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B.UF.P
04513
22
3
ENCYCLOPEDIE DE LA POLYNESIE
Avec l’Encyclopédie de la Polynésie, les habitants de la
Polynésie française ont à leur disposition, pour la
première fois, un inventaire complet et détaillé du
monde dans lequel ils vivent. Pour la première fois, la
somme des connaissances acquises sur tout ce qui
concerne
ce
pays en ce moment du XX* siècle est
publiée pour décrire les 11 Biles qui le composent, pour
faire revivre les hommes et les sociétés des temps
passés, pour faire l’inventaire des richesses que leur
offre leur environnement et dresser le tableau de la vie
quotidienne dans la Polynésie d’aujourd’hui.
Une encyclopédie de toute la Polynésie fran¬
çaise : si Tahiti et sa capitale Papeete restent l’organe
vital du Territoire, il est aussi vrai que les archipels qui
le composent jouent un rôle déterminant. Par
conséquent, fout au long des 9 volumes de l’Encyclo¬
pédie, Australes, Tuamotu, Gambier, Marquises et
Société sont évoqués, à la fois pour leur appartenance
à l’ensemble polynésien et pour leurs caractères
spécifiques. Ainsi, qu’il s’agisse d’histoire, d’archéo¬
logie, d’économie ou de l’étude des milieux naturels,
l’Encyclopédie apporte un témoignage de la richesse
et de la diversité des îles.
Une encyclopédie thématique : dans cet esprit, une
énumération alphabétique des sujets serflj^t apparue
comme une restriction à l’ampleur du
Jjffcos. Alors
voluméT Wi
que la répartition de ces 9
thèmes
successifs permet une compréhension plus complète
et
plus profonde des sujets, où l’on verra que, bien
souvent, l’exploration du passé éclaire les conditions
du présent et les possibilités de l’avenir.
Une encyclopédie visuelle : à notre époque où la
communication par
l’image joue un si grand rôle, il
paraît évident de lui donner une place prépondérante
un
ouvrage de cette importance. Cartes,
schémas, dessins et photographies occupent plus de
la moitié des pages, ajoutant ainsi à l’information écrite
une vision concrète et attrayante de celle-ci.
dans
Une encyclopédie pour tous : qu’il s’agisse du
peuplement de la Polynésie et de sa culture ancienne,
de ses ressources et de la gestion attentive de son
environnement, ou de l’état actuel de son organisation,
il va de soi que le désir de la connaissance passe par le
plaisir de son approche. Textes et illustrations ont
donc été conçus dans un souci de simplicité qui laisse
intacte la rigueur scientifique. Dans chaque volume,
une bibliographie permet de connaître les sources de
la documentation ou d’aller plus avant dans l’étude
d’un sujet. Enfin, un index et un glossaire éclairent les
termes techniques et facilitent la lecture.
Une encyclopédie des Polynésiens : un ouvrage de
cette conception représente un outil de travail pour les
enseignants, une source de références pour les élèves
les étudiants, un moyen d’information pour tout
esprit curieux. Il permet à tous ceux qui sont nés ou qui
vivent en Polynésie de la mieux connaître et, pour tous
ceux de l’extérieur, de découvrir une image différente
et
de celle des cartes postales.
Mais, les dimensions de l’Encyclopédie de la Polynésie
dépassent ces aspects pratiques. Comme tout pays en
plein essor, la Polynésie française est confrontée à ce
défi que constitue l’insertion de sa croissance démo¬
graphique et économique dans le cadre géographique
et politique qui est le sien. Des 9 volumes de cet
ouvrage se dégagent l’historique et le bilan des
ressources dont dispose ce pays. En conséquence
directe, ils mettent l’accent sur ses richesses poten¬
tielles, mais aussi sur la fragilité des équilibres naturel
et humain dont chaque Polynésien est le garant.
En couverture : 1767 : La reine Oberea (Purea)
accueille le capitaine Wallis à Tahiti (coll.iM.T.I.).
1842 : Le pavillon du Protectorat : le pavillon français
est placé sous la forme d’un yacht dans le pavillon des
îles de Tahiti.
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ENCYCLOPEDIE
DE
LA POLYNESIE
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ENCYLOPÉDIE DE LA POLYNÉSIE
Editée et produite par Christian Gleizal
© 1986 C. Gleizai/Multipress pour la première édition
Tous droits réservés. Il est interdit de reproduire, d'utiliser dans une banque de
données ou de retransmettre par quelque moyen que ce soit cet ouvrage,
partiellement ou totalement, sans l'autorisation préalable écrite des éditeurs.
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EMCYCLOPEDIE DE LA POIYNESII
la Polynésie
s’ouvre au monde
1769-1842
Ce sixième voiume de l’Encyclopédie de la Polynésie a été réalisé sous la direction de
Pierre-Yves Toullelan,
Docteur de 3è cycle en Histoire, Chargé de cours au Centre Universitaire de la Polynésie française,
avec
la collaboration de : Alain Babadzan, Docteur de 3è cycle en Ethnologie, Chargé de cours à l’Université de Paris X-Nanterre,
Docteur d’État ès Lettres et Sciences humaines.
Chargé de recherche à l’O.R.S.T.O.M., Paul de Deckker, Docteur en Sciences sociales.
Docteur de 3è cycle en Anthropologie sociale. Professeur associé d’Histoire à l’Université de Paris Vil,
Maître de Conférence à l’Université Libre de Bruxelles, Niel Gunson, Professeur, Research School of Pacific Studies,
Australian National University of Canberra, R.P. Paul Hodée, Docteur ès Sciences de l’Éducation,
Vicaire général de l’Archevêché de Papeete, Colin W. Newbury, Professeur, Instituts of Commonweaith Studies,
University of Oxford, Jean-Louis Rallu, Démographe, Institut National d’Études Démographiques,
François Ravault, Docteur de 3è cycle en Géographie, Directeur de recherche à l’O.R.S.T.O.M.,
Membre de l’U.A. 140 du C.N.R.S., Jean-François Baré,
Claude Robineau, Docteur d’État ès Lettres et Sciences humaines, Directeur de recherche à l’O.R.S.T.O.M.,
Chargé d’enseignement à l’Université de Paris l-Panthéon-Sorbonne, Etienne Taillemite, Inspecteur général honoraire
des Archives de France.
Conception et production : Christian Gleizal
Maquette et coordination de la réalisation technique : Jean-Louis Saquet
Assistante de production : Catherine Krief
Illustrations et cartographie : Catherine Visse et Jean-Louis Saquet
Traductions de l’anglais : Pierre Montillier, Dominique Toullelan
Collaboration rédactionnelle : Michel-Claude Touchard
Photographies : B. Bird, J.-Cl. Bosmel, Bridgeman Art Library, J.-L. Charmet, M. Delaplanche, D. Destable, K.P. Emory,
Giraudon, P. Laboute, Mary Evans Picture Library, M. Ponsard, A.K. Richter, Cl. Rives-Cedn, Roger-Viollet,
E.T. Archive,
M. Sexton, J.F.G. Stokes, B. Vannier, G. Wallart.
L’iconographie de ce volume a été rassemblée sous la direction de Christian Gleizal, par Celestine Dars à Londres et
Pierre Montillier à Paris et grâce à l’aide qui nous a été apportée par :
au
Musée de Tahiti et des Iles : Manouche Lehartel, directrice, Véronique Mu-Liepman, conservateur ; au Bishop Muséum : Cynthia Timberlake,
Librarian, Betty Lou Kam, Curatorial Assistant, Photograph Collection, Clarence Mauricio, Photograph Collection ;
à la National Library of Australia : Barbara Perry, Pictorial Librarian, Sylvia Carr, Acting Pictorial Librarian ;
à la National Library of Ne\w Zealand (The Alexander Turnbull Library) : Moira Long, Assistant Curatorof Draw/ings and Paints, lan Snowdon,
Photograph Section ; à la State Library of New South Wales : Mitchell Library : Shirley Humphries, Mitchell Librarian, and Jennifer Broomhead ;
Musée de l’Homme : Muguette Dumont, Phototèque ; au Musée de la Marine : Mme Huyghes des Etages, Conservateur, Marjolaine Mourot,
Chef du Service d’Études et de Documentation ; au Service Historique de la Marine : M. le Contre-Amiral Chatelle, Chef du Service Historique,
M. J.-P. Busson, Chef du Service des Archives et des Bibliothèques de la Marine ;
au
au
Peabody Muséum of Salem : Peter Fetchko, Director, Marlene S. Hamann, Curatorial Assistant, Ethnology Dept. ; Kathy Flynn,
Photographie Assistant ; aux Archives Publiques du Canada : Georges Delisie, Directeur, Division de l’Iconographie.
Une grande partie de l’illustration de ce volume s’articule autour de la collection réunie par le R.P. Patrick O’Reilly
M.
à laquelle il nous a généreusement donné accès.
Des collections privées nous ont été accessibles grâce à l’obligeance de leurs détenteurs :
M. Christian Besiu, Tahiti ;
Nigel Davies, Californie ; M.E. Dodd, Vermont ; Mme A. de Ménil, New York ; M. Yves du Petit-Thouars, Indre-et-Loire.
CHRISTIAN GLEIZAL / MULTIPRESS
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nt-propos
,n 1767, le navigateur anglais Samuel Wallis est le premier Européen à toucher File de Tahiti. Son voyage de circumnavigation
s’inscrit dans le grand mouvement européen de découverte et d’expansion engagé depuis le XVP siècle. La Polynésie entre
alors dans un difficile processus de changement, qui va affecter aussi bien la société que l’économie tahitiennes.
L’acculturation née des contacts s’intensifie avec les années, lorsque ceux-là, d’abord épisodiques, deviennent permanents et que
et ce
le poids politique des Européens ne cesse de croître, à tel point que les Polynésiens ne semblent plus maîtres de leur histoire,
dès avant l’ère de la colonisation proprement dite. Trois phases distinctes de cette évolution peuvent être retenues.
La première est celle des contacts qui s’établissent entre circumnavigateurs et Polynésiens.
ou
Que ce soit dans le domaine des concepts
dans celui de la technologie, cette première rencontre est déterminante. Laissons de côté le mythe de Wallis épris de Purea,
de Bougainville sous le charme de la Nouvelle-Cythère, pour ne retenir que la puissance de feu destructrice du même Wallis,
les interventions de Cook et des mutins de la Bounty en faveur des chefs de Pare. La dynamique née de cette confrontation constitue
qu’il est convenu d’appeler une accélération de l’histOire. Ceci ne doit pas conduire à considérer la proto-histoire
polynésienne comme une période immobile et la société tahitienne comme une société a-historique. Les rivalités politico-religieuses
ont continuellement fait évoluer les communautés, et l’ascension de la famille des ari’i de Pare, ceux que l’on nomme au tournant
ou
ce
du XIX*^ siècle les Pômare, s’inscrit elle aussi dans cette évolution.
La seconde phase est encore plus radicale, dans la mesure où le but même des missions protestantes anglaises ou catholiques
espagnoles et françaises, est de saper les fondements religieux de la société polynésienne. Descendants directs des dieux, et donc sacrés,
les ari'i dominaient jusque-là la société traditionnelle. Ces notions s’écroulent devant le christianisme et, dès lors, un nouvel ordre social,
puis politique, est prêt à se mettre en place, symbolisé par les Codes de Lois des années 1820 et l’émergence d’une monarchie
centralisatrice. Ces transformations, qui s’échelonnent sur une vingtaine d’années (1797-1815), ne sont pas acceptées par tous,
comme en témoigne la crise de la Mamaia. Mais, dans la mesure où elles sont consenties et même récupérées par la partie la plus novatrice
de la classe dirigeante tahitienne, le triomphe du christianisme, et des valeurs qu’il véhicule, est aussi et d’abord celui de Pômare IL
La troisième phase débute alors que la seconde n’est pas encore achevée. A partir de 1800, des baleiniers, des trafiquants en tout genre,
sont attirés par l’Océanie, mais leurs méfaits ne seront réellement ressentis que vers 1820-1830. La présence de ces Européens
prend pour les Polynésiens la forme d’épidémies, d’alcool et de guerres, rendues plus meurtrières par l’apparition d’armes à feu. Alors
la chute démographique de ces petites communautés insulaires sera vertigineuse, et l’immixtion de ces étrangers aura
des répercussions jusque sur le pouvoir politique des Pômare, déjà ébranlé par une crise dynastique. Or, pour protéger leurs nationaux,
les grandes puissances (la Grande-Bretagne, la France, les États-Unis d’Amérique) nomment des consuls et envoient
des navires de guerre qui ont tendance à se saisir de prétextes, telle l’expulsion des missionnaires catholiques de Tahiti,
pour intervenir dans les affaires du royaume.
La stratégie d’unification politique poursuivie par les Pômare échappe peu à peu à cette famille, du fait des interférences toujours
accrues des missionnaires, des agents économiques et enfin des militaires européens. En quelque quatre-vingt années,
et pour la première fois de leur histoire, les chefs traditionnels polynésiens ne sont plus en mesure de contrôler leur destin
et celui de leur peuple.
Pierre-Yves TOULLELAN
1792. Scènes de la vie
quotidienne à Matavai.
Cette baie sera, pendant
les cinquante années qui
suv/ent la découverte
de/Tahiti, le centre des
écnanges de l’île. Lieu
da mouillage des
voyageurs, elle
conférera à la chefferie
de Pare un prestige
qu’elle utilisera pour
asseoir sa domination
sur l’île. Aquarelle
originale de G. Tobin.
Sommaire 1 L’approche européenne 1595-1767
9
12
£. TA ILLE MITE. P. DE DECKKER
Vers le continent austral
E. Taillemile
Les circumnavigateurs et leurs navires
14
La découverte de la
16
Après Wallis
E. Taillemile
Polynésie avant Wallis
E. Taillemile
E. Taillemile
La découverte de l’Autre
P. de Deckker
20
La découverte de l’Intrus
P. de Deckker
22
Naissance du mythe polynésien
P. de Deckker
25
Premiers contacts et conséquences
18
2 Les îles de la Société 1767-1797
28
30
32
34
36
3
38
Une intrusion espagnole
L’ascension de Tu
La Bounty
Un soutien logistique pour Pômare
Le poids de l’homme blanc dans la vie politique polynésienne
Perturbations profondes dans les îles du Vent
L’introduction du christianisme 1797-1815
41
44
La révolte et l’exode
48
Le rapprochement de la L.M.S. et de Pômare II
Pômare et l’opposition traditionaliste
52
La croisade de Pômare II
54
Triomphe de Pômare et du protestantisme
57
Une monarchie centralisatrice : des ari’i aux lavana
60
Les Codes de Lois
État des îles Sous-le-Vent vers 1800-1820
J.-F. Baré
62
64
La conversion des îles Sous-le-Vent au protestantisme
J.-F. Baré
4 Le royaume chrétien 1815-1827
Q
65
navigateurs et des
missionnaires une
monarchie
polynésienne de type
centralisateur, li faudra
quelques années pour
que la France, se
saisissant d'un prétexte,
impose sa loi à la reine
Pômare et la contraigne
à renoncer à son
pouvoir. Dessin original
de M. Radiguet.
Page suivante :
1767. Le Dolphin du
navigateur anglais
S. Wallis mouille dans la
baie de Mataval. Wallis
n’est pas le premier
Européen à découvrir
les îles de ce qui sera la
Polynésie française,
mais il représente mieux
que d’autres l’ouverture
de ces îles aux
influences
européennes. Sa
rencontre avec Purea
c.w.newbury
Missionary Society et ses missionnaires
Accueil de la L.M.S. à Tahiti et aux Marquises
La London
46
50
1842. Proclamation du
Protectorat français sur
le royaume de Pômare
Vahiné IV. Il a fallu plus
de cinquante ans pour
que les Pômare
installent avec l’aide des
P. DE DECKKER
ci. robineau, j.-f. baré. a. babadzan, f. ravault
Cl. Robineau
J.-F. Baré
Le temps des conflits ou le centralisme impossible
J.-F. Baré
66
Les îles Australes au début du X1X'= siècle
A. Bahadzan
68
La conversion des îles Australes au protestantisme
A. Bahadzan
70
Les Tuamotu
73
Tradition et modernité : un nouvel ordre politique
F. Ravauli
5 Une société nouvelle 1815-1827
Cl. ROBINEAU. J.-L. RALLU
Cl. Robineau
76
Tradition et modernité : un nouvel ordre social
Cl. Robineau
78
Une société religieuse ?
Cl. Robineau
80
Les terribles crises démographiques en
1800-1840
82
Les îles du Vent
84
Les îles
86
Les autres groupes d’îles
Polynésie orientale
J.-L. Rallu
J.-L. Rallu
Marquises
J.-L. Rallu
J.-L. Rallu
6 Des baleiniers aux planteurs 1797-1842
Européens et l’Océanie 1800-1830
Polynésie
89
Les
92
Les baleiniers et la
94
Les santaliers
96
Le commerce du porc salé
98
Lréconomie de traite
100
Les plantations : un demi-échec
Le commerce, monopole des chefs
102
7 L’implantation catholique 1834-1850
105
P. Y. TOULLELAN
La Mission catholique
p. hodée. p.y. toullelan
P. Hodée
108
Des îles Hawaii aux Gambier
110
Installation de la Mission aux Gambier
P. Hodée
112
La conversion de
P. Hodée
P..Hodée
Mangareva
1838 : essai d’implantation aux Marquises
marque également le
début de ce malentendu
114
11.6
Tahiti : Mission et Protectorat
contribuera à
118
Mormons et catholiques aux Tuamotu et dans les autres archipels
121
Les successeurs de Pômare 11
124
La L.M.S. sous la régence
politique qui
l’instauration d’une
monarchie de type
européen. Enfin, il est le
premier de cette grande
ronde d’explorateurs, de
baleiniers, de
commerçants, de
déserteurs,
d'aventuriers, de
missionnaires et de
consuls qui fera passer
ce peuple d’une
société
traditionnelle à la
modernité. Dessin
original de S. Wallis.
P. Hodée
P. Hodée
8 Crises religieuses et politiques 1827-1842
P.Y. TOULLELAN
n. cunson, p de deckker
N. Cunson
;
JI26
La Mamaia : origines et évolution
130
Les dernières années de la Mamaia et le déclin du gouvernement tahitien
(128
132
La Mamaia : crise religieuse ou politique ?
Le poids grandissant des
134
Le temps des consuls
138
Index
142
Bibliographie
Européens
N. Cunson
N. Cunson
N. Cunson
N. Cunson
P. de Deckker
P. de Deckker
,
1 L’approche européenne 1595-1767
A partir du XV® siècle, l’Europe
val’or
tourner
sesépices,
regardsl’essor
vers économique,
les terres lointaines
et les
quête de
et des
le temps
du
océans inconnus. La
grand négoce, cher au XVI® siècle, l’aube de la révolution industrielle qui point à partir
du XVII®, pousseront les grandes nations à la conquête des mers. Del’ère héroïque des
pionniers qui verra Christophe Colomb partir vers l’ouest, et VascodeGama vers l’est,
à celle des voyages scientifiques des XVIII® et XIX® siècles, il ne faudra pas moins
de quatre cents ans pour que, lentement, le Pacifique livre ses secrets. De Magellan à
Dumont d’Urville, la longueévolution des techniques, les multiples perfectionnements
de la marine à voile, l’invention du chronomètre qui assurera la précision des
longitudes, permettront d’établir enfin une cartographie digne de ce nom. Dès lors, des
centaines de navires parcoureront des routes océaniennes définies, entre des
archipels qui seront devenus des réalités géographiques.
Après Quiros et Mendana, qui ne firent que l’entrevoir en 1595 et 1605, la Polynésie
reçut en moins de trois années, de 1767 à 1769, ses premiers visiteurs d’importance :
Wallis, Bougainville et Cook. Les canonnades du premier pouvaient faire craindre le
pire, car, si les nouveaux arrivants sont, avant tout, des explorateurs, leur passage
s’accompagne de prises de possession qui, pour symboliques qu’elles soient, laissent
augurer d’un avenir confus. Les préjugés, la méfiance, l’ignorance des langues, les
malentendus, donneront naissance, de part et d’autre, à des interprétations hâtives et à
des jugements sommaires.
Avec Wallis, une longue période d’observation commence entre Polynésiens et
Européens, période riche en circonstances imprévues, en retournementsdesituation,
péripéties complexes, inséparables de ce bouleversement profond que représentent
les premiers contacts d’une société isolée avec toute autre civilisation.
Vers le continent
austral
plusieurs millénaires, l’homme
la Terre que des portions
fragmentées et isolées les unes des autres. Au
Moyen Age encore, les civilisations brillantes
et développées qui existent en Europe, en
Chine, aux Indes, au Mexique, au Pérou
restent totalement séparées par des déserts ou
Pendant
n’a
connu
de
des forêts difficiles à franchir, ou encore par
des étendues océaniques immenses, tout à fait
impénétrables faute de navires capables de
naviguer en haute mer. Ce qu’on appelle les
“grandes découvertes”, c’est-à-dire
l’exploration progressive de la Terre par les
navigateurs
véritablement
européens,
au
XIV®
commence
siècle
dans
l’Atlantique, et en raison de son éloignement
de l’Ebrope, c’est, bien entendu, l’océan
Pacifique qui sera atteint le dernier. Il faudra
bien souvent attendre la fin du XVIII® siècle et
même le XIX® siècle pour que certaines de ses
parties soient enfin explorées d’une manière
scientifique.
Rappelons rapidement les principales
étapes de cette longue marche vers les océans
inconnus.
L’Europe à la découverte
du monde
A partir du milieu du XIV® siècle, les premiers
navigateurs européens, des Italiens,
commencent à
sortir de la Méditerranée et,
surtout, cessent de se borner à longer les côtes
du continent en direction de l’Europe du
qu’ils faisaient depuis l’Antiquité,
haute mer dans l’Atlan¬
tique. C’est ainsi que, entre 1320 et 1350, sont
Nord,
ce
pour s’aventurer en
découvertes les îles Canaries et Madère. Ce
n’est cependant qu’un siècle plus tard, en 1434,
qu’un navigateur portugais, Gil Eanes, réussit
à atteindre, en descendant le long de la côte
occidentale d’Afrique, les rivages du Sénégal,
alors
entourés
de
légendes
effrayantes.
Comme il faisait de plus en plus chaud au fur
l’on naviguait vers le sud,
s’imaginaient que l’océan allait se
mettre à bouillir. L’exploration c’est aussi la
destruction des mythes.
Cette descente progressive le long des
côtes africaines permit aux marins de
découvrir le régime des vents et des courants
marins qui, jusqu’à l’apparition de la
navigation à vapeur, allait tracer sur les
et à mesure que
certains
océans de véritables routes dont il sera difficile
de s’écarter.
A gauche :
Portulan du XVIP siècle,
représentant l'océan
Pacifique et i'Extrême-
Orient. Cette carte
marine montre combien
ies connaissances des
Européens sur cette
partie du monde étaient
restreintes.
Ci-dessous :
Amerigo Vespucci
(1454-1512), dont ie
prénom servit à nommer
i’Amérique, fut i’un des
premiers à soutenir que
les terres découvertes
par Christophe Colomb
étaient bien "un
nouveau monde".
g
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
Entre
1482
et
Vincente
Diego
1486, c’est
encore
un
Cao, qui découvrit
l’embouchure
du
Congo puis s’avança
jusqu’au cap de Bonne-Espérance, franchi en
1487 par un autre Portugais, Bartholomeu
Dias. Quelques années plus tard, ce sera la
découverte du Brésil par Amerigo Vespucci,
Portugais,
Yanez
Pinzon et Pedro Alvares
Cabrai qui, en voulant éviter les calmes des
côtes
mauritaniennes, aborderont
sur
fallait-il avoir l’audace de tenter l’aventure et
de foncer vers l’inconnu car on ne savait alors
rien de l’Atlantique.
qu’avaient pu
Vikings s’étaient évanouies
dans l’oubli, comme le prouve, par exemple, la
mappemonde de l’Allemand Martin Behaim,
datée de 1492. Les seules régions où les tracés
se rapprochaient, dans une certaine mesure.
Toutes les connaissances
accumuler
les
réel, étaient celles des côtes déjà
fréquentées par les navigateurs portugais,
celles de l’Europe du sud-ouest et la côte
occidentale d’Afrique. Vers le nord,
du
l’incertitude
et
la
fantaisie
débutaient
à
hauteur de l’Ecosse et de la Scandinavie. Vers
le milieu de
l’Atlantique était jetée une île
baptisée Antilia ; quant au Pacifique, il était
purement et simplement annihilé car, à la suite
ses
rivages en 1499 - 1500 et ouvriront ainsi une
route vers le Pacifique qui sera suivie jusqu’au
percement de l’isthme de Panama.
La découverte du Pacifique
Et coup sur coup, le monde connu de l’Europe
s’agrandir dans d’énormes proportions
grâce à deux hommes : Christophe Colomb et
va
Vasco de Gama dont les voyages vont ouvrir
possible la
Pacifique. C’est, semble-t-il,
vers 1480 que Colomb eut connaissance par sa
des routes
nouvelles et rendre
découverte du
belle-famille, les Perestrello, Italiens établis à
Lisbonne, de cartes et d’observations
recueillies par les navigateurs portugais. On
était alors préoccupé par la recherche d’une
nouvelle voie vers les îles à épices,
produits
dont la consommation en Europe s’accroissait
d’année en année. Les Portugais cherchaient
vers
l’est,
pourquoi ne pas tenter aussi de
trouver un itinéraire vers l’ouest ? L’idée était
dans l’air depuis un certain temps mais encore
‘Cuncri [i/üt-i.r
iiu'it
Vasco de Gama
(1469-1524) (en haut) et
Christophe Colomb
(1450-1506) (en bas),
agissant pour le compte
de l'Espagne, sont les
premiers Européens à
ouvrir la voie vers le
Pacifique, le premier
l’est, le second
vers
vers l’ouest, llséchouent
tous les deux avant
d’atteindre leur but.
10
Æi/uiikht/iiIis Jatis Je 'MtiLlelltj
L’APPROCHE EUROPÉENNE 1595-1767
Marco Polo et de Toscanelli, Behaim
étirait démesurément l’Asie vers l’est et le sud,
de
aboutissant ainsi à des tracés sans le moindre
rapport avec la réalité.
C. Colomb, cherchant donc une route
nouvelle pour atteindre la Chine, rencontra, le
11 octobre 1492, une petite île de l’archipel des
Bahamas et, au cours des années suivantes,
explora le golfe du Mexique et les côtes
orientales
Honduras
de
au
l’Amérique
centrale,
du
Vénézuéla. 11 manqua de fort
découverte de l’océan Pacifique
passa à proximité de l’isthme de
Panama. En septembre 1513, un Espagnol,
Vasco Nunez de Balboa, traversa cette langue
de terre et aperçut le Grand Océan dans lequel
il entra, armé de pied en cap, pour en prendre
possession au nom du roi d’Espagne. Pour la
peu
la
puisqu’il
première fois, un Européen voyait les eaux du
Pacifique.
Si Colomb avait pris la route de l’ouest, le
Portugais Vasco de Gama explora celle de
l’est. Le 8 juillet 1497, il quittait Lisbonneavec
quatre navires, franchissait le cap de BonneEspérance et, le 20 mai 1498, arrivait aux
Indes. Au début du XVP siècle, les Portugais
parvinrent jusqu’en Indonésie et aux îles
Moluques. Ainsi les navigateurs européens
s’avançaient sur le long chemin qui mène vers
le Pacifique.
De ce grand océan, avant Magellan, nous
ne savons que bien peu de choses, si ce n’est
qu’il fut vraisemblablement atteint par des
navigateurs européen^ .ou asiatiques à des
époques impossibles à préciser. Des marins
chinois ont-ils avant le XIE siècle traversé le
^
Ji (.•miuTAi'ltml.Mi
1 IW.ixxtJoiWrvUulc iW
j
•
i
Pacifique et atteint les côtes mexicaines ? Les
spécialistes en discutent encore. Il est
probable que l’expansion commerciale
chinoise au début du XV' siècle ait atteint de
nombreux archipels, et la Chine avait alors
réuni tous les moyens techniques nécessaires à
une
entreprise de découverte, mais elle s’est
soudain repliée sur elle-même. Les Cosaques
du Don aussi, après avoir traversé la Sibérie,
V.S.PAN’A'
parvinrent en 1645 sur les rives du Pacifique
mais
n’allèrent
pas
plus loin. Enfin,
l’Amérique précolombienne elle-même ne
sembla pas non plus s’intéresser à cet océan
qui cependant la baigne sur une si grande
longueur.
'‘OnJiS^dfld
Vers le continent austral.
Sur cette grande carte
marine hollandaise,
datant de 1632, ne sont
représentées que les
terres formellement
identifiées par les récits
de voyage de Mendana,
Quiros, et surtout
Le Maire et Schouten :
ies îles Salomon,
les Mariannes et une
partie de la NouvelleGuinée. Le fait que le
continent austral n’y
figure pas ne signifie pas
que l’on a cessé d'y
croire.
Ci-dessus :
Le Pacifique espagnol.
Vasco Nunez de Balboa
(1475-1519),
conquistador espagnol
et premier Européen à
apercevoir ce qu’il
nomma
“la Mer
Pacifique”, en raison du
calme trompeur du
grand océan, prit
possession des rivages
et des îles baignés par
cette mer. L'Espagne
considéra pendant de
longues années le
Pacifique comme une
chasse gardée.
11
LA POLYNÉSIE S'OUVRE AU MONDE
Les
circumnavigateurs
et leurs navires
voyages de découverte qui
à la fin du XV‘= siècle ont été
possibles par le perfectionnement
progressif des navires. Ceux-ci ne vont cesser
de s’améliorer depuis le voyage de Magellan
jusqu’à celui de Dumont d’Urville, époque où
le navire à voiles aura atteint sa perfection et
commencera à être détrôné par le bâtiment à
rendus
vapeur.
De la caravelle au galion
Les premières grandes expéditions lointaines
réussirent grâce à la caravelle, type de navire à
trois mâts verticaux portant d’abord des
deviendront ensuite
rectangulaires. Il y en a d’abord une par
mât puis on les dédouble, ce qui rend les
manœuvres
plus faciles. Le mât arrière,
l’artimon, porte une voile triangulaire montée
sur une longue vergue inclinée. A l’avant, la
civadière, montée sur le beaupré, aide le
navire à virer de bord. Grâce à ce système de
voiles, la caravelle atteint, par bon vent, des
voiles
carrées
qui
vitesses raisonnables et surtout arrive à bien
remonter au vent.
Ces
premiers navires de la découverte
environ 25 mètres de long
de large. Ils ont des formes assez
sont de petite taille :
sur
10
d’une grande surface.
manœuvre.
aménagés pour un
voyage exceptionnel, tandis que Vasco de
Gama disposa de bâtiments spécialement
conçus pour une expédition de découverte.
Mais la caravelle ne pouvait suffire à tout et
peu à peu apparut le galion, plus gros, plus
lourd, car il faut des cales suffisantes pour
transporter des marchandises et une structure
assez
solide
pour
recevoir des pièces
d’artillerie, les routes maritimes restant peu
sûres. Avec leur énorme château arrière, les
galions portaient une trentaine de canons.
navires marchands
Toutes ces voiles sont désormais
maximum des vents favorables, on a imaginé
XVIP siècle d’agrandir la surface de
au
voilure
en
établissant des bonnettes, voiles
auxiliaires prolongeant les principales sur les
côtés, fixées sur une pièce de bois coulissant le
long des vergues. Toutes ces voiles sont
gouvernées par un système très complexe de
filins servant à les hisser, à les orienter et à les
border en fonction du vent.
Les améliorations techniques
Placées à l’avant et à l’arrière du navire, les
voiles
d’évolutions
courant
du
triangulaire et montée sur une vergue oblique,
devint, dans la seconde moitié du XVIIP
siècle, la brigantine trapézoïdale tendue sur
deux vergues perpendiculaires à l’artimon. La
mâture et la voilure d’un vaisseau ou d’une
frégate
du
XVIIP siècle constituaient
échafaudages dont la hauteur
atteignait quarante mètres pour une frégate,
pour un vaisseau. La surface de
voilure allait de 2 000 à 5 000 mètres carrés.
En haut, à droite :
Caravelle gréée en nef.
Ce type de bateau fut
utilisé dans les voyages
de découverte de la fin
du XV* et du XVI' siècles,
Espagnols.
manœuvrières
des
navires progressèrent
sensiblement. Les mâtures et les voilures se
modifièrent aussi. Le vaisseau et sa petite
sœur
12
la
frégate portaient les trois mâts
'
Reconnaissables à leur
forme arrondie et à leur
château arrière tout en
hauteur, ces navires se
révélèrent très fiables.
navales
celles-ci grâce à une construction plus savante,
basée sur des calculs mathématiques de sorte
que la pénétration dans l’eau et les qualités
\
par les Portugais et les
XVID siècle, le galion va se modifier
progressivement pour donner naissance au
vaisseau qui, pendant plus de deux siècles,
horizontales. On améliora aussi les formes de
modifièrent dans le
A l’avant, la
siècle.
civadière, peu efficace, fut progressivement
remplacée par les focs, voiles triangulaires qui
aidaient le navire à virer par l’avant. A
l’arrière, la basse voile d’artimon, longtemps
Au
européennes. Pour des raisons d’équilibre et
de commodité, les châteaux avant et arrière se
réduisirent de plus en plus au point de
disparaître au XVIIP siècle, époque au cours
de laquelle les coques devinrent à peu près
se
XVIIP
Du galion au vaisseau
base des forces
permit d’en accroître les dimensions. La
Boudeuse de Bougainville en 1766 mesurait
40,60 m de longueur sur 10,50 m de largeur, ce
qui montre à quel point les formes de carène
s’étaient affinées depuis les caravelles de
Colomb. Pour protéger ces coques contre les
multiples agents destructeurs contenus dans
l’eau de mer, on appliquait un doublage de
planches de sapin, cloué sur les membrures de
chêne. A partir des années 1760 environ, se
développa une nouvelle technique beaucoup
plus efficace qui consistait à fixer sur la coque
qu’elles ne fassent trop poche au vent comme
c’était le cas au XVIL siècle. Pour profiter au
soixante
de
Chaque mât, composé
rectangulaires et mieux tendues pour éviter
l’arrière, un château assez élevé abrite l’étatmajor du navire tandis que l’avant s’orne
d’une plate-forme triangulaire, en plein vent.
Les caravelles de Christophe Colomb étaient
pièces de bois verticales sur les flancs. A
l’élément
Construites en bois de chêne, les coques
renforcèrent à partir de la fin du XVIP
siècle de quelques éléments métalliques, ce qui
se
depuis le XVIL siècle, trois voiles
étagées destinées à la propulsion et à la
d’énormes
sera
la taille
de trois pièces de pin solidement assemblées,
rondes, une coque solide, renforcée par des
des
dont
porte,
grands
Les
commencent
mais
traditionnels
devenus
s’éleva pour leur permettre de porter des voiles
A droite :
La Révolution et le
DIscovery, trois-mâts
barques peints par
J. Cleveley lors du
troisième voyage du
capitaine J. Cook.
Vaisseaux et frégates
sont aux XVII' et XVIII'
siècles les navires les
plus utilisés par les
circumnavigateurs.
'■
3
'
L'APPROCHE EUROPÉENNE 1595-1767
des feuilles de cuivre qui assuraient une
meilleure protection et amélioraient aussi les
qualités nautiques.
Vers la fin du XVIII' siècle,
hommes
1815 et 1840, ne différeront pas
sensiblement de ceux de Cook et de La
Pérouse, On leur a cependant apporté de
nombreuses modifications de détail qui
facilitent les manœuvres et améliorent les
conditions de vie à bord. Les gros câbles de
chanvre qui tenaient les ancres furent
remplacés vers 1820 par des chaînes
métalliques. Vers la même époque,
apparurent les caisses métalliques pour
l’eau destinée à la boisson et les
récipients individuels pour les repas.
l’établissement de cartes marines exemptes des
approximations
Une navigation plus sûre
des
fantaisies
encore
le XIX' siècle pour assister aux
grands progrès d’une cartographie devenue
attendre
navires alla certes en
diminuant du XVP au XIX' siècle, mais
l’amélioration resta très lente. Entassés en
espace
et
courantes au milieu du XVIII' siècle. Il fallut
des
un
efforts
d’une agilité et
physique supérieures. Parmi les
dangers de la vie maritime aux temps anciens,
nombreux étaient ceux qui provenaient des
méthodes de navigation très approximatives
qui restèrent de règle jusqu’à la dernière partie
du XVIII' siècle. Les progrès réalisés au XV'
siècle par les sciences nautiques avaient rendu
possibles les premiers grands voyages en
permettant de calculer grossièrement la
position du navire. Mais ce n’est que vers 1770
que furent mises au point en Angleterre et en
France les méthodes scientifiques de calcul de
la longitude avec l’apparition des premiers
chronomètres. Révolution scientifique et
technique aux conséquences immenses car elle
permit, outre une navigation plus sûre,
entre
grand nombre dans
des
d’une force
la Restauration et de la Monarchie de Juillet,
L’inconfort
déployer
Il fallait donc faire preuve
le navire à
voiles a atteint pratiquement une perfection
technique qui ne sera plus dépassée et les
bâtiments qui seront utilisés par les voyages de
conserver
devaient
énormes car tout se faisait à la force des bras.
enfin une science exacte. Alors seulement, les
grands voyages cessèrent d’être une aventure
hérissée de dangers de toutes sortes.
limité, les
i
1 1 ]
ej
!
1 yjrüii
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i
’
En haut, à gauche :
Carte de l’océan
Ci-dessus :
Octant de L.A. de
XVII' siècle,
chronomètre de J. Cook.
Pacifique datant du
Bougainville et
L’appellation “Grande
L’apparition, au début
du XVIII' siècle,
d’instruments
préférée à “Mer
Pacifique",
curieusement reléguée
sûre et l’établissement
d’une cartographie plus
représentant le système
des vents alizés.
Mer du sud" a été
au
sud-est.
scientifiques permit à la
fois une navigation plus
précise.
A gauche :
Une corvette. Ces petits
navires de guerre,
utilisés au XVIII' siècle
pour les voyages de
circumnavigation,
illustrent les progrès
faits tant dans les formes
que dans les voilures.
13
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
La découverte de
pénétré en Polynésie puisqu’il traversa les
Tuamotu, où il ne réussit pas à aborder, avant
la Polynésie
d’arriver, semble-t-il, à Tahiti qu’il baptisa
Sagittaria. Il poursuivit sa route vers l’ouest
et débarqua le 1
mai 1606 dans une grande île
qu’il nomma Terre australe du Saint-Esprit
(Santo), dans l’archipel des NouvellesHébrides, actuel Vanuatu.
Malgré les
nombreux mémoires dans lesquels il vantait les
richesses merveilleuses des terres visitées, les
avant Wallis
La
découverte
et
l’exploration du
Pacifique, et donc de la Polynésie, est une
prodigieuse aventure humaine échelonnée sur
quatre siècles. La reconnaissance d’espaces
aussi vastes, d’une géographie très complexe,
parsemés de milliers d’îles, posa aux
navigateurs et aux savants de redoutables
problèmes qui ne purent être résolus qu’au
prix d’énormes efforts et de bien des épisodes
dramatiques.
découvertes de Quiros restèrent sans écho en
Espagne.
Anglais et Hollandais
A partir de la seconde moitié du XVF siècle,
Espagnols ne furent plus seuls à se
préoccuper du Pacifique. Anglais et
Hollandais envoyèrent à leur tour des
navigateurs dans ces régions avec souvent des
intentions plus guerrières que scientifiques.
En 1577, l’Anglais Francis Drake, parti
théoriquement à la recherche du continent
austral, se livra surtout au pillage des ports et
des navires espagnols sur la côte ouest de
l’Amérique et, s’il remonta jusqu’en Californie
et boucla le premier tour du monde effectué
par un Anglais, il ne s’intéressa pas à la
Polynésie. Quant aux Hollandais, installés
dès la fin du XVU siècle aux Moluques puis à
Java, leurs navigateurs s’attachèrent surtout à
l’exploration de la Mélanésie et aux
premières reconnaissances des côtes
les
Les découvreurs
portugais et espagnols
Le premier marin européen à tenter la plongée
dans un inconnu dont on ne soupçonnait pas
même les dimensions réelles fut un Portugais,
Fernao de Magalhaes, dont le nom est devenu
français Magellan, qui avait déjà beaucoup
navigué dans l’océan Indien jusqu’aux
Moluques, ce qui l’amena à concevoir le projet
de rejoindre cette région par la route de
l’ouest.
Passé au service de l’Espagne,
Magellan quitta San Lucar près de Cadix le 20
septembre 1519, avec cinq navires et 265
hommes, en direction de l’Atlantique Sud. Il
relâcha au Brésil, réprima une mutinerie de ses
équipages pris de panique sur les côtes
d’Argentine et s’engagea en octobre 1520 dans
le détroit qui a conservé son nom. Le 28
novembre, les navigateurs entraient dans le
Pacifique. Portés par les vents et les courants,
ils remontèrent vers le nord puis mirent le cap
à l’ouest, contournant en somme la Polynésie
en
En haut :
La première
circumnavigation.
Fernao de Magalhaes,
dit Magellan
(1480-1521). Après avoir
découvert le détroit qui
aujourd’hui porte son
nom,
n’avait
donc
abouti
notable
mais
il
avait
du
Grand
l’immensité
à
aucune
donné
découverte
une
lieutenant, dei Cano,
conduisit l'expédition
à bon port et effectua
ainsi la première
et
Parti de Callao en décembre 1605 avec trois
navires, descendant plus au sud que son
ancien chef, il peut être considéré comme le
premier marin européen à avoir vraiment
14
où il fut tué. Son
idée de
celle-ci,
naturellement, effrayait les navigateurs. En
1567 cependant, Alvaro Mendana de Neira
tenta l’aventure au départ d’Amérique. Il
quitta Callao le 20 novembre en direction des
Philippines, dériva beaucoup vers le sud et
aborda aux îles Salomon. Il ne put s’y
maintenir et rentra au Mexique en juin 1569.
C’est au cours de son second voyage en 1595
que Mendana commença à découvrir la
Polynésie et arriva le 21 juillet aux îles
Marquises où il ne s’arrêta d’ailleurs pas. Le
bilan du XVF siècle dans l’exploration du
Pacifique restait donc très limité. Un siècle
après Magellan, la zone polynésienne
conserve presque totalement son
mystère, les
cartographes sèment au hasard quelques îles
et meublent le Pacifique Sud d’une “Terra
australis incognita" qui va, pendant deux
siècles, provoquer beaucoup de discussions et
susciter l’organisation d’une série de voyages.
Le premier à s’attaquer sérieusement au
problème fut le Portugais Pedro Fernandez de
Quiros, un ancien compagnon de Mendana.
Océan
il traversa le
Pacifique - sans
approcher la Polynésie pour achever son
voyage aux Philippines,
pour atterrir le 6 mars 1521 dans une des îles
de l’archipel des Mariannes. Ce premier essai
circumnavigation.
Ci-dessus :
Le Pacifique hollandais.
Jacob Le Maire était le
commandant de
l’expédition hollandaise
de 1615 à 1617. Un
détroit, situé entre l’île
des États et la Terre de
Feu, porte son nom.
Guillaume Schouten.
Avec son frère Jan,
ils
furent les capitaines de
ce
voyage, qui marqua
la pénétration
hollandaise dans le
Pacifique Ouest au
XVIP siècle.
Ci-dessous :
L’Eendracht à l’île de
Cocos. J. Le Maire et
G. et J. Schouten, après
avoir traversé les
Tuamotu, les Tonga et
les îles Salomon, vont
rejoindre Java.
L'APPROCHE EUROPÉENNE 1596-1767
australiennes. Au cours d’un voyage organisé
à partir des Pays-Bas, Jacob Le Maire et
.Schouten
Guillaume
découvrirent
le
24
janvier 1616 la route vers le Pacifique par le
cap Horn qui allait devenir si célèbre, mais ni
eux-mêmes, ni leur compatriote Abel Tasman
au cours de son périple de 1642, n’apportèrent
de lumières nouvelles sur la Polynésie. Toutes
tentatives se terminèrent donc d’une
manière décevante en raison du manque
d’endurance des navires, de l’insuffisance des
instruments d’observation et de l’absence
ces
d’organisation et de méthode. Tout ou
presque était laissé à l’initiative individuelle,
chaque pays, chaque navigateur dissimulait
avec soin ses découvertes pour décourager
d’éventuels
concurrents
commerciaux.
Malgré le grand développement scientifique
commencé
dans
les
années
1620, la
connaissance du Pacifique, et surtout de la
Polynésie, ne fit presque aucun progrès au
XVIP siècle et cette zone semblait rester à
l’écart des itinéraires suivis par les navires
européens. Ni William Dampier, qui séjourna
dans le Pacifique de 1683 à 1691, ni les
premiers marins français qui commencèrent, à
l’extrême fin du siècle, à se manifester dans ces
eaux
pour
des voyages essentiellement
commerciaux, n’abordèrent en Polynésie. Il
en fut encore de même lors de la
campagne de
George Anson de 1740 à 1744, destinée avant
tout à troubler le commerce espagnol.
Les découvreurs du XVIIF siècle
première moitié du XVIIL siècle fut
marquée par une brève incursion d’un
navigateur européen en Polynésie, le
Hollandais Jacob Roggeveen qui découvrit le
jour de Pâques, 14avril 1722, une petite île qui
porte depuis ce nom. Mince succès. Deux
siècles d’efforts depuis Magellan n’avaient
produit que peu de résultats car tous butaient
sur des insuffisances techniques qui allaient
peu à peu disparaître après 1760.
A partir de 1763, commença une série de
voyages qui devaient enfin faire connaître la
géographie du Pacifique et réduire à néant les
légendes tenaces encombrant les manuelsTA
Poussée par une expansion économique sans^
précédent et par des perfectionnements
technologiques qui allaient bouleverser les
conditions de la navigation, l’Europe se lança
1
à la conquête des
La
Batavia, capitale des
1764 à 1766, n’apporta rien de neuf malgré une
nouvelle
traversée^des Tuamotu, il n’en fut pas
de même de
celuMl^ Samuel Wallis, parti de
Plymouth leJ22 aoûtJ766 et arrivé à Tahiti le
17 juin 1767, dix mois avant
Bougainvil^Ce
fut le premiefnavigateur européen à prendre
un
Indes néerlandaises.
Fondée au nord-ouest
de Java au début du
XVII" siècle, Batavia
était le grand centre
commercial asiatique de
la Compagnie des Indes
orientales (1602). A
océans^
Si le périple de John Byron, effectué de
contacid^ne certaine durée avec le monde
polynésieruJLes canons résonnèrent pour la
première fois à Tahiti^cette expérience fut
douloureuse pour les Polynésiens. Après
quoi, Wallis, malade, débarqua et fut pris en
amitié par la reine Purea (Oberea) qui lui fit
avec grâce les honneurs de l’île. Les Tahitiens
offrirent en abondance fruits et légumes et des
amitiés se nouèrent au point que, lors du
départ du Dolphin le 27 juillet, Wallis put
écrire : “nos amis les Tahitiens prirent congé
partir de cette colonie,
les Hollandais se
livrèrent à des
reconnaissances en
direction de la
Mélanésie. Ainsi,
Van Diemen,
de
gouverneur de Batavia,
envoya-t-il Abel Tasman
qui découvrit la
nous
cœur
en
façon si touchante que mon
fut réchauffé et que mes yeux se
d’une
remplirent de larmes”.
Nouvelle-Zélande.
Fatu Hiva, Hiva Oa, Motane, Tahuata.
Amanu, Hao, Maturei-Vavao, Moratea, Raroia, Tenaroro, Tenarunga, Takume, Vairaatea, Vahanga.
1595
MENDANA
1606
QUIROS
1616
LE MAIRE
et SCHOUTEN
Ahe (ou
1722
ROGGEVEEN
1765
BYRON
Apataki, Arutua, Bora Bora, Makatea, Manihi (ou Ahe), Maupiti, Tikei.
Napuka, Tepoto.
Anuanu-Raro, Anuanu-Runga, Nukutipipi, Tematangi.
Manuhangi, Mehetia, Moorea, Mopeiia, Nengo Nengo, Nukutavake, Paraoa, Pinaki, Sciiiy, Tahiti, Tubuai Manu.
Aki Aki, Anaa, Haraiki, Hikueru, Marokau, Reitoru, Vahitahi.
Huahine, Raiatea, Ravahere, Rurutu, Tahaa, Tetiaroa, Tupai.
Manihi), Puka Puka, Rangiroa, Takaroa, Takapoto.
1767
CARTERET
1767
WALLIS
1768
BOUGAINVILLE
1769
COOK
1769
BOENECHEA
1773/74
COOK
Fatu Huku, Kaukura, Marutea,
1774
BOENECHEA
Tatakoto, Tahanea.
GAYANGOS
Raivavae.
1777
COOK
Tubuai.
1791
EDWARDS
Tureia.
Tauere.
Motutunga, Tekoteko, Toau.
INGRAHAM
Eiao, Hatutu, Motu Oa, Nuku Hiva, Ua Pou, Ua Huka.
MARCHAND
Motu Iti, Motu Nukue, Motu Tanake,
VANCOUVER
Rapa.
1792
WEATHERHEAD
Morurua,
1797
WILSON
Mangareva, Puka Rua, Timoe.
1800
BASS
1803
BUYER
Faaite, Makemo, Taenga.
1811
HENRY
Rimatara.
1816
KOTZEBUE
Tikehau.
1820
BELLINGSHAUSEN
1823
DUPERREY
Reao.
Aratika, Beiiingshausen, Fakahina.
Ahunui, Fangataufa, Vanavana.
Marotini.
Fakarava, Fangatau, Hiti, Katiu, Mataiva, Niau, Nihiru, Tuanake.
1824
KOTZEBUE
1826
BEECHEY
1829
MOERENHOUT
1831
IRELAND
Raraka.
1832
CARY
Morane.
1835
FITZ-ROY
Kauehi, Taiaro
Maria.
Chronologie de la
découverte des îles de
l'actuelle Polynésie
française.
15
LA POLYNÉSIE S'OUVRE AU MONDE
Après Wallis
La
que le général anglais séjourna à Tahiti pour y
grande rivalité franco-anglaise qui
marqua le XVIIL siècle sur mer s’est traduite
aussi dans l’exploration, et Louis XV, qui
s’intéressait à la géographie, souhaitait
assurer
une
française
présence
dans
le
mouvement des découvertes. Ce fut l’origine
premier tour du monde effectué par un
officier français,
Louis-Antoine de
Bougainville (1729 - 1811). Avec ce voyage
commença véritablement un nouvel âge de
l’exploration, l’âge scientifique, dont les
du
méthodes et les instruments ne cessèrent de se
perfectionner jusqu’à l’époque contem¬
poraine. Pour la première fois en effet,
Bougainville emmena avec lui sur la
Boudeuse et Y Étoile, une petite équipe de
savants ; un
médecin naturaliste,
Philibert
Commerson, chargé de tout le secteur des
sciences naturelles, un astronome, Pierre
Antoine Véron, un ingénieur cartographe,
Romainville.
Louis-Antoine de Bougainville
Parti
de
Nantes
le
15
novembre
1766,
Bougainville suivit la route traditionnelle par
l’Atlantique Sud et le détroit de Magellan. Le
26 janvier 1768 il entrait dans le Pacifique et
prenait le cap au nord-ouest pour rechercher
sans succès la mythique terre de Davis que l’on
situait dans les parages de l’île de Pâques. La
traversée
des Tuamotu
ne
permit pas
d’aborder en raison de l’état de la mer et le 2
avril, les deux navires arrivaient en vue de
Tahiti pour y effectuer une escale qui allait
marquer une date capitale dans l’histoire de la
découverte de la Polynésie. Pendant dixjours,
Bougainville observa la société tahitienne
avec
des préoccupations déjà ethno¬
graphiques et, au moment de quitter l’île, il
embarqua à sa demande un jeune chef,
Ahutoru, qui fut ainsi le premier Tahitien à
venir en Europe. De ces contacts naquit, sous
la plume' de Bougainville, la première
description faite par un Européen de la société
et des mœurs de "Tahiti, sur lesquelles Ahutoru
avait fourni à son ami une masse
d’informations. Description d’ailleurs assez
réaliste car le navigateur constata que, si
Tahiti était un pays enchanteur et constituait
une sorte de paradis terrestre, ses habitants ne
vivaient en aucune manière, comme le crurent
quelques philosophes, dans l’état
Bougainville, rentré en France en
1769, publia deux ans plus tard un récit de son
voyage qui connut un extraordinaire succès
auprès du public européen et contribua,
contre le gré de son auteur, à populariser une
image un peu mythique des mers du Sud.
naïvement
de nature.
Les trois voyages
du capitaine Cook
Si Wallis et Bougainville avaient, les premiers,
pénétré en Polynésie, ils étaient fort loin d’en
avoir achevé l’exploration, même sommaire,
puisqu’ils n’avaient visité que Tahiti. Mais le
mouvement était donné et James Cook allait
bientôt faire franchir à la géographie du
Pacifique une étape décisive. C’est au cours de
premier voyage, commencé en août 1768,
son
16
remplir une mission scientifique, puisqu’il
s’agissait d’observer le passage de Vénus sur le
soleil et d’en profiter pour explorer les mers
australes. Comme Bougainville, Cook était
accompagné de plusieurs savants : deux
naturalistes, Joseph Banks et Daniel Solander,
un
astronome, Charles Green, un dessinateur
peintre.
Après avoir traversé les Tuamotu, Cook
arriva à Tahiti le 13 avril 1769 et y séjourna
jusqu’au 30 juillet, ce qui lui donna le temps de
visiter plusieurs quartiers de l’île et de ses
voisines qu’il nomma îles du roi George en
l’honneur de George III d’Angleterre qui avait
été à l’origine du voyage.
Poursuivant
l’exploration, il découvrit, à 70 miles à l’ouest,
un autre archipel, comprenant
principalement
et un
Huahine,
Raiatea,
Bora
Bora
que
Bougainville avait aperçues sans s’y arrêter,
qu’il nomma îles de la Société en souvenir de
la
Société
Royale de Londres, patronne
scientifique de l’expédition. Aidé de son
équipe de savants, Cook, non seulement
observa le passage de Vénus, mais se livra
aussi à une étude de la géographie de Tahiti et
de sa population. Banks et Solander firent
preuve d’un enthousiasme égal à celui de
Bougainville et, grâce à leurs récits, la
connaissance des populations polynésiennes
progressa sensiblement.
Le second voyage de Cook, avec la
Resolution et YAdventure, fut l’occasion
d’une nouvelle escale à Tahiti
au
milieu de
laquelle, comme
Bougainville, il embarqua un Tahitien, Ornai,
auquel la société londonienne fera fête. En
1773
au
cours
de
octobre, Cook redécouvrait les îles Tonga,
oubliées depuis le passage de Tasman en 1642,
faisait ensuite escale en Nouvelle-Zélande et,
piquant au sud, descendait jusqu’au 7P degré
de latitude sud, devinant la présence des terres
L’APPROCHE EUROPÉENNE 1595-1767
antarctiques et détruisant du même coup la
légende du continent austral aux fabuleuses
richesses. En mars 1774, il passait à l’île de
Pâques puis aux îles Marquises, perdues
depuis Mendana. De retour à Tahiti en avril, il
se dirigea alors vers l’ouest pour y découvrir la
Nouvelle-Calédonie que Bougainville avait
frôlée sans la voir.
Lors de son troisième et dernier voyage,
de 1776 à 1779, Cook revint en Polynésie et
séjourna à nouveau à Tahiti du 14 août au 8
décembre 1777. 11 ramenait Ornai qui, plus
heureux qu’Ahutoru, regagna sa patrie. En
effectuant la traversée depuis la Nouvelle-
Zélande, il avait découvert les îles Tubuai où
les mutinés de la
feront escale en 1788.
Mais cette fois, l’essentiel de sa mission
l’appelait dans le Pacifique Nord et c’est en
remontant vers les îles Hawaii qu’il reconnut,
le 25 décembre, la petite île qui conserva le
nom
de Christmas.
Missionnaires, déserteurs
et commerçants
Anglais n’étaient pas les seuls à s’inté¬
resser à la Polynésie. En 1772, deux navires
espagnols furent envoyés par le vice-roi du
Les
Pérou à la découverte et firent escale à Tahiti.
ramenèrent deux habitants qui furent
baptisés et revinrent en 1774 dans leur pays,
accompagnés de deux missionnaires
catholiques. Ceux-ci passèrent environ deux
mois dans l’île mais ne réussirent pas à prendre
vraiment contact avec la population (voir
Ils
28-29).
Interrompue un moment par la guerre de
l’Indépendance américaine, l’exploration du
pp.
Pacifique reprit activement dès 1785 avec le
de Jean-François de La Pérouse,
destiné à compléter les découvertes de Cook.
Axé surtout sur le Pacifique Nord et sur les
mers de Chine et du Japon, l’itinéraire de La
Pérouse ne comportait qu’une brève incursion
en Polynésie. En avril 1786, il visita l’île de
Pâques où l’un des artistes du bord dessina les
voyage
célèbres statues.
Magellan (1519 - 1522)
Mendana (1567 - 1569)
Quiros (1605 - 1606)
Le Maire et Schouten
»
(1616)
(1642 - 1643)
Roggeveen (1521 -1522)
Byron (1764 - 1766)
Wallis (1766 - 1768)
Bougainville (1766 - 1769)
Cook - 1er voyage (1768 - 1771)
Cook - 2ème voyage (1772 - 1775)
Cook - 3ème voyage (1776 - 1780)
Vancouver (1790 - 1795)
Tasman
Si le voyage de la Bounty n’avait pas à
proprement parler un but scientifique, il eut
cependant des conséquences inattendues pour
la connaissance de la Polynésie. En effet, à la
suite de la célèbre mutinerie, un des secondsmaîtres du bord, James Morrison, le premier
Européen à avoir vécu assez longtemps à
Tahiti, rédigea un journal qui constitue un
document d’un intérêt capital sur la société
tahitienne à la fin du XVllL siècle, avant
l’arrivée et l’implantation d’éléments
européens.
A l’occasion de nouveaux voyages, les
découvertes se complétaient. Provoquée par
les rivalités économiques anglo-espagnoles en
Amérique du Nord, l’expédition conduite par
George Vancouver quitta Plymouth le 1er
avril 1791 et gagna d’abord l’Australie par le
cap de Bonne-Espérance. Lors de la traversée
de Nouvelle-Zélande vers Tahiti, fut
découverte le 22 décembre 1791 la petite île de
Rapa, dans le groupe des îles Australes. La
même année, en juin, le navigateur français
Étienne Marchand, sur le Solide, visitait les
îles Marquises sur lesquelles il hissait le
pavillon tricolore dont c’était la première
apparition dans ces eaux.
La publication de nombreux récits de
voyage dans le Pacifique - c’était devenu une
tradition
depuis Anson - avait accru
sensiblement les connaissances des Européens
sur
la Polynésie. Elle eut aussi pour
conséquence de déclencher un autre
mouvement d’intérêt, celui des missionnaires,
tant catholiques que protestants. Le 4 mars
1797, le Duff, envoyé par la London
Missionary Society, débarquait à Tahiti les
premiers missionnaires anglais et le voyage de
ce navire, commandé par James Wilson, sera
l’occasion de la découverte des îles Gambier.
Ci-dessus :
James Cook
(1728-1779). Ce fils
d’ouvrier agricole
anglais, devenu mousse
à 13 ans, fut le plus
grand marin de toute
l’exploration du
Pacifique, il dirigea en
pérsonne trois
expéditions successives
qui mirent fin au mythe
équateur
du continent austral. On
lui doit beaucoup dans
la connaissance de
l’histoire et de
l’ethnologie des peuples
du Pacifique.
Ci-dessous :
Louis-Antoine de
Les expéditions scientifiques
du XIX^ siècle
confie le
commandement de sa
renouvellement
Bougainville
(1729-1811). C’est à ce
colonel que la France
première grande
mission exploratrice
dans le Pacifique.
Initiateur d’un vaste
projet de célonisation
des îles Falklands (1764)
qui échoue, il reçoit en
compensation deux
navires, la Boudeuse et
l’Etoile, pour
accomplir une traversée
du Grand Océan.
Le
XVIIL
siècle
avait
donc
amené
un
complet des connaissances
sur le Pacifique en général dont la géographie
d’ensemble était désormais éclaircie et dont les
populations commençaient à être mieux
connues.
Mais il restait encore beaucoup à
faire. C’est pourquoi la période de paix qui
commença
en
1815 fut marquée
par une
scientifique. Dès septembre
1817, Louis-Claude de Freycinet partait sur
Y Uranie. Il fut suivi en août 1822 par Louis
Duperrey sur la Coquille qui séj ourna à Tahiti
en mai 1823, puis en 1826 par Jules Dumont
intense activité
d’Urville sur Y Astrolabe. Lors de son second
voyage, de 1837 à 1840, ce dernier explora une
grande partie de la Polynésie et visita les îles
Gambier, Tuamotu, sans oublier Tahiti. Tous
ces
voyages donnèrent lieu à une masse
énorme de publications savantes couvrant
aussi bien l’ethnographie que les sciences
naturelles. Trois siècles d’efforts avaient donc
été nécessaires pour découvrir et explorer le
plus grand océan du monde et pour en
déterminer l’étendue et les richesses de toute
nature.
Cette
immense entreprise
internationale a été déterminante dans
révolution de toutes les branches du savoir
humain.
17
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
La découverte
de FAutre
La
avant de diriger ses canons sur une colline où
s’est assemblée
historique peut parfois sembler médiocre par
rapport à l’impression dont en seront
imprégnées les mémoires par la suite. La
découverte de Tahiti par Samuel Wallis sur le
Dolphin en est un exemple.
C’est au travers d’une épaisse atmosphère
de brume, le 17 juin 1767, qu’apparaît devant
la frégate la péninsule de Taiarapu. Alors que
Wallis et son équipage sont convaincus de se
trouver en face d’un promontoire de la Terra
australis, des dizaines de pirogues
s’approchent du bâtiment. A l’invitation des
Anglais, quelques pagayeurs grimpent à bord.
on
imitant
le
partie de la population
pour
assister au spectacle naval. De
nombreuses victimes sont à déplorer en mer et
brutale matérialité d’un événement
Comme
une
sur la colline. Parmi les blessés se compte le
jeune Ornai que James Cook emmènera
quelques années plus tard en GrandeBretagne. L’après-midi du même jour, Wallis
fait débarquer ses charpentiers avec ordre de
détruire toutes les pirogues qu’ils pourront
Ainsi, les attaques navales ne seront
plus possibles.
trouver.
L’intercession de Purea
En début de
soirée, des émissaires viennent
déposer des pousses de bananiers, des étoffes
et des aliments à l’aiguade des Anglais. Gage
de paix ou de soumission ? Samuel Wallis les
peut se comprendre, c’est en
grognement du cochon et le
ne
gloussement de la volaille que les matelots
s’efforcent de traduire à leurs visiteurs leurs
pressants besoins pour ces denrées qu’ils se
proposent d’échanger contre des étoffes, des
outils et des
perles/Si certains regagnent leurs
pirogues dans le'but apparent de répondre
favorablement à cette requête, d’autres restent
sur la frégate et semblent pris d’une soudaine
fringale pour les épontilles et les pitons qu’ils
tentent vainement d’arracher sur le pont. Pour
bien prouver leurs bonnes dispositions à leur
égard, les officiers du Dolphin leur offrent des
clous, en quantité insuffisante sans doute car
les visiteurs en veulent plus encore jusqu’à
faire montre d’agressivité. Exaspéré par ce
comportement quelque peu inamical, Wallis
fait tirer du
canon
au-dessus de leur tête.
Effrayés, tous sautent par-dessus bord pour
rejoindre leurs embarcations. La frégate
s’éloigne du rivage.
3 J7
T'a^iZa^w TPa^Tù c la Re^zna,
A gauche :
Oberea, reine de Tahiti.
Les premiers
observateurs de la
société tahitienne ont
tendance à la calquer
sur celles dont ils sont
originaires. Purea,
épouse d’Amo, est ainsi
promue au rang de
reine, et la tenue
vestimentaire qui lui est
attribuée dans une
pantomime créée à
Londres en 1785, “Ornai
ou un
voyage autour du
monde”, prolonge dans
le costume cette vision
Une prise de possession armée
faussée de la réalité.
Les jours suivants, des incidents de ce genre,
a Taz7z
L’iconographie née de
ces voyages subit, à
travers les
reproductions
successives, des
déformations qui
l’éloignent encore plus
de la réalité. Sur cette
illustration italienne de
1831, la scène connue
de “La cession de l’île de
Tahiti au capitaine
Wallis” s’esttransformée
en une
image d’Epinal,
où décor et
protagonistes sont
réduits à leur plus
simple expression.
Aquarelle de
P.J. Loutherbourg.
néanmoins
plus sérieux, surviennent
tandis que le bâtiment se dirige vers la pointe
nord-ouest
de
l’île
à
la
recherche
d’un
leurs embarcations.
Pour
mouillage où se ravitailler pour redonner
santé à ses scorbutiques. Le matin du 24juin,
alors que le Dolphin, ancré depuis la veille
dans la baie de Matavai, est occupé à faire du
troc avec cinq cents pirogues qui l’entourent,
leurs quelque quatre mille occupants, à un
signal donné par un notable, se mettent à
lancer sur la frégate les pierres qu’ils tenaient
camouflées
dans
endiguer cette agression organisée, lors de
laquelle certains de ses matelots sont blessés,
Wallis fait tirer ses canons, chargés de
grenaille, en direction des pirogues. L’effet
s’avère dévastateur.
lendemain, Wallis envoie à terre un
armé pour prendre possession
officielle du pays qu’il nomme île du roi
George 111. Alité comme son lieutenant, le
capitaine fait effectuer cette cérémonie par le
second lieutenant, Tobias Furneaux.
Le 26 juin, des pirogues convergent à
nouveau vers la frégate tandis que d’autres
menacent un groupe de matelots occupés à
Le
groupe
faire de l’eau à Matavai. Décidé à en finir et à
leur
montrer
une
fois
pour
toutes
sa
supériorité, Wallis fait tirer sur les pirogues
18
eproseiitatiüiiV^c Süri’ciulci*M/-'ls\nvL<l// ÜTAM KI'l'E ///
pu POU Oboroa
L’APPROCHE EUROPÉENNE 1595-1767
considère
comme
tels tant et si bien
qu’il
envoie à terre ses scorbutiques se refaire une
santé et entreprend, en toute sécurité, le
de troc pour avitailler la frégate.
Les clous serviront de moyen d’échange, y
commerce
compris pour les faveurs sexuelles. Si la valeur
de l’instrument de paiement baisse exces¬
sivement au fur et à mesure que se raréfient les
denrées alimentaires présentées à l’équipage,
les
choses
vont
se
transformer
aussi
radicalement que soudainement avec l’arrivée
à Matavai, le 11 juillet, de Purea (Oberea) de
Papara. Prenant en charge les Anglais durant
quinzaine de jours qui les sépare de
l’appareillage, cette femme à belle prestance
déploiera tous les efforts pour agrémenter la
fin de leur séjour dans l’île.
la
Est-ce
en
raison
de
sa
prestanee que
qualifie de reine ? Elle ne l’est
assurément pas, même si, du fait de son union
Wallis la
parents duquel elle rend alors
précisément visite à Matavai - elle occupe des
fonctions publiques importantes dans une
partie de l’île. Sans doute Wallis a-t-il calqué
certains traits du pouvoir britannique sur
avec Amo - aux
de Tahiti.
ceux
plus de ce qualificatif, la mémoire
populaire retiendra de Purea ses attitudes
altières à l’égard de Wallis dont elle fait mas¬
ser le corps fébrile par de jeunes suivantes,
et qu’elle porte avec aisance dans les bras
comme un enfant pour lui éviter de se tremper
les pieds lors de la traversée de ruisseaux. C’est
elle également qui fait battre l’arrière-pays à
En
la recherche de
denrées alimentaires pour
approvisionner le Dolphin avant son départ.
Le 27 juillet, Purea monte sur la frégate
pour saluer une ultime fois ses amis en
partance de Port-Royal, nom donné par le
capitaine à son lieu d’ancrage. Ses pleurs
abondants impressionnèrent quelque peu
Wallis qui ne put toutefois s’empêcher de
penser que “c’est plus par crainte que par
affection qu’ils nous ont montré tant de
respect’’...
Bougainville : dix jours de délices
Quelque dix mois après l’appareillage du
Dolphin,
deux bâtiments français, la
Boudeuse et VÉtoile, sous le commande¬
ment
de Louis-Antoine de Bougainville,
arrivent en vue de Tahiti le 2 avril 1768. Ayant
quitté la Patagonie le 16 janvier précédent, ces
deux frégates ont un besoin impérieux de faire
relâche pour s’approvisionner et offrir détente
à leurs équipages. Dans un lagon du district
de Hitiaa, l’escale dure dix jours, dix jours
qui connaîtront un rententissement
considérable dans l’histoire occidentale des
voyages de découverte.
Si les rapports entre
les Français et la
pas
la
dimension de violence qui caractérisa le début
du séjour du Dolphin, il faut en attribuer la
raison, en partie du moins, aux mesures de
pacification appliquées par Wallis. Des
incidents pénibles se produisirent néanmoins
tels l’homicide d’un Tahitien par arme à feu et
celui de trois autres par baïonnette. Si
Bougainville tint à châtier les coupables
présumés, l’intercession des chefs l’en prévint.
Mais dans l’ensemble, pour les 314
marins de l’expédition française, l’escale
tahitienne restera empreinte d’une
atmosphère de délices euphoriques ; une île
population
locale
ne
prennent
enchanteresse où l’idée de bonheur semble
matérialisée dans la vie de tous les jours, où les
lois de
l’hospitalité,
sans se
restreindre au
ravitaillement alimentaire, mettent l’île et ses
habitants au pinacle de ce qui symbolise alors
en France le paradis perdu.
L’on doit à Bougainville d’avoir emmené
à Paris le premier Polynésien que connut
Page de gauche :
La cession de l’ile de '
Tahiti au capitaine
Samuei Waiiis. Ce type
d'illustration connut
beaucoup de succès en
Europe. Non seulement
elle renforce le
sentiment de puissance
que les Anglais
ressentent envers leur
pays, mais elle permet
aussi aux lecteurs de
visualiser les contrées
nouvellement
découvertes.
Il faut noter que la
plupart de ces gravures
ne sont pas de la main
des artistes ayant eux-
mêmes fait le voyage,
mais d’illustrateurs
travaillant d’après des
dessins ou croquis
originaux ou encore
d’après les
renseignements
obtenus auprès des
officiers.
L’esprit de nature cher à
Rousseau imprègne
cette scène de
L.A. de Bougainville se
voyant offrir par des
indigènes affables et
accueillants une coupe
de fruits.
l’Europe, Ahutoru. C’est lui qui permet à son
protecteur d’appréhender de façon quelque
peu plus détaillée certains aspects de la société
et de
la vie tahitiennes que son trop court
séjour l’a empêché de discerner.
Ayant pris possession de l’île qu’il
nomme Nouvelle-Cythère et de l’archipel sous
le nom de Bourbon, Bougainville se promet
d’y revenir pour y fonder une colonie dont il
souhaite déjà être le gouverneur.
19
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
La découverte
de l’Intrus
Certes,
en
l’absence d’écrits tahitiens
datant de l’époque, on ne peut que supputer la
façon dont la population perçut l’arrivée du
Dolphin. 11 est certain que la nouvelle de
l’apparition de la frégate devant Taiarapu se
transmit dans l’île avec une extrême rapidité,
comme l’atteste à suffisance la multitude de
pirogues qui l’entourèrent bien vite.
égalitaires ; associés à la terrifiante puissance
du tonnerre, les canons du Dolphin non
seulement rendent la bataille des plus inégales,
mais
renforcent
aussi
ses
aspects
de
provenance divine. C’est pourquoi, après
l’entreprise de destruction du 26 juin, les
autorités tahitiennes se voient contraintes de
pactiser avec l’île flottante. Une offrande de
conciliation, composée de cochons, de tapa et
de chiens, lui sera présentée sans que les
Anglais ne perçoivent d’ailleurs la valeur
alimentaire de ces derniers.
Ne
peut-on
femmes amenées
Une île flottante
aussi considérer
sur
les
que les
pirogues et qui se
dénudent lascivement devant l’équipage de la
frégate font partie d’une démarche visant à
vérifier la nature humaine de la population de
l’île flottante ?
Une tentative de s’approprier
le mana des Anglais ?
Le groupe à qui Samuel Wallis confia la tâche
d’effectuer la cérémonie de prise de possession
de l’île au nom du roi George 111 éleva l’Union
Jack à
l’aiguade. Si le symbolisme de cette
ne peut évidemment être perçu
cérémonie
Grâce à ses premiers historiographes (William
Ellis, John Orsmond, Jacques Moerenhout)
premiers comptes rendus datent de
quelque soixante ans après l’événement, on
peut établir que les Tahitiens prirent ce navire
dont les
pour une île flottante et son équipage pour des
êtres supérieurs, voire divins. C’est sans doute
la raison pour laquelle, après s’être concertés
sur
la façon d’entrer en contact avec ces êtres
d’un ailleurs
mystérieux, l’un d’entre
pendant une
vingtaine de minutes avant de jeter à la mer
une pousse de bananier. Ce rite de médiation
symbolique accompli, les nombreuses
pirogues purent s’approcher plus encore de la
frégate. Lorsqu’un premier Tahitien monta à
bord, il ne voulut ou ne put accepter les
cadeaux que les matelots lui tendaient ; le rite
de médiation se devait d’être répété avant qu’il
pût, par l’acceptation de ces dons, entrer en
venus
eux
exhorta
le
bâtiment
relation de communication avec les nouveaux
venus.
Persuadés de l’unicité du monde qu’ils
partagent avec d’autres archipels polynésiens,
les Tahitiens vont très vite considérer que
l’arrivée chez eux de cette île flottante leur
donne droit à la possession de ce qu’elle recèle.
Les nombreux larcins que Wallis s’efforça de
réprimer, tout comme Bougainville et Cook à
sa
suite, n’auraient d’autre explication
plausible. Le cadre de cet espace mental se
prolongera d’ailleurs puisque, une
cinquantaine d’années plus tard,'à propos des
membres
hérétiques,
de
la
secte
Mamaia
des
(voir
OlO/Âu-iô
Ci-dessus :
Tahiti ou île du roi
George. Sur cette
illustration, attribuée à
Samuel Wallis lui-même,
la sérénité des paysages
et des échanges semble
126),
le
tend celle de la page
de droite. On remarque
que les voyageurs ont
l’habitude d’attribuer un
nouveau nom aux îles
CoiiiMicLnicmX'atcLê'XügcûSi,
missionnaire Samuel Crook écrivit : “ils sont
persuadés que viendra du ciel un bateau
chargé de vêtements, qu’ils vont trouver
quantité de poissons sur la plage, que du vin
en bouteille leur tombera du firmament et des
vaches des nuages”. Si les objets convoités en
2C.
restent néanmoins révélateurs de l’existence
dans la longue durée d’une sorte de “culte du
20
Ci-dessus et à droite :
Vue de la Nouvelle-
Cythère découverte par
M. de Bougainville. Un
à peine après
an
S. Wallis,
L.A. de Bougainville
“découvre" la même île
qu'il nomme la NouvelleCythère, tirant en fait un
bénéfice pacifique du
passage en force du
premier. Le style de ces
dessins situe ce voyage
à l'époque où capitaines
et officiers exécutent
encore eux-mêmes
croquis, cartes et
relevés. Il faudra
attendre Cook pour
assister à une véritable
“spécialisation" des
membres des
dont ils prennent
possession pour leurs
souverains respectifs.
Il faudra attendre
Dumont d’Urville pour
que les noms
vernaculaires des îles
soient respectés.
'iètLûoMmM-Shc 'yt'Dllle.dîiDuÿCMVf'iUs^
a£cL-(JboiLèiu.jlie^
1828 diffèrent quelque peu par rapport à ceux
de 1767 - 1769 - expression de l’évolution de
l’attrait pour les biens de consommation -, ils
cargo”
Quant à tenter d’expliquer le
comportement nettement agressif des
Tahitiens à l’égard du Dolphin et de ses
occupants, ne peut-on se référer aux
nombreux mythes communs à toute la
Polynésie, mythes traitant justement des
luttes que durent mener les hommes contre
des dieux envahissants ? L’apparition de la
frégate semblerait avoir concrétisé subitement
certaines appréhensions jusque-là cantonnées
dans l’aura mythique. Jusque-là aussi, les
combats opposant hommes et dieux étaient
.ùû//ù/
.'•//>*/
remporter sur
l'agressivité qui sous-
\iÜj. éD£ r£{L o^^'oLbVtliiL
visionnaires
p.
07~
expéditions et à
l'embarquement d’un
peintre officiel.
L’APPROCHE EUROPÉENNE 1595-1767
dans son sens occidental par les Tahitiens, il
n’empêche que ce pavillon, après qu’un rituel
fut accompli par des personnes de haut rang à
l’aide de pousses de bananiers, et ceci pour lui
témoigner respect, fut emporté dans
l’intérieur de l’île. Faut-il voir dans ce geste,
par le fait du hasard d’une association d’idées
symboliques, une tentative par les Tahitiens
de s’approprier le mana des Anglais ? L’on sait
que ce pavillon sera cousu par la suite au
de plumes rouges,
emblème du pouvoir politique et religieux
maro'ura,
la
ceinture
suprême à Tahiti (Cook l’a vu). Alors dévolu à
de Papara, l’époux de Purea, cet
Amo
emblème - pour bien montrer son importance
fera longtemps l’objet de sérieuses luttes
entre certaines familles de haut rang dans les
-
Jusqu’en 1815, date à
laquelle Pômare II se convertit au
christianisme. Il est donc probable, en 1767,
que l’appropriation de l’Union Jack par les
Tahitiens leur permet de briser les barrières
mentales
les
séparant du monde des
nouveaux venus.
Geste certes symbolique
mais qui, dans le Tahiti d’alors, s’intégre
pleinement aux valeurs comme au vécu.
Si Purea va s’attacher aux Anglais pour
le restant de leur séjour, c’est non seulement
îles du Vent et ceci
parce qu’ils représentent un enjeu matériel par
les biens qu’ils dispensent, mais aussi dans la
pouvoir et celui de
époux grâce aux relations qu’elle établit
mesure où elle renforce son
son
avec eux.
L’on
verrra
par
la suite combien ces
escales des navires européens transformeront
rapidement les rapports de force au sein de la
société tahitienne.
Mais après le passage de Wallis et de
Bougainville, qui y laissent aussi le mal
vénérien, les germes du changement sont
transmis au Tahiti d’antan qui ne pourra plus
vivre replié sur lui-même.
Les Naturels de Tahiti
attaquant le capitaine
Wallis, premier
découvreur de cette ile.
Il y a dans
cette gravure anonyme,
à la fois la volonté de
prendre date - Wallis est
le premier découvreur
de Tahiti - et celle de
montrer que les
premiers rapports entre
Tahitiens et Anglais
furent chargés de
violence.
m/ÉxcÂM^-
//a,
^ //w/
21
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
Naissance du mythe
polynésien
Imprégnés de l’enthousiasme rationnel
des Lumières, les voyages de
circumnavigation de la seconde partie du
du
Siècle
XVllL
siècle
partent non seulement à la
découverte de l’homme et de son monde mais
aussi des richesses, minières ou autres, qu’il
peut recéler. Deux catégories de sauvages
lors de ces expéditions : les
mauvais (cette opposition se
seront reconnues
bons
et
les
“trésors que la nature verse à pleines mains”
peuple tahitien au sein duquel régnaient
“l’bospitalité, le repos, unejoie douce et toutes
les apparences du bonheur”. Nostalgique de
l’état de nature sans être un adepte de
Rousseau, Bougainville se hasarde même à
préciser que la richesse et la salubrité de l’île
conduisent ses habitants à un âge avancé “sans
sur le
incommodité”. Du côté des Anglais,
s’émerveille tout autant sur le fait que les
aucune
on
Tahitiens n’aient point à travailler à la sueur
de leur front dans la
mesure
où la nature
dispensatrice leur offre, au-delà du nécessaire,
abondance de superflu.
transcrit beaucoup mieux en langue anglaise
“noble
and
ignoble
savages”). Au
Sauvage sera
perçu intimement lié à son environnement
naturel et personnifiera la croyance des
partisans de la théorie d’un primitivisme doux
dans la simplicité et la bonté de la nature.
Étroitement assimilé à la luxuriance de son île,
par
contraire du second, le Bon
le Tahitien fera en outre l’objet constant, chez
Wallis, Bougainville, Cook et Banks parmi
d’autres, de comparaisons avec l’antiquité
classique grecque et romaine qui symbolisait,
comme on le pensait alors, l’aurore de la
Civilisation.
Les Bons Sauvages
Le parallèle avec la Grèce ou la Rome antique
se retrouve chez
Bougainville dès son arrivée à
Tahiti en avril 1868. Ne nomme-t-il pas l’île
Nouvelle-Cythère, la vouant d’emblée au culte
d’Aphrodite ? De même, ne précise-t-il pas
que la jeune fille tahitienne, venue sur la
Boudeuse lors du premier accostage, “parut
aux yeux de tous telle que Vénus se fit voir au
berger phrygien. Elle en avait les formes
célestes”. Plus loin encore, il écrit à propos de
l’aristocratie tahitienne : “je n’ai jamais
rencontré d’hommes
mieux faits ni
mieux
proportionnés pour peindre Hercule et Mars,
on
ne trouverait
nulle part d’aussi beaux
modèles”.
Joseph Banks, le naturaliste
passionné sur l’Endeavour, n’affuble-t-il pas
quelques chefs tahitiens de noms de héros
grecs tels Ajax, Lycurgue ou Hercule ? De
surcroît, Banks s’accorde avec Bougainville
sur l’appréciation de la beauté des gens dont
les corps peuvent “défier l’imitation du ciseau
Un sauvage fort civil.
Ornai, présenté au roi
George II, le 17 juillet
1774, connut un grand
succès lors de son
séjour en Europe.
Sa venue en Angleterrecomme
celle d'Ahutoru
France - semble due
désir des
explorateurs de porter
en
au
témoignage, en chair
de la réalité
tahitienne, jusque-là
un
et en os,
seulement décrite ou
dessinée.
d’un Phidias”.
Le primitivisme doux de l’antiquité
classique se reflète ici et là chez les premiers
découvreurs européens. Invité par un Tahitien
à s’asseoir avec lui sur l’herbe, Bougainville
fait respirer à son lecteur une atmosphère
surannée : “cet homme se pencha vers nous et,
d’un air tendre, aux accords d’une flûte dans
laquelle un autre indien soufflait avec le nez, il
chanta lentement
nous
doute
anacréontique
digne de Boucher”.
:
une chanson, sans
scène charmante et
Relevant donc de l’âge d’or,
Tahiti
se
révéla
circumnavigateurs
d’exubérance
aux
sous
la nature à
premiers
des
aspects
description
d’arbres produisant des fruits à pain et de
palmiers donnant du lait excita et fascina les
esprits en Angleterre. Se croyant “dans les
extrême.
