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E
D
ENCYCLOPEDIE
CHRISTIAN
LA
GLÉIZAL
/
POLYNESIE
MÜLTIPRESS
3.
ENCYCLOPEDIE DE LA POLYNESIE
Avec l’Encyclopédie de la Polynésie, les habitants de la
Polynésie française ont à leur disposition, pour la
première fois, un inventaire complet et détaillé du
monde dans lequel ils vivent. Pour la première fois, la
somme des connaissances acquises sur tout ce qui
concerne ce pays en ce moment du XX' siècle est
publiée pour décrire les 11Sîlesqui le composent, pour
faire revivre les hommes et les sociétés des temps
passés, pour faire l'inventaire des richesses que leur
offre leur environnement et dresser le tableau de la vie
quotidienne dans (a Polynésie d'aujourd'hui.
Une encyclopédie de toute la Polynésie fran¬
çaise : si Tahiti et sa capitale Papeete restent l'organe
vital du Territoire, il est aussi vrai que les archipels qui
le composent jouent un
rôle déterminant. Par
conséquent, tout au long des 9 volumes de l'Encyclo¬
pédie, Australes, Tuamotu, Gambier, Marquises et
Société sont évoqués, à la fois pour leur appartenance
à l'ensemble polynésien et pour leurs caractères
spécifiques. Ainsi, qu'il s'agisse d'histoire, d'archéo¬
logie, d'économie ou de l'étude des milieux naturels,
l'Encyclopédie apporte un témoignage de la richesse
et de la diversité des îles.
Une encyclopédie thématique : dans cet esprit, une
énumération
alphabétique des sujets serait apparue
l'ampleur du propos. Alors
que la répartition de ces 9 volumes en thèmes
successifs permet une compréhension plus complète
et plus profonde des sujets. Où l’on verra que, bien
souvent, l'exploration du passé éclaire les conditions
du présent et les possibilités de l'avenir.
comme une
restriction à
Une encyclopédie visuelle : a notre époque où la
communication par
l'image joue un si grand rôle, il
paraît évident de lui donner une place prépondérante
dans
un
ouvrage de cette Importance. Cartes,
schémas, dessins, et photographies occupent plus de
la moitié des pages, ajoutant ainsi à l'information écrite
une vision concrète et attrayante de celle-ci.
Une encyclopédie pour tous : quil s'agisse du
peuplement de la Polynésie et de sa culture ancienne,
de
ses ressources et de la gestion attentive de son
environnement, ou de l’état actuel de son organisation,
il va de soi que le désir de la connaissance passe par le
plaisir de son approche, textes et illustrations ont
donc été conçus dans un souci de simplicité qui laisse
intacte la rigueur scientifique. Dans.chaque volume,
une
bibliographie permet de connaître les sources de
la documentation
ou d'allér plus avant dans l'étude
d'un sujet. Enfin, un index et un glossaire éclairent les
termes techniques et facilitent la lecture.
Une encyclopédie des Polynésiens : un ouvrage de
cette conception représente un outil de travail pour les
enseignants, une source de références pour les élèves
les étudiants, un moyen d'information pour tout
esprit curieux. Il permet à tous ceux qui sont nés ou qui
vivent en Polynésie de la mieux connaître et, pour tous
ceux de l’extérieur, de découvrir une image différente
et
de celle des cartes postales.
Mais, les dimensions de l'Encyclopédie de la Polynésie
dépassent ces aspects pratiques. Comme tout pays en
plein essor, la Polynésie, française est confrontée à ce
défi que constitue l'insertion de sa croissance démo¬
graphique et économique dans le cadre géographique
et politique qui est le sien. Des 9 volumes de cet
ouvrage se dégagent l'historique et le bilan des
ressources dont dispose ce pays. En conséquence
directe, ils mettent l'accent sur ses richesses poten¬
tielles, mais aussi sur la fragilité des équilibres naturel
et humain dont chaque Polynésien est le garant.
En couverture : Syphonogorgia sp. (Alcyonaires ou
"corail mou") étalant ses polypes à la limite Inférieure
des peuplements coralliens (-60 m) sur les pentes
externes des
récifs (cl. P. Laboute) ; Poisson
perroquet.
ENCYLOPÉDIE DE LA POLYNÉSIE
Editée et produite par Christian Gleizal
© 1986 C. Gleizal/Multipress pour la première édition
Tous droits réservés. Il est interdit de reproduire, d'utiliser dans une banque de
données ou de retransmettre par quelque moyen que ce soit cet ouvrage,
partiellement ou totalement, sans l'autorisation préalable écrite des éditeurs.
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ENCYCLOPEDIE
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LA POLYNESIE
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3
ENCYCLOPEDIE DE LA POLYNESIE
le monde marin
Ce troisième volume de l’Encyclopédie de la Polynésie a été réalisé sous la direction de :
Bernard Salvat,
Docteur ès sciences, Muséum E.P.H.E.
avec
la collaboration de :
Raymond Bagnis, Diplômé de Médecine tropicale, Institut Malardé,
Martin Coeroli, D.E.A. d’Océanographie biologique, E.V.A.A.M., Michel Denizot, Docteur ès sciences, Université du Languedoc,
Gérard
Faure, Docteur ès sciences. Université de la Réunion,
Patrick Galenon, Docteur de 3ème cycle en Océanographie,
E.V.A.A.M., René Gaizin, Docteur és sciences, C.N.R.S.-E.P.H.E.,
Richard Hanslee Johnson, Licencié en sciences, André Intès, Maître de recherches en Océanographie, O.R.S.T.O.M.,
Docteur de 3ème cycle en Biologie, Université d’Orléans,
Georges Richard, Docteur ès sciences, E.P.H.E.,
Philippe Siu, D.E.A. d’Océanographie, E.V.A.A.M., Jean-Pierre Sylvestre, Société d’Études des Cétacés de Tadoussac (Canada),
Bruno Ugolini, Ingénieur, E.V.A.A.M., Stephen Yen, D.E.A. de Biologie marine, E.V.A.A.M.
et la coopération des organismes et services suivants : Antenne du Muséum National d’Histoire Naturelle
et de l’École Pratique des Hautes Études, Établissement pour la Valorisation des Activités Aquacoles et Maritimes,
Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer (Cnexo-I.S.T.P.M.),
Institut Territorial de Recherches Médicales Louis Malardé, O.R.S.T.O.M.
(Institut français de recherche scientifique pour le développement en coopération),
Laboratoire de Cryptogamie de l’Université du Languedoc, Laboratoire de Biologie marine de l’Université de la Réunion,
Laboratoire d’Écologie animale-Zoologie de l’Université d’Orléans ...
Michel Prévôt, Architecte, Jean-Pierre Renon,
Michel Ricard, Docteur ès sciences, Muséum-E.P.H.E.,
Conception et production : Christian Gieizai
Maquette et coordination de la réalisation technique : Jean-Louis Saquet
Assistante de production : Catherine Krief
Illustration : Jean-Louis Saquet et Catherine Visse
Cartographie : Jean-Louis Saquet
Photographies : J. Bouchon, E. Christian, D. Darqué, M. Denizot, M. Fallour,
Folco, Y. Fukuyo, M. Harmelin-Vivien, B. Hermann, R.H. Johnson,
M. Koie Poulsen, P. Laboute, J. Lecomte, J.-P. Marquant, M. Moisnard, M. Monniot,
M. Monteforte, C. Pinson, M. Ricard, C. Rives-Cedr/, B. Salvat, J.-P. Sylvestre,
B. Ugolini, S. Yen.
G. Faure, M.
Les photographies autres que celles confiées par les auteurs ou leurs agences,
sont publiées avec l’autorisation des sociétés ou organismes suivants :
C.E.A., Cnexo, C.N.R.S., Marama Nui, M.N.H.N., O.R.S.T.O.M...
Notre travail a été considérablement facilité par l’importante documentation
mise à notre disposition par Times Éditions/les Éditions du Pacifique et leur
fondateur, Didier Millet.
Nous remercions l’Académie tahitienne et son président, M. Maco Tevane,
d’avoir bien voulu vérifier les noms polynésiens de la faune marine.
43
CHRISTIAN GLEIZAL / MULTIPRESS
Avant-propos
Ce dernier des trois volumes de l’Encyclopédie consacrés à l’environnement nous amène
dans un milieu particulièrement important pour le
Polynésien, car aucune autre population humaine n’a développé d’aussi étroits rapports avec le monde marin. L’océan et les récifs
coralliens Imprègnent en effet toute la vie
polynésienne, mais cette symbiose a ses limites. Dans les récifs et les lagons l’homme
est malgré tout en lerra incognila,
pour la raison que, dans le milieu aquatique, la majorité des signes d’activité des habitants échappe à ses sens
qui sont ceux d’êtres terrestres. En Polynésie, une connaissance empirique d’une prodigieuse richesse permettait autrefois
cette symbiose. Aujourd’hui, une connaissance
scientifique de plus en plus approfondie la complète et la prolonge.
Les limites des ressources offertes par le milieu terrestre étalent celles liées à la
jeunesse des îles - à l’échelle des temps géologiques et à leur Isolement au centre du
Pacifique. Limites des ressources végétales, et l’on sait que plusieurs plantes ont été Introduites
et certaines améliorées par les Maoris, mais aussi limites des
ressources animales,
puisque aucun vertébré n’exlstalt naturellement
dans les îles. En revanche, l’océan offrait un domaine Illimité de richesses
apparemment inépuisables et relativement faciles à récolter,
du moins celles renfermées par les récifs et les
lagons coralliens.
Les principaux acteurs - coraux, mollusques,
algues, poissons - de ce monde sous-marin, exubérant de couleurs et fascinant de mouvements,
feront Ici l’objet de chapitres particuliers où l’on découvrira
qu’il faut se garder de clichés simplistes tant la diversité du monde
vivant est fantastique. Et c’est avant tout de cette diversité dont il est rendu
compte car elle concerne aussi bien les formes
et les espèces que les modes de vie et de
reproduction, et elle Induit également une très grande complexité de fonctionnement.
Divers et complexe, l’écosystème corallien - le milieu et ses habitants
existait bien avant que n’apparaissent les premières îles de nos
archipels. Puis, portés par les courants marins, certains organismes ou leurs larves ont colonisé ces nouveaux domaines
littoraux. Ensuite, l’homme est entré en scène et a modelé dans cet environnement
naturel ce qui constitue son patrimoine culturel et social.
C’est dans ses rapports avec son milieu naturel
que l’homme polynésien a atteint la quintessence de son originalité. Aujoqrd’hui
dépositaire de ces récifs et de ces lagons qui l’ont fait tel qu’il est, sa tâche n’est pas aisée s’il veut préserver ses racines et rcKlrer son avenir.
Fragiles et vulnérables lace aux éléments naturels, les récifs coralliens le sont ausgl face aux actions
hij
et leur protection ne peuvent
qq^^re placées so^ la responsabilité de t^üte la^^ruJabon et de ses éf
-
Bernard SALVAT
Dans un théâtre au ciel
bleu et sous la brise
agitant les palmes des
cocotiers, le monde
sous-marin des coraux,
des poissons et d’une
multitude d’invertébrés
est un
spectacle
étourdissant.
Lentement les coraux
construisent le récif et
les espèces tissent un
incroyable réseau de
relations entre elles.
Milieu complexe. Milieu
fragile.
Sommaire 1 Le littoral corallien
9
2
B. SALVAT
Au-delà du récif
12
L’édifice récifal corallien
16
Construction et destruction des récifs
18
Les habitants des récifs
21
Le réseau trophique
23
Les associations entre espèces
Les coraux
G. FAURE
Madréporaires
25
Les
28
Écologie des coraux
30
Formes et croissance des coraux
32
La répartition des genres de coraux
34
Les “faux” coraux
36
La faune corallienne de
38
Les ennemis du corail
Polynésie
Les coquillages
41
44
48
50
52
55
b. SALVAT, g. richard, M. COEROU, a. INTÈS, P. S/U. s. YEN
Mollusques
B. Salvat
Modes de vie des Mollusques
B. Salvat
La croissance et l’âge des coquillages
G. Richard
Coquillages dangereux
G. Richard
L’huître nacrière et perlière
M. Coeroli et A. hués
Le troca, une introduction réussie
P. Siu et S. Yen
La richesse des
Algues et invertébrés
57
62
64
m. denizot, m. ricard, j.-p. renon, b. salvat
M. Denizot
Le phytoplancton, plancton végétal
M. Ricard
Le zooplancton, plancton animal
J--P- Renon
Les algues
66
Oursins et holothuries
B. Salvat
69
L’étoile de mer épineuse
B. Salvat
B. Salvat
70
Crabes, langoustes, ti'ane’e et varo
Les poissons ; généralités
73
Les caractères physiques
76
Les caractères biologiques
78
Habitats et habitudes alimentaires
80
Les poissons nuisibles ou dangereux
82
84
_
86
92
R. Bannis
R. Bagnis
R. Galzin
R. Bagnis
R. Bagnis
R. Bagnis
R. Bagnis
La ciguatera
A la découverte des poissons de récifs
Classification et nomenclature des poissons
O Poissons de Polynésie
89
r. bagn/s. r. galzin
Papillons, demoiselles, clowns
Perroquets et labres
94
Loches et mérous
96
Lutjans, becs de cane, perches de mer et vivaneaux
r. bagnis, r. galzin
R. Bagnis
R. Bagnis
R.
98
Poissons armés et cuirassés
R.
100
Faune ichtyologique hétéroclite
R. Gaizin
102
Poissons du large
105
108
110
relativement rare. On
possédait quelques
exemplaires des Hawaii,
des Seychelles et des
Marquises. L'individu
s’est installé ici dans une
coquille de Dolium pour
protéger son abdomen.
Requins de Polynésie
Les mœurs des requins
Les thons
Bagnis
r. Bagnis
Y Requins et animaux du large
Ce magnifique bernard
i’ermite (Aniculus
maximus), vivant sur la
pente externe du récif,
est une espèce
Bagnis
r. Bagnis
R.H. Johnson
R.H. Johnson
B. Ugolini
112
Les bonites
B.
114
Espadons et marlins
M. Prévôt
116
Les tortues marines
119
Baleines et cachalots
121
Importance des récifs coralliens
Fragilité et vulnérabilité des récifs
Les pollutions à l’assaut des récifs
La protection des espèces et des récifs
Protection et aménagement
8 La dégradation des récifs
124
126
133
135
137
138
Ugolini
P. Galenon
J.-P.
Sylvestre
b. salvat
Bibliographie
Index
7
1 Le littoral corallien
Ceproblèmes
premier chapitre
sur le monde
sous-marin
introduira
le sujet
en abordant
les Au-delà du récif
très généraux
du récif
corallien.
En effet
certaines
questions
méritaient d’être abordées dans leur ensemble avant d’être traitées dans les différents
chapitres à propos de chacun des groupes de végétaux et d’animaux concernés.
Si l’image classique d’une île polynésienne présente toujours un lagon aux eaux
calmes et vertes avec des cocotiers qui s’y reflètent, le monde marin c’est aussi le grand
océan et les pentes profondes plongeant vers les abysses au-delà du récif-barrière et
de la pente externe corallienne. Un monde presque inconnu dont nous avons
commencé à percer les mystères en décembre 1983 grâce aux plongées de la
soucoupe Cyana.
Nous remonterons ensuite la pente externe pour présenter l’édifice récifai
corallien lui-même. Un tel écosystème est limité aux côtes intertropicales baignées par
des eaux relativement chaudes, et les conditions nécessaires à la construction récifale
sont en fin de compte celles nécessaires à
constructeurs. Ces récifs comportent différentes
géomorphologique.
l’exubérance des organismes
parties que nous révèle l’étude
Le récif corallien polynésien est un milieu construit par des êtres vivants sur les
pentes sous-marines peu profondes de roches basaltiques d’un volcan. Mais il est
aussi l’objet d’un processus permanent et simultané de construction et de destruction
dans lequel interviennent non seulement les agents biologiques que sont différentes
espèces qui perforent, qui broutent, qui dissolvent le calcaire, mais aussi les agents
physiques et chimiques tels que les cyclones et les phénomènes d’érosion habituels.
Par leur aptitude à fixer le calcium de l’eau de mer, le corail et quelques autres
organismes, qui élaborent des squelettes internes ou externes s’accumulant après leur
mort, sont déterminants pour la construction de l’édifice. Cependant les habitants du
récif appartiennent à une multitude de groupes végétaux et animaux, dont les plus
communs feront l’objet des chapitres suivants. Mais nous évoquerons aussi ceux qui
sont dans l’ombre, soit du fait de leur mode de vie dans les anfractuosités du corail, soit
du fait de leur petitesse ou encore de leur rareté.
Ce monde du récif corallien, apparemment si
coloré et si vivant, est en fait un
théâtre d’opérations où la mort guette chaque espèce à chaque instant. Comme tout
écosystème, mis à part les végétaux capables de photosynthèse, tous les organismes
s’entredévorent dans un réseau trophique où les régimes alimentaires sont
extrêmement variés. La survie des individus et des espèces est soumise à une
compétition terrible et pour se protéger, pour s’aider, pour mieux tromper l’ennemi,
des associations d’espèces de plusieurs types ont vu le jour : commensalisme,
symbiose, parasitisme. Un monde plus complexe dans son fonctionnement que le plus
compliqué des ordinateurs, un chef d’œuvre de la nature, tel est le résultat d’un travail
de dizaines de millions d’années.
Si le littoral corallien des îles polyné¬
siennes est relativement bien connu et s’il fait
partie du cadre de vie traditionnel des
habitants, il n’en est pas de même des zones
profondes au-delà du récif-barrière. Les infor¬
mations dont nous disposons sur les animaux
qui y vivent sont fragmentaires. Elles tiennent
à la pêche en zone profonde (pêche des vivaneaux), à quelques dragages et aux observa¬
tions récentes effectuées
avec
la soucoupe
plongeante Cyana en décembre 1983.
Au-delà de Fare Ute
Au-delà de la zone frontale du récif-barrière
qui borde la partie nord-est du port de
Papeete s’étend la pente externe du récif.
Celle-ci est habituelle et comprend différentes
structures mais la pente générale est relati¬
vement forte jusqu’à 80 mètres. A cette
profondeur un coude fait passer la pente de
45° à 90° et c’est une falaise pratiquement
verticale, faisant suite à la pente précédente,
jusqu’à la profondeur d’environ 200 mètres.
Au-delà se situe une zone d’éboulis, blocs aux
dimensions diverses, avant une pente sableuse
qui va aller en s’adoucissant jusqu’à 1 500
mètres de fond. On peut considérer que la base
du volcan de Tahiti repose par 2 500 mètres
sur
le
plancher océanique. Cela fait
une
montagne, un volcan en grande partie sous-
marin, d’une altitude de plus de 4 500 mètres.
Entre le platier récifai et les grandes
profondeurs, le milieu marin est divisé en
plusieurs zones. La pénétration de la lumière,
qui permet l’assimilation chlorophyllienne et
Page de gauche :
Bordure d’atoll des
Tuamotu. Entre les
motu, les hoa
permettent de faire
communiquer les eaux
océaniques et les eaux
lagonaires. La pente
externe est la partie
vivante et constructrice
de l'édifice récifai,
alors que le lagon est un
important lieu de
sédimentation.
La soucoupe
plongeante Cyana de
l'IFREMer-Cnexo a
permis l’exploration de
la pente externe entre
100 et plus de
1 000 mètres de
profondeur, au-delà du
récif-barrière de Fare
Ute à Papeete, en
décembre 1983.
9
LE MONDE MARIN
donc
la présence d’algues, est un facteur
capital. La zone euphotique où pénètre suffi¬
samment de lumière indispensable aux coraux
qui possèdent des algues symbiotiques dans
leurs tissus, ne s’étend pas au-delà d’une
centaine de mètres. Au-delà de cette profon¬
deur on ne rencontre plus d’algues ni
d’animaux herbivores mais des animaux qui
se nourrissent des organismes
planctoniques
qui tombent sur le fond ou de leurs débris
organiques, ou des prédateurs qui mangent les
précédents. Tout récemment, un autre
système d’alimentation, par chimiosynthèse, a
été mis en évidence, à partir de bactéries puis
de bivalves géants s’en nourrissant, près des
sources
hydrothermales profondes à
proximité des points chauds. De telles com¬
munautés abyssales n’ont pas été observées
lors des
plongées de Cyana sur les points
chauds à l’est de Tahiti.
La falaise subverticale que l’on peut observer
entre 80 et 200 mètres de profondeur est une
falaise corallienne constituée de coraux morts
des cavités et des surplombs, le tout en
d’érosion
puisque
organismes
constructeurs de récifs ne peuvent vivre à une
telle profondeur. Cette falaise, du moins sa
partie supérieure, était vivante au cours de la
dernière période glaciaire. Entre -100 000 et
-10 000 ans approximativement, pendant la
glaciation de Wurm, le niveau de la mer était à
cours
majeure partie de la falaise était couverte de
colonies
coralliennes
constructrices bien
vivantes. 11 y a 10 000 ans le niveau de la mer
Une falaise corallienne
sous-marine morte
avec
60 ou 80 mètres plus bas qu’actuellement et la
les
remontait, redonnant vie à la pente externe en
pente douce (de 0 à 80 m) que les eaux marines
avaient laissée à découvert pendant la période
glaciaire. Mais si le haut de l’édifice reprenait
vie, le bas mourait, les coraux ne pouvant
vivre au-delà de 80-100 mètres de profondeur
faute de lumière. Cette alternance de périodes
glaciaires et interglaciaires, de niveaux océa¬
niques bas et hauts, s’est produite au moins
à trois reprises au cours du Quaternaire, c’està-dire au cours des trois glaciations princi¬
pales (Wurm, Riss et Mindel) du dernier
million d’années. Conjointement à ces événe¬
ments catastrophiques il convient
d’ajouter la
RÉCIF
PLATIER
•80
GENOU
-100
TOMBANT
-200 — —
PIÉMONT
au-dessus :
Un Antipathaire de plus
de 50 cm de haut est
attaché à un débris
corallien ou volcanique
reposant sur le sable
par 716 mètres de
profondeur. La pince de
la soucoupe Cyana
s’apprête à le saisir,
mais malheureusement
l'échantillon ne sera pas
ramené en surface.
Une Actinie de grande
taille, pouvant dépasser
25 cm, est abondante
entre 900 et
1 100 mètres.
Photographiée ici par
930 mètres. Il s’agit
d’une Actinostolidae du
genre Actinoscyphia.
Elle ressemble
beaucoup à A. saginata
qui n'est connue que de
l’Atlantique Nord.
Profil topographique de
la pente externe de
Tahiti au-delà du récifbarrière de
Rare Ute.
C’est pour l’étude du
Un poisson de la famille
des Scorpaenidés, du
genre Pontinus. Il est
assez fréquent vers
300-400 mètres de fond.
projet E.T.M. (énergie
thermique des mers)
que ce profil a été
établi et que les
plongées de la
soucoupe Cyana ont été
réalisées.
LE LITTORAL CORALLIEN
subsidence qui ne favorisait guère la survie des
coraux à la limite inférieure de répartition. Il
vraisemblable que cette falaise subverti¬
milieux de substrats durs et meubles. Au cours
d’une douzaine de plongées de Cyana entre 80
de cette île - existe également dans les autres
plus de 50 espèces ont été
repérées et photographiées, mais leur identi¬
fication spécifique pose bien des problèmes en
l’absence d’échantillonnage.
française.
groupes
est
un peu analogue à celle qui
peut être vue
à Makatea à la suite de l’histoire particulière
cale
-
îles hautes et même les atolls de
Polynésie
et 2
000 mètres,
On trouvera ici un tableau de richesse des
faunistiques représentés. On notera
spécialement la présence et l’abondance
des Crinoïdes comatules, groupe d’Echinodermes qui est absent du milieu littoral
corallien de Polynésie française, et d’Antipathaires (corail noir). Ces deux groupes ont
quelquefois des représentants sur les pentes
externes par 50-80 mètres de profondeur.
Parmi les Crustacés, on note la présence de
tout
La faune profonde de 100
à 1 100 mètres
Si la falaise subverticale et les éboulis sont des
matériaux coralliens morts avec, au-delà des
éboulis, des pointements de roches volca¬
niques, il n’en demeure pas moins qu’une
faune d’une
certaine
richesse vit dans
ces
nombreuses crevettes vivant sur le fond ou à
son
voisinage, de pagures (bernard l’ermite) et
de galathées. Parmi les Echinodermes, ce sont
les oursins qui sont les mieux représentés
(6 espèces), et les plus profondes des espèces
vivant
sur
le sédiment très fin ont
un
test
rigidité. Les holothuries, avec de longues
protubérances colorées ont un corps translu¬
cide et l’on voit leurs organes internes à travers
leur épiderme. Parmi les poissons, on note des
Trachichthydés, des Dasyatidés et des
Epigonus au-delà de 500 mètres, et moins
profond des Pontinus, des Chaetodon et des
Holanthias. Parmi les espèces des autres
groupes
faunistiques on rencontre en
profondeur de grosses anémones Actinoscyphia de plus de 20 centimètres de diamètre
qui aux environs de 1 000 mètres sont fixées
sur des épaves diverses reposant sur la vase
sans
fine.
Richesse en espèces des
différents groupes
d'animaux observés sur
ia pente externe de
Tahiti entre 100 et
1 100 mètres de
profondeur fors des
piongées en soucoupe
Cyana (décembre 1983).
Poissons
12
Echinodermes
12
Crustacés
8
Gorgones
6
Actiniaires
Antipathaires
Divers
(Echinoderme)
appartient à la famille
des Psychropodidae et
peut-être au genre
Elosipoda. Elle chemine
lentement sur le sable fin
006 mètres de
profondeur ; elle a été
par 1
rencontrée entre 900
et 1 100 mètres.
3
5
TOTAL
Cette hoiothurie
5
51
A côté des coraux morts,
par 263 mètres, dont la
pince de la Cyana
essaye de prendre un
échantillon, on trouve
une gorgone, une masse
blanchâtre qui est une
éponge, et
vraisemblablement
ophiure.
une
ZONE
PROFONDE
-1 000 m
Des Gorgones, assez
abondantes entre 200
et 700 mètres, sont ici
probablement sur
une
coulée de
basalte, par 280 mètres
de fond.
11
LE MONDE MARIN
L’édifice récifal
corallien
coralliens
récifs
Les
littoral des îles de
caractérisent
le
Polynésie française, mais
écosystème intertropical littoral
qui y soit présent. En effet dans le Pacifique
c’est le seul
Ouest et dans les océans Indien et Atlantique
forêts de palétuviers, ainsi
que de larges estuaires représentent des
écosystèmes différents des récifs coralliens et
tout aussi importants.
les mangroves, ou
Conditions nécessaires
à l’édification récifale
Les récifs sont construits par d,es
raires
ou
coraux
Madrépoqui se répartissent en deux
Ces conditions
font que les récifs
coralliens sont distribués dans la zone inter¬
Les récifs coralliens en Polynésie
tropicale où sont les eaux chaudes et là où des
conditions défavorables n’empêchent pas la
construction récifale. Au-delà des tropiques
du Cancer et du Capricorne certains secteurs
sont favorables (Ryukyu) ou pas (Australes,
Rapa) en fonction de la température des eaux
océaniques venant des régions polaires. Par
Nous
ailleurs
les
remontées
d’eaux
froides
profondes (abysses) ne permettent pas la
présence de coraux et donc de construction
récifale sur les faces ouest des continents. De
plus, certains grands fleuves (le Gange dans
l’océan Indien, l’Amazone dans l’Atlantique)
par leurs importants débits d’eau douce et par
leurs apports terrigènes considérables empê¬
chent la construction-du récif là où la tempé¬
rature de l’eau le permettrait.
avons
l’existence
dans
les
déjà
eu
l’occasion d’évoquer
l’absence d’édifices récifaux
différents archipels de Polynésie
ou
française ainsi que l’évolution des récifs et des
îles compte tenu de la subsidence. On peut
résumer ces données. A l’exception des îles
Marquises et de Rapa dans les Australes
toutes les autres îles de Polynésie française
sont le siège d’une active édification récifale.
Plusieurs hypothèses ont été avancées pour
expliquer l’absence de récifs coralliens aux îles
Marquises et nous noterons simplement ici
que la richesse en espèces de coraux y est bien
moins grande qu’aux îles de la Société ou aux
Tuamotu. Rapa se situe à une latitude où les
eaux
marines sont trop froides pour la
construction récifale.
Par ailleurs certaines
catégories. Les coraux hermatypiques sont
ceux qui possèdent dans leurs tissus des
algues
unicellulaires
(zooxanthelles)
vivant
en
symbiose avec le corail ; l’hôte et les algues
retirent
mutuels.
de cette association des avantages
Ces coraux hermatypiques ont la
faculté de fixer le calcium de l’eau de mer et
d’élaborer
un
important squelette de
carbonate de calcium. L’inconvénient de leur
association symbiotique avec les algues tient à
l’indispensable énergie lumineuse qu’ils
requièrent continuellement pour la photo¬
synthèse des zooxanthelles, ce qui limite leur
distribution aux eaux superficielles de l’océan.
Au-delà de 80 à 100 mètres de profondeur la
lumière est insuffisante pour la photosyn¬
thèse. Les autres coraux, sans algues symbio¬
tiques, sont qualifiés d’ahermatypiques ; on
les rencontre à toutes les profondeurs marines
mais ils ne construisent pas de récifs.
Nous verrons ultérieurement que la
construction des récifs n’est pas que le fait des
Madréporaires mais qu’un certain nombre
d’autres organismes végétaux et animaux y
contribuent
plus ou moins largement.
Cependant les coraux sont les principaux
constructeurs, de sorte que les conditions de
milieu nécessaires à l’édification des récifs
coralliens sont, essentiellement, les conditions
nécessaires
à
l’épanouissement
des
peuplements de madrépores.
Les coraux exigent une température
minimale de l’eau de mer de l’ordre de 20". Audessous la croissance est faible et à une tempé¬
rature inférieure à 18" il n’y a pas de construc¬
tion récifale. A 23"-27" la croissance est opti¬
male et au-delà de 30"
ne
Complexe récifal d’une
île haute, Moorea.
L'écosystème récifal et
lagonaire s’étend sur
quelque 800 mètres ;
éperons et sillons de pente externe
au-delà du récif-barrière
se situe la pente externe.
-Tf'L
OCEAN
subsistent que
quelques espèces des genres Poriies, Montipora et Acropora, par exemple. Les eaux
doivent être limpides : une trop grande charge
en
éléments terrigènes étouffe les coraux
qui n’arrivent plus à se nettoyer d’une trop
forte sédimentation à leur surface, mais gêne
aussi la pénétration de la lumière indis¬
pensable aux zooxanthelles. La salinité doit
être voisine de celle de l’océan, soit environ 36
de sels par litre et si les coraux
peuvent subir des dessalures temporaires ou si
certaines espèces peuvent même vivre et
prospérer dans des eaux de salinités comprises
entre 20 et 35 pour I 000, la construction
-27 m
(r60 m
grammes
récifale s’accommode mal d’eaux saumâtres.
C’est une des raisons pour lesquelles les passes
se
12
situent face aux débouchés des rivières.
tombant
-glacis inferieur
LE LITTORAL CORALLIEN
îles ne sont pas encore bordées de récifs
coralliens compte tenu de leur jeunesse. Tel est
le
cas
de
Mehetia
-
quelques centaines de
milliers
d’années
éruptions
remontent à quelques milliers
où les coraux commencent à
d’années
s’installer.
et
dont
les
Pour les autres îles, de
dernières
quelque
archipel que ce soit, l’évolution est connue :
l’île volcanique une fois apparue est ceinturée
d’un récif corallien et le lagon va d’autant plus
s’élargir que la masse volcanique centrale va
s’enfoncer par subsidence pour finalement
disparaître et ne plus laisser que l’anneau
corallien c’est-à-dire un atoll. Cette évolution
quelques millions d’années est
parfaitement illustrée par la situation actuelle
de trois îles qui sont à des stades d’évolution
différents : Moorea et son système récif-lagon
large d’un millier de mètres, Maupiti ou Bora
sur
Bora avec un grand lagon et une masse volca¬
nique centrale résiduelle, Scilly ou n’importe
quel autre atoll de la Société ou desTuamotu.
L’écosystème corallien
des îles hautes
Une île
millions
haute de
d’années
quelques centaines de
voit
les
coraux
se
sous-marines et
border le rivage
généralement rocheux, récif qualifié de
frangeant. Dans un stade ultérieur (Tahiti,
Moorea) l’édifice corallien comprend
plusieurs parties.
Le récif frangeant bordant le littoral est peu
profond et les colonies coralliennes vivantes, à
fleur d’eau à marée basse, ne peuvent plus pro¬
gresser en hauteur. Cette zone frangeante est
développer
sur ses pentes
construire un récif qui va
également un lieu de dépôt sédimentaire
important et elle est le siège d’une double
influence marine et corallienne en provenance
récif-barrière, d’une part, et insulaire et
terrigène en provenance du milieu terrestre
d’autre part. La construction corallienne en
zone frangeante, surtout dans les zones
près
du rivage, est moins florissante que sur la zone
barrière. Les espèces coralliennes et autres
sont susceptibles de subir des conditions de
milieu
avec
une
certaine amplitude de
variations (température, salinité, turbidité...).
Le lagon est parfois individualisé sous forme
d’un chenal mais il s’agit généralement d’une
zone où les dépôts sableux coralliens sont
dominants avec quelques pâtés coralliens aux
formes souvent massives. La profondeur du
lagon et du chenal est variable en fonction de
l’ouverture du lagon sur le large c’est-à-dire la
du
Le lagon de la côte ouest
de Moorea est de très
faible profondeur. En
arrière du récif-barrière
s'étend sur plus de
600 mètres le domaine
sableux où les
formations coralliennes
vivantes ne tiennent
qu’une place
secondaire.
LAGON
pente externe
dépression sous-éperons ou sous-contreforts
Le lagon de la côte est de
Moorea présente, en
face d’Afareaitu, un
lagon profond de plus de
60 mètres en
Le récif d’une ile haute.
Bloc diagramme de la
pente externe du récif de
Tiahura à Moorea.
communication avec
l’océan par une passe
qui permet, par le
renouvellement des
eaux qu’elle assure, des
conditions favorables
à la croissance
corallienne.
13
LE MONDE MARIN
proximité ou l’éloignement d’une passe plus
ou
moins profonde. Sur la côte ouest de
Moorea il n’y a pratiquement pas de chenal et
de la zone frangeante à la zone barrière les
sédiments l’emportent largement sur les
constructions récifales, les fonds sont très peu
profonds (quelques mètres). En revanche, sur
la côte est, le lagon d’Afareaitu est très
profond face à une importante passe.
La zone barrière peu profonde - 2 à 3 mètres correspond à une multitude de pâtés
coralliens isolés ou plus ou moins soudés entre
eux pour former à l’approche du front récifal
une véritable plate-forme émergeant à marée
basse. Dans cette zone barrière les sédiments
moins importants que le substrat
corallien vivant et mort et les sables n’ont
sont
qu’une épaisseur réduite car ils reposent
généralement sur d’anciennes constructions
récifales ou sur la dalle corallienne. Cette zone
est assez florissante ; la diversité des espèces
est
importante et les coraux sont représentés
par
des formes branchues et massives
en
fonction de l’importance des actions hydro¬
dynamiques. C’est une zone de transition des
matériaux
coralliens
arrachés
à
la
pente
externe et rejetés par les vagues dans le lagon
et en zone frangeante, surtout en période de
mauvais temps ou de cataclysmes (cyclones,
tsunamis).
La zone frontale du récif où brisent les vagues
de l’océan peut généralement être divisée en
parties. La partie interne est souvent
d’algues brunes (Sargassum et
Turbinaria), ce qui n’exclut pas une faune
sous-jacente d’invertébrés marins sous la
couverture algale et dans les cuvettes. La
partie externe est dominée par les algues cal¬
caires ; il s’agit d’algues rouges dont les cellules
ont des parois en carbonate de calcium.
Lorsque la zone frontale n’est pas trop battue
par les vagues ces algues calcaires laissent la
place à certaines espèces de coraux capables
de résister au fort courant qui règne en cet
deux
recouverte
endroit (Pocillopora, Montipora...). Toute
une faune d’invertébrés vit à la surface de ce
récif-barrière ; ils sont capables de se coller au
substrat (mollusques, comme le mâ'oa Turbo setosus) ou de trouver un abri dans les
anfractuosités de la construction récifale
(crustacés, vers...).
La pente externe débute par des éperons et des
sillons, c’est-à-dire une alternance de dômes
où dominent coraux et algues calcaires et de
vallons qui sont des couloirs d’érosion dans
lesquels transitent les blocs coralliens en
période de mauvais temps. Ces éperons et
sillons peuvent se prolonger jusqu’à 5 à 10
mètres de profondeur où la totalité du
substrat est alors occupée par des colonies
coralliennes jusqu’à une profondeur d’environ
80 mètres. Cette pente externe de l’ordre de
30" à 45° est actuellement la partie en cours de
construction de l’édifice corallien. Les espèces
quky vivent subissent des conditions de milieu
océanique ; les influences insulaires y sont
La distribution des récifs
coralliens dans le
monde. Les régions où
l'on trouve les récifs
coralliens sont situées
à l’intérieur des lignes
isothermes des eaux
océaniques de 20°C.
C'est pou rquoi elles sont
principalement dans la
zone intertropicale.
La passe dans un atoll,
ici Hao (Tuamotu), est
un élément
géomorphologique
capital qui détermine les
conditions de milieu à
l’intérieur du lagon et,
par voie de
conséquence, la
composition de la flore
et de la faune.
14
LE LITTORAL CORALLIEN
réduites compte tenu de la faible superficie des
îles mais elles ne sont toutefois pas négli¬
geables. En effet ces influences insulaires d’îles
hautes volcaniques permettent la présence
d’espèces, notamment d’algues, qui sont
absentes des atolls des Tuamotu. La pente
externe comporte parfois des terrasses corres¬
pondant à d’anciens niveaux marins. Au-delà
d’une profondeur voisine de 80 mètres nous
sommes en mesure de penser qu’une falaise
subverticale amène le fond vers 200 mètres où
vont se situer des éboulis coralliens, des effleu¬
volcaniques et des coulées de sable
avant que ne débute vers 500 mètres une pente
rements
lieu de sédimentation importante et d’érosion
active alors que la pente externe du récif est un
lieu de construction récifale. La ceinture de
l’atoll qui n’émerge que de 3 à 5 mètres peut
être interrompue par trois types de structures.
Les passes sont des échancrures de quelques
mètres de profondeur et de quelques dizaines
de mètres de largeur ; leur rôle est capital car
elles permettent de larges échanges entre les
océaniques, ce- qui
détermine en très grande partie la compo¬
eaux
lagonaires
et
sition floristique et faunistique du lagon.
Les récifs submergés sont à fleur d’eau et les
de 10“ à 20“ de sédiments fins.
vagues océaniques pénètrent dans le lagon par
dessus eux ; ces récifs ne sont pas aussi
L’écosystème corallien d’un atoll
abords des passes.
La ceinture
émergée de l’atoll délimite un
lagon dans lequel les conditions hydrodyna¬
miques sont beaucoup plus calmes qu’à l’exté¬
rieur. D’une manière générale le lagon est un
importants en Polynésie qu’en Micronésie et
dans nos îles ils se situent fréquemment aux
Les hoa sont des chenaux de communication
entre l’océan et le lagon où s’affrontent
conti¬
nuellement, tout spécialement à la faveur des
cyclones et raz de marée, l’érosion et le com¬
blement. On trouve ainsi tous les intermé¬
diaires entre un hoa fonctionnant à chaque
marée haute et un hoa ne fonctionnant qu’à
l’occasion d’une période cyclonique. Au cours
des cyclones de 1983 on a vu certains hoa être
comblés et d’autres, sur lesquels l’homme
avait construit des habitations, devenir à
nouveau fonctionnels.
Le lagon est généralement d’autant plus
profond que sa superficie est grande. Mais il y
a de nombreuses exceptions et par ailleurs la
profondeur de 70-80 mètres est un maximum,
profondeur qui tient à l’histoire géologique de
ces
îles (formation, évolution, périodes
glaciaires...). Le lagon est une gigantesque
cuvette sableuse.
Les pinacles ou pâtés
coralliens qui arrivent jusqu’à la surface de
l’eau sont le siège d’une érosion mécanique et
biologique active surtout dans les lagons
fermés alors que dans les atolls ouverts ils
peuvent parfois être florissants si le renou¬
vellement des eaux est important.
Un récif en épi (kaoa),
Ici à Hao, est un récif
perpendiculaire au
rivage. Les flancs en
sont relativement
abrupts et les
peuplements coralliens
y sont florissants.
à droite :
Les pâtés et pinacles
coralliens s’élèvent du
fond du lagon avec des
parois souvent
subverticales. Leurs
parties sommitales à
fleur d’eau sont
généralement riches en
colonies coralliennes
vivantes, alors que leurs
pentes sont souvent très
dégradées.
talus de pente Interne
pâtés coralliens de lagon
cordon de lagon.
pente Interne
tionnel
dalle du platler
nérat récifai
llnure de platler externe
/
hoa non fonctionnel
i^pitgn de récif ancien
récital
crête algale
méga-bloc, tête de nègre
motu
massif corallien
flèche d’obturation de hoa
pinacle
rempart de blocs
accumulation sédimentaire de platler
front
éperons et sillons de pente externe
Un atoll. Bloc
diagramme
schématique d’un atoll
des Tuamotu.
15
LE MONDE MARIN
Construction
et destruction
des récifs
les
Le premier avantage d’un
récif corallien
pour une île ou un continent est de protéger la
côte. On l’oublie souvent, mais il suffit de
songer à l’action de la mer si la houle attaquait
directement les plages de Pirae ou de
Punaauia
ou
celles
d’un
atoll.
Le
rôle
protecteur est encore plus important lorsqu’il
ménage des rades naturelles comme celle de
Papeete qui constitue un port. Lors de l’enva¬
hissement du récif corallien il y a qne quinzaine
par l’étoile de
dévorait les madrépores,
d’années
mer
épineuse qui
certaines autorités
insulaires de Micronésie se sont inquiétées de
cette destruction des parties vivantes des récifs
car, une fois mort,
le récif étant soumis à une
intense désagrégation, son rôle protecteur de
rivage pouvait diminuer d’année en année.
Construction biologique
Halimec/a
ont
des articles calcaires de
quelques millimètres carrés qui se disposent
en
chapelets ramifiés. Ces articles persistent
après la mort de l’algue et se dissocient les uns
des autres donnant des sédiments appelés
"sables
à
Haliineda”. Cette algue, très
abondante dans certains atolls, tient une place
prédominante dans les phénomènes
sédimentaires et de construction récifale. Aux
Gambier, ainsi que dans plusieurs atolls des
Tuamotu, de tels sables à Haliineda sont
importants. Bien que de dimension microsco¬
pique (de quelques dixièmes de millimètre à
quelques millimètres) les Foraminifères ont
aussi leur rôle, car ils sont des milliards d’indi¬
vidus dans le récif et le lagon coralliens. Ces
organismes unicellulaires planctoniques ou
benthiques ont un squelette généralement
globuleux de couleur blanchâtre ou jaunâtre
qui persiste après leur mort. L’examen d’un
sable corallien à la loupe révèle une multitude
de foraminifères appartenant à plusieurs
espèces (plus de 200 répertoriées en Polynésie
française) et certains sables de plage sont
uniquement constitués de leurs tests. 11 en est
ainsi, très souvent, des plages calmes dans les
lagons d'atolls fermés où les tests de Milioles
donnent à la plage une teinte jaunâtre.
Construction chimique
Indépendamment
des organismes qui
squelettes de carbonate de
calcium, il y a également des précipitations
chimiques de calcium qui vont consolider ces
éléments, dans certaines circonstances. Les
heach rocks et les conglomérats en sont un
bon exemple en milieu intertidal intertropical.
Les beach rocks ou grès de plages sont ces
plaques inclinées en pente douce vers l’océan
qui affleurent dans certaines plages. Il s’agit de
grains de sable qui se sont trouvés soudés
entre eux par la précipitation de carbonate de
calcium à l’intérieur même de la plage au
élaborent
des
niveau du contact eau de mer-eau douce. Ces
grès de plage, dont certains peuvent n’avoir
que
quelques dizaines d’années, sont
apparents ou cachés en fonction de l’érosion
ou de la
progression de la plage face à l’océan
ou au lagon.
Le conglomérat récifai borde souvent le
platier externe des atolls. Il est horizontal à
déjà évoqué, les madrépores
organismes prédominants de la
Nous
l’avons
sont
les
construction
récifale
en
raison
de
leur
les
plus
aptitude à fixer le calcium de l’eau de mer et
grâce à leur squelette de carbonate de calcium
qui demeure après la mort. Les récifs coral¬
liens
sont
les
constructions
importantes jamais réalisées par des êtres
vivants à la surface de la planète. Au second
rang des constructeurs du récif se placent les
algues calcaires dont les cellules ont des parois
de carbonate de calcium. Elles appartiennent
au groupe des algues rouges et sont
désignées
par différents termes : algues calcaires, lithothamniées ou mélobésiées. Ces algues jouent
fréquemment un rôle de ciment entre les
coraux morts et elles consolident des
parties
détritiques. Sur la pente externe on trouve
souvent des galets de corail mort enrobés
d’algues : les parties blanches sont mortes
alors que les parties vivantes sont de couleur
violette
rose,
zones
ou lie-de-vin. C’est dans les
à fort hydrodynamisme (zone frontale
récifs, crête algale, début de la pente
externe) que les algues calcaires mélobésiées
des
trouvent les meilleures conditions à leur déve¬
loppement, là où, par ailleurs, les coraux
peuvent difficilement leur disputer la place.
En dehors de ces deux groupes, coraux et
algues calcaires, les autres habitants du récif
participent à son édification. Les Mollusques
ont un test calcaire et certains d’entre eux sont
soudés à l’édifice ou aux colonies coralliennes
comme les
tent
comme
Les
Vermets, alors que d’autres alimen¬
l’édifice par l’accumulation de leurs tests
les autres Gastropodes et les Bivalves.
Elolothuries
ont un squelette interne
de milliards de petits spiculés
siliceux de quelques dixièmes de millimètre de
longueur, que l’on peut facilement retrouver
dans le sable en l’observant à la loupe. 11 en est
de même des Vers Annélides avec leurs soies,
des Crustacés avec leurs carapaces qui se désa¬
grègent rapidement. Tous ces éléments
composé
contribuent à l’édification du récif. Il nous
faut
encore
mentionner
deux
groupes
influents à cet égard. Parmi les algues vertes,
16
Le conglomérat récifai
est un ensemble
d’éléments détritiques
grossiers qui ont été
soudés ensemble en
zone intertidale lorsque
le niveau de la mer était
d'environ 70 cm plus
haut qu’actuellement,
il y a quelques milliers
d’années. On voit ici le
conglomérat en face
d’un motu de i’atoll de
Tupai. La partie claire
correspond au
conglomérat
récemment débarrassé,
par les cyclones de 1983,
des sédiments qui le
recouvraient.
Les spiculés
d’holothuries
(Echinodermes) sont
des baguettes siliceuses
de formes très variées
dont les plus
caractéristiques
sont en ancre ou en
harpon. Les plus grands
spiculés font environ
dixième de
millimètre.
un
LE LITTORAL CORALLIEN
l’inverse du hcach rock qui présente une pente.
Mais, surtout, le conglomérat est constitué de
fragments coralliens grossiers soudés entre
eux, parfois comme un véritable ciment. Cette
cimentation, toujours précipitation de
calcium, est intervenue il y a quelques milliers
d’années lorsque le niveau de la mer était entre
0,5 et I mètre plus haut qu’actuellement et que
ces
fragments coralliens étaient en zone
intertidale, entre le niveau de haute mer et
celui de basse
chimiques
cimentation
Les conditions physico¬
endroit ont permis cette
mer.
en cet
des
éléments
sous
forme
de
conglomérats que nous observons
aujourd’hui, complètement émergés.
Destruction mécanique
vagues
concerne
les blocs coralliens mis
corail mort immergé. Les Mollusques comme
les Patelles ou le Turbo et les Littorines râpent
lorsqu’il s’agit d’événements cataclysmiques
spectaculaires. Cette destruction mécanique
aboutit au sable corallien constitué de grains
dont on peut reconnaître l’origine s’ils ne sont
pas trop petits. Les cyclones de 1983 ont
donné l’occasion aux scientifiques d’évaluer
leur impact sur certains récifs de Polynésie
française. Dans cette région où les cyclones
sont peu fréquents, la morphologie des récifs
n’est pas adaptée pour leur résister, et
lorsqu’ils surviennent les dégâts sont considé¬
rables. Dans certains atolls la pente externe du
récif s’est trouvée détruite à 60% et plus par
en
mouvement.
La
cyclonique a été capable de casser les
coralliennes (mortes ou vivantes)
entre 0 et 20 mètres de profondeur. Ces blocs
cassés n’avaient d’autre issue que d’être rejetés
sur le platier ou dans le lagon par les hou ou de
dévaler la pente externe vers les grands fonds
houle
sont
Cette action destructive
Destruction biologique
colonies
responsables de cette
destruction
mécanique. Il s’agit d’une
fragmentation de tous les squelettes calcaires
ou siliceux des organismes après leur mort.
Les
blocs, entraînés par la houle cyclonique et
entièrement certains récifs,
détruisant
le monde
microscopique lorsqu’il s’agit de la lente
érosion quotidienne des grains de sable
charriés par les vagues mais aussi des gros
telle
une
avalanche détruisant tout
sur son
passage. Il en fut ainsi à Mataiva, à Tikehau, à
Takapoto et dans bien d’autres atolls des
Tuamotu.
Les Nerites (Nerita
plicata) sont des
Gastropodes primitifs
qui vivent en haut de
plage. De leur radula,
sorte de langue ruban à
milliers de minuscules
dents, iis râpent le
substrat pour se nourrir
du fin tapis d'algues qui
le recouvre. Ce taisant,
ils participent
activement à l’érosion
biologique des
calcaires.
Plus insidieuse est cette destruction par les
organismes vivants comparativement à
l’érosion mécanique. Une multitude d’espèces
du récif appartenant à de très nombreux
groupes zoologiques contribuent à la frag¬
mentation du carbonate de calcium quelles
que soient son origine et sa taille. Les
exemples foisonnent.
Les algues qualifiées d’endolithes et qui,
en haut de plage, donnent au corail mort sa
couleur grise (alors que le calcaire est blanc)
perforent et désagrègent superficiellement la
roche au fil des siècles. 11 en est de même du
inlassablement la roche calcaire pour se
nourrir des algues qui la recouvrent mais ce
faisant ils érodent de quelques centièmes de
millimètre la roche elle-même. Les oursins
font de même et se logent dans une ca\ ité ou
fond d’une galerie qu’ils approfondissent
continuellement.
au
Les
Eponges s’attaquent indifféremment
calcaire d’un organisme mort ou vivant.
Cela est bien connu pour les nacres dont les
tests dans certains lagons sont veinés de
au
galeries microscopiques rougeâtres qui leur
enlèvent toute valeur.
Les Lithophages,
Bivalves perforants,
pullulent dans certains lagons où, en quelques
siècles, des colonies coralliennes importantes
peuvent être réduites à l’état de sable. C’est par
l’action mécanique de ses valves que le
Liiliopimga construit sa logette dans le
calcaire.
Les agents initiaux de l’érosion biolo¬
gique sont des Annélides polychètes (familles
des Spionidae et des Sabellidae) et les Sipon-
cles. Cette érosion est de l’ordre de 0,5 à 2,5 ki¬
logrammes de calcaire par mètre carré et par
selon les biotopes.
an
Du squelette au sable
Tous
organismes
les
du
récif corallien
contribuent donc, d’une façon ou d’une autre,
à la construction de l’édifice, essentiellement
les madrépores et les algues mélobésiées, ou à
l’édification récifale par accumulation de leurs
tests. Cet ensemble de squelettes calcaires se
trouve consolidé par des phénomènes de
précipitation chimique et d’évolution de la
roche avec le temps. Mais les phénomènes de
mécanique et biologique sont
également importants.
destruction
A l’heure actuelle les pentes externes de 0
à 80 mètres sont les parties les plus vivantes et
en
Les
cours
de construction de l’édifice récifal.
parties émergées mortes sont en cours
d’érosion. Les zones lagonaires, d’îles hautes
Cette vue de l’atoll de
Mataiva illustre
alors que le lagon est le
actuelle de l’édifice
récital : la construction
corallienne se fait sur la
mènera à son
comblement d'ici
parfaitement la situation
pente externe de l’atoll,
siège d’une importante
sédimentation qui
quelques siècles ou
millénaires.
ou d’atolls,
subissent plus d’érosion et de
sédimentation qu’il n’y a d’élaboration
calcaire et de construction récifale. Si le
niveau de la mer devait être stable pendant
plusieurs milliers d’années, il ne fait aucun
doute que les pentes externes continueraient à
être florissantes mais que les lagons seraient
comblés par la sédirnentation.
17
LE MONDE MARIN
Les habitants
des récifs
Les Coraux sont les plus
importants car ils
forment en même temps le décor. On les
ceux-ci
Le milieu corallien est riche en
espèces
mais la diversité des peuplements tient aussi
grand nombre de groupes végétaux et
animaux qui sont représentés. Si les Coraux,
au
les
Algues, les Mollusques
dermes
les
et les
Echino-
groupes dominants, qui
déterminent le paysage, il y a de nombreux
autres groupes qui sont présents. Ceux-ci ont
une importance
tout aussi grande dans le
fonctionnement de l’écosystème corallien.
sont
communément coraux, mais en fait
ne constituent au sens strict
les
nomme
Algues et phanérogames marines
Les
algues, dont la fonction essentielle est la
photosynthèse, sont les végétaux les mieux
représentés. Le plancton végétal ou phytoplancton est constitué de végétaux micros¬
copiques unicellulaires qui dérivent au gré des
courants.
Des centaines d’espèces de
diatomées, de dinoflagellés ont été réper¬
toriées par les spécialistes, mais la systéma¬
tique de ces végétaux inférieurs est très
-
Madréporaires - qu’une partie d’un groupe
beaucoup plus divers qui est l’embranche¬
ment
des
Coelentérés-Cnidaires.
Nous
ultérieurement qu’il comporte trois
les Scyphozoaires ou méduses, dont
quelques espèces sont présentes dans les eaux
océaniques ; les Hydrozoaires, dont un repré¬
verrons
classes
:
sentant est un élément constructeur du récif :
le Millepora ou corail de feu ; enfin les Anthozoaires, les plus abondants et qui se divisent en
deux sous-classes selon la symétrie
(6 ou 8) de
leur construction
:
les coraux vrais
ou
Sclé-
ractiniaires appartiennent aux Hexacoralliaires (6), alors que les coraux mous ou
Alcyonaires appartiennent aux Octocoralliaires (8). Mais il existe bien d’autres
groupes
communément appelés coraux participant à
la vie du récif et qui sont dans ces deux sousclasses d’Anthozoaires
:
anémones,
zoanthaires, corail noir, cerianthes, corail
rouge, gorgones, corail bleu, plume de mer.
Les Mollusques constituent le second
groupe
cinq fois plus d’espèces (1 000)
que les Madréporaires. C’est un embranche¬
comportant
ment extrêmement divers dans la forme de ses
représentants (de la patelle au poulpe) et dans
leur mode de vie
(pélagique ou benthique,
libre ou fixe...). Ils se divisent en sept classes
dont quatre sont bien représentées dans les
récifs de Polynésie ; les Chitons, les Gastro¬
podes, les Bivalves et les Céphalopodes.
Les Poissons, avec plus de 800
espèces sont les
acteurs infatigables du décor corallien. Par
leur diversité de robe ils animent des tableaux
colorés continuellement changeants. Ils ne
comprennent pas que les petits poissons de
récifs ou ceux qui vivent en association avec
les anémones, mais aussi les raies, les
et de très nombreuses
requins
espèces qui tiennent une
place capitale dans le récif corallien et dont
certaines constituent une ressource alimen¬
taire de première importance pour les
popu¬
lations humaines.
A chacun de ces groupes seront consacrés
un ou deux
chapitres, compte tenu de leur
importance dans les récifs coralliens.
difficile.
de
Le benthos végétal est composé
d’algues
plus grande taille vivant accrochées au
substrat. Elles sont classées selon la couleur de
leurs pigments, mais il ne faut pas
trop s’y fier.
algues bleues, vertes, brunes ou
rouges n’ont pas nécessairement cette couleur.
Quelque 346 espèces ont été recensées dans les
Toutes les
récifs
polynésiens et, en référence aux
pigments colorés cités elles se répartissent en
111 Cyanophycées, 86
Chlorophycées, 44
Pheophycées et 105 Rhodophycées. Les
Emophysalis qui donnent au corail mort sa
couleur grise sont des algues perforantes du
premier groupe, des algues bleues. Les
secondes, algues vertes, sont importantes par
des représentants tels que les Halimeda. Les
troisièmes, algues brunes, sont bien repré¬
sentées sur les récifs-barriéres par les zones à
Turbinaria et à Sargassum. Les dernières sont
particulièrement intéressantes car elles
comprennent les algues calcaires (Lithoihamnion,
Porolithon), éléments
constructeurs récifaux des plus importants. Il
faut aussi citer les algues zooxanthelles
qui
vivent en symbiose dans les cellules des
madrépores et d’un certain nombre d’autres
organismes du récif (foraminifères, béni¬
tiers...). Nous verrons toute l’importance de
ces
algues nommées Gymnodinium
microadriaticum.
Là ne s’arrête pas la présence de végétaux
dans les récifs, car l’on y trouve des
représen¬
plantes à fleurs, des phanérogames
sous-marines. Elles sont appelées Halophilaet
constituent des
herbiers, alors que les
précédents végétaux, les algues, constituent
des
algueraies. Ces herbiers sont peu
tants de
abondants dans les récifs de nos îles.
Les acteurs principaux
Dans le monde animal du récif
acteurs
principaux
se
corallien, les
répartissent en trois
essentiels. Tous les trois sont
importants par leur nombre d’espèces : les
Coraux, les Mollusques et les Poissons.
groupes
18
Cette grande Anémone
du genre Sloichaclis
appartient, comme les
Madréporaires, à
l’embranchement des
Cnidaires et à l'ordre des
Hexacoralliaires. C’est
gigantesque polype
dépourvu de squelette.
L’espèce se nourrit de
proies vivantes et de
détritus transportés par
un
les courants. Les
associations
symbiotiques avec les
poissons sont
fréquentes, notamment
avec les
Dascyllus.
Les Zoanthaires,
ici du
genre Palythoa, sont des
animaux coloniaux
proches des
Madréporaires. Ils sont
construits sur la
symétrie d'ordre 6. Ils
n’ont pas de squelette
externe mais leur
épiderme comporte
souvent des grains de
sable, ce qui leur donne
consistance et
résistance.
LE LITTORAL CORALLIEN
Les rôles secondaires
sont
Sans être aussi importants que les précédents,
terrestre
représentants de ces groupes sont bien
présents par leur taille et sont bien connus du
grand public.
les
Les Echinodermes
-
moins d’une centaine
d’espèces en Polynésie - se divisent en cinq
classes dont quatre sont représentées sur nos
récifs (oursins, holothuries, étoiles de mer et
ophiures), alors que la cinquième (crinoïdes) a
été repérée sur les pentes externes des récifs
au-delà de 80 mètres de profondeur.
Les Crustacés ne sont pas représentés que par
des crabes, des crevettes et des langoustes.
C’est un groupe qui recèle une multitude
d’espèces de petites tailles vivant en pleine eau,
dans les anfractuosités du corail, dans les
algues
dans le sable. L’inventaire des
crustacés en Polynésie est en cours et l’on
compte plus de 180 espèces.
Les Vertébrés ne sont pas représentés dans les
récifs coralliens que par les seuls Poissons, Les
Batraciens, animaux exclusivement terrestres,
ou
bien entendu absents des récifs et nous
l’avions également remarqué dans le monde
polynésien. Les Reptiles sont bien
les tortues qui effectuent de
longues migrations à travers le Pacifique et
connus
par
viennent
pondre sur les plages de quelques
ne connaît que trois espèces de
tortues marines fréquentant nos eaux. Les
Mammifères retournés à l’océan, baleines,
cachalots et dauphins, ne sont pas des
animaux des récifs, mais 24 espèces à réparti¬
tion intertropicale peuvent être observées au
voisinage des îles polynésiennes. Les Oiseaux
atolls.
On
enfin
ne
sauraient
être
oubliés
dans
ce
recensement de la faune des récifs coralliens.
Ils ont été évoqués dans le volume précédent,
mais les oiseaux de mer,
si nombreux
en
Les figurants
qu’il nous faut consacrer ici
quelques développements car ils ne seront
évoqués qu’incidemment dans ce volume.
Pourtant s’ils sont effacés de la scène par leur
petite taille, ils sont, pour plusieurs d’entre
eux, les plus nombreux dans les récifs.
Les Foraminifères sont des protozoaires
(unicellulaires) ayant le pouvoir de sécréter un
test calcaire de quelques millimètres, percé
d’une ou plusieurs ouvertures par où sortent
des pseudopodes du cytoplasme. Les formes
C’est à ceux-ci
des tests sont extrêmement variées. L’étude de
ce
groupe a
récemment débuté sur le milieu
récifal et l’on dénombre plus de 180 espèces
pélagiques et benthiques. Nous avons déjà vu
l’importance de ce groupe dans la constitution
Polynésie française, font partie intégrante de
l’écosystème corallien et océanique par le rôle
qu’ils jouent en exerçant une prédation
importante sur certains stocks de poissons.
A tous ces groupes d’animaux qui
pas les formes spectaculaires de grande taille,
en forme de vasque, que l’on peut rencontrer
coralliens ou à leur voisinage, nous consacre¬
infinie des couleurs de leurs représentants en
tiennent une place secondaire dans les récifs
rons
quelques chapitres.
des sédiments du récif.
Les
dans
Eponges ou Spongiaires ne comportent
les
récifs des Caraïbes, ni la variété
Nouvelle-Calédonie.
Les
éponges sont
cependant présentes dans nos récifs, qu’il
s’agisse de celles qui vivent cachées dans le
squelette calcaire des coraux et des
mollusques - les fameuses éponges perforantes
qui font tant de dommage aux coquillages
nacriers, ou qu’il s’agisse de formes
benthiques aux teintes grisâtres ou verdâtres.
Ceci n’exclut pas quelques individus aux
couleurs vives, tout particulièrement sous les
surplombs de la pente externe. L’inventaire
des éponges de Polynésie n’a pas encore été
réalisé.
Les Plathelminthes sont les vers plats. C’est un
zoologique primitif qui comporte
beaucoup de vers parasites (Monogènes,
Cestodes, Trématodes) dont de nombreuses
espèces sont hébergées par des poissons, des
crustacés, des mollusques, des tortues, qu’il
s’agisse de parasites externes (ectoparasites)
ou internes (endoparasites). Mais ce groupe
comporte aussi des espèces libres
(Turbellariés) qui sont des vers plats souvent
très colorés et qui cheminent rapidement en
ondulant de leur corps à la surface inférieure
des blocs coralliens lorsqu’ils sont dérangés.
Ce sont des carnassiers se nourrissant de petits
groupe
crustacés et de vers.
Les Eponges forment
souvent des
revêtements colorés,
fréquemment rouges,
‘if
dans les anfractuosités
du corail où la lumière
pénètre à peine. Les
deux espèces ici
figurées vivent en pleine
iumière : une éponge
jaune fréquente sur le
récif-barrière d'île haute
et une
éponge noire
commune dans
les
lagons ouverts des
Tuamotu.
à droite :
Zozimus sp. est un crabe
(Décapode Brachyoure)
relativement commun
des récifs polynésiens.
Il vit dans les
anfractuosités.
Certaines espèces du
même genre sont
réputées toxiques.
19
LE MONDE MARIN
Les Némathelmintes sont réprésentés par des
milliards d’individus dans le sable corallien.
Les Nématodes sont de petits vers cylin¬
Cette Némerte, au
longitudinale, est un
carnivore nocturne qui
se nourrit de petits vers
driques de quelques dixièmes de millimètre de
long qui se déplacent entre les grains de
Ils
sable.
copépodes
constituent
avec
le
microscopique
monde
les
long
corps allongé et décoré
d’une bande rouge
et de crustacés. Ce ver
tortille et se met en
Crustacés
se
boule lorsqu'il est
inquiété ; plus encore
il peut se couper en
plusieurs segments,
chacun capable de
régénérer un adulte.
du
sédiment. Une espèce découverte à Tahiti,
dans les sédiments de la baie de Pamatai, non
loin du tombeau de Pômare, a été nommée en
son honneur Actarjania
pomarei.
Les Némertes sont des vers plats généralement
de
longue taille
avec
une
trompe qui leur
permet de capturer de menues proies car ce
des espèces carnivores.
Elles sont
capables de se couper en morceaux qui régé¬
sont
nèrent l’animal entier.
Spirobranchus
giganleus. Les Serpules
Les Annélides se divisent en trois classes dont
celle des
sont des Annélides
tubicoles dont les
galeries sont dans la
masse des coraux du
genre Parités. Elles
montrent le panache
très diversement coloré
de leurs branchies qui se
rétractent à la moindre
Polychètes, vers marins au corps
segmenté, avec de très nombreuses soies. Ces
Annélides, dont il existe plusieurs dizaines
d’espèces, se rencontrent dans les anfractuo¬
sités du corail et dans le sable. Leur
abondance dans tous ces milieux en fait un
élément alimentaire important de nombreux
alerte.
autres invertébrés et des poissons.
Les genres
plus communs de ces Annélides sont les
Syllis, Eunice, Nereis...
les
Les Sipunculiens sont des vers exclusivement
marins mais au corps non segmenté, qui sont
particulièrement abondants dans la dalle ou
les blocs coralliens qu’ils perforent et trans¬
forment en véritable gruyère. Ces vers ronds
ont un épiderme lisse et brillant,
parfois aux
reflets irisés. Ils constituent un agent de dégra¬
dation du matériau calcaire sur les platiers et
en haut de plage.
Cette Annélide
Les Brachiopodes sont des animaux primitifs
polychète, longue
d'environ 3 cm, possède
qui furent très diversifiés au Primaire mais qui
comptent moins de 200 espèces actuelles.
Deux espèces ont été récemment signalées en
Polynésie française, l’une à Moorea, l’autre à
Scilly. 11 s’agit d’animaux de petite taille,
ressemblant extérieurement à des Mollusques
bivalves, fixés au substrat par l’intermédiaire
d’un pédoncule.
une
multitude de soies
siliceuses en bordure de
corps et son dos
son
porte des petites
plaques nommées
élytres.
Les Bryozoaires sont de petits animaux
coloniaux capables de se multiplier par bour¬
geonnement. Ils adhèrent à divers substrats
tels que coraux morts, coquilles ou algues
calcaires. Ils rappellent les mousses mais ont
parfois la forme d’arbustes minuscules. On en
plus de 60 espèces en Polynésie
compte
française, mais leur inventaire est loin d’être
exhaustif.
Les
Tuniciers,
généralement nommés
corps gélatineux qui,
individu isolé ou en colonie, sont collés aux
Ascidies,
sont
ces
faces inférieures des blocs coralliens ou, tout
particulièrement, aux corps-morts et chaînes
dans les zones portuaires. Leur corps trans¬
lucide laisse apparaître leur intestin et, chez les
plus gros individus en forme d’outre, on peut
voir aisément un orifice inhalant et un orifice
exhalant.
Récemment
étudiés
par
des
spécialistes à l’Antenne Muséum-E.P.H.E. de
Moorea, plus de 100 espèces ont été recensées
dont des dizaines sont nouvelles. On note
aussi des espèces de Botrylles à l’aspect
géla¬
tineux,
couleurs variées, et constitués
d’une multitude de rosettes ; il s’agit de
tuniciers coloniaux.
20
aux
Des Ascidies coloniales :
Botrylle, colonie brune
d'environ 5 mm
d'épaisseur, et
Didemnidae, croûtes
blanches et jaunes.
Ces espèces sont
relativement communes
dans le lagon, sous les
blocs à l’abri de la
lumière directe.
Les Botrylles (Ascidies
coloniales) sont
fréquentes sur les
coffres, les chaînes ef les
bouées.
LE LITTORAL CORALLIEN
Le réseau trophique
Les producteurs
Ce sont donc tous les organismes capables de
photosynthèse ; les végétaux. Dans l’océan, ce
maillon de base n’est représenté que par le
phytoplancton vivant dans les couches super¬
ficielles où pénètre suffisamment de lumière.
Jusqu’à une centaine de mètres environ dans le
Pacifique central. A ces végétaux planctoniques s’ajoutent, dans la zone littorale, les
végétaux benthiques que sont les algues
(algues supérieures et microphytobenthos).
Dans les récifs coralliens, tout spéciale¬
ment, on trouve aussi des végétaux unicellulaires, nommés zooxanthelles, qui sont piégés
et vivent en symbiose dans les coraux (environ
un million de zooxanthelles par centimètre
cube de tissu vivant de scléractiniaire) et dans
Qu’il s’agisse des récifs coralliens, de la
tropicale ou des grands lacs continen¬
taux, le départ de la chaîne alimentaire est
toujours constitué par les végétaux, ceci en
raison de leur aptitude à synthétiser la matière
organique à partir de l’eau, du gaz carbo¬
nique, des sels minéraux et de la lumière, grâce
à leurs pigments chlorophylliens. Après cette
première étape d’élaboration de la matière
organique, tout le reste n’est que consom¬
forêt
mation
et
transformation.
les
Tous
organismes non chlorophylliens sont sous la
dépendance de cette production végétale
qualifiée de production primaire. Ces produc¬
teurs primaires sont des autotrophes, étymo¬
logiquement qui se nourrit lui-même, par
opposition aux consommateurs animaux qui
sont des hétérotrophes. On classe dans les
hétérotrophes une troisième catégorie : les
décomposeurs, bactéries et autres micro¬
organismes qui dissolvent la matière
organique et réalisent la minéralisation des
cadavres et déchets permettant le recyclage
un
terme
de “chaîne alimentaire”
d’invertébrés
du
mort
récif
mais aussi le corail vivant, dans la partie
superficielle du calcaire qui reçoit
encore
suffisamment de lumière pour permettre la
photosynthèse. On le voit, les végétaux ou
producteurs primaires sont nombreux dans
l’écosystème corallien.
11 est difficile d’établir leur importance
quantitative respective car nos connaissances
scientifiques sont à cet égard encore limitées.
Par ailleurs, il y aurait lieu de distinguer les
masses de matière vivante et la production à
l’année. 11 convient de remarquer que certains
producteurs primaires passent directement
dans le réseau trophique, en ce sensqu’ils sont
est
impropre car il laisse supposer qu’il n’y a
qu’une seule chaîne constituée d’un très grand
nombre de maillons successifs d’un consom¬
proie. En réalité il s’agit d’une
multitude de chaînes alimentaires qui se
ramifient, mais qui partent toutes des produc¬
teurs primaires. On parle plus volontiers de
réseau trophique que de chaîne alimentaire.
mateur à
nombre
anémones, foraminifères,
bénitiers...). 11 s’y ajoute également des algues
qualifiées d’endolithes car elles vivent dans
l’épaisseur du corail, non seulement le corail
des sels minéraux.
Le
certain
(alcyonaires,
sa
Equation de la
photosynthèse par les
plantes (y compris les
algues benthiques, le
phytoplancton, les
algues symbiotiques...).
Quelques exemples de
la diversité des régimes
alimentaires des
animaux les mieux
représentés dans les
.O
récifs coralliens avec la
position de leur niveau
trophique et l'indication
de leurs proies entre
i?
CO" -L 2H"0
—
lumière— (CH"0) -)- H"0 -|- O"
Herbivores
Anémones
Coraux
Scléractiniaires
(zooplancton)
Tortues
le
réseau
par
rapport
aux
autres
primaires. Les zooxanthelles
symbiotiques, les algues endolithes, les algues
supérieures et le microphytobenthos ont une
production primaire plus importante.
11 faut rappeler et souligner que les eaux
océaniques polynésiennes sont très pauvres en
éléments nutritifs et que le phytoplancton n’y
est pas très abondant. Le domaine océanique
polynésien est un véritable désert, car si les
producteurs primaires planctoniques y sont
en faible quantité, il en est de même de tous les
organismes qui vivent à partir d’eux. Si les
récifs coralliens apparaissent comme un oasis
de richesse et de production organique dans ce
désert, cela tient essentiellement à l’étroite
symbiose des algues zooxanthelles et des
coraux, symbiose qui est à la base de cette
luxuriance.
Les consommateurs
Ce sont des herbivores et des carnivores mais,
si ces deux termes sont simples, la réalité est
plus complexe. Traitant des régimes alimen¬
taires, il n’y a pas que les animaux se nourris¬
sant
de
végétaux et d’animaux ; il y a des
Producteurs primaires
Stoichactis
(invertébrés et
poissons carnivores)
Brachyoures
producteurs
132
Stoichactis
(invertébrés et
poissons herbivores)
Crustacés
secondaire
Herbivores
Carnivores secondaires
Echinodermes
pénétré
Aussi est-il difficile de savoir exactement pour
11
Carnivores primaires
Poissons
avoir
sans
chaque producteur primaire quelle est sa
production annuelle et ce qu’elle devient. On
peut toutefois avancer que, dans l’écosystème
corallien, le plancton ne tient qu’une place
Carnivores
Régime alimentaire
Mollusques
dégradent
trophique - tel est le cas d’une bonne
partie des algues endolithes microscopiques.
rV
parenthèses.
Groupe
consommés par des herbivores - tel est le cas
du phytoplancton - alors que d’autres se
Bivalves filtreurs, nacre
(phytoplancton)
Gastropodes Strombidae
(algues)
Acanthuridés
(algues)
Naticidae (mollusques)
Muricidae (mollusques)
Conidae (vers, mollusques,
poissons)
Myripristis, Holocentridés
(zooplancton)
Balistatus undulatus
(oursin Echinothrix)
La pyramide des
biomasses exprime à un
instant donné et pour
un milieu déterminé, les
quantités de matière
vivante à chaque niveau
trophique. Ici la
représentation
classique de la pyramide
du récif corallien
d'Eniwetok en
Micronésie. Les chiffres
Pieuvre Octopus
(crabes carnivores)
Mollusque Terebridae
(vers carnivores)
correspondent à des
poids secs de matière
organique par mètre
carré.
Requin Carcharhinus
(poissons herbivores
et carnivores)
(algues)
Echinide (Echinothrix)
'
(mollusques filtreurs)
Acanthaster planci
(scléractiniaires)
Etisus, Zozymus
(algues)
Diara perlata
(mollusques, vers)
(poissons)
Etoile de mer
703
LysiosquHla maculata
Chelonia mydas
(algues)
21
LE MONDE MARIN
omnivores, des détritivores, des suspensi-
vores, des filtreurs, des nécrophages, etc. Pour
rester dans
les généralités, nous distinguerons
les carnivores primaires qui se nourrissent
d’animaux
herbivores, et .les carnivores
secondaires dont les proies sont des carni¬
primaires. 11 peut y avoir, de la même
vores
manière,
carnivores
des
quaternaires.
tertiaires
et
Ainsi la chaîne alimentaire, ou plus exac¬
tement une des chaînes alimentaires,
peut être
successivement du
consommé au consommateur à partir du pro¬
la
suivante
ducteur
passant
en
primaire : phytoplancton —^
zoo¬
plancton (herbivore) —^ scléractiniaire (car¬
nivore primaire) —► étoile de mer épineuse
(carnivore secondaire). Une autre chaîne
serait la suivante, à partir des
algues
benthiques —^ oursin Echinolhrix (herbi¬
vore) —^ poisson baliste (carnivore primaire)
homme (carnivore secondaire), mais
attention le baliste est souvent toxiq'ue. Autre
chaîne: phytoplancton—^ mollusque bivalve
du sédiment (filtreur, herbivore)
crabe
Calappidae (malacophage, carnivore
primaire) —^ pieuvre (carnivore secondaire)
homme (carnivore tertiaire).
