B987352101_R134.pdf
- extracted text
-
Paoe te
GH.GLEÎZAL
EDITEUR
L’art (lu laluiiage, »ouv(‘iit iiiécuimu et considéré
la
plupart du temps
roiunu*
simple caprice
un
ou
nue
prati(|ue haritare, est iiitriiiséquemeiit lié
à la culture
luarquisieniie. Aux Marfjuises c’était la
coiniue
peau qui faisait Vetiala !
Dans un inonde de tradition
orale, le Mar<|uisien a su développer une foruu; d’ex
pression où l’Iioinme,
aux
yeux
de tous,
expose
l’iinage iiiiinédiate, indélébile et pourtant changeante
de ce qu’il est au sein de lu communauté.
Les images-signes du tatouage dans leur diversité
et
leur agencement
étaient sources de beauté,, poi'
de savoir, mémoire transmise, garanties de
teuses
pouvoirs et moyens d’enseignement... Intimement
aux
grandes étapes de la vie, le tatouage était gage de
succès,, de reconnaissance sociale
d’admission
et
dans le clan. C’était à la fois un droit d’entrée dans
le monde des
Hommes, des eiiatn
et une
barrière
protectrice contre les influences iiialéfiques, un reii
forcement de la peau et du coiqis par des motifs choi
leur pouvoir symboli(]ue mais aussi esthé
sis pour
tûiue. Il protégeait l’individu de la maladie, de la
perte de son énergie interne et proclamait son ideii
tité. C’est ponr(]uoi Ventila se drapait de ces rejiré
seiitatioiis ipii étaient'autant de fragments d’un corps
deveim
sacré, qu’il se nomme Tiki
ou
comme
il
peau,
enveloppait d’une
autre
Tupa, tout
végétale
celle-ci, ses divinités et scs (dijets précieux, à la fois
pour les protéger et se
protéger.
Signe jirotecteur et aussi marque profonde d’upe
affirmation identitaire^ d’une volonté de survie et de
reconnaissance, le tatouage, héritage du génie iiiveii
tif et du
table
du
sens
esthétique mar(]uisiens,
de
jiatrimoine
part
l’humanité,
indiscu
réapiiaraît
aujourd’hui, au moment où, à la veille du troisième
millénaire, l’archipel mar.quisien et .la Polynésie!
abordent
une
nouvelle
étape
patrimoine culturel.
et
réinvestissent leui
■ -V-i îir;'.'-hv
!•>' J.--» K*
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Te Patu Tiki
Le Tatouage
aux
Iles Marquises
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Te Patu Tiki
Le Tatouag
aux
Iles Marquises
Cet ouvrage est le premier d’une collection,
“l’Art du tatouage en Polynésie”,
placée sous la direction d’Anne Lavondès.
Te Patu Tiki
Le Tatouage aux îles Marquises
Édition
Christian Gleizal
assisté de lsaArtur
et
Graphisme
Anne-Sophie Le Boulc’h
IsaArtur
assistée de Anne-Sophie Le Boulc’h
Sophie Joseph
Mickey
Iconographie
Christian Gleizal
Illustrations
Pat Cab
Louison Denarie
Jean-Louis Saquet
Photographies
Jean-Claude Bosmel
Franck Brouillet
Claude Coirault
Anne Lavondès
Nous remercions particulièrement
Monsieur Gaston Flosse,
président du Gouvernement de la Polynésie française
et les souscripteurs qui nous ont
fait confiance
Les auteurs dédient cet ouvrage
à K. von den Steinen et H. Lavondès
N
â34, 3éj
OT-T
cn
Te Patu Tiki
Le Tatouage
aux
Iles Marquises
Pierre et Marie-Noëlle Ottino-Garanger
avec
la collaboration
d’A. et H. Lavondès, J-L. Candelot,
A. et J. Pagès
nri
;
-
1er a tu
1.
Les Iles Marquises
Un pays, une culture
Le milieu naturel
La culture marquisienne
Les sources historiques
Les explorateurs et les premiers résidents
Les premières enquêtes ethnographiques
Les escales des navires santaliers et baleiniers
Les débuts de l’installation française
Les années de lutte, le désespoir et l’oubli
12,.
La célébration du tatouage
Les préparatifs
:
.
^
Le choix dû moment
Le choix des lieux
Le tatoueur
Le matériel du tatoueur
'1
Le choix des motifs et de leurs emplacements
Le déroulement des séances
Lys offrandes
La pratique
i
La durée
'
La douleur
V,
Le’rituel
Les préparatifs
'
Une cérémonie en trois actes
3. Le tatouage, un rite d’intégration
l^e l’enfant à l’être social
Les rites liés à l’enfance
.
L’attribution du premier ceinturon
La formation et la transmission d’un
Les critçres de diversité
L’âge et le sexe
L’appartenance géographique
Les fonctions du tatouage
L’accès à là
é îj
J"m
reconffiii^®^^^
Les tatouages obligatoires
Le tatouage, marque de
^ jj
oufio/éial^â:^^-^/
nourriture^^^^-ÿ^^'^
Le tatouage et la
Le tatouage des chefs
4. La perception et l’évolution di
La perception marquisienne
.
/i
Le charme .et l’attrait sexuel
S
Le prestige
p
g
L’évolution du tatouage sous l’ilifluence
Les diverses positions dés autorités
Les styles, réalité ou leurre ?
La dégénérescence de l’art
Les formes ultimes du tatouage
^
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^
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5* La Renaissance de l’ar
À Ua Pou
A Nuku Hiva
*
.
H E-G R
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(S'ttltJi.
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r.jhr/wjd' tirf ./< r’t.u /.
intlf
Les
Iles
Marquises
Situé entre 7° 50 et 10° 35 de latitu¬
de sud et 138° 35 et 140° 50 de longitude
ouest, cet archipel constitue, sur la pla-
nète bleue, le groupe d’îles le plus éloigné de tout
et
Napuka qui se trouvent à près de 450 km des
Marquises du sud. L’île de Tahiti est à près de
1 500 km, l’île de Pâques à plus de 3 000 km et les
îles Hawaii à près de 4 000 km.
continent.
Les
proches
rives
se
4 800 km, ce
américaines
les
Malgré cet isolement extrême, et dans
plus
l’état actuel des recherches archéo-
situent à environ
sont les côtes de
Basse-Californie,
alors
logiques, l’archipel marquisien
l’Amérique du Sud,
pour
\
celles du Pérou se trouvent /
à 6 000 km. L’Australie est /
trouve
se
que
débats
.•
y
.
éloignée de 7 000 km envi¬
ron de ce
groupe polyné¬
le
des
premier
orientale, dernier espa¬
découvert et occupé
ce
tique de 9 000 km. Quant
par
terres
sur
centre
peuplement de ce vaste
triangle océanique que
constitue la Polynésie
sien et le continent asia¬
aux
au
ces
navigateurs
insulaires les
plus proches, ce sont deux
atolls des Tuamotu, Pukapuka
'Z
y?-*-’?
une partie plus occidenÆÈ' taie de Polynésie.
La poterie Lapita,
représentative d’une époque
culturelle antérieure commune
aux
Polynésiens et aux
Mélanésiens était la plupart du
temps ornée ; à travers elle
“a commencé” à se mettre en
place une partie du langage
iconographique du corps.
Relevé de R. Green.
Ci-contre
Représentation
du monde, en forme de coque
renversée, ipu par Paiore chef
des Tuamotu.
Un pays, une culture
Le milieu naturel
L’archipel est constitué de douze îles, séparées
en
deux groupes par un couloir marin d’une cen¬
taine de kilomètres. Ces îles volcaniques, dont les
dépassent 1200 m, s’étirent du nord-ouest
au sud-est sur 350 km.
La superficie totale des
sommets
terres
avoisine celle de Tahiti et Moorea
réunies,
L’archipel ne présente pas à proprement par¬
ler de récifs coralliens. Il n’y a pas de plaine côtiè¬
re, en grande partie pour cette raison, ce qui
nue
dimi¬
d’autant l’espace habitable et l’accessibilité du
littoral. Les côtes
nant
sont
formées de falaises culmi¬
parfois à 200 et 300 ni au-dessus des vagues du
soit environ 1300kmL Les îles de Nuku Hiva et
Grand Océan. Seuls les débouchés des vallées vien¬
Hiva Oa sont, par
leur étendue, les deuxième et
troisième de Polynésie française. Ces dernières
sont les
seules de l’archipel à présenter un
nent un
plateaux intérieurs important et les
escarpements qui constituent l’épine dorsale de ces
édifices volcaniques y dressent de véritables bar¬
rières internes. Les vallées sont enfermées par des
parfois déployer, à l’arrière des plus larges baies,
une plaine
alluviale propice à une installation
humaine. La plage s’ourle alors, d’une belle frange de
sable ou, plus souvent, de gros galets lisses caracté¬
ristiques des grèves marquisiennes et de bon
nombre de pavages archéologiques.
L’archipel présente la particularité d’être l’un
des groupes du Pacifique le moins arrosé, avec des
ensemble de
crêtes bien
souvent
majestueuses qui prennent
naissance sur cette arête centrale.
temps rompre ces imposantes murailles et
Pour l’archéologie,
la culture polynésienne se forge
en
Polynésie occidentale vers 500
av.
J.-G. C’est entre 200 av. et
200 apr. J.-C. que s’échelonnent
les premiers atterrages aux
Marquises. Sépulture de Hane,
Ua Huka ; fouille de Y. Sinoto.
Page de gauche
Carte hollandaise de
1632. Elle fait apparaître les
trois îles du sud, découvertes en
1595 par Mendaiia.
n
Te Patu Tiki
•
L’Art du
Tatouage aux lies Marquises
précipitations oscillant entre 1 000 et 3 000 mm pal¬
an.
L’endémisme des espèces
animales et végétales
esl
dû à l’isolement des îles et
Textrême spécialisation qu’il
entraîne.
Ptilinopus
Dupetithouarsii (kuku),
dessin de J.L. Saquet.
Le relief
des îles Marquises
est
le fruit d’un volcanisme très
récent. Il s’exprime en pitons et
vallées profondément entaillées,
soulignant de violents escarpe¬
ments et des
crêtes dentelées.
Ci-contre
Bloc-diagramme du secteur
sud-est de Nuku Hiva.
#_
Ci-dessus
Rhyncogonus
navicularis,
dessin de .T.L. Saquet.
située au milieu de
Une part des espèces dériva des masses
tales bordant le
continen¬
Pacifique. Le gros apport vint
l’année, dure de deux à trois mois. La température
d’Asie du Sud-Est et d’Amérique du Sud ; la pro¬
moyenne y est de 26°C. L’humidité, qui varie selon
gression se fit d’île en île, par le biais des vents, des
les
•—
La saison la plus humide,
endroits, avoisine en moyenne les 80 %. Les
nuages accrochés aux plus hauts sommets ali¬
mentent
des
torrents
Pour ce qui est des vents, la part de ce fac¬
qui arrosent les
plus importantes vallées. 11 n’en va pas
dispersion est d’autant pins faible que
l’arebipel est éloigné d’autres terres ; il
est par contre d’autant plus efficace
que la force des vents est plus
grande, comme lors de cyclones.
teur de
de même pour les vallons moins pro¬
fonds, surtout ceux situés sous le
vent,
dont les
cours
d’eau
sont
disparaissent
l’approche du littoral. Le climat,
influencé par le relief, se décompose en
microclimats, rattachés au type subtropical
dont la variété et les sécheresses cycliques eurent
de grandes répercussions sur l’adaptation des
spores
hommes au milieu.
insectes et araignées.
alors intermittents
et
Selon le botaniste J. Florence, 4%
à
seulement des “ ancêtres fondateurs ”
de la flore marquisienne aurait ainsi suivi
cette
voie, parmi lesquels les fougères à petites
mais aussi une partie de la faune : petits
C’est ainsi que se développa une société carac¬
Par ailleurs, transportés au gré des courants
“ système de vallée ” où celle-ci
constituait le cadre géographique, social et pour
une bonne
part économique, de la tribu. Le relief
contribua tout spécialement à faire de ces espaces,
le plus souvent encaissés, limités par des lignes de
crêtes difficilement franchissables, un fenua ou
henua ; une entité territoriale particulière, une
terre-patrie où les Marquisiens s’organisèrent en
tribus jalouses de leur indépendance sans pour
autant supprimer toute forme d’échange et de
marins sur toutes sortes de supports flottants, des
térisée par un
insectes, de petits animaux tels que le cent-pieds, le
lézard
ou
le
gecko sont parvenus jusque sur ces
rives lointaines, de même que certains fruits. C’est
le cas du pandanus ou des cocos. Ces derniers peu¬
plus de trois mois et
De la végéta¬
tion primitive, 24% des “espèces fondatrices”
auraient ainsi pris la “voie des mers ”.
vent rester en
conserver
Ce
mer
un
peu
leur pouvoir germinatif !
sont
néanmoins les oiseaux, si
chers aux
communication.
habitants des îles, qui contribuèrent le plus large¬
Ces terres très isolées sont peuplées d’espèces
végétales et animales dont la présence s’explique en
fonction de trois processus : introduction naturel¬
le, endémisme et apport anthropique
ment au
la flore
développement de
•
ainsi qu’à l’introduction, dans une moindre mesu¬
re,
de petits insectes. Fougères mises à part, 72 %
de la végétation voyagea de cette façon, dans l’es¬
L’un des tout premiers apports
est
des végétaux
alimentaire. H. Lavondès et Y. Lemaître souli¬
velles espèces, le développement ou l’élimination de
qu’à la différence des Tahitiens qui
classification tripartite de leurs
'-■'W
aliments ; nourriture végétale, animale et ' ”
sauces, celle des Marquisiens reste bipartite.
A kaikai qui s’applique à tout ce qui est comes¬
tible et désigne l’aliment d'origine végétale par
excellence, ressenti comme fondamental, s’oppose
ina’i, tout ce qui sert d’accompagnement et en par¬
ticulier l’aliment d'origine animale. Ce dernier n’est
en fait
qu’un complément qualitatif, très apprécié
mais souvent liniité. Ceci permet de mieux saisir
pourquoi et comment cette société plaça si haut
l’accès à certaines chairs, en réglementa stricte¬
ment la consommation et fut si dépendante des
récoltes de l’arbre à pain considéré comme aliment
de base. Le taro et la patate douce ne furent jamais
très largement cultivés car mal adaptés à la nature
certaines autres. Au sein des
du sol et au climat qui, au contraire, convenaient à
tomac
de leur hôtes ou sous forme de graines col¬
lantes ou crochues qui adhèrent au plumage.
A ce stade du peuplement originel, au cours
du processus
d’implantation et sous les effets de
l’adaptation à l’environnement, apparaissent les
prémices d’un endémisme d’autant plus fort que le
milieu
isolé. Il
réellement
important aux
Marquises ; 80 % des oiseaux, 55 % des insectes et
est
est
araignées, 50 % de la flore indigène et 12 % des
mollusques sont endémiques. Cet endémisme, sour¬
ce de la richesse
biologique de ces îles, explique
également leur grande fragilité écologique.
L’homme intervient
moins
directement,
et
plus ou
volontairement, sur l’introduction de nou¬
plantes introduites
temps anciens, la très grande majorité est
d’origine indo-malaise ; parmi elles figurent notam¬
ment l’arhre à pain. Font exception, parmi les plus
appréciées : le kava de Mélanésie occidentale, la
canne à sucre, originaire de Nouvelle-Guinée sans
doute, et la patate douce d’origine amérindienne.
Avant la présence de l’homme, en dehors des
oiseaux et des poissons, aucun vertébré n’était par¬
venu, de lui-même, aussi loin en Polynésie orienta¬
le. Si l’arrivée du petit rat local fructivore n’est
peut-être pas le fait des premiers Marquisiens, car
il put dériver d’atolls proches, ces derniers intro¬
duisirent rapidement le coq, le chien et le porc.
aux
Les Iles Marquises
gnent
ont une
merveille à l’arbre à
notamment
pain
;
autant
déterminé la sélection des espèces
vées
et
de facteurs,
les sécheresses, qui ont profondément
autrefois culti¬
qui ont aussi entraîné de graves disettes.
Ces épreuves marquèrent bien des traits culturels
L’incti est le complément carné
qui, pour l’essentiel, vient de la
•
mer
;
le cochon n’est consommé
que lors de grandes occasions.
Ci-dessus
Poisson de la famille des
balistes.
Ci-dessous
Fruit de l’arbre à pain
gravure d’après S. Parkinson.
Le kaikai,
est la
base végétale de l’alimenta¬
tion ; le fruit de l’arbre à pain,
le mei est préparé en popoi et
accompagné d’algues, de noix...
parmi lesquels l’un des plus connus est l’habitude
de préparer et de conserver d’importantes réserves
de fruits d’arbre à pain sous forme de pâte fermen¬
tée, à la fois dans des silos familiaux et dans des
silos communautaires. Elles ont été également l’un
dispersion des Marquisiens. De
dépendance naquit une pyramide de
comportements sociaux et religieux primordiaux
qui façonnèrent
des facteurs de
cette extrême
la société.
Entrée de la baie de
Taiohae. Elle est gardée par
deux îlots, les Sentinelles.
Dessin de A. Mille d’après
L. Lebreton.
13
Te Patu Tiki
•
L'Art du
Tatouage aux Iles Marquises
Ils apparaissent sur le plan des pratiques alimen¬
taires, dans l’appréciation du prestige des chefs en
tant
de redistribution et d’alliance,
que source
des
rites, des restrictions et tapu (interdits) qui ryth¬
aussi bien que dans l’enchaînement des fêtes,
maient les saisons et les activités. De là enfin l’obli¬
Les représentations
d’animanx, parfois dotés
d’un cordon ombilical ou d’un
lien les unissant concrètement à
un
homme, sont rares.
Pétroglyphe relevé à Hatiheu,
Nuku Hiva, par S. Millerstrôm
et H.
Baumgartner.
de eharmes et de cosmétiques... ;
elles secondaient les pêcheurs en tant que plantes
ichtyotoxiques ; leurs fibres permettaient de
confectionner lignes, filets, cordages et voiles. Les
pirogues étaient creusées dans le tronc de certains
arbres, les balanciers taillés dans d’autres. Ces
qu’à éviter un déséquilibre de la production et
donc à écarter le risque de ces terribles famines
l’habitation, des parois à la toiture. Sous forme de
périodiques si mal expliquées alors. Les espaces les
moins fréquentés du territoire jouaient un rôle
essentiel en tant que réserves alimentaires lors des
périodes de soudure entre les réeoltes de mei (fruit
de l’arbre à pain) et lors des disettes.
Le rôle des plantes est loin toutefois de se limi¬
ter
à leur valeur nutritive. Elles étaient omnipré¬
multiples aspects de la culture.
dans les
sentes
Uenata, être originaire de l’archipel, était
accompagné du jour de sa naissance à l’heun
Aide-mémoire de Fatuiva
sées pour la confection de remèdes, de poisons, de
mauvais sorts,
gation, au prix de sa vie parfois, du respect des
préceptes et interdits touchant à l’exploitation du
règne animal et végétal. Ces mesures ne visaient
■0-
elles éloignaient les mauvais esprits ou étaient utili¬
de
mort, par
sa
le règne végétal. Eeorce,
aubier, racine, feuille et fleur, suc... l’endui¬
saient, le baignaient, l’ornaient, le parfu¬
maient, le protégeaient et le soignaient, le
l’enivraient et enfin le
nourrissaient,
conduisaient au-delà de la mort.
végétaux étaient encore amplement utilisés dans
tapa (étoffe végétale), ils vêtaient les Marquisiens ;
forme de couches et de nattes, ils tapissaient
sous
leurs lits. Ils en tiraient leur musique et reposaient,
pour toujours,
oints, embaumés, enroulés dans le
tapa et cachés au cœur des arbres.
Coquillages, insectes, oiseaux, plantes ter¬
marines, poissons... tous ont ainsi tenu
restres et
leur place dans la vie des Marquisiens. Ceux-ci en
connaissaient les vertus, les risques éventuels et les
Etroitement unis à leur univers et
participant d’une même âme, d’une origine com¬
mune, ils leur donnèrent, en fonction de
divers usages.
cette
utilité
ou
de
cet
attrait, un
parfois une image symbo¬
lique qu’ils représentèrent
nom,
sur
la roche, le bambou et
jusque dans leur peau !
Ces plantes étaient alimentaires, mais
aussi
médicinales, tinctoriales, textiles... ;
♦
La culture marquisienne
Huit de ces îles furent habitées de façon
plus ou moins continue ; six le sont auj
d’hui par une population, autrefois beaucoup
plus importante, dont l’estimation varia
beaucoup et pose encore problème. Au
sein des vallées s’implantèrent
Le tuhunci^ celui qui a
un
savoir, occupe une place
prépondérante dans la société
marquisienne ; sa personne est
symbolique des liens entre les
vivants et les ancêtres.
Ci-contre
“Habitant de la baie Anna
Maria”, lithographie d’après un
dessin de E.A. Goupil.
progressivement des
groupes
familiaux
se
comme
peuple. Membres
un
d’une même
sens
reconnaissant
famille,
chacun de ces clans por
tait un nom et entrete¬
nait
un
réseau d’al¬
liances étendu à l’île
et à
l’archipel.
Cette société
s’articulait,
sein
au
très large du terme,
de
au
son
fenua (terre patrie),
en
deux unités se recouvrant
:
d’une part l’unité tribale
et de l’autre la maison¬
née du
guerrier,
qui
regrou¬
pait
les
occupants d’iine habitation et de ses dépendances.
Chaque vallée, sur un modèle similaire, possédait
un
système social propre, au sein duquel la lignée
des chefs papa
tau’a
haka’iki, l’ensemble des prêtres
société jouissait de sortes de
“
monopoles ”
sur
un
spécialisés tuhuna ou tuhuka,
tenaient les rôles les plus déterminants. Cenx-ci se
distinguaient de l’ensemble dn peuple par les tapa
qui les entouraient. La distinction entre ces deux
et
grande part de la
Une
large
artisans
groupes sociaux tenait au fait que les premiers pre¬
naient
une
nant les
part active dans les décisions concer¬
destinées de la communauté. Les seconds,
éventail d’activités : tatouage, fabrication d’objets,
d’outils,
réalisations
particulières,
finitions
quant à eux, n’étaient qu’associés aux grands évè¬
diverses... En fait tous ou presque, désignés sous le
nements
général de tuhuna ou tuhuka, “hommes
habiles ”, possédaient un savoir-faire propre et
rythmant la vie de la tribu. Encore fallaitil pour cela remplir certaines conditions.
Ces conditions étaient en partie liées au sexe,
les femmes étant soumises à de très nombreuses
terme
formaient ainsi les maillons d’une chaîne vitale
d’entre elles, par
Il n’en restait pas moins qu’un petit nombre
la naissance ou le pouvoir
qu’elles possédaient, de jouir d’une réelle considé¬
de familles, par leur filiation ancestrale et le savoir
ration et d’exercer des fonctions
tique, avait concentré autour d’elles la force de la
ainsi accumulé, associé aux alliances et au jeu poli¬
importantes. Il
s’agissait de personnalités remarquables, dont le
mana (pouvoir intérieur) devait être considérable
des terres
sur
soit en raison de la naissance soit parce qu’il avait
clan. Le
chef,
été accru par des cérémonies d’investiture particu¬
lières nécessitant l’offrande la plus précieuse aux
yeux des dieux d’alors, l’homme. L’accès aux qua¬
lités de chef, chef principal ou grand prêtre, n’était
pas
réservé
hommes. En règle générale, la
à la vie
aux
par son
autorité
sur ces
distinguaient, aux yeux des Européens, les plus
aisés des plus humbles, aucune manifestation de
prestige ou de respect particulier ne semblait dési¬
gner d’office un chef ou un prêtre. Les seules
exceptions concernaient les quelques prêtres inspi¬
rés de très haut renom et les rares personnalités
hors pair dont le mana, tout à la fois remarquable
et redoutable,
re.
Les
leur commandait de vivre en solitai¬
nuances
hiérarchiques, tout à fait réelles
distributions lors des fêtes
les
des
la prêtresse, inspiré(e). Il parlait et agissait au nom
des divinités. Son pouvoir sur les décisions déter¬
minantes pour la vie de la tribu, telles l’entrée en
guerre, les trêves ou le parti de s’expatrier, était de
toute
première importance.
’Enata, ’enana, ce motif
très présent dans le tatouage est
souvent réduit à une
Si les guerres tribales, ou plus exactement les
escarmouches
occasions
de
et
les rapts,
étaient perpétuels, les
paix et les rassemblements festifs
étaient également innombrables. Ils pouvaient être
occasionnés par l’inauguration d’une saison d’acti¬
vité, la célébration d’une récolte... ou, au contrai¬
re, la nécessité de faire cesser une calamité. La plus
tiples droits et tapa, avantages le plus souvent très
mémoire d’un chef ou prêtre divinisé, etua.
parfois très lourds, qui
et
Dans la vie de la communauté, le personnage
le plus craint et le plus respecté était le prêtre, ou
considérable de
constituaient la marque des chefs.
de Cl. Ch. Antig.
d’échec, ruinait sa réputation et le respect qu’on
pourtant, se manifestaient par un réseau de mul¬
concrets mais aussi devoirs
vivres”, Vaitahu, 1846,
Ceci le mettait, lui et ses alliés, à
Mais, au prix de son rang, il
avait aussi la responsabilité du bien-être de tous,
et, en tant que principal détenteur des récoltes, il
lui portait. ■
etc.
“Indiens venant chercher des
l’abri des pénuries.
des tatouages particuliers. Alors seulement l’accès
Si des différences dans l’apparence, l’habitat,
fêtes.
l’arbre à pain.
assurait
qu’aux personnes non tatouées ou sans prestige, ce
qui allait pratiquement de pair.
cela des jours durant qui sont,
terres,
disettes, ce qui renforçait sa position ou, en cas
qu’il pouvait être refusé aux enfants ainsi
ments, rassembler la nourriture...
et
contrôlait la récolte essentielle, celle des fruits de
dépendait de l’accomplissement
d’actes significatifs, ou du mérite, sanctionnés par
réunions communautaires était rendu possible,
il faut nettoyer le lieu des
lesquelles vivaient les membres du
active du groupe
aux
tous ;
cérémonies, préparer les orne¬
communauté et, d’une certaine façon, la majorité
reconnaissance sociale et la participation
tandis
La préparation de la
fête, koika, est l’affaire de
eux-mêmes, autant de jours de
pour l’ensemble du groupe.
contraintes, ce qui n’empêchait pas les plus sacrées
—•
Toutes
ces
ces
cérémonies était la fête à la
manifestations
se
déroulaient
en
partie sur la place communautaire. La tribu qui
simple
une
expression
: quelques traits,
courbe, un point...
[planche p. 128-129].
EtUd^ l’ancêtre divinisé,
est
omniprésent dans le tatouage
et il domine naturellement
mortels : 'enata. [planche
p. 38-39].
les
Cette culture, essentiellement orale, attachait
invitait avait entièrement a sa charge ses hôtes qui
venaient des
vallées voisines
Pendant des mois la
et
des
antres
îles.
population s’y préparait;
j)arfois de l’île,
toutes les ressources de la vallée, et
y être consommées. Circonstances
d’échanges, de rencontres et facteur d’unité, la
réussite de ces efforts et de ces festivités dépendait
pouvaient
de la cohésion de la communauté et contrihuait à la
maintenir.
Cette société s’appuyait, pour son hon fonc¬
tionnement, sur des valeurs où les ])ronesses indi¬
alors peu
de prix, ou du moins de considération
profonde, aux choses matérielles et à leur pérenni¬
té. La valeur des biens ne résidait qu’en leur capa¬
cité à retenir, transmettre ou participer à la mani¬
festation de ces formes multiples de mana... En
revanche, chaque création significative deveiviit nn
acte sacré, resitué au sein d’une cosmogonie parti¬
culière. Les structures et aménagements commu¬
nautaires nécessaires à une génération étaient édi¬
fiés avec force et enthousiasme, par un travail col¬
lectif, puis soigneusement entretenus pour les plus
utilisés d’entre eux, ou remis en état
viduelles tenaient un rôle considérahle. Les capaci¬
couramment
tés des individus, en particulier guerrières, étaient
collectivement, si le besoin s’en faisait sentir, pour
récompensées. Ceci s’est
révélé d’autant plus vrai que nomhre des observa¬
tions faites en ce sens, le furent en période de
les autres. Les remaniements étaient incessants et
hautement ajtpréciées et
recrudescence des luttes intertrihales et
de leur
seuls
se
ments
figeaient, jusqu’à dissolution par les élé¬
naturels, les structures touchées
radicalisation provoquée par l’acquisition d’armes
et de
Au
tactiques nouvelles.
Tout savoir était hautement respecté ; la puis¬
sance et
la richesse n’étaient pas vraiment extério¬
risées de
façon spectaculaire devant les visiteurs
étrangers qui s’en étonnèrent bien souvent. En tout
homme résidait une force, à la fois redoutée et fra¬
gile, transmise par les ancêtres à des degrés très
divers toutefois et enrichie tout au long de la vie.
C’était cet héritage que tout Marquisien s’efforçait
préserver et d’accroître par toutes sortes de
moyens, dont le tapu. Cette puissance s’appelait
mana et était si fondamentalement importante que
c’est vers son accumulation, très immatérielle, que
de
s’orientait l’essentiel des activités de “l’homme de
bien” de l’ancienne
culture, plutôt que vers celle
des biens matériels ressentis, du reste, plus comme
collectifs qu’individuels.
par
un
drame ou la mort et frappées de ce fait par le tapu.
avec
cours
du XIX'
siècle, le choc du Contact
des cultures aux valeurs extrêmement diffé¬
rentes
lali
api
ravur
un
Hodge
s’avéra considérable. Cette confrontation,
et le bouleversement
social et psychologique qu’elle
engendra, la poudre et les fusils, la maladie et l’al¬
cool, les paroles nouvelles et les gestes qui les
accompagnèrent... frappèrent mortellement les
Marquisiens. Ce sentiment d’être condamnés dans
leur façon traditionnelle de croire et de vivre se
traduisit par un manque d’envie de survivre en
tant que groupe culturel. Ils s’efforcèrent d’oublier
ce qu’ils avaient été, et ceux qui savaient encore
s’abstinrent de transmettre aux générations sui¬
vantes. Ainsi des pans entiers de savoir et de cultu¬
re
Ho nu
tombèrent dans l’oubli. A travers les efforts de
quelques-uns, regroupés ou non au sein d’associa¬
tions, les Marquisiens tentent aujourd’hui de lutter
contre cette érosion de leur patrimoine et de revi¬
vifier les îles.
La baie de Vaitahii est la
seule de Tahuata suffisainiiioiit
abritée pour aeçueillir les
navires européens.
Cet atout, ’
joint à la possibilité d’y monopo¬
liser une part du commeYce, don¬
nera au
clan Hema et à leur chef
Teinae, fils de llonu, des tenta¬
tions d’hégémonie.
Gravure de B.T. Pouncy, d’après
W. Hodires.
P;.AN UES Marq^uises
w Ho OD
DE
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ytiqutjide
.iSji.oS,.
Eclielley dwi MiIfey //uIû
-
E^nard Direæ
Les sources historiques
Les explorateurs et les premiers résidents
C’est en 1595 qu’apparaît, pour la première
abonde cependant de renseignements précieux dont
très prudent, ne peut être
fois dans la culture occidentale, la mention écrite
celui de J. Ingraham,
de ces îles (du groupe sud, tout d’abord). Le navi¬
crédité. “Il est un autre fait, cet officier français
gateur espagnol A. Mendana de Neyra, et son pilo¬
te
portugais P.F. de Quiros, laissèrent d’intéres¬
renseignements sur ces “indiens au corps
peint” qui les accueillirent, entre “Kivoa”
(HivaOa) “Tacriata” (Fatuiva) et Taliouata (sic),
en
juillet de cette année là. Leurs problèmes immé¬
sants
diats de ravitaillement
et
leur comportement ne
leur permirent guère de s’informer sur cette popu¬
lation, l’une des premières de culture polynésienne
rencontrée par “ceux d’au-delà de l’horizon ”.
Près de deux siècles s’écoulèrent avant que
d’autres
“étranges étrangers” atteignent, à nou¬
arcbipel. Il s’agit, en 1774, de la seconde
expédition autour du monde de J. Cook. Mais tout
l’équipage, scientifiques aussi bien que
veau, cet
marins, était alors exténué par
(É. Marchand) est imprégné des idées de son
du Siècle des Lumières, de la
proclamation des Droits de l’homme ; il
appartient à cette génération qu’ont fait rêver
les récits de Bougainville et l’ensemble du récit de
son journal en témoigne. Son approche des popula¬
tions marquisiennes sera toute différente de celle
de ses prédécesseurs...
C’est l’époque de l’ex¬
ploration des Terres australes.
En cette fin de XVIIF siècle, l’esprit mercan¬
tile se développait en Europe et la nécessité de
conquérir d’intéressants marchés lança sur les
mers
beaucoup plus d’entreprises marchandes que
de missions scientifiques. La connaissance des
Marquises, dès lors, dépendit essentiellement des
esprits les plus curieux : navigateurs, marchands
ou militaires, rares expatriés à y séjourner,
pays
marins de toutes
longue navigation dans les
une
pour
comme une
y
ces
Européens,
que
Marquisiens et Européens (J. Roberts)
et
c’est à un missionnaire protestant,
W.P. Crook (entre 1797-1799) que l’on
observations
doit la
enregistrées restent brèves,
première description d’en¬
semble des mœurs des habitants
bien
Marquises.
maigres. Que faire
plus en trois jours !
pour
et
22
ans
London
observa¬
première-fois en cette année 1791 par les équipages
des navires Hope, de J. Ingraham, et surtout du
Solide, d’E. Marchand. Le séjour de Cook à
Vaitaliu ne dura pas plus de cinq jours, du jeudi 7
ans -
an
de
la
Missionary
Society dans le Pacifique,
allait essayer de vivre et partager sa
Ces derniers se montrè¬
perplexes et beaucoup plus polis, qu’intéres¬
sés par la curieuse démarche de cet être fragile et
incompréhensible à leurs yeux.
foi avec les Marquisiens.
rent
avril au lundi 11 avril 1774. La durée de celui de E.
Marchand, dans la même baie du 14 an 20 juin
1797, n’excéda guère celle de Cook. Son journal
Portrait par J. Webber.
A. de Mendana, croyant être
arrivé aux îles Salomon,
découvre les îles Marquises le
15 juillet 1595. La première île
en vue
est Fatuiva mais
c’est à
Tahuata que les Espagnols
et
membre de la
missionnaire
tions des habitants du groupe sud
puis du groupe nord, découvert pour la
un
première expédition
de
descriptions
d’attentives
Marquises lors de la première.
demi, ce jeune artisan -
trouver
vivantes
Pacifique, y dirigea trois expédi¬
débarquent.
Durant
Il faut attendre-*
près de vingt
James Cook (1728-1779)
le plus grand explorateur du
tions successives mais ne fit
mier contact de plusieurs semaines entre
refaire du ravitaillement,
courte étape vers un
prometteuses mais
missionnaires de
qu’une brève escale aux
halte salutaire pour
Les
et
C’est en 1793 que se produisit le pre¬
une
ailleurs.
eaux
diverses églises.
régions polaires si bien qu’une
nouvelle fois les Marquises n’appa
rurent,
et
1. J.L. Candelot : “Mémoire de pierres et mémoire d’homme.
et
Tradition
archéologie en Océanie”, publication de la Sorbonne, 1996.
Page de ga uche
Carte française des découvertes
de A. de Mendana.
Te Patu Tiki
•
L’Art du
Tatouage aux Iles Marquises
Malgré d’énormes difficultés, faciles à imagi¬
ner, il sut pénétrer autant qu’il lui fut possible le
quotidien des insulaires, à Tahuata tout d’abord,
puis et surtout à Nuku Hiva. Sans pouvoir faire
tous les liens nécessaires, ou parfaitement com¬
prendre la langue et les multiples usages dont il fut
avec
la volonté d’évangéliser les
le tatouage, Crook nous laisse des
précises, il n’en va
pas de même du second informateur
assez
E.Robarts. Ce matelot écossais
se
Tahuata, en décembre 1798,
choisir
L.M.S. est une précieuse source
d’information.
qui
réfugie lui aussi tout d’abord à
Marquisiens mais ne connaît ni
Il les quitte le 9 janvier 1799 ;
une
résidence
Nuku Hiva où il
avant
resta
quelques années après son
départ, alors qu’il s’enlisait
dans la misère des “petits
de
Calcutta,
J.B. Cabri
dit aussi J.Kabris (1780-1822)
tiré des prisons anglaises pour
servir sur un baleinier anglais
séjourna de 1796 à 1804
à Tahuata puis Nuku Hiva où
il servit d’interprète à
G.H. von Langsdorff.
Planche d’objets
marquisiens composée dans
le goût des collections exotiques
des “cabinets de curiosité” de
mêmes
ces
naviga¬
teurs à “son ” archi¬
jusqu’en
grande richesse des¬
criptive. Il rapporte
les expériences vécues
par ce matelot débrouillard
mais peu attaché, au fond de
lui-même, à ceux qui le reçu¬
rent. Il tarda à s’intégrer à
eux, préférant tester les divers
accueils empressés dont il fut
souvent
l’objet, tout en
ovoïdes de la taille d’un œuf.
revanche, le souci de cet
marin, naufragé ou déserteur de la marine
plus calme à
Son journal est d’une
végétales propulsait des galets
fut pas, en
de
dans les années 1810.
par un fin tressage de fibres
ne
pel,
février 1806, écrivit ses mémoires
blancs ”
La fronde obtenue
Ce
anglaise, J.B. Cabri. Ce Bordelais, rescapé des pri¬
sons
anglaises de la guerre anglo-française, nous
est décrit, par les navigateurs russes, si totalement
immergé dans la vie locale qu’il en avait perdu, en
grande partie, l’usage de sa langue, le français.
Pour cet être que rien n’attachait plus à un
continent en guerre et brutalement enlevé par
la langue ni leur façon de vivre.
le rapport qu’il rédige pour la
ridicule.
tuait, pour lui, les principales caractéristiques de
informations
débarque du Duffle 6juin 1797
en
témoin, il laissa un riche tableau de ce qui consti¬
Si pour
#_
coup trop
autre
la société marquisienne de son temps.
W. P. Crook (1775-1846)
parle quasiment pas. Cette pratique était beau¬
“incorrecte”, “sauvage” et difficile¬
ment compréhensible, pour être vraiment décrite,
sous peine d’être
repoussé par les “siens” et tourné
ne
tatouages
ses
restèrent le seul souvénir de
son
aventure
finir, son gagnepain. Avant de mourir de
misère il “rédigea” un petit
cahier (v. p.l50) rapportant les grandes
lignes de ce que fut sa vie et celle des
et, pour
habitants de Nuku Hiva, où
il avait été
adopté par deux familles de haka’iki
(chefs), après avoir épousé la fille de l’un
d’entre
eux,
1798-1799. Ce fut le
vers
premier mariage mixte de l’archipel. Le
peu de ce qu’il écrivit .porte la marque
de l’attachement.
Ce très court témoignage est d’antant
plus précieux qu’il
fait preuve d’une volonté
cherchant à éviter d’être
réelle de rendre “acces¬
trop impliqué dans leurs
sibles ” et humains ceux
affaires.
qui l’accueillirent, même
aucun
Ce
fut
sans
doute difficile.
si certains des usages,
En s’attachant à la
comme
du chef
le cannibalisme,
qu’il
rapporte
de la baie de Taiohae,
une
totale
lieu préféré d’aiguade des bateaux étrangers
pouvaient
raison de la sûreté de la baie, il s’ingénia à
inouïs. On
personne
avec
naïveté,
préserver son identité anglaise et à se démar¬
paraître
reproche¬
ra, peut-être, à son
quer le plus possible des coutumes indigènes,
livret
en
rompant de nombreux tapu. Trop conscient
peut-être de son identité, il refusa de s’intégrer
au-delà de ce qui était nécessaire. C’est une des
raisons, sans doute, pour laquelle il minimisa, ou
l’Europe des lumières.
gomma,
Planche de W. Hodges.
mœurs
dans
son
journal certains aspects des
de ces îles, en particulier le tatouage dont il
d’avoir
été
des col¬
J.B.Cabri n’y
fait que raconter son histoire avec des mots
simples et l’espoir de pouvoir rejoindre ce peuple
écrit pour
porteurs.
qui l’avait mieux accueilli que ceux des nations
dites “éclairées ”.
Les îles Marquises
Les premières enquêtes ethnographiques
Dès les années 1798-1799 apparurent ainsi sur
rivages des déserteurs ou des naufragés, chacun
ces
portant en lui son lot “d’étrangetés” et de connais¬
qu’ils soient, en fonction de leur recrute¬
sances,
ment, d’origine européenne, amérindienne ou par
la suite
asiatique. De décennies en décennies ces
apports nouveaux finirent par influencer une part
des comportements.
Parmi les
premières
pratiques qui se modifièrent, il faut citer les tac¬
tiques guerrières ; dans bien des cas, c’est pour
toutes
leurs connaissances en la matière que les arrivants
furent attachés à la personne des chefs.
Ce
qu’à partir des expéditions de
n’est
D. Tilesius
et
Langsdorff qui,
physiologie J. F. Blumenbach, se
surtout
avec son maître en
G. H. von
pencha sur ces questions jusque dans les années
1810. A l’appui de ces observations, qui demeurè¬
rent les plus complètes jusqu’aux travaux de l’eth¬
nologue K. von den Steinen, vinrent s’ajouter les
remarquables planches tirées des travaux de
D. Tilesius et G. H. von Langsdorff.
Les membres de cette expédition remarquè¬
rent la symétrie des ornements corporels. 11 est
permis de penser qu’aux croquis précis pris sur le
vif, par pans de motifs, en fonction peut-être des
différentes zones du corps délimitées par les
E. Marchand et de A. J. von Krusenstern, en 1804,
tatoueurs
nouèrent parfois, entre marins et
Marquisiens, des contacts qui ne reposaient pas
du voyage, puis en Russie, des dessins plus ache¬
vés. Ces
uniquement sur des questions de ravitaillement. La
idée la
que
se
découverte de leur façon de vivre fut rendue pos¬
sible aux navigateurs
du tsar grâce à la présence
déjà prolongée de J.B. Cabri et E. Robarts dans
l’archipel. Cette expédition scientifique menée par
ce baron balte de 34 ans
comptait, entre autres, le
cartographe E.G. Bellinghausen, le naturaliste
G. H. von Langsdorff et le médecin-dessinateur
D. Tilesius. La plupart relatèrent leurs impressions
de voyage, et trois récits de ce tour du monde
furent publiés dans quatre des principales langues
européennes. C’est dire la curiosité du temps pour
ces
découvertes.
Des années
russes
et
allemands, continuèrent à s’intéresser à
comme
derniers, très minutieux, donnaient une
plus rapprochée possible des originaux.
Cette hypothèse sur la façon de procéder des
Russes, suggérée par K. von den Steinen, est d’au¬
tant plus plausible que le travail se trouvait facilité
par cette méthode et la présence à bord de
J. B. Cabri jusqu’au Kamtchatka. Ce dernier,
d’après leurs propres témoignages, se livra à toutes
sortes de récits et même d’expériences au cours du
voyage et put, sans aucun doute, rectifier et pallier
les éventuelles difficultés
et
autant
de laboratoires d’étude des
premières grandes étapes de la vie en société. Les
plus importants de ces mémoires, pour ce qui est
des Marquises et du tatouage, ont été rédigés par
A. J. von Krusenstern, U.F. Lisiansky. - .
A.J. von Krusenstern,
baron balte dirige la première
expédition russe autour du
monde, du temps du Tsar
Alexandre T% et séjourne douze
jours à Nuku Hiva.
défaillances des cro¬
quis ou de la mémoire.
Pour retrouver un peu de cette richesse docu¬
durant, certains de ces savants,
quelques-uns des particularismes de ces îles consi¬
dérées
eux-mêmes, furent substitués, au cours
mentaire il fallut attendre l’expédition française de
J. Dumont d’Urville,
en
1838, et les esquisses et
aquarelles dues à certains membres de la garnison
stationnée, ou en relâche, dans l’archipel au cours
de cette première moitié
jf;
du XIX” siècle.
Madisonville, fort construit
en
1813 par D. Porter dans la
baie de Taioliae sur la concession
accordée par les chefs pour y
créer une base navale de repli.
(Vue inversée).
Jk^.üo
Ci'iiinal
y
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1^,10
®I.de Cû/Yul.
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Patu Tiki
•
L’Art du
Tatouage aux Ileii Marquises
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Les escalesldes navires santaliers et baleiniers
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jma-ûû
_
r%PàmAnû
Mâtû.
Carte de 1 archipel,
publiée dans le Musée des
Famïïlës^cTe* J ani^èr
"mi,
illustre la difficulté à
la langue marquisienne, aussi
bien la toponymie que les noms
de personnes ou les noms de
motifs de tatouage.
De 1804 à 1813 l’archipel, notamment le grou¬
G. H. von Langsclorff
(1774-1862), médecin allemand
qui participa à l’expédition
Krusenstern. Avec D. Tilésius et
J.F, Blumenbàch, ils étudièrent
plus particulièrement le tatouage.
Ci-dessus
U Astrolabe et la Zélée,
corvettes
de l’expédition de
J. Dumont d’Urville dans les
mers
australes (1837-1840),
cier
sévère période de sécheresse et de misère humaine.
ouverture.
Des centaines de baleiniers et navires de
C’est
une
époque où croisaient surtout dans ces
commerce
de passage firent pourtant escale, mais
eaux
des
équipages attirés par le commerce des
peu de notes vinrent nourrir la connaissance de ces
îles ; spoliations et revanches devinrent par contre
sait un asile où “ se refaire ” après les solitudes et
périls du grand Pacifique. Les échanges très avan¬
monnaie courante dans certaines baies peu visitées.
de L. Lebreton.
C’est ainsi que quelques îles comme Hiva Oa furent
tageux qui s’établissaient alors s’accompagnaient,
évitées
le plus souvent, d’exactions de la part des uns et
F. D. Bennett pour Tahuata et de C. de Roquefeuil
d’escarmouches de la part des autres, entraînant
pour
parfois la mort.
rivages avec un regard observateur.
par
les navires. Seuls les journaux de
Hiva Oa
nous
permettent
d’aborder
ces
C’est à partir des années 1810 que débutèrent
Le témoignage du capitaine H.W. Fowler sur le
les pratiques d’enlèvements, courantes pour l’épo¬
pillage de son navire australien, la Mathilda, date
de cette époque. Cet intéressant récit vint nourrir
quelques historiettes, rapportées dans les ports, et
s’ajouta aux “récits-à-sensation” des gazettes et
chroniques à deux sous qui contribuèrent à forger
à l’archipel une image de férocité. Férocité répon¬
dant, en représailles, aux enlèvements et aux exac¬
tions commises par bon nombre des navires de
l’époque.
Parmi les récits de ces séjours très courts et,
dans la plupart des cas, purement techniques il
faut signaler quelques exceptions ; l’une, sujette à
caution, est le témoignage purement fantaisiste de
destinées à compenser les désertions. C’est
aussi à cette époque que les Américains découvri¬
que,
exploitèrent, pour la plupart, le santal de
l’archipel. Il devint un élément du trafic lucratif
qu’ils entretenaient alors avec la Chine. En six
rent et
années, l’essentiel des ressources en santal de qua¬
lité
sur
l’archipel fut “efficacement” exploité et
pratiquement épuisé.
firent escale aux Marquises en
lotete. Dessin et lithographie
quelques produits et certains effets de cette
peaux de phoque ou les cétacés. L’archipel fournis¬
1838 ; c’est à cette occasion que
s’établirent les contacts avec
laires que ces derniers avaient commencé à appré¬
pe nord plus proche de l’équateur, connut une très
Dans les années qui suivirent, les échanges ne
pouvant plus s’appuyer sur d’aussi précieux char¬
gements, diminuèrent.
et
Les contacts se raréfièrent
devinrent d’autant plus précieux pour les insu¬
Lafondde Ladebat,
les autres nourries de détails
'•
intéressants sont le fait du Suédois J. A. Graaner,
l’Anglais J.A. Shillibeer et de l’Américain
de
D. Porter.
L’expérience du commodore D. Porter qui se
situe entre la fin octobre et la mi-décembre 1813
est, par sa nature et par son contexte, d’un carac¬
navires. C’étaient
Lettre adressée
la plus
grande majorité, des baleiniers
qui mouillaient à Nuku Hiva, en
premier lieu, et pour de plus courtes escales, à Ua
par Pômare II à la L.M.S.
alors,
pour
Huka au nord et à Fatuiva ou à Tahuata au sud. Ua
exceptionnel. Ses activités militaires, malgré
l’intérêt réel qu’il sut porter à ces îles, à leurs habi¬
Pou resta longtemps à l’écart en raison du manque
tants et à leurs habitantes, ne lui
dant guère de connaître par lui-même les coutumes
complaisance de l’enthousiasme des insulaires à
entrer en possession des biens les plus divers à l’oc¬
de Nuku Hiva où il séjourna environ six semaines.
casion de ces contacts.
Il en fut toutefois en partie informé par ses contacts
Progressivement, sous l’influence des marins,
l’esprit local, frondeur et indépendant, se trouva
plus libre d’enfreindre quelques-unes des innom¬
brables contraintes, jusqu’alors imposées par la tra¬
dition, qui ne leur semblait plus toujours capable de
faire respecter les usages et de punir les actes et les
propos sacrilèges perpétrés ou tenus, consciem¬
ment ou non, par ces hommes de mer ou d’église,
de plus en plus nombreux à fréquenter les Marquises.
tère
permirent cepen¬
quelques Européens résidents d’alors,
surtout l’Anglais J. Wilson (qui le trahit dès son
départ), que par l’entourage de la belle princesse
tant avec les
Paetini.
A
partir des années 1820, les missionnaires
protestants de la London Missionary Society tentè¬
rent
à nouveau de courts séjours, essentiellement à
Nuku Hiva et Tahuata. Ce furent d’abord quelques
“
de hons
mouillages. La littérature témoigne avec
teachers” venus des missions du Pacifique mais
qui ne restèrent, pour les plus tenaces, guère plus
Ces années Consacrées au commerce-roi n’ont
de six mois ! Puis des membres de “l’encadrement”
livré au public, surtout anglo-saxon, que quelques
prirent alors le relais, par épisodes. En dehors de
pages, plus souvent dues à un capitaine ou membre
Ch. Stewart, de passage en 1829, c’est le révérend
D. Darling qui, de tous, entre 1834 et 1841, totali¬
sa
le plus long séjour en cette période. Il allia un
Cela fait peu
! Il faut cependant citer J.D.Gillis,
leur vision de Punivers et de ses lois qui n’avaient
dience protestante,
généralement en tournées d’inspection,
désespérées sur la “morale” de ces
“pauvres diables” (sic) qu’elles laissent supposer
une
profonde imperméabilité de la part des
Marquisiens aux injonctions que lançaient ces
La London Missionary
Socioty réunit méthodistes,
presbytériens, calvinistes...
dans le but de convertir les
peuples des régions nouvellement
découvertes.
^3
commandant l’jEsse;r, a pour
mission, en pleine guerre contre
l’Angleterre, de protéger
le Pacifique.
langue anglaise et d’obé¬
très caractéristique de l’épo¬
que. Bien que ne reposant, la plupart du temps,
que sur un texte édifiant se limitant au rôle et à la
vision des missions sur le futur du Pacifique,
effets sur les habitants de ces îles ; notamment sur
rature
si
Marquises en 1829.
les intérêts américains dans
Parallèlement à ces récits se diffusa une litté-
tats, le zèle de ces missionnaires ne resta pas sans
étaient
aux
D. Porter (1780-1843),
etE.Belcher.
pasteurs
ru.S. Ship Vincennes, de passage
corde” qui formaient alors ce genre d’équipages.
comprendre la vie locale. Malgré de piètres résul¬
Les conclusions auxquelles étaient arrivés ces
Charles Stewart,
missionnaire à bord de
Ci-dessous
H.Paulding, C.P.Troost, J.Coulter, F.D.Bennett
cause.
Ci-dessous
lettré d’une expédition, qu’aux gens “de sac et de
esprit remarquablement observateur à un souci de
jusqu’alors guère souffert de profondes remises en
Les îles Marquises
missionnaire
en
quelques-unes de ces pages font état de remarques
ou
de faits vécus,
général
choquants.
en
réformateurs, à l’allure si sévère.
Aux
alentours
des
années
1840,
bien
qu’ébranlée dans ses fondements, la vie marquisienne conservait une originalité peu touchée par
une présence européenne quasiment inexistante.
Les Marquisiens, dans leur ensemble, faisaient
encore
preuve d’une vigoureuse volonté de préser¬
ver leur façon de vivre. Toutefois, à partir des
années 1830 déjà, certains signes de changement
étaient perceptibles sur les lieux fréquentés par les
Les navires
de commerce
qui doivent faire
halte pour
reconstituer leurs
réserves en eau et pro¬
duits frais, en profitent pour
du troc et obtenir du bois de
santal. Navire marchand à
Liverpool vers 1818.
♦
Les Baleiniers
Vers 1840 il y a plus
de 400 baleiniers dans le
Paeificjue, soit environ 13 000
BALEINIER N9 15.
hommes d’équipage. Pour la plupart
ce
sont
des hommes que la difficulté
des traversées pousse à se révolter
ou
à déserter. Les conséquences
j)our les îles sont désastreuses :
alcool, maladie et. à terme, ilépo|>ulation. Les îles Marrpnses j)assent
brutalement de 18 000 individus en
1842 à 5 436 en 1887, date du pre¬
mier recensement.
Les baleiniers qui fréquentent
la zone sont pour l’essentiel anglosaxons.
La France est trop éloignée,
c’est la raison pour laquelle une
petite communauté s’installe en
Nouvelle-Zélande. Mais l’Angleterre
a
i\iix ili's Mart|uises los cases tiw iiaUmils siml élevées sur un inassif en
pTir. La cliaviii'ule l'sl en haniknis; le Uiil eiirmilles-Je palmier. Elles sonl
divisées eu iiliisi'iii's piéciis par des ualics épuises teuiliius eu guise de dofsoiis.
des vues sur le pays et lorsqu’il
Jn the Marquesas Ik haklations of llie natives are raised on a masonry-work.
The liinler-'Vfork is made oui of bamboos: lhe roof.isthalclied over witlipalm-leaves.
Theyarc ilivided'inloscveral roomsbymeans oFllikk'inats'huiiguplikeaparlilion-mll.
faut trouver une autre base. les
regards se tournent vers cette
partie du Pacifique.
Harpons et barque de
baleiniers
L-’x monïs smil en grand mnuk’e. De même qu’aux ilcs llawaï.ony sacrifiait
^süinviU des viclinics huiiminps-, parliculipreinenL lorsque et peuple ai\tropopl\age
de-
mandüil à ses dieux de lui <accürdei: la victoire sur ses enunmis-. la victoire elait
ünliiiaireiucm. célêbrcc par d’horribles festins.
Le récit d un voyage de
^liasse à la baleine agrémenté
rie notes et de croquis est publié
en
1830 par l’officier de marine
Tlie moraïs are numerous. Jnlhese.aswell.asinthe Haavai iies.human vic-
tims were often sacrificed; parliculariy when these anthropophagi implored from
their goàs Üie victory over ttieir enemies : lhe victory was coromomy celebrated by
borriî feasls.
Scène de chasse
a la baleine, rharponnage
est le moment le
plus
dangereux.
Dam les mers delà Chine nous eûmes, un jour, l'occasion de voir en meme
In lhe China sea we hâve got an occasion to sec. at the same lime,9
water-spouls.
|
|
leins 9 trombes.
La dent de cachalot, entre
toutes
reste
les monnaies d’échange,
la plus prisée. L’ivoire
marin est utilisé pour façonner
les ornements d’oreille ainsi cjiie
colliers et pendentifs. Collection
Musée de Tahiti et des Iles.
Pétroglyphe figurant
La trombe a pour cause réleclricilé. Lenuage dans lequel elle se forme
descend en s^llongeant en poinle : la mer bouillone sous celle langue qui s’avance
A water - spout is an effecl of eleciricity. Tke cloud in whkh il is formed
cornes down
lengthening itself in à point; the sea hubbles up under il; as soonas
elle; aussilôl qu’elle la louche,Veau sVilève avec inijicluosilè, eu sifflant et lournaut en spiralc.el remplit loul le nuage. Lorsque le phénomène cesse, celte eau salée
lhey ineel, the -ivater inipetuousîy rushes up, whistling and lurning round iii a spi¬
ral. and Dllsupthewhole cloud. Wlien the phenomeiion ceases. (liai sali water faiis
down in ahcavy rain, of sweet water.
vei'.*;
retomhe eu forte pluie, d’eau douce.
une
baleine, relevé à Nuku Hiva
par S. Millerstrôm.
Timbre américain
figurant Moby Dick, la baleine
d’H. Melville.
ro
A whale thaï we were about to hit moved so abniplly lhat il becaïue impossible
Une haleine que nous allions frapper fit un mouvement si brusque qu’il me
lut impossible de l’éviter. Pirogue. hommes et tout furent
les airs.
lancés dans
tome iQ heep clear ofil. Pirogue.menandall were launcliedintheair. Auolherpiro¬
Uni; (h; uns pirogues qui, lieureusemcut, se trouvait à portée, nous recueillit.
Champan.
Cn parcourant les mers delà Chine,nous vîmes plusieurs espèces de vais¬
seaux ihinois.
gue of ours which,rorii!naleIy,wa.s HOt far oiTreceived us.
Jonque.
I
!
Peiiidie.
lu the course of our saüing ihrough (lie China sea we met wilh different
kinds of'chinese vessels.
Te Patu Tiki
•
L'Art du
Tatouage aux lies Marquises
qui justifient leur intervention. Ces détails donnent
le sentiment d’être
exagérés, probablement par
souci d’émouvoir ou par incompréhension des cou¬
Dans cet ordre d’idée le tatouage était bien
tumes.
fait pour surprendre... et cette littérature fait allu¬
sion à d’autres usages qui disparaîtront avant la fin
du
siècle,
sans
laisser de trace. Il faut citer les
quelques pages marquisiennes des journaux et rap¬
ports tirés des plumes des révérends D. Darling,
Rodgerson, Stallworthy et de leur famille. Ces
écrits, ceux de W. Ellis et D. Darling mis à part,
sont en général fortement marqués par une vision
très occidentale et par le puritanisme. Ils sont
prompts à blâmer ou à vouloir extirper les pra¬
tiques païennes surtout si elles sont considérées
comme
“infamantes ou diaboliques”.
Avec les années 1838-1850 nous entrons dans
période la plus documentée de ce siècle. Les
témoignages écrits et iconographiques viennent, en
nombre assez important, se recouper les uns les
autres.
Ils sont le fait de personnalités très
la
diverses, tant par l’extraction sociale que par la
formation ou les centres d’intérêt. Certains de ces
hommes furent amenés, en outre, à séjourner plu¬
sieurs années dans
étant cantonnée
l’archipel ; une forte majorité
Nuku Hiva et un bien plus
sur
petit nombre sur Hiva Oa.
Les débuts de l’installation française
A
Abel Dupetit-Thouars
reçoit en 1841 le commandement
de la Station du Pacifique et est
chargé de prendre possession de
l’archipel. I! atteint Fatuiva
le 26 avril 1842 et Nuku Hiva,
le 31 mai.
cette
époque, la France commençait à
prendre conscience de l’importance du Pacifique.
Elle décida d’une part, de protéger comme le fai¬
saient déjà d’autres puissances européennes les
intérêts de ses ressortissants qui y pratiquaient la
pêche ou le commerce et, d’autre part, de faciliter
l’installation des missionnaires catholiques. Ces
derniers bénéficiaient, pour l’heure, d’un support
auprès de l’opinion publique et des pouvoirs en
place. C’était l’aboutissement
la dernière période des
grandes expéditions scienti¬
fiques françaises lancées à
l’époque de la Restauration. ^
L’engouement pour la science
“derniers sauvages” comme les
qualifiaient déjà Max Radiguet ; qu’ils le fussent,
du reste, dans un sens positif ou négatif.
À ces sources, il faut ajouter les
de l’archipel, ces
,,
récits
de marins
ou
commer¬
çants de passage. Pour la plu-
|
3
part, ils étaient de langue
anglaise et donc peu favorables
à la nouvelle pohtique française,
peu différente pourtant de ce que
pratiquait l’Angleterre ailleurs en
Cette situation les rendit
Océanie.
beaucoup plus indulgents envers les
insulaires qu’ils ne l’avaient été
auparavant.
Elle
nous
vaut
récit, “Taïpi”
résultats était incontes¬
un
très beau
J. Dumont d’Urville
table. La curiosité et les idées
de
H. Melville
explore de 1837 à 1840 la plus
bouillonnaient en Europe où la
faire basculer la vision que
notion de nation était
l’on
Ci-dessus
grande partie de la Polynésie
accompagné de dessinateurs et
de savants collectant de très pré¬
et ses
Ci-contre
Planche de
G. H. von Langsdorff
figurant les principaux motifs de
tatouage relevés en 1804.
Page de droite
Planche illustrant
l’ouvrage de D.Porter (1815)
représentant une très rare
figurine en bourre de coco tres¬
sée, qu’il dénomme “Typie god”.
jusqu’alors des
Marquises vers une approche
idyllique de ces îles où la
train
de germer.
C’est ainsi que nous dispo
cieuses informations qui seront
publiées dans le récit du voyage,
(ci-contre) en 1841.
en
sons
non
seulement des
qui tend à
avait
beauté des
sources
if-
missionnaires, de perception, de
langue et d’obédience très diffé
rentes, mais également de textes
autres,
femmes,
entre
fait apprécier la
vie sauvage.
émanants de militaires. Gens de la
Les passages, en 1838, de
Royale ou simples conscrits, cita¬
la Vénus commandée par
aristocrates,
A.Dupetit-Thouars, puis
artisans plus ou
moins concernés par le but de la mission
de 1’ Astrolabe et de la
dins
ou
simples
provinciaux,
paysans
ou
à laquelle ils participaient, ils choisirent
Zélée, expédition diri¬
'“
d’écrire, pour eux-mêmes et pour leur famille dans
la plupart des cas. Tous furent sensibles au carac¬
tère
exceptionnel et “authentique” des habitants
gée par J. Dumont d’Urville, eurent pour
effet de susciter une série d’ouvrages en français,
fait sans précédent pour les Marquises et...
mal¬
heureusement sans suite ! Il faut citer également les
mtcn:
importantes monographies de C.A. Vincendon-
cher
ce
G.L
•
qu’il peut y avoir de fiction !
celle du père M.G. Mathias
Melville lui-même a, pour la science, un
Gracia et les ouvrages littéraires de M. Radiguet. Si
respect beaucoup trop piètre pour qu’il
la première de ces monographies est précieuse pour
ne
Dumoulin et Desgraz,
présentation générale des îles, alors souvent
appelées “îles Nouka Hiva”, elle est bien imprécise
une
sujet des tatouages ! La seconde, en revanche,
au
écrite par un père catholique ouvert et tolérant, se
rapproche beaucoup du travail fait par W.P. Crook
en raison de la
qualité de ses observations au long
de ses années de résidence.
Max
Radiguet, dans un ouvrage à peine
romancé, relate les péripéties du séjour de
puisse sourire du sérieux avec lequel
Waitz-Gerland
et
d’autres
savants
ont
utilisé son roman comme source écrite. Il
importance qu’il y ait
quelque confusion entre ce qui est marqui-
est en fait aussi sans
sien, tahitien et hawaiien et
que,
par
exemple, la tribu de Taipi renie avec achar¬
nement les singularités de la
phonétique marquisienne dans
les noms de personnes et de
militaires stationnaires, en particulier ceux
choses...”*. Mais le récit reste
quelques deux
riche en anecdotes et représente
de la Reine Blanche. Les
cents
hommes qui passèrent là, les six ans
dura l’occupation active française de
l’archipel, furent placés, entre 1842 et 1848,
sous
le commandement d’A. DupetitThouars. Le tatouage, dans ces lignes
d’une réelle qualité littéraire, trouve
quelques-unes de ses meilleures lettres
que
beau travail d’enquête, d’écoute
un
exercé, dès le début, une attirance
périples dans les îles et surtout de
compilations cpii mérite qu’on s’y
publié en 1848 dans la Bibliothèque
matelots
ont
ouvrages,
fleuri, plus modeste¬
R. Thomson,
F. Marant-Boissauveur
ou
de
partie la cause !) écrivit deux récits
encore
des souvenirs
simples soldats et pay¬
sans
où les Marquises tiennent un rôle de tout
comme
ceux
de
Winter, le Vosgien, qui
joua à plusieurs occasions un
premier plan ; “Taïpi” et “Omoo”. Ils
important rôle d’interprète
tirés d’un événement qui, sur cet
homme talentueux, eut un effet révéla¬
et
fut adopté par la “ reine”
du soldat d’in¬
Là encore, il s’agit
Vaekehu,
d’un monde sauvage,
fanterie de marine William
de la décou¬
discrète¬
ment cruel parfois mais paradisiaque
par contraste avee le quotidien des mate¬
lots et la morale de l’époque. Fantaisie litté¬
raire, parfois considérée uniquement comme
bien qu’elle ne soit pas que cela, cette histoire est
le fruit d’un séjour de quatre semaines au cours
duquel l’auteur reconnaît ne pas avoir tenu de
journal.^ “ Son hvre a été lu avec émerveillement...
ce sont les impressions, et les expériences vécues
d’une tête brûlée de 23 ans qui, au moment où il
trouvait dans une situation de dépendance com¬
plète, a bu à grands traits la liberté de la riche
nature tropicale... je me garderai bien d’éplu¬
2-9
carnet
à
dessin
bien
francophobe...
du
attribué
de
(les événements et une vieille tradition en
verte
ces
des “ mémoires ” du Rvd
le tatouage.
teur.
de
plusieurs autres
beaucoup moins connus.
Il s’agit en particulier
plus
complète des séries iconographiques
sur l’archipel et plus particulièrement
sont
particulière sur les visiteurs.
“Les îles Marquises”, fascicule
ment,
vie d’alors. Elles constituent la
sont en
de
illustrée des voyages.
En dehors
inexpliqué. M. Radiguet réalisa éga¬
H. Melville, assez
retour
au
arrête.
lement de remarquables esquisses de la
sur
Les îles Marquises ont
leurs
des
de noblesse mais conserve son caractè¬
re
Les îles Marquises
Leblanc
ou
dont
les
souvenirs
fourmillent d’observations extrê¬
précises et complètes.
deux s’intégrèrent rapide¬
mement
Tous
ment
à la vie de Nuku Hiva
point de vouloir
rester comme
“Melville in the south Seas”
:
,
p. 70.
3. K.vonden Steiiien,
voyage
dans le Pacifique et qu’il se
donc de
anciens.
Ci-contre
Maheono, neveu de lolete,
est
sa
à ses cotés lors de la prise
de possession du groupe sud le
!'■' mai 1842 ; il est alors chef de
riaiiatetena, à l’est de Tahuata.
Réfugié à Hiva Oa, où ses actions
désordonnées l’on conduit, il est
capturé en avril 1880 et mis à
mort par les Pahatai de Puamau;
tête, dépecée, est offerte sur le
site sacré au pied du piton Toe’a.
Aquarelle de M. Radiguet.
cise qu’il n’a pas tenu de journal lors de
son
Illustration de
A. J. von Krusenstern.
1925-1928, vol. 1, p.45.
Dans la préface, de “ Omo o ”, Melville pré¬
sert
Taouage facial en 1802
sa
2. C.R. Anderson
New York, réed.
y
au
Ci-dessus
niémoire
et
des
récits
Page de gauche
Deux guerriers, femme
et
adolescent à Nuku Hiva.
Aquarelle de M. Radiguet.
Te Patu Tiki
•
L'Art du
Tatouage aux Iles Marquises
colon, possibilité qui ne leur fut pas
accordée. Ce désir, toutefois, les avaient
le plus souvent américains ou néo-zélandais, voire
0—
amenés à sillonner l’île afin d’en connaître les par¬
officiers des
Les femmes suivent les
ticularités, les us et coutumes et à se faire des amis
marins sur les bateaux pour
parmi la population. Dans ces documents, figure
obtenir les biens qui leur sont
devenus indispensables...
La prostitution et ralcoolisme
s’installent et avec eux de nou¬
velles maladies. La trangression
des tapa associée aux changements
culturels débouchera sur un
tragique déclin démographique.
Dessin de M.
Radigiiet.
les plus anciennes, puis par les
expéditions scientifiques et ceux des
garnisons françaises des années 1840 à 1850, sont
très dispersées. Parmi elles se trouvent les seuls
documents sur le tatouage provenant des Marquisiens eux-mêmes. Il s’agit des bambous pyrogravés (voir p. 60-61), des bras et jambes sculptées sur
bois (voir p. 62-63) et recueillis au plus tôt durant
cette période, de même que quelques crânes, enve¬
loppés de tapa, ornés de motifs de tatouages
faciaux, ainsi que d’exceptionnelles effigies de bois
recouvertes de tapa (voir p.59). En dehors de ces
objets, quelques motifs de tatouage se retrouvent
sur des étuis de bambous, boîtes à priser, plan¬
chettes ou tiki de bois, récipients de bois et de
coco... sur lesquels furent transposés, plus tardive¬
ment en général, ces motifs qu’il n’était plus pos¬
australiens pour
également une remarquable série d’études, non
publiées, sur les mœurs, la langue et l’histoire
immédiate de l’archipel, entre 1843 et 1848. Son
auteur en est
Chacun de
le médecin de la Marine, V. Lallour.
ces
témoignages est unique car il fait
de l’expérience personnelle de l’auteur et
celle-ci est passionnante.
part
À ces précieux documents, il faut ajouter les
habituels
çants,
textes
de visiteurs, marins
ou commer¬
enrichis de carnets de croquis et quelques
collections ethnographiques. Les premières collec¬
tions, constituées dès l’époque de J. Cook, augmen¬
tées
des nombreuses
pièces rapportées
par
sible alors, d’inscrire sur la peau.
les
baleiniers, santaliers et missionnaires protestants.
30
♦
Les années de lutte, le désespoir et l’oubli
professeur G. Dening s’est
penché sur la lente agonie de l’archi¬
pel qu’il a divisée en trois périodes.
Le
Les années de lutte, de 1850 à
1860, qui virent la première évacua¬
tion
importante des troupes fran¬
çaises vers Tahiti. Ch. N'oury, à qui
Ton doit
un
intéressant album de
roquis était alors commandant parti¬
culier et assurait la bonne marche des opérations.
De 1860 à 1880, ce furent les années de déses¬
La religion chrétienne,
tant
que la société ancienne put
garder sa cohésion, ne s’implanta
pas aisément. Lorsque les
Marquises tombèrent dans
l’abandon et le désarroi le plus
total, les missionnaires catho¬
liques présents, tentèrent de soi¬
gner, d’ouvrir des écoles, d’éta¬
blir grammaire et dictionnaire,
d’introduire de nouvelles varié¬
tés de plantes comestibles et
d’espèees animales.
Congrégation Saint-Joseph de
Cluny à Atuona.
poir, marquées par les ravages d’épidémies désas¬
treuses. Depuis les années 1830, des navires de pas¬
extrêmes sous les yeux d’une administration rédui¬
te au minimum.
Les tensions
entre
une
mission, bien isolée,
forte de ses convictions mais faible dans ses moyens
et un Etat tantôt laïc et
républicain, tantôt royal ou
impérial et religieux, étaient fréquentes et inévi¬
tables. Elles se caractérisaient par l’incohérence
des mesures administratives appliquées à une
population
en
proie
aux
plus cruels abandons.
Dans ces années, autour de 1860, les missionnaires
de
Picpus, environ cinq pères et quatre frères
convers, œuvraient à la fois aux soins des corps et
des
âmes.
Ils
furent
seuls
aux
côtés
des
sage avaient pris l’habitude d’enlever des hommes,
Marquisiens, lors de l’épouvantable épidémie de
1863, à les soigner et à les enterrer. Ils concouru¬
leurs équipages. En 1863, l’un de ces navires escla¬
rent
ici comme ailleurs en Océanie, afin de renouveller
vagistes latino-américains, qui d'epuis octobre 1862
venaient prélever leur part d’esclaves, abandonna
de malheureux contaminés. La petite vérole frappa
ainsi plus
de la moitié de la population de Nuku
Hiva et les deux tiers de celle de Ua Pou. La popu¬
lation minée par la tuberculose, la syphilis et l’al¬
coolisme, était alors en proie aux errements les plus
dans le même temps à l’instruction et l’évan¬
gélisation mais aussi à l’éradication de tout ce qui
pouvait être païen, soit à peu près tout ce qui était
le quotidien des Marquisiens, leur passé et leur
savoir. Une loi instaura alors le système foncier
français, invalidant le système de tenure s’ap¬
puyant sur la chefferie et le tissu familial des clans,
et imposant les rigueurs d’un cadastre ; entreprise
Les Iles Marquises
combien incomprise et délicate dans une société où
soigner et combattre les
la notion de propriété foncière était fondamentale¬
infantile notamment.
ment différente et l’identité des personnes
attentifs, la balance entre la mortalité et la natalité
multiple !
De 1880 à 1930 la population ne cessa de dimi¬
nuer.
La France semblait totalement oublier ce ter¬
se
causes
de la mortalité
Lentement, à force de soins
redressa, permettant d’éviter ainsi à ce peuple
de disparaître à jamais.
ritoire au profit de Tahiti qu’elle venait d’annexer.
Mais c’est aussi la période où eurent lieu les pre¬
miers
grands travaux ethnographiques menés par
des amateurs éclairés comme ceux de A.P. Lesson,
entre
1880 et 1884, des révérends P.G.Chaulet, de
1858 à 1912 et F. W. Christian, en 1894, ainsi que
premier auteur à nous apporter le fruit
Le
d’une longue et attentive étude sur le début de cette
période, arriva le 23 janvier 1846 dans l’ar¬
chipel. Il s’agit de M”'R.I.Dordillon, mort aux
vaste
1884, et surtout
Marquises en 1888 après avoir consacré son éner¬
gie à veiller sur ce qu’il voulait être le bien de ce
peuple et avoir présidé, avec les membres de la mis¬
dont les
travaux
sion, à la rédaction de trois dictionnaires ; les
fondamentaux, remarquablement documentés et
illustrés, seront en quelque sorte poursuivis, tren¬
seuls, encore à l’heure actuelle, qui aient été rédi¬
par des chercheurs. Parmi eux il faut citer l’ethno¬
logue suédois H. Stolpe,
en
l’Allemand K. von den Steinen
plus tard, par eeux des Américains E.S.C. et
surtout W.C.Handy. Il n’y avait alors plus que
cent cinquante personnes tatouées, à peu près,
dans tout l’archipel.
C’est à cette époque, entre les années 1920 et
1930, que L. Rollin, observateur attentif de la cul¬
ture de l’arcbipel, fut nommé médecin contractuel
à Taiobae (Nuku Hiva), puis à Atuona (Hiva Oa). Il
lui fut alors possible d’entreprendre,
en complémentarité avec celle du
médecin militaire plus présent
dans le groupe nord, une action
systématique pour comprendre.
te ans
gés sur la langue marquisienne. Dix ans après son
arrivée, il s’interrogeait sur la position théologique
à adopter envers le tatouage dans une lettre adres¬
sée au père Orner Courtines, où il en détaillait les
caractères les plus importants et quelques-uns des
motifs.
Th.
Lawson, arrivé vers 1843, pourrait être
l’homologue
protestant
précédent.
du
Toutefois, il n’exerça jamais le rôle de mis¬
sionnaire et fut avant tout un résident écos¬
sais très attentif. Il vécut
lieux de
l’arcbipel,
en
particulier à Ua
Huka, et y mourut entre 1870 et 1875.
Habile commerçant, il approvisionnait en
en
produits divers, avec son frère William, uù
grand nombre des navires de passage. Ega¬
lement fort cultivé et esprit curieux, il s’at¬
tacha à rassembler des éléments de tradi¬
religion, les usages et
des récits anciens de l’archipel suscep¬
tibles d’intéresser ses correspondants ;
parmi eux figurent de nombreux mission¬
naires protestants qui publièrent par
tion concernant la
bribes certains de ses travaux.
résidé un certain temps dans ces îles à cette
période, rares sont ceux qui écrivirent. Ils
étaient peu nombreux et plus occupés à
leurs rivalités' qu’à l’étude de ce qui les
entourait. Quelques officiers cependant
laissèrent des écrits intéressants
comme
dernier commandant militaire
des
Marquises, entre 1854 et 1856, H. Jouan
et
son
successeur,
F.X. Caillet.
de
1857
Le père P.C. Chaulet
arrivé aux Marquises en 1858
y restera toute sa vie. En dehors
de ses activités missionnaires, il
s’intéresse à la culture, à la
faune, à la flore,à ramélioration
des soins et il entretient une cor¬
respondance avec de nombreux
chercheurs. Le père P.G.Chaulet
devant l’église de Taiohae.
Ci-dessus
Le père R.I. Dordillon
nommé aux Marquises en 1846,
développe considérablement la
Mission. Elevé au rang d’évêque
Parmi les quelques Européens à avoir
le
31
de nombreux
à
1858,
en
1855, il meurt à Taiohae
en
1888.
Ci-contre
Gravure missionnaire
figurant un “sauvage tatoué et
une
idole”.
Te Patu Tiki
•
Tatouage aux Iles Marquises
L’Art du
Autour des années 1880 se succédèrent pour
périodes d’environ un an, parfois plus,
quelques esprits plus attentifs ; il faut citer le doc¬
teur Ch.L. Clavel, le gouverneur E. Petit, le phar¬
macien G. Cuzent. En dehors de ces quelques
textes, les Marquises entrèrent dès lors dans l’ou¬
bli ; seuls émergent les travaux du père S. Delmas,
arrivé en mai 1886. Durant cinquante-trois ans, il
se consacra aux Marquises et exploita l’abondante
documentation accumulée par les pères, dont les
nombreuses
et
précieuses notes du père
des
arriva à Hiva Oa en 1901. Le tatouage y était inter¬
dit depuis une quinzaine d’années déjà , mais les
Marquisiens étaient encore assez nombreux à en
porter les traces. Cet art continuait épisodique¬
ment à y être pratiqué en cachette du gendarme !
Hiva Oa, il est vrai, était restée “La Rebelle” et
c’est là que depuis la fin du XIX'' siècle se trouvait
le plus grand réservoir de tatoueurs de l’archipel,
et
parmi les plus réputés. Il s’était développé
de Hiva Oa un style propre (voir p. 168-
autour
169), “en négatif”, où le corps était découpé en
grands aplats fortement noir¬
cis, ajourés de fines minia¬
tures qui se détachaient
RG. Chaulet, véritable érudit
Ouvert, curieux de tout, il
fut, tout comme l’avait
le
été
Chef marquisien
P.
en
Chaulet, en contact
avec
image de deux autorités, souvent
spécialistes et les
opposition et aux pouvoirs
de rniers
acteurs
très inégaux.
des rites
et
en
La transposition sur le
bois des motifs du tatouage
suit à la fois Tinterdiction de se
tatouer et le
développement dTin
commerce
dit de “curios”.
Noix de coco sculptée,
Otago Muséum.
qu’il ri’était
plus possible d’ins¬
Ce
de la
crire
dès lors de le trans¬
collec¬
les uns et les
poser sur le bois, mais
autres et
à réunir tous ces
ur
travaux, tout en
contacts
chercheurs
Ces
maintenant
avec
américains de passage
de
qui
Il fit un gros travail
compilation et d’enquête de terrain où puisa
très largement le docteur L. Rollin pour son ouvra¬
ge. Il publia lui-même, en 1927 et en 1929, deux
ouvrages irremplaçables pour la connaissance de
cft
sensible “au sens inouï de la
n’hésite pas à utiliser, dans
cpielques aquarelles, peintures
ou
sculptures, des éléments
empruntés au tatouage : ka’ake
ces
îles.
Comment enfin ne pas évoquer Paul Gauguin
et sa
perception de l’iconographie marquisienne.
[planche p.ll2], ke'a [ini.
