B987352101_R226.pdf
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ENCYCLOPEDIE DE LA PŒYNESIE
Avec l'Encyclopédie de la Polynésie, les habitants de la
Polynésie française ont à leur disposition, pour la
première fois, un inventaire complet et détaillé du
monde dans lequel ils vivent. Pour la première fois, la
somme des connaissances acquises sur tout ce qui
concerne ce pays en ce moment du XX' siècle est
publiée pour décrire les 11 Biles qui le composent, pour
faire revivre les hommes et les sociétés des temps
passés, pour faire l'inventaire des richesses que leur
offre leur environnement et dresser le tableau de la vie
quotidienne dans la Polynésie d'aujourd'hui.
Une encyclopédie de toute la Polynésie fran¬
çaise : si Tahiti et sa capitale Papeete restent l'organe
vital du Territoire, il est aussi vrai que les archipels qui
le composent jouent un rôle déterminant. Par
conséquent, tout au long des 9 volumes de l'Encyclo¬
pédie, Australes, Tuamotu, Gambier, Marquises et
Société sont évoqués, à la fois pour leur appartenance
à l'ensemble polynésien et pour leurs caractères
spécifiques. Ainsi, qu'il s'agisse d'histoire, d'archéo¬
logie, d'économie ou de l'étude des milieux naturels,
l'Encyclopédie apporte un témoignage de la richesse
et de la diversité des îles.
Une encyclopédie thématique : dans cet esprit, une
énumération alphabétique des sujets serait apparue
comme une restriction à l'ampleur du propos. Alors
que la répartition de ces 9 volumes en thèmes
successifs permet une compréhension plus complète
plus profonde des sujets, où l'on verra que, bien
souvent, l'exploration du passé éclaire les conditions
du présent et les possibilités de l'avenir.
et
Une encyclopédie visuelle : à notre époque où la
communication par l'image joue un si grand rôle, il
paraît évident de lui donner une place prépondérante
un
ouvrage de cette importance. .Cartes,
schémas, dessins et photographies occupent plus de
la moitié des pages, ajoutant ainsi à l'information écrite
une vision concrète et attrayante de celle-ci.
dans
Une encyclopédie pour tous : qu'il s'agisse du
peuplement de la Polynésie et de sa culture ancienne,
de ses ressources et de la gestion attentive de son
environnement, ou de l'état actuel de son organisation,
il va de soi que le désir de la connaissance passe par le
plaisir de son approche. Textes et illustrations ont
donc été conçus dans un souci de simplicité qui laisse
intacte la rigueur scientifique. Dans chaque volume,
une bibliographie permet de connaître les sources de
la documentation ou d'aller plus avant dans l'étude
d'un sujet. Enfin, un index et un glossaire éclairent les
termes techniques et facilitent ia lecture.
Une encyclopédie des Polynésiens : un ouvrage de
cette conception représente un outil de travail pour les
enseignants, une source de références pour les élèves
étudiants, un moyen d'information pour tout
esprit curieux. Il permet à tous ceux qui sont nés ou qui
vivent en Polynésie de la mieux connaître et, pour tous
ceux de l'extérieur, de découvrir une image différente
de celle des cartes postales.
Mais, ies dimensions de l'Encyclopédie de la Polynésie
dépassent ces aspects pratiques. Comme tout pays en
plein essor, la Polynésie française est confrontée à ce
défi que constitue l'insertion de sa croissance démo¬
graphique et économique dans le cadre géographique
et politique qui est le sien. Des 9 volumes de cet
ouvrage se dégagent l'historique et le bilan des
ressources dont dispose ce pays. En conséquence
directe, ils mettent l'accent sur ses richesses potentiélles, mais aussi sur la fragilité des équilibres naturel
et humain dont chaque Polynésien est le garant.
et les
En couverture ; détail d'un tapa de Tahiti (Peabody
Muséum of Salem, Massachusetts, cl. Mark Sexton).
“Homme et femme de
Nuku-Hivâ”, 1843, dessin de
Radiguet (Service historique de la Marine, Paris,
cl. Claude Rives).
M.
ENCYCLOPEDIE
DE
LA POLYNESIE
ENCYLOPÉDIE DE LA POLYNÉSIE
Editée et produite par Christian Gleizal
© 1986 C. Gleizai/Multipress pour la première édition
Tous droits réservés. Il est interdit de reproduire, d'utiliser dans une banque de
données ou de retransmettre par quelque moyen que ce soit cet ouvrage,
partiellement ou totalement, sans l'autorisation préalable écrite des éditeurs.
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ENCYCLOPEDIE DE LA POLYNESIE
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la vie quotidienne
dans ia Polynésie
d’autrefois
Ce cinquième voiume de l’Encyciopédie de ia Poiynésie a été réaiisé sous ia direction de :
Docteur en
Anne Lavondès,
Ethnoiogie, Ingénieur de recherche à i’O.R.S.T.O.M.,
avec ia coliaboration de : Alain Babadzan, Docteur en Ethnoiogie, Chargé de cours à i’Université de Paris X, Nanterre,
Membre de i’U.A. 140 du C.N.R.S., Jean-François Baré, Docteur d’État ès lettres et Sciences humaines.
Chargé de recherche à i’O.R.S.T.O.M., Michel Charleux, Licencié en Sciences naturelies. Maître en Archéoiogie, Enseignant,
Membre de l’U.A. 275 du C.N.R.S., Éric Conte, Maître ès lettres et D.E.A. d’Archéologie,
U.A. 275 du C.N.R.S. et Département d’Archéologie du Centre Polynésien de Sciences Humaines, Catherine Orliac,
Docteur en Archéologie, Chargée de recherche au C.N.R.S. (U.A. 275), Michel Orliac, Diplômé du C.R.P.P. (Sorbonne),
Technicien supérieur au C.N.R.S. (U.A. 275),
et la collaboration des organismes suivants : Centre National de ia Recherche Scientifique,
Centre Polynésien des Sciences Humaines, Département d’Ethnologie de l’Université de Paris X, Nanterre,
Laboratoire d’Ethnologie Préhistorique (C.N.R.S., U.A. 275),
Laboratoire d’Ethnologie et de Sociologie Comparative de l’Université de Paris X, Nanterre (C.N.R.S., U.A. 140),
Musée de Tahiti et des Iles, O.R.S.T.O.M. (Institut français de recherche scientifique pour le développement en coopération).
Conception et production : Christian Gleizal
Maquette et coordination de la réalisation technique : Jean-Louis Saquet
Assistante de production : Catherine Krief
Illustrations : Catherine Visse et Jean-Louis Saquet
Documentation : Pierre Montillier, Paris, et Celestine Dars, Londres
Photographies : J.-M. Arnaud, B. Bird, J.-Cl. Bosmel, J. Bouchon, J.-L. Charmet, J.-M. Chazine, E. Conte, K.P. Emory, M. Folco,
M. Frimigacci, E.S.C. Handy, M. Isy-Schwart, A. Lavondès, G. Lewin, C. Orliac, M. Orliac, J. Oster, P. Ottino, H. Ouwen,
F. Ravault, C. Rives-Cedn, A. Ropiteau,-J.-L. Saquet, M. Sexton, J.F.G. Stokes, A. Sylvain, B. Vannier, G. Wallart.
photographies autres que celles confiées par leurs auteurs ou leurs agences sont publiées avec l’autorisation
des sociétés ou organismes suivants :
Dans le Pacifique : Musée de Tahiti et des Iles, Tahiti ; Opatti, Tahiti ; Musée Néo-Calédonien, Nouméa ; Dixson Library, Sydney ; Mitchell Library,
Sydney ; National Library of Australia, Canberra ; The Alexander Turnbull Library, National Library of New-Zealand, Wellington ;
Auckland Instituts and Muséum ; Otago Muséum, Dunedin ; Bishop Muséum, Honolulu.
En Europe : Archives Nationales, Paris ; Bibliothèque Nationale, Paris ; Hôpital d’instruction des Armées de Brest ;
Musée des Antiquités Nationales, St-Germain-en-Laye ; Musée d’Aquitaine, Bordeaux ; Musée des Beaux-Arts de Lille; Musée de l’Homme, Paris ;
Musée Municipal des Beaux-Arts de Rochefort-sur-Mer ; Muséum National d’Histoire Naturelle, Paris ; Muséum d’Histoire Naturelle de Grenoble ;
Muséum
d’Histoire
Naturelle
et
d’Ethnographie de La Rochelle ; Service Historique de la Marine, Paris.
British Muséum, Londres ; Ethnografiska Museet, Stockholm
Musée d’Ethnographie, Genève ; Musée d’Histoire de Berne ;
Musées Royaux d’Art et d’Histoire, Bruxelles ; Muséum für Vôlkerkunde, Vienne ; National Maritime Muséum, Greenwich ; Pitt Rivers Muséum,
Oxford ; Royal Muséum of Scotland, Edinburgh ; University Muséum of Archaeology and Anthropology, Cambridge.
En Amérique du Nord : Archives Publiques du Canada, Ottawa ; Metropolitan Muséum of Art, New York ; Peabody Muséum of Natural Histqry,
Yale University, New Haven ; Peabody Muséum of Salem ; Yale Center for British Art, New Haven.
Les
L’illustration de ce volume a plus particulièrement fait appel aux collections du Musée de Tahiti et des Iles,
grâce à la collaboration de sa directrice M. Lehartel, de V. Mu-Liepman, conservateur, et de H. Ouwen,
assistant conservateur chargé des collections.
Des collections privées nous ont été rendues accessibles grâce à l’obligeance de leurs détenteurs :
Mme Adélaïde de Ménil, New York ; M. Yves du Petit-Thouars, Indre-et-Loire ; M. Pierre Loti-Viaud, Sceaux.
CHRISTIAN GLEIZAL / MULTIPRESS
Ces grandes pirogues
doubles ont disparu à la
fin du XVIII® siècle, peu
après l’arrivée des
Européens.
Faites pour la guerre,
mais aussi pour la
parade, elles résument
un peu ce qui existait à
Tahiti au moment des
un
sachant fabriquer de
impeccables de 160
pirogues doubles,
Ce tableau, conservé au
sculpteurs, des artisans
somptueux ornements,
etc.
Sur ce tableau, réalisé
par le dessinateur
W. Hodges à partir de
propres croquis,
mais après son retour en
ses
premiers contacts : une
société particulièrement
organisée et
sont peintes devant un
pouvoirs sacrés, qui
de Huahine.
C'est à Tahiti, àu cours
de son deuxième voyage
dans le Pacifique, que le
hiérarchisée avec ses
chefs et ses prêtres
pourvus d'autorité et de
sens du prestige ; des
spécialistes aux
étaient aussi des experts
dans l'art de la guerre.
grand
d’habiles constructeurs
de pirogues, des
Angleterre, les pirogues
paysage représentant le
rivage de Fare dans l’île
capitaine Cook observa,
avec ses
compagnons,
rassemblement et les
manœuvres
National Maritime
Muséum de Londres, a
été illustré et commenté
par R. Joppien et
B. Smith (1985).
Avant-propos
Depuis le tout début de notre ère et peut-être même avant, des Polynésiens avaient réussi à s’établir dans les
archipels les plus orientaux de
rOcéanie. Ils sont sortis de leur isolement pour
émerger de la préhistoire telle que la définissent les Occidentaux, au moment où ceux-ci
les faisaient connaître, par l’écriture, au reste du monde. C’est surtout à
partir de 1767 que s’est produite la découverte réciproque
de deux cultures bien différentes. En quelques années, les habitants des
Tuamotu, des îles de la Société, des Australes, des Marquises,
des Gambier, vont faire connaissance avec ces
représentants de l’Europe que sont les navigateurs comme le capitaine Cook,
mais surtout avec ce qu’ils apportent : le métal, les armes à
feu, l’alcool, le commerce, d’autres façons de vivre et de penser et, très vite,
le christianisme. Les relations, d’abord brèves et
irrégulières, vont devenir permanentes après l’arrivée à Tahiti, en 1797,
des premiers missionnaires anglais.
Les divers effets du contact, l’adoption de valeurs nouvelles
changèrent rapidement les modes de vie des Polynésiens. ■
Ils eurent pour conséquence une transformation
profonde des modèles culturels et la disparition de ceux qui étaient inséparables
de la religion traditionnelle. La mémoire collective en subit le choc au
point que la tradition orale n’a pu transmettre une image fidèle
du passé polynésien antérieur à la christianisation.
Dans ces conditions, la recherche des faits sociaux et matériels
qui, dans leur complexité, faisaient l’originalité et la richesse des sociétés
polynésiennes d’autrefois, n’est pas facile. Ce domaine de l’ethnologie qu’il est devenu habituel d’appeler
“anthropologie culturelle” et qui a
pour vocation d’étudier une société particulière dans sa persistance et ses transformations, doit devenir aussi
“historique”.
Beaucoup de questions se posent alors au chercheur, surtout sur le temps et sur la valeur des diverses sources écrites ou
iconographiques
dont il dispose. Les documents écrits entre 1770 et 1830 restent
précieux, malgré leurs lacunes et leurs défauts, particulièrement quand
ils sont des témoignages directs. Ils sont souvent mis à contribution dans ce
cinquième volume de l’Encyclopédie de la Polynésie
capables de jalonner valablement cette piste en pointillé que constitue
la recherche du passé. Chacun de nous l’a fait suivant sa
spécialité et ses connaissances. L’archéologue, par exemple, a utilisé surtout
son expérience directe des
vestiges de la préhistoire pour décrire l’outillage Ethique.
Nous aurions souhaité que la parole des Polynésiens d’autrefois se fasse entendre
davantage, mais (hélas 1) bien rares sont les ouvrages
où elle a été scrupuleusement transcrite. C’est
pourquoi nous avons tous puisé abondamment dans le désormais classique
“Tahiti aux temps anciens” de Teuira Henry,
malgré ses imperfections. Nous avons utilisé aussi des informations fournies par le présent
quand elles pouvaient contribuer à éclairer le passé, grâce à la tradition orale ou par la persistance de
techniques et d’habitudes
authentiquement polynésiennes. Une des difficultés de ce projet, en raison de l’abondance des sujets à traiter et de la
spécialisation
des auteurs, plutôt axée sur les îles de la Société, était de bien
distinguer et de mettre en évidence l’identité culturelle et les particularités de
chaque archipel. Nous avons essayé de le faire clairement, chaque fois que c’était possible et nécessaire, sans
pour autant faire
éclater en petites unités artificiellement étanches des
groupes sociaux qui, à bien des égards, partageaient les principales caractéristiques
d’un héritage commun (langue,
techniques, utilisations des ressources, etc.).
Nous avons voulu que les illustrations,
particulièrement abondantes et souvent peu connues, surtout dans leurs coloris originaux,
ne soient pas seulement décoratives. Elles viennent en
interdépendance avec le texte pour qu’ils se complètent et s’enrichissent mutuellement.
Une très large place a été accordée à la culture matérielle et donc aux
objets. Ils n’ont pas toujours un intérêt irréfutable :
comme les textes ou les
images, ils doivent être soumis à la critique. Mais les plus valables restent des témoins irremplaçables d’une
époque
où se manifestaient à travers eux les
croyances, le savoir et les remarquables qualités artistiques des Polynésiens. Les
coH^fcns
du Musée de Tahiti et des Iles sont particulièrement bien
représentées, d’abord pour leur valeur propre, mais aussi pour
dlleure
connaissance que j’en avais après avoir été longtemps conservateur dans ce musée et en avoir
assuré la direction de 1976
Je suis reconnaissante à sa directrice actuelle, M.
Lehartel, de m’avoir permis d’utiliser ici cette expérience. Il était impossible
infermer
toute une culture en si
peu de pages ou même de restituer un peu plus de la fraîcheur originale et de la diversité vivante de cen
R passé.
Comme l’arbre de la légende polynésienne de Hiro, “il est si vieux
qu’il n’a plus de feuilles... C’est un vieil arbre tout tordq^
plein de noeuds et creusé par la pluie”. Je remercie mes cê^jj^^s d’avoir accepté de retrouver avec moi un
peu
où nous avons essayé de retrouver et de mettre en relations les indices
de ce tronc ancien et de ses racines.
Anne LAVONDÈS
■1.^
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m
Sommaire
1 Outils et techniques avant l’arrivée du métal
Choix et débitage des roches. Façonnage des outils
12
14
Fabrication des herminettes
16
L’herminette : caractéristiques
L’herminette : répartition géographique et chronologique
18
■
m.oruac
Les matériaux et leur acquisition
9
20
Préhension et emmanchement
22
Outils et travaux
25
Les types architecturaux en Polynésie
2 Les habitations de Polynésie
'
c. oruac
Les bâtisseurs
28
Lao
Les matériaux de construction
Construction d’une maison à caractère exceptionnel aux îles de la Société
32
L’aménagement intérieur, le mobilier et le décor architectural
34
Diversité fonctionnelle des maisons tahitiennes à la fin du XVllP siècle
36
L’homme et la mer
E. CONTE
41
Nature et surnaturel
44
Les embarcations de pêche
L’équipement du pêcheur
Pêche de lagons et de récifs
Les pêches du proche large
46
48
50
La mer, source de matières et de divertissements
52
La navigation hauturière : un art disparu
54
Ressources, échanges et consommation
et
64
La noix de coco
66
Les repas
Propriété, exploitation et répartition des ressources
68
Drogues et médicaments
70
Le corps,
Le corps
75
Le tatouage
85
89
92
fait mal interprété
les dessins originaux sur
a en
96
lesquels la mère est
long pareu
porte les cheveux
99
vêtue d'un
101
et
courts. Ici la coiffure et
le costume sont
103
106
masculins.
grand intérêt
ethnographique pour
Tahiti.
Dessinateur lors du
1er voyage de Cook qui
dura trois ans, il mourut
peu avant le retour.
Page suivante :
Vue de la baie de
Vaiteplha. Sur cette
aquarelle de J. Webber,
exécutée lors du dernier
voyage de Cook, on
distingue les unités
d'habitation telles
qu’elles se présentaient'
A. Lavondès
A. Lavondès
La parure aux îles
M. Charleux
A. Lavondès
Marquises
Ornements des îles de la Société et des archipels
A. Lavondès
A. Lavondès
...
Rang et prestige
A. Lavondès
Arts plastiques ; les représentations
Formes et volumes
L’art des îles Marquises
Langage et littérature orale
La musique
Danses, danseurs et art dramatique
Les jeux,.les sports et la guerre
,,
111
111
112
114
116
117
119
Le jeu sur les mots
BARÉ, A. LAVONDÈS
J.-F. Baré
J.-F. Baré
Sports d’adultes et sports collectifs
Sports de lutte et sports guerriers
La guerre : sa place dans la société
Contextes et pratiques de la guerre
Jeux et guerre dans les autres archipels
J.-F. Baré
Les'statuts sociaux
124
La mise au monde
126
Enfance et adolescence
128
Le mariage
130
J.-F.
Jeux d’enfants
8 De la naissance à la mort
121
A. LA VON DÈS
Art, artistes et société
J.-F. Baré
J.-F. Baré
J.-F. Baré
A. Lavondès
A. BABADZAN
La maladie et la mort
à Tahiti à la fin du
XVIII® siècle : maisons
132
La mort et l’au-delà
134
Les funérailles d’un chef tahitien
137
Index
pirogues.
,140
Bibliographie
pour dormir, pour se
nourrir, et hangars à
LAVONDÈS. M. CHARLEUX
Les arts
coloriée, d'après
S. Parkinson. Le graveur
J. Banks, fit de
nombreux dessins d’un
A.
Le tapa
Les vêtements
87
Sydney Parkinson
(1745-1771), peintre
naturaliste engagé par
le vêtement et la parure
73
83
Adulte et enfant aux îles
de la Société. Gravure
de T. Chambers
tubercules
Cuisson des aliments
62
78
LAVONDÈS
Préparation et conservation des fruits, racines
60
81
A.
Les ressources terrestres
57
7
m
Outils et techniques
avant l’arrivée du métal
es
témoignages sur la vie quotidienne des Polynésiens à l’époque des premiers
contacts avec les Européens sont nombreux, mais l’attention des nouveaux venus
plus souvent sur les produits finis que sur les étapes de leur fabrication,
option des outils de métal a précédé celle des Idées nouvelles et, si les
îionnaires ont relaté la progression de ces dernières, il ne s’est pas trouvé d’artisan
r décrire le passage de l’herminette de pierre à la hache de métal. Dans cette
jre polynésienne où la matière et l’esprit n’étaient pas dissociés, l’abandon des
îrlaux traditionnels, et probablement celui du rituel qui accompagnait leur
sformation, a engagé le processus de rupture avec les dieux des ancêtres.
L’archéologie est encore trop neuve en Polynésie pour apporter des informations
a brève période de transition technologique pendant laquelle le métal a remplacé
erre, la coquille et l’os ; elle révèle cependant un outillage beaucoup plus diversifié
ne le laissaient supposer les sources ethnohistoriques.
Les techniques employées avant l’arrivée du métal transparaissent toutefois dans
idition orale par des descriptions souvent plus précises que celles données parles
ipéens. Ces techniques ont été également en partie conservées dans le
ait
bulaire ancien recueilli à
6
un
moment où elles étaient encore vivaces dans la
que ou dans le souvenir. Enfin, au début du XX® siècle, les ethnologues ont extrait
monde déjà profondément acculturé des parcelles de la vie matérielle d’autrefois.
S matériaux et leur
quisition
et le sable. Tous ces matériaux sont accessibles
sur
matériaux
natériaux que les Polynésiens utilisaient,
;nt
«>
à
coquille des mollusques, le bois, les dents et les
os, la peau des requins, le piquant des oursins
peine transformés,
pour
leur
âge, étaient les roches volcaniques,
as les concrétions des grottes, le corail, la.
les
îles
hautes,
mais
sur
les
atolls,
dépourvus de roche dure, les outils lourds
étaient confectionnés dans la coquille des
mollusques. L’approvisionnement des îles
basses en roches dures pouvait parfois
s’effectuer sous forme d’échanges avec les îles
hautes, celles-ci recevant des nacres contre des
herminettes.
Les matières dures d’origine animale (ou
humaine) transformées en outils étaient, pour
la plupart, collectées à l’occasion de la
recherche de la nourriture ou d’autres activités
(guerre). L’acquisition des roches pouvait être
un simple ramassage ou bien faire l’objet de
l’exploitation plus ou moins intensive des gîtes
minéraux.
Acquisition des roches
Les roches propres à la fabrication des outils
(basaltes, phonolite, trachyte, dolérite) sont
très largement répandues sur les îles hautes.
Elles étaient nommées ara, haoa aux îles de la
Société. Le tranchant des outils se disait arara,
ina et aussi mata, nom du verre volcanique en
Polynésie : ce dernier, couramment employé
Polynésie occidentale, à l’île de Pâques et à
Hawaii, est rare en Polynésie centrale,
cependant il en existe un gîte dans la presqu’île
de Tautira à Tahiti, dans un petit affluent de la
Vaitepiha portant le nom de Temata. A
Mangareva, les roches utilisables sont
désignées par les vocables po’atu maori, kina,
en
iva, koma, ke’o tamata et ke'o taki.
L’adoption rapide du métal par les Poly¬
a entraîné
un déclin fulgurant du
travail de la pierre, aussi les témoignages sur
les techniques d’acquisition des roches sont-ils
très rares ; jusqu’à aujourd’hui, l’archéologie
ne les a dévoilées que très partiellement. Les
nésiens
Fendoir à ’uru, en bois
dur, Tahiti.
L’équipement des
Polynésiens faisait
appel à une diversité de
matériaux que les
découvertes
archéologiques rie
reflètent que très
rarement.
Que resterait-il de ces
objets et en particulier
des plumes et des liens
de fibres végétales ?
Au pire la lame
d'herminette et le penu,
au mieux la nacre et l'os,
exceptionnellement
quelques objets en bois
fibres.
C’est ainsi qu'il ne reste
rien du prolifique
artisanat végétal des
ou en
'{^wté
^ (yt(?njû,s, o/jne. ^A'a^à'ed crjf
temps anciens.
Gravure d'après
S. Parkinson.
9
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D'AUTREFOIS
•1
d’habitat anciens sont généralement
parsemés d’éclats et d’outils en pierre, parfois
regroupés en amas de rejets, où sont mêlés
éclats de débitage et fragments d’outils brisés
sols
en cours
de fabrication ou lors de leur utilisa¬
tion. Ces amas, parfois importants, ne doivent
être confondus avec les ateliers, lieux
spécialisés dans la fabrication ou l’utilisation
de certains types d’outils. Ces amas de rejets,
situés à proximité des habitations, montrent
parfois une grande diversité pétrographique
qui rellète le caractère non spécialisé de
l’acquisition des matières premières : c’est
dans 60 blocs de roches ou galets différents
qu’ont été débités 270 des éclats couvrant les
pas
sols d’habitat
anciens d’un abri-sous-roche
de la Papeno’o.
pierre employé le plus
massivement était un outillage d’éclats bruts
ou
à
peine aménagés que chacun
de
la
vallée
L’outillage
de
moyenne
confectionnait
pour son propre usage en
choisissant les matériaux les plus appropriés
offerts par les pentes des collines, le lit des
torrents et des rivières et les plages de la mer.
Les outils plus élaborés (herminettes, ciseaux,
pilons) ont souvent été façonnés, eux aussi,
dans des matériaux de fortune, en général des
galets.
Des fiions de roche
basaitique dense et à
grain fin, parfois propres
à la fabrication d’outils,
traversent des nappes
de roche plus tendre.
10
de
roche
exploité selon les besoins, sans qu’il y ait,
cependant, ouverture d’une carrière
d’extraction. C’est sans doute ce type de gîte
qui a été signalé à J. Wilson lors de son tour de
Tahiti
en
1797
:
“Les collines fournissent...
pierre noirâtre qui semble être une lave, en
blocs de 2,40 m à 3 m de long et 0,12 à 0,30 m
d’épaisseur et dont ils” (les Tahitiens)
“faisaient autrefois leurs outils de pierre ; elle
est d’un grain fin, quoique pas très dure ni
sujette à éclater, ce qui répond le mieux au but
des indigènes, car ils pouvaient ainsi lui
donner plus facilement un tranchant”. Cette
description évoque les colonnes de basalte
prismatique qui ont pu être exploitées là ou la
qualité de la roche le permettait ; mais ces
prismes ne sont pas d’un débitage facile et ils
contiennent souvent de gros cristaux.
Les roches de qualité exceptionnelle,
pour la finesse de leur grain et leur résistance,
ont parfois été extraites en carrière ou même
en
galerie, comme dans la vallée de la
Papeno’o à Tahiti, et diffusées loin de leur
gîte, comme les basaltes à grain fin de Eiao (île
au nord des Marquises) et de Maupiti (île de
l’archipel de la Société).
A Eiao, “de petits ateliers existent sur
une
l’île, mais assez curieusement, le centre
de cette industrie semble avoir été au sommet
toute
En haut :
Acquisition des roches.
affleurement
Lorsqu’un
favorable au débitage était situé à proximité
des lieux d’habitat, il pouvait également être
A gauche :
Déchets d’extraction et
de taille de la pierre.
Ces éclats sont associés
à quelques préformes
d’outils et à des ratés
de fabrication.
d’une haute crête courant le long du côté sud
de l’île, à une distance considérable de toute
de matière première” (R. Linton). Les
source
produits de débitage (petites herminettes et
•
o
OUTILS ET TECHNIQUES AVANT L'ARRIVÉE DU MÉTAL
ciseaux) étaient exportés non finis dans toutes
les îles du groupe nord des Marquises, semblet-il.
A Maupiti, les trachytes noir jais qui ont
la réputation de Tîle, étaient extraits
principalement d’une carrière de Tefarearii.
Cette roche a été taillée pour confectionner,
outre les pilons dont la forme caractéristique
permet de suivre la diffusion à travers tout
l’archipel de la Société, des herminettes et
d’autres outils dont la trace est plus difficile à
suivre en raison de l’absence d’analyse
pétrographique des objets.
A Tahiti, dans la vallée de la Papeno’o,
une roche voisine de celle de Maupiti, au
fait
moins par sa couleur noire et la finesse de son
grain, provient d’un filon exploité par une
galerie profonde de 9 m, haute au maximum
de 4 m et large uniformément de 80 cm
(largeur du filon) ; la cavité représente
l’extraction de vingt mètres cubes au moins de
matière première. La roche se délite en
prismes parcourus de fissures qui ne per¬
mettent pas d’obtenir de bloc mesurant plus
de 25 cm sur 15 cm sur 11 cm. Le débitage et le
façonnage de ces blocs étaient effectués à
l’extérieur de la galerie, en un lieu encore
inconnu. Cette roche était vraisemblablement
réservée à des outils de prestige confectionnés
par des artisans spécialisés.
Les colonnes
prismatiques de basalte,
faciles à extraire,
ont pu être débitées
pour fabriquer des outils.
Basalte grossier dans
lequel s'est injecté
le basalte à grain fin
exploité (en noir)
Mine de la Papeno’o .
Dans la vallée de la
Papeno'o, un filon
vertical de roche noire,
facile à débiter et
Éboulis pénétrant
dans la galerie '
prenant un très beau
poli, a été extrait sur au
i
V'
moins 4 m de haut et 9 m
de profondeur ; ce type
d'exploitation est
exceptionnel. A :
coupe longitudinale.
B : coupe transversale.
Vue de l’intérieur vers
l'ouverture
Le filon, large de 0,80 m,
a été extrait jusqu'à ses
faces de contact (ou
.
épontes) avec la roche
encaissante ; les parois
ne portent pas de trace
d'outil.
A droite :
Quelques-uns des plus
gros déchets
d’extraction de la mine
de la Papeno’o. Ils ne
comportent ni préforme
d’outil, ni raté de
fabrication : les blocs
extraits, sommairement
dégrossis, à i'intérieur,
étaient tailiés à
l'extérieur de cette '
gaierie très exiguë.
11
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
Choix et débitage
des roches
les ondes de choc suivent des plans de cassure
préexistants dans la roche. La plupart des
roches
de
Polynésie utilisées pour la
confection des outils sont à cassure conchoïdale. 11 en existe d’autres “micro-feuilletées”
Façonnage des
outils
Choix de la matière première
Le premier geste technique est celui du choix
de la matière première. Lorsque l’on parcourt,
petit matin, les vastes étendues de galets du
de la Papeno’o, certains gardent plus
longtemps que d’autres l’humidité de la rosée
nocturne ; c’est parmi ces galets que se
trouvent la plupart des roches propices au
débitage. Si la forme du galet convient à
au
lit
l’extraction d’éclats, il est testé au son, en le
dont la cassure, conchoidale près du point
d’impact, suit des plans de clivage en s’en
éloignant ; les éclats obtenus sont alors très
plats.
Le débitage du bloc de roche brut n’est
possible que si celui-ci présente une morpho¬
logie propice à l’obtention d’éclats : il est
impossible d’extraire des éclats d’une sphère
ou d’une forme trop arrondie ou trop épaisse ;
la force musculaire seule ne permet pas de
débiter un très gros galet ou un prisme de
basalte. Il est cependant possible d’y parvenir
en projetant le bloc contre d’autres roches,
lorsque son poids le permet, ou même de
lancer, depuis un échafaudage, des blocs sur
celui que l’on veut débiter. Un autre procédé,
plus économe d’énergie musculaire, consis¬
terait à fragmenter le bloc par l’action
conjuguée du feu et de l’eau. La première
méthode, encore utilisée en Papouasie, est
hypothétique mais vraisemblable ; la seconde,
qui permettait de débiter (sans que l’eau
n’intervienne) les coquilles de bénitiers aux
Tuamotu, n’a pas été confirmée archéologi¬
quement pour le débitage des pierres, mais
reste cependant tout à fait possible.
Façonnage des outils
Le débitage de la pierre avait deux buts
principaux : la production d’éclats tranchants,
utilisés bruts ou à peine aménagés, et la
recherche de supports d’outils, c’est-à-dire de
frappant légèrement avec une autre pierre :
une
note
aiguë (cristalline) annonce un
débitage aisé ; un son sourd, mat, est le
présage de difficultés immédiates : ténacité
trop forte ou, au contraire, fissures, clivages,
gros
cristaux. L’enlèvement d’un éclat
confirme, si besoin est, cette première
approche. Le galet peut être ensuite débité sur
place, dans le lit de la rivière, ou emporté sur le
lieu d’habitat ou de travail. Ces stades initiaux
de
la
connus
chaîne
opératoire du débitage sont
de tous les archéologues qui reconsti¬
les techniques de taille par l’expéri¬
mentation. Un informateur de K.P. Emory,
Tetumu de Faaite (Tuamotu) gardait un
souvenir très précis du choix du percuteur
tuent
au
façonnage des herminettes en
coquille de bénitier : “le percuteur utilisé
devait être en calcaire dur appelé kara ou en
coquille de Tridacne, considérée comme le
meilleur matériau. Un bon percuteur, frappé
d’un coup sec, devait rendre un son mat,
appelé langi manni. Une pierre très dure était
appelée langi oro ; moins dure, elle était
appelée langi ranga. Si le son était “étiré,
destiné
...
traînant” (comme celui d’une voix traînante :
laere), il était qualifié de langi ororeva et
indiquait que la pierre n’était pas bonne, La
même échelle de tons était employée pour
juger la sonorité d’une planche de pirogue ou
d’un poteau de maison”.
Débitage des roches
Les roches sont souvent utilisées dans leur
forme naturelle pour
des outils comme les
percuteurs ; elles sont alors choisies parmi les
plus denses et les plus tenaces. Certaines
roches,
se
délitant
en
plaques peu épaisses,
peuvent être sciées en creusant sur chaque face
des sillons opposés à l’aide d’une autre pierre
et d’un abrasif. Mais s’il s’agit d’extraire d’un
bloc arrondi des outils au tranchant affilé, ou
de lui donner une forme aussi complexe que
celle d’une herminette à tenon, alors il n’existe
qu’une technique, vieille comme l’humanité,
celle du débitage par éclats, applicable à
toutes les roches dont la fracture est dite
conchoidale. Ce type de roche, homogène et à
grain relativement fin, est caractérisé par la
forme en
coquille de la fracture que
produisent les ondes de choc au voisinage du
point d’impact du percuteur. Ce mode de
fracturation s’oppose au clivage, dans lequel
Acquisition des roches.
Les rivières contiennent
dans ieurs aiiuvions
les roches de tous
les terrains
qu'elles traversent.
Après quelques
kilomètres de transport
et des millions de chocs,
seules les roches dures
résistent sous forme
de galets. Les vastes
étendues de galets du lit
des grandes rivières
offraient ainsi en
libre-service toutes
les variétés de roches
utiles à la fabrication
des outils.
Vallée de la Papeno'o
(Tahiti).
OUTILS ET TECHNIQUES AVANT L'ARRIVÉE DU MÉTAL
de matière première présentant des
biseaux propices à la taille par éclatement,
blocs
auxquels il est aisé de donner
déterminée. 11
nésiens aient
ne
une forme
semble pas que les Poly¬
développé la technique de
production d’éclats longs, ou lames qui
implique une préparation particulière du bloc
de matière et une stratégie d’extraction très
spécialisée (débitage laminaire). Mais il arrive
qu’au cours du débitage des éclats longs soient
obtenus ; ils sont alors souvent choisis comme
d’outils. Les noyaux de matière
première, ou nucléus, dont sont extraits les
éclats présentent, à leur abandon, la forme de
blocs
prismatiques, de polyèdres ou de
disques.
A l’aide d’un percuteur de pierre dure et
supports
lourde, dont il est difficile de savoir s’il était
toujours tenu à la main ou parfois emmanché,
chocs
portés
général sur la face
(face inférieure ou
revers) permettent, par le détachement
d’éclats contigus, de supprimer ou d’aviver un
tranchant, d’aménager une zone de préhen¬
sion ou plus généralement de “dégrossir” le
support ou de lui donner une morphologie
préfigurant celle de l’outil définitif : c’est la
préforme, ou ébauche. Lorsqu’il s’agit d’outils
simples (racloirs, grattoirs, perçoirs), la forme
définitive est acquise à ce stade ou en
employant ensuite un percuteur plus léger, ou
retouchoir qui, par l’enlèvement d’esquilles
(retouches), permet de régulariser les bords.
Avant l’émeulage (ou polissage), la finition
des outils plus élaborés (ciseau, herminette,
pilon) est exécutée par écrasement des
aspérités à l’aide d’un percuteur plus ou moins
pointu.
des
d’éclatement
de
en
l’éclat
le frappant contre
bloc-enclume (e) ;
obtient ainsi
des éclats-supports
d’outils de grande
dimension,
b. Des éclats
relativement grands
en
un
on
peuvent être détachés
à l’aide d’un percuteur
lourd frappant le bloc
posé sur la cuisse ou
le sol.
Cette technique
sur
Au-dessous :
Les règles du
débitage.
L’expérimentation
montre que les chocs
A et B portés sur le
bloc 1, de forme
sphérique, ne détachent
pas d’éclat, de même
que le choc A sur le
bloc 2. Par contre,
les chocs B, B’, portés
sur une
partie en biseau,
débitent aisément
ce même bloc.
Sur le bloc 3, le choc A
n’est suivi d’aucun effet,
alors que B, porté au
bord du bloc sur un
s’applique également
aux blocs plus petits
angle voisin de 90',
permet des extractions.
La recherche d’“angles
tenus dans la main.
de chasse” inférieurs à
90“ guidait le tailleur de
pierre dans le choix du
bloc de matière
première, puis dans sa
stratégie de taille.
Au cours du débitage,
des "biseaux” devaient
être constamment
prévus pour ne pas
aboutir à
une
impossibilité
de fracturation.
A
/
A
/ \
angle de chasse
angle d’éclatement
bulbe de percussion
Débitage des roches.
Les gros blocs, dont
le débitage est
impossible à l'aide
d’un percuteur,
pouvaient être
fragmentés par
projection d’autres
blocs, ou par projection
d’autres blocs,
comme le font
ces Maoris depuis
le haut d'un rocher
sur
(d’après un tableau
du XIX' siècle conservé
au Musée d'Otago,
Nouvelle-Zélande).
B
I «
«
'lancettes” convergeant
le point d’impact
vers
talon
pian de frappe
/
'
point d impact
.
,
bord droit
L’éclat obtenu par
percussion d’une roche
à cassure conchoïdaie
présente des caractères
constants qui
permettent de
le distinguer de
la fracture produite
par des différences
de température (éclat
thermique) ou
par d’autres causes
de fragmentation
des minéraux.
ondes de fracture
centrées sur le
point d’impact
face supérieure ou avers
portant la surface naturelle du bloc
débité ou les facettes formées par
le départ des précédents éclats
profil droit
face inférieure ou revers
ou face d’éclatement (ou
encore face de fracture)
13
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
Fabrication
des herminettes
section transversale quadrangulaire, peuvent
être utilisées brutes détaillé, émeulées partiel¬
lement ou totalement.
Façonnage des préformes
L’examen de la succession des séries d’enlè¬
vements
visibles
sur
les herminettes
n’ayant
pas subi de piquetage ni d’émeulage permet de
comprendre leur mode de façonnage. De
nombreuses herminettes ont été fabriquées
selon
la
technique très simple décrite
précédemment, c’est-à-dire en taillant les deux
bords d’un éclat à partir de son revers, ou un
galet à partir de sa face la plus plate ; le biseau
de l’herminette est alors souvent constitué par
le tranchant naturel de l’éclat ou aménagé lui
aussi par des retouches. Si le support est épais,
une variante consiste à
prendre ensuite les
bords taillés de la préforme comme plans de
frappe, afin d’extraire d’autres séries d’enlè¬
vements sur tout ou partie de son revers ; cela
permet d’amincir l’objet ou d’en régulariser
l’épaisseur. Si cette retouche n’intéresse que la
du revers opposée au tranchant, on
obtient un tenon d’emmanchement. Ces her¬
minettes très simples, souvent assez plates, à
zone
Les herminettes plus épaisses, à section
triangulaire ou quadrangulaire, sont d’un
façonnage plus complexe. Confectionnées sur
des blocs naturels présentant une forme
adéquate, sur des clivages de gros galets ou sur
des éclats grands et épais, leur préforme est
obtenue par l’extraction de grands éclats,
assez creux, à partir d’une face de l’objet et sur
tout son pourtour, de façon à lui donner une
forme allongée et une section triangulaire ou
quadrangulaire élevée. Puis, en prenant les
deux bords ainsi aménagés comme nouveaux
plans de frappe, il devient facile de détacher,
aussi bien à partir de leur base que de leur
sommet, des séries d’enlèvements destinées à
modifier le profil de l’objet, et à dégager son
biseau et
ensuite
son
tenon
amincis
ceux-ci peuvent être
;
des enlèvements
L’énumération de cette
succession de gestes simples suffit à expliquer
la fabrication de la grande majorité des lames
d’herminettes ; il fallait cependant, dès la
première percussion et à chaque moment du
longitudinaux.
par
débitage, prévoir la morphologie de l’éclat à
venir afin d’amener le facettage de la pièce à la
plus parfaite régularité, pour faciliter les
opérations finales de piquetage et d’émeulage.
Finition de la lame d’herminette
A l’issue du
débitage, la surface de l’hermi-
nette est constituée par un grand
lantes. Ces reliefs doivent être éliminés avant
présenter l’objet sur la meule qui lui
donnera son aspect définitif ; ils seront donc
de
écrasés à l’aide d’un percuteur. Le modelé
arrondi des bords du tenon et de ses raccords
avec les faces de l’herminette sera obtenu par
piquetage, à l’aide d’un percuteur plus ou
moins pointu.
Jusqu’à cette phase des opérations, la
tradition orale reste muette ; par contre, les
travaux de finition, émeulage et polissage,
sont évoqués dans un chant de constructeurs
de pirogues cité par T. Henry :
"A li'i naonao i le lo’i
La surface facettée ainsi
formée est prise à
présentant des plans
de frappe favorables (1),
l’ébauche ou préforme
de l’outil est obtenue
par l’enlèvement d'éclats
périphériques (2).
Lames d'herminettes
simples.
Elles sont souvent
façonnées en taillant
la partie proximale et
la partie distale de gros
éclats larges (1, 2).
L'avers est parfois pris
comme
plan de frappe,
mais en général
les chocs sont portés
sur le revers de l’éclat
(1 : première série
d’enlèvements en bleu,
seconde en rouge),
ce
qui donne à l'outil
trapézoïdale
une section
inversée (3 a).
Le biseau de l’outil
est constitué par
une facette de l'avers
de l’éclat (2, 3).
La lame peut etre
emmanchée brute ou
plus ou moins
iotalement émeulée.
14
“Va chercher et
prends l’herminette
son
Herminette à tenon.
A partir d’un gros éclat,
d'un galet clivé ou
d’un fragment de roche
nombre de
plus d’une cinquantaine),
limitées par des arêtes plus ou moins sail¬
facettes (souvent
tour comme plan
de frappe pour détacher
une nouvelle série
d'éclats qui donnera
à l’ébauche l’épaisseur
voulue (3). Le tenon
(amincissement de
la lamedestinéàfaciliter
l’emmanchement)
est dégagé par une autre
série d’éclats (4).
Le tranchant est
aménagé et le biseau
est façonné par
des éclats parfois
allongés (4).
Puis la forme de
l’ébauche est régularisée
par de petits
enlèvements (5).
L’outil peut être utilisé
à ce stade, après
affûtage du tranchant
par abrasion ; ou bien,
après écrasement
des aspérités à l’aide
d’un percuteur, la lame
peut être émeulée
partiellement ou
en totalité (6).
De multiples variantes
peuvent intervenir dans
cette chaîne opératoire
théorique.
OUTILS ET TECHNIQUES AVANT L’ARRIVÉE DU MÉTAL
/ le ha’a tua mea
Afin qu’elle puisse
faire toutes choses
dormante.
I fa'aina hia te one
Aiguise-la avec du
sable très fin
noté l’extrême
herminettes
:
/ lavai hia i te one
Polis-la avec du
mata huahua
mata
sable grossier”
ri'i"
Faaina (fa'a'ina) est la meule, la pierre à
ou tout ce qui permet d’aiguiser un
outil ; c’est aussi émeuler, affûter ou aiguiser
un outil {J'akakina aux Tuamotu). Tavai est
affûter
Les Européens des premiers contacts ont
fréquence du réaffûtage des
“comme
ses
instruments
s’émoussent vite, chaque ouvrier a près de lui
noix de coco remplie d’eau et
une pierre plate sur laquelle il aiguise sa hache
presque à chaque minute” (S. Wallis). Cette
contrainte a fait abandonner très rapidement
l’herminette de pierre. Lorsque James Wilson,
une
coque de
lors de son tour de Tahiti, en 1797, traversa le
parfaitement uni
(luisant : oindre d’huile) en utilisant de l’eau
(vai), comme taavai : pierre usée, lissée et polie
district de Hitia, ses habitants étaient presque
était effectué à l’aide d’un abrasif et proba-.
blement d’eau. Cette opération s’effectuait sur
des meules dormantes, ou polissoirs, portant
fer, ils répondirent environ une lune” (un
mois) “ensuite combien de temps cela leur
lisser, donner
dans
l’eau.
Le
un
aspect
travail
d’émeulage (tavai)
des cuvettes d’abrasion et des rainures parfois
sur
plusieurs faces.
Aux Tuamotu, le travail de finition par
abrasion des herminettes de basalte ou de
coquille était effectué sur des blocs de corail
appelés punga, qui gisent partiellement
submergés dans l’eau des lagons peu
profonds. Enfin le tranchant était affilé, à
l’aide d’un abrasif, parfois sur la même meule
tous occupés à fabriquer des pirogues ; il leur
demanda “combien de temps cela leur prenait
pour construire une pirogue avec des outils de
prenait autrefois avec leurs herminettes de
pierre : à cette question ils rirent de bon cœur
et ils comptèrent dix lunes”.
Fabrication des herminettes
en
coquillage
Sur
les
atolls, les herminettes étaient
façonnées dans ce gros coquillage bivalve
appelé pahua, bénitier ou Tridacne (Tridacna
maxima) : “Un bord de la coquille était enterré
dans le sable et la partie émergeante était
exposée au feu ; cette partie pouvait être
ensuite très facilement débitée à l’aide d’un
percuteur.
On obtenait
un
bloc qui était
finalement mis en forme par éclats
(tuparu)
piquetage (tukituki) et abrasion
(oro)... Le percuteur utilisé devait être en
puis
par
calcaire corallien dur nommé kara, ou en
coquille de tridacne, considérée comme la
meilleure matière” (information de Tetumu,
de Faaite, Tuamotu, recueillie par K.P.
Emory).
D’autres
coquilles de grande dimension
étaient également utilisées pour confectionner
les
herminettes
et
les
ciseaux
:
celle du
spondyle (kapikapi et pa uaua ; bivalve,
probablement Spomiylus varius) et, pour les
outils plus légers, celle du cassis (gastéropode ;
Cypraecassis rufa) dont on utilisait les épais¬
sissements bordant l’ouverture sur sa partie
interne (bord columellaire) et sur sa partie
externe (labre). Les bords et le tranchant de
l’outil étaient façonnés par abrasion.
Herminettes et ciseaux
Casque
(Cypraecass/s rata).
Ces lames légères
(entre 20 et 70 g)
peuvent avoir
en
été emmanchées en
ciseau ou en herminette,
comme
l’objet (1)
recueilli en 1839
à Napuka (Tuamotu)
par l'expédition Wilkes.
Les lames 1, 2, 3, 4 et 6
ont été façonnées,
parfois sommairement
(4), dans le iabre de
la coquille, qui peut
aussi être totalement
transformé (5).
La lame mince et creuse
(3 : gouge ?) est faite
dans le bord
columellaire
de l'ouverture.
A droite :
Casque
(Cypraecassis ruta).
Ce gastéropode marin
(pu vahiné à Tahiti),
vivant dans les eaux peu
profondes, dont
la coquille atteint
une quinzaine
de centimètres,
est, comme Cassis
cornuta, en voie
de disparition en
Polynésie française.
Les épais bords de
l’ouverture de
sa
coquille étaient
autrefois utilisés
pour confectionner des
lames d'herminettes
et de ciseaux.
Bénitier, Tridacne ou
pahua
(Tridacna maxima).
Là où la pierre
faisait défaut,
la coquille de ce bivalve
géant, commun dans
les lagons, était
utilisée pour fabriquer
des lames d'herminettes
de dimensions variées ;
de 5 à. 17 cm pour
un
poids compris entre
40 et 660 g. Taillées
par éclats et plus
ou moins parfaitement
émeulées, elles peuvent
être simples (1 à 3) ou
présenter
un
tenon (4 à 6).
5
6
15
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
L’herminette :
multipliée par le bras de levier que constitue le
est
caractéristiques
perpendiculaire à l’axe du manche, alors que
celui de la hache lui est parallèle. Les
sur
appartenaient à l’équipement des Polynésiens,
l’herminette et le pilon ont fait l’objet d’une
attention
particulière pour des raisons
parfois à celui de la pierre. Elles permettaient
d’abattre les arbres, de tailler les poteaux des
maisons, d’aplanir les planches, de creuser les
pirogues et les récipients en bois, etc.
L’herminette comprend une partie active,
distale, vulnérante. le tranchant, et une partie
proximale obtuse, le talon, prenant appui sur
le manche et destiné à y être maintenu par une
ligature. L’herminette est dite simple si son
talon n’a pas été modifié afin d’assurer une
meilleure fixation de la ligature ; elle est
composite dans le cas inverse. Le tranchant est
engendré par la rencontre de deux faces, une
supérieure (externe ou frontale), l’autre
manche.
l’armi les nombreux outils lithiques qui
diverses : ils ont été décrits et rapportés par les
Européens lors des premiers contacts ; ces
facilement
outils,
reconnaissables,
sont
parfois d’une exécution et d’une finition qui
ravissent les esthètes ; enfin ils présentent une
grande variété de formes, liée à leur fonction,
à leur provenance et peut-être à leurâge. Aussi
les ethnologues et les archéologues en ont-ils
fait les outils par excellence, sans doute au
détriment d’un outillage plus discret maisd’un
emploi plus fréquent et plus généralisé.
Qu’est-ce qu’une herminette ? C’est avant
tout un
outil au tranchant transversal dont la
pénétration est augmentée par son
utilisation en percussion lancée;cette force est
force de
tranchant
herminettes servaient
de
au
l’herminette est
travail du bois et
inférieure (interne ou dorsale) taillée en un
biseau plus ou moins aigu (angle d’affûtage de
l’outil) limité par les flancs de l’herminette.
La face supérieure ou frontale de l’herminette
FACE SUPÉRIEURE
OU FRONTALE
TENON
Le
la face d’attaque de l’outil ; la face inféri¬
eure, ou celle du biseau, est la face de
dépouille,
laquelle se détache le copeau de bois.
11
est
souvent
l’herminette dans sa
déroutant
d’orienter
position de travail
.
la
face supérieure de l’herminette simple à talon
indifférencié (sans tenon) est la face plane la
plus longue, c’est-à-dire celle dont le profil ne
marque pas de rupture dans sa partie distale
(vers le tranchant) ; la face supérieure des
herminettes à tenon est en général celle où
l’échancrure du tenon est la plus marquée, ou
celle qui allie ce caractère à la face plane la
plus longue. Ce n’est que lorsque l’herminette
est correctement orientée que l’on peut étudier
sa section transversale, relevée à mi-longueur
des herminettes simples, et au niveau de la
naissance
du
tenon
des
4
herminettes
composites. Lorsqu’on examine ces sections,
qui en Polynésie centrale présentent souvent
la forme d’un rectangle, d’un trapèze ou d’un
triangle, on s’aperçoit que la base du triangle
ou
du trapèze s’inscrit tantôt sur la face
Page de droite :
Fterminette (1) et
hache (2). Ces termes
désignant l'outil
complet, c'est-à-dire la
lame et son manche,
sont souvent employés
par les archéologues
pour la lame seule.
Le tranchant de
l'herminette est
perpendiculaire à l'axe
du manche, tandis que
celui de la hache est
dans un plan passantpar
cet axe. La hache est de
Mangareva et
l'herminette de Tahiti.
A. termes descriptifs de
la lame d'herminette.
Au-dessous :
Flaches des Gambier.
Ces deux lames
montrent la différence
de dimension qui peut
exister entre des outils
de même type, selon les
usages auxquels on les
destine. La lame 4,
provenant de TImoe, au
sud-est de l'archipel,
pèse 396 g ; la lame 3, de
Mangareva, 3 855 g ;
celle de la figure 2 pèse
964 g. Quelques facettes
de façonnage, trop
pour être
abrasées totalement,
concaves
apparaissent encore.
Sections d'une
herminette. Un des
éléments
caractéristiques de cet
outil est sa section
transversale relevée
dans un plan (B)
perpendiculaire au plan
(A), à mllongueur des
axial vertical
herminettes sans tenon
ou à la naissance de ce
dernier, comme sur ce
schéma. Dans cet
exemple, la section
transversale est dite
inversée, sa partie la
plus large étant située
du côté de la face
supérieure ou frontale
de la lame.
«
»
16
OUTILS ET TECHNIQUES AVANT L'ARRIVÉE DU MÉTAL
inferieure de l’herminette, tantôt sur sa face
supérieure ; dans ce dernier cas, la section est
dite inversée. Ces différences ne sont pas
fortuites : elles correspondent à des traditions
culturelles qui s’expriment à chaque étape de
la fabrication de l’outil.
Hache ou herminette ?
Le maniement de
la hache,
en
percussion
lancée longitudinale, permet les mouvements
alternatifs de haut en bas et de bas en haut, ou
de droite à gauche et de gauche à droite. Le
geste est possible grâce à l’orientation du
tranchant relativement à l’axe du manche et à
symétrie de l’angle d’affûtage par rapport
au plan axial de l’outil. L’existence des haches
n’est attestée, en Polynésie, qu’en Nouvellela
Zélande, où elles sont rares, à Pitcairn et à
Mangareva,
où
Peter Buck
en
cite
une
douzaine, dont une emmanchée. 11 semble que
la
percussion lancée longitudinale se limite
aux
Gambier
;
les
60 outils emmanchés
provenant des îles de la Société recensés par le
Bishop Muséum (Honolulu, Hawaii) sont des
D’ailleurs les Européens des
premiers contacts ont noté que les Polynésiens
s’empressaient de retirer les haches
métalliques de leur mancheetde les monteren
herminettes. L’ambiguïté qui peut exister
parfois en Mélanésie entre les deux outils ne
semble pas persister à l’est du Pacifique.
herminettes.
Herminette ou ciseau ?
Le ciseau, dont la forme est très voisine de
celle de l’herminette, est utilisé en percussion
posée avec ou sans percuteur. Son tranchant
placé à l’endroit précis où le copeau doit
être détaché et la force de pénétration est
communiquée grâce à un maillet ou par la
force musculaire seule. Le ciseau permet de
est
creuser
des encoches, des cavités ; il est donc
sculpter le bois. Seule la
présence de son manche droit ou de traces de
percussion sur son extrémité proximale le
différencient de l’herminette. L’ambiguïté
très efficace pour
n’est cependant forte que pour les outils de
petite dimension, à tranchant étroit, qui ont
pu être utilisés comme herminettes ou comme
ciseaux ; ces derniers étaient nommés lohi,
ufao, pufao, fao aux îles de la Société
(J. Davies).
Des coquilles de gastéropodes marins ont
également été transformées en ciseaux ; celle
de Cypraecassh rufa selon une technique déjà
examinée à propos des herminettes ; celle de
Mitra et Terehra en biseautant par abrasion
leur extrémité pointue ou apex. Pao, le nom
générique des térèbres, signifie “tailler,
détacher en frappant” aux Marquises et, aux
îles de la Société, “creuser, évider une pièce de
bois ou de pierre” (J. Davies).
Ces exemples permettent de souligner la
difficulté qu’il y a souvent à dénommer les
outils d’autrefois ; une désignation hâtive ou
peu fondée a des conséquences fâcheuses sur
l’interprétation de la nature des activités
déduite de la présence de tel ou tel outil
découvert lors de fouilles archéologiques.
Ciseaux et forets en
coquille. Diverses
espèces du genre
Terebra ont été
utilisées comme ciseau,
biseautant ieur
sommet par abrasion,
sans ies modifier (4 à 9)
ou en éiiminant ieurs
dernières spires (10,11).
D'autres gastéropodes
sont utilisés par ieur
en
base, comme ce
Fusinus (1) ou en
extrayant ieur
coiumeile (2, 3). Ces
objets ont pu servir de
foret.
Herminettes ou ciseaux.
Fixées à un manche
droit, de petites iarrres
de pierre, avec ou
sans tenon, ont pu servir
de ciseau, utilisé
par pression ou frappé
maillet (1 à 3,
le n° 3, de Mangareva,
avec un
pèse 28 g). Cela a été
observé par Sir J. Banks
en 1769 à Tahiti,
pour un ciseau en os
humain emmanché (4).
Un exemplaire conservé
Bishop Muséum
(Hawaii) porte
au
des traces de martelage
sur son manche (5).
Le ciseau marquisien (1)
recueilli par R. Linton
en 1920 - 21 à Atuona
(Hiva Oa), reproduction
due au talent de Hapuani,
ne semble pas très
fonctionnel, de même
que l’outil composite
de Tahiti (2) dessiné
par S. Parkinson (1769),
dont le biseau
est mal orienté.
La partie b pouvait
sans
doute être utilisée
seule, ou emmanchée
en herminette (l’échelle
du n° 2, a et b,
diffère de celle
des autres objets).
17
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
L’herminette :
répartition
géographique
et chronologique
Les
constructeurs
de
maisons
et
de
pirogues, les sculpteurs de récipients en bois
ou
de liki,
disposaient d’une panoplie
d’instruments lourds adaptés à chaque étape
de leur travail ; chacun de ces outils portait un
nom.
Les relevés lexicologiques, effectués
après l’abandon des lames de pierre, sont
imprécis. Ils conservent cependant un voca¬
bulaire assez riche pour désigner les herminettes et
les haches
:
iiiaia :
herminette de
pierre ; loimaio: herminette de pierre et hache
d’abattage ; toi : hachette ; toipeue doloire ;
loi lama ; herminette utilisée pour les travaux
de finition ; opahi : grande hache ; opahi
malo : cognée ; opahi peue : doloire ; orna :
herminette ; haoa, faoa : herminette de pierre ;
aroreva : herminette de pierre ; arapepe : petite
.
hache.
Aux
>
ou d’époque à époque en unifiant le système
descriptif et le vocabulaire.
Les principaux caractères choisis pour
définir les types d’herminettes sont la présence
d’un
tenon
(caractère lié au dispositif
d’emmanchement), la forme de la section
transversale et l’orientation de la partie la plus
large de cette section relativement à la face
supérieure de l’objet (caractères dépendant de
la morphologie du support et de la technique
de façonnage).
“Les
formes
des
en est, aux formes anciennes.
Le
nombre des formes anciennes est moins élevé,
dans ces deux dernières régions, que celui des
formes nouvelles” (J. Garanger). Il est
intéressant de noter que les sections inversées
comme
partout
multiples (R. Linton). S’y ajoutent loki
paopao, de grande dimension, loki mi pu, très
gros outils ayant un manche long de 1,20 m
pour la confection des pirogues, et toki ouao.
Il y avait également une herminette rituelle,
probablement loki mana, façonnée dans des
blocs de pierre dure sacrée (faiu) réservée pour
le premier outil remis au fils aîné (E.S.C.
Handy).
A Mangareva, où il existe de véritables
haches de pierre (koma et katoga), les hermi¬
nettes étaient appelées toki (P. Buck).
Il serait idéal de pouvoir accoler à chaque
type d’herminette son véritable nom, mais le
catalogue dont nous disposons manque
d’illustrations ; même s’il était complet, la
variabilité des noms d’un archipel à l’autre
nécessiterait une lourde synonymie pour des
outils identiques. Par ailleurs, la nomencla¬
ture polynésienne ne permettrait pas de rendre
compte des différences morphologiques qui
sont à la base des études sur la répartition
géographique et chronologique des différents
types d’outils. Aussi les ethnologues et les
archéologues se sont-ils efforcés d’analyser la
forme des outils afin de les grouper dans des
“types” ; ces types reçoivent une désignation
conventionnelle qui évite des répétitions fasti¬
dieuses et, autant que possible, les
implications géographiques ou chronolo¬
giques. Cette typologie, un peu sèche dans sa
formulation (herminette type
3 d, par
exemple) n’est pas fonctionnelle ; elle permet
de comparer la forme des outils de site à site
principaux à la
Polynésie française, une statistique rapide
permet d’observer de nettes différences d’un
archipel à l’autre. En ne tenant compte que des
herminettes récentes, les sections triangu¬
laires dominent aux Marquises. Aux îles de la
Société
(Tahiti, Raiatea, Maupiti) et aux
Australes, elles dominent également,
mais
général inversées. Aux Tuamotu, les
sections triangulaires et triangulaires
inversées coexistent en proportion identique,
mais il s’y ajoute une quantité non négligeable
sont en
de sections quadrangulaires. Dans leur grande
majorité, les herminettes récentes provenant
ces archipels présentent un tenon.
Par
contre, à Mangareva, les herminettes, sans
tenon, ont une section trapézoïdale inversée.
de
rares sites considérés actuellement
anciens, datés entre les premiers
siècles de notre ère et le XIL' siècle, ont livré
Les
comme
(d'après J. Garanger).
De l’ouest vers l’est
du Pacifique, cette
coupe s’enrichit de
formes nouvelles :
aux
coupes curvilignes
de Mélanésie Mel
en
d’herminettes de dimensions variées, à usages
Mélanésie ni en Polynésie occidentale. En
limitant l’examen des types
Les herminettes :
l’arrivée du métal.
Tuamotu,
en
coupes transversales
recueillis
par
J. Davies désignaient
probablement tous des herminettes avant
Aux
transversales
d’ouest
îles de la Société, ces termes
F’olynésie orientale, se retrouve le terme loki,
auquel s’ajoutent ngangahu : lame large ;
pirikao : lame étroite ; loki peue : hache de
métal ; npa likau et uaua : en coquille de pa
uaua (Spondylus) (K.P. Emory).
Aux Marquises, loki aa désignait une
grosse herminette utilisée pour la finition des
planches, tandis que toki koma était le nom
coupes
Mélanésie orientale et en
Polynésie occidentale qu’en Mélanésie occi¬
dentale, et plus variées en Polynésie orientale
qu’en Polynésie occidentale. Ceci tient au fait
que des formes nouvelles se superposent,
sont plus variées en
existent toutes en Asie du Sud-Est, mais pas
Les herminettes :
formes et fonctions.
La diversité des formes
d'herminettes provient
de leur fonction, de
leur origine
géographique,
de leur âge.
La matière employée
pour confectionner la
lame, l’angle du biseau
et la robustesse de
l’outil étaient liés à sa
fonction :
travail grossier ou
travail de finition,
c’est-à-dire enlèvement
de copeaux épais ou
minces. Les roches les
s’ajoutent les coupes
anguleuses
(quadrangulaires,
trapézoïdales et
triangulaires)de
Polynésie occidentale
P. Oc ; à celles-ci
«
s’ajoutent les coupes
inversées et le tenon
en
Polynésie orientale
P. Or. Dans cette région
ies formes curvilignes
sans tenon semblent
être plus nombreuses
dans les gisements
anciens ; mais les
fouilles de ces vieux
sites sont encore trop
pour en tirer
conclusion.
rares
une
plus tenaces étaient
réservées aux
herminettes destinées
travaux les plus
durs. Sir Joseph Banks,
en 1769, avait noté que
les herminettes servant à
abattre les arbres
aux
A
pesaient de 1 350 à
1 800 g et celles
utilisées pour sculpter,
une centaine de
grammes. Distinctes par
leur forme, leur
technique de façonnage
et leur finition, ces
herminettes
marquisiennes récentes
auraient servi, d’après
R. Linton, à des travaux
différents. Toki a'a
(1, 2) à la robuste lame
à section
quadrangulaire, en
général de grande
dimension et dont la
surface était piquetée
et émeulée, était utilisée
pour le dégrossissage
des planches.
De toutes dimensions,
toki koma (3, 4), au
tranchant parfois très
étroit, était employée
à des tâches variées :
creusement des
pirogues et des
récipients, sculpture des
embarcations et des
poteaux d’édifices.
1
18
OUTILS ET TECHNIQUES AVANT L’ARRIVÉE DU MÉTAL
0
des herminettes en quantité variable.
Le site
133 outils)
montre
une
prédominance des sections
quadrangulaires, accompagnées de quelques
formes
piano-convexes, piano-convexes
de Hane (à Ua Huka, Marquises :
inversées et lenticulaires. Ces herminettes ne
1'.
présentent pas de vrai tenon, qui apparaît
cependant discrètement sur quelques pièces.
Les sections des 15 herminettes placées dans
les sépultures de Maupiti (îles Sous-le-Vent)
sont plutôt curvilignes ; lenticulaires et pianoconvexes, suivies de peu par les sections qua¬
drangulaires. Le tenon est absent ou peu
développé sur la majorité des pièces ; il est
cependant nettement marqué sur une
herminette à section triangulaire.
Le site de Huahine (fouilles de Vaito’otia
Fa’ahia) a livré 78 herminettes, en majorité
de section quadrangulaire (57%) ; les sections
triangulaires inversées sont toutefois
abondantes (33%) et les sections curvilignes
et
«!
(quadrangulaire à angles arrondis et pianoconvexes) sont bien représentées (10%).
Bien que
l’échantillon d’herminettes
anciennes soit faible et hétérogène, les sections
quadrangulaires y prédominent nettement,
alors qu’elles ne représentent qu’un dixième
au plus des formes récentes. 11 est tentant de
voir dans leur proportion respectable de
sections curvilignes une réminiscence encore
forte des formes les plus courantes de
l’équipement des colonisateurs venus des
Tonga-Samoa. Selon K.P. Emory, depuis les
Marquises, des formes sans tenon se seraient
répandues dans les îles de la Société et à l’île de
Pâques. Après le développement du tenon,
elles auraient été transportées des îles de la
Société à la Nouvelle-Zélande. A partir des
Marquises ou de Tahiti, ou peut-être des deux
à
la
fois,
ces
formes anciennes seraient
parvenues à Hawaii.
Des types locaux
distincts se seraient ensuite développés dans
O -
chacun de ces archipels.
Les herminettes ;
typologie.
Exemple d’une
typologie, celle de
R.
Duff, montrant la
recherche d’une
classification excluant
le fonctionnalisme et
tenant compte de
caractères
hiérarchisés :
forme quadrangulaire
de la coupe transversale
6
et présence ou absence
d’un tenon (types 1 et2) ;
orientation de la coupe
inversée (pointe vers
le bas : type 3) et
normale (pointe vers le
haut : type 4) ;
position du tranchant :
dans un plan passant par
l’axe du manche (type 5)
ou forme générale de
l’objet : cylindrique
■
J
0U
(type 6).
elles peuvent ainsi
comportent de
nombreux sous-types.
liens géographiques et
Ces types principaux
Toujours sujettes à
amélioration, les
typologies ont pour but
de montrerai des formes
peuvent caractériser un
lieu ou un moment, et si
permettre d’établir des
chronologiques entre
divers points de l'espace
et du temps. Ces études
doivent être complétées
par des recherches
technologiques et
fonctionnelles.
Les herminettes.
Profil de quelques types
d’herminettes de
Polynésie orientale :
Tahiti (1 et 2),
Rurutu (3 et 4),
Tuamotu
(5 : Takapoto, 2 860 g.
6 ; Taiaro, 1 540 g),
Marquises (7 : Ua Huka.
8 : 2 720 g).
Les symboles indiquent
la forme de la coupe
transversale :
triangulaire inversée
à Tahiti et à Rurutu,
quadrangulaire et
triangulaire aux
Tuamotu et aux
Marquises.
La dimension des lames
de Tahiti et de Rurutu
est grande,
mais normale ;
celle des objets 4 et 8 est
exceptionnelle.
Herminettes anciennes
de Poiynésie orientaie.
Ces lames proviennent
des fouilles du Pr.
Y. Sinoto à Hane (Ua
Huka, Marquises : 1 à 3)
d’une sépulture de
Maupiti (îles de la
Société : 4) et du site
d’habitat de Fa’ahia à
Huahine (5 et 6). Ces
gisements, les plus
anciens actuellement
fouillés, sont datés
entre les premiers
siècles de notre ère
et 1200 environ. A côté
de formes dont la coupe,
curviligne (3), rappelle
celle des herminettes
des Tonga-Samoa, le
tenon, absent de ces
archipels, est déjà
présent dans les niveaux
les plus anciens des
Marquises (2) ; il reste
discret à Huahine (6).
19
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
Préhension
et emmanchement
Les types de préhension
La plupart des outils confectionnés dans des
matières dures d’origine animale sont dotés de
de préhension naturelles : articulation
des os, surface lisse des coquilles. Les outils
confectionnés
sur
les
galets conservent
zones
une partie de leur cortex parfaite¬
lisse permettant une bonne prise de
l’instrument sans aménagement. On peut
souvent
ment
aussi abattre par retouche ou écrasement une
partie du tranchant des éclats de pierre pour
une
meilleure préhension. Tous les objets
relativement volumineux peuvent être saisis
par une prise palmaire qui permet un travail
vigoureux mais peu précis (broyage, raclage).
Les travaux plus délicats (incision, sciage)
sont réalisés à l’aide d’outils plus petits tenus
par une prise digitale. Lorsqu’un travail de
précision doit être effectué avec force, la pince
des doigts devient insuffisante, l’outil doit
être
donc
emmanché.
Le
manche
Les rares exemples connus provenant des
Marquises présentent une forme courbe ou
anguleuse, où seule se développe l’expansion
antérieure de la tête ; la ligature est simple.
C’est le type d’emmanchement le plus courant
aux Tuamotu. 11 s’y ajoute une forme dont la
tête se projette peu en avant, mais nettement
en
arrière de la hampe. Le laçage de la
ligature, croisé, passe par des perforations
antérieure ; le laçage croisé de leur ligature est
d’un effet décoratif certain.
herminette recueillie en 1839 à Puka Puka
montre une forte expansion antérieure et
est mal connue.
Les bois d’emmanchement
L’herminette
propre
dehors de leur qualité mécanique, de critères
archéologique subaquatique de
religieux. Un chant des constructeurs de
pirogues, publié par T. Henry, est très précis à
cet égard :
Huahine, présente les mêmes caractères ; par
contre, la tête des manches d’herminettes
perdu
son
expansion
Outils naturels. Quand
leur dimension est
suffisante, ces
mâchoires de congre et
de barracuda (5 et 6)
sont utilisées sans autre
aménagement que la
permet
fixation d’une boucle en
corde destinée à être
également de monter en série des petits
éléments identiques (dents de requin par
exemple, ou petits éclats de pierre) ou d’armer
une matière souple afin de la rendre rigide
(peau de requin). Les outils animés d’un
mouvement
rotatif (perçoir, alésoir) sont
saisis par une prise
centrée sur l’axe de
par
passée au poignet.
Appelés oreore, ces
objets servaient de
couteau à découper le
digitale ou palmaire
prono-supination de
l’avant-bras. L’efficacité du travail peut
l’emploi d’un manche mû
être
par
friction entre les mains ou à l’aide d’une
cordelette. Un autre dispositif permet de
accrue
conserver
l’énergie cinétique en fixant un
en pierre ou en bois sur le
volant d’inertie
manche.
Les emmanchements
La force exercée
sur
les outils dont il vient
question n’est jamais considérable,
aussi l’emmanchement est-il peu élaboré ; la
partie proximale de l’outil est logée dans un
d’être
évidement
ou
une
rainure, où elle est fixée
grâce à une ligature simple. La base des dents
de requin est percée, puis placée dans une
rainure où sa stabilité est assurée par des liens
passant dans les perforations. Les outils
soumis à des efforts violents (ciseaux, gouges,
burins) sont maintenus dans leur manche par
des ligatures plus soignées, dont la complexité
atteint parfois celle du laçage qui lie la lame
d’herminette à son manche. Ceux travaillant
percussion lancée supportent des
contrecoups très violents qui nécessitent une
solidarité
parfaite de l’ensemble lameen
manche.
Le manche coudé des herminettes était
prélevé dans un embranchement ; la partie la
plus longue, pour la préhension, constitue la
hampe, la plus courte est la tête, partielle¬
ment évidée pour loger le talon de la lame. La
tête peut projeter une expansion en avant de la
hampe {loe des auteurs anglo-saxons) et / ou
en arrière de celle-ci {heel en
anglais). Le talon
était entouré de deux ou trois épaisseurs de
lapa, ou par d’autres matières souples qui
assuraient
une
meilleur adhérence entre la
lame, la ligature et le manche.
la plupart, associés à des
divinités. Aussi le choix des bois destinés à la
confection des manches pouvait dépendre, en
datée entre le IX'-' et le XIL' siècle, découverte
a
Dents de requin
emmanchées. Percées
et
composite qui
symbolique : la pierre, la corde de
arbres sont, pour
Cook. Aux îles de la Société, une herminette
de Tahiti
outil
Par contre le nape, dont la
fabrication était réservée aux hommes, est le
lien sacré de Tane, dieu des artisans. Enfin, les
postérieure, comme les herminettes
hawaïennes rapportées par les compagnons de
récentes
un
nape, kaha ou W;u(fibres tresséesde la bourre
de coco) et le bois. La symbolique des pierres
creusées dans la base de la tête. La tête d’une
dans le gîte
est
assemble des matériaux divers possédant leur
ligaturées dans la
rainure d’un manche en
bois, des dents de
requin, par paire ou en
série, armaient des
couteaux et des scies
destinés à divers usages.
A Tahiti, le paeho, ou
serpe faite de dents de
requin, était utilisé
pour scier, ou pour
éventrer un ennemi.
C'était aussi une arme
fourchue en alto
(Casuarina) dont
chaque branche portait
des dents de requin
(T. Henry). Employées
comme
instruments de
chirurgie dqns
l’opération du trépan, les
dents de requin
faisaient également
partie du nécessaire
personnel des femmes.
Elles s’en incisaient la
peau du front pour
exprimer une émotion
intense. (1 et 2.
Tuamotu, d’après
Emory). L’objet
photographié provient
K.P.
de l’île de Pâques.
poisson. Provenant
d’animaux plus petits,
ils sont fixés sur un
manche droit (2, 4) ou
courbe (3) par une
ligature. Il en est de
même pour l’aiguillon
de raie (1) servant de
poignard, dont le faible
diamètre ne permettrait
pas une prise assez
vigoureuse (Tuamotu,
d’après K.P. Emory).
OUTILS ET TECHNIQUES AVANT L’ARRIVÉE DU MÉTAL
"/ lapiri hia i te mira
ma’a maJ'auiu ej'aua
I te ’aha mata tini a
Tane
Que /la lame/ soit
fixée au /manchede/
mira sacré avec le
confectionné
Jautu et \t faua
Hibiscus,
/ te ’aha mata ioio a
tahu'a
E U e mau
Dans la corde bien
faite du tahu’a
Elle frappera et
.
Que ce soit le maro
de l’herminette
Ei Jafau no te to’i
dur
dans
celui du mio
tions effectuées par C. Orliac sur trois
manches d’herminettes de Tahiti ont confirmé
manches
dans le chant des constructeurs de pirogues, et
d’herminettes sont en lou (Cardiasuhcordata)
Aux
Tuamotu,
les
(Tourneforiia
argentea). Un exemplaire portant une lame de
fer est en Casuarina, importé d’une île haute.
On ne connaît pas de manche d’herminette provenant de Mangareva, mais celui de
la hache dont il a déjà été question pourrait
et
sans
doute
à VHibiscus : fau. Les détermina¬
bois
L’herminette
tiendra bon
Ei maro no te to'i
vieux
le
(Thespesia populnea) et peut-être dans la
racine du noni (Morinda ciirifulia).
Dans la corde /aux
deviendra sacrée
te
des
A Tahiti, le manche des herminettes était
nommé aau et aufau ; ce dernier terme semble
aussi
dans
mais
manche des
généralement
brins/ multiples de
Tane
E ra O te to'i
Aux îles Marquises, le
herminettes est censé être
en
ngeongeo
être en Hibiscus.
renvoyer
l’emploi du mira (Thespesia populnea) cité
celui
du
tamanu
(Calophyllum
inophyllum). Les travaux sacrés nécessitaient
le concours d’artisans spécialisés pourvus
d’outils dont la symbolique était à la mesure
de la tâche à réaliser. Les travaux profanes
faisaient appel à une main-d’œuvre moins
qualifiée employant des outils moins nobles.
révélé
Que ce soit
l’assemblage de
l’herminette
Te tua no te to’i
Du dos de
l’herminette
Ei ’o’iri no te to’i
Que ce soit la
ligature de
l’herminette
Ei marna no te to’i
Que ce soit la
légèreté de
Ei taputapu no te to’i
Que ce soit la
Ei tuitui no te to’i
Que ce soit les prières
l’herminette
consécration de
l’herminette
pour l’herminette
Ei fa'aoti no te to’i
Que ce soit la finition
de l’herminette
Ei ta mana no te to’i”
Que ce soit pour
donner du mana à
l’herminette”
Herminettes.
Elles proviennent de
Tahiti (1), des
Tuamotu (2. Fangatau ;
3. Tatakoto ;
Outils et travaux sacrés.
Cette herminette est
Page de gauche :
Herminettes de Fa'ahia
(Huahine, îles de la
Société). L'heiminette
complète 3 et les
manches 1 et 2 sont
parmi les objets les plus
anciens de ce type
actuellement connus en
Polynésie. Ils datent des
environs de l’an Mil.
Sur les trente-six
manches d’herminettes
découverts, huit sont
achevés, dont trois sont
complets. La partie
antérieure de la tête est
un peu plus longue que
partie postérieure
(1,3), mais cette
dernière aussi peut être
bien développée
sa
(d'après Y. Sinoto).
caractéristique de
Tahiti par la forme de sa
lame, de la tête de son
manche et le laçage de
sa ligature. Elle est
Identique à celle figurée
par le dessinateur qui
accompagnait James
Cook en 1769. Des
épaisseurs de tapa,
entre la ligature et la
lame et entre celle-ci et
le manche, assurent une
meilleure cohésion de
l’ensemble et protègent
la ligature de l’usure
contre la lame de pierre.
Comme dans le chant
ci-dessus, le manche de
cette herminette est en
mira (Thespesia
populnea). Sans doute
l'outil, appartenant à un
tahua, était-ll destiné à
fabriquer les planches
royal ou
sacerdotal, ou à toute
autre tâche pour le roi,
d'un bateau
les divinités ou léurs
prêtres.
4.
Pukapuka, 1839) et
en
Tridacne, les autres
des Marquises (5). La
lame des objets 2 et 3 est
sont en
pierre. Ces
dessins permettent
d’apprécier la diversité
des formes
d'emmanchement et de
ligatures : la tête du
manche est portée toute
l'arrière à Tahiti,
vers
toute vers l’avant aux
Marquises et aux
Tuamotu, où elle se
développe parfois
également aussi bien en
avant qu’en a, rière (4).
La ligature de
l'herminette n° 3 est
partiellement masquée
par du tissu de coton,
lui même recouvert par
le laçage d’une fine
corde de cheveux
tressés ; la lame de
l’herminette, mesurant
environ 21 cm, est la plus
grande qu'il semble
possible d’obtenir avec
les tridacnes des
Tuamotu (1. Musée de
Berne ; 2 à 4 d’après
K. P. Emory ; 5 d'après
R. LInton).
21
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
Outils et travaux
La tradition orale et les observations
effectuées avant la disparition des outils tradi¬
tionnels permettent de retracer les principales
étapes de la construction des édifices, et des
bateaux, du façonnage des hameçons, de la
confection des filets, des nattes, du vêtement
et
de la préparation de la nourriture.
L’outillage
employé pour ces différents
travaux, tel qu’il est connu par les sources
ethnohistoriques, est - en dehors de
l’herminette et du ciseau en pierre ou en os
destiné au travail du bois
composé de
matières dures animales : dent, coquille,
corail. Cette image est en contradiction
-
complète avec ce qui est observé sur les sols
mis au jour par les fouilles archéo¬
logiques, où l’herminette ne représente qu’un
tiers à peine de l’outillage lithique. Encore
cette proportion est-elle très certainement
surestimée, car n’y entrent pas les éclats
utilisés bruts, dont l’emploi n’est révélé que
par l’observation au microscope, et qui ont
donc échappé à l’attention la plus sagace.
d’habitat
Nous nous trouvons donc confrontés à deux
séries de faits qu’il n’est pas encore possible de
faire coïncider : d’une part des activités
par de multiples descriptions et
d’autre part un équipement abondant et varié
connues
d’outils de pierre dont la fonction reste
indéterminée. L’application de l’étude des
traces d’utilisation aux outillages polynésiens
1 à 4. Galets taillés.
Outils fréquents, parfois
abondants sur les lieux
d’habitat et les marae,
les galets taillés, dont
l’usage reste inconnu,
présentent une grande
variété de formes, de
dimensions (55 à
190 mm) et de poids
(150 à 1 700 g).
La délinéation de leur
partie active (1) est
très variable :
denticulée (a),
anguleuse (b),
(c),
rectiligne (d),
concave (e) ou
sinueuse {()■
convexe
Certains de ces outils,
épais et lourds (4) n'ont
pu être saisis qu'à deux
mains.
A droite :
5 à 9. Racloirs.
Les éclats dont un bord
est aménagé par des
retouches continues
directes (6, 7) ou
inverses (5, 8, 9) sont
dénommés “raoloirs".
L'examen au
microscope des traces
d'usure effectué par
H. Plisson sur les objets
7, 8 et 9 a révélé qu'ils
avaient servi en action
transversale, donc en
raclant, sur du bois (7),
une matière mi-dure non
identifiée (8) et une
matière probablement
végétale (9).
Vallée de Papeno’o à
Tahiti
:
2, 5 à 9. abri Putoa ;
I, 3 et 4. TPP03H.
22
devrait permettre de résoudre ce problème.
Travail du bois
possible de reconstituer les gestes qui
par exemple de transformer un
bel arbre sur pied en planches destinées à la
11 est
permettent
construction d’un bateau. L’herminette, mise
en
sommeil sur le murae pour qu’elle s’y
recharge de niana, est réveillée en la plongeant
dans
la
souvent
mer.