—^
Les groupes
sentants
sont
d’animaux dont les repré¬
fixés
au
substrat
ou
déterminée. On utilise fréquemment le terme
productivité correspondant à une
production en 1 an. Cette productivité
s’exprime en poids de matière produite en
de
référence à
une
surface
ou
à
un
volume,
précédemment. Toutes les méthodes
d’appréciation de cette productivité
entraînent l’utilisation d’unités quelque peu
différentes des poids de matière vivante. Pour
les producteurs primaires on utilise, entre
autres, la quantité de carbone fixée par mètre
carré (ou m’) et par jour. La conversion peut
être faite pour 365 jours et, éventuellement, en
poids de matière vivante par l’intermédiaire de
facteurs de conversion.
Mais pour les
mollusques ou les poissons, on établira la
productivité en grammes ou kilogrammes de
matière vivante par mètre carré ou par hectare
comme
et par an.
Le tableau ci-dessous donne quelques
informations chiffrées sur les valeurs de
biomasse et de productivité dans les récifs
coralliens de Polynésie.
ingère est utilisée comme ressource d’énergie
pour son métabolisme (qui s’exprime par sa
respiration, qu’il s’agisse d’échanges de gaz
dans l’air ou de gaz dissous dans l’eau), sa
croissance
néoformées),
(la
totalité
Lorsqu’un animal consomme des végétaux ou
d’autres animaux, la matière organique qu’il
substances
milieu sous forme de fèces. On constate que
lors de la consommation d’une proie par son
prédateur,
donc du
seulement
10% correspondent à
passage
d’un niveau
trophique à un autre, il se perd 90% de la
masse
de
la
matière organique et que
de
biomasse
du
niveau
un
accrois¬
supérieur.
Selon ce taux de 10%', approximatif, on peut
considérer qu’il faut
10 000 kg de
phytoplancton pour I 000 kg de zooplancton,
pour 100 kg de maquereau, pour 10 kg de thon
et pour I kilo de marlin bleu.
Ce taux de 10% s’applique également aux
passages de matière d’un niveau trophique à
sement
un
autre
dans
le récif corallien.
heureusement le réseau
La règle des 10%
des
reproduction (émission des
produits génitaux). Une partie de ce qui est
consommé n’est pas utilisée et est rejetée dans le
sa
Mais fort
trophique ne repose
pas uniquement, dans cet écosystème, sur-le
seul phytoplancton dont nous avons vu la
pauvreté,
primaires.
mais
sur
d’autres
producteurs
sans
mobilité, sont herbivores ou carnivores. Dans
le premier cas ils se nourrissent du phyto¬
plancton, comme les nacres et la majorité des
Bivalves sessiles. Dans le second cas ils se
nourrissent du zooplancton, comme les sclé-
ractiniaires, ou parfois de proies plus impor¬
Schéma de circulation
de la matière organique.
énergie solaire
tantes, comme les anémones de mer. Qu’il
s’agisse des coraux ou des anémones, ces
organismes ont des moyens de paralyser les
minuscules
proies zooplanctoniques qui
passent à leur portée. Il s’agit de cellules
particulières (cnidoblastes) caractéristiques
des Coelentérés.
Les groupes
d’animaux
libres
de
se
déplacer possèdent des représentants
herbivores, carnivores primaires et
secondaires. Leur mobilité et leur faculté
d’évolution leur ont permis d’aller chercher la
nourriture partout où elle se trouve. Le
tableau de la page précédente donne quelques
exemples de cette diversité de régimes ali¬
mentaires
pour
les principaux groupes
animaux des récifs coralliens.
Biomasses et productions
On désigne par le terme de biomasse la masse
de matière vivante correspondant à un groupe
sels minéraux
animal ou végétal. Dans certains cas il
convient de distinguer avec ou sans squelette,
car si ce dernier participe à l’élaboration du
récif, il ne participe pas au réseau trophique.
Aussi
parle-t-on pour les mollusques ou les
coraux
de biomasse totale
ou
de biomasse
décalcifiée, incluant ou excluant le squelette
interne ou externe de ces animaux. Les
biomasses s’expriment en poids de matière par
référence à I mètre carré pour les peuplements
benthiques, à I mètre cube pour les
peuplements planctoniques, sauf si l’on prend
en compte le volume d’eau de I mètre carré de
surface de base sur toute sa hauteur.
La production est la quantité de matière
produite par un groupe vivant (ou un genre,
ou
une
espèce) pendant une période
22
Biomasses
Algues benthiques
Mollusques
Poissons
Productivités
Primaire totale
Algues Turbinaria
Mollusques
Poissons
Récifs de Moorea
Récifs extérieurs cJ'atoll
Lagon de l'atoil de Reiao
(bordure lagunaire)
220 g/m^
3,3 à 10,6 Q/m‘
66 à 340 g/m^
Différents récifs
59 à 377 g/m^
Récif frangeant de Moorea
4 kg Carbone/mVan
Récif nord de Moorea
27 g/mVan
Récif-barrière de Moorea
Récif frangeant de Moorea
116 g/mVan
100 g/mVan
Quelques biomasses
et productivités de
groupes dominants
dans les récifs coralliens
polynésiens.
LE LITTORAL CORALLIEN
Les associations
entre espèces
On le voit bien
continuellement
sont pas adaptés à ce travail, mais ils trouvent
que
abdomen. Ces Actinies bénéficient d’une eau
lorsqu’on y pénètre, le
milieu corallien est un domaine où
relations entre espèces sont importantes.
les
Les
exemples sont bien connus : l’anémone de mer
et le poisson-clown, le requin et son rémora, la
et ses crevettes, les scléractiniaires et
leurs zooxanthelles. Mais toutes ces associa¬
nacre
tions sont-elles de même nature et offrent-elles
aux
les bernard l’ermite transportent sur la
coquille qu’ils ont empruntée pour loger leur
parasites sur leurs branchies. Il en est de même
des crevettes Stenopus hispidus qui nettoient
les poissons de leurs parasites externes. Que
dire des Labridés qui sont souvent derrière
facultatif fait que l’on parle alors de commen¬
salisme. Tel est le cas des anémones de mer
partenaires les mêmes avantages ?
renouvelée
d’une
protection par rapport à certains prédateurs,
de même que les bernard l’ermite vis-à-vis
d’autres prédateurs.
Certaines formes de commensalisme sont
beaucoup plus subtiles. Chez les poissons
nettoyeurs, tel est le cas du Lahroides
dimidiatus dont le rôle est de débarrasser les
poissons de leurs parasites. Il n’est pas rare de
voir de grosses espèces soulever leur opercule
La prédation
La relation d’une proie et de son prédateur est
branchial afin que
le Lahroides prélève les
plus commune entre deux espèces et le
réseau trophique dans l’écosystème corallien
la
des surmulets fouillant le sédiment ? Ils
ne
leur compte à suivre les surmulets qui
dégagent ainsi des animalcules dont ils vont
s’alimenter. Que dire de toute la faune de
Crustacés Décapodes (Trapezia), de
Mollusques Gastropodes (Coralliophila),
d’Echinodermes (ophiures et oursins) qui, soit
soit parasites, habitent les
colonies de corail chou-fleur (Pocillopora) au
milieu des branches desquelles les petits
commensaux
poissons Dascvl/us se réfugient à la moindre
alerte ?
La prédation est la
relation entre espèces
la plus commune dans
un monde où II n’y aque
consommés et
consommateurs, proies
n’est rien d’autre qu’une multitude de liaisons
de prédation entre le consommé et le consom¬
mateur parmi des milliers d’espèces végétales
et
et
et
animales. 11 faut toutefois souligner deux
prédateurs.
points quant à ce type de liaison. La prédation
au sens strict du terme suppose la mort de la
proie, dans le cas contraire il s’agit de parasi¬
tisme, car le parasite doit impérativement
garder son hôte vivant s’il ne veut pas se tuer
lui-même. Mais ces distinctions ne sont pas
aussi aisées qu’il y paraît. Une pieuvre qui
dévore un crabe, c’est une relation prédateur-
proie. Le ver plat trématode qui s’installe dans
les
organes
génitaux des ma'oa (dans
le tortillon du Turbo selosws auquel il confère
.
rouille) est
couleur
une
sans .conteste
un
parasite qui vit aux dépens de son hôte. Le
poisson perroquet qui broute des coraux
n’entraîne pas la mort de la colonie coral¬
lienne, mais nous parlerons cependant du
régime carnivore du perroquet et non de
parasitisme. 11 peut en être de même lorsque la
laramea
dévore partie ou totalité d’une
colonie corallienne. Le second point à
souligner est la très grande abondance
d’espèces qui ne se nourrissent que d’une autre
espèce ou d’un genre déterminé. On a ainsi
découvert que certains cônes ne se nourris¬
saient que d’une ou deux espèces de
Mollusques.
Le commensalisme
C’est
interspécifique la plus
l’écosystème corallien, mais
l’association
commune
dans
elle revêt des formes extrêmement diverses. Le
commensalisme est une association faculta¬
tive entre un hôte qui ne retire aucun avantage
de
qu’il héberge - le
qui, lui, obtient des avantages
l’association et l’être
commensal
-
certains mais sans nuire à son hôte.
Le
cette
commensal bénéficie souvent dans
association d’une protection contre ses
prédateurs naturels, le plus souvent d’une
collecte de la nourriture plus aisée, parfois des
deux. Citons des exemples : les crabes Pinnotheres ou les crevettes Alphaeidae dans les
Mollusques bivalves comme les Pinctada ou
les Pinna ; les Rémora qui peuvent se faire
véhiculer, aussi bien par les requins que par les
tortues ou les raies et qui, outre ces déplace¬
ments sans effort, profitent des restes des
repas de leurs hôtes. Même si l’association
n’est pas sans intérêt pour l’hôte, son caractère
Bernard l'ermite et
anémones de mer. Dans
les récits coralliens,
c’est une association
entre espèces fréquente,
dont les deux
partenaires retirent des
avantages réciproques.
Ici sur la pente externe
de Tahiti, de nuit par
20 mètres de
profondeur.
23
LE MONDE MARIN
La symbiose
l’association interspécifique la plus
étroite et la plus évoluée où les deux espèces,
C’est
symbiote, tirent des avantages
réciproques d’une association qui est, dans la
plupart des cas, obligatoire pour chacun des
partenaires. Le meilleur exemple que nous
avons
déjà évoqué est celui des algues
l’hôte et
son
zooxanthelles avec les scléractiniaires et bien
Coelentérés.
d’autres
Ces
algues (Gymno-
dinium microadriaticum)soni à l’état libre des
Dinoflagellés, et leur association avec les
les place à l’intérieur des cellules de
ceux-ci. Dans cette symbiose, l’hôte tire
avantage des productions métaboliques de
l’algue et de la production d’oxygène pour sa
respiration, en même temps que l’algue
favorise la croissance du squelette calcaire du
corail. Le symbiote, l’algue, bénéficie d’une
protection certaine dans les tissus de l’hôte et
de la présence de gaz carbonique dissous
venant du métabolisme du corail, gaz indis¬
pensable pour les réactions photosynthé¬
tiques.
D’autres exemples de symbiose peuvent
être cités. Celle des anémones et des poissonscoraux
clowns
Stoichactis
les
concerne
et
En dehors de ce groupe des Plathelminthes, beaucoup d’autres groupes animaux
possèdent des représentants parasites d’autres
groupes. Les Crustacés sont à mettre en
position car ils sont massivement
adaptés au parasitisme : tout spécialement les
Copépodes (un des groupes majeurs
composant le zooplancton dans quel cas il
s’agit de copépodes libres) ; puis les
Cirrhipèdes dont les Chelonobia sont
solidement fixés par leur petite muraille grise
deuxième
sur
les carapaces
de tortues
; et
enfin les
ou Sacculines qui parasitent
d’autres crustacés dont les brachyoures et les
Rhizocéphales
pagures.
Les Mollusques comptent les Eulimidae,
petits gastropodes au test laiteux et
légèrement courbe qui vivent sur les
téguments des holothuries et des étoiles de
mer. Les Poissons eux-mêmes parasitent les
holothuries par les espèces du genre Carapus
vivant à l’intérieur de Thelenota ananas.
Les Eulimidae sont des
Mollusques
Gastropodes parasites
d'Echinodermes. Leurs
tests blanchâtres
tranchent sur les
téguments d’une
holothurie du genre
Stichopus. Les
Eullmidés se nourrissent
en
suçant les tissus de
l’holothurie.
les
Amphiprion de nos récifs coralliens. C’est une
association défensive et offensive, en ce sens
que le poisson défend l’anémone contre ses
prédateurs mais attaque également certaines
proies passant à proximité. L’immunité dont
jouissent les Amphiprion tient au fait que leur
tégument est recouvert d’une pellicule de
mucus émis par l’anémone elle-même, dont le
poisson-clown se charge en se frottant à
l’anémone, et qui le protège des décharges des
cellules urticantes. On peut également citer,
peut-être plus commensales que symbiotes, les
crevettes qui vivent en étroite association avec
des poissons : sur le sédiment on observe
parfois des entrées de terriers de poissons
Gobiidés et, lorsque ces derniers les quittent,
on
voit poindre de temps en temps une
crevette Alphaeidae rejetant violemment du
sable. Pour des raisons de construction et de
maintenance du terrier, et aussi pour des
raisons
alimentaires,
ces
crevette sont étroitement
couples poisson-
associés.
Le parasitisme
C’est l’association la plus
performante pour
l’espèce animale qu’est le parasite, mais c’est
aussi une nécessité, car sans hôte pas de para¬
site. Dans les récifs Coralliens, le monde des
parasites est encore pratiquement inexploré.
Il est certain que des centaines d’espèces
dans
le
seul
embranchement
des
Plathel-
minthes vers plats spécialisés dans le parasi¬
tisme - existent en, Polynésie et des milliers sur
la Grande Barrière de Corail (estimation à
-
parasites). Les Monogènes sont des
ectoparasites (surface du corps et branchies)
de poissons, de crustacés et de céphalopodes.
Les Cestodes (ordre auquel appartient le ver
solitaire de l’homme) sont des parasites
internes de poissons et de tortues. Les
Trématodes (ordre auquel appartiennent les
20 000
Schistosoma
bilharziose
humaine)
comportent également des dizaines d’espèces
parasites, externes ou internes, des poissons et
des tortues.
24
de
la
Poclllopora sp. Les
colonies du corail chou-
fleur, si abondantes
dans la zone barrière et
la pente externe des
sur
récifs, abritent une
multitude d’espèces
commensales ou
parasites qui trouvent
entre les branches de la
colonie une protection
contre les prédateurs et
une alimentation plus
aisée, éventuellement
place lorsqu'elles
sur
se nourrissent du mucus
sécrété par le corail :
Poissons Pomacentrus
nigricans, Crustacés
Trapezia, Mollusques
Coralliophila, pour ne
citer que les plus
habituels.
2 Les coraux
Les coraux
ce que
l’arbredotés
est àdans
la forêt.
Mais
cette analogie
limites,sont au
lesrécif coralliendes
animaux
ieurs
tissus
végétauxa
des
coraux sont
car
de
uniceliulaires qui y vivent en symbiose. Cette association étroite fait toute i'originalité
potentiel de construction de ces organismes. D’autre part, les coraux ont un
squelette calcaire qui demeure après ia mort de i’animai. Ces caractéristiques
expiiquent bien des chpses quant à la structure et au fonctionnement du récif
corallien, à son évoiution et à sa fragiiité.
Nous nous attacherons dans ce chapitre à mieux connaître ces “coraux”, terme
général qui désigne piusieurs types d’organismes différenciés. Le Madrépore, corail
et ie
constructeur de récif, est un animal carnivore coioniai dont l’individu de base est ie
polype, sorte d’anémone de mer minuscule, qui participe à l’élaboration du squelette
calcaire. Pour prospérer ies Madrépores demandent des conditions de miiieu dont les
paramètres (température, lumière...) ne doivent varier qu’entre certaines limites. La
croissance des coraux, quelques centimètres par an, est en partie iiée à leur forme
(branchue, massive...) et ces deux aspects seront traités conjointement.
Les coraux ne se répartissent pas indifféremment dans i’édifice lagonaire et
récital, du récif frangeant à la pente externe. Chacun a bien remarqué que les formes
branchues sont dans les milieux calmes et les formes massives dans les milieux agités.
Mais la répartition est beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît et, indépendamment de
l’aptitude de chaque espèce à coioniser un seul ou plusieurs miiieux, on constatera
égaiement qu’une espèce peut adopter des formes coioniales différentes selon le
milieu où eile se trouve.
Si la faune corallienne de Polynésie française est, comme pour tous ies groupes
animaux et végétaux, reiativement pauvre comparativement à celle du Pacifique
Ouest, elle ne comporte toutefois pas moins de 48 genres et 170 espèces. La récente
prospection de zones encore insuffisamment étudiées a permis d’intéressantes
avancées dans notre connaissance de cette faune madréporique.
Les coraux, d’une part, et l’édifice corailien, d’autre part, ont des ennemis qui
concourent à leur destruction, qu’ii s’agisse de facteurs du miiieu, comme ia houie, ou
d’actions biologiques, comme les Eponges qui perforent le calcaire des squeiettes de
coraux. Là encore, c’est un équilibre dynamique qui s’instaure entre la construction et
la destruction, équilibre qui a ses iimites de tolérance.
Ordre des Stolonifères.
Ordre des Actinlaires. Anémones de mer.
Pas
de
squelette propre, tentacules
nombreux (multiple de 6) et longs.
Ordre des Madrèporaires ou “Coraux vrais".
Exosquelette important. Coloniaux ou
solitaires, principaux organismes construc¬
teurs, appelés encore Scléractiniaires.
Ordre des Zoanthaires.
Pas de
squelette
propre mais squelette exogène (fixation de
corps étrangers).
Antipathaires. “Corail noir".
Squelette et organisation voisins des
Gorgones, mais symétrie d'ordre 6.
Ordre
des
Ordre des Cerianthaires. Solitaires, pas de
squelette. Voisin des Actinlaires. Herma¬
phrodisme protandrique (fonctionne
comme
des
mâles
puis comme des
femelles).
"Corail en pipe"
(Tubipora musica). Squelette externe en
tubes réunis par des plateaux horizontaux.
Coloré en rouge par des sels de fer.
Spiculés calcaires libres ou soudés.
Ordre des Alcyonidés ou "Coraux mous”.
Spiculés lâches de nature calcaire.
des Corallldés.
"Corail
rouge”
(Corallium rubrum). Squelette interne.
Spiculés calcaires soudés par le carbonate
Ordre
de
calcium.
pacifiques.
Absent
des
récifs
indo¬
Ordre des Gorgonidés. Gorgones
“Coraux
cornés
Squelette axial
.
ou
en
Les Madrèporaires
Longtemps considérés (jusqu’au
siècle) soit comme des pierres, soit
comme
des végétaux, des “champignons
pierreux” ou encore des “animaux plantes”
(zoophytes), les coraux sont des animaux
marins appartenant à l’embranchement des
XVIIL
Coelentérés - embranchement constitué d’or¬
ganismes pluricellulaires, primitifs dans leur
organisation. L’embranchement des Coelen¬
térés renferme plusieurs ordres dont
beaucoup sont d’une façon générale abusive¬
ment
appelés “coraux” : “corail rouge”,
“corail bleu”, “corail noir”, “corail de feu”,
“corail de bijouterie”, “coraux cornés”,
“coraux mous”...
Les vrais coraux appartiennent tous à un
unique,
Madrèporaires
celui
ordre
Madrépores ou
Scléractiniaires,
Scleraclinian corals pour les auteurs de langue
anglaise.
ou
des
encore
Organisation
Les individus
polypes, qu’ils soient isolés
colonie, ont la propriété
d’élaborer un squelette (ou polypiérite) en
carbonate de calcium, qui représente 80 à 98%
du poids total de l’animal ou de la colonie
(polypier), 11 convient donc de distinguer deux
parties essentielles dans l’organisation des
coraux : les parties molles, qui constituent la
totalité des polypes, et le squelette.
Le polype. Le corps du polype comprend une
région basale insérée dans la coupe
squelettique ou calice, et une région orale au.
centre de laquelle se trouve la bouche qui se
poursuit par le pharynx, puis par la cavité
gastro-vasculaire ou estomac, elle-même
divisée en chambres par des cloisons septales
ou mésentériques. Les cloisons portent des
filaments septaux qui au repos pendent dans
la cavité gastro-vasculaire, mais qui peuvent
ou
groupés
ou
en
faire saillie à l’extérieur de la bouche.
gorgonine (protéine).
Ordre des Helioporidés.
"Corail bleu”
(Heliopora coerulea). Squelette de fibres
d'aragonite (variété de carbonate de
calcium) colorées en bleu par des sels de
fer.
Ordre des Pennatulidés. Plumes de mer,
dépourvues de squelette.
Sous-classe
des
Sous-classe
des
Hexacoralliaires
Octocoralliaires
(symétrie rayonnée d'ordre 8)
(symétrie rayonnée d'ordre 6)
Classe des
ANTHOZOAIRES
Classe des
SCYPHOZOAIRES
£
'5
O
g5
■a
Classe des
HYDROZOAIRES
=
5'° 8
=
Ordre des Hydraires
Ordre des Mllleporines
Ordre des Stylasterines
Ordre des Trachylines
Ordre des Siphonophores
Sous-embranchement
des CNIDAIRES
(cnidoblastes)
Sous-embrahchement
des CTENAIRES
EMBRANCHEMENT
DES COELENTERES
(pas de cnidoblastes
mais des peignes)
Les coraux sont
constitués de deux
parties : le squelette et
les parties molles ou
polype. Ces derniers
restent le plus souvent
à l’abri, rétractés dans
leur coupe squelettique.
La nuit, cependant, les
tentacules se déploient
à la recherche de la
nourriture, comme ici
chez ce Tubastrea
(Tahiti, -15 m).
25
LE MONDE MARIN
La
groupés
bouche est
entourée de tentacules
6
multiple de 6 (symétrie
par
ou
hexaradiaire). Les tentacules sont creux et
courts.
Ils portent de
généralement
participent à
nourriture et au rejet des
nombreuses cellules urticantes,
la collecte de la
particules non ingérables.
Le corps est fondamentalement constitué
de deux feuillets (état diploblastique) séparés
par une lame de mésoglée gélatineuse, peu
riche
en
L’ectoderme
cellules.
renferme
plusieurs types de cellules : cellules de soutien
qui sont à la fois tégumentaires et muscu¬
laires ; cellules glandulaires sécrétrices d’un
abondant mucus que l’on peut voir s’écouler à
l’extrémité des colonies branchues à marée
basse, ou qui se fixe aux doigts lorsqu’on
effleure une colonie ; cellules urticantes
(nématoblastes) ayant à la fois pour rôle de
capturer
teurs
;
les proies et d’éloigner les préda¬
d’autres
sécrètent
des
enzymes
digestives ; enfin certaines cellules sont
spécialisées dans la fixation du calcaire (les
calicoblastes) qui constituent le squelette des
colonies.
L’endoderme ou feuillet interne renferme
principalement des cellules glandulaires à
pharynx ; 2. cloison
(septum) ; 3. filament
septal ; 4. cloison
squelettique
(sclérosepte) ; 5. plateau
basal ; 6. thèque ;
7. septes primaires :
8. septes secondaires ;
9. septes tertiaires ;
1.
Organisation des
polypes
A. Section verticale d’un
polype et de sa thèque.
B. Section transversale
de la région
pharyngienne d'un
polype.
26
10. muscles septaux.
et à enzymes digestives. Au contact de
la mésoglée, on trouve également des cellules
mucus
nerveuses pouvant émettre des prolongements
sensoriels orientés vers l’ectoderme.
Par ailleurs, les parties molles et plus
particulièrement l’endoderme chez les coraux
de
récifs
abritent
très grand nombre
(Zooxanthelles et
Zoochlorelles), que l’on retrouve également
dans le manteau des bénitiers. Ces algues tout
en extirpant l’oxyde de carbone excédentaire
(respiration) des colonies madréporiques, leur
fournissent les glucides qu’elles synthétisent,
participant à l’élaboration de divers sucres
ainsi qu’à l’édification du squelette.
Ainsi constitués, les polypes issus d’un
individu initial souche restent le plus souvent
associés pour former une colonie qui peut
alors englober des milliers d’individus. Plus
rarement, les polypes restent isolés (exemple
des Fungia). La taille des individus varie de I à
2 mm pour les plus petits (Purites, Monlipora,
Acropora...) à plusieurs centimètres (Fungia).
Le squelette. Son origine se situe dans la
couche calicoblastique de l’ectoderme, spécia¬
lisée dans le pompage des ions calcium
présents dans l’eau de mer. Après fixation des
d’algues
un
cellulaires
calcium,
ions
calicoblastique
d’aragonite (variété de
carbonate de calcium), de forme fibreuse, qui
la
élabore des cristaux
se
couche
soudent entre eux et constituent alors les
différentes structures du
squelette. Chaque
polype possède son propre squelette, essen¬
formé d’une coupe ou calice
squelettique. A l’intérieur de la coupe calcaire
abritant
le polype, s’individualisent des
cloisons squelettiques, éléments essentiels du
squelette. La symétrie est chez le jeune polype
bilatérale, puis plus tard se superpose un
dispositif hexaradiaire, qui disparaît à son
tour plus tard chez un grand nombre de
familles. La distribution des septes, leur orne¬
mentation, jouent un grand rôle dans la
distinction des genres et des espèces. Les
tiellement
différents calices d’une colonie
dans
une
assure
masse
sont
réunis
squelettique commune qui
la cohésion de l’ensemble.
Biologie
La nutrition. Les coraux sont carnivores et se
nourrissent de zooplancton.
Les proies sont
par les tentacules qui bordent la
cavité buccale (aussi parfois par les filaments
capturées
septaux
qui peuvent faire saillie hors de la
LES CORAUX
bouche). La nourriture ainsi prise est amenée
soit directement à la bouche, si la taille des
tentacules est suffisante, ou bien progresse le
long des tentacules grâce à des mouvements
c i 1 i o-m U q ueux
jusqu’au péristome.
Tentacules et mouvements çilio-muqueux,
par des mouvements contraires, rejettent les
particules non comestibles (par exemple les
particules sédimentaires). Les proies ingérées
dans la cavité gastrique sont digérées grâce à
l’action d’enzymes (protéases, lipases, glycogénases) élaborées par les filaments septaux.
Lorsque ces derniers font saillie à l’extérieur
de la bouche, la digestion peut débuter à
l’extérieur de la cavité gastrique. Dans la
majeure partie des cas, les tentacules restent
contractés le jour et s’épanouissent la nuit
pour la collecte de la nourriture. 11 s’agit là très
certainement d’un phototropisme négatif
allant de pair avec une remontée des essaims
planctoniques qui affluent vers les eaux
superficielles durant la nuit.
La reproduction. Les gonades sont portées sur
les cloisons.
La fécondation
a
lieu dans la
cavité
gastro-vasculaire avec incubation
jusqu’à obtention d’une larve nageuse ciliée, la
Planula.
La Planula mène
une
vie nageuse
planctonique allant de un à deux jours jusqu’à
plusieurs semaines selon les espèces et les
conditions de milieu. Le rôle de cette larve
nageuse est fondamental dans la dissémina¬
tion des espèces. C’est en effet le seul moyen
naturel pour une espèce de Madrépore de se
propager de place en place. Si l’on considère
plus de 70% des espèces connues (y
compris celles de Polynésie française) sont
originaires d’un centre de dispersion australo-
que
indo-malaisien, où la richesse spécifique est
maximum, on mesure l’importance de cette
phase nageuse planctonique dans la vie des
coraux.
La
période de reproduction pour
certaines espèces se situe toute l’année, ou bien
pour d’autres, elle se limite à un ou deux mois.
Elle est parfois liée aux phases du cycle lunaire
(qui commande les marées).
La Planula perd ses cils, se fixe et donne
naissance à un polype solitaire qui secrète une
ébauche squelettique. L’animal entre alors
dans
une
phase active de multiplication
asexuée par bourgeonnement, sans formation
de gamètes. Cette seconde phase est également
très importante car elle permet à un individu,
d’abord solitaire, au fur et à mesure qu’appa¬
raissent les bourgeons fils, d’occuper le
maximum de place disponible. Elle constitue
adaptation à la vie fixée caractérisée par
sévère
compétition entre tous les
organismes : Coraux, Algues, Eponges,
Alcyonaires (coraux moux)... D’une façon
générale, il s’instaure au cours des temps un
équilibre dans la compétition que se livrent ces
différents organismes pour la conquête de la
place disponible. Cet équilibre est fragile, et la
moindre perturbation se traduit par la
prépondérance des organismes de l’un des
groupes, au détriment des coraux (exemple :
une élévation importante de
la teneur en
une
une
éléments nutritifs des eaux littorales favorise
le développement sélectif des algues, qui se
substituent alors aux coraux). Les modalités
de bourgeonnement sont très importantes car
elles permettent de comprendre l’agencement
des calices au sein des colonies, et en dernier
lieu elles conditionnent en partie la forme des
colonies.
Un Alcyonaire ou
"Corail mou", tous
polypes épanouis, la
nuit sur un tombant
(Tahiti, -35 m).
L'organisation du
squelette des
Madrépores.
A. Section transversale
de la région
basale d’un
polype.
B. Thèque d'un
Madréporaire solitaire
(Caryophyllia).
C. Schéma
d’organisation des
principales structures
squelettiques
calicinales.
1. loculus (chambre
entourant la partie basse
des cloisons) ; 2. septa ;
3. pâli (excroissances
squelettiques au niveau
du plateau basal) ;
4. thèque ;
5. périthèque ;
6. sclérosepte ;
columelle ;
8. côtes ;
9. synapticule.
7.
Page de gauche :
La taille des polypes
varie de plusieurs
centimètres à quelques
millimètres seulement
pour les plus petites
espèces, comme cet
Acropora (Moorea,
-3 m).
Débarrassé de ses
polypes, le squelette,
résultat de
l'accumulation de
carbonate de calcium,
apparaît uniformément
blanc.
27
LE MONDE MARIN
Ecologie des coraux
Les récifs
véritables oasis
Une forte salinité
coralliens constituent de
la vie marine, et de
dans
formidables
concentrations
animales
dans
les
océans
végétales
de
la
et
zone
intertropicale qui sont très pauvres en matière
vivante. Les coraux jouent au sein du récif le
même rôle primordial que les arbres pour une
forêt. Ils constituent l’infrastructure de base
de l’écosystème, qui permet le développement
d’une flore et d’une faune associées particu¬
riches qui sont l’essentiel des
économiques de certaines régions
tropicales du globe, comme la Polynésie.
Comme
pour
tous
les organismes
lièrement
ressources
vivants,
les
sont
coraux
l’étroite
sous
dépendance d’un certain nombre de facteurs
écologiques qui président à leur installation,
croissance, reproduction, distribution, forme,
associations, etc.
Une température supérieure
à 20" C
Les coraux bâtisseurs de récifs exigent des
températures dépassant 20'’C, ce qui explique
leur localisation à l’intérieur d’une zone inter¬
croissance
Les coraux tolèrent mal les dessalures,
d’autant que les eaux douces de ruissellement
ou des rivières sont le plus souvent riches en
suspensions organiques et minérales, qui,
dans les milieux relativement fermés que sont
lagons, nuisent au développement des
Madréporaires. Ceux-ci finissent pars’épuiser
à vouloir rejeter les particules de toute nature,
inutilisables pour leur alimentation, mais qui
à la longue colmatent les mécanismes ciliaires
des polypes. A l’inverse, les coraux tolèrent
des salinités supérieures à la normale (35 pour
les
1
000).
L’éclairement
Il y a lieu de distinguer au préalable les coraux
“ahermatypiques”, qui sont présents dans
les océans, depuis la surface jusqu’à
plusieurs milliers de mètres de profondeur. Le
tous
squelette calcaire de
ces
animaux
a
une
lente, limitée
en
taille. Ils
sont
incapables de construire des édifices coralliens
de quelque importance. A l’inverse, les coraux
“hermatypiques” (tributaires de la présence
d’algues symbiotes qui favorisent la précipi¬
tation du carbonate de calcium), dont la
vitesse de croissance est rapide, sont les
responsables de l’édification des récifs
coralliens. Leur exigence vis-à-vis de la
lumière permet de les classer en deux groupes
essentiels : d’une part ceux qui tolèrent ou
exigent des éclairements importants, ou
coraux photophiles, d’autre part les coraux
sciaphiles qui tolèrent ou exigent des éclaire¬
ments plus ou moins réduits. 11 existe naturel¬
lement tous les termes de passage entre les
photophiles stricts et les plus sciaphiles. La
lumière joue un grand rôle dans la distribution
bathymétrique des espèces et des
communautés, en éliminant au fur et à mesure
que la profondeur s’accroît les espèces les plus
photophiles au profit des plus sciaphiles. Elle
intervient au niveau des espèces à très large
La houle préside à la
distribution des espèces
et des communautés
des coraux sur les récifs.
Une agitation moyenne
de l'eau est nécessaire
à leur implantation.
tropicale comprise entre les parallèles 35‘’N et
32“S. Cette dissymétrie, marquée par une
extension moindre dans le sud qu’au nord, est
due à une remontée d’importantes masses
d’eaux polaires froides, en provenance du pôle
Sud. Par ailleurs, à l’intérieur même de la zone
intertropicale définie, les coraux ne présentent
une distribution homogène. L’arrivée
importante d’eau douce au voisinage des
pas
grands
fleuves
limite
l’extension
des
formations coralliennes. De plus les eaux
fluviales sont chargées de particules sédimentaires terrigènes qui renforcent l’action
néfaste de la dessalure. Enfin, sur les marges
continentales, suite à une surchauffe des eaux
littorales
de
surface, qui voient leur
concentration en sel et leur densité s’accroître,
on assiste à une
migration en profondeur de
ces mêmes eaux ;
migration compensée par
une remontée en surface d’eaux
profondes et
froides (phénomène connu sous le nom
à'upwelling).
Les
températures proches de la
température critique la plus basse inter¬
viennent
autant
en
limitant
la
diversité
spécifique qu’en freinant le processus de
calcification global (absence de véritables
formations récifales comme à Rapa dans les
Australes).
l’inverse, au-delà de 30“C, la
des coraux montre des
perturbations, se manifestant par un rejet des
algues unicellulaires qui vivent dans les tissus
des polypes, une décoloration progressive des
colonies, puis un blanchiment qui annonce
une nécrose le plus souvent irréversible. Ces
phénomènes, liés ou non à des exondations
inhabituelles des formations récifales, ont
provoqué au début de l’année 1983 de très
nombreux dégâts sur les platiers récifaux tant
de la Polynésie et de l’Australie que des
A
physiologie
formations
coralliennes
de
l’océan
(Mascareignes) ou de l’Atlantique.
28
Indien
Les dessalures sont mal
tolérées par les coraux.
Les apports d'eaux
douces leur sont
néfastes, surtout si elles
sont chargées de
particules
sédimentaires, comme
après les fortes pluies
(Tahiti).
LES CORAUX
distribution
en
créant
des
variations
plastiques intraspécifiques (morphoses ou
écomorphes), adaptées aux éclairements
réduits, qui se traduisent principalement par
croissance
préférentielle horizontale des
colonies.
Un dernier aspect de l’influence de la
diminution de l’éclairement en relation avec la
profondeur réside dans la concurrence qui se
manifeste entre les peuplements à dominance
de coraux et ceux qui se substituent à ces
derniers, à dominance d’Eponges, de
Gorgones ou d’Hydrocoralliaires
(peuplements à Siylaster).
L’hydrodynamisme
Les
coraux
ont
besoin
d’une
agitation
moyenne de l’eau (houle, courants) qui assure
une bonne oxygénation du milieu, un apport
continu en nourriture, évite la sédimentation
trop rapide du matériel en suspension et
favorise la dissémination des larves nageuses.
Cependant en milieu trop battu, les
Madrépores ne peuvent se fixer et font place
alors à un peuplement à dominance d’algues
calcaires (crête algale des atolls) ou d’Hydro¬
coralliaires (Milleporidés). Inversement, en
milieu trop abrité, la plupart des coraux
laissent la place à des peuplements
monotones, monospécifiques (faciès à
Madrépores branchus) où, si le taux de recou¬
vrement est élevé, la diversité spécifique est
très faible.
pour le facteur lumière, les
large distribution montrent des
Comme
coraux
à
adaptations plastiques qui rendent compte
de l’intensité des conditions hydrodyna¬
miques où ils vivent. Telle espèce, à mesure
que l’hydrodynamisme augmente, voit ses
branches se raccourcir, s’épaissir, se
rapprocher les unes des autres pour devenir
sub-compacte. De telles variations écomorphiques intraspécifiques sont à l’origine de la
très grande confusion qui s’est établie au
départ dans la définition et l’identification des
espèces, au début du siècle, et de la pulvéri¬
sation du nombre d’espèces qui en a découlé.
La sédimentation
Les
coraux
tolèrent mal
une
sédimentation
qui bloque les mécanismes ciliomuqueux indispensables à la collecte de la
nourriture et au rejet des particules non
active,
existe
cependant des
adaptées aux milieux
d’hypersédimentation, avec des adaptations
nombreuses : croissance verticale préféren¬
assimilables.
11
communautés
bien
tielle des calices et des colonies, tentacules de
grande dimension, etc. Ces adaptations qui
sont mises en place progressivement avec le
temps sont inefficaces dans le cas d’apports
sédimentaires massifs et rapides ■ : cas des
extractions de sédiments coralliens (soupe de
corail), construction de routes avec rejet des
déblais en milieu lagonaire, déforestation..,, et
les communautés coralliennes ainsi agressées
périclitent et disparaissent..
Les colonies de Parités
En milieu calme, la
croissance des coraux
s’effectue
préférentiellement en
hauteur (lagon de
Tikehau, -6 m).
s'aplatissent et
présentent un
développement
horizontal préférentiel,
de façon à offrir le
maximum de surface
disponible à la lumière
(Tikehau, -30 m).
A partir d’une certaine
La lumière intervient en
modelant également la
forme des colonies
(écomorphe). Par petit
fond, les colonies de
Parités sont le plus
souvent hémisphériques
(Moorea, -2 m).
profondeur, les colonies
madréporiques sont
progressivement
recouvertes par la faune
et la flore associées :
Hydrocoralliaires
(Stylaster,
Distichopora), Eponges,
Algues calcaires,
Antipathaires... ainsi
que le montre cette
photo (Tikehau, -60 m).
29
LE MONDE MARIN
Formes et croissance
des coraux
La forme des coraux
La forme des
polypiérites dépend des carac¬
tères des polypes, de la croissance relative de
différentes parties, et la forme des
colonies, des modalités de la multiplication
asexuée. Ainsi, les différentes formes obser¬
leurs
vées dans la nature paraissent être sous le
contrôle étroit de l’hérédité et de la génétique.
Cependant, “en dépit des apparences que leur
prête leur squelette calcaire, les Madréporaires
ont
une
plasticité déconcertante"
(Gravier). Les récentes études effectuées au
cours
de ces dix dernières années mettent en
exergue l’importance du rôle des facteurs
écologiques dans la variabilité plastique
intraspécifique. Il est parfois mal aisé de faire
la distinction entre la part due à l’hérédité et
celle qui revient aux conditions d’environ¬
bourgeons fils se séparent complètement de la
souche (cas des polypes solitaires). Enfin il
La vitesse de croissance
des coraux
par fragmentation de
l’individu souche,
chaque fragment redonnant par la suite un
individu complet.
teurs de récifs est très variable : de l’ordre du
existe quelques cas de multiplication asexuée
Au niveau de la totalité de la colonie
(polypiérite), on distingue généralement : des
formes massives de taille décimétrique à plurimétrique ; des formes branchues semblables à
des buissons pouvant couvrir plusieurs mètres
carrés lorsque les colonies finissent par
s’anastomoser (champs
d’Acropores
branchus) ; des formes foliacées, avec une base
de fixation étroite, constituée par des feuilles
minces ; des formes tabulaires, en auvents, en
coupes, à grand développement horizontal ;
des formes libres sans attache à l’état adulte,
pouvant être solitaires ou coloniales.
La vitesse de croissance des coraux construc¬
millimètre par an pour des formes massives à
50 ou même 100 mm par an pour des formes
branchues. Elle dépend de l’espèce de corail
considérée,
coraux
de la forme des colonies (les
branchus ayant, en général, une vitesse
de croissance
supérieure à celle des formes
massives) et des conditions écologiques envi¬
ronnantes
la majorité des coraux appréciant
des
eaux
limpides, bien éclairées, une
agitation modérée et des températures de l’eau
comprises entre 20" et 30‘’C. l'out écart
important à ces conditions entraîne une
-
réduction de la vitesse de croissance. Ceci
explique, par exemple, que dans le sud de la
Polynésie (Rapa, archipel des Australes) où
les
eaux
sont
fraîches, les coraux, bien que
présents, soient incapables d’édifier des récifs
importants.
nement.
Quelle que soit l’importance relative des
facteurs héréditaires et des conditions envi¬
ronnementales, tout débute dans la formation
squelette. D’après les dernières études il
ressort que la formation du squelette est
complexe et se fait schématiquement en deux
temps. Un fin réseau de cristaux de calcite,
dont l’arrangement constitue la trame du
futur squelette, est tout d’abord bâti. Ces
premiers cristaux servent de noyaux de calcifidu
cation
autour
desquels des cristaux
d’aragonite (autre variété de calcaire) préci¬
pitent ensuite pour constituer l’essentiel de la
masse du squelette. La formation initiale de
cristaux de calcite a lieu au cours de la nuit et
est probablement soumise à un contrôle biolo¬
gique intense. La précipitation de cristaux
d’aragonite se fait pendant le jour et de
manière plus passive. Elle est fortement
favorisée par l’activité photosynthétique des
Zooxanthelles
qui
consomment
l’acide
carbonique présent dans le milieu intra¬
cellulaire des
coraux.
La
modification de
l’équilibre acido-basique qui en résulte facilite
la précipitation des cristaux d’aragonite.
Les formes des polypiérites
Chez les coraux solitaires, les formes les plus
couramment
rencontrées
sont
les
formes
coniques ou cylindriques à croissance préfé¬
rentiellement verticale, les formes discoïdes à
croissance périphérique (comme les Fungia).
Pour les coraux coloniaux, les plus
nombreux, la forme initiale des polypiérites et
polypiers dépend essentiellement des
modes de bourgeonnement et de la distribu¬
tion des individus fils. Lorsque les bourgeons
fils naissent à l’intérieur du panache de
des
tentacules de l’individu souche
(bourgeon¬
intratentaculaire), ceux-ci peuvent
soit se séparer secondairement de l’individu
qui leur a donné naissance, soit rester associés
nement
constituer une série calicinale délimitée par
une
muraille
commune
(coraux
et
méandriformes).
Dans
d’autres
cas,
les
individus fils naissent à l’extérieur du panache
l’individu parental (bour¬
de tentacules de
geonnement
30
extratentaculaire). Parfois les
1
Une colonie plurilobée
de Pontes.
2
Les formes des colonies.
Les colonies peuvent
être branchues, en
bouquets courts, bien
adaptées à
l'hydrodynamisme,
comme ce Pocillopora
(Moorea, -2 m).
3
Le développement des
branches est souvent
beaucoup plus marqué
comme en témoigne cet
Acropora (Scilly, -2 m).
5
Une colonie
méandriforme de
Platygyra. Les individus
fils, issus d'un
bourgeonnement
intratentaculaire actif,
restent associés dans un
même méandre.
6
Les Madréporaires
foliacés montrent
toujours des formes
délicates et fragiles. On
les rencontre aussi bien
dans les lagons que sur
la pente externe des
récifs comme ces
Astreopora (Tikehau,
-20 m).
LES CORAUX
La vitesse de croissance des récifs
La vitesse de croissance des coraux ne peut
pas servir à estimer la vitesse d’édification du
récif lui-même. En effet, au sein de l’écosys¬
tème récifal, de nombreux autres organismes
contribuent efficacement à la construction du
récif en édifiant des structures calcaires
(Algues calcaires. Mollusques, vers
Annélides). Par ailleurs, dès son ébauche, un
récif
est
soumis
à
différents
processus
d’érosion à la fois physiques et biologiques. Le
principal agent d’érosion physique est la houle
dont l’action puissante est capable de briser les
branches
et
d’arracher des colonies coral¬
liennes entières. Les facteurs biologiques sont
moins
spectaculaires
destructeurs.
De
mais
tout
nombreuses
aussi
espèces
d’Eponges, de Mollusques et de Vers s’atta¬
quent aux coraux en creusant des cavités et
des galeries à l’intérieur de leur squelette. Des
Poissons (Perroquets) et des Oursins rongent
partie externe des colonies. Ces agents
l’origine de la création de
sédiments (débris grossiers et sables coral¬
liens) qui comblent les fonds de lagon- et
forment les plages situées en arrière des récifs.
la
d’érosion sont à
L’existence et le maintien d’un récif corallien
dépendent donc d’un équilibre fragile entre
l’édification due aux organismes construc¬
teurs et l’érosion qui tend parallèlement à le
détruire. Ainsi, bien que la vitesse de
croissance de nombreuses espèces de coraux
dépasse plusieurs centimètres par an, celle des
récifs est de l’ordre du millimètre par ah.
L’activité
constructrice
des
coraux
hermatypiques a profondément marqué la
physionomie de notre planète. Des massifs
montagneux importants comme ceux du ,lura
ou
des Dolomites dans les Alpes sont en
grande partie constitués de roches d’origine
corallienne. La Grande Barrière qui borde la
côte nord-ouest de l’Australie a été bâtie prin¬
cipalement par les coraux, et s’étend sur plus
de 2 000 km de long, 150 km de large et 150 m
d’épaisseur. C’est la construction la plus
importante jamais réalisée sur notre Terre.
Enfin, le monde insulaire océanien eomprend
une proportion importante d’atolls et d’îles de
corallienne.
L’accumulation de matériel bio-construit
nature
des âges peut atteindre 400 à 500
d’épaisseur au-dessus du socle
basaltique servant de base aux atolls actuels.
au
cours
mètres
Une
telle
accumulation
moins deux grands
fait
intervenir
au
phénomènes écologiques
qui ont marqué et marquent encore notre
globe : d’une part les phénomènes de gla¬
ciation et déglaciation (alternance de réchauf¬
fement et de refroidissement du globe) se
manifestant par des abaissements du niveau
des océans (défavorables aux coraux), suivis de
remontées de ce même niveau (favorables à la
poussée des coraux) ; d’autre part un enfon¬
cement progressif du socle insulaire, contre¬
balancé par la croissance active des coraux.
4
Les Madrépores massifs
apportent leur
contribution à
i’édification du récif. Les
colonies peuvent être
hémisphériques,
comme pour cette Favia
(Takapoto, -30 m).
7
Lutte pour la place
disponible. Deux
colonies foliacées se
rencontrent : en bas
Astreopora (jaune) ;
en haut et à droite
Montipora (rose)
(Takapoto, -12 m).
8
Les Fungla, fixées
lorsqu'elles sont jeunes,
sont libres de toute
attache avec ie substrat
à i'état aduite. Elles sont
également solitaires, à
l'inverse de certains
membres de la famille
qui sont coloniaux,
les Herpolitha
(1 individu allongé au
centre et en haut)
(Gambier, -18 m).
comme
31
LE MONDE MARIN
La répartition
des genres de coraux
La distribution des coraux, sur le plan de
forme, des genres et des especes n’est pas
quelconque au sein de l’écosystème récil'al et
au travers des grands
compartiments récifaux.
Les coraux ont des exigences ou au contraire
sont tolérants vis-à-vis des principaux facteurs
écologiques que nous rappelons ici briève¬
la
ment.
Facteurs qui président
à la distribution des coraux
qui concerne l’hydrodynamisme, les
exigent une agitation moyenne propre
à renouveler l’oxygène dissous et assurer une
En
ce
coraux
bonne alimentation.
Pour l’éclairement, les
hermatypiques (qui possèdent des
algues symbiotes) ont des exigences très
coraux
variables vis-à-vis de
ce
facteur. Certaines
espèces limitées aux horizons peu profonds
exigent des éclairements importants, ce sont
des photophiles strictes. D’autres tolèrent des
éclairements réduits, ce sont des espèces à
Le front du récif jusque
-6 m est souvent
entaillé de sillons en
alternance avec des
vers
éperons construits
principalement par des
Algues calcaires et des
coraux (Tikehau, -3 m).
sciaphile, avec pour certaines une
préférence très marquée pour l’un des deux
groupes. Quant à la sédimentation, certaines
espèces résistent bien à l’hypersédimentation,
tendance
d’autres non.
l.es Madréporaires peuvent se classer en
trois groupes différents. Le premier renferme
les coraux à large distribution, que l’on
rencontre
dans
les compartiments
fonction d’environ¬
tous
récifaux,
mais où en
nements différents ils
développent des formes
(écomorphes) différentes. Un second groupe
est constitué
d’espèces indicatrices ; indica¬
trices de mode calme ou battu, de dépôts sédi-
mentaires, d’éclairement réduit, de substrat
pentu... Enfin le dernier ensemble regroupe les
espèces caractéristiques préférentielles d’un
petit nombre de biotopes, ou exclusives d’un
biotope donné.
Le plus souvent pour un biotope donné, il
existe une convergence de formes (colonies et
individus) entre les indicatrices et les caracté¬
ristiques d’une part (adaptation interspéci¬
fique), et d’autre part les espèces à large
distribution (adaptation intraspécifique). [’ar
exemple, les représentants de la pente externe
profonde, indépendamment de leur origine
(appartenance à l’un des trois grands groupes
précédents) présentent une convergence de
La pente moyenne des
atolls (-30 m) voit la
déclivité s'accroître.
C’est le domaine des
Parités en forme de
dôme aplati ou tombant
en
cascade, des Favidae
de grande taille et des
premières éponges
(colorées en noir ou en
vert sombre) (Tikehau,
-32 m).
3
Entre -6 et -10 m,
s’individualise une
communauté
corallienne à dominance
de Pocillopora,
Acropora et Algues
calcaires, pouvant être
concurrencée par des
Algues molles (Tikehau,
-8 m).
4
Est-ce une colonie ? Un
ensemble de colonies
fusionnées ? De toutes
façons ce Pocillopora
(P. eydouxl) possède
une
belle vitalité
(Tikehau, -10 m).
5
Vers 15 mètres de
profondeur, la richesse
spécifique et le taux de
recouvrement par les
coraux
augmentent :
Acropora, Pocillopora,
Astreopora, Montipora...
(Takapoto, -15 m).
32
forme
à
développement horizontal
: formes aplaties, en coupelles
minces, offrant une surface d’exposition
maximale à la lumière (qui est réduite à cette
profondeur). A l’inverse, les mieux adaptés à
l’hypcrsédimentation montrent une
croissance préférentiellement verticale, ou
préférentiel
bien
une
surélévation des calices, des tenta¬
développés leur permettant de se
débarrasser des particules sédimentaires, ou
bien sont des espèces libres résistant à l’en¬
cules très
fouissement.
Les communautés de coraux
physionomie actuelle des récifs de la
Polynésie est autant liée à l’histoire géolo¬
gique et à la morphologie récifale et littorale
des
îles
qu’aux conditions écologiques
générales et locales qui régnent dans les
différents compartiments du complexe récil'al.
En F’olynésie,- suivant le type de formation
(atoll ou île haute), on distingue trois ou
La
quatre
grands compartiments récifaux
:
la
pente externe, qui correspond à la partie
antérieure et toujours immergée du récif, de
déclivité variable
récil'al.
aux
formation
vers
le
large
;
le platier
sub-horizontale émergée
basses mers de vives eaux, et qui corres-
LES CORAUX
au platier du récif-barrière des îles
hautes ; l’arrière récif, lagon des atolls, chenal
pond
d’arrière récif des îles hautes ; le platier de
raccordement ou récif frangeant des îles
hautes.
A l’intérieur de ces grandes subdivisions,
s’individualisent des unités de peuplement à
dominance de coraux, liés à des habitats ou
biotopes, qui varient en nombre suivant le
type de formation (îles hautes, atolls).
Les communautés de la pente externe. Dans la
partie supérieure de la pente externe (0-25 m)
les variations observées dans les peuplements
de Madrépores, en fonction de la bathymétrie
pour une station donnée, relèvent essentiel¬
lement des variations de l’hydrodynamisme
et
au
sein de cette même tranche d’eau.
Au
gradient hydrodynamique vertical (diminu¬
tion
de
l’inlluence
de
la
houle
avec
la
profondeur) s’ajoute un gradient horizontal
qui résulte de la configuration et de
l’orientation de la pente externe par rapport à
lu houle dominante, et qui témoigne des
variations latérales. L’aspect le plus marquant
de l’existence d’un double gradient hydro¬
dynamique réside dans la répartition des
formes dominantes des madrépores.
De 0 à 5 m, le peuplement de l’horizon
supérieur renferme essentiellement des
colonies
bouquets courts (Acropora
Pocillopora dumicornis, P.
en
humilis,
vernicosal.
en
consoles robustes
(AT^ahro-
lanoides), colonies massives ou lobées de taille
décimétrique (Monlaslrea. Pavana)
auxquelles s’ajoutent de nombreuses colonies
de l’Hydrocoralliaire Millepura plalyphylla.
l’horizon intermédiaire voit
dominer les formes
branchues hautes et en consoles, appartenant
De 5 à
15
m,
progressivement
principalement aux Pocilloporidae et
Acroporidae. De 15 à 25 m, plus en
profondeur, dominent des formes massives de
grandes tailles (Parités) et foliacées
(Asireopora). Au-delà de 25 m, l’influence de
la
houle décroît et
dans
la
les variations observées
distribution des espèces et des
communautés sont pour l’essentiel imputables
à la diminution significative de l’éclairement.
De 25 à 40 m, l’irradiance lumineuse est de 15
à 20% de celle de la surface ; le peuplement
renferme essentiellement les genres Parités,
Pachyseris, Napapora, Hchinaphyllia. Enfin,
au-delà de 40 m, la lumière perçue n’est plus
que de 5 à 10% de l’irradiance de la surface ; il
s’individualise
alors
une
communauté
à
Pachyseris, l.eptaseris, Stylasier.
le platier récifai, la distribution des
coraux relève d’un double gradient hydrody¬
Sur
6
A partir de 40 mètres,
la faune corallienne
change. L’éclairement,
qui n'est plus que de 5 à
15% de celui de la
surface, n'autorise que
le développement de
formes fragiles, peu
calcifiées, comme
Echinophytiia (au
centre), Pachyseris (à
droite) avec quelques
Algues calcaires (de
lie-de-vin)
(Tikehau, -40 m).
9
De curieux édifices se
dressent à partir du fond
du lagon dans les eaux
calmes comme pour
mieux se substituer à
l'envasement ou à la
recherche de la lumière
(Tikehau, -8 m).
namique horizontal, d’une part depuis le front
récifai Jusqu’au littoral, d’autre part depuis les
formations frontales de mode battu Jusqu’à
leurs homologues de mode calme. D’aspect le
plus marquant de l’existence de ce double
gradient réside dans la répartition des formes
dominantes dont la succession sur le platier
confirme celle de la pente externe de 0 à 25 m :
bouquets courts à branches épaisses et serrées,
formes massives de taille décimétrique et
Milleporides dans la partie frontale ; formes
en consoles fortement calcifiées pour le platier
externe
;
formes
tabulaires,
en
branchues pour lé platier interne.
Les communautés du lagon et de
auvents,
l’arrière
principaux facteurs qui
président à la distribution des coraux sont
d’une part la bathymétrie et d’autre part les
apports sédimentaires. Par ailleurs, à la
récif.
Les
deux
notion de formes dominantes des colonies se
substitue la notion de formes dominantes des
constructions : dominantes de constructions
massives dans les lagons ; champs de colonies
branchues anastomosées dans les chenaux
post-récifaux.
Les communautés du récif frangeant renfer¬
adaptées au
mode calme et aux apports terrigènes qui sont
ment essentiellement des colonies
nombreux dans leur voisinage direct.
10
Les colonies
d'Acropores, dans les
lagons, protégées de la
houle, élaborent des
buissons dressés
fragiles, seulement
freinés dans leur élan
par la végétation algale.
couleur
7
Au-delà de 60 mètres,
les coraux subissent la
concurrence d’autres
organismes fixés,
comme ici des éponges
(Tikehau, -60 m).
8
Les lagons peu
profonds abritent de
petits pâtés ou buissons
coralliens qui servent
d’abris à un grand
nombre de poissons
(Tikehau, -4 m).
33
LE MONDE MARIN
Les “faux” coraux
genre Si vlasier eux moins connu, car situé plus
Le “Corail de feu”
A l’inverse des coraux vrais (Madréporaires)
qui appartiennent à la classe des Anthozoaires, le “Corail de t'eu” (Milleporines) l'ait
partie de celle des Hydrozoaires. Ces deux
auxquelles s'ajoute celle des
Scyphozoaires constituent le grand sousclasses
embranchement
des
présence
Cnidaires.
Outre
la
de cellules urticantes (nématocnidoblastes...). les Cnidaires sont
également caractérisés par une alternance
d’états et peuvent exister soit sous la forme
polype (vie fixée solitaire ou coloniale), soit
sous une forme libre
nageuse (méduse). Chez
les Anthozoaires, la forme polypesupplante la
phase méduse, cette dernière pouvant co'mplétement disparaître (cas des coraux vrais).
Dans la classe des Hydrozoaires, les deux
phases ont sensiblement la même importance,
à l’exception des Hydrocoralliaires dont fait
partie le “Corail de feu” chez qui les méduses
blastes,
sont
profondeur (fades d’éclairement réduit, 60 m à Tikehau par exemple).
Les
Stylasterines s’apparentent aux
Milleporines dans l’édification d’un squelette
calcaire constitué de branches aplaties,
en
ramifiées, très riches
en
D.
Slylasler).
orange,
pour
violaeea,
couleurs (violette
rose
pour
Les coraux mous
Les coraux mous (sofi corai.s) s’opposent aux
coraux vrais (luirü eoruLs) et doivent leur nom
à la structure lâche de leur squelette lorsque
celui-ci existe. Ils se distinguent des Madré¬
poraires et de beaucoup d’autres Coelentérés
par la possession de X tentacules oraux et de K
cloisons septales attachées au pharynx dans la
région orale. Le pharynx présente par ailleurs
une gouttière llagellée ou
siphonoglyphe dont
les longs flagelles entraînent un courant d’eau
permanent
dans
les chambres gastro¬
vasculaires délimitées par les cloisons. Sous le
pharynx, le bord supérieur des septes est libre
leur taille diminue progressivement en
direction de la base du polype. Le bord libre
et
de chaque cloison sous le pharynx porte un
filament septal ayant des fonctions digestives
1
Millepora plalyphylla
(Tikehau, -3m). Bien que
n'appartenant pas au
groupe des vrais coraux,
le "Corail de feu"
(Hydrocoralliaires) est
abondant dans nos
eaux, dès que l'agitation
est marquée.
2
Slylasler sangulnea
(Tikehau, -65 m).
Richement colorés en
orange, rose, rouge, les
Slylasler ne tolèrent
que des éclairements
réduits.
très réduites voire absentes.
Il existe un seul genre (Millepora) dans la
famille des Milleporines. Le terme de “Corail
3
de feu”
coral) utilisé dans les trois
océans provient de la sensation et de l’effet de
brûlure, provoqués par les nématoblastes, que
les Millepores occasionnent lorsqu’on les
touche. Cet effet varie selon les espèces, le
degré d’extension des polypes, le degré
d’allergie des individus piqués. Les polypes, à
l’inverse de ceux
des
Madréporaires,
montrent un polymorphisme élevé au sein
d’une même colonie. Ainsi, on distingue des
individus
nourriciers
gastrozoïdes à
tentacules réduits, et qui font saillie à la
surface de la colonie par un pore détaillé rela¬
ou
tivement
importante (gastropores). Ces
derniers sont protégés par des individus
défenseurs (dactylozo'ides), très nombreux, de
petite taille, mais dont les tentacules sont
bourrés de
batteries de nématoblastes.
Ils
s’organisent en cercles concentriques autour
des gastrozoïdes, et s’ouvrent à l’extérieur par
des
dactylopores de taille réduite. Gastro¬
et dactylozoïdes sont distribués de
zoïdes
façon uniforme sur l’ensemble de la colonie. A
l’inverse, les individus reproducteurs ou
gonophores sont limités à certaines régions de
la colonie, dans des cryptes nommées
ampullae.
En Polynésie, le genre est représenté avec
certitude par une espèce (Millepora
plalyphylla) très polymorphe, pouvant
constituer des colonies massives ou lobées
(mode calme) ou encroûtantes (mode battu),
de
taille
plurimétrique. Cette espèce
été
signalée tant dans les îles de la Société qu’aux
Tuamotu, Gambier, Marquises et Australes (à
l’exception de Rapa et Marotiri où elle fait
défaut).
a
Les Stylasterines
Les
Millepores ne sont pas les seuls
représentants des Hydrocoralliaires. Deux
genres appartenant à l’ordre des Stylasterines
ont été mis en évidence en Polynésie. Le
genre
Disiichopora est présent sur l’ensemble des
archipels (à l’exception des Gambier). Le
34
Disiichopora violacea.
Encore un représentant
des Hydrocoralliaires,
son domicile de
prédilection se situe
dans les grottes,
tunnels, surplombs en
lumière diminuée. Ici
de couleur violette, en
mélange avec Tubastrea
(orange) au nord de
Tahiti, à -10 m,
4
Les Gorgones ou
"Coraux cornés" ont
toujours eu la faveur des
photographes sousmarins par leur forme et
leur couleur. Peu
nombreuses en
Polynésie, elles sont
situées en profondeur,
ce qui
les met à l'abri de
la convoitise malsaine
des pilleurs de fonds
marins. Ici,
Vlllogorgla gracllls
(Tahiti, -55 m).
5
Acanthogorgla, autre
représentant des
Gorgones ou “Coraux
cornés" (Tahiti, -55 m).
6
D’autres Alcyonaires
apparaissent, plus en
profondeur, dressés
cette fois et richement
colorés, comme
Naphthya (pholo de
gauche) ou
Syphonogorgla (pholo
dedroile) (Tahiti,-60m).
7
Les Antipathaires,
proches des Gorgones
par leur squelette corné,
s'en distinguent par un
plan de symétrie
rayonnée différent.
Comme les Gorgones,
ils fréquentent les
biotopes à éclairement
réduit (Tikehau, -62 m).
8
Les Alcyonaires ou
"Coraux mous"
possèdent cependant un
squelette formé de
spiculés lâches. Leurs
colonies, comme celle
représentée ici,
Lobophylum, peuvent
recouvrir plusieurs
mètres carrés (Gambier,
-2 m).
LES CORAUX
certains,
pour
courant
ou bien qui déterminent un
d’eau à l’intérieur de la cavité gastro-
vasculaire pour d’autres,
consiste en spiculés
calcaires, isolés, sécrétés par les scléroblastes.
l.eur forme et la taille varient grandement
d’une espèce à l’autre (certains Alcyonaircs en
sont dépourvus), d’une partie de la colonie à
Tautre. Ils constituent un élément appréciable
l,e
squelette
dans la définition et la distinction des diffé¬
l.es colonies ont des formes
très variables, pouvant réaliser des revête¬
ments encroûtants, d’aspect caoutchouteux
de plusieurs mètres carrés, en forme de cham¬
rentes
especes,
pignons, ou massives, branchues et lobées,
mimant parfois le port de plantes.
Les Alcyonaircs entrent en compétition
directe avec les coraux dans la conquête de la
place disponible. Ils sont préférentiellement
inféodés aux biotopes d’écoulement (passes,
haa) et en eau turbide (voisinage des ports,
biotopes d’hypersédimentation). Grâce à une
plus grande vitesse de croissance, semble-t-il,
les
Alcyonaircs peuvent constituer de
véritables faciès de remplacement lorsque les
coraux viennent à disparaître pour des causes
naturelles (cyclones, prédation) ou pour cause
de pollution.
Les Coraux bleus
Ils appartiennent à l’ordre des Coenothecalia
(classe
des
Anthozoaires,
sous-classe
des
Alcyonaircs). Cet ordre ne renferme qu’une
seule famille, les Helioporidae, un seul genre
Heliopora, une seule espèce H. coerulea. Le
squelette des Héliopores est volumineux,
composé de cristaux fibreux d’aragonite
fusionnés en lamelles, et colorés en bleu par
des sels de fer. Ce genre n’a pu être mis en
évidence jusqu’à ce jour en Polynésie.
Les Coraux rouges
Ce terme prête à confusion et il y a lieu de
distinguer deux types de coraux rouges.
Les Tubipores (Tuhipora musicaj, ordre des
Stolonifera, Alcyonaircs, Anthozoaires, sont
encore appelés “Corail en pipe” (urgan-pipe
coral). Chez les Tubipores, la colonie consiste
en
de longs polypes parallèles, sécrétant
chacun un squelette tubulaire dont la maille
cristalline est colorée en rouge par des sels de
fer.
Le "Corail
rouge” (Coralliiim ruhrum)
appartient à l’ordre des Gorgonacea
(Gorgones) appelés encore coraux cornés.
Cependant, dans ce groupe le Curalliuni
nihnim (ou corail de bijoutier), constitue une
exception, car son squelette axial, au lieu
d’être corné comme chez les Gorgones, est
formé de spiculés calcaires cimentés entre eux
par du carbonate de calcium. Cependant, ni le
"Corail en pipe”, ni le "Corail rouge” n’ont été
mis en évidence semble-t-il en Polynésie, le
premier étant pourtant connu à l’indoPacifique, le second limité à la Méditerranée
et au Japon.
Le “Corail noir”
"Corail
noir” ou “Corail épineux”
appartient à l’ordre des Antipathaires et à la
même sous-classe (Zoanthaires)
que
les
Le
coraux
vrais. Les colonies
sont
constituées
squelettique recouvert par du
coenenchyme où sont logés les polypes. Le
squelette est coloré en brun ou noir et rehaussé
de nombreuses petites épines d’où le nom de
"Corail noir” ou “Corail épineux”. Il est
composé de cylindres concentriques de
matériaux cornés. Les Antipathaires sont des
animaux à tendance sciaphile et inféodés aux
eaux profondes. Dans les eaux claires de la
Polynésie, ils n’apparaissent pas avant
d’un
axe
70-80 m.
Les Gorgones ou “Coraux cornés”
Gorgones se caractérisent par la posses¬
squelette souple, formé de deux
parties, la médulla et le cortex, La médulla est
spongieuse, constituée d’une rangée
longitudinale de chambres. Le cortex est
formé de lamelles cylindriques de gorgonine.
Il s’agit d’une protéine soufrée dont la compo¬
sition est proche de la kératine (qui entre dans
la composition des ongles, poils, cheveux...).
Elle est cependant moins richeen soufre que la
corne véritable. S’y ajoute un certain nombre
Les
sion d’un
d’ions brome et iode. Comme le “Corail noir”,
Polynésie, sont limitées aux
profondes et sont relativement rares.
les Gorgones, en
eaux
35
LE MONDE MARIN
La faune corallienne
de Polynésie
La plupart des grandes familles de coraux de
sont
représentées
en
Cependant, compte tenu de
l’extrême dispersion des îles qui la constituent,
il existe de notables différences d’un archipel à
F’olynésie.
autre, voire d’une île à une autre. Les
familles les plus communes sont les suivantes.
un
Pocilloporidae dont le genre le plus
commun,
Pocilloporii, est représenté en
.Les
F’oiynésie par au moins 4 espèces différentes.
Les Asfrocoeniidae avec un seul genre (Slylo-
coeniellaj connu jusqu’en 1979 uniquement à
l’état fossile, retrouvé depuis tant sur les atolls
des Tuamotu que dans l’archipel de la Société
et atix
Australes.
*Les Acroporidae. Cette famille comprend les
genres
Acroporu (30 espèces) et Monliponi
(20 espèces) qui représentent à
eux
seuls
presque le tiers des espèces inventoriées.
Les Poritidae. Le genre Poriles, dont
la
richesse spécifique est moins importante que
Acroporu et autres Montiporu,
cependant en Polynésie l’un des
principaux organismes constructeurs, à
l’exception de Rapa où il est très rare.
Les Agariciidae. Bien représentés égalenrent
en
Polynésie avec principalement deux
genres : Pavana, genre polymorphe inféodé à
la plupart des biotopes récifaux, et Leptoseris,
presque exclusivement localisé à la partie
profonde de la pente externe.
Les Fungiidae. Les genres référables à' la
famille des Fungiidae présentent une répar¬
tition discontinue. Le genre Fungiu est
celle
des
constitue
commun
l’ensemble des îles (très
à
rare
à
Rapa). Le genre Cycloseri.s n’est connu que de
Tikehau
;
trouve
on
Halomiira dans
les
archipels des Tuamotu et de la Société, et
Parhalaniiira dans les îles de la Société.
Les Faviidae. Cette famille qui dans l’indo-
Pacifique renferme le plus grand nombre de
genres et d’espèces, se signale en Polynésie par
une
relative pauvreté. Certains genres comme
Echinopora, Hydnophora,
sont présents que dans une
partie seulement de la Polynésie, et souvent
par un petit nombre d’espèces et d’individus.
Le genre Goniastrea par exemple est présent à
Tubuai ( I espèce), Rapa (2 espèces), mais fait
défaut dans le reste de la Polynésie.
Leploria,
Ooniaslrea
Les
ne
Mussidae.
cette famille, le genre
le plus connu et le plus
commun
en
Polynésie (à l’exception des
Marquises). Il en est de même pour le genre
Acanihastraea. Inversement, \e genre Scolymia
est préférentiellement inféodé aux Australes
(il a été tout récemment reconnu à Moruroaet
Lohophyllia
De
est
Fangataufa),
Les Pectiniidae. Le représentant le plus connu
de cette famille, en Polynésie, est sans nul
doute le genre Echinophyllia dont la présence
situe au-delà de 20-30 m de profondeur sur
les pentes profondes d’atolls et des îles hautes.
se
Signalons
encore
deux familles qui, à
l’inverse des précédentes, sont mal
tées
par
36
représen¬
Polynésie, où elles figurent chacune
un seul genre et une seule espèce : les
en
avec
le
genre
Meridina (M.
Tubuai.
Les familles les plus communes
r I ndo-Pacifique
Merulinidae
ainpiiaia) uniquement présent à Rapa et
Marotiri ; les Dendrophyllidae avec le genre
Turhinaria connu à ce jour de la seule île de
Une pauvreté relative
La
richesse
spécifique était
en
1979 de 34
genres et de 107 espèces de coraux. En 1981, le
nombre de genres passe à 42 pour 153 espèces.
Les toutes récentes
investigations en 1982 et
1984 à Tikehau (jusqu’à 70 m de profondeur)
1984 à
Rapa et Marotiri portent à 48 le
nombre de genres et à 170 celui des espèces. Ce
et
nombre est cependant relativement faible
comparé à ceux de la Nouvelle-Calédonie
(plus de 60 genres), de l’Australie (plus de 70
genres), de l’archipel indo-malais (plus de 70
genres) ou même de l’océan Indien, des
Seychelles (57 genres), des Mascareignes (58
genres) et de Madagascar (61 genres). La
raison essentielle en est d’une part l’éloigne¬
ment extrême du centre de diversité maximale
(Australie - Philippines - archipel indo¬
malais), d’autre part l’existence de courants
marins dominants d’est en ouest qui limitent
les
possibilités de dissémination à partir de
l’aire de dispersion.
LES CORAUX
Sur le plan de la diversité générique, il est
faite des Marquises pour
lesquelles des investigations poussées restent
encore à effectuer) que les archipels de la
Société (36 genres), des Tuamotu (37) et des
Australes (36) sont très proches les uns des
autres, avec des différences qualitatives qui
confèrent à chacun sa propre originalité.
à noter (exception
L’origine de la faune corallienne
de Polynésie
Il a été envisagé une double origine de la faune
corallienne de
Polynésie française. Elle
résulterait d’une part de l’appauvrissement
progressif d’un fonds d’espèces installées au
Tertiaire et actuellement en cours de dispari¬
tion suite à l’isolement de la région, et d’autre
d’une migration en provenance de
l’Ouest-Pacifique (malgré la dominance des
part
courants
espèces.
est-ouest) de larves de nombreuses
f.a
première hypothèse, suite aux
investigations récentes et à la mise en évidence
de genres et espèces supposés éteints, souffre
d’un grand nombre de lacunes actuellement.
La seconde au contraire trouve une première
confirmation
dans
les
derniers
résultats
obtenus. 11 y a cependant lieu d’être prudent.
on assiste ces
évolution
rapide
car
maximale
dernières années à
apparente
en
1979
à
1984
faune
la
GENRES
Styiophora
Stylocoeniella
SOCIÉT GAMBIER TUAMOTU TUBAI
•
2
Les Acropores, à côté
des espèces branchues,
présentent toute une
série d'espèces de
formes très variées,
comme ces colonies
tabulaires (Gambier, -9 m.
ü'Acropora hyacinthus,
3
Les colonies massives
des Parités sont très
•
•
•
•
•
•
•
•
•
•
•
•
•
•
Cyphastrea
•
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•
•
Montastrea
•
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•
•
•
•
Lobophyilia
•
•
•
•
•
•
•
•
•
•
Parascolymia
Echinophyllia
•
7
Le genre Leptoseris
(au centre de la photo)
•
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•
•
Pseudocolumnastrea
•
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•
•
Gardineroseris
Leptoseris
Pachyseris
•
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•
Halomitra
•
•
•
Parahalomitra
•
•
•
Porites
Synarea
Napopora
Alveopora
Montipora
Astreopora
Acropora
•
•
•
•
Tubastrea
îles hautes de -30 à
-80 m. Ici à Tahiti, -35 m.
Merulina
Turbinaria
•
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•
•
Galaxea
est strictement inféodé
à la pente externe
profonde des atolls et
•
•
•
Lobophyilia dans le
lagon de Takapoto,-12 m.
•
•
•
Cycloseris
Fungia
Herpolitha
Une grosse colonie de
•
•
•
•
Coscinarea
6
•
Pavona
(Australes) où le genre
est rare (Moorea, -20 m).
(Tikehau, -4 m).
•
•
•
Favia rotumana
•
Cul Ida
Mycedium
•
•
Echinopora
Acanthastraea
MARQUISE
•
Favia
•
comprennent un très
grand nombre de
genres, parmi lesquels
le genre Fa via est sans
doute le plus banal. Ici,
CE
•
Psammocora
Les Faviidae
<
Eavites
Plesioseris
5
CL
•
largement répandues
dans toute la Polynésie,
à l'exception de Rapa
<
•
•
Goniastrea
certainement l'un dès
mieux représentés dans
tous les milieux rêcifaux.
la
qualitative des différents
archipels de la
Polynésie française.
Pocillopora
Leptastrea
Platygyra
Leptorla
Hydnophora
Pocillopora est
de
Richesse générique
Plesiastrea
le genre
corallienne
Polynésie, compte tenu des efforts d’investi¬
gation, est passée de 34 genres et 107 espèces à
plus de 48 genres et 170 espèces.
