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ENCYCLOPEDIE DE LA POLYNESIE 2
terrestres
CHRISTIAN GLEIZAL / MULTIPRESS
ENCYCLOPEDIE DE LA POLYNESIE
Avec l'Encyclopédie de la Polynésie, les habitants de la
Polynésie française ont à leur disposition, pour la
première fois, un inventaire complet et détaillé du
monde dans lequel ils vivent. Pour la première fois, la
somme des connaissances acquises sur tout ce qui
concerne ce pays en ce moment du XX" siècle est
publiée pour décrire les lISîlesqui le composent, pour
faire revivre les hommes et les sociétés des temps
passés, pour faire l'inventaire des richesses que leur
offre leur environnement et dresser le tableau de la vie
quotidienne dans la Polynésie d'aujourd'hui.
Une encyclopédie de toute la Polynésie fran¬
çaise : si Tahiti et sa capitale Papeete restent l'organe
vital du Territoire, il est aussi vrai que les archipels qui
le
composent jouent un rôle déterminant. Par
conséquent, tout au long des 9 volurnes de l'Encyclo¬
pédie, Australes, Tuamotu, Gambier, Marquises et
Société sont évoqués, à la fois pour leur appartenance
à l'ensemble polynésien et pour leurs caractères
spécifiques. Ainsi, qu'il s'agisse d'histoire, d'archéo¬
logie, d'économie ou de l'étude des milieux naturels,
l'Encyclopédie apporte un témoignage de la richesse
et de la diversité des îles.
Une encyclopédie thématique : dans cet esprit, une
alphabétique des sujets serait apparue
l'ampleiir du propos. Alors
que la répartition de ces 9 volumes en thèmes
successifs permet une compréhension plus complète
et plus profonde des sujets, où l'on verra que, bien
souvent, l'exploration du passé éclaire les conditions
du présent et les possibilités de l'avenir.
énumération
comme une
restriction à
Une encyclopédie visuelle : à notre époque où la
l'image joue un si grand rôle, il
parait évident de lui donner une place prépondérante
dans
un
ouvrage de cette importance. Cartes,
schémas, dessins et photographies occupent plus de
la moitié des pages, ajoutant ainsi à l'information écrite
une vision concrète et attrayante de celle-ci.
communication par
Une encyclopédie pour tous : qu il s'agisse du
peuplement de la Polynésie et de sa culture ancienne,
de ses ressources et de la gestion attentive de son
énvironnement, ou de l'état actuel de son organisation,
il va de sol que le désir de la connaissance passe par le
plaisir de son approche. Textes et illustrations ont
donc été conçus dans un souci de simplicité qui laisse
intacte la rigueur scientifique. Dans chaque volume,
une bibliographie permet de connaître les sources de
la documentation ou d'aller plus avant dans l'étude
d'un sujet. Enfin, un index et un glossaire éclairent les
termes techniques et facilitent la lecture.
Une encyclopédie des Polynésiens : un ouvrage de
cette conception représente un outil de travail pour les
enseignants, une source de références pour les élèves
et les étudiants, un moyen d'information pour tout
esprit curieux. Il permetà tousceux qui sont nésouqui
vivent en Polynésie de la mieux connaître et, pour tous
ceux de l'extérieur, de découvrir une image différente
de celle des cartes postales.
Mais, les dimensions de l'Encyclopédie de la Polynésie
dépassent ces aspects pratiques. Comme tout pays en
plein essor, la Polynésie française est confrontée à ce
défi que constitue l'insertion de sa croissance démo¬
graphique et économique dans le cadre géographique
et politique qui est le sien. Des 9 volumes de cet
ouvrage se dégagent l'historique et le bilan des
ressources dont dispose ce pays. En conséquence
directe, ils mettent l'accent sur ses richesses poten¬
tielles, mais aussi sur la fragilité des équilibres naturel
et humain dont chaque Polynésien est le garant.
En couverture: Philodendron gloriosum et Martin —
pêcheur (cl. C. Pinson)
ENCYCLOPEDIE
DE
LA POLYNESIE
ENCYLOPÉDIE DE LA POLYNÉSIE
Editée et produite par Christian Gleizal
'© 1986 C. Gleizal/Multipress pour la première édition
Tous droits réservés. Il est interdit de reproduire, d'utiliser dans une banque de
données ou de retransmettre par quelque moyen que ce soit cet ouvrage,
partiellement ou totalement, sans l'autorisation préalable écrite des éditeurs.
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ENCYCLOPEDIE DE LA POLYNESIE
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flore et faune terrestres
Ce deuxième volume de l’Encyclopédie de la
Polynésie a été réalisé sous la direction de
Bernard Salvat,
Docteur ès sciences, Muséum E.P.H.E.
Professeur, Laboratoire de Zoogéographie de l’Université de Montpellier 3,
Lycée Paul Gauguin,
Philippe Couraud, Ingénieur, Service de l’Économie rurale, Jacques Florence, Docteur de 3ème cycle, O.R.S.T.O.M.,
Simone Grand, Docteur de 3ème cycle, E.V.A.A.M., Michei Guérin, Ingénieur, Service de l’Économie rurale et Jardin botanique,
Gérard Marquet, Agrégé de l’Université, Collège de Pirae, Jean-Pierre Pointier, Docteur ès sciences, E.P.H.E.,
Philippe Raust, Docteur vétérinaire, Service de l’Économie rurale, Jean-Louis Reboui, Ingénieur, Service de l’Économie rurale,
Michel Ricard, Docteur ès sciences, Muséum-E.P.H.E., François Rivière, Maître ès sciences, O.R.S.T.O.M.,
Daniel Terrasson, Ingénieur, Service de l’Économie rurale,
Jean-Claude Thibault, diplômé E.P.H.E., Parc naturel régional de la Corse
et la coopération des organismes et services suivants : Antenne du Muséum National d'Histoire Naturelle
et de l’École Pratique des Hautes Études, Collège de Pirae,
Établissement pour la Valorisation des Activités Aquacoles et Maritimes,
Institut Territorial de Recherches Médicales Louis Malardé, Jardin botanique - Association Harrison Smith, Lycée Paul Gauguin,
O.R.S.T.O.M. (Institut français de recherche scientifique pour le développement en coopération). Service de l’Économie rurale ...
avec
la collaboration de
:
Charles Blanc,
Michel Charleux, Licencié en Sciences naturelles,
Conception et production : Christian Gleizal
Maquette et coordination de la réalisation technique : Jean-Louis Saquet
Assistante de production : Catherine Krief
Illustrations : Jean-Louis Saquet et Guy Wailart
Cartographie : Jean-Louis Saquet
Photographies : C. Blanc, J. Bouchon, D. Charnay, E. Christian, J. Florence,
Flolyoak, P. Laboute, A. Le Toquin, M. Moisnard;
C. Pinson, J.-P. Pointier, J.-L. Reboui, Collection R.P. O’Reilly, M. Ricard, J. Riom,
C. Rives, J.-L. Saquet, G. Wailart.
Messieurs C. Hammes et Y. Séchan nous ont grandement facilité les prises de vues
dans le domaine, jusque-là peu photographié, des insectes.
M. Folco, B. Flermann, D.T.
Les photographies autres que celles confiées par leurs auteurs ou leurs agences
sont publiées avec l’autorisation des sociétés ou organismes suivants :
Jardin botanique. Insectarium de Paea, Marama Nui, O.P.A.T.T.I.,
Société des Études océaniennes. Société de Géographie ...
Notre travail a été considérablement facilité par l’importante documentation
mise à notre disposition par Times Éditions/les Éditions du Pacifique et leur
fondateur, Didier Millet.
Nous remercions l’Académie tahitienne et son président, M. Maco Tevane,
d’avoir bien voulu vérifier les noms polynésiens des plantes et animaux.
CHRISTIAN GLEIZAL / MULTIPRESS
Avant-propos
l.a magnifique aventure de la conquête de h vie et de son évolution dans un monde minéral qui vient d’être créé... C’est à cette prodigieuse
épopée, qui aboutit à notre environnement présent, que sont consacrés les volumes 2 et 3 de l’Encyclopédie, tous deux dres.sant le bilan
du monde vivant, l’un pour le milieu terrestre des îles hautes et basses, l’autre pour le milieu marin.
Un monde minéral qui vient d’être créé ? En effet, s’il avait été donné à l’un d’entre nous d’être un observateur étranger, venu de quelque univers .
lointain pour étudier notre planète, il aurait constaté que sa formation remonte à plus de 4 500 millions d’années. Mais, ce n’est - si l’on peut dire que depuis 15-20 millions d’années qu’il aurait pu s’intéresser au microcosme polynésien.
En premier lieu, il aurait noté l’apparition des îles. Puis, d’observations en ob.servations, il aurait vu se constituer le monde insulaire que nous
connaissons aujourd’hui. C’est ainsi que la compréhension de tout ce qui nous entoure, où rien n’est figé,, où tout est en marche, implique
de fréquents recours au passé pour mieux éclairer le présent : c’est là une démarche essentielle de la recherche scientifique.
Déjà nous l’indiquions dans la préface du premier volume : Jeunesse, mouvement et modifications sont les caractéristiques des îles
polynésiennes, si l’on considère leur origine et leur évolution dans le seul domaine minéral. Il en va de même pour le milieu vivant auquel,
cependant, s’ajoutent ces particularités : faible diversité en espèces et en milieux, mais richesse en espèces originales (endémiques) ;
importance de l’arrivée et de l’action de l’homme dans les îles ; grande fragilité des îles (milieux terrestre et marin)
face aux espèces introduites par l’homme.
Bien qu’il soit consacré au milieu terrestre, le présent volume débute par des Considérations générales sur la conquête des milieux par les êtres
vivants. Comment et quelles espèces peuvent-elles prendre pied sur des terres qui apparaissent en plein océan ? Que résulte-t-il de cette
colonisation où chacun mène son propre combat ? A quelle communauté parvient-on et, au cours de quelques millions d’années,
évoluer et se comporter à l’arrivée de nouveaux venus ?
A la suite de ces questions essentielles, et en étroite liaison avec elles, la description du monde végétal, puis celle du monde animal, terrestre
comment va-t-elle
d’eau douce, occupent les divers chapitres de ce volume 2. Trois d’entre eux concernent les végétaux : bilan Dore et végétation,
plantes utiles pré-européennes, plantes introduites depuis deux siècles.
Enfin, les quatre chapitres suivants nous ferons faire connaissance avec les Invertébrés et les Vertébrés qui peuplent notre univers familier.
On verra ainsi qu’une place de choix est réservée aux Oiseaux, relativement nombreux - la faculté de voler favorisant la conquête de milieux
nouveaux
alors que les autres vertébrés supérieurs (Reptiles, Mammifères) sont les grands absents, à quelques rares exceptions,
du monde vivant de nos îles océaniques.
et
-
Bernard SALVAT
Pollstes hebraeus. Les
insectes, qui volent sur
de grandes distances ou
qui peuvent être
disséminés par les
courants
atmosphériques, sont
parmi les premiers
animaux, avec les
oiseaux, à coloniser de
nouvelles terres
émergées. La guêpe
sociale est très
commune dans tous les
archipels.
Sommaire
1
Origine de la vie dans les îles
9
Colonisation naturelle
14
Pauvreté en espèces littorales marines
18
22
25
28
-
38
48
Les fruits
50
Les plantes à fibres, textiles et teintures
54
66
69
71
73
guérin, p. couraud. j.-l. reboul. d. terrasson
M. Guérin
Les plantes pour l’exportation
p. Couraud
Les plantes légumières et leur culture
j.-l. Reboul
Les plantes forestières
D. Terrasson
Les plantes fruitières
M. Guérin
Les plantes ornementales
M. Guérin
La protection des végétaux
F.
J.-L Reboul
rivière, m. CHARLEUX, J.-P. POINTIER. s. grand, m. RICARD
Les insectes et les araignées
Les insectes et autres arthropodes nuisibles
F. Rivière
F. Rivière
78
Les insectes d’intérêt médical et vétérinaire
Le tupa-.-ei les autres
M. Charleux
82
Les mollusques terrestres et des eaux douces
J.-L. Poimier
84
Les chevrettes
86
La vie dans les rivières et les lacs
Los vortébrés
89
94
Le porc
Le chien
102
c. Blanc
F. Rivière
p. Rausl
p. Rausi
Autres vertébrés supérieurs
Comment vivent les oiseaux ?
105
108
110
112
j-c. thibault
Les oiseaux introduits
La reproduction : les adaptations à l’insularité
L’alimentation des oiseaux terrestres
L’alimentation des oiseaux de mer
116
Les oiseaux dans la culture polynésienne
La conservation des oiseaux
Oiseaux de Polynésie
J.-C. THIBAULT
121
Découverte et étude des oiseaux
124
Le Pétrel de Tahiti
126
La Sterne blanche
128
La Fauvette à long bec
130
Le Martin triste
132
Le Busard de Gould
134
Le Carpophage des
137
p. Raust
Origines et caractéristiques des oiseaux de Polynésie
114
118
M. Ricard
G. Marqua
Lézards et geckos
98
M. Ricard
m. RICARD, g. MARQUET, C. blanc. F. RIVIÈRE, P. RAUST
Les anguilles
Le rat
F. Rivière
5. Grand
^
Les poissons d’eau douce
96
100
temps sur ies cocotiers.
m.
Histoire des plantes introduites
80
92
noddi brun vient à terre
pour se reproduire ; ii
niche ia piupart du
Le cocotier, arbre providentiel
Les invertébrés
76
parmi ies premiers
occupants des fies. Le
Les plantes magiques
Plantes introduites
64
m.guérin
plantes médicinales et toxiques
Les
Les plantes à tubercules
62
Anous slolldus. Les
oiseaux de mer furent
Flistoire et préhistoire horticoles polynésiennes
44
60
8
Végétation des collines et des basses vallées
Les formations de moyenne et haute altitude
46
57
7
La flore des atolls
Plantes utiles préeuropéennes
52
6
j. Florence
Généralités botaniques
^32 La flore des îles hautes
41
5
Flore et faune terrestres : pauvreté et richesse
Les espèces introduites
30 Végétation des atolls et du littoral des îles hautes
'36
4
Faune marine et endémisme
Flore et végétation
__
3
b.salvat
Polynésie
12
16
2
Avant la
Glossaire
138
Index
144
Bibliographie
Marquises
7
WÊtKtmV^^wVmA
■■■PyHimnQ
HPiLi
.^,
^1
1 Origine de la vie dans les îles
Tout comme lesdû, premiers
jour, arriver
Polynésiens,
et s'implanter
les premières
dans les
plantes
îles océaniques
et les premiers
poly¬
animaux ont
un
nésiennes nouvellement apparues.
La date d’apparition de ces premières terres
émergées est l’objet de discussions scientifiques mais l’âge maximal peut être estimé
à environ 60 millions d’années, c’est-à-dire au début du Tertiaire pour certaines îles
des Tuamotu. Toutefois, pour les îles des autres archipels, il semble que l’âge n’excède
pas 20 millions d’années.
A cette époque, le peuplement végétal et animal dans le reste du monde est déjà en
place et c’est le problème de la colonisation des terres nouvelles et de leur littoral sousmarin par les espèces que nous envisagerons dans ce premier chapitre. Les espèces
ont des moyens natureis de dispersion, active ou passive, par les airs et par les eaux.
Un grand nombre d’espèces continentales ne peuvent atteindre les îles du centre du
Pacifique compte tenu des distances à parcourir. Il s’ensuit une flore et une faune
pauvres dont les espèces colonisatrices une fois arrivées vont évoluer et se différencier
de leurs lointains parents continentaux. C’est la cause essentielle de l’origine des
espèces endémiques, espèces qui n’existent que dans un archipel ou une île.
Ces systèmes insulaires caractérisés par une flore et une faune pauvres en
espèces, d’une part, et par un fort taux d’endémisme, d’autre part, montrent une
extrême fragilité face aux introductions d’espèces par l’homme.
Ce premier chapitre du volume 2 traitera d’une manière générale de tous ces
problèmes (colonisation naturelle, richesse ou pauvreté spécifique, endémisme,
introduction d’espèces...) aussi bien pour le milieu terrestre que pour le milieu marin.
Compte tenu de leur importance, ces sujets seront souvent évoqués dans les différents
développements des volumes 2 et 3, consacrés à la flore et à la faune terrestres et
marines.
Avant la Polynésie
A la surface du globe, les îles des archi¬
pels polynésiens (Polynésie française) s’insè¬
rent dans un carré de 2 500 kilomètres de côté
dont les limites sont les parallèles Sud 8°et 27°
et les
ainsi
longitudes Ouest 130° et 155°. 11 eh est
de
l’existence
de
118
à
îles
l’heure
actuelle, mais il n’en fut pas toujours ainsi et il
en sera
différemment dans l’avenir.
Naissance des terres émergées
polynésiennes
En effet nous avons vu que selon la théorie de
la tectonique des plaques, il y a une dérive vers
l’ouest du fond océanique créé au niveau de la
bordure occidentale de la ride sous-marine
Est-Pacifique qui, il faut le rappeler, est la
chaîne de montagnes sous-marine qui génère le
fond
de
l’océan.
Celui-ci
est
donc,
en
Polynésie française, d’autant plus vieux qu’il
est à l’ouest et d’autant plus jeune qu’il est à
l’est. Au pied des îles de la Société et des
à droite :
Les terres émergées à
trois époques
géologiques différentes
(M.A. : million d’années)
avec
indications de
l’origine et,de la
dispersion des actuels
continents à partir de la
Rangée il ya200 millions
d'années. Il y a 65
millions d’années, l’Inde
n’était pas encore
soudée à l’Asie, alors
que l’Australie était
rattachée à
l’Antarctique.
Page de gauche :
Le crabe de cocotier
(Birgus latro), réparti
dans tout l’Indo-
Pacifique, est un
élément caractéristique
du milieu terrestre des
îles basses coralliennes.
La dispersion de
l'espèce se fait, comme
pour les autres
crustacés, par des
larves planctoniques qui
dérivent au gré des
courants océaniques.
Trop récolté, il n'est
abondant que dans
certains atolls.
Le Mac-Donald, volcan
sous-marin des
Australes dont le
sommet est à quelques
dizaines de mètres de
profondeur, possède
déjà des peuplements
d'algues, de langoustes
et de coraux. Toutefois
les phénomènes
volcaniques perturbent
continuellement ce
milieu.
9
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
Australes, l’écorce océanique est vieille de 80 à
100 millions d’années, alors qu’aux îles
Gambier, aux Tuamotu et aux Marquises,
l’âge s’échelonne
30
60 millions
d’années. Ainsi donc, il y a 100 millions
d’années, au milieu du Crétacé, le carré du
globe terrestre occupé actuellement par la
Polynésie française était occupé par d’autres
îles
maintenant
plus à l’ouest, mais
immergées. Telle est la réalité si l’on se réfère
au passé, ainsi qu’au présent, du carré actuel
de la Polynésie française défini en longitude et
latitude. Si les processus se poursuivent, le
futur est facile à imaginer : dans 100 millions
d’années nos archipels seront à l’ouest du
carré actuel. D’autres îles seront très proba¬
blement à cette place
s’il en apparaît !
entre
et
...
Mais si nous considérons les îles de nos
archipels indépendamment de leur longitude
et
latitude actuelles et si nous les prenons en
compte dès leur naissance, on sait maintenant
où et quand elles sont nées. Nous avons vu que
de volcanisme générateur de
émergées sont situés soit au niveau de la
ride génératrice Est-Pacifique soit au niveau
de points chauds apparaissant sous la plaque
océanique. Les îles des Marquises (de Fatu
Hiva à Eiao), des Gambier (de Pitcairn à
les deux types
terres
Hereheretue), de la Société (de Mehetia à
Bellingshausen) et des Australes (du MacDonald et de Rapa à Rurutu) relèvent du
volcanisme de point chaud et l’âge d’aucune
de ces îles ne dépasse 15 millions d’années, au
cours desquelles selon les circonstances l’île
haute volcanique a évolué par subsidence en
atoll. En revanche, le cas de l’archipel des
Tuamotu est plus complexe. Tous les atolls
ont une base qui repose sur un plateau sousmarin à 1 500 2 000 m de profondeur. 11 sem¬
blerait, selon certaines hypothèses, que ce
-
plateau soit né au niveau d’une ride généra¬
trice fossile légèrement plus à l’est que
l’actuelle ride du Pacifique Est. Les îles
Tuamotu seraient apparues d’abord sous
forme d’îles volcaniques soit en même temps
que lé plateau soit ultérieurem.ent, puis
auraient évolué en atolls par subsidence. Si
l’on retient l’âge de la croûte océanique pour
âge d’origine des îles, les Tuamotu auraient
entre 65 millions d’années pour les plus
occidentales au Nord-Ouest et 40 millions
d’années pour celles du Sud-Est.
Il y a 65 millions d’années
Il y a 65 millions d’années, nous sommes au
tout début du Tertiaire et sur la planète vieille
de
plus de 4 500 millions d’années tous les
grands groupes de végétaux et d’animaux sont
Les îles Marquises sont
apparues (émergence)
il y a 6 à 7 millions
d'années pour les plus
anciennes, à l'époque
où l'Amérique centrale
ne séparait pas encore le
Pacifique de
l'Atlantique. Elles
migrent vers le nord-
ouest à la vitesse de
10 centimètres par an.
Au centre, le carré
Incluant les îles de
Polynésie française
reposant sur un fond
océanique dont l'âge est
compris entre 30 et 100
millions d'années. Les
carrés à l'est et à l'ouest
indiquent
respectivement les
positions du fond
océanique tel qu'il était
il y a 100 millions
d'années et tel qu'il sera
dans 100 millions
d'années.
Age des séparations
(flèches fines) ou des
soudures (flèches
épaisses) des
différentes masses
continentales
(en millions d'années).
10
ORIGINE DE LA VIE DANS LES ILES
apparus. Pour les Mammifères, les Oiseaux et
les Plantes à fleurs, cette apparition s’est faite
du Secondaire
(230 à 65 millions
d’années), plus particulièrement entre 200 et
au
<
cours
140
millions
d’années.
En
ce
début
du
Tertiaire (65 millions d’années) la configu¬
ration des continents est à peu près celle que
nous connaissons aujourd’hui, mais ils ne sont
pas tous
à la place qu’ils occupent actuelle¬
et les liaisons intercontinentales sont
différentes. L’Australie et le continent antarc¬
ment
tique qui sont encore soudés sont pratique¬
ment reliés à l’Amérique du Sud. La Nouvelle-
Zélande a commencé à se détacher de
l’Australie. L’Inde s’est séparée quelque 20
millions d’années plus tôt de l’Afrique et il lui
faudra encore 45 millions d’années pour se
coller à l’Asie. L’Amérique du Sud et l’Afrique
continuent de s’écarter l’une de l’autre, mais
l’Atlantique communique avec le Pacifique
car
l’Amérique centrale ne formera barrage
que 60 millions d’années plus tard, c’est-à-dire
il y a tout juste 6 millions d’années. C’est à
époque que prenaient naissance les
premières îles de la Société et des Marquises,
les deux archipels de terres émergées les plus
récents de Polynésie française.
cette
Les provinces biogéographiques
A la surface de la planète, les espèces végétales
animales sont réparties selon un certain
nombre d’ensembles homogènes qui
existaient lorsque apparurent les îles polyné¬
et
siennes. On distingue des provinces biogéo¬
graphiques terrestres, d’une part, et marines,
d’autre part. La province terrestre “océa¬
nienne” comprend toutes les îles océaniques
du Pacifique qui ont été peuplées à partir des
espèces présentes dans les provinces continen¬
tales australasienne, orientale et néotropicale.
Le littoral sous-marin des îles polynésiennes
s’inscrit dans la gigantesque province indo¬
pacifique qui s’étire à travers les océans Indien
Pacifique sur les trois quarts de la circon¬
férence équatoriale du monde et qui, entre les
deux tropiques, est la zone d’élection du
et
milieu corallien et des mangroves.
Les îles des archipels polynésiens vont
peuplées de deux lots d’espèces. En
premier lieu, celles qui, venant des continents
voisins et d’île en île, ont pu s’établir dans les
îles. En second lieu celles qui évoluent sur
place en espèces distinctes, il s’agira alors
d’espèces endémiques. 11 est vrai que certaines
espèces endémiques peuvent être le résultat
d’une survivance en un lieu donné d’espèces
éteintes ailleurs. Il est vrai qu’il conviendrait
d’ajouter un troisième lot d’espèces : celles
introduites par l’homme.
être
Les provinces
biogéographiques des
terres émergées. La
province océanienne
regroupe tous les
archipels du Pacifique
dont les îles ont pour
origine une activité
volcanique qui se situe
plein océan (îles
océaniques) et non pas
sur les plateaux sousen
marins en bordure des
continents (il s’agirait
alors d'îles
continentales).
Mehetia est la plus
jeune des îles de la
Société et de la
Polynésie française. La
dernière éruption
volcanique
remonterait à 2 000 ans.
Les'coraux n'ont pas
encore eu le temps d’y
construire des récifs
frangeants.
à gauche :
Bora Bora. L’îlot
volcanique est au
centre d’un vaste lagon
ceinturé par un récifbarrière sur lequel se
brisent les vagues de
l’océan. Dans quelques
millions d’années
Bora Bora sera un atoll.
Atoll de Tupai. La
volcanique a
disparu par subsidence.
masse
Le nombre de milieux
est moins varié que dans
une île haute ceinturée
de récifs coralliens et la
flore et la faune sont plus
pauvres en espèces.
11
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
Colonisation
naturelle
Toutes les îles de Polynésie française ont
origine volcanique lointaine ou récente,
qu’il s’agisse de créations magmatiques au
niveau de la ride Est-Pacifique il y a quelques
une
dizaines de millions d’années, ou au niveau de
points chauds au travers de l’écorce océanique
il y a quelques millions d’années. Avant même
qu’ils n’émergent et soient des îles, les édifices
sous-marins commencent à être colonisés par
des organismes marins qui périssent à chaque
éruption sommitale. A l’émergence, lorsque
les conditions de milieu le permettent, les
premiers colons vont être les végétaux.
Par les airs
désigne par le terme d’anémochorie la
dispersion des espèces par les airs. Cette dis¬
persion peut être active ou passive. Pour les
oiseaux qui volent d’île en île, elle est active et
les premiers occupants de cette classe seront
On
vraisemblablement des oiseaux de mer
visiteurs. Se nourrissant essentiellement de
poissons de mer, l’île est pour eux un relais
(l’albatros, par exemple). Pour les autres
groupes végétaux et animaux terrestres l’anémochorie est passive. Les facteurs physiques
comme les vents interviennent dans la disper¬
sion de graines et du pollen mais aussi de petits
arthropodes comme les araignées et les
insectes dont des spécimens ont été récoltés à
plus de 1 000 mètres d’altitude. Ce type de
dispersion se trouve renforcé par les cyclones
les ouragans dont le nombre se compte en
dizaines de milliers à l’échelle du million
et
Les facteurs biologiques inter¬
également dans cette anémochorie
passive. On désigne par le terme de zoochorie
la dispersion d’espèces par d’autres espèces.
Ainsi les oiseaux amènent dans leur migration
de petits invertébrés attachés à leurs pattes ou
du pollen et des graines dans leur plumage. 11
en est également ainsi des espèces parasites qui
sont transportées par leurs hôtes.
C’est essentiellement par les airs que
prennent pied sur les îles nouvellement créées
les oiseaux et un grand nombre d’invertébrés
(insectes, petits arthropodes) et la très grande
majorité des espèces végétales.
d’années.
viennent
Le pou (Esthiopterum
gracilicornis) est un
parasite qui se trouve
transporté d’un lieu à un
autre par les oiseaux.
Cette dispersion peut
concerner des espèces
parasites spécifiques de
l’hôte qui les héberge
mais aussi des parasites
d’autres espèces.
Page de droite :
Le cent-pieds
(Scolopendra
subspirtipes) est
l’exemple typique de
l’invertébré susceptible
d’arriver dans les îles
sur des radeaux flottants
(bois morts...) dérivant
sur
l’océan.
en
bas à gauche :
Ces courlis (Numenius
tahitiensisj, ici sur la
plage de Mopelia,
nichent en Alaska et
hivernent dans le
Pacifique tropical. Ces
migrateurs ont
Les oiseaux de mer
comme cette frégate
(Fregata minor) sont
parmi les premiers
animaux supérieurs à
venir visiter les îles
nouvellement apparues.
La frégate est un
oiseau de mer qui niche
dans certaines îles de la
Société, à l’inverse, par
exemple, de l’albatros
qui n’est qu’un visiteur.
12
disséminé un bon
nombre de plantes et
d’invertébrés.
La libellule (Tramea
transmarina intersecta)
est un insecte capable
de voler sur de très
grandes distances. Des
individus ont été
recueillis dans
l’atmosphère à plus de
10 000 pieds d’altitude,
qui démontre leur
potentiel de dispersion.
ce
ORIGINE DE LA VIE DANS LES ILES
Par les eaux
C’est
le terme d’hydrochorie qu’est
désignée la dispersion des espèces par les
courants marins. Là encore elle
peut être
active
généralement pour les espèces
océaniques comme les thons et les mammi¬
fères marins qui viennent aux abords des îles.
Mais elle est le plus souvent passive au gré des
courants. Le plancton contient des larves
d’une multitude d’organismes marins
par
-
(poissons, coquillages, échinodermes,
coraux...) dont la durée de vie est de quelques
jours à plusieurs semaines. Au bout d’un
certain temps, la larve d’un animal, qui adulte vit sur le fond, va tomber sur celui-ci
pour se métamorphoser et donner naissance à
un jeune individu. La durée de vie larvaire est
-
fonction
des réserves nutritionnelles de la
larve. Plus les réserves sont importantes, plus
Avec le temps
par les courants marins pourra être étendue.
Dans cette aptitude à la dispersion larvaire,
Les possibilités de dispersion que nous venons
la durée de vie est longue et plus la dispersion
des groupes et
des espèces sont champions.
Beaucoup d’espèces du milieu corallien ont
des
larves aux
fortes
potentialités de
dispersion.
Les
radeaux,
bois
morts
et
autres
supports flottants constituent un véhicule de
migration passive, au gré des courants, pour
graines, de nombreuses plantes et de
nombreux invertébrés et petits vertébrés. La
les
noix de coco peut rester dans l’eau de mer et
bout de 110 jours. Les fruits du
pandanus et les petits lézards ont également
très bien pu coloniser les îles de Polynésie par
germer au
hydrochorie.
d’évoquer peuvent paraître bien aléatoires et
exceptionnelles mais dans ce domaine il faut
compter avec le temps et celui-ci est à consi¬
dérer à l’échelle géologique et non humaine.
Que l’on y réfléchisse, si Maupiti est née il y a 4
millions d’années, l’île a pu essuyer quelques
centaines de milliers de cyclones !! Combien
de bois flottés ont pu aborder les rivages de
l’île !!
La flore des îles de la Société fournit un
exemple de composition en espèces
végétales fondatrices selon leur moyen de
dispersion. On compte seulement 11%
d’espèces dont la colonisation s’est faite par les
airs, 29% par les courants marins, mais 60%
par zoochorie, essentiellement par les oiseaux.
bon
Le zooplancton ou
plancton animal
comporte des animaux
microscopiques, dont
des larves, qui sont
dispersés par les
courants. Ici une larve
vëllgère de mollusque
avec son
vélum lobé.
Ce gecko (en haut) et ce
lézard (en basjont
peut-être abordé les îles
polynésiennes par
radeaux flottants il y a
plusieurs centaines de
milliers d'années à
moins qu'ils n'aient
voyagé avec les
premiers Polynésiens.
(Cryptoblepharus
boutonii et
Lepidodactylus
lugubhs).
La noix de coco peut
dériver sur l'océan
pendant plusieurs
perdre
pouvoir de
germination.
semaines sans
son
Les bois morts
constituent de véritables
radeaux flottants qui
vont être rejetés dans
l'océan et dériver au gré
des courants. Ces
radeaux sont un moyen
de dispersion de la
petite faune terrestre.
13
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
Pauvreté en espèces
littorales marines
nutritifs rejetés par de grands
fleuves. Par ailleurs les courants océaniques et
éléments
le sens des vents dominants d’est en ouest dans
Le peuplement en espèces marines est la
phénomènes qui sont la
potentialité des espèces et de leurs larves à
atteindre les îles, d’une part, et les conditions
de milieu qu’elles y rencontrent pour s’y
implanter et s’y développer, d’autre part.
résultante de deux
Richesse des Philippines,
Lorsque l’on établit la liste d’espèces marines
régions de la province
indo-pacifique, on constate que l’arc ouestpacifique allant des îles Ryukyu aux Philip¬
pines, aux îles de la Sonde en Indonésie et à la
Barrière
où
les
d’Australie
constitue
flore
et
au Tertiaire, à l’intérieur et à
l’extérieur du Pacifique central, l’existence de
nombreux atolls submergés (guyots) autrefois
florissants et ayant une faune fossile plus riche
qu’actuellement.
ceci
Tout
confirmerait
sont
floristique ou faunistique est-il moins impor¬
tant en Polynésie française qu’aux Fidji, qu’en
Nouvelle-Calédonie, que sur la Grande
Barrière d’Australie... Mais cette pauvreté
atteint aussi des groupes entiers qui sont
totalement absents de nos archipels ou qui ne
comptent presque pas dans les écosystèmes
coralliens par la rareté de leurs espèces et leur
très
faible abondance
parmi
les
individus. Ainsi
en
Echinodermes
la
des
classe
corallienne de l'Indo-
Pacifique.
Hawaii
6
■Marshall
12
ensemble indo-pacifique, la
faune marines de Polynésie
cet
la
pauvres en espèces,
situant à l’extrémité ouest de
cette très étendue province biogéographique.
s’agit bien d’une extrémité avec l’île de
Pâques (dont la faune malacologique, à titre
d’exemple, ne comporte que quelque 60
espèces, toutes indo-pacifiques) alors qu’audelà les îles comportent conjointement des
espèces indo-pacifiques et panaméennes
(Clipperton, Galapagos, Juan Fernandez...).
Il
Pourquoi cette
pauvreté en espèces ?
Deux explications ont été formulées pour
expliquer cette pauvreté en espèces marines
des archipels polynésiens. Selon une première
théorie l’arc ouest-pacifique, actuellement
“métropole” (zone de plus grande richesse en
espèces) de la province indo-pacifique, aurait
fonctionné
et
comme
centre de
continuerait
de
fonctionner
dispersion des espèces.
Cette dispersion vers l’est et vers l’ouest se
heurte à un certain nombre de facteurs défa¬
vorables à la dispersion que nous allons
évoquer. Selon la seconde théorie, la zone
centre pacifique recèle aujourd’hui une flore et
une faune marines appauvries
par rapport aux
temps anciens et beaucoup d’espèces qui s’y
trouvaient en ont été éliminées mais ont
trouvé refuge dans les archipels de l’arc ouest-
pacifique.
A l’appui de la première théorie, il faut en
effet noter, pour la Polynésie française,
l’éloignement des masses continentales qui a
pour çorollaire des eaux pauvres en éléments
nutritifs et donc des possibilités de vie et de
moindres
pour
un
grand nombre
d’espèces, alors que les eaux marines du SudEst asiatique et d’Indonésie sont riches en
14
Ainsi le nombre d’espèces.de chaque groupe
sous-espèces du
genre Strombus,
mollusque gastropode,
dans chaque secteur de
la province marine
Salomon
française sont les plus
survie
Absence ou rareté
de certains groupes
(^Nombres
d’espèces et
'—'de
20
cette zone se
un
maintenant.
le
les plus
nombreuses, quel que soit le groupe d’aigues
ou d’animaux marins considéré. A
partir de ce
secteur ouest-pacifique, la faune s’appauvrit
en
allant vers l’ouest, parcourant l’océan
Indien jusqu’aux côtes africaines, comme en
allant vers l’est à travers l’océan Pacifique.
Ainsi compte-t-on 8 000 espèces de Mollus¬
ques en Indonésie, et deux fois plus d’espèces
en Nouvelle-Calédonie (2 000 espèces) qu’en
Polynésie française (1 000 espèces).
Dans
espèces
l’existence d’une riche faune (malaco¬
logique)
dans les différentes
Grande
A l’appui de la seconde théorie, on a pu
noter
pauvreté de la Polynésie
secteur
Pacifique sont contraires à une dispersion
des larves planctoniques des espèces d’ouest
en est vers le centre du Pacifique. De plus, la
température des eaux superficielles décroît
d’ouest en est et un certain nombre d’espèces
ne peuvent plus exister au centre pacifique
tout particulièrement aux basses latitudes.
le
qu’autrefois le centre pacifique était une zone
où la richesse en espèces était plus grande que
Pour tous les
groupes floristiques et
faunistiques l’on trouve,
comme
pour les
Strombes, une grande
richesse en espèces de
l’ouest pacifique et un
appauvrissement vers
l’est (Pacifique central)
(côtes
et vers l’ouest
africaines de l’océan
Indien).
Marquises
Samoa
Fidji
^14
20 ^Nouvelle-
7
Société
Calédonie
y
/
T
9
Nouvelle-Zélande
ORIGINE DE LA VIE DANS LES ILES
Comatules (Crinoides), ces fleurs très colorées
des récifs, est totalement absente de nos
archipels. Ainsi parmi les Mollusques, la
classe des Scaphopodes n’a pas de représen¬
tant dans
notre
monde sous-marin littoral.
D’autres groupes sont peu représentés dans
l’écosystème corallien polynésien compara¬
tivement à leur importance dans d’autres
régions indo-pacifiques. 11 en est ainsi des
Eponges, des Actinies (Anémones), des
Alcyonaires (coraux mous).
Absence de certains milieux
Si les
eaux
océaniques du centre pacifique
sont connues pour leur limpidité, cela signifie
malheureusement que leur charge en éléments
nutritifs,
en
particules
organiques et
en
plancton est faible. Cette pauvreté est essen¬
tiellement due à deux facteurs. En premier
lieu, il n’y a pas dans notre secteur les
remontées
d’eaux
profondes
nutriants qui conditionnent un
ment
de
Gange
supérieurs à
la Papenoo (Tahiti) et la charge d’éléments
nutritifs qu’ils charrient vers les eaux littorales
correspond à un enrichissement déterminant
pour l’environnement marin et de ce fait
même pour la pêche.
Polynésie française
pas une place aussi
importante dans
l'écosystème corallien
qu'en Nouvelle-
Calédonie, en Australie
eaux
ouest
Des fleuves comme l’Amazone ou le
ont des débits des milliers de fois
et celles-ci ne tiennent
Sud, traduit une très
grande pauvreté des
côte
laires et les fleuves continentaux sont fôrt loin.
petit nombre d'espèces
océanique des mers du
la
l’Amérique du Sud. En second lieu, il n’y a pas
de grands fleuves dans les petits systèmes insu¬
est représentée par un
à gauche :
La limpidité des eaux
marines polynésiennes
qui a pour conséquence
le légendaire bleu
florissant de la
c’est le cas sur
comme
La classe des Eponges
en
riches en
développe¬
chaîne alimentaire,
ou aux
Antilles.
L'éponge du genre
Verongia abrite ici un
poisson
(Cyprinocirrhites) dans
le lagon de NouvelleCalédonie.
Dans
ce
contexte,
des
milieux
particuliers avec leur cortège de dizaines ou de
centaines d’espèces sont absents de Polynésie
française. 11 en est ainsi de la mangrove qui est
distribuée des côtes africaines aux Fidji mais
qui n’existe pas en Polynésie française. 11 en
est ainsi de tous les milieux saumâtres, milieux
où
se
mêlent les
eaux
douces
et
les
eaux
océaniques ; certes ces milieux existent dans
quelques baies que possèdent les îles polyné¬
siennes, encore sont-elles fort rares, mais il ne
s’agit pas de vastes étendues et la flore et la
faune y sont très pauvres. Loin de comporter
les espèces spécifiques de ces milieux, on n’y
trouve que
capables
saumâtres.
les espèces océaniques qui sont
de supporter des conditions
Les Alcyonaires (coraux
mous) sont peu
importants dans les
récifs coralliens de
Polynésie française
comparativement à ceux
de Nouvelle-Calédonie,
si l'on prend en compte
leur surface de
recouvrement. Le
nombre d'espèces est
d'ailleurs faible.
au-dessous :
La mangrove est une
forêt littorale de
palétuviers. C'est un
milieu côtier riche et
productif du domaine
intertropical. Dans le
Pacifique, les
rhangroves sont très
développées sur les
côtes du Sud-Est
asiatique, en
Australie, en NouvelleCalédonie, mais vers
l’est elles ne s'étendent
pas au-delà des îles
Fidji.
superficielles en
éléments nutritifs et
débris organiques. La
visibilité sur les pentes
externes d'atoll peut
atteindre 30 m pour un
plongeur.
Les Echinodermes
Crino'ides (Comanthus)
sont très abondants
dans les récifs néocalédoniens. Ce groupe
est totalement absent du
littoral corallien des îles
de Polynésie française.
Les observations en
soucoupe (Cyana, 1984)
ont permis de repérer
des Crinoides sur les
pentes externes de
Tahiti, au-delà de 80 m
de profondeur.
15
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
Faune marine
et endémisme
Les différents archipels de Polynésie
française sont constitüés d’îles de types
différents (îles hautes et atolls). Ils sont
d’origine et d’âge différents. Ils sont à des
latitudes différentes et la température des
eaux océaniques qui baignent leurs îles n’est
pas Ja même. Les espèces marines qui ont pu
s’y établir et y demeurer sont en nombre
variable de telle sorte que les archipels ont une
richesse en espèces différentes. Par ailleurs,
plusieurs conditions ont favorisé ou
défavorisé la création de nouvelles espèces et
l’endémisme est variable d’un archipel à
l’autre.
Richesse en espèces
des différents
archipels
Des cinq archipels, celui des Tuamotu est
particulier à plus d’un titre : il est le plus riche
en îles (76), il est exclusivement constitué
d’atolls et il est le plus ancien (cônes volca¬
niques de 40 à 60 millions d’années,
maintenant recouverts par des centaines de
mètres de coraux morts). Toutefois, toutes ces
originalités n’enlèvent rien à son homo¬
généité : dans les atolls les milieux terrestres et
marins sont extrêmement réduits. S’il n’y a
pas de “terre” ni de réseau hydrographique il
n’y a pas non plus de milieux saumâtres (à
l’exception de quelques mares) et il y a une très
grande homogénéité de toutes les bordures
externes des atolls. En revanche, les lagons
selon leur degré d’isolement par rapport à
l’océan
possèdent
une
flore et
une
faune
souvent particulières à chacun d’eux, pour les
plus fermés. Faute donc d’une diversité de
conditions de milieu et de milieux, la flore et la
faune marines des Tuamotu sont moins riches
que celles des îles de la Société qui, bien que
plus récentes (quelques centaines de milliers
d’années pour Mehetia à 6-7 millions d’années
pour
Scilly-Bellingshausen), offrent
des conditions de milieu plus variées du fait de
d’influences
importantes et de milieux
saumâtres. Ceci est particulièrement vrai pour
les algues mais aussi pour beaucoup d’espèces
d’invertébrés et de poissons qui, existant dans
les îles de la Société, ne se rencontrent plus
l’existence de récifs frangeants,
insulaires
dans les atolls des Tuamotu.
La situation dans les autres archipels est
quelque peu particulière. Les Gambier ou plus
exactement
l’alignement géologique des
Le secteur nord-ouest
de Moorea. Le complexe
récital (récif frangeant,
chenal, récif-barrière)
s'étire sur 800 mètres.
Plus d'une centaine de
travaux scientifiques
ont été publiés sur ce
secteur par des
chercheurs de l'Antenne
Muséum-E.P.H.E. qui y
fut installée de 1971 à
1980.
Les peuplements des
pentes externes du côté
océanique sont peu
différents d'un atoil à
i’autre dans ies
Tuamotu. En revanche
ia fiore et ia faune des
iagons sont pius riches
en espèces dans un
iagon ouvert, comme
ceiui-ci, que dans un
iagon fermé.
L’ile de Rapa dans ies
Austraies est en partie
bordée de faiaises sub¬
verticales. En raison de
sa
latitude, la
température des eaux
océaniques est moins
chaude que dans le reste
de la Polynésie et, s'il
existe une plate-forme
sous-marine avec des
colonies coralliennes,
il n'y a pas de récifs
proprement dits.
16
ORIGINE DE LA VIE DANS LES ILES
Gambier qui comporte les îles volcaniques des
Gambier et les atolls de Moruroa,
Fangataufa,
les
atolls
de
Gloucester et
Hereheretue, présente une richesse spéeifique
analogue à celle des Tuamotu. On peut noter
quelques différences mais qui sont
secondaires. 11 est vrai que les Tuamotu du
Nord comportent un peu plus d’espèces que
celles du Sud. Il est vrai que certains groupes
très peu importants dans les récifs coralliens
de Polynésie française tiennent une place qui
devient honorable
sur
les récifs et dans le
lagon des Gambier : tel est le cas des Alcyonaires. Aux Australes la flore et la faune des
littoraux des îles hautes sont
plus pauvres
qu’aux îles de la Société, compte tenu de la
latitude plus basse des premières. A Rapa
(27° Sud) la température des eaux océaniques
en cours d’années atteint un minimum à peine
compatible avec la construction de récifs ;
certes les coraux et leur flore et faune associées
présents mais il y a peu d’espèces et il n’y a
de véritables récifs bien qu’il y ait une
plate-forme submergée bordant l’île et
sont
pas
couverte
Aux
de formations coralliennes.
Marquises, le problème des récifs
coralliens et de leurs flore et faune associées
plus complexe. Les chercheurs en sont au
stade des constatations et des hypothèses. En
est
effet, les îles Marquises et les îles de la Société
sont d’origine identique (volcanisme de points
chauds) et sont nées au cours des 7 derniers
millions d’années. Les éruptions de Fatu Hiva
Tahiti ont eu lieu à la même époque.
Toujours est-il que les récifs coralliens sont
florissants dans les îles de la Société et qu’ils
sont
inexistants aux Marquises. Les
explications qui ont été avancées de cette
et de
absence
de
construction
récifale
aux
Marquises et donc de pauvreté de la faune
sont les suivantes : une subsidence trop
rapide,
l’absence de plate-forme préexistante, des
remontées d’eaux froides
profondes épiso¬
diques, des forces hydrodynamiques trop
violentes, des apports terrigènes trop
importants.
L’endémisme
L’importance numérique des espèces parti¬
culières à
une
île
ou
à
un
archipel va très
souvent de pair avec son isolement du reste du
monde. L’explication est simple. Les espèces
qui arrivent à coloniser ces îles lointaines
évoluent dans un milieu et donc un contexte
de compétition entre espèces vivantes tout à
fait particulier. Le taux d’endémisme est donc
fonction de l’isolement des archipels et ceci est
vrai pour le milieu marin comme pour le
milieu terrestre. Le grand champion est
l’archipel des Marquises, puis viennent par
ordre décroissant les Australes, la Société et
les Tuamotu-Gambier.
Les îles Marquises ne
présentent pas de récifs
coralliens sur leur
littoral. De nombreuses
explications ont été
proposées par les
chercheurs, mais
aucune ne paraît devoir
être déterminante.
Néanmoins présents, les
coraux ne comptent que
peu d'espèces et le
genre Acropora
(corail branchu) est
absent.
Nombre d'espèces
de Cônes
Nombre d'espèces
de Porcelaines
Polynésie française. Ori compte
0
6 Cônes et 7 Porcelaines endémiques,
dont 8 dans le seul archipel des Marquises.
endémique. Ce Conidae
n'est connu que des
Marquises.
Conus clrcumslsus
était connu des îles de la
Société ; il a été
récemment découvert
dans les Tuamotu
(Takapoto).
•
ILES MARQUISES
»
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O
O
ARCHIPEL
DE LA SOCIÉTÉ
Mollusque gastropode,
est un exemple d'espèce
38': 41
Richesse en espèces de Cônes et de
Porcelaines des différents archipels de
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Conus gaugulnl,
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ILESAUSTRALÉS
ILES GAMBIER
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•
17
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
Flore et faune
terrestres : pauvreté
et richesse
Nous avons vu que les jeunes îles de
Polynésie française comparées aux vieux
continents
un bébé par rapport à un cente¬
naire sont isolées au centre du Pacifique Sud
-
-
dans
un
immense
océan. La colonisation de
émergées s’est faite en fonction de
facteurs du milieu et en fonction de la poten¬
tialité de certaines espèces à conquérir
ces terres
l’espace, soit activement soit passivement, par
les airs et par les eaux.
Il peut paraître paradoxal de titrer
pauvreté et richesse, pourtant ces deux termes
expriment bien la réalité. En effet, peu
d’espèces parviennent en fin de compte à
coloniser ces terres émergées en plein océan ;
on peut donc parler de pauvreté de la flore et
de la faune. Mais, cependant, avec le temps ces
espèces évoluent dans un contexte insulaire
particulier et de nouvelles espèces
apparaissent, dites endémiques, c’est-à-dire
spécifiques à une zone. On a donc une certaine
richesse, plus qualitative, en espèces
endémiques.
Pauvreté et richesse sont les deux carac¬
téristiques du monde végétal et animal des îles
polynésiennes. Ces deux données sont
capitales pour la définition du patrimoine
naturel du Territoire et doivent être prises en
compte dans les aménagements et le dévelop¬
pement. Leur importance exige qu’on les
traite dans leur généralité avant qu’elles ne
soient abordées
à
propos
de chacun des
groupes floristiques et faunistiques.
Une flore exceptionnelle
Du littoral, bordé de lagons coralliens ou de
falaises, au plus haut des sommets des îles
hautes de Polynésie française (2 241 mètres, le
mont Orohena à Tahiti) le nombre de milieux
différents n’est pas considérable. On peut
estimer à 1 000 le nombre d’espèces végétales
existant en Polynésie. Ce nombre est inférieur
à celui des îlés Hawaii ( 1 500) et il est bien petit
comparativement à la Nouvelle-Calédonie
(3 500 environ) et à la Nouvelle-Guinée (plus
de 5 000). La majorité des 1 000 espèces
végétales du Territoire sont sur les îles hautes
volcaniques. Les atolls ont une flore qui
comporte une centaine d’espèces que l’on
La famille des palmiers
comprend plusieurs
espèces endémiques en
Polynésie française.
Pelagodoxa henryanum
de Nuku Hiva fait partie
du patrimoine naturel de
l’archipel des
Marquises. Tous les
arbres de cette espèce
sont répertoriés et
précisément repérés par
les chercheurs.
L’ile basse corallienne
est dépourvue de
véritable sol. C’est sur
la dalle, dans les
cailloutis et sables
coralliens, que prend
racine un nombre limité
de plantes halophiles,
caractérisées par leur
aptitude à supporter les
embruns de l’océan.
Cette flore des atolls est
pauvre en espèces.
Pemphis aciduta (mtkt
mikl) et Gueltarda
speclosa (tàfano).
18
ORIGINE DE LA VIE DANS LES ILES
pour la presque totalité, sur le
littoral et les motu des îles hautes. L’absence
retrouve,
de véritable sol et d’humus dans les îles basses
est l’explication de cette pauvreté ; les plantes
qui y vivent sont généralement qualifiées
à'halophiles (qui aiment le sel).
Les îles polynésiennes, qu’il s’agisse des
îles Hawaii, de la Société ou des Marquises,
comptent - et pour les mêmes raisons - un
grand nombre d’espèces endémiques. Les
archipels de la Société et des Marquises ont un
taux d’endémisme floristique de l’ordre de
40%. Cela signifie que sur dix espèces de
végétaux présentes à Tahiti, il y en a quatre
qui n’existent nulle part ailleurs dans le monde
(sauf dans les autres îles de la Société pour la
plupart de ces espèces, endémiques au niveau
d’un archipel). Parmi les espèces endémiques
des Marquises on peut citer le célèbre palmier
Pelagodoxa henryanum qui n’est connu que
de Nuku Hiva.
Si l’on considère la flore des atolls des
Tuamotu, le taux d’endémisme est bien plus
faible, environ 7%. Encore faut-il remarquer
les sept espèces endémiques, quatre
localisées à Makatea. C’est un cas très
que sur
sont
particulier car il s’agit d’un atoll soulevé : il est
resté continuellement
émergé
au cours
du
Quaternaire, alors que les autres atolls ont été
totalement immergés au plus fort des périodes
interglaciaires et que, de ce fait, toute la flore
et
la faune terrestres ont été éliminées. A
M akatea l’évolution a pu se faire en continuité
sur une
longue période de temps.
11 faut remarquer que notre propos a
traité jusqu’à présent des espèces et non des
variétés (deux espèces n’étant pas
interfé¬
condes, alors que deux variétés le sont). Dans
domaine, l’action de l’homme a été déter¬
minante pour un certain nombre de plantes
intéressantes. Nous le verrons en détail pour le
tara et l’arbre à pain dont toutes les variétés
sont une richesse de la Polynésie française.
Mais il en est ainsi d’autres variétés d’espèces
ce
végétales utiles à l’homme qu’il s’agisse de
plantes textiles, toxiques ou médicinales.
Très grande pauvreté
des eaux douces
Le réseau hydrographique de Tahiti et des
quelques îles hautes volcaniques est dense,
mais il n’offre toutefois que peu de milieux. Le
lac Vaihiria à Tahiti est unique en Polynésie
française. Les terres émergées sont si petites
dans l’immensité océanique qu’il n’y a de
rencontre eaux douces/eaux salées qu’aux
L'atoll soulevé de
Makatea compte environ
80 espèces végétales,
soit 2 fois plus que
n’importe quel atoll des
Tuamotu.
Parmi les espèces
endémiques de cette île
calcaire aux falaises de
60 m, on peut citer
Prlichardla
vuylstekeana, le palmier
de Makatea.
Les nombreuses
variétés d’arbre à pain et
de tara en Polynésie
et leur abondance de
une véritable
domestication de ces
végétaux par l’homme.
Ces plantes sont
sélectionner et à
améliorer ces végétaux.
française sont dues à
d’origine indo-malaise
variétés démontre ies
aptitudes des anciens
Polynésiens à
19
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
embouchures de rivières et sur des superficies
restreintes.
La flore et la faune des rivières et lacs ne
comportent que quelques dizaines d’espèces et
encore, plusieurs d’entre elles ont été intro¬
duites par l’homme (certains mollusques et
poissons peuplant maintenant le lac Vaihiria
plusieurs rivières de Tahiti et des îles de la
Société). On ne compte que 8 espèces de mol¬
lusques d’eau douce, que 4 de chevrettes, et 3
d’anguilles. De plus, elles ont toutes une très
large répartition dans le Pacifique et même
au-delà pour beaucoup d’entre elles. 11 s’agit
d’espèces pouvant s’adapter à des conditions
relativement variables et susceptibles de
coloniser plusieurs milieux (espèces ubiquistes). Nous remarquerons qu’aucune n’est
endémique. Cette pauvreté et cette absence
d’originalité ne signifient pas que la flore et la
faune d’eau douce de Polynésie française sont
sans intérêt. Les chevrettes et les anguilles ont
toujours été considérées comme partie inté¬
et
20
grante du patrimoine naturel et culturel et des
développements économiques
exclus pour l’avenir.
ne
sont pas
Cent fois moins d’espèces
d’insectes qu’en Australie
C’est par les insectes que débute notre revue
du monde animal terrestre de Polynésie
française quant à sa richesse et à son origi¬
nalité.
On compte environ 625 espèces
d’insectes à Tahiti et, même si plusieurs
dizaines n’ont peut-être pas encore été
découvertes, nous serons loin des quelque
50 000 recensées en Australie ! Presque toutes
les espèces sont originaires de l’ouest ; moins
d’un dixième viennent des Amériques. Mais le
espèces de moustiques connues dans le
Pacifique Sud, nos archipels n’en abritent que
13 dont 6 endémiques.
Des mollusques célèbres
Bien que l’inventaire des coquillages terrestres
ne soit pas achevé dans toutes les îles hautes
(la plupart des espèces sont de petite taille), de
nombreux travaux ont été publiés sur ceux
des îles de la Société et des Marquises. Là
encore on atteint de très
d’endémisme.
importants taux
anglais du
1932,
ont rendu célèbres dans le monde scientifique
les püpü de Moorea. En effet, à cette époque
Les travaux d’un chercheur
nom
de Crampton, travaux publiés en
taux
les
connaissances
espèce d’insectes sur deux est endémique
Marquises, alors qu’à Tahiti la propor¬
tion serait d’une sur cinq. Sur près de 200
spéciation des espèces n’étaiept pas celles
d’aujourd’hui. Darwin en étudiant les
Galapagos allait lancer la théorie de
révolution (1856) à partir des constatations
d’endémisme des insectes rivalise avec
celui des plantes dans certains archipels. Ainsi
une
aux
sur
l’évolution
et
la
ORIGINE DE LA VIE DANS LES ILES
qu’il fit sur les faunes de ces îles et notamment
sur des oiseaux : des pinsons. Chaque île
possède plusieurs espèces de pinsons qui
diffèrent les
unes
des autres par quelques
caractères morphologiques correspondant à
diverses adaptations relatives à une nourriture
très spéciale dans chaque cas. A partir d’un lot
d’individus pionniers l’évolution a permis la
création dans chaque île d’espèces originales.
Il en est de même des coquillages du genre
Partula dans les îles de la Société. Non
seulement les espèces sont originales par île,
mais Crampton a montré que cette originalité
existait géographiquement au niveau des
vallées. Ainsi existe-t-il à Moorea une demi-
douzaine d’espèces différentes de Partula.
Certaines ont une distribution assez large
alors que d’autres n’existent que dans une
seule
vallée.
Les
Partula de
Moorea
constituent un des exemples les plus connus et
les
démonstratifs
plus
insulaire et de l’évolution.
de
l’endémisme
Les grands absents
l’exception d’une seule classe, celle des
les “grands” absents du monde
animal terrestre des îles polynésiennes sont les
vertébrés. Les Batraciens (grenouilles,
salamandres...) ne sont représentés par
aucune espèce en
Polynésie française. LeS
Reptiles ne comportent que 7 espèces de petits
lézards et geckos ; il n’existe aucun serpent.
Les Mammifères ont accompagné l’homme
dans ses migrations et voyages pour prendre
pied sur les îles, à l’exception, peut-être, du rat
polynésien qui serait alors le premier mammi¬
fère ayant colonisé ces îles.
Les oiseaux, par leur vol, sont affranchis
des frontières, mais les îles de Polynésie
française ne comptent que 112 espèces, ce qui
est peu comparé à l’Australie où l’on peut en
dénombrer cinq à six fois plus. Il faut
toutefois remarquer qu’à ce nombre d’oiseaux
A
Oiseaux,
d’ajouter 8 espèces qui ont
disparu et de soustraire 13 espèces introduites
par l’homme pour que soit établi à 107 le
nombre d’espèces d’oiseaux naturellement
existant en Polynésie il y a quelques siècles.
Cette avifaune comporte des espèces qui
nichent sur le Territoire et d’autres qui ne
nichent pas ; ces derniers pouvant être des
visiteurs (pour les oiseaux de mer) ou des
migrateurs (pour les oiseaux terrestres). Les
espèces qui nichent sont presque également
réparties en oiseaux de mer et oiseaux
terrestres, mais en d’autres milieux (conti¬
nentaux) l’avantage serait aux terrestres. On
peut ainsi dire que la faune terrestre d’oiseaux
nicheurs est très pauvre, ce qui est alors en
conformité avec ce que nous avons exposé
pour tous les groupes terrestres d’invertébrés
et surtout de vertébrés. Il n’y a, en particulier,
aucun rapace indigène, le seul oiseau de proie
existant ayant été introduit par l’homme
(Circus approximans, le Busard).
il conviendrait
Le tilapia (Tilapia
mossambica) est une
espèce introduite dans
les rivières et les lacs.
Elle s'est bien adaptée
puisqu’elle se rencontre
partout et fait l’objet
d’une pêche artisanale.
Le lac VaihIria et les
rivières de Tahiti et des
autres îles hautes de
Polynésie française ont
une faune
pauvre en
espèces mais qui ne
manque pas d’intérêt.
Elle comprend des
chevrettes et des
anguilles. Il s’agit là
d’espèces indigènes,
c’est-à-dire
naturellement présentes
et qui
n'ont pas été
introduites par l’homme.
Les trois espèces
d’anguilles des eaux
polynésiennes, ici
Anguilla megastoma,
habitent les îles du
Pacifique central et
même au-delà pour l’une
des espèces. Ces
animaux sont encore
mal connus et leur
aire de ponte est encore
mystère, alors que
pour les anguilles de
un
l’Atlantique II est bien
établi que la mer des
Sargasses constitue
leur aire de
reproduction.
Des Partula sur un
Freycinetia à Huahine.
De très nombreuses
espèces de ce
mollusque terrestre sont
spécifiques d’une île
et parfois même d’une
vallée. A Moorea, ces
Partula sont décimés
par Euglandina, un
mollusque carnivore qui
été introduit pour
lutter contre les
Achatines.
a
21
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
Les espèces
introduites
Les oiseaux nicheurs à terre fourniront le
second exemple pour indiquer qu’en l’absence
de mammifères carnivores comme des félins,
ils auront autant de chances de survivre et de se
Agée de quelques millions d’années, les
polynésiennes sont jeunes et isolées au
centre de l’océan Pacifique.
Les espèces
capables de coloniser le littoral sous-marin ou
îles
la terre ferme sont
en
exemples feront comprendre le phénomène.
Dans un monde sans mammifères herbivores,
les espèces végétales, qui vont évoluer et
donner naissance à de nouvelles espèces
endémiques, n’auront pas de caractères parti¬
culiers pour lutter ou résister à leur consom¬
mateur ; il n’y a aucune raison de sélection
naturelle d’un végétal épineux en l’absence de
En revanche, dans un milieu où les
mammifères herbivores
groupes
végétaux
qui
sont
“défenses” seront favorisés.
nombreux, les
développent
des
BronUtpa longlsslma,
un insecte ravageur du
cocotier, a été introduit
à Tahiti il y a une
trentaine d'années. Il a
gagné les Marquises il y
quelques années et
a
tout récemment lés
Australes et les
Tuamotu.
Les oiseaux nichant à
terre comme ces
frégates (Fregata minor)
ont des jeunes qui sont
une proie facile pour
toute espèce carnivore
de type félin qui serait
introduite dans une île.
22
revanche, dans un milieu où les félins existent,
les oiseaux nicheurs devront s’adapter pour se
protéger ou limiter cette prédation.
nombre limité et leur
évolution se fait dans un contexte environne¬
mental
insulaire très
particulier. Deux
moutons.
multiplier que s’ils nichaient sur les arbres. En
L’introduit conquérant
On peut résumer ce qui précède en indiquant
chaque espèce indigène de nos îles est
indissolublement liée à ce qui l’entoure, à son
environnement, intégrant le milieu physique
et chimique, mais aussi le milieu biologique.
Aucune espèce végétale ou animale n’est
indépendante. L’île et son littoral sont comme
une gigantesque usine aux rouages et aux
interférences multiples. Cette “usine” reçoit
son énergie initiale du soleil et elle fonctionne
selon un certain équilibre que l’on peut
qualifier de dynamique, car il y a un constant
rééquilibrage des multiples parties les unes par
rapport aux autres. Si une des composantes
est modifiée trop fortement, le système se
déséquilibre. Reprenant un des exemples
précédents, on imagine facilement comment
que
peut se
introduit
développer
dans
une
un
île
couple de chats
où
les
oiseaux
indigènes nicheurs font leur nid à terre. Quel
régal pour les chats sauvages et quel massacre
pour les oiseaux qui disparaîtront totale¬
ment ! Le prédateur alors sans proie facile
devra en trouver une autre pour survivre ou il
périra. Cet exemple illustre bien tout le danger
d’une espèce introduite dans un milieu
insulaire.
Des raisons d’introduire
En
introduisant
volontairement
sur
le
Territoire des individus d’uneespècequi nes’y
trouve pas
une
naturellement l’homme répond à
motivation soit esthétique soit que nous
qualifierons de “biologique” par facilité de
langage. De toutes façons, toute introduction
est dangereuse car on ne peut pas - au stade de
nos
connaissances scientifiques et pratiques -
connaître les limites et les effets
sur le
milieu. La motivation esthétique - introduire
en
des oiseaux parce qu’ils sont jolis et “feraient
bien” en Polynésie - est une attitude qui tient
plus à une méconnaissance générale
des phénomènes qu’à une intention volontai¬
souvent
rement
hostile à l’égard de l’environnement.
ORIGINE DE LA VIE DANS LES ILES
L’Achatine fut introduite sur le Territoire en
1967 dans un jardin de Tahiti par quelqu’un
ayant trouvé ces mollusques fort charmants
lors d’un séjour en Nouvelle-Calédonie sans
doute.
Les
raisons
“biologiques” de
l’introduction de certaines
espèces sont plus
les précédentes, ce qui ne
signifie pas que les introductions ainsi
réalisées soient, d’une part, un succès, et
d’autre part avantageuses à quelque titre que
ce soit. Dans ce cadre on a souvent (autorités,
personnalités, services territoriaux,
chercheurs, particuliers,,.) invoqué la lutte
biologique qui consiste à introduire une
espèce qui va lutter contre une espèce nuisible
déjà présente. Cette “lutte biologique”, qui se
différencie par exemple de la lutte contre les
espèces nuisibles par épandage de pesticides
divers
(insecticides et molluscicides), a
l’avantage d’agir sélectivement sur une proie
bien déterminée, alors que la lutte chimique
est dite aveugle car le spectre de ses effets est
très
large sur les espèces. Cette lutte
biologique s’est fortement développée en
France et à l’étranger aux environs de 1970,
mais elle était déjà connue et pratiquée bien
réfléchies
que
Le Merle des Moluques
(Acridotheres tristis),
introduit dans nos îles
début du siècle, a
véritablement conquis
la zone littorale et il a
au
relégué aux fonds de
vallées les espèces
indigènes.
avant.
Succès ou échecs des espèces
introduites
Une espèce introduite n’arrive pas obliga¬
C’est ainsi que le Merle des Moluques
Acridotheres tristis) fut
introduit vers 1910 pour décimer les guêpes.
(Martin
triste,
C’est
ainsi qu’un mollusque carnivore,
Euglandina rosea, fut introduit à Mahina
(Tahiti) en 1974 pour lutter contre un autre
mollusque lui aussi introduit, l’Achatine
(Achatina fulica), mais dont les effets eurent
toirement à coloniser le milieu, nouveau pour
elle, dans lequel elle est introduite. Dans
certains cas, les individus introduits meurent
immédiatement, dans d’autres cas ils
survivent mais n’arrivent pas à se reproduire,
dans d’autres encore ils restent à un niveau de
vite fait d’être considérés comme néfastes.
C’est dans le cadre de cette lutte biologique
population très réduit ; il en est ainsi du
Burgo, mollusque marin introduit à Tahiti.
Enfin dans quelques cas, l’introduction est
spectaculaire et l’espèce se multiplie. 11 en fut
été introduites sur le Territoire
certaines espèces d’insectes destinées à contrer
qu’ont
des insectes nuisibles aux cultures et à la santé
de l’homme : introduction de la guêpe parasite
Tetrastichus brontispae pour lutter contre le
ainsi de l’introduction de la mauvaise herbe
Cyperus rotondus dans les plaines littorales
parasite de cocotiers, Brontispa longissima ;
introduction du moustique non-hématophage
aux
larves
cannibales,
Toxorhynchites
amboinensis des Philippines, contre les
moustiques Aedes polynesiensis et Aedes
aegypti. D’autres raisons biologiques ont
présidé à certaines introductions, comme celle
du Troca (Trochusniloticus)en 1957 dont une
quarantaine d’individus ont survécu au
voyage des Nouvelles-Hébrides jusqu’à Tahiti
où on espérait leur multiplication afin de
disposer d’une nouvelle espèce nacrière pour
des îles hautes. 11 en est ainsi du Troca dont les
quelques dizaines d’individus ont donné lieu à
des populations de plusieurs millions d’indi¬
vidus. 11
en
est
ainsi du Martin triste. Ces
espèces occupent le terrain avec un retentis¬
sement plus ou moins profond sur les autres
espèces. On peut penser que le Troca a occupé
une place vacante dans
l’écosystème corallien
polynésien, mais nous manquons de connais¬
sances pour l’affirmer. Dans la plupart des
cas, l’espèce introduite qui réussit va éliminer
ou réduire considérablement les populations
des espèces dont elle occupe la place.
l’économie.
Les Achatines. Au début
de leur introduction
dans une île et si
l'espèce y trouve des
conditions favorables,
on assiste à une
explosion
démographique des
peuplements ù'Achatina
fulica comme ici à
Nuku Hiva (Marquises).
Les principales étapes
de la colonisation de
VAchatIna fulica à partir
de son aire originelle
est-africalne et sa
répartition actuelle dans
HAWAII
le monde.
1966
■^1936
1979
.
1977
MADAGASCAR
MARQUISES
1967 TAHITI
NOUVELLE-
CALÉDONIE
23
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
Conséquences des introductions
d’espèces
Le Martin triste et le Zostérops à poitrine grise
espèces d’oiseaux les plus
abondantes à Tahiti ; ces espèces introduites
occupent les zones littorales et elles ont chassé
dans les fonds de vallées les espèces indigènes.
11 s’agit là d’une conquête de terrain au
détriment des espèces indigènes. Le Busard de
Gould (Circus approximans), introduit en
1855 pour lutter contre les rats, chasse dans
tous
les milieux (bords de mer, vallées,
forêts) ; il a entraîné la disparition totale dans
sont
les
deux
les îles hautes de la Société de la Perruche
nonette
(Vint peruviana) et la raréfaction des
ptilopes et des sternes blanches.
Si l’on considère les raisons qui ont
prévalu à l’introduction de certaines espèces,
force est de constater un très grand nombre
d’échecs. Le Martin triste, introduit pour
éliminer les guêpes, n’a pas fait ce que l’on
attendait de lui, mais en revanche il a eu une
action néfaste sur la faune avienne indigène.
L’escargot carnivore Euglandina, introduit
pour décimer l’escargot géant Achatina, luimême introduit et qui dévastait les cultures,
s’en prend pour s’alimenter lorsqu’il n’y a pas
d’Achatines aux mollusques indigènes qui ont
été totalement éliminés à Moorea et à Tahiti.
11
s’agissait d’espèces endémiques du genre
Partula et, selon nos connaissances, d’autres
espèces du même genre auront disparu en
1987 et 1988.
Ainsi donc
ont souvent de
ces introductions d’espèces
très grosses conséquences sur
la flore et la faune indigènes locales. C’est la
raison pour laquelle les règlements,
phytosanitaires entre autres, doivent être
strictement appliqués et les introductions
interdites
ou
bien sévèrement contrôlées
Les sternes blanches
(Gygis alba), dont l'œuf
unique repose en
équilibre sur une
branche d’arbre, ont vu
leur peuplement
fortement diminuer à la
suite de l'introduction
du Busard (Circus
approximans) qui devait
décimer les rats.