Puis on va chercher l’arbre,
loin dans la montagne. Il est abattu
l’herminette, parfois en s’aidant du feu ;
premiers copeaux qui en sont détachés
avec
les
peuvent être présentés au marae. L’arbre est
ensuite ébranché, écorcé, traîné jusqu’au bord
de la mer grâce à de fortes cordes faites de
OUTILS ET TECHNIQUES AVANT L'ARRIVÉE DU MÉTAL
a
l’écorce de VHibiscus. Des leviers sont utilisés
pour lui faire franchir les obstacles. S. Wallis a
décrit la suite des opérations : “Us coupent...
le tronc à la longueur dont ils veulent tirer les
planches... ils brûlent un des bouts jusqu’à ce
qu’il commence à se gercer et ils le fendent
ensuite avec des coins de bois dur. Ils apla¬
nissent les côtés des planches avec de petites
herminettes... six ou huit hommes travaillent
t
quelquefois sur la même planche... ils font des
trous avec un os attaché à un bâton qui sert de
vilebrequin : ils passent dans ces trous une
corde tressée qui lie fortement les planches”.
Cette description est complétée par J. Banks,
selon lequel les trous sont percés grâce à un
ciseau-gouge en os emmanché, frappé par un
maillet en bois dur. Les facettes dues à la taille
ensuite régularisées en employant un
abrasif fait de sable corallien contenu dans de
la bourre de coco, puis polies avec une peau de
sont
raie. D’autres sources nous apprennent que la
finition des surfaces pouvait être également
effectuée par l’herminette tenue par sa lame et
poussée comme un rabot, ou à l’aide d’üne
râpe faite d’un petit bloc de corail ; parfois, un
poli brillant était obtenu par frottement avec
un galet.
Autres travaux, autres outils
La construction des édifices et des bateaux, la
sculpture et la fabrication des récipients et des
meubles mettant en
ciseau
ne
œuvre l’herminette et le
mobilisaient jamais la population
entière. L’outillage le plus massivement
employé était celui dont dépendaient
l’acquisition de la nourriture et la confection
du vêtement : la fabrication des engins de
pêche (hameçon, harpon, foëne, ligne, filet,
nasse, vivier), la préparation des aliments
(couteaux, grattoirs, râpes, pilons) et leur
transport (paniers), le travail des écorces pour
le tapa (racloirs, battoirs, enclumes).
A côté de ces activités très quotidiennes,
auxquelles il faut ajouter le tressage des
nattes, il y avait des travaux spécialisés et
moins fréquents consacrés à la parure et à la
tout
fabrication des armes. Les outils nécessaires à
ces différentes activités seront décrits dans les
chapitres suivants. Nous insisterons ici sur les
outils en pierre dont la fonetion est momen-
Perçoirs, alésoirs.
dont une
partie est aménagée de
façon à dégager une
pointe plus ou moins
robuste (4, 6, 7) sont
1 à 7.
Les objets
classés comme
“perçoirs”.
D’autres sont interprétés
comme
“alésoirs” :
outils permettant
d’agrandir ou de
régulariser un trou percé
à l'aide d’un autre
instrument.
L'objet 7 porte des
traces de piquetage et
d’émeulage sur sa face
la plus plane.
L’étude des traces
d’utilisation (H. Plisson)
a révélé l'emploi d’éclats
bruts ou à peine
aménagés comme
perçoirs
(1 a travaillé sur du bois
et 2 sur une matière dure
non identifiée) ou
alésoirs (3 a
travaillé sur une matière
comme
végétale non déterminée
et 5 sur du bois).
A droite :
8 à 12. Grattoirs.
Les éclats dont un bord
est façonné en arc de
cercle par une retouche
continue sont classés
comme
"grattoirs”.
La forme de leur partie
active évoque celle de la
râpe à coco, mais leur
dimension est plus
variable que celle de
cette dernière.
Leur usage est encore
indéterminé.
Vallée de Papeno’o :
1 à 6. abri Putoa ;
7. marae Tetuahitiaa ;
8 à 12. TPP05.
23
LA V!£ QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D'AUTREFOIS
plus
tanément
moins
ou
énigmatique.
Certains de ces outils sont confectionnés sur
des
galets ; d’autres peuvent être confondus
avec
les ébauches d’herminettes
;
d’autres
présentent une forme
(grattoirs, perçoirs,
alésoirs) ou ne se caractérisent que par la
présence d’un aménagement sommaire ou
encore par des traces d’utilisation presque
imperceptibles.
Les galets taillés. L’extraction de deux ou trois
éclats permet, en quelques secondes, de
transformer la masse lisse d’un galet en un
outil au tranchant robuste. Cet outil, qui a
accompagné l’émergence de \'Homo faher, a
été employé partout dans le monde. En
Polynésie, les archéologues ne lui ont
généralement pas accordé une grande
attention. Dans les quelques habitats et marae
de la vallée de la Papeno’o, à Tahiti, où la
récolte des objets de pierre a été exhaustive, les
galets taillés constituent cependant une forte
proportion de l’outillage. Un gîte de la même
vallée a livré 118 galets taillés groupés sur une
encore,
sur
relativement
dizaine
de
éclats,
constante
mètres
vraisemblablement
carrés,
encore
recèle
et
en
des
centaines
k
d’autres
;
une
sommairement
d’éclats
quelques
flancs de l’objet, elles ont été les zones acti\ ■;
de l’outil. Leur fonction est inconnue.
Les grattoirs. Confectionnés sur des éclats, ih
présentent une partie active en arc de cerc;
Leur forme rappelle celle des râpes à co..
mais leur fonction reste inconnue. Ces obj
ne
représentent qu’une faible partie
l’outillage des sites d’habitat de la Papenc v
Becs, perçoirs, alésoirs. La lorme des éclal .
parfois été modifiée en dégageant p,.
retouche
une
pointe courte, ou h,‘
insuffisante pour percer des trous. Lorsque la
pointe est plus longue, cela devient possible i :
prismatiques”. Ces objets,
façonnés par éclats, se caractérisent par “la
rencontre de .1 ou 4 faces allongées et plus ou
moins larges, rappelant la figure du prisme”
(J.
Tarrête). Leur forme allongée les
rapproche des ébauches d’herminettes, mais
leurs proportions et leur morphologie les
différencient de ces dernières, auxquelles ces
“prismatiques” ne pourraient aboutir, quelle
que soit l’habileté du tailleur de pierre. Leurs
extrémités, parfois abruptes, sont façonnées
et il est impossible de dire si, plutôt que les
traces
du bois.
Les
“outils
Naguère, il n'aurait pas
été possible de classer
ces éclats parmi les
outils, en raison de
l'absence apparente
ou de la discrétion des
traces d'utilisation qu'ils
présentent.
L'étude tracéologique
de ces objets a révélé à
H. Plisson qu’il s'agit
bien d'outils.
Ils ont travaillé le bois
(et une matière dure non
identifiée : 1, 6)
transversalement en
raclant (surlignage
interrompu) ou
longitudinalement en
sciant ou en rainurant
(surlignage continu).
Papeno'o.
Abri Putoa,
8 à 10. Outils
“prismatiques”.
Ces objets, de forme
prismatique, ne peuvent
être classés dans aucun
autre type d'outils.
Ils ont parfois été
confondus avec des
ébauches d’herminettes.
Leur usage est encore
indéterminé.
8. abri Putba ;
9-10. TPP05, Papeno’o.
24
et
fragments d’herminettes y étaient associés.
Cette concentration implique une activité
spécialisée, de nature encore indéterminée.
Les racloirs. Il s’agit d’éclats dont un ou
plusieurs bords ont été aménagés par une
retouche
plus ou moins continue. Ils
représentent
une
forte proportion de
l’outillage sur les sites d’habitat (environ
25Çf). L’étude des traces d’utilisation que
présentent leurs bords a montré (H. Plisson)
que certains d’entre eux avaient servi à racler
1 à 7. Eclats
bruts utilisés.
8
vingtaine
aménagés
un véritable perçoir. L’étude
ie:
d’utilisation a montré que des outih
l’outil est
un pédoncule aménagé,
extrémité mousse, avaient servi d’alésoir.
A côté de ces objets façonnés, dont
présentant
forme est
constante
immédiatement
traces
et
■
:
qui sont recon . e
outils, l’étude ,.
révélé qu’il en exi.e''
comme
d’utilisation
a
nombre d’autres employés bruts. La trac.o
logie, science encore balbutianteen PolynéMiest
seule à pouvoir donner une ima ■
complète de l’équipement d’outils en pit ri.
des Polynésiens avant l’arrivée du métal.
2 Les habitations de Polynésie
habitations de Polynésie centrale, érigées sur des pavages, des plates-formes
soubassement ou à même le sol, étaient essentiellement construites en bois,
rpentes étaient couvertes de végétaux - feuilles ou herbes de différentes
-, les pièces de bois, non mortaisées, étaient simplement emboîtées les unes
autres et ligaturées. Les maisons polynésiennes anciennes sont mal connues,
observées par les premiers Européens diffèrent sensiblement d’un
archipel à
.
n,
pi
-
'i:
,
i:;
:
,
,
m
■
^a culture matérielle s’y étant développée de façon distincte. Des contingences
ües - présence exclusive de certain'S"materiaux - ôïï'soc^iales ont conduit les
s à bâtir des édifices aux formes et aux fonctions
particulières. Sans vouloir
jn quelques pages de l’habitat sous tous ses
aspects, cette réalité complexe
spendant être abordée par l’examen de quelques formes d’architecture
ique caractéristiques des principaux archipels, par l’étude des matériaux
iiement mis en œuvre, des corps de métiers, de l’organisation du travail de
iction et enfin du décor architectural. Un bref panorama de l’habitat tahitien à la
XVIIP siècle permettra de souligner l’extrême diversité fonctionnelle des
is polynésiennes.
types
liitecturaux
Polynésie
itectures traditionnelles
les de la Société
pes architecturaux les plus couramencontrés au début du siècle étaient le
lu pape,
le fare pote’e et le fare taupee.
Le fare haii pape, sur plan rectangulaire,
couverture du faîte était ligaturée dans la
fourche formée par la rencontre des chevrons.
Le fare pote’e n’était autre qa’nnfare hau pape
auquel s’adjoignait une abside (pote’e) à
chaque extrémité. Les charpentes absidiales
étaient formées de chevrons mis en place
comme les branches d’un éventail se diffusant
à partir de l’extrémité de la panne faîtière ; des
courbes reliaient les chevrons entre
empanons venaient parfois s’inter¬
caler entre chaque chevron.
pannes
eux et des
Charpente d’un tare hau
pape traditionnel.
1. poteau central.
2.
poteau latéral.
3. panne sablière.
4. chevron. 5. panne
faîtière. 6. panne de
faîte.
cornportait deux rangées de poteaux latéraux
soutenant les pannes sablières et une rangée de
poteaux centraux supportant la panne
faîtière. La charpente du toit à double pente
était formée de chevrons liés sur la panne
faîtière et encochés sur la panne sablière à 1 m
ou
1,20 m d’intervalle ; ils se prolongeaient au-
sablière pour former une
petite avancée de toit et se croisaient au-dessus
delà de la panne
de
la
panne
nécessaire
à
faîtière. Une
la
fixation
panne de faîte
des éléments de
LEXIQUE ARCHITECTURAL
Arbalétrier (chevron
Ferme : élément porteur
charpente inclinée
suivant la pente du toit
qui forme avec le
poinçon et l’entrait la
d'un toit placé
transversalement au
bâtiment pour recevoir
les pannes et le faîtage.
A Tahiti, la ferme se
arbalétrier) : pièce de
ferme du toit. La
charpente des tare
taupee est composée
de chevrons qui jouent
le double rôle de pièces
de couverture
(chevrons), et de pièces
de ferme (chevron
arbalétrier ou chevron
portant ferme).
Avancée de toit : partie
d'un toit qui déborde
l’aplomb du mur.
Empanon : pièce de
charpente jouant le rôle
de chevron mais
ne
portant pas sur la panne
faîtière.
Entrait : pièce
horizontale joignant les
deux chevrons
arbalétriers d’une ferme.
: pièce de bois
posée dans le sens de la
pente du toit et
Chevron
soutenant la couverture.
Les chevrons reposent
et sont fixés en pied sur
Fare pote’e
photographié à Tahiti au
début du siècle.
la panne sablière, en tête
sur la panne faîtière, en
cours de versant sur les
pannes. Sont appelés
chevrons secondaires
chevrons de
couverture, de petits
chevrons ne portant pas
sur les pannes mais
servant essentiellement
à la fixation des
éléments de couverture.
ou
Charpente d’un fare
taupee, d'après E.S.C.
Handy.
1. poteau latéral.
2. panne sablière.
3. entrait. 4. poinçon.
5. panne faîtière.
6. entretoise.
7. chevron arbalétrier.
8. chevron. 9. chevron
du taupee. 10. panne
sablière courbe.
11. poteau du taupee.
12. plancher.
Faîtière (panne) : pièce
de bois placée au faîte
d’un toit à double pente.
Faite (panne de) : pièce
de bois reposant dans la
fourche formée par
l’intersection des
chevrons et servant à la
fixation des éléments de
couverture du faîte du
toit.
principal de la structure
compose de deux
chevrons arbalétriers,
d’un entrait et d’un
poinçon.
Panne : pièce de bois
horizontale portant les
chevrons.
Poinçon : pièce de ferme
verticale réunissant
l’entrait au sommet des
chevrons arbalétriers.
Poteau (central,
latéral, de façade) : pièce
de bois plantée
verticalement dans le
sol servant de support à
la structure d’une
charpente. Les poteaux
portent la
panne faîtière, les
poteaux latéraux la
panne sablière. Aux
Marquises, les poteaux
de façade sont les
poteaux latéraux de la
centraux
face du bâtiment
marquée par la présence
de la porte.
Sablière (panne) : pièce
de bois horizontale
posée
longitudinalement sur le
sommet des poteaux
latéraux servant de
support aux chevrons.
Taupee : véranda
latérale des fare taupee
des îles Sous-le-Vent.
Toit : ouvrage assurant
la protection d'un édifice
contre lés intempéries.
Toit en pupitre : a un seul
versant reposant sur
deux murs de hauteur
inégale.
Toit à double pente (ou à
deux eaux) : formé de
deux versants à pentes
égales (hau pape) ou
inégales (maison des
Marquises et de
Mangareva).
25
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
Le fare taupee se rencontrait surtout aux
îles Sous-le-Vent. Cette maison se caractéri¬
présence d’un plancher et d’un
l’une de ses extrémités. Les
charpentes observées par E.S.C. Handy, à
Maupiti en 1923, comportaient des pannes
faîtières reposant à leurs extrémités sur des
poinçons portés par des entraits courbes. Le
toit en pupitre du taupee était formé de
chevrons fixés d’une part aux chevrons arba¬
létriers, d’autre part à une sablière courbe ou
droite reposant sur trois poteaux d’inégale
hauteur. Comme les fare hau pape et les fare
pote’e, les charpentes des fare taupee étaient
couvertes de tuiles végétales en ni’au (feuilles
de cocotier) ou en fara (feuilles de pandanus).
sait par la
taupee à
Le fa’e marquisien
Le fa’e (maison) marquisien était construit sur
porte. Sur la panne sablière et la panne faîtière
étaient fixés les chevrons de la charpente du
toit : tout d’abord trois chevrons principaux,
l’un attaché au-dessus de la porte, les deux
autres à mi-distance entre ce premier chevron
et l’extrémité de la panne sablière. Ces trois
chevrons principaux ne se prolongeaient pas
au-delà de la panne faîtière ; par contre, les
chevrons secondaires plus petits, espacés de 6
à 9 cm, se croisaient avec les chevrons de
l’autre versant au-dessus de la panne faîtière et
recevaient la panne de faîte. Ils se prolon¬
geaient également au-delà de la panne sablière
pour former une petite avancée de toit. Trois
pannes de bambou fixées sous les chevrons
principaux les maintenaient en place. Le
versant du toit qui descendait jusqu’au sol
était habituellement formé de huit chevrons
principaux entre lesquels s’intercalaient les
chevrons
secondaires.
Les
chevrons
partie arrière du paepae, plate-forme de
pierre quadrangulaire plus ou moins élevée
selon les îles. D’après R. Linton, la maison
comprenait en général deux poteaux centraux
et six poteaux de façade. Ces piliers suppor¬
taient la charpente d’un toit à double pente
dont l’un des versants descendait jusqu’au sol.
Les deux poteaux centraux, encochés à leur
sommet, supportaient la panne faîtière. Les
six poteaux de façade - dont deux très
rapprochés formaient le chambranle d’une
porte très basse - portaient la panne sablière,
laquelle servait par ailleurs de linteau de
principaux étaient également maintenus par
trois pannes. Cette charpente était couverte de
tuiles végétales et les murs latéraux fermés de
de bambou, de troncs d’hibiscus
écorcés ou de feuilles. La façade de la maison
cannes
pouvait être ouverte ou fermée, en partie ou en
totalité, par des tuiles végétales ou des
bambous.
Les habitations de Mangareva
habitations de Mangareva sont mal
mais certaines d’entre elles
ressemblaient aux maisons marquisiennes par
la forme de leur toit dont l’un des versants
descendait jusqu’au soi. Comme les maisons
Les
connues
marquisiennes, ces édifices étaient construits
sur plan rectangulaire, sans extrémité courbe
ou arrondie. A la différence des Marquises, la
charpente du toit était soutenue par deux
la
Charpente d’une maison
marquisienne, d'après
R. Linton.
1. poteau de façade.
2. panne sablière.
3. poteau central.
4. panne. 5. panne
faîtière. 6. chevrons
principaux. 7. chevrons
secondaires. 8. aire de
y
En haut et à gauche :
L’habitat des Iles
Marquises. Ces dessins
effectués lors du
passage de Dumont
d'Urville aux Marquises,
font apparaître en
particulier la présence
autour du paepae de
longues perches de bois
verticales, clôturant la
plate-forme de pierre.
Coupe sagittale
d’une maison
marquisienne.
1. paepae.
2. keetu.
3. poutres
longitudinales
délimitant l'aire
de couchage.
4. aire de couchage.
5. poteau central.
6. poteau de façade.
7. panne sablière.
8. panne faîtière.
9. panne de faîte.
10. panne.
11. chevron.
26
couchage. 9. pavage.
LES HABITATIONS DE POLYNÉSIE
rangées de poteaux latéraux supportant les
pannes sablières et une rangée de poteaux
centraux soutenant la panne faîtière. Cette
charpente ressemblait selon P. Buck à celle
décrite par R. Linton mais, à l’opposé des
toitures marquisiennes, le versant du toit
allant jusqu’au sol était
courbe. Cette
courbure était obtenue par l’emploi de
chevrons en bois de cocotier refendu. Ils
étaient plantés dans le sol, fixés à des perches
horizontales
placées entre les poteaux
latéraux du mur arrière, puis incurvés au
niveau de la panne sablière et fermement
attachés
sur
la
panne
faîtière. Comme à
Tahiti, les chevrons se croisaient au-dessus de
la panne faîtière et formaient une fourche
dans laquelle était fixée la panne de faîte. Des
pannes très rapprochées les unes des autres
étaient également attachées sous les chevrons.
Les murs latéraux et de façade des maisons
le couchage et des édifices à caractère
pour
religieux, étaient formés de cannes de bambou
ou
et
de tuiles de pandanus. Les maisons de chef
de réunion étaient closes sur les côtés mais
la façade restait ouverte et possédait un mur
bas de pierre ou de corail, à fonction défensive
ou
servant
de
l’aristocratie.
siège
aux
membres
de
panne
faîtière était supportée à
servant de chambranle aux
portes ; trois ou
quatre paires de chevrons courbes étaient
implantés dans le sol, arqués et
attachés au-dessus de la panne faîtière. Une
fermement
petite panne de faîte était ensuite liée dans la
fourche formée par la rencontre des chevrons
au sommet
La petite maison basse
des Tuamotu
du
XVllP
siècle
furent
étonnés
de
petites maisons très basses, au
toit descendant jusqu’au sol, aux extrémités
arrondies, percées d’une ou deux portes juste
assez hautes pour y pénétrer à genoux. Ce
type
d’architecture très particulier a été observé en
1929 par K.P. Emory sur l’île de Napuka, La
rencontrer de
Fixation des éléments de
couverture aux
Charpente des
1. chevron arqué.
2. chevron de
couverture. 3. panne.
4. élément de
couverture en
1. chevron courbe.
2. chevron droit.
3. panne faîtière
4. panne de faîte.
5. panne. 6. panne
courbe. 7. chevron de
couverture.
8. empanon.
Tuamotu, d’après K.P.
Emory.
pandanus. 5. attache de
la tuile de couverturesur
le chevron de
couverture. 6. attache
de la panne sur le
chevron arqué.
7. attache du chevron
de couverture sur la
du toit. Deux pannes, composées
plusieurs petites baguettes grossièrement
équarries, étaient ligaturées sur les chevrons :
la première à 15 cm environ au-dessus du sol,
la seconde à mi-distance entre la panne faîtière
de
Les Européens qui visitèrent les Tuamotu à la
fin
chaque
extrémité par deux paires de chevrons droits
Aux extrémités de la maison, dans les
sections arrondies où se trouvaient les portes,
et le sol.
étaient fixés sous ces deux
chevrons droits et les
Les tuiles de pandanus
cousues sur de petits chevrons de
des empanons
pannes entre lès
chevrons arqués.
étaient
couverture fixés sur les pannes tous les 30 cm.
anciennes maisons de
Napuka, d'après K.P.
Emory.
panne.
Exemple de couverture
de faite aux Tuamotu,
d'après K.P. Emory.
1. panne faîtière.
2. panne de faîte.
3. tuile de pandanus.
4. aiguille piquée au
travers du tara entre la
panne faîtière et la
panne de faite.
Maison de réunion
("are tepere)
de Mangareva, appeiée
aussi 'are tiki
(maison des tiki)
Anciennes habitations
de Napuka, couvertes
de pandanus.
raison de
décoration
architecturaie.
en
sa
■’fh-
'■•y'''
27
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D'AUTREFOIS
A
Les bâtisseurs
étaient tout aussi
Construire : un acte sacré
travail et
importantes que le travail
lui-même et devaient être exécutées avec la
Tahiti, les matériaux de construction
n’étaient pas considérés comme des éléments
inertes mais comme les détenteurs d’une
A
parcelle de l’essence divine. La mise en œuvre
des matières premières était une opération
complexe, la chaîne opératoire comportant
une nécessaire conciliation des dieux. Édifier
une
maison exigeait la participation
d’ouvriers spécialisés non seulement dans l’art
d’assembler les pièces de charpente mais aussi
dans le domaine religieux. Les dieux étaient
en effet présents pendant toute la durée du
travail sans cesse ponctué de prières et
d’offrandes.
plus grande exactitude. Comme à Tahiti,
prières étaient accompagnés d’une
surveillance continue de présages susceptibles
d’annoncer
construction
Marquises,
les
matériaux
de
cation de la nouvelle maison. Ces incantations
de
de
maisons
à
caractère
pouvaient retourner à la vie profane. Bâtir
certaines maisons constituait un acte des plus
graves, à tel point que pour consacrer un fara
ia manaha à Tahiti ou une maison de chef aux
Marquises, le sacrifice d’une victime humaine
était nécessaire.
Cette notion de sacré liée à l’édification
d’une maison se retrouve aux îles Gambier, à
femmes, considérées
danses étaient accompagnés de distribution de
à leur nourriture. L’accès au chantier était
surtout
interdit
aux
particulièrement réceptives aux forces
néfastes.
Aux
l’échec
ou
exceptionnel, les mauvais esprits étaient
éloignés du lieu de travail par la présence d’un
enclos tapu et d’une maison sacrée dans
laquelle logeaient et travaillaient les ouvriers.
Ils y préparaient même leur propre repas afin
d’éviter que des mains non sacrées ne touchent
comme
construction, personnifiés, étaient invités par
des prières et des chants à collaborer à l’édifi¬
réussite
la
l’entreprise. Avant de se mettre à l’œuvre,
experts, assistants et ouvriers devaient être
purifiés par un bain dans la mer. Pour la
consécration de la nouvelle maison
pouvaient faire disparaître ce lien magique qui
unissait les bâtisseurs aux forces supérieures.
Ce n’est qu’après avoir ainsi perdu leur tapu
que
les participants à la construction
la
Ainsi isolés du monde extérieur,
spécialistes et ouvriers n’étaient détournés de
leur activité par aucune distraction et se
consacraient entièrement à leur tâche. Seuls
un bain ou la récitation de chants sacrés pour
Les piliers des
*
Mangareva : des cérémonies avaient lieu pour
tressage des liens, l’implantation des
le
poteaux
et
couverture
l’égalisation des éléments de
de l’avancée du toit. Chants et
nourriture aux chanteurs, aux charpentiers et
chantres de Rogorogo.
Puka Puka, aux îles Cook, se distingue
archipels par l’absence de
relatifs à des cérémonies
associées à la construction des maisons.
des
autres
témoignages
*
Gouges. Le bois se
travaillait également à
l'aide de gouges,
confectionnées, selon
J. Morrison et W. Ellis,
"dans des os humains de
bras ou de jambes".
habitations et les fata
pouvaient être polis avec
des morceaux de corail
ou des peaux de raie
tendues sur un support
de bois.
A
Les couvreurs, lorsque
la charpente du toit est
achevée, installés sur un
échafaudage interne à la
maison, posent les
éléments de couverture
en
pandanus qui leur
sont transmis par les
"passeurs".
*
Le “passeur". A l’aide
d’une grande perche de
purau (Hibiscus
tiiiaceus), le “passeur"
dispose les tuiles
végétales sur
la charpente pour
permettre au couvreur
de les attacher ensuite
sur les chevrons.
Les aiguilles à toiture.
Pour coudre le tara sur
les chevrons, le
couvreur
tftilise une
aiguille de bois pointue
pourvue d'un chas.
Cette aiguille à toiture,
répandue en Océanie,
est très fréquente en
Micronésie et en
Polynésie.
Aiguilles à toiture de
Tahiti rapportées par
J. Bennet.
28
LES HABITATIONS DE POLYNÉSIE
»>
Les ouvriers spécialisés
de la
Société, les spécialistes de
chaque profession (constructeurs de maisons,
de pirogues, de marae ...) étaient appelés
tahu'a (créateurs). Ils possédaient des marae
sur lesquels étaient accomplis les rites
qui leur
permettaient de se concilier les divinités.
Aux
îles
Celles-ci autorisaient la taille d’une pierre ou
la coupe d’un arbre et favorisaient la réalisa¬
tion des entreprises humaines. Le tahu’a fare
(créateur de maisons) était celui qui, selon
T. Henry, “faisait les plans et construisait les
maisons”. Il dirigeait les ouvriers - rendus euxmêmes sacrés par le travail qu’ils effectuaient et présidait aux cérémonies, offrandes et
prières, depuis la coupe du premier arbre
jusqu’à la consécration finale de la maison.
tikitiki). Ces artisans spécialisés apprenaient
leur métier auprès d’un étranger ou d’un
membre de la famille plus âgé. Dès qu’ils
collectivité. Les chefs pouvaient faire appel à
fonction, ils prenaient le titre de tuhuna et
recevaient un bon salaire en nature ; aliments,
étoffes, armes, parures. La charge de tuhuna
était accessible à n’importe quel homme, et
parfois même aux femmes. De nombreux
tuhuna connaissaient plusieurs arts et certains
tous les arts à la fois ; ils portaient alors le titre
de tuhuna nui : grand maître. Les tuhuna,
Marquises, il ne semble pas qu’il ait existé à
Puka Puka, aux îles Cook, des spécialistes ou
des corps de métier. En conséquence, la cons¬
étaient suffisamment habiles pour exercer leur
classe honorée de la société marquisienne,
étaient considérés comme les sages de la
eux comme
conseillers politiques.
A l’inverse des îles de la Société et des
truction
d’une
maison
de
taille
moyenne
prenait souvent beaucoup de temps - sept à
douze mois -, car le propriétaire était fréquem¬
ment obligé d’interrompre les travaux
pour
vaquer à ses propres occupations et accumuler
les aliments nécessaires pour nourrir les
travailleurs à chaque étape de la construction.
Grajuie I/ache
•
Le tahu'a fare ne dirigeait que la cons¬
truction d’édifices à caractère exceptionnel
(maison d'ari’i, de réunion, /d/'e arioi, etc.)
pour les autres habitations, ceux qui en
avaient les moyens pouvaient engager un ou
deux
“charpentiers” qu’ils nourrissaient
pendant la durée de la construction,
l’estimation du travail à exécuter ayant été
faite au préalable sous forme de produits
(cochons, tapa, huile, nattes, etc.). Nous ne
connaissons pas la différence de statut entre
tahu'a fare et charpentier (différence de statut
social ou de qualification religieuse ?) et nous
ignorons si les charges de constructeurs et
spécialistes étaient héréditaires, comme c’était
le cas aux îles Samoa. Ceux qui ne pouvaient
pas faire appel aux charpentiers construi¬
saient eux-mêmes leur habitation avec l’aide
de parents (les /ét//), chacun étant régalé d’un
festin clôturant le travail d’édification.
Aux îles
Marquises, celui qui désirait
faire construire une maison faisait appel au
employée par les
charpentiers pour
abattre, tailler et débite
les arbres, et sculpter
les piliers de motifs
constructeur de plate-forme (tuhuna, hakatu
paepae), au constructeur de maison (tuhuna
hakatu fa'e), au spécialiste de la pose des
ligatures ornementales (tuhuna pehe) et à
décoratifs
(B et C sont en fait des
instruments utilisés
ceux supportant
J.F. Miller.
celui
H
Parmi ces “Outils des
Sud’’ se trouvr
l’herminette (A),
mers du
qui sculptait les poteaux de façade et
la panne faîtière (tuhuna ha'a
pour le tatouage).
D'après un dessin de
Page de gauche :
Le couvreur. De même
que l'ouvrier travaillant
à l'édification des
poteaux et de la
charpente, le couvreur
observait autrefois tous
les signes pouvant être
'
interprétés comme de
mauvais présages : s'il
lui arrivait de couper en
deux un des lézards qui
se
logeaient
habituellement dans les
feuilles, cela signifiait
que la.guerre était
proche, et l'ouvrier
abandonnait son travail
pour se préparer au
combat.
Hermineitè de pierre
de Polynésie. -
29
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
Les matériaux
de construction
Les bois d’œuvre
Aux îles de la Société, cocotier, arbre à pain et
hibiscus étaient sans doute les principaux bois
de construction utilisés en régions côtières. Le
cocotier était un matériau idéal pour la
confection des piliers d’habitation : pas de
problème d’ébranchage ou d’écorçage, une
fois coupé, le tronc est immédiatement
utilisable. Employé surtout pour les poteaux
porteurs, il était, d’après W. Ellis, le principal
matériau de construction des grands édifices.
L’arbre à pain servait pour les poteaux de
soutènement ou les éléments de charpente. Le
purau (Hibiscus tiliaceus) était parfois utilisé
comme pilier mais surtout pour la confection
des chevrons et de toutes les pièces de la
charpente du toit. Le bambou
(Schizoslachyum glaucifolium) et le roseau
(Miscanthus floriclulus) pouvaient se
substituer à l’hibiscus pour ce même usage.
D’autres arbres étaient également employés :
E.S.C. Handy nomme le miro (Thespesia
populnea), le tou (Cordia subcordata), Yahia
(Eugenia nialaccensis), le mara (Neonaudea
forsteri) et Yaito (Casuarina equisetifoiia).
Aux Marquises, les poteaux et pannes
sablières des maisons étaient en arbre à pain,
les éléments de charpente, pannes et chevrons,
en
*
cousues sur un support de roseaql DIautres
végétaux étaient occasionnellement em¬
ployés : l’herbe d'aretu (Andropogon
tahitensis) servait à Maupiti pour couvrir de
petites maisons, le to ou canne à sucre
(Saccharum officinarum) et le ti (Cordyiine
terminalis) pour les huttes provisoires de
Raiatea et Tahiti.
Aux Marquises,
les toitures étaient en
feuilles de cocotier tressées,
en
feuilles de
pandanus et autrefois en feuilles de vaake,
espèce de petit palmier endémique. Les
feuilles d’arbre à pain étaient aussi utilisées ;
ces couvertures d’apparence moins agréable
duraient plus longtemps que celles en feuilles
de cocotier. L’herbe était rarement employée.
Aux Tuamotu, les toitures étaient en
pandanus et en feuilles de côcotier ; à
Mangareva en pandanus.
Les techniques de confection des tuiles en
feuilles de cocotier et de pandanus différaient
sensiblement d’un archipel à l’autre. Celles
employées aux îles de la Société étaient parmi
les plus répandues. Les tuiles de pandanus y
étaient fabriquées de la façon suivante : les
feuilles dt fara, cueillies sèches ou ramassées à
terre, étaient mises à tremper dans l’eau salée
puis séchées et assouplies sur un morceau de
bois lisse fiché dans le sol. Après cette
préparation, elles étaient pliées au tiers
environ de leur longueur sur une baguette de
roseau, puis percées à 8 ou 10 cm sous ce
roseau à l’aide d’une aiguille taillée dans un
fémur de chien. Une latte de bambou pointue
était ensuite passée dans ce trou ; cette latte
“cousue” parallèlement à la baguette de
roseau permettait de maintenir les feuilles sur
leur support. La préparation du ni'au était
plus rapide mais le matériau moins durable :
les feuilles de cocotier, coupées sur l’arbre ou
ramassées à terre, étaient mises à tremper dans
l’eau douce. A leur sortie de l’eau elles étaient
séparées en deux dans le sens de la longueur
puis les femmes tressaient en croix deux à
hibiscus et en bambou. Le miro était choisi
pour la sculpture des poteaux de façade et de
la panne faîtière. Les
maisons pouvaient être fermées en partie ou
en
totalité par des perches- d’hibiscus, de
bambou ou par des tuiles végétales.
Aux Tuamotu, les matériaux de cons¬
différaient d’une île à l’autre.
truction
A
Napuka, les chevrons courbes étaient en tou,
les chevrons droits et secondaires en puka
(Pisonia) ou en pandanus, les pannes faîtières
et les pannes en Pisonia. A Reao, où il n’y
avait pas de tou, les habitants employaient
surtout le cocotier, le pandanus et la nervure
des feuilles de cocotier pour les chevrons
secondaires. A Puka Puka, le pandanus était
essentiellement utilisé pour la charpente.
A Mangareva, les chevrons de certaines
habitations étaient en bois refendu de cocotier
en pandanus ; comme dans les autres
archipels, l’hibiscus était aussi très employé.
et
Aux îles de la Société, les matériaux de
construction étaient
parfois traités contre le
l’attaque des parasites.
L’immersion dans l’eau de mer aurait permis
d’éloigner les insectes, de même qu’un enduit
de glaise rouge mélangé de charbon de bois.
La base des poteaux pouvait être trempée
dans la boue ou passée au feu avant enfouisse¬
pourrissement et
ment.
Les Marquisiens préféraient travailler le
bois vert, frais coupé, le bois sec ne pouvant
être
employé qu’après plusieurs semaines
d’immersion dans un torrent.
Les couvertures végétales
Société, les maisons étaient
tressées
de feuilles de pandanus (f’ara)
Aux îles de la
couvertes
(ni’au)
30
«
supportant
ceux
ou
de
feuilles jle_cocotier
Fabrication des
éiéments de couverture
en ni'au ; le tressage
des feuilles de cocotier.
Au-dessous :
Tuiles végétales.
A gauche : feuilles de
pandanus cousues
(tara).
A droite : feuilles de
cocotier tressées (ni'au).
Liens. La charpente
de cette maison
marquisienne de l'ïle
de Ua Pou est couverte
de tuiles végétales
en
ni'au, ligaturées
les chevrons à l'aide
de liens en écorce
de purau (Hibiscus
sur
tiliaceus).
LES HABITATIONS DE POLYNÉSIE
»
deux les folioles encore mouillées.
séchées. C’était les vieux
Les liens
filaient en les torsadant sur leurs genoux à
l’aide de la main. Plusieurs cordelettes ainsi
siècle, les Tahitiens
assemblaient les pièces de charpente et
fixaient les tuiles végétales à l’aide de liens en
A
la
fin
du
XV1I1‘=
écorce de pin au
(Hibiscus liliaceus), ou en
tresses de fibres extraites de la bourre de noix
w
de coco (nape).
Polynésie. Sa confection demandait
beaucoup de soin : “La bourre de noix de coco
était dans un premier temps immergée dans
l’eau salée, la plupart du temps au bord de
mer. retenue par des pierres pendant environ
deux mois. Après cette première opération,
qui par ailleurs blanchissait les fibres, on la
posait sur une pierre ou un morceau de bois
dur et on la frappait jusqu’à ce que les fibres
soient complètement ramollies. Ensuite elles
étaient
à
lavées
nouveau
A droite :
Les matériaux de
construction.
De
haut
en
bas
Maiore (Artocarpus
à
l’eau claire et
général qui les
obtenues étaient enfin réunies pour
des cordes solides” (Tischner).
obtenir
D’après J. Morrison, le lien d’écorce
d’hibiscus se fabriquait en mettant l’écorce à
tremper dans l’eau pendant trois jours pour la
débarrasser de sa viscosité ; puis elle était
séchée et
Le nape était très employé dans toute la
en
on
tordait les fibres à la main, “à
deux brins d’abord et en y ajoutant ensuite le
troisième brin
: les liens étaient fabriqués en
ajoutant de l’écorce au fur et à mesure qu’on
les tordait.”
Aux cordes de purau et de fibres de
bourre de noix de coco, s’ajoutent celles du
ieie (Freycinetia impavida) appelé également
Jarapepe.
Aux
Marquises,
la
plupart
des
cordelettes étaient en fibres de noix de coco, et
aux
Tuamotu, on utilisait la racine aérienne
du pandanus.
;
altilis) ou arbre à pain.
Cette variété à long fût
convient
particulièrement pour
la fabrication des piliers
d’habitations et
des pannes faîtières.
Les perches de purau
(Hibiscus tiliaceus)
sont parfaitement
adaptées pour
les différentes
pièces
de la charpente du toit.
Le pandanus(Pandanus
tectorius), dont on
utilise surtout les feuilles
pour confectionner les
éléments de couverture
du toit, est également
employé sur les atolls
comme
bois d’œuvre.
Préparation des
éléments de couverture
en lara. Après avoir été
assouplies sur un pieu
fiché en terre (cliché
de droite), les feuilles de
pandanus sont pliées
supportée roseau,
puis percées à l’aide
d’une aiguille en os de
sur le
chien et maintenues en
place par une baguette
de bambou (cliché
ci-dessous).
31
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
Construction
d’une maison à
caractère
exceptionnel aux îles
de la Société
Recherche et préparation
des matériaux
La
quête du bois d’œuvre était un travail
; lorsque les Tahitiens allaient
organisé
chercher leurs matériaux dans les vallées ou en
montagne, ils étaient
toujours précédés de
groupes
d’hommes qui partaient à la
recherche des provisions, construisaient des
provisoires et rassemblaient le bois à
Les spécialistes choisissaient les
arbres, les marquaient et, avant de les abattre
avec l’accord de leur propriétaire, ils accom¬
plissaient un rituel. Moerenhout remarque
que les Tahitiens “ne coupaient pas un arbre
pour construire une pirogue ou une maison
huttes
brûler.
avant d’avoir été, la hache à la main, au marae
pour prévenir les dieux et sans leur apporter le
premier morceau enlevé à l’arbre avant de
l’abattre en entier”. Il est probable que les
ouvriers utilisaient à la fois le feu et l’hermi-
nette de pierre pour abattre ces géants des
forêts nécessaires à la construction de grands
Après abattage, ébranchage, et
écorçage, les troncs étaient dégrossis sur les
édifices.
indications des spécialistes puis ils étaient liés
et
traînés à l’aide de cordes At [au (Hibiscus
sp.j.
Moerenhout,
D’après
les Tahitiens
“tiraient des forêts et amenaient
distant
de
morceaux
plus
de bois
au
rivage
demi-lieue, des
pesant au moins trois
d’une
celui de leviers
ou de rouleaux”. Une fois à pied d’œuvre, les
pièces de bois étaient sciées ou tranchées aux
dimensions voulues, encochées, polies et
tonnes sans autres secours que
En haut :
1 et 2. Pose d’un
élément de couverture
en fara. Le couvreur
"coud” la tuile végétale
à l’aide d’une aiguille en
bois. Celle-ci, piquée
juste sous la baguette
de roseau servant de
support aux feuilles,
crochette le lien
présenté à l’extérieur
du toit et le tire vers
l’intérieur où il est noué
sur le chevron.
3 et 4. Attache d’une
tuile végétale. L’élément
de couverture en fara,
mesurant environ
1,20 m, est attaché sur
le chevron par un simple
nœud d’arrêt. Un lien
continu servira à
maintenir toutes les
tuiles de pandanus sur
le même chevron.
travaillées à l’aide d’outils et de matières
appropriées. Tous les matériaux de construc¬
tion, piliers, éléments de charpente et tuiles
végétales devaient être rassemblés à l’empla¬
cement de la future maison. Grâce au nombre
important de participants - souvent plus d’une
centaine dans le cas d’un édifice à caractère
exceptionnel -, l’érection des piliers et la pose
de la charpente du toit étaient relativement
rapides et ne demandaient que quelques jours.
A l’inverse, la préparation de tous les
matériaux
de
construction
nécessitait
plusieurs semaines voire même plusieurs
mois. La fabrication des tuiles végétales
prenait toujours beaucoup de temps : il fallait
A droite :
La “campagne"
tahitienne telle
qu'elle fut observée par
Dumont d’Urville
1838 lors de son
passage dans l’île.
en
d’abord récolter des milliers de feuilles de
pandanus, des roseaux et des bambous, puis
assouplir une à une toutes les feuilles de fara
avant de les monter sur leur support de
Restait encore la confection des liens
d’écorce de purau ou de bourre de noix de
roseaux.
coco, indispensables à l’assemblage des pièces
de charpente et à la pose des éléments de
Ce travail de longue haleine
demandait une main-d’œuvre nombreuse et,
selon le cas, la participation d’une partie ou de
la totalité de la population du district ou de
l’île.
couverture.
32
Construction d’un fare
taupee à Maupiti.
Lorsque la charpente
du toit est achevée, les
couvreurs,
un
installés sur
échafaudage interne
à la maison, posent les
éléments de couverture
en
partantdu bas (panne
sablière) vers le haut du
toit (panne faîtière).
LES HABITATIONS DE POLYNÉSIE
«
Stockage des nourritures
rendre sacré”. Les ouvriers commençaient par
creuser des fosses de 50 à 80 cm de
Parallèlement à la préparation des matériaux
de construction, un véritable “fonds de subsis¬
tance” était constitué. En effet tous ceux qui
participaient à la construction de la maison
les ordres du tahua Jure étaient nourris
pendant la durée des travaux. De plus, ces
travaux
s’accompagnaient toujours de
nombreuses
réjouissances publiques
ponctuées d’offrandes aux dieux. De grandes
quantités de nourriture étaient donc préparées
sous
et stockées à l’avance. Le recours à la coutume
l’emplacement désigné pour
supportant la panne faîtière et ceux soutenant
les
pannes
sablières. L’implantation de
certains de ces piliers donnait sans doute lieu à
des offrandes et des prières comme cela se
pratiquait aux îles Gambier. Pour la
construction du /are ia manaha sur les marae
nationaux, le corps d’une victime humaine
à
offerte en sacrifice était enterré sous l’un des
poteaux centraux. Les poteaux étaient placés
du rahui - interdit (tapu) sur des produits de
dans leur trou, et leur stabilité assurée en y
tassant de la terre et des pierres tout autour.
production - se pratiquait à cette occasion.
hissée à la main
consommation
afin
d’en
accroître
la
Édification de la maison
Une fois ce fonds de subsistance constitué et
•
profondeur
les poteaux
lorsque tous les matériaux étaient fin prêts, le
véritable travail d’édification commençait.
L’emplacement du futur/à/r, après avoir été
soigneusement choisi, débroussé et nivelé,
était selon T. Henry “arrosé soigneusement
par les prêtres avec de l’eau de mer pour le
La panne faîtière était ensuite mise en place,
ou
à l’aide de cordes. Les
sablières étaient emboîtées dans la
partie supérieure des poteaux latéraux et
absidiaux et les chevrons ligaturés sur la
panne faîtière et encochés sur les pannes
sablières.
Un
échafaudage était ensuite
construit à l’intérieur de la maison pour la
pose des éléments de couverture. Ce travail
demandait une qualification particulière : il
était confié à des ouvriers spécialisés protégés
pannes
des dieux Minia et Papea(ou Nenia et Topae),
patrons des couvreurs et de “ceux qui finis¬
saient les angles des maisons et les différents
Joints de la toiture” (W. Ellis). Les tuiles de
pandanus étaient cousues sur les chevrons au
moyen de grandes aiguilles en bois. On
commençait à couvrir la toiture en partant du
bas
vers
le
haut,
c’est-à-dire des pannes
sablières vers la panne faîtière.
Pendant toute la durée des travaux, les
ouvriers observaient attentivement tout ce qui
pouvait être interprété comme des présages :
des outils usés du mauvais côté ou un trou
percé à contresens suffisaient à faire aban¬
donner la construction. Lorsque la maison
était
prête, une grande fête célébrait
l’achèvement de cet ouvrage collectif. Un
autre
rituel était
alors
accompli pour
la nouvelle maison. Cette
cérémonie est malheureusement peu connue,
mais c’est sans doute à cette occasion que
l’édifice recevait un nom savamment choisi :
consacrer
Pereue (rosée de la nuit). Pou mariorio
(poteaux qui s’infléchissent), Ma'a i tere
(nourriture qui flotte).
33
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
L’aménagement
intérieur, le mobilier
et le décor
architectural
L’aménagement intérieur
et le mobilier
A Tahiti le sol du fare
la'oto était nivelé,
aplani, surélevé ou affermi, puis recouvert de
longues herbes sèches sur lesquelles étaient
étendues des nattes. D’après J. Cook, “le
plancher était le lit commun de tout le ménage
et il n’y avait aucune séparation. Le maître de
la maison et sa femme se couchaient au milieu,
et
près d’eux les gens de la famille qui étaient
mariés, ensuite les filles qui ne l’étaient pas et à
peu de distance les garçons ; les serviteurs ou
leuieii... dormaient à la belle étoile
lorsqu’il ne
tombait point de pluie ; et dans ce cas ils se
réfugiaient sous les bords de l’habitation”.
Des fosses plus ou moins profondes étaient
creusées dans le sol pour le stockage de
certains aliments comme le fruit fermenté de
«c
les maisons. Les seuls ustensiles observés par
Beechey furent des gourdes et des récipients en
coquilles de noix de coco.
Aux Tuamotu, l’espace intérieur des
anciennes maisons de Napuka observées par
K.P. Emory était couvert de nattes de
pandanus disposées sur un matelas de feuilles
de cocotier tressées. Ces petites “maisons pour
dormir” étaient entièrement occupées par
Faire de couchage ; une poutre servait
d’oreiller commun et plusieurs grosses pierres
lisses de sièges et de lest pour le revêtement
végétal. De nombreux effets personnels hameçons, filets, armes, touffes de plumes etc.
étaient disposés sur le sol le long des versants
du toit, insérés entre les tuiles de pandanus ou
bien suspendus aux chevrons ou à une perche
ligaturée près du faîte. La vaisselle de bois et
-
autres
ustensiles
se
trouvaient autour de la
maison ou sous un petit appentis.
Aux Australes, certaines habitations de
J. Morrison, présen¬
taient la particularité d’être partagées dans
leur largeur par une rangée de pierres séparant
Tubuai
décrites
par
les hommes des femmes : “A l’extrémité de la
partie réservée aux hommes se trouvait un
emplacement où l’on enterrait les mâles de la
l’arbre à pain. Dans les régions pluvieuses, au
fond des vallées, là où les nuits sont plus
fraîches que sur le littoral, des feux allumés
famille : il était séparé du reste de la maison
par une rangée de pierres plates placées de
champs... où les femmes n’avaient pas accès :
c’est là
ancêtres
qu’ils gardaient les images de leurs
ou
de
leurs
Dieux
tutélaires”.
Comme dans les autres archipels, l’essentiel
du mobilier consistait en nattes pour dormir,
armes, paniers de différentes
tailles et plats en
bois pour préparer la nourriture.
Le décor architectural
A Tahiti certains édifices comme la maison de
Vari'i, étaient décorés intérieurement avec des
cordes tressées de différentes couleurs, des
nattes à damiers ou blanches avec de fines
Ces nattes étaient attachées
franges.
enroulées autour des chevrons.
Aux
tations
et
ou
Marquises, la plupart des habi¬
pratiquement tous les édifices
cultuels étaient décorés. L’emploi d’ornemen¬
tation sur les paepae est peu courant et semble
s’être limité à quelques îles ; elle se caractéri¬
sait, entre autres, par des figures sculptées en
relief sur le ke’elu, bordure de bloc basaltique
séparant \e fa’e du paepae. A l’intérieur des
Page de droite, en haut :
Poteau d’habitation
marquisienne, sculpté
dans de petits foyers servaient au chauffage et
de motifs géométriques.
à l’éclairage, ce dernier en partie assuré par les
chandelles constituées de brochettes de fruits
oléagineux du lia'iri ou tuitui (Aleurites
moluccana). Chaque habitation possédait un
ou deux fal a, simples poteaux de bois pour
suspendre les calebasses et les provisions afin
de les mettre hors d’atteinte des rats. Les
à une classe sociale
privilégiée possédaient des coffres en bois, des
appuis-tête finement polis et des petits sièges
bas. Le mobilier de type courant comprenait
Tahitiens appartenant
Page de droite,
entre autres les armes, tambours, instruments
ci-contre :
Quelques exemples de
musicaux, paniers, nattes, récipients et plats
en
motifs décoratifs
bois appelés umete pour la préparation de
sculptés sur les poteaux
des habitations
certains aliments.
Marquises, l’aire de couchage
aménagée sur la partie arrière du fa'e.
marquisiennes, d’après
Aux îles
était
Elle était formée selon R. Linton de deux
poutres de palmier bien droites et bien lisses :
l’une était placée longitudinalement entre les
poteaux centraux, l’autre le long du versant
du toit. Le sol de terre et de gravier compris
entre
ces
deux
poutres
était tout d’abord
R. Linton.
Maison de Te Mae
à
Napuka aux Tuamotu.
L’intérieur de cette
maison est entièrement
occupé par l'aire de
couchage. Le panier,
le matériel de pêche et
d’autres objets sont
suspendus aux
chevrons de la
charpente du toit.
Dessin d'après une
photographie prise par
K.P. Emory en 1934.
recouvert de feuilles de palmier ou de fougères
on y ajoutait des tapis de feuilles de
cocotier tressées et enfin des nattes de feuilles
de pandanus tressées appelées kahua’a et
puis
Marquisiens dormaient la tête
arrière du toit, le kahua’a
supportant la tête et les épaules et le moena les
jambes. Les appuis-tête n’existaient pas mais
des coussins de tapa étaient parfois attachés à
la poutre de palmier sous le kahua'a. Des
appuis-tête portables réalisés avec des paquets
de feuilles de fei enveloppées et attachées avec
du tapa étaient aussi utilisés.
Comme à Tahiti, le sol des habitations de
Mangareva était couvert d’un tapis végétal
d’berbe d’aretu, d’herbe des montagnes ou de
feuilles sèches de bananier ; on y disposait
ensuite les nattes pour dormir. Pas de sièges en
bois, d’appuis-tête ou d’autre mobilier dans
moena.
vers
34
le
Les
pan
Ci-dessus et
page de droite :
Coffres en bois des îles
de la Société, dans
lesquels étaient
conservés les biens
précieux : plumes,
ceintures, hameçons,
etc.
Des appuis-tête
finement polis étaient
utilisés à Tahiti.
•
LES HABITATIONS DE POLYNÉSIE
maisons, les poteaux centraux et de façade
portaient des décors : les piliers des édifices
cultuels et des habitations de chefs étaient
formait
avec
de la tresse de coco,
l’une
sculptés
bois ou de pierre. A Hiva Oa, Tahuata et Fatu
la
Hiva,
motifs
ou
et
ces
mêmes poteaux étaient ornés de
géométriques : lignes droites, brisées
ondoyantes, chevrons, triangles, rectangles
La
cercles.
décoration
toujours
présentait
architecturale
certaine unité
d’ensemble témoignant de la présence d’un
une
seul et même artiste : le liilnina ha'a likiliki.
Certaines pièces de charpente étaient décorées
de
surliures
en
fibres de cocotier rouges,
jaunes, noires et blanches. Les fibres étaient
teintes dans de l’eau colorée de terre rouge ou
du jus de certaines plantes ;
la couleur noire
s’obtenait en les enterrant dans de la boue. Les
cordes à trois ou quatre brins étaient les plus
employées par le luhuna pehe
qui les disposait en motifs décoratifs.
l,a maison de réunion observée par Laval
à IVlangareva était richement décorée inté¬
couramment
*
on
l’autre noire et l’autre blanche, des
figures représentant des carreaux, des pattes
de figures anthropomorphes en
ronde-bosse à la manière des grandes idoles de
*
notre gros papier d’emballage) et sur ces toga
rieurement
:
“Les colonnes
et
les poteaux
généralement recouverts de toga
(étoffe en papyrus qui ressemblait assez bien à
étaient
rouge,
d’oiseaux et d’autres motifs. Les traverses
...
et
pièce du faîte étaient également ornées de
toga et de figures en tresses de coco appelées
ha'a. Les chevrons restaient
nus et se termi¬
naient par une statue adhérente qui représen¬
tait tel ou tel dieu revêtu du maro, en position
de porter la poutre sur la tête”. La présence de
sculptures anthropomorphes dans ce are liki
rappelle les décorations architecturales des
Marquises, mais aussi celles des îles Australes.
effet nous savons peu de choses des
habitations de cet archipel mais il semble
incontestable que certains édifices portaient
des décors. La maison de Tubuai décrite par
J. Morrison possédait en façade des éléments
En
sculptés et peints en rouge ainsi que des
sculptés représentant des images
grossières d’hommes et de femmes”. Par
ailleurs, des pièces de bois décorées de motifs
géométriques ont été retrouvées dans cette île ;
elles font penser à des éléments de seuil de
porte comparables à ceux décrits par P. Buck
“auvents
aux
îles Cook.
A droite :
1, 2 et 3. Eléments
sculptés de maisons de
Tubuai (îles Australes).
Ces pièces de bois sont
vraisemblablement des
seuils de portes.
35
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
Diversité
fonctionnelle
des maisons
tahitiennes à la ün
du XVIIP siècle
d’habitation.
Les
Tahitiens
ne
vivaient pas comme les Européens dans une
seule habitation dont l’espace intérieur,
délimité par des cloisons, se découpait en
chambre à coucher, cuisine ou salle à manger.
Les Tahitiens ne vivaient
pas dans une seule
cellule d'habitation,
mais dans plusieurs
petites maisons aux
fonctions bien définies.
Sur ce dessin de
J. Webber, se
distinguent la maison
pour dormir (fare ta'oto),
la maison pour préparer
le repas (fare tutu) et le
hangar à pirogue.
Les maisons tahitiennes,
d’après les témoignages
des premiers
Européens, étaient
dispersées sur les
plaines littorales, sans
ordre apparent.
L’intérieur des vallées
était également
largement peuplé.
Aquarelle de G. Tobin.
36
aménagé ou non par l’homme) convient sans
doute mieux pour parler du lieu de résidence
tama’ara’a) pour fabriquer les étoffes, etc. Ces
édifices étaient construits à proximité les uns
des autres dans un espace de terrain délimité
par un mur de pierre, une palissade en bois ou
des bornes végétales. La notion d’habitation
doit être prise dans un sens large, le Tahitien
vivant la plupart du temps en plein air, à
l’extérieur de l’espace bâti. Par exemple,
certaines activités pouvaient se dérouler sur
des paepae aménagés devant le fare ta’oto, la
Les unités d’habitation principales. Dans le
fare ta’oto se réunissait la (ou les) famille pour
y passer la nuit. Les dimensions et la forme de
cette maison (fare pote’e ou fare hau pape)
faire la cuisine (f'are tutu), pour manger (/'are
L’habitation de type courant
L’espace
Ils habitaient plusieurs constructions mono¬
cellulaires ayant chacune leur propre fonc¬
tion : maison pour dormir (fare ta'oto), pour
cuisson
des
aliments
s’effectuer
non
seulement dans les fare tutu mais sur des aires
culinaires à ciel ouvert. L’expression “espace
d’habitation” (espace bâti et espace extérieur
des Tahitiens d’autrefois.
variaient selon le nombre des membres de la
famille, le rang social du propriétaire et le
nombre de familles qu’elle abritait. Cet édifice
était érigé directement sur le sol sans ou avec
peu
d’aménagement des terrains
environnants. Dans les endroits de faible ou
de forte pente, des terrasses étaient aménagées
le haut de la pente et en remblai
le bas. Sur le littoral, \e, fare ta’oto était
en déblai vers
vers
“ouvert à tous vents” ; par mauvais temps des
*
fi
LES HABITATIONS DE POLYNÉSIE
»
écrans
en
nattes
de
feuilles
de
cocotier
tressées, fixés entre les poteaux latéraux,
protégeaient de la pluie et des vents. A l’inté¬
des vallées où le temps est moins
clément, le fare ta’oto était fermé en partie ou
en totalité par des troncs de purau ou des
cannes de bambou ; la façade de la maison
s’ouvrait parfois sur un paepae : cette plate¬
rieur
de pierre indispensable en régions
pluvieuses pourrait être, sur le littoral, la
marque de l’appartenance du propriétaire à
une classe sociale privilégiée. Non loin Au fare
ta’oto se trouvait \tfare tutu, simple abri en
feuilles de cocotier tressées ou petite maison
forme
*
bien bâtie aux formes architecturales variées.
Il abritait le four (ahi ma’a), une
réserve de
pierres et de combustibles et des fata
(poteaux) pour suspendre les ustensiles de
%
Les différents types
de fare tutu,
d’après E.S.C. Handy.
1. Raiatea et Tahiti.
2-3. Moorea.
4. type courant.
5. Papara (Tahiti).
6. Vairoa (Tahiti)
(à gauche, la maison
pour préparer le repas,
à droite la maison
pour le four).
7. Afaahiti (Tahiti).
8, 9 et 10. types d’abris.
cuisine
nourriture.
la
réserve
de
des
classes
sociales,
ou
fonction
En
[are
doute aux
hommes et aux femmes de prendre leurs repas
séparément.
tama’ara’a
permettaient
des
Unités d’habitation
sans
annexes.
La fabrication
une des occupations princi¬
pales des femmes, et chaque famille possédait
un petit atelier où se confectionnait le tapa
familial. Cet édifice, sans doute un fare hau
pape de faible dimension, abritait le tutua,
pièce de bois quadrangulaire sur laquelle était
battue l’écorce de certains arbres. Par ailleurs,
de grands ateliers publics existaient dans
chaque district, d’importantes quantités
d’étoffes y étaient fabriquées à l’occasion des
des étoffes était
fêtes, des visites des ari’i et des arioi.
polynésien
L’habitat
ne
saurait
concevoir sans le farau, hangar à pirogue
se
de
dimensions variées, construit en bordure de
mer ou de rivière. Ces constructions en “forme
d’arche” recevaient les pirogues de pêche et de
Les grandes pirogues de district, les
pirogues royales et les bâtiments de guerre
étaient abrités sous d’immenses hangars dont
certains, observés par J. Cook, ne mesuraient
pas moins de 40 à 50 mètres de long. Les
Tahitiens construisaient également de petites
voyage.
cases
faites
de
nattes
ou
de
tapa
dans
lesquelles ils prenaient des bains de vapeur, et
à la saison de la récolte du'urw(arbre à pain),
des maisons pour l’engraissement des enfants.
Des abris et des parcs à cochons étaient aussi
édifiés dans l’espace d’habitation.
Le hangar à pirogue.
La forme architecturale
du hangar à pirogue
varie peu en Polynésie.
James Cook en donne
la description suivante :
"ces hangars sont
des poteaux fichés en
terre qui se rapprochent
au
sommet les uns vers
les autres et qu’ils
attachent ensemble
avec les plus forts de
leurs cordages ; ils
forment une espèce
d’arc gothique recouvert
partout d’herbage
jusqu’à terre, excepté
seulement à ses deux
bouts qui sont ouverts”.
Ci-dessus :
Lavis de S. Parkinson
(1769).
Ci-dessous :
Gravure de E. Rooke,
Charpente
d’un tarau va’a.
1. turu.
2. panne.
3. panne faîtière.
4. chevron.
5. éléments
de couverture.
37
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D'AUTREFOIS
La résidence de X'arVi et les édifices
qui lui sont associés
Mahora et fare ao rai. Plusieurs fare pote'e maisons de réunion,/ûre ari’i.fare aito, écoles,
etc.
ainsi que les résidences des ari’i se
regroupaient autour de terrains de réunion ou
places publiques nommés mahora. Ces
grandes places palissadées attenantes à la
maison de Vari’i selon J. Cook, portaient des
-
variés et constituaient des pôles
d’attraction sociale, politique et religieuse. La
noms
maison de
\'ari’i, souvent appelée dans la
ethnohistorique fare ao rai
(“maison de la lumière du ciel”), ne se distin¬
guait pas des autres édifices par une forme
architecturale
particulière. Fréquemment
construite sur une pointe de terre, à l’entrée
littérature
«
d’habitation
“d’assemblée
renciées
voyageurs
:
fonctionnellement bien diffé¬
maison pour dormir, pour faire la
cuisine, pour prendre les repas, pour recevoir
les invités, pour les serviteurs, pour les enfants
de l’a/'/V, etc. Certaines de ces maisons, closes
de bambous ou ouvertes sur les côtés, se
trouvaient au milieu d’une cour jonchée
d’herbes sèches, de petits galets de basalte noir
ou
de fragments de corail.
ment
Lieu particulière¬
sacré, cet espace d’habitation n’était
fréquenté que par les hauts dignitaires.
Maisons de réunion,/are arioi et maisons de
danse
11 est probable que chaque district
possédait deux ou trois grandsfare pote'e qui
servaient, selon le capitaine Cook,
.
sociale
maisons
ou
de
retraite”
pour
les
n’appartenant pas à une classe
privilégiée. Une de ces grandes
sans
murs,
occasions
les
habitants
comprenait
de
nombreuses
du
district.
Les
personnes de haut rang social étaient reçues
dans le fare manihini (maison des hôtes) ou
dans le fare arioi. Cet édifice, qui pouvait
atteindre 50 mètres de longueur et même
*
davantage, était plus spécialement bâti pour
recevoir
les
arioi,
confrérie
culturelle
et
ludique de danseurs et de comédiens qui se
déplaçaient d’île en île en groupes de plusieurs
“Case de la Reine à
d’une passe, au bord de la mer ou sur “les
flancs verdoyants des collines”, la résidence de
ïari'i
construite sur l’un des
côtés du mahora, faisait office de maison de
réunion lorsque se rassemblaient en certaines
Pape ili” d'après
Dumont d’Urville.
A l'intérieur de l'espace
unités
d’habitation, délimité
par un muret de pierres,
trouvent plusieurs
unités d’habitation aux
fonctions bien
différenciées : maisons
se
*
pour dormir, pour
manger, pour recevoir
les hôtes, pour la famille,
les serviteurs, etc.
Petit édifice associé
spectacies de danse,
par J. Webber.
Cette petite maison
aux
servait avant tout
pour abriter
les musiciens et
permettre aux danseurs
*
de changer de costume :
"l’un des coins
était natté de toutes
parts, c’est là que
s’habillaient
les danseurs’’ affirme
G. Forster.
La maison de réunion.
L’édifice dans.lequel
la reine Purea reçut
le capitaine Waliis
à Matavai avait 98 m
de long et 12,60 m
de large. “La partie
la plus élevée du toit
en-dedans avaitSOpieds
38
de hauteur (9 m) et
les côtés... en avaient 12
(3,6 m)". Cette très
grande maison pourrait
être une maison
de réunion ou
un fare manihini
(maison des hôtes).
Gravure de J. Hall.
LES HABITATIONS DE POLYNÉSIE
»
centaines
de
Moerenhout
personnes.
et
Henry signalent la présence d’une plate¬
forme intérieure au bâtiment sur laquelle se
tenaient les chefs an'oi. D’après T. Henry, à
proximité du /'are arioi se trouvait un “petit
marae
de 2 mètres environ de long...
semblable en tous points à un marae
T.
ordinaire’’.
“maison de danse” devant laquelle évoluaient
les danseurs. Cette construction en partie
érigées de nombreuses constructions en bois :
autels ou plates-formes d’offrandes (faia),
fermée sur l’un de ses côtés
permettait aux
danseurs de changer de costume ; elle abritait
aussi les musiciens.
La maison des guerriers et les écoles. Le/me
ailü (la maison des guerriers) était sans doute
érigée non loin de la résidence de Vari’i. Nous
possédons peu d’informations sur les caracté¬
ristiques architecturales de cet édifice,
cependant les fouilles archéologiques du /are
aito de Vitaria à Rurutu (îles
Australes) ont
montré que la maison était construite en ailo
»
marae
étaient
maisons de dimensions variées.
Le fare ia manaha. Sur les marae nationaux se
trouvait le fare ia manaha (“la maison des
trésors cachés”). Cet édifice très sacré devait
être construit
journée ; une victime
humaine était sacrifiée et son corps enterré
en
Le fare atua (la maison du dieu) n’était
maison proprement dite, mais une
petite construction mobile que l’on conservait
dans le fare ia manaha sur une table d’environ
1,20 m supportée par quatre pieds incurvés
finement sculptés. Il était exposé sur le marae
devant l'ahu. Le fare atua contenait le to’o,
image du dieu auquel était dédié le marae. 11
permettait de transporter le to’o d’un marae à
une
le poteau central pour “assurer la
stabilité de l’édifice”. Dans le fare ia manaha
sous
étaient déposés les images et les objets de
valeur appartenant aux divinités ; on y
un
lieu
autre
cérémonies
sacré
lors
de
certaines
religieuses. Le fare atua ne doit
pas être confondu avec le fare orometua (ou
oromatua), petit coffret sculpté en forme de
maison renfermant les
Sur
l’un
des
côtés
d’un chef.
national se
ossements
du
marae
trouvait également le grand hangar à
pirogue
qui abritait le va’a ra’a, (la pirogue sacrée du
dieu) dans laquelle voyageait le fare atua.
(Casuarina equiselifolia), symbole du guerrier
dont l’arbre porte le nom.
11 existait à Tahiti deux types d’écoles : la
première, réservée aux hommes, était une
école de prêtres où s’apprenaient les exercices
religieux. Dans la seconde, destinée aux
jeunes gens et jeunes filles de haut rang social,
on
enseignait diverses matières dont
“l’histoire, l’art héraldique, la géographie, la
navigation, l’astronomie, l’astrologie, la
mythologie,... la généalogie, l’étude des
Au-dessous:
Fare atua
(maison du dieu) exposé
sur un marae de
Itle de
Huahine. Cette petite
construction mobiie
contient ie fo’o,
c'est-à-dire i'image
du dieu auquel est dédié
le marae.
Gravure de W. Wooliett,
*
A l’intérieur de l’enceinte des
fabriquait aussi les objets nécessaires aux
cérémonies et les gardiens du marae, appelés
opu nui, y passaient la nuit.
pas une
Les constructions en bois
édifiées sur les marae
La littérature ethnohistorique
mentionne également l’existence d’une petite
*
énigmes, et des comparaisons...” (T. Henry).
Comme les maisons de l'ari'i, les places de
réunion et les fare arioi, les écoles de Tahiti
portaient un nom.
A droite :
Vue intérieure du marae
Taputapuatea à Pare
observé en 1792 par
G. Tobin. Essai
d'interprétation
des édifices en bois
représentés.
d’après S. Parkinson.
Les fare atua, lors des
cérémonies
importantes, étaient
exposés sur de petits
autels devant le ahu,
partie la plus sacrée du
Gravure de
J. Newton d'après
S. Parkinson.
marae.
39
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
Les plates-formes d’offrandes.Quelle que soit
importance sociale, tous les marae
possédaient des plates-formes d’offrandes sur
lesquelles étaient déposées des nourritures
pour les dieux. Sur \es fata raii se trouvaient
des cochons entiers, de grands poissons, des
légumes, des noix de coco... Ces plates-formes
d’environ 2 m de hauteur étaient supportées
par des piliers renflés vers le sommet pour
empêcher l’accès des rats aux aliments. Des
morceaux de choix étaient exposés sur des
autels plus petits, bas, carrés, oblongs ou
ronds appelés fata ai'ai. D’après T. Henry
“sous chaque poteau d’autel était enterrée une
pierre énveloppée d’une ou de deux feuilles de
miro le plus sacré appelé iho de l’autel sacré”.
leur
4
domestique se différencie sensiblement d’un
groupe d’îles à l’autre-en particulier au niveau
de l’élaboration des charpentes de toit -,
l’organisation de l’habitat et les
différenciations fonctionnelles présentent de
nombreux
points communs. La variété
fonctionnelle des maisons, issue d’un même
fonds culturel, est à l’image d’une société
polynésienne complexe qui
qu’imparfaitement connue.
n’est
encore
*
Constructions en bois liées au culte des morts.
Le fata tupapa'u (autel pour le mort) était une
petite construction en bois formée de quatre
piliers supportant une plate-forme amovible
sur laquelle reposait le corps du défunt. Cette
construction était couverte d’un toit destiné à
le cadavre à l’abri des
mettre
intempéries.
«
Selon la classe sociale à laquelle appartenait le
mort,
le fata tupapa'u était entouré ou non
d’une clôture de bambou.
Dans \e [are tupapa'u (maison du mort)
était exposé et embaumé le corps d’un ari'i.
intempéries, la momie était
exposée à l’intérieur ou à l’extérieur de cet
édifice sans murs, sur différents fata. Cette
Suivant
les
maison,
hautement
d’une
sacrée,
tare tupapa’u
palissade
était entourée
palissade qui en interdisait l’accès au
des mortels.
Ce panorama de l’habitat tahitien met
l’accent sur l’extrême variété des édifices
commun
observés à l’arrivée des Européens. Cette
diversité peu sensible dans les formes
architecturales - fare hau pape, fare pote’e et
hangars
à
essentiellement
pirogues
au
-
se
manifeste
niveau fonctionnel. Cette
particularité se retrouve dans les autres
archipels polynésiens. Si l’architecture
N^il'lip-
1U U .'||D.'..'.'iii.L!JtiiD||i.L
«
maison du gardien
fata et wivi^rw
civière
taia
fjvy:
clôture
d
^
Fil
ir-fir'l'''
Fare tupapa’u de l’ar/VTi.
Le corps momifié est
placé sur une civièreportative permettant son
déplacement lors des
Intempéries.
Gravure d'après
J. Webber.
En-dessous :
Essai d'interprétation
des édifices en bois
représentés.
Fata tupapa'u entouré
d'une clôture
de bambou ; devant
cette construction,
à droite, se dressent
deux petites
plates-formes
d’offrandes. Aquarelle
de G. Tobin.
40
«.
3 L’homme et la mer
•
•
*
exploitation des ressources du milieu marin par la pêche, le ramassage
(coquillages etc.) et la recherche de matières façonnables, fut toujours
économiquement déterminante pour les sociétés polynésiennes.
Le statut social des pêcheurs variait, semble-t-il, selon les archipels : aux
Marquises, lors du contact avec les Européens, ils constituaient une classe sociale
bien distincte, possédant ses propres espaces cérémoniels dédiés à ses divinités ; à
l'époque, rien de comparable n’existait aux îles de la Société où les pêcheurs n’étaient
pas socialement organisés. Exceptées, peut-être, quelques techniques de prestige
(capture des tortues, par exemple), la pêche était surtout le fait d’individus de
condition plutôt modeste, mais rarement, dit-on, de la classe la plus humble des
manahune. Sur les atolls peu habités des Tuamotu le statut des personnes était moins
rigide que sur les îles hautes et les Paumotu se consacraient quasiment tous à
l’exploitation de leur environnement marin, activité indispensable à leur subsistance.
Le prélèvement sur les ressources marines, dans le lagon et en bordure des côtes,
était soumis à un certain contrôle par les chefs de terres adjacentes qui, en échange
des droits de pêche concédés à leurs sujets, recevaient une part sur les captures. Ils
pouvaient également, à l’occasion de festins par exemple, décider de pêches
collectives auxquelles toute la population participait parfois. De même, les expéditions
au large, telles les pêches au thon en
pirogue double, étaient des entreprises dont l’ini¬
tiative revenait au chef de l’endroit, conseillé par les experts en pêche (tahua). Le
souverain d’une île pouvait aussi imposer le rahui, mesure qui dans le cas présent
correspondait à une interdiction de pêcher mais susceptible de s’appliquer aussi à des
ressources terrestres. Cette interdiction pouvait porter sur toutes les côtes d’une île ou
bien n'être que partielle. Le but en était, soit de protéger certaines espèces lors du frai,
soit de constituer des réserves alimentaires en vue de festivités à venir. Les chefs infé¬
rieurs étaient dotés de pouvoirs analogues sur l’étendue de leurs zones d’influence.
Cette emprise des chefs sur l’activité et les territoires de pêche perdura, sous une
forme atténuée, jusqu’à une période récente puisque Handy signale (“Houses, boats,
and
fishing"
1932) qu’au moment de
son
enquête les habitants de Papara
demandaient l’autorisation aux descendants des ari'i pour pêcher en face de leur lieu
de résidence et, en contrepartie, leur octroyaient une part, d’ailleurs faible, de leurs prises.
Nature et surnaturel
Connaître la nature
“Les espèces animales... ne sont pas connues,
pour autant qu’elles sont utiles : elles sont
décrétées utiles ou intéressantes, parce qu’elles
d’abord connues”. Cette remarque de
Claude Lévi-Strauss (“La pensée sauvage”),
sont
fort
justement souligne la primauté des
dans l’exploitation des
écologiques. Observateurs
passionnés de la nature, les Polynésiens
poussèrent très loin leur exploration du milieu
marin. Recensant les poissons et autres
animaux susceptibles de devenir leur proie, ils
choisirent parmi eux les plus intéressants du
point de vue alimentaire et, empiriquement,
apprirent à se garder des espèces non
comestibles. Des informations très précises
sur les habitats, comportements, nutrition
connaissances
ressources
etc., des proies furent nécessaires pour
élaborer les stratégies et confectionner les
instruments appropriés à leur capture. Bien
évidemment, cette fréquentation ancienne et
quotidienne de l’environnement marin fut
elleTmême source de connaissances techniques
et écologiques à propos des animaux mais
aussi sur le milieu en général (vents, courants,
états de la mer etc.). Ainsi au cours des temps,
se
constitua
un
ensemble
de
savoirs que
chaque génération enrichissait de sa propre
expérience avant de la transmettre à la
suivante par l’enseignement pratique et des
instructions orales parfois formalisées en
chants, poèmes etc. Les “calendriers de pêche”
dont nous possédons des transcriptions sont,
à ce titre, exemplaires puisqu’ils indiquent,
entre autres, les nuits favorables à la pêche, les
espèces présentes et même parfois les
techniques dont il convient d’user. Nul n’est
besoin de caution pour prouver la valeur des
savoirs
ancestraux,
mais signalons
incidemment que les études scientifiques les
plus récentes ont montré la parfaite
corrélation
entre
traditionnelles
et
indications
observations
des
ces
les
biologistes. Ajoutons que l’on s’efforce
aujourd’hui de recueillir auprès des anciens, là
où elle
a survécu, cette riche information
menacée à terme de disparition partielle ou
complète.
Maîtriser le surnaturel
Mais
les
connaissances écologiques ou
techniques, si elles sont indispensables pour
exploiter le milieu, n’ont guère de prise sur les
modifications qui risquent de l’affecter. Des
bouleversements préjudiciables pour
l’homme, voire catastrophiques dans le con¬
texte économique fort précaire des atolls,
pouvaient se produire : les poissons soudain se
raréfier, les espèces saisonnières une année
Aux iles Marquises,
1843, la pêche aux
poissons volants se
pratique en pirogue, à
en
l’aide de flambeaux et
d'épuisettes.
Dessin de M. Radiguet.
«
41
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D'AUTREFOIS
déserter les îles, les éléments se
déchaîner,
interdisant toute pêche.. En dernier ressort,
les
Polynésiens attribuaient à certaines
divinités le contrôle de la nature, l’origine de
ces fortunes contraires comme d’ailleurs des
(abondance, con¬
l’environnement...).
Les noms des divinités de la mer et de la pêche
qu’attestent les sources historiques sont
multiples et leurs attributions bien floues :
événements
ditions
outre
favorables
clémentes
de
Tuaraatai et Ruahatu, "principales
marines” selon Ellis, cet auteur
•F
chefs des îles étaient le théâtre d’importantes
manipulaient des “pierres à
poissons” sculptées à l’image de l’espèce sur
laquelle ils désiraient exercer une influence.
se concilier les faveurs des forces divines nous
l’instauration
grande saison de pêche, en octobre-novembre,
les marae consacrés à ces divinités ou ceux des
cérémonies. De ces tentatives collectives pour
savons
sur
les
peu de choses : l’on signale l’offrande
marae des
premières prises... On
notamment,
Comme
demment
d’autres
et
de la vie sociale,
levée du rahui précé¬
actes
la
évoqué,
s’accompagnaient
de
rituels afin d’associer les dieux aux décisions
rapporte qu’en certains lieux, comme le marae
des chefs. Aux Tuamotu, les tortues capturées
pêches au thon et à la bonite
consommées sur les marae lors des cérémonies
Vaiahu de Maupiti, les prêtres (tahua), pour
favoriser les
à l’ouverture de la saison étaient tuées et
divinités
indique que les Tahitiens “avaient... des dieux
supposés présider aux opérations de pêche,
d’autres selon les saisons dirigeaient vers leurs
rivages les divers bancs de poissons. Tahauru
était le principal parmi ceux-ci, mais il y en
avait cinq ou six autres dont les pêcheurs
avaient l’habitude d’invoquer l’assistance, soit
avant de mettre leurs pirogues à l’eau, soit une
fois
en
mer.
Matatini était
fabricants de filets” (W.
le “dieu
des
Ellis). T. Henry cite
les noms de Ruahatu Tinirau et de Tinorua
.>
parmi les dieux que vénéraient les pêcheurs.
Aux îles de la Société, au début de chaque
I
i
42
L'HOMME ET LA MER
dont
les
traditions
orales, vivaces
en
ces
régions, permettent d’entrevoir la complexité :
appel lancé aux ancêtres déifiés, immolation
de l’animal, offrandes symboliques... chaque
temps fort du rituel était scandé par des chants
et la déclamation de prières. Ces cérémonies
par lesquelles les Paumotu s’efforçaient
d’obtenir en abondance des tortues, animaux
tous appréciés pour leur chair et
essentiels à la subsistance des hommes des
entre
»
atolls, étaient au nombre des manifestations
les plus importantes
de la vie de ces
communautés.
D’autres rituels n’ont laissé
qu’un souvenir ténu : ceux consacrés aux
poissons napoléons, murènes etc. Est-il
d’ailleurs surprenant que le milieu marin
tienne une telle place dans l’univers spirituel et
religieux de ces sociétés qui, depuis des temps
immémoriaux, vivaient avec lui en parfaite
symbiose ?
Mais, outre ces cérémonies engageant
la collectivité, devaient exister maintes
toute
•
pratiques individuelles par lesquelles le
pêcheur essayait de garantir la qualité de sa
pêche, de se prémunir contre les dangers...
C’est encore aux Tuamotu, parce que les
changements introduits par la colonisation
ont été plus tardifs et moins radicaux,
que des
informations à ce sujet ont pu être recueillies :
l’on sait au moins, par exemple, que les
pêcheurs de l’atoll de Napuka passaient dans
de la fumée, disaient des prières, avant les
pêches périlleuses afin de se purifier et
d’éloigner d’eux d’éventuels esprits mal¬
faisants ; il était interdit d’enjamber un filet ou
une
canne
car ces
instruments, disait-on,
devenaient
aussitôt
inefficients
;
la
nuit
précédant certaines pêches, l’homme
s’éloignait de sa femme, tout rapport sexuel
passant pour compromettre ses chances de
capture. De même, ceux restés à terre, femme,
*
enfants, devaient éviter de provoquer tout
désordre dans la maison qui causerait des
problèmes au pêcheur en mer. Lors des pêches
périlleuses, l’homme sans cesse guettait des
signes par lesquels, pensait-il, les divinités ou
ses ancêtres
le préviendraient d’un risque
imminent ; si un incident advenait, il
invoquait leur aide.
Ainsi, dans leur relation à leur envi¬
ronnement marin, les
ils
comme
et,
comme
divines.
Polynésiens se vivaientpartie intégrante de la nature
elle,
soumis
Page de gauche :
•
Activités de pêche
au bord du
iagon.
Cette aquarelle de
G. Tobin, datant de 1792,
a la précision
d’un reportage
photographique.
Une pirogue de pêche
rentre au rivage, alors
qu'une pirogue à voile,
de transport, accoste.
Deux hommes remontent
leurs filets, un pêcheur
à la ligne tient
d’une main sa canne,
et de l'autre ses prises,
suspendues à un plus
petit bambou.
Une femme, coiffée
d'un taumata semble
attendre le résultat
de la pêche.
tr
aux
puissances
En haut, à droite :
La vie des habitants
des Tuamotu était
profondément marquée
par leur environnement
marin. Sur le rivage
corallien où campent
ces
Paumotu, le sol,
constitué de débris
coraliiens, est parsemé
de bénitiers, de nacres,
de porcelaines,
d'oursins, qui seront
ensuite transformés
en outils ou
en ornements.
Pirogue double
laquelle étaient
placés le tare tini atua,
sur
les ’uru et les offrandes.
On distingue, au second
plan, des activités de
pêche au filet.
Aquarelle de G. Tobin,
Tahiti, 1792.