4
En Polynésie,
de
progrès réalisés dans la connaissance des
différentes régions. Elle masque pour l’essen¬
tiel révolution réelle beaucoup plus lente, due
à la colonisation progressive de proche en
proche par les larves nageuses, amorcée dès
le Tertiaire et dont rien ne permet d’affirmer
qu’elle se poursuive à l’heure actuelle. Ainsi de
Certaines Fungidae sont
coloniales, comme les
Halomitra (Tikehau,
-25 m).
1
une
richesse
relation avec les
l’aire
de
•
•
•
•
•
•
•
•
37
LE MONDE MARIN
Les ennemis
du corail
Le corail, élément fondamental de l’éco¬
système récifal, subit de multiples agressions,
d’ordre physique (cyclone, hypersédimentation, exondation), chimique (matière organi¬
que,
engrais, pesticides) et biologique
(prédateurs, affections bactériennes, compé¬
tition entre organismes).
cyclones qui ont ravagé un grand nombre
d’ïles hautes et d’atolls, de décembre 1982 à
avril 1983, permettent de dégager trois grands
types de destructions. 7 out d’abord a lieu une
destruction mécanique sous l’effet direct de la
houle qui brise ou déchausse des colonies
parfois de taille métriqueà plurimétrique, tant
sur le front du récif
que dans les lagons.
D’autre
part, des talus détritiques se
constituent qui submergent les constructions
coralliennes
non
affectées par la destruction
mécanique directe.
observés
sur
De tels talus ont été
la pente externe de l’atoll de
Les agressions d’ordre physique
Tikehau
Parmi elles, les dégradations causées par les
cyclones sont les plus spectaculaires. Les
abrasion ou écrasement des colonies en place
(de 50% à 100% de destruction) à partir du
matériel corallien déchaussé à profondeur
observations effectuées suite à la série de
Les apports terrlgènes
liés aux activités
humaines : construction
de routes, d'aérodromes
bordure littorale,
déforestations
en
...
constituent une
nuisance importante à
l'environnement récifal
(Tahiti, Faaa).
Les colonies
coralliennes soumises à
de tels apports
terrigènes anormaux
rejettent un abondant
mucus,
perdent leurs
algues symbiotes et
leurs pigments, se
décolorent et
blanchissent. Ici,
Acropora sp., Tahiti,
-6 m.
38
(Tuamotu) jusqu’à 70 m de
profondeur, avec formations d’avalanches,
moindre et dévalant la pente.
Les dégâts les
plus remarquables se situent dans les sillons
qui accidentent localement le tombant et qui
ont alors fonctionné comme des couloirs
d’avalanche, en drainant la plus grande partie
des blocs et du matériel détritique.
Enfin, la
remise en suspension du matériel sédimentaire
qui se dépose en couche sur les substrats de
tous types les rend inaptes à un éventuel recru¬
tement ultérieur de Jeunes coraux.
Le
même
de
matériel
sédimentaire
perturbations des
mécanismes cilio-muqueux des polypes, qui
s’épuisent dans leur tentative de rejet des
particules. Cette modification détermine un
rejet abondant de mucus et d’algues
sy mbiotes, dont on a dit le rôle capital qu’elles
provoque
graves
LES CORAUX
jouent dans l’équilibre physiologique des
coraux.
On assiste alors à une décoloration
progressive et au blanchiment des coraux, qui
dans plus de 50% des cas entraîne une nécrose
irréversible des colonies.
soient-ils, ont un caractère épisodique : der¬
niers cyclones importants en 1903-1905 (avant
ceux de 1982-1983). De ce fait, ils autorisent
possible régénération des colonies madréporiques et un laps de temps suffisant à ùn
sables de la mise en suspension
du matériel
sédimentaire. La multiplication des sites
d’extraction de sables coralliens (soupe de
corail) principalement à Tahiti et Moorea, la
déforestation liée à l’extension des zones de
pistes
d’atterrissage ont des effets semblables à ceux
des cyclones. Ces différentes sources de
nuisances exercent une action de dégradation
permanente qui va en s’amplifiant au cours du
temps. Les effets des cyclones, aussi graves
cultures, l’édification de routes et de
ment des
polypes, conduisant à la mort des
coraux.
une
nouveau
Les cyclones ne sont pas les seuls respon¬
des zooxanthelles symbiotiques et le blanchi¬
recrutement
et
à
l’installation
ultérieure de communautés de coraux.
Les exondations, en tant que phénomène
naturel lié à l’alternance des hautes et basses
mers,
limitent
bioconstructions
l’extension
verticale
des
madréporiques en milieu
peu profond (platiers récifaux). Des exonda¬
tions anormalement importantes et répétées
comme celles de 1983 peuvent affecter grande¬
ment l’ensemble des communautés de platiers.
Elles s’accompagnent le plus souvent d’une
élévation de température et d’une baisse de la
teneur en oxygène, qui renforcent l’expulsion
Les ennemis chimiques
Les coraux sont très sensibles à la qualité
chimique des eaux. Les apports en matière
organique, sels minéraux, pesticides, liés à
l’urbanisation souvent anarchique du littoral,
l’industrialisation et l’extension des zones de
cultures, exercent une nuisance d’autant plus
insidieuse qu’elle est, à l’inverse des cyclones,
peu spectaculaire. Les ennemis chimiques
agissent pour certains à la fois directement sur
la
vitesse
fixation
de
du
croissance
des
carbonate
de
coraux
calcium
et
la
qu’ils
Page de gauche :
Les colonies détruites
par les apports
sédimentaires servent
alors de support aux
algues filamenteuses.
Ici, installation sur
Parités sp., Tahiti, -30m.
au-dessous ;
Les destructions liées
cyclones se
traduisent par le bris
in situ des colonies
de Madrépores. Ici, à
aux
Tikehau, -10 m, débris
de Pociiiopora.
Une grande partie du
matériel ainsi arraché
au récif dévale les
pentes externes à la
façon d'une avalanche,
détruisant tout sur son
passage. Ici, la pente
externe de Tikehau-56 m
39
LE MONDE MARIN
élévation sensible en phos¬
phates inhibe la fixation du calcium) et en
second lieu sur le développement des peuple¬
ments algaux qu'il favorisent (action béné¬
fique des phosphates et nitrates) peuplements qui entrent directement en
contrôlent {une
les coraux au niveau de la
concurrence avec
place disponible.
Par ailleurs, si les apports de nutriants
les phosphates et nitrates ont un effet
comme
bénéfique sur lu production primaire
(phytoplancton) et par là même sur l'ensemble
de la production des masses d'eaux, il semble
qu'ils favorisent également le développement
des prédateurs (du moins durant leur phase
larvaire), comme les Acaiilluisier (l(iramca)c\
certains mollusques qui se nourVissent à l'état
adulte de colonies de Madrépores.
Les ennemis biologiques
De
nombreuses
études
effectuées
dans
l'ensemble de l'I ndo-Pacifique permettent de
conclure que le principal prédateur détruisant
ou
se
nourrissant
est
coraux
sans
des
parties molles des
nul doute l'étoile de
mer
Acanllmsier plaini. La densité normale des
individus sur un récif en bonne santé est de 3 à
5 par km-. On considère le nombre de 40-50
individus décomptés par I 000 m- comme un
début d'infestation. En Polynésie, on peut à
titre d’exemple mentionner des concentra¬
tions de 60 à 80 individus par I 000 m- dans
certains secteurs de Moorea, avec localement
des densités de 5-6 individus par mètre carré
(en projection), les adultes ayant entre 20 et 50
cm
de diamètre. Toutes les
espèces de
Madréporaires
pas affectées. Si
Acropora, Pucillopora,
Monlipora constituent les proies de prédilec¬
certaines
ne
comme
les
sont
tion de l’étoile, d’autres comme les Poriles, les
Faviidae, les Hydrocoralliaires sont normale¬
indemnes de prédation. Un autre
prédateur en puissance existe en Polynésie. 11
s’agit d’un mollusque du genre Dnipel/a qui,
suite à une pollution dont les causes ne sont
pas clairement définies, a ravagé dernièrement
plusieurs secteurs récifaux du Japon et des
ment
Philippines.
Il existe bien d’autres ennemis des coraux
dont les effets sans être négligeables sont très
éloignés de ceux de l'Acanlliasler. En effet, les
destructions accomplies par des organismes
foreurs (vers, crustacés, mollusques) et des
brouteurs de polypes comme les poissons,
sont compensées par la croissance des coraux.
Enfin, il faut mentionner au rang des
ennemis des coraux les possibles attaques bac¬
tériennes,
sous
la forme d’auréoles
blanchâtres de nécrose (while hand diseuse)
dont sont cependant indemnes (pour le
moment) les coraux de la Polynésie.
Pour conclure, le principal ennemi des
coraux des îles hautes de la
Polynésie est donc
l’étoile de mer lurumea. Lorsque l’on sait
qu’un animal adulte est capable de brouter
annuellement entre 6 et 10 m- de surface
madréporique, en tenant compte des concen¬
trations récemment observées, il y a lieu d’être
pessimiste
mesure
sur
l’avenir des récifs si
aucune
de protection n’est prise rapidement.
Ainsi à Guam, par exemple, 90% des coraux
ont
été détruits
sur
un
front de 38 km
en
l’espace de deux ans et demi par VA eandiasler.
40
La taramea
(Acanthaster planci), de
iriste réputation,
dévoreuse de coraux,
s’est développée de
façon considérable au
de ces 15
dernières années
cours
(Tahiti, -12 m).
La prédation
des
taramea est sélective
(ici sur une colonie
d'Acropora hyacinthus).
Chaque individu peut
brouter jusqu’à 10 m'de
colonies madréporiques
par an. Les parties
détruites apparaissent
en blanc (Moorea, -1 m).
Les taramea effectuent
leur prédation surtout la
nuit. De jour, la grande
majorité reste fixée sous
les tables coralliennes
à l’abri de la lumière
(Moorea, -2 m).
3 Les coquillages
Parmipolynésiennes,
tous les groupeslesd’animaux
vivants dansleslesPoissons,
récifs coralliens
et lagons des
Mollusques
qui comptent le
îles
sont avec
ceux
plus grand nombre d’espèces. Ils doivent cette richesse à leur aptitude évolutive à
coloniser un grand nombre d’habitats. Communément les Mollusques sont assimilés
aux coquillages par les néophytes. En fait les
Mollusques comportent 7 classes qui ne
sont pas toutes représentées en Polynésie et certains de leurs
représentants n’ont pas
de coquille.
Mais, plus que l’important nombre d’espèces de Mollusques marins en Polynésie
(plus de 1 000 espèces), c’est la diversité des modes de vie qui est extraordinaire. Entre
la Patelle qui vit sur un mètre carré de récif ou de rocher battu par les
vagues, en râpant
inlassablement le substrat pour se nourrir du fin gazon d’algues qui le recouvre, et le
Poulpe qui sur quelques dizaines de mètres carrés guette les crabes qui passeraient
d’aventure à sa portée, il y a bien des caractères communs de développement et de
constitution pour le spécialiste, mais il y a un monde de différences dans les modes de
vie.
Comme pour la plupart des animaux, des légendes existent sur des âges records
chez les Mollusques. On peut penser que certains grands Bivalves vivent
plusieurs
dizaines d’années, mais on aurait du mal à trouver des centenaires en
Polynésie
française. La croissance des coquillages commence à être bien connue, du moins pour
les principales espèces des récifs et des lagons ; nous verrons
que généralement au
bout de 3 à 5
ans
l’individu a atteint sa taille adulte. Il peut toutefois vivre encore
longtemps avec une croissance réduite ou presque nulle. Les coquillages mortels,
notamment les Cônes, pnt aussi fréquemment défrayé la chronique. Tous les Cônes
sont mortels pour leurs proies, et il est vrai que les espèces qui se nourrissent de
poissons en les paralysant de leurs flèches empoisonnées peuvent causer quelques
accidents chez l’homme.
Il a semblé enfin intéressant de s’attacher à mieux connaître deux
Mollusques
particuliers. Le premier est un Bivalve, la nacre, qui fait indéniablement partie du
patrimoine polynésien par ses aspects traditionnel, économique et culturel. La nacre
fut la (Dremière ressource dont l’exploitation et l’exportation débuta il y a
presque deux
siècles, et elle est présentement, malgré une surexploitation inconsidérée, à la base de
l’industrie perlière. Le second est un Gastropode, nacrierlui aussi, introduit il y a moins
d’une trentaine d’années pour constituer une nouvelle ressource ; l’introduction du
troca fut une réussite.
La richesse
des Mollusques
Après les Insectes, les Mollusques consti¬
le groupe zoologique le plus riche en
espèces à la surface de la planète. Leur
tuent
diversité de formes et la variété des milieux
colonisés sont étonnantes. Les Mollusques se
répartissent en 7 classes dont les deux plus
importantes, les Gastropodes et les Bivalves,
sont représentées par plus de 1 000 espèces sur
le littoral des eaux polynésiennes.
Un groupe conquérant
Les ancêtres des Mollusques actuels, il y a plus
de 600 millions d’années, étaient proches des
marins.
Les
premiers Mollusques
n’étaient sans doute pas très différents de ce
vers
Neopilina galaiheae, véritable fossile vivant
qui fut découvert lors de prospections par
000 mètres de profondeur au large de
Mexico en 1952 : une coquille conique recou¬
5
animal métamérisé, c’est-à-dire en
“segments” presque identiques.
L’embranchement des Mollusques s’est
diversifié en conquérant tous les milieux
marins, terrestres et d’eau douce, avec des
fortunes diverses, sans toutefois aborder la
conquête du milieu aérien. L’on trouve des
Mollusques depuis les plus grandes profon¬
vrant un
marines
jusqu’aux sommets des
montagnes. A partir de leurs ancêtres marins
ils se sont adaptés au milieu terrestre où leurs
représentants respirent par des “poumons”.
Ils comportent les plus grands invertébrés du
deurs
monde avec les calmars géants, dépassant la
quinzaine de mètres tous bras étendus et
habitant les profondeurs marines. L’étude du
volcanisme sous-marin (dorsale océanique du
Pacifique Est) et de ses sources hydrother¬
males dans les abysses a révélé l’existence de
gigantesques bivalves (sortes de moules d’une
quinzaine de centimètres) qui élaborent leur
matière vivante à partir, entre autres, de
bactéries chimiosynthétiques. Les Mollusques
constituent donc un groupe d’une grande
diversité qui a colonisé tous les milieux et au
sujet duquel les découvertes récentes sont
dignes d’intérêt scientifique général.
Tonna perdix,
Gastropode carnivore,
a une coquille légère
mais un pied
volumineux.
Turbo petholalus, le
turbo rouge, à la
coquille lisse et
brillante, est un cousin
du mà'oa (Turbo
selosus).
41
LE MONDE MARIN
Sept classes si différentes
Que le muko (grand vermet, Dendropoma
maximum) et lefe’e (poulpe, Octopus cyanea)
appartiennent au même embranchement des
Mollusques n’est évident que pour le malacologiste, spécialiste de ce groupe, et encore a-tfallu
il
des
années
de
connaissance pour
parvenir à cette conclusion. Les Mollusques
comportent 7 classes qui ne sont d’ailleurs pas
représentées en Polynésie. Les Monoplacophores (NeopHina, par exemple), avec
une coquille conique, ne comportent que des
espèces abyssales encore inconnues à
toutes
proximité de nos îles. 11 en est de même des
Aplacophores, longs “vers” sans coquille mais
avec
caractères
des
anatomiques
de
Mollusques, qui ne comptent que 250 espèces
le
monde.
Les
Polyplacophores
(plusieurs plaques) ne sont autres que les
chitons, bien connus aux Marquises (marna)
dans
où ils adhèrent fortement aux rochers battus ;
il en existe 600 espèces dans le monde, mais
moins
douzaine
d’une
en
Polynésie
Les Gastropodes, à la coquille
enroulée, sont les plus abondants des Mollus¬
ques (quelques dizaines de milliers d’espèces)
et les mieux représentés dans les récifs et
lagons coralliens de Polynésie (environ 1 000
espèces). Les Bivalves, à la coquille en deux
française.
orifice urinaire
valves s’articulant à leur sommet, comportent
quelques milliers d’espèces dont un peu plus
d’une centaine dans nos îles. Les Scaphopodes, à la coquille en forme de tube
cylindrique arqué, comptent environ 350
espèces marines dans le monde. Ils n’étaient
de nos eaux jusqu’à ces derniers
temps où des représentants ont été observés
sur les pentes externes de Tahiti au-delà de 500
mètres de profondeur, au cours des plongées
pas connus
Cyana en 1983. Les Cépha¬
lopodes, dont la coquille peut être interne,
de la soucoupe
externe
manteau
anus
coelome
absente,
ou
et
dont
on
compte
quelques centaines d’espèces dans le monde,
ne sont représentés sur notre littoral que par
une dizaine d’espèces.
Schéma d'organisation
d’un Mollusque type.
branchie
péricardique
oesophage
pédoncule
oculaire.\
nephridie
hepatopancreas
mufle
Les huîtres Pinctada
tortillon
margarltifera et
Pinctada maculata.
bouche
^
radula
rectum
ciliature apical
orifice génital
canal génital
glandes digestives
et génitales
estomac
déférent
muscle collumélaire
(coupe)
^
pénis
pied
opercule
Quelques noms
polynésiens de
coquillages. (S) Société,
(T) Tuamotu,
(M) Marquises,
(A) Australes.
bouche
especes consommées
Patella sp.
Nerita sp.
Turbo setosus
Dendropoma maximum
Pûtara
Porcelaines
Hihi (M),
Charonia tritonis
Cônes
Tridacna maxima
Fragum fragum
Pinctada margaritifera
Les sept classes de
Mollusques
représentées
groupes dont les
Les Mollusques marins
ont pour la plupart une
larve pélagique dont un
des stades est la larve
Bryozoaires, ont la
même larve
trochophore, ce qui
permet de penser que
ces groupes ont des
trochophore. Les vers
marins (Annélides et
Némertes) et d’autres
affinités et des ancêtres
communs.
Pinctada macuiata
schématiquement et le
nombre approché
d'espèces fréquentant
les eaux littorales
coralliennes de
Muko (T)
Lambis truncata
Térèbres
au-dessous :
Mâpihi, Piraou (S), Titimo (M)
Hihi (S)
Mâ’oa (S), Ohani (T), Pûpû (A)
Asaphis deflorata
Grassostrea cucullata
Octopus cyanea
Pü
(S), Kurearea (T)
Pôreho (S)
(M)
Pûpû one (S), Tiriri (T), Poho (M)
Pao
Pâhua
Pikuko
Pirau
(T)
Pipi (S, T)
’Ahi (S)
Tio (S)
Fe’e (S), Kanoe, Veki (T)
Polynésie française.
POLYPLACOPHORA
MONOPLACOPHORA
42
APLACOPHORA
Neopilina
galalhea
agiaopheniae
Chiton
0
0
10
GASTROPODA
Proneomenia
Strombe
1020
SCAPHOPODA
BIVALVIA
CEPHALOPODA
LES COQUILLAGES
Mollusca ou corps mou
les reins et les organes reproducteurs.
Déjà pour les deux principales classes de
Mollusques, les Gastropodes et les Bivalves,
les différences anatomiques et conchyliologiques paraissent considérables ; qu’en est-il si
l’on compare le chiton et le poulpe ? Par
rapport à toutes les autres espèces du règne
cœur,
l’étymologie latine du terme qui
désigne les Mollusques que la plupart des néo¬
phytes appellent des coquillages, car ils
ne considèrent que les
représentants de cet
embranchement possédant
une
coquille.
Mais d’autres n’en possèdent pas ! Cette
coquille peut être importante, réduite ou
absente ; elle peut être interne ou externe.
Classiquement, mais les exceptions sont
nombreuses, un mollusque comporte une
région céphalique avec les organes des sens,
un pied musculeux souvent utilisé
pour la
locomotion, le creusement ou la préhension,
enfin une masse viscérale comprenant les
principaux organes dont le tube digestif, le
Telle est
ils ont toutefois de
caractères qui les rapprochent.
animal,
nombreux
plus riche en espèces des eaux littorales
polynésiennes. Les Crustacés, les Madréporaires et les Foraminifères ne dépassent pas
les coraux. La forte dominance des
Gastropodes - plus de 90% de tous les
Mollusques - tient à leur richesse naturelle
que
Mollusques qui ne trouvent
les conditions idéales à leur développe¬
ment
;
Aplacophores, Polyplacophores,
Scaphopodes. Elle tient aussi à une faible
représentation des Bivalves qui dans d’autres
régions de l’Indo-Pacifique sont proportion¬
nellement plus nombreux.
pas
BIVALVIA
MESOGASTROPODA
NEOGASTROPODA
Arcidae
Mytilidae
Scissurellidae
Littorinidae
Muricidae
Haliotidae
Rissoidae
Fissurellidae
Architectonicidae
Magilidae
Patellidae
Pinnidae
Buccinidae
Pteriidae
Vermetidae
Trochidae
Columbellidae
Planaxidae
Nassariidae
Isognomonidae
Stomatellidae
Modulidae
Pectinidae
Fasciolariidae
Turbinidae
Cerithiidae
Neritidae
Olividae
Spondyiidae
Triphoridae
Epitoniidae
Vasidae
Ostreidae
Harpidae
Carditidae
lanthinidae
Volutidae
Eulimidae
Marginellidae
Strombidae
Mitridae
Hipponicidae
Capulidae
Limidae
Trapeziidae
Lucinidae
Chamidae
Cancellariidae
Cardiidae
Turridae
Tridacnidae
Triviidae
Conidae
Veneridae
Cypraeidae
Terebridae
Tellinidae
Ovulidae
Psammobiidae
Naticidae
Semelidae
(Gastropodes
Cassidae
Gastrochenidae
eaux
littorales
coralliennes de
Cymatiidae
Polynésie française.
Colubrariidae
prosobranches et
Bivalves) marins
représentées dans les
groupe des Mollusques qui comporte dans les
récifs et lagons presque 6 fois plus d’espèces
mais aussi à la rareté ou à l’absence de certains
Avec environ 1 100 espèces recensées, l’em¬
branchement des Mollusques est le groupe le
ARCHAEOGASTROPODA
Les principales familles
de Mollusques
Seuls les Poissons - 800 espèces - essayent de se
hisser a leur hauteur. Telle est l’importance du
autres groupes de
Bilan polynésien
GASTROPODA
200 à 300 espèces selon le groupe considéré.
Tonnidae
Hydatina physis est u n
Gastropode
opisthobranche qui vit
Bursidae
dans le sable. La
coquille très fragile
possède une large
ouverture et l'animal n’a
pas d’opercule.
Schéma d’organisation
interne d’un Bivaive.
sommet ou crochet
dents
branchie
glande digestive
siphon exhalant
/
palpes labiaux
siphon
inhalant
Pedum
spondyloideum
est un Bivalve
Pectinidae qui vit
exclusivement enchâssé
dans le corail jaune
Parités.
muscle
adducteur
muscle
antérieur
postérieur
manteau
pied
ouverture
des siphons
masse viscérale
intestin
glande génitale
LE MONDE MARIN
Modes de vie
des Mollusques
au
l’intérieur,
Une telle richesse en espèces sous-entend
très grande diversité des Mollusques dans
une
leur mode de vie, compte tenu de leur aptitude
évolutive à coloniser tous les milieux dispo¬
nibles. Que de différences dans le genre de vie
et le comportement entre la Patelle qui reste
toute sa vie sur le même mètre carré à brouter
inlassablement le substrat, et le Poulpe aux
aguets à l’entrée de son antre et qui surveille
jalousement son territoire de chasse de
quelques dizaines de mètres carrés ! Que de
différences entre le Taret qui perfore le bois, le
Bénitier qui expose son manteau au soleil et la
Janthine qui dérive en plein océan au gré des
courants. Nous avons sélectionné quelques
espèces pour évoquer cette diversité de modes
de vie.
le
mollusque
présente
une
anatomie bien modifiée compte tenu de ce
mode de vie très sédentaire : le pied est un
puissant muscle qui permet la rétraction de
l’animal au fond du tube à la moindre alerte,
tube qu’il obture avec un opercule corné. La
méthode d’alimentation des Vermets est des
plus curieuses. Il émet de longs filaments de
mucus qu’il laisse se charger de particules
organiques détritiques, puis qu’il rétracte et
ingère, s’alimentant ainsi de cette matière
organique dérivant au gré des courants sur les
platiers. Certains individus sont enrobés dans
des colonies de corail jaune.
La croissance du Vermet est fort lente.
Les sexes sont séparés et ils émettent leurs
produits génitaux dans l’eau de mer. Les
muko sont pêchés mais leur raréfaction est
manifeste sur les récifs de Tahiti et des îles de
la Société. La surpêche, la dégradation et la
pollution du milieu, et peut-être l’introduction
Le mà’oa (Turbo setosus) :
du Troca, sont les causes essentielles de cette
plus fort des vagues
au
substrat, l’enroulerhent disparaît et il n’est
pas rare de voir les tubes de Vermets paral¬
lèles les uns aux autres sur les platiers. A
Le Turbo setosus est un Gastropode primitif
qui vit à l’avant des récifs où brisent les vagues
de l’océan. Il est tapi dans les petites cuvettes
raréfaction des Vermets. Un Vermet de 20 cm
de
long a
d’années.
un
âge d’environ une douzaine
La Porcelaine
Belle de nuit, délicate et paisible, tels sont les
qualificatifs de la Porcelaine dans le milieu
corallien où elle évolue. 11 existe une cinquan¬
taine d’espèces en Polynésie française sur les
récifs frangeants, barrières et sur les pentes
externes. Parmi les endémiques, on peut citer
Erosaria obvelata, la Porcelaine anneau d’or
qui est très commune sur les récifs frangeants,
Cypraea bernardi de Tahiti et Cypraea
cassiaui des Marquises. Parmi les espèces
rares, on peut citer Cypraea aurantium, la
Porcelaine aurore.
Les espèces les plus communes rentrent
dans la confection des colliers : C. moneta, C.
caputserpentis,
Naria
irrorata.
Le
lustre
brillant de la coquille en font des objets
de collection magnifiques, qu’il s’agisse de
et le
Cypraea tigris, C. talpa, C. mappa, C. lynxoa
C. helvola, C. cumingii.
La pureté de la coquille tient au fait que
l’animal la recouvre de son manteau lorsqu’il
se déplace, la protégeant ainsi régulièrement
des petites espèces :
de toute salissure et incrustation, La Porce¬
laine est un animal herbivore de mœurs géné¬
ralement nocturnes. Elle se déplace tout
manteau
déployé, celui-ci portant d’innom-
d’érosion de la zone frontale du récif où les
algues calcaires encroûtantes de couleur
jaunâtre à lie-de-vin constituent une sorte de
glacis. Les drupes et les patelles, autres
Gastropodes, cohabitent avec lui dans ce
milieu à haute énergie hydrodynamique. C’est
râpant le substrat avec sa radula, sorte de
langue chitineuse aux milliers de petites
dents, que le mà’oa “broute” le substrat,
s’alimentant ainsi du feutrage d’algues vivant
en
dans ce milieu. Il adhère fortement au substrat
puissant muscle qui fait ventouse et
lorsqu’il est inquiété et décollé de la roche, son
opercule calcaire blanc dont il obture l’entrée
de la coquille le protège de tout ennemi
par un
éventuel.
les
Chez cet animal, les sexes sont séparés et
produits génitaux, au bout du tortillon,
sont
verts chez la femelle et blancs chez le
Il n’y a pas accouplement chez ces
Gastropodes primitifs ; les produits génitaux
mâle.
émis dans l’eau de mer où a lieu la
fécondation puis le développement larvaire,
sont
avant que le jeune individu n’ait la chance de
rencontrer le
loppement
milieu convenable à son déve¬
ultérieur,
frontale du récif.
C’est une espèce
c’est-à-dire
la
communément
zone
con¬
sommée. Les eaux coralliennes de Polynésie
comportent deux autres espèces du genre
Turbo : T. petholatus, le maoa rouge, qui vit
Les espèces de
et du turbo qui sont
adhèrent fortement au
d’algues de quelques
millimètres qui
Mollusques qui vivent
sur la crête algale
substrat par un pied très
développé. Tel est le cas
des patelles, des drupes
tous des herbivores se
nourrissant du feutrage
recouvre
le substrat.
des endroits plus calmes et plus
profonds, et T. marmoratus, une grande
espèce introduite il y a une quinzaine d’années
dans
à Tahiti.
Le muko ou Vermet
(Dendropoma maximum)
un Gastropode bien curieux, car sa
coquille est un tube allongé (diamètre 1 à 2 cm,
longueur pouvant dépasser 20 cm) qui est
soudé à la dalle corallienne sur les platiers
récifaux. La jeune coquille de Vermet est
Voici
enroulée, mais avec la croissance et la fixation
44
Sur ce platler des
Gambler, les tubes de
vermets s'allongent sur
plusieurs décimètres
de longueur. Les
ouvertures sont dirigées
dans la même direction
et les tubes sont
parallèles en raison de
l'existence d'un courant
d'eau presque
permanent sur ce platler.
Les Turbo setosus
adhèrent fortement sur
les algues encroûtantes
de couleur lie-de-vin de
la zone frontale du récif.
LES COQUILLAGES
papilles
brables
dentelés
;
d’inhaler
en
forme d’orbuscules
à l’avant le siphon lui permet
l’eau et il est bordé de deux
tentacules lui permettant d’explorer et d’iden¬
tifier le milieu où elle progresse.
Les sexes sont séparés ; la femelle pond
des capsules ovigères qui, à quelques dizaines
ou
centaines, constituent les pontes observées
souvent
à la face inférieure des blocs coral¬
liens. Chaque capsule comporte des dizaines
d’œufs qui vont se développer jusqu’à donner
une
petite larve qui
sera
libérée 2
ou
3
semaines après la ponte. Une seule ponte peut
contenir plusieurs centaines de milliers d’œufs
mais bien peu donneront un adulte car nom¬
breux sont les animaux du récif prêts à dévo¬
rer les pontes puis les jeunes larves et juvéniles.
Les Eulima, des parasites
remarquables
Après les Porcelaines si célèbres, les Eulima
des Mollusques inconnus du grand
public en raison de leur petitesse, de leur
rareté et de leur milieu de vie. La plupart des
Eulima, une vingtaine d’espèces au moins en
Polynésie, ont une coquille de quelques milli¬
sont
mètres
à
deux
centimètres, très effilée et
blanche, parfois légèrement arquée. Ces
Mollusques parasitent les Echinodermes, tout
spécialement les holothuries et ils vivent
fichés, implantés dans l’épiderme et le derme
de ces paisibles créatures du récif. Mais
d’autres espèces parasitent les oursins et les
étoiles de mer. Ces Eulima sont indissoluble¬
ment liées à leur hôte pour survivre, comme
tout parasite.
Cette vie parasitaire a entraîné
d’importantes modifications anatomiques
chez ces animaux. Ils ne possèdent plus ni
mâchoires ni radula, mais une trompe leur
permettant d’aspirer les tissus de l’hôte dont
ils
se
nourrissent,
une
véritable
pompe
aspirante de tissus vivants qui sont plus ou
moins liquéfiés. Ces petits Gastropodes au test
laiteux peuvent être observés en
retournant certaines holothuries telles que
Telenota ananas, aux couleurs rouge sombre
blanc
et aux
protubérances latérales ; mais si l’on
tarde trop ils s’enfoncent dans les téguments
de l’hôte. Les sexes sont séparés, le mâle doit
chercher la femelle pour s’accoupler.
Le récif corallien comporte une
multi¬
d’espèces parasites dont de nombreux
mollusques. Bien que d’une tout autre nature
on peut citer le parasitisme des Coralliophila,
sortes de drupes à l’ouverture violette, qui
tude
La petite Porcelaine
monnaie (Cypraea
monetaj est ici
accompagnée
d'ophiures
(Echinodermes). Le
manteau translucide
rayé de noir recouvre
presque entièrement
la coquille de la
vivent dans les petites dépressions des colonies
de corail jaune (Pontes) et qui sucent de leur
trompe les tissus vivants du corail.
La Natice : percer pour aspirer
Avec ces Mollusques nous pénétrons dans le
milieu sableux où ils vivent, et parmi les carni¬
vores.
Les Natices ont
une
coquille globu¬
leuse, lisse et brillante, et l’animal souvent
volumineux englobe presque totalement la
coquille lorsqu’il se déplace sous le sable. C’est
au
bout du sillon qui trahit sa présence qu’il
peut être récolté. C’est un féroce carnassier.
De son pied très puissant la Natice va entourer
Mollusque bivalve, et sa radula va faire en
quelques heures un travail de forage dans la
coquille du mollusque prisonnier, analogue
au travail de forage de nos pétroliers dans les
terrains sédimentaires ou volcaniques.
Longuement, par rotation, une multitude de
petites dents vont forer le calcaire et donner
un
petit trou parfaitement circulaire par
lequel la Natice n’aura plus qu’à sucer et
pomper les parties vivantes du malheureux
un
Bivalve. Les valves
l’une d’elles portera
fatal.
seront
la
abandonnées
marque
et
du forage
Une espèce du genre
Eulima {12mmdehaut)a
la coquille lisse et
brillante, très
légèrement arquée.
D'autres espèces ont un
test blanc laiteux et sont
plus nettement arquées.
porcelaine.
Coralliophila violacea
est un parasitequivitsur
les colonies de Parités,
le corail jaune. Il se
nourrit des tissus de son
hôte, mais par petit
prélèvement et sans
jamais le tuer.
Une ponte de Natice.
Les Echinodermes et
tout spécialement les
holothuries - ici
Boadschia argus - sont
souvent parasités par
des Gastropodes de la
famille des Eulimidae.
Ils sont piqués dans
l'épiderme de
l’holothurie.
45
LE MONDE MARIN
Pour se reproduire, les individus mâles et
femelles doivent s’accoupler ; les pontes de
Natices sont très caractéristiques. 11 s’agit de
rubans enroulés en rosace et reposant sur le
sable. Les œufs sont enrobés dans un mucus
de domicile. Ces Bivalves vont filtrer l’eau de
nourrir, retenant les particules
organiques et le plancton qu’il contient.
L’orifice de la logette est souvent bilobé ; l’un
des lobes correspond à un siphon inhalant
l’eau alors que l’autre est exhalant.
Les produits génitaux sont émis dans
mer
où sont agglutinés et incorporés des grains de
sable donnant
ponte
et
prédateurs.
une
certaine consistance à la
décourageant
les
éventuels
Les Lithophages : des foreurs
prisonniers
On connaît bien les Tarets, ces Mollusques
qui
perforent le bois des navires et qui mettaient
en péril les flottes de la marine à voile. On
connaît moins bien les Lithophages qui
perforent la roche calcaire. Plusieurs espèces
de Lithophages, Mollusques bivalves, existent
en Polynésie et
participent activement à la
fragmentation et à la destruction du récif
construit. A l’état larvaire, ces Bivalves se
fixent sur des colonies coralliennes mortes ou
vivantes et les individus vont se développer en
creusant le
substrat. Ils seront d’ailleurs vite
prisonniers de leur logette qui ne communique
l’extérieur que par un étroit orifice.
Celui-ci empêche tout intrus de les dévorer
mais ne leur permet plus de changer
avec
pour se
l’eau de
mer
où se font la fécondation et le
développement de la larve jusqu’à ce que quelques semaines plus tard - cette dernière
tombe sur le fond et se métamorphose si elle a
rencontré un substrat corallien convenable à
développement. Dans certains lagons
fermés tels que ceux de Takapoto et Mataiva,
les Lithophages foreurs tiennent une place
importante et les colonies coralliennes mortes
des fonds de lagon sont détruites en quelques
siècles par une incroyable population de ces
foreurs qui transforment la roche calcaire en
son
sable corallien.
Le Bénitier : comme un corail
La
famille
des
Bénitiers
(Tridacnidae)
plus grande (Tridacna gigas) dont on a mesuré
des valves de plus de 1,2 m de long et dont le
son
manteau que
l’animal expose aux rayons du soleil et qu’il
rétracte à la moindre alerte. L’originalité des
Bénitiers parmi les Bivalves est qu’ils sont les
seuls à posséder dans leurs tissus des algues
symbiotiques, les zooxanthelles, qui sont les
mêmes que celles qu’hébergent les Madréporaires. Le mollusque vit essentiellement de
cette symbiose et donc des algues qu’il élève
dans ses tissus. Extraordinaire biologie que
celle de cet animal qui a “capturé” des algues
et cultive son jardin dans son corps même !
Cette symbiose avec des algues exige de la
lumière pour la photosynthèse et c’est
pourquoi le manteau qui contient des
millions de ces zooxanthelles est exposé au
Au-delà
d’une
trentaine de
mètres
l’énergie lumineuse est insuffisante pour les
algues symbiotiques et le Bénitier ne peut pas
vivre. La couleur du manteau n’est pas due
aux algues mais à des
pigments. Un Bénitier
d’une vingtaine de centimètres a environ une
dizaine d’années.
Forte concentration de
perforants dans une
roche calcaire. Son test
est brun à noir et peut
dalle calcaire. On
remarquera que chaque
trou comporte deux
lobes : l'un pour l’entrée
de l'eau et l'autre pour la
sortie.
dépasser 3 centimètres.
Ces perforants
attaquent également
les spondyles et les
nacres.
Ce petit bloc de Parités
coupé en deux permet
de voir sur la tranche
toutes les logettes
creusées par les
Lithophages. Ici dans le
lagon de Mataiva.
Dans les lagons d'atolls
fermés, les bénitiers
peuvent être très
abondants et comporter
plusieurs dizaines
d’individus au mètre
carré. Ici, dans le lagon
de Vahitahi, ils
constituent l’espèce
dominante avec les
Acropores branches.
46
couleurs souvent vives de
soleil.
ne
compte que 6 espèces qui ne vivent que dans
rindo-Pacifique, et une seule d’elles est
présente dans nos eaux. 11 ne s’agit pas de la
LIthophaga tares est un
Bivalve perforant la
poids dépassait 250 kg ! Notre espèce,
(Tridacna maxima) est plus modeste dans sa
taille (15 à 20 cm, exceptionnellement 40 cm)
mais c’est une espèce très commune et carac¬
téristique des lagons d’atolls fermés des
Tuamotu. L’espèce est connue pour les
LES COQUILLAGES
Bénitiers, on consomme le bord du
mais surtout le muscle qui lie les
deux valves et qui se compose de deux parties :
l’une peut se contracter rapidement mais sans
grande force, alors que la seconde partie du
Des
manteau
muscle se contracte lentement mais fortement.
pourquoi on remarque que le Bénitier
ferme ses valves en deux temps.
C’est
Le Cône : un carnassier
au
Les
régime strict
Cônes
sont
une
des
familles
de
Mollusques les mieux représentées en Poly¬
nésie française. Ils sont aussi les plus
recherchés des coquillages par les collec¬
tionneurs, avec les Porcelaines. Alors que ces
dernières, espèces primitives, sont herbivores,
les Cônes sont des carnivores.
Ils possèdent un appareil venimeux avec
paralyser et de tuer des poissons ; lorsqu’ils
piquent l’homme, ils peuvent parfois causer
des accidents mortels, notamment chez les
enfants.
L’écosystème corallien étant très
complexe, tout particulièrement pour les
espèces évoluées qui sont des prédateurs, on a
mis en évidence que certains Cônes ne
consommaient que certaines espèces de vers.
C’est une relation prédateur-proie qui repose
parfois sur deux espèces, seulement. On
conçoit la complexité du fonctionnement d’un
tel
milieu
où vivent plusieurs milliers
d’espèces et des milliers de prédateurs, mais
c’est aussi une terrible fragilité car toute modi¬
fication du peuplement d’une espèce peut
retentir directement sur une autre, et ainsi de
suite.
Le
Cône
consomme des
hébraïque est vermivore, il
Annélides. Le Cône textile est
des dents fléchettes empoisonnées capables de
malacophage, il consomme des coquillages.
Le Cône géographique est piscivore, il se
nourrit de poissons.
les Cônes : ils se nourrissent de vers marins ou
La tête et les bras, ruse et force : quatre mots
paralyser leur proie. Celle-ci est alors
englobée par l’animal qui peut dilater sa
trompe et digérer pendant plusieurs heures ou
plusieurs jours, en fonction de la taille de la
prise. 11 existe trois régimes alimentaires chez
de mollusques ou de poissons. Les plus
dangereux sont évidemment ceux capables de
Le Poulpe : s’imposer par la force
pour
résumer ce qu’est un Poulpe. La tête
un cerveau développé et des yeux
contient
perfectionnés
n’échappe aucun
le gecko ou la
mouche, alors que les autres mollusques sont
aveugles ou ne saisissent que peu d’informa¬
tions par la vision. Le Poulpe est un chasseur
diurne ou crépusculaire à l’affût, qui fond sur
sa proie, la recouvre de son ombrelle et la
maintient solidement par ses huit bras à
ventouses. Les crabes constituent ses proies
favorites. Les rapides changements de couleur
mouvement,
auxquels
tout
comme
sont le résultat de la contraction ou de la dila¬
tation de cellules spéciales (chromatophores)
contenant des centaines de grains pigmentés.
Fonçant sur sa proie, le Poulpe est généra¬
lement
pâle mais s’assombrit dès qu’il l’a
maîtrisée.
Les
murènes
sont
les
ennemis
des
Poulpes et elles sortent souvent vainqueurs
d’un combat où le Poulpe perd une partie de
lui-même, qu’il est capable de régénérer
d’ailleurs s’il s’agit de l’extrémité d’un bras. En
cas de conflit avec un congénère, c’est le plus
petit des Poulpes qui abandonne le terrain.
Les sexes sont séparés et le mâle possède un
bras modifié qui introduira au moment de
l’accouplement une sorte de capsule
contenant des millions de spermatozoïdes
dans la poche de la femelle. Les œufs seront
pondus en grappe et accrochés en lieu sûr.
Le Cône géographe
part ici en chasse ia nuit
la pente externe de
Tikehau. C'est une
espèce qui se nourrit
de poissons. On
remarquera l'importante
sole pédieuse du
sur
moiiusque et ie siphon
à i'avant qui iui permet
de repérer son
environnement.
Un jeune poulpe surpris
à marée basse est obligé
pour fuir de ramper sur
des débris corailiens
émergés, li s’alimente
essentieiiement de
crabes.
Conus ebraeus et
C. chaldaeus sont des
espèces se nourrissant
d'Annélides qui logent
dans les minuscules
anfractuosités des blocs
coralliens.
47
LE MONDE MARIN
La croissance et l’âge
des coquillages
La vitesse de croissance d’un Mollusque
est sous la dépendance d’un grand nombre de
facteurs de l’environnement. Ainsi, chaque
espèce a son optimum thermique d’assimila¬
tion et de croissance ; la salinité, l’agitation de
l’eau, la turbidité et la nourriture disponible
jouent également un grand rôle. L’influence
de ces facteurs est étudiée sur quelques espèces
depuis le début du XIX*^ siècle. Malgré cela,
on sait bien
peu de choses sur la croissance et
la longévité de la plupart des coquillages
polynésiens. La croissance du test est plus
rapide chez les Jeunes, puis elle palentit sensi¬
correspondent à l’évolution de l’appareil
génital et la mise en marche de la gamétogénèse ( 1 à 5 ans, en moyenne), les mâles étant
souvent plus précoces que les femelles. La vie
de l’adulte s’échelonne sur plusieurs années.
La cessation de l’activité génitale marque
ensuite le début d’une phase sénile au cours de
laquelle la mort “naturelle” survient plus ou
moins rapidement.
Formation de la coquille
et méthodes d’étude
de la croissance
Les
Mollusques construisent
adultes,
on
observe
coquille
des
coquilles, le “mortier” étant composé
d’une substance organique protéique appelée
conchioline. On distingue habituellement
trois couches dans une coquille de Mollusque :
le périostracum, l’ostracum et l’hypostracum.
Le périostracum est une membrane organique
jaunâtre ou brunâtre, située superficiellement.
L’ostracum est la couche dure sous-jacente, la
plus épaisse. L’hypostracum est une couche
interne moins épaisse et feuilletée : c’est le
calciostracum s’il s’agit de calcite, ou la nacre
s’il
s’agit d’aragonite.
Chez tous les
Mollusques, le manteau est le “maître
capsules véligéres
de 400-500 œufs
blement. En outre, chez de nombreux Proso-
branches
une
univalve ou bivalve de carbonate de calcium.
lequel peut se déposer selon deux formes cris¬
tallines : la calcite et l’aragonite. Les cristaux
de calcite et d’aragonite forment les “briques”
un
épaississement du labre en un bourrelet
interne (Porcelaines), ou externe (Casques)
portant parfois des digitations (Strombes) ; ce
caractère conchyliologique indique que la
croissance est momentanément interrompue.
La croissance s’effectue ici par à-coups, avec
des phases d’arrêt pouvant suivre des rythmes
endogènes (cycle sexuel) ou exogènes (phases
lunaires).
La longévité des Mollusques est très
variable, allant de quelques mois (Lacunidae)
à plusieurs dizaines d’années (Arcidae). Mais
leur taille
ne peut que rarement servir de
critère infaillible pour en déduire l’âge, tant
sont grands les écarts observés pour une même
espèce à l’intérieur d’une cohorte (individus
nés en même temps).
stade juvénile
Les différents stades de
croissance d’un
Mollusque.
Sexualité, développement
post-larvaire
et évolution
Beaucoup de Mollusques ont des sexes
séparés, l’hermaphrodisme se rencontrant
surtout
chez
les
Opisthobranches, les
Pulmonés et certains Bivalves libres. Qu’il y
ait fécondation croisée ou autofécondation,
une
Les Porcelaines
femelles (les sexes sont
séparés) pondent
quelques centaines de
petites capsules ovoïdes
contenant chacune une
fécondation externe (Chitons, Dentales,
ou
Bivalves) ou un accouplement (Gastéropodes,
Céphalopodes) aboutit à la formation d’œufs
en un temps variant de
quelques heures à huit
jours.
La viviparité (ou l’ovoviviparité) se
quelques dizaines de
larves. L'éclosion se fait
au bout de 2 à 3
semaines, et les larves
mènent une vie
planctonique avant de
tomber sur le fond.
manifeste chez les Littorines (L. scabra), les
escargots
terrestres
(Achatines),
Chitons (C. marquesanus) et les
certains
Volutes
(absentes de Polynésie). Dans presque tous les
autres cas, l’œuf activé donne un
embryon
qui, en 8 à 48 heures, acquiert des cils et
devient nageur : c’est la larve véligère. A ce
stade, tous les Mollusques forment une
coquille (plus tard elle disparaîtra chez les
Nudibranches).
Le stade cilié prend fin par la
perte des
cils et du vélum et le développement du pied en
organe locomoteur. Le Mollusque, qui tombe
le fond, devient alors benthique. A partir
de là, la sécrétion de la coquille est considé¬
sur
rablement modifiée ; ainsi, chez Tonna
perdix, à 4 tours jointifs, lisses et cornés, font
suite des tours sculptés de sillons spiraux,
convexes et séparés par une profonde suture.
La jeunesse est une phase de croissance
active et de transformations
morphologiques
profondes. Les débuts de l’âge adulte
48
Corculum fragum
(Linné, 1758). Bivalve,
Cardiidae, endoyé,
filtreur. Espèce à
croissance très rapide.
Mitra mitra (Linné,
Area ventricosa
croissance assez lente.
à croissance très lente.
1758). Gastéropode,
Mitridae, endoyé,
carnivore. Espèce à
(Lamarck, 1819).
Bivalve, Arcidae, Epigé
fossile, filtreur. Espèce
LES COQUILLAGES
d’œuvre” de cette merveilleuse construction.
Cette calcification des tests se fait selon
rythmes réguliers (circadien chez le
Bénitier). Ceci a ouvert récemment des
perspectives intéressantes vers des méthodes
chronobiologiques appliquées à l’étude de la
croissance chez les Mollusques. Ainsi, sur les
bénitiers de Takapoto (Tuamotu), des coupes
des
réalisées
du
crochet
au
bord
libre de
la
coquille mettent en évidence la succession des
stries de croissance journalière. Ce procédé
rappelle celui utilisé par les botanistes pour
estimer l’âge des arbres.
Plus généralement, les travaux sur la
croissance des Mollusques empruntent soit la
méthodes des fréquences de tailles dont
par an pendant 4 ans. Proportionnellement à
l’évolution est suivie dans le temps; soit la
méthode des marquages et recaptures de
sa
on
fait
taille maximum (40 mm), Cardium fragum
plus rapide (20 mm la
première année). Au contraire, les Gastéro¬
podes récifaux (Tectarius, Nerita, Cypraea,
Mitra...) ont une croissance relativement
a une croissance encore
nombreux individu^ permettant la mesure
directe de leur accroissement en taille dans un
intervalle de temps. Depuis quelques années,
parfois appel à des techniques plus
lente ; ils vivent en moyenne de 6 à 8 ans. Les
modernes telles que l’utilisation du rayon laser
plus grandes espèces (Charonia,
Cypraecassis) atteignent peut-être une dizaine
d’années. Enfin, les grands Bivalves sessiles
des lagons fermés affichent une croissance très
lente. 11 s’agit d’espèces longévives dont la
durée de vie s’échelonne, selon les espèces et
les populations, entre une douzaine d’années
(Tridacna maxima) et près de 35 ans (Area
isotopes radio-actifs. Dans tous les cas,
quelques modèles mathématiques permettent
d’exprimer l’âge des individus en fonction de
ou des
leur taille.
Longévité de quelques espèces
polynésiennes
Le troca (Trochus nilolicus) grandit de 2,5 cm
ventricosa).
Les Nudibranches sont
des Gastropodes
dépourvus de coquille.
Leur corps en forme de
limace présente des
tentacules à l’avant et un
panache de branchies à
l'arrière. Les espèces
hermaphrodites,
mais il y a accouplement
simultané réciproque,
chaque partenaire
jouant le rôle de mâle et
sont
de femelle.
Le grand triton
(Charonia tritonis), pu
en
tahitien, est un des
plus grands
Gastropodes des récifs
coralliens de Polynésie,
Courbes de croissance
de huit espèces de
Mollusques étudiées
dans les complexes
mais il n'est pas pour
autant centenaire. Un
Individu adulte de 30 à
40 cm peut avoir une
dizaine d’années.
récifo-lagunaires de
Polynésie française.
Longueur maximale théorique
atteinte par l’espèce (en mm).
1
Tridacna maxima
2 Area ventricosa
3 Chama lostoma
.
4 Mtira mitra
5 Cardium fragum
.
-40
.
6 Tectarius grandinatus
34,09
■
7 Nerita plicata
,
AGE
■
.
8 Erosaria dbvelata ■.
■
■
-
23,52
(années)
49
LE MONDE MARIN
Coquillages
dangereux
Il
La toxicité des Cônes est connue depuis
fort longtemps et, dès 1705, Rumphius signale
le décès d’une femme indigène de l’île de
Banda (archipel des Moluques), suite à la
piqûre fatale d’un Conus textile. Sir Edward
existe
plusieurs
comme
dans le reste du monde, tous
milliers
Belcher
fut
lui-même victime d’un
Conus
d’espèces
venimeuses marines et, dans les eaux polyné¬
aulicus au
zoologiques se trouvent
Mollusques dangereux sont
pour leur grande majorité des Gastéropodes
prédateurs du groupe des Toxoglosses (=
langue empoisonnée), le groupe le plus évolué
de tous les Gastéropodes Prosobranches. 11
s’agit essentiellement de Cônes, de loin les plus
dangereux pour l’homme, mais aussi des
Cancellaires (absentsde Polynésie), des Turris
et des Térèbres, que l’on regroupe dans la
superfamille des Conacea : les individus qui la
composent ont en commun la présence d’une
glande venimeuse leur permettant de
paralyser leurs proies par projection de dents
individualisées en harpons.
Les premiers accidents survenus en Polynésie
française, signalés dans la littérature, sont le
fait de Conus tulipa dans l’archipel des
siennes
les
phylums
concernés.
Les
H.M.S.
cours
de la célèbre expédition du
Samarang, alors qu’il récoltait la
faune des Moluques , mais il n’en mourut pas.
Tuamotu.
Régime alimentaire, appareil
venimeux et mode d’action
Les Conidae ont un régime alimentaire strict,
carnivore. On les classe en trois catégories : les
vermivores (C. coronatus, C. imperialis, C.
unicolor, C. vitulinus ...) se nourrissent
essentiellement de vers Annélides ; les
piscivores
obscurus,
(C.
C.
catus,
striatus)
C.
se
geographus, C.
nourrissent de
poissons et les malacophages (C. aulicus, C.
textile, C. textilinus,
C. retifer ...) se
nourrissent d’autres mollusques.
C’est par la trompe que les Cônes
ingèrent leur proie, après l’avoir paralysée
grâce à un dispositif hautement spécialisé. Le
venin est inoculé au moyen de dents en harpon
qui sont de véritables fléchettes empoisonnées
projetées par le pharynx. Ces fléchettes ont
pour origine une transformation du ruban
radulaire : celui-ci a perdu les dents latérales et
médianes, au cours de l’évolution, pour ne
garder que les dents marginales qui
deviennent longues, dentelées et crochues ;
elles sont bien individualisées et stockées,
prêtes à l’emploi, dans un sac radulaire situé
en arrière du pharynx.
Le venin des Cônes est un liquide blanc
laiteux, de pH voisin de 8, qui devient
visqueux et brunit rapidement à l’air. C’est un
mélange de glucoprotéines et d’ammoniums
quaternaires qui atteint les centres nerveux de
la victime et entraîne un blocage plus ou
moins total des jonctions neuro-musculaires.
Quelques types de
protoconques de
Conidae.
type intermédiaire
type multispiral
dents en cours
type paucispiral
de formation
conduit du venin
dents prêtes
glande à venin
à i'emploi
pharynx
trompe
sac
radulaire
sortie de la dent
mouvement
du siphon
L’appareil venimeux des
Cônes. La trompe qui
projette la dent
empoisonnée se situe
sous le siphon.
pied
50
proboscis
siphon
En haut : schéma
simplifié du dispositif.
LES COQUILLAGES
Au contraire du venin des
(action tétanisante), mais
poissons-pierres
chez de
nombreux serpents, le cocktail mortel des
comme
Conidae a une action curarisante. Vis-à-vis de
l’homme, si tous les Cônes peuvent piquer le
imprudent, la plupart des espèces
n’entraînent que des douleurs très légères. Les
Cônes qui ont entraîné les accidents les plus
graves sont C. geographus, C. omaria et C.
lexlile, trois espèces représentées en Polynésie
récolteur
française.
Les Cônes en Polynésie française,
quel est le danger ?
Sur un total de 600 espèces dans le monde, 70
espèces de Conidae habitent les 5 archipels de
Polynésie française. La famille est particuliè¬
rement bien représentée dans les îles de la
Société et les îles Tuamotu ; elle est beaucoup
plus rare aux îles Australes. 11 s’agit pour la
plupart d’espèces à très large répartition dans
la province biogéographique indo-pacifique.
Seul l’archipel des Marquises, le plus isolé du
Page de gauche :
Le Cône strié (Conus
Conus pulicarius.
L’animal s’enfonce dans
le sable à la recherche
des vers dont il se
Son venin et son
imperialis qui a le même
régime alimentaire.
striatus) est un cône
piscivore - se
nourrissant de poissons.
comportement en font
des espèces parfois
dangereuses, comme le
Cône géographe, et qu'il
convient de manipuler
avec précaution.
une
monde par rapport à un continent, est
colonisé par six espèces endémiques : C.
encaustus,
marielae,
C. gauguini, C. manhionatus, C.
C. unicolor et C. vaulieri. La
richesse spécifique par archipel polynésien est
la suivante
:
Société
:
55, Tuamotu
:
47,
Marquises : 37, Gambier : 19 et Australes : 15.
Les espèces les plus dangereuses appar¬
tiennent aux piscivores et aux malacophages.
Il s’agit, dans un ordre décroissant de toxicité,
de : Conus geographus Linné, Conus textile
Linné, Conus omaria Hwass in Bruguière,
Conus tulipa Linné, Conus aulicus Linné,
Conus striatus Linné, tous très dangereux. A
titre d’exemple, la toxine de C. geographus est
fatale à une dose inférieure à 1 mg par kg de
poids. 11 convient également de se méfier des
espèces suivantes, ayant provoqué des
accidents plus ou moins graves mais jamais
mortels : C. aurai inus Da Motta, C. lividus
Hwass in Bruguière, C. nanus Broderip, C.
nussateUa Linné, C. obscurus Sowerby et C.
pulicarius Hwass in Bruguière. D’une manière
générale, il est recommandé de tenir les Cônes
par
le côté dorsal de la spire, jamais
par
l’ouverture, et de se méfier également des sacs
en toile ou en
plastique qui traînent le long du
corps, au cours des plongées.
D’autres Mollusques sont-ils
toxiques ou dangereux ?
Les Conidae sont les seuls Mollusques
représentant un réel danger pour les récolteurs
imprudents. Mais plusieurs autres familles de
Gastéropodes sont
également capables
d’empoisonner leur proie. Ce sont tout
d’abord les Cancellaires, les Turris et les
Térèbres (superfamille des Conacea), mais
également les Muricidae et les Buccinidae
dont les toxines ont une action curarisante sur
les animaux à sang froid. Citons encore ici les
Janthinidae, véritables tigres du domaine
pélagique planctonique, et certains
Céphalopodes. Consommés par l’homme, il
arrive que tous ces animaux provoquent des
intoxications alimentaires plus ou moins
graves.
nourrit, comme le Conus
Les espèces de Conidae
ies pius dangereuses
présentes en Poiynésie
française.
1. Conus tulipa Linné ;
2. Conus omaria Hwass
Bruguière (la
présence de cette
espèce demanderait à
être confirmée) ;
in
3. Conus auiicusUnné \
4. Conus striatus Linné ;
5. Conus textile Linné ;
6. Conus geographus
Linné.
51
LE MONDE MARIN
L’huître nacrière
La nacre et la perle
et perlière
La
nacre
rencontre
Polynésiens travaillaient traditionnelle¬
la nacre qui était utilisée comme élément
de parures ou comme ustensile de la vie quoti¬
Les
ment
appartient à une espèce qui se
dans tout l’océan
intertropical
Indo-Pacifique
: la pintadine à lèvres noires,
appelée Pinciacla margaritifera par les scien¬
tifiques. Une variété géographique s’est indi¬
vidualisée en Polynésie, la variété dite
qui atteint une très grande taille (jusqu’à
40 centimètres de diamètre) et dont le
dépôt
nacrier est particulièrement chatoyant, de
couleur noire verdâtre
plupart des lagons à
l’épuisement.
sur
les bords de la
coquille. Comme toutes les espèces de
pintadines, elle est susceptible de produire des
perles de la couleur de la nacre de l’huître
mère, soit naturellement soit après inter¬
Les stocks naturels du Territoire ont donc
subi une exploitation intense qui a amené la
stade proche de
Une forte sélection naturelle
dienne. Du début du XIX'-'siècle à 1972, une
exploitation tournée vers l’exportation s’est
développée pour la fabrication de boutons, de
bijoux et pour l’ébénisterie. A partir de 1972,
les essais de perliculture s’étant avérés
concluants
en
Polynésie française, la
production perlière a pris son essor, nécessi¬
tant un approvisionnement de
plus en plus
important en nacres vivantes prêtes à la greffe.
un
Les -sexes sont séparés et on observe des
individus mâles et des individus femelles. La
reproduction peut se faire tout au long de
l’année, mais une activité plus importante se
manifeste juste après les changements de
saison, notamment lorsque la température de
l’eau
s’est élevée de quelques degrés, vers
octobre-novembre. Les produits génitaux des
deux sexes sont rejetés dans l’eau de mer. Des
observations montrent que l’émission des
produits par un individu incite ses voisins à
vention de l’homme.
Anatomie de l’huitre.
Périostracum
Branchies sup.
Branchies
inf
Gonade
adducteur
du pied
Manteau
Muscie
Muscle
Muscie
rétracteur
Intestin
Palpes
Cœur
labiaux
Pied
Bouche
Ligament de
charnière
Estomac
Charnière
Empreinte
du muscie
Barbes de croissance
Section schématique de
la coquille.
1. Le périostracum est
constitué d’une
substance organique : la
conchyoline.
2. La couche
prismatique comprend
Périostracum
des cristaux de calcite
dans une matrice de
Couche prismatique
3. La couche lamellaire
nacrée est formée de
conchyoline.
Ostracum
Couche lamellaire
ou calciostracum
si calcite
—
Couche lamellaire
nacrée
si aragonite
Lame extra palléale
Manteau
52
cristaux decarbonatede
calcium qui se déposent
sous forme d’aragonite
chez l'huître perlière, et
de calcite chez certains
autres mollusques. Ces
dépôts se font à
l’intérieur d’une trame
de conchyoline.
Cette grappe de nacres
du milieu naturel est
fixée au corail.
LES COQUILLAGES
pondre. Cette simultanéité de la ponte pour
un groupe d’individus assure les meilleures
chances de réussite à la fécondation qui
s’opère dans le milieu.
Les œufs engendrent des larves munies de
cils qui leur permettent de nager près de la
surface. La vie libre des larves dure environ
trois semaines pendant lesquelles elles sont
entraînées par les courants dans diverses
directions. Au terme de cette période, une
véritable métamorphose se produit et la jeune
dotée de deux valves embryonnaires,
s’alourdit, tombe sur le fond et se fixe sur un
nacre,
qui lui convient : collecteur, corail
mort,
autre
coquillage... Durant cette
première phase de leur existence, les nacres
support
subissent une mortalité énorme : elles sont
dévorées par de nombreux prédateurs ou elles
ne
trouvent
pas
nacre.
corps étranger : parasite, grain de sable...
couche de nacre et en donnant naissance soit à
échappé aux différents périls qui les guettent,
grandissent rapidement : 2 mm à 2 mois, 5 cm
une
8 cm à 1 an, 12 cm à 2 ans.
de leur vie fixée, les nacres
peuvent être mangées par des prédateurs tels
La greffe, véritable
opération chirurgicale,
nécessite l'intervention
de techniciens
hautement qualifiés,
japonais pour la plupart,
parfois polynésiens.
A ia récoite, on obtient
des perles de toutes
tailles (8 à 17 mm),
formes (rondes,
baroques) et couleurs
(blanches, grises,
noires).
La nacre est un organisme filtreur : l’eau
mer
travers
que le ’o’iri ou baliste, le huehue ou tetrodon ;
des parasites commes les éponges et les vers
creusent les
demi-perle soit à une perle fine.
est pompée activement et passe à
le filtre constitué par les branchies qui
retiennent toutes les particules alimentaires et
notamment le plancton végétal.
Plusieurs
de
cours
perforants
Le
manteau, organe sécréteur de la coquille, va
isoler l’intrus en sécrétant autour de lui une
million de larves formées, on estime que
seulement une dizaine d’individus parvien¬
dront au stade adulte. Les Jeunes qui ont
un
Au
perles naturelles produites par la
défense de l’animal face à l’intrusion d’un
de support convenable et
meurent enfouies dans le sable ou la vase. Sur
à 6 mois,
Les
pintadine sont le fruit d’une réaction de
ou les mollusques lithophages
coquilles et altèrent la qualité de la
centaines de litres d’eau peuvent
filtrées chaque Jour.
être ainsi
Après la greffe, les
huîtres perlières sont
protégées par des
paniers d'élevage
suspendus à des platesformes sous marines.
Formation de la demi-perle.
Les demi-perles et les
perles fines sont
formées par une
réaction de défense de
l'huître perlière face à
l'intrusion d'un corps
coquille
cavité palléale
1^
étranger (parasite, larve,
sable, etc.).
couche nacrée
couche prismatique —
—
conchyoline
Dans le premier cas,
l'intrus adhère à ia
Formation de la perle.
coquille interne, et le
manteau qui le recouvre
en partie sécrète
plusieurs couches de
nacre : on
obtient alors
une demi-perle ou
chicot.
Dans le second cas, le
parasite ou le grain
de sable est totalement
Les coquilles de nacre
une fois polies sont
travailiées par les
artisans locaux et
vendues dans les curios.
incorporé dans le
manteau et recouvert
entièrement de couches
perlières, puis isolé dans
la cavité palléale : on
obtient alors une perle.
53
LE MONDE MARIN
Le milieu de vie
d’atolls, notamment ceux de
l’archipel des Tuamotu-Gambier, constituent
l’habitat le plus favorable aux grandes
Les
lagons
concentrations
de
nacres.
Les
huîtres
se
jusqu’à une
cinquantaine de mètres de profondeur, mais
elles sont plus abondantes dans les 20 pre¬
miers mètres. Les lagons les plus riches
possèdent des caractéristiques communes.
Leur
superficie est modeste et excède
rarement 100 km- ; ce sont des lagons fermés,
ayant peu d’échanges d’eau avec l’océan, et
dont le fond est riche en substrats durs : pâtés
et pinacles coralliens.
de
rencontrent
la
surface
Si le lagon est fermé, les larves ont peu de
chances d’être entraînées vers l’océan par les
courants.
La
reproduction est efficace. Par
contre, la croissance des nacres est améliorée
si des échanges entre le lagon et le
large
existent. Les meilleurs lagons de production
du naissain ne sont généralement
favorables à la croissance.
pas les plus
son
évolution d’après les données de diffé¬
11 apparaît clairement que de
lagons étaient épuisés en 1950 et
le déclin des stocks s’est poursuivi les
rents auteurs.
nombreux
que
années suivantes.
L’état critique de la plupart des stocks
nécessite la mise en œuvre d’une politique
d’exploitation de la nacre qui saura préserver
richesse naturelle du patrimoine poly¬
nésien. Cette politique devra rapidement
conduire à supprimer totalement la plonge de
manière à pouvoir maintenir ou régénérer les
stocks de reproducteurs. La demande sera
satisfaite par le collectage et l’élevage du
naissain naturel en attendant que la technique
d’élevage artificiel puisse être mise au point.
cette
La répartition des nacres
en
Polynésie
Si le potentiel actuel du Territoire est prati¬
quement impossible à estimer, on peut obtenir
idée de la richesse passée des lagons et de
une
Ces nacres adultes sont fixées sur
un
pâté corallien.
en nacres
et
appréciations selon
différents auteurs. La
tendance des années
1960-1970 est ajoutée de
manière à obtenir une
vue
synthétique de
1 évolution des centres
producteurs.
Picquenot indique pour
chaque île qu’une
quantité appréciable
(coefficient 1) ou qu’une
faible quantité
(coefficient 1/2) de
54
été récoltée au
des plonges
nacres a
Ciassement des lagons
de plusieurs atolls en
fonction de leur richesse
cours
PICQUENOT
Les observations de
Ranson, en 1952,
indiquent la richesse
nacrière de ces mêmes
lagons 50 ans plus tard.
Celles de Domard, en
1962, permettent de les
hiérarchiser, 60 ans
après l’évaluation de
Picquenot. Les chiffres
représentent le rang
dans la classification de
cet auteur, les lagons
étant ordonnés selon
leur prise maximale
décroissante.
avant 1900
GAMBIER
1
HAO
1
HIKUERU
1
MANIHI
1
MAROKAU
1
MARUTEA N.
1
MAhU 1 bA L).
1
RANSON
1952
DOMARD
pêche importante
épuisé
s'épuise
près épuisement
s’épuise
près épuisement
s’épuise
(5) s’épuise
(9) stable
(1) stable
(8) stable
(7) s’épuise
(10) s’épuise
(3) s’épuise
(4) aménagé
(6) stable
(2) s’épuise
TAKAPOTO
1
TAKAROA
1
TAKUME
stable
1
s’épuise
stable
1962
TENDANCE
1960-70
déclin
déclin
déclin
déclin
déclin
déclin
stable
LES COQUILLAGES
Le troca,
jusqu’à 10 m de profondeur. Les déplacements
sont lents. Le troca rampe grâce à son pied
musculeux parmi les débris coralliens et sur
les surfaces recouvertes d’algues encroû¬
introduction
réussie
une
tantes
quelques années, le troca Troihus
est
devenu un coquillage très
commun
sur
les récifs polynésiens. Ce
mollusque était totalement inconnu dans les
eaux polynésiennes avant 1957, année de son
introduction, à Tahiti d’abord, puis dans pra¬
tiquement toutes les îles de la Société, les îles
Tuamotu et les Australes. Les raisons qui ont
En
nilolicus
amené le Territoire à introduire une nouvelle
dont il se nourrit.
L’âge adulte est atteint entre deux ans.et
demi et trois ans. Le troca mesure alors
environ 7 cm (plus grand diamètre mesuré à la
base de la coquille) et est apte à se reproduire.
Aucun signe extérieur ne permettant de
différencier les sexes, on doit sortir l’animal
de sa coquille pour savoir s’il s’agit d’un mâle
ou
d’une femelle. La ponte et la fécondation
La reproduction est continue
sont externes.
tout au
long de l’année.
La coquille, très ornementée avec une
alternance de bandes rougeâtres rayonnantes
et obliques et quelques plages aux reflets verts
séparées
par des zones blanc-rosé, est très
belle et très prisée. En outre, l’épaisseur et la
qualité de sa nacre dense font du troca un
matériau
d’excellente
qualité pour la
bijouterie, l’artisanat et les fabriques de
boutons.
La pêche et ses débouchés
De grandes pêcheries de trocas ont existé dès
1907
en
Australie, en
Mélanésie, en
Micronésie et aux Philippines. A Tahiti,
espèce de coquillage sont surtout d’ordre
économique. En effet la nacre perlière,
Pinctada margaritifera, par suite d’épuise¬
ment
progressif des stocks naturels, ne
pouvait plus satisfaire la demande indus¬
trielle
croissante
de
boutons
de
nacre
à
l’époque. Le troca, qui présente une formation
coquillère nacrée de valeur élevée, a donc été
retenu comme mollusque à introduire pour
répondre aux besoins du marché de la nacre.
De plus il se prête à la confection d’objets
artistiques et sa chair est comestible. Enfin
l’épuisement des stocks naturels dans les pays
producteurs (Australie, Philippines,
Papouasie-Nouvelle-Guinée, NouvelleCalédonie et Fidji) a également justifié l’intro¬
duction du troca en Polynésie française.
Un Mollusque
de la région indo-paciilque
Le troca est très largement réparti dans la
région indo-pacifique. 11 est présent naturelle¬
ment dans une aire géographique très étendue,
délimitée à l’ouest par Ceylan et les îles
Andaman, à l’est par les îles Samoa, au nord
par les îles Loo Choo au sud du Japon et au
sud par la côte nord de l’Australie. Son
extension dans la zone polynésienne est
récente et artificielle.
Le troca est un Mollusque testacé marin
appartenant à la classe des Gastéropodes,
sous-classe des Prosobranches, ordre des
Archéogastéropodes, famille des Trochidae.
L’espèce a été appelée sous d’autres noms :
Trochus
nilolicus
variété
maximus,
T.
spinosus, T. flammeus, T. zébra. En fait il est
certain que le troca introduit en Polynésie est
bel et bien Trochus nilolicus Linné 1787.
Ce coquillage se ramasse aisément sur le
platier récifal. 11 est abondant entre 0,50 et
2 mètres d’eau, à l’arrière du platier, parmi les
blocs de coraux. Les jeunes trocas de 2 cm à
cm
de
diamètre
envahissent
les
les blocs coralliens.
De son mufle
volumineux sort une
radula qui râpe les
sur
Comportement et croissance
5
La coquille recouverte
d'algues calcaires
rouges, letrocachemine
algues pour son
alimentation.
récifs
frangeants côtiers qui découvrent à marée
basse une multitude de petits cônes plus ou
moins recouverts d’algues encroûtantes. Les
jeunes de 5 cm à 7 cm s’abritent sous 1 m d’eau,
les anfractuosités et sous les blocs
coralliens. Les adultes, dont les plus gros
exemplaires peuvent atteindre 15 cm de
diamètre et peser plus de 750 grammes (la
dans
coquille à elle seule pouvant faire 500 à
600 grammes), sont éparpillés un peu partout
Naturelles ou polies
jusqu’à la couche
nacrée, les coquilles de
trocas sont des objets
de décoration très
prisés des touristes et
des collectionneurs de
coquillages.
55
LE MONDE MARIN
l’exploitation commerciale de ce coquillage a
eu lieu pour la
première fois en 1971 soit 14
années après son introduction dans les eaux
polynésiennes. On dénombrait à cette date
plus de 10 millions d’individus issus des 40 sur¬
vivants
introduits
en
1957
sur
Tautira. A
le récif de
ce jour, cette pêche familiale ou
plus exactement le ramassage du troca a
fourni I 530 tonnes de coquilles dont plus de
80 % sont exportés vers l’Europe et le reste est
transformé sur place en une multitude d’objets
artisanaux.
La pêche du troca est strictement régle¬
mentée. La règlementation porte sur plusieurs
points
qui
permettent
une
exploitation
rationnelle. Il s’agit d’une part de la taille à
pêcher (entre 8 et 12 cm), d’autre part du
quota de pêche qui est déterminé et autorisé
annuellement par le Service de la Mer, et enfin
de la durée de la campagne de pêche, toute
pêche étant interdite en dehors des
campagnes.
Le troca est devenu en quelques années
coquillage utile et apprécié. Il sert à la con¬
d’objets de parure en bijouterie
(bracelets, pendentifs, boucles d’oreille...), de
décoration (lampes, coquillages polis et
gravés, etc.) et à la préparation de certaines
spécialités tahitiennes et traditionnelles, dans
lesquelles, cru ou cuit, il remplace avantageu¬
un
fection
Carte de répartition
naturelle du troca. Le
troca est présent
naturellement dans la
région Indo-Pacifique
centrale (zone rose).
Son extension dans la
polynésienne
figurée en bleu est
zone
artificielle et date de
1957. Les cercles rouges
représentent des îles où
le troca a été décrit avant
toute implantation
artificielle.
Le troca se ramasse
aisément sur le platier
récifal. Ainsi un pêcheur
initié peut en ramener
entre 250 et 300 kg en
une matinée de pêche.
La taille et la qualité des
coquilles sont ensuite
soigneusement
contrôlées par un
comité de surveillance
de la pêche.
56
le mâ'oa (Turbo seiosus) et le u’a'ô
(Siphonium maximus) en très nette régression
sur de nombreux récifs de
Polynésie.
On peut dire aujourd’hui que cette intro¬
sement
duction est une réussite et n’a semble-t-il pas
perturbé l’équilibre écologique récifal, le
déclin observé de certaines espèces locales,
nacre perlière, mâ’oa ou u’a'o,
n’ayant aucun
rapport avec l’introduction du troca. La
rapidité d’adaptation et d’expansion de ce
mollusque “étranger” dans les eaux polyné¬
siennes mérite une attention toute particulière
en
raison des retombées sociales
miques avantageuses
polynésiens.
pour
les
et
écono¬
pêcheurs
4 Algues et invertébrés
LeMadréporaires
petit monde des
tel pourrait
êtrelesle représentants
sous-titre de cesont
chapitre.
les
et récifs”,
les Mollusques
dont
parmiAprès
les plus
importants dans l’édifice corallien, et avant d’aborder les Poissons du lagon et du large,
nous nous attachons à décrire ici quelques autres
groupes floristiques et faunistiques
du récif.
Les végétaux, qualifiés de producteurs primaires car ce sont eux qui élaborent la
matière organique par photosynthèse, peuvent être regroupés en plusieurs
catégories. La première est celle du phytoplancton marin, constitué d’une multitude de
Diatomées et autres organismes unicellulairesqui sont transportés parles courants. Puis
viennent les algues supérieures - qu’elles soient vertes, rouges ou bleues selon le
groupe dans lequel les classent leurs pigments chlorophylliens- dont l’originalitédans
les eaux coralliennes est de posséder des représentants calcifiés qui participent
activement à la construction récifale. Enfin, les algues Zooxanthelles, déjà évoquées,
qui vivent,en symbiose dans les tissus des Madrépores où elles sont piégées.