177], mata [planche p.94-
95]... Aquarelle de P. Gauguin
in “Ancien culte maorie”.
Page de droite
Jeune couple de
Vaitahu,
photographié vers 1870 par
Paul Miot. La pellicule est alors
incapable de saisir et de rendre
les nuances du tatouage. K. von
den Steinen devra repeindre,
avec
les tatoueurs, tous les
motifs de ses modèles photogra¬
phiés en 1897-98.
les étrangers !
objets d’échange
avec
les rares équipages ou visiteurs
les nombreux
eurent recours à son savoir.
décoration” des Marquisiens,
la peau,
choisirent
tées par
les
Paul Gauguin,
sur
certains
à rassembler les
informations
zigzagant
le fond clair de la
peau
tradition. 11 s’achar¬
na
éclairs
sur
de nombreux
gendarme vers 1890
et
32
père
notamment
celle
passage
toutes sortes
permettaient d’obtenir
de denrées, souvent très simples
mais “précieuses” dans ces îles lointaines, où elles
prenaient une valeur démesurée. Ces objets desti¬
nés au troc ou produits pour la vente, étaient déjà
des “curios”, ce qui ne les empêchaient pas d’être
assez souvent des pièces minutieusement travaillées
et ornées de motifs destinés autrefois, pour un bon
nombre, à marquer la peau. Si le procédé était
acceptable pour les étrangers, les Marquisiens se
sachant plus sensibles aux maléfices du pays que
les gens de l’extérieur, ne tenaient
pas a l’employer pour euxmêmes ! Ils préféraient des
plats aux formes simples,
peu décorés.
C’est peut-être parce qu’il n’était pas réellement
correct ” de se servir de la sorte de motifs initiale¬
du tatouage dont
“
il
ment destinés au tatouage,
emprunta et
que ces bons sculpteurs
adapta certains
à la mémoire solide comme tout peuple de tradition
motifs à sa vision
orale,
ne
sculpture
élèves,
que
de la
et
de l’art du
tracé.
“Kofce”
transmirent à leurs enfants
ou
leurs
très peu de noms des motifs qu’ils
transposaient de cette manière et encore plus rare¬
ment leur signification.
(
j- j-C-,
t"
fj' !
:
■
■
-
é
y~.
4
*r
'
La célébration
dn tatouage
précédait le
tatouage ; cette offrande, une part du festin, lui
était portée au lieu sacré ;
dans l’opération du tatouage qui ne pouvait se
faire que dans une case tapu ;
“Notez bien avant que j’aille plus loin, que la
Hamatake’e
moindre des opérations de ce tatouage qui ne fait
que commencer, est une chose non commune mais
sacrée qui ne se fait qu’en secret ou dans un lieu
au
cours
du repas qui
■
saint par des mains spécialement destinées à une si
haute fonction et avec accompagnement de cérémo¬
dans
m
nouvelle offrande faite
une
au
dieu
Hamatake’e à l’issue de l’opération ; cette offran¬
nies qui rehaussent encore l’opération”*.
de, appelée ‘imatoki, était ordinairement un pois¬
tatouage à des considérations d’ordre religieux. Il
que le nouveau tatoué couvrait de sa main,
enveloppé dans une feuille d’arbre à pain et portait
en
au
De
multiples liens unissent la pratique du
son
subsiste cependant si peu qu’il serait bien déli¬
cat de
chercher à restituer sa logique. Le tatouage
lieu sacré ;
■
avait un rôle propitiatoire et sa fonction sacrée se
ajoutons que la plupart des tatouages des chefs
de leurs
ou
enfants
réclamaient des victimes
humaines... ”L
composait d’une imbrication de codes et d’obliga¬
tions, variables selon l’époque et l’espace. Cette
35
Nous pourrions ajouter :
longue chaîne de gestes et de rituels s’est façonnée
en fonction des
groupes humains, mais en respec¬
tant une même pensée fondamentale. Quelques
maillons épars permettent d’en discerner les
aspects essentiels. Le père S. Delmas en donne une
certaine vision: “Tel qu’il se pratiquait aux
Marquises, le tatouage était accompagné de cir¬
constances... superstitieuses... Les actes supersti¬
tieux consistaient principalement ;
dans l’offrande que l’on faisait au dieu
■
d’autres
“dieux-patrons” présidaient
aux
réjouissances : Tahu protégeait le tuhuna et les
ka’ioi qui faisaient office d’assistants, tandis que le
principal apprenti était secouru par Uta Pupuke,
du moins à Puamau ;
quelques Marquisiens “ remar¬
quables” avaient leur image, et plus spécialement
même parfois celle de leur tatouage, préservée sur
le tapa, le bois, la pierre ou la peau.
■
à leur mort
■
—•
♦
Les préparatifs
Dans
un
récit, recueilli dans la vallée de
Ta’a’oa, le conteur explique qu’initialement cette
pratique avait été l’apanage d’un frère et d’une
sœur*.
Kikioani est le nom de cette déesse, à Fatuiva ;
à Nuku Hiva elle est appelée Ikioani et en certains
points de Hiva Oa, comme Puamau,. Ki’ioanP.
Hamatake’e, cité ci-dessus par le père S. Delmas,
est le nom du frère ; nom que
sous
l’on retrouve parfois
la forme de Tahamatake’e ou Ta’amatake’e®.
Tiki était considéré comme l’autre divinité tutélai¬
re
du tatouage. Le père M.G. Mathias dit de lui “...
Le plus illustre sans contredit de tous leurs dieux,
sa
célébrité lui vient sans doute de ce qu’il fut l’ins¬
tigateur du tatouage et de l’art de faire des statues
et
des images...
4. Père M.G. Mathias, 1843, 4'""' lettre, p. 130-131.
5. Père S. Delmas, 1927, p. 187-189.
6. K.
von
den Steinen, 1925-1928, vol 1, p.47 et suivantes.
7. K.
von
den Steinen, 1925-1928, vol 1, p.52.
8. K.
von
den Steinen, 1925-1928, vol 1, p.52 : Tahamatake^e.
9. Père M.G. Mathias, 1843, p.42.
Tiki est un demi-dieu,
le premier humain. Et tatouer se
‘i te tiki, littéralement
"frapper des tiki."
Poteau de façade.
dit patu
En fond
Manches de peignes
à tatouer, Nouvelle-Zélande.
Page de gauche
“Lieu sacré,ua/ii tapu !”
L’expression désignait tout
endroit, souvent isolé, frappé
d’un tapu dont le caractère sacré
en
interdisait la fréquentation.
Dessin de M. Radiguet.
Ce terme désigne à
la
fois
le
et
ge
W.Handy l’utilise,
premier
quant à elle, souvent à la
humain ou un ancêtre divi¬
place d’’enata qu’elle relè¬
nisé et ses représentations,
ve
les statues qui abritent les
des jambes d'hommes, dans
divinités lors des cérémo¬
des
nies. Aux
Tuamotu, c’est
la plupart du temps sur
compositions qui
ap¬
partiennent à la dernière
aussi parfois une personni¬
période du tatouage
fication
“style de Hiva Oa”; pahito
du
phallus. On
ou
l’utilise également dans la
[pl. pl37], pafea [im. 298], ^
composition du
puto’o [im. 379]...
nom
de
plusieurs motifs de tatouaTTnrrniTTTTî
fond, motif sur tapa des
Tonga: représentation possible d’un
En
être humain, relevé de R.
1. Homme et
Greiner.
tiki, photographie
du début du siècle.
2.
Planche n°l de l’ouvrage de
W. Handy
(1938) consacrée à la
représentation de tiki démembrés,
dans le tatouage et la sculpture.
r,
g C2 il ^ ^
®^‘
TTTTTTTiTTT
7.
Motif de main issu du dé¬
membrement du tiki ; planche de
W. Handy (1938).
8. Représentations
anthropomorphes relevées par R.
Greiner (1923) sur des objets
conservés au Bishop Muséum.
9.
Représentation figurant au
bas d'un bloc rocheux de Hatiheu
(Nuku Hiva).
3. Dessin d'un manche d’éven¬
tail en os. K. vonden Steinen.
4. Tiki de pierre des collections
du Musée de l’Homme.
xrrr^TTriTT
10. It;i po’o portant sur les
épaules une représentation d’etua
potïki [im. 56] ou enfant dieu.
11. Tiki
de bois des collections
du Musée de l'Homme.
5. Ornement d'oreille
de femme. KvdS.
12. Tiki sculpté sur Fécaille
d’une plaque de pa’e/eaha.KvdS.
13. Ivi po’o,
frottement.
6.
Motif
issu
d’une
représentation anthro¬
pomorphe, hope vehine
[iin. 106] et ke’a
[im. 177] où les
membres composent
un motif rayonnant
qui s’apparente à
une
svastika. Ce mo¬
qu’on appelle
aujourd’hui “croix
marquisienne” est
tif
devenu
un
emblème
des Marquises. Extrait
la
planche
W. Handy (1938).
de
relevé obtenu par
•
La célébration du
X
X !<
Couronne
%
fromooux
Bouvier
Baleine
Orion
'orpion
Eridan
Grand
chien y
Corbeau
*
Colombe
Carte du ciel équatorial
Ce à quoi H. Layondès ajoute ; “Tiki est une
sorte de
soient sculptés, gravés ou dessinés (tatouage), déri¬
demi-dieu, plus proche de rhumain que du
divin toutefois... d’une
vent
grande importance puis¬
de la personne de Tiki.
Enfin, dans certains
contextes, Tiki peut faire référence au phallus”'".
qu’il est en relation étroite avec tout ce qui concer¬
ne
les
arts
cette
premier lieu, lorsque les séances de
soigneusement le moment opportun puis recher¬
cher le lieu et le tatoueur les plus indiqués.
Nombre de facteurs déterminants en ce domai¬
ne
ont
échappé à l’observation des voyageurs et
pratiquait
avec un respect pro¬
fond, pour l’art sacré qu’il exerçait, il ne lui fallait
s’y préparer à chaque fois par des rites
pesants, du moins à la fin du XVIIT et au XIX'
pas
siècle. Lorsqu’il s’agissait du tatouage de femmes,
de celui de matelots
européens, il n’y avait à
observer que quelques tapu à caractère prophylac¬
tique. Les textes ethnographiques soulignent sur¬
tout
époques... où l’on s’entendait” pour être tatoué*'.
La correspondance avec une lune appropriée,
dont on ignore malheureusement la position et le
nom, répond à une préoccupation religieuse que
Ton retrouve pour d’autres activités. Ce sens
de pierre de la maison de
K. von den Steinen.
le rituel accompagnant les premières séances
de tatouage de jeunes gens.
rigoureux de l’observation des lois de la
correspond à un réflexe d’autant
plus normal que les populations polyné¬
siennes, peuples de navigateurs, avaient
lors de leurs déplacements, les yeux
aussi bien au ciel qu’à la mer.
nature
résidents. La seule indication qui nous soit donnée
consiste dans la mention du choix de “ certaines
sol ferme, les cirrus sont les ter¬
opération dépendaient de la personne. Si le
♦
tatouage étaient importantes, il fallait déterminer
les étoiles se promènent là sur un
la déesse Hina...”
maître-tatoueur
ou
lointaine, s’élevant à
Les variations quant au cérémonial attaché à
Le choix du moment
tout
une terre
l’horizon... Le soleil, la lune et
rasses
marquisiens. C’est à la fois*une figure
mythologique et un nom commun qui renvoie à des
référents variés. Tout d’abord, les grandes statues
anthropomorphes... Tiki désigne aussi tout motif,
sculpté ou non : ha’atiki veut dire sculpter et la
langue oppose ce mot à ta’ai qui signifie simple¬
ment façonner, comme lorsque il s’agit de donner la
forme à une coque de pirogue... Les motifs euxmêmes, comme ceux des tatouages, sont appelés
tiki, tatouer se dit patu’i te tiki littéralement frap¬
per des tiki. Ce qui n’a rien d’étonnant puisque la
plupart des motifs décoratifs marquisiens, qu’ils
En
“Pour le Marquisien, le ciel est
H.LovoTidès, 1995, Catalogue de VExpoaition
Marquises du Musée de rilomme, liéiinion des Musées
10.
Nationaux, Orstoni
.
11. V. Lallour, 1843-1849,
vol. 4, cahier 3, /° 17 : “On
peut être tatoué tout à loisir quand on en a le droit, mais
c’est néanmoins à certaines époques principalement que
l’on s’entend pour l’être. Il y a même une lune consacrée
spécialement à cette cérémonie. ”
Infographie de Louison Denarie.
Ci-dessus
Motifs de tatouage
figurant les astres
^
L’arbre à pain, Artocarpus
altilis., mei en marquisien et uni
ou
maiore en tahitien.
Dessin J.L. Saijuet.
tatouage
Te Patu Tiki
'K
Tatouage aux Iles Marquises
L’Art du
•
Etna
Le terme etua signifie parties génitales,
mais aussi des
divinité,
de
pro])os
divin.
A
groupe
ce
important,
extrêmement
sant
stylisation. Il faut remar¬
quer que
divinités
supérieure du
sur
la partie supérieure du
toutes fai¬
l’objet d’une extrême
Tilésius note qn’il s’agit de
(jui apparaissent
mains, des
c’est à la partie
corjts
c|ue
fut accordée la plus grande
de
importance, proportionnel¬
hauts personnages, les tau’a
lement et qualitativement.
de
devant
la
cuisse
L’etita,
(prêtres) notamment. Le
qui fréquemment
cercle
environne
serait
un
figure
cette
soleil. La repré¬
sentation centrale
corres¬
pond, soit à un visage, soit
à
figuration de Lâme
la
den Steinen
von
quant
remarque,
si les
que
à lui,
Marquisiens
la
comprenaient
toutes
ses
formes, est ainsi omnipré¬
dans
sent
comme
le
en
tatouage ;
témoigne
le
style komo’e. Il était même
courant
de le miniaturiser
dans les motifs de remplis¬
sage. Faire la part de l’efua
d’un défunt divinisé.
Karl
sous
forme
et
de Venata
tant ces
est
dificile
enchaînements tie
minuscules
figures,
ou
simples damiers, finissent
plus ressembler
polynésienne atua, ils lui
par
préféraient celle d’etiiu. Se
qu’à un point de broderie ;
penchant sur l’origine des
cf. les aiii ata^ ani a tiu,
tatouages marquisiens, il les
hope vehine^ kake^ papua,
organise en deux groupes ;
vai O Kena...
d’une
issus
ceux
ne
source
ancienne, quasi-uni¬
très
verselle, liée au tressage et
anthropomorphes qui
les
prédominent et qu’il quali¬
fie de
“tikigènes”. Après
avoir
établi
indicatif de
un
cet
d’une
à
levés, allant
figuration complète
l’homme-tronc
l’homme
sans
qualifia du
puis à
tête, il les
nom
d’eJtta.
Conformément à la tradi¬
tion, accordant à chaque
partie importante de l’être
sa
un
ment
une
autre
partie du fond
est associée
W.H.1922.
à celle d'un ancêtre et
de
des oreilles
18. Lézard etua ; W.H. 1922.
22. Etua et ’enata ;
Ci-dessus
du visage, particulièrement
et
16. Fanaua [im. 63] : W.H. 1922
ficative.
En fond de page
regard
J2.Demi-etuo ; KvdS.
dans la
iconographique ; c’est le cas
du
W.H.1922.
conijiosition de
figures : poVi [im.352] d’unpohito [im290], aux extrémités de tava
[im.398], dans les nutu kalia [im.
269] de l’aisselle et des mains ; son
association au regard et à la puis¬
sance attribuée à celui-ci est signi¬
entrent
change à jieine de Vetua potiki
[ima56 et planche Tiki p. 36] l’en¬
fant dieu, première représentation
dans rétiide de la figuration
humaine menée par K. von den
Steinen (fig. 100).
de Vetua constitue
4. 19.20. 18. 20. 21.23. Etua;
Bambou du Musée d'Aqui¬
taine [C 188.12.692]. Les etua y
lui
jtarticulier, le démembre¬
[im. 178].
Ci-contre
traitement
et
3. Tortue e/ua, cf. A'eVi ef«o
TTVrTTTTTn'
L’image symboliijue du lézard
valeur propre
réservant
Tatouage
ensemble
où entrent des figures, aux
bras souvent
TTTTTÏTïTTi*
tableau
Relevé d’un liambou gravé
Grenoble, figurant de nom¬
breux etua.
-JTTTTTVTTJl
En milieu de page
Re])résen talion de deux
styles, style moderne de la
fin
du
XIX''
siècle
à
gauche, et style komoe à
droite. KvdS.
.
La célébration du
18.
UJ°-l>
tatou âge
tiefg-KiIcl
C
feSHK AMiMAMiiJAft Kiâ
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K—
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19.
26.
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rr>* ,n In rfri.
ETUATAFEL.
20.
pEiua potiki* v. Puamau, Stein (S. ISO). B, C, D Knocben, Pottvalzahn. E Schiidpatt i Jour.
C, H, 1 Schildpïti- K Holz pKrabbe". U—Q Orig.-Z. und Tai.: L—O pScbildkr8ten-kea“ (S. 154),
P, Q pPohu* (S. 154). R, S Bambus. a—I Sch achminnchen: a—c Talauieniog; d Holz, e GeOecbt:
Abb. 100. A
Tableau d'etua
:
planche 100
du vol. 1 de K. von den Steinen.
F Holz.
F—I Bambus. «MSnner." m—o Sirichmânnchen Tatauierung. pMBnner“ allgemein; m, o Keld pKena*;
P
Canin Tefio. q Fan aua wei bcben (S. ISS, 156). r, s Pohu. t Himmel des Tiu, Vol kenb im m el.
pTii-vaetabi*, Einbein-Troglodyten (S. 155). u—z U-Hinde (u—y Bambus, z Holz).
32. Tatouage,
motif circulaire, formé de deux
demi-etua
affrontés
dans
un
visage du type ipu ani [im. 132].
15.
39
y
■TTTTTTTTTTT
Carnet de A. Seale (1902) :
kaketun [im. 164] dessiné par Tamo
chef à Taiohae (Nuku
Hiva), et planche (ci-dessus) non
légendée du tatoueur de Anaho
(Nuku Hiva).
(ci-contre)
,
,KA KE-TiliL
TTTTTTTTTTT
Bambou
2. PI.
22.
Tatouage, pierre, bois
ve
à la commissure des lèvres.
7. 8. 1 7.
Etua
,
Etua,
Tiki
de ])ierre
Punaei Huo ; S. Millerstrôm.
9.11.
F
motif dérivé des
pétroglyphes ; W.H. 1938.
SO.
100; KvdS 1925.
5. Ke’a etua ; KvdS.
1. Tortue ke’a., motif qui se trou¬
de
,
bambou de
10. Demi-etua intégré à
pahilo [im. 290] ; KvdS.
Idülîk
31.
Demi-efua
Bordeaux ; P.Ottino.
un
24. Demi-etua ; KvdS.
25. Demi-etuo
.
26.27.31. Etua ; Noury in KvdS.
28. 29. Etua
intégré à un pahito,
bambou de Toulouse ; KvdS.
33.
Etua ;
1938
W.H.
d’après
KvdS.
29.
ADÎIil
30.
Te Patu Tiki
•
L’Art du
Tatouage aux Iles Marquises
Quelques calendriers polynésiens ont été
qui concernent justement des activités
liées à la mer ou bien aux plantations. D’après les
travaux des Handy et de R.C. Suggs (1966), les
conservés
moments retenus
pour le tatouage
semblent s’être
situés durant la saison sèche, entre octobre et jan¬
vier, avant que ne se fasse la principale des récoltes
de l’arbre à pain qui a lieu, selon les variations cli¬
matiques, à partir de décembre-janvier.
La période où ces fruits, enfin mûrs, peuvent
être collectés rythmait profondément l’année mar-
quisienne puisqu’ils constituent l’essentiel de l’ali¬
Noukahiviens
se tatouant ”
dit la légende. Il s’agit en fait
d’un moment de repos.
Gravure de G.H. von Langsdorff.
plutôt à elle de la leur accorder ?
Ainsi posée, la qnestion néglige tout un côté impor¬
polythéisme... Les dieux avaient autant
adorateurs que les adorateurs
avaient besoin d’eux. Les avantages conférés
étaient réciproques. Si d’une part les dieux fai¬
saient produire la terre en abondance, s’ils don¬
naient la fécondité... à la race humaine, ils espé¬
raient d’autre part qu’on les récompenserait de
leur générosité en leur octroyant la dîme de leurs
bienfaits ou des tributs. Ils ne vivaient que de cette
du
tant
besoin de leurs
les séances de
dîme ; sans elle, il leur aurait fallu mourir de faim.
tatouage se déroulaient à ce moment charnière est
Leur ventre divin demandait à être rempli et leur
doute riche de sens ! Il s’agit à la fois de
polluer la récolte par le sang, véhicule
énergie procréatrice revivifiée ; c’est pourquoi les
humains devaient leur donner une part de leur
contaminateur ” et de faire pourtant l’offrande de
viande et de leur boisson et sacrifier, à leur inten¬
du clan, “premiers fruits” de la
tion, ce qu’il y avait de plus viril chez l’homme et
mentation de base’k Le fait que
“
Quel besoin avait-elle de recevoir de la fécondité...
N’était-ce pas
sans aucun
ne
“
pas
celui des jeunes
communauté, symboles nourriciers et fécondants
de plus féminin chez la femme
de la récolte à venir.
Une tradition des îles de la Société, relevee
Une réflexion de J.G.Frazer sur ce type
d’offrande peut en
“
éclairer le
sens :
par
M.W. Makemson, peut aider à situer la lune
quelle raison, peut-on se
demander, (faisait-on) une
Ana, qui correspondaient aux piliers célestes sup¬
telle offrande de fécondité
portant les dix voûtes superposées du ciel tahitien,
Pour
exemple) à (une
divinité) qui
elle-même
grande déesse
de la fertilité ?
évoquée par V. Lallour''* ! Parmi les dix étoiles,
c’est
tant
au
pied de l’une d’elles, rouge-orangé, por¬
le nom de Ana mûri que se situait l’emplace¬
Ana mûri, Heeti aux
Marquises, correspond à Aldébaran, l’oeil du
Taureau, étoile remarquable toute proche des
Hyades. De ce que l’on sait des périodes où le
tatouage était le plus pratiqué: “...Epidémie de
tatouage... en ce moment... L’un d’eux a le corps
extraordinairement enflé, plusieurs ont la face
énorme et l’un des bras phlegmoneux... ”, il semble
que cette période corresponde effectivement à un
moment privilégié'k D’antre part, la première, et
plus importante récolte, mei nui, celle qui permet
ment
dévolu
au
tatouage.
le renouvellement des silos de ma et ainsi l’alimen¬
long de l’année, se situe en
plein été austral. A cette époque apparaissent à
l’horizon les Hyades et le Baudrier d’Orion, Na
Tuitui Hoehoe ou Haka’iki e To’u, qui marquent le
tation des familles
ciel
du
au
scintillement
de
deux
étoiles
rouges
majeures pour les Polynésiens ; Bételgeuse,
de la constellation d’Orion et Aldébaran de
la constellation du Taureau. Cette période
de récolte est associée à Antarès,
selon
les îles : Mei, Hai ou Ehua, quatrième
des dix-sept étoiles saisonnières du
calendrier marquisien.
1187..HH
ù
Le choix des lieux
Pacifique,
Les artisans du
comme partout
ailleurs dans le monde lorsqu’une création corres¬
pond à un acte essentiel, recherchent la paix mora¬
le et l’isolement. Pour le tatouage il en va de même,
car toute “chose... sacrée ne se fait qu’en secret ou
dans un lieu saint...
Les caractéristiques essen¬
tielles, d’après les indications relevées dans la litté¬
rature orale et ethnographique, concernaient des
lieux se trouvant relativement à l’écart des zones
de passage et dans un espace tenu ou rendu sacré.
Dans les cas les plus simples il pouvait s’agir
d’un endroit dégagé, un peu écarté et protégé des
importuns par la difficulté d’accès, telles les hroussailles à l’ahri desquelles opérait le tuhuna Taïpi de
H. Melville ou la clairière, au flanc
d’un versant,
où les tatoueurs du récit de Teahi a Puaiki s’étaient
retirés'^ Alors, les témoins parlent de vahi tapu,
littéralement emplacement tapu, et de case tapu.
Pour
un
fils
ou
même
grand guerrier, le choix
se
une
fille de chef,
portait
sur un
un
lieu
caractère sacré ou sa valeur aux
yeux de la communauté. Le tatouage se déroulait
pour son
connu
devant témoins et , généralement, sur un centre de
la vie sociale
mana
cas
;
et
religieuse, lui-même empreint de
le tohua ou ses abords. C’était souvent le
de la case des hommes d’une famille de haut
rang, attenante à la maison principale et où avaient
déjà lieu parfois les superincisions (la superincision
est une “variante” de la circoncision).
Quel que soit le type de construction et la
situation sociale du patient, le silence et l’isolement,
même relatifs, marquaient ces lieux du respect ren¬
forcé par le tapu toujours de règle. D’après
G.H. vonLangsdorff, le père pouvait exceptionnel¬
lement lever le tapu pour des visiteurs masculins.
■
Le silence
Le silence était
actes
exigé lors de la plupart des
importants ; il était donc de règle quelles que
soient les circonstances, mais pas
à tout moment.
Son respect s’appliquait au tatoué, aux éventuels
loin,
pour les séances ordinaires. Ainsi, lorsqu’après une fête un tatoueur itinérant en avait
observateurs
et
aux
personnes passant au
même
fini
avec
ses
clients
et
les abandonnait chacun à
eux-mêmes, isolés de leurs voisins souffrants et
convalescents sons son abri de tapa, ils se devaient
interdit'”. Cela n’empêchait pas
toutefois le tuhuna, durant les séances les plus
pénibles, de chanter ou d’évoquer quelques
de respecter cet
L‘
ma
Handy et R. Suggs apprirent que la koina tiihi tiki semblait
habituellement entre octobre et janvier; c’est-à-dire
durant la période associée à Ehua, lu deuxième grande période de l^’année, dominée par Antarès.
Père M.G. Mathias, 1843: “Plusieurs de ces fêtes sont fixées à cer¬
taines époques de l’année, qu’ils reconnaissent et dénomment par les
lunes, miihina, et reviennent pas conséquent assez périodiquement ; ...
celles qui arrivent aux saisons signalées de l’année, par exemple la fête
de l’abondance... kava koina tapa vau, ou de la grande récolte d’au¬
tomne, au mois de juin pour eux... ” p. 70-74.
12. Les
s'être située
13. J. G. Frazer, 1988, vol. 1, chap. 1, p. 30.
Les noms de périodes lunaires, qu’il rassembla, correspondent souvent
sources,
les lunes, entre novembre et
janvier, sont appelées :
Novembre : .Avea, Puaka et Oaoa Manu pour M'"' R.î. Dordillon et le
Kekela et Ehua dans A. Fornander : “An account oj' the
Polynesian race” 1878, p. 332.
Décembre : Avea, Ehua et Mei pour
R.I. Dordillon ; Ehua pour le
pasteur Kekela et Veo pour A. Fornander.
Janvier: Ehua, Veo et Tautoii pour M'-'’ R.I. Dordillon et le pasteur
Kekela et JJaoa pour A. Fornander.
pasteur
15. Note, du journal
de voyage du chirurgien en chef de la Marine,
A. Lesson en date du 22 Janvier 1844.
ms.
isolé, aurait été un lieu destiné au tatouage.
Melville, 1847 : “La fête étant finie, les patients re.stnient sou¬
quelques jours sous leur petite “tente” de tajia ; il leur était
cependant formellement interdit de converser avec leurs voisins et
camarades de souffrance qui attendaient, comme eux, d’être remis des
opérations de tatouage. ” p. 30.
vent seuls
de Hanatefaii, près de
Hapatoni, qui aurait été un lieu
de tatouage. Il s’y succède et
parfois s’y superposent cupules,
regards ou mata [im.226],
cercles concentriques et visages
proche du komo’e [im.211].
Ci-dessus
Fa’e tupapau, abri pour un
défunt. Le cadavre était embau¬
mé par des “femmes désignées
par leur parenté avec le mort”.
Elles le massaient avec une huile
spéciale qui aidait à sa conserva¬
tion et faisait ressortir les
tatouages ; cette opération avait
Aquarelle de Cl. Ch. Antig.
conservé au
B.P. Bishop Muséum, Hawaii. Linton, 1925, p. 180,'mentionne le cas
d’un rocher poli par les eaux, situé tout à côté d’une source dans une
petite vallée au nord de Hapatoni, à Tahuata, site 173. Celui-ci est
couvert de pétroglyphes, en majorité des visages, et de 23 cupules, sou¬
vent très proches les unes des autres, placées pour la plupart sur la
paroi verticale. Elles sont d’un diamètre moyen de 5 cm sur 5 cm, pour
une
proj’ondeur d’1,5 cm. Ces représentations sont constituées de
cercles concentriques (4), de quelques cercles simples, d’une paire
d’yeux assortie d’un trait vertical pour le nez et de visages, plus ou
moins complexes (8), proches du motif de tatouage dit komo’e ou mata
komo’e (S. Millerstrôm). D’après un informateur de R. Linton ce site,
assez
source
pour nom hakapa’a.
16. Père M.G. Mathias, 1843, p. 131.
Melville, 1984, p.300-301 et S.Elbert, 1934,
Pétroglyphes proches d’une
Relevé de S. Millerstrôm.
14. E.S.C. Handy. 1923, p.350.
à des noms d’étoiles. Selon ces
En fond
Te Patu Tiki
•
L’Art du
Tatouage aux Iles Marquises
blagues, au moins au XIX*' siècle. Le silence était en
fait une seconde nature pour les Marquisiens qui
l’apprenaient, pour leur sécurité, dès l’enfance en
natrice, afin de conserver intacte l’atmosphère sur¬
souci d’éviter toute influence néfaste.
naturelle engendrée par l’incantation (au début de
annoncée à tous, au début des opérations, au son
qu’il
leur art avait en effet un
;
ne
convenait
pas
d’inter¬
rompre. H. Lavondès le rapporte à propos de ceux
qu’il rencontra à Ua Pou qui l’exigeaient encore
dans les années 1970...
et
le demandent toujours
actuellement. W. Handy note dans ses carnets qu’il
n’était
question d’interrompre un récit ni pour
fumer ni même pour un besoin naturel ; elle nomme
obligation koekehu mais le mot est difficile¬
cette
ment lisible.
■
L’isolement
W. Handy l’explique comme une règle généra¬
le présidant à toute création : “ ... il était indispen¬
poteaux arrières, ou pou, étaient
différents de ceux du tatouage.
Relevés d’après R. Linton.
Les tohlLCl^ de forme rectan¬
gulaire, matérialisée ou non par
des gradins, pouvaient accueillir,
pour certains, un millier de per¬
sonnes.
La place était entourée
des plates-formes des maisons
des guerriers, des vieillards, des
femmes et des visiteurs. Aux
extrémités se faisaient face celles
des chefs et des prêtres.
la plus importante de l’île, il fut placé, pour
sable d’isoler l’ouvrage de toute influence contami-
conteurs
caractère sacré
•—
sonne
plusieurs semaines, dans un bâtiment séparé, tapu.
C’est-à-dire qu’il était interdit à tous d’en appro¬
cher, en dehors de ceux exemptés de ce tapu par le
père du jeune homme. Celui-ci devait y résider tout
le temps des opérations. Toute femme, même sa
propre mère, était empêchée de le voir tant que le
tapu était en vigueur”™. Le père M.G. Mathias
reconnaît que : “ Ce ne fut que par un privilège spé¬
cial qne nous obtînmes, un jour, d’être témoins,
bien que profanes étrangers, après avoir été chas¬
sés une autre fois par des gardes, loin de la case
tapu où se faisait une semblable opération et près
de laquelle nous passions sans le savoir”^'.
Cette nécessité d’éviter les parages du lieu où
l’on tatouait était bien sûr en rapport direct avec le
écoutant les
Les motifs destinés aux
“Pour cela, et parce qu’il était proche de la per¬
toute
création). Aussi élevait-on une maison spécia¬
le pour y exécuter le travail. Elle était protégée de
tapu qui en
interdisaient l’accès aux personnes
contaminatrices ; notamment aux femmes en raison
de la souilliire ijui çmane de tout ce qui a trait à
leurs
fonctiq^f^^^es et aussi du penchant qu’on
leur attribuait
''poyr la compagnie des mauvais
esprits””. G.H/yonLangsdorff le confirme à pro¬
pos du fils de Kiatqnui, chef de Taiohae, qui allait
être
tatoué
:
t
Elle était
des conques, des tambours ou par des décharges dg.,:
fusils ; ce fracas avait pour effet supposé à’
les mauvais esprits. Les femmes
leur faudrait faire de longs détours afin d
de portée de regard de la case tapu.
ne
oublieuse, ou non avertie, était
autre chemin par un
homme veillant au respect
prescriptions,- à moins que son sort ne soit moins
enviable, si les circonstances le commandaient.
La célébration du tatou âge
Ce souci
rituel, persista jusque dans les derniers
tout acte
temps’^ Il concernait le tatoueur, ses assistants et
le patient.
Selon les circonstances, cette règle pre¬
nait cependant un caractère plus ou moins absolu ;
les
uns
étaient de trop
petites
gens
alors
que
d’autres se devaient à la communauté et, pour les
chefs et les grands guerriers, les séances pouvaient
prendre parfois l’allure d’un “huis-clos”.
■
Les bâtiments
K. von den Steinen
dès 1804,
une
remarque
toutefois
que,
la pratique du tatouage avait déjà pris
teinte commerciale. Ainsi G.H. von Laiigsdorff
parle d’un maître de Taiohae qui venait sur les
navires
proposer
aux
marins
ses
talents. Cet
homme possédait à terre trois “ maisons de tatoua¬
ge ”
profanes et qui pouvaient
elles n’en
étaient pas moins tapu. H. Melville décrit ce type
d’établissement à Hiva Oa : il s’agissait de bâti¬
ments spacieux, divisés en un grand* nombre de
petits “appartements” ou chambres. Chaque per¬
sonne
y était tatouée en privé et alimentée discrète¬
ment par “ une main invisible glissant la portion de
nourriture sous le rideau de tapa.
II se peut
que ce dernier détail tienne au fait que ce soient
des femmes qui distribuaient la nourriture, nous
le verrons plus loin, mais il s’explique aussi par la
fragilité de l’état dans lequel se trouvait le
patient” et le respect envers tout acte sacré.
Parfois la simplicité de la tâche, ou de la
personne, ne nécessitait aucun aménagement
et le tatoueur opérait dans la nature à l’écart
de tout importun : “Au cours de mes randonnées... comme je longeais la lisière
d’un épais fourré de brousse, un
bruit singulier attira mon attention. Et pénétrant dans le four¬
ré, je fus témoin pour la prefois de l’opération du
tatouage, telle que l’exécutent
destinées
Le tatouage des femmes semble avoir nécessité
d’isolement, essentiel et commun à
aux
accueillir de huit à dix personnes ;
les insulaires”^'.
moins d’interdits et de rites particuliers.
Le sujet
n’est pas très documenté, pour la première moitié
du XIX’ siècle, et ne l’est guère plus ensuite ! Cette
rareté des détails semblerait indiquer qu’il s’agis¬
sait d’un acte banal, alors qu’il présentait un
caractère obligatoire justifié par les rapports que
les femmes entretenaient, croyait-on, avec le
monde invisible et par les dangers liés à certaines
tâches qu’elles avaient à accomplir au cours de leur
vie. L’opération dans un tel contexte ne devait pas
être aussi anodine qu’il y paraît : “Les femmes ne
sont pas cloîtrées comme les hommes dans des
bâtisses frappées par le tapu lorsqu’elles subissent
cette opération qui est pratiquée sans cérémonie
dans leur propre maison, ou celle de leurs rela¬
tions, en un mot là où cela leur plaît”’".
W. Handy nous
apporte quelques
lumières
sur
le
tatouage des jeunes
filles.
Elle
apprit,
d’une personne âgée ap
à une famille
importante de Hakahetau
à Ua Pou, qu’une case spé¬
partenant
ciale
avait
été
construite
19.
W.Handy, 1938, p.17-19.
20.
G.H.vonLangsdorff, 1813, p. 118.
21. Père M.G. Mathias,
1843, p.l31.
22. Là encore le contexte dans lequel se passe
“opération ” doit se rapprocher de ce qui
“circoncision ” par
W. Leblanc, 1895: “L’opération accomplie, le
taoua déclare la case tabou ainsi que ses habitants
pour atahi méania, c’est-à-dire pour une lune et
dix jours, laissant les enfants à la garde du théou
na qui l’a aidé pendant l’opération..
cette
a
été décrit à propos de la
Pendant tout ce temps, personne ne
communiquer avec les
enfants, excepté le taoua et le
théouna.
On leur fait passer,
durant ces quarante jours, leur
nourriture au bout d’une perche de
bambou jusqu’à la fin de lu quaran¬
taine, époque où le taoua lève le tabou. ” p. 96-97.
peut
23. H. Melville.
24. H. Melville, 1984, p. 300.
25. G.H. von Langsdorff, 1813.
Cf. Les études faites sur la femme marquisienne par N. Thomas (1987
1990) et J.T. Kirckpatrick (1980).
et
Tapu vae kake et hue a
kake. Ces deux motifs [im.394
et
im.l09] représentent symboli¬
quement les places, tohiia, où se
jouaient, clans les (leux sens du
mot, les grands événements de la
communauté.
Dessin de D. Tilésius.
“Mouina”, chef de guerre
Tei’i vers 1813. Son corps est
couvert
d’un maillage inspiré de
tatouages dont aucun exemple
n’a été conservé. Illustration
d’après D. Porter.
Te Patu Tiki
•
L'Art du
Tatouage aux Iles Marquises
lorsqu’il avait été temps pour
elle de recevoir
ses
premiers
tatouages. Ce furent les jeunes
couvert
de
palmes de
qu’une petite maison appelée/a’e
’a (de po’a couverture en palmes
cocotier) était construite le long
de la maison familiale pour
le
tatouage d’une fille et toute la
famille vivait dedans
tout
le
temps des opérations où la
maison principale devenait
le côté de l’babitation principale. Il y avait là
seulement sa famille mais son fiancé, un petit
garçon, ainsi que son oncle maternel et son épouse
qui prenaient leurs repas avec eux. Les ustensiles
familiaux s’y trouvaient également.
Hono se souvenait du ivi heana
-
“vendetta”, ici
os
Parmi eux Te
prélevé sur la
un
os
de
la
jambe - dont le maître-tatoueur dut très probable¬
servir, selon l’usage, pour réaliser les
abri
clans des Naiki auquel elle apparte¬
nait ; les femmes y étaient tatouées, en particulier
le pourtour du front, si elles
pouvaient le supporter’^ Dans quelques cas, lors¬
qu’il s’agissait d’une fille de chef ou d’un riche
propriétaire, V. Linton nous apprend, un peu laco¬
niquement,
que
ces
dernières pouvaient être
tatouées
une
place sacrée mais il s’agit d’un
témoignage tardif et peut-être exceptionnel. La
place en question pouvait-être une place publique
commmimautaire,
un
tohua où les événements
importants de la tribu étaient commémorés. Il se
Selon les lieux et
désignant un abri provisoire.
Dans
la
plupart
des
circonstances
ces
constructions étaient couvertes de demi-palmes de
cocotier tressées, plus rarement de pandanus, par¬
fois de feuilles d’arbre à pain enfilées sur une fine
baguette car cet arbre est omniprésent dans l’archipeP. La structure portante de l’abri devait être
réalisée le plus souvent en liait {Hibiscus tiliaceus L.)
comme cela se
pratique encore de nos jours. Elle
pouvait l’être également avec une autre espèce,
bien représentée dans la vallée, ou en réutilisant
des matériaux provenant
ces
fusil. Les motifs retenus faisaient partie du fond
sur
de rideaux de
oho’au ce qui signifie appentis, hangar... ce terme
rait et il reçut en récompense deux gros cochons et
et sur
doute compartimenté
patiki, ha’e puta, oho’au patu tiki ou simplement
d’encoches
les fesses
plu¬
tapa dans lequel les tatoués se retiraient pour se
C’est le tuhuna qui décida des motifs qu’elle porte¬
sur
connu
Elle comptait ou non un lieu de travail,
sans
peignes nécessaires an tatouage de la jeune fille.
aux
avoir
plus souvent la bâtisse consistait en un
simple abri et était plus ou moins adapté aux cir¬
Cette
commun
outre
Le
déménagèrent
sur
un
en
reposer et un endroit où cuisiner.
non
se
Ces “ salles ” semblent
sieurs usages en fonction des circonstances.
les époques, ils étaient appelés ha’e oufa’e pati’i ou
dans le bâtiment provisoire construit
ment
social, qui amenait le haka^iki à prendre en charge
bien des opérations de tatouage de son entourage.
dix à douze ans et un certain
le maître-tatoueur
d’une
dominantes, tant numériipiement que par leur rôle
nombre de détails marque le
particulier de
période. Pendant trois ou
quatre mois tous les siens et
victime
plus presti¬
une bâtisse
durahle s’explique par l’importance des familles
gieuses d’uu clan. Le fait d’ériger
un
caractère très
dTiiie femme de liant rang.
les résidences des familles les
constances.
Cette jeune
de
du tohua qui jouxtait sou¬
cas, sur le pourtour
vent
tapit, alors que le/a’e po’a
cette
illustre bien l’aspect du tatouage
ce
était profane
fille pouvait avoir alors
“Tahiataiiani”
où avait lieu les séances de person¬
té d’habitation du chef et se trouvait souvent, dans
son
cocotier tressées. “On nous dit
La jambe de
case
nages importants pouvait être une annexe de l’uni¬
abri
D. Porter 1813.
La
à la demande de
père, à la façon d’un simple
Femme de Niiku hiva
famille seule de la jeune femme, un vahi tapir'^.
de sa vallée qui la construisi¬
rent
de
qu’il s’agisse aussi d’un lieu consacré à la
peut
ossature
et
d’autres constructions.
était maintenue par
consolidée par
un
système
des liens végétaux ;
derniers, simples et solides, tirés de l’hibiscus
sont encore couramment
employés mais il en existe
d’autres. La rapidité de construction ne veut pas
qu’elle n’ait pas été effectuée avec soin,
W. Handy le précise. L’aspect final pouvait
être celui d’un simple “hangar sans parois”,
comme L.E. Tautain
(1896) le décrit, ressembler à
dire
comme
hutte
nue
en
roseaux
K. von den Steinen
comme un
ou
sur
bien
on
encore
l’expliqua à
se
présenter
véritable bâtiment dressé à même le sol
une
ajoute : “
ou
comme
...
de
pierre. William Leblanc
J’ai été plusieurs fois témoin de l’opé¬
terrasse
ration dn tatouage... (elle) se fait toujours dans une
case
tabou... Son ameublement consiste
en
deux
l’événement
nous
et
s’y préparait activement, comme
le verrons par la suite.
26. W. Handy, 1922, p.8et 1965, p.202.
27. W. Handy, archives du Bishop Muséum : boîtes 3 et 4.
28. Il semble peu probable que des séances de tatouage aient été prati¬
grands «tamtam » et un tronc d’arbre couché pour
attacher ceux qu’on tatoue et une natte...
Lors des tatouages collectifs cet édifice était
dressé, sous la direction du spécialiste ou tuhuna,
par les jeunes gens dont le nombre pouvait être très
variable : “(C’) était... un motif de réjouissance...
Une case en bois recouverte de feuilles de pandanus était construite
au
préalable sur le sommet
d’une montagne ou dans le fond d’une vallée.
Quelques habitants de Puamau qui s’en souve¬
naient le décrivirent en substance de cette façon à
W. Handy. Le père invitait ces jeunes, des ka’ioi, à
construire un édifice spécial. Convoqués au lieu de
la fête au son des tambours qui résonnaient dès
l’aube, ces joyeux adolescents au nombre de qua¬
rante à quatre-vingts s’occupaient d’abord de raz¬
zier la propriété du chef et de s’approprier ses
biens en vue des opérations à venir. Pour obtenir
les matériaux nécessaires, bois de construction,
tapa, nattes et nourriture, les jeunes se livraient à
d’attaque, fao, sur les bâtiments
appartenant au père et aux tantes du jeune
homme pour lequel ces séances étaient surtout
organisées^^. Ces souvenirs qui concernent des
événements touchant un premier-né de gran¬
de famille, tama haka’iki ou ’opov?^, entou¬
ré de ses ka’ioi (groupe d’adolescents)
un
simulacre
annexes
sont
les mieux
connus.
Ces cérémonies
qui survécurent jusqu’à l’extrême fin
du XIX” siècle, étaient l’occasion de
fêtes très
son
prisées ; la tribu dans
ensemble
partageait
quées sur d’autres sites tapu, soit en raison de leur vocation très spéci¬
fique (sépulture, lieux consacrés à la pêche...) soit parce qu’ils étaient
empreints d’une telle charge émotionnelle et sacrée que leur accès,
comme les ine’ae, en était en fait interdit à tous, à l’exclusion des
prêtres, chefs et parfois des principaux guerriers et tuhuna.
Cependant les pourtours de ine’ae ont accueilli, parfois, des structures
ayant une vocation moins sacrée. Ils étaient plus accessibles à la com¬
munauté. C’était le cas du me’ae l’ipona, de Puamau à la périphérie
duquel se trouvait, entre autres, un pa’ejia’e pour la superincision, un
endroit tapu où étaient déclamés des chants propres à certaines céré¬
monies, un pa’epa’e pour la dessication des morts, etc.
29. Le cocotier est d’usage très courant. Le pandanus, comme le bana¬
Ci-contre
Ornement d’oreille
(le femme, fragment.
Dessin de K.voiiden Steineii.
Plate-fo rme de bord de mer
à l'ombre d’un arl)re sacré.
Compte tenu de sa situation elle
devait être consacrée aux
pêcheurs. Les lieux les plus
sacrés, dont les abords mêmes
nier et le noni apparaissent dans les récits légendaires.
étaient interdits à la plupart des
30. W. Leblanc, 1885, p. 76 et 217-218.
membres du clan, se trouvaient
31. CIi.L. Clavel, 1885', p.24. On retrouve cette situation dans le récit
de Teahi a Puaiki.
32. W.C. Handy, 1922, p. 7 et 1938, p.19.
’Opou [im. 277] est un terme fréquem¬
utilisé par W.C. Handy mais
que ne mentionne pas
33.
ment
R.I. Dordillon
.
au
fond des vallées.
National Library of Aiistralia.
^■■L\>^^n
\K
'U.
ss
•
■
^
^ ^ Æ
I AXilli
"T?YY1^ ï 'i ¥ '?'Y? ^ ï ¥"?"?'?'?§
r
tatoueur
.
.
W. Handy fait allusion, pour l’île de Ua Pou, à
jours masculins apparemment, les uns s’occupant
maître investi du
suffisant
des hommes et les autres des femmes^\ L’existence
“verser ce sang” ; plus encore lorsqu’il
s’agissait de tatouer la tête. Certains grands chefs,
et sans doute de très grands prêtres, demeurèrent
limitée tant dans les archipels que dans la gamme
s’adresser à
un
mana
pour
une
éventuelle
Papa tikau’e, figuration
spécialisation des tatoueurs, tou¬
de mouches [im.319].
de femmes exerçant cet art en Polynésie est très
de tatouages qui leur étaient donnés d’exécuter. On
plus tard, indemnes de
peut se demander s’il en a toujours été ainsi à la
tatouages, en particulier au visage. Avant l’occupa¬
lecture de récits anciens sur les origines de la pra¬
tion française, dans ce genre de situation, une délé¬
tique. Pourquoi des femmes, au mana et talents
gation serait allée chercher le tatoueur qui s’impo¬
suffisants pour exercer le rôle de chef, grand-prêtre
sait là où il se trouvait. Ce n’est qu’à l’époque des
ou
ainsi,
nous
le
verrons
religieux ou administratifs occidentaux
qu’une telle démarche devint délicate. Nombre de
tatoueurs, du reste, apparaissant dans les récits les
plus anciens appartiennent à une famille de
notables qui compte parmi elle un chef ou un prêtre
et ils exercent jeunes ; ce qui s’explique probable¬
ment par la nécessité,
pour exercer sur les
membres les plus tapu du clan, de posséder soimême un mana suffisant, ce qui n’était possible à
un
jeune âge que par la naissance.
interdits
En dehors de
ces
relations
entre
individus,
déterminées par des croyances liées au sang et au
le tuhuna patu tiki était tenu, envers la
mana,
communauté à laquelle il appartenait, d’accomplir
les tatouages dictés par la règle, sans pour cela en
attendre une récompense directe et immédiate. Le
chef
se
devait,
par
sa
situation, de porter des
motifs distincts mais s’y ajoutaient aussi ceux qu’il
était amené à prendre en charge pour son clan et
dont il assurait le coût“. Ces
raient
autres
au
tatoueur
occupations confé¬
dignité, prestige et quelques
avantages. L’existence de lignées de tuhuna
tiki, attachées aux grandes familles, peut
avoir été à l’origine de l’établissement et de la
continuité de “styles” locaux, ce que suggère,
nous le verrons plus tard, une
patu
médecin, n’auraient-elles pu exercer cet art ?
Cette question traduit probablement une modifica¬
tion des mentalités envers l’image du sang et du sexe
féminin véhiculée à travers les îles, devenue malé¬
fique en certaines circonstances. Les tout premiers
tatouages, d’après les récits légendaires, furent
pratiqués par des femmes. Aux Marquises ce fut
Ikioani“ à la fois déesse protectrice et guérisseuse.
"i.
Tauakika, maître tatoueur de
Omoa, à Fatuiva, fut avec Kahi
34. Cf. Les exemples bien décrits par J.B. Cabri, J. Coulter ou W. Torrey :
“Torrey's narrative, or the life and adventures of William Torrey, who
for the space of25 months, within the years 1035-37 was held a capti¬
ve of the cannibals of the Marquesas. ” Boston, A. J. Wright, 1848.
de Hanaupe, à Hiva Oa, Time
des plus précieuses sources d’in¬
formations de K. von den Steinen.
35. Père S. Delmas, 1927, p. 185 : “Le tatoueur, toujouj's un homme... ”
E.Berchon, 1860, écrit : “... C’est aux hommes qu’est
presque absolument réservée la pratique du tatouage
Page de gauche
Tau (X, ces prêtres, familiers
-
Marquises, cbntrairement à ce que le capitaine
remai'qué lors de son nau¬
frage* aux îles Peleiv** où cette opéra¬
tion était exclusivement confiée à des
femmes désignées sous le nom “d’ar;
tistes femelles. ” p. 7.
*
En 1783, sur l’Antelope.
aux
des dieux, occupent la position
Henri Wilson a
**
la plus élevée de la société.
Aquarelle de M. Radiguet.
des côtes de Papouasie
Haivaii.
Nouvelle-Guinée. Les instru¬
p.375 : Dans la
légende de Vakauhi celui-ci se dérobe sans cesse
à son fils Taheta qui le cherche. Il change
’
d’âge, de personnalité mais aussi de
visage par le biais du tatouage et
•f
^
c’est une femme, Ikioani, qui le
p
36.
Tatoueur femme
'
H. Lavondès,1975,
ments, la disposition des motifs
sur
.. .
tatoue.
Dans le récit de l’île
^
.
des zones privilégiées : front,
menton, les longues bandes
ornant le buste, témoignent,
d’une part, de la parenté
aux
du fond iconographique et,
femmes, c’est une femme, bien
entendu, qui remplit cette fonction.
d’autre part, de celle du
tatouage entre les différentes
Cf.également K. von den Steinen,
1925-28, vol. 1, p.51-52.
régions du Pacifique.
étude attentive des motifs
conservés
et
la lecture de
K. vonden Steinen.
■"âir *
'>s
*'i5
1
1^.
tatouage
UüiimiiLÀÜlil.
(spécialiste) n’était pas qualifié
pour tatouer certaines personnes. Plus ces der¬
nières étaient tapu, plus il était nécessaire de
Tout tuhuna
La célébration du
1^’
8'*.f ■
‘
47
Te Patu Tiki
•
L’Art du
Tatouage aux Iles Marquises
Comme le remarque K. von den Steinen, ces indica¬
la rend très
de l’ancienneté du mythe marquisien, dont ce court récit est à peu près tout ce
qu’il put recueillir. A propos de Tahiti, il relève
que le tatouage précède l’apparition de l’Homme.
Ce dernier et le tatouage tirent tous deux leur ori¬
gine de la même famille dont les membres, de sexe
féminin, appartiennent à la lignée de Hina, divini¬
té de la lumière et des nuages ; lignée resplendis¬
sante sous la parure colorée de l’aurore qui tresse
des nattes chatoyantes et apparaît tantôt claire,
tantôt somhre... Que ce soit à Tahiti ou en
Nouvelle-Zélande, cette origine est lunaire... Hina,
ou Sina, doit être
comprise dans sa signification
polynésienne ancienne comme l’expression de
trop d’éléments précis pour étayer le fait ; une telle
hlanc, clair ou hrillant comme le jour’'.
corps.
tions sont le signe
vallée au nord de Hiva Oa.
Ce tatoueur a été photographié
en
tenue
de tapa par
Il existait par contre,
miers contacts
avec
dès l’époque des pre¬
les Occidentaux,
différentes
catégories de tatoueurs plus ou moins réputés et
exigeants. “Il y a ponr chaqne famille princière
nne
famille de tatoueurs
qui lui est spécialement
affectée et c’est une dignité qui se transmet de père
en
fils, en sorte qu’à la mort du premier, il faut
souvent
avec
attendre plusieurs années T âge compétent
la fin des études de tatouage du jeune peintre
qui doit enfin vous appliquer ses pinceaux sur le
Celui que je vis opérer dans la famille d’un
chef appelé Toka et sur lui-même, était un de ses
auteurs rapportent que ceux-ci pou¬
jeunes neveux, d’une quinzaine d’années, jeune
une
Mais “ en dehors
vaient à l’occasion entrer en compétition lors de ces
homme des plus intéressants
réunions
importantes. Il s’en suivait un climat
d’émulation, mais rien n’indique hien précisément
des praticiens réguliers il existe un petit nombre de
s’il existait des sortes de collèges, ou “guildes” de
leur titre, déambulent d’une baie hostile à l’autre,
pour un ensemble de tribus, sur une île
exerçant leur ouvrage à deux sous pour la masse.
tatoueurs
Mouipu de Hanaïapa,
corporation de tatoueurs est, par exemple, assez
bien connue pour les Samoa.
corporation de tatoueurs ?
Exista-t-il
Quelques
envisageable. Il manque néanmoins
on
groupe d’îles. H. Melville, dans “Omoo”, le sug¬
gère mais ses informations, lorsqu’elles ne peuvent
être
recoupées, sont à prendre avec précaution-
tatoueurs
itinérants, assez piteux, qui, en vertu de
repèrent toujours les diverses festivités reli¬
gieuses qui rassemblent de grandes foules... Ces iti¬
nérants sont une vraie honte pour la profession,
Ils
K. von den Steinen lors de son
Toutefois, l’existence indéniable de multiples formes
passage aux Marquises entre
“d’associations”, dans la société
plutôt des bricoleurs ne traçant rien d’autre que
des lignes irrégulières et des plaques maladroites et
marquisienne à la fin du
absolument incapables d’atteindre les sommets de
août 1897 et février 1898.
Tatoueur des Samoa
préparant ses instruments.
Pliotograpliie du déliiit du siècle.
XVHT' siècle,
s’organi¬
sant en fonction d’affini¬
tés ou de compétences,
fantaisie atteints par ces messieurs de la faculté.
 côté donc
des
maîtres
renommés,
ces
apprentis, sévèrement décrits, constituaient une
part non
négligeable de ces tatoueurs itinérants
dont on apprend l’existence dans les années 1840.
Si leur talent ne semble pas avoir été suffisant pour
leur mériter le titre de tuhuna, maître spécialiste,
V. Lallour, à cette
époque, pour le tatouage purement ornemental
leur assurait une source de travail probablement
assez régidière.
l’engouement
que remarque
Les
a*
apprentis tatoueurs
et ces humbles
i),
artisans du
tatouage vivaient sans
doute assez chichement,
leurs
se
exigences devant
limiter à
un
abri
daient leur clientèle, incapable de les rémunérer et
marquait l’évolution de l’individu et de sa place
dans la société ; il était donc progressif.
G.H. von Langsdorff
Habituellement, l’évaluation de la réeompense
et
de la nourriture. En période de disette ils per¬
de
même
les
nourrir !
la
remarque à ce propos que les habitants de
était déterminée par
l’archipel “qui n’avaient que le fruit de
l’arbre à pain comme nourriture, et pas de
cochon à sacrifier”, n’avaient que la solu¬
tion d’accepter d’être tatoués à bas prix
par des tatoueurs de second ordre. Les
fortune de la personne
Ponr les
personnes
résultats, très moyens apparemment, pour
condition
moyenne,
paraître désastreux...
qni passait la commande
et
le
des
degré de difficulté
motifs
demandés.
de
la
aux
rémunération pouvait se
yeux des membres de l’expédition russe du
traduire par un don, par
moins ! Ceci devait tenir, non seulement à
des
égale¬
ment au choix des motifs, puisqu’un bon
nombre était d’un usage bien codifié.
Quant aux individus encore plus pauvres,
trop pauvres pour s’offrir quelques
tatouages, ils semblent avoir été assez
rares. Les membres de l’expédition russe
n’en virent que très peu. Il s’agissait alors
dans la plupart des cas de pêcheurs. Pour
ces personnes particulièrement démunies,
il ne restait que l’éventualité d’être recru¬
tées par quelque novice désireux de se
faire la main, ou par un tatoueur plus
expérimenté soucieux d’étudier de nou¬
velles compositions. Certains prenaient
ainsi le risque d’être “défigurés à vie”,
rendus... Parfois même,
valent même
maladresse d’exécution mais
une
les
travaux ou
femmes
services
eurent
à
payer de leurs charmes"*'.
Kena
évoque la contribution
la plus légère ; celle qui
La
légende
de
le constatait R. Linton, tant le fait d’être
était à la charge des jeunes ka’ioi qui, comme on le
tatoué était riche de valeur et de répercussion dans
voit ici, pouvaient assurer des tâches assez variées
la société marquisienne.
auprès du maître-tatoueur ; “Le lendemain matin
comme
La
possibilité d’acquérir quelques motifs se
trouvait donc, du moins déjà au XVIII' siècle, limi¬
tée
en
partie par le coût de l’opération. Le père
S. Delmas remarque du reste : “Tous les indigènes
ne
portaient pas ce costume également complet.
Comme il ne s’obtenait pas sans de vives douleurs
ni
sans
de
grosses
dépenses (honoraires du
(après que Kena en ait eut terminé avec ses pre¬
tatouages) sa mère fit le tour des gens des
environs. Puis elle dit à son fils : “Retourne (à
miers
Atuona ) ! Le jour des cadeaux les gens viendront
avec
la nourriture pour les ka’ioi. ” (Cette fête se
situe au lendemain du jour où les jeunes quittent la
maison du tatouage, une fois leur première série de
tatoueur, frais des fêtes, etc.), beaucoup se conten¬
tatouages accomplie). Le jour des cadeaux, les gens
taient du strict nécessaire c’est-à-dire de quelques
vinrent
dessins sur le visage, les mains, les bras, la poitri¬
poissons, le pake et lefekai... Kena la distribua : il
donna à celui qui tient le menton ; il donna à celui
ne,
les cuisses et les pieds. Mais tous, excepté les
enfants, devaient en avoir une ébauche, c’était la
mode. Un jeune homme
*
qui en aurait été totale¬
exempt n’aurait pas trouvé de fille pour
l’épouser et nulle personne non tatouée n’aurait
été admise à la table des personnes tatouées”".
Pour les plus aisés, cette exigence représentait plu¬
sieurs dizaines d’années de séances qui s’enchaî¬
avec
la nourriture... : les cochons et les
qui chasse les mouches ; il donna à celui qui tient le
pied. Ainsi étaient réglées les obligations qu’il avait
ment
naient plus ou moins régulièrement car le tatouage
c.d
•
La célébration du
La transmission des
connaissances entre
Marquisiens se faisait d’abord
par l’observation puis par la
pratique. Pour répondre aux
interrogations des Européens :
K. vonden Steinen, A. Seale, les
tatoueurs
durent s’adapter
à d’autres supports comme le
papier, pour y transférer des
motifs.
49
De haut en bas
a.
Planche photographique
(67,68) de K. von den Steinen.
b. Relevé par A. Seale.
37. K. vonden Steineri, 1925-28, vol. 1, p. 47-50.
38. Père M.G. Mathias, 1843, p.131.
39. H. Melville, 1847, chap. 8, p.31, réédition anglaise, 1968.
40. Père S. Delmas, 1927, p. 183-184.
41. Cette pratique est également citée pour la Nouvelle-Zélande.
tatouage
Deux ^‘"Tuhuna originale”
transmis à K. vonden Steinen.
Te Patu Tiki
•
L’Art du
Tatouage aux Iles Marquises
Outre ces récompenses, il fal¬
choquant et les artisans, quelle que soit leur spé¬
cialité, durent entretenir longtemps une double
attitude : faire payer les étrangers, selon leurs
règles, et appliquer le système traditionnel pour
ceux qui s’y prêtaient. En effet, le succès d’une
création rejaillissait sur l’artiste, par le biais de la
réputation et ceUe-ci augmentant, les “ commandes ”
lait aussi pouvoir assurer l’offran¬
suivaient le même mouvement. Accroître son pres¬
de minimale attendue par les divini¬
tige équivalait à accroître ses biens. C’est sans
le tatouage
Kena, qui n’était
qu’un des jeunes gens tatoués en com¬
pagnie des fils du chef, n’avait pas
pour
en
effet à rétribuer le tuhuka mais à
remercier
ses
compagnons
qui
avaient été les assistants.
tés.
Si, pour les cas les plus cou¬
rants,
celles-ci semblent s’être
souvent contentées de
poissons ou
de fruits de noni {Morinda citrifo-
sans
une
victime
de
la
situation
des
:
toa.
Ornement d’oreille
féminin, putaiana.
Il est devenu motif dans le
tatouage, cf. Taiana puaina
[im. 387].
au
qu’un vieil homme qui possédât
ce
talent ”'**’.
une
sur
personne
ordinaire, celui-ci est payé en
mais les chefs ont le droit d’être tatoués
nature,
doute
également du tatoueur
gratuitement ; (les tatoueurs) considèrent cela
de
exigences, ces rétribu¬
comme
ses
prendre des
aspects très variés'*'*. Dans les archipels où le
tatouage était poussé au niveau d’un art, la
qualité et la difficulté des motifs exécutés
entraient très largement en ligne de compte
ians l’estimation de la contrepartie due au
naître. Mais il est important de noter que le
ùit de ne pas pouvoir dédommager celui-ci
n’interdisait pas totalement le tatouage ;
comme Ch.L. Clavel le remarquait encore à son
époque: “11 paraît... que les chefs enclins à la
générosité aidaient de leur avoir ceux qui ne pou¬
vaient faire face aux exigences du tatoueur”***. La
notion du paiement d’un travail, éxécuté par un
membre de cette vaste famille qu’était la tribu, est
une
apparition tardive qui découle de la nature des
échanges établis avec les Occidentaux.
L’art du tatoueur était le fruit de qualités per¬
sonnelles et d’un long apprentissage. 11 en retirait
le titre d’expert et la reconnaissance de la part des
siens ainsi que le prestige, une réputation et le res¬
pect. Telle était sa récompense, même si la coutume
voulait que des dons en nature l’accompagnent.
C’était quand il y avait déplacement du tatoueur
hors de la vallée à laquelle il était attaché qu’il y
tions
nom
et
sont
J.Coulter poursuit : “Lorsqu’un tatoueur excerce
fonction
aucun
lui-même
fer ; eux et lui portent le même
bien payés et hautement considé¬
rés. Dans la vallée qüe nous visitâmes il n’y avait
En
guerriers, taillé dans le bois de
dent la plus grande invention et la plus heureuse
monies de clôture des séances de nature
clients, des circonstances, des époques et
symbole par excellence des
île, acquérant ainsi expérience,
références et renommée : “ Les artistes qui possè¬
fantaisie...
humaine^^
Casse-tête, ’u’u
en
lia L.), il était nécessaire, lors des céré¬
exceptionnelle, d’offrir
50
doute une des raisons pour laquelle les artistes cir¬
culaient d’île
fil du temps purent
grand honneur. Et la population vous
un
dira d’un tel, c’est le meilleur, il a tatoué tel ou tel
grand chef”*’. Les maîtres tatoueurs en ce tempslà, pour la plupart d’entre eux du moins, étaient
loin de passer l’essentiel de leurs journées à cette
activité. Pour que ce talent soit perçu comme un
gagne-pain il fallut attendre une transformation
des mentalités et des structures de la société, déjà
amorçée au XVIII' siècle^ mais qui ne semble pas
s’être répandue avant 1845-1860. L’effritement de
la
perception traditionnelle ne fera ensuite que
croître, de même que l’accentuation du mouvement
d’accumulation de biens
en
échange du service
rendu. De nombreux témoignages nous présentent
en
effet les tatoueurs comme des personnes aisées,
vivant même
au
milieu d’une réelle abondance.
M. Radiguet considère que “le travail du tatoueur
n’est point désintéressé, le travail se paye en armes,
en
ornements, en provisions, en travaux à son pro¬
fit et le plus souvent aujourd’hui en espèces son¬
nantes ”*“.
Ch. L. Clavel, puis
K. von den Steinen,
énumèrent les produits reçus ; autrefois il s’agissait
de
cochons, de volaille, d’ornements de tête, de
massues
ou
de tapa ; plus tard, de munitions, de
tabac, de pièces depareo... et d’argent. En'1860,
E.Berchon notait ; “La profession de tatoueur est
Nouvelle-Zélande du
du reste aussi lucrative qu’honorable et le prix de
plus grands-maîtres, du reste, ne se
déplaçaient pas. C’était au futur tatoué de se
rendre jusqu’à lui ; peu importe le rang. Le fait
même de “payer” devait avoir quelque chose de
leur office est, le plus ordinairement, un ornement
avait
“rétribution”,
moins. Les
en
de plumes nommé tavaha, sorte de grand éventail
demi-circulaire de plumes noires qui se porte sou¬
vent
dressé sur le front qu’il embrasse jusqu’aux
tempes, un casse-tête « houhou »
(‘u’u), ou dans
certains cas tout à fait spéciaux un paekaha, sorte
En 1881-82, Ch.L. Clavel apprit d’un chef de
Nuku Hiva, entièrement tatoué, qu’il avait débour¬
de diadème en nacre ou en écaille de tortue. Ce der¬
sé à cet effet cent piastres, soit cinq cents francs de
nier présent est toutefois si rare qu’il n’en existait
l’époque™. Pour sa part, J.E. Bell estime à deux
ans de travail le temps nécessaire pour être honnê¬
peut-être pas plus de trois spécimens dans toutes
les baies de l’île, en 1853... Quelques-unes des
cases
des touhoukas les plus renommés sont deve¬
nues, avec
ments ou
le temps, de véritables musées d’orne¬
d’armes de guerre. Musées dans lesquels
figure également une assez grande quantité de tam¬
bours... Je dois ajouter cependant que les progrès
de la civilisation tendent à faire disparaître peu à
peu ces paiements en nature et à les remplacer par
de l’argent ou des marchandises introduites par les
Européens” et P. Claverie, de passage en 1881-82,
d’ajouter : “ autrefois le canaque payait le tatoueur
en
nature :
cochon, bananes,
etc.
et
les riches
payaient pour les pauvres. Ce prix exorbitant... est
un
des motifs qui font que ce genre d’ornementa¬
tion disparaîtra assez vite, sans compter que le but
primitif a été perdu peu à peu de vue... Quoique les
Marquisiens se fassent bien moins tatouer qu’autrefois et que chez les jeunes gens on ne voit plus
guère que des tatouages incomplets, il n’est pas de
baie qui n’ait son opérateur”". Le montant de la
rétribution
est
difficile à bien éva¬
luer car il en est rarement fait
mention. Le terme même induit
en erreur
sur
; les indications précises
le paiement en argent deviennent'
tement tatoué aux
Marquises, ce qui correspondait
à environ quatre-vingt livres de frais en 1883. Les
42. K. vonden Steinen, “Marquesanische Mythen ”, In : Zeitschrift für
Ethnologie, Berlin, 1933-34, n°65, p.î-44, 326-373; 1934-35, n°66,
p. 191-240.
43. Ce fut Vun des arguments décisifs qui amenèrent les autorités reli¬
gieuses à l’interdire.
Etua-lézard
44. Durant la courte escale que fit l’expédition russe à Nuku Hiva, en
Dessin de K. vonden Steinen.
taillé dans l’écaille.
1804, un grand nombre de marins et d’officiers se firent tatouer leur
nom ou
des “motifs-souvenirs”. Le maître tatoueur reçut en échange
des mouchoirs, de la toile, de petits
miroirs, des aiguilles, épingles,
ciseaux... ou du fer sous toutes sortes déformés. Cf. G.H. von Langsdorff
1811, p.42. Mrs J.S. Warren, le l"mai 1857, écrit
des tribus qui exercent cette profession deviennent
très riches. On leur donne de la terre, des étoffes, des porcs, des fruits.
et J.F.Blumenbach,
que les personnes
V. Lallour, entre
tent à peu
184^^1^848, note que deux heures de tatouage coû¬
près un f^^sM
45. Ch.L. Clavel, 1885, p. 24.
46. J.A. Graaner, 1819, p. 49.
47. J. Coiflter, 1845, p. 209.
48. M. Radiguet, 1859.
49. E. Berchon, 1860, p. 89 ; P. Claverie, 1894, p. 52 et 161.
50. Ch.L. Clavel, 1885, note p. 25.
En 1900, une ouvrière célibataire gagnant 3,00 F par jour et occupant
une
chambre, avait un revenu annuel de 840,00 F ; cf. F. Pelloutier,
“La vie ouvrière en France en 1900 ”.
L’éventail est une marque
d’autorité ; rien d’étonnant à ce
qu’il soit repris dans le tatouage.
Comme l’explique le père
P.G. Chaulet, il permettait
de faire exécuter de loin, d’un
geste, un déplacement, une
action, dans une foule ou au
cours
d’un affrontement...
cependant plus fréquentes au cours
Scène de troc à Hakaui.
des trente dernières années du
L’habileté technique des
XIX' siècle.
tatoueurs fut une monnaie
d’échange pour obtenir objets et
produits européens,
ij; ’-îCr^^vure d’après
h
.
von
Langsdorff.
tatouages féminins, habituellement moins coûteux,
talent évalués un peu avant 1860 à dix francs.
donc été prévenu, un
stipulait les offrandes et
avantages que le maître, ses élèves, et les divinités
tutélaires du tatouage étaient en droit d’attendre.
Les dons destinés à récompenser le travail des uns et
le courage des autres continueraient à être préparés
et apportés tout au long de la durée des opérations.
Le
tatoueur
accord
avec
ayant
la famille
Les produits nécessaires au bon déroulement
et
à
l’ampleur de l’événement devaient être ras¬
semblés, en abondance, car une fête ne pouvait être
conçue et n’avoir de sens qu’à ces conditions.
étant réglé,
nouvelle à la population
sonnes
Ceci
des messagers annonçaient la grande
de la vallée et aux per¬
concernées qui résidaient dans d’autres tri¬
bus, parfois fort éloignées.
Le matériel du tatoueur
■
LeI 1tatoueur, quant à lui, apportait son étui de
bambou
Peignes à tatouer
Illustration A. Marin, vers 1881.
Peigne à lames d’écaille (6),
martelet (a) et étui en bambou (c).
Dessins de K. von den Steinen.
qui contenait un assortiment de peignes
parfois
quelques modèles. De leur côté, le futur tatoué et
son
entourage avaient préparé nombre de tapa, de
nattes et un récipient contenant la quantité de pig¬
ment jugée nécessaire aux futures impressions. Ces
divers préparatifs variaient, dans les détails, selon
l’importance des motifs qui allaient être tatoués et
aux
dents acérées
et
divers martelets
et
la
ligne générale variaient légèrement en
cutant.
L’aspect, quant à lui, ne différait guère de
celui d’une baguette qui, pour plus d’efficacité et
un
meilleur
équilibre, s’élargissait parfois à une
extrémité ; cette dernière, non percutante, pouvait
s’orner de motifs gravés. Les dimensions variaient
de trente-cinq à quarante-six centi¬
bien sûr les époques. J. Coulter, en quelques mots,
mètres de long et environ un centimètre et demi à
dépeint assez bien l’atmosphère qui les entourait :
deux centimètres d’épaisseur. Pour les façonner on
“Lorsque l’on tatoue un homme du commun, la
chose se fait sans grand tapage ; par contre, lors¬
qu’il s’agit d’un chef, c’est toute une affaire !
utilisait en général un bois “lourd”. Dès 1791, les
moyenne
documents de l’expédition Marchand mentionnent
le bois de fer,
(Casuarina equisetifolia L.), tradi¬
tionnellement associé à la confection d’armes,
en
particulier le fameux casse-tête marquisien. Il est
à moins qu’il ne se fasse seconder par son premier
symbole et métaphore du guerrier, toa ; comme lui,
assistant.
il veille sur les crêtes des îles et est d’une résistan¬
■
Martelets et peignes à tatouer
Les martelets ou petits maillets de bois, feo’u
du Bishop Muséum.
et
en
plusieurs apprentis, fabriquait lui-même ses outils
hawaiien complet. Photographie
seur
fonction de l’utilisation et des préférences de l’exé¬
donc selon les circonstances, les îles, les tribus et
Le tatoueur, un maître souvent assisté d’un ou
Matériel de tatouage
simple et rationnelle, ils consistaient en un bâton¬
net, souvent cylindrique, dont la longueur, l’épais¬
tiki, plus simplement ta, étaient
habituellement de bois bien qu’il soit
parfois question de roseau. De forme
ta patu
ce
et
d’une dureté difficile à entamer. Difficile à
travailler, il a un grain très fin. Plus tardivement
les observateurs notèrent également l’usage du bois
d’hibiscus, hau ou fau dont pratiquement toutes
les parties sont utilisées, que ce soit pour des usages
domestiques,
médicinaux ou
religieux. Il a
en
particulier
•
pour fonction de délimiter les espaces sacrés et de
G.L. Winter, dans les années 1840,
Les peignes sont les instruments essentiels du
évoquent une
vent
tatouage. Ils pouvaient être utilisés parfois sans le
sur un
martelet. C’est par eux que le pigment pénétrait
fer tranchant. De dix centimètres à peu près, cet os,
dans la peau, le ehoix de la matière revêtait donc
ainsi
Comme en d’autres archi¬
pels, il y eut des instruments fabriqués à l’intention
d’individus distincts, détruits après usage comme
d’un
réelle importance.
est
corail et édenté, en forme de peigne, avec un
préparé, est fixé en longueur à l’extrémité
petit bâton que le tahouka (sic), artiste
tatoueur, tient à la main gauche, tandis que
de la
droite il frappe avec un autre petit bâton, plus mas¬
sif, en guise de maillet... ”**. C’est avec ÏLjÆelville.
les couteaux de bambou utilisés lors des superincisions“. Il
impossible, à présent, de savoir si
qu’apparaissent les dents de requin,
on
parlera
ceux-ci étaient fabriqués en fonction de particula¬
ensuite
rités locales ou en fonction d’individus, de la posi¬
K. von den Steinen, ce matériel fait d’arêtes de pois¬
tion sociale ou religieuse, etc.
son ou
consiste
est
en
d’une
une
simplicité remarquable. Il
lamelle
osseuse
assez
d’os
souvent
de
poisson. Pour
d’uu morceau de coquillage correspond aux
formes les plus “humbles”. Le gouverneur E. Petit
Ch.L. Clavel le décrit ainsi: “L’instrument
essentiel
en
donne cette description : “Kuamua... à Atihén à
bien voulu
ayant cinq centi¬
me
montrer...
et
même
(me) donner
mètres environ de longueur, un centimètre de làî-
l’instrument en os de poisson dont il se servait ce
millimètre, tout au plus, d’épaisseur.
L’extrémité libre est finement pectinée, l’autre est
fixée à un petit morceau de bambou sous un angle
aigu. Les deux faces de la lamelle sont un peu exca¬
vées pour retenir la matière colorante”**. La lamel¬
le munie de pointes était appelée ta’a. À l’époque
des premières enquêtes ethnographiques, le
manche mesurait en moyenne de dix à quinze cen¬
timètres, mais semble avoir été plus grand à la fin
jour là. Cet instrument est bien simple ; il se com¬
du XVIIL' siècle
plus largement utilisé, du moins à l’époque des
contacts, fut cependant tiré de la matière osseuse.
geur et un
Roblet
et
et
au
début du XIX" siècle
tatouage
époque de transition : “ (Les Marquisiens) se ser¬
pour l’opération d’un os de volatile, aiguisé
signifier un tapu.
une
La célébration du
pose d’une baguette en bambou au bout de laquelle
est
de
enfoncée, un peu obliquement, une lamelle en os
poisson, plate et découpée à son extrémité en
pointes fines et aiguës comme les dents d’une scie.
Quelquefois la lamelle en os de poisson a absolu¬
ment la forme d’un peigne en écaille ordinaire
Les lames, dont celles trouvées en fouille, pouvaient
également être taillées dans la nacre”. Le matériel le
car
J. Coulter décrivent des instruments
d’une vingtaine de centimètres ; G.H. vonLangsdorff
Suivant les besoins, les formes
estime l’épaisseur du manche à un doigt.
recherchées, on utilisait les os des ailes puis, plus
ou
les dimensions
tard semble-t-il, des pattes de volatiles tels que le
Selon la renommée du tatoueur ou de la per¬
fou ou l’albatros. A.Raessler est un des premiers à
tatouée, selon l’époque également, la matière
laquelle était taillée le peigne changeait. En mentionner l’usage privilégié de l’os humain dont le
dehors de l’écaille, signalée en 1791 par les
père S.Delmas précise qu’il était prélevé sur une
membres de l’expédition Marchand, J. Cabri,
victime humaine, heana. Plus récemment, à la fin
G.H. von LangsdorfT
parlénf d’os d’oiseau.
D. Porter, une petite dizaine d’années plusTarcl,
51. J. Coulter, 1845, p.208.
parle toujours d’os, mais reste vague. Arrive ensui¬ 52. On souvient peut-être du passage où W. Leblanc parlait du spé¬
cialiste de la. circoncision qui avait préparé autant de couteaux qu’il y
te une période où, avec J. Coulter, les descriptions
avait d’enfants. Ces instj'uments étaient brûlés après l’opération. Les
concernent plus volontiers des lames plates, bien
mêmes principes d’hygiène devaient présider à la confection et à l’en¬
tretien des instruments destinés
tatouage. De même que les lames
que V. Labour fasse exception : “ Les instruments
devaient faire l’objet de “purification ” quand il n’y en avait pas de
dont ils se servent sont de petites pointes réunies
préparées tout spécialement.
comme les
dents d’un peigne et ficelées sur un
53. Ch.L. Clavel, 1885, p.25. Pectine signifie en forme de peigne.
manche très court... Le bâtonnet sert à frapper sur ' 54. V. Lallour, 1843-1849, vol. 4, Cahier 3,J° 17.
les dents de la petite fouëne...
Les os de volatile 55. M. Radiguet, 1967, p.l29 ; G.L. Winter, 1882, p.302 note 1.
56. E. Petit, 1891, p.198-199.
n’ont pas pour autant disparu, mais sont peut-être
Témoignage conjîrmé par G.Cuzent, 1882-83 : “ Leurs outils... consis¬
moins couramment utilisés, en partie parce que le
simple dent de requin ou à défaut d’une arête de poisson
dentelée qu’ils approprient au genre de travail à exécuter. ” p. 81.
style du tatouage évolue vers de larges aplats
57. Des lames de
furent trouvées en fouille par Y.Sinolo du
noirs pour lesquels il est plus intéressant d’utili¬
Bernice Puahi Bishop Muséum et B. Rolett de l’Université d'Hawaii,
ser des
respectivement à Hane, Ua Huka eLlla’atuatua, Nuku Hiva.
peignes larges. M. Radiguet, W. Leblanc et
sonne
dans
se
au
''
^
tent... en une
nacre
Évocation du martelet,
flans le tatouage ; ce motif, issu
d’une représentation humaine,
est
composé d’une superposition
de deux ’enata.
