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ENCYCLOPEDIE DE LA POLYNESIE
Avec l'Encyclopédie de la Polynésie, les habitants de la
Polynésie française ont à leur disposition, pour la
première fois, un inventaire complet et détaillé du
monde dans lequel ils vivént. Pour la première fois, la
somme des connaissances acquises sur tout ce qui
concerne ce pays en ce moment du XX® siècle est
publiée pour décrire les 11 Biles quj le composent, pour
faire revivre les hommes et les sociétés des
temps
passés, pour faire l'inventaire des richesses que leur
offre leur environnement et dresser le tableau de la vie
quotidienne dans la Polynésie d'aujourd'hui.
Une encyclopédie de toute la Polynésie fran¬
çaise : si Tahiti et sa capitale Papeete restent l'organe
vital du Territoire, il est aussi vrai que les archipels qui
composent jouent un rôle déterminant. Par
conséquent, tout au long des 9 volumes de l'Encyclo¬
pédie, Australes, Tuamotu, Gambier, Marquises et
Société sont évoqués, à la fois pour leur appartenance
à l'ensemble polynésien et pour leurs caractères
spécifiques. Ainsi, qu'il s'agisse d'histoire, d'archéo¬
logie, d'économie ou de l'étude des milieux naturels,
l'Encyclopédie apporte un témoignage de la richesse
le
et de la diversité des îles.
Une encyclopédie thématique : dans cet esprit, une
énumération
alphabétique des sujets serait apparue
restriction à l'ampleur du propos. Alors
que la répartition de ces 9 volumes en thèmes
successifs permet une compréhension plus complète
et plus profonde des sujets, où l'on verra que, bien
souvent, l'exploration du passé éclaire les conditions
comme une
du
présent et les possibilités de l'avenir.
Une encyciopédie visueiie : à notre époque où la
l'image joue un si grand rôle, il
paraît évident de lui donner une place prépondérante
dans
un
ouvrage de cette importance. Cartes,
schémas, dessins et photographies occupent plus de
la moitié des pages, ajoutant ainsi à l'information écrite
une vision concrète et attrayante de celle-ci.
communication par
Une encyclopédie pour tous : qu'il s'agisse du
peuplement de la Polynésie et de sa culture ancienne,
de ses ressources et de la gestion attentive de son
environnement, ou de l'état actuel de son organisation,
il va de soi que le désir de la connaissance passe par le
plaisir de son approche. Textes et illustrations ont
donc été conçus dans un souci de simplicité qui laisse
intacte la rigueur scientifique. Dans chaque volume,
une bibliographie permet de connaître les sources de
la documentation ou d'aller plus avant dans l'étude
d'un sujet. Enfin, un index et un glossaire éclairent les
termes techniques et facilitent la lecture.
Une encyclopédie des Polynésiens : un ouvrage de
cette conception représente un outil de travail pourles
enseignants, une source de références pour les élèves
et les étudiants, un moyen d'information pour tout
esprit curieux. Il permet à tous ceux qui sont nés ou qui
vivent en Polynésie de la mieux connaître et, pour tous
ceux de l'extérieur, de découvrir une image différente
de celle des cartes postales.
Mais, les dimensions de l'Encyclopédie de la Polynésie
dépassent ces aspects pratiques. Comme tout pays en
plein essor, la Polynésie française est confrontée à ce
défi que constitue l'insertion de sa croissance démo¬
graphique et économique dans le cadre géographique
et politique qui est le sien. Des 9 volumes de cet
ouvrage se dégagent l'historique et le bilan des
ressources dont dispose ce pays. En conséquence
directe, ils mettent l'accent sur ses richesses poten¬
tielles, mais aussi sur la fragilité des équilibres naturel
et humain dont chaque Polynésien est le garant.
En couverture
detail du parement du marae
Arahurahu (cl. J.-L. Saquet).
Fare tupapa’u dans lequel est exposé Vehiatua II, ari’i
rahi des Teva de la Mer (gravure d'après un dessin de
J. Webber réalisé en 1776).
ENCYLOPÉDIE DE LA POLYNÉSIE
Editée et produite par Christian Gleizal
© 1986 C. Gleizal/Multipress pour la première édition
édition © 1990 C. Gleizal/Éditions de L’Alizé
Tous droits réservés. Il est interdit de reproduire, d'utiliser dans une banque de
données ou de retransmettre par quelque moyen que ce soit cet ouvrage,
partiellement ou totalement, sans l'autorisation préalable écrite des éditeurs.
ENCYCLOPEDIE
DE
LA POLYNESIE
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ENCYCLOPEDIE DE LA POLYNESIE
à la recherche
des anciens Polynésiens
Ce quatrième volume de l’Encyclopédie de la Polynésie a été réalisé sous la direction de
José Garanger,
Docteur d’Etat ès lettres et Sciences humaines, Professeur à l’Université de Paris I,
Directeur du Laboratoire d’Ethnologie Préhistorique {C.N.R.S., L.A. 275)
lettres et D.E.A. d’Archéologie,
Ingénieur au C.N.R.S. (L.A. 275),
Éric Conte, Maître ès lettres et D.E.A, d’Archéologie, L.A. 275 du C.N.R.S. et Département d’Archéoiogie
du Centre Polynésien de Sciences Humaines
Bertrand Gérard, Docteur en Archéoiogie, Chargé de recherche à l’O.R.S.T.O.M.,
Maeva Navarro, Maître en Archéologie, Directrice du Département d’Archéoiogie du Centre Polynésien de Sciences Humaines,
Catherine Orliac, Docteur en Archéologie, Chargée de recherche au C.N.R.S. (L.A. 275),
Michei Oriiac, Diplômé du C.R.P.P. (Sorbonne), Technicien supérieur au C.N.R.S. (L.A. 275),
Pierre Ottinb, Docteur en Archéologie, Chargé de recherche à l’O.R.S.T.O.M., Claude Robineau, Docteur d’Etat ès lettres
avec
la collaboration de ; Marie-Noëlle de Bergh, Maître és
Jean-Michel Chazine, Maître ès lettres et D.E.A. d’Archéologie,
,
et Sciences humaines.
Directeur de recherche à i’O.R.S.T.O.M.,
Centre National de la Recherche Scientifique,
Département d’Archéoiogie du Centre Polynésien de Sciences Humaines,
Laboratoire d’Ethnologie Préhistorique (C.N.R.S., L.A. 275), Laboratoire de Préhistoire de l’Université de Paris I,
Musée de Tahiti et des Iles, O.R.S.T.O.M. (Institut français de recherche scientifique pour le développément en coopération).
Université de Paris I, Panthéon-Sorbonne (Unité de Recherche et d’Enseignement d’Histoire de l’Art et Archéologie).
et la coopération des organismes suivants :
Conception et production : Christian Gieizai
Maquette et coordination de la réalisation technique : Jean-Louis Saquet
Assistante de production : Catherine Krief
Illustrations : Catherine Visse et Jean-Louis Saquet
Cartographie : Jean-Louis Saquet
Photographies : B. Bird, P. Boisserand, J.-C. Bosmel, J.-M. Chazine, E, Christian, E. Conte, J. Garanger, C. Hautbois, T. Heyerdahl,
J. HInes, B. Juillerat, M. Krüger, P. Lab'oute, A. Lavondès, C. Lorme, M. Orliac, P. Ottino, C. Pinson, H. Piisson, C. Rives-Cedr/,
Cl. Robineau, J.-L. Saquet, A.M. Semah, Y.H. Sinoto,
D. Stordeur, G. Twigg-Smith, B, Vannier, A. Vitalis-Brun.
Les photographies autres que celles confiées par leurs auteurs ou leurs agences sont publiées avec l’autorisation
des sociétés ou organismes suivants :
Auckland War Memorial Muséum, Nouvelle-Zélande ; Bernice Pauahi Bishop Muséum, Hawaii ; British Muséum,
Grande-Bretagne ; Canterbury Muséum, Nouvelle-Zélande ; Centre Technique Forestier Tropical, France ; Mitchell Library,
State Library of New South Wales, Australie ; Musée Gauguin, Tahiti ; Musée de l’Homme, France ;
Musée de la Marine, France ; Musée communal de Vaipaee, îles Marquises ; Musées Royaux d’Art et d’Histoire, Belgique ;
Otago Muséum, Nouvelle-Zélande ; Service Historique de la Marine, France.
Notre travail de documentation et d’illustration a été considérablement facilité par l’aide que nous ont apportée :
au B.P. Bishop Muséum : Y.H. Sinoto, chairman, Dept. of Anthropology, Cynthia Timberlake, librarian.
à la State Library of New South Wales : Jennifer Broomhead, Mitchell
au Musée de la Marine : Marjolaine Mourot ;
au Musée de l’Homme : Muguette Dumont ;
aux Musées Royapx d’Art et d’Histoire : Francina Froment.
librarian
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Les collections du Musée de Tahiti et des Iles nous ont été rendues accessibles grâce à la patiente collabqrqti
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Manouche Lehartel, directrice ; Véronique Mu Liepman, conservateur et Hiro
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assistant conservateur chargé des collections.
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1
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“Marae Point” à Pare
(ou Arue, Tahiti), peint
1792 par G. Tobin.
Les relations de voyage
et la tradition orale nous
en
permettent de
comprendre
l'importance sociale et
religieuse des marae,
mais il existe peu
d’illustrations les
représentant.
Les aquarelles de
George Tobin, troisième
lieutenant du
Providence lors du
deuxième voyage du
capitaine Bligh, en 1792,
donnent à la fois les
détails de leur
architecture et leur
localisation.
Avant-propos
L’accélération de son évolution et la rapide conquête des espaces terrestres sont propres à l’espèce humaine. En trois millions d’années,
les premiers ancêtres de l’homme actuel, les Australanthropes, créateurs des premiers outils, se diversifient lentement et finissent
par déborder leur berceau africain, donnant naissance aux premiers Archanthropiens (les Pithécanthropes de Java ou Homo erectiis),
qui coloniseront non seulement l’Afrique et l’Asie, mais également l’Europe, et ceci en 800 000 ans, au cours desquels ils perfectionnent leur
outillage et découvrent les moyens de produire le feu. Les quelque 50 000 ans qui suivent sont le domaine des Paléanthropiens dont
la capacité crânienne voisine celle de l’homme actuel, tout en étant moins développée dans la région frontale, siège de la conscience
et de l’affectivité. Leur industrie lithique marque pourtant un immense progrès et ils se préoccupent de l’avenir de leurs morts.
Puis apparaissent, il y a 50 000 ou 60 000 ans, les Néanthropiens dont nous faisons partie et que nous appelons,
peut-être abusivement, VHomo sapiens sapiens. Les progrès techniques sont remarquables comme le sont aussi les témoins d’une pensée
religieuse et artistique. L’homme dépasse alors rapidement ses anciennes frontières, colonisant l’Australie vers - 50 000 ans,
puis le nord de l’Amérique.
Archanthropiens, Paléanthropiens et Néanthropiens ont vécu des bouleversements climatiques importants auxquels ils ont su s’adapter et qui,
peut-être, les ont contraints à progresser. Le dernier réchauffement du globe, il y a une douzaine de milliers d’années,
ouvre une nouvelle période dans l’histoire de l’humanité : celle de la maîtrise du monde animal et végétal. Cette néolithisation est très
différente dans ses processus d’une région à une autre du globe, mais presque partout contemporaine, à deux ou trois millénaires près.
D’autres révolutions techniques suivront et notamment la métallurgie, inconnue des Océaniens..Cependant, l’aventure maritime
de ces derniers est sans égale dans la préhistoire de l’humanité. Nul avant eux ne semble avoir osé, en effet, quitter de vue le monde terrestre et
s’aventurer sur l’immensité des océans, hormis dans les mers de l’Asie orientale - mais c’est là qu’ont vécu leurs ancêtres.
Les premiers Européens qui .explorèrent le “Grand Océan” à la recherche du .supposé “Continent Austral”,
furent bien étonnés d’y rencontrer des insulaires à ce point isolés de toute te'rre continentale. Les hypothèses allèrent bon train !
Les plus audacieux imaginèrent même qu’il s’agissait d’une race humaine particulière née, sur un continent abîmé sous les flots, d’un second
couple d’Adam et Eve et oubliée par les anciens rédacteurs de la Bible. S’agissant de la Polynésie, l’attrait du merveilleux
n’a guère cessé, depuis, de hanter l’esprit des Occidentaux, et les Océaniens (s’ils n’étaient raisonnables)
pourraient se flatter d’avoir suscité, en deux siècles, plus de productions littéraires que tout autre peuple du monde... D’aucuns parlent encore
même d’extra-terrestres ou plus simplement de “race pure”, notion
^ussi dangereuse que non scientifique : il n’y a plus de
races pures, sur terre, depuis des dizaines de millénaires, si tant espqu’il en existât jamais.
On fit d’abord appel aux traditions orales pour tenter d’éclairer
^fus sérieusement le passé des Polynésiens, niais en un temps
où elles disparaissaient déjà dans les ombres de l’oubli, n’ayant
plus de fonction pour le maintien de structures sociales déjà brisées par
l’incursion des Européens. Reconstituer le passé, avec ses lambéaux de souvenirs, était bien hasardeux. Une trop grande
.confiance dans les résultats ainsi escomptés et l’idée généralement partagée que l’arrivée des hommes,
î’^dans les îles du Pacifique, ne datait que de trois ou quatre siales, expliquent peut-être qu’on en vint si tardivement à pratiquer des fouilles
l^archéologiques pour tenter de reconstituer ce passé. L’archémogie océanienne n’a en effet débuté, avec ses moyens modernes
d’investigation, qu’après la Seconde Guerre mondiale. Beaucoup reste donc à faire, mais il apparaît déjà que le passé
des
^éaniens est beaucoup plus ancien et complexe qu’on né l’imaginait naguère, donc immensément plus riche. Le danger serait maintenant
.«d^l^tir hâtivement, à partir des premiers résultats ainsi aéquis, des hypothèses qui, pour,séduisantes
fqB^^^ussent, conduiraient à masquer, et pour longtemps, des réalités qui restent à découvrir. Nous n’en formulerons donc pas de
f.d^grSws dans cette “Recherche des anciens Polynésien/’. Nous essaierons seulement d’exposer l’état des connaissances
en indiquant clairement ce qui est possible,
prcpable ou certain, en essayant aussi de dégager tout ce qui fait l’unité
^^effli^iversité de cette courte page de la longue histoire/de l’humanité, mais qui est à nulle autre pareille.
Àofife^qvoir rappelé les techniques actuelles de l’archéo/ogie et ses applications en Océanie,
FqSci^exposerons “l’état de la question” de l’origine de» Océaniens et du peuplement du Pacifique occidental,
âSj^celui de la Polynésie orientale, ordre à la fois géographique et chronologique. L’essentiel de ce volume sera consacré
^^a préhistoire, lointaine et'récente, de la Polynésie tfançaise.
José GARANGER i
/
Sommaire 1 L’archéologie polynésienne
prospection et la détection des sites archéologiques
La reconstitution des paysages anciens
La fouille archéologique
La
9
12
14
16
Le laboratoire
20
Dater le
passé polynésien
Interprétation et synthèse des données de fouille
22
2 Les ancêtres lointains
/. GARANOhR
L’origine asiatique
Les Polynésiens en Micronésie
L’archéologie et le Pacifique
La poterie océanienne
Le lapilli et les Polynésiens
Le peuplement du Pacifique sud-occidental
25
28
30
32
34
36
38
La culture océanienne ancestrale
41
Le premier peuplement
3 Le peuplement de la Polynésie orientale
44
L’évolution des cultures
46
Un isolement relatif
48
Les îles Hawaii
50
La Nouvelle-Zélande
54
L’île de
/. garanger
Pâques
4 Les marae
a. roiunlau. j. garanglr
Archéologie
Les esprits et les dieux
57
60
62
Cérémonies au marae
64
Marae et
66
Marae et
/. Gauntger
ci. Ruhiimiu
Cl. Rohiiu-au
parenté
CL Rohincau
politique
Marae, généalogies et terres
68
Ci Rohiimm
CL Rohineuu
Marae et société
70
5 Tahiti et Moorea
...
CL Rohincau
Ci. RÜISINEAC.
li.
Les vestiges du passé
73
GÉRARD. ./. GA RANG ER. J.-M. CHAZINE. M. O RE!AC
J. Garangcr
Dans la presqu’île de Tautira
76
78
Le marae Marae Ta’ata
80
Le marae Atahuru
La vallée de la
82
J. Gaianxcr
Papeno’o
Tuamotu, les données
de l’archéologie sont
souvent confrontées à
celles fournies par une
tradition orale encore
vivace. C’est le cas de
Tepoto où la fouille du
Te Tahata par
E. Conte en 1984 a livré,
outre des vestiges
d’anciennes cérémonies
de consommation
rituelle de tortues
marae
(ossements, fours...),
33 sépultures d’adultes
et d’enfants. Certains
.6
Havai’i
Ci. Rohincau
Raiatea et Tahaa
CL Rohincau
94
Taputapuatea, centre religieux
Ci. Rohincau
Bora Bora, centre politique
96
Ci. Rohincau
Bora Bora et ses vestiges archéologiques
98
J. Garanger
Maupiti
100
102
Huahine
105
Les données de l’ethnohistoire
108
La société marquisienne
L’organisation de l’espace dans une vallée
E. Conic
M. Navarro
7 Les îles Marquises
110
des restes de petits
114
herminettes) ou
Le mythe de
a. robineau. ./. garanger. e. conte, m. navarro
92
étaient inhumés avec
des outils (grattoirs en
nacre,
B. Gerant a Ci. Rohincau
Les îles Sous-le-Vent
89
Garanucr
J. Garan,vcr cl CL Rohincau
Alareaitu
86
Garanaer
J.
M. Orliac
’Opunohu
84
J.
J.-M. Chazinc
L’abri-sous-roche de la terre Putoa
Dans certains atolls des
c.cim.oki.iac
/'. O'ITINO Cl M.-N. tic BERGII
Les paepae
112
Me'ae et luhiia
mammifères.
116
Page suivante :
118
Le site de Hane à Ua Huka
121
Les atolls des Tuamotu
J.-M. Chazinc
124
Techniques agricoles
/.-/17. Chazinc
Aux Iles Marquises, la
plupart des structures
de surface ont été
détruites par letempsou
les hommes. Les
illustrations de
M. Radiguet, réalisées
en 1840-1841 alors qu’il
accompagnait
l'expédition d’A.
Dupetit-Thouars, ont
sauvé de l’oubli
certaines d’entre elles.
Sur ce dessin, un
personnage semble
garder un me'ae dans la
forêt.
Premières recherches archéologiques : Nuku Hiva
8 Tuamotu, Gambier et Australes
Environnement écologique et subsistance
126
Les trois territoires de pêche
128
J.-M. CHA/.INE. E. CONTE. M. NAVARRO
E. Corne
E. Corne
130
Les marae des Tuamotu
L-M. chazinc
132
Les îles Gambier
J.-M. Chazinc
134
Les îles Australes
M. Navarro
137
Glossaire
Index .'
139
140
.
Bibliographie
7
.
1
L’archéologie polynésienne
Au-delà
desestécrits
et de la tradition
orale, voire
de la mythologie,
la reconstitution
passé
le domaine
de l’archéologie.
C’est
science exigeante.
Son but,
du
une
en effet, n’est pas seulement de répondre à des interrogations sur le lieu d'origine de
telle population, ou sur les étapes de ses migrations successives, ou encore sur la date
du premier peuplement de tel ou tel territoire. Elle vise à restituer la vie des hommes
dans sa plus grande intégralité, qu’il s’agisse de leurs activités quotidiennes les plus
ordinaires ou de leurs comportements sociaux et religieux les plus complexes. Pour
atteindre au mieux ces objectifs, l’archéologue ne dispose que de rares vestiges
matériels qui peuvent être signifiants s’ils ne sont pas dépouillés de leur contexte,
c’est-à-dire isolés les uns des autres. Les techniques de fouilles et de laboratoire ont
fait, à ce point de vue, des progrès considérables au cours des dernières décennies.
L’archéologue isolé dans son univers intérieur et qui ne creusait le sol que pour en
extirper quelques objets rares ou insolites, est d’une espèce heureusement disparue.
Aujourd’hui la fouille n’est plus seulement verticale ; cette pratique est naturellement
toujours indispensable pour préciser la stratigraphie profonde d’un site, mais elle est
réduite au strict nécessaire. La fouille proprement dite se développe horizontalement,
en suivant la surface des anciens sols d’occupation... Les sciences les plus diverses
concourent ensuite à l’exploitation des documents ainsi mis au jour.
La prospection
et la détection
des sites
archéologiques
Les matériaux à partir desquels il est
possible de reconstruire le passé des hommes
ne sont pas encore tous rangés dans les musées
et
les bibliothèques,
particulièrement en
Polynésie où la recherche archéologique est
récente. Ces matériaux sont
encore
là où le
temps les a enfouis, là où vivaient les hommes,
là où ils honoraient leurs dieux. A l’archéo¬
logue de les découvrir ! La recherche des lieux
passé parle encore peut bénéficier des
où le
informations
découvertes
de
la
tradition
fortuites,
mais
orale,
elle ne
des
sera
complète qu’à la suite de l’exploration systé¬
matique d’un territoire, hectare par hectare.
Cette exploration est appelée prospection. Un
simple calcul permet d’évaluer à plus d’une
dizaine de milliers le nombre d’édifices
construits par la génération qui accueillit les
Européens à Tahiti. Même si la majorité de ces
édifices a disparu sans laisser de trace, cette
estimation laisse
présager la richesse poten¬
tielle des terroirs habitables en Polynésie. Elle
permet également de s’apercevoir à quel point
il serait vain, faute de temps, de moyens et de
personnel, de rechercher tous les sites archéo¬
logiques. L’archéologue est nécessairement
conduit à faire des choix ; aussi le type de
prospection serâ-t-il envisagé
d’objectifs bien définis.
en
fonction
La prospection en milieu
tropical est rendue
difficile par la densitéde
la végétation, qui limite
le champ visuel à
quelques mètres. Le
tapis d’humus masque
les structures basses,
dont n’émergent que les
murets ou le sommet des
pierres dressées. Les
•
pavages d’habitation
sont le plus souvent
repérés en sondant la
litière végétale au
moyen du sabre
d’abattis.
9
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
La prospection sera extensive et pourra
couvrir une île entière ou un archipel pour la
gisements à haut potentiel
c’est-à-dire susceptibles de
fournir des renseignements d’ordre chrono¬
logique, ou de livrer des vestiges dont la
conservation est exceptionnelle : abris-sousroche et dune à stratigraphie complexe, sites
où les objets en bois sont conservés en milieu
recherche
de
d’informations,
anaérobie (marais, tarodières, etc.).
La prospection sera très intensive
et
tracé d’une route, limitation de l’extension
d’un lotissement) et de programmer d’éven¬
tuelles fouilles de sauvetage. A ce propos il
faut rappeler que les fouilles archéologiques
sont
strictement
réglementées.
Toute
découverte fortuite de gisement ou de vestige
doit être signalée et aucune fouille ne peut être
entreprise sans qu’une demande en ait été faite
responsable du Département d’Archéologie du Centre Polynésien des Sciences
au
Humaines.
La
destruction volontaire d’un
systématique si le but de l’étude est de
comprendre l’organisation de l’habitat à
monument ou
(vallée ou portion de vallée, atoll) ou encore
s’il s’agit d’inventorier les gisements compris
dans une zone menacée d’urbanisation, ou par
des travaux d’aménagements agricoles ou
Le chercheur a recours à différentes méthodes
l’intérieur d’un territoire de dimension limitée
industriels. Cet inventaire permettra aux
autorités compétentes de prendre les mesures
de protection qui s’imposent (modification du
d’un site est punie par la loi.
Les méthodes de prospection
déceler les sites archéologiques. Les
premiers indices peuvent être fournis par le
simple examen d’une carte topographique au
1 /20 OOOème ou au 1/5 OOOème, l’organisation
naturelle de l’espace s’y dessine avec ses voies
de circulation (passes, cols, défilés), ses points
pour
stratégiques (confluents, promontoires), ses
terrasses ou replats propices à l’installation
des hommes. Pour les époques récentes, le
découpage politique est connu par l’étude du
cadastre et des premiers registres de revendi¬
cation des terres (qui indiquent parfois
l’existence de structures cultuelles), de la
toponymie (c’est-à-dire des noms de lieux) et
des
traditions
lors
recueillies
orales.
de
ce
Les
informations
travail d’approche
renseignent sur quelques emplacements
susceptibles de livrer des témoins du passé.
L’essentiel de la prospection se fera pourtant
sur
le terrain en examinant la surface du sol
(repérage des sites les plus récents) et les
coupes de terrain (détection de gisements plus
anciens).
La prospection de surface. Sur le littoral, les
sites archéologiques sont difficiles à déceler,
en raison de la forte densité du peuplement
actuel. De plus, les engins mécaniques ont
La prospection aérienne
tire parti des différences
d’humidité qui se
manifestent à
l'empiacement des
structures enfouies ou
des micro-reliefs qui
accompagnent ces
structures et qui sont
révélées par la lumière
rasante. En Polynésie, la
densité du couvert
végétal ne permet pas,
en général, ce type de
prospection.
Cependant, des prises
de vue aériennes du
lagon permettent de
déceler des structures
archéologiques, tels,
ici à Rangiroa, ces
pièges à poissons.
La prospection
géophysique. La
présence de structures
d'habitat enfouies peut
être révélée par le
contraste des propriétés
physiques entre les
vestiges et les sédiments
qui les enrobent. Ces
anomalies sont mises en
évidence par la mesure
des différences de
résistance du sol au
passage d’un courant
électrique (prospection
par résistivité) ou par
des discontinuités du
champ magnétique
(prospection
magnétique). Ces
méthodes pourraient
être employées en
Polynésie.
10
L’ARCHÉOLOGIE POLYNÉSIENNE
souvent
remanié
le
structures encore en
sol et disloqué les
place. Les matériaux de
construction des anciens monuments peuvent
avoir
été
réemployés
dans
des
édifices
modernes. A l’intérieur des vallées, la pros¬
pection se heurte à un obstacle majeur : la
densité de la végétation tropicale. Celle-ci
envahit et dissimule les monuments, même les
plus considérables (exception faite des gigan¬
tesques structures marquisiennes, bien sûr).
Elle entrave la marche et nécessite un débrous-
important. L’absence de voies
d’accès, la fréquence et l’abondance des préci¬
pitations s’ajoutent à ces difficultés et c’est au
prix d’une grande dépense d’énergie que les
structures sont repérées puis dégagées et
relevées. Ces raisons expliquent la rareté des
prospections systématiques à l’intérieur des
îles hautes. La prospection de surface permet
saillement
la
découverte
d’espaces enclos de murs
auxquels sont associées des plates-formes et
des pierres dressées (les marae), de terrasses de
culture, de pavages d’habitations, d’enclos et
de murets (aménagements de rives, limites de
propriétés, bordures de sentiers).
La prospection des coupes de terrains.
L’examen de la surface du sol décèle des sites
archéologiques relativement récents. Pour
remonter dans le temps, il faut nécessairement
s’enfoncer
dans
inhérentes à
la
le
sol.
Les
difficultés
prospection de surface
ne
permettent pas d’y ajouter celles d’une explo¬
ration systématique du sous-sol. Aussi faut-il
tirer parti des coupes naturelles de terrain
(berges de rivières et de ravins) et de celles qui
apparaissent lors de travaux divers (fondation
d’édifice, tracé de route). Les sites enfouis se
signalent par des structures de pierres comme en surface -, des trous de
poteaux, des
fosses ou des fours, des objets ouvrés en pierre
ou en coquille (et leurs déchets de
fabrication),
des vestiges alimentaires et, le plus souvent.
par la présence de charbons.
Quelle que soit la qualité de la
prospection, elle n’offre qu’une image
incomplète de la réalité. La probabilité
d’apparition d’une structure dac.s une coupe
de terrain est faible. Quant aux prospections
de surface, elles privilégient les structures
construites en élévation, tels les marae, au
détriment de structures moins apparentes,
telles les habitations, qui ne se signalent, dans
le meilleur des cas, que p'ar une bordure de
pierres et/ou un pavage que quelques centi¬
mètres de terre suffisent à dissimuler. Par
ailleurs, la littérature ethnohistorique prouve
qu’il existait aussi des maisons sans pavage ni
bordure. Enfin, la prospection de surface offre
une
vision de
structures
l’espace où se juxtaposent des
d’âges différents. Seule la fouille
peut établir leur chronologie et compléter
l’image réductrice que donne l’exploration de
la surface du sol.
La prospection des
coupes de terrain. Les
sols d’habitat se
signalent parfois dans
les coupes naturelles
par une concentration
de charbons de bois,
enfouis ici sous 3 mètres
de dépôts dans le cône
de déjection d'un
torrent.
en
médaillon :
Un détail de cette photo
montre un four dont le
fond apparaît sous
forme d'une épaisse
couche de cendre
blanche couverte de
gros charbons.
-3:o.
11
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
La reconstitution
des paysages anciens
Vue à l’échelle des temps géologiques, en
diza-’”.. de millions d’années, la surface de
planète est en constant mouvement ; les
continents se déplacent, des montagnes se
forment puis sont gommées par l’érosion, des
îles surgissent puis sombrent dans les mers qui
notre
les ont vues naître. Les trois millions d’années
que'couvre la préhistoire de l’Ancien Monde
ne représentent qu’un instant de cette
longue
évolution. Cette courte période au cours de
laquelle l’homme se dresse sur ses membres
postérieurs puis fait de petits bonds sur la
Lune est le cadre de multiples oscillations
climatiques majeures, accompagnées de
glaciations et de baisses de plus de 100 mètres
moyen
de multiples sondages, effectués en
creusant
des excavations de surface limitée
(1 m-), ou à l’aide d’une tarière, instrument qui
permet de forer le sol afin d’en remonter les
sédiments profonds. Le nombre de sondages
nécessaires à une “bonne lecture” du sous-sol
dépend évidemment de la complexité des
dépôts, qui n’apparaît qu’au moment de cette
prospection ; il est souvent nécessaire d’ouvrir
un sondage tous les dix mètres. Ces travaux
permettent d’établir la stratigraphie des
dépôts, c’est-à-dire la description de la nature
et de l’épaisseur des couches ou strates et de
l’ordre de leur succession. Le résultat de ces
observations est
exprimé par des coupes ou
profils stratigraphlques, parfois réunis
sous ' forme
de blocs-diagrammes qui en
des
donnent une image dans l’espace. Lorsque les
données sont nombreuses, il est
restituer la morphologie de la
chaque couche
sous
possible de
surface de
forme de cartes en
courbes de niveau.
La nature des sédiments renseigne sur le
de mise en place des dépôts, c’est
pourquoi un échantillon de chaque coucheest
soumis à un sédimentologue qui en analyse les
matériaux : dimension et forme des grains,
constituants chimiques, etc. Ces études déter¬
minent si un dépôt résulte de la seule action de
la gravité (éboulements, éboulis), ou s’il
provient d’un transport par l’eau (mer, rivière,
ruissellement sur les pentes), par le vent
(dunes), etc. Elles renseignent également sur
les
interruptions de sédimentation qui
mode
du niveau des océans.
Les deux millénaires du passé polynésien
que quelques secondes de la vie de la
ne sont
Terre
et
quelques heures de l’histoire de
l’homme ; le climat a cependant été marqué
dans les deux hémisphères par des variations
faible amplitude :
une
phase très
légèrement plus chaude que l’actuelle entre le
IX'-' et le XVL' siècle suivie d’une phase très
légèrement plus froide entre le XVL et le
XIX'. 11 est encore prématuré d’évaluer tous
les effets de ces variations en Polynésie.
de
L’évolution des paysages
et les hommes
Les hommes n’ont pas toujours conscience de
ces
transformations lentes. Des soubresauts
de la nature bouleversent,
parfois dramati¬
quement, leur cadre de vie (éruptions volcani¬
ques, tremblements de terre, raz de marée, cy¬
clones) et laissent des traces dans leur mémoire
ou
dans
leurs
écrits.
Les
transformations
lentes, plus rarement perçues, peuvent être
fixées
par
les cartes (déplacements du
lit mineur des rivières, par exemple). Les îles
hautes, au relief Jeune et accidenté, sont
soumises à une érosion intense ; celle-ci
mobilise une grande masse de sédiments, qui
s’accumule plus ou moins longtemps au pied
des versants avant d’être évacuée dans l’océan
par les rivières. Le constant travail d’érosion
de sédimentation peut
être accéléré
et
brutalement par un surcroît de précipitations
et
ruissellement,
de
notamment
lors
des
cyclones, qui provoquent par ailleurs des
éboulements et des glissements de terrain.
L’ensemble de ces phénomènes modifie donc
constamment l’aspect du paysage, ajoutant ou
enlevant des dépôts là où l’homme s’est
installé,
détruisant.
recouvrant
ses
traces
ou
les
L’exploration de la stratigraphie
Le
premier travail de l’archéologue consiste
donc
à
reconstituer
l’évolution
de
la
morphologie du territoire que les hommes ont
occupé. C’est le domaine de la géologie. La
géologie des terrains superficiels est très
complexe, les couches étant peu épais.ses et
souvent
peu
étendues. Ces difficultés
conduisent à explorer le sous-sol Jusqu’aux
couches antérieures à la présence humaine au
12
Les variations
recueillies par F. Mayr
Zélande montre le
climatiques récentes.
La juxtaposition de la
et E. Le
synchronisme
partir des données
A. Wilson en Nouvelle-
derniers millénaires.
courbe construite à
Relevé de coupe. Dans
un but muséographique,
il est parfois utile et peu
onéreux de compléter le
relevé graphique et
Roy Ladurie
dans les Aipes et de celle
établie par P. Wardie et
photographique des
coupes de terrain en
effectuant leur
empreinte au latex de
caoutchouc.
L'empreinte (ici en cours
de séchage) conserve la
couleur et la texture
des couches par
arrachement d’une
mince pellicule de
sédiment.
planétaire des variations
climatiques des trois
Sols entouls. Dans cette
coupe, mise au jour lors
de l'élargissement d'une
route, la bande plus
sombre visible au milieu
du cliché est un sol, au
sens où les pédologues
l'entendent. Il
correspond à une
longue interruption de
sédimentation qui a
permis le
développement de la
végétation. Deux autres
sols moins épais sont
également visibles vers
le bas de la coupe.
L'ARCHÉOLOGIE POLYNÉSIENNE
s’accompagnent de la formation de sols
(altération superficielle d’une roche par des
processus physico-chimiques dont les princi¬
paux
agents sont les variations de
température, les êtres vivants et la circulation
de l’eau). En général, l’homme ne s’installe pas
là où la sédimentation est très active. Si elle est
lente, ou inexistante, les étapes de
l’occupation d’un site se juxtaposent, s’enche¬
trop
vêtrent sans se superposer. L’établissement
d’une chronologie n’est alors possible qu’en
étudiant la position relative des structures et
des vestiges, enregistrée par une topographie
très précise.
lï'VVT*
i?*
r*
■v-v?
-S».-!-'
.c:
archéologiques afin de localiser les
édifices et les lieux des diverses activités par
rapport au relief ; cela permet de déterminer
les choix éventuels de l’emplacement des
implantations humaines et de rendre compte
de l’importance des travaux d’excavation et de
terrassement. L’échelle des cartes publiées,
même
les
plus précises (1/20 OOOème,
1/5 OOOème) est insuffisante pour donner une
image exacte du terrain relativement restreint
qu’occupent les structures d’habitat. L’ar¬
chéologue doit donc se substituer au
topographe pour tracer des cartes à grande
échelle (du
1/lOOème au l/500ème),
fidèle est celle restituée en courbes de niveau.
Elle seule peut illustrer, dans ses détails, la
morphologie d’une terrasse de culture ou d’un
à plates-formes étagées par exemple.
L’exécution du nivellement, souvent effectuée
à l’aide d’un matériel simple et peu coûteux
(niveau de chantier, décamètre et mire
graduée) est relativement rapide quand la
végétation n’est pas trop dense. Une image du
modelé
du
sol, partielle mais souvent
suffisante, est obtenue par l’établissement de
profils, dont le relevé nécessite un petit
marae
nombre de mesures.
profil est le dessin des
•
'
»
Il est indispensable de lever la topographie des
sols
auxquelles viendront s’ajouter des plans de
fouille (du l/20ème au l/5ème), où seront
enregistrés les structures discrètes et les
vestiges ténus. L’image altimétrique la plus
Profil d’un marae. Le
'%
5r.Mr
«
coupe B
Morphologie du territoire habité
A’-*
différences d'altitudes
•
ïâs?
•
l«S
■
rfeÏ
* -*• M*fî!
permet d'en donner
L-
<
1
que présente la surface
d'une couche, d’un sol
ou d'un monument,
relevé suivant l’axe qui
Coupe A
<u
l'image la plus
expressive.
>J
Q.
»,
3
1
(J
O
/
J'
'
-
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—
'■.
üT
-•ê* V'
terre
pierraille et chalrbon
sable fin
charbon
pavage
Coupe B
Relevé topographique.
Le nivellement du sol sur
lequel ces structures ont
été implantées a permis
de restituer en courbes
de niveau l’image du
modeléduterrain. Celleci indique les choix
topographiques
d’installation des
édifices (sur un replat à
la limite de la rupture de
pente) et lamorphologie
précise de la plate¬
forme G.
en
vert : zones pavées
alignements de galets
C) structures de combustion
13
A LA
RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
La fouille
dans leur position d’équilibre
Lorsque les vestiges sont denses, le
fouilleur travaille sur des planches disposées à
une faible distance du sol,
pour éviter le
piétinement. Un compte-rendu précis de
chaque opération, accompagné d’observa¬
le
sur
archéologique
Au terme de la première étape de ses
investigations (dépouillement des archives,
enquêtes et
prospection), l’archéologue
dispose d’une carte de répartition des
gisements et de leur plan superficiel, souvent
incomplet. S’il veut connaître le plan des
constructions en bois, localiser les activités et
recueillir des éléments de datation, il doit
fouiller les sédiments accumulés sur le sol
d’habitat depuis son abandon. Alors apparaî¬
tront les traces des poteaux des maisons et des
palissades, les fosses de stockage des alinients,
fours et foyers culinaires, les lieux de
les
fabrication et d’utilisation des outils.
Un travail long et minutieux
Indépendamment du travail parfois
considérable que représente le déblaiement du
mort-terrain qui recouvre le sol archéolo¬
gique, la fouille, qui exige une grande méticu¬
losité, est nécessairement lente. Par exemple,
sol
naturel.
tions sur la couleur des sédiments, leur texture
général sur tout ce qui n’apparaîtra pas
les autres documents (plans, photos) est
et en
sur
consigné dans un carnet de fouille. La mise au
jour d’un sol archéologique révèle en effet un
moment
du passé dont il convient de
conserver l’image la plus fidèle possible, avant
que la poursuite des fouilles ne la détruise irré¬
médiablement.
Au-dessous :
Stratégie de fouille.
Problème posé par
l'étendue et l’orientation
d'une fouille de
dimension “normale"
(10 m sur 10 m) pour la
compréhension du plan
d'un édifice de
signalé par des pierres
de bordure ou
un
pavage, ce qui est
fréquent). A et B
permettent d'orienter
certitude la suite
des travaux. C et D ne le
avec
permettent pas. En
aucun cas l'aire couverte
par A, B, C ou D ne
suffit pour interpréter la
forme de l’édifiçe.
Enregistrement. Fosse
d'un grand four dont la
morphologie est
appareillé de pierres
plates (en brun). Des
exceptionnelle
(celui-ci n’étant pas
il a fallu trois semaines à trois personnes pour
fouiller 32 m- d’un habitat de plein air de la
vallée de la
Papeno’o à Tahiti (250 trous de
fours et foyers recouverts par une
vingtaine de centimètres de sédiments), et
quinze semaines à trois personnes ' pour
explorer, sur 1,60 m de hauteur, 6 m- des
dépôts d’un abri-sous-roche de la même
vallée, c’est-à-dire 1 m- par fouilleur en un
jour et demi dans le premier cas et, à volume
égal, quatre Jours et demi dans le second cas.
Aussi est-il évident que tous les gisements
repérés sur le terrain ne seront pas exploités.
L’archéologue choisit ceux qu’il estime
susceptibles de répondre aux objectifs de sa
poteaux,
recherche ; encore ses travaux ne vont-ils pas
s’étendre à la totalité de leur surface (souvent
plusieurs milliers de mètres carrés), une vie n’y
suffirait pas. Des sondages judicieusement
répartis, qui permettent également d’établir la
stratigraphie, déterminent les zones riches en
informations, où les couches sont nettement
individualisées, les structures et les vestiges
bien conservés et abondants. La dimension, la
forme et l’orientation de la surface où vont
être
ouvertes
les fouilles
dépendent de la
nature du gisement. Le module habituel d’une
fouille (10 m sur 10 m) est d’une dimension
dérisoire comparée à celle de certains édifices
d’autrefois,
non
exceptionnelle, mesurant
30 m sur 13 m. S’ils ne sont pas signalés par des
structures en
pierres (pavages, bordures), la
détection et la fouille de ces édifices restent
problématiques.
Le décapage du sol archéologique
Grâce aux indications des sondages prépara¬
toires, le déblaiement des couches stériles peut
être réalisé à l’aide d’un matériel lourd : engins
mécaniques, pelles et pioches. La houe est
ensuite utilisée pour l’approche du sol, qui est
ensuite “décapé” à l’aide de la truelle. Puis, au
moyen de grattoirs et de pinceaux, les vestiges
minutieusement dégagés de leur gangue
jusqu’à leur base, de façon à ce qu’ils reposent
sont
14
bûches carbonisées
restituée en courbes de
(en gris) de mara
(Neonauclea forsteri) et
points d’aititude. Le fond
(Cerbera manghas)
reposent sur les parois.
niveau (équidistance
5 cm) à partir de 50
de la fosse est
La seule méthode qui permette de conserver
l’image réelle d’un sol d’habitat est de le repro¬
duire en le moulant, mais en général on se
contente d’en relever le plan et d’en faire le
nivellement. Le système le plus couramment
employé consiste à diviser l’espace fouillé en
ou 2 m de côté. Ce carroyage est
matérialisé au sol par de petits piquets réunis
carrés de 1
par des ficelles fines. Chaque carré sert d’unité
élémentaire de fouille et reçoit une désigna¬
tion ; la position de chaque objet est donnée par
ses
dimension grande mais
non
Enregistrement de l’image du sol
une
de hotureva
coordonnées dans le carré où il
a
été
découvert. Un plan très précis (du l/20èmeau
1 / Sème) des structures et de la répartition des
vestiges est dessiné sur papier millimétré. La
L’ARCHÉOLOGIE POLYNÉSIENNE
prise de nombreuses vues photographiques,
verticales et obliques, conserve une image plus
réelle que celle des plans, à laquelle elle sera
confrontée. Ainsi seront cartographiés les
soubassements de murs, les trous de poteaux,
les fosses, les sépultures, les fours et foyers, les
outils
et
leurs
déchets
vestiges alimentaires.
de fabrication,
les
Le démontage, le marquage
des objets et les prélèvements
Lorsque tous les mètres carrés ont été dessinés
photographiés, les vestiges sont enlevés du
sol et les structures démontées. Tout vestige
digne d’être conservé pour étude est alors
marqué du nom du site, de l’année de fouille.
et
Page de gauche :
La fouille est une
opération qui nécessite
A droite :
Le tamisage des
sédiments est
permanent entre ie
grattoir et le crayon. Au
petite dimension qui
un
va-et-vient
fur et à mesure qu'il
dégage les structures,
l'archéologue enregistre
par des croquis et des
notes les particularités
du sol qui risquent de ne
pas apparaître sur ie
plan.
de la couche, de la désignation du carré et du
numéro d’inventaire à l’intérieur de ce carré. 11
sera ainsi
possible de retrouver ultérieurement
la provenance exacte du plus infime vestige. Si
besoin est, les vestiges sont consolidés avant
après leur enlèvement du sol, puis nettoyés.
cours du démontage, les charbons sont
prélevés pour les analyses anthracologiques et
la datation par le carbone 14 ; de la terre est
prise pour les analyses sédimentologiques et
ou
Au
palynologiques.
Le tamisage
La fouille doit permettre de recueillir tous les
vestiges, même ceux qui restent emprisonnés
dans les mottes de sédiment : petits outils ou
fragments d’outils, esquilles d’os, esquilles de
débitage, charbons de bois, mollusques,
graines... Ces témoins discrets sont porteurs
d’informations
souvent
décisives
sur
la
chronologie, les activités humaines et leur
répartition, l’aspect de l’environnement. Leur
récolte s’effectue par tamisage de tout oupartie de la terre extraite du gisement. Celle-ci
est criblée sur une série de tamis dont la maille
la plus fine ne doit pas excéder 2 mm. Quand
les circonstances s’y prêtent, il est préférable
de tamiser dans l’eau. La recherche de certains
vestiges minuscules (mollusques terrestres,
graines, otolithes de poissons) nécessite
l’emploi de cribles beaucoup plus fins ; une
certaine quantité de sédiment est alors
prélevée dans ce but. Le tri est effectué en
laboratoire sous la loupe binoculaire, et
souvent par le spécialiste lui-même.
indispensable pour
recueillir les vestiges de
échappent
obligatoirement à
l’attention scrupuleuse
du fouilleur.
Au-dessous :
Décapage de structure.
Le décapage du sol afait
apparaître deux fours.
A droite, l'amas de
pierres de chauffe est
place. A
gauche, des cendres et
encore en
■^4
des charbons sont
visibles au fond d’un
autre four dont les
pierres de chauffe ont
été retirées. Dans ce
gisement à stratigraphie
complexe, la poursuite
des fouilles nécessite la
destruction de ces
structures, dont l’image
est conservée par ce
cliché et des relevés sur
plan. '
Enregistrement. Cette
portion de sol
archéologique a été
enregistrée
photographiquement.
L’image obtenue n’est
pas suffisante pour
rendre compte de la
nature des vestiges
dégagés ; elle doit être
nécessairement
accompagnée par un
plan sur lequel
apparaissent nettement
les différentes
catégories de vestiges.
Ce plan des abords de la
plate-forme d’un marae
(limitée par l’alignement
de galets à gauche)
montre la présence
d’une nappe diffuse de
galets, de pierres
chauffées et d’outils.
pierres chauffées
outils (surtout des galets taillés)
zone
sableuse (petite rigole)
15
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
Le laboratoire
au jour par R.C. Suggs et
Y. Sinoto sur les sites marquisiens de Hane et
(outillages mis
Si les fouilles constituent l’aspect le plus
spectaculaire des activités de l’archéologue,
elles n’en représentent néanmoins qu’une
partie très limitée dans le temps. En effet, c’est
souvent bien loin du terrain que les pièces du
puzzle vont être assemblées, après l’étude des
plans relevés lors de la fouille, celle des outils
et de leurs déchets de fabrication, et grâce au
concours des
et
physiciens.
géologues, zoologues, botanistes
Etude de la répartition spatiale
des vestiges
Lorsqu’un sol d’habitat n’a pas été bouleversé
par la nature ou par l’homme, la répartition
des vestiges abandonnés à sa surface n’est pas
due au hasard. Elle reflète celle des activités :
cuisson et consommation des aliments,
fabrication et emploi des outils, évacuation
des déchets. Ces aires d’activité apparaissent
parfois de façon évidente lors du décapage du
sous forme de concentrations plus ou
moins denses de vestiges. Mais, souvent, elles
sol
ne
peuvent être délimitées qu’après l’étude de
la répartition des vestiges ténus, sur les plans
de Ha’atuatua, par exemple),
il est possible
d’étudier l’évolution de la forme des outils et
de mettre en évidence des types archaïques ou
récents qui servent àt fossiles directeurs, c’està-dire
de
repères chronologiques. La
typologie comparée contribue ainsi à définir
des périodes culturelles, à identifier des
groupes humains à l’intérieur d’une aire
géographique, à préciser des voies de
peuplement ou des.courants d’échanges inter¬
ethniques. Cette méthode est également em¬
ployée pour établir des typologies architectu¬
rales (marae, plates-formes d’habitation...).
La
tracéologie. Les objets archéologiques
dont
fonction
la
est
connue
sont
peu
hameçons, herminettes, pilons,
râpes à coco, etc. L’utilisation de la plupart
nombreux
:
des outils en pierre resterait énigmatique sans
la tracéologie, qui est l’étude des traces d’usure
formées
sur
les
utilisation. Ces
outils
traces
cours
au
de
leur
peuvent être macros¬
copiques (lustré, ébréchure, abrasion, écrase¬
ment) ou microscopiques (stries, micro-polis).
Elles ne sont pas
toujours conservées par suite
de l’altération des surfaces. Dans un premier
temps, le tracéologue constitue une série de
référence de polis d’usure obtenus par
expérimentation en sciant, grattant, perçant.
Tracéologie. Lafonction
de cet éclat de basalte
aménagé (grandeur
nature) resterait
énigmatique sans le
recours à la tracéologie.
La répartition des traces
microscopiques d’usure
permet de localiser la
partie active de l’outil.
La comparaison du poli
d’usure (agrandi 200
fois) (à droite) avec celui
de répliques
expérimentales montre
que cet outil a râclé du
bois.
relevés.au cours de la fouille : groupement de
petits fragments d’outils, nappe diffuse
d’esquilles provenant du débitage de la pierre,
nappe
diffuse de fragments de pierres
chauffées ou de petits charbons. L’étude de la
répartition des vestiges à l’intérieur d’une
structure permet d’en comprendre le fonction¬
nement (par exemple dans une sépulture, où la
disposition des ossements et du matériel
associé renseigne sur le mode d’inhumation et
son rituel).
L’étude des liens spatiaux qui
unissent
les
structures
Xylologie. Photographie
au microscope
électronique à balayage
d’habitats (édifices,
sépultures, fours, etc.) et des aires d’activité
en évidence permet de définir
l’organisation de l’espace habité et de
proposer des interprétations.
de la section
transversale d’un
ainsi mises
fragment de pua
(Fagraea berteriana)
(agrandi 60 fois) prélevé
sur un
Etude de l’industrie
La
tiki, découvert
dans une grotte
funéraire à Moorea. Le
caractère sacré du pua
apparaît fréquemment
typologie comparée. Les vestiges trans¬
dans la littérature
formés les plus abondants découverts lors des
fouilles sont les objets façonnés dans des
ethnohistorique. La
comparaison de cette
cultures d’autrefois passe donc par l’étude de
mara
section transversale
avec celle du charbon de
matières non périssables. La connaissance des
archéologues appellent les
(objets ouvrés et leurs déchets de
fabrication). Pour pouvoir comparer ces
industries entre elles, il est nécessaire de les
classer. Le typologiste isole certains carac¬
tères
présentés par une série d’objets
(herminettes, hameçons, par exemple), puis il
les combine afin de distinguer des types, ou
modèles idéaux, réunissant les traits essentiels
des objets de même nature.
La totalité de l’outillage polynésien n’est
pas encore classée, seuls les outils qui
présentent une forme caractéristique ont fait
l’objet d’études typologiques : les herminettes
(R. Duff, G. Figueroa et E. Sanchez, J.
Garanger, R.C. Suggs), les hameçons
(J. Garanger, Y. Sinoto), les poids de pêche
(A. Lavondès), les pilons (J. Garanger)... Ces
études permettent d’isoler des types locaux.
Lorsque les outils sont découverts dans des
que
industries
ce
sols
16
d’habitat
bien
stratifiés
et
datés
(p. 18) fait ressortir
l'élément discriminant
le plus évident sur ces
clichés : la disposition, la
les
dimension, la
1 ’
«i' -
morphologie et le
contenu des pores ou
vaisseaux du bois. Ce
caractère fait partie
d’une centaine d’autres
qui conduisent à la
détermination
spécifique.
Cinématique.
L’utilisation de cette
petite dent de requin
(hauteur : 12 mm) a
modifié le profil de son
bord gauche dont la
dentelure a disparu. La
répartition du poli
(mésial et distal) et la
direction des stries
d’usure
(perpendiculaires au
bord actif) permettent
de comprendre
comment fonctionnait
l’outil.
L'ARCHÉOLOGIE POLYNÉSIENNE
etc.
des matières connues, aussi diverses que
possible. Ensuite, il recherche sur le matériel
archéologique des traces d’usure semblables à
celles qu’il a obtenues, ce qui lui permet
d’affirmer d’un éclat de pierre qu’il a servi par
exemple à scier du bois dur ou à percer des
coquilles. Par cette méthode, il est également
possible de reconnaître des traces de
préhension et d’emmanchement. La détection
de
traces
d’utilisation
sur
des éclats
La détermination des
espèces s’effectue
par comparaison avec des séries de référence.
Pour être significatives, ces séries doivent
un
nombre d’individus
suffisamment représentatif, condition
comporter
rarement
attention
réalisée pour la Polynésie. Une
particulière est accordée aux restes
humains dont on essaie de déterminer le sexe
l’âge, et sur lesquels sont étudiés les
caractères raciaux et la pathologie (trauma¬
et
tismes, maladies osseuses, etc.). Après identi¬
fication
de
l’espèce, dans le cas des
mammifères domestiques (chien, cochon), des
mesures précises sont faites sur les ossements
s’ils sont assez nombreux afin de déceler une
éventuelle modification de la taille de l’espèce
cours du temps. Le matériel osseux peut
être confié à des laboratoires d’histologie qui
au
non
retouchés, naguère considérés comme des
déchets de taille, complète l’inventaire de
l’outillage polynésien et permet une connais¬
sance plus précise de la nature et de la répar¬
étudient l’évolution de la croissance osseuse et
déterminent l’âge.
La connaissance des espèces animales
consommées par l’homme fait apparaître des
tition des activités dans un habitat.
La typologie comparée
de l’outillage
Étude de !a faune
déterminations effectuées sur les
ossements et les coquilles apportent des infor¬
mations multiples, notamment d’ordre ethno¬
polynésien permet de
préciser des ensembles
Les
graphique. Elles permettent aussi de connaître
l’ancien environnement et d’établir des repères
chronologiques.
Osiéologle. La faune des
îles de Polynésie est
caractérisée par un fort
endémisme.
L'introduction de
nouvelles espèces par
les Européens a détruit
culturels et des
séquences
chronologiques. On voit
ici un aperçu de la
variété typologique des
hameçons “simples" (à
gauche) et des
hameçons “composés”
(à droite).
des équilibres fragiles et
fait disparaître certains
animaux avant que les
naturalistes aient pu
ies étudier. Certaines
espèces d’oiseaux,
comme par exemple ce
Râle du Pacifique, ne
Au centre, les formes
anciennes et récentes
du site de South Point
à Hawaii, sont un bon
sont connues que par
des dessins. La
détermination de leurs
restes découverts lors
de fouilles
exemple du rôle de
“fossiles directeurs" que
archéologiques est donc
problématique.
peuvent jouer les
hameçons pour établir
la chronologie des
séquences culturelles
polynésiennes.
sommet
hameçons simpies
formes récentes
\
Persistance, évolution et
extinction des types
\
d'hameçons.
Site de South Point (Hawaii).
formes anciennes
1
i
)
hameçons simples
V
!
V
y/
extinction
/—
hameçons composites
......J»
'1
.J
17
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
choix
ou
une
L’étude des
diversité dans l’alimentation.
des dents de mammifères
os et
permet d’évaluer le nombre d’individus, leur
poids et leur âge. On peut donc déterminer à
quelle période de leur vie les bêtes étaient
tuées, s’il existait une stratégie d’élevage,
quelle était la quantité de viande consommée
et son importance dans la diète. La connais¬
sance de la faune permet aussi des
interpréta¬
tions d’ordre sociologique. En effet, les textes
ethnohistoriques mentionnent des interdits
sur les nourritures, en
particulier sur celles
consommées par les femmes et les gens du
commun : la présence d’os de
tortue, de chien
et de certains grands
poissons sur un site
d’habitat peut être la preuve que les hommes
qui consommèrent ces aliments appartenaient
à une classe sociale privilégiée. L’étude des
traces de calcination et des micro-traces sur les
fournit des détails sur les techniques de
boucherie et de cuisson des viandes. Enfin, les
os
recherches
sur
l’alimentation
carnée
conduisent à s’interroger sur les lieux et le
mode d’acquisition des animaux. Elles posent
le problème de la circulation des hommes, de
leur système d’échange, de leurs techniques de
chasse et de pêche.
La
faune
extraite
des
sites
l’homme entretient
l’animal. En
milieu naturel,
l’homme provoque des perturbations dans la
répartition d’êtres vivants dont il ne
que
effet,
en
modifiant
avec
son
soupçonne pas l’existence. Les populations de
mollusques terrestres, composées d’espèces
minuscules (2 ou 3 mm de diamètre),
sont liées à un certain type de
végétation :
prairie, clairière, forêt dense. Toute transfor¬
mation de la végétation s’accompagne donc
d’un changement dans la composition des
populations de mollusques : un défrichement
est marqué par une diminution des
espèces
dépendantes de la forêt dense au profit de
celles qui prospèrent en milieu ouvert.
L’appa¬
rition d’espèces nouvelles offre également des
indices chronologiques. L’exemple le plus
souvent
Palynologie. Les
végétaux, le plus
souvent, ne sont
conservés dans le sol
que par leurs pollens
(cellules mâles de la
reproduction des
végétaux supérieurs) ou
leurs spores
(corpuscules
reproducteurs des
végétaux inférieurs).
Leur dimension, leur
forme et leur
ornementation
permettent de les
déterminer au
microscope.
Pollen de purau
Malacologie. Ces petits
mollusques terrestres
(diamètre 5-6 mm),
appartenant à la famille
des Endodontidés, sont
strictement liés à la
forêt primaire. Leur
abondance dans une
couche archéologique
renseigne sur la densité
(Hibiscus tiiiaceus) vu
de la forêt et sur son
au
microscope
(diamètre 120 microns).
éventuelle
transformation par
l'homme. Certaines
espèces de cette famille,
contemporaines des
anciens Polynésiens,
actuellement
éteintes.
sont
Anthracologie. Cette
section transversale
d'un charbon de mara
(Neonauclea forsieri)
a
été photographiée au
microscope
électronique à balayage
(agrandie 60 fois). La
détermination de
plusieurs milliers de
charbons provenant de
sept structures de
combustion fouillées
dans une vallée de
Tautira et dans celle de
la Papeno’o, à Tahiti, a
montré que le mara était
souvent employé pour
chauffer les grands
fours.
Pollen de tou (Cardia
subcordata) vu au
microscope (diamètre
68 microns).
18
archéolo¬
giques peut apporter d’autres informations
que celles qui dépendent des rapports directs
parlant est donné par l’introduction au cours
du
XV11L'
Polynésie
siècle
d’animaux
inconnus
en
chat, chèvre, mouton, bœuf,
cheval, et particulièrement les rats européens,
prolifiques et ubiquistes, dont la diffusion a
été beaucoup plus rapide et complète que celle
des objets de métal. La présence de leurs restes
dans un gisement permet de le dater, sans
ambiguïté, des années postérieures à l’arrivée
des
:
premiers Européens.
Étude de la flore
L’étude de la flore d’autrefois, dont on connaît
l’importance pratique et symbolique dans la
culture polynésienne, est possible
grâce aux
macro-restes (bois, charbons,
graines) et aux
pollens recueillis dans les couches archéolo¬
giques.
Détermination des ligneux. Sur les sites
d’habitat, les charbons constituent les vestiges
bruts les plus abondants. Par contre, la
conservation des végétaux non carbonisés
L’ARCHÉOLOGIE POLYNÉSIENNE
exige des conditions de préservation
exceptionnelles. La détermination des ligneux
nécessite l’observation au microscope de trois
plans caractéristiques du bois : perpendi¬
culaire à l’axe de l’arbre (section transversale),
perpendiculaire au rayon (section
tangentielle), parallèle au rayon (section
longitudinale radiale). L’identification se fait
en comparant l’image de ces trois sections
avec
celle de lames de référence obtenues sur
des
bois actuels.
La détermination des
charbons (anthracologie) permet de connaître
combustibles
qui étaient employés
autrefois. Elle conduit à des interprétations
d’ordre technique ou sociologique lorsque les
les
bois brûlés sont
connus
pour leur caractère
analyses effectuées sur plusieurs
charbons provenant de sites
archéologiques à Tahiti ont en effet montré
qu’il existait un lien entre le choix des com¬
bustibles et la morphologie des fours. Les
charbons peuvent aussi servir de repère
chronologique lorsque le bois de certains
sacré.
Les
centaines
arbres,
de
dont
on
cônnaît
la date
récente
en
Polynésie (goyavier,
manguier, etc.) est identifié dans les sols
d’occupation. Enfin, la détermination des
ligneux non carbonisés (conservés dans les
sites subaquatiques et les grottes funéraires
par exemple), permet d’identifier les bois
d-œuvre utilisés pour la construction des
maisons, des pirogues, ceux dans lesquels
étaient façonnés les armes, les objets usuels
(plats, manches d’outils, coffres) ou cultuels
d’introduction
(ti’i).
Détermination des pollens (palynologie). Les
bois conservés
CO
Ils
ou
d’objets
ne
reflètent
par
résultats de l’analyse pollinique dépendent du
soin apporté au prélèvement des sédiments
qui les contiennent. En effet, cette opération
possible la contamination
par les pollens actuels ou par ceux provenant
d’autres couches. L’échantillonnage doit être
doit éviter le plus
effectué dans toutes les couches de terrain afin
disposer
de
séquences
de
continues qui
permettent de suivre les fluctuations de la
flore au cours du temps. En laboratoire, les
pollens sont séparés de leur gangue, puis ils
sont
montés
lame
sur
et
identifiés
au
microscope par comparaison avec des pollens
Les résultats sont exprimés sous
forme de diagramme. Depuis le peuplement
de la Polynésie, les variations climatiques
actuels.
semblent avoir été
d’amplitude trop faible
pour qu’elles s’accompagnent d’une modifica¬
tion profonde du paysage végétal. Par contre,
les différences observées
polliniques
défrichements
grâce aux analyses
traduire des
peuvent
et
révéler
l’introduction
de
plantes utiles.
Herbes et
Fougères
Palmiers
% de perte
14C
forme de charbons, de
apportés par
conséquent
qu’une infime partie de la végétation
existante. Seuls les pollens, qui se déposent
régulièrement à la surface du sol, donnent une
image complète de la flore sauvage ou cultivée
d’autrefois. Or ces grains de pollens micros¬
copiques résistent aux forces de destruction
quand les sols ne sont pas chauffés ou oxydés.
Prélevés dans les couches archéologiques, ils
l’homme.
Probabilité d'arbres
et d'arbustes
Lithologie
sous
matériaux
de
construction
mobiliers ont été choisis et
peuvent être identifiés en laboratoire. Les
&
par ignition
V)
Total
Graminées
Fougères
Triumfetta
rhizomes vivants
(A
OJ c
■a O
]
]
Diagramme pollinique
provisoire établi par
J.R. Flenley dans les
sédiments du cratère de
Rano Kao (ait. 110 m) à
l’île de Pâques. Ce |
diagramme révèle une
forte diminution des
arbres et une
m
10-
f
]
fange d'argile et de détritus
roc
100
0
graminées et des
Fougères entre les
échantillons prélevés à
6,50 m et à 4,20 m. Ne
sont indiqués ici que des
types de pollens
sélectionnés.
±
(basalte)
augmentation
concomitante des
100
50
—I
20
Pourcentage du total des pollens et spores de terrain sec
50
r-
1
100
r
—1
50
19
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
Dater le passé
polynésien
Il existe deux façons d’aborder la chrono¬
logie. La première consiste à classer les événe¬
ments du passé les uns par rapport aux autres
(plus anciens que, plus récents que) : c’est la
chronologie relative. La seconde permet
d’évaluer en années le déroulement de ces
événements : c’est la chronologie absolue.
La datation relative
techniques de datation
absolue, il est néanmoins possible d’établir des
chronologies à partir de la stratigraphie des
gisements archéologiques : de deux couches
superposées, la plus ancienne est la couche
inférieure. Mais la stratigraphie ne précise pas
Sans le
secours
des
la durée nécessaire à la formation des couches.
ni l’intervalle de temps qui sépare le dépôt de
1960, si les préhisto¬
en
général sur les
chacune d’elles. Jusqu’à
s’accordaient
modalités du déroulement
riens
de
l’évolution
humaine, leur évaluation personnelle de sa
durée variait du simple au décuple.
Certains
dépôts, par leur
nature,
constituent des marqueurs chronologiques de
vaste
extension
:
transgressions marines,
couches de cendres volcaniques par exemple.
Mais les repères chronologiques les plus géné¬
ralement utilisables sont les vestiges contenus
dans les dépôts. L’apparition ou la disparition
de certains types d’outils ou de techniques à un
stade précis de l’histoire des cultures a déjà été
évoquée à propos de l’étude des industries.
Encore
convient-il
d’être
prudent dans
l’emploi de ces fossiles directeurs, le nombre
des fouilles en Polynésie orientale étant
encore peu élevé. Nous avons vu que la faune
et la flore peuvent aussi fournir des repères
chronologiques; Une chronologie relative
peut être déduite de la superposition ou de la
position relative des structures d’habitat ; des
pavages ou des murs qui couvrent d’autres
structures
leur sont postérieurs. De deux
fosses (four, fosse de stockage,
structures en
trou de poteau),
plus récente
celle qui recoupe l’autre est la
.
Datation absolue
La datation relative est un pis-aller. 11 est plus
satisfaisant de pouvoir compter en années le
temps écoulé. Le moyen le* plus sûr est
Page de droite :
Chronologie relative.
Chronologie relative.
Le simpie examen de
cette coupe permet de
comprendre que ie
dépôt le plus ancien est
~
couche 6.
Le four à gauche de la
coupe (visible en
6
haut
à gauche sur le cliché
ci-dessous) est
postérieur à l'ensemble
des dépôts dans
lesquels II est creusé. Le
relevé de lastratigraphie
permet ainsi d’établir
une chronologie relative
des dépôts et des
vestiges archéologiques
qu’ils cohtiennent.
20
Les trois enceintes du
Marae Ta’ata à
Tahiti. Le mur de la
seconde enceinte
s’appuie en partie sur
celui de la première
marae
celui de la couche 1 et le
plus récent celui de la
de
cycles saisonniers enregistrés
lors de la croissance des arbres (dendrochronologie), mais cette méthode ne semble pas
pouvoir être immédiatement appliquée à la
Polynésie. D’autres procédés dépendent de la
connaissance
des
propriétés des corps
radioactifs découvertes par les physiciens.
Datation par le carbone 14 (14C). Cette
technique, la plus largement utilisée en
dénombrer les
(angle inférieur gauche
du cliché). Selon la
méthode dechronologie
relative on peut conclure
que la construction de
ce mur est postérieure à
celle de la première
enceinte.
“
5
L'ARCHÉOLOGIE POLYNÉSIENNE
archéologie, permet de remonter dans le passé
jusqu’à 35 000 ans. Les matériaux auxquels
elle s’applique sont les végétaux, leurs restes
carbonisés, les paléosols, les os et les coquilles
des mollusques terrestres. La méthode repose
sur le principe suivant : à côté du carbone
ordinaire ( 12C), stable, l’atmosphère contient,
en
proportion relativement constante, du
molécules de gaz carbonique (CO-), qui
sont fixées par les végétaux puis par les
aux
au
de
cours
leur
vie.
La
mort
interrompt les échanges avec l’atmosphère et
le 14C contenu dans le fossile se désintègre.
Les physiciens ont calculé qu’il fallait 5 570 ±
30 ans pour que la moitié de la quantité de 14C
fossile
disparaisse. La
contenue
dans
teneur en
14C décroît donc avec le temps selon
une
vitesse
un
connue.
Le
calcul
de
où l’échantillon a cessé d’assi-
etc.)
d’accumuler des
minéraux, chargés de rayonnement, entrent
et le moment
instable. Ce corps est
formé dans la haute atmosphère par réaction
des neutrons thermiques sur les atomes
d’azote 14. Le cgrbone 14 s’incorpore ensuite
animaux
utilisée surtout pour la datation des poteries.
contemporain (carbone de l’année 1950).
L’âge de l’échantillon donné par les labora¬
toires correspond au temps écoulé entre 1950
carbone 14 radioactif,
l’âge
La thermoluminescence. Cette technique est
s’effectue en comparant l’activité du 14C de
l’échantillon analysé avec celle d’un étalon
rtiiler le carbone atmosphérique. Cet âge est
toujours suivi de la marge d’erreur statistique
portant sur sa mesure ; par exemple, 250 i
80 ans signifie qu’il y a de fortes probabilités
(68%) pour que l’âge soit compris entre 170 et
ans.
Pour des raisons de commodité,
l’archéologue transforme les âges 14C en dates
avant Jésus-Christ (B.C. = Before Christ) ou
après J.-C. (A.D. = Anna Domini). Ainsi,
l’âge 250 ± 80 ans sera traduit par 1700 ± 80
A.D. ; la date étant comprise entre 1620 et
1780 après J.-C. La possibilité de contamina¬
tion des échantillons par le carbone récent
contenu dans le sol peut provoquer le rajeu¬
nissement des âges 14C. Ceci doit inciter à ne
les considérer qu’avec prudence.
330
Son principe repose sur
certains minéraux (quartz,
la propriété de
feldspath, mica,
radiations. Ces
dans la composition de l’argile utilisée pour la
fabrication des poteries.
Lorsque l’argile est
cuite, la température s’élève à plus de 400°, ce
qui a pour effet de libérer les radiations
emmagasinées et de “remettre le compteur à
zéro”. Ensuite les minéraux de la poterie
accumulent à nouveau le rayonnement. En
laboratoire, le tesson retrouvé dans le sol est
chauffé à 400“ et il restitue les radiations sous
forme de lumière. L’émission, faible mais
mesurable, est fonction de l’âge du tesson.
Cette méthode, récemment employée sur des
poteries de Nouvelle-Calédonie et des îles
Fidji, pourrait être appliquée en Polynésie
orientale pour dater la paroi des fours
culinaires et les pierres chauffées.
Thermoluminescence.
Les différents
rayonnements
enregistrés par les
pierres d'un four sont
ies rayonnements
a
contiennent, les
rayonnements 7
émis
et
émis par les
radioéléments qu’elles
/3
par les radioéléments
contenus dans le sol, et
les rayonnements
cosmiques. Cette figure
montre
schématiquement
comment les
rayonnements
traversent le sol et le four
représentés en coupe
(d’après H. Valladas).
Dendrochronologle. La
croissance des arbres,
marquée par des cernes,
n’est pas régulière. Dans
un
secteur
géographique donné,
l’épaisseur de ces
cernes est fonction des
conditions d’humidité et
de chaleur. Le principe
de ladendrochronologie
consiste à établir des
courbes standards qui
synthétisent les
variations de l’épaisseur
des cernes d’une espèce
pour une période aussi
longue que possible. La
courbe de croissance du
tronc que l’on veut dater
est comparée à cette
courbe de référence afin
de rechercher des
concordances qui
permettent de la situer
chronologiquement. Par
ce principe, il est
possible de savoir de
combien d’années
l’arbre A est plus jeune
que l’arbre B.
En région tropicale,
l’alternance saison
sèche/saison humide
n’est pas enregistrée par
tous les arbres. En
Polynésie, certains
d’entre eux présentent
des cernes, mais leur
rythme de croissance
doit être étudié afin
d’établir des courbes
dendrochronologiques.
21
A LA RECHERCHE DES ANCIENS
POLYNÉSIENS
Interprétation
et synthèse des
les récits d’autres Européens installés pour de
lirent
également des traditions orales et des
généalogies.
qu’elles viennent d’être sommai¬
rement évoquées, les méthodes de l’archéo¬
logie en Polynésie sont identiques à celles
employées ailleurs dans le monde. Leur but est
de tirer parti des documents les plus divers
afin de multiplier les indices susceptibles
Telles
d’aider à la reconstitution de la vie d’autrefois.
La synthèse des observations de fouille et du
diverses
analyses conduit à
des
des
acteurs. C’est ainsi que la compréhension de la
des
proposer des hypothèses sur la nature
activités et sur la position hiérarchique
Tous ces documents renseignent sur la vie
spirituelle et culturelle,
les structures
l’équipement des
Polynésiens. Enregistrés avant l’accultura¬
tion, ils sont à la base de l’interprétation des
observations archéologiques. Sans ces
témoignages, comment imaginer qu’il existait
une vingtaine au moins d’édifices en bois,
différents par leur fonction ? Comment savoir
que les hommes et les femmes ne cuisaient pas
leur nourriture au même feu, ne mangeaient
sociales,
l’habitat
sur
et
fonction des outils et des structures d’habitat,
Une sépulture de chef
à Tongoa (Vanuatu). Au
puis leur localisation dans l’espace, définit les
d’activités.
début du cataclysme
qui détruisit, au XV*
reconstitution de la
dimension et de la forme des édifices par leurs
traces au sol (trous de poteaux, bordure de
aires
La
siècle, la légendaire
Kuwae, quelques chefs
avaient pu se réfugier à
Efate. Ils revinrent plus
tard se réinstaller sur ce
pierres, pavages), permet de former des hypo¬
thèses
la fonction de
sur
ces
édifices.
La
qui restait de Kuwae : les
position relative des aires d’activités et des
édifices ou des monuments révèle l’organisa¬
tion de l’espace habité et éclaire la fonction des
structures
principales.
D’autres indices
permettent d’évaluer le nombre des acteurs et
de situer leur place dans la société : dimension
îles Shepherd dont
Tongoa. La tradition a
conservé leur nom et
celui du lieu de leur
inhumation. On voit ici
l’un d’entre eux, au pied
d’une grande pierre
dressée. Comme dans la
sépulture de Roy Mata, il
est accompagné de
plusieurs individus
enterrés en mèmetemps
que lui : son atavi (à
gauche) ettroisfemmes.
des édifices et des structures, abondance du
mobilier, nature des vestiges alimentaires, des
bois utilisés, etc.
Cette démarche reste en grande partie
théorique. En effet, comment prouver que
tous les vestiges et toutes les structures que la
reconstitution se propose d’utiliser sont bien
contemporains ? Cette preuve est la condition
fondamentale pour tenter une interprétation
de l’organisation de l’espace. En dehors de la
La sépulture de Roy
Mataà Retoka (Vanuatu)
été retrouvée grâce
aux informations de la
tradition orale. Le héros
est au centre de la fosse,
a
accompagné d’un
homme à sa droite (son
mise en évidence du recouvrement soudain
d’un sol archéologique, à la suite d’un cata¬
atavi, chargé de le
protéger sur terre et
dans l’Au-delà),
d’un
couple à sa gauche et
d’une jeune femme
allongée à ses pieds.
Entre ses jambes, une
“sépulture secondaire" :
un squelette complet
“empaqueté” et
par exemple (ce qui est rare), il est
difficile d’obtenir la certitude que tous les
clysme
documents
moment
analysés correspondent au même
l’occupation du sol : il serait
de
en relation des édifices
utilisés à un siècle d’intervalle. L’archéologie,
absurde de mettre
Polynésie orientale, ne bénéficie pas de
moyen de datation immédiat, comme la
poterie qui, dans d’autres régions océaniennes
et ailleurs dans le monde, permet d’établir un
synchronisme satisfaisant de structures
d’habitat vastes, diversifiées et complexes. En
Polynésie orientale, la chronologie ne dépend
que des dates I4C, coûteuses, longues à
obtenir et dont
la
marge
d’incertitude
(souvent plus d’un siècle) est trop grande pour
vérifier
un
synchronisme éventuel de
structures archéologiques.
réinhumé avec lui. Sur le
en
Les documents ethnohistoriques
Une spécificité plus positive de l’archéologie
polynésienne réside dans l’abondance des
informations
contenues
sur
la société
préeuropéenne
dans les documents ethnohistori¬
ques. Les plus précieux de ces documents sont
les témoignages des navigateurs européens de
la fin du XVIIP siècle et du début du XIX=.
Leurs
observations, effectuées au cours
parfois brèves, sont complétées par
d’escales
22
l’ignorance de ces réalités les plus banales ?
Mais les marins et les prêtres, à qui l’on doit
ces
indispensables informations, n’étaient
toutefois pas des ethnologues. Leurs descrip¬
tions ne sont pas exhaustives et ne coïncident
pas nécessairement avec les données de
l’archéologie. De même, les objets acquis par
les navigateurs et les missionnaires (outils,
armes, parures) ont été sélectionnés et ne
reflètent qu’une infime partie de l’équipement.
Rien de précis n’est connu des activités
courantes
qui produisent le plus grand
nombre de vestiges ; outillage lié à la prépa¬
ration de l’alimentation végétale, à celle des
écorces pour la fabrication des tapa, des fibres
première moitié du X1X'= siècle, qui recueil¬
données de fouille
résultat
pas sous le même toit ? A quelles interpréta¬
tions l’archéologue serait-il conduit dans
plus long séjours, tels Rodriguez, Morrison et
Robarts, et par ceux des missionnaires de la
Des techniques
traditionnelles encore
instructif, pour un
celles liées à la
combustion, d'assister à
vivaces, en particulier
préparation et à la
archéologue qui étudie
les structures de
la préparation d’un four
cuisson des aliments,
comme
les observations
d’inauguration du
temple de Paofai à
Papeete.
permettent de compléter
ethnohistoriques et
ethnologiques. Il esttrès
en
celui-ci, ouvert
1981 lors de la fête
bord de la fosse (à
gauche du cliché) l’un
des nombreux individus
qui, avec onze couples,
furent sacrifiés après
avoir participé aux
funérailles de Roy Mata.
Ils étaient volontaires
pour l’accompagner au
pays des morts (en 1265
+ 140 ap. J.-C.).
L'ARCHÉOLOGIE POLYNÉSIENNE
destinées au tressage des liens, ou encore au
maintenant en jeu des outils en métal.
travail du bois. Les objets dont la fonction est
Les traditions orales
de
L’archéologie peut-elle prétendre dépasser le
stade de l’interprétation des faits matériels ?
ne représentent qu’une faible partie
l’outillage provenant des fouilles archéo¬
logiques. Celui-ci resterait énigmatique sans le
évidente
secours
même
de l’étude des traces d’utilisation. La
incertitude plane sur d’éventuelles
caractéristiques architecturales des multiples
classes de marae.
Au début du XX“ siècle, les ethnologues
(Linton, Handy, Buck, Emory) ont inventorié
les techniques qui avaient résisté à l’accultu¬
ration. Mais ce sauvetage ne rend compte que
de survivances, dans un milieu où le dialogue
l’homme et la
matière s’effectue
désormais sans le truchement des dieux, et où
entre
presque toutes les activités techniques mettent
Peut-elle atteindre celui de la reconstitution
historique grâce aux traditions orales '} Au
Vanuatu, les travaux de J. Garanger
répondent à cette question par l’affirmative.