Les Echinodermes des récifs de nos îles se répartissent quant à eux en quatre
classes : les Ophiures, les Etoiles de mer, les Oursins et les Holothuries. Il s’agit d’un
groupe dont les représentants retiennent de plus en plus l’attention du grand publicet
des chercheurs. Les Echinodermes semblent tout d’abord jouer un rôle majeur dans le
fonctionnement du récif et dans son évolution sur des périodes de plusieurs années.
Herbivores (oursins), détritivores (ophiures), arénivores - recyclant la matière
organique des sédiments - (holothuries), mais aussi carnivores (étoiles de mer), leurs
peuplements sont fluctuants sur de longues périodes. Ainsi l’étoile de mer épineuse a
défrayé la chronique il y a une vingtaine d’années dans tout l’Indo-Pacifique. Sa
pullulation, qui continue d’être un problème pour la vie et la survie des récifs, pose la
question de savoir si elle est ou non la conséquence de déséquilibres écologiques dus
aux activités humaines. Mais les Echinodermes apparaissent aussi comme les
grands
bénéficiaires d’un milieu corallien agressé et en cours de dégradation dans lequel
leurs populations se développent. Peut-on en conclure que les Echinodermes sont des
indicateurs de pollution, de dégradation de l’écosystème récital corallien ?
Enfin, dans tous les compartiments du récif les Crustacés, des plus petits aux plus
grands adoptent une très grande diversité de formes très souvent méconnues. Nous
évoquerons cette diversité, mais en axant notre propos sur quelques représentants
plus particulièrement intéressants compte tenu de i’intérêt alimentaire qu’on leur
porte.
Les algues
Les algues sont des végétaux et partici¬
pent donc à “l’assimilation chlorophyllienne”,
c’est-à-dire à l’utilisation de
l’énergie solaire
fabriquer de la matière vivante. A ce
point de vue, leur importance est primordiale
dans l’équilibre mondial.
Les autres végétaux chlorophylliens sont
les plantes dites “supérieures”, dans leur très
grande majorité aériennes. Alors que ces
plantes aériennes constituent un ensemble
assez cohérent, on regroupe en fait sous le
nom
d’algues des organismes très variés.
Certaines, grandes ou petites, ont un compor¬
tement voisin de celui des plantes émergées ;
pour
elles sont fixées, se nourrissent exclusivement
carbonique de l’eau et de l’énergie
solaire, et ont un corps végétatif et une repro¬
duction que l’on peut comparer à ceux des
du gaz
plantes supérieures.
D’autres, par contre, assurent une sorte
de transition avec le monde animal et ont une
nutrition de Protozoaires, en plus de l’assimi¬
lation
chlorophyllienne classique. Elles
peuvent être les deux à la fois, ou tantôt l’une
et tantôt l’autre. Ce sont des formes microsco¬
piques, mais dont l’abondance locale peut
rendre les populations massives.
D’autres
enfin
ont
des
caractères
les Bactéries. Ce sont le plus
souvent des formes microscopiques mais dont
communs avec
le pullulement peut être énorme et rapide.
On distingue dans l’ensemble des algues
principaux groupes par la couleur, et ce
n’est pas un de leurs moins étranges carac¬
tères de trouver la chlorophylle, toujours
les
entièrement masquée par d’autres
pigments. On distinguera donc les algues
vertes
(qui comprennent elles-mêmes
plusieurs groupes très distincts), les algues
brunes (les grandes et les Diatomées sont très
végétales, mais d’autres sont très proches des
animaux), les algues rouges (probablement
voisines de certains groupes de champignons),
les algues “bleues” enfin, souvent de couleur
rouge
(voisines des précédentes et des
verte,
Bactéries).
Sillon de crête externe
d’atoll. Ici à peu près tout
est recouvert d'algues
calcaires rouges. Ce
sont les organismes
les plus efficaces pour
résister au choc des
vagues.
Détail de la construction
précédente, montrant la
croissance exubérante
des algues rouges. A
l'intérieur des petites
cavités ainsi formées
vivent d'innombrables
organismes d’ombre.
57
LE MONDE MARIN
Les algues se rencontrent dans tous les
milieux, sous réserve de disposer de lumière.
Encore
sont-elles
peu
exigeantes
sous
ce
rapport et celles qui ont la double nutrition se
rencontrent
parfois de façon prolongée dans
les milieux obscurs.
Elles sont préférentiel¬
lement aquatiques, mais on en trouve aussi sur
avec
Ce
qui elles réalisent une étroite association.
les
symbiotes des coraux et des
bénitiers (algues brunes : Péridiniens) ou
encore des Botrylles {Prochloron, une
algue
verte mais proche par ailleurs des
algues
bleues).
sont
froids, sur la neige.
on trouve des algues dans toutes les
Si
douces, saumâtres et salées
c’est
cependant dans les eaux marines qu’existe la
eaux
-
-
plus grande diversité de grandes formes. Elles
peuvent être planctoniques (cf. p. 68) ou
benthiques. Les grandes algues benthiques
sont
fixées sur les fonds qu’elles peuvent
entièrement recouvrir et ainsi modifier consi¬
dérablement. Enfin, si le plus grand nombre
d’entre elles mène une vie libre, certaines se
localisent dans des animaux de grandes tailles
Les algues benthiques
de Polynésie
Dans l’ensemble, les populations de ces algues
y sont moins spectaculaires que dans les eaux
froides
ou
même
dans
des
eaux
de
température similaire mais plus proches des
continentales.
Les Sargasses et les l'urhiiuiria nous
serviront d’exemples typiques. Ce sont des
masses
algues brunes dont la taille dépasse largement
le
décimètre.
Les
Sargasses atteignent
Les cernes noirs
particulièrement visibles
autour des îlots très
bas sur l’eau sont dus à
l’algue Tolypothrix
byssoides qu'l forme une
couverture comme un
gazon, à la surface des
pierres, des galets, et
même du sable.
à droite :
Turbinaria ornata est
des algues brunes
une
les plus spectaculaires
de la Polynésie. C'est un
cylindre, une sorte de
massue,
comportant un
grand nombre de petits
éléments épineux, en
pyramides.
à droite :
Cette vue prise dans le
fond d’un lagon
(Takapoto) montre
divers organismes fixés,
dont des éponges
(noires et rouges) mais
aussi des algues vertes
(Caulerpa et
Microdictyon) qui
peuvent couvrir de
grandes surfaces.
bas à droite :
Les Halimeda sont des
en
algues vertes au corps
articulé. Chaque
article est calcifié et
pourra ainsi constituer,
après sa mort, un sable
grossier. Les
articulations, par contre
non calcifiées, donnent
à l'ensemble une
certaine souplesse
La “crête fossile", partie
un peu plus élevée de la
côte à proximité de
l’océan, est le souvenir
d’une époque
géologique où le niveau
de l’eau était plus élevé.
Elle montre une
zonation d’algues dont
les plus hautes forment
une zone noire et les
plus basses, toujours
mouillées, sont rouges
ou roses.
58
porte des feuilles, des petites boules servant de
llotteurs et des organes reproducteurs. Elles
sont fixées à la base et constituent
générale¬
ment une zone bien visible au niveau de la
Les algues de la mer des Sargasses sont
libres, flottantes, mais cet état n’est que rare et
épisodique en Polynésie. Les Tiirhiiwria sont
botaniquement très proches des Sargasses,
mais leurs flotteurs- sont très gros, durs et
épineux. L’ensemble de la plante a la forme
d’une massue. Elles aussi sont fixées par leur
mer.
les rochers, les écorces d’arbres, même dans les
pays
aisément en Polynésie le demi-mètre et plus.
On distingue nettement une sorte de tige qui
base
et
constituent
des
zones,
mais
de
répartition plus complexe que les Sargasses.
On trouve souvent en mer des pieds arrachés
flottants, parfois en assez grand nombre,
poussés par les courants ou les vents ; ils
peuvent assurer la dissémination de l’espèce
mais seulement par transport de leurs propres
ALGUES ET INVERTÉBRÉS
reproducteurs, car ils ne peuvent se
repiquer efficacement sur les substrats durs
qu’ils affectionnent.
Sargasses et Turhinaria sont de bons
exemples, car fréquents dans toutes les mers
tropicales. On doit noter cependant que les
zones de végétation qu’elles constituent sont
comparables à celles des mers tempérées ou
froides ; les plus typiques sont les zones à
Fucales (goémons) de l’Atlantique et il.s’agit,
là encore, de plantes botaniquement voisines.
organes
Les algues calcaires
généralement connues et pourtant
présentes dans toutes les eaux marines et très
importantes en Polynésie, les algues rouges
calcaires ont un aspect surprenant. Les plus
remarquables dans nos eaux ont l’aspect et la
Moins
consistance de caillou, de couleur rose, parfois
jaunâtre
ou
rouge-brun. La plante est
incrustrée de calcaire, sauf sa partie très super¬
ficielle, et croît
profondes
se
vers
l’extérieur ; les parties
mortifient et
perdent
leur
laissant apparaître seulement le
blanc du calcaire, mais il faut les casser au
couleur,
en
Ces algues
généralement confondues sous le nom de
“corail” avec les Madrépores. En fait, on
appelle corail tout ce qui est dur et pierreux,
animal ou végétal, vivant ou mort, récent ou
géologiquement ancien.
Ces algues rouges calcaires sont toujours
marteau pour s’en rendre compte.
sont
massives, mais elles ont des formes variées.
Les plus typiques se trouvent sur les éperons
récif et constituent ce plaquage très
important dans la résistance du récif. Les plus
fréquentes sont les Porolithon oncodes, d’où
formations, du nom des sous-familles dans
lesquelles on les classe. D’autres ont une
forme plus exubérante, telle Porolithon
craspedium qui ressemble à un chou-fleur rose
mais qui, plus fragile, se rencontre dans
les trous du récif ou encore à quelque
-
profondeur.
D’autres algues calcaires ont une forme
plus compliquée et elles sont “articulées”. Très
communes en Polynésie, ces Corallinées ne
constituent de grandes populations que loca¬
lement. Précisons enfin que l’on connaît des
algues calcaires non rouges, notamment des
vertes,
laires.
mais elles sont ici assez peu spectacu¬
du
les
noms
“crête
à
de “erête à Lithothamniées” ou
Mélobésiées” donnés à
leurs
Les algues des hauts niveaux
Lorsque, en venant de la terre, on approche de
la mer, on observe souvent en Polynésie des
à gauche :
Cette Caulerpe, aux
"teuilles” dentées et
enroulées, est commune
dans les hauts niveaux.
Elle passe à des formes
à “feuilles" droites
{Caulerpa serrulata
typique) en eaux calmes
un peu profondes.
à droite :
Caulerpa seurali,
espèce caractéristique
de Polynésie. Sur ce
cliché on voit bien la tige
couchée, couverte de
poils, et portant les
parties dressées
(“feuilles") en forme de
plumes.
à gauche :
Caulerpa urvilllana est
une algue verte
dans les
fonds de lagon. Ses
commune
parties dressées,
cylindriques et
rugueuses peuvent
dépasser 20 cm de haut.
Caulerpa bikinensis est
une grande forme de
profondeur de
l’ensemble Caulerpa
racemosa. Les parties
dressées portent des
petites boules et
rappellent une grappe
de raisin.
bas à gauche :
A l’extérieur des récifs,
en
on peut trouver des
végétations importantes
d’aigues vertes. Celie-ci,
qui poussait assez
profondément (vers
50 m) était formée de
Caulerpa seurati et C.
bikinensis, deux espèces
que l’on retrouve
aussi dans les lagons.
à droite :
Caulerpa pickeringll est
une algue verte très
dense, et qui résiste très
bien aux chocs violents
de la vague. On la
distingue bien des
algues rouges
environnantes sur les
crêtes. On la trouve
parfois en des endroits
moins battus et l'on voit
mieux alors la tige
rampante et les parties
dressées.
59
LE MONDE MARIN
colorations noires
11 s’agit encore
rapprochent des
Bactéries) constituant, comme les Sargasses,
des zones, mais à un niveau bien plus élevé.
Cela les oblige à subir alternativement l’effet
de l’eau de mer, celui des pluies et enfin des
dessiccations parfois extrêmes. Elles sont
ou
roses.
d’algues (de celles qui
se
extraordinairement
résistantes
à
des
conditions aussi dures, mais leur aspect varie
assez
selon la période pendant laquelle on les
plus remarquable constitue une
sorte
de
velours
noir (Tolypolhri.x ou
Hassallia hyssoides) et sert de nourriture aux
mollusques côtiers. Dans des trous proches du
littoral où il reste toujours de l’eau mais où la
salinité et la température sont très variables,
on trouve des espèces voisines en grosses
masses gélatineuses.
observe. La
La couleur grise du corail prélittoral est
due également
car
à des algues, dites endolithes
elles vivent dans le calcaire même, qui les
protège de l’excès de soleil. Sans les algues les
calcaires seraient blancs. 11 suffit de casser un
tel corail pour bien voir la couche fine et
superficielle
qu’elles
constituent.
Leur
installation est assez lente, c’est pourquoi les
galets récemment rejetés par la mer sont de
couleur blanche.
Les algues des fonds de lagons
Sur les fonds de vase, les végétaux sont peu
nombreux. Ce sont souvent des couvertures
cotonneuses
ou
muqueuses,
violacées
ou
roses, avec assez souvent une plante à fleurs
(Phanérogame) à petites feuilles ovales
(Hülopbila) ou une algue verte calcifiée
articulée (Halimecia). Quand le fond devient
rocheux, la richesse en algues devient
meilleure.
On
peut
trouver
alors
des
Caulerpes, soit grandes et peu denses, soit très
petites mais très abondantes et formant
parfois de véritables draperies. On trouve
encore des Microcliciyon,
algue verte foliacée
réseau fin, ou des BootHea, voisines mais en
forme d'éponges et capables parfois de
en
pulluler. Citons
les Paclina, algues
brunes en forme d’éventails, dont les touffes
encore
atteignent parfois plusieurs décimètres..
à droite, de haut en bas :
Colpomenia sinuosa,
algue commune sur les
platiers récifaux, forme
des boules creuses,
brillantes.
Lobophora variegata est
l’algue brune la plus
fréquente en Polynésie,
mais sa forme varie de
petites feuilles jaunes
appliquées sur la roche,
hauts niveaux battus,
à de grands éventails
mieux colorés, en partie
décollés du substrat,
en
en eaux
plus profondes.
Ce Diciyota, très
appliqué sur les rochers
du récif, est une algue
brune mais qui apparaît
bleue par suite d’une
iridescence de la
lumière. Certaines
algues rouges montrent
le même phénomène.
Les Padina sont des
algues brunes en forme
d’éventails, un peu
blanchâtres par suite
d’un dépôt calcaire
superficiel. Elles sont
fréquentes sur les
platiers récifaux et les
pentes de lagon.
ci-dessous :
au-dessus :
Les algues de fond de
lagon (ici des
Cyanophycées de
couleur rouge vineux)
dégagent pendant le
jour de l’oxygène. Celui
qui se forme sous l'algue
se
60
rassemble en bulles
qui étirent l’algue vers le
haut et lui donnent un
aspect de chandelles qui
disparaîtra la nuit. On
peut récolter facilement
ce gaz et constater qu’il
s’agit bien d’oxygène.
en bas, à gauche :
Les fonds de lagon, où
l’eau circule peu, portent
souvent des végétations
d’algues très
nombreuses mais
microscopiques, des
Cyanophycées de
couleur rose ou brunâtre.
Halophila ovalls est une
des très rares plantes
marines de Polynésie
qui ne soit pas une
algue. La tige court sur
le fond et les petites
feuilles sont dressées,
souvent, comme sur ce
cliché, couvertes
d’algues
microscopiques qui
finissent par masquer sa
couleur verte.
Rôle et importance des aigues
en
Polynésie
algues, sans être remarquables, ont
cependant le même rôle primordial en
Polynésie française que partout ailleurs dans
l’écosystème. Elles sont un des premiers
Les
maillons de la chaîne alimentaire, et il n’est
pas rare de voir les poissons brouter les nappes
de fonds de lagons.
Plus admirable et
caractéristique
encore
est
l’action des
brouteurs de corail car, ici encore, ce que ces
poissons consomment est surtout constitué
par
de l’algue calcaire. Le bruit des
Perroquets, les traces qu’ils laissent, les
résidus qu’ils rejettent sont caractéristiques.
Les Chirurgiens, eux, ne brisent pas le corail
dur mais “peignent” les gazons d’algues et
consomment ainsi des filaments d’algues et
surtout
la petite flore microscopique qui
végète à leur abri. Ces exemples sont
facilement observables, mais il ne faut pas
oublier l’intense consommation assurée par
toutes les petites formes animales végéta¬
riennes.
ALGUES ET INVERTÉBRÉS
Les algues dans la construction
récifale
résistent assez bien à l’excès de soleil, grâce à
leur absence correspondant souvent à des pro¬
le récif corallien est un
ensemble complexe faisant appel à des
organismes divers. Les Madrépores
fournissent la plus grande partie du calcaire.
Nous avons vu qu’ils vivent en symbiose avec
des algues, les Xanthelles, qui les alimentent
en partie. Ces algues, qui vivent dans les tissus
de l’animal hôte, exigeant de la lumière, on
comprend que la zone à coraux constructeurs
soit limitée en profondeur.
contre pas tolérer la dessiccation :
maximale du récif est liée à celle où les vagues
reusement, la diversité des circulations d’eaux
dans les lagons rend difficile leur aménage¬
Nous
savons
que
Mais les algues jouent dans la construc¬
tion récifale un rôle encore plus direct,-parti¬
culièrement les algues calcaires rouges. Ces
algues en effet peuvent résister efficacement
au choc des vagues, même des vagues excep¬
tionnelles, bien mieux que la majorité des
autres
organismes. On comprend donc
qu’elles dominent sur les crêtes récifales. Elles
Les grandes algues
rouges sont rares en
Polynésie. Celle-ci ne se
rencontre bien que sur
les pentes externes,
parfois à grande
profondeur (60 m).
leur incrustation calcaire, mais ne peuvent par
la hauteur
une humidité constante.
algues calcaires, vers l’intérieur
de l’île, on trouve des zonations d’algues,
encroûtantes ou en gazons, de répartition
compliquée.
peuvent
Derrière
assurer
ces
Épuration et cultures d’algues
Consommatrices
phosphore,
capables d’accumuler des éléments chimiques
divers, synthétisant des substances antibio¬
tiques de nature et d’action encore mal
connues, les algues ont une fonction épuratrice certainement non négligeable. Certes,
leurs épaves au rivage sont souvent regret¬
tables et doivent être enlevées pour éviter le
pourrissement de l’eau, mais, dans l’ensemble,
il vaut mieux des eaux avec algues que sans.
d’azote et
de
Les gazons d’algues
n’attirenf l’oeil que par
leurcouleurgénérale. Ils
permeftent pourtant
l'alimentation des
poissons, par exemple
des Chirurgiens qui se
nourrissent en les
liférations bactériennes excessives. Malheu¬
ment
pour
optimale.
Des
obtenir
cultures
une
sont
croissance algale
possibles,
en
eaux
marines, d’algues micros¬
copiques ou de grandes espèces. L’exiguïté des
surfaces utilisables, les difficultés constantes,
douces et
en eaux
enfin la concurrence mondiale ne laissent pas
augurer de la possibilité d’un grand dévelop¬
pement. La culture des Eucheuma serait sans
doute la plus facile à mettre en œuvre. Elle
consiste à faire pousser des boutures fixées sur
des filets tendus
un
peu en
dessous de la
surface de l’eau. Cette culture a été implantée
à Djibouti, mais est développée surtout aux
Philippines.
La protection des fonds et des récifs par
maintien des algues en place semble beaucoup
plus urgente et plus accessible en Polynésie.
Les TÊtanophora sont
des algues en feuilles
épaisses, avec des
excroissances, gluantes
au toucher, grandes
(20 cm), rouges ou
blanchâtres par la
présence de cristaux
isolés mais nombreux
de calcaire à l’intérieur.
On les trouve dans les
eaux
agitées des îles
hautes.
peignant et en
récupérant ainsi des
filaments et surtout la
microflore qui se
multiplie entre eux. Le
gazon, ici, est à
Amphiroa, aigue
calcaire mais très fine.
à gauche :
Les populations de
Caulerpes (ici Caulerpa
sertularioides) sont
souvent étendues et
assez lâches. L’aspect
donné par les tiges
rampantes est bien
visible sur ce cliché où ie
chercheur, au travail
pour mesu rer les masses
de matière vivante,
donne l’échelle.
Les rochers proches
du bord du lagon,
comme ici à Takapoto,
portent toujours une
végétation abondante
de petites algues qui leur
donnent une coloration
sombre bien visiblesous
l’eau.
61
LE MONDE MARIN
Le phytoplancton,
plancton végétal
Le
plancton (du grec planktos :
errant) désigne les végétaux et les animaux,
microscopiques ou macroscopiques, qui
flottent passivement dans le milieu liquide car
leur taille et leur morphologie ne leur
permettent que des déplacements limités. Le
plancton se divise en deux grands groupes ; le
phyioplancion ou plancton végétal et le
zooplancion ou plancton animal.
terme
Les cinq grands groupes
de végétaux microscopiques
Le phytoplancton comprend cinq
groupes,
classés ici selon leur importance dans le milieu
tropical océanique :
Les Diatomées ou Diatomophycées sont
caractérisées par une enveloppe siliceuse : le
frustule.
Les Dinoflagellés ou Dinophycées possèdent
ou non une
carapace cellulosique : la cuirasse.
Les Coccolithophoridés sont caractérisés
par
la présence de plaques calcaires entourant une
cellule centrale, la coccosphère.
Les Silicoflagellés et les Ebriidiens
possèdent
squelette siliceux tubulaire et géométrique.
Ces quatre groupes sont constitués
unique¬
ment d’algues unicellulaires, alors
que le
cinquième comprend des algues
pluricellulaires filamenteuses, les Cyanophycées ou algues bleues, habituellement
benthiques mais parfois présentes dans le
plancton.
Selon leur taille, ces algues sont classées
un
dans
le
microplancton (cellules
mesurant
entre 10 et 200 micromètres) ou dans le nanno-
plancton (taille inférieure à 10 micromètres).
Les Cyanophycées, les Silicoflagellés et les
Ebriidiens appartiennent au microplancton,
les Coccolithophoridés au nannoplancton ; les
Diatomées et les Dinoflagellés sont micro- ou
nannoplanctoniques selon leur taille.
La production de matière
organique
Le phytoplancton est
composé d’organismes
autotrophes c’est-à-dire capables de synthé¬
tiser la matière organique en présence de
lumière (photosynthèse) à partir de l’eau, du
gaz carbonique et des substances minérales
dissoutes (sels nutritifs comme les phosphates,
nitrates...). Les animaux sont hétéroiropheset
se
nourrissent de cette matière organique
élaborée par les autotrophes, tel sera le cas du
zooplancton.
Dans le domaine océanique superficiel, le
phytoplancton est le seul producteur
primaire. En revanche, en milieu côtier peu
profond, la production de matière carbonée
est assurée pour une faible
part par le phyto¬
plancton, mais surtout par le phytobenthos
dont les algues macrophytes et les unicellu¬
laires symbiotiques.
Le phytoplancton océanique
Le
phytoplancton océanique est caractérisé
par la prédominance du microplancton et par
une
62
diversité en espèces plus faible que dans
les lagons. Les Diatomées, les Dinoflagellés et
les Coccolithophoridés dominent, tandis que
les
Silicoflagellés et les Cyanophycées sont
Les Diatomées sont essentiellement des
Diatomées centriques solitaires (Asterolamrares.
Coscinodiscus, Planktoniella) ou
coloniales (Ceralaulus, Chaetoceros,
Eucampia, Rhizosolenia, Thalassiosira) : les
Diatomées pennées, peu abondantes, sont
représentées par des formes coloniales
(Nitzschia, Thalassionema, Thalassioihrix)et
par quelques formes solitaires (Navicula,
Plagiotropis, Surirella, Synedra). Les
pra,
Dinoflagellés sont surtout des formes
cuirassées coloniales (Ceralium) ou solitaires,
caractérisées par la possession d’“ailes” ou de
“voiles” ou de “cornes”, favorisant leur flot¬
taison
dans
le
milieu
(Amphisolenia,
Dinophysis, Ornithocercus, Peridinium) : il
existe également des formes nues, de grande
taille, dépourvues de cuirasse (Noctiluca). Les
Coccolithophoridés,
nannoplanctoniques,
sont parfois abondants mais leur distribution
est sous la dépendance étroite des courants
océaniques. Les Silicoflagellés et les Cyano¬
phycées sont rares, mais les Cyanophycées
peuvent être à l’origine d’eaux colorées.
Le phytoplancton des lagons
Le phytoplancton néritique, et
plus particu¬
lièrement celui des lagons, possède des carac¬
téristiques propres résultant des conditions
particulières des zones côtières. En effet, dans
l’écosystème lagonaire (lagon, passe et pente
externe) il n’existe pas de phytoplancton
typique mais un mélange de cellules planctbniques et benthiques qui forment le
lyriioplancton, caractérisé par une grande
diversité spécifique et une dominance du
nannoplancton (80 à 90% des cellules).
Dans les lagons d’îles hautes, à l’exemple
de l’océan, les Diatomées prédominent mais
les genres principaux sont différents : surtout
des formes pennées solitaires de grande taille
(Amphora,
Diploneis,
Crammatophora,
G yrosigma,
Licmophora, Maslogloia,
Pleurosigma, Podocyslis, Rhahdionema) et
de
petite taille (Fragi/an'a, Navicula,
Nitzschia, Opephora) mais également des
Diatomées centriques de grande taille et
solitaires
(Coscinodiscus, A clinocyclus,
A rachnoidiscus, Hemidiscus, Tricerulium) ou
coloniales (Biddulphia, Chrysanthemodiscus,
Rhizosoicnia).
Les Dinoflagellés
Une Diatomée centrique
coloniale : Chaetoceros.
Cette Diatomée
unicellulaire
microscopique est
caractéristique du
plancton océanique. Les
cellules sont réunies en
colonies par
i'intermédiaire des soies
latérales situées à
l'extrémité de chaque
celiule. Selon les
espèces, les colonies
sont droites ou
incurvées.
au-dessous :
Une Diatomée pennée
solitaire : Diploneis.
Caractéristique des
peuplements algaux
benthiques des fonds
peu profonds du lagon
et de la pente externe,
cette Diatomée peut
être récoltée dans le
plancton où elle a été
transportée par les
remous des eaux qui
l'ont arrachée à son
substrat.
Page de droite :
Un Silicoflagellé
planctonique ;
Dictyocha. Les
Silicoflagellés sont
actuellement peu
représentés dans le
phytoplancton
tropical. Ils possèdent
un squelette tubulaire
géométrique siliceux,
très caractéristique.
Deux genres très
voisins, Dictyocha et
Distephanus, sont les
plus courants dans le
plancton.
ci-dessous :
Une DInoflagellé
cuirassé :
Dinophysis.
Ce DInoflagellé est très
fréquent dans le
plancton littoral de la
Polynésie : il est
caractérisé par la
possession d'une
thèque cellulosique, la
cuirasse, et de voiles,
aidant à la flottaison, et
provenant d'une
hypertrophie des
membranes ondulantes
qui bordent deux sillons
orthogonaux, le
cingulum et le sulcus,
dans lesquels se
trouvent les deux
flagelles.
ALGUES ET INVERTÉBRÉS
des formes océaniques et
microplanctoniques, principale¬
comprennent
littorales
ment cuirassées ; elles sont habituellement
solitaires
(AmphicUnium, Dinophvsis,
Exiiviella,
Gonyaulax, G ymnodinium,
PericHniiim). Les Coccolithophoridés sont
pratiquement absents du lagon mais les
Silicoflagellés (Diclyocha, Didyosphaerium)
et
les Cyanophycées (Calothrix, Lynghia,
Nostuc,
Oscillatoria) peuvent être
relativement abondants.
Dans les lagons d’atolls, particulièrement
dans ceux peu ou pas ouverts aux influences
océaniques, les Diatomées cèdent leur domi¬
nance
spécifique aux Dinoflagellés, plus
diversifiés.
Les eaux colorées, la symbiose
et la ciguatera
sa grande diversité taxonomique, le
phytoplancton présente trois grandes caracté¬
ristiques adaptatives ou fonctionnelles : les
eaux colorées, la symbiose et la
ciguatera.
Outre
Les eaux colorées. Dans les milieux relative¬
ment
confinés que sont les
lagons, certaines
modifications plus ou moins brutales de l’en-
vironnement
déséquilibre
peuvent
entraîner
un
du milieu et provoquer la
exagérée (hloom) d’une espèce. Ce
déséquilibre peut résulter, lors de fortes
pluies, soit d’une variation rapide et
importante de la salinité, soit d’un enrichisse¬
ment du milieu en substances minérales,
floraison
comme
la silice ou comme les substances
azotées ou phosphatées lors de rejets d’eaux
usées.
L’apparition de ce bloom de
Diatomées, de Dinoflagellés ou de
Cyanophycées entraîne une coloration des
eaux du lagon en vert, brun ou rouge selon
l’espèce responsable, et un déficit en sels
minéraux et en oxygène dissous en raison de la
présence de millions de cellules microsco¬
piques par litre d’eau de mer : le déficit en
oxygène peut entraîner la mort de certains
organismes animaux. Parfois, lorsque l’espèce
responsable de ce bloom est toxique, il peut y
avoir
un
empoisonnement massif des
organismes qui la consomment, comme des
mollusques et des poissons.
La symbiose. Un Dinoflagellé, Symhiodinium
microadrialicum,
est
Prélèvement de
plancton dans le lagon
de Takapoto. Il faut
récolter les organismes
planctoniques contenus
dans une quantité
déterminée d’eau
lagonaire ; celle-ci est
prélevée directement et
filtrée, ou un filet est
traîné derrière une
embarcation pendant un
temps déterminé.
Une Cyanophycée
filamenteuse : Nostoc.
Les Cyanophycées sont
des algues bleues,
pluricellulaires et
filamenteuses le plus
souvent, abondantes
dans le phytobenthos et
notamment, dans le
sable du fond des
lagons. Parfois ces
algues, comme le
Nostoc ici figuré,
peuvent former des
colonies planctoniques
agglomérées au sein
d'une gangue
mucilagineuse.
présent
sous
deux
formes dans les eaux tropicales : une forme
libre planctonique mobile et une forme
captive, la zooxanthelle, qui vit à l’état
symbiotique dans les tissus des bénitiers
(Mollusques bivalves du genre Tridacna) et
des
Coraux
hermatypiques (Coelentérés
constructeurs de récifs : genres Acropora,
Montipora, Pocillopora, etc.), pour ne citer
que les plus importants. Le phénomène de
symbiose entre une algue autotrophe, produc¬
teur primaire, et un animal hétérotrophe,
producteur secondaire, constitue une associa¬
tion à bénéfice réciproque, composant un
raccourci saisissant de la chaîne trophique en
milieu corallien.
La ciguatera. Un des principaux responsables
cette endémie tropicale semble être un
Dinoflagellé cuirassé, épiphyte ou
planctonique : Gamhierdiscus toxicus. La
distribution
des
aires ciguaterigènes
se
superpose souvent aux aires de forte densité
de ce Dinoflagellé qui appartient à la famille
des
Gy mnodiniacées, très souvent
responsable d’eaux rouges toxiques dans les
zones tempérées et tropicales, où elles sont
ingérées par lés poissons.
de
LE MONDE MARIN
Le zooplancton,
plancton animal
Le
zooplancton
est
composé d’orga¬
nismes hétérotrophes unicellulaires à
pluri¬
cellulaires (œufs et larves) et pratiquement
le
règne animal y est représenté. Cet
zoologiquement hétérogène, l’est
également par la dimension de ses éléments :
certains Protistes n’atteignent pas 50 micro¬
mètres, alors que des Méduses dépassent 10
tout
ensemble,
centimètres de diamètre.
On distingue deux catégories dans le
zooplancton : l’holoplancton ou plancton
permanent composé d’organismes dont tout le
cycle biologique (de l’œuf à l’adulte) se
déroule en pleine eau, et le méroplancton ou
plancton temporaire dont» une partie
seulement du cycle biologique s’effectue en
pleine eau (généralement l’œuf et les
premières formes larvaires), tandis que l’autre
partie du cycle relève du benthos (vivant sur le
fond) ou du necton (pouvant nager). A cette
description générale il convient d’ajouter deux
caractères propres au plancton des mers
chaudes : la gamme de taille est plus faible
que
celle des mers froides ou tempérées et les
cycles de reproduction sont plus rapides.
La grande pauvreté du plancton
de l’océan polynésien
Le plancton océanique est constitué en
quasi¬
totalité par l’holoplancton qui
comprend
deux sous-groupes : d’une part des Crustacés,
Copépodes et Euphausides (le célèbre Ar/Y/des
baleines) et d’autre part des organismes géla¬
tineux comme Siphonophores,
et
s’il
Chétognathes
Urochordés. Le nombre d’espèces, même
dépasse largement la centaine, est plus
faible que dans les provinces
océaniques
voisines du Pacifique équatorial ou du
Pacifique Sud-Ouest.
La quantité de matière vivante du
zooplancton (biomasse) des eaux polyné¬
siennes est une des plus faibles des océans
mondiaux. C’est dans la couche de surface
(0-100
mètres)
que
se
rencontrent
biomasses les plus élevées (inférieures à 50
les
mg
mètre cube d’eau en poids frais) qui
sur
la pauvreté des eaux sousjacentes. Les migrations verticales nycthémé¬
rales qui conduisent, de nuit, la
plupart des
par
tranchent
organismes
confirment
profonds
ces
données
vers
:
de
la surface,
jour, dans la
couche de surface, la biomasse est en
moyenne
de 20 mg/ m\ mais de nuit elle
n’augmente que
de 200 à 300%.
Les variations saisonnières sont
peu
marquées, mais des variations d’abondance
surviennent au cours de.l’année : elles sont
faibles et le terme de saisonnier paraît mal
adapté
car
ces
maximums pourraient être
aussi bien locaux que saisonniers,
puisque des
observations récentes révèlent des biomasses
planctoniques plus importantes à l’entour
immédiat de certaines îles et dans le
voisinage
de l’archipel des Marquises. Par
ailleurs, la
pauvreté des stocks planctoniques n’implique
pas
nécessairement un manque de
productivité et l’on peut supposer que la
64
température élevée des eaux entraîne une
métabolique intense, donc de fortes
activités
nutritionnelles et
reproductives
palliant les carences en sels nutritifs et en
phytoplancton de ces eaux.
activité
Le méroplancton et le plancton
démersal des récifs
Le plancton des formations coralliennes est
hétérogène avec, d’un côté, le plancton des
zones récifales soumises à des llux
océaniques,
et, de l’autre, celui des zones lagonaires calmes
et protégées.
Dans les eaux peu profondes baignant les
récifs, il y a dominance du méroplancton
d’origine récifale (larves de Crustacés, de
Polychètes, de Poissons, de Mollusques) et
catégorie particulière de plancton
appelée plancton démersal, ou encore bcnthoplancton, manifestant un comportement
benthique ou parabenthique le jour, mais
planctonique la nuit, l.e nombre d’espèces est
très élevé puisque les formes de reproduction
de la plupart des espèces benthiques et
nectoniques peuvent s’y rencontrer.
Le trait le plus caractéristique de ce
plancton récifal réside dans l’ampleur de ses
variations d’abondance journalières : ainsi, de
jour, les eaux sont pratiquement désertées par
les organismes et la biomasse accessible au
filet ne dépasse guère 20 mg/ m’. En revanche,
de nuit, quittant le fond pour aller en pleine
eau, ces organismes fournissent une biomasse
d’une
Vue générale d'un
Copépode, Les
Copépodes
représentent une part
importante de
l'holoplancton des eaux
tropicales de la
Polynésie. Danscertains
lagons d'îles hautes,
comme le lagon de
Vairao (Tahiti), ou
d’atolls, comme celui de
Mataiva (Tuamotu), ces
Copépodes peuvent
composer des
populations colorées en
bleu ou en rouge
observables à l’œil nu.
en bas à gauche :
La larve appelée zoé
est caractéristique des
Crustacés Brachyoures,
c’est-à-dire des crabes
proprement dits, qui
comptent plus de 200
espèces en Polynésie.
La tailie de cette zoé est
de 1,5 mm. Elle présente
un abdomen dépourvu
d’appendice qui se
termine par un telson.
au-dessous :
Détail d'un appendice de
Copépode. Cette
microphotographie met
évidence les soies
situées à l’extrémité de
en
l’appendice d’un
Copépode.
ALGUES ET INVERTÉBRÉS
moyenne de
lüü à 500 mg/ml Les variations
saisonnières, là encore, restent imprécises : les
organismes peuvent se reproduire tout au long
de l’année, mais il semble que la période de
novembre à février corresponde à une période
de reproduction
plus intense.
intéressantes, qui sont soit des
océaniques circum-tropicales trouvant dans
l’environnement lagonaire un milieu
favorable, soit des espèces indo-pacifiques
rement
étroitement associées aux formations coral¬
liennes. L’ensemble de ce plancton, plus
abondant
dans
les couches
profondes des
Dans les eaux plus calmes des lagons, à côté
lagons, représente une biomasse généralement
deux fois plus élevée que celle de l’océan : il
semble que la richesse planctonique de chaque
lagon est vraisemblablement liée à son degré
existe un holoplancton caractéristique des
milieux coralliens : selon les types de lagon ou
variations d’abondance planctonique suivent
Un plancton caractéristique
des lagons
du
méroplancton et du plancton démersal,
lagon, ce dernier peut
Cet holoplancton est
constitué d’une dizaine d’espèces, particuliè¬
les
être
zones
d’un
meme
prédominant.
d’ouverture sur l’océan.
Dans
ces
milieux
lagonaires,
les
également l’alternancejour-nuit et les concen¬
trations nocturnes en surface sont remarqua¬
bles. Les variations d’abondance au cours de
l’année
semblent
similaires
à
celles
rencontrées en milieu récifal : des maximums
apparaissent surtout au
l’été austral,
de véritables
phénomènes d’eaux colorées, comme la pullu¬
lation de certains Copépodes ou de petites
Méduses. Ce plancton récifal, qui sert de
nourriture aux coraux et aux poissons
récifaux, se trouve dépendant de l’écosystème
récifal corallien qui lui fournit nourriture et
protection. La richesse de cet écosystème fort
complexe, capable de libérer chaque nuit
d’importantes quantités de zooplancton et
d’en rejeter dans l’océan, n’est pas sans
rapport avec la présence de bancs de poissons
brefs mais intenses
du printemps et de
aboutissant même parfois à
cours
hauturiers autour des îles.
Larve d'Annélide
polychète de 0,3 mm de
longueur. Il existe plus
de 150 espèces de vers
marins dans les récifs
coralliens. Ils se
reproduisent tous par
des larves, mais certains
d’entre eux ont
également la possibilité
de se multiplier par
autotomie : un fragment
de leur corps est capable
de régénérer l'animal
entier.
au-dessous :
Un Foraminifère
planctonique :
Globorotalla.
Caractérisés par leurs
tests calcaires
composés de plusieurs
logettes de tailles
croissantes, qui se
forment au fur et à
mesure de la croissance
de l’animal, les
Foraminifères
planctoniques ont
formé, dans le passé
géologique, des dépôts
marins importants : les
boues à Globigérines,
Cette larve phyllosome
de 5 mm de longueur est
au-dessous :
c’est-à-dire des
compose d'organismes
caractéristique des
Crustacés Palinurides,
langoustes. Au bout de
quelques jours de vie
pélagique, elle se
transformera puis
tombera sur le fond et
commencera sa
métamo'phose pour
donner une jeune
langouste. La larve
phyllosome rappelle
une feuille, mais avec de
très lOngs appendices.
Une larve de Cirrhipède.
Le zooplancton se
holoplanctoniques,
toujours présents dans
le plancton, et
d’organismes
méroplanctoniques,
présents
temporairement dans le
plancton! Cette larve,
après sa métamorphose,
donnera un organisme
adulte benthique, c’est-
à-dire vivant sur le fond.
65
LE MONDE MARIN
Oursins et
holothuries
Les cinq classes d’Echinodermes
SI
Les Echinodermes constituent
branchement
du
règne animal
un
em¬
qui
ne
comporte que des espèces marines. Une des
caractéristiques des représentants de ce
groupe est d’être organisés sur une symétrie
pentaradiée, c’est-à-dire à base 5, ce qui
s’observe fort bien chez une étoile de
mer
à
cinq bras, mais aussi en regardant le groupe¬
ment et l’alignement des piquants des oursins.
Les Echinodermes sont des animaux primitifs
dont les ancêtres apparurent il y a des
centaines de millions d’années. On les range
habituellement à la base des Vertébrés car leur
d’organisation présente des caracté¬
ristiques qui se révéleront et se développeront
chez les poissons et tous les autres vertébrés.
type
l’embranchement
des
Echinodermes
comporte environ 6 000 espèces habitant les
fonds marins, des plus profonds abysses aux
littorales, des zones tropicales aux
régions polaires, et si le nombre d’espèces dans
les eaux coralliennes du Pacifique Ouest
(Grande Barrière d’Australie, NouvelleCalédonie) dépasse 500, il n’y aurait pas en
Polynésie française une centaine d’espèces.
Cependant, il s’agit d’un groupe d’invertébrés
insuffisamment prospecté dont l’inventaire
n’est pas terminé.
Les Crinoïdes sont les plus primitifs et les
moins bien représentés des échlnodermes en
Polynésie française. Les comatules ou “fleurs
de récif’ qui les représentent habituellement
sont totalement absents des récifs et
lagons
coralliens
de
Polynésie, alors qu’elles
abondent en Nouvelle-Calédonie. Ces espèces
eaux
diversement
colorées
en
jaune,
rouge
en
comportent à leur base une série de cirres leur
permettant de s’accrocher au rocher alors que
leurs
vers
longs bras, par multiple de 5, s’élèvent
le haut dans le courant, capturant des
particules organiques dont elles se nourris¬
sent. Ces comatules n’existent en
Polynésie
française qu’au-delà des pentes externes
récifales comme observé entre 80 et 400 mètres
profondeur au large de Papeete lors des
plongées de la soucoupe Cyana en décembre
1983. Quelques individus sont parfois récoltés
sur les pentes externes récifales des îles hautes
de
ou
des atolls.
Les Echinides ne sont autres que les oursins.
partie orale de l’oursin qui représente la
partie inférieure de l’animal
reposant sur le substrat. Les oursins possèdent
un ensemble
complexe de pièces calcaires et de
muscles qui entoure la bouche à l’intérieur du
test, et que l’on nomme lanterne d’Aristote.
La
bouche est la
Schéma d’un oursin
dont le test a été coupé
horizontalement. La
piquants
œsophage
rectum
bouche
partie orale avec la
bouche est à gauche ;
la partie anale avec les
produits génitaux et
l’anus est à droite.
gonade
ambulacre
anus
estomac
Holodeima atra,
holothurie noire la plus
intestin
lanterne d'Aristote
fréquente des lagons
podies (ventouses)
Les cinq classes
des îles hautes et des
atolls, est
d'EchInodermes, avec
leur régime alimentaire
particuliérement
abondante dans les
et ieur habitat. Les
zones
Ophiures sont depuis
peu rassemblées aux
correspond au sédiment
qu'elle a ingéré.
Stellerides.
crinoïdes
Comatules
ECHINIDES
Oursins
Antedon sp
Heterocentrus mammillatus
e nourrissant des
jles
organiques
3au de mer.
Au-delà de 80
fondeur.
66
m
frangeantes. Le
tiers de son poids
STELLERIDES
Etoiles de mer
OPHIURIDES
Linckia sp
partidans
Végétariens (algues, her¬
biers, gazons et feutrage
d’algues).
quillages).
de pro¬
Dans les cavités des blocs
de coraux ou dans le sable.
mort.
Carnivores
Sur
le
Ophiolepis superba
(coraux,
HOLOTHURIDES
Holothuries
Ophiures
particules orga¬
niques dans l’eau de mer.
Arénivores se nourrissant
de la matière organique et
de la faune microscopique
des sédiments.
Dans les anfractuosités du
corail
et, quelques
superficielle
Détritivores ou se nourris¬
co¬
substrat corallien
Thelenota ananas
sant des
espèces, dans le sable.
Sur
et
ments.
sous
la
pellicule
des
sédi¬
ALGUES ET INVERTÉBRÉS
Les piquants peuvent être longs comme chez
les
vana
(Echinothrix diadema) ou courts
(Tripneustes gratilla).
Les Stellerides sont bien connus par trois de
leurs représentants relativement communs dans
les récifs polynésiens : Tétoile de mer bleue
(Linckia) aux longs bras que Ton rencontre de
préférence sur le récif-barrière ou la pente
externe
;
Tétoile de mer épineuse
(Acanthaster) Août la voracité à l’encontre des
coraux est légendaire ; le coussin de requin
(Cuk ita) qui est un genre au très large disque
central
sans
particularité
bras. Toutes ces espèces ont la
pouvoir
de
dévaginer
leur
estomac à l’extérieur de façon à englober leurs
proies et à commencer la digestion.
Les Ophiurides ont des bras filiformes et un
disque central rond. Ils s’agrippent fortement
aux
rochers
et
élisent
domicile
dans
les
fissures, sous les blocs coralliens fOp/t/ocowa
scolopendrina) et anfractuosités du corail où
mammillatus)
larges piquants
ils sont à l’abri des poissons qui les apprécient
trotus
beaucoup.
rouges, violets, parfois verdâtres, ne vit que
sur la zone frontale du récif où se brisent les
Stellerides.
Les Holothurides ou concombres de mer
vivent nonchalamment sur le sable. Leur
vagues.
Depuis peu on rassemble les
Ophiurides dans la même classe que les
interne est constitué d’un long tube
digestif (plusieurs fois la longueurde l’animal)
rempli du sable qu’ils ont ingéré pour s’ali¬
corps
menter.
Les oursins :fetu’e et vana
Les oursins sont les mieux
représentés des
Echinodermes en Polynésie. Le petit oursin
aux piquants violets et blancs (Echinometra
mathaei) est plus abondant sur les récifs fran¬
geants au milieu des colonies festonnées de
Synarea et de Psammocora, où les anfrac¬
tuosités sont très nombreuses, que sur le récifbarrière. L’oursin crayon fetu’e (Heterocen-
aux
Dans le sable on rencontre plusieurs
espèces d’oursins qui sont dits irréguliers car
leur
bouche et leur
anus
ne
sont
pas en
position opposée, Tun en bas l’autre en haut,
comme sur un oursin ordinaire ; le
pôle anal
est reporté vers l’extrémité d’un test qui peut
être globuleux (Echinocardium) ou plat
(Spatangues).
Le vana (Echinothrix et Diadema) est
une espèce aux longs piquants noirs s’agitant
lorsque l’animal a repéré un mouvement
inquiétant dans son entourage. Les espèces de
ces genres, vivant dans les trous de rocher ou
plus exactement s’y reposant le jour, ont une
activité nocturne pour s’alimenter d’algues ou
de gazon d’algues dans le voisinage. Dégagé
de ces longs piquants, le test du vana montre,
comme tous les tests d’oursins, les alignements
Asteropsis carinitera est
une petite étoile de mer
peu fréquente des récifs
polynésiens. Ses bras,
qui portent une carène
à leur partie
supérieure, sont bordés
de denticulations
triangulaires.
au-dessous :
Culotta novaeguineae
ou coussin de requin
possède un épiderme
très rugueux et un
derme très épais. La
couleur peut varier, mais
les plus communes sont
jaunes et rouges. Des
poissons du genre
Carapus vivent en
parasite à l'intérieur
de l'étoile de mer.
Neoferdina cumingi se
rencontre sur les fonds
détritiques des pentes
externes.
au-dessous :
Echinothrix diadema,
l'oursin à longs piquants
ou vana,
est très
abondant sur les récifsbarrières, Ce sont les
glandes génitales qui
sont consommées.
67
LE MONDE MARIN
des
pustules qui supportent la base des
piquants regroupés autour de cinq rayons.
Tous les oursins possèdent des pédicellaires,
sortes de petits bras munis d’une pince à
l’extrémité, permettant de nettoyer les
piquants et le test des détritus qui pourraient
s’y fixer. Ce sont les glandes génitales (cinq
paires) qui sont consommées chez le varia
comme chez tous
les oursins comestibles. Les
séparés et les individus mâles et
femelles émettent dans l’eau les produits
génitaux, spermatozoïdes et ovules, qui par
sexes
sont
rencontre
et
fécondation
donneront
des
Celles-ci, après une vie pélagique de
quelques jours, rejoindront le fond pour se
métamorphoser et donner naissance à de
larves.
jeunes individus.
Les holothuries : rori et ananas
heures les sédiments contenus dans son tube
Il y a probablement plus d’une vingtaine
d’espèces d’holothuries dans les eaux littorales
polynésiennes sans compter celles qui furent
observées lors des plongées de la Cyana au
large de Tare Ute à Papeete entre 700 et 1 000
mètres de profondeur (Aspidochirote et
Psychropotide).
Il convient de mettre à part le groupe des
Synaptes dont les Opheodesoma australiensis
qui sont des sortes de longs vers fréquents
dans les milieux dégradés ou pollués comme
les
zones
d’extraction de sable corallien
et
partie antérieure comporte un
bouquet de cinq palpes s’agitant frénéti¬
quement. Ces corps remplis d’eau sont des
dont
la
holothurides synaptes dont les téguments
comportent de grands spiculés (quelques
dixièmes de millimètre) aux formes diverses
telles que des ancres, des épines, des doubles
hameçons. Ces spiculés - caractéristiques des
holothuries - sont ici très grands et sortent de
l’épiderme, de sorte qu’au toucher ils s’accro¬
chent à notre peau ; ce contact, bien que
désagréable, est toujours inoffensif.
Parmi les holothuries la plus commune
est le rori, une espèce au tégument noir très
fréquente près du rivage des îles hautes et très
abondante dans les lagons des Tuamotu.
Halodeima atra peut atteindre des concen¬
trations de plus de 10 individus au mètre carré.
Chaque individu renouvelle 3 ou 4 fois par 24
orifice génital
vésicules
de Poli
digestif qui représentent un tiers du poids de
l’animal. Du sédiment qu’il ingère, le rori
retient les particules organiques animales et
végétales. Bien d’autres espèces d’holothuries
habitent les récifs
et lagons coralliens. La
plupart ont la faculté, lorsqu’elles sont en
danger ou simplement importunées, de rejeter
par l’anus de longs filaments blancs (organes
de Cuvier) qui adhèrent fortement à l’intrus.
Les holothuries abritent un grand nombre de
parasites qui se cachent dans leur épiderme ou
dans les replis de leur face ventrale, tels des
Mollusques (Eulimidae), des Annélides, des
crevettes, sans oublier les poissons du genre
Carapus qui vivent à l’intérieur de l’holo¬
thurie. Parmi toutes les espèces, l’holothurie
léopard (Boadschia argus), l’ananas
(Thelenoia ananas) et Microllude nobiiis
retiennent particulièrement notre attention
car elles peuvent être consommées.
Le trépang (tégument d’holothurie fumé
et séché) est un mets très
apprécié dans le Sud-
Est asiatique (Singapour, Hong Kong...). Au
cours
du siècle précédent plusieurs atolls des
Tuamotu ont vraisemblablement alimenté ce
marché et il n’est pas impossible que certains
peuplements d’holothuries aient été décimés
en
certains endroits. L’holothurie ananas est
des espèces les plus appréciées pour cette
une
préparation qui paraît connaître actuellement
un certain regain d’activité dans les Tuamotu.
gonade
muscles longitudinaux
intestin
Echinometra mathaei,
petit oursin violet, est
très fréquent sur les
colonies coralliennes
des récifs frangeants.
Leur densité dépasse
souvent la vingtaine
d'individus au mètre
carré.
à droite :
anus
Schéma d’une
holothurie dont le
tégument a été coupé de
la bouche à l'anus et
rabattu de façon à
laisser voir les différents
organes.
bouche
organes de Cuvier
Boadschia argus,
l’holothurie léopard, est
une des
plus communes
Polynésie.
L’épiderme moucheté
en
peut être clair ou
sombre. Elle héberge
fréquemment des
poissons dans la partie
postérieure de son
iube digestif.
68
Tripneusies gratllla,
oursin aux courts
piquants où l’on
retrouve bien lasymétrie
pentaradiée (5 rayons)
des Echinodermes. Les
podies, petites
ventouses, retiennent
souvent des débris
coralliens à la surface du
test.
ALGUES ET INVERTÉBRÉS
L’étoile de mer
épineuse
Acanthasier planci, l’étoile de mer
épineuse, la taramea, est connue de longue
date des Polynésiens comme des chercheurs.
Mais des circonstances particulières ont fait
que cette espèce est devenue depuis une
vingtaine d’années une des plus connues du
grand public et des autorités parmi toutes les
espèces vivant dans les récifs coralliens.
Explosion démographique
Vers la fin des années 1960 et au début des
1970, on a constaté dans plusieurs
régions littorales du Pacifique des “invasions”
de cette étoile de mer épineuse. Le premier
rapport d’une telle multiplication de cet échinoderme donnant lieu à des peuplements très
années
denses dans les récifs coralliens concernait l’île
rapidement
d’autres pullulations furent observées dans
d’autres régions du Pacifique puis de l’océan
micronésienne de Guam, mais
Indien. Sur la Grande Barrière d’Australie, les
peuplements de taramea étaient extrêmement
importants car on y rapporte des densités de
plusieurs individus au mètre carré et sur des
centaines d’hectares de récifs coralliens.
En Polynésie française, c’est après un
article paru en 1969 sur cette explosion
démographique de VAcanthasier en plusieurs
points du Pacifique, qu’un premier rapport a
fait état d’un phénomène semblable à Tahiti.
Depuis une vingtaine d’années et avec le recul
que nous possédons pour apprécier les
observations passées, on peut affirmer que
cette espèce est devenue plus abondante
qu’autrefois sur les récifs.
polypes du madrépore. Le repas peut durer
quelques heures avant qu’elle ne se déplace
pour ingérer une autre surface du madrépore
et ainsi de suite. Sur le corail apparaît alors
une
tache blanche car, dépourvu de ses
polypes, celui-ci ne comporte plus que le
squelette calcaire blanc.
La taramea se reproduit par des larves
planctoniques. Les gonades, mâles ou
femelles selon les individus, sont dans les cinq
bras de l’étoile de
mer
sous
forme de
cinq
glandes allongées doubles ; elles sont rejetées
dans l’eau de mer. La durée de la vie planctonique de la larve est de quelques jours, après
quoi elle tombe sur le fond, se métamorphose
et
donne
naissance à
une
jeune
taramea.
plupart des étoiles de mer, mais
aussi des ophiures et parfois des holothuries,
la taramea a un potentiel de régénération tel
qu’un bras et un morceau du disque central
peuvent redonner un animal entier. On
observe parfois des individus avec un grand
bras et des petits bras, le premier ayant
régénéré le reste de l’animal, mais ce
phénomène est plus fréquent chez les étoiles
de mer du type Linckia qui ont alors le nom de
Comme la
comètes.
Les ravages de la taramea
ont été observées à Moorea.
Lors d’une pullu¬
l’espèce en un endroit donné on
constate que tous les madréporaires sont
dévorés et que pour se nourrir les populations
d'Acanthasier se déplacent d’une partie à l’autre
lation de
du récif. A Guam et sur la Grande Barrière
d’Australie c’est en rangs serrés que les étoiles
avançaient sur les récifs en un front
Lorsque l’on sait que le corail est
le principal organisme constructeur du récif et
de
mer
destructeur.
que sans lui le récif est voué à l’érosion et à la
destruction, on mesure toute l’importance de
la dégradation du système et combien il peut
être menacé dans
sa
pérennité. Les coraux
morts, blancs par leurs squelettes, vont être
rapidement (en quelques semaines) recouverts
par un fin feutrage d’algues, puis par des
algues vertes ou brunes. Les algues vont
occuper
le terrain au détriment des
madrépores et dans de telles proportions que
l’écosystème récifal va être fortement modifié
dans sa structure, son fonctionnement, et son
pourquoi, compte tenu des
importants peuplements de taramea ayant
détruit des récifs entiers dans certaines régions
du monde, des rapports alarmants ont été
présentés aux autorités afin d’agir. Un peu
partout dans le monde des actions ont été
entreprises pour détruire et limiter les peuple¬
évolution. C’est
en
Un récif détruit à 90%
nécessite dans le meilleur des cas de 15 à 20 ans
moyenne de 6 à 10 m- de corail vivant par an.
On compte des densités de peuplement de
pour revenir à une situation antérieure, mais
la composition des espèces ne sera plus la
Des densités de 5 à 6 individus au mètre carré
été avantagés.
Une
étoile
de
mer
adulte
consomme
ments de V Acanthasier.
l’ordre de plusieurs individus au mètre carré.
même et les coraux à croissance rapide auront
Une jeune Acanthasier
planci - ici la nuit sur la
pente externe de Tahiti s’apprête à dévorer une
colonie de Pocillopora.
Biologie de VAcanthasier
épineuse, comme toutes les
est une espèce carnivore.
L’animal, qui compte généralement cinq bras
armés de pointes acérées, peut mesurer
jusqu’à 50-60 centimètres dans sa plus grande
dimension. Lorsqu’on le retourne on peut
L’étoile de
mer
étoiles
mer,
de
observer sa face orale et, partant de la bouche
centrale, les cinq ambulacres garnis de petites
(les podies) qui s’alignent dans les
cinq bras. C’est grâce à ces ventouses que
l’animal se déplace à une vitesse de plusieurs
ventouses
décimètres à la minute et rarement à la surface
du sable sauf pour passer d’un pâté corallien à
lorsque la nourriture lui fait défaut.
Espèce carnivore, la taramea se nourrit
de coraux. Elle affectionne plus particulière¬
ment les formes massives, les Montipora
plutôt que les Acropora branchus, mais elle ne
dédaigne pas, bien au contraire, les formes
aplaties ou en parasol A'Acropora ni le corail
chou-fleur, Pocillopora. Si le jour elle
un
autre
demeure
dans
une
cavité corallienne, par
exemple au pied des Acropores parasol ou à
leur face inférieure, c’est en période crépus¬
culaire ou nocturne qu’elle quitte sa place
pour s’alimenter. Parvenue sur une colonie
corallienne qu’elle veut dévorer, elle s’y colle
littéralement par effet de succion de ses
ventouses
et
lentement
dévagine
va
commencer
son
la
estomac qui
digestion des
69
LE MONDE MARIN
Crabes, langoustes,
animaux. Espèces essentiellement nocturnes,
elles peuvent être récoltées la nuit sur les récifs
tVane'e et varo
des îles hautes
comme
peniciUatus est
une
vendues
Les
aussi
Crustacés
constituent
un
groupe
important et diversifié que celui des
Mollusques à l’échelle de la planète. Ils ont
conquis tous les milieux et dans le domaine
corallien
et récifal leur diversité de taille,
d’habitat, de mode de vie et de régime alimen¬
taire est des plus grandes. Les Crustacés font
partie des Arthropodes, avec les Araignées et
les Insectes pour ne citer que les principaux
groupes d’un embranchement qui compte à lui
seul plus de 80% de toutes les espèces animales
du monde. Ils possèdent un corps à symétrie
bilatérale, couvert d’une cuticule épaisse et
rigide ; les segments du corps sont pourvus
d’appendices. Ils se reproduisent par larves et
leur croissance est discontinue car ils changent
de squelette externe à chaque mue.
Nous ne pouvons pas évoquer ici tous les
Crustacés vivant dans nos eaux coralliennes. Ne
serait-ce que pour décrire toutes les familles, il
faudrait
plusieurs dizaines de pages. Les
espèces les plus connues sont les plus grandes,
les plus communes et celles qui offrent un
intérêt
alimentaire.
Elles
appartiennent
presque toutes à l’ordre des Décapodes, un des
ordres les plus évolués des Crustacés, qui se
divise en trois sous-ordres.
Les Macroures ont un long abdomen, comme
langoustes, les cigales de
les
mer
crevettes.
et
sur
des atolls. Panulirus
des espèces les plus
le marché de Papeete, avec le
crabe Scylla serrala, et représente une espèce
d’intérêt économique, alors que les cigales de
plutôt d’intérêt vivrier et local et très
Malgré cet intérêt
économique, il n’y a d’élevage de langoustes
nulle part dans le monde, compte tenu du
nombre important des larves et des mues que
subit l’animal avant de parvenir à l’état adulte
mer sont
rarement sur le marché.
et
de toutes les difficultés inhérentes à un tel
élevage de crustacés. Partout les stocks sont
surexploités et il faut aller dans des îles encore
très isolées, certains atolls des Tuamotu et
plusieurs îles des Marquises, pour faire des
pêches intéressantes, qui requièrent
néanmoins
expérience, qu’il
s’agisse de pêche sur le récif ou en plongée.
une
certaine
Squilles ou varo
Longs crustacés rappelant la mante religieuse
ses appendices antérieurs aux articles
armés d’épines et de dents acérées, les squilles
avec
ou
varo
se
tiennent
dans
leurs
terriers
profonds dont l’ouverture est circulaire. Les
squilles (Lysiosquilla maculata) appar¬
tiennent à la classe des Stomatopodes. Ils
colonisent un sédiment qui n’est pas trop fin.
Ils sont de moeurs nocturnes et c’est la nuit
qu’à l’entrée de leur terrier ils guettent les
proies, poissons ou autres crustacés, qui
passent à portée et sur lesquels les varo
détendent d’un seul coup leurs redoutables
pattes antérieures, immobilisant
mortellement leur victime.
En raison de son abdomen allongé - le
varo
peut atteindre 30 cm - et de sa chair qui
est très tendre, le varo est un mets apprécié et
recherché. 11 doit être consommé rapidement
Les quatre espèces de
langoustes recensées en
Polynésie française à ce
Jour. Toutefois,
certaines autres espèces
semblent être présentes.
Panulirus peniciUatus
Panulirus longipes
Panulirus
polyp^gus
Panulirus homarus
les
Les Anomoures ont un abdomen court et mou
car non
protégé par un tégument calcifié ; ils
doivent le mettre à l’abri dans une coquille ; ce
sont les pagures ou
bernard l’ermite.
Brachyoures ont un abdomen court,
replié sur le corps en forme de carapace ; il
s’agit des crabes, dont il existe des dizaines de
familles, depuis ceux qui vivent dans les
Les
anfractuosités
du
corail
comme
les
Xanthidae, dans les sédiments comme les
Ocypodidae et les Calappidae, ou sur les
rochers comme les Grapsidae. Il y a plus de
200 espèces de Brachyoures dans les récifs
coralliens de Polynésie et certainement plus de
500 espèces de Crustacés au total.
Langoustes et cigales de mer
deux
Les
espèces les plus communes de
langoustes et de cigales de mer se nomment
Panulirus peniciUatus et Parribacus holthuisi.
11 s’agit de Décapodes Macroures de la super¬
famille des Scyllaridae qu’on désigne, avec de
nombreux autres crabes marchant sur le fond,
sous le terme de
Reptantia. En effet, bien
d’autres Décapodes sont des nageurs et vivent
au-dessus des fonds, tels que les crevettes
Pénéides et les crabes Portunides désignés
sous le terme de Natantia.
Les langoustes f aura miti) et les cigales
(ti’ane’e) vivent de préférence sur la
du récif, souvent à faible
profondeur près de la crête algale et dans la
zone des éperons et sillons où elles trouvent
des anfractuosités pour se protéger des
prédateurs. Ce sont des espèces prédatrices
carnivores qui s’alimentent essentiellement de
mollusques, mais qui ne dédaignent pas les
de
mer
pente
externe
cadavres
70
et
autres
détritus
organiques
Panulirus peniciUatus
au-dessus :
langouste la plus
(Panulirus sp.) sont
parmi les crustacés les
plus recherchés pour la
est l’espèce de
de nos récifs
coralliens. Elle est
distribuée dans tout
commune
rindo-Pacifique.
en
bas à gauche :
Panulirus pascuensis
est une espèce de
langouste récemment
découverte en Polynésie
française, sur les pentes
du Mac-Donald, par une
cinquantaine de mètres
de profondeur. L’espèce
était connue de l’ïle de
Pâques.
Les langoustes
consommation. Elles
vivent essentiellement
sur la pente externe des
récifs, ici par 20 mètres
de profondeur à Tahiti.
De moeurs nocturnes,
les langoustes sont
carnivores.
ALGUES ET INVERTÉBRÉS
sinon il se vide, c’est pourquoi il fait l’objet
d’une consommation locale et il est rare d’en
voir sur les marchés. D’autant plus q.ue,
surpêché dans certaines zones, il a presque
complètement disparu. La pêche au varo
utilise des leurres et des hameçons, parfois des
appâts et des pièges en bois.
Plus d’une vingtaine de pagures
Leur abdomen mou protégé dans une coquille
de Gastropode,
les bernard l’ermite sont des
habitants communs du récif corallien. Ils sont
infatigables de tous les débris
organiques qui peuvent joncher la dalle
les nettoyeurs
reproduire. Sous la végétation de haute plage,
les débris des laisses de haute mer,
abondent les Coenobita perlatus ; véritables
collectionneurs de coquillages, ils
abandonnent leur maison à chaque mue pour
sous
trouver un logis
plus grand. Sur le platier et
dans le récif, ce sont d’autres pagures qui
prennent le relais : Clibanarius et Calcinus ; ils
abondent dans les hoa. Sur la pente externe,
de plus grandes espèces affichent des couleurs
vives et un système pileux plus développé en
même temps qu’une plus grande taille ; il s’agit
de
rentrent véritablement dans l’eau que pour se
habitant
des
coquilles
Doliiini, de Triton ou de Murex.
corallienne ou le sable. Si presque toutes les
espèces sont marines, l’une est terrestre : le
crabe du cocotier (Birgus latro), qui ne
protège plus son abdomen dans une coquille,
alors que d’autres vivent en haut de plage et ne
Dardanus
de
Des dizaines de crabes
ENTOMOSTRACÉS MALACOSTRACÉS
BRANCHIOPODES
LEPTOSTRACÉS
Anostracés
STOMATOPODES
Notostracés
SYNCARIDES
Dipiostracés
PANCARIDES
CEPHALOCARIDES
PERACARIDES
OSTRACODES
EUCARIDES
COPÉPODES
BRANCHIURES
MYSTACOCARIDES
CIRRIPÈDES
Les principaux groupes
de ia ciassification des
Crustacés. Presque tous
ont des représentants
dans les eaux littorales
Ce que l’on nomme habituellement des crabes
sont
des
recouvrant
abdomen,
Euphausiacés
Décapodes
coralliennes de
Polynésie, vivant dans le
plancton, dans le sable
ou sur
le fond.
au-dessous :
Quelques crustacés
Polynésie
Crustacés avec une carapace
leur
corps,
alors que leur
très court, ne comporte que
communs en
et leurs noms
vernaculaires,
polynésiens et français.
(S) Société
(T) Tuamotu
Genres
Noms polynésiens
Noms français
Birgus
Brachyoura
'aveu
crabe de cocotier
Cardisoma
Carpiiius
pattes et antennes,
tégument blanc et
rouge, vit cachée dans
les anfractuosités du
corail. On croit savoir
toetoe
avec ses
chevrette
Ocypoda
’ohitihiti
Panulirus
'aura miti (S),
ahuru miti (T)
ocypode
langouste
cigale de mer
crabe de mer
détritivore.
La cigale de mer, ti'ane'e
(Parribacus hoithuisi),
possède à peu près le
même habitat que les
surprise à l'entrée du
extérieur - et est
protégée des
prédateurs pendant la
journée.
carnivore.
se trouve
upa Y
habitant une coquille
de Dolium. Il vit sur le
récif extérieur en zone
au-dessus :
corallien où elle
ti'ane'e
vert, est un Aniculus
Page de gauche :
creux
squille
’oura pape
pattes jaunes
(Justifia longimana),
de nuit et par 45 mètres
de fond au-delà du récifbarrière de Tahiti, est
varo
bernard l'ermite
crabe de rocher
et son système pileux
profonde - ici à Tahiti
par 58 mètres de
profondeur. C’est un
Cette langouste
carpiiius
(S), ehua (T)
Ce pagure, très coloré
qu’eile se nourrit en
débarrassant les
poissons des parasites
qui infestent leur
tégument.
tutua'au
Grapsus
Lysiosquiiia
Parribacus
au
crabe de terre
u'a
Scylia, Thaiamita
Cette crevette
crabe
tupa
Coenobita
Macrobrachium
(Stenopus hispidus)
élégante aux longues
pa'apa'a
langoustes - le récif
également une espèce
9
71
LE MONDE MARIN
quelques segments aplatis et repliés sous la
carapace. Ces crabes proprement dits n’ont
que la première paire d’appendices modifiée
en pinces.
Ils sont des dizaines d’espèces,
vivant dans les anfractuosités du corail, dans
les algues ou dans des biotopes très particu¬
liers : les Pinnotheres sont parasites dans des
mollusques bivalves ; les Hapalocarnides
parasitent les colonies d’Acropores branchus ;
les Lissocarcinus sont commensaux d’holo¬
thuries et on les observe, accrochés sur le
tégument de ces échinodermes. La famille des
Xanthidae est la plus abondante de ces
Décapodes Bracbyoures et plus de 50 espèces
existent dans les récifs, répondant aux noms
génériques de Carpilius, Daira, Eriphia,
Elisus, Leptodius, pour ne citer que les plus
grands représentants. Tous les régimes ali¬
Charybdis
erylhrodactyla, dont la
carapace fait ici 10 cm
de iarge, est un crabe
nageur Portunidae,
comme l'atteste la forme
aplatie des derniers
segments de la dernière
paire de pattes. C'est un
carnivore ayant le même
habitat que les
langoustes': les
anfractuosités du corail
de la pente externe au
niveau des éperons et
sillons.
72
mentaires sont représentés ; les espèces
filtrantes, suspensivores, celles qui ingèrent le
film détritique superficiel déposé sur le sable
ou la dalle corallienne, les herbivores, les
omnivores, les nécropbages, les carnivores...
espèce, abondante dans certaines baies, est
à Huahine et dans la presqu’île de
Taravao,
Carpilius macidatus, crabe de
grande taille avec de grosses pinces, figure
commune
souvent au menu
des tama'ara'a.
Quelques autres crustacés
Dans
des
Crustacés, quelques
espèces n’ont pas encore été citées et pourtant
il convient de le faire, compte tenu de leur
ce
monde
Signalons
Eriphia sehana, souvent considéré
comme toxique, mais rien n’est certain.
encore
Parmi
les
utilisations
autres
qu’alimentaires, on doit citer les Coenobita
(C. perlants et C. hrevimaniis) qui servent
comme appâts pour la
pêche à la ligne et dont
intérêt.
Plusieurs espèces de crabes nageurs - on
les abdomens sont utilisés pour la fabrication
artisanale de l’huile de mono’i avec des fleurs
grâce à leur dernière paire de pattes dont
l’extrémité est aplatie - entrent dans la
consommation locale : Porlunus sangui-
la'ero
les désigne ainsi car ils peuvent nager en pleine
eau
nolentus
et
Scylla
serrata.
Cette dernière
et de
l’huile de coprah.
Le nom de pa'apa’a
(crabe maladie) désigne des espèces
toxiques ou supposées telles : Carpilius
convexus, Atergaiopsis signants et Zozymus
aeneus.
Ce petit crabe (Diara
perlata) appartient à la
au-dessous :
Ce crabe (Etisus
splendidus) de la famille
des Xanthidae,
photographié sur la
pente externe de
Tikehau par 10 mètres
de profondeur, est une
espèce omnivore à
régime herbivore
préférentiel.
famille des Xanthidae.
C'est une espèce
omnivore très commune
sur les platiers
extérieurs d'atolls.
Carpilius maculatus
est un crabe omnivore
de grande taille, très
recherché pour sa chair.
Il appartient à la famille
des Xanthidae qui
compte plus de 50
espèces dans les récifs
coralliens de nos îles.
5 Les poissons : généralités
La faune ichtyologique
récifaledans
polynésienne
concerne les poissons vivant à
épisodiquement
l’environnement
demeure ou
corallien des îles hautes ou
basses. Elle se compose de plus de 700 espèces identifiées, abstraction faite des
requins, traités par ailleurs. Pauvre, quand on la compare à celle de la NouvelleCalédonie ou de la Grande Barrière australienne, elle comprend des poissons que l’on
rencontre un peu partout dans l’aire géographique indo-pacifique.
Les poissons de récifs sont certainement les animaux les plus vivants, les
plus
Les
nageoires médianes
rattachées
vertèbres
aux
sont
directement
par des pièces
des poissons de
La musculature
récifs se distingue en 3 sortes de muscles. Les
muscles blancs, situés autour de la colonne
vertébrale sont très importants ; les muscles
osseuses.
économique potentielle
placés sous la peau sont beaucoup
développés que chez les poissons de
haute mer ; les muscles des nageoires, la
plupart du temps peu puissants, n’inter¬
viennent pas beaucoup dans la propulsion.
Leur chair, réputée un peu plus fade que celle des poissons
océaniques tropicaux
des poissons de roche des mers froides, présente en outre deux caractères
dignes
d’être notés. D’une part, celle de certains d’entre eux peut devenir momentanément
Les poissons sont recouverts d’une peau non
mobiles, les plus colorés et les plus utiles du monde sous-marin polynésien. Ils
constituent la nourriture protéique de base de la population autochtone. Chaque
année quelque 2 000 tonnes de poissons récif aux provenant surtout des Tuamotu sont
vendus au marché de Papeete. Ils représentent une ressource
de première importance.
ou
impropre à la consommation (ta'ero). D’autre part celle des grands spécimens de
nombreuses espèces, tout en restant comestible, durcit parfois à la cuisson
(ma’e’e).
Cela n’empêche pas la grande majorité des poissons coralliens
polynésiens d’être la
matière première de savoureuses marinades tahitiennes, boulettes chinoises, fritures
ou même
bouillabaisses provençales.
...
Les caractères
physiques
lement
d’écailles
et
toutes semblables. Le crâne et les premières
vertèbres soutiennent mâchoires, branchies,
opercules, nageoires pectorales et pelviennes.
glqndes
sécrétant
un
la protège, d’autre part joue un rôle important
dans les échanges entre le milieu intérieur du
poisson et l’eau ambiante.
Les écailles dérivent de la peau dans
laquelle elles sont profondément incrustées et
constituent son bouclier. Leurs formes, struc¬
ligne latérale
nageoire dorsaie postérieure avec rayons souples
leurs
dimensions
bords
sont
hérissés
de
très variables. Les
petites aspérités
(rougets). Les cycloïdes sont minces et lisses
(perroquets). Écailles cténoïdes et cycloïdes
s’implantent d’avant en arrière et sont habi¬
tuellement disposées comme les tuiles d’un
toit. Parfois elles forment des plaques Juxta¬
posées constituant une cuirasse (poissoncoffre). Les écailles placoïdes sont des denticules cutanés rendant la peau des squales
rugueuse. Près de la bouche, ils deviennent
insensiblement des dents vraies, plantées sur
les
maxillaires.
Plus développés, ils
hypertrophiés,
ils
se
transforment
en
véritables armes : aiguilles, rostres, scies,
scutelles. Chaque espèce possède un nombre
déterminé d’écailles, apparues dès lejeune âge
et se développant à mesure que le poisson
grandit. Chaque écaille est formée de couches
successives de cellules disposées en anneaux
concentriques. On peut connaître l’âge de
l’animal par le décompte des divers anneaux.