Etui de bambou simple,
avec son
bouchon de tapa ou de
coton et
quelques lames encore
noircies par l’encre.
53
Te Patu Tiki
L’Art du
•
Tatouage aux lies Marquises
'
siècle, des os de bœufs et de chevaux furent
.
réglementées au profit des membres les plus élevés
de la hiérarchie sociale et religieuse. Après
d’une valeur symbolique qui leur sém-
d’autres, B. Rolett, dans un article consacré à ce
rnificative. Cela apparaît clairement lors des
ceremonies en
l’honneur de personnes tapu où les
lames étaient soit en os humain, ivi heana, soit en
écaille de
tortue.
tirés
comme
von
Mais les
peignes pouvaient être
d’animaux
marins
prestigieux
le dard, acéré de raies armées, signalé par
den
Steinen, ou bien d’oiseaux comme le
dont
parle G.H. vonLangsdorfP", ou la
colombe marquisienne, très rare et tapu, que citent
et R. Linton’’.
Te Po, probablement Te Pou,
le pilier, originaire de Rarotonga
aux
îles Cook. Une des particula¬
rités de son tatouage, en dehors
du décor en bande, est le motif
de tortue aux genoux.
Ci-contre
,
Gravure de G. Baxter,
1837, d’après une peinture de
J. Williams Jr.
Ci-dessus, illustration j
de K. von den Steinen.
En fond
Motif sculpté représen¬
tant une tortue. La tortue
fait partie des animaux presti¬
gieux, considérés comme des
intermédiaires entre le monde
des dieux et celui des hommes.
comme
sujet, “suggère... que la signification religieuse des
dans la culture marquisienne et dans la
tortues,
culture polynésienne en général, est liée à une asso¬
ciation entre les tortues et la transcendance des
frontières
offrandes, notam¬
ment comme substitut
à une victime
humaine™.
entre
les mondes... Les oppositions
du
haut et du bas, du côté mer et du côté terre sont des
thèmes communs à (des) incantations faites durant
les cérémonies
avec
les
tortues.
Les
tortues
ont
donc pu être symboliquement associées aux tau’a
parce
exceptionnelle tenue par la tortue, un
peu partout dans le Pacifique, lui valut d’être bien
étudiée, ce qui n’est pas le cas de la raie. Pourtant
celle-ci semble partager avec elle une place majeu¬
re dans le cérémonial, aux Marquises du moins.
G. Dening, qui dépouilla les archives
missionnaires de l’archipel,
remarque
que
ces
deux
espèces étaient utilisées
Représentation du chef
Toutes deux étaient de capture et de consommation
semblent avoir recherché une substan-
Dans le choix des matières, les anciens
que,
comme
leurs
correspondances
humaines, elles pouvaient transcender les fron¬
tières entre les mondes... Le tau’a marquisien
était... considéré comme capable
de communi¬
deux mondes, celui des mortels et
celui de déités... De même, en tant que symbole
quer entre
de transcendance entre les mondes, la tortue peut
avoir été considérée comme d’un usage particuliè¬
rement
approprié dans les cérémonies... dont le
but était de favoriser le passage d’un esprit de la
à sa destination... à travers les couches stra¬
terre
tifiées de l’au-delà.
'Des hypothèses assez sem¬
blables pourraient être hasardées pour le requin et
pour la raie qui est parfois identifiée, en marqui¬
sien, à un oiseau™ !
donné à
peignes
la moyenne
étant de cinq à sept. La largeur, quant à elle, était
comprise entre deux millimètres et quatorze centi¬
mètres ! Les peignes de petites dimensions avaient
Le nombre de dents
variait de trois à dix-huit
pointes
autour de trois centimètres de
ces
;
haut, trois ou quatre
large et à peine un millimètre
d’épaisseur. Par contre, les plus grands mesuraient
huit centimètres de long pour environ deux centi¬
mètres de large et à peu près un millimètre et demi
d’épaisseur. D’après nos observations, sur une lar¬
geur de cinq millimètres, l’artisan semble avoir
choisi de tailler de cinq à treize dents, en moyenne.
millimètres
de
La trousse du tatoueur comptait dix, quinze...
vingt et une lames conservées, très souvent, dans
un
étui de bambou parfois orné de motifs pyrogra-
vés. Il est possible que ce chiffre puisse être plus
important mais cet éventail est déjà remarquable.
Les lames conservées dans les collections sont, dans
leur majorité, de formes rectangulaires ou légère¬
ment
bords
triangulaires, au sommet arrondi, avec des
légèrement
convexes.
L’extrémité active.
La célébration du tatou âge
remarque
Ch.L. Clavel.
Les illustrations anciennes
montrent
de
Les
ces
quelques-uns
emmanchements.
systèmes de fixation
qui étaient définitifs (ce qui
semble être plus souvent le cas à
Nuku Hiva), ou tout à fait démontables
(le cas le plus fréquent à Hiva Oa), doivent être,
dans le premier cas, comparables aux laçages pra¬
tiqués pour les herminettes®. Les liens utilisés pour
laçages étaient sélectionnés parmi les nom¬
les
parfois légèrement
convexe
ou
plus simplement
plantes autrefois exploitées
breuses
pour
leurs
droite®, était biseautée, donc très fine, et taillée en
fibres et ce, en fonction de la durée, de la résistan¬
dents de scie. Le docteur Ch. L. Clavel, en 1881-82,
ce
remarqua que les deux faces de la lame étaient légè¬
connues
celles de la bourre entourant les noix de
excavées afin de mieux retenir l’encre®.
coco ou
celles tirées des racines de pandanus...
rement
parlent de lames diversement
courbes, en particulier pour celles tirées d’os d’oi¬
seaux :
“(Les) tohouka... sont généralement très
ou
Le manche était souvent fait de roseau, d’où le
Plusieurs témoins
habiles ;
seaux
de la finesse. Il faut citer parmi les mieux
nom
dé kakaho qui lui était parfois donné, ou en
bois d’hibiscus, également léger, ou bien encore en
leurs outils sont faits avec des os d’oi¬
bois de fer, nettement plus lourd.
façonnent avec ces os de petits ciseaux et
manche variait
; ils
en
La longueur du
fonction de l’usage recherché.
de petites gouges dentelées qu’ils font entrer dans
H. Melville
la peau en frappant dessus avec un petit bâton de
comme
bois dur”®. Par leur forme certaines permettaient,
l’oreille” !... Il est vrai que le tatoueur avait par¬
dit-on, de frapper un petit motif complet du type
fois à
figures de remplissage, ou intercalaires, fré¬
quemment utilisées entre les compositions plus
importantes. Quelques instruments ressemblaient à
un
poinçon. H. Melville explique à leur propos
qu’ils étaient utilisés à la manière de très fins pin¬
ceaux pour les touches finales, ou sur les parties du
corps les plus sensibles ; E.Berchon précise : “On
n’emploie point la baguette faisant office du petit
maillet lorsque l’opération se pratique sur les
paupières, les gencives ou d’autres parties déli¬
cates...”® De manière générale les petites lames
droites étaient utilisées pour tracer les lignes fines,
les plus larges servant à remplir, très efficacement,
de grands espaces : “Les exécutants sont de véri¬
tables experts et certains peignes sont si larges
qu’une large surface est couverte en un laps de
temps bien plus court qu’on ne l’imagine””. Ce
“aborder”.
des
médecin observa des lames munies de deux à une
La lame était insérée dans une fente pratiquée
dans le manche,
à peu de distance de l’extrémité,
peu comme
le fer d’une hache note le père
S. Delmas®.
L’inclinaison donnée était variable.
Souvent elle se
rapprochait de l’angle droit mais
pouvait former aussi
tatouer
des
parties du corps malaisées à
un
angle aigu
comme
le
55
En haut à gauche
Matériel de tatouage,
conservé au Musée de l’Homnie,
G.H.vonLangsdorff, 1811, p.47 reproduit un dessin assez simple
de cette lame.
datant de la dernière période, le
martelet a la particularité d’être
59. R. Linton, 1925, p. 136.
60. G.Dening, 1960, p.248.
61. B. Rolett, 1984, p.1632-1633.
62.
Heiheimanu ; la raie
léopard, Aeotabis narinari dont le père
S. Delmas dit, par exemple, qu^elle était tapu pour la vallée de Pua, à
Diversité des matières
et des formes Successivement,
étui de bambou (a), peignes tirés
Nuku Hiva.
d’os plats ou tubulaires (6), dards
63. Il est possible que cette convexité soit destinée aux lames utilisées
de raie (c) ; puis exemples de
vauchement à chaque frappe.
(e) provenant de fouilles de
64. Le même type d’observation a été fait par E. Berchon, 1860, p.l7,
Raiàtea.
pour imprimer des lignes qui, pour être parfaites, nécessitent un che¬
peigne formé d’arêtes de poisson : ^‘Les dents de l’instrument
sont à chaque instant plongées dans l’huile chargée de suie d’ama... ;
les arêtes de poisson présentent des espèces de cannelures naturelles
qui favorisent à merveille la réussite de ce procédé. ” Cette gorge pou¬
vait être ménagée en polissant la face interne de l’os humain, taillée à
sur
matières : os (d) et nacre
un
l’orée du canal médullaire.
65. W. Leblanc, 1895, p. 75.
66. E. Berchon, 1880, p. 16.
67. J. Coulter, 1845, p. 213.
68. Il faut en fait modifier un peu l’image ; ce n’est pas ici le peigne qui
douzaine de dents.
un
58.
parle même de “manches courbes
si on devait les introduire dans le tuyau de
porte une perforation, comme le fer d ’une hache, mais le manche luimême. Le peigne, comme une lame d’herminette, est implanté perpen¬
diculairement et non parallèlement à l’axe du manche.
69. Les manches mobiles de Hiva Oa étaient taillés dans des roseaux
qui poussent à moyenne altitude, sur les versarits des vallées (cf.
R.Linton, 1923, p.417). On pratiquait à l’un des bouts une petite
entaille pour y insérer l’extrémité proximale de la lame (tu peigne. A
Nuku Hiva les lames étaient fixées, de façon apparemment durable, à
l’aide d’un tressage ornemental très fin.
Dent de requin
montée sur un manche
sculpté à la façon d’un
éventail.
Te Patu Tiki
•
L'Art du
Tatouage aux Iles Marquises
■
Noix de bancoul
te
ce
de bambou ou sur la
suie grasse utilisée
comme
de Hakahetan, à Ua Pou, sur les circonstances
qui avaient précédé
d’une foliole de
cocotier. Elle fournit
une
Il est également fait mention de l’usage de cendres.
Lorsque W. Handy interrogea son informatri¬
enfilées sur une baguet¬
nervure
Le pigment
pigment. Dessin
de K. von den Steinen.
Demi-coques de
coco
appelées ipu
son
tatouage
juvénile (elle
d’herbe à l’intérieur d’un os creux ” dont on se ser¬
préparer les quantités de tapa
vit pour le tatouer™. Dans la plus grande majorité
nécessaires et d’avoir assisté, on dn moins vn, son
des cas, c’est donc la noix du bancoulier, ou ’ama
père préparer le four à suie de ’ama et l’avoir aidé
était utilisée.
Lorsqu’il n’y avait pas lieu de préparer une dose
importante : “Ils fabriqu(aient) l’encre à tatouer
sa
mère à
d’encre. Dessin de
K. von den Steinen.
Le fruit du
avec
H. Jouan”.
coquille de
allait être tatouée,
bancoulier,
’ama aux Marquises,
comparable, à une noix tant
par la taille que par l’aspect.
est
56
{Aleurites
jeune vierge, n’avait
pas été sage !” précise
Qnelques autres auteurs de la fin du
XIX‘ siècle (E. Berclion, A.P. Lesson...) citent cette
obligation, pour la préparation du pigment, sans
qu’il soit possible de retrouver d’indications plus
anciennes sur la présence d’une jeune vierge.
Le soin de la préparation du pigment, ka’ahu,
qui servait à composer l’encre, ou teinture : hinu,
était donc laissé au père de la jeune personne qui
régulièrement son
procédé est fort rare. J.B. Cabri évoque “un jus
aidé
“L’opération ne ponvait réussir si la pahoe,
peigne pour l’imprégner
H. Melville y ajoute un suc végétal. L’allusion à ce
avait alors donze ans), celle-ci se souvenait d’avoir
à la collecter™.
Le tatoueur y plongeait
premier à le faire est G.H. von Langsdorff,
Le
comme
en
Nouvelle-Zélande.
tation symbolique du pandanus.
Demi-coques
Collection du Musée d’Histoire
de Berne.
qui
du noir de fumée obtenu
nacre
amandes huileuses
qui leur fournissent la lumiè¬
Les noix étaient
re
en
préalablement torréfiées
afin d’en faciliter l’extraction. Elles étaient ensuite
enfilées
roseau
sur
ou
la
une
mince lamelle
nervure
de
bambou, de
centrale d’une foliole de
palme de cocotier. Une fois allumées, ces noix se
consumaient lentement et la suie était recueillie soit
à l’intérieur d’une demi-coque de coco bien polie,
C’était un acte sacré, marqué par le tapu. Le père
ipu patuki, que l’on tenait renversée au-dessus de
devait s’abstenir de tout contact avec les femmes et
la flamme, soit sur tout autre support qui pouvait
opérer à l’écart. Le pigment obtehu pouvait être
sembler adapté. Une fois recueillie, cette suie était
conservé, comme un bien précieux, sur plusieurs
conservée dans un tube de bambou fermé par un
générations en Nouvelle-Zélande™. Le procédé de
tampon de coton ou de tapa...
gé par le tapu ; relativement simple, il nécessitait
En fond
L.)
plaçant une
au-dessus de la flamme des
fabrication, aux Marquises, était également proté¬
Fa ’ci TïlCLTlCL [im. 60], repésen-
mollucana
cependant que l’on s’y prenne à l’avance. Dans les
cas les plus courants, le pigment était réalisé
par le
premier assistant du tuhuna, ou le tatoueur luimême, un peu avant le début des séances.
Cette préparation, et les techniques adoptées,
variaient en fonction de la quantité de pigment
nécessaire et des particularités locales ou des habi¬
tudes du tatoueur. Lors des enquêtes ethnogra¬
phiques de 1897-98 et de 1920-21, l’usage des
coques de coco et noix de hancoul pour préparer
le pigment de l’encre à tatouer était encore connu,
de même que les procédés de préparation. Les
auteurs anciens parlent le plus souvent de suie et ce
n’est que dans une bien moindre proportion qu’il
est
fait mention de charbon végétal pulvérisé ;
J.F. Blumenbach en 1804 et E. Jardin en 1853-54,
parlent de coque de noix de bancoul et D. Porter,
en 1813, de la coque de coco.
Pour de plus grandes quantités, R. Linton décrit
un
petit four à suie : amahi ’ama, constitué d’une
large pierre plate appelée pa’e hinu^^. La face où
recueillir la suie était posée en équilibre sur trois
pierres. On déposait ensuite dessous trois longues
brochettes de vingt noix chacune dont la combus¬
tion
dégageâit pendant des heures
une
épaisse
fumée qui venait se déposer sur la paroi supérieure
du four. E. Berchon note que l’on frappait le pa’e
hinu de petits coups réguliers, “au rythme d’un
martelage magique ” pour W. Handy, destinés pro¬
bablement à assurer une répartition relativement
homogène de la suie sur toute la surface de la pier¬
re. Cette suie, très fine et grasse, s’accumulait ainsi
sur une
épaisseur de deux à trois centimètres. La
combustion ayant cessé, la pierre était soigneuse¬
ment retournée sur une feuille de bananier et expo¬
sée
au
soleil. La suie,
plus sèche, était ensuite
décollée à l’aide d’une lamelle de bamhou.
Lorsque de très grandes quantités de pigment
étaient nécessaires, un immense four, réalisé dans
le même esprit, était construit. C’était une sorte de
tunnel
has, d’environ deux mètres, appelé puho
tutu’i a ka’ahu. E. Berchon et K. von den Steinen,
surtout, nous en donnent une intéressante descrip¬
tion. De grands blocs dont une des faces, lisse, était
M.G
•
creusée d’un certain nombre de cupules profondes
de huit à dix
centimètres, parfois moins, étaient
renversés sur un double
alignement de pierrailles
ménageant une sorte de canal où étaient déposées
faute d’examen suffisant ; mais il n’en
est rien et une
observation attentive fait
promptement reconnaître que la nuance
les longues chandelles de ’ama. Tous les interstices
plus souvent qu’à la
disposition, l’agencement du dessin lui-
étaient ensuite colmatés par un enduit de terre,
même, dont l’effet optique donne le chan¬
à
l’exception de quelques ouvertures ménagées au
sommet.
De nouvelles brochettes de noix étaient
poussées à l’intérieur de ce four au fur et à mesure
de leur combustion. Le dépôt de suie se faisait prin¬
cipalement dans les cupules et l’auteur allemand
ajoute qu’une seule nuit suffisait à recueillir plu¬
sieurs kilos de pigment très fin.
Ces pierres à cupules très présentes dans les
anciens lieux d’habitat et dont la
dimension, le
nombre et la variété soulèvent bien des questions,
remplissaient une autre fonction en rapport avec le
tatouage ; lorsque le pigment était préparé à partir
de coco carbonisées, le charbon était
réduit en poudre à l’aide d’un pilon de pierre, dans
ces
cupules qui servaient alors de mortier.
Le pigment était dilué, dans des proportions
variables, soit avec de l’eau de coco qui est stérile,
ou
plus simplement de l’eau dont le docteur
L. Rollin précise qu’elle était tiédie, soit encore
de coques
avec
dit
de l’buile de coco dont A. Baessler, en 1896,
également qu’elle avait été tiédie. Le père
le jeune maître
tatoueur qu’il vit opérer utilisait plusieurs prépa¬
rations : “Le patient était couché sur la paille,
entre les mains de plusieurs compagnons qui le
tenaient comme pour l’opération de chirurgie la
plus douloureuse et le jeune tatoueur, penché sur
lui, ayant à ses côtés ses tasses de diverses teintures
avec ses tablettes et ses
poinçons, espèce d’osse¬
ments de poisson très acérés, lui dessinait sur le
corps mille figures fort jolies, dentelles, broderies,
images de poissons ; puis, après le dessin tracé, lui
enfonçait dans l’épiderme ses aiguilles imbibées
d’une encre indélébile”™. 11 peut s’agir d’une
même préparation diversement diluée ou, peutêtre, de préparations réellement différentes. Une
description du révérend W. Ellis, publiée en 1853,
précise : “La matière colorante est d’un noir de
jais mais à travers la peau, elle donne une teinte
bleue ou couleur d’ardoise. Le visage est quelque¬
fois divisé en différents compartiments dont cha¬
cun reçoit sa propre nuance de couleur”".
En
Mathias
remarqua
que
1860, E. Berchon écrit: “Tous
ces
dessins
sem¬
blent à première vue d’uue teinte noire uniforme.
C’est ainsi que plusieurs voyageurs les ont décrits
La célébration du
noire n’est due le
ge sur la couleur réelle des hachures
très serrées de certains tatouages.
Ces
lignes
sont,
en
réalité,
d’un bleu
quelques individus
toujours
presque
foncé mais
présentent aussi de petits des¬
sins de couleur de laque
carminée
n’ont
qui
jamais été signalés jus¬
qu’ici”™. P. Pétard
apprend à ce
propos que “le suc
nous
obtenu par râpage
et
expression de
fraîche
l’écorce
de
la
noix
bancoul
de
ser¬
vait
à
colorer
le
tapa. On obtenait
une
rouge-brun pratique¬
belle teinte
ment indélébile. ”
cédé fut utilisé
Il ajoute que ce pro¬
tardivement, à Tahiti,
pour le tannage des peaux.
Les préparations à base de colorants
végétaux étaient nombreuses, bien connues
et
largement utilisées en Polynésie
comme
dans l’ensemble de l’Océanie.
Dans le tatouage
tent
polynésien elles res¬
toutefois très marginales et sont pro¬
bablement à attribuer à l’influence de marins
étrangers. Cette remarque permet du moins de rap¬
peler l’usage éventuel de sucs végétaux comme
colorant, usage par ailleurs connu en Amérique du
Sud et dans le Sud-Est asiatique. Le tatouage poly¬
nésien était traditionnellement monochrome mais
Mise en couleur d’une
gravure de l’expédition russe
de 1804. Elle pose la question
d’un possible tatouage en cou¬
leur. Si l’obtention du rouge, à
partir du Ficus tinctoria, fut
possible à Tahiti, elle ne semble
pas l’avoir été aux Marquises.
En revanche, le rouge, le jaune
et le vert pouvaient
70. W. Handy, 1965, p.202.
71. H.Jouan, 1857-58, p. 14.
72. H.G. Robley , 1896, “Mofeo ; or Maori tattooing” Londres, p.58.
73. J.B. Cabri, Genève, 1817, p.7 ; G.H. von Langsdorff, 1813, p. 118.
74. W. Leblanc, 1895, p. 75.
75. R. Linton, 1923, p.417-418.
76. Père Mathias, 1843, 1^" lettre, p.131-132.
77. Révérend W. Ellis, 1853, p.315.
78. E. Berchon, 1861, p. 12 ; P. Pétard, 1986, p. 195.
être obtenus
à partir de sucs de plantes mêlés
aux
huiles et utilisés à certaines
occasions en peinture corporelle.
En fond
Deux ’e/lCtfCt, Bambou de
Grenoble.
tatouage
Te Patu Tik
■
L’Art du
Tatouage aux Iles Marquises
la
hien que cela ne soit pas courant ; en dehors des
même de mieux envelopper et protéger celle, bles¬
Marquises, c’était le cas à Mangareva et en NouvelleZélande. Ainsi, en plus de leur génie pour créer
de motifs
toutes sortes
au
sein d’un cadre tradi¬
tionnel, les maîtres tatoueurs cherchèrent à nuan¬
soit sur le tracé du remplissage par le hiais de lignes
concrètement car l’écorce, dont celle du hau, peut
être d’une résistance extraordinaire. Cette étoffe
Le tapa
végétale était utilisée en de très
grandes quantités tout au long des séances : si le sol
de l’endroit était jonché des feuillages secs recou¬
verts de nattes, il pouvait parfois, pour
plus de
confort, être agrémenté de tapa et c’était hahituellement sur un tapa qu’étaient alignés les diverses
lames et peignes du tatoueur qui se servait d’un :
morceau de
tapa (pour) essuyer l’excédent de
la liqueur noire qui se répand sur la peau et empê¬
“
...
même principe que celles de
Hawaii et de Nouvelle-Zélande.
Ci-dessous
Modèle du Musée
58
de Wellington
Parmi les motifs qui le composent,
domine l'image de deux requins
comparables à ceux des bambous
de Colmar et de Toulouse... ou
du rocher sur les hauteurs de la
vallée de Hatiheu, à Nuku Hiva.
Femme enveloppée dans
un
vêtement de tapa.
Dessin de M. Radiguet.
“peau” de l’arbre, contenait en effet une part
essentielle de ses qualités, en particulier la résis¬
fines, plus ou moins serrées ou entrecroisées.
Cette étoffe
Elle est bicolore et conçue sur le
sée, de l’être humain. Ce produit, tiré de la
symbolique, comme “barrière de
protection” contre les agressions extérieures, et
■
du Musée de l'Homme
plante ; comme “peau végétale”, elle était à
leurs réalisations en jouant soit sur le pigment,
cer
Effigie en tapa
81.Mrs2V
des gradations de ton pouvaient être recherchées,
cherait la netteté du dessin
tance
à la fois
végétale, lorsqu’elle était associée à certains rites,
revêtait une réelle importance que ce soit par la
matière ou la couleur. Le tapa de teinte brunrouge, tiré du banian, était réservé aux chefs et le
tapa parfaitement blanc, associé à la lune et tiré de
l’arbre à pain mais surtout du mûrier, était associé
à de multiples circonstances religieuses car il mar¬
quait le tapiâK Sa valeur religieuse, ou sacrée, se
trouve bien mise en évidence lors des cérémonies de
présentation des jeunes tatoués. Les récits légen¬
daires parlent souvent à cette occasion de naissan¬
Pour le préparer, il fallait observer les usages
ce
d’un être nouveau.
compte dn calendrier lunaire pour faire la
Il est à remarquer enfin que le tapa tradition¬
récolte de l’écorce qui en est la matière première, à
nel des Marquises était le seul, en Polynésie, qui ne
et tenir
un
moment
précis correspondant au mouvement de
soit orné d’aucun motif décoratif,
même pour le
la sève. Il fallait aussi respecter des nécessités pra¬
pièces les plus prestigieuses. Les rares tapa avec
tiques afin d’éviter, par exemple, de retrouver sur
ornements
la matière travaillée la ligne plus somhre et la plus
soit un crâne soit une représentation grossièrement
lâche du cheminement de l’eau le long du tronc ou
s’il y avait entre eux un lien de sang, une femme
anthropomorphe et figuraient un tatouage.
Les très rares exemples d’effigies sauvegar¬
dées, destinées à être suspendues, sont habituelle¬
ment considérées comme des objets sacrés ou éven¬
tuellement, comme Françoise Girard l’explique,
préparait le tapa de ses fils et neveux, mais ne pou¬
des modèles de maître
de
la
hranche.
D’autres
règles, par contre,
n’étaient que la conséquence de craintes : une
femme ne pouvait l’apprêter pour un homme, que
sont
très
particuliers. Ils recouvraient
tatoueur
.
Nous
avons
vu
époux... Enfin
aussi qu’il existait des sortes de mannequins, tout à
“cette étoffe (était) toujours confectionnée par les
fait tapu, sur lesquels étaient tracés des motifs exa¬
femmes, à l’exception de celle utilisée dans un hut
minés par le conseil des anciens lors de l’attribu¬
sacré.
tion de nouveaux tatouages. De même, parfois, des
confectionner celui de
vait
son
A une époque ancienne le tapa devait protéger
contre
“
les
ouvertures ”
la peau,
esprits qui, profitant des
pratiquées dans
mauvais
toutes
sortes
de troubles.
Cette
étoffe
alliait
au
moins deux vertus, aux
l’écorce
de
d’un
arbre,
concentrait
tainement
l’énergie de.
'
leur
“ double
79.
V.Lallour, 1843-49, vol. 4, cahier 3, f’ 17.
80. W.P. Crook,
1800, p.4 de son ms. soit p.3 du ms. dactylographié
par G.M. Seahan.
“Quelquefois le iite (mûrier à papier)
lequel on fait des tapa très estimés, vient à manquer. Vite /’ahui
(sorte de tapuj est déclaré pour cinq ans sur cet arbre ; ait bout de
cette période, o7i pourra faire une récolte
magnifique. ” p.36.
P.E. Eyriauddes Vergnes, 1877 :
C.F. Gordon-Cumming, 1882, p. 57, remarque à Toc-
elle
ccr-
virent
clan victorieux®'^.
avec
des anciens :
tirée
prestigieux
tatoué” conservé dans la maison des guerriers du
pouvaient entrer
dans le corps et y provoquer
yeux
prisonniers
casion des cérémonies funéraires concernant une
:
“prophétesse” de Omoa, à Fatuiva, qu’on lui avait
construit un bâtiment surmonté d’une banderole de
tapa blanc qui représentait la lune.
•«syn,
Lallour, 1843-1849, Cahier 3,f
17.
’
•
La célébration du
Les modèles en tapa
Ces effigies
constituées de structures de bois,
relativement petites et tendues de
tapa, semblent avoir été conçues
pour être suspendues.
L’identification des motifs de
tatouage, souvent bicolores, qui
les ornent permet de les classer
parmi les représentations
anthropomorphes. La tête, en
relief, appartient au type des
nutu
kaha [im. 269]; suit un
motif habituellement porté au
bras, éventuellement à la cuisse :
le ipu [im. 131]. hes poka'a
[im.353], présents parfois dès le
sommet
du crâne, se répartissent
autour
des ipu et sur le torse ou
sur
le dos, lorsque, et c’est la cas
pour celui du Bishop Muséum, le
tapa se prolonge suffisamment...
Suit un bandeau figurant, plus
ou
moins schématiquement, une
succession de générations : che¬
vrons ou
alignement (V’enata
[im. 42] et d'etua [im. 49] audessus ou au-dessous duquel
figure, pour deux d'entre eux sur
le torse ou sur le dos, un mata
[im. 226] composé de demi-etua.
Au bas de ce “fétiche”, selon
l'expression du XIX'' siècle, les
compositions diffèrent : ka'ake
[im. 146], poka'a, raie ou
requins, mata... L'ensemble tra¬
duit l'image d'un être important
dont la personne entière génère
la fécondité. Il est j)robable que
ces
effigies ne furent jamais
fabriquées pour être commercia¬
lisées et qu’elles furent stricte¬
ment destinées
ou
à l'usage religieux
commémoratif de familles de
l'archipel.
“Effigie au chignon”
Elle fait partie des collections du
Bernice Pauahi Bishop Muséum
d'Hawaii. La structure de bois,
haute de 59cm, est en bois
tendre.
tatouage
Les bambous
Le bambou
vert
était autrefois utilisé
comme
récipient pour le transport et la conservation de l’eau
et
l’employait pour la cnisson à l’étonffée. Il ser¬
on
vait aussi à
:
peignes à
tatouer, pigments, plumes, nécessaire à fnmer.
Dans le
flûtes
et
comme
ces
des supports de motifs de tatouage. Les flûtes,
destinées an divertissement, étaient de taille et d’nsage variés.
Il y avait de petits sifflets ki et des flûtes à
trois ou cinq trous pu ’akaii (ou pu kakahau) d’envi¬
ron
50 cm de long. Les llûtes nasales pu ihu, quant à
elles longues de 40 cm, étaient généralement pereées
de trous
F. X. Caillet décrit ainsi nn festin d'adieu dans la
vallée de Taiohae aux Marquises en 1845 : “...le repas
est
bambou, on fabriqnait également des
objets que l’on considère aujourd’hui
alignés ; une des extrémités était ouverte,
les Européens qui les achetaient ne pouvaient
alors peu connu.
pendre nn fusil ou encore de contenant
protéger les petits objets fragiles
pour
que
guère se faire tatouer eux-mêmes, tant cet art était
terminé. Chacun se lève pour se rendre à la case
sacrée, c'est là qne l'on doit prendre le kava... Le sen¬
tier qui y conduit est tapu comme tous les autres che¬
mins qui conduisent anx antres lienx sacrés...
Nous
étions précédés d'un vieillard coiffé d'nn bonnet ... en
feuilles de cocotier tressé
canne
dont le pommeau
;
il avait à la main une
était orné d'une touffe de
barbes blanches et sous le hras un bamhon sur lequel
on
avait
dessiné, au moyen d'un fil de fer rongi au
feu, les dessins de tons les tatonages...”.
tandis que l’autre était naturellement fermée par un
Bordeaux - (2)
nœnd.
Lit surface de ces instruments était parfois déco¬
rée de motifs pyrogravés on incisés pnis noircis avec
colorant. Ponr
un
l’essentiel, les motifs qni les
ornaient appartiennent an répertoire des tatonages,
Flûte traversière, pu ihu, Musée d'Aquitaine.
L. 38,5cm, D. 2,5cm.
L'organisation de son dessin est en registres réguliers et trans¬
versaux.
Des paires de ipu ’oto sont séparées par des ivi puhi.
ce
qni les rend comparables à la catégorie des modèles
A l'arrière, le remplissage entre les ipu ’oto est assuré par des
ou
souvenirs de tatonenrs.
motifs plus petits. Ce tatouage était sans doute destiné au bras.
Ces
objets, très voisins, ne présentent pas de
perforation et peuvent être nettement plus grands
Grenoble - (3)
(plus de 60 à 70 cm) ; leur décor suit les règles de dis¬
Flûtes et modèle de
position des motifs du tatouage sur le corps, plus par¬
tatoueur.
ticulièrement les membres. On observe
d'Histoire Naturelle.
une
sur
un
côté
succession de dessins ponr le dessns dn bras, de
l'épaule à la main et, sur l’antre, ceux ornant le des¬
sous
du bras, de l'aisselle au poignet (lectnre boustro-
phédone). Grâce à eux le maître tatoueur pouvait
présenter ses traeés originaux tont en restant dans le
cadre de la tradition. Il proposait les agencements les
pins en vogue et faisait ainsi état de sa maîtrise... Les
motifs réservés aux autres parties du corps semblent
avoir été tracés
sur
d'antres snpports :
peut-être le
tapa des troncs de bananier, dn bois on dessinés sur
le rocber avec une sorte d'argile, ou d’ocre.
considérer
On peut
qu’en dehors de ce rôle d'enseigne, ces
bambous ont eu pour fonction de commémorer la fin
d’nne séance de tatouage ou d’honorer la mémoire et
le tatouage d’une personne décédée.
Il y ent autour des années 1840 nn engonement
Rochelle
pour ces objets et donc une production plus soutenue.
L. 48,5 cm.
La présence de la
garnison française qni se rendait
parfois en Nouvelle-Calédonie, à nne époqne où les
Kanaks développaient un art de la représentation sur
bambou, permit aux Marquisiens d’en être sans doute
des témoins indirects. Ces bambons devinrent, un
temps, l'objet d'nn commerce d'autant plus apprécié
Muséum
Cannes - (4)
Bordeaux - (9)
Musée La Castre, Cannes.
Modèle de tatoueur. Musée d'Aquitaine.
Ouvert à une extrémité. L. 69 cm-70 cm, D. 6,5 cm.
Paris - (6)
Pièce ancienne, collectée vers 1840.
Flûte nasale, Musée de l'Homme,
Les deux tiers du modèle correspondent aux motifs ornant le
section Ethnomusicologie.
bras, côté intérieur pour les motifs de gauche et extérieur pour
Ouvert à une extrémité, deux trous, L. 37 cm, D. 3,2 cm.
ceux de
Trois registres superposés de paires de ipu ’oto.
Le dernier tiers était destiné aux jambes.
Paris - (7)
Modèle de tatoueur, Musée de l'Homme.
Ouvert à une extrémité. L. 41 cm, D. 4 cm.
Le dessin est
composé de nombreux motifs agrémentés de
niho peata. Ces motifs sont destinés au bras et disposés en
deux bandes verticales. Celle de gauche correspond à l'inté¬
rieur du bras et de l'avant-bras, celle de droite à l'extérieur du
bras et de l'avant-bras. En haut à gauche, se situe le décor de
i'aisselle et en haut à droite celui du dos de la main.
Paris - (s)
Flûte nasale. Musée de l'Homme,
section Ethnomusicologie.
L. 41cm, D. 4cm.
Collecté à Nuku Hiva.
K. von den Steinen
nomme
cette flûte le "bambou aux pois¬
sons" et évoque "l'artiste du bambou aux poissons".
Le dessin est développé sur toute la longueur. Les motifs sont
disposés en deux registres verticaux. D'un côté ceux qui pour¬
raient correspondre au dessous du
bras avec en bas le nutu
kaha du dos de la main et de l'autre, des motifs figuratifs : pois¬
sons,
requins, tortues et végétaux. Ce second registre était-il
destiné au dessus du bras ?
—•
Ci-contre
Planche n° 8 de L’Album
polynésien de Ch. Noury, (5).
Commandant
de rétablisse-
I;
ment militaire
’
de Nuku Hiva,
vers
1848.
Elle figure
un
casse-tête,
un
manche
d’éventail
et le
relevé des
deux faces d’un
bambou gravé
marquisien.
r.
droite avec le dessus de la main et des doigts.
Te Patu Tiki
•
L’Art du
Tatouage aux Iles Marquises
Les modèles en bois
En dehors des tikis de bois et des
planches représentant un
ensemble de tatouage qui ont pu
avoir pour objet de commémorer
le tatouage d'un défunt ou d'une
victime importante, les modèles
en
bois n'existèrent probable¬
ment pas
sous cette forme, de
bras ou de jambes, à l'époque
pré-européenne. Le côté durable
ne
présentait guère d’intérêt
pour les Marquisiens qui arri¬
vaient au mêmes fins sur des
matériaux moins contraignants.
La recherche, par les Européens,
d'objets exotiques amena, en
revanche, les sculpteurs et les
tatoueurs à
développer, par la
suite, ce type de support utile à
leur réputation. Les composi¬
tions variaient selon les clients et
il ne pouvait s'agir, sur ces
modèles, que de suggérer des dis¬
positions classiques.
Lors de la mission du Bishop
Muséum, en 1920-21, il fut ques¬
tion de chefs de famille ayant un
lit surélevé. Certains de ces
modèles de jambes, dotés d’un
tenon, furent présentés comme
les pieds de ces lits... Il s'agit
probablement dans ce cas, de
créations de charpentier de
marine ayant fait école.
“Je puis affirmer... que les
tatoueurs
qui exercent leur art
jDendant les fêtes interminables
ou kohika (sic) des îles océa¬
niennes, apportent ordinaire¬
ment avec eux
des planches gra¬
vées où sont offerts au public les
dessins les plus variés.”
E. Berchon.
•
La célébration du
tatouage
Page de gauche
Jambes
du Bishop Muséum
Le tiki de bois de Lille
graphiées à Taiohae par
H. Stolpe, lors de son passa¬
d’Ethnologie.
Il s'agit de jambes photo¬
ge en 1884, et faisant partie,
Musée d'Histoire Naturelle et
Le tatouage facial rattache cette
effigie aux îles où Ton porte le
semble-t-il, de la collection
ti’apu [im. 408] ; ce n'est toute¬
Robert (cf. K. von den
fois pas Fatuiva puisque la
Steinen). Les deux paires
bande qui passe sur la bouche ne
présentent : pour la premiè¬
couvre
re,
des cuisses ornées d'un
grand nutu kaha [im. 269]
auquel succède un poVi
[im.352] au-dessus du genou
long nutu kaha sur la
et un
rotule. Viennent ensuite les
séries de pahito [im. 290] qui
s'étendent jusqu'au coup de
pied ; sur les côtés du genou
des kopeka [im.214] enca¬
drent le bas du visage. Le
mollet est tatoué d'un ipu ani
[im. 132] et l'arrière de la
cuisse compte des mata
[im. 226] et des kanake
[im. 146]. Le haut des cuisses
est cerné de larges bandeaux
dont les puhi puha [im. 377]
sont probablement une
variante. La structure reste
assez
te ;
voisine de la précéden¬
à noter l'emploi de po’Vi
à la place de kopeka et sur
les chevilles, et un usage des
paires de poka’a dans un jeu
de damier sur le côté des
pas les narines ; reste
Hiva Oa, Tahuata, Ua Huka ou
éventuellement Ua Pou. Les
dents de requins, niho peata
[im. 265] et motifs en losange
prédominent sur les bandes
intercalaires des joues et du
front. Les bandes du torse cor¬
respondent au groupe des kahu
moehu [im. 155] et fautai
[im. 66] et le dos est découpé en
peka tua [im. 329] formé de
grands aplats noirs : po’o
[im. 356], pepehipu [im. 331]...
dont un est ajouré de koniho
[im. 212] ou îiiho peata.
Un pepehipu orne la nuque et un
grand po’Vi [im. 352] le dos du
crâne, tandis que deux plus
petits sont placés au centre des
pahito [im.290] du mollet. En
dehors des successions de pahito
sur
les jambes, il y a quelques
tracés triangulaires qui gagnent
les hanches ; cf. hue
’a’o
[im. 110]. La face interne des
jambes et des bras, n'est, en
revanche, pas tatouée.
63
Te Patu Tiki
•
L’Art du
Tatouage aux Iles Marquises
Planches
Paris, Trocadéro
Musée de l'Homme, dpt.
d'Océanie, France,
d'inventaire : 94 77 1.
Fonction : planche
“commémorative” gravée.
Planche. L. 88cm.
Relevé : partiel par K. von den
Steinen ; Pierre Ottino.
Historique : première mention,
1995, "Trésors des îles
Marquises".
Dessin : ces motifs semblent des¬
tinés à la jambe avec en haut des
représentations figuratives avec
j)ersonnages et peut-être chevaux
s'il ne s'agit pas de chiens. La
planche serait donc postérieure à
l'arrivée des Européens. Celte
large bande figurative ornerait le
haut de la cuisse; la paire de ipu
'oto [im. 138] séparée par une
bainle verticale serait disposée
de part et d'autre du genou, sur
les côtés, les motifs inférieurs
concerneraient la jambe et. plus
bas, la cheville. Les motifs se dis¬
posent symétriquement par rap¬
port à l'axe central de la planche
qui correspond à l'axe central et
avant
de la jambe.
Wellington
The Muséum of New Zealaiid Te
Papa Tongarewa.
N° d’inventaire : n° 248, PL 117
du catalogue de la coll. Oldman.
Dessin : succession de visages et
regards: ipu [im. 131], ipu ani
[im. 132] ou po’i’i [im. 352],
mata
[im.226], visages proches
(les nutu kaha [im.269] et pihao
[im. 336] tpii semblent intégrer le
symbole de l'hameçon, metau
[im.254] ainsi ([ue des koniho
[im.212]...
XK
•
La célébration du tatouage
LiX.Ulii
nervure
de cocotier qui, une
de foliole de palme
fois enduite de teinture, permettait par sa flexibi¬
grande souplesse de tracé. Tous les
cependant, ne semblent pas avoir exé¬
cuté d’esquisse préalable.
Les récipients étaient toujours simples et
empruntés directement à la nature. L’encre était
ainsi préparée dans diverses coques de coco ; il
existait par ailleurs des variétés de gourdes ou cale¬
basses bien adaptées à la réalisation de tels usten¬
siles. Ces godets pour l’encre étaient désignés par le
ternie de ipu hinu. Le pigment était conservé, de
même que les lames des peignes, dans des sections
de bambou formant des étuis tubulaires parfaite¬
ment adaptés, qui pouvaient être décorés de motifs
lité
une
tatoueurs,
pyrogravés inspirés des motifs de tatouage. Ils
étaient appelés pukohe ka’ahu lorsqu’ils renfer¬
maient le pigment et pukohe fauu hinu ou pukohe
ta’a patuki lorsqu’ils protégaient les lames
des peignes.
L’éventail était également un allié
indispensable, manié moins par le
tatoueur que par ses assistants, pour
lutter
contre
le
tournoiement
des
mouches. Il existait un autre auxiliaire,
de l’image
d’un ancêtre déifié, ce qui n’est pas incompatible
Il se peut également qu’il s’agisse
du reste avec le fait que de tels souvenirs aient servi
plus tard de modèles de référence à leurs descen¬
dants... A. Lavondès rappelle un texte de F. Bennett
parfois nécessaire pour maintenir le patient
lorsque les assistants manquaient. Il s’agissait d’un
tronc on
de sortes d’attelles destinés à éviter tout
mouvement
incontrôlé,
ce
qui faisait dire à
D. Porter : “Par fierté... ils supportaient tous les
aspects de cette torture, dont celui d’être attaché
(1840) expliquant que, durant leur enfance, les fils
durant le lent et pénible cours des opérations, pour
et
ne
filles de grands chefs qui devaient être investis
sacré de leurs parents, étaient reclus
dans des sortes de tentes de tapa tendues sur des
du pouvoir
interrompre le maître tatoueur
Ces
sortes d’étaux étaient, selon les besoins, improvisés
pas
en
tronc de bananier ou de facture
plus durable et,
gaulettes d’hibiscus ; le devant d’un de ces édifices
était orné de quelques planches peintes de figures
pour cela, réalisés dans un bois plus dur.
de représentations sur bois, des “poteaux” poly¬
bous, planchettes de bois, tapa probablement ou
mystiques en noir et rouge. Il exista d’autres genres
chromes,
ou
sculptés,
semblant figurer des
tatouages qui furent sauvés ou photographiés à la
fin du siècle dernier. Très peu hélas !
■
Autres
accessoires
SERVANT au COURS DE
et
produits
l’oPÉRATION
Pour les autres accessoires, l’essentiel de leurs
vertus
Il faut encore citer quelques écuelles et boîtes,
des nattes, et parfois
des compositions sur bam¬
des esquisses réalisées au besoin sur la pierre. De
véritables modèles existaient
:
quelques-uns
en
bambou pyrogravé furent conservés, de rares plan¬
chettes de bois sculptés
tions
ainsi que des représenta¬
complètes des tatouages des bras
ou
des
jambes.
devait être de faciliter le déroulement des
opérations. Pour tracer les grandes lignes ou le
contour de certaines figures, les tatoueurs, lors¬
83. D. Porter, 1823, p. 114.
qu’ils en éprouvaient la nécessité, utilisaient une
bien tendue la peau frissonnante du tatoué et de maîtriser les mouve¬
sorte de fusain ou bâtonnet carbonisé.
Ch.L. Clavel
remarque à ce propos l’excellente utilisation de la
Père S. Delmas, 1927 : “Afin de pouvoir opérer tranquillement, l'artis¬
te
se
faisait aider par des hommes qui avaient pour mission de tenir
ments de celui-ci so«s le coup de la douleur. Pour plus de sûreté, on le
plo<;ait d'ordinaire entre deux troncs de bananier où il était attaché et
retemi comme dans un étau. *’ p.135-186.
La princesse
Paetini ou
Ha’apa Vehine,
présentée comme petite-fille de
Kiatonui par D. Porter, était d’une
grande beautés Plusieurs accompagna¬
teurs
de J. Dumont d’Urville firent son
portrait. La pose est identique mais de
nombreuses différences apparaissent
dans le détail des motifs : raie, éven¬
tail, requin, e.tua....
a.
Dessin original de E.A. Goupil.
b. Dessin de E. Le Guillou.
c.
Lithographie de L.Lebreton.
Te Patu Tiki
•
L’Art du
Tatouage aux lies Marquises
Le choix des motifs et de leurs emplacements
•—
Mains et pieds de
Vaekehu. Les femmes devaienl
avoir obligatoirement les lèvres
et
Tune des mains tatouées, si
possible, le pourtour des oreilles
et, en fonction de leur rang,
Favant-bras, le pied et le bas des
jambes.
Vaekehu, épouse de Te
Moana, chef principal de
Taiohae, Nuku Hiva. Elle avait
49 ans lorsque P. Loti fit son
j)ortrait.
Lorsque le tuhuna était arrivé, on l’accueillait
puis on choisissait les futurs motifs"*, guidé par ses
conseils et en fonction d’impératifs divers préala¬
çée, le respect de la corrélation
motifs
l’Index
illustré p. 193.
évoque l’importance
et le caractère obligatoire de ce “ choix ”
grâce aux
souvenirs de la “reine” Vaekehu ([ui devait avoir
soixante et un ans lors de son passage :
souffert cruellement, j’ai beaucoup pleuré
fin à mon supplice ; tout fut inutile : il fal¬
Nuku Hiva, en profitent pour
ge au-delà des limites classiques.
Kahi, tatoueur de Hanaupe, fait
preuve d’audace dans cette com¬
position qui couvre
la totalité des jambes.
Il ne sera pas le seul tatoueur
d’Hiva Oa à le faire.
Au retour de l’expédition russe de 1804, cer¬
ses
membres se penchèrent sur ces ques¬
sible les précautions prises dans le choix et l’attri¬
figures en fonction de faits précis : la
pêche
aux
requins pour certains niho peata, la participa¬
bution des
mort d’un ennemi, un enata, un lien avec la
oreilles révélât ma noble origine... ” Puis ce fut le
tion à la construction de lieux de réunions comme
petite-fille, d’attirer
l’attention sur ces derniers: “Examinez (les
tatouages) de la reine ; ils (le) méritent vraiment...
le hue a kake et le hopu moa, à des danses ou acti¬
sur
les tohua comme le tapu vai kake ou le
hue ata,
Voici d’abord
à “un grand repas où un cochon était
offert”
kake upoko -, ce qui évoque les “asso¬
Elisabeth,
de Mme
sur
sa
les mains des
lignes en forme
vités
-
d’écailles, puis les dessins s’agrandissent ; voilà des
bracelets, puis des cocotiers, des poissons. Et ces
ciations de banquet” marquées par un
tatouages sont des symboles : les écailles rapellent
l’attachement à
la nourriture des
indigènes ; le cocotier
(sic), le feu roi Témoana.
Cette pratique
pousser l’étendue de leur tatoua¬
~
lait que le tatouage des mains et des bras jusqu’à
ancêtre du mari de sa majesté Va Hé
Vaekehu, Tahia ’Apeku’a, à
pIîTsieurs textes.
quand
jours, mes mains restèrent grosses comme
Ké Hou
suffisants, comme la sœur de
régions du corps apparaît donc, en pointillé, dans
tions et relevèrent avec autant d’attention que pos¬
planté à Taiohae par le dieu Tama Oua,
Celles qui disposent de moyens
fonction des personnes, des circonstances et des
sieurs
sentent
du XIX' siècle.
en
tains de
balance son plumet au-dessus des îles et fut
grande liberté s’installe dans
l’archipel dans la seconde moitié
certains
“Oh ! j’ai
Tiki, le dieu de la pêche ; le porc et le requin repré¬
pour les femmes : une plus
entre
région du corps était observée. La
une
les taouas m’ont fait cette opération. Pendant plu¬
tour
Evolution du tatouage
et
réalité d’un contrôle sévère sur le choix des motifs
Le lieutenant A.Davin,
l’épaule, des pieds, des genoux, de la bouche et des
Page de droite
Ainsi, même en ces années
1880 où la dégénérescence du tatouage était amor-
tation est renvoyée en fin d’ouvrage dans
mettre
^
chez un même individu, suivant
les régions du corps
blement débattus ou connus de tous. Leur présen¬
des méis. C’est en vain que je suppliai ma mère de
66
et sont différents,
plus
rare,
devient de plus en
Monseigneur
ayant
défendu de condamner les enfants
à ce genre de supplice... Pourtant,
les indigènes
qui de père en fUs
pratiquent cette industrie trou¬
vent encore de
l’ouvrage
Ch.L. Clavel écrivait;;^:
à
la
époque
“Aujourd’hui... cha¬
cun
même
fait à sa guise et
désigne les régions
du corps qu’il veut
embellir. 11 n’en était
pas de même autre- i
fois...
une
oka... et pour eux : “les figures avec lesquelles le
corps doit être tatoué sont choisies avec grand soin
et
des
ornements
appropriés sont sélection¬
nés en fonctioîT des dîïférentes parties du
corps.
en
Elles consistent, pour une part,
animaux, et pour une autre en des
sujets qui goivent taire référence,
par un biais ou un autre, à leurs us
l coutumes
ans
ce
choix délicat du
tatouage intervient sans doute
aussi la notion de protection de
et
l’énergie vitale
le
désir
de l’ac¬
croître. Ce souci était
dominant, du moins
^ pour qui les promesses
j’au-delà pouvaient être
ifectivement améliorées,
!qui n’était pas le cas
tous,
le monde des
esprits reprodui¬
beaucoup
d’un sujet à l’autre-, t
religieuse, par un
autorité
Les dessins'
varient
kehu” ou
keheu, mata epo ou “tuaheu” ou tua keheu...,
sant
.’KsWïâ
à
détails
peu
de
près les
divisions du monde des vivants. L’univers polyné¬
sien s’organisait en effet, pour une part du moins,
de la notion de circulation d’une
autour
entre
énergie
deux })ôles, le mana pour utiliser un terme
En fond
Vcii Jne’ciTnCl^ motif pour les
fesses (les femmes [im.478].
commode mais recouvrant des notions complexes.
Ces pôles sont Po - la nuit, le monde des esprits,
des dieux
des
et
revenants
-
vivants et de la lumière, etc.
et
Ao - monde des
-
la notion de tapu
contrôler et “protéger” ce flux de
forces, sa déperdition et son accumulation. Le
mana risquait fréquemment en effet de diminuer
ou
d’être englouti dans le Po et N. Thomas
étant là pour
la place déterminante des orifices du
lunuaiii dans cette croyance"". D’où, très
remarque
corps
probablement, ces tatouages obligatoires pour les
femmes sur les lèvres, près des oreilles, etc. Le
vagin était considéré comme le plus puissant de ces
passages, peut-être en raison de son rôle lors de la
naissance où les enfants émergaient du Po ; la puis¬
sance surnaturelle de la personne pouvait y être
engloutie. A l’importance de cet orifice, sont égale¬
ment associées les substances qui y séjournent ;
selon les circonstances, ce
canal était donc soit
bénéfique, soit maléfique. Dans la plupart des cul¬
tures, ces points du corps ont été l’objet de “sur¬
veillance”. L’âme ne pouvait-elle pas s’évader
les oreilles ou la bouche ! Si c’était par
“accident”, lors d’un rêve ou d’un étourdis¬
sement, ce n’était que provisoire mais il n’en
par
fallait pas moins l’éviter car ces fugues épi¬
sodiques risquaient d’être définitives
84. Il faut souligner qu \iu cours du dernier quart du XIX'
siècle, le goût personnel des individus finit par prévaloir
sur
le
sens
profond des motifs de tatouage. Le rituel
s’était progressivement effacé pour ne conserver que la
solennité des cérémonies touchant surtout les chefs et
leurs enfants premiers-nés.
85.
A.Davin, 1886, Cliap. VU, p.218-220. Ces propos ne sont
cités ici que par ce qu’ils évoquent qui est sans doute, proche de
qu’en quelques jours
difficile de parfaitement
la réalité. Par contre, certains détails,
dans
une
contrée inconnue il était
mémoriser, sont sujets à caution. Les noms sont toujours diffi¬
ciles à retenir et il est ici question par exemple de Tiki, divini¬
té bien
nom :
connue
et
qui sans doute s’est substituée à un autre
Tanaoa, peut-être.
N.B. les mei .sont les fruits de l’arbre à pain dont les plus
petits sont de la taille d’une tête d’enfant.
86. Ch.L. Clavel,
1885, p. 25-27.
87. G.H.von Langsdorjf,
1813, p.122.
Ce choix privilégié pour certaines parties du corps se retrouve
dans d’autres archipels ; ainsi à Mangareva, la poitrine n’était
tatouée que chez les guerriers
les plus vaillants et, si le front
d’un homme était tatoué, c’était le signe qu’il avait reçu l’en¬
semble des tatouages qu’il était en droit de porter.
Cf. P.H.Buck
“Ethnology of Mangareva ”, B.P. Bisliop Muséum Bulletin,
n°157,p.l77, 180-181.
88. A', rhomas, 1990, /1.69-73.
Modèle de Kahi,
tatoueur de
Tlanaupe.
Illustration tle
K. vonden Steinen.
Ci-contre
Transposition
des motifs de Kahi
sur un
modèle
contemporain.
Dessin de
PalCab.
•
c’était alors la mort. Si ces essences du corps pou¬
corps. Bien sûr les anciens préceptes étaient men¬
échapper cela voulait dire également
que d’autres, malignes, pouvaient tout aussi bien y
pénétrer ! Là encore les tatouages les plus fré¬
quents se trouvaient à la frontière de ces zones. Le
nombril était un de ces emplacements à risque,
d’autant plus important “qu'il étail~au-eentr-e-£lu
corps et que sa situation “d’axe”, ici comme dans
songers... mais tout de même ! Est-ce que vous vou¬
vaient s’en
cultures, en faisait un centre vital, celui
d’autres
par lequel s’était transmise la substance maternelle
et
à travers elle, le lignage de l’enfant. L’obligation
faite
aux
femmes
de porter
des tatouages
aux
mains, spécialement la droite, est en complet
accord avec ces concepts.
va
Il en
de même pour les articula¬
tions
qui font l’objet des
tatouages
les plus courants
chez
femme ;
une
driez rendre vos amis malades ? Très mauvais de
manger dans des plats couverts avec les images des¬
tinées à couvrir le corps !“’
valeur ^acrée
des motifs, la force miraculeuse de
dans
les
l’idée de
déli¬
cats dans ce mouvement qui vient d’être évoqué ;
elles sont autant de nœuds permettant ou non l’ac¬
tion, la circulation et il convenait de les protéger.
Le témoignage d’un des derniers maîtres
tatoueurs en vie, entre 1920-21, complète ces
divers éléments et met en relief l’usage, spécifique
autrefois, des motifs de tatouage pour la peau, du
moins pour un grand nombre d’entre eux, à l’ex¬
ception peut-être du tapa Le fait que certains
soient ainsi réservés aux êtres humains participe à
une
logique et des raisons qui n’ont pas été
recueillies, mais qui, dans l’esprit non “christiani¬
sé” d’un Marquisien initié aux vieilles croyances,
devaient s’expliquer par les effets attendus et les
conséquences graves qui pouvaient en découler.
Payant des parties du corps qu’il avait l’habitude
de tatouer chez les hommes, ce tatoueur les désigna
en répétant : “Tout, tout ! ”. Il ajouta “Différent
pour les femmes ; seulement les lèvrès, les oreilles,
les mains, les jambes, parfois l’avant-bras.
Autrefois, une élégante « ceinture » sur les reins de
anecdotique ”
mais
place
néan-
moins capitale dans la rencontre
associées à l’idée de passages
.
se
le soleil et la lune. Le
tatouage y tient une
sous-jacente. Les articulations
sont
remarquable
récits
ment
protection de points sensibles y
est
tatouage
légendaires. C’était
encore vrai en 1897-98
lorsque K.vonden Steinen
recueillit à Hiva Oa la légende de Kena (p. 266) et
en 1934 lorsque S.Elbert recueillit à Tahuata la
légende de Teahi a Puaiki (p. 269). Ce récit
est l’expression d’un mythe, lié
au déplacemeut d’étoiles et
d’astres, dont probable¬
maintenait
de
ces
corps,
à la fois célestes et
divins, leur union ou leur séparation. K. von den
Steinen relève
avec
beaucoup de patience, à tra¬
les récits polynésiens, cet aspect de l’origine
vers
du tatouage. Selon lui on y retrouve : “l’idée fon¬
les
vers
Evolution du tatouage
au XIX' siècle
Le tatouage perd son aspect de
carapace.
une
sorte
Les motifs obéissent à
de géographie du corps
où les régions privilégiées sont la
face externe des cuisses et le bas
du dos, les zones érogènes, le
buste, les bras et le visage. Cette
organisation, qui ne ressort que
sur
les corps les plus tatoués, évo¬
lue toutefois à l’intérieur de ce
cadre en fonction des îles, du sexe,
des fonctions et des époques.
1804, guerrier tatoué de Nkh*;
.
.
1813, “Mouna”, chef des guerriers
Tei’i, de Taiohae, à Nkh*;
182.5, “Poopie”, habitant de Nkh*;
.
.
.
.
.
1842, chef de NkiÎ* en grande tenue ;
1845, chef marquisien de Nkh*
1849, émigré martjuisien à Tahiti ;
1884, jeune marquisien partielle¬
ment vêtu
.
à l’européenne ;
1880-1890, Taïpihuu, baie de
Hanaiapa, Hiva Oa ;
.
1890-1900, Tumamani, jeune
homme de Puamau, Hiva Oa.
*Nkii : Nuku Hiva
mythes, selon laquelle les contrastes de
lumière créés par les vents et les nuages sur la lune
sont
aux
les tatouages
de divinités qui l’enseignèrent
hommes... Le vent et les nuages donnent nais¬
sance aux
motifs les plus anciens de Polynésie cen¬
trale (placés à la hanche) ; ... Les nuages sont tout
particulièrement liés à l’apparition de l’aurore, ou
du crépuscule, et à leur rapport amoureux avec le
croissant de lune qui les contraint à adopter un
tatouage facial où leur visage est noirci. Ce tatoua¬
ge facial est devenu une des particularités de la
Nouvelle-Zélande et des Marquises... C’est surtout
en
Nouvelle-Zélande que l’on trouve la comparai¬
son
du tatouage des héros célestes à l’embrasement
du ciel par temps d’orage*; si le dieu lève le bras,
un
éclair éblouissant jaillit au-dessus des nuages...
Ce sont les mêmes éclairs que lancent le corps de
dire mais je ne l’ai jamais vue. ” Puis, se remémo¬
Maui... ou du dieu tatoué de la tempête, Tawhaki...
il confia à l’interprète mar¬
“... que dans l’ancien temps, les gens
connaissaient les vraies images. Il y avait des
images pour la peau et des images pour le bois
sculpté. Elles étaient différentes. ” Pour lui, confiet-il encore, c’était folie de placer sur un bol utilisé
pour la nourriture des motifs destinés à orner le
Page de gauche
damentale qui transparaît, partout la même à tra¬
Vaekehu «reine» de Nuku Hiva. Je l’ai entendu
rant tous ses souvenirs,
(Fai aux Marquises)”. Ils se retrouvent illuminant
quisien
les héros marquisiens Teahi a Puaiki ou Kena. La
:
—•
résille pour gagner celui d’une
Enfin, alors même que l’on oubliait tout de la
l’éclat émanant d’un
La célébration du tato
lumière
est
associée, dans les
croyances
polyné¬
siennes, à l’idée d’énergie créatrice, à la vie, au
89.
W.Handy, 1965, p. 111.
90. Cette tournure poético-symbolique se retrouve dans le nom Ikioani
de la déesse marquisienne ; cf. Index des noms propres.
Jeune homme de Vaitahu,
ce
dessin attribué à J. Addison
fut exécuté entre 1837 et 1840.
La bande couvrant la bouche est
entièrement terminée, elle englo¬
be le menton. De la mâchoire
partent des lignes, limites d’un
tatouage du cou, (jui, parfois,
descend sur le torse.
Ci-contre
Ko ^oha.^ récipient en bois
sculpté. Lorsque le tatouage fut
interdit certains motifs furent
réutilisés par les scidpteurs.
Te Patu Tiki
■
L’Art du
Tatouage aux îles Marquises
pouvoir procréateur, à l’idée de mana’' ; sous cet
“Son aisselle, nouvellement tatouée
Atea, la lumière du jour, surgit alors de cette obs¬
envoie une lueur d’éclair (ui’a) qui illumine la mai¬
curité et se manifesta par la puissance de son éclat.
dont sa mère le met en
garde ; - Cet id’a est dangereux car il peut tuer ton
épouse ! Garde-le en toi ! ” H.Lavondès remarque
dans cette légende que “ le tatouage est mis en rela¬
tion avec le surfing... (or cette pratique si elle est)
De cette illumination est issu Ono, le son ; par leur
froid et du silence et l’anrore, Atanua, naquit”.
abusive, en mettant le héros dans un contact... trop
motifs dont le port
prolongé avec la mer, le faisait entrer en relation
avec un monde obscur de la
peau noircie par le
soleil... le monde marin et le monde pourri et téné¬
breux des morts... (Le tatouage que subit ensuite le
héros) le situe (par contre) du côté du monde lumi¬
devant un conseil. Selon les zones du corps et les
de
Le tambour des
.70
est
à membrane unique ; celle-ci
était en peau de requin.
ses
parents, ce
selon
laquelle tout baignait tout d’abord dans le
alliance ils brisèrent l’immensité de l’obscurité, du
Tout ceci souligne l’importance
du choix des
pouvait nécessiter de passer
propos pour lesquels ils devaient être appliqués, il
existait tout un éventail de figures.
Dans les der¬
niers temps, seul un très petit nombre de personnes
semble avoir conservé les éléments de connaissance
de l’univers des vivants. Il semble bien
permettant de saisir l’importance du respect de ces
qu’une des fonctions esthétiques du tatouage ait
été, aux yeux des Marquisiens, de faire ressortir
par contraste la blancheur des parties de peau lais¬
sées libres... (et susciterait) l’idée que la significa¬
tion du tatouage est à rechercher non seulement
dans les dessins marqués sur la peau mais aussi
dans le fond sur lequel les motifs sont portés”’^.
Ce n’est peut-êtrejg_as.l’effet du hasard si le
pigment est toujours tiré du règne végétal et en par-
traditions et leur signification, c’est pourquoi sans
et
neux
Marquises, pahu,
qui se retrouve un peu partout en Polynésie, et
froid et une semi-obscurité sur qui régnait Tanaoa.
son
En fond
tradition de l’archipel concernant la Création,
angle sans donte, elle explique la valeur de l’asso¬
ciation entre le tatouage et le contraste lumineux
qui était recherché et l’image de l’éclair redoutable
de Kena :
Nutu kaha, [im. 269].
une
ticulier d’une noix dont il était tiré une lumière. On
retrouve cette opposition fondamentale entre
curité
et
l’éclat de la
l’obs¬
lumière, en particulier sa
faculté de donner la vie ou du moins de créer, dans
doute, au temps des dernières enquêtes ethnogra¬
phiques, le tatouage passa plus pour jtn caprice
esthétique que pour un rouage essentiel de la socié¬
té marquisienne. Ceci s’explique en partie par le
fait que la spécificité des connaissances y était
farouchement protégée, ce qui concentre à l’extrê¬
me le savoir du “pourquoi des choses” et finit par
entraîner, au moment de la désagrégation des cou¬
tumes, un désintérêt pour tout ce qui est le fait de
“l’autre” et la connaissance qu’il peut détenir,
dont il n’y a rien à savoir et dont on ne peut rien
savoir.
Le déroulement des séances
Tout
sacrée
et
acte
avait pour les
le tatouage
anciens une origine
n’échappe pas à
était issu. En ces instants-là, encore au XIX' siècle,
la présence des
divinités protectrices du tatouage
était considérée comme effective’*. L’essence donc
du tatouage et la gravité de la situation dans laquel¬
le allait se trouver le patient, commandaient
le respect
Par leur
de préceptes traditionnels.
intermédiaire, il s’agissait
essentiellement d’attirer la bienveillance
et
la protection des divini¬
tés concernées
un
et
d’observer
ensemble
d’instruc¬
tions
ancestrales,
gages
entre autres d’efficacité.
•
La célébration du
tatouage
Au matin de l’ouverture
des
premières séances,
vent avant
sou¬
l’aube, les conques
résonnaient dans
toutes
les directions, les tam¬
la réussite ou l’insuccès de l’entreprise et se
cer
bours se mettaient à battre sur la place où se ras¬
terrninant sur la consécration de l’objet achevé par
semblaient les jeunes de la vallée. Ils pouvaient être
la récitation du chant de la génération, ces incan¬
plus de soixante au siècle dernier, déjà éprouvé
tations causatives
forte clinte démographique”.
C’était à eux qu’incombait la tâche de construire
les abris, déjà évoqués, destinés au tatouage et
commandés par le père.
Les vibrations des conques et des tambovirs
retentissaient alors à nouveau pour marquer le
début du tapu qui allait, durant quelques jours ou
quelques semaines, tenir à l’écart une partie des
membres de la tribu. Les femmes, en particulier,
savaient qu’à partir de cet instant il leur faudrait
faire de grands détours pour éviter les abords de
importantes que le travail proprement dit et il fal¬
pourtant par une
ces
lieux.
fils du chef (tama haka’iki), et les chefs de la val¬
lée
se
immuable exactitu¬
de””. Les paroles en avaient été composées, sous la
direction d’un spécialiste, un tuhunaputu, lors des
travaux de construction de la case de tatouage ; ils
lait s’en
rendaient alors à la case de tatouage {ha’e
acquitter
avec une
étaient considérés comme une “fête”, une cérémo¬
nie appelée koina putu. L’accompagnement consis¬
tait en petits tambours appelés tutu, divers claque¬
ments
:
celui des aisselles évoqué par les Russes en
1804, pipikatu, celui des mains, papaki, ou de la
main
etc.
Les plus proches parents, alliés masculins du
passaient pour être non moins
le coude appuyé contre le corps, hako,
sur
Bien que le putu soit chanté
trois cercles
sur
à l’unisson, les
très puissante. Le tuhuna lançait la première phra¬
de création,
premier acte de procréation, celui où Atea, le père
Céleste, féconda One U’i, la Sombre Terre ; sa
graves.
se
Kavci,, Piper methysticumy
plante de la famille du poivrier,
utilisée comme anesthésiant lors
d’opérations ; la boisson consom¬
mée par les hommes, légèrement
narcotique, procurait une
relaxation musculaire et un som¬
meil peuplé de rêves mais rendait
tout bruit
insupportable.
71
des rangées, alors qu’à d’autres moments tous
la tâche à ce niveau transcendant, on convoquait
fête
de nouvelles
incantations on les envoyait demander à divers
rejetons d’Atea l’écot des matériaux nécessaires...
Chaque industrie avait ses divinités tutélaires, ses
patrons mythiques dont il fallait solliciter le
secours... Hamatakee, pour le tatouage. (Lors du
chant) on récapitulait le processus (de création)
d’un bout à l’autre, exactement tel que l’avait
suivi... le premier... La psalmodie racontait toute
l’opération (et) se terminait en conférant solennel¬
lement (un) nom... Précédées d’une surveillance
attentive de tous les présages susceptibles d’annon¬
cuisses...
qui était ensuite reprise successivement par cha¬
cune
invitait tous les membres de sa famille et les amis
par
mains, les genoux, le haut des
chef de chœur : kahua, menait le groupe d’une voix
jusqu’à cette pierre ou à cet arbre que l’indigène
va
employer pour son travail. Après avoir haussé
légendaires et
kaha [im.269] et autres
çaient les voix intermédiaires. Face au tuhuna, le
chantaient ensemble.
messagers
nutu
motifs apparentés, placés sur les
A l’extérieur du cercle se trouvaient les
puissance génératrice, passant par la naissance des
terres et des arbres, descend tout naturellement
des
pirogues de guerre. La mâchoire
étirée est caractéristique des
après le centre occupé par le tuhuna putu, était
celle des hommes les plus âgés et des voix les plus
dérivé du
acte
tête que celle ornant la proue des
concentriques du chœur chantaient
voix des jeunes les plus hautes et, au milieu, se pla¬
un
Plat à kava, tanoa
Il se termine par le même type de
registre différent. La première rangée,
un
patiki) afin de la consacrer. C’était l’occasion du
premier chant spécialement composé en l’honneur
des futurs tatoués et de l’abri où se feraient les opé¬
rations, unpiitit*. “ Pour l’indigène des Marquises,
explique W. Handy, la confection de tout objet neuf
était littéralement
—•
“Au jour convenu pour la cérémonie, le père
du sexe masculin ; et, comme il n’y a pas de bonne
sans
festin, il faisait apporter force popoï et
force kaku. Le poisson cru, les cochons et le kava
91. E.S.C. Handy, 1927, p.35.
92. H. Lavoiidès, 1975, vol.l, p.287-288.
93. Cf. E. Tregear et N. Thomas : ‘^Songs ofthe Marquesans
94. K. von den Steinen, 1925-28, vol.l, p. 49-59 et 86 ; père S. Delmas,
1927, p. 188-189.
population actuelle, autour de 7 000 âmes dans rarchipel,
communauté installée à Tahiti. Elle fut
estimée à environ 100000 personnes, ou plus, à la fin du XVlll' siècle ;
chiffre ramené à une fourchette de 43 000 à 90 000 habitants par les
démographes. Cf. .J.L.Rallu, : “Les populations océaniennes au XIX''
95. La
compte également une forte
et XX' siècle”,
INED et PUF, Travaux et Documents, n° 128, 1990.
96. E.S.C. Handy, 1923, p. 305-306 et p. 336-337.
97. W. Handy, 1938, p. 17-19.
Les conques marines,
putoka ou piitona étaient desti¬
nées aux annonces importantes
et
encourageaient les guerriers.
Tiki
•
L'Art du
Tatouage aux lies Marquises
ne
Fa’a mana
(divinités et hommes),
[im. 60]
faisaient point non pins défant””. Suivait donc
abondamment pourvu en mets de choix,
cuits au four polynésien, accompagnés de tous les
un
repas
fruits... Les divinités n’étaient pas
oubliées, en
particulier les divinités tutélaires du tatouage,
Hamatakee et sa sœur Ikioani.
Les offrandes
l’expédition russe citent
à défaut le fruit de
l’arbre à pain. Le maître tatoueur déposait le foie
de l’animal dans le “panier à nourriture” de la
déesse en prononçant ces paroles : “Voici pour toi
Ikioani ! ” Cette corbeille restait suspendue dans
l’abri tout au long des opérations et à partir de cet
instant tous les tapu devaient être strictement
observés car la déesse était présente. Lorsque le
temps passé devenait très long ou éprouvant pour
les jeunes assistants, ceux-ci pouvaient s’inter¬
rompre en y déposant des pousses de bananier. Ces
nourritures, dont la symbolique n’est pas toujours
bien connue, opéraient à la façon d’appâts, les
prêtres, ou experts, sachant que la divinité ne pou¬
Les membres
offrande le porc ou
comme
Ua iuki’B, ua tuki-e, ua luki-e
Ua tuki-e, to liki-e
Poporara to liki-e
O te tunane
o
te
kui-e
To’u tiki-e
Il est frappé,
U est
il est frappé, il est frappé.
frappé, ton dessin
dessin
Pan pan ! pan pan ! ton
Le frère de la mère
Mon dessin !
Chant pour encourager
au
tatouage.
Bananier,
Musa paradisiaca
Herbacée géante dont des
vait y résister”.
centaines de variétés furent dif¬
férenciées par les Océaniens
pour qui elles constituaient une
des bases de la
de
La
qui dirigeait à présent les opérations ; “Tu vois
panier à nourriture ; si tu y mets des bananes
mon
je ne viendrai plus ! ” En plaçant ces pousses de
bananiers les
jeunes gens signifiaient au tuhuna
que la déesse partait et qu’ils allaient être libres de
faire de même. Le tuhuna aurait alors
assez
satisfait ; “ Dans trois
jours
aller retrouver des femmes.”...
répliqué
vous pourrez
sous-entendu, lui
aussi, ajoute Tanteur allemand
L’arbre à pain est également souvent cité.
Il
l’est pour ses fruits, considérés comme l’offrande
de ceux qui ne pouvaient donner un cochon, ainsi
que pour ses
feuilles qui, comme celles du bana¬
nier, permettaient de présenter ou d’envelopper
une
offrande. Il l’est également pour le tapa desti¬
né à envelopper ou habiller certaines effigies.
légende raconte,
nous
l’avons
vu,
Le
que
poisson, ika, nous le verrons à plusieurs
Hamatakee déroba l’art du tatouage à sa sœur mais
reprises, figure parmi les offrandes privilégiées en
que celle-ci consentit toutefois
à l’assister. Depuis
don de clôture. Parmi ces poissons, il existait des
le tuhuna place un foie dans un panier à son
intention. Cet organe était un de ceux dont
espèces particulières dédiées aux divinités ou aux
prêtres : “Il y avait autrefois des animaux sacrés
les puissantes propriétés, liées au sang pro¬
réservés aux dieux que l’on ne pouvait tuer ou qui
nourriture.
bablement,
étaient
unanimement
devaient leur être offerts ; ainsi
la
carangue,
le
mulet étaient tapu. Lorsqu’un de ces poissons était
reconnues*.
Le bananier venait ensuite ; F.B.H. Brown
précise qu’il s’agissait de variétés particu¬
lières
qui étaient choisies soit pour les feuilles,
fréquemment utilisées comme présentoir ou
pour envelopper les offrandes, soit pour
les fruits présentés en offrande tout
comme les pousses'"'. Toujours selon le
récit recueilli àTa’aoa : “La sœur (la
déesse Ikioani) aurait dit à son frère
pris on l’offrait à Vetua. ” Dans de nombreuses cul¬
tures, le poisson est symbole de l’eau, des mondes
inférieurs mais aussi
symbole du phallus par sa
faculté de reproduction étonnante. Il fut assez sou¬
vent
schématisé par un losange et rapproché ainsi
de l’image de la vulve.
Comme la tortue, il passe
pour un médiateur entre deux mondes, faculté ren¬
forcée d’autant s’il est de couleur rouge, ce qui le
rend automatiquement tapu.
La pratique
En dehors de quelques points de détails, rien
ne
différenciait apparemment
les
sexes
dans la
façon d’être tatoué. “Les acteurs, logeant et tra¬
vaillant
dans
ce
local sacré,
nous
dit
encore
W. Handy, se
consacraient, de tout cœur et très
solennellement, à l’ouvrage entrepris en se concen¬
trant sur cette
tâche unique et en fermant autant
que possible leurs sens aux distractions du monde
extérieur. Purifiés par un
bain dans la mer, ils
entraient dans l’édifice nouvellement construit, où
jamais aucune femme n’avait pénétré, et obser¬
vaient une continence rigoureuse pendant toute la
durée du travail ;
ils faisaient même leur propre
cuisine afin d’éviter que des mains non consacrées
ne
touchent leur nourriture. Bien mieux, lorsqu’un
tatouage était en train, les opérateurs devaient se
cacher pour peu
qu’une femme apparût au loin.
Les étrangers d’une antre vallée qui avaient en le
•
La célébration du
—•
L’acte du tatouage resta
entouré de multiples tapa, ou
interdits, jusqu’à ce qu’il soit
lui-même sanctionné par l’admi¬
nistration. L ’illustration de
G.H. von LangsdorlT et les gra¬
vures
tent
qui en sont inspirées res¬
la seule référence connue
pour les Marquises.
Les gestes du tatouage
restèrent longtemps les mêmes,
quelque soit l’archipel : celui du
martelel frappant le peigne selon
une
cadence rapide et une force
mesurée afin que le pigment ne
pénètre pas au-delà de la profon¬
deur de rigueur et ne noie pas le
tracé en s’étalant.
malheur de survenir au milieu d’un travail consa¬
poignets et sa taille étaient liés par les liens d’écor¬
cré, durent parfois expier la profanation jusqu’au
de/ait à un tronc de bananier de façon à ce que,
dans sa douleur, il ne puisse se débattre et donner
des coups. Les deux hommes étaient assis sur son
corps et l’un maintenait la peau tendue tandis que
l’autre travaillait”'®. “Il paraissait bien, aux gri¬
maces
du pauvre tatoué, que l’opération avait
quelque chose de piquant, car ces hommes qui
jamais ne se plaignent, pas même l’enfant, des plus
grands maux, ne peuvent s’empêcher de faire
entendre alors des soupirs de douleur”'®. La pré¬
sence d’un
premier assistant restait la situation
minimale préférable. Il tendait la peau sous les
dents du peigne'"', éventait les blessures en chas¬
sant les mouches et relayait le tatoueur qui avait
bout
en
se
laissant
tuer et
principe les femmes
manger””. Donc, en
pouvaient assister
ne
aux
d’un homme'” et, lorsqu’il
s’agissait de les tatouer, nous dit J.Coulter, il fal¬
lait les maintenir plus fermement car elles s’éva¬
nouissaient plus fréquemment que les hommes...
Cela n’empêcha pas certaines, toutefois, d’être très
largement tatouées !
séances de tatouage
Les assistants
■
Le nombre d’assistants variait selon les cir¬
constances.
De J.B. Cabri à Ch.L. Clavel, les pre¬
miers observateurs ne parlent que d’une seule per¬
sonne
maintenant fermement le patient. Plus tardi¬
vement
G. Cuzent, K. von den Steinen, L. Rollin et
surtout
les Handy et R. Linton parlèrent de trois
puis quatre, voire six assistants, plus
ou
moins
obligatoires. Pour les personnes importantes, ce
sont ses
compagnons de rang qui étaient préférés.
Ils étaient
souvent
recrutés
parmi les proches de
l’âge du tatoué, ou les membres de sa famille. Le
nombre variait probablement en fonction de la dif¬
ficulté du travail et de la situation du patient car ce
dernier devait subvenir aux besoins des aides. Leur
rôle était de le maintenir et de le distraire par des
chants, anecdotes, récits et pantomimes ou facéties
les plus diverses.
Dans bien des
cas
le
tatoueur
exerçait seul.
Dans la légende de Teahi a Puaiki ce jeune tout à
fait démuni, élu par le destin, se devait de porter
un
tatouage éblouissant. Le travail fut donc exécu¬
té en deux mois par deux maîtres tatoueurs, l’im
assistant l’autre. Durant tout ce temps,
Puaiki
resta
étendu
sur
le sol ;
ses
“.Teahi a
chevilles, ses
Dessin d’après une photographie
de K. von den Steinen.
ce
Séance de tatouage
aux
îles Samoa.
98. Ch.L. Clavel, 1885, p.24.
99. Cette idée
coiu's
d'appât est évoquée par le père S. Delmas, 1927, au
des cérémonies où des victimes humaines étaient offertes.