Champs-Élysées...
Jardin
22
ou
La
transporté
dans
le
d’Éden”, Bougainville décrivit les
Sir Joseph Banks
(1743-1820) dirigea
l’équipe de naturalistes
attachés au voyage de
VEndeavour. A la suite
de l'expédition et des
travaux scientifiques
qu’il réalisa, il fut anobli.
Il occupa la présidence
de la Royal Society
(correspondant à
l’Académie royale des
sciences de Paris), et
conserva tout au long de
son
existence un intérêt
prononcé pour les
voyages d’exploration.
W. Bligh resta l’ami
et le protégé
de ce grand savant.
Par la
suite, cette idée alimentera
en
Angleterre le débat polémique que les déistes
ouvriront
à
l’encontre
des
tenants
de
la
Révélation.
Les Mauvais Sauvages
Mais certaines ombres apparaissent sur ce
tableau pourtant ensoleillé de délicatesse et de
charme
onirique. En premier lieu, les trop
insulaires
articles,
nombreux larcins commis par les
dont Tavidité pour certains
notamment
les
clous, était démontrée de
façon quotidienne. Si Bougainville s’efforce
L'APPROCHE EUROPÉENNE 1595-1767
d’excuser quelque peu ces vols en arguant de
la nouveauté que représente le fer pour eux,
entrevoir pendant leur court séjour à Tahiti,
maisons,
description physique des Tahitiens, apprécie
leurs talents culinaires, signale les enceintes
murées et décorées par des représentations
grossières, mais il offre, en bon technicien de
qu’il y a “partout de la canaille” et que leurs
ouvertes,
sont
“sans
ni
serrures
gardien”, Samuel Wallis recourt à ses armes à
feu pour intimider ces “grands voleurs comme
(il) n’en (a) jamais rencontrés”. En second lieu,
James Cook fera part
d’ombres autrement
plus difficiles à concilier avec l’innocence liée à
à l’état de nature : l’infanticide pratiqué par les
membres de la société des arioi, la pros¬
titution à laquelle les membres de cette
société contraignaient les femmes, choses que
ni
Wallis
ni
Bougainville
n’avaient
pu
Wallis s’est d’ailleurs avéré un piètre
narrateur de sa découverte : il fait une brève
marine, un luxe de détails sur les prouesses
tahitiennes
en
construction
navale.
Cependant, trop peu de lignes sont dévolues
aux coutumes ou à la
religion, et la langue
tahitienne n’est même pas mentionnée. James
Cook
et
ses
compagnons
savants,
heureusement, combleront ces lacunes.
fort
Si les philosophes ne peuvent trouver
matière à méditation dans le compte rendu de
Wallis sur son séjour tahitien (le journal de
George Robertson, master sur le Dolphin,
publié en 1948, nous en apprendra un peu
plus), sauf en abondant dans le sens de
Rousseau à propos de la férocité que colporte
la Civilisation, il en ira tout autrement avec
celui de Bougainville dans lequel il déclare :
“tant que je vivrai, je célébrerai l’heureuse île
de Cythère. C’est la véritable Utopie”. Le
mirage de Tahiti naquit en même temps que
son mythe...
Jean-Jacques Rousseau
(1712-1778). C’est à ce
philosophe des
Lumières que l'on doit
surtout la notion du
Bon Sauvage dont le
récit de voyage de
Bougainville, dans les
chapitres traitant de la
Nouvelle-Cythère,
viendra confirmer la
réalité d’une façon
éclatante aux yeux du
public européen.
A droite :
De beaux sauvages.
Sur cette représentation
fantaisiste d'un guerrier
marquisien, on insiste
sur
le côté avenant de
l'indigène en question :
pose avantageuse,
plumes multicolores,
tatouages artistiques,
cape seyante, et le
casse-tête n'est plus que
gourdin...
La beauté des femmes
des îles polynésiennes
est d’autant mieux
perçue que, même sans
la déformation des
dessins, elle correspond
critères européens.
Poetua de Raiatea est ici
aux
représentée par
J. Webber, artiste
officiel du 3ème voyage
de Cook (1776-1780).
Page de gauche :
Dessin du tiare
(Gardénia tahitensis)
par Sydney Parkinson
(1745-1771),
dessinateur d'histoire
naturelle qui contribua
par son talent à la
diffusion des
découvertes des
naturalistes.
A droite :
Baie de Pare à Tahiti.
Cette représentation de
George Tobin, qui fit
partie de la seconde
expédition du capitaine
Bligh en 1791, est l’une
des rares à montrer des
gestes d’aménité de la
part des Tahitiens à
l’égard des Européens
mouillant leurs navires
devant leur île.
23
LA POLYNÉSIE S'OUVRE AU MONDE
Le mythe de Tahiti
et l’imaginaire de
brillant par son
conteste le
l’Occident
théories de Rousseau sur la bonté naturelle
En effet, malgré le récit néanmoins nuancé de
périple, qui sera publié à Paris en 1771,
Bougainville déclencha en Europe un
enthousiasme délirant pour la NouvelleCythère. Alors qu’il visait par sa publication à
relancer
l’effort colonial français, les
philosophes et les pamphlétaires ne retinrent
de celle-ci que le mythe de la condition
son
humaine
à
Tahiti,
leur
facilitant
esprit et sa verve, est sans
plus célèbre : se démarquant des
par
comparaison une critique de la civilisation
européenne. Le Supplément au “Voyage de
Bougainville” de Denis Diderot, pamphlet
des hommes, Diderot prône, au-delà du débat
entre une
humanité naturellement bonne ou
mauvaise, le fait que le bonheur de celle-ci
réside
principalement dans l’excellence des
lois qui la régissent. L’idée de bonheur qu’aura
donc
concrétisée
pour
les philosophes
l’exemple de Tahiti, île tropicale envoûtante et
aux
mœurs
si douces et accueillantes, se
perpétuera dans la littérature à la suite de
Bougainville. Et ceci malgré le fait que le
primitivisme doux de Tahiti trouvera
rapidement son revers ailleurs en Polynésie,
après les décès tragiques de Marion du Fresne
chez les Maoris de Nouvelle-Zélande et de
Cook aux Hawaii.
Émise pour la première fois par
Bougainville, cette idée de bonheur à Tahiti
continuera,certes encore, d’alimenter
l’imaginaire de l’Occident, poursuivi par une
quête perpétuelle d’un bonheur perdu à
retrouver... Le mirage polynésien continuera
de faire rêver jusqu’à nos jours : en littérature
avec H. Melville, P. Loti, V. Segalen, R.L.
Stevenson, S. Maugham ou G. Simenon ; par
le vécu de célébrités
les mutins de la
En haut, à gauche :
Les larcins et vols dont
eurent à souffrir les
La pratique des
sacrifices humains, de
l'infanticide et de
évoqués dans leurs
récits, mais sont
certains archipels des
mers du Sud, une fois
Cette illustration,
commencé à ternir
l'île de Pâques, fait
gravure reflète les
détails dénotent à
suffisance ces vols jugés
malicieux. Mais étaientils considérés comme
tels par les insulaires
eux-mêmes ?
violence extrême que les
voyageurs sont souvent
rarement représentés.
provenant de
l'expédition de
La Pérouse, à l'escale de
exception. Plusieurs
La mort de James Cook,
assassiné à Hawaii en
1779, remettra en cause
d'une façon radicale la
notion du Bon Sauvage.
Plusieurs raisons ont été
avancées par divers
historiens pour tenter
d'expliquer ce meurtre.
Dès l'annonce en
Grande-Bretagne de
son décès, le mythe du
24
avec
Bounty, P. Gauguin, A. Gerbault ou J. Brel
pour n’en citer que quelques-uns.
l'anthropophagie dans
connue en
Europe, avait
l'image mythique du
Bon Sauvage, déjà avant
la mort de Cook. Cette
comportements de
circumnavigateurs ont
pu rencontrer dans
certaines îles dès
l'établissement des
premiers contacts.
Bon Sauvage s'estompe
au
profit de celui du
Mauvais Sauvage qu'il
faut civiliser. C'est vers
cette époque que se
forment les premières
sociétés missionnaires
destinées à évangéliser
et à amener à ia
civilisation les peuples
du Pacifique.
2 Les îles de la Société 1767-1797
L5 arrivéePolynésie.
de SamuelTout
Wallislaisse
en 1767 semble provoquer
une accélération
de l’histoirele
les trente
années qui séparent
de la
passage du
supposer que
premier navigateur européen de l’arrivée des missionnaires protestants
anglais, ont vu se dérouler une accumulation de tensions, de rivalités et de luttes
intestines tendant à favoriser une centralisation du pouvoir politique et religieux dans
les îles de la Société. Sans doute cette centralisation du pouvoir est-elle rendue
possible grâce à la généralisation d’un culte monothéiste, celui du dieu ’Oro.
L’augmentation des voyages des navires européens et leurs escales plus ou moins
longues aux îles du Vent nous donnent aussi des témoignages et des récits nous
permettant de cerner, même de façon fragmentaire, les divers processus de
bouleversement affectant la structure du pouvoir. Une société nouvelle s’en dégagea,
qui sera elle-même plus tard affectée dans ses fondements par l’arrivée des
missionnaires de Londres.
Dans le même temps,
au-delà des transformations politiques et religieuses
qu’entraînent en partie les Européens de passage ou installés momentanément à
Tahiti, épidémies, armes à feu et alcool font également leur apparition.
Mais ce premier choc, cet impact fatal, si intense fût-il, s’est produit en fonction de
critères polynésiens, dans la mesure où il s’est inscrit dans le cadre de valeurs
religieuses et politiques internes. Ce ne sera plus le cas par la suite.
Premiers contacts
et conséquences
répétition des contacts avec les navi¬
gateurs européens, brefs ou prolongés selon
les cas, eut des incidences profondes sur la
réalité politique tahitienne. Au moment de
La
de Samuel Wallis et de LouisAntoine de Bougainville, Tahiti forme une des
l’arrivée
entités les plus stratifiées du bassin Pacifique
insulaire. La société comporte trois grandes
divisions sociales : celle des ari’i (chefs), celle
des ra’atira (gentilhommes) et celle des
manahune (gens du commun). Stéréotypées,
ces
trois classes sociales ne sont pas le reflet
exact
de la réalité dans la
mesure
où des
complexes et subtiles se doivent
d’être apportées à l’intérieur de chacune d’elles
pour en appréhender l’étendue.
Ainsi, la classe des ari'i se subdivisait-elle
en ari’i rahi fou ari’i nui), les chefs de haut
rang, par opposition aux ari’i ri’i, les chefs de
moindre importance. Les degrés de variation
de leurs statuts respectifs dépendaient de leur
parenté ou de leur généalogie, desquelles
découlait leur statut ou leur prestige. Inter¬
nuances
médiaire entre les dieux et les hommes, l’an’;
Le pouvoir à Tahiti :
mythe et réalités
Lorsque le Dolphin est apparu dans la baie de
Matavai en 1767, l’île de Tahiti se divisait en
six grandes coalitions tribales, formées à la
suite d’alliances matrimoniales effectuées sous
l’égide du dieu ’Oro, de conventions ou de
guerres : Teva-i-tai (les Teva de la Mer) située
sur la presqu’île de Taiarapu ; Teva-i-uta (les
Teva de la Terre) occupant le sud de Tahiti-
nui ; Te Oropa’a, couvrant Paea et Punaauia ;
Te Fana (Faaa), Te Porionu’u (Pare-Arue et
l’atoll de Tetiaroa) et Te Aharoa, formée des
cinq entités territoriales majeures de la partie
nord-est (Mahina, Papenoo, Tiarei, Mahaena
et Flitiaa). Chacune d’elles était dirigée par
une classe nobiliaire s’apparentant à une caste
qui tirait les fondements de son pouvoir à la
fois de ses liens avec les divinités et des rites
qui y étaient associés, tout en exerçant un
contrôle économique et socio-politique sur les
de population vivant au sein du
considéré. Contre-balançant leur
pouvoir respectif, les grands chefs de ces
groupes
territoire
coalitions
tribales
limitaient
unes
au
ainsi
un
détriment des autres, provoquant
lent processus de centralisation
politique des îles du Vent. Il aboutira en 1815
ra/îî jouissait d’un pouvoir certain sur les ari’i
avec
sociales vivant sous leur autorité.
des Porionu’u : les Pômare.
ri’i et sur les membres des deux autres classes
mutuellement
sphère d’influence, empêchant par là
l’émergence d’une hégémonie.
De par leurs visites de plus en plus
fréquentes à Tahiti à partir de 1767, les
Européens vont fréquemm&nL-favoriser les
leur
l’instauration
effective
de
l’auXprité
suprême d’une famille de chefs de la coalition
Habitation et plantation
d'un chef de Tahiti, par
S. Parkinson, artiste qui
accompagna J, Cook
sur i’Endea.v'Our.
O
Amo, chef des Teva de la
Mer (env. 1730-1793),
est sans conteste le chef
le plus prestigieux de
Tahiti à i’arrivée de
Waiiis, en 1767. Dessin
originai de W. Eiiis.
25
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
Il est certain que les premiers circumnavi-
gateurs eurent toujours tendance à calquer la
réalité
pouvoir monarchique de leur
propre pays sur celle existant à Tahiti. Ainsi
Wallis se trompe-t-il lorsqu’il qualifie Purea
de “reine” de Tahiti. 11 plaque un concept
européocentrique sur une réalité empreinte de
rivalités et d’alliances politiques qu’il ne peut
d’ailleurs percevoir et que, malgré lui, il
affectera. Si les canons du Dolphin ont fait des
ravages parmi la population, ils ont aussi miné
quelque peu la réalité du pouvoir que
du
détenaient alors Amo, Tevahitua i Patea, et sa
femme Purea, Airoreatua i Ahurai i Farepua,
soeur de Te
Pau i Ahurai, chef de Faaa, et que
des relations de parenté liaient aux familles
politiques les plus importantes de Tahiti et de
Moorea. S’il est certain que ce couple jouissait
d’un prestige étendu et d’une autorité
politique très forte à Tahiti, cela ne veut pas
dire que leur pouvoir n’était pas contesté par
d’autres chefs importants et d’autres
sous-divisions
coalition
territoriales
formant
la
Teva-i-uta, les “retombées
économiques” vont plus toucher les Porionu’u
que les autres. En effet, les “mille bagatelles
des matelots, alors pour eux des objets de si
grande valeur” (Moerenhout) et la présence
des
des
officiers
et
marins
vont
accroître
le
prestige des chefs en contact avec eux et ceci,
bien sûr, aux dépens d’Amo.
Les ambitions d’Amo et de Purea
L’habitude des bâtiments anglais de mouiller
l’ancre dans
la
baie
de
Matavai
va
faire
péricliter plus encore le pouvoir et le prestige
dont Amo jouissait. Toutefois, on ne peut
attribuer à cette seule présence anglaise la
déchéance relative de ce chef. Celle-ci trouve
ses
racines
dans
des
rivalités de pouvoir
internes à la société tahitienne. Avec sa femme
Purea, Amo préconisa d’accroître le statut de
fils Teriirere. Dans ce but, il imposa un
rahui généralisé dans les îles de la Société, sur
le site de Mahaiatea à Papara. La, Teriirere se
verrait investir le pouvoir suprême sur Tahiti
grâce aux insignes sacrés : un maro ’ura et un
son
to’o du dieu ’Oro.
De le faire reconnaître
en
rahi de Tahiti était surtout le
tant
qu’an”;
projet de sa
mère ; excès d’orgueil féminin contre lequel les
familles aristocratiques des autres coalitions
tribales n’allaient pas tarder à réagir selon des
moyens d’action coutumiers d’abord et, suite
à leur échec, par la guerre. Quoique Purea,
Amo
et
Teriirere fussent considérés alors
supérieurs sur le plan politique, ils ne
l’étaient pas nécessairement sur le plan social
par rapport à leurs cousins. Certains membres
comme
coalitions tribales.
De
surcroît,
comme
le Dolphin est à
l’ancre à Matavai, donc à l’opposé des quatre
;IL\MIK r’OWII.
Carte des îles de la
Ilt’Aiir.lXK.
Société, dressée par
Cook, parue dans une
édition française.
Quittant Tahiti, Cook se
dirigea vers Ulietea
(Raiatea) en emmenant
avec lui Tupaia dont les
connaissances
géographiques
l’aidèrent grandement.
Ci-dessous :
Purea pleurant le départ
de Wallis. La dimension
En bas, à droite :
Wallis et la reine Purea
absente de cette
titre de reine que
confère Wallis à Purea
poiitique n'est point
représentation. Elle
sous-entend que la
“reine” a trouvé en
Wallis et les Anglais des
amis, des protecteurs,
dont le départ l'affecte
profondément. Est-ce
pour faire oublier les
ravages provoqués par
les canons du Dolphin ?
26
(Oberea) assistant à un
spectacle de danse. Le
la réalité
tahitienne, même si
ne recouvre pas
Purea a des titres de
noblesse tels qu’elle
envisagea, avec son
mari Amo, de faire
fils
Teriirere chef suprême
de Tahiti.
sacrer son
t
i
i
;
S
ÊW''
■
LES ILES DE LA SOCIÉTÉ 1767-1797
de leur parenté, dirigeant d’autres coalitions
tribales, s’efforcèrent donc de casser le rahui,
mais
sans
réel succès si
ce
n’est celui de
polariser les oppositions contre Papara et les
prétentions d’Amo et de Purea à l’égard de
leur fils et de son investiture par le maro. L’on
ne
sait avec certitude si cette cérémonie eut
humains
côtes
et
impossibles à compter, surtout des
vertèbres
des
...
des
mâchoires
(avaient été) emportées
comme trophées”.
Humilié et contraint de demander la paix,
Amo ne conserva dès lors son autorité et son
prestige de façon effective que sur Papara. Il
également forcé de reconnaître la pleine
fut
lieu en la présence des autres principaux chefs
autorité de son ancien vassal, Vehiatua, sur la
Pômare 1 et chef de Pare-Arue,
Vehiatua, chef des Teva-i-tai, attaqua Papara
en décembre 1768 et contraignit Amo, Purea
et Teriirere, âgé alors de moins de dix ans, à se
réfugier dans les montagnes. La bataille fut
des plus meurtrières et le nombre des morts
fallait
qui y furent conviés. Par contre, l’on sait que
sous l’impulsion de Tutaha, grand-oncle du
futur
Banks, le naturaliste
accompagnant James Cook lors de son
premier voyage à Tahiti, a pu s’en rendre
compte en juin 1769 lorsqu’il vit à Mahaiatea
partout sous ses “pieds des ossements
élevé.
Joseph
presqu’île. Toutefois, il n’en continuait pas
moins de jouir d’un haut respect puisqu’il
encore
se
découvrir la
poitrine en sa
présence, comme le remarqua James Cook.
Quant à Tutaha, il profita de la bataille
pour emporter le maro ’ura du marae de
Mahaiatea le maro sur lequel avait été cousu
-
le pavillon anglais que Wallis avait planté lors
de la prise de possession de l’île au nom du roi
George III - pour le placer sur le marae du
district de Paea afin de faire reconnaître par la
même occasion les
prétentions de son petit-
La pointe Vénus. Cook
et les autres navigateurs
anglais après lui feront
fréquemment escale
dans la baie de Matavai
et à la pointe Vénus,
favorisant par leur
séjour les populations
vivant dans ces
“districts”. Ce sont
surtout les ari’i qui
tireront profit, pour leur
prestige personnel, de
l’amitié que leur
témoignent les Anglais
et des présents et
cadeaux qui en
découlent. Dessin de
J.F. Miller.
à l’investiture de l’autorité suprême.
Vaira’atoa, fils aîné de Hapai, prendra effecti¬
neveu
le
vement
titre
de
Tu
au
détriment
de
Teriirere.
La nouvelle donne politique
après la débâcle de Papara, Tahiti
politique séparant le nord
du sud de l’île à la suite d’une opposition de
prestige, ou d’ambition sans doute, entre
Mais
connut une division
de
Tutaha
Pare-Arue
et
Vehiatua
de
Taiarapu. Si James Cook, lors de sa première
escale tahitienne, considéra Tutaha comme le
chef le plus influent de la partie nord-ouest de
l’île,
il lui fut probablement difficile
d’apprécier à sa juste valeur la véritable
emprise exercée par Vehiatua dans la
presqu’île et ses environs. Sans ’tloute aussi
Cook a-t-il accru grandement le prestige de
Tutaha par l’amitié qu’il lui témoigna et par
les nombreux cadeaux qui en découlèrent.
Comme beaucoup de couples de haut
rang, Amo et Purea en étaient venus à vivre
séparés. En 1769, Cook l’a vue réfugiée à
Haapape avec son fils. Apparemment
dépossédée de toute autorité, elle vivait alors
avec
Tupaia, originaire de Raiatea, qui
occupait des fonctions sacerdotales impor¬
tantes. Wallis avait également rencontré celuici et l’avait pris pour le “conseiller de la reine”.
Tupaia fut ensuite l’un des principaux
informateurs de Cook et des savants qui
l’accompagnaient en 1769 et il était presque
toujoürs à leurs côtés lors de leurs séjours à
terre. C’est lui qui les informa sur les données
religieuses et coutumières en vigueur à Tahiti.
A la demande de Joseph Banks, Cook accepta
d’embarquer Tupaia pour le voyage du retour
en Angleterre, accompagné d’un jeune servi¬
teur tahitien. Quittant Tahiti le 13 juillet 1769,
Cook
visita
les
îles
Australes avant de
se
Sous-le-Vent
rendre
en
et
les
Nouvelle-
Zélande. Tupaia lui fut partout d’une grande
utilité lors de ses escales dans la mesure où il
à chaque fois d’interprète. Il
quelque peu l’anglais qu’il avait
assimilé
au
contact
de
l’équipage de
YEndeavour. C’est à Tupaia que l’on doit la
première carte géographique dressée par un
Polynésien et sur laquelle figurent des
archipels aussi éloignés que les Tonga, les
Fidji ou les Tuamotu. Sur les 130 îles
entourant Raiatea qu’il nomma aux Anglais,
il en plaça 74 sur sa carte. Ce document, qui
fut autrefois en la possession de Joseph
Banks, a aujourd’hui disparu. Le naturaliste
allemand, John Reinold Forster, qui participa
au
second voyage de Cook, en publia
heureusement une copie dans le compte-rendu
de, l’expédition. Atteints de scorbut et de
dysenterie, Tupaia et son serviteur moururent
lui
servit
maîtrisait
Le Dolphin, dont
Samuel Wallis prend le
commandement en août
1766, est la frégate
auparavant confiée à
J. Byron. Elle rentre d’un
voyage de deux ans qui
l’a conduit à reconnaître
quelques-unes des îles
Tuamotu. Dessin
original attribué à
S. Wallis.
Fort Vénus. Pour
suivre le passage de
Vénus sans risquer
d’être dérangé par les
indigènes, Cook fit
construire pour les
naturalistes et les
officiers un fortin où l’on
dressa les tentes
abritant les instruments
d’observation. Dessin de
C. Praval d’après
FI.D. Spôring.
à Batavia.
Quelques
Y Endeavour de
mois
après le départ de
Tahiti, Tutaha convainquit
plusieurs autres chefs avec lesquels il était allié
d’aller défaire Vehiatua, espérant en cas de
victoire
accroître
encore
la
puissance
politique et territoriale de son petit-neveu Tu.
Une impressionnante bataille navale se
déroula devant la presqu’île sans que personne
n’en sortît vainqueur, les pertes étant à peu
près équivalentes des deux côtés.
27
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
Une intrusion
Vehiatua de Taiarapu et sa femme, Tetupaia,
des Tamatoa de Raiatea, les chefs suprêmes de
espagnole
île. Tu était leur troisième enfant,
précédé de deux sœurs et suivi par trois frères
cette
et une sœur.
Nous
la nouvelle du
premier séjour de Cook dans les îles de la
Société avait ému la Cour d’Espagne qui
considérait la mer Pacifique comme sienne.
Une expédition militaire exploratoire fut
donc confiée à Don Domingo de Boenechea
par le vice-roi du Pérou, Manuel de Amat y
Jimientes. VAguila se présenta devant Tahiti
le 8 novembre 1772. A l’ancrage à Tautira à
l’extrémité de la presqu’île, Boenechea confia
à son second, Thomas Gayangos, la mission
avons
que
vu
de faire le tour de l’île
en baleinière et de
vérifier l’absence de colonie étrangère.
Première apparition de Tu
Parti conformément à ses instructions à
la recherche du continent
austral, Cook ira
jusqu’à nie de Pâques, en Nouvelle-Zélande et
aux îles Marquises avant de revenir à Matavai
le 21 avril 1774 alors que se prépare devant
Arue une expédition navale contre l’île
d’Eimeo (Moorea). Teriitapunui, le “roi de
l’île”, avait été contraint peu auparavant de se
réfugier avec ses sœurs auprès de Tu à Pare.
L’une de celles-ci, Itia, l’a alors sans doute déjà
épousé. L’oncle de Teriitapunui, Mahine,
s’étant emparé du pouvoir à Eimeo, il se forma
une
coalition des chefs de Punaauia
et
de
Paea, Potatau et Toofa, à laquelle, pour des
raisons familiales évidentes, dut se joindre à
contre-cœur Tu, et ceci afin de faire valoir les
Tu apparut
alors aux Espagnols comme le
“principal ari’f' de l’île. En le quittant après un
séjour de 31 jours, Boenechea embarqua
quatre Tahitiens devant servir à l’établisse¬
ment
d’une mission catholique qu’il
préconisait pour Tahiti. Il inspecta Moorea
avant de retourner à Valparaiso, fin janvier
1773.
Aux alentours du mois de mars suivant,
Tutaha
se résolut à attaquer de nouveau
Vehiatua dans la presqu’île. Il trouva la mort
durant l’engagement. Désapprouvant l’initia¬
tive de
ce
resté à
conflit dès le départ,
Hapai était
Pare tandis que son fils. Tu, était
emmené par Tutaha à Taiarapu. Mais Tu
refusa de participer aux combats et regagna
Matavai
les montagnes avec quelques
victoire, Vehiatua marcha
contre Matavai et Pare en ravageant la côte
par
amis.
Après
ouest.
Contre toute attente, il ne combattit
sa
point Hapai et Tu. Une paix généralisée
s’ensuivit et Tu remplaça son père pour tenir
les rênes du pouvoir sur les Porionu’u. Agé,
Vehiatua décéda peu après ; son fds, du même
nom, prit sa succession.
Lors de son second passage à Vaitepiha et
à Matavai, du 17 août au 1er septembre 1773,
sur
YAdventure
et
la
Resolution,
rencontra le jeune Vehiatua, âgé de
Cook
17 ans. Il
semblait timoré et fortement sous l’emprise de
sa
mère
Tiitorea.
et
de
son
nouveau
compagnon,
la victoire du père de
Vehiatua, Taiarapu abritait certainement la
coalition tribale la plus puissante, mais le
jeune chef ne montrait aucune velléité
guerrière. Sur Tahiti-nui, les coalitions
tribales semblaient s’équilibrer mutuellement
par les divers jeux d’alliance en présence.
S’étant rendu à Matavai, Cook fut accueilli
par une foule de gens et il chercha à rencontrer
Tu dont il avait appris la grande importance
politique et le prestige dans l’île. Mais, apeuré
par les canons de ses deux bâtiments. Tu resta
chez lui à Pare. Agé d’une bonne vingtaine
d’années, il faisait l’objet, lorsque Cook et ses
amis le rencontrèrent, d’un très grand respect
coutumier, dans la mesure où, sauf son hoa
(ami personnel ; Tu en avait plusieurs qui se
relayaient à ses côtés), tous, même son père
Hapai, devaient se découvrir la poitrine en sa
présence. La mère de Hapai était issue des
28
De
par
Carte de Tahiti. Cette
carte, dressée lors de
l’expédition de
Boenechea, ne possède
assurément pas la
précision de celles
qu'effectuera
James Cook pour
l’ensemble des archipels
du Pacifique. On a pu
dire d’ailleurs qu’à la
suite de son talent de
cartographe, Cook
laissa peu à faire à ses
dans le
Grand Océan.
successeurs
Le retour au maro. Les
Tahitiens qui furent
amenés par Boenechea
à la Cour de Manuel
de Amat avaient été
"convertis au
catholicisme et à la
civilisation”. Les
vêtements qu’ils
portaient à leur retour
dans l’île devaient être
l’insigne de leur
transformation. Au
grand désespoir des
deux prêtres
franciscains, ils se
dépêchèrent de porter à
nouveau
le maro,
symbole, pour les
missionnaires, de l’état
de barbarie ambiant à
combattre. Illustration
de John William Lewin
mise en couleurs.
de
son
beau-frère. Tu s’efforça
d’obtenir le soutien logistique de Cook pour
droits
cette manœuvre navale et,
devant son refus,
arrêta l’expédition. C’est à partir du rassem¬
blement des guerriers des coalitions
tribales
des Te Oropa’a, Te Fana et Te Porionu’u que
.lames Cook estima la population de Tahiti à
quelque 200 000 habitants,
dessus
de
la
réalité.
ce qui est auL'Adventure et la
Resolution quittèrent Tahiti le 24 mai 1774.
Les franciscains à Tautira
Le
27
novembre
de
cette
même
année
réapparut VAguila. Elle était accompagnée
d’une gabare, le Jupiter. Elle ramenait les
deux Tahitiens ayant survécu au voyage, sur
les quatre qui étaient partis. Le vice-roi du
Pérou avait formulé beaucoup d’espoir à leur
propos : non seulement il les avait logés dans
son palais où ils participaient aux fastes de la
LES ILES DE LA SOCIÉTÉ 1767-1797
réintégrèrent
leur
famille
respective,
délaissant leur habillement civilisé pour s’en
retourner
au
seul port
du maro. Les
franciscains
débarqué
apostasièrent. Après avoir
Vaitepiha tout le matériel
les
à
nécessaire à la mission - une maison démon¬
mobilier, une chapelle, divers
ateliers, des instruments aratoires, des
animaux domestiques et des vivres pour plus
table
avec
d’une année - Boenechea mit à la disposition
deux pères un domestique, Francisco
Ferez. Matelot buté, il s’avéra extrêmement
brutal et violent à l’égard de la population,
des
de son épée les Tahitiens qui se
présentaient devant lui. Boenechea, qui devait
rapidement décéder de maladie, laissa aussi
un fantassin de marine, Maximo
Rodriguez,
pour servir d’interprète aux franciscains.
Ayant fait partie du premier voyage de
VAguila, Rodriguez s’était en effet familiarisé
avec leur langue auprès des quatre Tahitiens
lors de'leur traversée et de leur séjour chez
Manuel de Amat. Esprit ouvert et entre¬
prenant, Rodriguez tint un journal du 15
blessant
Don Domingo de
Boenechea, parti de
Callao en septembre
1772, reconnaît une
première fois Tahiti, où
il mourra lors de son
second voyage en 1775.
Il fut enterré à Tautira.
vice-monarchie et il les avait fait
baptiser
départ, mais il avait tenu aussi à ce
qu’ils fussent instruits pour servir d’inter¬
médiaires aux deux prêtres franciscains,
Geronimo Clota et Narciso Gonzales, qui
devaient être débarqués pour ouvrir la
première mission catholique des îles de la
avant leur
Société.
Peu après leur arrivée, les deux Tahitiens
décembre
1774
au
12 décembre 1775. Sans
être aussi fouillé que les comptes rendus d’un
Cook, d’un Banks ou d’un Forster, les notes
Rodriguez n’en sont pas moins riches en
informations sur la vie quotidienne à Tahiti
de
dont il fait librement le tour à deux reprises.
11 y décrit, entre autres,
les liens
politiques tissés entre 'Vehiatua et Tu, qui s’est
réfugié à Tautira dans la presqu’île après avoir
raté son incursion guerrière contre Mahine et
avoir vu
son
autorité mise en cause par ses
anciens alliés, Toofa et Potatau. Rodriguez
relate également la lente agonie de Vehiatua
qui, au grand désespoir de sa mère, meurt le 16
octobre 1775. Son jeune frère lui succède en
prenant son nom. Lorsque VAguila revient en
novembre 1775 pour apporter du matériel
supplémentaire à la mission, les prêtres
franciscains, qui n’ont pu parvenir à s’intégrer
dans la société tahitienne, supplient le
commandant de les rapatrier. En effet, étant la
risée constante de la population et craignant
pour leur vie, les deux missionnaires en sont
arrivés à construire une palissade autour de
leur maison. Complètement coupés des gens
qu’ils étaient censés évangéliser, leur présence
à Taiarapu n’a plus aucun sens. Avec le
matériel et la plupart des têtes de bétail
débarquées l’année précédente - il ne faut rien
laisser pour les rivaux européens -, ils
repartent tous les quatre pour Callao le
12 novembre.
La “Pax franciscana” qui avait meublé
l’espace mental de tous les navigateurs
espagnols au cours des XVF et XVII' siècles
dans le Pacifique insulaire se terminait sur un
départ peu glorieux. Malgré le désir de la
Cour d’Espagne de reprendre les tentatives
d’évangélisation catholique, Lima ne s’en
sentait plus la volonté.
La baie de Matavai.
Peinture de
William Hodges, durant
le second voyage de
Cook.
29
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
L’ascension de Tu
Cook se rend lui-même à Moorea pour y
Lorsque James Cook revint à Vaitepiha
le 12 août 1777, lors de son troisième et
dernier voyage de circumnavigation sur la
Resolution, accompagnée du Discovery (capi¬
taine
Clerke), une nouvelle expédition
navale, organisée par Toofa et Pohuetea
(Potatau) se préparait contre l’île d’Eimeo
(Moorea). Dès son arrivée à Matavai le 24
août, Cook est convié à prendre part à celle-ci
et à les aider à écraser Mahine, un des chefs de
cette île. Cook refuse en arguant du fait qu’il
n’a rien à lui reprocher. Pour rendre les atua
(dieux) favorables à leur cause les deux ari’i
,
de Paea et de Punaauia
se
Mahine. Pour un soi-disant vol de
rencontrer
décident à faire
accomplir un sacrifice humain sur le marae
Utuaimahurau à Paea, marae dédié à ’Oro, et
pour lequel la présence de Tu, dont le pouvoir
repose largement sur le culte de ce dieu et sur
la possession du maro ’ura, leur apparaît à tous
deux
indispensable. Cook, Mai, John
Webber, le peintre suisse de l’expédition, et
William Anderson, le chirurgien de marine,
assisteront pendant deux jours, les 2 et 3
septembre, à cette cérémonie. Mais Tu nejuge
pas
cette
expédition navale des plus
opportunes.
Bataille maritime
chèvre effectué par quelques habitants de l’île,
agit de façon très brutale et fait
le capitaine
détruire
de
pirogues
dans
l’incursion
nombreuses
de
lieu
un
Toofa.
habitations
déjà
et
affecté
par
reconnaît
Mahine
l’autorité de Tu devant Cook.
impliquaient en présents de diverses natures,
de canon, en invitations
à dîner à bord et ainsi de suite n’ont pas été
sans
favoriser grandement sa dimension
politique. Alors que plusieurs autres chefs
avaient bien des choses à lui reprocher quant
en cérémonial à coups
aux alliances non
L’appui de Cook au jeune Tu
en
Cook part ensuite pour les îles Sous-le-Vent
où il souhaite débarquer Mai à Huahine avec
les deux garçons néo-zélandais qui doivent lui
servir de domestiques. Après être passés par
Raiatea, la Resolution et le Discovery font
ensuite voile vers le Pacifique Nord où Cook
découvre l’archipel des Hawaii qu’il dénomme
les îles Sandwich
en
l’honneur du
premier
Lord de l’Amirauté. Il y trouve la mort l’année
suivante
ouest
sans
avoir atteint le passage nord-
avait
qu’il
instructions reçues.
recherché
suivant
les
Tutaha décédé, Cook avait donc accordé
“prééminence royale” à Tu,
Wallis l’avait fait pour Purea.
Si Tutaha correspondait plus aux yeux des
Anglais à l’idée qu’ils se faisaient d’un
monarque. Tu, de par son autorité et ses
influences politiques, jouissait d’une aura
une
sorte
de
comme Samuel
cérémonielle et d’un statut très élevé. Ses
Toutefois, vers la mi-septembre, la flotte
d’Atehuru, commandée par Toofa, le vieil
amiral comme le dénomme Cook, et qui est
accompagné de Pohuetea et d’un autre chef, se
relations quasi quotidiennes avec les officiers
des
deux
bâtiments
et
tout
ce
qu’elles
présente devant Moorea. Le soir du départ, un
messager va prévenir Tu q?^ les affrontements
navals ont débuté sans que l’une des flottes ne
prenne l’avantage sur l’autre. Une incursion à
terre permet de détruire les habitations et les
plantations de Papetoai et de Haapiti. Durant
les quelques jours que dure cette bataille
navale. Tu reçoit quotidiennement des
messagers de Toofa le priant de leur venir en
aide à Moorea, craignant de voir les pirogues
de Mahine prendre le dessus. Au lieu de se
joindre à ses alliés, Tu fait faire à sa flotte une
revue navale impressionnante à Pare. Cette
parade est interrompue le 22 septembre
lorsque l’on apprend que Toofa et Mahine
viennent de conclure un accord visant à cesser
les hostilités. Mais cet accord comprend des
conditions désavantageuses pour Tahiti.
Furieux de n’avoir pas reçu l’assistance de Tu
ou
de
ses
frères, Toofa ne décolère pas en
présence des Anglais et n’arrête pas de
critiquer la couardise de Tu.
Quelque temps plus tard se tient une
cérémonie
visant
à
entériner
l’accord
en
présence de Toofa, Pohuetea, Tu etdufrèrede
Mahine. A nouveau, la venue de Tu est indis¬
pensable à la bonne conduite de la cérémonie,
compte tenu du maro ’ura qu’il détient. Mais
Toofa et Pohuetea, considérant les conditions
désavantageuses de l’accord et en attribuant la
responsabilité à Tu, laissent entendre qu’ils se
vengeront. James Cook réagit et menace
d’user de
représailles contre quiconque
attaquerait son protégé, faisant savoir qu’il
reviendrait prochainement dans les îles de la
Société pour châtier ceux qui auraient osé s’en
prendre à Tu.
30
Ci-dessus :
Cook à Moorea. En
s'immisçant dans ies
rivaiités opposant
certains chefs des
coaiitions tribales, Cook
prenait une part active
enjeux politiques
aux
du moment. Allié et ami
des Anglais, Tu, en fin
politique, sut
constamment utiliser à
son
profit la présence
des bâtiments de la
Marine royale
britannique.
Le sacrifice humain
auquel furent conviés
James Cook,
Joseph Banks, Mai, le
médecin Anderson et
J. Webber-qui adessiné
cette cérémonie - sur le
marae
entérinées dans les faits, les
garde répétées de Cook les
empêchèrent, un temps, de concrétiser par la
force leur volonté de le punir.
mises
Utuaimahurau,
situé à l'embouchure de
l'Orofero. Cette scène
démontre à suffisance la
volonté de certains
chefs tahitiens
d'associer les officiers
britanniques, dont ils
croyaient pouvoir tirer
profit, à la réalité de leur
pouvoir et à ses
manifestations
sacrificielles. Gravure
d'après un dessin de
J. Webber.
LES ILES DE LA SOCIÉTÉ 1767-1797
Ce n’est que quelque dix années après le
départ de Cook que se présente à nouveau, le
7 juillet 1788, un bâtiment européen à Tahiti :
le Lady Penrhyn. En provenance de Botany
Bay, l’actuelle Sydney, le capitaine Sever vient
d’y débarquer le premier contingent de
convicts anglais sous l’autorité du gouverneur
Phillip. L’équipage du Lady Penrhyn
souffrant
du
scorbut,
Sever décide d’une
escale de trois semaines à Matavai pour y
%
refaire la santé de ses marins. 11 y rencontre Tu
qui, quelque cinq années auparavant, avait vu
ses territoires de Pare envahis par Mahine de
Moorea. Il semblerait que Toofa et Pohuetea
se fussent alors ligués avec Mahine contre lui.
Un des officiers du
lieutenant
Lady Penrhyn, le
Watts, qui avait participé à la
troisième expédition de Cook, s’enquiert aussi
de Mai. On lui annonce la mort à Huahine de
l’ami de Joseph Banks ainsi que celle des deux
garçons néo-zélandais. Cherchant à en savoir
plus. Watts persuade Sever de se rendre à
Huahine où ils arrivent à la fin juillet 1788. Ils
n’y apprennent pas grand-chose de plus, si ce
n’est que tous les trois sont morts de fièvre.
L’intérêt pour Mai, très prononcé parmi les
Anglais de passage, semble ne pas avoir été
partagé par ses compatriotes.
Quelques semaines après le départ de
Sever, Tahiti allait servir de cadre à l’une des
plus fabuleuses histoires des annales
maritimes. Sans doute les événements qui s’y
déroulèrent durent-ils beaucoup au mirage
polynésien et à l’Eden que représentait l’île de
Tahiti pour les marins de l’époque. En effet, la
luxuriance de sa végétation, son climat
idyllique et les libéralités de ses femmes
offraient une alternative incomparable à la
grisaille des deux britanniques et à la
discipline en vigueur dans leur métier pénible.
La Bounty, puisque c’est d’elle qu’il s’agit,
atteint la pointe Vénus le 26 octobre 1788.
La flotte d’Atehuru,
commandée par Toofa.
Cette flotte de guerre,
représentée par une
huilede William Hodges,
impressionna beaucoup
les Anglais. Le nombre
des pirogues de guerre
ainsi que celui des
guerriers permirent à
Cook de donner une
estimation par
déduction de la
population de Tahiti.
A droite :
Huahine vue par
W. Hodges (1773) lors
du second séjour de
Cook en Polynésie.
31
•
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
1
La Bounty
revanche,
nouvelles alliances
Mahine, Mahau, qui a épousé la sœur de
Tina, Auo. Lors de l’attaque contre Pare,
Mahine fut tué par le frère cadet de Tina,
Vaetua ; quant à Toofa, il mourut de son
grand âge peu avant l’arrivée de la Bounty.
La présence du navire à Matavai entraîne
un
blocage des guerres intestines sans
toutefois apaiser réellement les tensions. A
l’instar de Cook, Bligh ressent que l’amitié
qu’ont témoignée les Anglais à l’égard de la
famille
de
Tina reste à l’origine des
traversée de la Bounty ayant été
beaucoup plus longue que prévue, William
Bligh est contraint de prolonger son séjour à
La
où il arrive à la
pouvoir en toute
sécurité transplanter les pousses d’arbre à pain
destinées
aux
Antilles anglaises,
objet
principal de sa mission qu’il tenait scrupu¬
leusement à accomplir. C’est grâce à l’amitié
que lui témoigne Joseph Banks, alors
président de la Royal Society de Londres,
qu’il s’est vu confier la direction de l’expé¬
oppositions et des jalousies dont elle a eu à
L’autorité de Tina à
l’arrivée de la Bounty est limitée à Pare-Arue.
Bligh est aussi surpris de voir que ses relations
familiales
se
sont
également dégradées
puisqu’il ne s’entend plus avec son frère
Ari’ipaea, sans doute à la suite des mauvaises
relations
qu’entretiennent leurs épouses.
souffrir de toute part.
dition.
Grandement apprécié par tous, Tahitiens
Anglais, ce séjour de cinq mois dans
un intermède onirique que jamais
matelot n’aurait pu espérer connaître :
comme
l’île
les
de
La Bounty
Tahiti dans la mesure
mauvaise saison, pour
comme
matrimoniales conclues entre Tina et le rival
fut
abondance de nourriture, accueil féminin des
plus engageants, tant et si bien que Bligh eut à
déplorer la désertion de trois de ses marins qui
s’enfuirent à Tetiaroa. Il put les récupérer
grâce à l’aide de Tu et d’Ari’ipaea, son frère.
Tu devient Tina
Quelque six ou sept années plus tôt, Tu et Itia
avaient eu leur second enfant, un garçon. Leur
premier-né avait été étouffé dès sa naissance
comme le stipulaient les codes en vigueur dans
la société des arioi dont le couple faisait partie.
Selon la coutume, Tu se désista de son titre et
des insignes de son prestige en faveur de son
William Bligh
(1753-1817). Entré très
jeune dans la Marine
royale, Bligh fait partie
de la Sème expédition de
James Cook comme
officfer. Il voue une
admiration sans bornes
capitaine dont il
prend exemple dans ses
rapports avec les
populations insulaires
au
et dans son travail
scientifique
exploratoire.
Le fruit de l’arbre à pain.
W. Dampier, S. Wallis et
J. Cook avaient vanté les
mérites de l'arbre à pain
qui donne des fruits
quasiment toute l'année.
Cet arbre a renforcé
aussi la dimension
mythique que Tahiti prit
Europe : une île où
poussent des plantes qui
en
donnent une sorte de
pain sans que l’on ait à
travailler pour le
produire. Dessin de
S. Parkinson.
fils, tout en continuant d’assurer les fonctions
de la charge. Le nom de Tu est donc attribué à
Bligh verra de loin lorsque qu’il
conduit près de l’habitation isolée qu’il
ce garçon que
sera
occupe avec ses jeunes frères et sœurs. Le père
de l’enfant porte dès lors le nom de Tina.
Ce séjour prolongé de
Bligh à Matavai
permet de mieux comprendre, grâce à
son journal, les événements politiques qui ont
affecté Tahiti depuis le départ de Cook, onze
nous
années auparavant. Tina lui révèle que, 63
lunes après le départ de la Resolution et du
Discovery, le peuple de Moorea s’était joint à
Toofa pour attaquer Pare. Tina et les siens
furent contraints de se réfugier dans les
montagnes. A la grande tristesse de Bligh,
le bétail laissé par Cook avait été
tout
massacré, mis à part deux bovins, heureu¬
mâle et femelle, qu’il s’attacha à
réunir, car ils avaient été emportés dans des
districts différents. Ceci fait, il pouvait espérer
sement
voir le bétail se reproduire et faciliter ainsi
pour la suite les ravitaillements des bâtiments
anglais de passage à Tahiti. Tina lui indique
aussi que tous les précieux cadeaux qu’il avait
reçus de Cook ont été emportés lors de
l’attaque dont il avait fait l’objet.
Sans doute faut-il voir dans cette alliance
entre
Atehuru et Moorea contre Pare
une
réponse à l’attitude violente de Cook à l’égard
de Mahine et des siens dont Tina est tenu pour
responsable. Craignant le retour du capitaine
anglais, les chefs ont ressassé leur désir de
vengeance jusqu’au moment où ils ont jugé ce
retour peu probable. Certes, d’autres éléments
sont venus s’ajouter à cette volonté de
32
'
■
LES ILES DE LA SOCIÉTÉ 1767-1797
Quant à Vaetua, Bligh le décrit comme un être
intempérant, ne cessant de boire du ’ava.
laissa entendre que Tina était le protégé de la
William Bligh, ethnographe
toute nouvelle attaque - Tina lui a
séjour, Bligh a l’occasion
plusieurs fois de visiter l’arrière-pays et de
percevoir de l’intérieur la société tahitienne.
On le convie aussi à de nombreuses mani¬
festations cérémonielles ou festives.
Ethnographe avant la lettre, il note
scrupuleusement dans son journal de bord ce
qu’il voit, ce qu’il entend, ce qu’il apprend en
s’entretenant avec Tina, Itia ou Poino, le chef
de Haape. L’esprit très ouvert, il consigne de
manière très précise toutes les informations
qu’il obtient sur divers aspects de la société
dans des domaines aussi variés que ceux de la
théologie et des préparations culinaires.
raisons des menées guerrières contre lui et les
Lors
de
son
Tout comme Cook, qu’il admirait, Bligh
Grande-Bretagne et il lui fournit d’ailleurs
ainsi qu’à Itia plusieurs armes à feu et des
munitions. En cherchant à le prémunir contre
reprises
plusieurs
sa
propre
expliqué à
version des
siens - William Bligh rehausse une partie de
Quelques coutelas, du rhum et des biscuits
leur sont laissés. Après une fantastique
odyssée, sans carte ni instrument de marine,
Bligh parvient à conduire dans l’îlè de Timor
seize de ses compagnons d’infortune, dans un
état pitoyable, mais saufs. Un marin a été tué
par des Tongiens lors d’une escale de ravitail¬
lement dans une île.
Même dans cette
prestige perdu et lui permet, par de
situation de difficulté extrême, Bligh continue
sphère d’influence. La compagnie des Anglais
pendant cinq mois lui fut bénéfique sur bien
des plans.
journal de bord pour y consigner ce qu’il voit
dans les îles où ils passent comme sur la côte
orientale de l’Australie. Il y décrit aussi la
dégradation physique de ses marins au fur et à
mesure
qu’ils approchent de la colonie
hollandaise où, dès leur arrivée, les autorités
leur apportèrent tous les soins possibles.
Cependant, certains ne survécurent pas à leur
trop grand état de faiblesse. Bligh et les autres
rentrèrent en Angleterre sur divers bâtiments
en partance pour l’Europe.
son
nombreux cadeaux, d’accroître à nouveau sa
A la suite de la désertion de trois de ses
marins, Bligh s’efforce de réinstaurer une
attitude plus disciplinée parmi son équipage,
jugeant sans doute qu’elle s’était trop relâchée.
Au moment du départ de Tahiti, le 4 avril
1789, il recourt à des mesures que certains de
ses
officiers
vexatoires.
et
Il
marins perçoivent comme
interdit par exemple
leur
d’emporter plus d’aliments que n’en peut
contenir leur coffre personnel. Les rapports,
peu
de
tenir
quotidiennement
son
précieux
brillants déjà les deux derniers mois à
Tahiti, se dégradent encore plus après
l’appareillage de la Bounty, à la suite surtout
des insultes proférées constamment par un
Bligh colérique à l’encontre de Fletcher
Christian, à qui pourtant il avait accordé une
promotion au cours du voyage aller. Bligh
semble le rendre responsable de l’état
d’indiscipline généralisée. De plus en plus
tendues, les relations entre les deux hommes
invivables tant et si bien que
Christian choisit tout d’abord de quitter le
bâtiment sur une chaloupe puis, dissuadé par
certains de le faire, il décide de le prendre par
la force. C’est au large de l’archipel des Tonga
deviennent
qu’éclate, dans la nuit du 28 avril, la mutinerie
dirigée par Christian, Churchill et Stewart.
Bligh est contraint de prendre place dans un
cotre
avec
17 membres de l’équipage.
La transplantation des
uru. C’est
Joseph Banks,
le président de la Royal
Society, qui a convaincu
le roi George III
d'organiser l'expédition
de la Bounty et de la
confier à William Bligh.
Les planteurs des
Antilles anglaises
souhaitaient que l'on
William Bligh. De par la
durée de son séjour
dans l'île et l’Intérêt qu’il
porte à la société
polynésienne, Bligh
peut être considéré
comme
tente de transplanter
l’arbre à pain, aliment
très économique, pour
servir de nourriture à
leurs esclaves noirs.
Quand cela fut
finalement réalisé, les
esclaves refusèrent d’en
manger, car ils n'en
supportaient pas le goût.
Peinture de T. Gosse.
3. Plates-formes de
marae (fata
rau) sur
lesquelles étaient
déposées les offrandes.
3
l’un des
premiers ethnographes
de Tahiti. Son journal de
bord, qu’il put ramener
lui en GrandeBretagne après son
avec
odyssée jusqu’à Timor,
constitue un document
de toute première valeur
sur le Tahiti d’antan.
Dessinateur de talent,
il nous a laissé aussi un
témoignage graphique
d’espèces animales ou
d'objets - il est le seul à
avoir représenté le
maro - aujourd’hui
disparus.
1. Représentation d’une
pirogue sacrée.
2. Couple de perruches.
33
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
Un soutien logistique
rivalité mutuelle comme un soutien et une
force logistiques à s’attacher. Ils s’installent à
pour Pômare
Pare et
deux
mutinerie, certains contraints malgré eux de
bord à cause de leur qualification
professionnelle, se dirigèrent vers Tubuai
dans les Australes. Pour Christian, cette île
qu’il découvre sur une carte dans une édition
de Cook, présente l’avantage d’être isolée et
d’accès peu aisé. Ceci lui paraît former une
garantie suffisante contre l’envoi de bâtiments
que Londres ne tarderait pas à dépêcher à leur
chez Ari’ipaea se décident à entreprendre la
difficile tâche de construire une goélette pour
rejoindre Batavia afin d’y trouver un passage
pour l’Angleterre. Retrouvant leurs anciens
taio (amis : concept selon lequel les visiteurs
étaient pris sous la protection totale d’un
Tahitien ; ses possessions quelles qu’elles
soient devenaient la propriété de l’autre, on
s’échangeait jusqu’aux noms ; taio pourrait se
traduire par “autre moi”) ou créant de
nouvelles relations, les Anglais vont prendre
une part de plus en plus active dans les affaires
recherche dès l’annonce de la mutinerie. La
Neuf mutins et sept marins, forcés de rester
sur
la
Bounty lors de la mutinerie, à Tofua
dans les Tonga, arrivent donc à Matavai le 21
septembre 1789. A leur arrivée, Tina quia pris
le
Matte est à nouveau réfugié à
alors qu’Ari’ipaea, son frère,
gouverne Porionu’u. Ces seize Européens
ainsi qu’un individu éthylique d’une violence
inouïe, John Brown, débarqué du Mercury
dans l’île par le capitaine Cox excédé, vont
très rapidement être perçus par les chefs en
nom
de
Taiarapu
La rivière Matavai,
aquarelle de G. Tobin
L’exubérance de la
nature à Tahiti a souvent
été invoquée, même par
W. Bligh, comme l’une
des explications de
l’origine de la mutinerie.
Face à la grisaille des
deux britanniques, on
34
peut comprendre que
Fletcher Christian et les
autres marins se fussent
décidés à revenir dans
Ce cadre de beauté pour
y renouer avec les
jouissances terrestres.
Rapidement néanmoins,
iront à Taiarapu à
chez Teriirere. La plupart de ceux qui restent
rester à
Les mutins deviennent guerriers
eux
l’invitation de Vehiatua et un autre à Papara
Fletcher Christian et les 24 membres de la
prise de contact avec Tubuai est difficile et
violente, mais Christian tient à s’y implanter.
Il retourne cependant à Tahiti chercher des
animaux puisque Tubuai n’en abrite pas.
A Matavai, il donne une explication
plausible du retour de la Bounty sans Bligh et
regagne l’île avec quelques Tahitiens des deux
sexes. Sa tentative d’y fonder une colonie
d’implantation ne s’avère toutefois pas
réalisable à cause de l’opposition systéma¬
tique des habitants. Il décide donc avec huit
compagnons de partir à la découverte d’une île
inhabitée et débarque d’abord à Tahiti ceux
qui ont choisi d’y retourner malgré ses mises
en garde répétées et son assurance
d’y voir
venir des bâtiments à leur poursuite. Christian
et ses compagnons donneront naissance à la
population de Pitcairn, ayant emmené avec
eux plusieurs Tahitiennes et Tahitiens.
Matavai.
d’entre
de l’île.
Les liens de parenté
dans la société
polynésienne forment
les fondements
principaux de
l’organisation socio¬
économique et iis sous-
tendent l’ensemble des
réseaux du pouvoir.
L’accès aux fonctions de
chef découle
uniquement des liens de
parenté, d’où
l’importance attribuée
par les anthropologues
à l’étude des
généalogies. Pômare I
un très bon exemple
à ce sujet : l'étendue de
son réseau de parenté
dans les îles de la
Société lui permettait de
est
revendiquer un pouvoir
supérieur à d’autres
chefs de Tahiti. Dessin
à la craie de W. Hodges.
Au début du mois de mars 1790, alors
qu’un des ari’i de Moorea est décidé à venir
offrir des présents, victuailles et tapa, au jeune
Tu, le fils de Matte, des rumeurs circulent
qu’Atehuru se prépare à empêcher son débar¬
quement. James Morrison, qui nous a laissé
un
récit très riche en informations sur cette
période, intervient avec quelques-uns de ses
compagnons en armes. Leur seule apparition
stoppera toute velléité d’attaque.
Chez Vehiatua, Thompson et Churchill,
LES ILES DE LA SOCIÉTÉ 1767-1797
qu’à se montrer sur les lieux du
combat qui s’ensuit pour que les guerriers de
taio de l’on’; des Teva-i-tai, participent même
n’auront
que lorsque Vehiatua décède sans postérité à
la mi-mars 1790, Churcbill lui succède avec
Faaa
à la gestion de la coalition tribale tant et si bien
l’assentiment
doute
de
la
de
son
peuple. Jaloux
nouvelle
condition
de
sans
son
compagnon,
Thompson se querelle
violemment avec lui quelques semaines plus
tard et l’abat d’un coup de mousquet. Voulant
venger leur on’;', ses sujets tuent Thompson.
Au cours du mois suivant, les Anglais,
occupés à construire leur goélette, vont à
nouveau être mis à contribution dans le conflit
qui oppose Matte à Moorea depuis 17 années.
Son beau-frère Metuaaro est alors engagé
dans
lutte contre le
une
successeur
et
fils
adoptif de Mahine, Teriihaauroetua. Les
Anglais leur fournissent des mousquets et des
munitions, ce qui permet à Metuaaro d’en
finir une fois pour toutes avec son rival et
d’assurer ainsi l’hégémonie de son pouvoir sur
l’île. Par le jeu des alliances matrimoniales,
Matte sort également grandi de cette victoire.
Matte, ari’i rahi
Il est
parfois difficile de cerner les raisons
justificateurs
restent
obscurs.
C’est le cas de la guerre opposant Ari’ipaea à
Te
Pau,
chef des Te Fana,
son
cousin
pourtant. Les troupes de Faaa envahissent
Pare, pillant et brûlant les habitations. Venus
au
secours
secours
retirent. Cherchant à obtenir des
d’Atehuru, Te Pau s’allie avec lejeune
Anglais décident
alors, face à cette situation également critique
pour eux, de s’impliquer personnellement
dans les combats pour Ari’ipaea. Avec leurs
armes, ils n’ont aucune difficulté à vaincre Te
Pau et les siens alors que ceux-ci se sont
retranchés. Vers cette époque, se déroule un
Toofa
autre
et
Pohuetea.
conflit
d’Ari’ipaea, les marins anglais
au
Les
sud
d’Atehuru
où
des
guerriers de Taiarapu avec John Brown et
trois autres marins anglais se sont présentés.
Après un répit, les Anglais fixent une stra¬
tégie bien précise à laquelle Ari’ipaea est
contraint de se tenir. L’attaque se produit
simultanément par mer et par terre. En effet,
leur goélette terminée, les Anglais l’engagent
dans la bataille ainsi que toutes les pirogues de
guerre de Porionu’u tandis qu’Ari’ipaea
avance par le bord de mer. Les troupes de
Les trois ari'i perdants doivent assister à cette
cérémonie. A la suite de la présence des
Anglais et fort de leur soutien, Matte, qui n’a
participé à aucun des combats, décide de
soumettre toutes les coalitions tribales de
Tahiti et engage son fils à faire le tour de l’île
précédé des marins en armes et de l’Union
Jack.
Des
cérémonies
d’investiture
sont
accomplies pour faire reconnaître le pouvoir
de Tu sur tous les marae de l’île sauf chez les
Teva-l-tai. Matte s’efforce de
persuader les
Anglais de monter à nouveau une expédition
guerrière contre la presqu’île mais sans y
parvenir. Il organise alors une autre
cérémonie
sur
son
marae
de
Pare
en
y
conviant l’ensemble des ari’i de Tahiti-nui et
de Moorea. 11 espère ainsi faire pression sur
Vehiatua. Grandiose, l’investiture se déroule
le 13 février 1791. Peu après, Matte convainc
la plupart des Anglais d’attaquer une dernière
fois
Teva-i-tai
les
afin
d’asseoir
défini¬
Brown arrivent de l’autre côté, les prenant en
tivement son pouvoir sur la totalité des îles du
mis en œuvre et
assistent à la dévastation systématique des
habitations et des plantations. Ils demandent
la paix et l’obtiennent à la condition de rendre
le maro ’ura sur lequel est cousu le drapeau de
Wallis ainsi que leto’o du dieu’Oro que Matte
ne possédait plus depuis quelque temps. Ces
insignes doivent en effet servir à investir le
jeune Tu du pouvoir suprême sur le marae que
Certains
tenaille. Les guerriers d’Atehuru ne peuvent
résister face à
réelles sous-tendant certaines rivalités tant les
paramètres
se
Matte a nouvellement fait construire à Pare.
ces
moyens
qu’ils se trouvent tous dans le
voisinage de Papara, en route vers la
presqu’île, un messager arrive et leur annonce
qu’une frégate de guerre britannique vient de
Vent. Alors
mouiller dans la baie de Matavai le 23 mars.
des mutins s’enfuient sur leur
goélette
d’autres gagnent les montagnes.
à son projet de combattre
Vehiatua, craignant que ses guerriers seuls ne
perdent la bataille.
Matte
;
renonce
La mutinerie de ia
Bounty. La discipline
s'étant relâchée au
début du séjour à Tahiti,
Bligh va siefforcer de
reprendre en main son
équipage peu avant son
départ pour les Antilles
où il doit transplanter
les arbres à pain.
Autoritaire et quelque
peu excessif, Bligh va
rencontrer l’opposition
de Fletcher Christian
qui fut pourtant son
protégé. L'origine de ia
mutinerie réside-t-elle
uniquement dans ce
fait ? Il est certain que
les liens tissés durant
ces
longs mois entre
matelots et Tahitiennes
forment également un
facteur explicatif de
celle-ci. Sans doute y
en a-t-il d’autres encore!
Peinture de R. Dodd.
.
35
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
Le poids de rhomme
blanc dans la vie
politique
polynésienne
Au
milieu
du
mois
apprend que c’est un de ses autres fils, âgé de
4 ans, Teriitapunui, qui jouit du titre de
Vehiatua sur les Teva-i-tai, le précédent étant
mort. Les deux enfants vivent à Pare dans la
résidence où Bligh les a vus en 1788. SiTuestà
même d’exercer son autorité prestigieuse lors
de certaines manifestations à Tahiti-nui, son
jeune
d’août
frère,
nominalement
1789,
le
capitaine John Cox sur le Mercury s’arrête à
Matavai avant de gagner la côte nord-ouest
américaine. Tina lui montre le portrait que
John Webber a effectué de James Cook en
1777 et au dos duquel Bligh avait inscrit sa
d’appareillage de Tahiti. Cox, intrigué
d’apprendre que la Bounty était revenue dans
l’île et qu’elle était repartie quelques semaines
avant sa propre arrivée, en réfère à l’Amirauté
lors de son retour en Angleterre, en juin 1790.
Revenu à Londres en mars de la même année,
Bligh avait déjà informé ses supérieurs de sa
tragique mésaventure. L’Amirauté dépêche la
Pandora sous les ordres du capitaine Edward
Edwards pour découvrir le refuge des mutins
et les ramener en Europe afin
d’y être jugés.
Edwards n’aura pas de difficulté à
récupérer rapidement les quatorze marins de
la Bounty puisque Matte et John Brown lui
apportent toute l’aide nécessaire. Ceux qui
sont partis sur la goélette sont contraints de
date
Vehiatua,
ne
l’exerce
que
âge. Une sorte de
régence est effectuée par son oncle Ari’ipaea
qui s’est installé aux abords de Taiarapu pour
s’assurer qu’aucune velléité d’opposition ou
vu
son
de rébellion à l’encontre de son neveu ne se
développe. Sa réputation de grand guerrier
joue pour beaucoup et préserve les intérêts du
tout jeune enfant. Matte apprend également
à Vancouver que Tu exerce aussi la primauté
sur Huahine et qu’il en fera de même
prochai¬
nement sur
Raiatea et Tahaa au travers des
réseaux et liens de parenté. Vancouver est
d’ailleurs prié de venir soutenir avec ses
navires et canons la famille de Tu pour qu’elle
puisse imprimer son empreinte suprême sur
l’ensemble
reconnue
des
îles
de
la
Société
cérémoniellement ari’i
la Grande Barrière de corail en Australie où 35
meurent de noyade parmi
lesquelles quatre mutins qu’il a tardé à faire
sortir de leur “boîte de Pandore”.
Un nombre croissant de navires
Ile
accueillante
et
excellente
escale
pour
ravitaillement, Tahiti reçoit de plus en plus
fréquemment la visite de bâtiments
britanniques en route vers la Californie, où se
développe timidement le commerce des
fourrures, ou encore vers les côtes latinoaméricaines pour la pêche à la baleine. C’est
qu’à la fin de 1791, les capitaines
Vancouver et Broughton, sur le Discovery et
le Chatham, s’y arrêtent quatre semaines
avant
de gagner la Californie, George
Vancouver avait accompagné Cook lors de ses
deux derniers voyages.
ainsi
Agé d’une dizaine d’années. Tu est alors
Tahiti et c’est lui qui reçoit
Vancouver et Broughton. Son père est installé
à Moorea et y exerce la régence, Metuaaro
résidant depuis quelque temps à Pare.
Lorsque Matte vient voir Vancouver, il lui
ari’i rahi de
36
de toux”. Pour
nom
certains, l’étymologie de ce
vient d’une nuit durant laquelle Matte
toussa beaucoup. Au matin, un de ses proches
lui dit "po mare". Le mot lui plaisant, il en fit
maro
’ura.
Providence en 1792, Bligh demanda l’origine
titre.
Lors
de
son
passage
sur
la
Les contacts entre ies
circumnavigateurs et les
populations insulaires
sont surtout
caractérisés par le troc :
d’une part d’ordre
alimentaire et, de i'autre,
d’ordre technologique.
goélette. Il donne l’ordre à quelques membres
de son équipage de le suivre avec ce bâtiment
qu’il baptise Matavai. Il laisse profondément
attristées les compagnes des mutins, souvent
personnes
changé de nom. Il
porte alors celui de Pômare, signifiant “nuit
son
que certains sont innocents
le lui prouve la construction de la
mer Pacifique pour trouver Christian
pendant
quatre mois, jusqu’à ce qu’il fasse naufrage sur
Avant l’arrivée de Vancouver, Matte a une
nouvelle et dernière fois
soit
pertinemment
mères de leurs enfants. Edwards sillonne la
Pômare I
et
revenir à Tahiti car ils n’ont ni carte ni
instrument de marine pour se diriger dans le
Grand Océan. Edwards repart de Tahiti avec
Brown le 8 mai à la recherche de Christian et
des autres. Très dur, voire cruel, il met aux fers
dans une cage installée sur le gaillard d’arrière
les quatorze mutins - alors qu’il sait
comme
Comme les précédents capitaines de la marine
royale. Vancouver esquive la requête en
précisant qu’il en référerait à George III. Lui
expliquant que le bien-être et la paix du
peuple tout entier dépendent de cette centra¬
lisation politique, Matte convainc Vancouver
de lui augmenter son stock de munitions. Estce le fait de ces guerres constantes ? Vancouver
perçoit Tahiti comme une société en crise très
profonde. Si les femmes y sont beaucoup
moins belles à ses yeux, il constate aussi que le
nombre d’habitants y a fortement diminué.
Tu, fils de Matte. Le futur
Pômare tira un profit
maximum du séjour
dans l’îie des bâtiments
angiais. ii sut aussi
utiiiser ies compétences
des mutins de la Bounty
pour affermir son
Matavai. La présence
répétée des navires
britanniques dans la
baie va donner à cette
région de Tahiti une
importance inégalée par
rapport aux autres
parties de l’île. En faisant
l’essentiel du troc avec
pouvoir poiitique et
parvenir à i'étendre sur
toute i'îie en brisant ies
oppositions des autres
coaiitions tribaies à son
encontre. Peinture de
J. Webber.
les bâtiments de
passage, sa population
tirera avantage de tous
les facteurs de
i
V-.
modernité que les .
marins véhiculent :
outillage, armes à feu,
vêtements, etc. Dessin
deW. Ellis.
Ce dessin, attribué à
Joseph Banks, fut
exécuté en NouvelleZélande lors de la
première expédition de
Cook.
LES ILES DE LA SOCIÉTÉ 1767-1797
de cette appellation à Matte lui-même. Il lui
expliqua que sa fille aînée, Teriinavahoroa,
était décédée d’une maladie de poitrine qui la
fit beaucoup tousser. Selôn une coutume
largement répandue, il avait pris le nom de la
maladie qui l’avait privé de sa fille.
Dorénavant, à l’instar des monarques anglais,
Pômare sera le nom transmissible du pouvoir
suprême sur les îles de la Société. Ainsi, so,n
fils. Tu, sera Pômare II.
En janvier
1792, les capitainfes
Weatherhead et Munro font escale à
sur la
les
Tahiti
Matilda et la Mary Ann avant de gagnër
latino-américaines
côtes
pour
y
entreprendre leur campagne de pêche au
cachalot. Peu après leur départ, la Matilda
s’échoue dans les Tuamotu. Weatherhead et
équipage regagnent Tahiti dans des
baleinières afin d’y attendre un bâtiment de
passage acceptant de les évacuer. Ils arrivent à
son
différents
endroits
de
l’île
car,
selon
Weatherhead, il valait mieux qu’ils se
répartissent entre Matavai, Pare et Atehuru.
Tous se voient dépouiller de leurs possessions,
vêtements
y
compris. Lorsque Pômare I
nouvelle rivalité
lj)ouche. Faisant preuve de résistance. Pare
-^lUretient un état de guerre contre Matavai
juscju’à l’arrivée de la Jenny, capitaine Baker,
Te 25 mars 1792. Le 31, celui-ci embarque
Pômare s’efforce d’obtenir le soutien de Bligh
^atavai, détruisant maisons et provisions de
,
guerrière n’aurait pas été
déclenchée si Weatherhead et son équipage ne
s’étaient pas dispersés dans les districts,
donnant la possibilité à certains des chefs
apprend la chose, il requiert les gens de
Matavai de lui restituer l’argent et les armes
prises aux Anglais pour les leur rendre.
Devant leur refus et après délibérations, les
guerriers de Pare attaquent le 19 mars ceux de
d’entrer
en
possession de mousquets et
mettant ainsi en cause la supériorité de
Pare.
pour aller massacrer les gens de Matavai ainsi
que ceux de Papara et de Vaitepiha, dans la
mesure
où ils détiennent ces armes à feu. Bligh
son
refuse bien entendu. Pour ces divers chefs, les
secopd se décide à gagner la Nouvelle-Galles
Pômare et de limiter ses prétentions. Durant
Weatherhead
et
trois
membres
de
équipage pour l’Amérique latine, tandis que le
du Sud
avec
deux autres marins dans une
mousquets sont le seul moyen
son
d’affaiblir
séjour, Bligh déplore qu’un sacrifice
baleinière.
humain soit effectué pour tenter de réconcilier
Ipfs
Décidé à mener à bien sa mission, Bligh
quitte Tahiti le 18 juillet. Il emmène avec lui 15
Vingt et un Anglais se trouvent dans l’île
du retour de William Bligh sur la
Providence le 10 avril 1792. Bligh est accom¬
pagné de Nathaniel Portlock sur VAssistance
pour tenter à nouveau de transplanter l’arbre
à pain aux Antilles. La première chose que fait
Bligh pour tenter d’apaiser les esprits est
d’ordonner à tous les marins européens dans
l’île de se regrouper à Pare et d’y rester sous la
protection de Pômare. A ses yeux, cette
Pare et Matavai.
des marins de la
Matilda, les six restants se
fondant
la
bâtiments
dans
dépêchés
population. Les deux
pour les récupérer, le
Daedalus et la Providence, sous l’autorité
respective de Hanson et Broughton, en février
1793 et en décembre 1795, n’y parviendront
pas.
Pitcairn. C’est sur cette
île de 5 km^ que se
réfugièrent les mutins,
la direction de
F. Christian, avec
sous
quélques Polynésiens.
Isolée dans le Grand
Océan, la Marine
britannique ne put la
découvrir avant
Les hostilités entre
coalitions tribales font
rage lors du retour de
W. Bligh à Tahiti sur la
Providence, mais il
refuse de s’y immiscer,
malgré les demandes
réitérées de Pômare.
Aquarelle originale de
G. Tobin.
plusieurs années.
Inhabitée auparavant.
Pitcairn a vu la
naissance d’une société
originale, mipolynésienne, miangiaise, qui possède
encore aujourd’hui
ses caractéristiques
propres. Dessin de
C. Shipley.
37
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
Perturbations
profondes
dans les îles du Vent
La fréquence des escales européennes et
séjour de plusieurs mois des mutins de la
Bounty eurent un impact certain sur la vie
quotidienne de la population, même s’il fut
moindre que celui qu’ils eurent sur les luttes
le
intestines et les rivalités entre les chefferies ou
les coalitions tribales. Continuant de vaquer à
occupations
ses
artisanales
et
agricoles
destinées à concrétiser le statut et le prestige
des aristocrates sous l’autorité desquels elle
vivait, à savoir la formation d’un surplus
économique ou autre, la population vit
apparaître certaines transformations et
altérations de
nous
son
mode de vie. Vancouver
le décrit très bien
:
“La connaissance
qu’ils ont acquise maintenant de nos outils les
plus utiles implique qu’ils leur sont devenus
essentiels
au
même
titre que d’autres
marchandises européennes ; ils ont délaissé
leur outillage antérieur dont ils perdent
Jusqu’à l’usage et même le souvenir. Nous en
eûmes une preuve convaincante dans les
quelques outils ou ustensiles d’os et de pierre
que nous vîmes parmi eux. Ceux qu’ils nous
offrirent d’acheter étaient d’un travail grossier
et de mauvaise qualité, destinés seulement à
Les herminettes
collectées lors des
voyages de découverte
sont à classer au rang de
objets de curiosités
(curios) rapportés par
ces
tous les navigateurs.
1. Herminette collectée
lors du voyage de
Vancouver.
2. Herminette rapportée
par un compagnon de
J. Cook.
Les armes à feu, comme
Les échanges. J. Banks
à Moorea recevant un
cochon, un chien et des
uru. L'hospitalité
polynésienne fut très
souvent caractérisée par
les dons de nourriture
émanant des chefs et
des populations
concernées. Se procurer
des vivres frais était
aussi une nécessité
impérieuse pour
combattre le scorbut
dont souffraient bon
nombre de marins de
ces
les mousquets, objets
d’échanges vivement
appréciés dans les
archipels, rendirent les
guerres .plus meurtrières
et favorisèrent
l’émergence
d’hégémônies politiques
qui n’auraient pu
apparaître sans elles.
expéditions.
Les prises de contact
étaient souvent
difficiles entre
indigènes et
circumnavigateurs. La
présentation de pousses
de bananes plantain,
comme
symbole de paix,
était utilisée dans la
plupart des îles de la
Polynésie.
38
LES ILES DE LA SOCIÉTÉ 1767-1797
nous
être vendus
comme
curiosité. Je reste
aussi
persuadé qu’en ajoutant une petite
quantité d’étoffes européennes à celles qu’ils
possèdent à présent, ils abandonnent complè¬
tement la culture du mûrier, déjà fortement
négligée et ils compteront seulement sur
l’apport précaire pouvant provenir de
visiteurs accidentels. De ces pénibles consi¬
dérations, il apparaît de toute évidence que les
Européens seront contraints selon les lois de
l’Humanité à pourvoir régulièrement aux
besoins qu’ils ont seuls créés”. Tout en
montrant bien l’impact culturel lié à la
pénétration européenne, ce texte indique aussi
à satiété les facultés d’absorption de la
modernité dans la société tahitienne malgré
les aspects négatifs qu’elle peut comporter.
Alcool, épidémies et armes à feu
Par Bligh et Vancouver, nous savons aussi que
les Tahitiens en contact avec les bâtiments de
prirent rapidement goût à l’ava
peretane ou alcool britannique. Pômare vida
un jour une pleine bouteille de brandy qu’il
avait quémandée à Vancouver. Lors des repas
sur la Bounty auxquels il conviait les chefs
qui
lui rendaient visite, Bligh se voyait contraint
de remplir les verres de ses hôtes qui
entendaient boire à plusieurs reprises à la
santé du roi George III. Avec l’essor des
activités liées à la pêche à là baleine, la
passage
consommation
d’alcool
à
Tahiti
s’accroît
jusqu’à devenir rapidement un véritable fléau.
Les navires européens répandirent dans
les îles du Vent les germes du mal vénérien que
la population tahitienne dénomma tua,
pourriture. Ils s’efforcèrent d’y chercher un
remède, ou un palliatif dans leurs plantes et
crurent un moment l’avoir trouvé dans Vava
(Piper methysticum). Il n’est pas possible
d’estimer avec précision les ravages provoqués
par le mal vénérien et les autres affections
importées sur l’archipel quoique tous les
auteurs
s’accordent pour parler de
foudroyante dépopulation. Que ce soient les
grippes ou des épidémies comme celle que la
présence des équipages de Vancouver et
Broughton provoque et dont les effets
moitié du XVIIP siècle
a
dû être ressentie
par la population
tahitienne : non seulement les Polynésiens ne
comme
une
rupture
plus seuls au monde avec leurs dieux,
mais ils réalisent à leurs dépens la suprématie
sont
technologique de ces étrangers. Leur espace
mental en est affecté. Le temps des premiers
contacts
passé, ils font montre d’une surpre¬
nante capacité d’adaptation dans la mesure où
ils
assimilent
les
facteurs
de
modernité
auxquels ils souhaitent recourir pour leur
usage propre.
Vers une centralisation du pouvoir
désastreux sont précisés à William Bligh, que
Le soutien stratégique des armes européennes,
dont Pômare et Itia avaient très rapidement
ce
conçu
soient les effets des
plus pernicieux des
maladies sexuellement transmissibles, que ce
soient enfin les morts consécutives aux trop
nombreuses incursions
guerrières effectuées
avec les quelque cinquante armes à feu que
Bligh recense dans l’île en 1792, sans parler des
armes traditionnelles, l’impact sur la démo¬
graphie fut très important. D’après le journal
de J. Morrison, qui a suffisamment vécu dans
l’île pour offrir une estimation à laquelle
apporter quelque crédit, la population de
l’extrême importance pour concrétiser
leur désir commun de centraliser le pouvoir à
Tahiti, apparaît donc comme l’élément décisif
ayant permis ou, du moins, facilité l’ascension
de la famille
Pômare.
En
effet, il faut
se
demander si, sans ces mousquets et la présence
de divers éléments européens qui prennent fait
l’arrivée de Samuel Wallis, en 1767. Au départ
pour eux, Pômare serait parvenu à
s’imposer comme il l’a fait et avec la rapidité
avec laquelle il l’a fait.
D’une part, il faut bien faire la distinction
entre pouvoir statutaire et pouvoir de gestion
dans la société polynésienne. Ce que Pômare
moins 6 000.
L’arrivée des Européens dans la seconde
celui qui permet de gouverner directement les
Tahiti devait avoisiner les 35 000 habitants à
de William Bligh, en
au
1792, il faut en soustraire
et cause
recherche
et
vise
à
obtenir
pour
sa
descendance n’est pas le pouvoir de gestion,
Clous et haches, ainsi
que scies et ciseaux à
bois, remplacèrent peu
à peu les outils
traditionnels en
matériaux naturels. La
durée et la dureté du
travail s’en trouvèrent
considérablement
réduites. Le domaine
vestimentaire subit, avec
les tissus qui
remplacèrent le tapa, la
même évolution.
Huahine, où Cook
déposa Mai et lui fit
construire par ses
charpentiers une
maison d'habitation
censée lui conférer un
certain prestige dans
l'île. Lorsque W. Bligh
visita Huahine en 1789,
après la mort de Mai,
cette maison avait été
détruite par les habitants
qui s’étaient empressés
de récupérer pour leur
propre usage les
planches et autres
matériaux de
construction. Les
charpentiers de marine
jouissaient d’une grande
considération auprès
des chefs polynésiens.
Cette illustration est due
à John Cleveley, dont le
frère, James Cieveley,
avait été charpentier à
bord de la Resolution,
lors du 3è voyage de
Cook.
39
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
habitants des coalitions tribales. Ce pouvoir
là, il le laisse aux ari'i ri'i et aux ra’aüra des
diverses subdivisions territoriales. Ce qu’il
veut, c’est obtenir un pouvoir lié à un statut
suprême lui accordant un prestige supérieur
sur les diverses coalitions tribales. Ce pouvoir
statutaire, ce pouvoir lié au rang, à la
préséance, est lié en partie au dieu ’Oro dont
Pômare, nous l’avons vu, a favorisé le culte
par le biais de la société des arioi dont il fait
partie avec sa femme. ’Oro, en quelque sorte,
est devenu un dieu centralisateur par le
nouveau culte qu’on lui rend. Les fondements
de la société tahitienne sont alors intrinsè¬
quement articulés autour du religieux et des
rites cultuels qui y sont associés. C’est la
raison pour laquelle la possession du maro
'ura, sur lequel est cousu le drapeau anglais de
I Samuel Wallis, est d’une importance capitale.
(Non seulement son détenteur jouit d’une
■filiation symbolique avec le monde divin, avec
’Oro, mais il s’approprie en même temps, de
façon idéale, les pouvoirs stratégiques et
i
l’aura que représentent les Européens.
A
l’arrivée
Wallis,
de
le
pouvoir
statutaire des coalitions tribales et de leurs
divers ari’i paraît quelque peu équilibré même
impossible, d’en
préciser le mana respectif. Les oppositions et
s’il s’avère difficile, voire
les rivalités d’influence existent certes,
mais
dans une mesure nettement moindre que celles
qui se développent à la suite des arrivées de
plus en plus fréquentes des bâtiments
britanniques et du séjour prolongé de certains
des marins dans l’île.
La
présence relativement longue des
mutins de la Bounty à Tahiti va permettre à
Pômare d’infléchir quelque peu dans un
premier temps, plus sûrement par la suite,
l’opposition sur ce plan statutaire que
démontrent
à
son
encontre
certaines
coalitions tribales au travers de leur an’;. Il lui
beaucoup plus de temps et une
armée de guerriers autrement plus importante
aurait fallu
pour parvenir aussi rapidement à ses fins,
même s’il ne réussit pas à obtenir l’allégeance
de Vehiatua et des Teva-i-tai de la presqu’île.
fils en tant qu’ar;’;
rahi ou ari’i maro ’ura sur son marae à Pare en
février 1791, Pômare dijnne à sa famille une
Faisant reconnaître
son
puissance statutaire jusque-là inégalée dans
la Société. Par ses réseaux
d’alliances matrimoniales et sa parenté, il va
les
îles
de
R.B
Ci-dessus :
Les déserteurs,
introduisant de
nouvelles techniques de
combat, firent aboutir
plus rapidement les
luttes pour le pouvoir.
L'alcool :.un voyageur
offrant à boire à son fa/o.
Les premiers
explorateurs traitent
tous dans leur récit de
voyage du goût
prononcé des insulaires
pour l’alcool. A chaque
fois qu’il recevait des
peu à peu étendre son mana sur d’autres îles de
la Société sans toutefois jamais parvenir à
chefs à sa table sur la
Bounty, W. Bligh se
plus haut statut, de la plus forte préséance sur
l’ensemble de l’archipel.
L’interpénétration des réseaux de
■parenté, des fo.rces..,militaires et des rites
d’Angleterre.
réaliser son rêve : jouir du plus haut rang, du
^cérémoniels de reconnaissance statutaire
une société aristocratique complexe
qui entreprend au travers de ces trois cadres
un processus de centralisation qui n’aboutira
pas, sans doute à la suite de l’absence de la
dimension à proprement parler politique.