Astrild à bec de corail
(Estrilda astrild). Cette
espèce a été introduite à
Tahiti en 1920. Ici à
Ua Pou, aux îles
Marquises.
Le Iroca (Trochus
niioticus) est l’exemple
d’une introduction
d’espèce
(40 individus
des Nouvelles-Hébrides
1957) qui semble
réussie. On compte
plusieurs millions
en
d’individus sur les récifs
de nombreuses îles
hautes et cette
abondance ne paraît pas
avoir déséquilibré le
milieu.
24
et
préalablement étudiées. 11 en va de l’existence
des espèces originales de ce Territoire qui sont
désarmées pour lutter contre un envahisseur
qui conquiert le terrain et les élimine.
2 Flore et végétation
Située à plus de 6 000 kilomètres du continent
américain
et plus de
5 000
antarctique,
la Polynésie
française
kilomètres des continents australien
et
égrène quelque 118 îles hautes et atolls entre 5° et 30° de latitude Sud et 130° et 165° de
longitude Ouest. Cet isolement et cette dispersion ont des conséquences dans la
composition de la flore, le peuplement et l’agencement de la végétation.
La flore de ces îles est d’une relative pauvreté, avec environ 1 000 espèces
indigènes, si on la compare à d’autres îles du Pacifique : au moins 3 000 à 4 000 en
Nouvelle-Calédonie, plus de 1 500 dans les îles Hawaii. Son intérêt réside dans l’étude
des espèces endémiques, souvent confinées à une île et qui, par leurs affinités,
éclairent l’origine du peuplement végétal.
La taille, l’âge des îles et les facteurs du milieu vont marquer la composition
floristique. Ainsi les îles volcaniques de la Société, avec un taux d’endémisme de plus
de 40 %, s’opposent aux atolls des Tuamotu avec moins de 10 %. Les conditions
écologiques particulièrement drastiques dans les atolls ont sélectionné une flore
pauvre constituant des groupements végétaux particulièrement monotones. A
l’inverse, les îles hautes comportent des milieux diversifiés qui ont permis l’installation
de nombreuses espèces en des groupements qui sont le résultat de leurs adaptations
et de leurs évolutions à des niches écologiques diverses.
Généralités
botaniques
plantes, comme les animaux et
l’homme, vivent. Elles se distinguent
“Les
comme
de ce dernier par certains traits ; elles ne con¬
la rancune, par exemple. Bien
qu’à notre époque le tapis végétal du monde
entier soit mutilé, détruit et déformé comme
jamais auparavant, chaque plante poursuit le
cours de sa vie, inlassablement, pourvu qu’elle
trouve la moindre possibilité de sortir de terre
et de s’épanouir...” (H. de Wit)
naissent pas
La botanique et son objet
Quoi de plus banal qu’une plante, trop
souvent négligée au point de n’appartenir qu’à
environnement, mais combien nécessaire
un
animaux et à l’homme
aux
prédateurs.
qui en sont les
Pour le profane, la plante est une fleur
comblant son sens du beau. L’homme attaché
à la terre y trouve son premier moyen de survie
et
un
formidable
réservoir alimentaire
et
utilitaire, l’aménageur y verra généralement
une gêne dans sa volonté de faire cadrer l’exu¬
bérance de la forêt avec le poli glacé de son
plan.
Spécialistes de l’étude des plantes, les
botanistes décrivent la réalité multiforme des
espèces végétales, les classent, les nomment,
les décrivent afin d’en comprendre l’évo¬
lution et la répartition.
Freycinetia impavida
(farapape). Vigoureuse
liane ligneuse, elle
appartient à une famille
de Monocotylédones
parmi les plus
primitives : fleurs
primitives en épis,
absence de calice et
corolle, fleurs mâles et
femelles sur des plantes
séparées (dioécie).
au-dessus:
Apetahia raiateensis
(tiare ’apetahi).
Arbrisseau endémique
de Raiatea à fleurs
zygomorphes blanches.
Cette plante est
menacée par le
vandalisme dans sa
seule localité connue,
le mont Temehani.
25
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
Une première classification
Le monde des plantes comprend, de manière
évidente pour tous, les plantes supérieures qui
constituent la végétation familière des forêts,
prairies, brousses, champs ou jardins, 11 se
compose d’arbres, d’herbes, de plantes orne¬
mentales ou cultivées, qui possèdent racines,
tiges, feuilles et fleurs, plus ou moins appa¬
rentes. Ce sont les plantes vasculaires, carac¬
térisées par la présence de vaisseaux conduc¬
teurs,
11 existe un double système de nutrition
dans les racines et les feuilles, reliées entre
elles par les tiges. Le premier puise dans la
terre l’eau et les éléments minéraux dissous.
Le second, grâce à la chlorophylle, fixe le gaz
carbonique
constituants
glucides,
de
de
l’air
la
protéines,
et synthétise
les
matière organique :
lipides et substances
secondaires nécessaires à la physiologie de la
plante.
Ils sont mis en communication par un
double appareil de circulation : un appareil
est
lignifié où circule la jève brute,
composée de la solution absorbée par les
racines, et un appareil descendant libérien où
circule la sève élaborée, contenant en parti¬
culier les substances synthétisées par les
ascendant
tige, elle ne comporte ni feuilles, ni
épiderme. Le système vasculaire se compose
de faisceaux ligneux et libériens séparés et
rence de la
alternés.
feuilles. La sève brute est diluée, la sève
élaborée est concentrée, en particulier à cause
de la perte d’eau au niveau des feuilles par
transpiration.
Les plantes à fleurs
(Angiospermes)
à fleurs comporte plusieurs
indissociables et nécessaires à son
fonctionnement et à sa reproduction, les
Une
plante
structures
organes végétatifs (racine, tige et feuilles) et les
organes reproducteurs (la fleur et les graines).
Les organes végétatifs. La racine, axe (organe
à
symétrie axiale) généralement souterrain.
Tableau ci-contre :
Les grands groupes
systématiques établis à
partir de la
morphologie des
plantes, de la présence
feuilles à nervures
Phanérogames
plantes vasculaires
organes reproducteurs
fleurs et graines
La tige est un axe généralement aérien (le
rhyzome est une tige souterraine), entouré
d’une écorce et d’un épiderme, son extrémité
portant de très jeunes feuilles qui constituent
le bourgeon. Le système vasculaire comprend
des faisceaux libéro-ligneux superposés.
ha feuille se compose d’un pétiole, d’un
limbe et des stipules, l’un des éléments
pouvant être absent. Généralement aplatie,
elle a une symétrie bilatérale par rapport à la
nervure médiane, possède une face dorsale et
ventrale, et elle est entourée d’un épiderme
interrompu par les stomates, qui jouent un
rôle important dans la photosynthèse, Le
système vasculaire est analogue à celui de la
tige.
Monocotylédones
1 cotylédon,
Angiospermes
plantes à fleurs,
graines dans le fruit
dépourvue de feuilles et porte habituel¬
lement une coiffe à son extrémité. A la diffé¬
généralement parallèles,
fleurs type (2)-3
l'absence de feuilles,
de fleurs...
ou
Dicotylédones
2 cotylédons
réticulées,
bourgeon terminal
plantes vasculaires
organes reproducteurs
ovules, pas de graines_
Ptéridophytes ou Fougères
plantes
vasculaires
pas de racine principale,
tige souterraine, feuilles
Bryophytes
Mousses et
Hépatiques
pas de racines,
ni vaisseaux,
feuilles rudimentaires
ou
appareil végétatif
thalloïde
non
Thallophytes
Algues
Champignons
Lichens
Les différentes sortes de
racines. Certaines
plantes emmagasinent
des matières de réserve
racines pivotantes
papayer
26
dans leurs racines qui
s'hypertrophient. Ce
ni tiges, ni feuilles.
ni racines.
tubéreuses.
racines pivotantes
à réserve
carotte
nœud
appareil végétatif :
thalle
Les différentes parties
de la racine. La racine
fixe la plante au sol et
sont alors des racines
racines fasciculées
crampons.
La canne à sucre a pour
partie aérienne de la
plante qui porte les
feuilles et les organes
reproducteurs.
Préphanérogames
Plantes
vasculaires
La vanille possède des
tiges grimpantes fixées
par des racines
Les différentes parties
d'une tige. La tige est la
fleurs type 4-5
Cryptogames
Différentes formes de
tiges.
tiges des chaumes creux
et cylindriques.
feuilles à nervures
Gymnospermes
graines nues
organes reproducteurs
spores
Page de droite :
permet de puiser les
matières minérales
servant à son
alimentation.
racines fasciculées
à réserve
FLORE ET VÉGÉTATION
organes reproducteurs. La fleur est
l’organe le plus manifeste au profane, elle est
aussi pour le spécialiste d’une importance
Les
primordiale dans sa tâche de reconnaissance
et
Systématique et nomenclature
L’espèce et le nom des plantes
botanique systématique a pour objet
l’identification des plantes et leur classement
suivant un ordre rationnel.
Vespèce est l’unité taxonomique et naturelle
élémentaire. Elle désigne un groupe d’indi¬
vidus interféconds, ayant la même morpho¬
logie héréditaire et le même mode de vie. Les
espèces ayant des caractères communs sont
regroupées en genres, ceux-ci en familles,
La
de classification.
La fleur est le siège de la sexualité de la
Depuis toujours les hommes ont cherché
plantes
ont pu ainsi être classées suivant leurs carac¬
plante, assurant sa multiplication en plusieurs
étapes. D’abord a lieu la pollinisation, c’est-àdire le transport du pollen sur le stigmate par
le vent, l’eau ou les animaux. Puis s’opère la
fécondation : elle est double et comprend la
à ordonner leurs connaissances, les
tères : utilitaires, alimentaires, médicinales
Peu à peu se sont dégagés les éléments d’une
...
systématique naturelle, basée sur la parenté
des plantes.Au XVIIP siècle, Linné proposa
un système établi sur la distribution des sexes
et les caractères de l’androcée. Adanson prit
en compte l’ensemble des caractères, mais en
négligeant leur importance relative. Il fallut
attendre A. Jussieu qui introduisit le principe
fusion d’une cellule particulière de l’ovule (la
cellule-mère) et un des deux noyaux issus du
grain de pollen, le deuxième fusionne avec le
noyau secondaire pour donner le tissu nour¬
ricier de l’embryon, l’albumen. Ensuite se
déroule la dissémination : la graine envelop¬
pée dans l’ovaire transformé en fruit sera
transportée par divers agents : vent, animaux,
homme... La graine n’est libérée qu’à la germi¬
nation de la plantule, point de départ d’une
nouvelle plante.
de subordination des caractères.
Au XIX‘=
systématiques
étaient identifiés et l’apport de la phylogenèse
par Lamarck et Darwin donna l’image
actuelle de la systématique.
siècle,
les
grands
groupes
ordres et classes.
A l’inverse, l’espèce peut se subdiviser en
sous-espèces (ssp.) définies généralement par
une identité génétique mais une barrière géo¬
graphique ou écologique, en variétés (var.),
sous-variétés (subvar.)...
Linné, botaniste suédois ( 1707-1778), eut
le premier l’idée de nommer les êtres vivants
binôme et devint le père de la systé¬
matique moderne. Chaque plante est ainsi
nommée par un binôme composé du nom de
genre, commençant par une majuscule, et du
nom d’espèce avec une minuscule.
par un
bourgeon axillaire
limbe
nœud'jyTstipule
Les différentes parties
deiafeuiiie. Le limbe est
plusieurs parties. La
généralement d’une
couleur plus foncée sur
la face expos.ée au soleil.
Les différentes parties
du fruit. La papaye
a de nombreuses
mangue, le noyau
renferme la graine
à 2 cotylédons.
graines. Pour la
/a mangue
Coupe d’une fleur.
L’ensemble des sépales '
Le limbe peut être en
feuille est alors
composée et comporte
plusieurs folioles.
forme le calice.
L'ensemble des
étamines constitue
l’androcée ; c’est là que
se trouve le pollen. Le
gynécée ou pistil est
l’organe femelle de la
plante.
endocarpe
(noyau)
mesocarpe
(chair)
épicarpe
(peau)
la papaye
—
bractées
pétales libres
péricarpe
purau
.
La corolle. L’ensemble
des pétales forme la
corolle.
pétales soudés
tiare
nombreuses graines
pulpe jaune orange,
sucrée, juteuse
et parfumée
Les différentes parties
de la graine. Exemple
de la graine de haricot
La graine provient de
l’ovule fécondé. Dans
certaines plantes, la
corolle en tube
peau
patate douce
jaune verdâtre
graine ne comprend
qu’un cotylédon.
à maturité
étendard
saillie de
la radicule.
gemmule ~
—
tigelle
radicule —
téguments
graine entière
i-cotylédon
graine privée
d'un des 2 cotylédons
Une fleur est
irrégulière lorsque les
sépales sont inégaux.
27
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
La flore des atolls
La flore de ces milieux se caractérise par
grande pauvreté, environ une centaine
d’espèces indigènes, qui traduit des conditions
écologiques particulières auxquelles peu
d’espèces se sont adaptées. La grande homo¬
généité du milieu, offrant des niches écolo¬
giques peu variées, en limite également le
une
nombre.
Milieu et adaptation
Les atolls constituent un milieu sélectif poul¬
ies
plantes à travers deux facteurs écolo¬
giques : le sel et le substrat. Le premier
représente un véritable poison physiologique
la plupart des plantes, en empêchant
l’absorption de l’eau. Seul un petit nombre
supporte des concentrations assez élevées de
sel : les halophiles.
Le substrat particulier des atolls est
constitué
de
sables, graviers, cailloutis
coralliens ou grès de plage sur lesquels se
développent de maigres sols filtrant
rapidement l’eau. Ainsi, le substrat renforce le
caractère xérophile de la flore des atolls.
dispersion des plantes. La grande pauvreté de
la flore des atolls s’explique d’abord par les
conditions écologiques du milieu, mais éga¬
asiatica
Dans le peuplement des îles interviennent les
des
(hotu),
Pandanus spp. (fara) ou
qui ont des fruits ou graines
flottantes pouvant résister plusieurs mois
Canavalia spp,
lement par l’histoire de ces îles.
Les moyens de dispersion sont multiples.
dans l’eau de mer.
La zoochorie est surtout représentée par
oiseaux marins qui, lors de leurs
migrations, peuvent transporter les diaspores
végétales à longue distance. On parlera de
zoochorie passive pour les espèces ayant
divers dispositifs leur permettant de
s’accrocher au plumage ou aux pattes :
Pisonia grandis (pu'atea) ou Boerhavia spp.
aux fruits visqueux, Triumfetta procumhens k
péricarpe hérissé de pointes. La.zoochorie
active, c’est-à-dire le transport par ingestion
atmosphériques (anémochorie), les
courants marins (hydrochorie) et les animaux
(zoochorie).
Ainsi, on pense que c’est par anémocho¬
rie que des fougères comme Asplénium nidiis,
Nephrolepis hirsulula ou des orchidées aux
graines microscopiques, NervUia aragoana,
Oherania equitans ont été dispersées.
L’hydrochorie serait responsable du
peuplement en certaines espèces comme
Cocos
micifera (cocotier), Barringtonia
courants
des
fruits, est
rare
pour
L’évolution
a
ainsi
sélectionné
des
espèces aux adaptations morphologiques ou
physiologiques diverses. Une des adaptations
est
la
présence d’un système racinaire
explorant un important volume du sol et
assurant
une
alimentation
hydrique
suffisante. C’est le cas de beaucoup de ligneux
comme Pemphis aciclu/a (miki miki), Suriana
niarilinw ('u'u) ou de certaines herbacées, en
particulier sur sables, comme Triumfetta
procumhens, Leplunis repens.
11 peut aussi y avoir limitation de la
transpiration par réduction de la taille des
feuilles : Suriana niarilima, bu leur absence :
Psilolum nudum : par épaississement de la
cuticule
foliaire :
Timonius polyganuis,
Scaevota sericea (naupata) : par développe¬
ment d’une pilosité foliaire : Townefortia
argemeu (tahinu), Achyranthes velulina (’aenifai), ou encore par enfoncement des stomates
sous l’épiderme, pour les graminées. D’autre
part, des réserves d’eau peuvent exister dans
des tissus aquifères des tiges : Portulaca
Laporlea nuleralis, des feuilles plus ou moins
charnues : Purlu/àca spp., Nesogenes euphrasiuides, Capparis cordifoUa, Tournefortia
argemea, des racines ou souches tubérisées :
Boerhavia spp,, Purtulaca spp.
Enfin, certaines espèces, moins
strictement inféodées à ces milieux, dévelop¬
pent une résistance à la sécheresse par une
diminution de l’appareil aérien, limitant ainsi
la prise au vent et donc la transpiration, et une
augmentation
de
l’appareil souterrain,
assurant
ainsi
une
meilleure
alimentation
hydrique. Ce sont des espèces “généralistes”,
fréquentes dans d’autres formations, qui
parviennent à se maintenir ici. On peut citer
Hibiscus liliaceus (pûrau),
Thespesia
populnea (mira) ou Cardia suhcordata (tou).
Dispersion des plantes
et peuplement des atolls
La compréhension de l’origine du peuplement
des îles passe par une étude des moyens de
28
dans les atolls, citons
néanmoins A brus precatorius.
à gauche :
Capparis cordifoUa.
Cet arbuste lianescent
de grandes fleurs
blanches parfumées qui
virent au rose en se
fanant. Il est
a
caractéristique des
substrats rocheux
calcaires.
à droite :
Psilolum nudum (niu).
Fougère fossile vivant,
des tiges nues à
sporanges jaunes, elle
avec
rencontre sur les
atolls en fourré à
Timonius-Scaevola et
sur les îles hautes, en
se
épiphyte en forêt
littorale.
à gauche :
Scaevola sericea
(naupata) est un
arbrisseau sarmenteux,
à fleurs blanches à
rosâtres et fruits
charnus blancs. Il est
répandu à travers tout le
Pacifique en formation
pionnière littorale.
à droite :
Suriana maritima (’u’uj
un arbuste à
est
rameaux
dressés, à
feuilles vert cendré et
fleurs jaune citron. Il
est commun en
formation sur sables ou
cailloutis coralliens.
Portulaca Iulea (pokea,
’aturi). Cette herbacée
à tiges charnues souvent
rougeâtres, feuilles
vert clair alternes et
fleurs jaune d'or, est
commune en formations
ouvertes sur sables
coralliens et
basaltiques,
à droite :
Tournefortia argentea
(tahinu). Petit arbre à
port caractéristique
avec
des feuilles vert
argenté groupées au
bout des branches et de
petites fleurs blanches
parfumées, il est
commun en
brousse
pionnière océanique.
à gauche :
La végétation
supralittorale témoigne
de sa vigueur sur la
frange océanique :
plantules de cocotier ou
de Tournefortia
argentea, touffes de
Lepturus repens et de
Nesogenes
euphrasioides se sont
frayé une voie à travers
les débris coralliens.
s-
FLORE ET VÉGÉTATION
ces
Il faut noter que la situation générale de
îles dans leur rapport avec les courants
marins ou aériens est néanmoins défavorable.
En effet, la circulation générale se fait dans le
sens
est-ouest, à travers un désert insulaire
immense; or les espèces qui ont colonisé la
frange littorale sont dans leur grande majorité
d’origine indo-malaise. Il faut alors considérer
que la contre-circulation aérienne en haute
altitude et le contre-courant océanique sub¬
tropical Sud ont pu Jouer un rôle dans la
dispersion des espèces anémo-et hydrochores.
Marginalement, on peut citer des
modifications exceptionnelles dans la circula¬
tion générale, comme celles qui ont affecté la
Polynésie en 1982-83. (voir volume l,p. 74).
Elles ont pu Jouer depuis la brève période de
réimmersion des Tuamotu, environ 3 000 ans.
En comptant un à deux accidents climatiques
par siècle, on arrive à 30 à 60 occurrences
favorables où des courants océaniques suffi¬
importants ont pu se développer de
la Société vers les Tuamotu, pendant plusieurs
samment
semaines ou mois, rendant ainsi possible un
repeuplement partiel de ces îles.
Caractères généraux de la flore
Conséquence des conditions écologiques
particulières et de l’isolement, la flore se carac¬
térise par un ensemble peu diversifié. Dans les
Tuamotu, en incluant Makatea qui compte
une trentaine
d’espèces forestières présentes à
Tahiti,
centaine
on
arrive à
un
total d’environ
une
d’espèces indigènes avec 8 Ptérido-
à l'extrême gauche :
Boerhavia leirandra
est une herbacée à
longues tiges rampantes
des fleurs roses
à violet pâle.
avec
à gauche :
Triumfetta procumbens
(urio ou unio) est une
herbacée sous-ligneuse
à tiges rampantes, avec
des feuilles vert foncé
vernissées, des fleurs
oranges à calice lavé
de rouge et des fruits
phytes,
21 Monocotylédones et 75
Dicotylédones. Parmi celles-ci, on note 7 es¬
pèces endémiques dont 4 à Makatea.
Les autres archipels, atolls et motu des
îles hautes ont une flore souvent plus riche que
celle
des Tuamotu. Dans l’archipel de la
Société, Tupai compte 48 espèces, Tetiaroa
44, alors qu’aux Tuamotu on dénombre 37
espèces à Takapoto et 39 à Rangiroa,
Mais la distribution générale reste
complexe. Les atolls les plus occidentaux
paraissent les plus pauvres. Si Scilly (Société)
et Maria (Australes)
comptent 25 à 30espèces,
on observe à
Tupai (Société) la présence de 48
espèces et à Makatea (Tuamotu) de 80, alors
qu’on ne trouve dans les autres atolls des
Tuamotu que 35 à 40 espèces.
épineux. Elle est
commune sur sables
coralliens,
à gauche , au-dessous :
Sesbania coccinea.
Cet arbuste atteignant
5 m a de grandes fleurs à
corolle rouge vif lavé
d'orange. Il est devenu
très rare en Polynésie.
à droite :
DIgitaria
stenotaphrodes
est une herbe formant
de petites touffes, à
épis verdâtres.
Endémique delà Société
et des Tuamotu,
à droite :
Cassytha fillformis
(laino’a) est une liane
herbacée à tiges grêles
oranges dépourvues de
feuilles. C’est un
parasite formant
localement des fourrés
impénétrables parmi
Scaevola, Suriana ou
Timonius.
à droite, en bas :
Achyranihes veluiina
(’aerofai). Cette
herbacée a des fleurs
vert rougeâtre et des
fruits s’accrochant par
les
pièces du périanthe.
Les cyclones de 1983
ont remodelé les plages
et modifié la dynamique
végétale en
bouleversant le
microrelief et le substrat.
Des dépôts de gravillons
et de cailloutis ont fait
périr ici la frange
littorale. Des pieds
isolés de Tournelortia
argentea (à droite) et
Guettarda speciosa (au
milieu) ont repris parmi
une brousse
souffreteuse à
Timonius polygamus.
29
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
Végétation des atolls
et du littoral
des îles hautes
Développée
atolls
des
principalement
Tuamotu
où
elle
dans
les
représente
l’ensemble de la végétation primaire, sur les
atolls dès autres archipels, sur les motu et la
ceinture littorale des îles hautes volcaniques,
végétation se caractérise par une
pauvreté en espèces et une monotonie des
formations végétales qui sont le reflet de
conditions écologiques particulièrement
contraignantes.
La répartition des groupements est liée
principalement aux facteurs climatiques et
édaphiques. Le milieu peut se caractériser par
des précipitations rares et peu abondantes, en
particulier sur les atolls, une insolation forte et
un air chargé en sel par les embruns. Un
cette
substrat filtrant formé de roches, débris ou
sables coralliens sur les motu, de roches ou
sables basaltiques sur les îles hautes et un sol
pauvre chargé en sel complètent les conditions
drastiques de ce milieu. La sélection naturelle
a ainsi retenu un petit nombre d’espèces aux
adaptations particulières à la présence de sel :
les halophiles.
En l’absence de mangrove naturelle en
Polynésie française (un palétuvier,
Rhizophora mucronaia, a été introduit à Bora
Bora, Moorea et Tahaa où il prolifère ponc¬
tuellement), la végétation littorale est
représentée suivant le substrat par deux
grands types de groupements. Nous décrirons
ainsi ceux développés sur calcaire (falaise,
lapiaz, sables coralliens des atolls, motu et
littoral corallien des îles hautes) et ceux
développés sur substrat volcanique (rochers
ou sables basaltiques).
La végétation sur sols calcaires
peut distinguer schémati¬
quement, en allant du hord externe océanique
Sur
un
au
bord
motu,
on
lagonaire,
interne
plusieurs
formations, correspondant à des conditions
écologiques différentes.
La brousse pionnière externe, formation
basse et ouverte dépassant rarement un mètre,
se
développe sur cailloutis coralliens, en
arrière du platier récifal et d’une plage fossile
de largeur variable. Elle est soumise à
l’action directe du vent et du sel et seul unpetit
nombre d’espèces y est adapté. Parmi les
ligneux, on remarque Pemphis acidula (miki
miki) en situation pionnière sur les grès de
plage et le long des passes, Tournefortia
argentea (tahinu) qui peut atteindre 2 à 3 m,
Scaevola sericea, arbrisseau rampant. Sur
substrat moins grossier, s’ajoutent Suriana
maritima, Timonius polygamus, Guettarda
speciosa (tâfano) et plus rarement Hedyotis
romanzoffiensis, endémique de la Polynésie
orientale et centrale. Les herbacées sont rares
et éparses : Lepturus repens souvent en
anomalum, Portulaca spp. En s’éloignant
l’intérieur, cette brousse devient plus
haute et forme des fourrés à Scaevo/a-
vers
Timonius
enrichis
sel, font suite au premier
On distingue les forêts à
Pandanus (fara) et à Pisonia (pu'atea). Les
premières se développent sur des substrats
plus secs et plus grossiers que les secondes.
Elles ont considérablement régressé devant la
cocoteraie développée depuis un siècle.
aux
effets
du
groupement.
La forêt à Pandanus tectorius : ouverte.
à droite :
Groupement à
TournefortlaTlmonlus-Guetlarda.
Développé sur la façade
océanique des motu sur
substrat grossier, il se
réduit à des pieds isolés
sur la frange externe
soumise aux embruns,
mais s’enrichit vers
l'intérieur d'espèces
Heliotropium
anomalum, Lepturus
repens.
au-dessus :
Lepturus repens
(nSnamu) est une
(lâtano ou kahala).
Arbuste à petit arbre
atteignant 5-7 m, il
possède des fleurs
blanches, violemment
parfumées, rapidement
caduques. Il est
commun en
brousse
pionnière et forêt de
l’intérieur des atolls.
30
Nesogenes euphra-
Tournefortia ou Guettarda atteignant 5 à 8 m.
Les formations forestières, moins soumises
substrats cohérents sur
la façade océanique des
motu ou le long des hoa.
Guettarda speciosa
par
sioides, Cassytha filiformis, liane herbacée en
dense réseau, piquetés de pieds isolés de
Pemphis acidula
(mikl mikl). Arbuste à
petit arbre à bois rouge
très dur, à feuilles
opposées vert pâle et
fleurs blanches, il est
caractéristique des
comme
petites
taches en avant du groupement, Heliotropium
herbe stolonifère à épis
dressés vert clair,
commune en toutes
formations littorales.
à droite :
Portulaca et. Johnil
(’aturl). Cette espèce
se distingue des autres
pourpiers par une
souche tubérisée.
FLORE ET VÉGÉTATION
elle comporte des arbres ne dépassant pas 6 à
8 m ; on y retrouve Guettarda, Tournefortia,
Cocos nucifera dispersé,plus rarement Cordia
subcordata (tou). La strate arbustive est
représentée par Scaevola, 'Pipturus argenteus,
Euphorbia atoto. Au sol Phymatosorus
scolopendria, Laportea ruderahs.
La forêt à Pisonia grandis se cantonne
généralement en station plus fraîche à
l’intérieur des motu. Parmi les arbres, outre
Pisonia atteignant des dimensions remar¬
quables (plus de 20 m de hauteur et 1 m de
diamètre), on trouve Calophylluni
inophyllum,
Cordia subcordata, Cocos
nucifera de place en place, parmi les arbustes
Pipturus argenteus et Morinda citrifolia
(nono). La strate herbacée est bien repré¬
sentée, un sol riche en matière organique se
développant grâce à une litière se
décomposant rapidement et aux déjections
des fréquentes colonies d’oiseaux : fous,
noddis, sternes. On trouve ainsi, Achyranthes
aspera, A. velutina, Laportea ruderalis ou des
fougères comme Asplénium nidus ou Phyma¬
tosorus scolopendria. Dans certains atolls, les
dépressions centrales particulièrement
humides, à nappe d’eau libre ou non, peuvent
être partiellement occupées par des forma¬
à droite :
Pisonia grandis
(pu’atea). Grand arbre
à racines superficielles
traçantes, il a une écorce
grisâtre, des fleurs vert
jaunâtre et des fruits
visqueux, adhérents. Il
formait avant son
remplacement par le
cocotier de grandes
forêts sur le motu, lieu
de nidification des
oiseaux marins.
au-dessous :
Phymatosorus
scolopendria
est une fougère terrestre
ou épiphyte, à frondes
pennées et sores
rondes, commune en
*
tions
monospécifiques
à
Cypéracées
Mariscus javanicus ou Cladium jamaicense.
La
brousse
:
pionniète_jjUerne. Sur sables
coralliens, se développe uné“frange étroite à
Suriana
maritirnd,
Scaevola
maritima,
Triumfetta procumbens, Ipomoea pes-caprae
ssp. brasiliensis ou Canavalia spp., Lepturus
repens. C’est un groupement assez variable.
Ainsi dans la Société, on peut rencontrer une
forêt dominée par Hibiscus tiliaceus (pürau),
avec
Thespesia
populnea
(miro)
ou
Hernandia nymphaeifolia (ti’anina), Barring-
tonia asiatica
comme
(hotu) et des arbustes
Leucaena
tomentosa.
insularum
ou
rares
Sophora
Les substrats cohérents, falaise, lapiaz et
feo constituent des milieux particuliers, sols et
réserves hydriques quasi inexistants, extension^
du système racinaire limitée. On les trouve dans
les Australes, à Raivavae et Rurutu, mais c’est à
Makatea qu’ils sont le mieux représentés. Dans
une forêt de plateau fortement lapiazé on ren¬
contre, outre 4 espèces endémiques dont un pal¬
mier Pritchardia vuylstekeana, de nombreuses
espèces rencontrées à Tahiti en forêt xérophile
de basse altitude à Hibiscus-Xylosma : Alyxia
scandens, Canthium barbatum, Glochidion
aff. ramiflorum, Tarenna sambucina...
La végétation sur roches
basaltiques
Sur les îles hautes, à Tahiti en particulier, la
bande côtière présente de grandes variations
de largeur, de morphologie et de substrat :
falaise
basaltique sur la côte est, substrat
détritique dans le sud-ouest. Par suite du
drainage souterrain, les nappes d’eau douce
vont très près du rivage et les espèces
végétales
auront moins à lutter contre le sel
que dans les
atolls.
Du fait de l’occupation humaine de la
ceinture littorale, la végétation primaire est
fortement dégradée. 11 est actuellement
difficile de caractériser les groupements
climatiques et seuls des bosquets épars aans
végétation anthropique composée de
ou alimentaires) en
témoignent. On peut ainsi trouver Hibiscus
tiliaceus, Thespesia populnea ou Barringtonia
asiatica à côté d’espèces introduites, Termiune
rudérales (ornementales
nalia catappa (’autera'a papa a), Coccoloba
uvifera ou Casuarina equisetifolia (’aito). Sur
la côte est, se maintiennent des lambeaux de
forêt à Barringtonia-Pandanus avec Morinda
citrifolia,
Vigna marina et Ipomoea spp.
formant la frange pionnière.
La cocoteraie a, depuis
plus d’un siècle, pris la
place de la plus grande
partie des forêts. Seuls
de petits bosquets ou
des pieds isolés de
Guettarda, Pisonia
(à droite), sont les
témoins de la forêt
naturelle. Le sous-bois
comprend des espèces
comme
Euphorbia
atoto, Pipturus
argenteus, Lepturus
Triumfetta
procumbens, Boerhavia
repens,
tetrandra ou comme ici,
Laportea ruderalis, aux
inflorescences rouge vif.
cocoteraie.
en
bas :
Euphorbia atoto
(’atoto).
à gauche, au milieu :
Pandanus tectorlus
(lara) est un petit arbre
à racines aériennes,
avec des branches en
candélabre et des
feuilles linéaires
épineuses. Il formait,
avant la cocoteraie, des
forêts sur la façade
océanique en arrière du
groupement littoral.
à gauche :
Morinda citrifolia
(nono). Arbuste à petit
arbre à grandes feuilles
bullées, à fleurs
blanches et odorantes,
son fruitsyncarpiqueest
jaunâtre à maturité. Il est
répandu dans la
cocoteraie.
Cladium Jamaicense
est une herbe robuste
C
dépassant 2 m, à feuilles
coupantes, localisée
dans les dépressions
humides de l'intérieur
des motu.
31
^
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
La flore des îles
hautes
aux
Contrastant avec les îles basses, les îles
hautes présentent une diversité et une richesse
floristiques qui sont le reflet de leur isolement,
de leur histoire et de leurs
multiples niches
écologiques qui, du littoral jusqu’aux hauts
sommets, ont permis l’installation et
l’évolution des plantes en de nombreuses
espèces.
La flore, ensemble des espèces végétales
d’une île, et le peuplement sont déterminés
d’une part par les potentialités de transport à
longue distance de fruits ou de graines
(diaspores) d’espèces venant des masses con¬
tinentales, et d’autre part, par la formation
d’espèces nouvelles, la spéciation.
Le peuplement des îles
Comme pour les atolls, la flore d’une île haute
est issue d’un ensemble de diaspores trans¬
portées par divers agents de dispersion : les
courants,
aériens (anémochorie) et
océaniques (hydrochorie), et les animaux
(zoochorie), principalement les oiseaux
(ornithochorie).
Pour
les
îles
de
la
Société
pattes des oiseaux. Ces espèces sont
caractéristiques
et
des
formations
sèches,
Achyranthes, Bidens, Commersonia, diverses
Graminées et Cypéracées sont à crochets ou
arêtes ; Peperomia, Pisonia, Pittosporum ou
Korthalsella sont à diaspores adhésives.
Les ornithochores actives, à
diaspores
ingérées, sont les plus nombreuses et appar¬
tiennent aux formations mésophiles et hygrophiles de moyenne et haute altitude. Citons
Alyxia, Ilex, Meryta, Cyrtandra, Myrsine,
diverses Rubiacées.
Enfin, des facteurs catastrophiques ont
pu contribuer marginalement au peuplement
des îles : cyclones emportant hors de leur voie
des oiseaux qui ont ainsi introduit des espèces
accidentelles, “radeaux biologiques”
comportant quelques gros troncs chargés
d’épiphytes et la faune associée, fougères ou
arbrisseaux et petite faune.
La spéciation insulaire
Les barrières géographiques, écologiques et
génétiques de l’isolement insulaire ont permis
aux populations
pionnières de diverger peu à
peu des populations continentales dont elles
sont issues. Ce phénomène de différenciation
constitue la spéciation allopatrique. La
spéciation sympatrique concerne une diffé¬
renciation s’opérant au sein d’une même
population. A la différence de la première, qui
demande un temps fort long, la spéciation
sympatrique est un phénomène rapide.
L’espèce mère, la moins avancée évoluti-
vement, s’appelle l’espèce apomorphe ; la plus
Pritchardia
vuylstekeana est un
palmier endémique de
Makatea (Tuamotu). Le
genre Pritchardia lui est
endémique à la
Polynésie avec une
trentaine d’espèces dont
la majorité aux îles
Hawaii.
des
Marquises, on a pu établir les proportions
calculées non pour les espèces actuelles
résultant de l’évolution, mais pour les espèces
“ancêtres-fondatrices” qu’on estime être à
l’origine du peuplement actuel. On trouve
alors, pour la Société, 11% d’anémochores,
29% d’hydrochores et 60% d’ornithochores ;
pour les Marquises, les chiffres sont respec¬
tivement de 4%, 24% et 72%, les fougères étant
exclues.
Les espèces anémochores sont donc les
moins nombreuses. Plus une île est éloignée
d’un continent, moins les diaspores ont de
chance de s’établir, les effets de dessication des
graines s’ajoutant à ceux du gradient de la
distance. Les Marquises ont une valeur plus
faible que la Société. En effet, placé hors de la
circulation atmosphérique favorable, cet
archipel est également le plus éloigné de tout
continent, au moins à 6 000 km de l’Australie
et de l’Amérique. Parmi les plantes qui ont été
amenées
par
les
vents,
on
peut
citer
Metrosideros, Weinmannia, Alstonia, les
orchidées, bien représentées à Tahiti, plus
dans les Marquises. Metrosideros et
Weinmannia sont les taxa dominants des for¬
rares
mations forestières de moyenne et haute
altitude. Les fougères à petites spores sont
aisément dispersées par les courants aériens. Il
reste
néanmoins possible que les espèces des
forêts humides à spores fragiles aient utilisé
d’autres voies.
Les hydrochores sont principalement des
espèces littorales (voir Flore des atolls), plus
rarement on trouve des plantes
appartenant
aux formations
mésophiles ou xérophiles de-
altitude comme Colubrina asiatica,
Canavalia cathartica ou Serianthes
basse
myriadena.
Les ornithochores passives comportent
espèces qui, par divers dispositifs des
diaspores (crochets, arêtes, épines, barbules
ou sécrétions), s’accrochent au
plumage ou
des
32
Pelagodoxa henryanum.
La vaste famille des
palmiers, bien
représentée dans le
Pacifique Ouest,
comportant encore de
nombreux genres
endémiques dans les
Fidji, ne comprend
qu’un genre
monotypique
endémique en Polynésie
orientale. P. henryanum
n'est connu que dans la
vallée de la Taipi’vai à
Nuku Hiva où seule
subsiste une petite
population relique.
en
médaillon :
Les fruits de ce palmier.
FLORE ET VÉGÉTATION
l’espèce pleiPmorphe. Chez les
plantes, la polyploïdie est assez fréquente et
avancée est
peut expliquer ce type de spéciation.
La spéciation insulaire présente chez les
plantes des traits particuliers. Les populations
insulaires évoluent à une vitesse plus grande
que les populations-ancêtres continentales, en
raison de la rareté des échanges géniques,
renforçant ainsi la spéciation endémique.
Des différences
selon les niches écologiques
la radiation adaptative est un
facteur de spéciation insulaire.
D’autre part,
puissant
Elle
se
souvent
définit comme
extraordinaire
une
d’un
diversification
groupe
qui
en occupant de nombreuses niches
écologiques. Par exemple, les formations
xérophiles du littoral et de basse altitude, les
formations mésophiles de moyenne altitude,
les formations hygrophiles de haute altitude
(vallées, forêt de nuages) et les formations
sommitales. Le genre Fitchia est un exemple
en Polynésie orientale. Une espèce, Fitchia
speciosa, est un arbre endémique à Rarotonga
dans les îles Cook en forêt hygrophile ; Fitchia
rapensis (Rapa) et Fitchia tahitensis (Tahiti)
sont des arbustes ou petits arbres en forêt
mésophile ou bygrophile ; Fitchia cordata
(Bora Bora) et Fitchia cuneata (Raiatea) sont
évolue
des arbustes en formation basse ouverte xéro-
phyle. La morphologie foliaire et la taille des
capitules permettent en outre de distinguer ces
espèces. La radiation adaptative reste
DIanella intermedia.
Cette espèce, à petites
touffes à feuilles vert
sombre et petites fleurs
blanches veinées de
bleu, se rencontre dans
les divers archipels en
formations de hauts de
//ex taltensis (malra'i).
Cet arbre, atteignant de
5 à 10 m, a des feuilles
vert sombre vernissées
dessus et des fleurs
blanches. Les baies
violacées à maturité sont
hygrophiles, en forêt
commun dans les
pentes et de crêtes
à WeinmanniaMetrosideros.
néanmoins
assez
limitée
en
raison de
la
jeunesse des îles et de leur faible taille.
La baisse de la compétitivité
et du pouvoir
de dispersion
Par ailleurs, la diminution ou la perte de la
compétitivité
sont
des
ou du
caractères
pouvoir de dispersion
liés
aux
mécanismes
d’adaptation et de spéciation. L’invasion de
“pestes végétales” dans les groupements
végétaux autochtones illustre le premier
aspect. 11 est lié probablement à plusieurs
facteurs
telle
une
variabilité génétique
moindre, due à de petites populations
installées
sur
de
faibles
surfaces
et
à
dispersées par les
oiseaux. Il est assez
ravins
et sur les crêtes
d'altitude.
à droite :
Fitchia tahitensis
(toromeha). Le genre
Fitchia, endémique de la
Polynésie, compte deux
espèces à Tahiti. Celleci est un arbuste
atteignant 5-6 m à
petites racines
échasses. Les feuilles,
délicatement anisées,
étaient utilisées dans le
mono’i. Les capitules
oranges pendants
fleurissent à la fin de la
saison sèche.
Les formations
d'altitude dans les Iles
hautes - forêts de
nuages des hautes
vallées ou maquis des
crêtes sommitales - sont
les derniers refuges
pour une flore richement
diversifiée, avec nombre
d'espèces endémiques
et indigènes et
complexité des
structures. Elles se
présentent comme les
reliques de l'évolution
insulaire.
33
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
l’hyperadaptation. Enfin, l’absence de
pression sélective due aux grands herbivores
peut jouer un rôle dans la fragilité de ces
milieux.
B. mathwesü, à akènes pubescentes et arêtes
plus courtes. Il existe divers intermédiaires
dans les Marquises, B. cordifolia, B. henryi, et
dans la Société B. lanianoides, B. glabraia ;
réduction de la pubescence sur l’akène de la
taille des arêtes et de leur pubescence jusqu’au
,
Le second aspect concerne la fréquente
diminution ou même la perte du pouvoir de
dispersion. La famille des Composées en offre
de nombreux exemples. Le genre Biciens
comporte une vingtaine d’espèces endémiques
en
Polynésie orientale, issues d’une ou
plusieurs espèces américaines dont Bidens
pilosa peut être un bon modèle. Il se carac¬
térise par une akène munie de poils antrorses
surmontée de trois longues arêtes à poils
rétrorses. La distribution pantropicale de
cette mauvaise herbe est la conséquence de ce
système efficace de dispersion. Parmi les
espèces polynésiennes, ce sont celles présentes
dans les îles Australes et aux Gambier qui ont
des akènes proches de
B. pilosa : B.
sainijohniana, B. hendersonensis et
stade ultime, chez
B. raiateemis, à akène
glabre et arêtes nulles, c’est-à-dire la dispari¬
tion totale des structures morphologiques qui
permettaient une zoochorie passive efficace.
particularités morphologiques sont à
mettre en relation avec l’écologie de ces
espèces. D’une manière évidente, il apparaît
que ce sont les espèces littorales qui ont les
mécanismes les plus performants, à savoir les
espèces des Australes et des Gambier. Les
espèces des îles Marquises et de la Société
occupent des formations forestières ou
forestières ouvertes mésophiles, B. raiaCes
teensis
se
localise
en
station
forestière
hygrophile. D’une manière générale, cette
dépression dans les potentialités de dispersion
paraît liée à l’habitat forestier.
Cette corrélation entre l’habitat forestier
apparaît pour un caractère répandu dans les
flores insulaires, celui de l’acquisition de la
lignification dans des groupes généralement
herbacés dans les flores continentales. En
Polynésie,
familles
où
citer au moins deux
caractère est répandu : les
peut
on
ce
Composées et les Lobéliacées. Les
Composées, une famille représentée avec plus
d’une centaine d’espèces, comprend deux
genres endémiques, Fitchia et Oparanthus ;
Bidens, genre pantropical comprenant de
nombreuses endémiques, Fitchia compte 7
espèces arbustives ou arborescentes, Fitchia
speciosa de Rarotonga atteignant 10 mètres.
Oparanthus est un genre endémique de la
Polynésie orientale à aire disjointe : dans les
Marquises, avec deux espèces, dont une non
décrite (arbre dépassant 10 mètres) et à Rapa,
Phreatia tahitensis.
La famille des Orchidées
est représentée à Tahiti
par une trentaine
d’espèces dont plus
d’une vingtaine sont
endémiques. Celle-ci
est une plante épiphyte
à fleurs à parfum de
vanille, assez rare en
forêt hygrophile, mais
venant en grandes
touffes sur les branches.
au-dessous :
Fuchsia cyrtandroldes.
Le genre
Fuchsia est
surtout représenté dans
la Cordillère des Andes ;
il comporte un seul
groupe dans l’Ancien
Bourgeon de feuilles de
Monde, en NouvelleZélande, auquel se
rattache l'espèce décrite
Metroalderos.
de Tahiti. Cette
découverte souligne les
affinités entre les
masses
au
orographiques
milieu :
Cyrtandra niucronata.
Le genre Cyrtandra,
comprenant plus de 400
espèces réparties dans
les îles hautes du
,
Pacifique, est
représenté par environ
25 espèces endémiques
en Polynésie. Tahiti en
héberge une dizaine,
cantonnées dans les
formations riveraines
Alstonla costata (’atahe)
est un arbuste.ou arbre
moyenne et haute
altitude.
on
hygrophiles de
Scaevola tahitensis est
espèce endémique
à Tahiti, que i’on trouve
en montagne vers
une
1 500 m d'altitude.
34
répandu à travers le
Pacifique. En Polynésie,
le rencontre
fréquemment dans les
Marquises et la Société
en formation hygrophile
d’altitude, avec Cyathea,
//ex, Weinmannia...
FLORE ET VÉGÉTATION
trois espèces, qui sont des arbustes ou
petits arbres atteignant 6 mètres. Le genre
Bidens, avec 21 espèces endémiques dans les
Australes, Gambier, Marquises et Société,
comprend généralement des arbrisseaux, plus
suivants
Lobéliacées
flore totale. Cette richesse se retrouve dans les
avec
rarement des arbres de
faible hauteur. Les
comprennent deux genres
endémiques : Apeiahia et Sclerotheca. Le
premier est monotypique avec une espèce à
Raiatea, A. raiateensis, arbrisseau atteignant
2 mètres. Le second comprend sept espèces de
forêt hygrophile, généralement arbustives ; 5'.
margaretae de Rapa
atteignant 8 mètres.
est
un
petit arbre
taxonomique le plus
important est celui des fougères qui regroupe
Le
sur
groupe
l’ensemble du territoire environ 31 % de la
archipels, en particulier dans la Société avec
36% et aux Australes, 31%. Si la Polynésie ne
possède pas de familles endémiques, on peut
noter
les genres endémiques suivants :
Apetahia (Société), Lebronnecia (Marquises),
Metatrophis (Australes), Oparanthus
(Australes et Marquises), Sclerotheca et
Fit chia (Polynésie).
Au niveau
Généralités floristiques
l’on
spécifique, l’endémisme est
grandes familles comme les
Orchidées (85%), les Rubiacées (84%), les
Composées (89%) ou les Euphorbiacées
(79%). Enfin, des familles petites mais bien
représentées en Polynésie, comme les
élevé dans les
compare les
nombres d’espèces
indigènes (établies sans l’intervention
humaine) et les endémiques des différents
archipels, on observe les taux d’endémisme
Si
:
32% aux Australes, 24% aux
Gambier, 50% aux Marquises, 42% dans les
îles de la Société, et 56% pour la Polynésie.
Araliacées, Rutacées ou Lobeliacées ont des
de 100%. Parmi les genres en active
taux
spéciation, c’est-à-dire avec les espèces toutes
endémiques au niveau d’un archipel, on peut
citer Myrsine avec 3 espèces aux Australes, 5
aux
Marquises, .et 13 dans la Société ;
Cyrtandra, avec 2 espèces aux Australes, 8
aux
Marquises et 15 dans la Société ;
Psychoiria, avec 3 espèces aux Australes, 8
aux Marquises et 12 dans la Société.
Les affinités floristiques nous aident à
comprendre le peuplement des îles à partir
d’un ou plusieurs centres de dispersion. Ainsi
les divers archipels ont un “fonds” tropical, de
40% aux Australes à 58% aux Gambier. Les
affinités les plus marquées sont avec l’Ancien
Monde et l’Indo-Malaisie. Des affinités plus
discrètes différencient les archipels : l’Est-
Malaisie et l’Australie pour la Société et les
Australes, une flore subantarctique pour les
montagnes de la Société et Rapa.
La flore indigène et endémique des divers archipels.
Indigènes
Fougères
Total
Endémiques
Total
A.
F.-FA.
317
Fougères
Angiospermes
F.
AUSTRALES
70
146
28
73
98
219
GAMBIER
19
55
5
19
24
74
98
MARQUISES
55
87
20
122
75
209
284
SOCIÉTÉ
POLYNÉSIE
(avec les Tuamotu)
Angiospermes
152
185
57
183
209
368
577
192
231
111
425
303
656
959
Lantana camara. Les
formations végétales
insulaires présentent
généralement une
grande fragilité à
l’introduction d'espèces
étrangères. Le lantana,
introduit après 1830, a
rapidement conquis les
secteurs secs à basse
et moyenne altitude de
Tahiti.
à droite :
SpathogloWs pactUca,
l’orchidée palmier.
Introduite, elle se
rencontre fréquemment
sur les talus de route
ensoleillés ou en lande à
Gleichenia.
Sclerotheca Jayorum
est un arbuste à latex
blanc abondant, à fleurs
bordeaux à noirâtres,
profondément
parfumées. Cette
espèce, connue au
Mt Marau, appartient au
genre Sclerotheca,
endémique de la
Polynésie et comptant
4 espèces à Tahiti, une
dans les Marquises, une
à Rapa et une dans les
îles Cook.
35
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
Végétation
des collines
et des basses vallées
Dans les îles hautes, le premier facteur
présidant à la répartition de la végétation est le
climat. Plus précisément, la pluviométrie va
induire une polarité est-ouest, la côte et les
reliefs au vent de l’alizé étant plus arrosés que
ceux sous le vent. A Tahiti par exemple, les
précipitations annuelles sont de 3 à 4 m sur la
côte est contre moins de 2 m dans les secteurs
nord-ouest. Le
ouest et
trique croît rapidement
gradient pluvioméavec l’altitude et
l’orientation aux vents dominants. Ainsi dans
la vallée de Papeiha, sur la côte est, à 500 m on
notait plus de 10 m de précipitations en 1980.
Dans la Punaruu, sur la côte ouest, on enre¬
gistrait à la même altitude à peine plus de 3 m.
On peut distinguer à Tahiti un étage
mésotropical recevant moins de 2 m d’eau par
an
et
plusieurs étages hygrotropicaux
couvrant les secteurs les plus arrosés, avec
plus de 2 m d’eau par an. Nous décrirons ici les
formations
mésotropicales des premiers
reliefs jusque vers 300 - 500 m, et les forma¬
tions hygrotropicales des basses vallées. Pour
Spathodea campanulata. La strate herbacée
comprend Gleichenia Hnearis (anuhe)en peu¬
plement généralement pur auquel se mêlent
Lycopodium cernuum, Nephrolepis
hirsuiula, des graminées comme Miscanthus
floridulus, Paspalum orbiculare ou l’orchidée
Spathoglottis pacifica.
Dans les Marquises, on pourra noter
l’importance des espèces grégaires se dévelop¬
pant en formation monospécifique, comme
Leucaena leucocephala à Nuku Hiva ou Ua
Pou. Introduite comme fourragère au XIX®
siècle, elle a rapidement colonisé les premiers
reliefs des secteurs les plus secs.
Les lambeaux forestiers primaires
En station non dégradée, vallons protégés des
feux ou des cultures, sur la côte est de Tahiti,
Moorea et
Raiatea, il subsiste une forêt sur
pente à Commersonia barlramia, Glochidion
présent.
dans
la
zone
accentué
à
Tahiti,
les autres îles. Pour les
de
se
plus
feux, les défrichements liés à l’histoire
polynésienne, l’érosion causée par des travaux
d’aménagement,
l’introduction
d’espèces
depuis l’occupation européenne ont modifié
Les
de manière souvent irréversible le couvert
végétal. A Tahiti, les conséquences sont parti¬
culièrement visibles dans le secteur nord-ouest
où les formations secondaires atteignent leur
développement maximal
; elles sont moins
étendues dans les secteurs plus arrosés.
Le groupement végétal dominant est
marqué par le goyavier, Psidium guajava
(tûava) qui, depuis son introduction en 1815,s’est rapidement étendu. Il s’y mêle des pieds
épars d’espèces indigènes comme Grewia
Lantana
Metrosideros
Wikstroemia foetida parmi
un
fonds d’espèces naturalisées comme
Mangifera indica, Eugenia cuminii, Inga
36
camara,
Tecoma
Hibiscus-Ficus, en particulier à
grandes vallées, est fortement
modifiée par l’occupation humaine. Se déve¬
loppant dans le lit majeur et sur les premiers
flancs de vallée, elle est dominée par Hibiscus
La forêt- à
l’entrée
des
(puarâtà).
Répandu à
que l'on rencontre dans
les formations végétales
de moyenne et haute
comprend plusieurs
formes morphologiques
col Unes jusqu'aux crêtes
sommitales.
crème. Les fruits brun
noir sphériques sont
'hérissés de pointes
facilitant la dispersion.
On le rencontre dans la
Société en formations
de basse et moyenne
altitude.
Pentes dégradées à Psidium-
edulis,
(mâpê).
atteignant 6 à 8 m, à bois
tendre, qui porte des
petites fleurs blanc
Gleichenia
Pandanus tectorius,
rencontre dans les basses vallées
taches dans la lande à
Gleichenia.
au-dessous :
Commersonia bartramia
est un petit arbre
Gambier.
collina (puarâtà),
on
types forestiers, la forêt à Hibiscus
tUiaceus-Ficus et la forêt à Inocarpus fagifer
deux
altitude, depuis les
la rencontre
petites et les moins élevées d’entre elles, ce type
de formation sera dominant, par exemple à
Maupiti, Maiao, aux Australes ou aux
crenata,
crues,
fréquemment en petites
adventices, ornementales ou alimen¬
taires échappées des jardins. Ce caractère,
retrouve dans
pionnières,
composées d’adventices liées directement aux
A côté de formations herbacées
jaunâtres terminaux. On
:
particulièrement
Les forêts riveraines à HibiscusFicus et à Inocarpus
linéaires et des
fructifications en épis
l’emprise humaine, elles sont les plus
dégradées, offrant un mélange d’espèces
indigènes peu nombreuses et d’espèces intro¬
duites
C ait O ).
Lycopodium cernuum
(rimarimatalà’l) est une
fougère terrestre
lianescente à tiges
portant des feuilles
leurs caractères propres,
mieux connue jusqu’à
généralement
Sur les crêtes, on note le rare
Serianthes myriadena, et plus commun, du
moins à Moorea, Casuarina equisetifolia
travers les îles hautes, il
Les formations mésotropicales
des premiers reliefs
Situées
barbatum.
Metrosideros collina
les autres îles, nous mentionnerons, autant
que faire se peut,
Tahiti restant la
spp., Alphitonia zizyphoïdes (loi) avec en
sous-bois
Alyxia scandens,
Canthium
stans,
Melastoma
malabathricum est une
herbacée assez
lande à
Gleichenia ou en forêt à
Metrosideros.
commune en
L'entrée des grandes
vallées et les premiers
reliefs des îles hautes
ont été profondément
modifiés par
l'occupation humaine.
Sur les pentes s'est
installée une lande
monotone à Gleichenia,
piquetée ici et là
d'espèces exotiques,
Spathodea campanulata
au premier plan à
gauche, ou Albizia
lalcata se naturalisant à
partir des plantations.
FLORE ET VÉGÉTATION
(pürau). Cette espèce, à répartition
pliytogéographique pantropicale, montre
aussi une grande amplitude écologique qui lui
permet de s’établir depuis le littoral jusque sur
les pentes sèches vers 800-1 000 m. Elle prouve
son
optimum dans ces forêts riveraines
auxquelles elle donne leur cachet par ses
troncs multiples et enchevêtrés.
tiliaceus
,
arbres,
on
peut
citer
forsteri (mara), Aleurites
moluccana (ti’a’iri),
Xylosma suaveolens
(pine). Deux espèces sont caractéristiques :
Ficus prolixa est un étrangleur des arbres de la
Parmi
les
Neonauclea
voûte
ou
s’accroche
aux
falaises.
Ficus
petit arbre aux racines
aériennes en station ripicole du lit mineur.
A côté de ces espèces indigènes, on trouve de
nombreuses
espèces naturalisées comme
Persea americana (avocatier), Mangifera
indica (vT papa’â), Tecoma stans (pîti). Le
sous-bois
arbustif
comprend Canthium
tinctoria
est
un
barbatum,
Wikstroemia foetida.
Plus
Cyrtandra, tous
endémiques insulaires. Un ensemble
lianescent se développe avec Merremia
peltata, Dioscorea spp., Maytenus vitiensis,
rare à Tahiti, plus commun à Moorea ou dans
les Australes. Les herbacées comprennent des
graminées comme Centosteca lappacea,
Oplismenus compositus. On note également
Zingiber zerumbet, Amomum cevuga
fôpuhi), et des fougères comme Angiopteris
evecta
(nahe), Asplénium gibberosum ou
Ctenitis sciaphila. Parmi les épiphytes on
trouve des fougères comme Antrophyum
plantagineum, Trichomanes spp., des
orchidées comme Oberonia equitans ou
Taeniophyllum fasciola, en particulier sur les
grandes vallées ou sur substrat acide en grands
La forêt à Inocarpus fagifer (mâpê) est une
groupements monospécifiques. Inocarpus
fagifer par son tronc imposant atteignant 20 à
25 m et puissant, dépassant 1 m de diamètre,
ses racines palettes et son fût cannelé rappelle
les arbres de la grande forêt dense humide,
donnant ainsi un cachet particulier à une forêt
par ailleurs monotone. En effet, ce n’est qu’à
la faveur de rares trouées que s’installent
d’autres espèces. Le sous-bois très sombre est
peu diversifié, de rares pieds de Pisonia
umbellifera ou Eugenia malaccensis fahi'a
tahiti) parviennent à se maintenir. Seul Coffea
arabica (caféier), qui s’est naturalisé, vient en
grande masse, en particulier dans les Aus¬
trales, Marquises ou à Moorea et Raiatea. Les
herbacées sont rares, Zingiber zerumbet,
Cyathula prostrata ou des fougères comme
Teratophyllum wilkesianum, Bolbitis
palustris. Dans la Société, la forêt à mâpê
station
methysticum (kava) à Raiatea et Tahiti.
rarement
on
note
troncs de
Hibiscus.
divers
édaphique. Elle se développe en
submarécageuse aux débouchés de
formation
abrite les dernières stations connues de Piper
Alphitonia zizipholdes
(toi) est l’un des plus
beaux arbres des forêts
de Polynésie où il
atteint de 25 à 30 m. Il se
reconnaît à ses feuilles
vert sombre à revers
grisâtre, et à ses petits
fruits noirs persistant
longtemps sur les
branches. Longtemps
exploité pour son bois, il
s’est raréfié dans les
forêfs de basse altitude.
à droite :
Le goyavier commun
depuis son introduction
il y a plus de 150 ans
s’est rapidement
répandu à travers les
formations végétales
xéro- et mésophiles des
diverses îles hautes.
Activement dispersé par
l'homme et le porc, on le
trouve dans les grandes
vallées, sur les flancs à
Hibiscus ou Gieichenia.
Leucaena leucocephala,
“l’acacia”, depuis son
introduction au
XIX' siècle, est devenu
une véritable peste dans
les secteurs les plus secs
des collines à Tahiti et
dans les Marquises où il
forme des brousses
monotones.
Gieichenia llnearls
(anuhe).
Cette fougère
pantropicale indique
généralement à basse
altitude une ancienne
occupation humaine et
forme une jungle
lianes cente
impénétrable. Elleestun
élément herbacé
dominant dans les
formations de moyenne
et haute altitude.
Inocarpus lagifer
(mâpë), le châtaignier
de Tahiti, à l'épais
feuillage vert sombre,
forme de grandes forêts
dans les basses vallées
sur sol engorgés d’eau.
37
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
Les formations de
moyenne et haute
altitude
faciès purs sur des sols plus riches. De place en
place, on peut rencontrer un pied d’une espèce
de la forêt proche.
Ce type forestier et la lande associée se
ailleurs.
Dans la Société, à
Raiatea, Tahaa on rencontre des lambeaux
retrouvent
forestiers
Appartenant toutes à l’étage hygrotropical, elles comprennent les groupements
pentes et croupes de moyenne altitude :
la forêt à Metrosideros-Dodonaea, les grou¬
sur les
pements des hautes vallées et pentes : la forêt
de nuages à Cyaihea-Alsionia, et les maquis
sommitaux à Metrosideros- Weinmannia. 11
s’agit de formations qui sont les plus diversi¬
fiées .floristiquement et structuralement : taux
des formes
biologiques, complexités des strates. Bien
d’endémisme
élevé,
richesse
Gleichenia
une
lande à
Miscanthus.
Dans les
parsemés
ou
dans
Australes, les feux répétés et le surpâturage
ont considérablement réduit la forêt.
Dans les
Marquises, on trouve des faciès particuliers,
les “terres désertes’’, savanes ou broussailles
diverses dominées par des Malvacées intro¬
duites et Sapindus saponaria ou Cardia lutea.
La forêt de nuages
A
Tahiti, elle
occupe
les
cours
moyen et
développées dans les îles les plus hautes, elles
supérieur des vallées, les pentes et les croupes
l’homme dans
trouve dans les
sont
souvent
réduites et transformées par
les îles plus petites et plus
entre 500 et
1 800 m. La limite inférieure se
secteurs
basses, dans les Australes par exemple.
La forêt à MetrosiderosDodonaea et la lande à Gleichenia
Faisant suite aux formations mésotropicales
qu’appartenant à
l’étage hygrotropical, leur caractère hygrophile est moins marqué que les vallées adja¬
centes. La forêt occupe les interfluves des
de basse altitude et bien
crêtes sous le vent et les hauts de pente au vent.
La lande couvre souvent des surfaces impor¬
tantes sur les croupes et les crêtes. Dans le
secteur le plus sec de Tahiti, elles s’étendent de
300 à 1 000 m, mais ne dépassent pas 200 à
300 m dans les secteurs les plus arrosés.
forêt
La
à
Metrosideros-Dodonaea
apparaît comme une forêt claîre à voûte dîscontinue et à couvert herbacé généralement
formé de fougères. La strate arborescente
supérieure, discontinue, comprend des pieds
isolés ou de petits bouquets de Neonauclea
forsteri (mara), Fagraea berteriana (pua),
Rhus taitensis ('âpape) atteignant 12 à 15 m.
Metrosideros collina (puarâtâ) esl dominant
dans la strate inférieure, atteignant 5 à 7 m,
jusqu’à 10 m en station abritée. Dodonaea
viscosa (’âpiri) et Gtochidion spp. sont assez
communs. En station plus sèche, on rencontre
des
taches
d’espèces grégaires comme
Hibiscus tiliaceus ou Casuarina equisetifolia.
Parmi les arbustes, on rencontre Pittosporum
taitense, Decaspermum fruticosum,
Wikstroemia foetida ou Coprosma taitensis.
La strate herbacée est pauvre, elle est géné¬
ralement formée de la fougère ubiquiste
Gleichenia linearis, de place en place, ou
Lycopodium cernuum (rimarimatâfa’i). Les
épiphytes sont
station
rares
ombragée
Dendrobium
comme
contigua.
:
et se cantonnent en
des orchidées
involutum
Davallia
ou
epiphylla
ou
comme
fougères
Ctenopteris
des
Dans les stations où la forêt à Metrosi¬
deros a disparu du fait de l’homme ou ne s’est
jamais installée pour des raisons édaphiques,
rencontre une lande à Gleichenia linearis.
Elle couvre souvent des surfaces importantes
on
les croupes et les crêtes en formant des
fourrés impénétrables. S’y mêlent sporadi¬
sur
quement Lantana camara, ou Miscanthus
floridulus fâ’eho). Ce dernier peut former des
38
Diversité bioiogique,
complexité structurale
et endémisme élevé
caractérisent les
formations d'altitude
marquées par une forte
humidité
atmosphérique. Les
fougères arborescentes
en
sont l'élément
principal.
Page de droite, en bas :
Cyathea at/lnis
(mâma’u). Parmi lescinq
espèces de la Polynésie,
celle-ci est la plus
abondante en forêt de
nuages. Tahiti en
compte deux autres, de
même que les Marquises
et Rapa.
au-dessous :
Myrsine cl. taitensis.
Le genre Myrsine (ou
Rapanea) comprend
plus de vingt espèces
endémiques en
Polynésie. Ce sont
généralement des
arbustes ou de petits
arbres cauliflores qui se
cantonnent dans les
formations hygrophiles
d'altitude.
les
plus humides ;
dans le secteur nord-ouest, le plus sec, elle
commence vers 900 m. Les formations qui s’y
développent sont directement liées aux pluies
orographiques importantes et à la conden¬
sation nuageuse fréquente sous les sommets et
formant
une
tranche
de
400
à
700
m
d’épaisseur. Ainsi l’élévation quasi journa¬
lière de l’humidité atmosphérique accentue les
effets du gradient pluviométrique altitudinal.
Cette conjonction se traduit de manière spec¬
taculaire par l’exubérance des épiphytes qui
donne tout son pittoresque à ces forêts. Ce
sont
également les formations végétales
insulaires les plus complexes et les plus riches ;
-fHiU€4a—tr,ès.^diversifié mais paradoxalement
menacé par les déprédations humaines et
certaines introductions de plantes, véritables
“pestes” végétales.
On la trouve, sous des formes floristiques
différentes, dans les îles où une altitude supé¬
rieure à 500-600 m permet des précipitations
FLORE ET VÉGÉTATION
orographiques importantes et une ceinture de
condensation suffisante ; dans la Société à
Moorea, Raiatea, Tahaa, dans les Marquises
à Nuku Hiva, Hiva Oa, Tahuata, Fatu Hiva,
Ua Pou, Ua Huka. Dans les Australes sauf à
Rapa, et aux Gambier, des précipitations plus
importantes compensent une altitude moins
élevée.
A Tahiti, la forêt de nuages peut se carac¬
tériser floristiquement et physionomiquement
les fougères arborescentes du genre
Cyaihea (mama'u) et une liane ligneuse
Pandanacée, Freycinetia impavida (farapape). La strate arborescente supérieure est
discontinue, dépassant rarement 8 à 10m; elle
comprend deux espèces dominantes, Alstonia
costal a (’atahe) et
Weinmannia parviflora
('aitomou'a). La première, plus hygrophile,
est dominante sur les pentes et vallées au vent,
la deuxième sous le vent. On trouve également
par
Hex
taitensis,
dans
les
hauts
vallons.
Reynoldsia tahiiensis. La strate arbustive est
Cyathea auxquels se mêlent
Glochidion spp., Crossosiylis bijlora, ou des
dominée par les
comme Sclerotheca arborea,
Fitchia nulans, Psychotria spp... Les her¬
bacées comprennent un cortège impression¬
endémiques
nant de fougères parmi lesquelles on peut citer
plus caractéristiques, Marattia salicina,
Asplénium nidus (’ô’aha), Diplazium
polyanthos, Amauropelta grandi (nuna), des
orchidées, Phajus tahiiensis, Habenaria tahitensis. L’ensemble épiphytique est particuliè¬
rement
développé : Bryophytes et
Hyménophyllacées forment d’épais
manchons autour des troncs de Cyathea. Ils
s’y mêlent divers Peperomia, Lycopodium ou
de rares et fragiles fougères comme Vaginularia paradoxa ou Calymmodon orientale.
les
Sur les branches des arbres, on trouve Procris
pedunculata,
Dendrobium
Trachoma societatis.
involutum,
L’ensemble lianescent
Freycinetia Impavida
(tarapape). Cette
vigoureuse liane de la
famille du tara,
Rapa, forme souvent
d’épais fourrés en
formations hygrophiles.
Les bractées roses
charnues sont
répandue dans les
Marquises, la Société et comestibles.
Lycopodium
venustulum. Cette
fougère terrestre et
rampante est rare à
Tahiti et à Rapa et se
Astella nadeaudll
('anae). Cette espèce à
feuiiies argentées
dessous et à petites
fleurs blanches
cotonneuses habite les
rencontre dans ies
formations de hauts de crêtes sommitales de
Tahiti. Nuku Hiva et
pentes et des crêtes
humides en station
Rapa comptent chacune
une espèce endémique
ouverte.
rameaux dressés,
dans des formations
à droite :
Reynoldsia tahiiensis
(vlpë) est un arbre
atteignant 8 à 10 m, à
feuilles pennées
odorantes terminant les
au-dessus :
Piper latifollum
(’ava’ava’Ira'l) habite les
bords de rivière de basse
à haute altitude. Elle se
distingue du
P. methysticum ou 'ava
à
fleurs jaunâtres et à
baies sphériques noires
à maturité. Il se
rencontre sur les crêtes
d'altitude à Tahiti. Il
existe une espèce
identiques.
endémique dans les
Marquises,
R. marchionensis.
par ses feuilles rondes,
faiblement cordées et
ses inflorescences
axillaires.
sur
de Tahiti et se reconnaît
facilement à ses petits
fruits charnus oranges à
comprend plusieurs
espèces en Polynésie.
Celle-ci est endémique
moyenne altitude.
Coprosma taitensis. Le
genre Coprosma, centré
la Nouvelle-Zélande
et les îles Hawaii,
vermillon à maturité. Elle
se rencontre sur les
pentes et crêtes de
39
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
comprend Freycinelia impavida, vigoureuse
liane grimpante ou formant d’épais fourrés
impénétrables.
Les rives des torrents d’altitude abritent
Ilex lailensis-Sireblus
tahitensis avec des arbustes endémiques du
genre Çyrtandra, Piper lalifolium ou Pipturus
albidus, des fougères comme Blechnum
patersonii, Selaginella spp.
un
groupement
à
Ces formations, riches de toute l’histoire
de l’évolution insulaire, sont particulièrement
fragiles et diverses menaces pèsent sur elles.
La rapacité humaine frappe les fougères arbo¬
rescentes destinées à des pratiques horticoles
douteuses. Asplénium nidus, fougère nid
d’oiseau, paie un lourd tribut à la passion des
plantes ornementales. Des espèces introduites
et
naturalisées dans diverses formations
à terme de banaliser ce paysage. 11
menacent
faut citer ici Miconia calvescens
et
Rubus
rosaefoHus. Le premier, ornemental introduit
en 1930, pousse en peuplement dense, élimine
le sous-bois par son couvert épais et provoque
la mort sur pied des arbres. Le deuxième s’est
rapidement installé en formant des fourrés bas
qui éliminent rapidement les herbacées et la
régénération ligneuse. Sans une lutte
biologique appropriée, ces formations sont
menacées à terme d’une banalisation et déser¬
tification biologiques.