100. K. vondenSteinen, 1925-1928, vol. 1, p.52.
L'idée de force de caractère et de courage est encore actuellement étroi¬
fait d'affronter l'épreuve du tatouage et lui confère
partie de sa valeur. Il est intéressant de la retrouver, peut-être,
dans l'offrande du foie.
tement associée au
une
101. B.H.Broiüii Forest, 1931,
Bull. 84, p. 159-160.
“Flora of Southeastern Polynesia I”,
Cf. également 0. Degener : “Plants of Hawai'i National Park illustra¬
tive of plants and customs of the South seas. ", 1945.
102. K. vonden Steinen, 1925-1928, vol. 1, p.52.
103. W. Handy, 1938, p. 17-19.
104. K. vonden Steinen, 1925-1928, vol.l : “Les femmes et les jeunes
filles marquisiennes n'avaient, autrefois, pas le droit, comme peut-être
celles de Samoa et de Nouvelle-Zélande, d’as.sister au tatouage des
hommes mais étaient tatouées par des hommes, "p.52.
Ch.L. Clavel, 1885 : “Les femmes ne pouvaient assister à l'opération ;
pour elles la case était un endroit tajm. ” p.24.
105. Récit recueilli par S. Elbert.
106. Père M.G. Mathias, 1843, i'" lettre, p. 131-132.
107. E. Berchon, 1860, p. 16, observe que “ la peau est... préalablement
—•
soit à l'aide de ligatures. "
/pu, [im. 131 ]
tendue assez fortement, soit par les mains du tatoueur ou de ses aides,
tatouage
•
frappé les contours, pour les tâches simples comme
le remplissage des motifs. Il apprenait ainsi, en
même temps, l’art du tatouage. Il pouvait esquisser
les lignes les plus simples et seconder le maître,
comme
on
le faisait autrefois dans les écoles de
peinture d’Occident ! Cet acolyte, souvent un fils
du maître
ou
que
ses
camarades, il
se
devait d’observer les
tapu concernant, en particulier, les contacts “pol¬
luants” pour son mana...
Le tapu et les règles à
observer étaient très strictes, mais on les connaît
mal‘“. Au XIX" siècle, on pensait encore que si le
haka’iki, le fils héritier du chef, touchait
tama
quoi que ce soit de ses mains au cours de la pério¬
de où il recevait ses j)remiers tatouages, il risquait
de mourir
au
combat
ou
ge
assistant.
Les séances débutaient enfin. Sur le sol, rendu
possible, s’installaient le
patient. Ce dernier ne portait que
son ceinturon de tapa appelé hami... Le tatoueur
étendait au sol, à ses côtés, un tapa sur lequel il
disposait les peignes, les écuelles de teinture et
confortable
que
tatoueur et son
la partie inférieure du
corps,
alors que ses jeunes camarades, de rang inférieur
et
dont la tête était donc moins tapu, l’étaient
à
l’inverse, c’est-à-dire en commençant par le visage.
Le visage était en outre un endroit particuliè¬
rement
sensible, qui saignait ou laissait s’écouler
beaucoup de lymphe, et donc dangereux à tatouer.
Il était couramment admis qu’en cas d’inflamma¬
tion trop importante les séances étaient abandon¬
nées pour un temps ; dans le cas où cette inflam¬
mation touchait le jeune ’opou, cela signifiait l’ar¬
rêt des séances pour ses compagnons et donc, pour
eux,
un
tatouage
bien incomplet en dehors des
lignes générales !
■
Les formules sacrées
Ces incantations, qui permettaient de réaliser
des actions difficiles, faisaient parties du répertoi¬
Faisaient-elles par¬
ties de la vie de simples mortels... ! ? Les légendes
tendent à le faire croire, mais ce ne seraient plus
re
aussi
de jeunes adolescents, le ’opou était tatoué en
commençant par
même subitement'®. Un
semblable devait toucher le maître et son
tapu
conception explique que lors des séances de tatoua¬
jeune homme doué désireux d’ap¬
prendre, était appelé koua ou ’oua. Plus encore
sacré du héros marquisien.
épiques si le merveilleux n’intervenait
parfois avec beaucoup d’humour. Il n’en
des récits
pas,
demeure pas moins que les “ anciens ” possédaient
des
connaissances
indéniables
qui leur permet¬
de modèle.
taient de contrôler le souffle (c’étaient d’excellents
Ensuite, selon la complexité du dessin et sa propre
de maîtriser l’effort musculaire,
leurs constructions mégali¬
thiques de basalte sont encore
là pour en témoigner ; ils res¬
pectaient enfin profondément
éventuellement les
tablettes
servant
dextérité, il pouvait esquisser les lignes générales
de la composition qu’il allait commencer. Le reste
était exécuté à main levée, ainsi que J. Coulter le
précise. Toutefois, s’il s’agissait de séances collec¬
quelqu’ultimes précautions restaient à
prendre.
■ Le sens dans lequel les opérations
tives,
AVAIENT LIEU
La tête était un des pôles de concentration du
mana
le plus important de la personne. Cette den¬
plongeurs)
les
vertus et
secrets.
priétés familiales et “claniques”
transmises
car
avec
circonspection
elles correspondaient à de
facultés ;
elles
alliés indispen¬
sables lors d’un danger, d’une
épreuve, face à l’inconnu"".
précieuses
étaient
sens
bien des
Ces formules étaient des pro¬
térieur du corps ou au contact de l’extérieur, expli¬
étaient, ou n’étaient pas, tatouées au visage et le
ou
la nature dont ils connaissaient
sité d’énergie et le sens de son déplacement à l’in¬
quent la raison pour laquelle certaines personnes
des
inversé par lequel on procédait au tatouage
Le maître tatoueur ne pouvait se
de tatouer la face de certains person¬
nages de très liant rang qu’en fonction de son
propre degré de mana alors qu’au contraire, il
aurait mis en péril son propre acquis en tatouant
une femme au visage, à moins qu’elle ne soit de son
sang ou de très baut rang, c’est-à-dire qu’elle pos¬
sède elle-même beaucoup de cette énergie. Cette
des jeunes gens.
permettre
La célébration du tatouage
108. En Nouvelle-Zélande, le souci d’éviter
les contacts avec la nourriture et le trau¬
matisme des chairs avaient poussé les arti¬
à tailler de petits entonnoirs de bois, si
précieux qu’ils pouvaient être magnifique¬
ment sculptés, pour nourrir le chef ou le
sans
maître tatoueur.
Î09. K. von den Steinen, 1925-1928,
p.85.
îlO. A. Koskineii, 1960, p. 117-123.
vol.l,
Motif circulaire, kotipi
[im. 218] caractéristique du
tatouage traditionnel des
hommes jusqu’au XIX‘‘ siècle.
Page de gauche
Le maître tatoueur
pouvait opérer seul mais en
fonction des parties du corps,
de la complexité du dessin ou de
l’anijileur du travail, la présence
d’un assistant s’imposait ; c’était
pour ce dernier, futur tatoueur
lui-méme, la meilleure façon
d’apprentlre. Photographie de
tatouage aux îles Samoa.
Le tatouage du visage
Illustration de
A.J.von Krusenstern.
75
Te Patu Tiki
L'Art du
•
Tatouage aux lies Marquises
Le tapa était
indispensable, cette étoffe
était tirée iTiine partie située
sous
récorce de plusieurs espèces
végétales. Les Marquisiennes
“...lorsqu’elles (le) fabriquent...
servent...
se
Un aspect anecdotique de leur efficacité apparaît
rendre si douloureuses les opérations, pour Tun des
dans la légende de Kena ; ce héros soucienx d’acqué¬
jeunes, qu’elles durent sans cesse être interrom¬
rir une nouvelle personnalité se rendit aux séances
pues. Cet artifice lui permit d’être tatoué, aussi com¬
organisées pour de jeunes héritiers
plètement que possible, durant les panses de repos
et également de supporter la peine sans faillir'" !
de tatouage
d’Atuona. Grâce à
ses
incantations, il réussit à
de jeunes branches
La durée
de l’arbre à pain. Elles en
réunissent de grandes quantités
qu’elles laissent tremper dans la
rivière, sous des pierres ; au
bout d’un certain temps,
Ces
tatoueur
aspects
de cette étoffe qu’elles
posent sur une pièce de
bois très dur, aplatie
et
très unie, et la
maillet cannelé
de manière à
l’élargir et à l’amin¬
cir ; puis elles y ajoutent
nouvelle bande qui fait corps
avec
martelet
l’index fléchi, ou l’index et le
majeur. Cette même main tenait
frappent avec un
une
son
qu’il tenait “à la façon d’un archet”,
dit Ch.L. Clavel, tandis que la gauche
maintenait le peigne, entre le pouce
elles prennent une bande
et
particuliers étant réglés, le
saisissait de la main droite
la première, et ainsi de
suite...” W.Leblanc.
Tatouage du visage eu
Nouvelle-Zélande.
Peinture de G. Lindauer.
également une bande de tapa“^
avec
laquelle, au fur et mesure du
travail, il épongeait régulièrement
les sérosités et le sang qui brouillaient le
champ. W.C. Handy décrit ainsi l’opéra¬
tion : “ ...Après que le motif ait été esquissé sur le
corps avec un charbon de bois, le tuhuna ou l’as¬
sistant prenait de la main gauche le peigne et le
morceau de
tapa avec lequel d’un tour de main
adroit il essuyait le sang qui s’écoulait des perfora¬
tions, faites dans la peau d’un coup mesuré sur le
haut du peigne avec le bâtonnet, tenu de la main
droite. Au
cours
de
son
travail il assurait
une
quantité suffisante d’encre en plongeant deux des
doigts de la main droite dans l’encre et en les pas¬
Ce mouvement, selon les cas,
était systématique ; “L’instrument, un coquillage
aux dents
aiguisées, est plongé dans la teinture pra¬
tiquement après chaque application...” ; ou bien
ne se faisait
que de temps à autre""*. Une antre
technique consistait, enfin, à tremper le peigne
sant sur le
peigne
dans l’encre.
G.H. von Langsdorff et
J.F. Blumenbach semblent
-^3
évoquer une autre méthode, mais il n’est pas sûr
que cela ne soit pas le résultat d’une difficulté d’in¬
terprétation du texte, par le traducteur, surtout si
celui-ci avait en tête la façon de pratiquer le
tatouage en
Nouvelle-Zélande : “La ponctuation
achevée, au moment où le sang perce, tant soit peu,
à travers les légères
égratignures faites par l’ins¬
trument, on prend du charbon d’une noix huileuse
délayée dans de l’eau et l’on en frotte avec force
l’endroit ponctué. ”"**
Quant à la position du peigne, E.Berchon
remarque : “Aucun des voyageurs n’a... indiqué le
sens
suivant lequel l’instrument vient rencontrer la
peau ; et, bien que nous ne puissions affirmer qu’il
en
est
ainsi, nous avons vu que les pointes acérées
étaient ordinairement placées dans une position à
peu près parallèle, ou légèrement oblique, par rap¬
port à la peau ” et il ajoute “ quant au degré de pro¬
fondeur des piqûres, il est naturellement variable
selon les régions et la plus ou moins grande épais¬
seur ou
sensibilité des tissus
succédaient alors selon
tés
se
un
rythme régulier qui
prolongeait en
général quelques
heures avant que la
se
séance ne se termine,
ce
qui
suppose une
belle résistance à
la douleur !
Les coups précipi¬
■
La célébration du
tatouage
Frapper, éponger, tremper le peigne, étaler
l’encre, frapper... telle était alors, pour le tatoué,
la lancinante mélopée qui résonnait en lui !
■
La durée des opérations
La durée des séances était bien sûr variable.
Le tuhuna pouvait s’interrompre de temps à autre
à l’opéré de se remettre un peu
pour permettre
mais lui, ou ses assistants, étaient soucieux d’avan¬
cer
le plus possible malgré les inévitables signes de
douleur et évanouissements du patient. W. Leblanc
constate ;
“Les
gémissements
que
la douleur
arrache à la longue au patient sont couverts par les
voix de quantité de canaques qui chantent et dan¬
sent tout autour tant
que dure l’opération
Vingt ans plus tard E. Berchon ajoute ; “C’est du
reste une loi tellement
pas rare
générale du pays qu’il n’est
de voir tatouer des jeunes filles et des
force, malgré leurs cris
qu’étouffent des intruments de musique”"®.
jeunes
garçons,
par
tatoué en trois jours !
tatoueur
scandait
son
travail de
à W. Handy.
Chose extraordinaire qui
pari tardif où les règles habi¬
tuelles n’avaient pas été respectées et ce, au risque
raconta
devait tenir à
un
de mettre la vie de la personne en grand danger.
à Hanamenu, un homme recevait ses tatouages
du dos
et
des jambes et une
femme pouvait être
sieurs
particulier. Il lui fallait essayer de distraire son
client de sa peine, l’encourager, lui faire apprécier
la valeur du bien ineffaçable qu’il acquérait ainsi
que les avantages qu’il en tirerait. A la façon d’un
pivert, s’amuse H. Melville, ou de sa voix la plus
douce note Ch.L. Clavel, il répétait ses encourage¬
ments : “ toi ! toi !
; “ Quel beau travail, et
comme je mérite bien ma récompense ! ” dira
plus
prosaïquement l’informateur de R. Linton en
1920 ! W. Handy note du reste que les tuhuna ne
semblent pas avoir chanté lorsqu’ils tatouaient une
femme ! Etait-ce systématique
lié à un tapu ou
propre à une époque? On ne sait !
XVIII' siècle, W.P. Crook fut témoin de la réalisa¬
tatoué en sept jours*®' tandis que les séances
de tatouage de Teahi a Puaiki et des jeunes ka’ioi
d’Atuona
s’espacèrent sur deux mois ce qui est
beaucoup plus dans l’ordre des choses. Certains
motifs obligatoires pouvaient être tatoués en peu de
temps. C’est ce qu’expérimentèrent J.B. Cabri et
J. Coulter : quatre heures, le premier jour, et trois
heures le second pour J. Coulter ; trois jours pour
J.B. Cabri. Mais en fait, cette entreprise était l’af¬
faire de toute une vie !
A Nuku Hiva, un homme aurait été totalement
5 mois aux Marquises, en 1902.
F. Marant-Boissauveur à Vaitahu
En sept jours, estimait-
semblent avoir été assez riches mais d’un caractère
Dans les récits légendaires Kena fut entière¬
dessiné, par le chef Tamo, pour
Alvin Seale lors de son séjour de
on, de prendre son temps !
mélopées et de chants divers"®. Le répertoire du
tuhuna, en la matière, et ses capacités à composer
ment
—
Mata vaha, [im.247] motif
Ha’anoa,
tatouée sur les lèvres et les épaules en une journée.
,
—•
Habituellement, l’ordre des choses était, insiste-ton
Le maître
C’est du moins ce que l’on
Mais, sur la langue, la douleur était telle que plu¬
séances étaient nécessaires.
A la fin du
tion d’une bande de deux à six millimètres de large,
en
travers de la
figure, qui ne dura que deux à trois
précise, en 1833, qu’on esti-
minutes"®. J.E. Bell
îll. K.vonden Steiiien,
1925-28, vol.l, p.88. Son nom de
tendrait à prouver
le contraire, avec
Tona ania dans le glossaire des noms propres.
Est-il possible sinon qu’un effet hypnotique ait été créé, parfois,
par certains sons alliés à un rythme particulier, à la façon de
nouveau
tatoué
humour ; cf.
mantra ?
112.
Ici, les techniques different légèrement selon les auteurs et les
Pour J. Coulter, le tapa était enroulé sur les trois doigts
tatoueurs.
restant qui ne tenaient pas le peigne. Pour Ch.L. Clavel, il l’était sur le
majeur et pour S. Delmas sur l’annulaire.
113.
W.C.Handy, 1922, p.11 ;S.Delmas, 1927, p.185.
114. J.A.Graaner, 1819, p.49.
115.
G.H. vonLangsdorJf
& J.F.Blumenbach, 1812,
p.269.
116. E. Berchon, 1860, p.15-16.
117. W.Leblanc, 1895, p.176.
118. E. Berchon, 1860, p.
9.
119. Voir “chant” p. 72.
120. Ch.L. Clavel, 1885, p. 26.
121. K.vonden Steinen, 1933-35,
“
Marquesanische Mythen ”.
122. W.P. Crook, 1800, p.25, ce qui corres-
pond à la p. 17 du ms. de G.M. Sheahan.
J.W.Church, 1919, p.294, Jiote d’après
ses
informations que les séances de
tatouage duraient de deux à trois
semaines.
j
Lj
^
\
dont le portrait fut réalisé par
lors du passage de THéroïne,
entre
1844 et 1849, a le visage
barré d’un paheke [im 287]
inachevé propre à Nuku Hiva et
Ua Pou.
77
Te Patu Tiki
•
L’Art du
Tatouage aux Iles Marquises
mait une surface de vingt-cinq centimètres carrés,
couverte en une
journée, comme le résultat d’une
regards et respectait un usage fort ancien dont le
profond s’était perdu. Le jeune garçon fraî¬
Ch.L. Clavel puis le
père S. Delmas, était en effet toujours reconduit à
la maison paternelle sous un tapa...
sens
chement tatoué, rapportent
bonne session de travail'^?.
La durée d’une session variait selon les
sujets et la complexité des motifs... En
lorsqu’il s’agissait d’une entre¬
moyenne,
prise importante, elle durait quinze jours.
G.H. von Langsdorff
donne quelques préci¬
sions concernant celles organisées pour un des fils
de Kiatomii, chef principal deTaiohae et personna¬
lité très importante du groupe nord : “ La première
enchâssés de dents tranchantes
de requins; ces inslruinents pré¬
sents, avec plus ou moins de
diversité, dans tout le Pacifique
sont
destinés à lacérer le corps
lors de cérémonies de deuil.
Instrument dTIawaii (6), Musée
de Lille. Instruments des
Tuamotu (a), dessin de
M. Orliac.
Evulsion d’une incisive
en Australie
Dessin de J. Arago. Voyage de
VAstrolabe et de la Zélée, 1838.
esthétique remarquable... telles furent les
par G.LL von Langsdorff,
Cl. Roblet, W.P. Crook... pour décrire l’ensemble
du talent et de ces opérations dont ils soulignèrent,
par ailleurs, le caractère singulièrement doulou¬
expressions utilisées
année, seules les grandes lignes des principaux
reux ;
motifs sont esquissées sur la poitrine, les bras, le
ou
dos
Manches de bois
Rapidité, dextérité, sûreté de main étonnante,
sens
et
les cuisses. Les premiers tatouages doivent
être tout à fait cicatrisés et les croûtes doivent être
tombées
avant
d’en recevoir d’autres.
Chaque
marque met de trois à quatre jours pour cicatriser.
première tranche de tatouage dure de trois à
quatre semaines... Lorsque les opérations du
tatouage ont commencé, elles sont constamment
poursuivies, à raison d’intervalles de trois à six
mois ; il n’est pas rare qu’elles continuent jusqu’à
l’âge de trente à quarante ans, avant que l’en¬
semble du tatouage soit complet
Le temps considérable passé à cette douloureu¬
se coutume déconcerta bon nombre d’Européens,
La
d’autant qu’une fois le “complet” achevé, d’autres
séances, pour les plus endurants et les hauts digni¬
taires, reprenaient afin de
“surtatouer” les
motifs précédents.
n’est
totale de
mateurs
dérable, irrite le
constant, pour
entier et le mouvement
pire encore. Cependant à mesure que le travail
progresse,
duellement
la chair enfle, ce qui engourdit gra¬
cet endroit pendant le cours de
l’opération
L’incision de la peau
■
Pratiquer une incision dans la peau était à
chaque fois renouveler le risque qu’y pénètre une
maléfique dont résultait la maladie, la
déraison, la mort car chaque ouverture naturelle
était, en soi, une faille pratiquée sur cette “fron¬
tière du corps” dont parle G. Dening dans son
étude du monde marquisien'’L Chez bien des
influence
peuples, ces “portes” étaient artificiellement pro¬
tégées par un charme, du moins pour celles dont la
plus grande ; l’usage d’huiles
faiblesse était la
protection.
D’autre part K. von den Steinen, se penehant
tout
de K. von den Steinen à deux ou trois
semaines en moyenne.
corps
éponger le sang avec le tapa, est
teintées et parfumées était une de ces tentatives de
qu’après la disparition
symptôme pathologique
que le sujet pouvait sortir libre¬
ment... pour souvent se soumettre à
nouveau à
l’opération. La période
de convalescence était estimée par les infor¬
Ce
“ Ce martèlement incessant de la peau, sur
à l’intérieur de celle-ci, avec une violence consi¬
On respectait ensuite soit
sur
le tatouage
de deuil, écrit à ce propos : “Les
rapports entre tatouage et deuil s’établissent clai¬
des formes différentes, à travers la
rement, sous
Polynésie. L’incision et la lacération de la peau
étaient universellement répandues... Par le biais
de ces blessures et mutilations les vivants rempla¬
quinze jours, soit trois à six mois d’intervalle
de reprendre. Entre temps, si la personne
çaient le sacrifice humain qui devait apaiser le
courroux
divin... Ainsi à Hawaii, W. Ellis et
avait à se déplacer, elle le faisait sous la protection
Ch. Stewart
avant
de bandes de tapa autour des zones
enflammées.
En 1884, W.M.Wood vit “un groupe de jeunes
je rencontrai lors de mes promenades
qui) comptait plusieurs d’entre elles dont les bras
enveloppés de tapa. L’inflammation à la
que
Ce banq)rotégeait la cicatrisation de même qu’il
les nouveaux tatouages à l’abri des
suite du tatouage était très importante
comme
signalent, en dehors des mutilations
la fracture des dents de devant ou la section
occasionnelle d’une oreille et la coupe très répan¬
due des cheveux, le tatouage de la langue par des
traits
et
des taches... ; le tatouage
de vengeance
n’était aux Marquises, entre autres, qu’une forme
du tatouage de deuil...
■
L’Écoulement de sang
Le sang
était considéré comme nn puissant
•
médium des forces surnaturelles, aussi son écoule¬
ment,
quelles que soient les circonstanees, était-il
soigneusement contrôlé. De façon générale, il fal¬
lait éviter d’en laisser tomber au sol, que ce soit en
mettant
à
humaine ;
mort
un
animal
la strangulation,
ou
même
ou
une
victime
le bris du
Cette précaution était aussi scru¬
puleusement observée pour le tatouage et dictait
même la possibilité de porter ou non des tatouages,
tatoueur
secrets.
Il fut souvent
avoir
pour
cela
complètement assimilé
créait une rare occasion. Lé père S. Delmas ; “A
chaque coup, les pointes s’enfonçaient dans la
peau, faisant jaillir le sang ; pas une goutte ne
bon
très
tenus
fallu
en
un
englobe de mul¬
tiples domaines,
de les saisir ; il aurait
que nous verrons [)ar la suite ou, au contraire,
devait tomber à terre !
cette
culture et les très
rares
personnes
à y être parvenues ne laissèrent
que très peu de témoignages écrits.
r
Les séances de tatouage terminées, une période
Généralement, du reste,
de battement était toujours
considérait qu’il fallait frapper
observée, même pour
les femmes ! Ces jours de repos, consacrés à la cica-
la peau de façon à ce que ce ne soit que la lymphe
.
y
.
.
y
VI-/*
Irisation, étaient nommes a apres les iniormateiirs
qui perle.
rôle du sang ou sa place, est extrêmement difficile à
“jours du sang”; a toto. C’est
durant cet intermède que les compagnons du jeune
’opou recevaient leurs tatouages, presque identiques à ceux de ce dernier. Cependant, l’ordre par
lequel on procédait était inversé, nous l’avons
vu'"'. Durant ce répit, fixé à trois ou quatre jours,
l’état de la personne devait revenir à la normale.
saisir en raison du peu d’informations et de la com¬
Un autre délai, de trois ou quatre mois, était sou¬
de W. Handy,
Le sang était également considéré comme sour¬
ce
de vie et de fertilité et en cela possédait des pou¬
voirs extrêmement redoutés. Cette vision était par¬
tagée par bien des peuples. Il faut souligner que le
plexité des tapu et des considérations profondes
qui le touchaient. Son importance est telle qu’elle
vent
respecté avant d’entreprendre
...
L,es incisions,
i
i
^
les lacera-
tiens, le tatouage de la
langue ou encore les peintures
corporelles peuvent etre perçues
comme (les formes atténuées des
,
,
rites de deuil.
Scène de deuil
™ Nonvellc-Zelaïule.
toute autre
79
nouvelle séance.
♦
La douleur
Douloureuse, souvent risquée, telle était donc
l’opération. Cet aspect du tatouage heurta ;
M. Radiguet l’exprime ainsi : “ S’il était imposé (le
tatouage) semblerait un traitement odieux et
propre à légitimer toutes les révoltes !... La dou¬
loureuse contraction du visage de Tohutai souillé
par un sang noirci, le tremblement nerveux qui agi¬
tait ses membres et la plainte eontinue que lui arra¬
chaient les morsures du
peigne, montraient assez
prix de quelles souffrances il
parait de
l’étrange et indélébile ornement national. Cette
au
se
opération cruelle finit au bout d’un certain temps
triompher des volontés les plus stoïquement
résignées. On la suspend alors et des semaines, des
par
mois entiers s’écoulent sans qu’eUe soit reprise...
Si les Marquisiens connaissaient remarquahlement
l’anatomie
humaine, à en juger notamment
par la façon dont ils en jouaient dans la disposition
de leurs motifs, ils connaissaient
également les
risques encourus. En règle générale, la souffrance
est
très vive
près des éminences osseuses et, au
tatouage
impossible aux Européens
cou,
étaient d’usage.
ce
La célébration du
contraire, bien moindre
au
milieu des régions
riches en parties molles. Le tatouage des paupières
provoquait plus d’appréhension que de mal ; celui
123. J.E. Bell, 1883, p. 750-751.
124. G.H. von Langsdorff 1813, voLl, chap. V, p. 118-120.
125. W.M. Wood, 1849, p.l46.
126. J.Coulter,1845, p.2U.
127.
Cf. G.Dening, 1980, p. 160; père S.Delmn.s, 1927, p. 124-137 ;
E.S.C. Handy, 1923, p. 263-272.
128. K.vonden Steinen, 1925-28,
vol.l, p.62 et 64 : “À Hawaii Vopè-
ralion du tatouage était... désignée comme un acte cultuel par lé lan¬
gage lui-même.
Le mot mori, moli désigne, en polynésien, Vaction de
faire une offrande, un sacrifice, autpiel se joint de façon expressive
généralement le sens de cérémonie religieuse... Le tatouage... apparaît
bien comme un sacrifice sanglant. ” p. 63.
129. Père S. Delmas, 1927, p. 185.
L’explication générale de cette répu¬
à verser du sang par terre se trouve probablement dans la
croyance que Pâme loge dans le sang et que par conséquent tout endroit
sur lequel le sang tombe devient nécessairement tabou ou sacré...
Comme cela arrive d’ordinaire avec les tabous d’application universel¬
le, la défense de répandre par terre le sang d’un homme de la tribu
s’applique avec une rigueur particulière aux chefs et aux rois, et, dans
leur cas, on Pobkerve encore longtemps après qu’on a cessé de l’obser¬
ver pour les autres. ” p. 626-627.
J.G. Frazer, 1988, vol.l :
gnance
130. W. Handy, 1922, p.5 et notes de terrain.
131. M. Radiguet, 1859, p.l29.
Niho peata,
dents de reejuin, dans un motif
pour la jambe [im.265].
Te Patu Tiki
•
L’Art du
Tatouage aux Iles Marquises
était fort pénible. Deux localisa¬
suites funestes. Le tatoueur lui-même doit se puri¬
tions étaient
particulièrement redoutées : la face
et celle du pied. “Tous les
Marquisiens sont d’accord sur ce point. La souf¬
france est quelquefois intolérable, surtout au
niveau des doigts et des orteils ; aussi le tatouage de
ces
parties reste-t-il souvent inachevé
fier par certaines observances de ce genre chatpie
dorsale de la main
fois qn’il prati(jue son art”"'\
des niiujueuses
Al
I
d
^
rent
le fruit d’innombrables observations,
tant
personnelles qu’ancestrales. W. Leblanc
plaies: “Cette S([uame tombe d’elle-même après
quelques jours et laisse apparaître la nuance régu¬
lière et ardoisée du tatouage”'*. Le rationnement,
ainsi que l’explique H. Melville, avait pour but de
diminuer les afflux sanguins et par conséquent l’in¬
flammation, d’où bien sûr, l’interdiction de tout
insiste, ainsi, sur le fait qu’“on ne tatoue
jamais plus d’une partie du corps en une
sévère, le repos complet et la continence absolue
de leur apprentissage et tant que leur
ne
saison,
fut pas
car
si l’on voulait tatouer
un
entièrement, ce qui prendrait de
longs jours, il mourrait infailliblement
homme
avant
la fin du travail
E.Berchon, lui
même médecin, remarque qu’ils “ne prati¬
pratiquent
opération qu’à des époques
quaient... et
assez
(ie K. von den Steinen (fig. 77 1 et
III). Janil)e de Madame Bradera
de Hanahi, HivaOa.
Au dos de la cuisse mata
puis
ka’ake suivi d’un kautupfi au
mollet et de deux pepeke 'oumei
puis d’un mata i’o, deux ka’ake
et un po
’Vi
[iiii.232, 146, 168, 330, 352].
régime alimentaire dont la durée est
experts ”, comme le constate J. Coulter. Au
tatoueurs
ébranlée, c’est-à-dire
jusqu’aux environs de 1860, ils recueilli¬
V
un
des séances et de la surface
renforcé par le tapu d’isole¬
subordonnée à la formation d’une squame sur les
culture
Planches et clichés
couverte, un repos
étaient de “ véritables
cours
8o
limitation du temps
ment et
'
Les
,
Les mesures prophylactiques qui découlent de
la pratique et de la tradition consistent donc en une
ne
encore cette
échauffant. E.Berchon résume ainsi: “La diète
ainsi que l’interdiction de laver les zones tatouées
jusqu’à la fin de la desquamation avaient le double
but de prévenir... les symptômes fébriles... et de
donner aux couleurs du tatouage un éclat particu¬
lier...”'” Outre ce régime, G.H. von Langsdorff
précise que le patient ne pouvait “se nourrir qu’à
midi et dans la soirée
;
il ne lui
était pas « autorisé de manger tôt
éloignées les unes des autres ;
ils ne prolongent pas leurs séances
le matin». Ce même auteur ajou¬
au-delà de quelques heures et n’ou¬
te aussi que
enfin d’y préparer le
blient pas
patient
diète
et
mesures
font
par
le repos complet, la
la continence
qu’ils
enfin à
nu
les
dessins
qu’elle
recou¬
vrait...”'*'. V. Lallour complète ces diverses consi¬
dérations par une observation qui, comme celle de
W. Leblanc,
remonte
aux
années 1840: “Pour
l’opération du tatouage il faut réunir plu¬
sieurs conditions, telles qu’être à jeun depuis un
certain temps, ne point avoir vu de femme depuis
un certain espace de jours ; après avoir été tatoué
il faut garder la diète absolue trois jours pour
empêcher l’inflammation qui suit le tatouage de
subir
grande inflamma¬
tion
Dernière mesure préven-
tive :
après la première séance
le néophyte est enveloppé de tapa
observer strictement
quelques jours après l’opération en
les plaçant sous la garantie vénérée du tapu... Dans
le meilleur des cas, lorsque le tuhuiia avait une
parfaite maîtrise de son art, il ne s’écoule... des
tatouages, artistiquement pratiqués, qu’une sérosi¬
té sanguinolente qui se dessèche à la surface de la
peau, se réunit le plus souvent en croûtes jaunâtres
cohérentes et tombe sous forme de plaques en lais¬
sant une trace farineuse dont la desquamation
montre
le tatoué devait “ très
boire par crainte de provo¬
quer une trop
absolue ;
prophylactiques
encore
peu
et retourne
à la
case.
Il y reste
jusqu’à ce que le gonflement et la fièvre aient dis¬
paru”'”. Les plaies sont pansées et protégées des
contacts extérieurs par un enveloppement de tapa
et de feuilles.
règles ne pouvait
empêcher cependant une forte inflammation qui
se produit très rapidement après l’opération du
tatouage“mais diminue de façon importante
dans les cinq ou six jours qui suivent”"'. “Le
tatouage si usité dans ce pays détermine presque
toujours l’apparition d’un vaste érysipèle de toute
la partie soumise à l’opération. Il nous est fré¬
quemment arrivé de rencontrer dans les cases des
personnes atteintes de cette maladie..., commune
chez les nnkuhiviens..., qu’elles supportaient avec
courage et patience, et qui déterminaient chez elles
de la soif, de la fièvre et l’insomnie pendant sept à
La stricte observation des
“
•
particulièrement des exemples d’angioleucites et d’affections phlegmoneuses
plus ou moins intenses,
suivies très rapidement de gan¬
grène et même de mort, soit
huit jours. C’est au prix de ces souffrances qu’ils
achètent la beauté du tatouage qui est pour eux
l’objet d’une admiration dont ils auront beancoup
de peine à se défaire... Ils le pratiquent jusqne sur
labiales et vaginales : l’on conçoit
peine, dans ces circonstances, les engorge¬
ments et infiltrations qui en sont la consé¬
quence rigoureuse. La beauté chez ces
peuples est achetée par des
les muqueuses
d’une manière immédiate, soit
sans
souffrances inouïes ;
consécutivement à la chute des
^ surfaces tatouées dont la cicatri¬
sation n’avait pu
graves
du reste
courage et résigna-
tion”‘'‘C D. Porter
note
de l’étendue considérable
aussi qu’il arrive que le
de certains tatouages,
“tatouage provoque des
cependant
quelques dessins qui,
bien que très limités,
plusieurs semaines
avant
cicatriser” ;
de
néanmoins,
il
est
ajoute
comme
de graves consé¬
quences... on même des cicatrices persistantes”*” ;
ce que confirme, à l’extrême fin du XIX“ siècle, le
père S. Delmas: “Nous n’avons jamais onï dire
qu’un seul en soit mort”***.
réellement sévères ayant
simples témoignages, sem¬
dangereux...”*”.
Cette grande différence, dans
les réactions de l’organisme en fonction des régions
Tatouage du visage
Les rares Marquisiens à avoir
été interrogés, mais aussi les
navigateurs, les médecins... tous
témoignent du côté pénible du
tatouage au peigne, d’autant que
la proximité de glandes accrois¬
sait les risques d’inflammation.
à dix jours
Je souffris beaucoup... (Ensuite) il me mit
entre les mains d’un insulaire qui me tatoua le reste
du corps. Cette opération, qui dura trois jours...
laisse sous la seconde peau une couleur bleu tour¬
nesol. L’inflammation fut grande, causée par la
tension considérable de la peau, ce qui les obligea
de me laisser quatre jours et quatre nuits exposé au
grand air pour prévenir la gangrène qui attaque
toujours ceux qui en usent autrement”*”. Les
médecins E. Berchon et Cb.L. Clavel, très critiques
les risques pathologiques encourus, ne peuvent
citer cependant un grand nombre de cas graves. Ils
sur
les
dangers fréquents
parfois des
d’inflammation étendue, entraînant
suppurations, abcès, phlegmons...; “Quelques
Taïpis, ordinairement surchargés
d’une profusion de triangles noirs... ont offert tout
Fatuhiva [iin.264].
et des abcès et cela provoque un
de la peau (L. Rollin). Le
risque de gangrène, surtout, était réel et bien
connu. J.B. Cabri rapporte ainsi sa propre expé¬
rience : “Mon beau-père... me tatoua sur le visa¬
ge...
motif ancien, pour la jambe, de
les constitutions aisément irritables, il se forme de
ral l’inflammation habituelle cesse au bout de huit
laient les imprégnations
Niho niho,
“Lorsque l’opération se situe, dans
quelque partie que ce soit, proche des glandes, sur
érysipèle ; mais il s’agit là de cas rares et en géné¬
des
Zélée, 1838,
remarquer :
grosses tumeurs
hommes
Dessin de E. Le Guillou.
Voyage de VAstrolabe et de la
du corps, est un aspect très important de l’appren¬
cependant inévitables, dus
surtout aux conditions dans lesquelles se dérou¬
Des accidents étaient
insistent tout de même
prince de l’île “Noukahiva”.
tissage du métier de tatoueur et J. Coulter fait
blent souligner l’efficacité des précantions prises.
sur
Mate Oumo,
doivent être considérés
“Jamais il n’y a de cas
Ces affirmations,
il
mais
suppurations qui met¬
tent
s’opérer. Ces
accidents coïncidaient le plus
souvent avec la prolongation des
séances qui n’étaient ellesmêmes qu’une conséquence
ils les
supportent
avec
La célébration du tatouage
Pour les régions entourant les yeux,
le patient risquait un gonflement, parfois considé-
132. Ch.L. Clavel, 1885, p.26.
133. W. Leblanc, 1895, p. 76.
134. E. Berchon, 1860, p. 12 el 18.
135. V. Lalloiir, 1843-49, vol.4, cahier 3,J° 17.
136. M. Radigiiet, 1859, p. 130.
137. E. Berchon, 1860, p. 18-19.
138. G.H. von Langsdorff, 1806, vol. I, p.119.
139. P. Claverie, 1894, p.l92.
—•
Au centre, page de gauche
Mains de Tahia Pia
Mahako, (Tahuata)
Photographie
de K.vonden Steinen.
140. H. Melville, 1847, p. 29-30.
141. J. Coit/(er, 1845, p.l5.
En 1819, Vofficier suédois J.A. Graaner recueillait auprès de
l’Américain G. Ross, resté six ans à Nuku Hiva pour collecter du san¬
tal, les informations suivantes : “La douleur causée par l’opération
est considérable et la
région du corps tatouée est fortement enflammée
durant les deux ou trois jours suivants. ” B. Akerren, p.49.
142. J.R.Corneiras, 1846, p.40 et 69.
143. D. Porter, 1822-23, p. 114.
144. Père S. Delmas, 1927, p.l88.
Le tatouage des mains était très
douloureux. Vaekehu, à soixante
ans, en
témoignait encore avec
force : ‘‘J’ai souffert cruellement ;
j’ai beaucoup pleuré quand les
taouas m’ont fait cette opéra¬
tion. Pendant plusieurs jours,
mes
mains restèrent grosses
comme
des méis ( fruit à pain).
145. J.B. Cabri, 1817, p. 7.
C’est en vain que je suppliais ma
146. E. Berchon, 1861, p. 15-16.
mère de mettre fin à mon
147. J. Coulter, 1845, p. 212.
supplice; tout fut inutile...”
Te Patu Tiki
Tatouage aux îles Marquises
L'Art du
•
1 ima
Tpères,
’'’ima, recueilli par les
J- P
.
le
ce terme désigne
allant
tatouage
des
mains jusqu’à la moitié de
l’avant-bras. Ce mot, par
la
duplication de la pre¬
mière syllabe
’ima : main,
correspond au duel, ’i’ima :
les deux mains.
Camille de
remarque
que
plètement tatouée depuis
2. Main de Tahia Tahaaiii,
le poignet jusqu’à l’extré¬
par W.Handy en 1920-21 et égale¬
mité des
phalanges, était
désignée
sous
d”ima
tiki.
le
au
une
vé, prenait le nom d”ima
plus encore,
même manière ;
Charles-
vaha
(main
levée)
l’opération, un refus for¬
mel du
patient à se sou¬
mettre
plus longtemps à
compo¬
plus souvent de
lignes droites agencées de
façons différentes,
reliées
quelquefois
elles
par
des
main
se
lignes
d’une
continuent
jus¬
qu’à l’union du tiers infé¬
rieur
avec
la
par
les deux tiers
douleur
atroce résultant de piqûres
nombreuses
les fines dentelles de la
niveau
au
région riche
terminaisons
nerveuses.
Autrefois, il n’était
rare
de
dessins
rencontrer
au
en
de Hiaotiu
de Vaitahu,
des
de Hiva Oa. Sur le dos :
de la
niveau
entourent
TTFrrïTTTTT
4. Main
pas
face palmaire.
tatouée par Taipapau
ka’ava [im. 150] suivi
un
[im. 146] au
duquel se trouve un
pohu [im.346]. Aux articu¬
lations du poignet, “efuo
poou" [im.50 à 52]. Un peu
plus haut, des papua [iin.320]
d'un ka'ake
côté
supérieurs de l’avant-bras,
qu’elles
/Vr/'/
l'ardeur de l’artiste ; refus
motivé
entre
Ordinairement,
courbes...
’enata, le bandeau du poignet
intègre un mata. A la base des
doigts se trouvent des poka’a et
aux
articulations du poignet des
etua que Handy nomme nioho
vaha [im.257].
de retrait pendant
les déeorations
se
Dos de la main de Tahia
et
indique un brusque mou¬
vement
relevé
Tahaani, la partie médiane est
parcourue d’une longue bande,
ka’ava [im. 150] où alternent etua
qui
Louis Clavel observe que
mille
3.
niveau des
qu’il était rare
:
KvdS en 1897-98
[pl. ci-contre]. Le pourtour de la
paume est protégé par une succes¬
sion de pa’a niho [im.283] ; un
po'i’i [im.352] et un koua'ehi
[im.219] lui succèdent.
partie était privée de des¬
sins, soit
Hapatoni à Tahuata
ment dessinée par
doigts, soit au niveau de la
qu’elles le soient de la
“le
de
nom
Quand
main, ce tatouage, inache¬
les deux mains soient
sent
TTTTTTTTTTT
com¬
Roquefeuil
tatouées et,
8a
la face dorsale était
à la
façon d’un bracelet...”. Il
en
étrier.
précise qu’une main, dont
7TV
En fond
Ejjq uisse de la main droite
de Peiu Tataikua (Hiva Oa) par
W. Ilandy; carnet conservé au
Bishop muséum
.
WW?’
1.
TTrîTTTTTTT
J. Main d'homme, tatouée d'une
sorte
de pua hue [im.372] par un
tatoueur
de Fatuiva,
d'après un
relevé de E.S.C. Handy.
Ci-contre
Main de Tahia Taioa, trois ver¬
sions d'après G.H.vonLangsdorff,
D. Tilésius
et une
riée en 1814.
version recolo¬
5.
Revers
de
la
main
de
Hiaotiu, en dehors des pa’aniho
[im.283] de la paume, il y a un
po’i’i et trois types de pokiTa,
nommés ici papua’au ti [im.321] ;
une
succession
de vai ’o Kena
[im.480] forme ensuite un bracelet-
La célébration du
TTTTTTTTTTT
12.
de Nuku lliva, par Cli.Noury.
Planche n°ll de KvdS
13. Planche n° 136 de KvdS,
motifs
aux
issus de pattes de tortue,
souvent
doijïts.
r
9.
placés
xFnmrTrrjT
12. Main de la reine Vaekehu,
En fond de page
consacrée
tatouage
sur
consacrée
les
aux
mains de femmes.
Ce
sont
mains
personnes
des îles du sud.
10.
des
surtout
de
-
^
11.
TTmTTTTTT
9. Main d'homme structurée au¬
tour
d'un visage et
de mata vau
[im.249] avec au revers de la main
un
po’i’i [im.352]. La paume est
entourée d'un pa^a niho [im.283]
constitué de poka’a [im.353].
VTTTTTTTTTT
agencement de
Fatiiiva, nommé kohi’u [im. 204]
Hiva, relevé de E.S.C.Handy; le
10.
Ancien
14. Main de Tahia Kahee, Nuku
organisé autour d'un niitu kaha
[im.269). Au centre deux po’i’i
[im.352] et un fee’a po’Vi [im. 182]
au poignet,
une guirlande : hei
poVi [im.87] alors que sur les
doigts se développent des mata
vau
[im.249].
et
visage est ici un mata putona
[im.242]. Sous la bande ave
[im.32] ou tove'e [im.454], se
trouve
une
composition qui
reprend l'image d'un etua [inî.49]
sur les bras duquel se trouvent des
’eiiata [im.42], cf. pate'a [im.324]
et pate’a h ope [im. 325]; le fait que
l'une des compositions reflète
11. Main de Peiu Tataikua de
Puamau, le visage y est cantonné
appelés ici taina vau
[im.117] ; la bouche est barrée
l’autre et compose un “corps” cen¬
d’etua
d'une
bande
d’etua
et
explique que Handy l’ait
ap})elée ke’a [im.l77]. Le regard
qui termine la composition est un
mata Vo [im.232].
tral
’enata,
légendée sur le carnet “etua poou”
[im.50-51-52], le regard est formé
de demi-etua affrontés:
tEi ka’o
[im.438]. Les poka’a [im.353]
sont groupés à la base des doigts
ou
situés aux ouvertures marquan¬
visage. Ils ponctuent le pa’a
[im. 283] où ils alternent
avec des
enata [im. 42] et etua
[im. 49] très schématiques.
tes du
niho
"TTTmnryTTT
m
6. Main de Vahana Upoko,
Ua Pou; relevé de KvdS. C'est un
kaha [im.269] ou pihao
[im. 336] qui structure le tatouage,
il se prolonge sur les doigts par des
mata vau [im.249] ou plumes de
toake [im.442]. Parmi les autres
motifs figurent des demi-etua, des
'enata alignés [’a’a ’enana, im.l]
ou en chaîne [ani a Tiu im.20],
une
ligne tove’e [ini.454], des
poka^a [im.353], un papua
[im.320].
nutu
7. Main d'homme du
modèle
de Kahi, pour KvdS.
Main du tatouage de
Vahana Upoko, de Ua Pou ;
TTTTTTTTm
17. Main
bois,
tatouée, en
conservée
au
Muséum of New Zealand
Papa Tongarewa,
Wellington, Nouvelle-
8.
Te
relevé de KvdS.
Zélande.
A A A A
UJ T
i
gg
15.
Composition portée
par
deux hommes de Ua Pou, rele¬
par
W. Handy. Les etua
[im.49] y dominent, ainsi que les
pokaVi [im.353]. L'importante
ligure au centre du bracelet est un
etua, sous forme d’enata grandit :
ancêtre magnifié accompagné de
membres d'une lignée ou héros
légendaire, comme Poliu [im.346],
divinité propre à l'île, au clan...
vée
16. Bambou de Bordeaux,
partie consacrée à la main. Relevé
de P. Ottino.
83
Tiki
•
L'Art du
Tatouage aux Iles Marquises
rable, empêchant pendant quelques jours l’exerci¬
ce
de la vue. Les deux médecins, déjà cités, parlent
de taies cornéales
Le tatouage
de la bouche
Hommes et femmes pouvaient
avoir les lèvres tatouées de
motifs linéaires comparés à des
dents : koniho. Les gencives
pouvaient l’être également.
Le tatouage de la langue ne
permettant aucun effet décoratif
était, quant à lui, associé au deuil.
Photographie de Tahia o te tani
par K. vonden Steinen.
Motifs inspirés
du monde végétal
Ils sont souvent extrêmement
stylisés comme les ‘au ho’i
[im.26],/b’a mana [im.60],
koua’ehi [im.219]...
Hawaiien tatoué d’un motif
végétal. Dessin de L.Choris.
“ Je te l’aurais donné, ce peigne !
“ Oui
est-ce
toi
qui
de cécité à la suite
pourquoi t’es-tu volé toi-même ? ” et Ikioani l’accom¬
pagna ; elle prit une feuille de noni {Morinda citri-
folia L.) qu’elle mâcha et appliqua sur les aisselles,
très limités, doivent être considérés comme d’une
sus”.
pratique spécialement dangereuse. Ce sont ceux
continuent
cas
le cou et toutes les parties tatouées en soufflant des¬
K. von den Steinen
à
faire,
ajoute: “C’est
encore
ce
que
aujourd’hui, les
l’on imprime sur les lèvres, où l’on ne trace
tuhuna... ” Les feuilles utilisées par la déesse pour
pourtant que quatre ou cinq raies verticales...,
soulager les inflammations étaient donc des feuilles
de noni, détail que l’on retrouve dans d’autres
archipels comme les Samoa, et que le maître
tatoueur appliquait en alliant à la plante sa salive
que
•—
mais
_
d’ophtalmies''*". E.Berchon insiste tout spéciale¬
ment sur les complications liées à certains emplace¬
ments : “Il est... quelques dessins qui, bien que
et
de
m’as
répliqua-t-elle,
volé ? ”
qui embrassent ou circonscrivent les deux
angles de la mâchoire de lignes parallèles accolées
et enfin les traits que l’on tatoue sur les deux faces
latérales des doigts de la main. La face prend, dans
les deux premiers cas, des dimensions montrueuses... ; c’est sans aucun doute à l’expérience
réitérée de ces dangers... qu’est due l’absence de
tatouage sur la tête de quelques chefs des
Marquises... Je dois ajouter que les hommes de
Nuku Hiva ne présentent que très rarement les
tatouages particuliers que j’indiquais plus haut, et
qui sont, au contraire, presque obligatoires pour
ceux
les femmes ”''*'*.
Ces
dernières, bien
et son souffle.
Dans les croyances
de nombreux peuples, le
principe vital des plantes
se
trouvait concentré
dans leurs parties externes ou extrêmes :
ou
l’écorce
l’aubier, les feuilles, les racines et, à un degré
très élevé, les fleurs (d’où en général le maximum
pouvoir de la plante en
période de floraison). Dans un même esprit, la sali¬
d’efficacité accordé
au
qui est une sécrétion du corps concentre, comme
souffle, la force vitale de l’individu. Ainsi
moins
ve
tatouées que les hommes d’une manière générale,
le
l’étaient sur les régions les plus douloureuses et les
Ikioani en mâchant cette feuille ajoutait son pou¬
plus dangereuses : lèvres, mains et pieds. C’est
voir personnel. Sur les vertus des plantes, les ren¬
sans
doute pour ces
que
raisons, en partie du moins,
seignements sont très fragmentaires.
que l’on ne tatouait jamais une femme enceinte.
■
Propriétés
particulières
des
PLANTES
légende rapporte, nous l’avons
vu, que la déesse Ikioani opérait à l’ori¬
gine elle-même. Son frère lui ayant volé
son
peigne à tatouer, elle souhaita, dans
sa colère dit le récit'™,
qu’à partir de cet
instant le tatouage soit douloureux.
Hamatake’e précisément était en train de
tatouer et le patient souffrit tant qu’il
courut auprès de sa sœur ; “L’homme se
meurt ! il est mort, déjà !” — “Non !
La
Pour le noni,
dont les feuilles et les fruits
étaient associés à plusieurs stades des opérations,
une
part de ses facultés apotropaïques, c’est-à-dire
propre
est
à
à “ détourner les influences maléfiques ”,
au
compte du fait qu’il s’agit d’une
mettre
plante dont on extrait une teinture jaune et qui est
considérée comme “puante”, pour reprendre l’ex¬
pression du père S. Delmas traduisant une tournure
marquisienne. De ce fait, elle était détestable aux
148. Ch.L. Clavel, 1885 :
Quand Vinjîammationfait des progrès et ne
cède pas aux précautions recommandées par les médecins du pays, qui
consistent surtout en irrigation d’eaufraîche, on voit survenir des dou¬
leurs... Les individus qui se font tatouer une large surface de l’enve¬
loppe cutanée, dans la même séance, sont pris d’une violente fièvre...
s’accompagnant quelquefois de délires et de traînées rougeâtres... une
angioleucite... (c’est-à-dire) l’engorgement des ganglions ou aboutis¬
sent les vaisseaux lymphatiques de la région malade... d’oà la forma¬
tion d’abcès et de phlegmons... de conjonctivites, de kératites et d’oph¬
talmies entraînant parfois la perte de la vision. ” p. 35.
149. E.Berchon, 1861, p. 16.
On verra par la suite que ces dangers encourus ne sont pas la cause
profonde de l’absence de tatouage sur le visage de chefs importants,
même s ’ils peuvent expliquer certaines réticences ; par contre il est pro¬
bable qu’ils furent, en partie, à l’origine de l’usage qui veut que, lors
des tatouages des jeunes gens, on ne commençait pas à tatouer le tania
haka’iki par la face, ce qui était exactement la situation inverse pour
ses
compagnons !
150. K. von den Steinen, 1925-28, vol. 1, p. 51-52.
La célébration du tatou âge
Flore et faune terrestres
Leaçonné
milieu lesnaturel qui a
f
comporte¬
cnlturels
ments
des
sociaux
et
marquisiens,
senté
dans
comme il le
le
f 0©O#
tatouage,
fut sur la pierre
TTÏ
et le bois.
Les espèces terrestres de la
retrouvées
transpo¬
sées sur la peau de manière
'TTÏTTTTrïTT
figurative ou symbolique.
1. Motif de feuilles ajjpliqué à la
Les plantes, dont les usages
multiples,
étaient
plus nombreuses
espèces
m
,sa
faune et de la llore se sont
ainsi
^
iWi
ne pou¬
vait manquer d’être repré¬
sculpture ; dans le tatouage, cf.
’atiu [im.25].
y
sont
2.
que
les
par
animales
pins
TTTrrrîTTTî
Patikau^e [im.327], nom cité
W. Ilandy ou papatikau’e,
tikau’e correspondant à “mouche”.
3. Fa’a mana
ou
[im.60], branche
7. Papa huetu [im. 316] dont le
nom
évoque la peau tachetée des
Iroglodytariim.
troncs de bananier
14.
Planches
de
W.
Handy
14.
(1938) regroupant des motifs dont
le nom évoque des animaux ou des
plantes.
I I
force vitale du pandanus.
Trrrrrrrrmr
10.
16,
17.
Motifs de fleur,
ou de plante,
18. 19. 20. 21.
qui
une
se
confondent souvent
étoile.
avec
Le 16 est tiré du bam¬
bou de Braunscbweig (KvdS), les
autres,
1.
repris
'TiTTTTTTTTT
TTTTTT
En fond, à gauche
4. 5. 8.
Relevé du bambou de Grenoble,
couple d'animaux y est repré¬
senté à chaque extrémité : Fun
un
marin,
l’autre
chiens
sont souvent
terrestre.
Les
dessinés avec
longue queue recourbée audessus du dos ; il s'agit plutôt ici
une
de cochons.
10.
bambou du Musée
par
planches.
11. 12. 13.
W.H. (1938) dans
ses
"Au ho"i [im.26].
15. Motif d'un tuhuna
Plantes
et cocotiers,
issus du tatouage, sont
(partie), kota'a [im.
217] ; il évoque les racines pen¬
de Fatuiva
m
dantes des branches de banian.
de l'Homme (4),
de Bordeaux (5)
et dessin d'un
tatoueur de
11.
Fatuiva (8).
En fond, à droite
Un ancien tracé de Fatuiva pour la
face interne du bras ou fa’a mana
[im.60], qui peut se traduire par
“branche de pandanus”.
12.
VTTTTT¥TT?T
15.
16.
20.
21.
6. Petite tête de cochon
tuf volcanique qui accompa¬
gnait d'autres tiki au pied d'un
en
arbre du lieu sacré de la vallée
Avao, dans la baie de
Taiohae, Nuku Hiva. Musée
de
d’Histoire
Naturelle
Cherbourg.
13.
9. Pétroglyphe
de
llatiheu
de
repré
sentant un chien.
19.
ntl
85
•
L'Art du
Tatouage aux Iles Marquises
esprits rôdeurs
que
l’odeur tenait éloignés. Les
fruits étaient une base dans la préparation de nom¬
breux médicaments et les feuilles servaient à pan¬
Elles étaient associées aux fruits
dans le traitement d’abcès, pour ne citer qu’un des
inconvénients mineurs fréquemment lié aux suites
ser
et
à soigner.
du tatouage'^'.
La cordyline ou ti était une plante essentielle à
Le pandanus : fa’a, ha’a ou
Pandaniis odoratissimus^ son
fruit (ci-dessus) fut longtemps à
la base de l’alimentation, aussi
bien des populations des hauts
plateaux de Nouvelle-Guinée que
de celles des atolls polynésiens.
On utilise ses feuilles et ses
racines (en bas) pour le tressage.
laquelle on reconnaissait une valeur médicinale,
sacrée et protectrice partout en Océanie*^^
Le pandanus joue un rôle important et inté¬
ressant dans la légende de Teahi a Puaiki. Il n’est
pas directement lié au tatouage, mais suggère la
valeur symbolique très particulière de cette plante.
Celle-ci laisse passer
qu’ils
comme
ne
passent eux-mêmes à travers le toit,
dans certaines
pratiques de médecine ou
l’archipel. Dans cette légende, les
divination de
Le noni,
nono en
tahitien ou Morinda
citrifolia, était utilisé des racines
aux
fruits.
la voix des dieux, à moins
botanistes
traces
ver
et
missionnaires permettent
de retrou¬
de la troisième. Le père S. Delmas note
exemple : “Les dieux ont horreur des objets
profanes que sont pour eux spécialement les nattes,
les ceinturons... et ce qui sert à les faire (hiapo,
pandanus), les plantes à odeurs puantes et les
pudenda. Ils détestent les objets comme tels mais
ils ne détestent pas moins les odeurs, notamment
celles des hei ha’a (colliers de fruits de pandanus),
du ’eiia ou ’eka (safran)... du monoï (terme tahi¬
tien désignant les huiles aromatisées de diverses
plantes)...”'’* Ces lignes éclairent l’usage très
important qui était fait de plantes comme le noni,
les feuilles de ti ou le pandanus que nous venons
de voir, et des préparations tirées de celles-ci,
par
comme
les huiles aromatisées”’. Elles permettaient
de lutter contre les inflammations et les abcès que
l’on ouvrait,
toujours d’après le père S. Delmas,
fruits sont la voie de la vérité. C’est encore au par¬
avec
fum très fort de la fleur, comme à celui du fruit,
le tranchant d’un coquillage.
but
on
que l’on peut
feuilles et de fleurs de hau ; pour faciliter la cica¬
son
attribuer au pandanus une part de
efficacité, ainsi qu’à la très belle couleur
se
trisation
et
servait
Dans le même
de décoctions émollientes
de
résorption du sang on utilisait le
la
rouge-orangé de ses drupes utilisées en collier. Le
tutu, le suc de bananier ou celui du koku’u.
fruit et la fleur attirent les humains et repoussent
plante favorisait la remise en état de la peau et lui
les mauvais esprits. Le fruit, en dehors de sa valeur
rendait son éclat.
alimentaire extrêmement
De façon
ancienne, importante
Cette
générale, les Marquisiens aimaient
les atolls, servait à parfumer certaines
s’enduire à la moindre occasion d’huile imprégnée
huiles. Ses feuilles constituaient la matière premiè¬
de koku’u ou de safran, le huhe qui donnait à la
surtout sur
principale de la toiture des
re
des nattes
qui couvraient le sol'^k
Les palmes de cocotier,
^
koua’ehi, nom également
abris de tatouage et
d’un motif de
ge,
teinte allant du jaune clair au jaune
orangé. J. Coulter, une fois ses tatouages terminés,
peau une
apprécia vivement ces onctions ; cette huile, dit-il,
rafraîchit l’inflammation et procure un réel bienêtre. Les jeunes tatoués, alors qu’ils devaient faire
tatoua¬
leur entrée sur le tohua, en étaient consciencieuse¬
étaient utilisées
ment enduits car elle faisait ressortir les contrastes
symbole de
lumineux. Les médecins du XIX' siècle soulignèrent
comme
paix et d’accueil et
cet
usage, tout en notant qu il pouvait entretenir
à
un
climat septique autour des plaies. Ces frictions
et
onctions n’en étaient pas moins renouvelées, de
servaient
aussi
marquer le tapit. A plu¬
sieurs reprises, au cours des
diverses périodes du tatouage, il fallait
multiples fois, jusqu’à guérison complète. L’effet
de ces préparations, parfois très épaisses, pouvait
à la case tapu où se dérou¬
être saisissant
comme
laient les séances, ainsi que sur le tohua ;
“Cet être était
nu...
les femmes de la parenté s’en chargeaient.
vert
en
apporter
Les plantes constituaient, comme sou¬
vent,
la base de la pharmacopée marqui-
sienne ;
elles étaient appréciées pour leurs
qualités apaisante, curative ou apotropaïque. Si les deux premières propriétés
restent les plus connues, quelques recher¬
ches
dans les
travaux
de médecins.
s’en souvient E. Souville :
d’une
stature
athlétique et
Sur ce
du menton aux pieds comme l’iguane.
fond verdâtre
se
détachaient des tatouages aux
bigarrures infinies. Une toison de cheveux laineux
et
hérissés faisait paraître sa tête énorme et de sa
figure couverte d’un mastic noir, qui s’écailllait en
croûtes, ressortaient deux yeux sanglants... Je sus
ensuite que cet effroyable mastic noir était une pré¬
paration destinée à donner
aux
tatouages
de la
•
figure un lustre particulier à l’occasion d’une fête
qui allait avoir lieu...
Nous aimerions citer ici une réflexion d’Henri
La célébration du tatouage
relation les différences entre espèces animales, les
le
tatouage, les produits colorant la peau et les diffé¬
rences linguistiques entre les hommes”'®.
différences
entre
les
hommes
marquées
par
Lavondès tirée de l’étude de quelques mythes mar-
quisiens, replacés dans leur contexte polynésien,
elle dérive de la constatation de l’alliance du
car
tatouage et de la coloration de la peau, courante
Marquises. En premier lieu, à propos du ’eka
moa : “Il faut noter
l’importance de ce qui a été
cuit et ainsi le fait que le safran qui procure la plus
belle teinture corporelle soit un safran cuit”, puis
il considère un récit mythique des îles Tokélau, où
l’homologue de la déesse Hina des Marquises est
Sina, responsable de la bigarrure des oiseaux et des
poissons'”. Il examine ensuite un récit recueilli par
S. Elbert, intitulé Haua ‘i Nu’uhiva : le petit-fils de
aux
Po’ino’ino, nommé Haka Pua, voit ses compagnons
au cours
d’un voyage en mer réduits à se nourrir de
l’huile de coco qui avait servi à teindre son pagne
de /iiop)o'“® ; cet incident leur fait parler des
lectes
différents.
L’association
ainsi faite
entre la consommation d’un colorant et
l’existence de différences
au
coloration par le curcuma et le tatouage
étaient fréquemment associés...
(et) le tatouage était, pour
les Marquisiens, un moyen
indirect
d’affirmer par
mille nuances leur person¬
nalité individuelle, sociale
et tribale.
Nous avons vu
également (dans) un mythe
en provenance des Tokélau,
qui se retrouve ailleurs en
Polynésie, que les diffé¬
rences
spécifiques entre
poissons, dénoncées par
leur
coloration,
deux maîtres tatoueurs Oihi Mei et Tahuahi “Il faut que tu cueilles
quatre fruits de pandanus, quatre fa’a et noues-les à ta taille. Lors des
cérémonies il y aura trois appels de tambours. Au premier, ne fait
rien ! Au second, mets tes ornements ! Au troisième, fais ton entrée sur
la place sacrée ! Momea, cette mauvaise femme, voudra te choisir mais
à ce moment-là les fruits de pandanus parleront. Ils dénonceront ce
qu’elle a fait et elle aura honte. Lorsque Kua JSui viendra te parler,
détache deux des fruits de pandanus. Alors tu seras choisi par Kua iti,
celle qui doit être ta fiancée... (Et alors que Kua Nui, s’approchait de
lui...) “Vilaine borgne ! commencèrent à murmurer, les fruits du pan¬
danus mettant à nu ce qui n’était que la vérité, mais vite Teahi a
Puaiki trancha les liens de deux des fruits qui tombèrent, sans âme, au
sol. ” Récit recueilli par S. Elbert.
154. Père S. Delmas, 1927, p. 126 ; pudenda : “parties honteuses ”.
155. K.vondenSteinen, vol.l, 1925-1928, p.85.
156. E. Souville, 1914, p. 190. Souvenir datant de 1851.
157.
S. Elbert &
T.Monberg, 1965, “From the two Canoës. Oral
Traditions of Rennel and Bellona Islands. ” JJniversity of Hawaii Press
et
Danish Nal. Muséum, p. 152-153 ; s’y trouvent associés la colora¬
tion au safran des Indes et le tatouage.
87
Texte recueilli en avril 1935, dans la vallée de Hakahetau, à
Va
avis, à mettre en relation avec...
moa...
153. “Maintenant Teahi a Puaiki écoute bien ceci!” lui dirent ses
158. S. Elbert, ms. conservé au Bishop Muséum, p. 250-253 ;
paraît intéressante car : “elle est, à
le safran des Indes cuit, ’eka
152. P. Pétard, 1986, p.101-112.
cf. également le récit cité par K. von den Steinen, 1925-1928,
vol.l, p.59 tiré de W.Gill : “Myths and songs from the
South Pacific ”, Londres 1976, p. 91.
dialectales,
sein de la langue marquisienne, lui
notre
dia¬
151. P. Pétard, 1986, p.30 et p. 280-286.
La
Pou, auprès de Tama te Kiri. Dans ce récit, la fille de
Po’ino’ino, nommée Haua ‘i Nuuhiva, cherche un époux à Va Pou
mais, n’étant pas tatouée, elle a honte et fait appel au tatoueur
liamatakee. Il lui tatoue les jambes,
les poi-
le lobe des oreilles et les lèvres.
La fin des séances est suivie d’une grande
fils d’une morte
épousée par un vivant, ce qui n’est
unique dans les récits
mythiques des Marquises (voir,
la légende du Haka-manü)
est le fruit du succès de
ces tatouages !
Il
possédera un
tatouage si remar¬
quable qu’il lan¬
'ete.
Haka Pua,
cera,
Pacifique, il n’est pas rare que le
tatouage soit associé à la bigar¬
rure
des animaux et plus parti¬
culièrement à celle des poissons.
lui aussi,
des éclairs.
ms.
Poissons multicolores.
Dans les récits anciens du
Cf.
de S. Elbert
p.311-314.
159. H. Lavondès,
1975, p.63, 310,
313-314.
étaient
interprétées comme dues à
leur tatouage. Nous serons
donc tentés de rattacher
cette
transformation
marquisienne de l’his¬
de
la
Tour
Babel à
un
ensemble
toire
sémantique mettant
de
en
Marquisiens émigrés
à Tahiti,
par F. Marant-Boissauveur, le
tatouage pouvait donner au
corps une allure surprenante.
La couleur verdâtre venait de
l’huile imprégnée de suc végétal
dont on s’enduisait la peau.
a mer
Faune
marine
animaux
J—J qui
la^
étaient les
familiers
peuplent
JVlarquisiens. Leur
des
repré¬
sentation dans le tatouage
est, avec celle de la figura¬
tion humaine, ’enata, celle
de la divinité
etua
et
les
multiples formes du tiki^ la
catégorie la plus riche.
Parmi
les
motifs
re¬
marquables, qu’ils soient
réalistes
(requin, raie) ou
stylisés (baleine, crabe,
fUTïïJm
etc.), la tortue kea occupe
une
place importante
la transition
assure
Kea kea [im.180] dessiné
le tatoueur de Anaho (Nuku
Hiva) pour A. Seale.
12.
et
par
entre
8 à 11. Tortue dans le tatouage :
le monde animal et la divi-
(8) ke'a i'o he tai [im. 179] ou trans¬
posée dans la sculpture sur bois
(9,10,11)-
4. Pa/ca [iiii. 298] de la. cuisse de
Tahiakaee; : succession de i'a vau
En fond
Page du carnet de W. Handy
consacrée au relevé du tifa
5. Tortue, figuration supposée.
Taniha de Vaipae'e.
6. Ipu [im.l31] intégrant un
requin marteau. “Bambou aux
poissons”, Musée de l'Homme.
variante du hue fai
[ini. 113], de
1. Tortues d'un des pétroglyphes
du site de Kamuihei, à Nuku Hiva.
2.
Moho
bambou
;
mâchoire
[im.256], recjuin
sur
la représentation de sa
est
une
illustration
parlante du motif niho
[im. 265].
peata
3. Bambou du Musée des Arts
13'. Fafau'a [im.62].
d'Afrique et d'Océanie où figu¬
rent
14. Moho
plusieurs animaux marins.
aux
[im.256]
poissons”
du
l'Homme.
;
“Bambou
Musée
de
15. Tableau dressé par KvdS niho
peata [im.265] et hikuatu [ini.94].
^ e^BZEIE
rx eyinl Jni Ir
.©gv©rbo.T)de
7. Pierre
à poissons destinée à
de l’espèce
qu’elle figure. Musée de l’Homme.
favoriser la capture
X
3C
Xl
U
A
-bavai
i
Ocbwanzsttlcke
ht
‘y
►
wanzstücke hikuhiku-aïu-
•
Il faut enfin remarquer qu’à l’efficacité mani¬
feste de
ces
La célébration du
enlevées, les tatouages étincelaient si fort que, pour
quelques instants, Teahi a Puaiki était complète¬
plantes s’ajoutait la symbolique du
l’on ne voyait plus que les
(À la venue de sa mère) Oihi Mei (l’un des
deux tatoueurs) retira délicatement les feuilles
mais, alors qu’il enlevait la septième couche,Teahi
a Puaiki
disparut derrière un grand éclair”.
rituellement associé à leur emploi'™.
Ceci transparaît bien dans la légende de Tealii a
Puaiki : “ La nuit ses plaies étaient recouvertes de
sept couches de tapa et de feuilles alternées {tapa
’au tuafitu). Au matin, lorsque ces couches étaient
chiffre sept,
caché
ment
et
que
éclairs...
♦
Le rituel
W.Handy
même combien ce peuple, réputé “ débauché ”, pas¬
évidence les multiples détails par
sait de temps au cours d’une année à observer de
lesquels les Marquisiens intégraient leurs activités
de continence ! Cette précaution à
l’égard des femmes se doublait de mesures préven¬
tives supplémentaires. Aucune femme ne devait
être aperçue au cours des opérations ; J. Coulter
fut toutefois tatoué, de façon assez inhabituelle, en
présence de femmes de haut rang. La raison en
reste obscure mais il précise toutefois : “ Durant
tout le temps (de l’opération) il y eut plusieurs
femmes dans la maison. Il s’agissait de femmes ou
K. von den Steinen
V. Lallour,
surent mettre en
ou
importantes au contexte sacré de leurs origines ;
V. Lallour relève ainsi : “ Les
artistes
tatoueurs
qui, de père en fils,
caractère sacré dont
est
sont
des
se transmettent
le
revêtue leur science...
Pour subir l’opération du tatouage, il faut réunir
plusieurs conditions, telles qu’être à jeun depuis
un
certain temps, ne
point avoir vu de femmes
depuis un espace de jours... ; le tatoueur lui-même
doit se purifier par certaines observances de ce
genre chaque fois qu’il pratique son art. On peut
être tatoué à loisir quand on en a le droit, mais
c’est néanmoins à certaines époques principale¬
ment que l’on s’entend pour l’être. Il y a même une
lune consacrée spécialement à cette cérémonie.
Pendant ces tatouages généraux, le chef des
tatoueurs ne peut habiter que les pavés sacrés...
Autant de mesures, comme le souligne W.Handy,
dont : “le but (était) de créer une ambiance psy¬
chique puissante et favorable en invoquant des
forces supérieures et en isolant les artisans de l’at¬
mosphère profane de la vie quotidienne...
Pour
cela, ils obéissaient à des mesures touchant aussi
impliqués que la
laquelle appartenaient les opérés.
bien les individus directement
communauté à
Faute d’être strictement suivies, elles entraînaient
l’échec de l’entreprise.
Certaines, comme le choix
d’un moment favorable,
ont
l’isolement et le silence,
déjà été évoquées ; d’autres avaient pour but
de ramener la vie de chacun à la normale, c’est la
levée des tapu...
Restent à évoquer, avant d’aller
plus loin, quelques attitudes bien caractéristiques
de la recherche d’un état de pureté préparant à un
acte
religieux .
■
La continence
Cette observance était un des éléments essen¬
tiels de tout rite purificateur marquisien précédant
une
activité majeure. Certains auteurs soulignèrent
telles périodes
de filles de chefs. Elles semblaient tout à fait sym¬
pathiser (avec ma douleur) mais elles n’étaient pas
autorisées à interférer car j’étais un chef tapu”'“.
160. Père S. Delmas,
1927, p.l33 : “Notons ici que presque tous les
remèdes marquisiens, se composent de sept plantes, ou de sept fleurs...
mais la septième, à peine entrée en composition, est rejetée... pour le
dieu. ”
Dans les récits légendaires marquisiens 'ce chiffre appaj-aît à
plusieurs occasions : à propos du pays des sept jours et
des sept nuits, la maison aux sept portes et sept
“pièces ” ou annexes... Sur ces imprécations, les
procédés “magiques ” ou le choix de certains
chiffres dont le sept, cf. père S. Delmas,
1927, chap.V,p. 124-130.
161.
y.Lallour,
1843-1848,
Cahier 3, f° 17.
162.
W.Handy, 1938,
i
p. 17-19.
163. J. Coulter,
p.214.
v"
1845,
-
.
;
Lieu sacré et offrande
“La moindre des opérations de.
ce
tatouage... est une chose
sacrée qui ne se fait qu'en secret
ou
dans un lieu saint par des
mains spécialement destinées à
une
si haute fonction...”
Père M.G. Mathias.
Dessin de M. Radiguet, 1842.
Plat marquisien analogue
à celui (lu dessin de M. Radiguet.
tatouage
Te Patu Tiki
•
L'Art du
Tatouage aux Iles Marquises
Le tatouage étant un acte
sacré, il nécessitait un état de
pureté et contraignait les couples
Cet interdit était encore plus stricte pour celles qui
traversaient une période particulière de leur cycle
ou
qui étaient enceintes. V. Lallour et W. Handy
à rahstinence le temps de sa pré¬
font tous deux allusion à cette obligation de main¬
paration et de sa réalisation.
tenir les hommes à l’écart des femmes. Par contre,
au-delà de l’effort de volonté et de l’état de pureté
recherché
cachait
se
une
crainte. Max
autre
Radiguet y fait allusion : “Le tatouage...
se
fait à Nuku Hiva dans un vahi tapu
patrimoine, biens... Par l’image de ce qui est gras
est traduite la
notion de propriété ou le fait de dis¬
d’une certaine abondance ;
poser
retrouve
dans
un
cette
récit recueilli par
idée
se
H. Lavondès
auprès de Kehu’einui qui évoque un “pays prospè¬
(où) les hommes sont gras... Mais les jours où le
re
soleil
est
torride, les hommes
ont
faim... Les
hommes sont maigres. Ils n’ont plus de graisse”'”.
■
Le jeûne
(lieu sacré ou d’accès restreint)... Nulle
La diète, le jeûne, les restrictions alimentaires
femme ne peut approcher des lieux où l’on
figuraient parmi les règles courantes associées à
les hommes ; leur
présence ferait
maigrir ces derniers et leur rendrait les yeux
tatoue
Le rapprochement paraît curieux
mais il traduit une de ces
élevées
au
rang
de
hantises,
croyances
et
réelles, lorsqu’un interdit
divin est rompu. Toute faute, ou
négligence, entraînait de très
peurs
fâcheuses
conséquences,
comme
pour
tout tapu rompu, et
yeux
étaient
considérés
non
comme
les
seulement
un
organe
vital essentiel mais ils étaient
90
aussi intimement liés au mana, d’où
la nécessité d’éviter tout “contact”
.
dangereux'*’'’. Derrière l’image de
yeux qui rétrécissent se cache,
comme
une
métaphore, la vieille
angoisse marquisienne de la faim !
Peur ancestrale amplement justifiée
par la menace réelle qui pèse pério¬
diquement sur cet archipel sub-tropical, frappé par des sécheresses
pouvant durer de cinq à sept ans.
Assez poétiquement, la période de
l’année la plus pauvre en res¬
ces
sources, celle où la faim se faisait le
plus cruellement sentir, porte le
nom de “petits yeux”, mata iti
Elle correspond à l’apparition des
Pléiades ! Lés mots,
les images...
qu’ils soient littéraires, gravés sur
le bois ou dans la peau possèdent
ici, presque toujours, bien des
niveaux de compréhension et
M®' R.L Dordillon,
dans son dic¬
tout
traitement, même bénin. Cette
sage mesure
d’hygiène accompagne toujours nombre de médica¬
tions traditionnelles actuelles. Identiques pour
l’essentiel sur l’ensemble de l’archipel, ces règles
pouvaient varier dans les détails selon les cas ; le
cochon et le kava figuraient parmi les plats les plus
unanimement prohibés.
Le jeûne, réclamant un effort de volonté plus
grand, s’appliquait aux circonstances importantes.
A ce jeûne faisait suite un régime de faveur qui tou¬
tefois excluaient des produits que les uns diront
échauffants et d’autres impurs"’®. C’était tout
d’abord le père de celui qui avait l’initiative des
séances qui apportait la nourriture, puis les
autres pères, puis les sœurs, puis les antres
parents à tour de rôle. Ils semblent avoir reçu leur
nourriture au bout d’un bâton défait, ou hibiscus,
comme lors de l’isolement des
garçons durant la
superincision"’’.
Il
est
possible de penser qu’au cours de ces,
séances, l’opéré, mis en état de “ cohabiter ” avec le
sacré, atteignait un stade de fatigue et de douleur
qui augmentait son mana lorsqu’il les avait vain¬
cues.
Ceci permet peut-être de mieux comprendre
l’importance du lien entre la douleur ressentie et la
valeur des motifs que souligne J.A. Graaner'™. Ces
instants cruciaux, d’un parcours entre épreuve et
initiation, étaient recherchés par toutes sortes de
moyens chez de nombreux peuples lors des rites, ou
exercices, où la personne devait entrer en contact
ou atteindre à une connaissance transmise
par “ un
être immatériel”. En
était
souvent
ces
instants, un médiateur
nécessaire ;
le maître tatoueur qui
occupait une place importante dans la hiérarchie
sociale
cette
et religieuse marquisienne
pouvait tenir
fonction, aidé en cela par des instruments et
tionnaire de 1931, indique que le
accessoires
contraire de maigreur est exprimé
l’écaille de tortue... qui étaient autant de charmes
par kerehi, graisse qui signifie également
de “matières
conductrices”:, l’os,
investis d’un mana particulier.
Les préparatifs
Le
commun
des
mortels
n’était
La date des
toutefois
opérations et des fêtes ayant été
concerné ni par toutes les obligations ni par les pri¬
fixée, les séances ayant débuté dans de bonnes
vilèges qui touchaient les membres tapu du clan
pour lesquels des règles fort strictes régentaient le
quotidien aussi bien que tout événement marquant
de leur vie. M. Radiguet observa quelques-unes de
ces différences lors d’une
grande fête propitiatoire
organisée à Nuku Hiva ; “Nous explorions... un
conditions, chacun pouvait se réjouir et préparer
sa
contribution dans la perspective des cérémonies.
Le tatouage était un événement qui avait été
prévu dès la naissance d’un enfant de famille
importante et quelques récits anciens évoquent les
porcs
engraissés tout spécialement ainsi que les
{ute, Broussonetia papyrifera L.)
terrain assez vaste voisin de crêtes... là s’étendait
mûriers à tapa
rectangle de construction, c’était le
koika... Les grands chefs se font tatouer durant les
164. M. Radiguet, 1859, p. 127.
un
vaste
koikas et sur les lieux mêmes. On leur fait à cette
occasion de nombreux présents... ; plus loin reten¬
tissait
avec
un
bruit mat le marteau du tatoueur
mordant les chairs vives... ” ; tableau complété par
H. Melville : “La fête étant finie, les patients res¬
taient souvent seuls quelques jours sous leur petite
“
tente ”
ment
de tapa ; il leur était cependant formelle¬
interdit de
converser
camarades de souffrance
eux,
avec
leurs voisins
et
qui attendaient, comme
d’être remis des opérations de tatouage”"'.
Ces fêtes catalysaient les efforts de toute la popula¬
tion et attiraient les tatoueurs itinérants qui étaient
165. E. Best, “ The Maori as he ivas ”, dit à ce sujet : “ Comme la nour¬
riture cuite est une substance très polluante cela serait de la pure folie
de la part dhine personne tapu d^entrer dans un abri contenant de la
nourriture. Aucune nourriture tCétait consommée dans les habitations.