’Cette_dualité pouvoir de gestion - pouvoir
statutaire forme probablement le frein
principal bloquant l’issue recherchée. Les
missionnaires de Londres, arrivant à Tahiti en
1797, mettront dix-huit années à transformer
'montre
cet ordre des choses.
40
voyait à plusieurs
reprises invité à boire
à la santé du roi
L’alcoolisme fit
rapidement des ravages
au
milieu des
populations
polynésiennes à qui l’on
offrait, en échange de
services rendus, des
boissons alcoolisées.
Dès l’arrivée des
premiers baleiniers,
plusieurs débits de
boisson apparurent
dans les îles. Alcoolisme
et prostitution allaient
de pair avec la présence
des déserteurs ou des
convicts échappés de
Nouvelle-Galles du Sud.
Gravure de
Godfrey d’après
S. Parkinson.
3 L’introduction du christianisme
1797-1815
La London
L5 influence croissanteprofondes.
des Européens
dans traduisit
lesîles de Polynésie
toute une
Cetteentraîna
influence
l’Introduction
de
qui
pouvaient qu’affecter gravement
bases essentielles que
Missionary Society
politique et la religion.
série de mutations
notions nouvelles
sont la
ne
par
se
ces
Au XVIIP siècle, les représentants de l’Ancien Monde ne pouvaient concevoir de
gouvernement autre que monarchique. A Tahiti, comme dans toute l’Océanie, ils
tentèrent, dès leur arrivée, d’entrer en contact avec le “roi”, le “grand chef”, détenteur
de toute autorité politique. Ainsi, débarquant à Matavai, les Européens virent dans la
personne de \'ari’i de cette seule chefferie, le maître des îles du Vent. Leur
comportement ne fut pas sans influer sur celui de cet ari'i, chef des Porionu’u. Mais
cette notion de chef suprême était étrangère aux Tahitiens. Il n’est même pas certain
que Pômare P’ l’ait parfaitement perçue...
Il en alla autrement de Pômare II, habile stratège, à qui la fréquentation plus
assidue des Européens permit d’entrevoir tout le bénéfice qu’il pourrait tirer de
l’unification de l’île à son seul profit. Pômare II fut, certainement, le plus novateur des
chefs polynésiens de son époque. Mais, jusqu’en 1808, son action demeura
profondément ancrée dans le système des mentalités polynésiennes traditionnelles.
L’ascension de Pômare II ne peut être dissociée de l’intense activité des
missionnaires de la London MIssionary Society. Ceux-ci, en dépit de leurs premiers
insuccès, consolidèrent leur position auprès des Tahitiens et de celui qui les avait pris
sous sa protection. Entre eux et Pômare II, une alliance s’était établie. Mais les buts
poursuivis des deux côtés étaient différents ; cette alliance ne fut pas sans arrièrepensées, et sans risques de crises graves.
et ses missionnaires
La vague
des colons missionnaires qui
déferla sur les îles de la Polynésie orientale dès
la fin du XVIIP siècle était le résultat du
mouvement social et religieux connu en Angle¬
sous le nom de “Renouveau évangé¬
lique” (Evangelicat Revival). Ce mouvement,
dont les racines plongeaient dans la Réforme,
était constitué de
plusieurs Églises et
regroupait anglicans, calvinistes, méthodistes
et congrégationalistes. Tous souscrivaient à
terre
des croyances doctrinales communes et se \
consacraient au salut des âmes et à l’amélio- I
ration de la société par le commerce et l’indus¬
trie. Le Revival a\a.it profondément influencé
la condition des basses classes
cours de la révolution
anglaises au
industrielle et, dans une
certaine mesure, l’étranger, au travers de ses
réunions de sociétés philantropiques et réfor¬
matrices à Exeter Hall
qui de 1830 à 1907,
servit aux assemblées évangéliques.
Roi de Tahiti dont ni le
costume ni la pose ne se
rapprochent de la
réalité. Lors de la
Les
paysages idylliques
de l’intérieur des îles
hautes inspirent les
peintres et plus
particulièrement
George Tobin en 1792.
Sauvages pacifiques,
vivant au milieu d'une
nature riche et
généreuse, tels
apparaissent alors les
païens aux directeurs
période proto¬
historique, la notion de
monarchie ou de chef
suprême et unique est
étrangère aux
Polynésiens, excepté
dans le royaume des
Tonga. Cette illustration
de 1785 représente en
fait l’un des costumes
d’une pantomime
anglaise qui prit Tahiti
pour cadre.
de la L.M.S.
41
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
La London Missionary Society (Société
des Missions de
Londres), dont l’activité à
Tahiti s’étendit jusqu’aux années
1850, avait
été créée en 1795 par le Révérend T. Haweis et
personnalités afin d’en¬
courager les évangélistes à suivre l’exemple
des baptistes aux Indes, en envoyant dans les
quelques
mers
autres
du
“des
Sud
hommes
de
Dieu
mécaniques”. En fait,
Thomas Haweis avait déjà essayé d’envoyer
quatre missionnaires avec le capitaine Bligh,
lors de son second voyage en 1791. Il fit princi¬
palement connaître ses projets dans ses
sermons et dans
The Evangelical Magazine
Et c’est grâce aux souscriptions publiques
qu’il put financer l’achat du Duff en 1796 et
organiser la sélection des candidats mission¬
entendant
les
arts
.
naires.
Le choix de Tahiti
Il
ne
fait ■ aucun
doute
que
les premiers
directeurs de la L.M.S. ont été influencés par
les
Bougainville et autres
qui décrivaient la Polynésie
récits de Cook,
navigateurs
comme
tout à
fait capable de répondre aux
besoins des familles missionnaires. Mais ils
furent
rendus
également décidés
de coutumes
par les comptes
païennes, comme les
sacrifices humains et les infanticides, qui, à
leurs yeux, réclamaient un secours spirituel.
Cette conjonction d’abondance matérielle et
dégénérescence sociale était au centre
même des préoccupations du mouvement
rénovateur en Angleterre. C’est cela qui devait
conditionner la campagne missionnaire en
Polynésie jusqu’à une date avancée du XIX'
siècle. D’autre part, les informations émanant
de marins qui rapportaient que Pômare et les
de
seulement
missionnaires,
plupart étaient très jeunes et n’avaient aucune
idée de l’ampleur de la tâche qui les attendait.
Ils n’avaient reçu aucune préparation et même
achevèrent
de
décider
T. Haweis et le Révérend Samuel Greathead.
La langue tahitienne passait pour facile à
apprendre, et ils entreprirent de recueillir toüs
les renseignements, lexiques et documents
rapportés par Bligh, les mutins de la Bounty et
les Polynésiens qui s’étaient rendus à Londres
depuis la fin des années 1790. Une partie de
cette documentation fut publiée dans le
"Voyage of the Duff’ de James Wilson en
1799. Les instructions rédigées par T. Haweis
à l’usage des missionnaires et du capitaine
Wilson furent communiquées en 1796.
étaient
ordonnés
La
si tous savaient lire et écrire et étaient familiers
la littérature religieuse, les sermons et la
Bible, leur instruction était plutôt rudimen¬
avec
taire.
Il y avait parmi eux des charpentiers, des
tonneliers, un forgeron, un soldat, un bottier,
un drapier, un tisserand, un jardinier et un
apprenti boulanger. Deux ou trois étaient
D’autres facteurs favorisèrent le choix de
Tahiti : la possibilité de transport et d’appro¬
visionnement à
partir de la jeune colonie
pénitentiaire de la Nouvelle-Galles du Sud,
et le passage épisodique de baleiniers et de
navires de la Compagnie des Indes orien¬
tales ou des sociétés qui se livraient au
commerce
i.
naissant des fourrures sur la côte
l’Amérique (Alaska). On savait que
des missionnaires espagnols avaient été
envoyés par le roi Carlos en 1772 -1776 et ceci
peut avoir poussé les protestants à une
“riposte”. Mais la principale raison du choix
de Tahiti a sûrement été la publicité faite aux
îles de la Société en Angleterre, à partir de
1767, et l’inclination à considérer cet archipel
comme
un
poste avancé de l’influence
britannique dans les mers du Sud.
ouest de
Le choix des missionnaires
missionnaires
transportés dans le
Pacifique en 1797 étaient presque tous issus
des ' couches les plus basses de la classe
moyenne
(“lower middle-class"). Quatre
Les
29
Des missionnaires
inexpérimentés. Dans
les rues du Londresde la
fin du XVIII' siècle,
s’active cette “lower
middle-class" qui a vécu
intensément le
Renouveau
évangélique. C’est dans
ce milieu peu aisé que la
42
ministres.
chefs tahitiens accueilleraient volontiers des
Thomas Haweis
(1734-1820). Ce pasteur
anglican fonde en 1795
la London Missionary
Society. Dès 1791, il a
tenté d'adjoindre des
missionnaires à la
seconde expédition de
W. Bligh et, ce projet
ayant échoué, il dut
attendre 1797 pour voir
ses efforts
récompensés.
Les ports anglais, en
cette fin du XVIII®
siècle, se tournent de
plus en plus vers le
Pacifique. La création de
la colonie de la
Nouvelle-Galles du Sud
favorise l’essor des
liaisons maritimes dont
vont
profiter les
missionnaires anglais.
L'INTRODUCTION DU CHRISTIANISME 1797-1815
maîtres d’école et un autre possédait quelques
connaissances médicales. W.P. Crook, qui fut
pionnier aux Marquises et repartit
d’Angleterre pour un second séjour à Tahiti,
avait débuté dans la vie comme domestique
chez un gentilhomme. J.C. Jefferson, quant à
lui, avait été acteur, puis instituteur. On a
décrit
ces
hommes
comme
“d’aimables
bricoleurs” plus que comme de véritables
artisans. Cinq d’entre eux étaient mariés et
pas moins de 50 membres, fut organisée dès le
retour du Duff en Angleterre. 11 repartit en
Duff avec leurs femmes dans la baie
de Matavai, en mars 1797. Un missionnaire
(W.P. Crook) fut envoyé aux Marquises, et
de
emmenèrent leur épouse. Ils furent débarqués
du
dix autres s’installèrent aux Tonga.
Une seconde expédition, ne comprenant
1798 pour être arraisonné par un corsaire
français et renvoyé d’où il venait. Ce manque
renfort condamna les missionnaires de
Matavai
à
un
isolement
relatif,
rompu
par la visite occasionnelle de
navires de la Nouvelle-Galles du Sud.'Cela les
seulement
obligea à ne compter que sur eux-mêmes et sur
leurs alliances avec les Tahitiens. Dès le début,
certains ont tenu
un
journal et, selon les
instructions reçues, ils adressèrent des lettres
ouvertes
à la L.M.S., tout en entretenant
une correspondance privée.
Tout cela constitue une source inépuisable de
parallèlement
renseignements, quoique limités par leur
ignorance de la langue au cours des
premières années. J. Wilson, le capitaine du
Duff, fit le tour de Tahiti et apporta sa
contribution
à
la
connaissance
de
la
topographie, des divisions politiques, des
populations des districts et de leurs noms. De
plus, un certain nombre des premières lettres
des
missionnaires parurent dans les
périodiques comme
Transaction de la
L.M.S. ainsi que dans les rapports de la
Société. Le premier de ces rapports, rédigé et
envoyé par James Wilson, à la fin de 1797,
raconte le déroulement du voyage et le
débarquement. Il y eut ensuite un long
silence jusqu’en 1800 et l’on apprit alors que le
gros de la première troupe missionnaire était
reparti.
L’installation des
missionnaires à Matavai,
par William Wilson.
Le 1er officier du Duff
ne reste pas assez
longtemps à Tahiti pour
vue
comprendre à quelles
difficultés les 18 jeunes
volontaires vont être
confrontés. Mais, en ces
premiers temps,
l'accueil courtois, bien
que réservé, des
principaux chefs de l’île
est de bon augure.
43
LA
POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
Accueil de la L.M.S.
à Tahiti et
Marquises
aux
train de consolider leurs titres dans les
autres
districts,
cérémonies
rement
à
sur
par des combats et des
les marae de ’Oro. Contrai¬
l’opinion des navigateurs et des
britanniques qui les consi¬
missionnaires
déraient comme des “rois”, ni Pômare ni son
fils
aîné
n’avaient
achevé
le
processus
d’investiture, entamé peu après 1790, avec
l’appui des grands chefs de Raiatea. L’un de
ces derniers, Ha’amanimani,
grand-prêtre et
oncle de Pômare LL accueillit les immigrants
en échange de leur soutien. Les
missionnaires,
pour leur part, continuèrent à considérer leur
propre sécurité comme fortement dépendante
de la cause de Pômare.
Premiers contacts
Ils furent d’abord installés dans la grande
maison bâtie pour Bligh à Matavai près de la
pointe Vénus. Ha’amanimani et les .Pômare
leur firent généreusement “don” d’une portion
de
la
presqu’île
de
Matavai,
événement
commémoré par le tableau de R.A. Smirke,
où l’on voit le portrait des principaux chefs et
missionnaires. De leur place
privilégiée, ils
purent constater que la politique tahitienne
était plus complexe que les marins de passage
ne
l’avaient imaginé.
avait
Pour commencer, ils s’aperçurent qu’il
une
y
différence entre le statut social et
religieux des ari’i tahitien's d’une part, et
d’autre part leur pouvoir et leur autorité civile.
Les rites de consécration sur les marae
d’autres clans et les alliances par le sang,
l’adoption ou le mariage étaient absolument
essentiels à l’ascension des Pômare. Mais les
privilèges dévolus aux autres districts, ainsi
que ceux qu’ils exerçaient eux-mêmes sur les
Porionu’u, entraînaient la levée de beaucoup
de tributs et de nombreux sacrifices humains.
De telles impositions constituaient un fardeau
les ra’aiira et les chefs de familles
élargies, qui vivaient d’agriculture, de pêche et
d’artisanat. On respectait les chefs et on leur
pour
obéissait. Mais les missionnaires notèrent des
signes de mécontentement parmi le petit
peuple, chez qui hommes et ressources étaient
prélevés pour le maintien du pouvoir, tant
militaire que religieux, de ces chefs, surtout
lorsque ceux-ci étaient à la tête de lignages
différents.
Plus
tard,
les
missionnaires
soulignèrent cette division entre chefs et gens
du commun comme élément déterminant de
leur interprétation des événements à Tahiti.
Ils utilisèrent souvent le terme de “rébellion”
44
Les erreurs des missionnaires
Le premier exemple survint dans les districts
comprendre, bien qu’ils eussent reçu quelques
informations sur la politique de l’île, grâce à
deux Suédois, Peter Haggerstein et Andrew
Lind, qui avaient été laissés à Tahiti par des
baleiniers et s’étaient rangés dans le camp
Pômare. C’est ainsi que les missionnaires
apprirent que Pômare 1 et ses fds, en tant que
chefs des Porionu’u à Pare et à Arue, étaient
en
parlant de la résistance à l’intérieur des
chefferies face aux prétentions des ari’i.
de
Les missionnaires se retrouvèrent dans
société
qu’ils avaient du mal à
une
en
Pare et Arue, peu de temps après le
débarquement des missionnaires. Ils furent
témoins d’un différend entre Pômare L'et son
fils Tu (Pômare II) au sujet du transfert du
titre
de Matavai à un fils plus jeune,
Teri’inavahoroa, qui détenait déjà celui de
Vehiatua dans la presqu’île de Taiarapu.
Faisant fi de ses liens de proche parenté. Tu
Pômare s’allia avec Temari’i, chef de Papara,
et
fut secondé par Ha’amanimani pour
attaquer à Matavai les partisans de son père
qui lui refusaient provisions, serviees et
sacrifices. Pômare L"" fut obligé d’abandonner
ce titre local et son autorité civile
générale à
son fils, tout
jeune homme de 19 ou 20 ans.
Ha’amanimani fut assassiné sur l’ordre de la
mère de Pômare II, Itia, et les missionnaires,
dont
Pômare L'' s’était montré l’ami et le
protecteur, tombèrent en disgrâce.
Cette leçon sur le caractère changeant de
politique du pays et la différence entre le
titre et la réalité du pouvoir, n’a probablement
pas été bien comprise par les missionnaires en
ces
premiers temps de leur séjour. Ils
commirent en 1798 deux autres erreurs qui
la
---
mirent en danger toute leur “alliance” avec la
famille Pômare et ils ne firent rien pour gagner
la
faveur
de
Pômare
s’insurgèrent
contre
H.
D’abord,
ils
pratique de
l’infanticide chez les principaux ari’i tl dans la
société des arioi que les Pômare protégeaient.
Ensuite, et c’était plus grave, ils tentèrent
d’empêcher le trafic de mousquets et de
poudre en provenance du Nautiius, allant
jusqu’à offrir du ravitaillement pour rien, afin
que les tensions entre chefs rivaux ne soient
pas envenimées par de nouvelles armes. Enfin,
et c’est le pire, ils essayèrent de mettre la main
sur les déserteurs que les Pômare utilisaient
comme auxiliaires, ce qui valut à plusieurs
la
missionnaires d’être sérieusement malmenés
par les gens de Pômare.
A la suite de cette perte de confiance en
leurs protecteurs,
quelque onze des dix-huit
missionnaires partirent sur le Nautiius pour
Port Jackson. En fait, ils avaient accompli
fort peu de choses durant leur court séjour à
Tahiti. Deux d’entre eux au moins, John
Jefferson et John Gook, furent bien près de
désérter
et
fallut
il
les
contraindre
par
privations de nourriture à; demeurer à
proximité du camp principal de Matavai.
Francis Oaks et John Gook se virent interdire
d’épouser des
mission
Tahitiennçs. Aux Tonga, la
avait à
peine mieux marché. Un
L'INTRODUCTION DU CHRISTIANISME 1797-1815
pour concubinage avec des Tahitiennes. Tous
plus constructif fut accompli par
Crook, débarqué en 1797 aux
Marquises, à Tahuata d’abord puis à Nuku
Hiva
jusqu’en
1799. Il repartit pour
l’Angleterre sur un baleinier avec un jeune
travail
d’accepter certains faits
le trafic d’armes et le
recrutement de déserteurs par des chefs
désireux d’établir leur supériorité grâce à
cette “assistance technique”. Ils constatèrent
que la stratégie militaire des Tahitiens n’était
plus la même qu’au temps de Cook : on
utilisait moins les pirogues de guerre et on
pratiquait davantage les raids inopinés, les
furent
William
Marquisien,
Timotiti.
isolement, avait fait
un
Crook,
dans
son
sérieux effort pour
apprendre la langue ; il a laissé une précieuse
grammaire ainsi qu’un journal de son séjour.
A Tahiti, les sept qui restèrent (J.
Eyre,
Broomhall, J. Harris, T. Lewis,
H. Bicknell et H. Nott) furent rejoints par
William Henry et sa femme, en 1800. Ils
J. Jefferson,
peuvent
être considérés comme les vrais
missionnaires fondateurs, surtout H. Nott et
Page de gauche :
Cession d'un terrain aux
missionnaires. Sur cette
peinture de R. Smirke,
ne transparaît que la
solennité de la scène du
don
par Pômare II aux
missionnaires. Face à
Pômare I,
Pômare II, le grand-
eux,
prêtre Ha'amanimani,
l’interprète suédois
P. Haggerstein : tous les
J. Jefferson qui firent de grands progrès dans
Le pasteur W.P. Crook
missionnaires.
sacrifice. Mais surtout, les
appris qu’il n’existait
pas de roi ou chef suprême à Tahiti. Les titres
de la famille Pômare n’étaient toujours pas
solidement établis, et le pouvoir réel leur
échappait.
vaincus
par
missionnaires avaient
Marquises en 1797,
compagnon
J. Harris ne parvenant
pas à s'habituer aux
mœurs locales. La
solitude n’effraya pas
Crook qui, durant deux
années, partagea la vie
venir à nouveau en
chefs, déserteurs et
des biens de l’ennemi et l’extermination des
son
ici, préfigurant les
conflits à venir entre
membres des familles de
escarmouches avec mousquets, la destruction
aux
complexité du pouvoir
politique à la fin du
XVIII'siècle sont réunis
langue. Deux autres furent excommuniés
comme
missionnaire à rester
des habitants de
Tahuata et de
Nuku Hiva, se
familiarisant avec leur
éléments de la
la
(1775-1846) fut le seul
contraints
inévitables,
langue. Crook devait
Polynésie en 1816,
à Tahiti, après un séjour
Angleterre et en
Nouvelle-Galles du Sud.
en
La réputation de férocité
des Marquisiens était
due tout autant aux
tatouages et casse-tête
des guerriers qu’aux
trophées, jugés
sanguinaires.
Crâne-trophée. Aux
Marquises, des crânes
d’ennemis vaincus
étaient plus ou moins
apprêtés puis
suspendus aux pirogues
de guerre ou dans le dos
et à la ceinture des
combattants valeureux.
A droite :
Un habitant de i’iie
de Nuku Hiva, illustré
pour ses tatouages.
C'est probablement
un
personnage
important qui est
représenté avec
des emblèmes de
prestige : un éventail
et un
bâton de chef
ou une massue avec
poignée décorée
de cheveux. Voyage
une
de Krusenstern, 1804,
in Langsdorff.
Les Pômare accroissent
leur prektige. Cette
aquarelle de G. Tobin
(1792) permet
d'observer les grandes
cases qui furent
construites pour loger
Bligh et son équipage
lors de son second
séjour à Tahiti. Les
missionnaires anglais
furent d'abord hébergés
dans ces mêmes
bâtiments, avec la
permission de Pômare
qui pensait que la
présence de ces
nouveaux venus
grandirait encore son
prestige.
45
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
La révolte et l’exode
nouveaux
Les
Après 1800, la lutte pour la possession du
dieu ’Oro s’intensifia et tous les mois, les
missionnaires signalaient dans leurs journaux
la résistance des ra’atira aux exigences des
chefs. John Jefferson s’attendait à ce qu’une
rébellion rétablisse un ancien système de
gouvernement dans lequel chaque district
n’obéissait qu’à son propre chef et non à un
ari’i suprême dont les titres recouvraient l’île
plus, on constatait partout une
diminution de la population, due aux
maladies et au manque de nourriture
occasionné par la guerre.
D’autre part, l’opposition plus générale,
conduite par les chefs d’autres groupes contre
les prétentions de la famille Pômare, était
entière. De
tenue en échec du fait des bons rapports que
celle-ci entretenait avec les Britanniques de la
Nouvelle-Galles du Sud et les
Matavai.
Ce soutien
de
négociants de
l’extérieur
se
vit
confirmé en 1800 lorsque la L.M.S. envoya de
missionnaires
sur
le
Royal
A dmiral.
douzaine en
tout,
avaient à peu près les mêmes
compétences intellectuelles et manuelles que
leurs prédécesseurs. Deux étaient des pasteurs
ordonnés. Un autre, John Davies, était un
maître d’école du Pays de Galles, d’une culture
nouveaux
venus, une
grammaticale et linguistique supérieure, et qui
avait un sens aigu des événements historiques
qui se déroulaient autour de lui. Ils
débarquèrent dans la baie de Matavai, le 5
juillet 1801.
Pômare tente de consolider
titres
ses
Bien que le chef de Porionu’u eût des droits
justifiés au titre d’an’; rahi de l’île de Tahiti, il
lui fallait encore les faire valoir. A cet effet, la
possession du dieu ’Oro, généralement installé
‘Utu’aimahuru, dans le district de
Paea, chez les Oropa’a, et parfois déplacé sur
d’autres marae de Tautira et de Moorea, était
au marae de
à
la
fois
une
nécessité
rituelle
et
une
démonstration des appuis politiques du chef
suprême. Les Porionu’u n’étaient pas assez
forts pour s’assurer seuls une telle prédomi¬
nance. Mais ils avaient des alliés aux îles Sousle-Vent, notamment à Raiatea et à Huahine,
où
les
titres
d’an’;
nécessitaient aussi
titres à Moorea. Et surtout, ils
semblaient être reconnus comme les chefs les
terres et des
plus importants par les visiteurs étrangers,
même si le
commerce des armes n’était pas
limité à la baie de Matavai et n’était point le
monopole de la famille Pômare.
Il apparaît assez claîrement, dans les
archives des missionnaires, que la consécra¬
tion royale de Pômare II s’effectua à Paea et à
Tautira tout au long de l’année 1802. Les
Oropa’a tentèrent d’arrêter cette ascension
rituelle par le cérémonial de pure ari’i, en
attaquant le district de Pare et en s’alliant à
une partie du clan des Teva de Tautira. Les
forces de Pômare contre-attaquèrent et réta¬
blirent sa domination sur le marae de Paea, en
juillet 1802, avec l’aide d’une troupe de marins
britanniques dirigée par les capitaines Bishop
Cet Européen,
accompagné de son
ta/o, a gravi la montagne
dominant la pointe
Vénus et l’île de
Tetiaroa. Chaque
étranger arrivant à Tahiti
était pris en charge par
un Tahitien qui lui
servait de guide,
d'interprète, d’hôte. En
contrepartie, quelques
articles manufacturés
étaient vivement
appréciés. Aquarelle
de G. Tobin.
46
un
support militaire ; ils avaient également des
L’INTRODUCTION DU CHRISTIANISME 1797-1815
et
House, des schooners Venus et Norfolk.
C’est à Paea que les missionnaires assistèrent
cérémonies de consécration royale
(décrites dans “Tahiti aux temps anciens”,
Teuira Henry), en mars 1802, et aux
mouvements de la grande flotte de pirogues
qui escortait les prêtres et les alliés venus
aux
Le jeune Pômare II âgé
de 19 ans. En 1803, il
succède à son père. A la
mort de Pômare I, à qui
Il s'est opposé de son
vivant, celui qui se
nomme encore Tu
s’établit durant un an et
demi à Moorea, où il
installe l’image du dieu
d’autres districts. Les missionnaires tentèrent
prêcher pour prévenir les
hostilités, mais ils ne parvinrent pas à
empêcher la lutte armée, qui eut pour effet la
“capture” de ’Oro et le transport du dieu à
Tautira par Pômare, puis, ultérieurement, son
retour
à Paea.
Ils signalèrent d’autres
d’intervenir et de
les
terres
de
entreprirent leurs
A la mort de son père en 1803, Pômare II
se trouva, avec sa
mère Itia, à la tête des terres
que la famille possédait à Papetoai et à Varari,
dans nie de Moorea, où était installée la fille
bas âge d’itia.
de
eurent lieu de 1804 à
1806 pour consolider ces
quelques autres, mais Pômare ne
détenait toutefois aucun titre à Teva-i-uta et
droits et
mais ses
prétentions, déplaisant
Tahitiens,
Te Aharoa. Le récit de ces cérémonies laisse
conduisirent à la grande
révolte de 1808.
penser pourtant que toutes les fractions
tribales reconnaissaient ses titres, même si
elles étaient irritées par l’autorité que Pômare
s’arrogeait sur toutes les attributions de terres
(y compris celles cédées aux missionnaires) et
par ses exigences en tributs et sacrifices.
politique et la ténacité
Pômare, mais son
ascension s’inscrivit
encore dans les rapports
de la société
sur
et
Il hérita aussi des titres et
Taiarapu, Papenoo, Faaa et, bien
sûr, de Pare et Arue. De nouvelles cérémonies
Ci-dessous :
Pômare I sur son lit de
mort. Le savoir-faire
de ce chef l’ont conduit
à un degré de puissance
sans doute jamais égalé
dans l’histoire de Tahiti.
Il fut bien le fondateur
d’une dynastie, celle des
étouffées
Moorea,
1802.
terres
Papetoai. Ce n’est qu’à
partir de mars 1805 qu’il
se tait appeler Pômare II.
Pour les Européens il
aux
à
premières tournées de prédication à Tahiti en
en
’Oro sur le marae de
est le roi,
“rébellions”,
Pômare
Ce fut alors
en
fait
probablement le
comble de ses revendications et prétentions à
la
l’aide des Européens
s’est souvent avérée
nécessaire. Son fils agit
“royauté”, selon le système traditionnel
d’investiture des titres. Sa position d’ari'i rahi
était encore manifestement instable et, au
traditionnelle, même si
(yyn<»uu,
bout de deux ans dans cette situation, il lança
do
une
tout autrement.
expédition punitive contre les Oropa’a en
mai 1807 et, en juin, il massacra beaucoup de
leurs chefs dans tout le district de Papara. Les
missionnaires intervinrent pour arrêter la
tuerie et ramenèrent des réfugiés à Matavai.
Pômare distribua, en octobre 1807, les terres
qu’il avait prises, et les missionnaires reçurent
part des propriétés Oropa’a de
une
Outumaoro.
Chute de Pômare
et sort de la Mission
suprématie que Pômare avait
dura que jusqu’en 1808. Pendant
Le niveau de
atteint
toute
ne
la
première partie de l’année, il fut
malade, mais il se rétablit après des sacrifices à
Tipa, le dieu de la guérison. La menace de sa
mort
fit comprendre aux missionnaires
combien leur situation était précaire et
dépendait de sa protection. De plus, ils
croyaient qu’en Angleterre on les avait oubliés
et abandonnés.
La principale menace pour l’alliance des
avec Vari’i survint, tout près
d’eux, dans le district de Matavai où les tributs
exigés provoquaient une irritation grandis¬
sante. D’autres districts de la côte est de
missionnaires
Te Aharoa se rangèrent au côté de Matavai,
Les grandes flottes
polynésiennes
Européens. Le cycle
quasi ininterrompu de
guerres qui commence
■
dans les îles du Vervt
dès 1768, donna souvent
lieu, jusqu’au début du
XIX" siècle, à de telles
concentrations de
lj|irogues.
1808, sous le commandement de
Hitoti, chef de Tiarei, et de Taute, chef de
Fa’ena. Pômare se trouvait ainsi confronté à
en novembre
impressionnèrent
fortement les
,,
grave soulèvement de ses chefs de guerre
ainsi que de Me’etia, son ami, prophète du
dieu ’Oro.
Les missionnaires demandèrent en même
un
temps que Pômare à être embarqués sur le
brick Perseverance mais, tout en embarquant
leurs
biens à bord, ils tentèrent de
raccommoder Vari’i et les “rebelles”, dont
Pômare
craignait qu’ils lui coupent la tête
“comme le peuple de France
son roi”.
l’avait fait avec
Il demeura cependant à Tahiti quand
le Perseverance appareilla pour
Huahine, le
18 novembre 1808. Là-bas, les missionnaires
47
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
furent
bien
par Itia et autres ari’i
Pômare. Ils parvinrent à
sauver leur bibliothèque et leurs archives,
mais abandonnèrent beaucoup de choses qui
devaient être pillées lors de la guerre qui suivit.
reçus
apparentés
aux
Ils continuèrent à travailler dans les îles Sousle-Vent jusqu’à leur départ pour la NouvelleGalles
Sud,
du
sur
laissant
\'Hibernia,
James Hayward à
Henry Nott à Moorea.
Entre-temps, les fidèles
en
1809,
Huahine
de
et
Pômare
avaient été vaincus à la bataille de Papara, en
décembre 1808, et la plus grande partie de
Tahiti était aux mains des “rebelles”. Une
seconde défaite leur fut infligée à Mahaena, et
une
période de gouvernement appelée Hau
s’ensuivit, chaque district étant
manahune
administré par sa hiérarchie propre et ses
chefs locaux. Une paix étant survenue en
1810,
Pômare
se
retira
attendre le renfort de
ses
à Moorea pour
alliés de Raiatea,
Huahine et Bora Bora. Une reproduction de
‘Oro fut même apportée avec les pirogues des
Le rapprochement
de la L.M.S.
et de Pômare II
d’envoyer un navire marchand au service des
missionnaires.
En
conséquence, cinq de ces
W.
Henry, W. Scott,
G. Wilson, H. Bicknell, et J. Davies acceptèrent de rejoindre H. Nott à Moorea, en
missionnaires
1811.
Malgré
leur découragement, les
missionnaires qui avaient atteint la NouvelleGalles du Sud se laissèrent persuader de
revenir pour un certain nombre de raisons.
D’abord, ils reçurent des renforts d’Angleterre
et des femmes arrivèrent, pour épouser les
plus jeunes. Ensuite, la première édition
d’alphabets imprimés en tahitien fournit un
nouvel outil d’éducation et d’approche des
Saintes Écritures. Enfin, ils reçurent
l’assurance que des liaisons régulières et un
meilleur approvisionnement seraient effectués
à partir de la Nouvelle-Galles du Sud où le
Révérend Samuel Marsden, aumônier de la
et conseiller de la L.M.S., projetait
colonie
Les
-
nouvelles
concernant
Pômare
étaient plus encourageantes et la direction de
la Société voulait bien assumer la lourde tâche
financière
que représentaient
aller-retour pour les îles.
les
passages
1813, pas moins de 18
s’embarquèrent avec leur
famille pour Moorea, de loin la plus forte
concentration d’évangélistes de la Mission.
On remarquait également une amélioration
notable des compétences, avec un plus grand
nombre d’artisans qualifiés. 11 y avait des
maçons,
des charpentiers (dont un de
marine) ; deux au moins avaient une
expérience de l’industrie cotonnière, et un
De
1811
à
missionnaires
autre,
ancien
contre-maître
dans
les
guerriers et l’alliance fut scellée par le mariage
de Pômare avec Teremoemoe, seconde fille de
Tamatoa,
Pômare
de
et
Raiatea.
ses
alliés
En
janvier
purent
1811,
retourner
librement à Tahiti, mais on ne lui laissa pas
recouvrer son
ancien statut.
La mission semblait donc avoir échoué
puisque son principal défenseur avait perdu le
pouvoir. Cependant, les missionnaires avaient
beaucoup appris depuis 1800. Ils avaient
poursuivi leur étude de la langue, et, après
bien des discussions, s’étaient mis d’accord en
1805 sur les principes essentiels d’un alphabet
pour un lexique tahitien. Ils abandonnèrent
leur tentative d’enseigner l’anglais
:
dorénavant, l’enseignement, le catéchisme et
l’instruction religieuse se firent en langue
vernaculaire. Les missionnaires accomplirent
des efforts considérables pour trouver des
termes nouveaux et adapter les mots tahitiens
notions
techniques et abstraites de
l’étranger. Ce fut aussi au cours de la période
relativement paisible de 1805 - 1806 que
aux
Pômare se mit à écrire des lettres en tahitien et
à
correspondre avec les missionnaires et la
ainsi qu’avec les autorités de la
L.M.S.,
Nouvelle-Galles du Sud.
Les missionnaires firent peu de progrès
l’enseignement. Les parents deman¬
à être payés pour autoriser leurs
enfants à fréquenter l’école ! Pourtant vers
1808, John Davies avait déjà une classe de
trente à quarante élèves, dont la
plupart
savaient épeler, lire et écrire sur des ardoises.
Personne
cependant n’avait encore été
converti à la nouvelle religion. D’autre part,
dans
daient
les
missionnaires
avaient
commencé
à
introduire un peu de médecine élémentaire,
des
nouvelles techniques de
fabrication
de
mobilier
et
la mise
en
jardinage, la
de
vêtements
simples, ainsi que des rudiments de construc¬
tion navale
Pômare,
avec
chantier, pour
d’une goélette de 50 tonneaux.
S’avérant trop difficile, cette dernière entre¬
prise fut abandonnée pour un bateau plus
petit qui fut achevé et lancé juste avant l’exode
de Tahiti. L’ensemble de leur travail se révéla
d’un prix inestimable, le jour où l’opinion se
renversa en
48
leur faveur.
Ci-dessus et en haut
à gauche :
Le pasteur Henry Nott
(1774-1844) et sa
maison d’habitation telle
que la vit Fitz-Roy en
1835. H. Nott fut la
grande figure
missionnaire de cette
période, à la fois par
l’influence acquise sur
Pômare II, lors de l’exil
à Moorea où seul il suivit
le souverain déchu, et
par sa parfaite
connaissance de la
langue tahitienne et de
la politique
polynésienne.
Page de droite :
Samuel Marsden
(1765-1838), aumônier
anglican de la colonie
pénitentiaire de la
Nouvelle-Galles du Sud.
Il apporta une aide
constante aux
missionnaires de Tahiti,
notamment en
imprimant de nombreux
Sydney.
A gauche :
textes en tahitien à
John Williams
(1796-1839) contemple
des idoles et des objets
polynésiens qui sont
autant de trophées,
symbolisant le triomphe
du protestantisme sur le
paganisme. Ce
missionnaire sera tué
NouvellesHébrides.
aux
L'INTRODUCTION DU CHRISTIANISME 1797-1815
plantations antillaises, avait été engagé par la
L.M.S.
afin
de
favoriser
l’essor
des
plantations
de Tahiti. Mais surtout,
C. Wilson, J. Davies, et H, Nott maîtrisaient
la langue. La Mission entra dans une nouvelle
phase, autant grâce à ses propres capacités
que grâce au nouveau statut politique de son
ami et protecteur.
changea vers 1814. On y trouvait moins de
domestiques et de jeunes et davantage
d’adultes d’âge mûr et de chefs de quelque
importance, venus des îles Sous-le-Vent et de
Tahiti,
Tamatoa
notamment
Utami de Tahaa,
de Raiatea,
Paofai, Hitoti et
Teremoemoe, la femme de Pômare. De tels
élèves avaient une importance politique dans
des élèves parmi les domestiques de la Mission
religion était de plus
question alors que la
nouvelle n’était pas pleinement acceptée. Mais
il n’y eut pas de baptêmes, les missionnaires ne
considérant pas Pômare digne de cette
distinction, bien qu’il manifestât son
intention, en 1811, de bannir ‘Oro et de
renoncer à ses dieux personnels et familiaux.
Pendant ce temps, des catéchismes et
autres manuels étaient préparés en vue de leur
impression prochaine. H. Nott et J. Davies
progressaient dans leur traduction d’une
dont beaucoup devaient par la suite se mettre
et dans leur
Enseignants, prédicateurs
et pure atua
Les missionnaires reprirent rapidement leurs
tournées de prédication à partir de leur base
de
Papetoai, à Moorea, mais ne visitèrent
Tahiti que de temps en temps, en cette époque
d’instabilité
politique où Pômare retournait
assez souvent à Matavai, mais n’était
plus
reconnu comme ari’irahi. J.
et fut
Davies rassembla
bientôt à la tête d’une école de “lettrés”
enseigner et à prêcher pour leur propre
Des assemblées se réunissaient
régulièrement chaque dimanche, regroupant
environ
200 personnes,
en
1813. Une
distinction était faite entre “élèves” {ha’api’i
parau) et “fidèles” (pure atua) dont la
conversion
avait
été
acceptée par les
missionnaires.
Lorsque ces convertis
rentraient dans leur district d’origine, ils y
installaient leur petite chapelle et se heurtaient
à des moqueries et à une certaine persécution
religieuse.
La composition des classes “d’élèves”
à
compte.
La baie d'Opunohu
dans laquelle mouillent
la Resolution et le
Discovery lors du
troisième voyage de
J. Cook. Depuis le retour
à Tahiti de Pômare il, en
1811, l’île de Moorea
n'est pius le centre
Chronologie de l’implantation
de la L.M.S.
1791
Échec de la première tentative
d’envoi de missionnaires sur la
1795
22 septembre : création à Lon¬
dres de la London Missionary
1797
5 mars : arrivée du Duff dans la
baie de Matavai.
1798
30
une société où l’ancienne
en
plus remise
en
histoire du Nouveau et de l’Ancien Testament
adaptation d’hymnes religieux.
Tout cela était envoyé en Nouvelle-Galles du
Sud, pour en revenir imprimé et être distribué
dans les îles aux convertis vers 1815. En règle
générale, ils se limitèrent à des extraits et à
des résumés et reportèrent la traduction
complète des Écritures au moment où ils se
sentiraient capables de maîtriser pleinement
Ils
se
relations avec les
:
Mme Eyre.
onze
missionnaires
Thomas
Lewis
et
1801
10 juillet : arrivée de douze nou¬
veaux missionnaires. H. Nott,
J. Davies etsurtout J. Jefferson
dominent la mission.
1807
Tournée de prédication à Huahine.
1808
Abandon deTahiti par la L.M.S.
Seul H. Nott demeure à Moorea.
1811
Sept missionnaires reviennent.
1812
Pômare II renonce à l’ancienne
L’implantation aux
îles Sous-le-Vent se poursuit.
religion.
1815
Après la bataille de Fei Pi, les
1817
Arrivée de John Muggridge
Orsmond et de William Ellis ;
les premiers écrits locaux sont
diffusés.
1821
Premiers diacres ordonnés. La
conversion des Australes com¬
1824
du pasteur Pritchard
qui prend en charge Papeete.
Le pasteur Nott achève sa tra¬
duction de la Bible qui est im¬
primée en Angleterre en 1838.
La L.M.S. renonce, après plu¬
sieurs tentatives, à l’évangéli¬
sation des Marquises.
Mort du pasteur Nott. Assassi¬
nat du pasteur Kean. La L.M.S.
le commerce avec la Nouvelle-Galles du Sud.
conversions se font massives.
Les
premiers, H. Nott et
James Hayward prêchent à
Tahiti.
mence.
1835
1841
politique des îles du
Vent, mais elle devient,
avec l'arrivée, entre
1811 et 1813, d’une
vague de 18 nouveaux
missionnaires, un
véritable centre de
diffusion évangéliste.
Peinture de J. Cleveley.
mars
Bicknell,
remirent aussi à construire des
îles Sous-le-Vent, améliorer leur sécurité et
suivre les conseils de S. Marsden concernant
Society.
quittent Tahiti : ne demeurent
que John Eyre, John Jefferson,
Henri
Nott, John Harris,
Benjamin Broomhall, Henry
toutes les formes du tahitien vernaculaire.
bateaux pour accroître les
Bounty.
1844
Arrivée
abandonne Tahiti ; seul le pas¬
teur Orsmond reste.
49
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
Pômare et
l’opposition
traditionaliste
L’opposition à la restitution des titres et
du statut de Pômare comme ari’i rahi avait
deux causes : l’une résidait dans la résistance
populaire aux excès de levées d’impôts, de
guerres et de sacrifices, comme cela se
manifestait dans la plupart des districts, mais
surtout à Matavai et Te Aharoa à partir de
1808 ; l’autre émanait des chefferies des Teva
d’Oropa’a et des Teva de la péninsule, rivaux
traditionnels des Pômare.
A cela s’ajoutait une cause plus générale ;
qui étaient
impressionnés par le travail des missionnaires
et la nouvelle religion - dans la mesure où ils la
comprenaient - et ceux, comme les prêtres, qui
s’opposaient au changement et y voyaient une
menace pour leur influence. Dès mai 1813, un
prêtre de ‘Oro qui arrivait à Moorea se heurta
aux moqueries et au mépris des partisans de la
la
division
nouvelle
foi.
entre
Des
incidents
similaires
se
produisirent à Tahiti, où des convertis de
risquèrent à faire une
procession pour le nouvel Atua. Division et
confusion régnaient de même aux îles Sous-le-
fraîche
date
se
Ci-dessus :
La destruction des
Idoles. C’est à Moorea
que les premières
conversions
importantes furent
enregistrées,
essentieilement à partir
de 1811. Pômare ii avait
déjà manifesté son désir
de devenir chrétien,
mais ies missionnaires
avaient décliné son
offre, les raisons
politiques l'emportant
alors. En fait, il fallut
attendre 1815 pour que
des personnages
importants demandent
le baptême. Ainsi, le
grand-prêtre de
Papetoai, Pati’i, se
convertit en février. A ce
moment-là, il brûla
l’image du dieu ’Oro,
effectuant alors,
semble-t-il, la première
destruction de tiki par le
feu.
50
ceux
prédication et
nombre d’alliés de
Vent à cause des tournées de
de la présence d’un grand
Pômare en contact avec le centre de
conversion de Moorea. Il est difficile de
déterminer qui conduisait l’opposition, mais
on admet généralement que Upufara, frère de
Tati, le chef de Papara, imprima une direction
politique à la campagne de résistance, bien
qu’il ne fût pas complètement anti-chrétien et
qu’il y eût des divisions au sein des Teva et de
alliés de Taiarapu. Cependant,
l’opposition était suffisante pour que les
leurs
missionnaires refusent les invites à retourner à
Matavai et que Pômare fasse de Papetoai sa
base politique parmi les convertis de Moorea
et des îles Sous-le-Vent. On dispose d’un bon
curieusement
Gravures missionnaires
de "petites images
coco
rudimentaires de
silhouettes humaines,
recouvertes de
cordelettes finement
grand-prêtre Pati’i jeta
au feu “en exprimant son
regret de (les) avoir
adoré(es)”, selon le récit
qu’en fait William Ellis.
sculptées, imitations
tressées, de fibres de
tordues, ornées de
plumes rouges” que le
L'INTRODUCTION DU CHRISTIANISME 1797-1815
témoignage sur Upufara (Opuhara) dans la
traduction donnée par Takau Pômare des
“Mémoires de Marau Taaroa, dernière reine
de Tahiti” (1971).
L’échec du Te hau manahune
Mais si dévoués que fussent les traditionalistes
cause “nationale”, ils ne pouvaient pas
échapper au contact avec le monde extérieur
et au changement religieux à l’intérieur de la
société tahitienne. Pour sa part, Pômare
n’était pas complètement accepté par les
à la
missionnaires comme vraiment converti, mais
il était indispensable aussi bien à leur cause
qu’à celle, probablement, des Porionu’u et
propriétaires de Tahiti, pour la
confirmation de leurs titres et le règlement des
autres
litiges. Les divisions politiques et religieuses
n’étaient donc pas nettes : le loyalisme était
ambigu dans chaque camp.
La situation s’aggrava pour de nombreux
Tahitiens à cause de la dépopulation et de la
maladie. Les missionnaires signalèrent une
diminution générale du nombre d’habitants
depuis leur arrivée, de dix à onze mille pour les
deux îles. Beaucoup de marae et autres sites
religieux étaient à l’abandon. L’efficacité des
dieux de Tahiti était mise en doute devant les
maladies européennes. Une terminologie,
inspirée par les missionnaires, se répandit
jusqu’en 1813 au sujet des idoles de “Satini”, et
des pure atua qui pouvaient encore être
“sauvés”.
11 y avait aussi les preuves
abondantes de richesse matérielle visible sous
forme d’outils, de médicaments, de bateaux et
d’armes à feu qui accompagnaient les
missionnaires et dont les disciples profitaient.
En 1814, à l’occasion de certaines cérémonies
publiques telles que le mariage entre ari'iou la
présentation du tribut à un tava'u, le rituel
traditionnel avait été abandonné et remplacé
par des prières chrétiennes. En février 1815,
Pati’i Variai de Papetoai
fit un geste
symbolique en jetant ses dieux au feu. Pômare
adressant une lettre à sa fille
Aimata, lui disant qu’elle devait désormais
en fit un autre en
être élevée dans la nouvelle religion.
A droite :
Des dieux inefficaces.
C'est moins la
destruction
systématique que
l'abandon de ces lieux
qui entraîna ia
disparition des marae.
Les Tahitiens se
détournèrent de leurs
dieux dont le pouvoir
semblait disparu, pour
se tourner vers celui des
missionnaires,
détenteurs d'outils, de
navires et d'armes à feu.
religion traditionnelle
Carte des principaux
de i'ile de Tahiti,
était un élément
fondamental de la
société polynésienne.
Le marae n’avait pas
seulement une fonction
marae
d’après C.W. Newbury.
La densité
d'implantation (d'autant
qu'ici seuls les grands
marae sont représentés)
religieuse, Il avait aussi
montre combien la
©
A'<;>
©
O
O
d
^
a
4^® O
Te ara O Tahiti
_
.
tout au moins ceux des
classes élevées, étaient
rattachés à un marae, le
©
plus souvent par
filiation. Leur
destruction a donc des
©
©
^ Ta ata
T
conséquences autres
que religieuses : c’est
toute une société qui est
détruite et que les
©
r
missionnaires se
proposent de rebâtir.
'h'C ^
■y
■y
I
Utuaimahurau
Maraa
multiples fonctions,
lignages ou à la
propriété foncière.
Tous les Polynésiens,
©©
Taputapuatea
caractère social dû
touchant à la politique,
à l'idéologie, aux
G
^
un
aux
/
Mataoae
Tërene
Marae Oro
(Taputapuatea)
Mahaiatea
©
ET Vaiotaha
Matahlhae
®
TEVA I UTA
Ul
%
©
8
Nuutere
y
A
®Gg
Les llkl furent détruits à
cause des croyances
qu’ils représentaient,
mais aussi pour la
précision anatomique
qui ne pouvait que
choquer les
missionnaires anglais
puritains. Ceux-ci
sauvèrent cependant de
la destruction
systématique pratiquée
par les néophytes zélés
quelques-uns des plus
beaux tiki qu'ils
envoyèrent en Europe.
51
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
La croisade
de Pômare II
Jusqu’au
début
de
tournée à Tahiti, furent chassés et durent se
1815,
Pômare
base de Moorea et son alliance
conserva
sa
familale
avec
les chefs des îles Sous-le-Vent.
Cette alliance avait été renforcée lors d’un
voyage impromptu qu’il avait effectué en 1814 :
passant trois mois à Raiatea et Huahine en
festins et cérémonies, il arrangea le mariage de
sa fille Aimata avec son cousin Tapoa, de
En juillet
1815, sa belle-sœur
Pômare Vahiné, Teremoemoe, Aimata et un
réfugier à Moôrea. Cela illustre bien la force de
l’opposition existant encore contre \'ari’i et la
nouvelle religion. Cependant, en septembre,
Pômare accepta une invitation à venir
installer des réfugiés sur leurs terres et rentra à
Matavai et à Paea accompagné d’une troupe
considérable. Et là, le dimanche 12 novembre,
troupe fut attaquée à l’improviste par les
Oropa’a et des Teva venant de la
presqu’île, sous le commandement de
sa
forces des
Upufara.
déroulement et l’issue d’après les rapports des
missionnaires et certains récits
traditionnellement reconnus. L’assaut eut
lieu pendant les prières du matin, mais les gens
de
Pômare, avertis de possibles attaques,
avaient conservé leurs armes près d’eux.
Les
guerriers de Raiatea se battirent vaillamment
et, lorsque Upufara fut tué, les Oropa’a et les
Teva perdirent courage et s’enfuirent. Selon
certaines
sources,
non
confirmées,
qui est vrai toutefois, c’est ce que raconte une
légende chantée :
Huahine.
La bataille de Fei Pi
“Ti du mont Tamaiti est cassé.
grand nombre de personnes de Pare et Arue,
faisant partie de la suite royale au cours d’une
Il n’existe pas de récit oculaire de la bataille
ce
La station missionnaire
de Papetoai,
reconstituée dès le
jetour des missionnaires
içie .Nouvelle-Galles du
^'d, en 1812, fut le
ibèrheau de l’œuvre
t^ssionnaire anglaise
Taioo, baie d’Opunohu.
Au mois de juillet 1809,
Pômare II se réfugie à
Moorea, laissant Tahiti
mains de ses
ennemis du Te hau
manahune. De 1810 à
aux
1815, les baies de
Moorea accueillent un
nombre croissant de
.
52
,
navires européens. De
plus, c’est dans cette île
que les missionnaires
sont le mieux implantés.
de Fei Pi, mais on peut en
en
Polynésie, et même
dans toute l'Océanie.
C’est dans cette
paroisse que i’on
comptait le plus de
baptisés en Polynésie,
et c’est là également que
furent institués les
premiers diacres, au
nombre de quatre, dont
l’ancien grand-prêtre
reconstituer le
Pati’i. De nombreux
chrétiens ou
responsables de l'église
de Papetoai se
répandirent par la suite
à Tahiti et dans les îlés
pour apporter l’Évangile.
des
Européens auraient participé au combat. Ce
Mataoa est divisé”
qui signifie qu’au moment où Upufara est
tombé, et où sa lance a été brisée, le pouvoir
Le pandanus de
;
L’INTRODUCTION DU CHRISTIANISME 1797-1815
des chapelles, et deux missionnaires, H. Nott
grande sagesse politique en ne poursuivant
pas les Teva et en ne saccageant pas leur
territoire, comme il l’avait fait lors des
batailles précédentes. Un service religieux fut
célébré le soir même, et les corps des victimes
reçurent une sépulture convenable. Quant au
prophète de ‘Oro qui s’enfuit à Moorea, il ne
Tahiti en 1816, après la bataille, confirmèrent
qui suivirent, pour
chefs de Huahine et Bora Bora demeuraient
ses
fidèles à leur alliance familiale avec Pômare.
Une bataille eut lieu à Raiatea et les chefs
Londres.
Pômare, pour sa part, fit preuve d’une
fut pas inquiété.
Dans les semaines
affermir
sa
victoire, Pômare exigea que les
Oropa’a lui remettent leurs
mousquets. Le dieu ‘Oro fut amené de Tautira
à Pômare qui ordonna la destruction des
Teva
et
les
mürae de Tahiti et
Moorea. Pômare annonça
que les ra’atira étaient en train de construire
et J. Hayward, qui furent les premiers à visiter
dans les îles Sous-le-Vent où Fenuapeho, chef
résistance à Tahiti, alors que Tamatoa et les
Pômare sur le plan religieux fut la cession de
général de restaurer la suprématie
enseignement des pure atua.
Cette bataille eut d’autres conséquences
de
Tahaa, avait encouragé Upaparu à la
vaincus
furent
épargnés
Tamatoa,
par
tandis que des ordres lui étaient donnés ainsi
qu’à Mai, Tefa’aroa et Mahine
pour la
destruction des marae et autres sites sacrés
1797
1808
Nuku
Six missionnaires se rendent à Huahine d’où ils re¬
deux
Pomare Vahiné et
Teremoemoe, femmes
de Pômare II. Filles du
roi Tamatoa IV de
Raiatea, elles vécurent
tour à tour avec
Pômare II. L'aînée,
de
au
1820
géliste est envoyé à Hiva Oa.
J. Orsmond séjourne à Bora
Bora et visite Maupiti, où il
Ari'ipaea, eut un fils, qui
devait régner sous le
nom
de Pômare III. Elles
jouèrent toutes deux un
rôle politique, et aussi
militaire, important.
1
protestantisme
demande
L’île
1822
Deux évangélistes de Raia¬
accompagnent le chef
naufragé Auura à Rurutu.
Les
habitants
et tiki.
habitants.
reçoit
|
Rurutu devient chrétienne,
R. Bourne s’établit à Tahaa.
détruisent
devient
1823
L’île de Raivavae
chrétienne.
1824
L’île de Tubuai est convertie.
1825
Deux habitants de Rapa
sont convertis et retournent
dans leur île accompagnés
de deux évangélistes.
Deuxième tentative de
W. Crook aux Marquises,
1826
1829
1831
tea
marae
des
d’Anaa
Pômare II. Ils sont accom¬
s’établissent à Raiatea, où
ils fondent Uturoa. Un évan¬
établit deux évangélistes.
Un
évangéliste,
nommé
Para, accompagne Pômare
Il à Raivavae et reste dans
l’île.
1821
au
pagnés du pasteur H. Nott.
Mahine, grand chef de Hua¬
hine, recommande de dé-
J. Williams et E. Threlkeld
üOCU'.tÉ.J
au
Hiva),
1818
IIJÏM TAÏTI.
Musée des Missions à
relique du dieu ‘Oro ne se
trouvait toutefois pas dans le lot et l’on ignore
ce qu’il est advenu de ce très sacré to’o (effigie
d’un dieu en bois), bien que Moerenhout dise
qu’il a été brûlé.
La
deux
évangélistes.
Deux
évangélistes
sont
envoyés à Tubuai
par
puis
truire les marae.
Tamatoa, grand chef
Raiatea, se convertit
christianisme.
■J.
dieux familiaux aux missionnaires, qui les
expédièrent
mais sa prédication échoue.
en 1809 :
demeurent dans l’îie.
tV
La confirmation finale de la victoire de
Deux
évangélistes
sont
envoyés à Rimatara à la
partent
1815
dans
tournée de
Le pasteur W. Crook s’ins¬
talle aux Marquises (Ta-
huata,
TfVé-jiKU-iiioé, vciivi; (le. l’o-m.nri; U-
Les missionnaires notèrent aussi, en mars
1816, que l’assistance ne cessait d’augmenter
chaque district quand ils venaient en
prédication, et que des districts
organisaient eux-mêmes des réunions chaque
mercredi et chaque dimanche, ainsi qu’ils
l’avaient vu faire à Papetoai.
le désir
séculière à Vari’i rahi et d’apprendre le nouvel
La conversion des îles polynésiennes
,/
dans tout l’archipel.
était passé alors à la famille Pômare.
1834/41
accompagné
de
quatre
évangélistes.
Nouveaux évangélistes à
Rapa,
accompagnés de
D. Darling,
Un évangéliste à Makatea.
Essais
d’implantation
à
Faaite et aux Marquises
(Ua Pou, Tahuata).
Trois pasteurs séjournent
successivement à Tahuata.
La pointe Vénus, vue par
le navigateur russe
Bellingshausen.
Cette illustration
témoigne des premières
transformations
survenues au sein de la
société tahitienne au
cours de ces années
décisives.
Si les personnages,
drapés à la grecque,
sont quelque peu
éloignés de la réalité,
le vêtement semble déjà
en train de supplanter
la nudité et le tatouage,
interdits par les
missionnaires.
53
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
Triomphe
de Pômare
et du protestantisme
La double victoire séculière et religieuse
de Pômare
a
été
présentée comme un tout,
expliquant le rétablissement politique de l'ari'i
et justifiant la conversion massive de Tahiti et
Moorea.
D’une
le message des
missionnaires était subversif, en ce sens qu’il
s’attaquait aux fondements de la culture
polynésienne locale, mais de l’autre, quand les
ari’i de l’archipel de la Société furent
persuadés que la nouvelle religion
part,
soutiendrait la hiérarchie sociale existante, les
conversions affluèrent sur ordre des chefs.
L’autorité politique
L’œuvre de la Mission et la position politique
n’étaient
pourtant pas aussi
simple explication le
suggère. Les rébellions de la période
précédant 1808 avaient été suscitées par
l’intensification des guerres intestines, à la
de
Pômare
assurées
que
cette
suite de l’ascension de Vari’i rahi et de ses
exigences en hommes et en tributs. Après cette
date, alors que Pômare était en exil à Moorea
et que les missionnaires avaient pratiquement
abandonné leur première station de Matavai
54
(1797 - 1808), il s’était produit un véritable
transfert d’autorité politique des ari'i de
premier rang aux notables “sub-tribaux” :
chefs locaux et ra’atira. 11 serait exagéré de
qualifier ce changement de “républicain”,
comme
le laisserait entendre le terme Hau
manahune,
blement
mais
une
il
représentait indubita¬
réaction
à
l’état
de
guerre
permanent, aux sacrifices et aux prétentions
des ari'i tribaux, se disputant les titres et les
faveurs du dieu de la guerre, ‘Oro. En outre, il
n’est pas impossible, ainsi que le soupçon¬
nèrent certains missionnaires, que la façon
dont ils présentaient le gouvernement anglais,
les nouvelles reçues de la Révolution en
France, n’aient fait entrevoir aux Tahitiens la
possibilité d’une autorité moins autocratique
ou
dans leur
petite île. En tout cas, ils avaient
l’habitude de renverser les chefs, et l’histoire
des îles Sous-le-Vent contient des exemples de
semblables révoltes contre une élite religieuse
et
politique.
L'INTRODUCTION DU CHRISTIANISME 1797-1815
Pour leur part, une fois revenus, les
missionnaires se consacrèrent à l’ensei¬
gnement et à la prédication. Il n’était que trop
évident
de
l’autorité
qu’ils
dépendaient
de
exil, lorsque la cause de
séculière tahitienne, ce qui avait été l’une des
raisons
Pômare
leur
avait
semblé
perdue.
Mais
le
christianisme avait timidement commencé à
prendre racine à Moorea durant les six années
précédant la bataille de Fei Pi et il avait
ébranlé les croyances parmi les alliés de
Pômare aux îles Sous-le-Vent, aussi bien chez
les
plus humbles manahune
que
ra’atira.
chez les
Un tacticien habile
personnelle de Pômare est
plus discutable. Dans le deuxième volume des
“Voyages”, Moerenhout a souligné que c’est le
La “conversion”
Page de gauche :
Habitat construit selon
des critères européens.
Les missionnaires
anglais tentèrent de
réaliser un habitat
groupé (les villages) et
d'influer aussi sur le type
de construction. Pour
empêcher la
promiscuité qu’ils
jugeaient trop grande et
source de libertinage,
ils proposèrent de
modèles de
tare, divisés en pièces
nouveaux
dieu
de
l’Ancien
Testament,
dieu
de
vengeance contre les ennemis, qui a attiré
Vari’i, et c’est peut-être ce déisme utilitaire qui
décida
son
alliance
avec
les
missionnaires,
que l’acceptation complète du
de rédemption contenu dans
code
leur
enseignement. En raison de sa conduite, ils ne
pouvaient accepter sa candidature au
baptême et son admission complète parmi les
pure atua. En fait, il ne sera baptisé qu’en
1819. Il appréciait aussi, comme son père
plutôt
moral
échange du soutien matériel des missionnaires
de
Nouvelle-Galles
la
du
Sud.
II
se
peut
également que les ari’i de la fin du XVIIE
siècle aient montré une pointe de scepticisme
à l’égard de leurs divinités et de leur prêtrise.
Enfin, Pômare avait appris que l’autorité
séculière pouvait être consacrée par la loi
écrite, que l’ordre social pouvait se codifier. Et
cet
aspect-là du christianisme l’attirait
suffisamment pour lui faire rechercher les
conseils nécessaires à l’élaboration de Codes
avant
de Lois, peu après que la victoire de 1815 l’eut
européens, et ce qu’il apprenait avec profit des
officiers de marine, des Hawaiens, des marins
déserteurs, en plus de l’enseignement des
missionnaires. Son talent pour lire et écrire
servait son habileté politique. Sa foi en
l’efficacité de son propre système religieux
faiblit évidemment peu à peu, au point qu’il
finit par offrir, en 1811, de rejeter ses dieux en
nouvel État. Mais le tribut dû aux chefs ne fut
lui, la reconnaissance de son statut à
l’extérieur, les marchandises des commerçants
rétabli à la tête des Églises tahitiennes et du
pas
complètement
restauré.
Le
sacrifice
abolis. La
structure sociale centrée sur le district et le
humain
marae
et
l’infanticide
familial
fut
furent
abandonnée
pour
un
conformisme moins strict, tourné vers les
Églises de district, sous le patronage des chefs,
approuvés par Pômare 11, mais associés à
Scène d’évangélisation
aux îles Hawaii au début
du XIX® siècle. Toute une
population, composée
d’adultes et d’enfants,
vient entendre les
prédicateurs
américains. Les mêmes
scènes se déroulent
dans les îles de la
Société où les longs
prêches se font en
plein air avant la
construction des
temples.
séparées.
Page de gauche :
Le contact avec les
Européens, source de
prestige. Ce repas
qu'accorde le roi
Pômare II à
Bellingshausen illustre
à la fois son rôle
désormais incontesté de
leader politique de l'île
de Tahiti et de Moorea,
et aussi la nécessité
dans laquelle il est de
faire reconnaître cette
prééminence à
l’extérieur (Européens,
marins, missionnaires,
déserteurs.,.).
En bas,
à droite :
Le royaume hawaïen,
représenté ici par la
reine “Cahoumanou".
L’unification des
archipels océaniens
sous uneautorité unique
n’est pas le seul fait de
l’actuelle Polynésie
française. A la même
époque, l’archipel des
îles Hawaii est conquis
par un chef de la grande
Hawaii, le célèbre
Kamehameha, et une
évolution politique
similaire se retrouve
dans lesdeuxroyaumes.
Dessin de L. Choris.
55
LA
POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
leurs propres missionnaires.
Vent
suivirent
Les îles Sous-le-
le même modèle de réseau
missionnaire coiffant l’autorité de district. La
restauration de Pômare était moins un retour
qu’une reconnaissance du
fait que les révoltes contre les ari'i et
l’influence décentralisée des Églises avaient
abouti à la suprématie missionnaire
à la “monarchie”
concurremment
avec
le
familial limité des Pômare.
gouvernement
probablement raison lorsqu’il concluait que
fussent
des
hommes
simples, relativement peu
instruits, avec seulement quelques aptitudes
élémentaires. Des hommes d’Église plus
raffinés auraient sans doute abandonné plus
tôt. Au moins, ils sont parvenus à fixer par
écrit la langue tahitienne et à ouvrir une voie
finalement il avait mieux valu qu’ils
d’accès
vers
monde.
En
nombre
Des missionnaires récompensés
Les missionnaires avaient donc beaucoup fait
en
l’espace de 19
ans.
William Ellis avait
de
les connaissances du reste du
même
De nouveaux
missionnaires sont sans
envoyés à Tahiti
Cette
à partir de 1816.
année-là, W. Ellis,
W, Crook, R. Bourne,
Thomas Blossom entre
à la L.M.S. en 1821 et se
retire en 1844.
56
furent sacrifiées
parmi
sociales,
lesquelles la hiérarchie des prêtres et des
teachers indigènes, la crainte des lapu, les
danses, les incantations et les chants, le théâtre
et le mime. Comme missionnaires, ils étaient
Charles Barff entre à la
L.M.S. en 1816, se retire
en 1864 et meurt en 1866.
cesse
temps
coutumes
John
mal organisés, sans comité ou conseil central,
et
accompagné de sa
femme, viennent
seconder la première
équipe qui a traversé
tant d’épreuves, les plus
difficiles étant sansdoute l’absence de
nouvelles et la crainte de
ne
pas avoir de
loin de Londres pour être suffi¬
guidés par leurs directeurs. Leur
foi commune en un salut par le travail et leur
doctrine de
l’expiation, de la rémission des
péchés et de la damnation des impénitents,
étaient difficiles à saisir pour les Tahitiens et
allaient à l’encontre de pratiques également
bien ancrées comme la sorcellerie, l’adoption,
la liberté sexuelle et la religion animiste. Tout
cela refit surface plus tard, quand l’euphorie et
le vertige des événements ayant conduit à 1815
se furent dissipés. Mais
pour le moment, la
paix du nouvel Atua et la stabilité offerte par
Pômare II suffisaient.
Rodgerson entre
à la L.M.S. en 1833 et
meurt en 1847.
D. Darling, G. Platt,
J. Williams, E. Threlkeld
et C. Barff, qui arrive
trop
samment
Soulagés de ces
inquiétudes, les missionnaires
anglais peuvent, grâce à ces
renforts, envisager de
réoccuper Tahiti et de
successeurs.
Thomas McKean entre à
la L.M.S. en 1841. Il est
tué en 1844 à Tahiti, lors
de la guerre francotahitienne.
s’installer aux îles Sous-le-Vent.
James Smith entre à la
L.M.S. en 1830, se retire
en 1834 et meurt en
1864.
Alexander Simpson
entre à la L.M.S. en 1827,
se retire en 1850 et meurt
en 1866.
4 Le royaume chrétien
des Pômare 1815-1827
Laaggravée
crise politico-religieuse,
engagée avec dénoue
l’arrivéeà Fei
des premiers Européens et L’“absolutisme” royal
celle des missionnaires,
Pômare II
consacre
avec
se
Pi le 12 novembre 1815 et
la suprématie de ceux qu’on peut appeler les royaux-chrétiens, symbolisés
par la personne de Pômare II, sur les forces traditionalistes tahitiennes que domine la
figure de Opuhara (Upufara), de la famille des Teva, grand chef de Papara et frère de
celui qui sera le grand Tatl.
Avec la bataille de Fel Pi s’écroule une certaine Polynésie : celle des aristocraties
militaires gouvernées par les ari'i à travers un triple contrôle de l’idéologie (les
croyances et les rites religieux des anciens Tahitiens), de la stratification sociale
(existence d’une hiérarchie d’“ordres” aux fonctions différentes et complémentaires)
et de la coercition (importance de la guerre non seulement comme manifestation des
compétitions politiques mais aussi comme moyen pour maintenir l’obéissance des
dépendants).
Jéhovah remplace le dieu ’Oro : Pômare II récupère les titres les plus prestigieux
des principaux ari’i, du moins de Tahiti et Moorea-car pour les îles Sous-le-Vent, c’est
une autre affaire
et installe des gouverneurs (tavana, de l’anglais governor) ; les
guerres Internes disparaissent, puisque Tahiti et Moorea et quelquesîles des Tuamotu
forment un royaume unifié avec une structure politique et religieuse organisée et
hiérarchisée, ce qui n’empêchera pas les crises.
Théocratie missionnaire a-t-on dit parfois. Le propos est hardi car si l’influence
missionnaire a pu être profonde sur le nouveau gouvernement des îles, comme le
prouve l’Instauration des Codes des Lois, il s’en faut que les Polynésiens aient été des
témoins passifs, qu’il s’agisse des grands chefs, d’anciens grands-prêtres, ou de
-
Pômare II lui-même.
Une monarchie
centralisatrice :
des arVi aux tavana
Dans ce passage d’une confédération de
principautés à
centralisé,
différents éléments sont à considérer : ce qu’on
peut appeler “l’absolutisme royal” qui est très
net avec Pômare 11 après 1815 ; la transfor¬
mation
des
principautés (les chefferies
souveraines détenues par les familles d’ari’i)
en
districts (chefferies de tavana placées
sous la souveraineté du roi) ; enfin, le devenir
de
la
force
un
système
confédérale
tahitienne.
de
alors en pleine
Cette baie reste le centre
des relations entre
Tahitiens et Européens.
bénéficiaire est
Pômare II, chef de Pare.
Ceci contribue, voire
même explique, le
D’importants échanges
commerciaux
s’établissent de part et
d'autre. Il en est ainsi du
commerce du porc salé.
très bonne connaissance de la structure et du
fonctionnement de la Cour de Saint-James) ;
sûrement au système d’alliances familiales au
il se trouve et qui lui a permis de
récupérer bien des titres traditionnels ; enfin,
centre duquel
en cette
transformation des chefs en officiers
royaux sur laquelle on va revenir.
La forte personnalité du roi ne fait pas de
doute : il a comploté, juste avant la mort de
père, en 1803, la chute de ce dernier, avec
du
grand-prêtre, son grand-oncle
Ha’amanimani, et le conflit entre le père et le
fils a été évité par une paix scellée par la mort
du grand-prêtre. Autre élément de cette forte
personnalité : la patiente et efficace conquête
du pouvoir, en dépit des revers passagers,
pendant dix ans, entre son “inauguration” en
son
l’aide
1805 et la victoire de 1815.
Pômare II, un tacticien
habile. Le chef de Pare,
après sa victoire à Fei Pi.
va désormais régner,
au sens européen du
terme, sur les îles du
Vent, La nouvelle
organisation politique
qui se met en place, à la
suite de la promulgation
des Codes de Lois, est
autant son œuvre que
celle des missionnaires.
Le prestige de ce chef
atteint alors son
Lavis original de
J.L, Le Jeune.
l’organisation
Matavai, aquarelle
originale de G. Tobin.
Il est de fait que
peut être qualifié
après 1815 de souverain absolu. Cela tient à sa
personnalité, peut-être aussi au modèle
théorique du souverain unique (mais limité)
en
son
royaume que lui ont insufflé les
missionnaires (encore que ceux-ci, la plupart
d’humble origine, n’avaient peut-être pas une
expansion, dont le grand
prestige désormais bien
établi du “souverain"
tahitien.
Ha’amanimani, grandprêtre de Pare.
Originaire de Raiatea,
ce personnage de haut
rang joua un rôle
politique importantdans
les îles du Vent,
Pômare I lui donna
autorité sur Moorea,
vers
laquelle
Ha’amanimani tenta
d’entraîner les
missionnaires de la
L.M.S. Ambitieux, il
s’opposa à Pômare II,
qui le fit assassiner
par un serviteur d'Itia.
.
57
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
Il est possible que le modèle britannique
qui concerne
l’absolutisme proprement dit (contraire aux
réalités britanniques depuis le XVIII^ siècle)
que pour la conception d’un royaume unifié :
ait
en
joué,
1819
moins
on
en
ce
assiste bien, et semble-t-il sous
l’égide des missionnaires, à la tenue d’une
population des
districts qui va adopter le premier code
assemblée de chefs et de la
tahitien
;
d’assemblées
sans
dans
sous-estimer
la
tradition
l’existence
ancienne
(dénotée par la présence d’un mot spécifique,
apo’ora’a, ou rapportée par exemple par
J. Davies à propos d’un conseil de guerre,
upo’o tamai, tenu à Moorea), on peut penser
que la réunion des trois éléments - roi uniqueassemblée-adoption de lois - découle, au
moins pour partie, du modèle britannique
explicité par les missionnaires.
Mais les données tahitiennes expliquent
bien, sinon le caractère absolu du pouvoir du
roi, du moins l’unicité de ce pouvoir.
En
effet, bien des titres les plus
prestigieux des anciens ah’i sont détenus par
Pômare II, soit par héritag^arce que Pômare
II est allié aux très grandes familles de Tahiti
et des îles Sous-le-Vent, soit par déshérence à
la suite de l’extinction de lignées, soit enfin par
l’effet des guerres, mais le plus souvent par la
combinaison de ces trois facteurs.
Dans son ouvrage “l’Ancienne
Société
Tahitienne”, D. Oliver souligne, dans l’ancien
Tahiti, la dualité du pouvoir entre Vari'i le plus
élevé par le rang et tenant officiel du titre de
chefferie lui donnant le pouvoir nominal sur
celle-ci, et le chef effectif, détenteur d’un
pouvoir “tribal” et qui exerce, sous le nom du
tenant du titre, un pouvoir coercitif très fort :
l’exemple le plus courant, donné par Oliver,
étant celui de la dualité, dans la chefferie des
Pômare
(Te Porionu’u), de Tu (Pômare 1)
détenteur du titre le plus élevé (Tu-nui-ae-i-te-
atua) et de Tutaha, son grand-oncle, qui
détient le pouvoir effectif (celui de faire la
guerre notamment).
Pômare II concentre sur sa personne, et
les titres
qui confèrent la légitimité (ou plus
exactement, l’accumulation des titres qui
donnent cette légitimité), et le pouvoir “tribal”
qui fait de son détenteur un chef “absolu”.
Il conviendra aussi de noter qu’après
1815, un certain nombre de grands chefs qui
auraient eu les prérogatives traditionnelles
MOOREA
ou
EIMEO
limite de district
Royaume de Hapai
et de son fiis Vaira’atoa
(Pômare I) en 1792
Royaume d'Atehuru
Royaume de Papara
(famille d'Amo)
Agrandissements temporaires
(1774-1783)
de Pômare I
Terre de repli
de Pômare II
Carte de l’île de Tahiti
1815. La
connaissance de l’île de
Tahiti a singulièrement
en
progressé en ce début
du XIX' siècle, comme
en
témoigne cette carte
missionnaire.
Le modèle anglais :
cérémonie du
couronnement de
Georges IV.
Le souverain et les
membres de la Cour
sont ici en grande tenue
d’apparat. Des images
popularisèrent de telles
représentations de la
monarchie anglaise. Nul
doute que c’est la vision
très idéaliste que les
missionnaires de la
L.M.S. avaient de la
monarchie lorsqu'ils
tentèrent de donner à
Tahiti des institutions. Il
est vrai qu'à cette
époque la séparation
des pouvoirs et le
bicamérisme de
l’Angleterreétaient
autant de modèles pour
les autres nations.
58
' ••
-,
(1808-1815)
Agrandissements temporaires
de Pômare II (1791-1808)
LE ROYAUME CHRÉTIEN DES POMARE 1815-1827
pour disputer le pouvoir à Pômare II ont été
éliminés de la scène politique.
La transformation
des principautés
C’est le second élément,
après le dévelop¬
conception unifiée de la
royauté, qui explique le passage à la monar¬
pement
d’une
chie centralisée.
Là encore, on peut être tenté d’y chercher
effet
l’influence
missionnaire,
l’application d’un modèle européen (sinon
britannique), mais il suffit, si l’on refuse ce
point de vue, de se souvenir de la manière dont
un
de
voire s’occupent de certaines
opérations telle la punition de dépendants
rebelles : exemple, sous Vehiatua II, ari’i rahi
des Teva de la Mer, des dépendants de la
vallée de la Vaitepiha avaient été châtiés parce
qu’ils avaient refusé de fournir les prestations
exigées d’eux.
*
Il suffit, en réalité, de projeter l’image de
troupes,
la
chefferie
à
la
dimension
du
nouveau
royaume pour expliquer comment la-fonction
des tavana (gouverneurs) a pu entrer dans les
vues
du nouveau roi, les tavana du royaume
quelque sorte les to’ofa d’une
agrandie à la dimension de ce
devenant
en
chefferie
étaient structurées les chefferies dans l’ancien
dernier.
Tahiti, avec en-dessous de Yari’i, des to'ofa ou
officiers qui, soit contrôlent pour Yari’i des
portions de la chefferie, soit commandent les
utilisés
procédés ont été, semble-t-il,
la désignation de ces to’ofa
Tantôt Pômare II a placé un
Deux
royaux.
pour
Interventions extérieures
Wallis (23-24 juin
(1773-1774)
ou
INA
Carte des événements
TIAREI
politiques. Les
témoignages
MAHAENA
d’une meilleure
connaissance
missionnaires
permettent, au-delà
géographique de l’île,
de reconstituer
l’irrésistible expansion
.du clan des Pômare.
ou
Batail
le Fei
PAPENOO
PAEA
HITIAA
premier cas paraît le plus commun.
Le
Soit qu’il confirme ou reconfirme le tenant du
légitime dans sa chefferie, mais avec le
titre de tavana et non plus d’an’/ : parce qu’il
titre
n’y a plus qu’un seul ari’i, Pômare II ; parce
qu’il a auparavant acquis le titre attaché à la
chefferie, titre qui, d’ailleurs, tombe en
désuétude puisqu’il porte sur un marae (le
marae de la chefferie) devenu obsolète depuis
la conversion. C’est le cas de Tati, grand chef
de Papara, dépossédé de la chefferie à la suite
de sa défaite de 1806 mais qui a rallié Pômare
II à l’encontre de son frère Opuhara (Upufara)
et ainsi la récupère. Soit que le roi place à la
tête d’une chefferie vacante, exemple les
Oropa’a, un compagnon de lutte, tel Utami,
un
ancien chef de Tahaa.
avait amorcé le processus à Moorea), on crée
Marins de la Bounty (octobre 1788-1791)
Alliance Cook-Pomare
chefferies existantes.
Dans le second cas (et c’est Pômare I qui
1767)
Bougainville (6 avril 1768)
HAAPAPE
personnage à la tête de l’ancienne chefferie,
tantôt il a fait une création en marge des
une
les
chefferie nouvelle destinée à supplanter
chefferies
O
Pômare II le titre des titulaires du gouver¬
Metuaaro, Itia et Ha’amanimani, et le fils de
Mahine, chef suprême de Huahine.
La sublimation
de la confédération tahitienne '
en
protectorat anglais
I-
A droite :
Tati, chef de Papara. Tati
a été, avec Upufara, l’un
des principaux
opposants au clan des
Pômare. Comme chef
des Teva de la Mer, il
avait un rang au moins
aussi important que '
celui de Tu. Mais, après
sa défaite de 1806, face
au chef de Pare, il cesse
de s’opposer à ce
dernier, contrairement
à Upufara qui mène le
combat jusqu’au bout,
ce
qui lui coûte la vie.
Tati devient après 1815
le chef de Papara,
reconduit dans cette
fonction par Pômare 11
lui-même, preuve à la
fois de sa sagesse
politique et des limites
de son pouvoir. T ati sera
l’un des personnages
clés de l’aprèsPomare II.
VAIRAO
suprématie
la
politique
‘Oro, de telle sorte que le
remplacement de ‘Oro par Jéhovah doit
donner la suprématie politique nouvelle à
l’Angleterre qui est, aux yeux des Tahitiens, le
support politique de Jéhovah. Cette supré¬
matie politique est celle d’un primus inter
pares, à l’image de celui des tenants de
titres les plus élevés. La monarchie tahitienne
entre en quelque sorte avec l’Angleterre dans
une confédération nouvelle, patronnée par
Jéhovah, tout comme les anciennes
principautés formaient une confédération
présidée par un ari’i rahi ou un ari’i nui
patronné par ‘Oro.
siècle attachée à
TOAHOTU
^
Or,
traditionnelle était, à Tahiti, à la fin du XVIIP
PUEU
<
;
système politico-religieux tahitien,
Jéhovah.
VAIARI
Z
au
1815 amène le remplacement du dieu ‘Oro par
ou
O.
tout
nement de Moorea : le portent successivement
Dans le
PAPARA
ou,
(Hau peretane)
PAPEARI
-
--
traditionnelles
moins, à se les subordonner : ainsi Pômare I a
créé de toutes pièces dans le nord de Moorea
une chefferie nouvelle. Te Aharoa, avec un
titre Ta’aroa ari’i qui tend à devenir sous
TAUTIRA
O
,o
TEAHUPOO
La monarchie centralisée incarnée par
Pômare II
Paita, chef de Matavai,
au temps de l'arrivée
des missionnaires.
se
trouve
finalement beaucoup
rupture qu’il n’y paraît avec les
institutions tahitiennes traditionnelles et il y a
moins
loin
en
de
cette
monarchie
à
la
théocratie
protestante imaginée par des observateurs
trop superficiels. D’ailleurs, la mort de
Pômare II va accélérer un certain retour à une
-confédération tahitienne plus traditionnelle
sous la houlette des grands chefs au premier
rang desquels Tati. Ce sont eux qui auront la
réalité du pouvoir sous Pômare III et Pômare
Vahiné IV qui règne à partir de
1827.
Il ne faudrait cependant pas sous-estimer
le rôle politique que furent amenés à jouer les
missionnaires
Society.
de
la
London
Missionary
59
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
Les Codes de Lois
Despotisme ou parlementarisme ?
Après 1815, l’apparente “victoire” du
christianisme place les missionnaires de la
London Missionary Society dans une position
politique privilégiée, en tant que conseillers
écoutés des chefs les plus puissants, comme
Pômare II, et ceci à leur propre étonnement.
agitant les
de l’époque sur la
conduite à tenir à l’égard du politique, sur les
rapports entre “César et Christ” ; les anglicans
de la L.M.S. considéraient avec beaucoup de
sérieux le rôle, pourtant très ambigu, de
simples “conseillers” que ces conceptions leur
Vers une nouvelle société
situation de réaliser
enfin ce bouleversement de la société ma’ohi
Ils
trouvent alors en
se
qui, associé à la christianisation, constitue le
projet initial de leur mission. C’est une
véritable utopie - au sens des futurs utopistes
de leur siècle
qui hante leurs consciences :
réformer cette société en extirpant les aspects
-
“païens” considérés comme relevant du
“royaume de Satan”, garantir l’existence d’un
gouvernement civil s’apparentant au “libre et
équitable Gouvernement de l’Angleterre”
dans les termes de James Elder (cité par
N. Gunson), rapprocher ce qui deviendrait
alors la nation ou l’État tahitien du modèle
anglais, considéré comme le plus avancé dans
“la” civilisation, faire enfin de Tahiti une sorte
de cas exemplaire pour les autres sociétés des
mers
du
Sud.