Rappelons que le fondement historique de
deux cycles mythiques a pu être ici confirmé ;
celui de Kuwae, une île légendaire détruite par
un cataclysme que vécut le héros Ti Tongoa
Liseiriki, et celui du grand “héros civilisateur”
Roy Mata, dont l’action était située
“longtemps avant ce cataclysme”. Les
recherches archéologiques effectuées aux îles
Shepherd ont permis de préciser les détails de
cette catastrophe volcano-tectonique, de la
dater de la fin du XV^ siècle de notre ère, et de
mettre également en
dans la culture
évidence un changement
locale, survenu deux siècles
plus tôt et lié à l’arrivée d’une population
micronésienne. La découverte de la sépulture
collective de Roy Mata, à Retoka (Efate), et sa
datation (fin du XIIL siècle de notre ère), ont
confirmé l’existence de ce chef légendaire et
son
rôle dans l’évolution culturelle du
Vanuatu.
L’organisation
de
sa
sépulture
collective, et celle de Ti Tongoa Liseiriki, était
par ailleurs exactement conforme aux détails
transmis par les traditions orales. La pérennité
de ces dernières s’explique, dans cet archipel,
par
leur rôle essentiel dans le maintien de
Fare pote'e à
Maeva
(Huahine). Ces grandes
rectangulaires
aux petits côtés arrondis
cases
servaient de maison de
réunion. Celle-ci fut
construite en matériaux
traditionnels par
Y.H. Sinoto en 1974 sur
le modèle d'un ancien
fare pote'e qui était
situé au bord du lagon,
500 m plus à l’est. Ce
fare avait été fréquenté
pendant plus d’un siècle,
mais était tombé
complètement en ruine
en
1972.
Squelettes de Dirjornis
max/mus
et d’un chef
maori, d'après Haast. De
Quatrefages rapporte
que “M. White donnait,
d'après les Maoris, les
détails les plus précis
sur les moas, sur leur
genre de vie, sur la
manière de les chasser”.
Quand on sait que ces
grands oiseaux ont
disparu de Nouvelle-
Zélande entre 1200 et
1500, il est étonnant de
constater la précision
des traditions orales qui
s'y rapportaient,
recueillies dans la
deuxième moitié du
XIX” siècle.
23
A LA RECHERCHE DES ANCIENS
POLYNÉSIENS
l'organisation sociale, et aussi par le fait que la
colonisation européenne y fut beaucoup plus
tardive et moins nombreuse qu’ailleurs en
Océanie.
Polynésie, la geste des héros
recueillie au XIX"-' siècle est
émaillée de détails sur la vie quotidienne, les
techniques, la qualité des matières premières,
En
mythiques
etc., destinés à animer le récit et à en renforcer
la vraisemblance.
La véracité de ces détails
intemporels fait peu de doute. Les difficultés
apparaissent lorsqu’il s’agit de transposer le
sujet même du mythe et ses acteurs dans un
cadre
historique et dans des lieux ou
l’archéologue pourrait effectuer des vérifica¬
tions. Les récits de voyages, de guerres et de
fêtes
fourmillent de
La présentation d'objets
provenant des fouilles et
la restauration de
noms
de personnages
Musée de Tahiti et des
Iles. Cette vitrine,
consacrée au site de
monuments ont pour
Hane, met en valeur les
ouverture vers le public.
Les visites de musées et
de sites restaurés
et les travaux de fouille.
objectif l'indispensable
permettent de mieux
appréhender la réalité
de l'archéologie. Le but
objets découverts et
illustre par des
photographies les lieux
essentiel de
l'archéologie est la
connaissance du
patrimoine de
l'humanité, mais ses
résultats s'adressent
aussi à chacun d’entre
nous. Elle aura rempli
sa tâche si elle ajoute
aux sensations du
présent les certitudes
apaisantes que procure
un
bain dans les
profondeurs du temps.
Marae Arahurahu à Paea
(Tahiti). L'archéologue
K, P. Emory en avait
étudié les ruines en
1925. Sa destruction se
poursuivit peu à peu
jusqu'à ce que la Société
des Etudes océaniennes
eût décidé de le
reconstruire. On utilisa,
pour pallier le manque
de matériaux, des
se confondait,
à l'arriére
et sur les petits côtés de
l’ahu. Cette réalisation
eut cependant
l'immense mérite de
sauvegarder le souvenir
de ces monuments
tahitiens prestigieux et
d’en offrirunexempleau
public, et avec
l’ensemble de ses
structures annexes
pierres recueillies parmi
les vestiges d'autres
voisinage, trop
détériorés pour être
{lare, lata, tira, unu,
etc.) jadis édifiés en
matériaux périssables.
L'inauguration eut lieu
au cours du "juillet"
1954. On peut critiquer
marae
marae du
eux-mêmes restaurés.
certains détails de cette
construction : la hauteur
du premier degré de
l'ahu devrait être
identique à celle du
second et à celle du mur
d'enceinte avec lequel il
24
Ahu O Mahine. Comme
l'indique, ce
fait référence au
son nom
grand guerrier Mahine,
issu de la lignée des
Punuateraitua de
Varari dont le marae
était Nuurua.
Ce site, découvert et
étudié par R.C. Green,
fut restauré par Y.H.
Sinoto.
certains apparaissent dans les généa¬
logies. 11 est rare que les lieux, dont le nom est
parfois ambigu (Vavau, Hawaii) soient situés
de façon précise. Quant aux généalogies, qui
constituent le fondement des prétentions d’un
groupe à la prééminence et à la possession de
terres, elles sont sujettes aux manipulations et
comportent souvent plusieurs versions. Les
dont
traditions
recueillies
autrefois
ne
corres-
toujours aux problèmes
particuliers que l’archéologue rencontre il est
alors conduit à faire ses propres enquêtes. Or,
depuis plus d’un siècle et demi
d’acculturation, la tradition s’est appauvrie en
perdant, avec l’abandon -de l’ancienne
cosmogonie, sa fonction sociale et religieuse.
Par ailleurs, la rupture avec le passé et avec le
.pondant
pas
,
terroir
a
été accentuée par
la chute démo¬
graphique de la fin du XVIIL au début du
XX'^ siècle, et par le déplacement des groupes
humains dû
à
cette
dépopulation. La
recherche de légendes à caractère historique
souvent qu’à réentendre les
enregistrés au XIX'^ siècle,
réassimilés par la culture orale.
La connaissance du passé de la Polynésie
passe par l’étude de textes dont la quantité est
n’aboutit donc
récits
déjà
limitée. Par contre, des
immenses gisent dans le
réserves
encore
Aidée des
informations fournies par les textes et forte de
ses
techniques propres, l’archéologie peut
sol.
considérablement aider à retrouver les anciens
genres
de vie et l’évolution de la société
d’autrefois.
2 Les ancêtres lointains
CCI
es vastes espaces
L
géographiques couverts par les habitants des îles des mers du
sud, leur analogie de caractère, la similitude des langages etc., les distances
qui séparent les différents groupes, et leur isolement au milieu du
Pacifique, tout cela constitue un des mystères liés à l’histoire de l'espèce humaine”,
écrivait le missionnaire William Ellis au début du XIX® siècle. Un siècle plus tôt, les
premiers découvreurs européens s’étaient déjà posé le problème de l’origine des
Polynésiens. T rois hypothèses furent alors avancées qui restèrent pendant longtemps,
et ardemment, discutées : celles d’une origine amérindienne, locale ou asiatique. La
première n’est plus admise aujourd’hui. La seconde fut proposée dès 1778 par le
naturaliste ,Eor-ster-^Lun des compagnons de CooJ<. Son plus actif défenseur sera
cependanl(Mûefenhou^qui y consacrera plusieurs chapitres de son ouvrage “Voyages
aux îles du Grànd^céan” (1837). Il supposait l’existence d’une race océanienne
indépendante de toutes les autres, apparue sur un continent situé au centre du
Pacifique mais englouti depuis sous les flots. Seuls émergeraient encore les sommets
de ses montagnes, c’est-à-dire les îles de la Polynésie. Ce que nous savons maintenant
des fonds du Pacifique montre qu’aucun continent n’y exista jamais. Enfin, le
polygénisme est une doctrine aujourd’hui réfutée par les scientifiques : l’espèce
humaine n’est pas apparue en même temps en différents points du globe. Les
Polynésiens sont donc venus d’ailleurs, et très probablement du continent asiatique.
considérables
L’origine asiatique
patate douce, nous en reparlerons. Les grands
froids du Quaternaire n’avaient guère modifié
C’était, Jadis, la thèse la plus générale¬
ment admise. Elle était notamment fondée sur
botanique,
zoologique, linguistique et anthropologique.
Les recherches plus récentes, et entre autres
l’archéologie, n’ont fait que confirmer
l’origine occidentale des Polynésiens.
considérations
des
d’ordres
Les animaux et les plantes
Les plantes vivrières cultivées par les anciens
milieux tropicaux et il est probable que
l’homme s’en nourrissait déjà dans les temps
ces
lointains de la préhistoire. Il en vint ensuite à
les
protéger, puis à contrôler leur reproduc¬
tion. Ceci est attesté, au moins en Papouasie-
Nouvelle-Guinée, par la découverte du site de
archéologues y mirent au jour les
témoins de travaux d’irrigation datés de
9000 ans. Il ne s’agissait alors que de faciliter
la croissance de plantes sauvages comestibles.
Dans le même site, cette manipulation du
Kuk. Les
milieu naturel devint une véritable horticul¬
Polynésiens furent introduites par eux dans
les îles du Pacifique. Elles sont originaires de
ture vers 4000 avant J.-C., avec des systèmes
Nouvelle-Guinée.
même
l’Asie
du
Sud-Est
et,
Seule
quelques-unes, de
fait exception la
de
drainage et d’irrigation pour les. cultufes
sèches et humides. Il en fut certainement de.,
dans
l’aire
indo-malaise,
et
probablement plus tôt encore. Des mêmes
régions tropicales proviennent nombre de
plantes d’un intérêt autre qu’alimentaire et
transportées par l’homme dans les îles du
Pacifique. C’est également lui qui y intro¬
duisit le chien, le porc, le poulet et le rat qui
n’auraient pu, par leurs propres moyens,
franchir de telles distances maritimes. Tous
ces animaux sont
d’origine asiatique. Le chien
et le rat existaient dans l’Amérique précolom¬
bienne, mais il s’agit d’espèces différentes.
Quant au porc et au poulet, ils y étaient
inconnus.
Les données linguistiques
Elles confirment également l’origine asiatique
des
populations océaniennes. Les quelque
800 langues parlées en Océanie appar¬
tiennent à trois grands groupes totalement
1
différents
:
papoues
et
Guinée,
l’Australie
des langues australiennes,
austronésiennes. On ignore
l’origine précise des premières. On peut penser
qu’elles dérivent essentiellement de ces
langues parlées par ces hommes qui, venus
d’Asie il y a quarante mille ans ou plus,
commencèrent à peupler cette unité conti¬
nentale que constituaient alors la Nouvelleceux
Carte des migrations
poiynésiennes d’après le
linguiste américain
Horatio Haie (1848),
revue et complétée par
le grand naturaliste
A. de Quatrefages
(1884). Celui-ci, dans
son ouvrage "Hommes
fossiles et hommes
sauvages”, donne
quelques précisions
chronologiques.
ASIE
et
la
Tasmanie.
Les
fondées sur l’analyse de
traditions orales et
reportées sur cette
: les premiers
départs eurent lieu
depuis l'île de "Bouro”
(Buru) “peu avant ou
après les débuts de
carte
notre ère”. Ces
processus de
peuplement et cette
chronologie ne sont plus
admis aujourd’hui.
AMÉRIQUE
HAW/AII
PHILIPPINES
O
PALAU
MARSHALL
CAROLINES
lORNÉQ/
KIRIBATI
JAVA
^
lAMOA
TIMOR
""«s»:
00
'ANUATI
ofidjiN
TONGl
,Nlle-CALÉDONIE
lAROTONGA
^1270>
ap. J.-C
MANGAREVA
410 ap. J.-C.
V
TASMANIE
Nlle-2ÉLANDE
Migrations vers l'Asie
V/
Principales migrations en Polynésie
et chronologie
Principaux centres de dispersion {
en rose :
)
Premières migrations dans le Pacifique occidental
25
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
langues papoues sont plus récentes en
Mélanésie, et parlées par des populations
également venues d’Asie orientale et qui
s’infiltrèrent en Nouvelle-Guinée vers la fin
des temps glaciaires, c’est-à-dire entre 13000 et
8000 ans avant notre ère. Le troisième groupe
Certains objectèrent que le problème était
insoluble puisque l’origine lointaine des
Amérindiens était elle-même asiatique. Les
arguments anthropologiques fondés sur les
caractères morphologiques sont peu à peu
tombés en désuétude. D’une part en effet, les
migrations transocéaniques très comparables
premières observations manquaient quelque
peu de rigueur. Elles furent à la fois trop peu
nombreuses
et
trop sélectives car on
choisissait le plus souvent les individus
présentant les caractères les plus typés, qu’il
s’agisse par exemple de la taille ou des indices
céphaliques. D’autre part, on sait aujourd’hui
que les caractères morphologiques apparents
n’ont pas la permanence qu’on leur supposait
jadis et qu’ils peuvent au contraire évoluer
rapidement en fonction de multiples facteurs
giques les plus récents.
sociologique. Les conditions écologiques des
L’anthropologie physique
Essai de chronologie
appartient à l’austronésien qui comprend
quelque huit cents langues parlées depuis
l’Asie orientale jusqu’à Madagascar à l’ouest
et
nie de Pâques à l’est. Les linguistes
s’accordent pour situer l’origine de l’austro¬
nésien à Taïwan et sur la côte sud de la Chine
où il aurait pris naissance il y a 7 000 ans au
moins. Ils ont également évalué les étapes de
lente différenciation à travers le temps et
sa
l’espace et précisé, ainsi, des schémas de
à ceux élaborés à partir des travaux archéolo¬
liés
aux
archipels océaniens, elles-mêmes très variées,
ne sont pas celles que connurent les ancêtres,
Polynésiens avant leur arrivée dans le
Pacifique. 11 est donc impossible de préciser
leur lointaine origine en se fondant sur leur
apparence anatomique actuelle... et d’autant
plus que les métissages ont considérablement
augmenté depuis les deux siècles derniers. Les
caractères crâniens sont légèrement plus
stables que les autres. Les collections ostéologiques conservées dans plusieurs musées, et
datant pour la plupart de la findu XlX'-'siècle,
des
variations du milieu naturel, voire
des langues
L'aspect physique des Polynésiens fut aussi,
dès les premiers débats sur la question de leur
origine géographique, un argument à la fois
utilisé par les tenants de la thèse amérin¬
dienne et par ceux de la thèse asiatique.
polynésiennes par
l’étude statistique du
vocabulaire et de son
évolution
(lexicostatistique),
d’après Roger Green.
Au-dessous :
Tableau simplifié de la
répartition des langues
de la famille
PROTO-OCÉANIQUE ORIENTAL
austronésienne, d'après
Ross Clark. Le nom des
1000 av J.-C-
langues n'est indiqué
que pour la Polynésie
orientale ; ailleurs les
noms géographiques
regroupent très souvent
plusieurs langues.
)00 apr. J.-C."
PROTO-OCÉANIQUE
OCCIDENTAL
Taïwan
Philippines
Asie du Sud-Est
Noms des familles
I
et sous-familles linguistiques
1
OCCIDENTAL
Principales langues
ORIENTAL
Nlle-Guinée (non "papoue")
Bismarck
Micronésie
nucléaire
Salomon
Sud-Vanuatu
Noms géographiques
-JL
n
PACIFIQUE CENTRAL
Nord et
centre-Vanuatu
Loyauté
Nlle-Calédonie
PROTO-FIDJIEN
PROTO-POLYNESIEN
I
PROTO-POLYNESIEN
r
PROTO-TONGIEN
y'x
Tonga
Niue
PROTO-POLYNÉSIEN NUCLÉAIRE
PROTO-POLYNESIEN ORIENTAL
PROTO-SAMOAN
/\
Polynésie extérieure
(ootliers)
Samoa
Ellice
I
1.
PROTO-M ARQUISlEN
it,( a d/-m
nofcM
mangarevien
26
tahitlen
hawaïen
australien il y a
PROTO-TAHITIEN
Wallis et Futuna
marquisien
L Asie orientale et l'ensemble
//Wn
15 000 ans.
Extension des terres due à la régression
PASCUAN
marine
Végétation tropicale sur ces terres émergées
vv
Végétation tropicale ancienne et peu altérée par les variations
climatiques du Quaternaire. L'homme y sélectionnera les plantes
qu'il cultivera par la suite.
LES ANCÊTRES LOINTAINS
ont
fait récemment l’objet d’études
scientifiques (notamment par Howells et
Pietrusewsky). Les résultats ainsi obtenus
permettent de discerner des similitudes et des
différences entre tel ou tel groupe ethnique de
l’Océanie, mais non de préciser le pays
d’origine des Polynésiens. Résoudre un tel
problème pourrait être moins aléatoire en
étudiant les caractères sanguins et, en particu¬
Profils d’un chef “maori
beaucoup de ses
papua” ou “nègre papua”
(à gauche) et d’un chef
contemporains, le
droite). Comme
les Mélanésiens étaient
“maori
polynésien” (à
naturaliste A. de
Quatrefages pensaitque
lier, les caractères hémotypologiques les plus
marqueurs”. De telles
études, très complexes, sont presque encore
inexistantes en Océanie. Elles furent entre¬
prises à l’île de Pâques par le Professeur Jean
stables
:
les “gènes
Dausset. Les premiers résultats obtenus n’ont
fait que
confirmer l’origine occidentale des
Pascuans. Elles ont cependant révélé quelques
similitudes
sérologiques
les
Indiens
d'appartenances
présents en Polynésie
orientale avant l’arrivée
avec
des Polynésiens. On sait
aujourd’hui qu’il n’en est
rien et que, par ailleurs,
ces problèmes
raciales sont des plus
complexes. Les critères
anthropologiques sont
ici la forme du nez et
l’aspect de la chevelure.
Ci-dessous :
L’homme et les plantes,
d'après J. Barrau. Les
plantes cultivées par les
Océaniens, sauf
probablement la patate
douce, sont originaires
de l'Asie du Sud-Est.
d’Amérique du Sud. Reste à savoir s’il s’agit
témoins d’un patrimoine génétique
commun, et bien antérieur au peuplement de
l’Océanie, ou de contacts entre Polynésiens et
Amérindiens. Les deux explications ne sont
pas exclusives l’une de l’autre.
des
Les Polynésiens et l’Amérique
Les exploits nautiques des anciens Polyné¬
siens montrent qu’il leur était techniquement
possible d’atteindre les côtes de l’Amérique.
De l’outillage Ethique polynésien fut jadis
recueilli en quelques lieux du Chili mais sans
que l’on soit bien renseigné sur leur situation
stratigraphique et chronologique. Ce n’est pas
le cas des battoirs à tapa mis au jour par les
archéologues en Mésoamérique et au Pérou,
mais ils y sont datés de plus de 3000 ans avant
l’arrivée des Polynésiens dans le Pacifique
oriental. On a par contre relevé plusieurs simi¬
litudes dans les vocabulaires techniques
amérindiens et polynésiens. Quelques
traditions marquisiennes, rarotongiennes et
mangaréviennes, enfin, semblent bien
indiquer que des Polynésiens ont atteint
l’Amérique et en sont revenus. Cependant,
l’argument le plus convaincant reste celui de
l’introduction de la patate douce en Polynésie
orientale et avant l’arrivée des Européens.
C’est une plante d’origine américaine. Son
adoption par les Polynésiens (et non celle du
mais, par exemple) est des plus compréhen¬
sibles. 11 s’agit en effet d’une plante que l’on
reproduit par multiplication végétative. Or
c’était le seul mode de culture pratiqué par les
Océaniens qui n’ont jamais utilisé les moyens
de reproduction sexuée des végétaux, c’est-àdire leurs graines.
i
p.li'î b.auv£KjeS
Wi'.Ifti.iic do I lUlUt; ,1 pciitt t
UÜI.T'
Distribution des bananiers sauvages de
la section Australi-musa, parent
r
possible de Musa troglodytarum (fe'i).
Zone où le bananier fe'i est cultivé
Limite orientale de la zone où croissent
les bananiers sauvages, parents du bananier
cultivé : Musa sapienlum (mei'a)
Zone où croissent les
Cyrtosperma sauvages,
apparentes au C. chamissonis ('ape veo ou teve)
Zone de cultuie du
Cyrtosperma chamissonis
Retour de chasse chez
Origine et distribution des principales plantes alimentaires cultivées par les Océaniens.
Dioscorea alata. grande igname (ufi)
Dioscorea nummularia, \gname (pirita)
Colocasia esculenta (taro)
Saccharum officinarum. canne à sucre (to)
Origines probables de la patate douce : Ipomea batatas (umara)
les Yafar de Nouvelle-
Guinée.
Le porc (Sus scrofa)
semble avoir été très tôt
“apprivoisé” et introduit
par l'homme dans les
Highiands de
Papouasie-Nouvelle-
Guinée. Le fait est
certain au Sème
millénaire avant notre
ère.
27
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
Les Polynésiens
en Micronésie
"The Vikings of the Sunrise" est un
célèbre ouvrage écrit par Sir Peter Buck en
1938. il y retraçait les migrations des Polyné¬
siens vers les îles du Pacifique en se fondant
principalement sur un nombre important de
traditions
orales
recueillies
en
Polynésie
orientale, et qui font tout l’intérêt de son livre.
Né de mère maorie, il aimait qu’on l’appelât
par son nom polynésien : Te Rangi Hiroa. Le
sentiment
de cette heureuse ascendance le
conduisit à célébrer avec enthousiasme et
poésie l’épopée de ses ancêtres. C’étaient des
“Europoides”, probablement venus du
continent indien et qui séjournèrent en
Indonésie où ils se métissèrent. La poussée de
“Mongoloïdes” les contraignit ensuite à
quitter les rivages asiatiques. Ils partirent
donc sur leurs grandes pirogues doubles “à la
conquête du soleil levant”. On se doit de noter
que l’auteur, ethnologue des plus compétents,
reste
très prudent quand il aborde ces
hypothèses sur la très lointaine origine des
Polynésiens. 11 se préoccupe davantage de
préciser les étapes de leur colonisation du
Pacifique. 11 se veut alors plus convaincant.
Selon lui, celle-ci a commencé d’abord par la
Micronésie : Yap, Palau, les Carolines qu’ils
devront quitter plus tard, devant la poussée de
nouveaux
immigrants. C’est ainsi qu’ils
découvriront peu à peu les archipels de la
Polynésie, et sans être passés par la Mélanésie.
Cette théorie se Justifierait par le fait, entre
autres, que les Polynésiens orientaux ne
conservent aucune trace d’un métissage avec
les “Négroïdes” mélanésiens. Un tel métissage,
évident dans le Pacifique sud-occidental,
serait récent, dû au retour, vers l’ouest, de
groupes issus de la Polynésie occidentale et
venus s’installer en
orientale est uniquement formée d’atolls dont
2000-1500
les variations du niveau marin
nombreuses en Micronésie orientale.
datations
archéologiques (carbone
dépasse
rarement trois mètres.
forages géolo¬
giques effectués dans les barrières récifales de
plusieurs îles du Pacifique ont permis de dater
la
hauteur
au-dessus
de
Les
l’eau
au cours
du
Quaternaire. Ces variations furent la consé¬
quence de celles du climat et entraînèrent une
succession de submersions des atolls pendant
les périodes chaudes, et d’immersions pendant
les périodes froides où la rétention de l’eau du
globe par les glaciers était à son maximum. La
dernière oscillation est négative et se traduit
par une baisse de trois mètres du niveau
marin. Elle a commencé voici seulement 3000
ans.
Les ancêtres des
Polynésiens qui, vers
14),
indiquent que le sud des Mariannes fut effecti¬
vement occupé dès lés débuts du XVIIL siècle
avant notre ère, et par des marins venus du
centre des Philippines. L’influence asiatique
n’a d’ailleurs pas cessé, ensuite, sur ces
archipels occidentaux. C’est ainsi qu’y furent
introduites des techniques telles que la
riziculture et le tissage, inconnues ailleurs en
Océanie. Les linguistes ont démontré, de leur
JAPON
HAWAII
MARIANNES
NES
PHILIPPINES
7 %•
MICRONÉSI
JÉSIE;,.
CAROLINES.
^
^
'/Marshall /
T \
^
’î ^
PAQUES
Origine amérindienne des Polynésiens
selon Heyerdahl (1950,
Migrations des Polynésiens
selon Peter Buck (1938)
migrations et voyages aller et retour
TASMANIE
Mélanésie. On a vu que ces
migrations dans un seul sens
migration incertaine
une “race
supposé qu’il existait ici des descendants de
Mélanésiens. Ils auraient été les premiers
colonisateurs de ces îles ou, pour d’autres, ils y
furent introduits par des Polynésiens qui les
tenaient en esclavage. Cette hypothèse de
l’origine micronésienne du peuplement
polynésien fut néanmoins tentée à nouveau et
développée par l’anthropologue William
Les migrations des
Polynésiens selon
P. Buck (1938) et
l’origine des
Polynésiens selon Thor
Heyerdahl (1950).
La théorie amérindienne
n’est plus admise
aujourd'hui mais,
Les îles du Pacifique
lors de la dernière
anthropologique, linguistique et archéolo¬
gique. Ceux-ci étaient fondés sur les résultats
transgression marine
qui prit fin il yaSOOOans.
Seules émergeaient les
îles hautes (en rouge) ;
les atolls (en bleu)
le
pratiquement
submergés.
Howells en 1973, avec des arguments d’ordres
obtenus dans les années soixante. D’autres
furent depuis, qui contredisent cette
hypothèse d’une voie micronésienne et non
mélanésienne.
étaient alors
Les îles sont figurées
par des cercles de 30
milles marins de rayon,
ce
Micronésiens occidentaux
et orientaux
L’hypothèse d’un peuplement de la Polynésie
par la voie micronésienne semble devoir être
écartée pour une autre raison. Mis à part, en
effet quelques rares îles hautes, la Micronésie
28
Des
A
problèmes d’affinités raciales sont des plus
complexes et qu’ils restent irrésolus. Aucun
anthropologue n’oserait définir, aujourd’hui,
mélanésienne” et une “race polyné¬
sienne”. La situation n'est d’ailleurs pas plus
claire en Polynésie orientale, et au point que
des ethnologues des débuts de ce siècle ont
notre ère, entreprirent la
archipels océaniens, n’ont
donc pas pu s’établir sur les atolls de la Micro¬
nésie alors submergés par la mer. Les îles
hautes sont, par contre, plus grandes et plus
avant
colonisation des
qui représente, selon
D. Lewis, la distance
moyenne d'où un
équipage de pirogue
pouvait'commencer à
les apercevoir. Il en
résulte un ensemble de
"blocs” à l'intérieur
desquels les relations
interinsulaires étaient
grandement facilitées.
le pensait
P. Buck, d'anciens
contacts entre la
comme
Polynésie orientale et
l'Amérique sont des plus
probables. P. Buck
était convaincu d'un
peuplement polynésien
par la Micronésie et non
par les archipels
mélanésiens. Les
résultats de
l'archéologie, entre
autres, contredisent
cette théorie.
LES ANCÊTRES LOINTAINS
côté, que les langues parlées en Micronésie
occidentale et en Indonésie appartiennent à
austronésien différent de celui
le reste de l’Océanie,
orientale comprise.
Ici, les
culture y est naturellement très difficile et ces
îles manquent d,e roches dures pour fabriquer
un sous-groupe
les outils indispensables, telles les lames d’her-
Micronésie
coquillages
parlé
dans
tout
les archéologues ne
au-delà du premier millénaire
de notre ère. 11 s’agissait alors, très proba¬
blement, de populations dont les ancêtres
avaient émigré, quelques siècles plus tôt, de la
région des Samoa. Au cours de leurs
migrations à travers les atolls de Tuvalu, de
Kiribati et des Marshall, ils ont pu s’adapter
progressivement aux conditions de la vie dans
datations obtenues par
remontent pas
ces
îles
de
abondent les
sable et de
ressources
corail, où seules
de la
mer.
L’horti-
minettes.
On
en
vint
alors à utiliser
les
les façonner : bénitiers,
mitres, térèbres ...La population augmentant,
l’espace et les ressources manquaient, d’où Un
nouvel exode, plus loin vers la Micronésie
encore
inhabitée, puis à l’intérieur de la
pour
Mélanésie. De tels mouvements sont attestés
par l’archéologie dans le centre du Vanuatu où
vers les tout débuts du XllL siècle de notre
ère, s’installèrent de nouveaux venus. Ils en
modifièrent, entre autres, les éléments de la
culture matérielle : introduction d’un outillage
poterie. L’un de leurs chefs était le héros
Roy Mata dont la sépulture collective fut mise
au jour à Retoka (près d’Efate) et datée de
1265 après J.-C. environ. Le peuplement des
îlots polynésiens isolés sur les franges de la
Mélanésie
les Polynesians outtiers - a très
probablement la même origine. Quoi qu’il en
soit de ces mouvements récents, c’est bien en
Mélanésie, et non en Micronésie, qu’il
convient de rechercher l’arrivée, dans le
Pacifique, de ceux qui deviendront les
Polynésiens. Les archéologues s’y consacrent
depuis plusieurs années.
la
-
coquillier de type micronésien et abandon de
Au-dessous :
Les grandes divisions de
Polynésie extérieure
tridacne (Sikaina)
l’Océanie et les étapes
de son peuplement
selon ce que l'on en sait
aujourd’hui et, en
particulier, par les
datations radiocarbones
(G 14). En ce qui
concerne ces dernières,
seules sont indiquées ici
leurs valeurs moyennes.
On ne prétend plus,
comme par le passé,
préciser des voies de
migration par des
flèches reliaht tel et tel
archipel. Ces migrations
n’étaient pas, en effet,
Herminettes-et
herminettes-gouges,
en coquillages et de
types micronésiens, en
térébre (Carolines)
Micronésie
Micronésie, en
Polynésie extérieure
(‘‘outliers") et en
tridacne (Marshall)
Micronésie
Mélanésie.
unidirectionnelles, mais
le résultat de la lente
extension, d’ouest en est
et du nord au sud, de
réseaux de relations
interinsulaires très
nombreux et complexes.
I
I Micronésie occidentale (poterieT
l‘—^1 Micronésie centrale et orientale
'
Mélanésie de langue austronésienne (poterie lapita ^mangaasi^
I
I Polynésie occidentale (poterie lapita)
I
I Polynésie orientale acéramique
I—I Polynésie orientale centrale
I
Nlle-ZÉLANDE
-|-800
Polynésie orientale périphérique
Polynésie orientale anciennement habitée mais désertée à l’arrivée des Européens
I Présence de l’Homo sapiens depuis plus de 30 000 ans
29
A LA RECHERCHE
DES ANCIENS POLYNÉSIENS
L’archéologie
et le Pacifique
un
observer
ou
dans
les
collections
ethnographiques. C’était l’avis du grand
ethnologue Peter Buck qui écrivait en 1944 :
"Les quelques fouilles pratiquées en NouvelleZélande révèlent un sol archéologique très peu
profond et une culture matérielle non diffé¬
rente de celle rencontrée par les Européens. Si
des fouilles devaient être entreprises ailleurs
dans le Pacifique, elles ne feraient seulement
que démontrer une nouvelle fois l’unité de la
culture polynésienne”. Cette opinion était
alors très partagée par ses contemporains. Les
chercheurs se consacraient donc au recueil et à
l’étude comparative des documents ethnogra¬
phiques relevant de la culture matérielle et des
traditions orjles. Un tel travail était d’ailleurs
aussi indispensable qu’urgent, compte-tenu de
la rapide acculturation de la Polynésie. Il ne
pouvait cependant apporter d’éléments
et sûrs pour éclairer les temps les
plus anciens. 11 pouvait même conduire à
nouveaux
l’élaboration de fausses théories telle celle de
Handy qui expliquait la stratification sociale
des îles de la Société par la superposition de
migrations successives. Une première
approche archéologique fut celle des
monuments encore visibles en surface ; heiau
des îles Hawaii, structures Ethiques marquisiennes, marae des îles de la Ligne, des
Tuamotu-Gambier, de la Société. Sous l’égide
Bishop Muséum (pionnier des
en Polynésie orientale), Kenneth
P. Emory entreprit le recensement et l’étude
des marae de tous ces archipels, et ceci dès
1925. Il y consacra de longues années et ce
patient travail, à la fois archéologique, ethno¬
logique et linguistique, sauva de la ruine et de
l’oubli ces témoins primordiaux de la
Polynésie d’autrefois.
du
B.P.
recherches
Le temps des fouilles
archéologiques
C’est
en Nouvelle-Zélande que furent entre¬
prises les premières fouilles archéologiques.
Elles avaient été motivées par la découverte
des
vestiges de grands oiseaux du
genre
dinornis. Leur taille variait de 1 à 3,5 m et l’on
ignorait
jusque-là
leur
existence.
Les
traditions maories parlaient bien d’un oiseau
gigantesque : le moa. On pensait qu’il n’était
que légendaire et que l’homme n’avait pu être
le contemporain de ces dinornis fossiles. En
1847, un géologue découvre des œufs de moa
perforés, associés, dans un four souterrain, à
30
découvertes semblables suivirent
...
et
de nombreuses polémiques.
L’archéologie, avec ses moyens propres
d’investigation, est tard venue dans le
Pacifique. Elle n’a joué en effet un rôle
important qu’après la Seconde Guerre
mondiale.
L’exploration des ruines de
l’Antiquité classique, orientale et précolom¬
bienne, et des gisements préhistoriques de
l’Ancien Monde, avait déjà une longue
histoire, L’Océanie n’offrait pas, il est vrai,
l’attrait de monuments aussi prestigieux.
Quant à sa préhistoire, on l’estimait si peu
ancienne qu’il paraissait bien inutile de
rechercher à grand-peine, dans la terre, ce que
l’on pouvait aisément recueillir à la surface du
sol
outillage sur éclats et non poli. Diverses
autres
Pour les uns, ces
chasseurs de moa étaient d’âge paléolithique.
Pour d’autres, il s’agissait de Mélanésiens plus
tard exterminés par les conquérants Moriori
1950 enfin, l’un de ses disciples, Roger Duff,
publiait
date
un
ouvrage
d’archéologie qui fera
"The Moa-lumier period of Maori
eu/lure". Il y démontrait notamment, en se
fondant sur les résultats de ce programme et
sur
de ses propres fouilles, que les
ceux
:
ou
Maori, ou bien c’était simplement ces
derniers. On se perdit ensuite en cherchant la
chasseurs de
orales déjà obscurcies et déformées par plus
d’un siècle de présence européenne. Ce n’est
Société vers l’an mille de notre ère.
solution
du
problème dans des traditions
que dans les années vingt de ce siècle que H.D.
Skinner, ethnologue de l’Université et du
Musée d’Otago, décida d’un programme
archéologique qui devrait résoudre ces
énigmes de la préhistoire néo-zélandaise. En
En Nouvelle-Zélande
la première des 29
sépultures du célèbre
site de Wairau, sur la
côte nord de l’îledu Sud.
fut découverte par
un
jeune écolier,
Jim Eyles, qui la "fouilla”
sans
prendre
malheureusement
aucune note ni en faire
le relevé. En faisant
appel à ses souvenirs, et
en tenant compte des
autres sépultures plus
tard mises au jour (en
particulier par R. Duff),
un
technicien du
Canterbury Muséum,
P.J. O’Brien, tenta de
reconstituer cette
sépulture d’un
"chasseur de moa".
Ci-dessous :
La sépulturen^14dusite
de Wairau. Coupe et
plan d’après R. Duff.
Des pierres avaient été
déposées pour recouvrir
le corps de ce "chasseur
de moa", enterré avec
divers objets.
Kenneth Plke Emory,
né en 1897, commença
sa
carrière au Bishop
Muséum en 1920.
Ethnologue et
archéologue, c'est l’un
des pionniers de la
recherche sur le passé
des Polynésiens,
notamment à Hawaii et
Polynésie française.
Cette photographies été
prise aux îles Fidji en
en
1969.
moa
n’étaient ni des Paléoli¬
thiques, ni des Mélanésiens, mais des
Polynésiens venus probablement des îles de la
Le développement des recherches
archéologiques
1950 est
rhistoire
aussi
de
une
date importante dans
Tarchéologie polynésienne et
LES ANCÊTRES LOINTAINS
pour une autre raison. C’était la première fois,
en
effet, qu’on y faisait appel à la toute
nouvelle méthode de datation absolue par le
(14 C).
L’échantillon de
charbon de bois utilisé, et daté de 1004 ± 180
radiocarbone
après J.-C., provenait d’un abri-sous-roche
situé sur la côte sud de l’île d’Oahu, non loin
d’Honolulu. K.P. Emory en avait entrepris la
fouille avec ses étudiants de l’Université de
Hawaii. Assisté de Y.H. Sinoto, il poursuivit
ses recherches dans plusieurs autres abrissous-roche et dans des campements de plein
air, jadis occupés par des pêcheurs, sur les
côtes
de
datations
l’archipel
14
importantes,
C
hawaïen.
obtenues,
ces
Outre
nombreuses
recherches
ont
les
et
enfin
démontré que des sites polynésiens pouvaient
plusieurs niveaùx d’occupation.
L’étude de leur stratigraphie, la typologie
comparée de l’outillage ainsi recueilli et les
dates
obtenues permirent en particulier
d’élaborer la chronologie de l’évolution des
hameçons hawaïens. A partir des années
soixante, ce développement des recherches
archéologiques allait encore s’amplifier, non
comporter
seulement à Hawaii et en Nouvelle-Zélande,
mais dans l’ensemble du Pacifique, et avec la
participation d’institutions scientifiques de
plus en plus nombreuses. 11 sera question des
résultats ainsi obtenus dans les chapitres
consacrés
au
Pacifique occidental et
aux
archipels de la Polynésie orientale. D’un point
de vue
plus général, remarquons déjà que le
nombre considérable de datations absolues
nous disposons aujourd’hui confirme
le peuplement du Pacifique s’est bien
effectué d’ouest en est. Notons aussi que les
anciens partisans d’une origine locale ou
amérindienne avaient, en quelque sorte, un
peu raison. Nous avons déjà évoqué la
probabilité de contacts avec l’Amérique;
dont
que
navigateurs
populàfidrïs~-rencontrées par "les
européens dans le Pacifique
d’une
remarquable adaptation à des
quant aux
central et oriental, elles n’étaient réellement
devenues polynésiennes qu’après plus de 3000
ans
milieux insulaires que leurs lointains ancêtres
n’avaient pas connus.
Dans l’intérieur des îles
hautes, le repérage des
sites est rendu très
difficile par la
luxuriance de la
végétation qui ruine et
dissimule les structures,
action que complètent
l’érosion torrentielle et
la sédimentation.
Ici à Tahiti, dans la
haute vallée de la
Vaitepiha (Tautira) ; au
cours des prospections,
le sommet de ce qui
aurait pu être les pierres
dressées d’un marae
apparaissait en surface.
Le débroussaillage du
site (ci-contre, en haut),
<o
O
O O
5
O
O O
Q
O
O
O
O
O
<5
C
O
renforça cette
impression.
Ce n’est cependant
qu’après le “décapage”
du sol archéologique
que cette hypothèse fut
confirmée par la mise au
jour des ruines du mur
d’enceinte, des pierres
dressées et de la pierredossier, ainsi que du
pavage d’un petit marae
(ci-contre, en bas).
31
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
La poterie
océanienne
A la découverte de la poterie lapita
A l’arrivée des premiers Européens, la
poterie était inconnue en Polynésie, sauf à
Tongatabu où James Cook observe, en juillet
1777i que les habitants ont quelques poteries
globulaires dans leur maison, qui sont
importées des Fidji mais qu’ils n’utilisent
guère pour cuire leurs aliments. On a continué
à fabriquer des poteries aux Fidji et dans
plusieurs autres îles de la Mélanésie. Certaines
étaient de grandeur suffisante pour cuire “à
l’étouffée”
des
morceaux
de
tubercules
destinés au repas d’un petit groupe familial.
Pour des convives plus nombreux, la cuisson
en
fosse et par l’intermédiaire de pierres
chauffées (le “four océanien” classique) était
communément utilisée. Des pots de plus petite
dimension
sauces ou
servaient ’à la préparation des
des médecines. En maints endroits
cependant,
ces
poteries
étaient
surtout
Envoyé en 1920 aux îles Tonga par le Bishop
Muséum pour y étudier les monuments de
surface, McKern mit au jour de nombreux
tessons de poterie au cours d’une fouille qu’il
pratiqua à Tongatabu. Cette découverte ne
prit de l’importance qu’une trentaine d’années
plus tard, après qu’on eut comparé ces tessons
d’autres, fort semblables et trouvés,au
nord et au sud de la Mélanésie. Dès 1909, le
missionnaire Otto Meyer en avait reçueifp, à
avec
Watom, en Nouvelle-Bretagne. 11 estima qu’il
s’agissait d’une poterie trop élaborée pour être
de fabrication locale. Elle était très différente,
facture et leur décor, rappelaient beaucoup
mieux ceux de la poterie que fabriquaient
encore les
Mélanésiens. On songea alors à une
origine péruvienne, un gallion espagnol ayant
sombré dans les parages au XVF' siècle. Le
Rév. Père O. Meyer était d’accord quant à
cette parenté mais il estimait, en tenant
compte de la profondeur où il l’avait trouvée,
que cette poterie était bien antérieure au XVF'
siècle et qu’elle pouvait être le témoin de très
anciennes relations entre l’Amérique du Sud
et
la Mélanésie. A la même époque, ■ le
géologue Piroutet en découvrit également en
Nouvelle-Calédonie, au lieu-dit Lapita. 11 voit
dans cette poterie une certaine ressemblance
effet, d’une autre catégorie de^tessqns.qu’il
avait trouvés dans le même site et qui, par leur
avec les vases corinthiens du V1F' siècle av.
J,-C. et ceux de huccheru. étrusques et con-
Des potières œuvrent
pétrle avec du sable
pour la dégraisser, elle
en
encore
dans quelques
villages de Mélanésie
selon les techniques
anciennes, comme
celle-ci (en-bas), au
travail à Singatoka
(Fidji).
A. Après avoir préparé la
pâte, composée d'argile
prépare trois cylindres.
Le premier sera
modelé en forme de coupe.
destinées à entrer dans les circuits d’échanges
interinsulaires. Seuls quelques villages avaient
la propriété des techniques de fabrication
par
ailleurs, était
un
qui,
travail féminin. Aux
temps préhistoriques, ces artisans et ces
villages étaient beaucoup plus nombreux et la
poterie plus diverse, comme en témoigne
l’abondance des sites à céramiques
aujourd’hui inventoriés par les archéologues
et la variété des traditions
céramiques qu’ils
ont
pu préciser. La poterie est devenueTT
aujourd’hui, l’un des principaux fossiles |
c/irecieiirs de la préhistoire du Pacifique
occidental et intéresse ainsi, et directement, le
|
problème de l’origine des Polynésiens.
r
La poterie préhistorique
=—
Les Océaniens, ignorant le principe de la roue,
n’ont pas utilisé le tour pour façonner leur
poterie : ils accollaient les unes aux autres des
pièces d’argile préparées à cette fin, soit des
colombins, soit de larges plaques rectangu¬
laires. Us obtenaient ainsi des récipients de
formes diverses qu’ils ornaient ensuite de
décors en creux, obtènus par incision ou
impression, ou par des reliefs appliqués sur la
pâte encore fraîche. Certains recouvraient les
récipients d’un engobe rouge. Ils les cuisaient
ensuite à l’air libre, sous un feu de branchages.
L’étude des formes et des décors permet aux
archéologues de distinguer les différentes
traditions
céramiques de la préhistoire
océanienne. Deux d’entre elles, très anciennes,
grande importance pour la
compréhension des processus du peuplement
de l’Océanie : la poterie/a/;i(7r/(en Mélanésie et
en
Polynésie occidentale) et la poterie
mangaasi (en Mélanésie). Ces noms sont des
sont
d’une
lieux-dits choisis comme éponymes. Lapita
situé sur la côte ouest de la Nouvelle-
est
Calédonie, et Mangaasi sur la côte nord
d’Efate, au Vanuatu. D’autres traditions ont
une répartition
géographique plus restreinte,
ainsi celle de la poterie décorée au battoir
gravé, seulement connue aux Fidji et en
Nouvelle-Calédonie, et qui pourrait résulter
d’une évolution de la poterie lapita. La poterie
mangaasi évolue elle-même au cours des
temps et se diversifie dans l’ensemble de la
Mélanésie.
32
B. Les deux autres
seront transformés en
plaques rectangulaires.
Ces trois éléments sont
accolés pour constituer
l'ébauche d'un pot dont
la forme est régularisée
en
frappant la paroi
extérieure à l'aide d'un
battoir, la potière tenant
un galet de l'autre main
qui sert d'enclume à
l'intérieur du récipient.
C. Elletroue alors le flan
de la panse au moyen
d'un outil.
D. La rondelle de terre
dégagée sera remodelée
sur
l’ouverture
supérieure, la bouchant
parfaitement.
E. Elle retourne ensuite
le vase, présentant en
haut la base.
LES ANCÊTRES LOINTAINS
temporains
découvre à
des
premiers.
nouveau
cette
En 1947, on
poterie à l’île des
Pins, au sud de la Nouvelle-Calédonie, et l’on
remarque bientôt sa ressemblance avec celle
de Watom dont les tessons avaient été déposés
Musée de l’Homme. On pense alors
l’influence du néolithique eurasiatique ...
à
à
l’arrivée d’une population blanche, ancêtre
au
des Aïnous, etc. De son côté, et la même
année, l’archéologue américain Gifford en
avait mis au jour aux Fidji, dans un site daté
± 350 avant notre ère. En 1952, le
même
archéologue vient explorer la
préhistoire néo-calédonienne et fouille le site
de Lapita qu’il date (14 C) du VIIF siècle
de 620
avant
J.-C.
Depuis 1960, les fouilles archéologiques
se
sont
multipliées
dans
le
Pacifique
occidental, le plus souvent pour y découvrir de
nouveaux
sites lapita et les étudier, au
détriment, il faut bien le constater, de la
recherche des sites “non-lapita”. On connaît
aujourd’hui les témoins de cette tradition
céramique dans l’ensemble de la Mélanésie et
de la Polynésie occidentale. Les sites les plus
anciens se trouvent dans l’archipel Bismarck,
au
nord-ouest delà Mélanésie, et sont datés de
ans avant notre ère.
Elle se répand
rapidement dans l’ensemble de la Mélanésie
puis atteint les Tonga vers 1200 et les Samoa
deux siècles plus tard. L’idée s’est peu à peu
imposée que les fabricants et les utilisateurs de
cette poterie - “les gens du lapita" - étaient les
ancêtres des Polynésiens.
2000
Au-dessus :
Au-dessous :
Tessons de poterie
Tessons de poterie
mangaasi, décorés
d’incisions et de reliefs
appliqués (centre
Vanuatu).
Le site de Mangaasi sur
lapita, décorés
d’impressions
punctiformes,
exécutées à l’aide d'un
peigne (Watom).
la côte nord-est d’Efate
(Vanuatu), en cours
d’étude. On aperçoit
plusieurs sépultures
le niveau supérieur,
sur
datées du VII'siècle de
notre ère. Le niveau lui-
même date de 1200 ap.
J.-C., les sépultures
ayant été creusées dans
le sol qui le recouvrait.
A l'arriére-plan à
H
F. Elle découpe ensuite
une autre rondelle au
sommet du vase, qui
était primitivement sa
base.
G. Elle l'utilise pour
boucher le trou de la
H. Elle amincit ensuite la
lèvre de cette ouverture
pour former un bord
large et évasé.
On aperçoit à droite du
cliché un vase
gauche : premier
sondage dans les
niveaux à céramique
mangaasi ; le plus
profond a été daté du
VII' siècle av. J.-C.
précédemment terminé
et cuit. Bien qu’il ait été
monté sans utiliser un
tour, sa forme est
parfaite.
panse.
33
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
Le lapita
et les Polynésiens
Un postulat déjà ancien est que les
migrations mélanésiennes et polynésiennes
auraient été culturellement et chronologi¬
quement distinctes. Il était largement fondé
sur des considérations d’ordre anthropolo¬
gique dont on a vu la fragilité. La découverte
et
l’étude
des
sites
à
poterie lapita l’ont
exposé.
revivifié, les “gens du lapita” étant considérés
direçts_desJPolynésiens,
péü altérés, culturellement et
physiquement, par leur passage dans le
Pacifique sud-occidental déjà occupé par les
Mélanésiens.
Les archéologues discutent
encore ce problème migratoire, plus complexe
qu’il ne paraît. Certains remettent aujourd’hui
en cause un schéma de peuplement peu à peu
élaboré depuis vingt ans mais qui comporte
quelques faiblesses. Le voici brièvement
comme
'rron
les ancêtres
ou
sans
ensuite
examinerons
les
passer sous silence nombre d’incertitudes
de nouvelles recherches pourront
partie dissiper.
que
en
“Le peuple de la mer”
Les sites lapita actuellement connus sont
situés en bord de mer. Outre la poterie qui les
on y a souvent mis au jour de
l’obsidienne importée de très loin et, parfois,
caractérise,
un
Les sites lapila de Koné,
Nous
corrections qu’on peut actuellement apportef,
type de lames d’herminettes inconnu dans
les sites non-lapita. S’y trouvent également çà
Boirra et Nessadiou en
Nouvelle-Calédonie et
leur environnement. Ils
sont tous les trois en
bord de mer, en face
d'une passe, à
l'embouchure d'une
rivière et près d'unezone
et
là d’autres témoins mobiliers, l’ensemble
ainsi de définir, non seulement une
céramique, mais un “complexe
culturel /ap//d”_,Jusqu’à une date très récente,
aucun
témoin d’horticulture ou d’éleVage
n’avait été trouvé dans les sites lapita. Une
permet
tradition
marécageuse.
la variété des décors
étude très serrée de
céramiques et de leur répartition à travers le
temps et l’espace, révélait par contre
l’ancienne existence de réseaux de relations
interinsulaires propres aux gens du lapita. Les
Les sites lapita et
mangaasi (ou
apparentés) en
nombreuses
datations
obtenues
révélaient
également l’extrême rapidité de leur extension
à travers le Pacifique occidental : quelques
Nouvelle-Calédonie et à
l’île des Pins. Ils sont en
bord de mer, comme
tous les autres sites
siècles seulement. Ces mêmes datations ont
par ailleurs montré que la poterie lapita était
lapita et mangaasi
partout la plus ancienne, La poterie mangaasi,
en effet, n’apparaît qu’au VIL siècle avant
actuellement connus en
Mélanésie Insulaire.
passe de Koumac
‘v
passe de Kone
passe de Bourail
passe de Uitoe
•
sites lapita
•
sites mangaasi {ou apparentés)
Le site d’Erueti sur
la côte sud d’Efate
(Vanuatu) en cours de
fouille. Les deux
traditions céramiques se
succèdent ici.
Dans les niveaux les plus
,
□
□
□
34
profonds ; la poterie
lapita, datée d’environ
600 ans avant notre ère.
Au-dessus ; la poterie
mangaasi.
Le site est près du
rivage.
récif corallien ef indication numérique
de la profondeur du chenal de
Nessadiou à marée basse (en m)
localisation du site
banc sableux
mangrove
□
□
passe de Boulari
domaine terrestre
'z
passe de Gadji
Gadji
passe de l'Aicmene:,
\
Vatcha
île des Pins
LES ANCÊTRES LOINTAINS
notre ère dans le centre du Vanuatu, et plus
tardivement dans les autres archipels : on a
pris l’habitude de considérer qu’elle était
mélanésienne. On ne la rencontre en effet pas
en
Polynésie occidentale, où seule est présente
(f^changes réciproques- : produits de la mer et
poterie lapila d’un côté, produits de l’élevage
et
de l’horticulture de l’autre. Des groupes
lapila étendent rapidement leurs réseaux
maritimes vers l’est et découvrent des terres
jusqu’alors inhabitées : les Fidji puis les îles
débuts~de notre ère. Ici, de nouveaux types
Tonga et Samoa. Ayant acquis, ou considérad’herrhinettès apparaissent alors, notamment T)lement perfectionné, leurs techniques horti¬
coles au contact des Mélanésiens, ils peuvent
aux îles Samoa, et que l’on retrouve dans les
alors, non seulement exploiter les ressources
plus anciens niveaux de la Polynésie orientale,
de la mer, mais coloniser et cultiver l’intérieur
Tous ces faits ont conduit à penser que les gens
des terres. Ceci leur permet de vivre et de
du lapila, marins plus que terriens à l’origine,
furent les ancêtres directs des Polynésiens.
prospérer pendant longtemps et sans
Ainsi prit naissance un modèle de peuple¬
problèmes jusqu’à ce qu’un nouvel exode
devienne nécessaire.
ment du Pacifique, devenu classique mais
quelque peu remis en cause aujourd’hui.
la poterie lapila qui disparaîtra vers les tout
Gens de terre et gens de mer
Vers de nouveaux horizons
Pendant un millénaire et plus, ces populations
lapila, installées dans la région Fidji-Tongades Polynésiens, s’infiltrent dans les archipels
Samoa, évoluent peu à peu et deviennent ces
mélanésiens au début du deuxième millénaire
Polynésiens que découvriront plus tard les
avant notre ère. Ils s’établissent sur les côtes
Européens. Leurs congénères par contre,
restés dans les archipels occidentaux, sont peu
dës 'îles occupées par les Mélanésiens, ils y
à peu dominés et assimilés par les Mélané¬
vivent principalement des ressources de la
mer. Leurs grandes pirogues hauturières leur
siens, parfois même éliminés. Vers les débuts
de notre ère et dans les deux régions :
permettent d’entretenir des relations plus ou
mélanésienne et polynésienne, la pression
moins lointaines avec les autres groupes lapila
installés dans les divers archipels et, en
démographique entraîne d’importants
mouvements de population. Des Mélanésiens,
particulier, de continuer à se marier entre eux
devenus potiers et ayant acquis l’art de la
et non avec les Mélanésiens. Avec ces derniers,
Terriens, éleveurs et horticulteurs, ils font de^ navigation hauturière au contact des gens du
Selon ce modèle, les gens du lapila, ancêtres
la marge d'erreur
lapila, atteignent et colonisent les îles Fidji et
chassent les Polynésiens. La poterie lapila
disparaît ici et est remplacée par celle dite de
mangaasi. Aux Samoa et aux Tonga, la
pression démographique devient si forte que
beaucoup doivent s’exiler. C’est alors que
commence la grande aventure polynésienne et
la conquête des lointains archipels de la
Polynésie orientale. Ce modèle théorique
repose
sur des
faits archéologiquement
démontrés, d’autres le sont moins, certains se
sont révélés inexacts. Il jouit cependant d’une
certaine faveur auprès des Occidentaux
depuis sa publication dans des ouvrages, peu
nombreux il est vrai, mais de grande diffusion.
Sa clarté apparente explique son succès. 11
faut aussi remarquer qu’il répond à ce besoin,
vieux comme le monde, qu’ont les ethnies de
s’estimer supérieures à celles, différentes,
qu’elles rencontrent. Les Polynésiens, de peau '
plus claire que les Mélanésiens, ont ainsi j
bénéficié d’une plus grande estime de la part I
des Européens. On conçoit donc aisément que I
grande ait été longtemps la tentation de
en
démontrer
l’arrivée
successive,
dans
le
Pacifique, de deux populations radicalement
différentes, racialement et culturellement.il
Pour
les scientifiques, ce modèle n’est
cependant qu’une hypothèse de travail et qui
n’a d’intérêt, comme toutes les hypothèses,
que d’en susciter de contradictoires. Nous
allons voir qu’aujourd’hui ce modèle est en ,
partie à reconsidérer.
distinguent par leurs
lapila.
35
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
Le peuplement
du Pacifique
considérer comme systématiquement
localisés en bord de mer. L’intérieur des îles
leur
céramique contre des produits
“mélanésiens” ? Bien des sites archéologiques
établissements
savons, de la Nouvelle-Guinée, colonisée il y a
40 000 ans par les premiers découvreurs de ce
particulièrement difficile du fait de
l’épaisseur de la végétation et de la sédimenta¬
tion. Des sites lapita peuvent fort bien s’y
trouver. C’est pour les mêmes raisons que les
plus anciens sites mélanésiens connus sont
également en bord de mer. Ce n’est donc pas,
en tous cas, un caractère propre aux sites
lapita. Ces sites ne révèlent plus de réelles
différences dans les genres de vie, de récentes
dernière transgression marine, à l’Australie et
tions lapita pratiquaient aussi l’horticulture et
reste très peu exploré : la prospection des sites
y
sud-occidental
Certains auteurs
peuplement
d’un
Mélanésie insulaire.
ont émis l’hypothèse
paléolithique de la
Ce fut le
cas,
nous
le
continent qui la réunissait alors, et jusqu’à la
à la Tasmanie. Ces mêmes populations ont pu,
grande difficulté, atteindre les îles méla¬
nésiennes les plus proches des côtes néo¬
guinéennes. On y connaît effectivement des
sites pré-néolithiques très anciens et dans ces
îles, vivent encore des populations de langues
papoues et non austronésiennes.
sans
Premières navigations hauturières
La présence de ces mêmes populations paléo¬
lithiques est plus problématique dans les
archipels très éloignés de la Nouvelle-Guinée.
11 faudrait en effet supposer qu’elles dispo¬
saient de techniques de navigation
suffisamment évoluées pour leur permettre de
franchir des espaces maritimes aussi considé¬
rables. La question fut cependant posée pour
le sud du Vanuatu d’où la
poterie semblait
poteries
préhistoriques lapita et mangaasi. L’absence
de poterie n’indique pas nécessairernent,
d’ailleurs, un genre de vie pré-néolithique (on
absente. On vient d’y découvrir des
connaît, à travers le monde, des cultures néoli¬
thiques sans céramique et des cultures pré¬
néolithiques avec céramique). Un autre cas est
celui
Nouvelle-Calédonie et de ses
tumulus. Leurs datations s’échelonnent du
1 lème au 1er millénaire avant notre ère. Ces
de
la
âges et cette durée étonnèrent et furent
longtemps discutés, la nature des coquillages
traités se prêtant mal à des datations rigou¬
reuses
par le radiocarbone. R. Green a
récemment réexaminé ce problème (1983). Il
conclut à un âge de 3 à 5000 ans avant notre
ère pour les tumulus les plus anciens et rien
n’indique qu’ils furent l’œuvre d’un peuple
paléolithique. C’étaient plus certainement des
horticulteurs “acéramistes” et de langues
austronésiennes.
La
complexité de ces
langues, en Nouvelle-Calédonie, indique en
effet qu’elles y sont très anciennes. On sait par
ailleurs que des populations maritimes échan¬
geaient de l’obsidienne dans le nord de la
Mélanésie et sur de longues distances et cela,
5500 ans av. J.-C. Ils ignoraient la poterie
mais étaient horticulteurs. Rien ne s’oppose
donc à
ce
que
certains d’entre eux soient
arrivés en Nouvelle-Calédonie vers 4000-5000
avant notre ère. Un fait certain est qu’ils
étaient déjà des marins habiles et
expérimentés, qualités qui ne seraient donc
plus l’apanage des seuls gens du lapita.
Variations sur le thème lapita
Les caractères naguère attribués aux sites
lapita doivent être aujourd’hui révisés. C’est
probablement une illusion que de les
36
est
découvertes montrent en effet que les popula¬
l’élevage lors de leur arrivée en Océanie.
Quant au “complexe culturel lapita", son ori¬
ginalité reste encore à démontrer pour ce qui
est de ses composantes non céramiques :
ornements,
outillages... Nombre de ces
éléments sont inégalement répartis dans les
sites lapita, et sont également présents dans
des sites non-lapiia. Enfin, comment être
certain qu’un gisement à poterie lapita est bien
un
site d’habitat lapita, si l’on retient le
principe que ces populations échangeaient
lapita
pourraient
donc
être
“mélanésiens”.
d’anciens
Indiscutable
est cependant le fait que les populations lapita
organisaient
des
réseaux
de
relations
interinsulaires à travers tout le Pacifique
occidental. Ce trait les aurait différenciés des
“Mélanésiens”. On
pensait en effet que la
mangaasi,
d’apparition plus
tardive, n’était utilisée que par les groupes où
elle était fabriquée. On s’aperçoit aujourd’hui
que cette poterie était elle-même un produit
d’échange, et qui circulait également très loin
de ses lieux de production : du nord au sud et à
l’est de la Mélanésie. On prévoit qu’une
analyse précise de la variété et de la répartition
de ce style de décors montrera qu’elle entrait
dans des réseaux d’échanges aussi complexes
que ceux du lapita.
céramique
Une même culture ancestrale
Si nous résumons l’ensemble de ces données,
force
de constater que
est
Pour faire la cuisine sans
four ni poterie, il faut des
cocos, un
pieu pour
enlever l'enveloppe et la
bourre, un gros éclat de
pierre pour ouvrir la
coque, le même pieu
pour râper la pulpe (que
l'on tamisera avec de la
bourre pour préparer le
lait de coco), des fruits
d'arbre à pain bien mûrs,
du bois pour faire un feu
(les enveloppes des noix
ouvertes peuvent aussi
servir) et des pierres
qui n'éclatent pas au feu,
un plat découpé dans
l'écorce d'un arbre et
une
une
palme pour faire
nappe.
les ancêtres des
On fait un bon feu
puis
y jette les pierres.
On pèle et on écrase les
fruits d’arbre à pain dans
le plat. Onajouteensuite
le lait de coco et un peu
d’eau de mer pour
obtenir une pâte assez
on
liquide et suffisamment
salée. A l'aide de deux
morceaux de bois, on
place alors quelques
pierres incandescentes
dans le plat. La pâte une
fois cuite, on retire les
pierres et II ne reste qu'à
déguster... comme va le
faire ici l’équipe de
fouille du site de
Mangaasi.
if
LES ANCÊTRES LOINTAINS
Mélanésiens
et
des
Polynésiens avaient des
genres de vie fort comparables : ils cultivaient
les mêmes plantes, élevaient les mêmes
animaux, avaient une technologie semblable.
Gens de mer autant que terriens, ils entre¬
tenaient des relations interinsulaires, ce que
les Océaniens faisaient encore à l’arrivée des
Européens et dans l’ensemble du Pacifique.
Certes, une diversité dans les comportements
était alors observable, engendrée par des
siècles d’évolution, dans des milieux différents
dispersés sur un océan immense. Cette
évolution n’avait cependant pas empêché le
et
maintien d’une unité culturelle profonde, qu’il
s’agisse du domaine des techniques, des
systèmes d’alliances ou de la place des ancêtres
dans la vie sociale et religieuse. 11 paraît donc
bien difficile de retenir l’idée que deux popu¬
lations, de cultures totalement différentes, ont
entrepris séparément la conquête des îles
océaniennes. Tous devaient avoir partagé une
même
culture
ancestrale,
lentement
et
longuement élaborée avant leur entrée dans le
Pacifique. Les linguistes l’avaient d’ailleurs
déjà montré.
Petit tumulus du site
lapita de Koumac en
Nouvelle-Calédonie,
fouillé par
D.
Frimigacci et
J.-C. Galipaud. On
distingue, sur les
coupes, deux niveaux
d'occupation ; ie
niveau inférieur était un
gisement lapita.
Cette petite tête
d'animal en céramique
Terriens et gens de mer :
(4,5 cm) provient du site
Mangaasi, niveau
inférieur (Vil” siècle
avant notre ère).
pirogue de Makura
de
(Vanuatu) en route pour
un
long voyage.
gravillons de fer
petits rognons de fer.
niveau du plateau
Les tumulus
comportant une
maçonnerie interne
ont été érigés par
1ère phase
l’homme. On a
représenté ici une
technique possible de
construction d'un
tumulus de l’île des
KOUMAC
Pins, d'après Luc
Chevallier.
Les tumulus de
Nouvelle-Calédonie.
Ils sont très nombreux
à l’île des Pins, mais on
en
2ème phase
trouve également sur
la Grande Terre.
Certains tumulus ne
recouvrement final
GOUARO
sont que des formations
naturelles, mais d’autres
ont été érigés par
l'homme, ainsi ceux qui
comportent une sorte de
maçonnerie interne,
mais leur fonction reste
énigmatique (tertres de
?). D'autres
étaient des sépultures
cases
ILE DES PINS
^
3ème phase
collectives comme les
tertres funéraires de la
Polynésie occidentale.
37
POLYNÉSIENS
A LA RECHERCHE DES ANCIENS
La culture
océanienne
ancestrale
Sans doute n’en avaient-elles pas
culier
matériaux
depuis longtemps, avant d’entreprendre la
conquête des îles du l’acifique. L’ancienne
appartenance raciale des uns et des autres ne
peut être précisée : nous ne disposons d’aucun
document osseux les concernant et, même s’il
était ainsi,
plusieurs millénaires d’évolu¬
tion rendraient bien hasardeuse toutespécula-
tion fondée sur des comparaisons anthropo¬
métriques entre ces divers ancêtres lointains et
leurs
descendants
océaniens.
Mais
nous
pouvons cependant nous référer à ce que l’on
connaît déjà de la préhistoire culturelle de
l’Asie orientale.
leur
largement
fournissait
suffisants
des
pour
des temps glaciaires.
recouvre
peu à peu les territoires précé¬
demment exondés. La bordure des continents
recule et des archipels apparaissent : l'Asie du
Sud-Est insulaire, les îles de la mer de Chine et
l'archipel nippon. La longueur des côtes se
multipliée par trois tandis que 40% des
terres disparaissent progressivement sous les
flots, et ceci en quelques milliers d’années
seulement. Ces transformations n’ont pas été
sans
modifier
les
genres
de vie.
La
trouve
L’évolution post-glaciaire
La fin des temps glaciaires entraîne une
profonde modification du milieu naturel. Non
néolithisation apparaît plus ou moins tôt en
Sahul ou la “Grande
Australie” pendant les
périodes glaciaires du
Pléistocène. La
rétention de l’eau par les
glaciers qui
recouvraient les hautes
latitudes et altitudes
entraîna alors une
baisse générale du
niveau des mers. C’est
ainsi que la NouvelleGuinée, l'Australie et la
Tasmanie ne formaient
La dernière
Pendant le dernier âge glaciaire, qui prit fin il
y a une dizaine de milliers d’années, le niveau
de la mer s’était à ce point abaissé que deux
ensembles continentaux s’étaient peu
aujourd’hui
bambou,
seulement le climat se réchauffe, mais la mer
qu’un seul continent.
Sahul et Sunda
formés,
le
s’outiller.
L’ensemble de l’Asie orientale
évolua au contraire, et beaucoup, après la fin
Nous venons de constater que les
ancêtres des Océaniens, quelle que soit leur
diversité ethnique, devaient s’être fréquentés
en
besoin, le
monde végétal toujours luxuriant, et en parti¬
dénommés
à peu
Sahul
transgression marine
les a de nouveau isolées
et leurs côtes actuelles
se sont formées entre
12 000 et 6000 BP
{before présent :
avant
et
1950).
Sunda. Nous connaissons déjà le premier qui
comprenait la Nouvelle-Guinée, l’Australie et
la Tasmanie, ainsi que les plateaux contmèntaux qui Tes bordent. Le second ; Sunda,
réunissait à l’Asie la plupart des îles de sa
bordure orientale. Entre les deux ensembles
subsistait un petit archipel : la Wallacea, alors
constitué d’îles
proches les unes des
autres pour que des hommes aient
pu le
franchir à plusieurs reprises avec des moyens
de fortune. Les premiers furent ceux dont on a
retrouvé la trace jusqu’au sud de l’Australie,
dans des sites datés de plus de quarante mille
ans.
D’autres
quittèrent également la
Wallacea, ainsi ces populations de langues
papoues qui, il y a 15 000 ans selon les
linguistes, s’infiltrèrent d’ouest en est dans le
assez
nord de Sahul : l’actuelle Nouvelle-Guinée.
L’ancienneté des premiers est si grande qu’ils
ne peuvent intéresser le
problème de l’élabora¬
tion de la culture océanienne ancestrale
(Australiens
d’ailleurs
et
encore
Tasmaniens
l’horticulture
et
ignoraient
l’élevage à
l’arrivée des Européens). 11 n’en est sans doute
pas ainsi des autres, dont les migrations vers la
Nouvelle-Guinée sont plus récentes.
Sur le continent asiatique, augmenté de
Sunda et de larges étendues terrestres bordant,
alors la Chine et incluant Taiwan et le Japon,
vivaient alors, très probablement, deux
ensembles de populations différentes : des
“mélanodermes” au sud, des “leucodermes” et
“xanthodermes”
au
nord,
soit,
pour
simplifier et avec toutes les réserves néces¬
saires quand il s’agit de “races” et d’âges aussi
lointains : des populations à peau claire au
nord, dans des régions alors plus froides
qu’aujourd’hui, et à peau brune au sud, dans
des régions au climat moins altéré qu’ailleurs.
Pour ce qui est de leurs cultures matérielles, et
toujours en schématisant, les populations du
sud n’ont pas développé, au Pléistocène, une
industrie lithique aussi élaborée qu’au nord.
38
Pendant des millénaires,
les Aborigènes
australiens ont utilisé
outillage lithique
non emmanché : galets
aménagés (1), gros
grattoirs nucléiformes
(2), et gros éclats non,
un
ou
très peu, retouchés.
•
I I
principaux sites pléistocènes
site holocène de Kuk
Extension des terres au maximum
LES ANCÊTRES LOINTAINS
différents points de l’Asie orientale. En Chine
les dépôts de loess accumulés
pendant les temps glaciaires et un nouveau
climat, plus tempéré, favorisent la croissance
du
Nord,
des céréales. Dès 6000 avant notre ère on y
cultive activement le millet, on élève aussi des
porcs, des bœufs, des chèvres et des chiens, on
fabrique de la poterie. On cultive aussi des
légumes et des arbres fruitiers. Un climat de
mousson s’installe
plus au sud, notamment
favorable à la croissance du riz. Cette céréale
est
cultivée en Chine centrale dès 5000 avant
A partir de 4000 ou
5000 ans avant notre ère,
l'outillage des
Aborigènes australiens
diversifie. Il est très
finement retouché et
se
généralement
emmanché à l’aide de
résines, tels ces
couteaux et pointes de
flèches.
En haut, à droite :
La colonisation
australienne ayant
refoulé les Aborigènes
dans des zones où
manquaient, parfois,
de bons matériaux pour
tailler leurs outils, ils ont
alors utilisé des
isolateurs en porcelaine
et du verre de bouteille.
notre
ère.
Dans les basses vallées maréca¬
geuses de l’Asie du Sud-Est croît aussi un riz
“flottant”. 11 a pu constituer une
d’appoint mais sa
reproduction était incontrôlable dans ces
milieux que l’homme ne pouvait irriguer.
L’essentiel des ressources végétales se trouve
dans les moyennes et hautes vallées monta¬
gneuses et c’est là que furent domestiquées
ces plantes alimentaires que les Océaniens
introduiront dans le Pacifique.
Ainsi, trois grands modes d’exploitation
sauvage dit
ressource
alimentaire
des
au
ressources
cours
alimentaires
se
développent
des cinq ou six derniers millénaires
notre ère : la culture des céréales en
Chine continentale, celle des tubercules en
Asie du Sud-Est et, du nord au sud, l’exploi¬
tation des ressources de la mer. Ces marins
entreront très tôt en contact avec les horti¬
culteurs du sud. S’agissait-il déjà de relations
avant
d’échanges entre les uns et les autres ?
Répondre affirmativement ou négativement
est certes impossible. 11 est néanmoins certain
qu’ils développèrent peu à peu une commune
A droite :
Jardin de NouvelleGuinée aménagédans la
forêt, sur brûlis, avec
plantations diverses
{tara, bananiers...).
Après la récolte, le
terrain devra rester en
jachère plusieurs
dizaines d’années.
Comme en Asie du Sud-
Est, les Océaniens
pratiquent l’horticulture
“sèche” et "humide”
selon les exigences des
espèces végétales.
Le site de Mungo en
Nouvelle-Galles du Sud
(Australie). Mungo est
le nom d’un ancien lac,
asséché depuis
l'Holocène. Au
Pléistocène et vers
30 000 ans avant notre
ère, vivaient, sur la plage
qui le bordait, les
premiers Aborigènes
d’Australie. L’érosion
éolienne a mis au jour
les témoins de leur
activité, jadis fossilisés
par des sables dunaires :
déchets de taille,
percuteurs, gros éclats,
galets aménagés et
grattoirs nucléiformes ;
ce sont toutes les taches
sombres que l'on
aperçoit sur le sable.
Quelques taches plus
claires sont des
coquillages qu’ils
avaient pêchés dans les
eaux
du lac.
39
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
qu’il s’agisse des domaines
linguistiques ou techniques : culture des
mêmes plantes par reproduction végétative,
élevage du porc, domestication du chien,
céramique, usage généralisé des lames d’herminettes en pierre polie, maîtrise de la
navigation (et emploi de la pirogue à
balancier, commun à toutes les populations
austronésiennes, et jusqu’à Madagascar)...
C’est de cette longue fréquentation, et de ces
emprunts réciproques, qu’émergera peu à peu
culture,
la
culture
océanienne
ancestrale.
asiatique.
Quoi qu’il en soit, ceux qui
deviendront des Polynésiens n’étaient proba¬
l’origine, que l’une des
composantes de cette communauté pluri¬
ethnique depuis longtemps formée en Asie
orientale. Certains pourraient regretter que
blement,
à
les Polynésiens ne soient pas d’une race ayant
conservé sa pureté pendant des millénaires en
Asie, puis à travers la Mélanésie. La réalité est
malgré tout plus séduisante, car la commune
des Océaniens
l’histoire de l’humanité.
aventure
est
Celle-ci
essaimera dans le Pacifique occidental avant
l’arrivée d’autres techniques dans l’Asie la plus
orientale : la reproduction sexuée des céréales
(et notamment le riz), l’élevage des bovidés et
enfin, la métallurgie. Pourquoi un tel exode ?
Les raisons
en
sont
probablement diverses.
Un premier constat est que les migrations des
populations de langues austronésiennes sont
régions insulaires et
côtières de l’Asie orientale. La transgression
marine de la fin des temps glaciaires a pu
contraindre ces populations à rechercher,
toujours plus loin, de nouvelles terres, et à
développer ainsi leurs activités maritimes. La
nouvelle et moindre transgression marine,
dont nous avons déjà parlé à propos de la
Micronésie, a pu avoir un même effet sur les
populations de l’Asie insulaire : sa date
correspond en effet au début des migrations
océaniennes. On a également songé à la
pression qu’avaient pu exercer des popula¬
très anciennes dans les
tions
venues
de
l’intérieur
du
continent
Rizières aux Philippines.
Les ancêtres des
Océaniens n'ont pas
connu la riziculture
dans leur ancien habitat
de l’Asie orientale, mais
y pratiquait déjà
l'horticulture sur
on
irriguées,
technique qu’ils
introduisirent jusqu'aux
terrasses
extrémités orientales de
la
Polynésie tropicale.
Extension des terres de
l’Asie orientale et de
SahuI au Pléistocène,
reconquises par la mer
après la dernière
période glaciaire, et
néolithisation de l’Asie
orientale.
Le Néolithique chinois
ne s’est étendu que
tardivement aux autres
régions asiatiques et,
notamment, au Japon
(au cours des derniers
siècles précédant notre
ère), mais néanmoins la
technique céramique y
est connue depuis 9000
BP (avant 1950 environ).
Pendant les temps
glaciaires, le climat de
l’Asie du Sud-Est est
resté tropical (sinon en
altitude), les
autochtones ont pu
ainsi, dès le
Paléolithique,
utiliser les mêmes
plantes sauvages (fruits
et tubercules) dont ils
contrôleront plus tard
la reproduction et que
certains implanteront
peu à peu en Océanie.
Certains témoiris de la
culture matérielle
(herminettes, poterie...)
attestent de la
complexité des
anciennes relations
inter-régionales.
40
unique dans
3 Le peuplement de la Polynésie
orientale
Pendant plus d’un millénaire d’existence en Polynésie
culture
devenir,occidentale,
pendant lesladerniers
océanienne ancestrale évolue lentement pour
siècles avant J.-C. et les premiers de notre ère, réellement celle des ancêtres des
Polynésiens orientaux : abandon de la poterie, apparition de nouveaux outillages, tels
des hameçons par exemple, qui permettent une meilleure exploitation des ressources
de la mer, et de types d’herminettes (aux Samoa), encore inconnus dans le reste du
Pacifique occidental, construction de vastes tertres funéraires ou cérémoniels et
d’autres, plus modestes, et parfois pavés, pour surélever les habitations, un peu
les paepae marquisiens... Construction, aussi, de sites fortifiés qui laissent
supposer un état de tension sociale. Il pourrait être dû à l’intrusion de nouveaux venus,
chassés des îles Fidji par d’autres, issus des îles plus occidentales et eux-mêmes trop à
l’étroit chez eux. Les effets de cette surpopulation ont pu être augmentés par la
détérioration du cTimat, repérée entre 600 et 200 av. J.-C., et qui aurait diminué
ressources de l’horticulture, d’où une aggravation des conflits sociaux. Reste au^sî ce
désir de dominer l’océan et d’aller toujours plus loin, désir inhérent“âu'caractere
océanien. Quoi qu’il en soit de ses raisons, et aucune n’excluant l’autre, c’est l’époque
de la grande aventure polynésienne vers les îles du Pacifique oriental que nul homme
n’avait elTcoTè découvertes. Les recherches archéologiques effectuées en Polynésie
centrale ont confirmé l’origine tongane et - ou -samoane, de son premier peuplement,
comme
[es
qu’indiqüaient déjà les traditions orales (Savaii, aux Samoa, pourrait être YAwaiki
légendes de Raiatea), informations corroborées par les études linguistiques.
L’aventure se poursuivra ensuite, et sur des distances considérables, jusqu’aux trois
sommets du “trjangjp polynésien” : Hawaii, ISlouvelle-Zél.and.e et île de Pâques. La
culture polynêsienne'an'cestralë sé transformera au fil des siècles pour mieux
s’adapter à ces nduvéàux milieux naturels et, probablement aussi, sous l’effet de
quelques in.flaences„extétieutes.^Cette évolution donnera naissance à cet univers
polynésien dont l’unité dans la divefsltéfera l’admiration des premiers découvreurs
ce
des
européens.
Le premier
peuplement
probable que les grandes pirogues
Il est
doubles, parties de la Polynésie occidentale
pour découvrir de nouvelles terres “au-delà de
l’horizon”, rencontrèrent d’abord les
atolls
nombreux
situés
à
l’ouest
de
la
Polynésie centrale et que leurs équipages s’y
installèrent avant que certains ne repartent
plus tard pour découvrir, toujours vers l’est,
des terres plus hospitalières. Aucune
recherche archéologique n’a cependant encore
pu le préciser. C’est aux îles Marquises que
furent mis au jour les témoins de la plus
ancienne
colonisation
de
la
Polynésie
orientale, et des vestiges (outillage, éléments
de parure) qui confirment son origine tongane
ou samoane. En 1957, R.C, Suggs découvrit
même cinq tessons de poterie dans des sites
côtiers de Nuku Hiva et Y.H. Sinoto, en 1964,
deux autres dans le site de Hane à Ua Huka.