43
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
Les embarcations
assemblées à l’aide de cordes en fibres de coco
de pêche
de coco imprégnée de gomme d’arbre à pain.
et pour le calfatage on employait de la bourre
Pirogue à balancier, à pagaie
Embarcation d’un emploi quotidien pour
pêcher dans le lagon, se rendre sur le récifbarrière ou pour sortir au proche large, la
pirogue nommée à Tahiti pu hoe était
constituée d’une eoque munie d’un balancier
placé en général à bâbord et maintenu par
deux traverses. Sa longueur variait de 5 à 10
mètres,
les
plus grandes pouvant porter
jusqu’à six personnes.
nombreuses
De
variantes
de
détail
Une étroite plate-forme supportant le mât,
posée sur la traverse antérieure et se
prolongeant à tribord, permettait “à
l’équipage de faire contrepoids si la pirogue
donnait trop de gîte au vent” (P. Jourdain).
Au centre de cette plate-forme se tenait un mât
d’environ huit mètres de haut. Il supportait
une voile triangulaire en feuilles de pandanus
tressées, fixée sur l’un de ses côtés à un gui très
recourbé et remontant bien au-dessus du faîte
du mât. Une grande pagaie servait de
gouvernail.
existaient, même entre les îles d’un archipel ;
pour simplifier, disons que les habitants des
îles hautes qui disposaient d’arbres de taille
imposante, creusaient le plus souvent les
coques de leurs pirogues dans un seul tronc
(pirogues monoxyles), rehaussé parfois de
fargues. Les meilleurs bois étaient ceux du
mara
(Neonauclea forsteri) et du tamanu
(Calophyllum inophyllum) mais l’on
aussi
travaillait
d’autres
essences
Pirogue, pirogue à balancier, l/A'A, TIPAEAMA
VAA MAIHI
pointue aux deux bouts
VAA MOTU
Pirogue de lagon
TIPAERUA
Pirogue double de transport et de
matériaux provenant
d’arbres ; ’uru (Artocarpus
des
altilis), cocotier, tou (Cordia subcordata), etc.
Les “pirogues cousues” constituaient le
deuxième type d’embarcations à balancier
qu’utilisaient les Polynésiens. On les
rencontrait aux Australes (à Rapa et à
Raivavae), mais elles étaient d’un emploi
généralisé aux Tuamotu où le manque d’arbre
contraignait les pêcheurs à confectionner
leurs pirogues en assemblant sur une quille
taillée dans un tronc de tou des planches et les
pièces de bois formant l’étrave et la poupe.
L’ajustage de ces éléments se faisait par des
liens en fibres de bourre de coco passés par des
perforations pratiquées dans leurs bords.
Pirogue double à tableau pour la
assurait
à
l’ensemble
Le bois de purau (Hibiscus tiliaceus)
particulièrement léger - mais aussi de tou aux
Tuamotu
servait au façonnage du flotteur.
Deux traverses le reliaient à la coque : à
l’avant il s’agissait d’une pièce de bois
travaillée, rigide, dépassant la pirogue sur le
bord opposé, tandis qu’à l’arrière, une simple
branche courbe de bois, souple mais solide,
conférait à l’assemblage du balancier à la
coque une certaine élasticité nécessaire pour
-
amortir
les
ondulations
des
vagues.
L’amarrage des traverses au bord supérieur de
la coque était réalisé en cordelettes de fibres de
coco
tressées (nape).
Pirogue à balancier, à voile
v,]
Propulsées à la voile, ces pirogues, longues
d’une dizaine de mètres, permettaient aux
pêcheurs de s’éloigner davantage des côtes que
dans leurs esquifs à pagaie. Les mieux
connues proviennent de Tahiti où on les
nommait va’a motu. Elles étaient constituées
d’une coque de base creusée dans un tronc,
surmontée d’une ou deux rangées de fargues.
La proue s’avançait en une sorte de plateau
tandis que l’arrière s’élevait et se terminait par
une
44
troncature. Ces différentes parties étaient
TlNO VA'A
ARA'AH A
Coque
(pirogue cousue)
TA'ERE
Quille
OA, NA OA
Bordage ou bordés du milieu
NA'APA E
Partie supérieure rapportée
•APA'E NO MUA
sur la coque à l'avant
supérieure rapportée sur
NA 'APA'E
la coque, à l'arrière
'APA'E NO MURI
REIMUA ; PA'E MUA
REIMURI ; PA'E MURI
12 Plat-bord ; lisse de plat-bord
HUHU'I
13 Projection avant d'une pirogue
10 Avant ou proue
11
Arrière ou proue
IHU VA'A
VA'A MOTU ou TIPAERUA
14 Bau avant
'IATO RAHI ; 'IATO MUA
Épontilles
TTATTA
15
'IATO ITI ; 'IATO MURI
17 Cheville du balancier ou flotteur sur
lequel est fixé le bau arrière
U
18 Balancier ou flotteur
AMA
16 Bau arrière
relative
une
VA'A NO‘O
promenade ou pour la pêche
Calfatés à l’aide de bourre de coco et de chaux,
qui
PAHI
voyage
les trous étaient recouverts de lattes de bois, ce
étanchéité.
9Partie
Descriptif des pirogues.
français et vernacuiaires.
Termes
Une pirogue signalée aux Marquises est
bien différente. L’arrière est rehaussé par une
pointe courbe, et la pièce de proue, ornée de
branches de cocotier et terminée par une
figure humaine sculptée, s’avance en un
plateau sur lequel un harponneur pouvait se
La voile est triangulaire simple,
maintenue par “deux vergues se rejoignant à
tenir.
leur partie inférieure, l’une servant de mât et
l’autre de gui” (J.-B.
Neyret).
(PA'EAMA : côté du balancier, côté de la
femme, bâbord. PA'EATEA : côté libre,
côté de l’homme, tribord)
19 Mât
21
Haubans et étais ARORO : RA'ATIRA : TAURA
AO
22 Peut-être l'écoute
23 Toutes sortès de voiles. Voile en
feuilles de pandanus tressées
'IE
Laçades ou filières
25 Pointe aiguë d'une voile, probable¬
ment point d’écoute supérieur
24
26 Ornements de feuilles sèches,
flamme sur le mât
27 Extrémité sculptée des mâts sur
les anciennes pirogues
28 Avant pointu d’une pirogue
29
Étambrai
30
Siège, banc
31
TIRA
RA'AU TA'AMU 'IE
20 Borne ou gui
'OIRI
HIPA
MA TITIPARA
H ru TA
'O'IO
PA'E : A PO A
'APA'APA, MANU, 'ARATA'ATA
Plate-forme sur une pirogue
double PAHI
HORAHORA
32 Petite maison soigneusement construite
avec un toit en feuilles de cocotier ou
de pandanus
FAREPORA
TTI
Pagaie
HOE
35 Très grande pagaie servant d'aviron
de gouverne
HOEFA'ATERE
36 Écope, écoper
TATA
33 Ornements de bois, sculptures
34
37 Ancre
38
TAU
TIATAU, TUTAU
Pour une pirogue à tableau, la poupe
NO'O
Ancrer, jeter l'ancre
39 Planche formant le tableau
PANO'O
L'HOMME ET LA MER
Aux
Tuamotu, la technique des
“pirogues cousues” servait aussi pour les
Les radeaux
identique à celle décrite aux Marquises.
troncs
Pirogue double pour la pêche
d’eau ; mais à Mangareva, du
époques historiques, ce type
d’embarcation était d’un emploi courant pour
la pêche.
embarcations à voile, celle-ci étant supposée
au
thon
L’usage de ce type d’embarcation n’est attesté
qu’aux îles de la Société pour la technique de
pêche au thon à l’appât vivant (méthode
nommée
lira) qui sera examinée ulté¬
rieurement (voir p. 50).
Deux solides traverses reliaient un couple
de coques à tableau arrière oblique (va’ano’o)
longues d’environ 8 mètres qui convergeaient
légèrement vers l’avant afin de réduire le
clapotis et d’assurer une meilleure stabilité à
l’ensemble. La traverse avant supportait une
perche en purau longue d’environ dix mètres,
composée parfois de plusieurs éléments. Une
fourche, où deux lignes étaient fixées,
terminait cette perche qui pouvait être
abaissée ou remontée à la verticale grâce à un
dispositif comprenant un bau (rio) en bois de
fer ligaturé à la traverse et des cordages
actionnés depuis l’arrière de l’embarcation.
Un bouquet de plumes noires de coq, figurant
un
oiseau, surmontait la fourche car on
pensait que dans leur recherche du menu
fretin les thons se guidaient sur les oiseaux qui
eux
Des
radeaux
en
bambou
ou
composés de
de bananiers, signalés aux Marquises,
servaient essentiellement aux déplacements
sur
les
moins
cours
aux
Comme d’autres observateurs avant lui,
le Père Laval indique que “des petits radeaux
servaient pour aller à la pêche au poisson”,
radeaux composés “de plusieurs poutres, l’une •
à côté de l’autre, et liées ensemble avec des
traverses et des cordes. Sur les côtes et partout
n’était pas profonde, les radeaux
poussés à l’aide de perches appelées
toka.
En mer, on se servait de voile
triangulaire ou bien encore d’un certain
nombre de pagaies”.
où la
mer
étaient
Les accessoires
Les
pagaies. Elles étaient réalisées dans des
bois légers, purau notamment. Selon les îles,
de nombreuses variantes de formes existaient.
La pelle pouvait être plate ou incurvée, ronde.
oblongue, etc. ; aux Marquises et à
Mangareva, elle se prolongeait par un
appendice pointu plus ou moins important.
Pour faciliter la préhension, le manche se
terminait parfois par une protubérance, dans
certains cas ornée de sculptures. Signalons
pour mémoire les pagaies couvertes de décors
incisés provenant de Raivavae, objets non
fonctionnels façonnés probablement avec des
instruments de métal après l’arrivée des
Européens.
Les écopes. Si une simple demi-coque de noix
coco pouvait servir à évacuer l’eau des
petites pirogues de pêche, une écope plus
élaborée fut également en usage dans toute la
Polynésie : elle ressemblait à une pelle très
de
creuse
munie d’un manche interne.
Une pierre brute pouvait faire
office d’ancre. Aux Tuamotu, par exemple, on
Les
ancres.
choisissait souvent un
morceau de corail en
fossile capable de s’accrocher au
tombant du récif à proximité duquel l’homme
branche
pêchait. L’on connaît aussi des ancres
façonnées : pierres perforées ou munies d’une
saillie sommitale permettant d’y attacher la
ligne de mouillage.
aussi s’en nourrissent.
Détail de couture
d’une pirogue
des Tuamotu.
Les planches, ajustées
bord à bord, sont
assemblées par un lien
en bourre de coco.
Pêche au thon à l’appât
vivant, en pirogue
double (tira),
aux îles de la Société.
Les accessoires de
la pêche.
Pagaies de différents
types.
De gauche à droite :
1. Tahiti.
2. Rapa (Australes).
3. Raivavae (Australes).
4. Napuka (Tuamotu).
5. Mangareva.
6. Marquises.
Écope des Iles de la
Société, rapportée par le
capitaine Cook.
L = 44 cm.
45
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
L’équipement
du pêcheur
interviennent.
Les hameçons
parti de leur environnement marin et
les Polynésiens façonnaient leurs
hameçons dans des coquillages (huître
perlière, Turbo...), l’écaille de tortue, l’os, le
bois, etc. L’emploi de chaque matériau était
déterminé à la fois par les ressources
disponibles sur le lieu de fabrication (un troc
portant sur la nacre existait cependant entre
certaines îles) et des impératifs techniques.
Par exemple, c’est en bois que se faisaient les
grands hameçons, irréalisables dans une autre
Tirant
terrestre,
matière.
en
choix
l’instrument courant consistait, en fait, en un
crochet, simple, d’une seule pièce, ou bien
ici les instruments
fabriqués. Le piège que forment les corps des
hommes qui encerclent un banc, la main se
saisissant de la langouste, sont aussi des
instruments, éphémères mais efficaces ; il en
sera question à propos des techniques où ils
commune
déterminent, dans une certaine mesure, le
de la technique de façonnage (aux
Tuamotu, où la nacre abonde, les méthodes
employées semblent plus dispendieuses
qu’aux Marquises, par exemple). Pour limiter
le gaspillage de la matière première, la coquille
adaptés aux proies et aux conditions de pêche
les plus variées. Mais, d’après J. Garanger,
Seuls seront évoqués
Très
*
composé fait “de plusieurs pièces, deux en
règle générale, ajustées les unes aux autres”.
Le fonctionnement de ces hameçons était soit
direct “le poisson est accroché par le dard qui
pénètre dans les chairs par la simple traction
exercée sur la ligne” - soit indirect - l’hameçon
était divisée
tournant
“autour
du
centre
virtuel de
sa
région interne [rotation obtenue] d’une part
en fixant le bas de ligne du côté frontal de la
hampe et d’autre part, en favorisant le
mouvement par la forme même de l’ha¬
meçon” ; d’où l’existence de types circulaires,
d’autres ayant la pointe dirigée vers la hampe,
etc.
L’analyse des hameçons inachevés, des
déchets du travail de la nacre et les descrip¬
tions des
premiers observateurs européens,
permettent de reconstituer quelques-uns des
procédés de fabrication. Le résultat
(hameçon direct ou indirect), la
quantité de matière première disponible
anciens
souhaité
Polynésie, aisée à
hameçons efficaces, et l’adjonction d’un
appât, maintenu à la pointe par un lien,
les
j hameçon
'
rudimentaire
bois
en
(Tuamotu)
quadrilatères découpés par
:
à
travailler et plus résistante qu’il n’y paraît, la
nacre
était la matière première la plus
couramment
utilisée. Ses propriétés
attractives, dues à son scintillement dans
l’eau, furent parfois exploitées pour la
réalisation de leurres, à bonite notamment.
Toutefois, contrairement à une idée souvent
formulée, à quelques rares exceptions dont les
leurres font partie, il est peu probable que le
seul miroitement de la nacre ait suffi à rendre
en
l’on pratiquait une entaille sur
l’une ou les deux faces de la nacre, puis les
morceaux
étaient
détachés
par
flexion
(comme on casse une barre de chocolat). La
forme géométrique ainsi obtenue était ensuite
travaillée par abrasion (sur un bloc de basalte
ou de corail fossile) ou par percussion à l’aide
d’une pierre ou d’un percuteur en cassis. Le
dégagement de la partie interne se faisait par
percussion ou limage pour les hameçons
directs aux formes simples ; pour la réalisation
des hameçons indirects, plus complexes, des
solutions multiples furent adoptées
perforation à l’aide d’un perçoir à main puis
élargissement du trou par limage, découpage à
la lime, percussion, etc. Ces ébauches étaient
ensuite peaufinées à la lime en corail et à l’aide
de fins abrasifs (peau de requin...).
rainurage
-
•
*
hameçons indirects
hameçon
direct
ÉBAUCHE
PRÉFORME
HAMEÇON FINI
s’avérait indispensable.
D’autres coquilles connurent un usage
plus limité ; le Turbo surtout à Moorea et
Rurutu, et la Pinna à Huahine. Le plastron et
la carapace des grosses tortues fournissaient
une écaille épaisse, propre à y découper des
hameçons. Les os prélevés sur des animaux
marins et terrestres (cachalot, tortue, porc...)
DÉCOUPE
rainurage
limage
furent utilisés, de même que certains os longs
humains dont la section transversale présente
forme, proche de celle d’un hameçon et
qu’il suffisait donc de peaufiner pour obtenir
un instrument à l’efficience duquel la nature
du
matériau ajoutait
probablement un
supplément de pouvoir d’ordre surnaturel.
une
limage
ou
percussion
Dans
le
bois, essentiellement du aito
(Casuarina equiselifolia) dans les îles hautes et
(Pemphis aciduta) ou du uu
(Suriana maritima) sur les atolls, on taillait
des engins de toutes dimensions, depuis ceux,
impressionnants, pour la capture des requins
ou
des
Ruvettus Curavena) jusqu’à de
modestes hameçons, capables toutefois de
résister aux dents coupantes de certains
poissons comme les balistes. Citons enfin
pour mémoire des matériaux d’un emploi plus
incertain dont la littérature ethnographique
fait mention : arêtes de poissons, épines de
totara (diodon porc-épic), coques de noix de
du nnki miki
Au-dessous :
Schéma de fabrication
d’un hameçon Indirect
possédaient
une vaste gamme
d’hameçons
6
polissage
limage
et
perçage
polissage
par découpage
d’une partie Interne.
Au-dèssus :
Fabrication des
hameçons : présentation
de quelques procédés
techniques.
coco.
De la rudimentaire gorge en bois,
constituée de deux pointes opposées, aux
leurres les plus élaborés, les Polynésiens
polissage
ou
percussion
hameçon fini
et déchet
En haut :
Types d’hameçons.
On distingue les
En haut, à gauche :
hameçons dits directs
Cet instrument en bois
(à gauche) des
des Tuamotu, de 8 cm
hameçons indirects,
environ, destiné à la
dont la pointe est
capture des poissons de dirigée vers la hampe
la famille des loches,
(exemplaire du centre)
ou de forme circulaire
peut être considéré
comme une forme
(les 2 exemplaires
de droite).
primitive d’hameçon.
m
46
L’HOMME ET LA MER
4
Les lignes de pêche
Les habitants des îles hautes possédaient
d’excellentes lignes confectionnées à partir de
l’écorce d’un arbuste, le roa (Pipturus
argenteus) et d’autres, de plus médiocre
qualité, en fibres de purau (Hibiscus tiliaceus).
Sur les atolls où le roa ne pousse guère, on
employait des fibres provenant de la bourre
des noix de coco, des racines adventives de
pandanus (Pandanus tectorius) et d’une
plante nommée onga onga (Laportea
ruderalis). Toutes ces lignes étaient réalisées à
deux ou trois brins torsadés sur la hanche ou
la cuisse.
Les filets
Les filets étaient variés, en dimensions et en
types : simple poche montée sur un cadre en
bois, grandes sennes utilisées pour des pêches
collectives, éperviers que l’homme lance à
partir du rivage, etc. Comme pour les lignes de
pêche, les fibres végétales en roa, bourre de
coco et purau se torsadaient en
plusieurs
brins selon la grosseur du fil que l’on tissait
ensuite à l’aide d’un calibre et d’une aiguille en
bambou, remplacée
Chaque type de pêche
donnait lieu à la
fabrication
d’instruments adaptés.
1. Tête de harpon en
nacre des Marquises.
2. Pierre façonnée pour
lester les filets.
3. Sandale tressée en
écorce de purau pour
marcher sur le récif.
4. Vêtement des
Tuamotu en feuilles de
pandanus pour se
protéger de la pluie.
pêche en
palmes de cocotier
5. Paniers de
tressées.
Torsadage à trois brins
d’une ligne en roa.
Chaque brin est tordu
a.
sur
la cuisse,
b et c. D’un mouvement
aller-retour, les trois
brins sont torsadés
ensemble.
aux
Tuamotu par une
simple baguette de bois appointée à une
extrémité et munie d’une protubérance à
l’autre. De petits cylindres en bois léger
(purau) servaient de flotteurs aux sennes dont
on lestait la ralingue d’une plombée de
pierres,
naturelles (enveloppées dans un tissu végétal)
ou
façonnées.
Nasses et viviers
Tressées avec des racines de ’ie’ie (Freycinetia
demissa), les nasses étaient d’un usage courant
dans les lagons des îles de la Société. Les petits
poissons destinés à servir d’appâts vivants
étaient conservés et transportés dans des
viviers en bambou identiques à ceux encore
employés aujourd’hui.
Lances, foënes et harpons
Le
dard
multiples
unique qui armait les lances, les
pointes dont on munissait les
foënes, étaient taillés dans des bois durs (aito,
miki miki - sur les atolls -). C’est surtout aux
Marquises que les fouilles archéologiques ont
révélé l’existence de harpons à tête détachable,
nacre. L’emploi préférentiel du
matériau plus périssable, pourrait
expliquer leur rareté dans les autres archipels.
en
os
ou en
bois,
Outils servant au
façonnage des
hameçons :
râpe en corail,
limes en corail
branchu et radiole
d'oursin.
Vêtements et accessoires
Le maro, pièce d’étoffe passant entre les
cuisses et autour de la taille, qui laisse libres les
mouvements, était le vêtement habituel des
pêcheurs ; l’on connaît aux Tuamotu une sorte
de manteau en feuilles de pandanus revêtu
protéger des intempéries. Lors des
déplacements sur le récif, les pêcheurs
pour se
chaussaient des sandales faites en écorce de
Le panier, en feuilles de pandanus ou
cocotier, servait au transport des petites
prises. Dans sa pirogue, l’homme emportait
toujours un solide gourdin pour assommer ses
proies trop vives ou agressives.
purau.
de
»
47
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
Pêche de lagons
et de récifs
Ces “guirlandes” étaient aussi employées,
seules, pour la capture des bancs au moment
du
frai et pour
celle des surmulets appâts
Dans les lagons
milliers les lagons des îles du
Vent. C’est probablement cette pêche, encore
général modeste, poissons de roches ou
fréquentant les fonds sableux qui, lors du frai,
peuvent se rassembler en bancs importants. A
la saison des pluies, des espèces pélagiques
très
en
faveur
aujourd’hui dans certains
districts, que relate Morrison : les filets “ont
dans leur milieu une espèce de poche ou sac
qu’ils vident de temps à autre et replacent,
transportant les poissons jusqu’à terre dans
leurs pirogues (...). Lorsqu’ils pêchept de cette
manière, la senne est toujours entourée de
plongeurs qui veillent à ce que le poisson ne
s’échappe pas”. Des filets de dimensions plus
réduites intervenaient dans des stratégies
(chinchards - ature -, carangues maquereaux operu -) pénètrent par les passes en quantités
considérables ; moments favorables où des
collectives s’ajoutaient à la
petites pêches individuelles
communément pratiquées.
Quoique mineures, les techniques
employant l’hameçon, à partir d’une pirogue
ou à pied, fournissaient une contribution non
négligeable à l’alimentation quotidienne.
“Lorsqu’ils pêchent à la ligne dans la mer ils
utilisent généralement comme appât du uru
cuit ; étant dans l’eau jusqu’au cou ils ont un
grand bambou comme canne, et attachent à
leur cou un panier pour y mettre le poisson”.
Voici, en quelques traits, campée par
multitude
profondeur, selon J. Morrison). Les plus
grandes servaient à prendre les ature
(chinchards), qui d’octobre à février fré¬
quentent par
Les lagons sont peuplés d’espèces de taille en
stratégies
fouma). Des sennes de toutes tailles existaient
(de 10 à 120 mètres de long et de 2 à 24 m de
de
d’encerclement
ou
étaient laissés fixes, toute
exemple, sur des lieux de passage,
les poissons s’empêtrant dans leurs mailles.
On prolongeait parfois par des sennes (mais
aussi par des pieux fichés dans le sol) les
murets des pièges en pierre construits aux
abords des rivages pour la capture des operu
(carangues maquereaux) qui abondent d’août
une nuit par
à décembre aux îles Sous-le-Vent.
La
J. Morrison, une scène encore familière de nos
proximité des
passes
était aussi
jours. Le Pasteur C. Vernier a décrit aux îles
Sous-le-Vent l’une de ces nombreuses pêches
amusantes et, en fait, assez rentable, que dès
l’enfance les Polynésiens pratiquaient. Elle
visait les mulets (tehu) qui viennent se nourrir
des déchets déversés par les rivières à leurs
embouchures. Sur un flotteur cylindrique en
bois de purau (Hibiscus tiliaceus), “le pêcheur
enroule un fil de coco tressé de deux mètres
environ et terminé par un très petit hameçon”
appâté avec du 'uru (fruit de l’arbre à pain)
cuit. “Cette opération terminée, le pêcheur
enduit la bobine - sauf aux deux faces latérales
de cette même
-
pâte de 'uru et s’arrange
pour ne pas enrober complètement le petit
hameçon et son appât sous le revêtement
(...) le pêcheur, qui se tient
berge, à l’embouchure de la rivière, jette
tout un lot de ces bobines ainsi préparées à
plastique
sur la
25 ou 30 mètres dans la zone des courants et
contre-courants. Et il attend que les mulets, au
cours de leurs allées et venues
s’attaquent à ces
petites bouées flottantes”. Lorsque l’un d’eux
a
mordu et entraîne le flotteur, “le pêcheur
s’avance dans la mer, à pied ou à la nage et
ramène bobine et poisson” (C. Vernier).
Véritable jeu d’adresse, le jet de la foëne
ajoutait le divertissement à l’attrait de la
capture. Les pêcheurs “avançaient dans la mer
jusqu’à la ceinture et, debout près d’une
ouverture entre les rochers de corail ou près
du rivage, ils surveillaient le passage des
poissons, lançant leur arme parfois d’une
seule main, mais le plus souvent à deux et ceci
avec une grande adresse” (W. Ellis).
Les fonds sableux qui bordent les plages
se
prêtent aux manœuvres de piégeage
collectives dont la “pêche aux cailloux” des
îles
Sous-le-Vent
est
poissons en les effrayant au moyen de
pierres dont ils frappaient la surface de l’eau ;
puis, ils les encerclaient avec une “guirlande”
de palmes de cocotier et les dirigeaient vers la
plage.
48
La pratique ancienne de
capture des poulpes
est encore
nos
jours.
uiilisée de
1. le poreho est présenté
devant les trous où se
logent les poulpes.
après la capture, l’une
2.
des extrémités de la
baguette de bois,
appointée, sert à tuer
le poulpe.
3. détail du leurre,
composé de fragments
de porcelaines.
Ci-dessus, à droite :
Pêche à la foëne,
la nuit, à la lueur
d'un flambeau.
l’illustration la plus
célèbre : les pêcheurs, en pirogues, rabattaient
les
3
Pêche au grand filet.
Sur celte aquarelle de
G. Tobin (Tahiti, 1792)
est représentée la phase
finale. Une fois le banc
de poissons encerclé,
le filet est hissé
sur le rivage.
*
L'HOMME ET LA MER
favorable à
un
une
des Turbo, etc.)
l’implantation de tels pièges où
grande variété d’espèces entraient
spontanément ou bien étaient dirigées par des
rabatteurs.
Parmi d’autres, signalons les techniques
utilisant
*
des
nasses
en
racines de
’ie
’ie
(Freycinetia demissa) pour la capture des
poissons de roche et de ceux d’eau douce à
l’embouchure des rivières, les pièges à
mouvement
vertical
comme
celui servant à
prendre les /Jt/ra/ (poissons docteurs à nageoires
jaunes) à Raiatea. Enfin le ramassage des
coquillages qui, aux Tuamotu, eut (et
conserve) avec les bénitiers, un rôle
économique déterminant, procurait partout
appoint alimentaire (collecte des bénitiers,
Sur les récifs
La variété des lieux de pêche qu’offre le récif
est un facteur de diversification des procédés
mis en oeuvre pour son exploitation. Parmi les
nombreuses pêcbes à l’hameçon, à la canne ou
à la ligne à main, qui se faisaient du côté large
à partir du récif, évoquons celle, singulière,
qui visait les requins. Les informations les plus
complètes proviennent des Tuamotu où elle a
perduré jusqu’au XX® siècle. L’on employait
un hameçon en bois dur (miki-miki - Pemphis
acidula - le plus souvent) de taille respectable,
monté sur une forte ligne confectionnée en
fibres de racines de pandanus, munie d’un
flotteur de bois. A la tombée de la nuit,
moment où les requins chassent le long du
récif, l’homme se rendait à l’un des endroits
propices, traditionnellement connus et
identifiés par des noms propres. Une fois son
hameçon appâté, il jetait trois morceaux de
corail fossile dans l’écume en prononçant une
formule destinée à éloigner les esprits hostiles
à attirer les squales. Visant à capter
l’attention, ce jet de pierres révèle une parfaite
connaissance
des
requins chez qui la
perception des vibrations dans l’eau est le sens
le plus développé. A peine la troisième pierre
et
avait-elle
atteint
la
surface
de
l’eau
que
l’hameçon à son tour était lancé ; parfois le
requin s’en emparait aussitôt, sinon
l’hameçon était ramené puis jeté à nouveau
jusqu’à une prise éventuelle avec laquelle il
fallait lutter pour la hisser au sec.
Dans les sillons et les cuvettes du récif, les
poissons étaient traqués à marée basse,
rabattus dans de petits filets à main,
empoisonnés à l’aide de substances végétales
(amandes de hutu - Barringtonia asiatica,
racines de hora
Tephrosia piscatorid) ou
animales (holothuries) et même capturés à
-
main nue.
foëne, là encore, était efficace pour
proies sur le récif ou dans les
vagues déferlant sur la barrière corallienne :
“le regard immobile, ils restaient debout, un
petit panier dans une main et le harpon prêt à
tirer dans l’autre, frappant d’un lancer sans
défaut, tout poisson que la violence des vagues
poussait à leur portée” (W. Ellis).
La
atteindre les
Portant des flambeaux de bambou ou de
palmes de cocotier, les hommes s’en allaient
pêcher la nuit les langoustes et les poissons
qui, fascinés par la lumière, demeuraient
immobiles et vulnérables.
Un procédé astucieux existait aux îles de
la Société pour casaquer les pieuvres : sur une
baguette de bois dur, longue d’une trentaine
de centimètres, étaient fixés des fragments de
coquilles de porcelaine (Cypraea) superposés
de manière à prendre l’aspect d’une porcelaine
entière. L’ensemble, nommé poreho, était
suspendu au bout d’une ficelle de 1,50 m
environ que le pêcheur, debout dans sa
pirogue, tenait dans sa main gauche ;
présentant ainsi le dispositif, il se déplaçait sur
les hauts Jonds coralliens, là où les pieuvres
ont leurs trous. Attirée par le miroitement des
coquilles, la pieuvre sortait de son refuge et
s’élançait vers sa proie factice. Elle était
bientôt crochetée par une gaffe que l’homme
serrait dans sa main droite. Signalons qu’aux
Marquises un engin plus complexe était en
usage, où un crochet armait le dispositif luimême auquel étaient adjointes une plombée
en pierre et des lanières de feuilles de
cordyline.
Comme cela avait été noté aux Tuamotu,
partout en Polynésie semble-t-il, les femmes,
les jeunes et les vieillards fréquentaient
surtout les lagons, tandis que sur les récifs, les
hommes
se
réservaient les rares pêches (telle
celle au requin) dont le caractère quelque peu
périlleux et les prises appréciables étaient
de prestige individuel.
source
JH
49
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
Les pêches
du proche large
Polynésiens ne se
semble-t-il, à des
expéditions de pêches hauturières, les
ressources
océaniques étant d’ailleurs fort
limitées, mais exploitaient intensément les
quelques milles environnant leurs îles où se
concentre en permanence ou épisodiquement
l’essentiel de la faune marine : poissons
fréquentant le tombant des récifs, bancs
d’espèces pélagiques qui croisent au proche
large à certaines saisons, tortues abordant les
terres pour venir y pondre... Ces dernières
exceptées, les proies se capturaient essen¬
Les
anciens
consacraient
pas,
tiellement à l’hameçon.
Pêches en surface
Les bonites qui passent en bancs serrés à
proximité des côtes comptaient parmi les
prises les plus recherchées. On les pêchait
grâce à un hameçon composé d’un leurre
façonné dans une coquille d’huître perlière
armé d’une pointe, simple crochet de nacre,
d’os ou d’écaille de tortue, fixé par un lien
végétal à la face interne de sa partie distale. La
forme de ce leurre, long d’une vingtaine de
centimètres, rappelait celle d’un petit poisson ;
son
sillage de l’embarcation ; aussi, tandis que le
tahua lançait quantité de poissons amorces,
perche mobile, fourchue à son
extrémité où étaient fixées deux lignes en roa.
longue
Cet
hommes souquaient ferme sur leurs
pagaies. Au moment favorable, le tahua
donnait l’ordre de pêcher. Notons que la
perche étant placée à l’avant, la pirogue
progressait alors à contresens de sa marche
appareillage permettait de sortir rapi¬
les
dement de l’eau des thons pouvant peser une
cinquantaine de kilogrammes. Cette pêche se
pratiquait pendant 8 à 9 mois à partir
d’octobre, période durant laquelle les thons
mordent
bien
en
surface.
normale et les rameurs devaient se retourner
L’on interdisait
dos à la proue. J. Morrison décrit fort bien la
cependant à cette époque de pêcher à la ligne
de fond car, disait-on, les thons habitués à
manger les appâts en profondeur avaient
tendance à y demeurer et cela compromettait
la technique tira.
La veille du jour de la pêche, des ’ouma
(Mulloïdichthys auriflamma) devant servir
d’appâts vivants étaient piégés en bordure des
plages du lagon à l’aide d’une barrière de
palmes de cocotier. La pirogue double
quittait le rivage avant l’aurore afin
d’atteindre les lieux de pêche au lever du jour.
Attaché entre les deux coques, un grand vivier
('/zoopej contenait les ’ouma. Un chef dépêché
(tahua) dirigeait la manœuvre : parvenu à
l’endroit propice, il prenait des ’ouma par
pleines poignées et les jetait à l’eau. Ceux-ci
s’éparpillaient en surface, attirant les thons à
leur poursuite. La stratégie de pêche consistait
alors à entraîner le banc de thons dans
phase cruciale de la pêche : “un homme muni
d’une écope jette continuellement de l’eau en
pluie et les hameçons ayant été appâtés, la
perche est abaissée de façon à ce que les
hameçons soient tout juste immergés. Celui
qui a appâté les hameçons et qui se tient à
l’avant jette de temps à autre un petit poisson
vivant tandis que l’écope maintient une pluie
là où se trouvent les hameçons. Les poissons
ne tardent pas à mordre, la perche est relevée
et les prises ayant été détachées les hameçons
sont réappâtés et remis à l’eau”,
Pêches à la ligne de fond
'
*
pêcher à la ligne de fond, l’homme se
en général seul dans sa pirogue, à
remplacement du “trou à thons”. Le meilleur
moment se situait grosso modo, entre huit
Pour
rendait,
le
efficacité était fonction de la variété de
employée, certaines couleurs étant
réputées plus attractives que d’autres. Des
touffes de poils ou de plumes, disposées de
part et d’autre de la pointe, munissaient le
“leurre-poisson” d’une queue et lui assuraient,
en outre, une certaine stabilité sur l’eau. Une
empile reliait le dispositif à une ligne
manœuvrée par une longue canne en bambou.
Le plus souvent, les pêcheurs repéraient la
présence des bonites grâce à un vol d’oiseaux
chassant les bancs de menu fretin que les
bonites poursuivent. Ils les rejoignaient dans
leurs pirogues, un ou deux hommes par
embarcation, puis traînaient les leurres à la
surface. Les bonites s’y ferraient en croyant
attaquer un poisson et on les ramenait
promptement à bord où elles se décrochaient ;
déjà le leurre était relancé. Toutes les prises
pouvaient se faire en l’espace d’une demiheure, avant que le banc ne s’éloigne.
Autres prises de choix, les thons étaient
pêchés comme les bonites lorsqu’ils étaient de
taille modeste et à l’appât vivant (technique
nommée tira) ou à la ligne de fond pour les
gros. Ces deux techniques se déroulaient en
des aires restreintes, communément appelées
“trous à thons”, situées parfois loin au large et
localisées par les pêcheurs à l’aide de repères
terrestres.
Signes révélateurs de l’intérêt
suscité par les thons, l’on identifiait chaque
lieu de pêche par un nom particulier et des
règles très strictes en régissaient la propriété et
nacre
l’usufruit.
Avec la
quable
Il sert à la capture des
poissons (ouma)
employés pour la pêche
au thon à l’appât vivant.
Désignation des éléments de la tira.
a.
Hameçon à bonite.
Sur un leurre en nacre
est fixée la pointe
entourée de touffes
de poils.
traverse antérieure :
’iato mua.
b. bau : rio.
premier élément de la perche : pu.
perche : tairi.
e. cordage assurant le maintien de la perche : taura hia.
1. cordage servant à manœuvrer la perche : taura tu roa.
g. fourche : homaa.
h. ligne de pèche : ro’a.
ligne de pêche non employée.
c.
d. deuxième élément de la
technique tira, les Polynésiens
d’une ingéniosité remar¬
le recours à l’appât vivant
d’une part, mais surtout en raison du matériel
employé : une embarcation stable constituée
d’un couple de coques à tableau arrière
oblique (va'a no’o) reliées par deux solides
faisaient
Panier-trappe (Ereavae),
construit en tiges
de fougères, sur une
armature en aito.
montre
par
traverses,
celle de l’avant supportant une
Schéma du dispositif
pour la pêche au thon
La perche fourchue,
montée au milieu dej
traverse avant, pouv.
être hissée ou baissée
l’aide de cordages
t
50
L’HOMME ET LA MER
midi.
11 emportait avec lui une
galets légèrement aplatis, lourds
d’un ou deux kilogrammes pour lester sa
ligne. Sur le lieu de pêche, il appâtait son
hameçon avec un petit poisson (alure,
’ouma...) puis le liait au galet par quelques
tours
de ligne.
Un hachis de poisson
recouvrait l’ensemble, maintenu par quelques
heures
et
réserve de
nouveaux
tout.
tours de fil. Un demi-nœud fixait le
L’hameçon ainsi lesté était descendu
profondeur, puis une
imprimée à la ligne détachait le nœud
libérant le galet. Les miettes de chair se
répandaient, attirant les thons qui, dans leur
excitation, s’emparaient parfois de l’hameçon.
L’homme travaillait sa proie, la fatiguait
entre 50 et 200 m de
profondeur et dont les habitants des Australes
encore
leur spécialité. Sa singularité
réside dans l’emploi d’un grand hameçon en
bois dur muni d’une pointe en os ou en nacre
(remplacée de nos jours par un élément
métallique). Un galet, fixé à la courbure de
l’hameçon à l’aide d’un lien en feuille de
pandanus, servait de lest et se détachait en
touchant le fond et, tandis qu’il remontait
lentement, l’hameçon pouvait faire une
font
touche.
secousse
avant
de la remonter et l’achevait
avec
un
gourdin. Des thons de 20 à 50 kilos étaient
ainsi capturés. Si ce n’est quelques variations
de détail, une technique similaire servait à
pêcher plusieurs espèces de grande taille qui
peuplent les tombants des récifs.
Signalons également la pêche à Vuravena
et au mana, elle aussi pratiquée en grande
La tortue, une proie prestigieuse
“La tortue
soit
présentée au roi, soit
mangée sur le maraé". Cette brève remarque
est
de J. Morrison résume les bribes d’informa¬
tions ethnohistoriques (qui mériteraient d’ail¬
leurs quelques nuances) disponibles à propos
dès tortues : mets “royal”, animal investi d’un
certain caractère sacré, consommé lors de
rituels... Les femmes étaientjadis privées de sa
chair, elles le furent aux Tuamotu jusqu’à
l’arrivée
des
XIX"^ siècle.
missionnaires
11
catholiques
au
serait inutile de revenir à
A gauche :
En bas :
servant aux pêches de
Pêche au thon à l’appât
vivant. Il existe peu de
Hameçon en bois,
grands fonds pour les
’uravena et les mana'a.
nouveau sur
la description de la capture des
tortues, à mains nues en plongée et à terre lors
de la ponte, qui a déjà été faite pour les
(voir volume 4, p. 129). E.S.C.
Handy signale par ailleurs aux Marquises une
technique employant un filet dans lequel les
Tuamotu
tortues
étaient
rabattues.
Le
filet
était
également en usage à Mangareva : “Si l’on
pêche de nuit, on jette le filet autour de
l’endroit où l’on sait que la tortue a son gîte. Si
c’est de jour on le lance un peu plus loin, là où
l’on sait que l’animal est en train de brouter les
algues” (Père Laval).
Nombreuses et variées furent sans doute
techniques exploitant le proche large.
Nous nous sommes limités à quelques-unes
des plus remarquables, mais elles auront suffi
à illustrer les traits essentiels de la pêche dans
cette zone : activité masculine, rude, parfois
“virile”, elle portait sur des espèces écono¬
miquement importantes dont certaines étaient
investies d’une part de sacré. Trophées tout
autant que proies, les animaux du large
étaient source de prestige, de fierté et objets de
compétition entre les pêcheurs.
les
représentations de
scènes de pêche. Sur ce
dessin, les pêcheurs
sont sur un banc de
petits poissons que ies
thons et les oiseaux
pourchassent. La
perche est abaissée en
position de pêche.
Hameçons à thon.
Ci-dessous : en nacre.
A droite : modèle en
bronze, façonné dans un
clou d'un navire
européen.
51
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
La mer, source
de matières et
de divertissements
Matériaux et substances
0
se révélait parfois déterminante
séduire et tromper la, proie : ainsi, la
nacre des leurres à bonite ou les fragments de
porcelaine dont était muni le dispositif utilisé
pour casaquer les poulpes.
matériaux
pour
pêche, les
ressources de la mer connaissaient un emploi
généralisé à des fins d’outillage, variant
Outre
les
instruments
de
en fonction des produits terrestres
disponibles : aux Tuamotu, par exemple, les
coquillages remplaçaient le basalte, ttavaillé
dans les îles hautes, pour la confection
d’instruments tels que les herminettes. Du
toutefois
Coquilles dans lesquelles étaient réalisés les
hameçons et les leurres, branches de corail,
radioles d’oursin, peaux de requin servant à
leur façonnage, les Polynésiens mettaient
largement à contribution les ressources du
milieu marin pour confectionner leurs engins
de pêche, comme matière première ou comme
outils.
D’ailleurs, l’origine marine des
ciseau taillé dans la lèvre d’un cassis, aux
racloirs et grattoirs en nacre, en passant par le
pèle-fruits de porcelaine et les mâchoires de
murène montées en couteaux, l’énumération
L'outillage était la
destination première
des matériaux produits
par le milieu marin.
1. De gauche à droite :
lissoir en nacre pour
feuilles de pandanus,
herminette en tridacne,
ciseau en cassis.
2. Pelle en os plat de tortue.
3. Pèle-fruits en
porcelaine.
4. Gouge en térèbre.
5. Pilon en corail.
Couteaux des Tuamotu,
constitués de morceaux
de mâchoires de
poissons montés sur un
manche en bois.
1 et 2. Murène.
3. Barracuda.
52
serait longue et fastidieuse des outils fabriqués
dans des matières provenant du milieu marin.
A cela s’ajoutent des objets de parure, fort
esthétiques, marques de rang social ou
attributs de fonctions rituelles : couronnes de
marquisiennes employant l’écaille de
ouvrée, dents de cachalot perforées
pour être portées en pendentifs, ornements de
nacre finement découpés, multiples éléments
en nacre du somptueux habit des deuilleurs...
Sur les rivages et dans les lagons, on
extrayait les coraux et les dalles de grès de
plage, d’un emploi courant en Polynésie pour
tête
tortue
l’édification des
marae.
On connaît des tiki
sculptés dans des blocs de corail fossile.
Ce passage progressif du profane au sacré
nous engage à signaler ici certaines utilisations
L'HOMME ET LA MER
*
des produits de la mer dans les rituels et les
pratiques de sorcellerie. Sur les marae des
Tuamotu, un amoncellement de branches de
corail représentait Ruahatu, une divinité de la
mer
;
des poissons, investis de pouvoirs, se
faisaient parfois les agents des tahua (experts
sorcellerie) qui employaient également
certaines espèces de poissons, des coraux,
poulpes, oursins etc., comme objets de leurs
manipulations. Parfois associés à de tels actes,
les soins curatifs tiraient aussi profit des
propriétés des organismes marins : lorsqu’un
homme était blessé par un oursin, il frottait
une holothurie sur les piqûres afin à la fois de
fragmenter les épines et d’apaiser la douleur
grâce à la substance anesthésiante contenue
dans la peau de cet animal.
Ces quelques exemples auront montré la
très
large utilisation que les anciens
Polynésiens faisaient des ressources marines
en
•
alimentaires et auront révélé leur profonde
connaissance de leur environnement.
Vaincre l’animal, se dépasser
soi-même
Nous
n’avons, jusqu’à présent, envisagé les
relations des hommes à la
acquisition de
nourriture,
mer
de
que comme
matériaux,
fort
variés. Toutes les pêches, à des degrés divers,
étaient aussi autant de jeux auxquels les
habitants des îles, dès leur plus jeune âge,
d’outils
ou
de substances
aux
usages
aimaient à se consacrer. Les enfants forçaient
les poissons sur le récif, les traquaient dans des
culs-de-sac, les y assommaient ou les jetaient
au
sec.
déloger
Ils découvraient mille astuces pour
un poulpe, débusquer une petite
2
Intégrés à
un
groupe
ou
bien
voyaient d’abord confier des tâches mineures
(porter un panier, un flambeau...). Peu à peu,
grâce aux conseils reçus et à leurs expériences
propres, ils acquéraient les connaissances
écologiques, techniques et magiques
indispensables à la maîtrise de
l’environnement marin, un domaine essentiel
de la culture de ces sociétés insulaires.
Devenus adultes, la plupart d’entre eux
savaient pratiquer l’ensemble des techniques
mais chacun avait ses
préférences selon son
tempérament et ses aptitudes physiques.
L’impatient préférait aux longues attentes
nécessaires à la pêche à la ligne de fond,
l’usage de la foëne dont il rivalisait d’adresse
Les anciens se limitaient à
des activités réclamant moins de vigueur :
avec ses camarades.
pêcher à la canne, poser des filets, ramasser
au-delà de la satisfaction des seuls besoins
♦
murène.
accompagnant un parent ou un aîné, ils se
des coquillages...
Les gestes de pêche (tirer, lancer, courir,
ramer...) procuraient aux jeunes hommes
toutes les sensations du corps dans l’effort.
1
Comme dans le sport, il fallait chaque fois se
dépasser, chaque fois “faire mieux”. En outre,
une double compétition s’instaurait : d’une
part, contre les proies qu’il s’agissait de
neutraliser et, d’autre part, entre les pêcheurs
eux-mêmes, une certaine rivalité sous-tendant
toujours leurs rapports. Dans plusieurs
techniques que se réservaient les hommes, ces
caractères, présents plus ou moins dans toutes
les pêches, se trouvaient exacerbés. C’étaient,
par exemple, les pêches à la tortue, à la bonite,
à la murène ; ces proies à la chair très
appréciée et d’une capture difficile faisaient
l’objet de luttes de prestige entre les pêcheurs.
Mobilisant autant de connaissances, de
savoir-faire
que
techniques avaient
de
force
pour
physique,
les insulaires
ces
une
dimension culturelle qui dépassait amplement
leur finalité économique.
Lieux de rivalités,
mais aussi de convivialité entre les hommes,
notamment lors des pêches collectives pour
lesquelles les Polynésiens eurent toujours un
goût très prononcé, certaines pêches étaient,
disait-on,
l’occasion
pour
les esprits des
défunts et les forces surnaturelles d’adresser
Matériaux entrant dans
la confection des objets
de parure. Colliers
constitués de
Ci-contre :
r/7 trouve a Papara,
taillé dans le corail.
porcelaines (1) ou faits
de nacres polies (2).
Couronne marquisienne
gp écaille de tortue et en
pgcre
(3).
3
des signes et d’agir en direction des vivants.
Aussi, les hommes se réservaient la pratique
exclusive de ces techniques qui permettaient
cette relation particulière avec les puissances
supérieures.
Aux
femmes
étaient
dévolues
des
occupations routinières, des pêches souvent
monotones et destinées à des proies en général
modestes.
Mais
pour
elles aussi, les
expéditions en groupe, afin de collecter des
bénitiers par exemple, étaient des moments
d’échanges, prétextes à se retrouver “entre
femmes”, comme les hommes s’égayaient
ensemble lors des sorties nocturnes sur le récif.
Jeux, duels avec l’animal, challenge entre
les humains mais aussi moments de solidarité
et, pour certaines d’entre elles,
avec
les forces surnaturelles,
de contacts
les pêches
demeuraient toujours des activités par essence
agressives. Les hommes, en laissant parfois
libre cours à leur potentielle violence, la
détournaient de leurs semblables, préservant
l’ordre social et l’unité de leur groupe.
53
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D'AUTREFOIS
La navigation
Pirogues à voile, instruments des raids. On
connaît aux Marquises des pirogues de guerre
hauturière :
un
simples à balancier manœuvrées à la voile.
Selon J.-B. Neyret “la voile n’était
art disparu
Les pirogues de guerre
Pirogues doubles, instruments des batailles
navales. Elles sont décrites uniquement aux
îles de la Société. Cook, en 1774, en vit
quelque 160 lors d’une revue navale et les
artistes de son bord ont laissé plusieurs
gravures les représentant. Leurs dimensions
étaient imposantes ; celles connues avaient
entre 17 à 33 mètres de long et pouvaient
contenir 30 à 300 personnes. Les coques
étaient construites en mettant bout à bout des
troncs
évidés surélevés par plusieurs rangées
de fargues. Distantes d’un mètre environ, elles
par un nombre variable
débordant de part et d’autre
étaient reliées
traverses
l’embarcation et supportant un
de
de
treillis sur
tenaient les pagayeurs (pour une
pirogue de 30 m de long, il en fallait dit-on 144
auxquels s’ajoutaient 8 hommes chargés de
manoeuvrer les deux pagaies-gouvernails). A
l’avant, se dressait une plate-forme sur
laquelle les guerriers se rassemblaient lors des
affrontements. “La tactique du combat
consistait à ranger les escadres ennemies face à
face. Chaque parti formait une ligne de front
dont les pirogues étaient reliées entre elles par
lequel
des
se
amarres
probablement pas utilisée lors des combats,
mais seulement dans les longues traversées
précédant les rassemblements ou les raidssurprise, afin d’épargner aux combattants une
fatigue inutile avant le combat”. Longues de
13 à 17 mètres, elles pouvaient, dit-on, porter
une trentaine de personnes. Une plate-forme
étroite, à l’avant, permettait aux hommes de
Sur une autre, à l’arrière, était
gouvernail. La pièce de proue
s’avançait en surplomb tandis que la poupe
se tenir debout.
l’homme de
était relevée en arc. L’avant et l’arrière étaient
ornés de sculptures.
pirogues doubles, munies d’une
voile, pouvant transporter jusqu’à 40
hommes, étaient employées pour la guerre à
Rapa (Australes). Leurs coques étaient
constituées d’étroites planches assemblées.
Des
1
de
peinture, de bandes de tapa flottant au
vent. Des représentations sculptées {tiki, têtes
d’oiseaux,
extrémités.
spirales...) ornaient leurs
La
mer
autrefois
un
moyen
de
île. Pour rejoindre une
vallée voisine, par exemple, c’était souvent le
chemin le plus rapide et le plus commode. La
secteurs d’une même
plupart du temps, des pirogues à balancier, à
pagaie ou à voile, comme celles décrites pour
la pêche, y suffisaient. Il en était de même pour
les relations entre les îles proches. Pour la
navigation interinsulaire, les distances à
parcourir, comme d’ailleurs l’objet du voyage,
influaient sur le choix du type d’embarcation
et ses
dimensions. Lors d’un départ
massif
pour une longue traversée, outre le nombre
des passagers, la nécessité d’emporter des
vivres (animaux, tubercules, noix de coco...)
des ustensiles, imposait des embarcations
spacieuses. C’étaient le plus souvent des
pirogues à double coque supportant une
plate-forme sur laquelle on érigeait un ou
deux abris en matières végétales (bambou,
pandanus...).
et
Au-dessus, à droite,
et page de droite :
Différents types
de pirogues.
1. Pirogue double de
guerre, pahi des îles de
la Société. Plume et lavis
de W. Hodges, Tahiti,
mai 1774.
2. Dessin d'après
B. Martin (1846) d’une
pirogue de voyage à
2 mâts des îles Tuamotu.
On distingue les
planches cousues et
l'abri végétal qui la
surmonte.
3. Scène de combat
naval. Sur ce dessin naïf
attribué à J. Banks, les
guerriers s’affrontent
depuis les plates-formes
des pirogues.
4. Pirogue simple de
voyage, à voile, îles de la
Société.
Aquareiie de J. Webber.
5. Radeau de
Mangareva, manœuvré
à la pagaie et à la voile.
6. Pirogue double de
voyage, à 2 voiles,
îles de la Société.
Dessins schématiques
des différents types de
pirogues.
1. Pirogue de guerre.
2. Pirogue de guerre double.
3 à 8. Pirogues doubles
de transport et de voyage.
9. Radeau de Mangareva.
54
était
communication important entre les différents
la construction d’une telle
pirogue constituait un savant assemblage de
petites planches soutenues par des membrures
internes. Manœuvrées à l’aide de grandes
pagaies-gouvernails, les pirogues de voyage
étaient pourvues d’une ou deux voiles. Selon
P.
Jourdain, “sur les plus vastes qui
atteignaient 70 pieds de long, on peut
tournées sur leurs étraves. Ces
plates-formes, combattaient sans merci”
aux
Pour les habitants des Tuamotu où les
lignes pagayaient l’une contre l’autre
jusqu’à l’abordage et les guerriers, situés sur
(P. Jourdain). Les grandes pirogues doubles
de guerre étaient de deux types : l’un avait des
coques en U à bords verticaux, la proue plus
élevée que la poupe et l’autre possédait des
coques en V à bords rentrants, avec l’avant
plus bas que l’arrière. Ces embarcations
étaient décorées de motifs ciselés dans le bois,
voyages et
transports
aux
arbres sont rares,
deux
les
Embarcations servant
L'HOMME ET LA MER
raisonnablement admettre qu’il y avait place
pour une soixantaine de passagers avec leurs
bagages et leurs provisions pour des traversées
volontaires occasionnant un séjour à la mer
d’un mois et plus”.
Ajoutons qu’à Mangareva, les relations
entre les îles
étaient assurées par de grands
radeaux (du moins à l’arrivée des Européens).
En 1825, le capitaine Beechey décrit de telles
embarcations, longues de 13 à 17 mètres,
portant une vingtaine de personnes. Munies
d’une voile latine, elles devaient par vent
défavorable être actionnées à la pagaie.
Manœuvres des voiles
pirogues, “elle était attachée au mât au
préalable et érigée d’emblée avec le mât. Pour
la
inverse et
*
voile,
on
on
faisait la
manœuvre
abattait ensemble le mât et la
voile”. Sur les grandes embarcations, “le mât
était
érigé d’abord et la voile était ensuite
attachée le long du mât. Une échelle fixée au
mât facilitait
l’opération. Pour amener la
voile, on devait détacher le bord antérieur...
4
nécessaire de réduire la surface de la voilure,
la voile était détachée dans sa partie inférieure
et roulée. Sur les pirogues à deux mâts, il était
également possible d’en abattre un. D’après
les experts, “le gréement des pirogues à voile à
un ou deux mâts se prête aux manœuvres de
navigation courante, à toutes les allures : au
plus près, largue, grand-largue, ainsi qu’aux
virements de bord au plus près ou vent
arrière” (P. Jourdain). Malgré ces qualités
nautiques, les petites unités chaviraient
parfois, l’équipage devait alors se jeter à l’eau
et
Pour mettre la voile en position, sur les petites
amener
ou à la rigueur, abattre le mât avec la voile, ce
qui n’était pas sans danger” (J.-B. Neyret).
Par
vent
trop fort, lorsqu’il était
en
orienter “la voile dans la direction du vent
la soulevant
un
peu.
Le vent s’engouffre
entre la voile et la surface de l’eau et redresse
l’ensemble”
(P. Jourdain). Restait encore à
vider l’eau de la pirogue...
La construction
relation avec les forces surnaturelles devant
favoriser l’entreprise. La réalisation
d’embarcations d’importance réclamait des
connaissances très poussées en architecture
navale
et
mobilisait une main-d’œuvre
nombreuse et spécialisée ; elle donnait lieu à
diverses cérémonies et festivités dont une sorte
de “baptême” au moment de son lancement :
“on faisait boire la pirogue. On faisait tanguer
et rouler la coque pour y
introduire un peu
d’eau de mer” (P. Jourdain).
Pour les coques on employait surtout les
de ati (ou tamanu) (Catophyllum
inophyllum), de ’uru (Artocarpus altilis), de
cocotier, de mara (Neonauclea forsteri) ; de
tou (Cardia subcordata). Le aito (Casuarina
equisetifolia) et le hutu (Barringtonia asiatica)
bois
donnaient les mâts. Les voiles étaient en nattes
de
feuilles de
pandanus. La dextérité des
les premiers
artisans
tahitiens
frappa
observateurs européens,
navigateurs
des pirogues
naturellement intéressés par la construction
des pirogues. Ainsi, Wallis, le découvreur de
par des experts, détenteurs à la fois des savoirs
travail. “Ils abattent d’abord l’arbre avec une
La construction des pirogues était supervisée
techniques nécessaires et de l’indispensable
Tahiti, a laissé une description vivante de leur
herminette faite d’une espèce de pierre dure et
verdâtre, à laquelle ils adaptent un manche
fort adroitement. Ils coupent ensuite le tronc
planches. Voici
s’y prennent pour cette
opération. Ils brûlent un des bouts jusqu’à ce
qu’il commence à se gercer et ils le fendent
ensuite avec des coins de bois dur. Quelquesunes de ces planches ont deux pieds de largeur
et quinze à vingt de long ; ils en aplanissent les
côtés avec de petites herminettes qui sont de
matière et de fabrication identique ; six ou
huit hommes travaillent quelquefois sur la
même planche ; comme leurs instruments sont
bientôt émoussés, chaque ouvrier a près de lui
une noix de coco remplie d’eau et une pierre
polie plate sur laquelle il aiguise sa hache
presque à toutes les minutes. Ces planches ont
ordinairement l’épaisseur d’un pouce ; ils en
dont
ils
comment
veulent tirer des
ils
construisent un bateau avec toute l’exactitude
que pourrait y mettre un habile charpentier.
Afin de joindre les planches, ils font des trous
qui leur sert de
vilebrequin Dans la suite, ils se servirent
pour cela de nos clous avec beaucoup
d’avantage : ils passent dans ces trous une
corde tressée qui lie fortement les planches
avec un os attaché à un bâton
.
l’une à l’autre”.
55
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
*
Comme on l’a dit précédemment, les liens
étaient en bourre de coco et le calfatage réalisé
à l’aide de ces mêmes fibres imprégnées de
A gauche :
gomme
pirogue, destinée au
voyage et au transport,
d’arbre à pain furu). Le lissage des
planches et des différents éléments de bois
était effectué à l’aide de divers abrasifs (corail,
peau de requin et de raie, sable...).
L’art de la navigation
Évoquons pour mémoire les indispensables
connaissances nautiques (vents, états de la
Pirogue double à Tahiti.
Dessin aquarellé réalisé
1777 par
John Webber. Sur cette
en
on
distingue nettement
les planches ajustées et
assemblées par un lien
en bourredecoco. Ilfaut
aussi noter l’importance,
pour une pirogue
ordinaire, de
m
l'ornementation
sculptée.
mer, courants...) que possédaient les habitants
des îles pour manœuvrer leurs pirogues de
pêche ou les embarcations légères employées
pour rallier des îles proches.
Lorsqu’on s’intéresse à la navigation de
haute mer, force est de constater que de ce qui
fut à proprement parler un art, apanage d’une
élite, seules quelques bribes sont parvenues
jusqu’à nous. Ces lacunes ont laissé la place à
Ci-dessous :
Pirogues marquisiennes
à balancier.
Gravure d'après
W. Hodges.
foisonnement d’hypotbèses plus ou moins
fantaisistes... Au mieux, pouvons-nous tenter
un
quelques éléments de
navigation qui durent appartenir jadis à un
savoir complexe et cohérent. Nous savons que
les Polynésiens qui n’avaient ni carte ni
boussole
possédaient des connaissances
astronomiques précises leur permettant de se
repérer et de se guider lors des grandes
de dresser la liste de
traversées.
Ils
se
servaient du soleil et des
étoiles. On a émis l’hypothèse séduisante que
chaque île était repérée par une étoile à son
zénith ; aussi, voulant se rendre d’une île ainsi
indiquée à une autre également “visible”,
alignait-on l’embarcation sur ces deux
repères. Il s’agissait alors de maintenir
“l’étoile-départ” dans l’axe de la poupe et
“l’étoile-but” dans celui de la proue. La
direction des vents dominants saisonniers et
des houles, elles aussi assez régulières, aidait à
s’orienter. Les courants marins bien connus
étaient judicieusement utilisés. L’existence
parfois
signalée
confectionné
d’un
avec
des
à
“compas
noix
de
vent”
coco
est
aujourd’hui mise en doute par les auteurs.
Pourtant, les hommes de Napuka (Tuamotu)
m’expliquèrent qu’il y a encore une vingtaine
d’années, lorsqu’ils voulaient rejoindre de nuit
l’atoll voisin de Tepoto, ils fixaient une coque
de noix de coco percée à l’avant de leur
pirogue et le souffle de l’un des vents
dominants faisait émettre
un
sifflement
au
dispositif. Tant qu’ils entendaient ce siffle¬
ment, ils savaient qu’ils tenaient le bon cap.
Une multitude d’indices devaient exister pour
pressentir la proximité d’une île (vol de
certains oiseaux, petit cochon jeté à la mer et
qui nage vers la plus proche terre...), d’autres
permettaient même parfois de l’identifier :
ainsi, reconnaissait-on l’atoll d’Anaa à la
réfraction dans les nuages de son lagon d’un
vert incomparable.
Un art en effet, dont les secrets, jadis
transmis à quelques élus de génération en
génération, sont à présent presque tous
oubliés.
Tahiti, 1792. Sur cette
aquarelle de G. Tobin
se
trouvent plusieurs
types d'embarcations,
servant aux transports et
aux voyages aux îles
de la Société,
manœuvrées à la pagaie
ou à la voile.
^
56
*
4 Ressources, échanges
et consommation
Les Polynésiens qu’ils
vivaient sur
de petites îles et ilsexclusivement
étaient de bons
: ondeenla
nourrissaient
desmarins
produits
déduit souvent
se
ignames hoi (Dioscorea bulbifera), patara, et
des taro (mapura), devenus sauvages , le ’ava
presque
pêche. En réalité, la base de leuralimentation.surtoutsurles îles hautes, provenait des
plantes cultivées, des animaux domestiques et de ce qu’ils trouvaient à l’état sauvage.
Certaines habitudes d’acquisition et de consommation ont survécu jusqu’à nos jours.
D’autres ont maintenant disparu, mais les traditions orales transmises localement
ajoutées aux témoignages et aux récits écrits par les premiers navigateurs et
missionnaires européens dans le Pacifique, nous aident à mieux comprendre
comment les Polynésiens vivaient à la fin du XVIIP siècleetau débutdu XIX^ dequelle
manière ils préparaient et conservaient les aliments, comment se déroulaient les repas
(Piper methysticum), dont on faisait une
drogue.
Les Polynésiens avaient aussi trouvé
d’autres plantes arrivées avant eux. Parmi
elles, il faut probablement compter un arbre
essentiel à la vie de tous les jours, et pas
pour sa valeur alimentaire : le
cocotier ha’ari (Cocos nucifera). Il y avait
aussi le mape, avec ses anciens noms ihi ou
seulement
familiaux ou collectifs.
Les produits comestibles avaient unefonction très importante dans uneéconomie
non monétaire fondée sur l’autosubsistance, mais aussi sur la circulation des biens et
les échanges. Si chacun avait, à quelques exceptions près, sa part de propriété, aussi
infime fût-elle, l’ensemble des productions était en fait géré par les familles de chefs
(Inocarpus fagifer), et le pandanus far a
(Pandanus tectorius). D’autres plantes, enfin,
étaient cultivées ou exploitées pour maints
usages autres qu’alimentaires, comme par
exemple le re’a (Curcuma longa), les hue ou
cucurbitacées (Lagenaria vulgaris) etc., ainsi
que tous les arbres servant de bois de
chauffage ou de construction.
rata
qui en assuraient le contrôle et l’équilibre par un système compliqué d’interdits, de
dons et de redistributions.
Les ressources terrestres ne subvenaient pas seulement aux besoins alimen¬
taires ; elles paraient à bien d’autres nécessités ou agréments de l’existence matérielle,
notamment lors des soins donnés aux malades ou pour la consommation d’une drogue
douce utilisée avant l’introduction du tabac et de l’alcool par les Européens.
Les ressources
terrestres
Au cours de leurs migrations vers l’est, les
Polynésiens avaient apporté avec eux
quelques animaux domestiques, le chien, le
cochon, le poulet (et le rat !), mais aussi des
plantes cultivées, comme l’arbre à pain, ’uru
en tahitien (Artocarpus
altilis), le taro (Colocasia esculenta), l’igname ufi (Dioscorea
alata), la patate douce ’umara (Ipomea
baiatas), le fe’i (Musa troglodytarum), le
bananier mei'a (Musaparaciisiacajet la canne
à sucre lo (Saccharum officinamm). Ces
L’horticulture
plantes étaient les plus importantes pour l’ali¬
mentation, car elles fournissaient, en quantité
suffisante et avec peu de préparation, des
substances très nutritives comme la fécule et le
Mais il y en avait bien d’autres et
certaines parvinrent, au cours des siècles, à se
sucre.
propager
C’étaient
plus
des
ou
moins spontanément.
arbres fruitiers, comme le
pommier cythère vi (Spondias dulcis), les
’ahi’a (Eugenia malaccemis)
différentes
variétés de /b'/ reconnues par les Polynésiens
des rhizomes et des tubercules, comme les ’ape
(Alocasia macrorrhiza), les teve (Amorphophallus paeomifolius), le pia (Tacca leoniopeialoides), le li (Cordyline lerminalis), des
,
,
Par suite de leur grande connaissance des
végétaux, les Ma’ohi d’autrefois pratiquaient
des méthodes de jardinage efficaces et bien
adaptées au sol et au climat. Tout en préser¬
vant le milieu naturel, ils obtenaient de bonnes
récoltes pour un travail modéré. Ils ne
disposaient que d’herminettes de pierre pour
le défrichage, mais il est probable qu’ils
faisaient aussi des brûlis. Pour ameublir et
retourner la terre, pour faire des trous, ils uti¬
lisaient un long bâton aiguisé à un bout,
parfois durci au feu, le ’o. Vêtu d’un simple
tapa, le cultivateur travaillait surtout
en position accroupie, tenant le ’o à deux
mains et le lançant obliquement avec force
pour défoncer la terre ou sarcler.
maro en
57
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
Aux îles de la Société, les cultures étaient
assez variées.
Les plantes les plus utiles, l’arbre
à pain, les bananiers, la canne à sucre, étaient
cultivées sur la côte autour des habitations.
D’autres
besoin
comme
les tara ou les ’ava avaient
de l’humidité des
ruisseaux
ou
de
l’ombrage des fonds de vallées. Dans les
endroits ensoleillés, au flanc des collines, on
préparait des terrasses avec des billons faits de
bonne terre végétale pour recevoir les
boutures de patates douces, ou les tranches de
tubercules
qui donneraient les futures
ignames. Les jeunes rejets d’arbres à pain, les
boutures de 'ava ou de ’aute (mûrier à papier),
un terrain propre.
On les protégeait contre l’intrusion des
cochons errants par des clôtures de bois ou de
demandaient des soins et
pierres.
■CT
«
Le jardinage
était généralement réservé
hommes, mais
îles Australes les
femmes s’y rnettaient aussi et travaillaient dur.
aux
aux
principale, celle du taro, exigeait
beaucoup d’efforts : il fallait préparer les
terrasses, creusées et aplanies sur les pentes
La culture
des vallons, élever des murettes de terre pour
retenir l’eau, aménager un système compliqué
d’irrigation, entretenir les digues, puis assurer
la plantation et les divers soins culturaux
jusqu’à la récolte.
Tuamotu, où le sol
prête guère à la culture, il
fallait, pour produire quelques taro, faire de
grands travaux de terrassement à l’aide de
simples pelles en nacre ou en os de tortue, et
préparer de l’humus avec des débris végétaux.
On cultivait aussi le pia, moins exigeant, mais
Dans les atolls des
corallien
ne
se
qui demande une longue préparation pour
être comestible. Comme dans les autres archi¬
pels, quelques cocotiers étaient plantés près
habitations, pour la consommation
courante, mais le paysage était tout différent
de ce qu’il est devenu de nos jours, avec
l’exploitation industrielle du coprah.
des
Marquises, on cultivait aussi le
irriguées bordées de
pierres. Mais dans toutes les îles de l’archipel,
la ressource principale était le fruit de l’arbre à
pain, car le climat permet d’y obtenir trois ou
quatre récoltes par an. Chaque habitant
possédait quelques met près de sa maison,
mais les chefs avaient à leur disposition des
plantations plus importantes. Les hommes se
réunissaient pour la récolte, grimpaient dans
Aux îles
taro
sur
des terrasses
#
Maison et fei’i à la pointe
Vénus, Tahiti. Dessin de
Conrad Martens, 1835.
Si la iégende de ce
croquis indique qu’il
s’agit de fe’i (Musa
troglodytarum), on
n’aperçoit pas les
régimes dressés qui
permettent de distinguer
sûrement cette plante
frBir=r'''
des bananiers aux
formes voisines et aux
fruits dirigés vers le bas.
En l’absence de graines,
végétaux se
multiplient par
plantation de rejets. Ils
étaient plantés sur les
côtes, près des
ces
^
^
alata) ne semblent pas
avoir eu en Polynésie la
même valeur de
représentation et de
prestige qu’en
Mélanésie. Leurs
tubercules et ceux des
patates douces (Ipomea
batatas) étaient surtout
considérés comme
nourriture d'appoint ou
pendant les saisons où
les autres productions
raréfiaient.
La diffusion dans les îles
hautes de ces plantes
à végétation spontanée
tend à montrer que
l’introduction de
se
habitations, mais leur
fonds de vallées ou sur
les flancs des collines
l’intérieurdesîles hautes
était plus peuplé et
surtout mieux exploité
que de nos jours.
Igname (ufl) et patate
douce (’umara).
Les ignames (Dioscorea
de remplacement
dispersion dans les
éloignées montre que
Ci-dessous :
♦
l’igname, comme celle
du cocotier, est très
ancienne, beaucoup
plus que celle de la
patate douce dont on ne
sait pas encore
exactement quand et
comment elle est
parvenue en
Polynésie.
Bâton à creuser de
Mangareva (’oka),
d'après P. Buck. Cet
instrument en bois de
175 cm a été conservé au
Musée missionnaire de
Braîne-le-Comte, puis
probablement à la
Maison généraliste de la
Congrégation des
Sacrés-Cœurs à Rome.
Utilisation du bâton à
dans les îles de
la Société.
creuser
T A. M
Diûscoroëa/ dlaUb.
Ipowiaca,: 'bataJ:a-s.
«
58
RESSOURCES, ECHANGES ET CONSOMMATION
I
arbres et cueillaient les fruits dans des
filets.
les
L’élevage
dans^^dës fosses pour les engraisser.
Le chien était avant tout un animal de
compagnie, mais il servait aussi de nourriture,
particulièrement dans les familles de chefs.
Aux îles Marquises, il avait disparu au
moment de l’arrivée des Européens, proba¬
blement par suite de surconsommation, car
nous
avons
la preuve qu’il existait dans
l’archipel aux temps préhistoriques.
Les cochons représentaient la principale
source
extrémités du bâton à porter, le mauha’a.
surtout le cochon
une
donnaient
régulièrement. Le chien et
avaient une grande valeur
dans les échanges. Ils fournissaient aussi la
leur
animaux domestiques étaient généra¬
lement laissés en liberté. C’est seulement aux
îles Australes qu’on enfermait les cochons
Les
J.
des fruits et des racines qu’ils trouvaient euxmêmes dans leurs vagabondages, mais aussi
des noix de coco et des 'uru que les habitants
de viande. Us se nourrissaient surtout
viande
des
sacrifices
lors
des
cérémonies
religieuses au marae.
La cueillette et la chasse
Même dans les zones cultivées des îles hautes,
partie des travaux horticoles se résumait à
la cueillette des fruits (noix de coco, vi, ’ahi’a,
une
mape). Avec les fe’i, la montagne apportait un
complément alimentaire apprécié, surtout
entre les récoltes de 'uru. Quand la nourriture
venait vraiment à manquer, on ramassait les
ignames sauvages et les tubercules de ‘ape ou
de
teve.
Les produits de la cueillette étaient
descendus à dos
Aux
part
d’homme, fixés aux deux
Tuamotu, le pandanus fournissait
importante de la nourriture : on
consommait les graines et la base amylacée du
fruit, le cœur et les racines.
La
chasse
était
une
activité
très
secondaire,
probablement plus sportive
qu’alimentaire. Les Ma’ohi savaient
cependant poursuivre cochons et poulets
devenus sauvages, piéger les pigeons à la glu
avec de longs bambous enduits de gomme
d’arbre à pain, chasser les canards et les
oiseaux de mer par des jets de bâtons. Dans
tous les archipels, on ramassait les œufs laissés
par les oiseaux de mer sur les îlots ou les récifs
isolés.
Tarodlères à Moorea.
La persistance des
cultures vivrières
traditionnelles pendant
plus de deux siècles de
présence européenne a
pérennisé des façons
culturales et des
techniques ancestrales.
Les plantations de tara
(Colocasia esculenta)
exigent les mêmes soins
et les mêmes
protections contre le
soleil et l'évaporation
qu'autrefois.
Parfois, des feuilies de
cocotiers sèches
recouvrent entièrement
les ieunes plants.
En haut,
à droite :
Plantation d’ignames à
Moorea.
On peut supposer que
les cultures modernes
de produits traditionnels
ne sont pas très
différentes des
plantations d'autrefois.
Les cochons avaient
autrefois une grande
valeur dans les
échanges. Ils
fournissaient aussi la
viande des sacrifices
lors des cérémonies
religieuses au marae.
ici, cochons des
Marquises.
Le fruit du pandanus est
saisonnier.
Son importance dans
l'alimentation des
anciens habitants des
Tuamotu a été
iongtemps sousestimée. Ses graines
sont riches en huileeten
protéines.
La base de chaque
drupe est charnue et,
quand elle est bien
mûre, elle contient de
l'amidon.
Autrefois, elle était
consommée crue
ou bien les fruits, cuits
au four et débarrassés
de leurs fibres par de
Masse en bols pour
planter les tara (îles de
la Société).
iongs grattages,
fournissaient une sorte
de pâte ou même de la
farine.
59
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
Préparation
et lisse,
longuement la préparation avec un
pilon de pierre (penu), sur une table basse
(papahia).
Le fruit de l’arbre à pain, frais ou
fermenté, entrait dans de nombreuses compo¬
des fruits, racines
et tubercules
sitions culinaires, consommées chaudes ou
froides. Mélangé à du fe’i et ressemblant à une
Disposant d’un nombre limité d’espèces
végétales alimentaires, mais aussi de
nombreuses variétés qu’ils reconnaissaient ou
qu’ils avaient créées, les Polynésiens avaient
depuis longtemps affiné leur sensibilité
gustative. Deux ’uru ou deux taro de variétés
voisines devenaient des mets différents. Ces
distinctions subtiles étaient renforcées par
l’habitude de se nourrir simplement et natu¬
rellement, sans condiments ni épices, la possi¬
bilité de choisir le degré de maturité des
produits employés et par différentes recettes
de cuisine.
économie stable et équilibrée
une
de relative abondance, sans ruptures saison¬
nières
le popoi ou arure, il fallait humidifier
et battre
et conservation
Dans
»
prolongées,
la conservation des
alimentaires qui a parfois pour
conséquence l’accumulation des richesses au
ressources
crème, c’était le popoi fe’i. Des ’uru très mûrs,
tombés
sous
l’arbre et appelés pepe,
étaient
battus avec du lait de coco et cuits au four. Ou
bien des ’uru pas trop mûrs étaient mis dans le
four, puis mélangés à du lait de coco et
enveloppés dans des feuilles de bananiers.
Cuits à nouveau, ils entraient dans la compo¬
sition de mets sucrés, les po’e.
Aux îles Marquises, plus que partout
ailleurs, le fruit de l’arbre à pain, le mei, était la
nourriture de prédilection et fournissait le plat
de résistance de chaque repas. Pour disposer
de cet aliment indispensable entre les récoltes,
habitants des vallées marquisiennes
fabriquaient eux aussi une pâte fermentée, le
ma. A Tahiti, cette
technique n’était pas très
différente, mais elle a été abandonnée peu à
peu au cours du XIX' siècle. La méthode
les
marquisienne, elle, s’est transmise jusqu’à nos
jours. Les mei sont cueillis un peu avant la
pleine maturité et on accélère leur
mûrissement
en
les
transperçant d’une
baguette. Ensuite, les femmes les épluchent
très rapidement avec le ii, un pèle-fruit en
coquillage. Entassés sous des feuilles, les mei
se ramollissent et on peut enlever facilement la
partie
On
dure.
les
met
dans
un
trou
temporaire creusé dans la terre et tapissé de
feuilles. Les fruits perdent de leur eau et
subissent une première fermentation. Ils sont
alors transportés dans le silo permanent
4
(tahoa ma) situé près de la maison et souvent
Une fosse d’environ 1,20 m
de diamètre sur 1 m de profondeur assurait à
peu près la provision d’une famille pendant un
revêtu de pierres.
an.
Le fond est couvert de feuilles de bananiers
et les côtés sont revêtus de sortes de nattes en
feuilles
de
ti.
Au-dessus
des
fruits,
on
des feuilles de bananiers vertes,
puis sèches et on ferme avec de grosses pierres
pour bien tasser l’ensemble. Autrefois, pour se •
prémunir contre les guerres et les famines
particulièrement graves aux îles Marquises,
on faisait des conserves de ma dans de grands
superpose
profit d’une puissante minorité, n’était pas
vraiment une nécessité. 11 existait pourtant des
méthodes
de conservation limitée. Elles
avoir eu surtout pour cause la
mobilité des Polynésiens et leur peur des
famines qu’entraînaient des guerres
semblent
fréquentes.
La préparation des aliments consiste,
après le choix initial, à peler, couper, râper,
écraser, battre, filtrer, contenir etc. Façonnés
à partir des mêmes matières premières
fournies par la nature, destinés aux mêmes
fonctions, les ustensiles nécessaires variaient
un peu suivant les
archipels.
Fendoirs pour le fruit
de l'arbre à pain
(Société) recueillis par
George Bennet de la
London Missionary
Society (1821-1824).
Le fruit de l’arbre à pain
Ces instruments
Aux îles de la Société, il représentait l’aliment
de base. Jamais mangé cru, il était le plus
souvent préparé pour la cuisson au four poly¬
nésien. On enlevait la peau avec un pèle-fruit
coquillage (reho). Avec un fendoir de bois,
coupait le fruit en deux et on enlevait la
partie interne non comestible. Au temps de la
récolte, les 'uru mûrs à point étaient cueillis et
cuits au four chaque jour, parfois réchauffés
ou mangés froids au
repas suivant. Mais à la
fin d’une période de grande abondance,
en
on
surtout
celle
mûrissaient
du
en
mois
telle
de
mars,
les ’uru
quantité qu’ils
mena¬
çaient de se perdre. Plusieurs familles ou
parfois les habitants de tout un district se
réunissaient alors pour récolter ce qui restait
de fruits très mûrs et les cuire dans de grands
fours (opi'o). Cette cuisine collective était plus
un moyen d’utiliser des excédents
que de faire
des réserves. Mais les Ma’ohi pratiquaient
aussi.une véritable méthode de conservation
qui consistait à entasser des fruits de l’arbre à
pain dans des fosses et à les laisser fermenter
pour obtenir une pâte, le mahi (appelé lioo à la
fin du XIX' siècle). Ces trous étaient creusés
dans l’habitation, probablement dans la
maison réservée à la cuisine et aux repas, ou à
(tapahi), faits d’une
seule pièce de bois, ont
Pèle-fruit en Porcelaine
(coquillage), aux fies de
la Société : reho.
Pilon
en
roche
volcanique (penuj
Tahiti. Les piions
tahitiens recueiliis à ia
fin du XVIII» siècle, sonl
caractérisés par des
barrettes latérales, ou
oreilles, très hautes. Il
s’agit peut-être de pilons
ayant appartenu à des
la forme d’une
herminette. D'autres
sont de simples lames de
bois (tohi'uru) avec un
tranchant convexe et
une
poignée.
#
chefs.
Table à piler à quatre
pieds, en bois (Tahiti).
Le contour de la table
est presque carré, avec
des angles arrondis. Les
pieds, massifs, sont de
section circulaire.
élargis à la base. Cette
forme n’est plus utilisée
depuis longtemps et
elle est devenue très
rare.
l’extérieur. Au moment du repas, un peu de
mahi était mélangé à du ’uru frais, cuit au four
ou à la flamme. Pour faire une
pâte homogène
60
♦
RESSOURCES, ECHANGES ET CONSOMMATION
silos cachés dans la montagne ; certaines de
ces
réserves collectives, avec leurs
murs
argile, pouvaient être immenses et dépasser 5
mètres en diamètre et en profondeur.
Par un long processus de fermentation, le
mei se transforme en ma et peut ainsi se garder
presque indéfiniment. A la longue, il devient
brun, très dur et très fort
consommer
^
pur.
:
on
D’abord pétri,
peut le
malaxé et
ne
amolli avec de l’eau, il est enveloppé dans des
feuilles, puis cuit
four. On le pétrit à
nouveau, on l’écrase pendant qu’il est encore
chaud sur une planche spéciale (hoaka) avec
un pilon de pierre (kea lukipopoi),
puis on le
remet au four. Il est devenu popoi ma et
peut
se conserver un peu. En mélangeant ce popoi
ma avec des
au
fruits frais et cuits et en malaxant
longuement le tout avec un pilon, on obtient le
popoi mei qui, il y a peu de temps encore,
faisait partie de la nourriture quotidienne de
tous les Marquisiens. De très nombreuses
préparations culinaires étaient à base de mei et
^
l’arbre à pain étaient aussi pratiqués aux îles
Australes et à Mangareva.
en
certaines d’entre elles, quand le fruit était
longuement cuit au four, étaient réservées aux
bébés.