Pour
L.M.S. à Londres, dès novembre 1815. Elle
s’inspire des précédents déjà existants, les
codes mis au point par les missions installées
auprès de certains groupes indiens
d’Amérique du Nord ou en Afrique du Sud
(N. Gunson).
A Tahiti les grandes lignes de cette
réforme institutionnelle sont d’abord
discutées en 1818, dans le cadre d’une
difficultueuse correspondance entre John
et
Henry Nott d’une part, Pômare
d’autre part, de qui procèdealors l’essentiel de
l’autorité dans les îles du Vent (Council for
World
Missions
Archives, South Seas
Journals,
Le “roi”, fidèle à un
d’autocrate que les sévères
échecs de 1808
1814 n’ont fait qu’entamer et
auquel sa nouvelle gloire permet de resurgir,
ne voit pas d’un très bon œil une réforme
qu’il
perçoit à juste titre comme menaçant son
autorité et celle de ses dépendants directs.
C’est d’une véritable .négociation qu’il s’agit,
aboutissant à un compromis entre la vision
missionnaire des nécessités légales et celle des
conceptions ma’ohi de la coercition
qu’incarne Pômare.
Box 5).
tempérament
-
Port de Fare. L'île de
Huahine apporta un
soutien décisif dans la
entre les principaux ari’i,
Huahine et Tahiti étaient
Pômare II.
avait épousé après la
mort de Pômare I le frère
de Mahine, chef
reconquête de Tahiti par
Géographiquement, et
aussi par les liens de
parenté qui existaient
60
outre
d’une autre discussion
protestants
courants
réservaient.
C’est ainsi que les premières rédactions
des “codes” par H. Nott sont examinées à
plusieurs reprises entre janvier et mai 1818,
par des assemblées générales de la population
de Tahiti Moorea qui constituent à la fois la
métaphore des anciens conseils de chefs et
l’ébauche d’une assemblée parlementaire à
l’anglaise. C’est ainsi encore qu’on “s’oppose
violemment” (d’après J. Davies) à une
première rédaction, avant que le corpus de
18 articles intitulé “la loi [turc, mot tiré du
sanscrit) de Tahiti” - et non “code Pômare”
comme on l’entend parfois-soit publiquement
approuvé, le 12 mai 1819.
-
très proches. Ainsi, Itia,
la mère de Pômare II,
suprême de Huahine.
nouveaux
conseillers civils. La “loi de Tahiti”
proclamée “au nom de Pômare, de par la
grâce de Dieu Ari’i de Tahiti, Moorea et des
est
terres voisines” etc.
Le “roi”, comme d’autres
chefs titulaires, se trouve de facto considéré
(un peu à la manière de George 111) comme
“tête de l’Église”, malgré les réserves des
missionnaires,
condenser
la
et “les lois” semblent
nouvelle légitimité ari’i. Les
premiers juges (ha’ava) de Tahiti-Moorea
s’identifient purement et simplement aux
sous-chefs tribaux ou territoriaux comme en
témoigne l’article XVl.
Le “despotisme” de Pômare et de certains
Le Code Pômare, paru
en 1819. Commencés en
POMARE,
ceci la collaboration
active, au moins apparente, des chefs ma’ohi
leur semble acquise.
L’adoption de codes législatifs écrits, plus
largement l’institution d’un appareil judiciaire
capable d’en garantir l’application,
constituent deux piliers de ce projet. D’après
N. Gunson, l’idée apparaît dans une lettre du
missionnaire
Matthew
Wilks à George
Burder, l’un des membres du Bureau de la
Davies
Cette négociation et ce compromis procèdent
en
ce premier code inspirera
adoptés aux îles Sous-le-Vent (Raiatea,
Tahaa, Bora Bora, Maupîti en 1820 ; Huahine
en 1822) là aussi en fonction des
spécificités
politico-territoriales du moment. Les codes
feront l’objet de nombreuses révisions qui
enregistrent les transformations historiques.
Le contenu et l’organisation des articles
du premier code de 1819 révèlent la nécessaire
adaptation réciproque des missionnaires au
donné politique et des chefs ma’ohi à leurs
La trame de
ceux
1818 à l'initiative des
No.te horoa noa hic e te Atua ei Arii no Tahiti,, Moorba, e te maufenna atoaipihaUio, &c. &c. &c. e tona
mau
taata atoa e aroha mai iana Ta, iaorana oufon i te Atua màu rù.
No te aroho rahi mai o te Atua ia tatou nci i haapono mai ai oia i tana parau ia tatou nci.
Ua mau
tatou i tei reira parau ei ora no tatou.
Te liinaaro nci matou ia hiiapao maite tatou i te parau taua
i faaue maira. No te mea ra ia au maite to tatou hacrea i te fuia mau o te Atua ra, a taaite achi ai
matou ia outou i teienei.
E TÜRE NO TAHITI.
i. Nott teparâhi taata.—IkCtpcnU te fvU teedos i U umuii boxa
api n, e tei ote Hanau
^
^
ra, atn te medna ra, o te feüi, aore ia o te taata e ibo, * te taata atoa
iataparabi
U. No te £10.—la cia te taata f te buaa boe ra, ia maha mal aoa la bopoi mai ei hoo, na te taata buaa epiti, na te arir epiti; aore ana buaa ra, ei raa tipae pâti, na te taata buaa
Arii te hoe; aore te raara, el rurv la pill ae, na te taata buaa te hoe, aa te arii boi te boe; aore te rarv ra, ei tioa e ae; e na reira atu te bno mai i le maj Una atoa nei ia
ciahiara, la naha mai a tate elaia ho^ mai ei bno, na te feia tana a epiti, na te arii a boi epiti; e aore a.-ulaAan, e bacte da e faaap-i i f. fenn.t n taua t.uta i elahix e.tna te tioa
n, e
aore.anaeUjBa te arii tona fenoaalira«ai le ean ori baere noa ai e atau noadu; e iafaalinihia mai e te arii ra,ua faalioibia ia, aore i Iiaboibu ra, ore noa ilua ia; na te fêla baata rae
_
_
taaite adu ta te laau ela nlua U boe na maiie tana
parau ino.
III. No te Suaa^la tomera le heaa i rolo i te aoa
ta, e pau ihen te maai tana buaa ra,ehln ra tana ana n i le mailai raa, na le feia haïra e hin e; r a>ia maliai ra, na le fJa
baata e parau adu i le taata buaa m i le
bon, na laua taata nana le buaa n la e hApni adu le boo, ia faito maite atoa I taua maa
i pau ra, nann alat bol c ata te r.üii I panri ra.
Re aua
rate ino
ra, e e noa le buaa I mio, a paa al te maa l le buaa, elalia ia e hoohla. K ia taon te taata i le buaa ra. e fati iliora le arac, e ia luporahibia bel le lioaa, e
ij.iraparn iliori, e rir le
taata l lapanbl ra
nana, e iml oia i (c boe buaa e la faite atoa le rahi, a bopoi iilu ai na le laaU nuiia le hnaa 1 taparahlbia eaoa ra ; aore te beat
m, tû.txoa c n- tina r hoadu el hoo ; e
aore Imm
11, ei obipa Lina e rurena ta taau uaiia te buaa 1 Uparabllila ta-, na le feia baara a faaiteadu tana obipaelboo; e aita oia 1 bopoi mai i te
boo, aore boi i rare 1 te obipa, e lUraru ii.
‘“m Ib'
lii
TnoBeiV.—laeiaialelaaul letaoa ra, e nota nuira, bno adora 1 te tana a fehoe Uala e ra, ua Ile bol taua Uota
e, c taoa eia tri honlùa idu Iana m, aore aéra oiai fai,‘
Aina ia,e mai ta U ciaaloa n boi teburui una ubia. £ le taata toa e bima i te laoa I eiabia e reUlà c ra, ua ite bol oia e, e tana daJiia, e cia atoa boi ia, mai ta U cia toa
missionnaires anglais,
les Codes de Lois de
Tahiti furent l'objet de
véritables tractations
entre Pômare II et les
pasteurs. Pour les
Anglais, il s’agissait de
tempérer l'absolutisme
d'un souverain que la
victoire de 1815 avait
laissé seul maître de l'île.
LE ROYAUME CHRÉTIEN DES POMARE 1815-1827
chefs, si souvent dénoncé par les mission¬
naires dans leurs débats internes, n’est
nullement mis en cause par la forme judiciaire.
11 faudra attendre les lois de 1822 à Huahine
pour qu’une codification des prélèvements
ari’i sur la production vivrière, également
utilisés comme amendes, se fasse jour ; cette
codification
tend
ne
elle-même
qu’à
“rationaliser” la circulation traditionnelle des
meurtre, le vol, l’adultère, la trahison, la
désertion, le mariage, la sodomie, le faux
témoignage, le tatouage. Un seul, relatif à
l’observance du sabbat, peut être considéré
comme relevant directement de la pratique
religieuse ; sans doute parce que l’interdiction
de production - correspondant au jour du
Seigneur comme aux rahui traditionnels s’inscrit
avec
autant de force dans les deux
surplus, comme l’indique C. Newbury.
codes en présence, comme en témoignent des
comprend,
symétriquement, un ensemble d’articles
communs
qui reflètent directement les
conceptions missionnaires relatives à la
J.
L’ensemble
société
civile.
des
Ces
observations
codes
articles
concernent
le
ultérieures
Montgomery).
(par
exemple,
C’est de cette partie des lois relative à la
société
civile que proviendra le célèbre
appareil de sanctions sous lequel vont vivre les
communautés insulaires pendant la plus
grande partie du XIX= siècle ; lès chefs quant à
eux
au premier rang desquels le Pômare de
1819
sources
de la nouvelle légitimité,
pouvant manifester à cet égard la plus grande
désinvolture (J.-F. Baré).
Parmi ces sanctions figure en bonne place
l’exclusion (fa’aruera’a) de l’Église, d’autant
plus crainte que le corps ecclésiastique se
confondra longtemps, dans des logiques aussi
bien ma’ohi qu’anglaises, au corps même de la
-
-
société.
Ce
système politique, juridique et
religieux, résultant de l’action conjointe de
Pômare II et des missionnaires, gagna peu à
peu les autres archipels, et tout d’abord les îles
Sous-le-Vent.
Le pasteur H. Nott
présentant une Bible
tahitienne.
Durant plus de vingt
années, H. Nott traduisit
en
tahitien les Saintes
Écritures. En 1817, la
l.es mœurs païennes
que combattirent les
missionnaires. Si les
sociétés poiynésiennes
séduisirent les
navigateurs européens
par leur abondance
matérielle et leur liberté
de mœurs, les
missionnaires retinrent
surtout la pratique de
l'infanticide, des
sacrifices humains et
des danses licencieuses.
Ils entendirent lutter
contre de telles
presse d'Afareaitu
imprimait l’Évangile de
Luc. Le 18 décembre
1835, la totalité du texte
biblique était traduite.
H. Nott regagna
l'Angleterre pour
surveiller l’impression
de son travail. En 1838, il
présentait à la reine
Victoria le premier
exemplaire de cet
ouvrage.
pratiques et les Codes
de Lois avaient pour
premier but de mettre fin
à ces coutumes.
61
LA
POLYNÉSIE S'OUVRE AU MONDE
État des îles
particulièrement intenses entre novembre et
janvier du fait de la fréquence à cette époque
des fameuses brises d’ouest (J.C. Beaglehole).
Ces relations, spécialement avec Raiatea,
étaient très accentuées par la mythologie et les
conceptions ma’ohi de l’histoire politique.
Sous-le-Vent 3^
vers 1800 - 1^20
L’expression d’îles Sous-le-Vent (de
Tahiti) désigne depuis le XIX"^ siècle l’archipel
situé à une centaine de milles marins au nordouest,
Raiatea
composé
d’îles
hautes
(Huahine.
Tahaa enserrées dans le même
et
lagon, Bora Bora, Maupiti) et de l’atoll déjà
très faiblement habité de Tupai, ou Motu Iti.
L’archipel fut d’abord connu sous le nom
qui lui fut conféré par
James Cook lors de sa première visite de 1769,
du fait “de leur contiguïté”. 11 n’est pas établi
que l’archipel ait été nommé auparavant en
ma'ohi par sa dénomination actuelle àt femia
d’îles de la Société
raro
mata’i, “terres en bas du vent”.
entre
ces
lies et
avec
Tahiti
-
navigateur “Tupia”.
probablement Tupaia. embarqué par Cook
après sa première relâche à Tahiti, lui
expliquait alors que les contacts étaient
Ci-dessous :
Le
célèbre
Maupiti. La plus petite et
la plus éloignée des îles
Sous-le-Vent habitées,
trop peu peuplée, n'aété
que tardivement
62
évangélisée. En 1822
cependant, ses
habitants sont presque
tous
de
Raiatea,
baptisés,
essentiellement grâce à
l'action de deux
était
souvent
revendiqué comme le lieu d’origine des
groupes ari'i tahitiens les plus “sacrés” ou les
plus “titrés” ; le mythe d’origine de Tahiti la
compare de même à un poisson ou un bateau
ayant dérivé depuis sa séparation d’avec
Raiatea (T. Henry).
De nombreux chefs tahitiens éminents -
et, très probablement de nombreux habitants
Raiatea en 1829. C'est de
Taputapuatea que, à
l'origine, s’est répandu
particulièrement la
Des relations sociales de toutes natures étaient
Moorea.
sud-est
le culte de 'Oro, et la
L.M.S. encourage tout
“Raiatea la sacrée”
constatables
Le célèbre lieu de culte (marae) d’Opoa,
au
conversion de cette île,
considérée comme le
bastion du paganisme.
L'aide du grand chef
Tamatoa leur sera
nécessaire pour y
implanter le
christianisme.
évangélistes, soutenus
par le pasteur
J.M. Orsmond et aidés
par le chef Taero.
Dessin de J.L. Le Jeune.
Tahiti
de
Moorea
et
moins
connus
comptaient parmi leurs ancêtres ou leur
famille proche des originaires des îles Sous-leVent. Citons les chefs postérieurs aux années
1760
des
Teva
d’Ari’iMa’o
D.
de
la
originaire
Oliver), Vaira’atoa
Mer,
descendants
d’Opoa
(d’après
ou
Pômare 1, fils de
ces
connexions
Tetupaia originaire du même groupe ; dans les
années
1807
-
1814
constamment utilisées par Pômare IL
sont
L’orga¬
religieuse, les
nisation politique et
productions végétales et animales étaient
analogues à celles de Tahiti, à quelques
variantes près.
Malgré ces relations proches, les
territoires de l’archipel constituaient des
unités politiques propres ; ces unités étaient
LE ROYAUME CHRÉTIEN DES POMARE 1815-1827
parfois regroupées en éphémères “alliances”
interinsulaires. Les groupes ari’i constituant
un vaste réseau endogame, la définition et
l’extension de ces alliances variaient donc au
cours
de l’histoire.
Organisation politique
et religieuse de chaque île
chefs de Raiatea.
Bora Bora
religieux, Raiatea était
aussi nommée Havai’i, origine mythique des
migrations les plus récentes, Tahaa était
Uporu, Bora Bora Vavau ; ces noms, comme
le note Sir Peter Buck, reproduisaient la
géographie des Samoa occidentales (Savai’i et
Upolu) et du groupe Nord des Tonga (Vavau).
La plus grande île, Raiatea, comptait à la
Dans le vocabulaire
fin du XVI1I<= siècle entre I 500 et 2 000 habi¬
tants
(D, Oliver citant les estimations des
missionnaires L.E. Threlkeld et J. Williams).
partie importante de cette population
était concentrée à Opoa, résidence des chefs
suprêmes. Ceux-ci, dotés du titre de Tamatoa,
étaient récrutés dans le groupe associé au
marae
Taputapuatea d’Opoa, lui-même
Une
considéré dans certaines traditions
“issu”
des
Vaeara’i
marae
à
comme
Raiatea
‘Oro, étaient
considérés comme “dominants” sans que cela
se
traduise par une suprématie politique
permanente.
Les chefs de deux unités
au
dieu
territoriales
considérées
de
de
la
guerre
Huahine,
comme
Ama
et
Atea,
créées plus tardivement,
étaient censés être issus d’Opoa. Raiatea était
divisée en huit
ou
neuf territoires (plus tard
nommés “districts”) issus du “découpage” par
les
chefs
d’Opoa de la grande
carangue
(urupiti) de Raiatea. Ces territoires étaient à
nouveau
subdivisés en deux à trois niveaux
(d’après notamment D. Oliver).
comptait entre I 500 et 840
habitants (d’après Gyles 1819 ; J.M. Orsmond
1821). Elle était d’abord située sous l’autorité
d’un chef suprême associé au marae Vaiotaha,
l’un des plus éminents des îles avant la
fondation de Taputapuatea, censé dériver du
Vaeara’i de Raiatea, et au groupe territorial de
Fa’anui (nom de Bora Bora en tant qu’unité
tribale). 11 portait dans les années 1800 le titre
Tapoa, associé lointainement aux ari’i
d’Opoa (D. Oliver) ; deux sous-chefs prin¬
cipaux contrôlant les “districts” de Nunue et
de
d’Anau situés sous son autorité sont connus
ari'i de l’île et ceux de Raiatea, l’hostilité était
longtemps restée forte.
une
L’île de Maupiti était considérée comme
dépendance des ari’i de Bora Bora ; son
marae
ceux
“tribal”, Vaiahu, était censé dériver de
de Vaeara’i à Raiatea et de Vaiotaha
(D. Oliver).
Huahine, qui comptait environ 2 000
habitants, se divisait en dix districts contrôlés
par des chefs tribaux placés sous l’autorité
d’un chef suprême, qui ne s’identifiait pas
toujours au porteur du titre le plus haut, celui
de Teri’itaria. Les lignées des chefs suprêmes
semblaient
lointainement
reliées
aux
ari’i
d’Opoa, ainsi que les ari’i des deux districts du
sud de la petite Huahine, Aftia et Atea ; mais
l’île constituait une entité politique autonome,
centrée sur les marae principaux de Manunu
et
Mata’irea dédiés à Tane (nord de Huahine
et ensemble de l’île) et
Anini (petite Huahine).
L’île de Maiao était une dépendance du chef
contrôlé Raiatea dans les années 1770, et tenté
suprême de Huahine. On ne compte que six
brèves visites de navires européens aux îles
Sous-le-Vent entre 1769 et 1807 ; le premier
sans
contact
dans les mêmes années. Bora Bora dont les
guerriers étaient très redoutés, avait en partie
succès la même entreprise sur Huahine ;
malgré les liens familiaux et rituels entre les
d’une
durée
missionnaire (1807 puis
significative est
1808, Huahine).
et
Vaiotaha à Bora Bora. Ces chefs et ce marae,
dédié
1 000 et 800 habi¬
Gyles, 1819 ; R. Bourne 1825).
Elle était divisée en quatre “districts” placés
sous un chef suprême, contrôlant le marae
principal ou “tribal” de Ahuroa, dédié au dieu
Tane, puis à ‘Oro. L’île semblait généralement
située sous le contrôle plus ou moins direct des
Tahaa comptait entre
tants (d’après
Mai et Tefa’aroa, chefs
de file de Bora Bora,
comme
l'indique
J,L. Le Jeune sur son
dessin. Il s'agit en fait
des deux sous-chefs
principaux de Nunue et
de Opoa, placés sous
l'autorité de Tapoa.
Après la victoire de
Tamatoa sur
Fenuapeho, Mai et
Tefa'aroa engagèrent
leurs sujets à se
convertir. Si Mai devint
un chrétien zélé,
Tefa'aroa resta quant à
lui plus attaché aux
coutumes anciennes.
Bora Bora, dont les
guerriers si redoutés
avaient puissamment
contribué à la victoire de
Pômare II en 1815, alors
que l’île était
entièrement contrôlée
par Tapoa II. Les rêves
de grandeur de Tapoa
conduisirent à de
sanglants affrontements
et désorganisèrent les
îles Sous-le-Vent en les
plongeant dans des
guerres meurtrières.
Dessin de J.L. Le Jeune.
63
LA
POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
La conversion
des îles Sous-le-Vent
au
protestantisme
n’interdit pas (d’après W. Ellis). Le célèbre
sous-chef et futur “diacre” Matapu’upu’u se
La conversion des Ma’ohi des îles Sous-
le-Vent
constitue
aussi bien
politique que religieux, qui se déroule à partir
de 1813 jusqu’en 1817 - 1818. Comme dans le
cas
de
Pômare
un
11
et
processus
de
certaines
unités
politiques de Tahiti-Moorea, ses initiateurs
les plus puissants sont les principaux chefs,
bien qu’il soit probable que des personnes de
moindre statut, en nombre restreint, se soient
“faites inscrire” depuis 1811 - 1812. En ceci, il
se déroule selon les mêmes
logiques nia’ohi
qui associaient gens de mana (feia mana)e\ le
“sacré”.
Les îles Sous-le-Vent
et le conflit tahitien
sont
pour
la
plupart revenus en 1811 après leur fuite vers
Port Jackson,
années auparavant (à
l’exception de H. Nott et de J. Hayward), ou
dans le territoire de Pare Arue. La présence
trois
-
de chefs et de guerriers des îles Sous-le-Vent
(plus d’un millier en 1813, d’après John
Davies) est liée à l’entreprise de reconquête
politique par Pômare II de ses anciennes
possessions à partir de 1810, et à son
utilisation de ses connexions généalogiques
avec les chefs des îles Sous-le-Vent. Il est
apparenté par sa grand-mère paternelle,
Tetupaia, à Tamatoa IV, frère (ou neveu,
selon les sources) de cette dernière et chef
titulaire de Raiatea, et donc plus lointaine-
ment à Tapoa, chef titulaire de Bora Bora ; sa
mère, Itia, a négocié à partir de 1809-1810 des
unions
essentiellement
politiques avec
deux des
sœurs
de Tamatoa, Teremoemoe
(Terito’otera’i) et Teri’itaria, chef titulaire de
Huahine, connueà partir de 1814sous le nom
de Pômare Vahiné, Ces chefs et leurs suites
guerrières et cérémonielles arrivent
progressivement aux îles du Vent entre 1811 et
1813, s’installant en des sortes de “camps” qui
reproduisent les différents espaces sociopolitiques d’origine (d’après notamment
J. Davies).
Toute la société est alors sollicitée par les
nouveaux principes religieux
proposés par les
gens de la L.M.S, ; ces principes se trouvent en
effet répondre en partie aux interrogations des
Ma’ohi sur la “tension” politico-religieuse
qu’ils traversent. Il faut cependant attendre la
fameuse déclaration publique de conversion
de Pômare en 1812, acte politique risqué, pour
que la même interrogation concerne certains
chefs des îles Sous-le-Vent,
Une longue interrogation
Entre 1813
et
hétérogènes
;
1815, leurs attitudes restent
des désaccords sur le dieu
chrétien partagent même les familles
proches
comme celle de Mahine, chef titulaire de
Huahine. Sa femme Opéré ou Eperera
(?)
(aussi nommée Taoa dans certaines sources),
64
présente la même année à l’enseignement
; un chef tribal important de
Raiatea, Upaparu, “et ses gens” suivent la
missionnaire
même
démarche,
avec
Utami
de
qu’en 1820 J.M. Orsmond partira à Bora Bora
créer la station de Vaitape. Celles de
Maupiti et Tahaa suivront en 1822 (d’après
N. Gunson). A cette date la quasi-totalité de la
population a été baptisée, généralement après
les chefs qui requièrent la prééminence dans
les nouveaux rituels, au grand dam des
pour y
missionnaires.
Tahaa,
malgré les protestations de leurs aller ego ;
mais Tamatoa repart en 1814 sans avoir
voulu entendre la nouvelle théologie. Du côté
des gens de Bora Bora, on n’ose plus, dès la fin
de 1812 (du fait de l’exemple de
Pômare),
“recourir aux anciennes pratiques
religieuses
et aux sacrifices aux dieux”, mais on ne se
résout pas non plus à adhérer aux innovations
proposées par les missionnaires (d’après
J. Davies). L’attitude vis-à-vis de la nouvelle
théologie reproduit la situation d’expectative
des chefs des îles Sous-le-Vent vis-à-vis de
Pômare.
Il se situe d’abord dans l’île de Moorea où les
missionnaires de la L.M.S.
fils Ta’aroaari’i, figurent parmi les
premiers de leur ordre social à vouloir assister
à l’enseignement missionnaire, en 1813, alors
que Mahine lui-même désapprouve, mais
son
Il faudra donc attendre
l’émergence de
deux alliances tribales antagonistes, celle des
unités du sud de Tahiti, centrée surTeva-i-tai,
et
celle réunie autour de Pômare, identifiées a
posteriori comme “anti” et “pro” chrétiennes,
la célèbre victoire des “pro” chrétiens à
Punaauia, pour que la légitimité de Jéhovah
s’identifie progressivement à celle des chefs
des îles Sous-le-Vent. La station missionnaire
de Huahine se crée en 1817 grâce à l’adhésion
de Mahine ; et c’est à Huahine que, dès 1818,
Tamatoa et sa suite s’emparent littéralement
de J. Williams et L. Threlkeld pour qu’ils
créent
à
Raiatea
la
première station
d’Utumaoro
(City of David) (d’après le
Davies). C’est de Raiatea
"Journal’’ de J.
John et Mary Williams
(en haut}, figures
légendaires de ia L.M.S.
J. Williams fait un
premier séjour en
Polynésie, où déjà il
teifte d’étendre vers l'est
latone missionnaire.
LE ROYAUME CHRÉTIEN DES POMARE 1815-1827
Le temps des conflits
ou
le centralisme
impossible
1845, après des séries d’événements
complexes et une intervention militaire, le
protectorat français est établi sur les «États de
la reine Pômare», notamment les îles de Tahiti
et Moorea. Grâce à la pression diplomatique
anglaise, à la fermeté discrète de la marine de
guerre britannique (le BasiUsk, le Grampus
puis le Collingwoocf) et à la retenue de la
diplomatie parisienne devant les menées de la
marine française de Tahiti en 1846, les îles
Sous-le-Vent ne sont pas incluses dans la
juridiction du protectorat. C’est ce que
reconnaît la convention signée à Londres en
Juin 1847 entre Lord Palmerston et le ministre
plénipotentiaire à Londres, de Jarnac (d’où le
nom de convention de Jarnac parfois conféré
à cet accord).
Cette situation a pour conséquence de
séparer politiquement deux ensembles
régionaux, les îles du Vent et les îles Sous-leVent, qui sont pourtant, on l’a vu, historique¬
ment
reliés dans le cadre de multiples
échanges économiques, culturels et politiques.
Dès 1810, l’union politique de Pômare
avec la fille du Tamatoa de Raiatea, chef
titulaire de l’île, a rapproché l’un des groupes
familiaux les plus “titrés” et les plus puissants
des îles Sous-le-Vent avec ce qui n’est pas
encore la “famille royale” de Tahiti. En 1846,
Pômare IV est à la fois fille adoptive du chef
titulaire de Huahine, la vieille Teri’itaria, alliée
mariage à Tapoa, chef titulaire de Bora
il est à
Raiatea, en 1821
En 1818
politique
d'évangélisation qu’il
préconise depuis
longtemps : l’envoi
d’évangélistes
polynésiens dans les
archipels païens. C’est
en déposant des
il
parcourt les Cook. On le
voit également aux
Tonga et enfin aux
Samoa, qu’il entreprend
de convertir. Pendant
3 ans, de 1834 à 1837, il
teachers samoans à
séjourne en Angleterre
où, grâce à la célébrité
que lui ont value ses
écrits, il peut recueillir
Erromango (Vanuatu)
qu’il trouva la mort.
les fonds nécessaires à
l’achat d’un navire
missionnaire, le
Camden, avec lequel il
revient à Raiatea en
1839. Ce navire lui
permettra de réaliser la
Un bateau missionnaire
,
chef de Huahine (Ariifaaite) seront
un
adoptés,
l’autre par Tapoa.
eux-mêmes
l’un
par
Teri’itaria,
L’affaiblissement du pouvoir
En
par
Bora, et deux enfants de son second mariage
avec
portant son nom,
le John Williams,
sera construit par la
L.M.S. On le voit sur
cette illustration entrant
au
port de Huahine.
politique local
Pendant la deuxième moitié du XIX® siècle,
les îles Sous-le-Vent vont être secouées par des
conflits armés qui tous sont liés, plus ou moins
directement, à la nouvelle situation, pré¬
coloniale, qui prévaut à Tahiti et à ses effets :
affaiblissement du pouvoir politique local,
augmentation de la présence étrangère notamment de commerçants et de baleiniers -,
lutte entre factions pour déterminer la
conduite
à
tenir
vis-à-vis
du
“pouvoir
français”.
Cependant, les causes de conflits internes
sont
au
moins aussi importantes pour
expliquer la récurrence des guerres qui,
pendant la période où la convention entre les
puissances tutrices est toujours valide, ne
cessent pourtant d’éclater.
En fait, la déstabilisation politique par
l’intervention extérieure et les faiblesses de
l’organisation politique des îles, devant les
nouveaux problèmes que ces organisations
rencontrent, ne peuvent être séparées.
La rivalité des chefs
peut ainsi distinguer deux grandes
périodes : dans la première, de 1850 à 1870
environ, c’est la tension entre chefs dits
“titulaires” dans la terminologie de Douglas
Oliver (représentant une alliance tribale ellemême parfois identifiée à une île) et “tribaux”
(représentant une division ou sous-division
territoriale) qui constitue la cause première de
la guerre, comme dans le système politique
On
vie de celui des chefs du protectorat, bénéfi¬
ciaires
de
différentes
listes
civiles et
pré¬
bendes ; ils semblent sentir que leur légitimité,
à leur place dans la production et
l’échange, leur échappe, menacée par la capa¬
liée
cité de chacun de commercer avec les navires
européens sans passer par eux. Une situation
analogue semble prévaloir à Raiatea dans les
mêmes
années,
alors
Temarii,
que
un
de district, lève une rébellion
contre Tamatoa, le propre frère de Teri’itaria.
On retrouvera ces difficultés jusque dans
les années 1855, alors que des coalitions de
gouverneurs
renversent
Tamatoa, mais
échouent à lui fournir un remplaçant stable ;
et jusque dans les années 1857-1870, alors que
gouverneur
c’est le fils caractériel de Pômare IV, Tamatoa
V, qui est imposé à la fonction de chef titulaire
(de “roi”).
Factions pro et anti-françaises
période est coextensive de
de la convention de 1847
(décembre 1887) qui laisse le champ libre à la
France aux îles Sous-le-Vent pour y imposer
son
protectorat. En cette occasion, les
officiers responsables de la Division navale du
Pacifique jouent des mêmes oppositions
internes pour individualiser des factions pro¬
françaises, face à des rébellions sporadiques
mais persistantes.
Ces factions, minoritaires dans toutes les
îles Sous-le-Vent, joueront un rôle important
dans rétablissement final du protectorat ; il en
La
deuxième
l’abrogation
ira
de
même
conflits structuraux
des
de
l’organisation politico-tribale, persistant à
l’intérieur
coalitions
des
même
de
chefs
résistants.
ma’ohi du XVIIl® siècle. Cette tension est ici
par
“la mainmise des chefs
suprêmes sur les pouvoirs des gouverneurs de
districts et l’insécurité de la propriété, que les
chefs entretiennent par leur propension à
prendre de la nourriture sur les plantations de
leurs sujets” (d’après John Barff, 1853). C’est,
par exemple, le cas du mouvement qui, dans
alimentée
les années
1852-1853, va amener au renverse¬
4,
ment de la vieille Teri’itaria à Huahine et à son
remplacement par un jeune chef, Ariimate
Teururai, soutenu par la population de la
plupart des districts, et qui sera également
déposé en 1868. En cette occasion, les chefs
E
vouloir utiliser leurs prérogatives de “saisie”
“4A, ll.Vl’.l
titulaires
de
la
des
îles
Sous-le-Vent
'
semblent
production vivrière pour en faire
et rapprocher ainsi leur niveau de
commerce
b’u
//61
O
/
77.’ H AI/ ü
TA MA.
TEinil.MlEVAIKJA.
l'Iule 2-';.
MJ
l!OlL\noili„
MAlipiri.
Is.iC,
.
A droite :
Le Code de Lois de
Huahine ne fut adopté
N’O
M
uiM-., ou,.
UNOIM
qu’en mai 1822, alors
que les autres îles
Sous-le-Vent l’avaient
fait en 1820. Ces codes
reprennent en grande
partie les dispositions
de celui de Tahiti (1819),
/< xr/.
hwahine:
'
n’apportant qu’une
seule innovation :
l’institution du jugement
I8')8.
par jury.
65
LA POLYNÉSIE S'OUVRE AU MONDE
Les îles Australes
au début du
XIXe siècle
Si
les
îles
Australes
partagent
aujourd’hui une destinée commune en tant
que subdivision administrative du Territoire
de la Polynésie française, il est par contre loin
d’être acquis que l’archipel formait autrefois
unité culturelle. En ce sens les “îles
Australes” sont une invention de l’Occident, le
une
produit d’un découpage territorial imposé par
les conditions historiques particulières de la
colonisation.
Plusieurs
l’idée d’une homogénéité culturelle véritable
au sein de l’archipel : la civilisation ancienne
des Australes de l’ouest avait bien plus de
points communs avec la culture de certaines
des îles Cook qu’avec celle de Rapa. Quant à
Raivavae, on y regardait autant, sinon plus,
vers l’est (sud des Tuamotu,
Mangareva) que
vers
Tubuai, à l’ouest, ou Tahiti. Pourtant il
semble bien
qu’à la veille du contact
George Vancouver
(1757-1798). Ce
navigateur anglais
découvre Rapa en 1791,
et y constate la présence
d’objets métalliques,
produits des échanges
interinsulaires.
Rapa. Cette île haute,
sommets escarpés,
était hérissée de
véritables fortifications
entourées de palissades
et de tranchées. Comme
dans la plupart des îles
de l’archipel, la
aux
population de Rapa
vivait, à l’époque de la
découverte, dans un état
de guerre quasi
permanent.
une
James Cook
(1728-1779). Premier
navigateur européen à
découvrir les îles
Australes, il aperçut
Rurutu, le 13 août 1769,
mais n’y débarqua pas,
et passa à Tubuai
en
66
documents
ethnographiques, linguistiques et
archéologiques tendent en effet à démentir
1777.
certaine
uniformisation culturelle ait
à se dessiner, sous l’influence
croissante des îles de la Société.
commencé
Les religions des Australes sont parmi les
moins bien connues de toute la Polynésie
orientale. Le culte de ‘Oro paraît toutefois
s’être implanté dans plusieurs des îles
Australes peu de temps avant le contact.
Certains
témoignages de missionnaires
indiquent d’ailleurs qu’une catégorie
particulière d’objets de culte de Rurutu
ressemblait fort aux lo’o tahitiens, alors que
effigies (des perches sculptées)
s’apparentaient directement aux staff gods
d’autres
LE ROYAUME CHRÉTIEN DES POMARE 1815-1827
des îles Cook. Les cérémonies avaient lieu sur
les marae des unités politiques et parentales
sont
Des guerres endémiques
Les marae des Australes
étaient des sites rectangulaires enclos et pavés,
aient disparu dans la dernière phase de Tère
Les populations étaient regroupées en villages
très densément peuplés, pouvant atteindre la
’ati ou ’opu, qui étaient des clans et lignages à
attestés par la tradition orale : les
victimes étaient enterrées à Tubuai sous les
marae. Mais il semble bien que ces pratiques
comprenant de nombreuses pierres et dalles
païenne. La société des arioi était également
présente aux Australes, et elle assumait à
base territoriale.
dressées, mais dépourvus des ahu à étages
caractéristiques des îles de la Société. Ils
jouaient aussi le rôle de sites funéraires.
Comme à Tahiti, une prêtrise spécialisée avait
souvent fait son apparition : ces sacerdotes
étaient nommés ’ara’ia à Rurutu, et à Tubuai
leur pouvoir était comparable à celui des ari’i.
Sacrifices humains et cannibalisme rituel
guerrière importante.
Les quelques spécimens de l’art des Australes
qui nous sont parvenus témoignent
éloquemment du raffinement des techniques
de sculpture sur bois : effigies divines de
Rurutu, chasse-mouches et plats cérémoniels,
pagaies sculptées et tambours de Raivavae
Rurutu
une
fonction
sont mondialement célèbres.
dimension
de
véritables
concentrations
urbaines, telle la cité côtière de Vitaria à
Rurutu
qui
d’habitation.
comptait
Dans
la
environ
300 sites
cas, la
plupart des
pression démographique avait fini par poser
un véritable problème d’accès aux ressources
et aux terres cultivables, à l’origine de violents
conflits entre chefferies rivales. A Rapa, la
population vivait à l’abri de villages fortifiés
construits sur les crêtes dominant les vallées :
ce
type d’habitat, outre sa fonction militaire,
permettait de libérer le reste de l’espace pour
la culture du taro. Aucun pouvoir centralisé
n’était apparu au début du XIX'^ siècle aux
Australes, ravagées par des guerres civiles
dont
la
mémoire subsiste
dans
encore
la
tradition orale. Seule Rurutu était parvenue à
cette époque à une certaine forme de
stabilité
et d’unification politique, au terme d’une série
de guerres opposant les deux moitiés de l’île. Il
certain, pour toutes ces raisons, que les
Australes se trouvaient engagées au tournant
est
du siècle dans une phase de rapides mutations
sociales, religieuses et politiques. Le contact
avec
l’Occident
processus,
dramatique.
de
ne
fit
manière
qu’emballer ce
particulièrement
De la découverte aux épidémies
Cook découvre Rurutu le 13 août 1769, mais
n’y débarque pas. Ce n’est que six années plus
que
Thomas Gayangos
Raivavae. Cook, deux ans après,
tard
découvre
aborde à
Tubuai. Bien plus tard, le 22 décembre 1791,
Vancouver mouille devant Rapa et s’aperçoit
lors de ses échanges avec les indigènes que
ceux-ci connaissent déjà le fer, ce qui atteste
de l’intensité des relations interinsulaires de
Détail d'un tambour
cérémoniel de Raivavae.
Cette partie du tambour,
en bois de tamanu
finement sculpté, était
surmontée de la
chambre de résonance
de l’instrument, tendue
de peau de requin et
gainée de pandanus
tressé.
Collier de Rurutu
(parure féminine). Les
artistes de Rurutu
excellaient dans le
travail du bois, mais
aussi de la nacre et de
l'ivoire. Certains auteurs
s'accordent à penser
Manche de chassemouches des îles
Australes. Caractérisés
par le sommet de leur
manche, qui représente
deux personnages
adossés, la plupart de
ces
chasse-mouches
proviennent de Rurutu,
où ils étaient l'apanage
des personnages de
haut rang.
que les pendeloques en
ivoire de ces colliers
représentaient "des
testicules humains et
des sièges de chefs"
(d’après T. Barrow :
“L’Art de Tahiti”).
l’époque. Rimatara attend 1821 pour être
reconnue par Henry. Entre le premier voyage
de Cook et les années 1820, les eaux des
Australes sont fréquentées par quelques rares
navires européens, dont peu font relâche. 11
n’en faut pourtant pas plus pour que des
épidémies ravagent ces îles, emportant
brutalement en quelques mois la majeure
partie de leur population. Les observations
premiers missionnaires et navigateurs
indiquent l’ampleur du désastre : ainsi,
Rurutu aurait vu sa population s’effondrer du
chiffre hypothétique de 6 000 à 200 habitants ;
Tubuai, réputée pour avoir été la plus peuplée
des Australes, ne compte en 1826 guère plus de
200 âmes ; Rapa perd les trois-quarts de sa
population cinq ans seulement après l’arrivée
des premiers missionnaires. Ce sont donc des
îles exsangues, en état de choc, qui vont se
convertir au christianisme. D’autant plus vite
sans doute que les missionnaires ne se privent
pas d’exploiter la détresse des survivants en
présentant les épidémies comme un châtiment
divin tout autant que comme preuve de
l’inefficacité des divinités païennes à assurer
le bien-être et la survie des populations. A
l’inexplicable, la nouvelle religion fournit une
interprétation, mais aussi une issue et un
des
remède.
67
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
La conversion
des îles Australes
au
consommer, sous peine de mort. Les Rurutu
n’en croyaient pas leurs yeux : cette
quadruple
transgression, ce défi sans précédent jeté aux
divinités
protestantisme
païennes
ne
sanction surnaturelle.
L’originalité de la conversion religieuse
des îles Australes réside dans sa soudaineté
autant que dans le rôle déterminant
qu’y ont
joué les évangélistes polynésiens de la L.M.S.
Ce ne sont pas en effet des missionnaires
anglais qui vont être à pied d’oeuvre aux
Australes, mais leurs disciples polynésiens :
dans deux cas au moins (Rapa et Rurutu)
ceux-ci étaient de surcroît originaires des îles
dont ils entreprirent la conversion. Ce facteur
facilita considérablement l’assimilation des
principes élémentaires de la nouvelle religion,
présentés dans la langue même des
populations concernées. Dans la plupart des
cas (Rurutu,
Raivavae, Tubuai) le terrain
avait d’ailleurs été préparé pour la conversion
par les voyages effectués sur des navires
européens par certains insulaires des
Australes, qui avaient pu être témoins des
changements religieux affectant les îles de la
fut suivi d’aucune
Le lendemain eut lieu une réunion des
et des prêtres, où Auura et les deux
chefs
évangélistes de Raiatea enjoignirent leurs
interlocuteurs de se convertir sans délai et de
brûler leurs “idoles”. On décida d’organiser un
grand lama’ara'a le lendemain, où les hommes
et femmes, chefs et roturiers
mangeraient
ensemble des nourritures réservées aux seuls
ari’i (comme
la tortue),
ou
interdites
aux
femmes (comme le porc). 11 fut entendu que
des conséquences de cette transgression
collective dépendraient la conversion de tous
la destruction des objets et des lieux de
culte. A l’issue du banquet, nul n’étant tombé
raide mort, la population se précipita sur les
et
effigies divines, les brûla ainsi
Grand tik\ en pierre de
Raivavae. Une des rares
effigies de culte de la
religion traditionnelle
ayant échappé à la
destruction lors de la
conversion au
protestantisme.
Comme dans ie reste de
la Polynésie, les tiki
représentaient soit des
ancêtres claniques, soit
des divinités.
Société autour des années 1814 et 1815. On
ainsi parler d’une sorte de
“conversion endogène” des îles Australes, qui
pour
à Rurutu
1820, fuyant la terrible épidémie
qui frappait son île, le jeune chef Auura quitta
Rurutu accompagné d’une trentaine des siens.
Il séjourna quelques mois à Tubuai, avant de
décider de regagner son île natale. Auura
reprit la mer mais une tempête dérouta sa
pirogue double qui dériva pendant trois
avant de
rencontrer enfin l’île de
Maupiti, à près de 700 km au nord de Rurutu.
Les rescapés arrivèrent à Raiatea le 8 mars
1821 où ils découvrirent avec
stupeur la
nouvelle religion et le nouveau mode de vie
institué par les missionnaires. Voir des
hommes et des femmes manger ensemble les
surprit
au
moins
autant
que
d’observer
l’abolition des cultes païens, la disparition de
la société des arioi et la réforme des mœurs.
Instruits et évangélisés par les missionnaires,
Auura et
compagnons ainsi que deux
Raiatea (Mahamene et Puna)
furent expédiés sur leur demande à Rurutu à
bord du brick Hope, avec pour objectif la
conversion de l’île.
diacres
ses
de
Ils débarquèrent à Rurutu le 8 juillet
1821, et, à l’émotion générale, s’employèrent
dès
leur
arrivée à transgresser
systématiquement les interdits de la religion
traditionnelle, choisissant pour résidence la
maison sacrée d’un marae lié au culte de ‘Oro,
où ils n’hésitèrent pas à manger, en
compagnie
de leurs femmes, non seulement la nourriture
qui leur avait été présentée, mais aussi les
offrandes destinées aux divinités que nul autre
que
68
les
prêtres
n’avait
l’autorisation
des Australes,
bien que d'un type
souvent différent de
ceux des îles de la
marae
A la fin de
semaines
Ci-dessous :
Un marae à Raivavae.
Hauts-lieux de la
religion ancienne, les
L’abolition du paganisme
de
trois
jour. Les objets de culte qui échappèrent à
cette frénésie de destruction furent
expédiés à
Raiatea comme trophées, où ils arrivèrent le 9
août 1821, pendus par le cou aux vergues de
l’embarcation qui les ramenait de Rurutu,
témoignant ainsi de la conversion de cette île
pourrait
cette raison fut la plus rapide en
Polynésie, mais aussi la moins soumise à des
remises en cause ultérieures. L’exemple de
Rurutu est de ce point de vue particulièrement
caractéristique.
que
édifices sacrés où celles-ci étaient conservées.
Les marae de l’île furent tous démolis le même
Société, avaient des
fonctions
cérémonielles, sociales
et politiques analogues.
LE ROYAUME CHRÉTIEN DES POMARE 1815-1827
qui allait devenir par la suite l’un des plus
solides
bastions
du
protestantisme
polynésien.
Évangélisation et stratégies
politiques
Dans le reste des Australes, la conversion
nominale était acquise dès la fin des années
1820, grâce aux efforts des missions de
Raiatea, à l’ouest, de Tahiti et de Moorea, à
l’est. A Rapa, deux natifs de l’île, Paparua et
Aitareru, instruits par J. Davies à Papara,
premiers agents de
l’évangélisation. Rimatara se convertit sous
furent
en
1825
les
l’influence des nombreux habitants de cette île
réconcilia
qui furent témoins des événements de juillet
1821
à
Rurutu.
En juin
1822, deux
évangélistes de la mission de Bora Bora
géliser la population et de partager le pouvoir
avec un chef local. L’abolition de la religion
s’installèrent à Rimatara. Mais les
furent
lents
:
John
Williams
progrès
constata
en
janvier 1829 que si 88 habitants savent lire, ils
sont bel et bien “ignorants du sens de ce qu’ils
lisent’’ : l’évangéliste Fa’arava, “de peur de se
tromper’’ s’était abstenu de tout commentaire
sur
les textes.
A Tubuai et Raivavae, la conversion fut
directement liée à des enjeux
politiques. En
octobre 1819, Pômare II visita ces deux îles et
y
imposa
son
protectorat. A Raivavae,
il
les deux factions en guerre, et
confia à un de ses agents. Para, le soin d’évan¬
ancienne eut lieu à la fin de 1820, à l’issue d’un
grand rassemblement de tous les chefs de l’île,
deux ans avant l’arrivée d’évangélistes de
Moorea. Tubuai, en reconnaissant l’autorité
de Pômare, accepta, elle aussi, de se convertir.
La mission de Matavai y envoya les évan¬
gélistes Ha’apunia et Samuela en juin 1822.
Mais la conversion n’alla pas ici sans heurts, et
une partie de la population, avec à sa tête un
chef déchu, prit le maquis avant de se
soumettre à l’ordre
missionnaire.
Raiatea. Fuyant les
épidémies, plusieurs
Rurutu dérivèrent
jusqu'à Maupiti. lis
furent pris en main par
ies missionnaires
anglais de Raiatea, qui
ies instruisirent et ies
renvoyèrent convertir
leur île, en juillet 1821.
Dessin de H.B. Martin.
Ëgiise de Rimatara. En
débarquant pour la
première fois à
Rimatara, les
missionnaires anglais
eurent la surprise d’être
accueillis par une
population impatiente
d’embrasser la foi
nouvelle, tant elle avait
été frappée par les récits
des événements ayant
accompagné la
conversion de Rurutu.
Sépultures chrétiennes
de la famille royale de
Rimatara. Qu’ils soient
chrétiens ou pa'iens, les
lieux de sépulture des
ari'i demeurent toujours
entourés aux îles
Australes d’un profond
respect, où se mêle la
crainte de sanctions
surnaturelles.
'I'AMakvaii I
Alîll III07
mii; ail mk.
•IMA 11IGS’ \
,
M iner.
POHKlAi
taiuiamaI'I'iIrani
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Tt;i’AI023l’IIIU:»ll
'i’ÈAOATllîA
La disparition d’une
civilisation. L'essentiel
de l’évangélisation des
Australes ayant reposé
sur les évangélistes
scrupules que les
n'eurent pas les mêmes
parvenus jusqu’à nous.
tahitiehs, ceux-ci
missionnaires à détruire
les objets témoins des
croyances anciennes et
des structures sociales.
Rares sont ceux qui sont
69
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
Les Tuamotu
1817 : c’est la fin de l’exil tahitien pour un
“grand nombre” d’insulaires des Tuamotu
qui, une vingtaine d’années auparavant,
vaincus et expulsés de leurs îles natales par les
guerriers d’Anaa, ont trouvé refuge à Tahiti
où Pômare I puis Pômare II, ari’ide Pare, leur
ont accordé l’hospitalité tout en dissuadant
leurs adversaires lancés à leur poursuite de les
Ils rentrent donc dans leurs atolls
du Vahitu et du Mihiroa - les deux divisions
massacrer.
“politiques et linguistiques” du nord-ouest de
l’archipel - “instruits par les missionnaires”,
précise W. Ellis. En effet, entre-temps, tout
comme les sujets de Pômare II
qui contrôle
désormais politiquement la Grande Ile, ils ont
,
“détruit les idoles qu’ils avaient emportées
avec eux”.
On
ne
sait
pas
grand-chose des
circonstances précises dans lesquelles s’est
effectué ce retour ; l’événement n’en est pas
moins important et significatif ; à un double
titre. D’abord parce qu’il est le point de départ
dans l’ordre politico-religieux et dans l’ordre
socio-économique de toute une série de
changements. Grâce aux écrits de certains
voyageurs et des premiers missionnaires de la
L.M.S., dont B. Danielsson a fait la synthèse,
il est possible aujourd’hui de les décrire
brièvement et d’en apprécier la portée pour la
période qui nous intéresse (1815 - 1827). Une
analyse extérieure à la société paumotu est
toutefois insuffisante, car elle ne prend pas en
compte le contexte historique spécifique qui a
produit l’événement, en d’autres termes la
situation qui prévalait dans l’archipel à la fin
de l’ère pré-européenne. Un contexte difficile
à cerner car, si son analyse relève pour une
part des observations, biaisées, éparpillées
dans les sources historiques déjà citées, elle
procède surtout des informations contenues
dans les traditions insulaires ; des traditions
difficiles à interpréter. Elles ne sont pas
seulement
lacunaires, contradictoires et
parcellaires, chaque communauté insulaire
ayant son histoire propre ; elles mêlent
également sans cesse le mythe et la réalité.
Grâce aux travaux des ethno-historiens, et
notamment de P. Ottino, on peut néanmoins
tenter de clarifier ce dossier. Et c’est par là
bien entendu que nous commencerons.
Un archipel ouvert
Le “droit d’asile” accordé par Pômare aux
réfugiés paumotu n’est pas un événement
fortuit : il est d’abord l’ultime conséquence des
70
guerres
qui ravagent le centre et l’ouest de
l’archipel depuis le XVIP siècle et qui, du fait
des gens d’Anaa, atteignent leur “point
culminant” entre 1800 et 1815. Il traduit aussi
l’existence de certaines relations
“traditionnelles” entre les Tuamotu et Tahiti,
des contacts dont apparemment, en fin de
période, Pômare est un acteur essentiel.
On peut supposer, la géographie et la
faiblesse
des
effectifs
démographiques le
donnent à penser, que les toutes premières
communautés humaines qui se sont installées
dans les îles basses à l’aube de l’histoire de
l’archipel sont restées longtemps isolées du
monde
extérieur,
tendraient
surtout
si,
comme
à le prouver les travaux de
l’archéologue J.M. Chazine, elles n’étaient pas
originaires de Polynésie orientale. On sait en
revanche que ces “premiers occupants” ont été
progressivement submergés par des Ma’ohi
venus des archipels voisins : la carte des “aires
culturelles” que l’on peut construire d’après
les travaux des chercheurs du Bishop Muséum
n’est sûrement pas sans rapports,
dans ses
répartitions spatiales, avec cette histoire du
peuplement. Les habitants des atolls de l’est,
au-delà de Hao, auraient pour ancêtres des
insulaires venus des Marquises et des
Gambier, alors que les résidents du centre et
de
l’ouest
seraient
les
descendants
de
Polynésiens originaires des îles de la Société.
Que les uns et les autres,après une longue
période initiale d’isolement, aient, selon la
conjoncture du moment, entretenu des
dans les généalogies et les chants traditionnels
qui relatent les alliances et les exploits des
guerriers, les objets (herminettes de basalte)
trouvés par les archéologues, l’attestent. Que
s’agissant de Tahiti, ces relations aient été plus
intenses, c’est probable et normal, d’autant
plus que les gens du Mihiroa et du Vahitu
parlent un langage voisin du tahitien et très
différent des autres dialectes paumotu. Fautil enfin rappeler, pour revenir à notre propos
initial après l’avoir situé dans son contexte
général, que Pômare a des ancêtres originaires
de Fakarava et d’Anaa, ce qui le qualifie tout
particulièrement
pour
affaires de l’archipel.
intervenir dans les
La domination d’Anaa
Ces contacts
environnant ne
l’univers ma’ohi
constituent qu’un aspect,
avec
particulièrement important pour l’avenir, du
développement de la vie sociale au sein de
Lance conservée au
Bishop Muséum.
Principale arme
offensive et défensive
des anciens guerriers
des Tuamotu, elle est en
passe, à l'époque qui
nous
préoccupe, de
devenir un accessoire
chorégraphique.
relations amicales ou hostiles avec leurs
lointains parents, les informations contenues
Le commodore Byron,
navigateur anglais, est
l’un des premiers à
traverser le nord des
Tuamotu, en 1765.
Ci-dessous :
Atoll. Cette gravure,
attribuée à Wallis,
représente un atoll non
localisé où les cocotiers
sont particulièrement
nombreux. Un
phénomène qui est loin
d'être partout répandu
dans les Tuamotu à la fin
du XVIII' et au début du
XIX', et qui pourrait être
lié, si l’on en croit
certaines traditions
rapportées par K. Emory
et P.
Ottino, au
dynamisme
colonisateur des gens
d'Anaa.
LE ROYAUME CHRÉTIEN DES POMARE 1815-1827
l’archipel. Comme l’a souligné B. Danielsson,
chaque atoll ou “chaque paire d’atolls” ( AheManihi, Raroia-Takume...) constitue sans
aucun doute à l’origine, à l’instar des autres
principautés polynésiennes, une entité sociopolitique et économique indépendante. Or, si
l’on en croit les traditions concernant certains
atolls comme Anaa, Fakarava ou Rairo, que
constate-t-on, il y a trois ou quatre siècles ?
L’existence
de
communautés
insulaires
relativement
riches
en
effectifs
démo¬
graphiques et suffisamment bien organisées
socialement et techniquement pour avoir
réussi à maîtriser les conditions matérielles de
reproduction, grâce notamment à
l’aménagement des fosses à tara (maite) et à
une
certaine diffusion du cocotier, dans
laquelle Anaa, semble-t-il, joue un rôle
important. Autant de facteurs favorables à la
conduite d’une politique d’expansion terri¬
toriale qui est l’objectif majeur à atteindre
pour tout chef polynésien qui se respecte. On
peut supposer que, dans un premier temps,
cette expansion, tout en provoquant des
guerres locales destinées à régler un certain
nombre de problèmes de préséance, a surtout
revêtu des formes pacifiques : développement
des relations matrimoniales entre gens d’atolls
leur
même aire culturelle,
échanges de biens... Une solidarité qui a dû
prendre un tour nettement politique quand les
Tepoto (N.)
insulaires du nord-ouest ont eu à faire face à la
politique violemment expansionniste d’Anaa
qui, après avoir “conquis” le centre de
l’archipel et repoussé les assauts de Fakarava,
va se lancer dans une guerre de représailles
contre les gens du Mihiroa et du Vahitahi qui,
vaincus, doivent s’exiler à Tahiti où ils sont
accueillis par Pômare. L’histoire reprend où
nous l’avons laissée, mais elle va changer de
Matahiva
O
Tikehau
Ahe.„.
Rangiroa Z)
Q ^ Napuka
napuka
Takaroa
Manihi
appartenant à une
^
(P
Oïakapoto
ArutuaO^P®*®^'
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TAUARQ.KaukuraVj rv
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(TARAVAIA) nJ OKauebb"
MIHIROA
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FANGATAU
TAUTUA
•
Anaa^b
..
°
Taku^
^Fakahina
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MarokauO
RavahereO
TAMAftORE
Amanu-Runga® O
•
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.-^--.Peac
MAIFtA’NGATOfîEAREA '•V. Q-,
Nengonengo <->
Amanu-Raro O
trouve, selon W.
Creko?afâO.. '^^"''mARANGAI-^OA
FiikueruO
Flereheretue 0
Parmi les réfugiés qui retournent au fenua se
Tauerç,,.
Marute;,grv
—
Motutunga
PARATA
grandissantes
Fangatau
Taent
^ O ^MaJ<emo
“
TAPUHOE
Fakarava^^w]^
O(Tehuata) ^Tatakotb
Faite'T'^^
°
Tahanea
NiauO
Des influences européennes
(TUPITIMOAKE)
TAPUHOE
(tadav/aiai
(PUTAHI)
Ellis, “un homme pieux et
auquel on avait enseigné à lire”, Moorea, qui
rentre dans son île natale, Anaa, où il a tôt fait
de convertir ses compatriotes, “à l’exception
des habitants d’un district”. Une efficacité qui
donne à penser que Pômare exerce déjà une
autorité certaine sur cette île, l’autorité qui.
O
O Tikei
VAHITU
0 Parap*?
'^dlfutavake rÊa'Ô
ManuhangiA^^^^'MARAylAf' ""koKeTo""
VanavanaO
MatureivavauO
Nukutipipi
O
Carte des grandes aires
socio-politiques et
linguistiques
traditionnelles, d'après
Vahanga
TenararoO Q-^enarunga
Tematangi
M
^O
0
Marutea-Runga
<S Maria
) O
Fangataufa
0
J.F. Stimson et
D.S. Marshall.
Morane
Pirogue double pontée
de 10,50m de long sur
1,40m de large.
En haut :
Fosse de culture plantée
en
tara, photographiée
par K. Emory dans les
années 1930. Elle
constitue l'un des
derniers vestiges d'une
technique agricole qui
permettait aux anciens
Paumotu d'assurer une
production vivrière
relativement abondante.
71
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
précisément, lui permit de mettre fin aux
hostilités entre les adversaires d’hier. Une
autorité et, par le fait même, une conversion
qui demeurent quand même superficielles
puisque la guerre ne tarde pas à reprendre et
que la paix ne sera définitivement conclue
qu’en 1821 à l’occasion d’une réunion tenue à
Moorea où Pômare convoque les deux parties
en présence et leur
impose sa médiation. Cet
arbitrage sanctionne en fait sa souveraineté
sur le centre et l’ouest des Tuamotu.
situés
à
l’est
Les atolls
de
Hao, “qui n’ont aucune
importance pour les chefs”, selon T. Henry, ne
semblant pas concernés par cet accord. Un
accord qui prévoit en effet que les chefs
“traditionnels”, Tepeava et Tufariua,
conservent leurs prérogatives sur le Vahitu et
sur le Tapuhoe, qui regroupe les îles du centre,
tandis que le souverain tahitien désigne des
hommes à lui, tel Vaira’atoa, qui s’installe à
Kaukura, et Ari’ipaea, qui siège à Anaa, pour
prendre en charge les destinées du Mihiroa et
du Putahi.
Les
missionnaires, tout
en
étant
les
meilleurs
agents
politiques
de
Pômare,
n’oublient évidemment pas le service de Dieu
dont les actions, si l’on peut dire, progressent
rapidement. Au point qu’en 1822, comme
l’écrit B. Danielsson, les habitants de l’ouest
des Tuamotu sont “nominalement” chrétiens
et
l’autorité du souverain tahitien reconnue,
moins
dans son “principe”. Une
bien entendu, satisfait les
commerçants et les aventuriers de tous poils
qui fréquentent les parages de l’Archipel
Dangereux. Dès 1722, Behrens, un officier du
navigateur hollandais Roggeveen, a signalé
qu’on pourrait “établir” dans les lagons des
Tuamotu des “pêcheries de perles très
avantageuses”. Un projet qui n’a pas abouti en
tout
au
situation
qui,
raison de l’hostilité des insulaires. Ces temps
paraissent révolus et les “pêcheurs” anglais et
américains affluent. Le produit de leur activité
reste encore toutefois modeste d’autant
que la
sécurité
de
navires,
pour leur propre compte ou pour
la nouvelle souveraine de Tahiti,
l’entreprise n’est
toujours
garantie. En effet, des Paumotu pillent les
celui de
pas
Pômare
IV, qui a eu l’idée, nouvelle en
Polynésie orientale, de taxer le produit de la
pêche et de charger ses sujets du recouvrement
de cette prestation. Une tâche dont les gens
d’Anaa, toujours eux, s’acquittent avec la plus
extrême vigueur, quand ils arraisonnent le
brick anglais Dragon dont l’équipage est
gravement molesté. Après quoi, en bons
chrétiens, ils vont s’acquitter de leurs obliga¬
tions religieuses... Un incident qui, à la suite
de l’intervention d’un navire de guerre de Sa
Gracieuse Majesté, conduira Pômare Vahiné
à résipiscence tout en annonçant des temps
nouveaux. Un incident qui, à tout le moins,
prouve que l’ordre politico-religieux tahitien
qui règne dans l’Archipel Dangereux est
encore trop précaire pour
garantir la liberté
du commerce. Un ordre, il convient de le
préciser, qui ne concerne pas les lointaines îles
de l’est où sévissent toujours le paganisme et
l’anthropophagie. Les missionnaires catho¬
liques, et avec eux la France, ne sont pas
encore
intervenus pour remédier à cette
fâcheuse situation.
Pirogue double. Plus
trapue que la
précédente, elle servait
dans les années 1840 à
transporter à Tahiti de
l’huile de coco et du
poisson séché.
Illustration in
C. Wilkes.
Une “cabane” indigène
qui, écrit Charles Wilkes,
protège mal du soleil et
pas du tout de la pluie.
Indigène de Napuka. De
telles gravures ont sans
doute beaucoup fait
Vieux “chef” de Raraka
dont un bras a été
dévoré par un requin. Il
missionnaires, selon
laquelle les habitants de
tatoué, comme il se doit
pour accréditer l’idée,
répandue par les
l’est des Tuamotu
étaient des “sauvages”,
vivant dans leplusgrand
dénuement matériel et
moral. Illustration in
C. Wilkes.
est abondamment
étant donné son statut
social, et peu vêtu. Les
missionnaires ne sont
pas encore passés par
là. Illustration in
C. Wilkes.
.1', ' 7
72
-X'"
5 Une société nouvelle
A l’apogée de la monarchie depuis
des Pômare,
Il estWallis,
particulièrement
de faireont
le point
qu’avec
1767, lesutile
Tahitiens
pris
le chemin parcouru
en
l’habitude d’accueillir, de recueillir ou de subir une présence européenne qui s'est faite
sur
progressivement plus fréquente, plus lourde et plus célèbre avec les années.
Quelques dates repères sont autant de bornes sur le chemin qu’a suivi cette
monarchie. 1797 -1801 : arrivée en force des missionnaires ; 1815 : victoiredes royaux
chrétiens sur les nationalistes-traditionalistes ; 1821 : mort du souverain unificateur ;
1827 : avènement du long règne de Pômare Vahine IV, qui nous amène des séquelles
de la Polynésie ancienne aux prémices delà Polynésie actuelle, et nous fait transiter de
la modernité introduite par le XVIIP à la tradition prise en compte par le XX®.
Ces dates clés ne font pas apparaître ce qui est peut-être l’élément essentiel du
devenir des sociétés polynésiennes : la terrible chute démographique que subit la
population. La mortalité effroyable demeure la caractéristique de cette période et doit
toujours être présente à l’esprit.
Tradition et
modernité :
un nouvel ordre
politique
provocateurs
Parlons
succède
à
modernité, de la modernité
et
de
osons forcer le
la tradition qui
ancienne et de la tradition nouvelle.
faut
savoir
départir,
histoire
qui
opposent une Polynésie ancienne à une
Polynésie nouvelle, une société traditionnelle
à une société moderne, un Tahiti pré-colonial
des
notre
sens,
deux
XIX® lorsque la Polynésie découvre l’Europe,
technique, ses appétits marchands,
ardeurs missionnaires, l’autre de nos jours
son avance
ses
l’irruption de la modernité de cette fin de
se
schémas
rapides et de toutes sortes
incite les Tahitiens à penser leur passé
immédiat en termes de paix, d’harmonie,
d’équilibre, d’âge d’or : c’est l’époque
historique de référence avec le coprah, les
pupu, les districts, l’Église (protestante) toute
puissante ; or, si cela représente la tradition, il
s’agit d’une tradition récente qui s’est élaborée
lentement tout au long du XIX® siècle, sur les
vestiges d’une tradition plus ancienne, celle de
la Polynésie d’avant l’arrivée des Européens,
bouleversements
Soyons
Il
A
XX® siècle. Notre fin de XX® siècle avec ses
vocabulaire.
tahitienne,
colonial.
révolutions majeures ont affecté cette his¬
toire : l’une à la fin du XVIIP et au début du
avec
Tradition et modernité
la
Tahiti
au
en
dualistes
les apports d’une première modernité
introduite par ces derniers à travers les
et avec
navigateurs, les missionnaires, les marchands.
En histoire tahitienne,
que
la modernité et la
caractérisent pas de façon
absolue
ne
des
Un nouvel ordre politique
Entre 1767 et 1842, un nouvel ordre politique
se substitue à l’ordre ancien (du moins à l’or¬
dre que nous pouvons repérer dans les derniè¬
siècle). Ce nouvel
caractérisé, apparemment, par une
structure
parente des monarchies sinon
constitutionnelles, du moins “tempérées” que
l’on trouve dans l’Europe de la fin du XVIII®
siècle et du début du XIX® : un souverain, une
administration locale, une assemblée
res
décennies du XVIII®
ordre est
réprésentative.
lorsque meurt encore
enfant son demi-frère
Pômare III. La jeune
souveraine est décrite
jeune fille
vive, expansive et
espiègle. Jugée
intelligente par les
missionnaires anglais bien qu’elle n'ait pas la
patience de supporter
leur enseignement -, elle
les inquiète également
par ses moeurs libres.
Son mariage en 1822
Tapoa de Huahine
(qu’elle répudiera en
1834) ne modifie guère
son comportement. La
jeune reine est la
première des Pômare à
venir se fixer à Papeete,
encore pratiquement
avec
déserte à cette date.
■—
tradition
époques, mais qu’elles sont relatives et en
constante évolution, la tradition tendant à se
renouveler et à se moderniser, la modernité à
s’enraciner en tradition, l’une et l’autre
constituant deux phares à la lumière desquels
l’histoire déroule son cortège d’événements.
D’autre part, que tout apport étranger n’est
pas absorbé tel quel par la culture tahitienne
mais qu’il est interprété, digéré, modifié avant
d’entrer dans le corpus des choses tahitiennes,
avant d’être accepté par le peuple tahitien ; et
inversement, que la tradition n’est pas chose
figée mais qu’elle évolue constamment en
fonction de la nouveauté et de son acceptation
par la société.
Aimata prend le nom de
Pômare IV en 1827,
comme une
il convient de ne
pas oublier deux points essentiels. D’une part,
LA POLYNÉSIE S'OUVRE AU MONDE
Le souverain est roi {ari’i rahi ou ari’i tout
court) : c’est Pômare II de 1815 à 1821, un
cadet Pômare 111 de 1821 à 1827, une fille
Aimata, Pômare Vahiné IV, à partir de 1827.
Comme Pômare III est mineur, il y a une
régence détenue par une autre Pômare
Vahiné, tante maternelle de Pômare III et
d’Aimata. La rupture est donc complète,
apparemment, avec l’ordre ancien, ce pour
deux raisons
Le Royaume de Tahiti a une
.
plus précise que l’ancienne
organisation politique tahitienne : il porte sur
Tahiti, Moorea et des îles de l’ouest des
Tuamotu ; l’ancienne organisation politique,
si elle n’excluait pas de multiples liens
familiaux, cérémoniels, économiques entre
consistance
archipels, n’acquérait une certaine réalité
qu’au niveau de chacun d’eux. Ceci dit, des
processus d’unification étaient en cours : aux
îles du Vent, avec les entreprises de Pômare I,
aux îles Sous-le-Vent, avec l’hégémonie de
Bora Bora. Ensuite et surtout, le Royaume de
Tahiti a une structure complètement
différente : dans l’ordre ancien de la fin du
XVIIP
Tahiti,
siècle,
HAPAI
(Teu)
comme
Moorea,
•
forment
des confédérations très lâches
d’unités politiques ayant un ari’i à leur tête et
reconnaissant épisodiquement, en fonction
d’hégémonies peu durables, un ou plusieurs
souverains supérieurs dont le titre est validé
par son rattachement à un marae (lieu de
culte) important.
Ainsi
Moorea,
d’après les traditions
transmises par la princesse Ariitaimai et la
reine Marau Taaroa, a formé à la fin du XVIP
long du XVIIP siècle une hégémonie
soumise aux princes de Haapiti, Marama, qui
et au
se donneront le titre à’ari’i nui pour
de
s’efforceront
marae de
se
rattacher
au
Moorea et
principal
l’île, Nuurua, dont le titre est détenu
par une autre famille,
Punuateraitua, et qui
localisé dans la chefferie de cette famille,
est
Varari.
A
Papara,
Tahiti, jusqu’en 1768, les Teva de
semblent
côte sud
la
sur
reconnus
comme
de Tahiti-nui,
ari’i nui ou ari’i
rahi (ce dernier terme est un peu plus faible
le premier) par la plupart des chefferies
que
tahitiennes.
Leur
défaite
en
1768, causée
TETUPAIA I HAUIRI
(descendante des Tamatoa)
principalement par l’attaque venue de la
presqu’île de Taîarapu, leur enlève des
insignes de suprématie, une ceinture de
plumes rouges (maro’ura) et une image (to’o)
du dieu ‘Oro qui est, à l’époque, la déité
principale des îles de la Société. Taiarapu
forme à cette époque une confédération de
principautés reconnaissant la suprématie des
Vehiatua (de Tautira et Teahupoo) qui
portent le titre à'ari’i rahi.
Pômare
Les
eux-mêmes,
ne
sont
à
l’époque qu’an’f de Te-Porionu’u
grand-oncle de Pômare I, paraît être le chef
militaire de Te-Porionu’u (le chef “tribal”
selon D. Oliver) et a des titres sur le marae de
Paea sur la côte ouest, va obtenir la garde du
to’o de ‘Oro et du maro’ura enlevés aux Teva
Papara en 1768. Ensuite, cette image et
insignes de suprématie, seront
amenés à Tarahoi, le principal marae des
Pômare, lesquels vont prendre le titre d’an’;
rahi. Enfin, on peut rappeler comment, par la
de
cette ceinture,
création d’une nouvelle chefferie Te Aharoa,
(portrait imaginé)
■ITIA
1743-1803
chef de Pare-Arue
partir de la côte nord,
tendre à restructurer Moorea autour de leur
au détriment, et des Marama de
Haapiti, et des Punuateraitua de Varari, cela
peut-être en liaison avec le développement du
culte du dieu ‘Oro, dont un marae Taputapuatea a été construit sur la côte nord, à
Papetoai.
famille et
(fille du chef
de Moorea)
(Tu)
vont
c’est-à-dire de l’ensemble formé par les deux
districts de Pare et d’Arue. Mais ils vont
tendre à confédérer autour d’eux les districts
de la côte est. En outre, Tutaha, qui est le
les Pômare vont, à
POMARE I
qui
finalement obtenir la souveraineté de Tahiti,
[Te Porionu’u]
De l’aristocratie à la monarchie
On sait bien que, formellement, la différence
ce système d’aristo¬
religieuse de la Polynésie
ancienne et la constitution monarchique,
administrative et représentative du Royaume
chrétien. Pourtant, a y regarder de près, les
différences ne sont/ pas si évidentes qu’il y
paraît, d’autant que l’évolutîon politîque,
entre la mort de Pômare II et l’établissement
du protectorat français, manifeste le retour en
force du pouvoir des grands chefs.
Durant cette période, les îles de la Société
traversent une crise grave d’origine religieuse,
le mouvement Mamaia (voirpp. 126-127), qui
correspond dans le même temps - et par
rapport à la forte autorité manifestée par
Pômare II auparavant - à un affaiblissement
de l’autorité royale : “régence” de Pômare
Vahiné sous le règne de Pômare III, faiblesse
de la jeune Aimata, à ses débuts de reine
est
considérable entre
cratie militaire et
TEREMOEMOE
POMARE II
(fille de Tamatoa II)
1774-1821
POMARE III
(Teri’itaria)
1820-1827
(portrait imaginé)
TERI’ITARIA
^
(fille de Tamatoa II)
j
ARIIFAITE
POMARE VAHINE IV
fils d'un chef de Huahine
(Aimata)
1813-1877
Pômare Vahiné IV.
Généalogie de la famille
royale des Pômare. Les
forces et les faiblesses
de cette dynastie
apparaissent sur ce
tableau simplifié.
L'appui de l'aristocratie
guerrière des îles Sousle-Vent est concrétisé ici
par la série d'unions
entre les Pômare et les
POMARE V
(Ariiaue)
1839-1891
74
Marau SALMON
1860-1934
chefs de Raiatea
(Tamatoa). La mort de
Pômare II, qui laisse le
royaume aux mains d'un
enfant d'un an, puis
d'une jeune fille de
14 ans, faillit porter un
coup fatal à cette
dynastie naissante.
UNE SOCIÉTÉ NOUVELLE 1815-1827
La crise aidant, ce sont un certain
nombre de grands chefs, soit les représentants
ayant fait
allégeance à Pômare II et qui ont été ré¬
des familles
ari’i traditionnelles
district, soit les
compagnons du roi investis des fonctions de
tavana dans les districts vacants, qui, ou bien
investis dans
comme
membres
leur propre
officiers
locaux,
ou
bien
comme
éminents de l’assemblée mise
en
place au moment de la promulgation du
premier code de lois, vont former de fait, et
souvent indépendamment de la reine après
1827 (parce que celle-ci se fourvoie dans de
mauvaises affaires) l’état-major du pouvoir.
La garde de la régence
Le prestige des
Pômare ne peut que se
en 1823.
trouver renforcé par la
présence de ces gardes
armés chargés de faire
appliquer les volontés
de la régente, puis de
Pômare Vahiné IV. Là où
certains ne voient que
des soldats dépenaillés
dont les uniformes
dépareillés cachent mal
les tatouages, mieux
vaut remarquer que tous
les symboles de prestige
sont ici réunis :
coiffures et épaulettes
militaires, plumes,
armes blanches et armes
à feu. Dessin original de
J.L. Le Jeune.
Ceci non sans différentes péripéties, sans
inopinés et temporaires de
qui ébranleront provisoirement le
pouvoir de ces grands chefs, qui, dans leurs
terres, demeurent en fait souverains, à l’image
des anciens ari’i. Le nouvel ordre politique
élaboré après 1815 apparaît ainsi, dans ses
débuts, et surtout après la mort du roi Pômare
II, comme une coquille vide qui ne prendra
réalité, paradoxalement, qu’avec le
retournements
situation
Protectorat
:
car
c’est
dernier que différents
sous
l’autorité de
ce
éléments de ce nouvel
ordre vont prendre du relief : l’assemblée,
l’administration, avec l’organisation de
services
généraux à la capitale et le
développement des rouages locaux ; la reine
elle-même qui, bien que partageant le pouvoir
avec le commissaire français, voit s’accroître
ses prérogatives à cause de la plus grande
efficacité de l’administration, et aussi, parce
qu’elle devient, tant pour les Tahitiens que
pour les
représentants de la puissance
protectrice, la pierre angulaire du pouvoir
dans le Royaume des États du Protectorat.
Ci-dessous :
Navire missionnaire
quittant l’Angleterre.
Ce type de gravure
illustre bien “l'ardeur
missionnaire" de la
Grande-Bretagne de la
fin du XVIII“ siècle aux
30 premières années du
XIX'. Les pasteurs
britanniques vont
contribuer à installer
à Tahiti un nouvel ordre
qui ne remplacera
efficacement et
réellement l’ancien qu’à
l’instauration du
Protectorat.
75
LA POLYNÉSIE S'OUVRE AU MONDE
Tradition
et modernité :
Le nouvel ordre
Dans les textes, de sources concernant non
plus la Polynésie ancienne, mais la société au
milieu du siècle, il y a, en gros, trois catégories
nouvel ordre
social
un
A notre sens,
d’habitants : les hui ra’atira, les hui ari'i et les
’iatoai.
la transformation sociale
peut-être plus profonde, à terme, que la
transformation politique.
Là encore, il
conviendra d’être prudent et de distinguer
est
l’apparence de la réalité.
On ne dispose pas à proprement parler de
sources qui décrivent la situation sociale au
XIX^ siècle, seulement des états nominatifs
des chefs en place vers le milieu du siècle (par
exemple : “L’état de Tahiti” par le capitaine
Ribourt).
En revanche, on dispose d’études sur
l’ancienne société tahitienne, mais telle qu’elle
pouvait être décrite par des informateurs qui
n’avaient connu les temps anciens que dans
leur prime jeunesse ou même par les écrits de
Les hui ra’atira forment la base de la
population. L’acception du terme est en
quelque sorte celle de citoyens. Ils regroupent
toutes les personnes qui avaient le statut de
ra’atira ou un statut inférieur.
Les hui ari’i sont constitués par
(f ari’i)
le roi
et les personnes qui lui sont
étroitement apparentées. Ses parents éloignés
ou très éloignés ne sont pas hui ari’i. Les hui
ari’i du X1X‘= siècle sont donc très différents de
ceux
du Tahiti ancien : cela vient de ce que les
termes
ari’i, ari’i rahi,
ne connotent
plus les
princes, les chefs, les rois, les souverains en
général dans des îles qui admettaient un chef
par vallée ou petite île, mais à Tahiti, un
souverain unique : les hui ari’i sont alors les
proches de la lignée qui s’est constituée à
partir de Pômare IL
Restent les très nombreuses familles des
ari’i locaux de Tahiti et de Moorea qui n’ont
pas accédé à la nouvelle royauté, mais sont
devenus tes officiers des nouveaux souve¬
rains : on parle à propos d’eux d’anciens chefs.
Restent aussi leurs parents qui n’ont pas le
titre de tavana ou d’anciens tavana.
Les ’iatoai sont
leurs propres parents ou aïeux. De ce fait, ces
recueils
incorporent des éléments que leurs
auteurs ont pu croire venant du lointain passé
tahitien
alors qu’ils reflètent des
transformations plus récentes. Un décryptage,
à partir de ces documents, est donc nécessaire
pour saisir le passé réel et non un passé
reconstruit par les informateurs du XIX’^
siècle. En revanche, ce passé reconstruit est
susceptible de donner des indications sur les
institutions du XIX^ siècle.
L’ancien ordre
La hiérarchie sociale ancienne, telle qu’elle est
décrite dans les sources de la fin du XVIIE
siècle, fait apparaître, en dépit des variantes
géographiques ou d’auteurs, trois niveaux : les
ari'i (princes, rois, grands chefs et leurs
parents ou alliés) ; les ra’atira (chefs en
dessous des ari’i, propriétaires fonciers, voire
“roturiers”, hommes libres) ; les manahune
(dépendants). En réalité, les classifications
peuvent être plus complexes, faisant place à
plusieurs catégories d'ari’i, ménageant entre
les
ari’i
et
intermédiaires
des
ari’i,
les
ra’atira des catégories
les to’ofa, “officiers”
comme
faisant
apparaître
à
côté
des
manahune diverses catégories de serviteurs.
Certaines de ces catégories reflètent moins le
rang social que la
manahune peut être
fonction. Le sort des
divers selon les lieux :
hommes libres ou dépendants. Enfin, l’on ne
peut pas faire abstraction du fait que bien des
auteurs ont dessiné une hiérarchie influencée
par leur propre modèle culturel, celui de
l’Angleterre du XVIIU siècle, avec son
aristocratie, sa gentry et ses commoners.
Au XIX"^, les auteurs dressent, à leur
suite, et avec l’apport de nouveaux
informateurs, des hiérarchies à peu près
semblables, à la seule exception près qu’elles
font place à une catégorie qui n’était pas
apparue jusqu’alors, celle des ’iatoai, traduits
le plus souvent par “sous-chefs”, tandis que
disparaît une autre catégorie, celle des to’ofa.
Ces novations posent problème : n’est-il pas
permis de se demander si elles ne reflètent pas
la situation qui tend à prévaloir au milieu du
XIX*^ siècle ?
76
Vue de la demeure du
pasteur Crook. Revenu
en Polynésie en 1816,
W. Crook participa à la
désignés comme sous-
chefs, et généralement apparentés aux anciens
chefs locaux {ari’i). Un exemple est celui de
Vara, chef d’Afareaitu sous Pômare 11 et
devenu diacre du révérend Orsmond, un des
plus importants missionnaires de la London
Missionary Society, lorsque celui-ci était à
reconquête religieuse
de Tahiti d’où les
missionnaires avaient
été chassés en 1809.
UNE SOCIÉTÉ NOUVELLE 1815-1827
Afareaitu. Selon John Davies (“History ofthe
Tahitian Mission"), Vara était Tepau-arii-i-
Umarea, qui était le titre traditionnel des ari’i
d’Afareaitu
et
traditionnel
de
qu’il portait
ce
district
chef
comme
au
moment
de
l’évangélisation, alors que le manuscrit du
commandant Cottez en fait un tavana, issu
d’une famille de ’iatoai, et nommé par Pômare
Il à la suite des honneurs qu’il avait rendus à
dernier. 11 n’y a pas contradiction entre les
deux sources puisque l’on sait que Pômare II
ce
soin de reconfirmer comme tavana, c’est-
eut
gouverneurs, d’anciens grands chefs
qu’il désirait voir à la tête de leurs districts. Le
titre de ’iatoai exprime l’appartenance de Vara
à-dire
anciennes familles régnantes pour les
titulaires desquelles le titre d’an’/ ne semble
aux
plus pouvoir être donné puisqu’il s’applique
désormais exclusivement au roi.
Tandis que les fonctions de grand chef,
dénotées autrefois par le terme de ari’i, le sont
à présent par celui de tavana, l’appartenance à
l’aristocratie autrefois désignée par le terme
hui ari’i, se trouve à présent qualifiée par le
terme de ’iatoai sauf lorsqu’il s’agit de proches
de la famille royale.
On a donc, au milieu du X1X‘= siècle, un
qui, nominalement du
toute
catégorie de
dépendance, pour faire apparaître, au dessus
du peuple des citoyens repérés par le collectif
hui ra’atira, la famille du souverain repéré par
le terme ari’i, celui de ’iatoai permettant de
distinguer de la masse des citoyens les
nouvel ordre social
moins,
a
éliminé
descendants de l’ancienne noblesse.
Un nouvel ordre à peu près identique
prévaut aussi aux îles Sous-le-Vent où, dans
chaque île, tend à apparaître une famille
régnante dont le titulaire suprême est qualifié
d’ari’i (roi, reine), famille qui va entretenir
celles des autres îles et les Pômare à
Tahiti des relations d’alliances étroites.
avec
Telle est l’apparence, mais qu’en est-il de
la réalité ?