Ces formations hygrophiles se retrouvent
ailleurs, marquées par un fort endémisme, en
particulier dans les Marquises et à Rapa dans
les Australes.
Rubus rosaefollus. Cette
plante, introduite pour
fruits rappelant les
framboises, s'est
rapidement répandue
grâce à une
multiplication végétative
ses
active, dans le sous-bois
des formations
riveraines hygrophiles.
MIconla calvescens.
Ornementale introduite
vers 1930 pour son
feuillage, elle s'est
développée activement
en étouffant le sous-bois
des formations de
moyenne altitude dont
dont elle est devenue
une véritable peste,
mortelle à moyen terme,
à gauche :
Asplénium nidus
(’ô’ahaj. Cette fougère
est répandue à travers la
Polynésie dans toutes
les formations
riveraines. Terrestre ou
épiphyte, elle trouve son
optimum en forêt de
nuages où elle paie un
lourd tribut à l'nomme,
attiré par l'exubérance
de ses frondes.
Weinmannia parviflora
(’altomou’a). Le genre,
essentiellement localisé
dans les montagnes de
l'Amérique du Sud,
comprend plusieurs
espèces dans le
Pacifique Sud. A Tahiti,
on compte deux espèces
endémiques dont celleci qui est dominante
dans toutes les
formations
hygrotropicales de 500
à 2 200 m,
en
bas, à droite :
Korihalsella cl.
aoralensis (palle’e).
Cette plante dépourvue
de chlorophylle est un
parasite obligatoire,
fréquente en forêt
assez
de crête sur
Metrosideros,
Weinmannia ou
Vaccinium.
40
Le maquis des sommets
Remontant le
long des crêtes, on quitte la
forêt de nuages pour pénétrer dans un maquis
ne dépassant pas
2 à 3 m. Les sommets
peuvent se caractériser par une insolation et
une ventilation intenses, une hygrométrie et
une
température plus faibles qu’ailleurs. De
tels facteurs jouent dans les îles les plus hautes,
en particulier à Tahiti. On y rencontre un
groupement à Metrosideros- Weinmannia,
comprenant Myrsine sp'p., Evodia s'pp. ou des
arbrisseaux caractéristiques, Stypheliapoma-
Vaccinium cereum. Au tapis continu de
Gleichenia se mêlent
Paesia
tahitensis,
rae,
Lycopodium voluhile. Sur des sols orga¬
niques, on note Astelia nadeaudii, SeUiguea
feeiodes ou Coryphopteris sp.
3 Plantes utiles préeuropéennes
La majorité autrefois
des habitants
dedelalaPolynésie
sait peu Cette
de choses
des plantespeut
qui Histoire et
la base
vie polynésienne.
méconnaissance
formaient
s'expliquer par le fait qu’aujourd’hui, à Tahiti, on vit essentiellement de nourriture
importée et le plus souvent préparée. De plus, lorsqu’on évoque la vie polynésienne
préeuropéenne l’accent est le plus souvent mis sur les rites, les migrations et les
techniques de pêche, à croire que seuls ces aspects sont intéressants. Pour beaucoup
d’hofnmes politiques, puisque le Polynésien est un homme de la mer, c’est obligatoire¬
ment elle qui assurera son avenir !
Heureusement, depuis ia découverte, de nombreuses observations ont été faites
sur les plantes utiles polynésiennes et on a ainsi étudié ies interrelations entre ces
plantes et la civilisation polynésienne. Les recherches sur ces interrelations forment
une science appelée \'ethnobotanique.
Ceux qui devaient devenir les Polynésiens ont, comme tous les peuples, emporté
lors de leurs voyages les plantes qu’ils jugeaient les plus utiles. Aussi a-t-on cherché
dans l’étude de ces plantes à la fois à localiser leurs origines et, par suite, à en déduire
celles des Polynésiens eux-mêmes. Cette démarche a constitué en fait l’essentiel de la
recherche ethnobotanique en Polynésie.
Nous avons donc voulu ici, à partir des connaissances actuelles, faire le point sur
l’histoire horticoie polynésienne avant de présenter plus en détail les principales
plantes qui ont permis aux Polynésiens non seulement de survivre mais aussi de vivre
sainement en harmonie avec leur milieu.
préhistoire
horticoles
polynésiennes
non
Pourquoi parler d'histoire horticole et
d'histoire agricole ? Cette distinction est
importante en Polynésie, car si souvent on
entend dire que le Polynésien n’est pas ou n’a
jamais été agriculteur, la suite va démontrer
qu’il a été, et heureusement reste encore, un
horticulteur. En horticulture chaque plante
fait l’objet de soins particuliers, de ia prépa¬
ration du sol à la récolte, et pour multiplier on
bouture, marcotte, greffe, repique... tandis
qu’en agriculture on considère les plantes col¬
lectivement, on laboure, on sème... Ceci
explique les relations toujours particulières
d’un horticulteur envers ses plantes et l’amour
toujours respectueux et parfois passionné du
Polynésien pour les siennes.
Pourquoi cette distinction entre histoire
et préhistoire ? Si aujourd’hui en France et en
Europe occidentale on retrouve peu de plantes
spontanées directement à l’origine de plantes
cultivées, il n’en est pas de même dans le
Pacifique tropical où bon nombre de
chercheurs voient dans certaines plantes des
formes archaïques d’utilisation, véritables
archives vivantes de l’histoire humaine,
témoins possibles des débuts culturaux de
l’homme. Ainsi, pour la Cordyline terminalis
(L.) Kunth, le ?/ou 'oKtrdes Tahitiens, utilisée
pour la confection de haies ornementales mais
encore
comme
plante spirituelle et magique
pour la marche sur le feu, tout indique que
cette plante commune de l’Indo-Malaisie à la
Polynésie a toujours été intimement liée à
toutes les traditions de ces populations et leur
compagne dans toutes les migrations depuis
les temps anciens.
La
Cordyl[ne terminalis
(iTou ’aulT) a été depuis
les premiers temps la
compagne des
Polynésiens. Plante
spirituelle et magique
autrefois, c’est
maintenant une plante
ornementale utilisée
pour les haies.
41
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
L’origine des plantes cultivées
en Polynésie
sion indo-malaise,
fê'i et la
Puisque l’on va fonder notre réflexion sur
l’origine des plantes cultivées par les
Polynésiens à l’époque préeuropéenne, il
importe de bien différencier le centre
d’origine, c’est-à-dire le lieu où une espèce
sauvage a été employée par l’homme, du
espèce seulement, la patate douce, probable¬
ment au centre américain central et mexicain
méridional.
L’horticulture polynésienne
de domestication et de diversification,
où l’homme a modifié cette plante pour mieux
satisfaire ses besoins. Ainsi, si l’on considère le
fabuleux arbre à pain, que l’on pourrait croire
Si pour quelques espèces les formes utilisées
centre
Polynésie sont semblables ou voisines de
de leur pays d’origine, comme par
exemple chez le bancoulier (ti'a’iri), teve,
en
celles
typiquement polynésien, la Polynésie n’a été
que son centre de domestication et de diversi¬
fication alors que manifestement l’IndoMalaisie est son centre d’origine.
mUpê, hue, ’ahi’a et pia, par contre, pour
d’autres comme l’arbre à pain, le cocotier, le
les bananes et les fê’i, le nombre
important de variétés polynésiennes et parfois
propres à un archipel (Société, Marquises,
Tuamotu) démontre que le Polynésien a
recherché à créer et multiplier les formes qui
correspondaient le mieux à ses goûts et conve¬
taro,
Les études faites sur l’origine des plantes
cultivées permettent d’attribuer la majorité
espèces utiles polynésiennes d’usage
préeuropéen au centre indien et à sa subdivi¬
des
naient le mieux
Plantes originaires d'Indo-Malaisie
(L.) Willd.
Ti'a'iri
(L.) G. Don
'Ape
Amorphophallus paeoniifolius (Dennst.)
Aleurites moluccana
Teve
Artocarpus altilis (Park.) Fosb.
’Uru, Maiore
Cocos nucifera L.
Ha'ari
Colocasia esculenta (L.) Schott
Taro
’Auti, Ti
Cordyline terminalis (L.) Kunth
Dioscorea sp.
milieu naturel où il
se
’Ahi'a tahiti
Mâpë
Hue
Mei'a
Pandanus tectorius Park.
Para
Pometia pinnata Forst.
Kava
Spondias dulcis Park.
Tacca ieontopetaioides (L.) O.K.
Ufi
vT tahiti
Pia
Plante originaire du centre américain central
Plantes originaires de
Mélanésie occidentale
Musa troglodytarum L.
Fê'i
Piper methysticum Forst.
’Ava, Kava
Saccharum officinarum L.
au
Eugenia malaccensis L.
inocarpus fagifer (Park.) Fosb.
Lagenaria siceraria (Moi.) Standi.
Musa paradisiaca L., ssp sapientum
(L.) K. Schum.
Alocasia macrorrhiza
Nicolson
quelques-unes comme le
canne à sucre au prolongement
mélanésien du centre précédent, et une seule
Tô
ipomea
batatas (L.) Lamk.
’Omara
Cuisson traditionnelle
des fruits de l'arbre à
pain (’uru).
Grappe de noix de coco.
Les noix de coco ont
accompagné ies
Polynésiens au cours
de ieurs migrations.
La préparation du plere.
Les bananes,
dépouiliées de leur peau
et parfois coupées dans
ieur iongueur, sont
mises à sécher au soieii.
Ceci permet une parfaite
conservation des fruits.
42
trouvait. L’importance
l’exclusivité de formes
et
parfois même
parthénocarpiques
(sans graines) chez certains fruits comme les
’uru, bananes et fê’i démontrent que le
Polynésien savait sélectionner et améliorer les
plantes. Le fait que la quasi-totalité des
plantes alimentaires fondamentales sont
multipliées par voie végétative prouve que le
Polynésien connaissait ce procédé permettant
de maintenir les qualités d’une plante. L’usage
du compost, les techniques d’irrigation du
taro et celles de culture mises au point sur les
fosses
à
atolls
dans
les
culture
(maite)
aussi les qualités horticoles du
Polynésien. Certes, le fait que lors de leurs
migrations ils n’ont pu transporter que peu
d’espèces, qu’ils ont dû acclimater à des
conditions très diverses, et surtout le fait qu’en
arrivant en Polynésie orientale ils n’ont
pratiquement trouvé aucune ressource
alimentaire végétale intéressante dans la flore
spontanée, les a obligés à tirer le maximum de
prouvent
PLANTES UTILES PRÉEUROPÉENNES
leur faible potentiel végétal en le diversifiant,
non seulement par la création de nouvelles
variétés, mais aussi par la mise au point de
nouvelles recettes culinaires.
Cet art horticole que les Polynésiens ont
développé par nécessité n’a pu se faire que
parce que le proto-Polynésien connaissait
déjà l’horticulture, et bon nombre d’indices
permettent de penser que l’horticulture serait
d’origine indo-océanienne, démarrant chez
des pêcheurs installés sur les côtes du Sud-Est
asiatique. Pêcheurs, se nourrissant de
poissons, ils s’intéressèrent d’abord aux
plantes fournissant, entre autres produits, des
fibres pour leurs filets et leurs lignes. Ainsi,
VHibiscus tiliaceus L. (pürau), présent de
rindo-Malaisie à la Polynésie, fournit une
fibre résistante autrefois très utilisée pour les
filets et lignes de pêche et même comme
étoupe à calfater ; son bois léger était et est
encore utilisé pour la confection de pirogues,
rames et flotteurs.
De même, le Pipturus
albidus (ro’a) fournissait des fibres pour les
lignes de pêche.
caractéristique des
civilisations de l’Indo-Malaisie à la Polynésie
qui étoffe cette hypothèse de berceau horti¬
cole indo-océanien, est l’emploi de plantes
ichtyo-toxiques pour la pêche, comme le
Barringtonia asiatica (hotu) et le Cerbera
manghas (hulu reva). Ces plantes servant de
poison de pêche ont aussi des utilisations
médicales et magiques ; d’ailleurs cette corré¬
lation entre le toxique et le magique est
fréquente dans cette région. Les plantes
magiques et rituelles méritent l’attention
accrue des anthropologues et des botanistes.
Une
autre
L’étude de leur distribution, la recherche de
leur origine ainsi que la comparaison de leurs
usages, des croyances et des traditions qui leur
sont associées peuvent
être à même de fournir
d’utiles éclaircissements sur l’histoire de
l’homme dans cette grande région.
Une autre caractéristique de cette civili¬
sation indo-océanienne est l’usage d’écorces
végétales battues pour la confection d’étoffes
telles que le Broussonetia papyrifera (aute)
encore cultivé aux Marquises pour la confec¬
tion du tapa.
Si l’on considère le tara, base de l’alimen¬
tation polynésienne, son origine est aussi
indo-malaise. Cette plante fut certainement
une des premières espèces domestiquées qui
perdit son importance en Indo-Malaisie avec
le développement du riz, plante aquatique qui
fut sans doute à l’origine une mauvaise herbe
des fossés à tara.
Quant à la patate douce, dont l’origine
paraît certaine, sa présence à
Tahiti, relevée par Cook, ne peut s’expliquer
que par les trois hypothèses suivantes : des
Polynésiens qui seraient allés en Amérique
l’auraient rapportée, ou des Amérindiens
seraient venus avec en Polynésie, ou des
navigateurs espagnols l’auraient introduite en
Polynésie au XVP siècle.
américaine
43
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
Les plantes
médicinales
Les plantes médicinales
Les organes végétaux employés sont très
variés : des plantes entières (tumu), des jeunes
et toxiques
pousses (ohi ou ôieu), des feuilles (rau’ere),
des rhizomes ou racines (a’a), des bourgeons
La médecine tahitienne, essentiellement
basée sur des plantes, a plusieurs caractéris¬
tiques qui la distinguent d’autres médecines
traditionnelles ; les plantes sont toujours
employées à l’état frais ; les recettes com¬
portent toujours plusieurs plantes ; les plantes
toxiques ne sont employées qu’en usage
externe.
TUMU, la plante entière
floraux (’imoa), des fleurs
épanouies (tiare
'ua'a), des pétioles (hJ’ata), des fruits (mâ’a),
des écorces (pa’a) ou des graines (hüero).
Dans les recettes, les doses à utiliser sont
toujours
précises.
Ainsi
indiquait-on
de
Le liquide le plus employé pour les usages
HUERO, les graines
Les différentes parties
de la plante utilisées
dans la médecine
tahitienne.
Habituellement les
plantes sont mélangées
et écrasées à froid. On
extrait le suc en
tordant le linge ou les
fibres qui les
enveloppent, tout en
humectant avec de l'eau
ou de l’eau de coco.
en
VMOA ou ’IMOA
bourgeons floraux
H!’ATA, les pétioles
Cardamine sarmentosa
(pâtoa purahl). Cette
petite plante indigène,
fréquente dans les zones
humides surtout le long
RAU’ERE, les feuilles
des cours d'eau, est en
fait une sorte de cresson
amer
qui était
consommée autrefois
avant l'introduction du
vrai cresson. En
PA’A, les écorces
le
feuilles, fleurs, fruits, graines,
jeunes pousses ; pour les écorces, les
dimensions, et pour les racines, les longueurs.
nombre
TIARE ’UA’A,
les fleurs épanouie
les
internes
OHI, OTEU,
Jeunes frondes de la
fougère metuapua'a
(Polypodium
nigrescens). Cette
plante épiphyte pousse
les troncs et les
souches d'arbres.
sur
Hibiscus rosa-sinensis
('aute). Cette variété à
petites fleurs rouges
simples existait à
l'arrivée de Cook. On
suppose qu'elle a
accompagné les
Polynésiens au cours de
leurs migrations.
est
l’eau de
coco
provenant d’une
jeune noix de la variété ’ôviri. Les noix de cette
variété sont de petite taille, pointues au
sommet, à la peau verte jusqu’à maturation,
devenant grisâtre juste avant de tomber. Pour
les usages externes, on utilisait le lait de coco,
l’huile de coco simple ou parfumée. Pour
filtrer
on
utilisait
des
fibres
de
Cyperus
pennatus (mo’u ha'ari).
Pour les usages internes on préparait des
potions (lorsqu’il fallait chauffer on rempla¬
çait l’eau de coco par de l’eau de source), des
sirops (en utilisant de la canne à sucre, tô), des
purgatifs (toujours avec de l’huile de coco),
des lavements.
Pour les usages externes on préparait des
lotions, des frictions, des cataplasmes (enve¬
loppés dans des feuilles de iT), des inhalations,
des fumigations, des gargarismes, des bains de
bouche et des collyres.
Pour les inhalations, on utilisait deux
longues noix de coco, taillées pour ensuite être
superposées ; la noix inférieure renfermant
l’eau, chauffée au-dessus d’un foyer, et la noix
supérieure, les médicaments. Les vapeurs
étaient respirées par l’orifice supérieur.
A
leurs
plantes traditionnelles,
les
Polynésiens ont rajouté dans leurs prépara¬
tions des plantes introduites, dont les plus
médecine, elle est
surtout utilisée contre
les infections et plus
particulièrement les
infections ombilicales,
d'autant plus qu'on lui
accorde un pouvoir
magique éloignant
du nouveau-né
les mauvais esprits.
PLANTES UTILES PRÉEUROPÉENNES
couramment
utilisées sont le
jus du petit
couramment utilisées dans la médecine traditionnelle.
citron vert, les Jeunes feuilles de goyaviers et
les feuilles de corossol.
Fougères
Polypodium nigrescens Bl.
Metuapua’a
Les plantes toxiques
Ophioglossum pendulum L.
Ti'apito
Une vingtaine d’espèces de plantes étalent
Ti'ati'a mou'a
Davallia solida Schwartz
Les Polynésiens avant l’arrivée des Européens
possédaient que cinq plantes toxiques. La
plus dangereuse était le Gerbera manghas L,
(hutu reva), petit arbre des vallées, aux belles
ne
Plantes herbacées
Mô'u upo'o
Killingia monocephala
Ha'eha'a
Vandellia crustacea
fleurs blanches et aux fruits ressemblant à des
Ta'ata'ahiara, Tatavera
Dichrocephala latifolia
Leucas decemdentata
Niuroahiti
Adenostemma viscosum
Vaianu
Vigna marina
Phyiianthus simplex
Polygonum imberbe
Pipi tatahi, Pipi tahatai
Moemoe, Poroporo, Rauua
Tamore, Tamole, Pitorea
mangues. C’est ce fruit, riche en alcaloïdes,
qui était utilisé pour les empoisonnements vo¬
lontaires ou criminels. Les autres plantes toxi¬
ques étaient : le hotu, dont l’amande du fruit
est vénéneuse, arbre
typique des bords de mer
et des embouchures ;
le teve et lepia, dont les
tubercules à l’état cru sont toxiques ; le ’o’oao,
Wikstroemia foetida A. Gray., arbuste des
collines dont les feuilles, racines et écorces
ont
des
propriétés purgatives et vomitives,
toxiques à fortes
mais aussi peuvent être
doses.
Évidemment, depuis les découvreurs,
quelques plantes très dangereuses ont été
introduites, surtout le Calotropis, le laurier
rose
et le
Thevetia dont le latex contient des
hétérosides très dangereux pour le cœur.
Arbustes
Gardénia tahitensis D.C.
Tiare tahiti
Morinda cilrifolia L.
Nono
Hibiscus rosa-sinensis L.
'Au te
Cordyiine terminalis (L.) Kunth
’AutJ, TÏ
Arbres
Artocarpus aitiiis (Park.) Fosb.
Thespesia popuinea (L.) Sol.
Ficus prolixa Forst.
Eugenia malaccensis L.
Cardia subcordata Lam.
Aleurites moluccana
(L.) Wilid,
•Uru
Miro
-p
’Ôrâ, 'Aoa
’Ahia tahiti
Tou
Ti'a'iri
Les espèces utilisées moins couramment.
Fougères
Piha'oto, 'Âoa
Angiopteris evecta (Forst.) Hoffm. Nahe
Gieichenia linearis (Burm.) Clarke Anuhe
Blechnum orientale L.
Matapi'o, Kerekeriia
'Âmo’a
Nephroiepis exaitata (L.) Schott
Maire
Polypodium vitiense Baker
Acrostichum aureum L.
Plantes herbacées
Centosteca lappacea (L.)
Curcuma longa L.
Desv.
Paspalum orbiculare Forst.
Tacca leontopetaloïdes (L.) O.K.
Zingiber zerumbet (L.) Sm.
Peperomia leptostachya H. et A.
Amaranthus gangeticus L.
Cyathula prostrata Bl.
Achyranthes aspera L.
Cassytha filiformis L.
Oxalis repens Th.
Ipomea pes-caprae (L) Sweet
Limnophila serrata Benth.
Geophila reniformis G. Don
Miscanthus floridulus Warb.
’Ofe'ofe
Re'a tahiti
'Âretu
Pia
Re’a môruru
Nohoahu, Nohau
Upo’oti’i
Toro ‘ura
'Aerofai
Taino’a
’Ahi'a, Pâtoa
Pôhue mili, Poue
Puai'ore, Mâpua
Tohe tupou
’Â'eho
Arbustes
Freycinetia arborea Gaud.
Piper latifolium L.
Piper methysticum Forst.
Pemphis acidula Forst.
Scaevola sericea Vahl
Canthium barbatum
(Forst.) Seem,
‘le'ie
‘Ava'ava'Ira'i
'Ava, Kava
Miki miki
N aupat a
Toro'e'a
Arbres
Ficus tinctoria Forst.
Tournefortia argentea L.
1
Mati
Tâhinu
Premna obtusifolla R. Br.
’Avaro
Guettarda speciosa L.
Erythrina variegata L.
var. orientalis (L.) Merr.
Casuarina equisetifolia L.
Pisonia grandis R. Br.
’Atae
Tafano, Kahaia
1
11
'Aito-p
Pu'afea
Hibiscus tiliaceus L.
Pürau
Spondias dulcis Park.
Calophyllum inophyllum L.
Barringtonia asiatica Kurz
Hernandia nymphaeifolia (PresI)
Inocarpus fagifer (Park.) Fosb.
Terminalia catappa L.
Fagraea berteriana A. Gray
Vi tahiti
Tâmanu,
1
'Ati~p
Hotu, Hutu
Ti'anina
5
MSpë
’Autera'a
Pua
Nauclea rotundifolia Forst.
Mara
Cocos nucifera L.
Ha'ari, Tumu ha'ari
Para, Pae'ore
Pandanus tectorius Park.
1
1
|
1
1
1
1
1
Bauhinla monandra
(pine). Ce petit arbre
originaire d’Amérique
tropicale est très
commun aujourd'hui car
il s'est naturalisé.
Il a sûrement été
introduit vers la fin du
XIX' siècle pour ses
magnifiques fleurs en
forme d'orchidées et ses
feuilles échancrées très
caractéristiques. Ses
jeunes feuilles rentrent
dans la préparation de
purges.
45
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
Les plantes
à tubercules
tubercule) et leur exigence en eau - certains
laro
d’autres étaient dits de source. Surtout cultivé
dans les archipels des Australes et de la
polyné¬
sienne, les tubercules employés à l’époque
préeufopéenne appartiennent à différentes
Fondement
de
étant cultivés sans irrigation tandis que
l’alimentation
familles.
Les Aracées
Les Aracécs, toutes d’origine indo-malaise,
furent domestiquées dès les premiers temps et
adaptées aux zones humides et même
marécageuses.
Le laro a toujours été le tubercule préféré
des Polynésiens qui en distinguaient une
vingtaine de variétés horticoles différenciées
par la pigmentation des divers organes
(pétiole, nervures, limbe, peau et chair du
sont
Société, les Paumotu arrivèrent cependant à
en
produire dans leurs fosses à culture (maite).
Bien que poussant mieux à la saison humide, il
pouvait être cultivé toute l’année,
ce
qui
rendait inutile toute méthode de conservation.
11 se multiplie par le bouturage d’un sommet
de tubercule garni de ses pétioles coupés au
tiers de leur hauteur. Sa récolte s’étale de 7 à
12 mois après la plantation. 11 faut noter la
préparation propre aux îles Australes, le lioo
ou poi, sorte de purée longuement travaillée à
l’eau courante, agrémentée de crème de coco
et parfois fermentée.
Le 'ape, plus rustique que le tara, est de ce
fait mieux adapté aux atolls. Ce tubercule plus
difficile à préparer a toujours été secondaire.
longue cuisson étant nécessaire pour éli¬
miner les cristaux d’oxalate de calcium.
Autrefois les tubercules de ’ape étaient placés
au fond d’un four tahitien de
grande taille,
creusé dans le sol, puis recouvert de tubercules
Au cours de la cuisson qui durait une
une
nuit, le jus très sucré des '(nui imprégnait les
’ape, en améliorant ainsi leur goût.
Le mâoia, cette Aracée géante (4 à 5 m de
soulève en ce qui nous concerne
quelques problèmes. En effet, signalée par les
découvreurs en Micronésie et en Polynésie
jusqu’aux îles Cook, aucun naturaliste de
cette époque ne la signale en Polynésie fran¬
çaise. Certains éléments font penser qu’elle fut
introduite à l’époque européenne tandis que
d’autres peuvent faire croire à un emploi très
secondaire en période de disette. Pourtant, les
Micronésiens ont su dans les atolls exploiter
au
mieux cette espèce, certains tubercules
haut)
Famille des Aracées
Colocasia esculenta
(L.) Schott
Alocasia macrorrhiza (L.) G. Don
Cyrtosperma chamissonis (Schott) Merr.
Amorphophaiius paeoniifoiius (Dennst.)
Nicolson
Tara
’Ape, Ape koha
Mâota
Teve
Famille des Taccacées
Tacca ieontopetaloïdes
(L.) O.K.
Famille des DIoscoréacées (ignames)
Dioscorea alata L.
Pia
un, Uhi
Dioscorea bulbilera L.
Hoi
Dioscorea nummularia Lam.
(Tahiti)
Pahui-peahi (Marquises)
Para’üra, ’Utau
Dioscorea pentaphyila L.
Pirita
Famille des Convolvulacées
ipomea
batatas (L.) Lam.
’Umara (patate douce)
Famille des LIliacées
Cordyiine terminaiis (L.) Kunth
’Autï, TT
Une tarodière. Le tara
s'adapte très bien aux
sols humides, voire
marécageux. On
recouvre la terre de
feuilles sèches de
cocotier de manière à la
protéger du soleil et à
étouffer les mauvaises
herbes.
Colocasia esculenta
(tara) (50 cm à 1 m) était
à l'arrivée des
Européens un aliment
de première nécessité
pour les Polynésiens. Ils
différenciaient une
en
vingtaine de variétés. En
(’ape). On consommait
autrefois ies tiges de
cette plante (1,50 à
2,50 m) après une très
longue cuisson. De nos
jours on peut
occasionnellement
goûter le po’e ’ape.
46
échelonnant les
plantations, on avait du
tara tout au
l'année.
long de
Cyrtosperma
chamissonis (mâota).
Cette très grande
Aracée (3 à 5 m) se
rencontrait par endroits
sur les montagnes ou
sur les bords des
ruisseaux. Son usage
alimentaire est
aujourd'hui abandonné.
PLANTES UTILES PRÉEUROPÉENNES
atteignant plusieurs dizaines de kilos.
Les Dioscoréacées
fois plus large que haut, nécessitant aussi une
cuisson longue et spéciale pour détruire les
cristaux irritants d’oxalate. 11 semblerait qu’à
ignames n’ont jamais eu en Polynésie
l’importance connue en Mélanésie.
Chez les Tahitiens, les hoi et para'ura ont
toujours été des plantes de cueillette. 11
semblerait que seuls les ufi aient été parfois
cultivés à l’époque préeuropéenne par les
Tahitiens, tandis que les Marquisiens culti¬
vaient
les
pahui-peahi. L’avantage des
ignames par rapport aux autres tubercules est
leur conservation. En période de disette, les
Le teve a un tubercule cylindrique, deux
l’époque prépolynésienne ce tubercule ait été
utilisé pour ensuite être détrôné par le tara et
n’être employé alors que par nécessité.
Les Taccacées
Le pia, adapté aux sols coralliens, fut cultivé
par les Polynésiens surtout sur les atolls. Son
tubercule charnu était source d’amidon
alimentaire. La fécule avait plusieurs usages :
bouillie, po’e, mais aussi colle pour assembler
les minces tissus d’écorce à"aute et confec¬
tionner les lapa. Le commerce de fécule de/r/o
de Tahiti”
fut encore
florissant au siècle dernier mais vite remplacé
ou
“arrow-root
par l’amidon de manioc.
Les
orientale
bulbilles aériens du hoi étaient consommés
après une longue préparation pour faire
disparaître leur âcreté.
Les Convolvulacées
La patate douce ('ûniara) n’était qu’un
complément alimentaire dans la vie
polynésienne d’autrefois car les variétés
préeuropéennes avaient de faibles rende¬
ments. Son avantage était sa rapidité de
croissance (moins de 6 mois pour la récolte) ;
ses
feuilles
étaient
aussi
utilisées
comme
légume. L’état actuel de nos connaissances
conforte l’hypothèse de son origine améri¬
caine et de sa dissémination dans le Pacifique
par
les Polynésiens jusqu’en NouvelleCalédonie.
Les Liliacées
Vaut!: cette plante, bien que commune dans
le Pacifique, ne fut consommée qu’en
Polynésie. En effet, la racine de la plante âgée
se renfle pour atteindre 10 à 20 cm de diamètre
et peser de 20 à 40 kilos. Après une cuisson
spéciale, le goût sucré de cette racine lui valait
tout
d’être utilisée comme
Tacca leontopetaloïdes
(pia). Avec la fécule de
ce tubercule appelée
"arrow-root de Tahiti”
on
préparait le po’e pia.
La plante (1 m avec
l'inflorescence) s’adapte
bien aux sols des atolls
coralliens.
Ipomea batatas
(’ümara), la fameuse
patate douce que l’on
suppose être
originaire d’Amérique
et avoir été disséminée
par les Polynésiens
jusqu'en NouvelleCalédonie.
Alocasla macrorrhiza
Cape).
Le teve (1m- 1,50 m).
Parfois la partie
aérienne de la plante
se déssèche et disparaît.
Du sol, il sort alors une
fleur très grosse (20 cm)
à floraison très brève.
47
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
Les fruits
Les premiers
missionnaires tels qu’Orsmond
rapportent même qu’à leur arrivée la popu¬
lation était si dense à Tahiti qu’il était rare de
L’arbre à pain
Le ’uru est certainement le fruit le plus repré¬
sentatif de la vie polynésienne préeuropéenne.
Si pour les découvreurs l’arbre à pain était le
symbole de la vie facile, les légendes démon¬
trent au contraire que la vie des Polynésiens,
lors de leurs migrations et dans leur isolement,
n’a pas toujours été aisée et que l’arbre à pain
symbolise plutôt la survie. En effet, dans toutes
ces légendes on retrouve les mêmes éléments, à
savoir qu’un père de famille se transforme en
arbre à pain pour sauver les siens de la famine.
pain
appartenir à la même familleXC’est aux îles
Marquises que le ’uru avait la plus grande part
dans l’alimentation, alors qu’aux îles de la
Société il faisait part égale avec les bananes et
les fë’i, tandis qu’aux Australes le taro a
toujours été la base de l’alimentation.
Pour sa conservation, les Polynésiens
avaient mis au point une technique très parti¬
culière par fermentation dans des fosses
creusées dans le sol. Les parois de ces fosses
étaient tapissées de feuilles de cocotier tissées
voir toutes les branches d’un arbre à
ou à'”autT, et des couches de fruits frais pelés et
découpés étaient disposées avec quelques
fruits déjà fermentés. Une fois la fosse
remplie, on la fermait en la recouvrant de
feuilles, de terre puis de pierres. La pâte
formée ainsi par les fruits fermentés se conser¬
vait plusieurs mois. On faisait aussi du po'e
’uru avec l’amidon de pia.
qui s’écoule de l’écorce
glu pour piéger les
oiseaux, pour calfater les pirogues après
mélange avec des fibres de coco et comme
fixateur pour les cheveux après mélange avec
du mono’i. L’écorce des jeunes troncs, plantés
très serrés pour ne pas avoir de ramifications.
Le latex blanc
était
utilisé
comme
Page de droite :
Ces concours de
banaties (à gauche) et
de fë’T (à droite) ont été
organisés par
l’Association Harrison
Smith lors des Floralies
de 1982. Les régimes
peuvent atteindre des
poids très élevés ; une
cinquantaine de kilos
pour les bananes et une
trentaine pour les fë'L
1 Le fruit du pandanus
(tara) est un polyfruit
de grosse taille,
composé de plusieurs
dizaines de fruits qui se
détachent facilement,
corn me l'a fait cet enfant.
En Polynésie, la pulpe
goût assez âcre est
peu développée et
n'était mangée autrefois
au
que pendant les
L'arbre à pain (’uru). Ce
bel arbre aux fruits
généreux impressionna
beaucoup les
découvreurs européens.
Il peut donner de 75 à
150 fruits par an. La
principale saison de
production se situe
entre novembre et avril,
mais une autre
périodes de disette.
Aujourd'hui, on utilise
tructirication peux avoir
lieu en juillet-août.
On consomme le fruit
les morceaux des fruits
pour la confection des
cuit, tel quel ou réduit
en purée. On mange
couronnes.
aussi la popol, pâte
obtenue en pilant
2 Le fruit du nono, gros
comme je poing, est à
maturité mou, verdâtre
longuement avec de
l'eau citronnée du 'uru
et d'odeur assez
râpé cuit à l'eau.
désagréable. Il est
formé d'un ensemble de
petits fruits, chacun
renferment une graine
noire entourée d'une
pulpe juteuse très
appréciée des oiseaux.
Le mâpè est souvent
nommé "châtaignier
polynésien" à cause de
l'amande de son fruit
que l'on consomme
cuite et dont le goût
rappelle celui de la
châtaigne.
La pomme cythère (vi
tahiti) a un goût fibreux.
L’arbre se distingue par
silhouette et par ses
feuilles caduques.
sa
48
PLANTES UTILES PRÉEUROPÉENNES
était battue à l’aide de massettes pour la con¬
fection de tapa. Le bois du tronc était utilisé
pour la confection de pirogues, et pour
certains médicaments on employait de jeunes
pousses, des pétioles de feuilles et du latex.
Bien que l’espèce type présente des
formes variables, il est curieux que dans sa
d’origine on n’ait sélectionné que des
variétés avec des fruits à graines, alors que les
Polynésiens au contraire n’ont conservé et
amélioré que les variétés à fruits sans graines.
Sur la quarantaine de variétés dénombrées,
zone
seule
la
variété
hüero,
comme
son
nom
l’indique, renferme quelquefois une ou deux
graines.
Les bananes et les/êï
chaque expédition dans la montagne pour
leur récolte, les Polynésiens devaient les aider
Là aussi, comme pour les ’uru, les Polynésiens
n’ont
retenu
dans
leur
sélection
que
les
variétés sans graines. Toutefois, on en trouve
parfois quelques unes chez certains/ê’/! Si les
bananiers étaient cultivés près des zones
habitées, par contre les fë'i semblaient être
sauvages. Les premiers découvreurs parlent
de véritables forêts de fë’t sur les montagnes et
dans
les
vallées.
En
fait, de nombreuses
formes de fë’ï démontrent que sans être
vraiment cultivés, ils ne faisaient pas non plus
l’objet d’une fruste cueillette
sauvage.
A
à se maintenir et à se multiplier. Tous lesfë’i et
majorité des bananes étaient consommés
grands voyages, la mise au
point de techniques de conservation des
aliments était primordiale. Ainsi les bananes
après avoir été dépouillées de leur peau et
fendues en quatre morceaux étaient séchées
au soleil. Cette
préparation appelée piere se
conservait plusieurs mois grâce ensuite à un
emballage de feuilles.
la
cuits. Pour les
La pomme cythère ou vi tahiti
On a longtemps cru que cette espèce était typi¬
quement polynésienne ; en fait elle est
d’origine indo-malaise et a donc été intro¬
duite par les Polynésiens. L’arbre se distingue
par sa forme, mais surtout par ses feuilles
composées et caduques. Le fruit est une drupe
de la taille d’un œuf, de couleur jaune à noyau
osseux hérissé de pointes crochues. La
pulpe
est de saveur agréable acidulée et sucrée avec
un léger arrière-goût de térébenthine.
Le kava
Ce fruit est une drupe ellipsoïde de 4 à 5 cm de
long à graine enfermée dans une arille
blanche. Cette espèce d’origine indo-malaise,
introduite par les Polynésiens, se reconnaît
entre autres grâce à ses rameaux pubescents
de couleur brun-roux. Il est iptéressant de
noter que cet arbre pousse et fructifie bien aux
Tuamotu.
Le ’ahi’a lahiti ou
3 Le tou est un petit fruit
(4 cm) dont on
consommait ia graine.
4 Vautera'a est une
amande (8 cm) que ies
enfants consomment
avec piaisir.
5 Le tl’a’Irl. Pour ie
manger, on fait griiier ies
deux amandes.
jambosier rouge a été
introduit par ies
Polynésiens.
Cependant, Harrison
Smith a fait venir de
Sarawak une variété à
fruits plus gros.
Le ’ahVa
Ce fruit est obovoïde, charnu, de 4 à 6 cm de
diamètre, marbré de rouge sur fond plus clair.
La chair est blanche, insipide et renferme en
général une grosse graine. L’arbre d’origine
indo-malaise est très ornemental par ses fleurs
de couleur rouge violacé qui apparaissent sur
le vieux bois.
Le màpe
Chez
ce
fruit, c’est en fait la graine qui est
consommée bouillie ou rôtie. Avec des graines
râpées et mélangées avec de l’albumen de
les Polynésiens préparent aussi des
sortes de galettes. Aux Marquises on faisait
des purées de graines cuites appelées kaaku.
L’arbre, d’origine indo-malaise, s’est natura¬
coco,
lisé dans les zones humides des vallées et les
marécages, même en bord de mer. Ses racines
proéminentes sont très spectaculaires.
A ces fruits régulièrement consommés il
faut ajouter quelques fruits et graines qui
étaient occasionnellement mangés, surtout en
période de disette, tels que les fruits du
Morinda citrifolia ou nono ; la base charnue
des fruits de pandanus (fara) ; les amandes
grillées du bancoulier (ti’a’iri);\es amandes du
badamier fautera’a) ; les graines du Cardia
subcordata (tou).
Pour terminer ce chapitre des fruits, on
peut mentionner le Lagenaria siceraria ou
calebasse, le hue des Tahitiens, dont le fruit,
après avoir été vidé et séché, était utilisé
comme
récipient à liquide.
49
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
Les plantes à fibres,
textiles et teintures
Avec des organes secs aucune coloration ne se
développe. G. Cuzent raconte ainsi la prépa¬
ration traditionnelle : “Après avoir arraché le
pédoncule, on presse légèrement le fruit de
mati et on laisse tomber sur les feuilles de tou
Les plantes à fibres
Polynésiens se sont naturelle¬
ment intéressés à toutes les plantes à fibres
pour la confection de leurs lignes et de leurs
filets. Navigateurs, ils avaient aussi besoin de
cordages et de voiles. Ils trouvaient la solution
à leurs problèmes dans certaines plantes,
comme par exemple l'Hibiscus tiliaceus L.
(pürau) pour les lignes, filets et cordages, et le
Pipturus albidus Wedd (ro’a). Si le pürau était
très répandu et fournissait naturellement des
fibres assez longues, le ro'a par contre en la
matière fit l’objet d’une sélection. Pour avoir
des fibres les plus longues possibles on sélec¬
Pêcheurs, les
les deux ou trois gouttes au plus de suc laiteux,
verdâtre qui en découle. Au fur et à mesure
qu’elles sont imprégnées de ces gouttes, on
place les feuilles l’une sur l’autre, les faces de
même nature en regard. Quand il y en a une
certaine quantité de disposées ainsi, on les pile
dans
un
vase
en
bois et la couleur rouge
apparaît instantanément. Le tout est délayé
dans un peu d’eau, on passe et on exprime le
marc dans une poignée de fibres de coco. C’est
dans ce liquide que l’on trempe les tapa." Le
mati est un banian, fréquent dans les vallées
pied des falaises.
Colorant jaune du ’ôpuhi. Cet 'ôpuhi des
vallées est très fréquent le long des cours
d’eau. Ses feuilles aromatiques écrasées avec
l’écorce de nono donnaient un colorant jaune
au
tionnait les formes aux entre-nœuds les plus
longs et on ébourgeonnait régulièrement ces
plants sélectionnés.
leoniopeialoïdes (L.) O.K. (pia).
petite plante on avait repéré les
fibres et la hampe florale pour faire de la fine
Tacca
Dans cette
vannerie.
Pandanus
leciorius
Park.
(j'ara). Les
feuilles tressées servaient à la confection des
voiles et évidemment aussi pour les toitures.
Freycineiia arborea Gaud. fie'ie). Les
feuilles de cette sorte de pandanus lianescent
étaient utilisées en vannerie.
Triumfeiia procumbens Forst. (urio à
Tahiti, puehu aux Marquises).
Cocos nucifera L. (ha'ari), cocotier. Les
fibres de la bourre de coco, tressées, consti¬
tuaient les meilleurs cordages.
Les tissus d’écorces végétales sont aussi une
caractéristique de la civilisation polynésienne.
Toutes ces écorces étaient écrasées puis
longuement battues avec des massettes
spéciales.
Broussonetia papyrifera (L.) Vent. Cet
arbre de la famille des Moracées paraît origi¬
naire de rindo-Malaisie. Depuis sa région
d’origine jusqu’en Polynésie, il fut cultivé dès
les premiers temps pour la confection de
tissus. Aussi ses tissus d’écorce, appelés tapa
en Polynésie, se retrouvent dans beaucoup
d’autres pays sous d’autres appellations. Les
fibres de cet arbre appelé aute servaient aussi
à la fabrication de solides cordelettes.
.
Ariocarpus altilis (Park.) Fosb. f'uru)
était aussi utilisé et cultivé pour le même but.
Ficus prolixa Forst. fora). Les extré¬
mités des racines aériennes de ce banian
tahitien sont aussi utilisées comme médi¬
caments. 11 faut noter que ces trois arbres
appartiennent à la famille des Moracées.
Les plantes tinctoriales
plantes avaient autrefois deux objets :
colorer les tapa mais aussi les mono'i, ces
huiles parfumées servant de cosmétique.
Colorant rouge avec les fruits du mati et
de tou. Ce colorant est très
intéressant car il nécessite deux plantes. Il faut
les
feuilles
broyer ensemble des fruits de mati et des
feuilles de
50
tou
à l’état frais pour
utiliser les fibres. La
bourre de coco servait à
calfeutrer les pirogues,
le nape faisait des
cordages très solides
Les textiles
Ces
Navigateurs, les
Polynésiens surent
l’obtenir.
les voiles étaient en
feuilles de pandanus
tressées.
Le nape est un cordage
tressé en fibres de
bourre de coco à usages
multiples.
Ficus prolixa (’ôrâ
’âoa). Les racines
ou
aériennes de ce banian
sont parfois utilisées
médicaments.
Autrefois son écorce
était traitée pour donner
un tissu végétal.
comme
Hibiscus tiliaceus
(pürau). On utilisait
autrefois l'écorce pour
confectionner lignes,
filets et cordages. Avec
l'écorce adulte, on
fabriquait des tapa. Les
fleurs s'ouvrent le matin
pour tomber au coucher
du soieil ; leur couleur
Les feuilles de pandanus
(tara) sont préparées
pour le tressage. Il s'agit
ici de la variété Pae'ore
qui n'a pas d'épine. On
enlève juste les petites
excroissances de la
nervure
principale.
évolue aufuretà mesure
de la journée du
à l'orangé.
PLANTES UTILES PRÉEUROPÉENNES
les Tahitiens stabilisaient en ajoutant
quelques râpures d’amande A"ati (Calophyllum inophyllum). L”ôpw/!/actuel desjardins à
l’inflorescence rouge a été introduit il y a
que
environ 40 ans.
Colorant Jaune du re’a tahiti. Ce colorant
était préparé en râpant le rhizome frais de re’a
et en le faisant macérer dans de l’huile de coco.
Après avoir exprimé et clarifié le marc, on
utilisait surtout ce colorant pour teindre le
corps, teinture qui persistait un certain temps
malgré les bains. Le rhizome de re’a était
utilisé comme condiment.
Colorant Jaune du
Pour le
préparer, on déterre des racines que l’on pèle
puis râpe ensuite. Ces râpures sont mises à
macérer dans l’eau et, après filtration, on
utilisait ce colorant pour teindre les tapa. Le
nono
est
connu
et
nono.
utilisé ainsi de l’indo-
Malaisie Jusqu’en
Polynésie. Cet arbuste est
très fréquent sur les atolls.
Le fê’i renferme de nombreux colorants.
Son fruit à maturité donne un colorant rouge ;
après cuisson, ce colorant vire au Jauneorangé. Du tronc de fê’i on peut extraire un
colorant violacé.
Colorant rouge des écorces d”aito et de
ti’a’iri. Ces deux colorants étaient utilisés pour
la teinture des tapa.
Le mâpë a aussi une sève colorée mais on
ne
pense pas que les
servi.
Polynésiens s’en soient
Préparation d’écorces
d’arbres à pain.
pour la confection de
tapa. On utilise la partie
interne plus claire de
l'écorce, la piusfibreuse.
Morinda citrilolla
(nono). Ses racines
donnent un colorant
jaune utilisé pour
teindre les tapa.
Broussonetia
papyritera (aute). Son
écorce est encore
utilisée aux Marquises
pour la fabrication du
tapa.
Un
rameau
de mati
(Ficus tinctorla). Les
fruits, utilisés avec les
feuilles de tou (Cardia
subcordata) donnent un
colorant rouge.
Les plantes tinctoriales
Mati
Moracées
Cardia subcordata Lam.
Tou
Boraginacées
Zingibéracées
Zingibéracées
Amomum cevuga Seem.
Curcuma longa L.
Les feuilles de
pandanus, sont très
souvent utilisées pour le
tressage de paniers,
chapeaux, etc.
FAMILLE DES
Ficus tinctoria Forst.
Morinda citrifoila L.
'Ôpuhi
Re'a tahiti
Nono
Rubiacées
Musa troglodytarum L.
Fë’J
’Aito
Casuarinacées
Aleurites moluccana (L.) Willd.
Ti'a'iri
Euphorbiacées
Casuarina equisetifoiia L.
Musacées
51
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
Des plantes
magiques
en sont en
L’emploi de plantes poisons pour la pêche est
des caractéristiques de la vie polyné¬
sienne. Ces plantes avaient aussi des propri¬
étés médicinales et magiques et leur emploi
pour la pêche a fortement impressionné les
premiers découvreurs.
Tephrosia purpurea (L.) Pers. (hora).
Cette
petite plante, plus ou moins
sarmenteuse, d’origine indo-malaise, a sûre¬
ment accompagné les Polynésiens lors de leurs
migrations. Très abondante autrefois sur la
plaine côtière et les collines sèches, on la
trouve aujourd’hui
moins facilement. Ses
feuilles contiennent de la téphrosine, toxique
pour les poissons mais pas pour les bovins qui
des propriétés purgatives.
une
Le ’avfl ou kava
préeuropéenne, ne
seule boisson
stupéfiante, préparée en mâchant la racine
fraîche de 'ava (Piper methysticum Forst.) et
en délayant
ensuite les tissus déchirés et
imprégnés de salive dans de l’eau. Occasion¬
nellement, la tige était aussi employée. Cette
plante semble originaire de la Mélanésie occi¬
Les Tahitiens, à l’époque
connaissaient
Les plantes ichtyotoxiques
qu’une
dentale.
La plante est buissonnante, atteignant 2 à
4 mètres de haut. Les feuilles, orbiculaires à
10 à
20 cm de longueur sur presque autant de
largeur et sont glabres. Les tiges et rameaux
sont lisses, cylindriques, flexueux avec des
nœuds très apparents tous les 15 à 20 cm et un
diamètre de 2 à 3 cm. Selon les variétés, la pig¬
mentation de la tige est verte, rouge-brun ou
pourpre foncé. Les inflorescences dioïques
sont en épis axillaires aux feuilles et les fruits
extrémité aiguë et à base cardée, ont de
sont
Le fruit du hotu. Sec et
ouvert {à gauche) on voit
bien son amande, qui est
riche en saponine et
contient une substance
narcotique. A droite, le
fruit vert avec sa forme
bien particulière, en
cône.
des baies monospermes.
plantations étaient établies à
proximité des habitations en choisissant de
préférence un terrain un peu en pente et pas
trop humide. En effet, les Tahitiens avaient
noté que l’effet était plus faible avec des
racines provenant de zones humides. L’un des
coins de ces plantations était réservé aux
varua ’ino (mauvais esprits), pour se les rendre
favorables, et l’on marquait d’une petite
lanière d’écorce les plants qui leur étaient
consacrés. Les aiua (dieux) avaient aussi leur
part. Tous ces plants devenaient lapu.
Les
Les
Tahitiens
dénommaient
quatorze
variétés, différenciées selon leur qualité stu¬
péfiante, la coloration, la grosseur et la
Barringionia asiatica
(hotu). Les fleurs,
aigrettes blanches et
roses, s’épanouissent à
la nuit et tombent le
matin. L'amande du fruit
est un toxique pour
l'homme.
hauteur des tiges, la longueur des entre-nœuds
et
les variations des feuilles.
La racine était mâchée, le
plus souvent
par des jeunes filles ou à défaut par des jeunes
gens. Sa préparation très minutieuse était une
pratique sacrée.
A faible
dose, le 'ava est
une
boisson
tonique, stimulante, utilisée autrefois pour les
combats ; à dose élevée le
‘ava entraîne une
ivresse silencieuse et somnolente. Les femmes
faisaient rarement usage. Le 'ava se buvait
en
dans une coupe faite d’une moitié de coco.
détruire
les
retrouve
plus
que
du thé et la boisson obtenue est
sans
effet
Les
missionnaires
firent
plants de 'ava, les navigateurs apprirent aux
Tahitiens à préparer des liqueurs alcooliques
et
aujourd’hui
on
ne
quelques touffes perdues dans les vallées.
Toutefois dans d’autres îles du Pacifique le
kava est toujours à l’honneur mais la prépa¬
ration est différente. A partir de racines sèches
on prépare une poudre mise en sachet comme
apparent. G. Cuzent qui a beaucoup étudié le
kava en a extrait la matière active : la
kavahine, utilisée aujourd’hui dans certains
11 est curieux que l’autre
stupéfiant des îles du Pacifique, la chique de
betel, originaire d’Indo-Malaisie, n’ait pas
médicaments.
atteint la
52
Polynésie.
Zingiber zerumbet
(re'a môruru) est une
plante saponifère qui
pousse dans les zones
ombragées et humides,
le long des cours d'eau.
Quand on presse
l'inflorescence, on fait
sortir un liquide
savonneux utilisé
fréquemment comme
shampooing autrefois.
général très friands. L’écorce et les
feuilles de cette petite papilionacée ont aussi
Barringionia asiatica (L.) Kurz (hotu).
arbre des rivages tropicaux se
rencontre de l’Inde à la Polynésie. Très
décoratif par ses feuilles vernissées, ses jolies
fleurs
à
grandes étamines rosées très
odorantes et ses gros fruits verts en forme de
cônes renversés, c’est son amande riche en
saponine qui est utilisée comme poison.
Ce
bel
Le hora et le hotu étaient les poisons de
pêche les plus utilisés autrefois. Le fruit du
hotu était ramassé
finement râpée. La
à
terre
et
l’amande
poudre obtenue était
placée dans des petits paniers de ni'au qui
PLANTES UTILES PRÉEUROPÉENNES
étaient
agités près des pâtés de
coraux.
L’action est très rapide puisque au bout d’une
dizaine de minutes, après une période d’exci¬
tation, les poissons sont paralysés. Le hotu est
aussi
toxique pour l’homme, et est employé
comme plante médicinale pour soigner les
plaies infectées, les morsures et les'piqûres du
poisson-pierre (nohu).
Cerhera manghas L. (hutu reva ou reva à
Tahiti, eva aux Marquises, ereva aux
Australes). Ce petit àrbre, fréquent sur les
plaines côtières et les vallées, de l’indoMalaisie jusqu’en Polynésie, est parfois planté
aujourd’hui pour ses qualités ornementales
grâce à ses belles fleurs blanches odorantes.
C’est aussi son fruit qui était utilisé comme
poison de pêche mais beaucoup moins que le
hotu et le hora car, paraît-il, moins efficace.
Par contre c’était le poison le plus dangereux
l’homme, et l’écorce, les feuilles et le
pour
latex ont des propriétés médicinales. D’après
certaines recherches, c’est dans les graines que
le produit toxique est le plus concentré.
plantes étaient surtout
îles Marquises et aux îles
Australes : le Sapindus saponaria L. (kohuu
aux Marquises) : cet arbre de la famille des
Sapindacées, d’origine américaine, aurait
existé aux Hawaii et aux Marquises à l’époque
préeuropéenne. C’est la pulpe du fruit qui
renferme 37 % de saponine qui est ichtyotoxique. On s’en servait aussi comme savon et
plante médicinale contre la fièvre et les
rhumatismes. Ce petit arbre est actuellement
Deux
employées
autres
aux
très fréquent aux îles Marquises. Rhynchosia
minima (L.) D.C. (papa aux Marquises,
pipitai à Rapa) : cette petite liane d’origine
américaine, semblerait avoir été utilisée aux
îles Marquises et à Rapa à l’époque préeuro¬
péenne. Le poison, proche de la rotenone, se
situe dans les feuilles.
11
faut
remarquer
que,
depuis la
découverte, deux espèces ichtyotoxiques ont
été introduites. Ce sont Derris elliptica et
Derris uHginosa, deux lianes envahissantes de
la famille des Papilionacées, originaires de
Papouasie. La matière active, la rotenone, est
surtout concentrée dans les racines ; c’est aussi
un
insecticide
sans
espèces
sont
deux
effet
sur
l’homme. Ces
appelées hora pâpua.
Derris sp. (hora pâpua)
est une liane originaire
de Papouasie, introduite
par les Européens. Ses
qualités ichtyotoxiques
sont surtout
concentrées dans la
racine.
Cerhera manghas
(hutu reva). Son fruit
était utilisé pour la
pêche. C'était le poisoh
le plus dangereux pour
l'homme, mais les
feuilles, l'écorce et le
latex ont des propriétés
médicinales.
On empoisonne les
poissons en remuant
dans l'eau les parties
actives des plantes
toxiques, entourées d'un
tissu en fibres végétales.
On les endort ainsi sans
risque d'intoxication
pour l'homme.
Piper melhysticum
(’ava). C'est en mâchant
la racine fraîche de cette
plante et en la délayant
ensuite dans de l'eau
que les anciens
Polynésiens obtenaient
une boisson stupéfiante.
Autrefois cultivée en
on n'en
plus, de nos
jours, que quelques
touffes perdues dans les
vallées.
53
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
Le cocotier,
arbre providentiel
La feuille. Une fois
séchée, elle est utilisée
pour couvrir les toits des
maisons. Tressées, les
Ce palmier a toujours été l’élément
végétal dominant de la vie polynésienne.
Autrefois ses noix étaient de tous les voyages,
comme réserves d’eau et pour planter sur les
folioles servent à la
confection de paniers,
chapeaux, nattes et de
filets de pêche. Avec les
nervures
centrales, on
fait des balais.
,
i
nouveaux rivages ; son implantation sur la
quasi-totalité des îles a permis la vie grâce à ses
multiples usages et cela plus particulièrement
sur
les atolls.
Hier, au début de ce siècle, son extension
complètement bousculé l’économie, passant
d’un état vivrier de subsistance à l’exporta¬
tion. et aujourd’hui, pour les touristes, c’est le
symbole de vacances au soleil, de mers du Sud
a
et d’un art
de vivre.
Les origines du cocotier
D’où vient ce palmier miraculeux ? On lui a
attribué les origines les plus diverses : améri¬
caine, insulindienne, océanienne... et la diffi¬
culté vient du fait que l’on ne connaît pas de
cocotier sauvage. Cette énigme a longtemps
opposé les tenants d’une origine américaine à
d’une origine asiatique ; toutefois,
aujourd’hui de nombreux éléments, entre
ceux
autres
la similitude de
noms
vernaculaires,
portent à croire à une origine indo-malaise.
Comment s’est-il répandu en Polynésie :
l’homme ou par les courants marins ?
L’expérience ayant prouvé que des cocos
germaient après avoir flotté 110 Jours en mer a
fait croire à une diffusion par les courants
marins. En fait, il faut reconnaître que la
sécheresse, la pauvreté des plages coralliennes
et la présence de crabes friands de Jeunes
pousses n’ont pu faciliter une telle implan¬
tation qui n’a pu être qu’occasionnelle. Par
contre, sachant que l’homme a beaucoup
navigué dans le Pacifique, on peut penser qu’il
a distribué le cocotier à toutes les étapes. La
légende, semblable en Micronésie, Mélanésie
et
Polynésie, qui raconte que le premier
cocotier prit naissance d’une tête enterrée, les
trois pores basaux de l’endocarpe figurant les
yeux et la bouche, confirme une fois de plus
que le Polynésien a contribué à la dissémina¬
tion du cocotier et de bien d’autres plantes.
par
une variété
la variété Fâfâtea à
mieux adaptée.
très
gros
fruits
convenait mieux pour confectionner des réci¬
pients ; la variété 'Ôv/r/était recherchée pour le
goût de son amande... Cette diversité de
formes et d’usages démontre combien dans
cette plante le Polynésien a su exprimer au
mieux son sens de l’observation en
recherchant dans les moindres variations un
usage nouveau ou une amélioration, et il est
impossible dans ce court récit de rendre
compte de toutes les formes décrites. Cette
richesse, appartenant au patrimoine
polynésien, n’a pas encore, heureusement,
entièrement disparu. Une autre remarque est
significative : les essais variétaux de cocotiers
sur
atolls ont démontré que le grand de
Rangiroa, sans engrais, était le plus
54
Fragment de
l'Inflorescence.
râpée, donne l'huile de
Mélangée avec
des fleurs de tiare, on
obtient le mono'i. La
coco.
coque, vidée et taillée,
est utilisée comme
récipient, La bourre,
peignée et tressée,
permet de confectionner
des cordages
imputrescibles.
Découpée, c'est unes^
brosse ménagère très’^
efficace.
Le tronc. L'écorce
brulee donne du
charbon de bois. Quant
au bois, a part son
utilisation en menuiserie
pour les poteaux, il
peut être sculpté
,
ou
(objets, ti'i...).
La racine. En décoction,
fait une tisane
contre la dysenterie et
Comme le rapportent les premiers écrits des
découvreurs naturalistes et missionnaires, ces
deux aspects sont liés, car pour chaque usage
il existe une variété plus propice et pour
Ainsi
utilisation alimentaire, ia
pulpe, une fois séchée et
on en
Variétés et usages
chaque milieu
Le fruit. Outre son
un colorant de
teinturerie.
PLANTES UTILES PRÉEUROPÉENNES
performant. En fait, cette variété appelée
autrefois Kaipoa est le résultat, après de
nombreuses années, d’une sélection
minutieuse par les Paumutu.
La cocoteraie
anciennes, il y avait des cocotiers disséminés
dans les zones habitées mais beaucoup moins
les arbres à pain.
d’huile polynésienne était
limitée et il faudra plusieurs circonstances
favorables vers 1870 à savoir la mise au point
de presses allemandes permettant d’extraire
plus d’huile et de meilleure qualité, l’idée d’un
colon anglais de Ceylan de sécher sur place
nombreux
L’exportation
que
-
Cette formation, dominante dans le paysage
polynésien actuel, est relativement récente
puisque sa mise en place débuta il y a environ
cent ans pour se poursuivre jusque vers 1930.
Auparavant, comme l’attestent des gravures
l’amande de coco et de transporter le coprah,
puis la mise au point de la margarine - pour
que
des cocoteraies
se
mettent
en
place
partout où cela était possible. On alla jusqu’à
défricher des atolls restés encore naturels dans
les Tuamotu de l’Est, c’est-à-dire sans coco¬
tier, détruisant de belles forêts de Pisonia
grandis (pu’atea), cette nouvelle activité
prenant la relève de la nacre devenue rare
après des pêches excessives.
La cocoteraie est-elle un bienfait ou un
méfait ? Si les avantages de ce développement
sont bien connus, les conséquences malheu¬
reusement
fâcheuses
ont
rarement
été
exprimées. On peut penser que ce dévelop-
Après avoir extrait
i'amande de ia noix de
(à gauche) et
l’avoir fait sécher, on
embarque sur la goélette
(à droite) les sacs de
coprah jusqu’à l’huilerie
à Tahiti, où l’huile sera
coco
extraite par pressage.
La feuille fraîche du
cocotier est souvent
utilisée pour tresser
des paniers, des
corbeilles ou des
chapeaux éphémères.
à droite :
Pour faire un toit en
ni’au, on superpose
régulièrement les
feuilles sèches et
tressées du cocotier.
Les différents stades de la noix de coco et leurs noms vernaculaires.
'Ouo : jeune noix sans albumen, eau très sucrée.
N]â(via via en paumotu) : noix pleine d’eau, premier dépôt d’albumen gélatineux.
’Omoto : l’eau diminue, s’aigrit ;
’Opa'a : noix mûre.
l’amande s’épaissit.
Moro'ati : noix mûre ayant perdu son eau, sans germe et dont la pulpe séchée s’est détachée
complètement de la coque (quand on secoue la noix, on a l’impression qu’il y a un corps étranger
à l’intérieur).
Hirau ou ÏÏrau : noix à terre ayant germé; l’eau s’est transformée en une matière spongieuse, \euto.
La croissance du
cocotier, de la noix
germée au jeune arbre,
s’accomplit même dans
des conditions difficiles :
sol corallien pauvre,
vent, peu d’eau.
55
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
pement du cocotier a été excessif puisqu’il s’est
fait au détriment de l’horticulture vivrière
d’autoconsommation, entraînant pour le
Polynésien la perte de son autonomie alimen¬
taire, remplacée par une nourriture importée
déséquilibrée qualitativement et de plus en
plus coûteuse.
De plus le niveau cultural des Poly¬
nésiens, avec la monoculture du cocotier et les
techniques employées, a fortement régressé.
Ainsi, en quelques générations, le Polynésien,
de bon horticulteur a régressé au stade de
cueilleur et a gaspillé la richesse de ses sols ;
d’un arbre providentiel il a fait un problème
économique et social. Il faut espérer que le
Polynésien d’aujourd’hui saura redonner au
cocotier la place qu’il mérite et qui ne se
mesure
pas qu’au travers des statistiques
économiques.
Quelques utilisations de
la noix de coco.
On en boit l'eau à même
la noix quand elle est
jeune. Elle était autrefois
utilisée comme récipient
après avoir été polie et
gravée.
Aujourd'hui encore elle
constitue un des
matériaux principaux
dans la fabrication - avec
plus ou moins de bon
goût - des curios, objets
décoratifs et souvenirs.
Une cocoteraie sur
l'atoll de Tupai et des
cocotiers à l'ombre
accueillante sur la plage
du lagon : le cocotier tel
qu'il apparaît en
Polynésie.
La mise en place des
plantations débuta il y a
environ 100 ans pour se
finir vers 1930.
Aux Australes, pour faire
les chapeaux, on utilise
parfois les très jeunes
feuilles du cocotier,
encore non ouvertes. On
les blanchit en les
ébouillantant.
56
4 Plantes introduites
haricot, l’arachide, le
Si les Polynésiens,
devisiteurs,
leurs migrations,
n’ont
pu transporter
que quelques
quelques
d’espèces,lors
leurs
Les échanges
depuis deux
siècles,
ont introduit
dizaines
en
milliers. Cette invasion végétale a certes bouleversé les habitudes alimentaires, mais
aussi les paysages.
Dans un premier temps, l’exclusivité fut donnée aux plantes alimentaires, puis ce
fut le tour des plantes industrielles et seulement depuis quelques années apparaît un
engouement pour les plantes ornementales. Il est curieux de noter qu’au XIX® siècle
préoccupations d’acclimatations végétales : les
missionnaires, les militaires, les administrateurs, les colons, etc., alors qu’aujourd’hui
l’introduction de plantes utiles est l’œuvre pratiquement exclusive du Groupement
d’études et de recherches en agronomie tropicale (G.E.R.D.A.T.) et du Service de
l’Economie rurale tandis que de nombreux Polynésiens introduisent régulièrement de
tous
les
visiteurs
eurent
des
nouvelles plantes ornementales.
SI autrefois, dans son isolement, le Polynésien a su exploiter au mieux son faible
capital végétal. Il est paradoxal qu’aujourd’hui il ne sache pas tirer de l’importante
collection
de
plantes acclimatées une nourriture diversifiée et équilibrée.
Malheureusement, toutes ces introductions n’ont pas été bénéfiques ; ainsi, certaines
espèces sont venues avec des parasites tandis que d’autres sont devenues
envahissantes, incontrôlables, menaçant même la flore Indigène. Si pour le bonheur
de tous il est nécessaire de continuer à enrichir le capital végétal, la prudence et les
connaissances doivent garantir la préservation du patrimoine naturel polynésien.
Histoire des plantes
introduites
Presque tous les navigateurs, soucieux de
équipage, apportèrent des
plantes dans les îles. Ainsi, dès la fin du XVI®
siècle, Quiros sema du maïs aux îles
la santé de leur
Marquises et Bougainville en 1768 aménagea
à Hitiaa un jardin renfermant de nombreuses
plantes potagères et des céréales. Cook fit de
même à la pointe de Matavai, mais à son troi¬
sième voyage en 1777 sans trop d’illusions, car
si les Tahitiens semblaient montrerde l’intérêt
lors de la mise en place de ces nouvelles plan¬
tations, il avait noté que peu d’espèces avaient
survécu des voyages précédents. Bligh et
Nelson, tous deux anciens compagnons de
Cook, revenus dix ans plus tard pour collec¬
plants d’arbre à pain, ne retrouvèrent
plantations de Cook que deux pamplemoussiers. Cet échec peut s’expliquer par le
fait que ces découvreurs ne restèrent pas suffi¬
samment
longtemps pour démontrer aux
Tahitiens l’intérêt de ces nouvelles espèces. La
première influence européenne importante fut
celle de Bligh et de l’équipage de la Bounty qui
restèrent cinq mois à Tahiti.
ter des
des
Les missionnaires
Les missionnaires anglais furent les premiers à
établir de véritables jardins, et par nécessité,
ils devaient subvenir à leurs propres
besoins et sans doute aussi à cause de leur
attachement à leurs habitudes alimentaires.
Ces missionnaires furent les premiers à mener
leurs semis jusqu’à la récolte, cultivant k
car
maïs,
le
tabac, le
papayer...
entre les différentes
stations missionnaires furent nombreux, ainsi
le bananier Hâmoa fut pour la première fois
acclimaté dans toutes les îles. On le doit au
révérend John Williams qui le remarqua dans
de collections de plantes tropicales
Angleterre après avoir été importé de
Chine. Les missionnaires catholiques français
arrivés plus tard (à Mangareva en 1834),
une serre
en
d’origine essentiellement rurale, furent encore
plus performants en agriculture, surtout pour
le chanvre, le lin, le coton et même la vigne. On
leur doit évidemment les noix et les mangues
mission.
Les marins et les militaires
français du protec¬
jouèrent un rôle horticole important.
Ainsi, le lieutenant d’infanterie de Marine
François Petit est chargé à Tahiti de 1846 à
1850 d’acclimatation de légumes européens.
L’amiral Bruat introduit d’Amérique le quenettier, la pomme étoile et le manguier tandis
qu’à l’amiral Hamelin on doit le sapotillier,
Les militaires et marins
torat
l’avocatier et la vanille.
L’amiral Bonnard
ramène du Brésil le bananier Rio et le manioc,
de Ceylan la cannelle et de nouvelles variétés
de manguier, d’avocatier, de goyavier... ainsi
que des plantes ornementales.
A la même époque s’illustrent
en
la
quelques particuliers dont le
chirurgien anglais Johnstone auquel on doit
matière
l’acclimatation d’une cinquantaine d’espèces
nouvelles dont le bougainvillier et le cresson
de fontaine. Monsieur Abadie introduisit vers
1850 le frangipanier, la “folie de jeunes filles”
des rosiers.
et
carotte, l’aubergine, la tomate, le poivron, le
Monseigneur Etienne
Jaussen, dit Tepano
Potager de la Mission
catholique à Mangareva
vers
1960
(1815-1891), premier
évêque catholique de
Tahiti, a aussi contribué
au développement
agricole de l'île.
57
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
G. Cuzent, pharmacien
de la Marine
surtout de la chimie des corps gras, des résines
G. Cuzent, pharmacien de la Marine, en poste
nombreuses
révolution
à Tahiti de 1854 à
1858, publia en 1860 une
importante car elle annonce le début
des entreprises coloniales et la fin des temps
philantropiques. Avant G. Cuzent, les intro¬
ducteurs n’avaient cherché qu’à apporter des
plantes susceptibles de maintenir leurs habi¬
tudes alimentaires et améliorer par une diver¬
œuvre
sification
les
conditions
d’existence
des
Polynésiens. Avec G. Cuzent, l’objectif est la
recherche de “végétaux susceptibles de donner
des
produits
utiles
navires”.
Mais les contraintes
au
commerce
et
à
l’industrie et de procurer des frets de retour
aux
telles que
d’œuvre,
locales
le manque et le coût de la mainl’éloignement des marchés puis
des
techniques
synthétiques, vont faire que de
potentialités soulevées par
Cuzent ne vont pas se réaliser. Toutefois, pro¬
fitant d’une conjoncture favorable, durant la
et
colorants
Guerre
de
Sécession
aux
Etats-Unis, des
colons vont se lancer dans la culture du coton,
grande plaine d’Atimaono ;
terminée l’opération ne sera
plus rentable. On doit à la main-d’œuvre
chinoise, importée pour cette opération,
l’introduction
de
légumes asiatiques et
surtout
sur
la
mais la guerre
évidemment une forte contribution aux acti¬
vités agricoles. Les parcelles débroussées lors
du “boum” du coton furent alors plantées en
canne à sucre et en caféier.
Pour encourager ces premières tentatives
agricoles pour l’exportation, l’administration
Harrison Willard Smith
(1872-1947), le
fondateur du Jardin
botanique, introduisit
près de 250 espèces
à Tahiti. Sa
correspondance avec
les spécialistes des
jardins tropicaux du
Sud-Est asiatique et du
Nouveau monde
témoigne de l'ampleur
de ses recherches et des
efforts constants que
nécessitaient le
transport et
l'adaptation des plantes
nouvelles.
au-dessous :
Le Jardin botanique de
Papeari, créé par
Harrison W. Smith au
début du siècle, offre au
public une multitudes
d'espèces tropicales, sur
plus de 130 hectares, au
lieu-dit Motu Ovini.