Ce sont les seuls vestiges céramiques jamais
découverts
en
Polynésie orientale. L’analyse
de leur dégraissant a montré que cette poterie
provenait des Fidji. Introduits en Polynésie
Ci-contre :
Le site de Hane à Ua
Huka (îles Marquises).
Sa fouille permit à
Y.H. Sinoto de préciser
la chronologie de la
Les plus anciens
établissements - selon
nos connaissances
actuelles - mis au jour
par la recherche
archéologique.
préhistoire
marquisienne.
Des Samoans et (ou) des
Tongans, partis à la
découverte du Pacifique
oriental, ont accosté sur
les îles de la Polynésie
centrale.
Ha'atuatua
'nuku hiva
A
UA POU
MARQUISES
^
Anapua
SAMOA
TUAMOTU
MAWPITI
/loti Paeao
TONGA
s
.
•
COOK
tropique du Capricorne
TUBUAI
41
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
occidentale, quelques rares récipients- furent
emportés par les premiers colonisa¬
teurs des îles Marquises et sans que l’on puisse
ensuite
en
bien connaître les raisons : objets utilitaires
prestige ? Toujours est-il qu’ils n’en
fabriquèrent pas sur place et leurs descendants
non plus, alors que l’argile ne manque pas
dans les îles hautes de la Polynésie orientale.
ou
de
le peuplement de la Polynésie orientale devait
être beaucoup plus récent. Y.H. Sinoto
démontra
ensuite
que
l’échantillon de
charbon de bois prélevé par R.C. Suggs pour
analyse (I4C), l’avait été en dehors d’un
contexte anthropique (il y a partout dans le sol
des éléments épars de charbons de bois qui ne
résultent pas nécessairement de l’activité des
hommes). En se fondant sur ses propres
recherches
La Polynésie centrale
R.C. Suggs en 1961 avait daté de l’année 150
environ avant notre ère l’arrivée de ces
premiers Marquisiens. Une telle ancienneté
étonna les spécialistes qui pensaient alors que
à
Hane, Y.H. Sinoto situe
premier peuplement vers les années 300/400
de notre ère, soit quelque cinq siècles plus
tard. Cependant, du charbon de bois prélevé
dans un
foyer situé à 3,35 m de profondeur
dans l’abri-sous-roche d’Anapua, à Ua Pou,
vient d’être daté de 150 ± 95 avant notre ère et
Maupiti (îles de la
Société). Au centre de
l’horizon, lemotuPaeao,
où une première
sépulture fut
accidentellement
découverte (1961) en
creusant un trou pour
planter un poteau.
Anapua (la grotte des
pêcheurs) à Ua Pou
(îles Marquises). On
aperçoit la voûte, audessus des arbres, à la
base d’une haute falaise.
Bien que d’accès
relativement malaisé, ce
lieu fut fréquenté dés les
premiers temps de la
préhistoire de l’île,
jusqu’à l’époque
contemporaine.
Ce sondage à Anapua,
dans l'ile de Ua Pou, a
mis en évidence une
superposition presque
ininterrompue de foyers
et de sols calcinés ou
contenant dés vestiges
et de l’outillage
osseux
(hameçons
principalement). Le
niveau le plus inférieur
été daté de 150 d: 95
J.-C.
a
av.
42
ce
l’existence d’un niveau
encore plus profond
la première occupation du site
s’est effectuée encore plus tôt selon P. Ottino.
montre que
Cette ancienneté n’a rien d’étonnant car il a
fallu certainement plusieurs siècles pour que
la culture matérielle évolue comme elle le fit
avant d’essaimer dans les autres archipels de la
Polynésie orientale.
Aucun site aussi ancien n’a encore été mis
au
jour aux îles de la Société. L’heureuse
découverte du
site de l’îlot
Paeao,
sur
la
Maupiti, fouillé par K. P.
Emory et Y.H. Sinoto en 1962-1963, révéla la
présence de onze sépultures accompagnées
d’un mobilier funéraire : ornements, outillage,
semblables à ceux que l’on connaissait déjà
couronne récifale de
L'une des sépultures de
Maupiti mises au jour
par K.P. Emory et Y.H.
Sinoto (une douzaine),
1962 et 1963. Le
mobilier funéraire qui
en
les accompagnait et des
analyses 14C permirent
de préciser la culture
matérielle et l’époque
des premiers occupants
de Maupiti.
LE PEUPLEMENT DE LA POLYNÉSIE ORIENTALE
pour les plus anciens niveaux des sites de la
Nouvelle-Zélande. Les datations sont
également comparables : IX® siècle de notre
ère.
Plusieurs autres sites furent depuis
découverts
aux
îles
Sous-le-Vent,
dont
l’important gisement de Vaito’otia-Fa’ahia à
Huahine. Sa première occupation, non encore
datée
par
le radiocarbone, doit être
antérieure, selon Y.H. Sinoto, d’au moins
deux siècles à celle de Maupiti, et remonter
ainsi aux alentours de l’année 650 de notre ère.
Aux confins de la Polynésie
orientale
En tenant compte des résultats ainsi obtenus
Marquises, à Maupiti, et de ce que l’on
savait alors de la préhistoire des îles Hawaii,
aux
de la Nouvelle-Zélande et de l’île de Pâques,
K.P.
Emory et Y.H. Sinoto proposèrent, en
1965, un schéma des étapes du peuplement de
Polynésie
orientale.
De nouvelles
découvertes, ici et là, conduisirent peu à peu à
la
le réviser, successivement en
Site de Vaito'otia à
Huahine ; pendentif en
dent de cachaiot, l'un
des fossiles directeurs
de la première époque
de l'occupation des îles
de la Polynésie
orientale.
1968 et en 1979.
En ce qui concerne ce dernier schéma, on peut
constater que les îles Marquises apparaissent
toujours comme le premier centre de
dispersion des Polynésiens orientaux, mais
aussi que les îles de la Société n’occupent plus
que la quatrième place chronologique. On
peut s’en étonner dans la mesure où elles sont
beaucoup plus proches des îles Marquises que
ne le sont l’archipel hawaïen et l’île de Pâques.
De nouvelles découvertes montreront peutêtre un jour qu’elles furent, au contraire, ce
premier centre de dispersion, comme
l’indiquent de nombreuses traditions orales.
Quoi qu’il en soit, ces schémas de peuplement
ne sont, pour les archéologues, que des hypo¬
thèses de travail et qui n’ont de valeur, comme
toutes les hypothèses, que lorsqu’elles peuvent
conduire à démontrer qu’elles sont inexactes.
La réalité fut certainement plus complexe et,
ce peuplement, le résultat de multiples naviga¬
tions et de nombreux réseaux de relations
interinsulaires qui, comme dans le Pacifique
occidental, se sont peu à peu établis, étendus
et
modifiés au cours du temps.
Vue partielle du site de
couche stérile, visible
les coupes limitant
les carrés de fouille. La
présence de la nappe
Vaito’otia, à Huahine, en
cours d’étude par Y.H.
Sinoto et son équipe
sur
atteint le niveau
travaux, mais a permis la
conservation d'objets
en matières organiques.
(1977). La fouille a
inférieur, séparé du
niveau récent par une
phréatique gêne les
Les étapes du
■s
peuplement de la
Polynésie orientale ;
schémas successifs
proposés par K.P.
Emory et Y.H. Sinoto en
1965 (1), Y.H. Sinoto
1968 (2) et J.D.
Jennings en 1979 (3).
en
Ce dernier n'est encore
qu’une hypothèse de
travail que de nouvelles
découvertes pourraient
remettre en cause à
nouveau.
43
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
L’évolution
des cultures
notamment dans l’île du Sud, les hivers sont
froids. Les Maoris devront aménager leurs
cases en conséquence et se confectionner des
vêtements pour se
protéger des intempéries.
L’innovation sera encore plus indispensable,
nous
L’évolution de la culture matérielle, dans
régions .de la Polynésie
orientale, peut s’expliquer par une nécessaire
adaptation aux ressources de milieux
les
différentes
nouveaux.
Ceux de la Nouvelle-Zélande, de
Pâques ou de Hawaii ne sont pas
identiques. Ils différent également de ceux,
plus tropicaux, de la Polynésie centrale, euxl’île de
mêmes relativement divers : îles hautes avec
lagon, atolls de sable et de corail. La
pierre manque ici pour façonner des lames
ou sans
d’herminette,
force
est
de
recourir
aux
coquilles de bénitiers,
lèvres de casques et autres coquillages sont
ressources
de la mer :
utilisés. L’eau douce fait également défaut et
l’on met au point un système de culture en
fosses (les maite des Paumotu) qui permet aux
plantes d’absorber l’eau infiltrée
profondeur. En Nouvelle-Zélande,
en
et
le verrons,
à l’île de Pâques... et ce ne
sont là que quelques exemples.
pas cependant les seuls mobiles de l’évolution
des genres de vie en Polynésie orientale.
L’homme
a besoin de créer autant
que de
et, les ethnies, celui d’affirmer leur
propre identité, d’où des transformations de
l’héritage culturel commun, et qui concernent
également les structures sociales, ceci
d’autres évolutions, ainsi, par
exemple, dans l’organisation de l’espace et
l’expression artistique.
entraînant
L’espace socio-religieux
Aux îles de la Société, et dans les archipels
voisins, la période “des maraé" fait suite à celle
“de
souvent associée une case de réunion des chefs
et
Ces contraintes du milieu naturel ne sont
conserver
reparlerons dans un autre chapitre, ont certes
leur origine dans le vieux fonds culturel
océanien. Un peu partout encore, le mot
marae
(ou malae) désigne un espace
communautaire non construit, auquel est
Maupiti”. Ces monuments destinés aux
socio-religieuses, et dont nous
activités
Marae du village de
Touhou, le plus
important de ceux de
i'atoii de
Kapingamarangi
(Micronésie orientale),
peuplé par les
Polynésiens. Ce marae
La
premiers Maoris
rencontrèrent, en
ornements.
Nouvelle-Zélande, un
Polynésie tropicaie.
lis s’adaptèrent peu à
peu à ces nouveiles
1 à 6 - Entrées de la case.
1. entrée, sacrée, de lariki principal
2. entrée des autres ariki
3. entrée des prêtres
4. entrée des hommes du commun
5. entrée des femmes et des enfants
6. entrée pour les offrandes
en jaune :
case sacrée de l’ancêtre de chacune
des deux communautés (nord et sud)
en
pénétrèrent même ces
régions montagneuses
de l'ïie du Sud qui
offraient, entre autres.
bleu : case sacrée des anciens ariki
(et sépultures de leurs descendants)
tertre en corail
haut de 90 cm et où se tient Variki
lors de cérémonies
tertre funéraire en corail
séjour de \’ariki fondateur de la communauté
(le hereu) et diverses
et nommé Utamatua
grande case sacrée,
orientée et structurée en fonction
de la direction des points cardinaux
les cases des
ancêtres et ariki de
chacune des deux
où sont conservés les matériaux destinés
à l’entretien des différents hare du village sacré
case
en
conditions et
Nouvelle-Zélande, dont le peuplement
Maupiti, ne connaîtra
grande case de leurs
prêtres (qui ont le rang
à'ariki).
annexes. De part et
d’autre de l’espace du
milieu bien différent de
ceiui qu'iis avaient quitté
A l’ile de Pâques, ie vent
et ia sécheresse
□
obligèrent ies
Polynésiens à protéger
leurs cultures par des
murets de pierre, dans
des jardins semienterrés (manavaï).
hare Mongotohoro
n
/
/ sépultures annexes
le lagon
hare Takataka
A
hare Ranga
\
hereu
vers I océan
petits enclos en bois
de fonction inconnue
--■j
u'i
-6—^5emplacement du foyer
I pierre dressée
Marbre sacré
U
■
vers
nouveaux
communautés et la
cultuelle au centre
marae,
ces
fondée sur le principe du paepae :
plate-forme lithique à l’appareillage parfois
cyclopéen. Leurs édifices ainsi construits,
domestiques, publics, politiques
ou
A.PIan du village sacré
avec sa grande case
(une variété de jade)
pour façonner outiis et
Mais
tecture
Kapingamarangi avec,
centre, un village
de Queenstown. Les
des ancêtres.
pas ce type (je monument. Les Marquisiens ne
feront que développer leur ancienne archi¬
sacré réservé aux
ancêtres mais
accessible aux gens
du commun, hommes,
femmes et enfants.
et montagnes enneigées
-
des monuments édifiés à l’écart du
date de la période de
au
de précieux matériaux,
teis que ia néphrite
ou
monde
profane, avec leur caractère
profondément tabou et leurs fonctions parti¬
culières, apparaissent ici à partir du XIP ou
du XllP siècle de notre ère, puis se diver¬
sifient comme évolue l’organisation sociale et
politique. 11 n’en existe de comparables que
dans quelques-unes des îles Hawaii. On y
explique leur présence par l’arrivée tardive
d’une chefferie originaire des îles de la Société.
est bien différent de
ceux de la Polynésie
centraie et conserve les
anciennes fonctions des
marae ou malae de
l’Océanie ancestraie :
lieu de réunion des trois
communautés habitant
Nouvelle-Zélande : lac
-
marae,
destiné à éclairér la case
hare Takame |
espace extérieur
tabou
(p
hare Roro
|
case
□
□
hare
Mongohenua
44
des prêtres
hare
Hakatatautai
I
I hare
Tupua
LE PEUPLEMENT DE LA POLYNÉSIE ORIENTALE
religieux, se côtoient dans l’espace habité. Ces
sont sans doute à l’origine des ahu
paepae
pascuans, mais ceux-ci évolueront eux-mêmes
vers
des formes architecturales particu¬
lièrement originales.
d’exploiter le
monde animal, végétal ou minéral, ses
matières souples et dures et les matières
colorées qu’il peut fournir. L’art primitif des
Polynésiens orientaux nous reste à peu près
inconnu : les matières périssables ont depuis
longtemps disparu, et les pétroglyphes comme
les
effigies de pierre sont difficilement
datables. Il ne reste que quelques rares
éléments de parure recueillis au cours des
fouilles : pendentifs en dents de cachalot et
perles ici et là, ornements de tête marquisiens,
d’ailleurs fort comparables aux kapkap
mélanésiens... l’art plus récent révèle une
même diversité d’évolution selon les archipels,
et à partir de thèmes qui leur sont communs.
En ce qui concerne, par exemple, la
a
en
rude statuaire en bois des îles Hawaii, ou ses
images de dieux grimaçants, faites d’une
vannerie recouverte de plumes colorées, sont
fort
peu
comparables aux figurations
maories, très finement ciselées dans le bois.
Aux îles de la Société, les figures anthropo¬
L’expression artistique
L’art océanien
représentation des dieux et des ancêtres, la
commun
morphes en pierre : celles des ti'i, ces esprits au
pouvoir ambigu, y sont des plus grossières.
Aux îles Marquises, ces //A:; sont, au contraire,
très soigneusement traités, qu’il s’agisse de
l’art mobilier, des grandes statues en pierre ou
de
l’ornementation, en bas relief, des
monuments Ethiques. A l’île de Pâques, les
représentations d’ancêtres sont devenues ces
géants de pierre qui étonnent encore le monde.
En ce qui concerne les objets de la vie
quotidienne, il est également impossible, pour
un œil quelque peu exercé, de confondre
l’origine d’un tapa, d’un appui-tête, d’un
manche d’éventail ou d’un plat en bois. Il en
est de même pour les casse-tête, les pagaies ou
les tambours... chaque région de la Polynésie
orientale ayant peu à peu développé un style
qui lui est propre.
communautés occupent
B. Plan général du village
de Touhou, à
respectivement le nord
et le sud de l’île, du
Kapingamarangl
(Micronésie orientale).
d'après K.P. Emory et
côté du lagon, mieux
abrité, où les ressources
de la mer sont
abondantes et d’où l’on
atteint aisément les
R.C. Green.
Les deux plus anciennes
autres villages
de l’atoll.
La population la plus
récente, considérée
comme étrangère, est
reléguée du côté océan.
Hare Roro, la case des prêtres,
dessinée en 1910.
Chacune des deux
anciennes
communautés a sa
maison de réunion des
hommes et celle
réservée aux femmes
non mariées et qui est un
peu ce qu’est, à
Mangareva, le ’arepopi '.
la maison des plaisirs.
Territoire de chacun des
deux groupes de popuiation,
premiers occupants de i’île.
(côté
océan), popuiation pius
Territoire des Woleai
tardivement instailée
et de statut particuiier.
iimites des terres
chemin
espace du marae
rrri
case des prêtres
édifices religieux
(cases, pierres dressées)
case
des hommes
archipel à l’autre de la
Polynésie orientale.
Ainsi la sculpture sur
bois présente-t-elle des
degrés divers
d’évolution et de style
qui permettent d’en
des femmes
hésitation l’origine.
Aux îles de la Société,
du principal chef
(ariki) de l’île
hangar des deux pirogues
sacrées du marae
oJ
case
/
océan
IB^hI
en
case
blanc : case ordinaire ; d’habitation
case
I
I
platier corallien
1
L’expression artistique
évolue peu à peu d’un
ordinaire : cuisine
case ordinaire :
réserves et ateliers
hangar à pirogues
reconnaître sans
les ti'i ont une tête au
sommet convexe ; les
traits du visage sont peu
affirmés et les bras
appuyés le long du
corps, les mains
reposant sur le ventre.
A Hawaii, l’image du
dieu grimaçant présente
un crâne orné de
cheveux humains ; la
bouche est ouverte, les
yeux sont incrustés de
nacre et les bras se
détachent nettement
du tronc.
En haut : ll'l du Musée
de Tahiti et des Iles,
trouvé en 1973 dans une
grotte funéraire à
Moorea.
En bas : dieu hawaïen,
conservé au British
Muséum.
45
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
Un isolement relatif
quement, rien ne s’oppose à ce que ces marins
habiles et audacieux aient pu parcourir de
nibles aux Samoa, des basaltes et non des
andésites, comme en Mélanésie et aux Tonga,
expliquer autrement
l’introduction de la patate douce, d’origine
amérindienne, dans l’est de la Polynésie
orientale. Ce pourrait être aussi l’explication
de certains problèmes restés non résolus.
effet, se débitent aisément en prismes, contrai¬
rement aux andésites, de structure moins
longs trajets hors du triangle polynésien. On
ne
Ces évolutions culturelles régionales ont
pu
particulariser du fait d’un certain
se
isolement, tant les distances sont grandes
entre la
Polynésie centrale, les îles Hawaii, la
Nouvelle-Zélande et l’île de Pâques. Cet
isolement ne fut cependant que relatif.
L’informateur de Cook, le chef Tupaia, origi¬
naire de Raiatea, connaissait la localisation
des
îles de la Polynésie centrale mais
saurait
d’ailleurs
Emprunts ou convergences ?
Certaines innovations, et notamment dans le
domaine des techniques, furent certainement
déterminées par les contraintes du milieu.
également celle des îles Samoa, Tonga et
Wallis et, ceux des Espagnols du second
voyage de l’Agui/a (1774-1775), l’existence de
la Nouvelle-Zélande dont les montagnes de
l’île du Sud avaient la particularité d’être
blanches (la neige ?). Des traditions orales
font également état de voyages aller et retour
vers ce qui pourrait être l’Amérique. Techni¬
Samoa
Aux
étaient
déjà,
apparus
de
types d’herminettes en pierre, de
sections triangulaires ou quadrangulaires et
nouveaux
simplement
elliptiques ou
généralement à
penser que la nature même des roches dispo¬
plus
non
biconvexes.
On
s’accorde
détermina cette évolution. Les basaltes, en
homogène et moins finement cristallisées. Ces
mêmes herminettes se retrouvent dans les plus
Polynésie centrale, ce
qui est doublement normal, compte tenu de
l’origine du peuplement de ces îles et de la
nature également basaltique de leurs roches.
Quelques siècles plus tard cependant, de
nouvelles formes d’herminettes apparaissent
tpi et se généralisent dans l’ensemble de la
Polynésie orientale. Leurs sections transver¬
anciens niveaux de la
sales sont différentes et, surtout, le talon de la
est taillé pour former un tenon à
épaulement frontal ou latéro-frontal. Leur
variété typologique est telle
que
les
archéologues considèrent depuis longtemps
cette catégorie d’outils comme l’un des princi-
lame
(le nord)
Opaloerow
QohevApofo
i
N
goi„>
V
ilAtl«rn*rD>
L,
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\j
^OllOaArflAA
Opatoa
(le sud)
n'A
Rotuma
Wallis
Savaii
* • Upolu
SAMOA
Tutuila
•
,
Quelques-unes des îles
de la carte de Tupaia
Identifiées et reportées
sur une carte moderne,
d'après le commandant
^
Rangiroa
Tetiaroa • Apataki
Fenua-Roa*
«
^
Tubuai-Manu •
^Fakarava
COOK
Tahiti Mehetia
^
Rarotonga
P. Jourdain.
770"
Rurutu
TUBUAI
150°
Beaglehole (notations
tahitien sur la carte).
1. Otaheite (Tahiti).
iœ
“Un navire ennemi du
temps du père du grandpère de Tupaia”. On a
pensé jadis qu’il pouvait
s’agir du navire de
Quiros. Cette
• Hao
Pitcairn
Raivavae
780”
46
^0'
O
Hiva Oa
Fatu Hiva
TUAMOTU
Polynésie dessinée par
Tupaia pour Cook
(1769) et légendes tirées
en
Nuku Hiva O
.
140°
V
(IVneikhanMnMten»
des commentaires de
cette carte par J.C.
MARQUISES
O
}
Carte des îles de la
équateur
\5>
)?
A
ZnaufoiM
POLYNÉSIE OCCIDENTALE
solei)
Tathiea Ohetolra dlevur
^ Mocriarmva
hypothèse est
difficilement
grand-père de Tupaia”
(^également non identifié).
3. Oanna (Makatea ou
Anaa). “Tupaia (dit) que
les gens de ce navire
furent tués”. Selon
Beaglehole, il pourrait
s’agir des 10 hommes de
l’équipage de
Roggeveen tués à
Makatea au cours d’une
échauffourée avec les
insulaires.
4. Orivavie (Raivavae).
“De belles herminettes
sont
importées d’ici à
Raiatea”.
acceptable, Quiros
n’ayant certainement
pas découvert Tahiti.
5. Ohevatoutouai. “Les
hommes sont mangés,
les pirogues sont
européen reste
que le bateau
L’identité de ce navire
inconnue.
2. Ulietea (Raiatea).‘‘Un
navire ami du temps du
grandes, plus grandes
britannique”. Il s’agit
probablement de l’une
des îles Marquises.
LE PEUPLEMENT DE LA POLYNÉSIE ORIENTALE
fossiles directeurs de la préhistoire
polynésienne.
Ce qui étonne est le fait que les mêmes
types sont également présents en Asie
paux
orientale
mais
non
Mélanésie
en
ni
en
Polynésie occidentale. S’agirait-il d’un
phénomène de convergence, les Polynésiens
orientaux
ayant inventé eux-mêmes ces
nouvelles formes d’herminettes et en dehors
de
toute
influence
asiatique ? A. Leroi-
Gourhan écrivait en 1945 : “La convergence
est le poids dont l’ethnologue ne s’affranchit
jamais complètement, le piège où toute
théorie laisse de sa fourrure. Hormis les cas
bien peu nombreux où le fait d’invention ou
d’emprunt est daté, il est difficile d’affirmer
que deux témoins identiques sont de même
origine ou de création indépendante’’. Cette
prudence est toujours de rigueur mais, ici, la
similitude de tous les types asiatiques et est-
polynésiens est si grande, comme l’a montré
Les très nombreux types
d’herminettes de la
Polynésie orientaie
posent le problème de
leur origine.
Certains caractères
descriptifs permettent
aux préhistoriens de
classer ces herminettes.
La présence ou
aménagé et la forme de
la section transversale
sont les principaux
critères typologiques
des herminettes.
Il s’agit ici d'une
herminette simple (sans
talon différencié),
comme toutes celles du
Pacifique sud-
R. Duff (1970), qu’il est difficile d’admettre un
simple phénomène de convergence.
11 est d’ailleurs d’autres énigmes du même
genre. Ainsi pour les têtes de harpons en os,
dont les différents types sont présents en
Polynésie centrale et en Nouvelle-Zélande,
non en Mélanésie ni en
Polynésie occidentale,
mais sur les rives nord du Pacifique. Quant
aux hameçons de Hawaii et de la Polynésie
centrale, on en trouve les homologues dans la
préhistoire récente du Japon et les similitudes
sont telles, une fois encore, qu’il s’agit plus
certainement
d’emprunts que de
convergences.
Les processus d’emprunt
Reste à préciser comment et par quelles voies
les
Polynésiens orientaux ont acquis ces
d’outillage. En l’état actuel de
nouveaux types
connaissances, seules des suppositions
Une hypothèse est au moins à
écarter : celle de grandes et nouvelles
migrations, elles n’ont jamais existé que dans
l’imagination de quelques Européens de
l’époque romantique. Les objets et les idées
nos
sont possibles.
circulaient d’île en île dans le Pacifique, par
“l’interconnexion” de réseaux d’échanges
interinsulaires et sans nécessiter le long
population très
a pu servir de
relais. On découvre aujourd’hui l’existence
d’anciens
courants
d’échanges (poterie,
herminettes) entre le sud du Japon et les îles
Mariannes. Les Polynésiens isolés dans les
déplacement
nombreuse.
La
d’une
Micronésie
îlots du sud de la Micronésie utilisaient des
hameçons à cuiller en nacre, pour pêcher la
bonite, identiques à ceux des Tongans et des
Polynésiens orientaux... et Tupaia connaissait
Rotuma, proche des atolls de Tuvalu et de la
Micronésie orientale.
Dans ies pius anciens
niveaux de ia Polynésie
orientale, on trouve des
herminettes
comparables à celles
des îles Samoa : sections
quadrangulaires et
talons indifférenciés
sinon, mais rarement,
par un épaulement
légèrement esquissé.
Site de Hane à Ua Huka
(Marquises).
Site de Vaito’otia à
Huahine (Société).
Au-dessous :
Coupe transversale des
herminettes, en
Mélanésie, en Polynésie
occidentale et en
Polynésie orientale.
Ces derniers types, de
même que le tenon à
épaulement, se
retrouvent en Asie du
Sud-Est, mais ni en
Mélanésie ni en
Polynésie occidentale.
Par contre, les types
mélanésiens sont
présents en Polynésie
occidentale et dans ies
plus anciens niveaux
(avec ceux de la
Polynésie occidentale)
de la Polynésie
orientale.
3. 6 face interne ou dorsale de la lame
1.4 face externe ou frontale de la lame
2 côté de l’herminette (ici : côté droit)
5 section transversale
7 section longitudinale ("profil”)
En Polynésie, il existe de
nombreuses formes
d’herminettes plus
tardives et beaucoup
plus complexes : grande
variété des sections
transversales et divers
aménagements du
{il
I
^
taion ; enièvement d'une
partie de sa face frontale
(épaulement frontal) et
(ou) de ses côtés
(épaulement latérofrontal ou latéral).
47
(2 ),
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
Les îles Hawaii
L’origine du peuplement
et son évolution
L’archipel des Hawaii, traversé par le
tropique du Cancer, s’étend, du nord-ouest au
sud-est, sur une longueur de 2 800 km. Seul le
quart oriental, 600 km environ, est constitué
d’îles
hautes.
Le
reste
est
une
succession
d’atolls et de récifs coralliens à fleur d’eau.
Hormis l’immense Nouvelle-Zélande, l’île de
Hawaii est la plus grande de toutes celles de la
Polynésie orientale avec plus de 10 400 km-.
Ses volcans y sont encore en activité et leur
sommet culmine à plus de 4 000 m. Toutes ces
îles hautes étalent habitées lorsque Cook les
découvrit en janvier 1778 (on sait qu’il y fut
tué l’année suivante), mais non les îles basses.
Néanmoins, K.P. Emory devait découvrir, en
1923, des vestiges d’occupation sur deux
d’entre elles : Nihoa et Necker. Les premiers
découvreurs de l’archipel venaient proba¬
Polynésie centrale. Les
distances qui les en séparent sont considé¬
blement
de
la
rables : 2 400 milles marins ; mais il existe, à
mi-parcours, les atolls des îles de la Ligne qui
ont pu servir de relais. La lointaine préhistoire
des Hawaii reste encore assez obscure, les
temps plus récents sont naturellement bien
mieux connus.
1950, K. P. Emory et ses étudiants entre¬
prenaient la fouille d’abris-sous-roche situés
d’Oahu à l’est de Honolulu. Une
14C fut obtenue, concernant la plus
ancienne occupation de l’abri
Kuliouou :
sur
la côte
date
1004
±
180
de notre ère.
Des dates
plus
anciennes ont depuis
été établies dans
d’autres sites, et l’on s’accorde à penser que le
premier peuplement de l’archipel remonte à
500 ap. J.-C. au moins, peut-être même
davantage : une date de 350 ± 90 ap. J.-C. fut
en effet obtenue pour le site de Bellows Beach,
à Oahu, mais elle reste à confirmer. Tous ces
sites anciens sont côtiers et riches en
hameçons. La pêche restera l’une des activités
importantes tout au long de la préhistoire
hawaïenne et l’on construira, en maints
endroits du rivage, et particulièrement sur la
côte sud de Molokai, les plus grands viviers et
parcs-pièges à poissons de la Polynésie. On
pratique également l’horticulture, dès les
premiers temps de l’occupation des îlés, sur les
côtes orientales, les plus humides. On élève
aussi le porc et le chien. L’outillage et les
ornements corporels de cette première période
d’occupation sont fort comparables à ceux des
orientaux.
La période intermédiaire
R.H.
Cordy
a
proposé, en 1974, une
tripartite de la préhistoire
hawaïenne tout en précisant que cet essai de
chronologie restait à confirmer et à préciser. 11
semble cependant bien établi que, vers les
années 1100, le peuplement commence à
s’étendre à l’intérieur des îles ; développement
subdivision
de l’horticulture
en terrasse dans les vallées
bien arrosées, ainsi que dans les zones moins
humides où l’on cultive des plantes ayant
moins besoin d’eau et, notamment, la patate
douce.
Puis on irrigue progressivement
certaines de ces dernières zones. On observe
également quelques changements dans
la
a
Necker
Pirogue double des îles
Hawaii manœuvrée par
des hommes masqués.
Gravure d'après
J. Webber.
Nihoa
Page de droite, en haut :
Image d’un dieu
sculptée dans le bois et
destinée à un heiau.
Page de droite au centre
Image de dieu en
vannerie recouverte de
plumes et que l’on pense
représenter Ku dans sa
Heiau à Waimea (Kauai),
d’après un dessin de
J. Webber (1778).
L’un des heiau
hawaïens les plus
simples et qui n’est pas
rappeler les marae
tahitiens de type dit
sans
"intérieur". Ainsi, lacour
(1) partiellement pavée
et enclose d’un mur
la plate-forme qui
ressemble à un ahu (3)
et les pierres dressées
)4(
Devant et derrière Vahu,
cinq planches sculptées
d’une figure humaine
.)5(
Le grand mât (6) est
également sculpté d’un
visage humain à sa base
et sous la haute
coiffure sommifale.
48
En
plus anciens niveaux des îles Marquises,
considérées, pour cette raison, comme devant
être le pays d’origine des premiers Hawaïens.
Certaines différences existent cependant, qui
incitent à la prudence. C’est ainsi que
P. Bellwood émet l’hypothèse que le premier
peuplement des îles Hawaii pourrait être
encore plus ancien et, ces îles, constituer le
premier centre de dispersion des Polynésiens
(7) sont des vanneries
qui servaient peut-être
de réceptacles pour les
dieux.
(8) est une plate-forme
d'offrande et (9) une tour
Divers outils et objets de
Hawaii reproduits dans
l’Atlas du 3ème voyage
de Cook.
fonction de dieu de la
guerre. On transportait
ces images sur le lieu
des combats.
d’oracle, recouverte de
tapa quand le prêtre
conversait avec les
dieux.
Cette structure rappelle
cape, bâton de chef
(kahili) et “casque".
La cape est un filet
recouvert de plumes
formant des motifs
jaunes et noirs sur fond
rouge. Les plumes
noires du bâton sont
fixées à l'extrémité d’un
manche en os humain
décoré avec de l’écaille
de tortue (ces bâtons
sont dans la tradition
des chasse-mouches
polynésiens). Le
“casque” est en vannerie,
recouverte de plumes.
également la forme de la
maison dressée pour les
prêtres sur les me'ae
marquisiens.
(10) est la case où
Leur forme avait fait
penser à Cook que ces
“casques" pouvaient
être d’influence
européenne, quelque
navigateur espagnol
étaient conservées les
statues des dieux.
Des bandelettes de tapa
fixées sur différents
éléments de ce heiau en
ayant pu visiter les îles
Hawaii avant lui. Ceci
reste à prouver, mais la
indiquent le caractère
tabou.
Page de droite, en bas :
Les insignes d’un all’l :
164”
ressemblance n’en est
pas moins étrange.
LE PEUPLEMENT DE LA POLYNÉSIE ORIENTALE
culture matérielle, qui firent penser à l’influ¬
ence des îles de la Société. Les traditions font
térisée par une stratification sociale très rigide
effectivement état de voyages aller et retour
toutes celles de
mais dont l’architecture semble intermédiaire
chefs
des
divisions territoriales et les
“intendants”. Les mobiles de l’instauration
d’un tel système quasi féodal restent conjectu¬
Hawaii
Tahiti
(Kahiki) ; ils se
situeraient, d’après le calcul des générations,
entre 950 et 1350 après J.-C. Ceci pourrait
expliquer l’existence, dans l’île'de Necker, de
structures lithiques tout à fait comparables
aux plus anciens marae de Tahiti. Quoi qu’il
en soit, nous ignorons encore la date de leur
construction. Il en existe également à Nioha,
entre
et
entre celle de ces marae et celle des heiaii des
îles hautes, plus tardifs.
11 se peut cependant
que ces marae aient existé jadis dans
l’ensemble de l’archipel, et dès la période
ancienne, et qu’ils restent à découvrir,
qu’ils furent détruits plus tardivement.
ou
Elle est la mieux connue, grâce aux informa¬
ethnohistoriques et par le fait qu’un
grand nombre de ses vestiges peuvent encore
tions
:
terrasses
d’habitations et de
chemins
empierrés, limites des
champs, sites défensifs et édifices cérémo¬
cultures,
qui est sans doute la plus complexe de
la Polynésie orientale. Elle
comprend la classe des aWi (les ariki de la
Polynésie centrale), et celle des gens du
commun qui leur sont entièrement soumis. Le
clivage est tel que les ali'i se marient entre eux.
Ils se partagent régionalement le pouvoir
selon quatre chefferies principales à trois
niveaux hiérarchiques : Vali’i suprême, les
raux. Peut-être était-il devenu nécessaire de
mieux contrôler la production des ressources
alimentaires dont les besoins augmentaient en
fonction de la croissance de la
nécessaire
territoires
population,
également d’associer plusieurs
ayant chacun des ressources
différentes, ou mettre fin à une situation
sociale agitée par des guerres intestines. Cette
La période récente
être étudiés
et
niels : les heiau... Elle est notamment carac¬
évolution, qui a pu commencer vers les années
1500-1600
a
donné naissance à
un
art très
original, qu’il s’agisse de la statuaire en bois ou
de l’usage de la plume pour la figuration des
dieux et la confection de parures, attributs des
ali’i. C’est aussi l’époque où on élabora ces
centres cérémoniels que sont les heiau, fort
complexes et variés.
49
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
La Nouvelle-Zélande
C’est le plus grand ensemble insulaire de
Polynésie avec près de 270 000 km^
toute la
I 500 km d’extension du nord au sud et 200 km
de largeur moyenne. Les Maoris la nommè¬
rent Aotearoa. La signification de ce vieux
nom n’est pas certaine, deux interprétations,
au
moins, sont possibles : “le long nuage
blanc”
et
“l’île
où
les
jours traînent
en
longueur”. L’immensité du nuage recouvrant
cette
nouvelle terre et visible à l’horizon, a pu
étonner les premiers ancêtres des Maoris, de
même que la longueur du Jour dans ces hautes
latitudes.
Seule
une
couronne
nuageuse
signale, au loin, les petites îles tropicales où la
lumière et la nuit se partagent à peu près équi¬
tablement tous les Jours de l’année. Ils bapti¬
sèrent la grande île du Nord “le grand poisson
de Maui”, ce héros polynésien “pêcheur d’îles”
l’aurait tirée du fond de la mer depuis l’île du
Sud qui était sa pirogue : te waka a Maui.
Cette île s’appelle aussi “le pays du Jade”, ce
précieux matériau qu’est la néphrite s’y trouve
en effet en de nombreux gisements alors
que
les volcans de l’île du Nord, en activité ou
éteints, ont produit quantité d’obsidiennes.
Ces mêmes ancêtres maoris durent également
être fort surpris en explorant leur nouveau
monde
: un pays très montagneux et dont
l’altitude dépasse souvent 3 000 m, un climat
tempéré et presque froid dans le sud, avec des
glaciers qui descendent Jusqu’à 300 m ; et très
étonnés sinon inquiets d’y rencontrer des
plantes et des animaux qui leur étaient Jusque
quelques siècles, les espèces les plus grandes
1400, d’autres survécurent plus
longtemps, dans quelques régions de l’île du
Sud. Bien d’autres oiseaux disparurent de
même et l’homme n’est pas le seul responsable
de cette extermination mais également le
en
dès
chien.
Tous
qu’accélérer
Pléistocène
deux
un
car
firent
ne
d’ailleurs
processus déjà engagé au
l’existence de cette avifaune
plusieurs migrations successives et venues de
la Polynésie centrale. La plus importante
avait
été
celle
de
plusieurs pirogues
tahitiennes, arrivées à Aotearoa vers le milieu
siècle.
Les premières recherches
semblèrent confirmer ces
traditions et, surtout, la première migration
(celle de Kupe et de Ngahue au X'^ siècle) et la
dernière, responsable des changements obser¬
du
XIV*-'
archéologiques
avait été très affectée par les grands froids des
vables dans la culture matérielle maorie à
maori.
C’est en se fondant à la fois sur les traditions
orales et sur les premiers résultats de l’archéo¬
périodes glaciaires.
C’est également à partir de 1840 que l’on
s’intéressa aux traditions pour essayer de
comprendre les processus du peuplement
Elles
étaient
encore
relativement
riches, malgré près de soixante-dix ans d’ac¬
culturation.
On
y
parlait de l’arrivée de
Les grandes régions
naturelles de la
Nouvelle-Zélande
préhistorique.
iwitini est la région la
plus favorable pour
l'horticulture ; elle
regroupait 80% de la
population lors de
l’arrivée des Européens.
Waenganui (15% de la
population) permettait
un peu d'horticulture
dans quelques zones
partir des années 1400.
Là préhistoire des Maoris
coupée en deux
logie, qu’on en vint à subdiviser la préhistoire
Les différents genres de moa avec
la date probable de leur extinction.
A.
Anomalopteryx
D. Dinornis
£'. Euryapteryx
'Extrême nord (E, D, A)
Em. Emeus
M.
P.
mer
Megalapteryx
Pachyornis
côtières mais non dans
le centre de l’île du Nord.
Aupourienne
Coromandel (E,
1400 ap. j.-c.
1400
1400
1500
là inconnus, tel cet oiseau géant : le moa. Ils
avaient sans doute emporté dans leur pirogue
plantes familières et utiles mais ils ne
purent acclimater le bananier ni ces arbres,
précieux entre tous, que sont le cocotier et
l’arbre à- pain. Seuls pouvaient croître, dans
leurs
les zones les plus clémentes du nord, le tara,
l’igname et la patate douce ainsi que le //,
plante
aux
ressources
sucrières appréciées
mais dont le rôle est également très important
dans la vie sociale et religieuse de tous les
Océaniens. Ils introduisirent le chien et le rat
(dont la chair est très estimée) mais ni le porc
ni le poulet n’avaient survécu à leur long
voyage en mer.
Les migrations mythiques
Le
moa
était considéré
comme
(Te Wahl Pounamu)
était incultivable et ses
habitants (5%) y vivaient
de la chasse, de la
cueillette et de la pêche.
La mer Aupourienne est
une zone de transition
entre les eaux chaudes
et tempérées, la mer
Cookienne comprend
des eaux tempérées et
froides, et la
Forsterienne des eaux
froides à très froides.
Ces conditions diverses
entraînent une grande
variété des ressources
halieutiques.
un
animal
légendaire Jusqu’à la découverte, dans la
dernière moitié du X1X'= siècle, de ses os et de
ses
Le reste de l’île du Sud
L’ensemble de ces
données écologiques
ont varié au cours de
la préhistoire maorie
Régions écologiqués terrestres :
.
œufs, puis de vestiges humains qui leur
étaient
associés
ainsi
Iwitini
de
l’outillage
lithique. Ceci conduisit le géologue J. Von
Haast à penser que ces trouvailles dataient du
lointain Paléolithique. Des Mélanésiens leur
auraient succédé que les Polynésiens auraient
ensuite assimilés
que
Waenganui
Te Wahi Pounamu
Régions écologiques marines :
exterminés, et en un
temps où les moa avaient depuis longtemps
disparu. On sait que ces hypothèses sont
aujourd’hui sans fondement. Les premiers
ou
Aupourienne
Cookienne
colonisateurs de la Nouvelle-Zélande étaient
Polynésiens orientaux. Ils chassèrent le
moa, ressource carnée appréciable et dont les
Forsterienne
des
œufs,
consommables,
servaient
aussi
de
récipients. Ses os permettaient, entre autres,
de fabriquer des hameçons car la nacre
manquait. On le chassa si bien qu’il disparut
50
Catlins (E, Ern, P, A, D, M)
en
gras : espèce dominante
Site de Waira Bar
/'
N
'i
Principales régions où l'on
chassait le moa dans les
îles du Nord et du Sud.
LE PEUPLEMENT DE LA POLYNÉSIE ORIENTALE
néo-zélandaise en deux périodes distinctes :
celle des chasseurs de moa, la plus ancienne,
étudiée et définie par l’archéologue Roger
Duff dans son ouvrage devenu classique "The
Moa-hunler period üf Maori culture" ( 1950).
La
dite “classique”, est mieux
étant encore vivante à l’arrivée des
seconde,
connue,
Européens. Cette périodisation fut longtemps
acceptée, tout en étant peu à peu modifiée
dans ses appellations. "Moa-hunler-period"
n’était pas satisfaisant ; les moa étaient peu
nombreux dans l’île du Nord, on ne les
chassait guère et la pêche fournissait l’essentiel
de la nourriture carnée. Le terme Maori ne
convenait pas non plus à cette période, les
vrais Maoris sont les hommes des temps
les autres
classiques,
étant les Moriori,
chasseurs-cueilleurs
comme
maorie.
Les
résultats
des
nombreuses
recherches effectuées au cours des dernières
années ont finalement conduit à remettre en
cette
subdivision bipartite de la
préhistoire néo-zélandaise, de même que
l’interprétation des traditions orales qui en
avaient assuré les premières bases. La
“Grande Migration”, en particulier, semble
n’avoir jamais existé, du moins comme facteur
déterminant
l’émergence d’une période
cause
surélevée
palissade
''
<
f
1
fossé
ri
i
i escarpement
\
“classique”. Les traditions recueillies jadis
gardent leur intérêt régional mais il était
abusif de les généraliser à l’ensemble du
monde maori. 11 est en particulier probable
que nombre des migrations citées ne concer¬
nent que des mouvements d’un point à un
autre de la côte néo-zélandaise. Quelques
pirogues lointaines ont certes pu atteindre
Aotearoa après son premier peuplement, mais
sans influencer, en aucune façon, sa propre
évolution sociale et culturelle, à la fois plus
simple et plus complexe qu’on ne l’imaginait
jadis. Janet Davidson a récemment publié
(1984) une excellente synthèse de la préhis¬
toire de la Nouvelle-Zélande telle qu’on la
connaît aujourd’hui et en distinguant les trois
séquences chronologiques suivantes.
1
plate-forme
/,
échelle
taillée danç
un tronc
^7
d'arbre
l’étaient restés
jusqu’à l’époque contemporaine les habitants
de l’île de Chatham (le nom de Moriori est
aujourd’hui seulement réservé à ces derniers).
Bref, on parla successivement d’une période
ancienne, archaïque, ou est-polynésienne,
suivie d’une période récente, classique ou
i
1
f
i
s
JH
ll)t
1
et terrasse
Développement des
fortifications des
Maoris (pa) au cours des
deux dernières périodes
de ieur préhistoire,
d’après A. Fox.
Pendant les guerres qui
les ont opposés aux
Anglais, les Maoris ont
Vue d'un ancien site
fortifié maori. Le musée
d’Auckland est construit
sur un ancien site fortifié
(pa) dont on voit encore
de
les vestiges
terrassements. Il en
existe beaucoup,
comme
celui-ci,
aménagés sur des
dômes volcaniques,
mais les différents
reliefs naturels étaient
aussi utilisés. D'autres
étaient installés en rase
campagne, ou sur des
100 000
encore
perfectionné
leurs systèmes défensifs
en creusant des abris
souterrains et des
tunnels qui, de l'intérieur
des cases, conduisaient
à une lointaine issue
extérieure.
buttes artificielles, au
milieu des lacs et des
marécages. Certains
pa étaient seulement
destinés à protéger des
champs cultivés ou des
réserves de nourriture,
tels les silos souterrains
pour stocker la patate
douce. Ces
fortifications variaient
en dimensions et
pouvaient protéger,
selon Cook, de 300 à
500 maisons et leurs
annexes.
nombre d'habitants
Estimation de
l’évoiution
démographique au
cours des trois périodes
de ia préhistoire maorie.
On notera la rapidité de
cette évolution pendant
la seconde période, et la
très faible croissance
démographique des
habitants de l'île du Sud.
L’archéologue Roger
Duff (portant un béret)
de la fouille
d'un four de chasseur de
moa à Redcliffs, près de
au cours
800
1000
années après J.-C.
Christchurch, en 1959.
51
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
La période d’installation
La plus ancienne date que nous connaissons
pour le moment est de 1023 ± 82 ap. J.-C. et
concerne un site de carrière du centre
d’Otago.
Quant à l’important site de Wairau Bar, jadis
fouillé par R. Duff et qui fournit une
abondante documentation sur “les chasseurs
de moa'\ il est daté de 1100± 50ap. J.-C. 11 est
cependant probable que la première arrivée
des Polynésiens remonte à un ou deux siècles
plus tôt. En effet, vers le XIL" siècle, les
ressources, très diverses, des deux grandes îles
ont déjà été explorées et sont utilisées, qu’elles
soient de nature minérale, végétale ou
animale. On pratique l’horticulture là où elle
est possible, c’est-à-dire dans le nord où l’on a
déjà mis au point des techniques de stockage
et de conservation des
surplus alimentaires (la
patate douce en particulier) pour les moments
de disette. Ailleurs, et jusqu’à la colonisation
européenne, l’alimentation provient de la
chasse et de la cueillette. La fougère anihe
(Pteridium aquilinium, var. esculentum)
fournit
un
rhizome
comestible.
D’autres
plantes le sont également en totalité ou en
partie, telle la cordyline locale (C. ausiruHs).
Comme sur toutes les côtes de Aotearoa, et
pendant toute la préhistoire maorie, la chasse
aux
mammifères marins, la récolte des
coquillages et la pêche sont très actives. Les
installations permanentes sont en effet
côtières et l’intérieur montagneux n’est que
temporairement visité, en fonction des
Les décors des maisons
socialement
importantes était
particulièrement riches
et variés. Des parois les
protégeaient des
intempéries, faites de
panneaux tukutuku
placés entre les
planches qui
soutenaient la
charpente. Celles-ci,
sculptées en bas-relief,
représentaient des
ancêtres. Les tukutuku
étaient faits de perches
verticales et de
baguettes horizontales,
peintes en rouge et en
noir. Elles étaient liées
entre elles à l'aide de
bandelettes et de
cordelettes de fibres
végétales diversement
colorées et qui
formaient des motifs
symboliques
extrêmement variés et
codifiés.
besoins et selon les ressources saisonnières.
Croissance et changements
La période précédente est encore toute
empreinte de la culture de la Polynésie
centrale, qu’il s’agisse de l’outillage, des
parures corporelles ou de la vie sociale et
religieuse telle que peut nous la faire entrevoir
l’organisation de l’habitat et celle des sépul¬
tures. Des adaptations étaient certes rendues
nécessaires en fonction, notamment, des
matériaux disponibles pour travailler le bois,
pour pêcber, se vêtir et construire des maisons
mieux protégées des intempéries que les cases
tropicales. Elles sont rectangulaires et
précédées d’un porche comme encore aux
derniers temps de la préhistoire maorie.
Pendant la période allant de 1200 à 1500
l’accroissement de la population s’accélère,
la colonisation
de nouveaux
entraînant
territoires, surtout dans les deux premiers des
trois domaines écologiques définis par les
géographes Lewthwaite et Cumberland en
1949
:
Iwitini (“nombreuses tribus”),
Waenganui (“transitionnel”) et Te Wahi
pounamou, l’ancien nom de l’île du Sud. Bien
des éléments anciens sont conservés mais des
innovations se produisent qui caractériseront
la dernière période de la préhistoire maorie :
types d’hameçons, d’herminettes, parures en
néphrite (tels les célèbres hei-tiki). Ces massues
plates que sont les palu de la Polynésie
centrale et de la période maorie précédente,
ont des formes beaucoup
plus élaborées et
taillées non plus seulement dans des os de
cétacés mais également dans la néphrite et
autres roches de la nature du
jade. Ces innoarchitecture, que peu
de rapport avec les
Maori aiiongé devant sa
case, photographie
datant de la fin du XIX”
siècle. Son habitation,
quelque peu misérable,
n'a, hormis le plan
général de son
“Cases de Naturels dans
la Baie des îles” (à
l'extrême nord-ouest de
la grande île du Nord),
dessin de L. Le Breton.
Au second plan, une
plate-forme où la
nourriture (dont, ici, des
poissons) est placée à
l'abri des rats. A droite,
pirogue et, contre la
palissade, un poteau
sculpté (figure
d'ancêtre).
une
Les éléments
architecturaux des
maisons de réunion
(construites sur le même
principe mais plus
grandes et au décor plus
élaboré) étaient tous
symboliques et
52
représentaient ies
différentes parties du
corps de l'ancêtre. Les
chevrons du toit étaient
ses côtes, et la poutre
faîtière son épine
dorsale. Le principal
poteau de soutènement
intérieur était son coeur.
Les deux planches du
fronton étaient ses bras ;
ia figure sculptée au
sommet, sa tète, tandis
que la fenêtre et la
porte symbolisaient ses
yeux et sa bouche...
"cases des Naturels"
telles que les ont
décrites les premiers
voyageurs européens.
L'homme porte
cependant un hei-tiki à
son cou et tient un patu
en
pierre dans sa main
droite, attributs d'une
certaine dignité
hiérarchique. Quelques
détails rappellent aussi
que cet homme est en
complète acculturation :
cognée et paire de
chaussures cloutées, à
gauche, et couverture
de laine.
LE PEUPLEMENT DE LA POLYNÉSIE ORIENTALE
valions se répandent très rapidement du nord
au
sud. 11 n’est pas nécessaire d’imaginer pour
migrations en pirogues ou
Des réseaux d’échanges de
autant de grandes
trans-insulaires.
biens utilitaires ou cérémoniels existaient dès
l’origine ici, comme dans toute l’Océanie, et
ces
biens, et les idées nouvelles, circulaient de
en
tribu sans un déplacement de
tribu
population. Rompre ces chaînes d’échanges
était d’ailleurs l’une des principales causes de
la guerre et cette période est aussi celle où l’on
commence à édifier des sites fortifiés, lespa, à
des fins de prestige d’ailleurs, autant que
défensives. Les traits caractéristiques de la
société maorie “classique” se précisent. Le
devient
plus réglementé et sa
conception évolue. La sculpture du bois, celle
des maisons d’abord puis des pirogues.
tabou
Herminette
cérémonielle “toki pou
tangata" (“herminette
qui fonde l'autorité
d'un homme”). Le
manche est sculpté
d'une figure humaine et
d'un personnage. La
lame est en néphrite.
à prendre ce style si particulier qui
la différenciera totalement des productions
commence
artistiques du reste de la Polynésie. Les
raisons de ces évolutions sont probablement
multiples : goût pour l’innovation, contraintes
technique... Un fait est au moins
certain, cette période correspond à une nette
amélioration du climat, ce qui a pu favoriser
d’ordre
colonisation de nouvelles terres, et
nécessiter ainsi de nouvelles adaptations,
favoriser également les échanges inter-tribaux
la
ceci, conduire à une plus grande
rigidité des structures sociales. Vers la fin de
cette période, les moa ont presque tous
disparu et “le petit âge glaciaire” s’installe
pendant que débute, vers 1500, la dernière
période de la préhistoire maorie.
et, tout
La période traditionnelle
Elle
est
mieux connue que les
deux
précédentes grâce aux sources ethnohisto¬
riques et aux documents ethnographiques. On
y observe peu de changements depuis les
derniers temps qui l’ont précédée, sinon dans
révolution du
style des productions artis¬
Par contre, la prolifération des
pa, et une plus grande complexité dans leur
tiques.
élaboration, est un fait notoire. La
détérioration du climat, les difficultés de
l’horticulture et la nécessité d’accéder à de
nouvelles ressources ont peut-être entraîné
une situation de plus grande insécurité.
Quoi
qu’il en soit, les premiers colonisateurs anglais
ont éprouvé l’efficacité de ces fortifications
durant les deux longues guerres qu’ils durent
mener pour vaincre la résistance des
guerriers
maoris. L’une des plus étonnantes civilisa¬
tions polynésiennes allait ainsi disparaître,
étonnante par sa remarquable adaptation à un
monde non tropical, par son évolution non
influencée, comme on l’imaginait naguère, par
un nouvel apport de
populations venues de la
Polynésie centrale (et responsables d’une
mutation culturelle qui n’a jamais existé), et
non moins étonnante par l’originalité et la
richesse de ses productions artistiques.
lames d’herminettes
Ces herminettes
servaient aux chefs pour
rendre plus majestueux
les gestes qui
.O
ponctuaient les
moments les plus
importants de leurs
^discours.
c:;?
simples
à biseau iatéral
hameçons simples (en os)
J
hameçons à cuillère pour la pêche à la bonite (pointes en os)
leurre
en nacre
armatures
têtes de harpons (en
peignes à tatouer
(en os)
Les hel-tiki sont des
pendentifs que l'on
suspendait au cou (hei)
à l'aide d'une cordelette,
et représentant l'image
anthropomorphe du
tiki (ou li'i) polynésien.
Les plus anciens étaient
se transmettaient
génération en
génération. On en
la première période de la
XVI® siècle. Ces
pendentifs, de grande
valeur socio-religieuse,
(en os)
perles tubulaires
premiers temps de la
présence européenne,
généralisa à partir du
pour la fabrication des
objets précieux, se
aiguille, poinçon et étui
taillait encore aux
L'usage de la néphrite,
ivoire.
(en os) de javelines
pour chasser les oiseaux
de
tel celui-ci, du musée
d'Otago, dont le cerne
des yeux est rempli de
cire à cacheter.
en os ou en
os)
Outillages et parures de
préhistoire néozélandaise, d'après
R.C. Green.
53
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
L’île de Pâques
Le
Néerlandais Jacob Roggeveen la
nomma ainsi lorsqu’il la découvrit le jour de
Pâques de l’an 1722. Rapa-nui, “la grande
Rapa”, est un nom que lui donnèrent des
Tahitiens à l’époque historique ; Te Pito-te-
henua est celui de l’un des caps de l’île, “son
extrémité”, et cette appellation ne signifie pas
“le
nombril
du
monde”,
comme
on
l’a
prétendu, en imaginant que là était le centre
d’un grand empire disparu sous les flots. Que
n’a-t-on écrit, en effet, sur les “mystères” qui
l’entourent, ceux de l’origine de ses habitants,
de leur civilisation passée et des gigantesques
monuments qui en subsistent. Des auteurs
moins épris d’ésotérisme ont souligné la vanité
des
hypothèses ainsi avancées. Depuis
quelques décennies, l’archéologie n’a fait que
confirmer la simple réalité humaine de la
préhistoire des Pascuans et l’origine poly¬
nésienne de leurs ancêtres, déjà démontrée par
la linguistique historique et l’ethnologie. 11
n’en reste pas moins que l’île de Pâques et ses
monuments, la civilisation pascuane et son
restent uniques dans l’histoire du
monde polynésien.
destin,
Le premier peuplement
qui,
avec
ses
compagnons, débarqua le premier sur l’île,
dans la baie d’Anakena, il y a de cela une
trentaine de générations, soit vers le XIL
siècle de notre ère selon A. Métraux (1941). Ils
venaient d’une île située vers le soleil cou¬
chant : Marae-renga... Ils avaient probable¬
emporté avec eux, comme tous les
migrants polynésiens, de quoi vivre en mer et
ment
survivre sur la nouvelle terre à découvrir : des
L'ahu Vinapu. Cet
appareillage très soigné
fait penser à celui des
murs de Cuzco et
constitua l’un des
a
arguments de
T. Heyerdahl pour
appuyer sa théorie de
l’origine péruvienne des
premiers Pascuans.
D'une part, il s’agit, à
Cuzco, de gros blocs de
pierre et non, comme
ici, de dalles de
parement peu épaisses.
D’autre
Hotu-matua,
part,
l’appareillage des murs
en pierres
soigneusement
équarries existe partout
ailleurs en Polynésie.
Enfin, la civilisation inca
est postérieure, de
plusieurs siècles, au
premier peuplement de
l’île de Pâques.
derniers et les rats survécurent. Ils ne purent
acclimater l’arbre à pain. Les rares cocotiers
que
l’on voit actuellement dans l’île, et
dans la baie d’Anakena, fructi¬
notamment
fient difficilement et sont d’introduction
récente. Bien que l’île soit située par 27" de
latitude sud,
La tradition rapporte que c’est un chef poly¬
nésien,
plantes utiles et des animaux, rats, chiens,
porcs et poulets. Apparemment, seuls ces
climat est
son
surface, sinon dans un seul ruisseau à l’écou¬
lement intermittent et dans les lacs de cratère.
Le vent, souvent violent, accentue les effets de
l’évaporation solaire. Néanmoins, les
Pascuans ont pu
acclimater de nombreuses
autres plantes d’origine tropicale dont le tara,
l’igname, la patate douce, le bananier et la
cordyline. Ils pallièrent aussi le manque d’eau
en
creusant
des bassins dans la roche pour y
récupérer celle de la pluie.
L'un des moai debout
au
pied du volcan.
Comme tous les autres,
il est en grande partie
fossilisé par les
sédiments de pente. On
parachevait ici la
sculpture : dessin des
mains, ceintures,
figuration de tatouage ;
mais les orbites étaient
creusées là où le moai
devait être dressé sur un
ahu pour y figurer un
ancêtre.
Face sud du Rano
Raraku, “la carrière des
premier pian,
moai". Au
plusieurs des
nombreuses statues
dressées au pied de
l'ancien volcan. Sur ses
pentes, on distingue de
nombreuses alvéoles,
empreintes des statues
que l’on y sculpta avant
de les transporter sur
différents ahu de l’île,
ainsi que des statues
non encore
de la paroi
54
effet plus
en
tempéré que tropical. Le sol volcanique est
très perméable et il n’existe pas d’eau en
détachées
rocheuse.
LE PEUPLEMENT DE LA POLYNÉSIE ORIENTALE
Les données
de
la
linguistique et de
l’archéologie montrent que le premier peuple¬
ment de l’île est plus ancien que ce qu’en disent
les traditions.
11 doit remonter
aux
années
400/500 de notre ère. L’outillage est de type
“est-polynésien ancien” et ne comporte en
particulier pas les herminettes à épaulement,
plus tardivement apparues en Polynésie
centrale.
Ces
données situent
mêmes
aux
Marquises l’origine du premier peuplement
mais
avec
des étapes intermédiaires
probables, dont Mangareva.
L’évolution culturelle
Après son expédition archéologique à l’île de
Pâques (1955-56), T. Heyerdahl divisa la
préhistoire de l’île en trois périodes : l’une,
ancienne, de 400 ap. J.-C. à 1100 ap. J.-C., où
l’on construit les premières plates-formes
cérémonielles de l’île
;
les ahu, non
encore
surmontés de statues. La période intermé¬
diaire (1100 à 1680) est surtout caractérisée
par le développement quantitatif et archi¬
tectural des ahu et l’élaboration de statues de
plus en plus gigantesques (les moai), taillées
dans
la
carrière
du
Rano
Raraku
et
transportées à travers l’île pour être dressées
sur les ahu. La plupart de ces moai sont coiffés
d’un énorme cylindre de tuf rouge qui
provient d’un autre volcan : le Puna Pau. A la
fin de cette période intermédiaire, on compte
300 ahu tout autour de l’île (où l’habitat est le
plus dense), soit, en moyenne, un tous les 70
mètres. Les moai qui les surmontent (600 au
total), sont au nombre de 1 à 16. 11 en existe
également 70 qui sont dressés sur les pentes du
Rano Raraku et 299 y sont restés en divers
états d’achèvement. La dernière période ( 1680
à 1868) est celle de la décadence de la civilisa¬
tion pascuane. Elle débute avec la guerre
légendaire des “longues” et des “petites
C’est au cours des
travaux sur le site de
Nau Nau que les
archéologues ont
découvert que les moai
oreilles” qui aurait conduit à l’extermination
des premiers dans le fossé de Poike, long de
3 km et qui sépare la presqu’île du même nom
du reste de l’île.
La distinction d’une période ancienne et
période intermédiaire paraît
aujourd’hui mal fondée et l’on croit davantage
à une évolution continue de la préhistoire
pascuane, depuis les origines jusqu’à la
période de décadence. Celle-ci est au contraire
bien réelle, à ceci près que le fossé de Poike
n’avait pas de fonction défensive et qu’il
s’agissait plus sûrement d’une suite de longues
dépressions creusées pour abriter du vent les
plantes qu’on y cultivait.
d’une
Un pays sans arbres...
Les
premiers découvreurs européens furent
étonnés par le nombre et le gigantisme des
moai dressés sur les ahu. Le plus grand d’entre
avaient des yeux.
sclérotique est en
La
corail blanc et l'iris est
formé d'un disque de tuf
rouge (ou d’obsidienne
en ce qui concerne
d’autres moai). Placé
dans une fente
aménagée à l’arrière de
la sclérotique,
l’iris était
mobile. L’ensemble était
placé dans une orbite
creusée à cette fin lors
du dernier finissage de
la statue (diamètre de
l’iris : 10,5 cm ; longueur
de la sclérotique :
35,5 cm).
L'ahu Nau Nau dans la
baie d'Anakena après sa
restauration (1978). Au
premier plan, la rampe
pavée qui domine la
grande cour de réunion.
Une seconde rampe
conduit à ia plate¬
forme sommitale de
\'ahu où sont dressés
sept moai. Trois n'ont
pu être entièrement
restaurés. Quatre sont
surmontés d'une
coiffure de tuf rouge ;
leur différence déformé,
comme celle des motifs
gravés sur le corps, et
aussi les peintures dont
certains étaient revêtus,
permettaient
probabiement de
préciser la personnalité
ou la fonction de chaque
ancêtre ainsi représenté.
Le site d’Orongo domine
la mer du haut d'une
falaise de 200 m. Au
premier plan, un
ensemble de
pétroglyphes
représentant l’homme-
oiseau et le dieu
Makemake. En face, sur
le plus grand des îlots,
le Motu nui, des hommes
guettaient le début des
pontes printanières des
le
premier, apportait un
oeuf au village,
permettait à son maître
sternes. Celui qui,
de devenir le souverain
de l’île jusqu’au
prochain printemps. Le
pouvoir de ces chefs
annuels ne fut
cependant jamais
suffisant pour ramener
la paix dans l’île.
55
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
eux, sur \'ahu Te Pito Te Kura, dans la baie de
la Pérouse, mesure, avec sa coiffure, plus de
12 m de haut, et son poids est estimé à 30
Même si les ancêtres des Pascuans
avaient été capables de tailler ces colosses de
tonnes.
pierre (ce dont certains doutaient), comment
avaient-ils pu les transporter à travers l’île et
les jucher sur les ahu, sans rouleaux ni leviers
de bois pour les mouvoir ? Il n’y avait pas
d’arbres en effet, et seulement quelques
arbustes rabougris à l’arrivée des Européens.
Les récentes analyses polliniques effectuées
par le Dr. Flenley ont montré qu’il n’en était
pas ainsi aux temps anciens et qu’en l’an 1000
de notre ère, l’île était très boisée. Cependant,
le nombre des arbres diminua rapidement,
l’homme les exploitant plus vite que la nature
ne pouvait les renouveler. Le
“mystère” du
transport et de l’érection des moai se trouve
donc ainsi quelque peu dissipé et l’on
comprend mieux, aussi, le drame qui allait
ébranler la société pascuane à la fin du XVIP
siècle. On pouvait en effet pallier le manque de
bois d’œuvre pour construire des habitations
utilisant des arceaux fichés dans les trous
d’un soubassement en pierre et recouverts de
en
chaume, ou les construire entièrement en
pierre, ou encore utiliser des abris naturels.
Mais il était impossible de construire des
pirogues de haute mer qui auraient permis à
beaucoup de quitter une île devenue trop
peuplée, et d’autant plus que, là comme
ailleurs et sans doute davantage, le “petit âge
glaciaire” avait commencé à gêner sérieuse¬
ment une horticulture déjà fragile,
malgré
l’aménagement de jardins semi-enterrés.
La Un d’une civilisation
polynésienne
Deux siècles de décadence vont suivre un
millénaire d’épanouissement de la civilisation
pascuane. A la fin du XVIL siècle, l’activité
des sculpteurs cesse au Rano Raraku puis, peu
à peu, tous les moai dressés sur les ahu sont
renversés de leur piédestal (le spectacle est tel.
lors du passage de Cook en 1777, que le
naturaliste Forster pense à la possibilité d’un
cataclysme
volcanique).
On
intensifie
la
fabrication des javelots, des pics armés d’une
pointe d’obsidienne (mata'a). Le canniba¬
lisme se développe. Les guerres inter-tribales
ravagent le pays et les cultures, augmentant la
disette. Le culte de l’homme-oiseau se déve¬
loppe au village cérémoniel d’Orongo comme
pour tenter d’établir un nouvel ordre social
fondé sur l’autorité de la classe des guerriers et
non
plus sur celle des chefs traditionnels qui
n’avaient
su remédier à la famine et aux
troubles sociaux. Cette dernière période se
termine en 1868, avec l’installation des
premiers missionnaires. En fait, la fin de la
civilisation pascuane date du rapt de 1862 : un
millier
d’hommes
furent
emmenés
en
esclavage au Pérou, parmi lesquels le chef de
l’île et les détenteurs des traditions orales.
C’est ainsi que nous ignorons toujours, entre
autres, le sens des tablettes gravées utilisées
par ces récitants qu’étaient les
Rongorongo.
Le village cérémoniel
d’Orongo comprenait un
ahu et 47 maisons de
pierre. Elles sont
construites en dalle de
lave, avec un toit en
encorbellement
recouvert de terre.
L’intérieur est peu élevé
(1,50 m) et les dalles
inférieures des murs,
verticales, sont ornées
de peintures et de
pétroglyphes. On s’y
abritait pendant les
semaines où l’on
célébrait, ici, le culte de
l'homme-oiseau.
L’un des rochers gravés
du site d’Orongo. Deux
hommes-oiseaux
tiennent en main un
œuf de sterne. Audessus d’eux, le masque
du dieu Makemake, dieu
des “habitants de l’air’’
et protecteur des
oiseaux nichant sur le
Motu nui.
Soubassement de case
au centre cérémoniel de
Tahal. Des pierres bien
équarries et percées de
trous forment un oval
très allongé. Les trous
retenaient les éléments
d’une carcasse faite de
baguettes de cordyline.
Celle-ci était recouverte
de nattes et de gerbes de
joncs. L’ensemble
56
ressemblait à une
pirogue renversée. Un
petit pavage précédait
rentrée de la case. Ces
constructions étaient
parfois très grandes.
La Pérouse en visita
plusieurs en 1786 : l’une
pouvait abriter 200
personnes, une autre
était longue de 108 m.
4 Les marae
fifi
Les marae étaient la sainteté et la gloire du pays. Ils étaient l’orgueil des Archéologie
populations de ces îles. Les ornements du pays étaient les marae. Ils étaient les
palais présentés aux dieux...” (T. Henry).
Le terme marae, ou malae, fait partie du vieux vocabulaire polynésien. Il désignait
une place publique, réservée aux activités sociales et religieuses de la communauté.
C’était aussi un lieu intermédiaire entre son territoire et le monde extérieur : on y
accueillait les étrangers. Des constructions y étaient souvent associées : cases des
prêtres, case de réunion. Il en était encore ainsi, à l’arrivéé des
Européens, dans plusieurs régions de la Polynésieet jusquedans les îlots polynésiens
isolés en Mélanésie et à la frontière de la Micronésie. Un endroit particulier était
réservé aux pratiques religieuses ou divinatoires plus secrètes, soit près ou dans
l’espace du marae, soit très à l’écart de la vie communautaire, comme le tahua des
ancêtres et des
Maoris. Il devait en être ainsi à Tahiti et dans les îles voisines, avant que n’apparaissent
grands marae d’un genre nouveau, tabous et réservés aux activités religieuses,
une cour (tahua) pour les vivants (chefs et prêtres) et un espace, terriblement
sacré, le ahu réservé aux puissances de l’au-delà (dieux et ancêtres) appelées à
participer aux cérémonies. L’ensemble de la communauté avait toujours sa place de
réunion sur un autre tahua, mais qui n’appartenait qu’au monde des vivants et que tout
un chacun pouvait fréquenter. C’est de ces marae particuliers qu’il sera ici question.
Au cours des temps, certains de ces marae devinrent des monuments
considérables, et qui firent l’admiration des premiers visiteurs européens. D’autres
étaient plus modestes. Leur importance variait en effet aveccelledesgroupessociaux
qui les édifiaient. T. Henry, qui publia les informations recueillies parson grand-père le
missionnaire J.M. Orsmond en 1824 et 1834, distingue six classes de marae. La
première concerne le maraêXaputapuajea édifié âOpoa (Raiatea) et dédié à’'Oro) dieu
de la guerre. Il est dit'^Tnrê^ation^” parce que les cheffgries-ée plusieurs archipels se
rattachaient à lui. La^conde regroupe les marae “nfflonauxj pourvus d’un grandprêtre (tahua pure rahi), associés à un prince (ari'i) important (grand-chef, roi) : on
poLivaîky,faire des sacrifices humains. Ensuite viennent les maraeCjocaLj^)OU marae
(fnafa’e/na^correspdrîgarvt à des~3Tstricts ou des vallées soumis à un chef (ari’i). Ils
efàïënTpôIîrvus, également, d’TJrfgrand-pretre, mais on ntl pdüvairÿTaire dTfhmolation
d’humains ; à ces marae étaiênt attachés les
tjjxes^ les généalogies des famliifia_de
chefs et de la noblesse du pays. Les maraé^miÏÏàuxiouAtïïcèsUauîrii'ff/ara^'Tr/jPP-ngJ
êtaréntTqttafrt-à-etwrérrgés safTes terres appartenant a chaqu^ejamille, lêiTTornsTieréditai'res de la famille étantattachês'ao'mafae. Lesjvarae t(Soc\àû^ymarae o te va'a
mata'eina’a) ou rnarae deSirala mata’e/na’a, c’^st-à-’dTre qe jians7~éfàient dédiés à des
“dieux de première classe” et faisaient des-peputations'concernées de véritables
“communautés”. Enfin \es marae des Spécialistes ydocteurs, constructeurs de
pirogues, pêcheurs ...) se ra'pportaierit â'ces groupessociaux ainsi placés à part de
l’organisation générale.
ces
avec
L’ouvrage de T. Henry, les relations des
premiers voyageurs européens et d’autres
textes ethnohistoriques, nous permettent de
comprendre le rôle et l’importance sociale et
religieuse des marae, comme de savoir la
nature des cérémonies qu’on y effectuait, mais
il existe relativement peu d’illustrations
figurant ces monuments anciens. Les recher¬
ches archéologiques ont cependant permis de
retrouver leur ancienne configuration. En
effet, si presque tous les marae ont été détruits
dans
les
zones
côtières où s’est concentré
contemporain, il en existe encore
l’habitat
ailleurs, et notamment dans l’intérieur des îles
hautes, peu à peu déserté après l’arrivée des
Européens. En étudiant ces ruines, l’archéo¬
logie peut préciser l’ancienne architecture de
ces monuments, leur typologie et leur chrono¬
logie, et compléter ainsi les informations de
caractère ethnohistorique.
Premières recherches aux îles
de la Société
En
1925, K.P. Emory entreprenait la pros¬
pection des
îles de la Société pour en
inventorier les sites anciens et, en particulier,
les marae. 11 en repéra plus de deux cents qu’il
mentionna dans
une
publication en 1933. 11
proposa également une classification des
marae fondée sur leurs caractères architec¬
turaux.
Les plus simples d’entre eux ne
comportent qu’une ou plusieurs pierres
dressées, entourées ou non d’un petit pavage.
s’agit probablement de la survivance d’un
très ancien et propre aux
familles
les
plus humbles. Les marae
11
type de structure
Pierres dressées des ahi'
Pierres dressées pour les
A
M
Pierres-dossiers pour ies
officiants.
A
ancêtres.
Petite plate-forme très
fréquente à droite ou à
gauche de \'ahu des
marae de type intérieur.
Elie est surmontée d'une
pierre dressée. Peut-être
s'agit-il de l'ava'a qui,
selon T. Henry, servait de
"reposoir” au dieu
tutélaire.
Cour du marae ihohoatua
(“où l'on appelle les
dieux”) ou tahua. Elle
peut être revêtue d'un
pavage (paepae),
entièrement ou
partiellement. Son espace
est d'autant plus sacré
s'approche de l'ahu.
Ahu.
C'est l'endroit le plus
sacré du marae, où
siègent les ancêtres et les
dieux. Sa façade est le
ahu mua : le devant de
\'ahu {mua signifie
également "résidence des
chefs").
Mur d'enceinte
:
pa
(défense) ou patu (mur).
■
Exemples de marae de
types “intérieur" (A),
“intermédiaire” (B) et
“côtier” (C) d'après
K.P. Emory.
Ils ont en commun une
plusieurs
pierres dressées, une ou
plusieurs pierres-
cour avec
dossiers. Trois autres
pierres sont dressées
devant la façade de l’ahu
et, parfois, à l'arrière de
\'ahu pour ce qui est du
type “intérieur”.
Ce sont essentiellement
la position et la forme de
\'ahu qui différencient
les trois types. En A
comme en
B, il s'agit
d'une simple plate¬
forme lithique, mais en
A elle est isolée des
limites arrière et
latérales de la cour,
tandis qu'en B elle est
accolée à la limite
arrière. Le type “côtier"
possède un ahu à
degrés, et qui est jointif
des limites arrière et
latérales de la cour ;
souvent le premier degré
confond, sur trois
côtés, avec le mur
se
d’enceinte.
Tous les marae, quelque
soit leur type, sont des
constructions en pierres
sèches.
57
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
dits sont des constructions
beaucoup plus importantes et qui comportent
toutes un ahu (une plate-forme lithique, dans
le cas le plus général), précédé d’une cour
rectangulaire, pavée ou non. Aux îles du Vent,
proprement
les marae sont le plus souvent entourés d’un
D’autres caractères conduisent Emory à
mur.
distinguer ces marae de ceux des îles Sous-leVent.
Ces
derniers
comportent
une
cour
rectangulaire pavée mais non enclose, et un
ahu en forme de parallélépipède rectangle très
allongé, constitué d’un entourage de grandes
dalles taillées dans du grès de plage et plantées
verticalement, et d’un remplissage interne fait
de morceaux de coraiE Une ou plusieurs
.
pTèrres—étêtcTtt dresseéT"dans la cour, sur
lesquelles s’appuyaient les officiants, et
d’autres parfois, le long de Vahu et qui étaient
probablement celles des ancêtres. Tous sont
situés à proximité de la mer.
Les
marae
des îles du Vent sont diffé¬
Emory en distingue trois grandes
catégories : les marae “intérieurs”, “côtiers” et
“intermédiaires”. Les termes qui qualifient ces
trois catégories ont été choisis pour des
raisons à la fois géographiques et chronolo¬
giques. Emory n’avait en effet rencontré les
premiers que dans l’intérieur des îles, et les
seconds
en
bord de
mer.
Quaht aux
rents.
Nouvelles recherches
On
n’explique plus, aujourd’hui, la stratifi¬
cation
sociale des îles de la Société par
l’arrivée de migrations successives dominant,
chacune,
les
populations
antérieurement
installées. Une telle stratification existait déjà
dans
les
équipages des pirogues qui
s’aventuraient sur l’océan, elle était conservée
troisièmes, dits “intermédiaires” et peu
nombreux, il les avait remarqués aussi bien
sur la côte que dans l’intérieur des terres et leur
dans les îles que l’on colonisait, puis se trans¬
seraient
américaines, françaises et néo-zélandaises se
plan combinait des caractères propres aux
deux types précédents. Ces derniers marae
témoins d’une évolution
architecturale entre ceux du type “intérieur”,
les plus anciens, et les marae de type “côtier”,
édifiés par la classe sociale supérieure, celle
ainsi
les
des ari'i, dont l’installation aux îles du Vent
serait la plus récente.
formait, plus ou moins et peu à peu, au fil des
temps. Cette évolution interne peut expliquer
celle des marae. Depuis les années I960,
plusieurs missions archéologiques
sont
consacrées à l’étude typologique de ces
dans l’organisation
spatiale des anciens habitats. Elles ont en par¬
ticulier contribué à nuancer la typologie
établie par K. P. Emory. Notons d’abord la
monuments et à leur place
Appareil “côtier” : mur
de l’enceinte B du marae
Marae Ta'ata.
L’effondrement d’une
TIAREI
••X
(MEIHITI)
./
/
MMiAmA
(Ahu/re)
/
partie du parement
laisse apparaître le
blocage et la
maçonnerie interne.