Le pouvoir : apparence,
réalité, évolution
En dehors des changements de dénomination,
transformation importante est la
concentration du pouvoir royal qui implique
la
la dépendance accrue des grands chefs. Ce qui
va
de soi avec Pômare II ne va plus avec ses
qui ont besoin des grands chefs
pour asseoir ou conforter leur pouvoir. A
partir de la crise de la Mamaia, c’est-à-dire de
1826, on a affaire à Tahiti, et jusqu’à
successeurs
l’établissement
du
Protectorat,
à
un
gouvernement de grands chefs qui ne change
pas grand-chose aux rapports sociaux dans les
niveaux inférieurs de la société.
Un nouvel ordre social, oui, mais à terme,
avec la
perte de l’indépendance, l’introduction
propriété privée, l’évolution du
peuplement, le rouleau compresseur de
l’administration française dans sa propension
à écraser les particularités locales.
de
la
Carte de la pointe
Vénus. On distingue la
demeure du
missionnaire Charles
Wilson, revenu s’établir
en 1818 à un quart de
mille du lieu qui avait vu
fuite en 1809 après la
mort de Thomas Lewis.
Plus au nord, la maison
sa
qui a-été habitée par
D. Darling puis H. Nott,
ce dernier dans le but de
profiter des
compétences
linguistiques du vieux
roi Pômare II. En 1824,
Papaoa devint une
communauté officielle
sous la responsabilité
de H. Nott.
En haut :
Vue de l’embouchure de
la rivière Papaoa, vers
1822. Dessin original
noir et blanc.
77
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
Une société
celui
langage des Églises réformées, on appelle une
congrégation, laquelle élit le pasteur. Et
lorsque les Églises tahitiennes auront été
reprises en main par la Société des Missions
évangéliques de Paris, dans les années 1860, et
qu’on disposera de journaux de leurs
missionnaires, on verra ces Églises
paroisse. Les séries
(ti’alono) - fare
putuputura'a et paroisa (paroila) - ’oromelua
a'o
fare purera'a illustrent pour chaque
niveau les trois éléments congrégationopérateur du culte-lieu de culte.
Même si ce n’est que plus tard que
l’organisation de l’Église prend sa forme
l’établissement d’une paroisse, d’un
pasteur et d’un temple par district, les fidèles
d’une même paroisse formant ce que, dans le
religieuse ?
L’évangélisation par la London
Missionary Society à partir de 1797, date
d’arrivée du premier navire missionnaire, le
Dujf, a eu pour effet, à terme - à partir de 1815
pour Tahiti, un peu avant pour Moorea, un
peu plus tard pour les îles Sous-le-Vent
de
transformer complètement
la société
tahitienne :
un
nouvel ordre politique
construit sur la monarchie
tempérée
-
nominalement aux mains des Pômare, un
nouvel ordre social entraînant le déclin de
l’ancienne strate dominante des ari’i, un
nouvel
constitution des Églises tahitiennes de 1851 -
52
avec
fonctionner avec leurs deux niveaux actuels :
celui du groupe
de prière autour d’un ou
plusieurs diacres et localisé dans un village,
une
vallée autour d’une maison de prière, et
était inséparable de leur
organisation politique et sociale et qu’ils ne
pourraient obtenir la ruine de la première que
de la dissolution de la seconde.
Sur ce point, ils ont bénéficié de
circonstances qui n’étaient pas forcément
définitive,
c’est
dès
les
débuts
que
la
congrégation des membres d’Église est la base
sur laquelle repose la constitution de cette
dernière.
des missionnaires.
la personnalité ambitieuse de
Pômare 11, les convulsions politiques de
Tahiti, et ce que l’on n’a pas toujours su
mesurer, bien que le fait ait été connu, l’aide
:
William Ellls
(1794-1873) arrive le
10 février 1817 à Eimeo.
11 découvre avec
satisfaction que
militaire des îles Sous-le-Vent dont les chefs
sont intervenus avec des mobiles
qui doivent
être soigneusement analysés.
Tahiti est-il donc le siège d’une nouvelle
“l’adoption du
christianisme était
générale". Il apporte
une presse qu'il installe
à Afareaitu et qui doit
société à dominante religieuse remplaçant la
contribuer à la diffusion
de la doctrine
chrétienne. Son séjour
société politico-religieuse aneienne ?
Trois points méritent d’être soulignés :
l’originalité de la construction chrétienne à
Tahiti, la continuité paradoxale entre les
institutions anciennes et nouvelles, surtout
dans le domaine du vécu, et enfin le rôle
est court
Le temple octogonal de
Papetoai, dont les
irremplaçable de l’Église dans les structures
supra-familiales tahitiennes.
fondations sortent de ■
terre en février 1822, est
Originalité de la construction
longues années le seul
édifice religieux
inauguré en 1827. Il
restera durant de
chrétienne
premières conversions, après leur
retour aux îles de la Société, les missionnaires
à
la tête de communautés de
prières. On voit pour Moorea, la première île
évangélisée, ces communautés apparaître au
siège des principales chefferies : Papetoai, lieu
de l’ancien wrtraeTaputapuatea dédié au dieu
’Oro, où se trouve la base des missionnaires ;
Afareaitu, seconde base missionnaire où l’on
placera la première imprimerie et où sera créé
le collège pour enfants des missionnaires et fils
de chefs appelé Académie des Mers du Sud ;
Maharepa où résidera parfois le titulaire de la
chefferie Te Aharoa créée par Pômare I dans
le nord de Moorea pour faire
pièce aux
chefferies plus anciennes d’autres obédi¬
ences
(des Marama de Haapiti ou des
Punuateraitua de Varari).
On verra plus tard que cette structure
congrégationnelle sera systématisée dans la
78
-
dépendance des Tahitiens à cause du caractère
astreignant du nouveau culte : la multiplicité
de ses formes, la longueur des cérémonies, son
étalement au long de la semaine, le caractère
impératif et absolu du sabbat ; et cette
dépendance jugée excessive a été mise au
compte du formalisme et de l’autoritarisme
Tahitiens
trouvent
-
vécue par les Tahitiens leur intégration
dans la nouvelle Église.
De nombreux auteurs ont souligné la
bien vu que la structure religieuse des anciens
se
le temple de la
’amuira'a
diakono
avec
est
leur repli en Australie, les missionnaires ont
les
paroisse, regroupant plusieurs
Un fait intrigue : la facilité avec laquelle les
missionnaires ont organisé les congrégations.
Pour l’expliquer, regardons d’abord comment
Tahitiens.
Au cours de l’évangélisation, notamment
dans les premiers temps, entre leur arrivée et
Dès
la
Une continuité paradoxale
religieux organisé autour du
dieu de la Bible, Jéhovah, ayant éradiqué les
anciens cultes et rejeté dans la nuit des
temps
le passé désormais réputé païen
(etene) des
ordre
prévisibles
de
groupes de prières autour du pasteur et de son
conseil des diacres, localisée dans un district
construit en matériaux
durables.
:
après avoir
fondé la mission de
Huahine, il retourne en
Angleterre en décembre
1822 où il publie son
ouvrage "Polynesian
Researches", excellent
témoignage de ce que
fut la mission dans cette
deuxième phase.
UNE SOCIÉTÉ NOUVELLE 1815-1827
Ceux-ci
ne
s’en défendent pas,
bien au
dépeignant avec ravissement
l’ardeur religieuse des Tahitiens en soulignant
toutefois que cette ardeur, mise au compte de
néophytes, prenait parfois des aspects de
contraire,
contrainte dont les missionnaires se seraient
bien passés. Ellis va plus loin, même, lorsqu’il
se
demande
si
cette
contrainte
que
les
nouveaux fidèles introduisent dans le culte ne
vient pas en fait des vieilles habitudes dérivées
du
formalisme
très
religion.
rigide
de l’ancienne
Interrogeons-nous encore ; une certaine
continuité entre le Tahiti ancien et le Tahiti
chrétien dans le vécu du culte ne s’est-elle pas
également au niveau des
organisations ? Autrement dit, la structure
congrégationnelle de l’Église ne dérive-t-elle
pas de structures anciennes communau¬
manifestée
taires ?
Les
premiers missionnaires nous disent
organisèrent dans tel district des
réunions de prières et le problème qu’ils
qu’ils
rencontrèrent
semble
moins
la
réunion
l’acceptation de la
supériorité de Jéhovah sur le dieu ’Oro. Si les
missionnaires ne paraissent pas avoir de
d’assemblées
que
difficultés à réunir des assemblées, il faut
admettre que la tenue de celles-ci ne posait pas
de
problèmes aux Tahitiens parce qu’ils y
Rôle de l’Église
dans la structure traditionnelle
Il convient d’avoir à l’esprit que, durant toute
la
période traditionnelle de l’histoire
tahitienne, c’est-à-dire pour fixer les idées, de
1815, date de la victoire des chrétiens sur les
traditionalistes, jusqu’aux années 1960.
l’Église constitue la structure supra-familiale
de
essentielle des Tahitiens. En effet, l’ancienne
structure
de
chefferies
et
d’assemblées
On doit alors expliciter cette dernière comme
emboîtées qui prenait l’individu dans le réseau
étaient
habitués
l’organisation
dans
le
politico-religieuse
cadre
ancienne.
D. Oliver, celle d’assemblées
familiales {kin-congregation), réunies autour
de marae dont l’importance hiérarchisée
depuis le marae familial jusqu’au marae
la
voyait
international, déterminait l’emboîtement des
assemblées et le rang dés chefs, déterminé par
le titre qu’ils détenaient par rapport à tel
marae.
de croyances, d’obligations et de
coercition s’est écroulée avec la fin des dieux,
serré
des marae et des principautés ; seule l’Église a
une structure à peu près analogue
susceptible de recueillir l’héritage de
l’organisation ancienne. Enfin, la chefferie
nouvelle qui, à partir de Pômare II, a
remplacé l’ancienne, est devenue de plus en
plus administrative et déconnectée des
références familiales
anciennes qui
déterminaient l’allégeance des gens, donnant
ainsi d’autant plus d’importance à la structure
réalisé
d’Église.
Avec le Protectorat puis l’Annexion, le
développement de la législation, des écoles
modernes
et
des
rapports
marchands
conjugué avec l’immigration et la politique
d’assimilation ont réduit progressivement le
rôle officiel de la langue tahitienne, laquelle
devenue, à mesure du développement de
l’acculturation, le bastion de la tahitianité,
est
bastion que l’Église a été la seule institution
sociale à préserver.
Conservatoire
linguistique, social,
culturel, l’Église, voire les Églises, font de la
société tahitienne de la période traditionnelle
une
société qu’on peut qualifier de religieuse.
Papetoai, première
paroisse protestante
d’Océanie. En 1821 les
six premiers diacres
polynésiens y sont
intronisés. En 1822, on y
construit le temple. En
1828, la Société des
Missions évangéliques
de Tahiti y est fondée.
A la sortie du temple.
Sur cette gravure,
postérieure à 1840 et qui
reprend des éléments
des dessins de
M. Radiguet, transparaît
toute l’importance
sociale de la religion. On
comprend également,
à la voir, la surprise
des visiteurs qui,
s’attendant à trouverdes
“hommes sauvages à
l’état de nature",
découvrent dès 1820 des
Tahitiens habillés à
l’européenne, sachant
lire et écrire et
fréquentant les temples
avec
assiduité.
79
LA
POLYNÉSIE S'OUVRE AU MONDE
Les terribles crises
120 000 habitants. Cette estimation est encore
démographiques en
Polynésie orientale
L’ouverture de la Polynésie au monde fut
payée d’un terrible tribut en vies humaines. Le
taux de mortalité est à tel point élevé
qu’il est
difficile à mesurer, également en raison il est
vrai de la difficulté d’évaluer les populations
des îles polynésiennes avant l’arrivée des
Européens,
Les premières estimations
des Européens
A l’arrivée des
Européens, la plupart des îles
Polynésie orientale étaient peuplées, à
l’exception de quelques atolls et îles de petites
de la
dimensions.
Les premiers navigateurs venus en
Polynésie relatèrent leurs impressions d’une
population nombreuse et d’îles densément
peuplées. “Tout le long, la côte que nous
longions apparaissait pleine de pirogues..., du
bord de mer à un ou deux miles à l’intérieur, il
trop élevée et il aurait été préférable d’adopter
le même multiplicateur que Cook.
A coté de ces estimations trop élevées, il
existe des estimations trop basses comme celle
de 10 000 habitants, faite par Boenechea venu
du Pérou en 1772. Boenechea
rapporte que les
Polynésiens contractèrent une maladie dans
leurs rapports avec
quelques
décès.
Bougainville rapportent avoir vu les gens
emportant quelques bagages et
laissant le village quasi désert. Rodriguez,
qui
resta plus d’un an à Tahiti, considérait l’île
comme densément
peuplée mais ne donna pas
d’estimation. Le vice-roi du Pérou traduisait
ces
impressions
ooo
ooo
population de Tahiti.
pirogues de guerre et 170 pirogues de
transport se préparant pour attaquer l’île
d’Eimeo. Cook, à partir des nombres moyens
de 40 hommes dans les pirogues de guerre et
hommes dans les autres, estima les
guerriers et rameurs présents à 7 760 hommes.
Cette flotte pouvait provenir des districts de
Faaa à Vaiari. D’après les effectifs de guerriers
de l’île de Tahiti donnés à Cook par Tupaia,
ces districts pouvaient lever 1 980
guerriers ;
l’île entière de Tahiti pouvait lever 5 780
guerriers, si nous enlevons les doubles
comptes probables pourTaiarapu. En faisant
une règle de trois et en multipliant le résultat
par 2,92, on aboutit à une population de 66 147
habitants à Tahiti en 1774. Pour expliquer ce
mode de calcul, il faut savoir que dans une
population stationnaire où l’espérance de vie
féminine à la naissance est de 30 ans ce
qui
devait être à peu près le cas de Tahiti alors - il y
a 3,25 personnes dans la
population totale
remontaient dans les vallées. Cette densité
n’est pas très élevée comparée à celle de
O
O
O
O
O
O
O
O
O
nombre
pour un homme de 15 à 64 ans, rapport que
l’infanticide de 10 % des filles réduirait à
d’un autre exercice
naval, Cook
apprit que le district de Faaa armait 40
grandes pirogues ; il attribua cet effectif à
chacun des 43 districts, (considérant Faaa
comme un district moyen), et admit un total
de 68 000 hommes adultes et donc de 204 000
habitants. Cette estimation est beaucoup
trop
élevée. J. Forster fit un autre calcul attribuant
seulement à chaque district 20 pirogues,
chacune armée par 35 hommes ; il arrivait à un
total de 30 000 hommes qu’il multipliait par
une
population de
d’habitants
1
Robe ysjn
100 ooo;
Cook
204 ooo':
1767' guerrt
"
rnalad 10
sssa
guerrq;
lit massacre»
Boenëc lea
r\o pep|pe
1777
1787^ persis' :pr ce des5 mal.£ d; es importées
aTrivefi d 3S bal 3ini’ëf$
Morri 0(1
1797
apport d’âfrnës^à feu et d’alcool-grippe de Vancouver
WMso
guerre
ut mas
périod
(le
1807;
nombre
d’habitants
talité élevée
mo
1817
oo oooo
1827
irifanticide et des sacrifices, humains
dysenférie et autres maladies
missii; nnaires
épidémie de variole
1847
recenjsement de 1848
Évolution de la
population de Tahiti de
1767 à 1847 (ci-dessus)
et de ceiie des
évidence : aux causes
internes (infanticides,
guerres, massacres...)
s’ajoutent les causes
externes, beaucoup plus
néfastes (épidémies,
armes à feu, alcool...).
1842
Joua
De;; \ferçiries
Egçi mcir
1882
Sur le second
apparaissent, à partir de
1842, la fin de la chute et
une relative
stabilisation.
L’estimation de l’auteur
pour l’année 1800 est de
43 000 habitants pour les
îles Marquises.
1892
1902
1912
1922
O
O
CO
anglais
Dupstil -Tfiouars
1852
1872
estimations de
sont mises en
LO CD
1862
Marquises de 1842 à
1922 (à droite). Ces
graphiques ont été
établis à partir des
population. Sur le
premier, les raisons de
la chute démographique
CNJ CO CO
O
O
O
oooooo
10 01010 1.01.0
miss iDrira res
anglais
1837
-
80
rencontraient des cultures et des habitants à
trois, quatre et cinq miles de la côte lorsqu’ils
N’-
Le 26 avril 1774, Cook vit une flotte de
aboutissant à
o
O
o
ooo
en
-
OOCM
population de ces îles
trop élevées et parfois contradictoires, nous
pouvons cependant avoir une idée de la
quatre,
le chiffre de 15 000
par
habitants qui semble être une révision
hausse de l’estimation de Boenechea.
des estimations de la
Lors
de
s’éloigner
Si les rassemblements provoqués lorsque
les bateaux étaient au mouillage ont conduit à
2,92.
cas
d’escarmouches à la suite de vols, Cook et
(G. Robertson).
8
premiers
suivirent, peut-être plus nombreux que ceux
parvenus à la connaissance de Boenechea,
éloignèrent sans doute les Tahitiens des
Espagnols qui rencontrèrent peu de monde
dans
leurs déplacements.
Les Tahitiens
s’enfuyaient facilement des villages ; lors
y a un beau pays plat tout couvert de cultures
les
maisons
sont
innombrables.”
de
Les
contamination et les premiers décès qui s’en
et
160
l’équipage et qu’il y eut
Récemment, plusieurs auteurs ont pro¬
des estimations à partir des écrits
anciens. Douglas Oliver, à la suite de
Mc Arthur, propose un chiffre de 35 000 habi¬
tants en appliquant le coefficient 5,22 à
l’effectif de 6 780 guerriers donné par Tupaia.
Ce coefficient équivaut au rapport de la popu¬
lation totale à la classe d’âge masculine des 15
39 ans, mais D. Oliver ne tient pas compte du
fait que Tupaia comptait seulement les
guerriers entraînés (taatatoa) qui ne se recru¬
taient pas dans toutes les classes de la société.
Notre estimation d’une population de
66 000 habitants à Tahiti correspond à une
densité de 63 habitants au kilomètre carré, soit
nettement plus élevée que celle de l’Angleterre
à la même époque qui était de 48 hab./km^
vers 1766. Les premiers
navigateurs venus à
Tahiti pensaient se trouver dans le pays le plus
peuplé qu’ils virent jamais. Certes Tahiti est
une île montagneuse, mais la
plaine côtière
n’était pas seule habitée ; G. Robertson,
J. Cook, J. Forster etc. ont mentionné qu’ils
posé
O
lO
50 0 0
19 20
UNE SOCIÉTÉ NOUVELLE 1815-1827
89 hab./km- au Japon (sans
même époque.
Hokkaïdo) à la
XVIIP siècle : une crise
A partir de 1772 - date à laquelle Boenechea
séjourne 2 mois à Tahiti -, il apparaît que la
population diminua rapidement. Les
Européens apportèrent la syphilis et tuèrent
quelques hommes pour réprimer des vols. Si
ce ne sont pas là des causes de dépopulation
importante, on comprend mieux d’après ces
faits que dans plusieurs îles des Tuamotu ou
des Cook on fit des signes d’hostilité aux
Européens pour les dissuader de débarquer, ce
jusque vers 1797.
Outre la syphilis, les Européens
apportèrent des maladies infectieuses
comme
celle
venue
grand nombre de décès en quelques jours. On
peut juger de la violence de cette épidémie à
partir des observations faites au XIX‘= siècle et
au
démographique grave
nouvelles
Vancouver apporta une grippe qui causa un
avec
peut-être les premières épidémies
plus violentes encore du fait que
c’étaient les premières maladies de ce type
1
;
dans ces
venues
début du XX® où le taux de mortalité
dépassait 100 pour I 000 et avoisinait même
200 pour 1 000 (alors que la normale dans une
population rurale à cette époque était
comprise entre 35 pour i 000 et 40 pour
000)
furent-elles
populations.
Les passages de plus en plus fréquents de
baleiniers à Tahiti à
tèrent
de
nouveaux
partir de 1789 appor¬
de syphilis et de
cas
maladies infectieuses, des armes à feu et de
l’alcool
qui, consommé
d’ossements à la suite d’une bataille qui eut
lieu vers 1768. De 1770 à 1797 on peut
compter une douzaine de guerres dont quatre
furent suivies de ravages et de massacres.
Cependant il est impossible d’estimer les
pertes, connaissant la coutume de la popu¬
lation de s’enfuir chez des alliés ou dans la
les
montagne. Par contre, le massacre nocturne
du
énormément et demandaient continuellement
enfants et les vieillards.
village d’Atehuru à l’instigation d’un
déserteur, alors que les hommes
étaient à Taiarapu ravageant la presqu’île à la
Suédois
suite de leur victoire, fit sans doute de très
nombreuses victimes parmi les femmes, les
finalement les fait mourir. Ils la redoutaient
si nous ne l’avions pas”. Ces craintes montrent
Malgré ces événements et la réduction de
population qui en résultait, les Tahitiens
continuèrent de pratiquer l’infanticide et les
sacrifices humains, avant et après chaque
guerre pour se rendre les dieux favorables. La
population ne pouvait donc pas récupérer des
nombreuses pertes des épidémies, des mala¬
que cette maladie fit sans doute un grand
nombre de morts ; elle se répandit dans toutes
la
les îles de la Société. L’établissement de trois
Espagnols en 1774 s’accompagna aussi de
quelques décès. La “fièvre intermittente” qui
aurait fait beaucoup de morts fut aussi
au
modération,
Les nombreuses guerres de l’ascension de
Pômare firent pour certaines beaucoup de
morts. En 1769, Cook vit une plage jonchée
Espagnols que les Tahitiens nommèrent "assa
no
peppe" (“la fièvre”) et dont ils se
plaignirent à Cook en 1774 : “Ils disent que
cela affecte la tête, la gorge, l’estomac... et
introduite
sans
affaiblissait l’état de santé des individus.
début des contacts. En 1791,
dies et des guerres.
Ci-dessus :
Vieillard fahitien par
Moorea compte, en
personnes âgées furent
les plus éprouvées par
les maladies nouvelles,
introduites par les
Cette île connut
certainement du fait de
la proximité de Tahiti et
des maladiesquiyfurent
traduisit par la perte des
connaissances
traditionnelles.
importante de
population, mais à un
degré moindre que
celle-ci. L'impression
W.
Hodges. Les
Européens. Leur
disparition accélérée se
1848, 1 372 habitants.
introduites, une baisse
donnée aux voyageurs,
entre le début du XIX®
siècle et celui du XX®,
est celle de désert
humain que rend bien
ce dessin de
Conway Shipley.
—i—^ •"
81
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
Les îles du Vent
1800 - 1840
en
prétendant dénombrer toute la population et
non
il aboutit au
peut être qu’imprécis vu la longue période sur
laquelle il se déroule et qui devait entraîner des
doubles comptes. Pourtant ce recensement a
Les missionnaires anglais arrivés à Tahiti
1797 eurent l’impression d’une population
beaucoup moins nombreuse
par Cook.
seulement les chrétiens ;
chiffre de 8 568 habitants. Ce recensement ne
aussi quelques causes de sous-estimations du
que celle décrite
fait de la naissance en 1825 du mouvement
Mamaia d’opposition à la christianisation, et
on
peut
douter
de
la
prétention
des
Les premiers recensements
missionnaires
J. Wilson essaya d’évaluer la population en
dénombrant les mata’eina'a et les ti (“clans”
faible et on peut penser que la population de
“sous-clans”), demandant
et
aux
James Wilson, capitaine
son
du Dut!. Cet homme
district, et, attribuant 6 personnes à chacune,
(le niaia’eina'a étant un li principal). 11 aboutit
au
ouvert et curieux avait
déjà séjourné en
Amérique et en Inde
chiffre de 16 050 habitants. Ce chiffre est
doute très sous-estimé. Du fait de la
méthode employée, il ne s’agit pas d’un
véritable recensement et il n’est pas sûr que les
été
avant de venir en
Océanie. Faisant le tour
de Tahiti-nui en 1797, ii
est i’un des premiers
à effectuer une
estimation de la
population de i'île.
sans
chefs
donnèrent
la
liste complète des
mata’eina’a et surtout des ti de leur district.
Wilson, qui ne visita pas Taiarapu, prenant
renseignements lors d’une assemblée de
chefs en présence de Pômare, rapporte que les
gens de Taiarapu cherchaient à se libérer de la
domination de celui-ci. 11 pouvait aussi en être
de même de quelques districts de Tahiti-nui.
Le chiffre de six personnes par mata’eina’a et
par ti est très contestable aussi car les ti
ses
peuvent comprendre plusieurs foyers.
J. Wilson, dont l’itinéraire suivait la côte,
L'éléphantiasis. Ces
terribles œdèmes des
membres inférieurs et
des organes génitaux
étaient assez répandus.
Le fe'efe'e est l’une de
ces maladies
endémiques qui,
affaiblissant la
résistance des
populations
polynésiennes,
rendirent plus
meurtrières encore les
épidémies nées des
contacts avec les
Européens. Dessin
original de
J.L. Le Jeune.
l’impression
d’une population peu
nombreuse.
11
est
probable que cette
estimation repose sur le fait qu’on se déplaça
peu pour voir Wilson à une époque où la
Mission ne suscitait guère d’intérêt et était
même contestée, à la suite de sa position sur
l’infanticide et des sermons fréquents des
missionnaires au contenu étranger aux
préoccupations des Tahitiens à l’époque. Les
missionnaires apparaissaient aussi comme les
eut
alliés
de
Pômare,
dont
le
monde
témoins
d’une
tout
n’acceptait pas la volonté de domination. Les
missionnaires
furent
importante diminution de la population qu’ils
mentionnent dans leurs écrits.
Guerres, massacres et épidémies
De 1802 à 1807, les guerres et les massacres qui
suivirent firent de grands ravages. La
révolte était telle que Pômare et les mission¬
les
naires quittèrent Tahiti en 1811. Vers 1826, ily
eut une épidémie de dysenterie et une maladie
qui emporta beaucoup d’adultes. Wilson
écrivait encore en 1827 “sur la petite péninsule
les gens mouraient très vite... il n’y avait pas là
la moitié des habitants
qu’il y avait 10 ans
leur nombre décroît
rapidement”. Cette remarque, en l’absence
d’épidémie mentionnée, traduit sans doute
auparavant
une
et
mortalité forte
accroissement
en
permanence
et un
négatif de la population. A
époque tous les observateurs remar¬
quaient la mortalité élevée qui emportait de
nombreux hommes y compris des jeunes gens
cette
et
des adultes.
De juillet
naires
82
firent
1829 à juin 1830, les mission¬
un
recensement
nominatif
exhaustifs.
Cependant la sous-estimation doit être assez
chefs le
nombre de chacune de ces unités dans
d’avoir
/
.
UNE SOCIÉTÉ NOUVELLE 1815-1827
Tahiti à cette
époque était comprise entre
9 000 et 10 000 habitants. Ce chiffre apparaît
voisin de celui du premier recensement
effectué par l’administration française en 1848
qui donna 8 082 Océaniens à Tahiti après
l’épidémie de variole de 1841, qui fit dispa¬
raître
les
tous
membres
du
mouvement
qui avaient refusé de
Mamaia
vacciner.
se
laisser
Depuis 1825 environ, des comptes des
naissances et des décès étaient tenus par les
missionnaires mais ils ne concernaient que les
chrétiens.
Il
apparaît
fréquemment
un
excédent de naissances sur les décès, mais il
devait manquer un certain nombre de décès
notamment de vieillards et de jeunes enfants ;
c’est
un
fait
commun
à tout début d’enre¬
gistrement des événements vitaux et il en sera
de même au début de
l’état civil.
l’enregistrement par
La proximité des deux chiffres de 1829 et
de 1848 montre que l’essentiel de la baisse de la
population fut sans doute achevé vers 1842.
Les rassemblements décrits par Forster et
Cook, les plaintes des Tahitiens aux navi¬
gateurs et les écrits des missionnaires sur les
maladies et l’état de santé de la population
attestent que la baisse fut très importante à
Tahiti. Il n’y avait en 1848 qu’un habitant
pour 8 à l’époque de la découverte si nous
prenons comme base notre estimation de
66 000 habitants en 1767.
Le cas de Moorea
Cook ne fit pas d’estimation de la population
de Moorea. Cette île dut aussi connaître une
Costumes des habitants
de l’ile de Tahiti. Entre
Ci-dessous :
Papeete en 1839.
Quelques habitations
sont venues s’adjoindre
à ia maison de Pômare II
et à la station
missionnaire de
W. Crook, mais
l'ensémble donne tout
de même i’impression
d’un relatif vide
les dessins originaux de
J.L. Le Jeune (à gauche)
réalisés en 1823, et ceux
de J.S.C. Dumont
d’Urville (à droite) de
1838, on mesure
l’évolution accomplie.
Sur les premiers se
devine la transition qui
baisse de sa population. Si les guerres y furent
moins
fréquentes qu’à Tahiti, les maladies
s’y répandirent du fait des
nouvelles
nombreux contacts entre ces deux îles. Nous
cependant avancer que la dépopu¬
fut moindre qu’à Tahiti. Si nous
multiplions la population recensée en 1848
( 1 372 habitants) par le rapport de la dépopu¬
lation à Tahiti (soit 8,17), nous obtenons une
population de 11 204 personnes en 1767 et une
densité de 79 hab./km^, sans doute trop élevée
pour cette île plus montagneuse que Tahiti. Si
nous adoptons arbitrairement une densité de
52 hab./kmL la population aurait alors été de
7 380 personnes, chiffre par rapport auquel
l’effectif recensé en 1848 représenterait moins
du
cinquième soit une baisse encore
importante.
pouvons
lation y
se fait entre la société
traditionnelle
(tatouages, lances et
pagaies cérémonielles,
tiputa,..) et la nouvelle
qui va s’installer
(chapeaux, tissus
importés...). Sur les
impression doit être
corrigée par le fait que
ces croquis
représentent une jeune
femme “demie” de
Papeete.
seconds, la "reddition"
vestimentaire est
complète, même si cette
démographique.
83
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
Les îles Marquises
800 à 1 000 personnes à Taiohae alors que
l’estimation d’après Robarts conduisait à
Mendana découvrit Fatu Flivaen 1595 ; il
fut reçu dans la baiedeOmoa par une flotte de
pirogues comptant environ 400 hommes,
peut-être pas tous originaires de cette baie
mais rien ne prouve non plus que tous les
70
hommes de file se soient rassemblés alors. 11
probable que la syphilis fut introduite lors
de ce premier contact. Des vols furent
également sévèrement réprimés par une
fusillade, mais ces pertes furent compensées
est
2 400, il réduisit son estimation d’un tiers, soit
12 000 habitants pour l’île entière. La densité
correspondante de 35 hab./km^ est plus faible
que celle de Fliva Oa, ce qui peut s’expliquer
par la vaste zone inhabitée au nord-ouest. Si
nous appliquons la densité
moyenne de Nuku
Fliva
de
et
Oa
Hiva
à
l’ensemble
des
Marquises, nous obtenons une population de
43 000 personnes.
Les causes de la dépopulation
naturellement bien avant la venue de Cook en
1774.
Les Marquises connurent pendant 3 ou 4 ans à
Des estimations incertaines
moururent en un an
Forster trouvait ces îles montagneuses
mais estimait néanmoins la population du
J.
groupe sud-est à 50 000 habitants. Cette
estimation repose sur une impression bien
fragile vu le peu de connaissance qu’on avait
alors de ces îles.
Il faut attendre la présence
d’Européens
Marquises
aux
pour
avoir
estimations de la population.
d’autres
Robarts,
un marin déserteur qui vécut
Marquises de 1799 à 1806, a laissé un
journal. A Hanahupe, vallée au sud-est d’Fliva
Oa, Robarts fut reçu par une foule qui
aux
couvrait la
plage mais réunissait sans doute
beaucoup d’habitants de l’est de l’île ; il n’en
évalue pas l’effectif approximatif. Robarts fut
dès le
lendemain conduit à Puamau où il
participa à une guerre. Partie de Puamau, la
troupe se grossit des gens des vallées voisines
rendant au lieu du combat à Ootua. On
peut penser d’après G. Dening que se
trouvaient alliés alors les villages à l’est d’une
en se
ligne
de Flanapaoa sur la côte nord à
Hanamate sur la côte sud, passant par Ootua.
Robarts évaluait la troupe avec laquelle il se
trouvait à 4 000 hommes. En fait Robarts
décrit ainsi cette foule : “Jeunes et vieux des
sexes
suivaient avec des pierres,
munitions des frondeurs”. On peut se
demander si Robarts n’a pas en tête l’ensemble
de cette foule lorsqu’il lui assigne un effectif de
4 000 hommes. Si c’est le cas, considérant que
deux
les personnes de moins de 10 ans et de plus de
65 ans des deux sexes étaient seules absentes,
la population totale correspondant à cette
foule serait de 5 400 personnes. Cette popu¬
lation
s’applique à une région d’environ le
quart d’Fliva Oa. Le nord-ouest de l’île était
moins peuplé, bien que le centre le fût den¬
sément ; si nous supposons que la population
par Robarts représentait le tiers de la
population totale, celle-ci pouvait atteindre
16 200 habitants. La densité correspondante
vue
serait de 40 hab./km^.
Krusenstern, qui visita Nuku Fliva en
1804, utilisa Robarts comme interprète et
obtint de celui-ci une estimation du nombre de
guerriers pour les différentes vallées de cette
île ; le total atteint 5 900 guerriers, chiffre
voisin des 6 000 donnés par Cook, mais
peut avoir la même origine
qui
Robarts ne
semble pas avoir participé à des guerres à
Nuku Hiva et on ne sait pas d’où il tenait ces
-
estimations -. Krusenstern multiplia ce chiffre
par
trois pour évaluer la population totale,
plus de
mais n’ayant jarhais vu en même temps
84
partir de
1804 des famines très sévères.
Robarts rapporte que de 200 à 300 personnes
trouvait
;
à
Ua
dans la vallée où il se
Pou des vallées étaient
totalement vides d’habitants. Ce fut aussi la
cause de l’émigration de
plusieurs centaines de
personnes qui se perdirent en mer. On dit que
cette
famine fit
disparaître la moitié ou les
deux tiers de la population ; elle toucha aussi
le
groupe
sud-est
que
Robarts
quitta
lorsqu’elle était à ses débuts.
Les
Marquises furent fréquemment
visitées par les baleiniers et par quelques
commerçants de bois de santal qui
apportèrent de l’alcool et des armes à feu.
Faute d’Européen présent en permanence
avant
1830
environ,
on
ne
sait
rien des
épidémies éventuellement apportées par les
bateaux ; il dut pourtant y en avoir, même si
elles furent limitées dans quelques îles.
Radiguet, qui fit partie de la mission de prise
possession dirigée par Dupetit-Thouars
remarquait le dépeuplement plus intense à
Taiohae qu’à Taipivai, moins visitée par les
de
bateaux.
En 1835, le missionnaire
Darling visita
plusieurs vallées de Tahuata dont il pensait
qu’elles contenaient les deux tiers de la
population de l’île qui aurait été de I 396
personnes.
Les missionnaires anglais
Stallworthy et Rodgerson donnent des
estimations qui aboutissent à un total de
19 300 personnes en 1841, voisin de celui de
Dupetit-Thouars : 20 200 personnes en 1842,
UNE SOCIÉTÉ NOUVELLE 1815-1827
chiffre
basé
missionnaires
informations
les
sur
des
catholiques qui peuvent être
indépendantes des premières. Cependant
quelques chiffres de Dupetit-Thouars sont
nettement surestimés ;
Ua Huka notamment
devait pas compter plus de 1 000 ou même
ne
habitants
800
à
cette
époque.
Dupetit-
Thouars donna aussi le chiffre de 6 000
habitants pour Nuku Hiva, par contre
l’estimation pour Hiva Oa semble être un
minimum. La population des Marquises en
1842 était probablement de l’ordre de 17 000 à
18 000 habitants. 11 faut donc en conclure que
la famine de 1804 fut moins meurtrière qu’on
le dit
elle n’aurait
fait
disparaître les deux tiers de la population, ni
ne
:
sans
doute pas
même la moitié, car quelques
guerres et des maladies ont sans doute aussi
provoqué une baisse dans la première moitié
du XIX'-’ siècle ; ou bien notre estimation de
peut-être
42 000 personnes, certes rapide, est trop faible.
Un rapport d’un des premiers médecins
français envoyé aux Marquises, A. Lesson,
fait le point sur la situation sanitaire en 1844,
Page de gauche :
Scène
de troc aux
Marquises, d’après
G.H. Langsdorff, entre
1803 et 1807. Lorsque,
plus tard, il sera le fait
de santaliers et de
baleiniers, individus
scrupules et à
l'hygiène douteuse, Il
n'y aura rien d’étonnant
à ce que l’alcooi
sans
population dans un excellent état de
Lesson montre que les
souffraient de nombreuses
maladies, pas toutes d’origine occidentale,
notamment les maladies de la peau et les
éléphantiasis mais aussi les dysenteries. 11 est
probable que les personnes affectées de lèpre
et autres maladies de la peau évitaient de se
présenter devant les étrangers ce qui
expliquerait les remarques de Crook et de
Marquisiens
Robarts. A. Lesson décrit ainsi une maladie
fatale nommée tikanui : “C’est
une sorte
de
consomption ou phtisie qui m’a paru souvent
résulter des excès auxquels se livrent les jeunes
gens. 11 est bien rare qu’ils ne succombent à
cette
maladie. J’en ai vu plusieurs la
contracter sous mes yeux et mourir peu de
temps après’’. A. Lesson remarquait aussi les
nuisibles
de
l’état
de
individus. 11 décrit
une
effets
très
d’alcool
sur
la
consommation
général des
épidémie (peut-être
santé
ayant bu de l’alcool apporté par un bateau.
mon arrivée on rencontrait des
“Partout à
lupapaku (cadavres conservés) et des maisons
abandonnées soit par superstition seulement
ou parce que tous les habitants de ces maisons
avaient succombé”. Les femmes furent plus
affectées que les hommes.
en
Cugnet, commandant du groupe sud-est
1843, notait à propos de Tahuata : “il y a eu
dans cette guerre une quarantaine de morts et
de blessés... un grand nombre de leurs blessés
morts. La dysenterie s’est déclarée à la
suite de la guerre. A Anatayo, cinq indigènes
sont
sont morts en
un
huit jours et plusieurs sont dans
état désespéré”.
Ces choses n’étaient pas nouvelles en
1843,
mais
le
résultat
des contacts
non
réglementés pendant plus de quarante ans et
des guerres fréquentes. On peut penser que la
population diminua du fait des maladies
nouvelles dans la première moitié du XIX"
siècle, outre la baisse due à la famine.
l’archipel marquisien.
On peut se demander si
des
cadavres, atteints
cette exposition
souvent de maladies
maladies contagieuses
développement des
épidémies. Illustration
de Charles Claude Antig.
répandent.
d’une
santé.
Le rapport d’A.
une méningite)
qui se produisit peu avant son
arrivée et qui frappa particulièrement des gens
lorsque, en 1844, le
docteur A. Lesson
établit son rapport sur la
situation sanitaire de
contagieuses, ne
se
faites 40 ans plus tôt par Robarts et par Crook
A droite :
Les fa’e tupapaku
étaient partout présents
devienne monnaie
d’échange et que les
observation qui contraste avec les remarques
contribua pas au
Page de gauche, en bas :
L’effet des contacts se
devine sur cette
illustration de Ménard,
Marquises en 1838.
Le développement des
maladies sexuelles a
aux
provoqué un
affaiblissement général
des organismes, et la
stérilité des
Marquisiennes observée
des décennies
suivantes trouve ici
l’une de ses causes
au cours
principales.
L’alcool, que brandit
dans une bouteille cette
Marquisienne revenant
d'un navire européen,
est l’une des principales
causes de la baisse
démographique, aux
Marquises comme dans
les autres archipels.
A cela s'ajoutent les
relations sexuelles que
continuent d’entretenir
les femmes avec les
marins pour obtenir
divers objets
(vêtements, pareu, etc.)
qui, hors du contexte
spontané et quasi
traditionnel de la
période de découverte,
s’apparentent dès lors
à une forme de
prostitution.
85
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
Les autres
premiers chiffres qui se rapportent alors aux
Tahiti à la même époque.
pour être analysés en détail ; ils varient aussi
fortement d’une estimation à l’autre. Par
effectués par les missionnaires ; en 1829,
Huahine aurait compté 1 550 habitants,
années 1810. Ces chiffres sont trop vagues
groupes d’îles
Quelques
dénombrements furent
Les îles Sous-le-Vent
contre, nous savons qu’avant ces années il y
Tahaa 1 571 habitants en 1839, chiffres qui ne
Les îles Sous-le-Vent furent découvertes par
le-Vent participèrent aux guerres à Tahiti, et
de
Cook qui s’y arrêta moins souvent qu’à Tahiti.
Elles furent ensuite visitées par de nombreux
navigateurs dont l’expédition de la Pandora à
la recherche des mutins de la Bounty. Les
baleiniers y firent aussi fréquemment relâche,
notamment
à
Bora
Bora
et
Huahine.
Cependant on ne connaît pas d’estimation de
la population de ces îles. Il faut attendre la
venue
des missionnaires pour avoir les
A Raiatea, comme
ailleurs, l’arrivée des
Européens se traduisit
par une chute
démographique
importante.
86
eut des guerres, que des hommes des îles Sous-
les maladies apportées à Tahiti s’y
répandirent, notamment la maladie assa no
peppe dont mourut Mai, réinstallé à Huahine
après un voyage en Angleterre avec Cook. Les
que
missionnaires
mentionnent
aussi
des
épidémies ravageuses causant six, sept et huit
décès par jour. Une telle mortalité était sans
doute limitée à de courtes périodes mais elle
évoque bien une situation semblable à celle de
Habitants des Iles de la
Société. Le contraste est
frappant entre la
majestueuse apparence
de Mai - son portrait a
été fait par N. Dance vers
1775 - et cette famille
tahitienne dessinée par
H.B. Martin en 1846.
sont pas très éloignés de ceux du recensement
1892. Ceci traduit une évolution peu
différente de celle de la population à Tahiti
èntre les mêmes dates, mais nous n’avons pas
de chiffres pour la période antérieure qui vit la
plus forte baisse d’effectifs à Tahiti.
Les densités de population dans les
différentes îles en 1897 permettent de se faire
une idée de ce que put être la baisse de la
population.
Maupiti, avec 47 hab./km^ en 1897, n’a
UNE SOCIÉTÉ NOUVELLE 1815-1827
sans
doute jamais été beaucoup plus peuplée.
On y signala cependant plusieurs épidémies,
mais la population dut remonter ensuite. En
tous
cas,
on
ne
saurait
supposer
une
population à la fin du XVIIP siècle beaucoup
plus du double de celle de 1897. Ce n’est pas
étonnant de la part de la plus petite et la plus
éloignée des îles Sous-le-Vent. Les navires, ne
découverte par les Européens, mais montrer
que la baisse a été inégale et qu’elle n’a pu nulle
part être aussi importante qu’à Tahiti. Aux
îles Sous-le-Vent, l’absence d’infanticide et les
guerres peu fréquentes permettaient peut-être
à la
population de récupérer en partie au
moins les pertes des épidémies. Les visites de
bateaux, moins fréquentes aussi qu’aux îles du
Vent, apportaient moins de maladies et moins
d’alcool, cause indirecte de mortalité élevée.
pas
en
attendre un grand
ravitaillement, s’y arrêtaient rarement ; cette
pouvant
île était aussi moins fréquemment en contact
les îles plus proches. La même
s’applique aussi, mais dans une
moindre mesure, à Bora Bora qui comptait 32
hab./km^ en 1897. L’estimation de 1 800
personnes sur cette île en 1828 donnerait une
densité de 45 hab./kmL certes après l’épi¬
démie de 1826 qui y fit jusqu’à 10 décès par
jour et qui put bien causer un taux de
mortalité de Tordre de 200 pour 1 000, et cette
épidémie n’était pas la première.
Huahine n’avait que 17hab./km^ en 1897
et Tahaa et Raiatea que 12 hab./km^. La
population de Huahine et même de Tahaa et
Raiatea n’a pu être 8 fois plus nombreuse au
XVIIP siècle sans quoi les densités auraient
atteint 136 hab./km^ et 96 hab./km^. Nous ne
saurions même prétendre que ces îles étaient
aussi densément peuplées que Tahiti, étant
plus montagneuses. Des densités de
47 hab./km^ au
XVIIP siècle (comme à
Maupiti vers 1897) leur donneraient
cependant des populations de 4 260 et 8 060
habitants et une baisse de la population dans
le rapport de 1 à moins de 4.
A partir de ces remarques très succinctes,
nous ne prétendons pas donner un effectif de
la population aux îles Sous-le-Vent lors de la
avec Tahiti que
remarque
Page de gauche :
Mai, premier Tahitien à
s'être rendu en
Angleterre. De retour à
Huahine, il succomba,
comme beaucoup de
Polynésiens, à l’une des
terribles épidémies qui
affectèrent les îles
Sous-le-Vent au
XVIII» siècle.
Vues de Bora Bora
(en haut) et de Huahine
(à droite) par
Conrad Shipleyen 1848.
Les habitants se
regroupent autour des
temples et des écoles, et
les missionnaires
parviennent à'imposer
une discipline plus
grande : l’alcool y est
'.‘î
BSSSuraoÉklSiSi’
I '
i
'
*
V
h
rare et les contacts avec
les marins contrôlés.
Cette politique porte
ses fruits : les îles Sousle-Vent voient leur
population se stabiliser
plus vite que partout
ailleurs.
87
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
Australes et Tuamotu
estimait
à
la
population de Rapa, ayant vu 300 hommes
adultes dans des pirogues. La densité sur l’île
aurait été de 37 hab., kmL La multiplication
par 5 du nombre des hommes adultes pour
évaluer la population totale peut conduire à
une estimation trop forte. Cependant, l’île
aurait été surpeuplée, les habitations étant
Vancouver
500 personnes
I
construites
sur
les hauteurs incultes
utiliser toute la surface cultivable.
hommes
étaient
Boumy.
1
pour
J. Morrison estima qu’à Tubuai entre 750
pirogues voir la
et
000
venus
dans
des
On sait qu’ils
venaient de toutes les parties de l’ïle. La popu¬
lation correspondante aurait été de 2 250 à
3 000 personnes, soit une densité de l’ordre de
50 à 67 hab, km-. Les combats avec les mutins
firent près de 80 morts mais ce n’est pas là une
cause
importante de dépopulation.
Les missionnaires ne firent que de rares et
brèves
visites
constatèrent
dans
ces
îles,
plusieurs
mais
épidémies
ils
s’y
répandirent, causant de très nombreux dècès,
notamment
Les
que
dans les années 1820.
Australes
recrutements
de
connurent
travailleurs
:
des
plongeurs
emmenés aux Tuamotu puis ramenés pour la
plupart.
A la fin du
XIX*-’ siècle, les Australes
présentaient des densités de population très
différentes
allant de 28 et 24 hab./km- à
Raivavae, à 12 à Tubuai et à moins
de 5 à Rapa et Rimatara.
La population des Tuamotu était très mal
Rurutu et
Une dépopulation
inégale. Il est tentant
d’opposer cette vue
des Marquises
dessinée en 1842 par
M. Radiguet
(ci-dessus) à celle de
ces jeunes filles des
îles Sous-le-Vent
(à droite) telles que
les interpréta
C.C. Antig en 1846.
Alors que l'archipel
88
au
XIX'-’ siècle. Tous les atolls
n’étaient pas habités et il aurait existé une
sorte de nomadisme et des regroupements de
connue
marquisien voit sa
population baisser de
plus de 2 000
personnes en 40 ans,
ies îles de la Société
amorcent, dès avant
le Protectorat, leur
remontée
démographique.
Aux causes générales
population. Des guerres eurent lieu dans les
îles les plus au sud à la fin du XV11L’ siècle et
les habitants se réfugièrent à Tahiti où ils
avaient
des
Les
seuls
chiffres
disponibles sont ceux des missionnaires'
catholiques pour les Gambier où la
population aurait été de 2 141 personnes en
1838.
missionnaires notamment, pour que
révélés
l’infanticide,
provoqués
par
soient
nombreux décès
les guerres et surtout les
les
maladies nouvelles.
La dépopulation a
résulté du contact de
populations isolées qui posa des
problèmes inattendus et insolubles. Les
Polynésiens ne disposaient pas des immunités
leur permettant de résister aux maladies
importées - l’immunité est un caractère acquis
deux
l’enfant bénéficie environ 6
mois de l’immunité de sa mère après quoi il
non transmissible ;
La part des responsabilités
élevées des premiers
navigateurs comparées aux chiffres des
premiers recensements des missionnaires ou
estimations trop
Les
de
l’administration
ont
fait considérer
une
dépopulation exagérée des îles du Pacifique
qui a nourri une abondante littérature
jusqu’au XX'^ siècle, alors que la baisse était
déjà arrêtée et que la croissance redevenait
positive. L’idée de la dépopulation fut alors
combattue par quelques auteurs. On a aussi
cherché à réduire à l’extrême la baisse de la
population pour montrer la colonisation sous
un jour plus rose qu’elle ne l’était.
La première mention de la dépopulation
est antérieure à ces écrits ; elle apparaît avec
les premiers navigateurs. Dès Wallis, on se
défendit d’avoir apporté la syphilis, étant
conscient
de
la
responsabilité de
l’introduction de maladies nouvelles. Ensuite
Cook, Bligh et Vancouver mentionnent les
mêmes problèmes d’introduction de maladies
et de nouvelles causes de décès, mais il faudra
de dépopulation
(alcool, armes à feu,
maladies nouvelles...)
se
alliés.
attendre la présence permanente d’Européens,
superposent aux
Marquises des
raisons spécifiques :
famines, guerres et
maladies antérieures
les
au contact avec
Européens.
s’immunise
en
contractant
les maladies de
régnant à l’état
population, or ces
maladies étaient inconnues en Polynésie. La
consommation d’alcool qui rend les individus
l’enfance et autres maladies
endémique
dans
la
moins résistants devenait dans ces conditions
un
facteur indirect important de mortalité.
Il était impossible techniquement aux
Européens d’empêcher l’apport de maladies
nouvelles ; ceci aurait supposé des règles
d’hygiène inconnues à l’époque, et il n’existait
pas de vaccins contre ces maladies. Le contact
entre les Européens et les Indiens d’Amérique
aurait pu servir d’exemple et la seule leçon
aurait alors été de retarder la découverte du
Pacifique et le cours de l’histoire.
Cependant, si sur un plan général la
responsabilité des Européens n’est pas
totalement en cause, il n’en est pas de même
dans de nombreux cas particuliers où des
navires ont touché terre avec des malades à
bord et se sont livrés au commerce des armes
et
de l’alcool.
6 Des baleiniers aux planteurs
1797-1842
L5 économie 1842,
polynésienne,
principalement
celle
des îles du Vent,
fut certainement,
de
l’Océanie
la seule
à connaître
évolution
aussi rapide
de 1797 à
toute
une
et aussi profonde. En moins de 50 ans, Tahiti et ses dépendances furent plongées dans
l’économie de traite. Bénéficiant de l’essor considérable des pays riverains, l’île devint
un
carrefour sans comparaison dans le Pacifique.
Les produits de iuxe ne constituèrent pas, comme l’on serait tenté de le penser,
l’essentiel des échanges qui s’effectuèrent alors. C’est par l’exportation de salaisons
de porc, de manioc, d’huile de coco que les Polynésiens entrèrent dans l’économie
moderne. Certes, le bols précieux des Marquises, le fameux santal, les perles et
l’écaille de tortue des Tuamotu étaient aussi recherchés, mais ils n’assuraient pas la
plus grande part des exportations durant la première des deux périodes de
développement.
De 1800 à 1825, le négoce, tourné vers la Nouvelle-Galles du Sud, est aux mains
des missionnaires. Le commerce du porc salé, celui de i’huile de coco surtout, ainsi
que les premières plantations, sont leur oeuvre ou au moins trouvent leur origine dans
ies initiatives de la L.M.S. C’est aussi l’époque où les baleiniers font leur apparition.
A partir de 1825, le contrôle qu’avaient réussi à instaurer les missionnaires décline
au profit de nouveaux bénéficiaires. Il y a d’abord les capitaines de goélettes, toujours
plus nombreux. Il y a aussi et surtout ies Polynésiens qui ne sont pas, loin s’en faut,
absents de la scène économique : les chefs, détenteurs du surplus de la production
locale, sont des partenaires privilégiés, il y a bien sûr les commerçants eux-mêmes, et
leur rôle est déterminant dans la mise en place de cette économie de traite.
Les Européens
et rOcéanie
1800-1830
plusieurs reprises, nous avons vu
combien Tahiti constituait une escale sûre et
A
navigateurs européens.
Bougainville le premier fit à l’île cette
réputation qui demeura pendant de longues
accueillante pour les
années. Le meurtre de Cook aux îles Hawaii
massacre de Langle et de onze
d’équipage à Tutuila (Samoa) en
1788, l’attaque du navire de Marion du Fresne
dans la baie des Iles (Nouvelle-Zélande)
donnèrent du reste de la Polynésie une image
d’hostilité et de violence. Sans parler de la
en
1779, le
hommes
Mélanésie où personne n’osait s’aventurer et
qui restait mal explorée.
La paix et
l’harmonie ne régnent
cependant pas à la Nouvelle-Cythère, loin s’en
faut. Les conflits
se
succèdent et freinent le
développement du commerce et les tentatives
d’exploitation agricole. Mais la personne
physique des Européens n’est pas en danger, et
cela justifie le fait que Tahiti devienne, entre
1800 et 1830, un havre pour les navires
européens.
Quels sont ces navires ? En ces dernières
années du XVIIL siècle et jusqu’en 1830, ce
sont
encore
ceux
destinés aux grandes
expéditions scientifiques des nations
européennes, mais ce sont aussi ces goélettes
qui s’aventurent toujours plus loin dans les
mers du Sud, prêtes à tous les trafics.
Les terres qui bordent l’Océanie sont, au
début du XIX' siècle, en pleine mutation, et la
Polynésie en recueillera - ou devrait-on dire
économiques, car ces
îles ne vont cesser d’être sollicitées, exploitées,
parfois même mises à sac.
en subira - les retombées
La Nouvelle-Galles du Sud*
La base de Port Jackson en Nouvelle-Galles
Sud
(Australie) eut une influence
déterminante pendant plus de vingt ans sur la
du
Polynésie orientale. Londres ayant décidé de
se débarrasser de ses criminels - et aussi de ses
politiques (les Irlandais
notamment) - en les envoyant aux Antipodes,
opposants
on
chercha
où
fonder
une
colonie
pénitentiaire.
Sur proposition de Joseph
Banks, la Nouvelle-Galles du Sud fut choisie.
En 1787, la première “flotte”, composée
de deux navires de guerre et de neuf
transporteurs, débarque un millier d’hommes.
La même année où W. Bligh séjourne à Tahiti
avec
la Bounty pour récolter des plants
d’arbres à pain, le premier établissement blanc
Océanie est installé. Les débuts sont
difficiles et la petite colonie, complètement
en
isolée, mène une existence précaire. Le bush
n’offre guère de ressources vivrières et les
difficultés d’approvisionnement sont
immenses. La population s’accroît cependant
régulièrement et en 1792 Sydney accueille
(dont un millier à Norfolk).
4 000 convicts
En
pour ses habitants, était
pour les navires.
Traversant le Pacifique,
tous ies bateaux
rencontraient le même
La Mélanésie hostile.
Cet habitant de
bas, à gauche :
La Polynésie, un havre
problème de
conservation des
aliments et de l’eau
douce. Chaque escale
était mise à profit pour
l'approvisionnement, et
Tahiti, pour sa nature et
particulièrement
appréciée.
Nouvelle-Calédonie
illustre bien la
réputation guerrière que
l'on prête, dès les
voyages de découverte,
à cette partie
géographique et
ethnique du Pacifique.
89
LA POLYNÉSIE S'OUVRE AU MONDE
Entre 1793 et 1810, 2 500 autres prisonniers
envoyés. Le nombre des colons en
Australie passe, entre 1810 et 1821, de
11 590 à 38 778 mais, malgré de remarquables
réalisations dans le domaine de l’agriculture,
la communauté anglaise demeure largement
tributaire des importations.
Le monde
sont
mélanésien lui étant fermé, la Nouvelle-Galles
du
Sud
se
tourne
tout
naturellement
vers
Tahiti, où les flottes s’arrêtent déjà pour
s’approvisionner.
attire des capitaux du monde entier. Véritable
toujours aussi peu exploitée, il n’en va pas de
même de l’Alaska, auquel la Russie s’intéresse
depuis 1728. Sur les traces de Béring,
navigateurs et commerçants russes ont
exploré les eaux froides en quête de fourrures.
En 1797, une compagnie russo-américaine
s’est assuré le monopole des chasses en Sibérie
dix
intenses
facilitant le transit des marchandises, la ville
Les Européens sont également présents sur la
façade occidentale de l’Amérique latine qui
vient d’accéder à l’indépendance. Les derniers
Espagnols quittèrent Callao en 1826. Lfn
énorme marché est à conquérir. Anglais et
Français envoient flottes de guerre et navires
de commerce. Si le Pérou paraît alors peu
attrayant, le Chili semble être un marché
intéressant, et Valparaiso devient durant ces
-
la Sibérie. Aussi les Russes se tournent-ils vers
Hawaii, où la compagnie crée des comptoirs.
ses agents va même jusqu’à faire
construire
des
forts, obligeant le roi
de
t.vV
i
SîT
sont
manque
ravitaillement devant en effet traverser toute
Valparaiso que
partent les goélettes pour prospecter les îles du
bassin du Pacifique Sud et la côte nordaméricaine, à la recherche non pas du simple
approvisionnement, mais de produits de luxe,
plus prisés, tels que les fourrures.
Si à cette époque la côte californienne est
C’est
Ses activités
cependant ralenties par le
d’approvisionnement, le
et en Alaska, alors terres russes.
Babel, où l’on entend parler plus de
langues, cette ville, que les témoins
décrivent
en
fête
perpétuelle, où la
bourgeoisie affiche un luxe tapageur, est un
débouché extraordinaire pour toutes sortes de
tour de
marchandises.
La façade ouest de l’Amérique
L’Amérique du Sud
indépendante. Une
vingtaine d'années sont
la
place économique la plus
importante du Pacifique, avec Canton. Tous
les navires qui remontent du cap Horn
s’arrêtent obligatoirement dans le grand port
chilien. Jouissant de règlements de douanes
années
L’un de
Kamehameha à jurer obéissance au tsar.
Aventuriers et déserteurs
Alors
<
que
les
grandes
expéditions
y
Grande-Bretagne, et
dans une moindre
mesure à la France, de
renforcer leur présence
militaire et économique
dans cette partie du
monde. Les ports sudaméricains deviennent
des centres
commerciaux
nécessaires aux
colonies espagnoles et
portugaises d'Amérique
du Sud pour accéder à
l’indépendance. Le
départ des puissances
ibériques permet à la
primordiaux.
CARACAS
(VENEZUELA)
1830
BOGOTA
Qun
Valparaiso. Capitale du
Chili, devenu un État
moderne en 1833,
Valparaiso est le relais
obligatoire entre le
Pacifique et l'Europe.
GUAY/
BRAZIL
1822
CALLAO
BOLIVIA
LA PAZ •
1825
RIO DE JANEIRO
GUAY)
1828
VALPARAISO
MONTEVIDEO
SANTIAGO
BUENOS AIRES
ARGENTINA
VOLDIVIA
CHILOE
La photographie et la
I
carte postale
prolongent, au milieu
du XIX® siècle, le dessin
pour illustrer la férocité
des Mélanésiens qui,
complaisamment,
-V
reconstituent une scène
de massacre pour
l'édification des
voyageurs et de leurs
correspondants.
90
DES BALEINIERS AUX PLANTEURS 1797-1842
scientifiques
se
poursuivent,
faisant
l’inventaire de la faune et de la flore et traçant
les relevés des côtes, d’autres Européens, aux
mobiles moins louables, s’intéressent aussi à la
Polynésie. Le Pacifique Sud fourmille alors de
petits navires à la recherche d’un “coup”
assurant des bénéfices qui peuvent facilement
se
monter à 300 ou 400 % de la mise initiale.
Ces navires, sans spécialisation, évoluent sur
périmètre gigantesque, comme le prouvent
les propos qu’attribue Dumont d’Urville à son
capitaine Pendleton : “Nous sommes des
aventuriers qui battons tous les pays, qui
faisons tous les trafics ; il y a trois mois, nous
un
croisions dans la Manche de Tartarie,
achetant des pelleteries, il y a vingt-cinq jours,
nous
étions dans
un
port de la mer Jaune,
faisons route à l’heure actuelle sur
Hawaii... Mais qui nous dit où nous serons
nous
Botany Bay. Cook prit
possession le 29 avril
1770 de cette terre,
auparavant baptisée
Nouvelle-Hollande, qui
deviendra la colonie de
la Nouvelle-Galles du
Sud puis l’Australie.
dans six mois, dans huit mois, dans un an ?”.
santaliers, pêcheurs de
perles, chasseurs de phoques, commerçants,
baleiniers même, ces hommes n’auraient pu en
fait être acceptés par le monde polynésien sans
la présence de ceux que l’on nomme les
Tour
à
tour
beachcombers.
Dès la fin du XVIID siècle, on a vu le rôle
joué par les déserteurs de navires, sortes de
mercenaires auprès des chefs polynésiens. Le
bagne australien fournit aussi un fort
contingent d’Européens qui s’établissent dans
les mers du Sud. Fuyant la Mélanésie, plus
proche mais plus dangereuse, les convicts
évadés gagnent les îles polynésiennes, plus
accueillantes et habituées aux Européens.
Chaque île abrite alors quelques-uns de ces
hommes qui adoptent le mode de vie local,
devenant
membre
assimilé
des
sociétés
Ci-dessous :
escales des navires
qui a valu une fâcheuse
réputation à l’archipel,
l’une des principales
de L. Choris.
Le port d’Honolulu vers
1822. Hawaii est, malgré
l’assassinat de J. Cook
européens dans l’océan
Pacifique. On remarque
le cheptel ovin et bovin
introduit par les
Européens. Illustration
polynésiennes où ils vivent. Leur existence est
périlleuse, car leur sort dépend des seuls
services qu’ils rendent à leur protecteur. Leur
fonction se résume dans la plupart des cas à
l’enseignement du maniement des armes à feu
et des tactiques nouvelles. Mais ils ont souvent
également le titre d’interprète du chef, tâche
qui consiste à obtenir pour celui qu’ils servent
des marchandises auprès des navires
européens de passage.
Le rôle de ces hommes a fréquemment été
occulté, mais il fut pourtant décisif dans
certains
archipels, puisqu’il permit
rétablissement de rapports commerciaux où
les deux parties étaient à même d’obtenir ce
qu’elles souhaitaient. Ainsi, les Marquises et
les îles de la Société entrèrent rapidement,
grâce à ces “interprètes”, dans les circuits
d’échanges commerciaux.
Sydney fut préférée à
Botany Bay pour
installer en 1787 la
colonie pénitentiaire de
Nouvelle-Galles du Sud.
Son essor fut rapide
comme
le montre cette
gravure de F. Juke
datant de 1803, soit
15 ans seulement après
sa création.
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91
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
Les baleiniers
et la Polynésie
valeur de 9 500 000 francs, de quoi faire vivre
mille familles
pendant un an. Durant cette
période, quelque 430 navires se trouvent dans
les mers du Sud, ce qui représente 13 000
hommes d’équipage environ.
Les baleiniers et la Polynésie
C’est
richesse
en
des
Des équipages sans foi ni loi
1789 que VAmelia découvre la
mers
du Sud en cétacés,
remarquant, tout autour de l’équateur, un
nombre
impressionnant de cachalots. Ces
bêtes, pesant quelque 90 tonnes, longues de
quelque 30 mètres, se déplacent à une vitesse
d’environ 20-25 km/h, mais peuvent atteindre
près de 50 km/h si elles sont pourchassées.
baleines à bosse sont aussi localisées
Des
Tonga, tandis que de NouvelleZélande partent bientôt des chasseurs à la
recherche de la baleine du Pacifique austral.
Mais le cachalot reste le plus rentable : la tête
de l’animal peut donner jusqu’à 5 000 gallons
(22 500 litres environ) d’une excellente huile
qui se vend entre 1,77 et 2,55 dollars le gallon
dans les ports de la Nouvelle-Angleterre. Le
reste de l’animal produit une huile deux fois
moins cotée, et les os sont vendus à des prix
intéressants. En effet, dans le premier tiers du
XIX^ siècle, les produits dérivés de la baleine
connaissent un grand essor. L’huile se révèle
un excellent lubrifiant pour les manufactures
de laine et de coton. Elle est également utilisée
pour la fabrication de bougies, puis comme
combustible pour les lampes. Enfin, les
autour des
fameux corsets à baleines des femmes de cette
époque prouvent que l’on pouvait tout utiliser
ou presque de cet animal.
1791, cinq navires baleiniers sont à pied
d’œuvre dans le Pacifique. Ils sont américains
et
viennent de l’île de Nantucket (Nouvelle-
Angleterre), spécialisée dans la pêche
au
cachalot depuis 1712. En fait, tous les ports de
la côte est des
États-Unis, du Connecticut
jusqu’à Long Island (New York), se livrent à
cette pêche. Vers 1830, New Bedford parvient
cependant à dépasser Nantucket en
présentant une flotte double. En 1850, la flotte
baleinière américaine totalise 736 navires, soit
237 262 tonneaux et fait vivre, directement
ou
indirectement,
70 000 personnes. Bien
entendu tous ces navires
ne
viennent pas en
Polynésie, mais le Pacifique devient la
principale zone de pêche. Les eaux du Chili,
les côtes du Japon, puis les mers froides de
l’Alaska (Kodiak) reçoivent également leur
visite. Mais les États-Unis ne sont pas seuls en
ligne : Anglais, Hollandais, Allemands,
Norvégiens et Français sillonnent aussi les
mers
du Sud à la recherche des cétacés.
De
1804 à 1817,
193 000 cétacés sont
pêchés dans les mers du Sud (15 000 par an),
dont la quasi-totalité est envoyée en NouvelleAngleterre. Le nombre des baleiniers ne cesse
de croître : vers 1830, 200 navires sont entre
Hawaii, Russel (dans la baie des Iles, en
Nouvelle-Zélande) et Tahiti. En 1836, la
France possède 36 baleiniers dont les
équipages se montent à 1 183 hommes. En
1837, ces navires sont au nombre de 49 ; ils
recueillent 106 000 barils d’huile, pour une
92
traditionnels voient leur autorité contestée.
Les capitaines se mettent souvent au service de
tel ou tel chef à qui ils proposent leur force
armée.
Ils
introduisent
semble-t-il
les
premières pièces d’argent qui reçoivent le nom
de
tara,
déformation du mot dollar.
La
quincaillerie, les clous, les outils se diffusent
deviennent plus faciles, plus nombreuses. Des
Polynésiens, par goût de l’aventure le plus
parfois, servent
comme matelots dans ces équipages. En 1825,
on dénombre plus de 50 Tahitiens embarqués
ainsi. 11 est vrai que les capitaines ont à lutter
souvent, à l’issue de rapts
contre
un
fort courant de désertion
:
à la
première occasion, les hommes d’équipage
fuient un métier dangereux et mal payé et
tentent de gagner les montagnes, puis, le
navire parti, se mettent au service d’un chef.
Ces hommes sont jugés sévèrement par
les autres marins.
Ainsi Dumont d’Urville
écrit-il : “Les marins sont recrutés par des gens
plus souvent, excepté le
officiers sont des gens
passablement grossiers et brutaux”. Laplace
sans
aveu...
médecin,
Le
les
note quant à lui que ces capitaines “une fois
éloignés de France, et hors de portée de nos
lois criminelles, se livrent sans frein pour la
plupart à leurs mauvais penchants, ce qui est
d’autant plus facile qu’ils ont sous leurs ordres
un grand nombre d’hommes déterminés et
toujours disposés à s’entendre pour faire le
mal...
ces
membres
donnent
sans
presque
exception les plus mauvais exemples
aux autres matelots” (L. Jore).
aucune
Les débordements des baleiniers condui¬
sent les
gouvernements à envoyer des navires
et aussi à nommer des consuls
de guerre
(voir
pp.
132 à 136) pour enrayer leurs
grandes puissances savent
méfaits. Mais les
Harponnage d’une
baleine. La chasse à la
baleine était une
La flotte baleinière
Dès
Les campagnes de pêche sont longues. La
pêche à la baleine est une entreprise
périlleuse : peu de volontaires se présentent.
Aussi les capitaines de ces navires doivent-ils
le plus souvent se contenter de ce qu’ils
trouvent. La lie des ports compose donc ces
équipages qui, après des mois d’une
navigation difficile, touchent les îles du
Pacifique pour faire le plein d’eau et de vivres
frais. Ils prennent l’habitude d’accoster dans
les petites îles, où leur force leur permet de
faire ce que bon leur semble. Prêts à tout pour
obtenir ce qu’ils souhaitent, utilisant la
violence, introduisant armes à feu et alcool
pour gagner les bonnes grâces des chefs, ces
hommes représentent un réel danger pour les
Polynésiens, aussi bien d’Hawaii que de
Nouvelle-Zélande ou de Tahiti. Ces équipages
ne
respectant aucune loi, les chefs
à eux. Les liaisons entre les îles
aussi grâce
opération dangereuse.
Les campagnes duraient
parfois des années, mais
les gains demeuraient
médiocres. Ces
conditions de vie
difficiles poussaient
de nombreux marins à
déserter, lorsqu’ils
abordaient les îles
polynésiennes.
DES BALEINIERS AUX PLANTEURS 1797-1842
profiter
également
baleiniers
des
pour
manifester leur présence dans ces mers. Ainsi
la France décide-t-elle de soutenir ses marins
afin de maintenir, d’une manière ou d’une
une
présence française dans le
Pacifique. Les navires de guerre reçoivent
comme
tâches de renseigner, d’approvi¬
sionner et de protéger les équipages des
autre,
baleiniers.
Les Etats-Unis d’Amérique procèdent de
la même façon. Lors de ce que l’on nomme la
Deuxième Guerre d’indépendance américaine
(1812-1815), le capitaine Porter a pour ordre
de protéger les baleiniers américains et de
capturer les navires anglais. Mais il outrepasse
sa mission et, en 1813, décide d’annexer les îles
Marquises afin d’en faire une base pour les
baleiniers américains. Ayant porté son choix
sur Nuku Hiva, Porter mouille à Taiohae le 25
octobre 1813, et accepte d’aider militairement
le clan des Taii contre celui des Hapa, qui est
vaincu. Les habitants de ces clans acceptent
alors
de
verser
construire
un
tributs
village
à
et
Porter,
une
de
lui
forteresse,
Madisonville. Le 19 novembre 1813, il prend
officiellement possession de Nuku Hiva, mais
doit bientôt lutter contre les Tai-Pi qu’il écrase
grâce à la puissance de feu de 200 fusiliers. Sa
domination étant complète, il règne sur l’île.
Mais dès son départ, en décembre, l’île se
soulève contre le lieutenant Gamble qui doit
aussi faire face à une mutinerie de ses propres
soldats
(au
nombre de 22).
Finalement,
Gamble abandonne l’île pour
Hawaii et le
gouvernement américain ne donne
suite à
ce
destiné
à
aucune
projet. L’île n’en a pas moins été
ravagée et de lourds tributs prélevés (quelque
400 cochons en ce qui concerne les Tai-Pi).
Ainsi, la présence des baleiniers dans les
îles polynésiennes entraîne-t-elle une série de
conséquences désastreuses. Alcool et
maladies déciment la population, tandis que
les produits importés modifient son mode de
vie. Plus tard, l’essentiel du surplus étant
la
Nouvelle-Galles
du
Sud,
l’approvisionnement devenant difficile pour
les baleiniers, ils se détournent de Tahiti, mais
de nouvelles valeurs
sont déjà apparues
dans
ces
îles.
Peter Haggerstein
(ci-contre) et
Joseph Cabri
(a droite). Le
Suédois, arrivé à
Tahiti en 1793, et ie
Français, aux
Marquises de 1795
à 1804, ont jouéà ia
fois les rôles de
mercenaires et
d'interprètes
qu'étaient amenés
à avoir les
déserteurs ou les
naufragés. Ici,
J. Cabri estdessiné
par
G.H. Langsdorff et
P. Haggerstein par
R. Smirke (à ses
côtés, une femme
de missionnaire
anglais).
A gauche et ci-dessous :
Le dépeçage des
baleines se faisait en
partie à bord des navires
qui étaient
reconnaissables aux
cheminées qu'ils
portaient et à l'odeur
caractéristique qui les
accompagnait, et en
partie à terre. Cela
explique la présence
dans de nombreuses îles
polynésiennes, comme
ici aux Australes, de ces
énormes marmites.
93
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
Les santaliers
L’essence
Les îles
polynésiennes détenaient, dans
les premières années du XIX^ siècle, une autre
richesse que les Européens ne tardèrent pas à
découvrir et à exploiter, de telle manière qu’ils
l’épuisèrent complètement : le santal. Cet
épisode de l’histoire économique de la
Polynésie orientale est moins connu, dans la
mesure peut-être où il ne concerne pas l’île de
Tahiti elle-même.
Les bois de charpente
Tahiti possédait néanmoins quelques essences
précieuses,
ou
des
bois
intéressant
les
comme le Calophyllum (’ati),
résistant bien aux attaques des insectes et
Européens,
donc utilisé pour la fabrication des charpentes
de
navires.
Ces
arbres
énormes
furent
remarqués dans le district de Paea par
Moerenhout qui, grâce à l’amitié qui le liait au
grand chef Tati, eut l’autorisation de les
couper, malgré leur situation près d’un marae.
La coupe lui fournit un chargement qui
remplit une goélette et assura des bénéfices
importants.
Les
navires
de
cette
époque, qui
mouillaient
à
Tahiti, avaient toujours
quelques réparations en cours, nécessitant du
bois. On en a un exemple avec Laplace qui dut
abattre
en
carène VArtémise à Tahiti
:
de
grandes quantités de bois et près d’un mois de
travail leur furent nécessaires. On fit bien sûr
largement appel à la main-d’œuvre tahitienne.
Un commerce non négligeable se développa
alors, mais il n’atteignit pas l’exploitation
intensive que l’on fit du koa à la même époque
dans l’archipel d’Hawaii, et surtout du kauri
géant dans les deux îles de la NouvelleZélande où naquit une véritable industrie du
bois.
Aux îles Marquises
Le commerce du santal
qui donna lieu à de véritables
“ruées” fut le santal. Le bois de ce petit arbre
tronc gris n’était d’aucune utilité pour les
Européens, mais l’huile aromatique contenue
dans son cœur lui donnait une très grande
valeur ; elle était très appréciée en Chine où on
l’utilisait à des fins religieuses. Des objets
précieux étaient également taillés dans ce bois.
Les marchands européens exploitèrent
cette espèce pour s’en servir comme monnaie
d’échange avec la Chine qui fournissait de son
côté une denrée rare et indispensable aux
Anglo-Saxons : le thé. Ces derniers ayant peu
de produits à proposer sur le marché chinois,
au
ils devaient payer en devises cette marchan¬
Dès
1811, les îles Marquises reçurent elles
aussi la visite de ces navires. Il semble que ce
fût le Hunter du capitaine W. Rogers qui eut
d’abord connaissance de la présence de santal
dans l’archipel. En dépit de ses efforts pour
tenir la découverte secrète, on apprit rapi¬
dement à Canton l’existence de cette nouvelle
“mine”.
Marquises furent à leur tour l’objet
le Lydia, VAmerica,
puis le Pensylvania Packet étaient à piedLes
d’une “ruée”. En 1812,
d’œuvre à Nuku Hiva, Hiva Oa et Tahuata.
La fermeture du port de Canton par le gou¬
anglais retarda quelque peu le
début de l’exploitation, mais à partir de 1814,
vernement
question de se passer de thé, au point que
l’administration pénitentiaire ne concevait
pas de ne pas fournir, même à des convicts, la
navires européens affluaient vers les
Marquises, malgré la réputation de violence
des indigènes. Le lieutenant Maury, laissé
avec cinq hommes par le Pensylvania Packet
pour.préparer une nouvelle cargaison, en fit
l’expérience : quatre de ses marins furent tués.
l’égard des Chinois, la colonie, à la recherche
santaliers furent toujours de ce type. Dès le
dise.
Si
la
Grande-Bretagne
en
ayait les
moyens, ce n’était pas le cas de la NouvelleGalles du Sud. A Sydney, il n’était pas
fameuse
boisson.
Entièrement
débitrice à
de produits d’échange, proposa les bêches de
mer
et,
surtout,
le santal. Elle développa
donc ce trafic, bientôt suivie par des navires
de toutes nationalités.
De 1805 à 1820, l’archipel des Fidji, le
plus proche des côtes australiennes, reçut le
premier la visite des santaliers. Vers 1810, la
concurrence, mais aussi les difficultés d’ex¬
ploitation, car les vallées étaient peu acces¬
sibles, firent que l’on se tourna vers la
Polynésie. L’archipel des Hawaii fut soumis à
une surexploitation qui ne tarda pas à faire
totalement disparaître l’espèce : en 1828, les
santaliers abandonnèrent cette région.
L'Artémise abattue en
carène à Tahiti. Cette
frégate, commandée par
le capitaine de vaisseau
Laplace, heurta le récif
les
Les
contacts
entre
les
habitants
et
les
Marquisiens tentèrent de se
des mousquets, et si dans les rades
importantes le troc était possible, dans les
vallées isolées, où seuls les santaliers osaient
s’aventurer, l’attaque du navire par la
population était le seul moyen d’obtenir ces
armes.
Dans les centres plus peuplés, les
hostilités cédèrent peu à peu le pas au trafic :
les Européens avaient trop besoin d’aide pour
se mettre à dos les indigènes. Pour couper les
arbres et les traîner jusqu’au rivage, il fallait
que le calme règne. De par la nature de leur
commerce, les santaliers n’étaient pas enclins
à la violence : il y avait pour eux obligation de
début,
les
procurer
Page de droite
le 22 avril 1839. Les
Tahitiens, ainsi que des
nécessitèrent deux mois
de travaux. Prés de 200
cette réparation.
dommages importants
Marquisiens, furent
réquisitionnés pour
en
haut :
Les baies des
Marquises,
prolongements
naturels des vallées
dans lesquelles se
réfugient les tribus
pour éviter les
Européens. C’est là
que se font les
contacts entre
Marquisiens et
santaliers qui
souhaitent avoir
accès aux vallées où
poussent les arbres
convoités. Dessin
original de
M. Radiguet.
Page de droite :
Guerriers
marquisiens. Ils ont
vite compris,
notamment en ce qui
les armes,
la supériorité du fer
sur le bois. Ce dessin
concerne
original de
M. Radiguet en 1842,
sur lequel on
distingue une
baïonnette fichée à la
pointe d'une lance,
montre qu’au milieu
du XIX' siècle le
contact avec les
Européens est depuis
de nombreuses
années une réalité.
94
DES BALEINIERS AUX PLANTEURS 1797-1842
traiter avec les chefs et de gagner leur appui.
fond des vallées encaissées, les plateaux élevés
protéger,
autre travail exténuant du fait du relief des îles
Seuls ces derniers pouvaient effectivement les
mais
aussi
fournir l’abondante
main-d’œuvre nécessaire à ce travail long et
pénible. L’arbre le plus souvent n’était pas
coupé mais déterré. Puis les branches et le
jeune bois étaient élagués. Ensuite, il fallait
ôter l’écorce, séparer le bois extérieur du cœur
proprement dit, qui seul avait de la valeur. Si,
dans les premiers temps, on exploita le santal
proche des côtes, il fallut bientôt gagner le
d’où l’on devait rapporter les
billes de bois,
marquisiennes. Les équipages des santaliers,
même importants, ne suffisaient pas à la
tâche. Pour s’attirer les bonnes grâces de la
population locale, des cargaisons entières de
tissus, de quincaillerie, d’alcool aussi, d’armes
enfin (blanches puis à feu) furent offertes. Les
grands bénéficiaires en furent les chefs qui
louèrent sans vergogne la population sur
laquelle ils avaient autorité. En fait, les
lointaines et farouches Marquises, que l’on se
plaît à imaginer repliées sur elles-mêmes,
entretenaient, dès les années 1810-1820, des
relations suivies avec les Européens, baleiniers
ou
santaliers.
Ce fut également le cas des Australes qui,
dans les années
1820, exportèrent de petites
quantités de santal. Ainsi, tous les archipels de
la Polynésie recevaient alors la visite des
Européens.
SANTAL
CHINE
:$> THÉ
ARMES ET
ALCOOL
koa
Canton
HAWAII
1812-1828
GUAM
équateur
Carte du commerce
triangulaire entre
l’Australie, la Chine et
l'Océanie. Les
cargaisons de santal,
récoltées dans toute
la Mélanésie et la
Polynésie, prennent
la direction de
Canton, d’où part le
thé, indispensable
■;
VANUATU
'»20
■;
FIDJI
Sydney*
^
^
TUAMOTU
SOCIÉTÉ
1805-1820
Nlle-CALÉDONIE ^
1840
MARQUISES
1811-1820
^ ^
GAMBIER
COOK
AUSTRALES
vers
1820
PAQUES
kauri
aux nouveaux
occupants de ce qui
deviendra l'Australie.
Nlle-ZÉLANDE
95
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
Le commerce
du porc salé
couleur rouge était prisé par les Tahitiens),
une centaine de chemises blanches, quinze
pris
Santaliers et baleiniers avaient
l’habitude de relâcher dans les
îles
polynésiennes. Le principal archipel, celui de
la Société, voyait défiler des dizaines de
navires
de
toutes
nationalités.
Mais
l’approvisionnement devint difficile, surtout
en
porcs. En effet, si les tout premiers
circumnavigateurs avaient pu échanger un
cochon contre un petit clou, puis un grand, il
fallait vers 1800 proposer une hachette, soit
l’équivalent de 4 dollars ; puis le prix monta de
6 à 8 dollars. Il finit, dans les années 1830, par
atteindre 10, voire 12 dollars. Les Polynésiens
avaient certainement procédé à une meilleure
estimation de leurs produits, mais à Tahiti,
l’augmentation des prix
s’expliquait aussi par la loi du marché : l’offre
ne réussissait plus à satisfaire la demande. Les
capitaines de goélettes n’étaient plus les seuls
demandeurs, car depuis 1793, l’île des Pômare
fournissait en viande la jeune colonie
pénitentiaire de la Nouvelle-Galles du Sud.
ailleurs,
comme
On
a
vu
combien
l’installation
en
pénitentiaire
s’était avérée difficile. Les gouverneurs durent
se
tourner vers l’extérieur pour éviter la
disette ; mais il fallait compter avec l’isolement
Australie
de
continent
du
inconnue
et
l’établissement
australien.
“sauvage”,
La
ne
jaquettes militaires et six vieilles armes.