L’ensilage et la fermentation du fruit de
Taro, rhizomes et tubercules
Les laro étaient cultivés et consommés dans
tous les archipels, mais c’est seulement aux îles
qu’ils constituaient la nourriture
principale. Toutes les parties de la plante sont
comestibles ; les tiges et les feuilles tendres
peuvent être mangées en légume vert. Comme
Australes
taro contiennent de
nombreux cristaux d’oxalate qui les rendent
toutes les
Aracées, les
irritants s’ils ne sont pas cuits longtemps et
très soigneusement. La méthode la plus simple
de les faire cuire au four polynésien.
Un
autre procédé, toujours employé, consiste à
les peler avec un fragment tranchant de
coquillage ou de noix de coco, à les couper en
morceaux, à les faire cuire au four puis à les
battre longuement sur une table à piler en les
diluant avec de l’eau. Autrefois, cette pâte,
popoi oupoi, pouvait être consommée à l’état
pur ou mélangée à du fruit fermenté de l’arbre
à pain (ma'i). Aujourd’hui, on la laisse parfois
fermenter quelques jours pour la rendre plus
légère. La matière féculente du taro entre aussi
est
dans la composition de plusieurs rtiets sucrés.
Du taro cru râpé ou déjà préparé en fécule est
ajouté à des fruits frais, bananes ou fe’i,
enveloppé dans des feuilles de ti, et cuit aü
four. A Tubuai, des planches décorées de
maisons anciennes tombées en désuétude ont
parfois servi à râper le taro. A Raivavae et à
Rapa, les habitants préparaient le tioo en
faisant fermenter du taro dans des silos.
Les patates douces semblent avoir été
consommées aux îles de la Société,
surtout
sans
préparation
nourriture d’appoint.
teve,
spéciale
et
comme
Les produits de pénurie, comme le ’ape, le
le pia, devaient subir une longue cuisson
préparation compliquée avant de
Les tubercules de pia
lavés à nouveau, puis
râpés sur un morceau de corail. La pulpe
ou
une
devenir comestibles.
étaient lavés, pelés,
diluée avec de l’eau était filtrée et mise à sécher
dans un grand plat de bois. 11 fallait à nouveau
la laver et la filtrer à plusieurs reprises
jusqu’au dernier séchage qui laissait une farine
très blanche, très fine, propre à plusieurs
usages et en particulier à la fabrication de mets
sucrés appelés po’e.
Pèle-fruit en Porcelaine
(coquillage), aux Iles
Marquises : il (7,5 cm).
Ces objets sont un peu
différents de ceux des
îles de la Société et
présentent deux
perforations : l'une d'elle
bords en biseau et
sert de couteau, l'autre
a ses
laisse sortir les
épluchures.
La première est obtenue
par usure, la deuxième
par cassure du
coquillage.
Ces instruments, qui
sont encore en usage
pour peler les fruits de
i'arbre à pain,
apparaissent aussi dans
les niveaux
archéologiques ; les plus
anciens étaient en
coquilles de Tonna.
Ci-contre :
Pilonnage de la popoi.
Aux îles Marquises, la
table à piler, encore
utilisée de nos jours, est
grande planche un
peu concave(hoaka)sur
une
laquelle plusieurs
personnes peuvent
travailler en même
temps.
1
Ce pilon de pierre à
tête sculptée
(Marquises) a été don"°
Muséum d'Histoire
naturelle de Paris par
le prince Roland
au
Bonaparte, en 1887.
H = 21,8 cm.
De gauche à droite :
1. Pilon des Marquises.
2. Pilon des Tuamotu,
en bois. H = 22,9 cm.
3. Pilon de pierre
trouvé par H. Jacquier
au fort de Morongo Uta à
Rapa (Australes) lors de
l'expédition de
Thor Heyerdahl en juin
1956. Ce type de pilons,
de forme
particulièrement
élégante, n’appartient
qu'à l’île de Rapa. Ce
sont des pièces
archéologiques.
Ils étaient peut-être
utilisés avec des tables
en
pierre. H = 17,8 cm.
61
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
Cuisson
des aliments
Les
anciens
Ma’ohi
consommation de la nourriture familiale
n’étaient pas considérées comme des
distinguaient
nettement ota, le cru, de 'a ou ’ama, ce qui est à
la fois cuit à point et bien préparé. Les Poly¬
nésiens consommaient peu d’aliments crus et
ils préféraient la nourriture bien cuite, surtout
lorsqu’il s’agissait de la chair des animaux. Le
résultat ’ama était obtenu soit par la cuisson
directe au feu, soit de manière indirecte, par
l’intermédiaire de pierres chaudes. Presque
toutes les méthodes en usage à la fin du XV IIP
siècle sont encore connues de nos jours, même
si
certaines
d’entre
elles
sont
rarement
pratiquées. Celle du four polynésien, restée la
plus célèbre, était la plus courante.
Les Polynésiens qui occupaient déjà les
îles Marquises il y a environ 15 siècles, fabri¬
quaient et utilisaient des poteries. Cette
technique a été très vite abandonnée, mais la
pratique de l’ébullition qui lui était proba¬
blement associée a persisté à l’état de connais¬
sance latente et de survivance jusqu’à l’arrivée
des Européens, avec leurs récipients
métalliques.
Le feu et la cuisson directe
entreprises totalement collectives. Les
femmes, en particulier, devaient avoir leurs
propres abris réservés à la cuisine et faire des
feux, ou même des fours, séparés de ceux des
hommes. Pour des raisons quasi rituelles, elles
étaient soumises à des contraintes particuliè¬
rement
rigoureuses pour tout ce qui
concernait leurs approvisionnements et la
préparation de leurs aliments.
Aux Tuamotu, les feux de plein air
étaient courants, car ils étaient bien adaptés à
la
nourriture
consommée
habituellement.
poissons on faisait une petite
plate-forme avec des branchettes vertes qui
servaient de gril, ou bien on les posait sur une
couche intermédiaire de graviers coralliens.
Pierres chaudes
et fours polynésiens umu
Pour cuire les
profondeur.
Aux îles de la Société, les jeunes gens
s’occupaient des fours réservés aux hommes et
les femmes de haut rang avaient des serviteurs
pour s’occuper des leurs. Ils faisaient un feu de
bois et plaçaient les galets tout autour. Quand
la combustion était achevée, ils disposaient les
mets à cuire sur les pierres brûlantes, soit
directement, soit en les isolant avec des tiges
de bananiers ou des feuilles vertes. Les plus
délicats, poissons, morceaux de volaille,po'e,
étaient enveloppés dans des feuilles. Les ’uru
étaient cuits entiers ou coupés en morceaux. 11
fallait ensuite recouvrir le four de paquets de
feuilles d’arbres à pain, de bananiers ou de
purau (’apiu), puis avec des débris divers, de la
terre ou des pierres. Le temps de cuisson
devait être estimé avec assez de précision,
peut-être en observant la hauteur du soleil,
pour que la nourriture soit à point (houhou),
ni trop cuite (rauaha, umamia, vera, vi'u) ni à
creusé
moitié crue (’aiota, orire etc.).
Certaines occasions rendaient nécessaire
volcaniques attendaient la prochaine cuisson.
Aux Tuamotu, les galets de rivière étaient
importés des îles hautes ou remplacés par des
saison où les ’uru étaient très abondants, un
chef ou un propriétaire ra’alira pouvait réunir
Chaque cuisine polynésienne avait un trou
dans le sol où quelques pierres
morceaux
de
corail.
Partout
les
fours
domestiques étaient à peu près circulaires, pas
très larges et dépassant rarement 30 cm de
Autrefois, le feu était toujours produit par
Un morceau de bois tendre et
l’organisation de grands fours collectifs. A la
*
*
de nombreuses personnes pour construire un
four opi'o. Les jeunes gens rassemblaient de
grandes quantités de bois et de pierres, puis ils
Cuisson au four
polynésien. Préparation
friction (hi’a).
du four et des mets.
généralement du purau (Hibiscus
tiUaceus) de 5 cm de diamètre à peu près, était
sec,
fendu en deux. Une des moitiés constituait la
partie fixe (aua’i) du dispositif. L’opérateur
s’asseyait dessus et la maintenait avec ses
pieds, sauf s’il disposait d’un aide pour la
tenir. Avec un petit bâton pointu (aurima), il
traçait sur la face convexe un sillon longitu¬
dinal d’environ 15 cm. Par un mouvement de
va-et-vient et de frottement de plus en plus
rapide le long de la rainure, il obtenait très vite
un
peu de poussière incandescente qu’il
accumulait à une extrémité pour mettre le feu
à quelques herbes sèches préparées à l’avance.
11 accompagnait son action d’une prière
chantée, appropriée à la circonstance. C’est
ainsi que dans les travaux et les gestes
habituels, les Polynésiens tentaient d’assurer
le succès de leurs entreprises.
Aux îles Marquises, des faisceaux très
f
serrés de feuilles de cocotier et de bourre de
noix de coco servaient à conserver la braise.
Aux îles de la Société, au cours des dépla¬
cements, des travaux horticoles, ou chaque
fois qu’il n’était pas nécessaire de préparer un
four, des petites quantités de nourriture,
surtout des fruits de l’arbre à pain ou desfe’i,
étaient grillés directement dans leur peau, à la
flamme ou sur les braises d’un feu de plein air
Les poissons pouvaient être
enveloppés dans des feuilles et cuits de cette
fnanière (tunu vehi). Pendant les excursions
dans la montagne, des tronçons de bambous
verts étaient remplis des provisions trouvées
sur place, fermés avec des feuilles et tournés
sur le feu jusqu’à l’achèvement de la cuisson
#
(lunu pa’a).
ébullition ou à l’étouffée. Dans la vie
quotidienne, des foyers individuels étaient
souvent allumés pour nourrir un petit nombre
de personnes. Il y en avait souvent plusieurs
par maisonnée, car la préparation et la
par
1. Dans un trou creusé
dans le sol, on place du
bois sec puis des pierres
volcaniques.
2. Le bois brûle,
chauffant fortement les
pierres.
3. La combustion
terminée, les pierres
sont étalées en un lit
régulier. On les recouvre
de feuilles de bananiers
vertes.
4. Les mets, emballés
dans des feuilles ou non,
sont disposés dans le
four.
5. L’ensemble est
recouvert de feuilles
apiu et de feuilles de
bananiers.
6. De la terre recouvre
le tout : les aliments vont
cuire grâce à la chaleur
accumulée par les
pierres volcaniques.
P
50 cm
-30
.
0
4
62
RESSOURCES, ECHANGES ET CONSOMMATION
une
large fosse qui atteignait
parfois 3 mètres de diamètre et pouvait cuire
creusaient
des milliers de fruits. Le fond du trou était
rempli de grosses pierres recouvertes de petit
bois et de bûches. Quand les pierres étaient
très chaudes, on les écartait un peu et les ’uru
étaient jetés tout entiers, avec leur peau, au
milieu du four. Puis on entassait par dessus
des feuilles et de la terre. 11 fallait un ou deux
,
jours pour achever la cuisson. Quand le four
commençait à se refroidir, on aménageait une
petite ouverture sur un côté pour sortir les
'uru.
Les
provisions ainsi constituées
pouvaient durer plusieurs semaines, même si
tout le monde mangeait beaucoup durant
cette période consacrée aux festivités. Les
adolescents, en particulier, en profitaient pour
faire la fête. C’était aussi l’occasion, particu¬
lièrement pour les enfants de chefs, de
s’embellir en restant immobiles à l’ombre et en
se
gavant de nourriture.
Les umuhuti
^
ou
umuti étaient
proba-
blement réalisés suivant les mêmes principes.
Us avaient pour fonction de rôtir les racines
sucrées de ti (Cordyline terminalis) qui, ainsi
traitées, pouvaient se conserver longtemps. Le
temps de cuisson des racines, deux ou trois
jours, nécessitait l’utilisation d’énormes
pierres. De là vient la marche sur le feu.
parfois pratiquée encore de nos jours, avec
accompagnement d’incantations et des
gestes rituels faits avec des feuilles de ti.
De larges fours étaient aussi utilisés au
moment des fêtes publiques généralement
associées à des cérémonies religieuses, ou
lorsqu’un chef offrait un grand repas à un
visiteur de marque et à sa suite.
Autres utilisations
des pierres chaudes
son
Il existait encore un moyen de faire bouillir
(ahipihapiha) un liquide sans l’intermédiaire
d’une marmite : mettre des pierres chaudes
dedans (tutu). 11 était pratique d’utiliser cette
méthode quand des pierres déjà chauffées
pour le four se trouvaient à proximité. Le
liquide était versé dans un récipient de bois
(’umete). Pour le chauffer suffisamment, il
fallait mettre à l’intérieur quelques pierres
brûlantes que l’on enlevait très rapidement
pour les remplacer par d’autres plus chaudes
et ainsi de suite jusqu’à la fin de la cuisson. Le
po’e pia était souvent préparé de cette façon.
La fine farine de pia, obtenue après des
lavages répétés, était délayée dans de l’eau ou
du lait de coco. A la chaleur, le mélange
épaississait rapidement.
Le même phénomène pouvait se produire
lorsqu’on venait de tuer un cochon et qu’on
mettait des pierres chaudes dans son sang
mêlé à la graisse des intestins. Le cochon était
abattu par des hommes qui l’étranglaient ou
quelquefois le noyaient, en conservant le sang
à l’intérieur du corps. Puis ils enlevaient les
entrailles et le sang, grattaient soigneusement
la peau en brûlant les poils et lavaient
abondamment
l’intérieur
et
l’extérieur
de
Quand celui-ci était assez gros, ils
facilitaient sa cuisson en mettant des pierres
chaudes (j'ati’a) à l’intérieur de la cavité
abdominale qu’ils finissaient de remplir avec
des feuilles (tao) pour que les parois ne se
touchent pas. Aux îles de la Société, les
l’animal.
cochons étaient mis à cuire dans le four sur le
dos
;
ailleurs
et
notamment
aux
îles
Marquises, ils étaient posés sur le ventre.
Dans la vie ordinaire, les Polynésiens, à
l’exception des plus privilégiés, mangeaient
rarement du porc, qui était considéré comme
une' denrée assez rare et précieuse. C’était, de
plus, une nourriture noble, surtout réservée à
la population masculine. Elle pouvait être
aussi consacrée aux dieux ou aux ancêtres lors
des cérémonies religieuses. Elle était
consommée surtout au moment des fêtes et
des festins qui suivaient ces cérémonies et
rassemblaient beaucoup de gens.
diamètre de 3 cm
environ) et on la fend en
deux dans le sens de la
longueur. Ce sera la
partie sur laquelle sera
appliquée la friction :
le kauaki.
Dans l’autre morceau
de bois, on façonne la
baguette pointue,
d’environ 20 cm de long,
qui sera la partie mobile
du dispositif :
Méthode pour obtenir
le feu par friction.
Les habitants des
Marquises et des
Tuamotu connaissent
encore cette technique.
D’après E. Conte, dans
i'île de Napuka on
procède ainsi :
On prépare d'abord une
branche bien sèche (de
60 cm de long pour un
le kaurima.
L’opérateur se sert de
pieds ou d’un aide
pour maintenir
ses
fermement le kauaki,
la face plane tournée
vers le haut.
1.11 tient le kaurima à
deux mains et imprime
pointe un
mouvement alternatif de
friction le long du canal
médullaire du kauaki.
En même temps, il
accumule en un point du
avec sa
parcours la poussière de
bois formée par la
friction. Le mouvement
du kaurima devient de
plus en plus court et son
rythme plus rapide.
2. En
une
minute
environ, la poussière de
friction commence à se
consumer en
dégageant
faible fumée.
Des fragments de tissu
fibreux sec provenant de
la base des palmes de
cocotier sont posés sur
la poussière fumante.
3. On souffle, ils
une
prennent feu et on
ajoute alors d’autres
combustibles.
En haut, a
droite :
Cuisson du po’e pia
dans un plat de bois,
avec des pierres
chaudes. Tahiti.
Ouverture d’un four à
Tahiti. On aperçoit le
petit cochon et les 'uru
coupés en deux.
63
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
La noix de coco
Le lait de coco
Comme les autres arbres fruitiers, les
cocotiers étaient plantés de préférence à
coco pouvait être
mangée crue, en appoint, et surtout grignotée
entre les repas. Considérée comme un aliment
riche, elle remplaçait parfois la viande,
surtout pour les femmes à qui la chair de
certains animaux était interdite. Mais, le plus
souvent, elle était râpée pour être utilisée telle
quelle, ou transformée en lait de coco. Avant
l’introduction du métal, il existait deux
moyens différents de râper le coco. Le premier
est peut-être le plus ancien : un grattoir,
façonné dans la nacre de l’huître perlière,
parfois dentelé à une de ses extrémités, était
proximité
lieux d’habitat, pour la
consommation domestique. Dans la vie poly¬
nésienne moderne, le cocotier a gardé une
importance surtout alimentaire, si on met à
part sa valeur commerciale liée à l’exploita¬
tion du coprah. Mais avant l’introduction
dans le Pacifique des produits manufacturés
en Europe, qui commença dès la fin du XVIIP
siècle, il était à peu près indispensable et utilisé
pour toutes les activités de la vie quotidienne.
En particulier, les fibres très solides de la noix
de coco permettaient de tresser des cordes
résistantes et presque imputrescibles. En
des
de
l’absence
chevilles
et
de
clous,
elles
servaient de ligatures et de liens universels.
Cueillette et préparation
de la noix de coco
De
nos
L’amande de la noix de
la main et utilisé directement pour
détacher de petites parcelles de l’amande.
tenu dans
pratiquée de
n’est plus le grattoir qui est
mobile, mais la noix de coco. Autrefois, la
râpe était faite d’un morceau de corail fana)
fixé par une ligature serrée sur un support de
Dans l’autre méthode, encore
nos
jours,
ce
bois.
Celui-ci
pouvait
ressembler
à
un
tabouret, comme aux îles Australes. Ailleurs,
il était le plus souvent fabriqué à partir d’une
branche choisie pour sa forme tordue et
fourchue. 11 fallait s’asseoir sur ce siège plus ou
moins confortable, déplacer rapidement la
moitié d’une noix de coco en la pressant
sur le grattoir et faire tomber la
pulpe râpée dans un récipient en bois. Aux îles
Marquises, il est possible que des grattoirs en
nacre épaisse et résistante aient été attachés à
des bâtis de bois et utilisés comme râpes fixes.
On connaît aussi de très rares objets
entièrement taillés dans la pierre. Ils sont
magnifiques et étaient probablement réservés
aux chefs : la râpe et le siège ne forment qu’une
seule pièce.
Pour presser l’amande râpée, les Poly¬
fortement
nésiens utilisaient les fibres contenues dans les
tiges de certaines Cypéracées (mo'u) ou, à
défaut, cette sorte d’étoffe que forment les
stipules du cocotier. Les habitants des
jours, de nombreuses variétés de
cocotiers ont été créées ou importées. Des
noix de coco trouvées dans des sites archéo¬
logiques montrent qu’il existait, il y a environ
800 ans, des fruits de petite taille à coque très
épaisse. 11 est probable qu’avant l’arrivée des
Européens, les Polynésiens avaient su déjà, au
cours
des
siècles,
sélectionner
certaines
qu’ils pouvaient reconnaître en les
nommant et en les destinant plus ou moins à
des usages différents : cocos à longues fibres
pour tresser les cordes ; noix dont la coque se
prête à la fabrication de coupes, etc. Comme
aujourd’hui, ils distinguaient les différents
variétés
de maturité de la noix de coco et
affectaient chacun d’eux à des utilisations et
stades
des préparations précises.
Les adolescents étaient généralement
chargés de monter au cocotier pour cueillir les
noix aux stades ’ouo, nia et ’omoto. Ils
montaient directement, chacun sur un arbre,
plaçant les mains de chaque côté du tronc,
corps plié en deux, semblant marcher
jusqu’au sommet ; ou bien, quand il fallait
grimper successivement sur plusieurs
cocotiers, ce qui est très fatigant, ils passaient
les pieds à l’intérieur d’une corde circulaire sur
laquelle ils s’appuyaient en montant. Arrivés
en haut, ils se hissaient au milieu du feuillage,
en
le
choisissaient les noix de coco à cueillir, les
détachaient par torsion et les lançaient au bas
de l’arbre en leur donnant un mouvement
circulaire (’oviri) pour qu’elles ne se fendent
pas en touchant le sol. Ils détachaient parfois
des grappes de fruits qu’ils descendaient au
bout d’une corde. Les noix vertes,
cueillies
être bues dans l’immédiat, étaient
simplement percées avec un caillou pointu.
Mais il était d’usage de les débarrasser de leur
enveloppe fibreuse avant de les offrir ou de les
pour
transporjer attachées aux extrémités du bâton
à porter. On pouvait enlever la bourre avec les
dents, après avoir frappé une extrémité de la
noix sur des pierres pour commencer à écraser
détacher les fibres. Mais dans toutes les
maisonnées se trouvait le ’o ou ko, un bâton
et
pointu planté en terre, encore utilisé de nos
jours pour débourrer les cocos. Les noix
étaient ensuite rapidement ouvertes ou cassées
en
deux par quelques coups de pierre
habilement placés.
64
h
Homme montant au
cocotier dans une vallée
habitée de Nuku HIva
(Marquises). On
distingue également
bien que les différents
éléments de l’illustration
aient été très stylisés
par le graveur, un
cocotier dont le pied est
entouré d’une clôture :
il a été rendu tapu et
interdit è la cueillette.
Les noix de coco,
préparées pour une fête,
sont attachées tout
autour du tronc, du haut
bas. Près de la
maison de gauche se
trouve une fosse à ma,
avec la provision de
fruits à pain fermentés,
abritée par un petit toit.
en
D’après
G.H. Langsdorff.
Voir tableau p. 138.
Noix de coco mises au
jour au cours de fouilles
archéologiques à
Huahine (Société).
Elles datent de la fin
du premier millénaire
de notre ère.
RESSOURCES, ECHANGES ET CONSOMMATION
remplaçaient par les racines
pandanus. Ces fibres
végétales, écrasées et serrées comme un tissu
grossier, servaient aussi de filtres. Le lait de
coco passé à travers les fibres de mo’u, était
débarrassé des impuretés et devenait très
Tuamotu
les
aériennes fibreuses du
blanc.
Sauces et assaisonnements
Les habitants des îles delà Société préparaient
une sauce à
partir de l’amande finement râpée.
Ils en faisaient une autre (ero, taiero, mitiero)
en
mettant dans une calebasse contenant de
salée, des râpures de coco et des
chevrettes qu’ils laissaient fermenter ensemble
l’eau
pendant deux jours environ, jusqu’à ce que le
mélange prenne la consistance d’une pâte
crémeuse, au goût prononcé. Quant au lait de
coco, il entrait dans de nombreuses prépara¬
tions. Partout, il pouvait servir à adoucir la
popoi à la saveur aigre et parfois assez putride.
Aux îles de la Société, il complétait les plats
sucrés composés de fruits et de fécule cuits au
four (po’e) ou avec des pierres chaudes. Le
iiiparu se présentait comme un mélange
homogène de pâte de 'uni ou de tara, de
bananes et de lait de coco, passé à travers le
mo'u pour éliminer les fils et autres impuretés,
et
cuit au four dans des feuilles.
Aux îles Marquises, le lait de coco faisait
partie des ingrédients les plus employés dans
les recettes culinaires. Le ka’aku, toujours en
honneur dans cet archipel, était déjà un plat
très apprécié ; il se compose tout simplement
de fruits de l’arbre à pain cuits à la flamme,
pelés, bien battus au pilon pour former une
pâte qui, placée dans un plat de bois, est
recouverte de lait de coco. Le poke est un
mélange de tara cuits et d’huile de coco.
Autrefois, la préparation du heikai était une
grande entreprise qui durait plusieurs jours et
mobilisait jusqu’à une trentaine d’hommes
pour creuser et aménager le foür, chercher du
bois, des feuilles etc. Les fruits de l’arbre à
pain, très mûrs, débarrassés de leur peau et de
la partie centrale, étaient recouverts de lait de
coco et enveloppés très soigneusement dans de
nombreuses feuilles de ti et de bananiers qui
formaient des sortes de paniers étanches. Ces
étaient suspendus au-dessus des
pierres, dans le four, où ils cuisaient pendant
deux jours environ. Le résultat était une sorte
de confiture qui pouvait se conserver très
longtemps dans son enveloppe de feuilles.
D’autres farineux, comme le hiietu (fe’i),
l’igname, le ta'o (tara), la patate douce, le ihi
(mape) etc. pouvaient entrer dans la compo¬
sition du heikai, mais cette préparation,
quand elle était pratiquée en période
d’abondance des mei, était probablement,
comme les fours à opi’o de Tahiti, une façon
de conserver des surplus. Elle faisait partie,
aussi, des fêtes qui accompagnaient les rites de
mariage et d’alliance entre tribus.
paquets
Siège en bois avec râpe
corail. Il s'agit d’une
Les fibres de la tige du
mo’u (Cyperus sp.j
servaient autrefois à
en
reconstitution montrant
comment les anciennes,
râpes à coco façonnées
dans du corail (’ana)
étaient fixées à une
projection du bâti de
bois, ici un “tu'oi"
provenant de Rurutu,
aux
îles Australes. Au
premier plan, des fibres
de Cyperus.
En bas, à gauche :
presser l'amande râpée
des noix de coco et
à filtrer
les liquides.
Râpes à coco en nacre,
des îles de la Société.
Ka’aku dans un ko’oka
Comment râper le coco
est fait de fruits de
avec une
(mobile).
râpe en nacre
(Marquises). Le ka’aku
l'arbre à pain écrasés et
de lait de coco.
65
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
Les repas
Société, les différences sociales et la dicho¬
tomie sexuelle étaient plus marquées que dans
quotidienne, et dans une
famille, la préparation et la
Dans la vie
même
consommation de la nourriture n’étaient pas
considérées comme une entreprise obliga¬
toirement collective. Le repas n’était pas un
véritable acte social regroupant des personnes
apparentées, à des moments précis de la
journée. Sauf au moment des fêtes et des
grands festins collectifs, chacun mangeait un
peu où il voulait, quand il voulait. Les
garçons, autonomes très tôt, s’occupaient
entre eux
de leur alimentation. Les hommes
préparaient souvent individuellement leurs
repas, à moins qu’ils ne fussent des chefs assez
haut placés pour se permettre de ne rien faire
et de se décharger entièrement des tâches
matérielles sur leurs serviteurs (teuteu).
Pour les femmes des îles de la Société,
préparer leur nourriture et manger à part était
une
obligation, mais elles pouvaient se
regrouper entre elles pour les repas qu’elles
faisaient souvent apprêter par leurs filles ou
des adolescentes apparentées. Cet impératif
absolu s’inscrivait dans un
contraintes et de restrictions
*
ensemble
de
qui leur était
particulier. Elles devaient, dans le principe,
acquérir leurs ressources par elles-mêmes, de
leurs arbres personnels, par leur propre
élevage de cochons, par le ramassage de petits
poissons, de coquillages, de crustacés ou bien
par la cueillette de produits sauvages. Elles
avaient leurs réserves de mahi, leur cuisine,
leurs ustensiles et leur propre feu, bien séparés
d’autres archipels : il reste que l’influence
missionnaire a parfois contribué à figer encore
plus en impératifs religieux liés à “l’idolâtrie”
qui n’était que conventions sociales.
Aux
îles Marquises, les femmes
risquaient aussi la maladie ou la mort si elles
ce
consommaient des aliments interdits, comme
Elles prenaient souvent leurs repas
entre elles, mais il ne leur était formellement
interdit de manger avec les hommes que s’il
s’agissait de personnages importants, chefs ou
le poulet.
vieillards,
de
ou
combattre.
guerriers
nourriture de leur mari et allaient
étaient interdits
aux
tribu, une famille ou un individu, et faisaient
partie de leur histoire personnelle.
Inu, ma’a, ’ina’i
et manières de table
La
des
principale boisson (inu) était l’eau douce
sources et
des rivières. Sur les atolls des
Tuamotu, les Polynésiens creusaient des puits
dans le sable ou le gravier corallien et
puisaient l’eau avec une moitié de noix de
Quand il pleuvait, ils recueillaient l’eau
qui coulait le long des palmes de cocotier.
Partout, les Polynésiens buvaient également
coco.
l’eau des noix de coco. Ils se désaltéraient peu
femmes.
Acquis par les hommes, ces aliments riches en
graisse animale et en protéines
leur
revenaient de droit, conformément à leur rang
la hiérarchie socio-religieuse qui les
situait Juste au-dessous des dieux et des
ancêtres et au-dessus des femmes, tout autant
dans
qu’à leurs besoins énergétiques ou à leur
gourmandise. L’obligation pour les femmes
de manger à part venait probablement de ces
restrictions
transformées
en
contraintes
formelles qui, pour finir, en généralisant un
ensemble de tapu compliqués et subtils liés à
leurs
conditions d’infériorité et parfois
d’impureté, les obligeaient à ne jamais se
servir, sous peine des pires ennuis, de ce qui
avait été touché par un homme, même s’il était
un proche parent. Seules les femmes de haut
rang pouvaient manger à peu près ce qu’elles
voulaient, à condition de respecter les
conventions, même ce que des hommes
préparaient de leurs mains, s’il était bien
admis qu’ils étaient à leur service. A l’éton¬
nement de leurs visiteurs occidentaux, les
Ma’ohi répondaient que cette ségrégation
sexuelle
évidente
n’était
pas
d’origine
religieuse. Mais ils avaient des difficultés à
leur faire comprendre que si ces rituels
apparents étaient bien le résultat de tapu
accumulés, d’habitudes devenues
conventions, il s’y ajoutait aussi, à l’intérieur
des codes sociaux plus ou moins rigoureux,
une
grande liberté individuelle et la faculté
pour chacun d’organiser à sa guise sa façon de
vivre et son emploi du temps. Aux îles de la
66
parfois
jusqu’à la leur mettre dans la bouche. Aux
tapu alimentaires particuliers aux femmes, il
faut ajouter ceux qui étaient propres à une
qui étaient rares ou difficiles à obtenir, comme
les tortues, les thons et autres poissons de
mer,
de
A Mangareva, les femmes préparaient la
de ceux des hommes. Les mets de luxe, ceux
haute
venant
Contenant des îles
Marquises en noix de
dont la surface
externe est finement
coco
sculptée de motifs
marquisiens typiques.
H
=
14,5 cm.
En haut, à droite :
Ce très beau plat de bols
sculpté de Nuku Hiva,
(Marquises) servait à
les restes de
nourriture. Le couvercle
est orné d’une tête
humaine en relief ; le
conserver
plat lui-même d’une
tête verticale en rondebosse. Sur les côtés :
deux petits personnages
en relief typiquement
marquisiens.
L = 45 cm.
Ci-dessus, au centre :
Plat en bols sculpté, de
contour circulaire
(Marquises).
D = 25 cm.
Ci-contre :
Un repas à base de
popol, consommé par
une
famille
marquisienne dans les
années 1930.
en
mangeant. C’est
aussi surtout entre les
repas qu’ils consommaient des fruits crus,
mâchaient les fibres de la canne à sucre pour
en
sucré, ou croquaient des
de noix de coco.
absorber le jus
morceaux
Les Polynésiens se nourrissaient plus ou
moins régulièrement, mais en temps normal
ils prenaient au moins deux repas par jour, au
lever et au coucher du soleil. Ils pouvaient en
n’étant pas toujours
préparé, mais constitué de restes. En voyage
ou
quand les vivres manquaient, ils
mangeaient beaucoup moins, quitte à faire des
excès en période d’abondance ou de fête. Dans
faire trois, l’un d’eux
la
vie
ordinaire,
sur
les
îles
hautes,
la
population mangeait très peu de viande ou de
poisson.
Les Polynésiens distinguaient
nettement la nourriture végétale à base de
fruits et de racines qui constituait l’essentiel de
leurs repas et qu’on appelait ma'aaux îles de la
Société
et
l’accompagnement d’origine
animale nommé ’ina’i (ou kinaki) dans toute la
^
RESSOURCES, ECHANGES ET CONSOMMATION
k
•
Polynésie. Il semble que l’ordinaire des chefs
comportait plus souvent du ’ina'i, mais tout le
monde mangeait à peu près de la même
manière, avec ses doigts. S’il ne recevait pas de
visiteurs, un chef tahitien mangeait générale¬
ment seul, assis sous un arbre, les jambes
croisées. S’ils étaient plusieurs, ils se tenaient
un peu écartés les uns de's autres pour ne pas se
gêner en chassant les mouches. La conversation était rare pendant les repas. Des feuilles
de bananiers ou d’arbres à pain étaient étalées
par terre et servaient de nappes et de plats. Les
provisions étaient apportées dans des
paniers, ainsi que les quelques ustensiles
nécessaires. Une coque de noix de coco,
remplie d’eau douce servait de rince-doigts ;
une
autre
contenait de l’eau de mer. Le chef
commençait à manger en prenant devant lui
des morceaux de ’uru qu’il détachait avec les
doigts. Il défaisait en même temps la chair
d’un poisson et en mangeait de petits
morceaux qu’il trempait abondamment dans
la coupe d’eau salée qui lui servait de .sauce.
Parfois, il buvait l’eau de coco. Ensuite, il
pouvait manger des fe’i, des bananes ou des
crus. S’il consommait de la viande,
généralement du porc, il en séparait les
morceaux avec ses doigts ou avec un couteau
fruits
Ci-contre,
et au-dessous :
Grand plat de bois à
quatre pieds, Arue
(Tahiti). Ce ’umete en
Pendant ce temps, un de ses
préparait la popoi en battant des
’uru qu’on venait de cuire, avec un pilon de
pierre dont la forme, particulière aux îles du
de
bambou.
serviteurs
Vent, était caractérisée par les hautes barrettes
latérales de la poignée. Il se servait d’une table
à piler, massive, à quatre pieds, sculptée dans
le tronc d’un tamanu. Dans un plat de bois, il
mélangeait le ’uru frais avec de la pâte
fermentée et de l’eau, puis il plaçait devant le
une
coque de coco pleine de cette
préparation. Il pouvait lui donner aussi un
chef
dessert sucré aux fruits, arrosé au lait de coco
(po’e). Pour finir le chef se rinçait les mains et
la bouche avec de l’eau douce et se nettoyait
les dents avec les fibres d’une petite noix de
coco.
Aux îles Marquises, les convives se réu¬
nissaient autour d’un grand plat de popoi, où
chacun plongeait deux doigts, ou seulement
l’index. La popoi était toujours consommée
qu’on mettait dans le plat
principal, ou à proximité, dans une noix de
avec
de l’eau,
coco.
Les contenants
Aux îles de la
Société, l’eau était conservée
de noix de coco entourées
dans des coques
filet
qui
permettait
d’en attacher
nombre, et de les
transporter facilement. On gardait de l’eau
aussi dans des tiges de bambous. Les
calebasses servaient plutôt à mettre de l’eau de
d’un
ensemble
un
grand
mer et à préparer les sauces fermentées. On
buvait dans des coques de noix de coco,
amincies et polies. Des récipients (’umete),
sculptés surtout dans du bois de tamanu,
étaient utilisés pour la plupart des prépara¬
tions culinaires et pour garder la nourriture. Il
y en avait de toutes tailles.
raissaient les jours de fête, car on y
transportait les mets sortant du four. Les plus
beaux plats, de contour ovoïde, avaient une
forme qui rappelait celle d’une noix de coco
partagée en deux. Les plats à quatre pieds
étaient probablement réservés aux familles de
chefs.
Aux îles
Marquises, les plats à popoi
étaient circulaires, parfois rectangulaires. Les
surfaces externes des ustensiles
fait don au Musée
de Tahiti et des Iles.
L-= 143 cm.
en a
en
noix de
coco, des plats et des couvercles de gourdes, en
bois, étaient souvent décorées de motifs
rappelant les tatouages. Des plats de forme
ovale, munis d’un couvercle, servaient à
conserver
les restes de nourriture.
Au-dessous, au centre :
Coupes en noix de coco,
Tahiti.
D = 13 et 10 cm.
bois de tamanu
(Inophyllum
calophyllum) a
appartenu à la famille
royale des Pômare qui
Les plus grands,
souvent façonnés en forme de pirogue, appa¬
En bas de page :
Repas tahitien.
Pômare II
reçoit
Bellingshausen et ses
officiers à la pointe
Vénus (1820).
Cette noix de coco,
servant à contenir l'éau
de boisson, a été
recueillie par George
Bennet de la London
Missionary Society
entre 1821 et 1824.
D = 12 cm.
67
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
Propriété,
exploitation
et répartition
propriété, probablement par un long droit
d’usage ou pour services rendus.
A Mangareva, l’organisation foncière
n’était peut-être pas très différente, mais elle
paraît plus claire. La terre (kaiga) apparte¬
nait aux chefs (’akariki), peu nombreux, qui
des ressources
formaient l’aristocratie. Mais il existait aussi
Polynésie ancienne, toutes les
terres avaient un propriétaire et les droits de
propriété s’étendaient également aux rivières,
aux rivages, aux lagons et à de nombreuses
Dans la
zones
«
du récif et du domaine maritime. Cette
réalité est confirmée par la tradition orale et
de nombreux témoignages anciens ; elle va à
opinion assez répandue qui
voudrait que la terre ait été un bien collectif en
perpétuelle indivision. Dès le début du XIX'=
siècle, des changements rapides intervinrent,
qui modifièrent l’organisation sociale et tout
ce qui en dépendait. Cette évolution entraîna,
surtout à Tahiti, la plus grande confusion
dans les régimes fonciers, et il n’est pas facile
de savoir, de nos jours, de façon précise,
comment la terre et ses produits étaient
répartis au moment de l’arrivée des Euro¬
péens dans le Pacifique. Le patrimoine foncier
était partout transmis par héritage, à tous les
niveaux de la société. Souvent le simple droit
d’usage et les productions d’un domaine parfois même d’un seul arbre - étaient
également transmissibles. Théoriquement, le
fils aîné était l’unique héritier, mais un
propriétaire pouvait désigner, au moment de
mourir, celui qu’il choisissait pour successeur,
parfois un enfant adoptif ou un ami. En
principe, la terre était inaliénable, sauf en cas
de force majeure, à la suite d’une guerre.
l’encontre d’une
de petits domaines donnés surtout à des
guerriers ou des orateurs, en récompense de
leurs services. Les droits sur ces biens étaient
transmis par héritage. Les chefs et les autres
propriétaires dominants (pakaora) louaient
leurs terres à des ragatira, cadets de famille ou
roturiers qui pouvaient les mettre en valeur en
(kio) mais qui
métayers. Il
existait donc un système de métayage en
chaîne qui avait pour particularité que les
baux, probablement des contrats tacites,
étaient héréditaires ; un locataire, en mourant,
pouvait lui aussi transmettre à son fils aîné,
utilisant
souvent
leurs
serviteurs
les sous-louaient à des
sinon la terre qu’il avait cultivée toute sa vie,
au
moins le droit
redevances,
sur
ses
représentées
productions. Les
les récoltes,
par
remontaient ensuite la filière : le plus humble
des métayers présentait au ragatira la part des
produits qu’il devait annuellement et celui-ci
les transmettait à son tour au propriétaire. Ce
paiement se composait principalement des
fruits de l’arbre à pain, accompagnés d’un
poisson symbolique et de paroles de respect
qui valorisaient l’offre.
Dons, redevances et tributs
Aux îles de la
Société, ces trois formes de
contributions existaient et remontaient éga¬
jusqu’aux chefs secondaires et aux
principaux ari'i. Au début des récoltes, les
prémices, surtout les premiers fruits de l’arbre
à pain, étaient d’abord réunis par les ra’atira
qui les .recevaient des travailleurs et des
métayers, puis par les to’ofa. Ces derniers,
accompagnés de leur prêtre et de leur orateur,
prenaient la tête de la procession des porteurs
lement
de
fruits.
Ces
offrandes
faites
«
chefs
aux
donnaient lieîi à des cérémonies particulières
fû/roflj. jUne, part des premiers produits était
aussi présentée aux marae concernés et offerte
aux
dieux, aux esprits des éléments naturels
ou aux ancêtres : on
des conditions
de
bonnes
attendait d’eux, en retour,
n^éorologiques favorables et
récoltes. \ Ensuite,
à
date
une
également fixée d’avance, les métayers rem¬
plissaient des paniers en feuilles de cocotier
'ir
tressées de fruits divers, de tara et les appor¬
taient en redevance, en même temps que des
cochons, à leurs propriétaires respectifs. Ces
contributions, toujours en nature puisqu’il
n’existait
pas
de
véritable
monnaie
en
Propriétaires et métayers
Aux îles Marquises, un territoire comprenant
vallée, crêtes, bord de mer, était la propriété
Maison et
plantation d’un
héréditaire d’une tribu. Dans la pratique, la
chef à Tahiti, par
places de fête, lieux de culte, maisons des
guerriers, appartenaient aux chefs en titre. Les
autres occupants et ceux qui cultivaient les
plantations n’en avaient que les produits.
Aux îles de la Société, les familles de
chefs
prééminents (ari’i) possédaient et
maisons étaient
souvent entourés
d'un mur ou d’une
clôture en bois.
A gauche, un
terre,
ainsi que tous les endroits publics,
contrôlaient
l’ensemble
des
territoires
constitués par une île. Théoriquement, l’aîné
de la branche aînée d’une famille associait à
autres pouvoirs la possession d’un ou
plusieurs districts, ou d’une partie seulement
d’un district (patu). Des chefs secondaires
(to'ofa et ’iatoai) disposaient eux aussi de
quelques propriétés dont ils étaient les
régisseurs à leur profit et pour celui des ari’i
d’un rang plus élevé. Les ra’atira formaient,
ses
surtout
à
Tahiti,
une
tations ou les faire cultiver par d’autres. Ceux
que les ah’i appelaient des manahune étaient
les véritables exploitants de la terre qu’ils
travaillaient
en
partie
pour
leur
propre
compte, en partie pour celui des propriétaires
dont ils dépendaient. La plupart d’entre eux
étaient des travailleurs ou des métayers, mais
certains
68
personnage
travaille
probablement
dans unetarodière.
A l'extrême droite,
plantation de
une
bananiers.
I" voyage de Cook.
classe nombreuse,
propriétaires plus ou moins
importants jouissant, malgré le contrôle
exercé par les chefs, d’une grande autonomie.
Ils pouvaient exploiter eux-mêmes leurs plan¬
constituée de
Sydney Parkinson.
Les groupes de
pouvaient, semble-t-il, accéder à la
Grande
plate-forme
d’offrandes sur un
marae de Tahiti.
Elle est décorée de
feuilles de cocotier
et de nombreux
cochons y sont
exposés. D'après
un
dessin du
capitaine Bligh,
vers
1788.
RESSOURCES, ECHANGES ET CONSOMMATION
<r
Polynésie, étaient modulées, par entente
tacite, suivant les moyens de chacun et il
n’existait pas de sanctions pour ceux qui ne
«
pouvaient pas payer. Elles étaient surtout en
rapport avec le prestige de chaque individu et
son
rang dans la société. Un personnage
important devait avoir dans son entourage, et
dépendant plus ou moins de lui, une clientèle,
une population assez nombreuse pour fournir
rapidement de la nourriture, mais aussi des
services divers et éventuellement des combat¬
tants. L’idéal, dans cette société, n’était pas de
s’enrichir
personnellement, mais de pouvoir
réunir des biens pour une famille, un groupe
ou, en certaines circonstances, des étrangers.
Enfin,
les
chefs
principaux
ou
secondaires avaient la possibilité d’exiger, en
*
plus des loyers saisonniers prévus à dates
fixes, des prestations diverses sous forme de
provisions à l’occasion des cérémonies, des
fêtes publiques, de la réception de visiteurs ou
bien de participation effective à la construction d’un marae, d’une grande pirogue de
guerre, d’une maison.
La redistribution
plus
Dans toute la Polynésie, le rahui (appelé
parfois tapü) était un moyen de contrôle, de
protection et d’accumulation temporaire des
Tahiti, suivant un auteur
ancien, “c’est une interdiction ou un embargo
mis sur les provisions et le bétail en totalité ou
en partie, dans un ou plusieurs districts et
institué pour empêcher l’épuisement des
réserves de nourriture, par consommation ou
par transport d’un district à un autre. La
population est tenue de l’observer sous peine
d’être chassée de ses terres”. Les to’ofa et les
ra’atira décrétaient le rahui, à leur discrétion,
ressources.
A
dans les limites de leurs domaines. L’interdit
était matérialisé par des bouquets de feuilles
ou des morceaux de tapa.
Le rahui avait
parfois pour fonction d’empêcher
l’épuisement des ressources dans un district
quand s’y produisaient de grands rassem¬
blements de population, mais il était surtout
destiné à accumuler des provisions avant la
préparation
des cérémonies religieuses
accompagnées de festins ('oro’a), et celle des
grandes fêtes publiques (taurua...). Quand un
chef d’une autre île venait
en
visite, il était
accueilli par une cérémonie de bienvenue : en
Cultures diverses aux
Iles de la Société.
La tradition des
piantations variées sur
brûiis ou sur des zones
restreintes
débroussaiiiées aux
bords des rivières ou à
flanc de vallée, s'est
maintenue dans les îles
Pirogue à Tahaa
'(Société). Les grandes
pirogues doubles
un
en
servaient aux transports
interinsulaires. A Tahiti,
comme dans les autres
îles de la Société, des
pirogues étaient aussi
utilisées pour les
déplacements d’un
district à l'autre, car il
n’était pas toujours aisé
de circuler à pied le long
de la côte.
Ici, on distingue :
un
,
régime de bananes.
hautes. Autrefois,
chaque famille avait
au moins l'usufruitd’une
parcelle de terrain.
Elle y cultivait les
plantes nécessaires à sa
subsistance, mais aussi
les produits dus aux
propriétaires, en
redevances.
offrandes
des
rituelles
de
jeunes
bananiers et de plumes rouges, il recevait en
présent (utu) des cochons et des tapa
étoffes
avec
ou
écorce battue. Puis il était invité
en
sa
suite à
un
repas comportant une
grande abondance de mets variés. La redistri¬
bution à la population des richesses accu¬
mulées au cours des rahui se produisait
surtout au moment des fêtes publiques : des
biens de consommation, des produits comes¬
tibles, mais aussi du tapa et de l’huile
parfumée, formaient l’enjeu de luttes et de
divertissements variés, souvent organisés par
ces
animateurs
arioi.
professionnels qu’étaient les
Aux îles Marquises, les cérémonies
religieuses étaient l’occasion de grandes fêtes
publiques (koika). Souvent la paix était
décidée entre groupes hostiles afin de faciliter
l’observation des interdits provisoires sur les
récoltes et la préparation des festins. Ces fêtes
avaient lieu sur la place publique (tohua), une
construction de pierre aménagée pour les
cérémonies et les spectacles de danse. Des
abris étaient dressés sur les côtés pour les
participants. Un bon observateur décrit, dans
les années
1840,
un
de
ces
festins où
une
centaine de Marquisiens “l’épaule chargée de
porcs rôtis entiers et enfilés à des bambous, de
sacoches en feuilles tressées pleines de keikas
(kehika, Eugenia malaccensis), de patates
douces, de régimes de bananes, de jattes de
popoi en forme de pirogue, entrèrent en scène
et déposèrent de distance en distance fruits et
rôtis
sur
des lits de feuilles. Les groupes...
s’assirent en rond sans le moindre désordre et
le festin commença”.
panier solide tressé
racines de ’/e’/e
(Freycinetia sp.), une
calebasse bouchée pour
l’eau douce. Dans les
parties creusées
réservées au transport
des biens matériels, on
aperçoit un cochon et un
paquet de ’uru. Un chien
est assis sur le bau avant
au-dessus du cochon.
Dessin de Sydney
Parkinson, 1er voyage
de Cook.
69
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
Drogues
par des individus isolés. Il n’avait pas la même
et médicaments
Les Polynésiens d’autrefois menaient une
proche de la nature. A un savoir
ancestral, transmis de génération en
génération, ils associaient des dons remar¬
quables d’observation du milieu qui les
entourait. En plus des plantes utilisées de
façon habituelle ou exceptionnelle pour l’ali¬
mentation, ils savaient distinguer un grand
nombre de végétaux et avaient de bonnes
connaissances sur les propriétés d’une grande
partie d’entre eux. Ils utilisaient par exemple
les pouvoirs narcotiques du Barringtonia
asiatica (hutu) ou du Tephrosia piscatoria
(hora) pour la pêche. Les particularités du
kava étaient connues dans toute la Polynésie
où, sauf en Nouvelle-Zélande, on en tirait une
boisson consommée comme stupéfiant léger.
vie très
Le kava
Le ’ava ou kava (Ptper methysticum) est une
plante de la même famille que le poivre,
aisément reconnaissable à ses larges feuilles
d’un vert foncé un peu vernissé, aux nervures
bien apparentes, et à ses tiges noueuses. Aux
îles de la Société, il en existe plusieurs variétés
que les Polynésiens distinguaient pour leur
goût plus ou moins doux ou amer et surtout
pour la rapidité de leur action. Ils cultivaient
très soigneusement les ’ava : ils plaçaient des
boutures dans un trou et les entouraient de
feuilles humides (J'a’ato). Quand elles avaient
bien pris, ils les plantaient définitivement en
les protégeant.
“L’action du ’ava sur le système nerveux
présence dans les tissus de cette
plante d’un lactone, CM H16 03, qui
provoque une insensibilisation partielle de la
langue et du palais très sensible dès la
première gorgée du breuvage” (J. Barrau).
Des fragments de tiges de kava ont été trouvés
à Raiatea, dans un site du XIIP siècle, ce qui
est
due à la
montre
l’ancienneté de
*
son
utilisation
signification cérémonielle que dans la
Polynésie occidentale. Il n’existait pas comme
aux Samoa ou aux Tonga, des contenants
spéciaux pour le préparer et le servir. Les
coupes à kava étaient en coques de noix de
coco noires et soigneusement polies, parfois
décorées de motifs sculptés.
Aux îles Australes, la coque de noix de
coco qui servait de coupe était partagée dans
le sens de la longueur, ce qui lui donnait une
forme
ovale.
Parfois,
on
trouve
un
per¬
sonnage stylisé sculpté en relief au sommet du
arrondi, près d’une anse en corde. Les
souvent finement
découpés en dentelures, probablement pour
bord
bords de la coupe sont
raisons esthétiques, mais aussi pour
retenir encore les impuretés qui ne devaient
des
pas manquer dans le liquide. Les plus grands
bols, sculptés dans le bois ont gardé en
l’amplifiant la forme un peu allongée de la
noix de coco. Certains d’entre eux sont entiè¬
rement
sculptés de décors typiques. Ces
•
coupes sont quelquefois munies d’un très long
mancbe qui les apparente aux pagaies céré¬
monielles de Raivavae.
Grand plat de bois,
tête humaine
avec une
sculptée en rondebosse (Marquises).
Environ 100 cm.
Ces sortes de plateaux
allongés, aux formes
dissymétriques, sont
rares. Ceux décorés
d’une tête humaine le
sont encore plus.
Ils étaient
vraisemblablement
réservés aux chefs et
aux
#
prêtres. Ces objets
sont considérés comme
des “plats à kava" et
cette association avec
le kava est confirmée
par le dessin c/-dessous.
Mais la fonction précise
du plat reste incertaine,
car il paraît trop peu
profond pour contenir
beaucoup de liquide.
Des Marquisiens de l’Ile
de Nuku Hiva préparent
le kava. Dessin de
M. Radiguet, secrétaire
*
à bord de la Reine-
Blanche, 1843.
en
Polynésie orientale. Pour préparer la boisson,
les Polynésiens se servaient de la plante
fraîche. Ils s’installaient à plusieurs autour
d’un plat de bois fwwe/ej et mâchaient les
fibres des racines qu’ils recrachaient dans le
récipient. Dans quelques îles, ils préféraient
gratter les racines avec une pierre. Ils
ajoutaient quelquefois des feuilles écrasées et.
versaient de l’eau sur la préparation. Ils
filtraient le liquide avec des fibres de mo’u, le
débarrassant ainsi des débris végétaux les plus
grossiers, mais sa consistance restait plus ou
moins épaisse suivant la quantité d’eau
utilisée.
Ils servaient la boisson dans des
coupes et la consommaient immédiatement,
sans
la laisser fermenter. Des doses très
concentrées
de
certaines
variétés
de
’ava
produisaient des effets rapides et entraînaient
une
véritable prostration surtout quand
l’usage en était répété. L’habitude du kava
pouvait donner une maladie de la peau. Tout
le monde était autorisé à en boire, mais son
usage était plus fréquent dans les familles de
chefs, et certaines personnes n’en buvaient
jamais, surtout parmi les femmes. Le kava
était consommé en groupe, avant un r.epas, ou
70
*
RESSOURCES, ECHANGES ET CONSOMMATION
#
Pour les îles Marquises, les coupes sont
circulaires : le bord est un peu plus haut d’un
côté et dentelé. La surface externe est parfois
sculptée de motifs qu’on retrouve sur les
couvercles de gourdes et qui représentent des
de
groupes
nombreux
se
consommation du kava très tôt après l’arrivée
reliant le couvercle à un bol en noix de coco.
tiki.
marquisiens, mais il n’est pas
certain qu’il s’agisse de coupes à kava
anciennes. Les objets dont nous pouvons être
certains qu’ils étaient réservés à cet usage sont
très rares. Les Marquisiens ne servaient pas le
kava pendant les fêtes publiques et les grands
festins. Ils le buvaient plutôt en petits groupes
d’hommes, surtout des chefs et des vieillards,
prêtres ou anciens guerriers. Ils en absor¬
baient toujours avant de manger de la chair
humaine, ce qui arrivait quelquefois quand un
prisonnier de guerre ou la victime d’une
vengeance étaient sacrifiés. On ne peut nier, en
raisons
bien
nésiens de l’est ont d’eux-mêmes renoncé à la
Européens ; l’influence missionnaire qui
visait à supprimer tout ce qui était lié aux
traditions n’est certainement pas étrangère à
cet abandon, mais l’élément déterminant fut
sans doute l’introduction de l’alcool que les
Polynésiens adoptèrent aussi vite que les
armes à feu, malgré ses effets encore plus
pernicieux et catastrophiques. En compa¬
raison, le kava était une drogue douce : dans
les archipels de l’ouest, les Polynésiens, sous
l’œil indulgent des missionnaires, allaient en.
faire, à partir de ses racines séchées, une
des
boisson nationale
assez
servie à tout le monde.
édulcorée pour être
Les drogues importées
Polynésiens
des Occidentaux comment
fabriquer de l’alcool à partir des racines de ti,
plus tard avec des oranges. Aux îles de la
Dès la fin du XVIIP siècle, les
apprirent
Piper meihysticum, le
En haut, à droite :
exemplaire avait été
lies Australes.
Les pièces de ce type onl
souvent reçu
’ava ou kava. Cet
réacclimaté dans le
jardin botanique du
Musée de Tahiti et des
Iles. En effet, le 'ava n’est
plus cultivé et, à Tahiti,
on n'en trouve plus que
quelques variétés, à
l'état isolé, dans certains
fonds de vallées. '
des
L’appareil se composait d’un bloc de pierre
creusé et d’un haut couvercle en bois percé
des tatouages
•
Société,
réunissaient autour d’un alambic de fortune.
précises, dans de nombreux
archipels de la Polynésie orientale. C’est peutêtre à cause de cette association que les Poly¬
Des noix de coco presque
entières ont aussi des décors sculptés inspirés
faces
effet, que le cannibalisme ait existé, pour des
d’un trou. Un long bambou servait de tuyau
Des racines de ti, déjà cuites dans de grands
fours, étaient mises à fermenter avec de l’eau.
On surélevait et on calait bien le vase de pierre,
puis on y versait le liquide fermenté : on le
chauffait en allumant du feu au-dessous et au
bout d’un certain temps, l’alcool s’écoulait par
le tuyau de bambou. De grandes réjouissances
parfois des bagarres accompagnaient la
production de l’alcool, consommé dès qu’il
sortait de l’alambic. Le liquide produit au tout
et
début de la chauffe était réservé au chef : on
l’appelait ao, ce qui vient en premier. Mais le
nom générique donné à l’alcool était 'ava.
Le tabac a été également introduit par les
Occidentaux. Au XIX' siècle, les Marquisiens
fabriquaient pour leur usage de petites pipes
dont le fourneau, taillé dans du basalte, était
parfois sobrement décoré. Approvisionnés en
dents de cachalots par les baleiniers, ils
sculptaient aussi des pipes en ivoire pour la
vente.
Coupe emmanchée des
l'appellation de
“louches
cérémonielles”,
interprétation qui sousentend probablement
une relation avec la
préparation du 'ava.
A notre avis, il s’agit'
probablement d'une
création assez tardive,
fabriquée uniquement
pour la vente d'objets
Fourneau de pipe
en
roche volcanique
grise (Marquises).
Environ 3 cm.
d’art. L = 151,8 cm.
Ci-contre :
Plat sculpté dans une
roche volcanique à
Maupiti, Iles de la
Société. Il a pu servir,
entre autres usages, à
préparer le 'ava. Cet
objet unique fut donné
par Tu (Pômare 1) à
Maximo Rodriguez, en
1775, à Tahiti. Il est
actuellement conservé
au Musée archéologique
de Madrid ; ici, unecopie
donnée au Musée de
Tahiti et des Mes par un
groupe de NéoZélandais. L = 115 cm.
Un alambic tahitien
au
*
début du XIX' siècle.
71
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
«
Les médicaments
safran des Indes (Curcuma longa) servaient à
femmes pouvaient également exercer l’art de
voyageurs avaient remarqué que les
anciens Polynésiens attribuaient la plupart
macérer des plantes utiles dont quelques noms
Aux îles Marquises, les guérisseurs (tau'a
tuhuka) de Nuku Hiva préparaient des
onguents et des remèdes à base de plantes, qui
étaient
échangés contre des ornements
fabriqués dans le groupe sud. Ces relations
Les
des maladies à des
causes
surnaturelles. Ils
avaient noté aussi leur habileté en chirurgie,
particulièrement
pour le traitement des
blessures et des fractures. En revanche, ils
laissé très peu de renseignements sur
la médecine par les plantes qui, même si elle
était peut-être moins développée qu’on tend à
le croire aujourd’hui, ne pouvait manquer
d’exister. De ce savoir, qui était déjà un secret
la fois de remèdes et d’excipients. On y faisait
sont parvenus jusqu’à nous par la
littérature
sans que nous sachions bien à quel usage les
attribuer.
bribes souvent influencées par des médecines
étrangères. 11 est vrai qu’avant l’arrivée des
Européens les maladies étaient peu
nombreuses et assez différentes, proba¬
blement, de ce qu’elles sont de nos jours. Les
soins par les plantes étaient surtout externes et
pratiqués au moyen de massages : les onguents
à base d’huile de coco, souvent enrichie de
tradition
orale
a
su
mieux
médicaux.
Aux îles de la Société, une autre méthode
nous ont
de spécialistes, il ne nous est parvenu que des
La
transmettre les notions anciennes sur les soins
de soins externes consistait à
préparer en
grande quantité la macération de certaines
plantes. Les végétaux, broyés dans des
mortiers de pierre ou de bois, étaient mélangés
avec de l’eau dans de grands contenants en
forme de pirogue C^mete) dans lesquels on
baignait les patients. Les guérisseurs (tahu'a
ra’au), qui pouvaient se spécialiser dans
certains
traitements, préparaient leurs
remèdes dans le plus grand secret afin de leur
donner toute l’efficacité possible. A la
pratique des soins, ils associaient prières,
incantations et formules magiques.
Les
guérir.
ou
commerciales entre îles n’étaient pas rares.
Les habitants des atolls fournissaient des
plumes et de la nacre à ceux des îles hautes qui
apportaient en échange des outils en basalte. 11
est possible que les ressources vivrières aient
eu aussi une certaine importance dans ces
relations, même si la principale monnaie
d’échange était le tapa.
11 faut noter, pour conclure, que les
habitudes horticoles et les traditions alimen¬
ont mieux résisté aux changements
successifs que d’autres domaines de la culture
taires
polynésienne, car elles étaient peut-être moins
étroitement
dépendantes des anciennes
structures socio-religieuses.
Ci-contre :
Petit plat en bois à
quatre pieds pour
préparer les
médicaments. 39 cm.
En haut, à droite :
Des plats en bois de
toutes dimensions
servaient à la
préparation de l’huile de
coco
entrant dans la
composition des
remèdes, ainsi qu’à la
macération des plantes
médicinales. Celui-ci
vient des îles Australes.
En haut à gauche
et ci-contre :
Les bols en pierre
pouvaient avoir
plusieurs usages
différents. Ils servaient
souvent de lampes, mais
aussi comme
contenants pour divers
liquides, notamment
qui étaient
préparés en y faisant
macérer des plantes.
ceux
Mortier de pierre trouvé
à Hitiaa (Tahiti), dans la
montagne. Des objets de
type pouvaient servir
ce
à écraser, avec une
pierre en forme de pilon,
les racines utilisées pour
les préparations
médicinales.
D = 45 cm.
Des pièces de tapa de
toutes dimensions
constituaient autrefois
la principale matière
d’échange, car les
Polynésiens ignoraient
l’usage de la monnaie.
Ce tapa fait partie de la
collection Webber au
Musée d’Histoire de
Berne.
72
#
5 Le corps, le vêtement et la parure
•
I^
^
a santé et la force des insulaires qui habitent des maisons ouvertes à tous les
vents et couvrent à
peine de quelques feuillages la terre qui leur sert de lit,
l’heureuse vieillesse à laquelle ils parviennent sans incommodité, la finesse de tous
leurs sens et la beauté singulière de leurs dents qu’ils conservent dans le
plus grand
âge, quelles meilleures preuves et de la salubrité de l’air et de la bonté du régime que
suivent les habitants ?" C’est ainsi que Bougainville, un des
premiers Européens à
découvrir le Pacifique, voyait les Tahitiens. Il ajoute un peu plus loin : “Je n’ai
jamais
rencontré d’hommes mieux faits ni mieux
proportionnés”. Et bien d’autres
Occidentaux après lui ont remarqué la beauté des femmes et des hommes de
Polynésie, ainsi que leur aspect de bonne santé, physique et morale. Mais Bougainville
ne se doutait pas que ce qu’il attribuait à un mode de vie
particulièrement sain et
surtout aux bienfaits d’une nature généreuse,
correspondait aussi à une volonté quasi
délibérée de développer les qualités physiques de
chaque individu et d’encourager la
beauté.
A la vigueur et la beauté du corps, naturelles et
acquises, venaient s’ajouter tous
les apports extérieurs qui pouvaient encore améliorer l’apparence
physique. Il est peu
de domaines où les Polynésiens aient mieux su tirer
parti des ressources de leur
de la parure. Pour la fabrication d’un même
ornement, les produits de la mer étaient souvent associés à ceux de la terre, et on
distingue autant d’éléments animaux que végétaux, si on analyse la composition de la
plupart des objets de décoration corporelle. Même les ressources humaines n’étaient
pas négligées. En revanche, les ornements d’origine minérale étaient très rares.
Enfin, il était normal que des cultures aux structures sociales aussi stratifiées se
donnent des moyens visibles de distinguer leurs principaux
personnages, chefs ou
guerriers, même si les différences hiérarchiques étaient bien moins marquées par des
signes extérieurs que dans d’autres sociétés. Certains objets, par leur nature ou par
leurs formes peuvent être considérés comme des emblèmes de
prestige.
environnement
^
naturel
que celui
Le corps
Croissance et développement
*
soit bien droit et que leurs membres puissent
bouger librement. Les bosses qu’un nouveauné pouvait avoir sur la tête étaient réduites par
de fréquents massages et un front proéminent
Dans bien des sociétés, et même en Océanie,
des mutilations corporelles étaient, ou sont
était amélioré par des pressions faites avec la
religieux, soit tout simplement par tradition.
En Polynésie, comme l’intégrité du corps avait
une
grande importance, ces mutilations
pas de rachitisme et les mères prennent
énormément de soins et de précautions pour
leur assurer des membres droits et bien en
les filles et à la supercision pour les garçons.
difforme elles
encore, pratiquées, soit pour des motifs socio-
étaient limitées au percement des oreilles pour
En revanche, les
manipulations corporelles
étaient habituelles et commençaient dès la
naissance. D’après Teuira Henry, les enfants
étaient couchés à plat de façon que leur dos
paume de la main. Avant elle, James
Morrison écrivait : “Les enfants ne souffrent
place
;
lorsqu’un
enfant
arrivent à
est légèrement
lui redresser les
membres avant que les os n’aient pris leur
consistance définitive. Lorsqu’un enfant a une
quelconque de ces difformités, la mère en est
blâmée et n’importe quel étranger peut se
permettre de lui dire qu’elle ne sait pas soigner
ses enfants”. Ces observations faites aux îles
de la Société sont valables aussi pour les îles
Marquises, où, en plus, les mères allongeaient
peu à peu le crâne de leur enfant en pressant
doucement les tempes et en repoussant le
sommet du
des critères
front vers l’arrière. Ce sont aussi
esthétiques qui engageaient les
femmes à presser la base du nez de leur bébé
pour l’aplatir et l’élargir.
existait aussi à Tahiti.
Partout, les petits enfants étaient baignés
soigneusement environ deux fois par Jour. U n
des buts principaux de l’éducation qu’ils
recevaient était de les endurcir au froid, au
chaud, et autres difficultés de l’existence.
Quand ils savaient marcher, ils vivaient à peu
près toujours nus jusqu’à la puberté et étaient
presque entièrement livrés à eux-mêmes,
surtout les garçons. La vie au
grand air, les
jeux nautiques et autres, achevaient d’en faire
des êtres robustes, bien portants et pleins
d’agilité.
Les soins du corps
Les Tahitiens ont gardé leur réputation de
propreté et de grande délicatesse à l’égard des
odeurs corporelles. “Ils se baignent sans cesse
et jamais ils ne mangent, ni ne boivent sans se
laver avant et après”, écrivait Bougainville ; et
Morrison
:
“Ils ont
une
aversion naturelle
pour la saleté et la propreté incomparable de
leurs corps et de leurs vêtements les rend non
seulement très
agréables aux étrangers et à
leur évite
beaucoup
d’affections dont nous sommes affligés.
Jeunes et vieux se baignent constamment dans
l’eau courante trois fois par jour, quelquefois
plus souvent et lorsqu’ils deviennent trop
vieux pour se déplacer, ils construisent leur
maison près d’une rivière afin de pouvoirjouir
de cette commodité. Ils lavent toujours leur
bouche et leurs mains avant et après les
repas”.
eux-mêmes,
Des enfants se baignant
dans la rivière
sont visibles à gauche,
au
Cette habitude
premier plan de
cette aquarelle
représentant la vallée
de la Vaitepiha,
exécutée en 1777 par
W. Ellis.
au cours du 3'
de Cook à Tahiti.
mais
Adulte et enfant aux lies
de la Société. Gravure
coloriée publiée dans
"A Journal of a Voyage
South Seas" de
Parkinson,
lors du
premier voyage du
capitaine Cook,
1784.
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
Les plantes odoriférantes étaient
indispensables à l’hygiène et à la beauté des
Polynésiens qui allaient parfois les chercher
très loin dans la montagne. Elles entraient
dans la composition des huiles parfumées ou
mono’i. Les Polynésiens s’enduisaient
fréquemment le corps de mono’i, qui les
protégeait contre les brûlures du soleil,
facilitait l’entretien de la chevelure et rendait
la peau plus belle. Ils s’en servaient aussi pour
taurumi) qu’ils
pratiquaient en experts, pour des soins
médicaux, mais aussi pour le plaisir et le
les
massages
(rumi,
délassement.
Les hommes portaient leurs cheveux de
plusieurs façons : ils les coupaient assez courts
ou bien ils les laissaient pendre sur leurs
épaules. D’autres enfin, les portaient longs,
mais noués au sommet de la tête. Les femmes
les avaient généralement assez courts, autour
des oreilles, avec des mèches ramenées du
«
l’amande
front vers l’arrière.
Hommes et femmes coupaient régulière¬
ment leurs cheveux avec des dents de requins.
s’épilaient la barbe, ne laissant
croître, le plus souvent, que la partie
inférieure. “Une coque de noix de coco
remplie d’eau leur sert de miroir, des écailles
de poissons leur servent de pince à épiler avec
laquelle ils taillent leur barbe et enlèvent les
poils de leurs bras, jambes et aisselles et autres
parties du corps susceptibles de se couvrir de
sueur et de poussière... Les deux sexes ont le
lobe de l’oreille percé et ils y mettent soit des
fleurs, soit des pendentifs de 3 perles... ; il est
rare que les deux oreilles soient décorées de la
même façon”, écrivait James Morrison.
Aux îles Marquises, les procédés pour
fabriquer le pani, ou huile parfumée, étaient
les mêmes qu’à Tahiti. Parfois, pour obtenir
plus rapidement de l’huile, on mettait des
pierres chaudes dans le récipient qui contenait
Les hommes
de
coco
râpée. Avoir la peau
blanche, surtout au moment des fêtes, était
une
des grandes préoccupations des Marqui-
siennes. Elles évitaient de s’exposer au soleil,
mais utilisaient aussi des masques de beauté
faits de feuilles
ou
d’extraits de certaines
plantes mélangés à de l’huile de coco. Les
hommes portaient les cheveux longs ou
courts, mais une coiffure très répandue
consistait à se raser la tête et à ne conserver
*
que deux longues mèches qu’on attachait de
chaque côté, au-dessus des tempes. Parfois,
une
seule mèche était nouée au sommet de la
tête.
Les femmes portaient les cheveux assez
courts
ou
.
tombant
jusqu’aux épaules. Ils
étaient parfois frisés artificiellement et
entremêlés de rubans de tapa décoratifs. Les
femmes
pouvaient aussi avoir les cheveux
noués sur un côté ou en chignon derrière la
tête.
Tahitiens. Détails
d’un croquis dessiné
sur le vif par
W. Hodges en 1773.
Conservé au Yale Center
for Bristish Art, il a été
illustré et commenté par
R. Joppien et B. Smith
(1985). Ces dessins
crayon et à la plume
au
montrent différentes
coiffures ; cheveux
courts, visière, turban.
W.
Hodges s’est servi
de ces études pour
réaliser certains de
ses tableaux.
A droite :
Coiffures des habitants
de Tahiti, de Huahine et
de Rurutu. Gravure
d'après un dessin
disparu de
Sydney Parkinson, 1784.
Ci-dessous :
Portrait d’une jeune fille
de Huahine, dessiné par
William Ellis, aide-
chirurgien pendant le
troisième voyage de
Cook, en 1778.
«
“Tohaw”, dessin
de W. Ellis, 1785.
74
“Awallo”, dessin
de W. Ellis, 1785.
LE CORPS, LE VÊTEMENT ET LA PARURE
Le tatouage
Les techniques
Le tatouage (tatau), tel qu’il était pratiqué en
Polynésie, consistait à introduire dans le
derme un colorant très foncé, à l’aide d’une ou
plusieurs pointes, de manière à rendre des
motifs décoratifs indélébiles et permanents,
bien visibles aussi, par contraste avec les
surfaces non traitées de la peau, qui restaient
claires. Des peignes à tatouer (ta) utilisés à la
fin du XVllL siècle, sont maintenant conser¬
vés, en quelques exemplaires, dans les musées.
L’extrémité proximale du peigne est enfoncée
dans un manche droit et maintenue en place
par des ligatures. L’ensemble de l’objet
ressemble à une petite herminette.
Aux îles de la Société, le matériel du
maître-artisan tatoueur (tahu'atatau) était
complété par un petit récipient en pierre ou
une coque de noix de coco pour le colorant et
par un petit maillet de bois en forme de pagaie.
,
^
et certains interdits devaient être
respectés
pendant toute la durée de l’opération. Pour
opérer, le tuhuka patu tiki prenait le peigne à
tatouer de
la main gauche, ainsi qu’un
morceau de tapa qu’il enroulait autour d’un
doigt pour éponger le sang. De la main droite,
il tenait le maillet par son extrémité élargie et
frappait le manche du peigne avec le côté
étroit, sauf quand il fallait donner des coups
plus forts. Ses assistants l’aidaient en
maintenant le patient par les bras et les
jambes, et en tendant la peau sous les dents du
peigne. Le tatoueur suivait les motifs dessinés
au charbon sur la peau, trempant régulière¬
ment les pointes dans la suie diluée avec de
l’huile
de
Comme
coco.
bien
souvent
en
Polynésie, un chant approprié accompagnait
l’opération : "Ua tuki e, ua tuki e, tuki, tuki
hua ia paparara, ua tuki e" etc. - “Nous
martelons,
martelons
oui
nous
martelons,
oui
nous
toujours, tap tap, tap tap, oui
martelons...”
Les Tahitiens utilisaient de la suie comme
colorant. Ils l’obtenaient en faisant brider les
amandes des noix de bancoul
(ti’a’iri) qui
servaient aussi pour l’éclairage domestique.
Au moment de l’utilisation, cette suie était
diluée avec un peu d’eau dans une coque de
noix de coco. Les instruments dont on se
servait pour la première fois pour le tatouage
d’un chef ou l’héritier d’une grande famille,
devaient être détruits dès que l’opération était
terminée et déposés au marae. Les tatoueurs
étaient largement rémunérés et recevaient du
^
tapa, des ornements,
nourriture.
Aux
îles
des cochons et de la
Marquises, le tatouage était
exécuté à peu près de la même façon, mais cet
art était plus développé, plus compliqué, plus
raffiné que dans le reste de la Polynésie. Il est
mieux connu aussi, surtout grâce à l’étude très
complète que lui a consacrée le médecin et
ethnologue allemand Karl von den Steinen,
entre 1897 et 1920. La technique du tatouage
s’appelait aux îles Marquises e paiu tiki. Le
nom de ta’a patu tiki s’appliquait à la lame
avec ses dents taillées en pointes acérées dans
Marquisien de Nuku
Hiva. Les tatouages que
portent les hommes
occupent une grande
En haut :
Peigne à tatouer des îles
de la Société. Collection
Hooper, environ 17 cm.
partie du corps et du
visage, alors que ceux
des femmes se limitent
aux
aux
lèvres, aux mains et
jambes.
Atlas de Krusenstern
Au-dessous :
Instruments de tatouage
des îles de la Société.
Ces deux peignes
à tatouer (14 et 12,8 cm)
et cette palette de bois
servant de maillet
Le pied et la jambe
tatouée
d’une Marquisienne.
Les dessins
de tatouages
marquisiens exécutés
par Julien Viaud
(Pierre Loti) en 1872,
alors qu’il était aspirant
(49,5 cm) ont été
recueillis lors du
3' voyage de Cook dans
le Pacifique.
i/tl-,
J
de marine à bord de
la frégate La Flore,
comptent parmi les plus
précis qui nous
soient parvenus.
(1804).
Ci-dessous :
Intérieur d'une maison
à Nuku Hiva, aux îles
Marquises. La scène de
tatouage paraît
évidemment très
édulcorée. Gravure
publiée dans le récit des
voyages à travers le
monde de
G.H. Langsdorff,
de 1803 à 1807.
de l’os ou de l’écaille de tortue._Le maillet en
bois (ta patu tiki) était une baguette
cylindrique d’une quarantaine de centimètres,
se
terminant à une extrémité et d’un seul côté,
par un élargissement. Les tatoueurs avaient
l’habitude de ranger leurs instruments dans un
étui de bambou fermé par un morceau de
tapa. Pour obtenir la suie qui leur était
nécessaire pour faire le colorant, ils faisaient
brûler des amandes d'Aleurites enfilées sur
une nervure
de feuille de cocotier, comme s’il
s’agissait d’une chandelle (’ama). Au-dessus,
ils plaçaient une demi-noix de coco renversée
ou une pierre creuse et la suie
produite par la
fumée venait s’y déposer. D’après K. von den
Steinen, pour des séances de tatouage
importantes, les Marquisiens savaient
fabriquer de véritables “fours à suie’’.
Généralement, un groupe de jeunes gens
était tatoué en même temps que le fils d’un
chef, à un âge qui pouvait varier, semble-t-il,
entre 13 et 18 ans pour les premiers tatouages.
La maison du tatoueur, une simple case
recouverte de feuilles de pandanus, était tapu
'
«
75
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D'AUTREFOIS
Les motifs
portaient des tatouages
différentes parties du corps, mais jamais
sur la figure. Le motif le plus simple et le plus
hommes et femmes
sur
L’origine du tatouage se perd dans la nuit des
temps et remonte probablement au-delà de
l’arrivée des premiers Polynésiens dans l’est
Pacifique. D’après le folklore tahitien, la
pratique du tatouage aurait commencé chez
les dieux dans le po (période sombre) ; son
aspect décoratif leur plaisait beaucoup. La
légende telle que la rapporte Teuira Henry
met
l’accent sur la valeur esthétique du
tatouage, ainsi que sur son importance
du
attrait sexuel.
Aux îles de la Société, les tatouages ont
comme
disparu avant d’avoir été vraiment étudiés : il
n’en reste que quelques descriptions et de très
rares
dessins, les meilleurs étant, comme bien
les plus anciens. Selon Banks,
souvent,
utilisé, seul ou en répétition, était une ligne
Société, mais selon J. Banks, les habitants de
Rurutu n’avaient pas le dos tatoué. Ils avaient
en
revanche, au-dessous des aisselles, des
bandes noires de la largeur d’une main dont
à chaque articulation des doigts et des orteils
les côtés étaient profondément découpés de
séries de triangles. De petits cercles avec des
indentations étaient tatoués sur leurs bras et
C’est ce motif fondamental pour les îles de la
sur
brisée en forme de Z. Les femmes le portaient
et souvent sur toute la surface visible du pied.
l’on rencontre aussi sur les
sculptures. Des chevrons et des indentations
Société
que
pouvaient être groupés pour former des
figures géométriques : rectangles, carrés,
cercles, croissants, etc. qui pour les deux sexes
décoraient les bras et les jambes, parfois les
épaules. Les sujets figuratifs, comme les per¬
sonnages, les oiseaux, les chiens, les poissons,
les végétaux, etc. semblent avoir été surtout
Ma’ohi,
hommes
et
femmes, avaient les fesses
entièrement bleu foncé et au-dessus, des
rangées de motifs à la base du dos et sur les
hanches. Ces tatouages qui correspondent à la
classe tapuiua définie par T. Henry, devaient
marquer une étape quasi obligatoire dans le
développement d’un adolescent.
Aux îles Australes, les tatouages n’étaient
réservés
pas
aux
hommes.
Tous
les
très différents de ceux des îles de la
En haut, à gauche :
Dessins des tatouages,
par S.
Parkinson,
du personnage central
du iavis
au-dessous, exécuté
en 1769, et figurant
k
leurs jambes. Ce motif est typique des îles
Australes et les bandes à bords dentelés sont
aussi présentes sur de rares tapa de Rurutu.
James Morrison prétend que les habitants de
Tubuai ne se tatouaient pas : ils le faisaient
probablement de façon discrète.
Aux Tuamotu, selon K. P. Emory, les
tatouages étaient largement pratiqués à
l’ouest, alors qu’ils n’existaient pas dans
certains atolls de l’est. Les femmes avaient des
marques et des bandes bleues sur les épaules,
les fesses, le tronc, les bras et les jambes. Les
hommes, surtout à Rangiroa, étaient entière¬
ment tatoués, y compris parfois sur la figure,
de motifs souvent un peu irréguliers : bandes
prolongées
par
des triangles en forme de
flammes, dents de scie, lignes courbes et
cercles
concentriques, damiers rappelant les
nattes en
feuilles de cocotier. Ces motifs et
la façon dont ils étaient disposés,
variaient selon les îles, et certains d’entre eux
surtout
étaient
réservés
aux
guerriers,
marques de leur bravoure.
A Mangareva, le tatouage,
comme
nommé
ko’iko, était un ornement obligatoire. Les
femmes étaient assez peu tatouées, mais les
pirogue de guerre,
lies de ia Société.
une
Ci-dessous :
Ces motifs de tatouages
ont été reproduits par
Félix Marant-
Boissauveur,
commissaire de la
Marine à bord de la
corvette l'Héroïne de
1844 à 1849. Il s'agit de la
jambe d'un homme et de
la cuisse d'une femme,
ainsi que de “mains de
femmes deTaïti. La main
droite est
particuliérement celle
de Parima Vahiné, la
^
femme du grand chef
Parima”. Bien que
relevés à Tahiti, ces
motifs très anciens sont
probablement des
Tuamotu de l’ouest.
Tatouages d’un homme
de Rurutu, par
John Webber, troisième
voyage de Cook, 1777.
^
LE CORPS,
vieux guerriers étaient marqués de la tête aux
pieds, y compris sur le visage, les paupières et
les lèvres. A l’adolescence, un grand cercle
était tatoué sous chaque aisselle. Plus tard,
l’intérieur
^
du
cercle,
divisé
en
quatre
quadrants, était peu à peu noirci en laissant au
milieu une croix blanche. Ce motif, particu¬
lier à
Mangareva, donnait une grande
élégance à celui qui le portait.
Aux îles Marquises, les hommes
pouvaient être entièrement tatoués, y compris
sur
des portions de crâne qu’ils avaient
l’habitude de raser, sur les paupières, les
narines, la langue et la paume des mains. Très
souvent de larges bandes parallèles, complè¬
tement noires, leur traversaient le visage,
partiellement, ou bien d’une oreille à l’autre.
Les tatouages des femmes étaient moins
étendus : à la tête, ils se limitaient à de petites
lignes verticales suivant le contour des lèvres
et à quelques dessins sur le lobe de l’oreille, au-
dessous et en arrière. Elles étaient tatouées sur
^
les épaules, à la base du dos, tout le long des
jambes et sur les pieds ; elles avaient au
poignet et sur le dessus des mains et des doigts,
toute une ornementation particulièrement
fine et délicate.