Certains poissons comme les murènes ne
possèdent pas d’écailles.
placoïdes
cténoïdes
dos
ou
en
constituent les boucles des raies. Soudés et
ganoïdes
deuxième nageoire dorsale
riche
cténoïdes, épaisses, ont leur surface externe et
Les différentes formes
d’écailles.
cycloïdes
cornée,
abondant mucus très visqueux, qui d’une part
tures et
(Téléostéens). Les os crâniens sont très diffé¬
rents de forme alors que les vertèbres sont
pourvus
La peau et les écailles
Le squelette comprend un crâne, une colonne
appendices soutenant les
nageoires pectorales et pelviennes. Peu volu¬
mineux par rapport à l’ensemble du corps, il
est généralement discontinu et incomplète¬
ment ossifié. Il est cartilagineux chez les raies
(Elasmobranches) ou osseux chez la plupart
de
nageoires. Mais leur aspect externe (forme,
couleur, denture) varie beaucoup plus que
celui des poissons de haute mer.
recouverts
moins
Un squelette et des muscles
vertébrale et des
Avant d’être les habitants parmi les plus
spectaculaires des récifs coralliens, les
poissons dont il est question ici sont des
vertébrés inférieurs aquatiques, à température
variable, à respiration branchiale, généra¬
rouges,
première nageoire dorsale
dorsale antérieure avec rayons épineux
joue
nageoire caudale
œil
narine
mâchoire
supérieure
Les poissons actuels,
dont on a représenté une
silhouette classique,
sont recouverts
d’écailles de 4 types. Les
écailles placoïdes
(requins et raies) sont
comparables à des dents
de la taille d'un grain
de papier verré. Les
écailles ganoïdes de
quelques poissons
osseux primitifs
(Lepisosteusj sont
taillées en diamant et
reliées par des joints.
Les écailles cténoïdes et
mâchoire
inférieure
rayons
nageoire anale
paupière adipeuse
rayons epineux
flanc
nageoire pelvienne ou
nageoire pectorale
fente branchiale ou ouïe
cycloïdes respectivement
hérissées de pointes et
lisses - minces et
disposées en rangées se
chevauchant, sont les
plus communes. La
plupart des poissons
osseux présentent l’un
l'autre de ces deux
derniers types d’écailles.
ou
73
LE MONDE MARIN
Différentes sortes de nageoires
marche sur le fond.
Les nageoires sont des membranes tendues sur
fines baguettes plus ou moins rigides
appelées rayons. Suivant la conformation de
ces rayons, les nageoires sont dites épineuses
ou molles. On distingue les nageoires paires
(pectorales et pelviennes) qui correspondent
de
aux
membres
des
autres
vertébrés
et
les
nageoires impaires (dorsale, anale et caudale).
Les deux nageoires pectorales (membres
antérieurs) sont situées latéralement en arrière
de la tête. Bien développées, elles constituent
des rames efficaces chez certaines carangues.
hypertrophiées, elles forment de véri¬
tables ailes dont les poissons-volants se
servent pour planer au-dessus de l’eau. Les
deux nageoires pelviennes (membres posté¬
rieurs) placées en avant de l’anus, occupent
une position variable : abdominale, thora¬
cique ou même céphalique. Chez plusieurs
poissons, ces nageoires mobiles permettent la
Très
est
décrite
suivant
l’aspect
du
bord
postérieur : arrondie, tronquée, falciforme,
pointue, fourchue... Elle est parfois soudée à
l’anale.
Une grande variété de formes
et de couleurs
Trois paramètres principaux permettent habi¬
tuellement de caractériser la forme générale
d’un poisson :
longueur. Cette forme peut être en fuseau
(tazards...), oblongue (lutjans, becs de cane,
loches, mérous...), aplatie (papillons, demoi¬
selles, soles, raies...), allongée (aiguillettes,
flûtes, murènes...), globuleuse (synancées,
diodons et tétrodons quand ils sont gonllès
d’eau
ou
d’air...), parallélépipédique
et
nageoire dorsale comprend souvent
une portion épineuse antérieure et une portion
souple postérieure. Ces deux portions sont,
soit réunies pour former un organe unique,
soit partiellement ou complètement séparées.
Dans ce dernier cas, la première dorsale ne
comprend que des rayons rigides ; la deuxième
dorsale comprend une seule épine suivie de
rayons mous. La nageoire anale est située en
arrière de l’ait-us sous le ventre. La nageoire
caudale ou queue du poisson, est reliée au
corps par un pédoncule. Sa forme très variée
La
hauteur, largeur ou épaisseur.
(poissons-coffres...). Mais il existe une foule
de formes intermédiaires modifiant à l’infini
les silhouettes.
Les
livrées
récifaux
éclatantes
couvrent
toute
des
la
poissons
gamme
des
couleurs. Disposées en bandes, en rayures, en
taches, en points, en mouchetures, en bigar¬
rures...
elles sont franches ou dégradées, étin-
celantes
ou
ternes,
immuables
ou
changeantes... surtout changeantes. En effet,
les couleurs des poissons résultent de l’action
conjointe de deux sortes d’éléments contenus
dans leur peau : des pigments divers qui créent
les teintes et des cristaux de guanine respon¬
sables de l’éclat. Les multiples cellules pig¬
mentaires sont élastiques. Elles se contractent
Canihigaster solandri,
comme
les autres
tétrodons, possède un
sac stomacal qui peut se
remplir d'eau ou d’air,
suivant que l’animal est
profondeur ou en
surface. Leur corps
devient alors globuleux,
en
piquants cutanés en
érection.
Les formes et couleurs
des poissons de récifs
varient à l'infini pour
s’adapter à la vie dans
leur milieu naturel. Cette
grande diversité se
manifeste notamment
dans la configuration
des nageoires, en
particulier dorsale et
caudale, et dans la
silhouette générale.
Les aiguillettes demibec du genre
Hyporamphus ont un
corps filiforme prolongé
d’une mâchoire
dissymétrique
démesurément étirée en
un
long rostre utilisé
comme
sabre pour
harponner ou assommer
les proies.
74
LES POISSONS : GÉNÉRALITÉS
et se dilatent à volonté selon la luminosité, les
de la reproduction, le mâle prend une parure
qui entraîne d’extraordinaires changements
de teintes et explique les variations presque
Des dentures diverses
coloris des fonds ou l’humeur du poisson, ce
instantanées de
la
robe.
Les
placards de
guanine mettent en relief les teintes et donnent
des reflets argentés. Tels des caméléons,
certains poissons peuvent revêtir la nuit un
habit totalement différent de celui qu’ils
portent le jour. De même. Ils sont capables de
changer de robe suivant l’environnement...
l’âge, le sexe, l’humeur... Un bébé poisson tout
habillé de pourpre se transformera en un
adulte bleu et vert. Un poisson à moitié
marron et à moitié blanchâtre vaquant paisi¬
blement à l’orée de son repaire corallien, peut
devenir rouge vermillon tacheté de points
violets dans les soubresauts de l’agonie ou
après la mort. Un autre, apeuré ou prêt à se
battre, s’assombrit. Un autre enfin aux teintes
luxuriantes de son vivant devient terne quand
il meurt. Dans plusieurs espèces, les mâles et
femelles portent des livrées différentes et lors
de noces aux couleurs brillantes.
Les dents varient énormément d’une famille à
l’autre. Si la plupart des poissons ont des dents
aiguës, petites, nombreuses,
disposées sur une ou plusieurs rangées au bord
des maxillaires (rougets), il en est qui portent
des dents sur le pharynx et même sur la langue
(mérous et labres). D’autres labres, des loches,
semblables,
des barracudas, des murènes, ont la bouche
armée de dents ressemblant suivant les cas à
des incisives, à des canines ou à des molaires.
Les
perroquets,
tétrodons et diodons
possèdent des dents soudées en plaques pour
former un bec. Des dents pavimenteuses
forment dans la bouche des raies un véritable
carrelage. Enfin, plusieurs espèces ont des
dents extrêmement réduites, parfois même
absentes. Elles sont alors remplacées par des
aspérités des os du pharynx. C’est le cas de la
carangue aux gros yeux.
Les petits goujons de
mer au
ont des
corps bicolore
nageoires
dorsale, antérieure et
pelviennes très
développées.
Perroquets et labres,
groupés dans un ordre
unique, se distinguent
par des dentures très
différentes. Les
premiers ont des dents
soudées en bec, les
seconds ont des dents
externes bien
individualisées.
Les nasons sont
porteurs d'un éperon
frontal tout à fait
remarquable.
75
LE MONDE MARIN
Les caractères
sang
des poissons comprend des globules
des globules blancs et un plasma,
rouges,
biologiques
comme
Comme leurs congénères océaniques les
poissons de récifs possèdent une physiologie
adaptée à leur environnement.
Les organes des sens
Les poissons disposent d’organes des sens bien
différenciés dont certains leur sont propres,
comme
Un système de propulsion
tous
sophistiqué
général, ils
En
se
propulsent grâce
aux
muscles situés de part et d’autre de la colonne
vertébrale, animés de mouvements ondula¬
toires. Seule parmi les nageoires, la caudale
participe efficacement à la progression rapide.
Les autres nageoires' servent davantage de
stabilisateurs ou de freins. En fait, il y a de
nombreuses exceptions. On ne peut nier le
rôle locomoteur important des nageoires
pectorales hypertrophiées des raies et
poissons-volants, de la seule nageoire caudale
chez
les poissons-coffres, des nageoires
dorsale
et anale
celui des autres vertébrés.
la
ligne latérale qui vient seconder
les autres. Plus ou moins visible sur les
flancs de l’animal, elle longe à peu près la
colonne vertébrale, de chaque côté du corps.
Elle est formée de nombreux tubes minuscules
s’ouvrant
sur
l’extérieur
par
une
rangée
d’orifices percés dans des écailles et reliés à des
cellules
nerveuses
sensibles
aux
moindres
vibrations de l’eau. Elle confère aux poissons
la faculté d’apprécier la force et la direction
des courants, de percevoir à distance les corps
solides se mouvant dans l’eau, de s’orienter.
Enfin, la ligne latérale paraît jouer un rôle non
négligeable dans l’équilibration.
Parallèlement,
affinée.
Souvent
poissons
osseux
l’oui'e est extrêmement
la
vessie
natatoire
des
reliée directement à
l’oreille interne. Ainsi, un poisson peut
entendre les mille petits bruits dont la mer
résonne. L’odorat est également très déve¬
loppé. Les prédateurs repèrent leur proie sans
la voir et les mâles de certaines espèces des
profondeurs utilisent ce sens pour chercher
est
des balistes et hippocampes.
Pour évoluer aussi bien dans le plan horizon¬
tal
que
dans le sens vertical, les poissons
Téléostéens ont dans leur abdomen une vessie
natatoire. Cette poche gazeuse gonflable à
règle la densité de leur corps selon la
volonté
profondeur. Elle allège le poisson, diminue les
efforts qu’il doit fournir pour se stabiliser à
divers niveaux et favorise les échanges gazeux
intérieurs.
Un iappareil digestif simplifié
L’appareil digestif comprend un tube en
de
S
allongé, composé d’un
oesophage communiquant avec la vessie
natatoire, d’un estomac (très extensible) et
d’un intestin (plus long chez les herbivores que
chez
les
carnivores). Les poissons ne
possèdent pas de glandes salivaires, mais ont
un foie et un pancréas conçus
pour leur ali¬
forme
mentation très diversifiée. Ils boivent environ
40 à 200 ml d’eau de mer par kilo et par jour.
Ils maintiennent ainsi l’équilibre hydrosalin
de leur milieu intérieur. La quantité d’urine
sécrétée par les reins atteint trois millimètres
par kilo et par jour.
Un appareil respiratoire adapté
poissons respirent dans l’eau
Les
par
des
branchies situées de part et d’autre de la tête
sous
les opercules (Téléostéens) ou fixées aux
parois
des fentes branchiales (Elasmobranches). Chaque branchie possède un arc
squelettique portant, du côté convexe, de fines
lamelles rouges en dents de peigne (branchicténies), richement irriguées de sang, et du
côté concave, des aspérités roses (branchiospines). L’air dissous dans l’eau de mer
entre par la bouche, baigne les filaments
branchiaux (qui prélèvent l’oxygène
indispensable à la vie et rejettent le gaz
carbonique) et sort par les ou'ies ou les fentes
branchiales. Le renouvellement de l’eau est
assuré par le mouvement de l’opercule, des
arcs branchiaux et de la bouche.
L’appareil cardio-vasculaire est réduit à
(avec une oreillette et un ventricule),
bulbe aortique, quelques vaisseaux. Le
un cœur
un
76
Un embryon de requin
tigre libéré à mi-terme.
Pour leur reproduction,
les raies et les requins
s’accouplent : il y a
introduction de l'organe
copulateur mâle dans
l'orifice génital femelle.
Une forme juvénile d'un
poisson non déterminé,
microscope.
vue au
LES POISSONS : GÉNÉRALITÉS
partenaires. En complément, les
récepteurs gustatifs sont distribués dans la
leurs
bouche, dans les barbillons, et même dans la
La subtilité gustative peut être très
grande. Une même substance peut stimuler à
la fois l’odorat et le goût.
Le poisson voit distinctement droit
devant lui. Mais il est aussi capable de repérer
peau.
sur
côtés
les
les
mouvements
des
autres
aquatiques, proies ou adversaires.
La vision varie suivant les espèces, mais elle
est
généralement meilleure qu’on ne l’a
prétendu. Les perroquets et les balistes, entre
créatures
autres, font saillir leurs yeux des orbites pour
augmenter leur champ visuel. On peut alors
les voir se diriger d’un œil, tandis que l’autre
balaie les environs d’avant
en
arrière pour
prévenir une attaque par surprise.
Croître, survivre et procréer
Placés dans de bonnes conditions de nourri¬
ture et
d’espace, les poissons croissent indé¬
jusqu’à ce qu’ils meurent, mais
finiment
rarement de vieillesse.
Dans toutes les mers, la
lutte pour la vie mène sa ronde impitoyable.
Les gros mangent les petits, les forts dévorent
les faibles. Les poissons de récifs polynésiens
n’échappent pas à cette loi.
D’ordinaire, les poissons parvenus à
maturité se rassemblent pour frayer, accom¬
plissant ou non des migrations dans ce but. Le
plus fréquemment, il n’y a qu’une ponte par
an, collective ou non. Dans la plupart des cas,
la femelle pond ses œufs et le mâle vient
projeter sa laitance par-dessus. En revanche,
les espèces dont le mâle possède un ou deux
organes adéquats réalisent une véritable
copulation. Chez les raies par exemple, la
fertilisation et l’éclosion des œufs est interne
comrne chez les mammifères.
Chez les espèces
à fécondation externe, il y a production de
milliers ou millions d’œufs chaque année
donnant naissance à des alevins, dont plus de
90 % ne parviendront jamais à l’âge adulte.
Dans le cas de fécondation interne, les œufs
sont plus gros et moins
nombreux, parce que
le taux de survie est plus important.
Schéma d’un poisson
type, avec les
principaux viscères
thoraciques et
osseux
abdominaux.
arcs neuraux
colonne vertébrale
moelle épinière
cœur
foie
intestin
rate
vessie natatoire
filaments branchiaux
La croissance du
branchiospines
Le poisson respire grâce
à des branchies situées
de part et d’autre de la
tête.
poisson se fait par
phases, laissant des
traces sur les écailles,
sous forme de lignes de
démarcation
concentriques dont le
nombre correspond à
l’âge de l'animal.
Pour se déplacer dans
l’eau incompressible, le
poisson se tortille
d'arrière en avant, et ses
yeux, placés
généralement loin l'un
de l’autre, n’ont qu’une
vision monoculaire.
77
LE MONDE MARIN
Habitats et habitudes
alimentaires
Les
poissons, habitants les plus évolués
récif corallien, en colonisent tous les
recoins ; on peut même les trouver à l’air libre
du
certains rochers battus (blennies) ou par
plusieurs centaines de mètres de profondeur
(vivaneaux). Omniprésents dans ce milieu
extrêmement
diversifié, les poissons en
utilisent toutes les ressources, végétales ou
animales, microscopiques ou macroscopiques
selon de multiples modalités.
sur
Une distribution verticale
des espèces
ailleurs, dans le lagon ou même l’océan.
D’autres espèces occupent un seul habitat sur
l’ensemble du récif ; par exemple le chirurgien
zébré ne s’éloigne jamais du front récifal où il
vit, dans un domaine d’une centaine de mètres
de large aux eaux éternellement agitées.
Des méthodes et des goûts
alimentaires divers
diversifiés, les poissons
prélèvent une très grande variété de nourriture
sur le récif et ont développé pour ce faire une
morphologie adaptée (théorie évolutive).
Ainsi, certains papillons et poissons-cuir
présentent un long museau en pointe qui leur
permet d’atteindre et de sectionner les polypes
Extrêmement
Les petits poissons-crapauds
leurre au-dessus de leur gueule
largement ouverte dans laquelle viennent se
précipiter les proies ainsi bernées. Quel
plongeur sous-marin ne redoute pas les
mâchoires impressionnantes des barracudas
ou murènes ? Dans une première approche
simple nous pouvons dire grossièrement que
les poissons des récifs coralliens sont herbi¬
des
coraux.
agitent
vores,
un
omnivores ou carnivores.
Les
poissons
herbivores,
un
aux
sédiments,
relation avec les coraux ou en pleine eau.
en
Parmi les espèces en rapport avec les
sédiments, certaines construisent des terriers
qu’elles habitent seules, en couple ou en asso¬
ciation
avec
des crevettes
comme
certains
poissons gobies. D’autres espèces comme les
poissons lézards, les soles, se déplacent sur le
sable à la recherche de nourriture alors que
pour
certains labres ou barbets, cette
recherche s’effectue à quelques centimètres
au-dessus du sédiment.
Les espèces en rapport avec les forma¬
tions coralliennes peuvent vivre dans les
cavités du récif, sur les colonies de madré-
poraires ou tout autour de celles-ci. Certains
petits poissons (Pseudogrammidés, Pseudochromidés) passent leur existence dans une
seule cavité du récif corallien alors que les
loches, mérous, rougets, cardinaux utilisent
les anfractuosités comme abri plus ou moins
temporaire. Les poissons-nabots et certains
gobies s’agitent au milieu des multiples
branches coralliennes tandis que les demoi¬
Espèces vivant en rapport avec les sédiments :
Vivant dans le sédiment dans un terrier
Vivant dans le sédiment sans terrier
Vivant à la surface du sédiment, posées sur le fond
Vivant à la surface du sédiment, nageant au-dessus du fond
selles et chromis nagent tout autour. D’autres
espèces choisissent un support différent. C’est
par exemple le cas dü poisson-clown vivant en
«3>
poisson perle s’abritant dans le tube digestif
d’une
autour
holothurie. Les poissons nageant
des colonies coralliennes le font isolé¬
ment, en couple, en groupe ou en banc. Ces
déplacements entraînent les poissons plus ou
moins loin de l’abri que constitue le récif. Sans
ces poissons
multicolores éternellement en
mouvement (papillons, labres,
perroquets,
chirurgiens, lutjans), le lagon ne serait plus ce
monde vivant et coloré si apprécié.
Parmi les espèces nageant en pleine eau,
les poissons ne s’éloignant jamais des îles
(aiguillettes, demi-becs, barracudas) se dis¬
tinguent des espèces essentiellement
pélagiques (poissons du large) comme certains
requins, thons, carangues et sardines.
Toutes ces espèces, qui se distribuent
donc verticalement dans l’espace, ne se
trouvent pas forcément en un même lieu du
récif, au même moment. Certaines espèces de
tarpons et carangues viennent pondre dans les
eaux saumâtres des bords de
plage et des
estuaires. Les jeunes peuvent croître tran¬
quillement dans ces endroits calmes et très
productifs, alors que les adultes vagabondent
78
Espèces vivant en rapport avec les formations coralliennes :
Vivant à l’intérieur des cavités du récif
Utilisant les cavités comme abris temporaires
Vivant à la surface du récif, posées sur le fond
Vivant à la surface du récif, associées à des invertébrés
association avec une anémone de mer, ou du
«
se
poisson est plus apte à peigner et racler les
comme certains chirurgiens (maiio),
algues
Les poissons occupent la totalité de l’édifice
récifal et de la masse d’eau environnante. Ils
peuvent vivre inféodés
qui
nourrissent exclusivement de végétaux, n’as¬
similent pas les petits animaux qu’ils avalent
accidentellement. Selon son type de denture,
(x:>
Nageant autour du récif à proximité des formations coralliennes
15^
Espèces vivant toujours en pleine eau :
Espèces périrécifales
Espèces pélagiques
Nageant autour du récif et s'en éloignant à plus de 2 ou 3 mètres
Nageant autour du récif avec un grand rayon d'action
o>
ô .?
coO"
LES POISSONS : GÉNÉRALITÉS
perroquets ou blennies, ou plus porté à les
brouter
les
comme
picots, les
nasons
d’autres chirurgiens ou perroquets.
et
Les poissons omnivores ingèrent et assi¬
milent dans des
proportions variables aussi
bien les végétaux que les animaux. L’espèce la
plus commune des récifs frangeants de
Polynésie française, V'aioii, demoiselle noire,
est un omnivore qui consomme plus de 50 %
d’algues dans son menu quotidien. A l’inverse,
le papillon à antennes est lui aussi un
omnivore, mais à régime dominant carnivore.
Les carnivores
ne
digèrent pas les
végétaux qu’ils peuvent avaler accidentel¬
lement avec leurs proies. Ces poissons carni¬
vores
(fusiliers, barbiers) consomment des
flottant dans le plancton, des
invertébrés
invertébrés
polypes
fixés
des
sur
fond
le
coraux
(comme les
broutés
par
les
chaetodons) ou bien des invertébrés mobiles.
leur bec puissant
coquilles de mollusques ou les
carapaces des crabes. Ces poissons carnivores
sont en général des espèces nocturnes et ils
aperçoivent leurs proies grâce à une vision et à
un odorat parfaitement bien développés. Les
soldats
(’araoe) avec leurs yeux surdi¬
mensionnés, chassent au crépuscule les
crustacés qui sortent de leurs repaires. Le
poisson nettoyeur débarrasse les autres
poissons des parasites externes (crustacés et
vers) vivant sur leur peau ou sur leurs
Les balistes peuvent avec
casser certaines
branchies. Les poissons carnivores sont aussi
parfois
ichtyophages (ils consomment
poissons) comme bon nombre de
loches, mérous, lutjans, carangues, barra¬
cudas, murènes, poissons lézards, thons, etc.
Mais
cette
classification
rigide ne
demande qu’à être contredite. En effet, les
poissons peuvent changer de régime alimen¬
taire en fonction de leur âge, des saisons ou
de la place qu’ils occupent sur les récifs. De
plus, le régime alimentaire n’est pas forcément
identique pour tous les poissons d’une même
famille. Comme les carangues et becs de cane
ne sont pas tous d’insatiables chasseurs, les
poissons demoiselles ne sont pas tous les
d’autres
admirables hôtes inoffensifs
des récifs.
et
accueillants
Pour s’adapter aux
impératifs de la vie en
JOUR
ambiance récifale, les
poissons ont développé
Carnivores
multitude de
différenciations
une
morphologiques.
Ainsi les surmulets,
pagé de gauche,
carnivores, comme
Parupeneus
trifasciatus, se sont
tous
ce
Planctonophages
dotés d’un barbillon
pour détecter la
présence d’une proie
dans le sable ou la
chasser hors de son abri
corallien pour mieux la
Omnivores
Omnivores
Planctonophages
gober ensuite.
Carnivores
Carnivores
Herbivores
Piscivores
Omniprésents dans leur
domaine, les poissons
de récifs en explorent,
pour s'abriter ou se
nourrir, tous les coins et
recoins, avec une
Herbivores
distribution spatiotemporelle et suivant
des modalités variant
selon les espèces (page
de gauche), mais aussi
pour uneespécedonnée
suivant le rythme
nychtéméral (page de
droite). Entre autres
facteurs, certains
poissons sont actifs
surtout la nuit, d'autres
sont plutôt diurnes,
d'autres enfin sont
ambivalents.
1. Labridae
2. Abudefduf sexfasciatus
3. Chromis caeruleus
Dascyllus trimaculatus
Amphiprion latifasciatus
6. Chaetodon vagabundus
4.
5.
Planctonophages
7. Chaetodon trifasciatus
8. Scaridae
9. Gobiidae
10. Acanthuridae
11. Balistidae
12. Serranidae
13.
Plectropomus maculatus
Pempheris ouaiensis
14. Hotocentrus
15.
Myripristis
16. Muraenidae
17.
Scorpaenidae
Pterois volitans
18.
19.
Apogonidae
Carangidae
79
LE MONDE MARIN
Les poissons
nuisibles ou
dangereux
Un certain nombre de poissons peuvent
constituer
un
danger pour l’homme lors du
contact ou de la consommation. On distingue
classiquement
dangereux.
trois
types
de
poissons
Les poissons vulnérants purs
Ces poissons sont dotés d’organes ou dispo¬
sitifs extérieurs plus ou moins complexes leur
permettant
d’infliger occasionnellement à
l’homme, soit de façon agressive, soit de façon
passive et en quelque sorte défensive, des
lésions plus ou moins graves sans enveni¬
mation. Ces organes font partie de l’équipe¬
ment naturel du poisson qui les utilise norma¬
lement au mieux pour la capture des proies ou
sa
denture, les denticules et épines
dermiques répartis en divers points des
téguments, les rayons plus ou moins rigides
des diverses nageoires, les épines operculaires.
Les blessures produites sont essentielle¬
ment des morsures, pouvant aller jusqu’à
l’amputation de segments de membres ou à
l’arrachement de masses musculaires plus ou
moins importantes, accompagnées de lésions
dents et la
défense contre ses ennemis habituels. Les
principaux dispositifs vulnérants
sont
les
vasculaires
et
nerveuses
;
des
coupures
(susceptibles d’entraîner des hémorragies ou
des sections de tendons ou nerfs) ; des piqûres
(pouvant quand elles sont le fait de gros
poissons s’accompagner de perforation
viscérale) ; des éraflures et abrasions de la
peau (équivalant à de véritables brûlures).
Quelle que soit la lésion, il faut se méfier
des complications infectieuses.
Les espèces les plus souvent en cause sont
requins, barracudas, murènes, balistes...
(morsures), les espadons, aiguillettes, demibecs... (piqûres), les soldats, nasons, rougets...
(coupures), les requins, poissons porcs-épics
ou globes... (éraflures).
les
accidents surviennent surtout au
de la nage en surface (attaque de requin
Les
cours
Certains poissons
vulnérants purs sont
dotés de dentures
redoutables comme les
barracudas (ci-dessus)
et les murènes
(à gauche).
exceptionnellement de barracuda), au
de la plongée (malencontreuse
rencontre avec un requin combatif en pleine
ou
cours
eau ou une
murène aux aguets dans son trou)
de la capture du poisson
agoniques désordonnées d’un
poisson avec ses dispositifs de défense en
érection). Ils ont parfois lieu immédiatement
ou peu de temps après la capture (réactions
agoniques de poissons présumés morts et
auxquels on a eu l’imprudence de laisser intact
leur appareil vulnérant), ou pendant la mani¬
pulation du poisson mort (à tous les stades,
depuis le bateau ou le panier du pêcheur.
Jusqu’à la commercialisation ou la prépara¬
ou
au
cours
(réactions
tion culinaire).
Les poissons venimeux
l’ensemble des méfaits précédents,
qu’ils peuvent occasionner dans les mêmes
circonstances, ces poissons sont capables lors
d’une piqûre ou d’une coupure d’injecter dans
l’organisme humain des substances nocives
sécrétées par des appareils venimeux plus ou
moins développés (glandes à venin avec
Outre
Dans le cadre de leur
comportement
alimentaire ou pour se
défendre contre des
agresseurs, certains
poissons sont porteurs
d'organes et/ou de
substances
potentiellement
dangereux pour
l'homme.
Les poissons venimeux
comme
les poissons-
pierres ou les ptérols
(page de droite) sont
capables d'injecter au
cours d’une piqûre de
leurs nageoires dorsale
ou pectorale des
produits nocifs sécrétés
par des glandes
spécialisées.
Le poisson-pierre
(Synanceja verrucosa)
est appelé nohu en
tahitien.
80
LES POISSONS : GÉNÉRALITÉS
d'excrétion plus ou moins élaborés)
associés aux dispositifs vulnérants. Aux
lésions mécaniques provoquées s’ajoute un
canaux
risque d’envenimation constituant un facteur
de gravité supplémentaire. Si les circons¬
tances
précédemment évoquées pour les
poissons vulnérants purs sont ici aussi et
souvent en cause, c’est cependant au cours de
déplacements pieds au sol dans relativement
peu d’eau que l’on déplore le plus d’accidents
par poissons venimeux.
Les espèces les plus souvent responsables
sont
les
poissons-pierres (nohu),
rascasses
(nohu pua, nohu larao...), ptérois (lalaraihau)
et picots (mârava, pâ'auara) par piqûre ; les
raies armées (fai iii), chirurgiens (maito,
maro'a, melia, pardi...) par piqûre et coupure.
Les poissons vénéneux
des cauchemars et des hallucinations visuelles
en parfait état de fraîcheur,
sécrètent ou accumulent dans leur organisme
Ces
poissons,
des substances
consommateurs
taires,
connues
capables d’entraîner chez les
des
sous
intoxications
le
nom
fréquenee très différentes.
Les empoisonnements par tétrodons (hue
hue) résultent de l’ingestion de foie, gonades,
œufs, laitance et peau de ces poissons (alors
que les muscles sont le plus souvent consom¬
mables après préparation adéquate), 11 s’agit
d’intoxications sévères avec paralysies et
risque de mort rapide ; elles sont rarissimes.
Les empoisonnements histaminiques mettent
en cause généralement des poissons du large
(thons, bonites) mal conservés après la pêche.
Ils entraînent un état de malaise général avec
oedème et plaques d’urticaire. Peu fréquents,
ils sont habituellement sans gravité majeure.
Les empoisonnements de type hallucinatoire
sont provoqués par certains mulets (tehu),
saupes (nantie), picots (mârava, pâ’auara)
principalement. Ils se traduisent surtout par
alimen¬
d’ichtyosar¬
cotoxisme. Ce terme englobe en Polynésie
française divers types d’accidents de gravité et
ou
auditives.
Ils sont
rares
et
bénins. Les
empoisonnements par poissons huile ou purge
(niana, 'uravena) occasionnent des diarrhées
gravité.
ciguatera concerne de nombreux
poissons faisant partie de l’alimentation
courante. Ils appartiennent le plus souvent
sans
La
Le chirurgien
(Acanthurus achilles)
possède des scalpels
mobiles implantés sur le
pédoncule caudal ; ceux
du
nason
sont fixes.
aux
familles des perches de mer (ha'ajnea,
taivaiva, hapulu...), becs de cane
titharâ,
('o'ej), tâmure...), loches et mérous (lonu, roi,
hoii, hûpu'u, fâroa...), carangues (pâ’aihere,
uru’ali...). barracudas (ono), murènes (puhi
miti), chirurgiens (maito, maro’a...),
perroquets (uhu raepuu, kukina, rôtea...),
(tehu),
mulets
dents de chien
napoléons (niara), thons à
balistes fo'/r/j... Maisles
poissons nommés ne sont pas systématique¬
ment dangereux à manger. Les poissons du
large : thons à nageoires jaunes, germons,
tazards,
bonites,
autres, ne sont
toxiques.
attire,
niahi mahi, entre
pratiquement jamais cigua-
Par son incidence sanitaire (environ 1 000
personnes officiellement victimes chaque
année), par ses conséquences économiques
(plusieurs milliers de tonnes de poissons de
récifs inexploités à cause de leur toxicité
potentielle), par sa signification écologique
(témoin d’une réaction de défense du
complexe récifal agressé), la ciguatera, qui fait
l’objet du chapitre suivant, constitue un sujet
de préoccupation majeure pour les pouvoirs
publics en Polynésie française.
Les poissons vénéneux
comme
les tétrodons
(ci-dessus) ou les
napoléons parmi de
nombreux autres, dont
le barracuda et la
murène, sont à l'origine
d’intoxications
alimentaires sévères,
provoquées par des
poisons élaborés ou
stockés dans certaines
parties de leur corps.
81
LE MONDE MARIN
La ciguatera
taire
plupart des poissons sont comestibles. Mais
des gros poissons se déplaçant le long du récif
La ciguatera est une intoxication alimen¬
consécutive
à
la
consommation
de
poissons frais, associés aux récifs coralliens et
à des espèces habituellement
comestibles. Connue depuis les temps immé¬
appartenant
moriaux
et
existant
dans
toutes
les
mers
globe, la ciguatera résulte d’un
phénomène de bioécologie marine complexe.
chaudes
du
peuvent être dangereux un peu partout. En
effet, chacun des caractères peut varier à la
fois dans l’espace et dans le temps. La cigua¬
est soumise à des “sautes d’humeur”.
Ainsi une zone saine peut devenir progressi¬
tera
toxique et inversement. Une espèce
vénéneuse dans un secteur peut à nouveau être
vement
consommée au bout d’un temps variable.
Le poison : produit par
organisme microscopique
Les symptômes de l’intoxication
un
Les signes apparaissent généralement deux à
poison a été isolé mais sa structure est
encore inconnue. 11 est très actif, réparti dans
la totalité du poisson en concentration
variable, résistant à la chaleur. Au départ, il
est produit par un organisme microscopique
formé d’une seule cellule à deux flagelles. Ce
douze
après le repas. Les plus
picotements autour des
heures
communs
des
sont
lèvres et du nez, des fourmillements des mains
et des
pieds, des sensations bizarres de brûlure
contact de
au
l’eau froide, des douleurs des
muscles et articulations, des maux de tête,
fatigue,
sueurs,
vomissements,
frilosité,
diarrhées,
des
nausées,
coliques, des
démangeaisons sans plaques d’urticaire, une
difficulté à marcher, avec jambes lourdes, un
pouls ralenti avec baisse de la tension
artérielle. La présence de ces signes impose la
consultation rapide d’un médecin.
L’évolution est la plupart du temps favorable
en
quelques Jours grâce à un traitement
adéquat. Cependant les picotements, four¬
Le
SOCIÉTÉ
ITUAMOTU
1
GAMBIER
IMARQUISESI
IAUSTRALESI
Population
Cas
146 200
13 209
12 200
3 055
600
2 835
6 700
5 159
6 500
123
dinoflagellé découvert aux îles Gambier et
appelé Gamhierdiscus toxicus (C.t.) vit fixé
sur les algues poussant sur les coraux morts.
Normalement G.t. est rare dans un milieu
récifa.l riche en coraux vivants. Mais quand il
se
produit des perturbations naturelles
(cyclones, tsunami, fortes pluies saison¬
nières...) ou humaines (travaux sous-marins
en
tous genres, immersion de matériaux
divers, aménagements du littoral...), les
surfaces de coraux morts augmentent. Les
coraux morts sont envahis par des algues qui
forment de véritables gazons au niveau
desquels les dinoflagellés toxiques vont
pouvoir proliférer massivement.
Le poison, alors fabriqué en quantité, est
transmis aux poissons herbivores, puis aux
poissons carnivores qui se nourrissent des
précédents. L’homme devient malade en
mangeant un poisson contenant plus de
Répartition des cas de
ciguatera enregistrés
chez l'homme dans les
différents archipels de
Polynésie française,
de 1960 à 1984.
millements, sensations anormales au contact
de
l’eau froide peuvent persister plusieurs
semaines ou mois. Ils peuvent être ravivés par
ingestion trop hâtive de poissons ou
marins comestibles ou par
l’absorption d’alcool.
une
d’autres produits
Un danger limité à certaines zones
En
Polynésie française, aucun archipel n’est
totalement épargné même si les îles Australes
sont un peu
plus favorisées.
Les zones où l’on peut trouver des espèces
toxiques sont nombreuses et très variées
(bancs coralliens océaniques, récifs-barrières
frangeants, lagons). Elles sont souvent
limitées à une passe ou à une portion de récif
ou
ou
de lagon. Dans les autres secteurs de l’île, la
dmoflagelles toxiques
filamenteuses ou
calcaires variées, parmi
lesquelles des, |
Les agressions
naturelles (comme les
cyclones) ou humaines
(dégradations du milieu
récifai de toutes sortes)
entraînent la mort de
nombreuses colonies
coralliennes.
.
82
de l'espèce
Gamblerdiscus toxicus,
habituellement rares,
Gamblerdiscus toxicus
vu au
vont proliférer.
le sur laquelle s(
les dinoflagellés
microscope
LES POISSONS : GÉNÉRALITÉS
poison que son corps ne peut en supporter, la
dose variant suivant les individus.
En matière de ciguatera, il n’y a pas con¬
tamination des îles
ou atolls de proche en
proche. Le phénomène prend sa source
séparément dans chaque écosystème. La
raison d’une flambée est toujours à recher¬
cher dans une dégradation écologique au
niveau de l’île elle-même. En effet G. toxicus
un mauvais nageur ; il se
multiplie à
l’intérieur d’une sorte de membrane mucila-
est
gineuse
fixée à un substrat vivant. Son
transport d’une île à une autre par les courants
avec le plancton pélagique paraît tout à fait
invraisemblable car il ne supporte pas les
fortes intensités lumineuses des eaux de
surface
océaniques et les trop fortes turbu¬
lences. Jusqu’ici, on ne l’a jamais trouvé sur les
algues dérivant parfois d’une île à l’autre, ni
parmi celles colonisant les coques des navires.
Les principales familles
de poissons mises en
cause dans des cas de
Quelques conseils pratiques
La présence de poison même en abondance,
n’altère en rien l’apparence, l’odeur ou le goût
poisson, ni son comportement dans l’eau.
même, la congélation, la cuisson, le
fumage, le mode de préparation et d’assai¬
sonnement n’éliminent pas la toxicité. En fait,
du
De
il
n’existe
actuellement,
en
dehors
du
détection
vraiment fiable de la ciguatoxicité, même si
certains imaginent des techniques faisant
laboratoire,
moyen
aucun
intervenir des
de
mouches, des fourmis, des
pièces d’argent...
Le mieux est d’éviter de consommer les
espèces potentiellement toxiques précédem¬
ment citées, surtout quand on ne possède
aucune information à leur sujet dans la zone
de pêche ou quand on en ignore la prove¬
nance. Enfin, dans le doute, on doit faire
confiance aux riverains d’un endroit quand ils
disent qu’un poisson local peut être dangereux
Mieux vaut se méfier des gros
poissons d’une espèce suspecte donnée : la
toxicité est souvent proportionnelle à la taille.
Pour éviter les risques de dégradation
bactérienne, il faut vider les poissons aussitôt
après la pêche. De plus dans un poisson, le
foie, la tête, les organes et les produits
génitaux sont plus toxiques que les filets. S’ils
sont toujours présents à l’achat du poisson,
mieux vaut les proposer à un animal
domestique : s’il n’est pas malade, les filets
sont comestibles. 11 est aussi préférable de ne
pas boire l’eau de cuisson des poissons : une
partie du poison peut s’y trouver.
Après une première intoxication, il est
à manger.
recommandé de rester au moins un mois sans
manger de poisson ou autres fruits de la mer
quels qu’ils soient et d’éviter aussi les boissons
alcoolisées pendant quelque temps.
% des cas
100 -1
ciguatera, de 1966 à
1984.
Acanthuridés
Scaridés
Mugilidés
Herbivores divers
Carangidés
Lethrinidés
Lutjanidés
Serranidés
Carnivores divers
1966
67
68
69
1970
71
72
73
74
75
76
77
78
79
1980
81
82
83
84
L’homme devient
malade en consommant
Les poissons herbivores
absorbent les
micro-organismes
toxiques avec leur
nourriture végétale et a
stocke^
commencent à
le poison dans leurs
tissus;
■“
Les poissons carnivores
mangent à leur tour les
poissons herbivorés et
accumulent le poison.
un poisson herbivore ou
carnivore qui renferme
plus de poison que son
organisme ne peut en
tolérer.
...
Picotements autour de
la bouche et du nez,
fourmillements des
mains au contact de
l’eau froide, malaises
digestifs sont autant de
signes révélateurs d'un
empoisonnement
ciguatérique.
83
LE MONDE MARIN
A la découverte des
poissons de récifs
Les
grandes familles ichtyologiques
peuplant les récifs et lagons polynésiens seront
présentées dans le fascicule suivant. Mais il
nous a paru intéressant avant de décrire leurs
caractères généraux
d’ensemble, d’en
présenter les éléments les plus représentatifs,
principalement ceux de la petite faune
disparate évoluant sous nos yeux au gré d’une
promenade sous-marine dans quelques
habitats précédemment mentionnés.
Une promenade sous-marine
Ne
plongeons pas tout de suite et regardons
passer, dans l’eau transparente qui vient
lécher la plage, les petits bancs de barbets et de
Ces derniers gobent sans arrêt les
organiques et les aigues microsco¬
piques à la surface de l’eau. Les barbets
mulets.
débris
fouillent le sable avec leurs barbillons à la
recherche des vers et crustacés enfouis qui
constituent
leur
ordinaire.
Les
adultes
viennent troubler les nombreux juvéniles qui
grandissent à l’ombre d’un tronc de cocotier
abattu par le dernier cyclone où les eaux sont
calmes et plus riches. Au moment de pénétrer
dans l’eau, nos palmes dérangent les mulets
bâtards qui vivent enfouis dans le sable. Juste
dans cette zone de balancement des eaux. Les
premiers
sableuses
centimètres
littorales
d’eau
sont
le
des
zones
domaine des
gobies. Presque toujours de petite taille, ces
poissons possèdent une espèce de ventouse
formée par la soudure de leurs nageoires
ventrales. Beaucoup creusent des terriers où
ils vivent seuls, en couple ou en association
avec d’autres animaux. Un poisson plat de la
famille des soles plane harmonieusement audessus du sédiment dans lequel il peut
s’enfouir au moindre danger. Plus loin, la pose
d’un genou à terre occasionne la fuite d’une
magnifique raie léopard. Par chance, nous
n’avons pas été touchés par l’un des dards
venimeux implantés à la base de son long
fouet caudal.
Voici
qu’apparaissent
constructions coralliennes et
les
toute
premières
la faune
poissons demoiselles et papillons gravite
discrètearrivée, un
nuage de chromis et dascylles s’est réfugié
des
autour d’elles. A notre peu
dans les branches d’un corail Acropora.
Les
près de 50 espèces en
Polynésie française. Ce sont, en général, des
poissons très craintifs mais qui savent être
agressifs pour défendre leur territoire en
particulier vis-à-vis d’autres espèces (poissons
ou invertébrés) qui possèdent les mêmes goûts
alimentaires. Un autre représentant de cette
famille, le poisson-clown, s’isole de toute cette
demoiselles
sont
,
agressivité extérieure en se retirant, dédai¬
gneusement, dans les tentacules accueillants
pour
lui d’une anémone de mer. Les
demoiselles, comme les papillons et les anges,
sont des poissons hauts de corps, générale¬
ment très colorés, qui nagent à proximité des
madréporaires. Certains chercheurs pensent
que la géométrie surprenante et multicolore
de leurs lignes, courbes, points, plaques et
autres
ocelles, sert essentiellement à décon¬
les éventuels agresseurs, qui
s’interrogent sur la configuration exacte du
corps du poisson. Sur un autre massif
corallien les petits cousins des hippocampes
certer
Une perche de sable
(Parapercis sp.) rampe
nageoires
sur ses
ventrales dans le sable
en surveillant de ses
gros yeux exorbités le
voisinage.
Une raie armée
(Dasyatis sp.) s'est
posée sur un fond de
lagon, la queue prête à
frapper de ses dards
venimeux une proie... ou
un plongeur Imprudent !
Les poissons-coffres
(Ostracion meleagris),
reconnaissables à leur
cuirasse
parallélépipédique,
possèdent une livrée
différente suivant le
sexe.
gauche : le mâle ;
page de droite :
A
Un
poisson épervier
(Paracirrhites arcatus),
vivement coloré, guette
une
proie depuis son
repaire corallien.
84
la femelle.
LES POISSONS : GÉNÉRALITÉS
une parade amoureuse.
l.a hauteur d’eau devient plus importante
dansent
coralliens nous attendent les deux “musi¬
ciens” : le poisson trompette et le poisson
à l’approche du chenal et, posés immobiles sur
flûte.
perches de sable attendent
patiemment qu’une proie imprudente passe à
leur portée. A notre approche, un banc de
poissons-lait s’estompe dans le bleu du lagon,
alors qu’une raie manta joue le rôle de
transport en commun pour quelques poissons
rémoras fixés sous elle. Au pied de ce pinacle
corallien qui s’élève du fond du lagon et qui
marque la fin de celui-ci, vient d’atterrir un
grondin volant. Le terme d’atterrissage
convient bien car, comme les vrais poissons
volants mais à un degré moindre, ce poisson
possède la particularité de pouvoir planer
hors de l’eau. Un poisson lune se laisse tomber
en feuille
morte le long des parois de ce
pinacle. Dans sa chute, il dérange un poisson
épervier qui guette immobile le passage de
petits poissons ou crabes sur lesquels il se
projette violemment. Aux nombreuses
se
les fonds sableux, les
plates
ou
fenêtres creusées dans ce massif corallien, une
loche, un mérou, une murène sont à l’affût,
prêts à bondir eux aussi. Entre deux massifs
Une murène
(Gymnothorax sp.) de la
pente externe des
récifs profite de la nuit
pour s’extirper de son
habitacle corallien
et aller chasser
en
pleine eau.
A l’approche du front récifal où viennent
poissons lézards, têtes
briser les vagues de
l’océan, le courant
devient plus important. A la surface des eaux,
les aiguillettes et demi-becs courent contre le
qui leur transporte des bancs de
poissons-prêtres ou d’anchoix dont certains se
délectent.
Un couple de poissons-nabots
courant
batifole entre les branches d’un corail choufleur (Pocillopora) tandis que les picots et
saupes broutent les grosses algues qui s’étalent
à son pied. Un poisson-crapaud agite déses¬
pérément son leurre à l’allure de petit ver, audessus de sa gueule largement ouverte, afin
d’attirer l’attention des pseudogrammes et
pseudochromis voisins, insensibles à son
manège. Immobile à la surface de l’eau, un
énorme
barracuda
ressemble
à
un
tronc
d’arbre à la dérive. Dans les vasques du platier
sur lequel nous avons grimpé, jouent des petits
poissons dont des blennies et des dragonnets.
La plupart des blennies sont particulièrement
bien adaptés à ce milieu. Le mucus qui recouvre
leur peau nue les protège de la déshydratation
et
ils
sautent
prenant
de
vasque
en
vasque
en
appui sur leurs nageoires ventrales
réduites à deux ou trois rayons
la tête.
placés très en
avant sous
La tombée brutale de la nuit
tropicale
ayant surpris dans notre promenade,
pour le retour nous devons allumer la torche
nous
de plongée. De nuit, le pâté corallien observé
à l’aller
paraît différent. Il est maintenant
“survolé” par toute une
nocturnes aux
foule de poissons
gros yeux, que nous n’avions
décelés auparavant. Les cardinaux, les
poissons harpes et certains rougets se
partagent le plancton lors de sa remontée
crépusculaire, alors que les soldats et
lanternes chassent les crustacés qui sortent
eux aussi la nuit. Au pied du pâté corallien, les
apodes (murènes en tous genres et congres)
s’apprêtent à faire de même parmi les oursins
et ophiures ayant quitté leurs abris.
Avec un peu plus de temps nous aurions
pu rencontrer des tarpons à filament, des
poissons-os, pavillons, couvreurs, perles, et
même des Trichonotidés et Kraemeridés qui
sont eux aussi présents dans les eaux poly¬
pas
nésiennes.
en haut à droite :
Le ballste
(Cantherhines dumerili)
peau veloutée et
gâchette puissante.
a une
une
Il aime se faire curer les
ouïes par les poissons
nettoyeurs (Labroides
dimidiatus)
à droite :
Pendant le jour les
rougets ’apai (Adioryx
spiniter) et les poissons
harpes (Pernpheris
oualensis) élisent
domicile en groupes
dans les anfractuosités
récifales.
85
LE MONDE MARIN
Classification
et nomenclature
des poissons
La détermination des espèces
La détermination des espèces repose sur
l’appréciation d’un certain nombre de carac¬
tères
essentiellement
externes.
Ainsi,
le
compte des rayons et des épines des nageoires
dorsale et anale permet l’identification de
presque tous les genres de poissons. Pour
certaines espèces, il faut ajouter à ces quatre
données numériques le nombre des écailles de
la ligne latérale, le nombre d’épines sur le
premier des quatre arcs branchiaux et parfois
l’aspect des otolithes (au nombre de trois
paires et qui sont des organes d’équilibre de
l’oreille formés principalement de carbonate
de calcium). Pour d’autres encore, les couleurs
et
certaines mensurations relatives sont indis¬
pensables.
FAMILLES
GENRES
NOMS
FRANÇAIS
NOMS
TAHITIENS
CHAETODONTIDÉS
Centropyge, Chaetodon,
Forcipiger, Genicanthus,
Hemitaurichthys, Heniochus,
Megaprotodon
Chaetodons,
papillons
(Ave, ’Uturoa)
POMACANTHIDÉS
Pomacanthus, Pygoplites
Anges, empereurs Paraharaha
ZANCLIDÉS
Zanclus
Idoles maures,
Paraha tore
cochers, tranchoirs,
Paraharaha
zancles
POMACENTRIDÉS
Abudefduf, Chromis, Dascyllus,
Pomacentrus, Amphiprion
Demoiselles,
'Atoti, Pae’e,
chromis, sergents-Mâmô
majors, bagnards,
PSEUDOCHROMIDÉS
Pseudochromis
Chromis
néant
PLATACIDÉS
Platax
Poissons lunes,
roussettes
Paraha pë'ue
poissons-clowns
KYPHOSIDÉS
Kyphosus, Sectator
Saupes
Nanue
SYNGNATHIDÉS
Dunckerocampus
Hippocampes,
poissons-pipes
Tia’ipape
AULOSTOMIDÉS
Aulostomus
Flûtes,
trompettes
Tupou, Tia'i miti
’Aupâpâ tohe
FISTULARIDÉS
Fistularia
Flûtes,
trompettes,
’Aupapa
Perroquets
U bu, Pa'ati,
Pahoro, Tapi'o,
tupou
fistulaires
SCARIDÉS
Bolbometopon, Calotomus,
Leptoscarus, Scarops, Scarus
Pàpâru, ’Ôpara
Ao
longtemps l’étude des poissons
s’est faite sur des spécimens conservés dans le
formol. Elle a négligé les couleurs déconsi¬
dérées par de nombreux naturalistes en tant
que critères de différenciation scientifique.
L’avènement de l’exploration sous-marine a
changé cela. L’ichthyologiste moderne ne
saurait se passer de cet outil majeur pour
l’identification de poissons d’une même
famille dont le nombre de rayons, d’épines,
d’écailles, de branchiospines, est rigoureu¬
Pendant
LABRIDÉS
Anampses, Bodianus, Cheilinus,
Cheilio, Cirrhilabrus, Coris,
Cymolutes, Epibulis,
Gomphosus, Halichoeres,
Hemigymnus, Hemipteronotus,
Hologymnosus, Labrichthys,
Labroides, Macropharyngodon,
Pseudocheilinus, Pseudocoris,
Pseudodax, Pseudojuioides,
Stethojuiis, Thalassoma,
Anthias, Cephaiophoiis,
Epinepheius, Graciia,
Miroiabrichthys, Piectropomus,
Varioia
Les
mensurations
relatives
sont
86
Pataitai,
napoléons,
’Upa'upa,
poissons-oiseaux ’Uturoa),
tamarins,
nettoyeurs,
Paraharahi,
Loches, mérous,
capitaines,
cabots, plats,
nègres
Tarao, Ftoi, Rero
Ftari, Matapu'u,
Fàrao, ’Atara,
Fâroa, Tonu,
Fio'a, Fa'eta
vieilles
Papae
serrans, vierges,
QRAMMISTIDÉS
Grammistes, Grammistops,
Pseudogramma
Poissons-savons
néant
LUTJANIDÉS
Lutjanus
Lutjans
Ha'amea, To’au,
Tuhara, Ta'ape,
Taivaiva, Maputu
LETHRINIDÉS
Lethrinus
Becs de cane,
bossus
’Ô’eo (A’aravi),
Tamure
PENTAPODIDÉS
Gnathodentex
Perches d’or
Maene
SPARIDÉS
Monotaxis
Daurades,
Mû
brèmes aux gros
aussi
prises en compte. Alors que le pêcheur
exprime généralement la longueur totale de sa
prise, l’ichtyologiste différencie la longueur
standard (de l’extrémité de la mâchoire
supérieure non protractée à la base de la
queue) et la longueur à la fourche caudale (de
la même origine antérieure à l’extrémité des
rayons caudaux médians). Diverses mensura¬
tions proportionnelles ont aussi leur intérêt
Po'ou (Ava’ava,
Wetmoreila
SERRANIDÉS
sement le même.
LUTJANIDÉ
Labres, girelles
wrasses, coris,
yeux
POMADASYIDÉS
Gâterin
Perches
’Atara
pointillées
CAESIODIDÉS
Pterocaesio
Perches
tricolores, fusiliers
ETELIDÉS
Aphareus, Etelis, Pristipomoides, Vivaneaux
Tropidinius, Aprion
’Orio
Paru, Utu
LES POISSONS : GÉNÉRALITÉS
certaines identifications. Elles
s’expriment par le nombre de fois où une
pour
faible mensuration
contenue
est
dans
une
grande. La longueur standard sert souvent de
référence supérieure. La longueur de la tête
(ou la largeur de l’espace interorbitaire) sert
souvent comme référence pour les dimensions
CONGRIDÉS
Conger
Congres
’Oiro
MURAENIDÉS
Echidma, Gymnothorax,
Murènes
Puhi
OPHICHTHIDÉS
Brachysomophis, Callechelys,
Leiuranus, Muraenichthys,
Murènes,
Puhi houone,
MORINGUIDÉS
Moringua
Murènes de sable Puhi houone
XENOCONGRIDÉS
Kaupichthys
Murènes de sable Puhi houone
HEMIRAMPHIDÉS
Euleptoramphus, Hyporamphus
Demi-becs
A'u, lhe
BELONIDÉS
Ablennes, Platybelone,
Tylosurus
Aiguillettes
lheraha,
HOLOCENTRIDÉS
Flammeo, Adioryx, Myripristis,
Soldats, rougets,
’Araoe, 'Apai,
’l'ihi, Tiere,
inférieures. Les dimensions relatives peuvent
des spécimens de
prise en considération des
divers paramètres précédents permet d’établir
des clefs ouvrant la porte de la différenciation
Myrichthys
varier énormément parmi
même taille.
des diverses
Uropterygius
murènes serpents Popo'uru
La
familles
et
de leurs membres
respectifs.
Plectrypops
écureuils
Maunauna
PRIACANTHIDÉS
Priacanthus
Lanternes
ACANTHURIDÉS
Acanthurus, Ctenochaetus,
Naso, Zebrasoma
Chirurgiens,
HOLOCENTRIDÉ
La classification des poissons de récifs obéit à
certain nombre de critères taxonomiques.
Dans le règne animal, les poissons font partie
licornes
SIGANIDÉS
Siganus
Picots, lapins
Màrava, Pà’auara
SCORPAENIDÉS
Brachyrus, Pterois,
Scorpaenodes, Scorpaenopsis,
Synanceja, Taenianotus
Ptèrois, diables,
Nohu,
rascasses,
Tataraihau
CARACANTIDÉS
Caracanthus
Poissons-nabots
néant
PLATYCEPHALIDÉS
Platycephalus
Poissons
crocodiies
néant
ANTENNARIIDÉS
Antennarius
Poissons-
Nohu
l’embranchement
des
Vertébrés.
Ils
constituent en son sein une superclasse dans
ordre, un sous-ordre, une famille, un genre.
En fait, chaque poisson est classiquement
désigné par la simple association genre-espèce
qui lui tient lieu de nom et prénom. On le
caractérise
avec
plus de précision en
adjoignant à l’ensemble le nom de l’auteur qui
en a fait la première description et parfois
l’auteur est mis entre
parenthèses, quand,
changé par rapport à celui de la
description initiale. Par exemple, pour le
poisson chirurgien Ctenochaetus striatus
(Quoy et Gaimard) 1824, qui n’est autre que le
genre a
maito
tahitien, le nom des auteurs est entre
parenthèses car, quand ils l’ont décrit en 1824,
ils l’ont identifié Acanthurus striatus.
DACTYLOPTERIDÉS
Dactyloptera
Dactyloptères,
grondins volants
néant
OSTRACIIDÉS
Lactoria, Ostracion
Poissons-coffres
Momoa
BALISTIDÉS
Balistoides, Canthidermis,
Baiistes,
arbalétriers,
gâchettes
’O’iri
Melichthys, Odonus,
MONACANTHIDÉS
Alutera, Amanses, Cantherhines
Poissons-cuir,
Pare va, ’O'iri
DIODONTIDÉS
Diodon
Poissons ballons,
Tôtara
Pseudobalistes, Rhinecanthus,
Sufflamen, Xanthychthys
scientifique,
depuis la découverte de l’espèce.
poissons perroquets ont porté
allègrement une bonne dizaine d’identités
avant que les phénomènes de dimorphisme et
nymes
Certains
dichromatisme sexuel les caractérisant
soient mieux connus grâce à l’observation
de
sous-marine de' leurs mœurs.
porcs-épics
Arothron, Canthigastei
Poissons-globes
Huehue
MYLIOBATIDÉS
Aetobatis
Raies iéopards
Fai manu
DASYATIDÉS
Dasyatis, Himantura, Taeniura
Raies armées
Fai iu
BLENNIIDÉS
Istiblennius, Cirripectes, Exallias, Blennies
Runula, Aspidontus, Tripterygion
GOBIIDÉS
Acentrogobius, Asterroptetyx,
Awaous, Bathygobius, Éviota,
Fusigobius, Gobiodon,
Sicyopterus, Paragobiodon,
Zonogobius, Cottogobius
Gobies
’Ô'opu
SILLAGINIDÉS
Sillago
Baieiniers
néant
MUGILOIDIDÉS
Parapercis
Perches de sable Mo'o
BRANCHIOSTEGIDÉS
Malacanthus
Couvreurs
’Avà’ava
Eleotriodes, Eleotris,
Poissons-taupes
’Ava'ava
celui-ci change parfois
suivant les auteurs et les régions. La plupart
des poissons ont acquis un ou plusieurs syno¬
limes
TETRAODONTIDÉS
Si chaque poisson est censé posséder un
nom
synancèes,
poissons-pierres,
porcs-épics
crapauds
même la date où elle a été réalisée. Le nom de
dans la dénomination actuellement utilisée, le
Api, Maro’a,
Maito, Havari,
Ma’aua, Peretiti,
’iriaeo. Urne
de
laquelle chaque espèce est qualifiée par son
appartenance à une classe, un super-ordre, un
Maere
Meha, Para'i,
docteurs, nasons, Tiamu, Oturi,
La nomenclature scientifique
un
’À’âvere, Uouau
ELEOTRIDÉS
Nemateleotris
’Ô'opu
87
LE MONDE MARIN
SYNODONTIDÉS
Saurida, Synodus
Lézards
Mo'o, Anae
CIRRHITIDÉS
Amblicirrhitus, Cirrhitops,
Cirrhitus, Isocirrhitus,
Neocirrhites, Paracirrhites
Poissons
Pàtu’i
éperviers
ANTHIIDÉS
Anthias
Barbiers
néant
APOGONIDÉS
Apogon, Cheilidopterus,
Gymnapogon, Pseudamia
Poissons
’Ùpaparu
cardinaux,
apogons
PEMPHERIDÉS
Pempheris
Poissons harpes
KUHLIIDÉS
Kuhiia
Poissons paviiions Pati’a,
CARAPIDÉS.
Carapus
Poissons peries
BROTULIDÉS
Brotula, Dinemthychthys,
Sinematichthys
Loches, anguiiies, néant
moustelles,
Megalops
Tarpons à
Rôpâ
Albula
Poissons-os.
'lo'io
MEGALOPIDÉS
MUGILIDÉ
ALBULIDÉS
Mata’ana'ana
Nato
néant
iimaces
fiiaments
Poissons-arêtes
CHANIDÉS
Chanos
Poissons-iait
Ava (’Oma’a)
La nomenclature vernaculaire
GERRIDÉS
G erres
Blancs
néant
Pour rendre le contact avec les poissons le plus
MUGILIDÉS
Crenimugil, Mugi!, Neomyxus
Mulets, muges
possible au lecteur le moins averti,
l’emploi de noms scientifiques a été réduit au
aisé
Aua, 'Ôrie),
Nape, 'Anae
minimum. En revanche les noms communs les
plus usités à Tahiti tant dans le reo mauhique
dans la langue française seront largement
employés. Certes le lecteur doit être averti que
les appellations varient suivant les archipels
du fait de langages différents et de l’encla¬
vement de nombreuses îles aux temps anciens.
De plus, des poissons de consommation
courante changent de nom selon leur taille.
Par exemple, le carangidé Selar cruntenophlalnnis
se
nomme
successivement
antre,
'arameu, ’ôrare.
POLYNEMIDÉS
Polydactylus
Mulets bâtards,
MULLIDÉS
Mulloidichthys, Parupeneus
Upeneus
Barbets, chèvres, Ta'uo, Ahuru,
Vete, (’Ouma),
papillons,
’Ati'ati’a,
surmulets,
Haravai, Fa'ia
capucins
BOTHIDÉS
Bothus
Soles
Pàti'i
SOLEIDÉS
Samariscus
Soles
Pâti’i
CLUPEIDÉS
Sardinella, Harengula
Sardines
Tarëni
ENGRAULIDÉS
Engraulis
Anchoix
Tarëni
CARANGIDÉS
Alectis, Carangoides, Caranx,
Gnathanodon, Seriola,
Trachinotus, Scomberoides,
Naucrates, Decapterus,
Carangues,
Auveveru,
Pahuru, ’Autea,
Ruht, Pâ’aihere,
SCOMBRIDÉS
SPHYRAENIDÉS
En revanche plusieurs séries de poissons
d’espèces différentes, offrant
peu
d’intérêt
alimentaire ou
rituel pour la commu¬
nauté polynésienne d’autrefois, ne portent
qu’un nom local de famille voire de genre. lien
va ainsi des labres, dont plus de dix espèces
sont simplement désignées sous le nom de
po'uu. Plusieurs poissons ne possèdent pas du
tout de nom tahitien. Jamais capturés au filet
parce que vivant par au moins 10 mètres de
fond et ne mordant pas à l’hameçon, ils étaient
pratiquement inconnus avant l’avènement de
la chasse sous-marine.
De même, le développement de la pêche à
lu
longue ligne a fait découvrir des espèces
vivant à 3ÜÜ ou4ÜO mètres de fond, totalement
inconnues en Polynésie française auparavant.
88
EXOCOETIDÉS
GEMPYLIDÉS
Acanthocybium, Gymnosarda
Sphyraena
Cypselerus
Moi
capitaines
maquereaux,
chinchards,
poissons pilotes
Elagatis, Selar, Uraspis
SPHYRAENIDÉ
Tehu
(Pàtehutehu,
’Ômuri, ’Ôperu,
Roe roe, ’Uri, Rai,
’Orare (’Aramea,
Ature), Matavai,
Papio, Paia
.
Tazards, thons
dents de chien
Barracudas,
bécunes
Va’u, Pëere
Ono, Ti’atao
('Ôre’a), Tàti'a
Poissons-volants, Mârara
exocets
Promethichthys, Ruvettus
Poissons huiles,
Mana, ’Uravena
MOBULIDÉS
Manta
Raies manta
Fafa piti
ECHENEIDÉS
Echeneis
poissons purges
Rémoras, poissons Tiatiauri
ventouses
LAMPRIDÉS
Lampris
Saumons des
dieux
néant
MOLIDÉS
Mola
Poissons-têtes
néant
Taractichthys
Brèmes noires
néant
BRAMIDÉS
6 Poissons de Polynésie
Papillons,
Dans le cadre dequelque
cet ouvrage,
Il est dehorspoissons
de propos
de procéder
700 espèces
recensées
dans lesà un inventaire
récifales
exhaustif des
eaux
polynésiennes. Il n’est pas davantage question de les classer suivant la logique
taxonomique avec description des critères d’identification que le lecteur pourra
trouver dans des livres spécialisés en la matière. Les poissons sont donc réunis en
fonction d’affinités soit de forme, soit de moeurs ou d’habitat. Ce classement
surprendra peut-être les puristes, mais il nous a paru le seul compatible avec l'esprit et
les impératifs de concision de l’Encyclopédie. Dans cette optique, les quelque 80
familles ichtyologiques répertoriées précédemment sont réparties en sept groupes.
A tout seigneur, tout honneur, ce chapitre commence par les hôtes permanents et
chamarrés du récif corallien, qui font la renommée des îles polynésiennes. Ils portent
les noms imagés de papillons, anges et cochers, demoiselles, sergents-majors,
bagnards et clowns, lunes, saupes, flûtes, trompettes et hippocampes.
Viennent ensuite les rois du travesti, aux livrées aussi brillantes que changeantes à
l’état vivant : les perroquets porteurs de bec et les labres aux lèvres charnues.
Puis c’est le tour des poissons à la grande gueule, carnivores voraces à la chair
appréciée mais souvent vénéneuse, comme les loches et les mérous, sédentaires dans
leurs grottes coralliennes, les lutjans et becs de cane plus mobiles, placés avec les
perches de mer et les vivaneaux d’eau profonde rarement ciguatériques.
Les poissons armés leur succèdent : murènes aux dents acérées, aiguillettes au
rostre effilé, rougets, soldats, lanternes, nasons au relief cutané coupant, chirurgiens
et picots aux scalpels ou piquants plus ou moins vulnérants, rascasses, poissonspierres et raies à épines venimeuses. Avec eux figurent les poissons cuirassés anodins
(crapauds, grondins, coffres) ou distillateurs de poison dans leur chair (balistes,
ballons, porcs-épics).
Dans le groupe suivant, on trouve en ordre dispersé des poissons d’eau plus
profonde, aimant les fonds sableux ou les pinacles coralliens, tels les blennies et
gobies, éperviers et cardinaux, tarpons, poissons-os et lait, mulets et muges,
surmulets et soles.
Les hôtes les moins fidèles des récifs,
plutôt attirés par le large, carangues et
maquereaux, barracudas et tazards,poissons-volants et raies manta, poissons purges
et quelques originalités de la nature occupent
la fin de ce chapitre.
demoiselles,
clowns
...
Ce chapitre regroupe des poissons multi¬
colores, gracieux, agiles, de taille petite ou
moyenne, aux formes curieuses, robes cha¬
toyantes, gestes saccadés faisant ressembler
les récifs où ils pullulent, et dont ils sont
vraiment caractéristiques, à un gigantesque
aquarium.
Papillons, anges et cochers
Les paraharaha des Tahitiens se différencient
en
Chaetodontidés,
Pomacanthidés,
Zanclidés. Le dessin de leur robe, varié à
l’extrême, comporte soit des bandes disposées
diagonales ou en chevrons, soit des taches
des ponctuations, facilitant l’identifica¬
tion. Tous possèdent un corps très haut et
en
ou
comprimé avec une série d’épines à l’avant des
nageoires dorsale et anale. La partie posté¬
rieure de ces nageoires, souple, bien indivi¬
dualisée, retient la queue, ronde ou échancrée.
Des écailles couvrent le corps, les nageoires
médianes et la base des nageoires paires. Chez
les cochers la première épine dorsale est
transformée
en
fouet.
La
bouche
généralement petite est protractile, armée de
dents disposées comme les poils d’une brosse,
en une bande unique sur chaque mâchoire.
Mais entre le museau à peine retroussé de
certains Chaetodon et les becs
Forcipiger,
s’étale
toute
suceurs
une
des
gamme
d’armatures buccales adaptées à des régimes
alimentaires variés allant des crustacés aux
gazons d’algues en passant par les vers ou les
branches de madrépores (Heiiiochus). On
les paraharaha, solitaires ou en
petits groupes, partout où existe une forte
rencontre
densité de corail vivant, avec buissons
d’Acropores, ramifiés et fragiles. Le plus
souvent, ils vont en couples synchrones dans
leurs mouvements. Ils se séparent momen¬
tanément, puis se rejoignent. Ils peuvent, pour
reproduction, se rassembler en groupes
cinquantaine d’individus. Se nourris¬
sant le jour, les poissons papillons entrent la
nuit dans un état de torpeur au cours duquel
la
d’une
leurs couleurs se modifient. Leur chair fade est
peu estimée. Environ 40 espèces (sp.) ; taille :
de 5 à 30 cm.
Un petit banc de perches
d’or (Gnalhodentex
aureolineatus) survolant
un pâté corallien.
Une demoiselle bleue
(Pomacentrus
pulcherimus).
89
LE MONDE MARIN
Demoiselles, sergents-majors,
bagnards et clowns
Ce
sont
des
rochers, où ils se cachent en cas d’alerte. Ils
Pomacentridés, presque tous
appelés ’aioii localement. Petits poissons à
museau
court, à corps ovale ou presque
circulaire, ils n’ont qu’une seule narine de
chaque côté du museau. La ligne latérale n’est
pas complète. La tête est largement couverte
d’écailles de même que la base des nageoires
médianes, la nageoire dorsale simple et
continue,
La
queue
est ordinairement
fourchue.
Leurs
robe et
forme sont
assez
typées dans chaque espèce. Les plus colorés
sont
les jeunes. En grandissant, certains
tendent
barrés
à devenir brun sombre, souvent
verticalement de traits ternes. On
rencontre des
'aïoti dans le moindre massif
corallien.
abondent
Ils
dans
les
trous
de
s’estiment propriétaires du territoire où ils
vivent. Querelleurs, agressifs, ce ne sont pas
des hôtes de tout repos dans un aquarium.
D’instinct grégaire, ils ne forment cependant
pas de bancs importants. Certains pondent
des oeufs elliptiques fixés à une surface dure et
surveillés par les mâles. Les couples sont
permanents. Les habitudes alimentaires sont
variables. Dans l’ensemble, les ’atoti sont
omnivores. En fait, chaque genre s’est un peu
spécialisé
:
les
Abudefduf sont surtout
herbivores, les Chromis et les DascyUus
zooplanctonophages, les Pomacentrus,
omnivores mangeurs de plantes, détritus,
anémones, vers et crustacés, les Amphiprion
prédateurs carnivores. Ces derniers, appelés
poissons-clowns, brillamment travestis,
vivent en symbiose avec certaines anémones
Le poisson-clown
(Amphiprion bicinctus)
vit en symbiose avec une
anémone de mer ; ii est
insensibie au venin
sécrété par ses
tentacuies urticants.
Le poisson ange
(Centropyge
muilifasciatus)
affectionne ies pentes
externes des atoiis
des Tuamotu.
à droite :
Un duo familier, formé
d’un poisson cocher
(Zanclus cornutus) et
d'un poisson papillon
long bec (Forcipiger
iongirostris), voltige
au
au-dessus des coraux.
90
de mer. Insensibles au mucus urticant sécrété
par les tentacules de leur hôte, ils se réfugient
dans
l’anémone pour échapper à leurs
et manger en paix. Leurs restes
profitent toujours à l’anémone. Mais les
poissons-clowns améliorent aussi leur
ordinaire de produits organiques rejetés par
ennemis
leur
hôte
et
même
de
fragments de
tentacules. (50 sp., 5-20 cm)
ses
Poissons lunes et saupes
Les premiers ont un corps qui paraît plus haut
que long, du fait de nageoires dorsale et
anale très développées. De profil la tête saillit
peine et la queue s’inscrit dans le contour
arrondi de la silhouette. La bouche, petite,
à
possède de longues dents acérées et mobiles.
La forme évolue avec l’âge, comme les
POISSONS DE POLYNÉSIE
La robe gris brun aux reflets
argentés est barrée latéralement de deux
bandes verticales sombres plus ou moins
accusées. Les paraha pe’ue ne se pressent
jamais. Poursuivis, ils se laissent tomber en
feuille morte vers le fond. Cette cible, facile
mais rare, constitue un mets succulent fort
apprécié des Polynésiens de souche
asiatique. (1 sp., 30-50 cm)
Les saupes ont une forme ovale. Des
écailles gris métallisé, douces au toucher,
couvrent la tête, le corps ramassé et la base des
nageoires. La bouche est petite avec une série
d’incisives externes. Ce sont des poissons de
surface. Jouant dans les déferlantes du récifcouleurs.
barrière ou allant et venant sans cesse dans un
couloir corallien, fonçant brusquement sur le
s’enfuyant d’une nage
prend rarement à la ligne.
chasseur à l’affût et
saccadée. On les
Blessé par-une flèche, un nanue est aussitôt
entouré par ses congénères. Sa chair qui durcit
souvent
à la cuisson (ma'e’e) n’est pas
recherchée en Polynésie. (3 sp., 30-40 cm)
d’un
autre
poisson. Dans la journée, ils
paressent souvent, immobiles la tête en bas en
pleine eau. Proches parents dégénérés des
précédents, les petits chevaux marins ont un
brun annelé, une peau
ligne latérale, des nageoires
rudimentaires, une queue parfois préhensile.
Peu mobiles, ils vivent généralement cachés
tout
petit
corps
Poissons flûtes, trompettes
rugueuse sans
Ces poissons, au corps cylindrique ou suban¬
dans
et hippocampes
gulaire, sont tous dotés d’un museau tubulaire
extensible adapté au pipettage des petits
poissons ou crustacés. Les flûtes, jauneorange vif, sans écailles, ont une dorsale molle
précédée d’épines libres, une queue courte en
losange. Les trompettes, brun clair, ont des
écailles mais pas de dorsale, une queue
fourchue avec un long filament médian.
Prédateurs actifs à l’aube et au crépuscule, ils
chassent à l’affût, en dérive ou dans le sillage
les
coralliens.
recoins
sombres
Mais l’originalité
des
massifs
de tous
ces
poissons réside dans les mœurs de
reproduction. Chez eux c’est la femelle qui
introduit son “sexe” (ovipositeur saillant) ou
sa papille anale dans l’orifice de la poche
marsupiale du mâle, sur le tronc ou sous la
queue. Le mâle va incuber les œufs, qui
peuvent provenir de plusieurs femelles, et
porter la progéniture. La “grossesse” dure
environ trois semaines. (4 sp. 10-150 cm)
à gauche :
Les poissons trompettes
(Aulostomus valentini),
prédateurs actifs à
l'aube et au crépuscule,
paressent souvent entre
deux eaux dans la
journée.
à droite :
Une autre demoiselle
(Pomacentrus sp.)
à droite :
Un poisson-pipe
(Dunckerocampus
caulleryi chapmani) se
repose sur une touffe
d’algues Halimeda,
L'originalité de ces
petits chevaux marins,
qu’ils partagent
d'ailleurs avec leurs
proches parents
poissons flûtes et
trompettes, réside dans
leurs moeurs de
reproduction : la femelle
possède un ovipositeur
saillant, organe
copulateur, et le mâle
incube les œufs
fécondés dans une
poche marsupiale située
sous son
tronc.
Le poisson bagnard
mamo
(Abudefduf
coelestinus) est une
demoiselle qui doit son
nom à sa livrée
caractéristique, rayée
verticalement.
à gauche :
Les demoiselles bleues
et vertes (Chromis
coeruleus) tournent
inlassablement en rond
autour des branches
de madrépores.