\
)\
\
^ ^ /
•
marae
1 Marae Ta’ata
2 marae de Arahurahu
3 marae Mahalatea
plates-formes
de tir à l’arc
pétroglyphes
autres sites
blocage inter.nej^
Le parement non
“côtier” est constitué de
blocs rocheux non
taillés. Ce mode
d’appareil dit “irrégu lier”
fut largement utilisé
dans la construction des
marae.
assise de
soubassement
(dalles de calcaire
corallien ou basaltiques
blocage
interne
assise de
soubassement
58
soigneusement équarries)
dalles de couronnement
LES MARAE
découverte de marae “intérieurs” de type
tahitien dans les montagnes des îles Sous-le-
Vent, et de marae de type “côtier” dans l’inté¬
rieur de Tahiti et de Moorea. Ici, la variété
architecturale des marae est telle qu’il est
impossible d’en établir une typologie simple¬
ment tripartite. 11 semble au contraire
qu’à
partir d’un modèle des plus simples : une cour
rectangulaire et un aHu, chaque clan ait tenu à
affirmer son originalité, voire sa suprématie,
en donnant à son marae des caractères
parti¬
culiers, ou en lui conservant, au contraire, une
allure plus ancestrale : celle du type “intérieur”
d’Emory par exemple, encore en usage à
l’arrivée des Européens. Mis à part cette
complexité remarquée dans l’évolution archi¬
tecturale des marae, plusieurs faits sont
aujourd’hui établis. Ce type destruéturea pris
naissance aux îles de la Société et au plus tôt
vers
répandu dans les archipels proches :
Tuamotu, Australes, Cook et jusqu’à Necker
et Nihoa aux îles Hawaii (mais non ailleurs en
Polynésie orientale). Des innovations particu¬
lières caractérisent les marae de ces différents
archipels mais le fait constant est la présence
de pierres dressées, plus ou moins nombreuses
dans la cour et la zone de l'ahu. Aux îles du
Vent, quelques ahu de type “côtier” en sont
dépourvus,
les
(planches
sculptées)
qu’il en
soit, ces marae “côtiers” sont également
caractérisés par le mode d’appareillage du
parement de Vahu et des murs. Comme le
pensait Emory, ce type de marae est le plus
récent aux îles du Vent sans que les anciens
types d’architecture, très variés, n’aient été
unu
étaient peut-être leur substitut. Quoi
pour autant abandonnés.
le XllE siècle de notre ère. 11 s’est ensuite
2,70 m
Coupe transversale de la
façade de l’a/ru du marae
ci-contre. Le troisième
degré est
exceptionnellement
élevé et son parement ne
semble pas avoir été
réalisé en appareil
“côtier", contrairement
deux degrés
inférieurs et au mur
d'enceinte. L'ensemble
du marae occupe une
surface de plus de 533 m^.
aux
blocage.
150 cm
parement
Interne
Coupe transversale du
de l'enceinte B du
Marae Ta’ata à
Tahiti. Les murs sont
constitués de deux
mur
marae
COUR
parements. L’espace
DU MARAE
S; COUR
intérieur est un blocage
fait de terre et de
pierrailles. Dans le cas
d’un appareil “côtier",
peu stable, ia structure
est consolidée par une
pavage de la cour
maçonnerie interne. Ici,
Page de gauche :
Dans les marae de type
“côtier”, le parement des
d’enceinte et de
\’ahu est généralement
constitué d'une
murs
première assise de
dalles quadrangulaires,
plantées sur chant. Elle
est surmontée de
plusieurs assises
régulières, composées
de pierres oblongues
disposées en boutisse.
Celles-ci étaient
choisies, pour leur
forme, dans le lit des
assise de
soubassement
rivières et même,
assise de
soubassement
parfois, taillées au
gabarit souhaité. Les
angles extérieurs sont
des blocs,
monolithiques ou non,
très soigneusement
équarris. Le sommet de
ces
parements est
souvent couronné d'un
alignement de dalles
posées à plat. Ce mode
d’appareil, très
particulier, se retrouve
dans quelques marae
et le cas est fréquent,
seul le parement externe
est de type “côtier”,
l'autre est "irrégulier”.
Au-dessus :
L'un des marae de type
“côtier” de la vallée de
la Vaiote à Tahiti
(Tautira).
Vahu du petit marae
de Farepaiti à Ralatea
mesure 0,76 m de haut,
L’aftu de ce marae est en
grande partie ruiné par
la végétation et les
1,50 m de large et 7,60 m^
de long.
débordements de la
Vaiote. On distingue, au
^
premier plan et à droite,
T'une des pierres d'angle
de Vahu : sa longueur est
de 114 cm et son poids
d'environ 400 kg.
de type non “côtier".
L’ahu du marae Aninl
à Maeva (Huahine)
L’afiu du grandmarae
Nonohaura d'Anau
(Bora Bora) mesure
3,05 m de haut, 3,05 m de
large et 30,50 m de long.
La cour est pavée.
39,30 m de
longueur et 6,40 m de
mesure
largeur. Le premier
degré de l'ahu s’élève à
2,44 m et le second est
d’une hauteur de 0,91 m.
Marae des îles Sous-le-
Vent, d’après
K.P. Emory. Ils sont
caractérisés par un ahu
long, étroit, et très élevé,
fait de dalles en grès de
plage plantées
verticalement et
délimitant un
parallélépipède
rectangle dont l'intérieur
est comblé à l'aide de
pierrailles. Des pierres
basaltiques sont parfois
utilisées pour compléter
et régulariser la hauteur
des dalles. Deux grands
de Huahine
marae
comportent un ahu à
deux degrés : les marae
Manunu et Anini.
Ils comportent souvent,
dans la cour, des
pierres-dossiers, plus
rarement des pierres
dressées, et, au pied de
Vahu, une petite plate¬
forme qui serait Vava'a.
59
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
Les esprits
et les dieux
les oiseaux (telle la frégate pour le dieu ’Oro),
le requin bleu pour le dieu Tane, les anguilles,
“images”
Dans la société tahitienne de la fin du
XVIII'
siècle, celle que nous connaissons le
mieux à
cause
de la relative abondance des
la religion paraît occuper, de l’avis
observateurs (Bougainville, Morrison),
des tenants de la tradition (Teuira Henry,
sources,
des
Marau
Taaroa)
ou
Les to'o étaient des
fabriquées en pierre, bois ou
vannerie plus ou moins anthropomorphes ou
zoomorphes, dans lesquelles le dieu pouvait
être
présent lorsqu’on l’invoquait pour
communiquer avec lui. Ce pouvait être un
simple cylindre, mais accompagné de plumes
rouges ou jaunes, soit attachées, soit placées à
l’intérieur et qui constituaient l’emblème
les pieuvres géantes, etc.
des savants
(E.S.C.
Handy, Douglas Oliver), une place préémi¬
nente. Il existait pour les Tahitiens (mais ceci
est valable non seulement pour l’aire culturelle
tahitienne mais pour les Tuamotu, les
Marquises et les îles Australes), une multi¬
essentiel de la divinité.
représentations des esprits
étaient constituées par ce qu’on appelle les ti'i
(tiki en marquisien). 11 s’agissait de figures
anthropomorphes sculptées dans le bois ou la
D’autres
tude de dieux (atua) ou esprits que les Poly¬
nésiens
faisaient
régner dans
un
monde
différent, ces atua comprenant les atua i te rai
(les dieux du ciel), les ‘oromatua (fantômes)
qui sont les varua (esprits, âmes) actifs des
humains décédés, enfin les atua ta’ata (litté¬
ralement : dieux-hommes) qu’on peut traduire
par demi-dieux.
Les humains et les esprits existaient dans
des sphères (piha, littéralement : pièces d’une
maison) différentes de l’univers, les humains
dans le ao (te ao nei, le monde d’ici-bas, ao
signifiant aussi le jour, la lumière du jour), les
esprits dans le po (nuit, ancien temps, monde
des ténèbres, enfer selon
Mgr Tepano
Jaussen). Selon les Tahitiens, les esprits et les
humains formaient une même société, de sorte
qu’il y avait entre eux des interactions : les uns
et les autres avaient les mêmes aspirations et
étaient guidés par les mêmes motifs. Les
Tahitiens voyaient les esprits comme euxmêmes, mais les esprits étaient plus mobiles,
plus versatiles .et aussi plus puissants (mana)
que les humains et ils possédaient plus de sacré
(ra’a) que ces derniers.
Les dieux et leurs demeures
Laissons de côté les 'oromatua qui étaient les
âmes fvarwaj détachées des corps ('r/nojaprès
(mate, pohe) et qui pouvaient (et
peuvent toujours) devenir mauvaises (varua
’ino, esprit maléfique, mauvais esprit), et les
demi-dieux, compromis entre les hommes et
la mort
les dieux, et occupons-nous de ces derniers, les
atua i te rai (dieux du ciel) qui avaient affaire
avec
les marae.
Les atua i te rai - c’était vrai d’ailleurs
aussi des 'oromatua - pouvaient revêtir trois
formes : être une espèce animale, végétale ou
minérale, par exemple un requin (le requin est
un dieu) ; être changé ou transformé occasion¬
nellement en un animal, plante ou minéral,
par exemple en requin ; enfin le dieu pouvait
être temporairement dans le requin ou le
requin pouvait être possédé par le dieu. Les
Tahitiens distinguaient deux sortes de mani¬
festations des dieux : les ata et les to'o. Leso/a
(aujourd’hui : nuage, ombre, reflet d’un objet
ou un miroir) étaient des objets
dans l’eau
animés ou inanimés considérés comme l’incar¬
nation du dieu
en
lequel on l’avait invoqué
pour qu’il y entre. Chaque dieu avait une pré¬
dilection pour une espèce naturelle : ainsi, la
pierre, incarnation de Taaroa (un grand
rocher de basalte dégagé par l’érosion par
exemple), les arbres près du marae, les lézards.
60
Ce ti’i (hauteur : 33 cm)
provient de la collection
Forster. Il a été
recueilli au cours du
passage aux îles de la
Société (1773-1774) des
navires Resolution et
Adventure, lors du
second voyage de Cook.
pierre, soit par celui qui désirait s’assurer les
services de ce ti'i, soit par des spécialistes ; la
personne qui avait recherché les services de ce
ti'i priait et faisait les offrandes nécessaires
pour qu’un esprit veuille bien y entrer. D’après
D. Oliver, la sorcellerie était la principale
de service accomplie par les ti’i et
consistait, soit à détruire la victime désignée
aux esprits
(par capture de son âme ou
sorte
ses organes vitaux), soit à
protéger les associés humains de ces esprits.
destruction de
Les
ti’i
étaient
conservés
dans
les
particuliers. 11 en était ainsi,
également, pour certains to’o, mais pour la
plupart, ces derniers étaient déposés sur le
mprae consacré à l’esprit qu’ils représendemeures des
LES MARAE
taient
;
ils
y
étaient conservés dans des
maisons sacrées ou maisons des trésors sacrés,
appelées fare ia manaha, avec d’autres acces¬
soires sacrés tels que tambours et conques
marines utilisés sur le marae. Le personnel
subalterne du marae dormait à l’occasion
dans ces abris. Les to’o les plus importants
étaient conservés dans des fare atua (littéra¬
lement : maisons des dieuxL réceptacles placés
iajnàrîSfia^i appelés
à l’intérieur des &hnfîare
“arches” par T. Henry
par réminiscence
biblique. Ces fare atua avaient des noms, par
exemple “Lit du seigneur Taaroa” pour celui
d’une “image” du dieu Taaroa. Quand, à cause
d’une cérémonie
ou lors d’une guerre pour
renforcer l’ardeur des fidèles au combat, on
devait déplacer le to’o, on le transportait dans
son “arche” à bord d’une pirogue consacrée
dans des prières et des sacrifices au marae, les
pour lui et appelée va’a roa i te mata'i (longue
anciens ornements de to’o, les personnes et les
noms des tenants de titres familiaux de haut
poupe étaient décorées de ti’i sculptés.
Dans les rapports entre les humains et les
tradition faisait descendre directement des
dieux. Les esprits et les humains variaient
pirogue dans le vent), dont la proue et la
dieux, intervenait la notion centrale de ra’a
(sacré) à laquelle étaient liées les notions de
mo’a (sainteté), noa (non sacré, profane), tapu
et
rahui
pouvoir).
(interdits),
mana
(puissance,
rang qui étaient ari’i (princes, rois) et que la
considérablement dans
leur possession du
sacré et du pouvoir : le dieu ’Oro, son marae,
rituel étaient bien plus sacrés que l’esprit
tutélaire d’une maisonnée de gens du peuple.
son
Il y avait une hiérarchie des dieux, d’ailleurs
variable selon les districts et les îles, qui créait
Ra’a et mo’a, noa
Etaient sacrés (ra’a) tous les esprits et tout ce
distribution inégalitaire du sacré que l’on
retrouvait entre marae respectifs et entre les
tenants de titres familiaux attachés à ces
ornements
marae : le
une
qui était en contact avec eux : l’enceinte et les
du marae, les personnes engagées
prince dont le marae était consacré à
Taaroa avait un ra’a (sacré) bien plus fort que
le chef d’une petite lignée attachée à son marae
familial. L’aîné d’un tenant de titre familial
était plus sacré que son puîné. Le corps des
tenants de titres familiaux de haut rang était
plus sacré que certains esprits inférieurs ou des
’oromatua, mais, en général, les esprits étaient
considérés
comme
plus
sacrés
que
les
humains. Le mot mo’a peut se traduire par
saint, mais selon D. Oliver, il semble admis
dans
les
textes
traditionnels
pour
un
équivalent de ra’a. Le dictionnaire de la
“Image” des dieux (to’oL
Cette pièce de bois
recouverte de fibres de
noix de coco tressées,
provient des îles de la
Société. Les to’o étaient
souvent constitués par
un
cylindrede boisou de
Pour faire
voyager le to'o, on le
(maison sacrée ou
déplaçait dans le fare
atua que l’on
transportait dans la
pirogue du dieu ou
pirogue sacrée (va'a o te
atua) qui avait son abri
(fare va'a) dans
sacrés) qui s’élevait
également.
dans le fare ia manaha
maison des trésors
dans l’enceinte du
l’enceinte du marae
livrer à des activités sacrées mais, à l’issue de
ces
activités, il leur était nécessaire de
débarrasser
de
cette
sacralité
avant
reprendre leurs activités habituelles.
noix de coco et
Tapu, rahui et mana
comportant, soit à
l’intérieur du cylindre,
soit attaché à l’extérieur,
un
bouquet de plumes
rouges, jaunes et
blanches qui constituait
l’essentiel de l’“image”.
Ce plan d’un marae
tahitien, établi lors du
premier voyage de
Cook à Tahiti, serait
selon R. Green celui
du marae de Marae
Point.
Ce dessin montre un
marae à cour pavée
et fermée par un mur
avec, à son extrémité,
un abu à degrés. On y
trouve un autel
d’offrandes (fatarau),
un autre autel à
sacrifices et une
maison des dieux
(fare atua) ; à droite,
agrandie d’un
unu :
marae.
vannerie recouvert d’un
tressage en fibres de
vue
“Maison du dieu” (tare
atua). Cette pièce de
bois (iongueur : 87 cm)
à l'intérieur de laquelle
on pouvait placer le fo’o
(“image” du dieu), était
ordinairement déposée
L.M.S. le traduit par sacré et renvoie à ra’a
auquel il donne le même sens mais que l’inter¬
prète Louis Drollet annote comme obsolète.
Étaient noa les entités qui n’avaient pas de
sacré, la plupart des hommes et la plupart du
temps, et les femmes auxquelles il était interdit
de pénétrer dans l’enceinte de la plupart des
marae, à l’exception de celles tenant de titres
familiaux de haut rang. Après une
préparation appropriée, les personnes
pouvaient entrer dans l’enceinte sacrée et se
des arbres
sacrés sont aussi
dessinés.
Tl’l ou llkl. Cette
statuette de basaite gris
(hauteur : 28 cm) a été
préievée autour d’un
marae à Tahiti lors d'une
expédition
archéoiogique
organisée par ie British
Muséum avant ia
Seconde Guerre
mondiaie.
se
de
Il était dangereux pour un humain d’être trop
près d’une entité ayant plus de sacré (ou étant
plus sacrée) que lui-même. De ce fait, cesentités étaient tapu (soumises à un interdit,
d’où est venu le mot tabou), obligées d’agir de
façon restrictive et non librement, et elles
devaient observer des rites et des pratiques
différents des usages normaux. En vue de
grandes cérémonies qui exigeaient d’impor¬
tantes quantités de nourriture, les chefs édic¬
taient, pendant un certain laps de temps
auparavant,
une
interc^ction de récolter
appelée rahui dont l’efficacité était renforcée
par des sanctions infligées par les esprits.
Mana signifie pouvoir, influence, puissance.
Ce mot qui a connu une fortune considérable
(pouvoir surnaturel, pouvoir magique, force
psychique, force divine ...) n’en est pas moins
demeuré chez les Tahitiens, selon D. Oliver,
d’usage relativement limité.
Comme on le voit, le domaine de l’audelà chez les anciens Polynésiens de l’aire
tahitienne a fait parfois l’objet
d’interprétations, sinon erronées, du moins
excessives. La richesse du domaine religieux
ne justifiait ni de voir la Polynésie à l’image de
la mythologie grecque, ni de l’imaginer selon
les vagabondages de subsconscients
culturelle
occidentaux à la recherche du sensationnel.
61
A LA RECHERCHE DES ANCIENS
POLYNÉSIENS
Cérémonies au
et être purifié par un rite d’immersion dans la
mer
marae
D, Oliver énumère les différentes façons
les humains : les présages, la divination, les
rêves, la communication par les ti'iet les lo’o,
la
possession
et
les
oracles,
enfin,
offrandes, les prières et le rituel au marae.
les
Les prières et les offrandes constituaient
toute
gamme,
une
allant d’offrandes
sans
parole, de petits morceaux de nourriture
un repas
jusqu’à des cérémonies aux
rites complexes impliquant de nombreux offi¬
avant
ciants et des offrandes considérables incluant
des sacrifices humains. Dans les "Polynesian
Researches",
le missionnaire William Ellis
écrit que :
“les rites religieux étaient liés à
presque tous les actes de (la) vie. Un
(upu)
ou prière était offert
(par les Tahitiens) avant
toutes
leurs actions : avant de manger, avant
de travailler la terre, de planter leurs jardins,
de construire leurs
maisons, de mettre leurs
pirogues à l’eau, de jeter leurs filets, de
commencer ou de terminer un
voyage’’.
Les principaux rites
Dans l’exposé sur les cérémonies dont ce texte
extrait, W. Ellis signale quelques-uns des
principaux rites qui avaient lieu au marae.
La dédicace d’un marae royal qui était
consacré par l’ascension par Vari’i (roi) de
est
X'ahu du marae.
Le rituel pour le commencement ou la fin
d’une guerre. Le raii mata vehi ra'a était un
rite de purification des souillures qui avaient
été infligées par l’ennemi lors de son incursion
des dévastations
qu’il avait commises :
temples (marae) avaient pu être démolis,
des idoles (des to'o sans doute) mutilées ou
détruites, des autels (les faiarau mais aussi
dans la pensée du missionnaire des ahu) brisés
et
les
ou
démolis.
Maui fata était un rituel pour l’érection
des autels (autels d’offrandes c’est-à-dire les
plates-formes en bois appelées /à/orau érigées
dans la cour du marae).
Pure ari’i
ou
prière du roi était
une
“cérémonie au cours de laquelle le roi recon¬
naissait l’omnipotence des dieux (et qui) était
entourée d’une pompe considérable”.
Maoa ra'a matahi, “la maturation de
l’année ou sa terminaison” (W. Ellis) était une
fête qui se déroulait au moment de la floraison
des
roseaux
;
après les rites, il y avait un
banquet “qui ressemblait à la
coutume papiste de la messe pour les âmes au
somptueux
purgatoire”.
Tarae hara, rite de réparation des péchés
commis par les prêtres : lorsque ceux-ci
avaient violé leur sainteté en faisant des
travaux
domestiques, commis des
erreurs
dans le cours des rites, accéléré le culte pour
servir
plus vite la nourriture, fait preuve de
gloutonnerie lorsqu’ils mangeaient de la tête
de cochon ou de la tête de tortue ; ces offenses
amenaient
des
malheurs
sur
le
prêtre, la
population et le pays, et, pour les conjurer, le
prêtre coupable devait reconnaître sa faute,
être puni par la réduction au statut commun,
62
alua
(W.
cette cérémonie “le rassemblement et le désha¬
billage des dieux”. Elle avait lieu au marae
“national” en “certaines occasions telles que la
consécration
roi ou de la reine, maladie ou mort d’un grand
personnage, guerre ou calamité naturelle, dl
Ellis) ou pa’i-atua
(T. Henry, D. Oliver), Teuira Henry appelle
Pae
dont se faisaient les relations entre les esprits
et
(T. Henry).
d’un
souverain,
sa
maladie
prolongée, la mise en place de la pierre de
fondation d’un marae national, des prières én
période de sécheresse ou après de grandes
calamités”.
W.
Ellis affirme que cette
cérémonie “revenait régulièrement toutes les
trois lunes... et que de grandes quantités de
nourriture étaient préparées pour la fête qui
suivait...”
J. Garanger écrit : “Avant tout destinée à
rendre les puissances d’en haut favorables aux
hommes, la liturgie polynésienne s’adapte aux
événements importants de la vie d’une famille
royale : naissance, majorité et intronisation du
s’agit
d’assurer
l’issue
favorable
d’un
événement ou de conjurer les forces hostiles
des dieux et de la nature. Cette liturgie poly¬
nésienne
s’adapte également au rythme du
calendrier. On assure par des cérémonies
l’heureux
déroulement
des
cycles
saisonniers...”.
Un rite important :
Xé^^j^aTatua^
“Que les cérémonies soient périodiques ou
accidentelles, les prêtres les faisaient toujours
précéder d’un rite particulier. 11 consistait
après le nettoyage du marae à renouveler son
ornementation et à invoquer la présence des
dieux
par
des chants appropriés...”
(J, Garanger). Cette invocation était très
importante. J, Garanger nous l’explique : “Le
Tahitien d’autrefois ne peut être accusé
d’iconolâtrie. 11 ne croit pas que'ce que nous
LES MARAE
représentations, des images, des
dieux en soit le réceptacle
permanent... Le dieu tahitien ne réside pas en
permanence dans son “support”. 11 n’y fait que
des séjours furtifs. Et c’est toute une affaire,
l’affaire des prêtres, en certaines rares
occasions, de prier le dieu de venir résider
quelques instants sur le marae, de le faire
“descendre” dans son image. Tel était le but de
la fête nommée pa'i-atua" qu’il décrit ainsi :
“L’étoile du matin s’est levée. La première
moitié du jour sera consacrée au nettoyage du
marae...
Les gardiens dépouillent les autels
nommons des
statues
de
ses
des nattes et des anciennes offrandes. Tous ces
gestes sont... scandés par les chants des prêtres
revêtus
de
leurs
vêtements
sacerdotaux.
L’après-midi, on décore le marae et ses
dépendances de lapa, de nattes, de guirlandes
de fleurs et de feuilles... En même temps, on
psalmodie des litanies. Elles énumèrent les
gloires des dieux. L’oubli d’un seul d’entre eux
peut devenir catastrophique... Le soir du
second jour approche,
le grand soir. La nuit
prêtres et gardiens se baignent et
s’habillent pour la cérémonie... Soudain, en
processions, le grand-prêtre apparaît porteur
d’une feuille de ’ape... suivi des autres
prêtres
transportant les images des dieux messagers.
Tous, les épaules nues, s’arrêtent devant Vahu,
ils supplient les dieux de bien vouloir tolérer
leur
présence... Les images des dieux
messagers sont extraites de leurs enveloppes et
symboliquement purifiées devant une feuille
de ’ape remplie d’eau... Les heures
passent
ainsi en chants et prières entrecoupés de
silences. Bientôt, le frémissement des arbres
dans la fraîcheur nocturne et le premier éveil
des oiseaux annoncent que les dieux, aidés et
guidés par les chants des prêtres ont quitté leur
lointain séjour... Le soleil sort enfin de la
mer... Les officiants vont chercher au
fare ia
manaha la petite case du dieu. La procession
s’organise vers le marae : le grand-prêtre en
prend la tête... portant, enveloppée de tapa,
venue,
Cette vue du marae
de Pare à Tahiti,
peinte en 1792 par
G. Tobin, montre
les différents
éléments
cérémoniels utilisés
lors des rites qui
avaient lieu sur un
marae
important.
A gauche,
le marae
proprement dit
avec son pavage et
différentes pierresdossiers qui
servaient aux
officiants.
Au fond et à
gauche, un ahu à
deux degrés
semble-t-il,
surmonté des
poteaux en bois
sculptés appelés
bas
de \'ahu, deux des
trois pierres
dressées
unu, avec, au
"reposoirs" des
dieux et des
ancêtres qu’on
invoquait.
Au fond, de gauche
à droite, ce qui
semble être un
petit ahu avec des
unu, un
fare
va'a ra'a ou fare
va'a O te atua
(maison de la
pirogue sacrée ou
de la pirogue du
dieu).
Devant ce hangar à
pirogue, deux
fatarau.
Plus à droite et sur
une
plate-forme en
bois, un fare atua
(maison du dieu).
Enfin, tout à fait à
droite, le fare ia
manaha, maison
des trésors sacrés.
On voit sur ce
dessin que le fare
atua, de grande
dimension, est
l’image de leurs dieux, les sorciers avec leurs
ü’i ferment la marche. Devant \'ahu, le grandprêtre dépouille de ses enveloppes l’image du
dieu tutélaire, appelée to’o. C’est une pièce de
bois taillée dans le tamanu. Elle est enserrée
dans un bouquet de plumes rouges et jaunes
fixées sur une résille de fibres de coco. Une
natte a été placée sur Vava'a rahi, le
prêtre y
dépose les enveloppes de tapa parfumées...”.
Vers le milieu de la matinée, la cérémonie se
termine, on replace des images des dieux dans
leurs enveloppes, le tout dans leurs demeures.
Les tambours résonnent, annonçant à la
population la levée des tabous. “Les feux
s’allument, chacun peut enfin parler haut, rire
et chanter en préparant le
grand festin des
dieux et des hommes,., C’est l’heure où la
population, par l’intermédiaire des prêtres,
présente les offrandes des aliments pour les
dieux... Ainsi s’achève la cérémonie... que suit
une grande bacchanale où l’on chante et l’on
festoie”.
Vue du marae de la
pointe appelé Marae
Point à Pare (Tahiti),
peinte en 1792 par
G. Tobin. Ce marae est
pourvu d’un ahu à quatre
degrés et d’un mur
d’enceinte délimitant la
cour du marae. Sur le
troisième degré de l’ahu,
“image” d’esprit,
anthropomorphe, soit
ti'i (tiki), soit fo’o
(“image” du dieu)
une
anthropomorphe. Au
pied de Vahu des unu.
Il ne semble pas que ce
soit le même que
le marae de Pare peint
par le même auteur. Ces
marae
deux dessins ont été
réalisés lors du voyage
du capitaine Bligh en
1792.
Un article de
l'archéologue Roger
Green, en 1968, établit
que le marae de Marae
Point est le grand
dédié à ’Oro et
dénommé
marae
Taputapuatea, élevé à
l’extrémité de la pointe
Utuhaihai dans le
district d’Arue. L’autre
marae
{marae de Pare)
est un marae
plus petit,
d’un type différent (à
plate-forme pavée et ahu
en surélévation au lieu
du marae à cour cernée
d’un mur et fermée sur
un côté par l'ahuj.
Il y avait en fait à Pare -
ou
plus exactement à
complètement
indépendant du
Arue -, un complexe de
marae où se trouvait
qui est en
ancestral des Pômare
fare ia manaha, ce
contradiction avec
ce que disent
souvent les
traditions.
Tarahoi, le marae
qui fut, lors de
l’expansion du culte de
’Oro aux îles du Vent,
dédié à ce dieu.
63
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
Marae et parenté
Les marae et les personnes
de haut rang
grand marae des îles de la Société érigé à Opoa
dans le sud de l’île de Raiatea.
revanche,
peu
de renseignements
relation avec les
couches inférieures de la société. On sait que
l’ancienne société tahitienne était hiérarchisée
les
marae
en
couches supérieures {ari'i
notamment) avaient des marae dont ils
portaient les titres. Ainsi, les ari'i de Varari,
sur la côte ouest de Moorea portaient le titre
Punuateraitua"
(ou
Punua-i-te-rai-atua)
attaché au
marae
Nuurua
qualifié de
“national” par Teuira Henry ; ou encore, les
et
les
que
"
Marama
du
district
voisin
de
Haapiti,
devenant ari'i d’Afareaitu, sur la côte sud-est,
prirent le titre Tepauari'i attaché au marae
“national” Umarea des ari'i d’Afareaitu ; de
foofa, grand-prêtre de Paea,
portait l’un des titres attachés au marae de
Paea, Marae Ta’ata, qui était Tauraatua-imême,
Te
Paiea, les deux autres titres étant Tevahitua-iPatea et Pimuaaitua.
Par ailleurs, les généalogies dont on nous
dit, selon les traditions publiées par Teuira
Henry, que chaque famille les conservait
jalousement,
Tahitiens
un
connaissance
étaient pour les anciens
des éléments essentiels de la
du passé et permettaient à
chaque personne de situer son rang au sein de
la société. Ces généalogies étaient apprises et
transmises de génération en génération. Après
l’adoption de l’écriture, au moment de l’évan¬
gélisation, elles furent recueillies par écrit et
constituées en cahiers ou en livres communé¬
appelés buka tupuna (prononcer pula
tupuna), livres des ancêtres. De nombreuses
généalogies sont reproduites dans l’ouvrage
de T. Henry, “Tahiti aux temps anciens”. Le
Professeur Kenneth Emory, du Bishop
Muséum de
Hawaii, en a recueilli de
ment
nombreuses autres dans les années 1920. Ces
généalogies mentionnent la plupart du temps
le marae auquel se rattachent les personnes
concernées, le lieu de leur origine venant après
le nom du marae (parfois même, le nom du
marae est le seul qui soit mentionné).
Le marae jouait donc, dans la société
tahitienne ancienne telle que nous la con¬
naissons à la fin du XVHH siècle, un très
grand rôle, tant au point de vue religieux
(relation des humains avec l’au-delà) que
social (repérage de chacun selon son rang dans
la société), du moins d’après les exemples que
nous connaissons par les traditions et qui
concernent surtout les couches supérieures de
la société, d’où la double question : qu’en
était-il pour les couches- inférieures, les
personnes autres que les ari’i et les ra’atira (ces
derniers qui étaient qualifiés de chefs ou de
propriétaires fonciers) ? Avaient-elles des
marae à l’instar de ces classes supérieures ? Ou
encore, le phénomène des marae était-il
64
titre, selon le modèle des ari’i (avec leurs
marae
ari'i, tenants de titres de rang élevé et les
cérémonies de caractère royal voire les mani¬
festations internationales à Taputapuatea, le
concernent
étant rattaché à un marae dont il détenait le
marae
La plupart des sources concernant les anciens
Tahitiens ont décrit les principaux marae,
leurs liaisons avec les princes, grands-chefs,
En
général à toute la société tahitienne, chacun
prestigieux et les titres attachés à ces
qu’ils détenaient) ?
et
On connaît ce modèle ari’i pour la raison
simple que les sources parlent essentiel¬
lement des milieux élevés de la société, soit
société tendent à montrer leur propre milieu,
que c’est autour d’eux qu’ils ont
l’expérience la plus riche concernant la société
dont ils font partie.
parce
Marae et structures sociales
assez
Un certain nombre d’éléments tendent à cor¬
parce que ce sont ces milieux que les obser¬
riger cette idée que les marae étaient l’affaire
des classes supérieures de la société.
D’une part on remarque l’extrême variété
d’emblée perçus - et non
point, dans cette société hiérarchisée, les plus
dépendants, les plus soumis, lesquels
vateurs étrangers ont
demeuraient en outre à l’arrière, au fond des
vallées, dans les montagnes -, soit parce que,
de ces milieux en relation avec les étrangers,
sont
nées les
premières traditions recueillies
par ces derniers. Or il est assez constant que les
groupes sociaux qui dépeignent à autrui leur
Marae Mahalatea à
Papara (Tahiti), dessiné
par le capitaine Wilson
1797.
Mahaiatea était ie plus
en
grand de tous les marae
de Tahiti. L'ahu, haut
d'une quinzaine de
mètres, comportait un
nombre de degrés (10)
tout à fait inhabituel. Sa
base formait un
rectangle de 21
côt^.^^
81 mètres de
L’ensemble du
monument, avec sa cour
enclose d'un mur,
couvrait près d’un
hectare. Il avait été
Tahiti
( Farepua-Vaiari)
construit par la
cheffesse Purea,
1766 et 1768, pour
reconnaître.-! a.
_
suprémâti'e
religieuse de son¬
de son fils Teril
prétentions
provo*
de formes de ces structures. Outre les grands
types de monument que l’archéologie permet
de
préciser, on trouve de nombreuses
structures
caractérisées par leurs petites
dimensions et leur simplicité : un pavage, une
plate-forme à
l’une des extrémités,
trois
pierres dressées devant cette plate-forme. Or
de telles structures rudimentaires
qui
-
LES MARAE
présentent les caractéristiques communes aux
marae plus importants et qualifiés de tels par
les traditions - sont extrêmement nombreuses
îles de la Société, beaucoup à l’intérieur,
moins sur le littoral : mais le littoral est la
aux
partie qui a le plus fait l’objet de destructions
pour la réutilisation des pierres. Toutefois,
l’abondance des structures ne permet pas à elle
seule d’en déduire la généralité du phénomène
à
toutes
les
couches
de la société,
mais
seulement son extension à une très large partie
de celle-ci.
marae" était celui qui avait le rang le plus élevé
Enfin, dans “Ancient Tahitian Society",
Douglas Oliver remarque combien l’esprit très
religieux des anciens Tahitiens nécessitait
communauté familiale considérée : D. Oliver
accrochée la généalogie du propriétaire.
pour eux la présence à proximité de leur
habitat de structures propres à permettre la
communication avec les esprits. Tout Tahitien
(et avec lui tout le groupe familial dont il fait
partie) ayant un esprit tutélaire nécessitant un
le prier, il s’en suit que chaque
devait correspondre à une
communauté familiale (kin-congregaiion)
constituée des descendants, par les règles de
marae
pour
marae
“Tahiti aux temps
anciens”, le phénomène apparaît comme
général à toute la société, qu’il s’agisse du
caractère familial d’une catégorie de marae,
des titres et des généalogies attachées aux
marae ou des terres dont la propriété résultait
D’autre
de leur rattachement à tel marae auquel était
part, dans
parenté, du fondateur du marae et dont l’aîné
vivant
selon les règles - détenait le titre de
-
parenté (kin- Titles) qui lui donnait le droit au
marae, droit concrétisé par celui de porter son
titre. Le titre de parenté qui donnait “droit au
parenté précisée par l’auteur, génération par génération
descendance donnée par l’auteur sans précision des générations
15. Teriimana ou Temana.
III
16. Marama.
17. Piharii.
Tahiti
18. Tupuoroo.
■\!^^.19. Tefeau.
parle, à propos des principaux ari’i des îles
(ari'i nui, ari'i rahi) de Highest-ranking kinTitles (titres de parenté du rang le plus élevé).
A côté de l’organisation classique en
classes
ou
ordres hiérarchisés de l’ancienne
société tahitienne (ari’i : rois, princes, grandschefs ; ra’atira : chefs, propriétaires fonciers ;
manahune : dépendants - énumération volon¬
tairement très
schématique), D. Oliver
propose
un
ancienne,
modèle d’organisation sociale
fondée
extraite la généalogie II.
Arii Taimai descend
détenu par
l’ancêtre de la lignée) et
sur leur descendance en
de Moorea (marae
Marae Tefano) dont elle
présente la généalogie I
est fille d'Arii Taimai, des
Mémoires de lequel le est
23. Terii-ehira-i-te-rai.
24. Terii-o-Marama-i-te-tauo-o-te-rai.
26. Tetupuaiura-o-te-rai, Tetupai-ura-Marama
28. Taauaitatanuurua.
est, au niveau 31, la
trisaïeule et au niveau 32
la bisaïeule.
Dans la généalogie I, les
Marama se raccrochent
au marae ''national"
Nuurua de Moorea (et
donc avec l'ambition du
titre d'ari'i r}ui lié à ce
(alliance avec 33 sœur
de 34, personnage
détenteur du titre
29. Marama-Tepau-arii-i-Umarea.
Fareia Nuurua
"Punua-i-te-rai-atua" ou
Punuateraitua sur ce
(Varari)
32. Marama-i-te-tauo-o-te-rai.
33.
Farepua de Vaiari
(Papeari) et des Marama
descendante issue du
titulaire de Nuurua) et 32
27. Punuateraitua.
31. Marama.
(entre autres) des Teva
de Papara, lesquels
descendent du marae
marae) à deux niveaux,
des personnages 13 (un
frère qui s’allie à une
25. Punuateraitua.
30. Punuateraitua.
de
Marae et descendance.
Les droits des ari'i sur les
districts se fondent sur
la connexion de la lignée
dont ils sont originaires
avec le marae du district
ligne directe depuis cet
22. Terii-mana-i-te-rai.
notion
pouvoir politique.
ancêtre.
Marau Taaroa, qui
21. Te-vahine-rere-atua.
la
titres familiaux qui leur sont attachés, liant
ainsi le système de parenté au système d’orga¬
nisation religieuse et à l’émergence d’un
(en vertu du titre du
d’après Terii Vahiné
sur
communauté familiale liée aux marae et aux
marae
Marama
•20. Punuateraitua.
(l’aîné parmi les lignées aînées) au sein de la
Nuurua). Mais du
point de vue des droits
Nuurua, c’est le
personnage 34 qui en
marae
Tefeao.
sur
34. Punuateraitua.
demeure le titulaire,
détenant le titre sur
d’après Arii Taimai
Nuurua, son marae
ancestral et le marae
Adams)^»
principal du district de
Vaiari, donc étant l’anV
Reconstitution
graphique du marae
Mahaiatea par K. P.
Emory, fondée sur les
INÈRATIONS
informations de J. Cook,
J. Banks et J. Wilson. A
partir de 1865, ce marae
déjà grandement
délabré, servit de
carrière, d’abord pour la
construction d’un pont
à l'embouchure de la
rivière Taharu’u, puis
pour fabriquer de la
chaux à partir de ses
matériaux coralliens. Il
n'en reste aujourd’hui
qu’un petit monticule
informe, limité au nord
par la seule portion du
parement nord de l'ahu
qui a pu être restaurée.
(chef) de Varari. Le
descendant de 32 et 33,
un Marama n’aura (par
sa mère) que des droits
seconds sur ce Nuurua
convoité (pour le titre
d'ari'i nui, chef suprême
de Moorea qu'il pourrait
conférer).
Il faut noter également
dans cettegénéalogie, le
"balayage” par les
ancêtres de marae
importants aux îles de la
Société (ex. Matairea à
Fluahine, Ahurai à Faaa,
Umarea autre marae
“national” à Moorea).
Dans les généalogies II
et III, le bouclage
Marama-Nuurua est
renforcé par une double
alliance aux niveaux
18-19-20 et des
descendants 30 et 31.
Dans la généalogie II, on
Insiste aussi sur la
connexion avec
Punaauia (référence au
marae Te Ara o Tahiti
ou Tahiti dit encore
Punaauia) et dans la
généalogie III, sans
négliger Punaauia, on
établit la descendance
depuis le marae
Farepua.
65
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
Marae et politique
ouest, et s’y rattachaient les ari'i de Varari,
chefferie de la corne nord-ouest de l’île dont
les
titulaires
détenaient
le
titre
On peut dire que l’organisation politique
des îles de la Société (puisque, de la Polynésie
centrale, c’est cet archipel que nous connais¬
sons le mieux), à la veille de l’arrivée des
Européens, était fondée sur l’existence d’un
certain nombre de marae, les plus prestigieux
dits selon les sources : marae “international”,
marae
“nationaux”, marae royaux ou marae
qui sont essentiellement ceux pour
lesquels nous avons le nom, éventuellement le
site et quelquefois même les traditions orales.
ari’i,
Marae et chefferies
A
ces
les
marae
rattachaient
les
plus
prestigieux se
importantes lignées
plus
(chefs, princes, rois), gouvernant des
chefferies plus ou moins importantes et liées
les unes aux autres par des liens de subordina¬
tion déterminés par la hiérarchie des marae à
à'ari'i
laquelle elles se raccrochaient.
Ainsi,
à
Moorea,
principaux était Nuurua,
l’un
sur
des
marae
la côte sud-
Taputapuatea au dieu ’Oro dont le culte était
en pleine expansion aux îles de la Société.
Nous avons encore là une tentative, par le jeu
"Pimuateraitua", titre qui finit par devenir le
de la famille titulaire. A côté, dans les
vallées voisines formant la chefferie de
d’une alliance matrimoniale, pour acquérir un
titre sur le marae du dieu dont la puissance
nom
Haapiti,
des
un
marae
importants
monte, afin
était
Marae Tefano, marae de la famille Marama
détentrice du titre ”Marama-i-te-lauo-o-ierai". Mais Marae Tefano était inférieur en
religieuse.
fondant sur D. Oliver ("Ancient
Society"), deux traits caractérisent
l’organisation politique tahitienne (au sens
large). 'D’une part l’emboîtement des
En
chefferies les unes dans les autres, en fonction
Taimai”, “Mémoires de la Reine
Marau Taaroa”), bien plus dynamiques que
les Punuaierailua dans le siècle qui précède
l’irruption des Européens, n’ont eu de cesse
d’acquérir un titre sur Nuurua. Ils finirent par
l’obtenir, par alliance matrimoniale de leur
lignée avec les Pimuateraitua et construction
concomitante, à côté du marae principal
d’Ari’i
de la hiérarchie des marae, du jeu des alliances
guerr^
matrimoniales entre princes et de la
D’autre part, les décalages entre la puissance
en
nom
marae
et la
puissance
chiefs, les chefs effectifs que l’on trouve
parfois qualifiés de “chefs militaires”.
génération postérieure obtint le titre
"Taputapuatea-i-Faatoai" :
cela
faisait
même
le
rahi, ari'i nui, ari'i nui maro'ura) et les tribal
d’une
du
sur
résultant du dynamisme militaire,
l’opposition que montre Oliver entre les v/
tenants de titres les plus élevés (les ari'i, ari'i
d’une structure seconde dont ils
détinrent le titre. U n peu plus tard, le Marama
marae
titre fondée
effective
Nuurua
au
se
Tahitian
importance et prestige à Nuurua, et les
Marama qui apparaissent, selon les traditions
qui nous les ont fait connaître (“Mémoires
référence
d’étayer la puissance politique,
guerrière, sur la puissance
essentiellement
Marae et unités politiques
soit
construit, soit dédié, à Faatoai (ancien nom
du village de Papetoai) et sous le vocable de
En observant la structure politique de Tahiti
et de
Moorea à la fin du XVI1 F' siècle, Oliver
Punuateraitua
(Nuurua)
Ah U rai
Teihotu A
L
Huahine
Apere
I
(Perera)
O
A
Mahine
J
A
Taaroa-arii
Va’a O te atua (pirogue
du dieu) ou va'aoroaite
mata'i (longue pirogue
dans le vent). Pirogue
sacrée servant au
transport du tare atua
{marae mobile) lors des
guerres, notamment
lorsque la présence de
r"image" du dieu était
nécessaire pourstimuler
l'ardeur des
combattants. Le dessin
montre un grand-prêtre
debout sur ou à côté
d’une plate-forme ;
celle-ci pourrait avoir
servi à recevoir le tare
atua lorsqu'on faisait
voyager ce dernier. La
proue de cette pirogue
A
O
Raiatea
Tetuanui
Tenania
O
Terai-mano
laquelle est édifié un
plancher commun.
I
l'importance, dans le
Nuurua). Il descendait
lui-même de Teu ou
Tahitoe
Teriitaria
Q Pômare Vahiné
d’Arue) et de Tetüpaia,
fille de Tamatoa III
ari'i rahi d'Opoa, île de
Taaroa Vahiné
Raiatea, marae
Taputapuatea. Ses
frères et sœurs, qui ne
sont pas mentionnés ici,
complètent le réseau
d'alliances ébauché :
Ariipaea marié à Vahiné
Metua, des Aromaiterai
de Papara et sœur de
Purahi épouse de
Nuurua
déroulement des
guerres, des rites
Vehiatua I de Taiarapu ;
Paiti ou Vaetua installé à
■
religieux.
1
1
1
Ahurai
1
1
I
Ari’i rahi de Huahine
L
Teriiaetua^
1
1
descendait des marae
Ahurai et Nuurua et sera
Taaroa-ari'i pour le
■
Itia •
I
Haapaianoo
(Papeno’o) ; Auo ou
Terereatua, mariée à
Metuaaro qui
1
(Faaa)
‘CD 2è femme ? A
L—^l
Pômare II
II
Hapai (marae Tarahoi,
unité politique de
Te-Porionuu regroupant
les districts de Pare et
I
À Pômare III
(Pômare IV)
guerre, on notera
1
I
ATamatoa IV A
J
QTerito
Ai mata
Insérée dans un texte de
W. Ellis consacré à la
Turai arii
r~
A(Pomare II)
haute ; elle est sculptée
pirogue double sur
Tu
Tu
est remarquablement
de li'i. On voit ici une
A
I rai-atea
0 Teriiaetua
O
Alliances de Pômare II.
Pômare I était allié parsa
femme Itia aux Ahurai de
Faaa et aux
Punuateraitua de
Moorea (marae
Vavea
compte de Pômare I à
Moorea. Pômare II
renforce l’alliance avec
Ari'i rahi de Raiatea
1
A
O
L
Pômare Vahiné
Opoa et Taputapuatea
par son mariage avec
fille de Tamatoa IV,
descendant de
Tamatoa III son arrièreune
grand-père. Par le
remariage de sa mère
chez les ari'i rahi de
Huahine, il aura une
demi-sœur, Teriiatua,
puis un cousin qui
seront Taaroa-ari'i à
Moorea. Terii-navahoroa, jeune frère de
Pômare II, recueille,
Les tiretés tracent l'ambiguïté qui subsiste
concernant Tetuanui-reia-i-te-rai
qui fut la
seconde femme de Pômare I si elle n’était pas
Itia elle-même, et qui, distincte de Itia, devait
cependant descendre de Nuurua.
titulaires successifs du
gouvernement de Moorea
pour le compte de Pômare
66
après la mort du dernier
fils de Vehiatua I et
l'épisode du mutin du
Bounty adopté par ce
dernier, le titre de
Vehiatua, ari'i rahi des
Teva de la Mer
(Taiarapu).
LES MARAE
distingue cinq ordres (ou/ers) ou plutôt degrés
ou
niveaux.
Les deux premiers sont constitués par des
maisonnées et des groupes de maisonnées qu’il
appelle “voisinage” (neighhorhood) qui sont,
à mon sens, des unités “subpolitiques”. C’est
au troisième degré ou niveau qu’apparaissent
de véritables unités politiques qu’il appelle
tribus (tribes) ; le district de Faaa (Tetaha, TeFana-i-Ahurai) avec son marae Ahurai et le
titre qui y est attaché : "Te-ari'i-vae-atua",
étant un bon exemple. Un exemple au
quatrième degré ou niveau est Te-Porionuu,
chefferie
des
Pômare
autour
du
marae
Tarahoi, et du tenant du titre de ce marae “Tunui-ae-i-te-atua" ; avant Pômare 1, le
ou Hapai dont l’oncle
paternel Tutaha, un fameux guerrier, est
qualifié par Oliver de chef tribal : il était le
cadet du père de Teu, donc de rang inférieur à
la lignée de celui-ci et exclu du titre le plus
élevé sur Tarahoi. Te-Porionuu se composait
détenteur était Teu
de deux chefferies du troisième degré : Pare et
Arue. Les unités politiques du cinquième
degré ou niveau étaient plutôt des confédéra¬
tions politiques que des chefferies, en ce sens
que les unités qui les composaient avaient pu
avoir des destins divers et qu’elles résultaient
Ahurai
Marama
|
1
circonstances
de
tribaux. Mais
ces
derniers avaient aussi
ceinture rouge.
Une bonne preuve que ces insignes
étaient considérables est que, battus en 1768
Bora Bora, Huahine,
Raiatea est, selon des
traditions
controversées, au centre
d'un grand réseau de
relations religieuses
A
9
ayant naturellement des
incidences politiques
(parce que le politique et
i
i i Taipoto
le religieux sont
intimement liés) et
Pômare
O
( ) »■8
A Taü
A Opuhara
^
A
A
^
Pômare II
Pômare I
en
possession des insignes de royauté
prestigieux : une “image” f/o’oj du dieu’Oro et
une
ceinture de plumes rouges (maro'ura)
d’où leur prétention au titre des ari'i-nui
maro'ura, à peu près : très grand ari’i à la
Taputapuatea d'Opoa à
A
historiques
leur
Les marae, centres de
réseaux politiques
concurrents. Le marae
Punua Teraitua
Marama
éminemment
(allégeance au tenant de titre d’un marae
prestigieux, domination d’un chef militaire
efficace), susceptibles d’être remises en
question. Les confédérations des Teva de
l’Intérieur
(Papara, Atimaono, Vaiuriri
devenu Mataiea et Vaiari ou Papeari), ou des
Teva de la Mer (la péninsule de Taiarapu),
illustrent ces processus. Les Teva de la Mer
(Teva-i-tai) semblent résulter de la valeur
militaire de celui qu’on appelle Vehiatua 1.
Quant aux Teva de l’Intérieur (Teva-i-uta), ils
avaient un marae prestigieux, Farepua, mais
dans la chefferie de Vaiari, tandis que les chefs
de Papara avaient, sur place, un marae moins
prestigieux, Tooarai. Les tenants du titre le
plus élevé étaient donc, en principe, les ari’ide
Vaiari mais les ari'i ds Papara jouaient, selon
la formule de D. Oliver, le rôle de chefs
vraisemblablement
économiques
(échanges de produits
cérémoniels, rares et
précieux). Ce réseau
unit Raiatea à Tahaa,
Tahiti, Maiao, les îles
Australes, Rarotonga,
Rotuma, la NouvelleZélande. Ces pays sont
répartis en deux
groupes : Te-ao-uri-ote-fa’atau-aroha (les
est au centre d’un autre
réseau de relations qui
l’unissent à Raiatea,
Tahiti, les Tuamotu,
de l’Intérieur durent
insignes à Tutaha, le chef
“tribal” de Te-Porionuu qui les plaça sur le
marae
qu’il avait à Paea. Cette bataille
résultait elle-même d’un défi lancé par les
Teva aux ari’i de Tahiti : reconnaître par leur
présence sur un très grand marae construit à
nui),
les
abandonner
Teva
ces
cet effet à Mahaiatea, sur la côte sud de Tahiti,
suprématie de leur héritier Teriirere sur
projet qui a passé
pour une manifestation d’orgueil de Purea,
elle-même originaire des Ahurai de Faaa,
avait peut-être d’autres raisons qu’imposer les
Teva à l’ensemble de l’île ; l’objectif moins
ambitieux était, semble-t-il (et on le vérifie à la
réaction des Teva de la Mer), de s’imposer à
ces derniers qui avaient à Tautira le premier
la
l’ensemble de Tahiti.-Ce
marae
de Tahiti consacré au dieu ’Oro, et,
encore
plus humblement, de
le plan religieux, grâce à ce
peut-être
surclasser
sur
grand marae, à la possession d’un to'o de ’Oro,
le dieu montant, et d’une ceinture maro’ura,
les tenants de titre de Farepua que les Teva de
l’Intérieur dominaient militairement mais non
d’un point de vue religieux.
Rarotonga, la NouvelleZélande, Hawaii.
Un des indices les plus
nets de la matérialité
de ces réseaux est, dans
les limites des îles de la
Société, les affiliations
de marae affiliation des
marae consacrés à ’Oro
.
pays sombres de
l’alliance amicale) et
T e-ao-tea-o-te-fa’at auaroha (les pays clairs de
l'alliance amicale).
De son côté, le marae
Vaiotaha de Bora Bora
(appelée aussi Vavau)
par une coalition
au sein de laquelle
dominèrent les Teva de la Mer (qui avaient le
titre d’or/7 rahi donc un peu inférieur à ari’i
à partir de Taputapuatea
d’Opoa par exemple.
Selon Tati Salmon,
Vaiotaha est l’un des
quatre marae
“capitaux”, les autres
étant Vaearai à Opoa,
Matairea à Huahine et
Faretai.
A Vaiotaha correspond
une ceinture de plumes
blanches ou jaunes,
tea, comme
emblème desuprématie,
maro
par opposition à ia
ceinture de plumes
rouges maro'ura liée à
Taputapuatea. La reine
Marau a une version un
peu différente des
quatre marae
"capitaux” : Vaearai à
Opoa (Raiatea) est le
marae fondamental
procèdent les trois
autres : Vaiotaha à
Bora Bora, Matairea à
Huahine et Farepua à
Vaiari ou Papeari (à
Tahiti), tout cet ensemble
étant lié au maro tea.
CO
ai
</i
LU
A
Pômare IV O
d’où
HAWAII
Z)
O
Pômare III
O Marau Taaroa
eV A
TUAMOTU
T
I
O
ce
T
Z)
Grandes familles ari'i de
Tahiti au début du XIX'^
siècle. Chaque “étendue
familiale”, figurée par
unecouleur, correspond
à une zone territoriale de
pouvoir, représentée
par un district ou un
groupe de districts,
symbolisée par la
détention par le titulaire
du titre d'ari'i ou d’ari'i
rahi et accrochée à un
marae
5
5
BORA
LU
TAHA^
5
RAIATEA^_--::rrrn=r=:^^ TAHITI
h-
Hviaiao •
O
Uj
\
ROTUMA
Uj
K
O
$
O
important dont
l'ar/7 en détient le titre
spécifique.
<
D
RAROTONGA
<
O
X
O
AUSTRALES
5
de Vaiotaha (Bora Bora)
Z
reseau
D
réseau de Taputapuatea (Raiatea)
D
limites ouest et est dans le réseau
de Vaiotaha
limites ouest et est dans le
réseau de Taputapuatea
I
I
EAO...
<
H
NOUVELLE-ZÉLANDE
<
<
O
cr
ai
<
CL
OJ
67
A LA RECHERCHE DES ANCIENS
POLYNÉSIENS
Marae, généalogies
toujours très vif, car, dans les transactions de
terrain, il est toujours nécessaire de déclarer
que le titre de propriété vient de tel ou tel
marae, bien que, la plupart du temps, il ne
et terres
“Le marae ancestral
ou
familial appelé
qu’un tas de pierres. Les
généalogies complètes se sont transmises
oralement et plus récemment par écrit et elles
sont
soigneusement cachées de ceux qui
pourraient essayer de contester leurs droits :
les imposteurs sont ainsi confondus lorsqu’ils
ne peuvent appuyer leurs prétentions de titres
réguliers” (T. Henry).
Ce texte fait apparaître, dans le processus
dont le dieu était toujours un
secret de famille, était érigé sur chacun des
terrains appartenant à une personne ou une
lupuna,
marae
famille. Les noms héréditaires de la famille
étaient attachés au marae, c’était le seul
qui leur permettait de prouver leur
propriété. Aussi de nos jours le
moyen
titre
de
souvenir
du
ancestral
marae
de ceux-ci
reste
demeure-t-il
de la détention de la terre les trois éléments
inséparables : le marae, le détenteur présumé
la généalogie accrochée à la fois au
et
détenteur et à l’ancêtre possesseur du titre (le
nom
héréditaire de la famille) attaché
marae.
au
11 souligne aussi le secret nécessaire à la
sûreté de la détention, secret qui portait sur la
généalogie (pour éviter lès risques de mani¬
pulation et l’allégation de fausses généa¬
logies), le nom héréditaire de la famille qui
permettait d’accrocher la généalogie au
marae, enfin le dieu auquel était dédié le
marae (vraisemblablement afin de
protéger la
Te papa vahia
Terres, ’ati, marae dans
l’atoll de Rangiroa
d’après P. Ottino ; un
exemple de connexions
entre les marae, les
groupes sociaux, leurs
généalogies et leurs
terres.
Le tableau, avec la carte
jointe pour le repérage
des lieux, permet, à
travers l’exemple de
Rangiroa dans les
Tuamotu de l’Ouest, de
montrer la
correspondance qui
existe entre les marae,
les terres ou îlots de
l’atoll et les groupes
sociaux anciens appelés
’ati.
Le tableau fournit pour
chaque 'ati le nombre
de généalogies
existantes au moment
de l'enquête (1963-65)
et pour les marae la
source dont l’auteur a
disposé (information
orale ou écrite, tradition
écrite, faatara définis
des récits
formalisés provenant de
“versions écrites du
comme
puta tupuna”ou livre des
ancêtres).
terres
ou
îlots
Ohotu
nombre
de généalogies
’ati
marae
disponibles
nom
'ali Moeroa
néant
g
plusieurs marae
ou
’atl Fariua
7
Opoa appelé aussi
Tara'i Opoa.
information orale
faatara
Teriipuhi devenu
par la suite
Teruataata.
Ta'ereere
Maufano
Hoara
'ati Mapu
'ati Mahinui
2
Taataria
faatara
Mavete
’atl Tupaae
5
Naupata
Onetere
Toaroa
'ati Taia puis 2e pér.
3
Pofatutahi-
(Tematahoa)
Tevaro
(Temiromiro)
'ati Tahiri absorbé
par précédent
branche 'ati Farearii
ensuite 'afr Taumata
ancien 'ati HIva
ensuite ’atl Olo
néant
Teu
ancien ’atl Hiva
ensuite ’atl Taaroa
'ati Pahorau
néant
4
2
(Vavau Nui)
Taua
(Aroherohe)
’atl Pauma'o
1
1
’atl Manuiva
’atl Farearii
Motuiore
3
2
’atl Marere
Porahu
8
’atl Marere
Tupitiiti
1.
’aW Marere
.
'3'
'
’ati Riuaa
1
Hararu
’atl Mota’i
néant
Pomariorio
'ati Rua
Tivaru
ancien ‘ati Urarii
ensuite ’atl Pahio et
'ati issus de ce dernier
dont ‘ati Rua
Ohiüpeva
2
1
1
1
pas de
’ati Potiniarii
renseignements
Tupuroa
Maraetapu
2
2
Pomariorio le
faatara
tradition écrite
nom à la terre
4 marae : - le
5
vieux marae
Papatuaiva du
2
'ati Urarii
information écrite
2 - marae du 'ati
Pahio, Anihia,
tradition écrite
.
iis
'ÆlX'-
faatara
’aW Pahip. •
‘ati Ha'‘v:’' '
'ati Rua
2
2
2
Mapere
pas de
information
2'marae : Te one
mahue ; marae de
"jeu" - un marae
dont le nom est
inconnu qui
Papiro
Avatoru
1
'ati Ha
’atl Tetua v
^
'ati Marurai’--^
néant
néant
'ati Farearii
'ati Tetua
3
néant
i*. A;:
o?i||1'
•^3^vstoru
-.^-(Tauaraufara)
Avatoru
(Paparoa)
5 marae
appartenant à ces
ati
,
faatara
Teoromea.
1 - marae to'ato'a
appartenait au
faatara
Nuuhuna
renseigne^nts
6
2
marae a donné son
-
Rupteur
pàrenlbriniroôrrespondent aux noms anciens.
dômogràphlquement) sont indiqués en gras.
—b««b£oms de terre ou d'ilot entre
Les au importants {historiqpsmenl^t
Nutiatia
t Mah^fKônae
Maruurutoi
.
3
5^
2
faatara
'
'
’atl Tllroa
’atl Mota'i
'ati Marere
'ali Maruia
'ati Tetauru
’ati Pohu
'ati Taihia
Tereia
Raipu
2
'ati Tamaino
branche du ’atl Mafama
Teahura
7
'ati Taaoa
Faama
pomariorio
1
Vahituri
Tehaare
information orale
Parii
faatara
information orale
information orale
Tapuaa
3-
'ati Pehia
’atl Hoara
(la grande
passe)
Tipae
’atl Tahiri 1ère pér.
puis peu de tèmps
après branche du
’atl Marama, ensuite
source
Te Ava Nui
Tiputa
Fenuaroa
Raaiva, Oroahea
(le plus vieux,
'ati Tiiroa
'ati Riuaa
'ati Mahaa
2
3
Fare’ura,
Tuafano,
Horohorotamarii-
hauroa,
Terevariinui
information orale
LES MARAE
famille de pratiques magiques pouvant être
tentées par des imposteurs auprès de ce dieu).
Lorsque la succession à la terre
impliquait un partage, il y avait lieu de
construire
un
marae
sur
chacun
des
lots
Pour cela : “Ceux qui
quittaient la propriété qu’ils habitaient
emportaient une pierre de leur marae qui
servait de pierre de fondation pour le nouveau
résultant du partage.
marae
à construire
sur
le
nouveau
terrain.
Cette pierre étant posée, ils rassemblaient des
pierres non consacrées pour achever la
construction ; à leur tour et selon les rites ces
Le marae “Te hone
mahue" à Maherehonae
(Rangiroa). Il était
fossilisé sous une dune
de sable, seul
apparaissait, lors de la
prospection, ie petit
des prières et aspersion d’eau de mer. Avec la
pierre de l’ancien marae, disparaissaient aussi
les titres héréditaires qui appartenaient à
l’ancien propriétaire et
les nouveaux
possesseurs du marae n’avaient plus aucun
droit sur ces titres. Le nouveau marae était
consacré au même Dieu qui présidait sur
l’ancien, consacré comme un ami de la famille.
L’inauguration était marquée par une fête
nouveaux
se
trouvant rattachés aux
anciens
par le rite et la pierre de fondation, l’ensemble
suivant la généalogie des tenants de titre. On
avait donc des généalogies de personnes, mais
des généalogies
généalogies de marae,
aussi
de
ces
terres et des
deux dernières
découlant des droits des personnes
par leur propre généalogie.
affirmés
généalogiques avec
Tautira, où ils purent se
réfugier d'ailleurs
plusieurs années, après
avoir été chassés de
chez eux par les
guerriers de Anaa. Ces
dressée derrière l'a/ru et
de forme grossièrement
lors de leur retour à
anthropomorphe,
consacrée au Dieu ou à la Déesse tutélaire par
appeléejaato morao(entrée)” (Teuira Henry).
Ce texte montre la dévolution parallèle,
au fil des générations, des titres héréditaires,
des terres (avec segmentation des plus grandes
lors des partages) et des marae, des marae
avaient des liens
sommet arrondi de la
plus grande dalle
pierres étaient également consacrées”.
“La pierre sacrée ôtée du (de l’ancien)
marae était remplacée par une nouvelle pierre
marae ont été construits
Rangiroa.
elles le sont
souvent aux Tuamotu.
comme
Ci-dessous :
Le marae en cours
d'étude. Son niveau de
fréquentation apparaît
en
brun sombre au
sommet des coupes
limitant les carrés de
fouilles.
De petite dimension
A droite :
Le marae dégagé des
caractères
architecturaux à la fois
d’enceinte très peu
élevé, et les pierres
dressées dans la cour
(une vingtaine de mètres
carrés), il possède des
sables, son mur
proprés aux marae des
Tuamotu de l’Ouest et à
ceux de l'intérieur de la
est la “pierre-dossier'' du
Tahiti. Il en est de même
des autres marae de cet
atoll. Ceci s’explique
tiennent le chef Tuarue
et sa femme Tereiofa,
presqu'île de Tautira à
par le fait que les
Paumotu de Rangiroa
(la plus grande, au
premier plan à gauche,
marae). A l’arrière plan,
Yahu derrière lequel se
propriétaires de la terre
où fut érigé ce marae.
69
A LA RECHERCHE DES ANCIENS
POLYNÉSIENS
Marae et société
LES STRATES SOCIALES
(des plus élevées au moins élevées, .de^gauche à droite)
Auteur et
La plupart des sources, qu’il s’agisse'des
récits
des
premiers voyageurs ou des
traditions recueillies, tout comme les travaux
d’anthropologie culturelle ou sociale, décri¬
vent l’ancienne société tahitienne en termes de
plus exactement, d’ordres. Le
nombre des catégories sociales considérées
peut varier - trois, quatre ou plus, voire sept -,
mais d’une manière générale, il s’agit d’une
classes,
ou
division ternaire : ari'i-ra'alira-manahune.
La stratification sociale
Les ari’i sont les princes ou rois, grands-chefs,
portant
les titres associés
aux
marae
et au marae “international”
Taputapuatea
d’Opoa à Raiatea (îles Sous-le-Vent). Les
ra'alira sont, à l’intérieur des chefferies ou des
principautés gouvernées par les ari'i, des
“propriétaires fonciers” ou des chefs (de
portions de principautés). Les manainme
sont, sous l’autorité des ra’alira, des dépen¬
ou
régions.
de l'observation
major division
L-A. de Bougainville
/•"
(1768)
"le roi et les grands'''
J. Cook
J. Banks
ERATA
(1769)
'yéoman^
esclaves selon les
G. Forster
J. Forster
ou
'vasseT'
TOWTOW
r'RAHAj
it'chi^
(1774)
TOUTO.US
J./Cook
.TEOW.
:(^777).^
;
ERR'ERAHIGH
.^'EREE -
•’^d^orchief
àisiricf’
AREERAHI-
V.f^OOE
'“king”-
I
'
i
1
les collecteurs de
.
î^TgiRes.
'i;^ANE-'
AUR.EE
'TOWNEE ^
RAl^
TOWHÂS
ii'near
relatl.cHs,
^ounger brotfier
.
^'highcr,(^t^^fend»
'
I
ARl r,
MARO URA
‘
'feather-
girdie
f
I
ARl^lt
l:^Uf RA’ATIRA
^;pettÿ kings
J -ànà qijfe.ens"
af^Se n n a n ts'^^iS
TOUTOU,
Yîcottagers''
BUEiRAAJta’A^
•pro|rifel(3^,’jifegend^
;
"servaritsV*
MANNAHOWNE or
filAdAHOUNE
RA^lRRA
■gen*tiernei^
^ÉiWTOW.
unMATTAEYNA^
“esquii
dist^t^?'
üyi ARI'I.
Yfoyai TamifV.^IblIlty.
chiefs an ü - thei
RétTEERAlr! ori'
■«AMA-*
ADarons''-
df
■'district
chiefs”
européens ont été sensibles à des
lectures de la société ancienne qui leur parais¬
saient proches des sociétés européennes
d’ancien régime : chez les observateurs anglosaxons, on trouve des dénominations qui
rappellent les propres divisions de la société
anglaise du XVIIL siècle : aristocratie,gerrtn’,
commoners. D’une manière générale, on ne
doit pas sous-estimer ce que ces classifications
peuvent avoir d’excessif dans leur prétention à
'V?
>
EÀREE
mentionnés auparavant,
Les observateurs
TOUTâÜî
•^^iltairL"
fNAHOüNl
tntleman'
MANAI
manahune.
Ces degrés que la terminologie repère
peuvent correspondre à des fonctions précises
plutôt qu’à un rang social. Certains termes,
comme lo’ofa, disparaissent des textes ou des
traditions postérieures à l’écroulement de la
société
ancienne
;
d’autres, nouveaux,
traditions
.^^OUTOU
‘JJbwer class’
"vassalsf ^•eenolders"'
(1774)
sous-chefs, tous deux entre les
ari’i et les ra’alira : teuieu, serviteurs ; liri,
captifs ; ou vao, esclaves vivant au fond des
vallées, en-dessus ou au-dessous des
tels les ’iaioai.
‘escla^s et valets'
“middling ^rt”
'•çhiefs"
ari’i ; ’iatoai,
non
TATAEINOU (ta'ata ino)
■'lés gens du peuple”
MANAHOONA'S
EARES
(1769)
Selon les auteurs, des degrés intermé¬
diaires peuvent exister : lo’ofa, officiers des
apparaissent,
subdivision of stratum
ari’i
(royaume) qui, dans la classification deTeuira
Henry correspondent aux marae de districts
(marae mala'eina'a), aux marae "nationaux”
dants, hommes libres
date approximative
“^rvajjîjs"
MANAHUNE‘TEÙTEU
V'c6mmon^ J ‘,‘sen/antç
peopie” 1 of.chlef,'^
,,
lÇandies,s,-'
îunskiiréd'!
MANAHUNE.^
''piebians,
h^reditary
^
po'^s|ssors
^dvereign”
q[^wn land”
décrire les réalités tahitiennes. Ce que nous
connaissons surtout, ce sont les ari’i, parce
que ce sont surtout eux qui ont inspiré récits et
traditions.
Nous
en
connaissons les
principales familles, les chefferies qu’elles
J.-A,
Moéfenhôuf
(ca. 184g)
•
ARM
‘haute
^nstocratie’
RAT1TAS
f^rand.JJpropriétaires
‘baron.^’
je{Rens”
détenaient, les titres et les marae auxquels
se rattachaient. En outre,
,l’idéologie
religieuse ancienne souligne leur prééminence.
‘classes inférieures,'
le peuple"
elles
E. de Bovis
J(ôa. 1845)
Les ari’i et les marae
Descendant des dieux, ils ont les titres des
principaux marae ; généralement, à chaque
génération c’est l’aîné qui est Vari’i titulaire du
marae et
de la chefferie attachée à ce dernier,
tandis que le cadet est le grand-prêtre de ce
70
E.S.C. Handy
(tcfrverses sources
1767-1920)*'
'ARII
‘princes’
EIÉTOAI
TOéNpU
‘^oble^
'
: -"
^'raAtjra
‘’p!ettts,.ehefs/Ou
propriétaires fonciers'
î^d -pf^ptfltorÿ^’
MANAHUNE
‘gens du peuple,
prolétalfes"
MANAHUNE
I
"commoners
i
with propriety" i
TEUTgU'
^hereditai^
servitors”
TITI
LES MARAE
L’ethnologue E.S.C. Handy a exprimé
"Hislory and Culture in the Society
Islands" la théorie d’une origine extérieure des
ari’i, immigrants venus s’intégrer dans la
marae.
dans
société tahitienne en apportant et en imposant
leurs dieux et une organisation sociale fondée
sur
leur prééminence. Les hui or/'/descendent
de Ta’aroa qui est devenu le dieu suprême aux
îles de la Société.
culturelle
Ils forment
une
couche
superposer aux strates
sociales existantes. Ils sont arrivés à Raiatea
venue
se
puis
se sont
répandus dans l’archipel.
Plusieurs mythes illustrent cette théorie,
rapportée par Teuira Henry dans “Tahiti aux
temps anciens” et par Te Rangi Hiroa (ou Sir
Les marae dans le
temps. Les sources
évoquées sont Marau
Taaroa (1971),
E.S.C. Handy (1930),
J. Garanger (1969).
Maupiti, du nom d'une
des petites îles Sous-le-
Vent à l’ouest de Bora
Bora, fait référence à la
découverte du premier
site humain très ancien
connu aux îles de la
Société (860 ap. J.-C. i;
85). L’époque de Maupiti
correspond à une
culture analogue à celle
des Polynésiens de
Nouvelle-Zélande,
chasseurs de moa
(Dinornis). L'époque
des marae qui
correspond à la période
XVI' - XVIII” siècle se
caractérise par
"l’extrême prolifération
de ces structures et leur
épanouissement
côte ouest de Raiatea (Tevaitoa) avec la côte
Tahitiens, d’où les hui ari’i partirent pour
sud-ouest de Moorea
îles du Vent. Un autre
mythe
parle de Tahiti-Manahune, lorsque la grande
île ne connaissait pas les ari’i et un mythe
aborder
aux
l’origine de l’archipel à partir d’un poisson qui
rompt ses amarres avec les deux îles jumelles
Taputapuatea d’Opoa, étend son culte
Tahiti
d’après
J. Garanger
et
profondeur historique
création de
sites
1767
découvertes, très
AGE RÉCENT
la
-(ap. J.-C.)-
ÉPOQUE
après J.-C. (à faire et
concernant) la présence
absolue
avec
1815
découlant de
antérieures à l’an mil
Moorea
chronologie
AGE RÉCENT
éventuel de la
Tahiti-nui, la grande
Sir Peter Buck raconte l’élaboration par
marae
montagnes de Tahiti, et d’où un fragment se
d’après
(Haapiti et Varari) et
prêtres d’Opoa de la croyance à ’Oro,
nouveau grand dieu tahitien, qui à partir du
les
de Raiatea-Tahaa et flotte vers le sud-est où il
finit par s’immobiliser, formant les hautes
E.S.C. Handy
de
ment, les relations entre la côte est de Raiatea
(Opoa) avec le littoral nord et est de Tahiti-nui
(Te-Porionuu et Teaharoa) et avec la côte
nord de Moorea (Faatoai et Teaharoa).
Sous-le-Vent vers les îles du Vent en décrivant
d’après
côte sud
péninsule de Tahiti (Teva-i-uta) ; et parallèle-'
mythe encore souligne ce mouvement des îles
la Reine Marau
la
avec
décrit la venue des dieux à Tahiti. Un autre
architectural”
(J. Garanger). Quant à
l'époque pré-Maupiti,
elle est suggérée comme
“un développement
détache pour constituer Moorea. D’autres
traditions soulignent l’apparentement de la
Peter Buck), ethnologue anglo-maori, dans
“Vikings ofthe Sunrise”. Raiatea est l’Havai’i,
lieu originel mythique des ancêtres des
1650
TAPUTAPUATEA
DES MARAE
de l'homme aux îles de la
Société (avec les)
■1300 ■
différences culturelles
qui pourraient
apparaître à leur
AGE ANCIEN
propos" (Cl. Robineau).
Par ailleurs, l’autre
événement de la
ÉPOQUE
DE MAUPITI
■1000
MAUPITI
chronologie absolue
présentée, la
construction du marae
Taputapuatea d’Opoa,
à Raiatea, a fait l’objet de
AGE ANCIEN
PRÉ-MAUPITI
700
datations au carbone 14
qui la situe au début du
XVIII"siècle (B. Gérard).
Groupe social
traditionnel et espace.
Les îles sont divisées en
districts (mata'eina'a
ou
tenue) à la tête de
chacun desquels se
trouve un ari'i. Dans
chaque district, les
terres sont réparties (A)
en tufa’a matahiapo ou
portion du premier-né,
tufa'a ’iatoai ou terres
relevant directement de
la famille de l'ari'i. Ces
terres sont subdivisées
en
patu placés sous
l’autorité de to'ofa -
officiers de l’ari'i, 'iatoai
sous-chefs, cadets de
l'ari'i, ra'atira - chefs ou
“propriétaires fonciers"
sont les propres terres
qui constituent, au-
des ra'atira qui sont en
bordure de mer ou de
dessous des ari'i et de
leur famille ce qu'on
lagon mais le long des
baies, alors que les
peut appeler le second
“ordre” de la société.
terres des ari'i (tufa'a
(B) en tuta'a ra'atira ou
tufa'a tare ri'i
matahiapo) occupent
les promontoires.
(C) enfin, en 'iato-i-tai
et en ’iato-i-uta, terres de
manahunè, hommes
(littéralement : portion
de ra'atira ou portion
de petite maison) : ce
libres ou dépendants
l’autorité des ari'i
eile-même divisée en
sous
et des ra'atira, le
troisième “ordre” de la
société : les ’lato-i-tai
sont les terres de
manahunè en bord de
mer, au fond des baies,
terres de pêcheurs, les
’iato-Tuta étant les
terres des manahunè
de l’Intérieur, dans et au
fond des vallées. C’est
sur le promontoire que
va se trouver le marae
du district et la demeure
de \'ari’i.
’IATO-I-UTA
INTÉRIEUR
TUFA'A RA’ATIRA
'latoal
TUFA’A MATAHIAPO
’IATO-I-TAI
Page de gauche :
BAIE
PROMONTOIRE
Tableau des différentes
classes sociales aux
iles de la Société à
l’époque des premiers
contacts européens,
selon l’ethnologue
E.S.C. Handy et
plusieurs auteurs
anciens, d’après
D.L. Oliver.
71
A LA RECHERCHE DES ANCIENS
POLYNÉSIENS
Taputapuatea à Tautira
(presqu’île de Tahiti), à Punaauia sur la côte
ouest, et à Faatoai (Papetoai) à Moorea.
nouveaux
marae
A l’inverse de cette mythologie qui part
des dieux et de leurs marae pour atteindre la
société, l’historien D. Oliver part des fidèles et
de leurs marae pour atteindre l’organisation
sociale, politique et les dieux. 11 explique que
toute famille tahitienne doit avoir son propre
marae,
forme une congrégation familiale et,
processus
de complexification
progressive, constitue des congrégations de
plus en plus grandes, emboîtées les unes dans
par
un
les autres, avec leurs marae, leur territoire et
des titres familiaux attachés aux marae
respectifs, titres dont sont pourvus ceux qui,
dans chaque congrégation, occupent les rangs
les plus élevés. Aux plus grands marae corres¬
“La cérémonie de la
prise du pouvoir royal
consistait (d’abord) à
ceindre le roi du maro
ura, ou
ceinture sacrée
faite de plumes rouges
qui non seulement
l’élevait à un rang très
élevé sur terre, mais
aussi l’identifiait à leurs
dieux. Le maro, ou
ceinture, était fait des
fibres tressées de
l’aoa...” ( Ficus prolixa,
banyan) “en plus, un
certain nombre de ura,
plumes rouges, prises
aux images de leurs
dieux étaient tressées
avec des plumes
d'autres couleurs. Le
maro devenait ainsi
sacré comme la
personne des dieux”.
(W. Ellis).
Manifestation
folklorique au marae de
Arahurahu à Tahiti. La
restau ration de ce marae
ne fut pas sans défauts,
pas plus que ces
reconstitutions de
cérémonies anciennes...
72
pondent les plus grandes principautés et les
principaux ari'i (grands-chefs, princes ou rois)
ari'i rahi (princes ou chefs supérieurs), ari'i nui
(chefs suprêmes) détenteurs des ceintures de
souveraineté, rouges (maro'ura) ou blanches
ou jaunes (maro tea). Les détenteurs en titre
du pouvoir sont ceux qui, dans le cadre des
règles de parenté, ont le rang le plus élevé et,
de ce fait, détiennent le titre (ou le principal
titre) du marae socialement le plus important
de la principauté, et, en conséquence ont le
titre
à'ari'i,
ari'i rahi,
ari’i nui,
ari'i nui
maro'ura ou maro tea.
Mais ce pouvoir en titre ne correspond
toujours au pouvoir effectif, soit qu’un
parent d’un rang inférieur ait plus de
dynamisme que le titulaire, soit qu’une
chefferie d’un rang inférieur (à cause de la
pas
moindre notoriété de son marae) manifeste un
dynamisme plus élevé que la chefferie ou la
principauté titulaire du marae le plus
prestigieux. 11 en résulte des distorsions et des
réajustements qui tendent à faire coïncider le
“droit” avec le “fait”, soit que la lignée ou la
chefferie détentrice des titres les plus élevés sur
le marae le plus prestigieux récupère le
pouvoir effectif, soit au contraire, que les
chefs possédant le pouvoir effectif acquièrent
au détriment des titulaires des titres égaux ou
supérieurs, ce par alliances leur permettant
d’accéder avec le rang le plus élevé au titre du
marae principal, ou par création nouvelle d’un
marae destiné à devenir le plus important.
Dans cette perspective, on peut bien dire
que les marae étaient à la fin du XYIIL' siècle
les “déterminants” essentiels de la société
tahitienne ancienne, préeuropéenne.
5 Tahiti et Moorea
Tahiti et Moorea
au sein
des‘‘Du
îles Vent”
de la etSociété,
l’archipel
des Ma'ohi,
grandesconstituent,
îles du
appelé
trouvent
placées,
dans la
A la recherche du plus ancien
ma'ohi.