Les motifs étaient très nombreux, mais
^
beaucoup d’entre eux étaient d’une certaine
manière apparentés et formaient des groupes
ou familles décoratives. Les motifs les
plus
importants avaient généralement un emplace¬
ment anatomique déterminé et celui-ci servait
parfois à préciser leur nom : les ipu, coupes,
bols (en bois ou en noix de coco) décoraient
surtout la face interne du bras, et on
distinguait le ipu’oio ou ipu de l’intérieur, le
ipu a’o ou ipu devant, etc. Certaines appella¬
tions faisaient allusion à des légendes, comme
kena, et vai o kena, le bain de kena. La plupart
d’entre elles
se
rapportaient à des éléments
naturels - ciel, nuages, et surtout animaux et
plantes - parfois aussi à la nature humaine et à
différentes parties du corps. Les vanneries,
comme les nattes ou les éventails en feuilles de
cocotier tressées, et les ligatures ornemen¬
tales ont peut-être servi de modèles pour
l’exécution des lignes brisées, chevrons,
zigzags, inscrits isolément ou en séries :
hachures, chevrons opposés ou emboîtés etc.,
et les formes qui en sont dérivées :
triangles,
triangles opposés, losanges. Les petits
triangles appelés nihopeata (dents derequins)
étaient très utilisés par les tatoueurs qui les
organisaient en rangées. Deux petits triangles
opposés devenaient hikuatu : queue de bonite.
Les carrés disposés en damiers, fort à la mode
au
début du XIX*^ siècle, sont peut-être issus
des tressages
à armure simple. Ils peuvent
provenir aussi de la mise en composition du
petit bonhomme aux jambes et aux bras
écartés que l’on trouve sur les
pétroglyphes
(enaia, etua) et qui réapparaissait abondam¬
ment sur les tatouages en
prenant de multiples
formes, debout ou accroupi. Dans l’une
d’elles,
son
corps
et
ses
membres
sont
représentés par des carrés noirs. Des formes
humaines différentes étaient empruntées au
tiki traditionnel, le plus souvent décomposé
en ses diverses
parties : face, yeux, bras,
jambes. Une face de tiki pouvait aussi être
entièrement
recomposée de façon très
complexe, à partir de motifs animaux,
végétaux ou autres : ces figures étaient
fréquemment représentées sur les genoux ou
sur
les mollets.
Les
reproduits
motifs
sur
de tatouages étaient
des pierres, des sculptures
recouvertes de tapa, mais surtout sur des
sections de bambous pyrogravés et même sur
des bras et jambes sculptés dans du bois. En
décrivant une grande fête marquisienne
(koika), Max Radiguet écrivait : “De distance
en
distance, sur les toits des hangars, se
dressent quelques loges où les tatoueurs
Des bras et des jambes
sculptés dans le bois ont
pu servir aux artisans
tatoueurs à présenter
des modèles à leur
clientèle. Ils ont surtout
permis que soient
conservé quelques
témoins d’un art tout à
fait remarquable, mais
éminemment périssable.
Modèles de tatouages
gravés sur du bambou,
îles Marquises.
Motifs Ipu et etua sur
main de femme
une
marquisienne.
On remarquera
la finesse des dessins,
reproduits par
Pierre Loti en 1872.
LE VÊTEMENT ET LA PARURE
exposent des planches revêtues d’arabesques
gravées au fer rouge, modèles d’ornementa¬
tion, sans doute, au choix de leur clientèle’’. 11
est probable que les modèles qui se trouvent
maintenant dans les musées, ont été achetés au
milieu du XIX“ siècle, comme curiosités, par
les premiers touristes : les marins et les
administrateurs.
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
femmes indifféremment, après avoir fendu
l’écorce
dans
le
sens
longitudinal, la
Le tapa
Dans le Pacifique, le tapa de Tahiti avait
atteint un stade de perfection tel que sa répu¬
tation s’étendait à des archipels
éloignés, et
qu’il rivalisa longtemps par sa qualité, sa
finesse, sa souplesse et son décor avec les plus
belles étoffes introduites par les premiers
missionnaires. Ceux des îles Australes et des
îles Marquises, moins bien décrits dans les
textes, étaient eux aussi d’une grande qualité.
11 faut dire que le soin apporté à la fabri¬
cation du tapa commençait dès la croissance
végétaux dont on tirait l’écorce, comme
le verrons plus loin.
On utilisait la partie interne ou liber des
écorces de ’uru (Artocarpus altilis), d’arbre à
pain, de ’ora (Ficus prolixa), banyan aux
nombreuses racines aériennes, poussant dans
les vallées, et de ’aute (Broussonetia papyrifera), le mûrier à papier.
Celle du ’aute donnait un beau tapa blanc
et fin (hopu'u) porté par les personnes de haut
rang. Certains de ces tapa avaient la finesse de
des
nous
la mousseline.
Le
'iiru fournissait
un
étoffe avait surtout
une
vocation reli¬
gieuse.
Les jeunes plants de ’uru, et, plus encore,
de ’aute, faisaient
attentifs. Introduit dès les
l’objet de soins
premières migra¬
tions, le mûrier à papier, dont on comptait
plusieurs variétés, était planté dans des jardins
réservés, le plus souvent entourés de profonds
fossés qui, outre leur rôle proteeteur contre les
cochons ou les chèvres qui auraient pu manger
les jeunes feuilles, servaient de drain. Le sol
ceux
devait être assez sec, et on l’enrichissait éven¬
tuellement avec des coquilles. Ces jardins
étaient de véritables richesses familiales et,
lors des guerres, il n’était pas rare qu’ils fassent
l’objet de destructions.
Les jeunes arbres, plantés régulièrement,
étaient débarrassés des bourgeons apparais¬
sant sur le tronc, afin d’éviter le développe¬
ment de branches ou de feuilles qui auraient
occasionné des trous dans l’écorce. Ce n’est
qu’au bout de deux ou trois ans, quand le ’aute
mesurait 2 mètres de haut et deux à trois centi¬
mètres de
diamètre, qu’on le coupait. Un
renouvellement des
plants était donc néces¬
saire, d’autant que le ’aute, en Polynésie, est
stérile. Ceci peut expliquer sa disparition
quasi générale de Polynésie
Marquises où il reste entretenu.
sauf
aux
La fabrication
chargés de la première
opération qui consistait à arracher ou à
couper les arbustes, les branches, ou les
Les hommes étaient
racines aériennes dans le
cas
du ’ora, d’où
l’écorce serait retirée.
S’aidant d’un bâtonnet
pointu en ’aito
(Casuarina equisetifolia), les hommes ou les
78
séparaient du tronc, obtenant ainsi des bandes
de 10 à 12 cm de large.
opérations était exclusi¬
occupation féminine, à
l’exception des tapa épais (apa’a), fabriqués
La suite des
vement
une
dans l’enceinte même du marae, de nuit, par
les hommes, ou bien de certains tapa réservés
aux
membres de la secte des arioi.
Les bandes étaient mises à tremper dans
l’eau d’une rivière. Maintenues par une grosse
pierre, on pouvait les y laisser deux ou trois
jours.' La partie externe se ramollissait et il
était ensuite aisé de la gratter, ce qui se faisait
au
bord de la rivière, sur une planche
rudimentaire, à l’aide d’une coquille de
Palourde (Tellina gargadia) et avec de
fréquents lavages.
Gorgées d’eau, les bandes de liber (’a’o)
étaient étalées, en se chevauchant légèrement,
sur des feuilles de bananier, en prenant garde
de
conserver
une
épaisseur régulière.
L’ensemble était roulé et abandonné pour 24
ou
72 heures.
Ce n’était là que travaux préparatoires
dont dépendait en partie la qualité du tapa.
Les femmes transportaient ensuite les écorces
l’enclume (tutu ou tutua), poutre taillée
dans un tronc de mara (Neonauclea forsteri),
sur
bois dur et sonore.
Le battage qui intervenait alors,
long et
tapa
beige qui n’avait ni la qualité ni la beauté du
précédent, mais il était abondant. Le ’ora
donnait une étoffe brune, épaisse et imper¬
méable, nommée ore, que l’on utilisait pour
les
vêtements de tous les jours, pour
envelopper les grandes idoles du marae, en
particulier celle du dieu ’Oro, ou tout simple¬
ment comme couverture. Aux îles Marquises,
cette
»
Femmes battant l’écorce
pour taire du tapa.
Le dessin original de
Sydney Parkinson étant
trop pâle pour être
correctement reproduit,
nous avons
choisi d’en
accentuer le trait pour
le rendre lisible.
A gauche :
Jeune fille grattant de
l’écorce sur une planche
pour faire du tapa.
Dessin de Sydney
Parkinson, lors
premier voyage de
Cook, 1769, Iles de la
du
Société.
Ci-dessous :
Instruments pour
la fabrication du lapa.
Au centre du cliché,
deux battoirs de bois
aux faces striées
de rainures parallèles,
Tahiti. Ceux des côtés
proviennent
de Polynésie
occidentale.
Au-dessous, le détail
d’une enclume à tapa
des îles Australes.
«
LE CORPS,
soigné, permettait d’agglutiner les fibres. C’est
lui qui faisait toute la finesse et la qualité du
tapa. C’était le plus souvent une activité
commune qui rassemblait dans une maison
dont c’était la fonction, ou en plein air,
plusieurs femmes.
Les battoirs (i'e) à travers les archipels de
Polynésie se ressemblent beaucoup. Taillés
dans le bois très dur du ’aito, ils
•
Aux îles Marquises, la partie externe de
l’écorce était grattée sans trempage préalable.
Elle
dans
un
battage initial
sur
une
une
pierre basaltique, à l’aide d’un
battoir de section circulaire en Hibiscus.
Avant d’être mise à fermenter pour deux ou
trois jours dans des feuilles, elle était de
présentent
nouveau battue sur une enclume de bois,
sculptée ou non, ou sur un “tronc” de cocotier
à l’aide d’un battoir à section carrée.
Après la longue opération du battage, les
pièces de tapa étaient étendues à l’ombre,
maintenues par de petites pierres, pour sécher.
nombre variables.
Au début du battage, on utilisait la face
du battoir
qui présentait les stries les plus
larges et les moins nombreuses. On utilisait
Effigie de bois
ensuite les autres faces du battoir, pour
terminer avec celle présentant les stries les plus
recouverte de tapa, îles
Marquises. Les étoffes
marquisiennes en
fines.
*
subissait
enclume qui avait la particularité d’être taillée
quatre faces, grossièrement rectangulaires,
d’environ 4 cm de large, sur lesquelles sont
gravées des rainures longitudinales en taille et
en
LE VÊTEMENT ET LA PARURE
écorce battue étaient
parfois teintées, mais
Aux îles Australes, on se dispensait du
long trempage dans la rivière : l’écorce interne
était arrachée à sec. Ce n’est qu’ensuite qu’elle
était mise à tremper une dizaine d’heures.
Après un premier battage, elle était de
nouveau immergée avant de subir le
battage.
A Mangareva, le trempage se faisait soit
elles n'étaient pas
décorées. Seuls de rares
objets, à fonction
probablement
religieuse, étaient faits
en tapa orné de motifs
de tatouages.
H = 72 cm.
dans l’eau d’une tarodière, soit dans la mer
trois jours. L’écorce interne était
durant
ensuite soit mise à fermenter deux, trois ou
semaines pendant lesquelles on
l’aspergeait fréquemment d’eau, soit battue
directement, rincée à l’eau de mer puis à l’eau
douce, et remise à fermenter avant le battage
quatre
final.
• '
/A droite :
Battoir pour la
fabrication du tapa :
Iles de la Société.
On distingue nettement,
les rayures
longitudinales dont la
taille et le nombre
varient sur chaque face
du battoir. L = 42,5 cm.
Étoffe en écorce battue
de Tahiti. Ce tapa uni,
légèrement teinté de
jaune, est épais, car il est
composé de plusieurs
couches superposées.
Détail d’un tapa de
Tahiti. Sous les décors
faits de végétaux
C’était un vêtement pour
la saison fraîche
imprimés, on distingue
les fins motifs laissés par
(278 cm).
les coups de battoir
croisés.
m'ilyTg
V
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D'AUTREFOIS
puis étalées
certaines.
au
soleil
pour
blanchir,
pour
«
Impressions de feuilles
de fougères (Davalia)
sur un
tapa de Tahiti
teint en jaune par
trempage. Les motifs,
Teintures et décors
Le tapa, une fois séché, était conservé roulé et
plié à l’intérieur de la maison. On pouvait,
bien sûr, l’utiliser tel quel, pour les habits de
tous les jours, sur le marae ou dans les rituels
sociaux (naissance, mariage, mort). Mais,
bien souvent, on prenait la peine de le teindre
et d’y imprimer certains décors, surtout quand
il s’agissait de tapa destinés aux chefs.
Les Polynésiens utilisaient les propriétés
tinctoriales de certaines parties des plantes
que la généreuse nature leur offrait : racine,
sève, fruit, fleur, feuille, etc. La palette n’était
guère étendue puisqu’elle ne comptait que
quatre couleurs mais aux nuances, il est vrai,
très nombreuses : le rouge et le jaune, porteurs
de
significations sociales et religieuses
malheureusement peu connues, le brun, et
obtenus par
des impressions
de feuilles trempées
dans la teinture,
représentent peut-être
développement tardif
un
de la décoration sur tapa
aux îles de la Société,
influencée par
les étoffes imprimées
Europe. Il pourrait
s'agir aussi d’une forme
en
d’artisanat très localisée
ou
réservée à un groupe
les arioi, qui se
comme
serait répandue à Tahiti
après l’arrivée
des Européens.
enfin, le noir.
«
jaune le tapa, on le
trempait dans une infusion d’épiderme de
racine de nono (Morinda citrifolia), de fruits
de tamanu (Calophyllum .inophyllum), de
fleurs de mira (Thespesia populnea), de racines
de rea (Curcuma viridiflora) ou même de ’ava
(Piper methysticum). La teinture brune
s’obtenait principalement en faisant macérer
des écorces de aito ou de ti’a’iri (Aleurites
Pour teindre
en
moluccana).
Sur le tapa ainsi teint on appliquait des
motifs décoratifs ; petits cercles ou demi-
cercles, associés ou non, obtenus à l’aide de
bambous sectionnés pour les plus anciens de
;
décors triangulaires ou cercles
concentriques peints aux îles Australes. Plus
tard, et vraisemblablement sous l’influence
des cotonnades imprimées, apparaissent à
Tahiti les décors de feuilles de fougères, de
rimu’ahu (Davalia gibberosa), d’arbres et
Tahiti
d’arbustes,
ou
bien de fleurs, entières
ou
découpées. Ces décors étaient d’un beau
rouge, teinture obtenue tant à Tahiti qu’aux
îles Australes à l’aide du jus des figues de mati
(Ficus tinctoria) dont on imbibait des feuilles
de tou (Cardia subcordata). Le mélange était
pressuré pour recueillir le colorant qui était
appliqué à l’aide de fibres de mo’u (Carex sp.j
sur
la face inférieure des feuilles que l’on
disposait de façon artistique
sur
le tapa.
Fonctions
Outre sa fonction vestimentaire sur laquelle le
sujet suivant reviendra longuement et les
fonctions religieuses déjà signalées, le tapa
avait un rôle social important tout au long de
la vie du Polynésien. 11 était le lange du
nouveau-né, le témoin de l’union du couple, le
linceul du défunt. Lors du mariage, le couple
scellait son union de sang sur un grand tapa
blanc (’ahu vauvau) dont la partie tachée de
sang était enterrée sous le marae.
11 était aussi symbole de richesse : les gros
rouleaux (ruru vehe) suspendus dans le fare
étaient objets de prestige et de puissance. 11
était donc normal que le tapa soit associé aux
cadeaux et autres échanges : des rouleaux de
tapa étaient présentés autour du défunt,
échangés lors du mariage...
Ci-dessus :
Pièce d’écorce battue
('ahu), îles de la Société.
Elle est décorée de
motifs peints à la main et
de feuilles de fougères.
Les impressions, de
fougères sur les tapa
sont particulières aux
îles de la Société. Les
grandes pièces d’étoffe
étaient portées sur les
épaules comme une
cape. Celle-ci mesure
247 cm sur 120 cm.
Détail d’un tapa décoré
de Rurutu. Les motifs
en cercles
concentriques avec
des indentations
triangulaires sont
typiques des îles
Australes, en particulier
de Tubuai.
i
80
LE CORPS, LE VÊTEMENT ET LA PARURE
Les vêtements
Danseur portant le hami,
îles Marquises. D’après
une
Polynésie, les vêtements étaient
toujours fabriqués à partir de matières
végétales. Les plus frustes comme les plus
En
photographie de
Kari von den Steinen.
raffinés étaient en feuilles ou fibres tressées et
surtout en écorces battues
(tapa).
Le maro
simple. Son nom
{*malo, en proto-polynésien) et son origine
sont très anciens, car il était porté dans toute
Taire culturelle austronésienne, depuis
Madagascar jusqu’à Tîle de Pâques. Le maro
C’était le vêtement le plus
était essentiellement un vêtement masculin et
servait de cache-sexe.
étaient les îles où
plantes nécessaires à la
fabrication du tapa. D’après K.P. Emory, sauf
à Makatea, les maro étaient surtout tressés en
feuilles de pandanus, mais les femmes qui les
faisaient utilisaient aussi les fibres très fines
des racines aériennes des pandanus, ou celles,
particulièrement solides, de Técorce de ronga,
Aux Tuamotu, rares
poussaient
0
^
les
Personnage portant
le ’ahu noué sur
la poitrine. Aquarelle
de Chazal d'après
un dessin de Le Jeune.
Voyage de Duperrey sur
la Coquille.
Homme de Tahiti dans le
costume de son pays. Il
porte des vêtements en
tapa uni, un turban, le
’ahu, qui lui sert de
manteau, et le maro dont
un pan retombe à
l’avant, en tablier.
Gravure d’après
Sydney Parkinson,
premier voyage de
(Pipturus argenteus).
Dans la vie quotidienne, les hommes des
Tuamotu utilisaient des maro courts qu’ils
passaient entre les jambes et attachaient très
has autour des hanches pour constituer un
slip. Au-dessus, ils avaient une ceinture
longue et étroite qu’ils enroulaient plusieurs
Cook.
fois autour de la taille.
Aux îles Marquises, le hami était aussi
longue bande d’étoffe que les hommes
arrangeaient de manière un peu différente
selon leur âge et leur rang social. Le hami
ordinaire était généralement en écorce de
mûrier à papier et ses extrémités retombaient
en pans plus ou moins larges, un devant, un
derrière. Une façon de le porter, pour les
guerriers et les hommes âgés, était de garder la
partie arrière très longue et d’y faire des
nœuds, tandis que le pan antérieur pouvait
être découpé de manière à faire des franges.
Aux îles de la Société, la façon de porter
le maro variait aussi avec le rang et la richesse
de son propriétaire. Ceux des serviteurs et des
une
•
•
Vêtement tahitlen,
Uputa, en fibres
végétales tressées
comme pour une natte.
est porté par le jeune
Il
Taiata, serviteur de
Un homme
portant
le Uputa.
au
Dessin
crayon de
Tupaia, chef de Raiatea
en 1769. Gravure d'après
S. Parkinson.
S. Parkinson, 1769.
travailleurs étaient étroits et courts et consti¬
à peu près leur seul vêtement, à
l’exception d’une pièce de tapa ou de vannerie
qui, portée sur les épaules, assurait une
protection contre la fraîcheur de Taube ou des
soirées, et dans laquelle on pouvait s’enve¬
lopper la nuit, pour dormir.
tuaient
Pareu et autres ’ahu
Les Polynésiens ne pratiquaient pas la couture
dans Tart de s’habiller. Tous leurs vêtements
*
»
étaient enroulés autour du corps, ou drapés.
Dans tous les archipels, les femmes utilisaient
qu’elles enroulaient
portaient comme une
jupe. C’était le pareu (ou ’areu ; ou kareu aux
Tuamotu ; ka’eu aux Marquises). Il pouvait
un
rectangle d’étoffe
autour des
hanches et
descendre
au-dessus
ou
au-dessous
des
genoux, ou même jusqu’aux chevilles, selon
les circonstances.
Aux
îles
Marquises, le ka'eu était en
tapa. Quand les femmes voulaient être à Taise
pour travailler, elles en remontaient une partie
entre les jambes pour faire une sorte de hami.
81
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
En période de fêtes, au contraire, ce vêtement
pouvait devenir très large et très long.
Certaines jupes de danses, toutes plissées, des¬
cendaient jusqu’aux chevilles.
Aux îles de la Société, le pareu était aussi
un
vêtement masculin. Hommes et femmes y
portaient également le même poncho en tapa
appelé tiputa. Ce grand rectangle, fendu verti¬
calement au milieu pour le passage de la tête,
était inconnu dans les autres archipels, sauf
aux Tuamotu. Le tiputa
pouvait être un très
beau costume, épais et souple, parfois doublé.
Il était souvent décoré de motifs teints par
impression de bambous, de feuilles, ou de
fleurs. Il était porté vague, ou serré à la taille
par une longue ceinture en corde, en tapa ou
en
vannerie fine.
Tous
les
Polynésiens
utilisaient
par
moment, et surtout à l’extérieur de la maison,
grande pièce de tapa, ou parfois de
vannerie qu’ils désignaient du terme générique
de ’ahu (ou kahu, aux Marquises) : étoffe,
vêtement. Il y avait des façons différentes de la
porter : les hommes la mettaient sur les
épaules et s’en enveloppaient comme d’une
cape. Aux Marquises et à Mangareva, les
femmes pouvaient la porter un peu comme
une robe, avec deux coins noués sur une
épaule, laissant un bras découvert. A
une
Mangareva et aux Tuamotu, les deux coins
supérieurs de la grande cape étaient noués sur
la poitrine. Ailleurs, le vêtement était simple¬
ment drapé autour du corps, avec parfois un
pan rejeté sur une épaule.
E)e la tête aux pieds
la vie courante, les Polynésiens ne
portaient pas de chapeaux. Aux îles de la
Société, le mot taupo’o, désignant la coiffure
en général, existait déjà, mais dès les années
1890, il put s’appliquer aux chapeaux de
formes européennes que les Tahitiennes
apprirent vite à tresser avec des feuilles de
pandanus. Elles-mêmes portaient encore tra¬
ditionnellement, pour se protéger du soleil,
des visières fabriquées avec des feuilles de
Dans
cocotier
ou
des fibres de bourre de
coco
tressées,
appelées taumata. Les hommes
faisaient quelquefois des sortes de. bonnets ou
de turbans en enroulant plusieurs fois autour
de la tête des bandes de tapa.
pas tressées, mais fixées à une
baguette placée verticalement sur le front,
puis réunies à l’arrière de la tête par des
ligatures.
n’étaient
Les Polynésiens marchaient toujours
pieds nus, mais quelquefois, quand ils allaient
dans la montagne et surtout pour se déplacer
sur les aspérités coupantes du récif, ils se
servaient de sandales fabriquées avec de
l’écorce à'Hibiscus tiliaceus, ou de la corde.
Tapa, rang et prestige
Dans la maison, le tapa neuf était conservé en
rouleaux. Il suffisait d’en dérouler deux ou
trois mètres, de découper la pièce avec un éclat
de bambou et de tailler une fente au milieu
pour obtenir un tiputa.
étaient réunis
en
Les vêtements usagés
paquets et suspendus aux
poutres de la maison, comme les rouleaux de
tapa.
Même aux îles de la Société, où les diffé-
rences
Aux Marquises, les prêtres et spécialistes
sociales
étaient
qu’ailleurs, les chefs
ne
plus
marquées
s’habillaient
autrement que le
moments de culte. La coiffure était faite d’un
préparation, la qualité, la finesse de l’étoffe et
fragment de feuilles de cocotier : les folioles
différences
•
pas
tuhuka avaient un costume particulier qu’ils
mettaient dans la vie ordinaire, en dehors des
•
reste de la population. Les
visibles
tenaient
surtout
à
la
à son abondance.
Visière en vannerie
(taumata) des îles
de la Société.
Diadème en folioles de
cocotier, porté par les
prêtres aux îles
Marquises.
Longue ceinture en
fibres tressées et maro
en
tapa, Tuamotu.
Poncho des Iles de la
Société. Ce grand tiputa,
fait d'une double
épaisseur de tapa, est
resté très soupie. Il est
décoré par des
impressions de fleurs et
de fougères. Il mesure
147,3 cm sur 132 cm.
Au-dessus :
Détail du tiputa.
82
<
LE CORPS, LE VÊTEMENT ET LA PARURE
La parure aux îles
Marquises
Parures pour la fête
Comme à Tahiti, les Marquisiens, surtout les
femmes, faisaient grand usage des végétaux,
fleurs et feuillages, dont plusieurs espèces
étaient utilisées dans la parure. Les autres
ornements
étaient l’œuvre des maîtresartisans tuhuna ou tuhuka qui se spéciali¬
Ta’avaha : grand
diadème de chef ou de
saient dans la fabrication d’un modèle.
En marquisien, le mot pa’e désignait ce
qui était porté sur la tête et le terme se retrouve
en composition dans le nom de plusieurs
Un chef deTahuata avec
ses
ornements, îles
Marquises. Deuxième
voyage de Cook, 1777.
ornements. Le bandeau uhikana est ancien.
guerrier, en longues
pluVn'es de coq noires,
orné de plumes
blanches de phaëton.
Recueilli en 1850.
Le disque frontal en nacre est généralement
plaque en écaille de tortue
découpée à jours de motifs non
figuratifs, rappelant ceux des tatouages, ou de
figures de tiki. Par-dessus ce décor se trouve
encore un petit disque de nacre. Cet ornement
de guerrier était particulier au groupe sudest
de même que la couronne pa’e kea
(appelée pa’e kaha au nord), qui, à notre avis,
recouvert d’une
finement
,
est une variante locale ou tardive du uhikana.
Elle présente la
même bande tissée, mais les
disques de nacre qui la recouvrent sont petits
et
nombreux,
avec
un
décor
en
écaille
simplifié. Aux extrémités se trouvent les
mêmes motifs rapportés que sur le bandeau
uhikana.
La plus intéressante de toutes les parures
de tête, la plus rare aussi est le pa’e ku’a. Parti¬
elle était
extrêmement précieuse à cause de sa fragilité
et de la difficulté de trouver les plumes qui
ornaient sa partie frontale. Elle était réservée
aux chefs les plus importants : hakaikinui.
Le grand et noir ta’avaha est le plus
connu et le plus spectaculaire de tous les
ornements
portés sur la tête. Pour le
fabriquer, il fallait à peu près 500 plumes et on
n’en prenait que deux environ par coq, celles
de la queue, les plus longues qui mesurent plus
de 60 centimètres. Les plumes sont disposées
en
deux
grandes nappes et viennent
s’implanter par leur base dans une double
armature
semi-circulaire assez rigide,
culière
au
groupe
entourée d’une ligature.
Le heiku’a était
un
nord
,
autre
diadème
été fabriquée pour la vente, avec adjonction de
perles de verre, jusque vers la fin du XIX®
siècle.
forme de
plumets
étaient attachés sur la tête, surtout pour les
danseurs, hommes et femmes, mais toujours
en accompagnement d’un diadème, sur lequel,
par leur couleur plus claire, ils faisaient un
effet de contraste : barbes blanches ou jaunes
de vieillards, pavahina, disposées en une
cinquantaine de petits faisceaux surliés et
réunis à la base ; longues plumes blanehes du
en
fragiles et ceux qui ont
conservé toutes leurs
plumes sont
exceptionnels. Celui-ci
a
été recueilli en 1884.
L = 42 cm.
Pavahina : plumet
Elle est bien connue, car elle n’est pas rare et a
ornements
plumes rouges, trop
rares, ont été
remplacées par du tissu
rouge importé. Ces
ornements sont très
en
en
plumes de coq, rouges, oranges avec parfois
des reflets verts, plus courtes puisqu’elles
provenaient des rémiges et de la poitrine.
La couronne peue ei ou peue ko’i’o était
une parure féminine fabriquée surtout à Ua
Pou, l’île où l’on pêche encore les dauphins.
Des
Pa’e ku’a : diadème d'un
chef de haut rang. Il est
décoré de plumes
vertes. Au centre, les
poils de barbe
de vieillard. Détail
des tresses et
des surliures de fixation.
Pa’e kea : diadème en
écaille de tortue,
recueilli à Nuku Hiva.
Circonférence = 42 cm.
Pa’e kea : détail des f/frf
sculptés sur une des six
plaques en écaille de
tortue. Hauteur de la
plaque = 6 cm.
Peue kavl’l : ornement
de plumes en forme
de croissant porté
par paire au-dessus
des tempes.
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
*
toake (phaëton) que l’on conservait précieu¬
sement en les enfermant dans de longs tubes
de bambou. Dans certaines circonstances, en
particulier
en
signe de préparation d’une
vengeance, les guerriers se rasaient la tête, ne
gardant qu’une longue mèche de cheveux,
qu’ils faisaient passer dans un cylindre d’os
humain sculpté. Ces ivipo’o étaient décorés de
simples cannelures parallèles, ou de la face et
du dos d’un tiki.
O
A l’âge de 7 ans environ, garçons et filles
devaient se faire percer les lobes des oreilles
par un expert tuhuka qui utilisait comme
instrument une sorte de poinçon en os ou en
écaille de tortue. L’objet était généralement
décoré d’une petite sculpture de tiki. A la fin
du XVIID et
au
début du XIX*^ siècle, les
Marquisiens rencontrés par les Européens
portaient de “grandes oreilles factices”
sculptées dans du bois de fau (Hibiscus
tiliaceus) ou de jeune banyan et blanchies avec
du coquillage pulvérisé. Plus tard, ils purent
obtenir facilement des dents de cachalots par
échanges avec les baleiniers.L’ornement
traditionnel, avec son large disque au bord
cannelé et à l’éperon souvent sculpté d’un petit
tiki, devint beaucoup moins rare. Ces
ornements qui pouvaient être très volumineux
et très lourds, étaient surtout portés par les
des
hommes. Ils se nommaient ha’akai. Des objets
plus petits, mais toujours d’une seule pièce,
étaient façonnés dans de l’ivoire, mais aussi du
coquillage ou des dents de cochons. Les
femmes utilisaient surtout les ornements en
deux parties (pu taiana). Les uuhe étaient des
pendants d’oreilles exclusivement féminins ;
une
plaquette d’écaille de tortue était
recourbée en forme de S et on y attachait
quelques dents de dauphins.
'
..4-"
A gauche :
Ivl po'o ; cylindre d’os
sculpté en forme de tlkl.
•
Peue et : couronne en
dents de dauphin,
Avers et revers.
Takiel ; collier de
quatorze pendentifs en
coquillage Imitant les
ornements en dents de
cachalot. Le plus long
mesure
9,8 cm.
Ouoho : ornements en
cheveux pour les bras ou
les chevilles.
•
Colliers et autres ornements
Les colliers hei pouvaient être constitués de
toutes
comme
de matériaux, soit naturels
les ornements végétaux, soit polis ou
sortes
sculptés, comme le corail, les coquillages, la
nacre, les dents, l’os. Mais l’ornement le plus
précieux, le plus recherché, restait la dent de
cachalot, portée plutôt isolément, en pendentif,
qu’en collier, précisément à cause de sa rareté.
Les Marquisiens donnaient une telle valeur à
ces takiei qu’ils en façonnaient des imitations
dans une matière très dure à travailler comme
la lèvre des coquillages Cypraeacassis rufus ou
plus rarement celle des Porcelaines.
Les tatouages des mains étaient des
ornements suffisants mais, pour danser, les
femmes mettaient des bagues de fibres de coco
qui maintenaient quatre ou cinq longues
plumes de phaëton.
Les ornements
en
cheveux montés
sur
de grosses tresses de bourre de coco étaient
aussi des parures pour les danseurs et les
danseuses.
Putalana : ornement
d’oreille féminin en os et
coquillage. De toute
beauté par la finesse des
motifs sculptés (des tiki
attablés et face à face),
ce putaiana, recueilli par
l’amiral Abel DupetitThouars en 1843, est
parmi les plus beaux
(env. 4 cm).
84
Ha'akaI ; ornement
d’oreille masculin
sculpté dans une dent
de cachalot. Il est décoré
de deux tiki en relief,
dont un a la tête cassée,
et d’un motif marquisien
t
LE CORPS, LE VÊTEMENT ET LA PARURE
Ornements des îles
de la Société
et des archipels
voisins
Pièces de tapa et
ornements (taumi)
offerts par une jeune
Tahitienne. Dessin
de John Webber,
troisième voyage
de Cook.
Les ornements anciens provenant des îles
de la Société
ou
même des Australes sont
beaucoup moins connus que ceux des îles
Marquises, car on a cessé beaucoup plus tôt de
les fabriquer et de les porter.
Des fragments de nacre aux formes
variées et aux bords artistement découpés, des
baies de couleurs vives, des graines diverses,
mais particulièrement celles du pitipiti’o
(Abrus precatorius) formaient d’élégants
pendants d’oreilles.
C’est surtout au moment des cérémonies
fêtes, ou à la guerre que les Tahitiens
montraient leurs plus beaux ornements. Les
et des
danseuses étaient
leurs
particulièrement fières de
remarquables couronnes : les ta’amu
étaient faits d’une seule et interminable tresse
de
cheveux, à peine plus
ordinaire.
grosse
qu’un fil
Taumi : ornement
pectoral décoré de
nacre, plumes, dents de
requins, poils de chien,
porté aux îles de la
Société par les
guerriers.
Le taumi est resté un peu moins rare que
la plupart des ornements tahitiens d’autrefois.
large hausse-col, de contour semielliptique, comporte un épais support en
vannerie : une armature rigide faite de
baguettes entrecroisées maintient plusieurs
Ce
séries de treillis assez serrés, tressés avec des
fibres de bourre de coco. Sur la partie visible
de l’ornement, des touffes de plumes noires ou
de l’oiseau frégate ou de
pigeons sauvages, alternent avec des rangées
de dents de requins, percées et maintenues par
des ligatures sur un lien souple. Des disques de
nacre, encadrés de plumes, ornent les bords
supérieurs de l’objet, dont le pourtour est
rehaussé de longs poils de chien blancs. Cet
ornement peut être observé sur plusieurs
gravures anciennes représentant des pirogues
de guerre. Il était considéré par les anciens
auteurs comme un objet de parade, mais aussi
comme une sorte d’armure
pour se protéger
des jets de pierre. Il en était peut-être de même
pour la haute coiffure appelée fau. Joseph
Banks décrit ainsi cet objet qu’il a pu
vertes, provenant
apercevoir à Raiatea, alors que le maître de
maison improvise une danse en l’honneur de
ses visiteurs européens ; “il mit sur sa tête un
grand panier cylindrique d’environ 120 cm de
long sur 20 cm de large. Sur la partie
antérieure était fixé un revêtement de plumes
dont le sommet se recourbait vers l’avant et
qui était bordé, tout autour, de dents de
requins et de longues plumes de phaëtons”.
Aux îles Australes,
les habitants fabri¬
quaient aussi de grandes parures d’apparat
pour la fête. Dans son énumération des
ornements polynésiens, Joseph Banks raconte
que
les hommes portaient des plumes
provenant surtout de la queue des phaëtons et
qu’ils les piquaient toutes droites dans leurs
cheveux. “Ils ont aussi une sorte de perruque
faite à partir d’une corde en cheveux, en poils
de chiens ou en tresses de bourre de coco qu’ils
attachent sous leur chevelure, derrière la tête”.
Cette description correspond assez bien à une
Diadème de plumes,
Rurutu (îles Australes).
Sur un bonnet en fibres
de bourre de coco, est
construit un support sur
lequel sont fixées des
plumes de perruche et
de coq. H = 40 cm.
Chef de guerre aux Iles
de la Société, portant les
ornements appelés fau
et taumi. Gravure
d’après
Sydney Parkinson,
premier voyage de
Cook.
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
coiffure
imposante et compliquée, qui était
fabriquée à Rurutu et dont il reste malheureu¬
sement très peu d’exemplaires.
Il existe une magnifique “coiffure d’ap¬
parat en forme d’éventail”, provenant de l’île
frégates ou d’autres oiseaux de mer. Il semble,
d’après Peter Buck, que les plumes de ces
grands diadèmes étaient disposées horizon¬
lement conservée à
n’a été conservé.
de Raivavae et datant du XVIIP siècle, actuel¬
Cinquantenaire.
Bruxelles, au Musée du
A Tubuai, les chefs, hommes et femmes,
portaient un grand pendentif façonné dans
une coquille d’huître perlière. Ce beau bijou
de nacre polie et irisée, était percé et attaché à
un
collier fait de très nombreuses tresses de
cheveux, d’une finesse remarquable, qui se
terminaient
une
boucle artistement
travaillée assurant la fermeture. A Rurutu,
une
par
cordelette entourée d’une fine tresse de
cheveux servait de collier. On y suspendait en
alternance quelques ornements sculptés dans
talement comme sur les couronnes de l’île de
Pâques, mais il est impossible de le savoir avec
certitude, car aucun exemplaire de ces objets
British Muséum, les coiffures ornementales
aussi des colliers avec des fragments de nacre
provenant de l’île de Anaa, les plumes de
nombreuses
présentaient quelques analogies
avec celles
des Australes. Sur cette seule parure de tête,
phaëtons se dressent verticalement au-dessus
d’une couronne formée de bouquets de
plumés noires provenant de l’oiseau frégate.
Des
touffes
ou
des
tresses
de
cheveux
stylisée un animal, très probablement un
un tabouret et un motif sexuel
masculin, ces pendentifs tendant visiblement à
symboliser la richesse, le prestige et la virilité.
Mangareva, les diadèmes étaient en
feuilles de cocotier ou de pandanus. On faisait
aussi des parures pour la tête, en plumes de
Grand pendentif
de nacre travaillée lié
à une partie de collier
en cheveux tressés.
Depuis les îles
Marquises jusqu’auxîles
Cook et aux Australes,
des pendentifs en nacre
étaient portés par
les chefs. A part ceux
des îles Australes,
qui sont bien connus,
il est souvent difficile
de leur donner
une attribution précise.
D'après le catalogue de
S. Phelps,
cet exemplaire serait
des îles de la Société.
Collier de chef, Rurutu
(îles Australes). Il est
formé de pendentifs
sculptés dans de l’os et
de l’ivoire de cachalot. Il
a été recueilli entre 1821
et 1824 par
George Bennet de la
L.M.S. L = 44,5 cm.
86
Les femmes avaient les oreilles
Tuamotu utilisaient des dents de cachalots
cochon,
A
Australes.
percées et portaient, enfoncées dans le lobe,
des plumes de frégates réunies en petits
bouquets ou bien quelques feuilles de fougères
parfumées.
Comme à Mangareva, les habitants des
Tuamotu, d’après les descriptions
Aux
anciennes et une pièce unique qui se trouve au
de l’ivoire de cachalot, représentant de façon
assez
décolorés formant des sortes de perruques
étaient portées derrière la tête comme aux îles
Coiffure d’apparat en
forme d’éventail,
Raivavae (îles
Australes). Elle est
décorée avec de la
des plumes de
perruche, de canard, de
coq. Les coiffures en
plumes des Australes
nacre,
sont très rares et cet
exemplaire paraît être
une pièce unique.
H = 60 cm. L = 130 cm.
Collier de nacre.
28 petites nacres
entières, de couleur
dorée, à bords dentelés,
sont attachées à
une tresse en cheveux et
fibres végétales :
bourre de coco ou
racines de pandanus.
La provenance de
cet objet n’est pas
en
connue avec
précision,
mais il a probablement
été fait aux Tuamotu.
L = 30,5 cm.
qu’ils portaient en pendentifs. Ils fabriquaient
coquillages percés et découpés, ou en
enfilant sur une cordelette de fibres de coco de
et de
dents
de
petits
mammifères
marins. Mais les plus beaux ornements étaient
avec cinq à dix pièces de nacre dorées
soigneusement polies et percées, puis fixées à
faits
un
collier de cheveux tressés.
LE CORPS, LE VÊTEMENT ET LA PARURE
Rang et prestige
Les emblèmes du pouvoir aux îles
de la Société
Dès ses premiers passages à Tahiti, en 1769 et
1774, le capitaine Cook avait observé que la
société tahitienne était très hiérarchisée, y
^
compris dans ses structures politiques, et
qu’elle devait être divisée en classes. Ne
comprenant pas très bien la nature de ces
distinctions, il assimilait le mode de gouverne¬
ment
,
*
des Ma’ohi à un système féodal, allant
jusqu’à désigner du nom de “Roi”, celui qui lui
paraissait être, parmi tous les chefs, le plus
puissant et le plus titré. Mais il remarquait en
même temps que, vus par des étrangers, les
signes qui distinguaient le “Roi” de ses sujets
étaient bien peu apparents. 11 fallait être très
attentif pour s’apercevoir que ce personnage
vêtu à peu près comme tout le monde et
capable de se livrer à des activités très
ordinaires, comme de tenir une pagaie pour
faire avancer une pirogue, était aussi obéi de
tous et recevait des marques de respect qui
pour être discrètes n’en étaient pas moins
réelles. Il est vrai qu’en Polynésie orientale, le
rang et la richesse se sont peu manifestés par
des marques extérieures véritablement osten¬
tatoires. Ayant rarement eu à s’imposer
devant des étrangers, à cause de leur
isolement, les Polynésiens se contentaient le
plus souvent, pour indiquer le sommet de la
hiérarchie sociale et le prestige, de signes
discrets compris de tous ceux qui partageaient
la même culture. Certaines propriétés associées au rang et au caractère sacré d’un ari’i,
comme par exemple sa généalogie, étaient
même gardées secrètes dans la crainte des
spoliations ou d’une usurpation par un groupe
adverse.
La demeure des chefs principaux n’était
pas un palais somptueux, visible de loin. Elle
composait seulement de maisons plus
plus grandes et mieux
construites. Son lieu d’implantation était déjà
une indication, car tout chef possédait au
moins une pointe de terre, une montagne, un
se
nombreuses,
lieu de
réunion,
un
marae.
Des poteaux
sculptés marquaient les limites de ses
propriétés. Des sculptures semblables, un abri
plus élaboré distinguaient ses pirogues.
Les ari’i passaient pour avoir une plus
haute stature, un teint plus clair et une grande
force physique, ces caractéristiques étant liées
à
leur
mode
de
vie.
Ils
s’adonnaient
de
préférence à certains sports, d’autres comme
le tir à Tare leur étant exclusivement réservés.
Tous leurs privilèges ne se traduisaient pas par
signes visibles et concrets. Les chefs
plus que d’autres doués d’une puis¬
sance et d’une ascendance personnelles dues à
leur naissance. A cette qualité intrinsèque
venaient s’ajouter la force et l’importance
données
par
le pouvoir et l’influence
politique. L’ensemble constituait leur mana.
Non seulement la tête d’un chef était plus
sacrée que toutes les autres, mais toute sa
personne était tapu et rendait tapu tout ce
qu’elle touchait y compris le sol qu’elle foulait.
Pour que ces interdits très forts et très contrai¬
gnants ne nuisent pas au reste de la
population, les chefs tahitiens se déplaçaient à
des
étaient
ils devaient paraître en
public hors du territoire sacré qui leur était
réservé. Chaque ari’i héritait d’un titre qu’il
portait en plus de son nom personnel : pour
s’adresser à lui ou parler de lui, il fallait utiliser
des termes spéciaux. Un vocabulaire particu¬
lier distinguait sa personne, ses biens et les
principaux événements de son existence.
Quand un chef de haut rang mourait on ne
disait pas “Uapohe”, il est mort, comme pour
une personne ordinaire ; il fallait dire “Ua
dos d’homme quand
mate te ari’i’’.
Parmi tous les
privilèges dont bénéfi¬
ciaient les chefs en vertu de leurs droits hérédi¬
taires et de leur généalogie qui remontait par¬
fois jusqu’aux
dieux, la ceinture de plumes
appelée maro ’ura était l’emblème le plus pres¬
tigieux. Il symbolisait la suprématie par la
naissance et le pouvoir, d’une famille et d’un
individu. 11 était réservé à la branche aînée et
seul le
premier-né (matahiapo), descendant
lui-même des “têtes” de famille, c’est-à-dire les
aînés de père en fils, avait le droit de le porter.
Le
jeune ari’i en était revêtu pendant un
moment au cours de ,1a
cérémonie d’inves¬
titure, le jour où il succédait officiellement
à son père. Le reste du temps, le maro ’ura
était soigneusement conservé dans la maison
marae familial et s’il apparaissait
parfois au cours d’une cérémonie religieuse,
c’était toujours protégé par son enveloppe en
tapa. Aucun maro ’ura n’a été conservé.
sacrée du
Tocc^ion d’examiner le maro ’ura
(Pômare) au grand marae d’Atahuru,
Le vêtement mesurait dans les quatre mètres
de long pour une largeur d’environ trente-cinq
centimètres. Il était composé de plumes
rouge's, provenant de l’oiseau appelé ’a’a
(Cyanoramphus zealandicus). Une partie de
ces plumes étaient doublement sacrées pour
avoir été prélevées sur les représentations
symboliques du dieu ’Oro. Les plumes jaunes
de pigeons (Ptilinopus purpuratus
purpuratus) étaient les plus nombreuses. Une
des extrémités du maro était terminée par huit
franges bordées de plumes noires ayant
Cook eut
de Tu
chacune la forme et la taille d’un fer à cheval.
L’autre côté était séparé en deux parties
d’inégales longueurs. Entre les deux, les
plumes étaient disposées en deux rangées de
compartiments carrés formant des motifs
décoratifs.
Manche de chassemouches en ivoire de
cachalot travaillé. Il fut
donné par Tu
de la famille des Pômare,
sont devenues illisibles.
Les parties ajourées
révérend
Thomas Haweis,
directeur de la London
superposés des
sculptures de pirogues.
Les larges perforations
étaient prévues,
probablement, pour
recevoir des reliques
(cheveux) ou des
plumes. L'objet,
(Pômare II) en 1818 au
Missionary Society. Les
missionnaires reçurent
plusieurs de ces curieux
objets qui se trouvent
maintenant dans des
musées ou des
coilections privées.
L'ivoire de cachaiot était
particuiièrement rare, et
ii n’est pas étonnant que
les chefs de rang élevé
aient fait sculpter dans
cette matière leurs plus
précieux objets de
prestige. Les sculptures
très symboliques, se
référant probablement
aux mythes de fondation
rappellent les
personnages
vraisemblablement
transmis de génération
en
génération, avec son
propre, paraît très
nom
usé, certaines sections
l’étant plus que d'autres.
Les segments raccordés
par des ligatures en
bourre de coco
correspondent chacun à
une longueur de dent de
cachalot. H = 29,8f m.
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
Le maro ’ura était normalement transmis
héritage à un descendant direct ou un
enfant adoptif, mais pouvait aussi être l’enjeu
de rivalités féroces. Il arrivait qu’à la suite d’un
vol ou d’un conflit armé, il change de mains,
de famille, de marae. Les ari’i possédaient
d’autres insignes de prestige héréditaires, mais
ceux-ci n’avaient pas
la même valeur
emblématique et rituelle que le maro ’ura. Un
chef pouvait avoir un appui-tête et un
tabouret à quatre pieds que des serviteurs
transportaient dans tous ses déplacements. Il
avait toujours avec lui sa lance en bois de fer.
D’autres
objets lui appartenaient
par
exclusivement ou étaient réservés à sa famille :
tables à piler, plats de bois, éventails, chasse-
mouches, filets de pêche. Chacun de ces objets
avait un nom propre qui était conservé par la
tradition et que l’on retrouve parfois dans des
récits historiques transmis oralement.
Les insignes des chefs
réservés aux chefs, hommes ou femmes. Les
prêtres
dans les autres archipels
habitants
Les
réputation
des
îles
Australes
ont
la
méritée
d’avoir été d’habiles
artisans et d’excellents sculpteurs. Les plus
beaux objets, les mieux sculptés, apparte¬
naient aux chefs et ils étaient l’équivalent
des insignes réservés aux rangs les plus élevés
dans les autres archipels.
Parmi ces marques de prestige on peut
les
grandes coiffures en plumes
noter
d’oiseaux rares, ainsi que plusieurs catégories
portaient
les
aussi
pendant
les
cérémonies
ou
les fêtes. La vannerie de ces
était
en
feuilles de
tahi’i
cocotier
ou
de
pandanus, parfois blanchie avec de l’argile.
Le tokotoko pio’a^_ le bâton de chef des
Marquisiens, hommes et femmes, est un long
bâton cylindrique en bois de fer présentant
parfois des sculptures en forme de tiki. Le
sommet du bâton est décoré d’une épaisse
touffe de cheveux et d’une enveloppe de
vannerie finement tressée.
d’objets ornés de sculptures : les longs bâtons
à poignée sculptée ; les rince-doigts, les coupes
à kava et les plats ; les chasse-mouches à
manche sculpté. Les fameuses pagaies de l’île
de
Raivavae connues par la tradition
historique et muséologique comme
“cérémonielles”
ou
“rituelles” posent encore
problème : s’agissait-il véritablement d’un
objet utilisé au cours de cérémonies religieuses
ou d’un insigne de prestige dont le caractère
sacré provenait de son appartenance à un chef
important ?
A Mangareva, d’après Peter Buck - Te
Rangi Hiroa, les nobles avaient le pouvoir, la
terre, les meilleures maisons, des gens
dépendant d’eux, et une source. Dans la
un
maison du chef se trouvait un banc de pierre,
rang. Ses autres attributs
étaient la coiffure de plumes, un pagne
d’écorce battue fami tupunu), un pendentif en
symbole de son
ivoire de cachalot et le bâton de chef en bois de
miro bien poli.
Aux îles Marquises, le pouvoir des chefs
Tabouret de chef,
Napuka (Tuamotu). Ces
tabourets en bols, à
quatre pieds, étalent
utilisés pendant les
cérémonies religieuses
au marae. Il est souvent
difficile de distinguer
parmi les objets
précieux, ceux qui
étaient réservés aux
chefs comme insignes
de prestige et ceux qui
avaient des fonctions
cérémonielies et étaient
employés au marae. Il
est possiblequecertains
objets aient eu cette
double fonction.
L = 59,5 cm.
était reconnu, mais l’ensemble des structures
’A’a (Cyanoramphus
zealandicus). C'est sur
cette belle perruche de
grande taille, dont
l'espèce s’est éteinte
avant 1850, qu’étalent
prélevées les plumes
rouge si rares et si
précieuses pour les
Polynésiens du
XVIIP siècle. Une forme
voisine existait à Raiatea
( Cyanoramphus
ulielanus). La perruche
de Rimatara, aux îles
Australes, actuellement
très protégée, a pu
subsister jusqu’à nos
jours.
Le célèbre maro ’ura,
ceinture de plumes
rouges, était l’insigne de
dignité religieuse,
politique et sociale des
chefs suprêmes des îles
de la Société. Dessin de
William Bligh. capitaine
de la Bounty, en 1789.
Ci-contre :
L’extrémité proximale
de ce bâton de chef
est décorée de touffes
de cheveux et
d'une enveloppe
finement tressée
en fibres de bourre
de coco, avec des motifs
stylisés noirs sur
fond clair.
A droite :
Bâton de chef des Iles
Marquises. Détail
des sculptures en forme
de tiki.
88
sociales était moins hiérarehisé qu’aux îles de
la Société. Etre chef, ou haka’iki, avait une
double implication ; la première relative à la
fonction, la deuxième, à la naissance. D’après
E.S.C. Handy, le terme s’appliquait tout
d’abord à un homme qui par sa naissance, sa
richesse
ou
son
influence ou par la
combinaison des trois, était considéré comme
la
principale autorité en matière tribale ; il
était à la fois le propriétaire des biens de la
tribu et le principal dirigeant de ses activités.
En second lieu, haka’iki désignait le fils aîné.
Sa personne était tapu ou sacrée et des rites
spéciaux étaient pratiqués durant sa vie et
après sa mort.
Parmi les biens de famille transmis par
héritage, les éventails à manche sculpté étaient
des ornements et des insignes de prestige
Éventail (tahi’i), îles
Marquises. Le manche,
sculpté en toa
(Casuarina
equisetifoiia), est
prolongé par une pointe
invisible sur laquelle
est fixée la vannerie.
Les éventails
appartenaient aux chefs,
hommes.et femmes,
ainsi qu’aux prêtres qui
les utilisaient pendant
les cérémonies
religieuses. C'étaient
des biens de familles,
transmis de génération
en
génération.
Herminette de
cérémonie, Tatakoto
(Tuamotu). Cette
herminette ou toki,
antérieure à 1875, a été
façonnée dans une valve
de Tridacne. Elle est
fixée au manche coudé
par une ligature en fibres
de bourre de coco
tressées. L’extrémité
proximale du manche
est entourée d’une fine
tresse en cheveux. Les
herminettes
cérémonielles des
Tuamotu sont
extrêmement rares.
H = 43 cm.
6 Les arts
Il est difficile
aujourd’huidudetout
savoir
comment
anciens Ma’ohi concevaient
leurs
mais
certain
qu’ils les voyaient,
le faisons
il n’est pas
y
comme nous
maintenant, des aspects distincts de leurs activités, bien séparés des autres fonctions
de la vie sociale. Même en regroupant sous un seul titre des créations aussi variées
que
arts,
celles que les classifications modernes distinguent comme art religieux et
sculpture,
arts décoratifs et artisanat, littérature orale, musique, danse et art
dramatique, on ne
peut donner qu’une idée très approximative de ce que représentait l’art dans les
sociétés anciennes. Malgré l’abondance des catalogues d’expositions et des ouvrages
consacrés à l’art océanien, les oeuvres polynésiennes traditionnelles sont encore très
mal connues. Les études qui leur sont consacrées sont surtout le reflet des
conceptions occidentales sur l’art : sans parler de leur ignorance de la culture ellemême, elles n’ont pas encore su atteindre un point de vue suffisamment universel pour
pouvoir, au moins, englober aussi les idées polynésiennes sur la question. Les œuvres
d’art polynésiennes ont une valeur esthétique indéniable qui leur est maintenant
pleinement reconnue. Mais on ne pourra vraiment les comprendre, en saisir toute
l’importance et toutes les subtilités, que si on tente, autant que faire se peut, de les
replacer dans le contexte des sociétés anciennes qui les ont créées. L’art a été, dans la
réalité, inséparable d’un ensemble de mythes, de rites religieux, d’actes importants de
la vie sociale, de conceptions liées à la naissance et au prestige, plus probablement
que de banalités associées à la vie quotidienne de tous. C’est en fonction de ces
nécessités sociales et religieuses qu’il a été conçu, puis qu’il s’est perpétué et
dévéloppé.
Art, artistes et société
La découverte de l’art polynésien
“Si
on considère les outils dont ces
gens se
servent, on ne peut s’empêcher d’admirer la
qualité de leur travail”, écrivait le capitaine
Cook, lors de son premier voyage à Tahiti en
1769. Les premiers navigateurs européens ont
admiré l’habileté des artisans tahitiens qui
Utilisaient des outils de pierre, d’os ou de
coquillage, mais ils n’ont pas su comprendre la
valeur et le sens de leur art et encore moins
sculptés surmontés de représentations
d’oiseaux
nous
en
aux ailes étendues”. Ces auteurs
disent juste assez pour nous faire
l’importance des œuvres disparues.
planches sculptées de motifs non
figuratifs, les unu, bien visibles sur les illustra¬
mesurer
Car de ces
tions anciennes montrant des marae, aucune
n’est parvenue Jusqu’à nous. Les navigateurs
tout
de même rapporté en Europe
quelques-uns de ces objets qu’ils trouvaient
bien faits, mais pas très beaux. Heureusement,
car nous pouvons maintenant
apprécier les
qualités remarquables de ces pièces datant du
XVIIU siècle et Juger d’un art dans toute la
pureté de ses formes, avant que les outils de
métal l’aient rendu plus compliqué et plus
chargé.
ont
nous
l’expliquer. Un des compagnons du
capitaine Cook, le naturaliste Joseph Banks
trouve, lui, que leurs sculptures ne méritent
pas qu’on en parle. Pourtant, il note que les
habitants des îles de la Société aiment les
sculptures : ils en décorent la proue et la poupe
pirogues. Leurs marae aussi sont
“ornés de différentes sortes de figures, l’une
d’entre elles représentant plusieurs hommes
de leurs
debout
les
uns
sur
les
autres”.
James
Morrison, quelque vingt ans plus tard, décrit
un "marae mobile”, une sorte de boîte sur
laquelle “se trouvent plusieurs
ornements
Double sculpture des
Iles de la Société. Ces
personnages qui se
tournent le dos sont d'un
style très tahitien. Ils
dominent des motifs
stylisés qui, à l'origine,
devaient être plus
nombreux et répétitifs,
symbolisant des
générations de chefs.
Ils faisaient
probablement partie
d'un ensemble plus
important, comme une
pirogue.
A gauche :
Pirogue double ornée de
sculptures, détail d'une
vue
générale de la baie
de Matavai peinte par
W. Hodges. On aperçoit
aussi à la poupe de la
pirogue un grand panier
sphérique.
Doubles personnages
superposés et très
stylisés symbolisant des
générations de chefs.
Cette sculpture,
dessinée par J.F. Miller,
devait faire partie d'un
ensemble plus
important, très
probablement une
pirogue.
89
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
11 a fallu attendre le XX= siècle pour que des
artistes français, comme les cubistes, puis les
surréalistes, s’intéressent aux arts africains et
océaniens et se mettent à collectionner des
œuvres d’art polynésiennes leur attribuant
ainsi une grande valeur esthétique, mais aussi
commerciale. Depuis, les sculptures polyné¬
siennes n’ont cessé d’acquérir du prix et
comptent parmi les plus chères du monde sur
le marché de l’art. Les Polynésiens peuvent en
tirer une légitime fierté, mais cette incidence
qui leur est étrangère représente un sérieux
obstacle aux efforts qu’ils peuvent faire,
maintenant, pour récupérer leur patrimoine
artistique.
Qu’est-ce que l’art polynésien ?
Cette admiration pour l’art polynésien a le
mérite de mieux le faire connaître, mais elle ne
répond pas pour autant à toutes les questions.
Une erreur encore trop répandue parmi ceux
qui le mettent en valeur est de faire des
confusions et de présenter toutes les œuvres
comme également anciennes, quand ce n’est
pas antérieures à l’époque du capitaine Cook,
en laissant croire que le temps s’est arrêté
après l’arrivée des Européens et qu’il n’y a plus
d’évolution. C’est au contraire dans le
domaine de l’art que s’est produite une des
eu
plus grandes révolutions dans la vie des
Polynésiens : d’abord les outils anciens avec
lesquels ils sculptaient ont été très vite
remplacés par des outils en métal. Puis les
croyances et .les idéologies qui soutenaient
l’art traditionnel se sont effondrées. Enfin,
très tôt aussi, notamment pour la musique, les
Polynésiens ont été en contact avec les arts
occidentaux qui n’ont pas manqué de les
influencer. Dès les années 1820, beaucoup
*
d’objets n’étaient plus sculptés que pour
l’échange ou la vente et il a fallu adapter les
techniques et les représentations à la demande
et au goût des étrangers.
Prêtres, savants, artistes
et maîtres artisans
en
Polynésie deux sortes de
qui prenaient une part plus ou
moins
active
à
l’accomplissement des
cérémonies et des rites religieux et que l’on
peut appeler, pour simplifier, des prêtres. 11 est
possible cependant que, surtout aux îles de la
Société, leurs rôles se soient parfois
confondus. 11 y avait d’une part des inspirés,
qui savaient interpréter les messages des dieux
et qui, en se mettant en transe, parlaient un
Il
existait
personnes
moment comme s’ils étaient le dieu lui-même.
Ils s’occupaient aussi des maladies d’origine
surnaturelle. D’autre part, il existait des
prêtres à la fois savants, artistes et artisans,
nommés tahu’a aux îles de la Société. 4C’étaient de bons spécialistes dans une ou
plusieurs techniques et leurs compétences,
reconnues
de tous, faisaient souvent d’eux de
professionnels. Leurs fonctions
pouvaient être uniquement religieuses et ils
agissaient alors comme des prêtres,
organisant les cérémonies dont ils étaient les
principaux officiants. De toutes façons, ils
étaient chargés d’accomplir les rites qui
faisaient partie de leur domaine d’activités,
comme ceux qui précédaient la pêche des
véritables
tortues, la construction d’un marae ou d’une
maison, etc.
Des poteaux, aux
sculptures
anthropomorphes
superposées et plus ou
moins compliquées,
marquaient les limites
des terres appartenant
aux chefs. Aquarelle de
G. Tobin, lieutenant sur
la Providence, faite à
Tahiti en 1792.
A gauche :
Planches découpées et
poteaux sculptés (unu)
plantés dans les pierres
d’un marae à Huahine.
Détail d’une aquarelle de
J. Webber (1777).
Sculpture en bois des
Iles de la Société. Ce
ti'i, aux formes adoucies
obten ues avec des outils
anciens, a été recueilli
du 2ème
voyage du capitaine
Cook (1773-1774) et
faisait partie de la
collection Forster.
au cours
H
90
^
=
30 cm
i
LES ARTS
Respectés et obéis pour leurs connais¬
expérience, les tahu’a dirigeaient
leurs aides pour l’exécution de travaux
importants. Ils étaient chargés, en plus, de
transmettre leur savoir, par l’exemple qu’ils
sances et leur
donnaient, mais aussi en assurant un véritable
enseignement, surtout à ceux qui voulaient, à
leur tour, devenir des lahu’a.
n
Aux îles Marquises, les luhuka ou
tuhuna étaient aussi considérés comme des
maîtres habiles et instruits qui devaient, en
faisant travailler leurs élèves, leur inculquer ce
qu’ils savaient. Plusieurs de ces spécialistes
pouvaient être attachés à un chef pour diriger
des travaux, mais aussi pour former autour de
lui
de conseil de gens
avisés et
expérimentés. Cependant, chaque habitant
une
sorte
pouvait faire appel aux services et aux compé¬
tences d’un tuhuka, en le rémunérant avec de
la nourriture, en particulier des cochons, ou
bien avec du tapa, parfois avec des ornements
ou
d’autres
biens
matériels.
Les
motifs décoratifs” (t. patu
tiki), plus, en ne
quelques catégories d’artistes, des
spécialistes pour la fabrication de chaque type
citant que
d’ornement.
artisans
pouvaient exercer leurs qualités profession¬
nelles dans de nombreuses activités, souvent
très spécialisées. Il existait d’après
Mgr Dordillon, des fabricants de plats àpopoi
(tuhuka ta'ai ko'oka), des sculpteurs,
(t. ha’a tiki), des sculpteurs de manches
d’éventails (t. ketu ke’e tahi’i), et ceux qui
tressaient la vannerie de l’éventail (t. a'aka
tahi’i), des fabricants de bâtons de chefs,
surmontés d’une touffe de cheveux (t. ta’ai
tokotokopio’o), des spécialistes des ligatures
ornementales (t. humu ha’e), des maîtres
tatoueurs, c’est-à-dire “ceux qui frappent les
Parfois l’artiste exposait ses productions
pour attirer la clientèle : ainsi, les tatoueurs
avaient pour enseignes des bambous gravés
des motifs les plus en vogue. L’artisan travail¬
lait aussi sur commande et contre rétribution,
mais
nous
ne
savons
liberté
et
d’innovation
conventions,
à
la
entre
les
existaient
mouches, îles de la
typique, en forme de f/7,
dominait ies chassemouches des îles de la
Société, mais les
exemplaires vraiment
anciens et
caractéristiques sont
rarissimes (voir p. 129).
A droite :
Chasse-mouches des
îles Australes. Aux
Australes, les doubles
sculptures proximales
présentent parfois un
degré de stylisation et de
perfection esthétique
rarement atteint dans
l'art polynésien. Ces
objeis avaient autrefois
valeur importante
emblèmes de
comme
prestige.
Ci-contre :
Bambou gravé ayant
probablement servi de
modèle ou d'enseigne à
En haut au centre :
Objets et instruments
de Polynésie, d'après un
dessin original de
J.L. Le Jeune réalisé lors
de l'expédition de
Duperrey sur la Coquiile
(1823). C'est
probablement la
première fois que les
pagaies sculptées des
îles Australes ont été
illustrées.
Ci-contre :
Le tuhuna Moulpu de
Hanalapa à HIva Oa
(Marquises). La
photographie de ce
maître artisan vêtu de
tapa a été prise à la fin
du siècle dernier par
l'ethnologue allemand
Karl von den Steinen.
A droite ;
Eventail à manche
sculpté, îles Marquises.
Le manche est en bois
de fer (Casuarina) et la
vannerie en feuilles de
pandanus ou de
cocotier. H = 44 cm.
rapport
ou
aux
tout
artistes
et
si
chacun
essayait de se distinguer des autres par son
style.
Société. Une sculpture
#
par
tradition,
dans
de
sa part
simplement, aux modes successives. On
ignore si la compétition et la concurrence
A gauche :
Manche de chasse-
une
pas exactement
quelles conditions, quelle était
un artisan tatoueur. Le
choix des motifs de
tatouages et la finesse
des gravures montrent
qu'il s'agit d’une pièce
ancienne datant de la
première moitié du XIX'
siècle. L
69 cm.
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D'AUTREFOIS
Arts plastiques :
les représentations
Les origines de l’art polynésien
L’art d’un peuple n’a jamais d’origine unique.
Toute manifestation
esthétique a, en partie,
puisées dans un
fond commun de symboles, mais aussi de
savoir-faire, dans lequel chaque société ou
même chaque artiste choisit ses propres repré¬
sentations et sa façon de les figurer. A cette
continuité s’ajoutent les couches d’influences
et d’emprunts successifs, ainsi que la marque
personnelle de l’artiste dans les limites que la
tradition accorde à sa liberté d’expression et
des
sources
très anciennes,
«
stylisés, y sont assez rares et quand ils existent,
ils présentent souvent un anthropomorphisme
à peine voilé. L’art de représenter l’être
humain dans sa totalité s’est développé à une
période assez tardive surtout à partir du IL
millénaire de notre ère et a réalisé son plein
épanouissement dans les sculptures en rondebosse taillées dans le bois et la pierre. Mais
déjà, les poteries du lapita montrent une
tendance marquée à figurer le corps humain
très souvent résumé au seul visage ou à
certains traits de la face.
Choisir, c’est se distinguer
des autres
Comme l’écrit C.
Lévi-Strauss, “l’originalité
de chaque style n’exclut pas les emprunts ; elle
s’explique plutôt par un désir conscient ou
inconscient de s’affirmer différent, de choisir
parmi tous les possibles certains que l’art des
peuples voisins a refusés”. Depuis le début du
peuplement de la Polynésie de l’Est, au début
de notre ère, les archipels ont développé
chacun pour soi, dans un isolement peut-être
1*
de création.
archéologues qui étudient la
de la Polynésie ont révélé
l’existence d’une culture de navigateurs et de
pêcheurs très mobiles, présente dans le centre
du Pacifique entre le IL millénaire avant J.-C.
et le début de notre ère. Cette culture, appelée
lapita, d’après un site de Nouvelle-Calédonie,
est connue surtout par ses poteries décorées.
Beaucoup d’archéologues s’accordent pour
penser qu’elle pourrait être à l’origine des
groupes humains qui occupaient les archipels
des Fidji, Tonga, Samoa et donnèrent
naissance à ceux qu’on appelle aujourd’hui
des Polynésiens. Les tessons de poteries mis
au jour dans les sites à lapiia sont caractérisés
par leurs décors géométriques et, plus
rarement, figuratifs. Des chercheurs comme
Roger Green et Sydney Mead ont mis en
évidence les ressemblances qui existent entre
de nombreux motifs des poteries lapita et des
motifs utilisés à la période historique par
différents groupes polynésiens pour décorer
des surfaces dans l’art du tatouage, de la
fabrication des tapa ou de la sculpture sur
Les
préhistoire
Au-dessus :
Art lapita ancien. Des
tessons de poteries,
provenant de sites lapita
aux îles
Salomon et
datant d’environ un
millénaire avant J.-C.,
ont été mis au jour et
étudiés par
.
Pétrogiyphe. Face de
tlki sculptée sur un
rocher, dans l'île de
Ua Pou aux Marquises.
Roger Green.
On remarquera les
grands yeux formés de
cercles concentriques,
comme
•
le seront
beaucoup plus tard ceux
des tiki des îles
Marquises.
bois. Certains motifs
se retrouvent dans de
nombreux groupes, ce qui témoigne de leur
ancienneté ou tout simplement de leur
caractère universel. Mais déjà, l’art des popu¬
lations lapita montre certaines particularités
l’on reconnaît dans les arts polynésiens
plus tardifs. 11 manifeste d’abord une prédi¬
lection pour les décors non figuratifs, avec des
formes géométriques linéaires.ou angulaires,
simples ou complexes, mais aussi des cercles,
courbes et spirales. Les analyses de décors
incisés sur des tessons de poteries provenant
de régions assez éloignées, mais se rattachant
tous à la culture lapita, montrent qu’avant
notre ère, les ancêtres des Polynésiens actuels
disposaient déjà d’un riche éventail de signes
et de combinaisons de signes pour organiser
des décors sur des surfaces planes ou
convexes. Une autre particularité de cet art
paraît être le petit nombre de motifs intermé¬
diaires entre les figures géométriques et les
formes figuratives : si le processus de
stylisation des formes existe comme ailleurs,
que
Au-dessus :
Des motifs curviiignes,
symbolisant peut-être
des séries de
personnages, décorent
tesson de poterie
ce
lapita, provenantdesîles
Salomon et illustré par
R. Green.
A droite :
Dans l’art des îles
Australes, notamment à
la base de ce tambour,
des sculptures
anthropomorphes
découpées à jour
formeht des frises de
motifs curvilignes.
étapes successives sont rarement assez
lisibles pour permettre une compréhension et
ses
explication sûres des signes abstraits.
l’importance donnée aux
représentations humaines est une caractéris¬
tique essentielle de cette esthétique, par
rapport à d’autres arts de l’ouest du Pacifique
une
Enfin,,
ou
d’ailleurs.
Les
animaux,
réalistes
ou
A gauche :
Motifs typiques sur un
tesson de poterie lapita,
conservé au Musée de
l’Homme, Paris.
«
92
LES ARTS
moins total
qu’on ne le pense aujourd’hui,
formes d’art. Les fouilles
archéologiques ont révélé de nombreux objets
usuels dont certains, comme les hameçons
leurs
propres
d’os et de
nacre,
sont de véritables chefs
d’œuvre par leur finition et la perfection de
leurs formes. Mais elles ont livré peu de
»
sculptures datées, les tiki en place ou enfouis
ayant été le plus souvent trouvés par hasard,
hors de tout contexte archéologique. Malgré
la présence, dans certains sites, d’objets en
bois gorgés d’eau bien conservés, les témoins
des arts décoratifs associés à des supports
comme le bois, le tapa ou la
vannerie, sont très rares. Si on met à part l’art
des pétroglyphes, difficile à dater, il manque
encore
les
chaînons
intermédiaires qui
relieraient les arts archaïques de la période
périssables
lapila aux témoins matériels historiques et
aideraient à
comprendre comment chaque
archipel a opéré ses choix esthétiques. 11 faut,
pour
le moment,
se
borner à examiner et
analyser les résultats de toute une évolution,
sur ces objets fabriqués à la fin du XVllL
siècle ou dans la première moitié du XIX'^, qui
se trouvent
maintenant dans les musées.
Motifs et spécialisations
Certains
motifs
communs
à
tous
décoratifs simples sont
les archipels qui ne se
des autres que par la
organiser sur les surfaces :
lignes parallèles droites, hachures obliques,
lignes parallèles en chevrons ou déterminant
des triangles ; zigzags, ou petits triangles
distinguent les
manière de les
uns
Au-dessus :
Motifs circulaires et
“en étoiles”,
symbolisant
probablement des yeux,
sur un tesson de poterie
lapita des îles Salomon,
illustré par R. Green.
A droite :
Poignée sculptée d’une
pagaie cérémonielle des
îles Australes.
A gauche :
Détail de cette poignée
de pagaie des iles
Australes. Tête humaine
de contour triangulaire
et motifs circulaires
avec indentations.
A gauche :
Détail : double visage
triangulaire sur un
tambour de Raivavae,
aux îles
Australes.
Ci-dessous :
Visage triangulaire sur
un tesson de poterie
lapita de NouvelleCalédonie.
93
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D'AUTREFOIS
«
appelées
Polynésiens “dents de requins”, lignes
croisées donnant des losanges, des carrés etc.
Les représentations humaines les plus simples
existent dans toute la Polynésie, aussi bien en
pétroglyphes que gravés ou sculptés sur des
objets, 11 est commode d’emprunter aux
Marquisiens le mot enata ou enana qui veut
dire “être humain” pour distinguer ce petit
bonhomme aux bras et aux jambes écartés,
dont le tronc se limite le plus souvent à une
ligne simple ou double.
Lorsque la représentation de l’homme
devient plus complexe, l’art décoratifamplifie
formant des indentations souvent
par les
souvent
le visage par rapport au corps qui se
réduit ou devient inexistant. Mais dans l’art
marquisien surtout, n’importe quelle partie du
peut être utilisée ou développée
isolément. Les îles Marquises plus que
d’autres ont privilégié le visage ou les yeux du
corps
liki comme motif décoratif et partagent avec
les îles Cook la particularité de représenter des
yeux
cerclés ou formés de courbes concen¬
L’origine de ce trait typique est
triques.
certainement très ancienne et on trouve dans
toute la Polynésie, en particulier sur des
pétroglyphes, ces grands yeux formés de
plusieurs cercles. Les yeux devaient avoir une
importance mythique ou métaphorique
fondamentale dans toute la Polynésie :
AA
ï
imm
En haut, à gauche :
Représentation d’un
“chef de deuil”. Détail
d'un ensemble de
pétroglyphes dans la
vallée de la Vaiote,
presqu’île de Tautira
(Tahiti).
94
Ci-dessus :
Pétroglyphe des îles de
la Société, représentant
une tortue gravée.
Cette photographie a été
transmise au Musée de
l’Homme par
Van den Broek.
En bas, à gauche :
Le pétroglyphe de
TIpaerui. Double
représentation humaine
sculptée sur un gros
bloc de roche
volcanique, dans une
vallée de Tahiti, proche
de Papeete.
Ci-dessus :
Détails des motifs
gravés sur un carquois
en bambou des îles de la
Société. Dessin relevé
par K.P. et M. Emory.
^
LES ARTS
1
l’homme, lorsqu’il est représenté dans sa plus
simple expression, mais dans une esthétique
déjà élaborée, est souvent symbolisé par ses
yeux. Certains auteurs ont voulu voir dans des
représentations très stylisées, par exemple les
petites têtes humaines entourées de lignes
rayonnantes
qui ornent les casse-tête
marquisiens, des symboles solaires, proba¬
blement par référence à une symbolique
occidentale. 11 est pourtant significatif que ces
symboles, ainsi que les ensembles de cercles
concentriques représentant des yeux, aillent
par paires.
L’art polynésien, dans, ses représentations
figurées,
est
comme
dans
ses
aspects littéraires,
Une autre
essentiellement métaphorique.
de ses constances est de suggérer l’importance
de la succession des générations dans l’idéo¬
logie polynésienne, par des motifs superposés,
plus ou moins stylisés, ou par des figures
entièrement symboliques.
Les îles Australes paraissent être, de tous
les archipels, celui qui a le mieux conservé des
motifs directement comparables à ceux du
lapila,
perpétuant peut-être ainsi une
tradition très ancienne. Elles ont d’abord
choisi dans l’héritage commun la représenta¬
tion triangulaire du visage, si caractéristique,
que l’on retrouve sur des sculptures en ronde-
bosse, mais aussi dans l’art décoratif, par
exemple, à la poignée des pagaies dites
“cérémonielles” ou sur les taquets des
tambours de l’île de Raivavae. Des motifs
curvilignes disposés en “frises” et représentant
des personnages, peut-être des danseuses, se
Ci-dessus :
Motifs répétitifs formés
de cercies
concentriques, avec des
indentations, lis
décorent toute la
surface de la pelle d'une
Art décoratif aux îles de
la Société. Des motifs en
chevrons étaient
souvent sculptés sur les
deux extrémités
rapportées des coffres
bois dans lesquels les
en
pagaie de Raivavae. Ces
motifs sont particuliers
Ma'ohi conservaient
leurs biens précieux :
parties des maisons
cours
îles Australes : ils
étaient aussi sculptés
sur des seuils ou autres
aux
anciennes en bois.
plumes, ceintures,
hameçons, etc. Détail
d'un coffre recueilli au
du 2ème voyage
du capitaine Cook.
main, se retrouvent à tous les
stades de stylisation sur les mêmes objets de
donnant la
Raivavae. Sur le piédestal finement ajouré de
certains tambours, on distingue nettement des
personnages, avec les courbes élégantes des
bras et peut-être desjupes de danse ; ailleurs, il
plus que des motifs curvilignes. Un
qui semble particulier aux îles
Australes et que l’on voit notamment sculpté
sur
des seuils de maisons provenant de
ne
reste
autre
décor
Tubuai, se rattache lui aussi, très probable¬
ment, à la tradition lapita. Ce motif, fait de
cercles concentriques, dont certains sont
rehaussés de petits triangles, se retrouve aussi
sur
les
bagues décoratives des lances
d’apparat, sur la pelle et le manche des pagaies
sculptées et même sur une pièce de tapa. Sur le
bord proximal des coupes à kava ou des
rince-doigts de Raivavae, il est double.
Parfois une paire de ces motifs, très en relief,
comme sur des
pédoncules, mais bien intégrés
dont ils font partie,
manifeste clairement qu’ils représentent des
à
face
la
humaine
yeux.
L’art des Australes est particulièrement
intéressant, car il permet d’observer le
processus de stylisation d’un motif essentiel,
celui des êtres humains superposés, symboli¬
la succession des
générations. Tout au
maison ancienne,
chevron ou encadrement de porte, des
personnages
se
suivent : on distingue
nettement la tête, le dos, ainsi que les bras et
les jambes relevés de chacun d’entre eux. Mais
en regardant l’objet de loin, on ne voit
plus
que des lignes : zigzags, chevrons, triangles,
losanges, croix. Ce sont ces lignes brisées que
le sculpteur s’est contenté de représenter sur
sant
long
d’un
élément
de
autres éléments du même ensemble
trouvé dans un marécage à Tubuai. Ailleurs,
deux
particulier sur les innombrables pagaies
sculptées conservées dans les musées et les
collections privées, les répétitions de croix ou
plutôt de losanges séparés en deux,
n’apparaissent plus que comme de simples
en
motifs décoratifs, dont le sens véritable n’était
peut-être déjà plus compris des artisans du
X1X'= siècle qui les fabriquaient.
A Tahiti, les décors purement géométri¬
sont
beaucoup moins fréquents.
Souvent, ils accompagnent une sculpture en
ques
ronde-bosse. On trouve cependant des séries
de chevrons comme motifs décoratifs, sur des
qui servaient à conserver les objets
précieux ou sur la double bague des grandes
lances-massues. Les représentations figura¬
tives sont surtout gravées dans la pierre : le
fameux pétroglyphe de Tipaerui montre un
personnage (enata) double, très élaboré. Ce
motif est aussi représenté à divers stades de
stylisation sur l’unique carquois décoré qui
soit parvenu jusqu’à nous. K.P. Emory a
montré que des formes qui paraissent plus
mystérieuses, sur ce même carquois, sont des
représentations d’un chef de deuil. C’est très
probablement aussi la partie supérieure du
costume compliqué de ce personnage, avec le
diadème de plumes, le masque de nacre et le
grand hausse-col de bois en forme de croissant
qui est figurée sur des pétroglyphes, en
particulier ceux de la Vaiote. C’est également
sur des pétroglyphes qu’apparaissent surtout
les
représentations animales : tortues,
poissons, requins.
coffres
Pièces de bois sculptées
qui décoraient autrefois
les maisons dé Tubuai,
aux îles Australes.
Sur les deux premiers
éléments qui
représentent le même
objet, les personnages
opposés vus d'abord de
dessus, puis de profil,
sont très stylisés, mais
ils sont sculptés
suffisamment en relief
pour que les têtes, les
bras et les dos soient
nettement distincts.
Su r le troisième élément,
les successions d'êtres
humains se réduisent à
des lignes brisées.
Tuamotu, l’art décoratif était
représenté par les tatouages, qui ne
sont plus pratiqués de nos jours. Les mission¬
naires catholiques ont cependant recueilli à
Napuka une très belle lance de prestige,
décorée de motifs gravés en chevrons ; elle est
Aux
surtout
conservée au Musée de Tahiti et des lies.
95
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
Formes et volumes
Sur
Les œuvres éphémères
rares ornements qui ont résisté au temps
donnent probablement qu’un faible aperçu
Les
ne
l’ingéniosité déployée par les Polynésiens
pour utiliser les ressources de la nature à des
fins artistiques. Fleurs, feuilles, fibres végé¬
tales, plumes, poils de chiens, dents de
cachalots et de requins, cheveux, barbes, etc,
étaient mis à contribution pour réaliser des
décorations, souvent très éphémères, dont
seul le goût actuel des Tahitiens pour les
ornementations végétales peut encore donner
de
une idée.
Aux îles de la Société les maisons, les
plates-formes d’offrandes dans les marae, les
pirogues, étaient souvent décorées avec des
feuilles de cocotier.
Polynésie, les feuilles de
cocotier ou de pandanus tressées ont toujours
eu une très grande importance dans la vie
quotidienne ou rituelle. Les vanneries, petites
nattes pour manger, ou paniers vite faits,
n’avaient souvent qu’une utilisation très
temporaire. Mais les femmes tressaient aussi
avec
grand soin des nattes pour dormir
(moea), de fins vêtements ornés de motifs
divers ou de plumes (varie), ainsi que toutes
sortes de paniers de formes variées présentant
parfois des décors tons sur tons ou blancs et
Dans toute la
une
autre statuette,
bras sont cassés, mais ils étaient, semble-t-il,
peu séparés du corps. Les statues données à
Dumont d’Urville par les missionnaires, en
1838, dont
Muséum de
caractères
bel exemplaire se trouve au
La Rochelle, gardent certains
des
sculptures plus stylisées,
un
jambes droites, un peu
proportions, le modelé
soigneusement étudié du visage et du corps, en
font les sculptures les plus réalistes de l’art
notamment
En Polynésie orientale, les archipels du
îles de la Société et Australes,
la tête arrondie est
séparée du corps par un cou distinct, mais les
traits du visage sont encore sommaires ; seuls
les yeux allongés sont bien visibles. Comme
sur presque toutes les autres sculptures, les
les
écartées. Mais leurs
polynésien.
centre,
présentent quelques points communs dans
leurs manifestations artistiques. Les représen¬
tations humaines y sont dominantes, soit avec
de petites sculptures en ronde-bosse décorant
un objet quotidien ou rituel, soit avec les sta¬
tuettes ou statues de toutes tailles, façonnées
dans le bois ou la pierre. La forme triangulaire
du visage, issue d’une tradition très ancienne
qu’on retrouve sur certaines sculptures
archaïques de la Nouvelle-Zélande, y est
fréquente ; on peut même la considérer
comme une des principales caractéristiques de
l’art tahitien. Une autre particularité, visible
aussi sur les sculptures de Mangareva, est la
Natte tine en Hibiscus.
