Tahitiens. Mais l’arrêté
pour
du 7 novembre 1857 interdit désormais l’usage
de la langue tahitienne, même dans les jeux.
Le pasteur
Viénot,
comme
les frères,
sou¬
tiennent cette politique.
Malgré un fort absentéisme, les écoles se
remplissent : en 1861, les frères comptent 213
élèves, tandis qu’en 1866, l’École protestante
indigène est fréquentée par 270 enfants. Sous
la conduite du pasteur Viénot, les protestants
lancent une série d’initiatives, s’inquiétant du
succès, en milieu à forte dominante protes¬
tante, des frères de Ploermel, qui ouvrent en
1864 une autre école à Mataiea. En 1873, le
pasteur Viénot fonde l’École normale qui va
L’attrait de la ville
Les moyens de
communication. Durant
tout le Protectorat, la
Quitter son district, son fare, représente une
rupture très importante pour le Tahitien qui
va se fixer au chef-lieu. On ne s’y rend
plus en
pirogue : une voiture publique relie les
districts à Papeete. Il n’empêche, le voyage est
à lui seul toute une expédition. La zone
urbaine croît rapidement. En 1848, le district
de Pare compte I 143 habitants, soit 18,7% de
la population tahitienne, et, en 1902, cette
proportion s’est considérablement accrue,
puisque la ville seule est le lieu de résidence de
2 694 indigènes, soit 28% de la population
totale de l’île. Les recensements qui suivent ne
permettent plus de suivre cette évolution, qui
s’est sans aucun doute amplifiée.
Vivre à Papeete, c’est acquérir des
comportements différents, c’est déjà
“s’assimiler aux Européens”. Cette assimila¬
tion passe par une meilleure connaissance du
français et par la volonté de nombreux
parents de placer leurs enfants à l’école.
La scolarisation religieuse
et laïque
La question de l’alphabétisation est l’une des
toutes premières préoccupations des mission¬
naires, de toutes confessions. La période
anglaise (1797-1866), comme nous l’avons vu,
s’est traduite par l’ouverture d’écoles, dotées
dès 1817 de syllabaires. Les adultes y étaient
aussi nombreux que les enfants à suivre les
leçons. Après l’installation du Protectorat, un
arrêté du 7 décembre 1855 établit (art. 1) “qu’il
y aura une école dans chaque district de Tahiti
et de Moorea, ainsi que dans toutes les autres
îles du Protectorat”. Et, afin de lutter contre
absentéisme par trop prévisible, l’arrêté de
1857 prévoit “sept jours de travail” pour les
un
“grands” qui s’absentent plus de deux fois, et
pour les plus petits, “de servir comme domes¬
tiques chez le chef, sous la surveillance du
mutof’. La même année, les Dames de Cluny
ouvrent leur école à Papeete. Les mission¬
naires catholiques, des Gambier aux
Tuamotu, et de plus en plus à Tahiti même,
sont déjà à l’œuvre. Ils animent ce que l’on
nomme alors “les écoles indigènes de district”
et perçoivent des indemnités du Protectorat.
Les années 60 voient la création par les pro¬
testants
anglais d’écoles semblables
(Mlles Howe, Stonier, Henry). Elles reçoivent
l’aide des premiers missionnaires protestants
français à partir de 1863.
Dans l’histoire de l’éducation, 1860 est
avant tout l’ouverture, par les frères de
Ploermel (3 décembre), de l’école publique de
Papeete, En confiant aux congrégations
78
pirogue ou les petits
caboteurs étaient le
moyen le plus rapide de
se
déplacer à Tahiti. La
création de la route de
ceinture fut l’occasion
de fonder un service de
diligence. Rapidement,
les Tahitiens aisés se
mirent à acquérir,
les Européens,
leurs propres voitures à
cheval. Canotiers et
robes “mission" étaient
alors de mise pour se
rendre en ville.
comme
La création d’écoles est
l'œuvre des
missionnaires, d’abord
protestants, puis
catholiques. Dès 1816, la
L.M.S. dispose d'une
École biblique et
l'alphabétisation reste
l'un des soucis premiers
des missionnaires, C’est
paradoxalement aux
frères de l’Instruction
chrétienne que le
gouvernement du
Protectorat confie la
première école publique
en
1860.
LA SOCIÉTÉ POLYNÉSIENNE 1842-1940
fournir de nombreux instituteurs protestants,
seulement aux écoles de l’Église évangé¬
non
lique, mais aussi à l’enseignement laïque.
A la fin des années 1870, on peut dire que
Papeete est le domaine des frères et des sœurs,
travaillant pour le Protectorat, et rémunérés
par lui, tandis que les districts ont plutôt des
écoles tenues par des maîtres protestants.
Pour compléter ce schéma, il faut encore tenir
compte, à Papeete, de l’école protestante de
Ch.
Viénot, qui va de la maternelle
(Mlle Banzet) aux classes “professionnelles”.
Lorsque cette école ferme, en 1883, des
changements sont en train d’intervenir,
marquant la laïcisation de l’enseignement. Les
frères doivent quitter les écoles qu’ils ani¬
maient depuis 1860, remplacés par des maîtres
laïques, et, après quelques hésitations, à la
demande de la Mission qui va prendre en
charge tous les frais, les frères fondent l’école
libre de Lamennais.
charpentiers
Ainsi, chaque jour plus nombreux, de
jeunes Polynésiens viennent grossir les rangs
des citadins et des salariés, adoptant par là
même un nouveau style de vie.
...
Par
ailleurs,
dans
les
districts,
le
développement des cultures spéculatives
permet à de nombreux agriculteurs de dégager
un
surplus, investi dans des dépenses de
prestige {fare en bois d’Oregon par exemple) ;
l’argent est de plus en plus utilisé.
A l’aube du XX‘= siècle, l’hétérogénéité du
monde polynésien saute aux yeux de tout
observateur. La société polynésienne est
pourtant unie par un puissant ciment, le chris¬
tianisme, d’autant plus nécessaire que l’on
assiste
à
politique.
la
dislocation
de
l’encadrement
Commis de magasin.
Costume et chaussures
d'un blanc impeccable,
tenant à la main un
mètre pour le tissu, cet
employé du magasin
“A la ville de Dijon",
s'il est l'employé modèle
qu'il semble être, est
sûrement vivement
recherché par les
maisons de commerce,
car la main-d'œuvre
qualifiée est rare.
Dans les archipels, cette guerre scolaire a
moins d’échos, sauf aux
Marquises, où l’ad¬
ministration réussit à obtenir la fermeture des
catholiques sans pouvoir toujours les
remplacer par du personnel laïque.
écoles
L’école forme les salariés
Une querelle s’engagea pour savoir quel était
l’enseignement le plus ouvert aux Polynésiens.
Une chose demeure
:
nombreux furent les
Polynésiens qui sortirent munis d’un diplôme
au
terme de leur scolarité.
En 1867, le gouverneur La Roncière note
que “les Frères ont déjà mis des élèves en état
de travailler dans nos bureaux et de prendre
une
carrière administrative”.
L’administra¬
coloniale, mais aussi les maisons de
commerce recherchent vivement de tels jeunes
gens. En 1879, l’infatigable pasteur Viénot
crée l’école d’interprétariat. Les interprètes,
les instituteurs et les postiers deviennent, à très
grande majorité, des Polynésiens.
Mais l’enseignement entend également
fournir les ouvriers qualifiés dont le manque
tion
fait sentir dans la colonie. Ch. Viénot fait
venir cfs^s ouvriers de France comme profes¬
se
tandis que le R.P. Colette, avec l’aide
des frères de Picpus, excellents artisans, ouvre
seurs,
des
cours
du
soir
pour
former
maçons.
Ci-dessous ;
Une écoie de district.
L'arrêté de 1857 oblige
chaque district à
disposer d'une école.
D'abord animées par des
pasteurs protestants ou
des pères catholiques,
ces "écoles indigènes de
districts" sont confiées
ensuite à des maîtres
tahitiens formés par
l'École normale, créée
1873 par le pasteur
Viénot, et la laïcisation
en
de l'enseignement ne
sera effective que vers
1885-1890. Dès 1857,
l'enseignement se fait en
français, des diplômes
français y sont décernés
et, si la scolarisation
n'est pas un succès, des
centaines de Tahitiens
reçoivent néanmoins
une formation qui
contribue à la
modification radicale de
leur mode de vie.
Postiers, au début du
siècle. Venus se fixer à
Papeete, ils contribuent
aussi à ce que la
population
polynésienne devienne,
dès le début du XX"
siècle, urbaine et
salariée.
79
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
La disparition
des chefs
interlocuteurs privilégiés du premier gouver¬
Aux îles de la Société, le cadre de vie
social, politique et religieux de la commu¬
nauté polynésienne est le district. Son chef est
personnage clé de la vie publique,
même si le tavana (que l’on pourrait traduire
donc
un
par gouverneur) ne dispose plus du pouvoir
ancestral des ari'i, puisque le christianisme a
libéré les Tahitiens de la crainte sacrée que ces
derniers leur inspiraient. Cependant, de 1815
à 1842, les tavana, nommés par Pômare II soit
parmi
ses
familles
proches, soit dans les grandes
traditionnelles
de
français de Tahiti, Armand Bruat.
Mais, contrairement à la politique menée
par la Grande-Bretagne dans ses colonies, la
France ignore les institutions traditionnelles.
Jugées inférieures aux lois françaises qui sont
elles apportées à la société polynésienne
neur
Tahiti
et
de
un
bienfait et une amélioration
évidente de son sort. L’ancien système de rang
comme
et
d’autorité est donc totalement délaissé au
profit de la politique de pouvoir direct
(gouverneurs, mais aussi résidents,
administrateurs, gendarmes). La chefferie est
cependant maintenue, même si ce semblant de
rôle
traditionnel
masque
une
fonction
purement administrative.
Moorea, sont les chefs incontestés de leur
district, comme en témoigne l’importance des
Les gouverneurs contre les tavana
chargés d’appliquer les Codes Pômare, ils
assurent les fonctions de juges. Après la
disparition de Pômare II, ils savent acquérir
une indépendance réelle, ce
qui fait d’eux les
certains chefs ont déjà été éliminés, mais c’est
le gouverneur C.-F. Lavaud qui instaure, en
tributs que leur verse la population. De plus,
A la faveur de la guerre
franco-tahitienne,
1848, une politique véritablement hostile aux
Son objectif est de réduire leur
tavana.
>4^
Chef marquisien
dessiné parM. Radiguet.
L’artiste est le témoin de
la croissante hostilité
des grands chefs des
Marquises, Hitote et
Pakoko, contre la
présence française.
L’administration
coloniale entame dès
lors une action qui
dessaisira les chefs de
l’essentiel de leurs
prérogatives.
A droite :
Le pouvoir des chefs
vient au début du XX®
siècle, lorsque cette
photographie a été
prise, de se voir porter
un
coup décisif par
l’annexion.
Le prestige
transparaissait autrefois
dans les signes
extérieurs (vêtements,
attitudes, ornements...)
qui étaient les symboles
du pouvoir détenu. Les
habits européens qu'il
est de bon ton de porter
enlèvent jusqu’à
l’apparence extérieure
du rang et de la fonction.
80
nombre à un groupe plus restreint, et par
conséquent, plus malléable. 11 supprime le
tribut versé par les Polynésiens et le remplace
par un traitement en argent directement versé
par le gouvernement français. Ainsi, à l’image
de leur reine, les chefs deviennent-ils tribu¬
taires de la France et sont-ils davantage
coupés de la population de leur district. La
deuxième atteinte à leur statut est la loi du 22
1852 qui prévoit l’élection des tavana par
les chefs inférieurs, l’élu devant toutefois être
mars
choisi dans la famille détenant traditionnelle¬
ment la charge. C’est ouvrir là une brèche dans
le régime coutumier, en remettant en cause le
système héréditaire. De plus, l’approbation de
la
reine
Pômare
Vahiné
IV
et
celle
du
également nécessaires. Le
gouverneur T.-F. Page dispose désormais
d’un moyen légal d’éloigner les chefs peu
gouverneur sont
favorables à la France.
Le 6 avril 1866, la création de Conseils de
Districts porte un nouveau coup au prestige
déjà bien entamé des tavana : ces conseils,
composés “de chefs et d’anciens” restreignent
LA SOCIÉTÉ POLYNÉSIENNE 1842-1940
pouvoirs des tavana mais ne sont en
représentatifs responsables,
d’autant
qu’ils ne disposent d’aucune
ressource financière propre. Ces conseils “ne
servent qu’à accroître le contrôle des districts
par l’exécutif sur les chefs de districts sans
fournir pour autant l’administration viable
d’un gouvernement local” (C. Newbury,
1967). Dans le domaine juridique, une poli¬
tique similaire est menée : tout est fait, à partir
des années 60, pour étendre la juridiction des
tribunaux français. Vers 1874, l’intervention
des tribunaux français est pratiquement auto¬
matique et les lois locales sont pour ainsi dire
encore les
rien des corps
éliminées.
Ainsi
l’autorité
à
la
des
fin
du
tavana
Protectorat
est
déjà,
sérieusement
titres de chefs
demeurent aux mains des grandes familles
d’autrefois et les affaires de terres (déli¬
mitation et attribution de la propriété) sont du
ressort des tavana, bien que leur manque
d’autorité en la matière, et surtout le fait qu’ils
soient eux-mêmes partie prenante dans les
ébranlée.
Pourtant,
les
réclamations, nuisent à leur image.
communautés perdent ainsi leurs chefs tradi¬
De simples officiers d’état civil
bien sûr de
marquer de nouveaux points contre les chefs
des districts, même si le gouverneur EtienneL’annexion
de
Tahiti permet
Théodore-Mondèsir
Lacascade
déclare
officiellement, le 22 décembre 1887, que “tous
les chefs signataires de l’acte d’annexion...
seront
maintenus en fonction jusqu’à ce que
tionnels, et ne savent plus vers qui se tourner.
Cette évolution, radicale, est différente de
celle d’autres pays du Pacifique, comme les
Samoa ou les Tonga, qui ont conservé leurs
chefferies traditionnelles.
suppression des tavana contribue
polyné¬
sienne, déjà si fortement malmenée, sans pour
autant que se mette en place un nouvel ordre
La
donc à déstabiliser la communauté
social.
l’âge ou les infirmités les empêchent de remplir
leurs devoirs... à leur mort, leurs successeurs
seront choisis par la population du district”.
qui suivent, Pierre-Louiscomme Gustave-PierreThéodore Gallet, ne déposent pas moins de
sept chefs, pour des raisons purement
politiques. Le gouverneur Gallet va plus loin
encore lorsque, le 3 janvier 1900, il signe un
Les
gouverneurs
Clovis
Papinaud
arrêté lui attribuant la faculté de choisir les
présidents des Commissions municipales, et
ce, en dehors
des conseillers élus. C’en est fait
du principe des titres de chefferie détenus par
les familles de haut rang. La loi de 1887, insti¬
tuant cette fois des Commissions municipales,
présidées
par un chef et composées de 8
membres (dont cinq n’ont qu’un droit consul¬
tatif), assimile, aux yeux des Polynésiens, le
tavana à un petit fonctionnaire de l’adminis¬
tration coloniale, qui le rémunère et lui laisse
assurer
les seules fonctions d’officier d’état
civil, chargé de donner publicité aux arrêtés
officiels et de surveiller la bonne marche des
écoles (loi du 22 décembre
1897).
Cette politique de pouvoir direct rend la
société
polynésienne méconnaissable. Les
En haut :
publics, Teriiero, qui à
à jouer un rôle, dans la
Frères, est ''nommé”
chef du district de
se
réussit dans le cadre
étroit qui iui est accordé
Ci-dessous :
Teriiero a Teriierooiterai
fait ses études chez les
Facteur, instituteur,
Papenoo en 1901. Cette
forte personnaiité
(1875-1952) est de ceux
qui choisissent de jouer
la carte française.
empioyé aux travaux
mesure,
il est vrai, où il
montre favorable à la
France.
Teono, chef de Tevaitoa,
à Raiatea, pose ici avec
son
écharpe tricolore.
Le successeur du
célèbre Teraupo est
devenu un simple
officier d'état civil, privé
de tout pouvoir réel.
Ne disposant d’aucune
ressource financière,
tavana doit s'en
remettre à
le
l’administration
jusqu'aux plus petits
détails.
Le prince Flinoi,
Teri'i Flinoi atua Pômare
a
Tu, héritier du roi
Pômare V, pose au
miiieu des chefs et
notables de l’île de
Tahiti. En leur présence,
le pavillon du royaume
tahitien a été amené le
15 juin 1891. La mort du
dernier monarque
tahitien marque en fait
pour eux la fin de leur
rôle de chef.
Vaekehu, la reine de
Nuku Fliva. Élève des
pères picpuciens,
baptisée en 1853 avec
époux. Te Moana,
chef de Taiohae puis roi
son
de Nuku Fliva, Vaekehu
fut l'objet d’une grande
vénération de la part de
sujets. Lorsque les
Français rerriplacent la
plupart des chefs par
ses
des hommes à eux,
l'autorité liée à la
fonction disparaît.
81
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
La montée
des Églises :
les diocèses de
l’Église catholique
Enfin, le caractère emporté de nombreux
missionnaires, à commencer par Monseigneur
Jaussen, envenime encore les relations.
première église en pierre dans ce fief du protes¬
tantisme, s’il en est.
Aux Tuamotu, les R.P. Fouqué, Fiérens
Les pères de Picpus
de l’est, là où aucun Européen ne s’aventure,
devenues chrétiennes, l’ensemble de l’archipel
Qui sont-ils ? Principalement des Bretons et
des Ardéchois, à l’image des évêques Jaussen
et Verdier, issus de familles le plus souvent
modestes
polynésienne déstabilisée se
qui assurent l’encadrement
des Églises chrétiennes de Polynésie. Mais
dans cette période difficile de l’après-guerre
(1844-1850), ni les églises protestantes, ni les
missionnaires catholiques ne sont en mesure
d’offrir le soutien espéré.
A partir de son foyer mangarévien, la
Mission catholique n’a cessé de s’étendre en
direction des autres archipels. Mais les temps
troublés du Protectorat ne l’ont pas épargnée
et, en représailles de la mort du pasteur
Mac Kean, la première mission catholique de
Papeete est incendiée, le 30 juin 1844. De
nombreux manuscrits, en particulier ceux en
marquisien du R.P. Baudichon, sont détruits.
De plus, l’absence d’évêque se fait sentir :
l’arrivée de Monseigneur Jaussen à Tahiti n’a
lieu qu’en 1849 et, en dépit des efforts du
R.P. Caret, aucune politique d’ensemble ne se
La société
tourne vers ceux
dessine.
Les
rapports
avec
difficiles.
Le
l’administration
coloniale sont et resteront pour toute cette
période
gouverneur
passe
une
3 mars 1843, le
convention avec les
missionnaires, limitant leur rôle à celui de
“clergé colonial” : un seul prêtre est accepté à
Papeete comme aumônier de la Marine et de
la Colonie, et tout apostolat est interdit par
ailleurs.
L’évêché
va
demeurer
non
concordataire et ne sera jamais rattaché à un
diocèse métropolitain. La Mission catholique
possède donc pas de base juridique aux
yeux de l’administration, jalouse en outre de
ne
l’influence
des
missionnaires
dans
les
archipels. Et toute la seconde moitié du XIX®
sera marquée par des conflits qui vont encore
se renforcer avec les lois de la séparation de
l’Église et de l’État. La présence de pères
belges, mais surtout allemands, en ces temps
de nationalisme exacerbé, n’arrange rien.
La cathédrale de
Papeete. A l’image de
l’implantation de la
Mission catholique à
Tahiti, la construction
de cette cathédrale fut
laborieuse, puisqu’elle
s’étendit sur dix-neuf
années. Les travaux de
fondation commencent
en
1856, grâce à une
soixantaine de
Mangaréviens conduits
par le frère Soulié. Les
conflits qui ne cessent
d’éclater entre
l’administration et la
Mission retardent puis
stoppent les travaux.
Finalement, tout ce qui a
été bâti est détruit vers
1870 et, sur le même
emplacement, une
nouvelle cathédrale,
deux fois plus petite, est
élevée.
82
et
rurales.
Leur
instruction
est
souvent limitée, mais compensée par un solide
résistance
physique aux
épreuves hors du commun et une activité qui
ne se dément jamais. Ces qualités sont néces¬
saires devant l’ampleur de la tâche : le
territoire confié aux picpuciens ne cesse de
s’élargir. Les Gambier, dépeuplées, perdent de
leur intérêt au profit de Tahiti, où les pères se
bon
sens,
mettent
une
vraiment à l’œuvre avec l’arrivée de
Mgr Jaussen : la venue de Mangaréviens, de
Paumotu, de Pascuans surtout (l’île de Pâques
fait partie alors du diocèse) renforce le
“maigre troupeau”.
La construction de la cathédrale, puis de
l’évêché, l’un des plus imposants bâtiments du
chef-lieu, marque Papeete d’une empreinte
catholique, d’autant que les sœurs de Cluny et
les frères de l’Instruction chrétienne viennent
et Terlyn officient et, en 1875, les dernières îles
est converti.
rivalité
de l’abandon tant les conditions de vie des
missionnaires
avec
l’ensemble des E.F.O. Parmi les
picpuciens, il faut aussi compter avec les frères
convers, remarquables artisans, excellents
ouvriers spécialisés, mais aussi maîtres d’école
appréciés. Ils sont une trentaine entre 1870 et
1900, de Papeete à Taiohae, Entre 1867 et
1890, 26 sœurs de Cluny assurent les fonctions
d’infirmières et d’enseignantes. Enfin, en cette
seconde moitié du XIX® siècle, quelque 48
frères de Ploermel séjournent dans la colonie.
Ces chiffres font impression. Ils se révèlent
pourtant insuffisants tant les besoins sont
grands et le diocèse immense.
pour
L’élan que donne Mgr Jaussen, secondé
le R.P. Colette, permet aux pères de
s’implanter à Papeuriri ( 1850), Papara ( 1855),
Faaone (1856). En 1872 est créée la paroisse
par
de
Faaone, la même année Moorea voit
arriver le R.P. Eich
qui élève en 1876 la
sont
dures
leur
et
peu
d’emprise sur les Marquisiens manifeste.
Mgr Martin, qui arrive en 1890, est l’âme de ce
diocèse où, plus qu’ailleurs, les progrès sont
1849, 14 en 1870, 18 en 1900 et 26 en 1910,
Le
se livrent les Églises.
sanitos réussissent de nom¬
laquelle
et
breuses conversions, alors que de leur côté, les
pères s’attaquent aux places fortes du protes¬
tantisme. L’infatigable père Eich célèbre la
première messe à Huahine en 1904 : c’est là
que se fixe le père Maurel en 1909, tandis que
le père Jouette s’installe à Uturoa (1910). Les
pères Pratt et Cavaignac gagnent quant à eux
les Australes à partir de 1909.
Les Marquises, érigées en vicariat apos¬
tolique dès 1848, ont leur propre évolution. La
situation y demeure précaire, malgré tous les
efforts déployés par Mgr Dordillon (18551888) et, plusieurs fois, la mission est proche
lents.
renforcer.
Mission proprement dite compte 8 prêtres en
à
Mormons
personnel religieux de la
la
Cette implantation est sans cesse
remise en question, notamment du fait de la
Peu à peu cependant, parce qu’ils vivent
et
comme
les
Polynésiens et qu’ils
résident des dizaines d’années dans les îles, les
picpuciens parviennent à se faire
reconnaître par les populations et en arrivent
pères
même à en assurer tant la direction matérielle
spirituelle (Gambier, Marquises,
Tuamotu). Les villages bâtis autour des églises
de pierre, aux rues bien dessinées, que l’on
peut voir aux Tuamotu ou aux Marquises,
sont leur œuvre, de même que la culture du
coton
aux
Marquises ou les grandes
que
cocoteraies paumotu.
Mais là ne réside pas l’essentiel de leur
:
ils ont tout d’abord redonné
travail
confiance, au cours de cette seconde moitié
du XIX® siècle, à une population totalement
désorientée. Là où leur implantation a réussi,
ils ont su recréer un tissu social, faire adopter
les valeurs chrétiennes et conduire la société
polynésienne
à
une
stabilité
qu’elle
connaissait plus depuis longtemps.
ne
LA SOCIÉTÉ POLYNÉSIENNE 1842-1940
L’Église protestante
tahitienne
en difficulté
un fait qui peut surprendre dans
apostolique des premiers mission¬
naires anglais en Polynésie : ils n’ont pas
cherché à établir une structure ecclésiastique !
Venus de leur Europe lointaine pour annoncer
“le glorieux évangile de Dieu”, “ils alliaient à
la conscience d’une vocation contraignante un
intérêt pour la science et une passion pour le
bien de la race humaine” (J. Garrett). La
Société des Missions anglaise déjà d’esprit
œcuménique recrutait ses envoyés indiffé¬
remment dans les “dénominations” indépen¬
dantes de l’Église officielle d’Angleterre. Les
trente
missionnaires du
Duff en 1796
provenaient des communautés congrégationalistes, calvinistes, évangéliques, métho¬
distes et presbytériennes. Pour toutes, les
Écritures bibliques étaient à juste titre la
Il est
même de la Parole de Dieu.
Après des années de difficultés et de souf¬
frances (il y eut des martyrs aux Tonga et aux
Hébrides), les premiers résultats de l’évangé¬
lisation apparurent à Tahiti vers 1813 et, dès
1818, se constituèrent des centres où les chefs
coutumiers invitèrent les pasteurs anglais à
enseigner. Ces “établissements”
(ils furent une vingtaine en
1835) s’organisaient suivant les données
locales, les coutumes et la vie polynésiennes
pour autant qu’elles n’étaient pas en désac¬
cord avec l’Évangile. Ainsi, petit à petit il
naquit au sein de ces établissements des
“communautés chrétiennes” ou “congréga¬
tions” sous la direction des pasteurs anglais et
bientôt sous celle des évangélistes polyné¬
s’établir et
missionnaires
siens
eux-mêmes.
gouverneurs
culièrement
l’œuvre
source
qu’il fut suffisamment affermi sous les
Bruat (1843-1846), Lavaud
(1846-1849), Bonard (1849-1851) et Page
(1851-1854), prit des mesures de plus en plus
contraignantes vis-à-vis des Anglais et parti¬
dès
Ces
communautés,
quoique indépendantes les unes des autres,
trouvaient une unité et des liens suffisants
dans les formes du culte et les règles de disci¬
pline établies d’un commun accord. Cela
amena parfois des situations délicates comme,
entre 1825 et 1830, par le comportement pro¬
phétique de la Mamaia qui trouvait un
compromis entre préceptes bibliques et
mœurs du passé et rejetait les bases du com¬
portement évangélique.
On peut dire pour cette période qui
des
missionnaires
arrivés
pourtant bien avant le changement de régime.
Ils furent considérés comme étrangers et
surveillés dans leurs déplacements.
En 1849,
les biens meubles et immeubles de la mission
anglaise sont déclarés propriété nationale à
l’usage des protestants ! Les mesures d’ordre
et de bienséance intérieures et extérieures aux
communautés
se
relâchent et l’on vit “à la
française” sans beaucoup de retenue. Les lois
du Protectorat du 18 mars 1851 et du 22 mars
1852
vont
habitudes
alors
des
désorganiser
communautés
les
saines
protestantes.
Dès 1851, celles-ci vont en effet passer sous
l’autorité directe de l’Assemblée du Protec¬
torat
tiens
du gouverneur. Les pasteurs tahisoumis à la loi nouvelle devront se
et
limiter à leur paroisse qu’ils dirigeront seuls.
En
tous
1852, les pasteurs devront être élus par
les notables
sans
distinction de leurs
propres districts et confirmés par l’Assemblée
du Protectorat. Par ces mesures, les gouver¬
“porter le dernier coup” à
possible des quelques pasteurs
anglais encore à Tahiti ainsi qu’à celle des
neurs
veulent
l’influence
membres
actifs
communautés
des
tenues
des “sociétés secrètes” ! Ces lois favo¬
risent en effet les Français et les écoles congrégationalistes (mais on s’est bien gardé de faire
appel à des pasteurs français) ; elles nient en
pour
fait la liberté de conscience et donnent au gou¬
la haute main sur les communautés
verneur
protestantes polynésiennes. Pour mettre un
semblant de régularité dans cette Église
d’État,
on
fait appel au missionnaire
J.M. Orsmond en rupture avec ses collègues,
comme
directeur des cultes et
président des
Églises au service du Protectorat.
On peut
reprocher aux Anglais d’avoir
Temple de district à
Bora Bora, en 1847.
Contrairement aux îles
du royaume des Pômare
annexées par la France,
où la Société des
Missions de Londres est
placée sous le contrôle
dé plus en plus strict de
ia puissance coloniale,
les îles Sous-le-Vent
demeurent
indépendantes jusqu'en
1888. Après l'annexion
des îles Sous-ie-Vent, la
Société des Missions
évangéliques de Paris
prend la succession de
la L.M.S. Dessin de
H.B. Martin.
En 1848, un seul
missionnaire anglais,
J. Barff, demeure dans
l'île, à Afareaitu. Moorea,
qui a été le bastion de la
L.M.S., connaît comme
Tahiti des années
difficiles. Ce n’est
1803 que des pasteurs
j
qu'erj|
français sont admis à
assurer la
relève. Dessin
de C. Shipley.
'
précéda le Protectorat qu’un consensus social
religieux s’établit dans la société
tahitienne.
L’influence
évangélique fut
acceptée comme un facteur de paix et de
progrès. Une communauté chrétienne origi¬
nale naissait petit à petit dans l’ensemble des
archipels. 11 faut savoir pourtant que des
influences contraires, en particulier celles des
marins
et
commerçants européens,
entravaient le développement harmonieux de
autant que
l’influence évangélique.
L’Église sous le Protectorat
Après
l’intervention de l’amiral Dupetit-
Thouars (1838) et une fois que le Protectorat
fut établi (9 septembre 1842) sur les États de
Pômare,
l’autorité
de
la
France
devint
rapidement prépondérante. Le Protectorat,
rt/i il
ll‘
83
LA FRANCE EN
POLYNÉSIE
“manqué de souplesse”. Mais pouvaient-ils
accepter sans réagir de voir l’Église naissante
et qu’ils avaient voulue indépendante devenir
une Église conduite par l’État français ? Ils
s’en
allèrent
la
mort
dans
l’âme, mais ils
laissaient un des leurs, le Révérend W. Howe,
qui fut reconnu comme pasteur indépendant
de la paroisse de Béthel où se regroupaient les
membres résidents de langue anglaise de
Papeete. Une quinzaine d’années durant,
Howe tiendra seul et avec courage la position
de
l’Église protestante et la défendra
fermement. Son attitude orientera la reine
Pômare, les pasteurs tahitiens et les élus du
Territoire vers le protestantisme français. Le
15 mai 1860, l’Assemblée tahitienne présentait
supplique adoptée par 126
voix sur 144, pour être transmise à Napoléon
au gouverneur une
III. C’était une demande d’envoi à Tahiti de
pasteurs français pour conduire et éclairer
l’Église dans la religion de l’immense majorité
des Tahitiens. Il était dit entre autres : “Nous
ne
voulons
pas
que
lorsque
nos
enfants
apprennent le français ce ne soit que dans le
changer de religion”. Cela laisse à
du prosélytisme qui s’exerçait puis¬
samment par le moyen des écoles françaises.
La Société des Missions évangéliques de
Paris, sollicitée officiellement par le gouver¬
nement de Napoléon III, accepta de venir en
aide à cette lointaine Église tahitienne. Elle lui
envoya
le pasteur Thomas Arbousset.
Accueilli avec beaucoup de bienveillance par
les autorités françaises, il fut “installé” dans la
paroisse de Papeete le 12 avril 1863.
but de
penser
L’œuvre des missionnaires
français sous le Protectorat
Les lois de 1851 et 1852 organisant les Églises
protestantes tahitiennes ne facilitèrent guère
la situation des missionnaires protestants
français au X1X'= siècle. Ils furent accusés bien
de collusion avec les Anglais,
traités d’hérétiques, donc d’anti-français,
alors que leur cœur était français plus que tout
autre, et délivré de passion partisane. L’esprit
colonial, revanchard et ultramontain, avait
envahi le ministère des Colonies, ce qui fut
faussement
En haut :
Le pasteur O. Moreau
(1872-1936) et
Mlle S. Banzet
(1824-1924), entourés
du personnel
d'encadrement de
l'école protestante. La
Société des Missions
évangéliques de Paris
se préoccupe de rouvrir
les écoles protestantes,
qui ont pour la plupart
périclité avec le départ
des pasteurs de la L.M.S.
Les écoles techniques
du pasteur C. Viénot,
que l'on voit ici au milieu
de l'atelier, remportent
un vif succès. La
première tentative en
1869 s’est cependant
soldée par un échec, le
matériel (10 à 12tonnes)
venu de France s'étant
perdu en mer. Mais
l'inlassable pasteur
réussit à mener cette
entreprise à bien. Avec
l’école d'interprétariat,
l'École normale, les
écoles techniques
montrent la diversité
de renseignement
au tournant du siècle.
84
développement harmonieux des
l’époque et enferma
l’Église protestante dans un ghetto religieux et
social bien particulier. Pourtant, T. Arbousset
un
frein
au
territoires français de
à son arrivée à Tahiti trouva une administra¬
tion plus souple qui lui permit d’examiner au
cours
de ses visites la situation des églises, très
dégradées et appauvries depuis
1842. Un
profonde
empreinte évangélique demeuraient encore.
T. Arbousset put assez rapidement mettre en
place un programme précis. Il s’agissait de
créer un enseignement protestant français
à
attachement
devant
la
la
carence
Bible
de
et
une
l’Administration
à
organiser un enseignement laïque ; de veiller à
la formation et au sérieux du corps pastoral
qui, étant nommé par le pouvoir
administratif,
tombait
dans
un
fonction¬
nariat
ambigu et politisé ; et de réorganiser
l’Église dans son ensemble et faire découvrir à
membres
désorientés
la
dynamique
évangélique.
Après T. Arbousset la venue du pasteur
François Atger (1864), de Monsieur Charles
Viénot (1866), du pasteur Frédéric Vernier
( 1867) et enfin du pasteur Prosper Brun ( 1870)
pour
Moorea, permit de réaliser le
programme mis en place dès 1863. Les écoles,
déjà ouvertes par M. Atger, furent inaugurées
officiellement le 17 septembre 1866 sous la
direction de M. Viénot. La forte personnalité
ses
de ce dernier aura une influence certaine dans
la colonie à la fin du XIX'’siècle et fera évoluer
les
esprits
vers une plus grande liberté de
Le
pasteur Vernier sera
conscience.
rapidement nommé officiellement et par le
LA SOCIÉTÉ POLYNÉSIENNE 1842-1940
question. C’est seulement le 23 janvier
choix des pasteurs tahitiens à la direction des
cette
profond ministère, tant auprès de la famille
royale que des paroisses qu’il visite fré¬
quemment.
Connaissant parfaitement la
langue, il approchera le cœur des Polynésiens
qui reconnaîtront en lui le metua (père) et le
paruru (défenseur). Le pasteur Brun créera
dans son île l’École pastorale : séminaire de
“organisant les Églises tahitiennes protes¬
tantes”. Il avait été rédigé par les soins du
Églises des îles du Vent. Il exercera un long et
formation des pasteurs.
Le nouveau statut de t’Église
être surpris que le petit groupe des
missionnaires protestants, constitué dès 1871
On peut
“Conférence missionnaire”, Vût accepté
officieusement pour encadrer une Église
en
officielle d’État. Cette anomalie, perçue dès
1863, donna lieu à de nombreuses et pesantes
discussions avec l’administration française
qui voulait “garder le bénéfice” des lois
injustes et restrictives de 1851 et 1852.
L’autorisation momentanée du “Synode des
Églises tahitiennes” en 1873 inquiéta le
gouvernement central qui s’opposa à admettre
l’acceptation d’un statut raisonnable et séparé
de
l’État tel que les missionnaires le
réclamaient. Aucune des autres religions à
Tahiti ne connaissait en effet de mainmise de
l’État sur ses activités.
Après dix années de tergiversations et de
refus, et seulement après l’annexion de Tahiti
en 1880, le gouvernement consentit à étudier
1884 que Jules Grevy devait signer un décret
La vie interne de l’Église
La vie interne de
l’introduction
l’Église fut organisée par
1880 d’une
vers
“Discipline”
Conseil d’État et restait une formulation
concordataire restrictive avec le droit de
dont le principal mérite fut, comme celles des
regard du gouvernement dans les décisions
internes de l’Église protestante ; les mission¬
éléments
naires y étaient obligatoirement intégrés. C’est
Statut, respecté intégralement malgré ses
ambiguités, qui a été le cadre de la commu¬
nauté protestante jusqu’en 1927. Modifié cette
année-là par le président Doumergue et
étendu à tous les archipels français de
Polynésie, toujours dans sa forme concorda¬
ce
taire mais en supprimant toute aide directe à
l’Église, il
est resté en vigueur jusqu’à
l’autonomie de l’Église évangélique en 1963.
On sait en effet que la Loi de Séparation de
l’Église et de l’État n’a pas été promulguée en
Polynésie.
septembre 1963, l’Église
la voix du pasteur
Marc Boegner, président de la Société des
Missions évangéliques, recevait son
autonomie ecclésiastique. Une Constitution
nouvelle, se référant aux anciens statuts, mais
conçue et rédigée par elle-même, était adoptée
à ce moment-là. Cette Constitution qui débute
par une déclaration de foi fut agréée par le
gouverneur Grimald le 30 août 1963. Elle
continue à être le cadre de l’Église évan¬
gélique depuis lors.
Le
1er
évangélique,
par
communautés de la L.M.S., de conserver les
essentiels
du
modus
vivendi
polynésien, sa langue, son fond religieux. A la
base, une assemblée locale (paroissiale)
conduite par le pasteur et choisissant ses
“diacres” (anciens) qui sont les porte-parole
des groupes sociologiques, fondements de la
société polynésienne.
Les services
dominicaux,
la
célébration
des
deux
évangéliques (la Sainte-Cène et le
Baptême), la catéchèse, l’école enfantine
paroissiale, les tuaroi (étude biblique
communautaire), les chants, les fêtes chré¬
tiennes, la Fête du Me etc., animent la vie de la
population et lui donnent son unité véritable.