Emory arrive à Tahiti en avril 1960,
accompagné de Y.H. Sinoto. Tous deux sont
bientôt rejoints par trois étudiants améri¬
cains et par un archéologue français : Pierre
Vérin (OrR.S.T.O.M.). La prospection des
plaines côtières de Tahiti et de Moorea se
révèle décevante : sol profondément perturbé
par la végétation, les crabes tupa, l’activité des
hommes... rareté des grottes et abris-sousroche (ana), ceux qui existaient n’ayant été
que très peu fréquentés par les anciens Poly¬
nésiens. La datation la plus ancienne obtenue
dans l’un d’entre eux, Ana Paaia à Moorea
(Maatea), ne remonte qu’à l’an 1410 ± 55 de
les deux
groupe
se
mythologie des anciens Polynésiens, dans le processus final d’occupation de l’espace
Dans la migration des Polynésiens, Te Rang! HIroa (Sir Peter Buck) rapporte que
le “groupe du vent fut créé après que le centre religieux d’Opoa se fut développé à
Haval’i”. Tahiti et Moorea procèdent de la terre de Haval’i : en effet, les terres deHavai’i
(Raiatea) et ’Uporu (Tahaa) aux îles Sous-le-Vent, qui sont enfermées dans un même
lagon ne formaient autrefois qu’une seule île jusqu’au jour où la terre qui les reliait s’en
sépara et se mit à flotter vers le large comme un poisson. Le dieu Tu, “grand artisan de
Taaroa”, s’installant sur la tête du poisson, se mit à le guider vers le sud-est où II devint
Tahitl-nul, la tête formant la presqu’île de Taiarapu, une première nageoire dorsale
constituant l’Orohena, la seconde se détachant du corps pour former Tahiti-ltl ou ’AImeo ou Mo’orea (P. Buck). Le terme Tahiti-iti, la petite Tahiti, désigne aujourd’hui la
presqu’île de Tahiti, Tahiti-nui, la grande Tahiti, désignant non plus l’îleentlère mais la
grande péninsule par rapport à la presqu’île.
On trouve aussi un mythe dans “Tahiti aux temps anciens” qui raconte que les
dieux, d’abord localisés à Havai’i (Raiatea), vinrent ensuite prendre possession de
Tahiti et Moorea à l’appel d’abord impératif, puis suppliant de la population (T. Henry).
Enfin, le développement du culte du dieu ’Oro, prééminent dans la société ma'ohi
du XVIIP siècle, qui se fit à partir d’Opoa (Raiatea), s’organise en un réseau de marae
couvrant l’ensemble de Tahiti-Moorea.
Ces deux îles voisines constituent ainsi une unité historique, mythique et
archéologique qui se distingue de l’autre unité formée par les îles Sous-le-Vent par
l’antériorité de cette dernière dans les représentations ma’ohi.
Les vestiges du passé
Les premières recherches archéologiques
effectuées par K.P. Emory, entre 1925 et 1931,
avaient principalement pour but la recherche
et l’étude comparative des structures Ethiques
repérables en surface. En effet et comme nous
déjà signalé, on pensait alors que le
peuplement de la Polynésie était des plus
récents et qu’il serait donc vain d’espérer en
retrouver des vestiges dans les profondeurs du
sol. Dans les années 50, K. P. Emory avait
l’avons
constaté l’inexactitude de cet
découvrant,
dans
des
apriorisme en
abris-sous-roche
d’Oahu (Hawaii), des niveaux d’occupation bien
stratifiés, contenant chacun un outillage suffi¬
samment
abondant
(des hameçons en
particulier) pour en préciser l’évolution typo¬
logique. Dans l’abri de Kuliouou, une couche
profonde avait même pu être datée (14C) de
l’an 1004 ± 180 de notre ère. Tout ceci avait
incité K.P.
Emory à entreprendre une
nouvelle mission aux îles de la Société pour y
obtenir des résultats comparables.
peuplement
K.P.
notre
ère.
De
nouvelles
fouilles
sont
effectuées, l’année suivante, par Y.H. Sinoto
et
P.
Vérin
:
celle d’un abri-sous-roche à
Vairao
(presqu’île de Tahiti) et 32 sondages
dans un ancien village d’Afareaitu. Le rapport
publié en 1962 dans "The Journal oflhePolynesian Society” note, avec regret, que les
résultats de cette deuxième campagne de
recherche sont bien peu comparables à ceux
obtenus l’année précédente en trois semaines
et dans un seul site de Kauai (Hawaii) : 45
hameçons et 94 fragments d’hameçons ici, et
dans un contexte stratigraphique très clair, 1
Cette carte de Tahiti
c’est-à-dire la grande
paraît assez exacte
quant aux contours de
l'île et aux proportions.
On notera l'équivalence
exprimée par
l’expression
“Opoureonu or
Otaheite nue" qui
signifie que Tahiti-nui,
Te-Porionuu, le
par le capitaine James
Cook date de 1769 et
péninsule de Tahiti
correspond à
domaine de Pômare 1er,
qui est
remarquablement
exagéré. En revanche,
,Moorea, appelée
"Eimeo”, est à peine
esquissée.
ce
iCaia.v.-u
.l’AK
LÈ LmuTimANT J. Cook
Ûnoft:
t^N J[frîJî<.it
73
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
hameçon et 15 fragments à Tahiti et
Moorea. Dans l’un des sondages, un niveau
seul
profond fut néanmoins repéré, contenant des
fragments de charbon de bois épars et datés de
1010 ± 90 ap. J.-C. Cependant, aucun site
aussi archaïque que ceux plus tard étudiés
par K.P. Emory et Y.H. Sinoto aux îles Sousle-Vent n’a encore été atteint, jusqu’à ce jour,
aux îles du Vent. Peut-être en existe-t-il, qui
restent à découvrir ? Il se peut également que
soient exactes les traditions-selon lesquelles les
îles Sous-le-Vent auraient été peuplées avant
Tahiti et Moorea.
R.C. Green
l’équipe de
(Université d’Auckland) rejoint
K.P.
_
pavage ou vestiges de
pavage
Vestiges d’un ensemble
d’habitations mis au iour
dans la vallée de la
Valtia, affluent de la
Vaitepiha (Tautira), et
daté du XVII* ou du
début du XVIII' siècle.
Les pavages et bordures
de pierres ont été plus
ou moins désorganisés
par la végétation et les
crues, parfois très
violentes, de la Vaitla.
A, B, C, D et E sont
néanmoins relativement'
bien conservés.
L'espace compris entre
les pavages et la bordure
limitant l'ère couverte
permettait l'implantation
de la superstructure,
faite de matériaux
végétaux. La grande
case B (longue d’une
douzaine de mètres),
avec une
fosse
-,
aménagée dans lé
pavage et une piefre
dressée, était
vraisemblablement.la
case de réunion et !
chefferie.
74
• •
•
Emory
à
Moorea,
en
décembre 1960. Assisté de son épouse et de
J. Davidson, il va se consacrer à l’examen de la
d’Opunohu, y découvrir et étudier la
plus grande concentration de structures
lithiques qu’on ait encore jamais vue aux îles
de la Société et en établir une typologie très
vallée
sol intérieur des cases
pierres posées sur chant
exhaustive,
L’organisation spatiale
des structures lithiques
petit foyer à l'intérieur de
la case B daté (14C) de
l'an 1675-1- 95 ap. J.-C.
de B
I pavage
fosse aménagée
dans le
en
distinguant les structures
spécialisées (soubassements des grandes cases
de réunion, des plates-formes de conseil, des
plates-formes de tir à l’arc...), les structures
domestiques (soubassements de cases rectan¬
gulaires, ou rectangulaires mais aux petits
arrondis, les unes et les autres avec ou
pavage...), les structures religieuses
(simples pavages avec pierre dressée ou grands
marae, non plus subdivisés en trois catégories
côtés
sans
architecturales
et chronologiques, comme
précédemment, mais en onze types distincts...)
TAHITI ET MOOREA
et
enfin les structures diverses (terrasses de
culture, murs frontaliers, etc.).
anciens
sols
d’occupation, permettent de
mieux comprendre la vie quotidienne, sociale
L’objectif de R.C. Green est aussi de
comprendre, dans une perspective ethnosociologique, non seulement la fonction et
l’évolution de ces différents types, mais aussi
leur organisation spatiale. J. Garanger, sous
l’égide du C.N.R.S. et de l’O.R.S.T.O.M.,
entreprend à partir de 1963 des recherches
similaires, à Tahiti, dans la presqu’île de
et religieuse des anciens Polynésiens. Elles
complètent également les informations
autrement
obtenues
(sondages stratigraphiques, typologie comparée de l’outillage...)
et concernant la chronologie des grands
événements de la préhistoire : premier peu¬
plement des îles, principales séquences
également la fouille fine et “horizontale” des
L’avenir des vestiges du passé
Tautira.
De
telles
recherches
comprenant
culturelles et relations interinsulaires.
Depuis l’heureuse découverte des sites de
Maupiti et de Huahine, les efforts des archéo¬
logues du Bishop Muséum ont principalement
porté (mis à part les îles Marquises), sur les îles
Sous-le-Vent. A partir des années 1970, de
nouveaux chercheurs français, appartenant
au C.N.R.S. ou à l’O.R.S.T.O.M., ont pris la
Les Polynésiens
endiguaient les rivières
aux crues trop violentes
et dévastatrices, ainsi le
cours
de la Vaiote
(Tautira) que l’on voit ici
a
l’étiage.
relève aux îles du Vent. Ils sont encore trop
peu nombreux : la prospection et la fouille des
archéologiques,
nécessairement très
être scientifiquement
valables, requièrent énormément de temps et
de moyens... et ces recherches sont urgentes :
sites
minutieuses
pour
Moorea et Tahiti sont encore très riches de
vestiges du passé restés inexplorés mais qui
sont, plus qu’ailleurs, menacés. En effet, la
densité du peuplement et la croissance démo¬
graphique y sont beaucoup plus fortes que
dans les autres archipels, d’où l’inévitable
extension des travaux d’intérêt public ou
privés à des zones jusque là non touchées par
l’urbanisation.
Longtemps souhaitée, la
création en 1978 d’un Département d’Archéologie à Tahiti fut une mesure des plus
heureuses pour la sauvegarde de ce patri¬
moine, et par ceux qui en sont les héritiers
directs.
Vallée de Opunohu à
Moorea : vestiges d'une
grande case de réunion
et de chefferie (tare
pote'e) aux petits côtés
arrondis, construite sur
précédée
Elle fut
une terrasse et
d’un pavage.
plusieurs fois
reconstruite et agrandie.
Ce plan représente son
dernier état
(XVIIP siècle).
Les zones fouillées en
profondeur sont
encadrées.
pierres dressées
plantées sur chant
pavage grossier
muret soutenant la terrasse
où furent édifiées les cases
C800
pavage et
vestiges de
pavage soigne
pavage
pierre dressée
non
pave
L’une des quatre platesformes de tir à i’arc de la
vallée de la Papeno’o à
Tahiti, d'après
K.P. Emory. On en
connaît également une
à Tautira (au confluent
de la Vaitepiha et de la
Vaitia) et trois aux.îles
Sous-le-Vent. Ces
structures sont en
particulier
et réservé aux chefs,
l’aspect concave de leur
partie frontale. Le tir à
l’arc était un sport sacré
une
reconnaissables à
s’agissait pas de viser
cible précise mais
d’envoyer la flèche le
plus loin possible.
ne
75
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
Dans la presqu’île
de Tautira
Claude
sujet,
a
Robineau, dans un précédent
montré l’importance politique des
Teva de la Mer, maîtres de la
presqu’île de
Taiarapu. Leurs ari'i y avaient naturellement
leurs
les
ra’atira et les
nianalnine, ceux-ci sans doute beaucoup plus
modestes. L’ethnologue E.S.C. Handy avait
marae
comme
repéré en 1923 quatre marae dans la presqu’île
K. P. Emory une dizaine d’autres lors de ses
prospections. A partir de 1963, le C.N.R.S. et
et
l’O.R.S.T.O.M.
conjuguèrent leurs efforts
pour explorer les vestiges archéologiques de
trois vallées intérieures du district de Tautira :
Vaitepiha, Aiurua et Vaiote. Comme toutes
Tahiti, elles furent désertées après
l’arrivée des Européens et d’autant
plus
celles de
qu’elles sont particulièrement inconfortables
du fait de l’extrême pluviosité qui y
règne en
toutes saisons. Celle-ci et ses conséquences érosion
torrentielle,
sédimentation
impor¬
tante, luxuriance de la végétation - devaient
rendre plus difficiles qu’ailleurs le repérage et
la fouille des sites archéologiques.
L’avantage
était cependant de pouvoir y étudier, dans
leurs relations spatiales, des ensembles plus ou
moins bien conservés mais non entièrement
détruits, comme ils le furent généralement sur
les plaines côtières. Les principaux résultats
obtenus concernent d’une part les modalités
de l’adaptation des anciens Polynésiens à ce
milieu bien différent de celui du bord de mer
et,
d’autre
part,
l’organisation sociale
religieuse de ces populations de l’intérieur.
et
Une montagne très peuplée
Les
premiers découvreurs européens, vers la
fin du XVllL’ siècle, estimèrent à 9 000
ou
12 000 âmes la population de la presqu’île. Ces
chiffres furent très souvent mis en doute paf la
suite. En effet, la plaine côtière, relativement
étroite et parfois inexistante, ne pouvait
contenir un tel nombre d’habitants et les
vallées intérieures, bordées de reliefs abrupts
et
plaines
aux
alluviales
fréquemment
inondées par les crues puissantes des rivières,
pouvaient offrir qu’un abri temporaire et
précaire à des gens de bas niveau social : des
ne
manahime, bannis ou refoulés dans ces lieux
inhospitaliers pour fournir à leurs maîtres,
installés en bordure du lagon, des porcs, des
fruits
sauvages
et
des matériaux de
construction. Les recherches effectuées dans
ces vallées ont montré
qu’elles étaient au
contraire très peuplées Jadis. On y trouve.
Jusqu’à leur fin fond, des structures lithiques
particulièrement nombreuses. Des murs
étaient construits pour endiguer les rivières et
protéger les sites d’habitat installés sur les
Tautira, valiée de
Aiurua, site TTA-01 ;
marae
construit en
déblayant la pente du sol
amont (côté de \’ahu
ou arrière du marae) et
en la remblayant à
en
l'avant. La terrasse ainsi
formée était maintenue,
à l'avant, par un mur de
3 m de hauteur et, à
l'arrière, un mur de
2,50 m retenait les terres.
1. Vue générale après
fouille et restauration.
Au
premier plan, plate¬
forme d'un petit marae
plus ancien.
2. La cour et Vahu
(à droite) de ce petit
Deux plaques de
corail avaient été
marae.
Carte schématique des
zones
archéologiques
étudiées dans les
districts de Tautira par
les rhissions
O.R.S.T.O.M./C.N.R.S.
à partir de t963. Seuls
indiqués ici les
sont
marae ou
marae
groupes de
importants.'
A l'intérieur
de la carte :
La photographie
représente un marae
(TT12) en cours de
décapage. Il est de type
“intérieur" mais le
nombre de ses pierres
dressées devant l'ahu
est inhabituel (10).
placées sur le sol de la
et, trois pierres,
dressées devant l'ahu.
3. L'ahu du marae
cour
principal n'est pas
matérialisé, comme
habituellement, par une
plate-forme lithique,
mais par une
organisation
d’alignements depierres
posées sur chant, de
pavages et de pierres
dressées.
pierre d’angle des appareils de type "côtier”
"intérieur”, mais
l’appareillage des murs
est de type “côtier”, bien
que situé à plus de 5 km
à l'intérieur des terres.
76
affluent ou bras mort temporaire de la Vaiote
TAHITI ET MOOREA
berges. D’autres
Société et religion
murs soutenaient, sur les
pentes montagneuses, des terrasses de culture
ou d’habitation, ou des marae (l’un d’eux, au
l’architecture au fil des temps, en fonction de
l’évolution des chefferies et avec le souci, pour
3,50 m d’élévation). 11 ne s’agit pas, comme on
Ces grands marae ne sont pas les seuls témoins
de la présence, dans les vallées de Tautira, de
elles, d’affirmer leur personnalité et leur
prestige. Enfin, et comme dans la vallée
d’Opunohu, il existe des marae de type côtier
successive
manahune libres ou esclaves. Comme dans la
étudiées, et qui ne le sont parfois que par
confluent de la Vaitia et de la
pourrait
l’imaginer,
Vaitepiha, a
juxtaposition
occupation
sporadique étalée sur plusieurs siècles. Les
datations
des
de
témoins
obtenues
la
populations au rang plus élevé que celui des
d’une
confirment
vallée d’Opunohu à Moorea il existe, ici, des
plates-formes de réunion, des grandes cases de
chefferie et, dans la vallée de la Vaitepiha, à
6 km de son embouchure, une plate-forme de
la contem¬
poranéité des structures observables sur la
Vaitepiha. Par ailleurs, si tel n’avait pas été le
aurait-il été nécessaire d’aller construire
des terrasses innombrables et sur des pentes
très
escarpées, comme celles du mont
Mauera’a Ha’apei, au fond de la vallée de
tir
à l’arc, or on sait que ce sport était
l’apanage des chefs. En ce qui concerne les
cas,
eux-mêmes, ces recherches ont permis
préciser leur complexité qui échappe à
l’ancienne classification tripartite de K.P.
Emory, voire à la typologie très fine établie
par R.C. Green pour ceux de Moorea. 11
marae
de
Aiurua ? Les terrasses anciennement aban¬
données auraient pu suffire à des occupants
nouveaux
n’auraient
et
occasionnels. Enfin, les marae
été aussi grands et aussi
ne
s’était agi que d’une
occupation temporaire et que de manahune.
nombreux
semble d’ailleurs que ces monuments n’étaient
pas
s’il
définitivement construits lors de leur
première édification, mais qu’on en modifiait
pas
très
loin dans
l’intérieur des trois vallées
l’appareillage de leurs murs et non par leur
plan au sol. Les constructions de ce type sont
les plus nombreuses dans la vallée de la
Vaiote. On peut se demander si ce fait ne
confirme pas l’hypothèse avancée à propos de
l’îlot Fenuaino, à savoir que c’est dans cette
partie de la presqu’île que fut d’abord
introduit le culte de ’Oro. Quoi qu’il en soit, ces
marae de la Vaiote, celui de Fenuaino ainsi
qu’une vaste grotte funéraire et les pétroglyphes qui lui sont associés, témoignent de
l’ancienne importance de ce culte dans la vie
socio-religieuse des gens de la presqu’île de
Tahiti.
Les vestiges
archéologiques de la
vallée de la Vaiote.
pétroglyphes
grotte funéraire
n
grande case de réunion
petits cptés arrondis
aux
alignement de pierres posées sur chant
TTV03
/
.
.
■
'"V ^
structures encore non identifiées
zone marécageuse
soutènement de constructions lithiques
ou.de canalisation de la Vaiote
mur de
Un des rochers gravés,
nord de
l'embouchure de la
Vaiote. Ce pétroglyphe
au
mur de
soutènement de terrasses de culture
représente des masques
de deuilleurs.
77
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
Le marae
Marae Ta’ata
ceintes
face
Emory, de Talni du marae visité par
en 1777 et
représenté dans la célèbre
gravure de Webber : "A hitman sacrifice, in a
Morai in Olalieile". 11 y manque en effet les
trois pierres dressées en façade et ses propor¬
tions ne sont pas celles d’un ahu. L’édification
d’une telle plate-forme peut s’expliquer par le
fait que l’association des trois marae A, B et C,
suppose des alliances entre des chefferies aux
généalogies distinctes. L’enceinte A est un
marae
du type intérieur défini par K.P.
Emory. A droite de son ahu se trouve la petite
plate-forme et sa pierre dressée, fréquentes
dans ce type de marae et que l’on pense être le
ava'a : le reposoir du dieu tutélaire. L’enceinte
C est aussi un marae de type intérieur par son
K.. P.
de ceinture, à la limite de Punaauia et de Paea.
des
Tahiti
et
il
en
plus importants marae de
sera question dans le
sujet
suivant, consacré à l’ethnohistoire du marae
Atahuru. Il était déjà en ruine quand K.P.
Emory le visita, et sa dégradation ne fit
qu’augmenter dans les décennies suivantes.
En 1973 y furent entrepris des travaux de
fouilles et de restauration, sous la direction de
J.
Garanger.
Les structures lithiques
L’ensemble
comprend
trois
(E). Il s’agit probablement d’une plate¬
Cook
Papeete, côté montagne et à 170 m de la route
l'un
A, B et C. Un petit enclos (D) est
forme de conseil et non, comme l’avait suggéré
Il est situé sur la côte ouest, à 19 km de
C’était
;
annexé à C et une plate-forme pavée leur fait
grandes
en¬
plan et l’appareillage de ses murs, mais Vahu
simplement délimité par un rectangle de
plaques de grès de plage ou de corail et des
dalles
de
basalte, plantées sur chant.
L’enceinte B est plus complexe et mérite qu’on
s’y attarde un moment.
est
L’enceinte B et son évolution
Un premier fait inhabituel est la présence,
dans la partie avant de la cour et près d’un très
vieil arbre (un 'alae), de monticules faits de
pierrailles, de morceaux de corail et de
coquillages, avec une dépression cylindrique
aménagée au sommet. Depuis longtemps
remarqués, il s’agissait, pensait-on, de
tombeaux de chefs. Aucun vestige humain ne
s’y trouve cependant et les fouilles n’ont pu
confirmer l’une des différentes hypothèses
qu’on avait pu émettre à leur sujet. Leur
fonction reste donc énigmatique. Un autre fait
1401
105à
"4
55
•
a
•
45* *
B
îT.
(arbre)
‘ÔO
parement des murs en pierres volcaniques laissées brutes
o^.
Plan général du marae'
Marae Ta'ata.
Les fouilles et les
sondages ont permis de
s'assurer du plan exact
du marae et de son
évolution architecturale,
de préciser l'ancienne
78
parement en opus incertum à face plane
appareil de type “côtier”
O
pavage des plates-formes
pierres dressées et pierres-dossiers
^
topographie du sol sur
lequel il fut
primitivement édifié, et
de mettre au jour divers
*
□
témoins mobiliers ainsi
que des ossements de
porcs associés à un
foyer et des sépultures.
70
A
amas de l'enceinte B
hauteur des structures en cm
localisation des sondages et des fouilles effectués sous
l'ancien sol de fréquentation du marae
TAHITI ET MOOREA
remarquable est que ce marae fut plusieurs
fois modifié, K.P, Emory avait déjà noté que
le mur avant-gauche de l’enceinte B (qui est en
appareil côtier), avait été construit contre
l’angle droit de l’enceinte A, qui était donc
plus ancienne. Ceci confirmait son hypothèse
selon laquelle l’appareillage de type côtier
était un phénomène récent. L’étude de la zone
de Vahu de l’enceinte B allait cependant
réserver quelques surprises. Quand K. P.
Emory visita Marae Ta’ata pour la première
fois, les vestiges d’un ahu à trois degrés étaient
encore
discernables
et
ses
dimensions
pouvaient être évaluées. Bien des matériaux
ont été emportés depuis pour être utilisés
ailleurs, car il n’y avait plus trace de cette
pyramide en 1973. En explorant ce qui restait
de ses ruines, on découvrit un ahu plus ancien :
une simple
plate-forme de type intérieur,
distincte du mur d’enceinte et, à l’intérieur de
mur
celle-ci,
une
seconde encore plus ancienne,
entourée d’un peiit pavage, et dont le mur de
façade, précédé de trois pierres dressées, était,
contre toute attente, en appareil côtier (c’est
X'ahu que l’on peut voir aujourd’hui, restauré).
Les vestiges du mur gauche de cet antique
petit marae furent également mis au jour.
Marae Ta’ata : un marae très
important
Faute de datations satisfaisantes (14C), on ne
peut savoir quel est le plus ancien marae de
l’ensemble du site : le premier de l’enceinte B,
ou A ? La première hypothèse paraît la
plus
vraisemblable, bien que l’appareillage de Yahu
soit de type côtier : B connut trois périodes
différentes et non point A. Lt marae C paraît
avoir été le dernier construit. En effet, une
seule pierre est dressée derrière son ahu et
et ahu de la seconde époque
marae
celui-ci n’est constitué que
d’un entourage
fragile, qui n’aurait pu se conserver pendant
de nombreux siècles. Aucun ahu plus ancien
ne fut mis au jour au cours des fouilles, mais
seulement un four “tahitien” et les vestiges du
soubassement d’une case qui pourrait bien
être celle du premier marae de l’enceinte B.
Quoi qu’il en soit, MaraeTa’ata, plusieurs fois
remanié, a une très longue histoire, d’où son
prestige au XVllL siècle. On y faisait
d’ailleurs, et depuis longtemps, des sacrifices.
Lors des sondages pratiqués par l’équipe de
fouille en 1980, D. Legoupil mit au jour,
devant l’enceinte A, un squelette de porc
associé à un foyer et, en 1983, à droite de
l’enceinte C, E. Vigneron découvrit plusieurs
squelettes humains disjoints ou en connexion
anatomique incomplète... On ne faisait des
sacrifices humains que sur les marae les plus
importants.
B
d’enceinte
du marae A
mur
pierres dressees
A
Marae Ta’ata, enceinte
A ;“décapage” du sol de
la cour. A l'arrière-plan,
la plate-forme de Vahu
et ses trois pierres
dressées.
A droite :
Le plus ancien ahu de
l'enceinte B du marae
Marae Ta’ata.
A la demande des
personnalités lo.cales
concernées, seul a été
conservé, et restauré,
Vahu le plus ancien, tel
qu'il apparaît ici.
79
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
Le marae Atahuru
Dans
l’histoire
tahitienne
dont
districts : Mano-tahi (Punaauia) et Mano-rua
(Paea).
nous
pouvons suivre la chronologie de façon serrée
à partir du moment où l’écrit vient s’ajouter à
la tradition orale, le marae Atahuru occupe
place importante pour la double raison
la côte ouest de Tahiti où il se situe,
intercalé entre la puissance montante des
Pômare au nord et la puissance déclinante des
Teva au sud, constitue un champ de rivalité
privilégié, et que ce marae, qui pose un
problème de localisation, est l’un des pôles
socio-politiques les plus importants de cette
région.
une
que
Atahuru est (dit être) le lieu où débarquèrent
pour la première fois à Tahiti-nui les prêtres
du dieu ’Oro dans leur périple pour la
grands
de Punaauia
étaient, à l’arrivée des Européens, un marae
ancien appelé Tahiti, Te Ara e Tahiti ou
Punaauia, qui se trouvait dans la basse vallée
de la Punaruu et un marae récent appelé
Taputapuatea et localisé en bord de mer à la
pointe de Punaauia. D. Oliver rapporte que ce
dernier était dépositaire d’une image (to’o) du
dieu ’Oro et qu’il servait aussi pour les
sacrifices, mais selon J. Wilson le marae
marae
Tahiti était aussi dédié à ’Oro. Ce qui diffé¬
renciait ces deux marae, c’est que le premier
été érigé à ’Oro dans le cadre de
avait
l’expansion à Tahiti du culte de ce dieu,
laquelle s’était traduite par l’édification de
marae
Un centre socio-politique
Les
à Tautira, à Utuaimahurau et à la
pointe Punaauia, tandis que le second était un
marae vénérable qui avait été en quelque sorte
converti au culte du dieu ’Oro.
Les grands marae de la seconde division
de la côte ouest, c’est-à-dire de Mano-rua ou
Paea étaient Marae Ta’ata, situé un peu à
l’intérieur
dans
la
plaine littorale, et
Utuaimahurau, localisé en bord de mer sur la
pointe de Paea du même nom. On a vu que
tous deux étaient désignés dans les traditions
ou dans les récits des
voyageurs du nom de
marae
ou
grand marae de Atahuru.
Utuaimahurau avait été érigé pour être spéci¬
fiquement dédié à ’Oro, tout comme le
Taputapuatea de la pointe Punaauia, tandis
que rien de tel n’apparaît pour Marae Ta’ata.
T. Henry nous assure que chacun d’eux était le
marae de deux
des trois subdivisions internes
Marae
Paea,
de
Utuaimahurau
de
Ta’ata de A-’ou’a,
Na-ta’o-e-ha, mais rien
n’empêche de former l’hypothèse que le
Marae Ta’ata/Utuaimahurau de
Paea était en quelque sorte analogue au
doublet
construction de marae dédiés à
ceÇdieu. Ils
venaient de Tautira où ils avaient édifié le
Atahuru dans
marae
s'inspirant de la
toponymie de la carte de
Taputapuatea et apportaient avec eux
pierre de ce marae pour l’érection d’un
une
édifice semblable au lieu Atahuru ou Utu-ai-
“international”
comme
celle de Tautira” (T.
Cook, montre "Atehuru"
remarquer en note avec
espace
englobant Punaauia et
Paea dans un ensemble
appelé Utu-ai-mahu-rau fut dédié à ’Oro au
corps de plumes d’oiseaux : “Son image (to’o)
était de la taille de celle d’Opoa (d’où venait le
culte de ’Oro et où avait été édifié le grand
marae
passa la nuit du 30 juin
venant de la côte sud.
comme un
mahu-rau dans le district de Paea. Ce marae
toujours appelé très
abusivement
"Opooreonoo"
(Te-Porionuu) et où se
trouve "Attahouroo",
Taputapuatea) et
couverte de plumes rouges,
jaunes et noires
participation, semble-t-il, de Tutaha grand-
chef militaire de Te-Porionuu dont le prince
était Tu, le futur Pômare 1er. Les trophées de
victoire emportés par Tutaha étaient une
image (to'o) du dieu ’Oro et une ceinture
royale de plumes rouges (maro’itra) qui furent
enlevés
du
marae
de Tooarai des Teva à
Papara pour être déposés sur le marae Marae
Ta’ata appelé par les Anglais, selon l’auteur
du récit, Attahuru (Atahuru), marae sur
lequel Tutaha avait des droits (in Arii Taimai
selon Adams). Ce maro’ura était un symbole
de suprématie détenu par le chef suprême des
Teva, dont Tutaha s’empara et qu’il déposa
sur des marae sur lesquels il avait des droits
afin que Tu ou Pômare 1er accède à son tour à
la suprématie à'ari'i rahi maro’ura (grand
prêtre à la ceinture rouge). Mais le dépôt du
Page de droite, en bas :
Atehuru) ou Te Oropaa
constituait à la fin du
XVIIP siècle une des
plus grandes divisions
Pte
baie de Matavai
pièces de bois
sculptées. A l'arrière, le
fatarau, autel
d'offrandes. A gauche
au premier plan, le tare
ia manaha, maison
unu,
de Tahiti, limitée au nord
par Tefana-i-Ahurai ou
Faaa, et au sud par
Teva-i-uta gouvernée
par Papara.
sacrée ou maison des
trésors sacrés : on y
TEFANA-I
Outumaoro'
gardait notamment le
tare atua, logement
du dieu à l'intérieur
ROA
Marai
ou Pu(
ATAH
fut
plus naturellement déposé sur un marae
au
dieu ’Oro, c’est-à-dire Utuaimahurau, lequel rappelons-le, était aussi
appelé selon T. Henry Atahuru.
Un problème de localisation
Atahuru (Attahuru,
reproduite dans
l'ouvrage de D. Oliver
période
ancienne
et correspondait
aux
districts de Punaauia et de Paea. Un terme
mais également utilisé pour en
désigner les habitants, était Oropaa (ou Te
Oropaa). Cet ensemble se divisait en deux
synonyme,
80
le titre Marae
Te-Ara-o-Tahiti. Ce
sous
marae,
TE OROP
Ne figurent sur la carte
plaine littorale, sur la
que les quelques marae
dont il est question dans
le texte.
TEVA-I-UTA
PARE
ARUE, PIRAE
Atimaono
(U paru)
appelé aussi
Punaauia ou Tahiti,
était localisé dans la
basse vallée de la
Punaruu en arrière de la
côte ouest de Tahiti. Il
était l'un des principaux
marae du district de
Punaauia.
Atehuru) était le nom
d’une des grandes divisions de Tahiti dans la
duquel reposait le to'o.
A l'arrière, les hangars
pour les pirogues du
dieu (tare va'a o te atua),
pirogues qui servaient à
transporter le tare atua
lorsqu'on devait faire
voyager le to'o.
Cette gravure est
pense que le to’o
dédié
séjourner à Marae
Ta'ata, marae sur lequel
le guerrier Tutaha avait
des droits. Ce grand
guerrier était connu de
Marae et “autel" à
Atahuru. Marae à
Atahuru dessiné par
W. Wilson lors du
voyage du navire Dut!
en 1797. Au centre et à
droite, le ahu avec des
Carte de Atahuru, côte
ouest de Tahiti-nui.
Atahuru (Attahuru,
to'o de ’Oro et du maro’ura sur Marae Ta’ata
est contesté par D. Oliver qui
localité mais un district ;
il suggère que Cook a pu
du pays.
Teva (plus exactement les Teva-i-uta ou Teva
Vehiatua de la presqu’île de Taiarapu, avec la
juste raison que Atahuru
n'était pas une simple
précédemment reçu ce
dernier dans cette partie
Henry).
de l’Intérieur, du district de Papara) avec les
L'éditeur, J.-C.
Beaglehole, fait
Cook comme un des
chefs de Pare et il avait
conflit de décembre 1768, appelé
“Guerre du Ahu Ra’a Reva” mit aux prises les
Le
lieu où Cook dit qu'il
l'ensemble de Tahiti.
Celte carte, établie en
grandes divisions
.
.
aiatea
ancien mataeinaa
mataeinaa actuel
subdivision de mataeinaa actuel
ancien mataeinaa
ancien
nom
de mataeinaa
*
*
marae
marae
dédié à ’Oro, dieu de la guerre
TAHITI ET MOOREA
doublet
marae
Tahiti/Taputapuatea
de
Punaauia, et qu’à l’image de ce dernier, on
avait affaire pour Marae Ta’ata à un marae
plus ancien et dédié à ’Oro, non point dans le
premier mouvement d’extension du culte à
mais
Tahiti,
dans
seconde
une
vague
impliquant la conversion à ’Oro d’édifices
existants.
Ces
marae
de Paea ont
encore
soulevé
points d’interrogation dans l’historio¬
graphie tahitienne : à savoir d’une part le lieu
où le grand chef Tutaha fut enterré après sa
mort dans la guerre qui opposa en 1773 TePorionuu avec Tutaha, Tu (Pômare 1er), le
chef titulaire et Hapai, le père de ce dernier, à
Vehiatua 1er ari'i rahi de Taiarapu ; et d’autre
deux
Positions respectives des marae de Punaauia et Paea.
érigé pour être
dédié à 'Oro
{marae récent)
marae
pointe de
bord de mer
intérieur
dans la basse
vallée
Paea ou Mano-rua
plus ancien
Positions respectives
des marae de Punaauia
et de Paea.
L'identification du
bord de mer
intérieur
dans la plaine
sur une
Punaauia
ou Tahiti
ou Te Ara e Tahiti
marae
entre
le Taputapuatea de la pointe Punaauia
Oliver)
érigés à ’Oro et situés dans la grande
et le marae Utuaimahurau de Paea (D.
tous deux
division Atahuru.
Sur
le
second
Marae
Ta'ata ?
entre
point,
le débat s’est
Marae
Ta’ata
et
Utuaimahurau, tous deux appelés marae ou
grand marae Atahuru, avec une nette
préférence pour le dernier marae, clairement
dédié à ’Oro. Mais un autre marae également
situé en bord de mer, clairement dédié à ’Oro
et à propos
pointe de Paea
Punaauia
et converti à
'Oro
pointe de
Utuaimahurau
Taputapuatea
de la pointe
troisième voyage.
Sur le premier point, le débat reste ouvert
circonscrit
Punaauia ou Mano-tahi
Origine
part, le marae où eut lieu le sacrifice humain
auquel assista Cook en 1777 lors de son
duquel D. Oliver souligne que l’on
y faisait des sacrifices, était Taputapuatea, à la
pointe Punaauia ; il pouvait, du fait de sa
localisation dans le grand district d’Atahuru,
le capitaine Cook par ce
on le voit, bien des
problèmes de l’historiographie tahitienne sont
être
repéré
dernier
par
nom.
Comme
loin d’être éclaircis.
“grand marae Atahuru”
reste problématique.
Etait-il érigé à Punaauia
à Paea, en bord de
côté montagne ?
Ce tableau indique les
quatre marae qui
ou
mer ou
pourraient prétendre
à ce titre et leurs
positions
géographiques
respectives.
Marae Taputapuatea à la
pointe de Punaauia. Ce
marae, dédié au dieu
'Oro et situé près de
l'embouchure de la
Punaruu, fit l'objet d'un
relevé par Kenneth
Emory du Bishop
Muséum.
81
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
La vallée
de la Papeno’o
longueur (18 km), par sa
largeur et par la densité de son réseau hydro¬
graphique qui draine les eaux pluviales
arrosant
la caldeira intérieure de l’île
mètres carrés et contenant plusieurs
milliers d’éclats de débitage et d’outils
de
C’est, de loin, la vallée la plus importante
de Tahiti par sa
qu’elle provoque ont détruit les vestiges
d’o.rigine organique dans la presque totalité
des sites archéologiques. Les seuls documents
mobiliers conservés sont les pierres et les
charbons ; c’est peu pour restituer la vie
périphérie de ces vastes ensembles furent
repérés plusieurs ateliers de taille sous forme
de nappes contiguës, étalées sur des dizaines
sur
quelque 80 km^. K.P. Emory, au cours des
prospections qu’il effectua aux îles de la
Société dans les années 1925-1931, visita cette
vallée et y repéra une quarantaine de sites
archéologiques dont plusieurs marae.
Un patrimoine sauvegardé
Le potentiel hydrologique de la vallée est tel
qu’en 1975, fut décidée la construction d’un
barrage de retenue des eaux (sur 15 km^
environ), pour la production d’énergie hydro¬
électrique. Les promoteurs de ce projet et les
autorités locales eurent le souci de sauver les
vestiges archéologiques que ce lac artificiel
devait ainsi submerger. Nombre d’organismes
locaux et métropolitains unirent leurs efforts
pour assurer l’inventaire et le sauvetage de ce
patrimoine. Cinq campagnes de recherche
furent effectuées, avec la participation de plus
de 180 jeunes gens qui apportèrent leur aide et
furent initiés aux techniques de l’archéologie.
Une prospection systématique permit de
repérer, entre autres, une vingtaine de sites
cérémoniels ou d’habitation très importants.
Ces sites ont été débroussaillés, dégagés des
sédiments qui les recouvraient, cartographiés,
et, plusieurs, fouillés en profondeur. A la
d’autrefois. Les lieux suffisamment secs pour
lithiques abandonnés car brisés au cours de
leur façonnage. Ces prospections mirent
également en évidence les travaux d’aména¬
gement de la vallée pour l’horticulture sèche et
humide : terrasses étagées et soutenues par des
murets, endiguement des cours d’eau, etc. Ces
aménagements très nombreux et très étendus
(plusieurs hectares autour de TPP05),
que soient préservés les témoins de la faune et
de l’alimentation, les objets façonnés dans la
donnaient une certaine autarcie aux habitants
de la moyenne et de la haute vallée qui se
trouvaient souvent isolés, pour des causes
naturelles (crues fortes et prolongées) ou
d’ordre conflictuel avec les populations
installées plus en aval et sur la côte. Si la vallée
fut totalement désertée au cours de la seconde
moitié du X1X‘= siècle, les travaux archéolo¬
giques ainsi effectués, la densité et la variété
des sites mis au jour, montrent qu’elle était
autrefois très peuplée et par des hommes qui
avaient su parfaitement s’adapter à des
conditions de vie particulièrement difficiles.
Un site exceptionnel, l’abri-sous-roehe situé
sur la terre Putoa, a permis d’aller encore plus
loin dans la compréhension de ces anciens
genres de vie.
L’abri-sous-roche de la terre
Putoa : de la colonisation
à l’abandon de la vallée
nésiens.
Puis
et
l’intense activité bactérienne
l’occupation
s’intensifie,
les
d’habitat s’enchevêtrent, les
activités se diversifient : débitage d’éclats de
structures
La forte humidité qui règne dans la vallée de la
Papeno’o
coquille ou l’os, sont exceptionnels. Un tel site
existe cependant sur la terre Putoa, au
confluent de Vai Tupa, à 6 km de la mer ; il
s’agit d’un abri-sous-roche où les occupations
s’accumulaient sur une épaisseur de 1,80 m.
Les hommes ont laissé de leur première
visite dans l’abri un petit foyer autour duquel
ils ont abandonné les restes d’un repas frugal :
crabe, oiseau, mollusques fluviatiles et
moules. La faune de mollusques terrestres
(étudiés par S. Tillier et C. Cherel-Mora du
Muséum national d’Histoire naturelle à Paris)
est celle de la forêt primaire. Puis des
sédiments fins se déposent, scellant les traces
de cette première halte. Ensuite, les hommes
s’installent sur le promontoire au pied de
l’abri, qui devient l’annexe d’habitations plus
élaborées. Ils taillent des outils, plantent des
poteaux, creusent des fours chauffés par des
bois variés (mara, hutureva, toro’ea, tafano,
apape, maiore). Le défrichement est attesté
par la disparition des espèces de mollusques
liées à la forêt primaire, remplacées progres¬
sivement par celles introduites par les Poly¬
basalte, fabrication et polissage ou aiguisage
OCCUPATION INTENSE
ALIMENTATIO N
pipe en terre début XIX® s.,
tessons de verre, clou, Rats européens
l'I
T
situation relative du
grand complexe cultuel
hameçon en nacre
O
TPP06 et de la zone
habitée TPP05 dans la
vallée
deJa,Papeno’o.
apports
terrestres
dominants
TURBO
chèvre
VESTIGES EUROPÉENS
STRUCTURES DE COMBUSTION
DÉPÔTS
DE
RUISSELLEMENT
sable lité
outils
^'oiseau
OCCUPATION
PEU DENSE
ABANDON
QUELQUES PASSAGES
ABANDON DE L’ABRI
hameçon
apports
marins
dominants
MOULES
OCCUPATION INTENSE
hameçon, éclats de verre volcanique,
herminettes
OCCUPATION PEU DENSE
peigne à tatouer, hameçon, parure
PREMIER PASSAGE DES HOMMES DANS L’ABRI "
Site d’habitat TPP05 de.
la vallée de la Papeno’o.
La fouille de la zone
située à l’arrière d’un
pavage (en haut adroite
du cliché) a révélé, sur
32
la présence de
310 fosses, trous de
poteaux et de piquets.
82
Ce sont les vestiges des
constructions en bois
édifiées successivement
à cet endroit. Une des
LIMONS ALTÉRÉS STÉRILES
plus récentes de ces
constructions, une
maison rectangulaire
d'environ 7 m sur 3 m, a
été datée de la fin du
XVIII' siècle.
SURFACÉ ALTÉRÉE DES ALLUVIONS
ALLUVIONS CIMENTÉES
TAHITI ET MOOREA
d’herminettes, confection occasionnelle
d’hameçons en nacre. La nourriture est cuite
dans des fours de dimensions variées (0,40 m à
1,50 m de diamètre) dont les plus grands,
probablement destinés aux végétaux, sont
chauffés surtout par du mara. L’alimentation
comporte des moules, des mollusques fluviatiles, des oursins et des poissons ; les restes de
cochons sont très rares.
Vallée de la Papeno’o. Localisation des sites archéologiques.
sites TPP05 et TPP06
0 site
naguère choisi pour
l’implantation du barrage
Alors que les activités sont très intenses,
surviennent des éboulements qui ensevelissent
le sol d’habitat sous une masse importante de
Cet apport coïncide avec une
interruption presque totale de la fréquenta¬
sédiments.
B
abri-sous-roche terre Putoa
0
terrasses d’habitations, terrasses de culture,
groupement d'outils et d’éclats de pierre...
...
tion de l’abri : çà et là on allume un feu, on
taille un outil, un mort est déposé sur le sol.
Puis, après un nouvel apport de sédiments, les
hommes se réinstallent : les mollusques de la
primaire disparaissent, mollusques et
européens colonisent le site, des
ossements de chèvre et des objets exotiques
(clous, fragments de verre) apparaissent. Au
cours
des
dernières occupations, un
changement
important intervient dans
'forêt
Mt Taatehau
rats
515
i
Mt Titiafaatau
-f-
l’alimentation : les restes de cochons et de
chiens sont plus nombreux et les moules sont
remplacées parles mollusques fluviatiles et les
Mt
turbo.
Toopuu..
1053
■/
L’histoire de cet abri constitue un modèle
pour comprendre la colonisation de la vallée
et les modifications du milieu naturel qui l’ont
accompagnée. Si la première halte correspond
sans doute à une brève expédition venue de la
côte, l’installation dans l’abri traduit le
peuplement de la vallée moyenne. La datation
des charbons en précisera bientôt la chrono¬
logie.
Mt Aramaoro
Localisation des sites
archéologiques de la
vallée de la Papeno’o.
1742
S’ajoutent à cette carte
70 structures révélées
par les prospections en
cours de R.T. Gratte
dans la basse vallée, rive
gauche. La répartition
des sites, même si elle
est impartaitement
connue,
montre
cependant la torte
densité de l’habitat
dans les parties les plus
Mt Orohena
2241
inhospitalières de la
haute vallée.
Mt Teamaa
1532
Mt Urufa
Coupe synthétique du
remplissage de l’abri-
sous-roche situé terre
Putoa dans la vallée de
la Papeno’o. L’histoire
de l’occupation de cet
abri retiète celle de la
partie moyenne de la
vallée, depuis sa
colonisation jusqu’à son
1493
col.
••
"1
^
Mt Mouatamaiti
1474
Mt Teau
1524
Mt Tetufera
1799
abandon.
83
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
’Opunohu
sous
la direction de
Roger C. Green. Près de
deux cents sites supplémentaires furent inven¬
toriés,
Archéologie
chacun, plusieurs
Ethiques (501 en tout). Les progrès
des techniques archéologiques et la durée des
recherches (six mois en 1960 et quatre mois en
1961 -62), expliquent en partie l’importance de
regroupant,
structures
Dans "Stone remains in the Society Islands",
K.P. Emory décrit une vingtaine de sites
archéologiques qu’il avait pu observer au
cours de ses prospections de Moorea en 1925-
1926. 11 avait relevé, à l’intérieur de la vallée de
’Opunohu, trois
platesformes de tir à l’arc. Vingt-cinq ans plus tard,
les recherches allaient reprendre à’Opunohu,
marae
et
quatre
ces
résultats. Une autre raison
en
est
que,
pendant ces vingt-cinq ans, l’exploitation du
vaste domaine de ’Opunohu ayant été étendue
à la vallée intérieure, la prospection des sites,
souvent infructueuse sous un épais manteau
de végétation, était ainsi devenue moins
Cartes des sites de la
baie et de la vallée de
Opunohu, étudiés par
Roger C. Green et son
équipe en 1960-1962.
récif
Les sites de la vallée de
’Opunohu sont identifiés
par un numéro d'ordre
et par les lettres Sc
(îles de la Société),
M (Moorea) et
O (’Opunohu). ScMo 129
ScMf 1
est le marae Ahu Titiroa.
ScMo 4 est une grande
case de réunion et ses
ScMo
158 sont des
annexes.
malaisée.
Le
propriétaire du domaine,
Medford R. Kellum Jr., était d’ailleurs loin de
rester indifférent aux vestiges du passé, si l’on
sait qu’il était arrivé de Hawaii sur le quatremâts de son père en 1925, et que K.P. Emory
était à bord pour effectuer sa première mission
Polynésie orientale..., et il prit soin, non
seulement de respecter les structures qu’il
découvrait au fil des ans, mais de protéger les
en
plus remarquables des dégâts qu’aurait
pu
bétail. Les travaux de R.C.
Green ont ainsi révélé l’extrême densité du
leur
causer son
préeuropéen de cette région
intérieure de Moorea, peuplement très ancien,
peuplement
comme l’a montré la mise au jour de niveaux
sous-jacents à ceux des structures Ethiques
étudiées. Pour ce qui est des marae, l’étude
qu’en fit R.C. Green est une contribution des
plus importantes à leur typologie. A partir de
1969, six des principaux d’entre eux furent
restaurés par Y.H. Sinoto, ainsi qu’une plate¬
forme de conseil et deux plates-formes de tiré
l’arc. Cet ensemble constitue l’un des plus
beaux sites naturels et archéologiques de la
Polynésie.
103 et
groupements de marae
et de cases.
Ethnohistolre
Les marné’Afareaito et Ahu o Mahine décrits
par J. Garanger évoquent grâce à la tradition
orale, recueillie puis conservée par écrit au
XIX*^ siècle, deux périodes bien précises du
passé de Moorea : le premier, l’ascension
politique aux XVll-XVllL des ari’i de
Haapiti, sur la côte sud-ouest, vers l’établis¬
sement de leur prépondérance dans l’île ; le
Moorea ancien. Les
Marama, ari'i de Haapitl
i.*r
.
''
et de ’Opunohu, dans
Héritage des Marama
leur expansion.
Mot^roa
Teaharoa, district créé
par Pômare dans le nord
de Moorea.
Alliance des Marama
1
Héritage des Marama
MOOREA d’après RIBOURT (1863)
Varari
TE-iO-l-RARO
J
Nuuruai#
promontoire Eimeo
baie de Vaianae
pointe Paroa
84
TAHITI ET MOOREA
second, la résistance des forces locales à Tinstauration, à la fin du XVIIH siècle, de la
suprématie des futurs souverains de Tahiti.
Le
Afareaito fut édifié, nous
Taimai dans ses Mémoires, à la
suite de la victoire remportée par Marama,
marae
raconte Arii
Haapiti, sur les Atiro’o, qu’il délogea
de sa principauté et poursuivit à travers
’Opunohu jusqu’à Vaiare, sur la côte sud-est de
ari’i de
Moorea. Marama s’installa alors dans ce
bassin central de l’île, créant deux nouveaux
districts qu’il appela Tupauruuru et Amehiti,
et faisant du site d’Afareaito sa nouvelle
résidence. 11 s’agit donc d’un marae ari’i dont
tenants de titre appartenaient à une
importante famille, notamment en raison de
ses relations avec les lignées titulaires des
marae Vaiotaha de Bora Bora et
Farepua de
Vaiari (Papeari, à Tahiti). La tradition qui
parle des Marama comme des ari’i nui
(grands-chefs) d’Eimo (ou Aimeho, ancien
nom de M oorea) est toutefois muette en ce
qui
les
Taputapuatea-i-Fa’atoai.
Ahu
Mahine renvoie à
guerrier
fameux, qualifié par la tradition de chef
O
ce
militaire de ’Opunohu qui appartenait au
lignage des ari’i de Varari. Ceux-ci, tenants du
titre le plus élevé sur le marae Nuurua, étaient
comme tels les mieux placés pour acquérir la
suprématie à Moorea, du moins avant que le
développement du culte de ’Oro, marqué dans
l’île par la dédicace d’un marae Taputapuatea
à ce dieu, ne vienne remettre en cause le rang
de Nuurua, plus ancien et dédié à Ta’aroa, A
vrai dire, Mahine (qu’il ne faut pas confondre
avec
un
autre
Mahine, de Huahine)
descendait en ligne directe des Punuateraitua
de Varari et il avait une sœur mariée chez les
ari’i de Faaa, à Tahiti, qui lui donna une nièce,
Itia, laquelle devint l’épouse de Pômare FL et
Metuaaro, lequel poussé par Itia et
Pômare F'' devint son rival. Pômare F"' créa,
dans le nord de Moorea, une nouvelle
un neveu
chefferie dénommée Teaharoa avec le titre de
Taaroa-arii pour ce chef et Metuaaro fut le
premier à porter
ce
titre. La faiblesse de
Mahine résidait dans le fait qu’il n’avait pas de
successeur direct : dans le conflit d’une dizaine
d’années qui opposa le chef de
son
Moorea puis
successeur, après sa mort, à Metuaaro, ce
fut finalement ce dernier qui l’emporta, sans
que le pouvoir à M oorea de Pômare FL dont il
apparaît avoir été l’agent, ait été définitive¬
ment établi
à ce moment là.
leur éventuelle possession d’une
ceinture de plumes blanches ou jaunes (maro
concerne
lea), indice de suprématie pour les très grands
chefs liés aux marae Vaiotaha et Farepua. Les
successeurs
d’Afareaito
du
Marama
obtinrent
constructeur
l’allégeance des ari’i
d’Afareaitu, sur la côte sud-est, ari’i titulaires
du marae “national” Umarea ; ils obtinrent
aussi par alliance des droits sur Nuurua, l’un
des marae “nationaux” les plus prestigieux de
l’île ; enfin, par mariage dans la famille des
ari’i de Faatoai (Papetoai), l’un des Marama
porta dans son nom celui du marae
Les neuf sites de la
vallée de ’Opunohu à
Moorea, étudiés par
R.C. Green, restaurés
par Y.H. Sinoto.
Pour plus de clarté, l’échelle
des structures a été
augmentée par rapport à
celle des distances.
85
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
Afareaitu
Le
district
section
ou
de
commune
(maia'eina'a) actuel d’Afareaitu correspond
au regroupement, dans la seconde moitié du
XIX'
siècle
d’Afareaitu,
trois
des
Haumi,
anciens
Maatea.
districts
Ces
trois
divisions correspondent aujourd’hui à des
localités distinctes, distantes de quelques
kilomètres les unes des autres.
Historique
“L’État de l’île Tahiti durant les années 18471848” de P. Ribourt établit que les trois
districts précités constituaient dans le Moorea
ancien une des deux divisions appelée Te-io-inia entre lesquelles l’île se trouvait tradition¬
nellement partagée...Selon les auteurs, les deux
divisions de Moorea, Te-io-i-nia et Te-io-iraro ont une consistance variable mais John
Davies, dans
son
“Histoire de la Mission
tahitienne” présente pour Te-io-i-nia la même
définition
fondée
sur
l’actuel
mata’eina'a
d’Afareaitu. On retrouve aussi cette même
définition dans la nomenclature des districts
Moorea exposée par T. Henry dans
“Tahiti aux temps anciens”. P. Ribourt ajoute
de
que
cette
division
se
partageait en quatre
parties, deux pour l’ancien district d’Afareaitu
et les deux autres pour Haumi et Maatea.
Bien que l’on puisse trouver dans la
géographie, dans les vestiges archéologiques
et curieusement, dans l’organisation de l’église
évangélique de Moorea, une correspondance
à cette quadripartition, il ne faut pas faire
abstraction de son contenu mythique, résultat
de la division de Moorea, qui était dite
"Aimeo i te rara varu”, “Aimeo (M oorea) aux
huit radiations... (soit) huit chaînes de mon-
Afareaitu, localisation
des sites
archéologiques.
L'ancien village de
pêcheurs d’Afareaitu
(MA SI) a été étudié par
K. Emory, Y. Sinoto et
P. Vérin en 1960-61. Les
travaux de B. Gérard,
1973-1974, sur la
en
terre Ateteura à
Afareaitu et au marae
Nuupure à Maatea sont
respectivement indiqués
par MA S2 et MA Ml.
Moorea, Afareaitu,
localisation des sites
des marae. Cette carte
montre l’emplacement
des principaux marae
proches du village
d’Afareaitu.
MAS2
structurés (ternes AtéteutS
et
Le marae 1 de la terre
Ateteura après le
dégagement des murs
sud (au premier plan et à
gauche) et ouest
(au fond).
Tearé(&tia)'.marae!Te'ror€ii^^ffl
i
,,-r
=
'1
I s'tryctures (teqiêsWàtdiftêS
I
1
I piarae
’rt ^
mkrae Umarea
S végétation dense
végétation
clairsemée
implantation
de l’habitat actuel
fouilles B. Gérard
sites étudiés
"passe Tupaffaur^u^
86
J
sépar(ai)ent en huit divisions
naturelles” d’après T. Henry. Pour rester dans
tagnes qui la
cette
Parmi les marae dont les structures ont
numération, il suffira d’ajouter que le
même
auteur
dénombre
deux
“nationaux”
dans Te-io-i-nia :
Afareaitu et Nuupure à Maatea.
marae
Umarea
à
“L’ancien village d’Afareaitu”
Y.H. Sinoto et P. Vérin ont rendu compte des
recherches effectuées en 1960 et 1961 dans un
complexe lithique situé au nord-est du village
actuel et qui semble avoir été un ancien village
de pêcheurs. Des maisons, des marae, des
hameçons, des restes de sépultures ont été
trouvés. Les datations faites au radiocarbone
indiquent le X' ou XL siècle comme l’époque
où a pu se faire la première occupation
humaine, mais les structures et le matériel
relevés ne sont pas aussi anciens.
Grand marae de la terre
(appelé marae
2) mesurant 27 m de
long, sur 10 à 12 m de
large, Incertitude venant
Ateteura
de la difficulté
d’identifier le mur ouest.
11 est orienté dans le sens
de la plus grande pente,
l'ahu se trouvant en
amont. Cet ahu est inséré
dans lastructure du mur
d’amont (au sud) qui a
2,80 m de large, alors
que le mur ouest (du
grand côté) a en
moyenne 1,06 m. Devant
le mur-a/iù, trois
pierres dressées. La
cour
est pavée ; on y
trouve d’autres pierres
dressées dont Salignées
le long du grand côté
est. A l’ouest de ce
marae,
marae
trois petits
orientés
perpendiculairement.
Ces marae sont compris
dans l’intervalle
séparant le grand marae
du marae 4 qui semble
correspondre au marae
Teroro de la terre
Tearataha relevé par
K. Emory ("Stone
remains"). En haut et au
sud-ouest de ce grand
marae,
TAHITI ET MOOREA
au
titre
du
Bernice
P.
Bishop Muséum
été relevées, il en est un, Horora de la terre
d’Honolulu. Localisées sur le versant sud de la
marae aurait été
Ateteura,
Matiti, qui est cité par la tradition orale : ce
inauguré, selon les Mémoires
d’Arii Taimai, par Marama, grand-chef de
Haapiti, à la demande des chefs d’Afareaitu.
Ces marae, sauf Horora dont on vient de
parler, n’ont pas été mentionnés dans le relevé
que K. Emory fit en 1933 sous le titre "Stone
remains in the Society Islands".
Sites dans la grande vallée
d’Afareaitu
Un des
grande
plus notables marae élevé dans la
vallée d’Afareaitu est situé dans
l’intérieur à 1 ou 2 km du littoral. 11 a été
mentionné par K. Emory sur la terre Tetii et,
d’après la tradition vivante dans le village,
porte le nom de Matairea, comme le grand
marae de Huahine qui domine le complexe de
Maeva, dans cette île. Il s’agit d’un marae à
ahu à degrés, avec une cour rectangulaire
pavée enclose d’un mur haut de 1,60 m. Ce
marae a une longueur de trente mètres sur un
peu plus de seize de large. Plus à l’intérieur,
sur la terre Tearataha,
K. Emory signale
grande vallée, et notamment sur la terre
elles ont permis de dégager
l’existence de tout
marae
ensemble cérémoniel
par deux grands
de facture différente, chacun toutefois
ressemblant aux types entrevus à Opunohu :
type Afareaito pour le marae 2 et Ahu o
Mahine pour le marae 4. Un autre marae de
plus petite taille, avec une cour enclose d’un
mur et une plate-forme à degrés et qui mesure
11
m
sur
5 environ, domine l’ensemble
(marae 1). Entre les deux grands marae, on a
trouvé trois éléments rectangulaires, chacun
constitué par une plate-forme pavée pourvue
à une extrémité de trois pierres dressées
(marae 3). Enfin, à l’avant des marae 2 et 3,
l’archéologue a relevé l’existence de grandes
terrasses en escalier descendant vers le talweg
de la vallée et intégrant les marae dans leur
dispositif. La description donnée du marae
Teroro sur la terre Tearataha voisine semble
correspondre à ce que l’on sait du marae 4.
Élevé sur un éperon perpendiculaire à
l’axe de la vallée et flanqué d’un côté par un
vallée,
l’autre, par l’aménagement en terrasses
mur courant sur le versant sud de cette
l’existence d’un autre marae : Teroro.
et de
Après 1970, de nouvelles fouilles archéo¬
logiques furent entreprises à Afareaitu par
de
Bertrand Gérard de TO.R.S.T.O.M., venant
après les travaux de la mission effectuée par
K. Emory et Y. Sinoto en 1960, 1961 et 1962,
un
composé principalement
petit vallon adjacent, cet
présente des dimensions
comparables au complexe de l’ancien village
avec
une
organisation de l’espace très
culture
d’un
ensemble
élaborée.
le marae 1.
pierres de bordure
supérieure
du mur
assise
maçonnerie interne
pavage
pierres dressées
).QCA3Q03j
râpe en corail
DOqqc
penu
râpe en corail
perles associées à un crâne
plombée de pêche
I
cour
pavee
emplacement du mur est
87
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
Marae “nationaux”
Dans “Tahiti
aux
temps anciens”, T. Henry
y avait à Moorea quatre marae
“nationaux” : Nuurua à Varari, Taputapuatea
raconte qu’il
à
Papetoai et Umarea et Nuupure dans la
division Te-io-i-nia, le premier à Afareaitu et
Nuupure à Maatea. Ces marae “nationaux”
sont définis par l’auteur comme des marae
“royaux”, donc de ari'i, qui venaient en
importance juste après le grand marae
Taputapuatea de Raiatea, dit international.
De ces quatre marae de Moorea, Nuurua et
Taputapuatea sont ceux sur lesquels nous en
savons
le plus. L’un était un marae très
important susceptible de donner la
suprématie de l’île à Vari’i qui en était titu¬
laire ; l’autre, dédié au dieu ’Oro et au
développement du culte de ce dieu, était donc
plus récent mais lié à l’ascension à Moorea du
pouvoir des Pômare. En revanche, nous
savons peu de choses sur Umarea et Nuupure
sinon qu’ils étaient les marae des ari’i
d’Afareaitu et de Maatea. Leur site, sur un
promontoire, et les vestiges qu’il en reste,
l’importance de Vahu et la grandeur de la cour
donnent à penser qu’il s’agissait de
monuments
religieux et politiques
importants.
Umarea était selon K. Emory un marae
long d’environ 98 m et large de 38 m. Vahu
était haut de 4 à 5 m, large de 9 à 10m lorsqu’il
le vit. La cour devait être entourée d’un mur.
Selon K. Emory également, Nuupure - “a
royal worae”- avait un ahu de 30 m de long, de
10 à 12 m de large et haut de 5 à 6 m au
moment de l’investigation ; cet ahu avait
quatre degrés, la base étant en blocs de corail.
Les fouilles effectuées par B. Gérard en 1973
ont permis d’estimer à 80-83 m la longueur de
la cour qui devait être fermée par un mur
d’une épaisseur moyenne de 1,50 m. Une très
belle gravure de Constance F.G. Cumming
effectuée à la fin du siècle montre l’allure
imposante de ce marae.
La baie de Ma’atea en
1877 (aquarelle de
Constance Cumming).
On peut remarquer,
dominant le lagon, la
façade arrière de \'ahu
du marae Nuupure, à
quatre degrés. C'était,
d'après Teuira Henry,
l'un des quatre marae
“nationaux” de Moorea.
Marae 1 de la terre
Ateteura. Ce petit marae
(une douzaine de mètres
de long sur 5 à 6 de
large) a la forme d'un
trapèze allongé et
présente une cour
enclose avec, à son
extrémité est, un ahu à
trois degrés inséré dans
le mur d'enceinte ; la
hauteur de cet ahu
atteint 96cm, hauteurdu
mur
comprise.
foyer
bloc erratique
PoSo<^0'îoe'Jo ®
-
U
-J O
av
ïobé<X^°°
pierre d'angle
panneresse
88
oO Qo OûOo
assise supérieure du mur
c:> pierre de bordure
pierre dressée
points de station
6 Les îles Sous-le-Vent
Dans la mythologieoriginel
polynésienne,
les îles Havai’i
Sous-le-Vent
ontmythique
été considérées
où
trouvait
la patrie
et d’où
comme
le pays
se
procédaient les dieux et les traditions. On a vu que la légende faisait venir Tahiti de la
rupture de la terre entre ce qui devint deux îles jumelles, Havai’i ; Raiatea et ’Uporu :
Tahaa.
A Raiatea se trouvait Opoa, siège du marae “international” Taputapuatea et centre
des pays de “l’Alliance amicale” (Te-ao-o-te-fa'a-tau-aroha) unissant les “pays
sombres” (Te-ao-uri) de cette Alliance (c’est-à-dire Huahine, Maiao, Tahiti et Moorea,
les îles Australes) aux “pays clairs” (Te-ao-tea), soit Tahaa, Porapora (Bora Bora),
Maurua (Maupiti), Rarotonga, Rotuma et Te Aotearoa (la Nouvelle-Zélande).
Les traditions concernant l’expansion des marae dans les îles de la Société
assignent comme point de départ à cette expansion, soit Raiatea (avec plus particuliè¬
rement le district d’Opoa), soit Bora Bora. L’histoire de cette île contée parTati Salmon
montre qu’elle se trouvait, avec son marae prééminent Vaiotaha et un second marae
Faretai au centre d’un réseau comprenant Matairea, principal marae de Huahine et
Vaearai marae d’Opoa d’où procéda par la suite le marae Taputapuatea.
On sait comment le culte du dieu ’Oro se répandit, à partir du marae Taputapuatea
d’Opoa à Tahiti et Moorea avec la création de marae du même nom àTautira, puis à la
pointe de Punaauia, et à Moorea, à Papetoai. Par ailleurs, les marae Utuaimahurau de
Paea et Tarahoi de Te-Porionuu (Pare-Arue) étaient dédiés à ’Oro.
Enfin, on sait combien les lignées 6'ari'i (rois et princes) venant d’Opoa avaient de
l’importance et la famille Pômare dut une large part de sa suprématie à l’étroitesse de
ses connexions avec la dynastie des Tamatoa d’Opoa.
Appelées d’abord îles de la Société par Cook, les îles Sous-le-Vent donnèrent par
la suite ce premier nom à tout l’ensemble de l’archipel ma’ohi.
Le mythe de Havai’i
“Hawaiki (Havai’i en langue tahitienne)
est le symbole du pays
lointain d’où partirent
les ancêtres des premiers découvreurs du cœur
du Pacifique”. “C’est de là qu’ils partirent sur
la route du soleil levant, et c’est vers Hawaiki
que l’esprit de leurs morts retourne, en suivant
la piste dorée que tracent sur l’océan les
derniers rayons du soleil couchant”.
“Ceux qui cherchaient aventure en
dirigeant leurs navires à travers le Pacifique
inconnu étaient des pêcheurs de haute mer en
temps que d’habiles marins. Ils
pêchaient à la ligne des poissons et des îles. En
ajoutant à leur matériel de pêche des pouvoirs
magiques, certains d’entre eux, appartenant à
demi au domaine du mythe, pouvaient
remonter des îles du sein des profondeurs
marines. Le plus grand pêcheur de toute la
Polynésie fut Maui, un des premiers décou¬
vreurs qui devint légendaire. Il figure dans un
cycle d’exploits héroïques qui, au long des
âges ont été racontés par les bons aïeux à leurs
même
D’OU venaient-ils ?
"Nous sommes venus de
Hawaiki-la-Grande,
De Hawaiki-la-longue,
de Hawaiki-la-loinlaine"
(légende maorie citée
par P. Buck).
On imagine les premiers
Polynésiens quittant au
petit matin Raiatea,
sombre masse
montagneuse qui se
découpe sur le ciel clair
du levant et qui va
devenir dans ce qui sera
les îles de la Société et
toute la Polynésie
orientale Havai'i, l'île
d’où procèdent toutes
les îles de l'archipel,
l’île qui verra des
expéditions partir vers
le nord (Hawai'i, autre
forme de Havai’i), le sudouest (Te-Aotearoa, la
Nouvelle-Zélande), le
s.ud-est (Rapa nui, l’île
de Pâques).
89
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
petits-enfants remplis de crainte.. Chaque
archipel possède sa propre version de
l’histoire et ses variations locales ; certaines
qu’il ne vit jamais ont été ajoutées à la
pêche miraculeuse de Maui.”
Ces lignes ont été écrites, il y a presque un
demi-siècle par Sir Peter Buck (l’illustre
savant anglo-maori qui aimait à se faire
appeler Te Rang! Hiroa) en un temps où l’on
imaginait encore que le peuplement de la
Polynésie avait pu se faire par de grandes
îles
d’île
randonnées
en
île,
délaissant
la
Mélanésie, et en plusieurs vagues par groupes
sociaux
distincts. A la suite de patientes
recherches qui n’ont pas cessé et qui intéres¬
sèrent aussi bien la partie mélanésienne que
polynésienne de l’océan, on en est arrivé à
l’hypothèse que le peuplement de la
Polynésie s’est fait par une lente avancée des
former
“Pirogues des Isles des
Amis” (Tonga), gravure
illustrant l'édition
française du 2ème
voyage de Cook.
Ces pirogues doubles
à voile latine ne devaient
guère différer de
celles des Tongans ou
Samoans qui quittèrent
humains vers l’est, résultante de micro¬
déplacements en tous sens, un peu comme une
nappe faite de particules mobiles qui peu à peu
occupe un espace vide.
Havai’i, la terre originelle
Il existe une tradition tahitienne de la création
du monde et de l’homme, "Havai’i, fanaura’a
fenua” (Havai’i, le berceau des terres), citée
par P. Buck, qui fait de Havai’i la terre
originelle d’où procèdent les autres terres
polynésiennes. On y voit, en suivant Peter'
Buck qui s’inspire entre autres du manuscrit
de “Tahiti aux temps anciens”, Ta’aroa le dieu
créateur naître de lui-même puis, s’aidant d’un
autre esprit. Tu dit “le grand artisan”, faire le
monde. L’espace ainsi créé est personnifié par
Atea, esprit femelle, qui en s’unissant à
leur "Hawaiki” et
découvrirent la
Hangar à pirogue des
îles Tonga.
bonne mer et vent
exagéré les dimensions
de ce hangar et de la
pirogue double,
démâtée, qu’il abrite.
Polynésie centrale. Par
favorable, elles
pouvaient parcourir une
cinquantaine de
kilomètres par jour et
tenir la mer pendant
des semaines.
154“
MAURUA
VA VAU
’UPOR U
(Taha£ )
La création de Tahiti
dans l’univers ma’ohl :
les îles de la Société
anciennes. Les flèches
153"
De teiles pirogues, aux
Fidji et en Polynésie
occidentale, pouvaient
embarquer plus de deux
cents personnes avec
armes et bagages et
parcourir de très
longues distances en
haute mer.
162"
TE TAI-O-M ARAMA
(la Mer de / 3 lune)
(H lahine)
170
\
''V
TAHITI-ITI
(Moorea)
V
^
TETIAROA
\
îles Sous-le-Vent
90
WTAHITI-NUI
\
MAIAO
18°
règne
Tino-Rua,
“... en haut se tenait Atea (l’espace) et en
bas Rua (l’Abîme). La terre était Havai’i, le
berceau des autres terres, des dieux, des rois et
de l’homme” (P.
Buck).
La création de l’homme
Toujours d’après P. Buck, Ta’aroa aidé de Tu
créa Ti’i, le premier être humain, qui s’unissant
avec
Hina, une déesse, engendra “les ancêtres
des grands chefs ayant le droit de porter les
ceintures de
plumes rouges dénotant le plus
haut rang”, les ari’i rahi ou ari’i nui maro'urc,
et
créa, en outre, “par de simples procédés
\
îles du Vent
“Ils naviguèrent à l’est
vers Mangareva, au sud
vers les îles à perruches,
à l’ouest vers Samoa et
au nord vers Vaihi en
feu" (légende tahitienne
citée par P. Buck).
A partir de Havai’i-
Raiatea, les Polynésiens
colonisèrent les îles de
la Société et toute la
Polynésie orientale. Ils
151"
HL ANIME
(la Mer à Todeur fo 'te)
sur
lesquels
“seigneur de la mer”.
trouvèrent sur leur
chemin des îles hautes
(Bora Bora)
TE TAI-URIFA
rochers
Lé dessinateur n'a pas
figurent la migration du
poisson légendaire à
partir de Havai’i
(Raiatea) vers Tahiti et
les petites îles du Vent.
TUPAI
Ta’aroa, esprit mâle, enfante Tane, autre
divinité principale. La mer apparaît, océan et
MEETIA
(Mehetia)
avec
des passes pour
pénétrer ou sortir du
iagon, des îles basses
ou
atolls, et des îles,
hautes ou basses, au
lagon fermé, sans
aucune
passe.
Alors, qu’on arrive ou
qu’on reparte, il faut
franchir le récif
frangeant en poussant
au besoin la pirogue.
Notez le chien,
compagnon fidèle de
ces navigations.
LES ILES SOUS-LE-VENT
magiques, les géniteurs du bas peuple”.
“La
terre
ainsi
constituée
avait
été
appelée Havai’i et les prêtres tahitiens
paraissent avoir été persuadés que cet Havai’i
était nie même qui se nomme à présent
Ra’iatea. L’océan situé à l’ouest de Havai’i
reçut le nom de Mer-à-l’odeur-forte, et l’océan
à l’est devint la Mer-de-la-lune. Les
poètes
antiques décrivent (ensuite) la naissance des
terres nouvelles créées magiquement comme
Ayant achevé son rôle. Tu (l’exécuteur des
œuvres du dieu suprême Ta’aroa) revint à
l’assemblée religieuse tenue par les dieux à
Opoa” (dans l’île de Raiatea) (P. Buck).
Les mythes rapportés par P. Buck
soulignent encore la place de Havai’i dans le
processus de civilisation de Tahiti. C’est en
effet de Raiatea que vinrent les dieux poussés
par
les vents d’ouest, puis les ari’i, chefs
descendants des dieux ; c’est enfin d’Opoa, à
Raiatea, haut lieu de Havai’i, que se
développa le culte du dernier dieu traditionnel
tahitien ’Oro, avec l’érection à Opoa du grand
marae “international” Taputapuatea.
Havai’i”.
“A l’endroit où la mer bouillonne et vomit
Vavau (Bora Bora) : Vavau la première néede
la famille”...
“Au milieu des tambours du
Vavau émergea des profondeurs. A
nouveau l’océan résonna et les petites îles
Tupai, Maurua (Maupiti), Mapiha’a (île de
Lord Howe / Mopelia), Putai (île Scilly) et
Papaiti (Bellingshausen) sortirent bientôt de
l’abîme les unes après les autres. Alors le
(prêtre) se tourna vers l’est et chanta :
ressac,
“Continue à enfanter. D’où vient le son
du tambour ?
“Le
tambour
bat
orientale,
“Où
le
ressac
là-bas
la
sur
tambourinant
mer
vomit
Huahine,
“La terre qui révère ses chefs,
“La terre située dans la Mer-de-la-lune”.
On
a
vu
comment
les
îles
du
Vent
procédèrent des îles Sous-le-Vent
par la
scission d’une île d’un seul tenant en deux îles
jumelles
Raiatea et Tahaa, toutes deux
demeurant enfermées dans le même
lagon,
alors que la terre provenant de la scission se
mit en mouvement vers le sud-est, comme un
poisson, pour finalement former Tahiti avec
la grande péninsule et la presqu’île, Moorea,
Mehetia, Tetiaroa et Maiao.
“C’est ainsi que la Grande Tahiti et les
petites îles de l’archipel du Vent furent créées à
partir du poisson-terre qui dériva de Havai’i
en flottant, de Havai’i, la mère des terres.
HAWAII
GILBE
"Havai’i, fanaura’afenua
Havai’i, le berceau des
terres" (chant tahitien,
cité par P. Buck).
Havai’i est la terre mère
d’où l’on colonise les
PAQUES
archipels tahitiens. De
Havai’i, on y a amené
chiens, cochons,
poulets, plants de
représenter leur espace
géographique. Figurant
Le moyeu de la
Polynésie : Havai’i et ses
huit rayons. La pieuvre
• CHATHAM
NOUVELLE-ZÉLANDE
(fe’e) est une image
courante pour les
Polynésiens des îles de
la Société pour
ici l’univers polynésien,
la pieuvre sert aussi à
décrire les îles
montagneuses souvent
formées d’une
montagne centrale d'où
partent les crêtes
comme partent de la
tête de la pieuvre les
tentacules.
cocotiers, plants
d’arbres à pain. Et les
pirogues chargées
d'hommes, de femmes,
d’enfants et de ces
plantes et animaux ont
roulé les voiles, d’autres
mettaient en terre les
plants apportés.
Car là où l’on arrive,
i’on compte demeurer
longtemps. La conquête
des Poynésiens vers
l’est est moins le fait de
grandes randonnées
que, là où c’était
possible, de petites
navigations d’île en île.
Et ce sera plus tard, à
cause
du
surpeuplement, des
conflits internes
inhérents à l’espèce
accosté la terre déserte
seulement peuplée de
humaine, d’un raz de
les uns ont démâté et
catastrophe qu’on se
pandanus, et tandis que
marée ou de toute autre
décidera à aller chercher
ailleurs une nouvelle
terre, futur Havai’i.
91
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
Raiatea et Tahaa
Le
nom
ancien
Raiatea,
de
plumes rouges) à ceux qui portaient le maro
tea (la ceinture de plumes jaunes ou blanches).
Havai’i,
évoque nous l’avons vu le lieu mythique
originel des Polynésiens. Ce lieu mythique se
retrouve, avant l’arrivée des Polynésiens dans
le Pacifique oriental, tel Savai’i de l’archipel
samoan, et lorsqu’ils furent parvenus dans le
Pacifique Nord, il devint, dans l’archipel des
Sandwich, la grande île de Hawaii. Les diffé¬
rentes îles de la Société procédèrent, à travers
les mythes de leur création, de Raiatea la
sacrée qui fut le siège selon différentes
traditions de
marae
fondamentaux d’où les
grands marae des îles de la Société tirent leur
origine : Vaearai dédié à Ta’aroa, dieu
suprême des Tahitiens, puis Taputapuatea
consacré à ’Oro, fils de Ta’aroa qui tendit à le
supplanter, au XVIIL siècle, dans sa place de
suprématie
Moorea.
divine, à
Raiatea, Tahiti et
La famille royale d’Opoa
Dans les généalogies de “Tahiti aux temps
anciens”, celle de la famille royale d’Opoa est
une des plus importantes : par sa longueur-30
générations jusqu’à Tamatoa 111, grand-père
maternel de F^omare E' et par les soins mis à
la recueillir, à partir d’un manuscrit de Mare,
généalogiste et membre de la famille royale de
Tahiti au XIX'-' siècle, généalogie revue avec le
-
concours
de la reine Marau. Elle est balisée
Moorea,
le
mariage avec Te’e’eva de Papara établit
caractère
modèle de double division binaire et quater¬
naire fut utilisé à Moorea, à Tahiti aux Teva
(Teva de l’Intérieur, Teva de la Mer), à Tahaa,
à Bora Bora.