Ces nattes étaient
utilisées sur les
pirogues.
noirs. Avec les racines de ’ie’ie (Freycinetia)
les hommes tressaient ces grands paniers
ronds
qu’on aperçoit sur les gravures
anciennes, mais qui ne sont plus fabriqués de
nos
Jours.
Dans l’art religieux, des tressages plus ou
pouvaient servir de support
temporaire à une divinité ou la représenter
symboliquement. Ces images, à l’exemple des
to'o, avec leur figuration vaguement humaine,
représentent une étape intermédiaire assez
fréquente dans l’art polynésien entre la
vannerie et la sculpture.
moins élaborés
Les sculptures
rares
différents
témoins
stades
dans
l’élaboration
de
la
figure humaine.
Pour Mangareva, aux îles Gambier, on
ne connaît guère de ces petites sculptures qui
décoraient parfois les objets usuels ou céré¬
moniels, mais, en 1836, les missionnaires des
Sacrés-Cœurs de Picpus envoyèrent à Rome
et à Braine-le-Comte des objets en bois et des
symbolisant des personnages
mythiques, en particulier Tu, divinité princi¬
pale de Mangareva. Le style commun à
l’ensemble de ces objets est tout à fait parti¬
culier aux îles Gambier. Un poteau sculpté
destiné à la présentation des offrandes évoque
déjà, par sa base fourchue, une vague forme
humaine, La sculpture masculine conservée
au
Musée de Saint-Germain-en-Laye,
malheureusement
unique en son genre,
marque une étape dans le réalisme, au moins
statuettes
dans sa moitié inférieure. La face est réduite à
arête verticale séparant deux pans
obliques, le tronc est un cône allongé ; les bras
sont représentés par deux courts cylindres.
une
96
Statue en bois connue
le nom de Rao, une
sous
divinité de Mangareva
(Gambier). Elle est
antérieure à 1836.
H = 105 cm.
Grande sculpture
masculine de
Mangareva, aux îles
Gambier. H = 98,4 (
Ci-dessous :
qui restent montrent une
prédominance des représentations anthropo¬
morphes dans la sculpture. Comme dans l’art
décoratif, il arrive que l’on puisse observer
Les
Ci-contre :
Sculpture en bols
symbolisant des
divinités ancestrales,
peut-être Rogo.
Les missionnaires
catholiques
l'expédièrent de
Mangareva en 1836.
^
LES ARTS
manière de représenter les yeux, comme s’ils
étaient fermés. C’est probablement ce qui
contribue le plus, avec l’absence ou la
discrétion de la bouche, à donner aux visages
expression sereine, presque méditative,
opposition à la violence marquée dans
chaque trait de la plupart des sculptures
une
par
hawaïennes ou maories.
Aux îles de la Société, les manches de
chasse-mouches, parfois celui d’un peigne à
tatouer, sont ornés d’un personnage en rondebosse, dont les traits stylistiques essentiels ne
diffèrent guère de ceux des statuettes en bois
plus grandes dimensions : tête à sommet
très convexe, visage triangulaire aux traits
de
discrets, une main sous le menton, ou les bras.
rarement séparés du corps, appuyés de chaque
côté du ventre. Les jambes, souvent plus
modelées que le reste, sont pliées à angle droit.
Un autre caractère important est un replat
bien marqué dans le dos. Joignant les épaules.
Ces sculptures ou ti’i devaient, pour la
plupart, faire partie d’ensembles plus grands.
Dans
les
temps anciens, des planches
surmontées d’une sculpture étaient plantées
dans le marae. Des poteaux de bois, sculptés
de
nombreux
personnages
superposés,
annonçaient la propriété d’une famille de rang
élevé.
Enfin, les nombreuses gravures
anciennes, représentant des pirogues de
guerre ou de transport, nnontrent que la proue
et la poupe étaient aussi fréquemment ornées
sculptures, comme si les chefs voulaient
que, même en se déplaçant, ils
restaient sur leur propriété. Malheureuse¬
ment, nous ne savons rien de la signification
véritable de ces ornements : nous ignorons s’ils
de
marquer
fonctionnaient
comme
des
blasons
permettant de reconnaître les pirogues et leur
propriétaire ou le marae auquel ils appar¬
tenaient.
On sait par de rares exemples que les ti’i
pouvaient être doubles, disposés dos à dos.
Sur une très belle sculpture conservée au
British Muséum, datant du XVIIL' siècle si on
en
Juge
par
son
style, deux
personnages
surmontent un support découpé à Jour, qui à
l’origine devait être plus haut : ses volumes
Statuette de bois de
Moorea. Ce petit tii
masculin en bois de pua
(Fagraea berteriana)
présente ies
caractéristiques d’une
scuipture
anthropomorphe des
îles de la Société : tête
large au visage
triangulaire, replat
dorsal, bras et jambes en
équerre. H = 21,9 cm.
A droite :
Cette sculpture féminine
pierre est
représentative des ti'i
en
des îles de la Société : la
tête au visage
triangulaire repose
directement sur le
buste ; un léger replat
marque le sommet du
dos. H = 55 cm.
En bas, à gauche :
Petits animaux,
probablement des
cochons, sculptés dans
de l'ivoire de cachalot
et groupés pour former
un ornement d'oreille
(détail).
Ci-dessous :
Cette sculpture unique
été recueillie à Rurutu
a
(Australes) au cours du
1er voyage du capitaine
Cook. Elle décorait
probablement une
pirogue ou peut-être
une
maison. L — 51 cm.
97
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
évoquent deux tabourets inversés séparés par
un losange. Un dessin de J. J-. Miller permet de
comprendre comment cette abstraction déjà
avancée représente en réalité deux person¬
nages, les décors en chevrons résumant, eux,
D’autres objets
montrent la relation étroite qui existe entre la
représentation humaine et le tabouret,
emblème de prestige. Un ti’i à deux têtes,
unique pour Tahiti, mais qui a son homologue
à nie de Pâques, a probablement une autre
signification.
la multitude des générations.
«
pierre ou de corail ont des
plus frustes qui vont du galet ou du
Les ti’i de
formes
bloc de pierre grossièrement aménagé, à des
sculptures nettement anthropomorphes
conservant
les
principaux caractères
stylistiques des objets en bois. Ils mesurent
généralement entre 30 et 50 cm et atteignent
rarement un
mètre de hauteur.
quelques poissons de pierre
les pêcheurs, les sculptures
représentant des animaux ont toutes disparu.
Aux îles Australes, en particulier à
A
part
utilisés
par
Rurutu, il existait un art animalier. Une très
belle sculpture qui
ornait probablement une
maison, montre que les “scènes” ne sont pas
tout à
fait absentes de l’art polynésien : deux
personnages se donnent la main et l’un d’eux
touche le museau d’un animal, chien ou-
petits animaux, sculptés dans
l’ivoire de cachalot, sont parfois intégrés à des
ornements, colliers ou pendants d’oreilles.
Les sculptures de bois ou de pierre
provenant de l’île de Raivavae ont des
caractères communs qui les rendent
cochon.
De
On ne peut parler des îles Australes sans
mentionner
les
sculptures des chasse-
mouches,
car
elles
comptent
meilleurs chefs-d’œuvre de l’art
Taillés
dans
un
bois
dur
parmi les
polynésien.
(Casuarina) et
soigneusement polis, les manches se
composent d’une figurine double aux faces
opposées, en Janus, d’un mancbe plus étroit
orné de successions de lignes brisées ou formé
de troncs de cônes superposés, et d’un disque
plus ou moins large précédant les ligatures
décoratives qui maintiennent en place les
fibres du chasse-mouches.
Ces
objets tendent vers une abstraction
dans l’art polynésien en
rarement rencontrée
trois dimensions.
Sculpture féminine en
bois, Raivavae
(Australes). Recueillie
par le Révérend John
Williams, elle servit à
récolter des fonds, en
Angleterre, pour la
London MIssionary
Society. H = 66 cm.
facilement
reconnaissables
:
elles
sont
féminines et peut-être même représententelles des femmes enceintes. Elles portent une
sorte de large collier qui s’étend d’une épaule à
l’autre.
Au-dessous, des triangles
en
relief
figurent les seins. Sur la tête, on distingue
généralement un bandeau dont le relief se
prolonge souvent à l’arrière comme s’il
s’agissait d’une coiffure. Les jambes sont
fléchies. Sur un des deux exemplaires en bois,
de la collection Oldman au Musée
d’Auckland, sont gravés des motifs typiques
celui
cercles concentriques avec
triangles, lignes
courbes. Les statues en pierre sont plus
nombreuses : l’une d’entre elles mesure plus de
de
l’archipel
indentations,
:
doubles
deux mètres.
Ci-dessous :
Statue de pierre de l’ile
de Raivavae (Australes).
H = 83 cm.
Ce détail d’un manche
de chasse-mouches
provenant des îles
Australes, montre à quel
degré d’abstraction
pouvaient parvenir ces
sculptures qui comptent
parmi les chefs d’oeuvre
Statue de bois, Rurutu
(Australes). Haute de
117 cm, elle est creuse.
Recueillie en 1821 par
les missionnaires de la
L.M.S., elle fut d’abord
considérée comme une
représentation du dieu
Tangaroa. Il s'agit en
98
réalité de l’effigie d'une
divinité tribalede Rurutu
appelée A'a, qui
symbolise
probablement plusieurs
ancêtres mythiques
locaux. Elle pourrait
être le résultat d’un
nouveau culte tardif ou
d'une tentative de
syncrétisme religieux
par des Polynésiens de
Rurutu. Même si elle n’a
été sculptée qu’au début
du XIX” siècle, elle n’en
présente pas moins des
traits stylistiques
traditionnels ; sa
de l’art polynésien. Deux
personnages très
stylisés sont opposés
dos à dos, mais en
continuité l’un avec
l’autre. Ils ont une
hauteur de 9,5 cm.
morphologie la
rapproche nettement
des ti'i des îles de la
Société et les petits
personnages qui
couvrent son corps sont
également sculptés sur
certaines effigies des
îles Cook.
«
LES ARTS
L’art des îles
Marquises
Les sites archéologiques les plus anciens
Polynésie de l’Est se trouvent aux îles
Marquises. Les plus profonds niveaux d’occu¬
pation remontent au tout début.de notre ère et
ont prouvé qu’à cette époque reculée, les
premiers Marquisiens savaient encore
fabriquer de la poterie. Mais à la différence
des témoins de la civilisation lapiia trouvés
dans l’ouest du Pacifique, la dotizaine de
tessons découverts aux Marquises n’étaient
pas décorés. A part des ornements façonnés
dans de la nacre, des coquillages, de l’os ou de
l’ivoire de cachalot, peu d’œuvres d’art
véritables ont été mises au jour. Des
sculptures anthropomorphes taillées dans la
pierre (liki) ont été découvertes pendant les
campagnes de fouilles, mais surtout en
surface, dans des sites religieux. Seule une tête
sculptée dans du tuf volcanique,
probablement celle d’un animal marin, peutêtre
un
phoque, atteste une tradition
artistique. Haute de 25 cm, elle faisait partie
de la
^
^
d’un mobilier funéraire
servi d’offrande.
rare
et
seront plus faits que pour la vente. De nos
jours, avec le renouveau de la fabrication des
étoffes en écorce battue, les motifs peints sont
imités des anciens tatouages, alors
qu’autrefois les lapa n’étaient pas décorés.
William
Wale,
l’astronome
de
l’expédition, remarquait, en décrivant les
pirogues marquisiennes, que “la proue forme
une projection droite et horizontale qui se
termine par une sculpture présentant une
vague ressemblance avec une face humaine ;
mais cela n’est pas dit dans l’intention de
déprécier la qualité artistique de leurs œuvres,
car j’en ai vu d’autres
exemples qui dépassent
celles de la plupart des autres îles de ces
régions”. Comme aucun membre de
l’expédition ne semble avoir observé de
grandes sculptures en place, il est probable
que W. Wale fait allusion aux quelques objets
recueillis. D’après A. Kaeppler, qui en a établi
la liste, se trouvaient parmi eux des éventails,
des casse-tête classiques (’u'u), une fronde et
surtout des ornements. Ces pièces montrent
que la petite sculpture sur bois n’était pas
encore très développée et qu’elle profitera
beaucoup, par la suite, de l’introduction des
clous et
des
outils de métal.
Pourtant
la
représentation du liki est déjà exploitée,
même sur de petits objets, comme le prouve le
cylindre d’os (ivipo’o) qui orne la fronde. En
1791, le capitaine français Etienne Marchand
observe à Tahuata des échasses dont “le patin
est supporté par un buste de figure humaine,
dans
l’attitude d’une cariatide... elle
a
au-
d’elle, une seconde figure du même
genre...” Cette description montre que les
étriers d’échasses et particulièrement ceux qui
présentent une double sculpture, sont assez
anciens. E. Marchand note aussi que les
dessous
habitants de Ua Pou sont moins tatoués que
ceux du groupe
sud. La spécialisation qui fera
des artisans de Tahuata et de Fatu Hiva
les
meilleurs des îles Marquises, existe peut-être
déjà.
paraît avoir
Même les pilons de pierre à tête sculptée,
qui comptent parmi les meilleurs témoins de
l’art marquisien classique, ont rarement été
trouvés en fouilles et jamais clairement datés.
Le pilon de pierre conique, sans sculpture,
n’apparaît qu’assez tardivement, vers le XVP
siècle.
Au début du XVIP siècle, les Espagnols
Mendana et Quiros découvrent le groupe sud
des Marquises et donnent à l’archipel le nom
qui lui est resté. Au cours de leur bref séjour,
ils aperçoivent à Tahuata, dans un site
religieux où se trouvent des offrandes,
quelques figurines de bois qu’ils trouvent mal
travaillées. Us ne contribuent guère à faire
connaître la culture marquisienne et il faudra
attendre le passage du capitaine Cook, en
1774, pour que des objets soient rapportés en
Europe. Depuis, l’art marquisien n’a pas cessé
d’évoluer jusqu’à nos jours et il est devenu,
avec l’art maori de Nouvelle-Zélande, un des
plus connus et des mieux représentés de toute
la Polynésie.
L’art marquisien au XVIIP siècle
Le capitaine Cook et ses compagnons avaient
l’abondance et la variété des
portés par les Marquisiens. Ils
furent frappés aussi par la qualité, la
régularité et la symétrie des tatouages qui les
couvraient, du moins les hommes, de la tête
aux pieds. 11 est important de savoir que dans
les années 1770, l’art du tatouage était
florissant aux Marquises et parvenu à un haut
niveau de perfection, car il va devenir le pivot
de toutes les formes artistiques qui vont se
développer à partir de cette époque ; c’est dans
le tatouage que se trouvent analysés et
synthétisés tour à tour des éléments essentiels
empruntés à d’autres arts comme les
pétroglyphes et la sculpture, sans parler des
mythes et des légendes. Un siècle plus tard, les
sculpteurs se serviront de ces motifs pour
couvrir les surfaces à décorer sur des plats, des
pagaies, des manches d’herminettes qui ne
Ornement de pirogue en
bois, îles Marquises.
En haut à gauche :
Sculptures sur
un ornement d’oreille
en Ivoire et
coquillage,
îles Marquises.
Le premier tiki mesure
environ 1,5 cm.
remarqué
ornements
Tlkl sculpté sur un étrier
d’échasse, îles
Marquises. On peut
distinguer les motifs
très fins sculptés dans
le prolongement de
la bouche et sous
les oreilles ;
ils sont assez fréquents
sur ce
type d’objets.
Manche d'éventail
ivoire sculpté, îles
en
Marquises. Les liki sont
disposés dos à dos sur
la partie supérieure
du manche, et l’un
derrière l'autre sur
la partie inférieure.
A l'extrémité, deux têtes
complètent
l’ornementation.
99
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
Le tiki, centre du système
de représentation des Marquisiens
le dictionnaire de
Mgr Dordillon comme “le nom du premier
Tiki
est
défini
par
homme dont ils font un dieu”, mais aussi par :
idole,
statue
sculptée,
sculpture,
dessin,
tatouage, etc. 11 est surtout ce personnage
sculpté dans la pierre, le bois, l’os, l’ivoire, si
typiquement marquisien qu’on le reconnaît à
première vue, sans hésitation. Le plus souvent
masculin, il est massif et trapu ; les bras sont
pliés et ramenés à l’horizontale, vers l’avant,
les jambes fléchies. La tête large, presque
rectangulaire, s’appuie directement sur les
épaules. Le visage est caractérisé par des yeux
circulaires, très grands, dont la surface est
séparée en deux par une légère arête
horizontale ; ils sont entourés d’un cercle en
relief plus ou moins accentué ou dominés par
de larges arcades sourcilières qui se réunissent
juste au-dessus des ailes du nez. La bouche
marquée par plusieurs reliefs figurant les
lèvres et la langue, rarement les dents, traverse
tout le bas du visage. Souvent les oreilles sont
indiquées par un motif en double spirale.
L’ensemble
paraît vouloir donner une
impression de puissance et de certitude.
Mais d’où vient-il, ce t/A/présent partout,
à toutes les échelles et presque toujours sous la
même forme
:
grandes sculptures
monumentales de pierre ou de bois, statuettes,
petits tiki simples ou doubles en roche volca¬
nique, sculptures d’échasses ou de pirogues,
ornements
des
manches
d’éventails
et
des
bâtons de chefs, tête de pilons, cylindres d’os
(ivipo'o), jusqu’aux miniatures.qui décorent
les ornements d’oreilles en os ou en ivoire de
Des yeux ou des faces
de tiki décoraient
souvent les couvercles
de gourdes et les plats
en
bois, parfois le pied
d’un tambour.
A gauche :
Les grands tiki de pierre
des îles Marquises,
comme les sculptures
féminines dans les îles
Australes, dépassent
parfois les deux mètres
de haut. Elles
n’atteignent jamais,
cependant, les
proportions
gigantesques des
statues de l’île de
Pâques. Ce tiki de
se trouve sur le
me'ae Olpona de
Puamau dans l’île de
Hiva Oa. Au siècle
235 cm
cachalot ? Son visage apparaît aussi à plat sur
les tambours, les contenants en bois, les
couvercles de gourdes. Eclaté en ses multiples
parties, face, yeux, bras, jambes, mains, il est
utilisé, parmi d’autres motifs, avec un sens très
développé de la création abstraite et dans un
débordement d’imagination qui ne cesseront
qu’avec la disparition des tatouages, dans la
deuxième moitié du XIX"-' siècle.
pétroglyphes présentant des faces
aux
grands yeux cerclés, des
sculptures libres ou intégrées dans des platesformes de pierre, n’ont pas encore de traits
distinctifs bien différenciés et s’apparentent
un peu aux li'i tahitiens. Ils sont difficiles à
dater, mais ils montrent que si l’ancêtre
commun n’est peut-être pas très lointain, c’est
bien à l’intérieur même des îles Marquises que
s’est développé le tiki qui en fait l’originalité.
Des
humaines
Statuettes en forme de
tiki, sculptées dans des
roches volcaniques
(groupe sud). Pour
obtenir du succès dans
leurs entreprises, les
guerriers ou les
pêcheurs sortaient les
petits tiki de leurs
cachettes habituelles et
accompagnaient de
prières leurs offrandes.
Les tiki doubles, dérivés
des grosses plombées
de filets, étaient
utilisés dans les rites
préparatoires de la
pêche des tortues.
1. T/k/simple, ancien.
H = 19 cm.
2. Tiki double.
H = 12,3 cm.
dernier, on distinguait
encore
les motifs
sculptés représentant
probablement les
tatouages d’un chef ou
d’un prêtre divinisé. Ces
grandes statues
devraient être très
soigneusement
protégées : elles sont
très rares et font partie
du patrimoine de
l’humanité.
100
«
Tiki en bois.
H = 54 cm.
»
LES ARTS
Langage et littérature
possibles en polynésien : F, M ou
NG (occlusive vélaire nasale). H, K, M, N, P,
consonnes
orale
R, T, V, mais elle ne remplace pas toujours le
même son. En tahitien, la glottale remplace le
K et le N vélaire ; aux îles Marquises, le R ; à
Mangareva et à Rapa, le H ou le F ; dans le
reste des îles Australes, le H, le F, le K et le N
Les langues
Les langues polynésiennes appartiennent à un
linguistique : l’austronésien,
appelé autrefois le malayo-polynésien. Ces
langues plus ou moins apparentées sont
parlées par des populations réparties à travers
le Pacifique et jusque dans l’océan Indien.
Déjà, le capitaine Cook et les savants qui
participaient à ses expéditions s’étaient
émerveillés du rapprochement qu’on pouvait
faire entre des langues utilisées dans des îles
aussi éloignées géographiquement que l’île de
Pâques et Madagascar. Grâce aux interprètes
polynésiens qui les accompagnaient parfois
dans leurs voyages, comme Tupaia, un chef de
Raiatea qui avait participé à la première
expédition, ils avaient pu observer que dans
toute la Polynésie de l’Est, des îles Hawaii aux
Australes, et même jusqu’à la NouvelleZélande, des Polynésiens qui ne s’étaient
jamais vus et qui habitaient des archipels
séparés par des centaines ou même des milliers
de kilomètres, pouvaient communiquer entre
eux
et se comprendre assez bien. Dès le
premier voyage, le naturaliste J. Banks, qui
faisait connaissance avec les langues polyné¬
vaste ensemble
siennes,
avait
constaté
certaines
des
différences
phonétiques qui pouvaient
modifier le son d’un même mot d’une île à
l’autre et
ses
observations
sur
le caractère
invariable des mots et les suffixes sont encore
valables. 11 trouvait la langue tahitienne douce
et
les
musicale, avec une telle prédilection pour
sons
vocaliques qu’elle transformait son
Banks en “Tabane”, suivant la
notation conventionnelle anglaise, c’est-à-dire
nom
de
“Tapane”. Pour lui, les langues polyné¬
une origine commune et les
populations qui les parlaient devaient venir de
l’ouest, peut-être même de l’Asie du Sud-Est.
De nos jours, les linguistes ont prouvé
l’origine commune des langues polynésiennes
et
s’efforcent de reconstituer la langue
ancestrale, ou proto-polynésien, en
comparant vocabulaire et syntaxe des parlers
actuels dans de nombreux archipels. Ces
tentatives montrent que beaucoup de mots,
malgré des variations phonétiques connues,
font partie d’un héritage commun. En voici
quelques exemples parmi bien d’autres :
*Fale,fare
maison
*Fara
pandanus
en
siennes avaient
*Fanua, fenua, henua
*Feke, fe'e
*Kawa, ’ava, kava
*Mata
*Mate
terre
pieuvre
Piper methysticum
œil, face
être mort
*Tangata, ta'ata, ’enata
homme
pirogue
Les Polynésiens des archipels de l’est ont
cherché à se distinguer les uns des autres en
privilégiant des motifs artistiques plutôt que
d’autres. 11 est probable qu’ils en ont fait de
même pour leurs choix linguistiques. Un des
plus curieux exemples est celui de l’occlusive
glottale (notée ’), ou léger coup de glotte. Elle
existe dans toutes les langues de la Polynésie
*
Waka, va’a, vaka
orientale, sauf aux Tuamotu et à l’île de
Pâques, qui, elles, ont conservé toutes les
vélaire.
Les voyelles sont les mêmes que dans les
langues européennes, e étant toujours
prononcé é et u équivalant à ou. Les voyelles
peuvent être longues ou brèves et plus ou
moins accentuées. De nombreuses similitudes
existent dans la syntaxe des différentes
langues polynésiennes. On ne peut que les
îles Australes, ni lexique, ni dictionnaire. 11 est
pourtant
disparaissent
étudiées.
Les
que
des langues
avoir été enregistrées et
navrant
sans
lexiques et dictionnaires existants
appauvrissement progressif des
langues polynésiennes, malgré l’intégration de
montrent un
nombreux
mots
nouveaux.
C’est
la
conséquence des conditions historiques et
socio-religieuses au XVIIF et au XIX^ siècle :
disparition de la langue souvent très
ésotérique des prêtres et des devins inspirés,
liée à la religion ancienne ; oubli aussi des
langages métaphoriques qui constituaient
résumer très brièvement ici avec Y. Lemaître :
même mot tahitien peut avoir des
fonctions assez différentes, variables, suivant
“un
les mots ; il peut être l’équivalent à la fois d’un
nom, d’un verbe, d’un adjectif, d’un adverbe”.
Il subsiste beaucoup d’incertitudes sur
l’état des différentes langues au XVIIL siècle.
Elles n’ont été véritablement fixées qu’au
XIX*^ siècle et dans des conditions différentes.
Certaines ne l’ont pas été du tout, et il n’existe,
notamment pour
les groupes linguistiques des
Sculpture de corail en
Extrait de la légende
marqulslenne du
forme de tortue
(Tuamotu). Ces effigies
cochon Makala’anul,
de divinités marines,
racontée par
A. Teikitutoua et
traduite par
H. Lavondès.
appelées niu maru,
ombre sacrée, étaient
utilisées au moment de
la consécration des
offrandes au marae.
L = 30,5 cm.
Makaia’anui monta,
monta... Les gens de
Pa’aumea l’observaient
en
poussant bien sûrdes
exclamations et en
disant :
Quel prodigieux
cochon ! Qu’il est gros
lecochon qui est en train
de monter !
Il arriva en haut au
col appelé Teavaite’aki.
Quand Makaia’anui
arriva au col, il était trop
-
gros pour passer.
Makaia'anui fit donc
levier dans le col de
Tevaite’aki, il s’ouvrit,
son groin apparut du
côté de Hakamo’ui.
'A hiti 'a, 'a hiti 'a
Makaia’anui. 'E kanino
a'a ho'i te po’/
’/ Pa'aumea, ’e o a'a ho'i,
’e pe'au a'a :
-
Mea tumatateka ’e na
hoa te puaka nei,
ka'uo’o, 'a hiti a'a !
Tihe io he ava 'u uta,
Teava'ite’aki te ikoa
’o hua ava. A tihe
Makaia'anui io hua ava,
’à'e tomo. 'i ketu 'ta ai ’e
Makaia'anui hua ava ’/
Teavaite'aki, poha, kao
te ihu ’i te keke me
Hakamo'ui.
La pêche des tortues
était un acte sacré qui
s’accompagnait, depuis
sa préparation jusqu’à
la consommation de
l’animal, d’interdits, de
rites et de cérémonies.
Tête de cochon en tuf
volcanique, découverte
dans la vallée de Havaoà
Taiohae dans l’île de
Nuku Hiva (Marquises).
L = 30 cm. Cette pièce
unique, trop petite et
fragile pour avoir été
intégrée à une plate¬
forme d’habitation, a été
trouvée en 1854 par le
commandant Jouan
dans un lieu sacré, au
pied d’un grand temanu
(Caiophyiium
inophyiium), parmi
d’autres tiki. Les noms
propres des tiki, les
relations qu’ont pu avoir
les sculptures avec les
mythes et les légendes,
leurs fonctions précises
dans les rites
d’offrandes, sont
aujourd’hui oubliés.
101
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
l’essentiel
du corpus littéraire, avec les
épopées cosmogoniques et les chants
mythiques, les prières, la poésie religieuse ou
profane, etc. 11 faut prendre aussi en considé¬
ration les raisons fonctionnelles consécutives
à des changements progressifs dans les modes
d’existence, qui ont amené peu à peu une
modification du vocabulaire. En particulier,
les anciens Polynésiens disposaient d’un
vocabulaire très riche et très précis pour
désigner tout ce qui fait partie de l’environne¬
ment et concerne les ressources naturelles. On
n’en citera qu’un seul exemple, étonnant,
la
cinquantaine de mots, au moins, cités par le
dictionnaire tahitien de la London M issionary
Society (1851), pour désigner la mer dans ses
différents états ou aspects, qu’il s’agisse de
langage technique ou poétique : la forme,
l’aspect, la force des vagues avec tous les
composés du mot aru ; les différentes sortes de
courants, les couleurs variables de la mer ;
phases depuis le calme total jusqu’à
tempête ; les images et les comparaisons
qu’elle appelle (“rouler comme les vagues sur
le rivage”) ; les profondeurs insondables de
toutes ses
la
*
l’océan (avec les
etc.
composés du mot moana),
Les formes littéraires
La littérature orale, dans ses nombreux
aspects, tenait une place très importante dans
les sociétés anciennes. En l’absence de toute
écriture et
plus du plaisir immédiat que
langage, elle avait des
fonctions pédagogiques essentielles èn
permettant la transmission, de génération en
génération, de toutes sortes de savoirs,
religieux, scientifiques et techniques. Ces con¬
naissances étaient surtout véhiculées par des
chants appris par cœur. Mais en plus, à peu
près chaque individu avait assez de talent pour
improviser un poème ou un chant de
circonstance en utilisant, grâce à un sens aigu
■de l’observation, des images et des comparai¬
sons souvent empruntées à la nature.
De même qu’il existait des maîtres
artisans experts dans une ou plusieurs
techniques, beaucoup de formes de discours
ou d’art littéraire avaient leurs
spécialistes. Il
en
donne la beauté du
est
bien
difficile
maintenant d’établir des
catégories et des distinctions précises dans la
diversité des moyens d’expression adaptés à
toutes les circonstances. L’idée qu’on peut
avoir aujourd’hui de l’éloquence, de
l’exubérance verbale des sociétés anciennes,
d’après les relations de voyage et les quelques
textes qui ont été transcrits, est certainement
trop abstraite et très pauvre par rapport à ce
qu’était la réalité.
Aux îles de la Société, les prières et les
invocations adressées aux dieux, aux esprits,
aux
ancêtres, étaient une partie intégrante de
la vie des habitants. Il y en avait pour toutes
occasions, depuis les cérémonies
religieuses importantes organisées par les plus
grands chefs, ou pour eux, jusqu’aux actes les
plus courants. Elles étaient prononcées par les
meilleurs spécialistes des questions religieuses
et par leurs élèves, mais aussi par les maîtres
artisans ou ceux qui, dans une famille, étaient
chargés, en plus de leurs autres activités, des
les
relations
avec
les dieux et les ancêtres. On
priait en présentant des offrandes aux
divinités, ou à un chef, ou pour la guérison
d’un malade. On priait avant de commencer
En haut à gauche
et ci-dessus :
Aide-mémoire des Iles
Marquises, fo’o et to'o
mata. Ces cylindres
creux tressés avec des
fibres de bourre de coco
sont prolongés par des
cordelettes à nœuds, en
même matière, qui
étaient parfois très
longues. Pour les
prêtres qui devaient
Cérémonie religieuse
au
grand marae
d'Atahuru.àTahiti. Détail
d'une gravure d'après
J. Webber, 3“ voyage
du capitaine Cook.
Les prêtres chargés
de réciter ou de chanter
les prières et
les généalogies tiennent
chacun un objet
en feuille de cocotier.
D’après T. Henry, il faut
distinguer les images
tressées ou tupa'au
et les viriviri ou aidemémoire en feuille
tordue avec des nœuds.
102
m
réciter de très longues
généalogies, chaque
nœud représentait un
nom, depuis ceux des
ancêtres mythiques des
origines jusqu’à ceux
des générations plus
proches. Ces objets
servaient aussi pour
l’enseignement des
généalogies et comme
supports
mnémotechniques pour
les phrases ou les
strophes des chants
et des récits, ainsi que
pour noter des
événements historiques
importants.
«
LES ARTS
opération
technrque, comme la
maison, une partie de
pêche ou un combat. Et toutes ces prières
avaient un nom. La guerre donnait lieu, tout
particulièrement, à de nombreuses
manifestations orales : prières, invocations
mais aussi chants guerriers ; et au moment des
négociations de paix, les parties en présence se
livraient à des échanges oratoires plus ou
moins conventionnels qui se terminaient par
une harangue du chef qui avait le rang le plus
élevé. Les discours tenaient aussi une grande
place dans les cérémonies d’accueil
accompagnées de présents, quand des
groupes, l’hôte et le visiteur, se présentaient
l’un à l’autre, chacun déclinant longuement
une
construction
identité
d’une
mérites de ses
ancêtres et des lieux où il habitait. 11 en était de
même
pour
la maladie et la mort :
son
en
lamentations
et
ponctuaient
les
vantant
les
chants
de
circonstance
funérailles. Ensuite, des
cérémonies et des prières avaient pour but
d’empêcher les âmes des défunts de venir
tourmenter les vivants. Mais les spécialités les
mieux considérées et les plus respectées
étaient celles qui demandaient de grandes
connaissances et une excellente mémoire et
La musique
Rythmes et sons
Les Polynésiens d’aujourd’hui seraient
probablement assez étonnés s’ils entendaient
les airs que jouaient ou chantaient leurs
ancêtres, il y a un peu plus de 200 ans. Car tout
au long de ces deux siècles, la musique tradi¬
tionnelle
n’a
cessé
de
se
modifier
profondément, à quelques exceptions près,
sous
l’influence de l’Occident, d’abord avec les
airs profanes joués par les marins de tous les
pays, puis avec les hymnes et les cantiques
apportés par les missionnaires. Enfin, les
modes musicales occidentales, plus ou moins
passagères, ont toujours trouvé jusqu’à
présent un écho favorable parmi les Polyné¬
siens qui ont su les intégrer aux différents
répertoires locaux. La part prise par les Euro¬
péens dans une soi-disant conservation du
patrimoine musical polynésien n’est pas non
plus négligeable. Pour quelques chants scru¬
puleusement transcrits et fixés par de
véritables musicologues, il existe, à l’heure
actuelle, bien des versions dites de “musique
traditionnelle” qui sont de pures créations
modernes.
Les
Polynésiens d’autrefois distinguaient les
chants consacrés qui faisaient partie des céré¬
monies et des rites religieux, de la musique
profane qui accompagnait les divertissements
appelés heiva par les Tahitiens. Cette
distinction était sûrement établie sur les cir¬
constances de l’exécution, mais surtout sur la
signification
des
paroles
chantées.
En
revanche, il est bien difficile maintenant de
savoir s’il existait des différences musicales
fondamentales entre les^ deux formes de
manifestations, sacrées et profanes. Plusieurs
auteurs anciens comme le naturaliste J. Banks
insistent sur l’importance de bien comprendre
langue pour apprécier pleinement les
qualités musicales des chants polynésiens,
tellement les rythmes et les intonations des
deux modes d’expression sont proches et
la
étroitement liés. James Morrison écrit un peu
plus tard, à propos des chanteurs tahitiens :
“ces derniers sont loin d’être déplaisants, car
leurs chants, lorsqu’on les comprend, sont
doux et agréables”.
La musique, aussi bien instrumentale que
qui étaient réservées à une élite parmi les
experts : la récitation des généalogies, si
importantes, surtout pour les familles de
chefs, qui se réclamaient d’une origine divine ;
les chants cosmogoniques ou chants de
création, et tous les mythes faisant intervenir
les généalogies des dieux et des héros
divinisés, ainsi que leurs histoires aux
innombrables péripéties dont le sens véritable
échappait
aux profanes ; les chroniques,
limite du mythe et de l’histoire,
souvent à la
chantant
les
hauts
faits
de
;
les
personnages
chants pour conserver et
transmettre des connaissances, notamment
celles qui concernaient le mouvement des
étoiles et des constellations, les mois de
l’année, les saisons en relation avec les plantes
et la pêche, etc. ; les légendes enfin dont le but
principal était d’intéresser et de distraire un
fameux
auditoire.
Aux
îles
Marquises,
également,
existaient des experts en généalogies, ainsi que
qui connaissaient particulièrement bien
légendes, les faits remarquables ou
l’histoire de personnages célèbres (tuhuna
ha’akekai).
Les événements importants
étaient accompagnés ou précédés d’une
cérémonie : chaque catégorie de chant sacré
avait son spécialiste qui psalmodiait des récits
cosmogoniques et mythiques. Pour réciter les
généalogies, pour se souvenir des différentes
phrases ou strophes d’une prière, d’un chant,
les Marquisiens utilisaient des aide-mémoire
(to’o mata) faits d’un cylindre creux tressé en
fibres de bourre de coco, prolongé par des
cordelettes présentant des séries de nœuds. De
même, aux îles de la Société, pendant les
cérémonies au marae, ou les séances de prières
nocturnes,
les prêtres comptaient les
différentes parties de leurs récitations sacrées
à l’aide des tapau, des objets en feuilles de
cocotier tressées ou nouées (appelés aussi
viriviri par Teuira Henry).
ceux
les
Tous les observateurs s’accordent pour
que, dans l’ancienne Polynésie,
'paroles et musique étaient le plus souvent
constater
associées.
Ci-dessus :
Trois tlûtes nasales et
Tambour des îles de la
Société. Cette très belle
pièce, aux nombreuses
cordes de tension
s’appuyant sur le cercle
plein de la base, a été
recueillie au cours des
voyages du capitaine
Cook. H = 64 cm.
D = 14,5 cm.
petite clarinette
idioglottale des îles de
une
la Société. La clarinette
mesure
16,6 cm.
En haut :
Deux joueurs de flûte
nasale et deux joueurs
de tambour forment un
petit orchestre à Tahiti
(1” voyage de Cook).
103
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D'AUTREFOIS
chantée, était rarement exécutée pour ellemême. Elle accompagnait le plus souvent des
danses, des pantomimes ou autres divertis¬
sements. J. Banks note cependant qu’à Tahiti
de musiciens ou heiva, composé par
exemple de deux joueurs de tambour, de deux
flûtistes et de deux chanteurs, pouvait aller
jouer de maison en maison : pour les récom¬
penser, le chef de famille leur donnait du tapa
un groupe
autre
ou
chose.
Aux îles Marquises, d’après les mission¬
Crook et
C.S. Stewart, les cérémonies religieuses
consistaient principalement en chants accom¬
pagnés de battements de tambour et de
claquements des mains. Les chants sacrés
naires
anglophones
W.P.
étaient variés et beaucoup d’entre eux
n’étaient compris que par les prêtres. L’un
d’eux était une sorte de litanie chantée par un
tuhuna au son des battements de tambours et
reprise à la fin, sur le même ton, par un autre
prêtre. Les notes étaient très prolongées et
vers
la fin, la voix tremblait en une vibration
rauque. Dans un autre chant, qui était une
de récitatif, le prêtre déclamait avec
sorte
violence et finissait son discours en une espèce
d’aboiement aigu en s’adressant à l’auditoire
qui répondait comme il convenait. La
musique profane accompagnait surtout les
danses pendant les grandes fêtes (koika) : les
Flûte nasale en bambou
des îles Marquises.
On distingue un trou
pour le souffle près de
i'extrémifé nodale et
deux trous de jeu à
proximité de l'ouverture.
L = 46,2 cm.
Tambour des Iles
Ci-dessous :
Trompe d'appel des îles
Marquises, en bois de
mi'o (Thespesia
popuinea), avec une
embouchure rapportée
en bambou. L = 69,5cm.
Au-dessous :
Conque, îles Marquises.
104
Marquises. Sur cette
pièce unique, au
piédestal élevé, les
ligatures ornementales
et les décors en tapa
sont restés en bon état.
H = 125 cm.
A droite :
Joueur de flûte aux Iles
Marquises, par
M. Radiguet.
tambours commençaient à donner le rythme,
d’abord lent, ensuite de plus en plus rapide ;
puis quelqu’un chantait en solo, ou deux
chanteurs se répondaient, soutenus bientôt
par les chanteurs de l’orchestre et même par
toute l’assemblée, danseurs compris, chantant
en
choeur.
Les instruments de musique
Ils
appartiennent
aux
catégories suivantes
établies par les musicologues : les instruments
percussion avec les membranophones ou
tambours à membrane ; les aérophones ou
à
instruments à vent : flûtes nasales et buccales,
clarinettes idioglottales, trompes, sifflets ; les
idiophones, ou instruments à percussion sans
membranes, avec surtout les tambours à
fente ; les cordophones ou instruments à
cordes : ils n’étaient représentés qu’aux îles
Marquises, par l’arc musical.
Les instruments de musique des îles
Marquises sont les mieux connus, car un
nombre assez important d’entre eux a pu être
conservé dans les musées et les collections
privées.
Les tambours à
généralement
de
membrane, pahii, sont
dimensions
moyennes,
environ 60 cm de haut, et assez massifs avec un
diamètre qui avoisine la moitié de la hauteur.
Laçonnés dans un tronc de tamanii(CalophylinophyUuni) ou de mi'o (Thespesia
lum
populnea), ils sont cylindriques. La caisse
proprement dite, dont le fond forme une
surface très concave, est creusée dans les deux
tiers supérieurs du tambour. La base, évidée,
avec
des montants et des jours, sert de
piédestal. La surface externe de la caisse est
marquée de cannelures horizontales rappelant
celles des troncs de cocotier. Les montants
sont parfois sculptés à plat de motifs
marqui-
siens conventionnels comme les faces de tiki.
La membrane en peau de requin est fixée par
un
laçage indirect complexe. A la base de la
caisse, les cordes de tension sont attachées à
qui fait l’originalité des
marquisiens. La peau de requin
était frappée avec les mains. Au cours des
cérémonies, les joueurs se tenaient sur une
plate-forme pour pouvoir atteindre le sommet
des grands tambours.
un
cercle de bois
tambours
Les flûtes nasales (pu ihu) sont des flûtes
traversières
en
bambou d’environ 40
cm
de
long. Une extrémité est ouverte, l’autre reste
fermée par un nœud du bambou. A un centi¬
mètre environ de ce dernier se trouve le trou
par
lequel on soufflait avec une narine. Les
jeu sont généralement au nombre de
trous de
deux et situés vers l’autre bout de la flûte. La
surface des flûtes marquisiennes est souvent
p
LES ARTS
décorée de motifs de tatouages
pyrogravés.
clarinettes (pu'akau ou pu hakahau
suivant les auteurs) sont aussi en bambou,
d’environ 50 cm de longueur. Près de
l’extrémité fermée par un nœud, une fine
lamelle rectangulaire est découpée dans la
Les
paroi amincie, mais reste attachée à l’objet par
un côté. Les trois trous de jeu se trouvent à
l’autre extrémité. Pour jouer, il faut maintenir
légèrement soulevée à l’aide d’un
Ces
clarinettes étaient quelquefois constituées de
plusieurs tubes emboîtés. Les sifflets (ki) en
bambou peuvent être très courts ou prendre la
forme de flûtes droites à plusieurs trous.
Les trompes sont de deux sortes : les
conques marines (putoka ou putona), en
Triton, sont traversières avec une perforation
sur le côté de l’apex, qui est parfois prolongée
par une embouchure de bois collée sur le
coquillage ; les trompes d’appel fpu A-o/tej sont
■l’anche
cheveu et emboucher toute cette partie.
en
bois de mi’o
avec
un
tube de bambou
^omme embouchure. Elles servaient à faire
des signaux depuis les pirogues, à annoncer
leur départ et leur arrivée ou une bonne pêche,
Les conques marines étaient surtout uti¬
lisées pour faire des annonces importantes et
etc.
encourager
les guerriers. On les entendait
guerriers
d’apparat.
se
aussi au moment des grandes fêtes quand les
présentaient
en
costumes
Parmi les instruments à percussion
idiophones, il faut citer les baguettes sonores
qui, avec les battements de mains, rythmaient
les chants ou les-danses. Les xylophones n’ont
J pas
été conservés, semble-t-il, mais d’après
Radiguet,
ils
étaient composés de
fau de différentes
grandeurs. Le bois d'Hibiscus liliaceus, quand
M.
morceaux
de
bois
de
il est bien sec, est en effet très sonore. Les
femmes posaient les bâtons sur leurs jambes
les frappaient alternativement
baguettes de Casuarina. La
guimbarde, tita'a kohe est un morceau de
bambou plat, fendu, qu’on pose sur les lèvres
en faisant vibrer une lamelle avec les doigts, la
étendues
avec
et
des
bouche servant de caisse de résonance.
,
L’arc
musical
(utete) est le seul
instrument à cordes de la Polynésie. 11 était
joué par les femmes : une extrémité de l’instru¬
ment était tenue dans la bouche, l’autre par la
main gauche ; la corde était frappée de la main
droite.
Aux îles de la Société, les tambours
(pahu) étaient façonnés de préférence dans du
bois de pua (Fagraea herteriana) ou de reva
(Cerhera manghas), d’après W. Ellis, cité par
D. Oliver. Aujourd’hui les tambours tahitiens
cocotier. Fermé à la base, le
terminait par un pied court
sont souvent en
tambour
se
découpé en créneaux ou, comme aux
Marquises, par un cercle plein. Les cordes
passaient en général directement dans des
trous percés tout autour de la membrane en
peau de requin et étaient fixées à la base du
pied, sans l’aide d’anneau ou de chevilles. Les
rares tambours tahitiens qui ont été conservés
ne
sont pas décorés. Les dimensions des
tambours variaient surtout suivant les cir¬
de leur utilisation et peut-être
l’importance sociale de leurs posses¬
seurs. Pour les grandes cérémonies au marae,
les prêtres et leurs assistants frappaient sur de
longs tambours appelés pahuto'ere.
constances
selon
Les
instruments
à
vent
étaient
représentés surtout par les flûtes nasales
(vivo), de différentes hauteurs. Les
exemplaires conservés au Musée de Tahiti et
des Iles ont des dimensions variées.
Les flûtes tahitiennes sont rarement
décorées, mais parfois des ligatures orne¬
mentales empêchent le bambou de se fendre. Il
semble qu’il y ait eu différentes manières de
jouer de la flûte nasale. D’après J. Banks, le
joueur soufflait dans le premier trou avec une
narine, en bouchant l’autre avec le pouce de la
main gauche. 11 bouchait et débouchait les
deux trous de jeu avec l’index de la main
gauche et le médium de la main droite,
produisant ainsi quatre notes.
Les clarinettes (vivo ou uie), idioglottales
comme celles des Marquises, pouvaient être
très petites.
Les instruments à vent traditionnels
ne
plus fabriqués et ont été remplacés par
des instruments à cordes ; guitares et ukulele.
Seule la conque marine, qui autrefois pouvait
être droite ou traversière, se fait parfois
entendre dans les spectacles pour annoncer les
sont
danses.
Parmi les idiophones, le lo’ere, tambour
de bois à fente frappé avec des baguettes, qui
fait maintenant partie de tous les orchestres
tahitiens, n’était probablement pas encore
parvenu jusqu’à
Tahiti, à la fin du XVIIF
siècle. Mais il avait un équivalent, Vihara, fait
de l’entre-nœud d’un gros bambou avec une
longue fente. Il était placé horizontalement
le sol et frappé avec des baguettes. Les
claquettes en nacre du chef de deuil étaient
surtout des instruments de signalisation. Les
Tahitiens connaissaient aussi la guimbarde
(titapu).
Aux îles Australes, en particulier à
sur
Tambour de bols à
double tente (lo’ere) des
îles Marquises. Ce type
de tambour, frappé avec
des baguettes, a été
introduit aux Marquises
depuis Tahiti, à une date
récente. L = 69 cm.
A droite :
Haut tambour de
cérémonie, Australes,
probablement de
Raivavae. Cette pièce
exceptionnelle, restée
en très bon état, a été
recueillie par George
Bennet de la London
Missionary Society en
1823. Le cylindre de bois
de tanoanu constituant la
caisse de résonance
ainsi que les cordes de
tension, sont recouverts
d’une vannerie en fibres
de bourre de coco
brunes et noires,
formant des motifs
décoratifs très fins.
H = 132 cm.
D = 25,2 cm.
Raivavae, les tambours étaient hauts et assez
étroits.
Le piédestal creux, entièrement
sculpté et découpé à jour, constitue la moitié
inférieure du tambour. Les cordes sont fixées
à la peau au moyen d’un laçage simple et
tendues par enroulement autour de chevilles,
elles aussi sculptées, situées à intervalles
réguliers tout autour du tambour, à la limite
la caisse et du pied.
de
«>
105
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA
POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
Danses, danseurs
bien différents de ce qu’ils étaient
autrefois, il n’est pas sûr que les danses, dans
dans un abri spécial, l’orchestre en occupant
changé.
laquelle de grandes nattes étaient déroulées.
Quand c’était un chef qui offrait le spectacle à
un hôte de marque, les danseuses pouvaient
faire partie de sa famille : ainsi. Tu faisait
souvent
et art dramatique
leurs
mouvements
caractéristiques,
Aujourd’hui, à Tahiti, les danses tradi¬
ou 'on Tahiti, s’appellent ’ote'a,
'aparima, hivinau, pa’o'a, tamure, etc. Au
et
aient
leurs gestes les plus
tellement
Celles dont le caractère érotique était trop
évident et qui n’étaient pas montrables, ont
tionnelles
disparu, et probablement d’autres encore.
XVlll'^ siècle et au début du XIX', les céré¬
une
Mais la mémoire collective a su transmettre
part non négligeable, sinon esseuliellc, de
un
autre.
une
sorte
Entre les deux maisons se trouvait
de place formant la scène sur
danser ses sœurs et un chef de Raiatea, sa fille
Foetua.
Dans
ce
cas
les costumes étaient
représentation avait souvent lieu au
somptueux : couronnes en fines tresses de
cheveux décorées avec des rangées de fleurs de
dramatique, surtout des scènes comiques et
même
burlesques, qui en constituaient
l’essentiel. De ces danses, quelques noms sont
connus
grâce aux textes anciens et au
dictionnaire de 1851 : orira’a, ’upara’a, hura,
mau,
parara'a, po’opo'otati, ti’a ra’au,
soirée jusqu’au coucher du soleil, ou bien de
nuit à la lueur des chandelles en noix de
bancoul. Tout le monde pouvait y assister et
et encore du tapa. Car ces
avaient souvent lieu à l’occasion
d’offrandes ou de remises de présents et les
jambes écartées ; 'apa, une façon d’utiliser les
mains au cours d’une certaine danse 'J'a’a’utu,
Ja’a'utunui, faire des grimaces, 'uiuroa, les
grimaces elles-mêmes ; ferei désignait
Danseuses à Raiatea.
monies, les fêtes publiques et tous les divertis¬
l’héritage gestuel.
pas sans les danses et les représentations d’art
bord de la mer ou près d’une rivière, dans la
sements, heiva, la'urua,
’upa'upa, n’existaient
La
les
spectateurs formaient un grand cercle
des danseurs, ou bien ils se tenaient
autour
Gardénia (tiare Tahiti), ornements de plumes
et surtout du tapa,
danses
pièces d’étoffe en écorce battue représentaient
le cadeau par excellence. Les danseuses
utavitavi, etc. ’Ote’a, c’était marcher avec les
l’exhibition indécente d’une personne au
cours d’une danse, etc. C’est une bien maigre
moisson quand on ne sait pas vraiment quels
variations dans les
gestes, étaient ainsi
désignés. 11 est seulement possible d’en
conclure que les danses anciennes étaient
probablement nombreuses, et pour les
connaisseurs qu’étaient les Tahitiens euxeffectifs,
quelles
mouvements
et
les
mêmes, assez variées. Les textes anciens font
aussi apparaître que la danse et l’art drama¬
tique étaient étroitement associés, presque
inséparables, quoique souvent donnés
Dessin de Sydney
Parkinson, 1er voyage
de Cook (1769).
Ci-dessous :
Danseuse tahitienne en
vêtement de lapa.
Dessin original de
William Ellis, chirurgien
à bord des navires
Resolution et Discovery
lors du Sème voyage du
capitaine Cook (17761780). Il s'agit
probablement de la
représentation la plus
authentique et la plus
élégante d'une
danseuse au temps de
Cook.
en
alternance, mettant tour à tour en scène des
hommes et des femmes. Ces manifestations
simple divertissement improvisé
qui pouvait réunir chaque soir des groupes de
allaient du
décidés à passer un bon moment
ensemble, jusqu’à de véritables représen¬
tations organisées avec des répétitions et
dirigées par un metteur en scène. Les
occasions de donner des spectacles et de se
voisins
divertir ne manquaient pas. bien que nous ne
les connaissions pas toutes : fêtes saisonnières
au
moment des
redevances,
ressources
récoltes et du
levée
vivrières
des
avec
paiement des
interdits
sur
les
A
redistribution de
présentation des
particulier don de grandes
pièces de tapa à un chef, à un visiteur de
marque ; spectacles offerts en accueillant des
étrangers ou des groupes familiaux venus
d’autres districts. Enfin, les cérémonies qui
ponctuaient la vie sociale - naissances,
mariages, funérailles - pouvaient être
accompagnées de musique et de danses.
nourriture
offrandes et
et
d’étoffes,
en
La danse aux îles de la Société
*
“Le ’ote’a a subi de telles transformations que
danseurs de
l’ancien
temps ne le
reconnaîtraient certainement pas dans sa
forme moderne” écrivait Teuira Henry vers
les
1920. 11 est évident que les danseurs vêtus de
chemises et de pantalons et les danseuses en
“robes missionnaires” avaient peu de rapports
que les chefs présentaient 150 ans
plus tôt pour honorer leurs visiteurs
européens. Pourtant, si encore aujourd’hui,
malgré des recherches pour parvenir à une
plus grande authenticité, les costumes sont
avec ceux
106
Danseuse aux îles de la
Société. Ce dessin
rehaussé d'aquarelle,
que R. Joppien et
B. Smith (1985)
attribuent avec
discernement au
naturaliste J. Banks,
montre bien dans sa
simplicité et sa naïveté
comment était une
danseuse,
probablement des îles
Sous-le-Vent, en 1769,
avec sa couronne
de
cheveux tressés et les
épaisseurs de tapa
blancs et bruns alternés
formant de nombreux
plis. Il est possible tout
de même que la partie
supérieure du vêtement
ait été ajoutée par
l'artiste pour éviter de
choquer ses
compatriotes.
LES ARTS
*
portaient de longues jupes tubulaires qui leur
descendaient jusqu’aux pieds, mais aussi de
nombreuses bandes d’étoffes blanches et
brunes, toutes plissées, formant une sorte de
fraise, leur remontaient jusque sous les bras.
Faire des mouvements rapides en étant ainsi
chargées et engoncées devenait un exploit,
mais au cours de la danse et surtout vers la fin,
elles se dépouillaient de tout ce tapa
mettaient les guerriers.
La danse hura est plus souvent décrite
généralement trois
commençait
à jouer. Les danseuses, deux ou trois, jusqu’à
dix même, s’avançaient. Cétaient de très jeunes
que les autres : l’orchestre,
tambours et quelques chanteurs,
filles, parfois des enfants. Un homme ou une
des
femme plus âgés les dirigeaient, donnaient
ordres à l’orchestre. Les danseuses avançaient
au
rythme des tambours avec des mouvements
des pieds discrets, souvent pieu
de leurs longs
visibles à cause
vêtements. Elles continuaient
d’avancer, puis se dirigeaient vers les côtés de
la scène, reculaient et avançaient de nouveau
qui
formait ensuite de grands tas à distribuer. 11
semble que des garçons aient parfois participé
mais les costumes
décrits : ils
à la présentation du tapa,
des danseurs sont rarement
portaient des maro épais en tapa ou des nattes.
Seul le naturaliste J. Banks décrit un homme
qui danse avec sur la tête le fau, une grande
coiffure de vannerie et de plumes que
r.
mt!
Ci-dessus
Ornement de danse,
Tahiti. L'interminable et
fine tresse de cheveux,
.
qu'une danseuse
tahitienne a porté
autrefois autour de sa
tète, s'est embrouillée
avec le temps et ne
forme plus,
malheureusement,
qu’un écheveau épais.
On n’en imagine que
mieux l'énorme travail
de fabrication et de mise
en
ordre des tresses.
♦
Scène de danse à
Raiatea avec
accompagnement de
flûte nasale et de
tambours. Gravure de
F. Bartolozzi, d’après un
dessin de Cipriani, 1er
voyage du capitaine
Cook.
107
♦
QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D'AUTREFOIS
LA VIE
frappant l’arrière de leurs jupes avec les
mains. C’est dans les mouvements de leurs
mains et de leurs doigts qu’elles montrent le
en
plus
de dextérité
d’élégance, écrivait
longs
formés qui se plient
et
J.R. Forster. Elles ont généralement de
doigts
bien
admirablement. Elles peuvent les courber en
arrière jusqu’à former un arc de cercle avec le
reste de la main et elles les
remuent, dans cette
attitude, avec une étonnante agilité. En même
temps, les danseuses imprimaient à leurs
hanches de vifs mouvements de rotation,
qui,
«
marchaient
tenant par
au rythme de la
musique en se
la main et en battant des mains
alternativement. J eux et danse allaient parfois
ensemble, comme dans ce sport où la balle
était lancée d’un camp à l’autre, les
perdantes
devant se mettre à danser pendant
quelques
minutes. Même la fabrication du tapa, avec le
rythme des coups de battoirs, était prétexte à
des intermèdes dansés.
Les
danses
des
hommes
sont
moins
connues et on ne sait s’il existait véritablement
probablement, différaient peu de ce qu’ils sont
aujourd’hui. Elles pouvaient effectuer
encore
ce
balancement avec une extrême rapidité et
dans
plusieurs positions, debout, les jambes
appuyés par
fléchies ou à genoux, les coudes
terre, les mains continuant à faire leurs gestes
gracieux. Puis le mouvement se faisait plus
lent, plus lascif, les chants prenaient un tour
érotique. James Morrison cite une danse qui
terminait ainsi : “les deux groupes dansent
ensemble, présentant chacun, pour attirer les
spectateurs, deux ou trois jeunes femmes
lascives qui, ne conservant qu’une étoffe
se
autour
des
faisant des gestes obscènes qui
plutôt le fait d’une coutume que d’une
de
lascivité...’’.
Les
danseuses
accompagnaient parfois leurs gestes, mais
c’est peut-être une particularité de l’île de
Raiatea, de violentes torsions de la bouche qui
ressemblaient à des grimaces et déformaient
leurs
des événements naturels dont il était
parfaitement normal, à l’occasion, d’être les
spectateurs. De la même façon, la danse
exprimait ouvertement et sans hypocrisie, une
de ses raisons essentielles qui est de mettre en
présence des jeunes des deux sexes et les
préparer à la cohabitation. Pour être mises au
endroits de la chanson montrant leur nudité
exhibition
Polynésie. A Rurutu, les
premiers Européens assistent à la danse d’un
homme seul, en costume d’apparat et armé
d’une lance : elle exprime le défi et une
provocation au combat de la part de la
population. Aux îles Marquises, les guerriers
présentaient des danses trépidantes en agitant
de longues plumes blanches fixées à leurs
doigts. A Tahiti, les hommes se produisaient
avec
les femmes essentiellement pour des
danses érotiques.
Les missionnaires, bien sûr, mais aussi les
navigateurs européens avant eux, se sont voilé
la face devant certaines danses qu’ils considé¬
raient comme parfaitement obscènes. 11 faut
tenter de replacer cés excès dans le contexte
d’une société où régnait, au moins parmi les
jeunes, une grande liberté sexuelle et à tout
âge une absence de censure et de dissimulation
sur ce qui concernait l’existence
physique des
individus. Dès leur plus tendre enfance, les
Polynésiens étaient habitués à considérer les
choses de la vie, naissance, sexualité, mort,
comme
hanches, l’ouvrent à certains
au spectateur et
sont
des danses rituelles ou guerrières comme dans
d’autres îles de la
maximum en évidence, la féminité et la virilité
étaient parfois montrées de façon
besoin
par
exagérée, au
des
moyens convenus
mouvements évocateurs des hanches et du
visages. Dans d’autres danses, elles
bassin, distorsion de la bouche pour les
femmes ; amplification artificielle des parties
sexuelles pour les hommes. Ces
catégories
sexuelles
si
fortement tranchées
n’empêchaient pas, parfois, un homosexuel
Des plumes de phaëlon,
fixées à des bagues en
fibres de bourre de coco,
servaient d'ornements
de danse aux îies
Marquises.
Ci-contre et en haut :
Danseuse et danseur
des îles Marquises. La
danse de i’oiseau (ha'a
manu) était surtout
exécutée par des jeunes
fiiies au moment des
fêtes données en
i’honneur des garçons
qui venaient d'être
tatoués. Les danseuses
se
tenaient presque
immobiies, agitant
seuiement ies mains et
les bras pour imiter les
mouvements d'un
oiseau
aux
Elles portaient
doigts des plumes
de phaëtons. Certaines
danses réservées aux
hommes se pratiquaient
en se
déplaçant sur un
pied. Ces documents
sont assez tardifs
puisqu'ils datent de
1881 ou 1882. Ils sont
dus à Aylic Marin,
pseudonyme du
gouverneur Edouard
Petit.
108
Ornements de danse
cheveux, îles
en
Marquises.
m
LES ARTS
(mahu)de se travestir en danseuse, ce qui était
avaient pour seul but de divertir un public très
rien de
avaient encore, au moins quelquefois, un sens
bien toléré par l’ancienne société.
Ces manifestations n’avaient
spontané : elles étaient le résultat de toute une
préparation du corps et d’une éducation
sexuelle très précoces que garçons et filles
recevaient par les conversations et par
l’exemple. A l’adolescence, ils pouvaient
même bénéficier des conseils et d’un véritable
enseignement donnés par des personnes plus
friand de farces et de gauloiseries ou si elles
rituel. Très souvent, le thème principal d’une
scène était emprunté à l’actualité, les grands
ou
petits événements de la vie locale étant
ainsi transformés en épisodes tragi-comiques.
Les acteurs pouvaient
représenter et mimer,
pour les honorer, un visiteur important ou des
notables du district : il ne paraît pas avoir été
âgées. Mais il s’agit, là encore, de tout un pan
de la culture traditionnelle qui nous échappe,
tant la censure, depuis, a été forte.
défendu de relever, sur le mode satirique,
certains de leurs défauts ou de leurs
Art dramatique aux îles
de la Société
pouvait se dérouler un spectacle : les femmes
particularités.
Voici
comment,
selon
J.R.
Forster,
la séance, puis cinq hommes
apparaissent, remuant très rapidement les
jambes, les hanches et les mains. En même
temps, l’un d’eux prononce des phrases,
d’autres lui répondent et enfin tous parlent en
chœur. L’un d’eux s’agenouille, l’autre le bat,
l’attrape par les cheveux, fait la même chose
ouvrent
autres, mais à la fin il est
battu lui-même par un autre homme qui tient
avec deux ou trois
un
bâton. Alors les femmes reprennent un
autre acte, puis les hommes
réapparaissent et
les femmes reviennent pour leur troisième
danse. Les hommes finissent leur troisième
acte
et
les
femmes
terminent
avec
leur
quatrième danse qui ressemble à la première.
Tandis que les danseuses se reposaient, les
hommes entraient en scène pour jouer des
sortes
de drames, de comédies et de
pantomimes où la musique, la danse et le
théâtre étaient étroitement associés. 11 semble
que les acteurs de ces pièces étaient toujours
des hommes qui, à l’occasion, jouaient des
rôles féminins. Nous savons qu’ils pouvaient
improviser, mais qu’ils avaient aussi des
répertoires et que certains thèmes revenaient
assez
souvent.
S’agissait-il de scènes
traditionnelles empruntées à la mythologie ou
à l’histoire, sur lesquelles on pouvait plus ou
moins broder ? La découverte par Cook et ses
compagnons d’un mannequin représentant le
héros demi-dieu Maui, probablement utilisé
pour de telles représentations, le donne à
penser. Mais il paraît impossible maintenant
de
savoir si
ces
manifestations théâtrales
Au-dessus :
Danseuses à Tahiti.
Malgré le caractère
conventionnel de la
gravure et son
adaptation au goût
européen, les parties
essentielles du costume
ont été conservées : on
distingue notamment
la haute couronne
constituée de cheveux
tressés dans lesqueis
sont
piquées des
fleurs de Gardénia
(tiare). Gravure tirée de
i'Atlas de Cook j1777)
d'après un dessin de
J. Webber.
Danse à Tahiti en 1849.
Dessin de Félix MarantBoissauveur,
commissaire de la
Marine à bord de
i’Héroi'ne.
A droite :
Petit tambour de danse,
Tahiti. H = 30 cm.
D = 16 cm. Ce petit
tambour portatif
correspond aux
descriptions que fait
le naturaliste J. Banks
des musiciens qui se
déplaçaient de maison
en
maison.
Généraiement, ces
orchestres ambulants se
composaient de
2 joueurs de tambour et
de 2 joueurs de flûte
nasale. Les tambours
n'avaient pas la même
hauteur ni ia même
largeur et produisaient
des sons différents. Cet
exemplaire a une forme
simple : la caisse,
cylindrique, repose sur
une série de onze pieds
découpés dans la
masse. Les cercles, qui
permettent d'assurer la
tension de la peau de
requin, iui sont attachés
par un laçage direct à la
manière tahitienne, et
viennent se fixer sans
cercie intermédiaire tout
autour des pieds. Une
corde supplémentaire
permettait de porter le
tambour sur l'épaule.
109
%
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D'AUTREFOIS
d’âge : garçons et filles, avant de se
marier, vivaient dans une liberté totale où la
leur âge, mais aussi pour leurs compétences.
la sexualité tenaient une grande place. On
reconnaissait les ka’ioi à la couleur jaune
orangé de leur peau et de leurs vêtements, car
ils avaient l’habitude de s’enduire d’huile
fortement teintée de 'eka (Curcuma). Entre
autres
services, ils participaient aux
cérémonies et aux fêtes par leurs chants et
leurs danses. Ils étaient sollicités à cause de
secrète.
classe
Les arioi
Aux Tuamotu, les karioi étaient de très jeunes
gens
qui jouissaient d’une grande liberté
aux
produits de la cueillette. Pour se faire
ils
devaient
sexuelle, vivaient à peu près à l’état de nature,
se suffisant à eux-mêmes, grâce à la pêche et
admettre dans la “bonne société’’ des adultes,
se
couronner
de feuilles de
fougères, apporter des présents et offrir des
chants et des danses. Aux îles Marquises,
l’état de ka'ioi correspondait surtout à une
beauté du corps, les jeux, la musique, la danse
et
zy,,/.. I //,
Pourtant, ils ne constituaient pas, comme à
Tahiti, une véritable société, plus ou moins
Aux îles de la Société, des groupes
sociaux très hiérarchisé^ avaient fait d’un état
un
peu
marginal et anarchique une véritable
institution dont les fonctions étaient impor¬
tantes pour assurer
l’équilibre et la continuité
sociales et politiques. Sans
attaches familiales, les arioi étaient très
mobiles et toujours disponibles, comme
guerriers, mais aussi comme animateurs dans
les cérémonies, les fêtes, les spectacles. Ils
des
structures
réservaient une partie de leur vie de réjouis¬
à leur propre communauté, se livrant
entre eux à toutes sortes de divertissements où
sances
jeux, musique, danses et même sports étaient
étroitement mêlés. Mais ils formaient aussi
des
troupes
d’animateurs et d’acteurs
ambulants qui se déplaçaient de district en
district, ou même d’une île à l’autre. Ils étaient
particulièrement actifs et sollicités au moment
des récoltes, quand les fêtes se multipliaient. Ils
venaient avec des présents : des pièces d’étoffe
qu’ils avaient fabriquées eux-mêmes, des
ornements, des décors végétaux ; de leur côté,
ils recevaient en paiement pour leurs services
du tapa et de la nourriture. De plus, ils étaient
nourris par la population qui les recevait et
chaque district avait sa maison des arioi. Ils
apportaient avec eux la muâtque, les chants, la
gaieté, l’exubérance pour des réjouissances
ininterrompues qui pouvaient durer des jours
et même des semaines. M ieux que
quiconque,
ils savaient “mettre de l’ambiance” et ils
réunissaient souvent autour d’eux des
centaines de personnes. Pour cette raison, ils
étaient très respectés par la population, un peu
craints aussi, car ils abusaient parfois de cette
estime par quelques pillages ou violences. Il
arrivait qu’un spectacle commence par une.
danse d’hommes, au son des tambours, sorte
parade en forme de ballet où des
champions se défiaient par des gestes conven¬
tionnels, brandissant des pièces de lapa et
frappant vigoureusement leur bras plié.
de
Distorsion de la bouche
pendant la danse,
Raiatea (Société).
Dessin de S. Parkinson
Certains se mesuraient et s’affrontaient à la
(1769).
lutte, puis le vainqueur était couronné de
fougères au milieu des danses. Mais parfois la
lutte se transformait en combat général avec
vêtements arrachés et blessures.
’
Les arioi contribuaient certainement à la
continuité et à l’enseignement des connaissances et des valeurs traditionnelles relatives
mythes, aux légendes et à l’histoire et
peut-être aussi à une certaine morale de la
société, même s’ils ont été considérés, après
l’arrivée des Européens, comme des êtres
aux
Aux Iles de la Société,
les arioi, jeunes gens
couronnés de fougères
et vêtus de tapa,
organisaient des
spectacles de lutte et de
danses et venaient
animer les fêtes
saisonnières. Ils n'ont
malheureusement laissé
aucune trace dans
l’iconographie
européenne, mais on
peut imaginer qu’ils
n'étaient pas très
différents de ce danseur
tahitien, Maurice Lenoir,
marqué lui aussi des
premiers tatouages,
jeune arioi.
comme un
110
totalement
immoraux.
Ils
étaient
responsables des traditions artistiques au
moins pour la musique, la danse et le théâtre.
Ils étaient probablement aussi, dans une
certaine mesure, des créateurs.
Dans une société fortement structurée
autour de ses chefs héréditaires, les arioi en
regroupant des personnes sans titres et des
cadets de famille, pouvaient représenter un
contre-pouvoir politique. Avec la possibilité
qu’ils avaient de traiter par l’ironie et la
dérision aussi bien l’actualité que la tradition,
ils représentaient aussi un facteur d’équilibre
en face d’une hiérarchie assez rigide.
7 Les jeux, les sports et la
Il“jeux”
est parfois
difficileOn des’entracer une limite entre ces trois activités, surtout
entre
et “sports”.
multiples
rend d’autant mieux compte en percevant les
significations du mot heiva qui, renvoyant à nos “distractions”, désigne aussi bien les
spectacles de danse que le tir à l’arc ou le lancement d’un cerf-volant. Dans le Tahiti
ancien, beaucoup d’activités sociales avaient une dimension
que nous appelerions
“ludique”. Ainsi, le jeu féminin nommé harura'a pu’u, “se saisir de la balle”,
peut aussi
bien être considéré comme un sport. De
même, si la guerre était une activité sociale
Importante et bien définie, certains “sports”, par exemple le jet de pierre à la
fronde,
relevaient aussi de la technique guerrière. En fait, ce
découpage peut apparaître un
peu ethnocentriste, si on le rapporte au contexte du XVIII® siècle ma’ohi.
Le jeu sur les mots
La plaisanterie, les facéties verbales, l’art
de parler par sous-entendus, la manipulation
des ambiguïtés phonétiques constituaient une
dimension courante de la conversation,
plaisir
que partageaient à l’évidence tous les Ma’ohi :
il est noté par de nombreux observateurs.
William Bligh remarque au cours de son
séjour de 1788-1789 que “bien qu’ils (les
Ma’ohi) soient suffisamment crédules pour
croire en n’importe quoi (...) ils sont en même
temps si enclins à cette sorte d’humour que
nous appelerions
“blaguer à froid” (humbug)
qu’il est souvent difficile de discerner s’ils sont
sérieux ou pas”. George Forster, naturaliste
de Cook, rapporte la plaisante histoire contée
à celui-ci par le chef titulaire de Huahine en
1774 avec un imperturbable sérieux, concer¬
nant une île éloignée
peuplée de géants qui
pourraient emporter la Resolution sur leur
dos : l’histoire semble exprimer l’incrédulité
d’Ori à l’égard des récits anglais, en les
moquant.
guerre
d’expression. La manipulation de l’ambiguïté
phonétique, notée par Paul Ottino dans le
domaine généalogique, visait
fréquemment à
faire saisir des connotations sexuelles
comme
cachées,
le note non sans réprobation William
Ellis. On sait qu’il en reste quelque chose dans
le Tahiti contemporain ; notons aussi
que la
moquerie (actuellement fa'aharama’au) reste
une attitude si
prégnante que Robert Levy y
voit une méthode d’éducation.
11 est probable que cet amour du
J.-A. Moerenhout note au
sujet de ceux
qui, au moment où il écrit, sont déjà les
anciens Ma’ohi que “la causerie était leur
fort,
le babil le plaisir de tous, sans
que personne ne
s’en lassât jamais”, et insiste particulièrement
sur les
dispositions à la fois plaisantes et bien¬
veillantes qui animaient les conversations
féminines : “Elles aimaient le badinage, les
mots
pour
rire,
même
dépens de
aux
personnes soit présentes, soit absentes ; mais
elles ignoraient la satire,
incapables de
l’épigramme très
commune, souvent très piquante n’avait dans
chercher à faire du mal ; et
leur bouche d’autre but que de
gaieté (...)”.
provoquer la
Ces formes de plaisanterie, si
répandues
qu’elles paraissent constituer une forme cul¬
turelle de base, étaient nommées hiro
(tisser
du fil, tordre ; plaisanter
par exagération,
d’après le dictionnaire de la London
Missionary Society) ou ho'ata (d’après
D. Oliver). La caricature, la
moquerie n’épar¬
gnaient personne, même pas les chefs de haut
statut, ce qui montre encore le consensus
culturel qui semblait s’attacher à ces formes
Les balançoires étalent
simplement faites d'une
liane ou d'une corde et
d’un morceau de bois
transversal. Gravure
missionnaire.
jeu de
conduit, parmi
de multiples figures de
rhétorique que l’on ne
peut aborder dans ce cadre, à l’élaboration de
devinettes (parau piri) dont peu nous sont
hélas parvenues. En voici un
exemple,
rapporté par Teuira Henry comme originaire
d’Hitiaa, “terre de devinettes” ; “Quel est
l’arbre qui reproduit son tronc,
reproduit ses
branches, reproduit ses pousses, ses feuilles,
mots et du jeu sur les mots ait
son écorce intérieure et son écorce
extérieure ?
C’est une femme qui engendre ses enfants”.
Dans ces conditions, l’art de
l’éloquence,
si important dans la culture
politique, avec ses
figures métaphoriques ou allusives, retenait
quelques aspects de cette
passion pour le jeu de mots.
certainement
Jeux d’enfants
Le jeu constituait une activité essentielle
des enfants, et ici encore on ne
peut véritable¬
“jeux d’enfants” et “jeux
d’adultes”, les Ma’ohi adultes prolongeant les
ment
opposer
amusements
de leur enfance dans d’autres
occupations, et les enfants contrefaisant en
des jeux certaines activités sociales “sérieuses”
des adultes. Les enfants
passaient une grande
partie de leur temps en bandes, se déplaçant de
maisonnée en maisonnée, errant sur les
plages, prenant un grand plaisir à nager dans
les lagons, avec une adaptation
qui faisait
l’émerveillement des visiteurs européens. Les
enfants pratiquaient la sorte de
surfmg à
laquelle s’adonnaient les adultes (fa'ahe'era'a
miti), simple utilisation d’une planche ou d’un
bois flottant sur les rouleaux déferlants du
bord de mer. Les jeux sexuels étaient.des
plus
courants, comme le noteront au tout début du
XIX' siècle des missionnaires
anglais parfai¬
tement ébaubis : “ces
jeux qui coupent la
Les jeux de ficelle
étaient pratiqués
autrefois dans toute la
Polynésie par les adultes
comme par
les enfants.
Les jeux de ficelle des
îles de la Société et des
Marquises sont assez
proches et
appartiennent au
groupe océanien
caractérisé par le fait
que, pour commencer
toute figure, il faut que la
boucle passe derrière
le pouce et le petit
doigt en traversant la
paume de la main. Cette
photographie a été prise
aux
Marquises.
respiration dans la poitrine des parents”.
Douglas Oliver note parmi les observa¬
tions des voyageurs du XVIIl' siècle des jeux
plus formalisés puisqu’ils utilisaient des
instruments, ou des règles explicites ; ainsi, le
saut,A-la corde, colin-maillard (titipauru
d’après T. Henry), les échasses (rare) où l’on
essayait de faire tomber son adversaire, peutêtre une sorte de palet, le cerf-volant
(heiva
ha’ape’e u’o d’après W. Ellis ou u’o pauma
d’après B. Danielsson et A. Lavondès). Selon
les témoignages de W. Bligh et de
Domingo
Boenechea, les cerfs-volants comportaient
une
armature de
étaient
Teuira
couverts
fibre de canne à sucre, et
de tissu d’écorce. D’après
Henry, ils représentaient tantôt une
figure humaine, tantôt une tortue, ou un
oiseau de mer (frégate).
D’autres amusements d’enfants paro¬
diaient des activités adultes et s’en
trouvaient
d’autant
plus significatifs
111
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
Sports d’adultes
et sports collectifs
Madagascar,
D. Oliver, toujours d’après des témoignages
directs, relève la fabrication de pirogues
miniatures (un jeu bien connu dans le monde
jusqu’à
nommé roroie à Tahiti d’après T. Henry), et le
jeu parodiant le sacrifice d’une victime
humaine sur un “lieu de culte” (marae) imité
(fa’aoro'a marae). La victime humaine était
représentée par un morceau de bois et les
malayo-polynésien
offrandes vivrières, notamment les cochons,
par un rat.
Les enfants jouaient encore avec
des toupies, dont certaines étaient faites avec
fruit de mira traversé de haut en bas par
nervure de feuille de cocotier. On les
faisait tourner en imprimant à la nervure un
un
une
mouvement
rapide des deux mains.
en
à
de
nombreuses
les
travaillées. 11 montrait néanmoins la grande
adaptation
nautique
travaillées dans du corail
ont été trouvées au
cours de fouilles
archéologiques aux îles
de la Société, ainsi qu'à
bois a été mise au
occasions
nautiques de leur enfance.
Beaucoup pratiquaient le surjing sur des
planches, parfois des pagaies et m.ême sur les
pirogues elles-mêmes. Ce sport impliquait
moins de maîtrise technique qu’à Hawaii,
étant généralement pratiqué en position
couchée, sur des planches aux formes moins
amusements
plus ou moins
régulièrement
jour aux Marquises. La
toupie est certainement
un jeu ancien en
Polynésie.
mais tels qu’ils noieraient probablement tout
Les adultes, hommes et femmes, prolon¬
geaient
Billes de corail,
Huahine. Des sphères
Toupies en corail.
Des objets en
corail, de forme
conique, ont été trouvés
aux îles de la Société,
ainsi qu'à Rurutu
(Australes). Une toupie
parfois pour théâtre “de puissants rouleaux
fournissant un grand amusement aux Natifs,
des
Ma’ohi,
ayant
Européen qui s’y risquerait”, note William
Bligh. (11 est vrai que les capacités natatoires
des Européens du XVlll' siècle étaient
certainement
bien
inférieures
Rurutu (Australes)
(P. Vérin). Il est probable
que ces billes étaient
destinées au jeu de timo
qui se jouait avec des
pierres ou parfois de
grosses graines dures.
Il s'agissait d'un jeu
ressemblant aux
osselets des Européens.
A droite :
Enfants des Marquises
jouant aux échasses.
Polynésiens des îles
Hawaii glissant sur les
vagues. Cette gravure
missionnaire du début
du XIX' siècle a été
publiée dans les
"Polynesian
Researches" de
William Ellis.
Jouets en feuilles de
cocotier. De tout temps,
les enfants ont fabriqué
de petits jouets avec des
feuilles fraîches ; balles,
sifflets, moulins à vent.
Petit pilon marquisien.
H = 5,8 cm.
Des objets usuels en
réduction ont été
retrouvés. Ils ont pu
servir de jouets pour
parodier les activités des
adultes, à moins qu'ils
n’aient été des
instruments
d’apprentissage pour
des enfants. Il est
toujours difficile de
distinguer les actes
purement ludiques du
travail proprement dit.
à
celles
d’aujourd’hui.) Comme le note Douglas
Oliver, le surjing sur des pirogues constituait
aussi bien un entraînement pour les atterris¬
sages difficiles qu’un amusement.
Les adultes s’adonnaient régulièrement à
de nombreux sports collectifs dont certains
mettaient en jeu des districts tout entiers,
bien qu’on ne connaisse pas les modalités
exactes de recrutement des équipes. Plusieurs
LES JEUX, LES SPORTS ET LA GUERRE
de ces jeux utilisaient une balle faite de fibres
séchées et agglomérées de bananier-plantain,
(dans le cas du “hockey”) de lanières de
Il en allait ainsi d’une sorte de
football (tu’ira’a popo), pratiquée par
hommes et femmes, qui pouvait réunir d’après
T. Henry “une quantité considérable de
personnes”. Les règles ne semblent pas nous
en être parvenues. “Se saisir de la balle”
ou
tapa serrées.
(harura’a pu’u) était un sport uniquement
féminin ; le but était de porter ou de lancer la
balle au-delà de la limite de l’autre camp, ce
qui donnait lieu, toujours selon T. Henry, à
des “mêlées inextricables qui continuaient
même (...) en mer”, ce sport étant souvent
pratiqué sur les plages. Ces sports impliquant
d’énergiques mêlées pouvaient entraîner de
sévères contusions. Une sorte de hockey (apai,
paipai) était pratiquée seulement par les
hommes, les crosses en étant plus ou moins
perfectionnées selon les archipels
(B. Danielsson et A. Lavondès).
montraient
les Ma’ohi aux
capacités physiques et à leur maintien dans la
compétition. Ainsi la course (fa'atitiahemora’a ou fa’atitauara’a d’après T. Henry) se
pratiquait à pied ou en pirogue, dans les
lagons protégés. Il semble qu’on s’exerçait
aussi au lever du poids (B. Danielsson et
A., Lavondès) en tentant de soulever une
Généralement,
l’attention
accordée
-
les
sports
par
./Vi/»T l'r».