58
industrielles,
décida de créer un véritable Jardin d’acclima¬
tation avec pépinière pour approvisionner les
planteurs en caféiers, cacaoyers, théiers,
arbres fruitiers et forestiers. Ce fut l’œuvre du
pharmacien de la Marine Raoul, débarqué à
Tahiti en 1887 avec une collection de plantes
récoltées
dans
colonies
les
précédentes.
lors
d’escales
Harrison Smith
L’œuvre la plus exemplaire en matière d’intro¬
ductions végétales est celle d’Harrison Smith,
ancien professeur du Massachusett Institute
of Technology qui vint se retirer à Papeari en
1919 pour y créer le Jardin de ses
mourut
en
1947.
Passionné
rêves et y
d’horticulture
tropicale, correspondant avec de nombreux
botaniques, voyageant
directeurs de Jardins
La récolte de la canne
à sucre à Atimaono, la
plantation la plus
importante de Tahiti.
La canne à sucre,
originaire de
Mélanésie, a d'abord été
introduite par les
premiers Polynésiens.
De nouvelles variétés
plus riches en sucre ont
été adaptées par les
colons dans la deuxième
moitié du XIXe siècle
afin d'en développer la
culture et l'exportation.
PLANTES INTRODUITES
dans tout le Pacifique de Ceylan à Panama, on
lui doit l’introduction de 250 espèces nouvelles
dont
le
fameux
pamplemousse sucré de
Sarawak, le ramboutan et de nombreuses
espèces ornementales. Son œuvre fut de
chercher à compléter la collection végétale
existante et, après acclimatation de nouvelles
espèces, les multiplier pour ensuite les
vulgariser et les distribuer. Naturaliste,
écologiste et aussi homme de bien, aidant les
plus défavorisés, son influence fut grande sur
la population et plus particulièrement sur celle
de Papeari où il organisa les premiers
concours
de jardins.
C’est pour rendre
hommage à ce bienfaiteur que la première
association
nom :
horticole
de
Tahiti
porte son
“L’Association Harrison Smith”. Créée
1974, elle a pour but de développer les
plantes ornementales mais aussi les jardins
en
Les botanistes autrefois
devaient faire preuve de
beaucoup d'imagination
et d'ingéniosité pour
maintenir en vie les
nouvelles plantes
découvertes au cours de
leurs voyages
d’exploration. Petites
serres,
publics. Elle gère une partie de l’ancien
domaine d’Harrison Smith devenue le Jardin
botanique.
améliorer les sols mais aussi pour produire du
Priorité aux plantes utiles
L’œuvre
d’Harrison
l’exclusivité fut donnée aux plantes utiles : ce
fut des espèces forestières pour protéger et
Smith
se
situe à
une
époque charnière où l’on passe des jardins
d’acclimatation aux jardins d’essais puis aux
stations expérimentales des Services
Agricoles. Ensuite, du fait du développement
des relations de Tahiti avec l’extérieur et face à
l’engouement des introducteurs ainsi
favorisés, le premier souci des agronomes des
Services Agricoles fut de mettre en place une
législation phytosanitaire pour introduire
avec les meilleures garanties et protéger ainsi
le capital végétal existant.
En matière
d’introductions végétales la priorité et même
bois, des espèces fourragères permettant à
l’élevage de se développer, répondant ainsi à
de nouveaux besoins, et de nouvelles espèces
et variétés
permettant d’améliorer et de
diversifier les exportations agricoles (coco¬
tiers, caféiers, cacaoyers, poivriers). Après
l’implantation du C.E.P., pour répondre aux
changements des habitudes alimentaires et
limiter les importations, la priorité fut donnée
à l’introduction de variétés potagères et
fruitières (agrumes).
Parallèlement, depuis 20 ans les parti¬
culiers ont introduit presque exclusivement
des espèces ornementales. Plusieurs modes se
sont succédé, mais la faveurdominante va aux
orchidées.
paniers
recouverts d’une natte
jonc tressé, tous ces
dispositifs devaient
permettre la
en
conservation des
plantes et graines
pendant les longues
traversées.
59
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
Les plantes pour
l’exportation
caractéristiques générales de l’éco¬
système en Polynésie permettent l’adaptation
d’un grand nombre d’espèces tropicales.
Aussi, dès la toute première période d’inté¬
gration de ce territoire à l’économie mondiale,
certaines espèces végétales nouvelles ont été
introduites dont la production était destinée à
être vendue sur les marchés d’exportation.
L’introduction de ces espèces eut lieu vers
le milieu du XIX= siècle. Il s’agit principale¬
ment de l’oranger (Citrus sinensis), du coton
(Gossypium sp.j, du café (Cojfea arabica), de
la vanille (Vanilla lahiiiensis), du tabac
(Nicotiana sp.j, du poivre (Peper nigrum) et
Les
Avant la vente au détail sous forme de
café torréfié, le café subit diverses opérations.
de la fécondation de la fleur provoquée artifi¬
(séparation de la pulpe), au séchage des grains
en parche, puis au déparchage (séparation des
parches) et au polissage (séparation de la fine
enveloppe entourant le grain de café vert). Le
de
On procède d’abord au dépulpage des cerises
café vert ainsi obtenu est ensuite torréfié.
La vanille
La vanille est une Orchidée qui pousse à l’état
sauvage en milieu forestier. Elle vit sur les
arbres en faux parasite, puisqu’elle n’en puise
la sève, mais s’accroche grâce à des
émis par la tige. Le fruit est une
gousse d’environ 15 à 20 cm de long résultant
pas
crampons
ciellement par l’homme.
La grande majorité des lianes de vanille
Polynésie sont de l’espèce Vanilla
lahiiiensis, dont l’origine génétique n’est pas
précisément. Les gousses de cette
espèce possèdent des arômes particuliers en
plus de la vanilline qui en font un produit à
part sur le marché mondial de la vanille.
Les premières lianes de vanille ont été
introduites en Polynésie en 1848 par l’amiral
Hamelin en provenance de Manille. Il est
possible que Vanilla lahiiiensis (vânira)
résulte d’une hybridation entre deux espèces
connue
introduites
vers
Actuellement
on
le
milieu du
XIX'= siècle.
rencontre encore des
lianes
du cacao (Theobroma cacao).
La place actuelle de ces 7 espèces dans le
dépend de la réussite technique et
économique de ces cultures dans un milieu
agricole dont il faut souligner l’hétérogénéité
selon les archipels. Si chacune de ces espèces
est présente dans la flore polynésienne, seuls le
café, l’oranger et la vanille sont encore
exploités.
paysage
En 1874, 1 200 ha de coton étaient
recensés à Tahiti, dont plus de 400 sur le
domaine
d’Atimaono
à
Papara. Cette
production s’éteignit au début des années 1890
raison de la chute des cours mondiaux due
à la reprise de la culture du coton aux Etats-
en
Unis, à la fin de la guerre de Sécession.
Quant au tabac, au poivre et au cacao, ils
n’ont jamais été cultivés sur des surfaces
importantes.
Le café
Le caféier est un arbuste à feuillage persistant
de 8 à 12
m de hauteur à l’état sauvage en
milieu forestier. Il porte des rameaux opposés
lesquels se développent les feuilles, les
fleurs et les fruits. Le fruit est une drupe
sur
(appelée cerise), de couleur rouge à maturité,
d’une taille de 8 à 15 mm.
Le café a été introduit à Tahiti en 1817
par le capitaine Marsden. L’espèce présente en
Polynésie est YArabica, originaire des hauts
plateaux d’Ethiopie. La teneur en caféine de
cette espèce est inférieure à celle de l’espèce
Canephora dont est issu le type Robusta ( 1,2 à
1,6 % contre 2 à 2,5 %).
Les caféiers constituent fréquemment les
sous-bois des forêts des vallées dans les îles
hautes. On ne le trouve pas dans les atolls. Les
caféières
qui existent
en
Polynésie sont
presque toutes extrêmement âgées (50 à 60 ans
en
moyenne).
La
cueillette
du café relève plus d’une
qui n’est désormais pratiquée que
culture
dans les Australes, notamment à Raivavae
(50 % environ de la production polynésienne).
Depuis 1982, une maladie cryptogamique s’est
développée sur les peuplements de café. Cette
Les cerises de café
(taofe) sont à maturité
rouille du caféier (Hemileia vaslairix) provo¬
vers
que de gros dégâts sur les vieilles caféières. La
production
du café oscille entre 50 et
100 tonnes par an. Les exportations ont cessé
depuis 1965.
60
Cerises mûres
1 000 g
Café parche sec
240 g
les mois de mars-avril.
Café vert (marchand)
200 g
Café torréfié
160 g
Le café à ses différenfs
sfades, équivalence en
poids. Un caféier peut
produire entre 1,5 et
2,5 kg de cerises par an,
soit entre 240 et 400
grammes de café
torréfié.
PLANTES INTRODUITES
de Vanillafragrans (haemae, ohitimataura)en
Polynésie, mais cette variété ne fleurit qu’aux
Australes.
Très répandue jusqu’au début des années
1960, cette culture avait disparu pratiquement
1980. Cependant, on
fréquemment des lianes de vanille à
l’état sauvage dans les sous-bois des vallées de
la plupart des îles de la Société.
Le principal centre producteur est aux
îles Sous-le-Vent. Depuis 1983, un plan de
développement de cette culture favorise la
création de petites vanillières et devrait
permettre à la Polynésie de retrouver la place
privilégiée qu’elle occupait auparavant sur le
aux alentours des années
trouve
marché mondial de la vanille.
PRODUCTION DE CAFÉ
PRODUCTION DE VANILLE
I pour 1
Rimatara
%
• pour
1 %
Rurutu
••••••••
Tubuai
••••••••
••••••••
•••••
Raivavae
Rapa
Ces plants de vanille
poussent sur des tuteurs
naturels (Gliricidia
maculata).
Les gousses de vanille
verte ont une disposition
dite "en balai”.
La production de vanille
devrait passer de
4 tonnes en 1984 à une
cinquantaine de tonnes
vers
1990.
La production de café
est stationnaire-depuis
une
quinzaine d’années.
Celle des îles Marquises
a cessé depuis 5 ans.
61
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
Les plantes fruitières
Avant de
parler des nouvelles espèces
fruitières introduites, il faut considérer le cas
des nouvelles variétés d’espèces déjà connues
siennes
mei'a
ma’ohi.
Au
Service de
l’Economie Rurale on doit l’introduction de la
Yangambi, résistante à la
cercosporiose, maladie qui sévit plus particu¬
variété africaine
lièrement dans les zones humides.
picales de ces deux continents mais aussi par
leur relative proximité, et la rareté des espèces
africaines introduites se retrouve aussi parmi
les
plantes potagères, ornementales et
forestières.
Sur la centaine d’espèces fruitières intro¬
par les
bananes
Polynésiens. Ainsi les variétés de
duites, bon nombre n’existent qu’à l’état de
collections ou sont rarement cultivées.
Oranges et pamplemousses
tivement
par le missionnaire Williams et
Bonnard ont par leurs qualités
prédominance des espèces fruitières
asiatiques et américaines introduites à Tahiti
peut s’expliquer par la richesse des zones tro¬
gateurs, fut la première espèce
introduite. En effet les oranges
l’amiral
Hâmoa et Rio introduites respec¬
supplanté rapidement les variétés polyné¬
La
L’oranger, introduit
par
les premiers navi¬
populaire
étaient si
Proche Orient
Ficus carica L.
Moracée
Punica granatum
L. Punicacée
Figuier, Tute
Grenadier
Afrique
Tamarindus indica L. Légumineuse Tamarinier, Tameren/
Les espèces fruitières
ies pius connues,
ciassées seion ieur
centre de
primodomestication.
Sud-Est asiatique
Artocarpus heterophyllus Lmk.
Moracée
Averrhoa carambola L.
Oscaiidacée
Canarium indicum L.
Burseracée
Citrus aurantiilolia Swingie
Rutacée
CItrus grandis
(L.) Osbeck
Rutacée
variété Sarawak
Citrus nobilis Lour
Rutacée
Citrus sinensis (L.) Osbeck
Rutacée
Durio zibethinus fVIurr.
Bombacacée
Eugenia jambos L.
Eugenia cuminii (L.) Druce
Nephelium longana (Lmk.) Cambess,
Garcinia mangostana L.
Myrtacée
Myrtacée
Sapindacée
Lansium domesticum Jack.
Litchi sinensis Sonn.
Mangifera indica L.
Nephelium lappaceum L.
Guttiferacée
Meiiacée
Sapindacée
Anacardiacée
Sapindacée
Jacquier, ’Uru taratoni
Caramboiier, 'Ahi'a fetu'e, Ma'a 'ôrapa
Noix mission, ’Autara'a pa'a 'ere'ere
Lime, Tâporo
Pampiemoussier sucré.
'Anani papa'S rarahi
Mandarinier, 'Ânani papa'S
Oranger, 'Ânani
Durian
'Ahi'a papa'S
Jameionguier, Piti vare'au
Œii de dragon
Mangoustan
Langsat
Litchi
Manguier, Vi papa'S
Amérique centrale et du Sud
L,
Sapotacée
Achras zapota
Anacardium occidentale L.
Ananas comosus
Annonacée
Annona muricata L.
Annonacée
Annona reticulata L.
Annonacée
Annona squamosa L.
Annonacée
Carica papaya L,
Caricacée
Passiflora edulis Sims
Sapotiiiier, ’Apara tapau
Noix cajou, 'Ahi'a huero ’aratita
Ananas, Painapo
Chérimoiier
Corossoiier, Tapotapo (taratara)
Cœur de bœuf, Tapotapo
Pomme canneiie, Tapotapo
Papayer, 'f'fta
Pomme étoiie, ’Âpara feti'a
Pacayer, Patai
Chrysophyllum cainito L.
Inga edulis Martius
Melicocca bijuga L,
Sapotacée
Légumineuse
Sapindacée
Passifloracée
Passiflora quadrangularis L,
Grenadiiie pourpre
Passifloracée
Barbadine, Pârapautini
Avocatier, 'Âvôta
Persea americana Mill.
Lauracée
Psidium cattleyanum Sab.
Myrtacée
Myrtacée
Psidium guajava
L.
Spondias mombin L.
Ramboutan
Broméliacée
Annona cherimifolia Mill.
Le pamplemoussier
CItrus grandis (’ânanl
papa'S rarahlj. La variété
Sarawak a été introduite
par Harrison Smith. Son
goût sucré iui a vaiu un
vif succès. Depuis peu
on en commerciaiise ie
jus (69 000 iitres en
1984).
L’avocatier Persea
americana (’àvôta) a été
introduit en 1846 par
i’amirai Hameiin.
62
(L.) Merr.
Anacardiacée
Anacardiacée
Quenettier
Goyavier, Tûava tinito
Goyavier, Tûava
Mombinier jaune
PLANTES INTRODUITES
bonnes que les Tahitiens en semèrent partout,
même en montagne lorsqu’ils allaient aux /e’/,
à tel point qu’à l’époque de G. Cuzent (1854)
on faisait le tour de l’île de
Tahiti au milieu des
orangers et on exportait des oranges vers la
Californie. Malheureusement, suite à l’intro¬
duction de maladies, ces premiers orangers
furent décimés et ceux que l’on trouve encore
montagne sont les derniers témoins résis¬
tants de cette époque. Par contre les premiers
pamplemoussiers introduits par Cook lors de
son troisième et dernier voyage donnèrent des
fruits si amers qu’il faudra attendre les
en
premiers pamplemousses sucrés, en 1930, de
la variété Sarawak introduite par Harrison
Smith, pour que cette espèce devienne popu¬
laire. Cette remarque concernant le lien entre
la saveur et la popularité d’un fruit est très
importante car elle explique le peu de succès
de bon nombre d’espèces introduites. En effet
la centaine d’espèces introduites l’ont été en
général par graines qui ne transmettent pas
obligatoirement les qualités des fruits dont
elles proviennent et le hasard ne nous a été
favorable que très peu de fois.
Vers une production fruitière ?
:
l’ananas
de
Moorea,
1 100 tonnes en 1983).
Beaucoup s’interrogent sur le nombre
important de fruits tombés à terre et perdus
(mangues, avocats, etc.) et de leur rareté chez
les commerçants. C’est que le désenclavement
de nos îles a favorisé la venue de nombreux
parasites dont certains, comme la mouche
australienne, sont très néfastes
le
pamplemousse sucré et la mangue mission. 11
reste donc beaucoup de travail à faire en la
matière si l’on veut profiter de la diversité et de
la saveur des fruits tropicaux et sortir de la
situation anormale actuelle qui fait que le fruit
le plus commercialisé en Polynésie soit la
pour
nos
plus, beaucoup de fruits sont
produits par des arbres nécessitant de bons
terrains et du temps (souvent cinq ans pour la
première récolte).
fruits.
Ainsi peut-on affirmer qu’aujourd’hui seules
trois de nos variétés fruitières sont de qualité
internationale
pomme (environ
De
Pour permettre une production fruitière
diversifiée
et
de
qualité,
il conviendrait
d’introduire les meilleures variétés, de réserver
les terrains les plus propices et de former des
arboriculteurs
espèces.
professionnels
pour
ces
L’Ananas comosus
(painapo) a été introduit
par ie capitaine Biigh
en
sur
1789. li est cuitivé
prés de 100 hectares
à Moorea et environ 30 à
Tahiti. La grande saison
de production naturelie
est la saison chaude
(octobre-novembre à
février), mais,
artificiellement, on peut
étaler la production sur
toute l’année.
La pomme et la noix
cajou de l’anacardier,
introduit en 1875 par
M. Goupil. La pommeest
en fait un faux fruit,
Le ramboutan ou litchi
chevelu a une peau
rouge.
puisqu’elle provient de
la transformation du
pédoncule floral, le vrai
fruit étant la noix.
Le papayer Carica
papaya (fita), originaire
du Mexique, existe
depuis très longtemps à
Tahiti. On le reconnaît
facilement avec ses
feuilles profondément
découpées formant un
bouquet terminal.
Au marché de Papeete,
entre les petits tas de
bananes et de fe'i, on
trouve les grappes de
quenettes dont l'arille à
saveur acidulée
peu astringente.
La pomme cannelle
Annona squamosa
(lapotapo tinito). Ce
fruit, à la chair molle et
blanche, a un goût sucré
et délicatement
parfumé.
Citrons verts confits
à la chinoise.
est un
Le goyavier Psidlum
guajava (Wava) a été
introduit en 1815 par le
missionnaire Bicknell.
Ses fruits jaunes sont
très parfumés et la chair
rose des goyaves
renferme de
nombreuses graines
dures. On en fait de très
bonnes marmelades.
A la saison des oranges
(de mai à juillet environ)
trouve sur les bords
de la route des vendeurs
occasionnels qui
on
proposent les oranges
cueillies sur les plateaux
de la Punaruu,
soigneusement
présentées dans des
filets en pürau, les loto.
63
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
Les plantes
légumières
et leur culture
C’est par souci de la santé de leurs équi¬
pages et par attachement à leurs habitudes
alimentaires que les premiers navigateurs
introduisirent les plantes légumières d’ori¬
gine européenne en Polynésie. Mais il fallut
attendre l’arrivée des missionnaires anglais
puis celle des missionnaires catholiques fran¬
çais pour que s’établissent les premiers jardins
potagers.
Ces introductions furent complétées,
dans la deuxième moitié du XIX= siècle, par
celles de
légumes asiatiques réalisées par la
main-d’œuvre chinoise importée pour
travailler dans les plantations de coton
d’Atimaono à Tahiti.
Missionnaires européens et paysans
chinois ont ainsi été les artisans de l’acclima¬
tation
des
productions maraîchères en
l’O.R.S.T.O.M. sur une parcelle située à
700 m d’altitude sur une pente de 32° ont
permis d’évaluer à 361/ ha la quantité de terre
entraînée après une pluie de 363 mm
enregistrée du 7 mars au 18 avril 1974.
Tentatîves et expérîmentations
en particulier
conditions relativement
favorables à la culture des légumes européens :
températures plus fraîches, pluies bien
réparties, plaine littorale assez large s’ajou¬
tant aux bonnes dispositions agricoles d’une
population courageuse. En 1962, il a été
décidé d’y développer la production de
légumes. Choux, carottes, oignons, tomates et
pommes de terre affluent à Tahiti de 1963 à
1971. Mais, fortement pénalisée par son éloi¬
gnement du marché et la difficulté des liaisons
avec
Tahiti, cette production cesse
pratiquement en 1972.
Depuis 1980, la production de pommes.
Les îles Australes et Tubuai
présentent
des
de terre s’est
développée, principalement à
Tubuai, mais aussi à Rurutu et à Rimatara,
encouragée par les pouvoirs publics : organi¬
sation de l’approvisionnement et de la
commercialisation
aides aux travaux
,
mécaniques, prêts et subventions, encadre¬
ment technique et liaisons maritimes régu¬
lières. Cette production est réalisée pendant
les 6 mois frais de l’année, de juillet à
décembre, sur des exploitations de type
familial, les superficies variant de 500 m^ à
3 ha.
De 1968 à 1975 une technique de culture
hydroponique avait été mise au point afin de
proposer aux populations des atolls des
Tuamotu un moyen de produire des légumes
pour les besoins familiaux. Cette “culture sans
sol” a lieu sur un substrat neutre disposé dans
des bacs de ciment recouverts d’une toiture en
plastique transparent, et nécessite l’utilisa¬
d’arrosages fertilisants dosés avec
précision. Elle assure une production très
intensive et très régulière. Mais, du fait du
tion
Polynésie, productions assurées à des fins
d’autoconsommation.
Le développement
de la production maraîchère
Dans les années 1960, le Territoire connaît,
suite à l’installation du C.E.P. et au dévelop¬
pement de l’industrie touristique, une brutale
évolution socio-économique, se traduisant
notamment par une très forte augrhentation
de la consommation en légumes frais. Celle-ci
atteignant près de 10 000 tonnes dès 1970 est
dans un premier temps satisfaite pour
l’essentiel par l’importation.
Progressivement la production locale va
s’accroître et adopter des physionomies très
variables en fonction des zones géogra¬
phiques et au fur et à mesure de l’évolution de
la technicité des maraîchers locaux. Avant de
présenter le visage actuel d’une activité déve¬
loppée en pleine terre principalement dans les
plaines du sud-ouest et les plateaux de la
presqu’île de Tahiti, le maraîchage polynésien
a pris différentes formes
: maraîchage de
montagne, production de légumes aux
Australes, cultures hydroponiques...
Le maraîchage de montagne
Jusqu’en 1971, la production commercialisée
de légumes est presque exclusivement le fait
d’une centaine de
maraîchers d’origine
asiatique qui, pour des raisons à la fois écono¬
miques (loyers très bas des terres) et
techniques (températures fraîches, sols bien
drainés et riches), cultivent les pentes souvent
très fortes des collines des environs de Papeete
à une altitude variant de 200 à 700 m.
Cette production, si elle ne nécessite pas
de technicité particulière (on sème à la volée
légumes) et atteint
1970, présente de sérieux
inconvénients. Saisonnière, elle ne peut
couvrir la consommation annuelle (culture
impossible pendant les fortes pluies et les
sécheresses trop marquées). De plus, elle
provoque une érosion importante des sols de
montagne : des mesures effectuées par
toutes
sortes
2 500 tonnes
64
en
de
Maraîchages chinois
Des parcelles de culture
molu à Huahine.
Pastèques, melons et
de montagne à Faaa. Ce
sur un
à disparaître au
profit de
la culture en plaine et de
la culture sur les
sur un réseau de trous
creusés dans le sol
corallien après le
déboisement de l’îlot.
On les remplit de terre
type de culture sur
pentes, autrefois très
prospère, a tendance
plateaux de la presqu’île
de Tahiti.
poivrons sont cultivés
argileuse collectée sur la
partie volcanique de l’île.
PLANTES INTRODUITES
haut niveau requis des investissements et de la
technicité, cette culture, adoptée de 1968 à
1975 par quelques agriculteurs de Tahiti, avec
une production maximale de 200 tonnes en
1973, devait cesser en 1975.
La culture maraîchère actuelle
à Tahiti
Plus
de
200
maraîchers, .pour la plupart
d’origine polynésienne, commercialisent près
de 5 000 tonnes de légumes par an (tomates,
laitues, choux, concombres...), les surfaces
cultivées représentant plus de 500 hectares et
étant situées principalement dans la plaine de
Papara et les plateaux de moyenne altitude de
la presqu’île.
La maraîchage est, après le coprah, la
deuxième activité agricole de Polynésie. Il est
appelé à connaître un important développe¬
ment dans les années à venir, le manque
d’organisation de la profession rendant
actuellement difficile l’accès de la production
sur
les
circuits
de
communication
et
entraînant des prix élevés au détail.
Les cultures sur motu
Vers les années 1960 est apparu aux îles Sousle-Vent un type de culture très particulier qui
n’a cessé de s’intensifier jusqu’à maintenant :
la culture des légumes sur les motu coralliens.
Les agriculteurs détruisent la végétation
présente sur l’îlot, creusent dans le sol un
réseau plus ou moins dense de trous dans
lesquels ils apportent environ 100 Kg de terre
argileuse prélevée sur l’île haute. Puis ils
sèment et plantent dans les trous et, avec des
moyens techniques assez élaborés (irrigation à
partir de la nappe phréatique, fertilisation,
pulvérisation de pesticides...) ils cultiventavec
réussite des légumes destinés au marché de
Papeete : pastèques, 1 200 t, melons, 600 t,
tomates, poivrons... Cette culture fait vivre
près de 300 familles et concerne les îles de
Huahine, Maupiti et à un degré moindre Bora
Bora et Tahaa.
Le Xanthosoma
sagittifollum (tarua) ou
Line exploitation
maraichère intensive
sous abri à Papara. Ce
type d’installation, dont
le coût est très élevé, est
destiné à assurer la
protection des cultures
contre les pluies très
violentes et à permettre
ainsi un meilleur
étalement de la
production sur toute l’année.
chou caraïbe a été
introduit d'Amérique
tropicale par les
premiers missionnaires.
Comme ses tubercules
après cuisson
présentaient des
analogies de
consistance et de goût
avec les fruits cuits du
badamier, de présence
préeuropéenne, nommé
tarua, les Tahitiens
lui attribuèrent ce
vocable.
De la même
famille que le tara et plus
rustique, cette espèce
est toutefois moins
cultivée. Ses tubercules
permettent néanmoins
de fabriquer des chips
très appréciées sur le
marché local.
Le gingembre ordinaire
(Zingiber officinale).
Introduit par les Chinois,
il est appelé en tahitien
re'a tinllo, pour le
distinguer du re'a tahiti,
lui aussi d’origine
asiatique mais introduit
par les Polynésiens.
Le fouka des Chinois de
Tahiti, appelé aussi la
margose dans les
territoires français
d’outre-mer et bittergourd par les AngloSaxons (Momordica
Le sika des Chinois de
Tahiti, appelé aussi la
papengaye dans ies
territoires français
d’outre-mer, ou encore
éponge végétale (Luffa
acutangula). Les fruits
ne peuvent être
consommés qu’à i’état
très jeune, car ensuite il
se développe un réseau
de fibres qui, à maturité,
constitue une véritable
éponge.
La courge chinoise,
mautinl tinllo
(Benincasa hispida),
posée sur des choux
chinois, pola tinito.
On reconnaît les deux
sortes de choux chinois :
le Brassica sinensis
(pak-choï) dont on
mange plutôt les
pétioles de feuilles
élargis et charnus, et le
Brassica pekinensis
(pe-tsaï):
charantia). La plante est
annuelle, grimpante,
avec
des feuilles
profondément lobées et
des fleurs jaunâtres, A
l’état subspontané, on
trouve la forme sauvage
à petits fruits, tandis que
la variété cultivée a de
gros fruits, recouverts
d’excroissances
irrégulières. Le fruit, très
est récolté avant
maturité et souvent
amer,
dégorgé avec du sel et
du citron avant d’être
cuit. A maturité, le
fruit devient jaune puis
s’ouvre en trois
lambeaux irréguliers
lesquels adhèrent les
graines enveloppées
sur
d’une pulpe rouge sang
Germes de soja. Cette
appellation est en fait
erronée, car les graines
utilisées sont celles d’un
haricot particulier,
Ptiaseolus aureus, et
non celles du soja
véritable (Glycine
maxj. La farine des
grains de ces haricots,
que les Anglo-Saxons
appellent mung beans,
entre dans la
composition des
vermicelles chinois
transparents.
65
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
Les plantes
ornementales
légumières et de la centaine d’espèces
fruitières introduites.
Cet engouement a évidemment une
Nulle part ailleurs au monde qu’à Tahiti,
la fleur n’a une place aussi prépondérante
dans la vie de tous les jours : on la porte à
l’oreille, dans les cheveux,
on
la trouve en
bouquets dans tous les lieux publics, les
guichets... on en parle dans les bureaux, dans
la rue, elle fait l’objet de convoitises, de vols,
d’échanges, de commerce, d’expositions... et
l’on ne programme pas un voyage à l’étranger
sans envisager de ramener une nouveauté. Le
résultat
c’est
que
Tahiti possède une
honorable collection de plantes ornemen¬
tales : plus de 1 000 espèces introduites et
évidemment beaucoup plus de variétés, c’est
énorme à côté de la cinquantaine d’espèces
grande importance économique et sociale
(nombreuses associations) mais surtout une
grande influence sur les paysages qui ne
cessent de changer. Dans les zones habitées où
l’influence humaine est importante, le bon
emploi d’espèces ornementales améliore
l’environnement ; par contre lorsque certaines
espèces échappent à là maîtrise de l’homme
pour devenir envahissantes dans les zones
naturelles, le résultat est catastrophique pour
les espèces indigènes qui alors peuvent
régresser jusqu’à disparaître. Il faut donc être
très prudent dans les introductions pour ne
pas menacer le patrimoine naturel polynésien.
Les espèces épineuses sont les premières à
déconseiller : ainsi le lantana et la sensitive ont
été néfastes ; de même que les espèces toxiques
Les hibiscus (’aute) aux
couleurs variées sont
très cultivés à Tahiti et
font l’objet
Le franglpanler,
de concours.
Tahiti en 1852 par
M. Abadie. Il en existe de
nombreuses variétés de
différentes couleurs,
très appréciées pour
confectionner colliers et
d'hybridations et parfois
originaire d’Amérique
tropicale fut introduit à
Gardénia tallensla (tiare
tahitl) donne rarement
des graines, ce qui laisse
couronnes.
à penser que sa
propagation est due à
l'homme depuis les
premières migrations.
66
Plumerla ssp. (Ilpanlë).
Cet arbrisseau
Ses rameaux coupés qui
vivent longtemps lui
valent d’être l’emblème
de l’immortalité.
(Jatropha,
Thevetia)
qui
peuvent
être
mortelles pour l’homme ou les animaux. Cette
prudence concerne aussi les meilleures
garanties phytosanitaires qui doivent accom¬
pagner toute introduction végétale. En la
matière les graines sont en général
préférables aux boutures et marcottes même si
elles
ne
permettent pas un, résultat
rapidement.
Tout pousse, mais tout
fleurit pas
ne
Les conditions climatiques sont favorables à
croissance, toutefois certains excès sont
Ainsi l’excès d’eau asphyxie les
plantes de zones sèches et, de même, les
plantes nécessitant des périodes de repos
s’épuisent très vite. Toutes les plantes de zones
tempérées à floraison printanière ont une
la
néfastes.
PLANTES INTRODUITES
bonne croissance mais
ne
fleurissent pas
à
Tahiti, des températures basses étant néces¬
saires pour initier leur floraison. Pour les
plantes à floraison estivale, leur floraison est
souvent plus courte et moins intense, car les
jours (périodes de lumière) sont trop courts à
Tahiti. Il importe donc de bien étudier les
exigences climatiques d’une espèce avant de
l’introduire et ce afin de ne pas ternir l’aspect
luxuriant de la végétation polynésienne par la
présence d’espèces mal adaptées.
Le Polynésien d’aujourd’hui :
un
horticulteur et un paysagiste
Les dispositions de sélection et de création que
Polynésiens d’autrefois ont su exprimer
leurs plantes utiles, les Polynésiens
d’aujourd’hui les expriment par les plantes
ornementales. A partir des plantes intro¬
les
pour
duites, par des hybridations ils essaient d’allier
plusieurs qualités ou recherchent de nouvelles
nuances, de nouvelles formes. Cette création
de nouvelles variétés d’hibiscus, d’anthurium,
d’orchidées... rappelle en d’autres temps la
création de variétés d’arbres à pain et il n’est
pas du tout utopique d’envisager l’exporta¬
tion de ces nouvelles obtentions polyné¬
siennes.
Déjà certains touristes, profession¬
nels en la matière, savent les apprécier à leur
juste niveau. A ce sens inné peu commun du
végétal, ce goût pour la collection de plantes,
le Polynésien et surtout la Polynésienne, car
les jardins et les fleurs sont surtout des
activités féminines, ajoutent des dispositions
de décorateur. La qualité des nombreuses
expositions, des jardins particuliers et des
floralies annuelles en témoigne.
Ces dispositions horticoles doivent être
encouragées, non seulement à cause de leur
Les haies composites
sont fréquentes à Tahiti.
Celle-ci est formée de
pandanus panachés sur
lesquels s'agrippent des
allamandas et des
bougainvillées.
Les bougainvillées
(Bougainvillea glabra et
B. spectabilis) ont de
minuscules fleurs
jaunes. Ce sont les
bractées groupées par 3
qui constituent
leur parure.
à droite :
Massif de Coleus
(terevete).
Le flamboyant, Delonix
regia, originaire de
Madagascar, est
certainement l'arbre à
fleurs le plus populaire
des Tropiques. Il perd
ses
feuilles en juillet-
août-septembre avant la
floraison qui est plus
intense en décembre et
janvier. Il en existe une
variété à fleurs jaunes.
fonction éducatrice et créatrice qui
enrichissent l’homme, mais aussi à cause de
leur influence positive sur la qualité de
l’environnement et de l’image de marque
qu’en matière de paysages et de fleurs Tahiti se
doit d’entretenir.
Les exportations de fleurs
Il paraît logique que Tahiti, pays d’abondance
en
fleurs, cherche à en exporter. Suite à une
conjoncture
favorable
(liaisons
aériennes
directes avec des pays importateurs tels que le
Japon et le Canada) des essais ont commencé
en 1974 mais ont été
interrompus en 1979 à
cause d’un changement de politique en la
matière. Les résultats acquis peuvent se
résumer ainsi. Tous les pays importateurs sont
dans l’hémisphère Nord (Etats-Unis, Canada,
Japon, Europe occidentale) et 80 % de leurs
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
importations se font d’octobre à mars. Le coût
transport aérien étant élevé, les pays
tropicaux de l’hémisphère Nord sont donc
favorisés par leur relative proximité des
marchés, vis-à-vis des pays tropicaux de
l’hémisphère Sud, tels que Tahiti, mais une
complémentarité existe entre ces deux zones
puisque pour beaucoup d’espèces un décalage
quelques
de six mois existe dans la floraison. Les fleurs
tourisme
pour l’exportation, en plus de qualités esthé¬
développe. Ainsi les beaux jardins, concentrés
il y a quelques années dans la zone urbaine,
font aujourd’hui le tour de l’île, atteignent les
collines (lotissements en montagne) et de
du
tiques et phytosanitaires, doivent présenter
dispositions favorables au conditionne¬
des
ment et à la
conservation.
En conclusion, des potentialités existent
amateurs
devenir de
fessionnels.
véritables
passionnés
doivent
horticulteurs
pro¬
Un fleurissement
en
développement
Avec
l’augmentation de la population et du
fleurissement
le
nombreuses
îles.
Les
modes
de
Tahiti
se
horticoles de
à Tahiti pour certaines espèces d’héliconias
fleurissant exclusivement d’octobre à mars ou
Tahiti sont rapidement suivies dans les îles les
pour d’autres espèces telles que l’anthurium et
Ces
nouvelles
plantes ornementales
viennent de partout mais surtout d’Hawaii, de
Vôpuhi fleurissant beaucoup plus durant cette
période. Pour exploiter ces créneaux.
plus reculées.
Californie, de
Floride,
de Thaïlande, de
Singapour et aussi de France. Le Polynésien
est
à l’affût de toute nouveauté. Comme les
jardins sont de plus en plus petits, qu’il n’y a
guère de place pour de nouveaux arbres et
arbustes, et que beaucoup doivent se
contenter de terrasses, la priorité est donnée
aux orchidées, plantes épiphytes pouvant se
contenter
d’un
panier suspendu et quî
présentent une diversité de formes et de
couleurs, l’homme en créant tous les jours de
nouvelles.
Si cette passion collective pour les plantes
ornementales
introduites
a
des
aspects
positifs, il serait dommage que des excès (ce
qui est fréquent pour les passions) mettent en
péril les fleurs et les plantes de montagne. Le
Polynésien doit apprendre à connaître les
richesses végétales de son patrimoine pour
préserver son authenticité.
Hellconla rostrata,
originaire du Pérou.
Parmi toutes les espèces
d'héliconias
(150 environ) une
trentaine ont été
introduites à Tahiti pour
leurs qualités
décoratives
(inflorescences
originales, feuillage
coloré). On les appelle
parfois “faux oiseaux de
Paradis”.
bas à droite :
Un plan d’eau avec des
en
nénuphars (Nymphéa
sp.)
Brassala actinophylla,
“arbre parapluie” ou
“arbre pieuvre”, est
est très ornemental par
appelée Monette à
Tahiti, très décorative
avec ses grandes fleurs
jaunes et son feuillage
luisant, et la pervenche
de Madagascar,
rayonnantes,
sont des
originaire d'Australie. Il
feuilles en forme
d'ombrelle et ses
ramifications florales
ses
en
bas à gauche :
Alpinla purpurata
(’ôpuhl). Introduite
depuis une dizaine
d'années â Tahiti, on lui
a
donné le nom d’une
plante indigène de la
même famille, poussant
le long des cours d'eau.
68
Allamanda cathartica,
Catharanthus roseus,
plantes à
floraison permanente.
Russelia equlselltormis,
appelée parfois “plante
corail” ou “goutte de
sang”, originaire du
Mexique, est très
décorative avec ses
feuilles réduites à des
rameaux articulés et ses
petites fleurs rouges.
PLANTES INTRODUITES
Les plantes
forestières
Lorsqu’on évoque la végétation de la
Polynésie, on pense immédiatement à une
flore luxuriante et on imagine pouvoir y
trouver la
forêt dense habituelle des climats
tropicaux humides.
teraie, urbanisation...) auxquelles viennent
s’ajouter les feux de brousse et, dans certaines
îles, le bétail en divagation. L’exploitation
actuelle des lambeaux de la forêt naturelle se
limite à la cueillette d’arbres isolés. VArto-
altilis (’uru), le Neonaudea forsteri
(mara) et le Rhus taitensis (’âpape) sont
utilisés pour la fabrication de pirogues et VHi¬
biscus tiliaceus (pûrau)pouT les membrures de
bateaux. Le Casuarina equisetifolia (’aito)sevl
carpus
La forêt naturelle
En dehors des zones sèches des îles Marquises
et
sensible au niveau de la strate arborée, mais
aussi
la
disparition progressive des
boisements les plus riches par suite de la con¬
currence des activités humaines sur les rares
terrains fertiles (agriculture vivrière, coco-
des atolls, cette forêt existe bien, mais elle
masque l’absence d’espèces ligneuses suscep¬
tibles de produire du bois dans les conditions
économiques modernes. Il faut bien sûr incri¬
miner la pauvreté floristique de ces îles isolées
en
plein océan qui est particulièrement
pour faire les charpentes des maisons tradi¬
tionnelles.
Le
Calophyllum inophyllum
est employé pour le mobilier
rustique ; le Cardia subcordata (tou) et le
(tâmanu)
Thespesia populnea (mira) pour la sculpture.
Enfin, avec VInocarpus fagifer (mâpê) on fait
du charbon de bois.
Les apports accidentels
Jusqu’au milieu du XX' siècle les introductions
végétales ne semblent guère avoir été motivées
par des préoccupations sylvicoles. Quelques
essences
forestières
intéressantes
ont
cependant été introduites notamment par le
docteur Johnstone et par Harrisson Smith,
mais elles n’ont donné lieu qu’à des planta¬
tions de sujets isolés dans des parcs. La forêt
naturelle a cependant été profondément
modifiée par plusieurs espèces fruitières,
fourragères ou ornementales introduites à
cette époque. Certaines sont disséminées dans
le milieu comme Terminalia catappa Çautera'a)
ou Cananga odorata (moto’i ou ylang-ylang) ;
Terminalia catappa
(’autera'a), au port étalé
caractéristique, est
fréquemment planté en
bordure de mer, pour
son
son
aspect décoratif et
ombrage dense.
Cardia subcordata (tou)
est le matériau préféré
des artisans
polynésiens. C’est un
bois facile à travailler
dont les veines
contournées donnent
aux
sculptures un relief
saisissant.
L’ylang-ylang (moto'l).
La fleur vert pâle du
Cananga odorata, au
parfum pénétrant, est
souvent utilisée pour la
confection des
de têtes.
couronnes
On reconnaît de gauche
à droite : Hibiscus
tiliaceus (pOrau),
Calophyllum
inophyllum (tâmanu) et
Terminalia catappa
('autera’a) qui sont
actuellement les bois les
plus recherchés en
menuiserie et en
construction navale.
Casuarina equlsetlfolla
(•alto). Cet arbre se
rencontre
principalement en
bordure de mer sur les
îles hautes comme sur
les atolls (à droite).
Son port élancé et son
feuillage léger en fontun
brise-vent idéal,
fréquemment utilisé
haie, d’autant
plus apprécié que sa
croissance est rapide
(à gauche).
comme
69
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
d’autres ont entièrement colonisé leur biotope
point de former par place des peuplements
pratiquement purs. Citons des espèces
fruitières comme Mangifera indica (vipapa'â
ou
manguier) et Eugenia cuminii (faux
pistachier), une espèce fourragère, le
Leucaena leucocephala (acacia) et VAlbizia
lebbeck, introduit comme arbre d’ombrage
au
des cultures.
Les débuts d’une politique
forestière
Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale
que des introductions végétales ont été faites
dans le but de créer un massif forestier. Les
premières tentatives sont réalisées par l’admi¬
nistration à Tahiti (domaine Labbé, domaine
de Taravao) puis dans les îles Sous-le-Vent
avec
des Myrtacées (Eucalyptus robusta,
Eucalyptus citriodora, Eucalyptus tereticornis, Syncarpia sp.). Ces plantations ont
croissance
satisfaisante
mais
elles
resteront limitées à quelques stations et seront
une
ultérieurement
abandonnées faute de
débouchés sur le marché local (essences pape-
tières).
A partir de 1947, le Service de l’Agricul¬
également essayé d’acclimater divers
pins tropicaux, mais sans succès faute de
l’introduction simultanée des mycorhizes
nécessaires à leur développement. En effet, ces
champignons microscopiques vivent en
ture a
association avec les racines d’arbres forestiers
et permettent une meilleure nutrition et donc
une croissance plus rapide.
Les premières
introductions réussies ont finalement été
réalisées de 1961 à 1964 pour les Pinus kashya,
canariensis, elliottii, merkusii et caribaea. Les
essais seront poursuivis de 1965 à 1968 sous
l’impulsion de R. Millaud qui introduira 15
espèces de pins tropicaux implantés à
Opunohu (Moorea) et Mahina (Tahiti). La
forestière va
1966, date de la
création au sein du Service de l’Agriculture
définition
d’une
politique
réellement commencer après
d’une section forestière.
Le premier objectif est de reboiser les
terrains soumis à l’érosion ou ravagés par les
feux de brousse, et pour cela
la principale
VAlbizia.falcata, légumineuse originaire d’Asie du Sud-Est. Les
peu¬
plements d'Albizia falcata couvrent 2 375 hec¬
tares dont près de la moitié dans les îles Sousle-Vent.
La
régénération naturelle est
abondante, et cette espèce tend dans de
essence retenue sera
nombreux
secteurs
à
envahir
les
forêts
voisines.
A partir de 1977, l’accent est porté sur la
production de bois d’œuvre nécessaire aux
besoins du Territoire. Dès lors, les plantations
essentiellement être réalisées en Pinus
caribaea. Cette espèce, originaire des Antilles
occidentales et de l’Amérique centrale, a des
vont
aiguilles longues d’environ 20 cm groupées
par trois (parfois 4 ou 5), et comprend trois
variétés, toutes introduites en Polynésie
(caribaea, hondurensis, bahamensis). Les
plantations réalisées essentiellement sur des
landes dégradées à Gleichenia, Melinis ou
Miscanthus, couvrent plus de 3 700 hectares
répartis sur toutes les îles hautes du Territoire.
Outre ces deux espèces principales, la
section forestière a mis en place des planta¬
tions plus limitées avec de nombreuses espèces
introduites parmi lesquelles il faut citer des
Méliacées, essentiellement Swietenia macro-
phylla et Swietenia mahogany (acajou des
Antilles) mais aussi Cedrella odorata, Toona
ciliata,
Khaya senegalensis. On trouve
également Tectona grandis (tek) et diverses
espèces de zone sèches destinées à recoloniser
les terres désertes des îles Marquises (Euca¬
lyptus sp.. Acacia sp., Azadirachta indica,
Dalbergia sissoo ...).
Des Albizia falcata ont
souvent été plantés en
bandes étroites ie long
des premières pistes
tracées dans la
montagne, comme ici
les hauteurs de
Mahina (Tahiti).
sur
Eucalyptus robusta.
Des sujets isolés se
rencontrent dans toutes
les îles de la Société,
mais les principales
plantations en massif
ont été ravagées par les
cyclones de 1983.
en haut à gauche et
ci-contre :
Reboisements récents
de Pinus caribaea (var.
hondurensis) à Papeari
(Tahiti) sur landes
dégradées à Gieichenia
linearis.
Près de 900 hectares ont
été plantés de pins à
Tahiti et plus de 3 000
hectares dans toute la
Polynésie française.
70
PLANTES INTRODUITES
La protection
des végétaux
scolyte Stephanodores hampei,
parasite du grain de café, occasionne des
pertes importantes dans les caféières. Les
plantes sont aussi attaquées par des maladies,
causées par des champignons, comme le
Cercospora longissima qui provoque le dessè¬
chement des feuilles de bananiers, le Pythium
irregulare, responsable de la maladie de
de pourriture des racines du tara ; par des virus,
comme
la Tristeza des Agrumes qui a
provoqué depuis son introduction en 1976 la
destruction de tous les vergers des îles de la
Société ; ou par des bactéries, comme le Pseudouces ; le
Le développement des espèces végétales
utilisées par l’homme pour son alimentation
est souvent contrarié par l’action de divers
ravageurs : insectes, maladies ou mauvaises
herbes. La démarche qui consiste à mieux
ces ravageurs et à en contrôler
l’expansion constitue ce que l’on appelle de
nos jours la protection des végétaux.
connaître
Des introductions inconscientes
Il est admis que parasites et maladies des
cultures ne se manifestent de façon signifi¬
cative que lorsque ces cultures sont déve¬
loppées intensivement. Ceci explique que les
informations relatives à la protection des
végétaux avant l’arrivée des premiers
Européens soient quasiment inexistantes.
Après la découverte, de nouveaux problèmes
se posent, causés par l’introduction invo¬
lontaire par les navigateurs de ravageurs
nouveaux pour les espèces végétales locales,
problèmes ensuite intensifiés par le dévelop¬
pement de plantations de type monoculture.
Ces introductions se sont multipliées, princi¬
palement depuis 1964, année de l’ouverture de
l’aéroport de Tahiti-Faaa en raison des liens
domonas solanacearum, entraînant le flétris¬
sement
bactérien
responsable de la
destruction
de
plantations entières de
tomates.
heureusement absents.
Cependant, il importe de préserver le
Territoire
de
l’introduction
de
nouveaux
ravageurs et de déterminer et diffuser auprès
des agriculteurs les meilleures méthodes de
protection et de lutte contre ces fléaux.
Plusieurs organismes oeuvrent dans ce sens.
La Section de Police phytosanitaire du
Service de l’Economie rurale contrôle au
niveau du port et de l’aéroport les introduc¬
tions de matériel végétal sur l’île de Tahiti, en
provenance des autres îles ou de l’étranger.
Les laboratoires agricoles de Phytopatho-
logie et d’Entomologiede Papara déterminent
depuis 1978 et 1983 les nouveaux ravageurs et
participent à l’élaboration de mesures de lutte
contre eux. Ils sont aidés en cette tâche par la
Mission de Recherche agronomique
CIRAD-IRAT, qui définit par l’expérinientation les méthodes de protection des
.
L’organisation de la protection
des végétaux
On peut considérer, même si les agriculteurs
n’en sont pas
française est relativement épargnée, la plupart
des parasites majeurs des cultures étant
convaincus, que la Polynésie
étroits noués entre Tahiti et les autres conti¬
nents (plus de 2 000 avions par an et autant de
Polynésie) et du fait du
prononcé des Polynésiens pour
l’adaptation, souvent indisciplinée, de plantes
étrangères.
Les cultures pratiquées en Polynésie sont
attaquées par un grand nombre de parasites et
maladies dont la plupart ont été introduits
depuis les années 1960, en provenance princi¬
palement des Etats-Unis (Hawaii) et à un
degré moindre des autres pays du Pacifique
navires touchent la
goût
Ce hanneton,
Lepadoretus sinicus
(Coléoptère) pullule à
Tahiti depuis son
Introduction
accidentelle en 1974
à partir d’Hawaii. Il
consomme la nuit les
feuilles de diverses
plantes telles que les
hibiscus.
Sud.
Les parasites des plantes
parasites des plus dévastateurs
s’attaquent à un grand nombre d’espèces
végétales. Il s’agit par exemple de l’escargot
géant d’Afrique, Achatina fulica, introduit
Certains
volontairement des îles Hawaii en 1969 pour
en faire des élevages. Cet escargot, polyphage
et extrêmement prolifique, est vecteur de
responsable de la méningite à
La Mouche des fruits du
Queensland, Dacus tryoni, provoque des
dégâts très importants sur la plupart des fruits
locaux. On peut citer aussi le scarabée Lepa-
Les dégâts causés aux
feuilles par Lepadoretus
sinicus.
l’agent
éosinophile.
doretus sinicus, introduit des îles Hawaii en
1974 et la mauvaise herbe Cyperus roiondus,
ou herbe à oignons, qui envahit la plupart des
Les feuilles du cocotier
souffrent
particulièrement des
méfaits du Brontispa
longissima.
parcelles cultivées de la plaine littorale des îles
hautes.
Certains ravageurs, par contre, sont plus
spécifiques de telle ou telle culture. Par
exemple, s’agissant des insectes parasites, le
coléoptère Brontispa longissima, introduit en
1961
des
îles
Hawaii
Pyrale
Homoeosoma sp., papillon endémique à la
Polynésie, sont des ravageurs très sérieux du
cocotier ; le charançon Cylasformicarius peut
et
la
détruire jusqu’à 80% d’une récolte de patates
SIernochetus
mangiferae
(Coléoptère). Adultes et
larves de ce charançon
sont les ennemis des
fruits cuitivés,
notamment des
mangues.
--
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
cultures les mieux adaptées. Enfin, les équipes
vulgarisation du Service de l’Economie
rurale et la Chambre d’Agriculture diffusent
ces informations auprès des agriculteurs de
de
toutes les
îles.
Les méthodes de protection
protection des végétaux sont les mêmes que
celles utilisées dans les autres pays face aux
problèmes analogues. Cependant certaines
sont spécifiques.
le
domaine
de
l’utilisation
de
variétés de plantes résistantes, technique qui
permet d’obtenir des cultures indemnes
malgré la présence des parasites, il est intéres¬
sant
intérêt scientifique.
qui concerne la lutte biologique,
méthode qui consiste à combattre les para¬
sites en utilisant des organismes vivants
(insectes ...) certaines opérations ont été très
réussies. Parmi elles, l’élevage en laboratoire
doit rester le dernier recours de l’agriculteur, il
résistants à divers virus.
En ce
et le lâcher sur les îles de la Société de
Les méthodes employées en Polynésie pour la
Dans
plants de tomates greffés sur aubergine et
de noter la diffusion de la variété de
Yangambi résistante à la
cercosporiose, la proposition de porte-greffe
banane africaine
de Ciirus tolérants à la Trisieza, et la mise au
point d’une méthode efficace de protection de
feuilles de cocotier et de bananier) et Icerya
seychellarum. Plus controversée a été l’utili¬
sation de l’escargot cannibale Euglandinea
rosea, introduit de Guam pour contrôler le
développement de Achatina fulica, et
considéré comme le responsable de la destruc¬
tion de petits escargots domestiques et en
particulier du Partula, présentant un grand
au-dessus :
Brontispa longissima
(Coléoptère), introduit
de la Nouvelle-
Calédonie, est un
parasite du feuillage des
cocotiers.
Ce maraîcher applique
un traitement
phytosanitaire sur sa
plantation de
concombres. Ces
pulvérisations
périodiques de
pesticides, nécessaires
pour la bonne protection
des cultures
Taupin (Coléoptère).
maraîchères, sont
généralement
pratiquées sans
beaucoup de précaution
de la part des
agriculteurs.
Ses larves se nourrissent
soit des racines des
plantes, soit du bois des
arbres. (3 cm)
Traitement insecticide
du soi avant une
plantation de choux à
Papara. Ces
pulvérisations sont
généralement réalisées
pour détruire les larves
de certains papillons
considérées à juste titre
comme des ravageurs
très sérieux des
cultures de choux.
Le longicorne Chloruda
festiva (Coléoptère,
Cérambycide) est un
insecte de l’Amérique
centrale, d’introduction
récente. (2 cm)
72
Tetras-
brontispae, micro-hyménoptère
parasite du Brontispa, le lâcher dans les
Tuamotu des coccinelles Lindorus lophantae
et
Rhodolia pumila, prédatrices respecti¬
vement des cochenilles Aspidiotus destructor
(pouvant provoquer le dessèchement des
tichus
Pour ce qui est de la lutte chimique, qui
faut
que, du fait de l’activité du
local et du haut degré de technicité
noter
commerce
de certains
planteurs tahitiens, la Polynésie
est, avec plus de 400 spécialités commerciales
différentes de pesticides vendus, le pays du
Pacifique Sud où ce nombre est le plus élevé,
avant
l’Australie et la Nouvelle-Zélande
Cette
utilisation
intensive
de
!
produits
chimiques toxiques dans un milieu écologique
aussi fragile que les îles de Polynésie inquiète à
juste titre les responsables locaux et motive
l’effort important de formation des agricul¬
teurs et d’information du public. De plus, un
programme de contrôle systématique de
révolution des résidus de pesticides dans le
milieu est envisagé dès 1985 pour éviter aussi
bien les risques d’intoxication que ceux de
pollution de l’environnement, en particulier
des eaux de rivière et du lagon.
Ptichodes trilineatus
(Coléoptères). Ces
longicornes sont les
premiers à s'attaquer
arbres faibles ou
abattus. Les larves
creusent l'aubier des
aux
arbres pour s’en nourrir,
rendant le bois impropre
à l’usage.
(4 cm)
\
5 Les invertébrés
Après apparition,
les plantes quisont
sontleslesanimaux
premières
vivantes
à coloniser
les îles
dès
quiespèces
vont prendre
pied.
Ceux-ci sont
classés
leur
ce
deux grands embranchements qui schématiquement correspondent aux
invertébrés, d'une part, et aux vertébrés, d’autre part, chacun de ces embranchements
comportant des animaux terrestres, ou marins ou vivant en eau douce. Les invertébrés
en
terrestres et d’eau douce feront l’objet de ce chapitre, alors que les suivants traiteront
des vertébrés des îles : poissons de rivière,
reptiles, mammifères et oiseaux.
Le peuplement en invertébrés terrestres et d’eau douce de Polynésie française est
pauvre.
Il est le reflet des conditions mêmes de l’origine des peuplements. Pour y
résider, toute espèce a dû y parvenir naturellement ou être introduite par l’homme. Les
premières sont en nombre réduit, compte tenu des potentialités dedispersion qu’elles
doivent posséder à partir des continents ou autres îles où elles vivent, et compte tenu
de la faible diversité des milieux qui leur sont offerts. Les secondes ont une grande
importance par leur impact bénéfique ou nuisible.
Il y a trois principaux groupes d’invertébrés. Les Insectes qui sont les grands
conquérants invertébrés du milieu terrestre et dont des centaines de représentants ont
pu coloniser les îles hautes et basses de Polynésie française. Les Crustacés, groupe
essentiellement marin, sont représentés dans le domaine terrestre par le tupa qui ne
peut toutefois se passer de l’eau de mer, et par les chevrettes qui vivent dans les
rivières. Les Mollusques, groupe essentiellement marin lui aussi, comportent une
classe avec les représentants terrestres et fluviatiles : les Gastropodes.
Toute cette faune terrestre et fluviatile d’invertébrés n’est pas riche et il est
d’autant plus curieux de constater l’importance culturelle et économique de ses
principaux représentants. A plusieurs reprises, le rôle des espèces introduites dans un
milieu insulaire fragile sera souligné.
Les insectes
et les araignées
La faune des arthropodes réunit tous les
qui possèdent un squelette externe
(carapaces de chitine) et des pattes articulées.
Ils sont divisés en quatre grands groupes
importants : les insectes, caractérisés par 3
paires de pattes et, le plus souvent, 2 paires
d’ailes ; les arachnides (5 paires de pattes) avec
les acariens (tiques, araignées rouges), les
araignées vraies, et les scorpions ; le groupe
des mille pattes, scolopendres et iules ; les
crustacés : crabes, langoustes, crevettes,
cloportes
animaux
...
Polynésie est une
des plus pauvres du monde, car les archipels
La faune terrestre de
parmi les plus éloignés des grands
sont
continents où se forment et d’où se propagent
les
espèces. La faune des arthropodes
n’échappe pas à cette règle.
Chez
les
insectes,
des
familles,
des
Par
exemple, les mantes religieuses, les perles, les
mécoptères n’existent pas en Polynésie. Nous
groupes entiers sont totalement absents.
sommes
extrême
loin de la variété et de la richesse
de la faune tropicale d’Asie ou
d’Amérique du Sud. On a dénombré 53 600 es¬
pèces d’insectes en Australie alors qu’à Tahiti
on en
connaît seulement 625 environ.
De nombreuses espèces
endémiques
Mais les différents archipels de Polynésie
possèdent à côté d’espèces à très large répar¬
tition comme les blattes domestiques ou les
grillons, de très nombreuses espèces endé¬
miques. Une espèce endémique est un animal
ou
un
végétal qui n’existe que dans une
localité au monde ; par exemple, les kan¬
gourous sont endémiques à l’Australie.
L’origine de cette faune endémique
s’explique par les nombreux microclimats
particuliers de chaque groupe d’îles ou de
chaque île. Au cours des temps géologiques,
ils ont conditionné l’adaptation des insectes à
chacun des divers biotopes. Cette adaptation
a conduit des espèces à évoluer en groupes
La chrysalide du
papillon de Danaïda
plexippus (Lépidoptère)
a des reflets métalliques.
On peut la ramasser
pendue sur les branches
de petits arbres.
L'adulte, orange, est un
des plus beaux papillons
de Tahiti.
73
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
isolés les uns des autres et a abouti à leur diver¬
sification géographique : on estime que 55 %
l’entomofaune des Marquises est endé¬
mique, 20 % à Tahiti.
Beaucoup d’insectes de Polynésie sont
de
inconnus et tous sont très mal connus.
Toutefois l’origine de la plupart de cette entomofaune provient des continents voisins
situés à l’est : Malaisie, Asie du Sud-Est,
encore
Australie,
espèces
Papouasie. Seulement 4 % des
sont
originaires du continent
américain et la
récente.
plupart sont d’introduction
Les libellules sont étonnamment nom¬
breuses dans tous les archipels. On a décrit
9 espèces de demoiselles dont 8 sont endé¬
miques. Les libellules vraies sont au nombre
de 7 dont 2 endémiques alors que les 5 autres
existent
également en Australie et en
Papouasie. De même chez les blattes des
forêts, il existe 8 espèces spéciales aux
archipels.
Les papillons comprennent très peu de
belles espèces diurnes à l’exception du magni¬
fique danaïde Danaïda plexippus qui est
fréquent. Mais il existe chez les petits
papillons nocturnes plus de 37 espèces diffé¬
rentes dont beaucoup sont endémiques. Vus
de près, ils ont des formes et de^dessins très
curieux ou remarquables, beaucoup d’espèces
étant mimétiques des
branche ou d’un tronc.
irrégularités d’une
Un peuplement grâce
courants marins
aux
Les coléoptères regroupent tous les insectes
dont les 2 ailes supérieures placées sur le dos
sont dures. Elles sont souvent dessinées ou
très colorées. Au repos, elles recouvrent les
2 ailes inférieures, fines et nervurées qui leur
permettent de voler. C’est parmi les coléop¬
tères qu’on observe les plus beaux insectes de
Polynésie. Les longicornes, ou capricornes
(famille des Cérambycides) peuvent être parti¬
culièrement délicats. 11 en existe 14 espèces
mais la moitié d’entre eux ont été introduits
dans la région, principalement d’Amérique
centrale,
car
leurs larves sont xylophages :
Pulchelloldes
mashallarum est un
papillon nocturne très
dont les
chenilles s'attaquent
commun
aux
plantes cultivées.
Chenille de
Pulchelloldes
mashallarum sur une
feuille.
en haut, à droite :
Herse carvollchl.
(Lépidoptère,
Sphingidae) est un
insecte nuisible car ses
grosses chenilles
dévorent tiges et feuilles
des légumes cultivés.
à gauche :
Hypolimnas bollna. Il
existe chez cette espèce
un dimorphisme sexuel
saisonnier qui permet,
à la saison des amours,
de différencier le mâle
de la femelle.
Papillon commun dans
tous les archipels de
Polynésie française.
bas à gauche :
Euploea helcita. Espèce
en
très répandue dans
toutes les îles du
Pacifique, où se sont
constituées de
nombreuses sousespèces.
Xystrocera globosa
(Coléoptère,
Cérambycide) est
fréquent dans les
maisons, pendant la
saison des pluies, la nuit,
autour des luminaires.
Page de droite ■
à gauche :
Melanitls leda. Cette
espèce est de forme et
de couleurs très
variables, aucun
exemplaire ne
ressemblant exactement
à un autre.
Le dessous des ailes
simule des feuilles
mortes.
74
La grosse araignée
mygalomorphe des
maisons est un
prédateur utile à
l'homme : elle attrape
préférentiellement les
blattes et s'en nourrit.
Une petite araignée non
déterminée endémique
de Polynésie qu'on
rencontre dans la
végétation basse.
LES INVERTÉBRÉS
elles vivent et
arbres.
Les
se
nourrissent du bois des
bupestres ont souvent de belles
couleurs métalliques. Le bupestre endémique
îles Marquises, Cyphogastra bedoci,
magnifique par ses couleurs bleu métallique,
est un des plus beaux insectes de Polynésie et
un des plus rares du monde.
Chez les charançons, coléoptères carac¬
des
térisés par une bouche située au bout d’un
rostre corné qui leur donne l’aspect de micro
éléphant, les genres Microgonus et Rhynco-
gonus de Polynésie forment un des plus beaux
exemples de spéciation géographique au
monde. Dans la seule île de Rapa on a
récemment récolté 54 espèces différentes de
ces genres caractéristiques de la Polynésie.
Chaque espèce vit dans un milieu très spécia¬
lisé. En général, elle se nourrit aux dépens de
certaines plantes particulières qui ne se déve¬
loppent que dans des endroits limités. Ainsi
chaque charançon ne peut être trouvé que
dans une vallée, ou sur une partie d’un
sommet.
Les mouches,
moucherons, moustiques
et autres nono sont bien représentés. A
côté de
nombreuses
formes
strictement locales,
certaines espèces se sont réparties dans le
monde entier comme la mouche domestique
ou
le moustique vecteur de la dengue.
aquatiques sont très peu
chez les insectes nageurs, on ne
Les insectes
nombreux
trouve
sous
:
qu’un seul dytique. Ce coléoptère vit
l’eau et se nourrit en piquant et dévorant
d’autres insectes, voire des petits poissons ou
de jeunes chevrettes. L’espèce tahitienne est si
petite et si fallote que les scientifiques l’ont
appelée Rantus debilis, le débile. Seul autre
aquatique, la notonecte de Tahiti
(Anisops tahitiensis) se nourrit principa¬
lement de petits crustacés aquatiques et de
larves de moustiques.
insecte
Sur l’eau, on observe des animaux qui
Lorsqu’il s’agit de petits
qui nagent en vrillant, ils
appartiennent à l’ordre des coléoptères
(2 espèces). Lorsqu’ils courent sur l’eau, avec
un aspect d’araignées à six pattes aux gestes
vifs, c’est l’une des deux espèces de punaises
aquatiques hydrométrides (hémiptères).
courent à la surface.
scarabées noirs
Les araignées constituent un des groupes
les plus étonnants en Polynésie. Elles forment
ici curieusement un groupe bien représenté et
très ancien. Aux îles Marquises on en compte
48 espèces dont la moitié sont endémiques. A
Tahiti 30 espèces sont connues et bien d’autres
restent à récolter.
Toutes les études de la faune terrestre
la faune polynésienne est
petits, rampants,
sylvicoles (qui vivent dans les bois et aux
dépens des forêts), humicoles (qui vivent dans
l’humus, la couche de végétaux morts qui
tapisse les sols) ou encore parasites (qui vivent
aux dépens d’un végétal ou d’un autre animal,
constatent
constituée
que
d’animaux
en se nourrissant d’un tissu comme la sève des
plantes pour les punaises et les pucerons, des
muscles pour les larves de guêpes parasites, ou
de sang comme les moustiques et les nono).
Les Rhyncogonus
(plumbeus et
navicularis) des
Marquises sont des
espèces uniques au
Ces caractères évoquent un mode de
peuplement réalisé essentiellement par des
radeaux, des bois flottés ou des portions de
terre arrachées aux continents asiatique et
australien. Ces phénomènes sont fréquents
lors des tempêtes et des cyclones. Les radeaux,
avec la flore et la faune qui y sont fixées, sont
ensuite emportés par les courants marins qui
les déposent sur d’autres îles, d’autres
monde (endémiques),
comme Proterhinus
adamsoni (Coléoptères,
continents. Si le milieu leur est favorable, les
Curculionides).
plantes et animaux qui ont survécu à ce
voyage peuvent alors se reproduire et petit à
petit envahir les terres où ils ont abordé.
Ce rôle de radeau est rempli maintenant
par les moyens modernes de communication :
bateaux de commerce, bateaux militaires,
Une demoiselle
(Odonate, Isoptère).
Insecte délicat, elle se
pare en Polynésie de
couieurs très vives. Ses
larves aquatiques vivent
dans ies mares.
aéroplanes. Bien qu’il existe une législation
sfi icte et des contrôles phyto et zoo-sanitaires,
leurs mouvements expliquent l’augmentation
considérable de nouvelles espèces d’animaux
et de végétaux introduits accidentellement ou
volontairement dans nos îles.
On remarque trop souvent les aspects
négatifs, comme l’apparition soudaine d’un
nouvel
escargot,
d’un
nouveau
nono.
Quelquefois un apport de nouvelles espèces
peut être bénéfique à l’environnement, comme
l’introduction
volontaire
du
moustique
“papillon” qui se nourrit des larves des
moustiques piqueurs. Mais celle-ci a été
réalisée après quelque 25 années d’études tant
aux Philippines d’où il vient, qu’à Hawaii, aux
Samoa et à Tahiti où il
a
été introduit. La
plupart des scientifiques considèrent que de
telles importations, lorsqu’elles ne sont pas
étroitement contrôlées, sont nuisibles à
l’équilibre général du pays. Les écosystèmes
insulaires tropicaux sont particulièrement
simples et donc fragiles. 11 faut respecter leur
équilibre.
75
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
Les insectes et
autres arthropodes
nuisibles
La faune terrestre polynésienne est en
général assez pauvre. Pourtant, il existe un
certain nombre d’insectes et d’autres arthro¬
podes
(araignées,
mille pattes) qui sont
nuisibles pour l’homme soit parce qu’ils sont
venimeux, soit qu’ils vivent aux dépens des
maisons, ou bien parce qu’ils s’attaquent aux
plantes cultivées.
Les venimeux
plantes ornementales en haies ou en buissons :
hibiscus, crotons, tipaniers, fougères et fleurs.
Du fait de cette grande variété de plantes,
la faune des insectes est riche. Comme ce
milieu est entretenu pour la production, les
animaux nuisibles
parasites peuvent s’y
reproduire toute l’année. Même si quelques
feuilles sont consommées, quelques fruits
piqués, en général la nuisance n’est pas catas¬
trophique.
et
Les feuilles se couvrent de cochenilles et
de pucerons. Ces insectes sont piqueurs. Ils se
nourrissent de la sève des végétaux. A cette
occasion ils peuvent véhiculer des maladies à
virus graves pour les plantes hôtes. On doit
craindre également les chenilles de papillons
et les scarabées qui broutent feuilles et
tiges.
Le bois et les fruits secs sont attaqués par les
longicornes, les termites et les charançons.
Enfin bien des fruits sont
Mais le danger devient
grave
beaucoup plus
dès que la culture prend une certaine
extension. Ainsi les cocoteraies sont abîmées
par
le célèbre Broniispa, par des légions de
pucerons, de cochenilles, d’acariens, de papil¬
lons. Des plantations d’agrumes et de tara ont
récemment été détruites par des papillons ou
des pucerons vecteurs de maladies à virus
(Tristeza) ou de champignons. Les bananes.
Les cent-pieds (veri) sont les arthropodes
venimeux que tout le monde connaît : Scolo-
penctra subspinipes, scolopendre de grande
taille, et Scohpendra morsitans, espèce bien
plus petite.
Deux scorpions existent en Polynésie :
l’un est jaunâtre à longues pinces, Isometrus
maculants, l’autre est noir et trapu, Hormurus
auslralasiae. Tous deux peuvent infliger une
piqûre douloureuse mais sans danger. Ils
vivent en forêt sous les écorces d’arbre mort et
les cailloux.
Les guêpes sont relativement bien repré¬
sentées en Polynésie et comprennent une
majorité d’espèces dont les femelles sont
d’un
aiguillon venimeux. Leurs
piqûres sont plus ou moins douloureuses et ne
sont susceptibles de
provoquer des accidents
que chez des sujets particulièrement sensibles.
La pélopée ou guêpe maçonne a une
piqûre
réputée très douloureuse. La manu pâiia, la
guêpe jaune sociale, est très agressive
lorsqu’on approche de son nid.