Apparemment,
“Tahiti aux temps
anciens” comme "Hislory and Culture in the
Society Islands" mentionnent neuf districts à
Raiatea. Cependant l’île est dite Ra'iatea nui e
vau
(les huit du grand Raiatea, d’après
T, Henry) ou Raiatea-the-eight (les huit de
Raiatea, d’après E.S.C. Handy), car le district
d’Opoa, siège du marae Vaearai dédié à
Ta’aroa
puis du marae Taputapuatea
au
dieu ’Oro,
selon les schémas
exprimés par la tradition, était à part : “Opoa,
district indépendant des huit autres (et d’où) le
pouvoir royal venait...” (T. Henry) ; "Opoa te
iva", Opoa le neuvième, “Opoa (...) the head
of the fish", Opoa la tête du poisson qu’était
Raiatea (E.S.C. Handy).
Opoa mis à part, les deux divisions de
quatre districts chacune s’établissaient, l’une
sur la côte est formant Te-Pae-i-nia, l’autre
la côte ouest appelée Te-Pae-i-raro
(E.S.C. Handy). Si “le grand chef, roi de tout
sur
le pays
(était) Tama-toa (prince guerrier)”
(T. Henry) et résidait à Opoa, sur la côte est, le
"Jaatere hau (premier ministre) était (le) chef
de Vaia” (T. Henry), un district de la côte
ouest.
Selon une autre tradition exposée par
Vonnick Bodin, la division binaire de Raiatea
se
prolongeait dans l’univers formé dans et
autour
chefs
des îles de la Société, opposant les
maro’ura
(pourvus de
suprématie constitué
92
par
une
l’insigne de
ceinture de
Bora, à laquelle le grand
guerrier Tapoa I
chaîne généalogique fut Tetupaia qui est issue
symbolique de la division des îles
polynésiennes en huit mata'eina'a (districts)
regroupés en deux séries de quatre chacune
(donc une division binaire suivie à l’intérieur
de chacune des deux parties d’une subdivision
quaternaire). Si l’on se réfère à la place
première occupée par Raiatea dans la
construction et l’organisation symbolique des
îles de la Société, place qu’exprime le nom
ancien de Havai’i qui lui était appliqué, on
peut, logiquement, former l’hypothèse que ce
consacré
Opoa plus tard par ses liens avec
Tamatoa IV. La dynastie des Tapoa de Bora
avec
L’aîné de Tamatoa H fut Ari’i-ma’o dont
Dieux),
Tamatoa 111 et Tamatoa IV.
On a déjà souligné, à propos des îles du Vent et
de
alliance à la génération suivante, à
Huahine. On eut ainsi “la branche de
Huahine” de cette famille, branche renforcée
(dont on reparlera) donne son nom, descend,
très étroitement, du côté paternel, de Tamatoa
Les divisions traditionnelles
de Raiatea
notamment
par
Marama-i-te-atua (Lune des
Hiro, Tamatoa LL Tamatoa II,
par les noms de
le
pour les ari'i de ce district un lien éminent avec
Opoa et le marae Taputapuatea : ce fut Ariîima’o qui apporta à Papara le culte du dieu
’Oro et l’insigne de suprématie, la ceinture de
plumes rouges maro'ura, et fit ainsi de la
famille de Papara, notamment du chef Amo,
de Cook, et du fils deAmo, Teri’irere l'ari'inui
maro'ura (chef suprême) de Tahiti. Cette
union, par ailleurs, localisa sa descendance,
Pétroglyphe
représentant une
coiffure de deuilleur
sur une
pierre de
bordure d'une plate¬
forme de conseil à
Tevaitoa. L'ari'i de
Tevaitoa était le tenant
du titre du marae
Tainuu.
H. Après Tamatoa 111, le maillon suivant de la
d’un premier mariage de ce prince et fut, par
LES ILES SOUS-LE-VENT
son
alliance
le
avec
grand-chef de Pare, la
mère de Pômare P'', Opoa contribuant ainsi à
la constitution de la
dynastie Pômare. D’un
second mariage de Tamatoa III est issu
Tamatoa IV qui forme ce que T. Henry
appelle “la branche de Raiatea” qui se termine
par deux souverains, Tamatoa V et VI, avant
l’annexion en 1888 des îles Sous-le-Vent. De
multiples liens renforcèrent, au cours du XIX^’
siècle, cette branche avec .les Pômare qu’on
peut appeler “la branche de Tahiti”.
Marae et archéologie
Il est à
tance
peine nécessaire de souligner l’impor¬
des liens entre les Tamatoa, le marae
Taputapuatea et le développement du culte du
dieu
’Oro. A
structures
différence
la
de
Tahiti, les
lithiques en bord de lagon ont été
beaucoup
moins
atteintes
Y. Sinoto et P. Vérin
en
à
Raiatea
donnent
une
;
liste
impressionnante par son abondance qui vient
s’ajouter au relevé du professeur K. Emory.
Celui-ci
donne
nous
description du
notamment
une
Tainuu (Ta’inu’u) à
Tevaitoa (Teva-i-toa) dans la partie Te-Pae-iraro, sur
marae
la côte ouest de Raiatea. Ce marae,
d’après E.S.C. Handy, a été construit dans le
même style que Taputapuatea à Opoa : en
bordure du lagon, sur un promontoire, il se
présente comme un rectangle allongé de 51 m
sur 4,50 m formé de grands blocs de basalte et
de corail dressés sur chant et rempli, à
l’intérieur de l’espace ménagé par les blocs, de
pierres de corail. On trouve à proximité de
cette structure une pierre-reposoir pour les
oiseaux sacrés appelée Tauaao, un terrain de
réunion des chefs appelé Raituia, le pavage de
la demeure du chef’Tau Matini, les vestiges
d’un marae sacré de chef appelé Tetuira et un
marae
de guerrier dénommé Taputuarai.
Des fouilles
archéologiques entreprises
par B. Gérard dans une vallée d’Avera, sur la
côte est, montrent la richesse de Pile en
lithiques anciennes, marae, platespavées, atelier de taille d’outillage
structures
formes
Ethique.
Tahaa
Les listes de marae données par les auteurs
précités montrent également la richesse de l’île
jumelle Tahaa en vestiges lithiques. Cette île se
divisait en quatre districts. Appelée ancien¬
nement ’Uporu, elle a joué, selon E.S.C.
Handy, un rôle insignifiant dans l’histoire : en
fait, dit-il, elle semble n’avoir jamais été autre
chose qu’une dépendance de Raiatea.
Portrait de Ornai ou Mai
d'après N. Dance.
Cet habitant de Raiatea
fut emmené en
Angleterre par Cook lors
IRIPAU
de son deuxième
voyage (1773). C'était le
second Polynésien des
îles de la Société,
après celui que
Bougainville avait
FAUINO
’UUTIA
NlUA
Flaamene
Carte de Tahaa
\
montrant les districts de
Vaitoare
l'île, d'après
E.S.C.
emmené en France et
avant les Tahitiens que
les Espagnols
conduisirent à Lima.
Mai était aussi le nom
d'une importante famille
de Bora Bora.
Fiandy.
TU-FHNUA-POTO
Le marae Tainuu à
Carte de Raiatea
montrant les districts
et les divisions de l'île,
Tevaitoa, sur la côte
tuaru
ouest de Raiatea.
d'après E.S.C. Handy.
Rte Utufara
AVERA
TEVAifTOA
Rte Maraeroa
Rte Fainu
FAA-REOA
OPOA
Rte Matahiraterai
Rte Rutarape
HOTOPUU
VAIA
Page de gauche :
Portrait par W. Hodges
d'un habitant de Raiatea.
Ce jeune homme,
Oedidee ou Hiti-hiti,
aidera Pômare 1er
dans ses entreprises
militaires.
Rte Rauoro
93
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
Taputapuatea,
centre religieux
“Le grand nuirae international appelé
Taputapu-atea à Opoa est le plus ancien de
tous les niarae royaux dans l’archipel de la
Société. La tradition rapporte qu’il fut
construit sous l’égide de la plus haute royauté
à l’époque la plus reculée de l’histoire de l’île.
Sa renommée était très étendue et la plupart
des peuples de la Polynésie orientale le
considèrent comme le siège de la Connais¬
sance, de la.Religion et de l’Adoration. De nos
jours, les grands chefs sont fiers de pouvoir
faire remonter leurs origines Jusqu’à la famille
royale qui créa ce marae" {Mme John Platt,
cheffesse d’Uturoa in T. Henry).
marae
pu’u au sud. Devant ce cap se trouve la passe
(la passe sacrée) “utilisée
autrefois par les pirogues qui venaient de tous
les pays à l’époque glorieuse d’Opoa”. Le
niarae était caché, du rivage, “par une épaisse
forêt, où dominait le ’aito”. A l’extrémité du
Te-ava-moa
est
localisé dans le maia’eina’a
d’Opoa, île de Raiatea. lia donné son nom à la
commune (’oire) qui occupe la partie est de
Le marae Taputapuatea
à Opoa, île de Raiatea.
Ce marae était dit
"international" parce
qu'il était le principal
des îles de la
Société et qu’il était
marae
considéré, selon
certaines traditions,
comme le centre d'une
alliance de pays dits
“Pays de l’alliance
amicale", unissant les
Maoris.de NouvelleZélande. Il était le centre
du culte du dieu ’Oro
d’où partit l’expansion
religieuse qui finit par
couvrir Tahiti et Moorea
ia fondation de
avec
nouveaux marae
Taputapuatea. Il avait
existé auparavant dans
la vailée d’Opoa un
Vaearai en
relation avec d’autres
’Oro. Ce dieu était, selon les infor¬
laquelle
l’extrémité du marae de Taputapu-atea (et)
là qu’étaient déposés les sacrifices
apportés de l’extérieur”. “Vers l’intérieur sur
le pavage du sol et,à peu de distance de ce
marae" (du
ahu de ce marae sans doute) “se
en pierre blanche de
2,70 m de haut, 1,50 m de large et 0,30 m
d’épaisseur appelé Te-papa-tea-ia-ru’ea (le roc
blanc de l’investiture). La tradition rapporte
que sous chaque coin de cette dalle, était
trouve le
enterré
fameux bloc
un
homme vivant dont l’âme devait
Pour cette raison ce bloc de
pierre était appelé Te-papa-o-na-maha (le
rocher des quatre). Lorsqu’un prince ou une
princesse, revêtu de la ceinture 'ura, était
proclamé roi ou reine, il était placé sur un
“Tout
(la pointe Matahira sur
été édifié Taputapuatea) était
le cap
a
consacré à ’Oro. Les maisons du ntarac étaient
de très grandes dimensions. On pouvait y voir
la grande pirogue appelée Anuanua
(Arc-en-ciel) dans laquelle voyageait l’image
de ’Oro ainsi que de nombreuses pirogues de
guerre et, surchaque rivedu cap, se trouvaient
de larges emplacements pour les pirogues des
nombreux hôtes du dieu” (T. Henry).
aussi
Historique
vu
des
différentes
l’origine
et
l’histoire de
Au
controversées.
traditions
ce
orales,
marae
sont
Taputapuatea.
Consacré au dieu
Taaroa, esprit suprême
des Tahitiens, il fut
ensuite dédié à ’Oro.
Selon différentes
traditions fondées sur le
décompte des
générations,
Taputapuatea aurait été
fondé soit vers 1200 soit
1645, soit vers 1755.
îles de la Société à
marae
ont obtenu une date
à Rotuma
marae
principaux des
:
mateurs de “Tahiti aux temps anciens”, le dieu
c’est
vers
îles Sous-le-Vent. Ce
fut déplacé et
transformé en
siècle
de la guerre. 11 était né à Opoa de Ta’aroa,
l’être suprême des anciens Tahitiens.
marae
Rarotonga (îles Cook),
(Polynésie
occidentale) et aux
grand siège sur ce bloc de pierre au milieu de la
foule pendant la cérémonie d’investiture
royale...”
Le marae Taputapuatea était consacré à
l’un des dieux polynésiens les plus importants
à l’arrivée des Européens à la fin du XVllL
cap se trouve un long/Hû/wformédedallesde
corail et appelé Taura’a-a-tapu. “11 formait
monter la garde.
Le site
Ce
l’île. 11 est situé sur un large cap compris entre
la baie de Toa-hiva au nord et la baiede Hoto-
K.
Emory et Y. Sinoto
(14C) de 1670+ llOans
après J.-C.
marae
Taputapuatea
Site du complexe
cérémoniel de
Taputapuatea, d’après
K. Emory. Ce complexe
de marae situé dans la
partie Te Po du district
d’Opoa est installé à la
pointe Matahira, plus
exactement Mata-hira-i-
94
LES ILES SOUS-LE-VENT
D’une part, la tradition rapportée par
“Tahiti aux temps anciens” relate qu’“à une
époque très reculée et avant la naissance de
’Oro à Opoa, (Taputapuatea) était seulement
marae
national de Havai’i (Rai-atea) ,et
s’appelait Tini-rau-hui-mata-te-papa-oFeoro (myriades fécondes qui gravèrent les
rochers de Feoro), par abréviation Feoro”.
il comprenait huit pierres mémoriales repré¬
sentant les huit rois qui avaient régné sur le
pays. Ces pierres devinrent plus tard huit
symboles des insignes de la royauté”. Après la
naissance du dieu ’Oro, “le nom de Feoro fut
changé en Vai-’otaha... qui, ajouté au nom de
Par ailleurs, dans
transplanté sur la pointe Matahira, principal
promontoire d’Opoa, reconstruit et appelé
Taputapuatea à la fin du VF ou au début du
VIF siècle de notre ère, en se fondant sur un
décompte des générations dont la durée de
chacune est estimée à 25 ans. B. Gérard fait
état d’autres estimations basées sur une durée
D’autre part,
la tradition consignée par
Marau Taaroâ dans ses Mémoires affirme que
le marae premier de la branche aînée des ari’i
d’Opoa fut Vaearai à l’intérieur de la vallée
d’Opoa et qu’(ensuite) Taputapuatea, édifié
sur
le principal promontoire du district
d’Opoa, devint le lieu sacré et le temple de la
famille royale de Raiatea.
différents des générations qui
depuis l’an mille jusqu’au XVIF ou au
et un décompte
vont
XVllF siècle.
la localité où ils se trouvent, devint le nom
religieux de tous les marae dédiés à ’Oro...”
(T. Henry).
"Hislory and Culture
the Society Islands", l’anthropologue
E.S.C. Handy relate que le marae Vaearai fut
in
Enfin, selon Tati Salmon, il
y
avait
quatre marae capitaux : Vaiotaha et Faretai à
Vavau
(Bora Bora), Vaiotaha étant le plus
par le rang, Matairea à Huahine,
Vaearai à Opoa, île de Raiatea ; et il ajoute que
élevé
ce
dernier “fut
partie transporté au lieu
en
Matahira, reconstruit et appelé Taputapuatea
avec comme objet des sacrifices à Ta’aroa”.
La fonction politique
Il faut voir dans ces contradictions des récits
l’affrontement de deux traditions : l’une qui
l’origine et le développement du
pouvoir royal aux îles de la Société sur les ari’i
d’Opoa à Raiatea, l’édification du marae
Taputapuatea et l’expansion du culte de ’Oro ;
l’autre qui conteste cette construction idéolo¬
gique en utilisant l’opposition entre Raiatea et
Bora
Bora, la prééminence au moins
génétique du dieu Ta’aroa sur ’Oro, et en
insérant Taputapuatea dans une filiation et
une hiérarchie de marae dans
laquelle ce
marae n’est premier, ni
chronologiquement ni
par l’importance dans le passé.
Toutefois Taputapuatea a eu, dans
fonde
l’histoire de Tahiti et des îles de la Société, une
importance considérable, non seulement
parce qu’il fut le pôle religieux de l’ancien
Tahiti, mais parce que son importance, en
légitimant la place hors pair occupée par la
famille royale de Raiatea parmi les ari'i
tahitiens, donna à la famille Pômare, étroi¬
tement apparentée par ses chefs et ses prêtres à
cette famille de Raiatea, le supplément de
légitimité traditionnelle qui lui permit
d’acquérir et de conserver le rang suprême à
Tahiti,
Vue de Vahu du marae
Taputapuatea.
Pierre d’investiture du
compiexe cérémoniei de
Taputapuatea.
L’a/iu du marae
Taputapuatea, d'après
K. Emory.
Dressée dans la cour du
Hauviri, elle est
haute de 2,80 m.
marae
"Lorsqu'un prince ou
une princesse, revêtu de
la ceinture ‘ura, était
proclamé roi ou reine, il
était place sur un
grand siège sur ce bloc
de pierre, au milieu de la
foule, pendant la
cérémonie d’investiture
royale...” (T. Henry)
Elévation de la face
ouest.
1
-
'
,
-
Elévation de l’extrémité
nord..
Elévation dé la face est.
95
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
Bora Bora, centre
Un centre politique rival
de Raiatea
politique
Les différentes sources qui font autorité
(Marau, T. Salmon, T. Henry) affirment que
L’histoire de Bora Bora est inséparable
de celle des îles que Cook appela îles de la
Société en raison de leur proximité géogra¬
phique et avant que cette appellation ne fût
l’archipel dont Tahiti est le
étendue à tout
de Bora Bora était
Vavau tout comme celui de Raiatea était
Havai’i et celui de Tahaa ’Uporu. Sir Peter
L’ancien
centre.
nom
Buck explique qu’au cours de leur migration
les
Polynésiens recréèrent
aux
îles de la
Société l’univers qu’ils connaissaient aupara¬
vant :
Savai’i et Upolu aux Samoa occiden¬
tales ne sont que la forme samoane de Havai’i
’Uporu ; et Vavau désigne aussi le groupe
nord des îles Tonga.
et
Histoire légendaire
premier
guerrier connu de l’île. Grand navigateur, il fit
alliance par mariage avec Havai’i, Rarotonga
(îles Cook), Te Aotearoa (la NouvelleZélande), Nukualofa (Tonga). Selon Tati
Salmon, frère de la reine Marau et grand-chef
de Papara, un de ses fils alla à Oahu (Hawaii)
et un autre prit femme à Vaiari (Papeari),
siège de l’important marae Farepua de Tahiti,
auquel se rattacha la puissante famille des
Firi-a-mata-o-Vavau est le
nom
du
Te va.
A
naissance
la
de
Firi-a-mata
fut
les chefs de Raiatea recevaient sur leur marae
d’Opoa
le maro’ura,
ceinture de plumes
rouges, comme insigne de suprématie, tandis
que ceux de Bora Bora recevaient sur le marae
Vaiotaha le maro tea, une ceinture de plumes
blanches ou jaunes, instrument semblable de
suprématie. A Tahiti, cette dualité de la
suprématie entre les deux insignes existait
aussi : les chefs de Vaiari (Papeari), tenants de
titre du marae Farepua qui passait pour le
principal, sinon le plus ancien marae de l’île
consacré à Ta’aroa, recevaient un maro tea
insigne de suprématie. Au moment de
l’arrivée des premiers Européens, ces chefs se
trouvaient inclus dans une unité politique
gouvernée par les chefs Teva de Papara,
lesquels Teva avaient d’une part uni les deux
familles de Papeari et de Papara par une
alliance matrimoniale qui leur donnait ainsi
des droits sur Farepua et le maro tea, et
d’autre part avaient obtenu d’Opoa un
maro’ura qui leurdonnait un titre suprême sur
Tahiti (l’on sait que leur défaite à Papara en
décembre 1768 leur fit perdre ce maro’ura au
profit du jeune et futur Pômare F'' qui en fut
revêtu peu après sur le marae Atahuru, à
comme
Paea).
Selon
une
autre
tradition, le maro’ura
devint) un emblème de suprématie
politique pour les ari’i nui (grands chefs, chefs
était (ou
construit à Bora Bora le marae Vaiotaha en
l’honneur de Ta’aroa. On sait, toujours selon
Tati Salmon, que Vaiotaha était allié à trois
autres
marae
dont Matairea à Maeva
(Huahine), et Vaearai à Opoa (Raiatea) ces
quatre marae constituant selon l’auteur les
“quatre marae capitaux”, et Vaiotaha
occupant parmi eux le rang le plus élevé.
On
a
vu,
Taputapuatea,
marae
à
propos
du
marae
que selon notre auteur, le
Vaearai fut déplacé de l’intérieur de la
vallée d’Opoa sur le promontoire au débouché
Bora Bora : carte des
districts actuels et des
sites archéologiques.
Les marae étaient
beaucoup plus
nombreux dans le Bora
Bora des temps anciens,
mais la plupart ont
disparu, et peut-être
plus qu’ailleurs en
raison de l'exiguïté des
surfaces habitables.
de cette vallée, reconstruit sous le nom de
Taputapuatea et toujours dédié à Ta’aroa. En
revanche, selon sa sœur la reine Marau,
Vaearai était le marae fondamental d’où fut
marae Vaiotaha de Bora Bora et, à
issu le
partir de ce dernier qui fut détruit, Marotetini
(Deux-maisons, rua étant en
langue tahitienne le numéral deux archaïque) ;
une pierre de Vaiotaha avait servi de pierre de
fondation pour ce dernier marae. Dans
“Tahiti
aux
temps anciens”, le marae
ou
Farerua
Vaiotaha est considéré comme descendant du
grand marae d’Opoa à Raiatea.
Marotetini ou Farerua fut édifié à Bora
l’alliance de Te-Fatu
(littéralement : le seigneur), prince de
Rotuma, île polynésienne au nord-est de Fidji,
avec une fille de la famille royale de Bora Bora
titulaire de Vaiotaha. T. Henry dit aussi que
l’île de Bora Bora participait aux réunions
“internationales” dont Opoa et son marae
Taputapuatea étaient le centre et qui
regroupaient deux alliances, l’une unissant
Bora
pour consacrer
Huahine, Tahiti, Moorea, Maiao et les îles
Australes, l’autre associant Bora Bora, Tahaa,
Maupiti, Rarotonga et Te Aotearoa.
96
•
roches gravées (pétroglyphes)
• fortifications
a
marae
recensés par K.P. Emory et Y.H. Sinoto
p^e Teavanui
Noms des principaux marae :
-,
.
.
.
1
Farerua ou Marotetini
2
Taianapa
Fare-opu
3
5
Aehautai
Manunu
6
Fare-ra’i
7
Nonohaura
8
emplacement du marae Vaioti
depuis longtemps détruit
4
L'importance du marae
Vaiotaha explique la
place qu'il occupe dans
de nombreuses
légendes. L'une dit que
c'est là que legrand dieu
'Oro rencontra une
épouse idéale, après que
ses sœurs en aient
vainement cherché une
pour lui, dans les autres
îles de l'archipel et
jusqu'à Tahiti.
suprêmes qui étaient dits ari’i maro’ura),
tandis que le maro tea était (ou devint) un
emblème de suprématie religieuse pour les
grands prêtres (tahua pure rahi, littéralement
grands faiseurs de prières). Historiquement,
il semble, si l’on suit l’historien Eugène
Caillot, qu’une suprématie du maro’ura sur le
maro tea s’établit à la suite de la défaite par le
chef suprême de Raiatea d’un prince de
Vaiotaha, de Bora Bora, lequel vaincu donna
sa fille unique au chef vainqueur (toujours le
souci pour le vainqueur par les armes de
consolider sa victoire par une alliance
permettant d’acquérir des droits sur le marae
détenu par le vaincu).
Des luttes pour des symboles
"History and Culture in the Society
E.S.C. Handy dénombre huit
districts à Bora Bora, dont Nunue, district de
l’actuel chef-lieu Vaitape, où se trouvait le
Dans
Isiands",
marae
Vaiotaha, et Anau, l’actuel district de la
côte est. Le recueil de T.
Henry en énumère
également huit mais en faisant apparaître
Faanui, “la grande vallée”, qui s’épanouit
largement au fond de la baie du même nom et
à l’entrée de laquelle veille, sur la rive sud, le
marae
Marotetini ou Farerua.
Les traditions recueillies
au
XIX^ siècle
soulignent la rivalité des grandes familles
basées sur les marae Farerua et Vaiotaha et
opposant Faanui à Nunue et Anau. Ainsi
qu’on l’a vu précédemment, l’homologie des
termes et des situations, le parallélisme des
LES ILES SOUS-LE-VENT
titres et des institutions, permettent de penser
Bora Bora était, conjointement avec
Raiatea, le pôle des structures sociales
dominantes aux îles de la Société et que c’est à
la suite d’une compétition malheureuse pour
Bora Bora que Raiatea devint le centre du
pouvoir religieux et le lieu de référence du
pouvoir politique aux îles Sous-le-Vent et à
Tahiti.
Mais, par un phénomène assez
fréquent dans l’histoire tahitienne, c’est au
,’Uvea
que
Savai'i
îles Wallis et Futuna
Futuna
Upolu-^^
îles Samoa
Alofi
îles lî^anu’al
_
Tutuila
Récurrence des noms
d’iles symboliques en
Niuafo’ou
Polynésie. L'ancien nom
Tafahi
légitimité religieuse et politique
se fixait à Opoa, à Taputapuatea et sur la
lignée régnante des Tamatoa, que la force
militaire faisait défaut au pouvoir suprême.
Les entreprises de Teihotu Matarua dit Puni
au XVIIL siècle, aboutissaient, grâce à une
alliance avec l’île de Tahaa, à la subjugation de
Raiatea par ce grand guerrier issu de Bora
moment où la
de Bora Bora est Vavau,
celui de Raiatea, Havai’i,
celui de Tahaa, ’Uporu.
Cette carte des îles
Niuatoputapu
Tonga et Samoa, en
Polynésie occidentale,
montre la récurrence
de ces noms : à Flavai'i
des îles de la Société
correspond Savai'i des
Samoa et Fla’apai des
Tonga ; 'Uporu
Fonualei
Bora, et à la soumission à ce dernier de toutes
les îles Sous-le-Vent à l’exception de Huahine.
»
D’abord défaite, Bora Bora fait les frais
d’une unification religieuse qui fait la force
d’Opoa, du marae Taputapuatea et du dieu
’Oro auquel ce marae est consacré. Puis, par le
Jeu de ces décalages soulignés par Douglas
Oliver entre le pouvoir politico-religieux
exercé par les tenants de titres de marae et le
pouvoir tribal incarné par de grands guerriers,
c’est Bora Bora qui bénéficie de l’unification
militaire que réussit son grand guerrier Puni.
Et c’est Tapoa, descendant de Puni et qui
gouvernait toujours Raiatea-Tahaa et les îles
.
Toku
îles Vava’u
/
correspond à Upolu des
Samoa ; Vavau se
retrouve dans Vava'u
des Tonga.
Nlue
Kao
O
a
Tofua
îles
'A Ha'aoar
Nomuka
îles Tonga
TongatapuQ^
3 'Eua
Sous-le-Vent à l’ouest de ces deux dernières
îles, c’est-à-dire essentiellement Bora Bora et
Maurua (Maupiti), qui fournira à Pômare 11
les
contingents
de
guerriers
qui
'Ata
lui
permettront, à partir de Moorea, de défaire
définitivement
les
forces
traditionnelles
tahitiennes hostiles au christianisme.
Cette carte de Bora
Bora ancien d'après
K. Emory montre la
division de l'île en 8
districts originaux. Ces
8 districts, qui devaient
principe
correspondre chacun à
un ari'i, ont été réduits
en
à 3 districts
administratifs : Anau
pour la côte est, Nunue
pour le sud-ouest et
Faanui pour le nord-est.
Noter que Teuira Henry
fournit une liste des
districts
traditionnels
légèrement différente :
au nord-est Iti-aa ou
A-manahune (au lieu de
Tevaitapu, le
Amanahune du sudouest selon K. Emory
n'existant pas chez
T. Henry) ; enfin, Tiipoto
selon T. Henry
Tiipoto et Faanui.
se divise
en
A droite :
Cette carte de Bora
Bora ancien d’après
E.S.C. Handy "montre
les clans”, c'est-à-dire
quoi ? les 'ati, les
mata’eina'a, les
va'a mata'eina ? Elle est
à comparer avec celle
des districts
(couramment
mata'eina'a) de
l'archéologue K. Emory.
Elle souligne la relative
incertitude de la
"tradition orale” variable
selon les informateurs.
97
A LA RECHERCHE DES ANCIENS
POLYNÉSIENS
Bora Bora
et ses vestiges
archéologiques
Aucun site
archéologique n’a encore été
mis au jour à Bora Bora, qui soit aussi ancien
que ceux de Maupiti et de Huahine. La date la
plus reculée que l’on a jusqu’ici obtenue (14C)
1270 ± 60 ans ap. J.-C. (K.P. Emory et
Y,H.
Sinoto). Cependant quelques
herminettes de type archaïque (de la période
dite de Maupiti), ont déjà été trouvées sur l’île.
11 n’y a d’ailleurs aucune raison pour que son
peuplement ne soit pas aussi ancien que celui
de Maupiti ou de Huahine mais les sites
archéologiques ont été, ici, plus bouleversés
qu’ailleurs. En effet, l’habitat s’est depuis
longtemps concentré sur l’étroite plaine
littorale, l’intérieur de l’île, très escarpé et sans
est de
vallée importante, étant peu propice à l’instal¬
lation des hommes. Ce bouleversement s’est
pendant la Seconde Guerre
mondiale, du fait de l’installation par l’armée
encore
accru
américaine d’une base navale et aérienne.
C’est ainsi, entre autres, que le rocher du
Vaiati, couvert de pétroglyphes et décrit par
K.P. Emory, a disparu, enterré par un
bulldozer. Plusieurs marae furent également
détruits avant que des responsables militaires
n’aient pris conscience de leur intérêt archéo¬
logique.
est long d’une cinquantaine de mètres, large de
3,5 m et haut de 3 m environ. Comme c’est le
dans presque tous les marae des îles Sousle-Vent, il est constitué de grandes dalles de
cas
grès de plage plantées sur chant pour délimiter
un
parallélépipède rectangle. Des pierres
basaltiques sont parfois ajoutées pour
compenser, en hauteur, l’irrégularité des
dalles.
d’une
décrit les vestiges d’une
11 ne restait déjà prati¬
quement plus rien de certains d’entre eux, tel
l’Important marae Vaiotaha, le plus ancien de
l’île. Le second marae royal, Marotetlnl (ou
K. P.
Emory
douzaine de
a
marae.
Farerua), était relativement mieux conservé.
C’est le plus grand marae At Bora Bora. Vahu
est
comblé
avec
la
débris d’os humains. Près de la
de Marotetini subsiste le soubassement
grande case (10 m sur 5,5 m), qui
pourrait être celle des prêtres du marae ou
celle des arioi qui formaient une sorte de
confrérie, donnant des spectacles dans
l’ensemble
marae ont
des îles de la Société. Prés du
été érigés, au siècle dernier, deux
grands tombeaux pour la famille royale, en
utilisant une partie des matériaux de Vahu.
Les ossements en ont été ensuite retirés, de
A et B. Dessins des
tortues gravées sur deux
des dalles du marae
Fare-opu à Bora Bora,
avec, ci-dessus,
la photographie du
relevé B.
Vue arriére de \'ahu du
Fare-ra'i et,
marae
page de droite, de l'a/iu
du marae Marotetini
(ou Fare-rua) à Bora
Bora, restaurés en 1968
par Y.H. Sinoto.
lis sont, comme la
plupart de ceux des
îles Sous-le-Vent,
construits en bordure
du lagon, la cour étant
côté montagne. Des
dalles de grès corallien
plantées sur chant
délimitent un long
parallélépipède
rectangle dont l'intérieur
est comblé à l'aide de
pierraille. L'a/iu de Farera’i est complété d’une
petite plate-forme à
l’arrière et sur les côtés.
98
de
souvent des
cour
Les marae
L’intérieur
pierraille. Au sommet de ce remplissage (qui
n’atteint pas celui des dalles), on trouve
C,D
LES ILES SOUS-LE-VENT
peur qu’ils ne soient profanés, et transportés
dans un endroit secret de la montagne.
avait pu
tance
toutes les dalles de
Fare-opu n’avait pas l’impor¬
socio-politique des deux marae
Le marae
nationaux Vaiotaha et Marotetini. Son ahu
construit sur une plate-forme empierrée qui
longe le rivage du lagon, mesure 25 m de long.
Des tortues sont gravées sur deux des dalles de
sa façade.
Les tortues étaient des animaux
sacrés dans toute la Polynésie ; on les offrait
aux dieux et, généralement, seuls les chefs et
les prêtres avaient le droit d’en manger. Il en
existe aussi sur des dalles de marae à Huahine
et
à Raiatea.
L'ahu
du
marae
Nonohaura,
contrairement à bien d’autres, ne fut pas ruiné
par les hommes. Il fut cependant endommagé
par la croissance de banyans. C’était le marae
le plus important de toute la région orientale
Bora, et le plus beau de l’île pour ce
qui est de l’appareillage des dalles de Vahu et
de leurs dimensions. En 1925, K.P. Emory
de Bora
faire le relevé de quelques autres
marae encore relativement bien
conservés, tels
Manunu, Fare-ra’i et, surtout Aehautai dont
Yahu étaient
encore
en
place, ainsi que, dans la cour, une “pierredossier” et une petite ciste en plaques de corail.
Assisté de Y.H. Sinoto, K.P. Emory
réentreprit la prospection de Bora Bora au
début
des
nouveaux
années
marae
60. Une trentaine de
furent alors inventoriés
(dont quelques-uns de type intérieur dans la
montagne de Faanui). C’est également à
Faanui, sur les premières pentes dominant la
plaine côtière, que fut montré à K. P. Emory le
marae Taianapa. Son site était jusque-là resté
secret car on redoutait d’y contracter la lèpre.
Comme aucun matériau n’y manquait, il
décida sa restauration. C’était la première fois
aux îles Sous-le-Vent que l’on remettait Yahu
d’un marae dans son état primitif. Les marae
Fare-opu, Aehautai
et
Marotetini furent
ensuite également restaurés. D’autres, moins
bien conservés, n’ont pu
ment.
l’être que partielle¬
Fortifications
Les
Polynésiens construisaient des fortifi¬
cations (pa) pour se mettre à l’abri pendant les
pouvoir résister aux assauts des
assiégeants tout en les attaquant. 11 existe un
double site fortifié à Bora Bora que l’on peut
atteindre par le sentier qui conduit de Faanui
guerres et
à la baie d’Anau.
11 est situé
sur
la crête
qui réunit les monts Mataihua et
Otemanu. Les murs, bien qu’en partie ruinés,
ont encore par endroits plus de 2 m de
hauteur. Le missionnaire D. Tyerman, qui le
visita en 1822, fut impressionné par. les
dimensions de cette place forte. Il lui sembla
qu’on avait pu y résister au moins un mois,
d’autant qu’il existait, à l’abri de ses murailles,
rocheuse
divers arbres fruitiers
et
une
source
d’eau
douce.
et E. Pétroglyphes
gravés sur deux rochers
situés sur les berges du
ruisseau Vaiati à Bora
Bora, d'après
K.P. Emory.
C. La face ouest du
rocher de la rive gauche
présente trois tortues.
D. Sur la face sud du
rocher de la rivegauche,
quatre tortues et un
motif qui, selon
K.P. Emory, pourrait
représenter une coiffure
cérémonielle surmontée
de plumes d'oiseaux.
E. Le rocher gravé de la
rive droite n'existe plus
depuis la Seconde
Guerre mondiale.
Dessins relevés en 1925
par K.P. Emory.
Vue arrière de l'ahu du
Marotetini (ou
Fare-rua) à Bora Bora.
marae
Selon Teuira Henry, "un
prince nommé Te-fatu,
originaire de Rotuma
(au nord-ouest des
Tonga)... débarqua avec
sa pierre de marae et fut
reçu à la maison royale
de Bora Bora où il
épousa une princesse
nommée Te-'ura... à la
suite de quoi un
nouveau marae fut
érigé... qui fut nommé
Fare-rua".
99
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
Maupiti
par
Les témoins d’un passé recent
Les nnirae sont, à Maupiti comme ailleurs, les
vestiges du passé qui ont le mieux résisté aux
dommages du temps et des hommes. Leur
inventaire reste partiel, les recherches s’étant
surtout limitées à la plaine côtière ; on estime à
soixantaine le nombre total des nwrae,
chiffre élevé eu égard à la superficie réduite de
l’île et au fait que ces monuments furent pro¬
une
bablement tous en activité à la même époque.
Au nord notamment, entre les pointes
Puoro’o et
Pohiva, les manie se succèdent le
long du rivage. L’on
structures
à
caractère
juxtaposition
pense
qu’il s’agit de
familial, aussi leur
s’expliquerait par l’ancien
morcellement de l’île en parcelles laniérées
descendant des crêtes des montagnes jusque
dans le lagon et appartenant chacune à un
groupe familial qui disposait ainsi de toute la
variété des ressources de l’île. Sur chaque terre
se trouvait donc un manie familial,
implanté
en bordure du lagon
pour économiser l’espace
cultivable. De forme caractéristique des îles
Sous-le-Vent,
une cour
ces
de hautes dalles de grès de plage et
remplissage de pierrailles.
mer,
pêche projetée, au fond du trou, à
plat, la tête un peu relevée et dans la direction
de la passe ; on prenait alors certainement
beaucoup de poissons -à moins que quelqu’un
mal intentionné tourne le poisson dans l’autre
sens, et alors on ne prenait rien du tout...”
Au nombre des vestiges archéologiques,
monuments
comportent
pavée, un ahu rectangulaire délimité
sud-ouest, dans le district de
Tefarearii, le chef de Maupiti avait établi sa
Au
demeure - le nom du district signifiant “la
demeure du chef’ contient cette indication -
intégrée
dans
un
complexe socio-cultuel
comprenant notamment plusieurs/ur/racdont
le
Vaiahu, E.S.C.
"History and
Culture in llie Society Islands", a donné un
plan schématique de cet ensemble que nous
reproduisons ici.
Le marae Vaiahu portait aussi le nom de
"Te marae paraliiraa arü" (“marae où le chef
s’assied”). Sur la cour pavée aux dimensions
imposantes, alignements de dalles, murets et
fosses sont repérables.
D’après A. Ropiteau, la plus originale de
grand
marae
Handy, dans
ces
son
“royal”
retenons encore des fortifications
par
visibles sur des blocs dans la vallée Haranae.
Signalons enfin que parmi les objets
polynésiens les pilons (penii) de
Maupiti se singularisent par leur forme très
mobiliers
pure.
Les sépultures du motu Paeao
quatre grandes dalles de corail
placées de
disposées en rectangle, une
cinquième dalle servait de couvercle ;
l’ensemble était orienté vers la passe. 11 y avait
quatre poissons, propriété du Roi : un thon,
une bonite, un “V(7i/"(thon aux dents de chien)
et un "oroe" (il s’agirait du roeroe :
carangue
arc-en-ciel) ; quand on allait pêcher en haute
et
décrites
K. P.
Emory sur la pente est de la
montagne Terama, au pied d’un abrupt ayant
vue sur le village de Vaiea. Des
pétroglyphes
représentant des tortues sont également
ouvrage
structures consiste en un coffre “formé de
champ
les prêtres posaient l’un des poissons,
selon la
contenant un
Découvert fortuitement par un planteur sur le
motu
Paeao,
un
ensemble de sépultures fut
étudié lors de deux campagnes de fouilles : par
Y.H. Sinoto
K. P.
en juin 1962 et Y.H, Sinoto et
Emory du 22 mai au 2ü juin 1963.
Sous
sédiments,
environ
on
trente
centimètres
devait découvrir
au
de
total
16
sépultures contenant des individus des deux
Sur cette vue aérienne
de Maupiti, les sites
archéologiques les plus
remarquables sont
indiqués, outre
quelques lieux
géographiques : le motu
pa sur pente est
en
pétroglyphes de tortues
vallée
abrupt du village
Paeao où fut découvert
un ensemble de
Vaiea
Haranae
Tefarearii
sépultures
marae
Vaiahu
anciennes, la vallée
Haranae avec ses
pétroglyphes, le grand
marae
Vaiahu, et les
fortifications (pa)
édifiées dans la
montagne.
pointe
Pohivé
motû"
Paeao
sépultures fort
pointe
Comparaison des objets
ouvrés provenant du site
funéraire de Maupiti
(archipel de la Société)
Puoro'o
enterrés avec
les premiers occupants
de la Nouvelle-Zélande,
Il y a environ 1 000 ans.
avec ceux
a.
Hampe d’hameçon à
bonite et pointe en nacre
comparée à b. imitation
en pierre de Wairau, île
(NouvelleZélande) ;
du Sud
c.
pendentif de dent de
cachalot comparé à d.
autre pendentif
provenant de Wairau ;
hameçon de nacre
comparé à f. hameçon
e.
Pétroglyphes de la
vallée Haranae. La
tortue, motif largement
répandu en Polynésie,
est souvent associée à
des espaces à vocation
cérémonielle.
100
LES ILES SOUS-LE-VENT
sexes.
Certains indices (la faible densité des
sépultures, leur dispersion sur un espace assez
vaste, un cas de superposition) suggèrent que
les ensevelissements se sont succédé sur une
longue période. La date de 860 (± 85) ap.
.I.-C. obtenue sur ce site, grâce à des datations
assez
effectuées par les collagènes, reste à ce jour la
plus ancienne aux îles de la Société. Plusieurs
sépultures contenaient un riche matériel
(herminettes, pendentifs en dent de cachalot,
leurres à bonite, hameçons...) présentant de
nombreuses similitudes avec celui associé aux
tombes des “chasseurs de moa'\ les premiers
occupants de la Nouvelle-Zélande. Aussi, la
découverte de ce site ancien à Maupiti revêt
importance
déterminante
pour
la
connaissance des relations entre les îles de la
une
Société et la Nouvelle-Zélande dont
J. Garanger, dans son article “L’archéologie et
les îles de la Société”, a montré les impli¬
:
“elle
confirme, (...) l’origine
cations
légendaire des chasseurs de moa de NouvelleZélande (l’outillage et les ornements de leurs
sépultures sont identiques à ceux de
Maupiti)”. L’absence de marae de type tahi-
tien
en
Nouvelle-Zélande “incline à penser,
déduction, que les marae tahitiens, tels
que nous les connaissons, sont postérieurs à
par
l’époque de Maupiti”.
Cette dernière remarque souligne, en
outre,
la contribution précieuse de la
découverte du molu Paeao à la définition de
séquences culturelles propres à la préhistoire
des îles de la
Société puisqu’en
1969
J. Garanger a pu distinguer d’une part la
période la plus récente appelée “époque des
marae", caractérisée par “l’extrême proli¬
fération de
ces
structures et leur
épanouis¬
Marae Vaiahu. Coffre
constitué de dalies de
corail posées sur chant
sement architeetural”, et d’autre part la phase
eulturelle dite “époque de Maupiti”, au sujet
de
qui contenaient les
"pierres à poisson".
laquelle bien des lacunes subsistent : elle
“n’est
(...)
encore
connue
que
par
..
ses
nous ignorons la forme de ses
habitats (...) et la nature de ses emplacements
de culte”. La superficie du molu Paeao devait
sépultures,
être encore plus réduite en 860 que de nos
jours du fait du niveau plus élevé de la mer à
cette
époque, ce qui pourrait expliquer
qu’aucun habitat n’ait été retrouvé sur l’île.
Enfin, l’existence d’une période
antérieure à “l’époque de Maupiti” (nommée
“époque pré-Maupiti”), débutant avec
l’arrivée des premiers
Polynésiens dans
l’archipel de la Société et dont nous ne
possédons encore aucun témoin
archéologique, a été théoriquement envisagée.
L'établissement du chef
de Maupiti d'après
E.S.C. Handy.
Vaiahu
a.
marae
b.
pierre sur laquelle le chef s'asseoit
c.
maison de conseil
d.
pierre appelée "ahu-poo-i-te-ra'i"
e.
marae
Peetau
f. marae Teparoa
g. hangar à pirogues
h. chaussée
i. demeure du chef
j. jetée
k. marae
plate-forme de marae
m. plage
l.
Vue générale du marae
Vaiahu dont le pavage
de la cour empiète sur le
lagon.
Les piions (penu) de
Maupiti, façonnés dans
un basalte noir et dense,
sont
reconnaissables
par leur tête à
épanouissement latéral
très développé.
101
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
Huahine
Les travaux effectués par Y.H. Sinoto
1973 et 1984 ont permis de mettre au
Habitats anciens :
Vaito’otia et Fa’ahia
Découverts fortuitement lors de la construc¬
tion de l’hôtel Bail Hai à Fare, les sites voisins
Vaito’otia et de Fa’ahia, datés par
Y.FI. Sinoto entre 850 et 1100 ap. J.-C., sont
les plus anciens connus des îles de la Société.
de
A cette époque, le niveau marin était plus
bas que de nos jours. Puis, son élévation,
entraînant celle de la nappe d’eau douce sous-
a pu contraindre
les premiers
habitants à déserter les lieux. Par là même, les
jacente,
mammifères
marins
bien
ou
finement
découpés dans de la nacre.
Certaines herminettes, des ornements et
des objets reconnus comme des préformes de
patu sont similaires à ceux des phases
archaïques des îles Marquises et de la
■
type large et fin
grattoir fin
la
jour un riche mobilier très diversifié : herminettes simples, pour la plupart à section
quadrangulaire, térèbres aménagées en
ciseaux et gouges, hameçons de nacre et d’os,
leurres à bonite, pendentifs en dents ou os de
vestiges organiques de leurs activités restaient
préservés dans un milieu anaérobique
favorable.
piquets, battoirs et spatules étaient répartis à
entre
Nouvelle-Zélande.
Toutefois,
ce
sont
atypique
râpe
les
innombrables
vestiges en bois qui constituent le matériel le
plus exceptionnel. Alors que poteaux.
surface
l’ancien
de
d’objets finis
ou
étaient concentrés en
mare ou un
des umete, des bois appointés et des armatures
de flèche ainsi qu’une herminette emmanchée
et plusieurs
comme
manches s’y trouvaient regroupés
si les anciens habitants les y avaient
immergés pour les cacher ou les conserver.
Des ateliers de travail spécialisés furent
définis au vu de concentrations particulières
de certains types d’objets en des zones
distinctes.
Les
vestiges de F'a’ahia et de Vaito’otia
comme ceux d’un village à
étaient décrits
découverts à
Vaito’otia et Fa’ahia.
1. Pendentifs finement
ceux
découpés dans de la
de ia structure C50 à
N.
nacre, similaires à ceux
qui proviennent du site
de Hane aux Marquises.
2. Trois exemplaires
d’hameçons simples :
celui de gauche, détaillé
importante, est façonné
I
Huahine, d’après
Pigeot.
dans une valve de Pinna.
Celui de droite porte un
ardillon dont la présence
est rare en Polynésie
française.
5
râpe
atypique
grattoir massif
type large et massif
type sur valve entière
3. Ecope en bois
finement sculptée.
D’autres exemplaires
en cours de fabrication
ont été exhumés à
proximité.
4. Patu en os de
baleine. Leur forme est
considérée comme
archaïque par rapport
néo-zélandais.
aux patu
5. Armatures de flèche
qui auraient servi
jeu de teka.
Quelques outils
domestiques en nacre.
en bois
au
6.
De haut en bas : une
spatule, un grattoir,
deux râpes et un outil
2
taillé.
7. Mise au jour d’une
planche en bois de
pirogue cousue.
102
lieu qui fut proba¬
étang. Des planches de pirogue
Objets représentatifs de
i’outiiiage en nacre dit
“domestique” provenant
un
cousue, une pagaie de gouvernail, des écopes,
5 cm
Essai typoiogique de
sol, des centaines
de fabrication
cours
blement, à la période d’occupation du site, une
type étroit et fin
grattoir spatulé
grattoir fin
en
LES ILES SOUS-LE-VENT
l’organisation complexe dont l’occupation
aurait
duré
des
centaines
d’années.
Néanmoins, aucune habitation n’avait pu être
mise au jour et étudiée en tant que telle.
Depuis 1983, le département Archéologie du
Territoire
mettant
s’est consacré à cette tâche en
entièrement au Jour une première
structure d’habitation.
présence d’un outillage en nacre dit
“domestique” constitué de grattoirs, de râpes
et de spatules, des milliers de
vestiges de
poissons concentrés autour d’une structure de
combustion principale, plusieurs carapaces et
La
divers
de nombreuses noix de
coco sectionnées, un cône façonné en pèlefruit, la présence de quelques rares herminettes
os
et
de tortue,
l’absence
d’hameçons, permettent
d’attribuer à cette structure C 50
vocation culinaire.
D’un faible diamètre, les poteaux et
notamment
une
piquets de l’habitation ont dû supporter une
couverture très légère. Finalement, l’examen
des
dépôts archéologiques suggère une
occupation du site relativement brève.
Parmi les nombreux sites de surface réper¬
toriés par E.S.C. Handy, K.P. Emory et
Y.H. Sinoto depuis 1923, les vestiges de
sont
les
plus
remarquables
leurs niarae ancestraux (marae tupuna)
parfois construits sur des plates-formes qui
s’avancent sur les eaux du lac. Lorsque les
que
chefs devaient
se concerter sur les grands
intérêts de la communauté, une plate-forme
de conseil, le marae Pare Toa ou tahua umu
pua'a était leur lieu de réunion.
Habitats plus récents
Maeva
les huit chefferies de l’île. Les demeures des
chefs s’y trouvaient disposées côte à côte ainsi
de
Huahine.
L’étroite frange côtière intérieure du lac
F'auna Nui était, par le passé, morcelée entre
Devant le village, dans le chenal qui relie
le lac Fauna Nui à la mer, subsistent cinq
ensembles de parcs-pièges à poisson qui fonc¬
tionnent par marée montante ou descendante.
Trois autres pièges sont construits vers le sud,
là où le chenal se rétrécit. Les bras en V des
pièges qui se resserrent en couloirs étroits
bloquent le passage des poissons en les
Plan de répartition des
vestiges répertoriés
dans le plateau de
Matairea et aux abords
du lac Fauna Nui. Dans
la frange côtière, les
marae et les parcs à
poissons sont restaurés.
Des sentiers facilitent
l’accès aux principaux
du plateau.
marae
Fauna Nui
103
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
orientant vers un parc circulaire où ils seront
emprisonnés.
aménagée au sommet de Vahu. A l’avant de
celui-ci est accolée une plate-forme basse Vava’a espace sacré qui servait de réceptacle
aux images des dieux lors des cérémonies.
Vers l’intérieur des terres, surplombant le
village de Maeva, le plateau de Matairea fut dé¬
crit ainsi par D. Tyerman et G, Bennet dès 1822 :
“On pouvait considérer les zones supérieures
-
A l’opposé du village, sur le grand motu
de Maeva, leworflé’Manunu, comme le worae
Anini de Huahine Iti, présente un ahu à deux
degrés. Le premier est un parallélépipède
rectangle d’une quarantaine de mètres de long
pour environ 6,50 m de large ; les dalles de grès
de plage posées verticalement et atteignant
jusqu’à 2,40 m de hauteur, alternent avec un
appareillage de pierres basaltiques et de corail
pour en constituer les façades. Des pierres
plates égalisent le sommet de cette structure
remplie de pierraille corallienne et basaltique.
Le second degré est similaire au premier mais
de dimensions plus réduites.
Une ciste
contenant
des
ossements
humains
est
Page précédente :
Des parcs-pièges à
poissons sont disposés
pour permettre la
capture d’un maximum
de poissons par marée
A droite :
Marae Fare Tai, marae
descendante.
plate-forme artificielle
pavée d'environ 16 m sur
9 m qui s'engage dans
montante ou
Tupuna situé sur ia
ii
appartenait au
terre Tupai.
mata'eina'a Faretou. Il a
été construit sur une
le lac. Sur la cour se
dresse une pierredossier de 60 cm sur
60 cm. Les dalles
coralliennes qui
délimitent \'ahu ne
Travaux de restauration
de \’ahu du marae
Manunu. Libéré par
i'écroulement des
dailes, le rempiissage de
\'ahu a recouvert en
partie l’ava'a.
104
dépassent guère-1,20 m
de hauteur. L'aspect
actuel de ce marae
résulte d'une
restauration récente.
de cet escarpement comme imprenables ; elles
offraient non seulement la sécurité aux fugitifs
qui parvenaient à les atteindre, mais la fertilité
même du sol où de nombreux cocotiers et
arbres à pain poussaient près du sommet, et
les sources intarissables d’une eau fraîche et
abondante, assuraient aux occupants de l’eau
et de la nourriture quand bien même ils
seraient assiégés par une armée confondue à
leurs pieds”.
Sur les quelque 200 sites repérés par Y. H.
Sinoto en 1979, les travaux effectués jusqu’à
présent
permettent
d’individualiser
une
trentaine de marae, autant de maisons'rectan-
gulaires et à extrémités arrondies, des enclos,
une plate-forme de conseil, de nombreuses
terrasses agricoles et les vestiges d’un mur de
fortification.
Au centre
.
de la colline, le marae
Matairea-Rahi domine le village de Maeva.
Constitué
de
deux
grandes structures
juxtaposées, l’enceinte sud en est le marae à
proprement parler. Huit turui (ou pierres-
dossiers)
symbolisent
la
place
des
huit
chefferies de Huahine, dont les représentants
siéger sur le marae. La
plate-forme du nord est un espace dédié à
avaient le droit de
Tane, leur dieu tutélaire.
7 Les îles Marquises
L5 archipel des Marquises est composé d’une douzaine d’îles s’étirant dupopulation
nord au
sud
sur
350 km. Seules six sont actuellement habitées par une
beaucoup moins importante qu’autrefois. Les terres les plus proches sont les atolls de
Puka Puka et Napuka, à 450 km.
Ces îles, d’origine volcanique, ont un relief jeune, extrêmement accidenté. Les
terres y sont découpées en vallées étroites aux versants très pentus, arrosées de cours
d’eau souvent intermittents. Il n’y a pas de plaine côtière ni de récif corallien. Les côtes
sont constituées de falaises interrompues de petites baies, souvent frangées de galets
et seuls points de débarquement. Le climat, influencé et modifié par le relief, se
décompose en micro-climats rattachés au type subtropical. La variation pluviométrique et les sécheresses récurrentes ont eu degrandes répercussions sur l’adaptation
des Marquisiens à leur archipel et même sur leurs migrations.
Dans l’état actuel des recherches, les Marquises semblent avoir été un important
centre de dispersion, sinon le point de départ de la colonisation en Polynésie orientale,
pour des îles telles que i’île de Pâques, les îles Hawaii et même les îles de laSociété. Si
l’origine du peuplement reste une des questions essentielles posées à l’archéologue, la
connaissance du milieu où vécurent ces Polynésiens, les progrès et tâtonnements de
leur adaptation au milieu constituent actuellement un des aspects de la recherche les
plus passionnants. L’archéologie dans cette région du globe est encore bien récente
pour être trop affirmative. Associée aux travaux des ethnologues, linguistes,
botanistes, palynologues, etc. elle permettra de combler certaines lacunes de
l’ethnohistoire.
Les données de
l’ethnohistoire
nord fut découvert, de
Français E. Marchand, qui en prit possession
La partie sud de l’archipel fut la première
par les Européens en 1595. Le com¬
mandeur A. Mendana de Neira baptisa le
reconnue
groupe "Las Islas Marquesas de Mendoça",
l’honneur du vice-roi du Pérou. En 1774.
en
J. Cook passa trois jours dans le groupe sud.
L’artiste et les savants qui l’accompagnaient
nous
îles.
laissèrent les premières données sur ces
Leurs
collections
sont
conservées
notamment dans les musées de Berlin, Oxford
et
Stockholm. C’est
en
1791 que le groupe
La baie de la Résolution.
Tirée des.œuvres dé
W. Hodges qui partitipa
au voyage de .Cook éri;
1774, cette gravure
représente la baie de
Vaitahu dans Lîle de r
Tahuata.-Elle futi
baptisée en 1595. Madré
de Dios par Mendana,
puis Résolution Bay par
Cook, du nom de son
navire.
‘
Aux
façon pratiquement
simultanée par l’Américain J. Ingraham et le
pour la France. .lusque vers 1805 les naviga¬
teurs, encore peu nombreux, reçurent un bon
accueil, troublé cependant par d’inévitables
escarmouches plus ou moins sanglantes.
Les
principaux points d’escale étaient Tahuata
eVaitahu) et Nuku Hiva (Taiohae, Taipivai,
Hakaui). Par la suite, le trafic des peaux de
phoque, la quête du bois de santal et de la
graisse de cétacé, placèrent les Marquises au
centre, relatif, d’un trafic maritime important
passant par le cap H ont et les côtes de
l’Amérique du Sud. Ces contacts perturbèrent
gravement les règles sociales, et provoquèrent
déclin qui se précipita dans la seconde
moitié du XIX*-' siècle. Après avoir “tenté”
un
Américains
et
Anglais,
les
Marquises
devinrent un protectorat français en 1842 lors
de l’intervention de l’amiral Dupetit-'Lhouars.
L’implantation occidentale resta longtemps
très peu importante et plus rares encore furent
ceux
qui s’attachèrent à recueillir des éléments
de la culture de ces îles.
Récits des découvreurs
et témoignages des missionnaires
Pour reconstituer ce que cette histoire put
être, il faut se pencher sur les textes des navi¬
gateurs et autres observateurs. Pour l’essentiel
il s’agit soit de récits de voyages (souvent très
complétés par les témoignages de
:
J.
Cabri, J. Morrison,
E. Robarts, ,1. Wilson...), soit de notes tiréesde
Journaux de bords (J. Cook et E.
Marchand...) soit enfin de correspondances
ou rapports de missionnaires (W.P. Crook,
1797-1799 ;
Rév. Darling, 1834-1835 ;
P. Mathias Gracia, 1843). Les ethnologues ne
s’intéressèrent aux Marquises que tardi¬
vement. Karl von den Steinen, premierethnologue qui travailla sur les Marquises, s’y rendit
en 1897. Les écrits les plus anciens et les plus
importants sont ceux de P. F. de Quiros (pilote
en chef de Mendana, 1595), .1, Cook (1774),
•l.R. et J.G. F'orster (1774), E. Marchand
(1791), W.P. Crook (1797-1799), Ed. Robarts
courts
et
heachcomhers
(1798-1806), A. J.
von
Krusenstern (1804),
G.H. von Langsdorff(18ü4), D, Porter(1813)
et
C.S. Stewart ( 1829). Par la suite, ceux qui
sur les Marquises eurent souvent
écrivirent
tendance à
compléter leurs observations des
récits de ces derniers.
Marquiseaaifes:-^ sMWSMajMBtfe'Tfe hoia-^
pirogues de guerrfe' et
:a.é pêche étaient a
^^^EtLaB'acttSes des.
bal ahgjg[,i«y»es-!i.--s£iea«»" loüTfes'de plumés... La
voile, probablement en
m.é.sur-aièm entre 12 et
■paridanüs tressé, était
TS'mètres de long
triangulaire etAixês-^-*^
étaient formées d'une
entre deu>s_m-§§ijjes-*^
coque prolongée à
pirogues
l’avant et à l'arrière par
pour la pêche près des
dés projections
côtes étaient faites d une
décorées de
simple coque creusée.; '
dans
un seul tronc
sculptures... la coque
çprèm ieresj‘;.q,uu-ïiis*«a!'
■
était surélevée des deux
côtés par des bordés qui
lui étaient fixés par dès
d'arbre."
■
(Anne LavondèS)
ligatures en bourre de.
coco tressée.
La couture
était recouverte d'une
105
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
Entre 1840 et 1930, à peu près, les pères
missionnaires de Picpus et certains officiels,
résidents ou de passage, prirent de très inté¬
parfois publiées par la suite. 11
s’agit surtout des précieux documents con¬
servés par les pères des Sacrés-Cœurs et com¬
prenant principalement
les travaux des
ressantes notes,
Révérends
Pères Chauler, S. Delmas, J.
Lecornu, Mathias Gracia et de Mgr Dordillon
(dictionnaire
de
marquisien), auxquels
s’ajoute la publication des récits qui suivirent
les expéditions de Dumont d’Urville en 1838
( Vincendon-Dumoulin) et de l’amiral
Dupetit-Thouars (1840-41) (notamment les
souvenirs de M.
Radiguet).
L’étude de la culture marquisienne
L’étude
approfondie de la culture marqui¬
sienne ne commence réellement qu’avec
K. von den Steinen à l’extrême fin du XIX"^
siècle. De cette époque Jusqu’à pratiquement
la veille de la Seconde Guerre mondiale, les
travaux
en
sciences
humaines
menés
aux
Marquises portent principalement sur
l’ethnographie, la linguistique et l’anthro¬
pologie physique. L’analyse historique
reposait alors essentiellement sur l’étude des
légendes et généalogies. Celles-çi offraient en
effet la possibilité de discerner certaines
phases de migrations et, apparemment, de
remonter
à la fois Jusqu’à l’arrivée des
premiers habitants des îles et de suivre parfai¬
tement
les
filiations.
Ceci
eut
pour
conséquence de laisser supposer que la
Polynésie orientale était une zone de
peuplement tardif où aucun phénomène de
colonisation ne pouvait être antérieur à un
millénaire. L’autre aspect de ces recherches fut
de mettre
en
évidence des relations entre la
Polynésie, la Mélanésie et l’Indonésie. Un peu
avant
les
années
I960,
l’histoire
du
peuplement était encore ainsi plus volontiers
considérée, au travers de l’analyse des récits
légendaires, comme une suite de migrations
correspondant chacune à un complexe
culturel, racial et linguistique. L’archéologie à
cette date apparaissait comme une activité
marginale limitée à des descriptions de
structures de
surface
et
à des commentaires
d’objets de collection. De très utiles obser¬
vations furent ainsi consignées.
Mgr
Dordillon et
K.,
von
den
Steinen
en
tout
premier lieu firent un travail remarquable sur
la culture marquisienne entre les années 1897
et 1928. R. Linton compléta en
quelque sorte
les travaux de ces derniers et surtout ceux de
collègue ethnologue E.S.C. Handy. Le
couple Handy travailla avec R. Linton dans
son
Cabri, matelot
déserteur, avait
débarqué en 1797 à Fatu
Hiva. L'expédition russe
de Krusenstern le
rencontra en 1804 à
Nuku Hiva ; c'est avec
elle qu'il revint en
Europe. En France, il
dut pour survivre se
montrer dans les foires,
et mourut en 1822 à
Valenciennes.
G.H. von Langsdorff
dit de lui :
il “avait suffisamment
appris la langue du pays
pour pouvoir nous servir
d'interprète et nous
fournir des
renseignements sur les
usages des habitants...
il avait tellement perdu
les manières... de la vie
civilisée qu'on pouvait
Ce katina, sculpté d'une
représentation de liki
au sommet de la coiffe,
était destinée à
et taillé dans un tronc de
supporter une poutre du
placé avec d'autres sur
la partie frontale d’une
plate-forme en bois.
mei (arbre à pain), était
structure tapu. Il
provient de
Tamakapaepae (vallée
de Haka’ohoka à
Ua Pou) qui était le
paepae funéraire de la
princesse
Vaehoka'ateui. Le
poteau fut offert par
Madame
Teikiehu’upoko et
rapporté en 1947 .par le
R.P. Esquenet. Il mesure
1,73 m de hauteur ; on
distingue très bien la
longue partie enfouie
dans le paepae.
L'échancrure concave.
106
ha'e ou celle d’une
remarquer à peine de
différences entre lui et
les indigènes... il avait
presque oublié sa
langue maternelle... son
corps entier, sans
excepter sa figure était
tatoué ; il nageait aussi
bien que les insulaires ;
il avait épousé une des
filles d'un des petits
chefs de l'île et il vivait
la famille de sa
femme et le reste des
de la manière
et la plus
avec
LES ILES MARQUISES
les années 1920-25
sur les Marquises et livra
public une somme remarquable de
travaux, ethnographiques pour l’essentiel, sur
l’archipel. Aucun inventaire véritable des
structures de surface ne fut entrepris alors.
Bien des éléments, parmi les plus spectacu¬
laires, disparurent depuis, volés ou vendus,
détruits par le temps ou par les hommes.
Il y a ainsi pour les Marquises un petit
nombre de structures, disparues parfois, pour
lesquelles il existe une description bien
détaillée, complétée d’informations à
caractère ethnographique. Enfin dans
quelques cas sont conservés des documents
iconographiques (gravures, croquis rapides,
plans succincts).
C’est grâce à l’ensemble de ces documents
recueillis durant près de trois siècles qu’il est
possible d’esquisser un tableau de cette société
au
à la veille de son déclin.
Haka'iki tatoué, avec un
éventail et une massue,
tiré de G.H. von
Langsdorff. Les
notables, guerriers,
prêtres et chefs étaient
les personnages,tout
indiqués pour les
artistes de passage qui
croquèrent avec
bonheur les attributs
remarquables de leur
position et les motifs
ornant leurs corps. Les
personnes de plus
humble coédition
n'apparaissent hélas
qu'au hasard de
quelques gravures, et
souvent en arrière-plan.
En-dehors des textes et
des dessins relatant la
vie d'autrefois, il existe
de riches collections
d'objets conservés dans
les musées et chez les
particuliers. Ici, un des
objets favoris des
A
droite, en haut :
“Noukhaiwaiens se
tatouant”. S'inspirant
d’une gravure tirée de
Krusenstern, ce paysage
recomposé par J. et
collectionneurs, le
E. Verreaux est d'une
fiabilité ethnohistorique
relative. Il traduit
grands guerriers
marquisiens, était taillée
dans l'arbre qui portait
romantique que l'on se
faisait, en Europe, de ces
îles "paradisiaques”, à la
casse-tête ('u'u). Cette
arme à la mesure des
leur nom : le toa
(Casuarina
equisetifolia)..
parfaitement l'image
suite des nombreux
récits de voyages parus
au XVIIL et dans la
première moitié du XIX"
siècle.
107
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
La société
marquisienne
Ce groupe d’îles fut très peuplé comme
d’autres archipels polynésiens à la même
époque. A la fin du XVllfi' siècle, puis au
début du XIX'^, et bien que les évaluations
d’alors soient d’une moindre fiabilité, il
semble
raisonnable, en recoupant les
témoignages et les vestiges archéologiques,
d’évaluer la population aux alentours de
50 000 habitants. Quand la France annexe les
Marquises ( 1842), la population n’est plus que
d’environ 20 000 âmes. Cette spectaculaire
chute démographique, déjà amorcée lors des
premiers contacts, connut
son
paroxysme
dans les années 25 (un peu plus de 2 000 habi¬
tants) pour lentement se corriger par la suite.
11 est à noter que le passage, en 1863, d’un
“merle”, navire sud-américain chargé de
rassembler
de
gisements de
la
main-d’œuvre
guano,
en
les
pour
abandonnant
ses
varioleux, fut à l’origine d’une catastrophique
hémorragie humaine dans le groupe nord,
suivie de peu par la sévère répression, en 1880,
de la rébellion de Hiva Oa au sud. Ces évé¬
Scène de tatouage.
Cette eau-forte tirée de
G.H, von Langsdorff,
bien qu’empreinte
encore de romantisme,
saisit avec beaucoup
d’exactitude ce que
pouvait être une séance
de tatouage. Le maître
tatoueur opère sur
ces personnages
dans la
classe des haka'iki. Le
décor, une habitation,
est lui aussi très réaliste :
entrée basse, toit avant
pentu, pavage vers
l’entrée puis natte au sol
et, vers le fond, ballots
de tapa.
aspiraient à être
probablement destinée
au
maître tatoueur en
échange de ses services.
Cet épisode et des
détails tels que l’éventail
et le casse-tête visibles
derrière la femme
situent assez sûrement
108
communs
à l’ensemble de la
Polynésie et d’autres, au contraire,
typiquement marquisiens que nous allons
évoquer.
Caractères généraux
La vallée constitue une entité essentielle pour
saisir l’originalité des Marquises. Les plateaux
et
les crêtes demeurèrent déserts, ou pratique¬
raison de la nature des sols ou du
relief, de l’état de guerre endémique, ou de ces
ment, en
deux facteurs réunis. Les Marquisiens encore
actuellement continuent à
se
réclamer d’une
vallée, leur /énuu. Deux unités sociales fonda¬
mentales ressortent dans la société protohis¬
torique : le malci'eina’a, unité tribale, et le
ha'etoa qui groupe les occupants d’une
maison
et
de
ses
annexes
(ht H.
Lavondès). Chaque vallée possède son propre
système social, au sein duquel la lignée des
chefs (papa haka'iki) et le collège des prêtres
seconds sur les premiers. Pourtant aucune dis¬
tinction bien particulière aux yeux des Euro¬
péens ne semblait faire ressortir l’importance
la considération qui leur étaient imparties.
Les nuances hiérarchiques étaient subtilement
placées sur d’autres plans que les richesses
extérieures. Un réseau de multiples tapu et
certains avantages très concrets constituaient
des privilèges bien plus précieux.
et
Les notables et les prêtres
classe jouissait de mono¬
large éventail d’activités :
tatouage, construction de pirogues, élabora¬
tion de plates-formes lithiques, confection
Ainsi, toute
poles
sur
une
un
d’herminettes... Pour
Pétroglyphe à Valpaee
dans l'île de Ua Huka.
Taillé par piquetage sur
un basalte dense, ce
motif assez fréquent de
figure anthropomorphe
fait partie d’un grand
ensemble. Un paepae,
dont certaines pierres
portent aussi des
pétroglyphes, lui est
associé.
assurer et
étendre .leur
importance, le jeu politique de ces familles
consistait à s’allier entre elles par l’adoption,
les alliances matrimoniales ou l’échange du
nom. L’importance du nom était très grande.
Par son nom, le chef de la tribu possédait les
terres de la tribu et donc l’une des principales
récoltes de hic/' (fruit de l’arbre à pain). Ceci le
mettait à l’abri des pénuries. Principal
détenteur des arbres à pain, il assurait les
La préparation du ma,
denrée capitale aux
Marquises. Les mai,
fruits de l’arbre à pain,
sont cueillis, puis pelés
qu’après l'évacuation du
liquide dû à la
fermentation que celie-
ci sera stockée dans une
fosse hermétique où elle
pâte :
le ma. Ce ma entre dans
la préparation
moyen de »,
porcelaines perforées.
se transformera en
entassés sous des
quotidienne de lapopo/,
au
Les fruits sont ensuite
feuiilages afin
puis on les jette dans ce
silo végétal et perméable
entièrement tatoués, les
femmes ne l’étalent
des oreilles. A l’entrée
de l’habitation, un
homme apporte une tête
de cochon très
des éléments
(tau’a et tiihuka) tiennent les rôles les plus
importants, avec semble-t-il une primauté des
d'accélérer leur
maturation. On leur
enlève alors le cœur,
l’avant-bras d'une
femme. Si les hommes
qu’en partie : bras,
jambes, lèvres et lobes
portèrent les derniers coups à la résis¬
population exsangue.
Bien des aspects de l’ancienne société marqui¬
sienne ont ainsi disparu. Néanmoins les
sources ethnographiques du XVllF siècle et
des débuts du X1X‘^ permettent d’en retrouver
nements
tance culturelle de cette
où ils se transforment en
bouillie. Ce n'est
aliment de base des
Marquisiens. Dans les
fosses collectives le ma
se conservait plusieurs
dizaines d’années et
était utilisé pour les
besoins de la population
(festivités et disettes).
LES ILES MARQUISES
distributions lors de fêtes et de disettes et
renforçait ainsi sa position centrale au sein de
la tribu. Dans la vie de la communauté, le
personnage
le plus remarqué et le plus craint
était le prêtre (ou la prêtresse) inspiré (lau’a)
qui parlait au nom des dieux. Son pouvoir sur
les décisions déterminantes pour la vie de la
tribu, telles que l’entrée en guerre ou le parti de
s’expatrier, était de toute première
importance. Vivant souvent de façon retirée, il
était servi dans ses désirs et dans ses actes par
les mou ou tapu oko. Les prêtres de second
ordre étaient surtout des maîtres de cérémonie
ou des spécialistes des différents artisanats, ce
qui leur valait le nom de nilnina ou tuhuka. Le
plus important d’entre eux était le tuhuka
’o'oko ou “très savant en matière religieuse”.
Les prêtres inspirés furent souvent dépeints
comme des instigateurs de véritables chasses à
l’homme. Les victimes étaient le plus souvent
mises à mort sur le tne'ue ou le tohua, à titre
votif ou rogatoire. Ces exactions furent-elles à
l’origine de rancœurs ou bien est-ce la
pression de la surpopulation en période de
disette qui déclencha les luttes tribales
incessantes ? Elles eurent de très nuisibles
conséquences lors de l’introduction des armes
à feu. Bien souvent les récits des premiers
voyageurs donnent le sentiment qu’il s’agissait
surtout
d’escarmouches,
démontrer
hostilités
trices.
occasions
de
les
valeurs
guerrières. Ces
pouvaient pourtant être dévasta¬
occasions
de
rassemblement
étaient
innombrables : la guerre et ses divers épisodes,
les cérémonies visant à faire cesser la disette
ou
de la cohésion de la communauté et contri¬
buaient à la maintenir. Le prestige du chef s’y
trouvait jaugé et par là même celui de la tribu.
Ces bombances, animées pendant plusieurs
Jours et plusieurs nuits de chants et danses
dont une partie était exécutée par les ka’ioi
(adolescents et Jeunes gens des deux sexes non
encore
mariés. Jouissant de nombreux
privilèges et d’une grande liberté sexuelle).
contribuèrent
Les festivités
Les
population s’y préparait. Toutes les ressources
de la vallée, et même de l’île, pouvaient y être
consommées. Moyen d’échange et facteur
d’unité, ces efforts et ces festivités dépendaient
célébrer d’abondantes récoltes... Mais la
plus considérable concernait la mémoire d’un
chef ou prêtre divinisé. Pendant des mois la
Ce guerrier, muni d'une
lance, probablement en
bois de fer, et d'un
crâne trophée à la
mandibule ligaturée,
ornée de défenses de
cochon, porte pour
toute parure des
sans
doute
au
renom
d’apparente liberté que la littérature colporta
à propos de ces îles. Les femmes, en outre,
eurent le moyen d’obtenir plus aisément
auprès des marins certains biens (clous, tabac,
étoffes.,.). Les Marquisiennes n’en étaient pas
moins tenues à des règles de vie bien définies.
Le tapu leur interdisait nombre de gestes ou
nourritures et les maintenait éloignées des
hommes, notamment au moment où ceux-ci
étaient
engagés
dans
certaines
activités
tribales ; pêche, guerre... Ceci n’empêchait pas
les femmes de tenir des
positions influentes
dans la société marquisienne.
ornements d'oreille.
Deux mèches de
cheveux nouées en
cornes et un fin réseau
de tatouages sont les
seuls rehauts de son
élégance. Le fait que ses
membres inférieurs,
notamment, présentent
des motifs non achevés,
laisse supposer que ce
jeune guerrier est
ka'ioi. Ces
"adolescents " des deux
encore un
sexes,
encore
n'ayant pas
fondé de
familles, prêtaient une
attention toute
particulière à leur
physique. La couleur
jaune orange du safran
marquisien (ena ou eka)
entrant dans la
préparation parfumée
dont ils s'enduisaient le
corps, mettait en valeur
la mosaïque bleue de
leur corps.
Cette tête de tiki (à
Hakamoui dans l'Ile de
Ua Pou), taillée dans un
tuf volcanique, veille
encore sur un ensemble
de structures llthiques
devenu me'ae (site
religieux et funéraire
tapu) à la mort de Heato.
Ce chef, contemporain
de l’époque du
rattachement de
l'archipel à la France
(1842), fut un des rares
chefs marquisiens qui
ait imposé son autorité
sur une île
entière.
Manche d’éventail.
L'artiste a dégagé deux
tiki dans cet os humain.
Ornements de prestige
et de pouvoir, arborés
par les femmes et les
hommes, les éventails se
transmettaient de
génération en
génération et étaient
fabriqués par des
spécialistes, les tuhuka
a'aka lahi'i.
109
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
L’organisation
de l’espace
vivant sous le même toit) est plus importante,
une
dans une vallée
Entité sociologique et territoriale, lieu de
résidence et de travail, la vallée marquisienne
présente le plus souvent en trois espaces
plus ou moins déterminés par la géomorpho¬
logie du terrain.
se
Les trois espaces
La basse vallée, une embouchure plane, large
et ouverte à l’océan, sensible aux raz de marée,
troisième construction,
plusieurs fonctions. Hommes et femmes ne
mangeant ni ensemble ni au même endroit,
c’est sur ce faia'a que les hommes prennent
leur repas et gardent leur nourriture ; ils s’y
consacrent aussi à divers travaux. Ce Jaia'a.
tapu
aux
femmes, sert également de
“maison” au
vieillard qui a perdu sa
compagne. Cette construction peut être un
simple appentis sur le paepae ou être dressée
sur pilotis à proximité. Son plancher, fait de
perches ou de rondins, supporte un
aménagement de terre et de pierre pour le feu ;
la nourriture des hommes y est préparée. Sous
\e fata'a se trouve une réserve de bois et ut
de plantations ne
d’aménagements (coco¬
tiers...). L’absence ou du moins la rareté
d’unités d’habitation d’une part, la présence
de lohiia (place publique et lieu de festivités) et
du paepae des pêcheurs de l’autre, semblent
impliquer des activités essentiellement
religieuses et cérémonielles. La moyenne
vallée forme une autre unité très importante.
est
surtout
nécessitant
une
aire
Aménagement de
l’espace d’une unité
guère
La densité des paepae (plates-formes d’habi¬
tation) et des espaces horticoles, la présence
du me'ae (construction à caractère religieux)
le plus élaboré et, éventuellement, celle d’un
“fort” font de cette
zone
le centre
commu¬
d’habitation : vallée de
Haka'ohoka dans l’île
de Ua Pou.
plus agricole : les nombreuses
terrasses, parfois irriguées par des canaux,
indiquent en effet qu’on y cultivait abondam¬
ment les plantes alimentaires, la'o et huetu
(Musa trogloclytariim) en particulier.
Cette
organisation type peut être
modifiée ou perturbée par des contraintes
telles que, par exemple, des attaques plus ou
moins fréquentes venant d’autres tribus.
L’implantation de l’habitat se fera alors de
préférence en hauteur, sur des zones moins
faciles d’accès, plus aptes à être aisément
défendables ; des forts (pa) peuvent y être
aménagés, des sites refuges (’aka'ua)
entretenus.
La cohabitation de plusieurs
tribus dans une vallée particulièrement vaste
modifie aussi cette organisation type ; dans ce
cas, la vallée sera partagée en zones bien
délimitées attribuées à chacune des tribus. A
l’époque historique, le
favorisa
la
fixation
passage de navires
d’une population en
certains points du littoral.
L’habitat familial
La moyenne vallée offre généralement la plus
forte densité et la plus grande variété de
structures. On y trouve des éléments d’habi¬
tation de la plupart des familles constituant la
tribu. Le terme marquisien paepae hiamoe
s’applique bien au soubassement de pierres et
à la construction qu’il porte, où une famille
bonne partie de son temps, se
discute et mange. Autre élément des
structures d’habitation, Xt fa’e tumau ou lieu
passe
une
repose,
d’activités culinaires. 11 apparaît comme un
“hangar à même le sol, couvert de feuilles de
cocotiers tressées, ouvert sur tous les côtés ou
fermé sur deux ou trois” (E.S.C. Handy) ; le
four y est aménagé dans le sol.