L’intérêt que les Tahitiens montrèrent pour
celles-ci fit qu’au cours du deuxième voyage,
le Porpoise proposa huit mousquets, trois
baïonnettes, quatre pistolets, cent cinquante
balles de mousquet et deux boîtes de
cartouches.
De
l’alcool
fut
également
introduit à partir de 1802. Le Porpoise reçut
quelque 31 000 livres anglaises de porc en
échange de ce bric-à-brac. Chiffre modeste
puisque la Vénus, en 1802, en rapportera
123 000 livres.
Un commerce établi
Déjà, en 1801, la demande était tellement forte
à Port Jackson que le gouverneur King
n’hésita pas à utiliser des navires officiels pour
créer des liaisons
régulières avec Tahiti. De
1801 à 1807, six cargaisons furent rapportées
en
En
Australie. La phase probatoire prenait fin.
1807, le
commerce
semblait solidement
établi. De 1806 à 1810, on relève 16 voyages.
La période suivante (1811-1815) compte 22
traversées, mais ce fut un maximum. Sur un
intervalle toujours de cinq ans, le nombre de
traversées se stabilisa par la suite entre 14 et
18, mais les tonnages diminuèrent, et des
navires de plus en plus petits effectuèrent ce
trafic. De 1811 à 1815, les navires australiens
offraient
un
tonnage
global
de
2
guerres entre
manahune.
Pômare
II
le
Te hau
fut
et
C’est à cette date que la baie de Matavai
délaissée
au
profit
de
Taloo
Le porc, en ce début du
XIX® siècle, fait, comme
le montre cette gravure,
toujours partie de
l'environnement des
familles tahitiennes. Son
rôle culturel a diminué,
mais son importance
économique s'est
accrue pour les besoins
de la colonie
pénitentiaire.
Mélanésie,
pouvait être
d’aucune aide, tout au moins pas avant les
années
1844-1853, voire même la période
1853-1857 (G. Cordier-Rossiaud, 1957). La
Polynésie demeurait dans son ensemble tout
aussi fermée, à l’exception de Hawaii et de
Tahiti, seules îles capables de fournir un
surplus considérable, en raison de la fertilité
de leur sol ainsi que du système économique
traditionnel. En effet, les Tahitiens avaient
depuis longtemps l’habitude du troc sur une
grande échelle. Déjà, avant les contacts avec
les Européens, des relations d’échange très
élaborées, à l’aide de pirogues doubles,
existaient d’île à île. De plus, certains chefs
contrôlaient des atolls ou de petites îles
(Tetiaroa, Mehetia) qui devaient fournir
nacres, porcs et objets artisanaux. Toutes les
conditions étaient réunies pour faire de Tahiti
un grand centre d’exportation de produits
vivriers.
Les premières exportations
Les
navires, les flottes qui conduisaient les
convicts à Port Jackson, s’arrêtaient déjà à
Tahiti pour s’approvisionner. Ceci donna
l’idée au gouverneur, en 1793, cinq ans après
la fondation de la jeune colonie, d’envoyer à
Tahiti un navire, le Daedalus, pour chercher
du ravitaillement. Il rapporta, vivants ou sous
quelque 31 000 livres de
ainsi que des fruits, des légumes
tropicaux et des volailles. L’expérience parut
forme de salaisons,
porc,
suffisamment satisfaisante pour qu’en 1801 on
envoyât le Porpoise, avec un équipage de 60
hommes. L’expédition dura quatre mois. On
avait investi pour près de 300 livres anglaises
de produits divers : clous, couteaux, assiettes
en grand nombre, rasoirs et ciseaux, du tissu
aussi (on s’aperçut vite que seul celui de
96
477
tonneaux, atteignant ainsi le volume record,
alors que cette période était marquée par les
Ci-dessous :
Le port de Sydney.
Chaque année, pendant
plus de 20 ans, des
goélettes chargées de
tissu, de quincaillerie
et d'alcool prirent le
cap des îles de la Société
et en rapportèrent le
porc salé, première
exportation de Tahiti-
Moorea et aussi des îles
Sous-le-Vent.
Bay
DES BALEINIERS AUX PLANTEURS 1797-1842
(Opunohu, près de Papetoai), à Moorea. De
1801 à 1820, des 60 navires venus de Nouvelle-
Hollande, 17 touchèrent l’ile. Tetiaroa, mais
les îles Sous-le-Vent, furent aussi
surtout
d’importants centres producteurs. Les chefs
de Raiatea et de Huahine ne demeurèrent pas
étrangers à ce vaste échange, ce qui devait
conduire à de graves tensions au sein de la
société polynésienne (voir p. 104).
A
partir de 1821, le déclin parut
inexorable.
Dans la
mesure
où la colonie
anglaise pouvait subvenir elle-même à sa
subsistance (en
1821, on comptait en
Nouvelle-Galles du Sud quelque 83 000 porcs
et 103 000 têtes de bétail), ce commerce n’avait
plus de raisons d’être. Il se maintint
cependant, quoique de façon irrégulière,
troublé par les guerres internes deTahiti, mais
aussi ralenti par l’insuffisance de navires. Le
trafic d’holothuries ou de santal devenant plus
rentable, Tahiti fut abandonnée. Ce fut sans
Néanmoins, 3 millions de livres de porcs
exportés de Tahiti et des Iles vers
l’Australie, de quoi nourrir 10 000 forçats
pendant un an et demi ! (H.E. Maude, 1959).
furent
Les Polynésiens avaient, il est vrai, une longue
habitude du négoce, mais cela ne suffit pas à
expliquer ces chiffres.
Les colons d’Australie purent bénéficier de
l’aide précieuse des missionnaires qui firent
souvent le travail de collecte.
Avant 1815, les
missionnaires se trouvaient dans une situation
précaire, laissés sans renforts et sans moyens
Aborigène d’Australie.
Ne
connaissant pas
l'agriculture, les
Aborigènes avaient
besoin de grands
territoires pour
subsister. En empiétant
sur leurs terres, espace
sacré, les Européens se
firent des ennemis.
d’existence.
Aussi
introduisirent-ils
les
capitaines des navires auprès des chefs, en
échange d’une commission. Quelques étoffes,
quelques produits manufacturés leur
permettaient alors de se procurer des vivres
auprès des Polynésiens et c’était à eux de
réunir une cargaison de salaisons. Les navires
avaient trouvé là des auxiliaires précieux. En
1807, les missionnaires firent le tour de l’île
pour acheter des porcs au profit du
General
Welleslay. A partir de 1816, imitant en cela le
pasteur Marsden, millionnaire de la NouvelleGalles
du
Sud, ils tentèrent d’armer leur
propre navire pour faire ce commerce, mais se
heurtèrent à la volonté de Pômare II
d’imposer son propre monopole sur ce trafic
(voir p. 103). Ce rôle des missionnaires dans le
commerce du porc salé se retrouve également
dans celui de l’huile de coco.
ce qui poussa les missionnaires et les
Polynésiens à posséder leurs propres navires.
On estimait alors que les bénéfices sur le
capital investi étaient de l’ordre de 20 %, ce qui
doute
venait loin derrière le santal et la nacre.
Les grandes dates de l’économie
polynésienne
1789
Le baleinier américain Amelia
effectue la première pêche de
cétacés dans le Pacifique.
1793
Le Daedalus apporte la pre¬
mière cargaison de porcs salés
deTahiti en Nouvelle-Gallesdu
Sud.
1801
1805
Un
trafic
régulier s’instaure
entre Sydney et les îles du Vent.
Les
santaliers
l’exploitation
jiennes.
commencent
des forêts fid-
1808
Ouverture des lagons nacriers
des Tuamotu.
1811
Les Marquises sont régulière¬
ment visitées par les santaliers.
1813
1817
Porter construit Madisonville
à Nuku Hiva, qu’il annexe, afin
d’offrir aux baleiniers améri¬
cains une base sûre. Échec de
cette tentative.
Arthur Phillip, premier
gouverneur de la
Nouvelle-Galles du Sud.
En 1787, après 8 mois de
voyage, 19 officiers,
160 soldats et 850
bagnards s’installent à
Port Jackson, actuelle
Sydney. Durant 2 ans, la
colonie pénitentiaire,
n’étant ravitaillée par
aucun navire en
provenance
d'Angleterre, devra
subvenir à ses besoins :
elle fera appel aux
ressources de Tahiti.
Ci-dessous :
Bagnards australiens.
Ils étaient prés de 300 en
1792, alors que la
Nouvelle-Galles du Sud
n'avait pas encore les
moyens de les nourrir.
Les missionnaires de la L.M.S.
disposent
d’un
navire,
le
Haweis, pour commercer avec
la Nouvelle-Galles du Sud.
1818
Fondation
Missions
Tahiti.
de
la
Société des
évangéliques
de
Un technicien de la L.M.S.,
J. Gyles, tente de lancer la cul¬
ture de la canne à sucre dans
les îles du Vent. C’est un échec.
1821
Déclin du commerce du porc
salé entre Tahiti et la NouvelleGalles du Sud. Pômare II dis¬
pose de son propre brick pour
commercer avec
1822
sous
l’égide de la L.M.S. Les
exportent
quelques tonnes de café.
Ari’ipaea nomme un agent afin
îles
1825
Sydney.
Essai de plantations de coton
Sous-le-Vent
de contrôler toutes les exporta¬
tions des îles du Vent. La ré¬
gente entend également s’ap¬
proprier les lagons des
Tuamotu.
97
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
L’économie de traite
Le commerce du porc salé peut être
considéré comme une étape décisive dans
révolution de la société tahitienne car on peut
y voir l’apprentissage du commerce à grande
échelle. Cette disposition des Tahitiens, et à
degré des habitants des autres îles
de la Société, pour le commerce trouvait en
partie son origine dans l’œuvre des mission¬
naires anglais protestants.
un moindre
porc salé en
1830. Les perles étaient reche¬
rchées, mais aussi la nacre dont on obtenait de
substantiels bénéfices. On pouvait espérer
aussi tirer profit des trépangs, holothuries
(bêches de mer) qui, une fois séchées et
fumées, étaient vendues à bon prix sur le
marché chinois. L’huile de coco aussi était
recherchée. En 1822, elle se vendait 16 livres la
tonne ;
le prix baissa à 9 livres en 1824. Ce
mains des missionnaires,
commerce était aux
et on put à cette
occasion parler de monopole,
mais il fut brisé par certains chefs, comme Tati
et sa belle-fille Atiau Vahiné, tous deux gros
Les sociétés commerciales
missionnaires
producteurs, qui en assurèrent eux-mêmes la
commercialisation. La fin des années 1830 vit
Les missionnaires anglais entendirent dès 1815
continuer leur œuvre d’évangélisation en envo¬
les autres archipels.
Les dépenses étaient d’ordinaire à la charge de
yant des "teachers”
Londres. Il parut donc intéressant de créer, à
Tahiti même, une “Société missionnaire, sub¬
sidiaire de la Société de Londres”. Cette
société “polynésienne” collecterait les produits
constituant la participation des habitants et
exporterait. A l’origine, on demanda à
chaque Tahitien de fournir une petite quantité
les
le commerce se développer considérablement,
car
il était tenu non plus seulement par de
simples capitaines de goélettes, mais par des
négociants qui constituèrent à Tahiti même
des comptoirs, et installèrent des entrepôts.
Vers 1839, le nombre de navires atteignit un
record
;
24 bricks et schooners, 20 baleiniers
anglais importèrent et exportèrent pour 40 000
livres de marchandises (C. Newbury, 1980). A
ceux-ci, il fallait rajouter six commerçants
américains, un français et trois baleiniers.
Qui étaient les capitaines de ces goé¬
lettes ? On peut distinguer les Anglais (plus
nombreux) des Français. Les premiers ve¬
naient d’Australasie, comme William Dunnett
ou
Thomas
Ebrill.
Certains
Français
(A. Lucas, F. Rouge, F. Desentis) arrivèrent
aussi
de
Nouvelle-Zélande
où
ils
avaient
spéculé sur la vente de terres maories aux
colons, ce qui devint impossible en 1840, lors
de l’annexion par la Grande-Bretagne.
Thomas Ebrill fut
d’abord,
vers
1820,
second d’un petit bâtiment de 40 tonneaux, le
Macquarie, dont le propriétaire était le fils du
missionnaire William Flenry. Puis, capitaine
d’une bonne dizaine de goélettes, il alla de
Pitcairn aux Marquises, en passant par les
Baye de Mytavai
lizVX'-lLE d'OIIAÎiIATSIJLNO
d’huile de coco, contenue dans des bambous,
puis on préleva aussi de l’arrow-root. Le 13
mai 1818, cette société vit le j our à Tahiti et fut
placée sous le patronage des grands chefs qui,
seuls, pouvaient organiser une collecte impor¬
tante en utilisant le tribut traditionnel qui leur
était dû. Aux îles Sous-le-Vent, des sociétés
identiques furent créées en octobre 1818. Ce
de production pour l’exportation,
créé afin d’alléger les charges financières de
l’Église, donna naissance à l’économie de
HeAtffe liiut- -Vlüir. -J.
JirAffft lie/te J,i
courant
Jlfitüei iiluc Jti/le.
A. ■
IIavue n'Ooi'OA
traite.
Les missionnaires voulurent également
contrôler le transport avec l’acquisition d’un
navire, le Haweis, confié
au
capitaine
Nicholson. Ce bateau de 73 tonneaux, lancé
en
décembre 1817, fit plusieurs traversées de
1829, emportant à Port Jackson des
cargaisons de salaisons, mais aussi d’arrowroot, d’huile et de fruits. Ce contrôle du
commerce et du transport permit à la mission
de Tahiti de dégager d’importants bénéfices :
dès 1821, on envoya 1 900 livres à Londres
pour rembourser une partie des frais engagés
par la London Missionary Society dans les
1819 à
mers du
Sud.
On ne saurait cependant parler de mono¬
pole missionnaire sur les exportations du
royaume des Pômare. Outre les baleiniers qui
se livraient à Matavai à des opérations commer¬
ciales, ou les chefs qui opéraient pour leur
propre
autrement
redoutable des capitaines de goé¬
Capitaines de goélettes et négociants
Tahiti et les îles de la Société ne connurent
guère de temps mort entre le commerce du
porc salé qui commença en 1793, et la traite
qui se développa avant même 1815. Les res¬
sources des lagons furent exploitées dès 1808.
Des relations commerciales s’établirent avec
Valparaiso et l’Europe via le détroit de
Magellan, prenant le relais du commerce du
98
tLwivE d'Ovilakke
ZtlîVJ’
ZJSZ£
d’Huaheine
En haut :
Baies de l'archipel de la
Société, à Tahiti,
Huahine et Raiatea. Les
exceiients havres
qu’offre l'archipel sont
sans
conteste i'une des
principales raisons du
choix de ces îles comme
escales.
compte (voir pp. 102 à 104), les mis¬
sionnaires se heurtaient à la concurrence bien
lettes.
XJli'etea.
A gauche :
Missionnaires et
commerçants.
J. Williams proposant
de la verroterie à des
insulaires. De telles
scènes ne peuvent plus,
dès 1815, avoir lieu à
Tahiti, les Tahitiens
étant devenus, avec
l’aide des missionnaires,
d'habiles négociants,
exigeants sur les
marchandises
proposées. Mais ces
pratiques demeurent la
règle dans les autres
archipels.
DES BALEINIERS AUX PLANTEURS 1797-1842
Gambier. Il plaça ses gains à Tahiti, dans
l’isthme de Taravao, où avec Samuel Pinder
Les représentants de sociétés
américaines
Son commerce était varié : le santal bien sûr,
Un autre type de commerçant fait son appa¬
rition, celui de représentant des compagnies
Henry, devenu son beau-frère, il tenta une
plantation de canne à sucre vite abandonnée.
l’huile de coco, les perles et les nacres ; tout
dépendait du cours de ces produits. En 1842,
périt avec son équipage en Mélanésie, ne laissant aucune fortune à sa fille qui
gagna l’Australie. Comme l’indique F. Doumenge,
si Tahiti fut “un grand foyer de l’interlope au
début du XIX^, beaucoup de trafiquants y
laissèrent leur vie. Quelques-uns y firent for¬
tune, fort peu s’y établirent. Aucun pratique¬
ment n’y a laissé de descendance”. Ainsi en
alla-t-il pour le commandant de Y Aimable
Joséphine, Adolphe Bureau, spécialiste de la
nacre aux Gambier, qui fut massacré aux îles
Fidji. D’autres devaient par la suite rejoindre
l’Extrême-Orient, se perdre dans les ruées vers
T. Ebrill
l’or ou dans les révolutions sud-américaines.
de
commerce.
Si l’on trouve
en
1817 des
capitaines bordelais aux Marquises, il faut
noter
que
la plupart de
ces
représentants
arrivèrent en fait de Valparaiso : ce fut le cas
du
Français
A.
J.A. Moerenhout.
sur
Mauruc
et
du
Belge
A. Mauruc arrive en Polynésie en 1830
le Courrier de Bordeaux. Les Gambier et
surtout les Tuamotu deviennent ses terres de
prédilection. Il y recueille nacre, écailles de
tortue et perles. Il est le premiër à établir une
sorte de navette entre Valparaiso et Tahiti, ce
qui lui assure de bons revenus. Puis il gagne les
Samoa, les Tonga et ne revient que tardive¬
ment à Huahine où il achète une plantation.
Appareil pour produire
l’huile de coco. Il
permet d'extraire l’huile
par pression, mais la
fabrication est le plus
souvent artisanale : on
Ci-dessus :
A droite :
L’arrow-root. Certaines
Papeete vers 1830. C'est
à cette époque que des
représentants de
maisons de commerce
s’installent à Tahiti, en
provenance de
Valparaiso.
Parmi eux,
J.A. Moerenhout qui
deviendra consul de
France et sera amené à
jouer un rôle autre que
commercial.
râpe la pulpe qui, placée
dans une pirogue, est
transformée en huile par
l'action du soleil au bout
de 25 à 30 jours.
Ci-dessous :
Le troc au cours des
voyages de découverte
est l’ancêtre du
qui se répand
dans toute la Polynésie
au début du XIX' siècle.
J. Cleveley, charpentier
durant le 3ème voyage
commerce
productions agricoles
de J. Cook, a donné une
image semblable des
contacts entre
Européens et indigènes,
que ce soit lors des
escales à Moorea,
Fluahine du, comme ici,
aux
Tonga.
tahitiennes firent l'objet
d'exportations. Si la
patate douce permit
d'améliorer
l’alimentation des
équipages, l’arrow-root
(manioc) quant à lui, fut
exporté en grande
quantité vers Valparaiso.
99
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
Les plantations :
un demi-échec
Baleiniers, santaliers, commerçants fai¬
saient en Polynésie des escales plus ou moins
brèves, n’opérant sur les îles que des prélève¬
ments, souvent importants, dans les ressources
des Polynésiens. Le rôle économique dévolu
aux archipels demeura pendant toute la pre¬
mière moitié du XIX® siècle celui de ravitailler
les navires et la Nouvelle-Galles du Sud. A
mesure
que les relations commerciales entre
Européens et Polynésiens se firent plus impor¬
tantes et plus constantes, la production indi¬
gène s’intensifia - ne serait-ce que par l’emploi
d’outils plus performants - mais toujours dans
le cadre de l’économie traditionnelle. Il n’y eut
ni défrichement ni plantations.
Les premiers Européens qui s’orientèrent
vers
un nouveau
mode de culture furent les
missionnaires anglais, à partir semble-t-il de
1818. Ceci fut entrepris dans le cadre d’une
moralisation des populations polynésiennes.
En effet, “l’indolence des insulaires des mers
du Sud
a
été longtemps proverbiale... Nous
étions convaincus que c’était la cause première
de beaucoup de leurs crimes sans en excepter
l’infanticide, et qu’il y avait là, pour eux aussi
une source constante de misère” (W. Ellis).
Mettre les Polynésiens au travail était donc
une préoccupation majeure que l’on retrou¬
vera
chez les missionnaires catholiques cin¬
quante ans plus tard.
Les pasteurs anglais entendaient égale¬
.
ment trouver sur place une source de revenus
suffisante pour empêcher le retour à la situ¬
ation précaire qu’ils avaient connue avant
1815. La transformation des mentalités des
néophytes polynésiens comme la bonne marche
de la mission passaient donc par l’installation
de plantations.
La canne à sucre
Les
directeurs
de
la
maîtriser
les
les lois tahitiennes interdisaient l’introduction
d’alcool et à plus forte raison sa fabrication.
Quelques plantations parvinrent cepen¬
dant à
se
maintenir. Ainsi, le missionnaire
A. Simpson disposait d’un domaine à Moorea
lui assurant 15 à 16 tonnes de sucre par an. Il le
confia au fils du missionnaire H. Bicknell qui
sut en tirer profit. Moerenhout, l’ayant visité,
eut le projet de créer avec Tati une plantation
à Papara. On défricha quelque 70 arpents de
cannes et
si, en 1832, les deux associés purent
vendre 18 tonnes de sucre, l’affaire n’en péri¬
clita pas moins.
Le coton
L’échec de J. Gyles avait été vivement ressenti
à Londres et il fut décidé de faire une expérience
dans un autre domaine. En 1822, deux techni¬
ciens furent envoyés à Tahiti, Moorea et
Huahine pour introduire la culture du coton.
On
se
mit
avec
ardeur
Missionary
techniques européennes.
J. Gyles, qui avait cultivé la canne à sucre en
Jamaïque, se vit confier un important matériel
et débarqua à Tahiti avec sa femme en août
1818. On l’installa à Moorea, au fond de la
baie d’Opunohu, où il disposa d’un vaste
terrain clôturé. Il défricha et planta, imité par
de nombreux Polynésiens des environs. Il
qu’une bonne dizaine d’espèces de
canne étaient alors connues en Polynésie et
qu’elles poussaient très bien. Mais Gyles se
heurta à l’opposition de Pômare II qui n’ap¬
prouvait pas cette expérience, craignant que
pareille entreprise n’attirât des étrangers dans
son royaume. Peut-être a-t-il aussi
quelque
peu jalousé ce projet. J. Gyles dut donc quitter
Tahiti pour les îles Sous-le-Vent, où les mission¬
naires W. Ellis et C. Barff, à Huahine, vou¬
lurent reprendre l’expérience. Machines et
semble
Les premiers
résultats furent positifs : le moulin des mission¬
naires devint une “espèce de machine publique”
100
travail. Les
aua
il restait sans commune mesure avec ceux de
l’huile de coco ou du porc. L’un des techniciens,
E. Armitage, tenta d’enseigner aux Polynésiens
à tisser leur propre coton. Disposant de
machines à carder et de métiers à tisser, une
véritable petite manufacture vit le jour à
Pirae, puis une autre à Moorea. Mais les
premières cotonnades semblaient grossières,
quoique de bonne qualité. De plus, elles
demandaient un long travail qui découra¬
geait les Polynésiens. Enfin, des négociants
européens, inquiets de cette production locale
qui menaçait leurs débouchés, discréditèrent
cette tentative qui, elle aussi, fut abandonnée.
John Gyles est envoyé
par la L.M.S. à Tahiti en
1818 pour développer la
culture de la canne à
sucre.
Mais, mal
soutenue par les
missionnaires et contrée
par Pômare II, son
expérience échoue
totalement. Il aura plus
de chance à Huahine et
à Raiatea.
Parcs à poissons de
Maeva à Huahine.
L'échec des plantations
est souvent attribué à
l’indolence
cultures vivrières et
pêche (avec des
systèmes aussi élaborés
que celui-ci) occupaient
ampiement les
Polynésiens et leur
assuraient des moyens
de subsistance
suffisants.
A droite :
Plantations de canne à
sucre à Moorea. Là où
les missionnaires
échouèrent, certains
colons européens
connaîtront le succès,
tel A.W. Hort vers 1867.
chaudières furent montées et un “bœuf dressé
pour faire tourner le moulin”.
au
(jardins de coton) fleurirent bientôt,
grâce à l’énergie des femmes et sous la conduite
des missionnaires. En dépit de mauvais choix
de terrains qui entraînèrent parfois la nonproductivité de nombreux plants, on com¬
mença à récolter. Mais le rapport fut bien
moindre que les Polynésiens ne l’espéraient et
vavae
polynésienne. En fait,
London
Society envoyèrent en Polynésie un dénommé
John Gyles afin d’apprendre aux Polynésiens
à
où la population venait apporter sa propre
production. Raiatea aussi était en mesure
d’exporter du sucre. En 1822, le missionnaire
J. Williams compta 120 à 130 plantations dans
nie. Et en 1825, le Haweis put transporter de
la mélasse et du sucre à Port Jackson (H.E.
Maude, 1959). L’expérience fut cependant
sans lendemain, la longue attente des bénéfices
expliquant en grande partie le désintérêt des
Polynésiens et l’échec de cette production. Le
seul moyen de rentabiliser vraiment ces plan¬
tations aurait été de fabriquer du rhum, mais
Elljah Armitage fut l'un
des promoteurs des
manufactures
cotonnières.
DES BALEINIERS AUX PLANTEURS 1797-1842
Il convient de noter qu’aux îles Sous-leVent, des essais de culture du café furent
tentés, à partir de Huahine. En 1822, on
exporta même une partie de la production. En
1823, il devait y avoir environ 300 jardins à
Otumaoro (Raiatea). Mais, de même que le
tabac, cultivé sur de toutes petites parcelles et
souvent par les femmes, il s’agissait d’une
production visant l’auto-consommation.
Les tentatives des missionnaires ne furent
couronnées de succès. La seule
production capable de dégager des surplus
pour l’exportation fut celle de l’arrow-root
(pia, Tacca leontopetaloïdes), c’est-à-dire un
produit local, appartenant à l’économie tradi¬
tionnelle. Quelques cocoteraies commencèrent
bien à apparaître au cours de ces années : Tati
planta des cocotiers à Papara, et Dumont
d’Urville rapporte qu’en 1823, Pômare II
disposait d’une propriété “riche et magnifique”
près de Papeete. Mais il est significatif que le
premier colon digne de ce nom, Alexander
Salmon, qui disposait de terres grâce à sa
femme Ariitaimai, s’intéressa tout particuliè¬
rement aux porcheries ainsi qu’à l’élevage du
gros bétail, plutôt qu’aux plantations de café
qu’il lança dans le même temps. Dans les
années 1840, l’approvisionnement des navires
donc pas
constituait
toujours la meilleure source de
revenus, mais les Européens commençaient à
investir dans la terre. Le capitaine E. Lucett
acheta quatre propriétés à Tahiti, Edward
Hunter et sa femme Suzannah Chapman
avaient des plantations à Raiatea et à Fare
Ute. Soixante-dix
aux îles du
Européens vivaient alors
Vent, une trentaine aux îles Sous-
le-Vent. Ce début d’évolution dans l’exploi¬
tation des ressources locales et dans la structure
du
polynésien va de toute façon
interrompu par la guerre franco-
commerce
être
tahitienne.
J.A. Moerenhout vient aussi de Valparaiso, en 1829, dans l’espoir d’écouler à Tahiti
des marchandises jusque-là invendues au Chili.
Ses débuts sont peu prometteurs : il manque
de perdre la vie à Anaa et se fait escroquer à
Tahiti. Mais la nacre et le bois exotique qu’il
arrive à réunir trouvent preneur à bon prix et
le placent à la tête d’une petite fortune. Il est à
l’origine d’un mouvement commercial dyna¬
mique, recrutant charpentiers, tonneliers et
matelots. Moerenhout connaît cependant des
difficultés : l’un de ses navires est capturé aux
îles Fidji, un autre construit à Tubuai disparaît
en 1831. Le troisième, la Pômare, est
attaqué
aux Tuamotu et détruit. En
1845, Moerenhout
est un homme couvert de dettes, à qui seul son
traitement de consul permet de vivre.
Ainsi, le royaume des Pômare attire de
plus en plus de négociants, quoique ce terme
soit impropre, dans la mesure où ces premiers
Européens n’ont aucune qualification, les
baleiniers pouvant devenir commerçants et
inversement. En fait, il s’agit d’une poignée
d’hommes, plus importante dans les années
1830, à la recherche d’un “coup” fabuleux,
mais le plus souvent mythique. Cet état de
choses oblige les gouvernements occidentaux
à envoyer des navires de guerre et des consuls
qui sont amenés à se mêler de plus en plus
étroitement aux affaires du royaume. La
percée économique européenne devient un
danger pour le royaume des Pômare, d’autant
qu’un nombre croissant d’étrangers réside
désormais dans les îles, certains dirigeant un
petit comptoir, la plupart se tournant vers
l’achat de terres. Pour beaucoup l’activité
commerciale varie en fonction de la valeur du
produit : on passe ainsi du santal aux salaisons
(ou vice-versa), puis de la nacre à l’huile de
coco, avant d’investir dans la terre, pour
développer une plantation de canne à sucre,
dont la production, transformée en rhum, ne
pose pas de problèmes de débouchés !
assez
Ci-dessus :
Moulin à canné à sucre.
Cette illustration
missionnaire montre
combien, dans les
premiers temps, les
procédés utilisés étaient
archaïques.
A droite :
Des bâtiments
nouveaux. Les machines
et chaudières,
nécessaires à la
transformation de la
canne à sucre,
introduisirent des
éléments nouveaux
dans le paysage
polynésien ; hangars,
bâtiments pour abriter
les machines,
cheminées...
Les lois très strictes
concernant la vente de
l'alcool dans le royaume
des Pômare entraînèrent
rapidement le
déclin des plantations
de canne à sucre, avant
1842. Elles reprirent,
timidement, sous le
Protectorat. Mais, dans
la seconde moitié du
XIX° siècle, les îles de la
Société n’exportèrent
pas de sucre, toute la
production étant
consommée sur place,
essentiellement sous
forme d'alcool. Ainsi,
l'initiative des
missionnaires
d’introduction de la
canne à sucre aboutitelle à un résultat tout à
fait contraire à leurs
espérances.
101
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
Le commerce,
monopole des chefs
Les Années Matavai
Les années
1790-1830 furent les années de
Matavai, car cette baie, accueillant des dizaines
dizaines de navires, est en partie à
l’origine de la suprématie économique, puis
politique du clan des Pômare. Tous les habi¬
tants des îles du Vent tirent profit de ces
échanges, comme en témoignent les voyageurs
qui mouillent à Tahiti entre 1820 et 1830. Les
transformations touchent l’habitat, le vête¬
ment, l’outillage. Seules dans l’Océanie, avec
peut-être Oahu (Hawaii), Tahiti et Moorea
ont à un tel point adopté les techniques et les
et des
habitudes européennes. C’est ainsi que le troc
est remplacé désormais par l’usage de la monnaie
métallique. S’il ne semble pas que l’argent ait
été utilisé à Tahiti avant 1815, dans les années
1830 il est devenu tout à fait impossible de se
procurer une
cargaison importante sans la
payer en dollars. Tout indique que ce furent
d’abord les baleiniers, peu soucieux de s’encom¬
brer de tissus et de quincaillerie, qui appor¬
tèrent les premières pièces d’argent américaines,
les dollars, dont la déformation en tahitien
donna le terme tara.
Quoi qu’il en soit, en
1837, le commerce ayant encore augmenté de
volume, on ne peut plus obtenir de vivres par
le troc. Tout est tarifié
: une volaille ou 14
œufs valent un quart de dollar, un cochon, 6
domestiques des missionnaires
exigent également des salaires, de l’ordre de
7 dollars par mois.
Il est clair cependant que toutes les
dollars. Les
Ci-dessus :
Matavai. Toute
l’économie de l’île de
Tahiti reposa, 40 ans
Le rôle des chefs fut
déterminant dans la
mise en place des
-nouvelles structures
économiques.
Principaux bénéficiaires
des échanges avec ies
Européens, ils purent de
ce
fait accroître leur
prestige.
A gauche :
Tlpote, oncle de Pômare
et appelé "King of
Eimeo” par J. Lewin qui
le dessina en 1801.
A droite :
Chef tahitien. Dessin
original de L. Le Breton,
1838.
102
durant, sur cette baie,
lieu obligatoire de toute
transaction. A partir des
années 1830, l’essor de
Papeete, dont la rade est
jugée plus sûre et où
s’établissent la reine et
les consuls, va entraîner
le déclin de Matavai.
couches sociales polynésiennes ne tirent pas
profits identiques du contact avec les
étrangers. Les chefs de la communauté locale,
des
en
raison des circuits
économiques tradi¬
tionnels, sont les mieux placés pour prendre
l’avantage.
La notion de surplus
Le choix de Tahiti par les commerçants
européens comme lieu de transaction tient au
fait que peu d71es étaient en mesure de proposer
une
telle abondance de vivres animaux et
végétaux. La fertilité du sol des îles hautes
polynésiennes est une explication à cette pro¬
fusion, mais le système économique ancien est
également un élément déterminant. Dans la
société tahitienne traditionnelle, on distingue
en effet trois “cellules de production’’ : celle des
maisonnées, celle des artisans-spécialistes et
DES BALEINIERS AUX PLANTEURS 1797-1842
celle des chefs-entrepreneurs. Chacune de ces
catégories alimente des secteurs différents.
Ainsi obtient-on un circuit de subsistance, un
circuit de prestation-redistribution et enfin un
circuit où les produits servent à l’ensemble du
les besoins politiques (cas de
guerre) ou les besoins de prestige (maisons des
chefs). A côté d’une économie de maisonnées,
reposant sur l’autosubsistance et la réciprocité,
se dégage ainsi un véritable surplus, base d’une
économie d’échanges, dont le chef est le pivot et
“le prestige, la base idéologique” (Cl. Robineau).
Ce surplus en porcs, en nattes, en tapa a pour
but premier d’assurer le prestige du chef. Celuici ne peut donc qu’avoir intérêt à l’échanger
avec les Européens pour obtenir des produits
manufacturés, source d’une plus grande
groupe, pour
notoriété.
Ainsi, à Tahiti comme à Hawaii, il y eut
une véritable volonté politique de certains
Le produit de la terre
polynésienne est réparti
entre ce qui est dû aux
chefs et ce qui peut faire
l’objet de troc. Le
porteur de ces bananes
et uru a ainsi déjà pu
acquérir des vêtements
européens.
chefs, comme les Pômare, de commercer avec
les Européens. Fer, alcool, tissu leur assurent,
face aux autres chefs, une autorité bien supé¬
(l’équivalent d’un gallon) à la reine et deux
autres au tavana. Que ce soit à partir de leurs
propres terres - d’autant plus importantes que
chaque famille au tavana ne soit pas supprimé
mais au contraire exigé de façon toujours plus
scrupuleuse. Dans les Codes de Lois, il est bien
spécifié ce que chacun doit verser. Pômare II
pratique sur une large échelle le système du
rahui, consistant à interdire à tous de récolter
sur une portion déterminée de territoire, le chef
s’en réservant les productions. Dans “une éco¬
nomie qui de sociale devient marchande, le
rahui fut adapté à des fins de monopole”
(Cl. Robineau). Ainsi, le surplus traditionnel
persiste-t-il longtemps à Tahiti, mais il est
détourné par les chefs au profit de la sphère
à l’abandon -, ou que ce soit à partir des
contributions dues aux chefs ou provenant de
la culture des terres fari ’i hau (terres d’apanage),
rieure. On comprend alors que le tribut dû par
marchande où, dans les années 1830, il est
transformé en argent. En 1830, une famille
tahitienne doit fournir deux bambous d’huile
Le Hawe/s. Cette petite
goélette de 73 tonneaux,
baptisée du nom du
fondateur de la L.M.S., le
révérend J. Havi/eis, fut
construite pour
la crise démographique laisse de grands espaces
la famille royale, les tavana et dans une moindre
mesure les ra ’atira, se trouvent en position pour
contrôler toute la production locale. Ce contrôle,
ils entendent même le transformer en monopole.
Les situations de monopole
1815, une rivalité s’installe entre
Pômare II et les missionnaires pour le contrôle
A partir de
de l’exportation d’huile de coco et de salaisons.
Le commerce du porc salé l’ayant beaucoup
enrichi, Pômare II peut ainsi équiper à l’euro¬
péenne une partie de ses troupes. Le roi
produits, sans passer
par l’intermédiaire de
marchands et de
capitaines de goélettes.
répondre au désir des
missionnaires anglais,
puis des chefs, de
trouver un débouché
extérieur pour leurs
Le port de Papeete en
1839. Il ne s’agit pas
encore
d'un énorme
trafic, mais déjà
goélettes et navires
viennent s’abriter et
commercer dans cette
baie.
103
LA POLYNÉSIE S'OUVRE AU MONDE
contribue,
en
1818, à la construction du
Haweis avec les missionnaires. Puis, en 1821,
il décide l’achat d’un brick, le Macquarie, payé
salé, afin de concurrencer les mission¬
naires, chacun voulant réaliser pour son propre
compte transport et commercialisation. Pômare II
va plus loin encore en proposant aux chefs des
îles Sous-le-Vent une association : en échange
de parts dans le Macquarie, il projette d’établir
un monopole sur le commerce du porc salé
en porc
comme il vient de le
réaliser à Tahiti. Les chefs
refusent, poussés semble-t-il par les mission¬
naires de Huahine qui s’entendent mal avec
leurs homologues de Tahiti et cherchent à se
rendre
financièrement
indépendants de la
mission de Tahiti. Pômare II réagit très mal à
ce refus et fait des préparatifs de guerre, qui ne
interrompus que par sa mort. Il est
intéressant de noter que, dès 1822, les souve¬
sont
rains des îles Sous-le-Vent
possèdent leur
propre schooner, VEndeavour, de 25 tonneaux,
lequel ils exportent annuellement, jus¬
qu’en 1825, 90000 livres de porcs. Ainsi, les
obstacles répétés que Pômare II dresse devant
avec
A droite :
Vue d’Honolulu au
milieu du XIX" siècle.
En bas :
La société des Iles
Sandwich (Hawaii)
reproduit en i’exagérant
la société tahitienne.
Aristocrates, courtisans
(chefs) ont détourné à
leur profit les produits
du commerce, même si
un
système de
redistribution tempère
quelque peu les
inégalités.
De gauche à droite ;
La princesse Kikuanokl,
un
courtisan et un
représentant du peuple.
Illustration de
H.B. Martin.
104
les missionnaires dans leur tentative d’intro¬
duire le coton
deviner
ou
la canne à sucre, laissent
un
comportement de concurrent
commercial, jaloux de se voir évincer d’une
affaire prometteuse.
La mort du roi autorise toutes les ambi¬
tions. La richesse des lagons nacriers donne
l’idée à la régente Vahiné Pômare d’exiger de
tous les navires européens une taxe élevée. En
1825, les navires qui ne sont pas porteurs
d’une autorisation de la régente risquent d’être
pillés par les sujets paumotu du royaume.
C’est ce qu’il advient au Dragon, brick anglais
dont l’équipage est molesté. Le gouvernement
britannique envoie un navire de guerre, le
Blossom, qui fait rapporter le décret sur la
taxe. La politique de la canonnière est en
marche. Elle est utilisée également à l’encontre
de MoseDane qui, toujours dans les années
1820, réussit à instaurer un monopole sur
toutes les provisions fournies aux navires. Lui
seul, protégé par les chefs, a le droit de traiter
avec les navires, pratiquant des prix exor¬
bitants. Il ordonne le pillage d’un navire
anglais à Takaroa, qui a refusé de payer les
taxes ; l’Amirauté britannique ne réussira à se
faire livrer l’homme qu’en échange de présents
considérables.
La reine Pômare Vahiné IV, à partir de
1830, entend bien reconstituer ces situations
de monopole à son profit, et notamment celui
pêche de la nacre. Moerenhout, qui
un permis de pêche, doit verser la
somme de 2000 piastres pour l’obtenir. Mais
ce permis n’assure en fait aucune sécurité :
l’associé de Moerenhout, J.F. Doursther, en
règle avec la reine, voit cependant son navire
entièrement ravagé. Pômare Vahiné IV ne lui
fait restituer que quelques vieux habits !
Dans la mesure où les souverains poly¬
nésiens ne peuvent plus garantir la sécurité
d’un commerce en plein essor, et où leurs
prétentions deviennent même une entrave à
cette activité, d’autres circuits économique et
politiques se mettent en place. Entrepôts,
sur
la
sollicite
comptoirs et plantations apparaissent, et ce
sont les consuls et les navires de guerre qui
fixent désormais les règles du jeu.
7 L’implantation catholique
1834-1850
Des îles Sous-le-Vent
aux Australes,
une nouvelle
société
se metetensociale
place.estNulle
le ciment Idéologique
de cette
construction
politique
doute que
christianisme. Celui-ci
ne peut être que le protestantisme
implanté par la London
Missionary Society depuis maintenant 37 ans. Or, toute cette œuvre, dont les
missionnaires anglais tirent une fierté légitime, est brutalement remise en cause en
1834 lorsque l’on apprend qu’une première vague, au demeurant bien modeste, de
prêtres catholiques français a atteint l’archipel des Gambier.
On peut s’étonner de la lenteur de l’implantation catholique en Océanie. En fait, les
missions protestantes ont bénéficié d’un contexte très favorable dans la mesure où la
Révolution française de 1789 a profondément éprouvé l’Église romaine. Non
seulement la France, “fille aînée de l’Église", terre de missions, voit ses établissements
de congrégations religieuses fermés, leurs biens confisqués, mais encore la
proclamation de la République romaine en 1798 plonge la papauté dans un grand
désarroi.
De même que l’Angleterre connut un Revival, l’Europe catholique, la France la
première, voit se développer dans les premières années du XIX® siècle un profond
renouveau.
élan
Une œuvre comme “Le Génie du Christianisme” de Chateaubriand donne
remarquable et romantique au catholicisme. La Restauration, qui marque le
retour à la monarchie absolue en France, rétablit les congrégations missionnaires,
alors que le pape Pie VII, en 1816, redonne vie à la Compagnie de Jésus. L’œuvre de la
Propagation de la Foi, fondée en 1822, dont les Annales rencontrent une large
un
audience, fournit désormais l’aide matérielle tant nécessaire.
L’Église catholique a enfin les moyens, à partir des années 1820, de relancer un
grand mouvement missionnaire. L’Océanie païenne
ou “hérétique” (c’est-à-dire
...
protestante) apparaît comme un champ d’apostolat grandiose. Les pères des SacrésCœurs de Jésus et de Marie,, dits picpuciens, vont en prendre la charge.
La Mission
Les Missions en
Océanie.
Illustration de la
page de titre
d’un ouvrage
paru en
catholique
“Le 7 août 1834, vers 9 ou 10 heures du
matin par un beau temps”, les pères Caret et
Laval
frère
le
Columban
Murphy
Mangareva aux
Gambier. Ils viennent de Valparaiso à bord de
la
Peruviana, aux ordres du capitaine
et
aperçoivent
Sweetland.
les
Le
pics de
10
août,
de
1595, l’expédition de Quiros, plantant une
à Hao le 10 février 1606, était en
revanche déjà œuvre d’évangélisation de la
Terre australe.
A nouveau, entre 1772 et 1774, il s’en faut
de peu pour que Tahiti et ses dépendances ne
lient à l’Espagne catholique, lorsque Don
Manuel de Amat, vice-roi du Pérou, envoie le
capitaine Domingo de Boenechea en mission
exploratoire à Tahiti. VAguila touche terre à
Tautira le 19 novembre 1772, ayant à son bord
deux
missionnaires
franciscains, Juan
Bonamo et José Amich.
Sur leur rapport
favorable, Boenechea revient avec VAguila le
27
novembre
1774.
Il
l’appui amplificateur de Diderot, inven¬
tèrent le “bon
sauvage” et ouvrirent l’élite
chrétienne à l’esprit missionnaire. Dans cet
émerveillement de découvertes lointaines et ce
bouillonnement des idées nouvelles, éclate la
Révolution française. Commencée dans un
climat d’union entre le Tiers-Etat et le Clergé,
rural surtout, et dans une optique de “Liberté,
Egalité, Fraternité”, elle devient, à partir de
septembre 1792, antireligieuse, antichré¬
tienne et persécutrice.
Chronologie de l’implantation
catholique en Polynésie orientale
1774/75
1800
amène
deux
pères
franciscains, Geronimo Clota et Narciso
Gonzales, accompagnés de Maximo
Rodriguez et de François Perez, et de deux
Échec total de la première
mission espagnole à Tautira.
Fondation de la Congréga¬
tion des Sacrés-Cœurs de
Jésus et de Marie, dits Pères
de Picpus.
La préfecture apostolique
des Sandwich (Hawaii) est
confiée aux picpuciens.
Expulsion des missionnaires
catholiques de l’archipel
hawaïen.
mission¬
naires
1834
catholiques
Les pères Caret et Laval, le
frère Murphy débarquent à
Mangareva.
du XIX'
siècle.
1836
1838
expulsion des
Caret et Laval de
Première
pères
Tahiti.
Construction
de
l’église en pierre d’Aukena.
Conversion des Gambier.
L’effort
missionnaire
se
porte vers les Marquises où
des prêtres sont débarqués
la Vénus.
L’évêque Rouchouzeetsept
par
1839
1840
Mendana à
croix
se
avec
aux
S’il est bien difficile d’attribuer un caractère
passage
Wallis, Byron et Cook qui, dans le contexte de
ils célèbrent la
Vaitahu (Marquises) du 27 juillet au 5 août
1771, des “Voyages autour du
la Philosophie des Lumières, et spécialement
1831
1869,
en
Monde” de Bougainville et celui des récits de
consacré
La tentative espagnole
au
On ne peut sous-estimer l’impact de la publi¬
cation,
1825
première messe à bord, et le 15 sur le rivage
d’Aukena. Ces huit jours
marquent,jes débuts
effectifs de l’implantation de la Mission catho¬
lique en Polynésie, mais ils ne sont que l’abou¬
tissement d’un effort commencé quelque 228
années plus tôt.
missionnaire
Retentissement des récits
des navigateurs
1841
baptisés. Ces néophytes devaient, en principe,
faciliter le contact avec la population. Mais
leur abandon, joint au caractère fruste du
matelot Perez et à l’indépendance marquée de
Rodriguez, a pour résultat que les deux pères
se retrouvent seuls,
inexpérimentés, face à
l’indifférence des Tahitiens. Craignant pour
leur vie, mal préparés à leur mission,
manquant de hardiesse et de persévérance, les
deux pères demandent à être rapatriés, ce qui
est fait le 30 octobre 1775.
situe
Cet essai d’implantation de “villages” se
dans
la
ligne d’une évangélisation-
colonisation inadaptée au pays et irréalisable
par quatre individus.
Les missionnaires quittent
Nuku Hiva pour Ua Pou.
pères Chausson,
Murphy et Fournier s’instal¬
Les
lent à Tahiti. La mission de
Ua Pou est ruinée.
Tahitiens emmenés au Pérou lors du premier
voyage : Thomas Pautu et Manuel Tetuanui,
qui sont de ce fait les premiers Polynésiens
missionnaires s’installent à
Tahuata et à Nuku Hiva.
1843
Disparition
en
mer
du
Marie-Joseph portant à son
bord 25 missionnaires dont
1848
l’évéque Rouchouze.
Les vicariats apostoiiques
des Marquises et de Tahiti
sont
créés, le second étant
confié à Mgr Jaussen.
1849
Les pères Laval et Fouqué
sont envoyés à Faaite, puis
à Fakarava.
1850
Installation
des
naires à Anaa.
1852
Affaire d’Anaa.
1855
Consolidation de la mission
à
Tahiti.
Mgr Jaussen
achète la vallée dite de la
Mission (8 décembre).
mission¬
105
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
La Congrégation
des Sacrés-Cœurs
C’est à cette époque pourtant que naît, dans
l’esprit de Pierre Coudrin, jeune prêtre de 24
ans, l’idée de “former une troupe de mission¬
qui devaient répandre l’Evangile
partout”. A Noël 1800 est fondée, à Poitiers, la
Congrégation des Sacrés-Cœurs de Jésus et de
Marie qui s’installe en 1805 rue de Picpus, à
Paris. Personnalité exceptionnelle et ardente,
Pierre Coudrin prend une part active à la
reconstruction de l’Eglise de France. Il
obtient, le 10 janvier 1817, l’approbation
définitive du Saint-Siège et il développe alors
“l’œuvre importante des Missions qui nous a
été particulièrement recommandée par le
Souverain Pontife”. Le 15 juillet 1825, il
demande à la Congrégation de Propaganda
Fide de lui désigner une terre d’apostolat. Le
29 septembre, Rome ayant proposé les îles
Sandwich (Hawaii), commence la grande
aventure de la Mission catholique en Océanie
naires
orientale.
En novembre
1835, le père Alexis
Bachelot, âgé de 30 ans, prend la direction de
préfecture apostolique des îles Sandwich.
Après une année de préparatifs, le père,
accompagné d’A. Armand et de P. Short,
s’embarque sur le Cornet pour le Pacifique.
la
Partis de Bordeaux le 29 novembre 1826, les
missionnaires arrivent à Oahu le 7juillet 1827.
Débarqués le 13, les trois pères apprennent
rapidement la langue et les premiers baptêmes
A droite :
Accueil des
missionnaires. Il s'agit là
plus des désirs du clergé
Ci-dessus :
Le père Pierre Coudrin
(1768-1837), fondateur
l’ordre
et supérieur de
des Sacrés-Cœurs de
Jésus et de Marie,
attendra un quart de
siècle pour que sa
société missionnaire
reçoive enfin les îles
Sandwich à évangéliser.
106
que de la réalité
océanienne. Les prêtres
qui débarquent à Hawaii
reçoivent en fait un tout
autre accueil. De 1835 à
1840, les catholiques y
proscrits et seules
sont
les interventions des
grandes puissances
permettent à
Mgr Maigret de s’établir
dans l’archipel.
lieu
ont
en
février
1829.
Mais, face
aux
protestants américains installés depuis 1819,
les pères sont l’objet de tracasseries diverses,
parfois violentes. Ils sont finalement expulsés
le
24
décembre
1831
et
se
réfugient
en
Californie. Un nouvel essai, en mars 1837,
conduit par les pères Bachelot et Short, puis
Maigret et Murphy, échoue : les catholiques
sont
mis hors la loi le 18 décembre 1837. Le
père Alexis Bachelot, premier préfet
apostolique, meurt en mer le 5 décembre 1837.
Il est enterré dans l’île de Naha (Ascension) le
14 décembre.
La
liberté
de
culte est accordée
aux
catholiques le 13 juillet 1839, à la suite des
interventions des marines anglaise (Lord E.
Russell) et française (Dupetit-Thouars). Aussi
Mgr Etienne Rouchouze se rend à Honolulu
le 13 mai 1840, et y installe le père Maigret qui
a
été nommé préfet apostolique
1839. Sous
sa
le 25 juillet
direction, la Mission catho¬
lique se développe jusqu’à devenir, le 18 juillet
1844, un vicariat apostolique indépendant de
l’Océanie orientale dont Mgr Maigret sera le
premier évêque en 1847.
De 1829 à 1832, l’organisation de la
Mission catholique en Océanie fut retardée
par “les grands desseins missionnaires” de
l’abbé H. de Solages. Ce prêtre français d’une
grarjde famille d’Albi rêvait de réunir sous son
autorité et d’un seul tenant les océans Indien et
Pacifique. Il se lie d’amitié avec le capitaine
Peter Dillon qui, bourlinguant à
travers les mers du Sud depuis 1809 et ayant
éclairci le mystère du naufrage de La Pérouse
en 1826, put utilement renseigner le mission¬
irlandais
naire
sur
le monde océanien. L’abbé H. de
Solages avait passé toute la Révolution en
L'IMPLANTATION CATHOLIQUE 1834-1850
Grande-Bretagne, où il avait de solides
Mais, prêtre séculier, c’était un
homme seul qui ne bénéficiait pas du soutien
d’une congrégation religieuse. Il espérait
réaliser ses vastes projets, grâce à ses relations
amitiés.
avec
les familles influentes de la noblesse en
France et en Angleterre.
Révolution
de 1830 qui renverse
l’appel pressant fait à Henri de
Sciages d’avoir à rejoindre la Réunion en
septembre 1830, l’éviction de Peter Dillon, qui
se révéla être un aventurier, mettent un terme
à ces rêves grandioses. D’autant que la mort
La
Charles X,
surprit l’abbé de Solages le 8 décembre 1832,
qu’il entreprenait l’évangélisation de
Madagascar. Le 3 juillet 1833, Rome érige le
vicariat apostolique d’Océanie orientale,
alors
exclusivement confié
Sacrés-Coeurs.
Sur
aux
missionnaires des
proposition du père
Coudrin, le père Etienne Rouchouze, âgé de
35 ans, est nommé le 14 juillet 1833 évêque
titulaire de Nilopolis et premier vicaire
apostolique.
Après huit années de tâtonnements, la
Mission catholique en Océanie a enfin trouvé
sa structure ecclésiale, son équipe mission¬
naire et son premier évêque, libre à l’égard des
pouvoirs politiques et dépendant exclusi¬
vement de Rome, ce qui suscitera plus tard
d’autres difficultés.
A gauche :
Costume imaginaire
d’un picpucien. Seuls les
deux cœurs brodés sur
la soutane, symbolisant
les Sacrés-Cœurs de
Jésus et de Marie,
rappelient i'habit de
cette congrégation.
De fait, les premiers
missionnaires ne
portaient pas l’habit
religieux, à leur arrivée.
Ci-contre :
L'abbé de Solages
en
l’évangélisation des
cet acte par calcul
océans Pacifique et
Indien, retarda l’action
de la Congrégation des
t/ 0.1 lij
y Oit!
(commandant
Freycinet) par
l’aumônier du bord.
Cette cérémonie, au
caractère très solennel,
se déroule en août 1819,
(1786-1832), dont
i'ambition était de
contrôler
.
Baptême du premier
ministre du roi d’Hawaii
à bord de t'Uranie
présence du roi de
l’île. Le baptisé
Kalanimoku accomplit
politique, afin de se
rapprocher des
Européens. Cette
Sacrés-Cœurs. Ce
conversion, connue de
compte totalement
Cœurs, fera naître de
projet devait en fin de
échouer.
l’ordre des Sacrés-
faux espoirs.
107
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
Des îles Hawaii
“3. De nombreux navires circulent dans cette
aux
“4. On y trouve les mêmes ennemis à
combattre, à savoir les ministres protestants
région du Pacifique.
Gambier
qui s’y sont établis à peu près à la même
époque.”
Désirs insistants
Selon les désirs du père Coudrin, le vicariat
apostolique, confié à ses missionnaires sous
l’autorité de Monseigneur Etienne
Rouchouze, s’étend de Hawaii au nord, à l’île
de Pâques au sud et aux îles Cook à l’ouest.
explique
Il
ainsi
Grégoire XVI :
“1. Seule
une
ses
raisons
au
pape
congrégation peut assurer la
continuité nécessaire de l’œuvre, étant donné
Cœurs.
En
ce
ce
début
d’un
siècle
XIX'
agité de
révolutions et de conquêtes en tous domaines,
chacun conçoit la Mission catholique comme
mais aussi
l’expression d’une rivalité envers les
protestants. Mais, formé à l’école de la persé¬
cution religieuse durant la Révolution, rendu
circonspect par la réserve des gouvernements
successifs en France à l’égard des congréga¬
tions religieuses, le père Coudrin ne veut
d’autre reconnaissance pour ses missionnaires
que celle de l’Eglise. Echaudé par l’expérience
un
projet missionnaire, qu’il
porte dans son cœur depuis 1792, le faire de
façon sérieuse et continue, annoncer
l’Evangile en communion étroite avec le pape,
autant de raisons profondes qui animent la
fondation de la Congrégation des SacrésRéaliser
Craintes justifiées
combat pour la “civilisation”,
comme
malheureuse
d’Hawaii
incidents
nouveaux
protestants,
avec
et
les
redoutant de
missionnaires
il demande à Mgr Rouchouze
dégoûtent
d’aller à Londres pour mieux connaître la
situation dans les mers du Sud. L’évêque
“2. Les peuples des îles Hawaii, de la Société,
semble-t-il, “les Méthodistes avaient envahi
presque toutes les îles qui sont sous ma juri¬
que
les
prêtres
séculiers
se
facilement ou meurent et ne trouvent pas de
successeurs.
Marquises, des Tuamotu... parlent
la même langue et possèdent des
mœurs et des croyances identiques.
des
presque
A droite :
Le père
Jean-Claude Colin
(1790-1875) fondateur
de la Société de Marie.
Les missionnaires de
cette congrégation,
appelés maristes,
partagèrent avec les
picpuciens
i’évangélisation de
l’Océanie. En 1836, le
vicariat apostolique
d’Océanie occidentale
leur était confié, tandis
que les Sacrés-Cœurs
concentraient leurs
efforts à l’est, des îles
Cook à Hawaii, en
passant par l’île de
Pâques (1853).
Habitant de l’ile de
Mangareva. Dessin de
Marescot fait lors du
voyage de Dumont
d’Urville en 1838.
Tenues solidement par
les protestants ou
peuplées d’indigènes
hostiles, peu d’îles sont
prêtes à recevoir des
prêtres catholiques.
Seules les îles Gambier
semblent faire
exception.
108
revient avec des informations pessimistes, car,
diction et il était à craindre que je ne puisse y
pénétrer”.
Cet état de fait explique les
directives de discrétion données aux mission¬
naires, qui doivent ne pas voyager en costume
religieux.
Mgr Rouchouze envoie un premier
groupe de quatre missionnaires vers les îles
qui lui ont été confiées. Il s’agit des pères
Chrysostome Liausu, 27 ans, préfet
apostolique, François d’Assise Caret, 32 ans.
Honoré
Laval,
26
ans,
et
de Columban
L'IMPLANTATION CATHOLIQUE 1834-1850
Murphy, 26 ans, coadjuteur et catéchiste. Ils
nés respectivement dans le Lot, l’Ille-etVilaine, l’Eure-et-Loir et en Irlande. Ce sont
donc des ruraux, habitués aux travaux rudes
et à l’inconfort des campagnes de l’Europe en
cette époque. Ils ont bénéficié de la solide
sont
formation
spirituelle
et
sacerdotale
du
séminaire de Picpus, alors fort réputé à Paris.
Ils s’embarquent à Bordeaux sur le
Sylphide, le 22 novembre 1833, et arrivent à
Valparaiso le 13 mai 1834, passablement
démunis.
En
effet, le simple passage
Bordeaux-Valparaiso avait coûté 1 300 F par
personne, et le budget initial du nouveau
vicariat
se montait à 16 000 F donnés par
Rome et 22 000 F offerts par diverses associa¬
tions charitables. C’est dire qu’il restait peu
l’équipement, pour les voyages à
entreprendre à partir de Valparaiso à desti¬
nation des archipels océaniens, et encore
moins pour les imprévus.
Disposant de peu de moyens, les mission¬
naires sont, en plus, peu renseignés sur
l’Océanie. Les seules informations qu’ils
pour
possèdent se résument à savoir que, dans la
partie septentrionale, le roi d’Hawaii a la
fâcheuse habitude d’expulser tous les prêtres
catholiques qui tentent de s’implanter et que,
au sud de l’équateur, les Marquises et les
Tuamotu sont habitées par des cannibales,
tandis que les îles de la Société et les îles
Australes sont depuis longtemps sous la férule
des pasteurs protestants extrêmement jaloux
de leurs prérogatives. La seule certitude qu’ils
ont est celle d’être partout mal reçus !
L’escale chilienne
Arrivés à Valparaiso avec chacun 500 F et de
modestes
bagages,
les
quatre
premiers
missionnaires picpuciens ont la chance d’être
accueillis par un religieux exceptionnel, le
père André Caro. Agé de 65 ans, ce francis¬
cain réformé de l’ordre des
assure
Récollets leur
le logement, leur facilite les démarches
douanières, administratives et maritimes et les
présente aux autorités civiles et religieuses. Il
sensibilise ensuite la population de Valparaiso
à la Mission d’Océanie. Et surtout, face à leur
ignorance et à leur naïveté, il fait part aux
missionnaires de sa longue expérience (il est
resté vingt-six ans préfet apostolique en
Bolivie), les mettant en garde contre “un
grand zèle missionnaire qui voudrait en un
jour ou peu de temps convertir tous les
sauvages”. Sens de la prière, vie commu¬
nautaire, prudence pratique, longue patience
sont les principales des vingt-quatre recom¬
mandations qu’il leur laisse.
Si les franciscains espagnols du capi¬
taine Boenechea ont échoué dans la première
évangélisation de Tahiti en 1774, c’est à un
missionnaire de ce même ordre que les pères
des Sacrés-Cœurs doivent la formation apos¬
tolique dont ils feront bénéficier la Poly¬
nésie. Sur ses conseils, le père Chrysostome
Liausu, préfet apostolique, reste à Valparaiso
pour organiser la base arrière de la mission,
alors que les trois missionnaires cherchent
le
moyen
de rejoindre les archipels
océaniens.
Cheffesse
mangarévienne
prophétisant la venue de
missionnaires
catholiques. En fait,
l'archipel avait déjà reçu
la visite des
évangélistes de la L.M.S.
et, même si la population
refuse de se convertir,
les doctrines
chrétiennes ne sont pas
inconnues.
La baie de Vaiparaiso en
1834. Le grand port
sud-américain est
l'escale obligatoire pour
gagner les archipels
océaniens. Déjà en 1827
les premiers
missionnaires
catholiques, en route
pour Hawaii, s'y sont
arrêtés. Le 13 mai 1834,
quatre nouveaux
missionnaires y
débarquent. Illustration
de C. Martens.
1824, 52 000 en 1831.
Honolulu. C’est en 1819
en
Foreign Missions, fondé
catholiques ne peuvent
donc plus faire de
Hawaii le grand centre
que l’American Board
of Commissioners for
en
1810, envoie une
équipe de missionnaires
Les missionnaires
dont ils ont rêvé.
à Hawaii. Les obstacles
surmontés, 2 000
Hawaïens sont convertis
109
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
Installation de la
Mission
aux Gambier
Le 9 juillet
Il
Picpus voient enfin leurs
espoirs récompensés. Le capitaine français
archipels océaniens,
connaisseur
des
avance l’idée des îles
Gambiér où les protestants ne sont pas encore
installés. Le même jour,
avec
dans ces circonstances que le roi
Maputeoa accueille les missionnaires qui
estimèrent que les Mangaréviens “n’étaient
pas trop farouches et qu’ils étaient de beaux
hommes”. Les pères apprennent que le marin
et prédicant anglais Georges Nobbs, arrivé de
Mangareva, séjourne avec sa femme depuis
juin dans l’archipel, ainsi que le matelot John
Baffet en provenance de Pitcairn. Ils se voient
signifier l’interdiction de s’installer sur l’île de
C’est
missionnaires de
bon
compter
La case aux rats
1834, jour de la fête de Notre-
Mauruc,
également
l’est.
Dame de Paix si chère à leur congrégation, les
Armand
faut
d’éventuelles menaces venues des Tuamotu de
le frère Columban
Mangareva. Le capitaine Cheden, le 9 août,
leur propose de se loger dans la case inoccupée
ses plongeurs de nacre, sur l’île
Mais, aux dires du père Laval, il
s’agit d’une case ouverte à tous les vents, avec
un lit de roseaux commun à tout le monde,
habitée par sept ou huit cochons et surtout
assiégée par les rats qui se comptent par
milliers, les habitants n’osant s’en défaire, et
de l’un de
d’Aukena.
certains même les nourrissant.
Les tribulations des missionnaires
La
première année que passent les mission¬
dans l’archipel s’apparente à une
naires
trouve le capitaine Sweetland de la Peruviana
qui “conclut le transport pour le prix de 100
dollars chacun”. Le 16 juillet, les pères Caret
Laval, accompagnés du frère Murphy,
s’embarquent de Valparaiso pour les
et
Gambier.
Dès qu’ils aperçoivent le mont Duff et les
pics de Mangareva le 7 août 1834, les mission¬
naires bénissent les Gambier et consacrent la
qui débute à Notre-Dame de Paix
(Maria no te Hau), selon la recommandation
de Mgr Etienne Rouchouze.
mission
Etat des îles Gambier à l’arrivée
des missionnaires
L’archipel
se
compose
essentiellement de
quatre îles hautes volcaniques et de quelques
îlots madréporiques. Il est à cette époque
peuplé d’à peine 2 000 habitants, dispersés sur
les îles et atolls qui entourent le vaste lagon
formant bassin à la place de l’ancien cratère.
Les terres hautes sont alors recouvertes de
fougères, laissant apparaître des
terre rouge. Sur le littoral,
poussent cocotiers, arbres à pain, bananiers,
pandanus, purau. La culture du tara et des
patates douces, la chasse aux oiseaux et la
pêche, surtout, fournissent une nourriture
roseaux et de
crevasses
de
suffisante sans être abondante. Moerenhout a
même remarqué que le sol est pauvre et que,
passée la saison des uru, la vie y est rude sinon
misérable. Il faut encore souligner, comme ce
fut le cas en 1841, que tornades et cyclones
tropicaux peuvent s’abattre à tout moment et
anéantir en quelques heures ces réserves
alimentaires et que, de plus, des périodes de
sécheresse rendent la vie précaire, car la terre
ne retient pas l’eau. Aussi, après s’être installé
sur l’île d’Aukena, le frère Columban Murphy
commence-t-il par creuser un puits au grand
ébahissement des insulaires qui
surnommèrent
le frère “Tagata-vai”,
“l’homme qui donne l’eau”.
Les îles Gambier obéissent en principe à
un souverain unique, mais, lorsque les pères
catholiques arrivent, la situation politique est
confuse.
Le
grand chef Mateoa s’étant
suicidé, le pouvoir est transféré à Maputeoa,
petit-fils du grand chef Tepa. A la mort de ce
dernier, la régence est confiée successivement
à plusieurs grands-prêtres, dont Kopunui, qui
entend conserver le pouvoir. A la majorité de
Maputeoa, la guerre éclate entre partisans des
deux bords.
Kopunui, vaincu, conserve
cependant des partisans et continue
d’intriguer contre Maputeoa.
110
Ci-dessus et à gauche :
Trois idoles
mangaréviennes, un
tiki marquisien et
diverses armes. Après la
conversion de chaque
île, les missionnaires
font parvenir à Rome les
représentations et les
de leurs
habitants. On reconnaît
le tiki ci-dessus,
actuellement conservé
armes
Vatican, parmi ceux
qu'envoyèrent les pères
au
des Sacrés-Cœurs de
Jésus et de Marie.
L'IMPLANTATION CATHOLIQUE 1834-1850
baptiser les enfants en danger de mort. Cette
pratique leur vaudra en fait une réputation de
mangeurs d’enfants. De même, leur manière
“opération survie”. Les rongeurs,
ayant flairé les cartons de biscuits et les sacs de
véritable
haricots, mettent à mal les réserves et
anéantissent les essais de jardinage entrepris
tout noter sur un petit carnet pour
apprendre la langue fera redouter les mauvais
de
graines potagères apportées de France
et de Valparaiso. Les provisions s’épuisant
rapidement, il faut s’initier au ma, pâte
fermentée de fruits de l’arbre à pain ou de tara,
à l’odeur forte et au goût piquant pour des
Européens.
avec les
sorts.
Mais leurs préoccupations ne sont pas
seulement matérielles, car chacun de leurs
gestes donne lieu à interprétation. Ainsi,
ayant célébré leur première messe sur le rivage
le 15 août 1834, leur principal souci a été de
Page de gauche,
en
haut :
Les pères Louis Laval
(1808-1880) (à gauche)
et François Caret
(1802-1844) (à droite)
sont les premiers prêtres
français envoyés en
Polynésie orientale,
accompagnés d’un
Irlandais, le frère
C. Murphy, ordonné en
1837. Si la figure du
“père Honoré” Laval est
bien connue, il faut
cependant souligner
que le supérieur de la
mission et son
animateur était le père
Caret.
La
seconde
visite
à
Mangareva,
quelques jours après leur arrivée, faillit
tourner au tragique. Ayant refusé les jeunes
filles offertes en cadeau par le roi, les mission¬
naires sont pourchassés pour cette grave
offense. On met le feu aux roseaux où ils se
cachent et ils ne doivent leur salut qu’à une
fuite éperdue. Retournés à Aukena, ils y
installent la mission, dans des conditions
matérielles très dures. Ils visitent les malades.
soignent quelques cas avec succès, composent
minutieusement lexique et grammaire et, dès
la fin de 1834, ils peuvent dire en mangarévien les premières prières.
Après le départ de Georges Nobbs pour
Pitcairn, en février 1835, les missionnaires
catholiques se retrouvent seuls dans l’archipel.
Mais, pour le moment, ils restent à Aukena et
Akamaru sans aller dans la grande île de
Mangareva encore hostile. Et c’est à partir
d’Aukena que les instructions se répètent de
bouche à oreille d’une île à l’autre. Le 8 février
à
Akamaru,
le
1er
premières chapelles
inaugurées.
mars
en
à Aukena, les
sont
pandanus
L’église missionnaire
catholique de
Mangareva, telle que la
virent les officiers de
marine de Dumont
d'Urville en 1838. Avant
d’entreprendre de vastes
constructions en pierre,
les prêtres utilisèrent
les matériaux, mais
aussi les techniques et
le style mangaréviens.
Aukena. C’est sur cette
île que les trois premiers
missionnaires
catholiques passèrent
leur première année aux
Gambier. Contrairement
à Tahiti et aux îles de la
Société, la végétation
étant plus pauvre,
le
milieu naturel offrait
moins de ressources. La
vie matérielle des deux
prêtres et du frère
Murphy y fut
particulièrement
difficile, d’autant qu’il
fallait tenir compte de
l’hostilité de la
population, peu encline
à venir en aide aux
missionnaires.
111
LA POLYNÉSIE S'OUVRE AU MONDE
La conversion
de Mangareva
1841, Akamaru en 1844, Tokaragi et Atititoa
1847, Rouru et le cimetière de Rikitea en
1850...
L’ardeur
des
missionnaires, les
en
radeaux des
1835, Mgr Etienne Rouchouze
arrive aux Gambier, accompagné d’un renfort
appréciable : les pères Désiré Maigret et
Cyprien Liausu, qui est médecin, les frères
Le 9 mai
coadjuteurs Fabien Costes et Gilbert Soulié et
un
universitaire laïc, le vicomte Urbain de
Latour de Clamouze qui veut se consacrer à
l’évangélisation. “Ce que Dieu fait ici tient du
prodige”, constate l’évêque, émerveillé des
résultats obtenus en si peu de temps. Les
premiers missionnaires l’ont attendu pour
procéder à l’examen des catéchumènes. Cent
cinquante baptêmes à Akamaru et trente-cinq
à Aukena sont autorisés par le vicaire aposto¬
lique. Puis les conversions s’accélèrent : en
janvier 1836, le roi Maputeoa fait détruire les
idoles de l’île de Mangareva et, le 21 février, il
dédie l’église de Taku. Il est solennellement
baptisé, avec 160 catéchumènes, le 25 août
1836, sous le nom de Gregorio, en l’honneur
du Pape Grégoire XVI. La conversion totale
de l’archipel des Gambier est achevée en 1838 :
on enregistre
1 800 baptêmes et confirma¬
tions.
1842, le père Cyprien Liausu écrit :
“La population continue d’augmenter
rapidement ; 52 naissances pour 22 décès cette
année... Vous savez que notre but, en venant
parmi ces peuples n’a pas été seulement d’en
faire des chrétiens, mais encore des hommes
En
en
leur
nécessité
apprenant
:
les
arts
de
Mangaréviens, les pics, pelles,
pioches et autres marteaux et barres à mine
laissés en août 1838 par Dumont d’Urville,
lors de son escale aux Gambier sur Y Astrolabe
et
la
Zélée, font merveille et étonnent les
marins de passage.
Autres réalisations
Le 13 septembre 1837, le père Potentien
Guilmard, “homme habile à filer le coton”,
arrive à son tour aux Gambier. Avec les frères
Fabien et Gilbert, il réussit à construire des
métiers à tisser et à initier les Mangaréviens “à
faire une excellente étoffe” avec le coton
cultivé sur place.
La reine tisse elle-même la
première brasse en septembre 1838. Dès
l’année suivante, douze tisseranderies sont en
service dans les diverses îles de l’archipel.
Le père Cyprien Liausu, en plus de son
rôle de médecin, supervise les essais et le
développement de l’agriculture. Toutes les
cultures vivrières possibles sont tentées. Selon
les circonstances, des semis des légumes et
plantes de la zone tempérée sont entrepris et
l’expérience montre que bien des choses
poussent à Mangareva. Les missionnaires
veulent assurer l’indépendance économique
des populations. Les femmes polynésiennes
aiment le jardinage : on les regroupe pour
réaliser ces travaux, et ce sera l’origine du
futur
couvent
première
de
Rouru, à la fois ferme-
modèle, ouvroir, école des filles et maison
religieuse. En mai 1852, Mgr Tepano Jaussen
autorisera, pour une durée de trois mois
renouvelables, les premiers vœux religieux
pour celles qui désirent se consacrer à Dieu.
y
Ces vœux deviendront annuels en 1860.
L’instruction des Mangaréviens, quant à
elle, est l’œuvre de deux universitaires laïcs :
Urbain de Latour et Henry Mayne. En 1839,
Urbain de Latour ouvre un petit collège à
Anaoti
sur
l’île
imprimerie.
d’Aukena
fonde
et
une
but explicite en est la
formation d’un “clergé indigène”, même si la
persévérance des garçons laisse fortement à
Le
désirer.
L’“œuvre
de
civilisation”
ne
fait pas
négliger les manifestations de la vie chré¬
tienne : liturgies solennelles en mangarévien
(ce qui étonne les visiteurs du temps), en latin
et en français, célébrations extraordinaires de
la Fête-Dieu dès 1839, joutes catéchétiques
originales et prolongées qui deviendront les
parau matutu encore en honneur aujourd’hui,
autant d’expressions de l’âme polynésienne
qui donnent un visage si caractéristique à la
foi de ces îles.
Cette nouvelle vie sociale et économique
trouve
son
aboutissement
dans
le
Code
mangarévien, fondé sur les dix commande¬
ments bibliques, analogue au Code Pômare.
Cette réussite, aussi rapide que complète,
“vaudra aux Picpuciens, tour à tour, les
hommages les plus flatteurs et les plus
virulentes attaques”, écrit G. Goyau.
nourrir, vêtir, loger. Nous avons
huit métiers de tissanderie à Mangareva qui
ont fait 2 300 brasses de toile de coton... Les
bâtisses nouvelles sont à Taravai ; tous nos
insulaires sont résolus à se construire des
maisons en pierre, car les maisons en bois
pourrissent trop vite... Ils ont un tel goût pour
l’agriculture qu’ils ont mis en culture
jusqu’aux plus mauvaises terres”. Pour les
missionnaires, évangélisation et éducation
forment un tout.
Un ensemble architectural unique
Maisons en dur pour la mission, les chefs et
habitants, ateliers et greniers, quais et
même route dallée à la romaine se multiplient.
les
On
a
toutes
recensé
plus de 116 constructions de
tailles datant du XIX= siècle
:
74 à
Mangareva, 10 à Aukena, 23 à Akamaru, et 9
à Taravai. Travail étonnant et unique, les
Gambier présentent seules dans le Pacifique
un tel ensemble architectural. D’autant
que le
maximum de population enregistré est de
2 270 habitants en 1845. Ce travail vient de la
conjonction de la volonté de Mgr Rouchouze
et de la compétence professionnelle des frères
Gilbert Soulié et Fabien Costes. “J’ai béni le
24 octobre (1835) la première pierre de l’église
Saint-Gabriel d’Aukena. Elle sera construite
pierre brute... Touté notre ressource
consiste dans nos bons amis Gilbert Soulié et
en
Fabien Costes... Ce que nous avons le plus à
cœur, c’est de construire des églises décentes et
solides”. Les constructions vont bon train :
Aukena en 1835, Taku en 1836, Gatavake en
1840, la cathédrale Saint-Michel de Rikitea en
112
La chapelle funéraire du
roi Maputeoa et ie
cimetière, à Mangareva.
Au fond se trouve
l’emplacement où avait
été construit le premier
couvent de l'Océanie.
édifiée à Aukena :
octobre 1835. La
construction d’une
monumentale
cathédrale de 2 000
St-Gabriel d’Aukena en
ensuite à Rikitea. Une
Quant à la première
église en pierre, elle fut
Mgr Rouchouze bénit
places fut entreprise
reprise démographique
à Mangareva, de 1834 à
1845, explique
l’optimisme de la
Mission et ce projet
ambitieux.
L'IMPLANTATION CATHOLIQUE 1834-1850
Mgr Etienne Rouchouze
recevant l’explorateur
français Dumont
d’UrvIlle. L'évêque,
arrivé à Mangareva en
mai 1835, assiste à ia
conversion massive de
la population, et gagne
les Marquises en 1839.
Sa disparition en 1843
laissa la Mission
catholique en plein
désarroi.
Ci-dessous :
Grand-messe célébrée
le 15 août 1838 par
l'évêque Rouchouze
devant l'état-major de la
Zélée et de \'Astrolabe.
Dumont d'Urville fut
frappé par le travail
accompli par les
missionnaires en
un
temps si court. Les
illustrations qu’il fit
publier dans son
"Voyage au pôle sud et
dans l’Océanie”
témoignent de
l’impression qu’il retira
de son séjour dans
l'archipel des Gambier.
113
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
1838 : essai
missionnaires, le vicaire apostolique entend
faire porter tous ses efforts sur les Marquises.
d’implantation
aux Marquises
François de Paule Baudichon et
Ernest Heurtel sur place. Avec le père Caret,
supérieur provincial, il va implanter la
mission à Taiohae où s’installent les pères
M. Gracia, S. Fournier et P. Guilmard ainsi
que le frère Ruault. Le père Caret reste à
Vaitahu et l’évêque rentre à Mangareva le 6
11
partir de l’implantation réussie de la
aux Gambier par les missionnaires
des Sacrés-Cœurs en 1834, l’évangélisation va
rayonner
progressivement selon les cir¬
constances vers les nombreux archipels. En
1838, les pères sont à pied d’œuvre aux
Marquises.
A
mission
Un univers hostile
laisse
avril.
Le retour à Taiohae du “roi” Temoana,
accompagné du pasteur protestant anglais
Thomson, rallume la guerre entre les vallées,
situation coutumière aux Marquises pour de
longues années encore. Ces luttes meurtrières
entre
îles et vallées vont être la
source
de
grandes épreuves pour la mission, souvent
L’archipel des Marquises consiste en dix îles
et abruptes sans lagon, dont six
habitées, chacune ayant une personnalité
particulière. Il est au début du XIX' siècle
trois fois plus peuplé que Tahiti : 25 000 habi¬
tants contre 8 000. Lieu de relâche important
pour les baleiniers et aventuriers des mers du
Sud en tout genre, fréquentées un temps par
les santaliers, les îles Marquises n’attirent
pour une installation durable que peu d’Euro¬
péens, découragés par les guerres conti¬
hautes
vers
mise en péril. Ainsi, les combats qui sévissent
obligent les pères Fournier et
quitter Taiohae et à gagner
Hakahau dans l’île de Ua Pou en janvier 1840.
à Nuku Hiva
Guilmard
En
à
avril-mai, Mgr Rouchouze en route vers
premiers postes aux
Marquises, et il nomme le père Caret, alors à
Ua Pou, préfet apostolique, responsable
direct des Marquises, des Gambier et de la
Hawaii visite les trois
Société.
Le 22 novembre 1841, les pères Caret et
Fournier, menacés de massacre à Hakahau,
sont sauvés de justesse par le capitaine Loby
du Rob Roy. En décembre 1841, d ne reste que
la mission de Vaitahu à Tahuata, tenue par les
pères Baudichon et Borgella, aidés du frère
Ruault.
Hatiheu
vers
les Hapaa
Plan de la Mission de
la baie de Taiohae,
paru dans les Annales
des Sacrés-Cœurs de
Jésus et de Marie, en
1909-1910.
nuelles.
force
Aucune
politique
ne
parvient,
contrairement à la Société et aux Gambier, à
contrôler une île, encore moins l’archipel tout
entier.
marquisiennes se livrent,
pour la maîtrise d’une vallée, d’une baie, des
luttes sans merci, dans lesquelles les Euro¬
péens interviennent bon gré mal gré, comme
on l’a vu dans le cas de l’expédition Porter
(voir p. 93). Aller d’une île à l’autre reste
Les trihus
cimetière
1. Lieu de l’établissement des
premiers missionnaires en 1839
plus récemment et
comprenant une partie du terrain
du premier établissement ou du
moins le longeant
Lieu du grand figuier dit “figuier de
2. Terrain acquis
hasardeux, et les communications sont tout
aussi périlleuses à l’intérieur d’une île, sur les
sentiers
qui serpentent le long des ravins
que sur les rivages où la houle
encaissés,
déferle
Dumont d’Urville”
Patoa : enclos de la Mission, où
s’établit le P. Duboize en 1844, lors
de la reprise du poste de Taiohae
avec
force
en
Fondements de la Cathédrale
raison de l’absence de
projetés en 1854
barrière de corail.
S’il convient de
messes
Mauia : établissement actuel de ta
franciscains, lors du passage de Mendana en
1595, le vrai début de la Mission catholique
aux Marquises date d’août 1838. Suivant les
directives de Mgr Etienne Rouchouze recom¬
mandant
de
saisir
toutes
les
occasions
favorables, le père Cyprien Liausu, préfet
apostolique en résidence à Valparaiso,
accepte
l’offre de Dupetit-Thouars de
l’accompagner aux Marquises sur la Vénus.
Le 28 avril, les pères Louis de Gonzague
Borgella et Dosithée Desvault, accompagnés
du frère coadjuteur Nil Laval - frère du père
Honoré alors aux Gambier -, s’embarquent à
Valparaiso. Le 4 août, la Kdnni jette l’ancre
dans la baie de Vaitahu. Débarqués le 5, ils
célèbrent leur
première eucharistie en terre
marquisienne le 15 août, le même jour que
leurs confrères des Gambier quatre
plus tôt.
années
Une succession d’échecs
Mgr Rouchouze en personne débarque du
The Friands avec sept missionnaires, le 3
février
1839
à
Vaitahu.
Les
Gambier
converties, Tahiti et Hawaii fermées à ses
114
Mission
rappeler les premières
cimetière
9. Gendarmerie
célébrées à Tahuata (Vaitahu) par des
12. Pavillon des officiers, puis bureau
de l’agent spécial et poste
La baie de Taiohae, où
s'établirent en 1839 tes
quatre prêtres conduits
par Mgr Rouchouze.
Dès 1840, certains
missionnaires doivent
abandonner Nuku Hiva
ravagée par les guerres.
En 1841, épuisés, deux
13. Hôtel du gouvernement
deux prêtres ont été
14. Blockhaus à la montagne
15. Ancien
palais royal de Temoana et
Vaekehu
17. Batterie et fort actuellement
disparus
autres pères
partent, et
à la fin de l’année l’île est
sans
missionnaire, tout
comme
Ua Pou où les
sauvés de justesse. Il
faut donc attendre
l’annexion française
pour que, à l’abri des
forts qui dominent la
baie (ci-dessous) la
mission reparte en 1843,
sur de nouvelles bases.
L'IMPLANTATION CATHOLIQUE 1834-1850
De
aux
1840 à 1855, la Mission catholique
Marquises connaît une phase troublée.