11 existe une toute petite fourmi
rouge,
Solenopsisgerminala, qui possède une piqûre
si
urticante
que
les Anglo-saxons la
surnomment “fourmi-feu” (fire ant).
armées
Coccus viridis est une
cochenille qui vit sur la
surface inférieure des
feuilles d’agrumes.
Les larves de premier
stade sont mobiles. Les
femelles (2 mm) sont
fixées à la feuille par un
rostre piqué dans les
Ferrisia virgata, une
autre cochenille. La
femelle (3 mm) est
munie de longs poils et
d’expansion caudale.
Elle se nourrit sur le
badamier, la patate
douce, etc.
cellules du végétal.
Les insectes domestiques
des maisons
Chez les
vésicant :
coléoptères, un cantharide est
lorsqu’il se pose sur le bras, il
entraîne une légère brûlure.
Chez les termites dont on connaît une
dîzaine d’espèces, dont 7 sont spéciales à la
Polynésie, Captotermes pacificus s’attaque
bois de construction, alors que les autres
aux
vivent en forêt.
Les blattes (pôpoti) vivent de jour dans
les recoins sales des maisons ; elles sont actives
de nuit. Elles peuvent transporter des agents
pathogènes sur les aliments par leurs pattes
souillées.
Sylocopa sp. est un gros
bourdon bleu nuit aux
ailes sombres. Il visite
les fleurs qu'il
pollinise. Il construit
nid dans des troncs
d’arbres et vit en
solitaire.
son
Les insectes ravageurs des plantes
La
majorité
des
agriculteurs
tahitiens
cultivent une petite parcelle de terre qui
entoure l’habitation ou un petit
champ qui en
proche. Ils plantent là la plupart des
produits nécessaires à leur alimentation ; le
jardin tahitien comprend quelques pieds de
bananes, entre lesquels poussent l’igname, la
patate douce, le manioc. Autour des maisons
sont plantés les arbres à
pain, les manguiers,
quelques cocotiers. On trouve également le
citronnier, l’avocatier et de nombreuses
est
76
attaqués par les
larves des mouches des fruits.
Volucella sp. Les
mouches vertes et
bleues sont nombreuses
Polynésie, en
particulier sur les atolls.
Certaines espèces sont
endémiques. Leurs
en
larves se développent
dans les noix de coco
pourries et les poissons
morts.
LES INVERTÉBRÉS
mangues, papayes et tomates sont attaquées
nuit à la résistance de la plante ou à la renta¬
Protéger les insectes utiles
L’homme pour se défendre des insectes
nuisibles utilise des insecticides. Épandus
par la mouche des fruits.
Nous
pourrions poursuivre cette liste
d’insectes nuisibles à l’homme et aux cultures,
mais elle est longue. 11 est mieux de parler de
la complexité des relations des insectes avec
l’environnement. L’effet de ces insectes ne
devient nuisible qu’à partir du moment où il
entraîne une diminution des récoltes dans les
plants cultivés. Les espèces qui pompent la
sève, consomment les feuilles, broutent les
racines, véhiculent des maladies, ne
deviennent nuisibles que lorsque leur nombre
Le cent-pieds (verl)
(Scolopendra
subspinipes) vit parfois
dans les toits de palme
ou de pandanus. Il se
cours de leur croissance
(jaune, marron,
bleuté...).
juste
avant la récolte, leur utilisation peut
conduire le consommateur à absorber en
même temps des résidus de ces toxiques. C’est
pourquoi on doit promouvoir les méthodes de
lutte biologique et n’utiliser les produits
insecticides du commerce qu’à bon escient.
11 ne faut pas voir dans la faune entomologique qui peuple nos jardins ou nos maisons
que les aspects négatifs. L’action de certaines
espèces peut être bénéfique. 11 existe dans les
cultures une foule d’animaux prédateurs
(cent-pieds) ou parasites (guêpes) qui limitent
la prolifération des insectes ennemis des
activités humaines. Nous pouvons rappeler la
domestication de l’abeille pour la production
de miel et le rôle des petites guêpes et autres
hyménoptères qui en butinant les fleurs les
pollinisent, permettant ainsi la production des
fruits. La nature est faite d’un ensemble de
relations complexes qui relient les plantes,
leurs ravageurs, les prédateurs, les parasites.
Le tout fonctionne le plus souvent en un
équilibre
limiter
admirable.
nos
Nous
interventions
devons
aux
donc
moments
critiques. Les équilibres naturels sont fragiles,
il ne faut pas les perturber profondément.
Seliphron semantarlum,
la guêpe maçonne, est
un
insecte utile
:
elle
capture d'autres
insectes, les enferme
nourrit essentiellement
de blattes. Ici la femelle
protège ses œufs
blancs. Les jeunes, une
trentaine par ponte,
changent de couleur au
bilité de la culture.
dans son nid de terre. La
femelle pond alors ses
œufs dans le corps de
l'animal captif (Tahiti).
La fourmi rouge ou
“fourmi feu" (Solenopsis
germinata) construit des
galeries souterraines
dans les sables et les
terres meubles, en
particulier dans les
Pollsles hebraeus. Les
polistes sont des guêpes
sociales très communes
dont la piqûre est
douloureuse. C’est
pourtant une guêpe utile
elle détruit d’autres
insectes.
jardins. Sa piqûre très
car
allergies.
au-dessous :
douloureuse peut
provoquer de violentes
Nid de Polistes hebraeus
placé et caché dans la
végétation. S'en
approcher, et surtout le
toucher, peut être
dangereux.
77
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
Les insectes d’intérêt
médical et vétérinaire
Comme tous les autres groupes faunis¬
tiques de Polynésie française, celui des
arthropodes d’intérêt médical et vétérinaire
(c’est-à-dire les insectes ou animaux vecteurs
de maladies humaines ou animales) est très
pauvre en Polynésie comparativement aux
autres pays du monde. Toutefois certains
moustiques peuvent transmettre à l’homme
des infections redoutables comme la filariose
ou
la dengue. Les nono constituent sur
certaines îles des calamités difficilement sup¬
portables.
l’archipel des Marquises. C’est le nono noir
des vallées
:
Simulium buissoni. Actuelle¬
ment, il ne sévit qu’à Nuku Hiva et Eiao, alors
qu’avant 1900, les pères rapportent qu’il exis¬
tait en grand nombre à Ua Pou. Les vieux
Marquisiens racontent qu’avant l’arrivée des
Européens, il infestait également Hiva Oa.
Non vecteurs, mais fort désagréables, les
adultes sont capables de plonger en apnée. En
effet leur cycle larvaire se réalise dans les
torrents et les femelles doivent déposer leurs
œufs sous l’eau, sous les feuilles mortes, sur les
racines flottantes et à la face inférieure des
cailloux.
Les moustiques de Polynésie
La
Polynésie ne compte que 13 espèces de
Des insectes piqueurs qui se
nourrissent de sang
le
moustique vecteur de la
dengue, est en train de
se gorger de sang sur ie
pouce du photographe.
Aedes aegyptl,
Chez les punaises, les punaises des lits futu
en tahitien) sont exceptionnelles en
Polynésie. Par contre les poux de tête Cutu)et
les poux de corps (’utupapa) sont largement
répandus. Signalons pour information l’exis¬
tence de divers ectoparasites (animaux qui
vivent à la surface du corps d’autres animaux)
qui ressemblent à des poux : sur le rat, le porc
Cutu pûa’a), le bœuf Cutupûa'atoro), le chien
(’u!u ‘un ou tutu’a ’uri), la chèvre (’utu
pûa’aniho) et les oiseaux.
Les puces sont des espèces cosmopolites
peu nombreuses chez le rat, le chat et le chien.
Mais
elles
peuvent piquer l’homme
papa
Taille : 8-9 mm.
au-dessous :
Aedes polyneslensis, le
moustique vecteur de ia
filariose. A jeun, il vient
de se poser et
commence à introduire
facilement.
C’est parmi les représentants polynésiens
sa
ceux
qui
ne
possèdent qu’une paire
d’ailes, qu’on observe les animaux les plus
nuisants avec les mouches, les moucherons
piqueurs et les moustiques.
Les nono de Polynésie
Cératopogonidées, 3 es¬
pèces piquent sérieusement l’homme et les
Dans la famille des
Culicoïdes belkini,
animaux.
le
nono
des
plages des îles de la Société, sévit également
aux
îles
Cook et
aux
Tuamotu.
L’adulte
à piquer le soir vers 17 heures et
s’arrête une à deux heures après l’aube. Bon
commence
voilier, il peut piquer à plusieurs kilomètres de
l’endroit où il se développe : les sables des
mares des marécages où se mélangent l’eau de
mer et l’eau douce des pluies. C’est une espèce
qui, hélas, a été introduite récemment (1959),
des Fidji à Bora Bora, par les avions.
Culicoïdes insulanus lui est tahitien.
Mais il ne vit que dans les grandes forêts en
haute montagne et ne sévit que pendant de
courtes périodes de l’année.
Sur toutes les plages de l’archipel marquisien, sévit le nono blanc des plages ou nono
purutia (Styloconops albiventris). Il s’agit
également d’une espèce importée, semble-t-il
par les vaisseaux allemands qui reliaient la
Papouasie au Chili vers 1906. Les adultes,
larves et œufs vivent enfouis dans les sables
plus ou moins secs du haut des plages battues
par la mer. Faibles voiliers ils ne s’éloignent
pratiquement pas des plages où ils sont nés.
Appartenant à une tout autre famille, les
Simulies ne piquent que dans certaines îles de
78
trompe piqueuse
dans la peau.
du groupe d’insectes appelés diptères, c’est-à-
dire
moustiques alors que 191 ont été recensées
dans le Pacifique Sud. Mais localement (cocoteraie des Tuamotu, fond des vallées marquisiennes) ils peuvent être en nombre difficile¬
ment supportable.
Le genre Aedes comprend les espèces les plus
dangereuses pour l’homme. Aedes polynesiensis qui se développe à partir des terriers de
crabe terrestre, trous d’arbres, coques de noix
de coco, est le vecteur de deux filarioses du
Pacifique, de l’homme et du chien. Actif de
jour, il est adapté à tous les milieux, de la
haute montagne à l’atoll. Médiocre voilier
(400 m), on le trouve dans toutes les îles sauf
Rapa et quelques atolls au sud de Hao.
Aedes aegypli est un moustique origi¬
naire de l’est de l’Afrique que les navires ont
disséminé partout dans le monde. Vecteur de
Le pou des oiseaux
(Metopus sternophilum)
Très fréquent sur les
noddis et les sternes
blanches, il vit dans les
plumes et se nourrit de
peau morte et de jeune
duvet.
LES INVERTÉBRÉS
tropicaux, et 2 espèces réparties
la fièvre jaune dans les pays où elle sévit, il est
autres pays
Polynésie. Mauvais voilier, il ne vit qu’à
proximité immédiate des habitats humains.
annulirostris, vecteur du virus de la Ross
River fever et de la filariose canine, et Culex
Le dernier représentant, Aedesedgari, est
spécial à Tahiti, Moorea et Tubuai. Très
saisonniers, les adultes émergent soudaine¬
ment pendant
1 à 2 semaines, après les
premières pluies de la saison (novembre) et les
dernières grandes pluies de mars. 11 se déve¬
loppe dans le^ mares temporaires des prés bas.
Par ailleurs, il existe cinq espèces endé¬
miques de Polynésie ; Culex roseni vit dans les
le vecteur majeur des épidémies de dengue en
Chez les Culex, ces moustiques aux moeurs
exclusivement nocturnes, de couleur grise ou
marron, on compte 3 espèces très répandues :
moustique urbain pantropical, Culex
quinquefasciatus, vecteur de filariose dans les
le
uniformément dans le Pacifique Sud : Culex
sitiens, moustique des eaux côtières.
d’eau saumâtre à très salée, des Samoa
Tuamotu ; Culex atriceps, à Tahiti et
mares
aux
Raiatea, dans les noix de coco rongées par les
; Culex marquesensis, aux Marquises,
dans les petites flaques de la côte et des val¬
lées ; Culex kesseli, uniquement sur la côte
sud-ouest de Tahiti, où il se reproduit dans
rats
des feuilles de pandanus. Culex
tovliensis, découvert en 1983, n’existe que
l’aisselle
dans les mares qui bordent les rivières du haut
plateau de Tovii à Nuku Hiva.
Le nono noir de Nuku
La Santé publique et la qualité
de la vie
Si la faune d’intérêt médical et vétérinaire est
pauvre en Polynésie, ne serait-ce que par
l’absence de vecteur du paludisme, elle pose
tout de même des problèmes aux responsables
de la Santé. La distribution pendant 25 ans de
la Notézine permet d’entrevoir l’erradication
prochaine de la filariose. L’amélioration de
l’hygiène publique et vétérinaire permet la
raréfaction des puces, poux, galle et tiques.
Mais les moustiques et les nono restent impor¬
tants pour le développement de la Polynésie :
par leur pullulation locale ils freinent le retour
des émigrés de Papeete aux îles, l’agriculture
du coprah, l’aquaculture et le tourisme
insulaire.
Gros plan d'une tête de
simulle, le nono noir des
vallées marquisiennes.
Notons le
développement de ses
yeux et ses pièces
buccales, 3 paires de
ciseaux dentelés qui
lacèrent la peau pour
atteindre les vaisseaux
sanguins.
Toxorhynchlles
ambolnensis, baptisé
“moustique papillon”.
Satrompeest molle, il ne
peut donc pas piquer,
il a été introduit en 1975
à Tahiti pour lutter
contre les moustiques
agressifs, car sa larve
cannibale dévore les
larves des Aedes. Il a la
taille d'une abeille :
20 mm.
au-dessous :
Anisops tahitlensis,
la notonecte de Tahiti,
est une punaise d'eau
qui est élevée à
l'Insectarium de Paea
elle se nourrit
Cullcotdes belkinl. C'est
le nono qui sévit autour
des plages des îles de la
car
principalement de
larves de moustiques.
Société, des îles Cook et
des Tuamotu,
Taille : 2-2,5 mm.
à gauche :
L'émergence d'un jeune
mâle à'Aedes aegypll.
A maturité, la peau du
dos de la nymphe
aquatique s'ouvre et le
moustique adulte sort de
la dépouille en poussant
sur ses
pattes.
Larves de
Toxorhynchlles.
Redoutables
cannibales, pour se
développer elles
mangent 125 larves
à'Aedes et de Culex en
2 semaines.
79
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
Le tupa,,. et les autres
profonds qui s’ouvrent au ras du sol au-dessus
de la zone intertidale, dans les cocoteraies à
Les Crabes et leurs proches cousins les
Coenobites ou bernard l’ermite sont présents
offrent à la fois une retraite sûre et une humi¬
Polynésie, tant dans le lagon que sur le récif
et la terre ferme. Alors que les espèces marines
en
relativement nombreuses, il n’existe ici
sont
que 5 espèces terrestres. Pour les anciens Poly¬
nésiens, ces crustacés représentaient les dieux
des localités où ils se trouvaient. On se gardait
bien de tuer ceux qui habitaient les marae car
ils étaient censés avoir “un effet bienfaisant
sur les faibles et les infirmes” et “on les invo¬
quait
pour calmer un enfant agité ou un
malade qui souffrait” (T. Henry).
Seul le tupa (Cardisoma carnifex) est un
Crabe au sens scientifique du mot.
Le kaveu
(Birgus lairo) appelé encore crabe de cocotier
n’est en fait qu’un énorme coenobite ou
bernard l’ermite. Les u’a (Coenobita ollivieri
et Coenobita perlatus) sont eux aussi des
bernard l’ermite mais de taille plus réduite.
Le tupa a besoin de l’eau de mer
Le tupa est
très abondant dans ses terriers
proximité du lagon ou des eaux saumâtres. Ils
importante indispensable aux échanges
respiratoires. Les Crabes terrestres présentent
en effet des dispositifs anatomiques spéciaux
leur
permettant d’absorber directement
l’oxygène de l’air. Alors que chez les Crabes
marins les branchies baignées par l’eau de mer
y puisent l’oxygène dissous, leur volume dimi¬
nue chez les formes adaptées à la vie terrestre.
dité
La voûte de la cavité branchiale, fortement
vascularisée et plus ou moins spacieuse,
permet
la respiration mais demande une
humidité constante. Privé d’eau, le tupa meurt
rapidement.
L’époque et le lieu de la fécondation sont
inconnus.
revanche, certains soirs on
trouve sur les routes qui font le tour des îles
En
les femelles
chargées d’œufs qui vont pondre dans le lagon
des centaines de tupa : ce sont
au
moment de la nouvelle lune. Maisons, clô¬
tures et routes sont
franchies pour atteindre
l’eau de mer, mais les pertes sont importantes.
Chaque femelle dépose dans la mer près d’un
million d’œufs qui donnent naissance immé¬
diatement à des larves nageuses. Toutes ces
larves ne reviendront pas sur terre après les
métamorphoses, entraînées par les courants
mangées par les coraux et les poissons.
ou
Comme chez tous les autres Crustacés, la
croissance du tupa est dite “en escalier”. Elle
se fait
par mues successives : la carapace dure
toute augmentation de taille,
l’animal doit en changer. Pendant quelques
empêchant
heures, le tupa est alors mou et sans défense ce
qui explique
que
la
et
buttes de matériaux évacués. Les archéo¬
logues scrutent attentivement ces déblais qui
peuvent présenter les indices d’un site.
Cependant, la bioturbation intense en pro¬
fondeur gêne considérablement leurs travaux.
Autour de l’orifice toute l’herbe est arrachée et
feuille
tombant
à
terre
est
immédiatement tirée dans la chambre termi-
toute
que le tupa accumule
des matériaux divers.
L’eau peut également y
stagner, permettant le
développement des
larves de moustiques.
pigments qui
Imprègnent son
squelette calcaire. Il est
omnivore.
80
ait lieu dans un
Les terrains colonisés par les tupa
présentent un relief tourmenté : trous béants
C’est dans la chambre
terminale de son terrier
Le kaveu est de mœurs
nocturnes. Il vit caché
dans son terrier ou entre
les racines de pandanus
dans la journée. Ses
couleurs sont dues à des
mue
endroit protégé, vraisemblablement au fond
du terrier.
LES
nale du terrier. Ces végétaux constituent une
part de l’alimentation, mais le tupa, fossoyeur
incorrigible, a un régime omnivore : cadavres,
fruits, fleurs... sont ses aliments habituels.
Si de nos jours certains, désespérés de
voir leur pelouse abîmée, combattent le tupa
empoisonnant son terrier - pratique dange¬
reuse pour la nappe phréatique et à plus ou
moins long terme pour le lagon - d’autres le
capturent à l’aide de canne à pêche où l’appât
est une simple feuille. La consommation de
tupa en Polynésie est cependant limitée.
en
Kaveu et u'a
Le kaveu et 'aveu ou u’a vàhi ha’âriest devenu
rare
aujourd’hui (sauf sur certains atolls et à
Makatea) du fait d’une chasse
Tetiaroa,
intense. Sa chair, ferme et délicatement par¬
fumée, en fait un mets de choix. Son
abdomen, énorme poche graisseuse consti¬
tuant une réserve alimentaire, est prisée des
connaisseurs malgré une forte odeur.
Les mœurs nocturnes de l’animal ont
rendu son étude difficile. Les femelles pondent
leurs œufs dans la mer en novembre ou
décembre. Les larves qui en sortent abritent
leur abdomen dans une coquille d’emprunt
Les u’a quant à eux sont fréquents dans toutes
les îles.
plusieurs mois avant de s’en débar¬
rasser pour monter à terre. La taille n’est alors
que de quelques centimètres. Une longue
succession de mues s’étalant sur plusieurs
années conduit le jeune Birgus à l’état d’a¬
dulte : il faut environ 5 ans pour que le cépha¬
lothorax mesure 10 cm ! A chaque mue,
l’animal s’enfonce plusieurs jours dans son
terrier : sa carapace habituellement résistante
durant
avec la terre des îles hautes.
la
à Makatea leur
Partout on trouve
petite espèce à carapace claire, de loin la
plus abondante.
Tous protègent leur abdomen mou et
vulnérable dans une coquille de Gastropode
vide (Nerite,
Trochus,
Turbo, Morula,
Cerithe...) dans laquelle ils se réfugient à la
moindre alerte, fermant l’ouverture avec une
de leurs pinces qui en épouse parfaitement les
contours.
Du fait des mues successives liées à
croissance, ils doivent
changer de coquille.
leur
fortement vascularisées. L’humidité est cepen¬
dant nécessaire pour éviter leur dessèchement.
fréquemment
Préférant les lieux humides et sombres,
ils se réfugient sous les roches et les épaves que
Pour le capturer, les Polynésiens ouvrent
noix de coco et l’attachent très solidement
rejette la mer (algues, bois ...), sous les racines
dans les zones boueuses et marécageuses.
rocher ou à un arbre. D’abord, des
dizaines de u’a sont attirés par la chair grasse
un
ou
Ils se nourrissent de déchets (cadavres d’ani¬
parfumée de l’albumen. C’est plutôt la nuit
que les kaveu se dirigent à leur tour vers le
piège et c’est alors que la capture a lieu.
et
maux,
résidus végétaux). Les pêcheurs poly¬
nésiens les utilisent
pêche.
à gauche :
Les bernard l’ermite sont
au-dessus
et
d’une belle couleur rouge est
parsemée de points bleus. Ailleurs ils sont
d’une couleur brune qui les fait se confondre
On dit qu’avec ses énormes et puissantes
pinces le kaveu ouvre les noix de coco pour se
régaler de leur chair. Il est en fait omnivore
comme le tupa. Très bien adapté à la vie
terrestre, il possède des cavités branchiales
une
Dans les atolls
carapace
devient molle et il est alors sans défense.
à
INVERTÉBRÉS
,
obligés de protéger leur
abdomen mou dans des
coquilles, dont ils
changent en
grandissant, sans quoi
ils seraient dévorés par
les rats, les oiseaux et
leurs congénères.
comme
appât
pour
la
L’oxypode, petit crabe
blanc qui court sur les
plages au rythme des
jets de rive, est un
détritivore se
nourrissant de tous les
débris organiques
rejetés par la mer.
Sur ce cliché sont
réunies ies deux
.
,
espèces : Coenobita
perlatus, u'a ’ute ’ute,
à gauche, et Coenobita
ollivieri à droite.
Si les tupa sont des
crabes terrestres,
capables de respirer
l'oxygène de l’air, les
femelles doivent venir
déposer leurs oeufs dans
la mer car le
développement de ces
crabes, comme leurs
frères marins, exige de
nombreux stades
larvaires marins.
81
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
Les mollusques
terrestres
et des eaux douces
mollusque terrestre le plus connu
aujourd’hui des Polynésiens est sans aucun
doute l’achatine ou escargot géant. Originaire
d’Afrique, cet escargot a été introduit en 1967
à Tahiti, et depuis a colonisé presque toutes
les îles de la Société et des Marquises, provo¬
quant des dégâts considérables sur les
Le
cultures.
La faune locale d’escargots terrestres est
beaucoup plus discrète. Elle est cependant
remarquablement diversifiée à cause de
l’absence ou de la rareté des prédateurs et
compétiteurs autochtones. L’endémisme est
élevé et de nombreuses espèces peuvent avoir
des aires de répartition limitées à une île ou
conséquence des méthodes de lutte mises
place ces dernières années, et, en
particulier, de l’introduction de l’escargot
carnivore
Euglandina rosea qui dévore
l’achatine, est en réalité lié à d’autres facteurs
dont les plus importants sont les facteurs du
milieu (hygrométrie, qualité des sols, qualité
et quantité de nourriture, calcium disponible,
etc.). On peut s’en convaincre facilement en
comparant
les situations présentes
aujourd’hui à Tahiti et Moorea où l’escargot
prédateur est abondant, avec celles de
une
en
Raiatea et Tahaa, où
VEuglandina rosea est absent. Dans toutes ces
îles, les populations d’achatines sont en effet
sur le déclin et à un niveau comparable.
Huahine
Nui,
à une vallée. En contrepartie, cette
faune s’est révélée extrêmement fragile face au
recul de la forêt primaire et à l’introduction de
fourmis et escargots carnivores.
De
nombreuses espèces ont aujourd’hui
même
totalement disparu et beaucoup d’autres sont
encore
très menacées.
La faune de mollusques des eaux douces
beaucoup moins diversifiée mais
également moins menacée. Plusieurs espèces,
aujourd’hui cosmopolites, ont été introduites
est
des dernières décennies dans diffé¬
collections d’eau polynésiennes. Elles
ne semblent pas avoir concurrencé les espèces
au
cours
rentes
locales, mais ont plutôt occupé des niches
vides
:
canaux
lac Vaihiria à Tahiti,
cressonnières,
urbains, petits cours d’eau, etc.
VAchatina fulica en Polynésie
VAchatina fulica a été introduite en Polynésie
française en novembre 1967 à Tahiti-Faaa. Sa
présence dans la nature n’a été constatée que
deux ans plus tard en juin 1969 (vallée de
Faaa). Depuis cette date, son expansion a été
signalée à Moorea, Huahine, Raiatea, Tahaa,
Bora Bora, puis aux Marquises, à Nuku Hiva
Hiva Oa.
Dans la plupart de ces îles, les dommages
causés par l’achatine qui est végétarienne con¬
et
une
grande variété de cultures :
cultures maraîchères, pépinières, horticulture,
cernent
etc.
Les ravages provoqués par cet escargot
parfois très spectaculaires, et l’impact
visuel est souvent renforcé par la présence
d’importantes colonies en agrégats.
Dans
l’archipel de la Société, les
achatines ont envahi très largement toutes les
îles à l’exception de Huahine Iti, où l’expan¬
sion était encore en cours en 1982, de la partie
sont
Agrégats à'AchatIna
fulica aux Marquises.
Sur ce rocher, la densité
exceptionnelle de
l'escargot géant - il
s'agit ici de formes
juvéniles et de petites
tailles
indique que la
population est en phase
d'explosion, il en est
-
ainsi sur le front de
colonisation d'un milieu
par cette espèce
envahissante.
sud de Raiatea, où l’absence de route et donc
de moyens de communications terrestres a
semble-t-il ralenti fortement la dissémination
passive, et enfin de Bora Bora, dont le climat
trop sec a limité les populations d’escargots à
deux zones restreintes près de Faanui et
Vaitape.
Dans toutes les régions colonisées, sauf à
Huahine Iti, les populations d’achatines sont
aujourd’hui en phase de déclin et ne posent
plus de problèmes majeurs à l’agriculture. Ce
phénomène de déclin, considéré à tort comme
82
Euglandina rosea. Cette
espèce fut introduite en
Polynésie pour lutter
contre VAchatina fulica
dont elle se nourrit. Mais
cette Euglandina,
faute
d'escargots géants,
dévore également les
mollusques
caractéristiques des îles,
comme
Moorea.
les Partula à
Dans l’archipel des Marquises, deux îles
VAchatma
seulement ont été colonisées par
/m/ù’o ,• Nuku Hiva et Hiva Oa. L’expansion de
l’escargot géant dans ces deux îles paraît
ralentie par un certain nombre de facteurs :
milieux non favorables, difficulté et limi¬
tation
des
communications
terrestres,
périodes de sécheresse, etc. De plus, les
problèmes posés par la présence de l’achatine
semblent très limités du fait de l’absence de
cultures importantes.
L’introduction de Euglandina
rosea
Si
et ses conséquences
l’introduction
Euglandina
rosea
de
n’a
l’escargot
pas
eu
carnivore
d’impact
LES
mesiTrable sur les populations d’achatines, en
revanche, elle s’est révélée catastrophique
pour toute la faune malacologique locale.
Cette
faune, très souvent encore
méconnue, est tout à fait particulière et remar¬
quable. Elle est célèbre dans la communauté
scientifique internationale, à la suite des
travaux de Crampton, Clarke et Murray qui
ont
montré que
les îles de la Société ont été
pour ces mollusques un véritable laboratoire
vivant
de
l’évolution.
La
famille
des
Partulidés, en particulier, regroupe des
espèces dont chacune est endémique à une
seule île ou même parfois à une seule vallée.
Les Pariula sont les escargots locaux les
mieux connus des Polynésiens qui les utilisent
dans
fabrication
la
comme
à
de
colliers.
A
Tahiti
Moorea, les Partula ont complè¬
tement disparu des sites où l’introduction
d'Euglandina rosea a été réalisée. A Moorea,
deux espèces endémiques (Partula taeniata
striolata et P. aurantia) sont déjà éteintes et
toutes les autres espèces de la même famille
auront vraisemblablement disparu dès 1987.
11 faut donc espérer que ces introductions
d’escargots carnivores ne se poursuivront pas
dans l’avenir.
INVERTÉBRÉS
Pulmonés qui ont été introduites au cours des
dernières décennies (genres Helisoma, Physa
Lymnaea). Celles-ci ont colonisé des
milieux originaux ou fortement modifiés par
l’homme tels que le lac Vaihiria à Tahiti, des
et
cressonnières à Tahiti, des canaux urbains à
Tahiti, Raiatea, Huahine, etc.
Les différentes espèces de néritines sont
parfois utilisées pour la confection de colliers,
en
association ou non avec les Partula.
Les mollusques des eaux douces
Beaucoup plus pauvre, cette faune regroupe 8
espèces (Néritidés et Thiaridés) et 3 espèces de
Limace de la famille
des Vaginulidés. Ces
limaces, d'origine
néotropicale, ont été
introduites à Tahiti il y a
longtemps. Elles sont
aujourd'hui très
communes
dans les
jardins et les parcs.
Septarla porcellana.
Comme toutes les
Septaria, cette espèce
est commune dans les
torrents et les cascades.
Le spécimen montré ici
vient de pondre ses
œufs sur les rochers qui
constituent son habitat.
Les Néritidés pondent
leurs œufs sur les
cailloux et les blocs
de la rivière. Les œufs
photographiés sur ce
caillou sont déjà éclos.
Les nouveaux-nés se
nourrissent comme les
adultes en râpant les
algues microscopiques
qui poussentàlasurface
des cailloux.
Néritine du genre
Septarla. Les Septaria
multiplication intense.
Puis les peuplements se
escargot géant. Cette
espèce, introduite dans stabilisent avec des
densités peu
plusieurs îles de
Polynésie française,
dommageables aux
dévaste la végétation
cultures.
lors d'une phase de
Achatina fulica ou
Nerliina canalls est une
espèce commune dans
la partie inférieure des
cours d’eau. Elle se plaît
dans les lits de galets
basaltiques sur lesquels
elle râpe les algues
microscopiques.
vivent collées aux
rochers des rivières.
Leur coquille très plate
et leur pied très large
constituent une bonne
adaptation aux forts
courants des parties
supérieures des
torrents.
au-dessous à droite :
Néritine du genre
Cllthon. Les Clithon
habitent en général les
parties basses des
rivières vers leurs
embouchures où elles
peuvent trouver des
saumâtres qu’elles
affectionnent
eaux
particulièrement.
83
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
Les chevrettes
Les
chevrettes
(’ôura pape) sont des
crustacés qui peuplent les cours d’eau des îles
hautes de la Polynésie. C’est un animal typi¬
quement d’eau douce dont le développement
larvaire se déroule cependant dans la mer. Les
juvéniles abondent dans les embouchures et
migrent ensuite en amont des rivières.
Très prisées pour leur chair, elles se
retrouvent sur les tables des banquets de fête
préparées des manières les plus diverses. Leurs
ferments stomacaux sont parfois utilisés dans
la préparation du miti hue, pulpe de coco
fermentée qui accompagne la plupart des plats
de la cuisine polynésienne.
De moeurs nocturnes, les chevrettes sont
détritivores, carnivores, nécrophages. C’est
ainsi qu’elles peuvent être les hôtes d’un ver
plat (némathelminthe) VAngiosbylus cantone-
nis, parasite pulmonaire du rat, responsable
de la méningite à éosinophiles chez l’homme.
Quatre espèces de chevrettes
Les
chevrettes
sont
des
Macrobrachium,
Malacostracés, Décapodes,
Macroure de la famille des
Palaemonidées, sous-famille des Palaemoninées. Elles sont représentées par trois
espèces à Tahiti, Moorea et dans la plupart
des îles hautes de la Société, des Marquises et
Crustacés,
Natantia type
des Australes.
Macrobrachium lar (Fabricius,
1978) ('dura
’oiha’a) est largement distribuée à travers la
région indo-occidentale du Pacifique, de
l’Afrique orientale aux îles Riuklu et dans
toutes les îles hautes de Polynésie française.
C’est une espèce conquérante, qui, introduite
aux îles Hawaii dans les années 1950 à partir
Tahiti et de Guam, s’y est fort bien
acclimatée. De coloration bleutée, elle peut
atteindre 14 centimètres. C’est la plus impor¬
tante des trois espèces rencontrées. Le mâle,
de
grand et élancé, se reconnaît à sa deuxième
paire de péréiopodes (P2). La femelle est plus
trapue et ses P2 sont beaucoup plus fines et
courtes.
Macrobrachium australe (Guérin Meneville,
1838) (’ôura ’itara) se rencontre à
Madagascar, dans l’archipel malais et à
travers
la
Polynésie. C’est la plus petite des
espèces rencontrées, elle mesure au maximum
10 cm de long. Son habitat préférentiel est la
portion de la plaine côtière des cours d’eau.
latimanus (Von Martens,
1868) (’ôura ’onana ou ’avaefe’efe’e)est aussi
appelée chevrette de montagne. Elle vit dans
l’archipel malais, aux îles Ri'ukiu et en Poly¬
nésie. De coloration ocre et de taille intermé-
Macrobrachium
Le rostre, partie saillante
et pointue, en avant de la
tête, prolongement de la
carapace thoracique, est
indice précieux pour
déterminer les espèces
de chevrettes.
Les antennes et
antennules sont aussi
différentes.
Années
Chevrettes (kg)
1975
3 759
1976
3 540
1977
3 080
1978
3 297
1979
3 329
1. Macrobrachium lar.
1980
2 629
1981
2 791
2 et 3. Macrobrachium
1982
1 824
1983
2 026
1984
1 690
un
austraie.
4. Macrobrachium
latimanus mâle.
La commercialisation
des chevrettes au
marché de Papeete.
Quantité en kg. Sur une
période de 10 ans, la
Macrobrachium
latimanus femelle. Les
femelles de chevrettes
subissent une mue
prénuptiale avant
l’accouplement, en plus
des mues de croissance
habituelles.
Le mâle et la femelle se
reconnaissent aisément
car chez le mâle les deux
patttes sont différentes
l'une de l’autre au niveau
de la deuxième paire de
péréiopodes.
84
baisse nettement
sensible - pratiquement
la moitié - confirme
la forte diminution
observée du nombre
d’individus. Cependant,
ces chiffres ne tiennent
pas compte de la vente
directe aux restaurants,
hôtels et magasins, dont
l'importance certaine
n’est pas connue
précisément.
LES INVERTÉBRÉS
diaire entre les deux précédentes espèces, la
deuxième paire de péréiopodes présente un
anisomorphisme chez le mâle. Dans les deux
sexes la patte présente un renflement évident.
Macrobrachium aemulum (Nobili, 1906), une
quatrième espèce de chevrette, vit dans ITnde
du Sud, en Nouvelle-Calédonie et se rencontre
également aux Tuamotu.
Vie et mœurs des chevrettes
La reproduction semble avoir lieu, pour un
même animal, quatre à cinq fois dans l’année
période privilégiée durant les mois de
novembre à janvier pour l’ensemble des
individus qui sont sexuellement matures
lorsqu’ils atteignent 6 cm environ. La période
d’incubation dure de 18 à 20jours. L’éclosion
a lieu la nuit et au petit jour dans les eaux de la
avec une
rivière. La vie larvaire se déroule dans la mer
et durerait une quarantaine de jours. Les
juvéniles se retrouvent en population relati¬
vement dense au
dans
la
niveau des embouchures et
plaine côtière. Elles migrent
vers
l’amont lorsqu’elles atteignent la taille de 35 à
45 mm.
Le nombre de mues diminue lorsque les
individus approchent de leur taille définitive.
Chez la femelle il existe une mue prénuptiale.
Les
adultes
dévorent
leur
propre
exuvie
(ancienne carapace) et se réfugient comme ils
peuvent hors de portée des anguilles et de leurs
congénères. On a observé des cas de
cannibalisme. Les anguilles et l’homme sont
les principaux prédateurs.
C’est la nuit que
les chevrettes sortent
pour chasser et c’est la nuit que les meilleures
pêches sont effectuées. Les pêcheurs sont
armés d’une fouëne (pàtia ’ôura), longue tige
de bambou ou de bois souple terminée par un
faisceau de quatre
à cinq pointes de fer de
5 mm de section et de 8 cm de long. S’éclairant
tempête, ils “piquent” les
qui sont recueillies dans un
récipient porté en bandoulière ou sur le dos.
Au petit matin, les captures sont vendues au
marché ou aux particuliers, mais surtout aux
restaurants et magasins.
Dû à l’initiative de pêcheurs amateurs,
l’arrêté n° 284/AE du
15 mars 1980
réglemente la pêche aux crustacés d’eau
d’une
lampe
chevrettes
douce.
La
taille
minimale
autorisée
des
captures est de six centimètres. La pêche est
interdite durant les mois de novembre,
et janvier.
Cependant, depuis
quelques années les lagons et cours d’eau des
décembre
îles de la Société étant soumis à des nuisances
de plus en plus importantes (rejets accidentels
ou
pesticides,
physique du biotope...) on
permanents d’eaux usées, de
bouleversement
note
une
forte
diminution
du
nombre
d’individus.
Macrobrachium australe
mâle.
est la plus
petite des espèces de
chevrettes avec
10 centimètres de long.
Son habitat préférentiel
est la portion côtière des
cours d'eau.
Macrobrachium australe
dévorant un juvénile de
Gobius (ina'a). Les
chevrettes sont
détritivores, carnivores
et nécrophages ; elles
peuvent manger les
cadavres putréfiés
d’autres animaux.
La pêche au here est
pratiquée le plus
souvent par des enfants.
A l’extrémité distale de la
nervure médiane d'une
foliole de cocotier on
attache une ficelle en
bourre de coco terminée
en nœud coulant. La
boucle ainsi formée est
glissée
précautionneusement
autour du telson d'une
chevrette occupée à
manger la nourriture
offerte. Puis on frappe
brusquement la surface
de l'eau, provoquant
ainsi un mouvement de
recul chez la chevrette.
On tire alors vivement
hors de l’eau l'animal
dont l'abdomen est pris
par le nœud ainsi serré.
L’élevage de
Macrobrachium
rosenbergll a été mis au
point par l’IFREMer et le
Territoire de la
Polynésie afin de couvrir
les besoins du marché
local, évalués à environ
100 tonnes par an. Cette
espèce sédentaire
originaire d'Indonésie,
est plus propice à
l’aquaculture que les
chevrettes locales : sa
croissance est plus
rapide et sa taille plus
grande.
85
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
La vie dans
les rivières et les lacs
peuplements des eaux douces sont
abondants et peu diversifiés, principa¬
Les
peu
lement en raison de l’isolement insulaire et du
régime torrentiel des rivières qui créent des
environnementales très parti¬
conditions
culières.
Les végétaux aquatiques, essentiellement
benthiques, sont dominés par les algues
microscopiques ; les animaux sont surtout
représentés par les poissons et les crustacés.
Les eaux courantes sont également carac¬
térisées par leur très faible minéralisation, ce
qui se traduit par une conductivité extrême¬
basse.
filamenteuses, sont de couleur
brun ou verdâtre ; leurs plastes
contiennent des chlorophylles a et c, des
carotènes et des xanthophylles. Trois genres
ont été observés : Dinobryon,
Monosiga et
Salpingœca.
Les Diatomophycées ou Diatomées sont
des algues unicellulaires à plastes bruns ou
jaunes renfermant de la chlorophylle a et c, du
carotène et des xanthophylles : elles sont
caractérisées par la possession d’une enve¬
loppe siliceuse. Les Diatomées pennées sont
prépondérantes avec les genres : Cocconeis,
Cymbella, Fragilaria, Gomphonema,
Melosira, Navicula, Nitzschia, Rhopalodia et
rarement
jaune,
chimiques
b et des caroténoïdes. Elles sont très diver¬
sifiées et comptent divers ordres inégalement
a et
représentés : Les Ulothricophycées ou algues
vertes pluricellulaires à thalles filamenteux ou
foliacés (genres Oedogonium, Stigeodonium
et
doniophora). Les Zygophycées, algues
unicellulaires ou possédant des thalles
filamenteux simples non ramifiés (genres :
vertes
Closierium, Cosmarium, Penium, Spirogyra,
Staurastnim). Les Euchlorophycées ou algues
vertes unicellulaires, solitaires ou coloniales.
Gomphonema est une
Diatomée benthique qui
Ces
caractéristiques physico¬
être profondément
modifiées dans les zones polluées, en raison
des apports en matières organiques et
ment
Synedra. Les Diatomées dominent tous les
peuplements d’eau douce.
Les Chlorophycées, algues vertes uni- ou
pluricellulaires, contiennent des chlorophylles
vit fixée sur des
substrats divers par un
peuvent
pédicelie muciiagineux
portant plusieurs
individus (cellules :
80 um de long).
minérales.
Les végétaux aquatiques
Les
exclusivement des
pluricellulaires,
microscopiques ou macroscopiques, qui
composent la végétation fixée aux divers
substrats minéraux et aux plantes macrosco¬
piques (phytobenthos) et la végétation en
suspension dans le milieu (phytoplancton et
cryptogames
algues
sont
unicellulaires
ou
Melosira (à gauche du
cliché) est une
Diatomée coloniale
présentant plusieurs
filaments composés de
cellules réunies entre
elles.
Pedlasirum simplex
périphyton).
Les Cyanophycées, ou algues bleues, ne
possèdent ni véritable plaste ni véritable
noyau mais renferment cependant de la
chlorophylle a et des pigments accessoires
bleus ou rouges. Elles forment des filaments
pluricellulaires unisériés de couleur bjeu-vert,
souvent
enrobés dans
une
(à droite du cliché) est
une algue verte
planctonique
(Chlorophyoée,
Euchlorophycée)
résultant du
groupement de
plusieurs cellules pour
gaine mucilagi-
former un cénobe
à 8 cellules).
Quatre genres sont bien représentés :
Lyngbia, Oscillatoria, Phormidium et
Pseudanabaena. Le genre Cyanothrix est
présent dans les eaux saumâtres des embou¬
neuse.
chures.
L’abondance
de
Cyanophycées
indique souvent un degré trophique élevé et,
conséquent, l’existence d’une pollution
organique.
Les Rhodophycées sont très peu repré¬
sentées en eau douce alors qu’elles sont très
par
abondantes
dans
l’écosystème corallien
lagonaire. Elles possèdent des chlorophylles a
et d, des pigments bleus et des caroténoïdes.
U ne seule espèce en Polynésie : Hildenbrandia
rivularis, de couleur rouge-vin, qui forme des
croûtes coriaces près des sources et dans des
cours d’eau rapides et propres.
Les Cryptophycées sont des algues unicellulaires flagellées pourvues de plastes bruns
contenant des chlorophylles a et e, des
carotènes et des xanthophylles. Deux genres
ont
été
signalés ; Cryptomonas et
Rhodomonas.
Les Dinophycées sont des algues unicel¬
lulaires solitaires, avec thèque cellulosique et
flagelle, de couleur jaune à brun avec des
chlorophylles a et c, un caroténoïde
(dinoxanthine) et un gros noyau, le
dinocaryon. Il y a deux genres : Ceratium,
C. hirundinella, et Peridinium avec une
dizaine d’espèces.
Les Chrysophycées, algues unicellulaires.
avec
86
Ceratium hirundinella
est une Dinophycée
planctonique possédant
une
carapace
cellulosique externe et
caractérisée par la
présence d'une corne
apicale et de trois cornes
antapicales.
Superposée à elle, on
observe ici Fragilaria
construens, Diatomée
formant des colonies
rubannées.
(ici
au-dessus :
Surirella est une
Diatomée pennée
planctonique solitaire,
caractéristique des eaux
douces de Tahiti. Son
frustule siliceux
présente de nombreuses
ornementations (110 um
de long).
LES INVERTÉBRÉS
habituellement
flagellées
(genres
:
Ankitrodesmus, Ankyra, ChloreUa, Monora-
phidium, Scenedesmus).
Les Euglénophycées sont des algues unicellulaires, le plus souvent mobiles grâce à
leurs flagelles. Elles sont proches des Chlorophycées et contiennent des chlorophylles a et
h, du carotène et des xanthophylles. Elles sont
peu représentées dans les rivières (genres :
Crypiomonas et Trachelomonas) et dans le
lac Vaihiria (Tahiti) avec une seule espèce
(Pseudanahaena galatea).
Les phanérogames sont absents des rivières en
au-dessus :
Gonyaulax
(Dinophycée). Cet
organisme unicellulaire
biflagellé est caractérisé
par ia présence d'une
thèque cellulosique
divisée en deux parties
sillon équatorial,
le cingulum, dans lequel
par un
raison de leur régime torrentiel ; par contre,
dans les eaux dormantes comme le lac
Vaihiria se développent abondamment des
Melanoides tuherculata, Sepiaria sp. (Proso-
Les animaux aquatiques
Les insectes. De nombreuses larves peuplent
les eaux douces : larves d’Odonates (libellules)
Hydrocharitacées (Egeria densa) et quelques
Polygonacées (Polygonum glabrum).
Les animaux aquatiques, et particulièrement
les poissons et les crustacés, sont caractérisés
par l’importance des phénomènes migratoires
de leurs larves. Les groupes zoologiques sont
peu diversifiés et dominés par les poissons et
les crustacés.
Les mollusques forment une biomasse faible ;
branches), Helisoma sp., Lymnaea
Physa sp. (Pulmonés).
et de
Diptères (moustiques).
Les
rotifères.
genres
Rotaria
Ce
Hexarthra
polluées.
rotaria
sont
et
sp.
essentiellement
les
Lepadella ovalis et
caractéristique des eaux
sp.,
court un flagelle
propulsant la cellule. Le
deuxième flagelle se
trouve dans
un
au-dessus :
sillon
Micrasterlas est une
longitudinal inférieur,
le sulcus (cellule
observée au microscope
électronique à
balayage ; environ
60 um).
algue verte unicellulaire
planctonique
(Chlorophycée,
Zygophycée) dont les
cellules restent
solitaires. Elle est
observée ici en
microscopie
électronique à balayage.
Cette technique permet
de mettre en évidence la
forme de la cellule dans
les trois dimensions
et la décoration de sa
paroi (100 um de long).
Une touffe de
Chlorophycées - des
algues vertes -
filamenteuses
benthiques, fixées sur
un
rocher.
à droite :
Septarla sp. est un
mollusque
Prosobranche vivant
habituellement dans les
saumâtres des
embouchures de
rivières.
eaux
Le lac Vaihiria. Entouré
de falaises, suite à des
effondrements en
bordure externe de la
caldeira, le lac présente
une
végétation
arbustive. Au bord du
lac, une ceinture d'une
plante d'eau douce,
Egeria densa, permet à
une multitude de petits
poissons de trouver ici
un refuge ; il
s'agit
principalement de
guppys qui ont été
introduits par l'homme.
'V
87
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
Les crustacés. Les Palaemonidées. Ce sont les
chevrettes, Macrobrachium lar, M. latimanus
et M. australe. M. /ar est la plus grosse et donc
la plus exploitée, mais également la plus
sensible à la pollution. M. latimanus tsi moins
sensible à la pollution et moins pêchée en
raison de sa plus petite taille. M. australe est
plus rare. Leur distribution est fonction de
leur aptitude à franchir les cascades :
M. australe est confinée aux parties basses des
rivières, M. lar aux parties basses et
moyennes, M. latimanus colonise les cours
d’eau très en amont.
Macrobrachium lar est
généralement plus
une transformation
papillon.
88
aval, les poissons prédateurs et les anguilles
constituent l’essentiel de la biomasse ; au-delà
d’une certaine altitude, et particulièrement si
des cascades sont présentes, les crevettes sont
dominantes
en
association
avec
quelques
anguilles (A. megastoma) et des Gobiidés du
genre
Sicyopterus qui franchissent les
barrages grâce à leur ventouse ventrale.
Un
coloration permet de
reconnaître le mâle
(à gauche) de la femelle
(à droite).
à la pollution.
chenille devenant
La composition faunistique des rivières
évolue de l’amont vers l’aval : dans la zone
dimorphisme sexuel de
Polynésie, elle est
également plus sensibt
analogue à celle de la
moins abondants et plus
pays tropicaux.
grande que les deux
métamorphose. C'est
sont
un
autres espèces de
de 8 à 10 jours,
dans l'eau, se
gobies
extrêmement répandu
dans les cours d'eau des
d'eau. De taille
larve, après un séjour
Les poissons sont les organismes présentant la
plus grande biomasse. Neuf familles sont
représentées et certaines espèces sont
typiques des eaux saumâtres des embou¬
chures. Les espèces les plus abondantes sont
les anguilles : Anguilla marmorata (anguille
de
plaine), A. megastoma (anguille de
montagne) et A. obscura (anguille de vase).
Les
diversifiés.
Tllapla mossambica est
poisson
indigène
peuplant les cours
une chevrette
Un moustique adulte
sortant de sa mue. La
Les Atyidées. Atya brevirostris et Atya
forment des stocks importants peuplant
tous les cours d’eau, y compris les parties les
plus hautes.
sp.
Un groupe de Gobiidés.
Bien que de coloration
quelquefois différente.
Ils appartiennent tous à
la même espèce. Ils ont
une morphologie
adaptée pour résister au
courant en se plaquant
contre la roche.
6 Les vertébrés
Lorsque sont apparues les premières îles océaniques de Polynésie, il y a quelques
dizaines de millions d’années, tous les groupes de vertébrés existaient à la
surface de la planète depuis déjà bien longtemps. Ils s’étalent lancés à la
conquête du
monde terrestre avec des phases de diversifications
d’espèces et de prédominances
variées ; les continents avaient été le théâtre d’une
gigantesque évolution.
Le peuplement en vertébrés vivant en milieu terrestre ou dans les eaux douces de
îles est encore plus pauvre que le peuplement en invertébrés et, là encore, se
retrouve la double origine du peuplement : espèces colonisatrices
par suite de leurs
nos
possibilités de dispersion naturelle, et espèces introduites par l’homme. Parmi les
premières, les oiseaux, tout comme les insectes pour les invertébrés, ont la position
privilégiée que leur confère leur vol, les affranchissant des frontières terrestres ; les
espèces d’oiseaux sont donc assez nombreuses. Parmi les espèces colonisatrices, on
peut également citer certains poissons de rivières et de lacs comme les anguilles qui
ont cette particularité d’être des espèces migratrices dont les stades larvaires sont en
mer. Toutes les autres
espèces de vertébrés présentes en Polynésie y ont été
introduites par l'homme.
Pour le rat polynésien et pour les sept espèces de lézards et de
geckos, la
possibilité d’une colonisation par radeaux flottants dérivant sur l’océan n’est pas
impossible, mais leur arrivée aux îles dans les pirogues des premiers Polynésiens
(avec une origine sud-est asiatique) est à peu près certaine. C’est par les premiers
Polynésiens également que le porc et le chien sont introduits dans les îles, mais ce sont
les navigateurs et explorateurs européens qui introduisirent toutes les autres
espèces
de vertébrés, qu’il s’agisse des trois espèces
supplémentaires de rats mais aussi de
celles de vaches, de chevaux, de moutons et de chèvres.
C’est cet inventaire des vertébrés des îles, avec l’histoire de leur arrivée, avec leur,
biologie, avec leur intérêt scientifique, culturel ou économique, qui est dressé dans le
présent chapitre.
Les poissons
d’eau douce
Les rivières de Polynésie sont caracté¬
risées, comme la plupart des écosystèmes insu¬
laires, par la présence de peuplements
faunistiques présentant des aspects migra¬
toires très importants : ceci est particuliè¬
rement vrai pour les poissons et pour les
crustacés qui présentent des stades larvaires
vivant en eau de mer ou en eau saumâtre. La
période de reproduction de cette faune se situe
habituellement durant l’été austral. Durant
l’été, les jours sont plus longs, la température
des eaux est plus élevée et l’apparition de la
saison
des pluies provoque un profond
changement des conditions environnemen¬
tales : un ou plusieurs de ces facteurs
représente souvent un déterminisme au
déclenchement de la période de reproduction.
La conséquence directe de cé mode de repro¬
duction et de migration est l’existence de
différents types de peuplements le long des
cours d’eau selon les capacités migratoires de
chaque espèce vers l’amont : ce phénomène
affecte principalement la famille des Gobiidés
et des Anguillidés.
Les principales familles
de poissons
Neuf familles sont habituellement repré¬
sentées dans les cours d’eau des îles hautes : les
Anguillidés (anguilles), les Caranguidés
(carangues), les Eléotridés (éléotrides), les
Gobiidés (gobies), les Krémérides (krémérides), les Mugilidés (muges), les Murénidés
(murènes), les Percidés (perches), les Syngnathidés (syngnathes). Parmi ces neuf familles,
certaines sont typiques des eaux douces alors
que les autres sont présentes dans les eaux
saumâtres des embouchures, soit qu’elles
appartiennent à des familles typiquement
marines, soit que leurs larves migrent à partir
de l’océan et sont présentes dans ces eaux-là.
Anguilla megastoma.
Les narines antérieures
sont tubuieuses et
situées à l’extrémité du
museau. La lèvre
inférieure déborde par
rapport à la supérieure.
Cette disposition est
l’inverse de celle du
congre, auquel on
donne souvent à tort le
d’anguille de mer.
D’ailleurs, le congre
nom
(genre Conger) se
distingue encore de
l’anguille (genre
Anguilla] par sa peau
entièrement dénuée
d’écailles et par le début
très antérieur de sa
nageoire dorsale.
au-dessus :
Deux Gobiidés, fixés sur
un rocher par leur
ventouse pectorale.
89
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
Les
Anguillidés représentent vraisemblable¬
ment la
en
famille dominante quantitativement
Polynésie. Trois espèces se différencient
par leur morphologie et par leur distribution :
Anguilla marmorata, puhipa'a, présente dans
les parties basses des cours d’eau ; Anguilla
megastoma, puhi mou'a ou rere 'ie’le, ou
anguille de montagne, qui remonte les cours
d’eau au-delà des cascades ; Anguilla obscura,
puhi vari ou la’a repo, présente dans les eaux
vaseuses ou relativement polluées d’où son
nom d’anguille de vase.
caractérisée par l’importance du phénomène
migratoire de ses larves, les ’ina’a, et par la
diversité des coloris des diverses espèces. Cinq
espèces au minimum ont été, à ce Jour,
identifiées dans les rivières : Stiphodon
elegans (lüivi), Sicyoptems pugnans, S.
laeniunis (’apiri), Stenogohius genivittams,
Awaous oiellaris (moomoo).
Les Kréméridés. Proche des Gobiidés, cette
famille comprend une seule espèce, Kraemeria
genres sont vraisemblablement présents dans
les embouchures, Oosüiethus et Cœlonoius
sp. et Oosiheihus brachyurus qui porte le nom
de tia’i pape ou gardien des eaux.
Dans les eaux stagnantes s’observe une
colonisation par deux familles allochtones :
les Cichlidés et les Poecilidés.
Les Cichlidés sont représentés par une espèce,
Tilapia mossambica (tirapia).
samoensis.
Les
Mugilidés. Adultes et juvéniles de cette
espèce sont souvent présents dans les eaux
deux espèces,
ajflnis et PoecUia reticulata ou
Poecilidés comprennent
Gambusia
Les Caranguidés. C’est une famille marine
typique dont certaines espèces sont souvent
présentes dans les embouchures, notamment
au stade juvénile appelé localement harehare.
Les
guppy.
saumâtres des embouchures.
Stades larvaires ou immatures -
Éléotridés. Famille d’eau douce
comprenant une seule espèce, Eleotris fusca,
’o'opu.
spécimens
On note la présence de
également dans les eaux des
embouchures, mais peu observés et peu
Trois familles, les Anguillidés, les Gobiidés et
Les
Les Gobiidés. C’est la
deuxième famille de
Polynésie tant par sa diversité spécifique que
par
son
abondance. Elle est surtout
Murénidés.
Les
décrits.
Percidés
Les
comprennent
principalement
les
Éléotridés, sont caractérisées par la
migration de leurs stades larvaires ou
immatures.
Les alevins A'Anguilla ou civelles mesurent 4 à
une
espèce, Khulia marginata ou nato.
6
Les
Syngnathidés. Pour cette espèce, deux
présentent
Stiphodon elegans
(tülvl) est un Gobiidé
présent dans le cours
moyen des rivières.
à droite :
Syciopierus taenlurus
(’aplri) est un Gobiidé
capable de franchir les
plus hautes cascades.
Stenogohius
genivittatus est un
Gobiidé fréquent dans
les parties basses des
cours
d'eau.
Poecllla reticulata. Cette
espèce introduite, de
petite taille, colonise
principalement le lac
Vaihiria.
90
Migrations
Khulia marginata est un
Percidé très fréquent
dans les parties basses
des cours d’eau. Sa
chair est très appréciée
des gourmets.
cm
de
long et 0,5 cm de diamètre. Ils ne
pas
la
même
abondance
en
LES VERTÉBRÉS
Polynésie que dans les pays tempérés où leur
migration fait l’objet d’une pêche quasi indus¬
trielle. En Polynésie, les civelles sont isolées
durant la nuit mais, durant le jour, elles se
regroupent à l’abri des graviers et des galets et
il est possible de les pêcher avec une épuisette.
Le recrutement se fait d’octobre à avril selon
des modalités propres à chaque espèce.
Les alevins de Gobiidés, les ’inaa, mesurent 4 à
(Cichlidés) font l’objet d’une pêche artisanale ;
les anguilles ne sont pêchées que dans
l’archipel des Marquises tandis qu’à Tahiti
elles ne sont exploitées que dans certaines
rivières, la Papenoo notamment. Les espèces
migratrices, et tout particulièrement les ina'a
ou larves de Gobiidés, sont pêchées intensi¬
vement
et
consommées
principalement en
beignets : cette pêche artisanale a été estimée à
3 500 kg/an en moyenne. Au vu des estitions des stocks, il apparaît que les poissons
d’eau
douce
sont
très
nettement
sous-
exploités, plus particulièrement en ce qui
concerne les anguilles dont la chair et la peau
pourraient faire l’objet d’une exploitation
rationnelle intéressante.
7 cm de long et 1 cm à 1,5 cm de diamètre. Ils
arrivent en masse à l’embouchure des rivières
à la saison des pluies : ils sont pêchés artisa¬
nalement au filet.
Les alevins d’Éléotridés, de taille plus réduite
moins abondants que les 'ina'a, migrent
également au niveau des embouchures à la
saison des pluies.
et
Importance économique
des poissons d’eau douce
Les poissons d’eau douce ne contribuent que
une très faible part à l’apport en
protéines dans l’alimentation. Les poissons
comme
le nato (Percidés) ou le tilapia
pour
Anguillidés
MOYENNE
MAXIMUM
A. marmorata
231
A.
291
kg/ha
kg/ha
1 583 kg/ha
megastoma
Caranguidés
Éléotridés
Gobiidés
Syngnathe
fréquent dans les eaux
mélangées des
embouchures de
rivières.
6 kg/ha
103 kg/ha
Percidés
860 kg/ha
Oosthetus brachyurus,
tia’l pape ou gardien des
eaux, est un
70 kg/ha
4 kg/ha
389 kg/ha
14 kg/ha
Les biomasses des
principales familles de
poissons. Les captures
SIcyopterus taenturus
(’aplrl) en “livrée
nuptiale".
ont été réalisées dans les
rivières de Tahiti et de
Moorea par les
méthodes
traditionnelles (ligne
plombée, nasses,
épuisettes) ou par la
pêche électrique.
Eleotris fusca est un
poisson fréquent dans
les embouchures de
rivières.
SIcyopterus pugnans,
individu femelle. Sa
livrée très colorée la
différencie du mâle.
SIcyopterus pugnans,
individu mâle. Cette
espèce est remarquable
par un dimorphisme
sexuel très marqué,
permettant de distinguer
facilement la femelle
(en haut) du mâle. Ce
phénomène apparaît
chez les Gobiidés au
moment de la
reproduction.
91
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
comportement nutritionnel de type opportu¬
niste, les anguilles consommant en effet les
Les anguilles
vernaculaires correspondent à cette espèce à
uniquement ponctuelles ont
été réalisées sur les milieux dulçaquicoles de la
Polynésie française. De ce fait les connais¬
sances sur la faune d’eau douce sont fragmen¬
taires. Or les représentants de grande taille de
cette faune sont les anguilles. Elles ont été peu
étudiées à ce jour, mise à part la distinction des
diverses espèces. Pourtant elles sont à Tahiti
la source de nombreuses légendes, qui font
toutes référence aux anguilles à oreilles (Puhi
tari’a) dont la tête sectionnée aurait donné
naissance au cocotier. Une progression dans
la connaissance des anguilles de Polynésie
française aurait un intérêt fondamental
doublé d’un intérêt appliqué pour une aqua¬
Cette espèce domine en effet à Tahiti dans les
A. megastoma, espèces des eaux courantes, se
le lac Vaihiria, lac d’altitude.
brachium, alors que A. obscura se
Des études
culture éventuelle.
Tahiti : puhi mou'a (anguille de montagne) et
rere
'ie'ie
(qui saute entre les Freycinetia).
eaux courantes, en amont
A. obscura
se
répartit dans l’archipel de la
Société et dans celui des Australes. Sa peau
dépourvue de taches permet de la distinguer
aisément des deux autres. Deux noms verna¬
culaires lui sont donnés à Tahiti
ta'a repo
vallées.
nourrissent en majorité de chevrettes Macro¬
nourrit
plutôt de mollusques et de larves d’insectes
dans les eaux calmes. La température des eaux
de Tahiti, en permanence élevée, pourrait
permettre une croissance particulièrement
rapide. A. megastoma et surtout A. marmo¬
rata peuvent atteindre des tailles et des poids
importants.
Des migrations mystérieuses
reproduction des anguilles est principa¬
connue pour les espèces des climats
tempérés des hémisphères Nord et Sud. Le
schéma classique est celui de l’espèce euro¬
péenne A. anguilla. Elle migre depuis son lieu
La
lement
Nutrition et croissance
L’analyse des contenus stomacaux montre un
Le lac Vaihiria est
célèbre pour ses
L’anguille est l’objet d’une pêche artisanale,
peu importante, tout au moins à Tahiti. Les
pêcheurs d’anguilles utilisent essentiellement
deux techniques basées sur le fait que les
rivières ont en général une faible profondeur.
anguilles à oreilles. Ces
"oreilles" ne sont en fait
que les nageoires
pectorales, fortement
développées lorsque les
anguilles de l’espèce
megastoma deviennent
argentées.
Dans la première, on repère les anguilles dans
les anfractuosités, puis on les tire au fusil
tahitien ou on les crochette au moyen d’un
de forte
:
(qui repose les mâchoires sur la vase) et puhi
vari (anguille de vase). C’est une espèce domi¬
nante à Tahiti dans les eaux plus ou moins sta¬
gnantes de la plaine littorale et des fonds des
La pêche
hameçon
des cascades et dans
proies les plus disponibles. A. marmorata et
taille, temporairement
solidaire d’un morceau de bois, relié à un fil
nylon qui permettra de les sortir de leurs
Dans la seconde, on attire l’anguille
grâce à un appât (morceau de poisson, abats
de volaille, etc.) ou une sauce (poisson macéré
dans son sang). Une fois attirée par l’odeur,
elle est harponnée ou crochetée rapidement.
Cette technique est utilisée le jour, ou la nuit
de préférence, à la lumière d’un morigaz. Ces
deux techniques sélectionnent les grosses
anguilles. Une fois capturées, elles sont
découpées en morceau.x qui sont placés dans
des bambous, pour être cuits au four tahitien
après avoir été fortement épicés.
trous.
Une anguille Anguilla
megastoma sortant la
tète de son repaire, une
anfractuosité du rocher.
A Tahiti, cette espèce
d'anguille domine dans
les eaux courantes, en
amont de la
cascade.
première
Trois espèces d’anguilles
La Polynésie française compte trois espèces
d’anguilles : Anguilla marmorata, A.
megastoma et A. obscura. A. marmorata
présente la plus vaste répartition de toutes les
espèces d’anguilles. On la trouve aussi bien
dans
l’océan
Indien
que
dans l’océan
Pacifique. Les deux autres sont en revanche
localisées uniquement dans le Pacifique,
essentiellement dans sa partie centrale.
A. marmorata se répartit en Polynésie fran¬
çaise dans l’archipel de la Société et dans celui
des Marquises. Sa peau fortement tachetée
permet de la distinguer des deux autres. Son
nom vernaculaire est puhi poa ou
puhipa’a à
Tahiti et kue’e aux Marquises. A Tahiti, cette
espèce domine dans les eaux courantes, de
l’embouchure aux premières cascades.
A. megastoma se répartit dans l’archipel de la
Société et aux îles Gambier, L’exemplaire
type conservé au Muséum d’Histoire natu¬
relle de Paris, provient d’ailleurs de l’île de
Mangareva, pêché lors de l’expédition de la
Zélée (1837). Sa peau est plus ou moins
tachetée mais l’animal est beaucoup plus fili¬
forme que l’espèce précédente. Deux noms
92
lÆkï.
LES VERTÉBRÉS
de naissance dans la mer des Sargasses vers les
côtes d’Europe, à l’état de larves transparentes
planctoniques appelées leptocéphales. La
migration dure deux à trois ans. Elle prend fin
et
au-dessus du talus continental, où les larves se
transforment
civelles transparentes.
La
pénétration progressive des civellès dans les
eaux
continentales appelée migration
anadrome, s’accompagne d’une évolution
pigmentaire par mélanogénèse (noircissement
des téguments).
Ce
mode
de
reproduction semble
commun aux autres espèces d’anguilles, en
particulier celles du Pacifique Sud. L’aire de
en
hypothétique, située semble-t-il
entre les îles Fidji et Samoa. Seulement seize
larves leptocéphales ont été capturées et
étudiées pour tout le Pacifique Sud. Ce faible
ponte
est
nombre contraste fortement avec la richesse
de
celles-ci
dans
les
autres
océans.
La
migration anadrome semble localisée dans le
temps, d’octobre en avril à Tahiti, avec un
maximum en janvier-février. Les caractéris¬
tiques morphométriques des civelles sont
celles des espèces tropicales : une longueur
moyenne de 50 mm et un poids moyen de 130 à
140 mg.
migration caractérise la
biologie de l’anguille : la migration catadrome
des anguilles argentées ou anguilles d’avalaison, des eaux douces vers l’aire de ponte.
Une deuxième
Ces dernières subissent une transformation de
leur organisme. Le dos et les flancs deviennent
sombres, avec disparition des taches éven¬
tuelles, et le ventre devient blanc-argent. On
observe l’accroissement du diamètre des yeux,
l’allongement des nageoires pectorales. Les
gonades s’accroissent en volume ; les testicules
sont lobés et les ovaires sont plissés. Deux
noms vernaculaires, sans aucune référence à
une
espèce précise, soulignent ces transforma¬
tions. Le développement des nageoires pecto¬
rales est à l’origine de la légende des anguilles à
oreilles du lac Vaihiria. L’amincissement de la
tête est à l’origine du nom vernaculaire puhi
rio, rio étant une variété de banane avec une
partie amincie à son extrémité. Des anguilles
argentées de l’espèce megastoma ont été
capturées aussi bien dans le lac Vaihiria que
dans un ruisseau d’altitude. L’isolement de ce
lac dû à un éboulement pose toujours cepen¬
le problème du recrutement de ces
anguilles, semble-t-il toujours de grande taille.
dant
Les
anguilles de Polynésie française,
celles du Pacifique d’ailleurs, sont
encore bien mystérieuses et sans doute faudracomme
longues recherches pour comprendre
leur répartition dans l’espace et dans le temps
t-il de
et pour percer le secret de
leurs migrations.
au-dessous :
Anguilla obscura. Cette
espèce domine dans les
eaux
dormantes de la
plaine littorale. La peau
est toujours dépourvue
de taches et la nageoire
dorsale est
particulièrement courte.
Les trois espèces
en haut :
Anguille de l’espèce
marmorata, qui domine
à Tahiti, dans les eaux
courantes, en aval des
cascades. Cette photo
a été prise dans la
rivière Vaitepiha, non
loin de l'embouchure.
Dans ce biotope les
taches jaune vert de la
peau sont très visibles.
d’anguilles de Tahiti ;
Anguilla marmorata
(en haut), A. megastoma
(au milieu) et A. obscura
(en bas). Pour les
distinguer on utilise à la
fois des caractères
internes comme le
nombre total de
vertèbres et des
caractères externes
comme la pigmentation
de la peau. Une
détermination rapide
peut être faite en
considérant que A.
obscura est toujours
dépourvue de taches et
présente une courte
nageoire dorsale. Au
contraire les deux autres
espèces sont toujours
tachetées. D’autre part,
A. marmorata a une
nageoire dorsale plus
longue qu’A.
megastoma.
93
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
Lézards et geckos
Le peuplement en reptiles terrestres de la
Polynésie orientale est constitué d’au moins
trois espèces de lézards et quatre espèces de
geckos, Signalons aussi, pour mémoire,
l’existence d’un serpent marin venimeux,
Pelamis platurus, occasionnellement capturé
par les pêcheurs.
Les sept espèces de reptiles
terrestres
Il est assez facile d’identifier, à l’œil nu, les sept
espèces dont les récents échantillonnages sur
une vingtaine d’îles ont confirmé la présence.
Une clé de détermination plus élaborée a
d’ailleurs été publiée récemment à Tahiti.
Les lézards appartiennent à la seule famille
des Scincidés. Leur corps est cylindrique et
recouvert
quelques îles mais nos connaissances sur leur
situer en Indonésie. En les transportant dans
Une faune d’un grand intérêt
selon l’hypothèse de Seurat (1930), l’homme a
distribution restent insuffisantes.
pu
scientifique
En dépit de son manque d’originalité et de sa
pauvreté en espèces, due à son isolement en
plein centre du Pacifique, la faune des reptiles
de Polynésie présente un intérêt considérable,
biogéographique
et
écologique,
que
des
observations récentes et des études en cours
permettent de poser en termes nouveaux.
Du point de vue biogéographique, l’origine de
la
embarcations, soit comme passagers
clandestins, soit comme animaux sacrés
ses
plupart des espèces de Polynésie paraît se
favoriser le franchissement des immenses
espaces océaniques.
En fait, la possibilité d’une dispersion par
des radeaux flottants naturels est loin d’être
improbable. Les risques du transport, tout
comme
nouvelle,
ceux
se
de
l’installation
trouvent
Les caractères
d’identification des
geckos de Poiynésie, à
partir de l'écaillure de la
face inférieure de la tête
et de l’extrémité élargie
des doigts.
d’écailles ; leur taille adulte, du
au cloaque, n’excède guère 55 mm.