91
LE MONDE MARIN
Perroquets et labres
Ce
des
sont
formes
toutes
et
poissons sédentaires de
dimensions,
au
corps
comprimé, à la peau lisse et gluante couverte
de larges écailles, parmi les plus nombreux et à
coup sûr les plus voyants du récif. Les natura¬
listes les ont groupés dans un ordre unique
(Pharyngognathes) parce qu’ils possèdent en
commun,
en
plus d’une longue nageoire
continue, les os pharyngiens inférieurs soudés
En fait, l’association de ces deux
familles réside surtout dans les parures les plus
entre eux.
brillantes
marine.
et
Plus
changeantes de la faune sous-
que
pour
les
autres
poissons
récifaux, la couleur et le dessin subtil des robes
suivant
l’âge, le sexe, le degré de
maturité et disparaissent peu après la
mort.
Ainsi beaucoup de mâles adultes
portent une livrée bleu-vert, les femelles et les
jeunes arborant une teinte souvent plus terne,
Jaune, brune ou rouge, rehaussée de raies ou
varient
taches de couleur différente. Deux perroquets
ou
labres
de
couleurs
différentes
nageant
généralement le mâle et la
femelle d’une même espèce. Mais il n’y a guère
de règle absolue, et bien des mâles adultes
s’habillent comme leurs femelles. De plus, une
femelle peut changer de sexe et de parure. Les
premiers naturalistes, privés d’observation in
vivo n’avaient pas imaginé un tel casse-tête.
Aussi des poissons d’une même espèce ont-ils
reçu des noms scientifiques différents, La
plongée sous-marine a fait énormément
progresser les connaissances. Ainsi sait-on
que les espèces à bichromatisme sexuel fraient
par couples, les autres en groupes, les œufs
d’une seule femelle étant fécondés par la
laitance de dix à quinze mâles. Perroquets et
labres
dorment
d’un
sommeil
profond,
couchés sur le côté, parfois enveloppés d’un
ensemble
cocon
sont
de mucus.
Perroquets
Chez les Scaridés les os pharyngiens portent
plusieurs rangées de dents
en forme de
plus ou moins
complète a constitué un véritable bec. Ils
doivent leur sobriquet à ce bec dont le bord
inférieur s’emboîte dans le bord supérieur lors
de la fermeture de la bouche, et à leurs
molaires
dont
la
fusion
couleurs éclatantes. Par défaut de différences
marquées dans les caractères externes usuels,
on
utilise des caractères secondaires pour
séparer les cinq genres connus en Polynésie.
Ainsi Bolbumeiopon se distingue de Scarus
par l’allongement de la narine postérieure et
par la présence de plus de dix écailles à la
partie postérieure de la narine latérale, au lieu
de six ! Pour identifier la vingtaine d’espèces
présentes, il faut faire appel aux couleurs et là
commencent les difficultés. A Tahiti, on les a
contournées : les poissons de petite taille
s’appellent pahoro quand ils sont bruns, gris
ou rougeâtres, pa’aii
quand ils sont verts ou
bleus. Le terme uhu s’applique aux gros perro¬
quets verts ou bleus. Pour la classification
détaillée,
on
double l’un de ces trois termes
d’un qualificatif, par exemple : uhu raepu’u,
pa'ali nana’o, pahoro tOriiro.
Les perroquets se déplacent
92
en
petits
groupes, harem de femelles sous l’autorité
d’un mâle, troupeau mixte sous la conduite
d’un chef ou
couples. Herbivores
stricts, ils affectionnent les minces pellicules
d’algues couvrant les fonds sableux ou les
substrats coralliens morts, sur lesquels ils
laissent l’empreinte striée de leur bec. Quand
les gros perroquets broutent, ils émettent des
bruits spéciaux que l’on peut percevoir sous
encore
en
Leur nourriture riche en calcaire est
finement moulue par les meules pharyn¬
l’eau.
giennes, avant de passer directement dans
l’intestin. Effrayés, ils s’enfuient en lâchant un
nuage de sable fin, facteur de sédimentation
non négligeable. Les perroquets ne mordent
presque jamais à l’hameçon. On les pêche au
fusil, au harpon, au filet. Leur squelette
parfois vert surprend les non-initiés. Leur
chair au goût iodé fait un excellent poisson cru
à la tahitienne, mais elle se dégrade vite et est
parfois toxique. (40-80 cm)
Labres
Ils forment
une
des familles les
plus impor¬
tantes des eaux polynésiennes, et sans doute la
plus diversifiée en taille et forme. Si la plupart
des espèces n’atteignent pas 30 cm, les
napoléons dépassent parfois le mètre et le
quintal. Chez les Téleostéens, seuls les mérous
géants font mieux. A la différence des
Scaridés, les os pharyngiens forment une
plaque en forme de ’f ou de Y couverte d’une
mosaïque de dents coniques ou tuberculécs,
bien individualisées, souvent vertes ou bleues,
pouvant
devenir de véritables
crocs.
Cette
POISSONS DE POLYNÉSIE
écraser les coquil¬
lages, bernard-l’ermite, petits crabes, oursins
denture est conçue pour
et
étoiles de
mer,
dont ils se nourrissent. De
plus, des dents antérieures, souvent incurvées
l’avant, leur donnent un faux air de lapin
marin. D’un tempérament agressif, ils s’en
vers
servent
volontiers
pour
mordre
leurs
compagnons d’aquarium. La longue nageoire
dorsale n’est pas divisée comme l’anale ; ses
épines sont peu développées. La queue est
tronquée ou arrondie. La bouche charnue aux
lèvres épaisses justifie le nom de famille. Les
Labridés tournent et chassent inlassablement
petits groupes durant la journée autour des
madrépores, mais sont les premiers couchés et
les plus tard levés des poissons du récif.
Effrayés, ils filent dans un recoin corallien ou
s’enterrent sur place. Plusieurs construisent
en
des nids
d’algues dans les fissures calcaires
afin d’y abriter leurs œufs. Pourdifférencier la
cinquantaine d’espèces locales, les Tahitiens
utilisent seulement deux termes génériques,
po'üu et papae, doublés parfois d’un qualifi¬
catif. Cette pauvreté patronymique est liée à
une consommation réduite de ces poissons,
dont la chair est pourtant d’un goût agréable.
Seules les espèces recherchées, comme le mara
(napoléon), ont reçu une appellation précise.
Certains Labridés des genres Labroides
(surtout), Thalassoma et Bodianus (moins)
sont
appelés poissons nettoyeurs. Ils se
nourrissent de petits crustacés parasites
d’autres poissons. Pour débarrasser leurs
clients de ces gêneurs, ils n’hésitent pas à
pénétrer dans leurs bouches ou cavités
branchiales.
leur
longue nageoire dorsale
Les labres, avec
généralement
continue, leur queue
tronquée et leur bouche
à grosses lèvres, ont une
silhouette facilement
reconnaissable.
au-dessus :
L'espèce Bodianus
axillaris a été baptisée
“vieille bicolore" àcause
de sa robe à deux
couleurs brusquement
séparées.
Scarus sordidus est un
perroquet chez lequel
observe un
dichromatisme
sexuel. Ici un mâle
remonte la pente
externe d'un récif.
on
Page de gauche :
L'association des
perroquets et iabres,
malgré la diversité des
formes et des tailles,
réside surtout dans les
parures les plus vives et
les plus changeantes de
la faune ichtyologique
marine. Les couleurs et
le dessin subtil des
robes varient suivant
l'âge, le sexe, le degréde
maturité. Ainsi
beaucoup de perroquets
mâles adultes portent
une livrée bleu vert
brillante, tandis que les
femelles et les jeunes de
la même espèce ont une
robe plus terne où le
rouge et le brun
dominent, comme chez
Scarops rubroviolaceus.
En haut : le mâle ;
en
bas : la femelle.
Deux autres labres ;
Chelllnus chlorurus,
à la robe constellée de
points blancs et roses,
(à gauche) et
C. trllobalus, à la livrée
plus terne se
complaisant ici dans les
buissons d'Halimeda,
(au-dessus) se
rencontrent
fréquemment dans les
eaux
récifales.
93
LE MONDE MARIN
Loches et mérous
Ces
poissons sont d’une gloutonnerie
égale. Il est peu de proies qu’ils
dédaignent. Dans leur estomac se retrouvent
pêle-mêle des poissons porcs-épics, coffres,
ballons ou même des langoustes. Certains
Ces
sans
poissons appartiennent à la famille
des Serranidés dont les limites sont d’ailleurs
mal définies et font l’objet de savantes contro¬
Tous possèdent un corps épais et
allongé entièrement recouvert d’écailles assez
grandes, très adhérentes, une nageoire dorsale
bien
développée, des pectorales plutôt
courtes, arrondies, implantées en arrière des
ventrales, une caudale arrondie le plus
souvent, quelquefois tronquée, qui révèle des
poissons à la détente vive et aux pointes de
vitesse impressionnantes, plutôt que des
nageurs d’endurance. La plupart sont dotés
d’une bouche très grande, armée d’une
denture à toute épreuve. Pour certains, ce sont
d’innombrables dents en aiguille rangées en
bandes dont les plus internes sont articulées à
la base et se replient à l’intérieur de la bouche
(roi). D’autres ont une mâchoire parsemée de
fortes dents coniques dont la disposition
rappelle une mâchoire de chien (lonu).
verses.
de 20 cm ! Mais les gros mérous ne
dédaignent pas dès crabes et crevettes d’à
peine un centimètre qui, de mars à décembre,
constituent une partie importante de leur
ature
alimentation.
chassent à l’affût. Immobiles dans leur trou,
nonchalance est trompeuse : qu’un
poisson imprudent passe à leur portée, ils
bondissent et le gobent en un clin d’œil.
D’autres quittent volontiers leur poste de guet
pour poursuivre et rattraper leur proie, d’un
sprint puissant. Ils n’ont jamais les yeux plus
grands que le ventre, leur bouche extensible et
leur capacité stomacale leur permettant
d’avaler des proies presque aussi grosses
qu’eux. Dans un roi de 25 cm on a trouvé un
A la saison chaude australe, on trouve
leur
parfois
au
voisinage des
passes,
dans les
lagons d’atolls ou à l’extérieur des barrières,
des rassemblements de plusieurs centaines de
Serranidés d’espèces vivant d’ordinaire en
solitaires ou en petits groupes. 11 s’agit de ren¬
contres nuptiales. Beaucoup de Serranidés
sont
hermaphrodites, fonctionnant d’abord
comme
mâles.
des femelles, puis se transformant en
Ils
émettent
des
œufs
clairs
Les poissons éperviers
(Paracirrhites arcatus)
rappellent un peu les
loches par leur
silhouette générale,
mais la partie antérieure
de leur corps est plus
massive et ils portent
deux petites antennes
caractéristiques audessus des narines
Un art inné du camouflage
Les dessins et colorations de leurs robes sont
changeants. Avec l’âge tout
d’abord, ce qui ne facilite guère leur identifi¬
cation. Avec le décor ensuite, grâce à un art
extrêmement
inné du camouflage qui leur permet instanta¬
nément, par une simple modification de teinte
des taches et points colorés qui ornent leur
livrée, de se fondre dans l’environnement
corallien ou sableux et d’échapper ainsi aux
convoitises d’un prédateur ou d’un chasseur
sous-marin.
Enfin,
avec
les
circonstances
agonie, face à face avec un
congénère ou seulement à la sortie de l’eau), en
quelques secondes les parures peuvent se
(blessure,
mettre
à
briller
d’un
vif éclat
pourpre, violet,
vermillon,
bleu ou noir, ne s’estompant
que plusieurs heures après la mort.
Si c’est un mérou géant qui détient le
record de poids toutes catégories des poissons
osseux du littoral polynésien (près de 200 kg),
bien des Serranidés ont des dimensions plus
modestes.
Cependant, les plus grands
spécimens de la plus petite espèce dépassent
quand même 25 cm.
Des espèces très répandues
Les 20
espèces de loches et mérous repré¬
important
de Polynésie après les poissons chirurgiens. Ils
peuplent à peu près tous les types d’habitats
rencontrés, tant
les
massifs coralliens
lagonaires proches de la surface (tarao, roi)
que les pentes externes des récifs-barrières à
plus de 100 m de profondeur (ho’a, hapu’u
reru). En général ils vivent dans des grottes de
madrépores à faible profondeur. Sédentaires,
ils ne s’éloignent que de quelques dizaines de
sentent en nombre le groupe le plus
mètres du trou leur servant de demeure et
défendent
avec hargne
leur territoire. Les
petits, gueule menaçante, hérissent les épines
de leurs nageoires. Les gros viennent en
direction de l’intrus, l’air agressif, pour
l’inviter à fuir. Ils font de même devant
un
plongeur, mais au moindre geste ils détalent
avec
94
célérité.
La loche crasseuse
(Epinephelus microdon)
est remarquable par les
marbrures alternées
brunes et blanches de sa
livrée.
POISSONS DE POLYNÉSIE
et
nottants. Les larves sont souvent capturées
dans le plancton
du large.
Des poissons très pêchés
loches et mérous possèdent un grand
intérêt commercial qui en fait des poissons
très pêchés. Leur voracité les pousse à se jeter
Les
les appâts vivants (’oumu) des lignes à
main. On les capture aussi dans des pièges,
sur
parcs et nasses, au harpon et bien sûr au fusil.
Lorsqu’on les approche en pleine eau, tous les
mérous réagissent de même : ils prennent un
peu de champ, puis font soudain volte-face et
s’immobilisent front tourné vers le chasseur en
battant lentement des
nageoires pectorales.
Les Paracirrhites
madrépores où ils se
juchent durant la
forsterl, autres poissons
éperviers, rappellent
aussi les loches par leur
large gueule et leurs
gros yeux saillants. On
ne les voit jamais bouger
C’est à ce moment qu’il convient de décocher
flèche car la deuxième fuite du poisson
sera la bonne. Les grosses loches solitaires,
immobiles au fond de leur trou, sont un gibier
facile à tirer pour les chasseurs sous-marins.
Encore faut-il avoir touché un point vital.
une
culinaire : les Tahitiens les mangent souvent
assaisonnés au lait de coco, les Européens s’en
servent pour
la bouillabaisse, les Chinois en
font des boulettes. Mais attention à la ciguatera.
T rois loches appartiennent à la famille des
Grammistidés. De petite taille, elles ont une
Sinon, ces poissons doués d’une grande force
réussiront à s’échapper après avoir tordu la
flèche d’acier comme un vulgaire fil de fer et
rompu l’attache. Jamais les plus gros masto¬
tête massive, un torse haut, une queue arron¬
chasseur. Ils sont pourtant capables de tenir
la
dontes, blessés, ne se sont retournés contre le
tête aux requins qui se gardent d’ailleurs bien
de les provoquer.
Les Serranidés sont très
appréciés par l’ensemble des Polynésiens, car
se prêtant à fous les types de préparation
die,
une
robe brune rayée longitudinalement
de jaune (Grammistes) ou constellée de taches
crème
(Pogonoperca). Leur peau est recou¬
verte d’un mucus amer fortement toxique
pour
plupart des prédateurs. C’est pourquoi ces
poissons sont appelés loches-savons. Les
poissons éperviers Cirrhitidés, parfois étudiés
les loches et mérous du fait de certaines
ressemblances seront traités plus loin.
avec
journée pour chasser à
l'affût.
du belvédère de
Les mérous roi
(Cephalopholis argus),
communs, (à gauche)
et les mérous fauves
(C. leopardus), plus
rares, (au-dessus)
comptent parmi les
poissons les plus
appréciés pour la
préparation des
boulettes à la chinoise.
au-dessous :
Les Grammistes
lineatus, appelés
souvent loches-savons
loches bagnards,
doivent leur nom au fait
qu'iis sont recouverts
d'un mucus amer gluant
ou
qui décourage les
éventuels prédateurs.
95
LE MONDE MARIN
Lutjans, becs de
cane, perches de
mer
et vivaneaux
Longtemps réunis dans la seule grande
famille des Lutjanidés, la vingtaine d’espèces
composant ce groupe se distingue aujourd’hui
Lutjanidés, Lethrinidés, Etelidés, Pomadasyidés, Sparidés, Pentapodidés, Caesiodidés,
représentés par dix genres. Proches des loches
et mérous, dont ils ont la silhouette générale,
les couleurs changeantes, la voracité, la toxi¬
cité potentielle, mais pas les écailles sur le
museau et
autour des yeux, ces poissons,
prédateurs actifs, ont d’assez grandes ressem¬
à
l’intérieur
qu’à
l’extérieur
des
récifs-
barrières. Si quelques-uns sont attachés à un
la plupart ont un territoire plus étendu.
Carnivores, ils mettent à leur menu des
trou,
poissons, crustacés, mollusques et invertébrés
en proportion variable suivant la
période de l’année et l’abondance des proies
disponibles. Leur chair savoureuse en fait des
poissons très pêchés et très demandés sur le
divers,
marché local.
en
blances entre eux. Tous ont un corps allongé,
plus ou moins comprimé, une tête pointue et
conique avec de grands yeux, deux paires de
narines et une bouche plus ou moins exten¬
sible meublée d’une denture variant suivant
les familles. Ils habitent les eaux côtières de
toutes les îles polynésiennes, hautes ou basses,
avec
ou
sans
lagon. Ils vivent à des profon¬
deurs variables suivant les espèces, aussi bien
96
Lutjans
En Polynésie française, ils appartiennent à un
seul genre Lutjanus avec six espèces. Leur clef
d’identification fait appel à un grand nombre
de caractères anatomiques dont certains
(branchiospines, écailles...) ne sont pas d’une
lecture immédiate. Les lutjans sont des
poissons robustes, avec une nageoire anale
elle-même composée de très fortes épines.
Leurs deux mâchoires ou la supérieure
seulement portent de solides canines. Leurs
dents pointues qui peuvent infliger de
profondes morsures à qui n’y prendrait garde
expliquent le terme de snuppers (qui happent)
baptisés les Anglo-Saxons.. Le
palais et parfois la langue peuvent porter des
dents très petites. Leur livrée plus ou moins
unie, de teinte dominante brune ou jaune
(ha'amea, tuhara, to’au) se pare parfois de
tache noire (laivaivci) ou de raies longitudi¬
nales bleutées (ta'ape). Leur robe mortuaire
vire parfois au rouge saumoné (ha'amea,
tuhara, hapulu)... Leur taille adulte varie de
20-30 cm (io'aii, ta’ape) à près d’un mètre
(ha'amea, haputu, utu).
Alors que les ha'amea et les haputu
évoluent souvent solitaires ou en petits
groupes, les autres lutjans forment des bandes
beaucoup plus importantes. Poissons à la
chair savoureuse, les lutjans paient un lourd
tribut à la ciguatera puisque les ha'amea,
haputu, laivaiva sont interdits à la vente au
dont les ont
marché de Papeete.
Becs de cane
Les Lethrinidés, représentés par trois espèces,
distinguent des lutjans par un museau plus
allongé armé de molaires, et l’absence
d’écailles sur le préopercule. Leur habit est à
dominante brune ('o'eu) ou argentée (tamurej.
se
POISSONS DE POLYNÉSIE
Leurs habitudes alimentaires sont omnivores
mollusques, coraux,
déchets variés). Ils font partie des éboueurs du
lagon. Particulièrement abondants dans les
(poissons,
crustacés,
atolls, ils sont d’un naturel peureux et
difficiles à tirer au fusil. En revanche, ils
mordent bien à l’hameçon. On les pêche
souvent à la ligne de fond à plus de 30 m. Ces
poissons ont une chair se prêtant bien à la
et
au
fumage, mais ils sont
fréquemment toxiques.
salaison
Perches marines et daurades
Les quatres espèces présentes se rangent dans
quatre
familles distinctes
:
Pentapodidés
(maene),
Sparidés (mu), Pomadasyidés
(’atara), Caesiodidés (’iirio). Les maene, inter¬
médiaires entre les lutjans aux fortes canines
les mu munis de molaires, sont de petites
clin d’œil, un uniforme gris
bleuté uni pour
jaunâtre rayée verticalement de
brun sombre. Les mu aiment, pendant lejour,
paresser en groupes d’une dizaine d’individus,
au-dessus des pâtés coralliens. 1 Is se dispersent
au crépuscule pour rechercher isolément leur
nourriture. Les ’alara ont une tête comprimée
en forme de casse-tête mélanésien, une petite
bouche faiblement dentée, lèvres épaisses et
une
tenue
charnues ornées de rouge, une queue courte
fourchue, une très jolie robe de teinte
bistre, soulignée de ponctuations ou larges
non
empreintes brunes suivant l’âge. Ces perches
sont
rares.
brillante et
celle des maquereaux. Vivant lejour en
importants surtout à l’extérieur des
récifs, ils se séparent la nuit pour se reposer
peu
bancs
dans les anfractuosités des tombants, La chair
et
de tous
perches reconnaissables sous l’eau à la tache
rarement
lumineuse
dorée
sous
rencontre
souvent
en
On les
bancs immobiles de
la
dorsale.
plusieurs centaines d’individus, se laissant
bercer par la houle. Les mu sont remarquables
à leur front bombé, leurs gros yeux et leur art
du travesti qui les fait troquer dans l’eau, en un
Les ’urio ont une robe tricolore
une forme fuselée, évoquant un
ces
poissons, de bonne qualité, est
toxique.
Vivaneaux
Ces poissons de la famille des Etelidés, appelés
localement paru et mu, au corps élancé,
habitent essentiellement à l’extérieur des récifs
(dont certains à près de 300 m de fond) et
parfois dans les passes sans
toutefois s’aventurer dans les lagons. Ils sont
pénètrent
représentés par au moins cinq espèces de
différents. Les Pristipomoides,
Tropidinius, Etelis (50 cm en moyenne) aux
gros yeux, petite bouche, fortes canines, robes
roses ou rouges souvent teintées de jaune,
vivant de 30 à 300 m, capturés essentiellement
à la ligne de fond se différencient surtout par
la forme de leurs nageoires dorsale et anale.
Les Aphareus (25-40 cm) se distinguent par
une forte mâchoire inférieure dépassant la
supérieure, toutes deux garnies de dents très
faibles, une puissante queue fourchue et une
livrée gris-bleuté. Les Aprion possèdent une
genres
belle dentition de carnivore dans une bouche
largement fendue, une livrée gris-vert. Leur
taille moyenne atteint fréquemment 80 cm de
long, et plus. Les Aphareus et Aprion dont
l’habitat de prédilection se situe plus près de la
surface se pêchent aussi à la traîne. L’exploi¬
tation des vivaneaux a considérablement
augmenté avec le développement de la pêche à
la longue ligne. Leur intérêt commercial est
d’autant
plus grand qu’ils ne sont
pratiquement jamais toxiques.
à gauche :
Les becs de cane o'eo
(Lethrinus miniatus),
considérés comme les
éboueurs du lagon, ont
une chair très
savoureuse mais
potentiellement très
toxique dans certaines
régions, tout comme
celle du lutjan rouge
ha'amea (Luljanus
bohar) en haut à droite .
au-dessus :
Ce lutjan toau
(L. pulvus), qu'on
rencontre plus souvent
en lagon qu'à l'extérieur
des récifs, est en
revanche pratiquement
toujours comestible.
97
LE MONDE MARIN
Poissons armés
et cuirassés
ment escamotées dans une rainure de la chair
et baignant dans un mucus
Les poissons de ce chapitre se sont dotés
contre leurs ennemis, et singulièrement contre
l’homme, d’autres moyens de défense que la
Pour certains, il s’agit de
simple fuite.
véritables
armes
offensives.
c’est “qui s’y frotte s’y pique”.
Pour d’autres
A l’exception
requins, barracudas et espadons, traités
par ailleurs, figurent donc tous les animaux
des
vulnérants et venimeux.
Murènes et congres
Ce
poissons serpentiformes très
musclés, aux livrées brunes bigarrées, aux
nageoires absentes ou rudimentaires en ruban
continu, à la peau épaisse et visqueuse. Leur
gueule largement fendue, aux dents acérées
recourbées vers l’intérieur, croche tout ce qui
passe à sa portée. Les murènes ne sont pas
aussi agressives envers l’homme qu’on l’a dit,
n’attaquant jamais en pleine eau. De jour,
elles se tiennent généralement dans un trou de
corail, ne laissant dépasser que la tête. La nuit,
par contre, on en voit onduler sur le récif, en
quête d’un repas copieux pour plusieursjours.
La ciguatoxine, poison principal de la
ciguatera, a été isolée de leur chair, (env.
25 sp., 30-150 cm)
sont
des
toxique, le poisson
ne les déploie qu’en cas de
danger. Les nasons
ont deux paires d’épines fixes sur leur mince
pédoncule caudal, et une protubérance
osseuse frontale
plus ou moins développée.
Quant aux picots, leurs multiples épines
dorsales et anales aiguisées logent dans une
rainure antérieure des glandes à venin.
Chaque mâchoire de ces divers poissons porte
une simple rangée de dents
incisives, mobiles
ou fixes, adaptées à leur
régime végétarien,
dans une bouche toujours très étroite. Chirur¬
giens et nasons aiment bien les passes
exposées à la houle et les hauts fonds. Mais
certains, dont le célèbre maito, se rencontrent
partout où il y a du corail. Les picots préfèrent
les fonds sablo-vaseux peu profonds, (env.
30 sp., 15-80 cm)
Rascasses et poissons-pierres
Leur arme réside dans les épines venimeuses
des diverses nageoires, en particulier la
dorsale. Les Ptcrow les déploient pour séduire
des proies, se transformant en une pelote
d’aiguilles. Alors gare au contact avec ces
beaux petits monstres bariolés, se pavanant
seuls ou par paires dans les crevasses coral¬
liennes ou en pleine eau. Mais le vrai danger
c’est les Synanceja (nohu) : animaux sans
forme ni couleur définissables, flasques,
boursouflés, verruqueux, aux nageoires
pectorales très développées armées de petits
piquants. Expert du camouflage, le poissonpierre aime s’enfouir dans le sable jusqu’à la
gueule, en bord de plage près des débris
coralliens, ne laissant dépasser que le sommet
de
sa
tête massive surmontée de deux yeux
globuleux, et ses bourrelets dorsaux, charnus,
dissimulant 13 seringues à poison, équipée
chacune de deux glandes en forme de pépin de
raisin. Qu’un baigneur pose le pied sur l’un
d’eux et l’injection se fait instantanément,
entraînant des troubles parfois graves, (env.
12 sp.,
10-70 cm)
Poissons-crapauds, grondins
et poissons-coffres
De
formes
très différentes, ils n’ont en
qu’une carène solide. Les poissonscrapauds, proches parents des baudroies, ont
des pectorales en forme de petits membres et
ressemblent assez aux nohu, épines et venin en
moins. Doués de mimétisme, vivant en eau
peu profonde, ils chassent à l’affût. Pour
commun
Aiguillettes
Corps mince, étiré, dos sombre et ventre
argenté, leurs mâchoires démesurées, parfois
dissymétriques, portant des dents souvent très
aiguisées dans une gueule étroite, constituent
d’estoc meurtrière. Les aiguillettes
peuvent ricocher à la surface de l’eau. Des
pêcheurs de màrara ont été embrochés la nuit
par des aiguillettes attirées vers la lumière. On
ne
compte plus les pointes de museaux
trouvées cassées dans les coques de pirogues.
Vivant souvent en groupes, près de la surface,
elles se laissent dériver vers les bancs de
petits
poissons, pour ensuite fuser sur leurs proies.
(5 sp., 30-150 cm)
une arme
Les nasons karaua
(Naso vlamingi) ont une
livrée très sombre qui
varie cependant avec ie
sexe.
Rougets, soldats et lanternes
Communs, ils
ont souvent
une
Au-dessus : ie mâie ;
page de droite ;
la femelle.
Ils se reconnaissent à
des nageoires dorsale
et anale très
robe rouge
brillante avec parfois des reflets métalliques
bleutés, de gros yeux globuleux, une grande
bouche, de petites dents, et des épines un peu
partout. Les nageoires piquent, les ouïes et
écailles coupent. Ils habitent le jour dans des
cavernes coralliennes lagonaires ou creusées à
divers étages du tombant extérieur, certains le
dos tourné vers le bas. La nuit, ils chassent en
pleine eau les crustacés, mollusques et petits
poissons et mordent facilement à la ligne,
(env. 20 sp., 25-40 cm)
développées et à une
bosse au-dessus du
museau.
Chirurgiens, nasons et picots
Poissons ovales et comprimés latéralement,
leurs livrées, parfois camouflées, sont souvent
sombres et ternes,
égayées à l’occasion de
raies oranges, jaunes, rouges ou
bleues, brillantes ; leur peau est rêche ou lisse.
marques ou
Ils doivent leurs noms aux scalpels, corne ou
poinçons qu’ils portent. Chez les chirurgiens,
une
paire d’épines acérées, triangulaires,
érectiles et mobiles, au bord intérieur très
tranchant, orne la base de la queue. Normale¬
98
A gauche,
de haut en bas :
Les poissons soldats
tiare (Adioryx
caudimaculatus) et
microstomus),
’araoe (A.
remarquables à leur
robe rouge brillante et
leurs gros yeux
globuleux, de même que
Tes lanternes maere
(Priacanthus
cruentatus) ont une
cuirasse tout en épines.
Page de droite :
Les congres (Conger
sp.), au corps
serpentiforme et aux
dents acérées, sont
rares en Polynésie.
POISSONS DE POLYNÉSIE
attirer
leurs
proies,
petits
poissons
ou
crevettes, ils ont fait de leur première épine
dorsale un leurre vermiforme retombant en
à
pêche au-dessus de la bouche
Les grondins, faux poissonsvolants, ont une tête casquée armée d’épines
operculaires, un corps et une queue cuirassés.
Munis de deux pectorales très développées, ils
glissent et ricochent sur l’eau sans avoir la
même aptitude au vol que les màrara. Le corps
des poissons-coffres est protégé par des
plaques osseuses hexagonales dont la soudure
canne
caverneuse.
forme une boîte très solide : carrée chez les
Ostracion,
cornus.
toxique
pentagonale chez les Lactoria,
L’armure est recouverte d’un mucus
pour
décourager
(5 sp., 15-70 cm)
les
prédateurs.
Batistes, poissons-limes, ballons
et porcs-épics
Les Tetrodontiformes sont des poissons plus
moins cuirassés, presque tous démunis de
ventrale et avançant essentiellement grâce à
leurs autrçs nageoires. Les balistes ont un
ou
corps couvert de larges écailles osseuses
étroitement ajustées et une robe aux teintes
variées. On les reconnaît à leur carène
losangique, à des nageoires impaires très
postérieures, à une première épine dorsale
puissante à cran d’arrêt, leur permettant de
s’ancrer d’une manière inexpugnable dans un
refuge corallien, en cas de danger. Leur
bouche petite est armée de longues incisives
protubérantes. Leur régime omnivore est très
diversifié comme leur habitat. Tous sont très
belliqueux et déconseillés pour un aquarium.
Ils sont doués d’une résistance prodigieuse et
capables de survivre plusieurs heures après la
capture. Les poissons-limes diffèrent des
balistes par leurs écailles très petites, juxta¬
posées irrégulièrement, leur peau de cuir, des
épines sur le pédoncule caudal et une taille
supérieure. Les ballons et porcs-épics
possèdent un puissant bec formé de quatre
larges plaques, deux par mâchoire, séparées
par une ligne de suture médiane (chez les
tétrodons), de deux mâchoires à bord uni sans
suture médiane (chez les diodons). Broyeurs
de coraux, mollusques et crustacés, ces
paisibles poissons nageant lentement grâce à
leur seule caudale, se gonflent instantanément
d’eau (ou d’air à la sortie de l’eau) pour
décourager leurs agresseurs. Ils deviennent
alors sphériques, doublent de volume et leur
peau dure couverte de piquants dressés
évoque au toucher celle d’un hérisson. Le
au-dessus :
Les nasons ume (Naso
unicornis) se
reconnaissent à leur
corne
caractéristique
au-dessus du museau.
passé, ils se dégonflent
Ubiquistes et voraces, les
tétrodons peuvent accumuler dans le foie, les
gonades et la peau la tétrodotoxine, poison
très violent, (env. 30 sp., 15-80 cm)
danger
immédiatement.
Raies armées
Requins aplatis, adaptées à la vie benthique
des fentes branchiales sous le corps, des
évents largements ouverts leur permettant de
respirer quand elles reposent sur le fond, les
raies étalent des formes variées en losange,
avec
carré ou cercle. Leurs couleurs brouillées vont
du gris à l’ocre jaune suivant les fonds. Avec
nageoires pectorales développées aux
dépens des autres, joignant la tête à la queue,
elles volent plus qu’elles ne nagent. Avec leurs
dents solides, elles broient coquillages et
crustacés. La queue est devenue un fouet plus
ou
moins long et couvert de denticules
pointus, armé à sa base d’un à quatre dards
leurs
barbelés venimeux de 5 à 30 cm, à la
consistance de l’os. On se blesse en marchant
sur
une
raie
dissimulée
dans
le
sable.
Ovovivipares, les femelles accouchent des
petits roulés comme des cigares, se déployant
dans l’eau et nageant aussitôt. (4 sp., 0,5-3 m)
Les poissons-coffres
(Ostracion
meleagris), porcs-épics
lotara (Diodon
holacanthusj et globes
huehue (Arothron
nigropunctalus) sont
momoa
des Tétrodontiformes
dont presque tout le
corps est enfermé dans
une boîte plus ou moins
rigide, ondulant de leurs
nageoires dorsale et
anale, se servant de leur
caudale comme d’un
gouvernail.
99
LE MONDE MARIN
Faune ichtyologique
hétéroclite
chapitre rassemble une faune
disparate d’habitats et moeurs divers dont le
Ce
dénominateur
de
est
commun
ne
pas
s’éloigner des côtes et de se complaire en eau
peu
profonde. Les premiers groupes
réunissent des petits poissons sans intérêt
pour les pêcheurs, les uns aimant s’enfouir
dans le sable, les autres préférant se nicher
dans
des
abris
variés.
Les
deux
derniers
groupes concernent des poissons comestibles
affectionnant
saumâtres,
les
liés
milieux
sablo-vaseux
et
leurs goûts,
vestimentaires pour les uns, alimentaires pour
surtout
par
les autres.
Blennies, gobies, baleiniers,
couvreurs, taupes et lézards
La plupart sont associés aux débris de coraux
ou autres
invertébrés, sable ou vase, algues ou
herbiers. Ils creusent des terriers pour se
cacher et chasser. Ils fouillent les sédiments à
Les barbiers ont une large gueule à petites
dents, une queue échancrée, une robe rose et
jaune
brillante.
Remuants,
ils
forment
d’immenses essaims sur le tombant du récif,
dans les passes et leurs abords, constituant un
menu
de prédilection pour certains thons. Les
cardinaux ont les mêmes mœurs grégaires et
la même agilité. Malgré leur abondance, on les
voit peu. Ils se cachent souvent durant la
journée dans les interstices de coraux, des
terriers abandonnés, des coquillages vivants
ou
morts, des éponges, entre les piquants
d’oursins ou de laramea. Ils sont actifs surtout
â la tombée de la nuit et peu avant l’aube. Trait
singulier : mâles et femelles de quelques
espèces incubent leurs œufs dans la bouche.
Leur appellation vient de leurs couleurs domi¬
nantes, rouge et noir. (35 sp., 5-15 cm)
Les harpes, poissons plats, bruns, aux
noms évocateurs de forme, vivent
embusqués
dans
les
grottes coralliennes en petits
troupeaux parmi les rougets dont ils ont les
mœurs nocturnes. Les
poissons-pavillons à
robe argentée et queue fourchue fréquentent
plutôt les vasques du récif. Ils se capturent la
nuit et servent d’appât pour la pêche à la
traîne. Les moustelles et perles sont des
poissons à la
peau
nue,
serpentiformes,
presque aveugles. Chez les premiers, murènes
réduction, les ventrales réduites à un ou
deux filaments s’insèrent sous la tête. Chez les
en
seconds, translucides, hôtes traditionnels des
bêches de mer, gros bivalves et étoiles de mer,
elles ont disparu et l’anus s’ouvre sous les
pectorales, (env. 3 sp., 5-30 cm)
Tarpons, poissons-os,
poissons-lait, mulets et muges
Tous portent une robe gris métallisé brillante
à reflets variés.. Les tarpons (ropa) et les pois¬
('io’io), allongés, puissants, possèdent
nageoires à rayons mous, des écailles
cycloïdes et des dents pavimenteuses portées
par un prémaxillaire court et un long
maxillaire, des arêtes intermusculaires très
développées. Une vessie natatoire reliée à
l’œsophage par un canal ouvert leur permet de
sons-os
des
la recherche de nourriture. Hormis
quelques
blennies,
tous sont
carnivores, amateurs de
poissons, larves variées.
Certains descendent à plus de 100 m de
profondeur. Blennies et gobies ont un corps
comprimé latéralement et une peau presque
nue, couverte de mucus gluant. Les blennies se
différencient des gobies par des nageoires
vers,
crustacés,
ventrales
très
antérieures
transformées
en
points d’appui. Dressés sur elles, la queue en
arc
de
cercle,
les
mâles
défendent
énergiquement leur terrier, surtout en période
de reproduction. Les gobies possèdent un
disque ventouse ventral leur permettant de se
fixer. Familiers des flaques récifales et des
estuaires, ils remontent parfois les torrents.
Experts en terrassement, les mâles rebouchent
chaque soir le terrier conjugal sur la femelle et
ne la
rejoignent qu’après plusieurs rondes de
surveillance. Les baleiniers sont cylindriques,
à bandes transverses, jaunes, brunes ou
rouges. Solitaires, campés sur leurs nageoires
ventrales, ils surveillent de leurs yeux
exorbités ce qui se passe alentour, comme les
couvreurs et
poissons-taupes appelés souvent
“yeux de la mer” à cause du vif éclat de leurs
yeux mobiles. Les poissons lézards doivent
leur nom à une bouche énorme et bien fendue,
plusieurs séries de dents fines et serrées, un
corps allongé et camouflé couleur de sable, et
à leur technique de chasse par
approches
successives. Toujours prêts à foncer sur une
proie qui passe à leur portée, ils s’emparent
même des appâts des pêcheurs à la ligne, (env.
80 sp., 5-30 cm)
Eperviers, barbiers, cardinaux,
barpes, pavillons, perles
et moustelles
Vivement colorés, les éperviers rappellent les
loches par leur large gueule et leurs gros yeux
saillants. Ils doivent leur nom scientifique aux
cirrhes prolongeant leurs épines dorsales.
Le jour on peut les voir immobiles, campés sur
leurs pectorales épaissies, soit sur un belvé¬
dère de corail, à l’affût d’une proie, soit près
d’un abri en éponge, nez dans le courant, en
attente de plancton, (env. 10 sp., 15-80 cm)
100
à gauche :
Un poisson lézard
Les poissons cardinaux
(Apogon bandanensis),
(Synodus variegatus),
comme tous
corallien, s’apprête à
bondir sur la première
proie qui passe.
essaims.
à l’affût sur son socle
au-dessous :
Le gobie ’o’opu
(Cottogobius yongei)
retire de son
homochromie parfaite
avec
l’antipathaire
leurs
congénères, forment
parfois d’immenses
Cirrhipales l’avantage
de pouvoir brouter les
polypes et saisir du
plancton au passage
sans se faire repérer de
ses
ennemis.
POISSONS DE POLYNÉSIE
gonfler et se dégonfler. Ces poissons
carnivores sont appréciés par les amateurs de
se
pêche au lancer pour leur force et leur comba¬
tivité. (2 sp., 80-120 cm)
Le poisson-lait fovujest un proche parent
du ’io'io dont il a la forme, la taille, les arêtes
nombreuses, mais pas les dents. Végétarien
microphage, il entre et sort constamment en
bancs massifs dans les lagons des atolls. Les
pêcheurs paumotu ont construit sur leur route
pièges faits de blocs de coraux empilés.
Les ava s’accommodent bien de la captivité et
font l’objet d’élevage industriel à Rangiroa
(Tuamotu). Ils pondent des millions d’œufs et
se reproduisent aisément. Les
jeunes (’oma’a)
sont utilisés comme appâts vivants. ( 1
sp., 1 m)
des
Les mulets ont un corps épais, une tête
aplatie
sur le dessus. Nageurs de surface,
craintifs, pourchassés par tous les prédateurs,
ils changent sans cesse de direction et sautent
hors
de
l’eau
pour
dérouter l’ennemi.
Omnivores microphages, ils vivent en bancs
importants dans les eaux saumâtres et même
en
eau
douce, mais jouent aussi dans les
vagues à saute-mouton par-dessus le récif. On
les prend aisément à l’épervier, mais ils
sable ou la vase. Quand ils ne s’en servent pas,
leurs modestes exigences écologiques et ali¬
mentaires en font des poissons d’élevage
replient dans un sillon médian sous le
Poissons au corps comprimé, à la
queue fourchue, aux deux dorsales distinctes,
ils se différencient par la coloration et la
présence ou l’absence d’une tache ou marque.
Les muges (moi), proches parents des
mulets, sont des carnivores paisibles ne vivant
mêlés à d’autres espèces, entre les pâtés
coralliens et sur les platiers, quand ils franchis¬
sent le récif avec la marée. (10
sp., 25-60 cm)
mordent peu
à l’hameçon. Comme les ava,
économiquement intéressants. (4 sp., 40-60 cm)
pas en bandes.
Leurs pectorales sont en deux
ils les
menton.
On les rencontre un peu partout, en groupes,
parties : les rayons supérieurs forment une
nageoire normale, tandis que les inférieurs
Les soles, poissons plats à la bouche
tordue, aux nageoires dorsale et anale allant
du museau à la queue, passent leur vie
teurs
trouvent sur la
sont
libres
et filamenteux, servant de détec¬
d’aliments dans le sable. (1 sp., 50 cm)
Surmulets et soles
Ils n’ont en commun que leur goût pour les
crustacés, mollusques, poissons et autres
larves, enfouis dans le sable. Les surmulets se
reconnaissent à une paire de barbillons
charnus et effilés, articulés sous le mandibule,
leur servant à repérer leur nourriture dans le
au-dessus :
Les poissons-os ’io'io
(Albula vulpes) sont des
poissons puissants,
appréciés des pêcheurs
au lancer pour leur
combativité, mais
bourrés d’arêtes.
à droite :
Un poisson-taupe
( Nemateleotris hellrichi)
déambule lui sur la
pente externe du récif-
barrière par 50 m de
fond.
couchées
sur
côté. Les deux yeux se
face exposée (gauche chez les
un
Bothidés, les plus fréquents en' Polynésie,
droite chez les Soleidés), qui adopte la teinte
du fond avec souvent des taches bleu lavande
irréguliers mais bien dessinés.
aveugle est décolorée. Les paü'i
aux
contours
La
face
aiment s’enfouir dans le sable et en fuser avec
agilité pour gober leur proie. Leur chair est
aussi fine que celle de leurs sœurs euro¬
péennes. (3 sp., 15-40 cm)
au-dessus :
La sole pat/7
(Bothus mancus), avec
ses
deux yeux du côté
gauche de la tête,
préfère les fonds
sableux.
au-dessous :
Le barbet ’ati’ati’a
(Parupeneus
trifasciatus), barbillons
sortis, se repose au pied
d’un massif corallien.
à gauche :
Un blennie (Exallias
sp.), posté sur ses
nageoires ventrales qui
le supportent, suit les
visiteurs de ses gros
yeux depuisson mirador
corallien.
101
LE MONDE MARIN
Poissons du large
tous les bébés carangues de la
Malgré quelques affinités de forme et
poissons de ce chapitre
sont rassemblés surtout parce que la plupart
sont attirés par le large.
teinte familiales, les
presque
blanches
ou
noires,
les
carangues arborent les teintes les plus variées,
le rouge exclu. On les reconnaît aisément à
leur silhouette ovale, leur corps très aplati
avec les nageoires pectorales en forme de faux,
leurs petites écailles,
latérale, juste en
voracité quand on les pêche à la ligne à l’appât
(’ôuma)
ou
à la traîne, elles sont
entourées de requins aux aguets.
Toutes les carangues ont en commun un grave
défaut : la curiosité. Curiosité mortelle
souvent
Couleur de bronze doré moucheté de noir,
bleues constellées d’or, glauques argentées ou
encore
groupes au large des récifs ou entre les pâtés
coralliens
lagonaires. Victimes de leur
vivant
Carangues et maquereaux
taille d’un doigt
harehare, puis jusqu’à 20 cm püharehare. Audelà, ils deviennent paaihere, ’autea, ’ômuri,
uru'aii, ruhi, papio... Essentiellement
carnivores, les carangues aiment nager en
les scutelles sur la ligne
avant de la queue, leur
bouche souvent extensible et leur queue
fourchue révélant des nageurs rapides, sur de
longues distances. Les Polynésiens ont baptisé
lorsque le chasseur sous-marin sait les attirer
par un appel de bouche. Blessées, elles
émettent une sorte de gloussement précipité
qui alerte en quelques secondes tous les autres
carnassiers du voisinage, (env. 17 sp., 20-180 cm)
Les poissons-pilotes furi), arc-en-ciel
(roe roejet les sérioles (matavai)sont aussi des
Carangidés mais, contrairement aux
précédents qui ne quittent pas la plate-forme
insulaire, ils s’éloignent à des dizaines de
milles de la côte. (2 sp., 70-100 cm)
Toutefois, les grands voyageurs de la
famille sont les maquereaux polynésiens, plus
connus sous le nom de alure et de ’ôperu. De
petite taille (15-20 cm), ils ont la forme de
torpille, la livrée argentée et la nourriture à
base de plancton ou de proies microscopiques
des poissons pélagiques. Ils se déplacent dans
le Pacifique par bancs de plusieurs dizaines de
milliers d’individus qui viennent chaque année
faire une halte de quelques mois dans les
lagons polynésiens. Les ’ôperu fréquentent
les
îles
Sous-le-Vent
décembre.
Les
ature,
surtout
plus
de
août
à
largement
distribués, arrivent en octobre-novembre et
repartent en mars-avril. Pendant la saison,
certains coups de grands filets ramènent plus
de 100 000 poissons.
La plupart des carangues sont d’un grand
intérêt commercial. Elles figurent aux menus
tahitiens parmi les poissons de luxe, même si
certains uru’ati ou paaihere de grande taille
peuvent être vénéneux. Les ature et 'ôperu, ja¬
mais vénéneux, servent aussi d’appâts vivants.
Barracudas et tazards
rapides et puissants s’aven¬
des côtes. Sphyraenidés
(ti’atao, tâti’a et ono) ou Scombridés (pâere),
ces poissons sportifs font partie des fauves du
large, le grand barracuda et le tazard surtout,
aux mensurations impressionnantes (jusqu’à
2 m pour 50-60 kg), les bécunes étant de taille
plus réduite. Les barracudas ont une forme
cylindrique allongée, des nageoires dorsales
bien séparées, la seconde étant très posté¬
rieure, un corps couvert de petites écailles
cycloïdes, une robe dorsale gris métallisé,
marquée de taches et bandes transversales
noires (dont la forme et la disposition aident à
l’identification), tandis que le ventre est blanc
argenté. Leur gueule immense bien fendue, à
la mâchoire inférieure débordante, est garnie
de crocs en dents de scie et de deux paires de
redoutables canines perçantes et tranchantes,
leur permettant de couper en deux leurs proies
les plus grosses. Malgré leur air agressif, les
ono font mentir la réputation de férocité
qu’ils
ont
acquise dans l’Atlantique. Aucune
attaque n’a été rapportée, mais quand ils sont
pris à la ligne ou au fusil ce sont des lutteurs
opiniâtres. Solidement transpercés et retenus
par le nylon, ils cherchent à mordre le
chasseur. Plus les barracudas sont gros, plus
Ces carnassiers
turent
très
loin
ils sont seuls. Jeunes, ils vivent en groupe et
fréquentent les lagons. En vieillissant, ils
s’isolent et vagabondent en solitaire au large.
Les tazards ont un corps fusiforme, au dos
bleu sombre et au ventre argenté. Leur
museau pointu et dur s’ouvre sur une large
bouche, à fortes dents triangulaires
comprimées. Ils se déplacent souvent à 4 ou 5
ensemble le long des atolls, où ils se
nourrissent de poissons volants, calmars,
pieuvres ou crustacés. La chair de tous ces
poissons est excellente, mais les grands ono
peuvent être vénéneux. (4 sp., 0,5-2,5 m)
en
haut :
Caranx chello.
Cette carangue ne figure
pas parmi ies espèces
communes des eaux
poiynésiennes.
102
La grande bécune
ll’atao (Sphyraena
forsteri) circule en
groupes parfois très
denses le long des récifs
barrières.
POISSONS DE POLYNÉSIE
Poissons-volants
CARANX
IGNOBILIS
uru'ati
C. à grosse tête
Très abondants, les mârara ont des nageoires
pectorales démesurément développées leur
permettant d’émerger de l’eau pour effectuer
des vols planés ou glissades aveugles de
quelques secondes à près d’une minute suivant
le vent, à la vitesse de près de 60 km/h. Ils
utilisent leurs ailes pour échapper à des préda¬
teurs trop pressants. Carnivores, se nourris¬
sant de zooplancton, de crustacés et de petits
poissons, les mârara sonl eux-mêmes le gibier
favori des thons, des tazards, des espadons et
des coryphènes, sans compter les hommes, qui
les utilisent comme appâts vivants pour
capturer leurs prédateurs ou les mangent cuits
court-bouillon
C. REGULA RIS
’autea
C. mouchetée
CARANGOIDES
HEMIG YMNOSTETHUS
pahuru
C. rayée
GNATHANODON
SPECIOSUS
frits, car ils ne sont
jamais toxiques. On les capture suivant une
technique spéciale. (I sp., 30 cm)
au
ou
Le poisson-volant
mârara (Cypselerus
simus) est capable
grâce à ses ailes
pectorales d'effectuer
des vols planés de
plusieurs centaines de
mètres hors de l’eau.
pa’aihere manini
C. d'or
La carangue pap/o
(Trachinotus bailloni)
arbore des nageoires
dorsale et anale
falciformes et unequeue
fer de lance tout à
fait remarquable.
en
ALECTIS
INDICUS
tapatai
C. échevelée
CARANX
SEXFASCIATUS
’omuri
C. aux gros yeux
C. MELAMPYGUS
pa'aihere
C. bleue
C. LUGUBRIS
ruhi
C. noire
CARANGOIDES
ORTHOGRAMMUS
pahuru pata
C. tachetée
TRACHINOTUS
BAILLONI
papio
Poisson manège
URASPIS
HELVOLA
pa’Ta
C. striée
SERIOLA
I ALANDI
mataval
Liche
NAUCRATES
DUCTOR
’url
Poisson pilote
DECAPTERUS
PINNULA TUS
Une raie aigle (Aetobatis
narinari) se déplace audessus d'un fond
sableux flanquée des
rémoras (Echeneis
naucrates) collés à sa
peau par leur ventouse
dorsale.
'operu
C. maquereau
SCOMBEROIDES
LYSAN
rai
C. leurre
ELEGA TIS
BIPINNULA TUS
roeroe
C. arc-en-ciel
SE LA R
CRUMENOPHTALMUS
ature
Les grands exemplaires
de rémoras, qui
Chinchard
atteignent près d’un
mètre, vivent sans hôte.
103
LE MONDE MARIN
Raies manta et rémoras
Poissons cartilagineux, comme les requins, les
(Mobulidés) se distinguent des raies
armées (qui ont déjà été décrites) par le fait
qu’elles ne se posent Jamais sur le fond et par
leur mode de vie vagabond. Ces géants débon¬
naires de plusieurs mètres et centaines de kg,
remarquables à leurs nageoires pectorales en
Mailla
forme de cape bleu nuit atteignant jusqu’à
lü m- de surface, comptent parmi les êtres les
plus spectaculaires du monde marin. Elles se
déplacent sans relâche, seules ou en duo, non
de tonnerre, simplement pour se débarrasser
des
rémoras, collés par dizaines
ventre.
Ces derniers
sont
sous
leur
des Echeneidés au
corps gris vert effilé (50 cm) et aux nageoires
réduites, ayant au-dessus de leur tête aplatie
ventouse leur permettant de se coller
fermement au ventre de gros poissons, princi¬
palement requins et raies. Ils se font ainsi
une
véhiculer
sur
de
longues distances par leur
hôte, se nourrissant des restes de ses menus ou
de ses excréments.
de
Poissons-purges, saumons des
dieux, brèmes noires
et poissons-têtes
hors de l’eau avant de retomber dans un fracas
pêcheurs à la longue ligne con¬
poissons, assez rares dans nos
eaux, vivant par 50 à 200 m de fond et ne
s’aventurant pratiquement jamais en lagon.
loin de la surface, autour des îles et dans les
lagons, la bouche énorme, pourvue de milliers
dents
minuscules, toujours ouverte,
encadrée de deux courtes expansions anté¬
rieures jouant le rôle d’entonnoir à plancton.
Elles bondissent parfois à plusieurs mètres
Seuls
les
naissent
ces
La raie manta (Manta
birostris), ondulant avec
ses
8
de cape
déployés, compte parmi
les merveilles du monde
sous-marin.
La brème noire
( T aractichthys
longipinnis), avec ses
airs de carangue,
(à gauche) et le poissontète, dépourvu de
nageoires pelviennes et
caudales, (à droite)
constituent des
originalités rares des
eaux polynésiennes.
104
Les Gempylidés {niaiia, bleuté, et 'uravena,
orange-brun) ont une peau rugueuse gluante,
un corps flasque et allongé (jusqu’à I m et
50 kg), une chair délicate aux vertus laxatives
prisée des connaisseurs. Les Lampridés,
Bramidés et
Molidés
ont
en
leur
commun
silhouette très particulière, un
corps aplati, l’absence de nom local, l.e
saumon des dieux est une magnifique bête de
50 à 100 kg à la robe bleue ou rose brillante
scintillant de mille taches d’or, à la chair rosée
délicieuse et très recherchée. La brème noire,
rareté,
une
de taille plus réduite, de robe moins belle, a un
goût aussi exquis. Quant aux poissons-têtes,
ce
sont
des
bizarreries de la
nature
à la
carapace bleutée dure, cousins des môles.
Sans nageoire pelvienne ou caudale, avec la
dorsale et l’anale soudées en arrière pour
former une seule et même nageoire, ils ont l’air
inachevé, malgré leurs 60-80 cm de long.
7 Requins et animaux du large
Poissons, Reptiles
et Mammifères
de titre
grande
taille,ontcetoujours
chapitresuscité
est consacré
ces Requins de Polynésie
exceptionnels
à plus d’un
et qui
l’intérêtà des
animaux
hommes.
Les requins sont pour la plupart d’entre eux intimement liés aux récifs et
lagons,
mais quelques-unes des
17 espèces habitant nos îles vivent essentiellement en
Partout dans le monde, les requins sont
l’objet d’une crainte hors de proportion avec le
danger qu’ils représentent vraiment. Dans
quelques régions, cependant, on les considère
avec plus de discernement. La
Polynésie fran¬
çaise est de celles-là. C’est que, depuis le passé
le plus lointain, ses habitants ont vécu en
profondeur ou dans le grand large. Quel est le pays où n’existe aucune légende sur les
requins qui, de tout temps, ont intrigué les hommes par leur allure et leurs moeurs ?
Les thons et les bonites font partie de la vie polynésienne mais les 5
espèces
principales viennent parfois de loin et leurs migrations à travers le Pacifique
commencent à être établies. Certains thons peuvent descendre à plusieurs centaines
de mètres de profondeur alors que les bonites restent dans les eaux chaudes
super¬
ficielles de l’océan. Les techniques traditionnelles de pêche au thon et à la bonite
témoignent de la place de ces espèces dans la culture et la société polynésiennes.
Avec les espadons et les marlins, 6 espèces à la taille parfois imposante, nous
allons plus au large et plus profond. Si la pêche à l’espadon était autrefois un combat
singulier pour le pêcheur dans sa pirogue, le caractère sportif est demeuré, mais les
mordages (les touches) diminuent régulièrement depuis une dizaine d’années, de
même que les poids records, par suite du développement de la pêche industrielle à la
longue ligne qui met en péril les stocks de ces espèces. On est passé à une
inconsciente et aveugle extermination.
Les tortues sont des reptiles aussi mythiques qu’insuffisamment connus sur le
plan scientifique. Ces vénérables fossiles vivants portent sur leur carapace la longue
histoire de leurs ancêtres avec leurs migrations à travers le Pacifique Ouest et central.
Des 3 espèces de tortues marines, la tortue verte est la plus abondante mais elle est
aussi très menacée par suite d’une surpêche et de la destruction des lieux de ponte.
Quelle chance pour la tortue à écailles d’être réputée toxique ! Quant à la tortue luth,
elle est aussi imposante-500 kg - que rare en Polynésie et aucun lieu de ponte ne lui est
connu. Mais ces respectables
reptiles ne sont-ils pas protégés ?
Enfin avec les baleines et les cachalots, ces géants des mers extrêmement
évolués, c’est la classe des Mammifères que nous abordons. Les 24 espèces qui
fréquentent nos côtes, qu’il s’agisse de Cétacés à fanons se nourrissant de plancton
(comme le rorqual) ou à dents qui sont carnivores (comme le cachalot, l’orque et le
dauphin), effectuent des migrations et c’est le grand océan qui leur appartient. Nous
sommes loin d’avoir percé tous leurs mystères.
Tous ces animaux approchent nos côtes comme un voilier venant du large et
visitant nos îles. Leur masse, leur force, leur assurance, la grandeur de leur migration,
le gigantisme de leur domaine, la faible connaissance que nous avons d’eux, tout cela
nous incite au respect de ces grands du large.
vertèbres
estomac
moelle épinière
testicule
spiracle
glande rectale
rate
|
avec
communion
la
mer.
Une
éducation naturelle leur donne une connais¬
sance réaliste de sa faune, de ce
qu’ils peuvent
espérer, ou redouter. On doit aussi tenir
compte du fait que les eaux de la Polynésie
française comprennent peu d’espèces de
en
requins
potentiellement
que
qu’ailleurs.
Des espèces plus ou moins
agressives
D’après les statistiques, les agressions les plus
nombreuses sont à mettre au compte du grand
requin blanc, Carcharodon carcharias. Si
l’espèce est assez rare dans toutes les mers du
globe, ses spécimens sont encore plus rares
sous
les tropiques. Quelques-uns ont été
capturés aux îles Hawaii, mais le grand requin
blanc n’a pas encore été répertorié avec.certi¬
tude dans les eaux de Polynésie française.
Toujours d’après les statistiques, le
requin tigre, Galeocerdo cuvier, est le plus
dangereux après le grand requin blanc. S’il
n’est pas rare dans nos parages, on le
rencontre peu souvent, car il a pour habitude
de rester en eau profonde pendant le jour et de
Des adaptations
anatomiques très
spéciales du globe
oculaire chez les requins
leur permettent de
déceler les objets et les
Morphologie interne
canal
dangereuses,
celles-ci sont faiblement représentées, ou que
leur comportement est moins belliqueux ici
d’un requin type.
aorte dorsale
oesophage
étroite
urogénital
cerveau
mouvements dans des
conditions de faible
visibilité. S'ils ne
distinguent peut-être
pas précisément les
détails des objets, leur
attention est en
revanche attirée par tout
effet de brillance ou de
bulbe
olfactif
pharynx
coeur
fentes branchiales
contraste.
organes copulateurs
pancréas
intestin
A. La lumière focalisée
par le cristallin excite la
rétine, permettant la
orifice cioacal
foie
nageoire pectorale
Embryons non
développés de
Carcharhinidae. Les
requins de cette famille
sont vivipares :
humeur vitrée
vision normale.
l'embryon se développe
à l’intérieur de la mère
B. Chez les requins, un
mécanisme spécifique
réfléchit la lumière une
seconde fois sur la
rétine, amplifiant la
sensibilité.
C. Certains
évitent une
requins
surexposition en
qui donne naissance à
un jeune requin.
fermant le tapétum
lucidum, grâce à la
migration des cellules
pigmentaires.
paupière fixe
I
rétine_|
B
tapétum lucidum
choroïde
ligament
suspendu
cristallin
rétine
cellules
à pigments
cristallin
nerf
optique
iris
paupière mobile
ou
nictitante
105
LE MONDE MARIN
Quelques espèces de
requins présentes en
Polynésie française.
Un plongeur capable
d’identifier l'animal qu'il
rencontre sera à même
d’adopter la meilleure
attitude compte tenu du
comportement habituel
de cette espèce.
ne s’aventurer que la
nuit en eau moins
profonde ou dans les passes. Malgré la peur
qu’il a pu inspirer au cours de ses rares face-àface avec des Polynésiens, peu d’agressions lui
sont
attribuées.
Les requins requiem ou requins gris, en
particulier ceux du genre Carcharhinus, cons¬
tituent le groupe le plus diversifié en
Polynésie française. Certaines espèces y sont
CARCHARHINUS ALBIMARGINATUS
ma'o tapele R. à aileron blanc de récif
très rares, d’autres courantes. Presque tous ces
requins possèdent une dentition importante,
leur comportement est variable : à peine
dangereux, ou agressifs en puissance. A titre
d’exemple, le requin à aileron noir, Carcharhi¬
nus melanopterus,
l’un des plus communs
dans nos régions : typiquement timide, il évite
les gens dans l’eau, mais il peut être attiré par
les pieds de ceux qui marchent sur les platiers
récifaux très peu profonds.
et
CARCHARHINUS AMBLYRHYNCHOS
raira R. gris de récif
GALEOCERDO CUVIER
ma'o toretore R. tigre
TRIAENODON OBESUS
màmaru R. à aileron blanc du lagon
Au
contraire, le requin gris de récif,
amblyrhynchos, se montre
Carcharhinus
CARCHARHINUS LIMBATUS
'olhe R. au long museau
NEGAPRION ACUTIDENS
ma'o 'arava R. citron
CARCHARHINUS LONGIMANUS
SPHYRNA LEWINI
ma'o taumata R. marteau à festons
CARCHARHINUS MELANOPTERUS
SPHYRNA MOKARRAN
ma'o taumataroa Grand requin marteau
ma'o parafa R. à aileron
blanc du large
maori R. de récif à aileron noir
Ce grand requin
marteau (Sphyrna
mokarran), pêché à
Tikehau dans les
Tuamotu, fait l'objet
d’une observation
détaillée par le plongeur.
Cette espèce, qui atteint
plus de 3 mètres à sa
maturité (celui-ci fait
3,50 m), n’est pas
considérée comme
agressive vis-à-vis de
Polynésie.
l’homme en
Un requin gris de récif
(Carcharhinus
amblyrhynchos) dans
son
milieu récifai
habituel, ici à Rangiroa.
Son habitat d’élection se
situe autour des petites
îles, où II affectionne
surtout les zones sous
le vent.
106
REQUINS ET ANIMAUX DU LARGE
souvent curieux, en particulier dans les zones
peu fréquentées par les plongeurs et nageurs.
11 arrache volontiers de la flèche une proie har¬
ponnée, et il a mordu par erreur, en plusieurs
occasions, des plongeurs trop proches d’un
poisson en train de se débattre. 11 peut
également attaquer pour d’autres motifs que
la quête de nourriture. Et, si plongeurs et
nageurs qui n’utilisent pas le harpon et ne s’en
prennent pas à un prédateur en chasse ont peu
à craindre de cette espèce, il n’en est pas moins
vrai que, dans nos régions, elle est tenue pour
responsable du plus grand nombre d’attaques
commises contre l’homme.
Un autre membre de la même famille,
considéré comme pouvant être dangereux, est
le requin du large à aileron blanc, Carcharhi-
longimanus. Assez abondant et auteur de
nombreuses agressions, son habitude du
grand large le rend moins inquiétant à
proximité des îles polynésiennes. C’est,
nus
Famille et espèce
malgré tout, l’espèce qui tourmente le plus
les pêcheurs sportifs et profession¬
souvent
nels.
requin à aileron argenté, Carcharhinus albimarginatus, est moins courant, et vit
généralement le long des tombants. Impres¬
sionnant car il appartient à la catégorie des 3
mètres, on ne le considère pas, localement,
comme redoutable. Le requin à aileron noir,
Carcharhinus litnbaïus, se rencontre peu, et
fréquente de préférence les eaux turbides des
lagons. 11 se situe, lui aussi, dans la catégorie
des 2 mètres et plus, et peut présenter un
certain danger pour les pratiquants de la
chasse
sous-marine.
Les autres requins
requiem sont relativement peu courants, voire
rares.
Bien qu’on le distingue des requins
requiem ou requins gris, le requin gris de récif
à aileron blanc, Triaenodon obesus fait partie
de la même famille des Carcharhinidae. Sans
doute le plus commun en Polynésie, sa taille
Nom commun
tahitien
petites, sont mieux faites pour la
préhension que pour trancher. Sans quitter les
Carcharhinidae, on trouve le requin citron,
vement
Le
Nom commun français
moyenne n’atteint pas les 2 mètres, et on ne le
tient pas pour dangereux. Ses dents, relati¬
Abondance
Negaprion acutidens. Pas très courant, doté
d’une dentition redoutable, de taille variant de
2 à 3
mètres, c’est un timide dont il faut se
méfier car, aux dires des Polynésiens, il peut
devenir
très
dangereux si
Habitat
Taille
Compor¬
maxi¬
tement
mum
typique
timide
Carcharhinus
C. falciformis
C. galapagensis
C. leucas
c. limbatus
C.
longimanus
C. melanopterus
Galeocerdo cuvier
ma’o ’aero
rare
haute mer
6 m
R. à aileron blanc de récif
ma'o tâpete
semi-commun
tombants récifaux
3 m
raira
commun
lagons et récifs
2 m
R.
gris de récif
Triaenodon obesus
LAMNIDAE
Isurus oxyrinchus
indifférent,
curieux
indifférent,
curieux
R. soyeux
tautukau
rare
R. des Galapagos
inconnu
rare
océan et récifs
3.7 m
R. taureau
Inconnu
rare
récifs
3 m
R. au long museau
’oihe
peu commun
lagons et récifs
2,5 m
R. à aileron blanc du large
ma'o parafa
commun
haute mer
3,5 m
R. de récif à aileron noir
mauri
commun
récifs
R. tigre
ma'o loretore
1.8 m
peu commun
5,5 m
profondeur le
jour, plus en surface
indifférent,
agressif
lagons et récifs
et R. à pointes
noires
océan près des récifs 3 m
en
la nuit
Negaprion acutidens
indifférent
R. citron
ma’o ’arava
semi-commun
3 m
R. à aileron blanc
du lagon
mâmaru
timide
commun
récifs
2,2 m
indifférent
haute mer profonde
3,7 m
lagons et récifs
3 m
Mako ou R. mako à
ma'o 'a'ahi
rare
R. dormeur
ma’o rohoi
semi-commun
nageoires courtes
indifférent,
agressif
indifférent
S. mokarran
temps avec la même
régularité pendant
quelques mois, ils
choisiront peut-être un
autre refuge.
Liste complète des
espèces de requins
répertoriées à ce jour
en Polynésie française,
avec
noms
indication de leurs
scientifique et
commun, leur
R. baleine
inconnu
rare
haute mer
20 m
indifférent
R. marteau à festons
ma’o taumata
rare
ma’o taumataroa
3,3 m
rare
lagons et océan
lagons et océan
indifférent
Grand requin marteau
6 m
indifférent
SPHYRNIDAE
Sphyrna lewini
nourriture et seront de
retour au matin. Après
avoir suivi cet emploi du
timide
RHINCODONTIDAE
Rhincodon typus
(Triaenodon obesus)
dans leur abri diurne, ici
à Tahiti. A la nuit, ils
indifférent,
agressif
indifférent,
ag ressif
indifférent,
agressif
indifférent,
agressif
ORECTOLOBIDAE
Nebrius concolor
Des requins à aileron
blanc du lagon
partiront en quête de
R. renard commun
CARCHARHINIDAE
albimarginatus
C. amblyrhynchos
le dérange,
Les
requins marteaux (famille des
Sphyrnidae) sont représentés par deux espèces
le grand requin marteau, Sphyrna mokarran,
et le requin marteau à festons, Sphyrna lewini.
S’y ajoute une troisième espèce, mais Jusqu’à
présent non décrite, appelée mao afata par les
Polynésiens. Si, en Polynésie française, les
requins marteaux ne sont, en principe, pas
agressifs, on se souviendra qu’ils ont mauvaise
réputation en d’autres régions du monde.
ALOPIDAE
Alopias vulpinus vulpinus
on
autrement dit si on le harponne.
abondance, habitat,
taille maximum.
Il va de soi que la
dernière rubrique, dite
"comportement
typique", est d'ordre
plus subjectif.
107
LE MONDE MARIN
Les mœurs des
requins
L’humeur
et
le
comportement
des
requins sont moins imprévisibles qu’on se
plaît à le répéter. Mieux on les connaît, moins
leurs réactions peuvent être qualifiées d’inat¬
tendues et, en cela, ils ne se différencient guère
des autres animaux.
Comportement diurne et nocturne
Presque tous les requins sont nocturnes, c’est-
à-dire qu’ils sont plus actifs pendant les heures
d’obscurité, où ils donnent leur pleine mesure
de prédateurs. Chez une espèce qui nage habi¬
tuellement sans relâche, on observera que la
vitesse de déplacement et la variété des mou¬
vements décroissent pendant les heures du
jour. D’autres, qui ne sont pas obligés de
nager de façon continue, en particulier le
requin à aileron blanc de récif et le requin
nurse,
passeront leur journée dans une
inaction relative, à l’abri d’une grotte ou d’une
cavité, pour ne reprendre leur activité que le
soir venu, quittant alors leur refuge en quête
de proie.
Déplacements
apparaît qu’en Polynésie française la
plupart des requins du littoral séjournent dans
une même zone au cours de périodes relative¬
ment
longues. Des études de marquage
réalisées aux Tuamotu ont révélé que le requin
à aileron blanc de récif et le requin gris de récif
restent, des années durant, à l’intérieur d’un
même territoire de quelques kilomètres carrés.
L’observation méthodique a confirmé
Il
certaines habitudes véritablement routinières,
requin à aileron blanc de récif
qui se reposait au cours de la journée dans la
même grotte, et cela pendant plus de deux ans.
Grâce au marquage télémétrique (fixation
externe
ou
introduction par voie orale
d’émetteur électronique à ultra-sons) on a
dénoté chez le requin gris de récif une fidélité
aux habitudes qui confine à la manie. Par
exemple, un des requins testés passait les
heures de jour dans un endroit turbide du
lagon, à proximité d’une passe. Il gagnait
celle-ci au crépuscule et stationnait à son
entrée jusque vers minuit. Il s’installait alors
dans une partie peu profonde du lagon,
proche de la passe, jusqu’au petit jour où il
rejoignait son domaine turbide du lagon. Cet
emploi du temps fut observé pendant
plusieurs jours avec une étonnante régularité.
comme pour ce
Alimentation et comportement
alimentaire
D’une façon générale, la plupart des espèces
attendent,
pour se mettre en quête de
nourriture, qu’il fasse sombre, avec une prédi¬
lection pour les périodes de transition de
l’aube et du crépuscule. Toutefois, bien des
requins peuvent être incités à partir en chasse
pendant le jour. Ainsi des jeunes, dont la
croissance aiguise l’appétit, et dont le plus
grand nombre rend la concurrence inévitable.
Les requins comptent parmi les rares
108
prédateurs capables d’arracher des morceaux
de leur proie, mais ils se nourrissent rarement
de cette manière. Ils sélectionnent plus volon¬
tiers les espèces qu’ils peuvent couper en deux
ou avaler en entier. En conséquence, la taille
du requin détermine pour une grande part
celle de sa proie. Les familiers du littoral avoi¬
sinant les 2 mètres se nourriront, en principe,
de poissons de 30 cm environ.
Une remarque d’ordre général a trait au
comportement alimentaire des requins du
littoral par rapport à ceux du grand large. Les
requins de lagon usent habituellement de
précautions pour s’approcher d’une proie
convoitée, et procèdent rarement par attaque
directe. Au contraire, les requins du large
peuvent agir de façon plus désinvolte, allant
directement au but pour mordre ou s’emparer
d’un morceau de leur proie.
Comportement agressif
motivé par la faim
non
On a cru très longtemps que le requin
attaquait l’homme pour se nourrir. On
connaît
aujourd’hui d’autres raisons qui
confèrent à l’agression un caractère différent.
Ainsi, à la suite d’une attaque justifiée par la
faim, on s’attendrait à voir l’animal arracher
des morceaux de chair, puis faire son repas
de sa proie mutilée. Des études ont montré
que la plupart des attaques contre l’homme
échappent à ce processus. Souvent la blessure
est une entaille, sans ablation de chair ou
presque. Ces dommages résultent d’un seul
assaut,
après lequel le requin repart
hâtivement.
C’est de
cette façon que procédera le
requin à aileron gris de récif, attaquant pour
nourrir et commettant une erreur d’identi¬
fication. L’agression sera précédée d’une
démonstration précise, que suscite l’attitude
se
du
plongeur. Ainsi a-t-on observé qu’un
chasseur sous-marin, ou un petit submersible
harcelant un requin gris de récif, provoquera
chez ce dernier une exhibition de nage
exagérée, dos courbé, tête levée et dents
souvent
découvertes, ailerons pectoraux
baissés, tandis que l’animal nage dans un
mouvement latéral exagéré. Cette démonstraLa nage d’exhibition
chez le requin gris de
récif (Carcharhinus
amblyrhynchos).
Page de droite :
L’exhibition pré-attaque
consiste
essentiellement en un
changement total de la
façon de nager de
l’animal. Le mouvement
habituel de la queue
s’amplifie et conduit à
une cambrure latérale
très forte qui amène la
tête et la queue à se
toucher alternativement
d’un côté puis de l'autre.
A gauche :
L’exhibition s’intensifie
encore et s’y ajoute un
véritable dandinement
du corps, avec parfois
une
composante
verticale. Elle peut aussi
comporter des tonneaux
et des loopings en
spirale.
REQUINS ET ANIMAUX DU LARGE
tion est souvent le prélude à une attaque non
motivée par la faim.
On a donc la preuve que nombre d’agres-
sion.s ont d’autres mobiles que la quête de
nourriture, et que l’attitude de l’homme, ou de
objet, exerce une influence consi¬
dérable sur cette humeur belliqueuse.
tout autre
Relations entre requin et plongeur
Toute personne rencontrant un requin devrait
être à même de faire certaines estimations et
de réagir en conséquence. En premier lieu, la
espèces présentes dans les
parages est souhaitable. On conçoit qu’il est
précieux de pouvoir identifier son agresseur et
de comprendre la signification de son
comportement. Si l’on reconnaît un requin à
aileron blanc de récif, on sait alors que le
risque d’un affrontement grave est bien mince.
S’il s’agit d’un requin gris de récif, la prudence
s’impose. Si ce dernier se montre agressif, on
devra pouvoir déceler s’il est poussé par la
requin agit probablement pour se nourrir, et il
faut faire en sorte de devenir soi-même une
proie aussi difficile que possible. Tous les
moyens sont bons pour décourager une
tentative d’approche, y compris de taper sur le
museau ou sur la partie sensible des yeux ou
de l’ouïe avec ce qu’on a sous la main. Par
contre, si l’on pressent qu’aucun stimulus ali¬
mentaire n’est en cause, et qu’il s’agit bien d’un
requin gris de récif, une exhibition de nage
exagérée telle que nous l’avons décrite laisse
augurer d’une attaque imminente dont les
raisons sont autres. On doit alors ne montrer
agressivité vis-à-vis du requin, et lui
connaissance des
aucune
faim ou non.
Si la personne est
importuné davantage.
Ces quelques principes font partie d’une
connaissance innée que les Polynésiens des
temps anciens ont développé au contact de
l’océan et de ses habitants. Ce qu’ils ont acquis
leur permet d’échapper aujourd’hui encore à
la peur irraisonnée des requins qu’éprouvent
la plupart des hommes. Mais ils possèdent une
juste estimation des risques qu’ils présentent
et les considèrent avec un respect éclairé.
blessée et saigne, le
donner toute possibilité de s’éloigner sans être
Le requin à aileron blanc
du lagon (Triaenodon
obesus), pourse nourrir,
cassera littéralement le
corail et se frayera avec
force un passage à
travers les crevasses
jusqu'à sa proie
(Rangiroa).