Si ce cadre a sauvegardé le comportement
polynésien dans son insularité, il a parfois
aussi tendu à provoquer un enkystement et
marqué une sorte de conformisme déjà
présent dans l’ancienne religion et dans tout
système religieux qui n’est plus fondamen¬
talement inspiré par la liberté de conscience et
sacrements
la
charité
chrétienne.
On
doit
pourtant
que le souffle évangélique n’a pas
cessé d’animer cette Église polynésienne qui
constater
bientôt deux siècles et qui étonne par ses
profondes valeurs humaines tous les étrangers
qui l’approchent.
aura
Commémoration de la
construction du temple
de Tautira, payé
entièrement grâce à la
production d’orangesde
Taiarapu. Le don à
l’Église, “manifestation
de générosité et de
sacrifice”, est surtout
effectué lors de la fête du
Me. Depuis 1818, les
Polynésiens font des
dons annuels à leurs
paroisses, soit sous
forme de produits
agricoles, soit en
espèces. Ces offrandes
permettent aux églises
d'être autonomes et
même de contribuer à
École pastorale, sous la
pasteur
direction du
Ch. Vernier.
l'évangélisation d’autres
contrées,
85
LA FRANCE EN
POLYNÉSIE
Le christianisme :
refuge et espoir
pour le tissu social
C’est
peu
de dire,
comme
l’ont fait
remarquer beaucoup d’observateurs dignes de
foi, que la société polynésienne, sans renier sa
culture profonde et son identité, est devenue
plus humaine, plus pacifique, plus unifiée
grâce à l’influence évangélique des premiers
missionnaires protestants de la Société des
Missions de Londres. On peut mettre en effet
à leur crédit des résultats impressionnants
quoique souvent oubliés devant les reproches
qu’on leur fait souvent, bien à tort, d’avoir
anéanti une civilisation originale. Il faut lire
dans son livre “Voyage aux îles du Grand
Océan”
publié en 1837, comme J. A.
Moerenhout décrit l’état pitoyable de la
société polynésienne à la fin du XVIIL siècle
avant l’arrivée des premiers missionnaires
protestants anglais ; comment aussi les voya¬
geurs de cette époque portent de tristes
opinions sur la population de Tahiti rongée
par la guerre et les maladies dans une île qui
n’a guère plus de 12 à 15 000 habitants.
Les réactions à son influence
être reconnaissant d’avoir préservé le naturel
Sans doute y eut-il de sérieuses réactions à
l’encontre de ce comportement nouveau. Le
chrétiennes une constante
tension entre l’introduction d’un esprit démo¬
mouvement prophétique de la Mamaia et la
mise en application maladroite par les chefs
des
premières lois écrites
manifestent les
difficultés du passage de la société féodale
ancienne à l’acceptation d’un système moins
contraignant et plus ouvert. Mais qui oserait
blâmer les missionnaires d’avoir prêché un
Évangile libérateur ? Ont-ils amené les
Polynésiens à l’état de colonisés, d’assujettis
ou de “petits saints” ? 11 faut bien plutôt leur
du peuple ma’ohi.
De
fait, il y eut dans les premières
communautés
cratique et
le désir
ancestral
des
chefs
d’étendre leur pouvoir sur ces communautés.
La notion antique du mana intervint souvent
pour conforter les chefs dans leur prétention à
diriger une société naissante et la conduire
comme
autrefois par des méthodes
autoritaires. On a même dit que, vers 1830,
Tahiti fut proche de devenir une théocratie
par
la pression du pouvoir qui entravait
démocratique des missionnaires.
l’action
Le christianisme accepté
quinzaine d’années après l’arrivée du
Du£f, navire amenant les premiers mission¬
naires, et après de grandes difficultés
supportées courageusement par ceux-ci, on
est surpris devant les changements : les rites
inhumains
disparaissent, les prisonniers
capturés dans les guerres intestines ne sont
plus massacrés et leurs biens ne sont plus
anéantis, l’infanticide répandu dans le peuple
par imitation avec les pratiques de la société
Une
des
arioi,
de
sectateurs
’Oro,
le
dieu
sanguinaire, décroît, des relations meilleures
s’établissent dans les familles
et
la femme
émerge peu à peu de son état d’infériorité. De
même, des relations- plus normales entre les
tenants
du pouvoir et le petit peuple
aboutissent à une société plus paisible, plus
homogène parce que moins menacée. Le com¬
portement social s’améliore par une détente
dans les relations entre individus. Enfin, la
lutte contre certains fléaux comme l’alcoo¬
lisme et les maladies vénériennes, une
meilleure
salubrité
et
une
stabilisation
démographique permettent d’envisager
avenir plus optimiste.
un
Tous ces changements ne sont pas dus à
pouvoir particulier des missionnaires si
loin de leur pays, démunis et souvent
désemparés, pas davantage à une brusque
décision des chefs au pouvoir despotique. Il
faut en chercher plus profondément l’origine
dans une lente et patiente approche entre
Polynésiens et Européens, une découverte des
uns par les autres dans une motivation désin¬
téressée ; une naissance.de liens amicaux qui,
au-delà de tout jugement, atteint l’intelligence
et le cœur. Un message libérateur s’est inscrit
au cœur du
peuple de Tahiti à un moment
critique de son existence sans pour cela lui
faire renier sa propre culture.
un
86
Le temple de Moerai,
aux
Australes, vers 1930.
LA SOCIÉTÉ POLYNÉSIENNE 1842-1940
Ceux-ci
entre un
souffrirent
toujours d’être placés
pouvoir traditionnel puissant et la
recherche d’une communauté visant à
indépendance
voyance
et
son
spirituelle. Par leur clair¬
leur fermeté, ils gagnèrent
finalement un respect étonnant. Un consensus
s’établissait lentement dans la société et
un
esprit nouveau gagnait les plus ouverts. Le
tissu social se christianisait peu à peu sans
détruire les qualités profondes du peuple
ma’ohi.
Au début du
Protectorat la situation
devint vite intenable par
suite des mesures
prises par les gouverneurs pour anéantir
l’esprit évangélique, base de la nouvelle
société. Ces mesures étaient en effet dirigées
tout autant contre l’influence spirituelle des
missionnaires
anglais que contre leurs
attaches politiques. Ces derniers auraient
voulu maintenir l’équilibre entre les préten¬
tions
administratives
et
la
liberté
de
conscience de leurs fidèles. Après les fameuses
organisant les Églises
protestantes, les Anglais devenus étrangers
dans leurs propres lieux de travail ne purent
supporter de se voir marginalisés et de devoir
accepter une Église étatisée qui évacuait
l’esprit même de l’Évangile. Ils s’en allèrent,
mais ce qu’ils avaient semé avec patience ne
devait pas être perdu : la Bible était traduite en
tahitien, la langue locale était fixée, des
responsables autochtones avaient été formés
et une solide organisation des communautés
apportait une densité particulière au tissu
lois
du
Protectorat
générale du pays et placées sous l’autorité des
gouverneurs. Leurs structures ne seront pas
bouleversées, mais changeront totalement
d’orientation. Les lois de 1851 et de 1852 vont
figer la société religieuse, et même la société en
général, et la confiner pour longtemps dans un
cadre juridique français. La base spirituelle
sera négligée au profit de pratiques douteuses
et politisées. On peut dire que ce fut là une
violation de la liberté de conscience et des
droits de l’homme comme cela avait été bien
souvent en France. A Tahiti ce le fut,
même
après la Loi de Séparation de l’Église et de
l’État de 1905.
Les Églises sous surveillance
Les Églises tahitiennes vont donc vivre
pendant toute la période du Protectorat et
même jusqu’au milieu du XX'= siècle sous une
surveillance
administrative
permanente
et
parfois sourcilleuse. Les pasteurs français
appelés dès 1863 par le Protectorat lui-même à
conduire les Églises protestantes tahitiennes
seront
eux-mêmes
surveillés, mortifiés,
marginalisés par l’administration alors que
leur patriotisme est réel. Ils réussiront enfin à
introduire un peu plus de liberté dans la
société locale par la qualité de leur action et
leur entier désintéressement.
période intermédiaire d’une
un tissu socio-religieux
d’inspiration chrétienne se révèle de plus en
plus solide et retrouve une unité et une
stabilité qui étonne. La soumission que lui
imposaient les gouverneurs va obliger la
société tahitienne à vivre repliée dans son
propre cadre insulaire, à se ressourcer ellemême et retrouver un style de vie acceptable
lui permettant de nourrir son identité et sa
culture propre. Elle pourra ainsi forger un
nouveau
tissu d’inspiration religieuse,
biblique et chrétienne. Elle ira parfois même
jusqu’à se comparer au peuple d’Israël dans sa
captivité à Babylone !
Dans cette
centaine
d’années,
social de base.
Dès
1849, l’administration du Protec¬
réorganiser les Églises protestantes ;
vont être intégrées à l’administration
torat va
elles
Page de gauche :
Chef de l’ile de Huahine
avec sa famille. C’est
leur attachement, leur
fidélité à cette Bible
reçue des premiers
missionnaires anglais
qui a permis de
préserver, de maintenir
l'unité des Églises
protestantes. Lue,
étudiée, commentée,
donnant lieu au tuaroi
(exercice biblique
communautaire), la
Bible est présente dans
tous les foyers
polynésiens.
En haut :
Le collège Lamennais.
D'autres Églises que
l’Église évangélique
encadrent la société
polynésienne. C’est par
le biais de l’éducation de
la jeunesse par les frères
de l’Instruction
chrétienne et les soeurs
de Cluny que le
catholicisme accomplit
une partie de son œuvre
d'évangélisation.
Les Églises sont le
centre des
communautés
polynésiennes. Ce que
l’Église évangélique
réalise à la Société ou
aux
Australes, les
prêtres catholiques le
construisent aux
Marquises, aux Gambier
partie aux
et en
Tuamotu.
87
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
Un tissu social original
Voici quelques-uns deaaspects de cette société
qui
permettront de comprendre son
ressourcement, sa gestation profonde et son
épanouissement futur.
La base de toute la société est commu¬
et qui est parfois le chef du village, est le porte-
parole de la paroisse. A côté de l’école du
village où l’on apprend le français, tous les
enfants
fréquentent l’école du groupe
paroissial où un diacre enseigne à lire dans la
Bible tahitienne, à compter, à écrire en langue
tahitienne. Le samedi est un jour particulier :
c’est le mahana maa, jour de préparation au
nautaire, vécue dans le contexte du groupe
ethnique fondamental. La seule langue
utilisée, écrite ou parlée est l’idiome local
(tahitien ou marquisien), véhicule de la
culture et de l’identité du peuple. La paroisse
dimanche.
Il faudra en effet, le sabaü (dimanche),
faire un long trajet à pied ou en pirogue pour
Ce dernier est divisé en sections que forment
sances, on
est le centre
vivant du district administratif.
les groupes (pupu) de la paroisse. Le pupu est
le lieu privilégié de base du Polynésien. Il se
manifeste
dans
Yamuiraa,
l’assemblée du
groupe, réunie dans le fare amuiraa (maison
du groupe). Il est sous la responsabilité du
diakono
activités
(diacre
sociales
ou ancien). Toutes les
des différents groupes
dépendent du centre paroissial (paroita) situé
au milieu du district. Le diacre le plus ancien.
rejoindre le centre paroissial. Là on passera
toute la journée, on y retrouvera ses connais¬
participera aux trois services (7h,
lOh, 14h). Les himene exprimeront la pro¬
fondeur, l’unité, la cohérence du peuple
Le groupe des femmes visiteuses
(pererina) se rendra chez les malades ou les
affligés pour un réconfort fraternel. Le soir le
fare paroita (maison de paroisse) se remplira
pour le tuaroi (réunion biblique). Tout au
long de cette journée on communiera dans la
même pensée, celle d’être de fidèles adorama'ohi.
Jéhovah, conduit par Lui et par Sa
Le temple lui-même a un aspect
particulièrement soigné ; en matériaux locaux
dans les débuts, il sera toujours mieux
aménagé et reconstruit avec des matériaux
importés. Étant considéré comme un lieu
quasi sacré, on ne pourra y pénétrer que très
décemment vêtu. Seul le pasteur a le droit
d’accès à la chaire (terono). Cet édifice ne sert
qu’aux services religieux et à la célébration des
sacrements (baptêmes et Sainte-Cène). Des
maisons plus modestes groupent les parois¬
siens dans les environs du temple. C’est
surtout là que se manifeste la vie commu¬
nautaire : on y mange ensemble, on s’y repose,
on y tisse des liens de famille, on y organise les
travaux en commun, on y fait des projets
(pêches au filet etc.), on y parle des cultures.
On est chez soi et on s’y sent à son aise. Très
peu de personnes dépassent les limites de la
paroisse, du district ou de l’île et c’est une
expédition d’aller “en ville”.
Le pasteur, sous des aspects modestes, est
cependant le centre de cette société. Il a
teurs de
parole.
conscience d’exercer un ministère sacerdotal
y jouant un rôle religieux
et aussi social.
Profondément
d’avoir reçu une fonction quasi sacrée.
Toujours digne et sage, il est très respecté. Sa
vie est simple et ne diffère en rien de celle de ses
paroissiens. Comme eux il cultive son champ,
il va à la pêche, il élève ses enfants, il conseille,
il accueille les voyageurs, il veille sur les
délaissés. On l’écoute, on le suit, on le regarde
comme un père.
souvent à des familles
ouvre.
et
Diacre protestant aux
Tuamotu. Les diacres et
les pasteurs, formés à
l’École pastorale et élus
par la communauté des
fidèles, sont les
hommes clés du district,
œspectés, d’autant
^’ils appartiennent;
d’anciens chefs, ils sont
les'^ldes de leur
corhmunauté.
La Bible est le seul et unique livre que l’on,
comme
des passages sont mémorisés
les Psaumes, les Évangiles, le Déca¬
Bien
logue etc. Ce livre offre un univers nouveau
dans lequel on se reconnaît vite et qui devient
familier. C’est comme une porte d’espoir sur
un monde plein de merveilleux et où les héros
sont
nombreux
monde
lecture
et
très
mythologique
de
la
Genèse
se
et
humains.
L’ancien
reconstitue à la
donne lieu à de
multiples commentaires ; le peuple d’Israël
devient présent comme un modèle dans le
cheminement vers un nouveau Canaan.
Les fêtes chrétiennes sont suivies avec
solennité. Certaines sont plus populaires
comme
la fête du Me où chacun apporte avec
grande spontanéité son offrande, chaque
année plus importante. Le don est libérateur,
signe d’une générosité parfaite et décon¬
tractée, dans l’intérêt du groupe, et pour la vie
de l’Église. Un autre temps fort est celui du
passage à l’année nouvelle, le 31 décembre.
Après toute une soirée de chants et d’exhor¬
tations, on écoute avec recueillement les
douze coups de l’horloge, on entre dans un
temps nouveau et l’on se félicite joyeusement
de parvenir à une nouvelle tranche de vie,
avant
de “passer un jour au-delà du
une
Jourdain”.
pourrait décrire longuement cette
religieuse où les habitudes
remplacent parfois la spontanéité et où une
certaine attitude légaliste estompe parfois la
sincérité. Pourtant, tout ce que l’on peut saisir
On
société
de ces manifestations confirme la solidité du
groupe, sa force, son unité. Un consensus
naturel donne une stabilité remarquable à
l’ensemble et permet à chacun de montrer une
liberté d’expression très humaine.
88
6 Les nouveaux venus
La société polynésienne
beaucoup
à souffrir de l’intrusion
Le
grand qu’elle eut
faillit
bien succomber
long dueuropéenne.
XIX® siècle, elle
choc fut si
: tout au
parut condamnée. Mais l’époque du Protectorat voit encore s’ajouter un danger
supplémentaire : l’immigration européenne, puis océanienne et chinoise, se
développe, menace de submerger les Polynésiens survivants, à peine estimés à dix
mille pour les îles du Vent.
Jusqu’à cette date, aucune communauté européenne ne s’est établie en Polynésie
orientale. Certes, le nombre des navires, commerçants ou baleiniers, va augmentant.
Découverte la première, habituée depuis longtemps au troc, Tahiti, dont les habitantes
répondent aux canons européens de la beauté, a établi, tout au long de la première
moitié du XIX® siècle, des relations constantes et profondes avec les Européens. Le
taux de métissage est, dès cette époque, important.
Mais le rôle économique dévolu aux archipels du Pacifique (fournir un
ravitaillement aux navires et aux comptoirs européens) ne nécessite pas l’implantation
de blancs dans les îles. Celles-ci, par leur exiguïté et par la rareté des denrées qu’elles
offrent, ne permettent pas de faire fortune... Tahiti ne demeure donc qu’une eScale...
ou un refuge pour une population européenne
peu recommandable.
Rappelons surtout que Tahiti, comme les archipels, guidés en cela par les
missionnaires, tant protestants que catholiques (Gambier), sut également se défendre
contre l’intrusion des blancs. La loi du 1er mars 1835 interdit qu“‘aucun Étranger se
marie sous aucun prétexte, en O-Taïti”. Les lois de 1838 empêchent de leur côté tout
étranger d’acquérir des terres. Dans de telles conditions, aucun établissement sérieux
ne pouvait se développer.
Le Protectorat rompt, et de façon définitive, l’équilibre établi : son instauration
déclenche l’immigration française, tandis que l’enjeu économique devient tout autre.
Centre de productions agricoles tropicales, la Polynésie réclame des bras : le
Pacifique et la Chine sont priés de lui en fournir !
Les popa^a :
fonctionnaires français s’installent aux îles du
Vent. Les
rimmigration
est
En l’absence de recensements crédibles, il
bien
difficile
de
connaître
le
nombre
d’Européens installés à Tahiti, avant 1842. La
communauté française, s’il faut en croire la
reine Pômare Vahiné IV elle-même, compren¬
vingtaine de personnes, y
compris les capitaines de goélettes, résidant
drait
alors
une
peu souvent dans l’île. La situation
évolue, bien sûr, à partir de 1844, date à
laquelle pas moins de 2 000 marins, soldats et
assez
Français deviennent dès lors une
composante importante de la population de la
Polynésie, et constituent, phénomène
première communauté euro¬
péenne, loin devant les Anglais et les très rares
Allemands et Nordiques.
nouveau,
la
Mais soldats et fonctionnaires
ne
sont
pas des colons, loin s’en faut, et ceux-ci
demeurent fort peu nombreux : en 1865 ils ne
que 313 Français recensés pour 347
“autres Européens”. A cette date pourtant, ces
sont
française et angloapparaissent stables et définitive¬
ment ancrées en Polynésie.
deux
communautés,
saxonne,
Les colons militaires français
C’est en 1845 que la première tentative de
colonisation française est réellement tentée,
grâce à l’action du premier gouverneur, le
capitaine de vaisseau Bruat. A tout jeune
soldat qui le désire, l’administration coloniale
offre deux pioches, trois pelles, une hache,
trois années de vivres fournis par l’armée et
une
terre
concédée
gratuitement pour trois
ans, au bout desquels elle est vendue au colon
à un prix modique.
Ce. n’est cependant qu’en 1846, c’est-àdire en pleine guerre franco-tahitienne, que les
neuf premiers volontaires se font connaître.
L’arrêt des hostilités permettant une démobi¬
lisation plus grande, 95 autres candidats sont
retenus : à l’exception d’une dizaine s’instal¬
lant
aux
aux Marquises, tous les autres résident
îles du Vent. L’affaire est d’importance,
puisque, à l’époque, Tahiti ne compte que 515
“Européens”.
L’entreprise va rapidement tourner à
l’échec pour le plus grand nombre : Bruat
parti, l’administration n’apporte aucune aide
aux colons-militaires, allant même
jusqu’à
supprimer les rations. Mal préparés, ne con¬
naissant rien à l’agriculture tropicale, les
anciens soldats doivent défricher, planter,
protéger les récoltes du bétail errant si
nombreux, ainsi que des rats qui pullulent, et
dégager un surplus en moins de trois ans afin
de rembourser leur terre. Comment dès lors
s’étonner d’en voir un nombre grandissant
abandonner les cultures en cours pour gagner
Papeete
?
Peu
de
candidats
nouveaux
viennent combler les défaillances : 17 volon¬
taires dans les années 185.0. 11 est vrai que la
garnison militaire est tombée à 200 hommes à
cette époque. Le projet est donc condamné à
long terme, quand de plus, la nouvelle de la
ruée vers l’or en Californie, en 1849, entraîne
le départ de nombreux colons militaires vers
San Francisco.
L'Immigration française
dans les Établissements
français d’Océanie reste
faible au XIX' siècle. Peu
de colons tenfent
l'aventure au départ de
la Métropole. La plupart
d'entre eux, issus de
l'armée et de la marine,
ont effectué à Tahiti
plusieurs années de
service et décident de s’y
établir. Ils sont
généralement de milieux
sociaux modestes et Ils
ont rarement les moyens
de s'installer comme
planteur ou
commerçant.
89
LA FRANCE EN
POLYNÉSIE
Cette
tentative a pourtant des
répercussions importantes, dans la mesure où
une bonne cinquantaine de colons militaires
demeurent sur place : ce sont eux que l’on
retrouve lors du recensement de 1863. A cette
date, qui est une période charnière dans la
où
décollage économique de la
colonie s’effectue, 41 Français sont installés
dans le Territoire depuis plus de 15 ans, 85
totalisent une présence de plus de dix années.
C’est donc un noyau d’une grande stabilité qui
s’est ainsi constitué. Ces “vétérans”, ayant
acquis une bonne connaissance de Tahiti,
mesure
vont
le
former le
creuset
française de Polynésie.
de la communauté
Les colons étrangers
Cette communauté forte de 160 hommes et de
50 femmes est, toujours en 1863, inférieure en
nombre à celle des étrangers composée de 166
hommes pour 65 femmes. 11 s’agit surtout de
colons anglais, installés à Tahiti et dans les îles
depuis de très longues années, regroupés
autour des pasteurs de la London Missionary
Society ou bien d’une loge maçonnique très
active. Plus que les Français, ils sont mariés à
des compatriotes et mènent une vie plus
“sereine”. Cependant un nombre important
d’entre eux a épousé des autochtones : “mais
des bovins.
Cette communauté
une
suprématie économique évidente. Très liés les
uns aux autres, surtout par des mariages à la
seconde génération (d’autant que le taux de
natalité est très élevé : les Bambridge eurent 22
Alexander Salmon, qui débarque à Tahiti en
lement, résiste mal au boom économique des
années 70. Leur suprématie économique est
qu’ils sacrifièrent les préjugés de leur milieu et
de leur époque, et non point à la femme de
Polynésie en général”.
Le
premier à franchir le pas est
1841 et épouse l’année suivante la princesse
Arii Oehau, petite-fille du grand chef Tati
(tandis que son ami, le capitaine Dunnett,
épouse Tai Metua). Grâce à sa femme, il
acquiert de grandes propriétés sur lesquelles il
développe des cultures d’exportation ainsi que
l’élevage porcin et bovin. Son gendre, John
Brander, disposant de capitaux, devait
encore, par le biais du commerce, développer
cette fortune familiale, qui faisait des SalmonBrander la plus importante famille de Tahiti.
Car, à l’opposé des colons français, les Anglais
disposent de capitaux, mais aussi d’une
instruction et d’un goût du risque qui font
cruellement défaut aux premiers. Alors que
les Français vivent à 90% à Tahiti, on trouve
des colons anglais aux Marquises, comme
John Flart qui, sur 800 hectares, plante du
coton ; W.C. Hamblin
développe le café à
Vairao, J. Nagle épouse Manutahi a Tianoa à
Bora Bora et met en valeur les terres de sa
femme avant de gagner Rurutu. A. Hort
plante à Moorea de la canne à sucre et élève
La maison des Brander,
à Fautaua, en 1877.
Cette luxueuse
propriété est le signe
enfants), la société anglo-saxonne, paradoxa¬
ébranlée par les grandes sociétés capitalistes
de San Francisco ou de Sydney, et surtout par
les très puissantes compagnies allemandes de
Brême et de Hambourg. A Tahiti, s’installent
alors les représentants de ces grandes firmes,
Godeffroy et surtout les
Coppenrath qui viennent, en 1877, reprendre
la maison Brander pour le compte de la
les Schlubach, les
Société commerciale de l’Océanie. Là encore
des liens matrimoniaux se tissent ; aussi, en
dépit de la perte de l’indépendance de leur
maison commerciale, peu de bouleversements
sociaux apparaissent. Plus que jamais même,
la communauté étrangère paraît profondé¬
ment
mique de Tahiti. On assiste tout d’abord à un
accroissement général du nombre des colons.
De 1863 à 1874, il n’arrive guère plus de 20
colons
français chaque année dans le
Protectorat.
à la mesure de la
Polynésie. Détail d'un
tableau de
C.F. Gordon
en
1875, le chiffre
1 377, dont 846 Français. Mais une fois encore
ne
dynastie financière
Pourtant,
total des popa’a est de I 040 et atteint en 1878
puissante famille. Ayant
épousé une fille
une
Anglo-Saxons ne furent pas les seuls à
subir le contrecoup du développement écono¬
les
d’Alexander Salmon,
John Brander fera du
clan Salmon-Brander
soudée.
Les grandes vagues migratoires
Les
extérieur du degré de
fortune auquel est
parvenue cette
statistiques de l’époque sont sujettes à
caution. En reprenant les listes électorales, on
trouve en fait que 300 Français nés en
Métropole pour les années 80, chiffre qui
passe à plus de 400 pour les années 90 et frôle
les 500 au début du XX'= siècle. 11 faut bien
attendre les années 1900 pour voir un afflux
Cumming.
Alexander Salmon
(1821-1866), d'origine
anglo-saxonne,
symbolise bien le
parcours social
accompli par certains
colons anglais ou
américains. Installés en
Polynésie avant le
protectorat français, ceS
90
exerce
c’est à l’aristocratie tahitienne et à elle seule
hommes, munis de
quelques capitaux, ont
su s’allier à l’aristocratie
tahitienne par des
mariages. Leur savoir-
faire, leurs relations
commerciales et les
terres dont disposent
leurs épouses leur
permettent de réussir.
LES NOUVEAUX VENUS
d’Européens vraiment digne de ce nom : le
recensement de 1911 donne 2 656 Français (y
compris femmes et enfants) et 965 “autres
Européens”.
S’il
est
assez
difficile
de
l’origine des colons étrangers,
connaître
discerne
mieux par contre celle des Français. A plus de
on
60%, l’armée, la Marine et l’administration
coloniale continuent de fournir l’essentiel des
effectifs. Mais en 20 ans, de 1887 à 1907, la
garnison de 341 hommes est totalement
supprimée tandis que les équipages de la flotte
passent de 1 272 hommes à 95 ! 11 existe donc
des flux migratoires. En premier lieu viennent
les Etats-Unis d’Amérique où rien qu’en
Californie, 30000 Français résident. A mesure
que le souvenir de la ruée vers l’or s’estompe,
devant les vexations et taxes dont font làbas l’objet les étrangers, nombreux sont les
et
Français qui tentent de gagner de nouveaux
horizons : Tahiti reçoit ainsi un lot important
de nouveaux venus, qui ont en commun... de
n’avoir pas fait fortune ! Les indigents sont à
ce point nombreux que l’administration locale
prend des mesures draconiennes pour en
limiter le nombre. Quelques dizaines de
colons
arrivent
de
Nouvelle-Calédonie
également : la grande insurrection canaque de
La Marine à Tahiti. A la
fin des années 1880,
la garnison militaire
de Papeete est
pratiquement
supprimée, mais la
division navale est
maintenue et c’est
parmi les équipages des
navires de guerre que
l’on recrute encore
quelques colons. En
1907, il ne reste plus que
1877 provoque de nombreux départs, aussi
bien d’anciens bagnards que de colons libres.
Quelques femmes françaises, si rares encore à
Tahiti en cette fin du XIX' siècle, débarquent
aussi de Nouméa.
En fait... bien peu de monde. Surtout, les
disposent ni de qualifi¬
cation ni de capitaux. De France surtout,
l’immigration est quasi inexistante. Aussi en
nouveaux
venus
ne
1888, avec l’aide de la Société française de
Colonisation, le Conseil général tente
d’organiser une immigration directe : l’échec
est si retentissant qu’il tourne au scandale.
Pourquoi l’échec
de l’immigration ?
français d’Océanie”), et
les arrivants espèrent le
plus : des terres. Dans les dizaines de lettres
envoyées par le gouverneur, revient comme un
leitmotiv : “l’administration ne possède pas de
Etablissements
surtout pas ce que
les terres appartiennent aux
Indigènes”. Il n’y aura pas de concessions à
attendre : le refus de déposséder le Polynésien
de
sa
terre
(pourtant bien souvent
complètement en friche du fait de la chute
démographique), pratique au demeurant
utilisée en Afrique (et en Nouvelle-Calédo¬
nie !) fut le frein majeur à l’immigration
française dans les E.F.O. Tahiti ne devint pas
une colonie de peuplement.
11 n’empêche : à la veille de la Première
domaine,
Guerre
Tahiti, en dépit de son image de marque en
France, n’attire au XIX' siècle que bien peu de
plusieurs causes assurément :
tout d’abord
un
éloignement tel que la
longueur et le coût du voyage découragent le
plus grand nombre. Toutes sortes de for¬
malités particulièrement tracassières atten¬
dent les candidats, à Papeete. Elles sont le
fait d’une administrauon qui n’a rien à
proposer aux nouveaux colons (en dépit du
“Guide de l’immigrant français dans les
colons. A ceci
mondiale,
habitants
en
sur un
total de 31 447
Océanie française, 2 656 Fran¬
çais et 991 Européens constituent 11,5% de la
population totale. C’est assez pour qu’on s’y
intéresse.
colonie et c’est
désormais
l’administration qui
fournir^ les futurs
colons.
95 marins dans la
Gendarme à Bora Bora.
Les effectifs de
gendarmerie sont peu
élevés au XIX" siècle.
Les gendarmes ne sont
qu’une cinquantaine
entre 1880 et 1900, mais
Le village de SainteAmélie. A. Bruat fait faire
ce village, sur le modèle
de ceux bâtis au
Sénégal, pour y loger
les 63 ouvriers amenés
à Tahiti pour construire
le chef-lieu des E.F.O.,
Papeete. Peu de ces
ouvriers s’établiront par
la suite en Polynésie,
bien que la maind’œuvre qualifiée y soit
rare.
la rotation rapide fait
qu’un nombre
relativement important
de gendarmes est
amené à séjourner dans
la colonie. Symboles de
l’autorité française,
hommes d’action, ils ont
pour les habitants des
districts et des îles
lointaines un prestige
hors de proportion avec
leur fonction. Rien
d’étonnant alors à ce
que certains d’entre eux
demeurent sur place.
91
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
La société
européenne à la fin
du XIX^ siècle
ment urbaine que rencontrent les voyageurs
fortunés qui, dans les années 1900, visitent la
“Nouvelle Cythère”. Les souvenirs qu’ils nous
ont laissés des colons ne sont pas tendres pour
derniers. Immanquablement, ils nous sont
présentés sous “les traits d’anciens matelots
douteux, à la conscience élastique”, “pour la
plupart gens dont l’Europe ne veut pas”,
“aventuriers fuyant la justice de leurs pays
pour voler indignement les Indigènes”, bref
“la lie des populations européennes ou
civilisées”. On n’en finirait pas de citer de tels
propos : mais il est nécessaire de rapprocher
les témoignages des riches oisifs sillonnant les
ces
du
Sud
dans
les
années
1900, des
documents officiels dont nous disposons.
L’origine sociale des colons
La
française de Papeete nous est
grâce aux fiches de Police du
colonie
familière
commissariat de la ville. 11 faut bien recon¬
les immigrants sont rarement à
l’image d’un Eugène Laguesse qui, grâce à ses
capitaux, peut créer “A la ville de Dijon”.
naître que
Issus comme nous l’avons vu essentiellement
de l’armée, démobilisés à Tahiti, l’essentiel des
colons sont des hommes jeunes, ayant pour
tout bagage une dizaine d’années au moins de
service. A cette époque, le tirage au sort
existait toujours, envoyant les moins fortunés,
les moins instruits au service militaire.
Absence de qualification donc, mais aussi tout
simplement de l’instruction la plus
élémentaire : les analphabètes ne sont pas
rares. Les ex-soldats ou marins ont de solides
inclinations pour les boissons fortes. L’al¬
coolisme fait des ravages sur des organismes
que
le climat, la mauvaise alimentation, les
maladies ont déjà bien affaiblis. L’alcool est
responsable de maintes échauffourées :
bagarres, insultes, ivresse sur la voie publique
valent de nombreuses condamnations à ces
hommes emportés et frustes, surtout s’ils
fréquentent les quartiers du port où les rixes
avec les marins en bordée dégénèrent parfois.
Un tiers des colons, dans les années 1880-90
font l’objet d’au moins une condamnation.
Mais les crimes réels sont rares. En fait cette
société, haute en couleurs, récuse les pesants
règlements de l’administration coloniale qui
n’est pas tendre pour les turbulents colons.
C’est une société agitée donc, plus qu’un
ramassis de bons à rien, ce sont de pauvres
bougres plus que des malfaiteurs, et qui ont
Intérieur du Marché
colonial. Cette société
de commerce française
s’impianta dans ies
E.F.O. au début du
XX® siècie. Ce fut l’une
des très rares maisons
métropolitaines à
les
sociétés étrangères à
Tahiti.
concurrencer
92
ils ont plutôt échoué. Or la vie y est terrible¬
chère, aussi le Tahiti des Français en
1900, est-il le monde des “Petits Blancs” et non
ment
de riches planteurs dominateurs tels
qu’on les imagine parfois. Plus de 10% des
colons français vivent au seuil de l’indigence
celui
Si 90% des Français des E.F.O. vivent à
Tahiti, 90% de ceux-ci sont concentrés à
Papeete. C’est donc une société essentielle¬
mers
bien du mal à tirer leur épingle du jeu, dans
colonie qu’ils n’ont pas choisie mais où
cette
en
eette
fin
du
XlX'-‘
siècle.
Toute
une
catégorie de pauvres diables végète difficile¬
ment.
peine,
L’on
se
loue alors comme homme de
journalier ou tout simplement
domestique. Il existe ainsi un prolétariat
agricole européen chargé de mettre en valeur
les propriétés qu’acquiert la bourgeoisie
marchande de
Papeete. L’administration
propose quant à elle aux plus vieux, aux plus
démunis, quelques postes de gardiennage, à
LES NOUVEAUX VENUS
l’hôpital, devant les entrepôts, dans les
phares... qui permettent tout juste de survivre.
Cette frange de la population paie un
lourd tribut en vies humaines : d’une manière
générale,
le
de
taux
mortalité
dans
la
communauté européenne est particulièrement
élevé, dans la
mesure où la plupart des
immigrants sont des hommes jeunes. Ainsi,
pour les seuls Français, de 1869 à 1884, on
obtient une moyenne annuelle de 41,6 décès
pour
1 500 personnes. En ajoutant les 500
fonctionnaires de passage, le taux de mortalité
descend à 20,5 pour
1 000.
11 faut aussi compter avec une catégorie
d’individus dont on perd la trace : ceux que le
commissaire
police, non sans mépris,
nomme “les encanaqués”, “ceux qui mènent la
vie des Indigènes, parmi lesquels ils vivent”.
Ces hommes, que ni l’instruction ni les
revenus ne séparent beaucoup des Polyné¬
de
siens, sont installés dans les districts de Tahiti,
archipels. Ils sont
davantage anglo-saxons que français. On
trouve aussi parmi eux beaucoup de “Demis”
de la première génération, qui ont épousé des
femmes polynésiennes.
et
surtout
dans
les
Une élite restreinte
Ainsi donc, à côté des grandes familles anglotahitiennes, des marginaux, des déclassés
tentent de subsister,
non
sans
mal. On
remarquera toutefois qu’on est loin des
malfrats en puissance, maintes fois dénoncés :
il n’existe pas plus de criminels que de
milliardaires dans la petite colonie. L’élite
française, qui côtoie la “bonne société anglotahitienne” sans vraiment la pénétrer, se limite
à quelques officiers de marine en retraite, à des
“avocats-défenseurs”, non diplômés tels
Langomazino et A. Goupil (lié à la famille
Gibson), voire M. Bonnet. A une assez
rernarquable aisance, la majorité de ces
familles ajoute un niveau intellectuel assez
élevé, qui lui permet d’occuper les postes, le
plus souvent honorifiques, que l’administra¬
J.
tion coloniale veut bien lui allouer.
En fait ni l’un ni l’autre de ces deux
groupes n’est réellement représentatif des
colons européens vivant dans les E.F.Oj En
cette
une
fin de siècle, se constitue à Tahiti toute
bourgeoisie moyenne, qui prouve que la
colonie offre des chances réelles de promotion
sociale. C’est ainsi que les listes électorales,
dès 1881 et 1884, font apparaître plus d’une
soixantaine de “propriétaires”. Tel est bien, à
la fin du XIX'^ siècle, le comble de l’honorabi¬
lité pour tout Français. Rares sont d’ailleurs
parmi eux les authentiques planteurs : en fait,
il s’agit de placer le petit capital amassé au
cours d’une vie de
labeur, dans la terre, valeur
symbole d’ascension sociale.
Outre ce titre de propriétaire, les colons
français peuvent se prévaloir d’un siège à la
sûre et surtout
Chambre du Commerce ou de l’Agriculture,
voire même, mais c’est plus rare, au Conseil
général : c’est le cas d’hommes comme J. Rey,
E. Liais, C. Seguin et surtout P. Malardé,
Un colon et son
la consécration d’un
“épouse” tahitienne.
Souvent analphabètes,
dépourvus de fortune,
communauté de leur accession à la notabilité
salaire, les “petits
blancs” composaient la
ancien colon
pour
travail
ces
militaire.
hommes,
acharné,
la
Ces élections sont,
reconnaissance par la
respectabilité. Quelles voies ont-ils
empruntées ? Le commerce, l’artisanat, la
et
à la
terre.
vivant de leur médiocre
majorité des Européens
à Tahiti, et plus encore
que des couples pluri¬
ethniques se
constituent. Ils étaient
toutefois peu nombreux,
tant les préjugés
sociaux, et non pas
raciaux, restaient vifs.
dans les îles. Rien
d'étonnant dès lors à ce
Page de gauche,
en
haut :
François Renvoyé
(1825-1912) et sa
nombreuse
descendance. Débarqué
sans un sou, il est tout
d'abord l'employé du
commerçant-planteur
A. Mort. A la fois
restaurateur et boucher,
F. Renvoyé investit ses
bénéfices dans l’achat
d'une propriété. C’est là
la démarche classique
des dizaines de petits
colons français qui
s’installent dans la
colonie dans la seconde
moitié du XIX® siècle.