On différencie trois espèces de lézards. Emoia
a) nombreuses petites
écailles :
cyanura se distingue par trois raies longitudi¬
nales claires, une médiane et deux latéro-
Lepidodactylus
lugubris
b) 4 plaques
quadrangulaires sur
dorsales, parfois estompées, et une teinte bleu
ou
vert
deux rangs :
émeraude de l’extrémité de la
Hemidactyius
garnotii
c) 6 grandes plaques
allongées, disposées
queue. Lipinia noctua a une tache elliptique
dorée sur la tête, se prolongeant par une ligne
médio-dorsale.
Cryptoblepharus boutunii
(sous-espèce : poecilopleurus) possède deux
lignes claires latéro-dorsales et des yeux
dépourvus de paupières mobiles, rappelant
en
des serpents.
Les geckos ont un corps aplati, recouvert de
très
oceanica
Les habitats
prétérentlels des reptiles
dans une cocoterale.
1. Les geckos, en
particulier Gehyra
oceanica et
explorent surtout les
troncs. 3. Les Emoia
circulent activement
parmi les palmes
mortes. 4. Les Lipinia,
plus discrets, se
cantonnent au voisinage
Des espèces à large répartition
Lepidodactylus lugubris
sont abondants dans la
et à l’intérieur des noix
Aucune espèce de reptiles
Cryptoblepharus
perforées par les rats.
de Polynésie n’est
particulière à cette région : toutes vivent dans
un grand nombre d’îles tropicales de l’océan
Pacifique et même, pour Lepidodactylus
lugubris et Gehyra mutilata, de l’océan
Indien. Plusieurs d’entre elles atteignent aussi
les côtes ou les îles côtières d’Amérique du
Sud. Compte tenu de leurs immenses distri¬
butions, il est intéressant de remarquer que
Tahiti, à l’époque Otaïti, est le pays d’origine
(terra-typica) des spécimens qui, collectés à
l’occasion des premières grandes missions
scientifiques dans le Pacifique, ont permis la
description par Lesson en 1830 à'Emoia
cyanura et par Duméril et Bibron en 1836 de
Lepidodactylus lugubris et d’Hemidactylus
garnotii.
En Polynésie, d’après les données de la
littérature et nos propres observations, les
trois lézards et les deux geckos, -Gehyra
oceanica et Lepidodactylus lugubris, sont les
plus communs dans tous les archipels. Notons
toutefois que Lipinia noctua nous a semblé
absent sur l’île récente de Mehetia et Crypto¬
blepharus boutonii sur les six îles habitées de
l’archipel des Marquises. Les deux autres
espèces de geckos n’ont été observées que sur
94
éventail : genre
Gehyra, avec deux
espèces :
d) lamelles sousdigitales en deux
rangées parallèles :
Gehyra mutilata
e) lamelles sousdigitales en uneseule
rangée : Gehyra
ceux
petits granules. Les quatre espèces de
Polynésie appartiennent à la famille des
Gekkonidés et à trois genres. Deux autres
espèces de geckos, Hemiphyllodactylus typus
et Nactus arnouxii, signalées dans un petit
nombre de localités n’ont pas été retrouvées ;
leur présence demeure douteuse.
île
cas
sur
d’espèces comme Lepidodactylus lugubris : la
plupart de ses populations ne sont constituées
que par des femelles dont la reproduction sans
fécondation est une aptitude rare chez les
Vertébrés. En effet, d’une part, le transport
museau
vif
une
réduits dans le
frondaison. 2. Les
de coco éclatées ou
Emoia cyanura est le
lézard le plus abondant
et le plus largement
répandu de Polynésie.
Ce petit Scincidé
présente très souvent
sur
le dos trois raies
longitudinales, blanches
ou dorées.
Son activité est
incessante, le jour, dans
les plages de soleil, à la
recherche de petites
proies. Il préfère les
endroits frais, avec soit
une litière abondante
de feuilles mortes, soit
de hautes herbes où ses
populations sont,
parfois, très denses.
LES VERTÉBRÉS
aléatoire d’un seul individu est suffisant pour
être à l’origine d’une nouvelle population et,
d’autre part, tous les individus participent à la
production de jeunes. De plus, d’autres parti¬
cularités étonnantes de ce gecko viennent
d’être découvertes par une équipe francoaustralienne : les populations polynésiennes
diffèrent par leur équipement génétique, les
garniture
chromosomique, les autres une triple. Des
études en cours (électrophorèse) ont révélé, en
outre, que les premières se répartissent en
plusieurs clones, groupes d’individus iden¬
tiques. Enfin, c’est sur l’atoll de Takapoto qu’a
été découverte, en 1981, la première popula¬
tion bisexuée connue, présentant des mâles
unes
ont
une
double
nombreux et apparemment fertiles.
point de vue écologique, les mêmes
espèces de geckos vivent aussi bien dans les
habitations humaines que sur les cocotiers ou
Du
sur
les arbres en forêt. Les lézards se rencon¬
près des côtes où Cryploblepharus
semble cantonné tandis qu'Emoia atteint
trent
l’altitude de 800 mètres. Localement, leurs
populations sont très denses et, bien que de
tailles voisines, ces trois espèces s’observent
côte à côte sans que l’on connaisse jusqu’ici les
raisons qui évitent à l’une
d’éliminer ses concurrentes.
Les
d’entre elles
reptiles terrestres participent
âu
recyclage de la matière
activement
organique et contribuent, dans leur différents
habitats, au contrôle biologique des
populations d’insectes ravageurs dont ils se
nourrissent préférentiellement. Les lézards
sont actifs le jour alors que les geckos sont des
animaux nocturnes.
Ces
petits
animaux jouent
un
rôle
plus important dans l’équilibre
écologique des milieux naturels et des cultures
qu’ils sont avec les oiseaux et le rat polynésien,
lui-même
importé, les seuls Vertébrés
terrestres en Polynésie. Ils posent en outre,
aux biologistes des questions fondamentales
d’autant
si passionnantes qu’un programme spécifique
de recherches a été élaboré.
Lepidodactylus lugubrls
vit en populations
nombreuses sous les
écorces, même en pleine
forêt. Sa coloration
brunâtre ou beige, avec
des chevrons dorsaux
blancs bordant vers
l’arrière les taches
symétriques noires
caractéristiques, le rend
difficilement
discernable ; le soir,
il deviendra très pâle.
Certains arbres abritent
plusieurs dizaines
d’individus qui sont
général tous femelles
mais, en Polynésie, ont
en
été récemment
découvertes quelques
populations bisexuées.
Lepidodactylus
lugubrls est le
Gekkonidé le plus
commun en Polynésie.
Sa distribution mondiale
recouvre la quasi¬
totalité du domaine
insulaire indo-pacifique.
De petite taille (la
longueur de son corps,
queue non comprise,
n’excède guère 4,5 cm)
il est fréquent le soir
dans les maisons
Cryploblepharus
lorsqu’il capture les
boutonll poecllopleurus.
Ce Scincidé, caractérisé
par la présence de deux
raies latéro-dorsales
claires, est un excellent
grimpeur, soit sur des
reptiles les plus
troncs.
Polynésie. De gauche
rochers, soit sur des
Sa coloration sombre
le rend bien visible sur
les troncs de cocotiers
qu’il semble affectionner
particulièrement. Il
trouve refuge dans leurs
nombreuses crevasses.
insectes attirés par les
lampes. On le reconnaît
Les cinq espèces de
communes
de
â droite :
Cryploblepharus
boutonll poecllopleurus,
aisément à la double
rangée de taches noires
dorsales. A l'obscurité,
la coloration générale
du corps est d’un gris
très pâle et l’extrémité
caudale jaunâtre.
Emoia cyanura, Lipinia
noctua, Gehyra oceanica
et Lepidodactylus
lugubrls.
Gehyra oceanica est la
plus grande espèce de
gecko polynésien : il
atteint 18 cm de
longueur totale. Sa
coloration dorsale est
variable, beige ou
brunâtre. Sa queue est
cylindrique et effilée.
Le cliché met en
évidence le dispositif
d’accrochage
perfectionné de ses
pattes : la partie élargie
sert de ventouse et la
griffe est à l'extrémité de
la phalange terminale
arquée. Cette espèce
s’observe le soir, dans
les maisons où elle est
localement abondante.
Elle est beaucoup plus
difficile à découvrir en
forêt sur les troncs, de
mape notamment, où
elle s’expose au soleil.
95
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
Le rat
Pourquoi un chapitre entier sur le rat en
Polynésie ? Certainement d’abord parce que le
petit rat polynésien était, avant l’arrivée des
Européens, le seul mammifère sauvage qui
peuplait les archipels. Ensuite parce que les
rats occupent une grande place dans l’éco¬
système humain à Tahiti : c’est un pilleur de
coprah sur pied ou récolté, c’est un voleur
infatigable d’œufs d’oiseaux, de fruits, et chez
l’homme, de denrées stockées. Enfin ils ont un
rôle de vecteur de maladie très important : ils
sont les hôtes d’un ver parasite qui, lorsqu’il
passe accidentellement chez l’homme,
provoque une maladie encore commune dans
le Pacifique Sud, la méningite tahitienne. En
outre, les rats importés, le rat noir et le rat nor¬
végien, sont les réservoirs urbains d’une des
maladies les plus terribles avant l’avènement
de l’hygiène publique et de l’antibiothérapie;
la peste bubonique.
Quatre espèces murines
Le rat noir (Rattus rattus) ou rat des toits,
semble être originaire de l’est du bassin médi¬
La plupart des auteurs pensent
qu’il est arrivé en Europe au XI' siècle dans les
bateaux qui ramenaient les croisés de Terre
terranéen.
Les rats et les souris font partie de l’ordre des
Sainte. Et ce sont vraisemblablement les
navires de commerce et des découvreurs qui
quatre espèces peuplent les différents archi¬
mais il peut également avoir été introduit par
rongeurs et
de la famille des Muridés dont
pels de Polynésie.
Le rat polynésien (Rattus exulans) a été
récolté et décrit pour la première fois à partir
de captures faites à Tahiti. Il habite l’Asie et le
asiatique, la Nouvelle-Guinée et
toutes les îles du Pacifique qui s’étendent entre
les 30' parallèles : Hawaii, Polynésie, Micro¬
nésie, Fidji
jusqu’à l’île de Pâques. 11 est
arrivé dans les pirogues des Polynésiens au
cours de leur migration.
Sud-Est
...
l’ont transporté ensuite dans le monte entier,
navigateurs polynésiens. Maintes sousespèces (on en compte 74) ont été disséminées.
les
Elles peuvent
cohabiter sur un même terri¬
toire, comme en Polynésie où elles sont au
nombre de trois. Ce rat vit dans les cocotiers
ou
dans les toits des maisons.
Le rat norvégien (Rattus norvegicus) est ori¬
ginaire de la Mandchourie. Arrivé en Europe
vers 1750, il a été transporté dans le monde par
les vaisseaux de commerce. C’est un gros rat
Rattus rattus (le rat des
toits) se nourrit
principalement de noix
de coco vertes qu’il va
ouvrir sur l’arbre. S’il n’y
en a pas, il est capable
de percer les noix
sèches tombées au sol.
L'origine des rats,
l’origine des hommes.
Tous ces rongeurs de
Polynésie sont bien
adaptés à vivre en
association avec
l’homme. Nous sommes
sûrs qu'ils ont été
introduits par celui-ci et
répandus
accidentellement à
travers les îles. Les dates
et les routes de ces
voyages ne sont
toutefois pas connues
grande
précision. En comparant
les spécimens des
avec une
différentes îles du
Pacifique à leurs
ancêtres possibles des
continents et en
comparant ces résultats
à l’histoire de l’homme,
les voies de migrations
de ces rongeurs
pourraient être
déterminées. Hélas nous
manquons encore de
connaissances sur les
rongeurs du continent
asiatique et leur
distribution, et sur
l’origine des divers
immigrants à travers la
Mélanésie et la
Polynésie pour tout
comprendre.
96
La cocoteraie est le
milieu créé par l’homme
pour la culture du
coprah. Les populations
de rat polynésien et de
rat des toits y sont
toujours très
abondantes.
Pour protéger le coprah
de leurs dégâts, on
installe sur les troncs
des bagues de zinc ou
d’aluminium. Leur
surface trop lisse
empêche les rats de
monter à la cime des
arbres.
De cette façon, on lutte
aussi indirectement
contre les moustiques,
empêchant que les
noix de coco entamées
en
par les rats deviennent
des gîtes larvaires.
LES VERTÉBRÉS
qui vit plutôt au sol. Il aime les terriers et
nager. En milieu tropical il vit strictement
dans les milieux urbanisés.
La souris domestique (Mus muscuLus), d’ori¬
gine européenne, possède en Polynésie une
large distribution mais elle n’existe que par
places. Elle se cantonne principalement dans
les maisons et surtout les magasins. Toutefois,
des colonies
se
sont établies en
montagne
moyenne, dans les champs de fougères. Elle
est virtuellement absente des atolls.
polynésien. Ces deux espèces sont les
seules que l’on peut observer aussi bien en bord
de mer ou dans les marécages jusque dans les
forêts humides des sommets polynésiens.
Mâles et femelles sont tous les deux
féconds et actifs sexuellement toute l’année.
Mais leur pouvoir de reproduction est faible
Polynésie : 3 ou 4 litières par an pour le rat
noir et 2 ou 3 pour le rat polynésien.
Les jeunes quittent le nid à l’âge de 2 se¬
en
maines et sont entièrement sevrés à 3
semaines. Ils deviennent sexuellement mûrs à
l’âge de 3 mois.
Biologie des rats
vallées et des plaines
côtières sont leur habitat de prédilection, alors
Les
Par leur répartition et du fait de leur écologie,
seuls le rat polynésien et le
le rat
rat des toits ont
pu être transportés partout. On les a récoltés
dans pratiquement toutes les îles sauf à Rapa
et Fatu Hiva (Marquises) où on ne trouve que
forêts
des
qu’ils sont moins nombreux autour des maré¬
cages et dans les forêts de très haute
montagne. Les plus grandes populations sont
concentrées dans les herbiers des cocoteraies.
Les rats sont principalement actifs la nuit
même
si
certains
individus
peuvent
être
aperçus de jour. Il existe un ordre précis dans
leur activité. Ainsi on a pu démontrer que les
souris entrent
en
premières, au
soleil. Puis les rats
action les
moment du coucher du
polynésiens s’éveillent et s’activent. Le rat des
toits ne se nourrit qu’au milieu de la nuit. Ces
espacements temporels réduisent les contacts
entre les espèces et diminuent l’agressivité et la
compétition interspécifique.
En Polynésie leur prédateur principal est
le chat qui est généralement associé aux
maisons. Mais il existe, sauvage, partout,
aussi bien sur les atolls inhabités ou sur les
terres désertes des
Marquises que dans les
forêts humides des plus hauts sommets. Dans
Société, ils sont également
grand nombre par le Busard
d’Australie appelé communément épervier.
îles
de
détruits
les
en
la
Rattus norvagicus, aussi
appelé rat surmulot, est
plus gros que le rat des
toits, avec une queue et
des oreilles plus courtes.
Il vit surtout dans les
lieux de résidence des
hommes et notamment
dans le réseau de
canalisation des villes,
les entrepôts de
stockage.
Il occasionne des
dommages directs aux
produits alimentaires,
attaque les murs et les
sols et peut véhiculer
certaines maladies
contagieuses. '
La souris domestique
(Mus musculus) avait à
l'origine pour nourriture
principale les graines
des graminées des
steppes d'Europe et
d'Asie. De nos jours, elle
occupe les habitations
des hommes et dévore
les réserves en rendant
les restes impropres
à la consommation,
répandant une odeur
désagréable.
Le Busard d'Australie
(Circus aeruginosus
approximans) a été
introduit à Tahiti en 1885
pour limiter le nombre
de rats.
97
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
Le porc
sur
Le porc (Sus scrofa) est un animal dont
l’importance en Polynésie n’est plus à
souligner tant du point de vue culturel
L’importance des porcs comme offrandes
les lieux de culte est à souligner. Des
cochons cuits entiers étaient présentés dans de
grands ha'ape'e (paniers) faits de feuilles de
cocotiers jaunes et vertes, cette présentation
qu’économique.
s’appelait pua'a ta ha'ape'e (cochons en
paniers). Au cours du repas spécial qui suivait
Un animal venu d’Asie du Sud-Est
cochon représentaient la portion réservée aux
Le cochon domestique était déjà élevé il y a
6 000 ans environ par les Proto-Austronésiens
d’Asie du Sud-Est ainsi que l’ontdémontré les
recherches des linguistes. Ces premières popu¬
déplaçaient vers le sud à bord de
pirogues à travers les Philippines, Bornéo et
les Célèbes. Les porcs s’adaptèrent bien à ce
lations
se
nouvel environnement et
on
retrouve
leurs
archéologiques de
cette période. Vers 5 000 avant J.-C. l’exten¬
sion se continua vers l’est (côte septentrionale
ossements
de
la
dans les sites
Nouvelle-Guinée,
îles
Salomon...).
Cependant l’implantation de ces populations
face
aux
Mélanésiens
nombreux
et
bien
installés fut un relatif échec et c’est vers 3 000
les représentants de la culture “Lapita”
leur expansion vers les îles
Tonga et Samoa dans les 500 années suivantes.
les cérémonies au marae, la tête et la queue du
dieux.
11
est
aussi
rapporté
que
le cochon
sauvage était une émanation du dieu ’OroTaua (guerrier au combat) en tant que dieu
tueur
d’hommes. Ce cochon
pouvait alors
dévorer un homme et il avait en lui une très
grande puissance.
Existe-t-il une race de porc polynésien ? Il
semble difficile de répondre par l’affirmative
jours à cette question, cette notion
d’ailleurs extrêmement récente dans
nos
étant
polynésien car les animaux bien que
présentant une variabilité génétique encore
importante avaient tout de même subi une
pression de sélection non négligeable du fait
de l’adaptation aux conditions d’élevage qu’ils
ont dû connaître au cours des migrations
précédemment décrites.
On peut se faire une idée du type originel
du porc polynésien par les écrits des premiers
explorateurs européens ou en examinant les
gravures réalisées qui les figurent souvent à
titre d’offrandes aux dieux sur les marae. 11
s’agit au premier abord d’animaux de taille
moyenne, à la peau pigmentée et possédant
très peu de soies. La tête est relativement
petite, au groin plutôt court avec des petites
Un porc polynésien ?
de
puisse plutôt parler de population porcine de
type
l’élevage en occident. Mais il semble que l’on
oreilles tenues dressées. On note souvent chez
porcs la présence de barbillons ou umiumi, vestiges des arcs branchiaux embryon¬
naires. Les membres apparaissent courts tant
le ventre est distendu traînant presque au sol.
Les masses musculaires sont peu développées.
ces
que
continuèrent
Au début du premier millénaire de notre
Polynésiens occidentaux entrepre¬
grands voyages à bord de
pirogues doubles assez vastes pourembarquer
plantes vivrières et animaux domestiques
(dont les porcs) et abordaient aux Marquises
vers l’an 300 d’où ils rayonnèrent vers la Poly¬
ère
les
naient leurs plus
nésie centrale et ses différentes extrémités.
Les aléas de ces migrations ont entraîné
plus ou moins erratique
Ainsi les porcs
étaient présents aux îles Australes sauf à
Rapa, absents de beaucoup d’atolls des
Tuamotu
mais
présents à Mangareva
(Gambier) ; présents à Rarotonga, Atiu (îles
Cook), Mauke et Mitiaro mais absents à
Aitutaki et Mangaia (Australes). Ils n’exis¬
taient pas non plus en Nouvelle-Zélande ni à
l’île de Pâques avant l’arrivée des Européens.
une diffusion du porc
suivant les îles et archipels.
Une naissance légendaire
et une offrande pour les dieux
Cet animal tient une assez grande place dans le
culturel
polynésien. 11 existe
plusieurs versions de sa création dont une le
contexte
fait descendre d’un être humain nommé pro¬
phétiquement Melua pua’a (cochon parent).
Celui-ci vivait à Bora Bora et sa femme lui
faisait grief du peu de biens qu’il possédait. Sa
mère lui conseilla de se rendre dans la forêt de
bonne heure le
matin
et
là d’ouvrir toute
grande la bouche : il en sortirait une multi¬
tude de petits animaux appelés pua’a maohi.
La suite de la légende nous instruit sur les
méthodes d’élevage car sa mère lui conseilla de
les attacher avec une corde et de leur
construire un enclos avec un abri (technique
usage dans de nombreuses îles). La fin de la
légende raconte que les animaux se
multiplièrent sur terre et constituèrent une
bonne nourriture pour les dieux et pour les
hommes (notons que les dieux sont servis les
premiers et que le porc n’était vraisembla¬
blement qu’un complément carné de faible
importance dans la ration alimentaire).
en
98
Le porc polynésien tel
qu’on peut le
LES VERTÉBRÉS
Les
qualités
zootechniques
de
ces
animaux sont encore plus hypothétiques : on
avait
vraisemblablement affaire
à
des
animaux d’une rusticité à toute épreuve, dotés
de bonnes qualités maternelles, à croissance
lente et à l’adiposité excessive. Ils devaient être
de bons transformateurs de la matière
végétale et entre autres du ’uru (toutes
qualités et défauts que l’on retrouve chez les
porcs asiatiques actuels).
La pathologie devait essentiellement se
résumer au parasitisme. Les parasites internes
du porc que l’orj retrouve actuellement
peuvent d’ailleurs être envisagés comme
marqueurs de l’origine australasienne de ces
porcs et traceurs des migrations.
Mais pourquoi parler au passé du porc
polynésien ? L’animal tel qu’il est décrit
semble bien avoir disparu à la suite des intro¬
ductions de porcs étrangers et des nombreux
métissages qui en ont résulté. Cette extinction
n’est d’ailleurs peut-être pas si ancienne mais
s’est sérieusement amplifiée au cours des dix
dernières années.
Ainsi
le
cousin
le
plus
proche du porc polynésien domestique serait
le cochon sauvage qui en est malgré tout assez
différent au plan phénotypique du fait d’un
mode de vie totalement différent. Le cochon
n’est d’ailleurs
métissage.
sauvage
pas
à l’abri du
Un élevage de races européennes
L’élevage du porc conserve à l’heure actuelle
rôle socio-économique important en
Polynésie française.
On estime le cheptel à environ 35 000
un
porcs dont 25 000 à Tahiti pour plus de 300
éleveurs. L’élevage se pratique sur toute
l’étendue
du
Territoire
et
dans toutes les
plus urbanisées. De
nombreuses races ont été importées sur le
Territoire
(Berckshire, Tamworth,
Hampshire, Duroc) et actuellement la
majorité des porcs élevés est de type euro¬
péen : Large white ou Landrace. La produc¬
communes
tion
même
les
actuelle
satisfait apparemment
besoins de la consommation locale.
les
Le porc était souvent
donné en offrande aux
dieux au cours d'un
sacrifice au marae,
après une préparation
particulière.
Les types de porcs
présents en Polynésie à
l'heure actuelle sont très
variés. Les croisements
nombreux créent une
population hétérogène.
Aux îles Tuamotu, le
porc n'a été introduit
que récemment.
99
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
Le chien
furent mis à griller sur des pierres brûlantes.
En outre, le corps de l’animal fut “barbouillé”
Le chien (Canis canis) est avec le porc le
seul quadrupède domestique connu des Poly¬
nésiens avant l’arrivée des Européens dans le
de son propre sang puis, après des prières, le
corps du chien fut déposé sur un autel (fata)
où il y avait déjà des porcs.
Pacifique.
Le chien polynésien
Une répartition variée
Malgré la grande variabilité qui caractérise
l’espèce canine il semble que l’on puisse
origines du chien en Polynésie sont les
que celles décrites pour les porcs
puisque ces deux animaux ont subi les mêmes
Les
mêmes
tribulations
au
cours
du
peuplement du
Pacifique. En conséquence la répartition du
chien était elle aussi assez variée dans les diffé¬
rents archipels.
décrire avec assez de vraisemblance le chien
polynésien même s’il est probable qu’il y ait eu
des types différents dans les divers archipels. Il
existe des représentations sur les gravures
qui illustraient les premiers récits des navi¬
gateurs européens et qui figurent les chiens
en
aussi bien dans des scènes de la vie domestique
(à bord de pirogues) que religieuse (sur les
marae). On a également quelques descrip¬
tions écrites.
Les chiens polynésiens étaient assez
remarquables par leur petite taille en oppo¬
sition au volume de la tête qui est décrite
comme “prodigieusement grosse”. Les yeux
sont petits, les oreilles dressées et pointues. Le
pelage gris blanc à beige clair, parfois tacheté,
est long, mais plutôt du type à poil dur. La
queue longue présente la particularité d’être
touffue et ressemble à celle d’un renard ; ceci
est
assez
bien visible
d’offrande au marae.
sur
les
gravures
Ainsi, s’il était absent de Rapa et de l’île
Pâques, le chien se retrouvait le seul
mammifère domestique en Nouvelle-Zélande
et il était présent à peu près partout ailleurs
(Tahiti, Hawaii). Ceci nous prouve qu’il était
plus résistant que le porc ou que ses facultés
d’adaptation étaient bien supérieures.
de
Un aliment de choix
La place du chien dans la société maorie était
particulièrement remarquable. Il jouait un
rôle sacré et alimentaire à la fois.
Les légendes où apparaissent
le chien
sont nombreuses. Le chien était l’émanation
du lutin To'a-hili. L’aboiement du chien était
une
aide, il constituait une protection pour
l’homme.
Le chien constituait l’apport carné
essentiel, à l’exception du poisson, bien avant
le porc pour la population de base. La chair du
chien était la plus appréciée pour sa succu¬
lence. Les premiers explorateurs qui, après
avoir vaincu leur répugnance initiale, se
décidèrent à le goûter le trouvèrent “presque
aussi bon qu’un agneau d’Angleterre”.
La préparation du chien se faisait de la
manière suivante : après avoir tué le chien par
étouffement, l’animal, non saigné apparem¬
ment, était épilé par un passage sur la flamme
en le râclant avec une coquille, puis il était
ouvert et
éviscéré. Les intestins étaient alors
récupérés et nettoyés à l’eau de mer, le sang
récolté dans une noix de coco. La carcasse
était mise dans un four traditionnel où on la
laissait à cuire environ 4 heures.
Une offrande aux dieux
Les chiens pouvaient être offerts à des étran¬
gers comme cadeaux. Le premier qui à Tahiti
se vit offrir des chiens fut Wallis et ceci fut
l’objet
d’un
amusant
quiproquo.
Les
Tahitiens avaient déposé comme cadeaux sur
la plage des cochons et des chiens dont les
Le chien polynésien
dessiné d’après les
bonds
tacheté ou brun. Leur
pattes antérieures étaient liées au-dessus de la
tête. Ceux-ci en essayant de fuir faisaient des
désordonnés
les membres pos¬
térieurs et, à distance, Wallis crut avoir affaire
à une espèce d’animaux inconnue.
Les chiens étaient aussi très utilisés
sur
comme offrandes aux dieux au cours des céré¬
au marae. Cook relate les faits : le
chien subit une préparation assez semblable à
celle décrite plus haut mais les viscères, une
fois extraits, furent brûlés en totalité à
monies
l’exception du foie, des reins et du cœur qui
100
descriptions des
navigateurs européens.
Le
pelage était parfois
taille était petite.
Les chiens que décrit
G. Foster, naturaliste de
la seconde expédition
du capitaine Cook, sont
d'une “stupidité
extrême, ils aboient
rarement ou presque
jamais, hurlant de temps
en temps. Ils ont l’odorat
très faible et ils sont
excessivement
paresseux".
LES VERTÉBRÉS
11 est décrit comme un animal à l’odorat
faible, qui n’aboie presque jamais mais hurle,
les chiens nordiques.
Quant à sa nutrition, il est vraisemblable
que les chiens avaient subi une pression de
sélection assez sévère qui les avait trans¬
formés en animaux végétariens propres à
assimiler des produits comme le ’uru, le coco
et les fruits qui étaient la base de leur alimen¬
comme
tation. Ce fait semble unique au monde en ce
qui concerne les chiens domestiques. L’adap¬
tation à ce régime était bonne puisque l’on
obtenait des animaux fin gras.
de
Ces animaux ne devaient pas connaître
graves
problèmes pathologiques à
l’exception du parasitisme, particulièrement
la filariose qui ramenait à 5-6 ans l’espérance
de vie du chien - mais ils étaient mangés bien
avant cet âge.
Une population nombreuse
en semi-liberté
Depuis maintenant 200 ans de nombreuses
races de chiens ont été introduites sur le
Territoire et le chien a conquis un statut de
compagnon de l’homme qu’il n’avait guère
autrefois. Mais si son rôle religieux a disparu
l’arrêt des anciens cultes, ce n’est pas
pour autant que son rôle culinaire a cessé -
avec
d’autant que la population
renouvelé les recettes.
chinoise
a
Pour certains, la population canine de
Tahiti se chiffre en dizaines de milliers de
chiens vivant en semi-liberté ce qui représente
un risque grave d’un point de vue sanitaire
(poubelles renversées, morsures, accidents de
la route).
Il existe des textes réprimant la diva¬
gation des animaux, mais le manque de
moyens
et
communes
La
l’absence
de
motivation
des
font qu’ils ne sont pas appliqués.
règlementation à l’importation des
domestiques se veut stricte. En
effet, il n’est possible d’importer ces animaux
que depuis des pays indemnes de rage et à
condition qu’ils y aient séjourné au moins 6
mois ou depuis leur naissance.
carnivores
Ce chien ressemble
étonnamment à son
ancêtre tel
qu'il a été décrit par les
découvreurs,
notamment avec sa
queue longue et touffue,
rappelant celle du
renard.
Animaux familiers et
omniprésents, les
chiens restent
cependant à la porte du
/are.
Page de gauche :
Aux Tuamotu, les
“chiens pêcheurs” se
mettent à plusieurs
pour encercler et
capturer les poissons.
Sur les îles basses, le
poisson constituait la
part essentielle de la
nourriture des chiens,
alors que dans l'archipel
de la Société ils se
nourrissaient surtout de
fruits.
Les chiens et les porcs
semblent vivre ici en
bonne entente. Le chien
longtemps eu une
alimentation
essentiellement
a
végétarienne, à base de
cocos, de fruits et de
’uru. Ce régime était
pratiqué pour les faire
engraisser afin de les
manger.
Dans la Polynésie
d'autrefois, les chiens
étaient alternativement
traités comme des
animaux familiers ou
comme des animaux
que l'on mangeait
apparemment sans
regret.
101
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
Autres vertébrés
supérieurs
Les mammifères d’intérêt économique
introduits par les découvreurs et leurs succes¬
essentiellement les bovidés (Bos
taurus et Bos indicus) et leurs croisements, les
équidés (Equus caballus et Equus asinus) et
leurs croisements, ainsi que les ovins (Ovis
seurs
sont
aries) et les caprins (Capra hircus).
On peut également inclure le chat, le
lapin et divers autres petits mammifères
(cobayes ...).
Les bovidés
Lorsqu’en 1777 pour son troisième voyage
Cook amène à grand-peine avec lui un taureau
et trois vaches d’Angleterre, ces animaux
semblent déjà avoir été introduits à Tahiti par
les Espagnols (Boenechea, 1772 ou 1774) car
les Tahitiens ne s’empressent pas autour de ces
cadeaux. D’ailleurs les animaux amenés à
Tahiti n’y restèrent pas très longtemps car
Fletcher Christian les embarqua sur la Bouniy
après son retour à Tahiti avant de partir pour
Tubuai en 1789 (le taureau mourut d’ailleurs
au cours du voyage).
Par la suite, de nombreuses importations
ont eu
lieu de différents pays d’Europe, des
Etats-Unis,
de
Nouvelle-Zélande
ou
d’Australie. Au cours de la période coloniale
(surtout à partir de la fin du X1X‘= siècle), avec
la création de grands domaines voués à la
cocoteraie et l’utilisation du fil de fer barbelé,
l’élevage de ces animaux se développe essen¬
tiellement mené par les Européens. Ce n’est
pas pour autant que le bétail sur pied pour la
boucherie cesse d’être importé.
En 1907 on signale déjà la présence de
tiques sur le bétail de Tahiti, mais on note le
rôle bénéfique des merles des Moluques pour
leur destruction. Le Bulletin de la Chambre
d’Agriculture du 27 mai 1913 signale les
premiers cas de babesiose, maladie transmise
par ces parasites. Par la suite celle-ci s’étend à
différentes
où
elle
reste
toujours
un
Vers 1950 on retrouve les types de races
: Frisonne (pie noire), Red Poil et
Hereford, Angus et Jersey. Le sang charolais
est présent depuis qu’en
1936 un couple
d’animaux de cette race fut importé. Le sang
suivantes
zébu se retrouvait alors sur 10 % des animaux.
Par la suite, en 1974, fut introduit le premier
couple de Limousins de France.
Le chat, seul félin
de
Polynésie, s'est bien
adapté à son nouvel
environnement, se
régalant à l’occasion de
noix de coco.
Chasseur traditionnel
du rat, le chat s’est
allié à ce mammifère
pour porter de graves
préjudices à l’avifaune :
les oiseaux locaux,
vivant depuis toujours à
l'abri des prédateurs,
constituaient pour eux
des proies faciles.
Ces bovins charolais
sont élevés à Taravao, à
la station de
multiplication de
reproducteurs de races
bovines à viande du
Territoire, gérée par le
service de l’Economie
rurale. Elle compte
environ 150 bêtes.
102
îles
problème pathologique sérieux.
LES VERTÉBRÉS
Le cheptel se développe alors activement
et on recense en
1956 jusqu’à 9 736 bovins à
Tahiti (10 969 aux îles du Vent, 3 586 aux îles
Sous-le-Vent, 861 aux Australes, 1 935 aux
Marquises, soit plus de 17 000 bovins). Mais
dès cette date le cheptel chute pour n’être plus
de nos jours que de 3 300 sur Tahiti et environ
8 000 pour la Polynésie française au total.
A Tahiti, 56 % des éleveurs ont moins de
dix vaches mères et seules quatre exploita¬
tions ont plus de cent têtes. Les élevages
laitiers, au nombre de quatre, ont des tailles
variant de 150 à 800 bêtes. La productivité de
ces exploitations reste faible.
Les chevaux
premiers chevaux importés furent peutceux embarqués au Chili
que l’amiral
Dupetit-Thouars offrit vers 1840 en présenté
Les
être
lotete, chef réputé de Tahuata aux Marquises.
probablement du type des petits
chevaux introduits d’Espagne par les conquistadors en Amérique du Sud qui jouèrent
un rôle si important dans la chute de l’Empire
Ils étaient
inca.
Les Marquises restent donc le berceau de
chevaux de petite taille, souvent accusés
d’être
dégénérés. Cette “dégénérescence”
ces
serait plutôt le fait de conditions d’élevage
défectueuses. Sans grande valeur et en
surnombre, ils sont souvent abandonnés sans
soins au piquet pendant de longues semaines
et mal nourris, ou bien dès que l’on n’en a plus
besoin, relâchés dans la nature à la merci des
pires sécheresses. On ne s’étonnera pas, dans
ces conditions, de la taille réduite des animaux
ou
d’un développement défectueux.
Cependant, cette vie des plus rigoureuses -
50 % des animaux peuvent disparaître si la
saison sèche se prolonge - a sélectionné des
chevaux
rustiques, sobres et aux pieds très
sûrs, supérieurs au mulet, pourtant réputé.
Aussi, pour peu que l’on veille aux accou¬
plements et que l’on se donne la peine
d’apporter les soins et la nourriture néces¬
saires aux poulinières et aux poulains en
croissance, ces chevaux sont susceptibles d’en
remontrer à beaucoup d’autres. Les méthodes
utilisées traditionnellement pour le débour¬
rage ont plus pour but de casser rapidement la
volonté de chevaux vifs que d’en obtenir la
coopération par un travail patient et
progressif.
L’effectif
des
chevaux,
autrefois
largement utilisés pour la récolte du coprah ou
le
transport des produits des cultures
Le débourrage d'un
cheval aux îles
Marquises. Une fois
attrapé, on glisse autour
du cou de l'animal une
boucle avec un nœud
d’étranglement. Prenant
appui derrière un tronc
de cocotier, on tend la
corde jusqu’à ce que,
suffoquant à en perdre
connaissance, le cheval
soit jeté à terre. Quand
il ne bouge plus, on lui
rapidement une
bride qui permettra de le
tenir et de le dresser.
Cette manière violente
de maîtriser le cheval
fait plus appel à la force
noue
Le cheval marquisien,
lorsqu'il fait l’objet de
soins attentifs, est un
animal vigoureux et aux
proportions bien
équilibrées malgré sa
petite taille.
qu'à la psychologie. Il
arrive aussi que, pour
calmer le cheval, on le
conduise jusqu'à la
plage et on l’immerge,
lui maintenant la tête
sous l'eau jusqu’à la
limite de l’asphyxie.
103
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
vivrières, a bien décliné avec la baisse de la
production du coprah depuis 1960 et le mythe
triomphant de l’automobile à quatre roues
motrices même dans les îles les plus reculées.
11 subsiste à Tahiti quelques centaines de
chevaux de selle distribués pour la majeure
partie dans deux centres hippiques. Ces
chevaux sont rarement des animaux marquisiens en raison du préjugé défavorable dont ils
jouissent dans ce milieu. Bon nombre d’entre
eux ont été importés de Nouvelle-Zélande
récemment
autrefois
de
NouvelleCalédonie, d’Australie et des Etats-Unis. Ils
sont de races arabe, anglo-arabe, ou demiet
sang, trotteur et ambleur et sont destinés aux
pratiquées plusieurs fois par an sur
l’hippodrome de Pirae et aux concours
hippiques. Ces chevaux fins sont plus fragiles
et leur adaptation aux conditions locales n’est
pas sans problèmes.
courses
Les ovins et les caprins
Les ovins
(mamoe) sont presque inexistants
Polynésie française en raison de leur
inadaptation (mouton à poil laineux) et du
problème des chiens errants. Les caprins
(pua'aniho), bien que d’un intérêt écono¬
mique marginal, ont néanmoins une
importance numérique non négligeable
surtout dans les archipels
éloignés.
Les petits ruminants faisaient partie inté¬
en
grante de l’armement des navires aux XVlUet
XVllU siècles, particulièrement les chèvres
qui fournissaient le lait ; certaines ont fait
plusieurs circumnavigations. Ces animaux
étaient particulièrement précieux sur les
navires et la meilleure preuve en est la violente
réaction du capitaine Cook lors de son
passage à Moorea en 1777 à la suite du vol
d’une chèvre. Ceci prouve d’autre part l’attrait
des
Tahitiens
pour
animaux,
en
donnèrent des chèvres sur des îles ou rochers
isolés (Eiao, Motane aux Marquises).
Actuellement on retrouve des chèvres
soit sauvages soit en semi-liberté dans presque
toutes
les
îles, mais particulièrement
aux
Marquises, aux Australes (Rapa) et aux îles
Sous-le-Vent. A Tahiti, il existerait encore un
noyau sauvage dans la vallée de Papenoo.
Ces chèvres sont de type commun peu
amélioré ; quelques rares introductions de
boucs de race Saanen ont eu lieu.
L’élevage a
pour but unique la production de viande ce
qui est paradoxal étant donné les qualités
zootechniques de cette espèce pour la
production de lait et son manque d’aptitude à
l’engraissement.
Le cheval est encore
utilisé pour le transport
îles Australes.
aux
Néanmoins, cet usage
est en régression devant
la multiplication des
automobiles.
La chasse aux chèvres
sauvages est encore
couramment pratiquée
îles Marquises.
Les chèvres ont été, et
aux
sont encore, avec les
vaches, les
responsables de la
destruction de la
végétation aux
Marquises, avec pour
double conséquence
une désertification et un
appauvrissement de
l’avifaune.
Les chèvres sauvages
sont parfois capturées
et rassemblées en
troupeaux. Leur élevage
a pour but unique la
production de viande,
malgré leurs qualités
laitières.
104
ces
opposition au peu d’intérêt qu’ils ont eu pour
les bovins. Par la suite, les baleiniers
qui
sillonnèrent le Pacifique au XIX'^ siècle aban¬
7 Comment vivent les oiseaux ?
L® qui
avifaunenourrissent
de Polynésie
sorte de mosaïque
constituée d’oiseaux
dansfrançaise est une océaniques
et reviennent à
les immensités
terre pour se
reproduire, d’oiseaux totalement sédentaires qui passent toute leur existence dans ia
même île, d'autres quittant leur contrée d’origine pour passer la mauvaise saison dans
les îles, d’autres enfin, les pièces
rapportées, introduits par l’homme.
Cette avifaune ne peut être comparée à aucune autre
se
par la place prépondérante
populations importantes d’oiseaux marins et par le
nombre record de formes endémiques. Elle s’est toutefois
beaucoup dégradée.
L’existence de vastes gisements de guano nous apprend qu’il y avait autrefois des
colonies considérables d’oiseaux marins. De même, les résultats
scientifiques des
explorations occidentales montrent que plusieurs espèces d’oiseaux terrestres ont
disparu. Peut-être apprendrons-nous un jour, grâce à des fouilles palèontologiques,
que des oiseaux se sont éteints il y a beaucoup plus longtemp.s.
Compte tenu de leur grande originalité, de leur fragilité et de leur utilité pour la
pêche locale, les oiseaux de Polynésie française méritent une attention toute
particulière, nécessitant la protection contre les espèces introduites, mais surtout la
qu’ont les introduits,
par ses
conservation des habitats.
Origines et
caractéristiques des
oiseaux de
Polynésie
en
Près de 112 espèces ont été dénombrées
Polynésie française, dont 13 furent intro¬
duites par l’homme et 8 ont disparu. Ce
nombre semblera faible par rapport aux 500
ou 600 espèces trouvées en
Europe, aux EtatsUnis ou en Australie, sur une superficie égale.
Mais le rapprochement ne signifie plus rien, si
l’on compare
les superficies émergées, réel¬
disponibles pour des oiseaux
terrestres, et si l’on tient compte, d’une part,
des distances considérables qui séparent les
lement
îles les unes des autres, et de la faible diversité
des habitats, d’autre part.
104 espèces d’oiseaux
actuellement présentes
Avec 27 espèces d’oiseaux de mer nicheurs, la
Polynésie française apparaît comme l’une des
régions tropicales les plus riches. La plupart
ont une large
répartition géographique ;
18 nichent également dans les océans Indien et
Atlantique, mais la majorité est représentée
dans le Pacifique par une forme distincte. Sur
les 9 espèces qui se reproduisent seulement
dans le Pacifique, une seule, le Pétrel de
Murphy (Pterodroma ultima), gros oiseau de
coloration générale grise, habite uniquement
la Polynésie. La vaste répartition de la majo¬
rité des oiseaux de mer prouve avec quelle
facilité ils traversent de grandes étendues
d’océans.
On compte 21
espèces d’oiseaux marins qui
sont des visiteurs, réguliers ou accidentels de
la Polynésie française.
sont
Certaines espèces, comme les albatros,
des isolés provenant des mers antarc¬
tiques et subantarctiques. 3 puffins et pétrels
qui nichent dans les régions aux eaux froides
de l’hémisphère Sud traversent la Polynésie
française au cours de leur migration pour se
rendre dans les eaux froides du Pacifique tro¬
pical ou du Pacifique Nord. C’est le cas du
fameux Puffin à bec grêle (Pujfinus tenurostris), connu sous le nom de mution-hirden
Australie où il niche par millions. D’autres
oiseaux marins viennent du Pacifique Nord
pour se
D’autres
rendre dans l’hémisphère Sud.
s’égarent des côtes améri¬
enfin
caines, comme la Mouette de Franklin (Parus
pipixcan) dont la présence a été relevée deux
fois seulement aux îles Marquises.
13 espèces d’oiseaux terrestres migrateurs
atteignent plus ou moins régulièrement les îles
de Polynésie. 11 s’agit de 10 oiseaux de rivage
(nommés aussi limicoles), 2 canards et 1 cou¬
cou. 11 est vraisemblable que d’autres
espèces
seront
notées dans l’avenir. Les oiseaux de
rivage et les canards se reproduisent dans les
régions arctiques de la Sibérie et/ou de
l’Amérique du Nord, puis se dispersent au
cours de
l’hiver boréal le long des côtes
d’Amérique, d’Asie et dans les îles du
Pacifique. Parmi eux, 5 sont des migrateurs
très réguliers qui arrivent par centaines ou par
milliers en août-septembre et repartent en
mars. Certains individus, ne se reproduisant
pas, restent toute l’année en Polynésie. Au
cours
de leur fantastique migration, ces
oiseaux
sont
condamnés à trouver
une
île
pour se reposer de leur fatigue, en raison de la
perméabilité de leur plumage qui les empêche
de se poser sur la mer. Certains arrivent
complètement épuisés en Polynésie et
beaucoup doivent mourir en mer.
Répartition des différentes espèces d’oiseaux terrestres et marins.
Les atolls, en raison de
la faible diversité de
leurs habitats,
possèdent un nombre
limité d'espèces
terrestres (en rose).
Mais bien souvent,
d’importantes colonies
d’oiseaux de mer
(en jaune) y trouvent
la tranquillité nécessaire
à leur reproduction.
Par contre, les îles
hautes volcaniques,
grâce à leur diversité
d’habitats plus
importante, ont un
nombre plus élevé
d’oiseaux terrestres. En
raison des activités
humaines plus
développées, un moins
grand nombre d’oiseaux
marins viennent y nicher.
ATOLL
frégates, 2 espèces
Marouette fuligineuse
Aigrette sacrée
Perruche nonette
Fauvette à long bec
Ptilope
fous, 3 espèces
sternes, 3 espèces
noddis, 2 espèces
pétrels, 2 espèces
puffins, 2 espèces
ILE HAUTE
Aigrette sacrée
Marouette fuligineuse
Ptilope
Martin-chasseur
Carpophage
Canard à sourcils
Fauvette à long bec
Monarque
Perruche
noddi, 1 espèce
pétrel, 1 espèce
sterne, 1 espèce
Pétrel de
Murphy
(Pterodroma ultima).
Cette espèce possède
une aire de répartition
iimitée pour un
oiseau marin. Eile niche
seuiement dans
assez
queiques lies des
archipeis des Tuamotu,
Austraies et du Groupe Pitcairn. On ne connaît
aucune colonie
importante et il est
vraisemblable que ses
effectifs soient assez
faibles.
105
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
Coucou
Le
Nouvelle-Zélande
de
(Urodynamis laitensis) effectue une migration
tout aussi considérable : gros comme le poing,
lui non plus ne peut se poser sur la mer.
Nicheur en Nouvelle-Zélande, il se disperse
durant
l’hiver austral à
travers
les îles de
Mélanésie, de la M icronésie et une partie de la
Polynésie orientale. Connu souvent sous le
nom d'oiseaii-de-pluie, il est fréquent dans les
îles de la Société, mais rare aux Marquises.
Avec 30 espèces d’oiseaux terrestres nicheurs,
la Polynésie française est une des régions du
monde à posséder le moins d’espèces. Mais
derrière cette pauvreté apparente se cache de
grandes valeurs biologiques et patrimoniales :
la quasi-totalité des espèces ne se rencontre
qu’en Polynésie. Les études sur les affinités
des oiseaux terrestres de la région permettent
de déduire qu’il est probable que la plupart
proviennent de populations originaires de
Malaisie et d’Australasie. Les seuls oiseaux
qui ont colonisé la Polynésie et qui
originaires de ces régions sont
des oiseaux de rivage dont la provenance est
terrestres
ne
soient pas
inconnue, comme le Bécasseau polynésien
(Aechnwrhynchus cancellatus). L’avifaune
actuelle nicheuse de Polynésie comprend 2 es¬
pèces de hérons, 1 canard, 1 râle, 1 limicole,
9 pigeons, 3 loris ou perruches, 2 salanganes,
4 martin-chasseurs, 1 hirondelle, 2 fauvettes et
4 gobe-mouches.
qui explique la rareté
actuelle des espèces en Polynésie est l’extinc¬
tion de nombreuses formes ayant existé. On
estime en effet que plus de 90% des oiseaux qui
Une des raisons
se
sont
éteints dans le monde habitaient des
îles. 8 espèces d’oiseaux de Polynésie signalées
par les premiers naturalistes sont maintenant
On peut imaginer
plusieurs espèces et sousespèces avaient déjà disparu avant toute
exploration ornithologique et sur lesquelles
nous n’avons aucun renseignement. De plus,
on ignore quel fut l’impact sur l’avifaune de
l’arrivée dans les îles des premiers Polynésiens.
Enfin 13 espèces introduites complètent ce
panorama
de
l’avifaune de
Polynésie
française.
reconnues comme éteintes.
d’autre part que
Noddi brun (Anous
stolidus). Cette espèce,
proche des sternes, est
répandue dans toutes
les mers tropicales. En
Polynésie, elle niche
dans la plupart des îles,
de Rapa au sud, à Hatutu
aux îles Marquises, au
Le Courlis de Tahiti
est un oiseau limicole
(qui vit sur la vase) qui
hiverne régulièrement
les atolls des
sur
106
Tuamotu. Il fréquente
les plages des lagons et
les platiers externes.
Son beo permet de le
reconnaître aisément.
Si, pour les oiseaux marins, les îles constituent
seulement un abri où ils déposent leur ponte et
où ils élèvent leurs
autrement pour
poussins, il en va tout
les oiseaux terrestres locaux
dont toute l’existence se déroule sur la même
île : ils doivent s’y nourrir, s’y reproduire, s’y
adapter, quels que soient les variations des
ressources alimentaires et
les caprices du
temps... Les oiseaux terrestres ont répondu
aux contraintes de l’insularité
par différents
processus biologiques et écologiques.
La réduction du nombre d’espèces. Le faible
nombre
d’espèces en Polynésie est un
phénomène que l’on retrouve dans toutes les
îles, où il y a toujours moins d’espèces que sur
les continents. De nombreux travaux scienti¬
fiques font état des éventuelles difficultés à
atteindre les îles, mais ce sont surtout l’appau¬
vrissement général des niches écologiques
dans les îles, ainsi que les taux élevés d’extinc¬
tion et de colonisation qui sont les sources de
cette réduction. Dans une région continentale
Bécasseau sanderling
(Calidris alba). Hôte
régulier des rivages de
Polynésie, ce petit
échassier de la taille
d'un Merle des
Moluques se reproduit
dans les terres
nord. Elle est localement
arctiques. Tel un jouet
mécanique, il a
parfois en colonie sur
des plages de sable.
poursuite des petits
abondante, s'établissant
(Numenius tahitiensis)
Les conséquences de l’insularité
l'habitude de courir
devant le ressac, à la
invertébrés dont il se
nourrit.
COMMENT VIVENT LES OISEAUX ?
offrant
une
flore et une faune variées, deux
espèces similaires peuvent coexister, même s’il
existe entre elles de faibles différences ; mais
sur une
île de faible dimension, la diversité de
la flore et des insectes n’est pas suffisante pour
la présence de deux espèces
proches. 11 est caractéristique de constater que
dans une île de Polynésie, l’avifaune terrestre
se limite la
plupart du temps à une seule
espèce, représentante d’une catégorie écolo¬
gique déterminée. En raison de la plus grande
permettre
Des adaptations à l’habitat. Certaines espèces,
très proches, montrent parfois de
grandes différences dans la coloration, la
structure ou la forme, d’une île à l’autre. C’est
une adaptation des populations aux exigences
particulières de l’environnement local. Par
exemple, la Fauvette de Tahiti, de grande
taille et de coloration sombre, habite des
bien que
nourrissant de fleurs des arbres forestiers :
2 loris et 3 méliphages. Les deux premiers se
nourrissent en déchiquetant les fleurs ou les
boutons de fleurs, alors que les trois autres
prélèvent le nectar en enfonçant leur long bec
à l’intérieur de la corolle. A Nuku Hiva aux
îles Marquises, où elle est la seule à se nourrir
la
habituellement de fleurs, une petite perruche,
le Lori des Marquises (Vini uhramarina),
premières possèdent beaucoup
plus d’espèces d’oiseaux terrestres que les
qui appartient à la même espèce (Acrocephaliis caffer) est de petite taille, de coloration
claire et habite dans la végétation sèche et
éparse qui pousse sous le soleil accablant des
également des fruits et des insectes. C’est un
“Maître-Jacques” qui cumule tous les
attributs dévolus ailleurs où l’avifaune est plus
L’endémisme.
Une
utilisation optimale des
alimentaires. En comparant les
Une faible fécondité. Les oiseaux, dont le
nombre est restreint par des ressources ali¬
diversité des habitats sur les îles hautes que sur
les atolls, les
seconds.
A
l’exception de l’Aigrette
(Egretta sacra), de la Marouette (Porzana
tahuensis) et du Canard à sourcils (Anas
poecHorhyncha), les oiseaux terrestres poly¬
nésiens ne sont trouvés nulle part ailleurs dans
le monde. C’est ce que l’on appelle l’endé¬
misme. Les populations colonisatrices se sont
différenciées plus ou moins rapidement, pré¬
sentant des caractères
particuliers.
forêts
denses
et
humides
abritées
de
lumière, alors que la Fauvette des Tuamotu,
atolls.
Polynésie à
comme
ressources
oiseaux de
d’îles plus occidentales,
ceux
la Mélanésie, on relève de nombreux
exemples montrant que dans une avifaune
moins diversifiée, les oiseaux opèrent une uti¬
lisation plus variée des ressources alimentaires
de leur habitat. Par exemple, dans une des îles
Fidji, on rencontre 5 espèces d’oiseaux se
utilise toutes les techniques employées par les
5 espèces des îles Fidji ; il consomme
diversifiée.
mentaires limitées, sont menacés d’extinction
en raison de leurs effectifs trop faibles. Devant
ce
dilemne,
les
oiseaux
terrestres
ont
développé des stratégies originales de repro¬
duction, saisonnières pour certains, irrégu¬
lières pour d’autres. Mais d’une façon
générale, les espèces insulaires pondent moins
d’œufs et élèvent moins de jeunes que celles
d’Asie et d’Australasie. Par exemple, les
fauvettes (du genre A crocephahts) pondent un
à trois œufs en Polynésie, alors que des
espèces proches en pondent cinq ou six en
Asie.
Le Canard à sourcils
(Anas poecilorhyncha)
QUALITÉ DES OISEAUX
bien répandu dans les
îles du Pacifique Sud. En
Oiseaux de mer nicheurs
27
Oiseaux de mer visiteurs
21
est un oiseau terrestre
Polynésie orientale, il
habite les îles de la
Société et les Australes.
Il vit aussi sur les
quelques atolls des
Tuamotu qui possèdent
une zone
humide
saumâtre permanente.
NOMBRE
Oiseaux terrestres migrateurs et hivernants
13
Oiseaux terrestres nicheurs locaux
30
Oiseaux introduits
13
Oiseaux éteints
Nombre total d’espèces
8
112
Lori des Marquises
{Vini ultramarina).
Cette petite perruche
habite seulement trois
îles de l'archipel des
Marquises ; Nuku Hiva,
Ua Pou et Ua Huka.
Plutôt rare à Nuku Hiva,
elle est assez fréquente
dans les deux autres
localités. Exclusivement
arboricole, elle visite
méticuleusement les
arbres à la recherche de
fruits, de graines et
parfois d’insectes.
L’Aigrette (Egretta
sacra) est un échassier
qui habite la plupart des
îles de Polynésie.
On relève très peu de
différences d’une
population à l’autre.
On distingue deux
couleurs (phases), grise
et blanche, cette
dernière étant plus
commune sur les atolls.
107
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
Les oiseaux
habitats modifiés. En fait, l’histoire de l’évo¬
lution des écosystèmes et celle des disparitions
introduits
des espèces locales nous sont encore trop mal
Ce sont les découvreurs des îles, les Poly¬
nésiens, qui procédèrent aux premières intro¬
ductions d’oiseaux, en apportant le coq. Les
individus devaient être de coloration
et
de
proches de celles des coqs
bankhiva (Galliis gallus) qui vivent en Asie à
l’état sauvage. L’espèce fut apportée dans un
but alimentaire et pour ses plumes. Bien que
domestiqués, des oiseaux retournèrent, sans
doute rapidement, à l’état sauvage, trouvant
des habitats propices dans les forêts des îles
structure
assez
volcaniques.
On ignore si d’autres espèces furent intro¬
duites dans le passé, mais comme les insulaires
apprivoisaient des oiseaux, il semble que les
répartitions de certaines espèces de perruches
furent
modifiées
artificiellement
par
transports.
des
Les tentatives d’introduction
Depuis la fin du siècle dernier, de nombreuses
introductions et tentatives d’introductions
furent opérées, pour la plupart depuis Tahiti.
Elles furent réalisées selon des motivations
diverses : “lutte biologique”, chasse,
ornement,., C’était pour lutter contre les
guêpes que l’on introduisit le Martin triste
(Acridotheres iristis) à Tahiti. C’était pour
“combattre
l’invasion
des
rats”
que
Monseigneur Le Cadre lâcha à Hiva Oa, aux
îles Marquises en 1927. huit grands-ducs de
Virginie (Buho virginianus) qu’il avait
obtenus à San Francisco pour la somme de
huit dollars...
Déçus par la pauvreté de Tahiti en
espèces d’oiseaux, M. Guild et son épouse,
puis Charles Nordhoff, réalisèrent une
entreprise de manipulation faunistique de
grande envergure, entre 1930 et le début des
années 1940. Us lâchèrent “10 000 oiseaux de
50 à 55 sortes différentes” dont, par bonheur,
deux espèces seulement se sont maintenues, le
Tangara cramoisi (Ramphocelus dimidiaius)
et le Zosterops à poitrine grise (Zosterops
lateralis). Mais ce dernier, aujourd’hui présent
dans la plupart des îles de la Société, a pris une
importance considérable. Sans conteste, c’est
devenu l’oiseau le plus abondant de Tahiti.
Les introductions n’ont pas cessé, puisque
récemment,
un
nouvel arrivant
a
fait
son
apparition à Tahiti, le bulbul (Pycnonotus
cafer). Nul doute qu’il ait été volontairement
introduit, puisque les îles les plus proches où il
habite sont les Fidji, Tonga et Samoa, situées
à des milliers de kilomètres.
L’importation d’oiseaux de volière en
Polynésie française constitue un risque, car
plusieurs sujets d’une même espèce peuvent
éventuellement fonder une population s’ils
s’échappent.
Habitats et dispersion
A priori, en raison de l’isolement des commu¬
nautés animale et végétale, fait caractéristique
de l’insularité, les oiseaux introduits devraient
pouvoir
108
se
expliquer pourquoi certains
se
sont
parfaitement
adaptés à tous les types d’habitats, même ceux
qui n’ont pas connu de modifications, comme
la “forêt des nuages” des îles volcaniques.
C’est le cas du Zosterops à poitrine grise qui
vit dans les jardins, les friches et tous les types
de forêts. Néanmoins, 11 des 13 espèces intro¬
duites qui se sont acclimatées habitent seule¬
ment les régions littorales et les collines, zones
dont la végétation a été profondément trans¬
formée depuis l’occupation des îles par
connues
maintenir seulement dans les
oiseaux
pour
introduits
l’homme.
Il est intéressant de remarquer que
les
espèces introduites ne se sont pas comportées
façon homogène dans leur nouvel
environnement. Quarante années après leur’
introduction, certaines sont restées très
discrètes, peu abondantes, confinées aux
Jardins de Tahiti. C’est le cas du Tangara
cramoisi, joli passereau de coloration noire et
rouge, souvent observé près des habitations ;
d’autres, en fait la grande majorité des
espèces, ne s’acclimatent pas et disparaissent.
Mais d’autres, par contre, constituent des
populations dont les densités maximales sont
d’une
rapidement, n’hésitant pas à se
déplacer d’île en île. C’est ainsi que le Busard
de Gould (Circus approximans) a colonisé de
lui-même la plupart des îles de la Société, en
partant de Tahiti.
atteintes
COMMENT VIVENT LES OISEAUX ?
Les rôles des oiseaux introduits
Avec 13 espèces acclimatées, les oiseaux intro¬
duits représentent près d’un tiers de l’avifaune
de
Polynésie française. Ce sont eux que l’on
plus souvent. A Papeete, tout le
rencontre le
monde connaît le Martin triste ou Merle des
Moluques, alors que peu de personnes ont
aperçu un martin-chasseur. L’un des premiers
risques des introductions est la banalisation
de la faune. Le frondeur Martin triste qui
accompagne de ses cris l’arrivée des vols
d’avions
à
l’aéroport de Faaa, nous
l’entendons aussi bien dans tous les aéroports
d’Asie que dans ceux du Pacifique Sud. Inver¬
sement, les martin-chasseurs des îles du Vent
ne seront entendus nulle part
Tahiti et Moorea.
ailleurs qu’à
Les autres menaces ne sont pas moindres,
comme
celle de
l’apparition de prédateurs
(Busard dans les îles de la Société, Grand-duc
aux
Marquises), qui modifie complètement
les rapports au sein de la faune, car les oiseaux
avaient
évolué
en
ignorant la
prédation, notamment en simplifiant les colo¬
rations du plumage qui facilitent le camou¬
flage. Ainsi, les ptilopes payent un lourd tribut
aux oiseaux de proie et il apparaît que le
locaux
Lori de la Société
ou
Perruche nonette
a
disparu de toutes les îles de la Société coloni¬
sées par le Busard.
La grande vigueur compétitive des
nouveaux
arrivants est aussi un obstacle pour
la
faune
locale.
Les martin-cbasseurs
ont
régressé dans toutes les îles atteintes par le
Martin triste, leur mode de reproduction et
leur régime alimentaire se chevauchant.
Les maladies aviaires transmises par les
oiseaux introduits aux espèces locales qui
étaient protégées en raison de leur isolement,
ont
constitué
un
facteur de diminution de
endémique des îles Hawaii. Un
phénomène identique a pu se produire en
Polynésie française.
Les risques encourus par l’avifaune
locale, la banalisation de la faune et les
problèmes posés tant pour l’économie que
pour la santé, doivent nous faire adopter une
attitude très critique vis-à-vis des introduc¬
l’avifaune
tions.
Tangara cramoisi
(Ramphocelus
dimidiatus). Int’roduit à
_
Tahiti dans les années
1940, il est pour l’instant
localisé aux jardins de la
périphérie de l'île, où il
se nourrit de fruits.
C'est
des rares espèces
à avoir survécu parmi la
une
cinquantaine introduite
massivement il
quarantaine
Le Coq bankhiva fGa//i/s
gallus) fut introduit de
longue date dans les îles
du Pacifique Sud. Il est
bien répandu dans les
forêts des îles
volcaniques où il est
actuellement le seul
oiseau terrestre de cette
taille à rechercher sa
nourriture sur le sol.
C'est la modification des
habitats, notamment le
développement des
plantations au détriment
des forêts d'origine, qui
permis aux oiseaux
introduits de
a
s’acclimatér dans les
îles. Ce phénomène s'est
accompagné du recul
des oiseaux locaux.
Astrild australien
(Aegintha temporalis).
Lâchée à la fin du siècle
dernier, cette espèce
habite quelques îles des
archipels de la Société
et des Marquises.
109
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
La reproduction :
les adaptations
à rinsularité
brindilles des fous, établis sur le sol chez le
Fou brun (Sida leucogaster),
dans les arbres
chez le Fou à pieds rouges (Sula sida). La petite
Sterne blanche (Gygis alha), connue de tous
par le ricanement qu’elle lance (’ilata’e) en
faisant du vol sur place au-dessus des maisons
de nid. Elle
pond un œuf unique sur un endroit plat d’une
dans les districts, n’établit pas
Chez les oiseaux terrestres tropicaux, la
période de reproduction est souvent associée à
la saison des pluies. Dans les îles de Polynésie,
la longueur du jour et la température varient
peu au cours de l’année, de même que l’on n’y
observe pas de grandes différences saison¬
nières dans le régime des pluies. En consé¬
quence, l’abondance de la nourriture varie peu
suivant les saisons et les périodes de repro¬
duction sont, pour la plupart, longues ou mal
définies. Quelques populations d’oiseaux
terrestres polynésiens se reproduisent tout au
long de l’année - c’est le cas des ptilopes aux
îles de la Société et aux Marquises -, mais pour
d’autres la période de reproduction est
interrompue pendant quelques mois au cours
branche dans un arbre...
Nid au sol, œuf déposé sur une branche
Les nids
Les oiseaux mettent à profit toutes les possi¬
bilités pour trouver un site propice où ils
déposent leur ponte, couvent leurs œufs et
élèvent leurs poussins.
Chez les
établissent un
oiseaux terrestres, certains
nid directement sur le sol,
Marouette fuligineuse (Porzana
tabuensis) et le Canard à sourcils (Anas
poecHorhyncha). D’autres creusent une loge
dans un arbre dont le bois est tendre, comme
contentent
de
pondre leurs œufs directement dans une cavité
naturelle
d’un
arbre,
comme
le font les
perruches. Les fauvettes (Acrocephalus s^^.)
et les monarques (Pomarea spp.) confec¬
tionnent un nid de petite taille, mais bien fait,
en utilisant des fibres végétales auxquelles ils
joignent toutes sortes-de matériaux à leur
portée : crin de cheval, coton... Quant aux
pigeons, c’est un nid très sommaire, composé
de quelques brindilles seulement, qu’ils
construisent à la fourche d’un arbre.
Les oiseaux marins ont
développé des
méthodes de nidification encore plus diversi¬
fiées, puisque certains nichent sous la terre,
comme des pétrels et des puffins qui creusent
un terrier dans le sol. Chez les sternes fuligi¬
neuse et huppée, le nid se réduit à une petite
dépression, bien souvent sans apport de
matériaux, dans laquelle elles déposent leur
Plus classiques sont les nids de
ponte.
110
la ponte des oiseaux terrestres de Polynésie est
quelques dizaines,
centaines, parfois de
milliers de couples.
l’été austral dans la Société,
se
n’ont
des régions continentales et tempérées. Ainsi,
établit son nid dans un
arbre ou un arbuste,
souvent en colonies de
alors qu’il niche toute l’année à l’île Christmas.
ou
mer
dans les îles océaniques comporte un
nombre d’œufs plus petit que chez les oiseaux
Le Fou à pieds rouges
(Sula sula) est le plus
petit des trois espèces
de fous de Polynésie. Il
(Pujfinus lherminieri), il commence sa repro¬
duction à des dates imprévisibles, condition¬
nées par l’abondance de la nourriture. Le
Noddi brun (Anous stoUdus) se reproduit
martin-chasseurs,
Des œufs et des poussins
La ponte des oiseaux vivant sous les tropiques
de un, deux ou plus rarement trois œufs. Ce
dans les îles de la Ligne. Quant au Petit Puffin
les
quillité nécessaire pour leur reproduction.
grandes colonies d’oiseaux de
tribut aux chats, aux rats et aux chiens. Les
îles Gambier et tous les six mois à Christmas
la
d’oiseaux qui peuplent l’île trouvent la tran¬
et
Chez les oiseaux marins, les périodes de
reproduction diffèrent, tant d’une espèce à
l’autre que d’une région à l’autre pour une
même espèce. Ainsi, la Sterne fuligineuse
(Sierna fuscaia) possède un cycle qui lui
permet de se reproduire tous les neuf mois aux
comme
des îlots inhabités. Tahiti, par exemple
accueille peu d’oiseaux de mer, comparé à
l’atoll Tetiaroa, où les dizaines de milliers
comprend que les oiseaux de
Polynésie qui avaient mené une existence à
l’abri des prédateurs, aient payé un lourd
d’arbre... On
de l’hiver austral.
surtout durant
survécu que sur les îles inhabitées ou offrant
Les nids de la Grande
Frégate (Fregata minor)
sont généralement
construits dans des
arbustes. Ce sont des
édifices de brindilles,
dans lesquels les adultes
élèvent un seul poussin
par couple. La durée de
la nidification,
particulièrement
longue, s'étale sur près
de sept mois.
COMMENT VIVENT LES OISEAUX ?
phénomène est lié d’une part à l’absence de
surplus alimentaire en rapport avec les
conditions climatiques stables tout au long de
l’année et d’autre part au fait que les densités
des populations varient peu, elles aussi. Si les
généralement un seul jeune en
Polynésie, mais souvent deux ou trois aux îles
Galapagos.
an,
martin-chasseurs élèvent une seule nichée par
il semblerait que les fauvettes puissent en
En raison de l’usure et de la décoloration de
Chez les oiseaux de mer, la plupart des
renouveler leur plumage périodiquement. Ce
élever parfois deux.
espèces pondent un œuf et élèvent un seul
poussin. C’est une règle générale chez les
pétrels et les puffins du monde entier, mais
chez d’autres espèces, les fous notamment, les
oiseaux peuvent élever dans d’autres régions
un nombre
supérieur de jeunes. Le Fou brun
nourrit
Le changement de plumage
leurs
plumes, les oiseaux sont contraints de
phénomène, appelé la mue, est très important
dans la vie des oiseaux, car il nécessite une
dépense d’énergie toute particulière et il peut
constituer un handicap pour voler. Assez
rapide chez les oiseaux migrateurs qui nichent
dans les régions tempérées, la mue s’effectue
selon un processus particulièrement lent chez
les oiseaux terrestres de Polynésie. Le climat
variable est sans doute à l’origine d’une
période de mue plus longue. Il est possible
aussi que la sédentarité permette un plus
grand étalement dans le temps. C’est ainsi que
les ptilopes peuvent continuer leur mue alors
qu’ils nichent. De même les fauvettes et les
monarques peuvent commencer à muer alors
qu’ils nourrissent des jeunes.
D’une façon générale, contraints de
parcourir de grandes distances en vol pour
peu
s’alimenter,
les
oiseaux
de
mer
muent
lentement de façon à ce que leur vol ne soit pas
gêné par la perte de plumes.
Paille-en-queue à brins
rouges (Phaeton
rubricauda), stade
juvénile. Leur nid est
établi au sol sur les
atolls ou sur des vires
dans les falaises des îles
volcaniques.
Le Fou brun (Sula
leucogasler) construit
son
nid sur le sol. Les
œufs, comme les jeunes
poussins, ayant besoin
d'une protection
permanente, un des
deux adultes reste sur
place.
Le nid des ptilopes
(Ptilinopus spp.) est un
vulgaire amas de
brindilles, construit
dans un arbre à
quelques mètres du sol.