En bas, à gauche :
Enfant au coq, Raiatea
enfants consistait à frapper une pierre lancée
en l’air à l’aide d’une autre gardée en main
d’après T. Henry). Beaucoup
d’Eurojjéens s’étonnaient de l’absence de
récompenses matérielles destinées aux vain¬
queurs de ces jeux sportifs, sinon les acclama¬
tions et le plaisir d’y participer. De la même
façon, les combats de coqs étaient un sport par
délégation certes, mais auquel on s’adonnait
avec
tant
de passion que, selon J.-A.
Moerenhout, le propriétaire d’un coq
vainqueur pouvait sembler tirer plus de fierté
de son animal qu’un guerrier d’un acte de
(timora’a
bravoure.
•
(Société). Au cours de
leurs migrations
est très probable que,
dès ces époques
Polynésiens ont
introduit le poulet dans
les archipels de l’est. Il
étaient entraînés à se
battre. Aquarelle de
P. Huguenin.
anciennes, les
pierre aussi lourde que possible. Un sport
d’adresse pratiqué tant par les adultes que les
lointaines, les coqs
Pirogues à voiles devant
Homme soulevant une
Dessin de
La pratique de ce sport
traditionnel s’est
troisième voyage.
été réintroduite
récemment à Tahiti.
Tahiti en 1774, au large
de la pointe Vénus.
Henry Roberts,
cartographe du
capitaine Cook,
pierre servant de poids.
perpétuée à Rurutu
(Australes) d’où elle a
Palets de jeu, lies de la
Société. Il n’existe pas
en
Polynésie française
de traditions concernant
les Jeux de palets. Les
anciens auteurs n’en
font pas mention, alors
qu’ils étaient connus aux
îles Cook et Hawaii ainsi
qu’en Nouvelle-Zélande.
Pourtant quelques
disques de pierre qui
pourraient bien être des
palets ont été trouvés en
surface, aux îles de la
Société, l’un d’entre eux
sur un marae.
Crosse de jeu des îles
Australes. Trouvée dans
une
grotte près de
Moera’i en 1926, elle
mesure 93 cm dans sa
plus grande longueur.
L’objet est d’une seule
pièce, sculpté dans du
bois de fer (Casuarina
equisetifolia) et
soigneusement poli. Il
était destiné au jeu de
'apai, une sorte de
hockey qui demandait
beaucoup
d’entraînement et était
réservé aux hommes.
113
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
Sports de lutte
et sports guerriers
d’activités
physiques
gratuites? avaient un rapport, direct ou loin¬
tain,; avec la pratique de la guerre, dont on
parlera par la suite. Soit, comme dans le cas de
la lutte ou de la boxe, qu’elles mettent
physiquement aux prises des hommes (parfois
des femmes) souvent originaires d’unités
tribales ou sous-tribales distinctes et. qu’elles
constituent alors des sortes de métaphores de
la guerre véritable^ qui pouvait parfois être
Bon
nombre
directement consécutive à des séances de lutte
ou de boxe ayant “mal tourné” ; soit, comme
dans le cas du lancer du javelot ou des compé¬
de fronde, que' ces sports soient
l’occasion de démonstrations de la technique
titions
guerrière des uns et des autres, ou de son
perfectionnement.
La lutte (inaona ou tapuiora'a d’après
T. Henry) était certainement le plus populaire
et le plus prisé de ces sports, donnant aussi
l’occasion de rassemblements plus formalisés ;
elle fut notamment observée par Joseph
Banks (1769), James Cook (1769), Maximo
Rodriguez U775), William Bligh (1789),
(1799). Les séances de lutte
parfois précédées de spectacles de
James Wilson
étaient
danse. J. Banks en décrit un des sites comme
une
grande cour close par des bambous ; à
occasion, un chef titulaire qui en était
l’initiateur avec sa suite y assistait, ainsi qu’un
cette
groupe de vieillards qui récitaient des sortes
d’incantations rythmées lorsque l’un des
combattants mordait la poussière. William
Ellis rapporte que les séances de lutte étaient
sous le patronage des dieux, les
lutteurs et leur suite présentant aux dieux,
placées
avant
de
combattre,
ces
offrandes
métaphoriques qu’étaient les souches de
bananier-plantain, dans des lieux de culte non
spécifiés. Cet aspect plus formel n’était
cependant pas toujours observé, comme le
note
Edwin Ferdon.
Le but de la lutte était de faire tomber son
adversaire sur le dos, bien qu’une chute moins
nette ait été également prise en considération.
W. Bligh en trouve les règles assez frustes,
opinant que “ces Gens sont assez Forts mais
qu’ils manquent d’habileté autant que de
courage”. Cette opinion émane il est vrai d’un
citoyen anglais pour qui la lutte à mains nues
était un spectacle et un art populaire bien
connu, particulièrement en Cornouailles. A
Tahiti, il arrivait que des coups directs soient
portés, mais la technique usuelle était de déséquilibrer l’adversaire, notamment en
l’attaquant aux jambes.
Le défi d’un lutteur à
ses
adversaires
potentiels était signifié, d’après W. Ellis, par
des coups violents qu’il portait de sa main
droite à son propre bras gauche, alors qu’il
faisait le tour de l’enceinte de lutte. Plusieurs
couples de lutteurs pouvaient être en même
temps en compétition. Alors que la foule des
spectateurs observait le silence pendant le
déroulement de la compétition, les victoires et
les défaites étaient accompagnées de
vociférations, et même du son de tambours, de
danses et de chants. Des contusions et trauma¬
tismes sérieux n’étaient pas rares. Néanmoins,
114
ici
comme
dans
d’autres
sports,
selon
W. Bligh, “la meilleure bonne humeur (était)
la règle, et l’Homme qui (était) renversé riait
de sa défaite autant que son adversaire”. Ce
sport était ouvert à tous y compris aux
femmes, à qui il arrivait de se mesurer à des
hommes, et elles se battaient avec non moins
de férocité et d’efficacité qu’eux.
Les ari’i de
haut statut ne dédaignaient pas non plus de s’y
engager.
Les premiers témoignages sur la société
ma'ohi du XYIIF' siècle mentionnent des
séances de boxe {motora’a, terme
toujours
indigène de ce sport, n’en ayant pas trouvé de
témoignage direct avant les années 1790, et
constatant alors que la boxe pouvait être vue
comme dérivant de nouvelles techniques de
lutte incluant coups de tête et d’avant-bras,
analogues à celles de la boxe anglaise de
l’époque (dont la confrontation avec sa
version française donnera d’ailleurs la boxe
dite française, en vogue à la fin du X1X'=
siècle). Etant donné le nombre de traits
culturels anglais repris dans cette époque à
Tahiti, cette hypothèse ne doit pas être passée
sous
silence.
utilisé, aussi bien pour le sport que pour
l’échange de coups). D’après W. Ellis, ce sport
De nombreux autres sports utilisaient
directement des armes. 11 en allait ainsi du tir à
quoiqu’il ajoute que “les autres classes s’y
adonnaient aussi”. Les coups, portés à mains
que
aurait surtout été prisé par les “basses classes”,
nues, étaient “directs, sévères et lourds” et le
combat s’arrêtait à la chute ou à l’abandon de
l’un des combattants. Edwin Ferdon
s’interroge
sur
le caractère véritablement
l’arc, une arme non utilisée à Tahiti autrement
dans des compétitions pacifiques, ou
occasionnellement pour chasser, mais dont le
(teka, tika, tinga, li'a ou te'a) désignait
toute
la Polynésie et même dans
certaines régions de Mélanésie le lancer du
javelot, “sport des dieux” comme à Samoa
nom
dans
LES JEUX, LES SPORTS ET LA GUERRE
(B. Danielsson et A. Lavondès).
D’après A. Lavondès, les arcs, faits dans
léger du purau (Hibiscus tiliaceus),
étaient parfaitement droits au repos,
mesuraient environ 1,50 m de long et
comptaient de 2 à 3 cm de diamètre. Selon
D. Oliver, ils étaient parfois décorés de
cordelettes ou de cheveux humains tressés.
Les flèches en bambou d’environ un mètre
étaient dépourvues d’empennage et pourvues
de pointes de bois de fer (Casuarina equisetifoHa). La corde était faite de fibre de roava,
ie bois
qui planté dans l’enceinte d’un marae pouvait
alors désigner un arbre nommé ama’e ; ces
deux noms pourraient eux-mêmes constituer
du tamanu actuel
inophyllum). Les carquois
étaient en bambous ornés de ces décorations
humaines, animales (tortues) ou géométriques
que l’on retrouve parfois sur les tapa.
D’après les observations de William
Bligh lors de son deuxième voyage de 1792 et
les
doublets
(Calophyllum
anciens
Page de gauche en haut:
Exercice guerrier ou
combat simulé aux
Tuamotu, d’après
K.P. Emory.
Page de gauche en bas :
Combat de boxe aux
îles Hawaii.
On ne connaît pas
d'illustrations anciennes
représentant une scène
de lutte ou un match de
boxe à Tahiti. Mais les
descriptions que donne
W. Ellis, par exemple,
ne diffèrent pas
beaucoup de ce qu'on
•
aperçoit sur cette
aquarelle de J. Webber
peinte lors du
3ème voyage de Cook.
Carquois en bambou
décoré de motifs gravés,
anthropomorphes et
zoomorphes, îles de la
Société.
En haut, à droite :
Plate-forme d’archer
dans la vallée de la
Papenoo (Tahiti).
Dessin d’après
K.P. Emory. En
Polynésie orientale, le
tir à l’arc était un
sport et n’était pas
utilisé pour la guerre.
Aux îles de la Société,
des plates-formes de
pierres de forme
particulière ne servaient
que pour ce sport. Pour
tirer, l’archer
s’agenouillait au milieu
de la partie incurvée.
En bas, à droite :
Arc, carquois et flèches
(Tahiti). Les arcs,
appelés fana, étaient
généralement moins
longs que celui-ci qui
mesure 217 cm.
•
Le
carquois, en bambou,
est entouré de cinq
bandes de ligatures. Il
a une longueur de
98,4 cm. Les flèches, en
bambou, ohe ou te’a, au
nombre de 24, mesurent
environ 80 cm. Les
pointes en bois dur de
aito, noircies au feu, ont
une base étroite
enfoncée dans le
bambou et sont
maintenues avec une
ligature et de la colle.
de James Wilson, le tir à l’arc était un sport
“aristocratique”, encore plus formalisé que la
lutte. Les archers se présentaient avant les
compétitions à des lieux de culte en se décou¬
vrant les épaules (salut réservé aux ari'i). 11
était interdit de faire du feu pendant la compé¬
tition (ce qui était une marque de deuil pour
les ari’i de haut
statut) dans un périmètre
confirmée par
l’observation suivante : si la
technique de l’arc avait été utilisée pour la
guerre, la précision aurait été privilégiée par
rapport à la distance, l’arc n’aurait pas été
relâché après le tir comme c’était le cas - pour
éviter le recul de la corde - et une protection du
existé.
genre bouclier aurait probablement
Les archers revêtaient des vêtements
partir du lieu de tir. Ce dernier, spéciaux appelés d’après T. Henry puhipuhi
“plate-forme d’archer” dans le vocabulaire te'a, “souffler l’arc”, du nom même des
archéologique, était constitué par un pavage premiers fusils européens (puhipuhi) dont, on
croira un moment la balle propulsée par le
de pierres basaltiques analogue dans sa
souffle du tireur. Ces vêtements étaient
construction à beaucoup de lieux de culte, la
déposés dans une dépendance du lieu de culte
marque distinctive en étant d’après K.P.
de Parua tetava’e, dieu des archers. Ces
Emory la partie frontale, incurvée, à partir de
derniers se baignaient obligatoirement après
laquelle les archers tiraient. D’après
les compétitions, ayant à se dépouiller de
E. Ferdon, de jeunes hommes postés dans les
l’aura de “sainteté” que leur conférait la
arbres aidaient à repérer la trajectoire exacte
pratique de ce sport. Comme dans le cas
de la flèche, le but du sport n’étant pas la
d’autres
sports, on semble ignorer les
précision mais de tirer le plus loin possible. De
modalités exactes de recrutement des tireurs à
très bons tirs portaient à trois cents mètres.
l’arc et d’organisation des compétitions.
Cette priorité de la distance sur la précision est
donné à
J
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE
D’AUTREFOIS
Les compétitions de lancer de pierre à la
fronde (nia'a,
A.
Lavondès)
guerrière.
Des
d’après
B. Danielsson et
utilisaient une technique
frondes furent les armes
essentielles de l'attaque contre le
premier
bateau européen à avoir touché Tahiti, le
H.M.S. Dolphin, attaque consécutive à des
échanges complexes ; de fait, elles consti¬
tuaient une arme répandue et redoutable.
D’après Edwin Ferdon citant les observations
James Wilson, la fronde ma’ohi ^étah
constituée de fibres de cocotier tressées, de
manière à ce que la partie centrale
de
plus large
puisse recevoir des pierres de différentes
tailles.
Une
disposée à
lanceur
de
effectué.
boucle
extrémité, permettant
une
retenir
Dans
J. Wilson,
supplémentaire était
la
l’arme
au
fois le jet
observée par
une
situation
après avoir chargé la fronde en
maintenant la pierre de la main gauche et lui
avoir donné un recul dans le dos, on la faisait
tourner environ trois fois au-dessus de la tête
en aidant
le poignet droit de la main
Lancement du javelot
pour les tètes du mois
de juillet à Tahiti. Il
existait dans toute la
Polynésie, et même
ailleurs dans le
Pacifique, un jeu très
ancien et très
populaire appelé tetra.
Il consistait à lancer un
léger dard de roseau,
d’environ un mètre,
muni d’une pointe
rapportée en bois, sur un
préparé à
terrain
l'avance.
Ci-dessous :
Fronde de Tahiti, ma’a.
La partie centrale de la
fronde, utilisée pour
contenir la pierre au
moment du lancement,
est une pièce
rectangulaire qui se
rétrécit progressivement
les extrémités.
Finement tressée avec
des fibres végétales, elle
mesure 10,5 cm de long
vers
pour une largeur de
3,5 cm. Elle est
prolongée de chaque
côté par une cordelette
en fibres de bourre de
coco tressées à trois
brins. La longueur totale
de la fronde est de
208 cm.
116
gauche ;
l’énergie dégagée était suffisante pour ‘Ticher
la pierre dans l’écorce d’un arbre à deux cents
mètres (yards) de distance”. D’après
B. Danielsson et A. Lavondès, les exercices et
compétitions de fronde étaient accompagnés
de parades militaires. On semble ignorer aussi
dans le cas de la fronde les modalités exactes
des compétitions.
Le lancer du Javelot, enfin, constituait
une occasion
populaire et valorisée de compé¬
titions. Selon W. Bligh, les javelots étaient peu
ou pas utilisés pour la
guerre. En 1769 le
lancer du javelot était appelé Erowhaw
(verofa) d’après Joseph Banks, vero pati'a
d’après B. Danielsson et A. Lavondès. Il
s’agissait d’atteindre des cibles fixes, géné¬
ralement des souches de bananier-plantain,
situées à une trentaine de mètres. Les javelots
mesuraient de 2,5 à 5 m de long, et étaient faits
d’une tige de purau dont on avait enlevé
l’écorce ; ils portaient à leur extrémité une
pointe de fara (probablement de pandanus)
fixée selon des modalités non décrites.
La guerre : sa place
dans la société
D’après les nombreuses observations
datant des trente dernières années du XVIIL
siècle, la guerre (te tama'i, du mot toujours
utilisé pour l’agression verbale ou
physique
entre personnes) constituait une constante de
la vie sociale ; on compte ainsi entre 1767 et
1797 une bonne douzaine de faits de
guerre
qui vont de la simple escarmouche à l’affron¬
s’augmente considé¬
rablement si l’on considère la période 17971815, marquée par l’émergence de l’unité
tribale de Te Porionu’u et la
politique
tement massif ; ce chiffre
ambitieuse de ses chefs. En fait, on relève des
guerres
inter-territoriales
ou
inter-tribales
jusqu’à la fin du X1X= siècle, siècle pendant
lequel un christianisme protestant très parti¬
culier constitue pourtant l’idéologie officielle
«
LES JEUX, LES SPORTS ET LA GUERRE
L’état de guerre ou de tension
inter-tribale peut paraître une des compo¬
de la société.
“normal” de la société.
pouvait opposer des unités
socio-territoriales de toutes les tailles, dont
l’emboîtement constituait une caractéristique
de la société ma'ohi ancienne, depuis les
santes de l’état
La guerre
comportant quelques
maisonnées jusqu’aux vastes alliances inter¬
tribales regroupant de grandes masses de
population. Elle était par essence une affaire
politique, associée à l’ordre social dominant
simples
districts
des ari’i.
La récurrence
ma’ohi a
d’interprétations
matérialistes, qui y voient un moyen de
répartition des ressources rares, notamment
vivrières. 11 faut remarquer, avec Douglas
Oliver et à un moindre titre Edwin Ferdon,
que ces interprétations butent sur différents
ordres de fait. D’une part, le milieu écologique
des îles hautes est quasi uniforme et les
ressources suffisamment réparties pour que la
de la guerre
suscité diverses tentatives
rareté vivrière, si elle peut parfois constituer
l’explication de tel ou tel raid ou de telle ou
telle escarmouche, explique la récurrence de la
guerre ; il faut ajouter à ceci que le “gain” par
la guerre de nouveaux
territoires dépendants
l’équilibre général des
ressources, ceux des vaincus que l’on n’a pas
exécutés restant sur place, les récoltes
détruites se reconstituant après quelque
temps, seuls les dispositifs de contrôle
politico-religieux s’en trouvant modifiés.
D’autre part, l’opposition des unités en cause
ne s’identifie pas nécessairement, loin de là, à
celle de la rareté et de l’abondance vivrières.
On insiste généralement Sur l’aspect
proprement politique de la guerre, comme
moyen de dénouer des conflits de statuts entre
ne
modifie
pas
ari’i. De fait, tout chef de haut statut pouvait
prétendre,
de
par
l’extension de ses
connexions généalogiques, au contrôle de
nombreuses unités territoriales que seule la
semblait capable de garantir ; ainsi
encore,
la récurrence des conflits entre
guerre
“partis” liés à des chefs dits titulaires (associés
à des
alliances ) et des partis liés à tel ou tel
chef d’une unité tribale constitutive, montre
un lieu de contradiction du système politique
pouvoir dénouer.
que seule la guerre semble
Par exemple, dans les cas de Huahine et
Raiatea entre 1850 et 1880, cette contradic¬
tion se prolonge malgré les transformations
subies pendant le XIX' siècle. En généraf, le
statut politique et
le contrôle d’unités territo¬
qui en découle ne paraissent pouvoir
être garantis que par la capacité guerrière. La
guerre est le lieu d’un “modèle” : “la guerre”,
dit la récitation ancienne rapportée par
T. Henry, est “production de terre, établis¬
riales
sement
c’est-à-dire de
roches (papa,
de
“grands hommes”), extension de sable (’one,
c’est-à-dire de territoire)”.
On ne doit pas oublier cependant qu’au
XVlll' siècle des guerres éclatent à partir de
simples conflits inter-individuels, qui se
propagent aux unités en cause de par la simple
solidarité de leurs membres. De fait, note
Douglas Oliver, “les causes de guerre
pouvaient être aussi nombreuses que
causes de conflits inter-individuels”.
Le taumi, ornement de
les
parade et de protection
des guerriers, aux îles
de ia Société. Les
éléments décoratifs,
plumes, nacre, dents de
requins, poils de chiens,
sont fixés sur une sorte
d'armure rigide.
Page de gauche, le
détail du revers montre
l’armature légère faite
de baguettes
entrecroisées,
probabiement en ’ie'ie
(Freycinetia demissa),
sur lesquelies sont fixés
la vannerie
intermédiaire et ies
ornements de ia face
externe. La nappe de
vannerie, serrée et
résistante, est
constituée de tresses en
fibres de bourre de coco
entrecroisées. Les
iigatures bicolores,
brunes et noires, qui
maintiennent les poils
de chiens, montrent que
le revers de l'ornement
pouvait être en partie
visible.
Contextes
et pratiques
Pirogues de guerre à
Tahiti, par W Hodges
Au cours du 2ème
voyage à Tahiti, en 1774,
Cook et ses
compagnons assistèrent
à un grand
rassemblement, une
sorte de revue des flottes
de guerre dans le district
de Pare (Arue).
160 pirogues doubies
sont équipées et
préparées pour le
combat. Elles n'ont pas
de voiles, mais sont
propulsées uniquement
par des pagayeurs
disposés de chaque
côté.
de la guerre
Cette
présence de la guerre à tous les
niveaux sociaux est attestée par la diversité
occasions où elle se déclenche. Il est
impossible dans ce cadre d’examiner la
quinzaine de cas observés dans les trente
premières années du contact avec l’Europe.
Notons
simplement que si les acteurs
privilégiés de la guerre sont les unités socioterritoriales qualifiées par D. Oliver de tribus
ou de sous-tribus, qui constituaient aussi les
unités sociales les plus stables, on observe
aussi de simples vendettas inter-familiales. La
guerre pouvait aussi viser directement des
chefs considérés comme tyranniques, la
population de tribus ou de sous-tribus se
des
divisant alors en factions.
de la
rétablissement de la
réciprocité ; elle est aussi le lieu privilégié où
La guerre est le moyen institutionnel
vengeance
ou
du
s’investit l’ambition des chefs tribaux. La
décision de la guerre est essentiellement dans
leurs mains, sans cependant qu’ils puissent se
sous-chefs sous
l’ensemble du
personnel politico-religieux qui les entoure : il
passer de la consultation des
leur
dépendance,
et
de
des oracles ou “shamans” (taura),
qui jouent un rôle très important à cet égard,
et des prêtres officiels.
Comme dans tous les aspects de la vie
collective ma’ohi, la relation aux esprits et aux
dieux est constitutive, en effet, de la pratique
de la guerre et des contextes de sa décision. T.
Henry rapporte par exemple que si, au cours
en va ainsi
du processus de décision
engagé entre chefs,
“orateurs” et prêtres, l’un de ces derniers était
tourné en dérision par des inconnus, si son
visage était recouvert d’une toile d’araignée
lors d’une marche en montagne, ces
signes
pouvaient l’entraîner à déconseiller la guerre ;
117
1
j
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
l’attitude inverse pouvait découler d’incidents
favorables,
des poissons-volants
échouant d’eux-mêmes dans sa pirogue. Plus
comme
généralement, la faveur des dieux tribaux ou
supra-tribaux comme ’Oro était activement
recherchée par de multiples offrandes forma¬
lisées. D’après William Ellis ces offrandes
Pirogue de guerre, îles
de la Société.
A cause de l'absence
d'illustrations et de
l’insuffisance des
descriptions, il est
difficile de savoir
comment étaient
organisées les batailles
à terre et même sur mer.
En revanche, les
parades navales et les
exercices guerriers sont
mieux connus.
En dépit d'une certaine
maladresse
pardonnable pour un
dessinateur spécialisé
dans les sujets d'histoire
naturelle, ce lavis de
Sydney Parkinson, de
1769, apporte beaucoup
d'informations. La
pirogue de guerre est
double et ornée de ti'i
sculptés à l'avant et à
l'arriére. On peut
distinguer, grâce à la
position et aux
costumes des
personnages, toute une
hiérarchie qui peut
paraître artificielle,
mais qui correspond
assez bien à la société
tahitienne de cette
époque. Tout en bas, se
trouvent les pagayeurs
simplement vêtus d'un
maro et, pour deux
d'entre eux, d'un tiputa
ordinaire. L'homme
chargé de vider l'eau des
pirogues avec une
écope est nu et on
distingue bien ses
tatouages. Debout audessus d'eux, des
guerriers portent le
taumi et un turban de
tapa. Enfin, ie
spécialiste, le chef de
guerre en grand
costume avec le tau sur
la tête et le taumi devant
la poitrine, est entouré
de ses assistants.
Dressés sur la plate¬
forme surélevée, ils
dominent toute la scène
et sont visiblement dans
situation de
commandement.
S. Parkinson est,
semble-t-il, ie seul
une
dessinateur qui montre
de façon assez précise
comment était porté le
taumi. S'il ne s'est pas
trompé, il apparaît que
cet ornement était
double, l'un protégeant
la poitrine, l’autre le dos.
Ils étaient suspendus
comme des colliers,
avec un lien attaché
autour du cou.
Dans la réalité, il semble
que les hostilités
commençaient par des
jets de pierres lancées
a
la fronde ou à la main.
Puis, pour le combat
rapproché, quelques
guerriers seulement
montaient sur la plate¬
forme pour se servir de
leurs massues et de
leurs lances ou piques.
Fatigués ou blessés, ils
étaient remplacés par
d'autres combattants.
Cette plate-forme de
combat était
normalement située tout
à l'avant de la pirogue et
non au milieu comme
sur le dessin de
Parkinson. On
remarquera la forme des
massues, sans
pointe.
Armes et tambour des
îles de la Société, dessin
de J.F. Miller.
1. Massue en forme de
lance (’omore) à pointe
tronquée et sans décor
relief.
2. ’Omore à pointe
en
découpée latéralement
fèstons.
3. Javelot verofa, utilisé
pour les exercices
en
guerriers.
5. Bâton de jet. Manipulé
avec une corde,
il était
destiné à faire trébucher
i’adversaire autant qu’à
le frapper.
duraient souvent plusieurs jours et incluaient
trois catégories de sacrifices humains : l’un
était destiné à “éveiller” ’Oro, le principe divin
dont on cherchait le plus activement la faveur
occasions, l’autre nommé “diriger la
souffrance” (mauifa'atere) servait à publiciser
la déclaration de guerre (la même expression
en
ces
était
utilisée
des offrandes d’objets
précédant les voyages, d’après le dictionnaire
de la L.M.S.), le troisième servant à dénouer
pour
les liens politiques ou personnels pouvant
exister avec l’unité sociale que l’on entendait
attaquer. La faveur des dieux était interprétée
dans l’attitude et l’état corporels des victimes.
Plus
généralement, le culte de ’Oro (qui ne
constituait nullement le lieu exclusif de l’ambi¬
tion guerrière) donnait un exemple de la rela¬
tion réciproque entre la religion et la guerre : le
images de ’Oro pouvant consti¬
guerrier qui, une fois atteint,
tendait lui-même à induire la croyance d’une
situation favorable pour la guerre. De même
la perte d’effigies divines pendant le combat
aussi bien que l’atteinte à la personne du ou
des chefs récipiendaires du mana des dieux
pouvaient conduire à la débandade
contrôle des
tuer
un
but
immédiate. Les violentes années de 1803 à
1808 donnent des exemples parlants des
processus politico-religieux à l’œuvre dans la
Remarquons que dans ces conditions
d’omniprésence de la guerre il est peu
surprenant que l’obtention d’armes à feu ait
fait très vite l’objet d’une véritable obsession ;
guerre.
comme le note W.
Blighdès 1792“rien n’égale
la rage de ces gens pour les armes”. Différents
observateurs
moitié de
la
rapportent qu’un tiers à une
population mâle d’une unité
territoriale tribale, c’est-à-dire tous les
hommes adultes, constituaient le contingent
normal des guerres. Le personnage du “héros”
(’aito), évoqué par T. Henry, qui doit se
“saisir” (haru) en ne distinguant “ni ami ni
parent”, que l’on doit respecter parce qu’il est
le protecteur de la terre, est comme la guerre
elle-même le lieu d’un modèle. Les femmes,
notamment les femmes ari’i de haut statut,
intervenaient parfois dans les combats.
Les armes ma’ohi étaient de types très
divers : massues, sagaies, fouets de
queues de
raies, frondes, dagues ; on n’est pas sûr de
l’utilisation d’arcs et de flèches.
Les engagements pouvaient avoir lieu sur
Sur la terre, la tactique et la
stratégie étaient extrêmement variées, allant
de la simple escarmouche sur l’avant du
terre ou sur mer.
théâtre de
bataille à la confrontation de
véritables armées (nu'u, des “foules”) tradi¬
tionnellement divisées en trois segments. Ces
armées étaient accompagnées d’“exhorteurs”
(rauti), de prêtres, de tacticiens (littéralement :
“sculpteurs de l’affrontement”, tarai ’aro) ;
l’engagement avait lieu au son de tambours et
de conques marines ; des amulettes diverses,
constituées notamment de plumes rouges
(’ura) marquaient souvent les territoires et les
lieux.
Sur mer, les armées étaient
embarquées
pirogues de guerre qui se
confrontaient généralement dans les lagons,
avec des armes
analogues à celles utilisées sur
terre. Elles étaient
accompagnées de lieux de
culte flottants ; des combats singuliers entre
’aito pouvaient se dérouler de plate-forme à
plate-forme. Ces engagements pouvaient être
dans
des
simultanés ou coordonnés à ceux de la terre.
On considère habituellement que la
guerre
maritime,
lieu elle aussi de tactiques
ritualisées complexes, n’était plus pratiquée
dès la fin du XVIIL siècle ; on peut
cependant
encore observer des
engagements maritimes
dans les îles Sous-le-Vent au cours des années
I850.
L’état recherché par les guerriers était la
“fureur”, qui n’était considérée être apaisée
qu’à la suite de manifestations cathartiques,
fréquemment observées, d’une extrême
violence sur les corps des vaincus et de la
population civile. Quand la tribu ou l’alliance
victorieuse n’entendait pas placer les
territoires tribaux vaincus sous son contrôle,
les récoltes et les biens étaient détruits ou
incendiés. La victoire était souvent suivie de
sacrifices humains. L’écho rencontré par le
politique de Pômare 11, décidant
d’épargner les vaincus de la célèbre confron¬
geste
tation
de
chrétiens,
1815
entre
“pro-”
et
“anti-”
significatif à cet égard.
Remarquons enfin que, malgré les boulever¬
sements sociologiques de toute nature subis
est
dès le XVI1P siècle, les engagements inter¬
tribaux liés à la politique à tenir à
l’égard des
puissances, qui perdurent dans les îles Sousle-Vent jusqu’à la fin du XIX' siècle,
constituent des métaphores de la guerre
ma’ohi, certes lointaines, mais qui lui sont
directement reliées.
118
LES JEUX, LES SPORTS ET LA GUERRE
Jeux et guerre
dans les autres
d’adresse. La guerre avait deux causes princi¬
archipels
Aux îles Marquises
Comme ailleurs, les enfants jouaient à la balle,
•
à la toupie, au cerf-volant, mais aussi aux
devinettes, à cache-cache et à bien d’autres
jeux encore, dont plusieurs étaient une
imitation des activités pratiquées par les
adultes. Ils s’exerçaient aux jeux de ficelle
(pehe) qui remontaient à une lointaine
tradition
anciens
*
et avaient
été dans des temps très
affaire de
spécialistes, habiles
dans l’art de préparer des modèles pour les
ligatures ornementales. Beaucoup de figures
avaient un nom qui rappelait un personnage
mythologique. Les enfants fabriquaient de
petites échasses avec deux bâtons et des
fourches de jau (Hibiscus tiliaceus). Elles
n’avaient que peu de rapports avec celles des
professionnels, ces champions qui se
une
rituellement
mesuraient
à
l’occasion
des
cérémonies en mémoire d’un mort. Soumis à
des interdits très stricts avant et pendant la
pales : la nécessité d’obtenir, toujours dans le
camp ennemi, des victimes humaines pour les
cérémonies religieuses, et l’esprit de vengeance
toujours très fort après une offense ou les
rapts de personnes destinées à des sacrifices
humains. Elle avait lieu de jour et commençait
par un chant spécial. Elle était annoncée à
l’avance à l’ennemi par des émissaires et par le
son des
trompes d’appel, puis au moment des
combats par de violents cris de guerre. Des
expéditions clandestines pouvaient être entre¬
prises de nuit, dans le plus grand secret, pour
Grande massue en
forme de pagaie
(parahu), îles
Marquises. Taillée dans
du bois de toa. elle est
très lourde et mesure
2,44 m. La poignée est
décorée par des
ligatures en bourre de
des touffes de
cheveux.
coco et
Au centre :
Casse-tète (’u’u) des îles
Marquises. Ces objets,
célèbres et très
recherchés par les
collectionneurs à cause
assouvir une vengeance personnelle ou enle¬
ver
une
victime. Souvent, dans
seulement des armes de
prestige ou de parade.
Ils étaient utilisés
exclusivement sur terre
dans les combats corps
à corps. Les coups
étaient parfois portés
avec la partie plate du
casse-tête, mais surtout
avec ses côtés anguleux,
le reste de l’arme faisant
fonction de masse.
les
Quand il s’agissait d’un combat officiel, les
grandes pirogues, simples ou doubles, étaient
décorées : des nacres fixées à des feuilles de
cocotier ornaient la proue : des touffes de
plumes, de cheveux, de barbes de vieillards
étaient fixées tout le long de la coque, et sur les
sièges, on mettait des palmes vertes, du tapa et
des
plumes. Comme armes de guerre, les
Marquisiens disposaient de casse-tête (’u’u)txi
bois noirci de Casuarina, ornés de motifs
sculptés. Ces pièces sont très connues à cause
de leurs décors et ne sont pas rares dans les
de leur forme unique
dans l'art polynésien et
de leurs sculptures très
raffinées, n'étaient pas
ce cas,
hommes arrivaient silencieusement, par mer.
Ci-dessous :
Cette fronde des lies
Marquises est
constituée d’une
En bas
Guerriers marquisiens
dominant le mouillage
depuis les rochers.
gravure missionnaire.
En 1821, le Dauntless,
capitaine Gambier, fait
“poche" assez longue,
prolongée par des
tresses marqulsiennes
typiques.
Un ivi po’o muni de
hami, sont armés de
l’objet.
casse-tête parahu et
’u'u et de frondes.
touffes de cheveux
achève de "signer"
escale aux îles
Marquises. Les guerriers
marquisiens couverts
de tatouages et vêtus du
longues lances, des
fête, ils se présentaient sur la place de danse en
file,
puis deux d’entre eux
double
s’avançaient, chaque adversaire essayant de
tomber l’autre le plus brutalement
possible sur les pavés du tohua. Ces compéti¬
faire
•
tions, dont les femmes étaient totalement
exclues, opposaient les tribus entre elles. Il en
allait
peut-être de même pour ce sport très
ancien, pratiqué dans une grande partie du
Pacifique, le lancement du teka. Ce javelot en
roseau d’un ou deux mètres de
long était lancé
depuis un monticule au-dessus d’une piste
spécialement aménagée. Les lanceurs utili¬
saient parfois une corde comme
propulseur et
le gagnant était celui dont le teka avait atteint
la plus grande distance.
Enfants comme adultes étaient très à
l’aise dans l’eau : ils pratiquaient le
surfing,
mais sans se tenir debout sur la planche
•
(papa). La lutte et la boxe semblent avoir été
moins pratiquées qu’aux îles de la Société. Le
seul exercice guerrier, qui opposait des
adolescents et des hommes de différentes
vallées, était un combat souvent plus réel que
simulé, avec des projectiles en petits fruits
durs (noix de coco, de bancoul etc.) lancés à la
main ou à la fronde. 11 est vrai que les exercices
étaient surtout pratiqués sur le terrain
puisque
les tribus étaient en continuel état de guerre.
pouvoir d’un chef se mesurait essentielle¬
potentiels qui se
trouvaient sous sa dépendance et qu’il pouvait
mobiliser rapidement. Même s’il participait
rarement aux batailles, c’était le chef
qui
décidait de la guerre et de son organisation. 11
disposait pour l’aider de quelques officiers
supérieurs qui entraînaient et dirigeaient les
guerriers. Au moment des combats, ceux-ci
étaient tapu et vivaient entièrement dans la
Le
ment au nombre de guerriers
•
maison des hommes où ils préparaient et
leurs armes, ainsi que leurs
vêtements et leurs ornements. Ces derniers,
conservaient
ajoutés à la couleur sombre des tatouages,
étaient destinés à donner aux combattants une
apparence
de
férocité,
de
puissance
et
1,
119
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
musées et les collections privées. Les ornements
en mèches de cheveux autour de la poignée
c’était aussi un objet de parade,
mais dès les années 1840, on ne le fabriquait
montrent que
plus que pour la vente aux voyageurs de
passage. Une autre arme de combat rapproché
était le parahu, une massue très lourde en
forme de pagaie. Dans les combats où ils
étaient très mobiles, les guerriers emportaient
avec eux des paquets de lances à pointe simple
ou barbelée, qu’ils jetaient l’une après l’autre
sur l’adversaire, ou dont ils se servaient pour
porter des coups directs. Mais l’arme la plus
utilisée était sans aucun doute la pierre, lancée
à la main, et surtout avec la fronde (maka),
tressée avec des fibres de bourre de coco. Pour
trouver les galets réguliers, un peu allongés,
qui servaient de projectiles, les adolescents
n’hésitaient pas à plonger assez profond dans
la
mer.
Souvent les femmes suivaient les
combattants, les encourageant de leurs cris et
portant des armes de rechange. Les vaincus
étaient tournés en décision, mais ils pouvaient
voir aussi tous leurs biens emportés ou sac¬
cagés. Le premier prisonnier était transporté
jusqu’au lieu de culte, où il était sacrifié au
dieu de la tribu. Sa tête était remise en trophée
au guerrier qui l’avait capturé et ses os pou¬
vaient servir à faire des ornements. De petits
cylindres d’os humains décorés d’un motif
conventionnel, tiki, étaient le signe d’une
intention de vengeance, lorsqu’un homme y
faisait passer une longue mèche de cheveux, le
reste de sa tête étant rasé. L’arrêt des hostilités
généralement à l’occasion des
récoltes et des grandes fêtes publiques qui les
accompagnaient. La feuille de cocotier (kou a
’ehi) était le signe matériel de la paix.
intervenait
front pour les repousser en lançant des pierres.
Durant les périodes de répit, des combats
simulés étaient pratiqués sous forme d’exer¬
cices guerriers ou de danses. Les armes utilisées
aux
Tuamotu sont assez peu connues.
Elles
représentatives de celles
qui existent ailleurs dans le Pacifique. Dans
les atolls de l’est, les anciens voyageurs avaient
remarqué des piques, de longueur variable,
terminées par une pointe rapportée en os
barbelé ou en mâchoire de poisson. Les lances
de combat corps à corps, en bois de cocotier, à
une ou deux pointes, étaient plus lourdes. 11
existait aussi des massues dissymétriques à
manches courts, qui rappellent lespatu archaï¬
ques des îles de la Société et de la NouvelleZélande. Les Tuamotu étaient riches en poi¬
sont variées et assez
gnards de toutes sortes, en bois taillé en
pointes, ou muni de dents de requins ou de
mâchoires de poissons. Les frondes étaient
tressées avec les fibres des racines de pandanus.
Une pierre à gorge, attachée à une corde,
servait de bola. A Mangareva, les guerriers
utilisaient des lances de jet avec une pointe en
os barbelé. C’est le seul
archipel de la Polynésie
où l’arc était utilisé pour faire la guerre. Aux
îles Australes, les armes étaient façonnées
dans du bois de toa (Casuarina equisetifolia).
Les lances de jet étaient longues, parfois en
deux parties et se terminaient par une pointe.
Les lances-massues ressemblent beaucoup à
celles des îles de la Société, mais elles sont plus
fines et plus légères et souvent décorées de fins
motifs géométriques. Il est probable qu’elles
étaient plutôt utilisées comme objet cérémoniel
ou de prestige. Les guerriers des -Australes se
protégeaient le corps avec des nattes repliées
qu’ils portaient sous leurs vêtements. On a
trouvé aussi à Rapa des vestiges de “cotte de
mailles” en fibres végétales tressées. Il existe
dans les musées de nombreuses armes pro¬
Les archipels de l’est et du sud
venant du
Aux Tuamotu, l’insécurité était permanente et
des ports, loin de leur lieu de fabrication, elles
des guetteurs étaient
placés sur des pointes
avertir les habitants quand
surgissaient des assaillants. Si les agresseurs
arrivaient par mer, toute la population faisait
rocheuses pour
Pacifique. Souvent achetées dans
ne sont pas toujours bien identifiées, surtout si
elles n’ont pas les caractéristiques précises de
forme oü de décor qui permettent
attribuer avec certitude à un archipel.
de les
«
Pointe de lance sculptée
de motifs en relief
représentant des
cochons très stylisés.
Les rares objets de ce
type sont faits
visiblement pour
s'adapter à une hampe.
Cependant leur fonction
cérémonielle ne fait pas
de doute : ils
appartenaient à
d'anciens guerriers et
plus fines et plus légères
que celles des îles de la
Société. La double
bague est décorée de
motifs plus compliqués.
Parfois la pointe est
étaient conservés
entièrement et finemént
Guerriers aux Mes
Gambier. Sur cette
termine généralement
religieusement.
gravure coloriée, on
remarque que les armes
sont des massues, des
lances et des pierres
lancées à la main. Il faut
noter aussi les tatouages
en forme de croix,
particuliers à
Mangareva.
120
â
Lance des Mes Australes.
Elles sont plus courtes,
sculptée. La partie
proximale présente un '
bref élargissement et se
en
pointe.
8 De la naissance à la mort
Enreprésenté
Polynésie, l’itinéraire conduisantjalonné
tout individu
de laséparant
naissancedesà lastatuts.
mort était
d’étapes
La
comme un parcours
transition entre ces statuts disjoints était sanctionnée par des cérémonies, certaines
spectaculaires, d’autres plus discrètes, qui toutes contribuaient à faire apparaître la
continuité naturelle entre ces états physiologiques comme une succession de statuts
sociaux bien définis. Ce sont ces statuts, et les “rites de passage” qui les séparent qui
vont maintenant être examinés.
Les événements du cycle vital, et singulièrement la naissance et la mort, étaient
considérés par les Polynésiens comme des passages non seulement d’un état à un
«
princes, et que certaines terres du domaine
qu’ils contrôlaient politiquement avant
l’arrivée des Européens furent revendiquées
par leurs héritiers en tant que propriété privée.
Or, de manière générale, les droits
symboliques que les ari’i détenaient sur
certaines terres n’étaient jamais confondus
avec
des “droits de propriété” au sens
occidental (Code Civil) du terme.
Les sources dont nous disposons pour
nous faire une représentation exacte de la
autre, mais encore d'un monde à un autre, et comme des moments critiques, lourds de
périls, où s’accomplissait un processus surnaturel qui pour aboutir à son terme devait
être encadré de rites et d’interdits. Du bon déroulement de ces rites et du respect de
ces interdits dépendaient, pensait-on, l’issue
positive ou négative du processus luimême, ainsi que la prospérité et le bien-être généraux. Il ne faut en effet pas perdrede
vue que ces cérémonies représentaient bien plus
que de simples coutumes : au même
que l’organisation sociale des îles de la Société
Les statuts sociaux
inférieur
titre
le culte des divinités
proprement religieuses.
que
ou
des ancêtres, elles étaient des cérémonies
La hiérarchie sociale
Il convient de resituer ces pratiques rituelles
dans le contexte socio-politique des sociétés
polynésiennes anciennes,
et de confronter
liés à l’âge et au cycle
vital avec les statuts sociaux proprement dits.
notamment ces statuts
L’archipel de la Société, à la fin du
XVlll'^ siècle, était certainement parmi les
archipels polynésiens celui où la stratification
sociale était la plus poussée. De nombreux
auteurs ont parlé à son sujet de l’émergence de
véritables classes sociales, allant jusqu’à
identifier celles-ci
aux
trois ordres caracté¬
ristiques des sociétés occidentales de l’épo¬
que : aristocratie, bourgeoisie et peuple. De
même, dans l’ordre politique, certains n’ont
pas hésité à associer les ari’i aux rois ou aux
barons féodaux, voire à interpréter l’organisa¬
politique tahitienne dans son ensemble
une
royauté centralisée de type
européen. Cette vision schématique résulte en
partie de la tendance spontanée des premiers
voyageurs et missionnaires à rapporter une
réalité exotique à des catégories familières.
Mais elle fut également déterminée par les
relations privilégiées, sinon exclusives, qu’en¬
tion
comme
tretenaient ces auteurs avec des interlocuteurs
issus des couches dominantes de l’époque,
soucieux
de présenter aux Occidentaux
l’image de leur société la plus à même de
renforcer leur pouvoir politique autant que
leur patrimoine foncier. C’est ainsi que des
ari’i dont la légitimité en termes traditionnels
était douteuse furent présentés comme rois ou
société ancienne sont donc loin d’être utili¬
sables
sans
critiques
:
elles sont, de plus,
souvent contradictoires. 11 est toutefois attesté
reposait sur des catégories fortement hiérar¬
chisées : les ari'i, petits ou grands chefs généra¬
lement héréditaires, à la tête d’unités politicoparentales de taille variable ; les ’iatoai ou
to’ofa (les deux termes désignant probable¬
ment une
fonction commune), chefs de rang
aux
ari’i,
dotés de pouvoirs très
étendus, notamment judiciaires et militaires,
niveau du village (nu’u) ou du district
(mata’eina'a) qu’ils géraient pour le compte de
l'ari’i ; les ra’atira, propriétaires terriens
héréditaires issus, comme les ’iatoai, des
au
branches cadettes des lignées d'ari’i, qui
contribuaient entre autres fonctions à l’orga¬
nisation des activités productives au niveau du
district ; les manahune enfin, dont les préro¬
économiques et politiques ne
s’étendaient pas au-delà du groupe de
résidence domestique. A ces niveaux de base
gatives
s’ajoutaient les divers serviteurs des personnes
de haut rang (teuteu), et les titi et assimilés,
groupe composé de prisonniers de guerre, de
fugitifs et de marginaux au regard de l’ordre
politico-parental dominant. C’est parmi ce
Baigneuses dans la baie
de ia Vaitepiha, à Tahiti.
Peinture de W. Hodges.
A droite, une sculpture
au
style typiquement
tahitien (ti'i) domine la
scène et indique ia limite
d’une propriété,
p»bablement
celle d’un chef.
“Le ta ou image
indiquant la terre du roi
est beaucoupplusgrand
que les autres, tandis
que les terres des toofa
ou raatira se distinguent
par la présence de petits
drapeaux blancs autour
du ta" (James Morrison).
121
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
fort méprisé, que l’on allait
chercher les victimes des sacrifices
humains.
dernier groupe,
souvent
prêtrise, fortement hiérarchisée elle
aussi, occupait une place prééminente dans la
La
société tahitienne. Le rang des prêtres (talni’a)
était fonction de celui du murae sur lequel ils
officiaient, c’est-à-dire du rang de l’ari'i dont
les ancêtres avaient fondé le site en question.
Le statut de la prêtrise demeurait néanmoins
toujours subordonné à celui de la chefferie, les
relations entre ari’i et tahu’a représentant la
démarque, à bien des égards, de celles définies
à l’époque entre frère aîné et frère cadet.
Si le cloisonnement entre les trois princi¬
paux statuts (ari'i, ra'alira et nianahune)éVd[l
maintenu
aux îlesde laSociété. Un
visage humain est
esquissé à l’extrémité
la plus large du to'o. Des
faisceaux de petites
plumes rouges
provenant de l'oiseau
’a’a (Cyanoramphus
zealandicus),
aujourd’hui disparu,
étaient réunis par de
fines cordelettes en
bourre de coco, et
attachés à l’enveloppe
de vannerie. Ces objets,
conservés dans la
maison sacrée du
étaient protégés
On ne les
exposait qu’à de très
par du tapa.
rares occasions, pour
certaines cérémonies
religieuses.
Un marae avec une
offrande pour les morts,
Raiatea {îles de la
Société). Ce marae, du
type des îles Sous-leVent, construit avec de
grandes pierres
verticales, est très
probablement le fameux
Taputapuatea d'Opoa, à
Raiatea, visité par Cook
en juillet 1769. On
distingue, sur la gauche,
des planches
entièrement décoré^ et
parfois surmontées ‘
d’une sculpture, les
’unu. Lavis de Sydney
Parkinson, 1769.
A gauche :
Repré^ntation
symbolique d’une
divinité (to'o) aux îles de
la Société. Le bâton
pointu en aito
(Casuarina) qui donne
son nom à l'objet, est
invisible, car il est
recouvert d’une
enveloppe en fibres de
bourre de coco finement
tressées. Il y avait des
to'o de grande taille,
pour les chefs les plus
importants.
“Il existait un grand
nombre de ces effigies,
qui avaient la
particularité d’être la
propriété d'une famille,
d’un lignage, d’un clan,
d’un district, jusqu'à
être associé à toute une
île. L'objet était conservé
dans le marae
correspondant à l’unité
sociale concernée’’
(A. Babadzan).
Marae et plate-forme
d’offrandes à Atahuru,
Tahiti. Gravure d’après
un dessin de
William Wilson.
122
sans
généalogiques, historiques ou religieuses, qu’il
représentation
symbolique de divinité
A droite :
normalement
était bien moins fonction de considérations
Détail d’une
marae.
étanche,
possibilité de mobilité d’un statut à l’autre,
d’importantes disparités de rang différen¬
ciaient par contre les individus de même
statut, qui se livraient entre eux à une intense
compétition économique ou (dans le cas des
ari'i) militaire. La rigueur de cette stratifi¬
cation sociale ne doit pas en effet faire illusion.
Les civilisations polynésiennes des îles de la
Société présentaient à l’époque de l’arrivée des
Européens un tout autre visage que celui de
paisibles royautés sacrées, fondées sur un
ordre
hiérarchique immuable d’origine
divine : à Tahiti tout particulièrement le rang
respectif des différents districts et de leurs ari'i
n’était
soumis
aux
aléas
des
guerres
de
conquête qui opposaient de manière perma¬
nente des alliances militaires changeantes
entre
districts.
En
revanche,
aux
Marquises, l’ordre
social était loin d’être aussi différencié. 11
n’existait pas de statut intermédiaire entre les
chefs (hakaiki) et les gens du commun, et le
système des interdits entourant la personne
des chefs ou des cheffesses (haka tepe'iu)éi’àÀi
beaucoup moins rigide et élaboré qu’aux îles
de la Société.
Idéologie et pratiques parentales
Le principe de cette stratification sociale
reposait idéalement sur la parenté, et plus
particulièrement sur le principe de
^
DE LA NAISSANCE A LA MORT
primogéniture (ou droit d’aînesse). Les or/’/de
plus haut rang étaient en effet (au moins théo¬
riquement) les héritiers aînés des lignes aînées
des clans (’ati), alors que les autres groupes
sociaux (’iatoai, ra'atira et manahune) étaient
censés être issus de branches cadettes dont le
respectif allait décroissant en fonction
rang
directe de leur éloignement généalogique par
^
rapport à la
lignée aînée. La primogéniture
domination
politique
fournissait alors
travers
toute
considérés
la justification
la
de
la
les ari’i étaient, à
Polynésie ancienne,
:
les
premiers-nés
(malahiapo) non seulement d’une famille de
chefs, mais par extension de tout un lignage
ou
comme
de tout un clan.
Dans ces conditions, les différentes caté¬
gories
sociales
comme
autant
fonctionnaient
de
classes
également
matrimoniales
séparées. Le jeu des alliances était en effet
particulièrement stratégique compte tenu de
la nature du système de filiation polynésien
^
(dit “cognatique”) qui donnait la possibilité à
politico-parental déjà fort complexe, aussi
l’infanticide venait
souvent
sanctionner
le
produit des unions entre ari'i et manahune.
Pourtant, le système n’était rigide qu’en
théorie. 11 était rendu beaucoup plus souple
par la pratique généralisée de l’adoption, qui
jouait le rôle d’un important facteur
correcteur. L’adoption était un des moyens de
sceller l’alliance entre deux lignages ou deux
clans. Dans la chefferie marquisienne, où
l’adoption était accompagnée de rites extrê¬
mement élaborés, les parents adoptifs présen¬
taient même leur demande d’adoption avant
la naissance de l’enfant. Au plus haut niveau,
elle était utilisée à des fins politiques, au même
titre que les alliances matrimoniales. Elle
permettait des promotions de rang
instantanées, et imposait des remaniements
souvent
considérables
de
l’ordre
généalogique.
“Oammo”, dessin de
Ci-contre :
Potatau, ari’i de
Punaauia, à Tahiti, dont
ies titres étaient
Pohuetea et Tetuanui
Marua I Te Rai, dessiné
par W. Hodges (1773).
W. Eilis. il s'agit
certainement d’un
portrait de Amo, grand
chef de Papara et mari
de ia célèbre "reine
Purea” qui accueiiiit le
capitaine Wallis à
Matavai.
individu de revendiquer des titres et des
droits
fonciers
en
ligne paternelle ou
tout
maternelle, directe ou indirecte indifférem¬
ment. Seul le facteur résidence, combiné à la
filiation, permettait toutefois d’actualiser ses
droits dans telle ou telle unité parentale
localisée dans l’espace. D’éventuelles mésal¬
liances auraient embrouillé à l’excès un jeu
Ce dessin, illustrant
Ci-dessus :
Une famille
été exécuté par
M. Radiguet vers 1840.
à Hiva Oa. Dessin de
M. Radiguet.
probablement une
scène marquisienne, a
marquisienne vers 1840
123
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
La mise au monde
l’enfant” : ils étaient à la fois des rites de purifi¬
cation et de levée des interdits entourant la
personne
du nouveau-né. Tout individu ou
Les rites effectués lors de la grossesse et
toute substance entrant en contact avec lui en
qui concernait les premiers-nés
mâles
des
familles
d'ari’i.
Leur
enjeu
symbolique consistait à détacher le nouveauné de l’univers matriciel et à l’agréger par
étapes à l’univers social. Associé à la féminité
et à l’impureté spécifique que celle-ci était
à son tour, et devait être soit purifié soit
détruit. Cette libération progressive des
interdits commençait avec l’enterrement du
de
l’accouchement étaient fort
surtout en ce
complexes,
véhiculer, le nouveau-hé était égale¬
considéré comme une entité en prove¬
censée
ment
nance
du monde du po, monde des morts, des
ancêtres et des divinités. Avec la
naissance,
dehors des conditions prescrites devenait tapu
cordon ombilical et la cérémonie uhi a’iri, qui
constituait le premier amo’a, permettant
ultérieurement à la mère de se nourrir ellemême.
Les amo'a suivants avaient lieu
pendant la longue période de réclusion dans le
fare aua teni. Ils concernaient les proches
c’était un peu de cet univers chargé de périls
des dangers liés à cette contiguïté
périlleuse, et de lever progressivement les
interdits associés à cette entité intrinsèque¬
sation
ment tapu de par son appartenance au monde
du po.
La mise
monde du premier-né
d’un chef
tahitien était précédée de l’imposition d’un
interdit portant sur la plupart des activités
domestiques. La population devait se réfugier
dans les montagnes pour continuer à vivre
au
enclos derrière le
marae familial on construisait trois édifices : le
normalement.
Dans
un
fare rau maire, destiné à l’accouchement, le
fare hua où la mère et l’enfant se rendraient
ensuite, et le fare noa à l’usage des serviteurs et
assistants. Le cordon ombilical (pito) était
coupé à l’aide d’un couteau de bambou à une
vingtaine de centimètres du ventre. Frotté de
mono’i et enveloppé dans du tapa, l’enfant
accompagné de sa mère séjournait ensuite
dans le fare hua pendant une durée corres¬
pondant théoriquement à la dessiccation et à
la chute du cordon. Pendant ce temps, la mèrë’
n’avait pas le droit de porter elle-même la
nourriture à sa bouche et devait être nourrie
par des serviteurs. Cet interdit était levé à
l’issue d’une cérémonie suivante, lors de
laquelle on enterrait le cordon sur le maraé7
avant de procéder aux ablutions rituelles uhi a
’iri : l’enfant était baigné dans une feuille de
’ape pendant que les parents se tailladaient le
front avec une dent de requin au-dessus d’une
feuille de miro dont on touchait ensuite la joue
de l’enfant. C’est alors seulement que le père
avait le droit de prendre l’enfant dans ses bras.
Il lui donnait ensuite un nom, et l’on se rendait
marae de district.
La mère et l’enfant
étaient ultérieurement installés dans un édifice
au
entouré de plusieurs clôtures, nommé fare aua
teni, où ils séjournaient tous deux pendant
environ
quatorze
mois. Des sacrifices
humains étaient pratiqués en l’honneur des
premiers-nés des principaux ari’i à l’issue de la
période de
cérémonie uhi a ’iri et de la
réclusion dans le fare aua teni.
Les rites amo’a
Ces cérémonies représentaient en fait les
premières séquences d’un cycle plus long
encore, celui des rites nommés amo'a, qui
avaient pour objectif, comme le rapporté
James Morrison, de “libérer la tête de
124
noa,
Statues monumentales
de Raivavae (Australes),
en roche volcanique
rouge, photographiées
1921 par
J.F.G. Stokes.
L’une d’entre elles, une
vers
sculpture féminine
massive et
impressionnante,
nommée Moana-Hei-
Ata, a été transportée à
Tahiti en-1933, sur la
goélette Denise.
Elle est exposée dans
les jardins du Musée
Gauguin, à Papeari.
H = 230 cm.
libre
d’interdits
:
ceci
n’intervenait
qu’entre six et douze ans pour un garçon et
vers seize ans pour une fille. Ces deux périodes
correspondaient respectivement, pour un
garçon à l’adoption d’un “ami”, avec échange
de noms (l’ami devenait le fils adoptif de
Yari’i), et, pour une fille au mariage : deux
contrats d’alliance politique scellés par deux
Sculpture en pierre
volcanique rouge, ll'l,
Paea (Tahiti). La
présence d'un petit
personnage sculpté sur
ie grand ti'i rend cette
pièce unique et
remarquable.
qui faisait irruption dans le monde des
vivants, le ao. Tout un cycle de cérémonies
avait pour but de mettre en scène la neutrali¬
La naissance d’un fils A'arVi
parents^qui ne pouvaient approcher l’enfant,
et
tout
particulièrement partager leur
nourriture avec lui, qu’une fois que les rites
amo’a et les offrandes appropriées avaient été
effectués. A l’issue de ce cycle de rites,
l’héritier de Vari’i, de tapu qu’il était, devenait
^
DE LA NAISSANCE A LA MORT
amo’a
dont
les
étaient analogues.
modalités
cérémonielles
Aux îles Marquises
marqui.siens relatifs à la naissance
avaient un enjeu symbolique identique à celui
de leurs homologues tahitiens. Le cordon
ombilical était préservé comme une relique,
alors que le placenta était détruit. On mettait
également l’accent sur la séparation de
l’espace d’habitation d’avec celui où l’accou¬
Les rites
«
chement avait lieu. La mère se retirait donc
peu
de temps avant la délivrance dans un
édifice construit spécialement à cet effet 0'a’e
laina),
destiné à être brûlé à l’issue des
cérémonies (le même sort aurait été réservé à
la maison d’habitation si par accident l’accou¬
chement s’y était produit). Mère et enfant y
demeuraient pendant plusieurs semaines,
voire plusieurs mois, et comme à Tahiti l’accès
à cette maison était entouré d’interdits extrê¬
mement
stricts.
Une fois tombé, le cordon ombilical était
placé dans
un
arbre dédié à l’enfant,
ou
conservé dans un réceptacle approprié.
Comme dans le reste de la Polynésie, le
placenta (pufe'efe'e) était en relation avec la
vitalité de l’enfant. 11 fallait l’enterrer dans de
la boue ou le jeter à l’eau pour éviter qu’il ne se
dessèche, faute de quoi l’enfant risquait de
dépérir et' de mourir. Aussitôt après l’accou¬
chement, la mère se rendait avec son enfant
dans une cascade, pour un bain purificateur.
Une fête de famille avait lieu le jour mérite,
de nombreuses offrandes. Le
père construisait pour son fils une sorte
d’autel décoré fo/iMj à proximité du site cultuel
familial. Un rite spéc.ial {fa'e kaha) était
réservé aux premiers-nés, consistant en des
ablutions à l’issue desquelles l’enfant était
introduit dans la maison paternelle par un
orifice que l’on perçait au-dessus de la porte.
comprenant
“Quelques Nuka-
Hiviennes”. A Nuku Hiva
(Marquises), un groupe
de femmes et d'enfants,
enveloppés dans leur
manteau de tapa, peints
par M. Radiguet.
Pièce d’étoffe non tissée
(tapa), parure en écorce
d'arbre à pain battue.
Vahl tapu, ou lieu
interdit, à Nuku Hiva,
A une date récente, à
Rurutu (Australes), une
dessiné parM. Radiguet,
recevoir le nouveau-né.
familial ou tribal.
pièce de tapa servait à
qui a probablement
représenté un autel
125
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
Enfance
et adolescence
lescents
d’une
considérable
sociales
ou
religieuses. Ils
s’occupaient beaucoup de leur apparence
physique : bien qu’elle ne fût pas réservée aux
seuls adolescents, la pratique périodique de
l’engraissage (ha’apori) semble les avoir parti¬
culièrement concernés. On s’allongeait à
l’ombre pendant plusieurs jours, en se gavant
sabilités
Tous les témoignages concordent :
l’enfant était entouré dans la Polynésie
ancienne d’une affection extrême, de soins de
tous
disposaient
autonomie, n’ayant pas encore de respon¬
ordres, et jouissait d’une liberté quasi
:
de nourriture : la séduction était fonction de la
pratiqué. De
l’avis des premiers voyageurs, il concernait au
blancheur de la peau et de la corpulence.
Mais les taure'are'a ne restaient pas
absolue. Mais la médaille avait son
revers
l’infanticide était massivement
moins les deux tiers des naissances. L’enfant
survivant était donc un enfant désiré. Mais il
était aussi
un
véritable “enfant-dieu” (tama
aitu, disent les incantations baptismales), tout
particulièrement le premier-né mâle
(matahiapo) qui était tenu pour le dernier
héritier d’une longue lignée d’ancêtres, qui
eux-mêmes descendaient des dieux. A ce titre,
le fils aîné d’un ari'i était considéré comme
supérieur à son père. Aussi la coutume voulait
elle que le matahiapo héritât symbolique¬
ment des titres et prérogatives rituelles de son
père
peu
dernier
de temps après
continuant
à
sa
naissance,
gouverner
pour
ce
le
compte de son fils jusqu’à sa majorité, que l’on
s’employait d’ailleurs souvent à ne fêter que le
plus tard possible.
Ils étaient aussi engagés dans la
production sous forme d’équipes de jeunes du
même âge, et il est vraisemblable que les
travaux collectifs les plus lourds leur étaient
confiés. Par ailleurs, plusieurs d’entre eux
suivaient l’instruction qui était dispensée dans
les /are ha'api’ira'a où les fils aînés des familles
dominantes devaient apprendre par cœur les
inactifs.
Ci-contre :
Paetini, princesse de
Taiohae, était la
première née de la
branche aînée d'une
des plus grandes
familles de chefs de
Nuku Hiva, aux îles
Marquises. En 1813, elle
vécut avec le capitaine
américain Porter. En
1838, elle avait 40 ans,
mais, selon le
témoignage de Dumont
d’Urville et d’après ce
dessin de L. Le Breton,
elle paraissait encore
très jeune (Atlas
pittoresque de
Dumont d’Urville).
Incisions et inscriptions
L’enfant (tama)
accédait au statut d’adoles¬
Au-dessous :
cent (taure'are’a) après avoir subi des rites de
puberté qui, tout en s’accompagnant de
mutilations génitales et de marques corpo¬
relles indélébiles, ne comportaient pas de
dimension initiatique : le tatouage (tatau) et,
pour les garçons, la circoncision (tehe). Les
deux sexes subissaient le tatouage, les garçons
plus tard que les filles chez quion le pratiquait
entre l’âge de huit ou dix ans, à l’apparition
des premiers signes de la puberté. On se servait
pour cette opération, qui semble avoir été fort
pénible, de peignes à tatouer en os ou en
coquillage, trempés dans un mélange liquide à
base de cendres de la noix tutiii. Le tatouage
paraît avoîr été moîns lié pour les garçons à la
puberté proprement dite qu’à la traversée de
l’adolescence, puisque ses différentes étapes
s’étalaient sur plusieurs années, jusqu’à l’âge
de vingt ans environ. 11 était également associé
à la complétion des rites amo'a, au terme
desquels on tatouait une petite marque sur les
deux bras, au-dessus de la saignée du coude,
indiquant par là que l’enfant était désormais
libre de boire et de manger la même nourriture
que ses parents, sans risque de les contaminer.
La circoncision, ou plus exactement la
supercision, était pratiquée à la puberté par
des spécialistes (tahu a tehe à Tahiti) qui,
les tatoueurs, étaient rémunérés. Pour
les fils d'ari’i, l’incision était effectuée à l’aide
comme
d’un couteau en dents de requin sur le marae
ancestral, alors que des sacrifices humains
étaient offerts
sur
le
marae
principal. Des
sur la
étaient ensuite appliquées
blessure afin de la cicatriser.
cendres
Taure’are’a
La période dite taure’are’a qui s’ouvrait alors
représentait, comme son nom tahitien
l’indique, une période de divertissements, de
vagabondage et de licence sexuelle. Les ado¬
126
Jeune femme de Tahiti
Jeune Tahitien. Dessin
à la craie rouge et
blanche de William
Hodges. L’enfant
accédait au statut
d’adolescent après avoir
subi des rites de
puberté.
portant des ornements
d'oreilles, par J. Webber.
Aux îles de la Société,
le percement des
oreilles ne semble pas
avoir donné lieu à des
cérémonies et des rites
particuliers, comme
c’était le cas aux
îles Marquises.
mythes, les généalogies et l’ensemble des
savoirs traditionnels. Les apprentis sacerdotes
étaient formés quant à eux dans les/ore ’aira’a
upu où des prêtres leur enseignaient les prières
(upu) et la liturgie.
Les ka'ioi marquisiens
A la
aux
des
supercision et au tatouage s’ajoutaient
Marquises la cérémonie du perçage
oreilles
(ko’ina oka puaina), qui
îles
intervenait entre six et dix ans pour les deux
#
DE LA NAISSANCE A LA MORT
sexes,
suivie
vers
dix
ans
du
rite
de
“purification” des mains (ko’ina ha’ame’ie
i'inui) qui avait pour but de permettre à
l’enfant de préparer sa nourriture, en rendant
ses mains me'ie, libres d’interdits. L’enfant,
aidé par son père, pilonnait le popoi sur un
plateau reposant sur les corps allongés de ses
oncles
maternels
et
tantes
paternelles
(pahupahu). Dans tous ces rites pubertaires,
les oncles et les tantes jouaient un rôle crucial.
C’est encore sur les têtes des pahupahu que les
filles aînées étaient placées lors de leurs
premières règles pour lever le tapu lié au sang
menstruel.
La supercision (tehe) avait lieu avant la
puberté, entre sept et douze ans, âge auquel on
tatouait également les filles. La puberté
marquait l’accès au statut d’adolescent, de
ka’ioi. A bien des égards les ka'ioi peuvent être
rapprochés des arioi des îles de la Société, à
ceci près que les premiers n’étaient pas
constitués en société initiatique possédant ses
rites et ses grades. Arioi et ka'ioi avaient
néanmoins
bon
nombre
de
pratiques
récréatives et licencieuses en commun, ainsi
qu’une importante fonction cérémonielle en
tant que chanteurs'et danseurs. C’est ainsi
que
les ka'ioi participaient aux rituels du tatouage
(patii tiki) réservés aux aînés mâles âgés de
quinze à vingt ans. Pour le compte du père de
l’enfant, ils construisaient une maison spéciale
(oho au patu tiki) où l’opération avait lieu, en
échange de quoi ils gagnaient eux aussi le droit
d’être tatoués. Cette disparité de statut entre
les fils aînés et le reste des ka’ioi est un autre
élément qui associe ces derniers aux arioi : eux
aussi étaient des cadets de lignage auxquels les
prérogatives rituelles
aînés étaient refusées.
et
successorales
des
Jeune guerrier
marquisien dont les
tatouages ne sont pas
terminés. Il porte les
attributs habituels du
guerrier : le casse-tête
en bois dur et la conque
marine ornée de mèches
de cheveux. Dessin de
L. Le Breton, 1838.
A gauche :
Personnage assis,
probablement des fies
Marquises. Dessin de
M. Radiguet
représentant un jeune
adolescent qui n'a pas
encore reçu les
premières marques de
tatouage qui feront de
lui
un
aduite.
Femme et enfant,
probablement aux îles
Marquises. Dessin de
M. Radiguet.
127
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
Le mariage
Le statut de taure’are’a se prolongeait
jusqu’au mariage, dernière grande cérémonie
du cycle des rites de maturation amorcé avec
la naissance. Les rites nuptiaux marquaient le
terme de la
socialisation de l’individu
en
le
plaçant en relation d’alliance avec un autre
groupe socio-parental. Pourtant, les sources
font état du peu de cas que les Polynésiens
faisaient du mariage. La cérémonie était loin
d’être ■ célébrée par toutes les catégories
sociales, et on sait que les classes inférieures
s’en dispensaient volontiers. Elle ne revêtait
une importance certaine que pour les familles
d’an’/, compte tenu des enjeux politiques et
successoraux que l’alliance comportait pour
elles. Dans les couches supérieures de la
société les mariages étaient en conséquence
des
unions
négociées entre parentèles,
“arrangées” de longue date, parfois même
avant la naissance des futurs époux.
jeune homme : “Abandonneras-tu jamais ta
femme ?”, et posait ensuite la même question à
la jeune fille. Le double “non” prononcé alors
venait sceller leur union. U ne grande pièce de
tissu
était ensuite étendue sur laquelle
s’asseyait le couple. Comme dans le rite amo’a
consécutif à la naissance, on plaçait alors sur
leur tête un morceau de canne à sucre (ou un
mélange à base de jus de canne) enveloppé
feuille de miro, et les femmes se
tailladaient le front avec des dents de requin.
dans
une
Après avoir recouvert le couple d’un second
(tapo’i), on enterrait sur le marae les
coins du premier tissu (ahu vaiivau) tachés du
sang des parents, et on distribuait le reste aux
tissu
arioi. On se rendait ensuite chez les parents de
la
mariée, où une cérémonie identique avait
lieu. Un nom de mariage était donné au couple
à cette occasion.
Les rites nuptiaux étaient également
accompagnés de distributions ostentatoires de
nourriture et de biens de toutes sortes qui
“Habitans de l’isie de
Taïti”. Gravure d'après
un dessin original de
Jules Louis Le Jeune,
1826, publié dans le seul
ouvrage relatant le
voyage de la corvette la
Coquille, commandée
par L.l. Duperrey :
“Voyage autour du
monde entrepris par
ordre du gouvernement
sur
René Primevère Lesson,
médecin et naturaliste
A la différence de bien d’autres sociétés
traditionnelles, il n’existait pas en Polynésie
originaire de Rochefort.
de prescription matrimoniale portant sur une
catégorie de parents bien définie. Le choix du
partenaire semble n’avoir été limité que par la
prohibition de l’inceste, étendue aux cousins
germains. Aux Marquises toutefois, seule
l’union avec la cousine parallèle (fille de la
soeur de la mère, ou du frère du père) était
considérée comme incestueuse, alors que le
mariage avec la cousine croisée (fille du frère
de la mère, ou de la sœur du père) était une
modalité matrimoniale sinon prescrite, du
moins très valorisée. Aux îles de la Société,
forme de mariage était réservée aux
cette
familles à'ari’i, qui étaient d’ailleurs loin d’y
avoir recours de manière systématique.
la corvette la
Coquille", par
Une femme de llle de
Tahuata (Marquises).
Gravure d’après un
dessin de W. Hodges.
C'est au cours de son
deuxième voyage dans
le Pacifique que le
capitaine Cook visita le
groupe sud des îles
Marquises, en avril 1774,
compagnons, parmi
lesquels se trouvait le
dessinateur William
Hodges, observer les
Marquisiens, leurs
ornements, leurs armes
et leurs pirogue-
où il resta moins d’une
semaine. Il put
cependant, avec ses
L’alliance et ses rites
La cérémonie du
mariage n’était semble-t-il
pratiquée régulièrement que pour les
premiers-nés des familles de quelque
importance. Elle représentait le dernier des
rites amo'a, et avait également pour objectif
d’affirmer
l’égalité de statut entre les
parentèles des époux, ou tout au moins de
lever les interdits liés à une éventuelle disparité
de statut.
A
Tahiti, la cérémonie se déroulait en
deux temps, auprès de la famille du mari puis
de celle de la mariée. En cas de mésalliance,
pouvait refuser
d’organiser chez elle sa part des cérémonies, ce
qui avait pour effet d’interdire aux conjoints
et à leur future descendance de prétendre à un
autre statut que celui de la famille de rang le
plus bas. Prendre le risque d’une mésalliance
signifiait donc renoncer à son rang et à ses
prérogatives, c’est-à-dire probablement aussi,
pour un fils d’an’/, à l’héritage de la charge
paternelle.
La parentèle de la jeune fille arrivait tout
d’abord en procession à la demeure du futur
marié, chargée de présents, et assistait à une
fête donnée en son honneur, à laquelle partici¬
paient \ts arioi. Une cérémonie religieuse avait
lieu le lendemain sur le marae ancestral. Après
avoir changé de vêtements, les mariés
prenaient place sur le site, séparés chacun de
plusieurs mètres. Le sacerdote s’adressait au
l’une
128
des
deux
familles
“Guerrier des îles
basses”, par E. Chazal
d’après un original de
J.L. Le Jeune. Voyage
autour du monde de la
corvette la Coquille,
entrepris de 1821 à 1825
sous le commandement
de Louis Isidore
Duperrey. La Coquille
explora les Tuamotu ou
“îles basses” du 22 avril
au 2 mai 1823. La pièce
d’étoffe, portée par les
habitants des Tuamotu
et des îles de la Société,
était drapée ou attachée
par un nœud.
Portrait de Mai dit Ornai.
Originaire de Raiatea,
Mai s’embarqua sur le
navire Adventure lors du
2ème voyage du
capitaine Cook dans le
Pacifique. Il séjourna en
Angleterre de juillet
1774 à juin 1776, fut
présenté au roi et, grâce
à son charme et à son
humour, il obtint de
grands succès auprès de
la meilleure société
londonienne. Dessin de
Nathaniel Dance.
^
DE LA NAISSANCE A LA MORT
prenaient l’allure d’une véritable compétition
familles, en dépit de la réciprocité
exemplaire que ces cérémonies prétendaient
établir. A Tahiti, les àrioi surveillaient de près
les opérations, et ne manquaient pas de
brocarder la partie qui s’était montrée la
moins généreuse. Aux Marquises la coutume
permettait même aux invités de s’emparer non
entre les
seulement des offrandes de nourriture mais
)
aussi des possessions les plus précieuses de
leurs hôtes, jusqu’aux armes et aux pirogues.
Malgré tout, les unions ainsi consacrées
n’étaient guère plus durables que les autres.
Les séparations étaient très fréquentes et
s’effectuaient sans formalités. 11 reste que la
femme ainsi mariée était toujours considérée
comme
l’épouse de son premier mari, même si
elle allait vivre avec un autre. Aux Marquises,
0
la fiancée promise dès son plus jeune âge (liüa)
pouvait parfaitement ne pas se marier avec le
partenaire qui lui avait été destiné, mais son
premier enfant appartenait néanmoins à cet
homme, qui en faisait son héritier.
Manche de chassemouches en bois, des
îles de la Société.
Certains auteurs
insistent sur l’aspect
phallique de ces
sculptures, d’autres leur
trouvent une forme
foetale. Dans tous les
il s’agit
probablement d’un
symbole de fécondité,
de reproduction des
générations. Il est
possible que ce très bel
objet date des années
1768 ou 1769 et qu’il ait
été sculpté avec des
cas,
outils anciens, sans
métal. Il est
probablement un des
seuls vestiges des objets
rapportés par
Bougainville, le premier
navigateur français à
avoir touché Tahiti.
H = 18,5 cm.
Polygamie ?
Le
mariage n’empêchait
pas
non
plus la
cohabitation avec d’autres partenaires sexuels
d’être fort répandue, particulièrement chez les
catégories sociales moyennes et supérieures
(ra'alira et ari'i à Tahiti). Il arrivait en effet
que
des
hommes
vivent
avec
plusieurs
femmes, et des femmes avec plusieurs hommes
(ce dernier cas était courant aux îles
Marquises). Cette tendance était renforcée
^
par la pratique du lévirat : il était coutumier
pour un homme dont le frère était mort de
prendre sous son toit sa veuve, et de donner à
leur premier enfant le nom du défunt. Mais le
terme
de polygamie apparaît cependant
impropre à décrire la situation : le statut de
l’épouse légitime était toujours distinct de
celui de la concubine. Quant aux concubins
mâles, ils vivaient aux îles Marquises dans une
maison séparée de celle du chef, et ne
pouvaient cohabiter avec sa femme que
pendant l’absence du légitime époux.
“Portraits de Makima et
Itou Routa, femmes de
Mangareva” d’après
J.-M.-E. Marescot. C’esf
en août 1838 que les
corvettes l'Astrolabe et
la Zélée, commandées
par Jules Sébastien
César Dumont d’Urville,
visitèrent les îles
Gambier. Les
navigateurs
rapportèrent de
Mangareva des dessins,
mais aussi quelques
objets, notamment une
statue et un tambour
que leur donnèrent les
missionnaires.
J.-M.-E. MarescotDuthilleui était enseigne
de vaisseau à bord de
l'Astrolabe. Il dessina
surtout des portraits. En
parlant des femmes de
Mangareva,
L.T. Montravel écrif que
“plusieurs porfent
encore l’ancien costume
qui, comme celui des
hommes, consiste en
une pièce d’étoffe jetée
les épaules et les
enveloppant comme un
sur
manteau ; mais II est rare
d’en voir ainsi vêtues”.
En effet, sous l’influence
des missionnaires
catholiques, les
habitants de Mangareva
portaient surtout des
vêtements européens.
129
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
La maladie et la mort
Les soins médicaux étaient du ressort de
spécialistes (tahu'a
divers
aux
îles de la
Société, ta'ua ou tuhuna aux Marquises) qui
avaient dans un premier temps pour tâche de
déterminer
par
divination l’origine de la
maladie : les Polynésiens attribuaient généra¬
lement à la maladie ou aux accidents une
cause
cas
première d’ordre surnaturel. Dans les
les plus bénins, des soins par les plantes ou
le massage pouvaient suffire, mais il n’en reste
pas
moins que la préparation des remèdes
le
traitement
lui-même étaient
considérés comme des opérations religieuses.
Les tahu'a ra'ait (prêtres des plantes)
étaient prêtres avant d’être médecins. Ils
avaient leurs propres marae auprès desquels
ils confectionnaient en secret leurs prépara¬
tions médicinales, à base de plantes récoltées
dans des conditions appropriées. Il n’existait
comme
de généralistes mais bien plutôt une
quantité de spécialistes réputés pour tel ou tel
type de traitement.
Les connaissances
pas
s’étendaient
médicales
même
au
domaine
chirurgical et, à Tahiti comme aux Marquises,
on
savait utiliser la noix de
prothèse osseuse.
coco
comme
n’arrivait au
hasard. Aussi, pour soigner efficacement, il ne
suffisait pas de traiter la maladie ou la bles¬
sure ; encore fallait-il agir sur la cause, qui
pouvait être l’infraction d’un interdit, la
sorcellerie ou bien l’action de certains esprits
Aucune
infortune
grave
des morts.
(tahutahu, natinati ’aha) prati¬
quaient l’ensorcellement (pifa'o) en pronon¬
des incantations sur des déchets
organiques ou des substances ayant été en
contact avec leur future victime (cheveux,
rognures d’ongles, excréments, restes de
nourriture, vêtements etc.). Aussi se gardaiton bien que quiconque puisse s’en emparer :
dans les couches supérieures, les déchets de ce
çant
type étaient enterrés sur le marae familial dans
la fosse réservée aux substances tapu dont on
devait se débarrasser à l’issue des cérémonies.
Les sorciers avaient recours également à
leurs ti’i, effigies de pierre ou de bois
représentant certaines entités surnaturelles
qu’ils enjoignaient de pénétrer le corps de leur
victime pour la faire mourir. Les sources sont
imprécises sur la nature des entités représen¬
tées par ces objets. On sait cependant que les
^rciers étaient admis sur les marae lors de
l’importante cérémoniepa'iatua où l’ensemble
des effigies de culte se trouvaient périodi¬
quement reconsacrées : les ti'i des -sorciers
subissaient le même traitement que les effigies
des ancêtres tutélaires, et rien ne permet de
penser que les statuettes des sorciers aient pu
figurer une catégorie particulière d’esprits
spécialisés dans la seule négativité. Du reste, le
pouvoir surnaturel (mana) des dieux ou des
ancêtres (’oromatua) n’était en soi ni positif ni
négatif : tout dépendait de l’usage qui en était
fait, et, évidemment, du point de vue adopté :
celui de la victime ou celui du bénéficiaire...
En revanche, le mana ainsi mis à contribution
dans les
vraisemblablement
censés
entreprises humaines pouvait être
être
en
relation
qu’avec des esprits ancestraux mineurs.
Le châtiment de la transgression
La seconde cause principale des maladies était
liée à la transgression d’un interdit (hara), qui
était punie directement par les dieux. Les hara
majeurs résultaient d’erreurs commises par les
prêtres (ou les ari’i) dans la célébration des
cérémonies religieuses : bafouillages ou trous
de mémoire dans la récitation des chants et des
précipitation à manger la
nourriture consacrée avant que les dieux n’en
généalogies,
aient reçu en premier leur part, et maladressés
de tous ordres provoquaient la colère divine et
appelaient aussitôt réparation. Les autres
catégories de transgressions étaient, elles
aussi, le plus souvent involontaires, qu’il
s’agisse de l’infraction des multiples tapu
entourant
l’impureté féminine, l’impureté
cadavérique, la personne des chefs, les marae,
rites ou même les récoltes pendant les
périodes de prohibition (rahu'i). Chaque type
de transgression attirait un type particulier de
les
maladie surnaturelle. Il fallait dans tous les
cas
présenter des offrandes aux dieux pour
Vases de pierre des Iles
de la Société. Quelques
objets en pierre de ce
type, dont certains sont
sculptés de motifs non
figuratifs, sont parvenus
jusqu’à nous sous le
nom de “lampes de
sorcellerie” qui leuraété
attribué par les premiers
missionnaires. Selon la
tradition orale, plutôt
que de lampes, il
s’agirait de contenants
utilisés par les sorciers
pour y mettre les
substances provenant
de leurs victimes.