Le Cercle colonial, tout
le Cercle
comme
Bougainville, est le lieu
de rendez-vous
obligatoire de l’élite
européenne de la
colonie. Ces cercles
sont assidûment
fréquentés.
Bibliothèques (on y
trouve les derniers
journaux
vieux de
quelques mois) et salles
de jeux (avec les parties
de domino), c’est
également là qu’on
prend le sacro-saint
apéritif, la célèbre
...
absinthe.
93
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
Les activités
professionnelles
Les colons européens qui s’établissent en
Polynésie orientale en cette fin du XIX'siècle,
débarquent sans le sou et sans la moindre
instruction : c’est là une caractéristique de
l’ensemble de l’émigration européenne de
l’époque : “l’immense masse des migrants est
allée chercher la fortune, ou, plus simplement,
le pain quotidien”. Une colonie est tout
d’abord un moyen d’améliorer le sort matériel
des
nombreux démunis de la métropole,
comme le proclament alors les chantres de la
colonisation et de l’expansion européenne à
tout
crin. Cela fut-il le cas dans les Etablis¬
français d’Océanie ? On peut
répondre sans hésitation que les E.F.O.
offrirent de réelles chances de promotion
sements
sociale que nombre de colons n’auraient sans
doute pas connues en Europe.
profits fabuleux que l’on escomptait ne sont
pas au rendez-vous. Les Polynésiens, plus au
courant des prix qu’on ne le dit souvent,
savent bien jouer de la concurrence : or, et
avant les colporteurs chinois, ce sont des
dizaines de goélettes qui sollicitent leurs
récoltes. Surtout, il faut lutter avec les grandes
sociétés commerciales établies à Papeete, qui
disposent de comptoirs dans chaque archipel,
achetant les récoltes longtemps à l’avance,
servant
également de banques aux
particuliers. Aussi, si les candidats sont
nombreux, il y a fort peu d’élus : pas moins de
31 maisons de commerce tentent de se créer de
1883 à 1910. Deux ou trois années suffisent en
principe à décourager les plus entreprenants.
Une petite dizaine de négociants de première
ou
deuxième classe contrôle en fait tout le
de la colonie. Parmi eux, il faut
commerce
signaler les cas de Louis Martin et de Victor
Raoulx qui perpétuent la légende des anciens
Les artisans
Comme dans tout pays neuf, la main-d’œuvre
qualifiée est rare en Polynésie : les ouvriers de
la Marine, qu’ils soient charrons, cordonniers,
ébénistes, voiliers, ferblantiers, n’eurent
aucune peine à trouver du travail à
Papeete :
ils n’eurent à redouter que la concurrence de
charpentiers Scandinaves ou de mécaniciens
américains. Tout homme habile de ses mains,
entreprenant, a tôt fait de disposer de son
atelier au chef-lieu. Vingt-cinq
“entrepreneurs” paient patente en 1880 : ils
sont 54 en 1887, année à partir de laquelle, en
raison de la crise économique, le chiffre
retombe
à
une
quarantaine, pour s’y
maintenir jusqu’en 1914. Mais le terme
entrepreneur recouvre des réalités bien
différentes. A. Petersen, naturalisé français, se
propre
vante d’avoir construit
tailles
300 bateaux de toutes
emploie 17 ouvriers
spécialisés dont 16 Français. Mais c’est peu de
choses si on le compare à A.M. Poroi, dont les
différents ateliers de menuiserie, de forge, de
charbonnerie et d’ébénisterie comptent des
dizaines d’ouvriers, sans parler du service de
diligences qui dessert les districts. Une telle
réussite
:
son
chantier
est
rare
bien
sûr.
Ces
ouvriers
qualifiés ont cependant une vie assez aisée :
leurs salaires sont près de quatre fois supé¬
rieurs à ceux des salariés agricoles européens !
Les bénéfices réalisés sont le plus souvent
investis dans le commerce, avec lequel la
plupart des artisans ont des liens assez étroits.
Les commerçants
A
défaut de
qualification manuelle, de la
chance et de l’audace doivent suffire, pense-ton, à faire fortune lorsqu’on est prêt à
s’aventurer, sur une mauvaise petite goélette,
jusqu’aux Tuamotu de l’est : plus de 200
Européens paient patente en 1914 pour être
“capitaines de navires faisant le commerce à
bord sans magasin”. ' Embarquant tous les
produits manufacturés depuis longtemps
nécessaires aux Polynésiens ainsi que des
vivres, “les aventuriers des mers” sillonnent les
îles à la recherche des perles, de la nacre et du
coprah. Mais il faut bien vite déchanter ! Les
94
“A la ville de Dijon”,
magasin de
marchandises générales
tenu par
Eugène Laguesse
(1863-1922). Arrivé à
Papeete en 1899, celuici, contrairement à la
majorité des colons
français, dispose d’un
bon degré d'instruction
et d’une certaine fortune
(son père était banquier)
et fait de son
entreprise commerciale
un succès. La plupart
de ses concitoyens qui
“ouvrirent boutique’’ se
ruinèrent, faute de
ressources suffisantes.
matelots devenus richissimes... à l’échelle de
la colonie. Sans capitaux et sans relations, les
Français, mais aussi
peu
à peu les Anglo-
Saxons de la colonie, voient le commerce leur
échapper au profit de sociétés allemandes,
américaines ou néo-zélandaises.
Reste alors la boutique : les Français ont
tôt fait de se lancer dans le petit commerce. 11 y
d’une part les magasins de luxe de Papeete,
spécialisés dans les articles bien français : vins
et alcools fins, lingerie féminine, chaussures...
Mais, outre que la demande n’est pas très
forte, de telles boutiques demeurent à la merci
des crises qui secouent durement Tahiti. Ce
sont donc plutôt les épiceries traditionnelles
a
lesquelles on se tourne, comprenant le
plus souvent une boulangerie (les Lehartel de
Papara), mais aussi un débit de boissons. Être
débitant est le rêve de tout Français à l’épo¬
vers
que : il est vrai que cette profession permet un
enrichissement rapide. Les bouchers ont
LES NOUVEAUX VENUS
tendance
à
tenir
parallèlement
un
petit
restaurant, autre “spécialité” française.
Les solutions ne manquent donc pas :
cette
bourgeoisie naissante est cependant
confrontée à un problème majeur qui est de
savoir où placer les gains acquis. Les banques
n’existent pas dans la colonie.
La terre va se
placement le plus sûr d’autant
qu’elle procure, comme nous l’avons signalé,
révéler
le
l’honorabilité si recherchée.
Les planteurs
Rares sont les colons qui n’entretiennent pas
rapport quelconque avec la terre en cette
avons pourtant souligné
l’échec des colons militaires et les difficultés
un
fin de siècle. Nous
pour obtenir des terres en Polynésie. En 1865,
Tahiti ne compte encore que 84 planteurs.
Mais les dernières années du Protectorat sont
marquées
par
l’introduction du Code civil
dans les
E.F.O., rendant plus aisé l’achat de
terres aux
familles
Polynésiens. De plus, de grandes
“demies”,
comme
les Salmon,
se
voient contraintes de céder d’anciennes terres
d’apanage, par exemple Opunohu, à Moorea.
Le mariage, ou plus exactement le concubi¬
nage avec des femmes polynésiennes, permet
également l’accès à la propriété foncière, non
sans quelques tromperies manifestes parfois.
Encore une fois, ce sont les AngloSaxons qui, les premiers, parviennent à
constituer
de
beaux
domaines
:
J.
Hart
possède quelque 800 hectares aux Marquises
(1867). A. Gibson, important négociant de
Papeete, se fait construire une belle maison de
20 000 francs à Papara, sur des terres qui
nécessitent l’emploi permanent de 15 travail¬
leurs.
C’est également parmi les Anglo-Saxons
qu’il faut chercher les principaux usiniers des
années
1860.
T.S.
Adams, A. Young ou
Johnston ne se contentent pas de cultiver la
à sucre : ils possèdent également
raffineries et distilleries. C’est le cas cependant
canne
Pater, mais aussi de J. Carron, de J. La
Bruyère, de J. Atger qui parviennent par ce
biais à une remarquable aisance, rares
Français à se distinguer.
de J.
Mais la culture de la
canne
à sucre
ne
s’implante pas durablement ; ces colons sont
rares. La majorité des Européens ne s’intéres¬
sent à l’agriculture que lors de courtes fièvres
spéculatives : des profits rapides sont seuls
recherchés. Aucune authentique classe de
planteurs ne se forme à Tahiti.
Ces
propriétaires non résidents,
possédant d’autres sources de revenus,
emploient, pour mettre en valeur leurs
domaines,
contremaîtres
et
journaliers
européens qui ne suffisent pas à la tâche dans
les années 60-70 : le problème de la maind’œuvre se pose avec acuité.
Victor Raoulx
(1842-1914). Cet ancien
matelot symbolise la
réussite sociale que
Tahiti était en mesure
d'offrir aux immigrants.
Sa position de notable
(son négoce est
important) lui permet de
faire élire à toutes les
fonctions honorifiques
se
qu'offre la colonie.
Allié à F. Cardella, il
anime le "Parti français",
par opposition au "Parti
dit protestant" mené par
le pasteur C. Viénot.
A droite :
F. Hervé, directeur du
Marché colonial,
photographié dans son
bureau. Cet ancien
capitaine au long cours
(1875-1939) commande
le Saint Michei,
navire
de la compagnie du
Marché colonial, puis
est nommé directeur des
magasins. Président de
la Chambre
d'Agriculture, il joue un
rôle politique notable
comme adjoint au maire
de Papeete.
Les entrepôts Brander.
J. Brander sait concilier
à la fois les rôles de
négociant et de
planteur. Nommé à juste
titre le "roi des îles", il
est le plus grand
armateur et monopolise
les liaisons maritimes
aussi bien avec les
archipels qu'avec
San Francisco; il est
propriétaire de trois
maisons et de six
bâtiments d'exploitation
agricole. Ce sont ses
entrepôts (les plus
vastes) que l'on
découvre en premier en
arrivant à Papeete et qui
voient défiler chaque
jour planteurs et
industriels, négociants
et fonctionnaires. On y
signe des contrats, on y
sollicite des emprunts.
Jusque dans les années
1870, c'est un des hautslieux de Papeete.
95
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
La main-d’œuvre
océanienne : la traite
dans le Pacifique
Tous les archipels qui se lancent dans les
cultures
années
tropicales d’exportation,
1860-1870,
connaissent
vers les
de graves
problèmes de main-d’œuvre du fait de la crise
démographique polynésienne. Les premières,
Hawaii et Fidji se lancent dans le recrutement
de travailleurs, puisés dans toute l’Océanie.
L’administration coloniale de Tahiti, à la
demande des colons et surtout du principal
d’entre eux, W. Stewart, qui crée alors la plan¬
tation d’Atimaono, décide, par l’arrêté du 9
juin 1862, la venue “d’engagés océaniens”.
C’est s’aventurer là dans une voie bien déli¬
cate !
partir des années 1860 en effet, de
négriers sillonnent le Pacifique,
considérant la Polynésie orientale comme un
A
véritables
immense
réservoir
de
main-d’œuvre.
En
pour l’obtention de main-d’œuvre
indigène”. Une prime de 20 dollars, dans les
années 70, est offerte pour chaque engagé. La
concurrence se fait de plus en plus forte : il faut
Marquises. 11 faut noter cependant que l’île de
la Réunion se livre à cette même époque à un
deviennent très douteuses dans la
aboutit à de graves épidémies, surtout aux
d’Océaniens
(îles Salomon et
Polynésie), alors que “ces hommes regrettent
leur pays natal et ne peuvent résister aux
atteintes de la nostalgie qui a déjà causé parmi
recrutement
eux
d’assez nombreux décès”.
Dès 1864-65, les premiers contingents de
débarquent à Tahiti : ils sont
originaires de Penrhyn (98 personnes) puis des
îles
Cook
(96 hommes d’Atiu). Le
développement de la culture du coton est tel
que colons et administration deviennent peu
regardants quant au recrutement. Aucune
question n’est posée par le planteur : peu lui
importe la façon dont sont arrivés les travail¬
travailleurs
leurs, même si ensuite il les traite correcte¬
ment, à quelques rares exceptions. Les
respectés à la lettre : il est vrai
qu’il en coûtait en moyenne 755 francs par
“engagé” pour une période de trois ans, y
compris le voyage aller-retour, soit moins
d’un franc par jour, alors que les salaires
contrats sont
habituellement versés à Tahiti étaient alors de
l’ordre de 2,50 à 3,60 francs.
La
Polynésie
étant
vide,
exsangue
d’hommes, il faut aller de plus en plus loin,
notamment vers la
Le port de Papeete en
1877. C’est là que
convergent toutes les
ressources agricoles et
où se côtoient les
originaires de Atlu,
Penrhyn, des Gilbert et
des Nouvelles-Hébrides,
parler des
Européens et des
sans
Chinois. Détail d’un
tableau de
C.F. Gordon Cumming.
Des Marquisiens furent
victimes de la traite
péruvienne des années
1860, mais il est malaisé
de connaître leur
nombre. De source
confirmée, VEmpresa
parvint à enlever
27 habitants en 1862. La
France réagit vivement
et Callao les libéra en
1863 parmi 367
Polynésiens. Mais 335
devaient périr sur le
chemin du retour et les
96
quelques survivants,
porteurs de la variole,
déclenchèrent une
épidémie qui fit 1 500
victimes dans l'archipel
des Marquises.
I867, la Néreide ramène I52 Mélanésiens, le
Tampico 247 Arorai (îles Gilbert). Toute une
petite flottille est construite “presque exclusi¬
Amérique du Sud, essentiellement au Pérou,
un
authentique esclavage se développe :
Pascuans,
Paumotu,
Marquisiens sont
enlevés pour aller extraire le guano des îles
Chincha. En 1863, plus de 367 Polynésiens
travaillent à Callao. La France exige à cette
date le rapatriement des survivants, ce qui
lointaine Mélanésie :
en
vement
lutter avec des navires des Samoa, d’Hawaii,
des
Fidji.
Les
où le marché
c’est
le
se
drame
méthodes de recrutement
mesure
durcit. Le 17 juillet I869,
:
à bord de la goélette
LES NOUVEAUX VENUS
Moaroa, navire appartenant à W. Stewart,
300 Arorai se soulèvent et tuent le capitaine.
n’est maîtrisée qu’en jetant un
poudre au milieu des insurgés. Le
scandale est énorme, amplifié par la presse
La
révolte
baril de
américaine et australienne.
France,
La
davantage
et
Paris
que
Papeete, intervient alors pour vérifier chaque
opération de recrutement, sans cependant le
supprimer. Une commission d’inspection est
chargée de vérifier le navire au départ comme
à l’arrivée. Un agent d’immigration, nommé
par
chaque
Mesures qui restent aléatoires :
le
gouverneur,
accompagne
campagne.
lors d’un recrutement aux îles Gilbert, certains
complicité des interprètes,
parviennent à vendre des prisonniers de
guerre. Car c’est au chef que l’on remet en
principe l’argent et les marchandises
chefs,
avec
la
constituant les salaires des recrues, pour une
durée de trois années, soit un Joli pactole !
L’attrait du gain et la passivité des autorités
locales
entraînent
rioration
surtout
des
à
nouveau
conditions
de
une
dété¬
recrutement,
lorsque le gouverneur de Tahiti, de
d’immigrant”. Les conséquences ne tardent
pas : le 27 février 1873, la Lucy est accusée
d’avoir kidnappé 62 Vanuatu. En dépit de ce
nouveau scandale, des dizaines “d’engagés”
furent débarqués à Tahiti, à Moorea, aux
Marquises et même aux Tuamotu (pour des
récoltes de coprah). 11 faut attendre 1883 pour
que cette immigration soit réellement placée
sous la surveillance du Directeur de l’Intérieur
et que
l’arrêté du 2 mai fixe contrats et droits
des “engagés”. En fait la crise économique qui
sévit alors, liée à la chute des exportations de
coton, rend ces travailleurs bien moins néces¬
saires : en 1884, l’administration refuse toute
subvention et en 1888, la Gauloise rapatrie
111 Arorai dans leur île natale : ce sont les
derniers “engagés océaniens”.
pour
fournir
temporaires, à demeurer dans la colonie : en
1887 encore, le Conseil général offre 60 francs
aux 98 Arorai qui acceptent de s’installer à
Tahiti. Vanuatu et Gilbertins “s’établissent en
sur
des terrains qu’ils
prendre à bail et dont ils
deviennent propriétaires à force de travail”. A
Moorea, de nombreux Arorai s’établissent
comme pêcheurs.
grand
nombre
commencent
à
certain que l’intégration de ces
à la communauté polyné¬
sienne s’avéra assez lente dans la mesure où de
11
est
nouveaux
venus
nombreux
engagés vinrent accompagnés de
leur femme et de leurs enfants. A Atimaono,
Ainsi pendant plus de 20 ans, des
centaines d’hommes, mais aussi de femmes et
d’enfants sont déracinés de leurs
général et la Chambre d’Agriculencouragent ces immigrés, en principe
le Conseil
ture
archipels
à Tahiti la main-d’œuvre
nécessaire à son économie. Certes, les contrats
prévoient le rapatriement ... à condition que
“l’engagiste” ne fasse pas faillite (comme ce fut
le cas à Atimaono). De plus, l’administration.
chaque groupe océanien essaya de reconsti¬
tuer village et organisation sociale originels.
Mais en ce qui concerne les travailleurs venus
seuls et dispersés auprès des planteurs, cette
intégration, par le biais d’une union avec une
Polynésienne, fut beaucoup plus rapide : des
familles se souviennent parfois d’un ancêtre de
Niue, du Vanuatu ou des îles Gilbert.
Jouslard, propose en 1870 “de donner une
prime
aux
capitaines de navire
La main-d’œuvre
mélanésienne. Le
monde polynésien ayant
été terriblement éprouvé
par les crises
démographiques depuis
le XVIII' siècle, on se
tourna vers la Mélanésie
pour la main-d’œuvre
des plantations. Ainsi,
par des méthodes qui
s'apparentent à la traite
d'esclaves, les Samoa,
les Fidji, Hawaii et les
Queensland
s'emparèrent de 12 à
14 000 personnes des
Nouvelles-Hébrides et
moins 11 000 des
au
Salomon, en 1882. On
estime qu'en tout
quelque 150 000
Mélanésiens furent ainsi
enlevés de leurs îles
natales dont deux ou
trois cents pour être
envoyés à Tahiti.
par
tête
Ci-contre et en bas :
Les Gilbertins à Tahiti.
Les premiers Gilbertins
arrivent à Atimaono en
1867. Ils y élèvent ces
tare sur pilotis, si
caractéristiques. En
1881, 151 travaillent
dans les plantations des
E.F.O. et 298 sont
encore recrutés en 1885.
Si le gouvernement
français veille au
rapatriement de ces
engagés, la colonie les
encourage, par le
versement de primes, à
demeurer dans l'ïle. Ce
système obtient des
résultats : les Arorai
(du nom d'une des îles
Gilbert dont ils sont
originaires) sont une
centaine à se fixer aux
îles du Vent. Le
recrutement, maintes
fois dénoncé, ne sera
supprimé qu'en 1888.
97
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
Les premiers
travailleurs chinois
par privation d’opium”. On compte également
deux tués au cours de rixes : il s’avère en effet
L’immigration d’Océaniens, si impor¬
tante soit-elle, ne suffit pas à fournir la
précieuse main-d’œuvre que la culture du
coton, qui se généralise dans toutes les îles,
exige. Mais où trouver les travailleurs
nécessaires ? Le problème n’est pas propre à
Tahiti : l’exploitation européenne sur une
large échelle coïncide rarement avec une
population indigène abondante. L’abolition
de l’esclavage rend plus difficile encore les
opérations de recrutement. L’Asie apparaît
comme
le principal réservoir de maind’œuvre, d’autant qu’une convention entre la
France et l’Angleterre, en juillet 1861, permet
langue est insurmontable. W. Stewart
n’hésite pas à employer tous les moyens, à tel
point que le 19 mai 1869, Chim Soo est
guillotiné sur la plantation. Par contre il
échoue totalement lorsqu’il veut interdire le
jeu à Atimaono. Du moins parvient-il à
enrayer les suicides par pendaison pour ceux
qui se ruinent de cette façon.
“Terre Eugénie” n’est cependant pas un
bagne : on peut même y voir un théâtre, des
salles de jeu. On autorise chacun à posséder un
jardin particulier, à se livrer à des achats à
l’extérieur, ce qui permet à quelques
de
recruter
Inde
en
:
solution
cette
bien difficile de contrôler ces 900 hommes, qui
forment bloc face aux Européens et se
donnent leurs propres cadres. Le problème de
est
envisagée pour Tahiti, car elle a l’avantage
d’être déjà pratiquée aux Fidji. Le refus
anglais met fin au projet. La Flollande
n’accepte pas, de son côté, de céder des tra¬
vailleurs javanais, comme il le lui est
demandé.
Toutes
les
élaborée.
Le recrutement des Hakkas
et des Puntis
Un marché est devenu accessible, à partir de
1842 et avec la fin de la guerre de l’Opium :
celui de la Chine. Cet immense empire, ravagé
par
la révolte des T’ai-p’ing, s’enfonce alors
dans l’anarchie : nombreux sont ses habitants
qui vont chercher outre-mer une vie meilleure.
communautés florissantes
forment,
d’abord dans le Sud-Est asiatique, puis dans
l’océan Indien et autour du Pacifique. Les
premiers Chinois à débarquer à Tahiti sont
des émigrants en route vers la Californie : une
dizaine semble-t-il, qu’aucun recensement ne
Des
se
mentionne.
Ce n’est que le 22 juin
1864 que William
Stewart, de sa seule initiative, organise une
campagne de recrutement à Hong Kong. En
1865, trois navires - le prussien Ferdinand
Brumm,
le
tivement
337,
hambourgeois
Albertine
et
Chinois,
en
l’anglais Spay of Océan - conduisent respec¬
357
et
324
provenance du Kwantung, dans le sud-est de
la Chine. 11 s’agit de paysans hakkas et puntis
des alentours de Canton. Le prix du passage se
monte à 420 francs par
homme seulement : les
cependant énorme
W.
conditions de voyage sont particulièrement
pénibles : 25 Chinois manquent à l’appel à
l’arrivée
à
Tahiti.
L’investissement
est
:
Stewart
a
bien
l’intention de le rentabiliser. Huit heures par
jour, officiellement 26 jours par mois, à raison
de 4 piastres (soit 20 Fj la journée, plus 25 F de
nourriture, les Chinois défrichent, puis
plantent le coton. Divisés en équipes de 80 à 90
hommes, soumis à un contremaître européen,
le plus souvent ancien sous-officier de l’armée
anglaise, ainsi qu’à l’un de leurs congénères,
ces travailleurs asiatiques,
très sévèrement
encadrés, doivent livrer un énorme travail,
auquel tous ne résistent pas : 93 morts sont
comptabilisés les 3 premières années, dont “60
98
ne peut dès lors respecter ses engagements qui
prévoyaient le rapatriement des ouvriers
chinois.
la
audacieux d’ouvrir des “restaurants chinois”.
L’après-Atimaono
Lorsque “Terre Eugénie” “libère” ses travail¬
leurs, combien reste-il de Chinois à Tahiti ?
Les statistiques de l’époque, souvent sujettes à
caution, semblent dans le cas présent assez
fiables, tant ce groupe inquiète, surtout quand
il vient se fixer à Papeete et dans les environs.
Tout est fait cependant pour les retenir dans
l’île, où le besoin de main-d’œuvre est toujours
aussi pressant. 11 n’en reste guère plus de 500, y
travailleurs asiatiques “à se marier à la mode
compris les 35 qui demeurent aux Marquises.
Ils sont encore 477 en 1881, puis 439 en 1884 :
il est vrai que le taux de mortalité est élevé :
pas moins de 101 décès, rien qu’à Papeete,
déjà des familles se forment”.
vateurs,
Ces contacts avec l’extérieur se multiplient à
tel point que W. Stewart autorise, en 1868, ses
du pays, avec des Tahitiennes des environs :
Page de droite :
démarches officielles
tentées par l’administration coloniale
échouent donc, mais elles ont préparé le
terrain à une initiative privée, bien mieux
Tout cela ne dure pas puisque, en 1871, la
“Grande Plantation” glisse vers la faillite. Elle
1 OIStravallleurs chinois
sont aussi recrutés pour
L’île de Hong Kong,
passée sous contrôle de
la Grande-Bretagne en
1841, à la fin de la
première guerre de
i’opium, voit affluer de la
Chine continentale
méridionale des milliers
de jeunes Chinois fuyant
la misère des
Des
négociants tirent partie
de cette population
prête à tout et la propose
campagnes.
aux
colons ou
entrepreneurs du
monde entier.
J. Stewart, pour
apporter un remède au
manque de maind’œuvre disponible à
Tahiti, fera venir des
travailleurs chinois à
Atimaono.
la plantation
d’Atimaono. Confinés
dans les grands dortoirs
construits à leur
intention, on leur
interdit de quitter le
domaine. Au terme de
leurs cinq années de
travail, il est convenu
qu'ils seront rapatriés en
Chine. La faillite de la
plantation en 1871 en
décide autrement : si la
majorité de ces premiers
Chinois parviennent à
regagner leur pays,
quelques centaines se
fixent à Tahiti et aux
Marquises, surtout
comme
ouvriers
agricoles ou maraîchers.
Ce sont eux qu’on
commence
à voir à
Papeete proposer le
produit de leur travail.
entre
1871 et 1884, Cette année-là, 228 culti¬
jardiniers et journaliers sont réper¬
toriés, ce qui signifie que les Chinois assurent
bien leur rôle : alimenter le marché de Papeete
en produits maraîchers et fournir des bras aux
colons.
Pourtant, leur nombre
ne cesse
de
décroître : 371 en 1887, puis 322 en 1897. Ces
chiffres reflètent cependant mal la réalité : en
fait le premier noyau est fortement affaibli,
non seulement par une mortalité très lourde
mais aussi par des départs constants. Or, de
1887 à 1897, on compte 70 nouvelles arrivées.
Ce
n’est certes pas “l’invasion céleste”
dénoncée
avec
vigueur, mais l’aspect de la
communauté chinoise en sort profondément
modifié.
A
l’aube
du
XX*^
siècle, les engagés
chinois de 1865 sont, soit retournés en Chine,
leur vœu le plus cher, soit décédés, en raison
d’un taux de mortalité élevé, mais aussi de leur
âge. Ce premier groupe, composé
d’éléments très frustes, a laissé peu de traces.
grand
LES NOUVEAUX VENUS
d’autant que ceux qui demeurent dans la
colonie ont, et ce dès 1868, contracté des
unions avec des Polynésiennes et par ce biais,
parfaitement
intégrés à la communauté polynésienne. Le
plus souvent cultivateurs, ils vivent dans les
districts proches de Papeete, mais demeurent
isolés et ne constituent pas, à proprement
parler, une communauté chinoise.
Quelques dizaines de Chinois habitent,
dés les années 1870, à Papeete. Sans capitaux
autres que leurs économies, sans contacts avec
eux
et leur descendance se sont
l’extérieur, ils s’installent davantage comme
artisans
que
comme
commerçants.
Ils
colporteurs, qui
vont là où l’on ne va pas, d’une extrême
austérité, soutenus par une solidarité à toute
s’avèrent aussi d’excellents
épreuve. La place de Papeete les accueille
favorablement car, en 1884, on ne compte que
67 patentés chinois.
Mais ce noyau, fort modeste en nombre
comme
en
qualité, est renforcé par de
nouveaux arrivants, et ceci, avant 1907. On ne
sait rien de ces nouveaux venus. Tout semble
verneur
Gabrié, 15 février 1897). La valeur
des fonds locatifs est à cet égard instructive :
1904, 83 ChinoLs paient patente à Papeete
totalisent, pour leurs boutiques et leurs
ateliers, la somme de 100 730 F, Chin Foo
en
et
venant en tête avec un
fonds d’une valeur de
5 400 F. Les 43 patentés de Taravao n’attei¬
toutefois qu’ils ne viennent
de Chine mais des pays limitrophes
Pacifique qui se ferment peu à peu
aux Asiatiques. A peine une dizaine par an
gnent que 15 000 F. Ces commerçants chinois
“sont arrivés à se passer des commerçants
français. Ils ont leurs fabricants, leurs
intermédiaires chinois de San Francisco”,
justement que c’est dans les années
1890 que “les Chinois accaparent les belles
maisons de commerce de Papeete où leurs
frais peu élevés leur permettent de faire des
bénéfices relativement considérables” (gou¬
d’Administration.
laisser supposer
pas
du
choisissent Tahiti, avant 1897. On remarque
déclare
V.
Raoulx
en
1910,
au
Conseil
Ainsi, une communauté chinoise est en
train cette fois de se mettre en place, dès la fin
du X1X‘= siècle, d’un tout autre poids que celle
que représentaient les engagés de
1865.
99
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
L’élaboration d’une
communauté
chinoise
quelque temps le mouvement, qui
reprend de plus belle dès 1921, d’autant
qu’une ligne Hong Kong-Papeete a vu le jour
et que la plupart des pays du Pacifique ont
fermé leurs portes aux Asiatiques. 2 552
enraye
Chinois, dont 400 femmes, s’établissent dans
la colonie.
situation s’opère
donc dès la fin du XIX'= siècle : les engagés
Un
de
retournement
chinois, pauvres et analphabètes, laissent la
place à des hommes dynamiques, qui, comme
Chin Foo, sont issus d’un milieu privilégié. En
1898, le gouverneur Gallet écrit : “Les voiliers
de San
Francisco
ont
amené 31
nouveaux
Chinois qui sont venus grossir le nombre de
patentés à Papeete... Aucun des nouveaux
livre à l’agriculture, ni à l’exploi¬
tation d’un métier”. Il préconise d’imiter la
politique néo-zélandaise d’immigration qui,
depuis 1881, décide que chaque nouvel
arrivant doit verser 2 500 F : la population
chinoise dans ce pays est alors passée de 5 000
à 2 750 individus en 1906. Le Conseil général,
composé essentiellement de commerçants
français, vote en 1897 l’instauration d’une
taxe identique, puis en 1898, une autre taxe
pour les résidents chinois de Tahiti non agri¬
culteurs. Dans le même temps, les différents
journaux de l’île, le Messager de Tahiti, Le
Libéral, le Courrier de Tahiti, auxquels
vient se joindre bientôt Les Guêpes de
Gauguin, lancent une campagne extrêmement
virulente contre “l’invasion jaune”, déjà
amorcée, il est vrai, dans les autres pays du
Pacifique. Pourtant le Conseil d’Etat, saisi à la
demande de Maître Goupil, défenseur de la
communauté chinoise, rejette les décrets de
1898, ainsi que celui du 28 décembre 1908 qui,
selon le vœu de la Chambre de Commerce,
instituait une taxe annuelle de séjour pour les
Chinois autres qu’agriculteurs. Le gouverne¬
ment français ne suit donc pas la colonie,
d’autant que ses représentants sont rarement
d’accord quant à la politique à mener à ce
sujet. Ainsi le gouverneur Cor écrit en 1911
encore, que “dans un pays où le commerce
venus ne se
Mais de quelle nature est cette
immigration ? Revêt-elle un caractère défini¬
tif ? Tout semble indiquer que non. D’abord,
de 1926 à 1932, plus d’un millier de Chinois
repartent.
Jusqu’à la Seconde Guerre
mondiale, arrivées et départs se succèdent, de
moins
en
moins nombreux il est vrai, mais
imprimant un caractère fluctuant à ce groupe
ethnique. Surtout, les grands départs de 1947
1948 conduisent 757 chinois à abandonner
Tahiti pour leur patrie. C’est dire combien.
et
jusqu’à cette date, pour la majorité des
immigrants, Tahiti n’est qu’un lieu de passage,
même si, en l’absence de contrats de travail à
limitée, on réside de plus en plus
longtemps dans la colonie.
L’échec du rapatriement de 1947-48,
essentiellement en raison de la prise de
pouvoir par le parti communiste chinois de
Mao Tse Toung en 1949, va conduire à un
changement, d’autant que Tahiti ferme
désormais ses portes aux immigrés.
durée
Associations, écoles, temple...
A la veille du
premier conflit mondial, les
Chinois forment 3,5% de la population des
E.F.O. :cechiffre passeàplusde 10%en 1926,
et se maintient jusqu’en 1962. Mais de 1 137 en
avait une tendance à être monopolisé par
quelques grosses maisons de commerce, pour
la plupart étrangères, les Chinois ont fait
naître une concurrence dont profitent tous les
consommateurs”. 11 serait faux, de plus, de
considérer que tous les colons soutiennent
cette
politique anti-chinoise : les agriculteurs
sont les premiers à s’élever contre les arrêtés de
1897 et
1898, qui les privent d’une main-
d’œuvre “sérieuse et travailleuse”. En 1911, la
population chinoise ne compte-t-elle pas 646
employés ou hommes de peine, pour 224
patentés et 117 agriculteurs (plus 48 infirmes
ou vieillards) ? C’est dire combien les Chinois
représentent un important réservoir de main-
lïiï 1ViU
"i
\
1
(
1/
râmafrlV. J glj 'j^p
.oArSHT
d’œuvre, même s’il est vrai que, de plus en
lufmra
plus, ils se louent à des compatriotes déjà en
place et non à des Européens.
C’est qu’en effet à partir de 1907,
l’immigration croît d’une façon très rapide et
prend une ampleur considérable : pour 44
arrivées
nouvelles
cette
année-là,
on
en
compte 138 en 1909, 237 en 1910 et 485 en
1911. D’après G. Coppenrath, entre 1907 et
1914, 2 512 immigrés asiatiques débarquent
dans la colonie dont les
premières femmes
(1907). Seule la Première Guerre mondiale
100
U/i^Tni mBFaL
Le dynamisme de la
communauté chinoise
se traduit par le nombre
et la diversité de ses
associations. La
première d’entre elles,
Si Ni long, est fondée
en 1872. Cette société
de secours mutuel
chinoise prévoit de
pourvoir en aliments,
soins médicaux et
vêtements ses membres
les plus démunis. Cette
entraide ne devait
jamais se démentir par
la suite, même lorsque
des conflits
idéologiques
déchirèrent la
communauté chinoise.
LES NOUVEAUX VENUS
1911, les Chinois ont atteint le chiffre de 9 527
en
1952
:
ils forment donc une communauté
importante, d’autant qu’elle apparaît profon¬
dément soudée et différenciée.
En
avec
1875, les Chinois sont regroupés en
congrégation par l’administration coloniale,
qui lui reconnaît ses propres chefs, chargés de
rendre compte aux autorités : d’entrée donc,
les Chinois sont marginalisés, et ce jusqu’en
1933, date à laquelle ce système est
abandonné. En fait, c’est dès 1872 que la
première organisation chinoise voit le jour :
la société de
secours
mutuel
Si Ni Tong
achète un terrain où elle bâtit un dispensaire,
un
temple et une maison de refuge. Elle verse
des allocations de subsistance aux vieillards.
Mais cette association pâtit des querelles idéo¬
Page de gauche :
Chinois près de
San Francisco. Les
États-Unis d’Amérique
utilisèrent l’abondante
et peu onéreuse main-
d’œuvre chinoise pour
la construction du
chemin de fer et des
milliers de Chinois
s’installèrent à
San Francisco. Cette
immigration massive
que l’on retrouve aussi à
Hawaii et dans une
moindre mesure en
Australie, inquiéta les
gouvernements qui
firent adopter des lois
fermant leurs frontières
à l’immigration
logiques qui secouent la Chine de cette
époque. Des associations rivales voient le
jour, dont les membres s’affrontent parfois
violence. De ces luttes intestines sortent
l’Association
philantropique
finalement
chinoise, le Kuo Min Tang, et le Koo Men
Tong, tandis que le Si Ni Tong conserve le
patrimoine foncier de la communauté.
Contrairement aux premiers Chinois de
1865, les nouveaux immigrants ne cherchent
pas à s’assimiler à la société polynésienne.
Surtout, la venue de femmes empêche les
mariages mixtes de la première génération,
mais permet en revanche de reconstituer les
familles
traditionnelles.
Les
enfants,
nombreux, suivent les cours des écoles
chinoises des associations. Education,
mariage, religion, enterrement, sont autant de
profondes qui permettent à la
minorité asiatique de demeurer solidaire et
profondément homogène.
distinctions
En fait, il faut attendre l’échec du retour
de 1947-48 pour qu’un revirement s’opère : le
retour en
Chine est pratiquement abandonné.
le même temps, la christianisation a
ébranlé la communauté, tandis que les écoles
Dans
chinoises, aux diplômes dévalorisés, sont peu
à peu désertées par les enfants nés à Tahiti et
désireux de mieux s’intégrer dans leur pays.
Le mouvement de libéralisation des natura¬
lisations perceptible dans les années 1960
amplifie encore les prémices d’une meilleure
intégration des Chinois à la société poly¬
nésienne.
Commerçant chinois
établi aux Tuamotu,
vers 1920. Ce sont
d’abord des colporteurs
qui sillonnent les atolls.
Vendant moinscherque
les Européens, en
petites quantités, et
n’hésitant pas à faire
crédit, les marchands
chinois sont bien
accueillis par la
population paumotu,
jusqu’à prendre femme
et faire souche. Avec le
temps, forts de leur
position de monopole,
ces commerçants
auront tendance à se
couper des habitants
des îles.
asiatique. La
que firent
naître à Papeete les
concurrence
nouveaux venus amena
la réaction des colons
qui exigèrent pareilles
mesures.
École chinoise de
Papeete. Jusqu’en 1947-
48, le retour vers la terre
des ancêtres demeure le
but de la communauté.
Il faut maintenir les
traditions et la langue
surtout doit être
enseignée aux jeunes
générations.