Une colonie de
salanganes des
Marquises (Aerodramus
ocistus). Les nids, dont
l'architecture est
remarquable, sont
construits au fond de
grottes où règne une
obscurité presque
totale. Les oiseaux
y accèdent en se
repérant par
écholocation. Le nid est
ouvrage composé
de racines, de
brindilles et de lichens,
le tout cimenté par de la
salive.
un
111
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
L’alimentation
des oiseaux terrestres
Peu nombreux, les oiseaux terrestres de
Polynésie sont beaucoup moins spécialisés
dans leur régime alimentaire et dans leur
technique de recherche de la nourriture que les
oiseaux habitant des régions où l’avifaune est
plus riche. Nous avons vu que la Perruche
nonette (Viniperuviana)]ou&\\ les rôles, à elle
seule, de pas moins de 5 espèces. Cette
situation se rencontre avec d’autres espèces de
Polynésie. C’est le relâchement de la compé¬
tition qui permet aux quelques espèces
présentes d’étendre leur niche écologique :
l’avifaune polynésienne correspond à un
groupe d’une dizaine de musiciens jouant une
pièce de musique interprétée habituellement
par un orchestre symphonique de cent
cinquante personnes !
sont les munies (Lonchura castaneothorax)ti.
(EstrUda astrild et Aegintha
temporalis). D’autres se nourrissent de fruits,
comme le Tangara cramoisi (Ramphoceius
dimidiatus) qui les mange à l’aide de son bec
épais. Emettant sans cesse des cris fins pour
garder le contact entre eux, les zosterops
(Zosterops lateralis) se déplacent toujours en
petites troupes, examinant avec attention les
feuilles des arbres, à la recherche de petits
insectes, mais n’hésitant pas à piquer de leur
les
astrilds
la plus expansive est sans conteste la Fauvette
à long bec (Acrocephalusspp.), très commune
aux
îles Marquises et Tuamotu. Comme son
l’indique, elle possède un long bec avec
lequel elle recherche des insectes le long des
troncs ou des palmes sèches. Fréquemment,
on la voit sautiller sur le sol, piquant çà et là
des insectes. Bien que les fauvettes soient
généralement plutôt insectivores, celle-ci se
nom
nourrit aussi de fruits et de nectar de fleur.
Un oiseau de coloration sombre
quitte
affût, saisit un insecte en vol avec un cla¬
quement de bec sec, puis retourne sur son
bec fin un fruit mûr. Eternel bavard, le Martin
son
mangés dans un arbre ou... chapardés
dans la corbeille laissée sans surveillance sur la
perchoir. C’est un monarque, rare à Tahiti,
mais encore fréquent aux îles Marquises. Les
4 espèces de Polynésie semblent toutes être
triste se nourrit aussi bien d’insectes que de
fruits
terrasse !
Dans les îles où les oiseaux introduits
sont absents ou moins abondants, les oiseaux
locaux sont plus facilement visibles. L’espèce
exclusivement insectivores, recherchant leur
nourriture en vol, dans le couvert végétal, plus
rarement sur
le sol.
Au bord du lagon...
l’eau peu profonde du lagon, une
Aigrette sacrée (Egretla sacra) se déplace
lentement, semble s’immobiliser, puis
Dans
soudainement détend
mulet
petite
de
immédiatement.
Sa
composée
de
ment
son
cou
taille
et
attrape un
qu’elle
nourriture
poissons,
avale
habituelle¬
de
petits
crustacés marins, comprend aussi des œufs et
des poussins d’oiseaux, parfois même des rats
qu’elle capture au sol dans la cocoteraie.
Sur la plage une troupe de limicoles, des
chevaliers, des pluviers et un courlis, se
reposent. L’un d’eux, sa toilette achevée,
commence à courir, piquant le sol avec son
bec. A chaque coup il attrape un petit
crustacé. Puis, il rejoint le bord de l’eau,
s’immobilise et sonde le sable avec son bec.
Sans doute a-t-il attrapé un ver marin. Venus
de l’hémisphère Nord et de passage sur les
rivages de Polynésie, les limicoles exploitent
toute la petite faune du bord de mer.
Sur
une
zone
humide, lac Temae à
Moorea ou anse Phaeton à Tahiti, une bande
de canards à sourcils (Anas poecilorhyncha)
barbotent
;
l’un d’eux
se
renverse
même
complètement à la verticale, la tête dans l’eau
et la queue en l’air ! C’est dans une eau peu
profonde qu’ils recherchent des graines de
plantes aquatiques, des insectes et des petits
mollusques. Non loin, dans la roselière qui
borde la pièce d’eau, des cris un peu étranges
sont lancés par un oiseau difficile à voir. Si
difficile qu’aux îles Marquises on pense que le
koao s’enfonce dans la boue des tarodières
quand il est dérangé. C’est la Marouette fuli¬
gineuse (Porzana tabuensis), petit râle de
couleur sombre, aux longues pattes rouges.
Son alimentation, recherchée au sol, est
composée de graines et d’insectes.
Dans l’intérieur des terres...
A Tahiti, de nos jours, les jardins et les plan¬
tations -cocoteraies et bananeraiesaccueillent principalement des oiseaux intro¬
duits. Certains se nourrissent surtout de
graines qu’ils décortiquent méticuleusement,
suspendus aux graminées qui plient sous leur
poids. Connus dans l’île sous le nom de vini, ce
112
Chevalier errant
(Heteroscelus incanus).
Nicheurdans les régions
arctiques, ce iimicoie
visite toutes ies lies de
Polynésie où ii est
généraiement le plus
abondant de tous les
migrateurs, ii fréquente
surtout ies rivages, mais
il n’est pas rare de le
trouver dans les zones
humides de i'intérieur
des îies.
Un champ de tara à
Rapa. Aux îles Australes,
les marouettes
fuligineuses (Porzana
tabuensis) et ies canards
à sourciis (Anas
poecilorhyncha)
fréquentent ies
tarodières dont ia
culture est bien
répandue, pius
intéressés par ies vers
et ies insectes que par
ies tara...
Page de droite :
a) Lori des Marquises
(Vini ultramarina),
b) Ptilope de DupetltThouars (Ptilinopus
dupetithouarsii),
c) Fauvette à long bec
(Acrocephalus cafter).
Respectivement
frugivores et
insectivore, ces trois
espèces sont en fait de
bons généraiistes,
capabies de se nourrir
aussi de nectar et de
coroile de fieurs. C’est
une des grandes
caractéristiques des
oiseaux insuiaires
d’éviter une trop grande
spéciaiisation qui
pourrait provoquer leur
extinction.
COMMENT VIVENT LES OISEAUX ?
Difficile à voir, mais bruyant le soir, le
martin-chasseur attrape
des insectes et des
prédateur
Au-dessus de la cocoteraie, les petites
perruches effectuent des va-et-vient
incessants, lançant inlassablement leur chuin¬
tement aigu. Exclusivement arboricoles, elles
se nourrissent de nectar de fruits, de fleurs, de
pollen et à l’occasion d’insectes. Elles
prélèvent le nectar et le pollen en sondant les
fleurs peu profondes et en pinçant la base de la
corolle des grandes fleurs tubulaires. Pour
consommer une mangue bien
mûre, elles
n’hésitent pas à détacher habilement la peau
Navigateurs aériens infatigables,
l’Hirondelle de Tahiti (Hinindo tahi!ica)et les
salanganes (Aerodramus spp.) se nourrissent
exclusivement d’insectes attrapés en vol. Juste
au-dessus de la végétation ou plus en altitude.
Les pigeons et les gallicolombes sont
représentés en Polynésie française par 2 es¬
pèces introduites et 9 espèces locales. Certains
se nourrissent surtout de graines piquées sur le
sol, comme le Pigeon biset (Columha livia), la
Colombine zébrée (Geopelia striata) et les très
petits lézards, en les repérant depuis un affût.
Aussitôt l’insecte localisé, il fond sur lui, le
saisit, puis retourne le manger sur son
perchoir. S’il s’agit d’un lézard, il l’assomme
en
le frappant avec vigueur contre une
branche.
Seul
migrateur à fréquenter l’intérieur
des terres, le Coucou de Nouvelle-Zélande
(Urodynamis
taitensis)
est
un
d’insectes. Ses densités sont généralement très
faibles et il se déplace presque toujours seul.
Astrild à bec de corail
(Estrilda astrild). Petites
boules de plumes d'une
vivacité extrême, les
astrilds s'abattent
par petites troupes dans
les herbes, décortiquant
les graines. L'espèce a
été introduite à Tahiti
et Moorea.
avec
leur bec en s’aidant de leurs pattes.
rares
gallicolombes
rencontrées
seulement
(Gallicolumba
sur
deux
îlots
spp.)
des
Marquises et quelques atolls des Tuamotu.
Les autres espèces se nourrissent surtout de
fruits
cueillis dans les arbres. Les plus
répandus sont les ptilopes (Ptilinopus spp.)
qui habitent les îles de la Société, les Tuamotu
et les Marquises. S’ils diffèrent en coloration,
leurs habitudes alimentaires sont voisines : ils
déplacent isolément ou par petites troupes,
de longs moments dans les arbres, se
déplaçant de branche en branche avec une
allure lourde et un peu gauche, inspectant les
fruits, ne les avalant que, s’ils les Jugent suffi¬
samment mûrs. En raison de la pauvreté des
atolls en fruits charnus, le Ptilope des
Tuamotu (Ptilinopus coralensis) se nourrit
aussi de temps à autre d’insectes trouvés dans
se
restant
le feuillage.
Ptilope des Tuamotu
(Ptilinopus coralensis).
Présent sur une
trentaine d'îles de
l'archipel des Tuamotu,
ce ptilope est
particulièrement bien
adapté à la vie difficile
des atolls. Frugivore, il
est apte à varier son
régime alimentaire et à
consommer
insectes.
des
c)
113
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
L’alimentation
des oiseaux de mer
l’eau s’il s’agit de poissons-volants. Ces con¬
centrations de petits poissons à la surface des
eaux
L’éloignement et la faible superficie des
îles polynésiennes offrent des conditions défa¬
vorables
aux
oiseaux
terrestres
dont
les
populations sont peu nombreuses. Il en va
tout autrement en ce qui concerne les oiseaux
de mer. Pouvant s’alimenter sur de très vastes
étendues océaniques,
attirent les oiseaux de
pour capturer leur proie. La visibilité des
oiseaux volant au-dessus de la mer et le bruit
qu’ils font en attirent rapidement d’autres, de
sorte
qu’un grand nombre d’individus
bénéficie
d’une
source
ils viennent nicher par
milliers, parfois par centaines de milliers dans
des îles éloignées et tranquilles. Il est intéres¬
temporaire découverte
rissent, et de savoir qu’ils jouent un rôle
Groupe de noddis noirs
(Anous tenuirostris)
pêchant dans le lagon
sant de connaître où et comment ils se nour¬
important pour la pêche.
OÙ se nourrissent-ils ?
Les zones tropicales et sub-tropicales ont une
eau
de surface
assez
chaude
par
de
nourriture
quelques
uns
d’entre eux seulement. Dans le groupe, c’est
le
dans l’eau...
Ces rassemblements comprennent diffé¬
rentes espèces ; les plus nombreuses sont géné¬
ralement les noddis et autres sternes, mais les
fous, les pétrels et les puffins sont parfois bien
représentés. Les paille-en-queue n’y figurent
jamais en grand nombre, vraisemblablement
parce que leur technique de pêche, qui
consiste à plonger d’une hauteur de 10 à 25
mètres de hauteur, s’accommoderait mal avec
d'un atoll. En mer, cette
espèce a l'habitude de
ne pas s'éloigner trop
loin des côtes pour
s'alimenter.
présentant un
taux de salinité élevé et peu d’éléments nutri¬
tifs. Ces conditions générales ont pour consé¬
quence
Ceux-ci,
mer.
suivant les espèces, volent à des hauteurs
différentes pour rechercher leur nourriture et
utilisent également des techniques différentes
collective, les uns piquant
poisson à la surface, les autres plongeant
une sorte de frénésie
.
/
,v -
production biologique faible
peu de ressources alimentaires aux
une
offrant
oiseaux marins. Les conditions sont très diffé¬
rentes aux endroits où par suite des conver¬
gences ou divergences des courants ou de la
présence de terres émergées, se produit une
remontée en surface d’éléments nutritifs favo¬
rables à la vie planctonique et par voie de
conséquence aux oiseaux de mer. C’est donc
surtout
à proximité des îles qu’ils se
nourrissent.
seule espèce, la Sterne huppée
bergii) recherche sa nourriture
presque exclusivement dans les eaux peu
profondes, en bordure des récifs ou dans les
lagons. D’autres, comme les noddis (Ànous
spp.) et la Sterne blanche (Gygis alba) s’éloi¬
gnent rarement à plus d’une vingtaine de
Une
(Sterna
kilomètres
des
lieux
de
nidification
pour
s’alimenter.
A l’inverse, ptérodromes
(Pterodroma spp.), puffins {Puffmus spp.),
paille-en-queue (Phaethon spp.) et surtout la
Sterne fuligineuse (Sterna fuscata) peuvent
parcourir des distances considérables, et
s’éloigner de plusieurs centaines de kilomètres
des sites de reproduction, pour aller s’alimen¬
ter.
Cette dernière espèce possède des
capacités de vol tout à fait remarquables.
Nichant parfois en colonies de centaines de
milliers de couples aux îles Marquises et
Tuamotu, c’est en augmentant le rayon
d’action des individus, qui partent s’alimen¬
ter isolément ou par petits groupes, que les
oiseaux diminuent la compétition entre eux.
De quoi se nourrissent-ils ?
Tous
les
oiseaux de
mer
de
Polynésie se
nourrissent soit de poissons, soit de calmars,
soit de plancton, soit encore d’un mélange de
nourritures. Quelques espèces, comme la
Sterne fuligineuse, se nourrissent aussi bien de
ces
jour que de nuit ; d’autres, comme les fous et
les frégates, paraissent se nourrir surtout
pendant les heures du jour.
Quand les dauphins ou de gros poissons
prédateurs comme les thons sont à la
recherche de leur nourriture, les petits
poissons, pour échapper à leur poursuite
remontent à
114
la surface ou s’élancent hors de
Où se nourrissent les
oiseaux marins ? En
période de nidification,
les différentes espèces
exploitent des zones de
pêche distinctes :
certaines dans les
lagons, d'autres dans un
rayon d'une vingtaine de
kilomètres autour des
îles, d'autres plus loin
encore.
Page de droite :
Fous à pieds rouges
('Su/a sula) pêchant en
mer au large de Tahiti.
COMMENT VIVENT LES OISEAUX ?
les bandes de sternes tourbillonnant à la
surface de la mer. Les frégates (Fregata spp.)
s’incorporent très souvent à la troupe, mais en
petit nombre. Elles se nourrissent soit en
s’abattant à la surface de l’eau pour saisir une
proie, soit en harcelant d’autres oiseaux,
surtout les noddis et les fous, jusqu’à ce qu’ils
lâchent ou dégurgitent leur proie. Beaucoup
d’oiseaux (fous, frégates, paille-en-queue,
puffins, pétrels tempête) suivent parfois les
navires en mer, capturant des poissonsvolants pour certains, des petits organismes
marins pour d’autres, qui, dérangés par le
bateau, sont projetés ou s’élancent hors de
l’eau.
loin par les pêcheurs, bonitiers de Tahiti ou
piroguiers des Tuamotu, qui reconnaissent
suivant la densité, l’allure, la direction et les
Les oiseaux marins indiquent
la présence de poissons
En
capturant les poissons de petite taille
chassés par de plus gros, les oiseaux indiquent
présence de bancs de poissons prédateurs
recherchés par les pêcheurs. Ce sont princi¬
palement les thons, les bonites et les
coryphènes. Leurs silhouettes sont repérées de
la
espèces qui composent le groupe d’oiseaux,
quel est le poisson, s’il chasse ou s’il se
déplace... S’il est vrai qu’il existe actuelle¬
ment des moyens sophistiqués d’investigation
et de recherche des bancs de poissons avec les
sondeurs ou les reconnaissances aériennes, les
oiseaux
ces
immensités océaniques,
la pêche traditionnelle l’aide la
plus sûre, la plus efficace et... la moins
dans
restent pour
coûteuse.
^
La frégate parasite
souvent d'autres
Comment se nourrissent
les oiseaux marins ?
Chaque espèce a sa
propre méthode de
oiseaux de mer en les
attaquant. Elle pêche
aussi elie-même en
piquant les poissons à
pêche.
ia surface.
Le pétrel attrape les
poissons en surface.
La Sterne blanche pique
des poissons en surface,
en se iaissant tomber.
Grande Frégate
(Fregata minor). Les
deux espèces de
frégates de Polynésie
se joignent aux groupes
les tous, les noddis et les
rentrent à la
colonie, les obligeant à
sternes qui
d’oiseaux en mer pour
régurgiter leurs proies
par des attaques plus
spectaculaires que
souvent, elles parasitent
dangereuses.
pêcher ; mais bien
réellement
115
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
Les oiseaux dans la
culture polynésienne
joué un rôle très important
polynésiennes en tant
que principal
représentant de la faune
terrestre. Pour ces navigateurs, la présence
d’oiseaux signifiait que la terre était proche,
pour ces pêcheurs que le poisson n’était pas
loin, pour ces panthéistes, les oiseaux ne
pouvaient être que l’émanation des dieux.
L’oiseau
a
dans les civilisations
A nie de Pâques, une fête religieuse était
consacrée
au
culte de l’homme-oiseau. Les
notables de l’île envoyaient des serviteurs à la
nage sur un îlot pour rapporter la première
ponte d’un oiseau de mer, une sterne appelée
premier œuf découvert était pris par
l’exécutant qui l’attachait sur son front durant
la traversée à la nage. Son maître devenait
tara. Le
une année Tangata Manu (hommeoiseau). Proclamé chef et représentant de la
divinité, il Jouissait d’un grand prestige et il
pour
était investi d’une autorité sacrée et politique.
L’œuf, symbole de l’abondance, était vidé et
suspendu dans la case de l’homme-oiseau.
L’oiseau-dieu
Les noms d’oiseaux...
plupart des oiseaux étaient considérés
comme
l’expression d’une divinité. Ainsi,
lore’a
pluvier migrateur venu de l’hémi¬
sphère Nord -était l’émanation de Te Meharo,
divinité de la strangulation... A Tahiti, 2 es¬
pèces d’oiseaux marins, les paille-en-queue
(mauroa hope u'o et mauroa hope ura) étaient
Les oiseaux locaux et la très grande majorité
La
-
les émanations de Ta’aroa, divinité de la mer
que les marins en difficulté invoquaient pour
les sauver.
des
migrateurs possèdent
noms
et de leur caractère
relativement familier,
les loris étaient
fréquemment détenus
en captivité autrefois.
A Rimatara, le Lori de
Kuhl, appelé Perruche
de la Reine jouit d'une
protection particulière
de la part des habitants.
Ptilope de Dupetlt-
dupetithouarsii). En
A l’île de Pâques, sur la
plumage, les ptilopes
sont gravés sur les
l'objet de captures. On
retrouve leurs plumes
Celui-ci représente le
dieu Make Make et la
raison de la variété des
couleurs de leur
faisaient autrefois
dans de nombreuses
parures.
116
ou
plusieurs
moins de douze noms en Polynésie
française. L’origine des noms est complexe ;
certains sont puisés dans le stock des noms
protopolynésiens, comme ceux des
carpophages, gigantesques pigeons mangeurs
de fruits, appelés upe à Tahiti, rupe à Nuku
Hiva et lupe aux îles Samoa. Certains noms
n’a pas
Lori de Kuhl (Vint
kuhiii). En raison de la
beauté de leur plumage
Thouars (Ptilinopus
un
vernaculaires. Ainsi, la Sterne blanche
falaise d'Orongo, plus
de 150 pétroglyphes
rochers.
symbolisation de
l'homme-oiseau.
rappellent le chant de l’oiseau. Comme
exemple d’onomatopées, on peut citer les
ptilopes, pigeons richement colorés, dont le
nom évoque leur chant à travers tous les
archipels : o'o aux îles Tuamotu, kuku aux
Marquises, koko à Rapa et ’u'upa à Tahiti.
De nombreux lieux sacrés ou profanes
évoquaient la partie d’un oiseau ou portaient
le nom d’une espèce. Ainsi, un district de
Maupiti dans les îles Sous-le-Vent, était
nommé
Huru manu,
c’est-à-dire plume
d’oiseau.
Des
attribués
comme
noms
d’oiseaux étaient aussi
qui
persiste de nos jours. Ainsi, aux îles
Marquises, on donne encore le nom de kuku
(ptilope) à un garçon et de pâhi (martinpatronyme, habitude
chasseur) à une fille.
Oiseau de pierre, oiseau de bois
Il reste peu de vestiges archéologiques, statues
pierre ou pétroglyphes représentant des
oiseaux, alors qu’il existe de nombreuses
reproductions de poissons, de lézards et de
tortues. Les célèbres tablettes en bois gravé de
l’île de Pâques représentent souvent des
oiseaux. Ainsi, on connaît une tablette où, sur
de
COMMENT VIVENT LES OISEAUX ?
total de 960 signes, un oiseau de mer qui
incarnait le dieu Make Make est représenté
Marquises, où il faisait l’objet d’un
un
les îles
183 fois.
cérémonial pour sa mise à mort.
On pense que les captures d’oiseaux
étaient bien souvent destinées à se procurer
était très développé,
Marquises. L’usage
fréquent de motifs réalistes amenait les
artistes à représenter souvent des^ oiseaux.
L’art du tatouage
notamment
aux
îles
Des plumes d’oiseaux
pour se parer
La capture des oiseaux était une pratique pour
laquelle de multiples stratagèmes étaient
employés. La glue, couramment utilisée, était
confectionnée à partir de résine d’arbre à pain
(Anocarpus altilis) mélangée avec de l’huile
de coco et du latex. On utilisait aussi le filet,
des noeuds coulants et des trébuchets.
A quelques exceptions près, on possède
peu
de renseignements
sur
les habitudes
alimentaires des Anciens, mais il semble que
les oiseaux constituaient une part peu impor¬
tante du régime, comparés aux produits de
la mer. Seul le coq était fréquemment
consommé, mais réservé aux dignitaires dans
des plumes, utilisées comme élément décoratif
dans
l’habillement
lors
des
fêtes
ou
des
cérémonies, parfois comme monnaie (îles
Hawaii et Samoa). Les plumes servaient pour
décorer des parures de tête, des habits ou des
bagues. 11 semble que ce soient les Hawaïens
qui aient confectionné les parures de plumes
les plus somptueuses. Plusieurs types de
parures
de Polynésie orientale ont été
conservés, mais il est vraisemblable qu’il en
existait d’autres. Leur mode de fabrication et
leur utilisation variaient d’un archipel à
l’autre, et même d’une île à l’autre. Dans la
Société, le jour de leur couronnement, le roi
ou la reine revêtait le maro'ura,
ceinture
composée en partie avec les plumes rouges
d’une perruche actuellement disparue. Dans
les îles de la Société également, les personnes
de rang élevé portaient un casque en plumes,
le fau et un puncho, le tiputa, dans la
confection desquels intervenaient des plumes
de frégates et de plusieurs autres espèces. Lors
de cérémonies mortuaires, un parent ou un
prêtre revêtait le 'ahu, costume composé de
plusieurs pièces et d’un masque confectionné
avec deux nacres,
dont le sommet était orné de
plumes caudales de paille-en-queue disposées
en
rayon. Des îles Marquises, on relate
l’existence d’un diadème de plumes, le
ta’avaha, confectionné avec les dépouilles de
plus de 250 coqs. De Rurutu, le navigateur
Ellis décrit un casque de guerrier fait en tapa
ou en vannerie, orné entre autres de
plumes
vertes et rouges d’une espèce aujourd’hui
éteinte de ptilope ou de perruche.
Le koro ’i’ima, bague de danse formée
d’un anneau orné de plumes caudales de
paille-en-queue, était une parure féminine,
portée lors d’une danse imitant le vol des
oiseaux.
Actuellement, les plumes sont encore
utilisées dans
quelques îles pour orner des
chapeaux. Ainsi à Fatu Hiva, les habitants
cousent parfois une petite rosace de plumes de
ptilope sur les chapeaux en tapa et à l’île
Scilly, les jeunes filles faisaient, il n’y a pas très
longtemps, des parures de tête avec les plumes
rosées du ventre des paille-en-queue à brins
rouges.
Ce grand-prêtre porte
un tau, sorte de casque
plumes, un manteau
également en plumes
en
d’oiseaux de différentes
espèces et un plastron
appelé taumi (d’après
un dessin de Parkinson).
Les plumes d’oiseau
étaient souvent utilisées
pour confectionner les
costumes de danse.
Celui-ci est orné de
plumets et de glands en
plumes.
Les Marquisiens, outre
leurs tatouages, se
paraient
occasionnellement de
plumes d’oiseaux.
Les couronnes de
plumes de paille-enqueue étaient encore
confectionnées il y a peu
de temps à l’île Scilly.
O,.
117
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
La conservation
des oiseaux
espèces, au moins, ont disparu de
l’avifaune polynésienne depuis deux siècles,
7 formes endémiques ont diminué d’une façon
plus ou moins sensible depuis 60 ans et
11 formes, elles aussi endémiques, sont repré¬
sentées par des populations aux effectifs
faibles, donc menacées d’extinction. Ce bilan
morose nous rappelle la grande fragilité des
faunes insulaires océaniques, de la faune de
Polynésie française en particulier.
Les raisons qui expliquent cette dégra¬
dation sont à rechercher dans la faiblesse
numérique des populations animales, la petite
superficie des habitats et l’incapacité de la
faune à réagir face aux éléments extérieurs,
comme
les
introductions
d’oiseaux
son
de
8
mammifères.
S’il est certain que l’extinction de la faune
remplacement par des colonisateurs
font partie du “jeu de l’insularité”, les causes
et
ou
de
extinctions
ces
récentes
sont
toutes
imputables à l’action de l’homme et sont bien
différentes des “règles naturelles”.
nécessité absolue
Les
besoins
établir
de
défricher,
nautés
Jardins,
autrefois
pour
plantations de
aujourd’hui pour
rassasier l’appétit de construction des commu¬
des
cocotiers,
des
des
cultures,
urbaines, ont réduit la forêt, dans
certaines îles
monarques
Sur les côtes de Tahiti, on assiste à la
disparition de la plupart des zones humides,
marais, embouchures de rivières, au profit des
exploitations de sable, des gravières et des
volcaniques, à des lambeaux
accrochés à des pentes inaccessibles. Ce recul
de la forêt a entraîné une diminution sensible
des espèces forestières, comme les pigeons
(carpophages Diicula spp., ptilopes
Piilinopiis spp.), les martin-chasseurs
(Halcyon spp.), les fauvettes à long bec
végétation tout à fait originales. C’est ainsi
que diminuent, ou disparaissent localement,
la Marouette fuligineuse (Porzana tabiiensis),
le Canard à sourcils (Anas superciUosa),
l’Aigrette des récifs (Egretta sacra) et le Héron
vert (Butarides striatus).
Les
végétation
dégradations apportées à la
par le bétail (bœufs, chèvres,
moutons) dans certaines îles constituent aussi
de graves
où
la
problèmes. Ainsi, aux Marquises,
pluviosité est irrégulière et peu
abondante, l’action des chèvres s’est traduite
par la formation sur certaines îles d’une “terre
Le Héron vert (Butorides
striatus), présent
seulement à Tahiti, en
Polynésie orientale, est
menacé par les
modifications d'habitats
Monarque marquisien
(Pomarea mendozae).
Les quatre espèces de
monarques de Polynésie
orientale sont très
menacées par les
destructions d'habitats
et les introductions
d'oiseaux.
118
les
constructions. Ces zones humides, souvent de
faible superficie, abritent une faune et une
Protéger les habitats :
une
(Acrocephahis spp.),
(Pomarea spp.)...
apportées aux
embouchures de
rivières : constructions,
extractions de sable
et de graviers,
COMMENT VIVENT LES OISEAUX ?
déserte” dans la partie abritée des vents
dominants apportant la pluie. Localement, la
végétation a complètement disparu et la
présence des oiseaux n’est plus qu’un
souvenir.
Les introductions d’oiseaux
évoqué les introductions
opérées dans le passé. Les consé¬
quences sur l’avifaune locale se sont traduites
par une prédation et une compétition pour
s’alimenter et pour nicher. Dans leur grande
majorité, les oiseaux introduits ont bénéficié
de la disparition des habitats d’origine pour
remplacer l’avifaune locale.
Nous
avons
des îlots, à l’occasion de
parties de pêche,
plutôt qu’à des recherches délibérées.
Plus organisées sont les récoltes d’œufs
d’oiseaux de mer, souvent ceux des sternes
fuligineuses qui ont l’habitude de nicher sur le
sol et en grande colonie. La technique consiste
à écraser tous les œufs d’une partie d’une
colonie, puis à repasser le lendemain, récolter
les pontes fraîchement pondues.
l’absence de gibier et de demande sociale des
partie pour assurer une
meilleure protection aux oiseaux. Mis à part
l’usage de plus en plus répandu des carabines à
plomb, le tir occasionnel de ptilopes ou de
canards à sourcils, la seule espèce à souffrir
du
braconnage est le Carpophage des
Marquises.
chasseurs,
en
Aux
îles
d’oiseaux
Les captures d’oiseaux
et les collectes d’œufs
La chasse est interdite en Polynésie française
depuis près de vingt ans, en partie du fait de
Australes,
Tuamotu
Dans un cas comme dans l’autre, on ne
doit pas oublier que les œufs et les poussins
et
Marquises, lès oiseaux marins et leurs œufs
font l’objet de collectes plus ou moins
régulières. Les oiseaux sont capturés de
préférence à l’âge poussin, quand ils sont au
maximum de leur engraissement. Les espèces
consommées sont les fous (Sula spp.), les
frégates (Fregata spp.), les noddis (Anous
spp.), les sternes fuligineuses (Sternafuscata),
les pétrels (Pterodroma spp.) et les puffins
(Puffinus spp.). Ces captures correspondent
plus généralement à des visites fortuites sur
constituent des
apports de protéines non
négligeables pour les habitants des îles.
Toutefois, l’exportation et le commerce des
œufs devraient être strictement interdits de
façon à éviter les abus et que les oiseaux ne
désertent leur colonie. Autrefois, la récolte des
œufs dans les colonies d’oiseaux marins était
déclarée tapu durant certaines périodes, pour
éviter que les oiseaux, précieuse source de
nourriture, ne quittent les îles !
/
/
Une vallée sèche dans
l’ile d'Ua Huka aux
Marquises. Exemple de
sol mis à nu par le
surpâturage du bétail,
puis érodé par les
à gauche :
Construction d’une
route de montagne à
Tahiti. La multiplication
des pistes dans
l’intérieur des îles
successions de
sécheresses et de pluies
violentes,
caractéristiques du
climat marquisien.
volcaniques est un des
principaux problèmes
de conservation de la
nature dans le Pacifique
Sud. Déforestation,
fragilité des sols,
facilités données aux
plantes et animaux de
coloniser l'intérieur des
îles, sont autant de
raisons de considérer le
développement
anarchique de ce type
d’ouvrage avec
beaucoup de réserves.
Ramassage d’œufs de
sternes fuligineuses sur
un îlot des Marquises.
Les œufs récoltés
fournissent un
complément de
protéines non
négligeable aux
habitants des vallées
isolées. Ces visites ont
lieu généralement à
l’occasion d’une partie
de pêche, mais des
passages répétés ou
l’organisation d’un
marché mettraient en
péril les colonies
d’oiseaux marins.
119
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
Pour une protection
des oiseaux marins
Avec 27 espèces nicheuses d’oiseaux marins et
de belles colonies, la Polynésie française est
une des régions du Pacifique les plus intéres¬
Utilité pour les pêcheurs, appoint de
nourriture non négligeable, grande place dans
santes.
les écosystèmes marins pélagiques, les oiseaux
marins méritent
culière.
une
attention toute
parti¬
Le débarquement de touristes pour
photographier les oiseaux, le tir d’un navire de
guerre sur un îlot au large, le dénichage répété
de poussins de fous, servis comme “canards
laqués” dans les restaurants de Papeete, sont
autant d’actes qui mettent en danger les
colonies d’oiseaux marins. C’est une conser¬
vation stricte, qui n’exclut pas une gestion des
stocks dans certains cas, que l’on devrait
mettre en
place pour garder cette fabuleuse
diversité d’espèces qui peuplent les eaux de la
Polynésie française.
Des oiseaux uniques au monde
“peau-de-chagrin”, l’avifaune de
Polynésie n’a cessé de perdre ses éléments. Si
d’autres, introduits, les ont remplacés, c’est au
prix d’une perte de l’originalité de la faune. La
conservation
des
oiseaux
de
Polynésie
française dépend bien sûr du respect de l’inter¬
diction de chasser, comme de celle d’intro¬
Véritable
duire
des
avant
tout
éléments
du
nouveaux.
maintien
des
Elle relève
habitats. Ce
maintien peut être assuré sur de petites super¬
ficies par des classements en réserve ou en
parc, mais il est indispensable qu’il soit pris en
compte dans le cadre d’une gestion quoti¬
dienne du Territoire.
Rares espèces animales visibles par tous,
quelque 30 espèces
qui subsistent risquent de
dans toutes les îles, les
d’oiseaux locaux
devenir, faute d’une conservation efficace, de
simples souvenirs dont on ne trouvera plus
trace que
dans les manuels d’ornithologie.
Paille-en-queue à brins
blancs (Phaethon
lepturus). Nichant plutôt
isolément, les paille-enqueue pêchent rarement
en
groupe.
premier plan, la
fougère Asplénium
Au
nidus, ’o'aha.
La conservation des ilôts
où se reproduisent les
oiseaux marins est une
des.actions prioritaires
pour protéger la faune.
Avec 27 espèces
nicheuses, la
communauté des
oiseaux marins de
Polynésie est une des
plus riches des mers
tropicales.
120
8 Oiseaux de Polynésie
Les habitants des îlesespèces
n’ont pas
attenduet lesla plupart
ornithologues
pour identifier
les
nicheuses
des migratrices
possèdent
oiseaux ! Toutes les
ou plusieurs noms vernaculaires. Pour certaines, le sexe et l’âge sont aussi
distingués. De même, les périodes de reproduction des oiseaux de mer sont géné¬
ralement bien connues -quand elles sont régulières-, car les œufs de certaines
espèces, comme les sternes, sont des compléments de nourriture non négligeables.
L’oubli progressif des connaissances sur l’histoire naturelle est allé de pair avec le
développement d’habitudes nouvelles entraînant un contact moins familier et moins
régulier avec l’environnement de l’île. Il est significatif que ce çoit dans les îles les plus
isolées, Marquises et Rapa, que les habitants connaissent encore le mieux la faune.
Cette perte des “savoirs populaires’’ est générale, touchant tous les groupes
faunistiques et floristiques.
C’est une autre approche que propose l’ornithologie : le plaisir d’identifier certes,
mais aussi le besoin de détailler les activités de l’oiseau, ainsi que ses rapports avec les
autres éléments de son habitat. Ainsi, ce fascicule, après avoir évoqué les premières
études sur les oiseaux de Polynésie à travers le rappel de deux grandes explorations,
nous permettra de nous pencher sur la vie de six espèces. Comme oiseaux de mer, le
Pétrel de Tahiti, le plus discret de tous et la Sterne blanche, la plus connue. Comme
oiseaux terrestres, le Carpophage des Marquises, une des espèces les plus rares du
monde et la Fauvette à long bec, présente dans la plupart des îles de Polynésie. Enfin,
deux espèces introduites, le Busard de Gould et le Merle des Moluques.
un
scientifique de la faune : Sir Joseph Banks en
compagnie de Sydney Parkinson et de Daniel
Solander au premier voyage ; Reinhold
Forster et son fils Georg, William Anderson et
Anders Sparrman pour le second, de nouveau
William Anderson aidé de William Ellis et
John Webber pour le troisième. Les noms de
ces
naturalistes reviennent souvent dans les
d’animaux,
spécimens
nouveaux pour une science qui venait de déve¬
lopper depuis peu, en Europe, une nouvelle
descriptions
de
ils
tellement
méthode de
plantes
et
de
collectèrent
classification,
avec
le Suédois
quelques
spécimens d’oiseaux furent empaillés, mais
surtout des artistes exécutèrent des peintures,
comportant d’utiles annotations, représentant
ces
nouveautés. Ainsi, plusieurs espèces,
aujourd’hui éteintes, sont connues seulement
par une peinture réalisée lors de ces expédi¬
Linné, Au
cours
de
ces
voyages,
tions.
L’expédition Whitney
Découverte et étude
des oiseaux
Les données
sur
l’histoire de l’ornitho¬
logie de cette région du Pacifique sont très
intéressantes, car elles nous renseignent sur la
chronologie des extinctions et des introduc¬
tions d’oiseaux.
Les peintures des voyages de Cook
Les premières informations recueillies par les
naturalistes du XVIIP et du début du XIX^
siècle sont particulièrement précieuses car la
faune n’avait pas encore souffert des intro¬
ductions de rats, de chats, d’oiseaux et de
plantes. Les naturalistes embarqués dans les
expéditions du capitaine Cook apportèrent les
premières contributions à cette connaissance
Au XIX*^ et au début du XX= siècle, des expé¬
ditions scientifiques américaines visitèrent les
îles,
collectant
nommant de
aussi
des
spécimens
et
nouvelles espèces. L’expédition
Whitney du Pacifique Sud fut la plus impor¬
tante, par la durée de son séjour, par le sérieux
du travail scientifique réalisé et par le nombre
d’îles visitées. A la suite d’une donation faite
par Harry Payne Whitney, le
d’EIistoire naturelle de New York
Muséum
entreprit
expédition scientifique, désignée Whitney
South Sea Expédition qui sillonna le Paci¬
fique Sud entre 1921 et 1930. Le but principal
de l’expédition était d’assurer une meilleure
une
connaissance des oiseaux de cette région du
monde. Arrivée à Tahiti le 21 septembre 1921,
elle parcourut la Polynésie française jusqu’en
1923, à bord d’une goélette, le France. Le chef
de l’expédition, Rollo H. Beck, était un natu¬
raliste infatigable qui dut changer de collabo¬
rateurs à
plusieurs reprises, en partie en raison
de son caractère difficile...
Perruche de Tahiti
(Cyanoramphus
zealandicus).
Découverte lors du
passage à Tahiti de If.
première expédition du
capitaine Cook, cette
perruche fut peinte pour
la première fois par
Sydney Parkinson. Elle
disparut au début de la
Portrait de Roiio H. Beck,
responsable sur le
terrain de l’expédition
Whitney du Pacifique
Sud.
seconde moitié du
XIX" siècle.
121
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
Les résultats acquis furent considérables :
la plupart des îles de Polynésie française
furent visitées, 3 nouvelles espèces et une ving¬
nouvelles décrites, des
spécimens d’oiseaux collectés et
taine de sous-espèces
milliers de
naturalisés,
centaines
de pages ma¬
nuscrites sur la vie des oiseaux, mais aussi des
des
collections de reptiles, de plantes... Au total,
des
dizaines
de
publications scientifiques
rendirent compte des travaux de l’expédition
par la suite. Parmi les nouveautés, ils décou¬
vrirent le Pétrel de Murphy (Pterodroma
uliima), oiseau marin dont l’aire de nidifi¬
cation se limite aux archipels des Australes et
des Tuamotu,
ainsi que 2 espèces de
Marquises.
séjour de l’expédition
Whitney en Polynésie française devait se ter¬
miner bien mal pour elle. En effet, peu
soucieux de protection, les participants se
préoccupèrent surtout de ramasser des spéci¬
mens et quelle ne fut pas la surprise d’un admi¬
nistrateur en visite sur la goélette quand il
découvrit les milliers d’oiseaux empaillés ! Le
résultat ne se fit pas attendre : l’expédition fut
priée de quitter le Territoire dans les plus brefs
délais... Décision qui fit tache d’huile dans le
Pacifique Sud, puisque, peu de temps après, la
monarques aux îles
Toutefois,
le
Nouvelle-Zélande leur interdisait de tirer les
oiseaux dans le sud des îles Cook.
Malgré les grandes difficultés éprouvées
de nos jours pour se déplacer d’île en
île, des inventaires entrepris récemment ont
permis d’évaluer les régressions et de constater
encore
les disparitions que l’avifaune a subies depuis
le début du siècle.
Étudier les oiseaux en 1985
Chacun peut apporter sa contribution à la
connaissance des oiseaux, d’une région. Le
promeneur qui parcourt une
plage et trouve
s’assurer
qu’il n’est pas porteur d’une bague à l’une de
un
oiseau échoué devrait toujours
Le baguage des oiseaux
est un moyen efficace
d’étudier une
population, notamment
déplacements. La
ses
découverte d’un oiseau
bagué et la transmission
de l’information à un
muséum constituent
une utile contribution.
Le matériel de
l’observateur d’oiseaux.
Une paire de jumelles,
un carnet de notes et un
crayon, un appareil
photographique... et
beaucoup de patience !
122
OISEAUX DE POLYNÉSIE
ses
pattes. Renvoyée dans le pays dont le nom
toujours écrit sur la bague, l’information
sur le lieu et la date de découverte est toujours
très précieuse pour connaître les déplacements
de l’oiseau. C’est ainsi que la présence de trois
espèces d’albatros, gigantesques oiseaux de
mer nicheurs dans les îles de l’Antarctique, a
été relevée en Polynésie, grâce à des bagues
trouvées sur des sujets échoués. L’amateur
d’oiseaux devrait toujours avoir sur lui, quand
il se promène dans la nature, une paire de
jumelles pour identifier avec sûreté les oiseaux
qu’il voit et un carnet pour noter ses observa¬
tions. Dans une région où l’avifaune est
est
encore
relativement mal
connue
comme en
Polynésie, il n’est pas inutile de transmettre
informations, même celles qui peuvent
paraître anodines, à un organisme de recher¬
ches (Antenne du Muséum ou Centre de
ses
l’O.R.S.T.O.M.).
Parmi les moyens modernes d’étude à la
disposition de l’ornithologue, on peut citer la
vidéo, qui permet de filmer le comportement
des oiseaux, la photographie aérienne pour
effectuer des décomptes d’oiseaux marins
reproducteurs, le radio-tracking pour suivre
individuellement des oiseaux.
Le marquage avec des bagues en acier ou
des bagues de couleur visibles de loin, permet
NOMS SCIENTIFIQUES
d’étudier de nombreux aspects de la vie des
oiseaux, notamment les déplacements ; par
exemple cette jeune frégate retrouvée à
Huahine, alors qu’elle avait été baguée quand
elle était un poussin dans les îles Phoenix. Le
marquage apporte aussi des renseignements
sur le fonctionnement des populations. Un
exemple fictif : une population d’oiseaux de
mer décline,
alors que la reproduction se
déroule tout à fait normalement. Le baguage
permettra de s’apercevoir qu’il n’y a peut-être
plus de renouvellement des adultes, car les
jeunes se déplacent durant plusieurs années
dans une région du Pacifique où ils sont
chassés...
NOMS FRANÇAIS
Fauvette à long bec
Acrocephalus caffer
Aerodramus (leucophaeus)
leucophaeus
Salangane de la Société
Aerodramus (leucophaeus)
ocistus
Salangane des Marquises
Canard à sourcils
Anas poecilorhynca
upe ou rupe (T,
mâtuku (M)
Halcyon godeffroyi
Martin-chasseur des Marquises
pâhi(M)
Phaeton spp.
tava’e ou petea (T), tavake (P)
Porzana tabuensis
Paille-en-queue
Monarque des Marquises
Monarque de Tahiti
Marouette fuligineuse
Pterodroma rostrata
Pétrei de Tahiti
Pterodroma ultima
Pétrel de Murphy
Sterne blanche
Pomarea nigra
Pomarea mendozae
Quelques noms
polynésiens d’oiseaux.
Cette liste n'est pas
exhaustive, car il existe
des dizaines de noms
attribués aux oiseaux.
De nombreuses
variantes sont
rencontrées d’une île à
l’autre dans un même
archipel et pour une
même espèce.
’ôâ (T)
Carpophage des Marquises
Aigrette des récifs
Frégate
espèces trouvées par
l'expédition Whitney.
Marquises.
kopekapeka (M)
mo’orâ (T)
Noddi brun
Heteroscelus incanus
Il habite seulement
Ua Huka et Eiao aux îles
’ôpe'a (T)
Ducula galeata
Monarque pie (Pomarea
iphis). Découvert en
1922, ce monarque est
des trois nouvelles
’ôtatare (T), kotiotio (P)
Anous stolidus
Egretta sacra
Fregata spp.
Gygis alba
une
NOMS POLYNÉSIENS
Ptilinopus dupetithouarsii
Ptilinopus huttoni
Ptilinopus (purpuratus)
purpuratus
Ptilinopus (purpuratus)
coralensis
Chevalier errant
Ptilope de Dupetit-Thouars
Ptilope de Hutton
Ptilope de la Société
Ptilope des Tuamotu
Sterne fuligineuse
Sterna fuscata
Urodynamis taitensis
Fou à pieds rouges
Coucou de Nouvelle-Zélande
Vint ultramarina
Lori des Marquises
Sula sula
P, M)
’ôtaha (T), môkohe (M)
’itata'e (T), 'inake (M),
take take (R)
’uriri ou ôriri (T), kikiriri (P)
pâtiotio (M)
’ômama’o (T)
meho (T), koao (M),
koto koto (R)
noha (T,
e’upo (R)
M)
kuku (M)
koko (R)
'D'upa (T)
'o'o (P)
kaveka (T, P), tara (M)
ua’ao (T)
’arevareva ou ’o'ovea (T),
kurevareva (P)
pihiti (M)
(T) tahitien, (P) paumotu, (M) marquisien, (R) Rapa.
Le Râle de Tahili (Rallus
pacificus), qui a disparu
peu de temps après sa
découverte, a échappé
à toute étude
scientifique.
a) Sterne fuligineuse
(Sterna fuscata),
b) Sterne à dos gris
(Sterna lunata). Ces
deux espèces sont assez
semblables quand on les
voit dans la nature.
L’identification des
oiseaux devient un jeu
où chaque caractère
-couleur du dos et des
sourcils- est une clé qui
permet de distinguer
entre elles deux
espèces.
123
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
Le Pétrel de Tahiti
Le
Pétrel
de
(Pterodroma
Tahiti
rosiraia) appartient à l’ordre des Procellariiformes, qui regroupe des oiseaux “géants”
comme
les albatros et des “nains” comme les
pétrels tempête, dont la taille est inférieure à
celle d’un Martin triste. En Polynésie, les Procellariiformes
nicheurs
comprennent
sept
espèces de pétrels, quatre de puffins et deux de
pétrels tempête. C’est aux îles Marquises et à
Rapa qu’habite le plus grand nombre
d’espèces. Ce sont des oiseaux marins qui
mènent une grande partie de leur existence en
mer, retournant à terre seulement pour s’y
reproduire : couver leur oeuf et nourrir leur
poussin. Tous possèdent d’une part des pattes
palmées qui leur permettent, à l’occasion, de
nager en mer comme des canards, et d’autre
part des capacités de vol remarquables pour
effectuer de longs vols en mer, sans doute
considérables et affronter les pires tempêtes.
Un Pétrel découvert à Tahiti
C’est dans les années 1840, lors de la Norih
American Exploring Expédition dirigée par le
capitaine Wilkes,
que le naturaliste Peale
découvrit le Pétrel de Tahiti, en parcourant les
Depuis, on l’a trouvé à
Moorea et dans quelques îles des Marquises.
Une population, chez qui les individus sont de
sommets
taille
de l’île.
différente,
Calédonie.
habite
la
Nouvelle-
S’il est possible de le voir au large des îles
du Vent de jour, en l’identifiant grâce à sa
taille assez forte (40 cm), un contraste entre le
dessous blanc et le dessus brun foncé, son vol
onduleux, peu de personnes peuvent se vanter
vu à terre. En effet, c’est un des
de l’avoir
oiseaux les plus discrets que l’on puisse
connaître. Passant leur existence en mer, les
adultes ne reviennent dans les îles que pour
nicher, se déplaçant de nuit seulement. Posé
le sol, ce pétrel donne l’impression d’un
gros canard particulièrement maladroit.
Tous les pétrels et leurs proches, les
puffins, ne sont pas nocturnes. Certains effec¬
tuent leurs activités sur les sites de
reproduc¬
tion en toute quiétude de Jour. Mais les dépla¬
sur
cements de nuit assurent une meilleure protec¬
tion vis-à-vis des prédateurs et surtout des
parasites, comme les frégates qui forcent les
oiseaux à régurgiter leur nourriture.
autres
Il creuse son nid sous la terre
Le Pétrel de Tahiti niche exclusivement dans
l’intérieur
des
îles
volcaniques, depuis
l’altitude de 150 mètres, jusqu’aux plus hauts
Son nid est établi au fond d’un
terrier qu’il creuse, l’aménageant à l’aide de
sommets.
bec et de ses pattes, sous des fougères, au
pied d’une paroi rocheuse ou sous le couvert
forestier. Il ne niche pas en colonie, mais par
couples isolés, parfois en groupe, mais
toujours séparés les uns des autres.
Les autres espèces de pétrels de Polynésie
ne creusent pas toutes des terriers pour nicher.
Certains, comme le Pétrel de Murphy
son
(Pterodroma ultima) sur les atolls des
Tuamotu, se contentent de s’abriter entre les
racines d’un pandanus ou sous un bloc de
corail.
124
Le soir venu, le Pétrel de Tahiti regagne le
littoral, survole les collines et atteint la forêt à
travers laquelle il se laisse tomber lourdement
pour rejoindre au sol l’entrée de son terrier.
Bien avant que le soleil se lève, après avoir
son
unique poussin ou avoir été
remplacé par son conjoint pour couver leur
œuf, il se hisse le long d’un tronc d’une façon
un peu reptilienne, à l’aide de son bec, de ses
pattes, de ses ailes, prenant appui sur sa
queue, pour atteindre la cime et s’envoler
rejoindre la mer 1 Le trajet est bien connu, tout
nourri
comme l’environnement exact de son nid.
Ces
atterrissages et ces décollages si périlleux ont
été effectués tellement souvent qu’il ne se
trompe plus dans sa navigation nocturne. En
effet, les pétrels sont des oiseaux longévifs qui
accèdent très tardivement à la reproduction.
Après quelques années passées en mer, les
oiseaux immatures reviennent régulièrement
dans leur colonie d’origine, se familiarisant
avec
chaque rocher, chaque arbre... Ils
attendent encore parfois plusieurs saisons
avant de se reproduire à leur tour.
Pétrel de Tahiti
(Pterodroma rostrata).
Surpris de nuit, un
adulte vient d'atterrir à
travers la végétation et
regagne son terrier
creusé dans la terre.
au-dessous :
Le Pétrel de Tahiti
établit son nid dans un
terrier creusé dans le
sol des montagnes de
quelques îles de la
Société et des
Marquises. Revenant
de la mer où ils ont
pêché, ies adultes, en
période de
reproduction, regagnent
l'intérieur des îles le soir
pour nourrir leur jeune.
OISEAUX DE POLYNÉSIE
Les pétrels pondent un œuf unique, mais
les durées d’incubation et d’élevage sont parti¬
culièrement longues.
Ces durées sont incon¬
nues chez le Pétrel de Tahiti, mais il est vrai¬
semblable qu’il consacre près de cinq mois à sa
reproduction, de la ponte à l’envol du jeune.
Les deux adultes prennent une part égale à la
reproduction : les deux sexes couvent l’œuf et
nourrissent le poussin.
Les allers et venues au nid se font dans un
concert de longs
type de voix,
cris sifflés. La fonction de ce
à tous les pétrels
commun
d’ordre social.
Connu des Tahitiens et des Marquisiens
nocturnes semble être
de noha, le Pétrel de Tahiti, en
raison de ses habitudes nocturnes, est un
sous
le
nom
mythique, souvent confondu de nos
Jours avec le Puffin du Pacifique (Puffmus
pacificus) dont les mœurs nocturnes et l’habivoisins. Ce dernier, appelé upoa, était
oiseau
considéré
comme
le messager d’une mort
prochaine d’un membre de la famille quand il
était entendu de nuit près d’une habitation.
Certains pêcheurs estiment que les plumes du
ventre du Pétrel de Tahiti, de couleur blanche,
sont
des leurres d’une grande efficacité pour
attraper du poisson.
Il arrive que
certaines nuits, lorsque le
est particulièrement capricieux, un
Pétrel de Tahiti désorienté se réfugie dans une
temps
maison, attiré par la lumière. S’il n’est pas
blessé, le mieux pour le sauver est de le garder
dans un carton aéré, à l’abri de la lumière, puis
de le relâcher la nuit suivante, sur un promon¬
toire dans un espace dégagé où il pourra
prendre facilement son envol.
Le Pétrel de Murphy
(Pterodroma ultima),
contrairement au Pétrel
de Tahiti, va et vient en
plein jour sur ses sites
de nidification. Son nid
n'est pas dans un terrier,
mais sur le sol, à peine
caché par quelques
herbes.
Le Pétrel à gorge
blanche (Pterodroma
alba), proche parent du
Pétrel deTahiti, neniche
pas dans les montagnes
des grandes îles
volcaniques, mais sur
des îlots.
Les atolls constituent un
milieu de vie protégé
pour de nombreuses
espèces d’oiseaux
marins, notamment ie
Pétrel de Murphy.
125
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
La Sterne blanche
(Gygis alha) appar¬
tient à l’ordre des Charadriiformes, qui
comprend les petits échassiers, les labbes, les
mouettes, les goélands, les sternes et les
noddis. Sa morphologie très particulière en
fait l’unique représentante du genre Gygis. De
couleur entièrement blanche, avec un long bec
La Sterne blanche
noir, bleuté à la base, un œil charbonné et une
queue fourchue, on ne peut la confondre avec
aucun
autre
oiseau. Sa taille correspond
celle d’un pigeon.
à
largement
répandue dans les ' eaux tropicales du
Pacifique, de l’Atlantique et de l’océan Indien.
Sur les sept espèces de sternes et de noddis qui
nichent en Polynésie française, la Sterne
blanche et le Noddi brun (Anous stoHdus)
possèdent les aires de répartition les plus
vastes. Ils fréquentent aussi bien les atolls que
les îles volcaniques, des Marquises au nord à
La
Sterne
blanche est très
Rapa au sud, de l’île Scilly à l’ouest à l’ar¬
chipel des Gambier à l’est.
La Sterne blanche passe la majeure partie
très variée. L’incubation, pendant laquelle les
seulement pour nicher ou pour repérer un site
de deux mois.
de son existence en mer et revient sur les îles
si elle est immature. En Polynésie française,
elle nidifie principalement du printemps à
deux adultes couvent l’œuf à tour de rôle, dure
36 jours. Quant à l’élevage du
poussin, les adultes y consacrent un peu moins
environ
Les oiseaux nichent de préférence dans
les arbres à pain, les pandanus, les kapokiers
les cocotiers, c’est pourquoi on les trouve si
l’automne austral, mais des oiseaux nichent
aussi tous les mois de l’année aux îles
et
Marquises, dans la Société et le nord des
Tuamotu, C’est dans le sud delà Polynésie, où
les saisons sont plus caractérisées, qu’elle
interrompt sa nidification au cours de l’hiver.
Un seul œuf en équilibre
sur une branche
ralement
La Sterne blanche ne construit pas de nid. Elle
recherche, pour déposer sa ponte d’un seul
œuf, une surface aplatie sur une branche
d’arbre, localement une vire dans les falaises
Rapa ou des îles Marquises.
de coloration générale crème ou
rocheuses de
L’œuf
est
brune avec des motifs plus sombres, de forme
souvent dans les villages.
l’occasion
Ils s’installent géné¬
la côte, mais peuvent nicher à
à l’intérieur des vallées, parfois
sur
même en altitude, comme c’est le cas aux îles
Marquises. Cette façon de déposer un œuf
dans
un
arbre
sans
construire de
nid
est
unique chez les oiseaux marins. Les noddis
pondent aussi dans les arbres, mais ils
construisent un nid de feuilles et de brindilles.
Quant aux sternes fuligineuses (Sterna
Jiiscata), bien connues sous le nom dekaveka,
si elles ne construisent pas de véritable nid,
elles pondent néanmoins leurs œufs sur le sol.
Les sternes blanches nichent isolées, plus
souvent
par petites colonies de quelques
Noddi gris
(Procelsterna cerulea)
Noddl brun (Anous
stolidus). T rois
"cousins” de ia Sterne
blanche. La Sterne
huppée, de taille la plus
forte, est la moins
abondante : une dizaine
de sites de reproduction
seulement sont connus
en
126
Polynésie orientaie.
la plus
petite des sternes, est
plus fréquent, mais
absent de la plupart
Le Noddi gris,
des îles de la Société et
des Tuamotu. De taille
intermédiaire, le Noddi
brun est l'espèce la
plus commune à travers
toute la Polynésie.
Sterne huppée
(Sterna bergii).
OISEAUX DE POLYNÉSIE
dizaines de couples, plus rarement en grande
colonie de centaines ou milliers de couples.
Comme les oiseaux éprouvent quelques
difficultés à trouver un site propice où déposer
leur ponte, ils s’installent généralement à
quelques mètres ou plus les uns des autres.
Nicheur clairsemé dans les îles habitées, les
colonies les plus importantes sont situées sur
des îlots isolés. Nul doute que les poussins
représentent des proies faciles pour les chats
ou les rats. Dans les îles de la Société, la
popu¬
lation de sternes blanches a beaucoup
régressé depuis l’introduction du Busard de
Gould, pour qui les adultes, quand ils font du
vol sur place au-dessus des arbres, constituent
des proies faciles à capturer.
un
rayon
environ
d’une
vingtaine de kilomètres
colonies. Les oiseaux
observés au-delà sont certainement des nonautour
des
reproducteurs, jeunes individus ou adultes
ayant achevé d’élever leur poussin. En mer, les
oiseaux se déplacent isolément, ayant tôt fait
de se regrouper et de s’associer à d’autres
espèces, quand une zone de nourriture est
localisée. Pour pêcher, les sternes blanches
piquent avec leur bec les proies à la surface de
l’eau. Les poissons sont rapportés au jeune, en
entier, tenus en travers du bec. Cette habitude
n’est pas générale chez les oiseaux de mer. Par
exemple, les pétrels et les puffins transportent
une bouillie fort odorante, régurgitée directe¬
ment dans le bec du
poussin.
Un mangeur de poissons
Un oiseau populaire
Les sternes blanches se nourrissent généra¬
lement de poissons et d’invertébrés marins de
La voix de la Sterne blanche est
petite taille, pêchés dans les lagons de certains
grands atolls, plus généralement en mer dans
brefs et secs. Sa voix, qui fait partie des bruits
familiers des villages des Marquises et des
Tuamotu, son tempérament peu farouche, sa
coloration très visible, tous ces caractères font
de la Sterne blanche un des oiseaux les plus
populaires de Polynésie.
’llata’e à Tahiti, kirarahu aux Tuamotu,
take take à Rapa, kotakeaux Marquises... ses
noms ne manquent pas. Cet oiseau blanc qui
fait du vol sur place au-dessus des fare ne
pouvait que marquer les imaginations : dans
un mythe marquisien, la Sterne blanche est
une
princesse...
En mer, des points de couleur blanche qui
déplacent au-dessus de l’eau se voient de
loin, aussi n’est-il pas étonnant que les
pêcheurs suivent avec attention les évolutions
se
des sternes blanches. Associées à des fous et
connue
de
qui habitent les districts. En effet,
quand elle survole sa colonie, elle n’est pas
avare de son “yek-yek-yek-yek...”, série de cris
tous ceux
des noddis sur un banc de pêche, cela signifie
que les thons ou les bonites sont là. Mais si un
groupe de sternes blanches évolue seul, cela
signifie qu’un couple de coryphènes est à
portée de l’hameçon,.,
Groupe de noddis bruns
(Anous stolidus)
perchés sur un arbre du
littoral d’un atoll.
Sterne blanche (Gygis
alba). Peu farouches,
oiseaux nichent
souvent dans les arbres
des jardins.
ces
Néanmoins, le cocotier
abrite la quasi-totalité
de leurs nids qui sont
assez grossiers et établis
les palmes, contre
le tronc.
sur
Couple de sternes
blanches avec un
poussin. Les adultes
n'établissent pas de nid,
le jeune se tenant en
équilibre sur une
branche durant les deux
mois que dure son
élevage. Né avec un
duvet brun à son
éclosion, il s'envolera
avec un
comme
adultes.
plumage blanc,
celui des
127
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
La Fauvette
à long bec
Un passereau aux multiples
variations
Les fauvettes de Polynésie sont des passe¬
reaux, ordre d’oiseaux le mieux représenté en
nombre d’espèces actuellement sur terre.
On
considère maintenant qu’elles appartiennent
genre Acrocephalus, largement représenté
aussi en Asie et en Europe, 11 existait autrefois
au
une
des
grande confusion dans la classification
différentes
formes,
en
raison
de
la
présence en Polynésie de plusieurs
populations très différentes en taille et en
coloration. De nos jours, on pense qu’il y a
seulement deux espèces, l’une, Acrocephalus
cajfer, représentée par 17 formes dans les îles
de la Société, Marquises et Tuamotu ; l’autre,
Acrocephalus vaughani, la Fauvette des
Australes, représentée par trois formes habi¬
tant
respectivement Rimatara aux îles
Australes, Pitcairn et sa voisine Henderson.
Les effectifs de la Fauvette à long bec varient
considérablement d’une île à l’autre. Les
quarantaine de couples seulement, en raison
de l’exiguïté de l’île.
l.a Fauvette à long bec est un passereau
dont la taille (12-17 cm) est inférieure à celle
du Martin triste. Les pattes et la queue sont
relativement longues, le bec est fin, allongé et
populations de Raiatea et de Huahine ont
disparu pour des raisons inconnues dans le
recourbé vers
coloration est
les fauvettes à long bec avaient
certaines
populations, celle de
que l’on appelle une variation géographique.
du siècle dernier. On a constaté que
dans les îles où le Martin triste était introduit,
courant
diminué,
Moorea
notamment, étant au bord de l’extinction. A
Tahiti, elle est localisée, parfois bien répandue
quelques vallées. Par contre, aux îles
Marquises et Tuamotu, où le Martin triste est
absent, c’est l’oiseau terrestre le plus fréquent.
Il est vraisemblable que cette situation était
générale dans toutes les îles de Polynésie,
autrefois. Enfin, la population de Hatutu, îlot
des Marquises, est représentée par une forme
endémique dont les effectifs sont estimés à une
dans
le
un
bas. Vouloir décrire sa
véritable casse-tête ! En
effet, les 17 formes réparties aux îles de la
Société, Tuamotu et Marquises constituent ce
Chaque population présente des caractères
particuliers. Ainsi à Tahiti, les oiseaux sont de
grande taille et l’on y trouve deux phases, l’une
de coloration entièrement fuligineuse, l’autre
avec le dos
beige et le ventre jaune. Aux
Tuamotu, la plupart des populations sont
constituées d’oiseaux de petite taille, avec un
bec moins courbe, une coloration beige dessus
et crème dessous. Enfin aux îles
Marquises, les
oiseaux sont bruns sur le dessus et jaunes
dessous.
Fauvette à long bec
(Acrocephalus caffer)
-forme des îles
Tuamotu-. Exemple de
variation géographique
au sein d'une même
espèce : le ventre, jaune
chez les oiseaux des lies
Marquises, est crème ou
chamois chez ceux des
îies Tuamotu. La taiiie
de ces derniers est
sensibiement pius
petite. Cette forme
habite une cinquantaine
d’îies de i'archipei des
Tuamotu où elie est
généraiement assez
commune.
128
OISEAUX DE POLYNÉSIE
Un oiseau bien remuant...
Les fauvettes à long bec ne passent pas inaper¬
quand elles ne chantent pas, elles se
déplacent sans cesse, explorant un arbre
çues ;
méticuleusement
à
la. recherche
de
leur
nourriture, s’envolant dans un autre,
sautillant sur le sol, fouillant une palme de
cocotier séchée qui pend le long d’un tronc.
Aux îles Marquises, elles vivent dans tous
les types d’habitats : zones sèches recouvertes
quelques buissons seulement, jardins de
village, plantations, forêts d’altitude. C’est
l’ubiquiste par excellence ! Sur les atolls des
de
Tuamotu, où la diversité des habitats est
moindre, les fauvettes habitent les
cocoteraies, les villages et les “forêts sèches”.
A Tahiti, rare dans les villages, elle fréquente
surtout les forêts secondaires des vallées entre
50 et 700 mètres d’altitude.
Les
listes”,
espèces insulaires sont des “généra¬
régime alimentaire varié. Les
au
fauvettes à long bec méritent ce qualificatif à
juste titre ; ce sont des insectivores capables de
se nourrir de végétaux (graines, fruits...), de
petits lézards, de mollusques terrestres,
d’araignées...
La Fauvette à long bec construit
un nid bien soigné
La reproduction intervient toute l’année aux
îles Marquises et dans le nord des Tuamotu,
mais la période est plus limitée à Tahiti. Les
oiseaux établissent leur nid dans un arbre ou
un
buisson. Placé généralement sur une
fourche, il est attaché à des brindilles par des
fibres. C’est une coupe plus ou moins volu¬
mineuse, constituée de végétaux, d’herbes, de
racines. Les fauvettes font preuve d’une
grande possibilité d’adaptation aux
conditions locales ; ainsi aux Tuamotu où la
cocoteraie est le principal élément du paysage
végétal, les oiseaux établissent souvent leur
nid dans des cocoteraies, en utilisant des fibres
de cette essence.
La Fauvette à long bec est une bavarde !
D’ailleurs pourquoi se priver, alors que l’on
principal oiseau chanteur des îles et qu’il
n’y a pas de concurrence à craindre. Le chant
des fauvettes de Tahiti est le plus mélodieux et
le plus varié. C’est une série de notes sifflées,
est le
intercalées
de notes dures. Les oiseaux
chantent tout au long de la journée, mais aussi
le soir et parfois la nuit.
Rares
représentantes
de
l’avifaune
terrestre, les fauvettes à long bec sont bien
connues des Marquisiens et des Paumotu
qui
les appellent respectivement komako et
kotiotio. 11 arrive même qu’elles nichent dans
les haies d’hibiscus qui bordent les jardins de
Taiohae à Nuku Hiva. Par contre, sa rareté
relative à Tahiti fait que peu de personnes la
reconnaissent encore, même si l’on n’a pas
tout à fait oublié son nom : ’oma’o ou 'oiatare.
Ses
plumes étaient naguère utilisées dans la
confection de colliers.
Nid de Fauvette à long
bec -forme de Tahiti-.
C'est une structure
soignée, composée de
fibres végétales et de
mousse.
Fauvette à long bec
(Acrocephalus caffer)
-forme des îles
Marquises-. Présent
dans toutes les îles de
l'archipel, c'est sans
conteste l'oiseau
terrestre le plus
commun.
Monarque marqulslen
(Pomarea mendozae).
Autres Insectivores
des îles volcaniques, les
monarques ont une
répartition beaucoup
plus limitée que les
fauvettes à long bec.
Désormais, il n'y a plus
qu'aux îles Marquises
qu'ils sont localement
bien représentés.
129
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
Le Martin triste
Le Martin triste, appelé aussi
Moluques
expéditions du capitaine Cook dans les îles de
la Société.
Merle des
(Acridotheres tristis) est un
de la famille des Sturnidés qui
comprend de nombreuses espèces, pour la
passereau
plupart d’origine asiatique. Le Martin triste
possède une vaste répartition à l’origine en
.Asie, élargie ailleurs dans le monde par de
nombreuses introductions. Dans le Pacifique
Sud, il a été acclimaté dans plusieurs
archipels. 11 existe aussi en Polynésie orien¬
tale des représentants indigènes de la famille
Sturnidés. L’un vit aux îles Cook,
l’Etourneau de Rarotonga (Aplanis
des
cinerascens), l’autre, éteint depuis longtemps,
l’Etourneau
mystérieux (Aplanis
mavarnaia), connu par un seul spécimen,
est
peut-être
collecté
au
cours
de
l’une
des
L’introduction du Merle
des Moluques
En
Polynésie française, le Martin triste a été
introduit à Tahiti au début du siècle (entre
1908 et 1915). Il est désormais présent dans la
Société (huit îles), aux Tuamotu (deux îles) et
Marquises (une île). Dans les îles volca¬
niques où il a été introduit, les effectifs sont
devenus très importants, peu d’années après
aux
son
introduction. Il est intéressant de cons¬
les îles furent occupées après
un lâché volontaire par l’homme et non
par
une colonisation des oiseaux. Ainsi, un bras
de mer suffit pour que les oiseaux de Hiva Oa,
où ils sont présents depuis plus de 60 ans,
n’aient jamais
colonisé l’île proche de
tater que toutes
Tahuata.
Son arrivée dans une île n’est pas neutre
pour l’avifaune locale. On constate une baisse
sensible de certaines espèces dans les îles où il
a
été introduit, comme martin-chasseurs,
salanganes, hirondelles, fauvettes à long bec et
monarques. Compétition alimentaire,
compétition pour les sites de reproduction,
pillage des nids. Les oiseaux locaux semblent
bien désarmés face à
introduction volontaire
frondeur dont la
sur
Son
deux atolls des
Tuamotu, il y a une quinzaine d’années,
apparaît comme un acte inconscient. S’il fait
désormais partie de l’avifaune polynésienne,
tout doit néanmoins être mis en oeuvre pour
ne pas favoriser son arrivée là où il est absent
aujourd’hui.
Le Martin triste se signale généralement
en
premier lieu
par
Martin-chasseur des
Marquises (Halcyon
godeffroyi)
Le Martin triste ou Merie
des Moiuques
(Acridotheres tristis),
introduit à latin du siècle
dernier, est désormais
présent dans onze îles
de Polynésie française.
Son nom tahitien est
’omao moruti.
130
ce
grégarité amplifie les désagréments.
sa
voix, sifflements
OISEAUX DE POLYNÉSIE
musicaux alternant avec des sons râpeux, puis
par son
sans-gêne. En effet peu d’oiseaux
viennent à votre table se servir dans votre
assiette quand vous avez le dos tourné !... Qui
n’a pas vu sur une pelouse ces
martins tristes auxquelles des
joignent
disputes de
congénères
leurs cris, comme autant de
supporters.
Sa taille est de 23 cm environ. Le dos est
gris-brun, la tête et la queue gris-noirâtre, le
dessous gris-rosé. Bec et pattes sont jaunes.
L’iris, de couleur jaune, comme la peau
dénudée derrière l’œil, lui donnent un aspect
peu sympathique.
seule espèce d’oiseau à fréquenter l’agglomé¬
ration de Papeete, 11 vit près des habitations,
dans les cocoteraies, les plantations diverses et
les lisières des forêts secondaires. Oiseau des
espaces ouverts, il disparaît dès que la forêt
dense et en altitude au-dessus de
devient
700 mètres.
fut
A la fin du siècle dernier, le Martin triste
introduit dans les îles de Polynésie
occidentale pour limiter le nombre des
insectes de façon à améliorer les rendements
de production
de la jeune industrie sucrière.