Elle l’était en plein air ou sur le seuil de la maison. ” p. 64
166. L’année marquisienne compte de douze à treize lunes qui se che¬
vauchent avec dix-sept étoiles saisonnières. Elle était majquée par les
quatre grandes récoltes des fruits de l’arbre à pain et divisée en deux
grandes périodes : Ehua qui correspond à celle des vents de Nord-Est,
tiu, de novembre à avril et Mata iki qui correspond à celle des vents de
Sud-Est, tiiatoka, de mai à octobre. La première récolte, mei nui, en
plein été austral est suivie vers mars-avril de la seconde, mei aitua à
laquelle est associée Pohe, la neuvième des dix-sept étoiles saison¬
nières, puis la troisiètne récolte, en août mei ’omui, nommée également
Kavaia à Tahiiata et à Nuku Hiva Mata Iki du nom de la constellation
qui apparaît à cette période. La quatrième récolte,
ha’amiiimui, se situe vers la fin de Tannée et est associée à TEpi de la
des Pleïades
Vierge, seconde des dix-sept étoiles : Puaka.
assurés d’une clientèle nombreuse, peu exigeante ;
167. H.Lavondès, 1975, vol. 1, p. 110 et suivantes, 126-128, 142-143.
le rituel se réduisait alors au minimum, chacun se
168. G.Ii. vonLangsdorJf,, 1813,
contentait de son abri individuel de tapa grossier,
où il se trouvait “isolé”, tandis qu’à quelques pas
la place était réservée aux membres les plus élevés
de la hiérarchie.
nur
vol. 1 : “l’opérateur et Topéré sont
nourris des meilleurs aliments le temps de l’opération”p. 118.
169. Ce détail, mentionné à propos de la “circoncision ” par W. Leblanc,
1895, fut confîj'mé à W.Handy ; cf. carnets de terrain.
170. B. Akerren, 1983, p.49.
171. M. Radiguet, 1859, p. 139-149 : H. Melville, 1847, chap. 8, réédi¬
tion anglaise, 1968, p. 31.
Pilon à tête de tiki
Musée (rHisloire de Berne.
Motif de tortue
transposé à la sculpture.
L’angoisse du manque et
le plaisir de l’abondance
étaient les extrêmes entre lesquels
balançait la société marquisienne.
Le partage de la nourriture,
entre hommes et femmes, ne fait
partie de la vie des vallées que
depuis la disparition des tapu.
Te Patu Tiki
•
L’Art du
Tatouage aux Iles Marquises
plantés longtemps à l’avance. Dans cet effort à long
terme était sonvent associée, aux parents directs, la
leur acclamation par le clan pris à témoin de cette
maisonnée des oncles
nouvelle “ mise au monde ” lorsque le _yqile de tapa
ments
et
des
dont les bâti¬
tantes
pouvaient être éventuellement en partie raz¬
cela implique ; d’où l’entrée “théâtrale” et
que
qui les cachait est levé"^
ziés pour l’approvisionnement des personnes impli¬
quées. Mais tout le groupe auquel appartenait le ou
les tatoué(s) était en fait concerné et la présence du
plus sacrée du corps.
S’emparer de celle d’un chef,
d’un guerrier était une action
décisive au cours d’un affronte¬
ment.
On en trouve de multiples
allusions dans les récits ou le
tatouage. Nutu kaha [im.269],
ipu ani [im. 132], komo’e
[im. 211], pihao [im. 336]...
autant
de motifs représentant
la tête.
92
occasion de réjouissances sociales, elles étaient un
clan était d’autant plus nécessaire pour la dernière
acte
à la fois laïc
étape des cérémonies, la koina tuhi tiki, qu’elle
marquait la validation officielle de l’acte accompli.
un
amusement” nous dit bien L.F. Tautain*’®. Par
Le rôle de la communauté tout au long de cette
sa
fréquente association à des cérémonies de pre¬
de considérer la'Ttoika tuhi tiki comme
mière importance pour la communauté, comme les
dans les situations de cette importance, sa partici¬
cérémonies funéraires ou celles liées à la récolte du
pation à la genèse de l’acte par l’observance stricte
fruit de l’arbre à pain, elle correspondait à deux
de quelques règles, dont le respect
préoccupations :
lors du choix des motifs et surtout lors de la recon¬
qui ce geste était une sorte de démonstration et de
naissance des changements intervenus durant cette
présents faits par les familles qui exhibaient le don
le plus précieux que leur avaient fait leurs aînés en
du'^ilence\çt de
l’isolemeni, mais un rôle plus actif lui était octroyé
dernière étape qu’était la cérémonie de présenta-
tionjLes applaudissements, les commentaires, la
^^lle était destinée aux ancêtres déifiés pour
permettant que la chaîne de la vie se perpétue ;
^^elles étaient donc un lien entre ces cérémo¬
participation aux appels des chefs de chœur, les
les danses étaient
autant de parts prises par le groupe à la ratifica¬
tion du nouveau statut qui allait changer les rap¬
ports des uns et des autres
chants des
au
protagonistes
ou
Présentation et
sitaient, correspondaient enfin à des phases d’ini¬
un
Ces manifestations collectives qui
tantes
Ces séances, et les préparations qu’elles néces¬
biais de ces épreuves, à la fois des connaissances et
RECONNAISSANCE OFFICIELLE
allaient conclure les
nies, les manifestations sexuelles et l’idée de fertilité.
tiation au cours desquelles étaient transmis, par le
sein de la tribu.
■
séances
impor¬
de tatouage avaient donc de mul¬
supplément de manu, à la façon des guerriers
marquisiens qui accroissaient le leur à cha¬
cun de leurs exploits*™. Cette hypothèse
permet de mieux comprendre la raison
tiples justifications, dont la reconnais¬
sance
de
C’est une chose frap¬
certaines
ÿ
fois la nourriture leur était passée
Cet interdit
frappait normalement les personnes
récits polynésiens la fréquente
fait
de
entre
recevoir
Motif du tatoueur de Anaho
[im. 269].
bout d’une perche.
au
le
des
qui
se
trouvaient momentanément
situation de “ surcharge ” de mana
tatouages et l’accueil de
en
la personne, comme un
et
être neuf, au point qu’el¬
pour A. Seule, 1902
des
cher de ses mains et le fait que par¬
pante, en effet, d’observer dans les
coïncidence
interdictions lors
séances, comme celle de ne rien tou-
d’une situation nouvelle n’était
pas la moindre.
Nutu kaha
religieux obligatoire : “C’est
et
une erreur
période avait été d’associer, comme chaque fois
La tête était la partie la
Ces fêtes n’étaient donc pas uniquement une
qui devenaient, par conséquent,
extrêmement
tapu"^. La rupture
le n’était pas reconnue
de
des siens parfois ; ceci per¬
rieur était alors imposée, non
mettait
au
héros, le cas échéant, de
changer de personnalité assez “com
modément” ce qui est le cas pour
Kena... C’est symboliquement vrai
aussi pour les jeunes tatoués qui devien¬
^
toute
relation
avec
l’exté-
seulement parce que ces jeunes
devaient
rester
entourés d’une
atmosphère de pureté, mais aussi
attribue un nouveau nom, avec les
qu’ils devenaient dange¬
pour leur environnement
et tout ce qu’ils touchaient ;
tout contact risquait de pro¬
conséquences et le sens profond
duire
nent
“ autres ”
au
moment
où
on
leur
parce
reux
un
“court-circuit”, un
•
eux-mêmes comme pour les
autres, à l’exemple du jeune chef marquisien qui
effet nuisible pour
de
combat.
W. Handy remarque du reste que : “il s’ensuivait
que ces individus devaient être déchargés de leur
état sacré avant de reprendre la vie normale,
pour éviter que leur puissance accrue
(mana) ne fît du mal aux pro¬
fanes avec qui ils pourraient
risquait
entrer
mourir
contact.
en
subitement
au
La célébration du tatouage
dans une feuille d’arbre à pain. Le
jeune ’opou la couvrait de ses
mains
la remettait
et
maître
tatoueur
au
avant
qu’elle ne soit portée
On leur
retirait donc le tapu par un
bain, et tout lien entre
eux
et les
rieures
forces supé¬
disparaissait.
On incendiait le local
sacré... ”'™.
■
La levée des tapu
trop plein d’énergie. L.F. Tantain préci
son
Habituellement, lorsque son client l’avait bien
se
que ce cadeau, fait aux dieux,
récompensé, le tuhuna restait proche du tatoué et
venait lui-même lever officiellement le tapu le frap¬
levait les interdits et permettait
Les dons s’accompagnaient de formules
incantatoires qui renforçaient leur pouvoir. De ces
rites de désacralisation on sait pen de choses mais
ils reviennent, en partie, à évoquer à nouveau les
offrandes citées en début de chapitre par le père
S. Delmas. A celles-ci s’ajoute le fait que : “après le
tatouage de quelque partie du corps, il fallait por¬
ter quelques fruits de noni sur le me’ae et s’abste¬
nir de l’usage de ses mains jusqu’à l’oblation de
l’offrande qui en devait accompagner le décor.
Renonçons à énumérer les circonstances de la vie
sents
pant.
réclamant des offrandes aux dieux ; mais de toutes
les offrandes “l’hostie humaine”, heaka ou heana
suivant le dialecte, était de beaucoup la plus propi¬
tiatoire, et souvent nécessaire. La coutume de l’of¬
le sang est-elle
Marquisiens ?... Toutes les
nations ont fait couler le sang sur les autels...
frande
ou
de
l’expiation
par
d’ailleurs propre aux
tatoué de recevoir les
au
pré¬
d’usage, le hakapu’a.
Dans les
cas
les
plus simples
l’offrande du tatoué, ’ima toki
à
Fatuiva, consistait en
ou
tono
un
fruit de noni et pour les plus courants en un
poisson. Dans les circonstances importantes,
ponr un chef ou un enfant de chef par exemple,
une
victime humaine
s’imposait, normalement, à
173. L.F. Tantain, 1898, p. 557 : “ (suite) C’est essentiellement une céré¬
monie et le plaisir y est tout à fait secondaire, au moins quant à l’idée
génératrice. On ne se réjouit pas avec des amis et connaissances de ce
que tel fait est arrivé ; on célèbre la cérémonie civile ou laïco-religieuse qui doit avoir lieu dans telle circonstance. Si peu à peu les amuse¬
ments qui constituent le fond commun des koika ont pris de l’impor¬
tance au point d’occuper la. plus grosse partie du temps et peut-être de
masquer les caractéristiques de chaque cérémonie, c’est par une dévia¬
tion, une altération de l’idée primitive... ”
174. E.S.C. Handy, 1927, p. 31.
175. K. von den Steinen, 1925-28, vol. 1, p. 85.
176. W. Handy, 1938, p. 17-19.
177. Père S. Delmas, 1927, p. 146, 186 et 189.
Dans la légende de Kena, le héros, à la fin des
s’était tout d’abord rendu
chez ses parents afin qu’ils préparent les présents
dont les palmes tressées destinées à lever le tapu
qui frappait encore le groupe des tatoués et du
tatoueur. C’est l’épouse de Kena et les femmes de
son
entourage qui devaient les apporter ; de cette
garniture, l’ethnologue précise qu’elles étaient
étendues sur le sol du patiki (la case de tatouage)
séances de tatouage,
afin de libérer le tuhuka de son tapu™.
Le père du plus important jeune tatoué remet¬
tait ensuite l’offrande
déjà évoquée, enveloppée
C’est en 1867 que se produisit le dernier cas de cannibalisme, à Nuku
Hiva :
côté sud de l’île, de vils complices savaient qu’une victime
était bien désirée à Hatiheu. Ils etivoyèrent un inconscient de ce côté
chercher du poil de bourrique pour faire un remède utile à une femme
enceinte, qui avait désiré de la bourrique. L’infortuné commissionnai¬
re,
nommé Here, avait atteint la bourrique à Ha’atuatua et il revenait
content avec son
spécifique. Traversant Anaho, il avait à peine dépas¬
sé un groupe d’hommes, quand deux d’entre eux se détachent, le rejoi¬
gnent et l’assomment. On le porta à Hatiheu où, le lendemain, se célé¬
brait une fête tiihi tiki ; exposition très obscène des nouveaux tatoués.
Il fut
mangé à Naniuhi. * Here est la dernière victime mangée à
Hatiheu. ” S. Delmas, 1927, p. 175
*
Naniuhi : l’un des sept tohua de Hatiheu, monument classé le 2316152.
178. K. von den Steinen, légende de Kena, 1933-35.
179. On peut supposer qu’il s’agit du lieu sacré de la famille qui, dans
le cas d’un fils de chef, peut se confondre avec celui de la tribu. Les
vahi tapu, lieux sacrés ou tapu, étaient très nombreux dans les vallées.
Les victimes humaines
sont souvent
évoquées clans les
récits mais les représentations
iconographiques n’existent pas et
G. Lafond de Lurcy en donne ici
une
vision romantique. La façon
de porter les victimes, proche de
celle du cochon, le type de laçage
pour les immobiliser, la manière
de les disposer sur le tohiia, ou
le me’ae, répondaient à une codi¬
fication précise et séculaire.
Nutu kaha [im. 269],
deux motifs de nutu kaha.
Le premier:
T. Jaussen, in
Delmas 1927 au bras de Muhaoe,
et le
second sur le bambou de
Toulouse (voir p.282).
93
Te Patu Tiki
•
Tatouage aux Iles Marquises
L’Art du
Mafa)
Mata :lesbandeau
porté
hommes
nographique est, avec les
sur
ka’ake
et
les yeux. Le terme a pour
“ovales
percés”, l’iin des
équivalents kikomata
plus utilisés par les sculp¬
par
mata mo’e.
et
V. Lallour par¬
teurs
lerait plutôt de mata hia-
siècle.
moe.
Il faut distinguer ce
type
de bande, qui passe
du tatouage
sur
les yeux,
des
paupières
Le
les
du
XIX"
mot
mata
l’extérieur
une
eipoto
ou
XX"
et
désigne :
chose,
d’une
face, le visage, l’œil...
le
Dans tout le Pacifique, les
mata toetoe ou “mehama".
étoiles furent comparées à
Dans les ouvrages géné¬
des regards ; P.E.Eyriaud
comme
raux, se trouvent souvent
regroupés
ce
terme
Vergnes nota
suadés
que
qu’ils apparaissent
morts
(étaient)
types
dans le tatouage, la sculp¬
ture,
les pétroglyphes...
Comme
le
remarque
R. Greiner, ce thème ico¬
les
que
Marquisiens étaient “per¬
de regards
divers
tels
sous
de
dans les
les âmes des
étoiles
chacun de
ces
placées
(et)
que
astres
en
I. En bandeau, ces regards ou
mata furent relevés par W. Handy
sur
des jambes de femmes.
7.
Etrier d'échasse
au
regard
incrusté de fragments de coquilla¬
ges ; Musée d'Histoire naturelle et
d'Ethnologie de Lille.
représente une”.
-ÎTTTTTTTTTT
En fond
Paepae Tapepehi, Hoho’i, Ua
Pou, relevé P. Ottino.
94
•VÏTTTTTTTTT
3.
2. 3. Visage au regard spiralé,
bois ; relevé R. Greiner, 1923.
4. Tête sculptée dans un tuf vol¬
canique {ke’etu) rouge, couleur du
sacré ou tapu. Musée de l’Homme.
L'importance du regard ressort
tout particulièrement sur le visage
des
tiki.
La
bouche
'TTTTTTTTTTf
______
5.6.7.
entrouverte
laisse passer la langue : mimique de
défi et d'agressivité.
5. Mata komoe, motif pour la
cuisse des hauts dignitaires.
G.H.vonLangsdorff, 1813.
6. Mata hoata [im.230] ancien,
de
Fatuiva, destiné
aux
jambes
d'hommes ; dessin d'un tatoueur
de File pour W. Handy.
11. Mata i’o, pl. 56, KvdS.
Tatouage destiné à une femme
de Hiva Oa. (Le motif mata se
situe sur le haut du la jambe).
9.
Visages et regards sur
de Braunschweig
(5,6) et de Toulouse (7), Musée
de ITIomme. Les paires de ipii
[im. 131] en sont un exemple fré¬
quent. Toulouse illustre l'utilisa¬
tion des po’i’i [im. 352], ou formes
circulaires. E'etiia [im.49] étant
omniprésent, il y joue souvent la
fonction de pupille comme visage
les
bambous
ou
demi-etitn.
10.
La célébration du
tatouage
nJ
^
^
4^
.
U.
e?' saes ®Qp^
V7VVWWT
□feîïi
■TTTTTirTTTTT
12. Planche n°l de l'ouvrage de
W. Handy, 1938 on soiil regroupés
des tracés (jiii peuvent représenter
la tête : oreilles, nez, yeux, visages.
13.14.
“regards” de Te
Deux
Mono Hokati qui lut tatouée dans
l'ancien style île Ua
considérés
comme
Pou. Ils sont
une
variante
d'un type important de mata : les
mata lioata
[im. 230] et sont aj)pe-
lés mata i'o [im.232].
95
En milieu de page
Composition du tatoueur de
Hiva). A.Seale.
nommée mata ima [im. 246]. Le
mata, évolution de l'image d’etua
[im.49], n'occupe qu'une petite
place au milieu de ka'ake
[im. 146], de visages et de divers
types d’fenata [im.42] et d’etua.
Anaho
(Nuku
15. Variante de mata
hoata.
jambe de
femme, Ua Pou, W.Handy 1922.
Motif destiné
à
16. Variante de
une
mata
hoata
[im.230] ou regard mar([ué en
général d'une demi-lune à la pupil¬
le, pour simplifier. Tauakika qui
dessina celui-ci l’appelle kautuka
[im. 168].
XTTTTTTTTTÏ
En fond
Mata putona [im. 242], tatouage
relevé par K. von den Steinen.
17.
sur
Transposition pyrogravée
bambou d'un motif destiné au
haut de la cuisse ; relevé W. Handy.
Ce visage, ou nutu kaha [im. 269],
est
formé de façon classiipie d’un
hoata [im.230] pour le
regard, d'un poka’a [im.353] j)our
le nez, tandis que deux ka’ake
[im. 146] et deux hameçons ou
rnetau [im.254] composent le l)as
du visage.
mata
18. Mata putojia, [im.242],
partie d’une composition ])onr la
main, W.Handy.
19. Mata
i’o, [im.232], forme
secondaire du
pl..'55.
mata
hoata, KvdS
Te Patu Tiki
•
L’Art du
Tatouage aux Iles Marquises
moins que plusieurs cochons, des tortues, éventuel¬
ajournait la cérémonie... (Puis) le tuhuka o’oko
d’autres
poussait un grand cri de toute la force de ses pou¬
lement des raies
ZJ
3TH
était un des rites de désacralisa¬
tion après le bain en mer.
C’était
également le cadre des ren¬
contres amoureuses
comme
inspirant,
ci-dessus, les motifs vai ’o
Kena^ vai ’o Tefio (ci-dessus)
[im.480, 481]
Page de droite
Guerrier paré
de ses plus beaux atours
Il a revêtu un long hami de tapa
ainsi que des ornements de che¬
veux.
espèces pélagiques
prestigieuses comme le dauphin lui soit substituée.
“Quand le grand taua voulait... mettre fin à un
tapu, il fallait le heaka haa koe ia tapu (une victi¬
me
humaine)... 11 en fallait à quelques fêtes
publiques, notamment celles qui suivaient le
tatouage des personnes notables : koika tuhi tiki...
Ajoutons que la plupart des tatouages des chefs ou
mons
et entonnait le ha’iha’i heaka...
solennisation de la victime...
11 s’agit de la
qui se célébrait tan¬
tôt, rarement, sur la place publique en présence de
tout
le peuple, tantôt sur le me’ae avec une assis¬
tance bien restreinte...
Tout n’en était pas pour autant
rentré dans
victimes
l’ordre et deux bains successifs, l’un dans la mer,
humaines”'™. Durant le rituel d’offrande, la victi¬
l’autre dans l’eau douce, permettaient de retrou¬
de
Le bain dans les rivières
ou
me
enfants
leurs
réclament
des
humaine, par les chants et les gestes qui l’ac¬
compagnaient, était présentée comme un poisson
envoyé comme messager aux divinités. “Les vic¬
times offertes aux dieux n’étaient jamais man¬
gées... La victime trouvée..., deux hommes la por¬
taient, morte ou vivante, attachée à une longue
perche... Les prêtres décidaient si on devait s’arrê¬
ter sur la place publique ou aller au me’ae... Les
tambours... annonçaient l’approche de la victime
que les porteurs venaient jeter au lieu déterminé.
Alors
tout
bruit cessait,
et,
ordinairement,
on
ver un
ce
état profane“^ C’était ensuite le tour du feu;
dernier venait réduire en cendres les construc¬
qui avaient abrité tatoueur et tatoués. Pour
tions
J.G. Frazer “...Une raison de ces pratiques... est,
peut-être, d’empêcher le sang de tomber entre les
mains de
magiciens, qui pourraient en faire un
mauvais usage”'™.
Le son des conques marines, des tambours ou
les coups de fusil retentissaient alors pour annon¬
cer
à tous dans la vallée que le temps des tapu était
passé et les rites accomplis.
Au cou, il porte un pen¬
dentif en nacre. De fausses
Une cérémonie en trois actes
oreilles en bois léger ornent sa
tête surmontée d’aigrettes de
plumes de phaétoii, de touffes de
barbe blanche et de longues
plumes caudales de coq. Les
emblèmes de sa position sociale :
l’éventail et le bâton. Dessin de
M.
Radiguet
“Lorsque tout fut terminé... les conques et les
coups de fusils retentirent à nouveau, mettant fin à
la cérémonie... Je me sentais un peu faible après
tout cela mais en allant à l’air et en m’asseyant à
l’ombre fraîche d’un arbre, tout
alla mieux. La
population et les chefs... vinrent en grand nombre
m’apporter ce qu’ils estimaient être des dou¬
ceurs
de toutes sortes... les chefs me firent
des
présents variés et en réalité tout
cela était un véritable étalage de bien'
veillances...
Chaque jour une abon¬
dance de toutes sortes de choses me
fut apportée.
Au bout de quelques
temps l’enflure diminua, la peau en
surface
pela et tout alla bien à
nouveau
”184
Les démonstrations collectives n’avaient lieu
que lors
on
se
de circonstances marquantes. A Puamau
souvenait encore, en
1920-21, d’avoir ainsi
de guerriers revenus
vainqueurs de combats. Vers la fin du XIX' siècle,
sous la
pression de la pénétration européenne, on
ne fêtait
plus guère que les jeunes gens et jeunes
filles qui venaient de recevoir leurs premiers
tatouages : “ 11 est clair que le tatouage de toute
l’enveloppe cutanée exigeait un grand nombre de
séances mais l’étiquette n’était de rigueur qu’une
fois” remarque le docteur Ch.L. Clavel'™.
Les jeunes héros de la fête devaient y paraître
sous leur meilleur
jour afin de faire éclater la
métamorphose qu’ils venaient de subir. D’enfants
nus, ne portant qu’une simple ceinture, ils
fêté les
nouveaux
tatouages
étaient devenus des
ou
des
pleine
de
hommes,
femmes,
en
possession
leurs
moyens.
•
Leur force, leur
valeur, leur nouvelle situation
préparaient
allaient être reconnues par l’ensemble de la tribu,
les
les alliés et indirectement les tribns ennemies. De
pour
pouvaient durer trois jours et
préparatifs. Les jeunes
avaient dû attendre la disparition totale de toute
telles cérémonies
nécessitaient bien des
séquelle et retrouver un peu de rondeur. A cet
une période de quelques semaines
effet, durant
précédant le grand jour, les jeunes tatoués étaient
tenus
reclus et recevaient les soins et nourritures
adaptés soit dans la maison de leurs
parents, soit sur les lieux du tatouage. Leur peau
durant cette période s’éclaircissait, d’autant plus
qu’ils s’enduisaient du suc d’une papilionacée
appelée papa vehine à Nuku Hiva. De leur côté,
parents et alliés, depuis le tout début des opéra¬
tions avaient préparé les innombrables produits
nécessaires à cette fête de présentation : la koina
tuhi ti’i ou koina pati’i.
Le festin était une part essentielle à toute fête.
Pour ces repas, il fallait une très grande quantité
de fruits d’arbre à pain, car ils servaient de base à
les mieux
l’alimentation'"'. Ce fruit était consommé de mul¬
tiples façons dont les plus appréciées étaient la
popoi, le ka’aku au nord, ou koehi au sud, la makiko ou mapou, le heikai ou feikai, toujours avec
cette
distinction entre termes du groupe nord ou
(même si des nuances sont à apporter à ce
découpage). Venaient ensuite le taro, les bananes et
les bananes à cuire, de teinte orangée, an régime
dressé {Musa froglodytarum L.). L’alimentation
d’origine animale était surtout constituée par les
produits de la mer : poissons, crabes, poulpes, lan¬
goustes, oursins crayons, chitons et autres crusta¬
cés et coquillages. Certains de ces aliments, les plus
appréciés, étaient réservés aux membres tapu du
clan : chefs et prêtres. C’était le cas de la tortue ou
des poissons dont la chair était la plus délicate ou
dont la teinte était rouge... Venait enfin celle, pres¬
sud
tigieuse, du porc. L’eau de source ou de rivière et
l’eau de cocos verts servaient de boisson. Pour les
personnages
les plus importants s’ajoutaient le
kava et, plus tard, les divers namu ou alcools obte¬
par la distillation de fruits locaux, apprise
auprès des marins déserteurs.
nus
Outre la qualité et l’opulence du festin, l’ap¬
des personnes se devait d’être superbe.
Pour ces jeunes allait être célébrée, comme le
souligne G.H. von Langsdorff : “l’une des plus
grandes époques de la vie”. Tous dans la vallée
parence
La célébration du tatouage
abris
les invités, Ij
feuillages pour les
guirlandes décoratives et les colliers de senteur,
taki hei, ou bien les huiles diversement parfumées
ou
rassemblaient fleurs
et
colorées
et
qui enduiraient tous les corps. “Les
Polynésiens sont
pauvres en
pigments d’origine
végétale ou minérale, pour la peinture... Les jours
de fête... (T) étalage généreux et gai de couleurs et
de parures, utilisées par les deux sexes, mettait en
180. Père S. Delmas, 1927, p. 153, 189 ; W. Hamly, 1922, p. 12.
Père S. Delmas, 1927 : “Lepère Gracia nous dit
que la première
année de son séjour à Nuku
Hiva, en 1839, vingt immolations humaines
eurent lieu dans cette seule île, sans que lui ou
confrères y pussent porter aucun remède...
n’exagérons pas. De grâce, qu’on ne
s’appuie pas sur le témoignage des missionnaires,
pour dire que cette coutume onthropophagique
était si bien entrée dans les mœurs, qu’elle fai¬
sait partie de toutes les fêtes... ”, p. 148-149
ses
Ceci dit,
181. Père S. Delmas, 1927, p. 152-170.
Le père S. Delmas cite l’un de ces chants,
recueilli par le père
d’un
tuhuka
o’oko
Pierre auprès
célèbre de
Taipivai, Teikipa’anu{. l’un de
ceux que l’on considérait comme
le chantre
ou
le garant
de la
mémoire et des cérémonies rituelles
du clan. Le tuhuna, debout sur une pla¬
te-forme cubique, tenait une ligne à la
à un moment donné du chant,
plaçait dans la bouche de la victime un
grand hameçon. D’autres hameçons pou
main et,
valent lui être accrochés. Le silence absolu
devait régner dans la vallée, aucun feu ne
devait être allumé et chacun devait res¬
ter chez soi.
*
Iia’iha’i ; Dans M'"’ Dordillon, 1904,
redoublement de ha’i, fêter, solenniser,
célébrer une fête... faire connaître; au
figuré, conduire.
W.Handy, (carnets de terrain), apprit
ses informateurs que ces jeunes ne
devaient pas prendre de bain pour la durée
d’une lune. Atahi meama pourrait se traduire
par “une lune” mais correspond en fait à
l’idée de quarantaine, déjà évoquée par
182.
d’un de
W. Leblanc.
J.L.Candelot nous fuit remarquer que: “Le
bain de mer, après une opération à caractère reli¬
gieux ou magique, est une mesure purificatrice et
prophylactique qui décharge les participants de la
surcharge de inana qu’ils véhiculent et qui présente
un danger pour le commun. Le bain d’eau douce
sert à laver le sel de l’eau de mer. Cette pratique est
connue à trat;ers toute la Polynésie. ”
183. J.G.Frazer, coll. Bouquins, T.l
le sang ”, p. 662-629.
184. J. Coulter, 1845, p. 214-215.
185. Ch.L. Clavel, 1885, p. 25, note.
186. P.E. Eyriaud des Vergnes,
1877 : “À l’époque
de la récolte des fruits à pain, mei, chaque famil¬
le en cueille une certaine quantité qui varie de
trois mille à cinq mille environ...
parer la jiopoi. ”, p. 42.
Pour pré¬
Le heikai, feikai ou
makiko. La chair du mei
{fruit de l’arbre à pain), mêlée
au
lait de coco, était enveloppée
de feuilles de hau et les paquets
suspendus au-dessus des pierres
du four pendant deux jours.
Patu Tiki
L'Art du
•
Tatouage aux Iles Marquises
•—
Le tuhuna ayant reçu sa rétribution et
Hei kohio ou peue ‘e’i
ayant
Longtemps confectionnées à Ua
Ce jour-là, à l’extérieur des habitations, on
vaient en com[)ter 5 à 6 000.
dont les hommes se couvraient
les épaules.
Ils revêtaient égale¬
de jupe de che¬
ment une sorte
veux
:
le toke ouoho confectionné
à partir de cheveux d’oncles
maternels et de tantes pater¬
nelles, j)arfois aussi, dit-on, de
cheveux de captifs montés par un
spécialiste : le
exposait les ornements qui avaient été préparés et
valeur
et
encore
les
exaltait
surfaces
tous
•
brillantes
d’huile de coco parfumée, qui n’étaient pas desti¬
nées au tatouage et recouvertes d’ornements
linéaires, symétriques et sombres”'”’. La prépara¬
tion de l’habillement, et tout spécialement des
ornements, occupait en priorité les parents des
héros de la fête. Une partie de ces parures pouvait
être confectionnée sur place. Le tapa de procession
des jupes et des hami l’avait été depuis longtemps
déjà et certains accessoires faisaient partie du
patrimoine du clan ou de la famille. C’était le cas
des magnifiques coiffes formant un éventail de cen¬
taines de plumes caudales de coq, d’un noir pro¬
du
ke'a ou pa’e kaha, j)rovenant
des îles du sud où les tortues
venaient pondre. Alliant écaille
et
coquillage, il a pour thème la
reconnaissance, par un ancêtre
fondateur, de ses ascendants ;
[cf. hiki a tama - im.93].
La profusion
d’ornements est un trait culturcl commun aux îles océa¬
niennes. Aux Marquises, les
parures conservées mêlent les
fleurs, les graines, les fibres et le
tapa d’origine végétale aux maté¬
riaux tirés de la mer : dent.s,
ivoire marin, cartilage et écailles
mais aussi les plumes, les cheveux
bruns et les barbes blanches...
Ils associent la beauté à la fiuissance
de la matière originelle
dont ils sont extraits et symboli¬
sent
la pérennité, la confiance
universelle que les I^olynésiens
plaçaient en l’homme.
ainsi pouvaient admirer et juger du talent et
de la richesse de chacun !
corps,
fond aux reflets verts : les ta’a vaha, ou les touffes
Diadème d’écaille, pa’e
regagné la demeure parentale, on était
alors à la veille de la fête !
Pou, les plus précieuses pou¬
Titi OUoho^ sorte de capulet
abrités sous de longs pans de tapa,
les jeunes,
Couronnes de dents de dauphins.
longs cheveux noirs frisés qui étaient portées
bras, aux jambes et parfois sur les épaules et à
la taille : les po’e ouoho ou po’e vaevae. D’autres
parures nécessitaient des échanges et même des
voyages. Si le safran d’Océanie cuit, ’eka ou ’ena
moa était une
spécialité de Nuku Hiva, les dia¬
dèmes d’écaille, pa’e kaha ou pa’e kea, étaient
fabriqués au sud, à Hiva Oa, Tahuata ou Fatuiva.
Quant aux bandeaux de dents de dauphin : peue
Cette fête
pouvait être fort simple,
ou
au
contraire impressionnante lorsqu’il s’agissait d’un
“héritier” et qu’avec lui une part des jeunes
du
clan recevaient leurs premiers tatouages.
Ch.L. Clavel nous décrit une cérémonie relati¬
vement
simple : “L’œuvre achevée, le jeune garçon
était recouvert d’un long voile de tapa et reconduit
à la maison paternelle.
Il n’en sortait qu’après la
disparition complète du gonflement des parties
dissi¬
mulé par un voile, il se rendait au milieu de la place
publique envahie déjà par tous les naturels de la
tatouées. Escorté de sa famille, et toujours
tribu. Hommes et femmes étaient réunis dans cette
de
circonstance. Le voile était alors enlevé aux accla¬
aux
mations
de la foule
et
au
grand honneur des
parents qui recevaient de tous les côtés les félicita¬
tions les
plus empressées. Un repas, dont le père
payait encore les frais, terminait la journée”''".
Mais la fête était bien plus que cette parade
suivie d’un festin,
bien que ces deux éléments en
soient effectivement les
pôles festifs. Ces cérémo¬
nies
comportaient de nombreux aspects similaires
résume H. Lavondès : Ces “fêtes célébrées à
’ei, réservés aux femmes, ils étaient la spécialité de
que
Ua Pou. Depuis la fin du XVIIP siècle, et tout au
diverses occasions de la vie sociale... pour peu que
long du XIX“ siècle, les dents de cachalot, fort pri¬
sées pour les ornements d’oreilles, les pendentifs...
furent l’objet d’échanges lucratifs pour les navires,
contre cochons et bois de santal. Certains
plumages
rouges étaient introuvables depuis que le manu
ku’a avait disparu. Des expéditions, entrées dans
la légende"'”, étaient organisées jusqu’aux îles
Cook, plus exactement Rarotonga, pour en obtenir.
Plus simplement, on se contentait pour ces orne¬
ments en demi-lune, portés sur la poitrine ou sur la
tête, des plumes rouge-rouille ou jaune-doré des
poules et des coqs et de plumes aux teintes vert
sombre des ’upe ou vert pâle des kuku ou kukupa"^'’. Lorsqu’ils étaient placés sur le haut du front,
ils étaient agrémentés de touffes de barbes de
vieillard : pavahina, ou d’aigrettes rouges, roses
ou blanches confectionnées à
partir des plumes
caudales des phaétons'”.
l’organisateur leur confère quelque ampleur, com¬
portaient de nombreux éléments communs et se
déroulaient selon des schémas
quasi identiques :
accumulation de nourriture, préparation collective
de
cette
créations
nourriture..., récitations de chants de
et
de
accompagnés
au
exhibition des
poèmes généalogiques..., chants
son des tambours, procession,
parures
de fête,... distribution
ostentatoire de nourriture... le tout étalé sur plu¬
sieurs jours.
C’est cette trame, donc, qui sous-tendait géné¬
ralement les fêtes du tatouage. Les cérémonies sem¬
blent s’être articulées
en
une,
deux
ou
trois
périodes. Schématiquement, la première consistait
à présenter les jeunes tatoués, à rappeler les chants
de création ainsi que
pour la tribu ;
les généalogies importantes
la seconde, pratiquement toujours
présente, marquait la coupure survenue dans la vie
•
de ces jeunes et leur passage du monde maternel à
celui des adultes. La troisième semble ne pas avoir
■
De bon matin, chaque foyer s’affairait. Dans
été systématique, à moins que les Marquisiens aient
hésité à en faire part, ce qui est tout à fait envisa¬
geable. Cet épisode entérinait la phase préeédente
et mettait l’accent sur le monde
et les
féminin, les devoirs
plaisirs qu’on en attendait.
En 1920, un informateur de Puamau se souve¬
nait des trois
jours de fêtes, organisées par une
famille importante de la vallée en l’honneur de leur
fils. Le premier jour était
appelé koina tuhi tiki
Premier acte :
FÊTE DE PRÉSENTATION DES TATOUAGES
les familles dont
un
ou
plusieurs jeunes allaient
être présentés, on enduisait leur corps de huhe puis
on
les revêtait de leur costume. S’il s’agissait d’une
un
tent par
dizaines. Elles faisaient
l’objet d’un apprentissage au
même titre que les récits et les
chants qui leur étaient intime¬
ment associés.
“diadème d’écaille” ou un bandeau de dents de
dauphin ou sinon une simple visière surmontée
d’une touffe de barbe de vieillards ou d’une aigret¬
de plumes... A l’annulaire de chaque main elle
passait un anneau portant de longues plumes de
phaéton.
est montrée
Les danses connues se comp¬
plis, ouverte sur le devant. Sur la tête, elle arborait
cus” en l’occurrence le fils du chef. Le troisième
jour était appelé koina to’e haka “fête où la vulve
tatouage
fille, elle portait une longue jupe de tapa, à larges
présenter les tiki ou tatouages”; le
second : koina pou fau ou “fête du poteau d’hibis¬
“fête pour
La célébration du
te
Les récits
légendaires donnent une idée des
La mère de Kena
plaça tout d’abord à son fils la coiffe de plumes
rouges, surmontée d’une belle touffe de barbe
blanche pnis elle fixa, à l’arrière, un éventail de
longues plumes de coq. À ses oreilles elle passa un
grand ornement blanc, de bois
léger ou d’ivoire marin, sontenu
par un bandeau de tête. Au cou,
parures portées par les garçons.
99
187. K. vonden Steinen, 1925-1928, vol. 1, p. 47.
188. K. vonden Steinen,
voyage pour
kiila.
1933-1935, récit n°3, le
la quête des plumes d’^oiseaux
“
189. Ainsi dans la légende de Pota-a-te-mau
recueillie à Atuona par E.S.C. Handy (1930) et
citée par H.Lavondès
(1975, p.ll9 et 360), les
parents du jeune tatoué se mirent en route en direc¬
tion des montagnes à la recherche des kukii dont les
plumes d’un vert pâle, devaient orner le pa’eku’a de leur fils.
190. K. vonden Steinen,
ornements
1925-1928, étudie remarquablement ces
dans tous leurs détails. Ce goût pour les ornements corpo¬
rels est à Vorigine de son immense tra vail sur la signification et les buts
Princesse Mounatiné ”
Mannequin, en tenue de mariage,
présenté à l’Exposition univer¬
selle de 1900. Cette curieuse
création allie tatouage, motifs de
sculpture et ornements d’homme
et de femme.
en
K. vondenSteinen,
observateur avisé, un rien
ironique, constate aussi qu’elle
du tatouage.
porte son diadème à l’envers et
191. Ch.L. Clavel, 1884, p. 25.
un
192. H. Lavondès, 1975, p. 223.
À propos des quantités de nourriture qui étaient consommées lors des
fêtes, P.E. Eyriaud des Vergnes indique : “ /Vous avons vu de ces fêtes ou
étaient présentes cent personnes, dans lesquelles on a mangé, dans l’es¬
pace de trois jours, trois tonneaux de popoi, trente à trente-cinq forts
cochons, quinze à vingt requins, sans compter le menu poisson et les
«hors-d’œuvre»... Dans une, entre autres, qui réunissait tous les
indigènes de Ua Po (sic) et une partie de ceux de ISuhiva (sic), à
Akanoke (sic ; Hakanahi à Ua Pou, clan Ouhau ?), pour trois
cents à trois cent cinquante assistants cette quantité de nourri¬
ture était au moins à quintupler. ” p. 45-46.
épouse recueillirent, en 1966 à
Taipivai quelques informations sur des aspects de
cette journée que les Marquisiens, jusque dans ces
années, n’avaient guère jugé opportun de livrer.
Leur caractère est sans doute marqué par un
certain “régionalisme” propre aux
Taïpi, toutefois certains aspects se
retrouvent dans des témoignages
aiitérieurs, recueillis, généralement plus au sud, par
K. vonden Steinen et les ethnologues américains; cf.
E.S.C. Handy, W. Handy, R.Linton.
193. R. Suggs et son
collier de coquillages iden¬
tique à celui qu’il avait acheté en
souvenir à Sydney.
Danseur enduit de ’efea
Le jaune, associé à la joie, est
obtenu à partir du safran des
Indes, Curcuma longa.
Te Patu Tiki
•
L’Art du
Tatouage aux Iles Marquises
Les chants
poèmes sacrés étaient alors
pu’e était le récit de la Création.
entonnés. Le
et
Chaque tribu l’avait légèrement modifié ; à Ua Pou
parlait de koua’ehi. Le uta tapu était un autre
chant sacré, célébrant en général de grands héros
et leurs exploits. Les mata te tau, ou
généalogies,
on
étaient essentielles
comme
les
cosmogonies, mais
pouvaient éventuellement s’insérer à d’autres
moments du cérémonial.
Tous ces chants rappelaient aux membres
de
la tribu les raisons et les réalités de leur environne¬
ment,
de leur existence, de lenr racines les plus
lointaines et des liens qui les unissaient individuel¬
lement à leur haka’iki.
Deuxième
m
fête
acte:
du
"poteau
d’hibiscus”
La seconde
phase des événements laissa les
observateurs occidentaux très perplexes. En effet,
d’officielle et élogieuse, la fête prenait un tournant
parfait contraste ! Le jeune
pou fau” et ses
recevaient, devant la communauté
.compagnons
entière,
un
nom peu
flatteur ; un nom de
çrision qu’ils garderaient tant qu’un événement
majeur
ne
leur permettrait
pas
d’en changer.
Celni-ci lui avait été préparé durant les séances de
nou-a*"un jj^dfentlf de dentstdé cacfaSTo'f et enfi¬
4
Patookee est un chef que le Lt
J.A. Shillibeer rencontra à
Taiohae en 1814. Il fût son ikoa
ou
ami de nom. Le mot patuki
désigne à la fois une variété
sons.
un nom
cours
Patiki, enfin, est
de dérision attribué au
des séances de tatouage.
était
appelé
patiki
ou
pati’i.
précédée d’un putu, ou chant élogieux, également
elle lui noua son ceinturon de tapa de banian brun-
composé en leur honneur par les jeunes de la vallée
roux et
veux
fixa à ses chevilles des ornements de che¬
’opou était enfin prêt à se
frisés ; le jeune
montrer en
Sous la forme patu’i te
per une image.
et
L’attribution publique de ce surnom pouvait être
la deux anneaux ornés de plumes à ses doigts. Puis
public.
qui signifie battre et qui, là encore, avait été
composé tout spécialement pour l’occasion ! Mais
Alors que les tambours se mettaient à battre,
tous
se
rendaient
quelques anciens
la houlette d’un maître ; mais à ce chant était
sous
habituellement adjoint un chant moqueur, le pehi,
ce
d’arbre à pain et des petits pois¬
tiki, il exprime l’action de frap¬
tatouage
vers
se
le
tohua.
souvenaient
que
A
Atuona,
ce
jour-là
ce
chant n’était rien à côté de l’étonnant haka oho,
chant pour susciter la colère, selon l’expression de
K. von den Steinen !
deux grands tambours, les pahu ana’ana et trois
Durant le putu les jeunes gens se tenaient tou¬
petits, les ’utu, avaient été placés à une extrémité
jours
de la place. Un chœur de vieillards entonnait alors
chœur qui se tenait au centre'®. Selon un informa¬
chant composé pour la circonstance, un nato''’*.
leurs
E.S.C.Handy, le jeune ’opou ne dansait
pas, il se contentait de déambuler portant sonpa’e
familles, faisaient enfin leur entrée jusqu’au centre
kea alors que ceux qui dansaient n’avaient que des
un
Les
jeunes tatoués, escortés
ou
non
par
de la place, sous un long tapa. C’était une parade
qui avait alors lieu, plus qu’une danse, car les
jeunes défilaient autour de l’espace central
en
teur
sur
la place, accompagnant le maître de
de
ornements en
cheveux. Le putu terminé il y avait
des claquements de mains ou de bras.
Selon L.E. Tautain,
le haka oho s’accompa¬
adoptant une démarche particulière qui mettait en
gnait des mouvements exécutés pour le haka tuhi
relief leurs nouveaux motifs. Les jeunes filles sem¬
tiki. Son thème s’inspirait du nom moqueur, inju¬
blent avoir évolué de
préférence sur les plates-
rieux même, choisi pour ce fils de chef et ses com¬
formes, ou les socles de pierre, dressés dans l’en¬
pagnons,
ceinte même du tohua.
guerriers ou conseillers du clan. Il précise que ces
aujourd’hui simples ka’ioi mais futurs
de dérision étaient inspirés par un incident,
noms
20.Cet
•
fallait en outre ne pas s’exposer au soleil et s’en¬
bien tiré de la
duire à nouveau de préparations dont ils se fric¬
chronique potinière le touchant, lui ou sa famille.
Il pouvait aussi s’inspirer “d’un défaut naturel ou
acquis de la mère, et surtout de ses organes géni¬
taux
K. von den Steinen dépasse le niveau d’ob¬
tionnaient régulièrement'™. Un corps bien en chair
survenu
au
cours
des séances
ou
servation de L.F. Tautain pour noter que, sous ces
était symbole de prospérité et de beauté... On pro¬
quait l’appartenance du jeune au giron familial et
surtout maternel ; ceci afin de mieux affirmer la
rupture qui
s’était produite. Ce nom injurieux,
ments marquants
rir ces jeunes !
Lors des cérémonies, le uta haka ie était suivi
par le
récit généalogique de la famille du chef le
plus important. Les jeunes tatoués recevaient
alors, de toutes parts, quantité de présents. Les
célébrations arrivaient à leur
terme.
Un dernier
troquer ce surnom contre un autre plus élogieux, le
ou
premier de sa vie d’homme. Le changement de nom
chef en se tenant les mains. Ces évolutions étaient
pratique courante : “ Les Marquisiens
accompagnées de claquements de mains. Les corps
des danseurs étaient teints en jaune. Ainsi était
close cette seconde partie des festivités.
était
une
ehangeaient de nom dans une foule de circons¬
tances
de leur vie”'”.
Après le haka oho, les cérémonies repre¬
naient un tour plus respectueux avec le uta
haka ie. Ce “chant de fierté”, quelquefois
exécuté en d’autres circonstances, nécessi¬
rite devait être
■
interdisait aussi le ’eka et les senteurs... ;
c’était le meilleur moyen de les tenir atten¬
tifs et d’assurer leur persévérance”'™.
devaient
observer
continence
et
interdite. Dans
en
toute
ces
effet
une
Ils
stricte
baignade leur était j
“maisons de confine-,
ment”, comme il en existait ailleurs dans '
Pacifique de beaucoup plus contrai¬
gnantes, ils apprenaient et répétaient sous
le
la direction d’un chef de chœur, homme ou
les chants et les
qui seraient exécutés pour la céré¬
monie. Ils se préparaient, par la même
occasion, à y paraître en beauté, d’où les
femme selon les groupes,
danses
raisons du confinement. Ils étaient nourris
par
les membres de leurs familles ; il leur
conservés. C’est dire qu’il en
existait de toutes sortes pour
accompagner les chants, les
danses et les déclamations.
Détail de la lithographie “Cases
de naturels à Nouka Hiva”,
d’après un dessin de L.Lebreton.
Les fêtes de tatouage pouvaient s’arrê¬
là, mais parfois, un troisième et dernier
épisode les prolongeait™. Il succédait, avec
une parfaite logique, à la fête où les jeunes
garçons avaient été mis à l’épreuve, mais
prolongeait
tambours marquisiens ont été
lEÈTE où " LA VULVE EST MONTRÉE ”
parfois plusieurs
de la vallée, répartis
en
deux groupes en fonction des sexes,
étaient à nouveau placés sous l’interdiction
d’un tapu et vivaient à l’écart, reclus dans
deux bâtiments spécialement construits à
cet effet. Le père S. Delmas précise même :
“Lorsque le tau’a instructeur convoquait
ses élèves sur son
pavé (paepae) pour leur
enseigner ses interminables récits, il leur
se
Les noms de dix-sept types de
Troisième acte :
ter
semaines. Les jeunes
de Thistoire
d’une lignée. Musée de Lille.
’uhe-”', était dansé en cercle autour du jeune
tait ordinairement une longue préparation
qui
des vanana. Ces très longs chants
récoltes et la mer le permettaient, pour bien nour¬
d’hier, poussait
en fait l’individu à rapidement
accomplir un acte d’éclat qui lui permettrait de
hommes lors de la déclamation
sacrés retraçaient tous les événe¬
accompli ; la koika huhe, pour
lever le tout dernier tapu, l’interdit empêchant le
fils de prendre ses repas avec sa mère™. Le huhe,
dernier lien rattachant le futur adulte à l’enfant
Grand tambour.
Ce pahu était utilisé par les
fitait de la saison où avaient lieu ces fêtes, si les
insultes cuisantes, se cachait la volonté de pousser
à l’extrême une boutade sans équivoque qui mar¬
La célébration du tatouape
m.E.S.C. Haady, 1923, p. 221.
195. E.S.C.Handy, 1923, p. 336-337.
196. L.F. Tautain, 1897, p. 557, note 1.
les noms qu’il relève figurent :
Tutaepiha, Ipututae, Tutara...
Parmi
Putahorai,
197. L.F. Tautain, 1898, note p.557.
198. Père S. Delmas, 1927, p. 196-197. Il en ressort selon
Pu, [ini. 370] Un des sens de
ce
motif est “conque d’ajipel”,
instrument par où passe le souffle.
lui que les fleurs et les parfums sont le symbole, pour cette
jeunesse, du libertinage. Le fait d’être amené à les suppriindique le climat de sérieux dans lequel devait avoir
glieu les séances.
-mer
1199. Cette période d’isolement est à rapprocher de cou¬
beaucoup plus radicales pratiquées en d’autres
archipels polynésiens, dont les proches Tuamotu, où les
jeunes enfants de haut rang étaient maintenus à l’écart
et confinés à l’abri de la lumière, contraints de bouger
le moins possible. Ceci avait le double effet de les
tumes
“blanchir” et,
comme
ils étaient abondamment
nourris, de les engraisser. Ces deux conséquences
^étaient considérées comme des symboles de richesse,
Page de gauche
Haka pahaka ou haka
hu^a. Ces danses souvent acro¬
aussi symboliques, de bien-être pour tout le
clan. Certains aspects des attitudes marquisiennes à
l’égard des femmes ont été abordés par N. Thomas, 1993.
une
200. K. von den Steinen, 1925-1928, iiol.
ou
gages, tout
î, p.86.
batiques consistaient, pour le
jeune garçon, en évolutions sur
seule jambe.
Le haka kohe
haka kokekoke, assez voisin,
201. E.S.C.Handy, 1923, p.307.
réunissait filles et garçons.
danse, décrite dans un manuscrit de M^'R.l. Dordillùn :
Tainajiata, pliotograjihié par
K. von den Steinen (111. 33)
Le père S. Delmas,
1927, p.î96 note qu’ils s’agit d’une
“Ulie, qui demande des danseurs couverts d”eka. ”
épisode, centré autour de la koiiia to’e haka, pou¬
vait se dérouler indépendamment des fêtes de tatouage.
Te Patu Tiki
L'Art du
•
Tatouage aux îles Marquises
aussi à l’honneur, autour du fils du chef.
prolongeait après le paroxisme du
Il la
pondait hien à la céléhration de jeunes ado¬
lescents en âge de devenir des guerriers et
l’histoire d’une
d’entamer une liaison durable avec une com¬
tants
Ce troisième et dernier jonr de fête
était caractérisé par la koina to’e haka.
Une de
cérémonies, organisée à Pnamau, fut décrite en
1920. La présentation qui va suivre suit largement
cette trame en y
intégrant des témoignages complé¬
mentaires.
Avant
nouvelle
cette
étape il semble que, là
encore, il y ait eu une phase de préparation
répétition pendant laquelle les
de
jeunes étaient confinés, comme précédenunent, dans deux bâtiments dif¬
férents selon les sexes. Sur un des |
côtés de la
Danse de l'oiseau, haka
manu.
Son origine est revendi¬
quée par plusieurs clans et se
retrouve aux Tuamotu.
Considérée comme une danse
place, le tohua, une
bâtis^\Vu toit particulièrement Wifj
e'rj^^tu : lefa’e tukau ou tuka-
élevé
évoquaient le battement des
corps bougeaient peu,
ailes de l’oiseau. Les pas et
pagne.
et
Les bras et les mains des danseurs, dont les
haka oho, suivi du uta haka ie et corres¬
était animé, cette fois, par les jeunes femmes et
ces
manu.
ka était B&struit. “Les jeunes filles en
décoraient^aiement l’intérieur” puis,
le chant, contaient
mère, d’une épouse
vie
que sa
après la mort, amena ailleurs, sous les traits envoû¬
d’une femme-oiseau. Elle y fonda un autre
foyer alliant ainsi, au-delà de deux vallées éloi¬
gnées d’un même archipel, les vivants entre eux
ainsi que les vivants et les morts. Elle leur transmit
ainsi son savoir avant de les quitter définitivement,
tous les rites s’attachant à sa dépouille mortelle
ayant été accomplis™*.
M. Radiguet assista à une fête où furent pré¬
sentées, aux habitants de Taipivai, de très jeunes
Jk j! filles à la suite d’autres danses exécutées par
les hommes de la vallée : “ ...On dépo¬
sa les unes sur une vaste natte, on
plaça
■
.
les
antres
sur
des socles de
pierre
^ dressés au bord d’une terrasse ; dès
ce
moment elles^
M
^i^vinrent tapu.
Dépouillant aussitôt leur manteau
de papyrus
qui
;tp^ba comme l’en¬
veloppe méprisée dju'n bouquet, toutes
ces fillettes enfilèretit/ à leurs doigts des
d’homme par un clan d’Hiva Oa,
au
elle a été très souvent dansée par
début de
montés de plumes
la fête, elles
et
les femmes. Dans celle-ci, le
corps de la femme, une vehine
ha’e oiseau, est immobile ; seuls
les bras, les mains et les pieds
évoquent la parade d'uné frégate.
Mehiahana fut dessinée
par le Lt Fauque de Jonquières
alors qu’elle dansait à Atuona
pour une fête que P. Claverie
décrit, le l''" janvier 1881 :
“
...les danseuses d'Atuana (sic)
et
de Tahua (Ta'aoa), vêtues de
tapa blanche, jaune et rouge, de
façon à figurer une courte robe à
larges plis raides ; des écharpes
en
tapa se croisaient sur la poi¬
trine, laissant les seins à décou¬
vert.
Elles portaient un énorme
chignon fait de chevelures
humaines et par dessus une sorte
de... diadème ressemblant à celui
de la reine de Vaitahu (Eri
Vaekehu portait un pa’e kaha).
Elles avaient à chaque main une
touffe de longues plumes blanches
de phaéton (photographie ci-des¬
sus) qu'elles agitaient en dan¬
sant.
Tout le corps des danseuses
était peint en jaune et leurs joues
en
rouge. Beaucoup étaient
vraiment j olies...”
tout
s’y
anneaux
houpes de
de
^ poils blancs, puis elles
installaient.
Les garçons
sur¬
firent à leur tour sautiller
fai¬
I'* follement
saient alors leur
les
aigrettes
légères. Celles qui
entrée en simulant
paient la natte exécutèrent
occu¬
attaque du/a’e. Pierres et
javelots étaient lancés dans sa
danse qui consistait à sauter alterna¬
direction, puis il était pris d’as¬
tivement sur chaque pied, les genoux
une
Maintenant réunis à l’inté-,^
saut.
jeunes
rieur,
hommes
et^
jeunes femmes entonnaient
un
hymne dont on ignore
hélas
détail.
tout
Les
jeunes filles quittaient
en
■
dedans, les talons
aAt^et des tremblements de poignets
\;%\\de plus en plus accélérés. Les
P V\
leursrw
longues
jupes
de J
tapa et portant aux''
doigts les anneaux surmon¬
plumes de
phaéton. Les jeunes
tés
de
hommes
les
rejoi¬
gnaient et tous ensemble
dansaient le haka ha’a manu
J
•
1
r\\ ' \\ statues vivantes, de leur cote,
se livraient à un piétinement
continu
et
tournaient
sans
par pudeur
dérober aux
regards ardents rivés sur elles,
relâche, soit
présenter sur la place,
de
dehors,
des tressaillements de reins
avec
ensuite le fa’e pour se.
revêtues
en
une
pour
A
soit
au
se
contraire par
coquetterie,
pour augmenter le piquant de la
situation.
Cependant
les
jeunes danseuses au corps
•fr i'frêle,
délicat, emperlé de
.transpiration, furent vite à
bout de forces. Alors elles
se
•
bornèrent à essayer des attitudes gracieuses tandis
portaient au tohua une offrande
qne quatre femmes, placées aux angles de la natte,
destinée à leur futur. L’inverse
Les même portenrs qui
les éventaient...
seuls
a
mais nul n’en a
après les avoir enroulées dans
L’henre n’étant pas encore
parlé ! Le signe
rer
de
nouveau...
où suivant l’usage... elles devaient acquérir
venue
de reconnaissan¬
Après cette danse, venait le to’e haka propre¬
ment dit, dont les jeunes filles étaient les seules
çons et les filles était une cou¬
ronne
de fleurs, une couronne
petite
parfumée !
plate-forme dressée près d’un bord du tohua ou
sur de
grands blocs de basalte qui étaient disposés
sur le
pourtour de cet espace central. Plate-forme
et blocs jouaient le rôle de piédestal, de lieu de pré¬
sentation. Les jeunes filles y évoluaient la jupe
Tous
se
tenaient
sur
la
d’où le nom de
relevée au-dessus de la ceinture,
les
que ces
leur
plis de leur tapa. Le sens de
ment.
Cet in¬
au-delà
pas
de la fin des
pour les garçons que le temps de la vie insouciante
de ka’ioi touchait à sa fin et qn’il fallait songer à
s’installer
R. Suggs
dnrablement
avec
une
compagne.
ajoute qu’à Taipivai tout au moins, un
Il consistait
en
l’inspection des régions intimes des jeunes filles
qui avait lieu sur ces mêmes rochers et platesformes dont nous venons de parler. Les jeunes filles
rite complétait cette cérémonie.
déroule¬
terdit n’allait
leur rôle de femmes. D’après les explica¬
tions recueillies par R. Linton, cela signifiait aussi
autre
spécifièrent, tontefois,
fêtes étaient tapu et
qu’aucun acte sexuel ne sau¬
rait avoir été accompli pen¬
ques,
jeunes filles accomplies, aptes à bientôt
assumer
informateurs,
quelles ques soient les épo¬
dant
celle-ci, et de la journée elle-même, était de présen¬
ter
les
laqnelle les jeunes filles lais¬
cette danse à la fin de
saient retomber les
d’amour
ce, ou le gage
par excellence, pour les gar¬
le droit de changer de nom ”™.
actrices ! Ces dernières
cérémonies, et de véritables “orgies”, aux dires
des pères, avaient lieu ensuite. La légende de Kena
le laisse finement deviner ! L’impatience de Momea
Quant à la belle image du dépit de Kua Nui qui,
délaissée, s’enfuit
au
firmament, si elle
est une
transcription mythique, commune à d’autres cul¬
tures
qui lient le destin des hommes et celni des
astres, n’en est pas moins émonvante.
W. Handy y voyait, avec un certain humour en
conclusions et appréciations de l’examen. Les qua¬
accord avec les mentalités anciennes, que cet épi¬
surnom
lités spécifiques de ce' beau sexe étaient ainsi claire¬
ment
des
les divinités de la fécondité ! J.L. Candelot de Ua
de temps
Pou, non sans malice, pense à une tentative de
pen
auparavant. A la suite de cela, les jeunes, garçons
et
logue était une façon très marquisienne d’honorer
annoncées à tons, de même que les aptitudes
jeunes hommes l’avaient été
filles, exécutaient diverses danses dont l’nne
consistait
en
un
jeu d’agilité de jambes, le haka
kohe, on haka kokekoke, dans une autre les plus
“planification des naissances”...
Il fallait qne la vie se perpétue et
que la chaîne des lignées ne soit
pas interrompue.
lorsqu’il recueillit la légende de
Teahi a Puaiki, apprit qu’au cours de ces grandes
fêtes il était de coutume que les jeunes femmes choi¬
sissent leur futur époux : “Aucun homme ne peut
refuser le choix de celle-ci, peu importe qu’elle soit
laide ou vieille”. Dans ce but les jeunes femmes
se
pratiquaient nues,
les haka tuhi tiki^ ^'^hu’a’’’’^
“/izi/ie”... La nudité était égale¬
ment associée au
de désespoir.
deuil et scènes
Cette illustration
de P. Gauguin, d’inspiration
marquisienne, figure l’exposition
des parties sexuelles des jeunes
filles.
—•
Ci-dessus
Hina,
“Éternitié de la matière, dialogue
entre
Te Fatou et Hina”. “Ancien
P. Gauguin.
Ci-contre
203. Lucien Teikikeuhina Kimitete
&
Gilbert Banneville, 1990 “E
Petit tiki en bas-relief,
ha’akakai mei te henua enuna”
ou
S.Elbert
Quelques danses
culte Maori”, dessin de
doués se révélaient par des évolutions sur une seule
jambe, c’était le haka pahaka ou hu’a. La journée
s’achevait ensuite, comme toujours, par un festin
autant attendu qu’apprécié.
103
celle de Kua Iti sont délicieusement traduites.
et
directement lié aux
recevaient ensuite un
tatouage
peut-être existé,
avaient le droit de les toucher, vinrent s’en empa¬
l’étoffe... de tapa...
La célébration du
aux
“ Te Hakamanu ; Lo danse de
l’oiseau. Légende niarquisienne. ”
S. Millerslrom.
Motu Haka. liaere Po, Tahiti.
204. M. Radiguet, 1967, p. 151.
Le terme de papyrus n’est pas,
-
•
prendre dans son sens
exact. Il est utilisé afin d’éviter *
ici, à
une
redite du terme
lajta et
évoque la matière, proche d’un
papier végétal.
lèvres du vagin étirées,
Hatiheu, Nuku ITiva. Relevé
^
;
Te Patu Tiki
•
L’Art du
Tatouage aux Iles Marquises
Pokaa
Motif en formeplusde
haricot
“le
simple, double, barré. Il
est
analogue, de dessin
largement employé par les
comme
Marquisiens,
écrit W. Handy.
Les gra¬
de
montrent
symbole
tous
sans
assez
doute,
discret de
les trous, ouvertures,
creux,
cavités
culs-de-sac
Dans
son
ou
osseuses,
orifice.
expression la
vures
d’emploi, au tpu”
1804
l’usage abondant qui
est
en
fait sur l’ensemble du
corps.
supérieurs,
on
le
tatoue
plus simple, c’est un cercle
interrompu (qui) présente
membres inférieurs, il est
beaucoup de variantes
intégrés
sur
En fond
Pages d'un carnet de W. Handy,
où
sont
dessinés
des motifs
de
tatouage de Nuku Hiva, 19201921.
Sur les membres
aux
:
TTTTTTTTTTT
articulations. Sur les
aux
nutu
la cuisse des
kaha
femmes,
dans les pahito et tapu vae
chez les hommes.
3.
Cliché
de
E.S.C. Handy
repassé à l'encre pour rendre
lisible le tatouage de Eotafa (Hiva
Oa). A coté du ipu katu [im. 134]
de l'aisselle, le po’o paofifi
[im. 362] s'ouvre sur un mata
[im. 226] environné de poka’a. Ce
visage, et les tnata hoata [im. 230]
des po’o ka’oka’o [im.359] et po'o
pVikohe [im.339], ont pour fosse
nasale un poka’a.
4. Pages d'un carnet de W. Handy
où est esquissé le tatouage à Tais-
selle de Tahara : ipu katu [im.. 134]
et
partie environnante sur le
la
torse
:
te’eva [im. 401].
5.7.15.17. K. vondenSteinen,
à
propos de dérivés spiralés de l’etua
[im.49], regroupe les motifs en u
autour des ipu et papua [im. 320] et
y intègre les poka’a. Les motifs 14
et 16 sont des papua, selon les
sources de cet auteur
qui les rat¬
tache aux ipu.
104
6. Représentation anthropo¬
morphe du bambou de Toulouse, à
comparer au n°l. Cf.- relevé p.282.
"rrmfTTTTTT
TTTTTVTrrrr
1.
8. Bol de bois au décor de mata
qui en compte deux : l'une destinée
au bras
:
celle-ci, l'autre, assez
proche du n°6, pour la jambe. Son
corps est couvert depoka’a, dissé¬
minés par groupes de trois ou
plus. Le visage, nutu kaha
[im. 269], sommé comme le ipu ani
[im. 132], d'un poka’a est surmon¬
té d'une ligne ondulante : tove'e
[im. 454] et d'un pate’a original
[im. 324]. La partie consacrée aux
coque de coco : ipu pour boire
kava. Musée de Tahiti et des Iles.
Représentation anthropo¬
morphe du bambou de Colmar
[im.226] proche de celui des demile
9.
ipu, pour la face
dessiné par Ch. Noury.
10. Variante de poka’a doubles
partir de motifs réunis par
W. Handy et
R.Greiner. Du tatouage ils sont
passés à la sculpture vers la fin du
à
K. von den Steinen,
XIX" siècle.
membres inférieurs est très rédui¬
soulignée surtout de petites
rangées de dents : koniho
[im. 212] et de poka’a. Voir relevé
p.281.
te,
Variantes du poka'a tels
qu'on les rencontre dans le tatoua¬
ge et parfois la sculpture, la forme
la plus simple étant “le haricot” en
haut de la ligne à gauche.
3.
2.
3.
(ffl
Série de
interne du bras. Bambou de Bâle
@
^
ir
A
'•
IP U
Figure ayant la forme
d’un
selon
anneau,
Il
vacants
du
corps.
existe
de
nombreuses
en
G.H. von Langsdorff.
représentations.
W.P. Crook, qui le compa¬
K. von den Steinen établit
re
à
un
lagon,
un
qu’il s’agissait
ces
dessin de
remarque
tableau où il rapproche
motifs
courbes
de
favori des
figures plus simples, les
Marquisiens et qu’il appa¬
poka’aetpapua. Il appor¬
raît dans
te, ainsi, une image de son
du
tatouage
tous
les espaces
évolution ou de la richesse
de ses variantes.
TrTTTrrrryT
11.
Composition d'un tuhuna
de HivaOa, pour KvdS.
Ensemble
de ipu pour le bras ; mata hoata
[im.230] sur la partie des côtes
l'aisselle et motif rayonnant,
boussole -.fe’o’o [im.67] et pua
sous
en
[ini. 372] dans
[im. 183] à l’épaule.
hue
12.
Composition
le
keheu
sur
la’face
interne du bras d'un homme de
Fatuiva ; relevé W. Handy.
13. Bambou de Grenoble.
12.
14.
XTrrçTTTrnr
14.
Kalii ponctue sa composition
les jambes de femme de
[im. 320], motif qui dérive
l’évolution spiralée du tracé
pour
papiia
de
d'un bras,
éventuellement d'un
pied d’etua [im. 49], d’après les
travaux
de K. von den Steinen.
16. Composition “"^epuo
to”
[ipu ’oto, im. 138] par le maîtrci
tatoueur
de Analio,
pour A. Seale.
Nuk;ulliva,|
17.
La célébration du
Les rites liés à l’enfance
La traversée de l’enfance marquisienne s’ac¬
compagnait de rites destinés à intégrer progressive¬
ment
l’individu à
son
entourage, au
clan et au
monde qui l’environnaient.
Aux cérémonies mar¬
quant la naissance succédaient pour étapes princi¬
pales : le percement des oreilles qui avait lieu entre
six et dix ans, pour les garçons comme pour les
filles, puis la purification des mains. La superinci¬
sion venait légèrement plus tard, entre sept et
douze ans, âge où l’on tatouait les filles. Les gar¬
çons jouissaient ainsi d’une adolescence plus
longue, la grande étape marquée par les tatouages
intervenant pour eux plus tard. Ce dernier seuil
franchi, le jeune, vers quinze ans, faisait son
entrée officielle dans la société des
Hommes, des
fêtes de présentations. Aucun
Marquisien, souligne K. von den Steinen avec
force, ne se serait pourtant -contenté, à l’époque
pré-européenne, du simple tatouage juvénile.
Enata, grâce
aux
Mais
ces
arguments, purement pratiques,
n’expliquent pas tout et en particulier la différence
d’âge à laqnelle garçons et filles affrontaient lenrs
premières séances. Ces dernières, pour les filles, se
déroulaient bien avamt celles des jeunes hommes et
leur maturité physiologique en paraît responsable.
Cette pratique semble avoir sanctionné leur puber¬
té et le fait qu’elles étaient activement préparées à
être prochainement des femmes. Bien plus que les
autres
événements rituels de l’enfance, le tatouage
marquait pour elles cette étape capitale. En effet,
ainsi que le rappelle G.
à la fin du XVIII'
siècle, nous apprennent que les enfants étaient
indemnes de toutes marques et que les jeunes gens
n’en avaient que très peu : “Leurs corps sont
tatoués..., les uns entièrement, les autres moins,
d’autres moins encore, et les enfants de dix à douze
ans
point du tout”™®. Les premières observations
particulièrement en deux parties du corps
tenues pour éminemment tapu : la tête) et les
organes génitaux. La protection sociale et
sacrée, le respect dû à tout individu, quel
que soit son statut, tournait autour de ces
deux pôles, à moins que socialement
tout
de guerre par exemple, ou phy¬
ventre
et
tout
les lombes
les Polynésiens
humain.
Les
organes
comme
repro-
Cette période correspond, surtout chez les garçons,
des
à la fin des transformations physiques importantes
pouvoir créa¬
teur divin...”™® Aux Marquises,
an
début du siècle par quelques informateurs, se
font l’écho de celles ainsi résumées par H. Melville :
“
Cette
époque
meilleure ! ”™''
était
considérée
comme
la
dos de la main de femmes.
parce qu'une chaîne liumained^a
j^récédé et que celle-ci fut rènop^
plus forte, ou féconde, par
ceux
..
chefs, étaient considérés
comme incarnant un
205.
É. Marchand, Journal de bord, (Ms.
traiiscrit par J.L. Candelot) p. 107.
206. H. Melville, 1847, p. 29.
207. G. Dening, 1980, p. 89.
208. A. Koskinen, 1960, p.33.
un^
ancêtre dont le rôle fut décSîf^à
donné. Celui-ci deve¬
un
moment
nu
etua, ressort naturellement
plus grand dans la représenta¬
tion de la chaîne humaine figu¬
rant cette
lignée.
L’enfant marquisien
“Tl n'est pas d'enfant plus heu¬
reux
que les petits Marquisiens ;
c'est un culte qu'on a pour
eux.
On ne les maltraite
jamais, les parents
partagent avec eux
tout ce
qu'ils ont...
il est vigoureux et agile,
il grimpe aux cocotiers,
va en
pirogue, nage
comme un
son, se
particulièrement
ducteurs, sjLecialement
de la croissance qui auraient amené des distorsions
au
pois¬
baigne
dans tous les
étaient considérées
le
siégé du pouvoir procréateur
par
f ■
Une famille, un clan n'existe que
siquement détruit™’. “Le bas-
situent le début des séances à l’aube de la puberté.
dans le tracé des motifs. Ces explications données
J
Ka'ciVCL^ motif placCsouvent**^
Dening et A. Koskinen, le
pouvoir propre à la personne, son mana, résidait
celui-ci ne soit destitué, prisonnier
Les témoignages recueillis
En fond
torrents ;
il est
sain et fort... Mais l'enfant
est
devenu un homme et
approche de l'âge de la
puberté ; il faut le
tatouer...Dès lors,
l'enfant est un homme
et va
partager la vie
commune” (P.
Claverie).
lOJ
Te Patu Tiki
•
L’Art du
Tatouage aux Iles Marquises
à Hawaii par exemple, les enfants, davanta¬
attentifs et constants ; durant l’enfance, une série
ge ceux des familles importantes ou de chefs, rece¬
de rites et de traitements étaient destinés à faciliter
vaient un nom attribué à leurs parties génitales*.
et
comme
Po'e vas,
ornement en
clieveiix pour les
chevilles.
Chez tous, ces dernières étaient
protéger la faculté de procréation^'".
l’objet de soins
L’attribution du premier ceinturon
Jusqu’à la puberté, quel que soit
l’enfant évoluait
tout
pluie par exemple, ne constituait aucunement une
indécence. C’était la matière de ce premier ceintu¬
sexe,
où il n’était que
témoin de la vie
des adultes et jamais intégré à une
activité
sociale
significative.
En
revanche, “arrivés à l’âge de quinze ou
superincision en
Melanesie : il n’existe aucune
représentation de cette pratique
pour les îles Marquises.
io8
qui, en fait, était importante, surtout chez les
ron
chefs ; pour ces derniers, il s’agissait du tapa tiré
du liber d’un jeune banian, souvent celui planté à
l’occasion du
mariage des parents. Cette étoffe,
(parfois plus jeunes vers dix ou douze
ans), on jette une légère ceinture aux enfants des
deux sexes et l’on commence le tatouage du j'este de
fanes en raison de la couleur et de la symbolique
leur
qui
nom
convient”’". A cette epoque qui correspondait a de
pour
multiples transformations du corps et au dévelop¬
donné
seize
Préparatifs pour la
miers contacts ; l’ôter pour l’abriter, par temps de
d’abord dans un univers en marge
son
ans
corps,
à
chacun
pement des facultés
suivant
le
genre
sexuelles, on considérait que
leur être entier traversait une période
de grande
fragilité. Cet état requérait des protections spé¬
ciales et puissantes, comme le port du ceinturon,
dont la couleur et la matière n’étaient pas indiffé¬
rentes pour les enfants premiers-nés, ainsi que des
tatouages particuliers pour lesquels on manque de
détails quant aux parties du corps concernées et au
choix des motifs...
d’une teinte rouge-brun, était tapu pour les pro¬
attribuée à cet arbre. Elle était appelée hiapo, du
du banian au stade de développement requis
fabriquer l’étoffe. Ce nom était également
aux chefs
marquisiens qui, dans certaines
expressions, étaient comparés à ce figuier. L’arbre
dont les racines descendent des branches
comme
des cheveux, se fixent en terre et donnent naissan¬
ce
à un autre tronc, pouvait parvenir à une taille
impressionnante. Il se développait, en particulier
au
des
centre
vallées, autour des habitations de
notables ou dans les parages de lieux communau¬
taires ou sacrés. Au fur et à mesure de sa croissan¬
ce,
il abritait les reliques des ancêtres qu’on lui
confiait et était considéré comme un arbre tapu ou
De même que l’association du tatouage à cette
période importante du développement ne peut être
considérée comme pur caprice esthétique, de même
le port du hami, sorte de pagne ou plutôt ceinUiron
Jeune garçon de Vaitahu,
à Tahuata. Dessin de M.
Radiauet.
sacré.
A.
s’applique
aux
haka’iki, premiers-nés de
taina
chef, constate que cette coïncidence entre un des
“^che-sexe ”, ne peut être compris uniquement
noms
comme
ve
l’attribution du premier vêtement. Certes il
Koskinen, analysant la terminologie qui
du chef et un tapa bien particulier se retrou¬
Eidji. À Hawaii, le même terme hiapo
désignait, symboliquement, la
aux
protégeait contre les offenses de la nature mais, à
un moment où le
corps courait des risques accrus
d’agressions redoutées, il s’imposait. Les Marqui-
matrice. Aux Samoa
siens étaient
supertitieux et experts
tique existait pour le terme
en
effet fort
ou
aux
Tuamotu, une analogie iden¬
dans l’art d’envoûter, ce qui leur faisait redouter
kahukahiC'^’. L’auteur fit aussi
t'.-
les mauvais esprits. Ces ceintures, des deux sexes,
ressortir le lien métaphorique,
''
les
influêTices maléfiques censées rôder autour des
habitatjoii.s'"^ C’était également un moyen de tenir
éloigné l’esprit qui pouvait introduire une épidémie
plusieurs points
du Pacifique, entre la
matrice ou poche
dans une vallée.
le tapa perçu
étaient
couramment
utilisées pour repousser
Le tapa est une étoffe fragile qu’il convenait
ménager. Souvent les Marquisiens n’en por¬
taient pas du tout lorsqu’ils se déplaçaient ou visi¬
de
taient les
navires, du moins au temps des pre¬
commun
à
maternelle
comme
et
;
équi¬
valent de la
membrane
AV
•
protectrice durant la
Si l’on accepte
analyse, en particulier pour le hiapo, cette
analogie très symbolique pourrait expliquer la rai¬
grossesse.
cette
naissent à la communauté, ou aux cérémonies où il
atahi
méama, c’est-à-dire pour une
importe de souligner leur filiation. P. Claverie le
lune
et
force vitale du clan, est associé de façon spectacu¬
montre
assez
nettement:
“...Après la première
séance le néophyte est enveloppé de tapa et retour¬
dix
Ka ^ioi. Nom générique donné
aux
adolescents. Ce n'est
qu'après avoir subit l'incision du
prépuce, tehe ou te/e, qu'un gar¬
çon recevait ses premiers
tatouages. Associé au groupe qui
jours, laissant les
entourait un fils de chef, tama
garde du téhouna
{tuhuna ?) qui l’a aidé pendant
enfants à la
haka’iki,, le ka'ioi se voyait cou¬
vert
de la tête aux pieds des
grandes lignes qui seraient, le
parents et amis : du reste vient qui veut, l’hospita¬
lité est entière, et solennellement, devant la foule
individus, tout à fait sacrés, en étaient exempts.
Laugsdorff en 1813.
assemblée, on fait tomber le tapa qui couvre le
L’importance de cette pratique peut être perçue
grâce à un exemple recueilli aux Tuamotu où l’ac¬
et la fièvre
nouveau
aient disparu. Alors on appelle voisins,
tatoué. Alors les arbres à pain, les cocos,
les bananes, la popoï, les cochons et le kawa (kava)
cès
circulent... Dès lors l’enfant est un homme et va
n’avait pas
partager la vie commune”’”. Le symbole même de
même
apparaît dans le tatouage avec le
poka’a, un motif très courant, assez proche mais
la
matrice
plus simple que le ipu et qui, comme lui, connaît
plusieurs variantes. Nous aurons à nouveau l’occa¬
sion de l’évoquer à propos du tatouage de protec¬
tion qu’est le ka’ake hope.
m
La superingision
A ces rites s’ajoutait la superincision, décrite
Leblanc : “La circoncision est prati¬
quée aux îles Marquises sur les jeunes garçons vers
l’âge de huit à dix ans. Immédiatement après la sai¬
son des
pluies, on réunit les enfants dans une case
tabou. Le taoua (tau’a) vient les visiter ; ceux qu’il
juge en état de subir l’opération, il les enferme
dans la case et renvoie les autres jusqu’à l’année
suivante. Le taoua a préparé autant de petits cou¬
teaux, formés avec des éclats de bambou, qu’il y a
de patients. Il aiguise ces sortes de bistouris sur
une
pierre... Ces couteaux une fois prêts, il ras¬
semble un tas de feuilles d’hibiscus près de lui, et
dispose ensuite un paquet d’une espèce de charpie
fabriquée avec des herbes battues entre deux
pierres ; à cela il joint une calebasse pleine d’eau
fraîche. Ces préliminaires terminés, l’opération
commence
par le plus petit garçon. Le taoua lui
fend le prépuce longitudinalement à la partie supé¬
rieure, pose sur la coupure un petit tampon de
charpie mouillée dans l’eau fraîche, assujettit cette
compresse au moyen d’une feuille d’hibiscus
enroulée autour de la partie malade, recouvre le
rite d’intégration
geant de couteau à
l’opération...
Cette opération constituait un événement obli¬
gatoire et important en Polynésie. Seuls quelques
ne
à la case. Il y reste jusqu’à ce que le gonflement
un
coucher l’enfant pour passer à un autre, en chan¬
laire aux fêtes de présentation des enfants, là où ils
pour laquelle le tapa, perçu comme l’envelop¬
pe vivante qui protégea l’incarnation nouvelle de la
tatouage,
tout avec une sous-écorce de mûrier très fine et fait
chaque opération. Il va ainsi
jusqu’au dernier, puis brûle tous les
couteaux qui ont servi. L’opération
accomplie, le taoua déclare la case
tabou ainsi que ses habitants, pour
son
Le
aux
inarae
était interdit à
tout
individu
qui
subi cette opération. Il en allait de
sa participation aux fêtes tapu.