101
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
Une société pluri¬
puisque 76 Chinoises sont arrivées en 1912,
mais il demeure. Au-delà, on assiste à un repli
quasi total de la communauté chinoise sur
elle-même, ce qui raréfie les unions mixtes.
ethnique
Dans les années 1860, les 9 000‘Taïtiens”
et
voient s’installer dans leur île trois autres
Si ces deux composantes, moins connues
difficilement cernables, ne sont pas à
négliger,
groupes ethniques : aux 660 Européens
dénombrés en 1862, s’ajoutent en effet prés de
métissage
le plus important
conteste aux tout
premiers navigateurs.
concerne
sans
700 Océaniens et plus de 900 Chinois, tous se
le
les Européens. Son origine remonte
concentrant dans les îles du Vent. Or, ces trois
Les explorateurs relatent, avec complaisance,
les mœurs très libres des “filles des îles’’.
déséquilibre des sexes, qui va conduire ces
surtout
derniers groupes ont en commun un très fort
nouveaux
L’augmentation du nombre des navires, et
l’apparition des baleiniers, l’établis¬
sement d’une importante garnison militaire
française à Tahiti en 1842, contribuent peu à
peu à modifier cette “coutume” qui se
rapproche de plus en plus d’une prostitution et
qui touche les classes les plus défavorisées des
arrivants à chercher une compagne
polynésienne. L’assimilation rapide des diffé¬
rentes ethnies océaniennes dans la société
tahitienne est liée à des unions inter-raciales. Il
en va de même pour la première
vague d’immi¬
gration chinoise
:
les concubinages sino-
tahitiens commencent dès 1868. Ces unions, le
plus souvent épisodiques, sont marquées par
des descendances souvent nombreuses et
ne
étrangères à la réussite sociale des
Chinois. Les jeunes métis, élevés à la polyné¬
sienne, ne connaissent guère de problème
d’intégration, considérés avant tout comme
descendants de leur mère. Ce métissage sinotahitien, tout au long de la seconde moitié du
XIX^ siècle, est sans aucun doute important,
même s’il n’apparaît dans aucune statistique
sont
pas
officielle. 11 se continue certainement dans les
premières décennies du XX“ siècle, mais se
ralentit dans la mesure où les premières
femmes chinoises débarquent à Tahiti. Si l’on
compte en 1892 une femme chinoise pour 146
Asiatiques, le déséquilibre des sexes, à la veille
de la Première Guerre mondiale s’est atténué.
102
Deux Tahitiens
photographiés dans les
années 1860. La
différence des traits
société polynésienne
s'effectuera sans trop de
problèmes.
L'administration
physiques est frappante.
Le métissage, important
coloniale, en refusant
tout statut différencié,
Français, s'accrut
encore avec la présence
de la garnison militaire.
Mais l'intégration des
jeunes Demis dans la
qui ne fut pas
toujours la régie dans le
reste de l’Océanie, par
exemple aux Samoa.
avant l’arrivée des
contribua elle-même à
une bonne intégration,
ce
LES NOUVEAUX VENUS
Polynésiens. La progression stupéfiante de la
syphilis amène les missionnaires, mais aussi
coloniale, à tenter de
circonscrire de tels débordements. Ceci étant,
l’administration
ces
pratiques ne touchent qu’une très faible
minorité de Tahitiennes, et l’on n’aurait aucun
mal à retrouver ce type de femmes dans tous
du monde. Surtout, elles n’ex¬
pliquent pas le taux de métissage très élevé
que notent tous les observateurs. Henry
Adams écrit même que “la population de sang
mêlé s’étale partout”.
11 faut, dans le cas de la Polynésie
orientale, tenir compte d’une situation très
les
ports
favorable
à
l’établissement
de
liens inter¬
raciaux : l’absence de préjugés raciaux est en
effet
une
tahitiennes.
constante
Les
des
relations
franco-
jeunes officiers de marine
côtoient les belles vahiné,
aux
mœurs
très
libres, aussi bien au marché de Papeete qu’aux
bals très huppés du gouverneur. Les barrières
sont rares et
rien
ne
vient freiner les unions
Européens et Tahitiennes. Mais de
quelle nature sont ces unions ?
Les mariages officiels existent dès 1842 ;
entre
ils sont surtout le fait
d’Anglo-Saxons s’unissant aux principales
familles polynésiennes. Ces premiers “Demis”
mènent un train de vie remarquable, comme
en témoignent les lettres de Tati Salmon :
éducation dans les collèges européens ou néozélandais, longs voyages à l’étranger, maisons
et propriétés de taille imposante. Ceci étant,
plus de vingt ans après le. premier mariage
européen-tahitien, 15% des Européens vivant
comme nous l’avons vu,
Tahiti sont mariés, et 10% d’entre eux
seulement le sont avec des Tahitiennes, les
à
Français
venant
en.
tête.
Page de gauche :
Les
mariages
contractés
dans
les
années
1860-70
sont
cependant très différents de ceux des années
40-50. De jeunes Français, vivant dans les
districts ou dans les archipels, colons fort
modestes, épousent de jeunes Polynésiennes
en même temps que les mœurs locales : leurs
enfants sont immédiatement rangés parmi les
Polynésiens. Ils sont, il est vrai, remarqua¬
blement bien accueillis par la communauté
indigène, tandis que de son côté, l’administra¬
tion coloniale, en refusant de les comptabiliser
à part, ne veut absolument pas constituer une
classe socialement séparée. Mais dans tous les
cas, il faut noter que ces mariages sont des
exceptions : de 1869 à 1884, on n’en compte
que 150 dans la communauté européenne,
dont la moitié avec de jeunes métropolitaines
ou
par
créoles. Certes, ce chiffre doit être modulé
l’existence d’un concubinage qu’il est
L’absence de
préjugés raciaux
Tahitienne et “demibianc” à ia rivière ; scène
de la vie quotidienne
vers 1880.
prévaloir en
Polynésie, dans le
semble
cadre d’un bal chez le
gouverneur, d’un
tama'ara'a ou d’une
bringue dans les
districts, au cours
desquels Tahitiens et
Européens se
icoudoient. En fait, les
mariages officiels
sont rares entre les
T'jSnjtej^
F®
deux ethnies, et les
Français se montrent
les plus réticents. Le
concubinage est la
règle, et les unions
régulières sont
l’exception.
La famille Salmon,
vers
1885,
photographiée par
S. Hoare. Les trois
fils, Narii, Ariipaea et
Tati, eurent un rôle
économique ou
politique de premier
plan. Leurs soeurs,
Manihinihi, Marau qui
épousa Pômare V, et
Moetia qui se maria
consul américain
D. Atwater, furent
au
égaiement des
personnalités. Élevés
en Angleterre ou en
Australie, ils
représentaient l’élite
de la colonie.
A droite, leur mère
Ariitaimai.
I Mariage d’Emile
Laguesse et de
Laurence Brault.
Dans la petite
! communauté
j française de la fin du
j
XIX* siècle, épouser
1
une
,
concitoyenne
demeure la règle.
103
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
difficile de
une
Papeete montrent que c’est là une situation
particulière. Le célibat est bien la règle la plus
Polynésienne, qui signifie aux yeux de la
“bonne société de Papeete” que l’on “s’enca-
cerner, car dans le cas de la
communauté française, les fiches de police de
commune.
Ainsi,
dépit de l’absence de tout
préjugé racial dans la colonie, la grande
majorité des colons recherche avant tout une
compatriote. A partir des années 80, les fonc¬
tionnaires se rendent à Tahiti accompagnés de
leur famille : le déséquilibre des sexes diminue.
Ainsi, si l’on compte une femme pour 25
en
hommes dans les années 60, ce chiffre tombe à
70, puis à 5 vers 1890. Le
élevé des premières
familles françaises et anglaises de Tahiti
augmente aussi considérablement le nombre
de jeunes filles créoles.
Contrairement aux Anglo-Saxons
arrivés les premiers dans les îles polyné¬
siennes, et s’unissant aux plus importantes
familles locales, les Français, qui deviennent
l’élément européen le plus important dans les
10 pour les années
taux
de
natalité très
E.F.O., demeurent attachés au mariage avec
Pierre Bonnefin et sa
famille. Un des
premiers
daguerréotypes, pris
à Tahiti en 1857, nous
montre un couple
européen. En
épousant en 1852
Adélaïde, une fille du
104
Une société pluri¬
ethnique. Cette gravure,
commerçant et
propriétaire anglais
E. Hunter,
P. Bonnefin sort du
cadre souvent
restreint de la
communauté
française.
/
reconstituant de
manière sommaire une
fête tahitienne, est de
pure invention. Le
dessinateur a composé
son dessin à partir de
photographies
disparates : portrait de
Pômare V,
maison des
travailleurs gilbertins à
concitoyenne et préfèrent le célibat à une
union jugée comme une déchéance avec une
naque”. Ce type de comportement est la
règle jusqu’à la Première Guerre mondiale.
Après quoi, les Français de la seconde généra¬
tion, qui ont su acquérir le pouvoir politique
et administratif, vont s’unir aux descendants
des
familles
anglo-tahitiennes, toujours
détentrices du pouvoir économique. C’est
l’apparition, à Tahiti, de ceux que l’on nomme
les “Demis”, groupe parfaitement bien intégré
à la société moderne. C’est cette intégration,
ce
comportement européen qui lui vaut cette
appellation, et non pas une différence
ethnique, puisque, comme nous l’avons
démontré, le reste de la population s’avère
tout autant métissé. Enfin, il faut souligner
que la société polynésienne est à ce point
mobile que l’on rechercherait en vain déjà à
cette époque de grandes dynasties familiales,
héritières de la bourgeoisie foncière et
marchande du début du siècle.
Atimaono, Marquisien
tatoué, Tahitiennes en
robe “mission", Chinois
en costume traditionnel,
militaires, colons
européens, etc. Il a eu
cependant le mérite de
réunir sur une même
illustration la plupart des
ethnies qui composent
la population des E.F.O.
7 Une économie vulnérable
1842-1910
Lesd’importantes
années du Protectorat
(1842-1880)et neadministratives.
se sont pas traduites
par
réformes politiques
Il n’estseulement
exagéré
pas
d’avancer que Tahiti et les archipels ont connu, à cette époque, une véritable
“révolution agricole”.
Les décennies qui ont précédé l’installation de la France dans cette partie du
monde ont vu s’instaurer une économie qui, par bien des aspects, était novatrice. Mais
le prélèvement et la cueillette offraient peu de perspectives d’avenir. Et les ressources
“naturelles” de la Polynésie - santal, nacre, cocos, oranges-étant mises à contribution
jusqu’à épuisement, il fallut envisager d’autres formes d’exploitation.
La guerre franco-tahitienne désorganisa profondément l'économie qui avait
jusqu’alors prévalu. Une page était tournée, mais aucun système ne se substitua au
précédent et, pendant une vingtaine d’années, le Protectorat connut de sérieuses
difficultés économiques. Peu à peu cependant on surmonta la crise démographique, et
l’immigration - européenne puis asiatique - assura à la colonie les bras qui lui faisaient
défaut. Les îles ne vont plus alors se contenter de prélever : elles vont produire et les
cultures spéculatives vont concurrencer les cultures vivrières.
Il faut souligner que les deux ou trois cents colons européens n’auraient pas suffi à
produire ces tonnes de coton, de nacre, de coprah et de vanille chaque année. Ce fut le
fruit du travail des milliers de planteurs polynésiens, qui, s’ils refusèrent de travailler
dans les exploitations comme salariés, n’en mirent pas moins en valeur quantité de
micro-propriétés qui, par les surplus engagés sur le marché, firent entrer le monde
polynésien dans une société d’échanges commerciaux.
Des crises secouèrent cette économie encore fragile, entièrement dépendante
des cours du coton ou de la nacre, mais, plus de cinquante ans durant, les
Établissements français d’Océanie vécurent exclusivement de leurs exportations.
L’économie
tahitîenne au
lendemain
seulement détruit cultures vivrières et
plantations, elle a aussi éloigné de nombreux
pas
navires marchands. L’économie de l’Austra¬
lasie n’a cessé de se développer et est devenue
autosuffisante,
du Protectorat
Les années 1840 ont sérieusement ébranlé
archipels
polynésiens. La guerre franco-tahitienne n’a
l’économie
naissante
des
commerce
fermant
du porc salé.
son
débouché
au
Les officiers de marine qui
reçoivent la
charge de diriger les possessions françaises
d’Océanie n’ont pas la tâche aisée et, dans la
mesure
où l’administration du Protectorat
coûte de plus en plus cher, il leur faut chercher
les moyens d’élargir les ressources du budget :
le développement économique devient le mot
d’ordre.
L’arrivée à Tahiti de centaines de marins
soldats, entre 1844 et 1847, stimule
fortement le marché local. Des navires de
et
de
Bordeaux,
directement
notamment,
approvisionnent
Papeete en charbon (steamers),
vins, en conserves et en matériel divers. Les
fréquentent à nouveau le port de
Papeete, où d’importants travaux sont
en
baleiniers
commencés. A la fin des années 1840, un trafic
relativement intense a repris, et les commer¬
çants de la place bénéficient bien sûr de cet
accroissement de la demande.
Quelle politique économique ?
Les dirigeants français émettent alors le vœu
de transformer Tahiti en un vaste entrepôt de
marchandises, françaises de préférence, afin
d’en inonder l’ensemble du Pacifique. Le
capitaine de vaisseau Page, Commissaire des
îles de la Société (1851-1853), estime que
“devant l’exiguïté des îles, la difficulté de se
procurer des marchés pour écouler les
produits”, il convient plutôt de faire de ces îles
“un nœud des principales routes de commerce
de la Mer du Sud”. La politique choisie
échoue rapidement et le nombre de navires
baleiniers ne cesse, dès 1850, de décroître,
d’autant que ceux-ci évitent de toute façon
Tahiti, où taxes et droits d’entrée sont
désormais exigés.
En ce milieu du XIX= siècle, une redis¬
tribution
géographique des grandes routes
commerciales est en cours : San Francisco est
ainsi
en
train de remplacer Callao et
Valparaiso comme grand centre commercial
du Pacifique Est. Mais les navires américains
La fertilité du sol de
Tahiti et des îles hautes
est une réalité. Mais la
luxuriance de la
Kü -ï'f
Pisi
1 1
végétation ne saurait
faire oublier que le
travail de la terre y est
aussi ingrat. Une qualité
de sol très variable, des
pluies abondantes qui
alternent avec des
périodes de sécheresse,
des plantes parasites,
des rats, des troupeaux
errants sont autant
d’obstacles qui se
dressent devant les
planteurs. Détail d'un
tableau de
C.F. Gordon Cumming.
105
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
passent très au nord de Tahiti, qui se trouve en
marge du trafic trans-Pacifique. De plus, la
demande intérieure n’a cessé de baisser au fur
et à mesure que la garnison voyait ses effectifs
décliner.
L’annexion
Calédonie
(1853),
de
la
Nouvelle-
puis les affaires indo¬
chinoises achèvent de reléguer Tahiti au
second plan.
Enfin, Paris ne semble pas croire à une
possibilité réelle de rentabiliser cette
possession lointaine qui demeure, dans l’esprit
des ministres, “un simple point de relâche”. Le
statut particulier qu’est le Protectorat est aussi
considéré comme un frein à tout développe¬
ment et, surtout, à tout investissement à
grande échelle. Le ministre T. Ducos, en 1854,
estime toujours que dans la situation ambiguë
où se trouve la France vis-à-vis de Tahiti,
l’administration locale ne peut rien
entreprendre avec suivi. Les officiers en poste
à Tahiti ne l’entendent cependant pas ainsi.
Hommes enclins, par leur tempérament et leur
formation, à l’action, ils sont amenés à
prendre une série d’arrêtés qui permettront de
faire de Tahiti et de ses dépendances un centre
de production de denrées tropicales. Ignorée
par Paris, qui refuse tout crédit, que ce soit
pour la création d’un service d’immigration,
d’un sj'^tème de concession de terres ou d’un
système bancaire, cette politique est menée au
coup par coup, avec maladresse, mais elle
porte néanmoins quelques fruits.
La terre
L’administration française du Protectorat est
convaincue à la fois de la fertilité du sol poly¬
nésien, tout au moins dans les îles hautes, et de
En haut, à gauche
et page de droite :
Au district. Ce qui frappe
les observateurs qui font
le tour de l’île en ces ■
années 1840-1860, c’est
l’importance des friches.
La crise démographique
et un exode certain vers
Papeete ont laissé de
nombreuses terres
incultes, et c’est là un
capital qui n’est pas
exploité.
Estimant que le modede
propriété polynésien est
responsable de cet état
de fait, l’administration
coloniale va tenter de le
transformer.
106
Ci-dessous :
Vue panoramique de
l’île de Tahiti en 1848. A
Papeete, voiliers, mais
aussi steamers,
apportent marchandises
et matériaux. Mais, le
plus souvent, ces
navires repartent sans
fret, les îles
polynésiennes n’ayant
guère à offrir dans les
années 1850-1860. Pour
remédier à une telle
situation, il faut
développer les cultures
d’exportation : telle va
être la politique de
l’administration
française.
UNE ÉCONOMIE VULNÉRABLE 1842-1910
l’étendue des terres cultivables. Il y a donc, à
grande partie l’incompréhension qui va naître
ses
en
yeux, des possibilités importantes de mise
en valeur. Or elle constate d’une part que de
nombreuses terres sont en friche du fait de la
chute démographique, et d’autre part que les
conceptions polynésiennes de la propriété
freinent
ou
même
empêchent le
développement des cultures marchandes. Le
fait que les Polynésiens, au cours des années
1850, demeurent très attachés à leurs cultures
vivrières, ne satisfait guère l’administration.
Celle-ci décide alors d’appliquer en Polynésie
civil,
exproprier les
Polynésiens, mais pour créer une propriété
individuelle qui se prêterait mieux à l’essor des
cultures spéculatives et, éventuellement, à la
vente de terres à des colons européens.
le Code
non
droit
Le
pas pour
coutumier
polynésien,
en
matière foncière, ne s’appuie pas sur le seul
critère de la productivité. La terre est inalié¬
nable
:
c’est
groupe, une
délimiter
un
bien familial. Au sein du
seule personne a autorité pour
droits
d’habitation
et
droits
de
plantation, et ces droits d’usage sont des droits
temporaires. Ainsi, le système polynésien
distingue de fait propriété et exploitation du
sol. Cette nuance fondamentale explique en
matière foncière. Un acheteur doit dédom¬
droit de propriété.
toutes
L’abrogation, en 1866, de
les lois tahitiennes vient achever cet
mager tous ceux qui sont fatu (propriétaires),
c’est-à-dire tous ceux qui sont opu (parents),
édifice juridique : la propriété ne pourra
désormais être prouvée que selon des critères
L’administration a vite
En fait, il faut rapidement déchanter : les
opérations de cadastre se révèlent toujours
incomplètes et insuffisantes. Surtout, le Poly¬
nésien refuse la notion même de propriété
et
cette
complexité dissuade les Européens
d’acheter
une
conscience de
terre.
problème, puisque, le 1er
octobre 1844, une loi du Protectorat autorise
la location de terres à des Européens. C’est
une atteinte au Code Pômare de
1842 qui
stipulait qu’aucune terre ne pouvait être
ce
vendue ou louée. Les “Lois révisées de 1845”
autorisent, elles, la vente de biens fonciers.
Pendant les cinq années qui suivent, de
nombreux
abus
ont
lieu.
Profitant
de
la
confusion entre droits d’usage et propriété,
des transferts se font au bénéfice d’acheteurs
européens, au détriment de familles polyné¬
siennes.
A partir de 1850, plus consciente que
jamais de la gravité de ce problème, l’adminis¬
tration française du Protectorat publie divers
arrêtés. Le bornage des terres (1850), l’enre¬
gistrement de toutes les terres (1852), la
création du service du cadastre (1862), toutes
font que seul un acte écrit, délivré
autorité reconnue du système
juridique français, peut faire la preuve d’un
ces mesures
par
une
de droit français.
individuelle.
Si
les
terres
doivent
être
revendiquées, elles le sont soit collective¬
ment, soit par les chefs de famille, au nom de
tous, et sans que par la suite des partages
soient effectués. Dans les deux cas, on entre
dans l’indivision qui “apparaît non seulement
comme une
survivance du passé mais encore
réaction à une entreprise de
dépossession et une forme d’adaptation des
Polynésiens” (F. Ravault). Cette époque est
marquée par un climat de tensions et d’insé¬
curité. La crainte d’être dépossédé s’empare de
tous, la plus grande menace venant le plus
souvent non pas des Européens, mais d’autres
familles polynésiennes. Si cette politique a des
effets malheureux, elle permet, à partir des
années 1860, l’apparition des propriétés indi¬
viduelles qui seront la base du système de
plantations que l’on veut instaurer.
comme
une
K
Ë11
'*1
107
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
Les cultures
spéculatives
Les
premières
grandes
plantations
détenues en propriété individuelle furent le
fait de certaines familles ari'i des îles du Vent.
Les représentants de la nouvelle aristocratie
polynésienne, reprenant à leur compte les
conceptions popa'a de la propriété foncière,
réclamèrent les terres fari’i hau (terres d’apa¬
nage) en leur nom personnel. Familiarisés
depuis longtemps avec le négoce, certains
avaient, avant même le Protectorat, tenté
quelques plantations (voir volume 6, pp. 100101). Les unions que ces grandes familles
contractèrent avec les Européens favorisèrent
politique d’accaparement, encouragée
par l’administration française. La loi de
janvier 1887 autorisa officiellement la
propriétés sont rares. Il n’y en avait que 4 de
plus de 50 hectares en 1863 (dont une seule
véritablement mise en valeur), il n’en reste
plus qu’une en 1892.
En fait, pour un laps de temps très court,
sur une superficie très restreinte, de nombreux
colons se livrent à des cultures spéculatives.
Tous ceux qui disposent d’un petit capital
achètent un lopin de terre et tentent d’en tirer
un profit rapide, lors d’une phase de montée
spectaculaire des cours. Le fait que plus d’un
tiers des “planteurs” européens exercent une
autre activité, le plus souvent à Papeete,
montre bien que les véritables cultivateurs
étaient rares. Parmi d’autres raisons, il faut
remarquer que les difficultés à se procurer de
la main-d’œuvre détournèrent très certaine¬
ment les colons de
cette
revendication des terres de chefferies. Les
tavana devinrent souvent de grands pro¬
priétaires fonciers, au détriment de la masse
des Tahitiens, dépossédés de leur patrimoine.
Les domaines acquis n’étaient pas pour autant
mis en valeur. De plus, soit par l’endettement,
soit par un retour à une conception tradi¬
tionnelle de la propriété, au cours des
générations suivantes, ces grands domaines
(pas plus de quelques dizaines d’hectares)
éclatèrent : les dynasties foncières furent rares
en Polynésie.
Qu’importe, une brèche était ouverte :
des terres de plaine côtière et de vallées étaient
désormais accessibles aux Européens. Ceux-ci
purent se constituer quelques exploitations.
Les planteurs européens
Cependant, dans les années 1840-1850, bien
peu de colons se présentent pour tenter
l’aventure de planteur. Les colons militaires,
on l’a vu,
ont dans leur grande majorité
échoué. En fait, les Européens qui achètent
des terres au cours de ces années sont plus des
spéculateurs, qui investissent de préférence
dans les environs de Papeete, que des agricul¬
teurs. Le coût de la vie, la cherté des vivres
frais font que l’on consacre quelques parcelles
priorité au maraîchage. A partir de 1860, la
superficie des terres réservées aux cultures
spéculatives connaît un véritable essor : 140
en
hectares de coton étaient cultivés en 1860. Il y
en a
788 en 1866. Ce que l’on peut appeler la
agricole” polynésienne débute
1865, lorsque canne à sucre, vanille, café,
tabac, maïs et fourrage commencent à appa¬
“révolution
vers
raître et à s’étendre. Le nombre de planteurs
augmente aussi : guère plus d’une soixantaine
en
1861, 84 en 1866, 344 en 1884.
Le côté spectaculaire de cette pro¬
gression doit être nuancé. On remarque tout
d’abord qu’il y a un important renouvelle¬
ment des planteurs. Ceux qui se lancent dans
le coton en 1860-1865 ne sont pas ceux qui
vont s’enrichir avec la vanille dans les années
1890. L’analyse de la structure de la propriété
est tout à fait intéressante : en 1863,89 exploi¬
tations, tahitiennes ou européennes, avaient
moins de 5 hectares. En 1892, parmi les
Européens, 30 “planteurs” possèdent moins
d’un demi-hectare. A l’inverse, les grandes
108
l’agriculture.
Les Polynésiens et les cultures
spéculatives
Il demeure que Tahiti et les archipels expor¬
tèrent, à partir de 1860 et jusqu’en 1914, des
quantités importantes de produits agricoles.
D’où pouvaient provenir ce coton, cette
vanille, puis ce coprah, moteurs successifs de
l’économie polynésienne ?
L’enquête agricole de 1866 note que “les
Indiens (les Tahitiens) qui ne cultivaient que
leurs vivres, ont saisi avidement le moyen qui
leur était offert de se procurer par un peu de
travail
bien-être dont ils n’avaient pas
idée...” Au-delà du ton paternaliste employé.
un
La Caisse agricole est
créée en 1863 par
l’administration
française du
Protectorat. Cet
organisme est autorisé à
acheter et à iouer des
terres pour
l’administration. Ceiie-ci
ies revend ou les loue
aux cultivateurs à qui
la
Caisse
peut accorder
des petits prêts ou des
avances sur récolte.
Devant la.difficulté de
se
procurer de l’argent
liquide dans la colonie,
la Caisse agricole est
également autorisée à
émettre des bons :
certains circulaient
encore en 1920 dans les
E.F.O.
Récolte de café aux
Australes. La
“révolution agricole"
des années 60 réside
bien dans la
transformation des
méthodes de culture et
le choix de nouvelles
espèces, mais surtout
dans révolution de la
mentalité des
exploitants polynésiens
qui passent alors des
cultures vivrières aux
productions destinées à
l’exportation.
Photographie de
J.F.G. Stokes.
Défricher est la tâche
première du planteur. Et
les difficultés de naître :
une main-d’œuvre
inexistante, des
animaux de trait hors
de prix, un matériel
introuvable dans ia
colonie ! Comment dés
lors,extirper les
goyaviers, comment se
protéger des rats ?...
Si tout se passe bien, il
faut de toute façon
attendre 7 mois pour la
première récolte de
coton, 18 mois pour la
vanille, 5 ans pour le
café et 7 ans pour.les
cocos
!.
UNE ÉCONOMIE VULNÉRABLE 1842-1910
on
remarque que l’administration coloniale
à prendre conscience du fait que si
commence
plus en plus attirés par les cultures d’expor¬
tation.
Polynésien se refuse à travailler comme
une plantation européenne^ il
peut, tout en continuant à cultiver les “vivres
du pays”, défricher quelques ares de coton, de
vanille ou de café. L’exemple que donnent les
chefs, et en tout premier lieu la famille Pômare
sur ses grands domaines, les primes offertes
par l’administration ainsi que les distributions
gratuites de graines, enfin les encoura¬
gements prodigués par les missionnaires qui
Certaines formes d’exploitation
s’intégrent parfaitement aux structures
sociales polynésiennes. Ainsi en est-il des
orangers qui ne forment pas des plantations à
proprement parler, mais couvrent des vallées
entières, au point que l’administration ne
parvient pas à les comptabiliser. Au moment
de la récolte, toute la population d’un district,
sous l’autorité de ses chefs, se réunit. Il s’agit
Polynésiens”, font que ces derniers sont de
tionnelle, mais dans un but commercial. Ce
le
salarié dans
souhaitent “combattre l’oisiveté naturelle des
encore
d’une forme d’économie de cueillette
pratiquée dans le cadre de la société tradi¬
système assure un surplus non négligeable aux
districts et bien que le bénéfice recueilli serve
souvent à des fins collectives, cela démontre
aux Tahitiens
combien il est possible de
gagner, de l’argent avec la terre. Par cabotage,
la production est envoyée à Tautira, et de là,
de grands navires l’acheminent vers la
Californie
ou
l’Australasie.
Si
en
1863,
134 000 francs sont ainsi retirés, vingt ans plus
la maladie des plants ralentit la
production qui se perpétue cependant, à une
moindre échelle, jusque dans les années 19001910 (6 millions d’oranges furent exportés en
1912).
tard,
En
ces
dernières
décennies
du
XIX^
siècle, alors que l’immigration européenne est
Les colons anglosaxons ont montré, les
dans son domaine
premiers, le chemin à
d’Opunohu à Moorea.
Mais le négoce demeure
dispose-t-il dès les
et les plantations ne sont
suivre. Ainsi, A. Mort
années 1860 de
centaines d'hectares
leur activité essentielle
que placements de
sécurité.
La culture de la canne à
sucre, introduite par les
pasteurs de la L.M.S.,
demeure la principale
activité des quelques
planteurs européens du
début du Protectorat. De
1860 à 1874, la superficie
consacrée à cette
culture passe de 20 à
120 hectares, car en
1857 l’administration
s’est engagée à verser
1 000 F à chaque
cultivateur qui planterait
quatre hectares de
canne. Ce résultat est
dû aussi aux efforts à
long terme prodigués
par les “usiniers” :
Le Rouge, Johnston,
T.S. Adams, Forster,
La Bruyère, Young,
J. Atger, qui furent les
vrais “planteurs” de la
Polynésie.
COLONIES
FRANÇAISES
ETABLISSEMENTS FRANÇAIS
un
échec et que
d’œuvre
l’importation d’une main-
étrangère
se
révèle fort coûteuse,
l’administration coloniale des Établissements
français d’Océanie prend conscience qu’il est
plus avantageux de laisser les productions
agricoles entre les mains des Polynésiens,
quitte, par le biais du commerce, à rendre les
Européens maîtres-des productions.
Ceci étant, le Polynésien, tout comme le
planteur européen, ne voit dans ces cultures
d’exportation qu’une source de revenus
extraordinaires. Aussi peut-on dire que
jusque dans les années 1890-1900, qui
marquent la création des grandes cocoteraies
des îles hautes, il n’y a pas, à proprement
parler, de planteurs en Polynésie. Seul un petit
nombre de colons anglo-saxons et quelques
usiniers (canne à sucre), méritent une telle
dénomination.
:
DE L^OGÉANIE
Plantations de Cannes à Sucre
109
LA FRANCE EN
POLYNÉSIE
Le coton polynésien
10
Le
1862,
mars
le
ministre
reçoit d’intéres¬
négociant portugais,
Soarès, qui vient de
Chasseloup-Laubat
J.N.
santes propositions d’un
nommé
constituer
Auguste
une
société au capital de 875 000
pour la création de plantations en
Polynésie. Les missionnaires avaient prouvé
que le coton, tout comme le café, poussait fort
bien dans ces îles. La guerre civile qui
ravageait les États-Unis d’Amérique ayant
provoqué une flambée des cours, permettait
francs
d’écouler
une
éventuelle
production
océanienne, en dépit du coût du fret.
Le
beau-frère
de
A.
Soarès,
William
Stewart, reçoit donc pour mission d’acquérir
des terres à Tahiti ainsi qu’aux Marquises,
pour le compte de la Tahiti Cotton and Coffee
Plantation Company. W. Stewart, avec
l’accord de
Paris, disposera de toute l’aide
d’une administration locale, dont la politique
va
dans le sens de ce projet. Les gouverneurs
La Richerie et surtout Emile de La Roncière
lui apportent un appui évident.
W. Stewart peut ainsi
sur
réunir 1 450 hec¬
Atimaono, auxquels s’ajoute un bail
une terre de chefferie de 150 hectares,
tares à
concédé pour 50 ans. En fait, le domaine
s’étendant aussi en montagne, l’ensemble
quelque 4 000 hectares. Enfin, 395
hectares sont mis à la disposition de Stewart à
Teahupoo, avec un bail de 80 ans.
Les capitaux dont dispose W. Stewart lui
permettent de se doter d’un matériel remar¬
quable : usine à égréner, presses hydrauliques,
usine à sucre, moulin à vapeur, fonderie, et la
société possède quatre goélettes. Les
totalise
bâtiments
sortent
de terre à vive allure
chinois.
Le succès d’Atimaono
Les
premiers résultats enregistrés sont à la
hauteur des espérances : en 1865, 500 hectares
sont défrichés et ensemencés, 1
050 en 1867, le
maximum atteint semble-t-il pour le coton. La
première récolte a lieu en mars 1865, et la
qualité du coton tahitien, qui ne devait jamais
se démentir, fait que le cours du kilo atteint
d’emblée 9,5 francs. En 1866, l’exploitation
exporte pour 763 000 francs, elle double ce
chiffre l’année suivante et parvient à atteindre
les 2 millions en 1869. Lorsqu’on sait qu’en
1863, la totalité des exportations de Tahiti
s’élève à 1 375 000 francs, on comprend
qu’Atimaono est devenu le poumon écono¬
mique du Protectorat.
Ce succès, gigantesque à l’échelle de
Tahiti, dure peu : l’effondrement qui suit est
aussi rapide que l’a été la réussite. La chute des
cours, due à la reprise de la production améri¬
caine, n’explique pas tout, loin s’en faut. La
Grande Plantation disparaît pour des raisons
essentiellement internes. La personnalité de
W. Stewart, dépensier, mégalomane, attire la
haine des commerçants de Papeete, auxquels
il a porté de sérieux coups. Les malversations
de son jeune frère lui sont aussi imputées et lui
posent de sérieux problèmes de trésorerie. De
plus, le départ des premiers Chinois en 1870,
et des parasites dans les plantations ont pour
conséquence la diminution de la production.
Le 22 août 1874, la plantation est déclarée en
faillite, W. Stewart, malade depuis longtemps,
meurt un an plus tard.
“Mont-Calme”, la très
belle propriété que
W. Stewart se fit
construire dans son
domaine d’Atimaono.
Il demanda à
John Turnbull, en
novembre 1867, de
dresser les plans d'une
grande maison baptisée
110
:
magasins de coton, maisons individuelles, 14
pour loger les seuls travailleurs océaniens et
White House.
Bâtie sur un plateau à
500 m d’altitude, cette
demeure frappa les
imaginations, et c’était
bien ce que souhaitait
son propriétaire qui
savait soigner sa
publicité.
William Stewart
(1820-1875),
personnalité
controversée du
Protectorat. Cet
Irlandais, alors qu’il
était le type même de
l'aventurier en
Australasie, aspire à la
notabilité à Tahiti.
Fondateur de la plus
grande compagnie
agricole que la
Polynésie ait jamais
connue, intime du
gouverneur de
La Roncière, il mène
grand train de vie et les
passe-droits qu’il
obtient de
l’administration
coloniale lui valent
l’animosité des
commerçants de
Papeete. Les
malversations de son
jeune frère donnent
l’occasion aux
négociants jaloux de ses
prérogatives de le mettre
dans une délicate
situation financière. Il
meurt ruiné et
abandonné de tous.
UNE ÉCONOMIE VULNÉRABLE 1842-1910
Un
échec aussi
retentissant aurait dû
décourager les autres planteurs. 11 n’en est rien
et toute l’île est prise d’une fièvre cotonnière.
La fièvre cotonnière
Quinze
de
L’administration
phénomène
:
distribuées.
On
primes
crée
contribue
et
même
graines
une
à
ce
sont
Caisse
agricole, qui joue le rôle de banque, faisant
entre
autres
navires
des
l’État
de
récolte.
Des
réquisitionnés
pour
avances
sont
E.F.O. par une distribution de graines et de
nouvelles subventions. De son côté, la Société
de tonnes qui sont acheminées des
Marquises vers Flambourg et Liverpool.
Pour des raisons tant économiques que
patriotiques (la France manque alors d’appro¬
visionnement sûr en coton), le président du
Comité de l’Océanie française décide la
création d’une société française. A Raiatea,
360 hectares de terres confisquées sont mis,
non sans mal, à la disposition de cette société
et en 1912 une usine à égréner est construite.
L’échec de ce projet, en dépit de l’appui sans
réserve du gouvernement, marque la
disparition définitive du coton de l’agricul¬
ture polynésienne.
Il reste que c’est grâce au coton que les
E.F.O. purent s’intégrer, à partir de 1865, à
Marquises, où, en 1889, elle a ouvert une
petite usine à égréner. Avec le soutien actif des
missionnaires catholiques, la société peut
récolter, jusqu’en 1909-1910, quelques di¬
capitaux étrangers (Atimaono), exporta
vers des marchés européens, ce qui lui permit
aussi d’importer davantage, et la population
fit l’apprentissage avec succès d’une culture
autre que vivrière.
renouvellement, effort que n’entreprennent ni
les Européens ni les Polynésiens. A cela
s’ajoute la difficulté de trouver un marché
extérieur.
production intensive
suivent la disparition de W. Stewart. De 1874
à 1884, le coton représente quelque 30% de la
valeur totale des exportations des E.F.O. En
1885, 615 tonnes sont encore exportées.
années
1865-70, ayant une longévité de 15 ans, il
aurait fallu, vers 1885-90, procéder à leur
sur
exporter le précieux coton, dont le cours, situé
entre 3 et 4 francs, demeure l’un des plus hauts
du monde. L’administration se réjouit aussi de
voir que la production cotonnière n’est plus
les mains d’une puissante société
étrangère, mais dépend d’une foule de petits
planteurs, européens et polynésiens. C’est en
effet par le coton que commencent à se
généraliser les cultures spéculatives en milieu
ma'ohi (Société et Marquises).
entre
On assiste en 1886 à un effondrement de
Le souvenir de cette production rentable
disparut pas de la mémoire collective, ni
des projets de l’administration coloniale;
L’apparition d’un parasite aux États-Unis
d’Amérique en 1892 ayant fait s’effondrer la
production américaine en 1904 et provoqué
ne
envolée des cours mondiaux, on tente de
relancer le mouvement de plantation dans les
une
commerciale de l’Océanie (voir pp. 118-120)
ne
cesse
d’encourager cette culture aux
500
fois des
deux
:
la
cette
baisse qui a donc encore
causes
internes, au nombre de
majorité des plants, semés entre
la colonie attira
Les exportations de
coton des E.F.O., de
1870 à 1913. La faillite
de la Grande Plantation
d'Atimaono entraîne une
chute brutale de la
tonnes
800
international
une
:
des
milliers de francs
900
700
1,74 F), mais rien n’explique sur le marché
l’économie internationale
1000
production. Les cours baissent considé¬
rablement (en 1887, le prix du kilo descend à
cette
zaines
production (1871-72).