C’est aussi pour limiter le nombre des insectes
Son vol est direct et plutôt
rapide. Une plage blanche à l’aile permet de
l’identifier de loin quand il vole.
qu’il fut acclimaté à Tahiti, mais son régime
alimentaire s’est vite élargi aux fruits, coprah,
ordures ménagères...
OÙ vit-il et que mange-t-il ?
des
Avec le
Pigeon biset, le Martin triste est la
Les martins tristes nichent sous les toits
maisons, dans des
creux
d’arbres, des
cavités de murs. Le nid est une accumulation
de
matériaux divers, végétaux, papiers et
débris, dans laquelle sont pondus trois
autres
à cinq œufs de couleur bleu pâle. La période
de reproduction est mal connue en Polynésie
française.
Rarement un oiseau a eu aussi mauvaise
réputation en Polynésie orientale que le
Martin triste, alors que les dégâts qu’il peut
occasionner à l’économie humaine sont très
limités. Si les zostérops et les petits grani¬
vores furent vite assimilés à la faune
locale, au
point de se faire attribuer à Tahiti le nom
vernaculaire d’une espèce éteinte (vini), les
martins tristes, plusieurs dizaines d’années
après leur introduction sont restés des
éléments exogènes. Aux îles Cook, c’est
r“oiseau du gouvernement” (manu covamani)
et à Hiva Oa, aux îles Marquises, on
l’appelle
la “fauvette des Français” (komako farani) !
Etourneau de Rarotonga
(Aplanis cinerascens).
Représentant local de la
famille des Sturnidés en
Polynésie, cette espèce
habite seulement
Rarotonga aux îles
Cook. On pense qu’une
espèce proche a disparu
d’une des îles de la
Société depuis les
expéditions du capitaine
Cook.
Salangane des
Marquises (Aerodrarnus
ocistus). Dans toutes les
îles où le Martin triste
a été introduit, on a
constaté une baisse ou
une disparition
locale
des oiseaux indigènes.
Les salanganes,
localement communes
aux îles Marquises, sont
devenues rares dans les
îles du Vent de la
Société.
131
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
Le Busard de Gould
(Circus approximans), appelé aussi Busard australien, est un
rapace diurne, de l’ordre des Accipitriformes.
Il est originaire de l’ouest de l’océan Pacifique
-Australie, Nouvelle-Zélande, jusqu’aux îles
Fidji à l’est-. C’est un proche parent du Busard
des
roseaux
(Circus aeruginosus) bien
répandu en Asie et en Europe.
Le Busard de Gould
L’arrivée d’un prédateur
En 1885, le Consul d’Allemagne de l’époque
les
éperviers (Accipiier spp.), mais dans la
Société, il a développé des aptitudes particu¬
lières pour capturer les oiseaux perchés à la
cime des arbres. L’analyse des pelotes de
réjection provenant de Tahiti et de Raiatea
montre que les rongeurs, souris et rats,
composent l’essentiel de son régime alimen¬
taire.
Mais il
se
nourrit aussi d’oiseaux
mois de l’année, mais la seule preuve
l’introduction.
Lâché à Tahiti, cet oiseau bon voilier a
colonisé Moorea et Tetiaroa dans les îles du
Vent, Huahine, Raiatea, Tahaa, Bora Bora,
Maupiti et Tupai dans les îles Sous-le-Vent.
Hélas, sa progression a été imparfaitement
suivie, mais on sait que 36 ans après son intro¬
duction, il était présent au moins à Tetiaroa,
Raiatea et Tahaa.
1920, les oiseaux furent vite
abattus sur plainte des villageois.
Bora,
Si l’introduction du Busard de Gould
n’est pas la cause unique de la dégradation de
l’avifaune dans les îles de la Société, on doit
admettre qu’elle y a contribué : extinction de
la Perruche nonette (Vint peruviana), raré¬
faction des pülopes (Ptilinopuspurpuratus)et
de la Sterne blanche (Gygis alba) dans toutes
les îles où il est présent.
C’est un rapace dont l’allure est svelte, les
ailes -souvent maintenues en V- et la queue
longues et étroites. Ses longues pattes
rappellent que les busards, oiseaux des
espaces dégagés, capturent leurs proies princi¬
palement au sol. Son bec crochu est noir et ses
pattes jaunes. La tête, avec son masque facial
prononcé où les yeux donnent l’impression
sont
nous
d’être dans le même axe, ressemble à celle
d’une chouette. La coloration du plumage est
extrêmement variable ; dessus brun avec un
croupion pâle parfois blanc, dessous chamois
pâle ou foncé, fortement rayé, bout des ailes
argenté chez le mâle.
Le Busard a colonisé
tous les habitats
Seul oiseau de proie des îles de la Société, le
Busard n’a pas eu à partager avec d’autres
espèces. Ainsi, il chasse dans tous les habitats,
collines dégradées recouvertes de fougères,
plantations, bord de mer, intérieur des vallées
et forêts. On le voit souvent passer au ras des
pentes ou prendre de l’altitude et ne devenir
qu’un petit point dans le ciel, puis redescendre
pour explorer une vallée voisine. Il capture
généralement ses proies au sol, parfois même
en vol. Sa structure d’oiseau
d’espace ouvert
l’empêche de chasser en forêt, comme le font
132
Le Busard chasse dans
tous les habitats
:
intérieur des vallées,
forêts, mais aussi bord
de mer, plantations et
collines recouvertes de
fougères.
Très commun
désormais, il est
fréquent d'en apercevoir
chasser sur des crêtes.
On peut aussi le trouver
dans des zones
marécageuses, comme
le lac Temae à Moorea.
Lâché à Tahiti en 1885,
cet oiseau bon voilier a
colonisé de nombreuses
îles de la Société.
sol
sur
les pentes
Généralement silencieux, il est particuliè¬
bruyant au moment des parades
durant lesquelles les oiseaux lancent de longs
acrobaties aériennes.
tous les
au
fougères et peut-être dans
d’autres types d’habitats. Dans ses régions
d’origine, il établit un nid grossier, au sol, de
préférence dans des roselières. La ponte est
composée de un à sept œufs de couleur
blanche. L’incubation dure 35 jours et
l’élevage des jeunes 40 jours environ.
tangible est une ponte de deux œufs trouvée
,
Bora
11 niche
de
rement
plusieurs individus de cette
espèce. Sans doute peut-on penser
aujourd’hui qu’il aurait pu s’abstenir, en
constatant les dégâts occasionnés par l’appa¬
rition d’un oiseau de proie dans une avifaune
qui avait évolué en vase clos à l’abri du
phénomène de la prédation. Mais l’intention
était bonne, puisqu’il s’agissait de faire
diminuer le nombre des rats, nul à l’époque ne
pouvant imaginer les conséquences réelles de
Lâché à Rapa en
octobre.
recouvertes
Sa reproduction dans les îles de la Société
est mal connue. On voit des oiseaux parader
lâcha à Tahiti
Moorea,
:
ptilopes, sternes blanches, coqs...
en
sifflements tout
en
effectuant de véritables
OISEAUX DE POLYNÉSIE
Le mangeur de poules...
compte tenu de la
faune.
Le Busard a mauvaise réputation dans les îles
de la Société où il est nommé “oiseau
mangeur
de poules” (manu amu moa). Il est exact
qu’il
lui arrive de capturer un poussin ou un poulet
abords des habitations, mais s’il peut
parfois se montrer nocif, son régime alimen¬
taire est trop varié pour qu’il ne mange que des
volailles. Un prédateur ajuste
toujours
l’importance numérique de sa population à la
quantité de nourriture disponible et il est
douteux que le Busard puisse pulluler un jour.
aux
pauvreté générale de la
Ailleurs en Polynésie
Par chance, le Busard n’a pas atteint les îles
Tuamotu où il pourrait facilement coloniser
l’ensemble de l’archipel, compte tenu de la
proximité des atolls entre eux. Mais les îles de
la Société ne sont pas les seules à posséder un
rapace Introduit, puisque dans l’île de Hiva
Oa, une population de grands-ducs de Virginie
(Bubo virginianus) s’est acclimatée. Il reste à
souhaiter que les oiseaux ne franchiront pas le
petit bras de mer qui les sépare de l’île voisine
Tahuata.
A l’ouest de la Polynésie, il faut se rendre
jusqu’aux îles Fidji, où les habitats sont plus
diversifiés et la faune plus riche, pour trouver
des rapaces indigènes. Comme rapace diurne,
il y a
l’Epervier des Fidji (Accipiter
rufitorques) qui chasse en forêt, le Faucon
pèlerin (Falco peregrinus) qui attrape des
oiseaux en vol et le Busard de Gould, le même
qu’à Tahiti, qui capture ses proies au sol.
Enfin un seul rapace nocturne, la Chouette
effraie (Tyto alba), largement répandue par
ailleurs dans le monde.
Rapa, aux îles Australes.
Le Busard fut introduit
dans cette île Isolée vers
1920, puis il fut
exterminé. Il était à
craindre que son
acclimataiion crée de
graves préjudices à la
riche communauté des
oiseaux marins de cette
île et à une espèce
endémique de pigeon, le
Ptllope de Hutton
(Ptilinopus huttoni)
(dessin et photo
de droite).
a) Lori de la Société ou
Perruche nonette (Vint
peruvianaj.
b) Sternes blanches
(Gygis aiba).
c) Ptllope de la Société
(Ptilinopus purpuratus).
Les effectifs de ces trois
espèces ont nettement
diminué, quand elles
n’ont pas localement
disparu, depuis
.
l'introduction du Busard
de Gould.
Le Busard de Gould
(Circus approximans),
introduit à la fin du siècle
dernier à Tahiti, est
désormais présent dans
la plupart des îles de la
Société. Aisément
identifiable, c'est le
seul rapace diurne de
Polynésie.
133
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
Le Carpophage
des Marquises
de feuilles de ti et rôtis sur les pierres rouges, à
Makatea, rare à Tahiti, éteinte de nos jours à
décrété ce gibier infiniment supérieur au
faisan”. Ainsi Radiguet décrivait-il le festin !
Connu à Nuku Hiva seulement
habitants des îles
Marquises ne cessaient de vanter aux
militaires français du poste de Nuku Hiva la
qualité de la chair d’un oiseau qu’ils
Muséum
la mode du pays, nos gourmets émérites ont
D’autres
Vers
1842,
les
upe.
Mais, comme pendant
plusieurs mois aucun résident n’eut l’occasion
de le voir, et encore moins de le goûter, on finit
par
croire qu’il s’agissait d’un oiseau
mythique. Jusqu’au jour où un officier de
marine, M. Boulanger, finit par tirer quelques
uns de ces oiseaux qui furent mangés : “bardés
nommaient
Le Carpophage des
Marquises (Ducula
galeata) est le plus gros
des pigeons de
Polynésie ; on ne peut le
confondre avec aucune
autre espèce.
134
spécimens furent rapportés au
d’Histoire
naturelle
de
Paris et
comparés avec ceux d’autres régions. Par sa
taille (45 cm), ses couleurs, noir et verdâtre
dessus et gris et brun dessous, il apparaissait
que ce carpophage (Duculagaleata)n'\\ah'\\.&ii
que les îles Marquises. De ces gros pigeons, on
connaît environ 35 espèces réparties en Asie et
Océanie. Le seul autre représentant en
Polynésie française est le Carpophage du
Pacifique (Ducula padfica) représenté par
une sous-espèce endémique encore présente à
en
Moorea.
Après avoir visité la totalité des îles Marquises
en
1922, les collecteurs de l’expédition
Whitney confirmèrent que le Carpophage des
Marquises habitait exclusivement l’île de
Nuku Hiva, quoique des légendes marquisiennes parlent de sa présence dans le groupe
sud de l’archipel, en particulier à Hiva Oa. 11
n’est pas interdit de supposer que l’espèce ait
habité autrefois d’autres îles de l’archipel.
Depuis, des recensements effectués en
1972 et 1975 font apparaître que l’effectif total
de la population est compris entre 200 et
OISEAUX DE POLYNÉSIE
400 individus seulement, tous localisés dans la
partie occidentale de Nuku Hiva. C’est devenu
l’un des oiseaux les plus rares du monde.
Le Carpophage des Marquises habite des
milieux très variés, puisqu’on le trouve aussi
bien dans les basses vallées sèches de la Terre
Déserte (de 0 à 300 mètres), où la végétation
est assez clairsemée et de type xérophile, que
dans les régions de moyenne altitude (300 à
700 m) où la végétation est plus fournie, mais
dominée par les plantes introduites par
l’homme. Il habite aussi la forêt d’altitude,
l’on appelle souvent “forêt des nuages”
(700 - 1 300 m), où le climat est très humide et
la végétation luxuriante. Le Carpophage des
que
Marquises est exclusivement arboricole, se
nourrissant de fruits charnus dont le choix
varie
au
aucune
gré des fructifications. Il n’opère
sélection dans le calibre des fruits, se
saisissant aussi bien de petits que de gros, mais
la taille exceptionnelle de son bec lui permet
d’avaler de gros fruits.
Comme la plupart des pigeons
frugivores, il avale le plus souvent les fruits
entiers, le noyau ou la graine étant rejeté dans
aussi comprend-on le rôle
important joué par les oiseaux frugivores dans
la dispersion de la flore. Les fruits ne sont pas
choisis au hasard, certaines couleurs, en
particulier le rouge et le noir, attirant plus
particulièrement les oiseaux.
En
raison de son poids élevé, le
Carpophage des Marquises ne se déplace pas
de branche en branche dans le couvert végétal
l’agilité dont font preuve des pigeons
plus petits comme les ptilopes. Mais, grâce à
sa grande envergure et à ses ailes larges, il
possède de bonnes capacités de vol. On en voit
souvent, même par grand vent, piquer,
comme le ferait un faucon, dans une vallée
pour aller se poser sur un arbre en pleine fruc¬
avec
tification.
les excréments ;
La nidification est mal connue car cette
espèce n’a jamais fait l’objet de recherches
durant une longue période. Les oiseaux éta¬
blissent dans un arbre un nid grossier où la
femelle dépose un seul œuf. Comme chez tous
les oiseaux frugivores, la fécondité est faible et
le séjour du poussin dans le nid particuliè¬
rement long.
NUKU HIVA
HAATEPUNA
AAKAPA
Terre déserte
HATIHEU
TAIPl
Plateau de Toovii
TAIOHAE
Carte illustrant la
répartition très
restreinte de Ducula
galeata. Cet oiseau
habite seulement le nord
de Nuku Hiva, dans les
vallées de Haatepuna,
Aakapa, Hatiheu et
Taipi.
Le Carpophage des
Marquises (Ducula
galeata). Entre 200 et
400 individus sont
localisés dans la partie
nord-ouest de l’île de
Nuku Hiva faisant de cet
oiseau un des plus rares
du monde. Son régime
alimentaire est constitué
de fruits (Terminalla
Lori des Marquises
(Vini ultramarina). Autre
habitant de Nuku Hiva,
le pihiti est un bon
exemple de
diversification des
ressources alimentaires.
Il se nourrit en
déchiquetant les fleurs
ou leurs boutons, mais
aussi de fruits et
d'insectes.
cattapa, Hcus
marquesnnse, Psidium
guajava, Musa tel,
Manglfera indica...).
Un bec extensible et un
grand jabot lui
permettent d’avaler des
fruits de gros diamètre,
après les avoir détachés
d’une torsion de tête.
135
FLORE ET FAUNE TERRESTRES
Un oiseau qu’il faut protéger
Son
extrême
localisation,
son
importance
dans la mythologie marquisienne, la beauté de
plumage, sa grande taille et son caractère
familier, sont autant de raisons qui font du
son
Carpophage des Marquises un oiseau si
recherché par les habitants de Nuku Hiva, qui
en détiennent assez souvent en captivité.
Les oiseaux sont attrapés au nid quand ils
sont poussins, mais aussi au cours de parties
de chasse, lorsque des adultes ne sont que
blessés. Ils montrent rapidement un caractère
confiant envers l’homme. Une fois capturé, le
Carpophage n’est pas mis dans une cage, mais
installé sur un perchoir dans la maison où il
semble régner en maître sur la cuisine,
assénant de sérieux coups de bec au chat ou au
coq qui s’approchent trop près.
de
Même s’il fut toujours apprécié en raison
son
caractère
familier, les moyens de
capture étaient autrefois limités : dénichage et
glue. A partir de la fin du siècle dernier et
Jusqu’en 1930, il fut l’objet d’une chasse au
fusil et un administrateur de l’époque offrit
même des festins de upe à ses hôtes de
marque !
tous
Certes, il est aujourd’hui protégé, comme
les autres oiseaux de Polynésie, mais
protection n’est pas toujours respectée
quand un carpophage est à portée de fusil des
cette
chasseurs de boeufs et de chèvres...
En dehors de la chasse, il est menacé par
les agressions contre les milieux naturels. On
assiste en effet à la disparition progressive de
la forêt des étages inférieurs, provoquée par le
surpâturage
des
bœufs
et
des
chèvres
retournés à l’état sauvage. Enfin, on ignore les
conséquences de la construction du terrain
d’aviation à la Terre Déserte sur la population
du Carpophage des Marquises.
Le plateau des Orangers
à Tahiti. Une espèce
proche du Carpophage
le
Carpophage du
Pacifique, habite aussi
Tahiti, mais il est
des Marquises,
désormais rare et
localisé à quelques
régions d'altitude.
Le Ptilope de Dupetit-
Thouars (Ptilinopus
dupetithouarsii) est une
autre espèce de pigeon
présente aux îles
Marquises, mais
beaucoup plus
commune
puisqu'elle
habite la plupart des îles
de l'archipel.
Le Carpophage des
Marquises s'apprivoise
facilement et il n’est pas
rare que des villageois
en gardent en captivité.
136
Glossaire
FRUGIVORE. Se dit d’une espèce qui se nourrit de
fruits.
G
A
ORNITHOLOGIE. Etude des oiseaux.
GOUSSE. Fruit des plantes appartenant à la famille
ADVENTICE.
Plante
herbe.
non
indigène, mauvaise
AKÈNE. Fruit sec, indéhiseent*, à une seule graine.
ANDROCÉE. E nsemble des pièces mâles
(étamines) d’une fleur.
ANÉMOCHORIE. Dispersion des espèces
(adultes, juvéniles, larves, fruits, graines...) par le
vent,
AQUACULTURE. Elevage d’animaux ou de
végétaux dans l’eau - eau de mer ou eau douce.
ARBORICOLE. Se dit d’une espèce qui passe la
totalité ou une partie de son existence dans les
arbres,
AVIFAUNE. Ensemble des espèces composant une
faune d’oiseaux.
B
BAIE. Fruit charnu,
pas de noyau.
indéhiscent*, ne renfermant
BENTHIQUE. Qualifie tous les^organismes et'les
processus ayant un lien avec les fonds marins.
BIOGÉOGRAPHIE. Etude de la répartition des
êtres vivant à la surface de la planète. On parle de
provinces biogéographique pour les ensembles tels
que l’Indo-Pacifique dans le domaine marin, ou tels
que l’Océanienne pour les îles du Pacifique dans le
domaine terrestre.
BIOTURBATION. Modification d’une structure
ou d’un dépôt sédimentaire par l’activité d’orga¬
nismes vivants.
BRACTÉE. Feuille particulière, de forme et de
couleur souvent
spéciales, à l’aisselle de laquelle
naissent les fleurs.
des Légumineuses.
GUANO. Nom donné
aux
excréments d’oiseaux
accumulés en grande quantité. Ces gisements sont
ou ont été localement exploités en raison de leur
haute teneur en phosphate.
émergées à partir de leur lieu de naissance dans
l’océan, les larves d’anguilles se transforment en
civelles transparentes (5 cm) avant leur pénétration
dans les rivières où leur tégument se noircit.
bec.
HYGROPHILE. Plante ou formation végétale liées
à des conditions climatiques humides.
HYGROTROPICAL. Ensemble de formations
végétales ou étage à climat tropical à pluviométrie
supérieure à 2 m par an.
I
OCÉANIQUES ET CONTINENTALES.
Les îles océaniques, en plein océan, ont pour origine
une activité volcanique qui s’est développée à partir
du fond océanique. Les îles continentales sont des
îles situées sur les plateaux sous-marins conti¬
ILES
nentaux en
bordure des continents.
INCUBATION. Chez les oiseaux,
de l’œuf, généralement par l’oiseau couveur,
nécessaire pour que l’embryon se développe.
INDÉHISCENT. Fruit qui ne s’ouvre pas.
INDIGÈNE. Caractère d’une espèce animale ou
végétale naturellement présente en un lieu, c’est-àdire qui n’a pas été introduite par l’homme.
INSECTIVORE. Espèce qui se nourrit d’insectes,
partie ou en totalité.
IN'TERTIDALE (zone). Zone du littoral comprise
en
L
LAPIAZ. Formes d’érosion de substrat calcaire.
LIMBE. Partie
grande et aplatie de la feuille, à
formes et dimensions variées.
LIMICOLE. (qui fréquente la boue)
aux
Nom collectif
oiseaux de rivage (pluvier, chevalier,
M
MALACOLOGIE. Science qui étudie les Mol¬
lusques.
MÉSOTROPICAL. Ensemble de formations
végétales à climat tropical à pluviométrie inférieure
à 2 m par an.
MÉTROPOLE. Zone de la plus grande richesse en
espèces animales et végétales dans une province
biogéographique*.
MIGRATION.
Déplacement saisonnier effectué
reproduction et la zone d’hivernage et vice versa.
monoïque.
Plante présentant des fleurs
unisexuées,
N
PRÉDATION. Action de tout animal qui saisit une
autre
espèce anirhale pour s’en nourrir.
R
Qualificatif donné aux oiseaux qui
possèdent un bec crochu et des pattes munies de
griffes acérées avec lesquelles ils saisissent leur
proie. On distingue les espèces diurnes, qui vivent de
jour (busard, faucon) des espèces nocturnes, qui
RAPACE.
vivent de nuit (chouette, hibou).
S
NICHE
Groupe de
sporanges
(petites capsules
contenant les spores) situés à la face inférieure des
feuilles fertiles des fougères.
SPORE. Elément de reproduction formé d’une
simple cellule et capable de se développer en un
gamétophyte (mdusses, fougères).
STIPE. Tronc généralement non ramifié des
palmiers.
Appendice basal du pétiole, généra¬
microscopique d’une feuille ou
tige permettant les échanges avec le milieu
STOMATE. Pore
F
dans les atolls lorsque le niveau de la mer était plus
haut qu’actuellement.
d’une graine ou d’une spore*.
d’une
individu.
Petit édifice corallien fossile de quelques
PLANTULE. Jeune plante issue de la germination
STIPULE.
par des animaux (dits migrateurs) entre la région de
mètres de haut, témoin d’un ancien récif qui existait
végétaux.
lement par deux, de forme et de taille variées.
station.
FEO.
PHYTOGÉOGRAPHIQUE. Relatif à la phytogéographie, science étudiant la distribution des
SORE.
Groupement
végétal littoral
soumis à l’action des marées, où
dominent les palétuviers.
ÉPIPHYTE. Plante croissant sur une autre plante
sans en tirer ses besoins.
souterraine.
réchauffement
MANGROVE.
ÉCOSYSTÈME. Ensemble formé par les
différentes espèces qui ont des relations réciproques
et les facteurs qui agissent sur eux (sol, air, eau).
ENDÉMISME. Caractère d’une plante endémique,
c’est-à-dire dont la localisation est étroitement
confinée à un territoire donné, archipel, île ou
plume.
PÉTIOLE. Partie de la feuille étroite, reliant le
limbe à la tige.
PHRÉATIQUE (nappe). Se dit d’une nappe d’eau
PHYLOGÉNÈSE. Développement évolutif d’un
halophile*
E
PENNÉE. Feuille à folioles disposées de chaque
côté du pétiole comme les barbes ou pennes d’une
taxum.
courlis...).
DIOIQUE. Plante ayant des fleurs mâles et des
fleurs femelles sur des pieds différents.
DRUPE. Fruit charnu à endocarpe ligneux renfer¬
mant la graine.
PARTHÉNOCARPIE. Développement de fruits
qu’il y ait eu fécondation des ovules (donc fruits
sans graines).
PELOTE DE RÉJECTION. Boulette de résidus
non digérés par les oiseaux et qu’ils rejettent par le
HYDROCHORIE. Dispersion des espèces par les
courants d’eau.
donné
D
PARASITISME ALIMENTAIRE. Action de se
nourrir aux dépens d’autres espèces.
H
HALOPHILE. Plante croissant sur des sols salés.
appelée zone de balancement des marées.
CIVELLE. Lors de leur migration vers'les terres
P
sans
entre le niveau de haute mer et de basse mer. Encore
c
O
mâles
ou
femelles,
sur
un
même
extérieur.
T
Appareil végétatif des végétaux
dépourvus de tiges, racines et feuilles : algues,
champignons, lichens.
THALLE.
X
XÉROPHILE. Plante ou formation végétale liées à
des conditions climatiques sèches.
Z
ZOOCHORIE.
animaux.
ÉCOLOGIQUE. Ensemble à la fois des
.
fonctions et de l’espace occupé par une espèce.
Dispersion des espèces
par
les
L’astérisque* signale les mots faisant l’objet d’une
définition dans le glossaire.
137
Index
Chat 78, 102, 102
Cheval 89, 102, 103, 103 104, 104
Chevaliers 112
Pour les îles, la lettre entre parenthèses signale
l'archipel dont elles font partie ; (A) pour
Australes,
(G) pour Gambier. (M) pour
Marquises, (S) pour Société et (T) pour
Chèvre 78, 89,104, 104
Chevrettes 73, 75, 84-85, 88, 88, 92
Chien 78, 89, 100-101
Tuamotu.
Chlorophycées 86, 86, 87, 87
Chrysophycées 86
Les numéros en gras renvoient aux pages où le
sujet est traité principalement. Les numéros de
pages en italique renvoient à une illustration, les
Cichlidés 27, 88, 90, 91
autres se rapportent au texte.
Cloportes 73
Coccinelle 72
Cochenilles 76, 76
Coenobites ou Bernard l’ermite 80,
81, SI
Coléoptères 74, 74, 75, 76
Coq 117, 132
Coucous 105
Crabes 73, 80-81
Crevettes 73
Crustacés 73, 80, 84, 86, 87, 88, 89
Cryptophycées 86
Cyanophycées 86, 86
Danaïde 73, 74
Demoiselles 74, 75
Diatomophycées ou Diatomées 86,86
Dinophycées 86, 86, 87
Diptères 78, 87
Dytique 75
E
El AO
(M) 10, 78, 104, 122
Éléotridés (éléotrides) 89, 90, 91, 97
Éperviers 97, 132
Escargots 75,' 82, 82, 83, 83
Euglandina rosea (escargot
carnivore) 23, 24, 82, 82
Euglénophycées 86
F
Fauvettes 106, 107, 110, 111, 118
AlUTAKI (A) 98
Albatros 12, 105, 123, 124
Algues 86, 86
Anguilles 20, 85, 88, 89, 89, 90, 92-93
Fourmis 76, 77, 82
Fous 105, 111, 114, 115, 119, 127
Frégates 105, 114, 115, 117, 119, 123,
124
G
Gallicolombes 113
Araignées 73, 75, 75, 76
Arthropodes 73, 76, 78
AUSTRALES (archipel des) 10, 17,
GAMBIER (archipel des) 10, 16, 17,
34, 35, 36, 39, 92, 98, 110, 126
B
BELLINGSHAUSEN (S) 10, 16
Bernard l'ermite ou coenobite 80, 81,
81
Blattes 73, 74, 76, 77
BORA BORA (S) 1
98, 132
l'zO, 33, 65, 78, 82,
Bourdon 76
Bovidés 78, 89, 102, 102
Brontispa longissima 22, 23, 71, 72,
72, 76
Bupestres 75
Busards 21, 109
c
Canards 105, 106, 124
Cantharide 76
Capricornes 74
Caprins 104
Caranguidés (carangues) 89, 90, 91
Carpophage 105, 116, 118
Cent-pieds 13, 76, 77, 77
Charançons 71, 71, 75, 75, 76
138
Gastropodes 73, 81
GLOUCESTER (T/G) 17
.
Gobiidés (gobies) 85, 88, 88, 89, 89,
90, 90, 91, 97
Goélands 126
Grands-ducs 109
Grillons 73
Guêpes 76, 77
Guêpe sociale 76, 77
Guêpe maçonne ou pélopêe 76, 77
H
Hanneton 77
HAO 78
HATUTU (M) 106, 128
HEREHERETUE (T/G) 10, 17
Hirondelles 106, 130
HIVA OA (M) 39, 78, 82, 108, 130,131,
133, 134
HUAHINE (S) 64, 65, 82, 83, 123, 128,
132
I
I nsectes 9,12,20,22,23,73,74,75,76,
77, 78, 82, 87, 89
Iules 73
Pluviers 112, 116
Poecilidés 90, 90
Poux 12, 78, 78, 79
Ptérodromes 114
Libellules 72, 74, 87
Limace 83
Ptilopes 24, 105, 109, 110, 111, 111,
113, 116, 117, 118, 119, 132, 135
Limicoles 105, 106, 112
Puces 78, 79
Longicornes 72, 74, 76
Loris 106, 107
MAIAO
Pucerons 76
Puffins 105, 105, 110, 111, 114, 115,
119, 124, 127
Pulmonés 83
M
Punaises 72, 75, 78
(S) 36
(vole.) (A) 9, 10
MAKATEA (T) 19, 79,
134
29, 31, 32, 81,
MANGAIA (A) 98
MANGAREVA (G) 57, 92, 98
Mantes religieuses 73
29
MARQUISES (archipel des) 10, 70,
II, 17, 7 7, 18, 19, 20, 23, 24, 32, 34, 35,
36, 37, 38, 39, 40, 42, 43, 47, 48, 49, 50,
51, 53, 57, 61, 69, 70, 74, 75, 78, 79, 82
84, 91, 92, 94, 97, 98, 103, 104, 106,
107, 108, 109, 110, 112, 113, 114, 116,
117, 118, 119, 121, 122, 124, 126, 127,
128, 129, 130, 134, 136
Martin-chasseurs 105, 106, 109, 110,
III, 113, 116, 118
(S) 13, 36, 65, 116, 132
Mêcoptères 73
MEHETIA (S) 10, 11, 16, 94
Méliphages 107
Mille-pattes 76
Mollusques 14, 15, 20, 21, 23, 24, 73,
R
(A) 31, 60
RAEVAVAE
RAIATEA (S) 25, 33, 35, 36, 37, 38, 39,
79, 82, 83, 128, 132
Râles 106, 112
RANGIROA (T) 29, 54
RAPA (A) 10, 16, 17, 33, 34, 35, 38, 39,
40, 53, 75, 78, 97, 98, 100, 104, 106,
116, 121, 124, 126, 127, 132, 133
Rhodophycées 86
RIMATARA (A) 64, 116, 128
RURUTU (A) 10, 31, 64, 117
S
Salanganes 106, 111, 113, 130
Scarabées 75, 76
SCILLY (S) 16, 29, 117, 126
Scolopendres 73, 76
Scorpions 73, 76, 77
SOCIÉTÉ (archipel de la) 9,10,11,12,
70, 79, 82, 83, 84, 91, 104, 109, 112,
113, 124, 128, 132, 134
13, 16, 17, 19, 20, 21, 24, 25, 29, 31,32,
34, 35, 36, 37, 38, 39, 42, 46, 48, 61,70,
71, 72, 78, 79, 82, 83, 84, 85, 92, 97,
106, 107, 108, 109, 110, 113, 117, 124,
126, 127, 128, 130, 132, 133
SOUS-LE-VÉNT (îles) (S) 61, 65, 70,
103, 104, 116, 132
Sternes 105, 106, 114, 116, 121, 126
MOPELIA (S) 12
MORUROA (T) 17
Syngnathidés (syngnathes) 88, 89,
82-83, 87, 87, 92
Monarques 105, 110, 111, 113, 116,
118
MOTANE (M) 104
Mouches 75, 76, 78
Mouche des fruits 71, 76, 77
Mouettes 126
Moustiques 23, 75, 78, 78, 79, 79, 80,
87, 88, 96
Moustique papillon 75, 79
Mugilidés (muges) 89, 90
Murénidés (murènes) 89, 90
Mutton-bird 105
Geckos 73, 89, 94-95
Gobe-mouches 106
Langoustes 73
Lézards 73, 89, 94-95
Moucherons 75, 78
Arachnides 73
29, 31, 34, 35, 36, 37, 38, 39, 40, 46, 48,
53, 56, 60, 61, 64, 84, 92, 98, 103, 104,
105, 107, 112, 119, 122, 128
Labbes 126
MOOREA (S) 76,21,30, 36,37,39,63,
FANGATAUFA (T) 17
FATU HIVA (M) 10, 17, 39, 97, 117
Pigeons 106, 113
Poissons d'eau douce 73, 86, 87, 88,
88, 89
Porc 78, 89, 98-99, 100
L
MAUPITI
Échassiers 126
Achatine 23. 23, 24, 82, 32, 83, 83
Kréméridés (krêmérides) 89, 90
MARIA (A)
D
Achariens 73
Kaveu ou crabe de cocotier 80, 80, 81
MAC-DONALD
Crabe de cocotier (kaveu) 80, 80, 81
A
Phasme du cocotier 72
K
N
Néritines 83, 83
Sturnidés 130
90, 91
T
(S) 30, 38, 39, 65, 82, 132
(S) 15, 17, 18, 19, 20, 21, 23,
24, 29, 31,32, 33, 34, 35, 36, 37, 38, 39,
TAHAA
TAHITI
40, 41, 43, 47, 48, 50, 53, 55, 57, 58, 59,
60, 62, 63, 64, 65, 66, 67, 68, 70, 71,73,
74, 75, 77, 79, 82, 83, 84, 87, 91, 92, 93,
94, 96, 97, 99, 100, 101„ 102, 103, 104,
108, 109, 110, 112, 113, 114, 115, 116,
118, 121, 124, 127, 128, 129, 130, 131,
132, 133, 134, 136
TAHUATA (M) 39, 130, 133
TAKAPOTO (T) 17, 29, 95
Taupin 72
Noddis 105, 114, 115, 119, 126, 127
Mono 75, 78, 79, 79
Termites 76
Notonecte de Tahiti 75, 79
Thiaridés 83
NUKU HIVA (M) 18, 19, 23, 32, 36, 39,
78, 79, 82, 107, 116, 129, 134, 135, 136
Tiques 73, 79
TUAMOTU (archipel des) 9, 10, 16,
16, 17, 19, 25, 29, 30, 32, 35, 42, 46, 49
55, 64, 72, 78, 79, 85, 98, 99, 101,105,
106, 107, 113, 114, 115, 116, 119, 122,
124, 126, 127, 128, 129, 130, 133
TUBUAI (A) 64, 79, 102
Tupa 73, 80-81
TUPAI (S) 11, 29, 56, 132
O
Ovins 89, 104
Oxypode 81
P
Paille-en-queue 114, 115, 116, 117,
TETIAROA
(S) 29, 81, 110, 132
117, 123
U
Papillons 71, 74, 74, 76
Partula (escargots) 21, 21, 24, 83
UA HUKA (M) 39,
Passereaux 128, 130
UA POU (M) 24, 36, 39, 78, 107
Percidés (perches) 89, 90, 90, 91
Pélopêe ou guêpe maçonne 76, 77
V
Perles 73
Perruches 105, 106, 108,110,113,117
Pétrels 105, 105, 110, 111, 114, 115,
119, 124, 125, 127
Va 81, 81
VENT (îles du)
Z
Zostérops 131
107, 119, 122
(S) 103, 109, 124, 132
Index des noms d’oiseaux
A
Aigrette des récifs ou Aigrette sacrée
Astrild à bec de corail
Astrild australien
B
Bécasseau polynésien
Bécasseau sanderling
Bulbul
Busard de Gould ou Busard australien
Busard des roseaux
c
Canard à sourcils
Carpophage des Marquises
Carpophage du Pacifique
Chevalier errant
Chouette effraie
Colombine zébrée
Coq bankhiva
Coucou de Nouvelle-Zélande
Courlis de Tahiti
E
Noms scientifiques
Noms polynésiens
Numéros des pages
Egretta sacra
’otu’u
105, 107, 107, 112, 118, 123
24, 112, 113
109, 112
Estrilda astrild
Aegintha temporalis
Aechmorhynchus cancellatus
Pycnonotus cafer
Circus approximans
Circus aeruginosus
Anas poecilorhynca
Ducula galeata
Ducula pacifica
Heteroscelus incanus
Tyto aida
Geopelia striata
Gallus gallus
Urodynamis taitensis
Numenius tahitiensis
Epervier des Fidji
Etourneau de Rarotonga
Etourneau mystérieux
Accipiter rutiforques
Aplonis cinerascens
Aplonis mavornata
Faucon pèlerin
Fauvette à long bec
Fauvette à long bec
Fou à pieds rouges
Fou brun
Falco peregrinus
Acrocephalus caffer
Acrocephalus vaughani
F
G
Grand-duc de Virginie
Grande frégate
H
Héron vert
Hirondelle de Tahiti
L
106
106
108
Calidris aida
manu
manu
'ai moa ou manu 'amu moa 21, 24, 97. 108, 127, 132-133
'ai moa ou manu 'amu moa 132
mo'orâ 'ôviri ou mo'orâ taetaevao 105, 107, 107, 110, 112, 118, 119,
upe
119,123,134-135-136
rupe
134
'uriri
'ôviri ou moa taetaevao
'Srevareva ou 'o'ovea
têua ou kivi
moa
133
130, 131
130
kotiotio
ôlatare
ha'o
118, 118
Haicyon godeffroyi
Acridotheres tristis
Munie à poitrine brune
Pomarea mendozae
Pomarea nigra
Pomarea iphis
Larus pipixcan
Lonchura castaneothorax
Noddi brun
Noddi gris
Noddi noir
P
Perruche de Tahiti
Perruche nonette—> Lori de ia Société
Petit puffin
Pétrel à gorge blanche
Pétrel de Murphy
Pétrel de Tahiti
Pétrel tempête
Pigeon biset
Ptilope de Dupetit-Thouars
Ptilope de Hutton
Ptilope de la Société
Ptilope des Tuamotu
'ope'a
116
107, 107, 113, 123, 135
meho
105, 107, 110, 112, 118, 123
123, 130
22, 23, 24, 102, 106, 108, 109, 112, 128,
130-131
118, 123, 129
'oma'o moruti ou manu 'ai 'utu
pua'atoro
pâliotio
’ôâ
106, 110, 123, 126, 126, 127
Phaeton lepturus
Phaeton rudricauda
tava'e ou petea
tava'e ou petea
120
Cyanoramphus zealandicus
Puffinus Iherminieri
Pterodroma atba
Pterodroma ulîima
Pterodroma rostrata
Columba livia
PtHinopus dupetithouarsii
Ptilinopus huîtoni
Ptilinopus purpuraîus
purpuratus
Ptilinopus purpuratus
Raiius pacificus
Salangane de la Société
Aerodramus leucophaeus
Salangane des Marquises
Aerodramus leucophaeus
ocistus
Sterna lunata
T
pàhi
Anous stolidus
Proceisterna- cerulea
Anous tenuirostris
Râle de Tahiti
Sterne à dos gris
Sterne blanche
Sterne fuligineuse
Sterne huppée
24, 105, 109, 132, 133
pihiti
vini
Puffin à bec grêle
Puffin du Pacifique
S
113
123
123
105
112
coralensis
Puffinus tenurostris
Puffinus pacificus
R
128
Butorides striatus
Hirundo tahitica
Porzana taduensis
Paiiie-en-queue à brins biancs
Paiiie-en-queue à brins rouges
105, 107, 112, 113, 123, 128-129, 130
108, 133
12. 22, 110, 115
Marouette fuligineuse
N
133
'ôtaha
ua'ao
M
Mouette de Franklin
108, 109
106, 113, 123
12. 106, 112
Fregata minor
Budo virginianus
Vini kuhiii
Vini peruviana
Vini ultramarina
Monarque des Marquises
Monarque de Tahiti
Monarque pie
133
110, 110, 115, 123
110, 111, 111
Lori de Kuhl
Lori de la Société ou Perruche nonette
Lori des Marquises
Martin-chasseur des Marquises
Martin triste ou Merle des Moluques
112,123
113
'ao
Sula sula
Sula leucogaster
leucophaeus
Gygis aida
Sterna fuscata
Sterna bergii
'omama'o ou 'oma'o
126
114
111, 117
121
110
125
kuku
koko
105, 105, 122, 123, 124, 125
123, 124-125
115, 124
113, 131
113, 116, 123, 136
123, 133
'ü’upa
123, 132, 133
'0 '0
113, 123
’eupo
noha
Dpoa
,
105
125
123
'ope'a
123
kopekapeka
111, 123, 131
'itata'e ou pira'etea
kaveka
24, 110, 114, 115, 116, 123, 126-127, 132, 133
110, 114, 119, 779, 123, 723, 126
110, 114, 126
tarâpape
123
Tangara cramoisi
Ramphocelus dimidiatus
108, 108, 112
Zostérops à poitrine grise
Zostérops lateralis
24, 108, 112
Z
123
139
Index des noms de plantes
On a indiqué les noms des plantes en langue française quand
il y a lieu, avec éventuellement les termes utilisés uniquement
à Tahiti (T.)
Les noms d’espèces en langues polynésiennes ont étésoumis
à l’attention de l'Académie tahitienne et de
M. Maco Tevane.
Noms scientifiques
son
président.
Noms français
Noms polynésiens
Numéros des pages
pitipiti‘6
28
70
62
32
31
A
Abrus precatorlus
Acacia sp.
Achras zapota
Achyranihes sp
Achyranthes aspera
Achyranihes velutina
Acrostichum aureum
Adenostemma viscosum
Albizia falcata
Albizia lebbeck
Aleurites moluccana
Allamanda calhartica
Alocasla macrorrhiza
sapotillier
'aerofai
’aerofai
bancoulier
monette (T)
Annona cherimifolla
Annona muricata
Annona reticulata
chérimolier
corossolier
cœur de bœuf
Annona squamosa
pomme cannelle
ananas
arbre à pain
jacquier
teve
'ahi'a huero 'aratita
painapo
nahe
tapotapo (laratara)
tapotapo
(mâfatu pûa'atoro)
tapotapo (linito)
apa apa koee, mâve
tiare
'apetahi
'uru taratoni
anianahu
B
Barringtonla asiatica
'anae
'ah/'a fetu'e, mà'a
tira
pine
mautini tinito
mâve
choux chinois
choux chinois
62
62
62
62, 63
37
35
28, 31, 39, 40, 40, 120
39, 40
'ôrapa 62
pitipiti, rau tf
matapi'o, kilikiliia
bougainvillées
bougainvillées
arbre parapluie.
a. pieuvre
37, 51
42, 46, 47, 47
62, 63
62, 63
37, 45
62
37
hotu
courge chinoise (T)
32, 34, 38, 39
31, 32, 36
25, 35
19, 19, 42, 42, 45, 48,
48, 50, 51, 69
'uru, maiore
'ô'aha, 'oha
carambolier
68
45
39
'ôpuhi
noix cajou
Brassica pekinensis
Brassica sinensis
42, 46, 46, 47
36, 37
68
nuna
Anacardium occidentale
Ananas comosus
Bougainvillea glabra
Bougainvillea spectabilis
Brassala actinophylla
'ape ma'oi
upo'oti'i
Amomum cevuga
Bauhinla monandra
Benincasa hispida
Bidens sp.
Bldens pllosa
Blechnum orientale
Blechnum patersonll
Boerhavia spp.
Boerhavia leirandra
Bolbitls palustris
37, 42, 45, 49, 49, 51
’atahe
tâfifi
Amauropelta grantll
Asiella nadeaudll
Averrhoa carambola
Azadirachta Indica
70
ti'a'iri, ama kiko
'ôpuhi, eka pua vao.
avapuhi
Alyxia scandons
Artocarpus helerophyllus
Asplénium gibberosum
Asplénium nidus
36, 70, 70
ra'au papa'à
toi
Amaranthus gangellcus
Antrophyum plantagineum
Apelahia sp.
Apelahia ralaleensis
Artocarpus allllls
45
45
vaianu
Alstonia coslala
Anglopterts evecla
28, 29, 31, 45
piha'oto,' 'âoa
Alphitonla ziziphoïdes
Alpinla purpurala
Amorphophallus paeonlilollus
'apara tapau
68
70
28, 31, 43, 45, 52, 52
45
65
32, 34, 35
34
45
40
28
29, 31
37
67
67
pot a tinito, pe-tsaï (chin. )65
65
pota tinito, pak-choï
(chin.)
Broussonetia papyrifera
aute
43, 50, 51
Calophyllum Inophyllum
Caloiropis sp.
Calymnodon orientale
Cananga odorata
tàmanu, ’ati
31, 45, 51, 69, 69
moto'i
'autara'a pa'a 'ere'ere
69, 69
c
Canarlum Indicum
Canavalla spp.
Canavalla catharlica
Canthium barbatum
Capparls cordilolla
140
ylang-ylang
noix mission (T)
tutui larua'a
toro'e'a
45
39
62
28, 31
32
31, 36, 37, 45
28, 28
Cardamlne sarmentosa
Carica papaya
Cassytha flIUormls
Casuarina equisetifolia
Catharanthus roseus
Cedrella odorata
Cenchrus echinatus
Cenlosteca lappacea
Cerbera manghas
Chrysophyllum cainiio
Citrus aurantiifolia
Cltrus grandis
Citrus nobiiis
Citrus sinensis
Ctadium jamaicense
Coccotoba uvifera
Cocos nucifera
Coffea arabica
Coieus sp.
Coiocasia escuienta
Coiubrina asiatica
Commersonia bariramia
papayer
pâjoa purahi
'i'ità
taino’a
’aiîo
philao
pervenche de Madagascar
arbre de fer,
pamplemoussier
mandarinier
oranger
68
‘ofe’ofe
hutu reva
'àpara feti'a
tâporo
’ânani papa'a rarahi
'ânani papa'a
’ânani
raisinier de bord de mer vine tàîahi
cocotier
ha'ari, tumu ha'ari
caféier
taro
tâofe
terevete
taro
tutu
Coprosma taitensis
Cordia iutea
Cordia subcordata
Cordyline terminaiis
Coryphopteris spp.
Crossostyiis bifiora
Ctenitis sciaphiia
Ctenopteris contigua
Curcuma ionga
Cyathea spp.
Cyathea affinis
Cyathuia prostrata
Cyperus pennatus
Cyperus rotondus
Cyrtandra spp.
Cyrtandra mucronata
Cyrtosperma chamissonis
cordyline
ti, ’auti
môrï
gingembre
herbe à oignons
Daibergia sissoo
Davattia epiphyita
Davatiia sotida
Dendrobium invoiutum
Derris sp.
Derris eiiiptica
Derris uiiginosa
Dianeiia intermedia
Dichrocephaia iatifoiia
Digitaria stenotaphrodes
re'a tahiti
mâma'u
tukuu
toro 'ura
mô'u ha'ari
62
62, 63
62, 62
62
60, 62, 63
31, 31
31
28, 31, 42, 42, 45, 50
54-55-56
37, 60, 60
67
19, 19, 42, 46, 46
32
32, 36, 36
38, 39
flamboyant
durian
39
37
38
45, 51
34, 38, 39
38
37, 45
44
mâota
46, 46
anue,
’aranua
34
70
38
45
38
67
38, 39
ta'ata'ahiara, tatavera
Dodonaea viscosa
Durio zibethinus
40
23, 71
32, 35, 37, 40
hora pâpua
hora pâpua
igname
igname
igname
igname
igname
28, 30, 45, 49, 49, 51,
69, 69
41, 41, 42, 45, 46, 47
ha'ahape
ti'ati'a mou'a
ti'ati'a mou'a
Dioscorea sp.
Dioscorea aiata
Dioscorea buibitera
Dioscorea nummuiaria
Dioscorea pentaphyiia
Dipiazium poiyanthos
37, 45
43, 45, 53, 53
38
tou
D
Decaspermum Iruticosum
Detonix regia
62, 63
29, 30, 45
31, 36, 38, 45, 51, 69,
70
piripiri
pomme étoile
lime
44
ufi
U
fi, uhi
hoi
pirita, pahui-peahi
para'ùra, 'utau
u'uhe
’âpiri
53
53
53
33
45
29
37, 42, 47
46
46
46
46
39
38
62
c
E
Erythrina variegata
Eucaiyptus sp.
Eugenia cuminii
Eugenia jambes
Eugenia maiaccensis
Euphorbia atoto
erythrine
eucalyptus
faux pistachier (T),
jamelonguier
jambosier rouge
'atae
45
pita vare'au
70, 70
36, 62, 70
'ahi'a papa'a
’ahi'a tahiti
'atoto
37, 42, 45, 49, 49
31, 37
pua
38, 45
Evodia spp.
62
40
r
r
Fagraea berteriana
Ficus sp.
Ficus carica
Ficus prolixa
Ficus tinctoria
Fitchia sp.
Fitchia cordata
Fitchia cuneata
Fitchia nutans
Fitchia rapensis
Fitchia speciosa
Fitchia tahitensis
figuier commun
tute
'ôrâ, ’aoa
mati
anei, maioro, vaipurau
anei
toromeha
7e 7e
Freycinetia arborea
Freycinetia impavida
Fuchsia cyrtandroides
farapape
36
62
37, 45, 50, 50
37, 45, 51, 51
33, 34, 35
33
33
39
33
33, 34
33, 33
45, 50
25, 39, 39, 40
34
G
Garcinia mangostana
Gardénia tahitensis
mangoustan
Geophiia reniformis
Gieichenia iinearis
Gliricidia macuiata
Giochidion spp.
Giochidion ramitlorum
Glycine max
Gossypium sp.
Grewia crenata
Guattarda speciosa
tiare tahiti
tohe tupou
anuhe
mahamau
soja
coton
vavai
haupau
tàfano, kahaia
62
45, 66
45
35, 36, 37, 38, 40, 45,
70
61
36, 38, 39
31
65
60
36
18, 29, 30, 30, 31, 45
141
H
Habenaria tahitensis
Hedyotls romanzoffiensis
Heliconla rostrata
Helioiropum anomalum
Hernandia nymphaeifolia
faux oiseau de Paradis
Hibiscus rosa-sinensis
Hibiscus tiiiaceus
farahiari
ti'anina
'aute
pürau
11
//ex taitensis
maira 7
inga edulis
inocarpus fagifer
pacayer
Ipomea batatas
Ipomea pes-caprae
Jatropha sp.
patate douce
pàtai
mâpë
'ümara
pôhue miti, paniaoe
Khaya senegalensis
Kiliingia monocephaia
Korthalsella sp.
Korthalseila aoraiensis
1
Lansium domesticum
Lantana camara
Laportea ruderaiis
Lebronnecia kokyoïdes
Lepturus repens
Leucaena insularum
Leucaena leucocephala
Leucas decemdentata
Limnophiia serrata
calebasse
langsat
acacia
Lycopodium venustuium
Lycopodium voiubiie
lycopode
Mangifera indica
manguier
Marattia salicina
Ma ris eus javanicus
70
45
32
40
hue
42, 49
papengaye
lycopode
lycopode
niuroahiti
puai’ore, mâpua
sika (chin.)
rimarimatâfa'i,
ma'iu'u'uta
Meirosideros collina
MIconla calvescens
MIscanthus floridulus
Momordlca charantia
Morinda citrifolia
Musa paradislaca
forme marquis.
Musa troglodytarum
'à'eho
fouka (chin.)
nono
mei'a
kikapa, moopio
fé’i
mara
mara
Nesoganes euphrasloldes
Nymphéa sp.
O
70
37
32
35
32, 33, 34. 36, 36, 38
40, 40
36, 38, 45, 70
65
31, 31, 45, 49, 49. 51,
42, 49, 49
42, 49, 49, 51
32, 35, 40
œil de dragon
tabac
nénuphars
Oberonia equltans
Oparanthus sp.
Ophioglossum pendulum
Opilsmenus compositus
'àmo’a
’âmo'a rahi
'ava’ava
ti’apito
nânamu
'ahi'a, pâtoa
Oxalls repens
45
37, 38, 69
62, 63
ramboutan
Nervilla aragoana
NIcotlana sp
39
31
37
36
38
N
Nephélium lappaceum
Nephellum longana
Nephrolepis exaltata
Nephrolepis hirsutula
36, 36, 38
62, 63
Myrsine spp.
Myrsine taitensis
Nauclea rotundllolia
Neonauclea forsteri ou
Nauclea lorsteriana
45
62
65
39
36, 37, 62, 70
puaràtâ
bananier
36, 37, 70
45
vi papa’â
para
pôhue, îahatai
margose
28, 30, 30, 31
31
39
40
quenettier
Mary ta sp.
Metatrophys sp
35
mehomeho
Maylenus vitiensis
Melasloma malabathricum
Mellcocca bijuga
Mellnis sp.
Merremia peltata
62
35, 36, 38
28, 31, 31
nânamu
litchi
Ni
32, 33, 34, 39, 40
36, 62
36, 37, 37, 42, 43, 45
48. 49, 69
42, 46, 47, 47
31, 45
mô'u upo'o
paife'e
paife ’e
lantana
Litchi sinensis
Luffa acutanguia
Lycopodium sp.
Lycopodium cernuum
31, 45
44, 45, 66
28, 31, 36, 37, 38, 43
45, 50, 69, 69
66
K
L
Lagenaria siceraria
39
30
68
30
62
36, 45
28
28
28, 30
60
68
28, 37
34, 35
45
37
45
O
■
Paesia tahitensis
Pandanus spp.
Pandanus tectorlus
Paspalum orbiculare
Passiflora edulis
Passiflora quadrangularis
Pelagodoxa henryanum
Pemphis acidula
Paper nigrum
Peperomia spp.
Peperomia leptostachya
Persea americana
Phajus tahltensls
pandanus
pandanus
grenadille pourpre
barbadine
poivre
avocatier
fara
far a, pae'ore
’àretu
pârapautini
miki miki
142
28, 30, 31, 49, 49, 50
30, 31, 36, 42, 45, 50
36, 45
62
62
18, 19, 32
18, 28, 30, 30, 45
pèpa
60
nohau, nohoahu
45
nohoau
'àvotà
Phaseolus aureus
Phreatia tahltensls
Phyllanthus simplex
40
moemoe, poroporo,
32, 39
37, 62, 62
39
65
34
45
Phymatosorus scolopendria
Pinus sp.
Piper latifolium
Piper methysticum
Pipturus aibidus
Pipturus argenteus
Pisonia grandis
pin
paina
'ava'ava’ira'i
'ava, kava
ro'a
ro'a
pu'atea
pu'aîea
Pisonia umbellifera
Pittosporum taitense
Piumeria sp.
Poiygonum imberbe
Poiypodium nigrescens
Polypodium vitiense
Pometia pinnata
Portuiaca ssp.
Poriuiaca johnii
Portuiaca iutea
Premna obtusifoiia
Pritchardia vuylstekeana
Procris pedunculata
Psidium cattieyanum
Psidium guajava
Psilotum nudum
Psychotria spp.
Punica granatum
frangipanier
ofeo
tipanie
îamore, pitorea
metuapua 'a
maire
kava
’aîuri
pokea, ’aîuri
’àvaro
goyavier
grenadier
araiha
tOava îinito
tüava
niu, patoatoa, taakivao
tumu remuna
31,37
70, 70
39, 40, 45
37, 39, 42, 45, 52, 53
40, 43, 50
31
28, 30, 31, 31, 32, 45,
55
37
32, 38
66
45
44, 45
45
42, 49
28, 30
30
28
45
19, 31, 32
39
62
36, 37, 62, 63
28, 28
35, 39
62
R
Rapanea sp
Myrsine sp.
Reynoldsia marchionensis
Reynoldsia tahitensis
Rhizophora mucronata
Rhus taitensis
Rhynchosia minima
Rubus rosaefolius
Russelia equisetiformis
c
palétuvier
f.ramboisier (T)
vJpé
'6r§ vai
’âpape
papa, pipitai
plante corail
39
39, 39
30
38, 69
53
40, 40
68
d
Saccharum officinarum
canne
Sapindus saponaria
Scaevola maritima
Scaevola sericea
Scaevoia tahitensis
Schizostachium glauc’foiium
Scierotheca spp.
Sclerotheca arborea
Scierotheca jayorum
Sclerotheca margareta
Seiaginella spp.
à sucre
naupata
bambou
imu
faifai
Sesbania coccinea
Sophora tomentosa
Streblus tahitensis
Styphelia pomarae
Suriana maritima
Swietania macrophylia
Swietania mahogany
Syncarpia sp.
’ofe
maame
Selliguea feeiodes
Serianthes myriadena
Spathodea campanulata
Spathogiottis pacifica
Spondias dulcis
Spondias mombin
tô
kohuu
tulipier du Gabon
orchidée palmier
pomme cythère
mombinier jaune
42
38, 53
29, 31
28, 28, 30, 45
34
35
39
35
35
40
40
32, 36
taino, maiange,
29
31
vi îahiîi
36, 36
35, 36
42, 45, 48, 49
mati mafi
’aiîo mou'a
'u'u
28, 28, 29, 30, 31
pofatuaoao
acajou des Antilles
62
40
40
70
70
70
T
1
Tacca leontopetaloïdes
Taeniophyilum fascioia
Tamarindus indica
Tarenna sambucina
Tecoma stans
Tectona grandis
Tephrosia purpurea
Teratophyilum wilkesianum
Terminaiia catappa
Theobroma cacao
tamarinier
teck
badamier
cacao
Thespesia popuinea
Thevetia sp.
Timonius poiygamus
Toona ciiiata
Tournefortia argentea
Trachoma societatis
Trichomanes spp.
Triumfetta procumbens
42, 45, 46, 47, 47, 50
piti
36, 37
'uramoa'e
îâmereni
hora
’autera’a papa’à
tumu mà'a totorâ
miro
Vaccinlum cereum
vanille
vanille
70
52
37
31, 45, 49, 49, 69, 69
60
28, 31, 45, 69
45, 66
28, 29, 30, 30
tëhinu
28, 28, 29, 30, 30, 31,.
opuopu
Vaginularia paradoxa
37
62
31
papai rau
ürio, unio, püehu
V
Vandellia crustacea
Vanilla fragrans
Vanilla lahitiensis
pia
ha'eha'a
haemae
vànira
70
37
28, 29, 31, 50
40
39
45
61
pipi taîahi
60, 61
31, 45
Weinmannia parvillora
’aitomou’a
32, 33, 34, 38, 39, 40,
Wilkstroemia foetida
’o'oao
36, 37, 38, 45
tarua
65
Vigna marina
w
X
Xanthosorqa sagittifolium
Xylosma suaveoiens
Z
Zingiber officinaie
Zingiber zerumbet
chou des Caraïbes
gingembre ordinaire
pine, ehoina
re'a môruru
40
31, 36
65
37, 45, 52
143
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Crédit photographique
Malgré nos efforts, certains noms de photographes ont pu nous échapper : qu'ils
veuillent bien nous en excuser.
Les mentions sont faites dans l'ordre suivant : le numéro de la page est suivi du nom des
photographes et éventuellement de celui de l’agence qui le représente. Les photos sont
répertoriées de la gauche vers la droite et du haut vers le bas.
P. 2 P. Laboute : pp. 4-5 J. Bouchon ; p. 6 C. Rives-Cedr/ ; pp. 8 et 9 P. Laboute ;
p. 10 C. Rives-Cedr/ ,• p. 11 E. Christian, P. Laboute, C. Rives-Cedr/' ; p. 12 P. Laboute,
C. Rives-Cedr/', J. Bouchon ; p. 13 J. Lecomte, P. Laboute, J. Bouchon, P. Laboute,
P. Laboute, P. Laboute : p. 14 P. Laboute : p. 15 P, Laboute ; p. 16 E, Christian,
E. Christian, C. Rives-Cedri; p. 17M. Folco, C, Rives-Cedr/, P. Laboute; p. 18 P. Laboute,
J.-L. Saquet, P. Laboute ; p. 19 C, Pinson, J.-L. Saquet, P. Laboute, J.-L. Saquet ;
p. 20 Marama Nui. P. Laboute ; p. 21 P. Laboute, J.-P. Pointier : p. 22 J, Bouchon,
J.-L. Saquet. P. Laboute ; p. 23 J.-P. Pointier ; p. 24 C. Rives-Cedr/,■ p. 25 P. Laboute,
Jardin botanique : pp. 27, 28, 29, 30 et 31 P. Laboute ; p. 32 J.-L. Saquet, J.-L. Saquet,
J.-L. Saquet, P. Laboute ; p. 33 P. Laboute, P. Laboute, J. Florence ; p. 34 P. Laboute :
p. 35 P, Laboute, P. Laboute, J. Florence ; p. 36 P. Laboute, P. Laboute, P. Laboute,
J. Florence ; p. 37 J.-L. Saquet ; pp. 38 et 39 P. Laboute ; p. 40 J.-L. Saquet, P. Laboute,
B. Hermann, P. Laboute, P. Laboute ; p. 41 M. Folco : p. 42 M. Folco, P. Laboute,
M. Folco ; p. 43 E. Christian, J.-L. Saquet, O.P.A. T. T.i. : p. 44 P. Laboute, J.-L. Saquet ;
p. 46 P. Laboute, M. Folco ; p. 47 P. Laboute, J.-L. Saquet ; p. 48 C. Rives-Cedr/,
B. Hermann, M. Folco, J.-L. Saquet, J.-L. Saquet ; p. 49 P. Laboute, P. Laboute, M. Folco,
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J. Bouchon, M. Folco, P. Laboute, J.-L. Saquet, E. Christian ; p. 52 D. Charnay,
J.-L. Saquet ; p. 53 J.-L. Saquet, C. Pives-Cedri: p. 55 B. Hermann, M, Folco, C. Pinson,
B. Hermann ; p. 56 M. Folco, M, Moisnard, B. Hermann, G. Wallart, J. Bouchon,
P. Laboute ; p. 57 Coii. O'Reiliy : p. 58 Bull. Soc. Etudes Océaniennes. B. Hermann,
J.-L. Saquet : p. 59 Soc. de Géographie : p. 60 J.-L. Saquet ; pp. 61 et 62 P. Laboute ;
p. 63 G. Wallart, G. Wallart, J. Bouchon, J.-L. Saquet, P. Laboute, C. Rives-Cedr/,
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p. 65 J.-L. Saquet ; p. 66 B. Hermann, B. Hermann, P. Laboute, P. Laboute, G. Wallart,
J.-L. Saquet, p. 67C. Rives-Cedr/, P. Laboute, M. Folco ; p. 68 B. Hermann, B. Hermann,
J.-L. Saquet, J.-L. Saquet, J.-L. Saquet, C. Pinson ; p. 69 B. Hermann, J.-L. Saquet,
J.-L. Saquet, J.-L, Saquet, C. Rives-Cedr/ ; p. 70 J.-L. Saquet, J.-L, Saquet, J, Bouchon,
J.-L. Saquet ; p. 71 J.-L. Saquet, J. Bouchon, J. Bouchon, J. Bouchon, J. Bouchon :
p. 72 J. Bouchon, J.-L. Reboul, J. Bouchon, J. Bouchon, J.-L. Reboul, J. Riom ;
p. 73 J. Riom ; p. 74 P. Laboute, J. Bouchon, P. Laboute, J. Bouchon, P. Laboute,
J. Bouchon, J, Bouchon ; p. 75 P. Laboute, J. Bouchon, J. Bouchon : p. 76 J. Riom,
J, Riom, J. Bouchon, J. Bouchon ; p. 77 J. Bouchon, J. Bouchon, J. Bouchon, P. Laboute,
P. Laboute ; p. 78 Insectarium de Paea : p. 79 Insectarium de Paea, J. Bouchon,
J. Bouchon ; p. 80 P. Laboute, J.-L. Saquet, C. Rives-Cedr/, P. Laboute, P. Laboute ;
p. 81 P. Laboute ; p. 82 J.-P. Pointier, P. Laboute ; p. 83 P. Laboute ; p. 84 P. Laboute ;
p. 85 P. Laboute, P. Laboute, C. Rives-Cedn, C. Rives-Cedr/; p. 86 M. Ricard, M, Ricard,
M. Ricard, M. Ricard, C. Rives-Cedr/; p. 87 M. Ricard, M. Ricard, P. Laboute, P. Laboute;
p. 88 P. Laboute, P. Laboute, P. Laboute, P. Laboute, Insectarium de Paea, P. Laboute ;
pp. 89, 90 et 91 P. Laboute ; p. 92 C. Rives-Cedr/, P. Laboute ; p. 93 P. Laboute ;
p. 94 M. Moisnard, J. Bouchon ; p. 95 P. Laboute, P. Laboute, J. Bouchon, C. Blanc,
P. Laboute ; p. 96 P. Laboute, P. Laboute, J.-L. Saquet ; p. 99 J. Bouchon, M. Folco,
P. Laboute, J. Bouchon ; p. 100 E. Christian ; p. 101 M. Folco, E. Christian ;
p. 102 B. Hermann, C. Rives-Cedr/, M. Folco ; p. 103 M. Folco, M. Folco, C. Rives-Cedr/,p. 104 C. Rives-Cedr/, M. Folco, M, Folco ; p. 105 C. Rives-Cedr/; p. 106 C. Rives-Cedr/,
P. Laboute, C. Rives-Cedr/; p. 107 C. Rives-Cedr/, C, Rives-Cedr/, B. Hermann ;
pp. 108, 109 et 110 C. Rives-Cedr/; p. 111 P. Laboute, C. Rives-Cedr/, C. Rives-Cedr/,
C. Rives-Cedr/; p. 112 C. Rives-Cedr/;p. 113C. Rives-Cedr/, P. Laboute, C, Rives-Cedr/,
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p. 132 C, Rives-Cedr/ ; p. 133 C. Rives-Cedr/ ; pp. 134, 135 et 136 C. Rives-Cedr/.
Sources des illustrations
ORIGINE DE LA VIE DANS LES ILES : pp. 9,10 et 11 cartes d’après E.C. Piélou (1979) ;
p. 12 J.-L. Saquet d'après Marquesan Insects I (1932) ; p. 14 carte d’après R.T. Abbott
(1960) ; p. 23 carte d’après J.-P. Pointier etC. Blanc (1984). FLORE ET VÉGÉTATION :
pp. 26 et 27 schémas d’après M. Guérin ; pp. 33, 34 et 35 G. Wallart. PLANTES UTILES
PRÉEUROPÉENNES : p. 41 G. Wallart ; p. 42 carte J.-L. Saquet ; p. 43 G. Wallart ;
p. 44 à gauche J.-L. Saquet, à droite G. Wallart ; pp. 45, 46, 47, 49, 50, 51, 52, 53 et 54
G. Wallart ; p. 55 J.-L. Saquet. PLANTES INTRODUITES : p. 61 carte J.-L. Saquet d’après
Économie rurale ;,p. 62 carte J.-L. Saquet d’après M. Guérin ; pp. 65, 67 et 69 G. Wallart.
LES INVERTÉBRÉS : p. 73 J.-L. Saquet ; p. 75 J.-L. Saquet d’après Marquesan Insects II
(1935) ; pp. 76-77 J.-L. Saquet ; p. 78 J.-L. Saquet d’après Marquesan Insects I (1932)
p. 79 J.-L. Saquet d’après Y. Séchan ; p. 84 J.-L. Saquet d’après S. Grand (1972).
LES VERTÉBRÉS ; pp. 92-93 J.-L. Saquet d’après G. Marque! ; p. 94 d’après C. Blanc
(1983) ; p. 97 J.-L. Saquet d’après Animaux de tous les pays (1982, éd. Gründ) ;
pp. 98 et 100 J.-L. Saquet d’après P. Raust. COMMENT VIVENT LES OISEAUX :
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d’après D. Watling {Birds of Fidji, Tonga and Samoa, Millwood Press, 1982).
OISEAUX DE POLYNÉSIE : p. 121 d’après J E. du Pont [South Pacific Birds, Delaware
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D. Watling (1982) ; p. 133 PtilopedeHutton d’après J.E. du Pont (1976), Busard deGould
J.-L. Saquet d’après D. Watling (1982) ; p. 134 J.-L. Saquet d’après J.E. du Pont (1976) ;
p. 135 carte J.-L. Saquet d’après J.-C. Thibault, Lori des Marquises d’après J.E. du Pont
(1976).
145
Achevé d'imprimer; Janvier 1986
Dépôt iégai: 1"'trimestre 1986
Cet ouvrage a été compose par POLYTRAM, Tahiti
La photogravure a été réaiisée par POLYCHROME, Tahiti
Imprimé et relié par TOPPAN, Singapour.
146
entreprise collective ; la réunion dans
l'Encyclopédie de la Polynésie d'une centaine des plus
Une vaste
spécialistes, dans des dpmaines aussi
que la géographie, la climatologie, la
biologie, l'histoire, l'archéologie, l'ethnologie, la
sociologie ou l'économié, est, sans conteste, un
événement sans précédent à Tahiti. Un monument de
éminents
différents
1 500 pages, traitant 500 sujets, se devait de faire appel
universitaires, enseignants, aussi bien
qu'aux forces vives du Territoire, acteurs de la vie
administrative, politique, économique et culturelle Et,
comme pour la conception et la construction d'un
édifice de vastes dimensions, il fallait que chaque
volume possède son architecte en chef, un "maître
d'oeuvre" en assumant la responsabilité scientifique :
Bernard Salvat pour les trois premiers volumes ; José
Garanger pour le volume 4 ; Anne Lavondès pour le
volume 5 ; Pierre-Yves Toullelan pour les volumes 6 et
7 ; François Ravault el Jean-Marc Pambrun pour les
aux chercheurs,
deux derniers volumes.
Encyclopédie de la Polynésie
CETTE COLLECTION EST COMPOSÉE DE 9 VOLUMES
VOLUME 1
les îles océaniques
VOLUME 2
flore et faunes terrestres
VOLUME 3
le monde marin
VOLUME 4
à la recherche des anciens Polynésiens
VOLUME 5
la vie quotidienne dans la Polynésie d'autrefois
VOLUME 6
la Polynésie s’ouvre au monde (1765-1842)
VOLUME 7
la Polynésie s'ouvre au monde (1842-1960)
VOLUMES
vivre en
Polynésie 1
VOLUME 9
vivre en
Un
Polynésie 2
témoignage de maturité : la réalisation de cette
Encyclopédie révèle qu’en ce moment du XX" siècle, le
développement en Polynésie de la Recherche - tant
territoriale que nationale - atteint une maturité qui
reflète celle d’un pays.
Elle est, aussi, le résultat de concours individuels
déterminants ; celui de Julien Siu qui nous a apporté
dès la naissance du projet un soutien sans faille, et
celui de Bernard Salvat qui a su donner à cette
collection
l'impulsion de son dynamisme
communicatif.
Distribution exclusive: DIFFUSION TAHITIENNE DU LIVRE
Fait partie de Encyclopédie de la Polynésie . 2 . Flore et faune terrestres