L’explication donnée tenait au fait qu’une telle per¬
pour
n’avait pas reçu
de manà^^''; elle était en
quelque sorte inachevée. Elle existait en marge des
sonne
hommes. Ce cas précis, qui n’est certainement
exceptionnel en Polynésie, est à rapproaux
Marquises
qui concernait cette fois les personnes non, ou
pas
cher d’nne attitude similaire
insuffisamment, tatouées. Parmi d’autres
restrictions, l’accès à certains tohua leur
ainsi par W.
209. A. Koskineii, 1960, p.3; E.S.'C. Handy, 1927, p.l44.
210. R.Suggs, 1966.
211. Père M.G. Mathias, 1843, p. 130.
212. Père S. Delmas, 1927, p. 126-128.
213. Eli certains points de. Varchipel,
Puamau par
exemple, on utilise non pas le terme tapa mais celui
de kahu qui signifie aussi : manteau, cape, couver¬
ture... autrement dit une large pièce d’étoffe dans
laquelle on se drape.
214. P. Claverie,
1894, début de la citation: “So«
père le mène chez l’opérateur et là on lui fait subir
une première séance. Le tatoueur trempe dans du
h
noir de fumée provenant de la combustion de la l]
noix de bancoul, une lame en os finement dentelée
et emmanchée comme un marteau puis avec un
petit morceau de bois, quelquefois orné de tiki
fJ
sculptés, il frappe à petits coups la lame,
en os, dont les
pointes aiguës piquent légèrenient la peau.” p. 192.
Jjf- '
215. W. Leblanc, 1895.
Ch.L.Clavel, 1885: “S’il est honteux pour un
I
marquisien de n’être point tatoué, il est méprine pas être opéré du phimosis congénital... Les
jeunes garçons ne sont guère opérés avant l’âge de quatre
ans. L’unique méthode employée n’est autre que notre inci¬
sion dorsale classique... L’opération se pratique en trois
temps...” p. 35-36.
sable de
216. A. Koskinen, 1960, p.43.
reste de sa
vie, complétées par
des motifs représentatifs de ses
actes.
Illustration de G.H. von
Te Patu Tiki
•
L’Art du
Tatouage aux Iles Marquises
était interdit^”. Les me’ae dont
J. Hutton, dans son ouvrage sur les premières mis¬
la grande majorité était extrê¬
sions
n’étaient acces¬
sibles, quant à eux, qu’à un
parents sont désireux de faire orner leurs rejetons
mement
tapu,
nombre très restreint d’indivi¬
dus et ce n’est certainement
pas le fruit du hasard s’il
s’agissait des plus tatoués de
la communauté ;
mana
ceux
dont le
était le plus grand : guer¬
riers et chefs. Les
leur part,
prêtres, pour
devaient être naturelle¬
protégés par leur “ charisme ”...
peut-être quelques tatouages spécifiques dont on
protestantes dans le Pacifique, rapporte
qu’aux Marquises : “Dans nombre de cas où les
L'expression qui désigne la
superincision aux Marquises a
et
s’étendre sur le menton en une
marque appelée ‘‘‘‘wakatehe"
(cf. ci-dessous).
ce
sont
les
jeunes de seize ou dix-sept ans qui organisent de
petites réunions entre amis et
se
mettent eux-
mêmes entre les mains d’un tatoueur professionnel
pour plusieurs mois
Mais si la maturité physique était nécessaire,
elle
n’était
nullement
suffisante.
Commençait
devant les mener, vers la trentaine, à arborer sur
similitude, quant aux conséquences de
opérations, superincision et tatouage,
leur corps le tableau complet du rôle social qu’ils
apporte quelques lumières sur cette intervention.
familiale de leur clan. Il n’est donc guère étonnant
Cette
Zélande, le nom du principal
part de la lèvre inférieure pour
Habituellement toutefois,
recouverts.
alors, pour nombre de jeunes, un long processus
ignore tout.
pour équivalent, en Nouvelle-
tatouage au visage des femmes. Il
élaborés, la torture commence à
l’âge de huit à dix ans et est répétée à intervalles
successifs jusqu’à ce que leurs corps entiers soient
ment
Hcihci tehe^ “faire la coupure”.
des motifs
avec
ces
deux
personnifiaient au sein de la chaîne historique et
Celle-ci facilitait certes une bonne hygiène du pré¬
que “les jeuues hommes (soient dès lors) fréquem¬
puce, mais pour la communauté ce détail était rela¬
ment
tivement accessoire. Cette cérémonie était surtout
occupés à faire tatouer leur corps” comme le
remarque E. Robarts en les opposant aux hommes
pratiquée pour faciliter une meilleure procréation.
Malgré son importance, son rôle se trouvait relé¬
mûrs, aux femmes et aux personnes âgées qui,
gué, aux Marquises, à un échelon secondaire, ou du
constructives ” !
moins atténué par
consacrant
l’achèvement des
premiers tatouages.
moins une étape absolument
obligatoire lors de la formation des jeunes.
Les débuts
du
tatouage
pouk
les
GARÇONS
Ees plus anciens témoignages concernant ces
derniers,
ceux
de J.B. Cabri, W.P. Crook
et
du
père M.G. Mathias, situent entre quatorze et seize
ans l’âge habituellement choisi pour les réaliser,
bien qu’à l’aube de l’installation française et même
un
peu auparavant, les auteurs parjent plus volontiers de la période située entre dix-huit et vingt ans.
La plupart s’accordent, en revanche, sûr le fait
qu’il s’agit d’une tranche^ î
d’âge précédant l’entréel
dans l’âge viril, c’est-à- Tuo
dire celle précédant,
ou
se
coui’s
situant
de leur temps„(.
de ku’un^''.
7.'
ses
l’éclat donné aux cérémonies
Elle n’en était pas
■
à
■
yeux,
s’occupaient
en
activités “plus
Les pemiers tatouages féminins
le
tatouage du menton, porté par les femmes, était
appelé^wKdltàtehe. Le terme lelie s'apparente, en
Nouvelle-Zélande, au mot tefe qui.-jü*»***^
signifie superincision,
Marquises, ®
A. Koskinen notait chez les Maoris
le
utilisé
terme
est
IpIip”".
Cette
qapîrt’.i
constation, a priori étrange, associée^
à quelques autres, permit à l'adleni'
suédois de considérer que le "
tat^age / 'tfl
des filles était, en un sens, un snitstittit
de l’incision (pour les
La formation
filles,
vers
fortement
orientée
la maturité seStielIej*^
moj^s impor¬
cejjé des gar-
n’était pas
tante
garçon^”fiii!^i
des/jeimes
que
que
0^ ?
219.J0HuRtAonI“,Si
Le
çons. L’inspection de leurs régions génitales consti¬
pour en conclure que les
tuait une étape impôrtanfërte tatouage, une nou¬
fillettes débutaient dès l’âge de six ou sept ans, au
velle fois, s’y trouvait associé et affirmait le plein
plus tard douze ans. C’était à partir de douze ou
treize ans qu’elles subissaient en particulier le
tatouage obligatoire et extrêmement douloureux,
de la main droite. Cette précocité d’âge est à rap¬
procher des remarques étonnées des voyageurs
dont les bâteaux étaient assaillis par de jeunes
enfants dont certaines pouvaient avoir à peine huit
développement de leur potentialité féminine. La
fécondité d’une femme, la naissance d’un enfant,
comptaient parmi les événements les plus heureux,
non
seulement pour la mère mais plus encore pour
le clan, les alliés et la tribu toute entière.
A l’âge où les garçons subissaient la superinci¬
sion, les jeunes marquisiennes recevaient les pre¬
miers
ornements
corporels™. On ignore si,
en
à douze
ans.
séances de tatouage des
Comme bien d’autres
dehors du tatouage obligatoire de la ou des mains,
des
il était appliqué des motifs autour des régions géni¬
étaient déjà tatouées
tales. Il est possible de le supposer bien qu’aucun
situait entre douze et quinze ans.
ne
permette de l’affirmer. Pour les jeunes
“princesses”, il est probable qu’au cours de cette
période, elles recevaient le motif particulier,
nommé kake qui leur couvrait les lombes, région
par excellence où se concentraient les forces mysté¬
W. Handy et R.G. Suggs lors de leurs enquêtes
purent
assiégeant VAstrolabe et la Zélée
alors que leur âge moyen se
Si nous nous sommes permis, dans ce chapitre
texte
rieuses de la vie, selon les conceptions anciennes.
navigateurs,
J. Dumont d’Urville en 1838 notait que certaines
naïades
sur
le tatouage,
de faire allusion à d’autres pra¬
tiques, tels le port du premier ceinturon et la
superincision, c’est qu’en fait ces rites, ces étapes,
constituent autant d’éléments intimement liés
tatouage
au
dans la formation des jeunes vers leur
maturité sexuelle et sociale.
recueillir suffisamment de témoignages
La formation et la transmission d’un savoir
L’âd®çscence marquisienne était rythmée,
l^t^,deux sexes, par une alternance de
pour
péiatules de totale liberté,
en
particulier
Quelle, puis de formation et d'isolcent ]f)ar petits groupe.s. Ces jeunes
'‘jcéuuis sons le terme
ka’iot. plus
çSj)«Ci'flque peut-êtiç du
poko’ehu pour les filles, constituaient le groupe
social le plus critiqué an XIX' siècle. Ces associa¬
tions se créaient dès l’apparition des premiers
signes de puberté. Les jeunes filles cessaient alors
d’être sous l’entière responsabilité de leurs parents
et formaient, autour d’une jeune femme de haut
groujie
iiOrd^ou parfois ddf^o^jiour les
::igareoii!îÎÆ®cï^ poko’ehu
.'bu.ppfcp-
217. Cette tradition est rapportée, par exemple, pour le tohua Tipeke
ou mi O a Hoho’i, où se retrouvaient les Ka’avnhopeoa et les Tavaka;
cf. P.Ottino, 1985, “Archéologie des îles Marquises: contribution à la
connaissance de Vîle de Va Pou”, vol. 1, p.214.
218. Le rvd R. Thompson, entre 1839 et 1841, observait comme le père
qu'en son temps: “Les enfants (recevaient) rarement
let^^s premières marques avant huit ou neuf ans” 1978, chap.
M.G. Mathias
IV, p.24.
1874, p.l62.
Dordillon, 1904, p. 45.
Koskinen, 1960, p.45.
superincision était le fait des
la
les
hommes
.
tatouage, un rite c/’infe^rofion
jeunes
jdlp< subissaient une
ehngntion artifitielle des petites lèvres
tfp.fp des massages legulièrs pratiqués
II
I
nthes dès la petite:enfancef.
dmmùnication de J:L..Çüji^tél6f‘r^-
Page de gauche
Danse des femmes à bord
de rAstrolabe. Le tatouage
des femmes était restreint par les
conceptions attachées à l'état
féminin et enfreindre les tapu
était source de catastrophes.
Cette situation ne semble pas
avoir existé de tout temps et, de
fait, diverses considérations liées
à la position familiale de celles-ci
ou
du tatoueur, permettaient de
s'en dégager.
Naïades à l’abordage de
r Astrolabe. J. Dumont
d’Urville remarqua qu’âgées de
12 à 15 ans, elles étaient déjà
tatouées. Dessin de L. Lebreton.
Ha'aki ti'i ki dit ce motif,
qui se traduit par : “Allons !
courage pour ce tatouage !”
Te Patu Tiki
•
L’Art du
Tatouage aux Iles Marquises
Langsdorff
Tilésilesus
parlent de et
kake
et
observent au visage, “kake
npog'o”[im. 165], sur la face
externe
de
l’avant-bras,
au-dessus de la naissance
du biceps, à l’aisselle... ou
sur
le haut du buste où ils
dessinent les contours du
pa’i uma [im. 297]. Tilésius
les
mentionne
marques
parmi les
d’appartenance à
TTTT
4.Tatouge
1. Ka’ake n° 11 pl.
la table d’un chef, ou celles
de Langsdorff, il fait
qui font obligation à la
de liens
population de nourrir ceux
({ui
sont
ainsi
tatoués,
même en cas de disette. Les
partie des symboles
m a
et
kake” [im. 59], ‘'“'kake upogo” [im.
165] portés par les ehefs, les
prêtres. Expédition russe de 1804.
de K. von den Steinen les
considéraient comme faisant
partie des motifs réservés
chefs, avec les ipii ani,
kahu mo ehu et mata hoata.
Voir addenda, p. 261.
TTTTTTTTTTT
En fond
Relevé d’un bas-relief sur une
dalle
de
tuf
gris,
“nœuds
g i (J II e s ” : “ e ii
maîtres tatoueurs du temps
aux
Ka’ake
Tohua “Te
Koika”, Hapaa, île de Nuku Hiva.
P.Ottino.
'rîTTT
sur le
devant de la che¬
ville, potia hue [im.
369], de la jambe
gauche de Najiueua
et
au-dessus du talon de
Pein Tataikua et/ou
Teupoo de
Hiva Oa (|ni furent tatouées par le
même tatoueur : To’okohe : W. H.,
1922.
5. Tatouage sur
le devant de la
cheville, jambe droite de
Najiueua (ici à l'horizontal) ; W.H.,
1922.
Ka’ake, jambe gauche de
Napueiia, tatouée par To'okohe,
6. 7.
de Tahiiata; W.H., 1922.
TTTTTT?TT#T
2.
Dalle ornée d’un bas relief
de
kanake, vallée de Taipivai,
Nuku Hiva ; Musée de l'Homme.
Seale, 1902 ;
[im. 162] du maître
tatoueur de Anaiio (Nuku Hiva).
3. Carnet de A.
kakekake
XTTTTTTTTTT
Ka’ake transposé
sculpture ; W.H., 1938.
8.
jiour
la
9. Ka ’ake n° 14 de la jilanche de
Tilésius ; expédition russe de 1804.
10.
Tatouage sur le pied d'une
femme de Hiva Oa ; W.H., 1922.
11.
Tatouage d’une jambe de
•femme de Hiva Oa ; W.H., 1922.
12.
Ka’ake
hope de Tahia o
Kahee, fragment du tatouage, [im.
148], de Hakani (Nuku Hiva)
W.H., 1922.
;
Le
rang, un cercle parallèle à celui constitué par
les
mahai
autour
premier-né du
du fils
/
savaient y trouver bon accueil, en tra¬
,
duisirent
d’âge, renforcée
par une vie d’expériences communes, s’éta^
blissait et ils partageaient avec celui qui
chef"’. Une confraternité
était à leur tête les mêmes
tama
haka’iki, resteraient non seulement
plus proches compagnons et par làses
plus proches conseillers, mais ils
constitueraient sa garde et agiraient en pivots de
leur société, très solidaires et en parfait accord
entre eux"’. Dans les Samoa, le fils du chef le plus
important était également tatoué entre l’âge de
quatorze ou dix-huit ans ; c’était aussi l’occasion,
pour les fils de chefs moins importants, de recevoir
leurs premiers tatouages. Ils pouvaient être alors
nettement plus jeunes, ou plus âgés, que le garçon
pour lequel étaient organisées les séances^®. Aux
Marquises, ces jeunes se nourrissaient en se ser¬
vant chez les uns et les autres lorsque leurs parents
et le chef n’y pourvoyaient pas. Ils habitaient ou
disposaient du moins d’un ha’e ka’ioi parmi les
ses
même
bâtiments du
chef,
ou
.
aux
plus
ou
moins le
sens
par
“maison de courtisanes ”.
occupations, en retrait de
communauté, les témoignages sont
Sur leurs
la
extrêmement rares et ne nous sont parve¬
ornements
corporels, à quelques détails près. \
Selon K. von den Steinen ces jeunes
hommes, tatoués en même temps que le
tatouage, un rite d’ir[tégration
nus
que parce que les observateurs, la plu¬
part du temps des missionnaires, tenaient à
leur réprobation à leur propos.
Ainsi J. Hutton écrit : “Lorsque l’un d’entre
eux ne
peut plus soutenir la souffrance cau¬
sée par le tatouage, un de ses compagnons prend
sa
place et les intervalles de repos s’écoulent en
passe-temps immoraux.Pour les garçons,
cette période était en effet marquée par une série
de séances de tatouage confirmant les progrès de
leur éducation : “ On ne peut tatouer un jeune
homme qu’à un certain âge. Il faut le plus souvent
avoir fait preuve, devant les vieillards réunis, de
certaines capacités... L’éducation d’un enfant des¬
tiné à diverses professions spéciales diffère, au
bout d’un certain temps, de celle de la masse... ;
aucun cours
public n’a lieu...”“’ Les preuves à
fournir concernaient, sans aucun doute, l’aptitude
à remplir une tâche attendue par la communauté et
marquer
,
ou Teapimha,
était le plus jeune fils du chef
lotete. M.
Radigiiet, qui dessina
plusieurs jeunes gens non tatoués
de Vaitahu, précise : “aucun de
ses
enfants... n’étaient tatoués,
lotete s'y étant opposé jusqu'à ce
jour.”
Le pctcpcie^ la plate-forme,
est l’univers
des hommes.
Installée sur un espace en pente,
souvent encombrée de
rochers,
de ces blocs d'où “sortirent les
hommes”, dit la tradition. Elle
était divisée longitudinalement en
deux. Rares étaient ceux qui
pénétraient dans le/a'e ou ha'e.
La structure, végétale de celui-ci
se
dressait sur un léger dénivelé
de 40 à 60 cm, pavé sur sa moitié
avant, marqué par une bordure
de dalle de ke’etu. La terrasse
complètement pavée était le lieu
de vie ; on ne se retirait à l'arriè¬
re
que pour se détendre et se
consacrer
à des occupations pri¬
vées, jamais pour s'alimenter.
113
alentours d’un lieu
public important. Ce fa’e ou ha’e pouvait se
confondre parfois avec la maison des guerriers. De
même les jeunes femmes disposaient, de façon plus
ou moins permanente, d’un ha’e mako dont l’usage
fit qu’au XIX' les Européens, qui
223. Mahai : jeune garçon, jeune homme, adolescent.
224. K. von den Steinen, 1925-28, vol. 1, p. 69-75.
225.
P.H. Buck,
“Samoan material culture”, B.P.Bihop Muséum
Bulletin 75, p. 640-641.
226. J. Hutton, 1874, p.l62.
227. V. Lallour, cahier 3,f°17 et cahier 4, paragraphe 7.
■
C'îï
ir.
Te Patu Tiki
•
L’Art du
Tatouage aux lies Marquises
K.
Jeune guerrier
marquisien dont le corps
présente les grandes lignes de
den Steinen eut la conviction que
von
rôle de “ chasseurs
de tête ”
clan, lorsque le besoin s’en faisait
plus tard. Image colorée de Tou-
sentir.
En
vrage de Domeny de Rienzi ins¬
activité
essentielle, ils jouissaient
Krusenstern.
OU ornement
de pirogue.
Musée de Genève.
du groupe...
et ne
après avoir
évoqué les sobriquets
scatologiques et les
chants
partici¬
prononcés lors de la
tefois leurs activités. Comme le souli¬
tatouages, les (interpré¬
gnait G. Dening, les occasions pour ces
tait) avec raison comme
jeuues de
maître,
devaient
retrouver
se
manquaient
ne
observer
d’isolement à la
particulières,
par
une
l’extrême l’idée que le ka’ioi (était) sorti
Ils
période
homme nouveau dans la nouvelle commu¬
du giron de la famille et était devenu un
pas.
nauté dont le tatouage (conférait) la qualité
la mise à
de membre...” Le tatouage
Mais
effet à l’individu de
il leur fallait aussi
Nuku Hiva, dessiné par
lement aménagée pour lui à l'ar¬
rière de la pirogue.
Un chef ne
pouvait entreprendre une grande
expédition maritime qu’avec l’as¬
aux
situer
permettait
au
en
sein de la
mettait, un être pleinement humain (qui affirmait
préparer les cérémonies. Ils devaient
poursuivre l’apprentissage des généalo¬
gies et des connaissances indispensables à leur vie
future. Ces périodes de formation et de confine¬
ment étaient frappées du tapu. Les Marquisiens le
respectaient fidèlement et considéraient que si ces
jeunes l’enfreignaient, ils seraient punis de cécité
de même que s’ils étaient incapables de mémoriser
les traditions, ils seraient dépourvus d’autant de
mana^^‘. Ils personnifiaient la capacité du groupe à
redonner vie
se
société... “Le tatouage faisait de celui qui s’y sou¬
apprendre les
chants, le rituel gestuel associé et
E.A. Goupil, sur l'estrade spécia¬
d’exposition des
ayant pour but de “ pousser à
petits
d’actions
suite
comme
fête
d’un
mort d’une victime humaine.
Chef de la côte sud de
de dérision...
très peu à l’économie
productive. Là ne se bornait pas tou¬
que
groupes isolés, sous la houlette
II4
K. von den
Steinen,
contrepartie de cette
d’une liberté totale
paient
Taquet d’amarrage,
pleinement accès aux femmes
du
Tample tatouage qui le couvrira
pirée d’une gravure de l’Atlas de
séduction lui permettant d’avoir
les ka’ioi étaient amenés à jouer le
événements, aux actes, et à se
ainsi) discrètement sa personnalité tribale, socia¬
le (et) individuelle ! A ce titre, le tatouage était la
plus importante des étapes sur le chemin d’une ini¬
tiation consistant, non pas en la délivrance d’un
savoir ésotérique, mais en une intégration progres¬
sive au monde des êtres humains ”™.
Ce rôle clef, joué par le tatouage, fut claire¬
perçu par les
ment
pères missionnaires lorsqu’ils
créèrent leurs écoles. H. Jouan le constate : “C’est
un
des plus grands écueils sur la route des mission¬
sentiment de toutes les familles
reproduire lui-même selon les règles sauvegardant
naires. Les enfants
du clan ; la tradition voulant que
la communauté. Ils assuraient son aptitude à hono¬
d’eux s’en vont dès que vient le moment de se faire
chacune détienne un élément des
grandes pirogues. Un clan n’ima¬
ginait pas survivre sans chef à sa
tête et la pirogue est à l’image du
corps social auquel apparte¬
naient ces peuples de la mer.
Musée des Beaux-Arts de
rer
dignement
alliances
ses
avec
l’au-delà, les
réaction, rapportée par le père
surnaturelles, comme avec le savoir et la
S. Delmas, est tout à fait significative à cet égard.
bienveillance des ancêtres. Cet apprentissage, cette
Alors que le Résident des Marquises, M. Chastanié,
gestation sociale, nécessitaient une longue élabora¬
s’alliant aux Pères, rétablissait l’école de Vaitahu
tion et étaient sanctionnés, glorifiés par le tatouage.
“
forces
avec
ordre à tous les canaques d’y envoyer leurs
fils en âge d’écolier, les braves indigènes peu dési¬
Chartres.
Il apparaît nettement à la lumière des textes
reux
de se séparer de leurs enfants crurent pouvoir
recueillis et étudiés par H. Lavondès que le rite du
éluder la décision administrative en faisant immé¬
complétant celui de la superincision
auquel il était associé, constituait selon les concep¬
huit à quatorze ans ;
tatouage,
ittî-'
tatouer”^”. Une
qu’ils ont pu garder auprès
tions
marquisiennes l’étape majeure et finale de
longue période de formation des garçons :
superincision et davantage encore
qu’elle, le tatouage transformait le jeune garçon
en un membre à
part entière de la société des
hommes ayant désormais
acquis les moyens de
cette
“
Comme la
'
'
-
i
S.
diatement tatouer et circoncire tous les enfants de
à leurs yeux, ces marques
signifiaient que la formation de leurs fils était assez
complète. Le Résident n’entendit pas les choses
comme
eux
vier 1880. ”
et
l’école s’ouvrit à Vaitahu le 11 jan¬
A la suite de ce texte, H. Lavondès
ajoute : “A propos de cette équivalence entre la
superincision et le tatouage d’une part et la forma¬
dans les écoles européennes d’autre
part, il est remarquable de constater que deux
tion reçue
•
versions de la légende
personnage
de Kopuhoroto’e"^' font
de Tuteanuanua, tantôt un maître
tatoueur...
tantôt un maître d’école... ; l’assimila¬
Po’i’i ou poriri : motif circu¬
“frapper à coups secs et répétés”,
signifie “tatouer” dans la tournure patu ’i te tiki
et “écrire” dans patu ’i te hamani, littéralement
“frapper le papier”... Une telle convergence suffit
à établir que le tatouage était ressenti par les
Marquisiens comme une étape essentielle dans la
formation de l’individu et dans son intégration à la
littéralement
En fond , en bas
[hn. 130], nom
Dorté par Tuuakeena.
Inaoa
Un passage de la littérature ethnographique,
Hiva
Oa, photographiée par E.S.C.
Ilandy. Son genou est orné du
premiers temps des contacts, jette une lueur
est
inaoa en fond
parenté entre savoir
transmis et signes, en particulier pour la peau. Le
sur
révérend W.P. Crook,
assez
avec
les
[im.l30], le. mollet
tatoué d'un ipu ani [im.l32],
autre visage circulaire caractéris¬
tique des po’i’i ; le ha’aki ti’iki
cette
[im.69] en est une autre variante,
à la pliure du pied, comme le ipu
ani très particulier du talon.
soucieux de sa situa¬
tion, connaissait de réelles difficultés de communi¬
cation
Marquisiens et remarqua que les
TTTTTÏTTTTI'
qu’il utilisait pour écrire étaient perçues
par eux comme l’équivalent du tatouage. Les livres
qu’il lisait, les lignes qu’il écrivait semblaient pour
eux un
système de référence auquel le missionnaire
se reportait en permanence™. Il paraissait y puiser
et y inscrire des repères, des connaissances... Ces
signes, ces lettres, comme les motifs de tatouage,
avaient une signification en eux-mêmes ; groupés et
liés par la trame narrative, l’étranger était capable
lettres
veau, ne
un
récit... Ce moyen,
qu’ils établissaient un lien
avec
le tatouage et,
peut-être, bien qu’ils ne l’aient pas exprimé, avec
d’autres formes d’enregistrement de données
comme
les cordelettes à nœuds des supports
de
généalogie... du moins, cela semblait avoir, aux
yeux du missionnaire, une valeur égale à celle
qu’ils attribuaient eux-mêmes au tatouage.
Tous ces rapprochements permettent de ren¬
l’hypothèse selon laquelle la période où
ses premiers tatouages était
aussi, et peut-être surtout, un temps de transmission
forcer
l’adolescent recevait
1 7.
229. H.Lavondès, 1975, vol. 1, p. 290-291.
230. H..Joimn, 1858, p.42.
231.
H.Lavondès,
Tuteanuanua,
Kopuhoroto’e.
son
1964, J"" série, p.25-38; récit concernant
épouse Maiotera. et la vehineha’e usurpatrice,
232. H.Lavondès, 1975, uol. ],p.338; S.Delmas, 1929, p.332.
233. W.P. Crook, Mss dactyl. de G.M. Sheahan, p. 165-166.
genou
de Tahia
Visage rayonnant du bambou
l’etua y est placé de la
façon au centre d'une
auréole, triple cette fois, d”enotn
211]
;
même
très schématisés.
Cliché Cl. Boehrer,
Colmar.
^-mTTTTTTTT
^
1. Jambe de Tahia Tahaani.
Visage d’etiia [im. 49] inscrit
4. 5.
© ©
dans un po’i’i.
6. Tatouage d'un po’i’i.
7. Po’i’i au centre d'un ipu’oto [im.
138] ; bambou de Colmar.
8. Visage gravé dans la pierre.
9.10.11. Motifs de tatouage. Les
demi-etuo affrontés de forme cii’cu-
laire, classés parmi les po’i’i.
12. Visage d’etua entouré d’une au¬
réole d”enafa qui le range au nom¬
bre des po’i’i.
13. Deux regards sont inscrits dans
un
même po’i’i.
14.
Buste d'un bomme de Nuku
Hiva.
15. Série de cercles
228. A. Koskinen, I960, p.121-123; E.S.C. Handy, 1927, p.31.
au
de Colmar proche du konio’e [im.
bien que nou¬
leur était pas tout à fait étranger puis¬
Po’i’i
16.
Tahaani.
de traduire des événements, de les enchaîner et de
transmettre
spécifique,
2.3. Jambe de Tuuakeena,
culture du groupe...
supplémentaire
rite d’intégration
laire dispersé sur le corps : il
s’organise parfois à la façon d’un
regard ou d’une tête.
Définition, cf. addenda p.261.
tion doit être facilitée par le fait que le terme patu,
aux
Le tatouage, un
concenriques,
style de Nuku Hiva.
Autre type de po’i’i rencontré dans
les pétroglyphes marquisiens.
dans l'ancien
--JÊuM
17.
Musée
de
II5
Te Patu Tiki
L'Art du
•
Tatouage aux Iles Marquises
de savoir et de mana... Dans la même logique de
pensée, ces motifs étaient non seulement dotés d’un
nom
significatif mais aussi d’un pouvoir particu¬
“Chaque tatouage a une valeur différente...
Lorsqu’il s’agit de conférer un tatouage, signe de
lier :
certains droits
vent... ont
vives. La
même,
acquis... Les discussions qui s’élè¬
sur
le modèle de tatouage en
tapa du Musée de l’Homme.
Certains motifs évoquent
un
caractère sacré sous un
nom
allusif. D'autres sont le
simple rappel d'un quotidien
auquel les Marquisiens donnè¬
rent une valeur
particulière :
manta
(3),
ou
ses
compagnons,
tandis
que
les
hameçon (4),
ancre
de
marine (5).
II6
®
^
-If
V
tJ
soutiennent la valeur des tatouages
qu’ils n’en croient pas digne
commune,
C’est
mais aussi individualisée,
que
leurs ornements, bien qu’apparentés, n’étaient pas
identiques et que seuls certains étaient en droit de
porter le motif réservé aux héritiers d’un savoir
spécifique, d’un don particulier, d’une lignée pré¬
cise, qu’ils soient fils de chefs ou pêcheurs de
requins.
En
se
penchant sur les sens possibles
des noms de motifs, il devient assez vite
évident qu’il existait deux grandes
catégories
de
noms :
ceux
qui répondaient à une question
ou
suggère l’idée d’un pouvoir accordé aux mots
qui se retrouve dans bien des
popu¬
volontairement trop simple... qui transparaît dans
le relevé de noms pour lesquels on pressent qu’il a
été
difficile,
pour
celui qui détenait encore
un
savoir, de l’expliquer et difficile, à celui qui
recueillait
l’information, d’en saisir
cet aspect.
G.H. von Langsdorff rapporte que,
malgré son
insistance, il n’est pas parvenu à obtenir le nom
d’une forme de ipu, un des motifs les plus courants
qui soit, porté généralement au bras et que l’on
retrouve fréquemment sur les bambous gravés dont
l’effigie recouverte de tapa du Musée de l’Homme.
Cette perception de la fonction du tatouage
dans l’intégration de l’individu à la société et la
transmission d’un savoir, permet également
de mieux comprendre l’empressement
avec lequel les
Marquisiens, aux
premiers temps des échanges
avec les Européens, souhaitaient
qui étaient évocateurs d’un
tatouer
d’entre
ceux
eux
qui
séjournèrent dans leurs val¬
d’une manière d’être et
lées et, par ce biais, les inté¬
ge,
dont le
sens
était,
qui gardaient cependant
grer encore
en
davantage à leur
commmunauté.
une
part importante de mystère parce
■
qu’ils évoquaient une symbolique dont
Rites
pubertaikes,
RITES DE PASSAGE
Les “noms réponses” véhiculaient une information
Radiguet notait à propos du
tatouage : il “marque le passage de l’enfance à
l’adolescence
Un épisode de la cérémonie de
présentation des tatouages venait confirmer cette
rupture dans la vie des adolescents : après un
temps de gestation où ils avaient acquis un savoir
indispensable pour eux-mêmes et le groupe, ils
aboutissaient à leur naissance sociale symbolisée
par leur entrée sous un tapa... La vraisemblance
de cette hypothèse est alimentée par les éléments
clefs de l’analyse de L. Levy-Bruhl sur la situation
minimale tandis que d’autres, parallèlement, véhi¬
de l’enfant, avant son initiation, dans les sociétés
culaient un sens plus profond, une signification en
traditionnelles^’. Il constate, et il en est de même
partie secrète. Un exemple nous est fourni par ces
aux
motifs dont il est dit banalement qu’ils étaient cir¬
était en train de grandir et de se former, il n’était
culaires, les po’Vi, et dont on découvre qu’ils évo¬
pas
quaient un “réceptacle céleste”, les ipu ’ani ou
donc né, pour
la plupart des éléments nous échappent.
®
croyances
laires. Celle-ci allait de pair avec un “double lan¬
apparence, compréhensible mais
O
dans de tels
thème légendaire, d’une char¬
ceux
•A*
contenue
gage”, celui des apparences et celui des initiés. Ceci
parce qu’ils avaient reçu une forme d’initiation en
lézards, geckos (1, 2), raie
noms
peut expliquer le flou, ou le caractère incomplet,
contre eux ou
partie
d’Hercule, sous la forme de kautupa, etc.
La force évocatrice
du postulant est plaidée par lui-
cause
contre celui
Ipu [im. 131] bicolore figurant
sorte
lieu sur la place publique (et) sont très
vieillards, du haut de leurs pavés sacrés, plaident
.
bien le “regard” d’un héros légendaire, Tupa, une
Les
premiers apportent une “ réponse ” à la
fois juste et “neutre” qui s’appuie très souvent sur
l’aspect :
un
homme,
enata ; une raie manta,
haha’ua, une boussole,/e’o’o, un hameçon, metau
,
un ornement pour
comme
le cou, les pieds ou les mains
dans hei kaki,
hei kaki i’ima, etc. ; font
aussi partie de cette série les sobriquets. Il existait
ainsi pour le tatouage, comme pour les récits légen¬
daires, plusieurs niveaux de diffusion du savoir.
Max
Marquises, que tant que le corps de l’enfant
définitivement considéré
comme
achevé, et
les siens. De même que le mort
238.CP
n’était pas “mort parfait” tant que la chair n’était
son
pas détachée des os et que les rites mortuaires, liés
vie. Faute d’avoir été initié et d’avoir satisfait aux
à ces diverses étapes, n’étaient pas tous accomplis.
pratiques, rites et cérémonies de sa société, il était
Pour arriver à l’état d’ “homme parfait”, il
rangé parmi les êtres imparfaits, ou encore au
nombre des enfants, et cela quel que soit son âge^”.
ne
suffisait pas
d’atteindre la puberté puis l’âge
groupe. Il ne pouvait ni se marier ni donner la
adulte. Si la maturité du corps était une condition
Dans
nécessaire, elle n’était pas suffisante et la société
preuve publique de maturité sociale.
physiolo¬
gique. Le mariage était interdit à l’adolescent qui
ne participait pas encore à l’essence
mystique de
avait à intervenir dans
cette
évolution
ces
conditions, le tatouage apparaît comme
Celle-ci s’ac¬
quérait à la suite de longs apprentissages et était
confirmée par des activités correspondant à la
fonction conférée à l’intéressé.
du tatouage s’appuie sur des observations qui ont
le charme, la rigueur ou les travers de leur époque,
ainsi que la faiblesse inhérente à tout témoignage.
A la fin du XVIII' et au début du XIX' siècle, ces
observations, marquées
la curiosité, étaient
Progressivement, au
par
tolérantes.
assez
souvent
cours
du XIX% des jugements puritains, critiques
jusqu’à en devenir terriblement étroits, apparu¬
rent... ils n’en demeurent pas
de
sources
connaissance
moins les principales
sur
cette
culture.
former, et non pas de conter “horreurs et mer¬
combinent-elles de façon à
veilles”, sont donc les seuls “gages d’authenticité”
des motifs qui sont disséminés sur toutes les parties
de ces regards. En outre, il nous faut tenir compte
du corps
du fait que
seules certaines distinctions étaient
accessibles à l’observateur occidental, telles celles
touchant au sexe et à l’âge des personnes, alors que
nombres d’autres restaient impossibles
Quelques nuances pouvaient,
cependant, se dévoiler au hasard
de
rencontres
et
de discussions.
Ainsi furent parfois légèrement éclai¬
particularités liées à la
naissance, à des degrés de respon¬
sabilité, au prestige ou celles
rées les
tenant
à
un
événement person¬
nel, familial ou tribal...
La
société
marquisienne,
dans laquelle J.R. Forster remar¬
quait que les rapports entre indivi¬
dus étaient
plutôt ceux de frères que
de dominants à dominés, n’en distin¬
guait pas moins, avec une extrême
minutie, le rôle et les dignités de
chacun.
jouait
Le
un
tatouage, en cela,
rôle essentiel de
à déceler.
trouvent-elles réunies
et
se
déterminer le nombre
Si l’on ajoute à'ces témoignages ceux
234. V. Lallour, cahier 3,f^î7 et cahier 4, paragraphe 7.
235. M. Radiguet, 1929, p. 127.
236. L. Levy-Bruhl, 1928.
Samoa, G. Turner remarque: “Un jeune homme... tant
qu’il n’était pas tatoué... ne pouvait songer au mariage. Il était
constamment exposé aux railleries, à être tourné en ridicule, comme un
individu pauvre et de basse extraction n’ayant pas le droit
de parler dans la société des hommes.” In “Samoa a
hundred years ago and long before”, 1884, p.88.
237. Aux îles
geste très particulier de la rela¬
tion entre oncle maternel et
neveu
utérin où l'oncle plaçait
son neveu sur sa
avec
cette
tête. Le contact
partie du corps, sacrée
par excellence sinon tapu en
toute autre
circonstance, ne
l'était pas dans le cadre de cette
relation fondamentale du systè¬
de parenté marquisien... ”
Poinçon d'écaille utilisé
ces
se
d'un enfant passait par un
pour le percement des oreilles.
L’ouverture d’esprit du narrateur, son souci d’in¬
considérations
“La naissance sociale
H. Lavondès, 1995.
repère. Les notes des membres de l’expédition
figurent parmi les toutes premières
tentatives de compréhension de cet usage. À la suite
du capitaine J. Cook, P. Chanal, CL Roblet et
E. Marchand mentionnent que les enfants ne por¬
tent aucune de ces marques et que les jeunes
hommes, de même que les femmes, en ont très peu.
Ils précisent en outre : “Parmi les hommes, la
quantité de tatouage qui diffère sensiblement d’un
individu à l’autre, est en rapport avec l’âge, le cou¬
rage, la dignité ou la naissance... ; peut-être toutes
Marchand
rite d’intégration
—•
me
Les critères de diversité
La revue des principaux facteurs de variation
Le tatouage, un
•
ClaretdeFleurieu, 1801, vol.l (éd.
Te Patu Tiki
•
L'Art du
Tatouage aux Iles Marquises
recueillis par les membres de l’expédition russe de
application. Tout au long du XIX' et du XX'' siècle,
1804, l’on dispose d’une bonne partie des propo¬
les auteurs opteront pour l’une ou l’autre de ces
sitions avancées pour expliquer cette coutume et
nombreuses explications.
les
qu’elle laissait apparaître dans
nuances
son
•—
Mapiau,
L’âge et le sexe
vieil homme tatoué, que rencon¬
tra
E.Fauque de Joiiquières à
m
Hanaïapa vers 1880 “alors qu'il
se
rendait à un grand rassemble¬
ment des
tribus pour une fête
koïna à Tahuku” sur la côte sud
de Hiva Oa.
Jeune femme sur
le rivage
“Le tatouage des hommes diffère
de celui des femmes... Des
bandes régulières d'ornements
descendent des épaules vers le
sein... et forment des sortes de
chevrons sur les reins, les côtes
et les
cuisses” (père
P.G. Chaulet). Dessin de
E.A. Goupil, 1838. Musée des
Beaux-Arts de Chartres.
ii8
L’Âge
En
hommes qui portent au front de telles marques.
fausse pour
apprit dans
une vallée, et une île,
pouvait se traduire
1791, P. Chaiial était d’avis qu’un
Son observation n’en
lien particulier unissait le tatouage et l’âge
car
est
pas
autant, car ce que J.E. Bell
il avait observé que seuls les vieillards
étaient couverts de la tête aux pieds d’in¬
tout autrement
nombrables motifs™. En 1825, J.D. Gillis
reste
faisait pratiquement la même constatation ;
diversité des tatouages marquisiens souli¬
général ne
l’étaient pas, ou seulement de quelques
lignes ou motifs ”™. Cette première
différence est expliquée dans les
années 1840 par le père M.G. Mathias
qui précise : “Le tatouage... est un
habillement qui ne se complétera que successive¬
ment
et
souvent
dans un âge avancé...”’".
H. Melville, de sa plume malicieuse, croque pour
nous l’image de vieillards entièrement noirs ou que
la coquetterie pousse à raviver leurs anciens
tatouages, et J. Dumont d’Urville évoque celle du
sage conseiller : “ Auprès (de la reine) était un beau
jeunes hommes
en
blanche, entièrement tatoué ;
vieillard à barbe
mais les années avaient tellement
rapproché les
mille raies de son tatouage qu’il paraissait seu¬
lement avoir la peau d’un noir bleuâtre...
Il
en
ira ainsi jusqu’à
Ch.L. Clavel
la fin du siècle et
constate
encore:
“D’une
dans une autre ; c’est du
aspects
déroutants de la
gné par la suite par quelques infor¬
mateurs de W. Handy. Le visage res¬
“Les chefs étaient hautement tatoués...
Les
des
un
tait cependant un endroit parlant. Si
pouvait varier, le
champ symbolique restait probable¬
l’idée transmise
ment assez voisin ou
analogiquement
inversé.
Le sexe
■
En dehors de
était
facteur
un
l’âge des personnes, le sexe
déterminant
de
différences.
“Quelques-unes d’entre
elles sont un peu tatouées sur les bras, sur les
jambes, sur les mains ; les autres ne le sont point
du tout”™. J.B. Cabri précise: “Les femmes ne
sont tatouées qu’aux oreilles, aux lèvres, au brace¬
let et autour de la cheville du pied”™. Le père
S. Delmas, pour sa part, ajoute: “Les grandes
cheffesses ne se faisaient tatouer de la figure que
E. Marchand
le bord
et
constate:
l’intérieur des lèvres
et
le lobe des
oreilles, puis les deux mains et l’avant-bras... ; les
manière générale les dessins sont d’autant
femmes
nobles, une seule main et l’avant-bras et
plus variés et nombreux que les individus
rien
visage ; les autres femmes presque rien.
sont
plus âgés et plus élevés dans la hié¬
Cependant,
laient
rarchie sociale”™.
J.E. Bell est le seul, à propos
sur
exception, quelques-unes
vou¬
point n’avoir rien à envier
aux
par
ce
hommes. ”
à parler d’une distinc¬
N.Burnel, là encore, apporte d’importantes
tion qui se serait faite en fonc¬
précisions : “Les femmes sont tatouées sur les
lèvres, sur les épaules ; c[uelquefois un peu derriè¬
de l’âge,
de l’habileté
tion
à
pouvoir
accomplir une tâche pratique :
“Il est habituellement d’usage poul¬
ies hommes de laisser la moitié de
leur
au
front, le côté gauche, libre de
tatouage
jusqu’à l’époque où ils
travail...”™
Ce témoignage ne peut malheureuse¬
ment pas être recoupé et des portraits
deviennent
XIX"
inaptes
siècle
au
montrent
de
jeunes
re
les oreilles et sur une main et un pied, rarement
sur
a
les deux mains et les deux pieds à la fois. Il n’y
que
les femmes de l’aristocratie qui soient
tatouées derrière jusqu’aux hanches, ou, ce qui est
rare,
la fille d’un tatoueur ; car cette partie du
corps de la femme est au-dessous de tout ce qui est
susceptible de tabu et il n’est pas un tatoueur qui
ne
crût sa main déshonorée s’il tatouait ainsi une
femme qui ne serait pas sa fille, ou qui ne serait pas
•
d’une naissance
supérieure à la sienne”^". En
d’un chef de la vallée de
Taïpivai. Elle jouissait
autour
père n’engageait apparemment pas de grands frais
pour tatouer ses filles, à moins cpi’il ne s’agisse
prestige incroyable... tous ses désirs étaient devan¬
père très aimant : “L’inégalité n’existe pas
seulement entre le mari et la femme, on la retrouve
même
parmi les enfants. Lorsqu’il y a plusieurs
cés par ses serviteurs... (issue du clan des Puhioho
de Hatiheu) c’était vraiment un noble caractère...
(son) corps (était) recouvert d’un tatouage très fin
et
très
l’une, celle qui est la
femmes
préférée, a le pas sur les autres et prend le
nom de Taïa (Tahia), dame, et ses sœurs lui
sont subordonnées quel que soit leur âge.
Tous les privilèges et les plus beaux orne¬
ments sont pour elle ; en un mot, elle est
l’aisance dans
laquelle vivait la femme, sont en
bonne part responsables des diffé¬
rences
qui modifiaient son rapport
au
tatouage. A Nuku Hiva, comme sur
les autres îles, il ne lui était pas impensable,
à la fin du XIX' siècle, en tant qu’épouse de haut
dignitaire ou chef elle-même, de se livrer régulière¬
ment aux peignes des tatoueurs, comme la belle
Paetini. Elle pouvait être alors considérablement
tatouée. C’était cependant en règle générale à
l’époux d’offrir à sa compagne les éléments prou¬
vant sa progression dans son estime, ou dans la
société ! Mais il n’était pas interdit à une femme de
gagner par le mérite ce que l’amour préférentiel de
sa
rang,
paraissent avoir joui d’une
pas offert. N. Burnel raconte ainsi le cheminement
d’entre elles. L’anecdote est d’au¬
plus intéressante que nous savons très peu de
Cuzent que
ment
certain
tatouées : “Les femmes d’un
âge
que nous
eûmes l’occasion
d’examiner avaient le dos et les reins encadrés
240. E.S. Dodge, 1940, p. 388.
241. Père M.G. Mathias,
occupe la première dignité religieuse dans la tribu
marquisienne face
aux
personnes
J. Kirckpatrick, 1985, “Ko’oua : aging in the Marquesas
“Aging and its transformation moving
towards Death in Pacific Societies.” D. & A. Counts
eds., Association for Anthropology in Oceania,
N°10, University Press of America.
245. É. Marchand, “Journal” Mss, p. 207.
des Taïoah (Taioa à Hakaui, Nuku Hiva) car le der¬
nier grand-prêtre avait été remplacé par la grande
prêtresse Matéhévi”™. Camille de Roquefeuil et
Georges Winter figurent parmi les rares personnes
à mentionner leur existence, telle Hokaye, épouse
185.
248. N. Burnel, 1866.
249. N. Burnel, 1866.
250. J.V. Barbier, 1882, p.302.
Hokaye devait être probablement le nom de son époux
auquel la coutume voulait que Pon accole le terme de
vehine signifiant femme, épouse...
C. de Roquefeuil, 1823, p.311: ‘^Des Américains m’ont
assuré avoir vu à la Madeleine, Fatu Hiva, une femme de
haute taille qui était tatouée de la tête aux pieds, comme
le sont les hommes.” Ces Américains débarqués dans
l’archipel par les navires santaliers pour quelques
mois ou quelques années, y préparaient les car¬
gaisons de santal. C’était le cas de Ross qui fut
l’informateur de .J.A. Graaner.
251.
K. von denSteinen,
l'arbre à pain...” (J.E. Bell,
1883). Dessin de E. Fauque de
.Jonquières. Musée des BeauxArts de Chartres.
Eemme de haut rang de la
côte sud de Nuku Hiva en 1804 ;
N. Burnel constate en 1866 que
“les femmes sont tatouées... sur
une
main et un pied, rarement
sur
les deux mains et les deux
faisaient tatouer... les deux
l'avant-bras... ; les autres
244. J.E. Bell, 1883, p.750.
246. J .B. Cabri, Genève, 1817, p.8.
produit bien rarement, mais qui se produit quel¬
quefois néanmoins et confère à la femme toutes les
prérogatives attachées à cette dignité pour l’hom¬
me... Du reste, aujourd’hui encore peut-être, c’est
une femme, et une femme sortie de la foule, qui
dans la collecte des fruits de
femmes nobles, une seule main et
247. N. Burnel, 1866; Père S. Delmas, 1927, p. 184-
entièrement, tatouées; “Il y a... des
femmes qui sont initiées aux mystères du tahua
(tau’a), grand-prêtre, et qui peuvent même être
élevées à la dignité de grande-prêtresse. Certes,
c’est là un fait extraordinaire, exceptionnel, qui se
inaptitude à rem-
mains et l'avant-bras... ; les
243. Ch.L. Clavel, 1885, p.22.
islands.” In
cette
])lir une fonction était un échec
se
1843, p.l30.
242. ./. Dumont d’Urville, 1843, t. 4, p.267.
l’attitude
travailler. Le test habituel pour
consacrer
pieds à la fois...”. S. Delmas
ajoute : “les grandes cheffesses...
239. C.P. ClaretdeFleurieu, idem, p. 100-101.
tant
presque
notèrent
les femmes
pouvaient être souvent ample¬
suivi par l’une
choses de ces très rares femmes à être tout à fait, ou
hommes de laisser libre la moitié
(ju'ils deviennent incapables de
comme
Sur
C'est
habituellement la mode pour les
gauche de leur front jusqu'à ce
de visiteurs, par contre,
*
chemise de toile bleue.
particulière, sans que l’on puisse en
connaître la raison précise, en dehors peutêtre de l’explication donnée par N. Burnel.
La seule iconographie connue à leur propos
est douteuse, comme le remarque K. von
den Steinen“'. Un plus grand nombre
ou
famille de naissance, ou son mari, ne lui avait
Ces
Ekeouoho, matelot vêtu d'une
aura
toute
la dame de la famille... ”™.
Le
gracieux, cette femme était véritablement
l’une des plus belles que l’on pût voir”““.
filles dans une maison, les parents font une dis¬
tinction entre elles :
rite d’intégration
des années 1840 “d’une influence et d’un
dehors des ornements absolument nécessaires, un
d’un
Le tatouage, u/i
1925-28,
vol.î,
p.l02 commentaires sur le mannequin fan¬
taisiste de l’Expo.sition Universelle de
Paris de 1900, présenté comme celui
princesse
“Mounatini”,
déformation peut-être du nom du
“prince” Stanislas Moana Tini,
fils adopt if de la reine Vaekehu,
d’une
décédé en 1893.
t
âgées, cf.
femmes presque rien”. Atlas de
Krusenstern.
Te Patu Tiki
•
L’Art du
Tatouage oux Iles Marquises
larges palmes ; plusieurs
de
rosaces
ornaient
les
fesses,
aient été d’un autre type que ceux portés par les
cuisses
et
leurs
hommes : “Les femmes sont plus sobrement tatouées.
leurs
jambes
étaient
encore
pareillement illustrées
Là encore, peu d’éléments permettent
de déterminer si la
’l’ima vaha [im. 126] : main
de Vaekehii, épouse de Tenioana
nui, chef de Taiohae. Dessin de
Ch.Noiiry, Commandant parti¬
culier des Marquises vers 1848.
Femmes marquisiennes.
“Les attitudes ont une harmonie,
une
grâce, une élégance à ravir
l'artiste... Toutes portent au lobe
de l'oreille un petit tronc de
cône, blanc comme l'albâtre, ou
une
fleur rouge comme le pavot.
sur
à tout l’archipel. On le pressent, comme pour
la plupart des très grandes lignes qui déterminent
l’usage de cette pratique, mais on ne peut qu’en
déceler de maigres indices.
claire que les Tahitiennes et la plupart ont la lèvre
inférieure
tatoués...
les
et
Le tatouage
Celui des lèvres
gnons...
Les manteaux, teints
pés çà et là de taches carminées
se
drapent en dépit d'une séche¬
resse
de plis et de cassures sem¬
blables à ceux que produirait
une
étoffe gommée, avec une
de
leurs
oreilles
semblait de règle,
en
particulier les lèvres ou derrière les oreilles.
en
par place en jaune indien et jas¬
orifices
effet, autour des principales ouvertures du corps,
ruissellent à flots sur les épaules,
relèvent eu épais chi¬
A.E.Lucett, en 1851,
écrit : “ Elles (les Marquisiennes) ont la peau plus
Les clievelures noires, brillantes,
ou se
disposition des motifs
le corps obéissait à une règle d’ensemble com¬
mune
est
le dernier à avoir disparu.
concernait sinon les
Il ne fait aucun doute que les motifs féminins
Il
articulations, notamment les
mains et les poignets, les chevilles et le genoux où la
composition circulaire prenait assez souvent l’ap¬
parence d’nn visage ; les reins des femmes de haut
enfin, étaient ornés de deux arcs de cercle
appelés ka’ake.
rang,
Les motifs
qu’elles offrent ainsi sont d’un effet
beaucoup plus vivant et ornemental que sur la per¬
sonne des hommes
Ils étaient plus fins ou moins
chargés, plus élégants ; le lieutenant H. Paulding,
faisant escale en 1825 dans la vallée de Ho’oumi,
avec
du reste que :
“les femmes se font tatouer
j)lus de goût que les hommes
trouva
Pour deux observateurs du XIX'' siècle : “ Les
femmes, bien que peu tatouées elles-mêmes... sou¬
vent refusent l’homme
auquel elles sont promises à
moins qu’il ne se soumette à l’opération
ici d’une réflexion de
il s’agit
femme, Mrs J.S. Warren;
quant à N. Burnel il remarque : “ ...On rencontre
quelquefois dans la basse classe des individus qui
n’ont pas été tatoués, soit parce qu’on craint pour
leur enfance les suites de
vraiment
cette
douloureuse, soit
opération qui est
parce
qu’ils étaient
malades ou atteints de quelque défaut constitution¬
nel. Il est à remarquer... qu’ils ne sont pas tenus en
grande estime, surtout parmi les femmes qui consi¬
dèrent l’absence de tatouage sur l’homme comme
une
marque de couardise ou de faiblesse féminine
grâce élégante dont les nymphes
seules peuvent avoir révélé le
L’appartenance géographique ou sociale
secret.” Texte et dessin
de M. Radigiiet.
Page de droite
Femme et enfant, dessin de
M. Radiguet.
De la diversité que virent les membres de l’ex¬
pédition Dumont d’Urville,
1838, C.A. Vin-
en
cendon-Dumoulin
et C.L.F. Desgraz tentèrent de
qu’ils appelèrent des “présomptions”:
On ne saurait affirmer que les décorations du
tatouage, si complètes chez les vieux chefs, soient
uniquement destinées à rappeler les hauts faits de
tirer
ce
“
leur existence.
Peut-être
est-ce
une
distinction
réservée à leur naissance ou à leur position ou bien
une
conséquence naturelle de leur richesse... Une
seule chose a été constatée, c’est que les chefs et Leg
guerriers célèbres sont ceux dont le corps est le
plus recouvert par le tatouage. La population ordi¬
naire ne présente qu’un petit nombre de ces bigar¬
rures, et
beaucoup d’individus n’en possèdent pas
du tout,
ces
derniers appartiennent
toujours à la basse classe
mesure
ciaux
Mais à
que les échanges commer¬
se
ment
développèrent, ce juge¬
fut
à
nuancer
et
le
tatouage devint tout
autant
l’indica¬
tion d’un
degré d’aisance. J. Bell, en 1883, en
dogmatique : “ Les hommes
ayant une fortune se distinguent à la couleur de
conciliera de façon
leur peau...
Toute distinction n’était pas pour autant
balayée, nous l’avons vu à propos du choix des
motifs. Si la forme “libre” du tatouage, purement
esthétique, avait connu un développement excep¬
tionnel
avec
l’accroissement du
commerce
rieur et de la richesse de groupes
exté¬
soeiaux autres
que celui des prêtres et des chefs, le tatouage sanc¬
tionnant naissance
ou
“exploits” n’en avait pas
252. G.Cuzent, 1883, p.82.
253. N. Thomas,
1851, p.l96.
1990, p. 69-73, chap. VU, paragraphe 2; E.Lucett,
254. F.D.Bennett, 1840, p.309. Observations faites lors de ses escales à
Tahuata et Ua Pou.
255. II. Paulding, 1831, p.68.
256. Mrs ,}.S. Warren, 1860, p.86.
257. N. Burnel, 1866.
258. C.A. Vincendon-Doidin & C.L.F.Desgraz,
259. J.E. Bell, 1883, p. 751.
1843, p.225.
•
pour autant
de l’oreille gauche. Pour les tatouages il en allait de
face
disparu. Il s’était fait plus discret,
cet ornement, en plein XIX'
siècle™'. En fait 1’ accès au tatouage avait été,
depuis fort longtemps, suffisamment ouvert pour
que la plupart puisse y prétendre ; la seule
contrainte à respecter était de ne pas arborer de
motifs auxquels on n’avait pas droit. Cette idée
devait être du reste à ce point impensable, ou
redoutable, qu’elle ne devait guère se présenter.
Les structures traditionnelles opéraient un contrô¬
le strict, rendu efficace par la crainte du tapu.
Lorsque ces freins traditionnels devinrent caducs
et que les croyances anciennes perdirent tout cré¬
dit, aux yeux mêmes de ceux qui étaient chargés de
les appliquer, la façon d’aborder l’application des
motifs se modifia, même si la plupart continuèrent,
tacitement, à ne pas tatouer certains thèmes par
crainte “superstitieuse”. C’est alors que cette
recherche esthétique, qui existait depuis très long¬
temps déjà, pris un large essor car elle se trouva
libérée dans son choix et son application... Ainsi, le
tatouage resta, dans la mémoire des informateurs
du début du XX' siècle, comme une pratique tout à
fait démocratique à laquelle chacun avait accès. Il
en avait
toujours été plus ou moins ainsi, et cette
ouverture n’avait fait qu’en stimuler l’expression.
même. Le goût le plus sauvage et le plus fantastique
à l’essor de
■
L’appartenance
J.F. Blumenbach
et
qu’à Nuku Hiva : “Il n’y a aucune
partie du corps qui soit exempte de cette opéra¬
tion... On y soumet le bord des yeux, la langue et la
portion la plus sensible des membres que la pudeur
défend de nommer ; mais la partie du corps qui
remarquent
chez
une
nation est
tatouée,
reste nue
chez les
n'avait encore du tatouage que la
quantité qu'il en faut pour parer
des hommes qui vont nus; il se
composait de dessins réguliers
qui entouraient sans interruption
le bassin, depuis les hanches jus-
Ainsi, l’application du tatouage variait
qu'à la moitié des cuisses... Ses
en
jambes n'en avaient que quelques
fonction de la résidence des uns et des autres et ce
légères traces et des figures
symétriques couvraient le devant
qui était la règle sur une côte devenait l’exception
pour l’autre ! Non seulement des variations locales
de sa poitrine et les côtes à droite
existaient, mais aussi certains “codes” semblent
et
avoir été inversés. Le thème de l’inversion est du
reste
un
graphie
sujet important, que ce soit dans l’icono¬
ou
à gauche.” Gravure tirée du
dessin ci-dessous.
Dessin original, exécuté en 1838
les mythes. Il est malheureusement
par A.
impossible, à travers les textes conservés, de
retrouver ce qui caractérisait telle île, telle vallée,
telle ethnie. A peine quelques notes furent sauvées
du grand silence, de la mort et de l’oubli, qui
Goupil.
Page de gauche
Personnage important du
clan des Teei, Nuku Hiva, 1804.
260. Comme exemple de la discrétion de certaû
de ces signes cf. le relevé de 1920 par W. Hand-'
(B.P.B.M. Bulletin, 1922), motif G, pl.
XXXVIII, où Von voit le peu de place occu¬
pé par les quatre petits enata symbolisant
le rang à Pintérieur du pahito placé à la
cheville de ce chef.
261. J.F. Blumenbach
123
G.H. vonLangsdorff, -
ressante
que ce
inté¬
qu’elle permet de comprendre
qui peut apparaître comme une
contradiction chez certains
semble
auteurs et
ruiner la crédibilité d’une
qui
citation
(comme pour J.E. Bell), peut tout à fait
correspondre à des réalités différentes qui
ne joueraient pas ici sur le temps mais sur
les lieux, les ethnies.
262. Mrs J.S. Warren,
1860; Mrs C.F.
Gordon-Cumming, 1882, p.254.
1857, de passage dans l’archi¬
pel, Mrs J.S. Warren ajoute : “Quelques tribus ue
tatouent que leur visage, d’autres que leurs corps
alors qu’enfin certaiues marquent ainsi leur corps
tout entier... ” Quant à Mrs C.F. Gordon-Cumming,
1877, elle note : “À Puamau, sur la centaine de
arbres
magnifique rivage, beaucoup portaient des
lances, des casses-têtes, des pagaies ou des lances
armées de dents de requins. Quelques-uns avaient
toute la tête rasée, d’autres par endroits ou par
personnes assemblée sous les ombrages des
du
bandes verticales
ou
horizontales ;
les
uns
d’un
côté, les autres de l’autre ; certains avaient une
touffe de cheveux sur le sommet du crâne, d’autres
sur
re
rite d’intégration
“...Son corps grâce à son âge,
autresEn mai
en
un
J. Dumont d’Urville en 1838.
déployé dans la création des figures capri¬
cieuses qui ornaient la face, les jambes et l’en¬
semble du corps. Les enfants n’étaient pas tatoués.
Les femmes l’étaient peu et par conséquent sem¬
blaient appartenir à une autre race, plus douce.
était
Cette remarque est d’autant plus
G.H. vonLangsdorff
tatouage,
Mate Omo tel que le vil
1812, p. 269.
géographique
Le
le front, certains sur l’occiput et d’autres enco¬
l’avaient pendant au-dessus de l’oreille droite ou
,/
a
'
Te Patu Tiki
•
L'Art du
Tatouage aux Iles Marquises
Marquisien de Vaitahu
portant un tatouage facial carac¬
téristique des îles du sud ; le
tVotVapu [im.408]. Il consiste en
deux bandes pour les yeux et la
bouche, complétées éventuelle¬
ment d'une
est
troisième. Ce motif
ap])elé, par dérision, hau
humu ma [im.8ü] : “paquet de
ma
empaqueté de liens de
burau'’'’ ; sur les joues se déve¬
loppe un alignement de balles de
frondes :
«a
kiva [im. 7].
Dessin vers 1840 par
Gordon A. Thomson.
recouvrira entre la fin du XIX” et le début du XX"
Pile en 1817
siècle la plupart des vallées“*.
remarque : “Dans la baie de Taaoa... les hommes...
Ce que l’on peut dire de ce qui fut conservé
ressemble à
une
énumération à la Prévert ! Elle
avaient la peau d’une teinte plus sombre, le corps
plus chargé de
laisse le goût amer de ce qui aurait pu être écrit,
H. Jouan,
mais ne l’a pas
entre
été. D. Porter rapporte succincte¬
ment dans son journal: “Chaque tribu de Pile
(Niiku Hiva), ai-je pu observer, était tatouée
d’après une mode différente et je fus informé que
chaque ligne avait sa signification
C’est à Hiva
Oa que le plus grand nombre d’observations a été
fait. Au XVIIP siècle, Crook y relève l’existence
d’une tribu particulièrement différente des autres :
elle ne se tatoue pas et ne parle pas tout à fait
la même langue. De cette vallée à l’ouest de
“Unnatetappa (Hanaïapa)” on ne sait rien
de plus“^ C. de Roquefeuil de passage dans
après avoir fait escale à Nuku Hiva
1854
tatouages
qu’à Taiohae.
commandant particulier des Marquises
et
1856, note toujours à propos de la
même île ; “Les dessins
sur
les jambes et sur les
mollets, au lieu d’être des lignes droites, représen¬
plus souvent des cercles, comme si on les
le
tent
avait faits en appliquant un cachet
vers
P. Claverie,
1881-82, observe dans la vallée de Hanaïapa :
“On se sent d’ailleurs ici plus près de l’état sau¬
vage qu’à Nuku Hiva et regardé d’un œil quelque
méfiant. L’art du tatouage y est porté à ses
peu
dernières limites ; ils sont tatoués de la tête
aux
pieds...
Les fonctions du tatouage
Mme de Dombasle confirme, à sa
façon, l’importance de cette coutume
bien qu’elle n’ait été en mesure d’en
appréhender qu’une faible part :
“Dans l’archipel de Noukouhiva, le
tatouage est plus qu’un luxe arbi¬
IE4
traire. Il est à la fois un habille¬
sortes
de tatouage.
Celui de
pur
ornement...;
deuxièmement, Icelui qui indique l’extraction de la
personne ;
il n’est permis qu’aux chefs ou à leurs
ment, un langage, un insigne du
premiers-nés. Les femmes de sang royal le portent
pouvoir, un titre de gloire. Les
aux
guerriers s’en parent pour se donner un
aspect redoutable et pour rap-
peler leurs exploits ; les chefs pour
lombes sous forme de deux arcades à demi ter¬
troisièmement^^celui qui sert à retracer
à^immortaliser des exploits\; il est porté par les
minées... ;
ou
guerriers et les grands prêtres seulement...”^™
Les tatouages obligatoires
“Crâne de la tribu des
Tais” (Teii), Nuku Hiva.
leur puissance, les femmes, selon leur
rang, pour augmenter leurs séductions
V. Lallour, apres un séjonr de plus de quatre ans,
entrait plus avant dans l’observation : “Il y a trois”^
marquer
L’absence de repère sur le corps avait quelque
indispensable aux yeux de la tribu et, à travers
chose d’intolérable. Le tatouage répondait tout à la
eux, aux ancêtres divinisés, comme garantie du bon
fois à une attente et à une obligation.
ordre des cljoses. En contrepartie, ceux qui avaient
Sa justifica¬
tion pouvait avoir un caractère banal ou pratique,
souffert le tatouage recevaient, de la part des leurs,
qui rejoint d’autres précautions utilisées ailleurs
une
l’identification des corps. Il s’agit, par
exemple, de ces marques obligatoires qui servaient
pour
en
temps de guerre à identifier les dépouilles déca¬
pitées des chefs, puisque l’ennemi ne manquait
jamais de prélever la tête des adversaires les plus
prestigieux morts au combat’”. L’attribution de ces
précéder, ou suivre,
certains événements. Ils perdirent, avec le temps,
leur valeur impérative, sacrée ou magique, mais
n’en gardèrent pas moins longtemps leur caractère
tatouages avait tendance à
surabondance de biens et de marques de recon¬
naissance de toutes sortes ;
c’est du reste un des
éléments qui justifiait les tributs versés au chef par
les membres du clan’”.
Tout autant qu’un privilège, le fait de por¬
paraît bien avoir été aussi
ter
certains tatouages
une
obligation. Ceci s’explique par le devoir de res¬
pecter le contrat sacré qui unissait le Marquisien à
ses
ancêtres, à son environnement et à son univers.
Cela découle de la façon stricte dont était structu¬
rée la société où enfreindre
une
règle était plus
■
qu’une entorse sérieuse à un eode de vie. Le
Marquisien avait à répondre des liens sacrés qui
l’unissait au monde dans lequel il évoluait. Ce sys¬
tème se caractérisait par une marche progressive
de l’individu vers un achèvement qui devait le
transcender, ce qui se traduisait, entre autre, par
le tatouage. Ce rythme de progression était fait
d’une alternance de temps profane et de temps
sacré où l’individu “se retirait du monde” et où il
provisoirement tapu, s’il n’appartenait
devenait
à la catégorie des personnes qui l’étaient de
pas
naissance. Ces périodes
devaient lui permettre de
psychologique nécessaire à
l’activité importante qu’il entendait entre¬
prendre.
Cette vie, marquée d’étapes et d’évé¬
nements
particuliers, les Marquisiens
comme
d’autres peuples choisirent d’en
imprimer les phases importantes sur le
corps, mais de façon plus visible que
d’autres. N. Burnel l’exprime de façon
retrouver
l’état
intéressante
extrêmement
en
laissant
entendre que les Marquisiens vivaient dans
ce
qui fut appelé, en d’autres lieux, des
grades : “Les indigènes modi¬
leur tatouage. Au fur et à
mesure qu’il parvient à un rang plus élevé,
soit par sa bravoure, soit par son habileté
dans sa profession, le tatoué couvre de
larges plaques de tatouage les marques de
son
grade précédent et les remplace par
d’autes signes hiéroglyphiques confor¬
mément au rang qu’il a obtenu ; de
sorte qu’il arrive que sa figure et son
corps sont entièrement couverts lors¬
qu’il atteint son haut grade
Cette
vision du monde trouve, en grande partie,
sa justification dans la perception que les
Enata (Marquisiens) avaient du sacré ainsi
que des tapu et du mana qui en décou¬
sociétés de
fient
souvent
laient.
Ces
notions
constituaient
deux
pivots essentiels du fonctionnement de
cette société. Dans son étude sur les ariki,
A. Koskinen
en
analyse quelques-uns des
ressorts™.
Le
tama
ariki, premier-né de
sa
lignée,
haka’iki aux Marquises, était consi¬
déré comme le détenteur de la somme des
forces sacrées accumulées par chacun de
ses
ancêtres ; c’est le mana dont il a déjà
été question™. En tant que jeune premier-
Le tatouage, un
rite d’inte'gration
né d’une famille de chef, il était por¬
teur non
seulement de sa propre part
d’énergie mais aussi d’une puissance
accumulée de génération en génération
depuis l’origine du clan familial. Cette accu263. D. Porter, 1815, vol. 2, p.l24.
Dans ses carnets, W. Handy note cette réflexion d^un informateur
qui explique que, dans cette île charnière entre les
deux “groupes”, certains motifs avaient un nom identique à des
de Va Huka
tatouages du groupe sud, mais ils étaient dessinés différemment.
Us étaient de plus portés indifféremment par les hommes ou les
femmes. Parmi ces motifs figurent les kake, les mata hoata, les
vai ’o Kena, les pahito et les Poliu.
264. D. Porter, 1823, lettre 15, p. 114.
265. W.P. Crook, Mss dactyl. de G.M. Sheahan p.l33, cf.
p.190-191 du rapport W.P. Crook: “Une vallée à Vouest
de Unnatetappa (Hanaïapa), est dite habitée par une
population qui ne se tatoue pas et qui est remarquable par
le fait qiPelle ne parle pas tout à fait la meme langue que
tous... Le nom de ce peuple est Tafate (Tafati).”
A lafïn du X/X’’ K.vondenSteinen “recense” ce clan des Tafati dans
la vallée de Hanatekua, à l’est de Hanaiapa, entre cette vallée et
Hanapa’aoa. Ce territoire fut également occupé par un autre clan,
celui des Ati Mata Oi; cf. E.S.C. Handy, 1923, p.26.
266. C. de Roquefeuil, 1823, p.263.
crânes
267. H. Jouan, 1857-58, p. 104.
1894, p. 166-167. K.vondenSteinen, un peu plus de
après, en rencontra un certain nombre et étudia leurs
tatouages en particulier avec le maître tatoueur de la vallée,
Mouipu, qu’il photographia.
268. P. Claverie,
dix
ans
269. Mme de Dombasle, 1851, p.510.
271.
W. H. 1922,
p.4etpl. XXXVIIl,
G, d. Deux personnes
W. Handy
à Ua Pou, dont le chef Pena
Pena, portaient un patikaue à la
cheville gauche.
C’est le tiihuna
Kaioho qui avait tatoué Pena Pena à
reiicontrées par
Hakahau, île de Ua Pou.
272. Lorsque les opérations de tatouage de J. Coulter,
1845, furent achevées, cet auteur rapporte, sans doute
part d’exagération, l’attitude des habitants
de la vallée envers lui: “La population et tous
les
chefs me considérèrent alors comme supérieur à
eux.
Ils vinrent en nombre apportant toutes sortes
de douceurs,
toutes
sortes
étaient le plus précieux des héri¬
tages ; ils témoignaient de la légi¬
timité d'une famille, marquaient
sa
puissance ou étaient destinés à
effrayer rennemi. Ils étaient
enveloppés de tapa, les orbites
270. V.Lallour, Cahier 3, f‘17-18.
avec une
Les
comblées de nacre, la prunelle
marquée d'une graine noire de
Sapindus saponaria, le nez obtu¬
ré d'un morceau de bois, deux
canines de porcs fichées
dans le
maxillaire.
“Poopie” le venf.
Marquisien de Taiobae que ren¬
contre, entre le 15 et le 26 avril
1825, le navigateur hollandais
Troost. Il s'appuie sur un cassetête pagaie, parahua, longue
arme en
bois de fer.
de fruits, volailles,
cochons, poissons, etc., et les chefs me donnèrent
divers présents. En vérité il s’agissait d’un véritable
étalage de gentillesse. Mate me donna son propre
ornement de tête qu’il avait porté lors de quinze
batailles... Tous, parmi ces pauvres gens, furent
extrêmement attentionnés envers moi, après que le
sujet de leur inquiétude superstitieuse fut supprimé.
Chaque jour je recevais une abondance de toutes
sortes de choses.” p. 214-215.
273. N. Burnel, 1866.
274. A. Koskinen, 1960.
l’importance pour un tama haka’iki, ou
responsable, de connaître parfaitement la
généalogie et “l’hagiographie” de sa lignée et de la
réciter lors de certaines cérémonies. L’apprentissage de
tels chants, incantations et récits mythiques, se faisait
durant l’adolescence sous la direction d’un maître parti¬
culier se chargeant d’un groupe réduit de jeunes. Lors
des périodes d’apprentissage, le groupe était tenu à
275. D’où
autre
l’écart de la communauté et était tapu.
Patikau’e [im. 327]. Parmi
les marques propres aux chefs,
d'après Penapena chef de
Hakahau à Ua Pou vers 1920,
figuraient de petits ’enata
[im.42] qui, placés au lias des
jambes, permettaient d'identifier
leur corps sur un champ de
bataille.
Te Patu Tiki
•
L’Art du
Tatouage aux îles Marquises
Funérailles de Niehitu,
oncle et tuteur de Te Moana :
“
Cette nuit, la troisième de la
mort, était celle où [...] l'âine
errante
à travers la campagne
depuis l'instant où elle s'était
échappée du corps devait enfin
quitter la terre [...]• Le moment
était venu d'accomplir sur
Niehitu les lotions d'huile [...]•
On dépouilla le cadavre de ses
ornements, on l'assit dans sa
Ululation pouvait être telle, en certains cas (nais¬
sance
ou
réalisation de faits
chefs
on
prêtres “trop puissants” devenaient
extrêmement tapu.
remarquables), que
Et ceci pouvait les amener à
vivre à l’écart, à moins que leur entourage ne pren¬
ne
de multiples précautions,
dans leur fréquenta¬
tion, ce qui se manifestait par toutes sortes d’inter¬
dits ou tapu. Cette part exceptionnelle de mana se
traduisait par une aura et des capacités exception¬
nelles, du moins dans les récits légendaires, et par
pirogue funèbre et on lui versa
un
haut degré de respect qui renforçait le caractè¬
les épaules des flots d'eka
re
éminemment sacré de la personne.
sur
moa
[...]. Sur l'injonction du
tahua une douzaine d'individus
armés de fusils, de lanees, de
baïonnettes, se répandirent au
dehors fusillant l'obscurité [...]
pour chasser vers sa destination
l'âme récalcitrante. “L'âme
s'éloigne”, dit alors le tahua [...]
On recoucha le cadavre dans sa
pirogue, on le couvrit d'une tapa
blanche et le festin des funé¬
railles commença. ” M. Radiguet.
Les hauts
dignitaires n’étaient toutefois pas les seuls déten¬
teurs de celui-ci, même des roches, des objets
(armes, ornements, outils de travail...) en étaient
chargés, en particulier lorsqu’ils avaient participé
à des actes exceptionnels. Ces hiens devenaient
inaliénahles et constituaient le patrimoine le plus
précieux d’une famille ou d’un clan. Toute person¬
ne également, même la
plus humble, en héritait
d’une part mais son intensité était infiniment infé¬
rieure à celle détenue par les dignitaires des plus
prestigieuses lignées de ces com¬
munautés polynésiennes.
chef à la naissance de cet enfant, mâle ou non, ne
gouvernait plus théoriquement que par intérim ; il
exerçait une sorte de régence. A partir de ce pre¬
mier instant, la protection du mana et son accrois¬
sement devenait la
préoccupation majeure car cette
puissance sacrée, véritable héritage familial et cul¬
turel, gage de réussite et d’accomplissement pouvait
également s’éroder. Il était donc protégé, cultivé et
développé tout au long de l’enfance par des rites
qui entouraient non seulement la naissance mais
presque chacun des instants de la vie, et plus enco¬
re ces points forts qu’étaient la superincision, les
périodes d’instruction et de “confinement” et
enfin les séances de tatouage. Au-delà de l’enfance,
l’accomplissement de certains actes, des contacts
particuliers, la transmission et l’apprentissage
d’incantations et quelqu’autres pratiques de maî¬
trise de cette énergie par l’entourage du haka’iki,
enrichissaient ce mana originel.
Pour la femme, l’attente dont elle faisait tout
particulièrement l’objet était, non seulement qu’elle
donne la vie, mais également qu’elle soit la bonne
“voie”, la gardienne du passage de l’inexistence à
la vie et de la vie à l’au-delà, du monde de la lumiè¬
Ce potentiel, émanant
re
des
ancêtres
nement, elle avait à préparer de ses mains un certain
par
la chaîne des
dants
défunts, était
et
transmis
ascen¬
reçu
directement à la naissance
ce
qui explique que dès celle-ci, un
3nfant
premier-né ait été supé¬
à
ses
parents.
Un
rieur
à celui plus obscur des esprits ! Plus quotidien¬
produits essentiels, à la famille aussi
qu’à la collectivité, dont le contact pouvait
avoir une influence plus ou moins néfaste sur la
part sacrée qui était en elle. Dès lors il lui fallait
être tatouée, tout spécialement aux mains ; ceci
afin qu’elle soit “ admise à préparer la popoi, à
faire pakoko ou à s’acquitter de la fonction pénible
nombre de
bien
était exclusivement confiée de frotter
les morts d’huile de coco jusqu’à
la
momification, préparation
désignée sous le nom d’/ia-
kapahaa.
caractère
impérieux
tatouage,
aux
s’atta-
mains des
femmes
ayant à se
livrer à des activités qui pouvaient
atteindre leur part de sacré, est un détail qui per¬
motifs de tatouage.
de mieux saisir une autre fonction essentielle
met
corporel qui était de protéger
l’énergie contenue en chaque être des contacts dan¬
gereux. L’autre aspect tout aussi remarquable de
cet ornement est le lien entre le “ port du tatouage ”
et le contact de produits alimentaires, ou de toute
de
protectrice attribuée à des
ornement
cet
matière
destinée à être intimement associée
au
En
Nouvelle-Zélande,
Earle signale en 1827 : “alors
que le
district de Kororadika
préparait à la guerre, tous
les hommes dans la pleine force
se
de
l’âge passèrent entre les
mains d’un artiste tatoueur”™.
corps^”. L’insuffisance de tatouage, ou le port de
motifs particuliers, eurent en effet des répercussions
Aux Marquises, les souvenirs
précises quant à l’accès à certains aliments,
par le biais d’une sorte de codification des “ droits
siècle
très
acquis” par les individus envers ceux-ci, et traduite
par le tatouage.
■
partie son utilité lors des combats. Les motifs modi¬
fiaient l’aspect du corps et permettaient de mieux
dissimuler, donc de surprendre. Ils soulignaient
la force en rehaussant certains effets musculaires et
avaient aussi pour fonction
d’inspirer la terreur,
certains cris et danses de provocation
qui
devaient faire montre de l’agressivité et de la déter¬
mination des assaillants. Au cours du XIX" siècle,
la façon de se battre se modifia considérablement
et la
transformation, à cette époque, de l’aspect du
s’expliquer ainsi. Les
guerriers du clan des Teii, en
particulier, montrent des hommes dont le corps
était recouvert d’un fin maillage, assez dense,
s’organisant comme une mosaïque alors que, qua¬
rante ans plus tard, les guerriers de
M. Radiguet, à rattacher à ce clan pour
une part, arborent de grandes plaques
tatouage peut, en partie,
relevés de 1804 de
entièrement noires, brisant la silhouette en
autant
de
zones
d’ombre.
Entre-temps,
l’usage du fusil s’était répandu et les guerres
tribales avaient connu un regain d’autant plus
tragique que les déserteurs des navires de passa¬
ge,
plus nombreux, étaient souvent associés aux
troupes qui les accueillaient, à charge d’apprendre
à mener une tactique plus offensive et efficace que
les escarmouches traditionnelles. Il devenait d’au¬
tant
plus important d’être bien “ camouflé ”.