1841, Mgr Etienne Rouchouze part en
Europe chercher du renfort. Il disparaît en
mars 1843 à bord du Marie-Joseph, avec les 25
religieux, prêtres, frères et sœurs qui l’accom¬
En
pagnaient.
1844-1855 : un passage difficile
épaules du père Baudichon,
Mgr Rouchouze le 13
octobre 1844 (mais il n’apprend la nouvelle
qu’en 1845, ce qui montre combien l’isolement
des pères était grand), que repose désormais la
mission des Marquises, qui se trouve détachée
C’est
sur
les
nommé coadjuteur de
Faire mettre à genoux
devant le crucifix les
guerriers marquisiens,
telle est l’ambition de la
Mission catholique. Les
missionnaires
n’ignorent pas l’échec
de la L.M.S. dans cet
archipel. C’est donc
des îles Hawaii, celles-ci devenant un vicariat
apostolique indépendant (1844). L’inter¬
vention française de 1842 complique encore la
situation, d’autant qu’elle n’est pas militaire¬
ment décisive. Parti pour Valparaiso en 1845,
Mgr Baudichon y fait imprimer divers livres
en marquisien, preuve que les pères maîtrisent
désormais la langue. Consacré évêque le 22
décembre, il repart le soir même pour les
Marquises avec un précieux renfort : les pères
Ildefonse Dordillon, son cousin, Dominique
Fournon, et les frères coadjuteurs Michoud,
Darque et Guerric.
Mais l’état de l’archipel n’a guère évolué :
les guerres y sévissent toujours, à tel point que
la résidence de l’évêque, située à Tahuata, doit
être évacuée le 15 avril 1847 et que les
tentatives d’implantation des sœurs de Cluny
échouent
en
1844
Baudichon
se
trouve
puis
en
“devant
1847. Mgr
l’impossibilité
de visiter sa mission”. Sa santé est ébranlée.
Tous
ces
événements,
la nouvelle de la
Révolution de 1848 à Paris et des difficultés
propres à la Congrégation des Sacrés-Cœurs
(ce qu’on appela le “schisme picpucien”) le
découragent au point qu’il quitte les
Marquises le 15 septembre 1848. Il ne
renoncera à sa charge qu’en 1855 et sera alors
remplacé - après un intérim assuré depuis
Tahiti par Mgr Tepano Jaussen - par
Mgr Ildefonse Dordillon comme vicaire
apostolique des Marquises, sous la direction
duquel s’effectuera le véritable enracinement
de l’Eglise catholique aux Marquises.
avec empressement que
Mgr Rouchouze accepte
d’être déposé à Vaitahu
par un navire de guerre
français. Mais la
protection de Dupetit-
Thouars ne suffit pas :
les conversions sont
rares et les guerres
permanentes.
115
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
Tahiti : Mission
et Protectorat
L’implantation de la Mission catholique
et dans l’archipel de la Société
présente un cas tout à fait particulier. Les
à
Tahiti
difficultés que rencontrent les missionnaires
viennent essentiellement du protestantisme,
solidement installé depuis 1815. De plus, la
de la Mamaia (1827-1832) vient de
crise
montrer que la christianisation reste fragile, et
ceci peut d’ailleurs expliquer l’attitude hostile
des
pasteurs
catholiques.
anglais vis-à-vis des prêtres
L’arrivée des missionnaires des SacrésCoeurs à Hawaii en 1827, et leur réussite aux
Gambier, ne pouvaient être ressenties par les
pasteurs que comme des provocations. Il en
est
de même
lorsque, l’influence de George
Pritchard n’étant pas du goût de tous les chefs
de Tahiti, certains d’entre eux demandent à
Mgr Rouchouze d’envoyer des missionnaires
catholiques. En novembre 1836, les pères
Caret et Laval débarquent discrètement à
Tautira et s’en vont par petites étapes vers
Papeete, par la côte ouest. Ils sont bien reçus
dans les villages qu’ils traversent, mais les
discussions avec George Pritchard, la reine
Pômare IV et le conseil des chefs, aboutissent
à
l’expulsion sans ménagement des deux
missionnaires, le 12 décembre 1836.
1841-1842 : politique et religion
1842-1848 : un clergé colonial
Ce geste, ajouté aux vexations d’Hawaii et à
l’irritation permanente des marins français
sans que les mission¬
parviennent vraiment à établir des
contacts avec la population. Les pères Caret et
Fournier rendent quelques services aux
Européens catholiques de Papeete et
dans
le
Pacifique envers l’omnipotence
anglaise, servira de prétexte aux interventions
françaises à Tahiti à partir de 1837. Une
L’année 1842 s’écoule
naires
convention
travaillent
avec
Marquises (Journal du R. P. Fournier en
Ephémérides, 1841-1842).
C’est une période difficile pour la
Mission catholique, au moment même où la
Polynésie se construit sur des bases nouvelles,
avec
l’intervention de l’amiral DupetitThouars proclamant le Protectorat français
sur
le
royaume
des Pômare. Cette
sur la liberté du culte est signée
Dupetit-Thouars en 1838. Devant son
non-respect, le commandant Laplace
intervient en 1839 et obtient de Pômare IV la
promesse d’un terrain pour “bâtir une maison
de prières pour les missionnaires catholiques”.
Après le départ de Mgr Rouchouze pour
et l’Europe, le père Caret, préfet
apostolique, devant les difficultés de la
mission aux Marquises et croyant les cir¬
Hawaii
favorables, envoie le 9 août 1841
les pères Chausson et Murphy et le frère Nil
Laval pour fonder la mission de Papeete sur le
terrain promis par la reine à Laplace. A leur
grand étonnement, le consul J.A..
Moerenhout les accueille froidement, ayant
promis à Pritchard que, durant le voyage de
constances
celui-ci à Londres
-
dont le but était d’obtenir
le protectorat de la Grande-Bretagne -, rien ne
passerait. Moerenhout s’appuyait, disait-il,
une
promesse
de Mgr Rouchouze
n’envisageant pas d’implantation catholique
rapide à Tahiti. Le père Caret étant d’un avis
contraire, il fallut l’intervention du
commandant du Bouzet pour que la reine
se
sur
Pômare IV accorde, le 28 mai 1842, le fameux
terrain de Tuareva promis en
1839.
sur
manuscrits
aux
intervention déclenche de violentes hostilités
catholique va être la cible.
Ainsi, en représailles de la mort accidentelle
du révérend Mac Kean, tué d’une balle perdue
lors d’un affrontement franco-tahitien, la
première Mission catholique à Papeete est
incendiée le 30 juin 1844. De nombreux
manuscrits, en particulier ceux du père
Baudichon en marquisien, sont brûlés. Le 3
mars
1843, devant l’irritation des mission¬
naires anglais, le commissaire du roi passe une
convention limitant le rôle des pères à celui de
clergé colonial : un seul prêtre est accepté à
Papeete comme aumônier de la Marine et de
la Colonie. Tout apostolat est interdit ailleurs.
dont la Mission
Vue de Papeete. La
présence de navires de
guerre français comme
de Dumont
d'Urville et celui de
ceux
Dupetit-Thouars en
116
leurs
1838, permet enfin aux
missionnaires
catholiques de prendre
pied dans le royaume
des Pômare.
L'IMPLANTATION CATHOLIQUE 1834-1850
Le temps des fruits
La paroisse de Mataiea est fondée en 1850, et
mission se développe, au point que
Mgr Jaussen constate qu’il “bénit une église
nouvelle par année d’épiscopat”. Travaux de
linguiste, développement agricole à Tahiti et
la
Le 9 mai 1848 est une date importante dans
Thistoire
de
Polynésie
:
Mission
la
catholique
en
c’est celle de la création des
vicariats apostoliques de Tahiti et des îles
Marquises, et des nominations de Mgr
Tepano Jaussen à Tahiti et de Mgr François
Baudichon aux Marquises, qui marquent le
terme de la
aux
vicaire apostolique de Tahiti excelle.
Les années 1850 sont donc caractérisées
par un dynamisme que n’avait jamais connu
période d’implantation.
Arrivé
16
le
février
1849
à
auparavant la Mission catholique. 11 est vrai
que l’instauration du Protectorat et le départ
Papeete,
Mgr Tepano Jaussen s’embarque aussitôt
Gambier où il se familiarise avec la
langue. Puis, il lance la mission aux Tuamotu
et, en octobre, commence son ministère à
Tahiti en tant qu’instituteur à Haapape, afin
“d’apprivoiser et de faire tomber les préjugés”.
des
renouveau.
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0,fl U
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marécageuse entourant
la rivière Papeava. Cette
acquisition marque bien
la volonté d’implantation
du jeune évêque à Tahiti.
broussailleuse et
La mise en valeur
d’incertitudes, une
agricole et les
est enfin définie, tant à
Tahiti, par la création
d’écoles, que dans les
importantes faites peu à
peu, font de la vallée de
la Mission le centre du
catholicisme en
politique d’implantation
autres îles.
constructions
Polynésie.
Ce plan, annoté de la
main même de
Mgr Jaussen, montre
l’état des bâtiments et
des cultures en 1874.
tt-n/'
CXoïb'eLth
Mcudiofi
1855, Mgr Jaussen
achète la vallée de la
Tepapa,zone
un sang nouveau : après
de longues années
"W
I» T
y
Vue de la vallée de la
Mission. Le 8 décembre
s’étendant des îles Cook
à Rapa Nui. Cette forte
personnalité va donner
à la Mission catholique
.
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(1815-1891)
reçoit en 1848 la
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personnel religieux hors du
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et de ses responsables, NN.SS.
Tepano Jaussen et François Baudichon.
ténacité de
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anglais de la London
Society ont contribué à ce
missionnaires
Missionary
pour les
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Tuamotu, soutien actif à l’instruction,
catéchèse sont autant de secteurs où le premier
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117
LA POLYNÉSIE S'OUVRE AU MONDE
Mormons
Il est alors décidé qu’Addison Pratt demeure
dans l’île “étant le moins
dépaysé par les
habitudes et la langue locale et désireux de
répondre à la gentillesse, au sens de l’hospi¬
talité et au besoin de religion manifestés par
les habitants” (Perrin,
1982). Il y reste
seulement quelques mois. Tubuai se montrant
et catholiques
Tuamotu
et dans les autres
aux
très ouvert aux théories mormones, Grouard
archipels
1847, accompagné de Thomas
Là, les missionnaires, accusés
y retourne en
Whittaker.
La Mission catholique se devait d’évan¬
géliser également les 84 atolls coralliens de
“l’archipel de la mer mauvaise” (Bougain¬
ville). Certes, les missionnaires protestants
avaient déjà envoyé des "teachers" tahitiens
vers les îles basses de l’ouest, mais aucun
Européen missionnaire n’y résidait et un
travail de profondeur restait à faire.
d’employer un langage séditieux à l’égard de la
France, sont arrêtés et renvoyés de force à
Tahiti, où Whittaker est emprisonné. Le
gouverneur Bonard ordonne que les plaintes.
peu fondées, soient déboutées. Après des mois
de tracasseries administratives, Pratt peut
rejoindre Tubuai, où débarquent en 1851 six
nouveaux missionnaires envoyés d’Amérique.
De
Tubuai,
la
mission
tente
alors
de
s’implanter à Raivavae, mais James Brown,
l’un des nouveaux venus-, y rencontre de
sérieuses difficultés : en 1852, la population
menace
de le brûler vif.
Si les Australes
ne tiennent pas toutes
leurs promesses, les Tuamotu vont se révéler
bien plus accueillantes. Pratt demeure à
Tubuai, alors que Rogers gagne Huahine où il
n’obtient aucun succès ; Grouard, quant à lui.
1849, à la demande de Petero Maki,
nacre de l’île de Faaite,
converti lors d’un séjour à Mangareva, la
En
jeune pêcheur de
mission décide d’envoyer un père. Le 14 avril,
Monseigneur Tepano Jaussen charge le père
Honoré Laval et le père Clair Fouqué
d’accompagner le premier katekita de la
mission dans
son
île. Le
trio, amené par le
Gassendi, débarque le 19 mai et consacre la
mission des Tuamotu à Notre-Dame des
Victoires. Force leur est de constater que, non
seulement des évangélistes protestants anglais
les ont précédés dans ces îles, mais aussi des
prédicateurs mormons, très bien implantés à
Anaa, l’île principale des Tuamotu, peuplée de
quelque deux mille habitants.
La Mission mormone
L’Église des mormons, ou plus exactement
“l’Église de Jésus-Christ des saints des
Les premiers
missionnaires
derniers jours”, fut fondée dans l’état de New
York, aux États-Unis d’Amérique, en 1830,
par Joseph Smith qui affirmait avoir reçu en
1827 la “révélation du livre des mormons”.
mormons :
La mission tahitienne,
1892-1894. La deuxième
Smith annonçait la venue prochaine du règne
vague de missionnaires
américains n’arriva
s’installa d’abord dans le Missouri, puis en
Illinois, où il devait trouver la mort en 1844,
T.W. Smith, de
terrestre de Dieu. Avec
quelques adeptes, il
lynché avec son frère; à la suite de troubles
causés par la polygamie, pratique observée
par la secte. Les disciples de Smith gagnèrent
alors rutah, où ils fondèrent Sait Lake City en
1847,
l’Eglise
tabac,
de
mormone
imprégnant
les
moindres actes de la vie quotidienne (refus du
l’alcool,
du café, entraide très
développée).
Cette Eglise se voulut missionnaire. En
1843, J. Smith décide l’envoi d’une mission
aux
îles
Hawaii.
Les
missionnaires
sont
judicieusement choisis. Le chef de la mission,
Noah
Rogers, a une solide expérience
religieuse, Addison Pratt et Benjamin
Grouard
sont
d’anciens
marins
qui
connaissent le Pacifique ; ils ont tous deux
vécu aux îles Hawaii et l’un comprend même
la langue hawaïenne. Les liaisons maritimes
de cette époque obligent les mormons à venir
tout
d’abord à Tahiti et, le bateau
faisant
1844,
escale à Tubuai, c’est là que, le 30 avril
l’équipe mormone établit son premier contact
Polynésiens. L’accueil est excellent et
les habitants veulent retenir les missionnaires.
avec des
118
qu’en 1892. En 1880,
i’Ègiise
réorganisée de Jésus-
Christ des saints des
derniers jours, se
présenta àTahiti etattira
dans la nouvelle Église
(sanito) les fidèles
mormons. Tout letravail
était donc à
pour les
arrivants
recommencer
nouveaux
mormons.
Benjamin F. Grouard
(à gauche) el
Addison Pratt fâ droite).
L’équipe missionnaire,
qui quitta les États-Unis
avait la direction. Mais
le quatrième,
K.F. Hanks, décéda en
mer. L'accueil très
hostile des Polynésiens
protestants et les
embarras créés par
l’administration
1844 à bord du
baleinier Timoleon,
étaiten faitcomposéede
coloniale française
Noah Rogers qui en
B. Grouard et A. Pratt.
en
quatre membres, dont
découragèrent
N. Rogers qui partit en
1845. Seuls restèrent
L'IMPLANTATION CATHOLIQUE 1834-1850
décide de se rendre à Anaa, où il arrive le 23
voir
de l’ouest, Anaa est une plaque tournante. Le
Dans le conflit qui oppose Américains et
Anglais, le gouverneur tranche une nouvelle
fois en faveur des mormons. 11 est vrai que la
guerre franco-tahitienne fait rage, et que la
cause en est attribuée, dans
l’esprit du temps,
aux missionnaires
anglais. L’administration
française ne laisse échapper aucune occasion
de nuire à l’influence des pasteurs anglais.
De plus, les mormons reçoivent une aide
efficace du consul américain Chapman, et ce
contexte favorable leur permet une petite
implantation à Tahiti même, où ils peuvent
avril 1845. Centre économique des Tuamotu
missionnaire
bien reçu par
les
Paumotu : en l’espace de quelques mois, il
rassemble près de 620 nouveaux membres,
séduits, semble-t-il, par le baptême par
immersion et sans doute attirés par l’image de
l’Amérique, Grouard rentre à Tahiti pour y
chercher du renfort et demeure longtemps
est
mormon
absent d’Anaa du fait des mauvaises liaisons
maritimes. Grouard et Pratt, qui l’a rejoint à
Tahiti, doivent faire face aux accusations de la
London
Missionary Society, mécontente de
ses
locaux
Américains.
d’Anaa
utilisés
par
les
prêcher dans deux temples anglais. Ce n’est
qu’en janvier 1846 que Pratt et Grouard
retournent à Anaa et poursuivent leur œuvre.
Les résultats sont jugés très satisfaisants.
La riposte catholique
Missionary Society n’est plus à
époque (1844-1850) en état de contrer
l’implantation mormone. L’hostilité de
l’administration française qui se met en place,
les lois de mars 1852 qui placent les Eglises et
La London
cette
leurs pasteurs sous le contrôle de l’Etat, tout
concourt au départ des pasteurs anglais qui ne
L’Église mormone
en
Polynésie orientale
1843
Joseph
Smith, fondateur de
l’Église de Jésus-Christ
des
saints des derniers jours, déci¬
de l’envoi d’une mission à
Hawaii.
1844
1845
1850
Les
missionnaires
mormons
jettent l’encre à Tubuai, ne
pouvant se rendre à Honolulu.
Certains d’entre eux gagnent
ensuite Tahiti, puis Huahine.
Le missionnaire B. Grouard s’é¬
tablit à Anaa et convertit plu¬
sieurs
centaines d’habitants.
La
mission
enregistre aussi
quelques progrès à Tahiti.
Les
mormons
connaissent de
graves difficultés à Tubuai :
deux d’entre eux sont arrêtés
pour propos séditieux et em¬
menés à Papeete. Six nou¬
veaux missionnaires américains
s’établissent cependant dans
cette île.
1851
Tentatives
d’implantation à
Raivavae et dans les Tuamotu
de l’est,
1852
L’administration française du
Protectorat place toutes les
Églises
direct.
sous
son
contrôle
Septembre.,.: abolition du mor¬
monisme à An,aa par le capi¬
taine de Bovis.
Novembre : départ du. dernier
missionnaire
américain,
J.S. Brown. Affaire d’Anaà.
\
1880
En l’absence des mormons, ùq
missionnaire sanito s’établif\
dans les E.F.O. Profitant d’une
certaine confusion, les sanitos,
branche dissidente de l’Église
de Jésus-Christ des saints des
derniers jours, obtiennent de
nombreuses conversions.
1892
La mission mormone repartsur
de nouvelles bases : J.S. Brown
revient en personne.
Anaa. Cette cabane fut
la première demeure des
missionnaires
En haut :
Temple mormon à
Tahiti, vers 1895. Il ne
semble pas qu’il y ait eu
de temple de cette
confession à Tahiti
avant cette date. Celui-
ci, dont la photographie
prise vers 1930, est
donc postérieur à la
a été
période analysée. Ilaété
démoli en 1961-62.
catholiques à Temarie.
A droite, sous l’arbre, se
tient le père Montiton.
Lors de la révolte de
1852, les chapelles et les
presbytères de la
mission furent
incendiés. A la suite de
quoi, la population, sous
la direction des frères
des Sacrés-Cœurs, dut
les reconstruire en
matériaux plus durables.
119
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
sont pas remplacés : l’Eglise
dans une longue crise.
évangélique entre
Par contre, les pères des Sacrés-Coeurs,
partant de Faaite, progressent quant à eux
régulièrement à travers l’archipel paumotu.
Après Fakarava, ils touchent Anaa, où ils
commencent
par ouvrir des écoles pour
“alphabétiser et civiliser”. Dans cette dernière
île, les pères Fouqué, Montiton, Fiérens (ainsi
que les pères Hébert, Loubat et Pépin, mais de
maniè’e
moins
soutenue) rencontrent des
difficultés : le père Montiton note avec
désespoir que les Paumotu sont “comme
dégoûtés de religion”.
Mormons et catholiques s’observent sans
aménité. La situation est tendue. L’affaire
d’Anaa, qui éclate en 1852, va dénouer de
manière brutale la situation. Dès le début de
l’année, l’île est en proie à une grande
agitation. Les querelles entre les différentes
communautés religieuses tournent parfois à
de sévères affrontements, bien qu’on en reste
le
plus souvent au stade des menaces. La
France envoie alors le capitaine de Bovis
enquêter
sur place : il rend les mormons
responsables de cet état de guerre larvée : en
septembre, l’administration française fait
interdire le culte mormon aux Tuamotu. Des
propos anti-français se font dès lors entendre,
de plus en plus virulents. Derrière le conflit
religieux percent des sentiments très franco¬
phobes. Le passage de l’escadre anglaise de
Moresby vient porter l’agitation à son
Le R.P. Adolphe Fouqué
Ci-dessous :
tout premiers
(1825-1894). Ce
(1825-1873) est l'un des
missionnaires
catholiques à être
envoyé aux Tuamotu.
Après trois années de
présence, en 1852, dans
des conditions
matérielles très
difficiles, la mission est
attaquée et il est laissé
pour mort, flottant dans
le lagon. Très diminué
physiquement, il
demeure cependant en
Polynésie jusqu'en 1873.
Le R.P. Albert Montiton
missionnaire, envoyé
dans un premier temps
professeur au
Chili, arrive en 1852 aux
Tuamotu, où ses talents
de musicien lui gagnent
comme
de nombreuses
sympathies parmi la
population, il essaye
de comprendre la
religion ancienne
paumotu et son don
-pour les langues (il
s'exprime en tahitien,
paumotu, hawaïen,
pascuan) contribue à sa
bonne intégration dans
le milieu polynésien.
comble : les habitants d’Anaa se
persuadent-
ils que l’Angleterre et l’Amérique viendront à
secours
? Toujours est-il que, le 9
novembre 1852, le gendarme Viry est tué de 18
leur
coups de massue, le père
Fouqué laissé pour
mort, flottant dans le lagon. “Les assassins
avaient juré, non contents des victimes qu’ils
avaient frappées, de ne laisser la vie à aucun
Français” (Fiérens).
Ce n’est que le 4 décembre que Papeete
envoie des secours. V,'Hydrographe débarque
quelques hommes qui, accueillis par une pluie
balles, regagnent bien vite le navire. Les
insurgés s’attaquent alors à la Mission
catholique en l’incendiant, ainsi qu’à tous les
piri farani (partisans des Français). Le 5
décembre, le navire de guerre le Phoque
de
mouille à son tour à Anaa. Soldats et
volontaires tahitiens débarquent pour rétablir
l’ordre, par la violence. Cinq meneurs sont
pendus, le travail forcé établi. Les mission¬
naires s’effrayent des pillages effectués, de la
prostitution engendrée par la présence des
soldats. Anaa ne devait pas se relever d’une
pareille mésaventure.
Quelles conclusions retirer de cet
événement ? Le père Fiérens pour sa part
affirme qu’on “cherchera vainement, on ne
trouvera d’autre cause à ces tristes événements
que la haine du Protectorat. Certes, ce n’est un
mystère pour aucun Français résidant à Tahiti
n’a été qu’hypocritement
adopté. Si quelques hommes semblent le
soutenir, c’est qu’ils se sont compromis pour
notre cause ou qu’ils sont subventionnés...
Mais que demain les Anglais se présentent
tous les indigènes (sic) nous abandonnent”.
C’est qu’en épousant le Dieu des Anglais (le
protestantisme) ou le Dieu des Américains (le
mormonisme), les Paumotu s’étaient
identifiés aux peuples dont ils avaient adopté
la religion. La crise religieuse ne pouvait que
se doubler d’une crise
politique.
que notre drapeau
...
11 restait aux missionnaires catholiques,
après le départ des mormons américains et
l’interdiction de pratiquer ce culte, à rendre les
habitants des Tuamotu catholiques (c’est-àdire français). Ce fut le rôle du père Montiton
dont le mot d’ordre : “nourrir, vêtir, planter,
instruire, construire ...” devint celui de la
mission. 11 commença aussi la formation de
katekita
qui allaient s’avérer déterminants
pour l’évangélisation des Tuamotu de l’est.
Le capitaine
Edmond de Bovis est
l'enseigne de vaisseau
chargé grv 1852 du
commandement du
Phoque. Homme de
grande qualité, mais dur
et cassant, il agit aux
Tuamotu de façon
impulsive et
autoritaire contre les
mormons paumotu.
croit avoir rétabli le
Il
calme, mais quelques
semaines plus tard c'est
l'explosion. De Bovis
connaîtra plus de succès
dans ses travaux
d'hydrographie et
surtout avec son
ouvrage “État de la
société tahitienne à
l'arrivée des Européens”
paru en 1855.
120
8 Crises religieuses et politiques
1827-1842
En 1821, à la mort de Pômarepouvoir
II, le qui
fondateur
du des
royaume
tahitlen, Tuamotu
on peut se
s’étendait
Australes
et
demander si son œuvre, ce
aux
englobait les îles de la Société, allait lui survivre. Sur le plan des Institutions, tout
semblait avoir été prévu par l’habile souverain. Puisqu’il s’agissait d’une monarchie
héréditaire, ne pouvait-on reprendre la formule conventionnelle et proclamer “Le roi
est mort, vive le roi !’’? Il est vrai que Pômare III monta sur le trône... Mais il n’avait qu’un
an. Alors s’ouvrit la période de régence, difficile et indécise comme le furent souvent
des situations analogues au cours de l’Histoire, car elles offrent aux ambitions,
contenues jusqu’alors, une chance de se manifester.
A Tahiti, autour de 1820, pressions et influences vont se révéler nombreuses. Des
chefs, vaincus d’hier, entendent prendre leur revanche et revenir sur le devant de la
scène politique. Certains d’entre eux pensent que la disparition de Pômare 11 leur laisse
le champ libre pour acquérir le monopole d’un fructueux commerce avec les
Européens : la notion de profit est implantée désormais en Polynésie... Les
missionnaires, de leur côté, espèrent que cette période de transition va leur permettre
de parachever leur œuvre et de mieux contrôler une société dont la ferveur laisse à
désirer.
Mais, en 1827, le jeune Pômare III mourut. En lui succédant, Aimata, qui prendra le
titre de Pômare Vahiné IV, allait affronter les revendications
politiques des uns,
religieuses des autres. Désunie, meurtrie par des affrontements armés, la société
polynésienne subissait les intrusions de plus en plus fréquentes d’Européens qui se
plaçaient au-dessus des lois. Les signes de faiblesse se révélaient plus nombreux, à
mesure que, sur l’océan, les navires étrangers se faisaient plus visibles. Ces menaces
n’échappèrent pas plus aux missionnaires qu’aux notables : entre 1822 et 1841, il n’y
eut pas moins de huit demandes de protectorat adressées au Foreign Office, avant
que, le 9 septembre 1842, le destin ne change de sens. Le royaume des Pômare vivait
ses dernières heures d’indépendance...
Les successeurs
de Pômare II
La mort du souverain autocrate Pômare
II,
en
décembre 1821, marque un tournant
dans l’histoire tahitienne. Les missionnaires en
place depuis longtemps, qui avaient apprécié
était bien moindre, se réjouirent du décès d’un
tyran, même s’il était le Clovis de son peuple,
car
ils croyaient le pays débarrassé d’un chef
égarements dans le “vice tahitien”
(fellation) et l’intempérance étaient un frein à
l’édification d’une société pieuse.
Les grands chefs de Tahiti étaient divisés
de la même façon. Ceux qui se souvenaient des
anciennes coutumes étaient conscients que la
disparition d’un souverain de cette
importance annulait tout ce qui avait été
dont les
durant son administration.
Ils
savaient que les chefs allaient redevenir leurs
instauré
propres maîtres et que la lutte cyclique pour le
pouvoir et la faveur des dieux allait reprendre.
D’un autre côté, ceux qui étaient disposés à
accepter l’occidentalisation pour son intérêt
propre, étaient également prêts à soutenir la
continuité héréditaire du gouvernement de
Pômare II. De fait, durant la période de
régence qui suivit, la population des îles
reculées et des endroits éloignés de l’influence
tahitienne fut traitée comme si elle était
demeurée sous le hau de Pômare IL
Ce
conflit, qui n’éclata pas
immédiatement, fut uniquement provoqué
un grand chef, Tati, de Papara, le
représentant du parti défait par Pômare II,
lors de la bataille de Fei Pi. Il avait promis au
par
roi de soutenir la succession nominale de son
aide dans la traduction de la Bible, son
soutien dans l’européanisation et la loyauté de
ses convictions et de ses conflits intérieurs,
son
déplorèrent sa disparition comme celle de
quelqu’un comme on n’en retrouverait plus.
Eux
seuls
mesuraient combien l’aspect
chrétien de la société tahitienne dépendait de
ce seul homme. Les nouveaux missionnaires,
dont
l’appréciation des réalités tahitiennes
fils et celle, effective, de l’autorité du parti
Porionu’u. C’est un sujet à controverse de
savoir si Tati approuvait ou non le nouveau
système d’une royauté dynastique chrétienne,
promu par les missionnaires. Mais il se
trouvait dans l’obligation de protéger et de
favoriser le fils de Pômare parce que lui-même
avait été sauvé du massacre lorsque sa propre
famille avait été anéantie (voir pp. 52 et 53).
Le tombeau de
Pômare II, à Papaoa. La
disparition, en 1821, du
fondateur du royaume
des Pômare, entraîna un
vide politique que son
fils, âgé de 18 mois,
n'était guère en mesure
de combler.
1774-1854)
(ci-dessus). Descendant
Tati (env.
des Teva, il conservait
un immense prestige et
devint sous la régence
l’un des pivots du nouvel
équilibre politique.
121
LA
POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
Le parti Porionu’u était encore puissant à
Tahiti et à Moorea. Selon la tradition, les
alliances par mariage de Pômare II avec la
plus prestigieuse famille dirigeante de
Raiatea, ainsi que ses diverses parentés
adoptives auraient dû empêcher son fils aîné
(Pômare III) dé bénéficier de la majorité des
titres provenant des principaux districts de
Tahiti et de Moorea.
Les régents
Il est certain que des membres de la famille et
des
adoption détenaient une
majeure partie des principales positions de
commandement, en 1821, en particulier la
parents
veuve
en
par
titre de Pômare, Pômare Vahiné,
Jlji ^tS^Ax4Al^, ^
la reine^mère,
Manaonao, le chef de Pare-Papaoa et
Vaira’atoa, le chef le plus important de la
presqu’île de Taiarapu. Pômare 11 avait laissé
deux enfants auprès de Teremoemoe. L’aînée,
une fille appelée Aimata (plus tard, la reine
Pômare IV), fut fiancée à Pômare (autrefois
Pa), un chef du parti Fa’anui des îles Sous-leVent, qui avait été adopté par Pômare II et
qui, plus tard, devint Tapoa II, roi de Bora
Bora. L’autre enfant, un garçon de 18 mois,
Teri’itaria, fut proclamé Pômare III par le
conseil de régence. Ce conseil avait été désigné
par Pômare 11 pour gouverner jusqu’à la
majorité de son fils. Il était composé de cinq
chefs principaux et des deux reines. Le
premier régent, qui gouverna de 1821 à 1823,
ainsi
que
Teremoemoe,
fut le vieux Manaonao,
qui portait le titre
grand chef du parti
Porionu’u et qui avait été un ami intime de
d’Ari’ipaea,
comme
Pômare IL
A la mort de Manaonao, le conseil choisit
Vahiné, qui devint alors Ari’ipaea
Vahiné, pour lui succéder à la régence, charge
qu’elle occupa jusqu’à la fin de 1828. En dépit
Pômare
d’une transition apparemment facile, Tahiti et
Moorea furent mal dirigées, mal gouvernées
durant la régence. Ari’ipaea, la jeune tante du
roi, était également la reine de Huahineet, de
fait, avait le pas sur toute la famille. Ex¬
guerrière, ayant combattu à Fei Pi, et femme
de caractère, elle gouverna Tahiti de la même
façon despotique que Pômare IL Son
Ci-dessus :
Tamatoa IV dit Mo’eore,
roi de Raiatea. La
disparition de Tamatoa
le Grand en 1831, fut le
début d’une période
d’âpres rivalités aux îles
Sous-le-Vent. Sans avoir
l’autorité de son père,
Tamatoa IV parviendra à
repousser les
prétentions de Tapoa et
à déjouer les menées de
la Mamaia et la politique
I
La jeune princesse
Aimata succède à son
frère Pômare III lorsque
celui-ci meurt, le
11 janvier 1827. Agée de
14 ans, le pouvoir est
conservé par sa tante
Ari'ipaea. Vivant surtout
à Raiatea, ou encore à
Tetiaroa, Pômare
Vahiné IV ne jouera un
rôle politique qu’à partir
de 1830. Dessin de
J.A. Moerenhout.
Teremoemoe,
P.omace'^,hine-iy, veuve
de Poiiare IT jouit d’une
autorité restreinte au
conseil de régence. Sa
sœur aînée, connue
sous
le nom de Pômare
Vahiné, concentre en
revanche entre ses
mains l’essentiel du
pouvoir. Dessin original
de J.L. Le Jeune.
d’annexion de la France.
Il réussit à assurer sa
position et à maintenir
son
royaume
indépendant.
D’après un dessin de
H.B. Martin.
Page de droite :
Chef de l’île de Tahiti.
Habillement composite,
tatouages et fusil, autant
de signes montrant que
la société tahitienne est
à un tournant de son
histoire. Dessin original
de J.L. Le Jeune
rehaussé de couleurs.
Au-dessous :
Ari’ipaea, reine de
Huahine, dessinée par
H.B. Martin ie 21 avril
1847. Fiiie aînée de
Tamatoa III. roi de
Raiatea, et de Tura’iari’i,
et petite-fille de
Teha’apapa, première
reine de Huahine,
Teri’itaria a un rang
élevé dans la société
polynésienne. Épouse
r3vx®A^
régêFTte.sous le nom de
Ari’ipaéa. Son action
politique vise avant tout
^ a
jeune Portière Ht, gfleest
à lui assurer des revenus
personnels. Écartée du
pouvoir en 1828, elle
continue à exercer son
influence sur Pômare
Vahiné IV.
A gauche :
Paraita, de la puissante
famille des
Temaehuatea, chefs de
Pare, devient en 1830 le
seul chef de cette partie
Habitants de Tîle de
Tahiti en 1823. Le peuple
tahitien assiste sans y
participer aux luttes
politiques qui marquent
Le
pouvoir demeure entre
les mains des chefs, en
dépit de l'Assemblée
législative tahitienne.
cette période.
Dessin de J.L. Le Jeune.
122
,
de Pômare,Il et njècêji.u
de l'île. Cet homme de
grande influence, que
Pômare Vahiné IV ellemême craint, est
plusieurs fois régent. A
chaque absence de la
jeune souveraine,
Paraita assure le
gouvernement du
royaume, malgré les
conflits qui éclatent
entre eux.
CRISES RELIGIEUSES ET POLITIQUES 1827-1842
administration
parce
a pu paraître plus relâchée
qu’elle tolérait secrètement les danses
traditionnelles et la liberté sexuelle, mais elle
maîtrisait
en
fait
l’exploitation économique
des îles et le commerce maritime européen.
Pouvoir politique
et monopole économique
Tout
comme
Pômare
II
avait cherché à
monopoliser le commerce du porc, Ari’ipaea
voulut
contrôler
le
commerce
des
perles,
fermant même les yeux sur un acte de pira¬
terie aux Tuamotu. A Papeete, où la cour
n’avait pas de finances royales, elle chercha
des moyens pour augmenter les prestations en
nourriture.
Tahitien
Au début de l’année
1825,
un
qui était allé à Port Jackson fut
nommé agent de fixation des prix, au grand
désagrément des missionnaires et autres
Européens. On pensait que les missionnaires
avaient tiré profit du commerce des porcs et
de l’huile de noix de coco (pour le soutien et
la subsistance des missions) et qu’ils avaient
amassé beaucoup d’argent.
En 1828, la situation avait empiré. Non
prix et les salaires étaient
mais toute opération de
commerce devait être supervisée par l’agent
d’Ari’ipaea, un commerçant retors qui
s’attira le mécontentement des capitaines de
goélettes européens aussi, bien que des
Tahitiens. Ari’ipaea était contestée depuis
1826, année où elle tut mariée à un manahune
par l’un des juges de district, à Matavai, en
dépit de l’opposition des missionnaires et des
chefs locaux, et ce malgré l’annulation
ultérieure du mariage. Le 11 janvier 1827, le
jeune roi mourut de dysenterie, probablement
seulement
les
réglementés,
victime des médecins des deux cultures, et il
fut remplacé par sa sœur, sous la même
régence. Vers avril 1828, l’augmentation des
réglementations oppressives, la fraude et le
désordre général, aussi bien que l’humiliation
imposée par l’agent d’Ari’ipaea, amenèrent la
chute de la régente et la réapparition de Tati.
L’une des premières lois du nouveau règne
assura
du
fils
la succession sur le trône aux enfants
aîné de Tati et de sa femme qui
appartenait
à
la
famille
Pômare,
dans
de
l’éventualité où Pômare IV n’aurait pas
descendance.
Papeete dans les années
1820-1830. La petite
ville est devenue un port
d’où l’on exporte, à
destination de
Jackson
Port Jackson. L'essor du
le
monde extérieur attise
la rivalité entre les
échanges, c'est détenir
commerce avec
des sources de revenus
principaux chefs
polynésiens. S'assurer
le monopole des
l'île.
primordiaux pour
maintenir le prestige des
principales familles de
123
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
La L.M.S.
sous la régence
participèrent activement à l’alphabétisation et
diffusèrent des extraits traduits de la Bible. La
curiosité et la crainte étaient grandes à l’égard
d’une religion et d’un souverain qui avaient
règne de Pômare III avait débuté
triomphalement pour les missionnaires
anglais. Ils s’attribuèrent eux-mêmes le rôle
du clergé de la Réforme à la cour du jeune roi
Édouard VI, qui lui aussi avait succédé à un
despote réformateur (Henri VIII) ou encore
celui des conseillers du roi biblique, Josias de
Le
Juda.
Sur
recommandations de
les
deux
inspecteurs de la L.M.S. et avec l’accord
d’Ari’ipaea et du conseil de régence, les
missionnaires
entamèrent
programme
un
d’anglicisation en attribuant des noms anglais
“villages” qu’ils avaient créés et en
introduisant
les
caractéristiques de la
aux
monarchie constitutionnelle de Westminster.
Une monarchie à l’anglaise
Alors que Pômare II avait consulté les chefs et
s’était assuré de
l’appui du peuple dans de
larges assemblées, la nouvelle constitution se
pourvut d’un Parlement des îles du Vent, dont
les membres étaient dotés de droits égaux en
matière de vote. Cette chambre était formée
des hommes adultes de la famille régnante et
principaux chefs,
des
comme
législateurs
héréditaires, ainsi que de deux représentants
pour chaque district, désignés par leurs pairs
comme délégués du peuple. Ce Parlement
solennel siégea du 23 février au 3 mars 1824 à
Papaoa et présenta un nouveau code de lois.
Bien qu’ils n’aient pas droit de vote, les
missionnaires
purent
siéger en tant
qu’observateurs, et Henry Nott, leur doyen,
fut choisi comme président.
Le 21 avril 1824, un couronnement en
grande pompe eut lieu à Papara ; H. Nott, ex¬
dissident de l’Église anglicane, y tenait le rôle
de l’archevêque de Canterbury, à la grande
stupéfaction de certains membres de l’Église
congrégationaliste de la L.M.S. Toute la
cérémonie fut parée du symbolisme de
Westminster avec couronne “en or”, onction,
livre saint et procession de dignitaires, sous les
yeux de 8 000 spectateurs.
Le
Parlement
ne
se
réunissait
qu’occasionnellement, en général une fois en
août, pour la révision des lois. Malgré la
nature apparemment démocratique de la
représentation populaire, il est douteux que
les délégués eussent réellement eu leur mot à
dire pour les affaires courantes du
gouvernement. L’un des griefs faits à
l’administration d’Ari’ipaea était qu’elle était
soutenue par les ra’atira, c’est-à-dire la classe
possédant la terre dont les délégués du
Parlement étaient presque certainement tous
issus. Sous Pômare IV, il fut un peu plus tenu
compte des délégués du peuple lors des
assemblées.
Premières ruptures
En dépit de l’aspect de civilisation chrétienne,
les missionnaires réalisèrent bientôt que le
christianisme affiché de la régence était bien
moins sincère que celui plus contraint du
règne
de
Pômare
IL
Sous
Pômare,
les
sincères aidèrent énormément à
former des communautés chrétiennes ; ils
convertis
124
écrasé et renversé les dieux anciens. Sous la
régence, les tensions entre les membres et les
néophytes de l’Église d’un côté, et ceux qui en
faisaient partie à contre-cœur de l’autre
atteignirent un degré inquiétant. L’adhésion
aux nouveaux modes de vie et de
pensée était
ouvertement
rejetée par de nombreux
traditionalistes parmi les chefs ou à la cour.
Les Tahitiens ordinaires trouvèrent les lois
Ci-dessous :
Évangélistes maoris
Nouvelle-Zélande.
Alors qu'à partir des
années 1830, le
christianisme
commence à progresser
dans ces îles, à Tahiti,
la population semble se
détourner des temples.
en
pénales dures et répressives, surtout lorsqu’il
devint évident qu’il y avait une loi pour le
peuple
et
une
autre
pour
les
classes
privilégiées. Les espérances nées de l’alphabé¬
tisation furent déçues. Les plus désillusionnés
avoir été les jeunes Tahitiens,
semblent
conscients de la
duplicité de beaucoup de
chefs. Un grand nombre de ces jeunes gens, en
particulier ceux qui avaient été condamnés à
la construction des quais et du Broom, s’éta¬
blirent dans les vallées intérieures où ils
se
livrèrent à des danses et à des évocations du
Tahiti ancien. Considérés comme des vauriens
par les membres de l’Église, on leur attribua
l’épithète péjorative du tutae'auri, ce qui, dans
l’argot de l’époque, signifiait “excrément
desséché” ou “méprisable”. Ces groupes
semblent ne pas avoir eu d’organisation
structurée ni avoir pris modèle sur l’ancienne
société arioi. Ressuscitant les danses
et les
jeux du passé, ils devinrent le divertissement
érotique, mais interdit, de la cour.
CRISES RELIGIEUSES ET POLITIQUES 1827-1842
Les
églises missionnaires, de leur côté,
étaient maintenant solidement implantées
sous le patronage des chefs. Alors que les
diacres et les membres de l’Eglise contrôlaient
officiellement les affaires de l’Église, les chefs
pouvaient
faire
fortement
pression
sur
l’entière communauté et le missionnaire se
tenait continuellement sur ses gardes pour
déjouer cette ingérence. Les missionnaires qui
ne prônaient pas l’assistance obligatoire à
l’église,
par exemple, furent souvent
embarrassés par les moyens rudes employés
par
certains chefs pour obliger les malades
comme
les récalcitrants à suivre les services
religieux.
En plus de l’assistance aux offices du
dimanche, les membres et les néophytes
avaient de nombreux autres devoirs religieux
ou
semi-religieux. Des classes se tenaient
pour les adultes et pour les jeunes, répartis par
Dans beaucoup de stations on célébrait
sexe.
des offices le mercredi après-midi, et le vendredi
soir
avaient
missionnaires
toutes
sortes
lieu des
“réunions-débats”, les
engageant la discussion sur
de thèmes, parfois sujets à
controverse et pas forcément d’ordre religieux.
Ainsi la société tahitienne était-elle
partagée
tournés vers le
passé et des Eglises très disciplinées, pleines
d’espoir messianique.
entre des
chefs et des jeunes
Ci-dessus :
Wilk’s harbour
(Papeete). C’est
l’exemple de “village"
créé par les
missionnaires anglais
de la L.M.S. Les pasteurs
veulent regrouper les
Polynésiens près des
temples et des écoles
afin qu’ils suivent plus
aisément les services
religieux. Les
habitations sont
construites selon leurs
règles, pour limiter la
promiscuité des tare
traditionnels. Dessin
original de M. Radiguet.
Page de gauche et
ci-contre :
Scènes de la vie
quotidienne des
habitants de Tahiti. En
1815, les Tahitiens se
sont convertis avec un
certain enthousiasme,
mais, dès 1825, la
sévérité des codes
religieux est d’autant
plus difficile à supporter
que les Européens ont
introduit l’alcool et
toutes sortes de facilités
matérielles. Dessins
originaux de
J.L. Le Jeune.
125
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
La Mamaia :
Teao et Hue accusèrent tous deux les
origines et évolution
Un
nouveau
culte
ou
mouvement
religieux se développa bientôt au sein des
églises tahitiennes et s’étendit plus tard aux
autres
îles de l’archipel. Fortement syncrétiste, il délivrait un message de récon¬
ciliation à une communauté très divisée et mal
gouvernée. Comme pour le lutae’auri, la dési¬
gnation de ce mouvement, “Mamaia” ou
“fruit trop mûr”, semble être née lors d’un
prêche au cours duquel ses meneurs furent
dépeints comme des chrétiens corrompus à
l’imagination “fermentée”. ^
Le temps des Prophètes
Pour ses partisans, le mouvement et ses chefs
s’appelaient le Peropheta (“les Prophètes”),
alors
que
les missionnaires nommaient
officiellement ce culte “l’hérésie visionnaire”.
Sans
aucun
doute, les
missionnaires de tromperie, soutenant que le
peuple achetait son salut par ses contributions
huile alors qu’il pouvait avoir directement
accès à Jéhovah-Jésus et ses principaux saints,
Paul, Pierre, Jean et Marie, qui parlaient à
travers eux, les prophètes.
La doctrine et la pratique de la Mamaia
semblent avoir été plutôt cohérentes, si ce
n’est que certains aspects de son enseignement
en
furent
accentués
à
différents
moments
de
l’histoire du mouvement. Contrairement au
tutae'auri qui méprisait
la prière, la Mamaia
fit reposer tout son système sur le devoir d’une
prière. L’on croyait qu’après trois
jours et trois nuits de prière constante, il serait
accordé des visions prophétiques ou des
pouvoirs miraculeux.
phraséologie pré-chrétienne, était une
réapparition du christianisme primitif
pratiqué à Tahiti et à Moorea entre 1812 et
1816. Ces chrétiens étaient appelés pure atua
ou
nouveau
En plusieurs points, cette insistance sur la
prière, expressément formulée dans la
dieu,
dont
invocations
de
leurs
des
réunions
taura (défini par J. Davies comme un
prétendu prophète ou quelqu’un inspiré par
un dieu
ou une divinité), dans l’ancienne
tradition tahitienne. Sans liens avec le clergé
officiel et la hiérarchie des chefs, ces prophètes
du
ou
“médiums” étaient considérés comme “des
se
de
exemple, un certain Maruae crut qu’une voix
conseillait
de
s’enfuir
à
Moorea
car
beaucoup de Tahitiens allaient être tués par
péchés.
Vahiné et sa
suite s’installèrent sur la petite île de Motu
une
trombe d’eau, à cause de leurs
Cette prophétie fit qu’Ari’ipaea
Uta, dans le port.
Le premier prophète important toutefois
fut un homme de Raiatea, Teao, qui avait été
ami et un partisan de Pômare II. Lecteur
passionné de toute la littérature biblique
disponible en langue tahitienne, Teao était
familiarisé avec la doctrine chiliastique. Il est
même possible qu’il connût le 31
rapport de
la L.M.S., en 1825, lequel faisait expli¬
citement référence à la “fin de la grande
période prophétique” et considérait que
“l’aurore du premier jour du millénium était
probablement arrivée”.
La première vision de Teao rejoignait
un
celle de Maruae. Au milieu de l’année 1826, il
prophétisa que la population de Tahiti serait
punie de sa perversité par une manifestation
Tahitien. Ayant renoncé
aux vêtements
chaire, durant l’absence du révérend George
exhibe ses tatouages
évidente du courroux divin. 11 annonça cela en
européens, cet homme
qui porte le maro et
Pritchard. Bientôt suivit la révélation que le
pourrait être un de ces
adeptes qui rejoindront
déjà commencé et qu’il, n’y
avait plus ni péché ni châtiment. Il est bien sûr
possible que l’absence de signe de punition
conduisait Teao à conclure qu’ils vivaient sous
une nouvelle ère de dispense religieuse. Le
premier disciple de Teao fut Hue, également
millénium était
de l’île de Raiatea ; il avait été étroitement lié à
Pômare II et à Utami, chef de Punaauia, dont
il était proche parent. Ayant lui aussi étudié de
près les écrits bibliques. Hue avait été tenu en
haute estime par les missionnaires. 11 fut l’un
des
diacres
de
Punaauia jusqu’à- son
excommunication
pour
intempérance et
“diverses autres inconvenances”. Hue était
probablement alcoolique, l’une de ses “incon¬
venances” semblant avoir été une inclination
poùr le vin dilué de la communion.
126
la Mamaia. Dessin
original de
J.L. Le Jeune.
traditionnels.
De même, la vision et la prophétie étaient
discussion hebdomadaires. En août 1824, par
lui
chants
étroitement proches du rôle et des techniques
Papeete, où un grand intérêt
était porté aux rêves ou aux visions des fidèles,
lors
savaient
Pômare.
manifestèrent à
vraisemblablement
ne
Quoique cela parût du charabia aux mission¬
naires, c’était visiblement rempli de signi¬
fications pour les pratiquants qui associaient
leur observance au pouvoir et à la réussite de
premiers signes de
trouble dans la communauté chrétienne
ils
pratiquement rien, utilisant le langage et les
intensive
La pratique religieuse
“peuple de la prière”. Ils passaient de
heures à prier en secret leur
nombreuses
La chapelle, l’école et la
maison du missionnaire
à Papeete en 1825. Les
chapelles et les temples
se multiplient à Tahiti.
Les constructions en
niau laissent place peu à
peu à celles en pierre.
Mais ce qui pourrait être
considéré commetjn
progrès masque en fait
une crise religieuse et
sociale ayant pour
résultat, dès 1826-1828,
la désertion des temples
de Papeete et de
Punaauia.
CRISES RELIGIEUSES ET POLITIQUES 1827-1842
gens inoffensifs et très respectés, donnant libre
cours à leur inspiration, de temps à autre,
pour faire des prédications inattendues et
spontanées”. Ils étaient peut-être les piliers les
moins discrédités de la religion ancienne. Tout
comme
les prophètes traditionnels étaient
habités par leurs dieux, ’Oro, Tane et Ta’aroa,
les nouveaux l’étaient par Jéhovah-Jésus,
Paul, Pierre, Jean et Marie. Teao et Hue, bien
sûr, savaient que chacun de ces saints avait
reçu des visites ou des visions de Dieu.
Les
Mamaia
pouvoirs miraculeux attribués à la
étaient
la marche
sur
l’eau et la
guérison. Comme il semble qu’il n’y ait pas eu
de témoignage de marche sur l’eau (ni de
marche sur le feu à cette époque, bien que cela
ait dû avoir lieu), il est malaisé de savoir si des
phénomènes de lévitation se sont produits.
Une punition cruelle pour cette revendication
“hérétique” était de faire marcher les pécheurs
Tout comme ils se sentaient libres vis-à-
vis des contraintes morales, les
adeptes se
croyaient dispensés des contraintes écono¬
miques. Ainsi l’argent n’était-il pas considéré
comme nécessaire et les convertis ne pensaient
devoir payer ni leur nourriture ni les services.
Plus tard, comme la prospérité matérielle leur
était refusée, la croyance se développa que les
richesses seraient envoyées directement du
ciel, de la même façon que dans le culte
mélanésien du cargo,
La pratique de la Mamaia était aussi bien
définie. En plus des longues veilles de prière,
on
célébrait
fréquemment l’eucharistie. Les
adeptes distillaient leur propre alcool pour
tous leurs besoins. Ils vivaient dans de petites
communautés
où
l’ordre, le travail et la
propreté dominaient. Les hommes portaient
la barbe. Durant leurs périodes extatiques, il y
avait
beaucoup de chants, de danses,
d’exercices de jonglerie et de prestidigitation.
C’était une célébration générale des plaisirs de
la vie. Malgré la tolérance de la secte, le
comportement de ses membres était beaucoup
plus réglé et ritualiste que celui du tutae’auri,
plus dévergondé. Pour les protestants qui
trouvaient que le catholicisme était trop
indulgent envers les péchés de la chair, les
adeptes de la Mamaia étaient “un peuple tout
désigné pour les papistes”.
le récif : ainsi devaient-ils nager ou se
couper les pieds. La prétention au pouvoir
divin de guérison finit cependant par devenir
sur
la principale caractéristique de la Mamaia. Et
des cultes similaires, avec cette particularité,
émergèrent à différentes périodes, et même
jusqu’au siècle actuel. Cela également
entraîna une résurgence de la médecine tradi¬
tionnelle et finit par provoquer la mort des
derniers pratiquants du culte.
Le plus
choquant dans cette doctrine, aux yeux des
missionnaires, était que ceux qui l’ensei¬
gnaient sous l’immunité du millénium et qui
étaient favorisés par Dieu, étaient dispensés
des contraintes des lois morales. Teao et Hue,
qui connaissaient la Bible mettaient en avant
le comportement “illégal” d’Abraham, de
Noé, de David et de Salomon. Le partage des
femmes était
permis aux membres du culte,
qu’il fût suivi d’une prière
purificatrice.
pourvu
Prophète de la Mamaia.
Plumes, feuillages et
barbe constituent
l'essentiel de la parure,
alors que certains
observateurs ont noté
également la présence
de tatouages. Dessin
mis en couleur d'après
illustration d'un
article de Niel Gunson
une
paru dans le Bulletin de
la Société des Études
océaniennes.
127
LA
POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
La Mamaia :
crise religieuse
s’était étendue jusqu’à Anaa, aux Tuamotu,
où les convertis préparèrent le terrain pour les
missionnaires
mormons
américains
qui
arrivèrent dans les années 40. Ils proposaient
politique ?
ou
des théories similaires de révélation divine et
acceptaient la pluralité des épouses.
Les principaux convertis des îles Sous-led’éminents hommes d’église,
Taua, l’ex-diacre de Huahine,
ainsi que Reva’e et Farepia, les instituteurs de
Vent
La Mamaia fit peser une grande menace
religion protestante “établie” et le
système de gouvernement par les chefs. Son
sur
la
idée d’une autre société, sans lois, contrastait
avec les réglementations répressives et la vie
dominée surtout par l’Église et la régence. Ses
opinions
anti-missionnaires
attiraient
les
membres et les fidèles de l’Église qui
croyaient fermement que les missionnaires
s’enrichissaient grâce à leurs dons en huile. Le
mouvement atteignit son apogée à Tahiti
entre 1826 et 1828, à la fin de la régence. Les
églises de Papeete et de Punaauia furent
quasiment désertées, bien que les chefs eussent
vite fait de bannir les meneurs. Tati et Utami,
juges suprêmes de Tahiti et de Moorea, de
même que
les principaux chefs furent
particulièrement sévères dans leurs punitions.
Mais cette politique d’exil tendit à propager le
étaient
notamment
la
L.M.S.
à
Maupiti.
Taua,
connu
ultérieurement sous le nom de Matapu’upu’u,
avait été un arioi principal et avait succédé à
son
frère comme chef de prière de Huahine.
Hautement apprécié par les missionnaires, il
avait été le premier secrétaire de
missionnaire de Huahine. En
la société
devenant
Prophète, il rompit ses liens avec l’Église et
partit s’installer à Maupiti. Un autre converti
d’importance était Ta’ero, le principal chef de
Maupiti, qui révoqua le code de lois Tamatoa.
Il est difficile de mesurer l’étendue de la
crise dans l’Église. A Tahiti, les missionnaires
voyaient dans
l’extension de la nouvelle
doctrine la nécessité d’imposer une discipline
mouvement dans les autres districts. Hue, par
exemple, rassembla des partisans dans la
presqu’île de Taiarapu, en septembre 1827,
après avoir été banni de Punaauia. D’autre
part, le missionnaire J. M. Orsmond pensait
être capable de ramener au sein de l’Église la
plupart des adeptes de la Mamaia exilés dans
sa station de Moorea, y compris l’important
jeune chef Paraita. Orsmond publia une
brochure contre le mouvement en 1828 ; ce fut
la première fois que le terme de “Mamaia”
encore
un
membres
certain soutien. Dans
excommuniés
cette
année-là,
18
“partisans des prophètes”.
Vers
1830, les missionnaires semblaient
estimer que la crise était éteinte, bien qu’il
fallût attendre 1834 pour que l’assemblée vote
étaient
ses
des
lois anti-Mamaia. Ces
mesures
contro¬
déclaraient la secte hors la loi et
rendaient obligatoire la fréquentation des
versées
temples et des écoles. Aux îles Sous-le-Vent, le
mouvement était plus profondément ancré et
demeura une menace permanente pour les
églises missionnaires jusqu’en 1832, après
quoi il déclina.
Ce fut après qu’Aimata fut devenue
Pômare IV que la Mamaia revêtit une signi¬
fication politique, alors que beaucoup de
en
cause
principaux chefs de
par le mouvement de la
Mamaia. La défaite à
Raiatea de Tapoa face à
Tamatoa ramène les
deux chefs au sein de
l'Église protestante.
Aquarelle originale de
Mamaia
J.L. Le Jeune.
Bora Bora. Dessin
original de
J.L. Le Jeune.
La reine Pômare
Vahiné IV a une attitude
ambiguë à l’égard de la
Mamaia. Les moeurs
libres prônées par les
prophètes ne lui
déplaisent pas. De plus,
son remariage en
décembre 1832 avec son
cousin lui vaut les
critiques des
missionnaires dont elle
n’est pas, dans la
première partie de sa vie,
une adepte fidèle. Enfin,
voulant obliger les
grands chefs à lui rendre
hommage en une
cérémonie abolie en
raison de son caractère
païen, la reine semble
aller dans le même sens
que le mouvement
hérétique. Le 20 mars
1831, les chefs Tati,
Utami, Hitoti et Paofai,
leurs guerriers,
l’obligent à renoncer à
prétentions et à
avec
ses
condamner la Mamaia.
128
sommet.
l’église de Matavai, par exemple, parmi les 30
Bora Bora, est
sérieusement ébranlée
petite île de Maupiti embrassa la
1828, la
conservait
Mai et Tefa’aroa, chefs
de Bora Bora. La foi,
toute récente, des deux
surtout à Bora Bora. La communauté entière
Vers
son
la nature du hau
archipels. Les
gouvernement. Mais l’application sévère des
à Tahiti venaient des îles Sous-le-Vent, ils
furent renvoyés dans leurs îles d’origine, si
bien que le mouvement y devint puissant,
doctrine.
atteint
avoir
Cependant, l’ascendant de Tati et la dureté des
principaux chefs éloignèrent bientôt les
disciples des martyrs. En 1829, la Mamaia
roi étant mort, la loi devait mourir aussi”. Au
début de 1828, on craignait quelque peu que
l’influence de la Mamaia ne renversât le
Comme beaucoup des partisans de la Mamaia
la
1828, seconde
traditionalistes eurent vite fait de dire que “le
îles Sous-le-Vent
nouvelle
semblait
fonctionnant dans les deux
Propagation de la Mamaia
de
des meneurs de la Mamaia. En
année du règne de Pômare IV, le mouvement
chefs mettaient
apparut sur une note écrite.
aux
religieuse et déploraient les méthodes primi¬
employées par les grands chefs. Alors
qu’il était clair que certaines églises étaient
quasiment dépourvues de fidèles, il y avait
encore
des missionnaires qui ne mention¬
naient même pas la Mamaia dans leurs
rapports.
Des congrégations semblaient
croître et décroître au gré des déplacements
tives
CRISES RELIGIEUSES ET POLITIQUES 1827-1842
lois et la
répression extra-judiciaire de Tati
à lever la menace politique
contribuèrent
immédiate.
La Mamaia et les rivalités
politiques
Durant la période troublée entre 1830 et I833,
prit une nouvelle importance
politique, de nouvelles alliances étant
constituées. Même le parti de la reine fut
considéré comme une menace pour les lois
inspirées par les missionnaires et pour le “bon
ordre” des gouvernements en place dans les
îles. Dans chaque cas de conflit et de guerre, la
la
Mamaia
Bora
Bora
Tamatoa
à
en
la confédération
Opoa
sous
1832, la Mamaia se rangea du
côté de Tapoa, des Fa’anui. Pendant la guerre
civile à Tahiti, en 1833, elle appuya les chefs de
même
les
chefs
soi-disant
prétexte pour réaffirmer leur suprématie dans
les affaires tahitiennes.
Plusieurs
chefs,
Mai
aisé d’évaluer l’engagement
la résurrection des pratiques traditionnelles ne
potentielle
pouvoir pour
de Taiarapu n’étaient probablement
pas plus dus à la Mamaia que la renaissance
d’une pratique païenne, typique de leur guerre
de la résistance.
11 n’est pas
des différents chefs vis-à-vis des croyances de
la Mamaia. L’évidence suggéré que, voyant
dans
ce
mouvement
d’inspiration
une
source
de
et
contrebalancer l’influence des missionnaires,
ils étaient traditionalistes et faisaient valoir en
chefs de Taiarapu dans la restauration de la
missionnaires des îles du Vent, et tutae’auri à
proscrite, consistant à rendre
hommage au souverain. Dans la réapparition
de la lutte dynastique opposant les Fa’anui de
vit
Bora et les principaux dirigeants de Taiarapu,
premier lieu leurs droits héréditaires. En 1830
coutume
On
rebelles de Taiarapu employer n’importe quel
Taiarapu. Lors de ces conflits de 1832 - 33, les
prophètes de la Mamaia Jouèrent le rôle
traditionnel des taura et prédirent la victoire
Mamaia s’allia aux traditionalistes. Ainsi, en
1830 - 31, elle soutint le parti de la reine et les
aïeux.
-1831,
la
reine
était
assimilée
aux
pro¬
Tapoa, du parti des Fa’anui, ne
nourrissait aucun grief contre la mission mais
rêvait de reconquérir le gouvernement de ses
la Mamaia.
semblent avoir
tels
de
Bora
adopté les doctrines de la
Mamaia durant de brèves périodes, bien que
fût pas forcément liée à la croyance religieuse.
En
fait
l’alcoolisme
et
l’adultère dans
les
camps
et consistant à tuer à la lance les enfants des
ennemis.
La défaite et l’humiliation de Tapoa, en
1832, de même que la mort et l’échec des chefs
Taiarapu en 1833 signifièrent néanmoins
la Mamaia avait perdu son importance
politique.
de
que
Tapoa II, fils du grand
chef de Bora Bora,
adopté par Pômare II,
est souvent appelé
Pômare opu rahi -
Pômare au gros ventre -
comme
lefaitàjustetitre
ressortir cette aquarelle
de H,.B, Martin, en 1847.
Époux de Pômare
Vahiné IV de 1824 à
1829, il entre en 1831 en
conflit avec Raiatea et
Tahaa, conseillé par les
prophètes de la Mamaia
qui lui prédisent la
victoire. Vaincu en 1832,
il doit à Mai et à
Tefa’aroa de conserver
son titre et une partie de
son
pouvoir sur
Bora Bora.
La maison de Tapoa, à
l'image de son
occupant, montre le
déclin, de 1832 à 1847,
de ce chef décrit par
H.B. Martin, qui le
rencontre en octobre
1846, comme "le plus
gras roi du monde".
129
LA
POLYNÉSIE S'OUVRE AU MONDE
Les dernières années
de la Mamaia et
le déclin du
gouvernement
tahitien
Malgré l’erreur des prophètes, qui
avaient prédit la victoire des forces de l’oppo¬
sition, et malgré la proscription de la secte aux
îles du Vent, en 1834, de petites poches de
Mamaia demeuraient, la principale commu¬
éprouvées. Quand le frère de Tere, un prêtre
de
la
missionnaires ne purent s’empêcher de voir
l’intervention de la Providence dans l’extinc¬
tion de la secte qui avait été “envoyée
Mamaia,
retourna
à Faaa, la
communauté entière fut décimée par son
intermédiaire.
D’abord, les prêtres
dans l’éternité
s’asseyaient en cercle autour du patient. Puis
droite”.
On
les pustules du malade étaient ouvertes et de
longues prières commençaient. Chaque jour
des gens mouraient et la population entière fut
emportée. Sans que personne ne s’occupât
d’eux, les derniers survivants s’étaient traînés,
pour être finalement dévorés par les porcs.
D’autres petites communautés
disparurent également, dont un groupe
d’adeptes à Papetoai, Moorea. L’une des
victimes de Faaa fut le prophète Teao. Les
effectuer une lévitation ou marcher sur l’eau.
Certains des “aumôniers” des chefs de la
résistance
culier à Tahiti
était
missionnaires
meneur du
et
à Bora Bora.
encore
en
1835
considéré
comme
discrédités, étaient revenus vers leurs églises.
les
Mai, par
le
les
“grand
par
péché et du mal”. Il vivait dans la
vallée de Fa’anui, à la manière traditionnelle,
ignorant les lois et ayant abrogé le sabbat.
Face aux épidémies
La
communauté
de
Teao,
cependant,
publiquement discréditée.
Elle avait
aspect religieux quasi chrétien.
Elle se livrait à la guérison par la prière, la
seule de ses pratiques n’ayant pas été
conserva son
abandonné le vieux principe de communion
fréquente, soi-disant parce qu’elle avait
adopté la doctrine catholique de
transsubstantiation et refusait de manger et de
boire les vrais corps et sang du Christ. Vers
1841, la communauté de Faaa comptait
environ 150 personnes. Certains prêtres et
prédicateurs du mouvement allaient de place
en place et des malades se rendaient à Faaa
pour y être soignés, particulièrement s’ils
souffraient de maladies vénériennes qu’ils ne
voulaient pas avouer aux missionnaires. Le
juge suprême de Moorea, le chef Tere,
contracta l’une de ces maladies à Tahiti. Peu
de temps après, il se rendit à Faaa où il reçut
l’enseignement de la Mamaia. Satisfait de la
cure, il perdit néanmoins la vue et l’usage de
ses
membres. Puis il retourna à Moorea avec
sa famille et un
prêtre de la Mamaia. Avant de
rejoindre Afareaitu, ils dormirent dans une
maison qui abritait un grave cas de variole,
affirmant qu’ils ne craignaient rien, persuadés
de la protection divine et de l’efficacité de leurs
propres
remèdes. Lorsqu’ils atteignirent
Teavaro, le prêtre présentait des symptômes
de variole et il mourut en quelques jours. La
maladie toucha ensuite la femme de Tere et 12
membres de la famille.
Les missionnaires vaccinaient tous leurs
paroissiens, mais les adeptes de la Mamaia
refusèrent d’être “troués” comme ils disaient,
se fiant à la prière et aux incantations, ainsi
qu’aux conversations qu’ils pouvaient
entretenir avec les esprits responsables de la
maladie. L’une de leurs spécialités étant de
guérir Voniho, une éruption cutanée, ils
croyaient qu’il leur serait facile de soigner la
variole grâce à des méthodes traditionnelles
130
Ci-dessus :
Raiatea vers 1835. L’île
demeure à l’écart des
influences de la Mamaia,
sans doute du fait de
l'action efficace de ses
souverains. Tamatoa III,
pour convertir l’île, a
défait par les armes les
représentants de Tapoa.
Son fils, Tamatoa IV,
défait lui aussi Tapoa II
en 1832, soutenu alors
par la Mamaia. Dessin
anonyme conservé à la
National Library of
Australia, Nan Kivell
Collection.
A droite :
Le temple de Huahine
vers 1835. Ce serait en
voulant gagner cette île
à la nage que Hue, le
prophète de la Mamaia
se serait noyé. Huahine
fournit à ce mouvement
un grand nombre
d’adeptes et de cadres,
recrutés bien souvent au
sein même de la L.M.S.
A la différence de
Bora Bora et Maupiti,
Huahine retourna
rapidement à l’Église
protestante. Dessin
anonyme conservé à la
National Library of
Australia,. Nan Kivell
Collection.
.
■
j
cxA-
qui avaient prophétisé la victoire
avaient été tués durant les conflits. D’autres,
communautés des vallées intérieures, en parti¬
exemple,
Hue, le second flambeau du
drogué'ou en état d’ébriété avait-il cru pouvoir
le tutae’auri et la Mamaia s’étaient
unis, si bien que les deux groupes étaient pratidans
mensonge à la main
mouvement, s’était noyé à Tahaa alors qu’il
tentait de nager jusqu’à Huahine. Peut-être
nauté étant celle de Teao, à Faaa. Lors des
indifférenciables
un
sait pas trop ce qü’il advint des
autres Peropheta.
guerres,
quement
ne
avec
.
y
CRISES RELIGIEUSES ET POLITIQUES 1827-1842
Un gouvernement inefficace
pas eu Tati,
Bien que mouvement syncrétiste, la Mamaia
la
avait
beaucoup de points
communs avec
d’autres mouvements millénaristes. Ses chefs
Utami et Tamatoa.
L’expulsion de prêtres catholiques sous
période de législation anti-Mamaia,
l’intervention d’une canonnière française et le
retour des
prêtres annoncèrent une nouvelle
réfléchis, connaissant
ère de querelles destructrices.' La longue série
de troubles civils sous la régence et durant les
avaient paru les favoriser. Il leur était facile de
conduit les grands chefs comme Tati, Utami,
Hitoti et Paraita à se considérer comme les
étaient
des
hommes
bien les nouvelles écritures et toujours
attachés à de nombreuses coutumes qui
que les missionnaires les avaient
trompés. Ils savaient probablement comment
provoquer des hallucinations après une prière
prolongée et connaissaient les remèdes
traditionnels. Ils fondèrent une religion qui
aurait facilement pu triompher s’il n’y avait
penser
ATahiti, l'opposition des
principaux chefs à la
Mamaia fut délibérée. Ils
ne voulaient pas risquer
de perdre les pouvoirs
premières années du règne de Pômare IV avait
vrais héritiers du hau de Pômare IL Une
forme quelconque de protection européenne
paraissait souhaitable. Les tentatives pour
les Britanniques échouèrent et
lorsque l’intervention française devint
intéresser
inévitable, les grands chefs eurent vite fait de
voir que la protection de la France fournissait
la meilleure garantie pour la stabilité et l’ordre
intérieurs. Les missionnaires anglais aussi
sentirent qu’il fallait mettre un terme à un
indigène inefficace. Mais ils
entièrement en faveur d’une
intervention britannique malgré la réticence
de la Grande-Bretagne. Le peuple qui avait été
éduqué pour résister à la Mamaia et aux chefs
dissidents le serait également pour résister au
catholicisme et à l’impérialisme français.
Mais pour le moment, le danger le plus
pressant était les baleiniers, les déserteurs et
les capitaines de goélettes peu scrupuleux.
gouvernement
penchaient
difficilement conservés
sous Pômare II et qu’ils
tentaient de renforcer
sous la régence. Dessin
de J.L. Le Jeune.
Maison de la Mission
à Papetoai, 1846. Les
missionnaires anglais ne
peuvent cacher leur
inquiétude : vingt
années d’efforts ont été
nécessaires pour
introduire le
christianisme à Tahiti.
Et, au moment où ils
la
semblent réussir,
Mamaia menace l’ordre
religieux qu’ils ont
imposé. L’âge d’or de la
L.M.S. à Tahiti a été
décidément court, car
une fois la Mamaia
vaincue, un nouveau
danger se dessine : les
catholiques tentent de
s’implanter àTahiti et les
interventions des
grandes puissances
viennent paralyser le
système politique qu’ils
ont contribué à mettre
en
place.
Mai (env. 1770-1864),
chef rebelle de
Bora Bora, vit en 1835
dans la vallée de Fa’anui.
ignorant des lois et dans
un
état de total
paganisme. Dessin
original de
J.L. Le Jeune.
131
LA POLYNÉSIE S'OUVRE AU MONDE
Le poids
grandissant
des Européens
faudra
approvisionner en charbon. Si les
Marines ne souhaitent pas encore annexer les
archipels,
leurs gouvernements entendent
bien assurer des ravitaillements aux navires de
aussi occuper une place
prépondérante dans le commerce insulaire qui
ne manquerait pas, croyait-on, de s’accroître
leurs
pays,
et
L’ascendant que les pasteurs de la
London Missionary Society étaient parvenus
à exercer sur la société tahitienne depuis la
avec le creusement du canal de Panama dont il
synchrétique Mamaia, en tant que réaction
anglais voyaient leur autorité, jusque-là
prépondérante, voire sans faille dans certaines
îles, être battue en brèche, au moment où le
royaume était sévèrement divisé par l’affaire
bataille de Fei Pi reste indéniable quoique
ébranlé.
L’apparition du mouvement
subconsciente à
influence, en est une
:
l’emprise des
missionnaires sur les rouages socio¬
économiques et politiques en fait les
interlocuteurs
privilégiés de la société
polynésienne. Mais des interlocuteurs qui,
toutefois, ne sont plus uniques...
Nous avons vu l’installation progressive
de nouveaux Européens, dont le nombre va
croissant. Qu’ils soient de passage ou à
demeure, leur poids ne cesse d’augmenter.
Baleiniers, santaliers, capitaines de goélettes à
la recherche de nacre, d’huile de coco, de
trépang, tous affluent à Tahiti qui a depuis de
très longues années la réputation d’offrir un
hâvre sans danger, ce qui est loin d’être
toujours le cas, entre 1830 et 1840, dans le
preuve.
Il
cette
n’importe.
était
déjà question. Enfin, le prestige de ces
nations exigeait l’envoi de navires de guerre
dans ces eaux.
Ainsi,
les
missionnaires
longue mission en
Océanie. Comme
Laplace, Vaillant et
Dupetit-Thouars, sous
le couvert d'expéditions
scientifiques il s'agit
également de s'opposer
à l'expansion anglaise
dans les îles de
l'Océanie et dans les
jeunes États d'Amérique
du Sud, devenus
indépendants.
S’y ajoute aussi parfois la mission de faciliter
la
pénétration de certains produits
commerciaux comme les alcools...
L'Astrolabe et la Zélée
îles Marquises.
Après Mangareva et
Nuku Hiva,
Dumont d'Urville jette
aux
Des enjeux stratégiques
successivement dans le
l'ancre à Tahiti le
9 septembre 1838. Trois
navires français se
trouvent alors réunis
Pacifique, à cet effet, Louis Duperrey (1822 1825), H. de Bougainville (1822 - 1826), le
capitaine de frégate Laplace (1829 - 1832),
puis le capitaine de corvette Vaillant (1836 1837) et enfin le capitaine de vaisseau
A. Dupetit-Thouars (1836 - 1839). En fait, ce
furent six navires français qui firent escale à
Tahiti. Si la France demeurait préoccupée
pour imposer les
volontés de la France à
la jeune reine Pômare
Vahiné IV, qui ne peut
que s'incliner.
la façade sud-américaine, où
elle maintint une division navale, son intérêt
porta peu à peu vers la Polynésie. En 1837,
Station des mers du Sud est créée qui
une
acquiert son autonomie en 1841, date à
laquelle elle est placée sous les ordres du
contre-amiral Dupetit-Thouars.
La France n’est d’ailleurs pas la seule à se
manifester dans ces mers du Sud. Et Tahiti,
durant
132
il
faut
cependant
catholicisme, c’est la France”. Si ceci implique
que l’œuvre d’évangélisation française fut
préparatoire de relations politiques et
commerciales, cela ne signifie pas que
l’empressement des ecclésiastiques
catholiques à endiguer les progrès de
l’hérétisme fut dicté par le pouvoir politique
à
Paris.
Mais
il est certain que les
missionnaires
français mêlaient parfois
1824-1826, pour une
désertions et de veiller à la
sécurité de leurs escales d’approvisionnement.
la même période, voit également
séjourner dans ses rades six navires de guerre
envoyés par les États-Unis d’Amérique et sept
par la Grande-Bretagne. La présence de ces
navires s’explique aussi par les rivalités
suscitées par Hawaii. A l’approche des années
1840, le Pacifique Sud commence à faire
l’objet d’enjeux stratégiques entre les
principales puissances européennes (France et
Angleterre) qui doivent aussi compter avec les
États-Unis. Les archipels océaniens sont de
plus en plus perçus comme des points d’appui
indispensables, à la suite, entre autres, de
l’essor prévu des navires à vapeur qu’il
français
Bougainville, part sur la
Thétis et l'Espérance, en
nombreuses
se
missionnaire
attendre la Monarchie de Juillet pour voir
entériner dans les faits l’idée que “au dehors, le
Louis-Antoine de
requiert aussi la présence de bâtiments de
guerre, chargés à la fois de réprimer les trop
avant tout par
orientale. Si la Restauration a revitalisé le zèle
Page de droite :
de l’Océanie. Mais cette industrie
baleinière dont l’expansion se poursuit alors,
France envoya
implantés aux îles Gambier, où ils étaient à
l’œuvre depuis 1834, les Pères de Picpus
cherchaient à étendre l’influence catholique
sur
d’autres archipels de la Polynésie
Hyacinthe de
Bougainville
(1782-1846), fils aîné de
reste
La
protestants
la Mamaia. Un nouveau danger se
manifesta en novembre 1836, avec l’arrivée de
missionnaires catholiques français.
Bien
de
Ci-dessus :
Le Beagle, navire à bord
duquel embarque le
naturaliste
Charles Darwin est
commandé par
Robert Fitz-Roy.
Vue de la rade de
Papeiti, lors du séjour de
la Vénus. Avec ce navire
solidement armé,
Abel Dupetit-Thouars
mena une
politique dite
de la canonnière, à
travers le Pacifique.
Avanf d'arriver à Tahiti,
en
1838,
Dupetit-Thouars qui
vient de déposer deux
missionnaires
catholiques aux
Marquises, rédige un
rapport vantant les
mérites de cet archipel
où il préconise une
installation française.
Dessin de
J.A. Moerenhout.
CRISES RELIGIEUSES ET POLITIQUES 1827-1842
valeurs spirituelles et sentiments nationalistes.
Le débarquement au sud de Tahiti, le 20
novembre 1836, des pères Caret et Laval allait
former
le
point de départ d’une chaîne
d’incidents. Sous la pression du missionnaire
protestant George Pritchard, la reine Pômare
deux prêtres français
séjourner dans Pile.
partie de la seconde
génération de missionnaires de la L.M.S. ; il
Vahiné IV refusa
aux
l’autorisation de
Pritchard
faisait
était arrivé à Tahiti en décembre 1824 et avait
réussi à prendre, peu à peu, un réel ascendant
la jeune souveraine. C’est également lui
qui remplissait officieusement les fonctions de
consul de la Grande-Bretagne à Papeete. 11 ne
supportait pas l’arrivée de deux “papistes”
sur
dont les intentions avouées étaient de faire
vaciller l’édifice protestant,
patiemment bâti
depuis
1797.
Les
finalement reconduits
deux
manu
prêtres
militari
furent
sur
la
goélette qui les avait amenés de Mangareva.
Informé de l’outrage commis sur la personne
de deux Français, Paris envoya à Papeete la
frégate de guerre la Vénus. Son commandant,
Abel Dupetit-Thouars, arriva dans l’île le 29
août
1838 et obtint réparation.
Le 9
septembre, deux autres frégates de guerre
françaises, Y Astrolabe et la Zélée, comman¬
dées par Dumont d’Urville et Jacquinot, se
présentèrent en baie de Matavai. Invoquant
l’expulsion des pères Caret et Laval, le
gouvernement français trouva là un prétexte
pour intervenir de façon plus pressante dans
les affaires du royaume tahitien. 11 le fit
également, comme l’Angleterre du reste, par
des nominations consulaires.
Ci-dessus :
Jules Dumont d'Urville
(1790-1842), l’un des
Officiers français au
mouiliage de Matavai.
Après avoir obtenu
réparation, l'état-major
de Dumont d’Urville
peut se livrer aux
"découvertes" qui
justifient ces
monde le conduisirent
deux fois à Tahiti en
1823 et 1838. Esprit
derniers grands
découvreurs du XIX'
siècle. Ses trois
ouvert, ses travaux
expéditions autour du
renommée
internationale.
expéditions
scientifiques. De fait,
d’Urville accomplit la
dernière grande
militaires, même si,
celles des
celles-ci cèdent le pas
aux interventions
allant reconnaître la
banquise de
l’Antarctique, Dumont
scientifiques lui valurent
une
expédition française
en droite ligne avec
circumnavigateurs du
XVIII' siècle. Dessin de
L. Le Breton.
133
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
Le temps des consuls
des
nominations
consulaires,
préconisées pour représenter et défendre les
intérêts
des
métropoles et servir
Par
d’intermédiaires entre leurs ressortissants et
les autorités locales, les îles polynésiennes
vont se trouver insérées, malgré elles, dans une
réalité qui, trop fréquemment, leur échappe
totalement. Tahiti en est l’archétype édifiant...
Né à Birmingham le
août 1796 dans
famille nombreuse et modeste. George
Pritchard reçut une formation technique en
chaudronnerie. Dirigé vers la L.M.S., il fut
ordonné pasteur à l’âge de 28 ans et partit peu
une
après avec sa jeune femme pour Tahiti où lui
fut confiée la paroisse de Faaa. En 1825, il prit
la charge de celle de Papeete où, peu à peu, il
se rapprocha de la jeune reine Pômare qu’il
incita avec succès à réintégrer la communauté
chrétienne de Papeete, quelques années après
l’épisode des Mamaia. Devenu son mentor,
Vivant dans un vase clos bruissant de ragots
médisants, les trois hommes, en opposition
exarcerbée les uns avec les autres, donnèrent
libre cours à leur tempérament et à leurs
aspirations. Le destin de Tahiti en fut affecté.
Les visites de plus en plus fréquentes des
navires de guerre français, britanniques ou
américains furent mises à profit par ces trois
consuls pour légitimer leurs affrontements en
cours à Papeete et, par là même, intensifier
prises de position. En s’intégrant
pleinement dans leurs conflits, les officiers de
marine, français comme britanniques,
s’arrogèrent une totale autorité qui leur
permit d’assumer un rôle sans égal. Agissant
en
véritables conquérants, ils donnèrent
parfois l’impression de vouloir incarner la
France ou le Royaume-Uni, transfert de
leurs
Pritchard obtint de la reine en 1832 une lettre
à l’intention du
Foreign Office par laquelle
elle souhaitait lui voir attribuer des fonctions
désertions des navires baleiniers faisant escale
l’archipel. Exposés à la vengeance des
déserteurs passés en justice et contre lesquels
ils devaient servir de témoin à charge, les
consuls n’avaient pas toujours la tâche facile
et
réclamaient d’ailleurs à leur gouvernement
respectif l’envoi de bâtiments de guerre pour
faire respecter leur autorité. Ainsi, en 1838,
Moerenhout subit une tentative d’assassinat
sa personne lors de laquelle sa
jeune
femme fut mortellement blessée. Désavoué
contre
par Washington à la suite des lettres de
Pritchard sur son action en faveur des prêtres
catholiques français, Moerenhout fut destitué
de son consulat des États-Unis en faveur d’un
citoyen américain, Samuel Blackler. Pour le
remercier de cette même action, Abel DupetitThouars le nomma consul de France.
Sans communications régulières avec les
métropoles - il fallait plus de douze mois pour
obtenir le retour du courrier destiné à Paris ou
Londres -, et placés dans des positions de
pouvoir leur laissant toute latitude pour agir
selon leurs décisions propres, ces trois consuls
en arrivèrent à exagérer leur
importance et à
déformer la réalité des événements locaux.
134
font leur
défendu les
missionnaires
catholiques français.