Au-dessus :
Après avoir saisi sa
proie, il l'orientera afin
de pouvoir l'avaler la
tête ou la queue la
première, ou, si elle est
trop grande. Il en
arrachera un morceau.
noir
(Carcharhinus
melanopterus), d'une
espèce habituellement
timide et prudente,
attiré par l'appât caché
dans le récif, s'est heurté
à son départ au harpon
du plongeur (atoll de
Tuaou).
Le requin de récif à
aileron noir
( Carcharhinus
melanopterus) esf un
des requins de récifs les
plus communs dans le
Pacifique. On reconnaît
le mâle (en bas) de la
femelle (au-dessus) à la
présence de l'organe
copulateur, appelé
clasper.
109
LE MONDE MARIN
Les thons
dienne d’un thon représente 10 à 15 % de son
propre poids,
En
Polynésie française on rencontre
principalement 3 espèces de thons exploitées
commercialement : le thon jaune ou albacore
(Thunnus albacares), appelé ’o’a/t/entahitien,
yellowfin luna en anglais ; le germon ou thon
blanc (Thunnus alalunga), ’a'ahi taria en tahitien, albacore en anglais ; le patudo ou thon
obèse (Thunnus obesus), ’a’ahi tatumu en
tahitien, big eye tuna en anglais.
mais chez les jeunes individus,
ce pourcentage est
plus élevé.
L’analyse des contenus stomacaux
montre
en
général que les thonidés se
nourrissent le plus activement pendant les
premières heures de la matinée et en fin de
journée.
Les migrations
et les bancs de thons
Les migrations des thons jaunes semblent être
de moindre importance que celles des bonites.
Reproduction, développement
et croissance
plupart des thonidés ne se reproduisent
La
Sur 1 269 thons jaunes marqués par la
Commission du Pacifique Sud en Polynésie
française, sept marques ont été retournées.
Quatre thons marqués ont été repêchés dans la
zone au
large du Pacifique oriental, deux par
des senneurs et deux par des palangriers.
Le comportement grégaire des thonidés,
généralement considéré comme un moyen de
protection contre les prédateurs, constitue un
élément important, dans une région donnée,
pour l’adaptation des techniques de pêche.
On rencontre deux types de bancs
principaux : les bancs simples, composés
uniquement de thons, en surface ou en sub¬
surface, accompagnés ou non d’oiseaux ; les
bancs de thons associés soit avec des baleines
des
ou
flottants
divers).
tels
2
les
500
m
dauphins, soit avec des objets
(troncs d’arbres, épaves, débris
L’utilisation d’épaves artificielles
radeaux
que si la température de l’eau est supérieure à
25°C, de préférence entre 27 et 29°C. Avec
l’étalement de la Zone Economique Exclusive
de Polynésie française, qui s’étend jusqu’à 5°S
peut considérer que la ponte est
pratiquement continue, du moins dans la
partie nord de ce secteur.
La taille à la première reproduction est de
80 à 90 cm pour le thon jaune ce qui
correspond approximativement à des
on
individus de 2 ans.
Le nombre d’œufs émis
au cours
d’une
ponte varie suivant la taille de l’individu. Par
exemple, 7 millions d’œufs sont pondus par
un
thon jaune de
150 cm.
Les œufs sont pondus en général dans les
premiers mètres de la couche d’eau et éclosent
24 h après. Les larves se développent dans les
eaux
de surfaee,
thermocline
(zone
toujours au-dessus de la
de contact entre l’eau
profonde froide et l’eau plus tiède de surface).
11 semblerait que les juvéniles restent
dans les 100 à 200 premiers mètres. Les thons
adultes peuvent
plonger à plus de 500 m de
profondeur. Les gros thons restent presque
toujours en profondeur dans les eaux plus
froides. Ce comportement est lié à des impé¬
ratifs physiologiques. En effet, leur nage
rapide entraîne une élévation de la
température interne qui, pour les individus de
grande taille, ne peut être équilibrée que par
un
environnement froid.
La croissance du thon jaune est variable
régions ; en ce qui concerne la
Polynésie les estimations suivantes peuvent
suivant les
être données :
Age
1
Taille du thon jaune
an
50 à
60 cm
2 ans
75 à
85 cm
3 ans
Le Dispositif de
Concentration de
(D.C.P.) est
technique nouvelle,
Polynésie
française depuis 1981.
Une vingtaine de D.C.P.
Poissons
100 à 115 cm
une
introduite en
Une alimentation variée
Le thon s’alimente
en
fonction des
sont ancrés,
proies
disponibles dans le milieu où il vit. Poissons,
calmars, crustacés dans des proportions
variables suivant les régions, sont les proies
des thons. On estime que 10 % de la nourriture
sont
constitués par des juvéniles de la même
espèce.
Le contenu de l’estomac est
et
110
8
heures.
La
digéré entre 6
quoti¬
ration alimentaire
ancrés
entre
1
000
et
permet une fixation relative des
principalement autour
des îles Sous-le-Vent et
des îles du Vent, à des
profondeurs variant
1'500 et 3 000 m.
Le but de cette
entre
technique est de
diminuer le temps de
recherche des bancs de
poissons et, par voie de
conséquence, de
permettre une économie
de carburant pour les
pêcheurs.
REQUINS ET ANIMAUX DU LARGE
thonidés, facilitant ainsi la recherche des
bancs tout en économisant le carburant. Ces
bancs associés peuvent être monospécifiques
mixtes, c’est-à-dire un mélange de thons
ou
jaunes et de bonites.
Les techniques de pêche
en
Polynésie
La pêche à la longue ligne est exclusivement
utilisée par les armements coréens et japonais
pêchant sous licences dans le cadre des
accords internationaux. Les palangres sont
lignes flottantes de plusieurs kilomètres.
ligne principale est tronçonnée en
“baskets” de 350 m, chacun d’eux étant équipé
des
La
de 5 à 13 avançons
appâtés.
Les
rendements
dans
la
Zone
Economique Exclusive de Polynésie française
sont de l’ordre de 1,2 à 1,4 tonne par jour.
Cette pêche concerne les thonidés de profon¬
deur qui sont plus âgés ( 1 à 2 ans) que ceux de
surface.
Ees prises sont constituées de
germon (50 à 80 %) de thon obèse et de thon
jaune.
La pêche à la canne et au leurre de nacre est la
technique
traditionnelle utilisée par les
bonitiers locaux pour la capture des thons et
des bonites. Cette pêche de surface ne
concerne que les thons jaunes.
La pêche du thon de nuit est une technique
introduite récemment. Le bateau est maintenu
face au courant, moteurs arrêtés, à l’aide d’un
parachute. Par des fonds de 600 à 800 mètres
récifal, les lignes, montées avec
des hameçons japonais et appâtées avec du
calmar ou des operu sont immergées entre 25
sur le tombant
et 40 m.
Un
appâtage de surface est réalisé en
continu toutes les 5 à 10 minutes avec de la
bonite hachée et salée. Un lamparo de faible
puissance maintient en surface les bancs
d’appâts, tels ature, calmars, operu.
La pêche à la traîne est généralement
pratiquée pendant les trajets vers les lieux de
pêche.
La production annuelle de thons jaunes
est de l’ordre de 500 tonnes dont environ 400
tonnes pour les
bonitiers de Papeete.
La pêche à la longue
ligne est le fait des
armements asiatiques.
Les rendements sont de
l'ordre de 1,2à 1,5tonne
par jour. Les palangres
sont de grandes
lignes
flottantes pouvant
atteindre plusieurs
kilomètres, auxquelles
se
rattachent des
hameçons.
La ligne principale est
liégée à intervalles fixes.
Cette pêche concerne
les thonidés de
profondeur, qui sont
plus âgés (1 ou 2 ans)
que ceux de surface.
La pêche bonitière
locale représente une
production d’environ
1 500 tonnes. Les
principaux centres sont
Tahiti et Raiatea. Depuis
quelques années on
assiste à un
développement de cette
pêche aux îles
Marquises et aux
Australes.
Le mahi mahi ou
daurade coryphéne,
particulièrement
apprécié sur le marché
local, est capturé par les
bonitiers et les poli
marara,
embarcations
de 5 à 7 m propulsées
par un moteur hors-bord
de 50 à 80 CV, et pouvant
atteindre des vitesses de
l’ordre de 25 nœuds
(environ 40 km/h).
111
LE MONDE MARIN
Les bonites
existe
Il
deux
très
bonites
de
sortes
en
Polynésie française. Le olava ou bonite à dos
rayé, Euthynnus ajjhiis, bien qu’il ressemble à
une bonite, fait partie d’une famille distincte.
Son importance en Polynésie est très faible en
comparaison de la bonite à ventre rayé
(listao), Katsuwonus pelamis, qui constitue
l’un des symboles de la vie locale tant pour
l’activité de la pêche que pour l’alimentation.
Suivant la taille, la bonite porte les noms de
auhopu (3 kg), tore (jusqu’à 8 kg) et toheveri
pour les très gros individus.
La bonite à ventre rayé fait partie comme
tous
les
autres
thons
de
la
famille
des
poissons remarquablement
adaptés au milieu environnant, vivent entre 0
et 300 m de profondeur. Ils peuvent migrer sur
de très longues distances et ne sont que très
rarement conditionnés par la nature du fond
Scombridés. Ces
des mers.
Grâce à un réseau de vaisseaux capillaires
dense permettant l’échange rapide du
sang chaud induit par son intense activité et
du sang froid en provenance des branchies, le
listao
a
la
faculté
de
maintenir
une
température interne supérieure à celle de l’eau
de
mer.
Pour les
bonites la différence de
température peut atteindre I L’C. Cette
capacité de thermorégulation permet aux
bonites de pouvoir s’adapter à des conditions
différentes de milieu donc de coloniser des
espaces très vastes.
Reproduction et croissance
La reproduction a lieu en pleine eau. Les
mâles émettent le liquide spermatique qui va
féconder les œufs pondus par les femelles. On
estime pour le listao de l’Atlantique que la
taille à la première reproduction est de 45 cm
pour les mâles et de 42 cm pour les femelles.
La reproduction peut se déclencher n’importe
où et à n’importe quel moment dès lors que les
conditions environnementales sont
favorables. Ce phénomène constitue une
adaptation supplémentaire de la bonite.
La croissance des bonites est de l’ordre de
1,9 à 2 cm par mois pour les individus compris
30 et 50 cm. En Polynésie française,
particulièrement aux îles de la Société et aux
entre
on
trouve de
gros individus
10 kg. On a même signalé des
bonites pouvant atteindre 45 kg.
Les besoins alimentaires quotidiens de la
bonite représentent de 13 à 19 % de son poids
Tuamotu,
dépassant
Le listao (Katsuwonus
carène
médiane
pédoncule
caudal
pelamis).
nageoire dorsale postérieure
nageoire dorsale antérieure
Des particularités permettant
une
vaste répartition
Afin de pouvoir vivre et se reproduire dans un
milieu aussi
vaste
et
aussi
hétérogène que
l’océan, le listao présente un certain nombre
particularités anatomiques et
physiologiques, lui conférant principalement
deux adaptations importantes. La première
est la possibilité de se déplacer rapidement et
sur des distances importantes. La seconde,
caractéristique des thons, est l’aptitude à
contrôler sa température interne, donc à
supporter les variations importantes de
température du milieu.
de
Les
mission
récents
marquages
Pacifique
du
de
la
Com¬
montré
Sud ont
que 58 % des bonites restées en liberté plus de
100 Jours ont été recapturées à plus de 200
milles marins du point de lâcher. Des bonites
recapturées en Polynésie française
provenaient de six pays différents : Fidji,
Tonga, Samoa occidentales, Australie, Wallis
et Futuna et
Nouvelle-Zélande.
La vitesse maximale pendant plusieurs
heures est de 4 à 7 nœuds, suivant la taille. Les
bonites peuvent atteindre des vitesses de
l’ordre de 8 à 12 nœuds, voire 20 nœuds sur de
très courtes distances.
L’adaptation du listao aux déplacements
longs et rapides se traduit par la forme hydro¬
dynamique, augmentée par l’effacement
complet des nageoires pectorales et ventrales
dans les replis du corps, la nageoire caudale
dotée
d’un
pédoncule très rigide
lui
permettant de Itattre très rapidement avec des
mouvements de faible amplitude. En outre, ce
pédoncule possède trois carènes longitudi¬
nales qui concentrent les mouvements de l’eau
sur la nageoire caudale afin d’augmenter son
efficacité. D’autre part, l’absence de vessie
natatoire
verticaux
lui
autorise
des
mouvements
rapides, mais entraîne en
contrepartie l’impossibilité pour le listao de
s’arrêter de nager. Enfin, des branchies très
développées permettent une grande consom¬
mation d’oxygène.
112
très
nageoire ventrale
carène inférieure
nageoire anale
nageoire pectorale
Les oiseaux sont
souvent un bon indice
de la présence de bancs
de poissons.
REQUINS ET ANIMAUX DU LARGE
vif.
La nourriture est composée de petits
poissons, crustacés et céphalopodes (calmars)
et semble-t-il également de ses propres larves
et juvéniles.
chances de survie plus élevées, une meilleure
efficacité de la reproduction, une recherche de
Le comportement de la bonite
pement des
et sa pêche
L’habitat “moyen” de la bonite correspond à
des eaux de température supérieure à
18“C et
de
concentration
en
oxygène dissous
supérieure à 3,5 ml/l. Les pêcheurs polyné¬
siens constatent fréquemment la présence de
bonites plus petites lorsque les eaux sont plus
chaudes.
Les bonites, comme les autres thonidés,
sont
associées
en
bancs, ce qui autorise des
nourriture plus aisée et une dépense d’énergie
moins importante. Cet instinct grégaire
atout majeur pour le dévelop¬
techniques de pêche modernes
(pêche à la senne, dispositifs artificiels de
concentration de poisson).
constitue
La
un
technique de pêche pratiquée est
traditionnelle : canne et leurre de nacre. Les
cannes utilisées sont en bambou ou fibre de
possède pas d’ardillon. Une touffe de crin
complète le leurre.
La pêche à la bonite est traditionnelle¬
ment pratiquée en Polynésie française à partir
d’embarcations de
12
m
construites
localement. Ces bonitiers sont propulsés par
des moteurs diesel dont la puissance varie
entre 225 et 300 CV. Ils effectuent des sorties
journalières et sont armés par deux ou trois
pêcheurs.
La
production annuelle d’un bonitier
verre,
peut varier entre 20 et 30 tonnes et l’on estime
nylon d’environ 1,50 m. Le leurre, taillé dans
une nacre épaisse, est poli afin de lui donner
l’éclat souhaité. L’hameçon est en métal et ne
annuellement.
d’une longueur de 3,50 m à 7 m. Le
leurre de nacre est fixé à l’extrémité d’un fil en
à 1 100 tonnes la quantité de bonites pêchées
Les
trois
quarts
de
cette
production sont vendus sur les marchés
locaux de Papeete, Pirae et Uturoa.
Ce leurre de nacre était
et est toujours utilisé
pour pêcher la bonite.
Seul l'hameçon diffère :
au lieu d'être comme ici
taillé dans l'os, il est
aujourd’hui en fer.
La pêche à la canne.
Les pécheurs de
bonitiers utilisent une
canne en
bambou, ou
plus récemment en fibre
de verre, de 3,50 m à 7 m.
Retour de pêche. Les
poissons, vidés et
nettoyés, sont livrés au
marché.
113
LE MONDE MARIN
Espadons et marlins
“A tu'u i le ’arere na Rua-hatu, o
a’au", c’est ainsi
Tahiti
Uta-te-
qu’on parlait d’espadon à
temps immémoriaux : l’espadonrostre servait de messager à Ruahatu, dieu de
aux
l’océan. On disait aussi qu’aux Tuamotu le
grand espadon-dieu Tea’uroa était mort en
éperonnant la plage de Takume dans son
combat contre le héros Hono’ura, qu’à Bora
Bora le roi légendaire Ma’i donnait à son
démon personnel la forme d’un espadon et
que le dieu marin Tinorua avait tête d’homme
et queue d’espadon.
voilier (Istiophorus platypterus), encore plus
petit, a la haute nageoire dorsale développée
en
l’imaginaire était déjà bien
oublié, sauf peut-être dans quelque invocation
à Tahaura, un des dieux-patrons des pêcheurs
tahitiens. Ceux-ci, selon Morrison, marin de
la Bounty, ”... rencontraient parfois l’espadon
pendant les nuits de pêche. Le poisson
frappait et refrappait la pirogue de son rostre
jusqu’à la transpercer deux ou trois fois et y
rester fixé. Ils sautaient alors par-dessus bord
pour lui passer un nœud coulant et l’immo¬
biliser et se dépêchaient vers la côte avant que
la pirogue ne coule ...” Car ce n’était pas avec
leurs lignes faites des cheveux tressés des
vahiné ou d’écorce de ro’a tournée qu’ils
pouvaient retenir ce poisson énorme. Ils profi¬
taient donc de sa nature irascible, l’excitant en
l’appâtant avec les prises de leur pêche. C’est
pour
rendre hommage à ce caractère
batailleur des marlins que le naturaliste
Lacépède le nomma Makaira, “chevalier” en
dialecte gaélique.
court
(Tetrapturus
angustirostris) espèce à part, très petit, vit
dispersé au large de tous les océans tropicaux.
Enfin, l’espadon vrai (Xyphias gladius)
poisson d’eaux plus tempérées que les nôtres,
de ce fait en Polynésie en profondeur et
fait peut-être surface qu’en saison fraîche.
C’est un énorme et splendide poisson au rostre
reste
Les espèces de Polynésie
Avec l’homme blanc eut lieu au XIX'= siècle la
classification des espèces. Six d’entre elles
vivent dans les eaux de Polynésie française.
Le
marlin bleu (Makaira nigricans
large et très long, malheureusement très rare,
pêché quelquefois de nuit et en profondeur.
Au XX= siècle, l’homme redécouvrit pour son
plaisir la pêche-défi telle que la pratiquaient
les anciens Tahitiens. C’est à Tahiti que fut
pris, en 1927, pour la première fois dans le
monde, un individu de plus de 1 000 livres : un
marlin bleu de 472 kg, pêché par Zane Grey.
richissime
écrivain
accéder à
ce
techniques réduisent le temps pour prendre un
espadon de 15 à 3 jours.
La pêche se pratique à la traîne rapide sur
des lignes de 10 à 37 kg de résistance à la
rupture, appâtées parfois de marara, géné¬
ralement de leurres artificiels, ou bien à la
dérive avec une bonite comme appât vivant.
étendu à tous les archipels de
Polynésie où des concours internationaux ont
été organisés.
Le sport est
ils arrivent dans les eaux tahitiennes
octobre, s’y concentrent en janvier-février
entre Tahiti et Mangareva, puis repartent en
mars vers l’ouest équatorial du
Pacifique où
ouest,
vers
ils se concentrent pour se reproduire en juilletaoût.
les femelles plus grosses sont peut-être
plus sédentaires. Le plus gros des marlins
selon les spécialistes, le marlin bleu est recon¬
naissable à sa nageoire pectorale toujours
repliable à plat contre le corps, même après la
mort. 11 se nourrit de poissons et mollusques
pélagiques qu’il chasse à la course en les
éperonnant ou les assommant de son rostre. Il
peut avaler ainsi des thons ou des toheveri de
plus de 15 kilos. Le plus gros spécimen connu,
teurs ;
pris en 1977 sur une longue-ligne japonaise,
pesait 1 300 kilos malgré un prélèvement de
30 % par les requins.
Trois autres espèces fréquentent plutôt
les eaux côtières des grands continents et sont
rares à Tahiti : le marlin noir
est presque
114
(Makaira indica)
aussi gros que le bleu mais plus
un
sport coûteux en se groupant
habitat naturel autour des îles du
jeunes qui forment le troupeau des migra¬
était
dans le Haura Club de Tahiti. Réglementation
de la pêche, concours, amélioration des
Pacifique, en migration saisonnière entre les
parallèles 48, nord et sud. Venant du nord-
Ce sont surtout les mâles (toujours
moins de 140 kg) et plus spécialement les
américain
précurseur et ce n’est que dans les années 50
que des hommes plus ordinaires purent
mazara), poisson tropical du grand large,
trouve son
Tous ces records pris entre 1974 et 1978 sont
restés imbattus en 1985 malgré l’accroisse¬
ment de l’effort de pêche et l’amélioration des
techniques, car il est arrivé le temps de la
pêche industrielle et de l’appauvrissement de
l’océan.
A
L’opération délicate du
gaffage d’un marlin bleu.
partir d’une vieille technique artisa¬
nale et côtière de pêche au thon, les Japonais
ont
mis au point la longue-ligne industrielle,
mortellement efficace contre les poissons à
rostre. Limitée avant 1950 aux eaux côtières
de l’Asie et vers 1955 au Pacifique central, la
longue-ligne atteint les eaux de Polynésie dans
les années 60, avec l’apparition des bateaux-
usines
frigorifiques.
La
longue-ligne
comporte une ligne principale horizontale de
à 75 km de long, immergée à faible
profondeur, à laquelle pendent des centaines
de
bas-de-ligne, à 100-150 mètres de
profondeur, équipés de plus de 2 000 hame¬
çons. Mise à l’eau tôt le matin, elle est relevée à
partir de midi jusque dans la nuit et ceci
chaque jour pendant des campagnes de
plusieurs mois. Ainsi quelques heures après
25
Le sport
Le
Les protéines
voile bleu intense.
Le marlin à bec
ne
Les combats
Au XVI11= siècle,
trapu et de nageoires plus courtes, identifiable
à sa nageoire pectorale raide et jamais
repliable contre le flanc. Le marlin rayé
(Tetrapturus audax) est beaucoup plus petit et
plus fin, très agile et rapide, marqué de rayures
bleu intense qui subsistent après la mort. Le
REQUINS ET ANIMAUX DU LARGE
leur rencontre
avec
ce
rideau de mort, les
poissons sont treuillés, vidés, tronçonnés,
congelés et stockés.
Vers 1965, plus de 110 000 tonnes de
poissons à rostre sont récoltées soit plus de 2
millions de poissons moyens de 50 kg. Mais les
résultats, malgré un surcroît d’effort de pêche
et
l’extension de l’industrie à tous les océans
tropicaux, baissent très vite à cause de l’épui¬
sement des stocks. Entre
1957 et 1975, il faut
augmenter de 17 fois l’effort de pêche pour
obtenir des résultats identiques. En 1957
1 000 hameçons prenaient 16 poissons, alors
qu’en 1975 ils n’en prenaient plus que 2,1. Le
danger est grand car la longue-ligne tue sans
discrimination d’espèces ou de tailles, et
interdit la gestion des stocks de poissons. Le
risque de disparition d’une espèce ou d’une
classe d’âge ou de sexe n’est pas irréel et seule
l’attribution de quotas peut rétablir l’équilibre.
A Tahiti, les pêcheurs sportifs savent que
la fréquence des mordages de marlin bleu a
beaucoup diminué depuis 10 ans et que les
prises des voiliers et des marlins rayés et noirs
sont
devenues
l’homme
très
arrête
la
Marlin noir (Makaira indica).
Marlin bleu (Makaira nigricans).
rares.
Souhaitons que
destruction avant que
l’espadon ne soit plus qu’un souvenir.
Marlin rayé (Tetrapturus audax).
Les six espèces
d’espadons et marlins de
Polynésie.
Les silhouettes
indiquent ie rapport réel
Voilier (Istiophorus plalypterus).
Marlin à bec court (Tetrapturus artgustirostris).
I
■UI
Les records toutes
catégories de ligne,
enregistrés par le
Haura Club.
Marlin bleu
Marlin noir
Marlin
rayé
Voilier
Bec court
405 kg par P. Moeino
370 kg par P. Moeino
en 1974
22,5 kg par P. Lotte
en 1978
en 1975
125 kg par Y. Raffin
en 1975
73 kg parM. Passagrili en 1977
de taille entre les
différentes espèces.
LE MONDE MARIN
Les tortues marines
Les Dermochelidae
Rescapées des temps géologiques, les
marines, fossiles vivants du
Secondaire, sont des espèces que l’homme, en
quelques années, par avidité, négligence ou
cupidité, est en train de faire disparaître.
Nourriture des reines et rois polynésiens,
honu la tortue marine était tapu pour le
peuple, ce qui la protégeait quelque peu.
Devenue nourriture prisée, et, convoitée par
tous pour son écaille, elle s’est raréfiée.
tortues
Dotée
d’un
extraordinaire
sens
de
l’orientation, on la rencontre de Scilly aux
Samoa, des Tonga aux îles Salomon, en
passant par la Nouvelle-Calédonie et le
Ce sont les plus grands Chéloniens actuels,
pouvant atteindre 2,40 m de long et peser
jusqu’à 550 kg. Ils se distinguent par le fait que
osseuses
irrégulièrement polygonales. La
partie inférieure partiellement ossifiée
possède cinq carènes. Le bouclier, sous lequel
peuvent se rétracter ni la tête ni les
membres, est recouvert d’une peau coriace et
ne
les côtes ne se soudent pas aux plaques du
bouclier qui ne présente pas véritablement
très solide. Rares dans les eaux polynésiennes,
(Dermochelys coriacea), rare en
Polynésie française, a été signalée en 1967 à
Scilly à l’ouest des îles Sous-le-Vent, aux
Marquises en 1979 et à Tahiti (Tautira) en
ponte aurait lieu généralement en juillet et
août, de nuit, sur les plages désertes. Une
femelle peut pondre jusqu’à mille œufs en une
seule saison mais aucun lieu de ponte n’a
allongée, ossifiée dans sa
partie supérieure, parcourue par sept carènes
longitudinales, se compose de plaques
de ce géant sont peu connues. On le rencontre
d’écailles. Seule représentante de la famille, la
tortue-luth
1983.
La carapace
les tortues-luths vivent en haute mer, se nour¬
rissant de matières végétales et de poissons. La
encore été découvert en
Polynésie. Les mœurs
dans toutes les mers entre 15" de latitude nord
et 15" de latitude sud.
Vanuatu. Le terme honu se retrouve dans
toutes les langues des habitants 'de ces îles.
Trois tortues marines sont connues dans
les eaux de Polynésie française : la tortue verte
(Chelonia mydas), la tortue à écailles
(Erethmochelys imbricata), enfin la tortueluth (Dermochelys coriacea).
Systématique et biologie générale
Reptiles de la sous-classe des Anapsidés, les
tortues appartiennent à l’ordre des Chéloniens
(environ 200 espèces) qui, apparus au
Permien, ont conservé à peu près inchangés
leurs caractères archaïques : peau couverte
d’écailles cornées, fécondation interne, cœur
composé de deux oreillettes et un seul
La tortue-luth
(Dermochelys coriacea)
est une grande tortue
ventricule.
dont la carapace sans
écaille est incluse dans
La partie dorso-lombaire de la colonne
vertébrale des tortues est soudée à la face
interne du bouclier au niveau des plaques
une peau épaisse et
coriace.
vertébrales et les côtes sont unies aux plaques
La carapace des
Chéloniens (ici
Chelonia mydas) est
constituée par les os du
squelette interne et par
des plaques dermiques
recouvertes d'écailles
cornées épidermiques.
costales, sauf chez les Dermochélidés. La
colonne vertébrale, constituée généralement
de 36 vertèbres soudées au bouclier, est
seulement mobile aux parties cervicale et
caudale. Les mâchoires sont dépourvues de
dents et forment un bec corné, très coupant
chez les tortues de Polynésie française, toutes
marines ; les membres, aux
doigts palmés,
adaptés à la nage.
L’appareil digestif est simple : une langue
molle non protectile, un œsophage pourvu de
nombreuses papilles, un intestin dépourvu de
cæcum. Le système respiratoire est
particu¬
lier : la cage thoracique étant immobile,
sont robustes et
l’entrée et la sortie d’air dans les poumons se
font à l’aide des mouvements du cou et des
pattes antérieures, la respiration peut égale¬
ment se faire par le cloaque. L’ouïe semble
peu
développée. L’œil, en contact avec les glandes
A Le bouclier, partie
supérieure de la
carapace, est constitué
par 5 séries
l’objet d’un élevage
longitudinales de
familial. Carnivores les
plaques
osseuses : des
premières semaines de
plaques médianes ou
leur vie, elles deviennent
vertébrales
(ve),
ensuite omnivores puis
2 plaques costales (co)
herbivores.
et 2 plaques marginales
(ma).
Les Chéloniens sont
caractérisés par un
B Le plastron, partie
Les jeunes tortues font
dans certaines îles
tronc très élargi, protégé
par une forte carapace
d’où ne sortent que la
tête, les membres et la
queue.
lacrymales, est protégé par trois paupières.
L’organe sexuel mâle
a
un
seul pénis
contrairement aux autres reptiles. Les tortues
pondent des œufs dans des trous aménagés
dans le sable par la femelle ; les œufs déposés
dans le nid vont éclore au bout de 2 mois et
demi à 3 mois. Les tortues marines résistent
fort
mal à
la chaleur,
la mort
survenant
lorsque la température dépasse 40“ C. Par
contre la tortue est très
résistante au jeûne.
distribution géographique des
Chéloniens est limitée à la bande intertro¬
La
picale et aux zones voisines de celle-ci. On ne
trouve en
Polynésie française que deux
familles : les Dermochelidae et les Chelonidae.
116
pe : pectorale
ad ; abdominale
fé ; fémorale
an :
anale
in
infra-marginales
:
inférieure de la
carapace, se compose
de 4 paires de plaques
symétriques plus
1 plaque impaire.
REQUINS ET ANIMAUX DU LARGE
Les Chelonidae
deux griffes défensives. Cette tortue se nourrit
Ces tortues, souvent de grande taille, ont les
membres
transformés
en
remarquables
nageoires armées d’ongles. Vivant en mer,
elles viennent à terre sur les plages désertes,
uniquement de nuit, pour y pondre entre 200
œufs tous les 2 ou 3 ans.
Chelonia mydas, la tortue
et 500
verte ou
commune dans cette
franche, est la plus
région. Jeune elle est carnivore, puis devient
dévoreuse d’algues. Une chair et des œufs très
appréciés en font une espèce très menacée.
C’est pourquoi, si des longueurs de 1,60 m et
des poids de plus de 200 kg étaient courants au
début de ce siècle, des observations récentes, à
Scilly notamment, ont montré que de tels
spécimens étaient maintenant très rares. Cette
tortue vit aussi bien au large que près des côtes
ou dans les lagons d’atolls, en solitaire ou en
colonie. Elle navigue de préférence en surface.
Après 4 ou 5 ans, la maturité sexuelle est
atteinte. Pendant la période des amours (juin
à octobre) et de ponte (novembre à février) de
grands rassemblements ont lieu sur les plages
désertes de Scilly, Mopelia, Bellingshausen
(Société) et à un moindre degré, Mataiva,
Napuka, Reao, Puka Puka (Tuamotu).
Erethmochelys imbricata, la tortue à
écailles, plus petite, peut atteindre 95 cm de
long pour un poids de 120 kg. Le bouclier
complètement ossifié est couvert de grandes
écailles cornées et “imbriquées”. Les pattes, en
forme de grandes nageoires, sont pourvues de
végétales et d’animaux iharins,
notamment de crustacés et de poissons. Elle
fréquente les mêmes eaux que Chelonia
mydas mais a la particularité, du moins en
Polynésie française, d’être très souvent
toxique, ce qui la préserve quelque peu de
de matières
l’anéantissement.
La tortue à écailles peut
pondre de novembre à février près de 500 œufs
dont la taille varie entre 3,5 à 4,1 cm. Très
utilisée
pour
la confection
d’articles
artisanaux, ou tout simplement naturalisée, la
tortue
à écailles est
devenue très
rare
en
Polynésie française, comme dans tous les
océans qu’elle fréquente.
Aires de ponte et raréfaction
des tortues
Les tortues se font de plus en plus rares aussi
bien en Polynésie française que dans le monde
malgré les mesures de protection. L’exploi¬
tation intensive de cette espèce dans l’océan
Indien a décimé les stocks naturels des Mas¬
careignes, des Seychelles, d’Aldabra, de
Chagos et des Maldives. En 1972, il existait
encore une pêcherie dans l’archipel de SaintBrandou (océan Indien) qui fournissait une
cinquantaine de tortues à l’île Maurice. En
Polynésie française, l’ensemble des Tuamotu
était riche en tortues vertes mais des moyens
de prédation plus performants ont limité les
aires de ponte aux zones inhabitées.
L’île de Scilly, “réserve” située à l’extrême
ouest de la Polynésie, d’accès difficile, est l’un
de ces lieux où la tortue peut encore trouver
Au moment de l’accouplement, qui se fait
généralement en surface, les tortues sont très
vulnérables. En effet il n’est pas rare de voir
cinq à sept mâles derrière une femelle, qui
attendent leur tour sans prêter attention à ce
qui les entoure. Le chasseur peut s’approcher
du couple, passer un nœud coulant autour des
nageoires de la femelle, et l’immobiliser ainsi
sur place pour permettre une
capture aisée de
tous les prétendants qu’elle attire. La copula¬
tion dure de 15 à 20 minutes. Durant celle-ci,
l’heureux élu
les
pour y pondre ses œufs
(de 200 à 500). Elle ne les
pas, mais ils
incubent grâce à la
chaleur du soleil sous le
sable. L’éclosion a lieu
au bout de 50 à 60 jours.
pattes
impatients.
se
fait fréquemment mordiller
arrière
par
les
mâles
autres
Il y a plusieurs pontes par an mais des
pics sont observés de novembre à décembre et
également en juillet mais de façon moins
importante. Les œufs sont enfouis dans le
sable des plages à une profondeur d’environ
50 cm. L’incubation naturelle s’étale de 49 à
65
jours. A l’éclosion, les jeunes
tortues,
mesurant entre 3 et 4 cm, émergent du sable et
tentent, d’instinct, de regagner la mer.
Certaines d’entre elles montrent une
préférence à émerger totalement hors du nid la
nuit.
Cet
instinct
de
conservation
n’est
pourtant pas suffisant pour
échapper aux
prédateurs : les bernard Termite la nuit et les
frégates le jour. Mais leur dur combat pour la
vie
ne fait que commencer car elles sont
également les proies des poissons carnivores.
Le pourcentage de survie entre Téclosion et les
premières semaines de vie serait inférieur à
1
C’est la nuit que la tortue
creuse son nid dans le
sable d'une plage isolée
couve
relative sécurité nécessaire à la nidifica¬
une
tion.
%.
11 est probable que Scilly soit Tatoll de
Polynésie française qui ait connu le plus grand
nombre
de
visites
de
tortues
et
racontent qu’il y a 20 à 30 ans il n’était
certains
pas rare
CHELONIDAE
Maladroite à terre, la
tortue évolue avec
Lepidochelys
élégance dans l’océan.
au-dessous :
Chelonia mydas
DERMOCHELIDAE
Profils de différentes
tortues. Le nombre et la
disposition des écailles
Dermochelys
frontales est une des
caractéristiques pour la
détermination des
espèces.
117
LE MONDE MARIN
de capturer
100 et même 150 tortues en une
a aujourd’hui très fortement
décliné et un des signes est la faible dimension
des individus observés (les plus grandes
longueurs avoisinent 106 cm tandis que la
grande majorité des femelles ont des
carapaces de 93 à 97 cm) par rapport à celles
d’Aldabra dont la taille des carapaees oscille
nuit. Le stock
entre 100 et 110 cm.
La prédation naturelle par les oiseaux, les
crabes, les bernard l’ermite, les poissons et les
squales, ajoutée à la cadence des prélèvements
effectués par l’homme n’ont pas permis un
renouvellement suffisant de la population de
tortues, animal en voie de disparition.
Les migrations des tortues
Chelonia
mydas fréquente l’ensemble des
mers
tropicales (océan Atlantique, Méditer¬
ranée, océans Indien et Pacifique), Solitaire
ou en importantes colonies, elle
entreprend de
grandes migrations. Dans le Pacifique Sud,
les distances qu’elle parcoure n’égalent
que
celles
par
les thons. Les
effectués en Polynésie française
ont permis de retrouver des femelles
marquées
jusqu’en Nouvelle-Calédonie et au Vanuatu
ainsi qu’aux Tonga, Fidji et Samoa. Cette
migration principale vers l’ouest semble liée à
un
problème de nourriture (herbiers et
mangroves du Pacifique Ouest).
parcourues
marquages
Appréciée pour sa chair,
autrefois la tortue était
un mets réservé aux
chefs prééminents.
Aujourd'hui, cet animal
recherché, faisant l’objet
de nombreux
braconnages, est en voie
de disparition.
Une protection indispensable
Espèce d’une extrême résistance, pouvant se
passer de nourriture pendant plusieurs mois,
après avoir rencontré sur des milliers de kilo¬
dangers les plus redoutables, la
tortue verte est menacée
par l’homme. Si la
pêche palangrière asiatique est redoutable, le
ramassage des œufs par les habitants des îles
ainsi que la capture des femelles,
quand elles
mètres les
viennent
mêmes
sa
pondre immuablement sur les
plages, contribuent pour l’essentiel à
raréfaction.
Certes, une législation existe, qui interdit
notamment la récolte des
œufs et la capture
des individus de moins de 65 cm et
qui tend à
protéger les femelles à terre avant la ponte.
Une règlementation limite aussi les
captures
en
mer
et
à terre selon les saisons afin de
favoriser le renouvellement des populations.
Mais
sérieuses
ces
mesures
difficultés
se
heurtent
d’application
-
à
de
étant
donné l’importance du territoire à surveiller
la Gendarmerie maritime et les peines
peut-être trop légères, ne sont
apparemment pas dissuasives, sans compter
les dérogations prévues
par la loi. Il faut
espérer que l’homme prendra conscience du
déséquilibre créé par sa pêche trop intensive
avant que cet animal ne
disparaisse complè¬
par
-
encourues,
tement de nos océans.
Le marquage est un des
moyens utilisés pour
connaître les migrations
des tortues ainsi que
leur croissance.
Carte des migrations de
la tortue Chelonia
mydas, d'après les
marquages effectués
par le Service de la
Pêche. La migration
principale vers l'ouest
semble liée à un
problème de nourriture.
118
REQUINS ET ANIMAUX DU LARGE
Baleines et cachalots
Près des côtes de Polynésie française, des
cétacés, principalement des dauphins sont
observés. Malheureusement ils ne font l’objet
d’aucune recherche. Sur les 80 espèces de
cétacés répertoriées dans le monde, 24 d’entre
elles sont amenées à fréquenter ces eaux. On
les
a
regroupées dans 3 sous-ordres
:
les
Archaeocètes (totalement éteints et compre¬
nant des formes ancestrales), les Mysticètes et
les Odontocètes.
Les Mysticètes ou cétacés à fanons
Ils sont représentés en Polynésie par les
rorquals qui se nourrissent du plancton, base
de la chaîne alimentaire des océans, qui est
filtré par les fanons, ces grandes plaques
cornées garnissant la mâchoire supérieure. Ils
effectuent de longues migrations liées à
l’abondance ou à la rareté des aliments et au
cycle reproducteur. Ils passent l’été dans les
régions polaires antarctiques pour remonter
en hiver dans les eaux
tropicales plus chaudes
afin de se reproduire et mettre bas. Parmi ces
espèces, on peut voir le petit rorqual
(Balaenoptera acutorostrata), le rorqual
commun (B. physalus), le
rorqual bleu (B.
musculus), le rorqual de Bryde (B. edeni), le
rorqual de Rudolphi (B. borealis) et le
Mégaptère (Megaptera novaeangliae)
effectuer leur migration en Polynésie.
Les Odontocètes ou cétacés
à dents
Mysticètes, les cétacés à
Mammifères. Actuellement on admet, grâce à
découvertes
paléontologiques, que
l’ancêtre des cétacés était un petit mammifère
carnivore terrestre, connu sous le nom de
cachalot. Parmi ces espèces, on constate des
d’années. L’ordre des Cétacés est le groupe le
Contrairement aux
dents sont des animaux sédentaires, excepté le
cétacés
le cachalot pygmée
(Kogia breviceps) et le cachalot nain (K.
simus), l’orque pygmée (Feresa attenuata), le
péponocéphale (Peponocephala electra) et le
rares,
comme
dauphin de Fraser (Lagenodelphis hosei).
Beaucoup d’autres espèces peuvent nager près
des côtes de la
Polynésie. On trouve deux
Ziphiidés ou baleines-à-bec : le ziphius
(Ziphius cavirostris) et le mésoplodon de
Blainville (Mésoplodon densirostris), et les
cétacés suivants : le cachalot (Physetermacrocephalus), le dauphin-à-bec-étroit (Sténo
bredanensis), le dauphin-à-long-bec (Stenella
longirostris), le dauphin bleu-et-blanc (S.
coeruleoalba), le dauphin bridé (S. attenuata),
le dauphin commun (Delphinus delphis), le
grand dauphin (Tursiops truncatus aduncus),
le dauphin de Risso (Grampus griseus), le
globicéphale tropical (Globicephala
macrorhynchus), l’orque (Orcinus orca) et la
fausse-orque (Pseudorca crassidens).
des
créodonte, il y a de cela plus de 50 millions
plus spécialisé parmi les Mammifères, ayant
acquis l’adaptation la plus poussée à la vie
aquatique : ils vivent de la naissance à la mort
dans l’eau. La morphologie externe est pisciforme et tout à fait hydrodynamique chez la
majorité des espèces. La peau des cétacés est
nue et fort rugueuse. Leur
épiderme est très
fin. En dessous, l’épaisseur du lard, toujours
très importante, varie selon les espèces, la
saison et naturellement la partie du corps.
Malgré l’importante quantité de graisses
présente dans le corps des cétacés, leur densité
est supérieure à celle de l’eau : ils doivent nager
pour flotter, et les individus morts coulent.
Ce sont des animaux à respiration
aérienne, possédant des poumons. L’appareil
respiratoire est adapté aux immersions
prolongées. La respiration se fait par un
orifice situé sur le sommet de la tête, nommé
évent. A chaque ventilation, les cétacés
changent 80 à 90 % d’air de leurs poumons
Des mammifères marins
contrairement aux autres mammifères qui ne
Paradoxalement, il est étonnant de constater
que les cétacés sont souvent assimilés aux
poissons, alors qu’ils sont très proches de
l’homme par leur appartenance à la classe des
spectaculaire car ils rejettent un souffle chargé
de vapeur d’eau qui peut être quelquefois
visible de loin pour certaines grandes espèces.
renouvellent que 10 à 20 % d’air. Chez ces
animaux marins, la phase d’expiration est
Le rorqual commun
(Balaenoptera
physalus) est le second
parmi les animaux ies
pius grands du monde.
Cette espèce reste
habitueiiement éioignée
du rivage et peut sonder
jusqu'à 30 minutes.
à droite :
Le dauphin de Risso
(Grampus griseus) est
un dauphin gris,
entièrement couvert
par des baiafres
bianches causées
généraiement par
d'autres congénères ou
par des céphaiopodes.
La gueule de l’orque ou
épaulard (Orcinus orca)
est garnie de 44 dents
coniques qui peuvent
atteindre 12 cm chacune
chez ies aduites. C'est
un
redoutabie prédateur
des autres mammifères
marins qui n'hésite pas
parfois à s'attaquer en
groupe aux rorquais.
119
LE MONDE MARIN
Ce souffle résulterait principalement du rejet
des minuscules gouttes qui entourent l’évent
quand l’animal expire. Certaines espèces ont
la faculté de plonger à de très grandes pro¬
fondeurs et de rester longtemps sans respirer.
C’est le cas pour le cachalot dans l’estomac
duquel on a découvert des calmars vivant
entre 300 et 400 m. En outre, plusieurs
cachalots étaient entortillés dans des câbles
sous-marins à environ 900 m (en 1955, un
mâle long de 14,30 m a été trouvé à 1 335 m de
profondeur, la gueule prise dans le câble sousmarin reliant Santa Elena, en Equateur, à
Chorillos, au Pérou). Un cachalot peut rester
immersion durant une heure et trente
minutes.
Lorsqu’un cétacé plonge, les
battements du coeur deviennent
moins
en
fréquents. De même, la circulation sanguine
arrêtée pour certaines parties de l’orga¬
est
nisme non vitales ; seuls le cerveau, le cœur et
le foie sont irrigués. De plus l’oxygène est
stocké dans le sang et les muscles sous forme
de
composés chimiques. Ces mammifères
marins sont capables de supporter un taux de
gaz
carbonique très important par rapport
aux mammifères terrestres et
exploitent de
façon plus complète l’oxygène présent dans
dans la bouche du nourrisson. La période
d’allaitement peut durer de quelques mois à
deux ans. La croissance est très rapide, car le
lait des cétacés est exceptionnellement riche
en matières grasses (35 à 40 %). La vitesse de
croissance d’un baleineau est de plus de quatre
kilos et demi à l’heure, cent kilos par jour, soit
une tonne tous les neuf jours.
leur corps.
Reproduction et intelligence
La durée de la gestation est variable d’une
espèce à l’autre, de 11 à 16 mois. Chaque
espèce ne donne naissance qu’à un seul petit ;
cependant, il se produit des jumeaux dans 1 %
des cas chez les Mysticètes et les Odontocètes.
En 1948, sur 569 rorquals communs capturés,
il y avait onze grossesses gémellaires, soit
1,93 %. Des triplés, des quadruplés et des
quintuplés ont même été signalés. A sa
naissance, le bébé sort la queue la première et
se dirige immédiatement vers la surface
pour
respirer. La mère s’occupe de son petit durant
une
période déterminée, aidée quelquefois par
d’autres .femelles. La tétée des jeunes cétacés
est connue depuis longtemps : les mamelles de
la mère, situées par paire de part et d’autre de
l’orifice
sexuel,
sont
munies
de
muscles
puissants permettant de lancer un jet de lait
Le cerveau des cétacés est divisé en quatre
lobes, contrairement à celui de l’homme qui
n’en comprend que trois. Si le fonctionne¬
ment du quatrième est actuellement inconnu,
il reste que les cétacés sont capables d’une
activité cérébrale d’un niveau très élevé.
Les cétacés émettent des sons qui sont de
deux types : des sons de basses fréquences,
idéals pour la communication, et des sons de
hautes fréquences qui sont constitués par le
fameux sonar. Le principe du sonar est le
suivant : l’animal émet des signaux sonores ou
ultrasonores et quand ceux-ci rencontrent un
obstacle, ils reviennent vers lui sous forme
d’échos. Actuellement on ne sait pas encore si
les rorquals et les baleines utilisent le sonar.
Le dauphin à long bec
(Stenella longirostris)
petit dauphin
qui se dépiace souvent
en bande et qui n'hésite
pas à présenter aux
navigateurs un véritabie
show acrobatique très
spectacuiaire. Ceiui-oi
a été photographié au
iarge de Huahine.
est un
Les 24 espèces de
cétacés amenées à
fréquenter les côtes de
Polynésie française.
Nom commun
Rorqual commun
Rorqual bleu
Petit rorqual
Rorqual de Rudolphi
Rorqual de Bryde
Longueur
moyenne et maximale
Mégaptère
Ziphius
Mésoplodon de Blainville
(en m)
21
-
27
25 - 33
6-8 7
12 - 14
22 T
14 - 19
34- 45 T
6- 8
4 - 5
3 - 3,5
120
90 - 744 T
14- 17 T
Cachalot pygmée
Dauphin à-bec-étroit
Dauphin à-long-bec
Dauphin bridé
Dauphin bleu et blanc
Dauphin de Fraser
Dauphin commun
Grand dauphin
Dauphin de Risso
Globicéphale tropical
Orque
Fausse-orque
Orque pygmée
Péponocéphale
40 - 50 r
8 - 10
15 - 20
2,5 - 2,7
2,5-2,7
1,8 - 2,7
2,1 - 2,7
2,4 - 3,0
2,3-26
2,1 - 2,6
3,0 - 4,2
3,0 - 4,2
5,5 - 6,7
7,0- 9,7
4,5 - 6,0
21 - 2,7
2,2 - 2,7
Couleur :
dos, ventre
maximal
15-20
Cachalot
Cachalot nain
Poids
moyen et
D..gris - V. blanc
gris bleu
D. gris - V. blanc
D. gris - V, gris bleu
D. gris - V. clair
Importance du groupe
Nombre maximal
Individus solitaires
15 - 19
11
12
10 - 11
11-12
5 - 6 Sol.
Sol. 10- 50
75 - 95 kg
100- 130 kg
90 - 736 kg
80 - 135 kg
200 - 600 kg
300 - 600 kg
1,6 - 3,0 T
12
4- 7
D. gris foncé - V. clair
gris foncé
100 - 740 kg
-
37
1 T
5 - 12
D. brun - V. clair
1
D. noir - V. gris
2 - 7
blanc
D. gris - V. blanc
D. gris - V. clair
D. gris-bleu - V. blanc
D. gris-bleu - V. blanc
15
2 - 3
3 - 20
D. gris - V.
-
2 - 5
D. brun - V. clair
130- 170 kg
(mois)
11
3-5 T
150- 200 kg
Gestation
6- 7
4 - 200
400 kg
(km/h)
Solitaire
D. noir - V. blanc
22- 40 T
Vitesse de croisière
et de pointe
-
7
10 - 20
30 - 200
—
6-7
—
—
6 - 7
—
—
27
_
30 - 100
39
200 - 800
37
100 - 1000
—
12
11
-
12
-
12
?
?
11
9 - 11
?
?
10,5
11,5
12
?
D. noir - V. blanc
40 - 7000
gris
gris
10 - 37
10- 11
Sol. 15 - 1000
10
12
3 - 30
—
?
noir
13 - 30
8 T
D. noir - V. blanc
7
15 - 16
1,2 - 2,5 T
5-20
noir
13 - 64
14
10-500
150 - 225 kg
noir
22
5-10-50
160- 200 kg
noir
20 - 30 - 500
—
—
15 - 16
?
?
8 La dégradation des récifs
Le milieu corallien, fondement archipels,
des îles océaniques
polynésiennes,
pour
est maintenant
mieuxessentielgrâce
les sociétés humaines de ces
aux
chapitres précédents.
nous
connu
Avant d’aborder les interférences entre le récif corallien et les activités humaines,
nous reviendrons sur
quelques notions qui soulignent l’importance de son rôle, car ce
n’est pas une vaine expression de dire que le récif corallien fait partie du patrimoine
naturel et culturel des Polynésiens. Son intérêt économique passé, présent et futur ne
concerne pas seulement les ressources - et notamment la pêche - mais aussi le milieu
de vie et le cadre touristique du Territoire.
Mais l’écosystème récital et corallien est aussi très vulnérable. Des raisons qui
tiennent à son essence même ainsi qu’à la longue histoire de son évolution sur des
millions d’années, expliquent cette fragilité face aux cataclysmes naturels et aux
activités humaines.
L’examen des pollutions et des dégradations dues aux activités humaines,
directes ou indirectes, retiendra toute notre attention, car ces problèmes sont actuels
préoccupants. Qu’il s’agisse des extractions de matériaux coralliens dans les
lagons, de la pollution terrigène par les rivières, des eaux usées des zones urbaines ou
industrielles, de l’emploi des pesticides et des herbicides, des constructions et des
remblais, des expérimentations nucléaires, toutes sont responsables de certaines
atteintes plus ou moins graves, plus ou moins irrémédiables.
Pour limiter ces pollutions et ces dégradations, pour assurer la préservation de
et
certaines ressources et de certaines zones du milieu naturel, nous traiterons de la
protection des espèces et des milieux. La nacre et les tortues seront à nouveau
évoquées ainsi que les îles classées et protégées. Nous verrons combien il faut consi¬
dérer avec réserve la portée de ces textes réglementaires. Enfin, les objectifs généraux
de la conservation de la nature dans le cadre d’une gestion rationnelle du milieu et de
ses ressources
seront traités avec les difficultés qui se rattachent à l’aménagement.
Importance des récifs
coralliens
Après avoir traité des différents groupes
d’êtres vivants habitant les récifs coralliens, et
avant d’évoquer les menaces qui pèsent sur ce
milieu, il nous a semblé nécessaire de rappeler
originalité et les intérêts qu’il présente
pour l’humanité en général et les populations
son
polynésiennes en particulier.
Un écosystème exceptionnel
Les lagons et récifs coralliens bordant les îles
volcaniques et les atolls font partie d’un éco¬
système côtier de la zone intertropicale
présent partout où les conditions de milieu
permettent l’épanouissement des organismes
constructeurs. 11 s’agit essentiellement des
scléractiniaires et des algues calcaires, mais
pas exclusivement puisque la très grande
majorité des groupes d’êtres vivants participe
à l’édification. A la surface de la planète, les
récifs coralliens et les algueraies recouvrent
environ 6 millions des 361 millions de kilo¬
mètres carrés océaniques.
Cet écosystème a pris
naissance il y a
(Cambrien)
après que fut apparue la symbiose entre les
coraux scléractiniaires et les algues symbio¬
tiques zooxanthelles qu’ils hébergent dans
environ
500
millions d’années
leurs cellules. Ce milieu et ses habitants ont
évolué au fil des millions d’années avec des
distributions
géographiques variées en
fonction de l’étendue des climats tropicaux,
des contours continentaux et du volcanisme
océanique. Ce n’est qu’il y a 100 millions
qu’ont pu apparaître en
Polynésie les premiers récifs coralliens, si l’on
considère que les plus anciennes îles ont été
celles des Tuamotu formées à proximité de la
Ride Est-Pacifique, sur le plateau sous-marin
maintenant bien immergé sur lequel elles
d’années (Crétacé)
reposent.
Pour toutes les îles des autres
archipels, les récifs ne peuvent pas être plus
anciens que les îles elles-mêmes et leur âge
n’excède donc pas 20 millions d’années
(Miocène).
Une si longue période a permis aux orga¬
nismes d’établir avec leur milieu et entre eux
une
multitude de liaisons
et
d’interdépen¬
dances dont le but ultime était pour chaque
espèce de survivre et de se développer. Qu’il
s’agisse d’occuper un habitat libre, d’avoir des
périodes d’activité en dehors de celles des
prédateurs, du mimétisme, de créer des
moyens de lutte et de défense spécialisés et
perfectionnés... tout a été tenté dans toutes les
directions adaptatives possibles. 11 s’ensuit un
milieu
d’une
extrême
complexité, non
seulement de composition mais de fonction¬
nement. Si l’on compte toutes les formes
vivantes, il est probable que les récifs
coralliens de Polynésie hébergent plus de
Le récif corallien est un
milieu vieux de plusieurs
dizaines de millions
d'années, au sein duquel
les relations entre les
espèces sont
extrêmement
complexes.
121
LE MONDE MARIN
10 000 espèces et ceux de la Grande Barrière
d’Australie ou d'Asie du Sud-Est près de 40 à
50 000. Nous l’avons vu, les relations entre
espèces sont très spécialisées et souvent
strictes, un des meilleurs exemples étant une
espèce
de
consomme
poissons
Pomacanthidés
qui
presque sélectivement une famille
genre d’éponges.
Là ne s’arrêtent pas les caractéristiques
ou un
originales des récifs coralliens. Non seulement
11 s’agit d’un milieu que les organismes vivants
construisent eu.x-mêmes, mais de plus c’est un
des écosystèmes les plus productifs de la
planète, avec les forêts tropicales humides et
les marécages. Et s’il ne représente que 2% de
la surface océanique, la biomasse végétale des
récifs coralliens est quant à elle de l’ordre de
25% de cette même surface.
La protection des côtes
Parce qu’ils font partie du paysage, on ne se
rend pas compte de l’intérêt considérable des
récifs pour la protection des côtes insulaires.
Qu’en serait-il des plaines littorales de Tahiti
et des autres îles hautes si les récifs et les lagons
n’étaient pas là pour tempérer les ardeurs et la
fougue, habituelles ou exceptionnelles, de la
mer ? La côte est de Tahiti, sans protection
récifale, est battue par les vagues, mais il n’y a
pratiquement pas de plaine littorale et c’est la
montagne qui borde l’océan. 11 est de même
très appréciable que certaines parties récifales
et lagonaires aient pu être aménagées en port
naturel, naturellement protégé par le récifbarrière. Et il est bien sûr évident que si
coraux et récifs n’existaient pas, il n’y aurait
pas de Tuamotu : par effet de subsidence, les
122
de volcans sont aujourd’hui en
grande profondeur (centaines de mètres), et
ces îles n’émergent que parce que les madré¬
pores ont pu édifier les récifs qui les consti¬
tuent en se maintenant près de la surface de
l’océan par leur croissance.
sommets
Une importance culturelle
ethnologique et culturel des récifs
coralliens doit être souligné. Au moment où
toutes les populations du monde s’attachent à
reconnaître leurs racines et à sauvegarder leur
identité culturelle, il est capital de rappeler
que le milieu naturel, en Polynésie comme
ailleurs, a imprégné dès son origine la société
polynésienne. Les récifs coralliens et les
lagons tiennent une place prépondérante dans
la vie et la culture polynésiennes, et si nous
avons déjà évoqué les rapports qui existent
entre le Polynésien et la mer, ils seront traités
plus précisément dans les volumes 4 et 5 de
l’Encyclopédie. L’homme et la nature ont
formé un tout et ce tout est toujours
L’intérêt
d’actualité, même si la civilisation techno¬
logique paraît affranchir les récentes
générations des contraintes qu’imposait
autrefois le milieu naturel.
Un intérêt économique
L’intérêt économique des récifs coralliens est
celui qui
peut être perçu le plus
immédiatement car il est quotidien. 11 ne s’agit
pas
seulement des
ressources
retirées du
milieu littoral - qui peuvent être biologiques
(pêche) ou minérales (extraction de minéraux
coralliens) -, mais aussi du capital touristique
que constitue le milieu récifal par sa seule
présence, surtout s’il est de qualité, c’est-à-dire
si les récifs sont sains et les plages propres. De
la même manière que le soleil est vanté dans
les prospectus touristiques, les récifs, avec
leurs couleurs et leur faune extraordinaires,
leurs lagons aux eaux chaudes et calmes, sont
des arguments propres à attirer les visiteurs.
Soleil et récifs participent donc au même titre
à ce capital touristique et il ne viendrait à l’idée
la pluie et les lagons
pollués. Mais si l’homme ne décide pas du
temps, il est entièrement responsable de l’état
de personne de vanter
des récifs !
La recherche et ses applications
L’intérêt scientifique de l’étude des récifs pour
l’avancement
général des connaissances est
évident, mais il nous paraît ne pouvoir être
dissocié
de
l’intérêt
économique. Entre la
recherche fondamentale et ce qu’elle apporte à
la compréhension
générale des phénomènes,
appliquée qui y puise les bases
de son action, ce n’est aujourd’hui qu’une
question de décalage dans le temps. 11 y a une
vingtaine d’années les espèces animales et
végétales peuplant les récifs de Polynésie
française n’étaient même pas inventoriées,
alors que cet inventaire est la base même de
toute étude scientifique ultérieure. On mesure
depuis le chemin parcouru, ne serait-ce que
par l’édition de nombreux ouvrages de,vulga¬
risation scientifique qui ont été publiés grâce
au
dynamisme et à l’enthousiasme d’un
et la recherche
éditeur local. Ainsi les résultatsdes recherches
immédiatement passés dans le domaine public
démontrent
LA
DÉGRADATION DES RÉCIFS
ce
besoin de connaissances
en
même temps que l’intérêt économique de tels
ouvrages qui participent également à l’infor¬
mation touristique. Parfois des sujets fonda¬
mentaux sont abordés avec la prémonition -
départ un pari, qui peut devenir certitude de leur intérêt dans le domaine appliqué. On
au
peut citer à cet égard les études réalisées par
l’Antenne Muséum-E.P.H.E. de Moorea sur
l’utilisation des images de satellites américains
Landsat pour établir la bathymétrie dans les
lagons.
Parfois
fondamentales
encore
n’ont
des
recherches
le temps
d’aboutir à des résultats concrets qu’elles se
même
pas
heurtent déjà à la réalité économique. Ainsi en
fut-il des recherches
sur les nacres, qui ont
démontré que les stocks des espèces sont géné¬
tiquement différents d’un lagon à un autre.
Alors qu’il convenait de préserver cette
diversité génétique en ne mélangeant pas les
stocks, on a pu constater que les passages de
ou de naissains d’un atoll à un autre
allés bon train pour les besoins, bien
nacres
sont
compréhensibles dans l’immédiat, de
l’industrie perlière. Mais ces pratiques, pour
fructueuses qu’elles aient été sur le moment,
ont hypothéqué irrémédiablement l’avenir. 11
faut en effet savoir que la disparition d’une
diversité
génétique est une perte du
patrimoine naturel et que cela empêchera
dans l’avenir certains développements écono¬
miquement prometteurs. Dans ce cas précis
les
connaissances et les recherches
ont été trop tardives pour,
fondamentales
rapports à l’appui, convaincre les autorités des
dangers de ces pratiques. Enfin convient-il de
rappeler qu’une meilleure connaissance du
milieu permet toujours une meilleure gestion.
L’avancement des connaissances ne présente
que des avantages.
La pêche au poulpe est
très ancienne en
Polynésie et les
techniques utilisant un
leurre constitué de
coquilles de porcelaines
n'ont guère changé
depuis des siècles.
Page de gauche :
Les récifs coralliens
protègent les côtes.
C'est la première
fonction des récifs sur
lesquels se brisent les
ardeurs de l'océan alors
que les plages sont
relativement calmes.
Ici à Moorea.
Les parcs à poissons
illustrent parfaitement
l’importance des récifs
et de leurs poissons
pour le Polynésien
d’autrefois comme pour
celui d’aujourd’hui. Ici,
les parcs près de Maeva,
à Huahine.
123
LE MONDE MARIN
Fragilité
et vulnérabilité
des récifs
qu’un milieu qui existe depuis des millions et
des millions d’années est
fin de compte
en
fragile et vulnérable. Ce sont évidemment les
activités humaines qui révèlent cette fragilité
mais pour l’expliquer il faut avoir une bonne
connaissance de la structure et du fonction¬
nement des récifs coralliens.
Construire son milieu
Les Madréporaires élaborent tout au long de
leur
vie
une
extraordinaire
quantité de
carbonate de calcium et leur squelette calcaire
sert
permettra de
par les coraux.
les
cyclones se produisent relativement
souvent, les habitations traditionnelles sont
Phénomènes cataclysmiques
Il est quelque peu paradoxal de découvrir
à de nouvelles colonies de
lorsqu’ils sont morts. Il en est de même
les algues calcaires. Ainsi ces orga¬
de support
coraux
mieux comprendre ce phéno¬
mène. Alors qu’aux Fidji et en Micronésie, où
phénomènes d’érosion induiront la destruc¬
tion des récifs faute d’une relève constructive
De même que les animaux et les végétaux sont
adaptés au milieu dans lequel ils vivent, les
associations et les communautés d’êtres
vivants sont étroitement dépendantes des
conditions de milieu, à la fois dans leur struc¬
ture et dans leur fonctionnement.
Les cyclones sont à cet égard un bon
exemple. Au cours de ce siècle, les deux princi¬
pales périodes cycloniques en Polynésie
française ont été celles de 1903-1906 et de
1983. Dans certaines régions du monde les
cyclones ont lieu presque tous les ans. Les
récifs coralliens, comme toute autre commu¬
nauté, sont “façonnés” par la rareté ou au
contraire par la fréquence de cet événement.
Une analogie avec le milieu humain
adaptées pour leur résister, il n’y a rien de tel
en Polynésie française où ils ne sont pas assez
courants pour avoir déterminé cette nécessité,
tant dans le domaine architectural que social.
11
en
est de
même des récifs coralliens. En
l’absence de cyclone, des formes coralliennes
branchues, tabulaires ou en parasol peuvent
développer sur certains récifs au fil des
dizaines d’années, mais un seul cyclone aura
se
tôt fait de tout
casser.
En
un
lieu où les
cyclones sont fréquents, ces formes en parasol
n’ont pas le temps de parvenir à de grandes
tailles. Dans le cas de la Polynésie, lorsque le
cyclone survient, tout est détruit. Il en fut ainsi
des cyclones de 1983 après une période de plus
de 70 ans au cours de laquelle les récifs
s’étaient développés dans un calme relatif. 11
est faux de penser qu’une ou deux fois par
pour
nismes constructeurs de récifs façonnent leur
propre milieu à partir duquel une multitude
d’organismes va se développer et se spécialiser
pour former un des systèmes de la planète le
plus riche en espèces. On conçoit que les
Madréporaires, situés à la base de cette réali¬
sont un maillon non seulement
essentiel mais indispensable, et que de leur
sation,
vigueur dépend la richesse du récif corallien.
Une atteinte dégradante portée aux coraux et
c’est le récif qui peut être mis en péril et
mourir.
Le récif corallien est, nous l’avons vu, le
siège d’une construction, d’une part, et de
phénomènes érosifs, d’autre part. S’il advenait
que les seconds l’emportent sur la première, à
terme le récif disparaîtrait. Mais le dévelop¬
pement et la disparition des récifs sont aussi la
résultante de facteurs non biologiques tels que
les variations du niveau de la mer qui placent
les récifs dans des situations où la construc¬
au profit de la seule érosion ou
inversement. En considérant des échelles de
tion s’arrête
temps variables, quelques exemples peuvent
faire saisir cette fragilité des récifs.
Lors
des
périodes glaciaires du
Quaternaire pendant lesquelles le niveau de la
mer était d’environ 70 mètres plus bas qu’il ne
l’est actuellement, l’ensemble des lagons, des
récifs et des pentes externes des îles hautes
comme des atolls était à l’air libre, entraînant
une intense érosion, en raison des facteurs
climatiques. 11 n’y avait plus aucune construc¬
tion dans ces zones et celle-ci ne reprit qu’au
fur et à mesure de la remontée du niveau de la
lagons sont aujourd’hui dans une
phase de sédimentation et de comblement et,
si le niveau de la mer reste stable pendant
plusieurs millénaires, ces lagons seront
mer.
Les
finalement comblés. Si le niveau de la
s’élève, la construction corallienne
produisent beaucoup de calcaire par rapport à
qui se dégrade. Un récif dont les
peuplements madréporiques ont été presque
totalement anéantis se couvrira d’algues
124
une
des
telle situation
dizaines
actuelle à peine
émergés, étaient
presque dans la
situation présente de
Makatea au cours de
chaque glaciation du
Quaternaire, au moins
à quatre reprises au
cours
du dernier million
d’années, lorsque le
niveau de la mer était de
80 mètres plus bas
environ.
mer
celui
pendant
Tuamotu, à l’heure
sera en
revanche beaucoup plus active.
De nos Jours, certaines méthodes per¬
mettent d’évaluer si des récifs coralliens
molles et si
Tous les atolls des
se prolonge
d’années, les
De gigantesques blocs
sur les platiers des
récifs extérieurs d’atolls
ont été arrachés à la
pente externe par la
force des vagues lors de
raz de marée ou de très
violents cyclones. Ce
bloc de platier à
Takapoto fait plus de 3
mètres de hauteur.
LA
siècle est une fréquence négligeable, car le récif
ne vit pas à l’échelle de l’année mais à celle du
siècle et du millénaire. Les pentes externes
détruites de Mataiva et de Takapoto, par
exemple, mettront des dizaines d’années avant
de se reconstituer telles qu’elles étaient
auparavant.
Température de l’eau de mer
Les organismes récifaux ont évolué depuis des
millions d’années dans des limites relative¬
ment étroites de température auxquelles ils
maintenant adaptés. Toute sortie de ces
limites peut leur être fatale. On compren.dra
sont
fragilité en évoquant le milieu
côtier tempéré : sur les côtes de France les
mieux cette
animaux marins subissent
en cours
d’interactions entre les êtres vivants
qui le
composent et les facteurs du milieu, l’homme
peut intervenir de manière irréversible et
dramatique s’il n’y prend pas garde.
L’introduction
d’une
espèce étrangère
peut ainsi retentir sur des chaînes trophiques,
avec
elle des parasites ou des
bactéries qui peuvent se développer et décimer
élévation de 2“ â 4" de l’eau de mer peut, au
amenant
catastrophiques. En milieu tempéré, une usine
de traitement rejetant des eaux chaudes d’une
température supérieure de 5" à 8“ à celle de
l’extérieur peut n’avoir aucun effet néfaste, en
plein hiver, alors qu’en zone corallienne, et
quelle que soit la période de l’année, la même
opération aurait des conséquences
des espèces importantes dans l’écosystème et
même titre qu’une diminution, avoir des effets
désastreuses.
d’année
températures de 4" à 18", et une ampli¬
tude de variation qui dans certaines baies est
de l’ordre de 15“ à 20". Rien de tel en Polynésie
française. Les températures optimales se
situent vers 22"-26", et au-dessus de 30“ il n’y a
des
plus qu’un très petit nombre d’espèces qui
survivent, comme on le constate dans les
lagunes et les hoa aux eaux chaudes. La
température de développement optimal de la
grande majorité des espèces est très proche de
la température maximale létale. Ainsi, une
DÉGRADATION DES RÉCIFS
parfois même
pour
l’économie. L’analogie
avec le milieu terrestre est ici totale, en ce sens
que le développement d’une pollution ou
d’une dégradation de récif peut être grave au
point de ne plus permettre à l’écosystème de
recouvrer son état initial.
Les interventions de
l’homme en milieu corallien, comme dans tous
écosystèmes de la planète, ont ceci
d’original par rapport aux autres éléments de
destruction que, déployées avec une terrible
intensité, elles ont des conséquences souvent
irrémédiables.
L’espèce humaine est un
danger pour son environnement.
les
Actions humaines
Dans cette construction en équilibre ou en
équilibre dynamique qu’est le récif corallien,
suite à
des
millénaires et des millénaires
Les coraux, qu'ils soient
branchus ou massifs,
construisent le milieu
corallien qui sera
colonisé par des milliers
d'autres espèces. De
leur vivacité dépendent
la santé des récifs et leur
richesse.
Les récifs coralliens de
Polynésie française ne
sont pas habitués aux
cyclones et, lorsque
ceux-ci surviennent, il y
a une destruction
massive des formes
coralliennes qui se sont
développées en toute
quiétude pendant des
dizaines d'années. Entre
les cyclones de 19031906 et ceux de 1983 il
s'est écoulé plus de trois
quarts de siècle. Ici, la
pente externe de
Takapoto, par 22 mètres
de profondeur, en
décembre 1984.
125
LE MONDE MARIN
Les pollutions
à l’assaut des récifs
chargées
microns)
construction
traditionnel.
C’est
évidemment la théorie du moindre effort ou
tation
d’Indonésie
complètement
dépouillés de leurs coraux vivants par les
habitants qui les utilisaient comme matériau
ont
été
de
Les
récifs
coralliens
lagons se
dégradent, la pollution est partout ! Nous le
et
les
savons, mais encore faut-il clarifier un certain
nombre de termes et dégager ce qui est de la
responsabilité de l’homme et ce qui n’en est
l’évolution dégradante d’un récif
pas dans
corallien.
Dégradations naturelles
et anthropiques
moindre coût qui fait choisir entre le
prélèvement d’une roche volcanique et celui
d’une roche calcaire dans un lagon. Force est
de constater que presque partout dans le
du
monde
sont “naturelles” en ce sens qu’elles sont
partie
intégrante de l’évolution de l’écosystème ou
sous la dépendance de facteurs où l’homme
n’intervient pas. 11 est alors impropre de parler
de pollution et mieux vaut employer le terme
de dégradation ou même d’évolution. 11 en est
ainsi des effets des cyclones qui ont provoqué
en 1983 sur les récifs de Polynésie française
des destructions et des dégâts d’un tout autre
ordre de grandeur que les dégradations dues
activités humaines. 11 en est, peut-être,
ainsi de la multiplication des étoiles de mer sur
les récifs de l’Indo-Pacifique au cours des
deux dernières décennies. Mais on ne saurait
être affirmatif sur cette question, car on ignore
si la pullulation tient à une conséquence
indirecte des activités humaines ou à des
aux
le
matériau corallien est économi¬
quement moins coûteux, ce qui explique que
les extractions de sables et rochers coralliens
lagons ne sont pas une
pollution originale en Polynésie française,
mais malheureusement une des plus courantes
sur
Il est des dégradations du récif corallien qui
de particules fines (quelques
dérivent au gré des courants,
étouffant
les coraux du voisinage qui
n’arrivent plus à se nettoyer de cette sédimen¬
Certains récifs et lagons d’atolls de Micronésie
et
les
récifs
et
dans le monde.
L’extraction de
matériau corallien est
catastrophique pour plusieurs raisons. Elle
détruit complètement le milieu corallien
vivant, laissant en place un substrat plus
profond qu’auparavant, où se sédimentent des
particules de sable extrêmement fines sur
plusieurs mètres d’épaisseur. Cette vase
impropre à la vie sera remise en suspension à
la moindre agitation des eaux qui, compte
tenu de la finesse des particules, sont en fait
toujours troubles. Plus grave encore, ces eaux
sur
leurs tissus vivants. C’est par
l’action de leurs polypes et par la production
les coraux se nettoient des
tombant sur eux ; si la
sédimentation est trop forte, leur énergie ne
suffit plus à la tâche.
Par ailleurs, il convient de remarquer que
de
mucus
particules
que
les zones d’extraction de matériaux coralliens
-
le
plus souvent du sable - sont dans les
secteurs les plus facilement (matériellement et
économiquement)
accessibles
à
l’homme,
c’est-à-dire la zone frangeante. Or c’est préci¬
sément la zone qui présente le plus d’inconvé¬
nients, du point de vue écologique, pour ce
genre de prélèvement. En effet la zone coral¬
lienne vivante qui produit du calcaire, dans la
situation
actuelle
des
récifs
coralliens
polynésiens, est la pente externe des récifs au-
delà du récif-barrière. Les sédiments s’accu¬
mulent en arrière du récif-barrière et ils sont
constitués
d’éléments moyens à grossiers
(quelques dixièmes de millimètres de
diamètre). La zone frangeante n’est qu’un lieu
d’accumulation de particules sédimentaires
cycles naturels d’abondance et de rareté de
certaines espèces sur des longues périodes de
temps, ou encore aux deux phénomènes à la
fois.
Les dégradations et pollutions induites
directement ou indirectement par les activités
humaines sont qualifiées d’anthropiques. Le
tableau donné ici établit la liste de ces dégra¬
dations
et
pollutions.
Nous
ne
pouvons
sujets, mais d’une
manière générale nous remarquerons qu’il y a
quelques grandes catégories permettant de les
aborder
chacun
de
ces
grouper.
Le remblaiement d’une zone corallienne
frangeante n’est pas une pollution, mais la
suppression partielle de l’écosystème récifal.
La collecte de coquillages ou la pêcbe de
poissons - étant entendu qu’elles sont faites sans
détérioration du milieu et de ses autres
habitants - ne constituent pas une pollution
mais un prélèvement. En revanche, certaines
méthodes de prélèvements ont des effets
dévastateurs sur le milieu et constituent une
véritable dégradation. Le meilleur exemple en
est
la pêche à la dynamite ; un autre la pêche
produits chimiques à forte
rémanence et non biodégradables qui polluent
le milieu pendant de longues années. De fait,
la plupart des activités humaines en zone
côtière intertropicale où se situent les récifs
avec
des
coralliens entraînent soit directement soit
indirectement des dégradations et pollutions.
Les soupes de corail :
une
attaque directe
catégories de sites s’offrent à l’homme
satisfaire son impérieux besoin de
matériaux : les roches d’origine volcanique et
les roches calcaires qui dans les îles océani¬
ques sont des roches coralliennes ou du corail.