La fonction des tatouages
liés au combat ne
s’arrête certainement pas là ! On retrouve ailleurs
dans le
plutôt à
organisées en l’hon¬
rattachaient
de guerriers vainqueurs
auxquels des tatouages étaient appliqués à la suite
neur
avoir capturé une pirogue et son équipage. A la fin
correspondre un point de vue pratique ; ce fut en
comme
se
des fêtes
d’exploits, ainsi que J.B. Cabri l’expérimenta apres
Tatouages et protection
Au caractère obligatoire du tatouage pouvait
se
des informateurs du début du
Pacifique quelques traces d’une faculté
dîTXVni' siècle donc, mais sans doute avant car
disposons pas d’écrits antérieurs bien
explicites, ces tatouages destinés aux guerriers
sanctionnaient la réussite au combat et probable¬
ment la capture d’ennemis. Il est possible d’imagi¬
ner que ce genre de tatouage n’ait pas exclu une
autre pratique, qui se rapprocherait de celle évo¬
quée par Earle en plein XIX” siècle pour la NouvelleZélande et par J.Coulter pour les Marquises.
Celle -ci aurait consisté à respecter un rite envers
nous
276.
ne
Tatouage et protection
Le tatouage avait entre autres
vocations de protéger les
guerriers ou de prévenir contre
l’atteinte d’un mal.
Ci-dessus
Lithographie d’après un
dessin de L. Lebreton.
Ci-dessous
Femmes, enfant
et
guerrier dont la lance se
termine par une baïonnette.
Dessin de M.
Radiguet.
E.Berchon, 1861, p.20-21. La transcription hakapahaa est
ce devrait être hakapa’a qui signifie littéralement ‘faire
inexacte;
mûrir, faire pourrir”, communication H.Lavondès.
277. N. Burnel, 1866: “La femme peut manger de la
préparée par son mari ou par ses
domestiques, pourvu qu’elle ne renferme rien de
tahu: qu’elle n’ait pas été cuite dans un vase (réci¬
pient; il n’y avait pas de céramique) tabu ou sur
un feu tabu. Telle est la règle et elle ne souffre
d’exception que lorsque la femme est d’un rang
plus élevé que son mari.”
nourriture
278.
K.vondeiiSteinen, 1925-1928, vol. 1,
p.66 d’après Earle, Narrative..., p.l36.
Pciha.., de la jambe de Tahia
Kaee, princesse de Hakaui,
Nuku Hiva [im. 298].
Te Patu Tiki
L’Art du
•
Tatouage aux Iles Marquises
J.
Enata
’E
ou
nata
‘enana
uom
S.-E,
au
kenana à Ua Pou
au
N.-O.
est
le
importants
du
tatouage
qui
transpa-
générique de l’espèce
raît dans les
G.H. von Langs-
compositions
humaine.
dorff et D.Tilésius sont les
premiers
relever
à
et
chaînes
en
ata
ou
des
expliquer ces figures qui,
Pohu, etc.
d’après leurs renseigne¬
Vers
ments,
semblent liées à la
guerre,
à la capture de
comme
les ani
sujets comme
1920, le mot est
remplacé par tiki ; le motif
est pourtant
toujours utili¬
prisonniers ainsi qu’aux
sé. Il entre dans les compo¬
repas au cours desquels ees
sitions destinées
derniers
à la base de
pouvaient
Les
mangés...
être
vaincus,
jambes,
aux
marqués de la sorte, pou¬
intégré à
vaient effectivement
être
pahito
d’un
sort
mis
en
attente
aux
un
par
exemple.
domestiques
ou
1. Petits
apparaissent à l’origine dans le
tressage puis dans le tatouage et
sur bois ; KvdS.
2. Petits hommes damiers rele¬
vés par Langsdorff.
3.
Hommes
jiarente
au
4.
poka’a
5. Geste d’offrande
d’un 'enata de jirofil
d'un
6.
île
aussi
dépouillés
que
que
frontal
;
homme-bâtonnet”
l’expression de KvdS ; il
peut s’agir ici d'un guerrier ; cf.
mahitoua [im. 223].
TTTTTTTTm
7. Ensemble pour le
bas du corps et le
haut des cuisses dessiné
par
le chef Tamo pour
représen¬
A.Seale. Les
des tracés
cette
“Petit
selon
à Ua Pou ;
auprès des tuhuka de
la jilaque d'écaille
ornement
KvdS.
tionne le terme que sous la
ter
[irn.353];
KvdS.
sur
kenana. Il put consta¬
Lia^i
-.'enata
’Eiiata de la planche “commé¬
ou
a a
dieux
tatouage de Fatuiva ; W.H., 1922.
K. von den Stemen ne men¬
12.8
et
encadrés d’efua dont le tracé s’ap-
horticoles...
forme propre
|
hommes damiers qui
morative” du Musée de l'Homme ;
tragique, ou utilisés à des
travaux
bras,
ipu bto,
TimTTTTTT
tations
très
de
d’enato, même
schématiques sont
nombreuses
simples lignes verticales
dans
ces
grands aplats.
étaient d’emblée identifiés
à des êtres humains. C’est
de
à propos
très
t's'.A
figures,
ces
schématiques, qu’il
utilise le terme de “Strich-
En fond
mannchen”, “petits hom¬
W. Handy, consacrée
mes-bâtonnets”.
L’image
telle
de
Page du carnet de
au
l’homme,
relevé
des
motifs
[im.329], et
Kohe [im.200].
Peka
tua
V fi-
qu’elle semble appa¬
raître dans le tatouage, est
souvent liée
à sa condition
mortelle. Extrêmement sim¬
'0K
plifié, il paraît ici figé, vic¬
time
ou
qu’une
motifs
vaincu.
fois
Ce n’est
ces
petits
unis, rassemblés,
que la valeur de l’Homme se
révèle. C’est un des thèmes
3C
•
Le
tatouage, un rite d’intégration
129
Te Patu Tiki
L’Art du
•
Tatouage aux lies Marquises
Tei'i Tau'ata'a, prêtre
influent de la vallée de Ha'ava'o,
Taiohae, (jiie
D. Porter
nomme
“
Tawatta”.
Il en fut de
fait le chef
la mesure où
la popula¬
tion avait
déchu l'an¬
cien,
membre de
la famille de
Kiatonui. K. v. d. Steinen précise
que ce dessin, recomposé après
coup, n'est pas fiable.
Il donne
les dieux du clan et aurait incité à attribuer des
marques
particulières
aux
combattants les plus
importants. L’effet en aurait été de les protéger et
d’augmenter
leur efficacité. C’est le
cas
de
tatouages placés sur la poitrine. Ces tracés ont pu
devenir, par la suite, symbole du guerrier, tout
talisman protecteur, et auraient été
ainsi appliqués aux plus valeureux comme récom¬
pense afin de commémorer un baut faiC”. K. von
den Steinen, à propos du caractère protecteur du
tatouage, mentionne en effet une indication
recueillie par le quartier-maître Thomas C. Lawson
qui s’était installé dans l’archipel aux alentours
des années 1840 et y avait fait souche. Cultivé, cet
homme recueillait avec passion de très nombreuses
autant
que
cependant idée du “réseau” qui
informations
pouvait enveloppé le corps d'un
dont il répercutait
certains échos auprès des nom¬
breux chercheurs
et
Marquisien comme un filet pro¬
tecteur.
sur
la vie de ces îles, et leur passé,
anglo-saxons
lesquels il était en contact. J. Linton Palmer
en
publia certains. C’est par lui que l’on apprend
que certaines parties du corps pouvaient être
tatouées dans cet esprit : “Ainsi des lignes autour
des lèvres avaient l’effet magique de lutter contre
missionnaires
avec
Dessin anonyme
représentant vraisemblablement
un
européen tatoué. Le tatouage
fut longtemps une condition
obligatoire à l'intégration d'un
étranger dans la société.
Musée des Beaux-Arts de
130
Chartres.
de tatouages qui soit suffisamment exact pour per¬
d’approfondir la question. Les seules
planches assez précises pour révéler une piste pos¬
sible seraient celles de l’expédition russe. Par la
suite, le tatouage évolua vers de larges aplats où il
est impossible d’isoler d’éventuels “points” on
mettre
“
méridiens ”.
An caractère parfois
ment du mana.
Le rôle des motifs était vraisembla¬
blement, dans ce cas, de renforcer et d’accroître,
de maintenir ou de protéger, à l’intérieur d’espaces
qu’ils délimitaient, cette force interne si souvent
citée afin qu’elle ne s’érode à certains contacts, ou
les maux de dents et la faim, celles sur la poitrine
ne
protégaient de l’atteinte des lances ou des balles,
corps, trop exposés.
celles
Nouvelle-Zélande laissait
aux
articulations
protégaient des douleurs
obligatoire du tatouage
combinait un double souci de protection,
déjà
partiellement évoqué, l’im religieux ou “supersti¬
tieux”, l’autre pratique. Bien des auteurs s’éton¬
nèrent de ces chefs, ou notables, portant des
tatouages en des points aussi extrêmes que la plan¬
te des pieds, la paume des mains, le sommet du
crâne... les gencives, les narines ou le conduit audi¬
tif... alors qu’ils étaient autant de points à proté¬
ger, dans la conception traditionnelle du déplace¬
se
s’évade par quelque issue, ou points faibles du
Le sentiment qu’un maori de
une
partie de lui-même
rhumatismales...”*. Comme le remarque l’ethno¬
derrière lui, dans l’empreinte de ses pas ou là où il
logue allemand, il ne s’agit nullement de traiter
s’était assis, était un sentiment qui fut sans aucun
de la
sorte
certains
d’une
mais
doute partagé par bien d’autres Polynésiens... Le
prophylac¬
devenait ainsi, au degré le plus simple,
“pellicule protectrice” face à cette crainte,
largement répandue, de souiller ou de perdre ce
bien si précieux dans ces contacts “polluants”,
pins ou moins quotidiens, que sont les aliments, le
sang menstruel, la décomposition...
maux,
action
tique. Une telle vertu
associée
aux
effets de
piqûres
en
certains
points du corps mène à
penser
qu’une parenté
tatouage
une
pourrait avoir existé, il y a fort
longtemps, entre acupuncture
et
tatouage.
Aux
îles
Hawai’i, certaines formes
de la médecine tradition¬
nelle consistaient à masser
des points précis du corps.
En
dehors
de
ce
mince
“indice”, on ne dispose pas
d’élément
de
recherche
réellement satisfaisant.
La
L’accumulation d’un maximum de mana était
l’objectif d’une personne soucieuse de son état,
aussi bien de son vivant que mort ! Tout en assu¬
rant cette protection, le tatouage autorisait aussi à
prendre plus de risques au combat, dans le contact
avec des
étrangers... et donc, par un effet cumula¬
tif, d’augmenter ce pouvoir et cette force intérieu¬
re. Il permettait enfin de
participer à des actions
dangereuses, mais hautement “positives”, comme
par exemple entrer en relation étroite avec les
piste à suivre ne pourrait se
forces de
situer, qui plus est, qu’à une
endroit “fort”.
époque extrêmement ancienne
possible la consommation d’aliments réputés “dan¬
gereux”, ce qui était un privilège très recherché
car le
tapu touchait les mets les plus goûteux ! Mais
et en
Asie du Sud-Est. Pour les
Marquises, il n’existe aucun dessin
l’au-delà,
sur un
me’ae ou tout autre
Plus matériellement, il rendait
Scheitelgesicht
ce
type de tatouage ne s’appliquait qu’à ceux qui
marquisien à un/symbolisme
rattacher le motif
occupaient une fonction majeure pour le clan.
solaire ; le motif pourrait alors évo’quer la courbe
été pratiquement
oublié en 1920, semble-t-il, ou du moins peu évo¬
qué car il relevait de la “superstition”, W.Handy
ascendante de
rigoureux, il faut reconnaître que*
la cbance de pouvoir relever une magnifique
hasardeux ; ils nous ont amusés e
Bien
eut
que
cet aspect ait
cet
astre.
linguistes et
pas
que
Pour êlÿi
ces
composition destinée à protéger les reins d’une
que comme parenthèse, pas
ha’atepei’u ou femme de très baut rang. Petite-fille
adoptive de Vaekehu, son nom : Tahiakaee^“‘ la rat¬
à
tache an clan des Kaee. Elle vivait sur leur terri¬
toire, auprès de la majestueuse cascade du fond de
la vallée de Hakaui. W. Handy la rencontra en 1921
et raconta son entrevue avec cette
mement
personne extrê¬
digne qui l’impressionna beaucoup*.
L’ensemble du tatouage, très complexe, qu’il lui fut
possible de relever, couvrait notamment le bas du
dos et s’y articulait autour de deux superbes
courbes qui épousaient la ligne des reins jusqu’au
sacrum*. Rares avaient été jusque-là les heureux
élus à avoir pu admirer ce genre de motif, qui
dépassait une simple vocation esthétique, et aucun
autre relevé précis ne nous est parvenu. Il faut
admettre qu’une part de nos connaissances est tri¬
butaire du fait que ces traditions, pour leur plus
grande majorité, furent recueillies par des hommes
et que, par voie de conséquence ce qui touche les
nos
yeux.
appelé ko’a/ce
hope, afin que cette région du corps, liée
à la fécondité, soit protégée. La valeur
symbolique précise de ces deux courbes, qui consti¬
tuaient la part la plus remarquable de la composi¬
tion, n’a pas été transmise*. La seule chose que
l’on sache de ces ka’ake est qu’ils étaient tapu et
donc d’usage restreint*.
A la fin du XVIH" siècle, ils étaient également
placés sur le visage des hommes, et peut-être des
femmes, partie du corps éminemment sacrée. Ils
apparaissaient sur les tempes et au-dessus des
arcades sourcilières, peut-être dans l’idée de ren¬
forcer l’acuité du regard, extérieur ou intérieur.
Ces courbes ou ka’ake pouvaient apparaître sur
d’autres parties du corps : les bras, les cuisses et la
poitrine ; il est possible également que ce que l’on
décrit parfois comme un “motif en moustache” soit
à rattacher à ce tracé qui se retrouve dans le
tatouage maori sous forme de volutes, placées à
l’identique, et sur certaines représentations
anthropomorphes d’autres archipels océaniens...
Un faisceau d’éléments linguistiques, que nous
avançons avec prudence, permettrait peut-être de
ce
rappl
réellementunMh^enfâ
Ra est une racine po. 'riesi&JHie qui
Puplliarküpfoheu
s’applique au soleil. Aux Marquises
désigne le jour, le soleil et ake une_^rt^^^j(
Schulter
279. W. Leblanc, 1895: “(A propos de la place des fêtes qu’il visita à
A’akapa) est un lieu tabou consacré aux fêtes publiquesP^'^Il'^^dst.9^
entouré par une trentaine de belles et ^grandes cases très bien
construites. Elles sont ornées d’objets pris à l’ennemi et tous les dessins
de tatouage de l’île sont représentés sur des^lanches suspendues aux
murailles. Quand un chef ennemi est fai\Drisonnierh'’ff^^^
dépouille de ses ornements et on repro-.
duit
son
neau
de bois imitant le plus pos¬
WasehkQpfchen
Aimpiatte
tatouage sur un pan¬
sible les formes humaines.
Cette
espèce de statue sert ensuite à
orner une des cases...” p.217218.
280. K. vondenSteinen, 1925-1928
vol. 1, p.65.
Tahiakaee était
281.
Unteraugen
une
des filles de Marianne
fille de Stanislas
Moana
T i ni
Ptihi
,
femmes nous est bien moins connu. Les princesses
recevaient
Hauptaugen;
‘OCKELBAND mit
üntersaujn
tatouage,
bber~ u*
SCHEMA
Im-meme jus de
Te
Moana
et
Tahiaoko, sœur de
Vaekehu,
première
épouse du chef principal de Taiohae au
XIX'' siècle.
W.Handy^ 1965,
chap.11.
282.
283.
|
Les liens entre tatouage
I
de
et acupuncture, qui se devi-
m
n
lient dans
œ
asiatique, sont peut-être la clef
^
^
^
de l'explication des tatouages
obligatoires, à vocation protec¬
trice. Des illustrations de
w
W.Handy, 1922,
1804 laissent apparaître
'
des lignes qui courent le
p. 24 et pi. XV.
284. Ces
arcs
long du corps, du visage, de
de cercle,
la nuque... Elles ne sont pas
kake, étaient accompagnés
d’un mata, “figure, regard”
entre ces
deux courbes.
285. La
composition compte
autres figures: des
diverses
demi-etivd, c’est-à-dire des
divinités dont
une moitié du
g®
été privilégiée (ici la
partie supérieure), des figures Kg
de lézards, à tête en losange,
qui encadrent une silhouette ffi
masculine au centre de la frise \
inférieure et nombre de figures,
très stylisées, qui dérivent d’une
forme humaine, ou d’élémeiïts du
corps humain, dont une ornée
corps a
d’une demi-lune,
aux
réservée
familles de chefs.
la lointaine préhistoire
assez
fidèles, toutefois, pour
étayer une analyse précise.
f
En fond
Casse-tête.
Schéma de K. von
Te Patu Tiki
•
L’Art du
Tatouage aux Iles Marquises
mouvement, une direction
un
haut
mot,
On la retronve sur plusieurs planches représentant
de bas en
des personnages de haut rang de cette époque.
(R.I. Dordillon, 1904). Le même
aux Tuamotu (cf. ,J.M. Stimson),
Parmi les
la destination de la
s’appliquent moins à la qualité de la personne qu’à
composition. Il s’agit d’une
part de motifs en U, appelés parfois poka’a, dont le
symbolisme est étroitement lié à l’image du sexe
féminin, la matrice probablement dont la valeur
particulière à été abordée à propos du tapa et,
d’autre part des hanaua ou fanaua, motifs anthro¬
pomorphes symbolisant des esprits dont le pouvoir
ambigu pouvait-être redoutable™! Il s’agit d’esprits
“familiers” qui semblent avoir correspondu, pour
une
part, à l’esprit de femmes mortes en couches
mais ce pouvait être aussi des esprits masculins.
Les fanaua de chefs étaient ainsi considérés comme
les plus dangereux. Il existait des fanaua hérédi¬
taires, protecteurs de leurs descendants. C’est
peut-être le cas de celle, ou celui, représenté sur les
reins de Tahiakaee. Il y en avait d’isolés qui atten¬
daient de pouvoir “s’attacher” à une personne ;
c’était les plus nombreux. Ils ne faisaient pas de
mal à la personne mais lui donnaient par contre les
moyens d’en faire et parlaient par sa voix. Il y
avait enfin les fanaua “contrôlés” par des morts ;
voit du reste sur une des planches de l’ou¬
vrage de Langsdorff, est ascendante. Ces
fragments de cercles furent aussi disposés
face à face, de façon à délimiter une forme circu¬
deux
laire -po’i’i- et figurer un ipu ‘ani. Ce tracé s’ap¬
motifs
enfin
retrouve
dans la sculpture, aux Marquises comme
aux
en
équerre
l’on
parente
que
Chine ancienne. Dans ce pays, il avait un rapport
avec
la mesure de l’espace ; la terre y étant repré¬
sentée par un carré. L’empereur était maître de la
Terre et l’équerre y était l’emblème de celui qui en
était le souverain. Aux
Marquises, ce motif était
réservé aux chefs qui disposaient du territoire du
clan et auxquels l’image du soleil était associée, du
moins en certaines occasions. J.B. Cabri évoque ainsi
représentation des rayons du soleil tatouée
la fonction de juge,
du moins de ce qni pouvait en être le plus proche.
une
13^
autour de l’œil afin de marquer
Mata toetoe [im. 244],
Le tatouage, marque de reconnaissance
mier à parler de groupes identi¬
de la “classe tapu”,.en particu¬
lier le mata toetoe. “Une part de
cette
classe consistant en un
ensemble d'hommes respectables
par leurs familles et les biens
qu'ils possèdent se distinguent
des autres par le titre de matta
toetoe... et le fait
d'être entière¬
ment tatoués autour
des yeux...”
Jeune chef de Taihoae
par Ch.
Noury.
ceux-là tuaient.
♦
Le pasteur W.P. Crook est le pre¬
fiables par des tatouages au sein
ka’ake
solaires. Ces divers éléments lions incline¬
plus exacte devrait être ka’ake plutôt que
en
au
hope porté par la princesse tapu,Tahiakaee, deux
kake. Sa position “idéale”, comme on le
[im. 63].
intégrés
désigne un jeu de balle ; jeux qui un peu
partout dans le monde sont liés à des rites
raient à penser que la forme du terme la
Fanaua
motifs
autres
En dehors de ce remarquable ensemble,
bien situé dans le temps et dont on connaît en
partie le but et la personne à laquelle il était
destiné, nous n’avons aucun autre exemple
précis du tatouage de protection. Il semble
bien, malgré tout, que l’on ait couramment
considéré que le fait d’appliquer cer¬
tains motifs sur une partie précise
du corps Tait tenu éloigné du dan¬
ger et qu’ainsi certains orne¬
ments, à la façon de talismans,
équivalait à
considération restreinte,
rejet partiel de la société, ou du
moins un grand nombre d’interdictions et
voire
une
un
d’exclusions. L’inverse, en revanche, déter¬
minait
aux
l’intégration au groupe et l’accès
délibérations importantes ainsi qu’à la
plupart des cérémonies. L’expérience des
premiers résidents européens
W. Leblanc relate le processus
aient tenu l’individu, et l’endroit
amena
leur protection.
diant
concerné,
sous
Sans doute les Marquisiens parlè¬
de cet aspect, avant
leur évangélisation, et préférèrent
ne
plus l’évoquer par la suite.
A la lumière des données pré¬
cédentes il n’est pas étonnant de
rent-ils peu
constater
n’être pas
être, ou
suffisamment, tatoué
que
ne
pas
en porte
témoignage. En dehors de l’expérience
de J.Conlter et quelques autres,
qui
l’intégration d’un jeune étu¬
en
médecine : “ Pendant la
première année que Frederico
(alias Adolphe Bénard) vécut
là, il combattit avec eux (les
Atitoka) contre différentes
tribus
et
remporta
des vic¬
toires éclatantes qui lui valu¬
rent
une
grande réputation
de guerrier. Aussi son nom
287.WLe
•
fut-il bientôt connu et respecté dans toutes les baies
les îliens cherchèrent à les tatouer. En s’y oppo¬
de l’île (Nuku Hiva).
sant, comme H. Melville, ils refusaient d’être inté¬
Les rois de toutes les tribus
l’attiraient cbez eux. Il fit le tour de l’île visitant
tout
et,
dans chaque tribu où il passait, les chefs
donnaient des koïkas (fêtes) splendides en son hon¬
grés
en exerçant un
rôle,
se
qui le rendit tabou pour tous. Il séjourna dans plu¬
être au contraire un poids, même s’ils étaient unis
puis fixa sa résidence définitive dans
celle d’Atitoka...
(Il devint) Manou Tavayé
ou
ne
manifestaient
à une marquisienne, ils
B
risquaient fort d’être
“dégustés”...
Depuis plus de six ans le jeune Manou Tavayé
résidait dans l’île... (et) à la suite d’une victoire
dans le récit de Hiva Oa, encore raconté avec
remportée... sur les Taipi de la baie de
A’akapa... comme le roi d’Atitoka, en faveur
duquel il combattait, avait été tué... le peuple
l’avait proclamé roi, akaïki-noui... Depuis ce
temps il s’était fait tatouer tout le corps... excepté
la figure et les mains...
Le tatouage correspondait à l’évidence à un
signe de reconnaissance qui pouvait s’avérer très
important dans des circonstances dramatiques ;
d’autres motifs étaient
une
assurance
contre
la
comme
humour de nos jours,
de “Thomme qui ne savait
rien faire ” !
Ces marques
dès les
pour
particulières furent comprises,
premiers contacts, étant donné l’enjeu
les premiers Européens à vivre dans
îles : l’intégration ou le
rejet. En 1817, C. de
Roquefeuil écrivait :
“
^
^
Ceux dont le tatouage a le même dessin
ou se
ressemble par un trait principal, tel qu’une
faim, du moins devait-on nourrir en priorité ceux
marque particulière au nez, sur l’œil droit, ... for¬
ils étaient la
marque d’un hen étroit avec la classe
ment entre eux une
qui les portaient
car
des chefs. Tel autre signe garantissait
une
entraide ou encore constituait
laissez-passer
que E.Berchon, de passage
en
1853, remarquait : “Le
tatouage n’est plus un privi¬
lège, c’est une coutume
...
en même
temps
qu’un signe de confraternité
de race pour les indigènes. C’est
espèce d’association de frater¬
nité et se secourent mutuellement dans l’occasion,
tatouage est-il une affaire importante”^”.
L’existence de tels groupements
sociaux est un fait connu et signalé dès
le révérend W.P. Crook.
Grâce à lui on apprend que certaines
catégories de la population, dans les
vallées, se distinguaient par des motifs
particuliers. Ces subdivisions pouvaient
n’être tout à fait propres qu’à une vallée
1798
par
aussi un excellent moyen employé
par les Européens qui visitent ces îles
de leurs entre¬
prises commerciales en inspirant plus
pour assurer le succès
de confiance aux habitants. Nos mate¬
lots, eux-mêmes partisans du tatoua
ge, ont souvent imité ceux
de Krusenstern”™
C’est
que
dait
parce
Ton atten¬
un
rôle
particulier des
Européens en
rupture de ban
qui passaient
par ces îles, que
133
francs-maçons ; aussi le choix du
comme nos
un
conservée,
rite d'intégration
^—-—
“l’oiseau blanc”... grand chef blanc...
éclatante
un
marginalisaient et
toujours pas l’intention d’être
intégrés d’une façon ou d’une autre, et s’avérait
sieurs baies
tatouage,
devenaient des “corps morts” ! Si, à la longue, ils
Il fut successivement tahio de chaque roi ce
neur.
Le
une
Cette longue bande est un sym¬
bole possible d’autorité. Deux
variantes de cette bande courant
le long du torse ont été illustrées
par W. Handy dans son ouvrage
de 1922 : Tune de Nuku Hiva et
l’autre de Hiva Oa, mais elles
sont valables pour
l'ensemble de
l'archipel.
2S6. E.S.C. Handy, 1923, p. 253-256.
Ici seule
Kahu mo’ehu [im. 155].
représentation est clairement indiquée par
W. Handy. Il s’agit de la figure humaine tout à fait à gauche
dans la rangée inférieure.
Elle est représentée de façon assez
réaliste, plus que de coutume. Son pendant, sur la droite,
une
figure, assez inhabituelle, de profil aux “mains
implorantes”.
Leblanc, 1895,
.117-119.
assez
processus est
clairement mis en
relief dans le récit de
W. Leblanc
datant des
années 1840. L’expérience
de E. Robarts, est à peu
près identique.
289.
E.Berchon, 1861,
p:il9et210.
290.
C. de Roquefeuil,
1823, p. 311-312.
Atlas de Krusenstern
Te Patu Tiki
•
L’Art du
Tatouage oua: Iles Marquises
Ht» T
et associées a un
W.P. Crook
patron
notait
.
ainsi :
La classe des hommes du
(par
opposition à la clas¬
se
“noble”, tapa)
commun
dont
on
vient
de
parler (les ka’ioi) est
appelée, en général, à Nuguheva
(Nuku Hiva) okaoka... Une part de
cette
Mata toetoe [im. 244],
Relevé du bambou de Bordeaux,
Musée d’Aquilaine.
134
Les mata puovo, les
“borgnes”. C'est ainsi qu’était
nommé, en raison de leur tatoua¬
ge, un petit groupe de Nuku
Hiva, inconnu à Tahuata. Il était
constitué pour l’essentiel de
vieillards considérés comme
supérieurs à tous. Le principal
symbole de leur puissance, pour
W.P. Crook, était la possibilité
d’avoir accès à la nourriture de
tous
sans
que personne, absolu¬
ment, ne puisse partager la leur.
Sculpture de Kaee
TaupOtini, réalisée à Taiohae
jîour le festival de
sentant le
1989, repré¬
conseil municipal tle
Nuku Hiva.
classe consiste en personnes res¬
pectables par leur famille et leurs proprié¬
se
distinguaient de reste par le titre de
matta toetoe (mata toetoe) et par le tatouage tout à
fait circulaire autour de leurs yeux. De nombreuses
personnes, de plusieurs classes tapa, se distin¬
guaient de même des autres classes par la façon
dont lenrs paupières et la zone adjacente étaient
tatouées. Il existe ainsi à Nugnheva une classe,
inconnue à Tahouatta (Tahuata), et supérieure à
toutes les autres. Elle consiste en un petit nombre
de personnes, pour la plupart des hommes âgés. Ils
sont appelés matta buovo {mata puovo)... et per¬
sonne, dans les autres classes tapu, n’était autorisé
à partager la nourriture préparée pour eux, ou
bien qui avait été dans le bâtiment où ils avaient
leurs fêtes...
G. Dening, après avoir cité
l’exemple donné par Crook des mata puovo de
Nuku Hiva, mentionne, pour le groupe sud, et
approximativement à la même époque : “A
Tahuata, les huepo étaient des guerriers dont le
visage était entièrement noirci par le tatouage.
Entre eux ils constituaient un groupe spécial qui
partageait les biens de Peiteitei, fils adoptif de
Teinae”. Ce dernier était le chef et guerrier des
tés. Elles
Hema, de Vaitahu, à la fin du XVIIT' siècle^’^
mutiples catégories d’individus reflètent
la mosaïque sociale sur laquelle reposait la société
marquisienne de l’époque pré-européenne, étudiée
en détail
par G. Dening et N. Thomas. Les gens du
commun, les profanes ou meie, s’y opposaient aux
personnes sacrées de naissance et “ tapu à vie ”, qui
étaient assez peu nombreuses. Entre ces deux
extrêmes évoluait un grand nombre d’individus,
pour lesquels le tapu était un mécanisme social par
lequel ils entraient, provisoirement, en relation
avec ceux
qui détenaient les possibilités de progres¬
sion et les clefs du pouvoir social. Ils devenaient,
par période, momentanément tapu en fonction de
Ces
leur activité
et
ceci
se
ment, par un rang et
caractérisait, extérieure¬
des activités en retrait du
groupe.
Entre eux, ils constituaient des hio, ou
sociétés de personnes
de rang égal, qui consom¬
maient des nourritures distinctes
ou
des aliments,
plus ordinaires, rendus tapu à leur intention. Les
membres d’un hio partageaient quelques motifs de
tatouage particuliers. Ces ornements faciaux sem¬
blent avoir très directement exprimé cette apparte¬
nance à des groupements tapu, comme ailleurs du
reste en Polynésie. D’autres individus devenaient
tapu lorsque, collectivement, ils assumaient des
charges identiques^. Que ces multiples catégories
et associations se reconnaissent par des tatouages
particuliers paraît beaucoup moins “mystérieux”
dans ce contexte, très complexe.
En dehors de cette “ identité ” qui transparais¬
sait dans le tatouage, un autre aspect retint l’atten¬
tion des quelques voyageurs qui entendirent parler
de ces groupes marqués d’un même signe”'. Il s’agit
de l’assurance apparente que, par ce moyen,
les
membres de ces “ ententes ” seraient mieux à même,
temps normal, de participer aux festins et, en
période de disette, de survivre : “Je fus informé
en
que chaque ligne a sa signification et donne à celui
qui la porte certains privilèges lors de leurs
fêtes
Le tatouage était le moyen à la fois le plus
accessible et le plus sûr, pour un étranger à cette
époque, de survivre aux famines. Eaire partie de
sociétés de ce type paraît en outre avoir augmenté
les
chances
ententes
de
consommer
certains
mets.
Ces
semblent même, en partie, s’être structu¬
rées autour de repas et de fêtes qui les réunissaient.
Cette démarche simple d’association, tant pour les
pour les femmes, par “affinités”
professionnelles ou hiérarchiques...
explique ce que Ton appela des “ sociétés de ban-
hommes
que
sociales,
(|uet”, selon une formule née à l’époque où
l’Europe redécouvrait les confraternités
et
autres
poratives
niques.
associations
ou maçon¬
Le fait
cor¬
■
d’évoquer ces organisations, si contro¬
d’apprendre, une part doit toujours
versées dans l’autre hémisphère, jeta
être donnée
cet
sur
usage, assez compréhensible
et naturel de
au
prêtre ou magicien,
membre de la
société. En période de disette donc,
même s’il n’est pas
l’archipel, nn voile mys-
térienx, voire snlfurenx, s’alliant trop
de nombreuses personnes
bien à l’imagerie qui allait se mettre
été tatouées en
en
place sur la “ sauvagerie” de ses
G.H. Langsdorff
sur ces
sur
ces
de ban¬
dits et partagent entre elles équita¬
blement tout ce qu’elles peuvent tuer
l’anteur
plus riches informations
est
ou
une
dérober”*.
A. J. vonKrusenstern,
sociétés, à l’aube de l’influence européenne
îles : “Si, dans
qui ont
type de circons¬
tances s’unissent en troupes
habitants.
donnant les
ce
année vraiment très
son
côté par
informé de
Kiatonui) il y a un autre bâtiment, du même type,
de bonnes
qui leur sert de salle de banquet ; seul le roi, ses
réserves de celles-ci, ce qui est en général le cas des
relations, les prêtres et quelques guerriers distin¬
chefs, afin de distribuer ses ressonrces tient table
d’artistes dans le besoin qui, en retour, sont obligés
gués peuvent se permettre de construire une telle
bâtisse... car le propriétaire est tenu de recevoir de
façon permanente à sa table nn certain nombre de
de tatouer tous ceux qui viennent pour cela.
personnes
onverte ponr un
vertu
qui
a
encore
certain temps à un nombre désigné
Par
du tapu, tous ces frères s’engagent à se sup¬
porter
les uns les autres, si dans le futur l’un
tatouage sur leur corps.
par le chef Katànuah (Kiatonui ). Une même
personne peut être membre de plu¬
sieurs de
ces
sociétés, mais
d’après ce qu’il a été
possible
se
Celle du roi (Kiatonui, à
Taiohae) comprenait vingt-six membres...
Dans l’aversion (de E.Robarts pour ce systè¬
me) il y a un manque de logique apparente, car les
membres de ces compagnies sont non seulement
libérés de tous soucis quant à leur subsistance
mais, selon sa propre confidence, l’admission dans
l’nne d’elle est une distinction qu’un grand nombre
recherche. Ceci m’incite à penser qu’il doit y a voit
un
rapport avec une certaine perte de sa liberté
naturelle... Les femmes ne sont jamais autorisées à
partager de tels repas, donnés dans ces clubs, et la
29]. W.P. Crook, p.ll8 du Ms. dactylographié par G.M. Sheahan.
292.
G.Deiiing, 1980, p. 74.
Nid<u Hiva et appartiennent pro¬
bablement au groupe des Tei'i
dont ils furent des dignitaires.
Détail d’un dessin de
M. Radig.uet présenté dans son
ensemble p. 97.
294. N. Thomas, 1990, dont chap. 3, p.58-59.
à propos de
personnes tatouées d’une certaine façon (Journal, 8 Janvier 1835).
Pour cela il
s’appuye en particulier sur les notes de P.G.Chaulet,
ISotices, p.92 et W.P. Crook, p.9, et constate que cette pratique n’était
pas exclusivement réservée aux hommes.
295. D. Porter, 1823, p. 115.
296.
ont
plusieurs fois été évoquées
dans les commentaires relatifs au
tatouage. Si certains motifs mar¬
quaient l’appartenance à un
groupe ou donnaient accès à la
nourriture, il en exista aussi
d’autres figurant des
autour
’enata
d'un poisson, représenta¬
tion métaphorique de la victime
humaine.
Image d’un dieu composé
lui-même de demi-efna [im.49],
divinité, et d’humains. Relevé de
d’Afrique et d’Océanie, Paris.
Tahuata, le fait que certaines variétés de poissons étaietit réservées
aux
135
En milieu de page
Les sociétés de banquet
bambou. Musée des Arts
293. G. Dening, 1972 et 1980, p. 74 ; IS. Thomas, 1990.
Il relève chez D. Darling un passage où celui-ci évoque,
G.H.vonLangsdorJf, 1813, p.121-122.
Ce témoignage est conforté par celui de JS.P. Ryazunov, autre membre
de cette expédition cité par N. Thomas qui relevait dans son journal,
1825, p.89, que “se rassemblaient pour un repas tous ceux qui por¬
i—
Toutes ces personnes sont de
provisions. Les membres de ces
distinguent par diverses marques de
les autres sont dans l’abondance. Ceci est l’un des
arrivée de devenir ainsi un des hôtes nourri
le visage de .1.B.Cabri
(p.l51) et de Mautai (p.l39).
soit la disette de
chambres
notre
front et de l'œil gauche se retrou¬
ve sur
qui forment un type d’association et
qu’il est tenu de nourrir, quelque importante que
d’entre eux venait à être dans le besoin alors que
plus rationnels des ordres de franc-maçonnerie du
globe. Notre interprète, J.B. Cabri... dans l’une de
ces occasions reçut un œil noir, ou plutôt bleu ; et
E.Robarts, qui n’a seulement qu’un tatouage sur
la poitrine, en forme de motif quadrangulaire de
six pouces (environ quinze centimètres) sur quatre
(environ dix centimètres), nous assure qu’il ne se
serait jamais soumis à cette opération s’il n’avait
été contraint par la disette de l’année précédant
Cette marque particulière flu
à cinquante mètres) de la demeure (du chef
tnbercnles et autres provisions viennent à se raré¬
personne
Mata pahuti'e [im. 2.S9].
E.Robarts, note : “A une distance
rante
toute
tatouage, un rite d’intégratio
d’environ vingt à vingt-cinq brasses (soit de qua¬
sèche, les fruits de l’arbre à pain, les porcs, les
fier,
Le
taient un tatouage, ou ornement, identique.” W.P. Crook notait aussi
qu’à ISuku lîiva l’appartenance à d’autres classes tapii était indiquée
“par la façon particulière dont les paupières et la zone adjacente
étaient tatouées.” Cité par N. J. Thomas, 1990, p. 59.
B
Te Patu Tik.1
L’Art du
•
Tatouage aux Iles Marquises
construction leur est tout à fait tapu...
En
KciUtuhci [im. 168], dessin du
maître tatoueur de Aiiaho, Nuku
Hiva, pour A. Seale. Un ipu uni
[im. 132] est au centre de la com¬
position. Il est entouré d'une
sphère sur laquelle s'appuient
douze ’enata [im.42]. Le carré
qui entoure cet espace est un
corps dont les membres ont les
extrémités bien marquées. Il est
constitué de voka’a fini. 3531.
et
1819, J.A. Graaner fut témoin d’une
H. Melville dans
certain nombre de fêtes auxquelles ne sont admises
peu
ticulière. Je fus témoin moi-même de l’une d’entre
railleur d’un “écumeur de grève” (beachcomber), prend la couleur d’un témoignage proche
d’une réalité plausible : “Tous les maîtres des arts
elles durant mon séjour dans l’île. Ceux qui étaient
aiment à fraterniser ; et
prendre part à cette fête, dont j’ai
parlé, et à partager le cochon rôti, étaient tous
blaient
que les personnes tatouées d’une même façon par¬
autorisés à
tatoués d’un solide anneau sombre autour de l’œil
En
11
textes,
étudiant
ces
quelques
R.W. Williamson souligne
le fait qu’une même personne pou¬
vait
être
“clubs” et
affiliée à plusieurs
qu’au sein de ceux-ci
existait un droit mutuel envers les
provisions et
“cent-pieds” : ve’i [im. 489], ou
anguilles : puhi [im.376], sem¬
blent veiller au sommet de cette
figure. Cette partie du motif est
cantonnée par une ligne hachurée
et surmontée d'une suite de
^^5
courtes obliques terminées par un
triangle au centre duquel se trou¬
point. De part et d'autre de
ve un
cette
ligne sont dessinées deux
kanake [im. 160], aux extrémités
une
de trois ^enata sont “abrités” de
ces
ka’ake par une ligne courbe.
Dans le registre supérieur, le pen¬
dant de ces ’enata est constitué
d'une triade de poka’a^ orientés
horizontalement.
sorte
sonnes.
se
un
certain nombre d’autres per¬
Ces divers facteurs lui suggèrent l’hypothè¬
qu’une partie, au moins, de ces associations pou¬
vait être en relation avec des groupes familiaux ; le
qu’un membre puisse appartenir à d’autres
pouvait résulter d’alliances familiales
antérieures entre divers groupes™.
fait
“sociétés”
Le tatouage révèle ainsi un des caractères mal
connus
du
système social et religieux marquisien,
ù^jhou^ de secret, qui montre le frac-
protégé par
^^^^^^^^üîriement
de la société en un
grand nombre de catégories
d’Urim et Thummiw?"° tatoué sur sa poitriue,
étaieut
Scène de la vie
Dessin do
iV|^l{adiiiu(^t
le
sceau
de
son
initiation.
Sur
tout
(Hiva Oa) il y avait de tels ordres de
tatoueurs
■
Fonction,
activité,
caractère
PARTICULIER, RANG...
Pour la trentaine d’années précédant l’effrite¬
progressif de la tradition marquisienne, on
dispose d’éléments qui permettent de pressentir
l’existence d’nn réseau complexe de significations,
de privilèges et de devoirs... signifiés par le biais
du tatouage. Les Occidentaux s’interrogeant sur
cette passion immodérée tentèrent parfois de se
renseigner. C’est ainsi que C.C.Blin constate:
“L’origine du tatouage est assez obscure ; j’ai sou¬
vent entendu dire que la généalogie d’une famille se
résumait dans ces hiéroglyphes et ce qui est certain
c’est que les vieux chefs en ont le corps littéralement
couvert... Il est possible que certaines marques dis¬
tinctives aient été particulières et que ces orne¬
ment
ments
à INidtu Hiva en l!!42.
rassem¬
en
Hivarhoo
l’obligation faite au chef principal de procurer de
la nourriture à
se
chapitres au sein de leur honorable
ordre. Dans cette société, dûment organisée et
conférant des degrés, Hardy, en raison de son
influence en tant que Blanc, était une sorte de
Grand Maître honoraire. Le requin bleu et une
coopération
les collecter, en cas de disette. Il relève également
même à Hannamanoo,
(Hanamenu, Hiva Oa) les tatoueurs
effective lors des raids destinés à
ornées de poka’a. Dans le
registre inférieur, deux groupes
corporations de tatoueurs évoquées par
son roman “Omoo”, du ton un
ces
réunion, sans doute du même type : “11 existe un
gauche.
orientés vers l’extérieur. Deux
d’associations. Dans un tel contexte, l’existence
de
transmis
à leurs
reconnaître
les
J.B. Cabri,
descendants,
grandes
dans
servent
à
familles.
sa
simplicité.
•
Le
tatouage, un rite d'intégration
Pahito
explique ainsi la situation : “ Ces peuples vont nus
et, par une suite nécessaire, les chefs
sont obligés
de porter sur la peau la marque distinctive de leur
dignité
ce que confirme V. Lallour : “ Le tatoua¬
ge constitue l’état de noblesse du canaque. Au lieu
son arbre
généalogique conservé sur du
parchemin^jHe porte sur sa peau de sorte qu’il ne
peut paraître nulle part sans que l’on sache immé¬
d’avoir
diatement sa naissance ou sa valeur. Tout le monde
da'hs les îles possède, en effet, la science dn
Cet aspect du tatouage fut souvent expliqué
ainsi entre la fin des années 1830 et 1840 ; il per¬
mettait en effet à un esprit européen de l’époque de
transposer aisément une des fonctions importantes
d’un tel usage*. Il apparaît cependant que l’image
d’armoiries
1. 2. Motifs anciens pour jamlie
(l), aupahito se trouvent un
handeau : paka’a [iin. 299] et un
li’i ho’eho’e [im. 415] ; en (2), !e
motif a.ssocié au pahito, du reste
jieu elassicjue. de Porioho n'est pas
(l'Iioiniues de Fatiiiva ; en
blason”*.
“
TTTTrrrrrf
parlantes ”
ne
pouvait être appli¬
dessus «lu
identifié ; relevé W. H.
3,
Evolution d’un tracé du
pahito.
TTTTTTTTTTT
4. Jand)C d’un homme de Fatuiva
,
fatina [im. 65] orné de niho peata
quée, avec une certaine justesse, qu’aux personnes
occupant un rôle élevé dans la hiérarchie sociale et
[im. 265] et ’enata ; mata vaho
[im. 248] avec kopeka [im. 214] et
petit personnage voisin du vai ’o
Kena [im. 480] ; pahito avec
dont il importait que l’on connaisse la filiation, la
a{)pcUe tiki.
fonction, les
actes
d’éclats, etc. Pour les autres
mata,
5.
ka’ake et ’enata (jue W. H.
Cheville
d’un
Fatuiva ;
limité, pouvait être de “fantaisie”. Il s’y associait
’enata ; relevé W. H.
un
mata
homme
de
deux ka’ake et poka’a,
membres de la société, le tatouage, beaucoup plus
i’o [im.
232] et de jietits
quelques informations essentielles, imprimées lors de
la période de formation juvénile, et éventuellement
quelques traits commémorant un fait important.
Dès les premiers contacts,
nombre d’auteurs
remarquèrent un rapport certain entre la qualité,
l’abondance des tatouages et le respect porté à la
297. A.J. von Krusensteru, 1813, p,159-161.
évoqué par A.J.vonKrusenstern est une forme, plus
remarquable et plus vaste, de la case des hommes attenante à toute
unité d^iabitation et décrite par A'. Burnel, 1866: “LViom/nc a toujours
une autre case à portée de voix de celle de sa femme. Cette case est
généralement construite sur un paï paï fpaepae^, ou plate-forme de
grosses pierres dont la hauteur varie de six à huit pieds suivant les cir¬
constances; elle est généralement aussi entourée d’une clôture légère.
Là encore tout est tabu pour la femme : l’accès de cette plate-forme et
l’entrée de cette case lui sont interdits. C’est dans ce lieu que l’homme
travaille, qu’il reçoit et traite ceux de ses amis qui viennent le visiter.
Cette case tabu est comme les autres, pourvue de nattes et de tous les
ustensiles domestiques nécessaires, mais ces nattes sont faites par les
Ce bâtiment
hommes...”
298. B. Akerren, 1983, p. 49.
299. R.W. Williamson, 1924, vol. Il, p.326.
300. Requin bleu: peut-être /Isurus oxyrinclius. Assez commun dans les
eaux
de ces latitudes, il est considéré comme dangereux.
TTTTTTTTTTT
6.
Pahito, ])orté par un clief de
Fatuiva,
dans
la
composition
diujuel se retrouvent un ka ’ake et
un
tiki voisin du matua he’e moa
[im. 250] ainsi qu’un mata i'o [im.
232] : relevé W. H.
7.
Bambou de Colmar, jtartie
consacrée à la jambe. Au-dessous
de la composition du haut de la
structurée autour d'un
visage â’elua ; cf. komo’e, [im.
211], se développent une série
d’enafo, puis un tiki au corps
maillé de poka’a et au visage en
cuisse,
pectoral des grands prêtres, utilisés autrefois pour la lecture des
oracles en Israël et ressemblant à des galets. Cf. 1982: “The American
Heritage Dictionary”, 2'"‘ éd. Iloughton Mijflin Company and K.
Galling, 1962: “Urim und Tummim” In “Die Religion, in Ge.schichte
und Gegenwart”, vol. VI, col. 1193-1194, 3’'”'' éd.
kaha [ini. 269], ou pihao
[im. 336], sans doute destiné au
genou et à la droite diupiel se trou¬
vent les pahito du bas de la jambe.
Parmi eux se trouve un pahito en
damier (jui. bien ipie classique
autrefois, est fort peu rejirésenté.
301. H. Melville, 1847, p. 30-31.
B.
*
Uriin et Thummim : Mots hébreux désignant des objets placés dans le
302.
C.C.Blin, 1881, p. 133-134.
303. .J.B. Cabri, Genève, 1817, p.8.
304. V. Lallour, cahier 3,j'^]7.
305. V. Lallour, Vol. 4 cahier 3,f^l7.
nutu
Modèle en bois conservé au
IVlusée de
l'Hôpital maritime de
IlriLst et probablement collecté au
milieu du XIX' siècle
bavondes.
;
eli(djé A.
En fond
Tatouage de la jambe, pl.37, W.H.
Composition sur le dos de la jambe
de Na})ueua, haliitante de Puamau.
W.H., 1922.
Te Patu Tiki
•
L'Art du
Tatouage aux îles Marquises
personne, donc son prestige social mis, parfois, en
rapport avec la filiation à travers l’idée de généalo¬
gie. Toutefois, faute de recherches suffisantes et
d’ohservations assez explicites, ce rapport entre la
vie sociale marquisienne et le tatouage fut négligé
ravalé
épouvanter l’ennemi. Beaucoup de naturels
visage couvert de tatouage ; le sien n’en por¬
dire opposée, à l’idée
que
le
Cependant, comme K. vonden Steinen, elle
quelques renseignements à ce sujet. En
dehors de ces quelques hribes d’informations pré¬
cises, à défaut d’être claires, il existe malheureuse¬
de renseignements pour comprendre
pourquoi tel motif caractérisait les notables, les
raisons de tels choix, etc. Parmi eux quelques élé¬
ments permettraient de penser que des motifs, en
particulier des animaux, ont été attachés symboli¬
quement, par métaphore, par “totémisme”... à un
groupe d’individus, à une catégorie de personnes...
C’est le cas des requins, tortues, lézards ou geckos,
ment très peu
motifs qui s'en
inspirent. Eléments de la fresque
de Eiaone relevée par
138
raies et crabes, ete.
quelques tatouages d’animaux marins
qui subsistent de nos jours sont très caractéris¬
Dept. d'archéologie.
tiques des tatouages faciaux de Nuku Hiva... Les
Crâne enveloppé de
tapa. Son regard rayonnant est
du type mata toetoe [im. 244].
Le nez et les joues sont ornées de
requins et d'une raie manta. Il
fut collecté en 1845 par l'officier
d'artillerie alsacien D. Rohr qui
tatouages zoomorphes font penser à des marques
claniques mais il est impossibe de le prouver.
Cependant, chez les Taipi les requins et les raies
étaient considérés comme des animaux tapu ; chez les
Hapa’a, la tortue avait une importance particulière
et était particulièrement prisée dans la
sculpture.”™"
séjourna plusieurs années à
Nuku Hiva. Il en fit don au
musée de Colmar.
Le requin, parmi ces animaux, est “tout ou
partie” un des plus représentés dans le tatoua¬
ge ainsi que sur les pétroglyphes, particu¬
lièrement
redouté par eux et adopté ainsi comme un emblème
quelques légères marques et conservait,
grâce à cela, toute son expression de douceur et
tait que
d’ingénuité. Leur rareté, qui n’était due qu’à sa
jeunesse, laissait à sa peau sa couleur naturelle
d’un
jaune bronze clair... tandis
que
celles des
vieillards et de beaucoup d’hommes, tatoués de la
tête
aux
pieds d’un tatouage serré, étaient d’un
qui approchait de celui de la race nègre...
J’appris bientôt qu’il était tabou... pour les
femmes et jeunes filles.
(Voir illustration p.
123).
Le squale est un thème, iconographique ou
légendaire, important dans la plupart des régions
noir
côtières où il se manifeste. Sa terrible efficacité de
“Les
G. Cordonnier et alL, Hiva Oa,
S. Millerstrôm, H. Baumgartner,
quait surtout parmi elles, celle du requin, animal
ont le
recueillit
delà des limites de l'archipel,
poitrine et les côtes à droite et à gauche. On remar¬
pour
rang
pour ne pas
lières.
tout comme les
des figures symétriques couvraient le devant de sa
vée,
au
tatouage ait pu marquer des distinctions particu¬
liens entre l'homme et ce grand
prédateur se retrouvent Lien au-
espèce de pantalon. Ses
jambes n’en avaient que quelques légères traces et
une
d’erreur d’interprétation.
W. Handy, en particulier, est extrêmement réser¬
ou
L'homme et le requin, les
cuisses, et formait
à
Nuku
Hiva.
J. Dumont
d’Urville, en 1838, trace avec un plaisir
prédateur y est sujet d’exemple, motif allégorique.
Marquises, K. von den Steinen constate
qu’avec quelques autres animaux marins, dont la
raie et la tortue, il figure en bonne place parmi les
sujets réalistes du tatouage. Il apparaît sur les
rares
tapa figuratifs pour lesquels on dispose d’une
illustration (crânes et effigie recouverte de tapa) ;
il est assez souvent représenté sur les bambous gra¬
vés et devait faire partie des images de poissons
évoquées pour un certain nombre de descriptions
de tatouages. Il n’est pas l’exclusivité des hommes
Aux
car
sur
le bras droit, abondamment tatoué, de la
princesse Paetini il est possible d’identifier une
raie manta et au moins un ou deux grands poissons
dont, semble-t-il, un requin. Ce choix réaliste d’un
particulier le portrait d’un de ces
animal, ou d’autres éléments naturels, parmi les
jeunes nobles de l’île, marqué du signe
hommes qui vont nus ; il se composait
corporels a parfois été rapproché d’un
système “totémique”. Il est un fait que, dans de
nombreux archipels polynésiens, certaines familles
revendiquent un animal familier avec lequel elles
entretiennent des rapports privilégiés, tel un esprit
tutélaire avertissant ou protégeant d’un danger
de dessins réguliers qui entouraient
imminent.
tout
du
requin:
“Il
Omo... Son corps,
s’appelait
Mate
grâce à son âge,
n’avait encore du tatouage que la quan¬
tité
qu’il
sans
en
faut
pour
parer
des
interruption le bassin, depuis
les hanches jusqu’à
ornements
Le requin ne fait pas l’objet que de représen¬
tations
naturalistes; il est, tout comme les repré¬
sentations
anthropomorphes, sujet à fractionne¬
ment et
la forme triangulaire de ses ailerons, mais
surtout
de ses dents, est à l’origine du nom et du
tracé d’une figure extrêmement courante dans les
Le
derniers temps du tatouage :
de
peata <
requin”. L’expression existe dans d’autres
archipels, comme les Australes et les Cook ; le des¬
un peu mais il reste triangulaire.
Il
un
des éléments décoratifs essentiels de
tration
composition appelée pahito.
Il en exista probablement
une
nombre d’autres. Les
très grand
un
spirales, dont K. von den
Steinen rechercha la trace dans Part marquisien,
de ces thèmes iconographicjues dont la simplicité de
par souci de comparaison avec le tatouage maori,
forme est universelle... “C’est l’ancien motif poly¬
sont
nésien pour les nattes tressées ; ce motif... est uni¬
dont le chef Pena Pena. Malheureusement il ne
apparaît dans le tatouage sous la forme
remplissage noir ou hachuré.” D.Tilésius
indique que les motifs “en dents de requin... sont
en
rapport avec la pêche aux requins et la plongée.
Avec le motif appelé Teivehinenau (te vehine nau),
les niho piata (sic) commémorent la célébration
d’un festin de noce”™. Ces précisions, qui ne sau¬
raient certainement pas définir l’ensemble des
significations de ce tracé en dents de scie, permet
cependant de pressentir le fonctionnement de
quelques attributions de motifs. Un sujet particu¬
lier pouvait permettre d’identifier l’homme, et
éventuellement une fonction, grâce au lien qui
d’un
citées par
deux informateurs de W. Handy
fut pas donné à l’ethnologue allemand de les
rencontrer
et
d’approfondir leurs
souve¬
D’après ces informateurs, certaines
nirs.
étaient portées sur les joues et d’autres sur
les
hanches, les unes par certains chefs
comme
marque de leur rang, les autres,
placées au-dessus des yeux, étaient des¬
tinées aux guerriers. Un motif en vrille
ou crosse
de fougère, et donc parent de
la spirale, porte le nom de kokoata.
Les spirales autour des yeux parais¬
sent
étranges. Peut-être s’agit-il d’une rémi¬
niscence des ka’ake dont les Russes donnent
représentation au-dessus des arcades
l’unissait à un animal tutélaire, ou à un autre sym¬
une
bole métaphorique de son activité. Au-delà, il éta¬
sourcillières, le kake (ou ka’ake) upoko.
blissait le rapport privilégié entre celui-ci et ce qui
faisait “l’âme” de
son
activité. Il semble que
le
Pour les
joues, le fait n’est
pas
moins curieux car non seulement ces spi-
choix de quelques motifs, par des groupes, se soit
raies sont particulièrement “conformes” au
expliqué par le goût de l’image à double sens, du
jeu d’idées très apprécié en ces îles... En un mot, il
paraît guidé par un souci de métaphore, ou l’esprit
d’analogie entre les personnes et un trait de carac¬
tère, des qualités, fonctions ou activités domi¬
nantes... V. Lallour note par exemple: “A plu¬
sieurs époques, il a existé... des réunions de jeunes
filles exclusivement adonnées aux plaisirs véné¬
tracé maori,
riens...
aucun
nom
mais
encore
‘‘
elles n’ont guère
^'
d’équivalent dans l’art marquisien où elles sont
très rares ; ce sont alors plus des volutes. Un seul
exemple est connu parmi les pétroglyphes et aucun
réellement parmi les dessins
n’apparaît
de
tatonages qui furent conservés. Il est vrai que ces
derniers sont loin de couvrir l’ensemble de ce qui
connaissent
put exister en ce domaine . La seule représentation
“en volute” est celle de longues lignes placées sur le
tabou. Cette voracité leur à fait donner le
thorax de “Mautai”, chef Hapa’a qui avait épousé
Leurs fureurs lascives...
ne
de macko (mako), qui en langue indigène veut
la fille aîné de Kiatonui et qui était,
dire requin. Plusieurs se font tatouer sur le bras un
D. Porter,
poisson de cette figure...
Naiki.
du temps de
à la tête de mille deux cents guerriers
Sur
ce
portrait,
sur
quelques autres
planches et selon les témoignages notamment de
En dehors de cette catégorie de dessins, assez
figuratifs, il ne faut pas oublier ceux dont la lectu¬
re
était moins immédiate mais dont la vocation était
identique. A ce groupe appartiennent de très petits
motifs obligatoires. Ils étaient portés à la cheville
gauche par certains chefs de Ua Pou, dont Pena
Pena qui est à la source de cette information. Ils
représentaient des êtres, sous forme de “bâton¬
nets ”, qui correspondent à d’autres tracés tout
aussi schématiques évoquant des enata c’est-à-dire
rite d’intégra
donnée par W. Handy, ils étaient intégrés à
bien des archipels; mais il est vrai qu’il fait partie
versel et
un
des iM^idus oriafiaires de l’archipel. Dans l’illus¬
sin diffère
constitue
tatouage,
306. K. von den Steinen, 1925-28, vol. I,p.l08.
307. J. Dumoiitd’Urville, 1842,
T. IV, p. 34 note 3 et p. 276-277. Ce
jeune garçon appartenait à une famille de chefs de Taiohae. Son frère
s'appelait “Vavanouha".
308.
K. vondenSteinen,
1925-28, vol. 1, p.l07; D.Tilésius, 1828,
vol. 2, p. 157, 159-160 et H. Stolpe, 1927, p.l8, note 1.
R.Siiggs, 1966, traduit le sens symbolique de ce motif par: désir
ardent.
309. V. Lallour, cahier 3, f^59.
Cette observation, sur Vimage symbolique du requin appliquée à cer¬
taines femmes, évoque également le fantasme masculin du vagin denté.
Mautai, Omudei ou
“Mouwateie” chef du clan Naiki
lié aux HajDa'a de l'intérieur dont
le plateau de Muake où était pré¬
paré le ’eka moa, safran cuit
destiné aux prêtres et aux chefs
de tout l'archipel. Gendre de
Kiatonui par son mariage avec
“Tahhatahbu Fettutinne”, il
était à la tête de 1200 guerriers ;
Paetini serait leur fille. Version
recoloriée du portrait réalisé par
Tilésius en 1804.
En haut
Moko [iin. 256].
Ici, ret[uin marteau.
Te Patu Tiki
•
L’Art du
Tatouage aux Iles Marquises
E. Marchand ou les relevés de K. von den Steinen,
notables. Le plus ancien témoignage précis, concer¬
il
nant un
apparaît que les motifs courbes étaient choisis
pour
épouser les grandes
des
détails nous viennent de J.B. Cabri. Dans ce témoi¬
inférieurs, jus¬
gnage, le tatouage apparaît très nettement comme
musculaires
masses
membres
qu’au fessier, lui-même mis
eu
valeur par une composi¬
tion semi-circulaire
qui
se
tiques de “ soleils ” sur les yeux et les compositions
en
Nouvelle-Zélande,
vent
pas¬
en
les Samoa.
l’illustration de
“Bambou aux poissons”,
bambou du Musée de rHomme.
Cette succession de motifs de
'’enata, etua, pokaTi, de poissons
et
de plantes est une invocation à
la fertilité (cf. relevé complet du
bambou, p.283).
portraits de personnalités “Nuka-
les
russe
de 1804 : le
guerrier à la massue, le profil
d’un des habitants de la Baie Tschitschagoff ou le
véritable code des distinc¬
portrait de “Mauta’i””^ A ces informations très
tions. En revanche, on dis¬
précises, bien que fragmentaires, éparpillées dans
d’un faisceau de don¬
nées qui, s’ajoutant les unes
Marine
ou
des
Steinen
ajoute celui d’informateurs qui avaient
autres, constituent
1814, à Nuku Hiva
que
les témoignages de V. Lallour, d’autres officiers de
des
pères missionnaires, K.
von
den
conservé en mémoire et acceptèrent de lui citer, les
D. Porter
en
1813, le lieutenant britannique J.A. Shillibeer
A. J. vonKrusenstern.
sur
dications pour retracer un
Comme
:
“Le
tatouage, ou patekee (patiki) est considéré comme
grande marque de distinction. La souffrance
une
plastron, qui disparaîtront plus tard, se retrou¬
hiviennes ” exécutés lors du passage de l’expédition
ébauches d’indices !
H. Ainsworth, d’après
des éléments essentiels. Les motifs caractéris¬
pels, de l’île de Pâques à la
aux
140
confirmation que le tatouage des chefs ne se
bornait pas au visage, bien que celui-ci en constitue
logique, dans d’autres archi¬
pose
en
repère social, autant qu’un privilège. On y trou¬
ve une
un
11 n’y a pas assez d’in¬
entendit dire
un
retrouve, avec une certaine
sant par
Peinture par
chef, est l’esquisse par W. Hodges de Honu
de Vaitahu”' (voir illustration p. 17). Les premiers
éprouvée
noms
de quelques motifs
réservés aux chefs : “le
ipu ’ani, le kahu nioehu et le kake.
’
Pour les femmes de haut rang, il semble que
des évolutions
ou
fluctuations diverses
se
soient
produites, selon les îles, les vallées... Ainsi, entre
et_b806, JE.. Robarts affirme : “aucune des
n’était tatouée sur les pieds
étant excessivement aiguë, celui-ci
montre combien l’individu était capable d’endurer.
femmes de rang
11 y en a un grand nombre sur lesquels cette opéra¬
mais, entre 1843 et 1847, G. Winter constate qu’à
tion fut tant de fois recommencée qu’il ne reste plus
Nuku Hiva :
un
seul emplacement de visible ayant conservé sa
®Les chefs, seuls, se tatouent et les.
princesses ont les pieds et les mains tatoués.
de la
V. Lallour ayant séjourné à la même époque, sur la
façon la plus fantastique, mais toutefois toujours
même île, ne nous éclaire pas sur cette apparente
plus grand goût et, autant que cela était
possible, en évitant les lignes droites; Ceux qui ne
portent que les marques suffisantes à montrer la
classe à laquelle ils appartiennent sont d’un état
inférieur, ou “toutou”, et présentent peut-être un
poisson, un oiseau ou quelque chose de peu de
conséquence, appliqué sur un seul côté du visage.
Les femmes sont si peu marquées de la sorte que
cela excède rarement la main, ou même quelques
doigts de la main. Les lèvres d’un grand nombre
sont striées de raies qui sont surtout visibles sur
des femmes mariées, ou ayant des enfants, mais
cela n’est pas, comme beaucoup le pensent, une
règle générale parmi celles-ci.
contradiction
couleur naturelle.
avec
Certains
1798
sont
exécutés
le
Tant que la cohésion sociale ne fut pas touchée
par
l’acculturation, les individus portèrent ces
significatives, tout particulièrement les
marques
précise: le tatouage “qui
indique l’extraction..., les femmes le porte aux
mais
lombes sous forme de deux arcades à demi termi¬
nées s’élevant sur les muscles des gouttières et se
déjetant en dehors... ; Matakomoe : tatouage du
genou des princessesLe père S. Delmas ajoute
que les
épouses de chef avaient le bord et l’inté¬
des oreilles, les
rieur des lèvres ainsi que le lobe
deux mains
l’avant-bras tatoués alors que
les
inférieur n’avaient
qu’une seule main et l’avant-bras ainsi ornés et
rien au visage. Pour les autres, cet ornement était
beaucoup plus négligeable. Madame de Dombasle
rappelle que seule une femme de haut rang pouvait
être abondamment tatouée : “ Quand (les Marquisiennes) appartiennent à une famille de grands
chefs elles peuvent se faire tatouer encore certaines
autres parties du corps (en dehors des plus couet
femmes d’un rang légèrement
•
rantes :
les
lèvres, l’avant-bras, les mains, les
jambes et les pieds). Le talent des artistes... n’est
pas sans valeur ; leurs dessins (jui représentent nn
j)eu de tout, mais principalement des arabestpies et
des
poissons, sont d’une délicatesse extrême. Le
tatouage de la reine Tahiaoko, femme de Dennoana
(Temoana) roi de Nou Hiva (Nuku Hiva) est un tra¬
vail admirable””’.
chipel l’étaient aux époipies d’abondance et de
récolte, plus spécialement celle du fruit de l’arbre
pain, base de l’alimentation dans l’archipel'"';
accnmnler de la nourriture en (juantité était moins
à
tatouage, un n'fe d’intégratio
Préparation du ma. Pour lué-
jicirer le ma
les fruits de l'arbre à pain
éjiluelîés, fendus, le (‘(Piir enlevé.
sont
Les morceaux sont mis à fermenter
dans un tressage de palmes de cocotier
ficlié en terre où ils s'égou ttent. Celle
L’accès à la nourriture
Les principales festivités organisées dans l’ar¬
Le
opération terminée, le ma frais est
pour les artisans de cet art qui se présenteraient et
accepteraient de tatouer gracieusement toutes les
personnes d’humble condition qui le désireraient.
Tant de monde
se
pressa
à cette nouvelle qu’un
campement fut installé. Cette triste période évolua
déposé en couches alternant avec tlu
ancien, pour améliorer l'ensemble,
ma
el
vigoureusement tassé dans la fosse
silo, ’f/f/ ma, tapissée de feuilles de
cordyline, auti, puis couvert d'un
tapis de feuilles de cordyline el de
cailloux.
difficile à ce moment-là.
La période des grandes récoltes se situe habi¬
janvier-février mais dépend des
conditions climatiques. À Nuku Hiva, et sans doute
ailleurs dans l’archipel, c’était aussi le temps de la
pins importante célébration saisonnière dont il a
déjà été question: la fête des “premiers fruits”,
celle des récoltes. “Il existait des réjouissances qui
revenaient à date fixe. Parmi elles en figurait une
très importante, la koina tapa vau consacrée aux
récoltes, qui avait lieu lorsque tous les travaux liés
à celles-ci étaient achevés et que les fosses à ma
étaient pleines, c’est-à-dire la saison où dominaient
tuellement
vers
les deux étoiles saisonnières ehua et mataiki.
Quand elle n’avait pas dû être associée “en priori¬
té ” à une cérémonie de deuil, mau tupapaku, il s’y
ajoutait la fête de présentation des enfants pre¬
miers-nés, koina he’e, et si cette année-là une
koina tuhi tiki se préparait, les deux pouvaient être
étaient ainsi unis, en
toute logique, à ce qui faisait l’esprit de la fête.
réunies”". Ces premiers-nés
Cette association
entre
la fin des récoltes
rapprocher de récits de tatouages en série. Le pas¬
sage le plus parlant, à cet égard, est tiré de
H. Melville, “Omoo”, et permet d’en reconstituer
les grandes lignes : alors ([ue le pays traversait
une période de disette au cours de laquelle
les arbres à pain ne portèrent à leur terme
aucune
récolte, le nombre des clients des
diminua fortement. Par contre¬
coup, cette profession devint nécessiteuse.
C’est alors que le chef principal
de
la
vallée
de Hanamenn
offrit son assistance aux uns
et aux autres.
mer
Il fit procla¬
qu’ému par la situation
il tiendrait table
ouverte
311. Le portrait
exact et
original esqui.ssé par W. [lodges, est beaucoup plii.s
riche de renseignement.'i (pie la gravure (pii en a été tirée pour
la publication de 1777, PL 32.
312. A.J. von Krusenstern, 1804, Atlas du voyage autour du monde ,
PI. X, PI. XV et D. Tilésius, Leipzig, 1805 et 1828.
*
Baie
Tschitschagoff: du nom du ministre de la marine du Tsar au
temps de Vexpédition russe; baie sur laipielle s’ouvrent les vallées de
llakatea et de Hakaiii
,
à l’ouest de Tailioae, Nuku Hiva.
313. K. vondenSteinen, 1925-28, vol. 1, p. 92-93.
314: E.liobarts, 1974, p. 250.
315. G.L. Winter, 1882, note p..302.
Le fait (pie les femmes de rang aient ou n’aient pas de tatouage au p'ied
peut s’explupier éventuellement par l’époipie.
Toutefois la différence
apparaît trop grande pour des pratiipies (pii, dans cette société, ne
peuvent s’explùpier sans être intégrées à une cohérence de pensée et où
les changements mettent un certain temps (i être adoptés. Cette dis¬
tinction peut tenir à une variation régionale, ou s’expliquer par le fait
(pte ce tatouage ne tenait pas au rang de ces “princesses”, mais « un
autre “code” ipii se rapportait aux unes et pas aux autres.
316.
V. Lallour, 1843-48, cahier 3, pl7 et 40;
cf également père
Scène funéraire à Nuku
Hiva. Quand un chef ou un
grand jirétre mourait, le feu était
interdit durant sept jours et les
guerriers se mettaient à la chasse
victimes pendant que l'on
aux
S. Delmas, 1927, p.184.
préparait la quantité de popoi
317. Mme de Dombasle, 1844, p. 366-367.
nécessaire à la durée ilii deuil.
318. E.S.C. Handy, 1923, p.41 et 204.
Lors de leur déification neuf
319. E.S.C. Handy, 1923, p.218.
320.
Cf. le père M.G. Mathias; Ch. Stewart; le père S. Delmas et
E.S.C. Handy, 1923, p.218.
L’issue des koina tuhi tiki se caractérisait fréquemment par des orgies.
et
des fêtes importantes, dont celle du tatouage, est à
tatoueurs
310. .I.A.SIiillibeer, 1817, f}.49-5().
Ce trait est relevé par R. Suggs, 1966, p. 164 qui remarque (pte les fêtes
dans lesquelles ce genre d’épilogue était le plus fréipient consacraient
physique ou un défunt dont on considérait qu’il allait
rejoindre les ancêtres. Dans les deux cas, la fécondité des humains et
de la Nature était réunie. Les deux types de cérémonies pouvaient être
associés, .si les autorités jugeaient qu’il fallait de cette façon réveiller les
(pialités génératrices d’abondance du clan et de la nature environnante.
la maturité
fêtes successives avaient lieu,
toutes
accompagnées de sept à
dix victimes, au cours desquelles
se
déroulaient les repas rituels :
mau
ces
tupapa'u. Le mort présidait
repas et des (juantités
impressionnantes de nourriture
et
de kava étaient ingurgitées...
Lithographie d'après un dessin
de E.A. Goupil.
Te Patu Tiki
•
L’Art du
Tatouage aux Iles Marquises
ainsi, d’après H. Melville,
en
un
temps
mémorable
appelé selon son orthographe
singulière, plus poétique qu’exacte de son
propre aveu, “ The lora tattoo ” où résonnè¬
rent les
Tatouage à la
tatouait’-'.
commissure des
lèvres, cette mar(|ue se
retrouve sur les
têtes de
pierre du Musée de l'Homme,
des Arts et Civilisations.
ceux
que
Dans des conditions analogues,
d’années
quarantaine
une
auparavant,
J.B. Cabri et E.Roharts avaient expérimenté,
anthropomorphes ou
Tiki de pêcheurs
en
l’on
temps d’épreuve, le chef
D’un
de légende^^M
têtes de pilons, de grandes
<rétriers d'échasses.
des filles de
et
“Noomai” de H. Melville, avait fait un temps
tiki qu'il s'agisse de simples
statues
peignes et les martelets ainsi c[ue les
rires des fils
dans le groupe nord, eux aussi un temps de diset¬
te
qui les avait amenés à être tatoués dans des cir¬
constances fort similaires ; au
point que cet épisode
pourrait avoir inspiré, du moins
en
partie, le
romancier américain™!
entre
“ de
et
masse ”
des
périodes de
des
moments
de
sécheresse n’est sans doute pas fortuite ; la
période attribuée au tatouage juvénile était
ainsi habituellement située durant la pério¬
de sèche précédant la récolte des mei, nous
l’avons déjà noté. Ce geste pouvait corres¬
pondre à une offrande aux “ esprits ” géné¬
rateurs des récoltes, jointe à une ardente
supplication ; le chef en était l’artisan et le
])rincipal médiateur auprès des dieux, souvent ses
ancêtres.
Les marques reçues
rées d’accompagnement de la part végétale de l’ali¬
mentation
passait par un code de reconnaissance
qui explique, en partie, ces “sociétés de banquet”,
signalées par les navigateurs russes, ainsi que le
choix de motifs marquant les instants particuliers
où de tels repas étaient possibles ou, mieux encore,
signalant la capacité à participer à de telles agapes.
La place tenue par divers types de nourriture,
le rituel qui leur était associé et leur degré d’acces¬
sibilité selon l’appartenance des individus à un
sexe ou à une
catégorie sociale, de même que celle
du feu auquel celles-ci étaient cuites, apparaissent
dans de rares études dont celles des médecins qui
soulignèrent : “
Les Marquisiens sont frugivores
ichthyophages. Ce n’est qu’à titre exceptionnel
qu’ils mangent de la viande, et cette viande est
presque unicjuenient fournie par le cochon... La
préparation des mets tient le premier rang parmi
les occupations journalières, ce qui se conçoit
aisément si l’on a présentes à l’esprit ces deux don¬
nées : les naturels sont nombreux dans chaque
...
et
Cette coïncidence
tatouage
bilité de consommer une part importante des den¬
lors de ces périodes de
famille et leur nourriture ordinaire, assez pauvre
en
principes alibiles, les oblige à manger fréquem¬
La lecture des
ment
daires
mythes et récits légen¬
marquisiens et leur étude entreprise par
Henri Lavondès
mettent
effectivement en lumière
l’importance des ces deux éléments carnés que sont
le porc et l’homme ainsi que leur situation singuliè¬
re
par rapport aux autres aliments.
tatouages en nombre, assuraient à leurs déten¬
teurs une
certaine sécurité alimentaire, souci
primordial et omniprésent dans cet archipel
proie aux disettes cycliques ; les russes en
évoquent un certain nombre. Ces dernières
gravèrent très profondément les mentalités.
Elles justifiaient de nombreux tapu et kahui
en
Le témoignage du capitaine H.W. Fowler sur le
saccage
de son navire, “La Matilda”, quelques
mois plus tôt, à Ua Pou, apporte un maillon inté¬
ressant à cette chaîne d’observations.
apprennent que
alimentaires. Cette anxiété se traduisait par une
elle l’une des
soif d’abondance, en particulier sur le plan de
porc,
la nourriture et le désir de se sentir repu. Elle
Si les Russes
lors des fêtes de tatouage
organisées en l’honneur d’une femme, c’était pour
nous
rares
occasions de
consommer
du
le capitaine rapporte, dans la Gazette de
Sydney du 8 novembre 1815, que ne pas être tatoué
inspira l’image idéale du tiki au ventre rebon¬
interdisait de goûter à la chair humaine !
di et certains des signes sur le côté des lèvres
pant de peu à la mort, grâce à un beau geste d’hu¬
de quelques statues ou tête de pilons ornés.
■
Tatouage et accès à certaines
L’accès à bien des mets, non
n’était pas
assuré
en
seulement,
raison du caprice des
récoltes mais aussi parce que leurs qualités ou
leurs propriétés en réglementaient la distribu¬
tion. La liste des
manité de la part du chef “Nooah”, il fut témoin
d’une scène anthropophage après qu’un guet-apens
ait été tendu à
NOURRITURES
restrictions, en particulier
pour les femmes, était très longue et la possi¬
Echap¬
petit groupe d’ennemis : “Un
indigène, natif de Port Anna Maria (Taiohae), qui
n’était pas tatoué et à qui, par conséquent, il était
interdit
sous
un
peine de mort de consommer de la
chair humaine, ne supportant plus cette restriction,
se
précipita sur les corps et y plongea ses dents avec
toute la
folie d’une voracité enragée... ”™. Le fau-
tif fut immédiatement exécuté. Les
Marquisiens,
c’est à noter, distinguaient dans leurs récits anciens
les ogres
immodéré
qui, maladivement, présentent ce goût
et sont, comme dans nos contrées,
craints et méprisés, et l’autre forme de consomma¬
tion de chair, liée à la coutume et aux croyances qui
s’y rattachent.
l’on rencontre un peu partout dans le
Pacifique et ailleurs dans le monde*"’, se retrou¬
tude que
vaient autour d’un même repas
cuit par eux, ou
pour eux, en fonction de leur sexe, de leur âge, etc.
Max Radiguet
convié, ainsi que toute la garnison
française de Taiohae, à une grande célébration
s’étonne de l’efficacité et de la discipline observée
les personnes présentes ! “Un défilé panta¬
gruélique vint mettre un terme aux chants guer¬
riers... Cent canaques, au moins,... entrèrent en
scène et déposèrent, de distance en distance, fruits
et rôtis sur des lits
de feuilles. Les groupes qui sans
doute se reconnaissaient au tatouage, s’assirent en
rond
sans
le moindre désordre, et le festin
mença... ”**"’
entre
com¬
Un rapport y est discrètement établi
le regroupement des personnes et une
adé¬
quation apparente de leur tatouage qui s’explique
par la parenté, l’appartenance à un clan ou à une
fonction et les habitudes précédemment évoqùées.
Ch.L. Clavel fait une observation
assez
sem¬
blable : “ L’uniformité dans le dessin distinguait les
tribus
et
naître les
spéciaux faisaient recon¬
auxquelles appartenaient les
des tatouages
classes
naturels... A une époque assez rapprochée... une
main dont la face dorsale n’était pas embellie par le
depuis l’extrémité des phalangettes jus¬
qu’au poignet ne pouvait puiser sa part de popoi
dans le plat commun. Bien plus, l’aspect de deux
mains tatouées faisait fuir ceux qui n’en pouvaient
montrer qu’une seule ; ce qui n’avait pas lieu
lorsque les convives de la première catégorie, pour
éviter tout froissement d’amour-propre, dissimu¬
laient les dessins de leur mains gauche en appli¬
quant la face dorsale de cette main sur le côté cor¬
respondant de la poitrine...
W. Handy complè¬
te ce tableau en indiquant : “ Les
Marquisiens
aujourd’hui disent que celui qui n’avait pas la
main tatouée ne pouvait manger au même plat que
celui dont la main était tatouée, qu’un homme
tatoué ne pouvait pas manger en compagnie d’une
femme et qu’un homme dont l’ensemble des
tatouages était achevé ne pouvait manger en com¬
tatouage
G.H
Le
tatouage,
un
rite d'intégration
WWWV"
pagnie d’une personne dont les siens n’étaient pas
achevés
L’admission
donc
ou
dépendre du
E.Petit : “J’ai
Au quotidien, les Marquisiens, selon une habi¬
par
•
vu
l’exclusion
repas
au
tatouage, ce que
pouvait
confirme
dans le fond de la vallée de
Taïpivai, où le chef Paruru m’avait offert l’hospi¬
talité la plus généreuse, une femme exclue du plat
de popoi parce qu’elle n’avait pas la main droite
tatouée ”'™.
321. H. Melville, 1847, p.
cet événement
31; Hardy Lem, dans “Omo o”, raconte que
avait été traduit en vers, ce qui était une façon défaire
courante pour toute sorte
d’événements interprétés sur le tohiia.