Lorsque la famille (famille étendue,
plusieurs générations, plusieurs couples
110
foyer plus important servant de four.
aménagements domestiques
sont complétés par un lieu sacré où se dresse
l’autel familial. Ce lieu est soit un petit espace
enclos, soit une petite plate-forme lithique sur
laquelle, ou dans lequel, des abris et des autels
provisoires sont dressés en relation avec la
autre
Ces divers
mort,
mais aussi la naissance, et tout acte
familial
nécessitant
religieuses.
courbes de niveau
centre
de la vallée, concentre de nombreux
établissements ayant un rôle important dans
la vie de la tribu. Cette résidence et ses
Les vallées sont le
plus
souvent encaissées et
encombrées de rochers.
Marquisiens ont
déplacé une masse
Les
colossale de ces blocs
rocheux pour aménager
leur territoire. Ici. de
érigées ; un paepae et
son annexe. L'espace
ainsi dégagéapermisde
ménager une belle
surface planeautourdes
rapport à la courbe 0
équidistance des courbes ; 20 cm
la courbe 0 se situe à environ 90 m
du niveau de la mer
zone
\
~\
de circulation
fata'a
partition interne
structures.
blocs erratiques
muret de soutènement et sens de la
pente
limite de plate-forme
lithique
pa’ehava ’oto
pa'ehava vaho (“véranda")
ahu tapu : espace tapu intérieur*
oki
terrasses de culture
pente aménagée par de petits
murets de soutènement s’appuyant
des blocs en place
sur
papua : cour
espace bien plan pouvant
recevoir un abri
provisoire
précautions
Résidence du chef et lieux publics
contrebas, deux platesformes lithiques ont été
négatives par
quelques
Le lieu de résidence du chef, souvent situé au
gros blocs ont été
laissés en bordure et le
sol a été égalisé. En
nautaire. La haute vallée, plus humide, a une
fonction
fala'a, remplit
Cette unité d’habitation
situe dans la
se
moyenne vallée qui
compte la majeure
partie des structures
dont 34 paepae sur 80.
Cette zone, de
30 hectares, était le
centre de la
communauté de
Haka’ohoka : les
Ka’avahope’oa. On y
rencontre le me'ae et
une
place tenant lieu de
tahua, bordés par les
trois plus grands paepae
(18 m sur 11 m], ainsi
que celui du prêtre et du
chef. Contrairement
aux autres zones de la
vallée, l'espace est ici
fortement parcellisé par
des murs et enclos
attenants aux
habitations.
LES ILES MARQUISES
dépendances reprennent en fait la même
organisation que celle des habitations plus
communes, mais sont souvent plus élaborées
et plus nombreuses, ainsi la “maison des
hommes”, ou “maison des guerriers”, lieu de
réunion
où
le
chef
et
ses
compagnons
prennent leur repas ; celle-ci est tapu aux
femmes ainsi qu’aux hommes qui n’ont pas, de
par leur image sociale, un rôle d’importance
dans les discussions. L’espace sacré, quant à
lui, prend le nom de me'ae ou ahu ; il est
maintenant évité ou tapu. Contrai¬
au
me'ae
éminemment sacré et
interdit à nombre de personnes, le tohua est
lui fréquenté par toute la communauté ; c’est
encore
rement
le lieu public où se déroulent les festivités.
“Cases de naturels
à Nouka-Hiva”.
scientifique de Dumont
d'Urviile, sur les deux
septembre. On doit à
l’artiste L. Lebreton
cette vision très
constitué de blocs de
basalte, l’habitation
proprement dite est
protégée par une
puissante balustrade.
On accède à la terrasse
(pa'ehava vaho) par une
épaisse planche taillée
d’encoches. Attenant au
paepae se trouve un abri
très simple au toit à pan
unique, type très
le lokai,
comme
dédié
aux
esprits
supposés vouloir tuer les femmes enceintes.
Ces espaces peuvent consister en une simple
plate-forme lithique, quelquefois une simple
pierre ; des banderoles de tapa les
matérialisent.
D’autres
constructions
sont,
elles, provisoires, tels les abris pour le
tatouage, les accouchements... Enfin, d’autres
structures
sont
géographiquement plus
en
marge ; il s’agit des sites à caractère funéraire,
agricole, guerrier ou défensif.
Le
lia
ma
est
une
fosse habituellement
terre.
On l’utilise
pour conserver le ma ou pâte fermentée du
fruit de l’arbre à pain. Chaque maisonnée a
ou plusieurs fosses ; le chef en possède
plusieurs dont de très grandes, destinées à la
une
tribu
toute
entière
lors
de
festivités
importantes ou réservées pour les jours de
disette. En ce qui concerne les structures
horticoles, on peut souligner que de
nombreuses plantes vivrières étaient cultivées
dans l’enclos attenant au paepae. Certains
arbres à pain, le mûrier à papier, la canne à
sucre, le kava... étaient protégés, notamment
des cochons en liberté, par de petits enclos de
pierres. La culture du ta'o nécessitait des
aménagements plus complexes.
empierrage et un muret
de soutènement. Ici un
sentier bordé de deux
murets relie une zone
d’habitat à la rivière.
début du mois de
(upe ou paepae)
entière
circulaire creusée dans la
sur
Marquises qu’elle quitta
d’habitation de NukuHiva. Elevée sur un
massif sous-bassement
plus
éparpillées ; ainsi d’autres espaces à caractère
religieux, plus petits, appartiennent à la tribu
peu d’aménagements
mais pouvait être facilité
les versants par un
corvettes lAstrolabe et
la Zélée, atteignit à la
mi-août 1838 les
complète d’un ensemble
D’autres structures sont
Un sentier dans la vallée
de Haka’ohoka dans l'île
de Ua Pou. Le réseau de
circulation suscitait très
L'expédition
au
Cet ensemble forme donc le centre de la
communauté.
courant convenant aux
activités les plus
diverses. Bon nombrede
structures de ce type, ou
plus élaborées telles
celles à l’arrière-plan,
sont temporaires : cases
d’accouchement, abri
lors de certaines
préparations...
A côté des cases
principales, quelques
familles de notables
possédaient une maison
destinée aux hommes et
la case du fils aîné.
111
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
Les paepae
Le premier niveau, le plus bas (sa hauteur
vestiges de l’ancienne
occupation humaine aux Marquises, il en est
un
très caractéristique de cet archipel, le
paepae. Ce terme vernaculaire désigne une
fondation lithique destinée à recevoir, sur une
partie de sa surface, une construction en
matériaux périssables. Aujourd’hui, les mots
paepae et iipe désignent indifféremment toute
plate-forme de pierres, destinée ou non
Parmi
les
autrefois à recevoir une structure d’habita¬
tion.
Souvent
leur localisation, leurs
dimensions, la taille des blocs utilisés,
notarhment dans le groupe nord, ont étonné
les découvreurs occidentaux. Les observa¬
tions précises sont malheureusement tardives.
compléter celles du Père Mathias en
1843, il faut attendre le passage de Karl von
den Steinen en 1897-1898 et l’expédition des
Américains E.S. Craighill Handy et Ralph
Pour
Linton, en 1920-1921, pour reconstituer de
façon satisfaisante les caractères de ce type
original de construction. Des structures
Ethiques rencontrées, le paepae est la plus
courante.
Que cette plate-forme ne soit
destinée qu’à l’habitat, ou qu’elle ait eu un rôle
plus complexe, son aspect général suit un
modèle type. Des variantes sont sensibles mais
surtout d’une île à l’autre. Le gigantisme de ces
constructions frappa les observateurs à Nuku
Hiva, alors qu’à l’extrême sud, Fatu Hiva se
distinguait,
à
élévation.
l’inverse,
de 2 m en moyenne à Ua Pou et de I m à
Hiva Oa), constitue la partie frontale du
est
par
leur
paepae ;
d’après Mgr Dordillon, le terme
marquisien a’e vaho et surtout celui de
pa’ehava vaho le désignent. R. Linton utilise
le terme de véranda qui traduit bien un espace
ouvert et utilisable pour diverses activités ;
cette véranda est en général pavée sur toute sa
surface.
Le second niveau,
plus élevé de 40 à
60 cm, est séparé du premier par une bordure
basaltiques ou un alignement de
ke’etu : dalles rectangulaires posées sur chant,
et taillées dans un tuf volcanique. Cet espace
constitue la partie arrière du paepae et se
trouve entièrement couvert par l’habitation, le
ha'e ou fa’e. Là encore on retrouve une divi¬
sion longitudinale en deux parties à peu près
égales : une partie avant pavée, désignée par le
terme pa’ehava ’olo, et une partie arrière, non
pavée, ou oki.
de
blocs
zone
de combustion intérieure
Caractères du ha’e ou fa’e
Une description du /ra’c ou/o’e type permettra
de comprendre
la fonction de cette partie du
paepae. L’espace couvert est donc divisé en
deux, La partie avant (puWtavo’o/oj peut être
fort étroite. Le oki à l’arrière correspond à un
espace de repos aménagé avec soin, sur un sol
de terre et graviers recouvert de couches
successives de végétaux et de nattes. Des
troncs de cocotiers, ou d’arbres à pain, les
piiako, limitent sur les deux longs côtés ce
dortoir où les Marquisiens dormaient côte à
côte, la tête vers le fond sur le puako upoko et
les jambes tournées vers l’avant sur le puako
vaevae. Le ha'e s’ouvre sur la véranda où se
déroulaient la plupart des activités ; elle
recevait pour cela divers aménagements.
Pour la construction du ha'e deux
poteaux principaux (pou), hauts de plus de
trois mètres, étaient dressés de façon à
supporter une poutre faîtière ou hiva.
PLAN
trous de poteau
faible
Caractères du paepae
Le paepae est une plate-forme lithique
quadrangulaire surélevée (surface moyenne :
85 m- à Haka’ohoka, île de Ua Pou ; 32 m- à
Hanatekua,
île
de
Hiva Oa). Sa surface
constitue le sol d’habitat, et une partie porte la
maison, ou ha’e. Pour sa construction, cette
plate-forme nécessite l’accumulation d’un
matériau omniprésent dans tout l’archipel : la
pierre. Trouvées au fond des vallées, dans le lit
zone
de combustion extérieure
dalle-dossier
des torrents, sur les versants ou sur le littoral,
roches sont utilisées. La matière, la
taille, la forme, le degré d’érosion guident leur
toutes les
ne peut pratiquement jamais
parler de travaux de fondation. E.S.C. Handy
donne à la ligne délimitant au sol le futur
bâtiment, le terme imagé de “sentier du rat” (te
a'aniii ki’oe). La première assise, posée sur un
sol aménagé, utilise parfois des rochers en
place ou les vestiges d’anciennes structures.
Elle délimite un espace interne comblé au fur
et à mesure du montage des assises par un
utilisation. On
Plan et coupe du paepae
Hamipohue à
gigantesques, de
plusieurs tonnes.
se
présentent
comme
C
—
COUPE LONGITUDINALE
sédiments récents
excepté un espace
quadrangulaire réservé
D
plantée verticalement
servait de dossier (vers
l'angle avant gauche).
Le second
niveau,
séparé du premier par
bordure de ke'etu,
était entièrement
couvert par le ha'e. La
une
frontal donnant accès à la “véranda” ; dans
112
toute sa surface,
b
structures de
combustion. Une dalle
d’autres cas,
différents.
le
"véranda" pavée sur
aux
superposition parfois très régulière de blocs
rocheux. Parfois quelques blocs formant
saillies pouvaient suffire à l’escalade du mur
supérieure délimitée par ces murs se divise
longitudinalement en deux parties parfois
égales, et presque toujours de niveaux
habitation.
Le premier niveau,
COUPE TRANSVERSALE
A
une
un tronc aménagé d’encoches
(pi’ika) remplissait le même office. La surface
supportait une
plus bas, était une
remplissage constitué, pour l’essentiel, d’un
blocage fourni par l’épierrement des
alentours. C’est ainsi qu’est construit peu à
peu le paepae, à partir de ses murs extérieurs.
Ceux-ci
Haka’ohoka dans l île de
Ua Pou. Cette plate¬
forme lithique
Les murs sont faits de
blocs souvent
I
partie frontale est ici
pavée de galets. La partie
arrière, non pavée,
recevait une épaisseur
de végétaux et de nattes
afin de donner le confort
nécessaire à cet espace
de repos.
LES ILES MARQUISES
Derrière
les
ke’etu
étaient
placés
deux
poteaux ou plus, les tu'utu’u, hauts de 90 cm à
1,40 m en moyenne. Si le sol a certainement
été aménagé pour recevoir les pou, il n’en va
pas systématiquement de même pour les
Ui'iilu’u qui plus souvent semblent s’être
avoir
reposé sur celui-ci. Les lu’iUu'u soutiennent
une
poutre (kaava ao) reliée à la poutre
faîtière
par
trois chevrons principaux.
D’autres
chevrons
puis des perches
transversales
viennent
compléter cette
charpente très pentue dont le pan postérieur,
pratiquement vertical, fait office de mur. La
insérés dans les
couverture
creux
du pavage ou
du toit était faite couramment en
à pain (mei : Artocarpus
allilis), fixées sur une gaule, ou de demipalmes de cocotier tressées (ehi : Cocos
nucijera). Le pandanus (ha'a ou fa'a :
Pandanus tectorius) semble avoir été d’un
usage exceptionnel ; il en est de même pour les
larges palmes de va’ake, réservées à un usage
feuilles d’arbre
spécifique : auvent, doublure interne du toit...
Les parois latérales de ces habitations sont
formées soit de perches, soit de feuilles. Ces
deux matériaux peuvent être utilisés sur le
même panneau. Les parois ne sont pas
porteuses, aussi la “façade” du ha'e est-elle
Marquises. Ce type d’architecture semble
localement et, sous la forme
s’être développé
décrite, on ne le rencontre sur aucun autre
archipel.
poutre faîtière
traitée différemment selon les besoins. Elle
peut rester ouverte. Une entrée est cependant
toujours indiquée en son centre par deux
poteaux frontaux plus rapprochés. Des
perches disposées verticalement ou horizon¬
talement ferment parfois tout ou partie de
celle-ci. Les bois utilisés pour la construction
sont
le hau (Hibiscus liliaceus), le mi'o
(Thespesia populnea), le mei, le ehi, le kohe
(bambou : Schizostachyum glaucifolium).
Ce type de structure peut servir de
référence pour les constructions marquisiennes. Il s’agit d’un type susceptible de
multiples aménagements et utilisations
s’adaptant aux activités humaines et à un
relief
difficile,
caractéristique des îles
kaava
ao :
mur
ao .•
tua : pan arrière ou
du fond de l'habitation.
pan du toit en façade.
pou : poteau faîtierkaava tua :
panne arrière.
puako upoko
poutre de tête
oki : couche
lieu de repo,^
8,50 m
panne sablière'
tuutuu : poteau de façade'
pikiha : pièce de bois entaillée d'encoches ou marches
(dans les aménagements plus récents)
«
..-paehava
kanina : potelet de façade.
auau : sablière
—
.
I
I
puako vaevae :
poutre des pieds
basse
6,69 m
pavaoe extérieur.
'Véranda'
Ha'e tohua à Hakaui
dans l'île de Nuku Hiva.
iSocle
Coupe transversale
d'après K. von den
Steinen.
keetu : dalle rectangulaire taillée
Paepae sur la terre
'ukuvai, dans la vallée
dans le tuf et posée sur chant
paepae
paehava oto
pavage intérieur
aujourd'hui inhabitée de
Haka'ohoka dans l'île de
Ua Pou. De part et
d'autre de la rivière de
Haka'ohoka se dressent
des paepae. Celui-ci
s'élève à environ 2 m du
sol ; il mesure 13,50 m
de long sur 9,50 m de
large.
Le paepae du chef de
Haka’ohoka. Cettejeune
Marquisienne
raccompagne son
cheval chargé de sacs de
coprah. Ces
constructions massives
peuvent être fragiles. Ici
le sentier est, par temps
de fortes pluies,
emprunté par les eaux
de ruissellement ; la
base de l'angle du
paepae se trouve
maintenant menacé
d'éboulement.
113
A LA RECHERCHE DES ANCIENS
POLYNÉSIENS
Me'ae et tohua
dominante. La bâtisse la
plus sacrée, le /ùV
tukau, abrite le grand prêtre lors des céré¬
Bien
qu’aujourd’hui ce qui reste des
constructions complexes marquisiennes se
présente comme un ensemble de
soubassements en pierres formant terrasses ou
plates-formes (paepae), celles-ci sont suffi¬
samment
nombreuses et imposantes pour
susciter encore l’intérêt. Leur destination n’est
plus toujours connue. Parfois même on ne s’en
souvient plus que comme un “lieu lapu\ expres¬
sion caractérisant, autrefois, toute structure
abandonnée. Parmi les aménagements parti¬
culiers autres que les paepae d’habitation,
citons, pour mémoire les paepae tapu des
prêtres, lieu de résidence et de formation, celui
des guerriers, interdit aux femmes, et celui des
monies. Sur d’autres plates-formes sont
dressés des aménagements aux fonctions
variées ; des structures abritent les prêtres de
moindre importance et leurs assistants. Si la
mort d’un chef ou d’un prêtre est à
l’origine
des cérémonies, un abri accueillera son corps.
Chaque rite ayant ses constructions propres,
elles sont démontées à son achèvement. Les
structures
lithiques
entendu, demeurent.
quant
à
elles,
bien
fréquenté par toute la communauté. Tohua
désigne la partie principale de la place des
fêtes, c’est-à-dire Faire pavée où se déroulent
les danses et autres représentations collec¬
tives ; le sens de ce terme s’est cependant élargi
et on l’emploie habituellement
pour désigner
dans son ensemble le lieu public où se
déroulent les festivités. Koika, autre terme
utilisé, suggère bien l’idée de fête et de bruit.
La superficie et la destination du tohua
nécessitaient l’existence ou le nivellement
d’une vaste surface plane et l’élaboration
d’aménagements lithiques considérables. Ces
entraînaient l’intervention, coutu¬
mière à toute activité importante ou significa¬
tive, d’une très large part de la communauté.
travaux
Espace public
Contrairement au me'ae, éminemment sacré
et interdit à nombre de personnes, le tohua est
Lieu
de
festivités, l’édification même était
pêcheurs, érigé sur le littoral. 11 existait
également des plates-formes dressées pour un
usage particulier comme les paepae de circon¬
cision, les lokai, les plates-formes érigées sur
les me'ae pour renfermer les reliques ou
l’esprit de prêtres ou “savants”.
Espace sacré
Le me'ae ou ahu est considéré comme
l’espace
lapii par excellence. Ces termes désignent en
fait plusieurs genres de lieux qui malgré un
rapport très
étroit n’en ont pas moins des
structures différentes et des rôles particuliers.
Originellement, le me'ae est un lieu funéraire ;
il est réservé et appartient à une famille de chef
ou de prêtre. Le me'ae, comme le lieu sacré de
chaque maisonnée, est l’endroit où l’on traite
le corps du défunt. 11 consiste en un taha
tupapa'u auquel se joignent d’autres construc¬
tions annexes et provisoires. Le terme me'ae
désigne aussi tout endroit utilisé pour le dépôt
de reliques, ossements ou autres. Il peut donc
s’agir d’un paepae plus ou moins élaboré, mais
pénétrer, notre curiosité
échoua toujours...
chaque fois... (il) nous
aussi du sommet d’une colline, d’une cache,
d’une grotte ou d’un arbre. Dans ce cas, ces
criait de sa voix
chevrotante : Tapu ! mot tout-puissant,
lieux
uniquement sépulcraux se trouvent
généralement dans des endroits surélevés ou
retirés ; ces sites ne sont pas toujours difficiles
religieuse dans les
Marquises... La
présence de deux idoles
sur la plate-forme
d’accès mais sont encore, maintenant évités ou
contribuait sans doute à
donner de l'importance
au tahua et à environner
de prestige son
habitation. Ces deux
tapu.
Toutefois, lorsque l’on parle de me'ae on
se
réfère davantage à un lieu sacré plus
important, comprenant plates-formes et
figures étaient sculptées
avec une grande naïveté.
autres structures, éventuellement accessible et
du moins visible. Bien qu’il soit toujours lié à
Une tête démesurée
formait à elle seule le
tiers de la hauteurtotale.
Les traits de la face, d'un
relief peu saillant,
étaient plutôt indiqués
funéraires, ce rôle n’est pas
primordial. Souvent relié à Faire de festivités
tribales (tohua), le me'ae est alors essentiel¬
lement utilisé pour l’accomplissement de
cérémonies en relation avec les fêtes profanes.
Le me'ae, toujours tapu, l’est particulièrement
pendant les temps de rituels. Habituellement,
seuls les prêtres et leurs assistants y avaient
accès, mais à certaines occasions le chef et les
guerriers étaient amenés à s’y rendre. Ses
limites que nul n’ignore sont davantage
suggérées que dressées. La situation et la
des
rites
que sculptés. Les bras
courts se terminaient en
fourchettes dont les
pointes se rejoignaient
avec
importante des plates-formes, c’est-à-dire
celle où se dressent les tiki (représentations
d’ancêtres et/ ou de dieux) et où se déroulent
certains rites importants : offrandes, sacri¬
fices..., occupe généralement
114
une
position
peine sur
l'abdomen. L'une de ces
idoles portait un turban
d’étoffe indigène et un
collier composé de
dents de porc et
d'ongles humains
alternativement enfilés.
Elles étaient placées
forme des terrasses sont en fait déterminées
■par leur rôle et aussi par la topographie du
terrain. Lorsqu’il y en a plusieurs, la plus
qui
résume la loi civile et
entre des faisceaux
symboliques
Vieux sorcier près d’un
tiki devant sa case. Il
s'agit sans doute du
tau'a de Taiohae, cité
par M. Radiguet.
“Au miiieu de i'anse,
entre le rivage et la
maison des
missionnaires, plusieurs
cases
formaient par
leur disposition une
place rectangulaire. Sur
l'un des côtés demeurait
un
tahua (prêtre) vieux
et vénéré. Nul ne pouvait
franchir le seuil de sa
d'amarrages
compliqués, à l'entrée
d’une espèce de cage
haute et pointue, où le
tahua emmagasinait les
offrandes déposées par
les insulaires sur la
plate-forme..."
(Max Radiguet)
Page de droite :
Fa’e tukau sur le paepae
d’un tau’a à Talhoae
dans l'île de Nuku Hiva.
Le fa'e tukau est un abri
sacré, à toiture haute et
très pentue, réservé au
tau'a.
LES ILES MARQUISES
l’occasion de réjouissances suscitées par la
d’un
chef (ou d’une cheffesse)
volonté
soucieux de créer
ou
de rénover cet espace
public. Généralement ombragés pardegrands
arbres,
ces
lieux couvraient en moyenne un
espace de 200 m- ; certains particulièrement
étendus, dont ceux de Aakapa à Nuku Hiva,
pouvaient accueillir plusieurs milliers d’indi¬
L’aire centrale, souvent de grande
taille, était généralement rectangulaire ; on y
accédait par un étroit passage ménagé au
centre
d’un
des
petits côtés. Diverses
structures lithiques l’entouraient telles que les
gradins où se tenaient les spectateurs, les
vidus.
plates-formes réservées
aux
femmes,
aux
enfants, aux hommes âgés et celles destinées
aux
visiteurs venant de vallées et même d’îles
voisines. Unpaepae supportait la maison des
guerriers, un autre celui des prêtres ; l’habi¬
tation du chef était proche, et pouvait même
fermer un petit côté du lohua. Des abris et
maisons temporaires étaient dressés, en
fonction des diverses cérémonies, pour abriter
les participants. L’aire centrale était bien
dégagée. Parfois une partie, repérable par des
dalles de pierre mises verticalement, était
réservée aux chanteurs. De petits paepae
rejetés en bordure et de grandes dalles servant
“d’estrade” ou de “piédestal” sont encore
visibles sur certains lohua. Il ne s’agit là que
d’aménagements possibles mais non systéma¬
tiques, parmi d’autres qui pour la plupart
étaient édifiés en matériaux périssables.
Un étrier d’échasse.
Les combats d'échasses
Ce tiki à Taaoase trouve
plate-forme
surplombant le vaste
sur une
centre communautaire.
Il mesure 1,30m de haut,
remportaient de vifs
succès lors des festivités
se déroulant sur les
tohua. Les tribus
envoyaient leurs
champions. Le jeu
de basalte dense,
consistait à faire tomber
l'adversaire. Ayant
est mis sur le visage,
meilleurs continuaient
la lutte et arrivaient
et fut taillé sur un bloc
présentant une face
large et plane. L'accent
les
épaules et les bras sont
peu marqués.
perdu une échasse, les
parfois à remporter la
victoire.
115
A LA RECHERCHE DES ANCIENS
POLYNÉSIENS
Premières recherches
archéologiques :
Ils enterrent leurs morts en position
ou IJéchie, dans les zones d’habi¬
usage.
Période
de
pavage.
tation, ou à l’extérieur dans des lieux sacrés.
Les sépultures secondaires sont également en
Nuku Hiva
Les
premiers travaux archéologiques
scientifiquement menés en Polynésie orientale
concernaient la Nouvelle-Zélande en 1920, les
îles Hawaii en 1950. En 1956 les îles Marquises
bénéficiaient d’une expédition américaine
conduite par H.L. Shapiro ; R.C. Suggs y
participait et obtenait en 1957-58 les moyens
poursuivre ses recherches. En raison des
prospection et de
communication, il limita son travail à l’île de
de
nombreuses difficultés de
Nuku Hiva, En 1961 parut un épais
rapport
rendant compte de ses travaux ; ils portaient
sur
allongée
49 sites dont 15 firent l’objet d’une étude
détaillée
(Ha’atuatua, Hatiheu, Ho’oumi,
Taipivai...). Son ouvrage consacre une
importante partie à la présentation et l’analyse
de chaque fouille ainsi qu’à l’étude du mobilier
recueilli. Les derniers chapitres concernent les
divers types architecturaux et les lieux de
sépulture.
J.-C.).
développement (100-1100
L’habitat est encore littoral mais
s’étend vers les côtes moins bien exposées. Les
niveau
d’occupation le plus ancien fut
repéré à Ha’atuatua et intéresse l’époque du
premier peuplement de l’île. Du charbon y fut
prélevé, à 137 cm de profondeur, et daté de
structures sociales. Les querelles et
guerres
tribales conduisent certains à s’installer très
loin dans les vallées et donnent naissance à
l’édification de sites fortifiés (pa). Les pilons
pierre apparaissent à cette époque, ainsi
que le type d’herminctte dit “Koma” et les
en
hameçons
composés.
Certaines
de
ces
comportent un pavage rectangulaire ; il
s’agit du premier type de paepae. L’augmen¬
nouveautés dans la culture matérielle attestent
des relations avec les îles de la Société
par
pour peler les fruits d’arbre à pain) recueillis
dans les fouilles témoigne de l’accroissement
des Tuamotu.
cases
tation du nombre des ;V (porcelaines perforées
de la population. On fabrique toujours de la
poterie et
nouveaux
Période
on note une certaine évolution :
types d’herminettes et d’hameçons.
d’expansion (1100-1400), La
population continue de s’accroître et colonise
les vallées de l’intérieur. De cette période
datent les paepae de type dit dé transition :
case de plan
rectangulaire précédée d’une
véranda pavée. Les lohua ne sont encore
que
très rarement édifiés sur des plates-formes,
mais la diversification des types de construc¬
l’intermédiaire, probablement, de l’archipel
Période classique (1400-1790). La population
continue de s’accroître. Les constructions se
multiplient
et
prennent
Typologie et évolution
des paepae, selon
R.C. Suggs.
des
allures
mégalithiques. L’art s’affirme dans la
sculpture des grands tiki en pierre et le travail
des objets utilitaires ou de parure. De cette
période dateraient la plupart des murs de
soutènement des terrasses de culture du la'o,
visibles sur les pentes des vallées.
Période historique (à partir de 1790). En effet,
si les Marquises ont été découvertesen 1595 et
encore
visitées
par
Cook
en
Page de droite :
Tikl takail, à Puamau
dans l'île de Hiva Oa, est
le plus grand tiki des
Travaux et résultats
Le
ap.
tion confirme une stratification plus rigide des
ce
n’est qu’à
présente de nombreux
autres f/k/sculptés dans
le tuf ou le basalte.
R.C. Suggs rattache
takaii, en raison de
Marquises (2, 83 m de
haut), en tuf. ti se dresse
sa
plate-forme du
sur une
1774,
taille et de ses traits
conventionnels, à la
période historique, soit
après 1790. Son
congénère à côté est
me'ae Oipona. Ce site
brisé.
150 ans avant J.-C. Ce résultat fit reculer de
près de mille ans la préhistoire de la Polynésie
orientale, telle qu’on la concevait alors. Cette
datation conduisit R.C. Suggs à voir dans les
Marquises un des premiers centres de
dispersion des Polynésiens orientaux. Les îles
de la Société perdaient ainsi leur rôle tradi¬
tionnel de terre d’origine, d’Hawaiki.
Un autre résultat
fut la découverte de
non
moins inattendu
cinq tessons de poterie
toujours dans ce même niveau, le plus ancien
de Ha’atuatua, U n autre tesson fut mis au
jour
à Ho’oumi dans un niveau considéré comme
plus récent. La poterie était alors inconnue en
Polynésie orientale. Seule était connue la
poterie préhistorique des îles Samoa et Tonga,
en Polynésie occidentale. Cette
découverte, et
1
“paepae pavé"
milieu et fin de la période de "développement"
et période d'"expansion".
"paepae de
du milieu de la période
d"'expansion"
“paepae en terrasse”
v
fin de la période d"'e>jpàhsioh" /
et tout début ds.'la
,
Eâ'f6d6'’‘cla(ssique)^
jusque dans la période “classique".
%'/
A
-
7^*^
celle d’un ensemble d’outils et d’ornements
considérés
mélanésiens,
comme
archaïques,
contribuaient
à
en
partie
consolider
l’hypothèse d’une origine occidentale des
premiers Marquisiens, et d’un rapport étroit
entre les Marquises et les
Samoa-Tonga.
Séquences chronologiques
Se fondant
sur
les résultats de
ses
4“platè-fofmequadrangùiBire”
rencontré
les
se
sur
/
tohua auxt-périodes
“classique” et “historique”.
diverses
fouilles, R.C. Suggs proposa une division de
la préhistoire marquisienne en
cinq périodes.
Période d’installation (150 avant J.-C.-100
après J.-C.). Des Polynésiens s’installent sur
les côtes les plus favorables.
Ils sont
originaires de la Polynésie occidentale comme
en
témoignent leur outillage Ethique, la
poterie, leurs éléments de parure. Ils sont
arrivés en apportant de quoi survivre,
plantes
et
animaux. Leur économie s’appuie en outre
sur les ressources de la mer
(vestiges osseux et
coquilliers, hameçons, etc.). Leurs cases sont
de plan oval et précédées,
parfois, d’un
116
“pa'épae mégalithique”
m.flieu-et fin de la période “classique”
''éLdébut de la période "historique”.
.
LES ILES MARQUISES
l’extrême fin du XVIIl*^ siècle qu’elles entrent
réellement dans l’histoire, du fait de l’intensi¬
fication des échanges avec les Européens. Les
éléments caractéristiques de la culture se
figent. Le travail du bois et de la pierre
s’accentue tout en cristallisant les archétypes.
De cette époque dateraient les pilons à tête de
tiki et les monumentaux liki de Puamau.
Le travail de R.C. Suggs suscita de
nombreux commentaires. Le compte-rendu
des
fouilles était
parfois sommaire et
l’illustration insuffisante. Certaines généra¬
lisations pouvaient être hasardeuses ; définir
CLASSIQUE
1400 ap. J.-C.
L’évolution de la
préhistoire
marquisienne, d'après
R.C. Suggs.
Case sur paepae,
Herminette, tiki. pilon en pierre.
un millénaire de préhistoire à
partir d’un seul
site...
Les
sériations et les statistiques
écartaient certaines données et à
l’inverse
pouvaient en grossir d’autres. Il n’en reste pas
moins que cette œuvre de pionnier est très
séduisante, qu’elle apporte des résultats
importants, des hypothèses nouvelles pour
l’époque. Encore aujourd’hui, c’est un des
rapports les plus conséquents sur la Polynésie,
un
instrument de travail et
une
appréciable.
référence
EXPANSION
Pa
1100 ap. J.-C.
(lieu retranché),
/7 (Cypraea mauritiana) perforée
pour peler les fruits de
l’arbre à pain.
Hameçons composés.
DÉVELOPPEMENT
100 ap. J.-C.
Case rectangulaire.
Coquille (Purpura persicaj
perforée pour peler les fruits de
l’arbre à pain et les tubercules.
Hameçon.
installation
120 av. J.-C.
Tuki : pilon
tronconique de basalte
dur et semi-vacuolaire.
Il présente sur le
pourtour de sa base
ovale un bandeau. Il est
à rapprocher d’un type
ancien où les deux
visages opposés sont
Case de plan ovale.
Poterie.
Ahu.
tournés vers le haut.
Karl von den Steinen
signale qu'à son époque
pilon avait la
réputation d'être déjà
ce genre de
-#
ancien et de n'avoir été
fait qu'à Ua Pou et Nuku
Hiva.
117
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
Le site de Hane
à Ua Huka
Matériel et datation relative
Le matériel recueilli
Lorsqu’en 1964-65 Y.H. Sinoto, assisté
Kellum conduisit l’expédition du
Bishop Muséum à Ua Huka, les fouilles de
de
M.
références
restaient
Suggs.
R.C.
celles
menées
Une mission du
par
K.on Tiki
Muséum à Hiva Oa, au début de 1964, avait
apporté peu d’éléments nouveaux. Les
résultats obtenus à Nuku
Hiva par
R.C. Suggs, bien que comportant des incer¬
titudes, laissaient supposer que les Marquises
avaient pu constituer l’un des premiers centres
de
dispersion des
Polynésiens orientaux.
Y. H. Sinoto, par ses fouilles à Ua Huka, allait
l’hypothèse
que le premier de ces
Marquises. Le choix de Ua
Huka permettait une comparaison pertinente
avec Nuku Hiva, également du
groupe nord,
et élargissait le champ géographique des sites
archéologiques. Sept fouilles furent menées à
avancer
centres
était les
Huka dont trois localisées sur une
formation sableuse à l’embouchure de Hane,
Ua
des trois vallées
principales de l’île. La
plus étendue et la plus importante
concerne le site exploré au centre du tertre
dunaire principal, dénommée “aire B” par
une
fouille la
Y.H. Sinoto.
(plus de 3 000 pièces),
associé à la stratigraphie du site, présente un
des intérêts majeurs de cette fouille, autant par
sa quantité que par sa diversité. A travers les
objets, c’est un peu l’histoire des hommes qu’il
est possible de reconstituer et les étapes de leur
évolution.
Le mobilier de Hane permet
d’observer une nette différence entre les
niveaux supérieurs (1 et 2) et les niveaux infé¬
rieurs (4 et 6). Les objets les plus nombreux
hameçons. Des caractères techno¬
typologiques... permettent d’en
différencier l’usage spécifique et parfois de les
échelonner dans le temps. Ainsi les hameçons
en os sont rares et sont les
plus anciens. Dans
l’ensemble du site dominent les hameçons en
nacre, généralement façonnés au moyen de
sont
les
logiques,
limes en corail et en radiole d’oursin. Ces
dernières sont plus abondantes dans les
niveaux inférieurs. Les têtes de harpons en os
Le site de Hane à
Ua Huka. Au centre de la
photo, le tertre dunaire
correspond à la "zone B”
de Y.H. Sinoto. Une
partie seulement fut
fouillée par ce dernier
et M. Kellum en 1964-65.
Le reste constituait une
réserve devant
permettre des études
complémentaires. Les
dégâts occasionnés par
L’aire B de Hane
Elle fut choisie en raison des témoins anthro¬
piques visibles en surface : restes de pavage,
débris coquilliers, morceaux d’hameçons, de
limes de corail et, sur la pente ouest, os
humains mis au jour par l’érosion. Les fouilles
s’étendaient sur environ 80 m- à partir d’un
premier sondage. D’autres furent ouverts sur
la partie ouest et nord afin d’élargir la vision
des dépôts sédimentaires et d’établir leur
liaison avec ceux de la fouille principale. La
stratigraphie a permis d’élaborer une chrono¬
logie verticale et relative des différents
niveaux. Les analyses de 14C permirent de
dater certains horizons culturels ; cinq furent
mis au Jour sur une profondeur d’environ 2 m
à partir du sol actuel.
Le premier, visible en surface, est carac¬
térisé par un pavage très désorganisé et des
restes d’activités humaines. Le second niveau,
séparé du premier par une couche stérile, est
caractérisé par un pavage lui aussi très
perturbé. 11 est daté de 1600 après J.-C. Le
troisième niveau, à 0,50 m de profondeur et
épais de 1 m, renferme des sépultures. Le
sédiment sableux est, lui, stérile. En dehors des
sépultures, il n’y a donc pas eu fréquentation
du site pendant la sédimentation de cette
couche. Le quatrième niveau contient un
troisième pavage et des restes divers d’acti¬
vités humaines. 11 est daté de 850 après J.-C.,
date 14C la plus ancienne de Ua Huka. Le
cinquième niveau anthropique contient
quelques os de poissons. Un sixième niveau
culturel fut mis au jour dans un sondage situé
à l’ouest de la dune. Stratigraphiquement il
serait antérieur au niveau 5, donc plus ancien.
Ce niveau ainsi que le cinquième n’ont pas été
datés. Y.H. Sinoto le situe cependant vers 700
après J.-C.
118
les fortes pluies de
1982-83 nécessitèrent
l'intervention du Maire,
de la population et des
Services territoriaux afin
de protéger le site.
Les
principaux sites
archéologiques étudiés
dans les îles Marquises
sont représentés sur
cette carte.
et en nacre ont été retrouvées dans les niveaux
inférieurs et supérieurs. Les plombées en
forme de “grain de café” pour les hameçons à
poulpes n’apparaissent qu’au niveau 2, donc
tardivement. Une plombée de forme
conique était utilisée auparavant. Les herminettes représentent les documents les plus
nombreux après les hameçons. Certaines
formes sont attribuées à des époques définies ;
ainsi le type “Koma” serait récent. Les dents de
cachalots, les poids de pêche, les pilons, les
sépultures elles-mêmes, selon la position des
corps, permettent également de caractériser
les niveaux archéologiques.
Une des
assez
trouvailles
notoires
de
Hane
consiste
en
quelques tessons de poterie dans le niveau 6
qui serait le plus profond.
Intérêt du site
Le site de Hane, grâce à son matériel et à sa
stratigraphie,
informations
contribue à apporter des
primordiales sur la préhistoire
LES ILES MARQUISES
niveaux anthropiques
dénominations
Le matériel de Hane
réparti selon les
.épluchoirs (Purpura persica)
.
niveaux archéologiques
correspondants.
râpes à coco en nacre
-pendentifs en dents de cachalot.
hameçons simples
En bas, en encadré :
.hampe courbe
.
indirect.
-hampe à sommet fléchi.
T
Polynésie orientale, de
i
type "Koma".
Cette lame de 645
^
grammes, en basalte
filonien noir à grain
fin, faisait partie d'un lot
de sept pièces trouvées
à Hane. Il s'agit d'un
travail remarquable par
(skr>5
-direct.
.
Ü
Cette herminette
est une lame récente et
très répandue en
la taille de la pierre :
beaux enlèvements
pointe à angle rabattue.
larges et plats, finition
par petites percussions
les arêtes. Cette
lame est pratiquement
sur
achevée, elle est déjà
fonctionnelle, mais II
manque l'affilage du
tranchant et l'émeulage
de la partie distale, selon
la façon marquisienne.
.direct, ouvert
Type I A
.
Type I A (1).
■fe.-./
-Type I A 3 B.
'-y
-Type I B 2 (1).
(U
pointe d'hameçons à bonite : type ouest-polynésien.
.pointe d'hameçons à bonite : type est-polynésien
V
n
n
.plombée “en grain de café" pourhameçons à poulpes
-tête de harpons.
■yi w
0
.poterie.
.
herminettes de type 2 A
hatiheu
.
_
.-J
.ha’e'eka.
.
hai
Koma.
.
pilons.
.pendentifs en dents de cachalot.
I
.sépultures primaires
.
sépultures secondaires
.offrandes funéraires
VI
IV
III
119
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
de cette île, de l’archipel et de la Polynésie. On
peut d’autant plus regretter que cette fouille
n’ait pas encore fait l’objet d’une publication
O
II
1800
NIVEAU D’OCCUPATION
exhaustive. Les informations Jusqu’ici dispo¬
■g
nibles, dans quelques articles et comptesrendus, sont incomplètes et manquent parfois
”
eu
U
■t
de clarté. Les matériaux mis au jour dans les
_co
0)
■O
^
nologie relative basée sur le mobilier des
couches archéologiques. Des comparaisons
faites avec des objets de Polynésie occidentale,
•co
CO
s
•0
£
certains objets mis aujour dans les niveaux les
ü
5
1600
^
-g
c
o
te
Henua Enana. Ainsi, les
120
Pavage mtermediairev'
Sable brun foncé avec vestiges
d'occupation humaine. Nombreuses
structures de combustion,
fours et trous de
poteau à la base,
O
CL
NIVEAU A SÉPULTURES
Sable clair, stérile en dehors des
sépultures : cet horizon n'a donc été que
peu fréquenté par les vivants.
Dix sépultures ont été mises au jour. Elles
présentaient 7 adultes et 3 enfants en
position dorsale ou verticale. La majorité
des corps étaient fléchis ; il n'y avait pas ou
très peu d'offrandes. Une sépulture d’un
petit cochon entier a aussi été mise au jour
ainsi que le crâne complet d'un chien.
Hypothèses et études en cours
Marquisiens entreprennent eux-mêmes la
redécouverte de leur propre culture, aidés par
les travaux dont vient d’être faite une rapide
énumération. 11 ne reste qu’à souhaiter la
poursuite d’une politique culturelle clair¬
voyante, aidant les Marquisiens à préserver
l’héritage de leurs ancêtres polynésiens.
NIVEAU D’OCCUPATION
*0
Les études menées
Motil Haka
Sable clair.
a
Nouvelle-Zélande, des îles de la Société,
sur le proto-polynésien
permirent, vers les années 1950, de conforter
l’hypothèse présentée, notamment par E.G.
Burrows (1938), selon laquelle il a pu exister in
situ une évolution des sociétés à partir d’un
fonds ancestral commun. Les linguistes, et en
particulier les travaux de S.H. Elbert et G.W.
Grâce (1953, 1955), situent la coupure entre les
branches est et ouest du proto-polynésien à
une étape précoce de l’évolution de ce dernier,
suivie ensuite d’une longue période de déve¬
loppement. Fort de cette hypothèse,
R.C. Suggs, à la suite de ses fouilles à Nuku
Hiva, proposa une vision évolutive de
l’histoire du peuplement marquisien à partir
d’une phase d’installation située par celui-ci,
d’après ses datations au 14C, vers 150 av. J.-C.
Bien que cette date ait été controversée,
notamment par Y.H. Sinoto, d’après ses
propres fouilles, et ramenées selon ses esti¬
mations vers 300 après J.-C., les derniers
résultats obtenus par 14C aux Marquises (à
Anapua dans l’île de Ua Pou, par P. Ottino, en
1983) semblent bien confirmer les débuts de la
préhistoire marquisienne à une époque très
précoce : 150 ± 95 av. J.-C.
Le passé récent des îles Marquises, dans
les quinze dernières années fut l’objet d’inves¬
tigations inscrites dans le cadre d’études
ethnohistoriques et ethnosociologiques
dépassant le plus souvent les limites de la
Polynésie française. 11 faut citer notamment
les
travaux
de G.
Dening, P. Kirch,
J.T.
Kirkpatrick, A. et H. Lavondès,
H.E. Maude. Dans le même temps se créait
sur l’archipel une association locale ayant
pour objectif l’étude, la conservation et le
développement de la culture marquisienne : le
NIVEAU STÉRILE
<0
des Hawaii et de Mangareva, montrèrent que
plus anciens de Ua Huka étaient des sortes de
prototypes. Ces diverses études amenèrent
ainsi Y.H. Sihoto à considérer les Marquises
comme le premier centre de peuplement et de
dispersion des Polynésiens orientaux. Cette
hypothèse demande encore de plus amples
recherches dans cet archipel et ailleurs dans le
triangle polynésien.
organiques avec vestiges d occupation
humaine.
CO
sites de Ua Huka ont pu être mis en
corrélation avec la stratigraphie de l’aire B de
Hane. 11 fut ainsi possible d’établir une chro¬
autres
de
Pavage supérieur.
Sable brun-noir très riche en débris
1400
NIVEAU D’OCCUPATION
1200
Pavage inférieur.
Sable brun foncé très riche en vestiges
anthropiques. Les trous de poteaux
s'enfoncent dans le niveau inférieur.
Deux sépultures de chiens ont été mises au
jour.
NIVEAU PEU FRÉQUENTÉ
Sable clair avec passées blanchâtres.
850
Très peu de vestiges de fréquentation
humaine.
NIVEAU PEU FRÉQUENTÉ
Sable jaune très clair.
Très peu de vestiges de fréquentation
humaine.
Deux tessons non décorés provenant sans
doute du bord d'une même poterie.
700
Coupe stratlgraphlque
du tertre dunalre
principal.
NIVEAU STÉRILE
8 Tuamotu, Gambier et Australes
Nous arrivons au“l’archipel
terme de notre
rechercheet des
dangereux"
les anciens Polynésiens,
d’îles situés en
plusabordant
sud.
les Tuamotu -
groupes
au
La chaîne des atolls paumotu, 76 anneaux de sable et de corail enserrant un
lagon,
totalise à peine 900 km^ de terres émergées, soit moins que Tahiti tout
entière, mais
dispersées sur un espace maritime de 2 300 km de long et de 500 de large en moyenne.
On ignore encore les dates de leur premier peuplement : vers 1100 de notre ère à
Reao,
à l’extrémité orientale de l’archipel, plus tôt sans doute dans les Tuamotu de
l’Ouest,
dont les atolls sont plus grands et plus rapprochés et qui durent servir de relais lors du
-
premier peuplement de la Polynésie centrale. La moitié d’entre eux est aujourd’hui
inhabitée mais a pu l’être un jour, comme le furent les îles de la
Ligne entre la Polynésie
centrale et Hawaii. Beaucoup de sites anciens ont
cependant dû disparaître au fil des
siècles, détruits par les raz de marée et les cyclones très dévastateurs sur des îles ne
dépassant que de 3 m à peine la surface de l’océan. Les structures de surface sont
naturellement mieux connues, et notamment ies marae dont les
premières
prospections furent, là aussi, entreprises par K.P. Emory dès 1929. La vie est
particulièrement difficile dans ces atolls où l’eau douce fait défaut et sans sols bien
cultivables, et où manquent le bois d’œuvre et les matériaux lithiques. Les Polynésiens
se sont néanmoins habilement
adaptés à ce milieu ingrat. Leurs techniques de pêche
et d’horticulture en témoignent, qui pourraient encore aider au
développement de ces
îles.
Les Gambier et les Australes sont plus favorisées, du fait de l’existence de hauts
reliefs et d’un ciimat plus tempéré. Leur préhistoire montre quelque
originalité par
rapport au reste de ia Polynésie du centre, notamment dans i’ouest où la culture
s’apparente à celle des Cook et dans la lointaine Rapa, aussi petite qu’étonnante par
ses
sites fortifiés.
sur ces
îles, réduites parfois à de simples îlots,
le plus souvent hors de vue les uns des autres,
petites communautés d’une dizaine à
quelques centaines de personnes. Pour
survivre, ils ont dû et su utiliser au maximum
toutes les possibilités offertes
par un environ¬
nement végétal et animal limité et dans des
conditions climatiques particulièrement
par
instables.
Le peuplement des Tuamotu
L’origine des habitants de ces îles reste encore
incertaine. Les linguistes, grâce aux nom¬
breux dialectes qu’on y parlait couramment
encore au début du XX’’ siècle,
y ont délimité,
d’accord avec la tradition, sept zones distinc¬
tes en les rattachant aux diverses branches des
langues proto-polynésiennes. Les archéolo¬
gues, quant à eux, par l’étude morphologique
de quelques centaines de monuments religieux
subsistant, les marne, ont différencié ceux de
l’est (Reao. Pukarua et, dans une certaine me¬
sure, Tatakoto), de ceux du centre et du nordouest.
La seule observation de la culture maté¬
rielle, telle qu’elle apparut
Les atolls
des Tuamotu
Déployées
sur
plus de 1 200 000 km-
d’océan, les 76 îles qui constituent administra¬
tivement l’archipel des Tuamotu ne représen¬
peine 850 km- de terres émergées sur
lesquelles vivent actuellement un peu moins
tent qu’à
de 15 000 habitants (chiffre soumis aux varia¬
tions saisonnières des migrations interin¬
sulaires). Malgré des surfaces variant de
quelques kilomètres carrés seulement à plus
de 40 km- pour Rangiroa, elles ont révélé des
vestiges archéologiques attestant une occu¬
pation humaine ancienne et quasiment géné¬
ralisée de l’archipel.
aux
visiteurs du
Des ressources terrestres limitées
Si les ressources du milieu maritime sont
similaires à celles des îles hautes, celles du
milieu
terrestre
sont
notablement
plus
réduites. Les quelque 100 espèces végétales
qui y poussent naturellement
qu’une partie des besoins alimen¬
taires des insulaires. Par ailleurs, les sols, faits
de débris coralliens de granulométrie variable
et qui le plus souvent ont une salinité élevée,
ne sont naturellement propices qu’aux
plantes
halophiles (croissant sur des sols salés) et
xérophiles (liées à des conditions climatiques
sèches). Sur ces litho et régo-sols, la minérali¬
sation des matières organiques est difficile et
fréquemment soumise à détérioration.
recensées
n’assurent
Les hommes se sont pourtant accrochés
Pagaie des îles
Australes. Ces pagaies
sont couvertes d'un
décor finement sculpté
et incisé. On a montré
que bon nombre des
motifs employés
dérivaient de
représentations du
corps humain. La
prolifération du décor
type d'objets
sur ce
serait récente, le travail
ayant été rendu aisé par
l'introduction des outils
de métal à l'arrivée des
Européens.
L’ancienne culture de
Mangareva, laminée au
XIX
siècle par la
colonisation
européenne et
l’évangélisation
Wu
autoritaire du Père
Laval, est aujourd'hui
méconnue. Datant du
début de cette période,
cette gravure tirée de
l'Atlas de Dumont
d'Urville représente un
“ancien temple des
idoles". Signe des
bouleversements
prochains, l'''idole'' est
à terre.
121
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNESIENS
XIX' siècle ou complétée par les informations
les fouilles ont livrées depuis ces vingt
dernières années, ne fait émerger que des diffé¬
rences
minimes, correspondant essentielle¬
que
à
ment
micro-variations
des
culturelles
L’hypothèse de départ était que les
Paumotu n’étaient que les descendants de
populations évincées des îles hautes (îles Sousle-Vent et Marquises) à l’époque de l’arrivée
internes.
des ’ari’i, vers 1600 de notre ère.
travaux
recueils
archéologiques,
de
tradition
De fait, des
associés
orale
à
réalisés
des
plus
récemment, font remonter l’occupation, au
moins pour les îles de l’est à 1120 ± 50 après
généalogies convergent
pour placer les Tuamotu de l’Est dans la
chaîne des installations humaines joignant les
Marquises aux Gambier et à l’île de Pâques,
J.-C.
Datations
autour de l’an
et
mil.
C’est l’époque de la grande diaspora
polynésienne, à l’intérieur de laquelle une
connexion avec les atolls périphériques des
Tonga et les Cook du Nord se dessine peu à
peu.
Une exploitation systématique
des ressources
Les connaissances floristiques des insulaires,
qu’elles aient été acquises antérieurement ou
soient constituées au fur et à mesure des
besoins sur place, étaient complètes et
se
exploitées dans leurs moindres possibilités.
Selon
les
saisons et les contingences
édaphiques, ce sont les fruits, les noix, les
feuilles et les racines de toutes les plantes
comestibles qui servaient d’aliments de base.
L’état actuel des atolls où règne la
monoculture du cocotier ne correspond
Au-dessus :
Drupes de fruits de
pandanus avant cuisson
four. Elles
fournissaient un aliment
farineux dont la
consommation fut
au
abandonnée au
vingtième siècle au
profit des produits
importés.
122
Page de droite, en bas :
Végétation dense à
proximité d'une zone de
fosses de culture dans le
secteur Gake à Reao. On
remarquera ies
pandanus et, au second
plan, les Pisonia,
Le Pisonia était l’un des
arbres imposants des
atolls, constituant dans
certaines zones de
véritables forêts. Il
était souvent associé
aux espaces
cérémoniels.
absolument pas à celui qui précédait l’instal¬
lation des Européens. Le cocotier n’était alors
qu’un arbre fruitier, relativement peu répandu
(à l’exception de l’atoll de Ana’a influencé par
Tahiti), protégé, approprié et entretenu indi¬
viduellement. Tout comme les quelques
arbres à pain (Artocarpus altilis), les coco¬
tiers constituaient un patrimoine soumis aux
règles de dévolution en vigueur.
En dehors des périodes de crise (conflits
humains ou cataclysmes naturels), plusieurs
espèces de grands arbres pouvaient coloniser
rapidement les zones émergées. Pisonia,
Guettarda, Messerschmidtia, voire Morinda,
peuvent dès lors qu’ils en ont la possibilité,
croître et se développer en massifs forestiers,
avec
d’autant plus d’intensité que se constitue
sous eux
que
et alentour un humus stabilisé - ce
les brûlis pratiqués couramment main-
TUAMOTU, GAMBIER ET AUSTRALES
tenant
l'ont disparaître,
La plupart des propriétés physiques des
végétaux présents sur les atolls ont été
détectées et exploitées pour répondre aux
différents besoins. Le bois ou la fibre ont été
associés sélectivement aux seuls matériaux
durs disponibles sur place : le corail, vivant ou
fossilisé,
ossements
les
coquilles et les
espèces animales et
nombreuses
des diverses
quelquefois humains.
Ainsi, à titre d’exemple, l’énumération
des chaînes opératoires nécessaires à la
fabrication d’une seule pirogue ou d’une
habitation individuelle, mettait-elle enjeu au
moins un élément de la plupart des végétaux et
matériaux présents sur une île basse.
De même pour l’alimentation, on peut
dire que toutes les formules, avec leurs va¬
riantes locales, ont été exploitées. Que ce soit
cru, cuit, trituré, mariné, salé ou séché, tout ce
qui pouvait constituer
recherché
aujourd’hui
et
utilisé.
aliment a été
Ainsi, des plantes
telles que le nono
un
négligées
(Morinda cilrifolia) fournissaient fruits,
sirops, bouillies et poe avec la fécule du pia
(Tacca leonlopelaloides). Ce dernier,
poussant
naturellement
sur
le
littoral
lagunaire, produisait une farine à 30% de
fécule servant à la préparation de nombreux
plats. La drupe du fara (Pandanus sp.j,
consommée soit crue, soit cuite au four puis
râpée, était utilisée sous forme de galettes à
longue conservation, en particulier pour les
voyages
interinsulaires. Jusqu’au pokea
(Ponulaca luiea), le pourpier, dont les feuilles
permettent une salade acidulée et vitaminée
qui était autrefois fort appréciée, tandis que
les plus grosses racines cuites au four au lait de
constituaient un entremets agréable.
L’acculturation présente fait que seuls les
porcs à l’engrais bénéficient de cet aliment.
Certaines herbes (Lepidium par exemplej
servaient
également de condiment,
coco
introduisant des variantes gastronomiques
diverses recettes culinaires.
aux
Par
ailleurs, de nombreuses autres
parties des plantes (écorce, sève, efflores¬
cences) étaient à la base de la pharmacopée
traditionnelle.
On l’aura vu, l’emploi par les insulaires
du potentiel botanique des atolls répond non
seulement à des besoins alimentaires élémen¬
taires,
mais
également
à
combinatoire véritablement
une
recherche
gastronomique
permettant de faire varier la monotonie d’une
diète quotidienne fastidieuse. C’est tout
simplement l’expression d’une culture...
Paysage actuel des
Tuamotu où les
plantations de cocotiers
ont presque partout
éliminé d’autres grands
arbres comme les
Pisonia et les tou
(Cardia subcordata).
A droite :
Des dalles de grés de
plage, se dressant parmi
les débris coralliens du
sol d'un îlot, signalent
remplacement d'un
marae
(Fangatau).
Une maigre végétation
croît de place en place
sur le pourtour aride des
îlots, jonché de
morceaux
de corail.
123
A LA RECHERCHE DES ANCIENS
POLYNÉSIENS
Techniques agricoles
La végétation qui pousse naturellement
les sols des atolls assure un complément
alimentaire certain mais minime comparée
sur
aux ressources
marines que les insulaires ont
Par un phénomène de synergie, tant que
le brûlis n’est pas inconsidérément pratiqué, la
végétation croissant autour des fosses accélère
le processus d’humification du sol, générant
lui-même des repousses plus intenses. Parmi
les espèces présentes, le Pisonia notamment a
la
propriété d’abaisser favorablement le pH
alcalin du sol, tout en attirant les oiseaux qui
général exploiter au maximum. Aussi,
en plus de celles-ci, ont-ils mis en pratique des
techniques agricoles tout à fait particulières et
adaptées aux conditions pédologiques qui
produisent du guano (phosphates). Le Vigna
marilima et une algue (Gleocapsia alpicola)
interviennent aussi positivement sur la fertilité
En creusant dans le sol jusqu’au niveau
de la lentille d’eau de pluie sous-jacente, ils
atolls du Pacifique, à quelques variantes près,
su en
leur étaient imposées.
s’assuraient d’une humidité constante et se
créaient ensuite des conditions favorables à la
production de ressources vivrières en
fabriquant artificiellement un fond d’humus
stabilisé. L’accès à cette eau pour les puits, à
du sol en fixant l’azote de l’air.
On peut penser que comme sur les autres
on
cultivait
également des plantes comme le
bananier (Musa paradisiaca), le li (Cordyiine
lerminalis) et le maota (Cyrtosperma
chamissonis). Ces derniers continuent d’être
cultivés avec le plus grand soin dans les Cook
du Nord, d’une part pour la douceur de leur
goût mais, d’autre part, pour leur aptitude à se
de longues années en terre et à
résister à des conditions climatiques les plus
extrêmes : inondations, sécheresse et cyclones.
conserver
Le mode d’occupation des sols
Le nombre de fosses et les surfaces aménagées
s’avèrent très importants. A Reao, Takapoto,
Ana’a et Rangiroa, les 1 000 fosses cartograpbiées fournissaient plus de 200 000 m- de
sol
cultivé. Jusqu’à l’arrivée des outils
métalliques, on a utilisé les seuls matériaux
directement disponibles sur place, à savoir, la
nacre
(Pinctada
niargarilifera)
l’humidité seulement pour les fosses, ne se fait
pratiquement que sur la bande littorale
lagunaire large d’une centaine de mètres, là où
la profondeur de la lentille d’eau douce en
équilibre hydrostatique oscille autour de
60 centimètres, mais peut cependant atteindre
2 mètres par endroits.
Les fosses de culture
En de nombreuses zones, les insulaires ont
creusé
de
gigantesques fosses pouvant
atteindre
des
longueurs
supérieures
à
100 mètres et des surfaces de plus de 1 000 m-
dans lesquelles ils faisaient pousser plusieurs
variétés
de
particulier.
plantes,
des
tubercules
en
Ce procédé qui, à quelques variantes
près, se retrouve sur toute l’aire occupée par
les îles basses dans le Pacifique, des Tuamotu
jusqu’aux ouiliers de Micronésie, est une
solution tout à fait originale, confirmant chez
ses utilisateurs des connaissances agricoles
spécialement adaptées à l’écosystème des
atolls.
Ainsi, la préparation du
lit pour le
compostage se faisait en utilisant d’abord un
sable tamisé
déjà enrichi en matière orga¬
nique, prélevé par exemple là où les napata
(Scaevola frutescens) avaient colonisé.
L’amendement proprement dit était
apporté en incorporant ensuite des extrémités
de ramures de Pisonia de préférence. Ceci afin
d’accélérer les processus de décomposition
organique, déjà rapides avec cette espèce ou le
Plantation récente de
tara (Colocasia
Ci-dessous :
Schéma de principe
d'une fosse de culture.
esculenta) dans une
fosse (kauwai) à Reao.
Scaevola. Le cas échéant, on avait recours aux
feuilles de Messerschmidtia et de Guetlarda à
la rigueur pour fabriquer le compost.
La couche de terre arable ainsi obtenue,
/
épaisse d’une trentaine de centimètres,
permettait de cultiver diverses variétés de tara
principalement (Colocasia esculenta),
choisies pour leur goût, leur tenue à la cuisson
et
la durée de leur cycle de maturité, variant de
6 à 14 mois.
L’espacement entre les pieds, de
l’ordre de 60 centimètres, permettait aux
larges feuilles de se développer librement. A la
périphérie interne de la fosse, de petites rigoles
recueillant les éventuels excès d’eau étaient
plantées de kape (Alocasia macrorrhiza) dont
on mangeait les jeunes feuilles. Les
tiges des
adultes n’étaient consommées qu’après une
longue cuisson en paquet, qui éliminait les
dangereux cristaux d’oxalate.
124
feuillage '
à compost
végétaux
à compost
léblals
lithosol
sablé Induré
igrès rie.plage)
compost
et/ou
la
carapace de tortue pour les pelles, et les bois
tubercules
lentille d’eau douce
TUAMOTU, GAMBIER ET AUSTRALES
durs en mikimiki (Pemphis acidula) et en tou
1
(Corclia subcordata) pour les manches et les
pieux à fouir. En certains endroits, on a dû
traverser le papa, couche de sable induré sur
une
trentaine de centimètres, dont les blocs
servaient ensuite à étayer les parois.
De formes très diverses, soit géométri¬
ques simples, soit irrégulières et imbriquées les
unes
dans les autres, elles se répartissent
inégalement à la périphérie des atolls, formant
des
zones
très variables
en
nombre et
en
Cette disposition correspond
également au mode d’occupation et au
système foncier préexistants à l’arrivée du
droit français : un habitat dispersé ou en petits
surface.
hameaux de familles rattachées au même ati.
L’extension et la distribution des fosses
cours du
au
peuplement sont la résultante autant
contraintes ou des possibilités écolo¬
giques que des structures définissant les droits
d’usage et de dévolution fonciers.
Les procédures culturales utilisées par les
occupants des Tuamotu, même si leur origine
exacte demeure encore imprécise, montrent
que ceux-ci avaient à leur disposition une
complète connaissance non seulement du mi¬
des
lieu terrestre et des conditions favorisant la ca¬
pacité agronomique d’un sol, mais également
une organisation sociale durablement adaptée.
Les travaux ethno-archéologiques
récents montrent que l’importante production
vivrière que les Paumotu s’étaient assurée, à
partir d’un sol naturellement pauvre et parfois
stérile, pourrait aisément être reconstituée et
remise
en
valeur,
et
contribuer
à
autonomie alimentaire et économique.
leur
Pelle en carapace de
tortue dégagée dans un
talus de fosse à Reao.
Les quatre trous bien
visibles servent à
ligaturer le manche.
125
A LA RECHERCHE DES ANCIENS
POLYNÉSIENS
Environnement
Polynésiens, désignent
écologique
et subsistance
La
relative pauvreté des atolls en
végétaux et animaux terrestres obligeait les
habitants des Tuamotu à profiter au mieux
des ressources de leur environnement marin.
La pêche tenait donc une place centrale dans
leur économie de subsistance.
quelques îles isolées, à l’est de
l’archipel en particulier, l’organisation tradi¬
tionnelle de l’exploitation des produits de la
mer
s’est
maintenue
plus tardivement
qu’ailleurs et d’anciennes techniques de pêche
y sont encore en usage ou ont disparu depuis
Dans
peu.
Les
par
le même terme
tous les animaux marins, sauf les oursins et les
coquillages), abordent certaines îles pour
venir s’accoupler et pondre. Plusieurs mois
durant, jusqu’aux environs de septembre, les
hommes les traquaient dans l’eau ou à terre.
Les premières captures de la saison donnaient
lieu à des rituels complexes effectués sur les
La cuisson et la consommation des
tortues étant collectives, leur période d’abon¬
dance était un temps fort de la vie des
marae.
Paumotu.
Durant la même période, à partir du mois
d’août,
entrent
les
principaux poissons du lagon
dans
regroupant,
leur
saison
de
frai.
Se
circulant
dans
le
lagon,
ils
finissent par sortir pondre au large par les
passes et les chenaux. Ils sont gras, leur chair
Le piégeage de ces bancs
parfois le concours de toute la
population et transformait ces hécatombes de
poissons en réjouissances collectives.
est
savoureuse.
réclamait
Vers le mois d’octobre, alors que la saison
des tortues s’achève et que passent au large les
derniers groupes de poissons perroquets, la
des bonites aux parages des atolls
créait un regain d’activités. Longeant les côtes
survenue
par bancs entiers, elles étaient pêchées en
pirogue, au proche large, à l’aide d’un leurre
en nacre dont la forme a perduré
Jusqu’à nos
Jours sans grandes modifications.
enquêtes ethnographiques réalisées
dans ces communautés doivent permettre une
reconstitution assez fidèle des anciens modes
d’utilisation des ressources marines aux
époques préeuropéennes et rendre compte de
leurs évolutions grâce également aux écrits
des premiers visiteurs européens et aux
fouilles archéologiques susceptibles
d’informer sur les temps les plus reculés. Fort
récentes, les recherches entreprises en ce sens
ont porté essentiellement sur ces isolats
culturels de l’est où les informations sont les
plus abondantes. Remarquons toutefois que
les atolls étudiés, qui ont en commun leur
dimension réduite
sont
pas
Tuamotu
et
l’absence de passe, ne
représentatifs de tous
dont
certains
sont
très
ceux
des
étendus
(Rangiroa, Hao...), possèdent une ou
plusieurs ouvertures, etc. Or les conditions de
pêche diffèrent entre les lagons qu’une passe
amplement sur le large et ceux, plus ou
moins fermés, qui ne connaissent qu’une
communication épisodique avec l’océan. Par
exemple, les atolls ouverts sont en général plus
poissonneux que ceux partiellement clos où la
prolifération des bénitiers vient compenser
une plus grande rareté des poissons.
Aussi, une généralisation hâtive à
l’ensemble de l’archipel de toutes les informa¬
tions présentées ici et qui ont trait aux atolls
de l’est, aboutirait probablement à donner de
la réalité une image en partie erronée. Certes,
nombreux sont les points communs à tous les
atolls mais, pour rendre compte des spéci¬
ficités engendrées par les variations écolo¬
giques, certaines nuances devraient être
introduites que l’état actuel des connaissances
ne permet pas encore de formuler.
ouvre
Variations écologiques et cycle
d’exploitation des ressources
marines
L’environnement
écologique,
terrestre
et
marin, des habitants des atolls se modifie à
longueur d’année : la température et la plu¬
viosité varient, vents et courants changent de
direction, la mer est plus ou moins agitée...
Tout ceci influe sur les conditions de pêche et
sur le comportement des proies marines, sur
leur reproduction notamment.
Vers le mois de mai, quand débute l’hiver
austral, les tortues, les “poissons” les plus
appréciés des Paumotu (qui, comme tous les
126
Les pièges en corail,
implantés dans les
chenaux peu profonds,
servent à capturer les
poissons qui circulent
entre le lagon et le large,
notamment en période
de reproduction.
Des perroquets pris
dans un piège du iagon.
Une fois un banc
capturé, le piège peut
être obstrué et utilisé
comme un vivier où l'on
va
s’approvisionner
selon les besoins.
TUAMOTU, GAMBIER ET AUSTRALES
Ces pêches fructueuses, la distribution de
poissons de qualité à toute la population,
faisaient de
mois
d’hiver
austral
une
un moment de facilité dans la vie souvent
âpre
ces
période d’intense activité sociale et religieuse,
et
précaire des Paumotu.
Avec
l’été
austral,
débutaient
en
novembre-décembre les temps d’adversité : au
large comme dans le lagon les poissons se font
plus rares, deviennent maigres. A ce moment
aussi, la houle passe au nord et grossit. La mer
agitée aux abords de l’île, les vagues qui se
brisent à terre rendaient périlleuses les sorties
en pirogue et les déplacements à
pied sur le
récif. Toutefois, contraints à rechercher leur
nourriture, les hommes acceptaient certains
Page de gauche :
Extrait de son trou, le
poulpe est tué à l'aide
d'un bâton appointé.
Une autre méthode
consiste à mordre la tête
de l'animal.
Les poulpes séchés
constituent une
nourriture appréciée des
Paumotu. Ils peuvent
risques et étaient prêts à des pêches peu
rentables qu’ils pratiquaient en général dans
les zones abritées, sur le côté sud des atolls.
Au plus fort des tempêtes, seul le lagon
demeurait accessible et les quelques maigres
poissons et bénitiers que les Paumotu y trou¬
vaient constituaient alors l’essentiel de leur
alimentation. Les années particulièrement
défavorables, les disettes persistantes affai¬
blissaient les organismes, rendant les popu¬
lations vulnérables aux maladies. Des récits
traditionnels conservent le souvenir de ces
épreuves.
Les conditions de pêche s’améliorent vers
le mois de mars, quand la houle change encore
de direction et revient du sud. Elle est moins
forte que celle du nord et les hommes, sans
danger, fréquentaient à nouveau le large et le
récif. C’était le moment de prédilection
de nombreuses pêches à la canne des
pour
poissons
vivant à proximité du récif qui connaissent
alors une période grasse, probablement
parce
que la mer plus calme leur permet de mieux
s’alimenter. Au sortir des privations de l’été
austral, grâce à ces nouvelles possibilités de
pêche et à cette augmentation de leurs
ressources, les Paumotu bénéficiaient d’une
amélioration sensible de leur existence maté¬
rielle. Mais déjà survenaient les premières
tortues, annonçant l’abondance prochaine et
le cycle de vie toujours recommencé.
Au retour d’une pêche,
un ancien effectue le
partage des bonites
entre tous les habitants.
également être
consommés cuits au
four.
Après une pêche
collective, chacun ayant
reçu sa part, le
nettoyage a lieu
immédiatement sur le
rivage du lagon.
Les femmes, accroupies
dans l’eau sur un
pâté
corallien du lagon,
collectent des bénitiers.
Les mollusques
débarrassés de leurs
coquilles seront
emportés dans des
paniers.
127
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
Les trois territoires
de pêche
Quand un banc
longeait une plage, les pêcheurs l’encerclaient
en improvisant une enceinte de leurs propres
corps ou à l’aide de palmes de cocotier et le
Le lagon, domaine sécurisant
des femmes
Récif et platier, un milieu varié
dans les chenaux de sortie.
rabattaient au sec.
Enchâssé dans le cordon protecteur des îlots,
le lagon est un espace de sécurité. La pêche en
ce
lieu se révèle peu périlleuse : même lorsque
tempêtes battent le récif, une quiétude
règne et rares sont les poissons
agressifs qui communément le fréquentent. Le
lagon assurait en outre des moyens de subsis¬
tance
réguliers aux populations qui, à
longueur d’année, y puisaient comme dans un
vivier. Même dans les atolls les moins poisson¬
les
relative
quand des conditions écologiques
restreignaient au minimum le
champ des possibilités de pêche, les habitants
disposaient encore sur les pâtés coralliens
d’inépuisables réserves en bénitiers.
C’est
surtout
l’aspect quotidien et
quelque peu routinier qui prévalait dans
l’exploitation des ressources du lagon. Quasi
journalière, en effet, était la collecte des
neux
et
défavorables
d’exploitation mixte
âges, les habitants des atolls fré¬
quentaient assidûment le récif et le platier
A tous les
dont la variété des ressources et des lieux de
pêche permettait de nombreuses techniques
adaptées aux aptitudes de chacun.
Les hommes pêchaient à l’hameçon ou à
la foëne les espèces qui, originaires du large et
du torhbant, s’approchaient du récif. Certains
de ces poissons profitaient de la marée
montante pour rechercher leur nourriture
jusque sur le platier. Ils étaient capturés à la
foëne ou à l’aide d’un piège à main. Quand la
mer se retirait, ceux demeurés prisonniers des
cuvettes du platier étaient vulnérables à
quantité de procédés de pêche : harponnage,
pêche à l’hameçon, capture à main nue de
poissons réfugiés dans des anfractuosités,
étourdissement grâce à une substance anes¬
thésiante extraite de la peau d’holothuries
(Halodeima atrajaeger) frottées sur le corail
du récif. Ces dernières techniques, peu
fructueuses, visaient des proies de taille et de
qualité médiocres surtout recherchées en
période de disette et ne fournissant en temps
normal qu’une nourriture d’appoint. Plus
avantageuses s’avéraient les manœuvres de
piégeage où plusieurs pêcheurs cernaient un
banc de poissons perroquets occupés à
s’alimenter sur le platier et le poussaient à
s’échouer sur le rivage.
Signalons enfin des procédés originaux
adaptés à des proies particulières : la nuit,
l’homme posait son pied sur la carapace de la
langouste pour l’immobiliser avant de s’en
saisir à la main ; un nœud coulant monté sur
un bâton servait à étrangler la murène et à
l’extirper de son trou...
L’océan, espace des hommes
De l’océan, les Paumotu n’exploitaient que les
bénitiers, tâche essentiellement féminine. Se
rendant en pirogue ou à pied sur les pinacles
où croissent les bivalves, les femmes les arra¬
chaient au substrat corallien à l’aide de bâtons
en
bois de miki miki (Pemphis acidula) avant
de les ouvrir
dans
ce
avec
des instruments façonnés
même matériau
ou
dans
un
os
de
mollusques, une fois extraits de
leurs coquilles, étaient emportés dans des
paniers tandis que sur place s’accumulaient les
tortue.
Les
tests abandonnés. Consommés crus ou cuits à
l’étouffée, les bénitiers pouvaient également
être séchés et conservés.
Hormis durant le frai, les prises en
poissons étaient souvent modestes et la
majorité des pêches visait des espèces de taille
réduite inféodées aux pâtés coralliens. Elles
n’en fournissaient pas moins, chaque jour, un
appoint appréciable en nourriture et
pourvoyaient parfois à l’essentiel des repas.
Très jeunes, les enfants pêchaient dans le
lagon, les hommes trop vieux pour s’aven¬
turer au large aussi, mais c’étaient d’ordinaire
surtout les femmes qui se consacraient à ces
activités. Employant l’hameçon, elles allaient
en pirogue' mouiller une ligne de fond au
milieu du lagon, ou bien usaient de la canne ou
du fil de pêche à partir du rivage ou d’un
pinacle. De petits pièges à main leur servaient
à quelques menues captures et elles arpen¬
taient parfois les plages à la recherche de
poulpes rampant à proximité du rivage.
Les
hommes jeunes pêchaient plus
rarement dans le lagon, lorsque le mauvais
temps au large les y confinait, employant alors
l’hameçon ou la foëne. Par contre, à la saison
du frai, quand se formaient des bancs parfois
immenses, les hommes fébrilement les
traquaient, les femmes, aussi, les jeunes
aidaient à l’occasion. Certaines stratégies
collectives associaient toute la population
d’une île. Le piège, fixe ou mobile, se révélait
le procédé le mieux approprié à la capture des
poissons ainsi regroupés. Les proies étaient
dirigées dans des enclos en corail édifiés sur
leur parcours habituel, en bordure du rivage et
des pâtés coralliens, à proximité des passes ou
128
Pour pêcher vers le large
à la canne, l'homme se
tient en bordure du
récif dans i'écume des
vagues. D’autres
techniques se
pratiquent à marée
haute à partir de la plage
pour des poissons
montés sur le platier.
TUAMOTU, GAMBIER ET AUSTRALES
îles, la plupart des techniques
opérant même dans une frange étroite
jouxtant le tombant du récif dont la fréquen¬
tation était largement tributaire des
conditions écologiques : une houle trop
abords des
grosse,
fort courant,
interdire les
un
pouvaient
un
vent violent
sorties ou
restreindre à d’éventuelles zones abritées.
les
pêchaient au large.
Chaque matin, à partir du mois de mai, ils se
postaient sur le rivage et scrutaient la surface
de l’eau dans l’espoir qu’une tortue y vienne
respirer. Sitôt aperçue, elle était rejointe à la
nage. L’homme plongeait, s’efforçait de la
poursuivre jusque dans son refuge sur le
Seuls les hommes
tombant du récif. Là, l’immobilisant à mains
nues par une
l’air
libre
prise appropriée, il la remontait à
avant
de
la
conduire
à
terre.
Signalons que la capture des femelles inter¬
venait aussi sur la plage lors de la ponte ; il
suffisait alors de les surprendre et de les
retourner sur leurs carapaces.
En
fait, l’hameçon était quasiment
l’unique instrument efficient au large ; le
munissant d’un leurre en nacre, on s’en servait
En bordure du rivage du
lagon, une guirlande de
palmes de cocotier est
déployée pour encercler
banc avant de le
rabattre au sec.
un
pour pêcher les bonites qui, vers octobre,
abordaient les côtes. Avec leurs pirogues, les
vent hostiles et les requins qui à l’occasion leur
grande canne bien en main, ils traînaient le
leurre à la surface. Abusée par sa forme et son
scintillement pareils à ceux d’un petit poisson,
surnaturelle était, en dernier ressort, admise.
hommes interceptaient un banc ; debout, une
la bonite se ferrait à l’bameçon en tentant de
s’en emparer. Un mouvement preste de la
canne la projetait à bord où elle se décrochait
heurtant la poitrine du pêcheur qui très vite
lançait à nouveau le leurre.
Outre cette méthode un peu particulière,
une multitude de techniques s’employaient
jour et nuit avec un hameçon à appât ou un
leurre, en surface ou à une faible profondeur.
La ligne de fond, au niveau du tombant,
capturait les espèces les plus appréciées, aux
en
tailles
parfois
provenaient les prises les plus remarquables,
les poissons fort goûtés des anciens Paumotu,
ceux-là même qui souvent faisaient l’objet de
pratiques rituelles. Motivés par le prestige
les hommes se
risquaient parfois à affronter une houle ou un
attaché à de telles captures,
Le bruit sourd des
bâtons frappant le sol du
platier effraie les
perroquets qui se
regroupent ; les hommes
avancent,
impressionnantes (murène,
thon, mérou...). C’est d’ailleurs du large que
emprisonnant le banc.
Certains pêcheurs se
couchent pour former
une barrière de leurs
corps afin de contenir
leurs prises, tandis que
d’autres hommes les
tuent à coups de bâton.
disputaient les prises. Toutefois, si un accident
advenait, la nuit notamment, une origine
C’est qu’au large, disait-on, parfois incarnés
dans des poissons, se mouvaient des esprits de
défunts ; certains, pernicieux, agissaient pour
la
perte
du pêcheur, tandis
que
d’autres,
bienveillants, l’informaient des périls par des
signes et étaient prompts à se porter à son
secours.