Mais celle-ci reprend
grâce aux petits
planteurs européens et
aux micro-propriétés
polynésiennes, jusqu'en
600
400
1885.
300
-
200
-
100
-
0
I
1870
1875
1880
1—
1885
1890
1895
1900
1905
1910
Après i’échec de
W. Stewart en 1875, le
domaine est mis en
vente. Plusieurs
notables de Papeete
fondent alors une
société afin de le
racheter. Le coton
n’assurant plus des
profits suffisants, la
canne, à sucre
remplace. Une
le
“rhumerie" est même
construite. Pour bien
des habitants de Tahiti,
Atimaono évoque donc
plus la culture de la
111
LA FRANCE EN POLYNÉStE
Le temps de la nacre
et de la vanille
tude : autorisée de 1890 à
1892, son utilisation
traduit par un accroissement des rende¬
ments (656 tonnes en 1890, 607 en 1891), mais
se
la surproduction qui en découle a pour consé¬
cotonnières, à partir de 1885, entraîna l’une
quence une baisse sensible des cours (entre
1,25 et 1,50 franc le kilo). Les années 1900
sont
celles d’un profond marasme, les
connut
lement
Le déclin irréversible des
des
exportations
graves crises économiques que
la colonie. La balance commerciale
plus
accuse un
net fléchissement,
les exportations
tombant à 2,5 millions en 1886. Durant toute
la décennie 1880, les Établissements français
d’Océanie
seront
déficit.
en
L’économie
mondiale traverse elle-même une longue
période de baisse des prix, qui aggrave encore
la crise tahitienne. En fait, après le coton,
deux produits portent littéralement
l’économie des E.F.O.
:
la nacre et la vanille.
La nacre
le
les
cours
sont
faibles.
faut at¬
11
l’interdiction du scaphandre, un
rahui mieux suivi et une prise de conscience
tendre
plus grande chez les commerçants, pour que
l’exploitation reparte sur des bases plus
saines.
A
la veille de la
Première Guerre
mondiale, les exportations atteignent quelque
600 tonnes annuelles. Mais la nacre, qui avait
constitué jusqu’à 15% des exportations totales
de la colonie, n’en représente plus que
entre 1911-1914.
10%
souligner que cette production
entièrement sur le travail des Poly¬
nésiens, et les conséquences dans ce domaine
11 faut
déjà fait
l’objet, dans les lagons des Gambier et des
Tuamotu, d’une exploitation relativement
intensive et il y eut même des tentatives de
monopolisation de la part à'ari’i de Tahiti.
Bien qu’aucune statistique ne soit possible en
ce
qui concerne les perles naturelles, il
demeure que ce sont elles que les pêcheurs
recherchaient avant tout durant cette période.
Il faut attendre 1870 pour que l’huître - l’utili¬
sation de la nacre se généralisant - soit exploi¬
tée pour sa coquille.
Alors que, vers 1860, le kilo se vendait
0,10 franc, il atteignit de 0,30 à 0,60 franc vers
1870, puis 1 franc en 1875. Pendant les années
Avant
pêcheurs refusant même de descendre tel¬
Protectorat, la
nacre
a
repose
de l’intensification de la pêche de la nacre sont
immenses. De nombreux Paumotu, grâce à
elle, accèdent à des revenus satisfaisants et à
une aisance relative. Mais dans l’ensemble, les
effets sont négatifs, car la pêche accentue le
nomadisme des populations des atolls. Cela se
traduit par l’abandon des fosses de culture, et
dépendance accrue vis-à-vis de l’extérieur
(consommation de conserves, de riz).
Dépendance d’ailleurs délibérément
recherchée par les capitaines de goélettes
européens qui, par un système d’avances,
parviennent à s’attacher des villages entiers,
contraints de pêcher à leur seul profit. Enfin,
les difficultés liées à la pêche - d’autant que
l’on doit descendre toujours plus profond entraînent de graves dommages physiques
pour les pêcheurs (refroidissement, perte de la
vue, malaise des plongeurs ou taravana).
L’alcool, généreusement distribué par les
commerçants, contribue aussi à la dété¬
rioration physique de ces populations.
une
1880, les cours montèrent encore, se situant
1,75 et 2,25 francs, pour fléchir assez
entre
nettement au début des années 1890. Durant
30 ans, la nacre ne cessa donc de croître en
valeur absolue. En 1860, 200 000 francs furent
exportés, ce qui constituait alors la moitié du
total
des
exportations. La production
demeura stable jusqu’en 1876 où, avec 479
tonnes, les E.F.O. exportèrent 1 116 796
francs. Puis, la production se stabilisa autour
des 500 tonnes. On remarque une grande
variation annuelle dans les exportations, due
le plus souvent au simple retard d’un navire,
entraînant le report de la cargaison dans la
comptabilité de l’année suivante.
Une telle exploitation n’est pas sans
appauvrir dangereusement les lagons.
Consciente de ce problème, l’administration
coloniale ne publie pas moins de 12 arrêtés
pour réglementer la pêche. Mais aucun
gouverneur n’ose adopter la seule mesure qui
s’impose : la fermeture des lagons pour
plusieurs années. Trop d’intérêts sont enjeu.
Le budget local lui-même aurait été mis en
difficulté, la colonie percevant une taxe sur
chaque tonneau de nacre exporté. Aussi
n’adopte-t-on que des demi-mesures : on ne
peut commercialiser que des nacres d’un poids
supérieur à 500 grammes (1874-1877), puis à
400 grammes (1883-1889). On institue ce que,
par analogie avec d’anciennes pratiques, on
nomme
le rahui
:
certains atolls
ne
sont
pêche qu’à certaines époques de
l’année. Mais l’immensité de l’archipel ne
permet en aucune façon à l’administration de
veiller à l’application de ses décrets. Le
scaphandre est un nouveau sujet d’inquié¬
ouverts à la
112
Pirogues des pêcheurs
de nacres. La
concentration des
flottilles de pêche
s'explique par le
Ci-contre et à droite :
Ramasseurs de nacres.
Il faut descendre à de
autorise l’ouverture des
lagons. De ce fait, ceuxci s’appauvrissent
plus grandes
profondeurs à cause de
rapidement et les
nomadisme des
habitants des atolls des
Tuamotu au XIX= qui
vont d'île en île, au furet
à mesure que le rahui
ia raréfaction des
Paumotu deviennent de
huîtres, et ceci n’est pas
plus en plus dépendants
des commerçants
européens qui les
exploitent.
sans
occasionner de
graves dommages
physiques.
Refroidissement, perte
de la vue, taravana
éprouvent des
organismes fragilisés
par l’alcool, mode de
paiement trop souvent
utilisé.
Arrêté
Période
24 janvier 74
1874-77
30 octobre 77
1878-82
1883-89
24 janvier 85
31 mai 90
prohibé
nacre
marchande = 500 g
libre
Moyenne de ia
production (t)
320
460
pour enrayer la
surexploitation des
lagons. Mais elle n’a pas
les moyens de faire
respecter cette .
législation. Elle est de
plus elle-même trop
intéressée à
4 novembre 82
et
Régime
Tableau de la législation
nacrière de 1874 à 1890.
L’administration
coloniale fait des efforts
1890-92
prohibé
et poids = 400 g
nacre adulte
libre
scaphandre autorisé
306
614
l’exportation de la
nacre - dans la mesure
où le budget colonial
dépend des taxes sur les
exportations - pour
prendre les mesures
draconiennes qui
s’imposent.
UNE ÉCONOMIE VULNÉRABLE 1842-1910
La vanille
culture,
C’est également en cette fin du X1X'= siècle que
joue un rôle prépondérant dans
l’économie polynésienne. Introduite tardive¬
ment, on ne commence à percevoir son intérêt
que dans les années 1860. Et encore : en 1863,
un peu plus de deux hectares seulement sont
la vanille
consacrés à cette culture. En 1878, avec une
exportation annuelle d’une demi-tonne, la
vanille demeure une activité secondaire, après
la canne à sucre, voire le café.
Une forte demande née
sur
le marché
mondial, entraînant bien sûr une hausse des
cours, est la cause de la seconde “fièvre”
économique qui secoue les E.F.O. En 1874, on
compte 27 hectares de vanille à Tahiti, puis 61
en
1877. En 1879, sur 13 exploitations
modèles, visitées par une commission d’agri¬
10
se
livrent à cette culture, la
disparition du coton libérant terres et maind’œuvre. En 1880 la production atteint à peine
une tonne, mais 11 dix ans plus tard. Entre
1889 et 1892, la superficie plantée en vanille
double tous les deux ans. En 1902, les expor¬
tations de vanille rapportent plus que celles de
coprah, et à la veille de 1914, plus de 4 mil¬
lions de francs sont encaissés grâce aux ventes
de ce produit.
Cette progression est le fruit du travail
des
Polynésiens, car les Européens se
détachent après 1870 de cette culture, qui
demande une main-d’œuvre importante, et
préfèrent se tourner vers l’élevage et surtout
vers la cocoteraie. En revanche, les vanillières,
dans la
mesure
où elles assurent
un revenu
intéressant, attirent les Polynésiens, d’autant
qu’elles n’exigent que peu de travail physique.
et
ne
nécessitent
restreintes.
Les
que
des
superficies
opérations de préparation de la
nouvelles
préférant
vanille passent elles aussi en de
mains. Le producteur polynésien
sa
vanille verte, les commerçants
chinois la font sécher et la revendent aux
vendre
grossistes de Papeete. Mais, cueillie trop verte
par des Polynésiens désireux de payer au plus
vite leurs dettes, préparée hâtivement par des
commerçants trop pressés, la vanille se
déprécie à vive allure. De plus, la surpro¬
duction des gousses épuise les plants. En 1916,
seulement 10% des vanillières des îles du Vent
état. Une fois de plus, la
spéculation qui avait fait naître une
production la menaçait, car, pas plus que le
coton, la vanille n’avait su générer
d’authentiques planteurs.
sont encore en bon
Ci-contre et en bas :
Séchage de la vanille.
Le soin apporté à cette
opération est primordial
pour la réputation
internationale de ce
produit et donc pour
l'établissement des
La qualité de la
vanille dépend
également de l'état des
plantations qu'une
production intensive
a épuisées sans que l'on
ait songé à les
cours.
reconstituer.
113
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
La mise en place
de la cocoteraie
les îles polynésiennes
de cocotiers bien avant le
XIX' siècle, mais l’utilisation de l’huile de
noix de coco en vue d’une exportation ne
commença que dans les premières années de
ce
siècle. On a vu l’importance que le
commerce de cette huile put prendre dans les
années qui précédèrent l’établissement du
Protectorat français (1842). La situation
demeura inchangée au cours des deux
décennies qui suivirent.
Il est évident que
étaient pourvues
années
les
Durant
1850, l’île d’Anaa
(Tuamotu) est le premier centre d’exporta¬
tion
:
la seule année 1854 voit l’île exporter
quelque 130 tonnes d’huile pour une valeur de
150 000 francs. Peu d’atolls, à cette époque,
suivent son exemple,
à l’exception de
Takaroa, Takapoto et Niau. Au cours des
années
apogée
1860,
ce
commerce
connaît
son
en
1862, le chiffre record de
600 000 francs d’huile exportée est atteint.
:
Mais cette production et son commerce
appellent deux remarques. La première est
qu’à cette époque, il n’y a pas à proprement
parler de culture du cocotier : dans les îles
hautes (Société, Marquises), le ramassage des
noix s’apparente encore à une économie de
cueillette, telle qu’on l’a décrite pour les
oranges.
Seules les îles des Tuamotu
mentionnées disposent peu à peu de réelles
plantations. La seconde remarque porte sur la
qualité de l’huile proposée. Le produit est
d’une qualité médiocre, et à partir des années
1870, il commence à ne plus trouver preneur
sur les marchés européens. L’huile laisse place
désormais au coprah. Le coco, découpé puis
séché sous forme d’amande, va peu à peu
envahir les marchés européen
et nordaméricain. Cet apport technique marque le
début de la seconde “révolution agricole” des
îles polynésiennes.
grandes superficies découragent les uns et les
autres. Bien peu enfin disposent dans les
années 1860 du capital nécessaire. Aussi, en
1865, l’enquête agricole officielle révèle-t-elle
que 37 exploitations seulement possèdent,
entre autres cultures, une cocoteraie. Le total
recouvre
une
superficie de 23 hectares !
L’enquête de 1884 estime, toujours pour l’île
de Tahiti, que plus de 2 270 hectares sont
exploités en cocoteraie. Même si ce chiffre
englobe les cocotiers sauvages, la différence
est éloquente. Le seul district d’Afaahiti met
en place, autour de
1882, 750 hectares de
cocoteraie.
La facilité très grande de stocker le
coprah (et de ne le céder qu’au bon moment),
les cours élevés de ce produit sur les marchés
d’Europe attirent les planteurs. Nombreux
sont ceux qui ont retiré du coton et de la
vanille
de
substantiels
profits qui ne
demandent qu’à être investis. Or la cocoteraie
apparaît alors comme le placement idéal. Par
une
active
propagande, l’administration
coloniale ne manque pas de le rappeler. De
plus, l’élevage peut parfaitement se conjuguer
avec la cocoteraie, et ni l’une ni l’autre de ces
activités
atolls
des
îles.
compris aux
différente.
Cultures vivrières et cultures spéculatives ont
longtemps détourné les producteurs, tant
européens que polynésiens, de la cocoteraie.
Les sept années nécessaires à l’attente de la
première récolte, la nécessité de disposer de
Dans
Marquises,
les
la
îles
hautes,
situation
y
est
une
main-d’œuvre
rôle déterminant. En cette fin du XIX'
siècle, être “propriétaire”, pouvoir “vivre de
terres”, demeure pour beaucoup
d’Européens, surtout français, le signe de la
réussite sociale. Il n’est donc pas étonnant que
la nouvelle bourgeoisie “demie”, en train de se
constituer, qui jusque-là tirait ses principaux
revenus du négoce, se soit mise à acquérir de
grandes propriétés et à immobiliser le capital
nécessaire. Il faut alors souligner que les
ses
cocoteraies
se
constituent
au
détriment des
petits cultivateurs polynésiens, restés au stade
de la micro-propriété. Une nouvelle phase de
l’économie polynésienne s’ouvre : un nombre
croissant de Polynésiens se trouve appelé à
mettre
en
valeur
les
cocoteraies
d’une
bourgeoisie essentiellement urbaine. De plus,
les conflits en matière foncière s’accroissent et
sont aggravés encore par la reprise démogra¬
phique qui commence à se dessiner.
La cocoteraie
polynésienne ne devient
réellement productive
que lorsque les îles
hautes se dotent de
véritables plantations ;
ce sera le cas entre
1880 et 1900.
Les cyclones que
connut l’archipel des
Tuamotu portèrent un
préjudice considérable
jeunes cocoteraies,
aux
surtout en 1878, alors
que dans certains atolls
on venait juste de
planter et on attendait
ies premières récoltes.
En 1903, certains atolls
furent très éprouvés,
comme Hao dont “un
grand nombre de
tirent
parti les
premiers de cette demande de coprah. Il est
vrai que le choix des cultures était par ailleurs
restreint. Rangiroa et Fakahina se dotent à
leur tour de cocoteraies, entre 1865 et 1870.
Mais, avant même la première récolte, le
cyclone de 1878 leur porte un rude coup. En
1887, Hao et F'angatau créent leurs premières
cocoteraies, et les années 1890 voient les atolls
de l’est se mettre également à planter, encou¬
ragés par les missionnaires catholiques.
L’essentiel de la cocoteraie paumotu est donc
mis en place entre 1880 et 1900. Un trait la
caractérise : elle est la propriété pleine et
entière des populations polynésiennes de ces
Tuamotu
demandent
Un facteur psychologique joue également
un
La création des plantations
Les
ne
nombreuse.
cocotiers furent
arrachés par le vent ou
brisés par les vagues de
l’océan en furie”. A
Napuka, tous les arbres
furent déracinés ainsi
qu’à Raroia, Takume et
surtout Rangiroa. Il en
fut de même en 1905 et
en 1907.
TERRIBLE CYCLONE A TAHITI. — NOMBREUSE® VICTIMES
UNE ÉCONOMIE VULNÉRABLE 1842-1910
Une production irrégulière
connaissent aussi de très graves dépressions
Les exportations de coprah ne cessent de
croître dans les E.F.O. mais Tahiti et les îles ne
années 1890 tourne à plus
tropicales, voient la production chuter à
3 400 tonnes en 1907, alors que la moyenne des
parviennent cependant à exporter qu’un peu
moins que les Samoa et seulement l’équivalent
de la moitié de la production tongienne. Les
cyclones causent des dommages très
importants : ainsi la production tombe de
3 000 tonnes ( 1876) à 1 189 tonnes ( 1879) à la
suite du cyclone de 1878. Les années 1900, qui
de 5 000 tonnes.
Dégâts cependant plus spectaculaires qu’irré¬
médiables puisque, dès 1911, la colonie est en
mesure d’exporter 8 683 tonnes ! Par contre,
les années de sécheresse entraînent la multi¬
plication des parasites du cocotier et affectent
plus sérieusement les récoltes que la
prolifération de rats menace également.
En dépit de ces handicaps, le coprah
première exportation des Éta¬
français d’Océanie. De 14% en
1880, il représente, à partir de 1900, quelque
40% des exportations totales. Une époque
faste
s’ouvrir pour Tahiti.
semble
La
découverte de phosphate à Makatea, dont
l’exploitation débute en 1911, vient ajouter
d’importants revenus et la balance com¬
devient la
blissements
merciale,
ment
les
de
1902
records
avec
excédentaire.
2 544 000 francs.
à
1914, est constam¬
L’année
un
1913 bat
solde
positif
tous
de
aSyk ‘v. X
Séchage du coprah.
Jusque dans les années
1870, Tahiti et les autres
archipels pressent
A droite :
Production de coprah
aux Samoa en 1899.
directement leur huile.
Mais, un agent allemand
d’une compagnie de
commerce installée aux
Samoa ayant trouvé un
procédé plus
avantageux, c'est
désormais du coprah
que l’on produit par le
seul découpage et
séchage des noix de
coco.
Les atolls, tel celui de
Pinaki que découvrit
Wallis, n'étaient pas
seulement des anneaux
de coraux dépourvus de
végétation, comme en
témoigne la présence
des grands tau
centenaires et de
cocotiers.
Avant le Protectorat,
déjà quelques
plantations de cocotiers
avaient été réalisées. A
partir de 1860, des
cocoteraies furent
systématiquement
créées dans les
Tuamotu de l’ouest.
Entre 1880 et 1900, le
mouvement gagna l’est
de l’archipel. Dessin
original de S. Wallis.
115
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
Tahiti et le monde
extérieur
Le succès des
étroitement
est
les sociétés étrangères d’effectuer les liaisons à
l’intérieur d’une de
résultat inverse
plantations polynésiennes
lié
au
désenclavement
de
:
colonies aboutit
années
1850 voient Tahiti
le commerce interinsulaire
dizaine
de
demeure en dehors de tout contrôle, pour le
plus grand bénéfice des sociétés américaines,
australasiennes et allemandes.
Tahiti. Sortir l’île de son isolement, la relier
des lignes
par
régulières
mondiaux de
centres
aux
principaux
consommation, telle
aurait dû être la volonté de l’administration
coloniale, mais des préoccupations politiques
plus qu’économiques firent que cette
priorité ne fut reconnue que tardivement.
Le commerce interinsulaire
annuel, les menant au port de Papeete. Les
au
ses
se
doter d’une
goélettes capables de relier
l’Australie
et
l’Amérique. On retrouve
J. Brander, A. Hort, la société Chapman and
Turner parmi les armateurs. En fait, il n’existe
pas à cette époque de délimitation bien nette
Les grandes lignes maritimes
entre les trafics interinsulaire et international.
Une telle situation se retrouve dans les liaisons
par voilier est tentée, et la situation n’évolue
internationales. Il est vrai que tout est encore à
créer
en
ce
Tahiti.
Sous
grands
domaine, lors de l’annexion de
le
Protectorat,
seuls
voiliers accomplissent
un
quelques
voyage
En 1863, une
première liaison régulière
guère au cours des années 1870, si ce n’est au
détriment de Tahiti, dans la mesure où de
nouvelles lignes se créent passant par Pago
Pago, Hawaii et Guam. En 1883, une ligne de
navires à vapeur dessert San Francisco-
Si les îles du Vent sont les principaux centres
production des E.F.O. en cette seconde
du
XIX'= siècle, l’importance
économique des archipels n’est pas né¬
gligeable. Les commerçants européens y
font, loin des yeux de l’administration, les
opérations les plus fructueuses, profitant de la
de
moitié
méconnaissance
des habitants quant aux
réels de leurs productions. C’est dire que
cours
les navires ne manquent pas pour s’aventurer
jusqu’aux plus lointaines îles des Tuamotu.
L’anarchie qui régnait au temps de
Moerenhout et des premiers capitaines de
goélettes a laissé la place à un début de
monopole, détenu par les principaux
négociants de Papeete. Dans les années 1860,
Alfred Hortet John Brander rivalisent encore
aux
Tuamotu, mais dans la décennie suivante,
J. Brander, avec ses cinq goélettes, mérite seul
son surnom
face
de “roi des îles”.
Son monopole s’écroule à partir de 1880,
l’implantation de sociétés commer¬
aussi
puissantes que Crawford,
à
ciales
(États-Unis), et surtout la Société
Maxwell
commerciale de l’Océanie (Allemagne). Cette
dernière
réussit la
percée la plus specta¬
culaire : avec ses neuf navires, dont un à
vapeur, elle assure l’exclusivité des liaisons
avec les Marquises et les îles Sous-le-Vent. Le
temps des capitaines de goélettes indé¬
pendants est bien révolu, même si Émile Lévy
contrôle encore les Gambier.
De cette situation, il résulte une irrégula¬
rité totale dans les liaisons avec les archipels,
et
surtout
un
assujetissement inacceptable
des planteurs et des producteurs des îles vis-à-
vis de
ces
puissantes sociétés. L’administra¬
tion coloniale est saisie par le Conseil général
de ce problème à la fin de 1889. Mais il faut
attendre
Croix
1897 pour
du
qu’un petit steamer, la
Sud, desserve régulièrement les
archipels. La disparition, en 1902, de ce
navire, aux Tuamotu, rend aux sociétés
privées, presque toutes étrangères, le
monopole du trafic avec les “dépendances”
Les gouverneurs tentent de se dégager de
pareille situation, mais les réformes qu’ils
veulent introduire
se heurtent au refus de
Paris de confier la desserte officielle des îles (y
compris pour le service postal), à une société
étrangère. Il faut donc s’en remettre aux
dizaines de goélettes- et de cotres de quelques
dizaines de tonneaux, contrôlés par les
négociants de Papeete pour gagner les îles, et
ce n’est
qu’en \9\3q\xe,\&\a,ipe.\ir Saint-Michel
établit des liaisons officielles régulières. Le
souci du gouvernement français d’empêcher
116
San Francisco devient
dans les années 1860
une
plaquecommerciale
importante pour
l’Océanie. Les lignes
maritimes ont alors pour
point de départ non plus
Valparaiso mais la
métropole nordaméricaine. Des
maisons de commerce
soutenues par les
banques de
San Francisco
s'établissent dans tout
le Pacifique, et une
grande partie du trafic
insulaire prend la
destination des ÉtatsUnis. Après 1880,
San Francisco assure
50% des échanges avec
les E.F.O.
Voiliers dans le port de
Papeete en 1880. Tahiti
souffre de sa position
excentrée dans le
Pacifique Sud. Alors que
l’archipel des Tonga est
desservi dès 1887 par
trois lignes de vapeur,
les E.F.O. ne peuvent
compter que sur des
voiliers lents,
inconfortables et
irréguliers, qui restent
trop souvent “en panne
dans la vaste solitude
du Pacifique".
Page de droite :
La Croix du Sud est un
petit vapeur qui dessert
les archipels à partir de
1897. C’est le pasteur
Viénot qui parvient à
trouver les fonds
nécessaires à l’achat de
ce
petit bâtiment
commandé par
A. Pagan. Il devait
s’éventrer le 27 mai
1902 sur les récifs
d’Apataki.
UNE ÉCONOMIE VULNÉRABLE 1842-1910
Sydney, via Auckland.
On prend enfin conscience que la
position excentrique de Tahiti risque de ruiner
le développement de la colonie, si on ne
parvient pas à la rattacher à l’une de ces lignes
étrangères. Or toute solution va se heurter une
fois encore au refus politique de la Métropole.
L’emprise américaine étant jugée trop forte, il
faut
empêcher Tahiti d’intensifier son
commerce avec San Francisco, même si ce
port apparaît comme le débouché naturel de
la
colonie.
La volonté de
relier les deux
du Pacifique, la
Nouvelle-Calédonie et les E.F.O., pourtant
non complémentaires, fait que l’on entend
possessions
françaises
Le vapeur américain
Mariposa de l’Ocean
Steamship Company
jauge 3 200 tonneaux. Il
n'entre en service qu'en
1906, sur la ligne
Papeete-San Francisco.
ouvrir une ligne par l’ouest. En 1886, un petit
néo-zélandais dessert Papeete au
départ d’Auckland. Mais en dépit de ces
efforts, dix ans plus tard, un gouverneur peut
vapeur
écrire : “Tahiti meurt de son isolement”.
Tandis que, dans le
Pacifique, de
puissants vapeurs relient les principaux ports
de commerce, desservant l’Océanie anglosaxonne
et allemande,
les E.F.O. s’enfoncent
dans un dangereux engourdissement. On a vu
pourtant que coprah, vanille et nacre offrent
fret suffisant pour alimenter une desserte
régulière. Mais la peur de voir Tahiti devenir
la proie des étrangers fait échouer longtemps
un
toute
tentative
réelle.
En
1896 enfin,
on
autorise
l’Union Steamship Company
(U.S.S.C.) néo-zélandaise à desservir
Papeete, à partir d’Auckland. Dix ans plus
tard, ce sont toujours les lents et irréguliers
voiliers qui continuent d’assurer une liaison
vers l’Amérique, cependant si nécessaire au
développement des E.F.O.
En 1906, un vapeur de 3 200 tonneaux, le
Mariposa, est enfin lancé entre la colonie et
l’Amérique. Simultanément, l’U.S.S.C. met
en service de puissants vapeurs de 4 000 ton¬
neaux. Ces nouvelles dessertes, régulières et
rapides, donnent un coup de fouet aux
exportations des E.F.O. qui se multiplient par
deux, puis par quatre, entre 1906 et 1914.
La
Maripom au Port de PAPEETE (Tahiti)
Et ce sont des raisons
plus politiques
qu'économiques qui
expliquent le retard
apporté au réglement du
problème de
désenclavement de la
colonie. Il en coûte à
celle-ci 156 000 francs
par an de subventions à
la compagnie et 400 000
francs au gouvernement
américain. En 1912, le
Mariposa cesse ses
traversées lorsque la
compagnie rivale,
l’Union Steamship
Company de Nouvelle-
Zélande, met en service
deux puissants vapeurs,
le Maitai et le Aorangi.
117
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
Les partenaires
économiques
des E.F.O.
Les appréhensions du gouvernement
français quant à une éventuelle mainmise
économique de sociétés étrangères sur sa
colonie océanienne n’étaient pas aussi dénuées
de fondement qu’il pourrait paraître au
premier abord. L’étude des différents inves¬
tissements
montre
qui s’effectuèrent dans la colonie
combien la France était alors mal
implantée dans cette partie du monde.
Sociétés commerciales
et bancaires
premier investissement “étranger”
important réalisé à Tahiti, en 1864, au temps
Le
du Protectorat, est celui de la Tahiti Cotton
and Coffee Plantation Company, en 1864.
W.
1
Stewart
500
000
dispose
francs
et
dès
sa
son arrivée de
société dépense
1 296 525 francs supplémentaires en achat de
matériel. A cela s’ajoute encore une somme de
1
862 832 francs constituant les salaires de
l’ensemble du
personnel. C’est donc près de
5 millions qui sont investis dans la colonie. Or,
capital est de provenance anglaise et
portugaise, et aucune société française
n’apparaît liée à ce projet.
ce
Au cours des années
1870, de tels inves¬
tissements importants sont rares : les colons
d’origine anglo-saxonne semblent avoir été les
seuls à se risquer en Polynésie orientale, mais
pour importante qu’elle fût, la fortune d’un
Brander ou d’un Flort est toute relative. Les
années 1880 voient l’intrusion de puissantes
sociétés commerciales américaines et néozélandaises qui commencent à établir des
comptoirs à Papeete. A l’image de la Société
commerciale
de
l’Océanie
(S.C.O.),
ces
sociétés sont appelées à jouer un rôle majeur
dans l’économie de la colonie.
En
1876, la Scharf und Kayser commence
La Banque de l'IndoChine. Les E.F.O. ne
disposent d’aucun
établissement bancaire
si ce n’est la Caisse
agricole, fondée en
1863. Cet organisme, qui
n’a pas privilège
d’émission, s'avère
insuffisant et, en 1883,
on
parle d’une "Banque
de Ta'iti". Mais ce projet
est laissé sans suite, de
crainte que les capitaux
étrangers n’y deviennent
majoritaires. Il faut
attendre 1904 pour que
la solution soit trouvée :
une succursale de la
Banque de l’Indo-Chine
est ouverte à Papeete.
Elle acquiert le
privilège d’émission
en
1905.
Page de droite :
Les îles Fidji. Dans cette
seconde moitié du XIX'
siècle, toute l’Océanie
est devenue un marché :
les îles offrent sucre,
coton, coprah, café et
vanille. Les Fidji sont
annexées en 1874 par la
Grande-Bretagne, et les
capitaux australiens
encouragent le
développement de cet
archipel qui
concurrence, pour sa
production sucrière, les
îles Flawaii.
Entrepôts de la Société
commerciale de
l’Océanie à Ralatea.
Cette société allemande
commence ses activités
dans les E.F.O. en 1870
et s’affirme comme la
première compagnie de
la colonie. L’importance
de son implantation à
Raiatea, île qui échappe
à la législation
française, explique en
partie l’annexion desîles
Sous-le-Vent en 1888.
Mais la S.C.O. est aussi
très bien implantée à
Tahiti.
118
UNE ÉCONOMIE VULNÉRABLE 1842-1910
à investir en Polynésie, en rachetant des usines
à sucre, des terres, des cotres et des goélettes à
des
débiteurs
en
difficulté.
La
société de
Hambourg, devant l’importance croissante de
cette
branche d’activité, crée la Société
commerciale de l’Océanie, dont le capital,
exclusivement allemand, est porté à
1 400 000 marks. Après quelques années
difficiles, la S.C.O. va de succès en succès et, à
la veille de la Première Guerre mondiale, on
estime qu’elle contrôle les deux tiers du
coprah et le tiers de la vanille sur le marché de
Papeete. Les avoirs de la société, à cette date,
s’élèvent à plus de 2 millions de francs dans la
seule colonie, auxquels il faut ajouter quelque
700 000 francs de prêts consentis à des
personnalités, des négociants, des planteurs,
voire à des districts ou à des coopératives. Les
gouverneurs
de Tahiti réalisèrent vite
combien cette société contrôlait l’essentiel des
rouages économiques de la colonie.
La
déclaration de guerre de 1914 sera l’occasion
inespérée de saisir les biens de cette trop
puissante société étrangère.
Avant 1914, une seule société réunit
également des capitaux considérables ; la
Compagnie française des Phosphates de
l’Océanie, Fondée en 1907, elle dispose d’un
capital initial de 125 000 francs, fourni essen¬
tiellement par la Pacific Phosphats Company.
La richesse du gisement conduit rapidement
les directeurs à élargir leur capital initial : en
1909, celui-ci est porté à 6 000 000 francs, puis
Chine à Papeete - il faut répondre par l’affir¬
Il n’est donc pas étonnant que la
mative.
France
demeure
absente
du
courant
d’échanges qui se met en place au X1X'= siècle
entre les E.F.O. et
le monde extérieur.
Les partenaires commerciaux
De 1870 à
E.F.O. est
1914, 60 à 70% du commerce des
accaparé par quatre pays : les
États-Unis d’Amérique, la Grande-Bretagne,
l’Australie et l’Allemagne.
Les États-Unis apparaissent comme le
premier partenaire commercial ; le port de
San Francisco fournit près de 50% des besoins
de la colonie française. Les denrées alimen¬
taires et le bois de construction sont les deux
secteurs
clés
:
de
leur
côté, les E.F.O.
coprah et vanille. Les échanges
demeurent longtemps inégaux, et il faut payer
en numéraires nombre d’importations améri¬
caines. Lorsque les lignes de navigation
deviennent
enfin régulières, les E.F.O.
fournissent
peuvent accroître leurs exportations en cette
direction : elles passent de 30 à près de 60%, de
1870 à 1914.
partenaire des Établis¬
français d’Océanie est l’Empire
britannique. Les statistiques de l’époque ne
nous
permettent guère de dissocier la
métropole anglaise de ses colonies du
Pacifique : Australie et Nouvelle-Zélande. Les
importations ne cessent d’augmenter : de 5,2%
en 1875, elles atteignent 30,2% à la veille de la
guerre de 14-18. Les steamers néo-zélandais
apportent tissus de Liverpool, quincaillerie et
faïence anglaises, mais aussi viandes sur pied
d’Australie, conserves de viande et beurre salé
d’Auckland, sucre des Fidji. Successivement,
la colonie exporte vers ces pays des oranges,
de la nacre, du coprah et enfin des phosphates.
Tout au long du XIX'’ siècle, le marché anglais
est celui qui offre les cours les plus intéres¬
sants pour la nacre et le coprah. Il n’est donc
pas étonnant que Tahiti, où le négoce est
dominé par des Anglo-Saxons, exporte ses
Le
deuxième
sements
à 11 millions en 1911. Parmi les actionnaires,
Anglo-Saxons dominent largement, mais
du financement allemand se monte
également à plus d’un million.
Peut-on en conclure que les capitaux
français sont absents des E.F.O. tout au long
les
la part
du XIX'= siècle ? Avant 1904 - date de l’instal¬
lation d’une succursale de la Banque d’indo-
119
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
meilleurs produits vers Liverpool et Londres.
Le
avec
commerce
l’Allemagne
ne
connaît pas de résultats aussi spectaculaires.
Néanmoins, des navires de haut tonnage font
plein de coprah, de nacre et de
vanille, qui trouvent preneurs à Hambourg, à
à Tahiti le
des
cours
très
intéressants.
L’absence
de
liaisons régulières freine cependant l’établis¬
suivies, en dépit de la
forte pénétration des sociétés allemandes à
Papeete.
La part du commerce restant à la France
est dérisoire : les importations ne représentent
que 15 ou 20% des importations totales. Vins
sement
des relations
et alcools fournissent à eux seuls la moitié des
produits français en vente dans la colonie.
Quelques articles de luxe constituent le reste :
réservés à une clientèle d’abord française, ces
produits sont consommés par une petite élite.
Tahiti et les archipels exportent encore moins
qu’ils n’importent vers la Métropole : guère
plus de 10% des exportations totales. A la
faveur de quelques voiliers de Bordeaux, de la
vanille et de la nacre polynésiennes échouent à
Marseille
ou
au
ridiculement bas.
Havre, et le trafic demeure
notoire que ce ne sont pas des
économiques qui conduisirent la
France à s’implanter en Polynésie orientale.
Elle n’avait, en cette partie du monde, aucun
intérêt économique à protéger, alors que
l’Empire britannique était solidement
implanté dans le Pacifique et que l’Allemagne,
dernière venue des puissances européennes en
11 est
raisons
Océanie, tissait un remarquable réseau com¬
mercial, portant ombrage au monopole
exercé jusqu’alors
par
l’Angleterre. La
France, qui ne possédait ni société ni compa¬
gnie de navigation, n’était pas de taille à lutter.
Le désirait-elle vraiment ? Par les taxes et les
prélèvements de toute sorte que son adminis¬
tration imposa, les budgets locaux parvinrent
à s’équilibrer, et la Métropole put peu à peu
diminuer les subventions qu’elle allouait à
cette
colonie du bout du monde. Si Tahiti ne
rapporta guère, les Établissements français
d’Océanie ne coûtèrent guère non plus.
Exportations des E.F.O. par pays de destination
pourcentage des exportations totales de 1875 à 1913.
Les sociétés anglo-
en
disputent à la
S.G.O. son hégémonie
saxonnes
commerciale, que ce
soit la société Maxwell
qui a ses locaux à côté
de ceux de l'Union
Steamship Company, ou
la Turner and Chapman,
la A, Crawford
Company, la maison
A.B. Donald Limited,
connue à Tahiti sous le
nom de Donald and
Edemborough...
L'Union Steamship
Company, en
établissant la seule
ligne régulière par
steamer entre Tahiti et
l'Australasie, devient
très vite un agent
économique de premier
ordre, surtout après la
disparition de la S.C.O.
en
1918.
Les exportations des
E.F.O. par pays de
destination, de 1875 à
1913. Ce graphique
montre l'importance
croissante du marché
américain dans le
commerce des E.F.O.
La
Grande-Bretagne (et
colonies) bénéficie
d'une bonne partie des
exportations. Si on
ses
assiste à une
augmentation des
exportations vers la
France, celles-ci
demeurent cependant
dérisoires.
120
•
CHILI
ALLEMAGNE
FRANCE
GRANDE-BRETAGNE et COLONIES DU PACIFIQUE
ÉTATS-UNIS
années
8 Une économie coloniale
1910-1962
A la veille de lapeut
Première
Guerre
mondiale,L’agriculture,
l’économie des
français
paraître
florissante.
qui Établissements
fournit l’essentiel
des
d’Océanie
revenus de la colonie,
est largement excédentaire. La pêche à la nacre et les débuts de
l’exploitation des phosphates de Makatea renforcent cette image de prospérité. En
réalité, l’absence d’industries de transformation maintient le pays dans une
dépendance qu’aggravent encore les problèmes majeurs qui ne sont toujours pas
résolus : le manque de main-d’œuvre, l’indivision du patrimoine foncier et l’isolement.
Sur ce dernier point, l’ouverture du canal de Panama n’apporte aucune amélioration
notoire, et il faut attendre 1922 pour qu’une ligne maritime régulière soit établie avec la
France.