Deux
pour
126
Liste des activités
humaines causant des
Pollcltion par les apportsterrigenes
monde.
Pollution par les hydrocarbures
Effets des centrales énergétiques
dommages aux
écosystèmes récilaux et
coralliens de par le
Collecte de coquillages et de coraux
Pollution par les eaux usées
Pollution par les métaux lourds
Pollution radioactive
Récolte de poissons coralliens pour aquarium
Effets des tirs nucléaires
Utilisation de poisons pour la pêche
Effets des constructions humaines en milieu récifal
Utilisation des explosifs pour la pêche
Effets des extractions de matériaux coralliens
Pollution par les pesticides et détergents
Effets des introductions d'espèces
Les extractions de sable
corallien non seulement
détruisent le milieu
corallien vivant, mais
laissent à sa place un
sédiment très très fin,
impropre au
rétablissement des
communautés
coralliennes.
Les chemins de drague
avancent
perpendiculairement au
rivage et modifient les
courants de
renouvellement des
eaux dans les zones
frangeantes. Ils créent
ainsi des zones
confinées dont les
peuplements meurent
rapidement.
LA DÉGRADATION DES RÉCIFS
fines. Aussi serait-il plus adéquat de
prélever des sédiments coralliens en arrière
très
des récifs-barrières et non en zone frangeante.
D’autre part, pour prélever les sédiments en
frangeante, des chemins de drague sont
le lagon, sont
autant de barrières émergentes empêchant la
circulation des eaux et renforçant le confine¬
ment des zones draguées.
Plus grave encore est l’abondance de ces
zones d’extraction de soupe de corail dont la
multiplicité autour d’une île est comme une
chaîne de points morts essaimant des nuages
zone
constitués qui, avançant dans
destructeurs.
Entre anciens
récents lieux
et
d’exploitation, il en existe ainsi actuellement
plus d’une vingtaine autour de la seule île de
Moorea !
Bien entendu il serait possible de réduire
les effets de ces extractions : une meilleure
sélection des localités, la restauration des
anciens sites d’exploitation, la prise en compte
du patrimoine naturel en vue de limiter le
nombre de lieux d’extraction même si le prix
de revient des matériaux
augmenté,
l’utilisation de moyens de dragage mieux
adaptés à la protection de l’environnement,
l’emploi de barrages artificiels lors des
en
est
extractions...
Les pollutions venant de terre :
par les rivières
De nombreuses activités
humaines, à terre,
ont des influences directes sur les lagons et les
qui démontre la nécessité de
considérer chaque système insulaire dans sa
globalité - milieu terrestre et littoral - dans
le cadre d’un aménagement rationnel.
récifs,
ce
terrigènes, c’est-à-dire le
transport par les eaux de ruissellement de la
terre des sols vers les lagons et les récifs, est
une
des pollutions les plus importantes
Les
apports
affectant le milieu corallien des îles
ou
des
régions continentales intertropicales habitées
par l’homme. En temps normal, le sol est
couvert de végétation et celle-ci protège et
retient la terre. Les travaux qui détruisent la
végétation et mettent le sol à nu entraînent le
transport de ce dernier par les rivières. Les
tonnages ainsi transportés sont considérables,
l’érosion est intense, les rivières sont rouges de
particules, les lagons et leurs coraux sont
étouffés par cette sédimentation importante.
Le résultat est le même que celui provoqué par
ces
eaux turbides chargées en
fins qui s’échappe des zones
d’extraction corallienne. Qui n’a vu ces
le
panache des
éléments
Les travaux de
construction ou
d’aménagement en
montagne, en détruisant
la végétation, mettent le
sol à nu et entraînent le
transport par les rivières
rivières de la côte est de Tahiti et de la zone
urbaine de Papeete rendues rouges par la
multiplicité des déforestations dans les vallées
et en montagne ? Les travaux responsables de
pollution majeure sont multiples : via¬
cette
bilisation de nouveaux lotissements,
constructions de routes, travaux d’équipe¬
ment hydro-électrique. 11 faut reconnaître que
pratiquement rien n’est fait pour limiter et
endiguer ce type de pollution que chacun peut
observer lors des grandes pluies, soit en
survolant la côte, soit en regardant la rivière
ou les plages où se déposent de fines pellicules
rougeâtres à chaque occasion. Le drame
réside dans l’effet cumulatif qui entraîne
rapidement pour les coraux et les récifs leur
mort, avec bien entendu celle de tous les
habitants de l’écosystème, tout particulière¬
ment les poissons dont l’absence n’est pas sans
poser des problèmes socio-économiques.
Les
eaux
urbaines
usées constituent dans les
ou
dans
les
zones
zones
littorales
surpeuplées une des pollutions les plus impor¬
à l’échelle mondiale pour les récifs
coralliens. Mais à la différence de la pollution
précédente - apports terrigènes - elle est
toutefois relativement localisée dans j’espace,
précisément aux zones urbaines. Ces eaux
proviennent des activités humaines qu’il
s’agisse d’un usage domestique ou profes¬
sionnel. Ainsi en est-il de tous les produits tels
que détergents et lessives, et de toutes les
matières organiques rejetées dans les égouts
(lorsqu’ils existent) sinon directement au
tantes
ruisseau ou à la rivière, sans oublier les
matières fécales. Ainsi en est-il de tous les
de nombreux éléments
terrigènes qui se
retrouvent finalement
dans le lagon, causant à
la longue l'épuisement
rejets des porcheries installées dans les vallées.
Ainsi en est-il des engrais, pesticides et herbi¬
cides qui s’écoulent jusqu’au lagon. Au
rendez-vous du lagon se trouve alors une
pollution chimique et bactérienne qui peut
aller jusqu’à
entraîner l’interdiction de
baignade sur des plages des îles des mers du
sud ! A ce rendez-vous on observe les phéno¬
mènes d’eutrophisation détruisant le récif et
ses habitants : une trop grande richesse en
éléments
nutritifs (nitrates,
phosphates)
favorise un prodigieux développement des
producteurs primaires (phytoplancton ou
végétaux benthiques) et de certains groupes
d’animaux, induisant rapidement la mort des
coraux et
l’appauvrissement du récif. Le
remède à ces situations ne peut être que le
collectage de toutes les eaux usées et leur
traitement par des stations d’épuration et, à
terme, la canalisation de toutes ces eaux dans
un réseau de collecteurs urbains et leur rejet
au-delà du récif-barrière, par 100 mètres ou
plus de profondeur sur la pente externe des
puis l'étouffement des
colonies coralliennes.
récifs.
L’emploi des pesticides et herbicides en
grande quantité est rapidement préjudiciable
aux
animaux récifaux qui peuvent être
contaminés et impropres à la consommation
produits non biodégradables sont en
grande concentration dans les eaux
lagonaires. Le danger est réel dans les îles
volcaniques à agriculture et sylviculture
intensives, de même que sur les atolls où la
nappe
phréatique est très rapidement
contaminée, ce qui pose le problème de la
pollution de cette ressource capitale qu’est
si les
trop
La pollution chimique,
provoquée par
i'utilisation généralisée
de détergents non
biodégradables (pour la
vaisselle, le linge...),
peut entraîner des rejets
de mousses sur le
rivage.
l’eau douce. Nul ne conteste la nécessité de ces
127
LE MONDE MARIN
produits pour améliorer les rendements, mais
leur surveillance doit être rigoureuse et la
formation ou l’information des agriculteurs
doit être une préoccupation constante.
On le voit le lagon aux eaux bleues et
le
monde
animé
sous-marin,
l’aquarium de Dieu, est un réceptacle témoin
vertes,
des activités humaines.
celles-ci, c’est
un
Selon la nature de
joyau ou une poubelle 11
Un cas particulier : la taramea
C’est un cas particulier car on est en droit de
s’interroger sur la responsabilité des activités
humaines quant à la pullulation decetteétoile
de mer depuis 1970 sur les récifs de plusieurs
régions indo-pacifiques comme nous l’avons
déjà évoqué dans le sujet consacré à cette
A caïuhasier planci.
Pour connaître les causes de'pullulation,
depuis une quinzaine d’années .les chercheurs
ont étudié l’étoile de mer épineuse et des
sessions spéciales y sont consacrées lors de
chaque congrès sur le milieu corallien. Une
bonne dizaine d’hypothèses ont été avancées
pour
expliquer cette explosion
démographique presque simultanée de
l’espèce en plusieurs points de son aire de
répartition géographique. D’une manière
générale, il a été constaté que cette explosion
démographique allait de pair avec la
dégradation des récifs, mais selon les cas elle
précède ou fait suite aux effets d’une dégra¬
dation visibles par l’homme. Que cette
explosion démographique soit causée par des
pollutions ou non, il s’ensuit une dégradation
des récifs où les algues l’emportent
rapidement sur les madrépores restant et la
faune associée, dont les poissons. Parmi les
hypothèses avancées on peut citer des causes
biologiques comme la surpêche du triton
(Charonia tritonis, pü) qui est un ennemi et un
prédateur naturel de l’étoile de mer épineuse.
De trop importants rejets terrigènes dans les
lagons et sur les récifs ont également été
invoqués, compte tenu d’une influence sur la
composition du plancton dans lequel les
larves de la taramea auraient des avantages
certains.
Mais, par ailleurs, nos connaisances sur
les récifs coralliens progressent rapidement et
il est maintenant acquis que dans cet
écosystème tropical côtier les évolutions
écologiques se font non pas au rythme des
saisons et d’une année sur l’autre, mais selon
des cycles de variation de beaueoup plus
grande amplitude. Nous sommes enclins à
penser que ces fluctuations d’abondance
d’espèces sont naturelles mais qu’elles peuvent
être amplifiées ou réduites par les activités
humaines. C’est probablement le cas pour la
Nous ignorons encore la raison
profonde des pullulations de cette espèce mais
il est certain que toutes les
hypothèses
avancées ont concouru au développement du
phénomène.
taramea.
Quant à la situation en Polynésie, il faut
comprendre que pour avoir une action
dévastatrice la taramea n’a pas besoin de
couvrir tous les récifs d’une île. Les études
réalisées par l’Antenne du Muséum et des
Hautes Etudes ont récemment montré que
quelques “meutes” dans l’île de Moorea suffi¬
128
saient à détruire considérablement l’ensemble
des récifs de l’île.
Chaque peuplement passe
zone
à la suivante en une attaque
sournoise et qui n’est pas spectaculaire mais
d’une
qui, au bout d’une dizaine d’années, se conclut
par une destruction majeure des récifs de l’île.
Lorsque les peuplements de l’étoile de
sont
très importants, l’E.V.A.A.M,
organise, parfois avec le concours de la
population, des collectes massives. Plusieurs
mer
dizaines de milliers de taramea ont été ainsi
prélevées depuis des années sur les récifs des
îles de la Société. La meilleure technique est de
ramasser la taramea et de la rapporter à terre
où elle peut être utilisée comme engrais. La
solution de tuer les individus sur les récifs est
moins
efficace
et
plus dommageable.
L’injection de formol
a
été utilisée dans
certains pays mais le produit se trouve alors
dans le milieu. Couper l’animal n’est jamais
très efficace car la régénération est toujours
possible.
Un niveau
exceptionnellement bas
de l’océan, et donc des
eaux dans le lagon,
pendant plusieurs jours,
comme en septembre
1983, peut entraîner des
mortalités massives
d'êtres vivants dans le
récif. Outre
l'exposition directe au
soleii pour les
organismes
habituellement près de
la surface, les eaux non
renouvelées vont être
chaudes et dépourvues
d'oxygène dissous.
Le panache mortel des
fluviales chargées
en éléments terrigènes
est sous la dépendance
des courants côtiers. En
se sédimentant les fines
eaux
particules (quelques
millièmes de millimètre
de diamètre) vont, à la
longue, épuiser puis
étouffer les colonies
coralliennes.
Même les petits
ruisseaux sont les
milieux de transfert des
éléments terrigènes de
l’île au lagon. Les
travaux en tous genres,
entraînant la mise à nu
du sol, perrriettent son
érosion active par les
eaux de pluie et de
ruissellement.
Certains
puisque
pourraient
considérer
que
cette
pullulation est peut-être
naturelle il n’y a pas lieu de s’en préoccuper.
Ce serait une erreur, car pour se rétablir d’une
destruction par les taramea un récif exigera
des dizaines d’années. Mais de plus, ce récifétant soumis à des agressions et dégradations
humaines qui elles aussi favorisent les algues
aù détriment des coraux, il peut ne pas arriver
à
reprendre le dessus à l’échelle de temps de
quelques générations humaines. Le danger est
certain et c’est pourquoi dans le contexte
actuel il convient de maintenir les mesures de
surveillance et de prélèvements lorsqu’il y a de
trop grands
épineuse.
peuplements de l’étoile de mer
Constructions et remblais
L’atteinte au milieu corallien la plus irré¬
médiable est bien entendu sa suppression,
mais de grandes eonstructions dans le milieu
l’affectent
également.
La construction de
LA DÉGRADATION DES RÉCIFS
l’aérodrome de Faaa a ainsi supprimé le récif
frangeant
plus de deux kilomètres de
littoral et il en a été de même pour la zone
portuaire de Papeete et à un moindre degré de
toutes les marinas qui ont été construites. En
dehors de
sur
ces
réalisations collectives il y a
une
multitude de petites
continuellement
opérations d’aménagement très localisées.
Bien des travaux de rectification de ligne de
rivage, d’extraction,de matériaux coralliens et
de décharges sauvages se terminent par un
remblaiement
pur
et simple.
La zone
frangeante corallienne est littéralement
grignotée. Le remblaiement se fait parfois en
dehors
de
tout
contrôle
administratif
et
mieux, la zone ayant été dégradée volontai¬
rement,
le remblaiement apparaît alors
comme une mesure de salubrité !
Bien entendu
dans ces opérations, le gain de surface pour les
propriétaires, les entreprises ou les sociétés est
l’objectif essentiel. Mais que l’on ne s’y trompe
pas, cette atteinte de la zone frangeante a des
répercussions sur l’ensemble de l’écosystème.
Pour
ne
citer
qu’un exemple, les stades
juvéniles de nombreuses espèces de poissons
qui vivent sur la zone barrière à l’état adulte
s’alimentent en zone frangeante. Il n’est donc
étonnant que cefte destruction du
frangeant provoque une raréfaction des
espèces dans l’ensemble de l’écosystème
pas
récifal.
Dans
les
produisent
suppression
autres
îles
de
la Société
se
phénomènes de
des zones frangeantes. La
construction de quais, de marinas, de routes,
la protection des résidences et les extractions
en sont les principaux responsables. Dans les
baies, comme à Huahine, la construction ou
l’élargissement de routes isolent presque
complètement certaines surfaces frangeantes
entre la route et la montagne. Les buses qui
passent sous les routes et permettent un
certain échange d’eau entre la baie et les
micro-lagunes sont malheureusement
insuffisantes pour préserver le milieu d’une
ces
mêmes
lente et irrémédiable dégradation jusqu’à sa
disparition.
Le récif agressé et la ciguatera
Un édifice corallien est florissant lorsque les
conditions de milieu les plus favorables au
développement des organismes constructeurs
sont présentes. 11 est bon de les rappeler : des
eaux n’excédant pas 29", des eaux de salinité
océanique, des eaux claires, c’est-à-dire très
chargées en éléments détritiques et
terrigènes, une bonne circulation. Toutes les
atteintes et pollutions que nous venons de voir
peu
limitent ces conditions favorables et le corail
ne
peut
survivre. Dans
ce
cas
quelques
groupes d’êtres vivants vont prendre le relais
et occuper la place laissée libre. Les algues et
les échinodermes vont voir leurs peuplements
augmenter alors que les peuplements de
poissons vont se modifier (davantage d’herbi¬
vores) et s’appauvrir. Un réeif agressé ou en
voie de dégradation présente des colonies
Cette épave de
l’hydravion Catalina par
une vingtaine de mètres
de profondeur dans le
lagon de Faaa, est le
témoin d'une présence
humaine qui, par ses
activités, dégrade le
milieu corallien.
Après le passage de la
taramea, des taches
blanches apparaissent
sur le corail (ici un
Acropora). L'étoile de
mer épineuse ayant
dévoré ses polypes, il ne
reste que le squelette
calcaire blanc.
129
LE MONDE MARIN
coralliennes
mortes ou en cours
de blanchi¬
(rejet de leurs algues symbiotiques ce qui
est un signe de mauvaise santé et de stress du
corail), une végétation d’algues benthiques
ment
importante, une pullulation d’échinodermes
qu’il s’agisse d’oursins, d’étoiles de mer ou
d’holothuries
une
faune ichtyologique
appauvrie en espèces et en abondance. Qu’il
s’agisse d’une dégradation naturelle (exem¬
ple : les cyclones) ou anthropique (exemple :
pollution par les apports terrigènes ou les
eaux
usées) le récif agressé présente cette
physionomie.
Compte tenu de la lente vitesse de
-
-
croissance des coraux il faudra des années, si
les conditions favorables de milieu se réta¬
blissent, pour que l’écosystème redevienne
.
aussi florissant qu’auparavant. Malheureu¬
sement, c’est en dizaines d’années qu’il faut
compter lorsque dans un récif la presque
totalité des madréporaires sont morts. Les
Acropora tabulaires
diamètre
supérieur
parasol d’un
mètre ont quelques
ou
en
au
dizaines d’années et les colonies massives de
corail
Jaune (Parités) sont souvent
naires !
La
cente¬
ciguatera, intoxication alimentaire
consécutive à la consommation par l’homme
de poissons frais, a déjà été traitée dans l’Encyclopédie. Son apparition et son
développement sont un corollaire des stress
subis par un récif. Le poison est élaboré par
une algue du groupe des Dinoflagellés, Gambierdiscus toxicus, qui prolifère sur d’autres
algues et tout particulièrement sur les gazons
recouvrant
les surfaces récemment mortifiées
de
ou
coraux
des surfaces nouvelles. Puis
l’algue et son poison sont ingérés par des
poissons herbivores, mangés à leur tour par
des carnivores et par l’homme qui s’intoxique
alors. Ainsi toute atteinte et dégradation du
récif peut
provoquer
une flambée
de
ciguatera. C’est ce qui se passe depuis fort
longtemps pour des raisons naturelles ou
anthropiques dans toutes les régions coral¬
liennes non seulement polynésiennes mais du
monde entier.
dépendant de la puissance du tir, les espèces à
l’air libre sont détruites ou brûlées. A une
certaine distance, celles qui sont à l’abri des
rayons
directs ou sous un film de quelques
millimètres d’eau sont protégées. La tempé¬
rature de l’eau s’élève et brûle les organismes.
Les dégâts peuvent être considérables si le tira
lieu à marée basse. L’onde de choc entraîne la
formation d’un cratère sédimentaire (sauf si le
tir. est en altitude élevée) et de vagues qui
détruisent
Les expérimentations nucléaires
Plus de 200 expérimentations nucléaires ont
eu
lieu dans l’environnement des îles basses
coralliennes du Pacifique depuis le premier tir
américain de Bikini le 30juin 1946. Le tableau
donné ici les recense selon les conditions de tir
(aérien, souterrain...) qu’il s’agisse de bombes
atomiques, thermonucléaires ou à neutrons.
Les effets d’une explosion nucléaire
peuvent être classés en trois catégories (effets
thermiques, ondes de choc et radiations), mais
l’importance des dégâts dépend des condi¬
tions du tir et de sa puissance. D’une manière
générale, les tirs les plus dévastateurs pour
l’environnement corallien sont les tirs sousmarins et sur barges à très faible altitude, et les
moins dommageables sont les tirs souterrains.
C’est la raison pour
laquelle on est passé
depuis 1975 des premiers aux seconds, les
premiers ayant eu des conséquences catas¬
trophiques et de longue durée, notamment à
Bikini, sur le plan de la contamination radio¬
active.
Lors d’un tir aérien, la chaleur libérée est
considérable
et,
dans
un
rayon
variable
les
colonies
à sec.
Lors d’un tir sous-marin, l’élévation de la
température de l’eau est importante, mais
l’ensemble de l’énergie thermique est rapide¬
ment absorbé. En
revanche, l’onde de choc,
accompagnée de vagues engendrées par la
projection verticale d’une colonne d’eau qui
retombe, a des effets mécaniques très destruc¬
teurs.
Dans les expérimentations souterraines,
la presque totalité de l’énergie thermique est
confinée dans la roche basaltique et n’a aucun
effet sur l’écosystème corallien. Mais l’onde de
choc
provoque un tassement de quelques
centimètres à quelques décimètres à la verti¬
cale du point zéro et dans un certain rayon
(quelques centaines de mètres) en fonction de
la puissance de l’engin et de la profondeur du
tir. Outre ce tassement, les destructions de
colonies coralliennes par l’onde de choc
peuvent être importantes.
Pour ce qui est des
nucléaires sur les atolls
frangeante ou littorale,
sont souvent une étape
préliminaire à un
remblaiement.
L'origine de ia ciguatera
par cette algue
microscopique,
Gambleraiscus toxicus
qui prolifère surd'autres
algues, tout
particulièrement
lorsque les récifs
130
subissent des fortes
dégradations, naturelles
ou provoquées par les
activités humaines,
(photographie faite au
microscope
électronique à
balayage), (taille :
60 à 90 microns).
expérimentations
de
Moruroa
et
Fangataufa (explosions en altitude, et souter¬
raines depuis 1975) et bien que les dégâts
Les dépôts sauvages ou
inconsidérés de détritus
en zone corallienne
est la toxine élaborée
madréporiques
branchues et rejettent les poissons au rivage et
L'invocation de la
mesure dé salubrité
pour autoriser un
remblaiement n’est pas
toujours innocente ;
l'opération a parfois été
préméditée !
LA
soient chaque fois fonction des conditions de
favorisés par cette agression et par la dégrada¬
peut faire plusieurs remarques. Ce sont les
effets mécaniques qui sont les plus domma¬
et selon son importance,
tir et de la puissance de l’engin expérimenté on
geables pour l’environnement corallien, car
les effets thermiques sont toujours plus
localisés et plus limités dans le temps et les
quelques peuplements d’invertébrés qui furent
décimés lors de certains tirs par l’effet de
chaleur ont reconquis leur habitat quelques
années plus tard. Les effets de Fonde de choc
de tirs aériens et de tirs souterrains répétés ont
entraîné un appauvrissement des formes
coralliennes branchues (Acropora, Pocillopora...), une raréfaction d’espèces plus parti¬
tion des milieux. Comme pour toute agression
il faut des années ou
des décennies pour que le milieu retrouve son
fait certains rapports, que la pollution dans les
atolls expérimentaux, celui de Moruroa
population sur un atoll. Cette pollution est
une conséquence indirecte des expérimenta¬
fortement contaminés que les poissons carni¬
pâtés coralliens, et soit l’effondrement de
parties très vivantes de la zone supérieure de la
pente externe qui décrochent et dévalent cette
pente, soit l’effondrement de parties plus
profondes, comme ce fut le cas à Moruroa en
1977, déclenchant en retour une vague qui
submergea la partie sud-ouest de l’atoll. Ces
effets peuvent porter également sur la partie
récifale morte telle que Factuel platier et les
motu sans végétation qui, par effondrement
de quelques décimètres, se retrouvent alors
submergés et aptes à être colonisés'par les
de
coraux.
thermiques et mécaniques
modifient plus ou moins les peuplements
existant et ce dans un rayon variable. D’une
manière générale, les Madréporaires sont
ceux
qui subissent le plus de dommages
durables. Certains groupes, tels les algues et
les échinodermes (oursins, holothuries), sont
effets
Atolls expérimentaux
Explosions en altitude
Explosions sur barges
Explosions au sol
Explosions spus-marines
Explosions souterraines
11 convient de souligner ici, comme Font
notamment, tient pour beaucoup à la présence
humaine et aux activités d’une importante
tions
mais
n’a
elle
rien à voir
des radioéléments naturels qui ont pour
origine les roches de la croûte terrestre (conti¬
nents et îles volcaniques océaniques) d’une
part, et les éléments produits par les radiations
cosmiques, d’autre part. Dans l’eau de mer
ainsi que dans le milieu corallien, c’est le
potassium 40 qui est le radioélément le plus
important, responsable des neuf dixièmes de
trouve
naturelle.
dans tous les
Cet
élément
se
organismes en quantité
propre à chaque espèce et variable selon les
organes considérés.
La radioactivité artificielle est due
aux
activités humaines et elle est, pour l’environ¬
corallien, à l’échelle mondiale,
essentiellement, pour ne pas dire exclusive¬
ment, la conséquence des retombées d’expéri¬
nement
mentations aériennes.
Ces radioéléments
émettent des rayonnements alpha (uranium.
Bikini
EniWetok
Johnson
Christmas
Christmas
France
Moruroa
Fangataufa
41
9
38
37
0
3
22
0
0
3
0
0
\
Certains radioéléments se fixent sélec¬
tivement
vie
tent
radioactivité
vores.
certains organes : le strontium
l’iode sur la thyroïde, le cérium dans
sur
les muscles... Certains radioéléments ont une
Tous les milieux terrestres et marins compor¬
la
carnivores. Au fur et à mesure de ce
cheminement les facteurs de concentration
diminuent. Aussi les végétaux sont-ils plus
et aux
sur les os,
La radioactivité
Grande-Bretagne
~t
les
avec
explosions à proprement parler.
Etats-Unis
0
'
plutonium, qui sont des éléments fissiles
n’ayant pas subi de fission nucléaire), bêta
(strontium, qui est un produit de fission) ou
bêta-gamma (cobalt 60, qui est un élément
activé). Ils sont d’abord métabolisés par les
producteurs primaires (phytoplancton et
algues benthiques), puis cheminent le long des
chaînes alimentaires, passant aux herbivores
aspect normal.
culièrement sensibles à cette onde de choc
comme les poissons, la cassure de colonies et
Les
DÉGRADATION DES RÉCIFS
courte
disparaissent rapidement de
le cérium, ou y
pendant de longues années,
et
l’écosystème,
demeurent
comme
le cobalt. Selon les doses absorbées,
lésions cellulaires et des dérèglements
comme
des
métaboliques peuvent survenir et, si les
gonades sont concernées, des effets
génétiques.
Lors d’une explosion thermonucléaire en
environnement corallien, les êtres vivants sont
détruits ou tués par l’effet de chaleur et par
Fonde de choc dans un certain rayon. Mais audelà de ce rayon, l’irradiation totale lors du tir
est insuffisante à elle seule pour tuer les ani¬
maux
et
les
végétaux. Par ailleurs ceux-ci
peuvent résister à des doses d’irradiation qui
seraient mortelles pour l’homme, car la radio¬
sensibilité est d’autant moins grande que les
plus primitifs ; les algues peuvent
supporter des doses absorbées 20 à 250 fois
êtres sont
plus importantes que l’homme.
Estimation du nombre
des expérimentations
nucléaires dans les
atolls du Pacifique
jusqu’en 1983.
67
'f
131
LE MONDE MARIN
Pour ce qui concerne la
çaise,
surveillance
la
l’environnement
nismes
:
le
Polynésie fran¬
radiobiologique de
est assurée par deux orga¬
Service mixtè de contrôle
biologique, rattaché à la Direction des
Centres d’expérimentations nucléaires, et le
Laboratoire
d’étude
l’environnement
et
de
surveillance de
ainsi
qu’une station de
prélèvement du Réseau mondial de surveil¬
lance de la radioactivité (à Faaa) - tous deux
rattachés à la Direction de la protection du
Commissariat à l’énergie atomique. Ces deux
organismes s’occupent du milieu vivant, alors
que le milieu physique est surveillé par le
Service mixte de sécurité radiologique de la
Direction des Centres d’expérimentations
-
nucléaires. Chacun de ces services traite des
prélèvements sur les sites expérimentaux ainsi
que dans l’ensemble de la Polynésie française,
tous
les archipels étant concernés.
Les
résultats de cette surveillance de la radioacti¬
vité sont
présentés chaque année dans un
rapport public qui porte non seulement sur la
Polynésie mais aussi sur toutes les régions du
monde dans lesquelles la France effectue des
mesures.
Les ressources marines qui sont
l’objet de mesures de radioactivité dans tous
les archipels polynésiens concernent des
poissons de haute mer, de lagon, et des
migrateurs, des mollusques, des crustacés,
auxquels s’ajoutent des prélèvements de flore
et faune terrestres (noix de coco, fruits...).
Les
seuls
radionucléides
détectés
actuellement dans l’environnement, en dehors
sites expérimentaux, présentent des
périodes longues (radioéléments à vie longue
tels que le strontium 90, le césium 137 et le
plutonium 239). Ils proviennent des activités
emmagasinées dans les sols et les êtres
des
vivants du fait de l’ensemble des tirs aériens
effectués depuis 1945 dans le monde par la
Chine, les Etats-Unis, la France, la GrandeBretagne et l’Union soviétique.
Une unité
appelée "équivalent de dose
effectif’, le microSievert, permet d’établir et
de comparer les quantités d’irradiation reçues
par
l’homme. En Polynésie française, cette
2 ÜOO
irradiation est en moyenne de
microSieverts par an, dont 99%
corres¬
pondent, à part égale d’ailleurs, à l’irradiation
naturelle
et
à
l’irradiation
médicale.
La
moyenne pour la population mondiale est de
2 400 microSieverts par an, et elle est
supérieure à 3 000 pour les pays européens.
Environ et en moyenne 10 microSieverts par
an sont dus aux essais nucléaires (français et
étrangers). L’essentiel de cette dose est
délivrée par le césium 137 et secondairement
par le strontium 90, et les voies principales
d’atteinte de l’homme sont, à part sensible¬
ment égale, l’exposition externe due à la
radioactivité contenue dans le sol, et l’expo¬
sition interne due aux aliments ingérés.
L’équivalent de dose effectif par ingestion
d’aliments varie de 2,3 à 32,1 micro.Sieverts
selon les îles et les archipels ; les aliments
d’origine marine comptent en moyenne pour
15% et les aliments terrestres pour S5%..
Le passage à des explosions souterraines
en
1975
bien
a
quasiment
à
entendu
zéro,
réduit
l’introduction
encore,
d’une
contamination radioactive dans l’environne¬
ment. On assiste donc à une décroissance
progressive de la radioactivité.
Et les autres pollutions
La récolte d’animaux du récif s’accompagne
généralement d’une certaine dégradation en
raison dés techniques utilisées. Seule la pêche
à la ligne peut être considérée comme sans
dommage. Lorsque les collectionneurs de
coquillages non avertis retournent les blocs et
dalles de coraux à la recherche de mollusques,
ils oublient de les remettre en place et la faune
de la face inférieure, très différente de celle de
supérieure qui reçoit directement la
lumière, est détruite en quelques heures par les
prédateurs. Ne parlons pas des “casseurs” de
corail à la recherche de leurs joyaux. Dans
certaines
régions du monde, certaines
techniques de pêche sont extrêmement dévas¬
tatrices pour le milieu corallien. Ainsi la pêche
mura ami aux Philippines consiste à faire du
bruit pour effrayer les poissons qui se préci¬
pitent dans des filets. Plusieurs dizaines de
personnes participent à cette pêche dont les
longs filets sont maintenus verticaux par des
flotteurs et des cailloux de 3 à 6 kg. Ces
derniers, ainsi que les pêcheurs, cassent le
la face
corail et dévastent le récif.
La
pollution
par
les
hydrocarbures
est
importante dans certaines régions du monde,
sur les récifs coralliens de la mer Rouge et du
Golfe Persique notamment. En Polynésie
française, cette pollution est relativement
restreinte aux zones portuaires et d’impor¬
tance secondaire. 11 n’y a jamais eu de catas¬
trophe de ce fait, mais les risques ne sont
jamais nuis et des plans d’intervention
existent, mettant en jeu des barrages flottants
pour éviter la dérive des nappes d’hydrocar¬
bures, et employant des produits spéciaux
(émulsifiants et dispersants) destinés à leur
dispersion, leur dégradation ou leur sédimen¬
tation. Plus insidieuse est la pollution par les
huiles de vidange qui sont souvent rejetées
inconsidérément
avec
les
eaux
usées
domestiques. Tout se retrouve au lagon !
La pollution par les métaux lourds est
devenue célèbre par la fameuse affaire de
Minamata
au
Japon, où les poissons
consommés présentaient des teneurs toxiques
Ce bloc qui a été
retourné porte une
multitude d’organismes
qui vont mourir dans les
heures suivantes. Ils ne
résisteront pas aux
rayons directs du soleil
ni aux prédateurs. Les
amateurs
.fL.Î
inexpérimentés de
coquillages, en ne
remettant pas les blocs
en place après leur
collecte, sont
responsables de la quasi
destruction de certains
récifs.
132
fort élevées en mercure : entre 1932 et 1968
environ 80 tonnes de mercure avaient été
déversées dans la baie de Minamata par une
usine d’acetaldehyde. Dans les îles hautes de
Polynésie, il existe
rivières
des
aux
teneurs
embouchures des
en
mercure
bien
supérieures aux teneurs de l’eau océanique,
ceci en raison du lessivage des roches volca¬
niques, mais aucun phénomène de toxicité n’a
été signalé à ce sujet. On notera le danger de
rejets industriels de quelques métaux lourds
(mercure, cadmium, arsenic et plomb) dont
les concentrations augmentent avec le niveau
trophique, tout particulièrement dans les
estuaires.
LA DÉGRADATION DES RÉCIFS
La protection
des espèces
et des récifs
Dans
les
anciennes
d’années pour la plonge à la nacre ; la limi¬
tation des périodes de pêche.
Bien entendu, ces réglementations con¬
sociétés
polyné¬
siennes, la protection des espèces et des récifs
partie intégrante de la vie sociale, reli¬
gieuse et culturelle. Dans ces sociétés
maintenant occidenta'lisées, cette protection
est assurée par un cortège de textes adminis¬
tratifs et juridiques avec pour corollaires des
dispositions préventives et répressives.
était
Le rahui
Les
les
des
cernent
espèces d’intérêt économique,
c’est-à-dire la nacre, le troca et les tortues,
dont la trop grande exploitation ou la rareté
exigent
assurer
ces mesures de protection pour
le maintien des populations sauvages.
Pour la nacre, ces mesures n’ont pas empêché
épuisement dans presque tous les lagons,
alors que les premiers cris d’alarme ont été
lancés il y a plus de 120 ans ! Pour la tortue,
son
protection ne peut être efficacement
menée qu’à l’échelle internationale régionale
dont la
tenu de sa biologie et de ses
migrations, force est de constater que nous
compte
à l’échec. Les entorses aux inter¬
dictions sont si nombreuses et les moyens de
courons
populations océaniennes pour lesquelles
ressources
de la mer représentaient
l’essentiel de leur alimentation, du moins en
protéines animales,
se
trouvaient dans la
nécessité de préserver le renouvellement des
ressources. Cette préservation s’effectuait
par
un certain nombre de coutumes et de con¬
répression si limités que, malgré la volonté de
certains services, on est en droit d’être très
pessimiste sur l’avenir des tortues, alors
qu’elles sont partie intégrante du patrimoine
culturel et naturel des archipels.
traintes de tout ordre où le social et le culturel
étaient intimement mêlés au religieux. Les
L’ïle de Motane,
de Hiva Oa aux
droits de pêche, ou plus exactement la possi¬
Les réserves
La mise
en
réserve d’une
zone
corallienne
répond à la nécessité de limiter certaines
activités humaines dans une zone déterminée.
11 existe plusieurs catégories de réserves
depuis les plus strictes, comme les réserves
scientifiques intégrales, aux plus aménagées,
comme les parcs ouverts au public mais où
tout prélèvement est interdit.
En Polynésie française comme partout
ailleurs, l’on parle beaucoup de réserves ou de
parcs, mais plusieurs n’ont été que des projets
éphémères Jamais confirmés par arrêtés. Il
existe six îles dont les écosystèmes récifaux et
coralliens sont protégés en totalité ou en
partie. L’atoll de Taiaro dans les Tuamotu du
nord-ouest est une réserve intégrale portant le
nom de son propriétaire, W.A. Robinson qui
a beaucoup fait pour les recherches médicales
en Polynésie française. Au terme des décrets
du
1er août
totalité
de
1972 et du
l’atoll,
14 février
domaine
1973 la
terrestre
et
proche
Marquises, est une île
inhabitée et protégée,
bilité de pêcher dans un lagon, étaient sous la
dépendance des populations riveraines
locales. 11 était interdit de pêcher à certaines
époques et les grandes pêches collectives
étaient dirigées par un tahu'a, un spécialiste
sachant ce qu’il était permis de prendre et ce
qu’il convenait de préserver. Les ressources les
plus rares n’étaient consommées que par
certaines catégories sociales ou uniquement à
domaine terrestre et
maritime attenant,
depuis 1971. D'une
petite surface (15 km^)
l'île est très allongée
des falaises
relativement abruptes
qui culminent vers
500 m. Elle est bordée
par un trottoir corallien
avec
frangeant.
l’occasion de certaines cérémonies. Tel était le
archipels comme dans
Pacifique Sud. Ainsi, seuls les
prêtres et les chefs pouvaient consommer les
tortues aux Marquises. Ailleurs, comme à
Tahiti, certains poissons nobles, tel le mahi
cas des tortues dans nos
tous ceux du
mahi, étaient réservés aux seuls hommes.
Le
rahui
était
quelque sorte une
réserve lagonaire et récifale temporaire où
toute pêche était interdite dans une zone
déterminée. Lors de grands rassemblements, il
était souvent interdit de pêcher dans le lagon
tout proche qui aurait été épuisé et dont la
pérennité aurait été mise en danger. Les popu¬
en
scientifique intégrale et
propriété de W.A.
Robinson, possède un
lagon complètement
début du siècle ou
d'autres plus anciens
ont obturé les hoa par
des murailles de blocs,
entraînant des
probablement
vraisemblablement des
L'atoll de Taiaro, réserve
fermé. .On note
l'existence dans
d’anciens hoa de parcs
à poissons. Ils étaient
fonctionnels lorsque
l'atoll était habité par
une
importante
population. On pense
que les cyclones du
changements
catastrophiques dans
les peuplements du
lagon, avec
répercussions sur la
présence humaine. Cet
atoll est d'un grand
intérêt scientifique.
lations rassemblées recevaient alors leur
nourriture d’autres districts. Du compor¬
tement
de
l’homme
envers
la
nature
dépendaient les ressources du lendemain ;
l’épuisement d’un lagon signifiait la pénurie
ou la famine pour l’année suivante.
Les espèces protégées
L’arsenal Juridique actuel protège certaines
espèces mais il existe souvent un fossé entre la
loi et son application. Il faut reconnaître que
le problème n’est pas simple. La protection
des espèces ne s’exprime pas uniquement par
l’interdiction pure et simple de sa pêche. Les
modalités sont diverses et
nous
pouvons en
quelques unes : la limitation des
techniques de pêche, par exemple l’inter¬
diction de pêcher en scaphandre autonome ; la
citer
limitation de taille des individus collectables,
par exemple pour la nacre autrefois, le troca
actuellement ; la fixation de quotas de pêche ;
la délimitation de
secteurs de pêche avec
rotation des secteurs ouverts à la collecte,
comme ce fut le cas pendant des dizaines
133
LE MONDE MARIN
maritime, est dévolue aux recherches scienti¬
fiques. Une expédition
a
été réalisée
par
l’Antenne de Recherches Muséum-E.P.H.E.
Polynésie en 1972 et les résultats ont été
publiés, faisant ressortir tout l’intérêt de cet
atoll au lagon récemment isolé de l’océan et
qui aurait subi un léger rehaussement au IX'-’
en
siècle.
l’ouest de
Tahiti, ressortissant du domaine
public maritime, a été classé et protégé par
l’arrêté du 28 juillet 1971. Les arguments
invoqués pour ce classement d’un lagon
d’atoll, propriété du Territoire à l’époque,
étaient les suivants ; en premier lieu, la
richesse en nacre de ce lagon inexploité depuis
des
dizaines
d’années
alors
que
partout
Hatutu, de Motane et l’îlot dit de Sable dans le
ailleurs une exploitation depuis un siècle et
demi s’achevait par l’épuisement des réserves.
milieu
ponte de la tortue verte (Chelonia -myclas),
Aux
Marquises,
les
îles
d’Eiao,
de
l’archipel ont été classés pour leur
et
leur domaine public
maritime attenant par l’arrêté du 28 juillet
1971. Malgré cette protection, l’île d’Eiao a été
l’objet de prospections géologiques et
minières et d’un scandaleux pillage archéo¬
logique, sans même que les chercheurs
puissent intervenir ni que les autorités compé¬
tentes prennent les textes en considération.
Le lagon de l’atoll de Scilly, à 550 km à
nord de
terrestre
Ensuite, Scilly étant un important lieu de
espèce menacée d’extinction, il convenait de
préserver ce site pour l’avenir. Enfin, d’autres
arguments relatifs au lagon et à la faune orni¬
thologique étaient avancés. Le maintien de la
protection de l’atoll de Scilly a été l’objet d’une
affaire dont la presse s’est, de 1976 à 1978,
largement fait l’écho. Deux arrêtés du 12
novembre
1975
et
du
Atoll de Scilly. Une
expédition scientifique
comprenant pius de
30 chercheurs et
techniciens avait été
organisée en 1979 pour
mieux protéger ies
richesses de ce iagon.
12
novembre
1976
avaient ouvert à la
plonge le lagon de Scilly
pour un quota de 15 000 nacres. A l’initiative
de l’Association la Ora Te Natura et avec le
soutien des chercheurs, un recours fut déposé
devant le Conseil d’Etat, qui aboutit par
décision du Conseil du Contentieux adminis¬
tratif de la Polynésie française le 3 août 1978 à
l’annulation de ces arrêtés.
On le constate, le combat pour la pro¬
tection de la nature, des espèces comme des
milieux, exige une vigilance constante. Même
lorsque les réglementations concernent des
espèces d’intérêt économique, comme ce fut le
à Scilly pour les nacres et les tortues, et
qu’un minimum de clairvoyance indique la
nécessité de ces mesures, les lagons protégés
ne sont
pas à l’abri de convoitises et de
manoeuvres dans le but de réaliser un profit
immédiat au mépris de l’intérêt commun et
des perspectives d’avenir.
cas
Scilly, atoll de la Société
au iagon riche en nacres
et important lieu de
ponte des tortues, a été
classé en réserve par
l’arrêté du 28 juillet 1971,
protection qui a bien
failli être battue en
brèche en 1975 par
l'ouverture de la plonge
à la nacre dans le lagon,
que condamna le
Conseil du Contentieux
administratif de
ce
134
Polynésie française en
1978.
La bordure ouest de
l'atoll est un récif
immergé où s'alignent
des bancs de beach
rocks, témoins de
l’existence passée de
motu, très
vraisemblablement
détruits par un
gigantesque raz de
marée ou des cyclones
il y a quelques siècles.
LA DÉGRADATION DES RÉCIFS
Protection
et aménagement
La protection de la nature n’est plus une
lubie de
Devenue
quelques naturalistes passionnés.
une
nécessité pour le présent et
l’avenir, elle est désormais partie intégrante de
tous les plans d’aménagement. Lorsque l’on
constate les atteintes directes et indirectes des
activités humaines sur notre environnement, il
ne
peut en être autrement.
Les objectifs de la protection
Protéger pour conserver. Conserver parce que
les populations humaines ne peuvent pas vivre
totalement affranchies du milieu naturel qui
constitue leur cadre de vie et l’origine de toutes
leurs ressources. Les mesures de protection en
milieu corallien doivent avoir pour finalité
essentielle de préserver le fonctionnement de
l’écosystème récifal, de maintenir la diversité
biologique qui fait sa richesse, de conserver les
ressources génétiques dont certaines ne sont
encore
ni
découvertes
ni
l’homme.
utilisées
par
Protéger un lagon d’atoll comme Scilly
c’est avoir la sagesse de mettre en réserve un
stock à peu près intact de nacres alors que tous
les autres atolls sont épuisés. Maîtriser les
stocks de nacres c’est, entre autres, maîtriser la
production de naissains en laboratoire. Avant
que cela n’aboutisse, il faut préserver un
milieu et un stock naturel de nacres ne serait-
ce
que pour poursuivre études et observations
pour avoir le moment venu le matériau
nécessaire en vue du repeuplement des lagons.
et
Protéger certains récifs
mentations
très
strictes
de
par des régle¬
la pêche, c’est
vouloir
préserver
ressources
d’année
le
en
renouvellement
des
année ; c’est veiller
simplement à ne pas tuer la poule aux œufs
d’or. Protéger certains récifs en créant des
parcs et des réserves c’est assurer un cadre de
vie agréable, c’est conserver le patrimoine
naturel et c’est aussi garder un attrait touris¬
tique d’importance économique.
La protection de certaines zones peut
répondre à deux objectifs distincts, selon que
l’on considère la “représentativité” d’une zone
“unicité”. Dans le premier cas, une
récifale ou une île est protégée à la diffé¬
rence des autres îles où continueront à se
ou
son
zone
développer les activités humaines ordinaires ;
cette île protégée est donc un témoin de la
situation passée de toutes les îles, un témoin
que l’on s’efforce de préserver pour l’avenir.
Tel est le cas de la protection du lagon de
l’atoll de Scilly. Dans le deuxième cas, il s’agit
Les parcs à poissons,
communs dans les récifs
des îles hautes comme
des atolls, sont à la fois
des pièges et des viviers
à poissons. Ils
permettaient autrefois
l'essentiel de
l'approvisionnement en
protéines animales des
populations humaines.
135
LE MONDE MARIN
de protéger un milieu qui est unique soit dans
région, soit dans le monde. L’exemple de
Makatea, seul atoll soulevé de Polynésie
française, pourrait être donné pour
argumenter en faveur de sa protection. Audelà de l’échelle régionale, les Galapagos
la
constituent un exemple unique au monde par
flore et sa faune endémiques.
L’éducation du citoyen est un élément
sa
capital pour tous ces problèmes. Elle a pour
but une prise de conscience de ce que
représente le milieu naturel et des interactions
passées et actuelles entre celui-ci et les sociétés
humaines qui sont les nôtres. Elle a pour but la
responsabilité individuelle morale vis-à-vis du
bien public et commun. Elle a pour but la
responsabilité vis-à-vis des générations
futures.
Les plans d’aménagement
La protection de la nature n’a pas pour
objectif d’entraver le développement des
activités humaines mais de faire en sorte que
celui-ci ne se fasse pas au détriment du milieu
naturel, l’homme étant conscient du fait que
lui-même qui serait atteint. C’est
c’est
pourquoi
l’on
parle
plus
volontiers
maintenant de gestion rationnelle du milieu et
des ressources ; cette gestion incluant toutes
les mesures de conservation, des plus strictes
aux
aux
plus légères, relatives aux espèces comme
milieux naturels.
La
capacité de charge d’un écosystème
n’est pas infinie et il y a des limites de tolérance
milieu à la présence et aux activités
humaines. De la même manière qu’une île ne
du
peut accueillir trop de plaisanciers au risque
de perdre son identité et son cadre de vie, un
récif corallien ne peut subir sans dommage des
milliers de touristes et des dizaines d’hôtels
dans son voisinage.
gestion rationnelle de l’environne¬
intégrer bien entendu tous les
paramètres sociaux, économiques et scien¬
tifiques. Elle est l’inverse d’un développement
anarchique au cours duquel le bien commun
qui est la base même de ce développement est
La
ment
doit
irrémédiablement détruit.
île
Un
territoire
ou
qui désire s’ouvrir au tourisme doit
décider des secteurs à implantation touris¬
tique et des secteurs à implantation indus¬
trielle, etc. La tâche n’est pas facile, mais
l’enjeu c’est le succès ou l’échec, à moyen ou à
long terme.
D’une manière générale, on constate que
les coûts économiques et sociaux des atteintes
une
à l’environnement sont considérables. Ils sont
toujours plus élevés pour la société que les
mesures
préventives qui auraient pu être
prises afin de les éviter. Le problème reste que
dépenser pour prévenir semble extrêmement
plus difficile que dépenser pour traiter.
en
haut :
Makatea, seul atoll
soulevé des, Tuamotu,
présente des falaises
hautes de 80 m bordées
par un récif frangeant.
Exploitée pour ses
phosphates jusqu’à
l'épuisement de cette
ressource, Makatea
mériterait certainement
d’être protégée pour son
originalité naturelle.
136
Ce jeune Polynésien qui
s’est saisi d’un pâhua
(bénitier) donne
l’exemple de ressources
saines offertes par le
récif et le lagon. C’est
cette image qu’il faut
regarder pour agir afin
de préserver le milieu.
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annexes, 56 p.
137
Index
Pour les îles, la lettre entre parenthèses signale
l’archipel dont elles font partie : (A) pour
Australes, (G) pour Gambier, (M) pour Mar¬
quises, (S) pour Société et (T) pour Tuamotu.
Les numéros en gras renvoient aux pages où le
sujet est traité principalement- Les numéros de
pages en Italique renvoient aune illustration, les
autres se rapportent au texte.
Ascidies 20, 20
Astrocoeniidae 36
AUSTRALES (archipel des) 12, 28,
30, 34, 36, 37, 51, 54, 82, 111
B
Bactéries 10, 21, 41, 57, 60, 125
Baleines 19, 110, 119-120
Baleiniers 100
Balistes 22, 53, 76, 77, 79, 80, 81, 85,
99
Barbets 78, 84, 101
Barbiers 79, 100
Barracudas 75, 78, 79, 80, 80, 81, 85,
102
Becs de cane 74, 79, 81, 96-97
Bécunes 102, 102
BELLINGSHAUSEN (S) 117
Bénitiers 21, 26, 44, 46, 46, 47, 49, 58,
63, 136
Bernard l'ermite 23, 23, 24, 71, 71, 93,
117
Diodons 74, 75, 99
E
Echinodermes 11, 23, 45, 45, 66-69,
129, 130, 131
(M) 134
Elasmobranches 73, 76
Eponges 17, 19, 19, 27, 29, 31, 32, 33,
53, 100, 122
Etoiles de mer épineuses
Acanthaster planci
Eulimidae 24, 24, 45, 68
F
FANGATAUFA (T) 36, 130
Faviidae 36, 37
►
51, 54, 82
Cerianthaires 25
Cestodes 19, 24
Chaetodons 11, 79
Chétognathes 64
Chitons (mima) 18, 42, 42, 43, 48
Chlorophycées 18
poulpe
Fungiidae 36, 37
GAMBIER (archipel des) 16, 34, 37,
Gambierdiscus toxicus 63, 82, 83,
130, 130
Gastéropodes 48, 48, 49, 50, 51, 55
Gastropodes 16, 18, 23, 24, 41,41, 42,
43, 43, 44, 71
Germons 81, 110
Gobies 78, 84, 100, 100
Gorgones 11, 11, 18, 29, 34, 35
Gorgonidés 25
Goujons 75
Grondins 85, 98, 99
H
HAO (T) 14, 15, 54
Cigales de mer (ti'ane'e) 70-72
Ciguatera 63, 82-83, 95, 96, 98, 129,
Hexacoralliaires 18, 25
Cirrhipèdes 24, 65
Holothurides 67
Coccolithophoridés 62, 63
Coelentérés 18, 22, 24, 25, 34
Commensalisme 23, 70, 72
Concombres de mer—►Holothuries
Cônes 47, 47, 50, 50, 51, 51
Helioporidés 25, 35
Hippocampes 76, 84, 91
Holothuries 11, 11, 16, 16, 24, 45,
66-68, 69, 72, 78, 130, 131
HUAHINE
(S) 72, 723, 129
Huîtres 42, 52-54
Hydraires 25
Hydrocoralliaires 25, 29, 33, 34,34, 40
Hydrozoaires 18, 25, 34
épineuse, taramea) 22, 23, 40, 40, 67,
Congres 85, 98, 99
Copépodes 20, 24, 64, 64, 65
Acroporidae 36
Corallidés 25
J
Coraux 25-40
Janthine 44
69, 100, 126, 128, 129
Actiniaires 10, 25
Actinies 23
Agariciidae 36
Aiguillettes 74, 78, 80, 85, 96
Albacores 110
Alcyonaires 18, 21, 34, 35
Alcyonidés 25, 27, 27
Algues 14, 16, 17,18,21,22, 24, 26,27,
28, 29, 31, 32, 32, 33, 38, 44, 57-61, 62,
66, 67, 72, 82, 83, 84, 85, 89, 100, 117,
121, 124, 128, 129, 130, 131
Anchoix 85
Anémones de mer 18, 18, 21, 22, 23,
23, 24, 78, 84, 90
Annélides 16, 17, 20,20, 31,42, 47,50,
64, 65, 68
Anomoures 70
Anthozoaires 18, 25, 34, 35
Crabes 19, 22, 23, 47, 70-72, 85, 93, 94
Crevettes 23, 24, 68, 71, 94
K
Crinoïdes 11, 66
Krill 64
Crustacés 11,16, 19, 24,40, 43,64,64,
65, 72, 79, 84, 85, 98, 99, 100, 101, 103
Cténaires 25
Cyana (soucoupe) 9, 9, 10, 11, 42, 66,
68
Cyanophycées 18, 60, 62, 63, 63
Cyclones 17, 38, 39, 82, 84, 124, 125,
126, 130, 133, 134
D
Dascylles 84
Dauphins 19, 110, 119, 119, 120
138
Diatomées ou Diatomophycées 57,
Moustelles 100
Muges 100, 101
►
Vermets
Mulets 81, 84, 100, 101
Murènes 47, 73, 74, 75, 78, 79, 80, 80,
81, 85, 98
Mussidae 36
N
Nacres 46, 52-54, 133, 134, 135
NAPUKA (T) 117
Nasons 75, 79, 80, 98, 98, 99
Natices 45, 45
Némathelminthes 20'
Nématodes 20
Némertes 20, 20, 42
Nérites 17
O
Octocoralliaires 18, 25
Ophiures 11, 23, 66-68, 69, 85
Ophiurides 66, 67
Opisthobranches 48
Orques 119, 119
Oursins 11, 17, 22, 23, 31, 45, 66-68,
85, 93, 100, 130, 131
P
Pagures
►Bernard l'ermite
Palinurides 65
Parasitisme 23
Perches 81, 84, 85, 89, 96, 96, 97
Perles 52, 53, 53
Labres 75, 75, 78, 80, 92-93
Langoustes 65, 70-72, 94
85, 98, 98
Listao 112, 112
Lithophages 17, 46, 46, 53
Loches 74, 75, 78, 79, 81, 85, 94-95, 96
Lutjans 74, 78, 79, 96-97
M
MAC DONALD
(A) 70
Madréporaires 12, 18, 25-27, 28, 30,
32, 34, 40, 43, 46, 124, 130, 131
62, 62, 63
MOPELIA (S) 117
MORUROA (T) 36, 130, 131
MOTANE (M) 133, 134
Pectinidae 36
Décapodes 23, 70, 72
Dendrophyllidae 36
Arthropodes 70
69, 123, 127, 128
Pennatulidés 25
Macroures 70
Dentales 48
Arcidae 48, 48
Monogènes 19, 24
Monoplacophores 42
MOOREA (S) 12. 13, 13. 14, 20,22,40,
Patudo 110
Daurades 97, 111
Antipathaires 10, 11, 25, 34, 35
Aplacophores 42, 43
114
Patelles 17. 44
L
Lanternes
41-56, 63, 64, 68, 70, 72, 98, 99, 101,
Nudibranches 48, 49
Halimeda 16, 18, 58, 60, 91, 93
HATUTU (M) 134
Cnidaires 18, 25, 34
Milioles 16
Muko
Chromis 78, 84
130
►
Eulima 45, 45
Bryozoaires 20, 42
Caulerpes 59, 60, 61
Céphalopodes 18, 42, 48, 51, 113
94-95, 96
Milleporides 33, 34
Mollusques 16, 18, 22, 23, 24, 31, 40,
G
103, 111
MEHETIA (S) 13
Mérous 74, 75, 78, 79, 81, 85, 92,
100, 128, 130
Foraminifères 16, 19, 21, 43, 65
Carangues 75, 78, 79, 81, 102, 102,
(T) 117, 125
MAUPITI (S) 13
Méduses 18, 64, 65
Merulinidae 36
Etoiles de mer 45, 66, 66, 67, 67, 69, 93,
Fe'e
Calmars 41, 110, 111, 113, 120
MATAI VA
Espadons 80, 103, 114-115
(S) 13, 114
Botrylles 20, 20, 58
Brachiopodes 20
Brachyoures 70, 24, 64, 72
Cachalots 19, 119-120
Acanthaster planci (étoile de mer
134
Echinides 66
BORA BORA
c
Maquereaux 22, 97, 102
Marlins 28, 114-115
MAROKAU (T) 54
MARQUISES (archipel des) 12, 34,
36, 37, 42, 51, 64, 70, 82, 111, 116,133,
Ebriidiens 62
EIAO
MANGAREVA (G) 114
► Turbo
Mâ'oa
Dragonnets 85
Drupes 44, 45
Bivalves 10, 16, 18, 22, 23, 41, 42, 43,
43, 45, 46, 46, 48, 49, 63, 72, 100
Blennies 78, 79, 85, 100, 101
Bonites 81, 110, 111, 112-113
Brèmes noires 104
A
Dinoflagellés 24, 62, 62, 63, 82, 130
Mahi mahi 81, 111, 133
MAKATEA (T) 11, 124, 136, 136
Mima —► Chitons
Phanérogames 18, 60
Pheophycées 18
Phytoplancton 21,22, 40, 62-63, 127,
131
Picots 81, 85, 98
Pieuvres 22, 23
Pinctada margaritilera 42,
52-54
Plancton 18, 21,46, 53, 62-66, 83, 85,
95, 102, 119, 128
Planula 27
Plathelminthes 19, 24
Pocilloporidae 36
Poissons anges 84, 89, 90
Poissons bagnards 90, 91
Poissons ballons 94, 99
Poissons cardinaux 78, 85, 100, 100
Poissons chirurgiens 60, 61, 78, 81,
81, 87, 93, 94, 93
Poissons-clowns 24, 78, 84, 90
Poissons cochers 89
SCILLY (S) 13, 20, 116, 117, 134, 134,
135
Poissons-coffres 73, 74, 76, 84, 85, 94,
Scléractiniaires 18, 21, 22, 24, 25, 121
98, 99, 99
Scyphozoaires 18, 25, 34
Poissons couvreurs 85, 100
Sérioles 102
Poissons-crapauds 78, 85, 98
Poissons-cuir 78
Poissons demi-becs 78, 80, 85
Poissons demoiselles 74, 78, 79, 84,
89-91
Poissons éperviers 84, 85, 94,
100
95, 95,
Poissons flûtes 74, 85, 91
Poissons fusiliers 79
Poissons-globes 80, 99
Poissons harpes 85, 85, 100
Poissons huile 81
Poissons-lait 85, 100, 101
Silicoflagellés 62, 62, 63
Siphonophores 25, 64
Sipunculiens 20
SOCIÉTÉ (archipel de la) 12, 13, 34,
36, 37, 44, 51, 54, 82, 112, 117, 128,
129
Soles 74, 78, 84, 101, 101
Soupe de corail 29, 39, 126, 127
SOUS-LE-VENT (îles) (S) 102, 110,
116
Spondyles 46
Squilles 70
Stellerides 67
Poissons lézards 78, 79, 85, 100, 100
Stolonifères 25
Poissons-limes 99
Stomatopodes 70
Poissons lunes 85, 90
Poissons-nabots 78, 85
Poissons napoléons 81, 81, 92
Poissons-nettoyeurs 23, 79, 85, 93
Poissons-os 85, 100, 101
Poissons papillons 74, 78, 79, 84,
89-90
Poissons-pavillons 85, 100
Poissons perles 78, 85, 100
Poissons perroquets 23,31, 60, 73, 75,
Strombes 48
Stylasterines 25, 34, 34
Surmulets 23, 79, 101
Symbiose 24, 25, 46, 61, 63, 90, 121
Synancées 74
Synaptes 68
T
75, 11, 78, 79, 81, 87, 92-93
TAHI Tl (S) 9, 10, 11, 13, 20, 28, 38, 42,
Poissons-pierres 51, 80, 81, 98
Poissons-pilotes 102
Poissons-pipes 91
Poissons porcs-épics 80, 94, 99, 99
Poissons-prêtres 85
TAKAPOTO
Poissons purges 81, 104
Poissons sergents-majors 90
44, 54, 64, 69, 88, 92, 107, 111, 114,
115, 116, 122, 127, 133
TAIARO (T) 133, 133
(T) 17, 46, 49, 54, 124,
125, 125
TAKAROA (T) 54
TAKUME (T) 54
Taramea
»■
Acanthaster planci
Poissons soldats 79, 80, 85, 98, 98
Tarets 44, 46
Poissons-taupes 100, 101
Tarpons 78, 85, 100
Tazards 74, 81, 102, 103
Poissons-têtes 104, 104
Poissons têtes plates 85
Téléostéens 73, 76, 92
Poissons trompettes 85, 91, 91
Térèbres 50, 51
Poissons-volants 74, 76, 85, 99, 103,
103
Tétrodons 74, 74, 75, 81, 81, 99
Polyplacophores 42, 43
110-111, 112, 114
Porcelaines 44, 45, 47, 48, 48
Thons 22, 78, 79, 81, 100, 103,
Ti'ane'e
»■ Cigales de mer
(T) 106
Poritidae 36
TIKEHAU
Portunides 70
Tortues 23, 24, 116-118, 133, 134
Poulpes (fe'e) 42, 43, 44, 47, 47, 123
Prédation 23
Toxoglosses 50
Trachylines 25
Prosobranches 43, 48, 50, 55
Trématodes 19, 23, 24
Protozoaires 57
Tritons 49, 128
Pseudochromis 85
Pseudogrammes 85
Ptérois 80, 81
PUKA PUKA
Pulmonés 48
(T) 117
R
RAiATEA (S) 111
Raies 18, 23, 73, 74, 75, 76, 77, 81, 84,
84, 85, 99, 103, 104, 104
RANGIROA (T) 101, 106, 109
RAPA (A) 12, 28, 30, 34, 36, 37
Rascasses 81, 98
REAO (T) 22, 117
Rémoras 23, 85, 103, 104
Requins 73, 76, 78, 80, 104, 105-109,
114
Rhizocéphales 24
Trocas 44, 49, 55-56, 133
TUAMOTU (archipel des) 8, 12, 13,
15, 16, 17, 19, 34, 36, 37, 38, 46, 49, 50,
51, 54, 55, 68, 70, 82, 101, 106, 108,
112, 114, 117, 121, 122, 124, 133, 136
Tubipores 35
TUBUAI (A) 36, 37
Tuniciers 20
TUPAI
(S) 16
Turbeilariés 19
Turbinaria 58, 58, 59
Turbo (mè’oa) 14, 17, 23,41, 44, 44, 56
Turris 50, 51
U
Urochordés 64
V
Rori 68
Vana 67, 67, 68
Rorqual 119, 119, 120
Rougets 73, 75, 78, 80, 85, 85, 98, 100
VENT (îles du)
S
Sacculines 24
Sardines 78
Sargasses 58, 59
Saumons des dieux 104, 104
Saupes 81, 85, 91
Scaphopodes 42, 43
Varo 70-72
(S) 110
16, 41, 44, 44
Vermets (muko)
Vivaneaux 78, 97
Z
Zoanthaires 18, 25, 35
Zoochlorelles 26
Zooplancton 22, 24, 26, 64-65
Zooxanthelles (algues) 12, 18, 21, 24,
26, 30, 39, 46, 63, 103, 121
Crédit photographique
Malgré nos efforts, certains noms de photographes ont pu nous échapper : qu’ils
veuillent bien nous en excuser.
Les mentions sont faites dans l’ordre suivant : le numéro de la page est suivi du nom des
photographes et éventuellement de celui de l’agence qui les représente.
Les photographiés sont répertoriées de la gauche vers la droite et de haut en bas.
P. 2 R.H. Johnson ; pp. 4-5 E. Christian ; p. 6 P. Laboute ; p. 8 E. Christian ; p. 9 M. Fallour ;
p. 10 B. Salvat ; p. 11 B. Salvat ; p. 12 C. Rives-Cedr/ ; p. 13 B. Salvat, C. Rives-Cedr; ;
p. 14 B. Salvat ; p. 15 B. Salvat ; p. 16 B. Salvat ; p. 17 B. Salvat ; p. 18 C. Rives-Cedr/ ;
p. 19 P. Laboute ; p. 20 P. Laboute, C. Rives-Cedr/, C. Rives-Cedr/, M. Monniot,
P. Laboute ; p. 23 R.H. Johnson, P. Laboute ; p. 24 C. Rives-Cedr/ ; p. 25 P. Laboute ;
p. 26 C. Rives-Cedr/ ; p. 27 P. Laboute ; p. 28 P. Laboute ; p. 29 ORSTOM-Laboute,
ORSTOM-Laboute, P. Laboute, ORSTOM-Laboute ; p. 30 C, Rives-Cedr/,
C. Rives-Cedr/, P. Laboute ; p. 31 P. Laboute, P. Laboute, ORSTOM-Laboute,
ORSTOM-Laboute, P. Laboute ; p. 32 ORSTOM-Laboute ; p. 33 ORSTOM-Laboute ;
p. 34 P. Laboute ; p. 35 P. Laboute, ORSTOM-Laboute, P. Laboute, ORSTOM-Laboute,
P. Laboute, P. Laboute ; p. 36 P. Laboute ; p. 37 ORSTOM-Laboute, ORSTOM-Laboute,
ORSTOM-Laboute, P. Laboute ; p. 38 P. Laboute ; p. 39 ORSTOM-Laboute ;
p. 40 P. Laboute, G. Faure, G. Faure ; p. 41 P. Laboute ; p. 42 P. Laboute ;
p. 43 C. Rives-Cedr/ ; p. 44 P. Laboute, B. Salvat, B. Salvat ; p. 45 B. Salvat,
C. Rives-Cedr/ ; p. 46 B. Salvat, B. Salvat, P. Laboute ; p. 47 P. Laboute, B. Salvat,
P. Laboute ; p. 48 P. Laboute, C. Rives-Cedr/ ; p. 49 C. Rives-Cedr/ ; p. 50 P. Laboute ;
p. 51 C. Rives-Cedr/ ; p. 52 P. Laboute ; p. 53 C. Rives-Cedr/, C. Rives-Cedr/,
C. Rives-Cedr/, D. Darqué ; p. 54 P. Laboute ; p. 55 P. Laboute, D. Darqué ; p. 56 S. Yen,
C. Pinson ; p. 57 M. Denizot ; p. 58 M. Denizot, C. Rives-Cedr/, M. Denizot, P. Laboute,
P. Laboute ; p. 59 ORSTOM-Laboute, ORSTOM-Laboute, ORSTOM-Laboute,
ORSTOM-Laboute, P. Laboute, ORSTOM-Laboute ; p. 60 C. Rives-Cedr/,
ORSTOM-Laboute, ORSTOM-Laboute, ORSTOM-Laboute, ORSTOM-Laboute,
ORSTOM-Laboute, ORSTOM-Laboute ; p. 61 ORSTOM-Laboute, ORSTOM-Laboute,
P. Laboute, P. Laboute, P. Laboute ; p. 62 M. Ricard ; p. 63 M. Ricard, C. Rives-Cedr/,
M. Ricard
p. 64 M. Ricard, J. Lecomte, J. Lecomte, M. Ricard ; p. 65 J. Lecomte,
M. Ricard, M. Ricard ; p. 66 B. Salvat, P. Laboute, C. Rives-Cedr/, P. Laboute, P. Laboute,
C. Rives-Cedr/ ; p. 67 P. Laboute, P. Laboute, P. Laboute, C. Rives-Cedr/ ;
p. 68 P. Laboute, C. Rives-Cedr/, P, Laboute ; p, 69 P. Laboute ; p. 70 P. Laboute ;
p, 71 P. Laboute ; p, 72 M. Monteforte, M. Monteforte, P. Laboute, P. Laboute,
p. 74 P. Laboute ; p. 75 C. Rives-Cedr/, C. Rives-Cedr/, P. Laboute, C. Rives-Cedr/ ;
p. 76 R.H. Johnson, J. Lecomte ; p. 78 P. Laboute ; p. 80 C. Rives-Cedr/, P. Laboute,
P. Laboute ; p. 81 P. Laboute, C. Rives-Cedr/, P. Laboute, C. Rives-Cedr/ ;
p. 84 C. Rives-Cedr/, P. Laboute, M. Koie Poulsen, P. Laboute ; p. 85 P. Laboute,
C. Rives-Cedr/, ORSTOM-Laboute, P. Laboute ; p. 89 P. Laboute, C. Rives-Cedr/ ;
p. 90 P. Laboute, C. Rives-Cedr/, P. Laboute ; p. 91 C. Rives-Cedr/, P. Laboute,
C. Rives-Cedr/, P. Laboute, C. Rives-Cedr/ ; p. 92 P. Laboute ; p. 93 P. Laboute,
P. Laboute, C. Rives-Cedr/, P. Laboute : p. 94 P. Laboute ; p. 95 P. Laboute ;
p. 96 C. Rives-Cedr/, P. Laboute, P. Laboute ; p. 97 P. Laboute ; p. 98 P. Laboute ;
p. 99 P. Laboute, C. Rives-Cedr/, P. Laboute, P. Laboute, P. Laboute, P. Laboute ;
p. 100 P. Laboute ; p. 101 P. Laboute ; p. 102 P. Laboute ; p. 103 ORSTOM-Laboute,
C. Rives-Cedr/, ORSTOM-Laboute ; p. 104 C. Rives-Cedr/ ; p. 105 R.H. Johnson ;
p. 106 R.H. Johnson ; p. 107 R.H. Johnson ; p. 108 R.H. Johnson ; p. 109 R.H. Johnson ;
p. 110 B. Ugolini ; p, 111 E. Christian, C. Rives-Cedr/ ; p. 112 C. Rives-Cedr/ ;
p. 113 C. Rives-Cedr/, P. Laboute, P. Laboute ; p, 114 C. Rives-Cedr/ ;
p. 116 C. Rives-Cedr/ ; p. 117 P. Laboute, C. Rives-Cedr/ ; p. 118 P. Laboute ;
p. 119 J.P. Sylvestre ; p. 120 J.P. Marquant ; p. 121 C. Rives-Cedr/ ; p. 122 M. Moisnard ;
p. 123 M. Folco, C. Rives-Cedr/, E. Christian ; p. 124 B. Salvat, C. Rives-Cedr/ ;
p. 125 P. Laboute, ORSTOM-Laboute.; p. 126 J. Bouchon, C. Rives-Cedr/ ;
p. 127 C. Rives-Cedr/, Marama Nui ; p. 128 M. Harmelin-Vivien, P. Laboute ;
p. 129 C. Rives-Cedr/, P. Laboute ; p. 130 Y. Fukuyo, P. Laboute ; p. 131 C.E.A. ;
p. 132 B. Salvat ; p. 133 B. Salvat ; p. 134 B. Salvat ; p. 135 M. Folco, C. Rives-Cedr/ ;
p. 136 B. Hermann, M. Moisnard.
Sources des illustrations
LE LITTORAL CORALLIEN : pp. 10-11 J.-L. Saquet ; pp. 12-13 J -L. Saquet ;
p. 15 J.-L. Saquet ; p. 22 J.-L. Saquet. LES CORAUX : p. 25 tableau d'après G. Faure et
Combes (1982) ; pp. 26 et 27 J.-L. Saquet d’après L.H. Hyman (1940) ; p. 37 tableau
d’après J.-P. Chevalier (1979-1981) et G. Faure (1984). LES COQUILLAGES :
pp. 42 et 43 J.-L. Saquet ; pp. 45 et 46 J.-L. Saquet ; p. 48 J.-L. Saquet d’après “Mollusques
et Crustacés" (F. Nathan) ; p. 49 J.-L. Saquet ; p. 50 J.-L. Saquet ; p. 52 J.-L. Saquet ;
p. 53 J.-L. Saquet ; p. 56 J.-L. Saquet. ALGUES ET INVERTÉBRÉS ; p. 66 J.-L. Saquet ;
p. 68 J.-L. Saquet. LES POISSONS : GÉNÉRALITÉS : p. 73 J.-L. Saquet ;
p. 74 J.-L. Saquet p. 76 C. Visse ; p. 77 J.-L. Saquet, C. Visse ; p. 78 J.-L. Saquet d’après
M. Harmelin-Vivien (1979) ; p. 79 C. Visse d’après M. Harmelin-Vivien (1979) ;
p. 80 J.-L. Saquet d’après "Le monde vivant des atolls” (Société des OcéanistesJ ;
pp. 82 et 83 J.-L. Saquet ; pp. 86, 87 et 88 J.-L. Saquet. POISSONS DE POLYNESIE :
p. 103 C. Visse, J.-L. Saquet ; p. 104 C. Visse. REQUINS ET ANIMAUX DU LARGE :
p. 105 J.-L. Saquet ; p. 106 C. Visse ; p. 108 J.-L. Saquet ; p. 109 C. Visse ;
p. 110 J.-L. Saquet ; p. 111 J.-L. Saquet ; pp. 114 et 115 J.-L. Saquet ;
pp. 116, 117 et 118 J.-L. Saquet.
140
Achevé d'imprimer : mars 1986
Dépôt légal : 1er trimestre 1986
Cet ouvrage a été composé par POLYTRAM, Tahiti.
La photogravure a été réalisée par PACIFIC SCANNER, Tahiti.
Imprimé et relié par TOPPAN, Singapour.
.19 ■
S
I
’i
v;
wr
Une vaste
entreprise collective
:
la
réunion
dans
l’Encyclopédie de la Polynésie d'une centaine des plus
éminents spécialistes, dans des domaines aussi
différents que la géographie, la climatologie, la
biologie, l’histoire, l'archéologie, l'ethnologie, la
sociologie ou l'économie, est, sans conteste, un
événement sans précédent à Tahiti. Un monument de
1 500 pages, traitant 500 sujets, se devait de
faireappel
aux chercheurs, universitaires,
enseignants, aussi bien
qu'aux forces vives du Territoire, acteurs de la vie
administrative, politique, économique et culturelle Et,
comme pour la conception et la construction d'un
édifice de vastes dimensions, il fallait que chaque
volume possède son architecte en chef, un "maitre
d'oeuvre" en assumant la responsabilité scientifique :
Bernard Salvaf pour les trois premiers volumes ; José
Garanger pour le volume 4 ; Anne Lavondés pour le
volume 5 : Pierre-Yves Toullelan pour les volumes 6 et
7 ; François Ravault et Jean-Marc Pambrun
pour les
deux derniers volumes.
Encyclopédie de la Polynésie
CETTE COLLECTION EST COMPOSÉE DE 9 VOLUMES
VOLUME 1
les îles océaniques
I
VOLUME 2
flore et faune terrestres
VOLUME 3
le rhonde marin
VOLUME 4
à la recherche des anciens Polynésiens
VOLUMES
la vie quotidienne dans la Polynésie d’autrefois
VOLUME 6
la
Polynésie s'ouvre au monde (1765-1842)
la
Polynésie s'ouvre au monde (1842-1960)
VOLUME 7
VOLUME 8
vivre en Polynésie 1
VOLUME 9
vivre en
Polynésie 2
Un témoignage de maturité : la réalisation de cette
Encyclopédie révèle qu'en ce moment du XX siècle, le
développement en Polynésie de la Recherche - tant
territoriale que nationale
reflete celle d’un pays.
-
atteint une maturité qui
Elle est, aussi, le résultat de concours individuels
déterminants : celui de Julien Siu qui nous a apporté
dès la naissance du projet un soutien sans faille, et
de Bernard Salvat qui a su donner à cette
celui
co fl ect i o n
communicatif.
1'I m pu Is io n
de
son
dynamisme
Fait partie de Encyclopédie de la Polynésie . 3 . Le monde marin