Les
hommes
trouvaient
aussi
à
se
la variété des techniques
praticables au large dont les plus complexes
concouraient à les forger dans l’idéal viril de
ces sociétés insulaires, équilibre entre vigueur
physique et maîtrise de l’environnement
naturel et surnaturel par la connaissance.
distraire
par
C’est donc tout à la fois les divertisse¬
sportifs, le prestige retiré des prises
exceptionnelles et des périls surmontés, les
savoirs techniques et magiques, cette relation
privilégiée avec un inconnu hanté d’esprits,
qu’en se réservant les pêches du large les
hommes jalousement s’appropriaient.
ments
L’hameçon à bonite,
constitué d’un leurre en
nacre et d'une pointe en
nacre, en écaille de
tortue ou en os, avec de
part et d’autre une touffe
de plumes ou de poils,
doit à son efficacité
d’être encore d’un usage
très répandu ; il est
aujourd’hui muni d'une
pointe métallique. .■
129
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
Les marae
des Tuamotu
occulté souvent d’autres manifestations rituelles
importantes telles que celles liées à la pêche
aux
Les marae sont en très grand nombre
dans les îles des Tuamotu, comme dans tout le
polynésien. L’ethnologue
K.P. Emory, lors de sa grande campagne de
prospections réalisée sur 16 atolls en 1930, en
a
recensé
plus de 340, très inégalement
répartis.
Ce recensement portait à la fois sur les
informations topographiques recueillies
auprès des insulaires eux-mêmes et sur des
relevés de vestiges visibles à la surface du sol.
Bien que les valeurs extrêmes varient d’une
petite dizaine à Napuka ou Makatea, à plus de
reste
du
tortues dont on retrouve en
nombreux
monde
60 à Reao, le nombre de /wt/rae inventoriés sur
un atoll de taille moyenne tel
que Takapoto ou
Takaroa, oscille autour de 20. C’est dire que ce
grand nombre de structures a joué, comme
ailleurs en Polynésie, un double rôle :
témoins,
comme
à
fouilles de
Takaroa,
Napuka ou Reao.
Dans la cosmogonie paiimolu, l’homme
et son environnement spatial (terrestre, marin
ou céleste), mais aussi spirituel, forment un
tout homogène. Toute intervention sur le
milieu pour obtenir sa nourriture, avoir un
toit, des parures, se déplacer, dans un
environnement aussi limité, fragile, voire
dangereux, qu’un atoll, n’est possible qu’avec
la complicité des esprits des ancêtres et des
divinités contemporaines.
Une grande diversité
Ne
disposant que de blocs de corail fossilisé
(heach-rock)
marae,
pour leur construction, les
sauf cas de filiation manifeste avec
quelque île haute, ont une structure relative¬
ment ouverte. Les ahit présentent une grande
diversité de formes, de dimensions et de
composants. Le périmètre de l’espace sacré de
la cour est rarement délimité par une enceinte
plaques de corail appareillé. Ceci
n’apparaît nettement que dans les marae
en
tardifs des Tuamotu du Nord-Ouest et, dans
ceux
de l’Est, sous forme de buttes longilignes
enchâssant
souvent que
même.
Vahu
et
ne
résultant le plus
du déblaiement de la cour elle-
Le module minimal sous lequel apparaît
Valni est un quadrilatère de quelques mètres
carrés formé de plaques de corail plantées sur
Jusqu’à mi-hauteur. Parfois dallé,
parsemé de touffes de corail Millepora ou
recouvert de gravier, ce module élémentaire
peut également servir de soubassement long
de 2 à 15 mètres, à un empilement de plaques
chant
de 0,3 à 1,5 mètre de haut, surmonté ou non de
pierres dressées.
L’assemblage des plaques permet de
religieux et social
ou, plus précisément,
religieuse d’une part,
comme lieu de contact privilégié entre les
diverses divinités du panthéonpaumolu et les
foncier.
Structure
individus ; structure architecturale d’autre
matérialisant la hiérarchie de l’appro¬
priation des espaces terrestres et souvent aussi
part,
^
Détail de lance cérémonielle : elle
restait fichée dans le sol du marae
\
dans l'intervalle des cérémonies.
\
T,
\
Le tokiofa est, à Napuka, un objeh
\
cérémoniel composé de 4 ou 5
\
rameaux de jeunes branches de
marins, par un ou plusieurs groupes familiaux
distincts.
Les affirmations et les revendications
foncières individuelles et/ou lignagères, tout
les suppliques religieuses,
s’y renforcent encore plus
cérémoniellement que dans la vie quotidienne.
autant
\
\
\
que
convergent
et
,
Un double rôle :
.4§tg:j<eiga, tas de détritus
religieux et foncier
Là,
comme
\
gatae liés entre eux par des fibres
de pandanus. Dans d’autres îles,
Il pourrait s'agir de bâtons sculptés
et ouvrés.
ailleurs, les marae ont été sans
mais également modelés au
cesse reconstruits,
gré des variations démographiques, matrimo¬
niales et donc spatiales des insulaires. Les
différences morphologiques, portant sur la
taille des constructions en particulier, ne
constituent pourtant que la partie subsistante
et
matériellement
visible
religieuses et sociales.
des
activités
L’accent mis par les travaux archéolo¬
giques sur les marae provient de ce que leur
construction en dur les a relativement mieux
protégés des intempéries et des dégradations
humaines, mais également du fait que, comme
symboles matériels de droits fonciers, les
insulaires les ont plus longtemps mémorisés.
Ce qui ne doit pas masquer des pratiques
aussi déterminantes mais plus fugaces telles
que processions, chants et danses, ou des
constructions telles que abris, plates-formes,
effigies et ustensiles en matière végétale
périssable. Dans une société où chaque instant
de la vie et chacune des activités dépend en
grande partie du bon (ou du mauvais) vouloir
des divinités domestiques et des esprits des
ancêtres, le marae n’est qu’un lieu privilégié où
s’exprime le consensus religieux. L’exposi¬
tion des dépouilles des dignitaires, d’ennemis
tués ou sacrifiés (qu’ils soient ou non
réellement destinés à la manducation), a
beaucoup
participants
130
impressionné
que
hgix^e-eobo et poissons
lestines'âu repas de 'fête
carapaces de tortues
autant
les témoins oculaires,
les
et
crânes
de tortues
accrochés,
tortue destmjîB.-au sacriffce
Laxoïffure du chef ou grand-prêtre;
compose d'une couronne de
plumes noires de frégate.
se
assistant du prêtre
enclos fait de feuilles de cocotiei
TOuets de branches
^
de Pisonia
étal sur lequel»
est disposée
Le rotika tinana,
four servant à la
première cuisson de la tortue dont
seules les entrailles avaient été
prélevées.
Tambour
pput de 1,20 m
la nourriture non consommi
généralement
Le rotika korereka,
^cond four
'
à cuire des morceaux de
*
^^^aétachés
après la première
ils étaient ensuite
portés
■Sür le marae et partagés entre les
assistants
mangé Islâft'T. ’
ait
utilisé pour
les cérémonies
sur le marae
TUAMOTU, GAMBIER ET AUSTRALES
construire des niches à offrandes ou à reliques
le
Vahu ou à
l’archipel à l’autre que d’un marae à l’autre sur
un même atoll, marquant ainsi également la
variabilité numérique, voire la mobilité, des
groupes familiaux qui s’y rattachent et
(fare tini atua), dans la maçonnerie même de
son
extrémité. L’ensemble de ces
petites constructions, souvent imbriquées les
unes dans les autres, représente la variété et
donc la vitalité évolutive des rites qui s’y sont
déroulés.
De
plus, c’est tout l’espace
environnant, jusqu’à des dizaines de mètres
alentour, qui était occupé et aménagé lors des
fêtes
de
et
certains
rites.
Les
nombreux
vestiges retrouvés lors des fouilles, aussi bien
les multiples structures de combustion que les
restes de repas liés au milieu marin (os de
tortues, de poissons et de mammifères), illus¬
trent bien l’importance qu’ils avaient.
Les informations ethnographiques
recueillies dès le siècle dernier confirment que
la hiérarchie sociale et le rang des dignitaires
marquaient par un certain nombre de
pierres dressées, les tara et les ahutaga, en
plaques de corail brutes, équarries et parfois
anthropomorphes, plantées devant Vahu ou
se
long des côtés du marae. Leur nombre et
leurs dimensions varient autant d’un point de
constituent les différents mataeinaga.
On manque encore trop de données pour
fixer avec précision l’ordre et les modalités
d’occupation de l’archipel des Tuamotu. Le
rattachement
Le raga-nuku, étroite plate-forme
avec trois pierres dressées à
l'arrière et deux aux extrémités
marae
des Tuamotu
de
XVIL siècle, attesté par quelques
généalogiques et récits légendaires, a
bien
été
confirmé par les fouilles de
J. Garanger à Rangiroa. Pour le reste de
l’archipel, Reao ayant été occupé dès le IL
siècle, aussi bien l’architecture des marae que
la cosmogonie religieuse et des considérations
au moins au
chants
sur
une
la culture matérielle incitent à rechercher
aire
d’origine vers les îles basses plus
orientales de la Polynésie.
le pofatu,
lances des absents fichées dans le sol
des
l’Ouest aux îles hautes voisines de la Société,
Représentation de
tortue sculptée dans du
la plus grande des dalles, décorée
de feuilles de cocotier tressées
réceptacle des
objets sacrés ; le modèle qui aservi
au dessin est celui de Nego Nego
p. 61), actuellement au
Le fare fini atua,
supportant deux traverses de bois
sur lesquelles sont disposés les
tare fini atua.
Muséum.
Reconstitution d'une
cérémonie sur un marae
de Napuka. Entouré des
chefs des différents
corail utilisée dans les
rituels consacrés aux
premiers animaux
capturés dans la saison.
groupes familiaux,
l'ariki officie comme
prêtre. Il égorge latortue
et l’offre
symboliquement aux
ancêtres dont les
reliques sont
conservées dans des
réceptacles de bois
disposés sur un autel
(raga-nuku). Après la
cuisson et le partage de
la tortue, seuls les
anciens se rendront
dans la seconde cour où
ils consommeront les
morceaux
réservés.
Petites dalles (vai raga tokiofa)
sur
lesquelles sont disposés,les
tokiofa.
Le ruahatu est la petite plate-forme
Te
de corail représentant le dieu
■ahatu. A Hao. Fangatau, Fakahina,
deuxième cour
qui leur sont
Vue de Vahu d’un marae
de Reao caractérisé par
sa structure de dalles
empilées surmontées de
pierres dressées.
•^
s’agissait que d’un tas de
ail branchu, alors qu’à Napuka,
Diate-forme est nettement
délimitée par une bordure de
e
pierres.
Assistant du prêtre
premier tokiofa qui.sera
sur
la tortue.
composée des
les plus vieux de la
.«N®
communauté. Ils sont assis sur
leurs tabourets cérémoniels et
tiennent leur lance.
Le nohoga, tabouret de cérémonie,
plus grand et plus large que ceux
des îles de la Société. Son usage
semble avoir été réservé au marae.
Sur certains des exemplaires de
Napuka conservés, les pieds sont
reliés par des attaches.
La structure principale
du marae Anihia à
Tivaru (Rangiroa).
Au premier plan, et
faisant face à l'ahu, le
siège de l’officiant avec
sa pierre-dossier.
Ossements de tortue en
cours de dégagement
lors d’une fouille à Reao.
131
A LA RECHERCHE DES ANCIENS
POLYNÉSIENS
Les îles Gambier
haut que l’on suppose être des tombes et, pour
l’archipel des
Tuamotu, auquel elles sont administrative¬
Situées
ment
au
sud-est
de
rattachées, les huit îles hautes et les
quelque 18 îlots environnants composant les
Gambier forment un ensemble bien distinct.
Les
îles
hautes
atteignent à peine
quelques centaines de mètres d’altitude et,
bien qu’assez dénudées et arides, elles ont, par
l’origine volcanique de leur sol et un climat
assez doux, une végétation diversifiée. S’il n’y
a
que quelques cours d’eau tout à fait
temporaires, lors des pluies, la nappe
phréatique est cependant proche et bien
alimentée, permettant une production vivrière
importante.
possèdent, en limite de pavage intérieur, une à
certains, des marae particuliers dédiés au dieu
Viriga. Les autres structures, constituées le
plus souvent de pavages à géométrie
trois “tables” faites d’une grande dalle de plus
destinés, sur une
moins, à des habitations ou à des lieux
Le rattachement particulier de Timoe à
l’entité de Mangareva se trouve renforcé par
irrégulière,
soubassements
correspondent
à des
partie au
particuliers.
plusieurs côtés de la périphérie est
marqué par une bordure de pierres de corail
plantées sur chant, adjacente au pavage ou
délimitant un espace non pavé, souvent
recouvert de fin gravier de corail.
Deux
structures
sont
particulièrement intéres¬
d’un mètre de côté, posée sur quatre pieds de
trente centimètres de diamètre. Le tout en grès
de plage à près de 60 centimètres de hauteur.
d’activités et de rassemblement
Un
santes :
marae
un
l’analogie formelle de ces structures qui, de
plus, n’ont jamais été rencontrées dans les
ou
d’abord, elles sont reliées chacune au
proche par un cheminement formant
“sentier” en dalles Jointives ; ensuite, elles
Tuamotu.
En outre, les fosses de culture,
caractéristiques des populations des atolls,
absentes ici, alors que la culture des
tubercules (laro et patate douce principale¬
sont
ment) est pratiquée sur des terrasses
aménagées en bas de pentes et dans les
dépressions humides littorales des îles
volcaniques environnantes.
Une civilisation disparue
Alors que la découverte effective de l’archipel
Carte du sud-est de
par Wilson, sur le Duff, ne date que de 1797,
ce sont
des considérations stratégiques de
Mangareva, montrant la
localisation de Marau
politique religieuse qui en font, dès 1834, une
des principales et des plus efficientes bases
d’implantation missionnaire dans les
australes.
roi, de la maison
tapere), du marae
principal Te Kehika, des
marae du prêtreTe Hau-
A ce moment-là, les vestiges de l’ancienne
civilisation des Gambier vont très rapidement
subir les effets du zèle charismatique mais
dédiés au dieu Tu, sur les seules îles hautes.
Cinq sur Mangareva, deux sur Aukena et un
seul sur chacune des îles de Akamau, Taravai
Agakau i tai, en dehors d’un marae
autrefois construit sur le «lotuTekaua, au sud
de la passe du cordon littoral oriental. Sur le
et
reste
des
seulement
îles du sud
et
de
l’ouest,
on
a
vestiges
d’occupation et d’activités humaines (travail
de la nacre, foyers, sépultures).
retrouvé
de
nombreux
L’atoll de Timoe
A Timoe, par contre, un atoll situé à 25 nauti¬
ques au sud-est de Mangareva, un très grand
nombre de vestiges architecturaux en corail
ont été observés, en particulier deux marae
(Toamaora et Totu), situés respectivement
extrémités nord et sud. L’occupation an¬
cienne de cet atoll, par différents flux de Manaux
garéviens (avant qu’on incite fermement les
survivants à le quitter en 1838), daterait de 12
générations, époque à laquelle un chef de
glierre, venu y rechercher une nourriture de
famine, aurait installé ses gens, après quelques
péripéties remarquables. De fait, 78 structures
ont été recensées dont 50 correspondent à des
cairns.
Ce sont de grands empilements
circulaires réguliers de plaques de corail de 0,5
à 3 mètres de diamètre et de 0,4 à 1,5 mètre de
132
oq
d’assemblée ('are
mers
implacable du Père H. Laval et de ses trois
confrères, efficacement aidés par les
néophytes locaux.
Des lieux de culte traditionnels qui,
heureusement, ont pu être recensés par la
tradition orale et sommairement évoqués par
Beechey et Moerenhout, il ne reste que
quelques alignements de pierres plantées sur
chant et quelques pierres dressées, à côté de
pavages que K.P. Emory a relevés en 1934.
Cette tradition orale, qui remonte à plus
de 24 générations avant 1900, cite onze marae,
oo
Tagaroa où résidait le
\
t
\
\
o-te-vehi et d'autres
O ^n
sites importants.
En inclusion dans cette
carte ont été reproduits
oclO.o o“o
les plans des restes
de pavement des
crèches royales
construites par
Te Maputeoa sur le mont Duff. Ces maisons surfa
montagne étaient destin ées à recueillir
et à protéger les enfants royaux.
^
0°O0?0O
ozP
N
t
TUAMOTU, GAMBIER ET AUSTRALES
Origine du peuplement
En
ce
qui
concerne
l’origine supposée des
habitants des Gambier, l’occupation de l’île
vers 1200 de notre ère a été confirmée
par des
datations
au
C14.
Les
dispositions et
dimensions des gradins des marae, telles
qu’elles subsistent à Timoe et telles qu’elles
ont
pu exister autrefois à Mangareva,
évoquent les me’ae des Marquises, ce qui
permet d’envisager une origine ou au moins
des contacts avec cet archipel. Les linguistes
rattachent d’ailleurs le dialecte de Mangareva
au proto-marquisien. Une autre branche, citée
par quelques légendes, décrit un peuplement
originaire de Mangaia et de Rarotonga, dans
le groupe d’îles sud des Cook.
De fait, la culture matérielle y est formel¬
caractérisée autant par
l’outillage lithique que le travail de la nacre
(beaucoup plus abondante cependant aux
Gambier, grâce à un immense lagon) ou
l’aménagement et l’utilisation des ressources
et de l’environnement naturels. Pour ce qui est
de l’organisation sociale qui a pu être reconsti¬
tuée à partir des informations recueillies au
siècle dernier, elle indique une stratification et
un cloisonnement des groupes sociaux encore
plus rigides qu’à Mangaia et semblables à
ceux atteints par la société tahitienne. Ce qui
peut s’expliquer à la fois par des conflits
internes et des possibilités limitées dans un
isolat relatif. A quelques contacts près avec les
atolls les plus proches, les Gamb'ier ont formé
analogue,
lement
KURARA
une
entité distincte, voire opposée à celle des
Tuamotu.
L’implantation des Européens et,
surtout, la christianisation intense qui, entre
1834 et 1871 se sont tout particulièrement
développées, ont quasiment fait disparaître
tous les vestiges du passé. A leur place, un
ensemble de constructions directement sorties
des manuels techniques de la vieille Europe,
ont été conçues et créées par la redoutable
habileté d’un prêtre bâtisseur.
Le temps des tissanderies et des filatures
éphémères, des couvents, des prisons et des
cathédrales submergeait celui des ’ati, des
généalogies des togoiti et des akariki, des
incantations et des rites de fertilité
sur
les
marae.
Teamoga
OTUPA
(marae)
Oe
Le mont Duff à
Mangareva.
Maemae
IKURIU OROTU
Ikuama
Te Pu-nui
Motu Take take
Motagi
Paniu-kakaho
Carte de Timoe incluant
quelques-uns des
relevés effectués par
K.P. Emory en 1934.
A. Plan des ruines à
Kura-ra.
B. Reconstitution du
marae Toamaora à
Tutapu ; Il s’agit de la
plus grande structure
découverte sur l’île.
C. Plate-forme
d’Omenlhi, d’après une
photographie de K.P.
Emory ; elle mesure
6,50 m de large, 17 m
de long et 2,44 m de
hauteur.
D. Marae Tota à Otupa,
d’après une
photographie de K.P.
Emory ; ses dimensions
sont de 6,70 m pour la
longueur, 4,42 m pour la
largeur, et 1,67 m pour
la hauteur. La voûte fait
60 cm de large, 65 cm de
haut, et 1,50 m de
profondeur.
133
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
Les îles Australes
étant fort rares, on est réduit à des conjec¬
tures à propos des modes de vie des premiers
période plus
Les vestiges partiellement détruits de ce
village ont révélé à P. Vérin la présence de
quelque 70 maisons rectangulaires à
des baleiniers et des premiers missionnaires,
plates-formes rectangulaires peu surélevées,
disposées en alignements parallèles et perpen¬
habitants des Australes et des
La date de peuplement la plus ancienne
connue pour les îles Australes (900 ± 90 av.
J.-C) provient de la couche profonde du site
Tui 8 de Vitaria à Rurutu, fouillé par Pierre
Vérin en 1963.
A Vitaria, l’eau douce est rare et les terres
agricoles sont peu nombreuses. L’accès à la
mer y est moins aisé que dans les principales
baies de l’île. Celles-ci, plus propices à
l’installation humaine, furent probablement
premières à être peuplées par les décou¬
de Rurutu. A ces arguments, Pierre
Vérin ajoutait la présence d’herminettes à
section
rectangulaire, dites archaïques,
trouvées en surface à Moerai, pour estimer le
début du peuplement de cette île avant la fin
du premier millénaire de notre ère.
Néanmoins, les témoins de cette période
les
vreurs
Le village de Vitaria à Rurutu
suivantes.
Ce n’est
que
pour
une
générations
récente dite “classique”, qui débute vers le
XVL siècle et prend fin au XVIIL à l’arrivée
les divers travaux de prospection et de
recueil menés par R.T. Aitken, J.F.G. Stokes,
que
l’expédition T. Heyerdahl, P. Vérin et d’autres
nous donnent une image plus achevée de la vie
matérielle et spirituelle des habitants des îles
Australes.
Des
zones
agglomérations urbaines dans les
côtières, des villages en terrasses et des
villages fortifiés à l’intérieur des terres
témoignent, pour les différentes îles de
l’archipel, des formes diversifiées de regrou¬
pement de l’habitat pendant la période
classique.
extrémités
diculaires
arrondies
constituant
Ci-dessous :
terrasses de Raivavae.
Des pavages associés à
des alignements de
des pierres de seuil et parfois un
alignement de pierres dressées disposées sur la
plate-forme parallèlement à la maison - se
trouvent en
vis-à-vis.
Au centre du
ari'i de
Vitaria
pierres dressées et à des
silos en fosse ont été
annexes
village est situé le marae
le
tradition, ce village a été
construit par Ututoa, un
chef du district de
Hamuri, lors d’une
guerre avec un grand
chef de Rouru.
fosses
pierres dressées
pavages et blocs de pierre
limites des fouilles
marae
dont
lararoa
et
ses
une
autres structures à fonctions socio-religieuses
Les habitations à
extrémités arrondies
interprétés ici comme
les vestiges de maisons
d’habitations. Selon la
134
:
grande plate¬
forme de conseil. Une maison de guerriers (le
are ario’i) est située au nord du village. Les
structures
période “ciassique”.
qu’elle apparaît
aujourd’hui après
décapage des dépôts
superficiels.
véritables
Les façades des maisons - matérialisées
d’un viiiage de ia
A droite :
La terrasse n" 12 telle
de
des
par
implantées sur des
Hatuturi, un village en
ainsi
sur
ruelles.
Vitaria, pian des vestiges
Bordure en corail et
pavage extérieur d’une
maison d’habitation
restaurée (Tui 8).
construites
plates-formes
rectangulaires sont
alignées en vis-à-vis
suivant un réseau de
ruelles.
TUAMOTU, GAMBIER ET AUSTRALES
telles que des petits marae et les plates-formes
qui leur sont accolées, des cours à dossiers, des
maisons rectangulaires et des pierres dressées
isolées sont regroupées par secteurs ou
“quartiers” à l’intérieur du village.
Les pare ou pa : villages fortifiés
de Rapa
Morongo Uta, Tevaitau, Tanga, Ororangui,
Pukutake take,
Pukumanga, Kapitanga,
Ruatara, Vairu, les pa de Rapa ressemblent
dans leur agencement aux pa maoris. Ils sont
pour la plupart localisés sur les hautes crêtes
de l’ancien cratère de l’île, dans lequel se loge
aujourd’hui la baie d’Ahurei.
A l’intersection d’une crête principale et
secondaires, les anciens construc¬
un pic dont le caractère
abrupt des flancs était augmenté artificielde crêtes
teurs
choisissaient
Morongo Uta.
A droite :
Vue en plan du village
fortifié. Sur la crête
principale, deux séries
de terrasses,
déterminant une forme
triangulaire, sont
aménagées autour du
pic central. Prolongeant
les sommets du
“triangle", d'autres
terrasses occupent les
crêtes secondaires.
En haut :
Petit ahu construit dans
une niche (longueur
130 cm, hauteur 80 cm et
profondeur 55 cm)
creusée dans le mur
arrière d’une terrasse.
Un alignement de
pierres posées
horizontalement est
flanqué de deux rangées
de pierres prismatiques
dressées.
A gauche :
Vue actuelle de la tour
centrale du village
fortifié.
Reconstitution
hypothétique de la
partie centrale du fort
du nord-ouest,
d’après W, Mulloy.
vue
135
A LA RECHERCHE DES ANCIENS POLYNÉSIENS
lement et le sommet aménagé pour supporter
la terrasse supérieure du village.
Tout autour dece pic(ou tourcentrale)et
contrebas, les arêtes étaient aplanies et les
pentes raides entaillées de façon à permettre
en
l’aménagement d’une ou deux rangées de
terrasses parfois très serrées les unes par
rapport aux autres. Des grands travaux de
terrassement (déblai-remblai) étaient mis en
œuvre
de façon à aménager des surfaces
planes permettant d’édifier les demeures des
habitants du village.
Certaines terrasses exigeaient des murs
de
construits
au
d’une remarquable maçonnerie
en
soutènement
moyen
très
élevés
pierres sèches. A l’arrière des terrasses, la
murs consolidait les parois
construction de
entaillées en évitant ainsi leur érosion. Aussi
niches
des
parois
creusées dans certaines de
rocheuses
sanctuaires.
abritaient
des
ces
des postes de défense, constituant le reste du
étaient aménagés sur les crêtes
secondaires disposées radialement autour du
pic central.
De part et d’autre de cette partie centrale
du village, des grands fossés étaient creusés
dans la crête principale afin de rendre les lieux
village,
assauts
les
moins
vulnérables
aux
ont
été découverts et
répertoriés
Candelot en divers districts de l’île.
par
J.-L.
Pierre
constitués d’une
Vérin,
qui eut accès aux
inédits de John F.G. Stokes,
décrivait ainsi les marae àe Raivavae : “... La
lement
cour
Les marae de Rurutu, mieux connus depuis
les travaux de P. Vérin, sont essentiellement
cour rectangulaire généra¬
pavée et bordée de dalles dressées. A
l’une de ses extrémités se dresse parfois un ahu
rectangulaire fait de dalles de corail taillé. Des
pierres-dossiers et de nombreuses pierres
dressées atteignant jusqu’à 1,70 m de haut
sont disposées dans la cour et à l’intérieur de
\'ahu. La présence de tombes et de cistes de
corail
pour
l’inhumation des cordons
ombilicaux est courante à l’intérieur
ou
à
proximité des marae.
ari'i,
généralement des
plus complexes, sont souvent
formés de plusieurs cours juxtaposées avec ou
Les
marae
structures
sans
petits
De nombreuses terrasses d’habitation et
encore
Les marae
ahu.
A
d’une
(des marae) est
les
marae
sont
constitués
pavée rectangulaire comparti¬
mentée, bordée sur trois de ses côtés de dalles
pierre dressées. Des allées pavées et des
tombes leur sont associées. D’après le récit de
de
James Morrison, une maison, servant proba¬
blement à abriter les prêtres ou les objets du
culte, était édifiée aux abords du marae. Ces
dernières années, de nombreux marae à ahu
entourée
de dalles
plantées côte à côte ayqnt de 2 à 12 pieds de
haut (5 pieds en moyenne). Sur le pourtour
externe
de cet enclos (dans lequel sont
aménagées une ou plusieurs entrées) se trouve
une bordure de tuf
soigneusement taillée. Les
idoles” {n'ki qui étaient parfois de vraies
sculptures monumentales) “tournées vers
l’extérieur sont placées par endroits au lieu de
certaines dalles de l’enclos. Des accès pavés
relient le marae au bord de mer. Seul le marae
Temahata
Les
connus
Tubuai,
cour
documents
posséderait un ahu."
marae
et
de Rimatara sont très mal
ceux
de
Rapa
pratiquement
inexistants. Hormis la présence de petits u/iuà
l’intérieur des pa, seulement quatre marae ont
été répertoriés sur cette dernière île. Edwin N.
Ferdon proposait d’attribuer une l'onction reli¬
gieuse aux tours centrales des pa de Rapa, par
analogie avec les espaces les plus sacrés des/tu
maoris, ajoutant à ses arguments la présence
de tours isolées çà et là sur les hautes crêtes qui
ne pouvaient servir de tour de
guet ou de
support d’une quelconque demeure.
éventuels
des ennemis.
L'horticulture étant peu praticable dans
villages fortifiés, les habitants devaient
constituer des
réserves de nourriture.
Des
(silos en fosse qui permettent de
conserver
le tara) ont été identifiés par
W. Mulloy lors des fouilles de Morongo Uta.
tio'ü
tara
Hormis l’eau douce accumulée lors des pluies,
des sources, situées en contrebas des villages,
permettaient aux assiégés de renouveler leurs
réserves d’eau.
Tubuai :
marae “à
enclos" et marae “à
ahu" d'après J.-L.
Candelot.
A gauche, le marae "à
enclos" est délimité sur
3 cotés par de hautes
dalles posées sur chant.
Une allée pavée rejoint
le quatrième côté ouvert.
A droite, le marae "à
ahu" dont les deux côtés
longs de la cour pavée
sont limités par des
bordures de petites
dalles posées sur chant.
L'ahu est édifié sur une
des largeurs et sur la
cour sont disposées de
nombreuses pierres
dressées.
Statue monumentale
provenant d'un marae
de Raivavae, conservée
aujourd’hui dans les
jardins du Musée
Gauguin à Papeari (Tahiti).
136
Ralvavae : marae de
Rairua Sud.
Glossaire
F
l/aslcrisque signale les mots laisanl robjel d’une
dél'inilion dans le glossaire.
emprunté à la
paléontologie pour désigner un objet seulement
caractéristique d’une époque ou d’une culture
précises. La présence d’un fossile directeur dans un
ancien
niveau
d’occupation peut permettre
lerme
d’identifier celui-ci et de le situer dans la chrono¬
A
ABRI-SOUS-ROC'IIK.
Emplacement protégé des
intempéries par un surplomb rocheux.
AC'CXil.TURATION.
Résultat de l’action d’une
culture dominante sur une culture dominée.
appareil,
l’appareil qualiliant la forme, l’agencement et la
disposition des pierres dans une construction.
AI’l’AREIl.I.AGE.
Constitution
d’un
B
Éléments de maçonnerie constituant
le remplissage d’un mur entre deux parements*.
BOin iSSE. P ierre oblongue disposée dans un mur
de façon à laisser apparaître l’une de ses extrémités
dans le paremenl‘^
BilCCHERO.
l'erre argileuse utilisée par les
Etrusques pour labriquer un type de eéramique qui
porte le môme nom, entre le VIE' et le IV*-' siècle
Bl.OCAGE.
avant
l-OSSIEE DIRECTEUR.
J.-C.
H
HOLOCÈNE. Dernière partie du Quaternaire* que
nous vivons encore et qui débuta il y a lü ÜOÜ ans
environ avec la fin de la grande glaciation
plcistocène*.
K
KAPKAP.
un
C
plus petit côté d’une dalle ou d une
pierre plus ou moins équarrie.
C'OLOIVIBIN. Morceaux d’argile roulés en forme
de boudins et assemblés en cercles ou en spirales
superposés et collés ensemble pour façonner un
récipient.
D
organique, ajouté à une argile trop
grasse, pour améliorer sa consistance pendant le
façonnage. Le dégraissant a également pour utilité
de rendre les poteries moins fragiles lors de leur
cuisson.
DISTAL, PROXIMAL et MÉSIAL. Ces termes
empruntés à l’anatomie pour désigner les
parties d’un outil selon leur distance par rapport à
son utilisateur. Partie distale : éloignée mais proche
de l’objet à travailler. Partie proximale : proche de
sont
la main ou du manche tenu en main. Partie mésiale :
située entre ces deux extrémités.
E
ENCORBEl.l.LMLNT (voûte en). Disposition de
dalles placées en porte-à-faux et successivement
équilibrées par d’autres dalles de façon à former une
voûte.
EN GOBE.
Revêtement
de
nature
argileuse
appliqué sur la surface d’une poterie avant cuisson,
pour la décorer en masquant sa couleur naturelle.
apparente d’un ouvrage de maçonnerie.
"PETIT AGE GLACIAIRE". L’expression désigne
une
période de refroidissement des climats du globe
située entre le début du XVIP et la première moitié
PIERRE-DOSSIER. Dalle
Ornement mélanésien constitué d’un
décor ciselé dans de l’écaille de tortue.
plantée verticalement
chant*, où pouvaient s’appuyer les ancêtres et
les vivants participant à une cérémonie sur les
M
iiiarae.
Il en existe également sur certains paepae
marquisiens.
PIERRE
sur
MA 'OHI, MAORI, MORIORI. Le mot polynésien
Mii'ohi signifie "indigène”, “non étranger au pays”,
"normal”...
(qu’il s’agisse des hommes, des
DRESSÉE. Pierre verticalement plantée
chant*. Ce terme est utilisé en Océanie, au lieu
de "pierre-levée” pour éviter une confusion avec les
mégalithes propres à d’autres cultures et de fonction
différente.
précédent, adopté par les Européens pour désigner
les Polynésiens et, plus particuliérement, ceux de
Nouvelle-Zélande. Ceci permettait notamment de
les distinguer des populations d’origine différente
qui les y auraient précédés : les Moriori. On sait
aujourd’hui que ce sont des Ma'ohi, ou Maoris, qui
furent les premiers colonisateurs de la Nouvelle-
PEÉISTOCÉNE. La première et la plus longue des
Le Pléistocène
correspond au Paléolithique* et est marqué par de
grands ehangements climatiques (périodes
glaciaires).
POLYNESIAN OUTLIERS. Expression créée pâl¬
ies anthropologues anglo-saxons et que l’on peut
traduire par “Polynésie extérieure”. Elle désigne les
populations de langues polynésiennes isolées en
pour désigner les
des atolls
etc.).
Maori
est
une
variante
du
Zélande. Le terme Moriori est néanmoins conservé
Polynésiens de l’île Chatham.
MORT-TERRAIN. Terrain stérile recouvrant un
ou
1865 pour
sur
MÉSIAE. Voir distal.
DÉGRAISSANT. Élément non plastique, d’origine
en
désigner "l’âge de la pierre taillée” précédant celui de
la pierre polie ou Néolithique*. Le Paléolithique
correspond au Pléistocène* et aux sociétés de
chasseurs-cueilleurs qui s’y sont succédé.
PAI.ÉOSOE. Ancien sol qui s’est formé dans des
conditions bio-climatiques différentes de celles
d’aujourd’hui. Il peut correspondre à un ancien sol
d’habitat. Il est le plus souvent fossilisé sous des
sédihients plus récents.
PAREMENT. Éléments constituant la surface
du XIX'-' siècle.
disque taillé dans un coquillage et auquel était fixé
coutumes,
( UANl. Le
minérale
logie, voire de préciser l’origine géographique des
hommes qui y vécurent.
P
PAI.ÉOI.ITHIQIE. T erme créé
gisement minier. 'Lerme adopté par les archéologues
pour désigner des couches archéologiques stériles et
déblayées pour atteindre le niveau archéologique.
N
NÉOI.ITHIQI E. Ici me créé en 1865 pour désigner
“l’âge de la pierre nouvelle” c’est-à-dire celui de la
pierre polie. 11 désigne aujourd’hui l'époque de la
domestication des plantes et des animaux, qui
précède celle de la métallurgie.
NÉOLITHISATION. Passage de l'état de chasseurcueilleur à une économie fondée sur l’agriculture et
l’élevage. La néolithisation apparaît aujourd’hui
comme un phénomène plus complexe et plus lent
qu’on ne l’imaginait jadis et dont les processus
diffèrent d’une région à une autre (Proche-Orient,
Chine, Asie du Sud-Est, Amérique centrale...}.
O
OUTLIERS. Voir Polynesian oulliers.
deux subdivisions du Quaternaire*.
Mélanésie et au sud de la Micronésie, et occupant
ou de petites îles. Leurs
langues s’appa¬
archaïque, mais elles sont socia¬
lement et culturellement intégrées aux populations
rentent au samoan
voisines.
PROXIMAL. Voir distal.
Q
QUATERNAIRE. Quatrième partie des temps
géologiques dont le début varie selon les auteurs
entre
5ÜÜ 000 ans et I million 500 000 années ou
plus. Ces différences s’expliquent par le fait que les
uns se fondent sur des critères paléontologiques
(apparition des premiers ancêtres de l’homme) et les
autres sur des critères climatologiques, en faisant
débuter le Quaternaire avec l’installation de la
première glaciation, qui reste elle-même mal datée.
T
lOl'R. Appareil comprenant un plateau tournant
suffisamment
rapidement
sur
un
axe
pour
permettre grâce à la force centrifuge de façonner
directement à la main une masse d’argile placée sur
plateau. Le tour est mis en mouvement avec les
pieds de l’artisan ou à la main par une seconde
ce
personne.
137
Index
des auteurs
et références
des citations
Les dates entre parenthèses
renvoient à l'ouvrage
paru cette année-là
(voir Bibliographie).
Elles peuvent être suivies
de l'indication de la page
d’où la citation est extraite.
DAUSSET, Jean. 27.
DAVIDSON, Janet. 50, 51, 74.
DAVIES, Rév. John. 86.
DELMAS, Père Siméon. 106.
DENING, G. 120.
DORDILLON, Mgr Ideltonse René.
106, 112.
DROLLET, Louis. 61.
DUFF, Roger. 16, 30, 30,47,51,57, 52.
DUMONT d'URVILLE, Jules
Sébastien César. 106, 111, 121.
DUPETIT-THOUARS, Abel Aubert.
7, 105, 106.
E
ELBERT, Samuel H. 120.
ELLIS, William. 25; 62 (1972) pp. 220-
221 : 66 ; 70 ; 72.
A
ADAMS, Henry. 80 (1964) p. 63.
AITKEN, R.T. 134.
ARI'I TAIMAI, Princesse. 65, 66.
B
BANKS, Sir Joseph. 65, 70.
BARRAU, J. 27.
BEAGLEHOLE, John Cawte. 46, 80.
BEECHEY, Frederick William. 132.
BELLWOOD, P. 48.
BENNET, George. 104.
BLIGH, William. 4, 63, 70.
BOUGAINVILLE, Louis Antoine de.
60, 70, 93.
BOVIS, Edmond de. 70.
BUCK, Sir Peter Henry (Te Rang!
Hiroa). 23:28; 28: 30 ; 71 ; 73 (1952)
p. 79 et suiv. ; 89 (1952) p. 30 ; 90
(1952) p. 58, p. 70 et p. 76; 90 (1952)
p. 87; 91 (1952) pp. 77 à 81 ; 91 (1952)
p. 71 ; 96 ; 114.
BURROWS, Edwin Grant. 120.
c
CAILLOT, Eugène. 96.
CANDELOT, Jean-Louis. 136, 136.
CHAULET, Père Pierre Gérauld. 106.
CHEREL-MORA, C. 82.
CLARK, Ross. 26.
CONTE, Éric. 7.
COOK, capitaine James. 25, 32, 46,
46, 48, 48, 49, 51, 56, 60, 61, 65, 70, 73,
78, 80, 81, 89, 90, 93, 96, 105, 116.
CORDY, R.H. 48.
CROOK, Rèv. William Pascoe. 105.
CUMBERLAND. 52.
CUMMING, Constance F.G. 88, 88.
D
DANCE, Nathaniel. 93.
DARLING, Rév. David. 105.
138
EMORY, Kenneth P. 23 ; 30 ; 31 ; 42 ;
42 ; 43 ; 43,' 45 ,• 48 ; 57 ; 57; 58; 59 ; 59,64 ; 65; 73 (1933) ; 74; 75; 76 (1933) ;
77 : 78 (1933) fig. 11 et 29 et pi. 4 ; 82 ;
84(1933) : 86;87; 87;88; 93;94;95;
96 ; 97 ; 98 ( 1933) fig. 131 ; 99 ; 99; 100 ;
103 ; 121 ; 130 ; 132 ; 133.
F
FERDON, Edwin N. 136.
FIGUEORA, G. 16.
FLENLEY, J.R. 19, 56.
FORSTER, Johann George Adam et
Johann Reinhold. 25, 56, 60, 70, 105.
FOX, A. 51,
G
GARANGER, José. 16 ; 23 ; 62 (1969) ;
71 (1969) p. 258 ; 75 ; 78 (1975) ; 84 ;
101 ; 131.
GÉRARD, Bertrand. 77 (1974) p. 212;
86 : 87 ; 88 ; 93 ; 95 (1974) p. 212.
GRACE, George W. 120.
GRACIA, Père Mathias. 105, 106,112.
GRAFFE, R.T. 83.
GREEN, Roger C. 24, 26, 36, 45, 53,
61, 63, 74, 75, 77, 84, 84, 85.
H
HAAST, J. Von. 23, 50.
HALE, Horatio. 25.
HANDY, Edward S. Craighill. 23 ; 30 ;
60; 70;71 ; 77 ; 76; 92 (1930) p. 90 et
p. 83 ; 93; 95; 96; 97; 100; 707 ; 103;
106 ; 110 (1923) p. 64 ; 112.
HENRY, Teuira. 57 (1962) p. 157 et
pp. 145-146 ; 60 ; 61 ; 62 (1962)
pp. 206-207 et pp. 164-165 ; 64 (1962) ;
65; 68 (1962) p. 148; 69 (1962) p. 149;
70 ; 70 ; 73 (1962) p. 461 ; 80 (1962)
p. 137 et p. 85 ; 86 ; 87 ; 88 ; 88 ; 92
(1962) p. 104, p. 103 et p. 104; 93; 94
(1962) p. 126, p. 127 ; 95 (1962)
pp. 127-128 ; 95 (1962) p. 127 ; 96 ;
97 ; 99.
HEYERDAHL, Thor, 28, 54, 134.
HODGES, William. 92, 105.
HOWELLS, William. 27 ; 28 (1973).
I
PIETRUSEWSKY. 27.
INGRAHAM, Joseph. 105.
J
JAUSSEN, Mgr Florentin Etienne
dit Tepano. 60.
JENNINGS, J.D. 43.
JOURDAIN, Pierre. 46.
K
PIGEOT, Nicole. 702.
PIROUTET. 32.
PORTER, David. 105.
Q
QUATREFAGES de BRÉAU,
Jean-Louis Armand de. 23, 25, 27.
QUIROS, Pedro Fernandez de. 46,
105.
KELLUM, Marimari. 118, 118.
KELLUM, Medford R. Jr. 84.
KIRCH, P. 120.
KIRKPATRICK, J.T. 120.
KRUSENSTERN, Adam Johann
Crusius von dit Ivan Fedorovitch. 105,
106, 107.
L
LANGSDORFF, Georg Heinrichvon.
105, 106, 107, 108.
LA
P
PÉROUSE, J.F.G. de. 56.
LAVAL, Père Honoré. 727, 132.
LAVONDÉS, Anne. 16 ; 105 (1971)
p. 13 ; 120.
LAVONDÉS, Henri. 108 (thèse 1975)
p. 8 ; 120.
LE BRETON, Louis. 52, 7 7 7.
LECORNU, Joseph, Père Jean. 106.
LEGOUPIL, D. 79.
LEROI-GOURHAN, A. 45.
LEWIS, D. 28.
LEWTHWAITE. 52.
LINTON, Ralph. 23, 106, 112, 774.
M
MARAU TAAROA, Reine. 60 ; 65; 66 ;
77 ; 92 ; 95 (1971) p. 47 ; 96.
MARCHAND, Etienne Nicolas. 105.
MATHIAS, Père. Voir GRACIA,
Père M.
MAUDE, Henry Evans. 120.
MENDANA de NEIRA, Alvaro de. 105.
METRAUX, Alfred. 54.
MEYER, Rév. P.O. 32.
MOERENHOUT, Jacques-Anfoine.
25 (1837) ; 70; 132.
MORRISON, James. 22, 60, 70, 105,
136.
MULLOY, William. 735, 136.
O
R
RADIGUET, Maximilien René. 7, 106;
774 (1929) pp. 21-22.
RIBOURT, Pierre-François. 84, 85.
ROBARTS, Edward. 22, 105.
ROBINEAU, Claude. 77 (1985) vol. 2,
p. 41 ; 76.
RODRIGUEZ, Maximo. 22.
ROGGEVEEN, Jacob. 46, 54.
ROPITEAU, André. 100.
S
SALMON, Tati. 89 ; 95 (1951) ; 96.
SANCHEZ, E. 16.
SHAPIRO, Harry Lionel. 116.
SINOTO, Yosihiko H. 16, 23, 24, 31,
41, 47, 42, 42, 43, 43, 73, 74, 84, 85, 86,
87, 93, 94, 96 98, 99, 100, 102, 103,
104, 118, 778, 120.
SKINNER, Henry Devenish. 30.
STEINEN, Karl von den. 105, 106,
1 12, 773, 777.
STEWART, Rév. Charles Samuel.
105.
STOKES, John F. 134, 136.
SUGGS, Robert Cari. 16, 41, 42, 116,
116, 117, 777, 118, 120.
T
TE RANGI HIROA. Voir BUCK,
Sir P.H.
TILLIER, S. 82.
TOBIN, George. 4, 63.
TUGGLE, H.D. 49.
TUPAIA. 46, 46
TYERMAN, Rév, Daniel. 99, 104.
V
VALLADAS, H. 27.
VERIN, Pierre. 73, 86, 87, 93,134,136.
VERREAUX, J. et E. 707.
VIGNERON, Emmanuel. 79.
O'BRIEN, P.J. 30.
OLIVER, Douglas Lewellyn. 60 ; 61 ;
62 ; 65 (1974) ; 66 ; 67 ; 77 ; 72 ; 80
(1974) vol. 3, p. 1221 et p. 1194; 80;
81 (1974) p. 1232 ; 97.
ORSMOND, Rév. John Muggridge.
W
OTTINO, Pierre. 42, 68, 120.
WILSON, William. 64, 81.
57.
VINCENDON-DUMOULIN, Clément
Adrien. 106.
WEBBER, James. 48, 78.
WILSON, James. 65; 70; 80 (1799)
p.
208 : 105 ; 132.
Index
COOK (îles) 59, 94, 96,
133
121, 122, 124,
F
Pour les îles,
la lettre entre parenthèses
signale l’archipel dont elles font partie : (A)
pour Australes, (G) pour Gambier, (M) pour
Marquises, (S) pour Société et (T) pour
Tuamotu.
Les numéros en gras
renvoient aux pages
où le sujet est traité principalement. Les
numéros de pages en italique renvoient à
une
légende, les autres se rapportent au
texte.
FAKAHINA (T) 131
FANGATAU (T) 131
G
NECKER 48, 49
NIHOA 48, 49
H
34, 36, 37
(M) 108, 112, 116, 118
HUAHINE (S) 23, 43, 43. 59, 65, 66, 67,
75, 89, 92, 95, 96, 98, 99, 102-104
I
AUSTRALIE 25, 36, 38, 38, 39
B
BELLINGSHAUSEN (S) 91
BISMARCK (archipel) 33
BORA BORA (S) 59, 67, 71, 85, 89, 91,
92, 93, 95, 96-99
c
CHATHAM 51
CHINE 38, 39
NOUVELLE-CALÉDONIE 21, 32, 33,
NOUVELLE-GUINÉE 25, 26, 27, 36,
120
49, 59, 59, 67, 63, 64, 66, 67, 69, 71, 72,
72, 73-88, 89, 90, 91, 92, 93, 94, 95, 96,
96, 97, 121, 122, 136
NUKU HIVA (M) 41, 41, 105, 113,
115, 116-117, 118, 120
LIGNE
114,
PQLYNÉSIE CENTRALE 41, 44, 46,
47, 48, 49, 50, 52, 53, 55
(îles de la) 30, 48, 121
M
MADAGASCAR 40
(S) 67, 89, 91, 96
MAKATEA (T) 46, 130
MAIAO
MANGAASI 32, 33, 36, 37
MANGAIA (G) 132, 133
MANGAREVA (G) 55, 90, 120, 121,
132, 132, 133
MARIANNES (îles)
28, 47
MARQUISES (archipel des) 7, 41, 41,
POLYNÉSIE OOCIDENTALE 28, 32,
33, 35, 37, 41, 47, 47, 90, 94, 116, 120
POLYNÉSIE ORIENTALE 21, 22, 31,
35, 41, 42, 43, 43, 44, 45, 45, 47, 48, 49,
59, 90, 105, 116
PHILIPPINES (îles) 28, 40
PUKA PUKA (M) 105
PUKARUA (T) 121
RAIATEA (S) 41, 46, 46, 57, 59, 64, 66,
70, 71, 73, 88, 89, 89, 90, 91, 92-95, 96,
97, 99
RAIVAVAE
(A) 46, 134, 136
RANGIROA (T) 10, 68, 69, 121, 124,
126, 131, 131
RAPA
MARSHALL (îles) 29
MAUPITI (S) 42, 42, 43, 71, 75, 89, 91,
REAO (T) 121, 722, 124, 124, 125, 130,
(A) 121, 135, 136
RAROTONGA 67, 89, 94, 96, 133
131, 737
MEHETIA
RIMATARA (A)
36, 40, 46, 47, 47, 57, 90, 106
RURUTU
(S) 91
MÉLANÉSIE 26, 28, 29, 32, 32, 33, 34,
(M) 105, 105
TAHUATA
TAIWAN 38
124, 725, 130
TAKAROA (T) 130
TARAVAI (G) 132
TASMANIE 25, 36, 38, 38
TATAKOTO
(T) 121
TEPOTO (T) 7
TETIAROA (S) 91
TIMOE (G) 132, 133, 733
TONGA (îles) 32, 33, 35, 41,46, 90, 96,
99, 116, 122
TONGATABU 32
TUAMOTU (archipel des) 7,
30, 59,
60, 67, 68, 69, 116, 121-131, 132, 133
TUBUAI (A) 136
TUPAI (S) 91
TUVALU 29, 47
R
42, 42, 43, 45, 46, 48, 55, 60, 75, 102,
102, 105-120, 122, 133
96, 97, 98, 100-101
TAHITI (S) 9, 14, 18, 19, 20, 24, 31, 46,
TAKAPOTO (T)
PAQUES (île de) 19, 26, 27, 41, 43, 44,
LAPITA 32, 33
T
TAHAA (S) 46, 73, 89, 91, 92-93, 96, 97
NOUVELLE-ZÉLANDE 12, 23, 30, 30,
31, 41, 43, 44, 44, 46, 47, 48, 50-53, 67,
77, 89, 89, 94, 96, 100, 101, 102, 116,
44, 45, 46, 54-56, 89, 105, 122
L
23
SOCIÉTÉ (archipel de la) 30, 42, 43,
44, 45, 45, 49, 57, 58, 59, 60, 67, 64, 65,
66, 67, 77, 73, 74, 82, 89, 89, 90, 91, 92,
93, 94, 94, 95, 96, 97, 98, 100, 101, 102,
105, 116, 120, 131
38, 38, 39
J
KIRIBATI 29
124
ASIE, ASIE DU SUD-EST 25, 26, 27,
38, 39, 40, 47
AUKENA (T) 132
AUSTRALES (archipel des) 59, 60,
67 89, 96, 121, 122, 134-136
105, 130, 130, 131
P
K
SAMOA (îles) 29, 33, 35, 41,46, 47, 90,
96, 116
SCILLY (S) 91
INDONÉSIE 106
JAPON 38, 47
AKAMAU (T) 132
AN AA (T) 46, 69, 122,
NAPUKA (T)
GAMBIER {archipel des) 30, 122,
132-133
HIVA OA
S
SHEPHERD (îles) 22,
N
45, 45, 46, 47, 48-49, 59, 64, 67, 73, 84,
89, 92, 96, 105, 116, 120, 121
27, 28, 31, 32, 46, 105
AGAKAU I TAI (T) 132
91
(M) 106
Fl DJ I (îles) 21,32, 32, 33, 35, 41,90, 96
FATU HIVA
(T) 126, 131
HAWAII (îles) 17,24, 30,31,41,43, 44,
AMÉRIQUE, AMÉRIQUE DU SUD 25,
57, 124
MOOREA (S) 16, 59, 64, 65, 66,71,72,
73-88, 89, 91, 92, 94, 96, 97
MOPELIA (S)
HAO
A
MICRONÉSIE 28, 29, 40, 44, 45, 47,
136
ROTUMA 47, 67, 89, 94, 96, 99
(A) 134, 136
U
UA HUKA
(M) 41, 41, 108, 118-120
UA POU (M)42, 42, 106, 109, 110, 111,
112, 772, 113, 117, 120
V
VANUATU 22, 23, 29, 33, 34, 35, 37
VENT (îles du) (S) 58, 59, 63, 71, 73,
74, 75, 90, 91, 92
VENT (îles Sous-le) (S) 43, 58, 59, 70,
71, 73, 74, 75, 89-104, 122
w
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Source des illustrations
(dessins, cartes, schémas, illustrations et objets de collection)
Les dates entre parenthèses suivant le nom de l'auteur cité renvoient à l'ouvrage
paru cette année-là (voir Bibliographie).
Elles peuvent être suivies de l'indication de la page et de la figure à laquelle
il est fait référence.
B.P.B.M. Bernice Pauahi Bishop Muséum. Honolulu,
M.T.I. Musée de Tahiti et des Iles, Punaauia, Tahiti.
Hawaii.
P. 2 gravure d'après un dessin de J. Webber, coll. M.T.I., cl. J,-C. Bosmel.
PP. 4-5 "The Morai at Opparey, Island of O'Tahytey. looking loward Matavai":
aquarelle de G. Tobin (1792), coll. Mitchell Library (ref. PXA 563 f39),
by courtesy of Library Council of New South Wales, cl. B. Bird, Sydney.
P. 8 "Nukuhiva 1842" : M. Radiguet, Service Historique de la Marine
(album n“ 1. B5649, fl6), Paris, cl. C. Rives.
L'ARCHÉOLOGIE POLYNÉSIENNE ET SES MÉTHODES
P. 9 carte : J.-L. Saquet d'après carte SOFRATOP au 1/5000ème
(Tahiti, Aramaoro).
P. 12 schéma : J.-L. Saquet d'après M. Orliac (1983) (selon les données de
F. Mayr et E. Le Roy Ladurie), P Wardie et A. Wilson.
P. 13 profil ; J.-L. Saquet d'après J. Garanger ; relevé : J.-L. Saquet d'après
M. Orliac (1978).
P. 14 stratégie de fouille: J.-L. Saquet d'après C. Orliac (1982) : enregistrement :
J.-L. Saquet d'après C. et M. Orliac.
P. 15 schéma : J.-L. Saquet d’après C. et M. Orliac.
P. 17 hameçons : C. Visse d'après J. Garanger (1965) "Hameçons océaniens,
éléments de typologie” et K.P. Emory, Bonks et Y.H. Sinoto (1959)
"Hawaiian Archaeology : fishooks".
P. 19 diagramme : J.-L. Saquet d'après J.R. Flenley (1982).
P. 20 schémas : J.-L. Saquet d'après C. et M. Orliac.
P. 21 schéma ; C. Visse d'après H. Valladas.
P. 23 squelette de Dinornis dessiné par J. von Haast.
LES ANCÊTRES LOINTAINS
P. 25 carte : J.-L.
(1884).
Saquet d'après Horatio Haie (1848) et A. de Quatrefages
P. 26 essai de chronologie : J.-L. Saquet d'après R. Green in "The Journal of the
Polynesian Society" (mars 1969) ; tableau d'après R. Clark (1979) in
"The Prehistory of Potynesia" : profils ; C. Visse d'après A. de Quatrefages
(1884) fig. 171 et 173.
P. 27 carte : J.-L. Saquet d'après J. Barrau (1965) in "Journal de la Société des
Océanistes” tome XXI. n" 21 (déc.).
P. 28 carte : J.-L. Saquet d'après P. Buck (1938) (migrations) et T. Heyerdahl
(1950) (origine) ; les îles du Pacifique : J.-L. Saquet d'après C. Lewis (1964)
in "The Journal of the Polynesian Society" vol. 73.
P. 29 herminettes : C. Visse d’après J. Garanger ; carte ; J.-L. Saquet d’après
J. Garanger.
P. 30 sépulture ; J.-L. Saquet d’après R. Duff (1950) fig. 9.
PP. 32 et 33 dessins : C. Visse d'après J. Garanger.
P. 33 tessons de poterie : coll. Musée de l’Homme. Paris, cl. J. Garanger.
P. 34 cartes : J.-L. Saquet d'après D. Frimigacci (1980) in “Journal delà Société
des Océanistes”.
P. 35 carte ; J.-L. Saquet d'après J. Garanger.
P. 37 schémas ; C. Visse d'après L. Chevallier (1962) in "Etudes mélanésiennes".
P. 38 carte ; J.-L. Saquet d’après J. Garanger.
P. 40 carte : J.-L. Saquet d'après J. Garanger. Shizuo Oda (diffusion des
herminettes de section arrondie et de la "poterie rouge des Mariannes")
et R. Duff (1950) (foyers et diffusion des herminettes "austronésiennes”).
LE PEUPLEMENT DE LA POLYNÉSIE ORIENTALE
P. 41 carte ; C. Visse d’après J. Garanger.
P. 43 cartes : C. Visse d'après (1 ) K.P. Emory et Y.H. Sinoto (1965) "Preliminary
Report of the Archaeological Investigations in Polynesia", (2) Y.H. Sinoto
(1968) in "Prehistoric Culture in Océania" èd. par I. Yawata et Y.H. Sinoto
(B.P.B.M.) et (3) J.D. Jennings (1979) "The Prehistory of Potynesia".
P. 44 plan : C. Visse d’après K.P. Emory
p965) “Kapimarangi...”.
P. 45 tiare Roro dessiné par Kramer in Eilers (1934) p. 48 ; ti'i : statuette
anthropomorphe trouvée en 1973 à Moorea au pied du mont Rotui,
cl. B. Vannier ; dieu hawaïen ;Py courtesy o/TheTrustées of the British Muséum
(réf. ETH 19). Londres ; plan ; C. Visse d’après K.P. Emory (1965)
“Kapimarangi...” et R.C. Green (1970) in "Studies in Oceanic Culture History"
vol. 1 (B.P.B.M.).
P. 46 carte de Tupaia ; by courtesy otThe Trustées of British Muséum (réf. Add.
MS 21593 C), Londres ; carte du commandant P. Jourdain (1970) “Pirogues
anciennes de Tahiti” in “Dossier de la Société des Océanistes” n'* 4.
P. 47 herminettes d'après J. Garanger (1972) et d'après R. Duff (1950) ;
photos : coll. B.P.B.M., Honolulu.
P. 48 Heiau d’après un dessin de J. Webber in "Voyage pittoresque autour du
monde" de Dumont d’UrviIle, cl. Roger Viollet ; pirogue double ; gravure d’après
J. Webber, Atlas de Cook. coll. M.T.I.
(réf. E. 453), cl. A. Lavondès ; outils et
objets : Atlas de Cook, coll. M.T.I. (réf. E. 454), cl. A. Lavondès.
P. 49 carte : C. Visse d’après H.D. Tuggle (1979) in "The Prehistory of
Polynesia" ; photos : by courtesy ot The Trustées of British Muséum, Londres,
de haut en bas : Temple image (réf. ETH 20), Image of a god (réf. ETH 21),
Feather cape helmet and staff of a chief (réf. ETH 23).
P. 50 carte : C. Visse d’après J. Davidson (1984).
P. 51 dessin : C. Visse d’après A. Fox (1976) ; courbe d’après J. Davidson (1984).
P. 52 planches sculptées : cl. Otago Muséum, Dunedin ; "Cases de Naturels
dans la Baie des îles” : dessin de L. Le Breton, coll. Bibl. Muséum d’Histoire
Naturelle (cl. 406), Paris ; Maori : coll. Musée de l'Homme (cl. n'’C.48.1665.139),
Paris.
P. 53 herminette : coll. Auckland War Memorial Muséum, cl. Rang! Slides ;
hei tiki : coll. Otago Muséum, Dunedin ; outillages et parures : d'après
R.C. Green (1974) "Adaptation and change in Maori Culture" in "Ecology and
Biogeography in New Zealand", G. Kuschel éd.
P. 54 carte : C. Visse d'après J. Garanger,
LES MARAE
P. 57 dessins ; C. Visse d’après K.P. Emory (1933) "Stone remains in the
Society Islands" fig. 3 et 5.
P. 58 carte et dessins : C. Visse d’après J. Garanger.
P. 59 coupes transversales : J.-L. Saquet d'après J. Garanger ; marae des îles
Sous-le-Vent : J.-L. Saquet d'après K.P. Emory (1933) fig. 9 et 10.
P. 60 t/”/'.coll. Pitt Ri vers Muséum, Oxford ; plan d'un marae: "Sketch plan from
Cook's First Voyage to Tahiti", by courtesy of The Trustées of the British
Muséum, Londres.
P. 61 to'o ; représentation d’une divinité, trouvée à Paea par Orsmond Walkeren
1929, coll. M.T.I. (n°360), cl. B. Vannier : fareatua : J.-L. Saquet d’après "Wood
god’s house" in D. Oliver (1974) "Ancient Tahitian Society" vol. 1. p. 102,
fig. 3-13. ; ti’i en pierre: coll. Musées Royauxd'Artetd'Histoire{réf. ET35-5-49),
Bruxelles.
P. 62 "The Morai at Oparrey, Island of O'Tahytey, looking toward Matavai" :
aquarelle de G. Tobin (1792). coll. Mitchell Library (réf. PX A563 f39)
by courtesy of Library Council of New South Wales, cl. B. Bird, Sydney.
P. 63 "Morai Point at Opparey, Island of O'Tahytey" : aquarelle de G. Tobin
(1792), coll. Mitchell Library (réf, MLZ PX A563 f42) by courtesy of Library
Council of New South Wales. Sydney.
P. 64 "Great Marai of Oberea, Tahiti": dessin de W. Wilson, coll. B.P.B.M. (nég.
16683), Honolulu.
P. 65 Marae et descendance : généalogies comparées des Marama de Moorea
in Cl. Robineau (1985) “Tradition et modernité aux îles de la Société " vol. 2.
pp. 46-47 : Marae Mahaiatea : C. Visse d’après K.P. Emory (1933) p. 30.
JK.-PL
P. 66 Alliances de Pômare II d’après Cl. Robineau (1985) vol. 2, p. 200,
fig. 21 ;
"Epharre Tuah of O taheite and temple Tabbo labbooatouah " : W. Bligh, coll.
Mitchell Library (réf. PXA 565 f18) 5y courtesy of Library Council of New South
Wales, Sydney.
P. 67 Grandes familles ari'i d’après Cl. Robineau (1985) vol. 2, p. 200, fig, 23 ;
carte :C. Visse d'après B. Gérard (1974) "Origine traditionnelle et rôle social des
marae aux îles de la Société” p. 215.
P. 68 carte : J.-L. Saquet d'après P. Ottino (1972) "Rangiroa : parenté étendue,
résidence et terres dans un atoll polynésien” p. 29 ; tableau d’après P. Ottino
(1965) “Ethno-histoire de Rangiroa” p. 38.
P. 70 tableau d’après D. Oliver (1974)
pp. 752-753 ; gravure d’après R.A. Smirke
"The cession of the district of Matavai".
P. 71 Les marae dans le temps : tableau comparatif des chronologies relatives
et absolues aux îles de la Société in B. Gérard (1974) p, 214, d'après Marau
Taaroa (1971),
E.S.C. Handy (1930) et J. Garanger (1969) ; Groupe social
traditionnel et espace : C. Visse d’après Distribution spatiale des habitants en
fonction des niveaux de la structure sociale - représentation théorique in
B. Gérard (1974) p. 220, fig. 3.
P. 72 "The famous maro oorah
or feathered belt, Otaheite " : W. Bligh, coll.
Mitchell Library (réf. ML-ZPXA 565 f19) by courtesy of Library Council of New
South Wales. Sydney.
TAHITI ET MOOREA
P. 73 "Chart of the Island Otaheite by Captain Cook. 1769” : coll. C. Beslu.
P. 74 dessin : C. Visse d’après J. Garanger (1964) fig. 7,
P. 75 vallée de Opunohu : C. Visse d'après J. Davidson in R.C. Green et alii
(1967) fig. 7; plate-forme de tira l’arc : C, Visse d’après K.P. Emory (1933) fig. 12.
P. 76 dessins C. Visse d’après J. Garanger.
P. 77 Les vestiges archéologiques de la vallée de la Vaiote : C. Visse d’après
J. Garanger (1980) fig. 11.
P. 78 Plan : J.-L. Saquet d’après J. Garanger.
P. 79 Marae Ta’ata : C. Visse d’après J. Garanger,
P. 80 "Cook's circuit of Tahiti, 26 June - 1 July 1769" fig, 27 /n J.-C, Beaglehole
(1955) "The Journal of Captain James Cook" t. 1. p. 106 ; carte de Alahuru :
Saquet d’après Cl. Robineau (1985) vol. 2, p. 88.
P. 81 tableau d'après Cl. Robineau ; Marae Taputapuatea : C. Visse d'après
Emory (1933) p. 62 ; "Marae Tahiti, interior of Punaruu, morai and altarat
Attahooro with the eatooa tees" : gravure d’A. Rooker d'après un dessin de
W. Wilson, coll. B.P.B.M. (réf. 19317), Honolulu.
PP. 82 et 83 dessins : C. Visse d’après M. Orliac.
P. 84 Carte des sites : C. Visse d’après R.C. Green et alii (1967) fig. 1 ;
Moorea ancien : J.-L. Saquet d’après Cl, Robineau (1985) vol. 1, p. 82. fig. 10.
P. 85 L’ensemble des structures du site ScMo 103 : C. Visse d'après R.C. Green
in R.C, Green ef alii (1967) fig. 10.
P. 86 dessins : C. Visse d’après B. Gérard (1974) "Contribution à l’étude des
structures lithiques à caractère religieux aux îles de la Société” pp. 111-112.
P. 87 dessin : C. Visse d’après B. Gérard (1974) p. 104,
P. 88 "Ancient Moral of Nuupure village of Maatea " : aquarelle de Constance
Gordon Cumming, coll. Musée Gauguin : Marae 1 : C. Visse d'après B. Gérard
(1974) p. 102.
LES ILES SOUS-LE-VENT
P. 89 dessin C. Visse.
P. 90 ‘‘Pirogues des Isles des Amis” : coll. Bibl. du Muséum National d’Histoire
Naturelle (n" 485). Paris ; Hangar à pirogue des îles Tonga : L. Le Breton In
"Voyage autour du monde" de Dumont d’Urville; carte : C. Visse d'après P. Buck
(1952) p. 74 ; dessin : C. Visse.
P. 91 dessin : C. Visse ; carte : C. Visse d’après P. Buck (1952) p. 89.
P. 92 carte : C. Visse d’après B. Gérard (1978) fig. 8 : "Young manof Bota Bola":
William Hodges, B.P.B.M. (réf. 10048), Honolulu.
P. 93 cartes : C. Visse d’après E.S.C. Handy (1930) pp. 83 et 93 ; Ornai : gravure
J. et E. Verreaux d'après N. Dance.
P. 94 dessin : C. Visse d’après K.P. Emory (1933) fig. 101.
P. 95 dessin : C, Visse d'après K.P. Emory (1933) fig. 102.
P. 96 carte : C, Visse d’après J. Garanger et Cl. Robineau (1977).
P. 97 cartes : C. Visse d’après K.P. Emory (1933) fig. 115et d’après E.S.C. Handy
(1930) fig. 10.
PP. 98 et 99 dessins : J.-L. Saquet d'après K.P. Emory (1933) fig. 131.
P. 100 Comparaison des objets ouvrés : C. Visse d'après K.P. Emory et
Y.H. Sinoto (1963) “Les conséquences des récentes découvertes
archéologiques en Polynésie orientale" in ‘Bulletin de la Société des Etudes
Océaniennes".
P. 101 dessin : C. Visse d’après E.S.C. Handy ; pilon de basalte : coll. M.T.I.
(rèf, 78.07.49), cl. B. Vannier.
P. 102 Essai typologique de l'outillage en nacre : C. Visse d'après N. Pigeot
(Dépt, Archéologie du C.P.S.H.) ; Objets : de (1 ) à (5) fouilles Y.H. Sinoto,
coll, M.T.I., cl. J.-C. Bosmel. (6) coll. Dépt. Archéologie du C.P.S.H.,
cl. J.-C. Bosmel.
P. 103 Plan : C. Visse d’après Y.H. Sinoto.
LES ILES MARQUISES
P. 105 "Resolution Bay in the Marquesas" : William Hodges, coll. M.T.I.,
cl. J.-C. Bosmel,
P. 106 Katina : pilier anthropomorphe de case funéraire, coll. M.T.I, (n" 567),
cl. B. Vannier ; Joseph Cabri : ill. J. et E. Verreaux d'après G.H. von Langsdorff.
P. 107 "Noukhaïwaiens se tatouant” : J, et E. Verreaux d'après Krusenstern ;
casse-téte : coll. M.T.I., cl. P. Ottino ; Haka'l-ki: gravure de G.\-\. von Langsdorff
in K. von den Steinen (1804), cl. M.T.I.
P. 108 "Scène de tatouage" : J. et E. Verreaux d'après G.H. von Langsdorff.
P. 109 Guerrier : J. et E. Verreaux d'après G.H. von Langsdorff ; manche
d'éventail : coll. M.T.I., cl. P. Ottino.
P. 110 dessin : C. Visse d’après P, Ottino.
P. 111 “Cases de naturels à Nouka-Hiva ” : dessin de L. Le Breton /n “Voyage au
pôle sud et dans l’Océanie” de Dumont d’Urville. pl. 54 de l’Atlas.
P. 112 dessins : C. Visse d’après P. Ottino.
P. 113 dessin : C. Visse d’après K. von den Steinen (1928) t. 2. p. 30.
P. 114 dessin C, Visse d’après P.H. Buck (1952) p. 153et R. Linton (1925) p. 118;
Tahua : M. Radiguet, Service Historique de la Marine (album n'' 1.B5649, f33),
Paris, cl. C. Rives.
P. 115 étrier d'échasse : coll. Musée communal de Vaipaee, Ua Huka,
cl. P. Ottino ; Fa'e tukau : M, Radiguet, Service Historique de la Marine
(album n" 1.B5649, f44), Paris, cl.. C. Rives,
P. 116 dessins : C. Visse d'après R.C. Suggs (1961) p. 160, fig. 38.
P. 117 tuki : coll. Musée communal de Vaipaee. Ua Huka. cl. P. Ottino ; dessin :
C. Visse d’après R.C. Suggs (1962) p. 243.
P. 118 carte : C. Visse d’après P. Ottino.
P. 119 dessins : J.-L. Saquet d’après Y.H. Sinoto.
P. 120 dessin : J.-L. d’après P. Ottino selon les textes de Y.H. Sinoto.
TUAMOTU, GAMBIER ET AUSTRALES
P. 121 pagaie : coll. Musées Royaux des Arts et d’Histoire (réf. ET 5076),
Bruxelles : gravure d’après un dessin de L. Le Breton In "Voyage au pôle sud et
dans rOcèanie" de Dumont d’Urville, pl. 43 de l'Atlas.
P. 124 dessin : C. Visse d’après J.-M. Chazine.
P. 125 pelles : J.-L. Saquet d'après K,P. Emory ; Takapoto : C. Visse d’après
J.-M. Chazine.
P. 129 hameçon composé : coll. M.T.I. (n" 1525) don Teissier, 1949,
cl. J.-C. Bosmel.
P. 130 dessin : J.-L. Saquet d’après K.P. Emory (1947) p. 11 ; détail de lance de
Napuka : coll. M.T.I. (n” T 7742) long. 2,66 m.
P. 131 représentation de tortue : coll. M.T.I. (n'‘345). cl. J.-C. Bosmel ; tabouret
coll. M.T.I. (n" 62) don de M. Pack, 1936, cl. Dépt. Archéologie du C.P.S.H.
PP. 132 et 133 dessins : C. Visse d’après K.P. Emory (1939).
P. 134 Vitaria : C. Visse d’après P, Vérin (1969) ; Hatuturi : C. Visse d’après
A. Skjôlsvold (1965).
P. 135 dessin : C. Visse d’après W. Mulloy (1965),
P. 136 dessins : C. Visse d’après J.-L. Candelot.
143
Crédit photographique
Malgré nos efforts, certains noms de photographes ont pu nous échapper : qu'ils veuillent bien nous en excuser.
Les mentions sont faites dans l'ordre suivant : le numéro de la page est suivi du nom des photographes et éventuellement de celui de l'agence qui le représente. Les
photos sont répertoriées de la gauche vers la droite et du haut vers le bas.
P. 6 E. Conte : p. 9 M. Orliac ; p. 10 M. Orliac, M. Orliac : p. 11 M. Orliac, M. Orliac ; p. 12 M. Orliac, M. Orliac ; p. 14 M. Orliac ; p. 15 M. Orliac, M. Orliac ; p. 16 H. Plisson,
A. Vitalis-Brun (C.T.F.T.), M. Orliac, D. Stordeur ; p. 18 M. Orliac, A.M. Semah, A. Vitalis-Brun (C.T.F.T.), M. Orliac, M. Orliac, A.M. Semah ; p. 20 M. Orliac ;
p. 21 J. Garanger ; p. 22 J. Garanger, M. Orliac : p. 23 J. Garanger, J. Garanger ; p. 24 A. Lavondès (coll. M.T.I.), J.-L. Saquet, J. Garanger : p. 27 B. Juillerat ;
p. 30 J. Garanger ; p. 31 J. Garanger, J. Garanger ; p.32 J. Garanger : p. 33 J. Garanger, J. Garanger: p.34 J. Garanger ; p. 36 J. Garanger, J. Garanger; p. 37 J. Garanger,
J. Garanger, J. Garanger ; p. 38 J. Garanger, J. Garanger ; p. 39 J. Garanger, J. Garanger, J. Garanger, B. Juillerat ; p. 40 M. Krüger ; p. 41 Y.H. Sinoto (B.P.B.M.) ;
p. 42 J. Garanger, Y.H. Sinoto (B.P.B.M.), P. Ottino, Y.H. Sinoto (B.P.B.M.) ; p. 44 Langwood Caméra Supplies (Timaru, Nlle-Zélande), J. Garanger ; p. 51 J. Garanger,
J. Mines (Canterbury Muséum, Christchurch) ; p. 54 J. Garanger ; p. 55 J. Garanger, J. Garanger, J. Garanger ; p. 56 J. Garanger, J. Garanger, J. Garanger ;
p. 58 J. Garanger, J. Garanger ; p. 59 J. Garanger ; p, 68 J. Garanger : p. 69 A. Lavondès (coll. M.T. I.), J. Garanger ; p. 72 C. Pinson ; p. 75 J. Garanger : p. 76 J. Garanger,
J. Garanger : p. 77 J. Garanger, J. Garanger, J. Garanger ; p. 79 J. Garanger, J. Garanger ; p. 82 M. Orliac ; p. 86 Cl. Robineau ; p. 92 J. Garanger ; p. 93 Cl. Robineau ;
p. 94 Cl. Robineau : p. 95 J. Garanger, J. Garanger : p. 98 Cl. Robineau, J. Garanger ; p. 99 C. Pinson : p. 100 E. Christian, C. Lorme ; p. 101 C. Lorme, C. Lorme ;
p. 103 Y.H. Sinoto, E. Christian ; p. 104 M. Navarro, G. Twigg-Smith (B.P.B.M.) ; p. 108 P. Ottino, P. Ottino ; p. 111 P. Ottino ; p. 113 P. Ottino, P. Ottino ; p. 115 P. Ottino ;
p. 117 P. Ottino ; p. 118 P. Ottino ; p. 122 J.-M. Chazine, C. Rives-Cedr/, E. Conte ; p. 123 E. Christian, C. Rives-Cedn, J.-M. Chazine ; p. 124 J.-M. Chazine ;
p. 125 J.-M. Chazine, J.-M. Chazine ; p. 126 E. Conte, E. Conte, E. Conte : p. 127 E. Conte, E. Conte, E. Conte, E. Conte ; p. 128 E. Conte, E. Conte, E, Conte ;
p. 129 E. Conte, E. Conte ; p. 131 J.-M. Chazine, J. Garanger, J.-M. Chazine ; p. 133 P. Laboute ; p. 134 C. Hautbois, P. Boisserand (Dépt. Archéologie du C.P.S.H.) ;
p. 135 T. Heyerdahl, P. Boisserand (D.A. du C.P.S.H.) ; p. 136 J.-C. Bosmel, P. Boisserand (D.A. du C.P.S.H.).
Achevé d'imprimer: Juin
1990
Dépôt légal: 2“"’® trimestre 1990
Cet ouvrage a été compose par POLYTRAM, Tahiti
La photogravure a été réalisée par POLYCHROME, Tahiti
Imprimé et relié par TOPPAN, Singapour,
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entreprise collective : la réunion dans
l’Encyclopédie de la Polynésie d'une centaine des plus
éminents spécialistes, dans des domaines aussi
différents que la géographie, la climatologie, la
biologie, l'histoire, l’archéologie, l'ethnologie, la
sociologie ou l’économie, est, sans conteste, un
événement sans précédent à Tahiti. Un monument de
1 500 pages, traitant 500 sujets, se devait de faire appel
aux chercheurs, universitaires, enseignants, aussi bien
qu’aux forces vives du Territoire, acteurs de la vie
administrative, politique, économique et culturelle. Et,
comme pour la conception et la construction d’un
édifice de vastes dimensions, il fallait que chaque
volume possède son architecte en chef, un “maître
d’oeuvre" en assumant la responsabilité scientifique :
Bernard Salvat pour les trois premiers volumes ; José
Garanger pour le volume 4 : Anne Lavondés pour le
volume 5 ; Pierre-Yves Toullelan pour les volumes 6 et
7 : François Ravault et Jean-Marc Pambrun pour les
Une vaste
deux derniers volumes.
Encyclopédie de la Polynésie
CETTE COLLECTION EST COMPOSÉE DE 9 VOLUMES
VOLUME 1
les îles océaniques
VOLUME 2
flore et faune terrestres
VOLUME 3
le monde marin
VOLUME 4
à la recherche des anciens Polynésiens
VOLUME S
la vie quotidienne dans la Polynésie d’autrefois
VOLUME 6
la Polynésie s’ouvre au monde
VOLUME 7
(1765-1842)
la Polynésie s’ouvre au monde (1842-1960)
VOLUME 8
vivre en Polynésie 1
VOLUME 9
vivre en
Polynésie 2
témoignage de maturité : la réalisation de cette
Encyclopédie révèle qu’en ce moment du XX” siècle, le
développement en Polynésie de la Recherche - tant
territoriale que nationale - atteint une maturité qui
Un
reflète celle d’un pays.
Elle est, aussi, le résultat de concours individuels
déterminants : celui de Julien Siu qui nous a apporté
dès la naissance du projet un soutien sans faille, et
celui de Bernard Salvat qui a su donner à cette
collection
l’impulsion de son dynamisme
communicatif.
Fait partie de Encyclopédie de la Polynésie. 4, A la recherche des anciens Polynésiens