Ces conditions économiques fragiles vont se maintenirjusqu’en 1960, et il semble
qu’aucune leçon n’ait été tirée du siècle précédent. En effet, la recherche du profit
immédiat prend toujours le pas sur les projets à long terme et les investissements.
Après la canne à sucre et le coton, on assiste au déclin de la vanille, au vieillissement de
la cocoteraie, puis à l’épuisement des stocks de nacre et de phosphate, sans qu’une
véritable
politique économique soit engagée afih d’opérer une éventuelle
reconversion. Or, les E.F.O., qui continuent à vivre de l’exploitation de leurs ressources
naturelles et à importer la plupart des produits de consommation, demeurent dans un
inquiétant état de dépendance. Soumis aux aléas de l’économie mondiale, qui ouvre
ferme les marchés, influence les cours des matières premières, régule les liaisons
maritimes, ils sont dans l’obligation d’exporter pour se procurer ce qu’ils ne produisent
pas sur place et assurer l’équilibre de leur balance commerciale.
A économie coloniale, société coloniale... Les Européens et les “grandes familles”
“demies” tiennent le haut du pavé, exploitant de vastes domaines ou dirigeant de
prospères maisons de commerce. Cependant, on assiste à l’irrésistible ascension de la
communauté chinoise qui s’empare peu à peu de l’essentiel du commerce local. Les
Polynésiens quant à eux demeurent pour la plupart liés aux activités traditionnelles :
agriculture, pêche, ramassage du coprah... Certains deviennent plongeurs de nacre,
activité pénible, mais de bon rapport ; d’autres se rendent à Makatea où ils découvrent
les contraintes d’un travail policé, aux rythmes imposés et aux horaires stricts.
La Polynésie française se prépare ainsi lentement aux bouleversements qui
l’attendent au tournant des années soixante, et dont personne ne prévoit encore
l’ampleur. En effet, l’arrivée du C.E.P. marque le début d’une ère nouvelle, au cours de
laquelle, suivant la formule dont les temps contemporains font bonne consommation,
“plus rien ne sera comme avant”.
ou
Les exportations des
E.F.O.-Polynésie
française de 1913 à 1959.
Sources : J.O.P.F.
■•^3
1916
Q
1921
1933
1910-1960 :
réconomie
de traite
Durant le demi-siècle qui s’écoule de 1910
à 1960, l’espace polynésien français s’ouvre de
plus en plus largement au commerce interna¬
tional tout en restant prisonnier des structures
économiques de type colonial héritées du
XIX® siècle.
Il n’en est pas moins vrai que les E.F.O.
apparaissent comme une possession plutôt
prospère au sein de l’Empire français.
Une économie coloniale
A l’aube de la Première Guerre mondiale, les
E.F.O. affichent une vocation essentiellement
agricole. L’archipel a su en effet développer un
secteur vivrier important et, s’il demeure défici¬
taire en produits animaux et en farineux, il
exporte du coprah, de la vanille et, dans une
moindre mesure, du café, des agrumes et de
l’huile de coco. Au total, la balance agricole
est largement excédentaire, comme elle le
restera tout au long de cette période. Une
vocation agricole qui ne doit cependant pas
faire oublier les deux autres richesses de la
colonie : la pêche à la nacre et surtout l’exploi¬
tation des phosphates de Makatea qui prend
de l’ampleur au point de détrôner certaines
années le coprah à la tête des exportations.
Pourcentage (en valeur)
des exportations pour
chaque produit. Pour
chaque année de
référence, les produits
sont rangés par ordre
d’importance au niveau
des exportations.
^ggg
23
15
46
35
15
39
42
%
La banque Chin Foo, à
l'angle de la rue Cardella
coprah
vanille
café
phosphates
nacre
divers
(surtout curios)
et du front de mer
(actuel immeuble
Sincère), fondée en
1924, ne résista pas à la
Grande Dépression de
1930. Chin Foo
(1879-1958), par son
dynamisme et son sens
des affaires, réussit à
surmonter la Crise.
Celle-ci, en faisant
s’effondrer les cours des
produits d'exportation,
mit une fois de plus en
évidence la fragilité
économique de la
colonie.
121
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
En fait, nous avons là la première étape
d’une économie de traite dans
laquelle les
E.F.O. ne vont que s’enfoncer davantage jus¬
qu’aux années soixante. La colonie en effet est
productrice de matières premières agricoles
ou industrielles, sans que l’on songe à dévelop¬
per sur son propre sol de véritables structures
de transformation de
ses
liaisons avec l’Europe sont suspendues ou dif¬
férées, les échanges continuent dans le Paci¬
fique. Du fait de la pénurie mondiale, les pro¬
duits prennent de la valeur, et l’on arrive au
résultat surprenant d’un solde commercial
créditeur record de 3,8 millions de francs en
1916. États-Unis, Nouvelle-Zélande et Aus¬
tralie sont alors nos prineipaux partenaires.
Derrière ces chiffres prometteurs se cache
pourtant un malaise qui éclate au lendemain
du conflit. Le retour à la paix a engendré une
normalisation des échanges
richesses. Dans le
même ordre d’idées, la fragilité de l’économie
interne, conjuguée à l’exiguïté du territoire, à
son
éloignement et au manque d’initiatives
locales, rend les E.F.O. incapables de fabri¬
quer les produits manufacturés dont ils ont de
plus en plus besoin.
Exportation de matières premières,
importation de produits finis, le fatidique cer¬
cle vicieux de la dépendance se referme ainsi
sur la colonie. Cette dépendance est accentuée
par le problème des échanges. Les Établisse¬
ments français de l’Océanie ne disposent pas
de leur propre flotte de commerce - en dehors
des relations interinsulaires et sont obligés de
faire
appel aux compagnies maritimes
métropolitaines ou étrangères. Ils ne maîtri¬
sent donc pas davantage l’écoulement de leur
production. Notons que ces échanges, d’abord
circonscrits au Pacifique, se développent avec
la France, qui devient vers 1930 le partenaire
privilégié qu’elle ne cessera d’être depuis,
excepté lors de la Seconde Guerre mondiale.
Cette même dépendance se marque dans
les faits par une extrême sensibilité aux sou¬
bresauts qui secouent l’économie de la
planète. La colonie vit au rythme des fluc¬
-
tuations
cours
de
monétaires
ses
et
des variations
des
produits d’exportation. C’est
ainsi qu’elle est durement frappée par les crises
1921 et de 1929. C’est ainsi également
qu’elle a pu recueillir les fruits de la prospérité
des années vingt.
Une exception toutefois à ce schéma
apparaît lors des deux guerres mondiales. Mis
à part le bombardement de Papeete et la
présence, de 1942 à 1945, des Américains à
Bora Bora, celles-ci n’ont pas réellement
touché les E.F.O. Par contre, elles ont permis
à la colonie, du fait de la raréfaction et du ren¬
chérissement de certains produits, de réaliser
de bonnes opérations commerciales.
de
Attardons-nous en dernier lieu sur l’évo¬
lution générale du commerce extérieur. Nous
constatons que celui-ci affiche, tant en valeur
qu’en tonnage, une progression qui s’affirme
surtout à partir de la Deuxième Guerre mon¬
diale. Mais cette progression amène la colonie
à se découvrir. A partir de 1948, sa balance
commerciale
ne
cesse d’être déficitaire
atteint un déséquilibre alarmant en 1958.
et
Il convient à présent de reprendre les
principaux événements qui ont marqué la vie
économique des Établissements français de
l’Océanie.
Crises, prospérité et somnolence...
L’ouverture,
en
1914, du canal de Panama
laisse espérer une très sensible amélioration
des
mouvements
commerciaux
entre
les
E.F.O. et la Métropole, mouvements jusqu’a¬
lors réduits à leur plus simple expression. La
Première Guerre mondiale ruine naturelle¬
ment
122
cette
espérance.
Cependant, si les
Les principaux
global des échanges
commerciaux des
(importations -|exportations) et des
exportations vers les
partenaires
E.F.O.-Poiynésie
française de 1913 à 1959.
Sources : J.O.P.F. Pour
chaque année, on a
l’indication des
importations, du volume
commerciaux
différents pays.
Pour l'Angleterre, seule
l’année 1913 est
représentée, car par la
suite les échanges avec
pays se sont
effondrés.
En ce qui concerne les
ce
échanges avec le Japon,
il s’agit essentiellement
de l’exportation des
phosphates.
mondiaux et la
UNE ÉCONOMIE COLONIALE 1910-1962
valeur des produits d’exportation polynésiens
touchent le port de Papeete, 14 seulement sont
français, ne participant qu’à 6 % des échanges
globaux. Territoire “abandonné”, les E.F.O.
souffrent aussi d’une grave pénurie de maind’œuvre. Guerre çt épidémie de grippe ont
pérés à la suite de l’occupation des Philip¬
pines (coprah) et de la destruction du port de
Nauru (phosphates) par les Japonais. Par
ailleurs, le budget est équilibré et le niveau de
vie largement bonifié.
1932, et des deux tiers de 1929 à
inquiétant déficit commercial et un
millions dans le budget. L’aide de
l’État, une vigoureuse politique d’austérité, et
surtout la reprise économique générale, per¬
mettent aux E.F.O. de retrouver peu à peu
leur sérénité, malgré une balance commerciale
qui demeure déficitaire de 1937 à 1940.
avec un
trou de 5
commerciale déficitaire d’un
verneur
pesante économie de guerre, mais ces mesures,
Fort heureusement, des jours meilleurs
préventives
partir de 1922. La
relance de l’économie mondiale touche éga¬
lement la colonie, dont les produits trouvent à
nouveau preneurs. De plus, la création, en
juillet 1922, d’une ligne régulière Dunkerqueattendent les F. F. O. à
en
d’incertitude,
période
Par la suite, les E.F.O. semblent vivre sur
de la guerre. L’exportation des
phosphates seule est en progression en tonna¬
ge, alors que l’envolée de la valeur des échan¬
ges n’est imputable qu’à l’inflation. Quant à la
balance commerciale, nous l’avons vu, elle est
régulièrement déficitaire à partir de 1948.
Ceci est d’autant plus grave que l’on sait la
cocoteraie vieillissante, la vanille malade et la
nacre et les phosphates en voie d’épuisement !
la
Le second conflit mondial voit le gou¬
Orselli engager la colonie dans une
million, et de nouvelles taxes en perspectives
(voir l’Affaire du 3,30, pp. 34-35).
[
de la valeur et trouvent des débouchés ines¬
1933. La crise économique engendre la crise
seulement des terres est cultivé”. Le résultat
^
replié sur le Pacifique, est florissant. C’est
ainsi que le coprah et les phosphates prennent
crise. En effet, le commerce extérieur, quoique
Street,
financière, qui atteint son paroxysme en 1933,
population. Un observateur, J. Monteilhet,
parle de navire en perdition et constate que
“l’élément premier de toute colonisation, le
producteur, disparaît”, et que le “vingtième
est une balance
qui prolonge ses effets
jusqu’au cœur du Pacifique. La fermeture des
marchés extérieurs qui en découle fait chuter
la valeur des échanges de la colonie de moitié
Wall
entre 1930 et
fauché en deux années environ 10 % de leur
■i
doivent pas laisser supposer que le pays est en
de
attendre. Ainsi, en 1920, sur les 84 navires qui
■
Mais cette prospérité est de courte durée.
Tahiti n’est pas épargnée par le krach boursier
s’effondre. Or, dans le même temps, les rela¬
tions tant espérées avec la Métropole se font
ne
lancée
Papeete-Nouméa apporte la démonstration
que la France s’intéresse enfin à son ancienne
possession. Sur place, le gouverneur Rivet fait
réaménager le port de Papeete et dote
Makatea d’un nouveau wharf. Par ailleurs, il
autorise l’entrée de forts contingents d’Annamites, qui doivent contribuer à la relance de
l’agriculture et au développement de l’extrac¬
tion des phosphates. La balance commerciale
redevient dès lors positive, la Métropole, avec
25 à 30 % des échanges, y prenant une part de
plus en plus active.
t
(
♦
t
I
t
I
t
I
t
Le Marché colonial,
ri 00%
agence de Manufrance,
occupait l'angle de la rue
Colette et de l’avenue
du Maréchal Foch.
90
-
80
70
60
-
50
Quelques autres grands
magasins de fournitures
généraies, comme ies
Comptoirs français de
i’Océanie (de Grand et
Miiier), ies maisons
Donald et Maxwell, le
tare Tony, la maison
Laguesse “A la ville de
Dijon”, les
établissements Solari ou
Flervé etc., assuraient le
ravitaillement de la
population de Papeete.
La plupart de ces
sociétés possédaient
des goélettes et se
livraient à un fructueux
les îles
commerce avec
40
(coprah, nacre...).
Après la Seconde
Guerre mondiale, ces
maisons se
multiplièrent, mais elles
-
30
20
-
10
eurent à subir la
plus en
plus vive des
commerçants chinois.
concurrence de
Page de gauche :
Le marché de Papeete
dans l’entre-deux-
guerres. Lieu de
rassemblement et
d'échanges, le marché
1939
ANGLETERRE
1944
DIVERS
1954
1949
importations
exportations
T
I
1959
Colonne du milieu :
volume global des échanges
est à la fois le rendezvous des populations
des districts et le
poumon de la ville.
Après la Deuxième
Guerre mondiale, il est
agrandi et prend la
forme qu'il conservera
jusqu’en 1986.
123
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
Découverte et
mise en exploitation
du gisement
de Makatea
convoitises de sociétés anglaises et allemandes,
ainsi que les appétits locaux (la reine
Marau Salmon entre autres). Chacun essaie
de se procurer des terres pour son compte, et
certains propriétaires indélicats réussissent à
vendre leurs terrains plusieurs fois. Une cen¬
taine de procès sont instruits à ce sujet... En
état de cause, la C.F.P.O. tient bon et
réussit à repousser ses concurrents.
Le troisième problème à résoudre est
celui de la main-d’œuvre. On a besoin dès le
tout
L’aventure de Makatea a marqué la vie
économique de l’archipel polynésien pendant
plus d’un demi-siècle. Il importe de retracer les
grandes lignes de cette expérience peu commune.
début de l’exploitation de 300 hommes, et Hle
peut fournir que 25 travailleurs. 11 est donc
nécessaire de faire venir cadres, ouvriers et
manœuvres de l’extérieur. Les premiers sont
recrutés en Métropole. Quant aux ouvriers et
ne
De la découverte aux difficultés
de la mise en place
aux
Il semble que la présence de phosphates à
Makatea ait été décelée dès 1890. Elle aurait
même fait l’objet, à la fin du XIX= siècle, d’une
exploitation artisanale vite abandonnée. En
1904, une expédition scientifique prélève des
échantillons qui, analysés à Papeete, se révèlent
d’un grand intérêt. Très vite, un technicien
ambitieux et volontaire, Étienne Touzé, un
homme de loi très en vue, Auguste Goupil,
ainsi qu’un représentant de la Pacific Phos¬
phate Company Limited de Nauru, créent la
Société française des îles du Pacifique, qui se
donne pour tâche l’exploitation du gisement.
L’année suivante, l’entreprise prend ses dis¬
tances par rapport à la Pacific Phosphate et se
mue en une société anonyme au capital de six
millions de francs: la C.F.P.O. (Compagnie
française des phosphates d’Océanie), dont
É. Touzé est le directeur et A. Goupil le conseil¬
ler juridique. Mais des difficultés attendent les
promoteurs de la compagnie.
Le premier problème à résoudre concerne
la propriété du sol. En effet, Die, soumise à
l’indivision, appartient à une multitude de
propriétaires qu’il faut retrouver. Mille deux
cents contrats sont ainsi passés, couvrant à
peu près l’ensemble du gisement. Dans l’affaire,
Maître Goupil apporte évidemment une aide
capitale. Par la suite, et grâce aux liens tressés
entre la Société et les autorités de Papeete (le
Maire, le Docteur Cassiau, en particulier), la
manœuvres, on
nettement insuffisant.
Dernière difficulté, et non des moindres :
la création d’un port pour l’exploitation du
minerai. L’île, malheureusement, ne dispose
d’aucun abri naturel. De plus,
Makatea n’é¬
le sommet d’un pic émergeant des
flots, on atteint tout de suite de grandes pro¬
fondeurs. Impossible donc d’aménager des ins¬
tallations portuaires sous forme de quais et de
bassins. Qu’à cela ne tienne, on construit des
wharfs en bois dépassant à peine les rouleaux.
Ces obstacles expliquent les hésitations
du début de l’exploitation. Mais en 1911,
Makatea produit déjà 12 000 tonnes de phos¬
phate, pour une valeur de 220 000 FCP. C’est
tant que
L'extraction. Au-delà de
la couche continue qui
la surface en
certains endroits, il faut
aller chercher le
résolus par l'ingéniosité
de l'homme. Dans les
dernières années,
l’utilisation des
anfractuosités du corail.
Ces excavations,
cabestans et des bennes
actionnées
couvre
phosphate dans les
attaquées à la pioche,
posent quelques
problèmes techniques
marteaux
pneumatiques, des
électriquement améliore
sensiblement les
rendements.
l’amorce d’une aventure humaine et écono¬
mique qui va durer 55 ans.
C.F.P.O. obtient la concession de l’ensemble
du gisement. Nous sommes alors en 1918.
Très vite se greffe au problème des terrains
celui de la concurrence. Makatea attise les
L'acheminement. C'est à
l'aide de brouettes
poussées sur un
complexe réseau de
planches que le
phosphate est acheminé
depuis ie iieu
d'extraction jusqu'au
convoyeur.
Le convoyage. Les
convoyeurs à bande,
A droite et page de
droite en haut :
Le port de Temao
(ci-contre, vu d'avion)
occupe une échancrure
du plateau, aux abords
de Vaitepaua. Là se
trouvent les installations
de séchage et de
stockage qui
structures légères et
s'échelonnent entre le
sommet de la falaise et
permis de diminuer le
roulage en brouette et
Depuis la plage,
s'échappent un premier
démontables, ont
d'améliorer les
rendements. Ils
acheminent le minerai
directement vers des
trémies collectrices
qui le déversent dans les
wagonnetsdu petit train.
Vers la fin de
l'exploitation, 3 000 m de
convoyeurs'
fonctionnaient en
permanence.
124
s’en va les chercher au
Japon (250 travailleurs japonais en 1911), car
le recrutement en Polynésie même s’avère très
le platier corallien.
wharf en bois,
abandonné et,
au-dessus, la jetée
métallique qui
fonctionna jusqu'à la
mise en service de la
jetée Seibert, en 1954.
Celle-là, construite en
1927, résistait aux
intempéries, mais ne
pouvait éviter le
chalandage.
UNE ÉCONOMIE COLONIALE 1910-1962
L’exploitation du gisement
Le
gisement de phosphate de Makatea est à
ciel ouvert, ce qui en facilite l’exploitation.
Les opérations débutent par le débrous¬
saillage. Elles se prolongent par le travail des
charpentiers qui installent des madriers pour
supporter le convoyeur ainsi qu’un réseau de
planches reliant les différents trous. Après
qu’une ligne électrique ait été amenée pour
alimenter le convoyeur, le travail peut com¬
mencer. Notons que l’extraction est toujours
restée archaïque, la configuration du gisement
interdisant l’emploi d’engins sophistiqués. Les
trous à phosphate ne peuvent guère être
atteints que par des pics et des pelles, et le
minerai sorti qu’au moyen de seaux. Plus tard,
on voit certes apparaître des marteaux pneu¬
matiques, des cabestans électriques ou des
bennes actionnées par des grues entraînées
elles aussi électriquement, mais les pics, les
pelles et les seaux sont encore là.
Le phosphate est ensuite dirigé vers un
convoyeur à bande, démontable, qui relie tous
La dernière
opération consiste alors à
transporter le phosphate vers les minéraliers
qui attendent au large, ancrés à des corpsmorts, à une centaine de mètres du récif. Un
des silos vers le wharf. Ce
dernier était à l’origine construit en bois. Dès
convoyeur part
place une jetée métallique
d’une cinquantaine de mètres de long, permet¬
tant d’aller bien au-delà des rouleaux, mais
n’atteignant toutefois pas les navires. Un
1927 est mise
en
transbordement est nécessaire. 11 s’effectue au
moyen de chalands, qui recueillent le minerai
pied de la jetée dans de grands paniers
d’osier, et le transportent jusqu’aux minéra¬
liers qui hissent les paniers à bord par un sys¬
tème de treuils, puis les vident dans leurs
navire, à ce rythme,
demande de trois à quatre jours, selon l’état de
soutes. Le chargement d’un
1954 qu’est édifiée une
jetée métallique, longue de cent
la mer. Ce n’est qu’en
nouvelle
mètres, aboutissant directement au-dessus des
cales
des
minéraliers.
11
s’agit de la jetée
Seibert, grâce à laquelle la durée des opéra¬
tions de remplissage se trouve réduite à la
journée. Le chargement accompli, la jetée
pivote sur elle-même et vient reposer sur une
pile construite sur le récif, et sur laquelle elle
est verrouillée.
au
11 ne reste plus dès lors qu’à acheminer le
minerai jusqu’à Papeete, d’où il est réexpédié
vers
l’étranger.
les chantiers, et achemine le minerai vers des
trémies collectrices. Celles-ci le déversent dans
des wagonnets auto-déchargeants tractés par
une locomotive diesel, qui est le seul train
qu’ait jamais possédé la Polynésie. Ce train
emprunte un réseau à voie étroite long de huit
kilomètres et constitué de deux branches qui
se rejoignent à Vaitepaua. Là, accrochées au
se trouvent
les installations de
séchage, où la teneur en eau du phosphate est
ramenée de 13 à 3 %, ainsi que trois immenses
silos où peuvent être stockées jusqu’à 30 000
versant,
tonnes
de minerai.
plage et platier corallien
arrière du récif frangeant
plateau calcaire boisé non exploité
gisements épars
en
wharf
gisement principal
principales agglomérations
installations portuaires
chemin de fer
principales
pistes
MOMU
Makatea est un atoll
surélevé qui se
sous la forme
plateau calcaire de
28 km^, limité par des
falaises de 45 à 75 m de
hauteur. Le phosphate
occupe la moitié nord de
nie, où il remplit des
dépressions appelées
pot hôtes.
125
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
Le poids
de football n’est plus praticable : les pelles et
les
économique
excavation”.
rythme de production s’est révélé
grande irrégularité suivant les
périodes, comme nous le montrent les
tableaux statistiques.
Si l’on atteint rapidement 82 000 tonnes
en
1913, l’isolement dans lequel se trouve
plongée la colonie durant le premier conflit
mondial porte un coup très dur à l’exploita¬
Le
et fînancier
d’une
de Makatea
La production :
11 millions de tonnes en 55 ans
En
pioches l’ont changé en une dantesque
1908, l’ingénieur Rozan estima à huit
millions de tonnes le volume de phosphate
exploitable à Makatea. A l’heure du bilan, en
1966, ce sont 11,2 millions de tonnes qui ont
été extraits, tant du gisement principal que des
gisements dispersés, où l’on retrouve des
poches de minerai séparées par des amas
calcaires. On est même revenu sur des zones
incomplètement exploitées autrefois, parce
que peu accessibles avec les moyens de l’époque
(chantiers de reprise).
Laissons Michel Anglade évoquer les der¬
niers moments de l’exploitation : “le gisement
est épuisé, et ce sont des zones déjà exploitées
il y a longtemps, mais en surface, qui sont
maintenant grattées. On démonte les voies
ferrées devenues inutiles pour pouvoir prendre
le phosphate dont est fait le ballast. Les
abords même du village, par définition jusquelà épargnés, se transforment pour la fin en
chantiers. Depuis quelques mois déjà, le terrain
assez
tion, et les chiffres se stabilisent autour de
30 000 tonnes de 1916 à 1920.'’En valeur, on
passe même de
650 000 francs.
La nette reprise constatée dans les années
vingt - 1929 est une année record, avec 251 000
tonnes
et
C.F.P.O. mettait quatre
jours, parfois plus en cas
de mauvais temps, pour
charger un minéralierde
10 000 tonnes. Avec la
11
millions de francs de chiffre
d’affaires - est à nouveau stoppée brutalement
par les effets de la crise mondiale. La pro¬
duction redescend alors en-dessous de 80 000
tonnes
durant deux ans (1933-34).
Produit typique d’exploitation coloniale,
le phosphate est donc à la merci de l’évolution
du marché mondial, rendant aléatoires les
perspectives économiques et financières des
E.F.O.
Remarquons toutefois qu’après 1945 on
plus d’effondrement spectaculaire.
L’amélioration des échanges à travers le Paci¬
fique en est une des causes majeures. La
Deuxième Guerre mondiale, par exemple, n’a
eu aucune incidence marquante sur la pro¬
ne
relève
Le transport par
chalands. Que de
progrès entre le
chalandage nécessité
par'les premières
installations portuaires
et la jetée Seibert ! La
vingtaine de chalands
dont disposait la
1,5 million de francs à
Les exportations de
phosphate, de 1912 à
1960. Dès les premières
années de sa mise en
r1200
F. à la tonne
{francs courants)
-1000
Tonnage et prix à la tonne
-800
exploitation, le
phosphate de Makatea
procure des bénéfices
substantiels à la colonie,
assurant certaines
années jusqu'à 40% de
la valeur des
en
duction de Makatea. Pourtant, le Japon, qui
écoulait la quasi-totalité du minerai, est devenu
puissance ennemie vers laquelle on arrête toute
fourniture. Qu’à cela ne tienne, la NouvelleZélande et l’Australie relaient l’archipel nippon
et la C.F.P.O. continue à s’assurer des bénéfices
substantiels. La compagnie profite, il est vrai,
de la destruction du port de Nauru, principal
producteur de phosphate du Pacifique Sud.
Jusqu’en 1956, les fournitures oscillent en¬
tre 200 000 et 250 000 tonnes. Par la suite, on
note une nette amélioration des exportations
du minerai, puisque l’on passe à 350 000, et
même 400 000 tonnes en I960 (chiffre record).
Ces brillants résultats n’ont été possi¬
bles que grâce à la mise en service de la jetée
Seibert. Ils ne doivent pas faire oublier que
les jours de Makatea sont alors comptés.
Les exportations de phosphate
et leur impact économique
et financier
Vanille, nacre et coprah ayant à partir de 1922
un débouché avant tout métropolitain,
le
phosphate est de très loin le principal four¬
nisseur de devises étrangères de la colonie. Il
est acheminé, suivant les périodes, vers le
Japon (la moitié des exportations totales), la
Nouvelle-Zélande et, dans une moindre
mesure, l’Australie, les États-Unis ou l’Inde...
Premier en tonnage des exportations, le
phosphate a longtemps été devancé, en valeur,
production en
rapide qui
permet, en 1960,
d’exporter jusqu’à
ascension
400 000 tonnes de
minerai (chiffre record).
Le Japon fut le principal
client de la C.F.P.O. dont
Il draina la moitié de la
production.
exportations. Les
soubresauts de l'entre-
jetée Seibert, une
journée suffit
amplement.
1
126
UNE ÉCONOMIE COLONIALE 1910-1962
par le coprah et même la vanille. Mais, à partir
de 1956 et jusqu’à la fin de l’exploitation, en
1966, il s’installe au premier rang, dépassant
même certaines années 40 %des exportations
totales.
Le
chiffre
d’affaires
déclaré
par
la
C.F.P.O. est tout à fait considérable pour la
colonie. Il atteint 446 millions de francs en
1960... La compagnie est alors, avec le Nickel
calédonien, le seul organisme français de
dimension internationale dans le Pacifique Sud.
Toujours en 1960, la C.F.P.O. redistri¬
bue, sous forme de salaires, environ 100 mil¬
lions de francs, soit 28 % des salaires versés
par les entreprises privées sur le Territoire.
Elle achète également au commerce local pour
31 millions de francs, et à la Métropole pour
25 millions. Naturellement, une telle assise fi¬
nancière est une manne pour le budget territo¬
rial, dont elle assure 25 % des ressources
fiscales, soit 128 millions de francs.
Ces charges sont d’ailleurs jugées extrê¬
mement lourdes par les responsables de la
Compagnie, qui remarquent, dans une notice
sur l’exploitation de Makatea, “que les entre¬
prises minières françaises sont plus fortement
taxées que celles des pays étrangers” et “qu’en
ce domaine, l’Outre-Mer est nettement défa¬
vorisé par rapport à la Métropole”, et que “la
C.F.P.O. détient le triste privilège d’être la
plus taxée des entreprises minières
françaises”.
Et pourtant, il a été souvent reproché à la
Compagnie de ne pas redistribuer assez les
bénéfices réalisés vers le Territoire lui-même.
Les critiques, évidemment, prennent de l’am¬
pleur au moment des crises, comme l’attestent
ces quelques lignes écrites en 1931 et tirées du
rapport Porlier-Spitz : “En ce qui concerne les
phosphates, la colonie n’en a jamais profité,
bien que l’exploitation des phosphates ait
fourni plus de 20 millions de bénéfices, tant en
1929 qu’en 1930... Les actionnaires auraient
donc pu, équitablement, supporter une juste
part des impôts et taxes
tribuables...”
écrasant les con¬
Il n’en demeure pas moins que les phos¬
phates de Makatea ont eu, tout au long de leur
exploitation, un impact Sans précédent sur
l’économie des E.F.O.
Polynésie française.
La fermeture du gisement, en 1966, aurait
accentué gravement les sérieux problèmes
-
financiers de la colonie s’il n’avait été trouvé
entre-temps la solution de remplacement du
Centre d’Expérimentation du Pacifique.
En haut :
Le directeur Bagneux
contemplant les
installations de la
C.F.P.O. Il peut se
montrer satisfait : la
C.F.P.O. fut, avec le
Nickel calédonien, la
plus puissante
entreprise française du
Pacifique Sud.
Le funiculaire. D’une
chariots actionnés
gravis par un système de
va-et-vient entre deux
d’acheminer le matériel
vers les centres
d’extraction.
longueur de 125 m, Il
était la seule voie
d’accès vers l’intérieur
de l’île. Les 42 mètres de
dénivellation étaient
électriquement. Ce plan
incliné fut la première
réalisation de la
compagnie. Il permit
127
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
Makatea :
les hommes
une
petits ateliers artisanaux. Rares sont ceux qui
retournent dans leur île d’origine. Les phos¬
phates leur ont donné, en même temps qu’une
qualification, de plus grandes facilités à s’in¬
tégrer à la vie citadine. Pour d’autres, l’expé¬
rience tourne court et n’a contribué qu’à les
déstabiliser, alors qu’ils n’étaient pas prêts à
affronter pareille mutation.
ment bien des données humaines.
La vie à Makatea
Les phosphates n’ont pas seulement été
simple aventure technico-économique.
L’exploitation de Makatea a bouleversé égale¬
Les difficultés du recrutement
Le recrutement de la main-d ’œuvre a touj ours
posé
un problème aux responsables de
Makatea. Il faut dire que très vite les besoins
groupent à Vaitepaua, que M. Anglade décrit
ainsi : “Engoncée dans une luxuriante végé¬
personnes (3 071 en 1962) qu’il faut faire vivre
dans ce petit îlot perdu au milieu de l’océan.
tation, l’agglomération urbaine s’étale sur
1,5 km de longueur vers l’intérieur de Die. Les
2 000 âmes qui l’animent habitent de coquettes
maisons en bois entourées de jardinets. Les
travailleurs célibataires sont logés dans de
vastes bâtiments, regroupés, comme sur les
chantiers, par origine. Il n’y a pas de route à
Vaitepaua, mais le fameux petit train qui
traverse le village lui donne un aspect de
Disneyland...”
L’éloignement de Tahiti a nécessité la
mise en place de structures solides dans tous
Les travailleurs et leurs familles
santé d’une trentaine de lits a été mis en place.
C’est une communauté de 2 000,
puis 3000
La compagnie y a consacré quelques efforts.
se
re¬
importants : 300 hommes au début,
plus de 900 à la veille de la crise de 1929, alors
que la production atteint 251 000 tonnes. Si les
années trente sont marquées par une chute
très nette des effectifs (un minimum de 180
personnes seulement est enregistré en 1933), la
reprise économique pendant la guerre s’accom¬
pagne d’un nouvel afflux de main-d’œuvre.
ont été
les domaines de la vie sociale. Un service de
Les effectifs, désormais, varient entre 500 et
700 employés, alors que la production atteint,
puis dépasse, 300000 tonnes. La rentabilité
s’est donc sérieusement améliorée par rapport
l’avant-guerre, grâce à une mécanisation
plus poussée et à la mise en service, en 1954, de
la jetée Seibert.
à
Mais d’où viennent
ces
hommes? Les
plus souvent métropolitains.
Quant aux ouvriers et aux employés, le pro¬
blème de leur recrutement s’est toujours posé
avec acuité. On a vu qu’au départ la
Compagnie
a dû faire appel à la main-d’œuvre
japonaise.
Par la suite, le relais est pris par les Chinois,
puis les Annamites et enfin, à partir de 1943,
par les habitants des îles Cook. L’espace
polynésien fournit rarement plus de 50 % des
effectifs avant 1954. Mais après cette date, la
main-d’œuvre locale prend nettement le dessus
pour arriver en position de quasi-monopole
lors des dix dernières années de l’exploitation.
cadres sont le
Travail et qualification
Les responsables de Makatea soulignent à
plusieurs reprises la difficulté qu’ils ont ren¬
contrée pour imposer aux travailleurs poly¬
nésiens un effort régulier et soutenu dans le
cadre d’un horaire rigoureux. Ainsi, en 1913,
“on relève que sur 30 manœuvres en fin de
contrat, 11 seulement demandèrent à recon¬
duire leur engagement”.
Cependant, l’appât d’un salaire plus inté¬
ressant qu’ailleurs amène certains à consentir
quelques sacrifices, et ils sont de plus en plus
nombreux à accepter de rester plusieurs années
dans l’entreprise, en essayant d’y acquérir une
qualification. Dans ce dernier domaine, les
dirigeants se sont félicités des résultats obtenus,
et ont insisté fréquemment sur le rôle formateur
de Makatea. A la fin de la période pourtant,
sur
600 travailleurs, une centaine seulement
un statut d’ouvrier (mécanicien, char¬
pentier, électricien...), contre environ 500
ont
manœuvres.
Lorsqu’ils quittent Die, les ouvriers formés
à Makatea n’ont
travail à
128
aucun
mal à trouver du
Papeete, où beaucoup fondent de
Le village de Momu
n'a jamais abrité que
queiques families de
pêcheurs-agricuiteurs.
Bâti sur la côte nord de
i'île, au milieu d’une
cocoteraie, il a peu été
touché par
l'effervescencé qui
régnait sur le plateau.
Lors de l'abandon de
Makatea, Momu
retombe dans sa
léthargie, mais ses
habitants ont du mal à
supporter ce retour à la
solitude. Beaucoup
quittent I’île pour gagner
Papeete.
La centrale électrique.
L’électricité - tout
comme l’eau courante était dans toutes les
maisons. Elle était
fournie par une centrale
électrique d’une
capacité de production
d’environ 900 KW, dont
on voit ici une partie des
groupes.
UNE ÉCONOMIE COLONIALE 1910-1962
Il est animé par deux médecins et plusieurs
infirmières et dispose d’une salle d’opérations
installation de radiographie. Il y a
aussi un cabinet dentaire. Un enseignement
et d’une
primaire est dispensé, et dans le domaine
religieux, tous les cultes sont représentés.
Par ailleurs, au fil des années, Makatea
s’équipe d’une station T.S.F., d’une station
météo, d’un téléphone automatique et d’une
infrastructure commerciale couvrant large¬
ment les besoins locaux. La Compagnie fait
également fonctionner une coopérative d’achat
qui a pour but de réguler les prix pratiqués par
les commerçants chinois de la place. Deux
ensembles frigorifiques permettent la conser¬
vation des vivres frais ou congelés.
Les loisirs ne sont pas oubliés. A côté
d’une bibliothèque, de deux cinémas, d’une
discothèque et d’un cercle de réunions, on a
développé les installations sportives et créé un
tennis, un terrain de football, deux terrains de
basket et des jeux de boules. Quatre clubs
sportifs sont constitués dans Hle.
Notons enfin que deux villas sont mises à
la disposition des agents de Makatea qui
viennent passer quelques jours de détente à
Tahiti.
Ce bel édifice s’effondre cependant comme
quelques semaines, en
Vaitepaua devient alors une villefantôme dans une île qui retourne à sa
un château de cartes en
Les cadres de la
C.F.P.O. étaient pour la
plupart des
métropolitains.
Recrutés sous contrat,
ils bénéficiaient de
salaires élevés et de
logements coquets. De
plus, ils pouvaient
regagner Tahiti à
intervalles réguliers afin
d’y passer quelques
jours de détente dans
des deux villas que
la compagnie mettait à
une
leur disposition à Paea.
En
1913, les ingénieurs
Bonnafé et Mallet, le
chef de section Martin,
le dessinateur Goloz et
le conducteur de travaux
Maussus posent pour la
photo.
Ci-dessous :
Halte en forêt sur la
route de Momu.
Un porteur annamite
assure le transport des
victuailles. Afin de
pallier l'insuffisance du
recrutement local, la
C.F.P.O. fit largement
appel à la main-d'œuvre
asiatique. Ainsi, en 1926,
dénombrait 287
Annamites et 272
Chinois pour 174
on
Polynésiens... Il y avait
82 Annamites,
8 Chinois et 2 Japonais
encore
1946, alors qu’en
1954, la main-d’œuvre
en
1966...
était essentiellement
solitude.
seulement 2 Chinois et
1 Japonais.
polynésienne, avec
Ci-dessus :
Le gouverneur visite les
Installations portuaires
de Temao. Au-dessus du
groupe, on aperçoit le
convoyeur qui, partant
des hangars de
stockage, achemine le
phosphate en bout de
wharf. Les autorités
savaient mesurer toute
l’ampleur de l’impact
économique et social du
phosphate de Makatea
qui employa jusqu’à
700 travailleurs et assura
un moment 25% de la
valeur des exportations
de la colonie.
129
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
Les E.F.O. :
une vocation
La plupart des terres sont tenues par des
Polynésiens, intéressés avant tout par les
cultures
traditionnelles d’autosubsistance,
alors que les colons, plus portés vers l’agricul¬
ture spéculative, ont du mal à mettre en
place
de grands domaines rentables.