Ci-contre :
H = 15,5 et 18,5 cm.
Un vieux sorcier aux îles
La sorcellerie
Les sorciers
plus ou moins puissant selon le type d’esprit
invoqué. Aussi faisait-on appel à des
exorcistes (apa) dont le pouvoir était jugé
supérieur à celui des tahutahu : les exorcistes
étaient des prêtres officiels, qui invoquaient
les plus puissantes divinités (telles que Ro’o
par exemple), alors que les sorciers n’étaient
Marquises, dessiné par
M. Radiguetqui le décrit
ainsi :
"Il eût été difficile
d’imaginer un être plus
fantastique que ce grand
vieillard maigreàfacede
mandrille. Ses yeux
éraillés s’ouvraient
comme deux taches
sanglantes sur un
masque indigo,
qu'encadrait une
chevelure blanche
rayonnant en flammes
pendait jusqu’à
la poitrine une barbe
et d’où
brasier, l’échine
courbée, le menton
entre les genoux,
les
lèvres sans cesse
frémissantes de paroles
mystiques, qu’il
murmurait avec une
rare
gravité religieuse en
accroupi près d’un
regard de ses yeux qui
semblaient privés de
et fourchue. Quand
il se montrait le soir à
l'entrée de sa demeure,
attachant sur nous le
paupières, on eût pu,
faire tort au
mauvais esprit des
sans
théogonies
polynésiennes,
supposer qu’il nous
révélait une de ses
incarnations”.
DE LA NAISSANCE A LA MORT
»
“dénouer le hara” (taraehara), faute de quoi le
transgresseur risquait de mourir. A Tahiti,
une
longue pousse de bananier servait dans
rites d’expiation de substitut à un sacrifice
humain.
ces
Tupapa’u
Les
•
Polynésiens étaient convaincus que les
esprits des morts récemment décédés
(tupapa’u) étaient susceptibles d’infliger des
maladies
surnaturelles
ou
même
la
mort.
négativité se manifestait essentielle¬
ment durant la période comprise entre le décès
et les dernières étapes des rites funéraires.
Toutefois, elle n’était pas l’attribut spécifique
de l’ensemble de ces esprits, mais seulement,
pensait-on alors, de ceux qui avaient une
Cette
•
vengeance à accomplir avant de quitter le
monde des vivants. Les tupapa’ii ne se mani¬
festaient
pas que dans ce seul but : ils
pouvaient également apparaître pour délivrer
un ultime message' ou pour porter conseil.
Pendant ce laps de temps, les rites funéraires
s’employaient à promouvoir symboliquement
le passage de l’esprit du défunt du monde des
vivants (aojau monde des morts (po), mettant
ainsi un terme à une contiguïté toujours
menaçante. Aussi n’est-ce pas un hasard si les
créatures surnaturelles auxquelles les Poly¬
nésiens attribuaient une action exclusivement
négative étaient précisément issues de morts
qui n’avaient pas eu de sépulture, ou pour qui
les rites et sacrifices appropriés n’avaient pas
été accomplis.
Petit plat de bois et
mortier en pierre avec
pilon, Tahiti. Ils ont
probablement servi à
écraser des piantes pour
préparer des remèdes.
Sculpture de bois (ti’i)
de Moorea. H =z 30,9 cm.
Il s’agit d’une des quatre
statuettes en bois de
Fagraea berteriana
découvertes en 1973
dans un abri funéraire de
Moorea (Société) et
conservées
actuellement au Musée
de Tahiti et des Iles. Ces
petites sculptures
anthropomorphes sont
et leurs
fonctions exactes sont
mal connues. Elles
assez rares
pouvaient représenter
symboliquement les
esprits des ancêtres
familiaux et leur servir
de supports temporaires
pendant certaines
cérémonies
accompagnées de
prières. Les guérisseurs
et les sorciers se
servaient aussi des t/7
pour soigner les
maladies ou au contraire
en
infliger à leurs
victimes. Enfin, il est
probable que ces
sculptures
représentaient souvent
des parties plus ou
moins mobiles des
pirogues tahitiennes.
"Les funérailles de
Niehitu", Nuku Hiva
(Marquises), par
M. Radiguet. Le corps
est placé dans un
cercueil en forme de
pirogue.
131
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
La mort et l’au-delà
personnages
les plus ' éminents de la
communauté,ries chefs de lignages ou dedans
et les prêtresr atteignaient au terme de ce
le'statut d’ancêtre {’oromatua à
devenaient l’objet d’un culte.
L’achèvement du cycle funéraire sanctionnait
l’ancestralisation des morts et correspondait
généralement au prélèvement des reliques
osseuses et tout particulièrement du crâne qui
était déposé dans un site approprié, le plus
souvent le marae (me'ae) familial, où il était
conservé avec grand soin, enveloppé de tissu,
et exposé en de nombreuses occasions céré¬
Les conceptions polynésiennes tradi¬
tionnelles relatives au destin des âmes après la
processus
Tahiti)
mort présentent une grande variété selon les
archipels. De plus, les sources divergent
notablement à leur propos, et les témoignages
recueillis au début du siècle dernier portent
souvent
la marque
de réinterprétations syn¬
crétiques,Jou
de déformations imputables aux
missionnaires
qui nous les rapportent, qui ne
enclins à retrouver dans les
croyances
polynésiennes des notions
analogues à celles d’Enfer, de Purgatoire ou
de Paradis. En ce qui concerne Tahiti, une
difficulté supplémentaire se présente, qui tient
à l’hétérogénéité des croyances religieuses
prévalant à la fin du XVIIP siècle, compte
tenu de l’adoption récente du culte de ’Oro et
l’existence d’un corps de doctrine spécifique à
furent que trop
monielles.
L’affinage progressif de l’âme
à
communs
l’ensemble
de
variantes locales
funéraires
ces
Du mort à l’ancêtre
mort
était
représentée
comme
la
séparation définitive de l’esprit {vama à
Tahiti, kuhane ou uhane aux Marquises)
d’avec le corps ft/woj, séparation qui amorçait
la corruption et la dissolution progressives de
dernier.
L’esprit du mort était censé
quelque temps à proximité du
corps, avant d’entamer un long et périlleux
voyage vers le pays des morts, le po. Ce
ce
demeurer
domaine était situé, selon les variantes, soit
terre, soit à l’ouest, au couchant, deux
localisations que la langue tahitienne, rappe-
sous
lons-le, désigne du même terme (i raro). Ce
s’accomplissait soit en groupe, soit
par les voies les plus
diverses : aux Marquises, les âmes naviguaient
voyage
individuellement, et
vers
l’Havaiki dans des sortes de cercueils en
Cercueil d'adulte
constitué de six pièces
de bois reliées par des
piro.gue. Les esprits des morts
risquaient toujours d’être agressés en cours de
route et d’être anéantis à jamais ; ceux qui
parvenaient près de l’entrée du monde des
forme
morts
de
devaient
encore
se
soumettre à
favoriser le bon déroulement du processus
surnaturel devant aboutir à l’installation du
et
mort dans les domaines supérieurs du po.
132
ligatures, Tahiti. Les
ossements, après
embaumement et
dessiccation du corps,
étaient enveloppés dans
du tapa et déposés dans
le cercueil. Il semble
des
épreuves pour y être admis.
Le po était divisé en plusieurs strates
superposées, ou en plusieurs domaines
disjoints qui correspondaient non pas aux
catégories occidentales que l’on vient
d’évoquer, mais bien plutôt à la stratification
sociale en vigueur dans le monde des vivants.
C’est ainsi que les chefs et les prêtres (et, à
Tahiti, les arioi) étaient en général destinés à
occuper des compartiments du po distincts de
ceux réservés aux gens du commun, quoique
dans certains cas des promotions fussent
possibles d’un espace à l’autre du po. La
trajectoire et la destination finale de l’esprit
dépendaient étroitement des rites effectués et
de l’importance des sacrifices offerts par les
parents du mort.
Les cérémonies funéraires comprenaient
en effet de nombreuses séquences rituelles
échelonnées
sur
plusieurs mois, voire
plusieurs années, et étaient censées évoquer
Les
qui pouvaient encore y adhérer : on notera à cepropos qu’à Tahiti les âmes des morts étaient
censées subir un traitement analogue dans le
•
où elles étaient “grattées” avec un coquil¬
lage en dents de scie par les ancêtres, avant
)
d’être absorbées par les dieux.
..MÇi’
Curieusement, ces procédures rituelles ^
n’étaient pas sans analogies avec celles en ik
vigueur lors de l’accouchement, où l’accent
était mis sur la manipulation - elle aussi
décalée dans le temps - de deux substances
corporelles, respectivement le placenta, dont
po,
.
croyances.
La
débarrasser des derniers lambeaux de chair
près, les cérémonies
polynésiennes comprenaient
toujours deux temps forts, qui correspon¬
daient à deux types de manipulation du
on
se
débarrassait dès la naissance en
cadavre séparés par un intervalle générale-^ l’enterrant ou en le “tuant”, et le cordon
ment assez long. C’est sur les substances
ombilical, que l’on prélevait pour le conserver •
dès qu’il était entièrement desséché. 11
putrescibles que l’on travaillait tout d’abord,
s’agissait dans les deux rites de se défaire d’une
pour s’employer à les faire disparaître, qu’il
Aux
la société des arioi. Aussi ne s’attachera-t-on
ici qu’à une présentation synthétique des
thèmes
et
s’agisse de l’embaumement ou des divers
massages et onctions d’huile par lesquels on
parvenait à la dessiccation du cadavre. Le
corps étaitensuite exposé dans un édifice tapu
construit spécialement à cet effet( Ce n’est que
plusieurs mois après que l’on s’emparait des
parties osseuses pour les nettoyer et les
qu’avant la période
missionnaire, on
n’utilisait que du tapa et
des nattes.
Supports de civière
funéraire, en bois
sculpté. Ils ont été
trouvés dans un abri
funéraire à Ua Pou, aux
îles Marquises.
Coufeaux en dents de
requin, îles de la
Société. "Les proches
du défunt, et tout
I
particulièrement les
femmes, se répandaient
en
lamentations,
coupaient leurs cheveux
et se tailladaient la tête
et la poitrine avec des
instruments où étaient
fixées des dents de
requins". Dessin de
J.F. Miller, 1772.
DE LA NAISSANCE A LA MORT
k
symbolisant l’impureté (féminine
cadavérique) pour parvenir dans un
substance
ou
deuxième
temps
à
préserver
une
autre
catégorie de substances organiques, cordon
ombilical
et
crâne, véritables
reliques
destinées à attester, chacune à leur manière,
l’accomplissement
de
l’intégration du
nouveau-né dans l’univers social et du mort
dans l’univers ancestral.
^
et
Sous ce rapport, les rites de la naissance
de la mort semblent bien se placer dans le
prolongement l’un de l’autre en ce qu’ils
symbolisaient un processus d’affinage
progressif concernant l’âme humaine (varua)
qui, associée à un corps, était extraite de
l’impureté féminine par les rites baptismaux et
qui parvenait, avec les rites funéraires, à se
dissocier définitivement de cette enveloppe
charnelle pour atteindre à un nouveau statut
dans le po. Telle était la trajectoire idéale
promise à l’humain dans ces cultures : à
certains humains toutefois, car il semble bien
^
que cette ancestralisation, refusée aux femmes
et aux
cadets, était réservée aux chefs et aux
prêtres.
Les Marquisiens
déposaient leurs morts
civière ou dans
un cercueil qu’ils
sur une
exposaient ensuite sur
une piate-forme souvent
faite de bambous
entreiacés et suréievée
par des poteaux ou des
faisceaux de bâtons
plantés en terre. Une
maison désaffectée ou
une
simple toiture
abritaient ces restes
mortuaires. L’endroit,
réservé aux défunts de la
famille se trouvait
généralement à
proximité de l'habitation
principale et s’appelait
taha lupapaku ; il servait,
en
fait, d’autel familial.
Les corps des chefs et
des prêtres importants
étaient placés dans des
cercueils de bois
décorés de sculptures
ou bien artistement
ancestrales, étaient très
tapa et de
ligatures ornementales.
Après une première
exposition dans un fond
de vallée, les restes
sacrés et interdits aux
femmes et aux gens de
condition ordinaire. De
desséchés étaieht
grands f//(/ de bois et de
pierre protégeaient ce
forme de tiki. Ces
présidaient aux
déposés sur une plate¬
forme en pierres dans
une maison spéciale en
lieu de culte où les chefs
les plus importants
étaient divinisés et
emplacements, les
destinées de la tribu.
me'ae, où les familles de
chefs conservaient leurs
plus précieuses reliques
Ci-dessus :
Auge funéraire (papa
lupapa’u). Ce modèle
réduit a été rapporté par
l'amiral DupetitThouars, en 1843. Des
cercueils de bois,
recouverts de tapa et de
ligatures ornementales
en
fibres de bourre de
tressées noires et
coco
rouges, étaient utilisés,
semble-t-il, surtout dans
le groupe sud des îles
Marquises. L = 47 cm
sans
les bras ; 63,5 cm
avec ;
H = 13,4 cm.
Moral, Nuku HIva, 1846.
Plate-forme et abri
funéraire aux îles
Marquises. Aquarelle de
Charles Claude Antig.
133
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D'AUTREFOIS
Les funérailles d’un
chef tahitien
Condoléances rituelles
L’annonce
Les cérémonies entourant le décès d’un
ari'i tahitien différaient notablement de celles
en
vigueur pour les gens du commun : par leur
durée
tout
d’abord
(elles
s’étalaient
sur
plusieurs mois), mais aussi par des pratiques
telles que les sacrifices humains, l’embaume¬
ment du cadavre, et les curieux agissements
d’un personnage masqué qui semait la terreur
pendant de longues semaines dans le district
du défunt.
officielle
de
la
succédaient auprès du mort, apportant de
nombreuses offrandes ('otoha'a ou ta'iha’a)et
se
mort
du
chef
marquait le début d’une période d’interdits
extrêmement sévères pendant laquelle il
n’était notamment pas permis d’allumer des
feux, ni de sortir en mer pour pêcher. Les
proches du défunt, et tout particulièrement les
femmes, se répandaient en lamentations,
coupaient leurs cheveux et se tailladaient la
tête et la poitrine avec des instruments où
étaient fixées des dents de requin. Le cadavre
du défunt était généralement exposé dans sa
maison pendant quelques jours, oint d’huile
parfumée, couvert de lapa blanc et entouré de
fleurs et d’herbes odoriférantes. Les visiteurs
prononçant des discours de condoléances.
Pendant
ce
temps,
plusieurs sacrifices
humains étaient offerts sur le marae.
L’exposition du cadavre
La fin de cette première séquence des rites
funéraires était généralement marquée par
l’installation du cadavre du chef sur uneplateforme d’exposition couverte d’un toit à double
pente.
'
Nommé /h/-f ntpapa'u (la maison du
cadavre)
cet
édifice
était
enclos
d’une
palissade et se situait à proximité du marae.
On brûlait alors dans un feu purificateur
toutes les substances ayant été en contact avec
le cadavre dans l’espace domestique. Le prêtre
prononçait une prière (par?/tw/u/j par laquelle
était levé le tapit frappant la maison du mort,
qu’il était désormais possible de réoccuper.
L’exposition du corps dans le [are
tupapa’u pouvait durer de nombreux mois, et
était d’autant plus longue que le statut du chef *
était élevé. On s’employait à préserver le plus
longtemps possible l’apparence physique du
défunt par des soins constants, de fréquents
massages de mono’i, mais aussi dans plusieurs
cas
par l’embaumement qui était pratiqué
dans le plus grand secret par un spécialiste
nommé tapiia miri. Les viscères et le cerveau
Le corps du chef
Vehiatua reposant sur
plate-forme
fû'néraire, Tahiti.
une
Aquarelle de
John Webber, 1777,
troisième voyage de
Cook,
Plates-formes
funéraires (tare
tupapa’u) à Tahiti.
Aquareiie de
Wiiliam Hodges,
deuxième voyage de
Cook.
134
Page de droite :
Costume d’un chef de
deuil. Dessin de
H.D. Sporing, fait au
cours du premiervoyage
de Cook à Tahiti, ii est
particuiièrement
intéressant car, audessous de ia
représentation compiète
et très exacte du prêtre
du parent menant le
deuil, on distingue le
profil de la coiffure et du
ou
masque.
•
DE LA NAISSANCE A LA MORT
étaient retirés et enterrés sur le marae, la peau
saturée
d’huile,
les cavités corporelles
remplies de lapa. Le cadavre était réguliè¬
rement exposé au soleil pour parachever sa
dessiccation, et l’on faisait jouer les articu¬
lations pour maintenir leur souplesse. Dans
ces conditions, les cadavres
pouvaient être
expo.sés parfois pendant plus d’un an : c’est
ainsi que le capitaine Cook eut l’occasion de
voir les restes du grand chef de Taiarapu,
Vehiatua, quelque vingt mois après sa mort.
Dans certains cas, les dépouilles des chefs
étaient transportées de district en district pour
dernier voyage, qui pouvait là encore durer
jusqu’à six ou huit mois. Dans chaque district
la population exprimait une dernière fois son
allégeance par les cérémonies de condoléances
évoquées plus haut (la’ilui’a).
un
les
Au terme de cette période d’exposition,
restes
osseux,
et
notamment
le crâne.
étaient placés dans des sépultures définitives
où ils étaient vénérés comme reliques. Les
crânes
étaient
où
souvent
conservés dans
les
ils
représentaient l’ancêtre
(’oromalua) qu’était devenu le chef défunt.
marae,
Les masques de deuil
Les
cérémonies
surcroît
un
l’occasion
de
deuil
comprenaient de
curieux rite, dit heva tiipapa’ii, à
duquel un personnage masqué
déambulait dans le district du chef décédé à la
tête d’un groupe de jeunes gens à moitié nus,
de boue, de suie et de peintures
corporelles diverses, blessant ou tuant tous
ceux qui
ne prenaient pas la fuite à leur
passage. 11 y a tout lieu de penser que cet
homme masqué n’était autre que le prêtre
attaché à la garde et à l’entretien du cadavre
pendant son exposition dans [e fare lupapa’u :
couverts
pensait généralement qu’il était possédé
l’âme du défunt qui réglait en quelque
sorte ses comptes avec les vivants par son
intermédiaire. Quant aux jeunes gens armés
de
javelots qui l’accompagnaient, les
nevaneva,
qui étaient certainement des
parents du mort, ils se comportaient comme
s’ils étaient rendus fous par la douleur.
on
par
Le costume du chef de ces expéditions
punitives est d’autant plus remarquable qu’il
comprend un masque en nacre cachant entiè¬
rement le visage (parae) : il s’agit là du seul
exemple connu de masque dans toute l’aire
culturelle polynésienne, et cette singularité
correspond vraisemblablement à une innova¬
tion liée aux changements religieux de la
période ayant précédé l’arrivée des premiers
Européens.
Ces costumes
étaient
parmi les
extrêmement
élaborés
possessions
les
plus
En haut, à droite :
"Edata no te tupapau”.
Sur ce lavis, fait à
Tahiti en 1769 durant le
premier voyage de
Cook, le dessinateur
Sydney Parkinson a
associé deux sujets
relatifs à la mort d'un
chef, mais qui ne
A droite :
Ornement de nacre
devaient pas être
souvent visibles en
même temps.
Si le cadavre était bien
provenant d’un habit de
deuilleur, îles de la
n'intervenait, en
trou à chaque extrémité
et reliées l’une à l'autre
déposé sur une plate¬
forme jusqu'à sa
dessiccation complète,
le prêtre, revêtu de son
costume spécial,
principe, que pour
diriger les déplacements
rapides et désordonnés
que l’on faisait faire au
corps du chef à travers
les domaines qu’il avait
contrôlés de son vivant.
Société. Le détail
montre les fines
plaquettes
rectangulaires
découpées dans la
nacre.
Elles sont
percées d’un très petit
par un fil. La finesse de
travail est admirable,
surtout si l’on considère
ce
qu'il a été exécuté sans
instruments
métalliques.
135
LA VIE QUOTIDIENNE DANS LA POLYNÉSIE D’AUTREFOIS
précieuses des Tahitiens, Le masque de nacre
surmonté de longues plumes blanches était
appliqué sur un tissu aux motifs bruns et noirs
qui couvrait entièrement le visage, un peu à la
manière d’une cagoule. La poitrine était
décorée d’une plaque de bois en forme de
croissant sur laquelle étaient disposées
plusieurs nacres. Sous cet ornement pectoral
se trouvait une sorte de tablier composé d’un
assemblage de plusieurs milliers de petits
morceaux de nacre qui descendait jusqu’à la
taille. Le costume comportait également un
long manteau de plumes noires. Le chef du
deuil, ainsi vêtu, était en outre porteur d’une
lance ou d’une longue serpe armée de dents de
requin (paeho) et de sortes de castagnettes
composées de deux coquilles d’huître perlière
(leie) qu’il entrechoquait constamment afin
d’alerter la population.
Les
manifestations
mais allaient
en
se
raréfiant avec le temps.
l’initiative de ne plus apparaître dans ce
costume, ou bien encore lorsque la population
des
districts
voisins, jugeant que ces
agissements n’avaient que trop duré, décidait
de s’en prendre physiquement aux deuilleurs,
ce
qui provoquait parfois de véritables
batailles rangées entre districts.
Si l’on note que le laps de temps occupé
par les expéditions punitives heva tiipapa’u
correspondait en gros à celui de l’exposition
composent d’une partie
recouvrant la tête
.
(parae), elle-même ;
comprenant un diadème
en longues plumes de
Phaéton et un masque
fait de quatre valves
d’huîtres perlières,
découpées et ajustées,
l'une d'elles
d’une fente
visibilité ;
d’un large hausse-col c
bois noir, en forme de
croissant sur lequel
sont fixées cinq grande
coquilles de nacre ;
d’un grand pendentif
chatoyant composé
d'environ 2 500
plaquettes de nacre ;
d'un long tiputa ou
poncho, en tapa, et
d’une ceinture qui
sur les côtés ;
d’un tablier en tapa
décoré de plaques
cousues faites de
coques de noix de coco
découpées, parfois
entrechoquait comme
des castagnettes pour
faire fuir la population.
De l’autre main. Il portait
une sorte de massue,
armée d'une longue
rangée de dents de
requin. Les détails du
costume sont fidèlement
représentés et sont
assez semblables à ceux
de l’exemplaire
conservé au British
Muséum. On peut
penser cependant que
cette aquarelle de
John Webber
136
correspond au costume
de deuil qui a fait partie
un jour de la collection
Webber et dont il reste
quelques pièces au
Musée ethnographique
de Berne.
du
Elles cessaient lorsque le chef du deuil prenait
Costume d’un chef de
deuil (heva), Tahiti. Ses
éléments principaux se
Costume et équipement
d’un chef de deuil, îles
de la Société. Le prêtre,
ou le parent du mort
faisant fonction de chef
de deuil, tenait d’une
main deux valves
d’huître perlière qu'il
meurtrières
masqué et de ses acolytes
pouvaient se produire pendant plusieurs mois,
personnage
ornées de motifs incisés
Enfin, la partie dorsale ;
est couverte d’une
longue cape de plumes
noires et brunes, fixées
sur une
sorte de filet
(d’après
B.A.L. Cranstone).
il est alors possible de supposer
la fin de cette période devait coïncider
avec l’achèvement du processus d’installation
de l’esprit du mort dans son nouveau statut
d’ancêtre.
Le masque représentait à sa
manière l’âme (vania) du chef défunt,
toujours présente parmi les vivants tant que
les derniers rites funéraires n’avaient pas été
accomplis. Les dangers liés à cette période de
transition entre ao et po, monde des vivants et
monde des morts, étaient figurés de manière
particulièrement dramatique par les
manifestations du personnage masqué, qui
devenaient de moins en moins fréquentes à
mesure
que
s’accomplissait l’intégration
progressive de l’âme de l'ari'i dans l’univers
du cadavre,
que
ancestral.
Index
lettre entre parenthèses
signale l'archipel dont elles font partie : (A)
pour Australes, (G) pour Gambier, (M) pour
Marquises, (S) pour Société et (T) pour
Pour les îles, la
Tuamotu.
Les numéros en gras renvoient aux pages
où le sujet est traité principalement. Les
numéros de pages en italique renvoient à
une
légende, les autres se rapportent au
texte.
H
P
T
HAWAII (îles) 9, 77, 101, 112, 113, 115
PAQUES (île de) 9, 20, 81,86, 98,100,
101
TAHAA (S) 69
PITCAIRN 17
18, 19, 79, 20, 20, 21,27, 22, 24, 32,34,
34, 36-40, 43, 44, 45, 48, 54, 55, 56, 57,
58, 60, 60, 63, 65, 67, 68, 68, 69, 69, 77,
72, 73, 73, 74, 74, 76, 78, 78, 79, 80,80,
81, 83, 87, 89, 90, 94, 95, 98, 702, 103,
104, 105, 705, 106, 707, 108, 709, 110,
1 1 1, 1 12, 773, 114, 775, 116, 776, 777,
727, 122, 722, 723, 724, 125,126, 726,
128, 129, 729, 130, 131, 737, 132, 732,
(M) 17, 35, 91, 100, 123
HUAHINE (S) 19,19, 20,21, 46, 74, 90,
HIVA OA
111, 112, 117
M
MADAGASCAR 81, 101, 112
MAKATEA (T) 81
MANGAREVA(G)9, 16, 17,77, 18,21,
25, 26, 27, 28, 30, 34, 35, 45, 51,55,61,
66, 68, 76, 77, 77, 79, 82, 82, 86, 88, 96,
96, 101, 120, 120, 129
A
ANAA (T) 56, 86
AUSTRALES (archipel des) 18, 34,
35, 39, 44, 45, 51,54, 58, 59, 61,61, 64,
65, 70, 72, 76, 78, 78, 79, 80, 80, 85,85,
86, 86, 88, 88, 91, 92, 93, 95,95, 96,97,
98, 98, 100, 101, 105, 105, 112, 113,
120, 120, 124, 125
c
COOK (îles) 35, 86, 94, 98,
♦
113
E
EIAO (M) 10
EREAVAE
(T) 50
63, 64, 64, 65, 65, 66, 66, 67, 68, 69, 70,
71,77, 72, 73, 74, 75, 75, 77, 77, 78, 79,
79, 81,87, 82, 82, 83-84, 85, 86, 88, 88,
91, 97, 92, 94, 99-100, 101, 102, 103,
104, 104, 105, 705, 108, 108, 110, 777,
772, 119, 779, 122,125, 725, 726, 727,
128, 128, 129, 130, 130, 131, 132, 732,
133
MAUPITI (S) 10, 11,18, 19, 79, 25,30,
32, 42, 77
MÉLANÉSIE 18, 78, 58, 114
MOOREA (S) 46, 59, 97, 737
N
F
FANGATAU (T) 21
FATU HIVA (M) 35, 99
FIDJI
MARQUISES (archipel des) 10, 11,
17, 18,19, 19, 20,21,27, 25,26,26, 28,
29, 30, 31,34, 35, 41,47, 44, 45, 45, 46,
47, 47, 49, 56, 58, 59, 59, 60, 67, 62, 63,
(îles) 92
NAPUKA (T) 27, 27, 30, 34, 34, 43, 45,
56, 63, 88, 95
NOUVELLE-CALÉDONIE 92, 93
G
NOUVELLE-ZÉLANDE 13, 17, 19, 70,
96, 99, 101, 773, 120
96, 96, 120, 129
707, 725, 726, 737, 733
GAMBIER (archipel des) 16, 28, 33,
NUKU HIVA (M) 64, 66, 70, 72, 75, 83,
POLYNÉSIE CENTRALE 16, 25, 705
POLYNÉSIE OCCIDENTALE 9, 18,
70, 78
POLYNÉSIE ORIENTALE 18, 70, 71,
87, 92, 96, 99, 101, 775
PUKA PUKA 20, 27, 28, 29, 30
R
(A) 44, 45, 45, 61,70, 86,
86, 88, 93, 95, 95, 98, 98, 105, 705, 724
RAIATEA (S) 18,30,49,70,87, 85,88,
RAIVAVAE
101, 106, 706, 707, 108, 110, 113, 117,
122, 128
RANGIROA (T) 76
RAPA (A) 44, 45,
54, 61,67, 101, 120
(T) 30
RIMATARA (A) 88
RURUTU (A) 79, 39, 46, 65, 74, 76, 76,
80, 85, 86, 86, 97, 98, 98, 108, 772, 7 73,
REAO
725
S
SALOMON
(îles) 92, 93
SAMOA (îles) 19, 79, 29, 70, 92, 114
SOCIÉTÉ (archipel de la) 9,10,11,17,
18, 19, 79, 20,27,25,29,30,32-33,34,
41,42, 45, 45, 47,49, 54, 54, 58, 59, 60,
60, 61,61, 62, 63, 65, 65, 66, 67, 68, 69,
70, 71,77, 72, 73, 73, 75, 75. 76, 76, 78,
79, 80, 81,82, 82, 85, 85, 86, 87, 88, 88,
89, 89, 90, 90,91, 94, 95, 96,97,97, 98,
102, 103, 103, 105, 106, 706, T09, 110,
110, 111, 112, 113, 115, 117, 118, 120,
121, 122,'722, 726, 128, 728, 729, 130,
730, 131, 132, 735, 736
TAHITI (S) 9, 10, 70, 11, 72, 15, 76, 77,
134-136
TAHUATA (M) 35, 83, 99,
728
79
TAKAPQTO (T) 79, 88
TATAKOTO (T) 27
TEPQTQ (T) 56
TIMOÉ (G) 76
TONGA (îles) 19, 79, 70, 92
TUAMOTU (archipel des) 12, 15, 18,
79, 20, 20, 21,27, 27, 27, 30, 31,34, 41,
TAIARO (T)
42, 43, 43, 44, 45, 45, 46, 46, 47, 47, 49,
49, 51,52, 52, 53, 54, 54, 56, 58, 59,59,
67, 62, 63, 65, 66, 76, 76, 81,82, 82, 86,
86, 88, 95, 101,707, 110, 775, 120, 728
TUBUAI (A) 34, 35, 35, 61,76, 80, 95,
95
U
UA HUKA (M)
19, 79
UA POU (M) 30, 83, 92, 99,
V
VENT (îles du)
732
(S) 48, 67
VENT (îles Sous-le-Vent)
26,48,706,118,722
(S) 19, 25,
137
Le cocotier
NIU ou HA’ARI
Les Polynésiens ont diffusé dans toutes les
îles tropicales qu'ils ont peuplées cet arbre
si nécessaire pour leur survie et leur
existence de tous les jours. Au cours de
leurs longs voyages à travers l'océan,
les noix de coco, qui se conservent
longtemps, étaient un précieux moyen de
subsistance.
Avant l'introduction dans les archipels
polynésiens des produits manufacturés en
Occident, toutes les parties du cocotier,
depuis les feuilles jusqu'aux racines, en
passant par le bois de son tronc, employées
brutes ou soigneusement travaillées,
avaient leur utilisation dans tous les
domaines de la vie matérielle ou religieuse.
SIMPLE
FEUILLE
FEUILLE ENTIÈRE
PALME
NI'AU
ou
TRESSÉE
DEMI-FEUILLE
NERVURE PRINCIPALE
RACHIS FANIU
ou
SIMPLES
FOLIOLES NfAU
TRESSÉES
SANS NERVURE
NERVURE SECONDAIRE Nl'AU
TRÈS JEUNES FEUILLES
REVAREVA
CŒUR MO'ONIU
GAINE FIBREUSE ’A'A
A LA BASE DES
FEUILLES - STIPULES
FRUIT
PONIA ou PONIU
NOIX DE COCO
'OUO, NIA
'OMOTO
‘OPA’A
EAU DE COCO VAl HA’ARI
UTO
AMANDE RÂPÉE
COQUE ’APU HA'ARI
•v'^V'^
décorations
partie de feuille
combusiible
emblème de paix
diverses
entière : coiffure
„
des prêtres ou
(Marquises)
des vieillards
maisons et abris
décorations et
marae
funéraires
toitures des abris
sacrés prés des
(Marquises]
*
cabines pour
parois des fosses
bains de vapeur
à mahi ou ma
nattes et
décorations pour
plates-formes
d’offrandes, etc.
aide-mémoire
(Société)
nattes sacrées
paniers pour
offrandes
comestible
filtres
sacs
jeune : bouchon
de gourde
médicament
excipient
lait de coco,
sauces, dessens,
offrandes
simulacres de
combat
dentaire
peut remplacer
boisson
comestible
jeunes :
projectiles pour
jeune ; hygiène
l’eau douce
huiles parfumées
pour
embaumement
huile
excipient
huiles parfumées
huile
contenant pour
l'eau et coupes
à nourriture et à
boire
coupes à kava
contenants
prothèses pour
chirurgie
osseuse (peut-
miroirs
rince-doigts
contenant pour
encre à tatouer
être)
_
chasse-mouches
(Australes)
médicaments
combustible
motifs découpés
cordes d’arc
ligatures de
peignes et de
peignes à tatouer
filets pou; les
récipients en
gourdes et noix
de coco
contenant de
ceintures
ligatures et
visières (Société)
supports entiers
sandales
tous les
ornements
surtout aux Iles
ou
partiels de
Marquises
ligatures des
éventails et des
chasse-mouches
(Société)
ligatures
JEUX DE
ornementales
FICELLE
fixations des
étriers
d’échasses
gaines
ornementales
des bâtons de
chefs
ligatures
ornementales
des massues et
casse-tête
(Marquises)
(Marquises)
représentations
ornant le
costume de
"deuilleur"
(Société)
cordes pour liens
enveloppe des
de divinités ffo'o)
cordes sacrées
pour tous
usages : liens,
ceintures des
prêtres,
ligatures, etc.
aide-mémoire
avec cordes à
nœuds
(Marquises)
combustible
médicaments
sculptures
(rarement)
caisses de
tambours
lances-massues
(Société)
et ligatures des
abris, civières,
linceuls,
ossements
arme paeho du
"deuilleur”
(Société)
couteau en dents
de requins des
pleureuses
poteaux de
maisons sacrées
sculptures
(rarement)
médicaments
139
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Paris, 1 046 p.
N.B. Les citations ont généralement été extraites
des traductions publiées. Dans le texte rédigé
par J.-F.
BARÉ, les traductions sont de l'auteur.
Pour la recherche, le choix et les légendes
des illustrations, nous sommes particulièrement
redevables aux éditeurs et auteurs des ouvrages
suivants :
Bibliographie générale
J. BANKS (1962) The Endeavour Journal
of Joseph Banks, 1768-1771, 2 vol. édités
par J.C. BEAGLEHOLE. Volume I. The Trustées
of the public Library of New South Wales,
in association with Angus and Robertson, Sydney,
• J.C. BEAGLEHOLE
(éd.) (1963) The Endeavour
Journal of Joseph Banks, Sydney.
• J.C. BEAGLEHOLE
(éd.) The Journals
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(éditeur scientifique) ;
voir BANKS et COOK.
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• J. COOK ; The Journals of
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par J.C. BEAGLEHOLE.
(1955) I. The Voyage of the Endeavour, 1768-1771,
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(1967) III. The Voyage of the Resolution
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Sources des illustrations et crédit photographique
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Les documents d'origine anglo-saxonne ont été
laissés sous leur référence d’origine.
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NEW SOUTH WALES, réf. PXA 563 f.31, cl. B. Bird.
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P. 10 Clichés : M. Orliac. Dessin original de J.L. Le Jeune, SERVICE
HISTORIQUE DE LA MARINE.
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Saquet d’après un relevé de M. Orliac et P. Ottino.
Clichés : M. Orliac.
Dessin J.-L. Saquet d’après un tableau conservé à l’OTAGO MUSEUM,
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M. Orliac.
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P. 16 Dessins M. Orliac d’après P. Buck.
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R. Linton, D. L. Oliver. Ciseaux et forets : dessins M. Orliac d’après Sémah,
M. Charleux, H. Ouwen, Y.H. Sinoto. Térèbre : cl. C. Rives-Éd. du Pacifique.
P. 18 Dessins de M. Orliac.
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réf. P 2407/1151. Essai d’interprétation par C. Orliac. "A Toopapow, with the
corpse on it, Island of Otahytey, 1792"aquarelle de G. Tobin, from the original
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Dessins M. Orliac d’après K.P. Emory (1975) et Y.H. Sinoto. Cliché : coll.
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MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE : en haut pl.52, à gauche
pl.54. Charpente : dessin C. Visse d’après R. Linton. Coupe sagittale : C. Visse
d’après L. Rollin (1929) “Les îles Marquises”, Paris.
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Tuamotu Archipelago". Gravure tirée de l’Atlas pittoresque de Dumont
d’Urville, BIBL. du MUSÉUM NATIONAL D'HISTOIRE NATURELLE, pl.43.
Anciennes habitations de Napuka : ci. K.P. Emory, BISHOP MUSEUM,
réf. 15845 (au-dessus) et 17778-1 (en bas).
P. 28 Dessins C. Visse d’après des objets conservés au BISHOP MUSEUM
(corail : 6,9 cm) et au NATIONAL MUSEUM OF IRELAND (bois et peau de raie ;
27 cm). Gouges : C. Visse d'après Hawkesworth (1773) t.ll, pi.15. Aiguilles :
M.T.I. 78.3.23 et 78.3.21, cl. B. Vannier. Couvreur ; cl. H. Ouwen, coll. M.T.I.
Passeur : cl. A. Ropiteau, coll. MUSÉE DE L’HOMME, réf. E.38.2794.91.
P. 29 Gravure d’après un dessin de J.F..Miller, coll. MUSÉE DE LA MARINE.
Herminette : ETHNOGRAFISKA MUSÈET, Stockholm, réf. 1799-2-51.
P. 30 Clichés M. Orliac, M. Orliac, C. Orliac.
P. 31 Préparation du tara au centre cl. C. Orliac, coll. M.T.I., en bas cl. C. Orliac.
A droite, de haut en bas : cl. M. Orliac, M. Orliac, J.-M. Chazine.
P. 32 En haut (1, 2, 3 et 4) : cl. H. Ouwen, coll. M.T.I. Fare taupee à Maupiti :
cl. A. Ropiteau, coll. MUSÉE DE L’HOMME, réf. E.38.2792.91 et E.38.2793.91.
P. 33 Dessin de Le Breton, Atlas pittoresque de Dumont d'Urville, coll.
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P. O’REILLY.
Dessin C. Visse d’après un cliché de K.P. Emory. Appui-tête :
ETHNOGRAFISKA MUSEET, Stockholm, réf. 1799-2-52. Coffre : M.T.I. 287,
cl. J.-C. Bosmel.
P. 35 Dessins : in R. Linton (1923) "The Material Culture of the Marquesas
Islande". Poteau des Marquises : M.T.I. 396, cl. A. Lavondès. Coffre : MUSEUM
FUR VOLKERKUNDE, Vienne, réf. n^SO. Éléments sculptés de Tubuai : M.T.I.
396 (détail), 147 et 133, cl. J.-C. Bosmel.
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MUSEU M, réf. ff DU 12 W37, nég. n” XC 96408. "In the district of Oparrey, Island
of Otahytey, 1792" aquarelle de G. Tobin, from the original painting in the
MITCHELL LIBRARY, by courtesy of LIBRARY COUNCIL OF NEW SOUTH
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MITCHELL LIBRARY, by courtesy of LIBRARY COUNCIL OF NEW SOUTH
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d’après K.P. Emory (1975).
P. 48 Capture des poulpes : cl. C. Rives-Cedri. Leurre : M.T.I. 78.07.120,
cl. B. Vannier. Pêche à la foëne : dessin in W. Ellis (1829). "Tarra Fleads in
Matavai bay, Island ol Otahytey, 1792" (détail) aquarelle de G. Tobin, from the
original painting in the MITCHÉLL LIBRARY, by courtesy of LIBRARY
COUNCIL OF NEW SOUTH WALES, réf. PXA 563 f.48, cl. B. Bird.
1»
P. 49 Pêche : cl. E. Conte. Hameçon : M.T.I. 454, cl. C. Rives-Cedri.
P. 50 Hameçon : M.T.I. 954, cl. C. Rives-Cedri. Panier-trappe : M.T.I. 1985,
cl. C. Rives-Cedri. Dessins J.-L. Saquet d’aprèq E.S.C. Handy (1932).
P. 51 Hameçon en bois : M.T.I., cl. J.-C. Bosmel. Hameçons à thon : à droite
M.T.I. 65, cl. C. Rives-Cedri, au centre M.T.I. 3574, cl. J.-C. Bosmel. “Double
fishing Canoë at Tahiti" üesslrr de Conrad Martens.from the original drawing in
the DIXSON LIBRARY, by courtesy of LIBRARY COUNCIL OF NEW SOUTH
WALES, réf. DL PX23 f.52.
P. 52 Outillage : 1. M.T.I., cl. J.-C. Bosmel ; 2. BISHOP MUSEUM ; 3. M.T.I.797,
cl. C. Rives-Cedri ; 4. M.T.I., ci. J.-C. Bosmel ; 5. UNIVERSITY MUSEUM OF
ARCHAEOLOGY AND ANTHROPOLOGY, Cambridge. Couteaux des
Tuamotu : dessins C. Visse d’après K.P. Emory (1975).
P. 53 Collier de porcelaines : UNIVERSITY MUSEUM OF ARCHAEOLOGY
AND ANTHROPOLOGY, Cambridge. Collier de nacres : BISHOP MUSEUM,
réf. XS 16948 (C9152). T/’/.-M.T.I. 1779, cl. J.-C. Bosmel. Couronne : PEABODY
MUSEUM OF NATURAL HISTORY, Yale University, New Haven.
P. 54 Pirogues : 1. "War canoë" W. Hodges, from the original drawing in the
MITCHELL LIBRARY, by courtesy of LIBRARY COUNCIL OF NEW SOUTH
4
WALES, réf. PXD 11 f.15 ; 2. Dessin C. Visse d’après Byam Martin ; 3. Dessin
attribué à J. Banks (the Artist of the Chief Mourner), BRITISH LIBRARY, Add.
MS 15508 f.12. Dessins schématiques : C. Visse d’après J.-B. Neyret.
P. 55 Pirogues : 4. "Sailing canoë... ” handcolor engrave, J. Webber, BISHOP
MUSEUM, réf. ff DU 12 W37, nég. n” XC 96407 ; 5. Dessin in F.W. Beechey
(1831) vol. I, BIBL. du MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE ;
6. "Canoë of Ulietea" dessin de S. Parkinson (1769), BRITISH LIBRARY,
Add. MS 23921 t.20.
P. 56 Dessin aquarellé de J. Webber : BRITISH LIBRARY, Add. MS 15513 f.26.
"Resolution Bay in the Marquesas" gravure de B.T. Pouncy d'après W. Hodges,
coll. M.T.I., cl. J.-C. Bosmel. “Canoës of Otahytey, 7792'’aquarelledeG.Tobin,
from the original painting in the MITCHELL LIBRARY, by courtesy of LIBRARY
COUNCIL OF NEW SOUTH WALES, réf. PXA 563 f.29, cl. B. Bird.
RESSOURCES, ÉCHANGES ET CONSOMMATION
P. 57 Lavis de S. Parkinson (1769), BRITISH LIBRARY, Add. MS 23921 f.9b.
P. 58 "Fei trees and cottage. Point Venus, Tahiti" dessirr de C. Martens.from the
original drawing in the MITCHELL LIBRARY, by courtesy of LIBRARY
COUNCIL OF NEW SOUTH WALES, réf. ML/ZPXC 294 f.53. Bâton à creuser
d’après P. Buck (1938) “Ethnology of Mangareva". Gravure in G.L. Domeny
de Rienzi (1837) “Océanie ou cinquième partie du monde”. Igname et patate
4»
douce : cl. J.-L. Charmet.
P. 59 Tarodières, ignames et pandanus : cl. A. Lavondès. Cochons :
cl. M. Folco-Éd. du Pacifique. Masse en bois : M.T.I. 78.12.100, cl. J.-C. Bosmel.
P. 60 Pèle-fruit : M.T.I. 78.3.33, cl. J.-C. Bosmel. Fendoirs : M.T.I. 78.03.29,
78.03.30 et 78.03.32, cl. B. Vannier. Pilon : ETHNOGRAFISKA MUSEET,
Stockholm, réf. 1799-2-7. Table à piler : M.T.I. 84.09.02, cl. B. Vannier.
P. 61 Pèle-fruit : M.T.I. 797, cl. C. Rives. Pilonnage de lapopoi:cl. A. Lavondès,
Pilon à tète sculptée : coll. MUSÉE DE L’HOMME, réf. MH. 87.31.11, cl. J. Oster.
Pilons : 1. MUSEE D’HISTOIRE DE BERNE, réf. TAH.58 ; 2. M.T.I.,
cl. B. Vannier ; 3. M.T.I. 706, cl. B. Vannier.
P. 62 Dessins C. Visse d’après M. Charleux.
P. 63 Dessins C. Visse d’après G. Wallart/M.T.I. Cuisson du po'e pia et
ouverture d'un four : cl. A. Lavondès-M.T.I.
P. 64 Dessin d’après G.H. Langsdorff (1803-1807) pl.10 in “L’Océanie en
estampes” par J. et E. Verreaux. Noix de coco : M.T.I. (fouilles Y. Sinoto à
Huahine), cl. J.-C. Bosmel.
P. 65 Siège : M.T.I., cl. A. Lavondès. Mo'u : cl. M.T.I. Râpes : M.T.I.,
cl. J.-C. Bosmel. Dessin C. Visse d’après G. Wallart/M.T.I. Ka'aku :
cl. A. Lavondès.
P. 66 En haut à droite : coll. HOPITAL MILITAIRE DE BREST, don de M. Lamy.
D24-718. Plat en bois
sculpté : PEABODY MUSEUM OF SALEM, réf. E.19288, cl. M. Sexton. Repas :
cl. E.S.C. Handy, BISHOP MUSEUM, n° 7599 (Native feast at Uahuka).
P. 67 "Umete : M.T.I. 55, cl. A. Lavondès et B. Vannier. Coupes en noix de coco:
MUSÉE D’HISTOIRE DE BERNE, rèf. TAH.42 a et b. Noix de coco : M.T.I.
78.03.25, cl. B. Vannier. "Breakfast with the King of Otahiti" gravure in “The
Voyage of Capt. Bellingshausen", t.ll, pl.XVII, BIBLIOTHÈQUE NATIQNALE.
P. 68 “House and plantation of a Chief of the Island of Otaheite" lavis de
S. Parkinson (1770), BRITISH LIBRARY, Add. MS 23921 f.lOb. "Evattarow or
Great Altar" dessin de W. Bligh, from the original drawing in the MITCHELL
LIBRARY, by courtesy of LIBRARY COUNCIL OF NEW SOUTH WALES,
réf. ZPXA 565 f.19, cl. B. Bird.
Contenant en noix de coco : OTAGO MUSEUM, réf.
«
142
T.748
P. 69 Cultures: cl. A. Lavondès. “Vessels of the Island of Otaha" {Tat^aa) lavis de
S. Parkinson (1769), BRITISH LIBRARY, Add. MS 23921 1.17.
P. 70 Grand plat : MUSÉE NÉO-CALÉDONIEN, Nouméa. Dessin original de
M. Radiguet, SERVICE HISTORIQUE DE LA MARINE, album n'>1.B5649,
cl. C. Rives.
P. 71 'Ava ; cl. A. Lavondès. Coupe emmanchée : M.T.I. 80.04.45,
cl. J.-C. Bosmel. Plat sculpté : M.T.I. 78.12.260, copie d’un original conservé au
Musée archéologique de Madrid (n°2664), cl. J.-C. Bosmel. Fourneau de pipe :
M.T.I. 303, cl. B. Vannier. Gravure tirée de "L'Océanie en estampes”.
P. 72 Bols en pierre : en haut à gauche M.T.I. 79.06.133, coll. de Balmann,
cl. B. Vannier, à gauche M.T.I., cl. A. Sylvain. Petit
plat en bois : M.T.I. 525 et
pilon M.T.I. 218, cl. J.-O. Bosmel. A droite : M.T.I. 79.06.08, coll. Dr Laurens,
cl. B. Vannier. Bol : M.T.I., cl. A. Sylvain. Mortier : M.T.I. 503 a et b, cl. A. Sylvain.
Tapa : MUSÉE D'HISTOIRE DE BERNE.
LE CORPS, LE VÊTEMENT ET LA PARURE
P. 73 "An Inland View of Oitapeeah Bay in the Island Otahe/(e” aquarelle de
W. Ellis, NATIONAL LIBRARY OF AUSTRALIA, réf. NK 6577. "A Woman & a
Boy, Natives of Otaheite, in the Dress ofthat Country" gravure de T. Chambers
d’après S. Parkinson, in Parkinson (1773) pl.V, ALEXANDER TURNBULL
LIBRARY.
P. 74 Tahitiens : détail d'un croquis de W. Hodges, YALE CENTER FOR
BRITISH ART, Paul Mellon Coll., réf. B.1977.14.5679. "Heads of divers Natives
of the Islands of Otaheite, Huaheine, & Oheiteroah" gravure de T. Chambers
d’après S. Parkinson, in Parkinson (1773) pi.VIII, ALEXANDER TURNBULL
LIBRARY, réf. 69186. Portrait d’une jeune fille de Huahine : dessin de W. Ellis
(1778), ALEXANDER TURNBULL LIBRARY, réf. A.264-25.
"Tohaw" dessin de W. Ellis, ALEXANDER TURNBULL LIBRARY, A.264-20a,
^
“
nég. n°117462 1/2. "Aiva/to” dessin de W. Ellis, ALEXANDER TURNBULL
LIBRARY, A.264-22b, nég. n” 117465 1/2.
P.75 Peigneà tatouer: M.T.I.78.03.06,cl.B. Vannier. Instrumentsdetatouage:
MUSÉE D'HISTOIRE DE BERNE, coll. Webber, réf. TAH.41a, TAH.41b et
TAH.41C. Marquisien : Atlas de Krusenstern, cl. A. Lavondès. Le pied et la jambe
d’une Marquisienne : dessin de P. Loti, coll. Pierre et Jacques LOTI-VIAUD.
Intérieur d'une maison : gravure in G.H. Langsdorff, cl. A. Lavondès.
Dessins de tatouages de S. Parkinson : en haut études, BRITISH
LIBRARY, Add. MS 23921 f.51c, au-dessous détail du lavis "A War Canoë",
BRITISH LIBRARY, Add. MS 23921 f.21. Motifs de tatouages : dessins de
F. Marant-Boissauveur, from the original drawings in the DIXSON LIBRARY,
by courtesy of LIBRARY COUNCIL OF NEW SOUTH WALES, in “Voyageofthe
French Corvette l’Héroïne” t.lll, réf. DL PXX34 f.36 et f.37. Tatouages d’un
homme de Rurutu : dessin J. Webber (1777), BRITISH LIBRARY, Add.
P. 76
MS 15513 f.24.
P. 77 Homme tatoué de Mangareva : Atlas pittoresque de Dumont d’Urville,
BIBL. du MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE. Tatouages des
îles Marquises : dessin J.-L. Saquet d’après Atlas de Dumont d’Urville. Bras
.
•
sculpté : PEABODY MUSEUM OF SALEM, réf. E.16063, cl. M. Sexton. Modèles
de tatouages : MUSÉUM D’HISTOIRE NATURELLE, Grenoble. Main de
femme : dessin de P, Loti, coll. Pierre et Jacques LOTI-VIAUD.
P. 78 Femmes battant l'écorce : dessin de C. Visse d’après S. Parkinson (1769)
"Women beating ctoth", BRITISH LIBRARY, Add. MS 23921 f.50b. Jeune fille
grattant de l’écorce : ”a Woman scraping bark to make ctoth" dessin de
S. Parkinson, BRITISH LIBRARY, Add. MS 23921 f.50a. Deux battoirs de
Polynésie française pour la fabrication du tapa : à gauche M.T.I. 225, à droite
M.T.I. 78.3.50 et enclume : M.T.I. 641, cl. J.-C. Bosmel.
P. 79 Effigie : coll. MUSÉE DE L’HOMME, réf. MH. 87.31.27.
Battoir : M.T.I.,
cl. B. Vannier. Étoffe en écorce battue : MUSÉE D’HISTOIRE DE BERNE, coll.
Webber. Détail d’un tapa : coll. MUSÉE DE L’HOMME, réf. MH. 94.24.1,
cl. n° 10 760, cl. J. Oster.
P. 80 Tapa, de haut en bas : PEABODY MUSEUM OF SALEM, réf. E.3167,
cl. M. Sexton ; THE TRUSTEES OF THE BRITISH MUSEUM, cl. Bridgeman Art
Library ; PEABODY MUSEUM OF SALEM, réf. E.3172, cl. M. Sexton.
P. 81 Danseur portant \ehami : dessin d’après un cliché de Kï von den Steinen.
Personnage portant le ’ahu : aquarelle de Chazai d’après un dessin de
J.L. Le Jeune, BIBL. du MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE.
"A Native of Otaheite, in the Dress of his Country" gravure de R.B. Godfrey
:
d’après S. Parkinson, in Parkinson (1773) pl.lll. Un homme portant le tiputa :
dessin de S. Parkinson, BRITISH LIBRARY, Add. MS 23921 f.36d. "The lad
Tayota, Native of Otaheite, in the Dress of his Country" gravure de R.B. Godfrey
d’après S. Parkinson, ALEXANDER TURNBULL LIBRARY, réf. 69187.
P. 82 Tiputa (et détail) : M.T.I. 530, cl. A. Lavondès. Geinture et maro : M.T.I.
et T.77.52, cl. A. Lavondès. Visière : MUSÉE D’HISTOIRE DE BERNE,
coll. Webber, réf. TAH.38. Diadème : MUSÉE D’AQUITAINE, réf. 13245
(cl. n>>1818).
P. 83 "A Chief of Santa Chr/sf/na” (Tahuata) gravure de J. Hall d’après
W. Hodges, in Cook (1777) t.l, pl.XXXVI. Ta'avaha : coll. MUSÉUM DE LA
ROCHELLE, coll. du Dr Ayraud (1850), réf. H.778, cl. n° H4789. Pa’e ku’a : coll.
MUSÉUM DE LA ROCHELLE, réf. H.1635, cl. n° H4791. Pa'ekea : coll. MUSÉUM
DE LA ROCHELLE, coll. du Dr Ayraud, réf. H.773, cl. H4788. Pa'e kea (détail) :
M.T.I. 623, cl. M. Folco-Éd. du Pacifique. Pavahina ; cl. M. Folco-Éd. du
Pacifique. Peue kavi’i : M.T.I. 80.09.01, cl. B. Vannier.
P. 84 Ivi po'o : M.T.I. 81, cl. A. Lavondès. Peueei: MUSÉES ROYAUX D’ART ET
D’HISTOIRE, Bruxelles, réf. ET.79.2. Takiei : M.T.I. 933, cl. M. Folco-Éd. du
Pacifique. Ouoho : MUSÉE MUNIGIPAL DE ROCHEFORT-SUR-MER, réf. 5.
Putaiana : coll. Yves DU PETIT-THOUARS, Indre-et-Loire. Ha'akai : coll.
MUSÉE DE L’HOMME,
réf. MH. 50.30.529, cl. n° 15 389.
P. 85 "A young women of Otaheite bringing a présent"aquareWe de J. Webber,
from the original painting in the DIXSON LIBRARY, by courtesy of LIBRARY
COUNCIL OF NEW SOUTH WALES, réf. ZDL PXX2f.12. Diadème de plumes :
ROYAL MUSEUM OF SCOTLAND, réf. 1968.390, Gu rtesy of the Trustées of the
National Muséums of Scotland. Taumi : THE TRUSTEES OF THE BRITISH
MUSEUM, réf. K 33486. "A heiva, or kind of priest of Yoolee=Etea & the
neighbouring islands" gravure de T. Ghambers d’après S. Parkinson, in
Parkinson (1773) pl.XI, ALEXANDER TURNBULL LIBRARY, réf. 69189.
P. 86 Grand pendentif en nacre : M.T.I. 78.03.54, cl. B. Vannier. Coiffure
d’apparat : MUSÉES ROYAUX D’ART ET D’HISTOIRE, Bruxelles, réf. ET.1365
(don Hagemans, 1857). Collier de chef : M.T.I. 80.04.48, cl. B. Vannier. Collier
de nacre : M.T.I. 78.03.58, ci. B. Vannier.
P. 87 Manche de chasse-mouches : THE METROPOLITAN MUSEUM OE ART,
The Michael C. Rockefeller Memorial Collection, don de Nelson A. Rockefeller
(1965), réf. 1978.412.875.
P. 88 ’A’a : aquarelle de G. Tobin, from the original painting in the MITCHELL
LIBRARY, by courtesy of LIBRARY COUNCIL OF NEW SOUTH WALES,
réf. ZPXA 563 f.55, cl. B. Bird. Tabouret de chef : M.T.I. 62, cl. B. Vannier. "The
famous maro oorah or featherd belt, Otaheite" dessin de W. Bligh from the
original drawing in the MITCHELL LIBRARY, by courtesy of LIBRARY
COUNCIL OF NEW SOUTH WALES, réf. ML-ZPXA 565f.19. Éventail : MUSÉE
D’AQUITAINE, cl. n°1817. Bâton de chef (détail extrémité) : MUSÉE
D’AQUITAINE, réf. n°12701. Bâton de chef (détail tiki) : M.T.I. 80.04.35,
cl. B. Vannier. Herminette de cérémonie : MUSÉE D’AQUITAINE, réf. 13211,
n°A 481, cl. J.-M. Arnaud.
LES ARTS
P. 89 "A general View ofthe Island of Otaheite" pe'mture de W. Hodges (1775),
GREENWICH NATIONAL MARITIME MUSEUM, réf. Navy L.36-12. Double
sculpture : THE TRUSTEES OF THE BRITISH MUSEUM, réf. TAH.60. "Carv'd
Ornement from Otaheite" : dessin de J.F. Miller (1771), BRITISH LIBRARY,
Add. MS 15508 f.8.
P. 90 "Figures, called Ettee, Island of Otahytey,
Carved on a tree, 1792"
aquarelle de G. Tobin, from the original drawing in the MITCHELL LIBRARY, by
courtesy of LIBRARY COUNCIL OF NEW SOUTH WALES, réf. PXA 563 f.50,
cl. B. Bird. "A Toopapaoo..." (détail) handcolor engrave, J. Webber, BISHOP
MUSEUM, réf. ff DU 12 W37, nég. n« XG 96411. Ti'l : PITT RIVERS MUSEUM,
coll. Forster.
P. 91 Manche de chasse-mouches : M.T.I. 78.03.42, cl.,B. Vannier.
Chasse-mouches : BISHOP MUSEUM, réf. 12.628. Gravure d’après
J.L. Le Jeune, BIBL. du MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE.
Bambou gravé : MUSÉE D’AQUITAINE, réf. 12692 (cl. n°1820), cl. J.-M. Arnaud.
Tuhuna : in K. von den Steinen (1925-1928) t.l, fig. 26. Éventail : MUSÉE
MUNICIPAL DE ROCHEFORT-SUR-MER, réf. 14.
P. 92 Pétroglyphe : cl. F. Ravault. Motifs dessinés par R. Green (1979) "Early
Lapita Art from Polynesie and Island Melanesla" in “Exploring the Visual Art of
Oceanla" éd. par S. Mead. Tesson de poterie : coll. MUSÉE DE L’HOMME,
réf. MH. 34.188.1326, cl. J. Oster. Tambour : M.T.I. 83.01.02, cl. B. Vannier.
P. 93 Poignée de pagaie et détail : M.T.I. 78.2.14, cl. B. Vannier. Détail de
tambour : M.T.I. 83.01.02, cl. B. Vannier. Tesson de poterie : cl. Frimigacci.
P. 94 Représentation d’un chef de deuil : cl. A. Lavondès. Pétroglyphe (tortue) :
cl. coll. MUSÉE DE L’HOMME, réf. E.38.2138.1. Détails des motifs de carquois:
d’après K.P. et M. Emory. Pétroglyphe de Tipaerui'": cl. Éd. du Pacifique.
P. 95 Pelle de pagaie (détail) : MUSÉE DES BEAUX-ARTS, Lille, réf. C4 680,
cl. A. Lavondès. Coffre (détail) : MUSEUM FUR VOLKERKUNDE, Vienne,
réf. n“30. Pièces de bois : M.T.I. 6513 et 6512, coll. Stochetti, cl. J.-C. Bosmel.
P. 96 Rao : MUSÉE DES ANTIQUITÉS NATIONALES, St-Germain-en-Laye,
réf. 52.287. Natte : MUSÉE D’HISTOIRE DE BERNE, coll. Webber, réf. TAH.34
(145 cm). Rogo : MUSÉES MISSIONNAIRES DU VATICAN, cl. coll. O’Reilly.
Grande sculpture : THE METROPOLITAN MUSEUM OF ART, The Michael
C. Rockefeller Memorial Gollection, don de Nelson A. Rockefeller, 1979,
réf. 1979.206.1466.
P. 97 Statuette de bois : M.T.I. 5693, cl. A. Lavondès. Sculpture féminine en
pierre : M.T.I. 416, cl. J.-C. Bosmel. Ornement d’oreille (détail) : MUSÉE DES
BEAUX-ARTS, Lille, réf. D4 2062, cl. A. Lavondès. Sculpture : UNIVERSITY
MUSEUM OF ARCHAEOLOGY AND ANTHROPOLOGY, Cambridge,
réf. 1914.35.
P. 98 Statue de Rurutu : THE TRUSTEES OF THE BRITISH MUSEUM,
THE MUSEUM OF MANKIND, LMS 19, cl. Bridgeman Art Library. Détail d’un
manche de chasse-mouches : ROYAL MUSEUM OF SCOTLAND, réf. U.C.403,
Curtesy of the Trustées of the National Muséums of Scotland. Sculpture
féminine en bois : AUCKLAND INSTITUTS AND MUSEUM, réf. 31 449, coll.
Oldman 413. Statue de pierre : M.T.I. 500, cl. J.-C. Bosmel.
P. 99 Sculptures sur un ornement d’oreille : M.T.I., cl. A. Lavondès. Ornement
de pirogue : MUSÉE D’ETHNOGRAPHIE DE GENÈVE (L = 43 cm). Étrier
d’échasse (détail) : MUSÉE D’AQUITAINE, réf. C29 12684, cl. A. Lavondès.
Manche d’éventail : MUSÉES ROYAUX D’ART ET D’HISTOIRE, Bruxelles,
réf. ET.48.48.
P. 100 Plat en bois : M.T.I. 81.01.03, cl. J.-C. Bosmel. Tlkl : 1. MUSÉE
D'AQUITAINE, réf. n« RIO, 12705, cl. J.-M. Arnaud ; 2. M.T.I. 120,
cl. J.-C. Bosmel. Grand tlkl:c\. M. Isy-Schwart-Opatti. Tlkien bois : M.T.I. 150,
cl. B. Vannier.
P. 101 Tortue en pierre : M.T.I. 345, cl. J.-C. Bosmel. Tête de cochon : MUSÉE
D’HISTOIRE NATURELLE DE CHERBOURG, réf. n“3203-830, cl. A. Lavondès.
P. 102 Aide-mémoire : à gauche M.T.I. 284, cl. B. Vannier, à droite BISHOP
MUSEUM, cl. 6172. Gérémonie religieuse au grand marae d’Atahuru, gravure
d'après J. Webber.
P. 103 Tambour : MUSEUM FUR VOLKERKUNDE, Vienne, réf. n”152.
Musiciens : dessin attribué à J. Banks (the Artist of the Chief Mourner),
BRITISH LIBRARY, Add. MS 15508 f.lOb. Trois flûtes nasales et une clarinette:
M.T.I. 78.03.63, 78.03.65, T77 44 et 337, cl. B. Vannier.
P. 104 Flûte nasale : coll. MUSÉE D’AQUITAINE, réf. 12696 (cl. n°1815),
cl. J.-M. Arnaud. Trompe d’appel : M.T.I. 152, cl. B. Vannier. Conque : MUSÉE
MUNICIPAL DE ROCHEFQRT-SUR-MER, réf. 12. Tambour : MUSÉE DES
BEAUX-ARTS, Lille, n°1141, cl. A. Lavondès. Dessin original de M. Radiguet,
SERVICE HISTORIQUE DE LA MARINE, album n‘>1.B5649, cl. C. Rives.
P. 105 To'ere : M.T.I. 151, cl. B. Vannier. Haut tambour : coll. Adélaïde
DE MENIL, New York, ci. Gideon Lewin.
P. 106 "Sketches of Dancing GIrls" (Raiatea) dessins de S. Parkinson (1769),
BRITISH LIBRARY, Add. MS 23921 f.386. “Tahitian girlin frilledskirt"dess'm de
W. Ellis, ALEXANDER TURNBULL LIBRARY, réf. CA 1778 A 264-25. Danseuse
aux îles de la Société : dessin attribué à J. Banks (the Artist of the Chief
Mourner) (1769), BRITISH LIBRARY, Add. MS 15508 f.9.
P. 107 Ornement de danse : MUSÉE D'HISTOIRE DE BERNE, réf. TAH.18.
"A view of the inside of a house In the Island of Ulletea, with the représentation
ofa dance to the music of the country" gravure de F. Bartolozzi d’après Cipriani,
in Hawkesworth (1773) t.ll, pl.7.
P. 108 Danseur des îles Marquises : in Aylic Marin (1891 ) ”Au loin”. Danseuse
des îles Marquises : coll. MUSÉE DE L'HOMME, réf. C.40.1502. Ornements en
plumes de phaëton : M.T.I. 295 et 296, cl. J.-C. Bosmel. Ornements en cheveux:
M.T.I. 80.12.03 et 80.12.01, cl. B. Vannier.
P. 109 Danseuses à Tahiti : gravure d'après J. Webber, coll. M.T.I.,
cl. J.-C. Bosmel. Danse à Tahiti : “Danse de jeunes filles à Tahiti” dessin de
F. Marant-Boissauveur, from the original drawing in the DIXSON LIBRARY,
by courtesy of LIBRARY COUNCIL OF NEW SOUTH WALES, in "Voyageofthe
French Corvette l’Héroïne”, t.lll, réf. PXX34 f.33. Tambour : MUSÉE
D’HISTOIRE DE BERNE, réf. TAH.34.
P. 110 "The Head of a Native of Otaheite, with the Face curiousiy tataow’d"
gravure de R.B. Godfrey d’après S. Parkinson, ALEXANDER TURNBULL
LIBRARY, réf. 69185. Danseur : cl. J. Bouchon.
143
LES JEUX, LES SPORTS ET LA GUERRE
P. 1lf Jeux de ficelle : cl. M. Folco-Éd. du Pacifique. Balançoire : gravure
missionnaire (1829>, cl. A. Lavondès.
P. 112 Toupiesv< M.T.I., cl. J.-C. Bosmel. Billes : M.T.I., cl. J.-C. Bosmel.
Échasses : cl. M. Folco-Éd. du Pacifique. Petit pilon : M.T.I. 859,
cl. J.-C. Bosmel. Jouets en feuilles de cocotier : C. Visse d’après doc. M.T.I.
Surfers à Flawaii : gravure in W. Ellis "Polynesian researches".
P. 113 Pirogues : dessin de H. Roberts, from the original drawing in the
MITCHELL LIBRARY, by courtesy of LIBRARY COUNCIL OF NEW SOUTH
WALES, réf. ZPX DIT Homme soulevant une pierre : ci. G. Wallart. Palets :
M'.T.I.319,cl.J.r_ÇiBosmel. Enfant au coq : aquarelle de P. Huguenin /n “Raiatea
la Sacrée”, Bulletin de la Société neuchâteloise de géographie, t.XIV
(1902-1903). Crosse de jeu : M.T.I. 652, cl. B. Vannier.
P. 114 Exercice guerrier aux Tuamotu : cl. K.P. Emory, BISHOP MUSEUM,
n^lSODS. Combat de boxe aux Hawaii : aquarelle de J. Webber, BISHOP
MUSEUM, n‘'23305.
Carquois : THE TRUSTEES OFTHE BRITISH MUSEUM, réf. K 79655.
Plate-forme d'archer : dessin in K.P. Emory (1933) "Stone remains in the
P. 115
Society Islands", B.P.B.M. Bull. 116, fig. 12 ; cl. BISHOP MUSEUM. Arc,
carquois et flèches : coll. M.T.I. (recueillis par G. Bennet entre 1821 et 1824)
78.03.66, 78.03.67 et 78.03.68, cl. J.-C. Bosmel.
P. 116 Lancement du javelot : cl. A. Lavondès. Fronde : MUSEUM FUR
VOLKERKUNDE, Vienne, coll. des Voyages de Cook, n°94. Taumi (détail) :
MUSÉE D'HISTOIRE DE BERNE, cl. A. Lavondès.
P. 117 Taumi : MUSÉE D'HISTOIRE DE BERNE, coll. Webber, réf. TAH.50.
Pirogues de guerre : tableau à l’huile de W. Hodges (1774), GREENWICH
NATIONAL MARITIME MUSEUM, réf. Navy L.36-16.
P. 118 Armes et tambour : dessin de J.F. Miller, BRITISH LIBRARY, Add.
MS 23921 f.57a. "A War Canoë" lavis de S. Parkinson (1769), BRITISH
LIBRARY, Add. MS 23921 f.21.
P. 119 Massue en forme de pagaie : M.T.I. 80.04.42, cl. J.-C. Bosmel.
Casse-tête: MUSÉES ROYAUX D’ART ET D’HISTOIRE, Bruxelles, réf. ET.1676
(144 cm). Fronde : THE TRUSTEES OFTHE BRITISH MUSEUM, réf. K79658.
Gravure missionnaire in W. Ellis "Polynesian researc/ies" t.lII.
P. 120 Pointe de lance : coll. Adélaïde DE M EN IL, New York, cl. Gideon Lewin.
Lance desîles Australes : M.T.I. 80.04.49, cl. J.-C. Bosmel. Gravure in "Voyage
de F.W.
Beechey sur le Blossom en 1825", cl. A. Lavondès.
DE LA NAISSANCE A LA MORT
P. 121 "Oaitepeha Bay" huile de W. Hodges (1776) GREENWICH NATIONAL
MARITIME MUSEUM, réf. Navy L.36-19.
P. 122 Détail d’un to'o : MUSÉE DES BEAUX-ARTS, Lille, coll. Moillet,
n° D5 2108, cl. A. Lavondès. To'o: UNIVERSITY MUSEUM OF ARCHAEOLOGY
AND ANTHROPOLOGY, Cambridge (H = 47,5 cm). "A Moral with an offering
to the Dead" (Raiatea) lavis de S. Parkinson (1769), BRITISH LIBRARY, Add.
MS 23921 f.28. Marae et plate-forme d’offrandes : gravure d’après un dessin de
William Wilson in James Wilson (1799) “A Missionary Voyage to the Southern
Pacific Océan, 1796-1798".
P. 123 "Pofafow”dessin de W. Hodges (1773), from the original drawing in the
MITCHELL LIBRARY, by courtesy of LIBRARY COUNCIL OF NEW SOUTH
WALES, réf. PXD 11 f.17. "Oammo" dessin de W. Ellis, ALEXANDER
TURNBULL LIBRARY, nég. n^lITJOS 1/2. Dessin original de M. Radiguet,
SERVICE HISTORIQUE DE LA MARINE, album n»1.B5649, cl. C. Rives. Dessn
de M. Radiguet in K. von den Steinen.
P. 124 Sculpture en pierre rouge : cl. O’Reilly. Statues : à gauche
cl. J.F.G. Stokes, BISHOP MUSEUM, à droite M.T.I. 428, cl. A. Lavondès.
P. 125 Dessins originaux de M. Radiguet, SERVICE HISTORIQUE DE LA
MARINE, album n°1.B5649, cl. C. Rives. Tapa : M.T.I. 701, cl. A. Lavondès.
P. 126 Paetini : Atlas pittoresque de Dumont d’Urville, pl.59. Jeune Tahitien
dessin de W. Hodges, from the original drawing in the MITCHELL LIBRARY, I
courtesy of LIBRARY COUNCIL OF NEW SOUTH WALES, réf. PXD 11 f.ll
Jeune femme de Tahiti portant des ornements d’oreilles : dessin de J Webbf
BRITISH LIBRARY, Add. MS 17277 f.11.
P. 127 Jeune guerrier marquisien : Atlas pittoresque de Dumont d’Urville, pl.l
("Naturel de Nouka-Hiva”). Dessins originaux de M. Radiguet, SERVICE
HISTORIQUE DE LA MARINE, album n°1.B5649, cl. C. Rives.
P. 128 “Habitans de l’isie de Taiti" : gravure d’après un dessin de J.L. Le Jeui
in R.P. Lesson (1839) "Voyage autour du monde entrepris par ordre du
gouvernement sur la corvette la Coquille" t.l. Une femme de IHe de Tahu itn
gravure in "L’Océanie en estampes”. "Guerrier des îles basses" gravure le
E. Chazal d’après J.L. Le Jeune, BIBL. du MUSÉUM NATIONAL D’HISTC IF
NATURELLE. Ornai : dessin de N. Dance, ARCHIVES PUBLIQUES DU
CANADA.
P.129 Manche de chasse-mouches : coll. MUSÉE DE L’HOMME (don de la
Nationale), réf, MH. 21.344, cl. n°10 442. "Portraits de Makima et Itou P
original de M. Radiguet, SERVICE HISTORIQUE DE LA MARINE, album
n“1.B5649, cl. C. Rives. "Moral à Nouka-Hiva” dessin de Goupil, lith, par
Lassalle, Atlas pittoresque de Dumont d’Urville, pl.56, BIBLIOTHÈQUE
NATIONALE.
P. 131 Petit plat de bois, mortier et pilon : M.T.I. 525,503 a et b, cl. A. Lavondè
Sculpture de bois : M.T.I. 5694, cl. J.-C. Bosmel. Dessin original de M. Radiguen
SERVICE HISTORIQUE DE LA MARINE, album n°1.B5649, cl. C. Rives.
'
P. 132 Cercueil d'adulte: M.T.I. 88, cl. B. Vannier. Supports de civière funérain
M.T.I. 791 et 792, cl. J.-C. Bosmel. "Knile Irom Ofahe/fe”dessin de J.F. Mill
(1772), BRITISH LIBRARY, Add. MS 23921 f.58.
P. 133 Cercueil d’un chef marquisien : gravure publiée par le R.P. Delmas
cl. A. Lavondès. Auge funéraire (modèle réduit) : coll.
Yves DU PETIT-THOUARS, Indre et Loire. “/Woraf” dessin de C.C. Antiq
NATIONAL LIBRARY OF AUSTRALIA, coll. Nan Kivell, n“10376 f.19.
P. 134 Le corps du chef Vehiatua reposant sur une plate-forme funéraii.v ;
aquarellede J. Webber (1777), BRITISH LIBRARY, Add. MS 15513 f.14. Plaid •
formes funéraires : aquarelle de W. Hodges (1773) NATIONAL LIBRARY CF
AUSTRALIA, coll. Nan Kivell, réf. NK 6575.
P. 135 "Dressof ChielMourner, Tahiti"dess'in de H.D. Spôring (1769), BRITIS H
LIBRARY, Add. MS 23921 f.32. "E lata no te tupapau" lavis de S. Parkinsrt.
(1769), BRITISH LIBRARY, Add. MS 23921 f.31a. Ornement de nacre : M ' '
78.03.52 (48,3 cm), cl. B. Vannier.
P. 136 Costume et équipement d’un chef de deuil : dessin de J. Webber ( '
î
BRITISH LIBRARY, Add. MS 15513 f.8. Costume d’un chef de deuil : T
TRUSTEES OFTHE BRITISH MUSEUM, réf. TAH.78 (210 cm), cl. Bridg ■ li.
Art Library ; légende d’après B.A.L. Cranstone (1968) "The Tahitien Mou
/}
.
Dress", British Muséum.
Remerciements
Notre travail de documentation et d’illustration a été considérablement facilité par l’aide que nous ont apportée :
Bishop Muséum : Cynthia Timberlake, Librarian, Betty Lou Kam, Curatorial Assistant, Photograph Collection, Clarence Mauricio,
Photograph Collection ;
à la National Library of Austraiia : Barbara Perry, Pictorial Librarian, Sylvia Carr, Acting Pictorial Librarian ;
à la National Library of New Zealand (The Alexander Turnbuli Library) : Moira Long, Assistant Curator of Drawings and Paints, lan Snowdon,
Photograph Section ;
à l’Otago Muséum : Wendy J. Harsant, Anthropologist :
à la State Library of New South Wales : Mitchell Library : Shirley Humphries, Mitchell Librarian, and Jennifer Broomhead : Dixson Library :
au
Mrs Rhodes, Dixson Librarian ;
à l’Hôpital d’instruction des Armées de Brest : M. Bladé, Médecin-Chef :
au
au
au
au
Musée des Antiquités Nationales de St-Germain-en-Laye : Marie-Thérèse Berger, Documentaliste ;
Musée d’Aquitaine :
M. Délié Muller, Conservateur ;
Musée des Beaux-Arts de Lille : M. Hervé Oursel, Conservateur :
Musée de l’Homme : Muguette Dumont, Phototèque ;
Musée de la Marine : Mme Huyghes des Etages, Conservateur,
Marjolaine Mourot, Chef du Service d’Études et de Documentation ;
Municipal de Rochefort-sur-Mer : Marie-Pascale Bault, Conservateur :
au Muséum d’Histoire Naturelle de Grenoble : A. Fayard, Conservateur ;
au Muséum d’Histoire Naturelle et d’Ethnographie de la Rochelle : Dr R. Duguy, Conservateur ;
au Service Historique de la Marine : M. le Contre-Amiral Chatelle, Chef du Service Historique, M. J.-P. Busson, Chef du Service des Archives
et des Bibliothèques de la Marine :
à l’Ethnografiska Museet de Stockholm : Roland Ekman et Anne Murray ;
au Musée d’Ethnographie de Genève : Eveline Merlach ;
au Musée d’Histoire de Berne : Dr Ernst J. Klây et Heidi Hofstetter ;
au
au
Musée
aux
au
Musées Royaux d'Art et d’Histoire de Bruxelles : Francina Forment, Section Océanie ;
Muséum für Vôlkerkunde de Vienne : Dr Hanns Peter ;
National Muséum of Ireland : J.P. Murray, Rights and Reproduction Section ;
Royal Muséum of Scotland : Dale Idiens, Keeper ;
à l’University Muséum of Archaeology and Anthropology of Cambridge : David W. Phillipson, Curator ;
au Metropolitan Muséum of Art : Deanna Cross, Photograph Library ;
au Peabody Muséum of Natural History (Yale Univ.) : Léopold Pospisil, Director, Division of Anthropology ;
au Peabody Muséum of Salem : Peter Fetchko, Director, Mariene S. Hamann , Curatorial Assistant, Ethnology Dept. ; Kathy Flynn,
au
au
Photographie Assistant ;
aux
Archives Publiques du Canada :
Georges Delisie, Directeur, Division de l’Iconographie.
Achevé d’imprimer : septembre 1986
Dépôt légal : 4' trimestre 1986
Cet ouvrage a été composé par POLYTRAM, Tahiti.
La photogravure a été réalisée par PACIFIC SCANNER, Tahiti.
Imprimé et relié par TOPPAN, Singapour.
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femmes de Mangareva" : gravure d’après J.-M.-E. Marescot, Atlas pittorc qi
de Dumont d’Urville, BIBLIOTHÈQUE NATIONALE.
P. 130 Vases de pierre : M.T.I. 285 et 286, cl, A. Lavondès, J.-C. Bosmel. Dessin
Une vaste entreprise coKective : la réunion dans
l’Encyclopédie de la Polynésie d'une centaine des plus
éminents spécialistes, dans des domaines aussi
différents que la géographie, la climatologie, la
biologie, l’histoire, l’archéologie, l’ethnologie, la
sociologie ou l’économie, est, sans conteste, un
événement sans précédent à Tahiti. Un monument de
1 500 pages, traitant 500 sujets, se devait de faire appel
aux chercheurs, universitaires, enseignants, aussi bien
qu'aux forces vives du Territoire, acteurs de la vie
administrative, politique, économique et culturelle. Et,
comme pour la conception et la construction d’un
édifice de vastes dimensions, il fallait que chaque
volume possède son architecte en chef, un "maître
d’œuvre" en assumant la responsabilité scientifique :
Bernard Salvat pour les trois premiers volumes ; José
Garanger pour le volume 4 ; Anne Lavondés pour le
volume 5 ; Pierre-Yves Toullelan pour les volumes 6 et
7 ; François Ravault et Jean-Marc Pambrun pour les
deux derniers volumes.
Encyclopédie de la Polynésie
CETTE COLLECTION EST COMPOSÉE DE 9 VOLUMES
VOLUME 1
les îles océaniques
VOLUME 2
flore et faune terrestres
VOLUME 3
le monde marin
VOLUME 4
à la recherche des anciens Polynésiens
VOLUME 5
la vie quotidienne dans la Polynésie d’autrefois
VOLUME 6
la Polynésie s’ouvre au monde (1765-1842)
VOLUME 7
la Polynésie s’ouvre au monde (1842-1960)
VOLUME 8
vivre en Polynésie 1
VOLUME 9
vivre en Polynésie 2
témoignage de maturité : la réalisation de cette
Encyclopédie révèle qu'en ce moment du XX' siècle, le
développement en Polynésie de la Recherche - tant
territoriale que nationale - atteint une maturité qui
Un
reflète celle d’un pays.
Elle est, aussi, le résultat de concours individuels
déterminants : celui de Julien Siu qui nous a apporté
dès la naissance du projet un soutien sans faille, et
celui de Bernard Salvat qui a su donner à cette
collection
l’impulsion de son dynamisme
communicatif.
I
Fait partie de Encyclopédie de la Polynésie . 5 . La vie quotidienne dans la Polynésie d'autrefois