En raison des services
rendus, et pour lui
assurer une certaine
protection justifiée par
l'attentat dont il vient
d'étre victime,
fonctions
Ci-dessous :
Maison de
J.A. Moerenhout.
Illustration du livre de
E. Delessert (1848)
“Voyages dans les deux
Océans".
en
justifier, par la suite, que le capitaine du navire
de guerre Vindidive puisse usurper le titre de
commodore et en arborer le guidon sur le mât
de son bâtiment ? Comment pouvait-il aussi
refuser d’acquiescer aux ordres de son
supérieur, l’amiral Thomas, de quitter Tahiti
sous prétexte que les résidents anglais de l’île
souhaitaient une prolongation de sa
présence ?
Comme les trois consuls donc, la plupart
représentant officiel. Il
perd ce titre ie
18 juillet 1837 pour
avoir hébergé et
Au-delà du prestige personnel lié au titre, les
bâtiment
mois plus tôt, violation que ne pouvait
souffrir une nation “civilisée”, qualificatif
dont les Tahitiens n’étaient d’ailleurs pas à
même d’évaluer le sens. De même, comment
en
Empiètements progressifs
des Européens
son
entre Dupetit-Thouars et Pômare IV quelques
janvier 1835, les
États-Unis d'Amérique
officiel avec la L.M.S.
dans
abattre
en
personnellement sa
demande à Londres, suivie bientôt d’effet à la
condition expresse qu’il abandonnât tout lien
principalement le cas lors des trop fréquentes
pour
carène afin de le réparer et, ceci accompli,
dénoncer la violation de la convention signée
nommé dans le royaume
des Pômare, lorsque,
réitéra
circonstanciés et de servir d’intermédiaire
les
autorités
tahitiennes
et
les
ressortissants sous leur tutelle.
Ce fut
tahitienne
(1796-1879) est le
premier consul en titre
1829, réussit à se faire nommer consul des
États-Unis pour les îles de la Société en 1835,
entre
Laplace dont le navire [' Ariémise, en
pénétrant dans le port de Papeete, s’était
abîmé sur des coraux, puisse pendant deux
mois
recevoir
l’aide
de
la
population
Moerenhout
point de suite. Mais lorsque Jacques Antoine
Moerenhout, né près d’Anvers en 1797 et
établi comme commerçant à Papeete depuis
consulaires
impliquaient pour
l’impétrant d’informer son ministre de tutelle
sur la situation de l’île par des
rapports
surprenants. Ainsi,
accepter que le capitaine Cyrille
Jacques Antoine
consulaires officielles. Le ministre n’y donna
Pritchard
personnalité des plus
comment
Dupetit-Thouars le
consul de
France en septembre
1838. Le consulat était à
la fois sa résidence et
une active entreprise
commerciale.
nomme
Autoportrait.
Page de droite :
Marins français à Tahiti.
Navires de guerre,
consuls, navires de
commerce,
équipages
de baleiniers... sous des
formes diverses, la
présence européenne
ne cesse de croître, mais
toutes tendent à affaiblir
le pouvoir des Pômare.
Dessin de L. Le Breton.
CRISES RELIGIEUSES ET POLITIQUES 1827-1842
des officiers de marine, en qui les métropoles
décida à partir pour Londres en février 1841
des événements à Tahiti, et ceci bien souvent à
îles de la Société, Pritchard laissa, sans s’en
rendre compte, le champ libre à Moerenhout.
avaient investi l’autorité, allaient s’accorder
les coudées franches pour influer sur le cours
la requête de Moerenhout ou de Pritchard, en
conflit mutuel de plus en plus exacerbé.
Vacance du pouvoir à Tahiti
Craignant que le royaume tahitien ne passe
la tutelle française, Pritchard fit rédiger à
sous
l’intention de la reine Victoria
une
nouvelle
signèrent
Pômare IV et les grands chefs le 9 novembre
demande
1838.
de
protectorat
Elle n’eut
aucune
que
suite. Lorsqu’il se
pour tenter de convaincre Lord Aberdeen
d’accorder la protection britannique sur les
La
reine
Pômare
avait
elle-même
entrepris un voyage de plusieurs mois dans les
îles Sous-le-Vent et confié, pour le temps de
son absence, la régence de Tahiti à Paraita,
chef de Pare. Un navire marchand américain
en
de Hawaii se présenta à
juin 1841. Six membres de
provenance
Papeete en
l’équipage étaient décédés de la variole.
Paraita imposa la quarantaine qui, avec l’aval
du consul Blackler, ne fut pas respectée. Il
Le révérend
George Pritchard
(1796-1883). Ce jeune
s’ensuivit
une
épidémie qui foudroya 150
personnes. De façon providentielle, un navire
de guerre américain, USS Yorktown, se
présenta à Papeete au début de l’épidémie
de quoi inoculer le virus. Les victimes
avec
refusèrent de se faire vacciner ; toutes étaient
membres de la Mamaia, dès lors totalement
annihilée physiquement (voir p. 130). Son
autorité bafouée par Blackler et mise en cause
par une
partie de la population tahitienne,
Paraita se laissa convaincre par Moerenhout,
Juin 1841, de lui rédiger une lettre
sollicitant le protectorat de Louis-Philippe de
fin
à mettre fin au comportement
anarchique des Européens et Américains
installés dans l’archipel et qui, ne se
considérant pas sujets du royaume tahitien, se
mettaient au-dessus des lois du pays. La lettre
façon
missionnaire, à l'allure
romantique, arrive à
Tahiti le 24 décembre
1824. Ses qualités et sa
formation théologique
le font vite remarquer et
il est le pasteur de
cependant
Papeete à une époque
démissionner de la
L.M.S. à la demande
entreprenant, adroit, il
maison (en bas), où
flotte ostensiblement le
où ce centre ne cesse de
croître. Homme actif,
devient le conseiller
privilégié de la reine
Pômare Vahiné IV qui
l’appuie pour obtenir la
charge de consul de
Grande-Bretagne, poste
auquel il est nommé le
14 février 1837. Il doit
Foreign Office. Sa
pavillon anglais, est
aussi une maison de
commerce, raison de
plus de s'opposer à
l'autre consul-
commerçant,
J,A. Moerenhout.
Dessin de H. Room.
Ci-dessous :
Habitation de
G. Pritchard. Illustration
de L. Le Breton.
135
LA POLYNÉSIE S’OUVRE AU MONDE
de Paraita fut
contresignée par trois autres
grands chefs, Tati, Hitoti et Paete, tous trois
amis du consul de France. Envoyée à Paris,
cette requête fut laissée sans réponse. Lorsque
Pômare apprit l’existence de cette lettre à son
des îles Sous-le-Vent, elle protesta et
demanda au Foreign Office d’intervenir, sans
effet.
retour
Promu contre-amiral
au
retour
de son
expédition
sur la Vénus, Dupetit-Thouars
allait transformer le cours des choses. Ayant
1841 le commandement de la Station
de l’Océan Pacifique, il fut chargé de prendre
possession des îles Marquises. A la mi-août
1842, la France obtenait grâce à lui sa
reçu en
première colonie en Océanie. Sans aucune
instruction particulière à ce sujet, l’amiral se
A. Dupetit-Thouars
(1793-1864) en
uniforme de contreamiral.
183Les
rendit ensuite des Marquises à Papeete sur la
Reine
Blanche
rendirent
président de la Haute
Cour indigène. Grand
chef de Te Aharoa,
frère de Paofai, il est
personnage clé
des années 1800,
un
jusqu’à sa mort en
1842. Il s'élève
fréquemment contre
les Pômare,
notamment en 1830
contre les prétentions
de la jeune reine
Pômare Vahiné IV.
Moerenhout sait
utiliser cette hostilité
latente pour faire
d'Hitoti un partisan
de la France.
En bas :
L’Instauration du
Protectorat français
par A.
Dupetit-
Thouars, le
9 septembre 1842.
L'action conjuguée
du consul de France,
J.A. Moerenhout, et
du contre-amiral
trouve là son
aboutissement.
136
Moerenhout chez lui
pour
Moerenhout. Ce dernier
nécessité d’accorder le protectorat français sur
le risque de voir, comme ce fut le cas pour la
la
y rencontrer
l’assura de la
le royaurrie tahitien pour remédier au dé¬
sordre qui y régnait en permanence et pallier
Nouvelle-Zélande deux années auparavant,
anglais s’en emparer aux dépens de
la France pour proclamer ensuite “nous y
étions les premiers”. De surcroît, le consul de
un amiral
France
assura
l’amiral du consentement des
chefs, des habitants et même de la reine
Pômare.
Une
eut
entrevue
lieu
sur
la
Reine
principaux chefs le 7
septembre. A la nuit tombée, ceux-ci se
Blanche
avec
les
Chronologie des années 1821-1842
1821
Mort de Pômare II (décembre).
Son fils Pômare III, âgé d’un an,
lui succède. La régence est
confiée au vieux chef Manao-
résidait alors à Moorea. Un émissaire lui fut
dépêché pour qu’elle apposât sa signature sur
déclaration des quatre chefs (Paraita,
Utami, Tati, et Hitoti), ce qu’elle effectua par
dépit à la suite d’une nouvelle proclamation
menaçante de l’amiral, semblable d’ailleurs à
celle de 1838.
Sous réserve de
1823
1824
Pômare Vahiné devient régen¬
te, titre qu'elle portera jusqu’en
1828, sous le nom d’Ari’ipaea.
Couronnement à Papara du
jeune Pômare III. Arrivée de
Pritchard, missionnaire de la
1834
Premières prophéties. Le mou¬
de la Mamaia, fondé
vement
1835
1836
1838
1828
8 janvier : mort de Pômare Ml.
1841
Apogée de ia Mamaia à Tahiti,
qui s'étend vers les Tuamotu et
Déclin de la Mamaiaauxîlesdu
Vent.
chefs de Taiarapu, soute¬
par la Mamaia, s’opposent
grands chefs, fidèles aux
missionnaires. La reine Pôma¬
re Vahiné IV sort humiliée de
nus
aux
cette épreuve de force.
puis de France (1838).
Expulsion des missionnaires
catholiques qui tentent de s’é¬
Pritchard quitte la L.M.S. pour
remplir les fonctions de consul
de Grande-Bretagne.
Interventions
militaires
fran¬
çaises de Dupetit-Thouars et
l’instigation de Pritchard.
Paraita est nommé régent en
l’absence de la reine Pômare
Vahiné IV aux îles Sous-leVent.
A
la
demande
de
Moerenhout,
les îles Sous-le-Vent.
1830
Moerenhout est nommé consul
des
États-Unis d’Amérique,
La reine Pômare Vahiné IV de¬
mande le protectorat anglais à
de Pômare Vahiné IV.
Chute de la régente Ari'ipaea
Vahiné. Tati exerce l’essentiel
du pouvoir.
Les missionnaires catholiques
s’installent à Mangareva.
de Dumont d’Urville en faveur
des missionnaires catholiques.
Avènement de Aimata, sous le
nom
L’assemblée législative tahitienne déclare la Mamaia illé¬
tablir à Tahiti.
1837
par Teao et Hue, se développe
à Tahiti.
1827
ratification par le
gale.
L.M.S,
1826
sa
gouvernement
français, Dupetit-Thouars
instaura le protectorat le 9 septembre 1842. En
l’absence de Pritchard, l’intrigue menée par
Moerenhout venait d’atteindre son but. Mais
Pritchard était sur la route du retour...
nao.
Hitoti a Manua,
avec
rédiger une déclaration réquérant la
protection du Roi des Français. Proche
d’accoucher de son quatrième enfant, Pômare
pour
Paraita et trois
chefs demandent à la France
son
1842
protectorat.
Expédition française de
Dupetit-Thouars aux Marqui¬
ses, en vue d’annexer l’archipel.
Protectorat français proclamé
sur les îles du Vent. Instaura¬
tion du gouvernement provi¬
soire français.
BOURNE, Robert. 53. 56, 63.
DUNNETT, William. 98.
BOUZET, Joseph, Marquis du. 116.
DUPERREY, Louis Isidore. 75, 17, 76,
BOVIS, Edmond de. 119, 120, 120.
DUPETIT-THOUARS, Abel Aubert.
80, 84, 85, 106, 114, 775, 116, 776, 132,
732, 133, 134, 734, 136, 736.
BROWN, James. 118, 119.
E
BROUGHTON, William Robert. 36,
37, 39.
BROWN, John. 34, 35, 36.
Index des
noms cités
EANES, Gil. 9.
BURDER, Rév. Georges. 60.
EBRILL, Thomas. 98, 99.
BUREAU, Adolphe. 99.
EDWARDS, Edward. 15. 36.
BUYER. 15.
EGGIMAN. 80.
BYRON, John. 15, 15. 27. 70. 105.
c
Les numéros de pages en italique renvoient
à
une
texte.
légende, les autres se rapportent au
A
ABERDEEN, Lord. 135.
AHUTORU. 16, 17, 19, 22.
AIMATA voir POMARE VAHINE IV.
AITARERU. 69.
AMAT Y JIMIENTES, Don Manuel de.
28, 28, 29, 105.
CABRI, Joseph. 93.
EPERERA ou OPERE ou TAOA. 64.
CAHOUMANOU. 55.
EYRE, John. 45, 49.
CANO, del. 14.
CAO, Diego. 10.
F
CARET, François, le P. François
d’Assise. 105, 105, 108, 110, 111, 114,
116, 133.
FAREPIA. 128.
CARO, le P. André. 109.
FITZ-ROY, cpt. Robert. 15, 48, 132.
119.
AMO, 18. 19, 21, 25, 26, 26, 27, 58
CHAUSSON, Pierre, le P. Armand.
105, 116.
ANTIG, Charles-Claude. 85. 88.
ARIIFAITE. 65, 74.
ARIIMATE TEURURAI. 65.
ARI’IPAEA VAHINE (ép. de
Pômare II, mère de Pômare
appelée aussi TERI’ITARIA,
III)
POMARE VAHINE. 52, 53. 64, 65, 72,
74, 74, 97, 104, 122, 122, 123,124, 126,
136.
ARI'IPAEA (frère de Pômare I). 32,34,
35, 36.
ARIITAIMAI
(princesse). 74, 101.
ARMAND, le P. 106.
ARMITAGE, Elijah. 100, 100.
ATIAU VAHINE. 98.
AUO. 32.
AUURA. 53, 68.
B
BACHELOT, le P. Alexis. 106.
BAFFET, John. 110.
BAKER, cpt. 37.
BALBOA, Vasco Nunez de. 11, 11.
BANKS, Joseph. 16, 22, 22, 27, 29, 30.
31, 33. 36. 38. 89.
BARFF, Rév. Charles. 56. 65, 100.
BASS, George. 15, 25.
BAUDICHON, Mgr Joseph-Paul. 114,
115, 116, 117.
BEECHEY, Frederick William. 15.
BEHAIM, Martin. 10, 11.
BEHRENS, Carl-Friedrich. 72.
BELLINGSHAUSEN, Fabian Gottlieb
von. 15. 53, 55.
BÉRING, VItus, 90.
BICKNELL, Rév. Henry. 45, 48, 49,
100.
BISHOP, cpt. Charles. 46.
BLACKLER, Samuel. 134, 135.
BLIGH, William. 22, 23, 32, 32, 33, 33,
34, 34, 35, 36, 37, 37, 39, 39, 40, 42,42.
44, 45. 88, 89.
BLOSSOM, Thomas. 56.
BOENECHEA, Domingo de. 15, 28,
28, 29, 80, 80, 81, 105, 109.
BONAMO, le P. Juan. 105.
BONARD, Louis Adolphe. 118.
FENUAPEHO. 53.
FIERENS, Jean-Jacques,
CARY. 15.
CHAPMAN (consul américain).
FA'ARAVA. 69.
le P. Germain. 120.
CARTERET, Philip. 15.
CHAPMAN. Suzannah. 101.
ANSON, Georges. 15, 17.
ELDER, Rév. James. 60.
ELLIS, William. 25.
ELLIS, Rév. William. 20, 49, 50, 56,56,
64, 70, 71, 78, 79, 100.
CABRAL, Pedro Alvares. 10.
AMICH, le P. José. 105.
ANDERSON, William. 30, 30.
132.
BROOMHALL, Benjamin. 45, 49.
CHEDEN, cpt. 110.
CHORIS, Louis. 55, 91.
FORSTER, Johann Reinhold et
Georg Adam (fils du
précédent). 27, 29, 80, 83, 84.
FOUQUÉ, Adolphe, le P. Clair. 705,
Johann
118, 120, 720.
POURNIER, Léon, le P. Saturnin. 705,
114, 116.
CHRISTIAN, Fletcher. 33, 34, 34, 35,
36, 37.
FOURNON, Jean, le P. Dominique.
CHURCHILL. 33, 34, 35.
FREYCINET, Louis-Claude de. 17,
CLERKE, cpt. 30.
115.
107.
CLEVELEY, James. 39, 99.
FURNEAUX, Tobias. 18.
CLEVELEY, John (peintre). 12, 39,
49, 52.
CLOTA, le P. Geronimo. 29, 105.
G
COLIN, le P. Jean-Claude. 108.
COLOMB, Christophe. 9, 9, 10, 70, 11,
GAMA, Vasco de. 9, 10, 70, 11, 12.
GAMBLE, It. 93.
GAYANGOS, Thomas. 75, 28, 67.
12.
GODFREY, R.B, 40.
COMMERSON, Philibert. 16.
GONZALES, le P. Narciso. 29, 105.
COOK, James. 9, 12.13,73,75, 16,17,
77, 18, 20, 20, 21,22, 23, 23, 24, 24, 25,
26, 27, 27, 28, 28, 29, 29, 30, 30, 31,37,
32, 32, 33, 34, 36, 36, 38, 39, 41,45, 49,
62, 66, 67, 80, 80, 81,82, 83, 84, 85, 86,
88, 89, 97, 99, 105.
GOSSE, T. 33.
COSTES, Joseph, le F. Fabien. 112.
GROUARD, Benjamin F. 1 18, 778,
119, 779.
GUERRIC, le F. 115.
COTTEZ, Jean. 77.
COUDRIN, Pierre. 106, 706, 107, 108.
COX, John. 34, 36.
CROOK, Samuel. 20.
CROOK, Rév. William Pascoe. 43, 45,
45. 53. 56, 76, 83, 85.
CUGNET, cdt. 85.
D
DAMPIER, William. 15, 32.
DANCE, Nathaniel. 86.
DANE, Mose. 104.
DARLING, Rév. David. 53, 56, 77, 84.
DARQUE, le F. 115.
DARWIN, Charles Robert. 732.
DAVIES, Rév. John. 46, 48, 49, 49, 58,
60, 64, 69, 77, 126.
DELESSERT, Eugène. 734.
DENING, G. 84.
DESENTIS, F. 98.
DESVAULT, Joseph, le P. Dosithée.
GOYAU, Georges. 112.
GRACIA, Henri, le P. Mathias. 114.
GREATHEAD, Samuel. 42.
GREEN, Charles. 16.
GUILMARD, Pierre-Potentien. 112,
114.
GYLES, John. 63, 97, 100, 700.
H
HA'AMANIMANI. 44, 45, 57, 57, 59.
HA’APUNIA. 69.
HAGGERSTEIN, Peter. 44, 93.
HANKS, K.F. 778.
HANSON, J. 37.
HAPAI. 27, 28, 58.
HARRIS, John. 45, 45, 49.
HAWEIS, Rév. Thomas. 42, 42, 703.
HAYWARD, Rév, James. 48, 49, 53,
64.
HEBERT, le P. 120.
HENRY. 15, 67.
HENRY, Samuel Pinder. 99.
HENRY, Rév. William. 48, 98.
114.
HEURTEE, Louis, le P. Ernest. 114.
DES VERGNES. 80.
HITOTI. 47, 49, 728, 131, 136, 736.
DIAS, Bartholomeu. 10.
DILLON, Peter. 106, 107.
DODD, R. 35.
HODGES, William. 29, 37, 34, 87.
HORT, Alfred William. 700.
HOUSE, William. 47.
HUE. 126, 127, 128, 130, 730, 736.
HUNTER, Edward John. 101.
BORGELLA, Louis, le P. Louis de
DORDILLON, Mgr René lldefonse.
BOUGAINVILLE, Hyacinthe de. 132,
DOURSTHER, Juan Francisco. 104.
132.
DRAKE, Francis. 14.
I
BOUGAINVILLE, Louis-Antoine de.
9, 12, 13, 15, 15, 16, 17, 17, 19, 19. 20,
20, 21, 22, 23, 23, 24, 42, 80, 89, 105,
118, 132.
DUMONT d'URVILLE, Jules
Sébastien César. 9, 12, 17, 20, 83, 91,
IRELAND. 75.
Gonzague. 114.
115.
92, 101, 777, 112, 773, 116, 726, 732,
133, 733, 736.
INGRAHAM, Joseph. 75.
ITIA (mère de Pômare II). 28, 32, 33,
39, 44, 47, 48, 57, 59, 64, 74.
J
MATEOA. 110.
POMARE Takau. 51.
TAOA voir EPERERA.
JACQUINOT, Honoré. 133.
JARNAC, Cte de. 65.
MATTE voir POMARE I.
TAPOA. 52,63,63. 64,65, 73,122, 722,
MAURUC, Arnaud. 99, 99, 110.
POMARE VAHINE voir ARI'IPAEA
VAHINE.
POMARE VAHINE IV (fille de
Pômare II) appelée aussi AIMATA.51,
TASMAN, Abel. 15.
JAUSSEN, Mgr Etienne dit Tepano.
105. 112, 115, 117, 117, 118.
JEFFERSON, John. 43, 44, 45, 46, 49.
JORE, Léonce. 92.
JOUAN, Henri. 80.
JUKE, F. 91.
MAURY, John Miror. 94.
MAYNE, Henry. 112.
ME'ETIA. 47.
MÉNARD. 85.
MENDANA de NEIRA, Alvaro de. 9,
11. 14, 15. 17, 84, 105, 114.
METUAARO. 35, 36, 59.
MICHOUD, le F. 115.
K
KALANIMOKU. 107.
KAMEHAMEHA. 55, 90.
KiKUANOKI. 104.
KING, gouv. 96.
KOPUNUI. 110.
KOTZEBUE, August Friedrich
Ferdinand von. 15.
KRUSENSTERN, Adam Johann
Crusius von. 45, 84.
L
LANGLE. 89.
LANGSDORFF, Georg Heinrich von.
45. 85. 93.
LA PÉROUSE,
17, 24. 106.
Jean-François de. 13,
LAPLACE, Cyrille Pierre Théodore.
92, 94, 94. 116, 132, 132, 134.
LATOUR de CLAMOUZE, Alphonse
de, frère Urbain. 112.
LAVAL, Louis, le P. Honoré. 105, 105,
108, 110, 111, 116, 133.
LAVAL, Nil. 114, 116, 118.
MO’EORE voir TAMATOA IV.
MOERENHOUT, Jacques Antoine.
15. 20, 26, 53, 55, 94, 99, 99, 100, 101,
104, 110, 116, 722, 123. 732, 134, 134,
135, 135, 136, 736,
MONTITON, Albert, le P. AugusteThéodore. 119, 120, 720.
MOOREA. 71.
MORESBY, amiral Fairfax. 120.
MORRISON, James. 17,34,39, 80. 88.
MUNRO, cpt. 37.
MURPHY, James, le P. Columban.
105, 105, 106, 109, 110, 777, 116.
N
O
OAKS, Francis. 44.
OBEREA voir PUREA.
LE JEUNE, Jules-Louis. 57. 62. 63. 75,
83. 122. 125, 126. 131.
OMAI voir MAI.
LEWIS, Thomas. 45, 49. 77.
LIAUSU. Charles Auguste, le P.
OPERE voir EPERERA.
OPUHARA voir UPUFARA.
ORSMOND, Rév. John Muggridge.
20, 49, 53. 62, 63, 64, 76, 128.
P
Chrysostome. 108, 109.
PAETE. 136.
114.
PALMERSTON, Lord Henry Temple.
LIAUSU, Antoine, le P. Cyprien. 112,
PAITA. 59.
LIND, Andrew. 44.
65.
LOBY. 114.
PAOFAI. 49, 128, 136.
LOUBAT, G., le P. Ferréol. 120.
PAPARUA. 69.
LOUTHERBOURG, P.J. 78.
LUCAS, Auguste. 98.
PARA. 53.
LUCETT, Edward. 101.
M
PARAITA.
136.
722, 128, 131, 135, 136,
PARKINSON Sydney. 23, 25, 32, 40.
PATI'I. 50, 51,52,
MAC ARTHUR, Norma. 80.
PAUTU Thomas, 105.
MAC KEAN, Rév. Thomas Smith.49,
56, 116.
PENDLETON, cpt. 91.
PÉPIN, le P. 120.
MAGELLAN (MAGALHAES Fernao
PEREZ, François (Francisco). 29,
MAHAMENE. 68.
PHILIP, Arthur. 31,97.
de). 9, 11, 12, 14, 14, 15.
MAHAU. 32.
MAHINE (chef de Moorea). 28,29,30,
31, 32, 35.
MAHINE (chef de Huahine). 53, 53,
59, 60, 64.
MAI ou OMAI. 16,17,18,18. 22, 30,30.
31, 39, 53, 63, 86, 86. 87.
MAI
130.
(chef de Bora Bora). 128, 129,
MAIGRET, Louis, le P. Désiré. 106,
106, 112.
MAKI, Petero. 118.
MANAONAO. 122.
MAPUTEOA. 110, 112, 112.
MARCHAND, Etienne. 15. 17.
MARION du FRESNE, N.T. 24, 89.
MARSDEN, Rév. Samuel. 48, 48, 49,
97
MARSHALL, Donald Stanley. 71.
MARTIN, Henry Byam. 69, 86, 104,
122, 129.
MARTENS, Conrad. 109.
MARUAE. 126.
MATAPU'UPU'U ou TAUA. 64, 128.
105.
PINZON, Vincente Yanes. 10.
PLATT, Rév. George. 56.
POETUA. 23.
POHUETEA voir POTATAU.
POINO. 33.
POLO Marco. 11.
POMARE I (fils de Hapai) appelé
aussi VAIRA’ATOA, TU, TINA,
MATTE, 27, 28, 29, 30, 30, 31,32, 33,
34, 34, 35, 36, 36, 37, 37, 39, 40, 42,44,
45, 46, 47, 47. 57, 58, 58, 59, 62, 70,74,
74. 78, 81, 82.
POMARE II (filsdu précédent) appelé
aussi TU. 21, 32, 34, 35, 36, 36, 37, 41,
44, 45, 46, 47, 47, 48, 48, 49, 49, 50,50,
51,52, 52, 53, 53, 54, 55, 55, 56, 57,57,
58, 58, 59, 59, 60, 60, 61,62, 63, 64, 65,
69, 70, 71,72, 74, 74, 75, 76, 77, 77, 78,
79, 82, 83, 96, 97, 97, 100, 700, 103,
104, 121, 727, 122, 722, 123, 124, 126,
729, 131, 737, 136.
TEAO. 126, 127, 736.
POTATAU ou POHUETEA. 28,29,30,
31, 35.
PRATT, Addison. 118, 778, 1 19.
PRAVAL, Charles. 27.
PRITCHARD, George. 49, 116, 126,
133, 134, 135, 735, 136, 736.
PUNA. 68.
PUREA ou OBEREA. 15, 18, 78, 19,
21, 26, 26, 27, 30.
Q
QUIROS, Pedro Fernandez de. 9, 11,
14. 15, 105.
R
RADIGUET, Maximilien René. 79, 88,
ROBARTS, Edward. 84, 85.
ROBERTSON, George. 23, 80, 80.
RODGERSON, Rév. John. 56, 84.
RODRIGUEZ, Maximo. 29, 80, 105.
ROGERS, Noah. 1 18, 778.
ROGERS, \N. 94.
ROGGEVEEN, Jacob. 15, 75, 72.
ROMAINVILLE. 16.
ROOM’ h. 735.
ROUCHOUZE, Mrg Etienne. 705,106,
107, 108, 110, 112, 772, 773, 114, 774,
115, 775, 116.
ROUGE, Xavier François. 98.
ROUSSEAU, Jean-Jacques. 79, 22,
23, 23, 24.
RUAULT, le F. 114.
RUSSEL, Lord Edward. 106.
S
SALMON, Alexander ou Alexandre.
101.
SALMON, Marau ou TAAROA,
Marau. 51, 74.
SAMUELA. 69.
SCHOUTEN, Willem Cornelisz ou
Guillaume. 77, 74, 15, 75.
SCHOUTEN, Jan. 74.
SCOTT, Rév. William. 48.
SEVER, cpt. 31.
SHIPLEY, Conway. 37, 87, 87.
SHORT, le P. 106.
SIMPSON, Rév. Alexander. 56, 100.
SMIRKE, Robert A. 44, 45, 93.
SMITH, James. 56.
SMITH, Joseph. 118, 779.
SMITH, Thomas W. 778.
SOLAGES, abbé Henri de. 106, 107,
107.,
SOLANDER, Daniel Cari. 16.
SOULIÉ, Antoine, Frère Gilbert. 112.
SPORING, Herman Diedrich. 27.
STALLWORTHY, Rév. George. 84.
STEWART. 33.
STIMSON, John Frank. 77.
SWEETLAND, cpt. 105, 110,
T
TA’AROAARI'I. 64.
TAAROA, Marau voir SALMON,
Marau.
TAERO. 62, 128.
POMARE III
TAMATOA. 48, 49, 53, 53, 62, 63, 64,
65, 74, 128, 728, 129, 131.
74, 74, 121, 122, 722, 124, 736,
TAMATOA IV, dit Mo'eore. 53, 64,
(fils du précédent)
appelé aussi TERI'ITARi A. 53, 59, 73,
POMAREV (fils de Pômare Vahiné IV)
appelé aussi ARIIAUE. 74.
TAUTE. 47.
TEFA'AROA. 53, 63, 728.
TEHA'APAPA. 722.
REVA'E. 128.
NOTT, Rév. Henry. 45, 48, 48, 49, 49,
53, 53, 60, 61. 64, 77, 124.
121, 123, 128, 728, 131, 136, 736.
TAUA voir MATAPU'UPU'U.
PORTLOCK, Nathaniel. 37.
NICHOLSON, cpt. 98.
NO BBS, Rév. George Hunn.110,111.
TATI. 50, 57, 59, 59, 94, 98, 100, 101,
PORTER, David. 93, 97, 114.
94, 725.
OLIVER, Douglas Lewellyn. 58, 62,
63, 65, 74, 79, 80,
11, 14, 15.
LESSON, André Armand. 85. 85.
LEWIN. John-William. 28. 102.
136.
NEWBURY, Colin W. 51, 98, 61.
LE BRETON, Louis. 102. 133. 134.
135.
LE MAIRE, Jacob.
52, 59, 65, 72, 73, 73, 74, 74, 75, 104,
116, 121, 122, 122, 123, 124, 128, 728,
729, 131, 732, 133, 134, 135, 735, 136,
728, 129, 729, 730,
TAMATOA III. 722, 730.
722, 130.
TAMATOA V. 65.
TEMARI'I. 44, 65.
TEMOANA. 114.
TEOA. 110.
TE PAU. 35.
TEPEAVA. 72.
TERE. 130.
TEREMOEMOE (ép. de Pômare II,
mère de Pômare Vahiné IV). 48, 49,
52, 53, 64, 74, 122, 722,
TERIIHAAUROETUA. 35.
TERIINAVAHOROA. 37, 44.
TERIIRERE. 26, 27, 34.
TERIITAPUNUI. 28, 36.
TERI'ITAR'IA voir ARI’IPAEA
VAHINE.
TERI'ITARIA voir POMARE III.
TÉRITO'OTERA'I. 64.
TETUANUI, Manuel. 105.
TETUPAIA. 28, 64, 74,
THOMAS, amiral. 134.
THOMPSON. 34, 35.
THOMSON, Rév, Robert. 114.
THRELKELD, Lancelot Edward. 53,
56, 63, 64.
TIITOREA. 28.
TIMOTITI. 45.
TINA voir POMARE I.
TIPOTE. 102.
TOBIN, George, 23, 37, 47, 46.
TOOFA. 28, 29, 30, 31,37, 32, 35,
TOSCANELLI. 11.
TU voir POMARE I.
TU voir POMARE II.
TUFARIUA. 72.
TUPAIA. 26, 27, 62, 80.
TURA'IARI'I. 722.
TUTAHA. 27, 28, 30, 58, 74.
U
UPAPARU. 53, 64,
UPUFARA ou OPUHARA. 50, 51,52,
57, 59, 59.
UT AMI, 49, 59, 64, 126, 128, 728, 131,
136.
V
VAETUA. 32, 33.
VAILLANT, cpt. 132, 732.
VAIRA’ATOA voir POMARE I.
VANCOUVER, George. 75, 17,36,38,
38, 39, 66, 81, 88.
VARA. 76, 77.
VEHIATUA. 27, 28, 29, 34, 35, 36, 40.
VEHIATUA li. 59.
VÉRON, Pierre-Antoine. 16.
VESPUCCI, Amerigo. 9, 10.
VIRY. 120.
W
WALLIS, Samuel. 9,14,15, 75,16,18,
78, 19, 79, 20,20,21,27, 22,23,25,25,
26, 26, 27, 27, 30,32, 35, 39, 40, 70, 73,
88, 105.
WATTS, It J. 31.
WEATHERHEAD, cpt M. 75, 37.
WEBBER, John. 23, 30, 30, 36, 36.
WHITTAKER, Thomas. 118.
WILKES, Charles. 77, 72,
WILKS, Rév. Matthew. 60.
WILLIAMS, Rév. John et Mary. 48.53,
56, 63, 64, 64, 69, 98, 100.
WILSON, Rév, Charles. 48, 49, 77,
WILSON, cpt. James. 75, 17, 42, 43,
80, 82, 82.
WILSON, William. 43.
139
Index des
navires cités
J
Jenny 37.
John Williams 65.
Jupiter 28.
L
A
Adventure 16, 28.
Aguila 28, 29, 105.
Aimable Joséphine 99
Amelia 92, 97.
America 94.
Artémise 94, 94, 134.
Lady Penrhyn 31.
Lydia 94.
M
Macquarie 98, 104.
Marie-Joseph 105, 115.
Mary Ann 37.
Assistance 37.
Matavai 36.
Astrolabe 17, 112, 113, 132, 133.
Matilda 37.
B
N
Mercury 34, 36.
Basilisk 65.
NautHus 44.
Beagle 132.
Norfolk 47
Blossom 104.
Boudeuse 12, 16, 17,
19, 22.
Bounty 17,31,32,33, 33, 34,35, 36,38,
39, 40, 40, 41. 49, 86. 88. 89.
P
Pandora 36, 86.
Pensyivania Packet 94
Perseverance 47.
C
Camden 65.
Chatham 36.
Collingwood 65.
Cornet 106.
Coquille 17.
Courrier de Bordeaux 99.
D
Daedalus 37, 96, 97.
Discovery 12, 30, 32, 36, 49.
Dolphin 15. 18, 19, 20, 23, 25, 26, 26.
Dragon 72, 104.
Duff 17, 41, 43, 43, 49, 78. 82.
E
Eendracht 14.
Endeavour 22, 22, 25, 104.
Espérance 132.
Étoile 16, 17, 19.
G
Gassendi 118.
General Welleslay 97.
Grampus 65.
H
Hawels 97, 98, 100, 103, 104.
Hibernia 48.
Hope 68.
Hunter 94.
Hydrographe 120.
140
Peruviana 105, 110.
Phoque 120, 120.
Pômare 101.
Porpoise 96.
Providence 36, 37, 37.
R
Reine Blanche 136.
Résolution 12, 16, 28. 30, 32, 39, 49.
Rob Roy 114.
Royal Admirai 46,
Q
Solide 17.
K (XX /
Sylphide 109.
T
The Friends 114.
Thétis 132.
Timoleon 118.
U
Uranie 107.
V
Venus 47, 96.
Vénus (Dupetit-Thouars)
132, 133, 136.
Vindictive 134.
Y
Yorktown 135,
Z
Zélée 112, 113, 132, 133,
105, 114,
Index
géographique
F
MEXIQUE 9, 11, 14
FAAITE (T)
MOOREA (S) 75, 26, 28, 30, 30, 31,32,
MOLUQUES (archipel des) 11, 14
75, 53, 105, 118
FAKARAVA (T) 75, 70, 71, 705, 120
FALKLANDS 77
Pour lesîles de Polynésie française, la lettre
FANGATAU (T) 75
elles font
FATU HIVA (M) 75, 84
FATU HUKU (M) 75
parenthèses signale l'archipel dont
partie : (A) pour Australes, (G)
pour Gambier, (M) pour Marquises, (S) pour
Société et (T) pour Tuamotu.
Les numéros de pages en italique renvoient
à une légende, les autres se rapportent au
entre
texte.
A
AHE (T) 15. 71
(G) 111,112
ALASKA 42, 90, 92
(T) 15
AMÉRIQUE 9, 11, 14, 17, 42, 60, 82,
90, 90, 118, 119, 120, 132
AMÉRIQUE LATINE 37, 90
AMANU
ANAA (T)
15, 53, 70, 70, 71, 72, 101,
705, 118, 119, 119, 120, 128
ANGLETERRE 13, 22, 22, 27, 33, 34,
36, 41,42, 43, 45, 47, 48, 49, 58, 59, 60,
61. 65, 75. 76, 78, 80, 86, 87, 97, 105,
107, 120, 132, 133
ANTILLES ANGLAISES 32, 33. 35, 37
ANUANURARO(G) 15
ANUANURUNGA(G) 15
ARATIKA (T) 15
ARGENTINE 14
ARUTUA (T) 15
ASIE 11
ATLANTIQUE (océan) 9, 10, 14, 16
AUKENA (G) 105, 105, 110, 111, 111,
112, 112
AUSTRALASIE 98
AUSTRALES (archipel des) 17, 34,
49. 66, 66, 67, 67, 68, 68, 69, 69. 88, 93,
95, 105, 109, 118, 121
AUSTRALIE 17, 33, 36, 78, 89, 90, 91.
95, 96, 97, 97, 99
(S) 15
BOLIVIE 109
BORA BORA (S) 15, 16, 48, 53, 53,
60, 62, 63, 63, 64, 65, 69, 74, 86, 87,87,
122, 128, 128, 129, 729, 130, 130, 131
BOURBON
(îles) 19
BRÉSIL 10, 14
c
CALIFORNIE 14, 36, 106
CANARIES (îles) 9
CHILI 90, 90, 92, 101, 720
CHINE 9, 11, 17, 94, 95
CHRISTMAS (îles) 17
CONGO 10
COOK (îles) 65, 66, 67, 81, 108, 108,
117
E
ÉCOSSE 10
EIAO (M)
75
ESPAGNE 10, 11, 77, 14, 105
ÉTATS-UNIS 92, 93, 118, 118, 132,
134, 134, 136
EUROPE 9, 10, 15, 19, 19, 22, 24, 24,
MORUROA (T)
75
MOTANE (M) 75
MOTU ITI (M) 75
136
N
NAPUKA
NAHA (Ascension)
99, 105, 705, 108, 110, 777, 772, 113,
114, 116, 117, 132
GEORGES (îles du
Roi) 16, 18
GRANDE-BRETAGNE 18, 24, 33, 33,
75, 90, 94, 98, 107, 116, 131, 132, 133,
134, 735, 136
H
(T) 75, 70, 72, 105
HATUTU (M) 75
HAO
HAWAII 17, 24, 24, 30, 55, 89, 90, 91,
91, 92, 93, 94, 96, 102, 103, 104, 105,
106, 106, 107, 108, 708, 109, 709, 114,
115, 116, 118, 779, 132, 135
(T) 75
HIVA OA (M) 75, 53, 84, 94
HIKUERU
HONDURAS 11
HUAHINE(S) 75, 16,30,31,37, 36,38,
46, 48, 49, 52, 53, 53, 59, 60, 60, 62, 63,
64, 65, 73, 74, 78, 86, 87, 87, 97, 98, 99,
99, 100, 700, 101, 104, 118, 119, 12?,
722, 128, 130, 730
I
INDES 9, 42, 82
(océan) 14, 107
INDONÉSIE 11
INDIEN
J
JAMAÏQUE 100
JAVA 14
BAHAMAS 11
MOPELIA (S) 75
G
JAPON 17, 81, 92
B
BELLINGSHAUSEN
FRANCE 13, 16, 77, 19, 22, 47, 54, 65,
72, 90. 92, 93, 105, 107, 108, 111, >18,
120, 722, 131, 132, 732, 134, 134, 136,
GAMBIER (archipel des) 17, 70, 88,
AFRIQUE 9, 10, 60
AKAMARU
FIDJI 27, 94, 99, 101
34, 35, 36, 38, 46, 47, 47, 48, 48, 49, 49,
50, 50, 52, 52, 53, 54, 55, 55, 57, 57, 58,
58, 59, 60, 62, 64, 65, 69, 72, 74, 74, 76,
78, 78, 80, 81, 83, 96, 97, 99, 100, 100,
102, 122, 126, 128, 130, 136
NOUVELLE-GALLES DU SUD 37,
40, 42, 42, 43, 46, 48, 48, 49, 52, 55, 89,
90, 97, 93, 94, 96, 97, 97, 100
NOUVELLE-GUINÉE 77
NOUVELLE-HOLLANDE 97, 97
NOUVELLE-ZÉLANDE 16, 17, 24, 27,
28, 36, 55, 89, 92, 94, 98, 724, 136
NOUVELLES-HÉBRIDES voir
VANUATU.
NUKU HIVA (M) 75, 45, 45, 53, 84, 85,
93, 94, 97, 105, 114, 774, 732
NUKUTAVAKE (T) 75
(T) 75
P
TAKUME (T) 75,
PACIFIQUE (océan) 9, 9, 10, 10, 11,
77, 13, 14, 74, 15,16, 76, 17, 77, 25,28,
29, 30, 36, 42, 42, 88, 89, 89, 90, 90, 91,
92, 97, 106, 707, 108, 112, 116, 118,
132, 132, 136.
PAQUES (île de) 15, 16, 17, 24,
108, 108, 117
PATAGONIE 19
28,
PAYS-BAS 15
PHILIPPINES 14, 74
(T) 75
PITCAIRN 34, 37, 98, 110, 111
PUKA PUKA
(T) 75
R
RAIATEA(S) 75, 16,23, 26, 27,28,30,
(T) 75, 71
MARIA (T) 75
MARIANNES (archipel des) 77, 14
MARQUISES (archipel des) 14, 17,
MANIHI
43, 44, 45, 45, 49, 53, 70, 84, 85, 85, 88,
91, 93, 93, 94, 94, 95, 97, 98, 99, 105,
705, 108, 109, 113, 114, 115, 116, 117,
732, 136, 736
MARUTEA (T) 75
MATAIVA (T)
75
MAUPITI (S) 75, 53, 60, 62, 62, 63, 64,
(S) 14, 15, 75, 16, 17, 18, 18.
19, 79, 20, 21,27, 22, 23, 23, 24, 25, 25,
26, 26, 27; 28, 28, 29, 30, 31,37, 32,32,
33, 33, 34, 34, 35, 35, 36, 36, 37, 37,39,
40, 41,47, 42,43,43, 44, 45,45, 46,46,
47, 47, 48, 48, 49, 49, 50, 51,57, 52,52,
53, 54, 55, 56, 57, 58, 58, 59, 60, 60, 62,
64, 65, 65, 66, 67,69, 70, 71,72, 72, 73,
74, 75, 76, 76, 77, 78, 79, 79, 80, 80, 81,
87, 82, 82, 83, 83, 86, 87, 88, 89, 89, 90,
92, 93, 93, 94, 94, 96, 96, 97, 97, 98, 98,
99, 99, 100, 700, 101, 102, 702, 103,
104, 105, 705, 109, 777, 114, 115, 116,
117, 777, 118, 778, 1 19, 779, 120, 121,
122, 722, 124, 724, 125, 126, 726, 128,
129, 1-30, 737, 132, 732, 133, 733, 134,
734, 135, 735
TAKAPOTO (T)
MADÈRE (île) 9
110, 1 11, 777, 1 12, 772, 773, 114, 118,
132, 133, 736
TAHITI
OCÉANIE 76, 41,52, 79, 82, 89, 102,
105, 106, 708, 109, 773, 132, 732, 136
MADAGASCAR 107
75, 53
MAKEMO (T) 75
MANGAREVA (G) 75, 66, 105, 705,
36, 49, 53, 53, 59, 60,
62, 63, 64, 86, 87, 729, 130
94, 705, 114, 115
PINAKI
MAKATEA (T)
15
SÉNÉGAL 9
SIBÉRIE 11, 90
TAHUATA (M) 75,
O
KAUEHI
MAIAO (S) 63
SCILLY (S)
TAHAA (S) 75,
NOUVELLE-CALÉDONIE 17, 89
NOUVELLE-CYTHÉRE 19, 20, 22, 23,
24, 89
K
M
SCANDINAVIE 10
T
NOUVELLE-ANGLETERRE 92
36, 44, 46, 48, 49, 52, 53, 53, 57, 60, 62,
63, 64, 65, 65, 68, 69, 69, 74, 86, 87, 97,
98, 100, 700, 101, 122, 722, 126, 728,
729, 130
RAIVAVAE (A) 75, 53, 66, 67, 67, 68,
68, 69, 88, 118, 7 79
RAIRO (T) 75, 71
RANGIROA (T) 75
RAPA (A)
75, 17, 53, 66, 66, 67, 68, 88
RAPA NUI voir PAQUES (île de).
RARAKA (T)
RAROIA (T)
75, 72
75, 71
(T) 75
RÉUNION (île de la) 107
REAO
RIKITEA (G)
112, 772
RIMATARA (A) -75, 53, 67, 69, 69, 88
RURUTU (A) 75, 53, 66, 66, 67, 67, 68,
68, 69, 86, 87, 128, 130
69, 69, 88
MEHETIA (S) 75, 96
RUSSEL 92
EXTRÊME-ORIENT 9
MÉLANÉSIE 14, 89, 89, 91,95, 96
RUSSIE 90
45, 45, 53, 84, 85,
75
TAKAROA (T) 75,
104
71
TATAKOTO (T) 75
TEMATANGI (T) 75
TETIAROA (S) 75, 46, 96, 97, 722
TIKEHAU (T) 75
TIKEI (T) 75
TIMOE (G) 75
TIMOR 33, 33
TONGA (archipel des) 74, 16, 27, 33,
34, 47, 43, 44, 65, 92, 99, 99
TUAMOTU (archipel des) 14, 74, 15,
16, 17, 27, 27, 37, 57, 66, 70, 70, 72, 72,
74, 81, 88, 89, 97, 99, 101, 108, 109,
110, 117, 118, 119, 779, 120, 720, 121,
123, 128, 736
TUBUAI (A)
75, 17, 34, 53, 66, 66, 67,
68, 69, 88, 101, 118, 779
TUPAI
32, 33, 36, 57, 73, 90. 98, 105,109,115,
116
(île) 106
PÉROU 9, 17, 28, 80, 90, 105
(T) 75
(T) 75
KAUKURA (T) 75, 72
SAMOA (archipel des)
SOCIÉTÉ (archipel de la) 16, 25, 26,
PAYS DE GALLES 46
KATIU
(îles) 11,14, 74
63, 65, 89, 99
SANDWICH (îles) (Hawaii) 30
SALOMON
26, 28, 29, 30, 34, 36, 37, 40, 42, 54, 62,
66, 67, 68, 68, 70, 74, 76, 78, 81,86, 88,
91,96, 98, 98, 101, 108, 109, 777, 114,
116, 121, 134, 135
(T) 75, 72
NIAU (T) 15
NUKUTEPIPI
S
(S) 75, 62
U
UA HUKA (M) 75, 85
UA POU
(M) 75, 53, 84, 105, 114, 774
V
VAITAHU
(M) 105
VALPARAISO 28, 90, 90, 98, 99, 99,
101, 105, 109, 709, 110, 111, 114, 115
VANAVANA (T)
75
(anc. NOUVELLESHÉBRIDES) 14, 65
VANUATU
VENEZUELA 11
VENT (îles du) 21, 25, 35, 38, 39, 41,
47, 49, 57, 60, 64, 65, 74, 82, 87, 89,97,
101, 102, 124, 129, 130, 736
VENT (îles Sous-le-) 27,30,46,48,49,
49, 50, 52, 53, 54, 55, 56, 56, 57, 58,
60, 61,62, 62, 63, 63, 64, 65, 65, 74, 74,
77, 78, 86, 87, 87, 88, 96. 97, 97, 98,
100, 101,104, 105, 122, 722, 128, 135,
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MARITIME MUSEUM, réf. Navy L36-13.
P. 32 Bligh : in Hawkesworth, BRITISH LIBRARY, Add. MS 23920 6. Fruit de
l'arbre à pain : S. Parkinson, BRITISH MUSEUM OF NATURAL HISTORY.
P. 33 "Transplanling of the breadfruit trees from Otaheite” par T. Gosse,
NATIONAL LIBRARY OF AUSTRALIA, réf. NK2010. Dessins deW. Bligh from
the original drawings in the MITCHELL LIBRARY, by courtesy of LIBRARY
COUNCIL OF NEW SOUTH WALES : 1. réf. ZPX A565 f.18 :2. “The small blue
paroquet of Tahiti", réf. ZPX A565 f.51 ; 3. réf. ZPX A565 f.19.
P. 34 "Ofoo King of Otaheite" par W. Hodges,
NATIONAL LIBRARY OF
AUSTRALIA, réf. R.755. L’exubérance de la nature : "On Matavai river"
aquarelle de G. Tobin from the original painting in the MITCHELL LIBRARY,
by courtesy of LIBRARY COUNCIL OF NEW SOUTH WALES, réf. PXA 563
f.21, cl. B. Bird. “A waterfall in Tahiti" par W. Hodges, NATIONAL MARITIME
MUSEUM, réf. Navy L80-7.
P. 35 Le Capitaine Bligh repoussé par les marins mutinés : peinture de R. Dodd
(1790), NATIONAL MARITIME MUSEUM.
P. 36 Tu : peinture de J. Webber, BISHOP MUSEUM, réf. 10.105. Les contacts :
"An English Naval Officer bartering with a Maori" par “the Artist of the Chief
Mourner", BRITISH LIBRARY, Add. MS 15508 f.12. “View of the Valley which
goes from Matavai Bay : with the river in the Island Otaheite" par W. Ellis,
Sources des illustrations et crédit photographique
Les documents d’origine anglo-saxonne ont été
laissés sous leur référence d'origine.
Note préliminaire :
NATIONAL LIBRARY OF AUSTRALIA, réf. NK 53/0.
P. 37 “Bounty Bay, Pitcairn Islande" (1851) par Conway Shipley,
BRITISH
LIBRARY, réf. 12610 13 pl.3. “View on Matavai Bay, Otaheite, from near the
Providence Port” aquarelle de G. Tobin, NATIONAL LIBRARY O F AUSTRALIA,
réf. NK 6581.
P. 38 Herminettes : coll. M.T.I., réf. 1. 85.01.03 ; 2. 78.03.46., cl. B. Vannier.
Mousquet : coll. M.T.I., cl. J.-C. Bosmel. Les échanges : gravure in David Henry
(1774) “Historical Account of ail the voyages around the world", BRITISH
LIBRARY, réf. 1045 c43, vol. 3 et “Landing Friendly Islande" gravure de
Middieburg, in Hawkesworth, BRITISH LIBRARY, réf. Add. 2392095.
Island of Otahytey" aquarelle de G. Tobin, from the
original painting in the MITCHELL LIBRARY, by courtesy of LIBRARY
COUNCIL OF NEW SOUTH WALES, réf. PXA 563 f.33, cl. B. Bird.
P. 6 Le pavillon du protectorat à Tahiti : dessin original de M. Radiguet,
PP. 4-5 "Matavai Bay,
SERVICE HISTORIQUE DE LA MARINE, album n°f.B.5649, cl. Cl. Rives.
P. 8 “Otaheite or King Georges Island" par S. Wallis, NATIONAL LIBRARY OF
AUSTRALIA, NK 31/3, T1915.
L’APPROCHE EUROPÉENNE
P. 9 Portulan : BIBLIOTHÈQUE NATIONALE, réf. RC C 10066. A. Vespucci :
MUSÉE DE LA MARINE, réf. 72 308.
P. 10 Vasco de Gama : MUSÉE DE LA MARINE, réf. 134 107. C. Colomb :
MUSÉE DE LA MARINE, réf. 45 903.
P. 11 Carte : BIBLIOTHÈQUE NATIONALE, réf. RC B 5919. V. de Balboa :
VICTORIA AND ALBERT MUSEUM.
P. 12 Caravelle : BIBLIOTHÈQUE NATIONALE In G. Brouscon (1548) “Manuel
de pilotage à l’usage des pilotes bretons’’. "View of Huahine" de J. Cleveley :
NATIONAL MARITIME MUSEUM.
P. 13 Octant : MUSÉE DE LA MARINE, réf. 11 NA58. Chronomètre : NATIONAL
MARITIME MUSEUM. Carte : BIBLIOTHÈQUE NATIONALE, réf. RC 7634.
Corvette la Diligente: peinture de F. Roux, MUSÉE DELA MARINE, réf. 19 OA 3.
P. 14 Magellan : MUSÉE DE LA MARINE, réf. 79 613. Le Maire : MUSÉE DE LA
MARINE, réf. 48 133. Schouten : MUSÉE DE LA MARINE, réf. 41 952.
L'Eendracht : dessin de Le Maire, MUSÉE DE LA MARINE, réf. 151 437, mis en
couleurs par J.-L. Saquet.
P. 15 Batavia : coll. TIMES EDITIONS.
P. 16 Carte par J.-L. Saquet.
P. 17 Cook par J. Webber, NATIONAL PORTRAIT GALLERY. Bougainville :
coll. O'REILLY.
P. 18 "Obereyan Enchantress" par Philip James de Loutherbourg, NATIONAL
LIBRARY OF AUSTRALIA. “Il Capitano Wallis e la Regina Oberea a Taïti", in
(1831 ) "Il costume antico e moderno de tutti i popoli", vol. 8, Florence. Cession
de Tahiti : coll. M.T.I.
P. 19 “Captain Bougainville and officers taking fruits from Tahitians" artiste
inconnu, NATIONAL LIBRARY OF AUSTRALIA, réf. NK 5066.
P. 20 "Otaheite or King Georges Island" par S. Wallis, NATIONAL LIBRARY
OF AUSTRALIA, NK 31/3 T1915. “Vue de la Nouvelle Cythère” :
BIBLIOTHÈQUE NATIONALE, réf. Res. SH Pf 176 d. 7pl.1D. à droite :
BIBLIOTHÈQUE NATIONALE, RcC 7634.
P. 21 "Natives of Otaheite attacking Captain Wallis the first discover of that
Island", NATIONAL LIBRARY OF AUSTRALIA, réf. NK 147 T2786.
P. 22 “Omiah...’’ : coll. O'REILLY.
J. Banks : MUSÉE DE LA MARINE, réf. 152 634. "Gardénia florida" par
S. Parkinson, BRITISH MUSEUM OF NATURAL HISTORY.
P. 23 Poetua : coll. O’REILLY. J.-J. Rousseau : cl. Roger-Viollet, Guerrier : coll.
O'REILLY. "In Oparrey Harbour" : aquarelle de G. Tobin, from the original
painting in the MITCHELL LIBRARY, by courtesy of LIBRARY COUNCIL OF
NEW SOUTH WALES, réf. PXA 563 f.41, cl. B. Bird.
P. 24 Larcins et vols : in Atlas du Voyage de la Pérouse. Sacrifices humains :
gravure d'après J. Webber, in (1832) J. et E. Verreaux“L’Océanie en estampes”.
La mort de J. Cook : peinture de J. Cleveley, NATIONAL MARITIME MUSEUM.
LES ILES DE LA SOCIÉTÉ
P. 25 "Oammo" dessin de W. Ellis, ALEXANDER TURNBULL LIBRARY, nég.
n° 117465 1/2. "House and Plantation of a Chief of the Island of Otaheite"
dessin de S. Parkinson, BRITISH LIBRARY, Add. MS 23921 f.lOb.
P. 26 Carte : coll. O'REILLY. Purea pleurant le départ de Wallis : par
David Henry, BRITISH LIBRARY, réf. 1045 c43, vol. 3. Wallis et la reine Purea :
coll. O'REILLY.
P. 27 “Tree on one tree hill" par J.-F. Miller, BRITISH LIBRARY, Add. MS 15508
f.4. Le Dolphin : "Whitsunday Island" par S. Wallis, NATIONAL LIBRARY OF
AUSTRALIA, réf. NK 31/1. Fort Vénus : gravure de C. Praval, BRITISH
LIBRARY, Add. MS 15508 f.5.
P. 28 Carte : coll. M.T.I. Le retour au maro : III. de J.W. Lewin coll. O’REILLY,
mise en couleurs par J.-L. Saquet.
P. 29 Boenechea : coll. M.T.I. "The Resolution and Adventure in Matavai Bay"
par W. Hodges, NATIONAL MARITIME MUSEUM, réf. Navy L36-17.
144
P. 39 Clous et haches : coll. M.T.I., cl. J.-C. Bosmel. "View of Huaheine" par
J. Cleveley, NATIONAL MARITIME MUSEUM.
P. 40 Les déserteurs : coll. O’REILLY. L’alcool : gravure de R.B. Godfrey d'après
S. Parkinson, cl. Giraudon.
L’INTRODUCTION DU CHRISTIANISME
P. 41 "On Matavay River, Island of Otahytey" aquarelle de G. Tobin, from the
original painting in the MITCHELL LIBRARY, by courtesy of LIBRARY
COUNCIL OF NEW SOUTH WALES, réf. ZPX A563 f.23, cl. B. Bird. Roi de
Tahiti : coll. M.T.I.
P. 42 T. Haweis : coll. O'REILLY. Le port de Bristol : par S. Jackson, BRITISH
ART GALLERY. St Mary, le Strand et Somerset House à Londres : par
Th. Malton, VICTORIA AND ALBERT MUSEUM (Visual Arts Library).
P. 43 Le Duff : coll. SERVICE DE DOCUMENTATION DE L'ÉGLISE
ÉVANGÉLIQUE DE POLYNÉSIE. L’installation des missionnaires : par
W. Wilson, coll. O'REILLY.
P. 44 “The Cession of the District of Matavai" par R.A. Smirke, NATIONAL
LIBRARY OF AUSTRALIA, réf. NK 21.
P. 45 W.P. Crook : coll. O’REILLY. Crâne-trophée : coll. MUSÉE DE L’HOMME,
réf. 21346, cl. Delaplanche. Habitant de Nuku Hiva : coll. MUSÉE DE L'HOMME,
in J. et E. Verreaux (1832) “L’Océanie en estampes", réf. 10780, cl. D. Destable.
"Point Venus, Island of Otahytey" aquarelle de G. Tobin, from the original
painting in the MITCHELL LIBRARY, by courtesy of LIBRARY COUNCIL OF
NEW SOUTH WALES, réf. ZPX A563, cl. B. Bird.
P. 46 "Matavay Bay and the Island Tetheroa from the hills South of the bay"
aquarelle de G. Tobin, from the original painting in the MITCHELL LIBRARY,
by courtesy of LIBRARY COUNCIL OF NEW SOUTH WALES, réf. ZPX 563,
f.24, cl. B. Bird.
P. 47 Pômare : lavis original de J.L. Le Jeune, SERVICE HISTORIQUE DE LA
MARINE, mis en couleurs par J.-L. Saquet.
"The Body of Tee, a chief as preserved after death in Otaheite" gravure d’après
un dessin de J. Webber, NATIONAL MARITIME MUSEUM, réf. B1647. “War
canoës of Otaheite" lavis de W. Hodges, BRITISH LIBRARY, Add. MS 15 743,
n" 8.
P. 48 H. Nott : coll. O'REILLY. Sa maison : dessin in Fitz-Roy, BIBLIOTHÈQUE
du MUSÉUM D'HISTOIRE NATURELLE, réf. 1153. J. Williams : peinture de
G. Baxter, coll. O’REILLY.
P. 49 "View of Moorea" aquatinte par J. Cleveley, NATIONAL MARITIME
MUSEUM, réf. 9368. S. Marsden : coll. O’REILLY.
Tahiti", in (1819) L.M.S. Missionary
P. 50 "The destruction of idols at
Sketches. Gravures missionnaires : coll. O’REILLY.
P. 51 Marae Tarahuahu (Tahiti, 1926) : BISHOP MUSEUM, cl.
Anthony K. Richter, réf. n‘’54122. Carte par C. Visse. Tiki : PITT RIVERS
MUSEUM, réf. 1423.
P. 52 “Papetoai, Mission Station in Moorea", in Rév. Daniel Tyerman et
George Bennet (1821) “Journal of the Voyages and Travels", mis en couleurs
par J.-L. Saquet. "View of the harbour of Taloo in the Island of Eimeo" par
J. Webber, BISHOP MUSEUM, réf. 96410.
P. 53 “Femmes de l’île Taïti” par J.L. Le Jeune, BRITISH MUSEUM, cl.
Bridgeman Art Library. La pointe Vénus : in "The Voyage of Capt.
Bellingshausen", BIBLIOTHÈQUE NATIONALE, mis en couleurs par
J.-L. Saquet.
P. 54 Habitations : par J.L. Le Jeune, in Bellingshausen, SERVICE
HISTORIQUE DE LA MARINE. "Breakfast with the King of Otahiti" gravure,
in "The Voyage of Capt. Bellingshausen", t. Il, pl. XVII, BIBLIOTHÈQUE
.
NATIONALE.
P. 55 “Missionary preaching in Kukui" gravure de A.T. Agate,
BISHOP
MUSEUM, réf. 29 207, mise en couleurs par J.-L. Saquet. Missionnaires en
Nouvelle-Zélande : in Dumont d'Urville.
"Cahoumanou” : dessin de L. Ohoris,/r7 “Voyage pittoresque autour du monde”,
cl. Giraudon.
P. 56 Missionnaires : coll. O’REILLY.
LE ROYAUME CHRÉTIEN DES POMARE
P. 57 Pômare II : lavis original de J.L. Le Jeune, SERVIOE HISTORIQUE DE LA
MARINE. “Part of Matavai SW Highiand of Oorooynah" par G. Tobin,
NATIONAL LIBRARY OF AUSTRALIA, réf. NK 4065/E. Ha'amanimani : détail
d’une gravure d'après R.A. Smirke.
P. 58 Carte : coll. Ch. BESLU,
Couronnement de George IV : peinture de Pugin, VICTORIA AND ALBERT
MUSEUM (Visual Arts Library).
P. 59 Carte par C. Visse.
Tati : dessin de J.A. Moerenhout.
Paita : détail d’une gravure d’après R.A. Smirke.
P. 60 Le Code Pômare : coll. O’REILLY. "North east viewofthe district of Fare
in Huahine" gravure d’après un dessin de R. Elliot, in "Poiynesian Researches",
mise en couleurs par J.-L. Saquet.
P. 61 Les moeurs païennes : Danse des îles Marquises et Sacrifice humain à
Tahiti, cl. Roger-Viollet. H. Nott : coll. O’REILLY.
P. 62 "Mission station in Raiatea" : in (1829) L.M.S. Missionary Sketches.
“Vue de la partie méridionale de l’ïle Mauplti” par J.L. Le Jeune, SERVICE
HISTORIQUE DE LA MARINE.
P. 63 “Mai et Tefa’aroa” par J.L. Le Jeune, SERVICE HISTORIQUE DE LA
MARINE.
“Vue de l’île de Bora Bora” par J.L. Le Jeune, SERVICE HISTORIQUE DE LA
MARINE.
P. 64 John et Mary Williams : coll. O’REILLY. “Le navire missionnaire
John Wiiiiams entrant au port de Huahine” d’après une peinture de
W.G. Huggins, coll. O’REILLY.
P. 65 Le Code de Lois de Huahine : (page de titre) coli. O’REILLY.
P. 66 G. Vancouver : MUSÉE DE LA MARINE, réf. 86 365.
J. Cook : MUSÉE DE LA MARINE, réf. 50 683.
Rapa : cl. Cl. Rives-Cedr/.
P. 67 Détail d’un tambour : coll. Adélaïde DE MENIL, New York. Manche de
chasse-mouches : PEABODY MUSEUM OF SALEM, réf. Tahiti E13216, cl.
M. Sexton. Collier : AUCKLAND MUSEUM AND INSTITUTE, réf. A 8082.
P. 68 Tiki : coll. M.T.I. Marae à Raivavae : BISHOP MUSEUM, cl. J.F. Stokes,
réf. 8790.
P. 69 Raiatea : dessin de H.B. Martin. “Church at Rimatara" par W. Wilson,
BISHOP MUSEUM, réf. XS 21841. Pagaie : coll. M.T.I. Sépultures : cl.
Cl. Rives-Cedr/.
P. 70 Byron : MUSÉE DE LA MARINE, réf. 80010, mis en couleurs par
J.-L. Saquet. Lance : BISHOP MUSEUM, réf. XS 16949. "Pacific atoli with the
Dolphin in the foreground" dessin attribué à S. Wallis, NATIONAL LIBRARY
OF AUSTRALIA, réf. NK 4390.
P. 71 Fosse de culture : cl. BISHOP MUSEUM, réf. 15863. Carte par C. Visse.
Dessins : in C. Wilkes, mis en couleurs par J.-L. Saquet.
P. 72 Dessins : in C. Wilkes, mis en couleurs par J.-L. Saquet.
UNE SOCIÉTÉ NOUVELLÉ
P. 73 ■7s/andofrah/f/”dessinanonyme, NATIONAL LIBRARY OF AUSTRALIA,
réf. NK 2602/19. Aimata : coll. O’REILLY.
P. 74 Dessins de J.-L. Saquet.
P. 75 La garde : lavis original de J.L. Le Jeune, SERVICE HISTORIQUE DE LA
MARINE. "The departure of the Camden, Missionary Ship" par G. Baxter,
NATIONAL LIBRARY OF AUSTRALIA, réf. NK 352.
P. 76 "View of Papeete taken near Mr Crook’s House" dessin anonyme,
NATIONAL LIBRARY OF AUSTRALIA, réf. NK 98.40/25, mis en couleurs par
J.-L. Saquet. Port de Papeiti : ARCHIVES NATIONALES, réf. 5 JJ 88.
P. 77 "The Queen's house at Patutoa’’dessin anonyme, NATIONAL LIBRARY
OF AUSTRALIA, réf. NK 9840/24, mis en couleurs par J.-L. Saquet. Carte :
ARCHIVES NATIONALES, réf. 5 JJ 83.
P. 78 W. Ellis : coll. O’REILLY. “Ile de Moorea” in E. Lucett (1851) “Rovings in
the Pacific, from 1837 to 1849", BRITISH LIBRARY, réf. 10491b 29 II F.P.
P. 79 "Mission House, Papetoai, Moorea" par W. Wilson, BISHOP MUSEUM,
réf. XS 21849. Gravure : coll. M.T.I.
P. 81 “A Tahitian man with a white beard" craie par W. Hodges, NATIONAL
LIBRARY OF AUSTRALIA, réf. R748. "Taloo Bay, Eimeo" par
Conway Shipley, coll. O’REILLY.
coll. O’REILLY. Dessin de J.L. Le Jeune, SERVICE
HISTORIQUE DE LA MARINE.
P. 83 Costumes : à gauche : J.L. Le Jeune, SERVICE HISTORIQUE DE LA
MARINE ; à droite : dessins originaux du voyage de Dumont d’Urville, coll.
MUSÉE DE L’HOMME, réf. MH 56-5667, cl. Ronsard. Papeete : dessin de
T.R. Peale, coll. O’REILLY.
P. 84 Scènes de troc : in “L’Océanie en estampes”, d’après Krusenstern.
P. 82 J. Wilson
:
“Village de la baie de Madré de Dios” par Ménard, MUSÉE DE LA MARINE,
réf. 71819.
P. 85 Fa'e tupapaku : aquarelle de C.C. Antig (1846), NATIONAL LIBRARY OF
AUSTRALIA, réf. NK 10376/19. Dessin original de M. Radiguet, SERVICE
HISTORIQUE DE LA MARINE, album n“1. B5649, cl. Cl. Rives.
P, 86 Raiatea : BISHOP MUSEUM, réf. XS 21846. Ornai : dessin original de
N. Dance, ARCHIVES PUBLIQUES DU CANADA. Habitants des îles de la
Société : par H.B. Martin.
P. 87 Bora Bora et Huahine par Conway Shipley, coll. O’REILLY.
P. 88 Illustration originale de M. Radiguet, SERVICE HISTORIQUE DE LA
MARINE, album n“1.B5649, cl. Cl. Rives. “Indiens venant de Moorea" par
C.C.
Antig, NATIONAL LIBRARY OF AUSTRALIA, réf. NK 10376/9.
DES BALEINIERS AUX PLANTEURS
P. 89 Aquarelle de G. Tobin, from the original
painting in the MITCHELL
LIBRARY, by courtesy of LIBRARY COUNCIL OF NEW SOUTH WALES, réf.
ZPX A563 f.25, cl. B. Bird. Homme de la Nouvelle-Calédonie : in Labillardière
“Atlas de relation du voyage à la recherche de La Pérouse”.
P. 90 Carte par C. Visse. "The city of Vaiparaiso" gravure, cl. Mary Evans
Picture Library. Carte postale : BIBLIOTHÈQUE NATIONALE, réf. 85 C172875.
P. 91 "Cook ianding in Botany Bay" aquarelle de T. Gosse, NATIONAL
MARITIME MUSEUM. Sydney : gravure de F. Jukes, cl. Mary Evans Picture
_
1
Library. Honolulu : par L. Choris, BIBLIOTHÈQUE NATIONALE, cl. Giraudon.
P. 92 Harponnage d’une baleine : coll. M.T.I.
P. 93 J. Cabri : in Langsdorff, BRITISH LIBRARY, réf. 98212. P. Haggerstein :
d’après R.A. Smirke. Dépeçage des baleines : par G. Walker, cl. Mary Evans
Picture Library. Marmite : cl. G. Wallart.
P. 94 "L’Artémise abattue en carène”, MUSÉE DE LA MARINE, réf. R 15 14223.
P. 95 Dessins originaux de M. Radiguet, SERVICE HISTORIQUE DE LA
MARINE, album n°1.B5649, cl. Cl. Rives. Carte par C. Visse.
P. 96 "Sydney Harbour, Fort Marquarie on left" aquarelle de F. Garling,
cl. E.T. Archive.
P. 97 A. Phillip : cl.
Roger-Viollet. Aborigène et bagnards : in E. Delessert
“Voyage dans les deux Océans”.
-==<=»-
P. 98 Cartes des baies : coll. O’REILLY. Missionnaires et commerçants :
peinture de G. Baxter, coll. O'REILLY.
P. 99 Appareil pour l’huile de coco : par J.L. Le Jeune, SERVICE HISTORIQUE
DE LA MARINE. Papeete : ill. de L. Le Breton, in Dumont d’Urville. Arrow-root :
cl. J.-L. Charmet. Le troc : aquatinte de J. Cleveley, NATIONAL MARITIME
MUSEUM.
P. 100 J. Gyles et E. Armitage : coll. O’REILLY.
P. 101 "Maeva, Huahine" et “Hort Sugar Plantation, Fautaua, Tahiti”. BISHOP
MUSEUM, coll. Wilson, réf. XS 21845 et XS 21848. Moulin à canne à sucre :
"The sugar miii, Rarotonga", /n John Williams (1837) "Missionary Enterprises".
Des bâtiments nouveaux : d’après G.H. Langsdorff, pl. 10, in J. et E. Verreaux
"L’Océanie en estampes”.
P. 102 “Matavai Bay, isiand of Olahytey" aquarelle de G. Tobin, from the
original painting in the Mitchell Library, by courtesy of LIBRARY COUNCIL
OF NEW SOUTH WALES, réf. PXA 563 f.33, cl. B. Bird. Tipote : III. de J. Lewih,
coll. O’REILLY, mise en couleurs par J.-L. Saquet. Chef tahitien : dessin ■
original de L. Le Breton, MUSÉE DE L’HOMME, réf. 565665, cl. Ronsard.
P. 103 Porteur de fruits : dessin de J.L. Le Jeune, SERVICE HISTORIQUE DELA
MARINE, mis en couleurs par JÆ. Saquet. "The iaunching of the Haweis,
L.M.S. Missionary Ship, 1865", coll. O’REILLY. "The Harbour and Town of
Paphitie, isiand of Tahiti, Society Group, South Pacific", aquarelle (1839),
PEABODY MUSEUM OF SALEM, cl. M. Sexton.
P. 104 Illustrations de H.B. Martin.
L’IMPLANTATION CATHOLIQUE
P. 105 III. in (1869) “Les Missions en Océanie au XfX" siècle”.
P. 106 P. Coudrin : coll. O’REILLY. Accueil des missionnaires : coll. O’REILLY.
P. 107 Costume : coll. O’REILLY. Abbé de Solages : coll. O’REILLY. Baptême :
III. de J. Arago.
P. 108 J.-C. Colin : coll. O’REILLY. Naturel de Mangareva : dessin de Marescot,
in Dumont d’Urville. Vaiparaiso : par C. Martens, NATIONAL LIBRARY OF
AUSTRALIA.
P. 109 Cheffesse mangarévienne : coll. O’REILLY. Honolulu : par L. Choris
(1822) in “Voyage pittoresque".
P. 110 L. Laval et F. Caret : coll. O'REILLY. Idoles mangaréviennes : coll.
O’REILLY.
P. 111 L’église : dessin de L. Le Breton, mis en couleurs par J.-L. Saquet.
Aukena : cl. P. Laboute.
P. 112 Mangareva : coll. O’REILLY.
P. 113 Mgr Rouchouze : dessin de L. Le Breton, in Dumont d’Urville. Grandmesse : dessin de F. Goupil, in Dumont d'Urville.
P. 114 Carte par C. Visse. Baie de Taiohae : dessin original de M. Radiguet,
SERVICE HISTORIQUE DE LA MARINE, album n‘’1.B5649, cl. Cl. Rives.
P. 115 Marquisien : MUSÉE DE L’HOMME, réf. C34 2044. Missionnaire et
Marquisien : coll. O’REILLY.
ill. in E. Lucett "Rovings in the Pacific", BRITISH
P. 116 Papeete (1851) ;
LIBRARY, réf. 10491b 29 L
P. 117 T. Jaussen : coll. O’REILLY. Vallée de la Mission : coll. O’REILLY.
P. 118 B.F. Grouard et A. Pratt : dessins de J.-L. Saquet.
La mission tahitienne : coll. O’REILLY.
P. 119 Temple mormon : coll. O’REILLY. Anaa : coll. O’REILLY.
P. 120 A. Fouqué : coll. O’REILLY. A. Montiton : coll. O’REILLY. E. de Bovis ;
dessin de J.-L. Saquet.
CRISES RELIGIEUSES ET POLITIQUES
P. 121 Tombeau de Pômare : dessin de R. Elliot, coll. O’REILLY. Tati : dessin in
L’illustration, coll. O’REILLY, mis en couleurs par J.-L. Saquet.
P. 122 Aimata : aquarelle originale de J.A. Moerenhout, coll. CLINTON.
Teremoemoe : lavjs de J.L. Le Jeune, SERVICE HISTORIQUE DE LA MARINE.
Tamatoa IV : dessin de H.B. Martin, mis en couleurs par J.-L. Saquet. Habitants
de Tahiti : aquarelle originale de J.L. Le Jeune, SERVICE HISTORIQUE DE LA
MARINE. Paraita : dessin in L'iilustration, coll. O’REILLY.
P. 123 Chef de Tahiti : tois original de J.L. Le Jeune, SERVICE HISTORIQUE
DE LA MARINE, mis en couleurs par J.-L. Saquet. Ari’ipaea : dessin original
de J.L. Le Jeune, SERVICE HISTORIQUE DE LA MARINE, mis en couleurs
par J.-L. Saquet. Papeete : dessin de J.A. Moerenhout, /n Dumont d’Urville.
Port Jackson : lithographie de John Skinner Prout, cLtE^.ÎÀArchive.
P. 124 "A converted native pieading the cause of missions", in The British
Workman, cl. Mary Evans Picture Library. Scènes de la vie à Tahiti (et p. 125) :
dessins originaux de J.L. Le Jeune, SERVICE HISTORIQUE DE LA MARINE.
P. 125 Wilk’s harbour : dessin original de M. Radiguet, SERVICE HISTORIQUE
DE LA MARINE, album n°1.B5649, cl. Cl. Rives.
P. 126 Temple de Papeiti : III. de Le Breton, in Dumont d’Urville. Tahitien :
dessin de J.L. Le Jeune, SERVICE HISTORIQUE DE LA MARINE, mis en
'douleurs par J.-L. Saquet.
P. 127 "Mission chapei, schools and Mission house, Wiik's harbour", in (1831)
L.M.S. Missionary Sketches. Prophète de la Mamaia : dessin de J.-L. Saquet.
P. 128 Dessins originaux de J.L. Le Jeune, SERVICE HISTORIQUE DE LA
MARINE.
P. 129 Pômare Vahiné IV : ill. in E. Delessert. Tapoa et sa maison : III. originales
de H.B. Martin.
P. 130 Raiatea : NATIONAL LIBRARY OF AUSTRALIA, réf. NK 2602/13.
Huahine ; NATIONAL LIBRARY OF AUSTRALIA, réf. NK 2602/9.
P. 131 Chef de Tahiti uTaviSyOriginal de J.L. Le Jeune, SERVICE HISTORIQUE
DE LA MARINE. Mission de Papetoai : III. de C. Shipley, BRITISH LIBRARY,
réf. 1261 d''3 pl.12. Mai : dessin original de J.L. Le Jeune, SERVICE
HISTORIQUE DE LA MARINE.
P. 132 H. de Bougainville : MUSÉE DE LA MARINE, réf. 48281. Le Beagie :
BIBLIOTHÈQUE du MUSÉUM d’HISTOIRE NATURELLE, réf. PI674.1151.
L’Astroiabe et la Zéiée : dessin de L. Le Breton, coll. M.T.I.
P. 133 Rade de Papeiti : dessin de J.A. Moerenhout, in Dumont d’Urville.
J. Dumont d’Urville : MUSÉE DE LA MARINE, réf. MV 4824. Officiers français :
dessin de L. Le Breton, in Dumont d’Urville, mis en couleurs par J.-L. Saquet.
P. 134 J.A. Moerenhout : autoportrait, coll. Rotival.
Maison de Moerenhout : in E. Delessert (1848) “Voyages dans les deux
Océans”.
P. 135 Marins français à Tahiti : dessin de L. Le Breton, in Dumont d’Urville.
G. Pritchard : coll. O’REILLY. Habitation de Pritchard : dessin de L. Le Breton,
in Dumont d’Urville.
P. 136 A. Dupetit-Thouars : coll. O’REILLY. Hitoti : dessin in L’iiiustration,
coll. O’REILLY. L’instauration du Protectorat : coll. Y. DU PETIT-THOUARS.
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Achevé d’imprimer : décembre 1986.
Dépôt iégai : 1*'trimestre 1987.
Cet ouvrage a été composé par POLYTRAM, Tahiti.
La photogravure a été réalisée par PACIFIC SCANNER, Tahiti.
Imprimé et relié par TOPPAN, Singapour.
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ENCYCLOPEDIE DE LA POLYNESIE
Avec l'Encyclopédie de la Polynésie, les habitants de la
Polynésie française ont à leur disposition, pour la
première fois, un inventaire complet et détaillé du
monde dans lequel ils vivent. Pour la première fois, la
somme
des connaissances
concerne
ce
acquises sur tout ce qui
pays en ce moment du XX' siècle est
publiée pour décrire les 118 îles qui le composent, pour
faire revivre les hommes et les sociétés des temps
passés, pour faire l’inventaire des richesses que leur
offre leur environnement et dresser le tableau de la vie
quotidienne dans la Polynésie d'aujourd'hui.
Une encyclopédie de toute la Polynésie fran¬
çaise : si Tahiti et sa capitale Papeete restent l'organe
vital du Territoire, il est aussi vrai que les archipels qui
le composent jouent un rôle déterminant. Par
conséquent, tout au long des 9 volumes de l’Encyclo¬
pédie, Australes, Tuamotu, Gambier, Marquises et
Société sont évoqués, à la fois pour leur appartenance
à l’ensemble polynésien et pour leurs caractères
spécifiques. Ainsi, qu'il s'agisse d’histoire, d'archéo¬
logie, d’économie ou de l'étude des milieux naturels,
l'Encyclopédie apporte un témoignage de la richesse
et de la diversité des îles.
Une encyclopédie thématique : dans cet esprit, une
énumération alphabétique des sujets seimt apparue
comme une restriction à l’ampleur
Alors
duljffcos.
*
que la répartition de ces 9 volume
thèmes
successifs permet une compréhension plus complète
plus profonde des sujets, où l'on verra que, bien
souvent, l'exploration du passé éclaire les conditions
du présent et les possibilités de l'avenir.
et
Une encyclopédie visuelle : à notre époque où la
communication par
l'image joue un si grand rôle, il
paraît évident de lui donner une place prépondérante
un
ouvrage de cette importance. Cartes,
schémas, dessins et photographies occupent plus de
la moitié des pages, ajoutant ainsi à l'information écrite
une vision concrète et attrayante de celle-ci.
dans
Une encyclopédie pour tous : qu'il s'agisse du
peuplement de la Polynésie et de sa culture ancienne,
de ses ressources et de la gestion attentive de son
environnement, ou de l’état actuel de son organisation,
il va de soi que le désir de la connaissance passe par le
plaisir de son approche. Textes et illustrations ont
donc été conçus dans un souci de simplicité qui laisse
intacte la rigueur scientifique. Dans chaque volume,
une bibliographie permet de connaître les sources de
la documentation ou d'aller plus avant dans l'étude
d'un sujet. Enfin, un index et un glossaire éclairent les
termes techniques et facilitent la lecture.
Une encyclopédie des Polynésiens : un ouvrage de
cette conception représente un outil de travail pour les
enseignants, une source de références pour les élèves
les étudiants, un moyen d'information pour tout
esprit curieux. Il permet à tous ceux qui sont nés ou qui
vivent en Polynésie de la mieux connaître et, pourtous
ceux de l’extérieur, de découvrir une
image différente
de celle des cartes postales.
Mais, les dimensions de l'Encyclopédie de la Polynésie
dépassent ces aspects pratiques. Comme tout pays en
plein essor, la Polynésie française est confrontée à ce
et
défi que constitue l'insertion de sa croissance démo¬
graphique et économique dans le cadre géographique
et politique qui est le sien. Des 9 volumes de cet
ouvrage se dégagent l'historique et le bilan des
ressources dont dispose ce pays. En conséquence
directe, ils mettent l’accent sur ses richesses poten¬
tielles, mais aussi sur la fragilité des équilibres naturel
et humain dont chaque Polynésien est le garant
En couverture : 1767 : La reine Oberea (Purea)
accueille le capitaine Wallis à Tahiti (coll. M.T.I.).
1842 : Le pavillon du Protectorat : le pavillon français
est placé sous la forme d’un yacht dans le pavillon des
îles de Tahiti.
Fait partie de Encyclopédie de la Polynésie . 6 . La Polynésie s'ouvre au monde, 1769-1842