Au total, la balance agricole de la colonie
est largement excédentaire, mais ce constat ne
doit pas masquer les réels problèmes auxquels
s’est trouvée confrontée l’agriculture poly¬
agricole
avant tout
Caractères généraux
de l’agriculture polynésienne
“Tahiti
tire
nésienne durant ce demi-siècle.
plus grande partie de ses
ressources de l’agriculture ; ce n’est pas le pays
des grandes entreprises agricoles... La confor¬
mation géographique, le morcellement de la
propriété, son indivision, sont autant de
causes qui rendent très difficile la consti¬
tution de grands domaines. Aussi, le colon qui
la
s’établit à Tahiti
l’agriculture
réaliser
une
à
le
nourrir,
le colon
ne
peut
l’on laisse en friches autant
d’espace. Mais il faut des bras pour mettre en
valeur des terres nouvelles, et l’on en manque
cruellement dans la colonie, surtout depuis
1919, à la suite des effets conjugués de la
guerre et de l’épidémie de grippe. Le gouver¬
Rivet remarque, en
1922 ; “4 070 km^...
hab/km^... Dans ces
conditions, il n’est pas surprenant que, malgré
leur très grande fertilité, les terres restent
neur
29
000
hab...
7
incultes...
Les problèmes de l’agriculture
Le manque de main-d’œuvre a été le handicap
le plus souvent dénoncé. Si le Polynésien se
contente des
doit-il pas compter sur
ne
pour
suffisent
admettre que
quelques arpents de terre
qui
faute
d’une
main-d’œuvre
suffisante”. La même année, le président de la
Chambre d’Agriculture déplore que les friches
sur les cultures : “beaucoup de
propriétés sont à l’abandon : la brousse les
envahit, les cocos, qu’on ne peut récolter.
gagnent
Les exportations de coprah et de vanille, de 1912 à 1960.
grande
fortune”. Ces quelques remarques formulées
La vanille et le coprah
ont été les deux fleurons
par le président de la Chambre d’Agriculture
en
1917 rendent tout à fait compte de la
de l'agriculture
spéculative
polynésienne. Si la
production de coprah
situation qui prévaut dans les E.F.O. durant la
première moitié du XX' siècle.
En effet, si l’on excepte l’extraction des
phosphates et la pêche à la nacre, la colonie
affiche une vocation essentiellement agricole.
Sur l’ensemble de la période qui nous
intéresse, les quelques denrées déficitaires
(céréales, produits animaux) sont largement
compensées par les denrées d’exportation
(coprah, vanille...).
tonnages exportés
250
dtomnileerss
-,
est relativement stable,
il n'en est pas de même
pour la vanille au cours
plus fluctuant. Ces deux
produits représentèrent
en moyenne 70% des
exportations de la
20C
-
colonie dans l'entre-
coprah
deux-guerres, et 60% de
1945 à 1960.
SC
r
-
300
25(r
OC
îioq
■
ikii
50 -
-
10Û
-50
L 0
tT
CD
<J1
o>
_
100%
pourcentage (en valeur) des exportations
Harrison Smith
botaniste américain
arriva à Tahiti en 1919 et
se fixa à Papeari où ii
constitua en peu de
Sarawak et ie
ramboutan. D'autre part,
il se pencha sur
l'amélioration des
temps une vaste
propriété qui devint ie
Jardin botanique de
Motu Ovini.
H. Smith eut une action
déterminante sur
i’horticuiture
poiynésienne, puisqu'ii
introduisit dans ia
coionie pius de
250 espèces végétaies
nouveiies, parmi
130
.
iesquelies ie
pampiemousse de
(1872-1947). Ce
-
espèces en place,
résolut le problème de la
'
maladie du fe'i, menacé
de disparition, et
développa auprès de la
population alentour le
goût de l'ornement en
organisant des
concours de jardins.
80
60
40
.
.
20
0
UNE ÉCONOMIE COLONIALE 1910-1962
germent au pied des arbres”. Ainsi s’est trouvé
posé le problème de l’immigration d’une
main-d’œuvre étrangère permettant de pallier
à la pénurie locale. L’arrivée de contingents
d’Asiatiques, ainsi que la reprise
démographique, contribueront à atténuer ce
premier obstacle.
Deuxième problème : l’indivision. Lisons
à ce sujet les commentaires de la Chambre
d’Agriculture dans saréuniondu 19juin 1917 :
“L’indivision des terres est le plus grand
obstacle, aussi bien pour l’agriculture que
pour l’établissement des colons. L’indigène
puisse trouver de parade efficace. Les primes
production vient pour moitié des Tuamotu.
d’Agriculture,
agricole de la colonie. C’est aussi son image de
marque à l’étranger, puisqu’elle jouit d’une
pour queues de rats, instituées par la Chambre
donnaient de médiocres
résultats, et les rongeurs finissaient toujours
par s’habituer aux divers poisons qu’on leur
proposait. La situation devenait critique,
lorsqu’on 1926 on commença à utiliser les
feuilles de zinc, malgré le scepticisme de
beaucoup. Le zinc s’avéra pourtant la
meilleure parade contre ce fléau.
Coprah, vanille, café...
sérieux et travailleur voudrait bien mettre ses
Aux
culture, mais dès qu’il y a apporté
quelques améliorations... les copropriétaires
qui n’ont rien fait arrivent et réclament leur
part des profits... l’indivision ne profite
qu’aux paresseux et décourage les
nelles qui satisfont à la consommation locale,
terres en
travailleurs” (Bulletin de la Chambre d’Agriculture du 19 juin
1917). La remarque est en
partie fondée, mais jusqu’à présent aucune
solution radicale n’a été trouvée à ce problème
épineux, constamment dénoncé. Il est vrai que
l’indivision a au moins eu l’avantage de
préserver les terres des Polynésiens de l’appro¬
priation par les colons européens ou les
côtés des cultures vivrières tradition¬
apparaissent trois cultures d’exportation qui
ont connu durant notre période des fortunes
diverses.
Le coprah vient largement en tête. Sur
l’ensemble du demi-siècle, il dispute en valeur
phosphates la première place des
exportations. Après la guerre, la cocoteraie
couvre 50 000 hectares et donne, suivant les
années, de 20 à 30 000 tonnes de coprah. Cette
aux
La
vanille
est
la
deuxième
richesse
bonne renommée et compte en moyenne pour
des exportations mondiales. La
production oscille entre 100 et 200 tonnes.
20%
Elle s’effondre à 46 tonnes
en
1926, mais
atteint 300 tonnes en 1949, année record. Au
deuxième rang des exportations locales,
jusqu’en 1925, au troisième rang depuis, la
vanille fournit encore 20% de la valeur des
exportations de la colonie en 1958. Mais le
déclin est imminent.
Le café est affecté de grandes variations
annuelles. Jusqu’en 1934, la production suffit
à la consommation. Entre 1935 et 1940, ce
sont de 25 à 30 tonnes qui sont exportées,
alors que la décade suivante, le phénomène est
(importations depuis la NouvelleCalédonie). A partir de 1951, les exportations
reprennent, et l’on note même en 1956 une
production record de 331 tonnes. Le café est
inversé
surtout cultivé aux
Australes.
Chinois. En tout état de cause, ce sont encore
des terres exploitables
indivision en 1958.
Le manque de crédits
70%
qui sont
en
a également
beaucoup gêné le développement agricole des
E.F.O.
En
effet, les statuts de la Caisse
Agricole limitent son action à un petit nombre
d’opérations, la Caisse se heurtant jusqu’à la
Deuxième Guerre mondiale au monopole de
la Banque d’Indochine et de Suez, toutepuissante dans la colonie, mais peu intéressée
par l’agriculture.
Bien d’autres sujets de préoccupation
pourraient être soulevés, tels les aléas
climatiques ou la maladie de la vanille, mais
nous aimerions évoquer pour terminer les
vives inquiétudes ressenties par le monde
agricole des années vingt devant le problème
de
la
prolifération des rats. Ceux-ci
ravageaient les cocoteraies sans que l’on
Le tu mau raau était le
moyen traditionnel le
plus usité dans les
districts et les îles pour
transporter des charges
légères comme des
feuilles de pandanus
(en haut), des maiore,
des cocos ou des
poissons (ci-contre).
Il est encore parfois
utilisé de nos jours.
Pour les habitants des
districts de Tahiti et des
îles hautes, vanille,
coprah ou café ne
représentaient guère
qu’un appoint à une
économie demeurée
traditionnelle, fondée
les cultures de tara
de manioc, la
cueillette de fe'i, de uru
ou de divers fruits, et la
pêche lagonaire. Il en
était tout autrement des
sur
ou
populations des atolls,
davantage tributaires de
l'économie de traite et
vivant au rythme du
passage des goélettes
qui ramassaient le
coprah ou la nacre.
131
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
La nacre surexploitée
plonge à la nacre est pratiquée de
façon intensive depuis le milieu du X1X=
La
siècle. Les excès de cette activité ont amené le
dépeuplement de certains lagons.
le lest, par l’aide resté dans la pirogue.
Chaque pêcheur pouvait effectuer jusqu’à 50
plongées de 1 à 1 minute et demie en moyenne
par jour.
Ce rythme intense entraînait
fréquemment des accidents neurologiques
De 1919 à 1929, on enregistre ainsi deux
comme
connus sous
le nom de taravana".
années fastes (1919 et 1924) qui correspondent
à l’euphorie de l’immédiat après-guerre et du
retour à la
1940,
prospérité. Par contre, entre 1930
la nacre subit durement les
contrecoups de la crise mondiale. En 1931,
et
2 500 tonnes de nacres restent invendues et les
La plonge
Au début de son exploitation,
la nacre a pu
faire l’objet d’une simple cueillette côtière.
W.
Reed, dans “Huîtres perlières en
Polynésie”, note même “que pendant la saison
de plonge à Hikueru en 1919 et 1921,
vieillards, femmes et enfants ramassaient
jusqu’à 100 kg de nacre par jour sur les bords
du lagon”. Le phénomène était cependant
exceptionnel.
En principe, la nacre nécessite des
plongées en apnée, d’autant plus profondes
que le lagon est exploité, donc s’appauvrit.
L’homme peut ainsi être obligé, dans certains
cas, de descendre jusqu’à 30, voire 40 mètres.
prix s’effondrent. Par contre, la guerre de
39-45, qui entraîne la chute de la production
De la production
à la commercialisation
australienne
La plonge à la nacre a engendré de tout temps
un
commerce
très
actif, puisque la quasi¬
totalité de la production va à l’exportation. La
nature
essentiellement
spéculative
de
ce
secteur économique explique en grande partie
l’irrégularité de ses exportations. En fait, entre
1910 et 1960, on peut dégager deux moments
forts, mais en dents de scie, encadrant le grand
marasme
des années trente.
et
le
relèvement
sévèrement réglementé.
La plonge à nu demeure par conséquent
la forme la plus employée de pêche à la nacre.
Les clients sont européens et américains.
La France est le plus gros acheteur jusqu’en
1958, date à laquelle elle est dépassée par la
En troisième position viennent les
R.F.A.
Etats-Unis.
Le débouché essentiel de la nacre est la
pjlll
A. Intès nous donne une bonne description de
cette activité telle qu’elle apparaît à la fin des
nacrière
et
perlière en Polynésie française”,
"1
publié dans la Pêche maritime : “La cam¬
t
pagne de pêche... donnait autrefois lieu à
des déplacements importants de population
P5=j
d’atoll en atoll. En effet, chaque plongeur était
accompagné de sa famille et de son aide ; les
commerçants, l’école, le dispensaire suivaient
cette
migration de plusieurs milliers de
personnes. En 1959, la plonge a duré trois
mois à Hikueru et la population est passée de
300 résidents à 1 300 individus... L’objectif
essentiel de ces campagnes était la pêche de la
nacre en tant
que matière ; les huîtres étaient
sacrifiées... les perles fines qui pouvaient être
recueillies au cours du nettoyage constituaient
une heureuse retombée de la
pêche.
La
plonge traditionnelle s’est perpétuée jusque
vers
1960 avec des moyens relativement
sommaires. L’équipe de base était constituée
du plongeur et de son aide, opérant à partir
d’une pirogue à balancier, le plus souvent mue
à la voile. Sur les lieux de travail, un panier
était immergé, maintenu au-dessus du fond, et
...
lest muni d’une cordelette
balancier était préparé.
Le
un
fixée
au
plongeur,
simplement équipé d’une paire de lunettes le
plus souvent montées sur cuivre, se mettait à
l’eau
et
pratiquait une hyperventilation
pulmonaire avant là descente. La plongée
était accomplie à l’aide du lest maintenu par
les pieds et la récolte se pratiquait au voisinage
immédiat du point d’arrivée au fond. Les
nacres,
arrachées
à
leur
substrat, étaient
déposées dans le panier qui était remonté.
132
J»
P
années cinquante, dans son article “L’Huître
L’hôtel Tahiti, à l'angle
de la rue Jeanne d’Arc
(à gauche) et du front de
mer, abrite un magasin
de souvenirs où ies
touristes peuvent
acheter des curios et, en
particulier, des perles ;
celles-ci, n’étani pas le
produit de greffes, ne
font pas encore l’objet
de la vaste
commercialisation que
nous connaissons
aujourd’hui.
Le travail de la nacre,
tout comme la
sculpture sur bois et la
décoration des noix de
cocos,
est l’objet d’un
artisanat actif
produisant des articles
vendus aux touristes. Si
ces derniers ne sont
que 705 à
débarquer à Tahiti en
1955, ils seront par
encore
contre 12 000 en 1959,
consacrant l’essor du
commerce
des curios.
prix,
nent à se maintenir à un bon niveau jusqu’à la
fin des années cinquante.
Cette plonge à nu a été facilitée dès 1910 par
l’emploi de lunettes montées sur bois ou sur
cuivre, puis de masques en caoutchouc, de
palmes et de tubas. Le travail reste toutefois
très pénible et dangereux et la tentation a été
grande d’utiliser des scaphandres, qui
amélioraient singulièrement les rendements.
Remarquons que l’utilisation de ce genre de
matériel a été, suivant les périodes, interdit, ou
des
provoque un redressement de la production et
des exportations polynésiennes qui parvien¬
j -Ttayt i
W
-
UNE ÉCONOMIE COLONIALE 1910-1962
L’apparition, en 1957, de
synthétiques en polyester constitue
donc une menace pour la production polyné¬
sienne, et l’on commence à parler de
perliculture. Jusqu’alors, la découverte de
perles était le fruit du hasard (une huître
perlière sur plusieurs milliers), et leur
commercialisation ne représentait guère que 2
à 3% de la valeur des nacres. Certes, des
expériences de perliculture avaient déjà été
tentées depuis la fin du XIX'= siècle, mais elles
avaient toutes échoué. En fait, l’aventure des
perles ne commence réellement qu’en 1963.
perception des taxes. Un vieux
janvier 1904, et amendé
plusieurs fois depuis, s’est donné pour tâche
d’assurer la sécurité des plongeurs et le
contrôle de leur activité, afin, déjà, d’éviter les
problèmes de surexploitation. Le 16 janvier
1959, ce décret fait place à une délibération de
l’Assemblée territoriale qui actualise la régle¬
mentation de la plonge à nu et de la commer¬
boutonnerie.
faciliter la
boutons
décret daté du 21
Une réglementation souvent
transgressée
Dès le XIX' siècle, la plonge à la nacre a fait
l’objet d’une surveillance étroite, de manière à
cialisation des nacres.
La plonge à nu est réservée aux citoyens
français titulaires d’un carnet médical de
plonge. Les plongeurs peuvent être
indépendants ou travailler pour un
entrepreneur de plonge. Le Conseil de
Gouvernement, après avis d’une commission
consultative, détermine les dates et durées de
la plonge dans chaque lagon, ainsi que la
constitution de zones de réserve. La pêche des
nacres
inférieures à 13
cm
continue à être
interdite dans la plupart des lagons. Le souci
majeur est d’“assurer une exploitation
prudente et rationnelle des richesses nacrières
du Territoire”.
La commercialisation de la récolte de
subit, elle aussi, de profondes modifi¬
Elle est assurée, sur les lieux de
plonge, par des commerçants patentés
nacres
cations.
titulaires
d’une
carte
professionnelle
d’acheteur local de nacres, et qui peuvent être
des entrepreneurs de plonge, des armateurs ou
plongeurs indépendants regroupés en
ou
en
coopératives. Tout
chargement de nacres doit être déclaré auprès
des
associations
de
l’autorité
l’objet d’une
Papeete.
administrative
déclaration
locale
en
et
fait
à
douane,
Mais le contrôle s’avère difficile, et les
règlements, souvent transgressés, n’ont pu
empêcher le dépeuplement des lagons.
A gauche :
Le pesage de la nacre.
Entreposées dans des
hangars, les nacres sont
ensuite mises dans des
sacs avant d’être
acheminées sur
Papeete. Leur
fait l'objet
d'un contrôle qui se
resserre à partir de 1959.
commerce
Départ pour la plonge.
Tirée par un engin à
moteur, la flottille de
pirogues à balancier
s'achemine vers les lieux
de pêche.
Ci-contre :
Les exportations de
nacre de 1913 à 1960
(Source : J.O.P.F.). La
le symbole
même de la fragilité de
nacre est
l'économie de traite. De
nature essentiellement
spéculative, sa
commercialisation est à
la merci du marché
mondial qui peut
amener à l'accumulation
de stocks invendus ou,
au contraire, à une
surexploitation des
lagons, afin de faire face
à la demande.
133
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
L’économie
La Polynésie française en
de la Polynésie
C’est un archipel de 80 000 habitants qui, le 14
française vers 1960 :
l’heure des choix
Entre
la
somnolence
des
somnolente, resserrée
entre la montagne, le
lagon et la cocoteraie.
Sur la gauche,
apparaissent les
hangars du quai des
paquebots (celui de la
C.F.P.O. et les deux
hangars généraux),
centre Vaima). Plus bas,
se succèdent
le tare
Tony, l’hôtel Stuart et la
nouvelle poste. Celle-ci,
édifiée en remplacement
de vieux bâtiments en
bois, devra à son tour
céder la place en 1978 à
l’hôtel des Postes
moderne. Au tout
trouvent les bâtiments
encadrant la rue Jeanne
d’Arc qui mène à la
droite, à la hauteur de la
poste, pointe le
cathédrale, on reconnaît
les immeubles Donald et
Ch. Brown
(emplacement actuel du
134
V'
1958, confirme dans le cadre de la
son statut de Territoire
République
d’Outre-Mer.
La forte croissance démographique que
premier plan, après le
parc Bougainville, se
de la marine. Sur la
clocheton surmontant le
palais Pômare, siège du
Service des Finances,
détruit en 1962.
des problèmes écono¬
miques graves. Elle profite surtout à Papeete,
accentuant le déséquilibre avec les îles. De
plus, elle prend de vitesse une économie en
léthargie qui ne peut suivre le même rythme.
Ainsi, alors que le Territoire compte 7 300
salariés, dont près de 1 000 à Makatea, 800
Polynésiens ont dû s’expatrier en NouvelleCalédonie pour trouver du
mines de nickel.
ainsi que le bâtiment de
l’Assemblée territoriale.
Plus à droite, c’est le
quartier du marché puis,
novembre
l’on note alors pose
années
cinquante et les brusques mutations de la
décennie suivante, se place une période
charnière décisive durant laquelle sont fixés
les grands objectifs socio-économiques qui
vont présider aux destinées de la Polynésie
française.
Papeete, en 1962, n’est
encore qu’une bourgade
1958
L’économie
travail dans les
polynésienne,
en
1958,
repose d’abord sur l’agriculture, mais celle-ci
apparaît bien fragile. Fragile à l’image du
coprah, dont la production stagne depuis
longtemps. La cocoteraie en effet est trop âgée
(60 à 70 ans en moyenne) et a largement
dépassé le seuil de rentabilité qui se situe vers
la cinquantaine. Les rendements sont très
médiocres, de l’ordre de 750 kg à l’hectare
dans les îles hautes, alors qu’ils devraient être
de deux tonnes. Fragile aussi à l’image de la
vanille, dont la production de 174 tonnes et les
cours avantageux ne doivent pas masquer
certaines faiblesses.
Les
planteurs, par
exemple, sont mal organisés au niveau de la
préparation et de la vente qu’ils ont laissées
aux Chinois, pas toujours très
scrupuleux ; on
n’a pas résolu non plus le problème de la
maladie des racines, ni celui de l’épuisement
des sols par cette culture très exigeante.
L’économie polynésienne repose aussi
sur
deux autres importantes sources de
rapport : la nacre et les phosphates. Or, dans
ces
domaines, la situation est davantage
préoccupante encore. Les lagons surexploités
sont au bord de l’épuisement, alors que, de
toutes manières, la nacre subit la concurrence
du
polyester. Quant aux phosphates, les
de production de Makatea sont
comptées : dix au maximum.
Or, on ne peut miser
sur d’autres
secteurs. L’industrie est embryonnaire, se
résumant à l’agro-alimentaire, et le tourisme
est limité par l’insuffisance des relations avec
années
l’extérieur.
Celles-ci
maritimes, et 113
sont
cargos ou
touché l’archipel en
avant
tout
paquebots ont
1958. Le réseau aérien se
résume à l’ouverture cette même année d’une
ligne
Paris-Nouméa-Nandi-Bora Bora
la T.A.I. (Transports aériens
desservie par
intercontinentaux, future U.T.A.) au moyen
d’un DC-4, une fois par
semaine. Papeete
alors, ne peut être atteint que par hydravion.
Le commerce extérieur, quant à lui,
affiche un taux de couverture de 83,2%, avec
UNE ÉCONOMIE COLONIALE 1910-1962
956 millions de francs aux importations et 796
exportations. Ces dernières sont
pour moitié par les produits
alimentaires, pour 30% par les phosphates et
8% par la nacre. Les importations concernent
avant tout les biens de consommation, ce qui
démontre à quel point le Territoire s’enfonce
dans la dépendance, en se donnant des besoins
nouveaux (au niveau de l’agglomération de
Papeete), au détriment de l’agriculture de
subsistance. Notons que le commerce se fait
pour moitié avec la zone franc.
aux
couvertes
Quelle mutation
pour la Polynésie ?
Si, en 1959, le tournage des Mutinés de la
Bounty et une heureuse conjoncture du
marché mondial gonflant artificiellement les
cours
au
des produits d’exportation permettent
Territoire de connaître
une
prospérité
factice, on ne doit pas oublier que la situa¬
tion économique reste fort préoccupante.
En haut :
Un hydravion de type
Grumann Mallard dans
la rade de Papeete. De
1935 (date de la création
de l’hydrobase de Pare
Ute) à 1941, une
escadrille de l'aéro¬
navale assure quelques
liaisons interinsulaires
interrompues par la
guerre. Après 1945, les
hydravions reprennent
du service et, au gré des
compagnies privées
plus ou moins
éphémères qui se
succèdent sur le sol
polynésien, des liaisons
sont établies avec
Nouméa, Rarotonga,
Fidji, les Samoa..., pour
le transport des sacs
postaux et de quelques
passagers.
Un D.C.4 d’AIr France à
Bora Bora en 1950. Il
s’agit en fait d'un vol
expérimental chargé
d'étudier la possibilité
d'un prolongement de la
ligne Paris-Sai'gon-
Nouméa sur Tahiti en
utilisant l’ancienne piste
américaine de Bora Bora
et en reliant cette île à
Tahiti par hydravion.
Malheureusement, faute
d'infrastructures
suffisantes, le projet fut
reporté à une date
ultérieure. Il ne fut repris
qu’en 1958 par la T.A.I.,
attendant l’ouverture
de l'aéroport de TahitiFaaa en 1960.
en
Vers 1960, Tahiti vit au
rythme du port de
Papeete, peu adapté à
un trafic maritime qui
commence à prendre de
l’ampleur. Au-delà de
quelques pirogues de
pêcheurs, mouillées au
droit de l’actuel quai de
Moorea, se trouvent
deux paquebots à quai
et un cargo en attente.
Le quai d’honneur,
achevé en 1939, peut
alors accueillir deux
navires de moyen
tonnage. D'autres
installations furent
créées avec les travaux
d’extension du port en
1963.
135
LA FRANCE EN POLYNÉSIE
L’avenir sombre n’a d’ailleurs pas
échappé
responsables du Territoire, qui
s’interrogent toutefois sur les mesures à
prendre pour redresser la situation.
C’est dans ce contexte que M. Bazin,
aux
administrateur en chef de la France d’Outre-
Mer, rend une étude intitulée : “La Polynésie
française en 1959-1960 : situation économique
et perspectives d’avenir”. Après avoir constaté
les faiblesses de l’économie locale, M. Bazin
donne ses conclusions en insistant pour que
vement
prochain de l’aéroport de Faaa devrait
favoriser l’afflux d’un tourisme aisé, grand
fournisseur de devises et créateur d’emplois.
Encore faut-il pour cela disposer de structures
d’accueil adaptées, à l’image de l’Hôtel Tahiti,
en voie d’achèvement ou du “Club Med”, en
projet.
Le choix
Le
3ème
Plan
en
1962, alors que le budget est fortement
déficitaire.
Ils
subvention
de
en
100
reviennent
millions
avec
de
une
francs
Pacifique... et le souhait du gouvernement
métropolitain de transférer les expériences
nucléaires d’Algérie à Moruroa.
Ainsi, la voie d’une politique de rigueur,
génératrice de stagnation économique et
sociale, mais seule garante d’une autonomie
en
partie préservée, a été abandonnée. Le
choix s’est finalement porté sur le développe¬
ment économique et l’amélioration sensible
du niveau de vie de la population, au prix
d’une injection factice de capitaux et d’une
totale dépendance vis-à-vis de la Métropole.
Mais pouvait-il en être autrement ? En 1962, le
particuliers soient portés sur :
l’aménagement du régime foncier qui
bloque, du fait de l’indivision, tout développe¬
ment
agricole ; - la régénération de la
reprend les grands thèmes
M. Bazin, en écartant
toutefois certaines hardiesses, comme la
transversale
Papenoo-Punaruu.
Malheu¬
reusement, c’est l’argent qui fait défaut, les
la vanille et du café ; - le développement de
cultures nouvelles (poivre, cacao...) ; - le
que ceux de 1959, et les besoins du Territoire
allant croissant. C’est l’impasse. La Polynésie
taux de couverture de la balance commerciale
politique d’austérité de façon à préserver son
équilibre financier ? Ne serait-ce pas se
saborder économiquement en se montrant
trop prudent ? Ne vaut-il pas mieux profiter
des opportunités ? C’est sans doute ce que
pensent les membres de la délégation de
l’Assemblée territoriale qui se rendent à Paris
atomiques, dès l’instant où
l’Algérie s’acheminait vers l’indépendance.
En attendant, après la mise en service de
l’aéroport de Faaa, la venue du C.E.P.
propulse le Territoire dans un décollage
économique sans précédent, mais qu’il n’a
jamais vraiment contrôlé.
des efforts
-
cocoteraie ; - la rationalisation des cultures de
développement de la pêche artisanale et indus¬
trielle ; - l’orientation de l’activité nacrière vers
la
perliculture
;
-
l’amélioration
des
infrastructures existantes (il évoque même la
possibilité d’une route transversale PapenooPunaruu...) ; - le développement des
transports aériens et du tourisme.
M. Bazin insiste tout particulièrement
sur ce dernier aspect, en constatant que l’achè¬
Papeete avant le
changement. Le tare
To
(à gauche) et
l'hôtel Stuart (à droite)
comptent, vers 1960,
parmi les bâtiments les
plus imposants du front
de mer. Le tare Tony,
136
développés
par
résultats de 1960 étant nettement moins bons
doit-elle accepter, au moment-même où elle
s’ouvre largement à l’extérieur, d’entamer une
cher à son fondateur
Tony Bambridge, est un
des hauts lieux de
négoce de Papeete,
aiors que l’hôtei Stuart
est ie plus prestigieux
hôtei de Polynésie, à une
époque où ie tourisme
n'en est encore qu’à ses
balbutiements. Le long
des quais, une goéiette
a pris sa piace au milieu
des voiliers de plaisance
et d’un bonifier.
n’est déjà plus que de 62% ! D’autre part, il
semble bien que Paris ait décidé coûte que
coûte
de transplanter en
Polynésie ses
installations
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100 p.
137
Index des
noms cités
Les numéros en gras renvoient aux pages
sujet est traité principalement. Les
italique renvoient à
légende, les autres se rapportent au
où le
numéros de pages en
une
texte.
ATIAU VAHINE (Terllvaetua). 15, 16.
ATWATER, Dorence. 103.
AUBIGNY d'. 14, 15.
B
BAGNEUX. 127.
BAILLY. 55, 56.
BAMBRIDGE, Rudolph. 50, 55, 56,56,
136.
BANZET, S. 84.
BARFF, John. 83.
BAUDICHON, Joseph-Paul. 82.
BAXTER, George. 11.
BAZIN, Maurice. 136.
BERNIÈRE, Georges. 43.
BERNIÈRE, Paul. 45.
BISMARCK, Otto von. 25, 26, 27.
BODIN, Henri. 48, 48, 75.
BOEGNER, Marc. 85.
BONARD, Louis-Adolphe. 16, 83.
BONNAFÉ. 129.
BONNEFIN, Pierre. 104.
BONNET, Maximilien. 93.
BORDES, Frédéric. 45.
BORDES, Jean. 54.
BOUCHÉ. 34.
BOUGAINVILLE, Louis-Antoine de.
9.
BOUGE, Louis-Joseph. 34.
BOUZER, Paul. 47, 48.
BOYER, Léon. 20.
BRANDER, John. 18, 90, 90, 95, 116,
118.
BRAULT, Laurence. 103.
BRÉA, M. de. 17.
BROCHE, C" Félix. 36, 37.
BRUAT, Armand-Joseph. 13, 14, 15,
16, 16, 17, 17, 18,18, 24,80,83,89,97.
BRUN, Prosper. 84, 85.
BRUNOT, Richard. 36,36, 37.
BUGLET. 12.
c
CAMPAGNA, de. 14.
CARDELLA, François. 30, 30, 31, 95.
CARET, François, le P. François
d'Assise. 82.
CARRON, Jean. 95.
CASSIAU, Pierre. 124.
CAVAIGNAC, Albert. 82.
CÉRAN-JÉRUSALEMY, Benjamin.
47, 48.
CÉRAN-JÉRUSALEMY,
Jean-Baptiste. 46, 47, 47, 48, 48, 49,
50, 51, 52, 53, 56.
CÉRAN-JÉRUSALEMY, Lucien. 45.
CHAMBERLAIN, Joseph. 25.
CHARLIER, Edouard. 35.
CHARRON, Robert. 42, 44.
CHASSELOUP-LAUBAT. 110.
CHASTENET de GÉRY, Jean. 34, 36,
36.
A
ABERDEEN, Lord. 9.
ADAMS, Henry. 103.
CHESSÉ, Isidore. 28, 28, 31, 31.
CHIM SOO. 98.
ADAMS, Thomas Stratfort. 95, 109.
CHIN FOO. 99, 100, 121.
AGOSTINI, Jules. 73.
CLAVEL. 60.
AHNNE, Edouard. 34, 35, 36, 42.
COLETTE, R.P. 79, 82.
COLLET, Cpt. 12, 12.
COLOMBEL, Ropa. 47, 48.
COOK, James. 9.
COPPENRATH, Gérald. 48,54, 55,56,
AHNNE, Georges. 43, 44.
ANGLADE, Michel. 126.
ANTIG, Charles-Claude. 16, 18, 19.
ANZIANI, Armand. 44, 46.
ARBOUSSET, Thomas. 84.
ARGENLIEU, Thierry d'. 36, 37.
ARIIAUE. 20, 22, 23.
ARIIFAITE. 23.
ARII OEHAU. 90.
ARI'IPAEA. 16.
ARIITAIMAI
(ép. Salmon). 16, 103.
ARIOI a TANE. 30.
ARMAND, L. 21.
ATGER, Edwin. 55.
ATGER, François. 84.
ATGER, Jean. 95, 109.
56, 100.
COR, Henri. 100.
COULON, Michel. 43, 45,
CUMMING, Constance F. Gordon.
90, 96, 105.
CURTON, Emile de. 34, 36, 36,
D
DARLING, Adam John. 21.
DAVIN, Albert. 73.
DEANE, Gaston. 48.
DEFFERRE, Gaston. 48.
DEFLESSELLE, Constant. 34, 35.
DELESSERT, Eugène. 18.
DESTREMEAU, Maxime. 32.
DIETHELM. 41.
DILHAN, P. 56.
DORDILLON, René-lldefonse. 82.
DORDOLOT des ESSARTS,
Frédéric. 28.
DOUCET, M. 54.
DOUMERGUE, Gaston. 85.
DROLLET, Jacques. 47, 48.
DUCOS, T. 106.
J
JAUSSEN, Mgr Etienne dit Tepano.
82.
JOHNSTON. 95, 109.
JORE, Léonce. 34, 38, 39.
JOUAN, Henry. 60, 73.
JOUETTE, Calixte. 82.
JULIEN, Gustave. 32, 33, 39.
JULLIEN, Philippe-Emile. 38.
SARRAUT, Albert. 40.
O
SAUTOT. 34.
OOPA, Mate. 56.
OOPA, Tautu. 45, 47, 48, 55.
O'REILLY, Patrick. 57.
ORSELLI, Georges. 36, 36, 44, 53,
123.
ORSMOND, Rév. John-Muggridge.
83.
SMITH, Harrison. 730.
P
DUMONT d’URVILLE, JulesSébastien-César. 10.
KAMEHAMEHA III. 11.
PAGAN, Alcide. 116.
PAGE, Théogène-François. 80, 83,
DUNNETT, William. 90.
DUPERRÉ, V.G. 10, 12.
KONG AH. 35, 35,
DUPETIT-THOUARS, Abel. 10, 11.
12, 12, 13, 13. 14, 17, 60, 60, 83.
E
EICH, Joseph. 82.
F
FANAUE. 16.
FARE'AU. 15.
FAUA. 54.
FAWTIER, William. 32, 32.
FERRY, Jules. 26.
FIERENS, Jean-Jacques. 75, 82.
FLORISSON, Jean. 46, 47, 48, 55.
FORSTER. 109.
FOUQUÉ, Adolphe-Etienne,
le P. Clair. 75, 82.
FREBAULT, Henri. 47. 48.
G
GABRIÉ, Gustave. 99.
GALLET, Gustave-Pierre-Théodore.
28, 38, 81, 100.
GARDON, Cdt. 15.
GARETT, J. 83.
GAUGUIN, Paul. 100.
GAULLE, Gai Charles de. 41, 47, 47,
50, 52, 53, 53.
GIBSON, Andrew. 95.
GILBERT, Jean. 36.
GIOVANELLI, Joseph-Louis. 45.
GIRAUD, Charles. 19.
GIRAULT. 46.
GOGILLOT, L. 35.
GOLOZ. 129.
GOUPIL, Auguste. 93, 100, 124.
GRAND, Walter. 48, 48.
GRÉVY, Jules. 85.
GRIMALD, Aimé. 85.
GUÉDÈS, Auguste. 34, 35.
GUIZOT, François. 9, 9, 10, 25.
H
HALLEY, Edouard. 12, 12.
HAMBLIN, William Carnogham. 90.
HAPOTO. 15.
HART, John. 90, 95.
HAUMANT, Jean-Camille. 36, 44, 45,
45, 47.
HAUTIA, Teotahiarii. 45.
HERVÉ, Armand. 35.
HERVÉ, François. 35, 41, 95.
HINOI, Prince (Teri'i Hinoi atua
Pômare a tu). 81.
HITOTE. 80.
KOENIG. 37.
L
LA BRUYÈRE, René.
95, 109.
LACASCADE, Etienne-ThéodoreMondésir. 28, 38, 38, 81.
LAGARDE, René-Raphaël. 48, 48.
LAGUESSE, Emile. 103.
LAGUESSE, Eugène. 92, 94.
LANGOMAZINO, Joseph. 20, 93.
LAPLACE, Cyrille-Pierre-Théodore.
10.
LA RICHERIE, Louis-EugèneGaultier de. 110.
LA RONCIÈRE, Emile de. 20, 79, 110,
110.
LASALLE-SÉRÉ, Robert. 47.
LEJEUNE, Lt. 17.
LÉONI. 45.
LE ROUGE. 109.
LESTRADT. 45.
LÉVY, Emile. 116.
LIAIS, Edmond. 93.
LOMBARD, Henry. 50, 50.
LOTI, Pierre. 23,
M
MAC KEAN, Thomas Smith. 82.
MAESTRACCI. 44.
MAGER, Henri. 31.
MAHEONO. 12, 17.
MALARDÉ, Paul. 92.
MALLET. 129.
MANSARD. 36.
MANUTAHI a TIANOA. 90.
MARANT-BOISSAUVEUR, Félix. 15,
16, 17, 19.
MARAU, Reine Joanna Marau Taaroa
te pau (Salmon). 23, 29, 103, 124.
MARION du FRESNE, Marc-Joseph.
11.
MARTIN, Henry Byam. 18, 83.
MARTIN, Mgr Joseph. 82.
MARTIN, Louis. 94.
MARTIN, Yves. 45.
MAUREL, Louis. 82.
MAUSSUS. 129.
MAZELLIER, Philippe. 53.
MILLAUD, Jean. 45.
MILLER, William. 16.
MIOT, P.E. 74.
MONTEILHET, Joseph. 123.
HUNT, Henry Samuel. 14, 14.
HUNTER, Edward John. 104.
HUNTER, Pierre. 47, 48, 48, 56.
MONTGOMERY. 37.
MOOROA, Matani. 48.
MOREAU, Octave. 84.
MORIN. 35.
ILARI, Noël. 36, 43, 45, 46, 53.
INTÈS, A. 132^
lOTETE. 12, 12, 13
PAMBRUN, Georges. 45.
PAOFAI. 15.
PAPINAUD, Pierre-Louis-Clovis. 38,
81.
PARAITA. 12, 14, 15, 15, 17,
PATER, Jules. 95.
PAULET, George. 11.
PERE, Poheara. 45.
PETERSEN, Auguste. 94.
PETIT, Edouard. 30, 30.
PETITBON, René. 46.
PIN, Marcel. 45.
PITOMAI. 15.
POMARE VAHINE IV. 9,10, 71, 12,14,
118.
HORT, Alfred William. 90, 93, 116,
PALMERSTON, Lord Henry Temple.
9, 10, 10.
LEGENTILHOMME. 41.
HOWE, William. 78, 84.
HOARE, S. 103.
PAKOKO. 13, 80.
POMARE II. 80.
MOERENHOUT, Jacques-Antoine.
10, 11, 12, 14, 21, 27, 86, 116.
MOLLET, Guy. 48.
MONTAGNÉ, Michel-Lucien. 34, 35,
35, 39, 40.
HITOTl a MANUA. 11, 12, 15, 15, 17.
105.
LEBEAU, Henri. 73.
LEBOUCHER, Albert. 35, 45.
LE CAI LL, Emile. 44, 56,
LEHARTEL, Charles. 48, 55.
N
NAGLE, James. 90.
NEWBURY, Colin W. 81.
SIMPSON, Alexandre. 12.
SOARÈS, Auguste. 110.
JUVENTIN, Emile. 45.
K
SAVEY, Cdt. 37.
SCHMITT, R.C. 57.
SEGUIN, Charles. 93.
SENAC, Marcel. 36.
SHIPLEY, Conway. 79, 22, 83.
PLANCHE, Jacques-Ferdinand. 28.
PLEVEN, René. 42.
SOLARI, Alfred. 34.
SOULIÉ, Antoine. 82.
STEWART, William. 96, 97, 98, 98,
110, 770, 111, 777, 118.
STOKES, John F.G. 708.
T
TAHUHUTERANI, M. 48.
TAI METUA. 90.
TAIRAPA. 12, 15, 17.
TAMATAHL 30.
TAMATOA. 16.
TAPOA. 16.
TAPUTUARAI. 54.
TATI. 12, 14, 15, 75, 17, 37, 90.
TAURAA, Jacques. 47, 48, 48.
TAURU, Gabriel. 55, 56.
TEARIKI, John. 47, 48, 53, 54, 56.
TEAVIRI. 15.
TEIVA, Ferdinand. 45.
TEMARII. 30.
TE MOANA. 12, 73, 87.
TEONO. 87.
TEPAVA. 54.
14, 15, 15, 16, 17,18, 19, 20,20, 21,27,
23, 23, 24, 24, 76, 77, 84, 89.
TERAI. 15.
POMARE .V. 20, 23, 26, 28, 28, 30, 30,
87, 703, 104.
POROI, Alfred. 43, 45, 47, 50, 56, 94.
TERAUPO. 28, 29, 87.
POULET. 56.
POUVANAA a OOPA. 48, 48, 49, 50,
50, 51, 57, 52-53, 54, 55, 56
PRATT, Addison. 82.
PRITCHARD, George. 10, 77, 14, 74,
15, 16, 78.
TERETANE. 23.
TERIIERO A TERIIEROOITERAI. 34,
87.
TERIITAPUNUI. 23.
TERI'ITARIA. 16.
TERLYN, Léonard, le P. Vincent
de Paul. 82.
THALY. 34.
PUJOL. 54.
THIERS, Louis-Adolphe. 9.
Q
THOMPSON, Sir Thomas. 14.
THOMAS. 77.
QUESNOT, Joseph. 43, 45, 47.
R
RADIGUET, Maximilien-René. 72,73,
75, 60, 80.
RAOULX, Rosa. 54.
RAOULX, Victor. 37, 44, 94, 95, 99.
RARIARI. 54.
RAVAULT, François. 107.
REED, William. 132.
REINE, Lt. 14.
RENVOYÉ, François. 93.
REVEL. 39.
REY, Jean. 93.
RIVET, Louis. 34, 39, 123, 130.
ROBERT, Jocelyn. 34, 34.
ROLLIN, D' Louis. 41, 42.
ROMMEL. 37.
ROUGIER, Emmanuel. 34, 35.
ROUSSIN, A. 13.
ROZAN
(ingénieur). 126.
S
SAINT-HILAIRE, G. 10.
SALISBURY, Lord R.G.C. 25, 26.
SALMON, Alexander ou Alexandre.
12, 18, 90, 90.
SALMON, Alexandre, dit Ariipaea.
103.
SALMON, Lois, dite Manihinihi. 703.
SALMON, Marau voir MARAU.
SALMON, Moetia. 703,
SALMON, Jean, dit Narii. 703.
SALMON, Tati. 30, 103, 703.
SANFORD, Francis. 43, 56.
THUNOT, J.-B. 44.
TISSOT, Alfred. 45.
TIXIER, Marcel. 45.
TIXIER, Pierre. 44, 45.
TOBY, Jean-François. 46, 48, 49, 53.
TOUP-NICOLAS, John. 14, 74.
TOUZÉ, Etienne. 124.
TUCKER. 14.
TUMAHAI, Jean. 56.
TUMAHAI, Louise. 43.
TURNBULL, John. 770.
TUTAVAE, Rereao, dit Nadeaud. 45.
U
UTAMI. 12, 14, 16.
V
VAEKEHU. 87.
VANIZETTE, Frantz. 49, 54.
VERDIER, Maxime. 82.
VERNIER, Charles. 43, 46, 85,
VERNIER, Frédéric. 84.
VIAUD, Gustave. 24.
VICTORIA, Reine. 10.
VIENOT, Charles. 37, 78, 79, 79, 84,
84, 95, 116.^
VIRIAMU. 54,
VON SPEE, Amiral. 32, 33.
W
WALLIS, Samuel. 9, 775.
WILSON, Samuel. 12.
WINCHESTER, Tehema. 45.
Y
YOUNG. 95, 709.
139
Index
des navires cités
A
Alberiine 98.
Aorangi 117.
Astrée 74.
B
Baslllsk 14, 14.
Bounty 9.
c
Cap des Palmes 37.
Chevreuil 37.
Cormoran! 15.
Craysford 14.
Croix du Sud 116, 116.
D
Danae 9.
Dublin 9. 14.
Duff 83, 86.
Duquesne 26.
E
Embuscade 9, 15.
Empresa 96.
F
Ferdinand Brumm 98.
G
Gauloise 97.
Gnelsenau 32, 33.
L
Lucy 97.
M
Maitai 117.
Mariposa 117, 7 77.
Moana 32.
Moaroa 97.
N
Navua 62.
Néréide 96.
P
Phaeton 16, 17.
R
Reine Blanche 9, 12.
S
Sagittaire 44, 44.
Saint-Michel 95. 116.
Scharnhorsl 32, 33.
Spay of Océan 98.
T
Talbot 14.
Tampico 96.
Triomphant 37.
U
Uranie 9, 16.
V
Ville d’Amiens 44, 45, 45, 47, 52.
Vindiciive 14.
Z
Zélée 32, 32.
140
Index
ESPAGNE 11, 27
géographique
Pour les îles, la lettre entre parenthèses
signale l'archipel dont elles font partie ; (A)
pour Australes, (G) pour Gambier, (M) pour
Marquises, (S) pour Société et (T) pour
Tuamotu.
Les numéros en gras renvoient aux pages
sujet est traité principalement. Les
numéros de pages en italique renvoient à
une légende, les autres se rapportent au
où le
texte.
ÉTATS-UNIS 9, 10, 25, 26, 27, 27, 33,
91, 97, 110, 111, 116, 116, 119, 122,
126, 132
EUROPE 9, 32, 33, 62, 64, 68, 69, 72,
76, 83, 92, 94, 114, 122
EXTRÊME-ORIENT 10
F
FAKAHINA
FANGATAU (T) 75, 114
119, 135
ALGÉRIE 41, 47, 136
ALLEMAGNE 25, 26, 26, 27,27, 32,36,
116, 119, 120
AMÉRIQUE 9, 10, 25, 26, 27, 61, 73,
96, 116, 117
ANAA
(T) 114
ANGLETERRE 9,13, 25, 26,26, 27,27,
28, 29, 98, 103, 120, 122
APATAKI
(T) 116
ASIE 26, 98
ATI U
(îles Cook) 96, 96
AUSTRALASIE 26, 105, 109, 110, 120
AUSTRALES (archipel des) 26, 28,
29, 34, 43, 58, 60, 61, 62, 62, 64, 65, 69,
70, 71, 82, 86, 87, 108, 131
Australie 25, 26, 33, 96, 103,116,
119, 122, 126
B
FRANCE9,9, 10, 10, 11,77,12,13,74,
16, 23, 25, 26, 26, 27, 28, 28, 29, 30, 32,
36, 38, 39, 41,42, 47, 50, 53, 61,62, 72,
79, 80, 87, 83, 83, 84, 87, 91,96, 96, 97,
98, 105, 106, 111, 118, 119, 120, 720,
121, 122, 123
GAMBIER (archipel des)
(archipel) 27
BQRABORA(S) 16,32, 36,37,52,72,
83. 90, 91, 122, 134, 135
c
GILBERT (îles)
26, 58, 96, 96, 97, 97
GRANDE-BRETAGNE 9, 10, 10, 11,
7 7, 13,14, 74, 16, 17, 26, 27, 29, 80, 98,
778, 1 19, 120
GRÈCE 33
GUAM 27, 116
H
HOLLANDE 98
HUAHINE (S) 16, 77, 28,29, 45, 50,52,
53, 82, 87
I
126
(océan) 10, 98
INDIEN
CALLAO 96, 96
INDOCHINE 26
CARAÏBES 27
ITALIE 37, 37
CAROLINES (archipel des) 27, 32, 91
J
CHINCHA (îles) 96
CHINE 36, 89, 97, 98, 98, 99
COOK (îles) 26, 29, 58, 62, 96, 128
D
DIEGO SUAREZ 31
E
L
LIBYE 37
LOYAUTÉ (îles) 49
M
MAIAO-ITI
ÉGYPTE 37
26
(S) 28
MAKATEA (T) 59, 62, 65, 69,115,121,
124 à 129, 134
(A) 28, 65, 90
65
S
SALOMON (îles) 26, 27, 96, 97
SAMOA (îles) 27, 27, 62, 81, 96, 97,
702, 115, 7 75, 735
SAVA 27
SÉNÉGAL 97
SINGAPOUR 67
SOCIÉTÉ (archipel de la) 28, 60, 61,
62, 65, 70, 71, 80, 87, 105, 111, 114
SYRIE 37
T
(S) 28, 50
TAHITI (S) 9, 10, 70, 11, 77, 12, 13,14,
NOUVELLE-GUINÉE 26, 27, 27
NOUVELLE-ZÉLANDE 9, 10, 11, 77,
25, 26, 33, 42, 67, 7 77, 119, 122, 126
NOUVELLES-HÉBRIDES 26, 83, 96,
97
TAHUATA (M)
NUKU HIVA (M) 12, 72, 13, 73, 60, 65,
TAIWAN 67
(T) 114
NlUE 97
NOUVELLE-CALÉDONIE 10, 25, 26,
28, 38, 49, 68, 68, 91,106,117,131,134
NOUVELLE-GALLES DU SUD 9, 10
12, 72, 73, 65
(T) 114
114
TAKUME (T) 774
TOKELAU (îles) 26
TONGA (îles) 10, 26, 81, 83, 776
TUAMOTU (archipel des) 17, 26, 28,
34, 35, 40, 58, 60, 61, 67, 62, 65, 69, 70,
71, 73, 75, 75, 78, 82, 87, 88, 94, 97,
707, 112, 772, 114, 774, 775, 116, 131
TUBUAI (A) 17, 28, 65
TAKAPOTO
TAKAROA (T)
O
OAHU
(îles Hawaii) 11
P
PACIFIQUE 9, 10, 10, 11, 12, 25, 26,
26, 27 27, 28, 32, 33, 36, 37, 62, 66, 67,
72, 81, 89, 96, 98, 99, 100, 105, 776,
117, 119, 120, 122, 123, 126, 127, 727
,
PAGO PAGO
(Samoa) 116
PAQUES (île de) 26, 58, 82, 7 77
PENRHYN (îles Cook) 96, 96
PÉROU 61, 96
PHILIPPINES 27, 27, 123
PHOENIX 26
16, 17, 29, 87, 111, 778
RAIVAVAE (A) 28, 65
RANGIROA (T) 114, 774
RAPA (A) 28, 65
RAPA NUI voir PAQUES (île de).
RAROIA
(T) 774
RAROTONGA (îles Cook) 29, 735
REAO
TUNISIE 37
U
UA HUKA (M) 60, 65
UA POU
UPOLU
(M) 60, 65
(îles Samoa) 27
V
VALPARAISO 10, 12, 13, 14, 105, 776
R
RAIATEA (S)
LIBAN 37
RIMATARA (A) 28, 29,
RURUTU
74, 15, 75, 16, 17,18, 18, 20, 20, 22, 23,
24, 25, 26, 27, 28, 28, 29, 30, 31,37, 32,
32, 33, 34, 35', 37, 38, 40, 41,43, 46, 47,
47, 49,51,53, 57,58, 58, 59,59, 60,61,
62, 64, 65, 67, 69, 71, 73, 75, 76,77,78,
78, 80, 81, 87, 82, 82, 83, 83, 84, 85, 86,
87, 89, 89, 90, 91,97, 92, 92, 93, 93, 94,
95, 95, 97, 97, 100, 101, 102, 103, 104,
104, 105, 705, 106, 706, 108, 110, 770,
777, 112, 113, 114, 1 15, 775, 116, 776,
117, 118, 778, 119, 120, 720, 123, 128,
129, 729, 130, 730, 737, 735
NAPUKA (T) 75, 7 74
PINAKI 775
JAPON 25, 124, 126, 726
R.F.A. 132
TAHAA
N
PALESTINE 37
INDE 31, 98,
CHILI 14, 26, 33
136
74, 87
(T) 75, 114, 7 74
HAWAII (îles) 10, 11, 77, 17,27, 27,58,
96, 97, 116, 7 78
HIKUERU (T) 132
HIVA OA (M) 65
H AO
CALIFORNIE 10, 89, 98, 109
ELLICE (îles)
26, 28, 58,
60, 61, 65, 69, 70, 71,74, 78, 82, 87, 89,
112, 116
HONG KONG 67, 98, 98, 100
BISMARCK
MOOREA(S) 12, 16, 17,18, 79,30,37,
MORUROA (T)
RÉUNION (île de la) 96
SANDWICH voir HAWAII.
40, 50, 58, 58, 59, 74, 78, 80, 82, 83, 84,
90, 95, 97, 735
MOPELIA (S) 52
NIAU
G
(S) 62
MÉLANÉSIE 25, 26, 96, 97
MICRONÉSIE 26
(îles) 33
FALKLAND
27
MAYOTTE 31
FAKARAVA (T) 61
(M) 65
FIDJI (îles) 26, 27, 62, 96, 97, 98, 118,
A
MARQUISES (archipel des) 9,10, 12,
72, 13, 14, 15, 17,25, 26, 28,29, 33, 34,
40, 43, 50, 58, 60, 60, 61,67, 62, 65, 68,
69, 70, 71,72, 73, 74, 74, 75, 79, 80, 82,
87, 89, 90, 95, 96,96, 97, 98, 110, 111,
114, 116
MAUPITI
(T) 114
10
MARIANNES (îles) 27
MARSHALL (îles)
FATU HIVA
AFRIQUE 10, 26, 91
MANGAREVA (G)
(T) 87
VANUATU (anc. Nlles-Hébrides) 97
VENT (îles du) 34, 40, 58, 60, 69, 69,
70, 85, 89, 97, 102, 108, 116
VENT (îles Sous-le-) 11,74,16,17,25,
28, 29, 37, 33, 34, 38, 43, 48, 50, 58, 60,
62, 69, 70, 71, 83, 116, 778
w
WALLIS 10
WALLIS-ET-FUTUNA 49
141
Sources des illustrations et crédit photographique
Note préliminaire :
Les documents d'origine anglo-saxonne ont été
laissés sous leur référence d’origine.
reine : dessin original de Pierre Loti, coll. Pierre et Jacques LOTI-VIAUD.
P. 24 Lanciers de la reine : cl. G. Viaud, coll. O’REILLY. Le palais de la reine :
cl. G. Viaud, coll. O’REILLY. Festivités à Tahiti : dessin d’après une
photographie parue dans le Monde illustré, coll. O’REILLY.
L’ÊRE COLONIALE
P. 25 Voyageur : lithographie d’après un dessin de J. Arago, cl. Giraudon.
P. 26 Salisbury : cl. Roger-Viollet. Le Duquesne : cl. G. Spitz, coll. O’REILLY.
Bismarck : cl. Roger-Viollet.
P. 27 Consulat américain : ci. Homes, coll. O’REILLY. Carte par C. Visse.
P. 28 Le 29 juin 1880 : coll. O’REILLY.
P. 29 Teraupo : dessin d’après une photographie parue dans le Monde Illustré
(1897), coll. O’REILLY. Famille royale de Rimatara : cl. Ch. Bouzer, coll.
O’REILLY. Palais royal de Huahine : cl. MUSÉE DE LA FRANCE
D’OUTRE-MER.
P. 30 F. Cardella : cl. H. Lemasson, coll. O’REILLY. E. Petit : coll. O’REILLY.
PP. 4-5 Papeete : coll. M.T.I.
P. 6 Médecins : cl. J. Agostini, coll. O’REILLY.
P. 8 Papeete : dessin original de C.C. Antig, NATIONAL LIBRARY OF
AUSTRALIA, Rex Nan Kivell Collection, réf. NK 10376 f.13.
LE PROTECTORAT FRANÇAIS
P. 9 Navires de guerre : dessin de L. Le Breton,
MUSÉE DE LA MARINE,
réf. 15865. F. Guizot : cl. Roger-Viollet.
P. 10 Palmerston : cl. Roger-Viollet. La reine Victoria : cl. Roger-Viollet. Baie
d'Akaroa : dessin de L. Le Breton, coll. Encyclopédie.
P. 11 Pritchard : peinture de G. Baxter, coll. M.T.I. Kamehamehaet les pavillons
des îles Sandwich : dessin de Ft. Byam Martin. Hitoti : dessin original, coll.
O'REILLY.
P. 12 lotete ; dessin original de M. Radiguet, SERVICE FIISTORIOUE DE LA
MARINE, album n“1.B5649, cl. Cl. Rives. Nuku Fliva : idem.
P. 13 Pakoko et Te Moana : dessin original de M. Radiguet, SERVICE
HISTORIOUE DE LA MARINE, album n»1.B5649, cl. Cl. Rives. Tahuata : idem.
P. 14 Le Basilisk : dessin anonyme, coli. O'REiLLY. Toup Nicoias : coii.
O'REiLLY. L’arrestation de Pritchard : dessin in lllustrated London News, coil.
O’REiLLY.
P. 15 A. Bruat : coii. O'REILLY. Paraita : dessin de F. Marant-Boissauveur, from
the original drawing in the DIXSON LIBRARY, by courtesy of LIBRARY
COUNCILOFNEVY SOUTH WALES, réf. DL PXX34 f.40. Soldat tahitien : dessin
de F. Marant-Boissauveur, from the original drawing in the DIXSON LIBRARY,
by courtesy of LIBRARY COUNCIL OF NEW SOUTH WALES,
réf. DL PXX34 f.41. Proclamation du Protectorat : dessin original de
M. Radiguet, SERVICE HISTORIOUE DE LA MARINE, album n°1.B5649,
cl. Cl. Rives.
P. 16 Refouler... : dessin original de C.C. Antig, NATIONAL LIBRARY OF
AUSTRALIA, Rex Nan Kivell Collection, réf. NK 10376/12. Le camp de la
Punaruu : dessin de F. Marant-Boissauveur, from the original drawing in the
DIXSON LIBRARY, by courtesy of LIBRARY COUNCIL OF NEW SOUTH
WALES, réf. DL PXX34 f.29.
P. 17 Carte par C. Visse.
P. 18 Papeete vue de la mer : dessin original de H. Byam Martin. La maison du
consul anglais : dessin original de C.C. Antig, NATIONAL LIBRARY OF
AUSTRALIA, réf. NK 10376/3.
P. 19 Plan de Papeete : in E. Delessert. Papeete vue de la colline : dessin de
C. Shipley, coll. O’REILLY. La maison de la reine: dessin original de C.C. Antig,
NATIONAL LIBRARY OF AUSTRALIA, réf. NK 10376/1. Intérieur de case :
dessin de F. Marant-Boissauveur, from the original drawing in the DIXSON
LIBRARY, by courtesy of LIBRARY COUNCIL OF NEW SOUTH WALES,
réf. DL PXX34 f.46.
P. 20 Pômare IV : coll. O’REILLY. Défilé : dessin anonyme, coll. O’REILLY.
P. 21 Pômare IV : coll. O'REILLY. La présence française : dessins originaux
attribués à L. Armand, coll. O'REILLY.
P. 22 Papeete en 1848 : deux dessins de C. Shipley, coll. O’REILLY.
P. 23 Pômare Vahiné IV : dessin d’après une photographie parue dans
l'Iilustralion, cl. Roger-Viollet. Pômare V : dessin d’après une photographie
parue dans VIllustration du 25 septembre 1880, coll. O'REILLY. La cour de la
142
Papeete vers 1880 : dessin de J.-L. Saquet, d’après des photographies.
P. 31 I. Chessé : coll. O’REILLY. C. Viénot : cl. MUSÉE DE LA FRANCE
D’OUTRE-MER.
P. 32 Le bombardement : cl. L. Gauthier. Le 6ème Contingent : coll. O’REILLY.
P. 33 G. Julien : coll. O’REILLY. Carte par C. Visse, d’après M. Lextreyt.
P. 34 Montagné et son Conseil privé : coll. O’REILLY.
P. 35 E. Ahnne: coil. O’REILLY. C. Deflesselle : coll. O’REILLY. L’affaire du 3.30:
coll. O’REILLY.
P. 36 Hydravions : U.S.LS.
P. 37 D'Argenlieu : coll. O’REILLY. Carte par C. Visse, d’après M. Lextreyt.
P. 38 E. Lacascade : coll. O’REILLY. L. Jore : coll. O’REILLY. G. Gallet : coll.
O’REILLY.
P. 39 Les médecins : cl. J. Agostini, coll. O’REILLY. L'uniforme : idem.
P. 40 Maison de l’administrateur : cl. H. Lemasson, coll. O’REILLY.
VERS L’AUTONOMIE INTERNE
P. 41 De Gaulle : coll. Encyclopédie.
P. 43 Conseil municipal : coll. O’REILLY. A. Poroi : coil. A. POROI.
P. 44 Le Sagittaire : coll. Encyclopédie. L’Assemblée représentative : coll.
O’REILLY.
P. 45 L’affaire du Vilie d'Amiens : coll. A. POROI.
P. 46 De Gaulle : cl. A. Sylvain, coll. Encyclopédie.
P. 47 Léiection de Pouvanaa : extrait du journal Ciimats, SERVICE DES
ARCHIVES TERRITORIALES. Pouvanaa et Céran : coll. O’REILLY. Une
nouvelle équipe : extrait du journal Te Ara O Oteania, SERVICE DES
ARCHIVES TERRITORIALES.
P. 48 Les élections de 1957 : coll. O’REILLY. Le Conseil de Gouvernement : coll.
O’REILLY.
P. 49 J.-F. Toby : coll. O’REILLY. J.-B. Céran : coll. O’REILLY.
P. 50 "Cet impôt...” : coll. A. POROI.
P. 51 La campagne pour le “oui” : cl. R. Charnay.
L’impôt sur le revenu :
haut : coll. A. POROI ; en bas : coll. privée.
P. 52 Pouvanaa : coll. O'REILLY. Le “non” : cl. R. Charnay.
P. 53 Poavanaa : coll. O’REILLY. Toby : cl. A. Sylvain, coll. O’REILLY.
J. Teariki : coll. O’REILLY. Le retour d’exil : coll. O'REILLY.
P. 54 F. Vanizette : coll. O’REILLY. L’assemblée des chefs de districts : coll.
O’REILLY.
P. 56 G. Coppenrath : coll. G. COPPENRATH. Conseil de Gouvernement : coll.
O’REILLY. R. Bambridge : coll. G. COPPENRATH.
en
CRISES DÉMOGRAPHIQUES
P. 58 Une famille à Paea : coll. Ch. BESLU. Bain de rivière : coll. Ch. BESLU.
P. 60 Femme des Marquises : dessin original de M. Radiguet, SERVICE
HISTORIQUE DE LA MARINE, album n-I.BSSAS, cl. Cl. Rives.
P. 61 Homme des Marquises : cl. Roger-Viollet. Groupe à Fakarava : BISHOP
MUSEUM, cl. 56459-31.
P. 62 Veillée funèbre : BISHOP MUSEUM, cl. J. Stokes, n°8393.
P. 63 Hôpital colonial : coll. Encyclopédie.
P. 64 Enfants des Australes : BISHOP MUSEUM, cl. J. Stokes, n°8559.
P. 65 Enfants de Tahiti : cl. Dormoy de la Harpe, MUSÉE DE L’HOMME,
n“36.1291-34.
Enterrement à
Papeete : ci. A. Sylvain, coli. Encyciopédie.
P. 67 Scènes de rue à Tahiti : ci. Roger-Vioiiet.
P. 68 Les migrations intérieures : ci. Ci. Rives-Cedr/.
P. 69 Papeete en 1950 : cl. P. Montiliier.
P. 70 École catholique : coil. Encyclopédie.
P. 71 Faaa : cl. A. Sylvain, coil. O’REILLY.
P. 72 Le Bataillon du Pacifique : coil. O'REILLY. École aux Marquises :
P. 66 Une explosion démographique : coil. Encyciopédie.
cl. M. Folco.
LA SOCIÉTÉ POLYNÉSIENNE
P. 73 Une famille marquisienne : MUSÉE DE L’HOMME, C64.96.23.341.
P. 74 Habitation : coil. O’REILLY. Le capitaine P.E. Miot : coil. O’REILLY.
P. 75 Couple : cl. Lerable, MUSÉE DE L’HOMME, D34.5134.267. Habitant des
Tuamotu : cl. H. Bodin, coil. O’REILLY.
P. 76 Les repas : coil. Ch. BESLU. Faire la fête : coil. Ch. BESLU. Le bain : détail
d’une peinture de C. Gordon-Cumming, cl. coil. MUSÉE GAUGUIN.
P. 77 Les costumes de danse : cl. Dormoy de la Harpe, MUSÉE DE L’HOMME,
C36.1283.34. Les fêtes : coil. Ch. BESLU.
P. 78 Les moyens de communication : coil. O’REILLY. La création d’écoles ;
coil. O’REILLY.
P. 79 Commis de magasin : cl. L. Gauthier, coil. O’REILLY. Une école de district:
coil. O’REILLY. Postiers : cl. H. Lemasson, coil. O’REILLY.
P. 80 Chef marquisien : dessin original de M. Radiguet, SERVI CE HISTORIQUE
DE LA MARINE, album n"1 .B5649, cl. Cl. Rives. Le princeHinoi : coil. O’REILLY.
Le pouvoir des chefs : coil. O’REILLY.
P. 81 Teriiero aTeriierooiterai : coil. O’REILLY. Vaekehu : cl. H. Lemasson, coil.
O’REILLY. Teono : BISHOP MUSEUM, cl. 12547.
P. 82 La cathédrale de Papeete : coil. Ch. BESLU.
P. 83 Temple de district : dessin de H. Byam Martin, mis en couleurs. Le temple
de Papetoai : dessin de C. Shipley, coil. O’REILLY.
P. 84 Le pasteur Moreau : coil. O’REILLY. Les écoles techniques : cl. Ch. Bouzer,
coil. O’REILLY.
P. 85 Commémoration : cl. coil. Église évangélique de Polynésie. École
pastorale : idem.
P. 86 Chef de Huahine : BISHOP MUSÉUM, cl. 12491. Temple de Moerai :
cl. J. Stokes, BISHOP MUSEUM, n“ 8605.
P. 87 Le collège Lamennais : coil. Encyclopédie. La paroisse catholique de
Reao : cl. K.P. Emory, BISHOP MUSEUM, n°15840.
P. 88 Diacre protestant : cl. H. Bodin, coil. O’REILLY.
LES NOUVEAUX VENUS
P. 89 Papeete : dessin de C. Shipley,
BRITISH LIBRARY, réf. 1261013 pl.5.
L'immigration française : MUSÉE DE LA MARINE, réf. 33508.
P. 90 La maison des Brander : détail d’un tableau de C.F. Gordon-Cumming,
cl. coil. MUSÉE GAUGUIN. A. Salmon : coil. O’REILLY.
P. 91 La Marine à Tahiti : coil. O’REILLY. Gendarme à Bora Bora : coil.
Ch. BESLU. Sainte-Amélie : coil. Encyclopédie.
P. 92 F. Renvoyé : coil. O’REILLY. Intérieur du Marché colonial : coil.
BOULLAIRE.
P. 93 Un colon et son "épouse” : coil. O’REILLY. Le Cercle colonial : MUSÉE
DE L’HOMME, C.64.9563.173.
P. 94 “A la ville de Dijon” : cl. L. Gauthier, coil. O'REILLY. Les entrepôts
Brander: coil. Encyclopédie.
P. 95 V. Raouix : coil. O’REILLY. F. Hervé : coil. BOULLAIRE.
P. 96 Des Marquislens : cl. Homes, coil.
Encyclopédie. En Australie :
cl. Roger-Viollet. Le port de Papeete en 1877 : détail d’un tableau de
C.F. Gordon-Cumming, cl. coil. M.T.I.
P. 97 Les Gilbertins : en haut : coil. O’REILLY ; en bas : coil. Encyclopédie.
P. 98 Hong Kong : Mary Evans Picture Library.
P. 99 1 018 travailleurs chinois : détail d’un tableau de C.F. Gordon-Cumming,
cl. coil. MUSÉE GAUGUIN.
P. 100 Chinois de San Francisco : coil. Encyclopédie. Le dynamisme de la
communauté chinoise : coil. Encyclopédie.
P. 101 Commerçant chinois : cl. K.P. Emory, BISHOP MUSEUM, n°15831.
École chinoise : coil. Encyclopédie.
P. 102 Deux Tahitiens : coil. O'REILLY. Tahitienne et “demi-blanc” : Album du
Commissaire de la Marine A.P. Godey, BIBLIOTHÈQUE NATIONALE,
Vh 578 4“ p.25.
P. 103 La famille Salmon : cl. de S. Hoare, coil. O’REILLY. L’absence de préjugés
raciaux : cl. H. Lemasson, coil. O'REILLY. Mariage d’E. Laguesse :
cl. L. Gauthier, coil. O’REILLY.
P. 104 P. Bonnefin : d’après un daguerréotype Heisby, coil. O’REILLY.
Une société pluri-ethnique : dessin d’après photographies in le Monde illustré.
UNE ÉCONOMIE VULNÉRABLE
P. 105 La fertilité du sol : détail d’un tableau de C.F. Gordon-Cumming, cl. coil.
MUSÉE GAUGUIN.
P. 106 Au district : en haut : cl. H. Lemasson, coil. O’REILLY ; à gauche : coil.
Encyclopédie. Vue panoramique de Tahiti : dessin de James Gay Sawkins,
NATIONAL LIBRARY OF AUSTRALIA, réf. NK. 6298/1.
P. 107 Au district : cl. Ch. Bouzer, coil. O’REILLY.
P. 108 Récolte de café : cl. de J.F.G. Stokes, BISHOP MUSEUM, n°8348. La
Caisse agricole : coil. Ch, BESLU. Défricher : coil. O’REILLY.
P. 109 La culture de la canne à sucre: en haut : cl. W. Wilson, BISHOP MUSEUM,
réf. XS 21842 ; en bas : coil. O’REILLY.
P. 110 W. Stewart : dessin de J.-L. Saquet d’après le Mémorial polynésien.
"Mont-Calme” : coil. Encyclopédie.
P. 111 Après l’échec de W. Stewart : coil. Société de Géographie.
P. 112 Pirogues des pêcheurs de nacres : coil. BOULLAIRE. Ramasseur de
nacres : in "T ahiti et les colonies françaises delà Polynésie” de H. Le Chartier.
Encyclopédie. Séchage de la vanille :
MUSÉE DE LA FRANCE D'OUTRE-MER ; en bas : coil. Ch. BESLU.
Encyclopédie. Les cyclones : in Supplément
littéraire illustré du Petit Parisien (1906). Les atolls : dessin de S. Wallis,
NATIONAL LIBRARY OF AUSTRALIA, Nan Kivel! Collection, réf. NK 31/1.
P. 115 Séchage du coprah : coil. Ch. BESLU. Coprah aux Samoa :
Visual Arts Library.
P. 116 San Francisco : cl. Roger-Viollet. Voiliers dans le port de Papeete : coil.
P. 113 Ramasseur de nacres : coil.
en
haut :
P. 114 La cocoteraie : coil.
O’REILLY.
P. 117 Le vapeur Mar/posa .■ coil. Ch. BESLU. La Croix du Sud : c\. H. Lemasson,
coil. O’REILLY.
P. 118 La Banque de l’Indo-Chine : coil. O’REILLY. Billets : coil. Ch. BESLU.
Entrepôts de la S.C.O. : coil. Ch. BESLU.
P. 119 Les îles Fidji : coil. Encyclopédie.
P. 120 Les sociétés anglo-saxonnes : coil. Encyclopédie.
UNE ÉCONOMIE COLONIALE
P. 121 La banque Chin Foo : coil. O’REILLY.
P. 122 Le marché de Papeete : coil. Ch. BESLU.
P. 123 Le Marché colonial : coil. BOULLAIRE.
P. 124 L’extraction : coil. O’REILLY. L'acheminement : coil. O'REILLY.
Le petit train : coil. O’REILLY. Le port de Temao : cl. I.G.N.
P. 125 Le port de Temao : coil. O’REILLY. Carte par C. Visse, d’après
M. Lextreyt.
P. 126 Le transport par chalands : coil. O’REILLY.
P. 127 Le directeur Bagneux :'cl. G.P. Wilder, BISHOP MUSEUM, n°56146.
Le funiculaire': coil. O’REILLY.
P. 128 Le village de Momu : coil. O’REILLY. La centrale électrique : coil.
O'REILLY.
P. 129 En 1913 : coil. O’REILLY. Halte en forêt : coil. O’REILLY. Le gouverneur
visite : coil. O’REILLY.
P. 130 H. Smith : coil. O’REILLY.
P. 131 Le ta mau raau : en haut : cl. MUSÉE DE LA FRANCE D’OUTRE-MER,
coil. O’REILLY ; en bas : cl. Handy, BISHOP MUSEUM, N“12282.
P. 132 L’hôtel Tahiti : coil. Encyclopédie. Le travail de la nacre : cl. A. Sylvain,
coil. Encyclopédie.
P. 133 Le pesage de la nacre : cl. A. Sylvain, coil. Encyclopédie. Départ pour
la plonge : idem.
P. 134 Papeete en 1962 : coil. Encyclopédie.
P. 135 Un hydravion : coil. Encyclopédie. Un D.C.4 d’Air France : coil.
Encyclopédie. Vers 1960 : cl. P. Montiliier.
P. 136 Papeete avant le changement : cl. Veronèse.
143
Achevé d’imprimer : janvier 1987.
Dépôt légal : 1®' trimestre 1987.
Cet ouvrage a été composé par POLYTRAM, Tahiti.
La photogravure a été réalisée par PACIFIC SCANNER, Tahiti.
Imprimé et relié par TOPPAN, Singapour.
144
•Ir
Une vaste entreprise collective
:
la réunion dans
l'Encyclopédie de ia Polynésie d'une centaine des plus
éminents
différents
spécialistes, dans des domaines aussi
que la géographie, la climatologie, la
biologie, l'histoire, l'archéologie, l'ethnologie, la
sociologie ou l'économie, est, sans conteste, un
événement sans précédent à Tahiti. Un monument de
1 500 pages, traitant 500 sujets, se devait de faire
appel
aux chercheurs, universitaires,
enseignants, aussi bien
qu'aux forces vives du Territoire, acteurs de la vie
administrative, politique, économique et culturelle. Et,
comme pour la conception et la construction d'un
édifice de vastes dimensions, il fallait que chaque
volume possède son architecte en chef, un "maître
d'œuvre" en assumant la responsabilité scientifique :
Bernard Salvat pour les trois premiers volumes : José
Garanger pour le volume 4 : Anne Lavondés pour le
volume 5 ; Pierre-Yves Toullelan pour les volumes 6 et
7 ; François Ravault et Jean-Marc Pambrun
pour les
deux derniers volumes.
Encyclopédie de la Polynésie
CETTE COLLECTION EST COMPOSÉE DE 9 VOLUMES
VOLUME 1
les îles océaniques
VOLUME 2
flore et faune terrestres
VOLUME 3
le monde marin
VOLUME 4
à la recherche des anciens
VOLUME 5
Polynésiens
la vie quotidienne dans la Polynésie d'autrefois
VOLUME 6
la Polynésie s'ouvre au monde
la
VOLUME 7
(1765-1842)
Polynésie s’ouvre au monde (1842-1960)
VOLUME 8
vivre en
Polynésie 1
VOLUME 9
vivre en Polynésie 2
Un
témoignage de maturité ; la réalisation de cette
Encyclopédie révéle qu’en ce moment du XX‘‘ siècle, le
développement en Polynésie de la Recherche - tant
territoriale que nationale - atteint une maturité qui
reflète celle d’un pays.
Elle est, aussi, le résultat de concours individuels
déterminants : celui de Julien Siu qui nous a apporté
dès la naissance du projet un soutien sans faille, et
celui de Bernard Salvat qui a su donner à cette
collection
l'impulsion de son dynamisme
communicatif
En couverture : A. Dupetit-Thouars s’entretient avec
le chef marquisien Pakoko. C’est par l’édification de
postes fortifiés aux Marquises que commence, en mai
1842, l'installation d'une station navale en Polynésie.
Mais les difficultés d'approvisionnement et les
guerres entre tribus hostiles justifient, quelques mois
plus tard, le choix de Tahiti comme base principale :
on proclamera le Protectorat le 10
septembre 1842
(détail d’un dessin original de M. Radiguet, Service
Historique de la Marine, cl. Cl. Rives).
116 années plus tard, le 29 septembre 1958, Pouvanaa
a
Oopa fait campagne pour le "non” lors du
référendum et échoue dans sa tentative de mener la
Polynésie à l'indépendance (cl, R. Charnay, coll.
Encyclopédie).
Fait partie de Encyclopédie de la Polynésie. 7, La France en Polynésie, 1842-1960