322. H. Melville, 1847, p. 31. Le nom du chef, comme tous les noms don¬
nés par H. Melville aux Européens et aux habitants
des îles oîi il fit
escale, sont transformés, déformés. M. Radiguet dans son album de
dessins réalisés au cours de son séjour a représenté les trois chefs de
Hanamenu lors de son passage à Hiva Oa en 1842, l’année du séjour
de H. Melville aux Marquises. Ces trois chefs sont Totika, le plus jeune,
Tohetohue, le plus âgé, et Opehue.
323. A. J. vonKrusenstern, 1813, vol 1, p. 160.
.J.B. Cabri eut l’œil marqué et E. Robarts reçut une longue forme rec¬
tangulaire sur la poitrine. Chacun fut tatoué par le chef de la tribu à
laquelle il avait été intégré et qui, dans cette situation précise, avait
réagi de façon identique. E. Robarts, très peu désireux de se laisser
trop identifier aux Marquisiens dans leurs pratiques les plus
^‘étranges”, précisa qu’il ne se serait jamais soumis à cette opération
s’il n’y avait été contraint par la disette. Cette opération, expliqua-t-il,
lui garantissait de devenir un hôte assuré de la table du chef Kiatonui.
Aucun d’eux n’indiqua la contrepartie à ce geste généreux et curieuse¬
ment en rapport avec la disette. Il s’agissait en fait de se tenir prêt à
répondre à la réquisition du chef, en particulier en cas de conflit;
vonLangsdorff mentionne du reste que ces groupes pouvaient se
transformer, le cas échéant, en “bandes de brigands”.
324. P. Clavel, 1885, p.7-10. N.B.
milable.
325. H.W. Foivler,
alibïle: propre à la nutrition, assi¬
Sydney Gazette, 8/11/1815, 1'"' page, “Mas.sacre by
the natives of the Marquesas Islands”.
N.Burnel, 1866 :
On s’étonne... quand on voit que l’homme s’est
fait et possède la part du lion ; que tout le luxe et le confortable de la
vie, toutes les productions et le meilleur poisson sont pour lui, tandis
que pour la femme il n’y a que la popoï et des poissons communs; que
tout le reste est tahu pour elle...”
H. Lavondès, 1975, p. 85-86, 110 et 132, explique que les Marquisiens
ont une classification bipartite de leur alimentation.
326. Nous 710US conteriterons de renvoyer à quelques études des com¬
portements notamment J.G. Frazer : “Le Rameau d’Or”, particulière¬
ment le vol. IV: “Balder le magnifique”; J .T. Kirkpatrick, 1983 “The
Marquesan Notion of the Person”; H. Lavondès “Le chaud et le froid;
notes lexicologiques avec des exemples marquisien.s” In : “Langues et
Techniques”, T.îî: “Approche ethnologique et naturaliste”, p. 395-403,
Paris, Klincksiek, 1972 ; “Le cru et le cuit” In : “The structural study
of myth and totemism” E.R. Leach (ed.), Londres, 1967; N. Thomas,
1990, “Marquesan Societies. Inequality and Political transfomnation in
Eastern Polynesia. ” ; R.W. Williamson, 1924, “The Social and Political
Systems of Central Polynesia.” ainsi que “Religions and Cosmic Reliefs
of Central Polynesia. ”
327. M. Radiguet, 1859, p. 146.
Cette grande koika était un repas funéraire oiganisé par les Tels.
328. Ch.L. Clavel, 1885, p.23-24.
329. W. Handy, 1922, p. 5.
330. Petit Ed. pseudonyme : A.Mariti, 1888, p. 49.
Père S. Delmas, 1927: “... Nulle personne non
admise à la table de personnes tatouées.”p. 184.
tatouée n’aurait été
Te a’ahinea'o [im. 405]
Double rangée de damiers, sym¬
bole d'un engagement amoureux.
Mata [im. 226] à la jambe
d’une femme de Ua Pou, Te
Hono Hokati.
PahitO [im. 290] classique en
damier, pour le bas de la jambe.
Bambou de Bordeaux.
—•
VueahGf étrier d’échasse.
Cf. hopii moa [im.
108].
Dessin de P. Ottino.
H3
Te Patu Tiki
L'Art du
•
Tatouage aux Iles Marquises
Le tatouage et la commémoration
Plus
courant
on
avance
dans le
du XIX'' siècle,
le tatouage
plus
semble pourtant
banaliser. Cette situation
se
traduit
sans
doute l’abandon
consciemment
dans
un
savoir, lié à la culture
ancienne, par suite d’une perte
d’intérêt pour
R6l6Ve de la partie supérieure
de la plamdie gravée (ci-dessous)
du Musée de l'Hoinnie. des
de Arts
et Civilisations, mesurant 26 cra
sur
88 cm ([ui représente
ente une
des
u
premières confronta ti
de
l'homme et du cheval, dans
les
di
T-
années 1840. On voit sur la
planche des rangées de ke'’a [ira.
177], d'etua [ira. 49] en damier,
d
■'i'" deux ipu "oto [ira. 138] formant
fo
un regard, deux visage.s c.ompoc.
sés de mata hoata [ira. '230]
2
et
'Il tle ka’ake [ira. 160]...
I
■
celle-ci dans
une
période dont il faut bien dire cju’elle
ressemblait fort à l’agonie de ce peuple. Cette pra¬
tique, bien que restant en vogue, commença par
être moquée ou critiquée par “ ceux de l’extérieur ”
puis décriée “de l’intérieur”. Elle n’était plus,
pour certains, qu’un ornement plus coûteux et plus
provocant que les autres : “Aux îles Marquises, ce
n’est qu’un simple ornement... variant d’une île à
l’autre, dépendant des caprices des tatoueurs,
véritables artistes...
lesquelles fut tatoué Timoteitei éclairent les
commémoration, deuil,
rapports existant entre
tatouage et vengeance.
Timoteitei naquit vers 1783 à Vaitahu. Il était
par les anciens du soin de transmettre
un
des neveux du chef Honu que rencontra J. Cook
en
1774. Vers 1784
son
père, Pahuhonu, partit
pour Nuku Hiva afin de se procurer le safran cuit,
eka moa,
utilisé lors de grandes cérémonies™. Il
tomba malheureusement dans
une
embuscade
et
disparut sur l’île même. Lorsque la nouvelle arriva
à
Tahuata, la sœur de Pahuhonu “fut tatouée en
travers du
visage en souvenir de son destin™... Elle
était à Tahuata la seule femme tatouée de
cette
façon. ” Le portrait que l’on possède de Timoteitei,
vers
l’âge de seize ans, montre un jeune garçon
oblique sur le visage. Ce tracé
particulier, extérieur à l’île, rappelait en fait un
avec
cette
bande
des motifs faciaux bien connus de Nuku Hiva, pro¬
Vers la fin du XIX' siècle, le tatouage s’orienta
bablement celui du clan
qui avait tué son père.
presque exclusivement vers un acte commémoratif,
Ainsi lorsqu’il fut en âge de recevoir ses premiers
développa un caractère
Le terme de tatouage com¬
tatouages, limités du reste à “quelques motifs irré¬
un
rôle “ d’archives ”
et
mémoratif permet de traduire cet état d’esprit qui
guliers sur les jambes et les bras”, ce jeune prince
reçut, comme sa tante, la marque du malheur qui
guidait les Marquisiens pour compléter leur parure
avait frappé sa famille.
purement ornemental.
si particulière'’L
sées pouvaient correspondre à une action d’éclat,
comme
pour J.B. Cabri et aboutir à l’obtention de
marques comme
K. von den Steinen ajoute
le surnom de Timoteitei, ou peut-être plus
exactement Timotiti, se compose du terme “Jtmo”
qui veut dire marque. De plus, lors des cérémonies
de tatouage, Timoteitei reçut le surnom de Naonugu-heva “frappé ou tatoué à la façon de Nuku
Hiva” qui pourrait être traduit par “ Souviens-toi
que
Les circonstances qui se trouvaient immortali¬
les enata, par exemple, relevés
par les membres de l’expédition russe.
Ce pouvait
être un fait plus simple, comme le souvenir d’une
de Nuku Hiva ! ”.
fête remarquable, ainsi que le rapporte M. Radiguet
qui constate
tatouer aux
cjue
koikas
les grands chefs
sur
se
faisaient
les lieux mêmes. Certains
personnels s’accompa¬
gnaient aussi de tels tatouages comme le te vehine
liait.
Les membres de l’expédition russe, dont
D. Tilésius, nous ont ainsi conservé, par le biais
d’une gravure et d’une anecdote, l’image du com¬
pagnon qui offre un de ces ornements, marques
événements familiaux
ou
d’estime, à sa compagne.
Beaucoup plus tard, entre 1892 et 1897,
L.F. Tautain,
Ce pouvait être enfin une façon de commémo¬
rer un
événement douloureux, d’inscrire et de res¬
sentir physiquement une vive douleur morale. Sous
angle, il s’agit peut-être d’une des formes les
plus anciennes du tatouage, où la blessure
cet
alors Administrateur, mentionne
quelques autres marques : “En cas d’une vengean¬
ce
à
exercer,
les femmes
tatouer un côté de la
se
faisaient
souvent
poitrine, sein compris, et une
épaule en même temps qu’elles se rasaient les che¬
veux au
sinciput ou à l’occiput”™. “Le tatouage de
rancune chez l’homme était porté sur la joue et sur
le cou, où on représentait un hameçon, tnetau”™.
K. von den Steinen
motif : “La
:9cxxKi
infligée et le sang versé sont une
offrande à l’être chéri, ou craint. Les circonstances
commente
l’utilisation de
ce
signification de ce symbole est, sans
équivoque, le serment solennel c[ue le lot du meur¬
trier sera le sort d’un heana,
la victime humaine
fréquemment désignée par l’expression “poisson
des dieux” et dans la bouche de laquelle s’est
accroché l’hameçon””'.
Les signes de deuil, comme les symboles asso¬
ciés à la vengeance, étaient assez variés sur ces îles,
bien d’autres terres du Pacifique. Par le
comme en
sang versé, le tatouage de deuil pratiqué, plus vrai¬
semblablement dans le cas du décès de personnages
importants figurait, comme nous l’avons vu, au
nombre de
ces
“ornements”. Ce “don du
sang”
vient s’inscrire dans la ligne des offrandes rituelles
d’un être vivant au défunt et ces diverses mutila¬
caractérisaient
tions
les
“petits moyens” des
vivants pour apaiser Pâme du défunt, ou les cour¬
divins™. Le tatouage de la langue en signe de
roux
pratiqué à Hawaii, comme aux
Marquises, où l’ethnologue allemand apprit que la
douleur était telle et la perte de sang si forte, que
l’opération devait être interrompue très souvent et
passait pour la plus pénible de tontes. Il était, en
outre, impossible de tatouer autre chose que de
simples sucessions de points. Aucun effet esthé¬
tique n’était imaginable™.
Il exista d’autres tatouages commémoratifs de
deuil
était
deuil ; de ces derniers, le nom d’un seul fut sauvé
de l’oubli. Il s’agit du komoe ou mata komoe sur
lequel K. von den Steinen obtint assez d’indica¬
tions pour pouvoir dire ; “Je dois conclure que le
tatouage de deuil a existé aux Marquises du fait que
le motif komoe, une “face de crâne” stylisée,
aurait été tatoué en souvenir du vieux chef Komoe,
lorsque celui-ci mourut, selon ce que m’expliqua
mon
tuhuna. Je n’ai malheureusement rien pu
apprendre de plus”™. Il orne, sous sa version en
pétroglyphe, des centaines de rochers et à ce pro¬
pos E.Berchon fait cette intéressante remarque:
Sans attacher une trop grande importance au fait
que le mot tiki signifie en même temps tatouage et
statue, nous nous demandons si ce n’est point dans
le tatouage qu’il faudrait rechercher l’origine de
“
cet
Au
art...
auraient
mau
inscrit
d’arbre le
nom
sur
funéraire, d’un homme,
une
du défunt
ils
pierre, sur un tronc
figurant les princi¬
en
pales pièces du tatouage de sa face ; puis, plus tard,
auraient plus ou moins dégrossi une forme humai¬
ne... Ce n’est
pas une hypothèse gratuite que nous
avons émise en parlant de l’influence possible des
mau
funéraires. En
railles,
au
effet, dans les fêtes de funé¬
moins lorsqu’il s’agissait d’un chef
important, figurait un tiki, en bois naturellement
la plupart du temps, qui représentait le défunt””'.
L’effet ornemental de
ce
masque ou
komoe,
par delà sa portée symbolique ignorée à peu près de
tous, lui permit de passer à la postérité et d’être à
C.Blin:
B.SEO
•
présent “commémoré” au-delà des îles du
groupe sud dont il était originaire !
EVATTGELICAL
Le tatouage, un
rite d’intégration
MAGAZiSE.
331. A. Marin, lllttll, p. 4V.
Cf. K. von denSleineu, 1925-28, vol. 1, p. 64-65;
1828, p.133-168;
J .F. Blumenhavh et
G.H. von Langsdorjf, 1811, p.36 et le numéro de jan vier
1800 de “FFvangelical Magazine”, IS° 8, p.6.
332.
D.Tilésiiis,
333. K. von den Steinen, 1925-28, vol. 2 : “Très précieu.x et
renoinniê dans
tout
Farcliipel /”eka moa ou ’ena moa de
Nuku Iliva était tiré de plantes (pii poussent sur les hau¬
teurs
de Vile, à Muake. Elles donnaient après cuisson un
Cette poudre rouge, séchait difficilement
durcissant. La préparation passait pour être un secret.
résidu farineux.
en
Ce produit donnait au corps de ceux {[ui s’e.ti etiduisaient
une couleur sacrée qui n'était utilisée que panlcs grands
chefs des deux sexes. On estimait qu'une quantité de la
grandeur i/’imk' brique valait, d'après la rumeur, quaran¬
te cochons.
Dans Festimation de la valeur de cet eka moa
également le parfum qui semble
entrait en considération
avoir été particulièrement délicat.” p. 3-4.
334. Dans Farlicle de “VEvangelicul Magazine”,
de janvier 1800,
numéro
Temotsiïtei,
N°8, sur John Rutterivorlh-Timoteitei,
les auteurs mentionnent à propos du tatouage de sa tante,
que cette pratique était fréquente, “si les sœurs du défunt
sont
jeunes ou considérées comme jolies, elles sont dispen¬
sées de cette opération.”!
336. E. Berchon, 1896, p.247.
337.
K. von den Steinen,
—•
“Timoteitei” ou Timaototo.
335. L.F. Tautain, 1896, p.247.
1925-28, vol.l, p.64;
Ch.Noury: “Chants
Hameçons, metau
divers encore en usage aujourd'hui pendant les sacrifices humains.”
[im. 254], .symbole de vengeance.
Hameçon d’os du Musée de
le Pupii Vaka : “A ce moment de la cérémonie, la victime a déjà un
hame(;on en bois de fer dans la bouche. Cet hameçon est amarré « un
bout de corde d'environ trois brasses. Après le chant qui précède (Aku
Akatu) on lui met d'autres hameçons dans les yeux, dans les oreilles,
dans le nez....” Ces chants furent recueillis en 1849 ; E.R. “chants
divers”, idem, p.51 et le Père S.Delmas, 1927, p.156-161 et B.S.E.O.,
Reprcsenlalions dans le tatouage
(1 ,'rahuata), du tatouage au boi.s
(2,3) ou de l’écaille au bois (4).
25 juin 1928, p.51-54. Cf en particulier le chant Ami Hune et
p.234-235 et 254. à propos du chant Ami Hune:
...“T’au ika” qui signifie mon poisson ! exclamation joyeuse du barde,
n°8, avril ' 1929,
licol, à un poisson pris à la ligne.
Ch.Noury précise au début des chants, p.51 : “Autrefois, la victime
était toujours étranglée avec un morceau d'écorce de hau. Aujourd'hui
le genre de mort est indifférent...”
comparant sa victime prise au
338. “Petit moyen” selon nous parce qu'il évitait, de celte façon, le don
La fouille du lieu d'inhumation du prestigieux chef
“légendaire” Boy Mata, sur la petite île de Hetoka, au nord-ouest
d'Efate, Vanuatu, en est un exemple remarquable. D'une part, il
témoigne de l'étonnante fidélité de la mémoire des cultures de tradition
orale qui décrivait encore, dans ses moindres détails, la cérémonie et la
dispo.sition des lieux; d'autre part, il illustre l'usage, au XIV siècle
dans le cas précis, pour une partie de ses proches et principaux digni¬
taires d'accompagner jusque dans la mort un chef océanien. Cf.
J. Garan^cr, 1972, “Archéologie des Nouvelles Hébrides, contribution à
de la personne.
la connaissance des îles du cenfre.” Paris, ORSTOM, “Publication de
la Société des Océanistes” n°30.
339 K. von den Steinen,
1925-28, vol. 1, p.64. Cet auteur ajoute: “Le
type de tatouage de deuil est intéressant en raison de l'élément sacré
reconnaissable dans la saignée et surtout dans son caractère éloigné
d'une idée esthétique.” idem, p.65.
“Ce qui est curieux, c’est le tatouage des muqueu.ses; elles
impriment sur leurs lèvres des raies bleues qui s’étendent jusqu'au bas
des gencives et j’ai vu. Baie Chikakoff, une jeune fille qui avait un com¬
mencement de tatou sur la langue.” p. 133, note.
340. K. von den Steinen, 1925-28, vol.
1, p.64. Ce nom de Komoe, ori¬
ginaire de Fatuiva est encore porté dans l’archipel, en particulier à Va
Pou. D’autre part, les exemples qu'en donne cet aiifeur ont fait nom¬
les motifs de pétroglyphes qui leurs ressemblent, des mata komoe ;
Cf. S. Millerstrom.
mer
341. E. Berchon, 1897, p.675-677.
Brest.
'45
Te Patu Tik
•
L'Art du
Tatouage aux îles Marquises
Le tatouage des chefs
John Marra, canonnier snr la '"''Résolution'',
écrivait dans son journal en 1774 : “La marque la
plus frappante de distinction apparaît être le
tatouage. A travers lui les différences étaient très
discernables. Les chefs étaient tatoués de la tête à
l’extrémité des doigts, non par des volutes ou des
lignes spiralées
les chefs de Nouvelle-
comme
Zélande, mais par des figures de diverses sortes,
Miti, chef de Vaitahu.
Son nom était celui d'un ancien
clan de Hiva Oa de la branche
aînée, se réclamant de Nuku,
tout comme
le clan de
Hanamenu. Carte postale de la
Mission des Pères des Sacrés
Cœurs de Picpus.
adaptées aux différentes parties du corps, selon
l’imagination de l’artiste dans laquelle on ne pou¬
vait trouver aucune ingénuité. Peut-être aurait-il
été possible de découvrir les qualités respectives de
ces chefs en observant les caractères
représentés,
mais le temps manquait pour d’aussi fines observa¬
tions. P.F. de Quiros, l’explorateur espagnol, dit
(des Marquisiens) que leurs corps, jambes et bras,
étaient peints et quelques-uns d’entre eux avaient
également le visage peint
Le tatouage du visage fut un des derniers à
disparaître, sans doute parce que, comme le note
Ch.L. Clavel : “Pour ne parler que du visage, les
principaux chefs jouissaient du privilège insigne de
le transformer en de véritables masques. Les per¬
sonnages secondaires n’avaient droit qu’à un cer¬
tain nombre de zones... Les gens de condition infé¬
rieure
se
contentaient de tatouages
restreints...
Enfin les individus misérables ne pouvaient se faire
qu’ils étaient privés de res¬
Aujourd’hui... on distingue
deux principales sortes de tatouage (du
visage) : le tiapu et le paheke. Ce dernier
peut être simple ou double ; il ne se voit
que chez les chefs de Nuku Hiva et de Ua
Pou, jamais chez ceux du groupe SudEst. Ce respect des anciens usages me
semble un fait bien digne de remarque à
une
époque où... la fantaisie individuelle
tatouer...
parce
sources...
est à l’ordre du
jour.
Le paheke simple, ou obhque unilatéral,
Le tatouage juvénile, le mieux connu, apparaît
comme
la survivance d’un ensemble de pratiques
qui honoraient surtout les chefs et les guerriers.
Selon K. von den Steinen ces motifs qui avaient été
appliqués aux chefs, haka'iki, et aux guerriers,
toa, en vertu de leur effet protecteur aux âges les
plus anciens, furent transmis au premier-né du
haka'iki dans une cérémonie qui prit une ampleur
toujours plus grande. De ce jeune chef, ils furent
transmis à
ses
compagnons,
destinés à être des
guerriers à ses côtés, ses suppléants et conseillers
les
plus proches"*. Au XIX” siècle, l’importance
accordée au tatouage d’un jeune chef témoigne de
la force spirituelle eneore liée à cette opération. Du
respect des tapu le concernant dépendait l’avenir
même du clan. Ainsi, s’il touchait quoi que ce soit
de ses mains au cours de la période où il recevait
ses
premiers tatouages il risquait, nous l’avons vu,
de mourir
au
combat
ou
même subitement.
Cet
“excès de pouvoir” qui pénétrait en lui, lors de ces
séances où il était isolé de la communauté, était
régularisé lorsqu’aux cérémonies de clôture, il por¬
tait de ses mains l’offrande destinée aux divinités.
A Hiva
Oa, en 1920-21, un des informateurs des
Handy soulignait le fait que le tatouage de prestige,
l’origine de ces cérémonies remarquables, ne
s’appliquait qu’au premier-né, ou adopté, de
grandes familles et avant tout au tama haka'iki.
à
Tous les autres enfants, frères et sœurs, ne deve¬
naient que “ceux que l’on tatouait ensuite”, entre
les séances de celui vers lequel se tournait l’essen¬
tiel des attentions™.
Jusque tard dans le courant du XIX' siècle, le
haka’iki et le chef de guerre, ce qui souvent va de
pair, se distinguaient donc de leurs compagnons
par leurs tatouages puisqu’un lien étroit les asso¬
ciait à cette pratique. Un des principaux éléments
qui ressort en effet des récits de voyageurs est
rectangle traversant un des
l’adéquation entre chef, surtout lorsqu’ils sont
âgés, et noirceur de l’épiderme due au tatouage.
côtés du visage à la façon de la bande employée
A.J. vonKrusenstern, qui en 1804 rencontra le
consiste
le
en
un
bandage monocle depuis la naissance
jusqu’au rebord du maxillaire
chef Kiatonui et son entourage, écrit : “Le roi, son
père et le grand prêtre étaient les seules personnes
à être de teinte pratiquement noire ; aucune partie
double, oupihe, oblique bilaté,
serait représenté par un bandage binocle...
de leur
corps
ments”™.
n’ayant été laissée
Durant
des
sans
orne¬
siècles, seuls quelques
principaux se distinguent par le
prêtres, et peut-être de grands guerriers ou des
les chefs secondaires
personnalités entourant le chef, pouvaient parve¬
double
et
le paheke simple”™.
nir à
un
tel accomplissement.
Plus de trente ans
•
après les Russes, C.A. Vincendon-Dumoulin remar¬
quait : “Les chefs d’un âge avancé se font surtout
la tête est considérée par tous les indigènes comme
remarquer par le nombre et la complication de ce
autres, et sacrée... que ce peut être encore une des
genre particulier d’hiéroglyphe... ; tout leur corps
“les
de
tatouages
Il ne faut pas accorder cependant à
cette apparence un caractère systématique car elle
est
en
couvertau
vieillards
et
les
point qu’allant
prêtres
(étaient)
nus
une
partie du
tellement supérieure
corps
aux
C’est
au
sous-commissaire
Nicolas Burnel que Ton doit
de
la
sacrée pour sa tribu et qu’il n’est permis à person¬
ne
visage, parce que sa tête est
d’en faire jaillir du sang. Quand on voit qu’un
Les chefs exempts de tatouage
chef est tatoué à la tête ou au visage, on peut en
Le fait que certains chefs ne soient pas tatoués
conclure certainement que l’opération a été faite
paraît, au premier abord, assez surprenant. La lit¬
par un membre de la famille, sa figure doit conser¬
térature ethnographique les évoque peu ou si dis¬
ver
importants et
guerriers étant moins ornés de la sorte que leurs
inférieurs ”™.
Plus tard certains
en
conclurent
qu’il s’agissait d’une forme d’abandon des cou¬
tumes anciennes : “Aucune partie extérieure du
sa
couleur naturelle. Il arrive même quelque¬
fois, pour certaines raisons, que le chef ne soit
Ainsi le roi de l’île Uapo (sic)
n’était pas tatoué parce qu’il était grand-prêtre en
même temps que roi ; son successeur, bien qu’il ne
soit son fils que par adoption, n’est pas non plus
tatoué. Néabidoo, ex-régent de Nuhiva (sic) - Baie
de Taiohae -, n’avait que deux ou trois petites
marques qui lui avaient été faites pendant son
enfance ; car après la mort de son frère aîné, il ne
fut permis à personne de le tatouer”™.
Ce “non tatonage” de quelques chefs marquitatoué nulle part.
l’attention de R.W. Williamson
corps n’est épargnée, même la face et le cuir cheve¬
siens avait
lu, préalablement rasé, et la pensée d’inspirer plus
qui releva l’allusion faite, dans C.A. VincendonDumoulin, au chef de Ua Pou, “Teato” (ou Heato)
de
terreur aux
ennemis fait souvent s’accumuler
retenu
dans la première région les figures les plus irrégu¬
lières, les lignes les plus capricieuses. Toutefois,
quelques chefs des Marquises ne portent aucun
342. J. Marra, 1775, p. 163-164.
A. Mendaha écrit: “Les habitants étaient peints sur tout leur corps de
la même manière que les Bissagos ou les habitants des îles situées au
sud des Philippines.”
remarque à la Nouvelle-Zélande où les empreintes
343. Ch.L. Clavel, 1885, p.25 27-28.
lignes et régulières, sont d’autant plus nombreuses
à la face que les guerriers ont plus de renom™.
“Moana, chef de Tai o Hae, était dans ce cas
(visage non tatoué) et peut-être trouverait-on le
motif de cette exception dans la considération des
dangers plus grands du tatouage de cette région...
C’est sans aucun doute à l’expérience réitérée de
dangers, enflement de la face jusqu’à parfois
fin fatale, etc. qu’est due l’absence de tatoua¬
ge sur la tête de quelques chefs des Marquises.
Moana... en était nn exemple et n’avait jamais
voulu qu’on lui en pratiquât à cette région !... Te
Moana, que j’interrogeai à ce sujet, se bornait à me
dire qu’il n’avait pas encore trouvé un artiste assez
habile pour lui confier sa tête... Je dois noter... que
ces
une
Le tatouage facial des
chefs évolua considérablement
entre
1804 et le courant du XIX'
siècle. D'un réseau complexe de
fines lignes balayant le visage
selon une ordonnance sinon
proche, du moins apparentée à
la logique de celle des Maoris de
Nouvelle-Zélande, on passa à de
larges aplats : cercles, triangles
ou, pour
les seuls réellement
illustrés, bandeaux barrant de
larges parties du visage.
Chefs de Hananienu, du
clan des Piina, au nord-ouest de
riiva Oa : Opehue, Tohetohue et
Totika, le plus jeune. Les plus
âgés sont couverts du hue po,,
tatouage qui noircit totalement le
visage. Dans cette vallée, évo¬
quée à la même époque par
H. Melville, réside son héros
Hardy Lem et “Noomai”, chef
principal qui instaure une vaste
campagne de tatouage à l'occa¬
sion d'une grande disette.
tatouage à la tête, bien différemment de ce qu’on
de Vamoko ou du moko... presque toujours curvi¬
Braunsweig.
chef, arrivé au pouvoir par droit de naissance
connaissait des exceptions.
renommée ; bien des chefs les plus
Mata [im. 226], bambou de
d’entrer plus avant
est rarement tatoué au
écrit, en 1835 : “L’étendue du tatouage par rap¬
—•
dans l’analyse de cette particularité : “Un roi, ou
à l’idée d’endurance et de force de caractère et elle
port à la personne ne détermine ni son rang ni sa
rite d’inte'gration
Marine
un
qu’ils pourraient passer inaperçus. La
plupart des visiteurs ignoraient tout des raisons
profondes de cette particularité et, s’ils la consta¬
tèrent, il l’interprétèrent à leur façon. F.D. Bennett
un
raisons du respect accidentel dont elle est l’objet de
bleus
crètement
tatouage,
la part du tatoueur...
était souvent liée, dans les derniers temps surtout,
■
Le
1882, écrivait en 1877: “Les motifs sont
originaux et leur conception est très élaborée... Quelques hommes âgés
en sont décorés ainsi de la tête aux pieds. Même le visage n’est pas
épargné. L\in de leur motiffa vori est un solide triangle dont la base
couvre les lèvres en passant d’une oreille à l’autre alors que les deux
autres lignes grimpent en travers des paupières pour se rejoindre au
sommet du crâne qu’ils gardent rasé. D’auti-es hommes préfèrent trois
larges bandes qui leur barrent le visage; l’une passant par les yeux ;
Mme J.S. Gordon-Cumming,
l’autre en travers du nez et la troisième, au travers de la bouche, va
d’une oreille à l’autre.” p. 250.
344. K. vondenSteinen, 1925-28,
vol. 1, p. 67-69.
345. E.S.C. liandy, 1923, p.41.
346. A.J.vonKruseJistern, 1813, vol. 1, p.l55.
347. C.A.Vincendon-Dumouliii, 1843, p.221.
348. M. Radiguet, 1859, p. 143.
349. F.D. Bennett, 1840, p.307.
350. En Nouvelle-Zélande le tatouage facial servait de signature aux
chefs; cf. H.G. Robley, 1896, “Moko; or Maori tattooing”, Londres,
p. 11-16, figs. 5-9.
351. E. Berchon, 1881, p.ll, 16, 20.
352. N. Burnel, 1866.
147
Te Patu Tiki
L'Art du
•
Tatouage aux lies Marquises
évoqué dans le texte de N. Burnel. Ce dernier “ dif¬
férait de ses subordonnés en ce qu’il n’était orné
’aucun tatouage”'^. R. Williamson, puis plus tard
A. Koskinen'’“,
fait
rapprochèrent cette singularité du
qu’aux Tonga, à Mangaia,
aux
Cook
et
Hanamïaï. La baie étant propice
aux
escales des navires mar¬
chands il s'assure, très tôt, le
monopole du trafic d'armes. En
1838 il accueille Dupetit-Thouars
et se
porte garant de la
sécurit^^
les Français et signe en 1842, en
compagnie d'autres chefs, l'acte
d'annexion du groupe sud. A la
suite de désaccords il tente de
résister. Battu, il est exilé à
Hapatoni et le titre de chef est
accordé à son neveu Maheono. Il
eut
deux épouses dont Taetanani
et
s'opposa à ce que ses enfants
soient tatoués.
148
Ci-dessus, Iot6te, habillé de tapa.
Ci-dessous, Iot6te,
vêtu d’une redingote européenne.
indépendants, appelés papa-tea (corps clairs), qui
ne se
faisaient pas tatouer...
Les autres chefs marquisiens, tout particuliè¬
rement
tatoués comme lotete qui était entièrement
caractère quasi divin ne portaient aucun tatouage.
“bleu”, se devaient de retrouver à leur mort le
Dans le cas du Tu’itonga, chef sacré des Tonga, la
corps immaculé qu’exigeaient les
coutume
voulait que sa personne soit trop sacrée,
et
divinités Ivienui
Uputonohiti qui les accueillaient dans le
prestigieuse et tapu pour que son sang soit versé
“meilleur des au-delà”
dans une opération rituelle comme la superincision
père Petithomme qui, en 1847, nous rapporte cet
et le
tatouage. Il semble que des considérations de
même ordre
se
soient
appliquées aux dirigeants
sacrés de Manua et de Mangaia...
J.G. Frazer, à propos des tabous sur le sang,
des missionnaires catholiques. Il
entretient de bons rapports avec
notait : “Il y avait (autrefois)... une classe d'‘arioi
à
Manua, aux Samoa, des dirigeants investis d’un
lotete, chef de Vaitahu et
visage. ” Pour les îles de la Société, T. Henry
écrit: “...Ce tabou repose
probablement sur la
croyance courante que l’âme (de l’homme) ou l’es¬
prit de l’animal réside dans le sang... C’est une
règle courante que celle qui défend de répandre sur
le sol le sang d’un roi... La répugnance à verser le
sang royal paraît n’être qn’un cas particulier
d’une volonté générale de ne pas répandre le sang
ou de ne
pas en laisser couler par terre... Dans l’île
de Horn, dans le sud du Pacifique, après une
bataille, on trouva parmi les blessés le frère du roi
vaincu. “Il était triste de voir sa femme recueillir
dans
ses
mains le sang
qui avait coulé de ses
blessures et de le jeter sur sa tête, en poussant des
cris
déchirants.
Tous
les parents
des blessés
recueillaient de même, jusqu’à la dernière gout¬
te, le sang qui coulait de leur blessures ; ils allaient
jusqu’à coller leurs lèvres sur les feuilles des buis¬
sons et
à lécher le sang jusqu’à la moindre goute-
lette”. L’explication générale de cette répugnance à
verser
du sang par terre se trouve probablement
dans la croyance que l’âme loge dans le sang, et que
par
conséquent tout endroit sur lequel le
sang
tombe devient nécessairement tabou ou sacré...
Les exceptions marquisiennes procèdent très
probablement d’une conception très voisine ;
A. Koskinen la retrouve en particulier en
Nouvelle-Zélande’®. Dans ce pays, les
prêtres, qui sont comptés parmi
les Maori les plus tapu, ne
portaient à la tête ancun
tatouage parce
que
cette
partie de leur
corps
était
beaucoup trop sacrée’”’.
E. Tregear y
relève également le
terme de papatea
qui signifie : “ Ne pas
avoir de marques de tatouage sur le
:
Havaiki a’o oa. C’est le
étonnant usage consistant à enlever les couches de
tégument ainsi marquées, en frictionnant le corps :
le ua ho’e te ki’i. Quelques noms de tatouage, iviei-
nui, hue tai, eia vau, mata vau, puoe... pourraient
faire allusion à
cette période et à la forme
plus
simple d’embaumement qu’était le hakapa’a ; tous
deux exigeant des femmes qu’elles
aient les mains
tatouées. Seules celles appartenant à la classe tapu
pouvaient assurer un devoir aussi “dangereux” et
pour lotete ce fut “Taetanani” qui s’en acquitta et
expliqua au missionnaire que son époux devait ainsi
apparaître sans tache devant la déesse “Oupu”.
Le tatouage,
caractéristique des personnages
éminents de la hiérarchie sociale, n’était donc pra¬
tiqué ni sur ses représentants les plus sacrés, ni sur
les plus humbles. A la mort, ce qui avait marqué le
plus prestigieux, au plus profond de sa
chair, devait disparaître, afin qu’il soit admis
vivant le
auprès des immortels qui, tout comme la trinité
céleste Tehitikaupeka, Teuutoka, Teuuhua, ne por¬
taient pas
de tatouages. On ne pouvait souhaiter
chaîne mieux bouclée pour conclure sur les varia¬
tions du tatouage.
La complexité de cette société
marquisienne, la place du tatouage
au
sein du
monde des vivants et le rôle du chef notamment, à
la fois profane mais encore fortement imprégné de
sacré, se trouvent ainsi dépeints dans toute leur
subtilité et leur apparente ambiguïté.
353.
A.Koskinen, 1960, p.42
Desgraz, 1843, p. 95.
354.
;
C.A.Vincendon-Dumoulin & C.L.F.
R.W.Williani.son, 1924, vol. l,p. 419.
J.G.Frazer, 1988, vol. 1, pp. 622-627; T.E. iTowdish, “Mission
from Cape Coast Castle lo Ashantee'\ Londres, 1873, p. 207.
L’île de Futuna (Wallis et Futuna), fut autrefois appelée lie Horn.
355.
356. A.Koskinen, I960, p. 42.
357. J.Coivan, 1921, “Maori tattooing survivais: Some notes on Moko”
Polynesian Study Journal, Vol. 30, n°120, p. 244.
T.Henry, “Tahiti aux temps anciens”, 1945, réédition revue, en
français, 1988; P.Rey-Lescure, “Le tatouage... de l’ancien Tahiti”
B.S.E.O. juin 1946, n°76, p. 191; A.Lavandes, “Le Tatouage en
Polynésie”, à paraître.
358.
•
Le tatouage, un
rite d'intégration
Deux exemples ethno-historiques
de son mancfue de mana, se traduisait en effet
certains devoirs ; si ces derniers n’étaient pas
sem¬
par les succès ou les échecs (ju’il rencontrait.
accomplis, le pacte entre les hommes et leur
blables, (juant à la nécessité du tatouage pour
Dans la croyance populaire, le chef était res-
milieu était rompu. Le tatouage, surtout pour
témoignages ((iii suivent nous
Les (leux
révèlent
des
mécanismes
étroitement
dignitaires marquisiens, figure parmi ces
chef ou responsable de haut rang. Les dif¬
ponsable des phénomènes naturels et sociaux.
les
férences dévoilent les rapports complexes liant
Par sa situation par rapport à ses ancêtres et
devoirs.
étroitement et réciproc|uement le tatouage, le
aux
chef, la tribu et les ancêtres. Dans le récit de
gié entre les vivants et les morts, les forces sur¬
J.B. Cabri, il est aisé de pressentir le rôle du
naturelles
chef, tête gouvernante ({ui, j)our sa tribu, choi¬
tribu. Le haka^iki
un
sit
et
nomme
un
“juge” ou un guerrier. Il
impose, même à
appose et
étranger,
un
sa
divinités, il était un intermédiaire privilé¬
les
et
problèmes concrets de la
se
trouvait donc respon¬
sable du bien-être et de la prospérité
peuple,
ou
au
de son
qu’ils recevaient
Les offrandes
en
contrepartie étaient dignes de celles offertes
aux dieux.
C’est (jue chefs et prêtres, tout par¬
ticulièrement, étaient considérés
comme
des
divinités dont on attendait qu’ils assurent la
sécurité et le bien-être de leur tribu.
Cet état
contraire des calamités (jui
d’esprit était certainement le
même sur l’ensemble de l’archipel, à quelques
bien
s’abattaient sur lui. La foi populaire lui attri¬
(jii’ayant un caractère obligatoire, n’en pre¬
buait les chutes de pluie, l’accalmie des tem¬
nuances
près, tant (jue l’équilibre culturel ne
moins la forme d’une proposition
pêtes, le soulagement de certains troubles, la
fut pas
ébranlé. Avec la transformation pro¬
effectuée dans le cadre de ndations écjuilibrées
fertilité des femmes, l’abondance des récoltes,
fonde des mentalités
de le
volonté
nait pas
entre celui
Cette volonté,
tatouer.
qui décidait du tatouage et celui qui
etc.
Les populations dépendaient ainsi de leur
devait l’accepter. Dans le cas de J. Coulter, cet
hakaHki pour leur équilibre et l’obtention de
équilibre, reposant
biens de
sur
un
consentement
tout
ordre. La paix,
le succès des
au
cours
de la seconde
siècle, ces croyances s’effacè¬
moitié du XIX'
rent des mémoires car les
esprits meurent avec
les peuples qui ont cru en eux.
Certains com¬
mutuel, était rompu. Le tatouage devenait dès
guerres ou
d’autres entreprises engageant la
prirent, à ce moment là, qu’à leurs “supersti¬
lors une obligation toute ])uissante et absolue.
collectivité, comme les campagnes de pêche ou
tions ” pouvait se subsituer un pouvoir acces¬
J. Coulter risquait
de perdre la vie pour ce
refus car il mettait le clan en danger. L’amitié
de plantation... leur étaient attribués.
de famine, il était clair que cette
En cas
situation
(jui les unissait et le rite d’échange des noms
anormale découlait d’une négligence et que lui
chef n’y pouvaient rien^'‘\ La décision
seul était en mesure, par une intervention adé¬
avec un
auprès des divinités, atna, d’y remé¬
était revendiquée par la communauté et échap¬
quate
pait aux chefs eux-mêmes. Ici, c’était la tribu
dier’^'*.
([ui, touchée dans sa survie, contraignait le
propre à sa charge, c’était susciter la réaction
conseil à agir sur l’un d’entre eux parce que <
dernier était considéré
d’une
rupture
comme
des forces qui
i
’
Enfreindre
l’obligation du tatouage
forces destructrices et la rupture de l’ordre
••.
.1’,,^ usage se
volu
i“
chef devait en répondre j)Our son peuple.
Les preuves
chef
évidentes du pouvoir d’un
ou,
à l’inverse.
revspectes
(.
hiirgcs ^
inéxorablement.
Au tatouage se
(jui unit l’Homme
mêle un caractère sacré
au
Monde qui l’entoure,
celui des forces naturelles de
aux
son
quotidien,
forces surnaturelles dont il est issu et avec
lequel les anciens étaient en constante relation
de leurs ancêtres, de leurs chefs,
jDar le biais
esprits de la
des gestes (ju’ils réj)ètaient traditionnellement
j)rotègent si
depuis leur Création divine.
aux
•mes
proposé par les Européens ; les
fondements de cette culture s’effritèrent alors
révèle un des
ceux-ci la
l’équilibre entre le normal et l’anorinal. 1
sible à tous,
l’échange sont
A
certaines
^es])ondaient
359. N.Burnel, 1866: ^^Uri chef peut protéger tel étranger
qu’il lui plaît et pour cela il n’a qu’à le tablier en lui don¬
nant son propre nom ou le nom de l’iin de ses propres
parents.
--■U
I960, p.103-104, 109-110, 140-141.
Prise de possession
de l’île dé Tahiiata
!(’: 1"^ mars 1842. M.Radiguet.
149
Te Patu Tiki
•
Tatouage aux Iles Marquises
L'Art du
Le témoignage de Jean-Baptiste Cahri, vers 180 O
'fik'll.
témoignage
Le
de
J.B. Cabri est le plus ancien
laissé par une personne ayant
été
tatouée
des
par
Marquisiens selon leurs
tatouages, coïncide avec son intégration dans
de me soutenir la tête et me tatoua sur le visa¬
de ces associations déjà évoquées et dont
ge le quart de masque qui me donne le titre
une
une des
Il dit
neuf
ans
aux
qui situe
y
vers
avoir
1795,
séjourné
son
l’occurence ici encore une fois, le cheP'’'.
l’œil droit un soleil que ces peuples nomment
Ces
mehama et qui me donnait le titre de juge. Je
souffris
PRÉCIS
corps.
véritable
SÉJOUR
DU
gendre deux tatouages. L’un mar¬
constance
ie
vallée, en confirmant
MENDOÇL
Utiludesuà, ^^0.
6
motifs
sur
le corps ne
aucun
de
je sus me faire remarquer de mon
roi m’en témoigna sa satisfaction, mais enco¬
il me créa vice-roi de cette île et me donna
le commandemant de sa garde.
Ce fut alors qu’il me tatoua le plastron
officiellement dans la hiérarchie
locale. Si le fait de n’avoir
que je porte sur le sein droit,
ces
sur
leur peau la marque distinctive de leur
d’épouser la fille d’un chef, il ne pouvait être
dignité. Aussi
comme
Ce
mac
changement de situation, au sein de la
famille, et de statut, au sein de la tribu, se
ainsi
enregistré
aux yeux
de
par nous
X^leterre. J’y restai qmnxe
rusf alWre de
lui-même qui pratiqua l’opération et ce point
ne
J" s expiré que je pris du ser
“:‘’%a:s Us^^rm^e: royales.
Dans cette circonstance précise, c’est le chef
est
^capturer.
Lntons de
tous.
qui en est la
dignité. Ces peuples vont nus... et (portent)
nution,
l’avait pas empêché
envisagé apparemment de prolonger cet état.
trouva
cette cir¬
pirogue et dix hommes qu’elle contenait...
quisition d’une charge qui l’intégrait pleine¬
et
(Tahuata)... Dans
Aussi de retour au palais, non seulement le
re
^itu-àe»
signes imprimés dans la peau, l’ac¬
le reste du
beau-père pour avoir enlevé à l’ennemi une
'hATU? .DE BORDEAÜX,
PAHS les ILES DE
tatoua
je fus rétabli, je pris part à une
Ste Christine
jy K A BUIS,
son
me
expédition qui avait lieu contre la seconde île
DE
à la suite de cette
qui
Cette opération... dura trois jours...
Dès que
historique et
nouvelle famille, l’antre consacrait son sta¬
ment
beaucoup de cette dernière opéra¬
départ
quait l’intégration de cet étranger dans sa
150
paupières de
sées sur ma figure, il me mit entre les mains
union, d’appliquer sur le visage de
par les
les deux
tion. Ces deux dignités royales une fois appo¬
avec une fille de chef.
tut social au sein de la
constituèrent
sur
d’un insulaire
1804. Il reçnt ses premiers tatouages peu
Son bean-père décida,
tatouages
de même
arrivée
de l’expédition russe de
nouveau
divers
l’équivalent des “papiers officiels” de
correspondant à celui
après son alliance
Il ne s’en tint pas là ; il me
tatoua
Marquises, ce
son
de son gendre.
étroitement liée à son membre instigateur, en
propres coutumes et concep¬
tions.
caractéristiques premières était d’être
g^H-acttle
mon
beau-père porfe-t-il,
roi, le masque entier et sur son esto¬
est un
large plastron. Mon beau-frère
porte pas de masque mais le plastron
que
je porte
sur
le sein droit, lui le
porte sur le sein gauche, comme héritier
gagner à U
présomptif”’®.
à remarquer car il est lié au tatouage du
visage et à l’application de motifs impor¬
tants, sur un plan
cats
à tatouer
symbolique, et très déli¬
puisqu’ils touchent au pour¬
tour des yeux.
361. G.H. von Langsdorff, 1813,
■J.B. Cahri, dans son pays d’adoption.
C’est
du moins la façon dont il le ressentit et le tra¬
duisit. En cela, il était entièrement redevable
Le second épisode, présentant quelques
analogies avec le précédent, se situe lorsque
J.B. Cabri marcha
haka’iki : “... J’avais gagné... l’amitié de
W. Llandy
époux... La cérémonie de notre mariage eut
note, à cé propos, que tatoués et non tatoués
lieu sur une haute montagne... au bout (de
montaient côte à côte. J.B. Cabri se distingua
quelque) temps mon beau-père me fit part de
par une prouesse tactique et son haka’iki lui
ce
qu’il avait résolu de faire en ma faveur. A
cet
effet, il me fit entrer dans une chambre
fit alors
tatouer
au
combat.
au
Walniaïki... J’eus le bonheur de devenir son
le nouvel
“insigne” mar¬
quant son accession au rang de grand guer¬
du palais qui lui sert de chambre à tatouer et
rier.
Enfin, la troisième circonstance impor¬
là il me fit asseoir, sur une natte près de lui,
tante
dans laquelle J.B. Cabri reçnt d’autres
ordonna à un chef de sa garde, appelé Haty,
te
vol. 1 : “Notre interprè¬
J .B. Cabri, qui était un peu et irrégulièrement tatoué,
mais sur tout le corps, reçut à Vune de ces occasions (asso¬
ciation “à la table d’un chef” !) un œil au noir ou plutôt
bleu.” p. 121. Cette citation évoque le second tatouage
des yeux reçu par J.B. Cabri, après celui en soleil qui lui
au
donnait “le titre de juge”.
362. J.B. Cabri, Genève, 1817, p. 6-8.
Ci-dessus
Fac similé
(le la première page du récit.
Ci-contre
Portrait en pied de J.B. Cabri par
Orlovski d'après Tilésiiis, publié dans l'ouvrage de
G.H. von Langsdorff. En haut bois gravé qui le
représente avec une sorte de turban.
Le témoignage de J. Coulter, en i833
J. Coulter, médecin sur le “Statford”,
est la seconde personne
le
dont nous possédions
témoignage sur les circonstances de son
Mais divers malheurs s’abattirent encore sur
eux
la tribu ; des événement naturels
qui appa¬
décision ; que lui-même ne pouvait rien pour
;
qu’ils ne reviendraient pas sur leur
raissaient inexpliqués.
Ce fut alors que ces
protéger sa vie et que toute la tribu, hommes,
tatouage. Cela se passa à Hiva Oa, dans une
incidents
furent
femmes
vallée de faible importance où il s’était fait
comme
débarquer en 1833. Cette île était encore très
peu
touchée par l’influence extérieure. La
tribu chez
qui il s’installa, qu’il ne nomme
pas, était en conflit avec ses voisins plus puis¬
sants.
Elle
avait
“Toomova”, ami
avait
lui-même
interprétés
signes des divinités marquant leur
courroux
;
les usages à leur égard n’avaient
pas été respectés.
L’auteur rapporte ainsi la
suite du déroulement de ces journées ;
“Un
et
enfants
étaient
(pourtant)
amis ; quant au tatouage en soi,
rien...”.
J. Coulter
accepta
ses
cela n’était
enfin, mais
demanda expressément à “n’avoir ni le visa¬
ge,
ni les mains tatouées...” Le conseil des
chef âgé et important, nommé Mate, me dit
chefs répondit “immédiatement que cela irait
le chef
alors que la population croyait qu’un esprit
et
“ikoa” de J. Coulter,
maléfique agissait contre eux... et que finale¬
ajoute : “Je dois faire remarquer ici que les
phénomènes étranges arri¬
chefs aux Marquises sont considérés comme
déjà souffert
ou
anormaux
et
perdu des membres très
ment
tous
ces
qu’il serait fait selon son désir... ” L’auteur
proches de sa famille, dont deux avaient été
vaient, ou étaient produits, parce que, ayant
des
enlevés”'. Pour “Toomova”, ce nouvel ami
été fait chef à
peuple leur fait des offrandes””*. Les séances
adopté à la vue de son magnifique fusil, se
n’avais pas été marqué ou tatoué comme il se
de
présentait à une période cruciale. Il repré¬
doit. Afin donc de prévenir tout antre mau¬
durant lesquels il reçut “les tracés caracté-
sentait un atout capital pour le groupe affai¬
vais sort contre eux et leur vallée, c’était leur
ristiqueâd’un chef. ”
bli qui entendait bien l’utiliser sur un plan
vœu
tactique,
comme
c’était en général le cas.
J. Coulter fut donc nommé chef, ou chef de
guerriers, et honoré en tant que tel.
mon
arrivée
parmi eux, je
de divinités, atua, et que tout le
tatouage
s’étalèrent
sur
deux jours,
que je sois immédiatement tatoué comme
leur chef ;
ils étaient sûrs qu’ensuite tout
rentrerait dans l’ordre. ” Malgré ce désir très
motivé de la communauté
qui l’hébergeait,
J. Coulter se refusa à subir cette
opération
salvatrice.Tous en furent peinés et choqués.
La situation même de l’auteur devint précaire ;
son
sortes
ami lui expliqua que : “ cela n’avait aucun
sens
de
s’opposer à
363. Ce paragraphe shnspire du texte de J. Coulter, 1845,
p. 204-209 et de son analyse par K. vonden Steinen.
*
Le
chef Toomova dont parle J. Coulter est cité par
K. von den Steinen sous le nom corrigé de Tumoa, à moins
qu’il ne s’agisse de To’omoua !
364. La notion de divinité
aut7-es
et ce qui touche les atua et
dieux fut étudié par E.S.C. Handy dans son ana¬
lyse de la religion polynésienne, 1927. Cette même année
paraissait l’ouvrage du père S. Delmas sur l’ancienne
religion de l’archipel, rédigé à partir des écrits des pères
des Sacrés Cœurs.
—•
Vue de Nuku Hiva vers 1814,
illustration de Scliilliheer.
À droite : **Morai (sic) ou cimetière”
Nuku Hiva, Domeiiy de Rienzi.
'l '*
v--
■
-
■'
-:>-;■•
.C^v-li-V
L a
]perception
1 ’évolntion
e t
dU
tatouage
Si un voyageur, dans les dix ou vingt dernières
années
du XIX”
siècle,
ne
recevait
pour
toute
réponse sur la raison du tatouage que l’allusion à
un
simple ornement de caractère purement esthé¬
tique, il ne fallait pas en conclure pour autant que
pratique n’avait jamais en d’autre vocation,
cette
remarquait l’excellent ethnologue allemand K. von
den Steinen. Il
ajoutait: “Il ne s’agit que d’un
témoignage limité, dans le temps et l’espace, à une
situation actuelle. Cela ne signifie pas pour autant
que cette coutume ancienne n’a pas d’histoire pour
la simple raison que celui qui la porte ne sait plus
t
apporta le portrait fort bien réussi. Ce fut une
grande rumeur parmi les insulaires... C’était
une
grande aquarelle tiers nature, en pied, 0
et
qui reproduisait avec toutes les §
nuances, les arbres, les poissons, les des^
sins variés qui constituaient le costume de
l’insulaire... Son enchantement fut tel qu’il
fit cadeau à l’artiste de
tout
un
attirail de
grande cérémonie ; parures en plumes se plaçant
en
éventail derrière la tête ; colliers de chevelures
qui retombent sur la poitrine et sur le dos ; larges
oreillettes
en
nacre
qui encadrent les oreilles ;
rien à son sujet. ” En effet, à son arrivée dans l’ar¬
bâton de commandement en bois de fer, garni de
chipel, le 24 août 1897, l’ethnologue qui sauva le
chevelures ;
tatouage et l’art marquisien de l’ouhli, remarquait
que cette pratique n’était plus perçue que sous un
angle esthétique et n’était plus appréciée, essentiel¬
lement, que pour l’attrait sexuel qu’elle exerçait.
Les études du début de ce siècle, se fiant surtout
aux
témoignages des Marquisiens encore en vie, et
peu aux sources écrites, eurent tendance à tomber
dans ce piège et le réduire d’autant ; il était beau¬
coup plus que cela.
Mais que représentait-il pour les Marquisiens ?
Seuls
quelques anecdotes en témoignent, plus ou
moins maladroitement :
“Un chef... demanda à
être portraituré. Duport qui est un fort habile des¬
sinateur
s’empresse de satisfaire à ce désir, à la
à peu
près que de ses tatouages... Le lendemain, on lui
condition que le Kanaque ne sera vêtu ou
,c w
crochet en nacre pour accrocher la
155
mâchoire et les yeux des
ennemis et des prison
nier s ; colliers et bracelets de dents et d’osse
ments
divers ;
puis deux beaux
casses-
têtes”’®. La joie, l’importance du cadeau
fait à l’artiste, prouvent le prix et l’atta¬
chement de ce chef, en cette année 1888, à
son
image ainsi pérennisée ; en l’occurrence, celle
La nature des
cadeaux montre aussi le plan sur lequel se situe
l’échange et le prestige attaché à la “transaction”.
Le terme prestige doit s’entendre ici en plu¬
sieurs sens. Il peut vouloir dire “charme, séduc¬
tion, attrait qui semble avoir quelque chose de
merveilleux” et peut signifier également : “éclat,
faisant état de tous
ses
tatouages.
influence, crédit*®”.
L’attrait sexuel du
tatouage : “Que ce soit sous
angle rituel ou esthétique, il
un
à fait naturel que le .
est tout
tatouage des régions érotiques
soit important. Celui du fessier,
en
dehors de la beauté des orne¬
ments, fut sûrement conçu en
partie pour effrayer l'adversaire.
Il est courant autour des lom¬
baires, du bas-ventre, des
organes sexuels et du nombril. Il
touche les muqueuses et descend
jusqu'aux genoux mais l'endroit
le plus apprécié est la hanche. Il
La perception marquisienne
Le charme et l’attrait sexuel
Si cet aspect du tatouage n’apparaît, de façon
voilée, qu’à la fin du XIX” siècle, c’est qu’en cette
époque, de plus grande curiosité, il était très diffi¬
cile d’aborder certains sujets et malaisé, ou malve¬
nu, de dévoiler en public des réalités trop intimes.
met en
ment
valeur le premier vête¬
porté ainsi que les orne¬
plumes, cheveux et
tapa...” d'après K. von den
ments de
Steinen.
Dessin de M.
365. E. Bouchet, 1893, p. 187. Cette énumération, (pii fait preuve crime
certaine difficulté à déterminer la fonction de (pielques pièces, évoque
déjà une belle collection. Certaines pièces sont assez rares, comme ces
crochets (jui doivent correspondre aux hameçons sacrés placés dans les
yeux, la bouche, d’une victime humaine offerte aux dieux, cf Ami hune.
366. Larousse du XX" siècle.
Radiguet, Taiohae,
Nuku Hiva.
Page de gauche
Portrait de marquisienne,
fin du XIX'. Collection privée.
Te Patu Tik
•
L’Art du
Tatouage aux Iles Marquises
♦_
En outre, nombre d’informations peut-être acces¬
Les tatouages des
sibles aux marins et navigateurs, ne l’étaient guère
femiTieS I “Leur buste et leurs
aux
membres sont élégamment ornés
écrits de caractère
de figures disséminées mais le
lignes tracées sur les lèvres, est
survie qu’au fait d’avoir été relevés par des méde¬
tatoué” remarque
F.D. Bennett, pourtant
cins plus autorisés par leur fonction, sous couvert
des
à la Madeleine (Hatouiva, nom
actuel Fatuiva) une femme de la
plus haute taille qui était tatouée
de la tête aux pieds comme le
hommes...” note
C. de Roquefeuil.
Modèle de tatouage pour
jambes de femme réalisé
par Kahi tatoueur de Hiva Oa
pour K. von den Steinen.
que le tatouage de zones sexuellement importantes,
comme
sier, les cuisses... figuraient parmi les objectifs
majeurs, si ce n’est indispensables, d’un tatouage
partiel. Pour un homme, le souci esthétique se por¬
tait essentiellement,
s’il le souhaitait, sur les ais¬
les hanches, les fesses, le prépuce...
siens, bien réels mais si différents des nôtres, ne se
tatouage, ce dernier contribuait à nourrir la flam¬
dévoilaient que dans la pratique d’une vie commune
me
selles, le pourtour de la taille, le bas de la ceinture,
Outre
l’attrait
amoureuse
par
sexuel, quasi magique du
les charmes
et
la puissance
et
il est clair que bien des aspects de la vie intime,
attractive
ou
secrète, des habitants de ces îles n’étaient pas
unanimement considéré comme une garantie, sûre,
portés à la connaissance des Européens, si ce n’est
par accident.
qu’il exerçait. Le tatouage était ainsi
de s’assurer l’amour d’un partenaire, si ce n’était
les-faveurs d’un plus grand nombre. J.E. Bell, en
1883, constatait les effets des interdits administra¬
Trouver le bonheur conjugal grâce au tatouage !
tifs et écrivait : “Autrefois, il était de coutume que
Ceci était vrai, même de ménages divins ! C’est du
les femmes pressent de leurs assiduités l’homme le
moins ce que racontaient les tatoueurs par le biais
plus tatoué, en raison de sa belle allure. Il n’en
éprouvait aucun trouble. Probablement les belles
de Nuku Hiva vont-elles être obligées de changer
leur conception de la beauté masculine”®®.
de
légende,
les origines du tatouage,
connue à travers tout l’archipel : “Hamatakee ren¬
cette
le
sur
qui paraissait fort triste.
Pourquoi tant de tristesse ? lui demanda-t-il.
C’est que ma femme m’a abandonné et elle se
livre à des libertins.
Si tu veux la regagner, faistoi beau par le tatouage ! Elle te trouvera si mer¬
veilleusement transformé qu’elle te prendra pour
contra
dieu
Tu
Car autrefois le tatouage accompagnait, tout
-
156
la région du bas ventre, des hanches, le fes¬
scientifique et médicale, à parler du
corps sans trop choquer les esprits. Le sens de la
protection de l’intimité et la pudeur des Polyné¬
de curiosité
Américains m'ont assuré avoir vu
sont les
ethnographique. Nombre de
détails qui passèrent à la postérité ne durent leur
visage, à l'exception de quelques
rarement
missionnaires auxquels on doit la plupart des
aspect plus que sur d’autres. Il apparaît cependant
-
-
un
être nouveau et elle reviendra.
-
Eh bien ! mets-
toi à l’œuvre. Hamatakee le tatoua et de fait. Tu
parut un être si nouveau et si attrayant, que toutes
les femmes auraient bien voulu le
que voyant, sa
depuis
ce
conquérir. Ce
femme s’empressa de revenir. Et
jour, tout le monde voulut
se
faire
tatouer”. ”
Le lien
entre
le tatouage et le
plaisir sexuel
était bien réel. Certains sens des noms de motifs le
suggèrent, ainsi que leur localisation sur le corps.
Chez la femme, une part importante des motifs se
situaient sur des zones érogènes, ou liées à la fécon¬
dité. Ainsi pour une Marquisienne du XIX” siècle,
un
beau tatouage comptait, s’il lui était possible de
le porter, des motifs sur les lèvres, autour du lobe
de l’oreille,
sur
les épaules et parfois le haut du
dos, une ligne plus ou moins large descendant entre
long de sa vie, VEnata soucieux de plaire. Pour
jeune Marqiiisien, ou une jeune Marquisienne,
il était considéré comme un des moyens d’attirer les
faveurs du sexe opposé. Le maître tatoueur ne
manquait pas de le rappeler au cours des séances
de tatouage pour faire reprendre courage à son
patient ou sa patiente. A un âge plus avancé, on
au
un
considérait cet ornement comme pouvant masquer
les effets de l’âge,
tels chez nous certains autres
artifices. Le tatouage, après avoir été un charme et
parfois un gage d’amour, devenait alors le garant
d’une sorte de “jeunesse éternelle”... du moins
symboliquement ! Ainsi, il n’était pas rare de faire
raviver des motifs après un certain âge, comme
nous le montre H. Melville en
parlant d’un vieillard
Taipi “dont le tatouage avait plus ou moins pâli
avec les ans et
exigeait quelques restaurations ; en
conséquence (le maître tatoueur) s’occupait simple¬
ment à retoucher les œuvres de quelques-uns des
anciens maîtres de l’école Taïpi, tracées sur la toile
humaine... ”®™.
Ces tatouages,
quel
que
soit l’âge, étaient
les seins, de très nombreux motifs sur le ventre, le
habituellement mis en valeur par une huile ou une
des reins, le bas des fesses, les cuisses et les
préparation qui pouvait donner assez souvent au
creux
régions intimes^’®.
corps entier une teinte surprenante.
De façon tou¬
Le tatouage
chante W. Handy rapporte qu’alors
qu’elle admi¬
étendu
masculin, quant à lui, était si
qu’il semble subjectif d’insister sur cet
rait la beauté des tatouages très fins que portaient
peau”'*.
une
•
La perception
et l'évolution du tatouagi
très vieille dame de Ua Pou celle-ci, à la fois
heureuse mais gênée de ne pouvoir les faire admi¬
rer
dans
toute
leur
fraîcheur, se retira quelques
instants afin de les enduire d’huile de
coco
et
les
faire ainsi mieux ressortir”'.
D’après le témoignage de Marquisiens
mêmes, le tatouage des lèvres,
eux-
Marquises
comme en Nouvelle-Zélande,
paraissait indispen¬
sable aux femmes afin de masquer les effets de
l’âge ; les rides semblaient s’annuler sous les bigar¬
rures bleu sombre. Des lèvres, des mains, des
pieds
non
tatoués étaient, a priori, repoussants.
Ch.L. Clavel rapporte qu’à son époque, au début
des années 1880,
aux
il était honteux de ne pas être
tatoué et R. Linton, dans son étude sur le compor¬
tement,
conclut qu’aux Marquises
ne
pas
être
tatoué équivalait à une nudité indécente
♦
Le prestige
De tous ses ornements, le Marquisien tenait le
tatouage pour le plus précieux, et ce terme n’est
“Ceux d’entr’eux qui possèdent
quelque dignité en portent les marques sur la
Il n’est donc pas étonnant que perpétuant
“de glorieux souvenirs... jamais enveloppe mortel¬
le ne (fut) plus richement décorée”™. Beauté, cou¬
rage, luxe, prestige étaient résumés dans cet art.
Dès que la pression de la tradition sur le
tatouage se relâcha, on assista à une libération du
pas un vain mot.
157
367. Père S. Delmas, 1927, p. 188.
368. L.F. Tautain, 1896, écrit : “Le tatouage idéal... compre¬
nait une ligne plus ou moins large descendant entre les seins ;
de très nombreux dessins sur le ventre, les reins, les fesses, les
Modèle de tatouage pour
nymphes*, étaient tatouées. En arrière le tatouage pénétrait
dans le sillon inter-fessier et jusqu’à la muqueuse de l’anus... ”
p. 246.
*
pénil : synonyme de Mont de Vénus.
*
nymphes : synonyme de petites lèvres.
réalisé par Kalii pour KvdS, mis
369. J.E. Bell, 1" octobre 1883, p. 751.
peu d'individus dont le tatouage
cuisses, les jambes... le pénil*, les grandes lèvres, voij-e même les
370. H. Melville, 1951, p. 301.
réfexion de femmes marquisiennes, qui rejoint un souci esthétique partagé par les femmes
maories de ISouvelle-Zélande ; autrefois des lèvres non tatouées
étaient repoussantes et le tatouage des lèvres masquait les effets du
K. von den Steinen
note
cette
vieillissement.
371. W. Handy, 1965, p. 200-206, 1922, pl. XX et XXI et carjiets de ter¬
rain.
Ces motifs avaient été tatoués par le tuhuna Oaterea. Te Mono Hokati
(le notn de cette personne varie selon les pages des carnets) de Hakahetaii à U a Pou avait également les mains tatouées ; à l’époque où
W. Handy la rencontra, elle avait plus de soixante-dix ans.
372. R. Linton, 1939,
f.l72.
homme dans le style de Hiva Oa,
en
volume par Pat Cab.
De passage à Nuku Hiva et Hiva
Oa en 1818, C. de Roquefeuil
constate :
“Je n'ai vu que très
offrit un dessin régulier...” mais
à la fin d'une vie bien remplie
celui-ci tend à envahir le corps
entier, pour ceux dont la posiijon
le permet.
Dès 1804 J.F. Bliimenbach et
G.H. von Langsdorff relèvent :
“
il n'y a aucune partie du corps
qui soit exempte de cette opéra¬
tion douloureuse ; malgré les
dangers évidents on y soumet les
paupières, la langue et la portion
373. J.B. Cabri, Genève, 1817, p. 12.
la plus sensible des membres que
374. M. Radiguet, 1859, p. 128.
la pudeur défend de nommer...”
Te Patu Tiki
L'Art du
•
Tatouage aux Iles Marquises
Scène de séduction sur
un
tohua de Vaitaliu : “Ici
sacrifier au plaisir est un droit
que personne ne conteste, dont
l'exercice n'expose à aucune flé¬
trissure et qui n'est soumis à
aucune
entrave...
C'est peut-être
à la liberté illimitée dont jouit la
jeunesse qu'il faut attribuer cette
retenue
dans l'âge de l'efferves¬
cence
de la plus violente et la
plus douce des passions. ”
C. de Roqiiefeuil. Lithographie
du XIX’’ à partir des illustrations
du voyage de J. Dumont d'Urville
sur
VAstrolabe et la Zélée ^ en
1838.
tatouage qui marque
combien il était prisé ainsi
que l’attrait qu’il exerçait sur l’ensemble de
Marquisiens. Attrait auquel s’alliait le désir de
partager le prestige qui en découlait. F.D. Bennett
résumait ainsi son sentiment d’Européen face à sa
large distribution : “ Cette pratique doit plutôt être
considérée comme une tentative de parure dans
laquelle les plus versés sont ceux dont la vanité ou
la ricbesse leur permettent au mieux de supporter
la peine pt la dépense
L’engouement pour cette
coutume était donc général : “ Le tatouage était
considéré comme une grande marque de beauté ”™.
était dû au talent avec lequel le tuhuna adaptait les
compositions
aux
diverses parties du
corps,
en
fonction de l’effet produit et de l’animation qu’al¬
laient leur donner les distorsions des muscles
mouvements.
Ils étaient
en
particulièrement vivants
articulations de la main, au poignet, aux ais¬
aux
selles, à l’épaule, aux pieds et aux chevilles, au
talon ou sur les genoux... W. Handy, raconte qu’en
rendant visite au dernier maître tatoueur en vie, à
son
époque, celui-ci eut un tel plaisir à faire revivre
ses
souvenirs que, soudainement emporté par ceux-
ci, il : “
...
se dressa et, marchant de
façon dont
long en large,
homme mettait
“Les souffrances du tatouage sont vives... cepen¬
démontra la
dant les patients, hommes et femmes,
tatouages à leur plus grand avantage ; en pliant le
bras, il pouvait montrer ses aisselles ; en marchant
complexe de valeur. Cette dernière,
les mains jointes dans le dos, il déployait les motifs
le
comme
ses
Car à la beauté s’ajoutait un
tent avec bonheur”^".
sentiment
s’y soumet¬
un
remarquait
J.A. Shillibeer
en
1814,
le
lieutenant Anglais
ou
l’officier suédois
J.A. Graaner en 1819, était augmenté de la force
de sa poitrine ; en s’asseyant les jambes croisées, il
dévoilait les motifs de la pliure du genou...”™.
Si
l’on trouve tant de représentations de visages aux
d’âme nécessaire au patient qui avait su vaincre la
articulations, ces kautupa ou nutu kaha sur les
piqûres martelées dans sa chair.
Ch.L. Clavel le souligne: “Les Marquisiennes
(sont) plus fières de ce tatouage des mains que les
mains et
douleur des
hommes...
tant de
(en raison de) la douleur atroce résul¬
piqûres nombreuses au niveau d’une région
aux genoux, ou ces mata komoe... c’est
qu’ils s’y s’animaient ; et dans le terme animer se
retrouve
celui de
souffle, ou d’âme, tout comme
“l’image” recherchée par les ancêtres des
tatoueurs marquisiens modernes.
dans
riche en filets nerveux... (ceci entraîne) un légitime
Un
sentiment d’orgueil”™.
Plus que tout autre peuple polynésien, peut-
autre
aspect
très marquisien de cette
recherche esthétique et visuelle liée au tatouage est
être, à la fierté du combat livré les Marquisiens
la “ quête de lumière ” que nous avons évoqué à la
allièrent
l’importance attachée à la souffrance
d’aboutir à la perfection d’un
ornement et à la recherche d’un plaisir esthétique
suite d’H. Lavondès. Un des effets
surmontée afin
sissants
érotique poussé à l’extrême. Aucune région du
corps ne paraît avoir été épargnée et la plus grande
part, si ce n’est toutes les muqueuses, pouvaient
être ornées bien qu’en certaines de ces
régions, où la douleur ressentie est très
vive, il ne soit possible d’aligner que des
séries de points ou de tirets.
et
niers temps et pour ce que
dehors
de
cet
W. Handy appelle le
style de Hiva Oa, dans le contraste lumineux entre
la teinte de la peau et la noirceur des motifs, la
luminosité du regard et le sombre bandeau tatoué
sur
des
sur
les yeux, la blancheur
dents
éclatant
la noirceur des
gencives et des
lèvres...
En
optiques sai¬
réside, tout particulièrement dans les der¬
F.D. Bennett
écrit
aspect, ce qui rendait le
en
1835 ; “Lorsque
tatouage si attrayant
le
visage est très
abondamment
tatoué, un cercle
de peau
intact
•
La perception
et l'évolution du tatouage
habituellement laissé autour de chaque œil, ce
est
qui produit un effet particulièrement spectaculaire
et
effrayant”*. Dans les années 1840,
presque
W.M. Wood
constate
un
effet similaire
:
“...des
vieux guerriers, grimés des pieds à la tête, de cette
spectrale... verdâtre... (sont) rendus plus
encore
par le contraste rouge de leurs
paupières, par rapport à la blancheur de leur globe
occulaire
Sans doute plus sensible à l’esthé¬
tique, Max Radiguet à la même époque en a une
autre vision: “Si le Noukahivien parle et s’anime,
son œil noir, grand, nacré, d’une mobilité extrême,
éclate dans le tatouage où s’ouvre aussi, dans un
sourire, la raie d’argent de ses dents blanches
teinte
horribles
A. Koskinen, à propos de ces plaisirs du corps
si naturellement goûtés, écrit du sexe :
tait
aucun
“Il n’exis¬
mystère autour du sexe en Polynésie,
réellement. Ils tentèrent de l’expliquer et
l’idée que cet ornement pouvait, par
exemple, tenir lieu de vêtement et être ainsi destiné
à cacher “la nudité primitive”*. Sous cet angle, le
tatouage paraissait mieux adapté à la chaleur et à
l’humidité de ces latitudes, ainsi qu’aux déplace¬
pas
conçurent
comparable à ce qui existe chez nous. Le mystère
ments
repose entièrement, chez eux, sur l’importance du
“vêtement”. Certains autres en conclurent, comme
conception du monde. Toute chose,
E. Robarts, qu’il s’agissait surtout d’un pur capri¬
sexe
dans la
dans la cosmogonie, tirait ses origines de l’union de
deux
puissances sexuées. Nombre d’enfants
en
ce
dans une nature foisonnante que tout autre
esthétique ; c’était un peu court et terriblement
réducteur !
Polynésie avaient été témoins de naissances et de
L’étonnement des visiteurs était par contre
d’intimité dans les intérieurs
unanime lorsqu’il s’orientait sur l’attitude marqui-
morts...
Le manque
rendait inévitable à ceux-ci le fait d’être témoins de
relations
avec
amoureuses
Ce très grand contraste
les usages, christianisés de si longue date en
Europe, firent que les habitants de ces îles furent
sienne
envers
Ce
manque
de
qui, pourtant, comme le
certains, “se gênent”; cette façon
constataient
qu’ont les hommes d’arborer, pour tout vêtement,
ceinturon ou une simple ligature du prépuce,
un
pour le moins comme impudiques. On jugeait qu’ils
sans
n’avaient, non seulement aucun sens de la nudité,
semblances pour
qu’ils possédaient un sens outré du
plaisir et de la valeur du sexe. Cette constation,
hautement choquante pour la toute rigide morale
“victorienne” de l’époque, entraîna la condamna¬
tion verbale puis effective du comportement poly¬
nésien le plus simple envers son corps, celui des
autres, ses conceptions de la beauté et des échanges
amoureux*. Le corps, matière physique et mortel¬
sexualité.
“retenue” des femmes
considérés petit à petit, au cours du XIX' siècle,
mais
la
le moindre embarras, étaient autant d’invrai¬
les esprits des XVIII' et XIX'
encore
le, source de troubles incontrôlables, devait être
nié ou du moins ignoré. La nudité des Marquisiens
auquel il était
associé, ainsi qu’au plaisir physique, se vit d’au¬
tant plus condamné qu’il exposait et valorisait ce
qui était intolérable à cette époque. Auparavant,
les voyageurs du XVIII' siècle ne comprenaient
guère plus les raisons d’une telle habitude. Du
moins, sans doute influencés par la philosophie
libérale et peut-être par l’esprit libertin de leur
temps, les “découvreurs” ne les condamnèrent-ils
fut donc combattue
et
le tatouage
—•
Entrevue entre
A. Dupetit Thouars et
des chefs de Nuku Hiva :
“Te Moana rassembla les chefs
(Teïs) alliés de Taiohaë...
Tous..., à l'exception de Te
Moana, étaient âgés, tatoués et
nus,
les vieillards complètement
bleus, les autres magnifiquement
bariolés... chacun tenant son
éventail avec dignité comme un
sceptre. On distinguait plus par¬
ticulièrement dans ce groupe un
guerrier nommé Pakoko. Il avait
pour diadème un rameau de
cocotier... Sorti de la classe des
kikino (d'humble condition),
devenu par ses faits d'armes
l'une des puissances de l'île,
Pakoko (était) le type du chef
polynésien, véritable représen¬
tant du
parti national... Te
Moana... était un jeune homme
de vingt ans environ... ”
M. Radiguet. “Je n'ai jamais pu
375. F.D. Bennett, 1840, p. 307.
376. J.S. Warren, 1860, p. 86.
377.
V.Lallour, cahier 3, f 17.
anciens témoignages, par les membres de rexpédition
qi^aucune
partie du corps n’en était exempte, malgré les dangers de l’opération.
Ils citent le bord des paupières, la langue et même la ‘‘portion la plus
sensible des membres que la pudeur défend de iiommer. ”
Uun des plus
russe
dont ,1 .F.Blumenbach et G.ll. von Langsdorff, note
378. Ch.L. Clavel, 1885, p. 2W30
379. W.Handy, 1965, p. 110-111.
380. F.D. Bennett, 1840, p. 307.
381. W.M. Wood, 1849, p. 146.
382. M. Radiguet, 1859, p. 121.
383. A. Koskinen, I960, p. 47.
il y a environ vingt ans, recevaient en confession
d’épouses marquisiennes après éj^i’elles aient accompli leur
devoir conjugal auprès de leur mari, tant on leur avait mis profondé¬
ment en tête le sens du péché de chair.
384. Les prêtres,
nombre
385. Cette hypothèse,
émise par les Forster et reprise par quelques
paraissait d’autant plus plausible que ces peuples n’éprou¬
vaient apparemment aucune honte à paraître entièrement nus mais
concevaient comme honteux, par contre, de ne pas être tatoués.
autres,
deviner, dans les questions ou
dans les réponses de Mohana, s'il
avait pour les Français... du
mépris ou de l'enthousiasme :
quand il nous encense, c'est tou¬
jours pour les plus petites
choses ; et quand nous cherchons
à lui faire admirer quelques-unes
de nos plus belles découvertes, il
prétend que c'est notre faiblesse
et non pas notre génie qui les a
faites. ” J. Arago.
159
Te Patu Tiki
•
L'Art du
Tatouage aux Iles Marquises
siècles. Au-delà de ces constatations et jugements
•—
Les contacts :
avec
divers,
aucun ne
chercha à saisir quelle idée ce
siens, de condition très diverses,
se
mirent à parcourir le
Pacifique en compagnie de
européenne
variés. Ces hommes en ren¬
chez eux étaient porteurs
d'impressions, d'expériences tpii,
j)rogressivement, modifièrent
leur vision et leur façon de vivre.
Sur le délicat problème des contacts entre ces
deux mondes, par trop différents, et les imbroglios
et drames
qui se nouèrent, Greg Dening écrit : “ Les
Eiiata entrèrent dans le discours européen sur la
Celle-ci était
leur “sauvagerie”. Ils n’étaient pas seulement dif¬
férents ; ils l’étaient d’une façon sauvage qui faisait
d’eux des objets de curiosité, non des sujets de
communication... (Ils pratiquaient ces actes “in¬
compréhensibles ” de cannibalisme et de polyan¬
nature
humaine comme une énigme.
drie, et...) pour troisième caractéristique pertur¬
bante, ils étaient tatoués, outrageusement tatoués.
de ces témoignages :
■
rement
1775, J. Marra : “Les habitants, particuliè¬
les hommes, car très peu de femmes firent
leur apparition, étaient plutôt de très grande taille.
Ils étaient forts, vifs, bien faits et en général plus
Portait de Hawaiien
aquarelle de J. Webber, 1777.
Jeune homme de Vaitahu
aux
cheveux coiffés à la façon
d'un béret écossais !
Dessin anonyme.
Page de droite
Océaniens
lithographie
de G. Mützel.
■
le révérend W. Ellis publie dans
En 1829,
Polynesian Researches" : “Dans la pratique du
tatouage, ils (les Marquisiens) surpassent toutes
autres nations à la fois par son extension sur le
et
corps
la variété des images et motifs. Leur
grossier
tatouage est moins
que
celui des Iles
Sandwich* et Palliser**, moins curieux et circon-
volutionné, dans les figures, que celui qui impres¬
sionne dans la contenance des Néo-zélandais, tout
Tahitiens
emj)reint d’incompréhension. Voici quelques-uns
Dessin de F. Marant-Boissauveur.
dessinés
visage de façon permanente était un scandale sau¬
Le discours européen sur le tatouage fut donc
lors des combats de l’Uranie.
cuirasses tatouées forment un
bon effet sur des corps nus, vigoureux et fortement
aussi élégant et de loin plus abondant que celui des
i6o
Zélande émigré à Tahiti et tué
P. Chanal, que ces
Dans la culture européenne, marquer le corps et le
vage qui hypnotisait les observateurs
Maori de Nouvelle-
386.G90Ré1vCreAnd
L’évolution du tatouage sous l’influence
marins venant eux-mêmes tl'liori-
trant
lui certaines parties du corps... Le pouvaient-ils ?
peuple avait de la nudité, en quoi consistait son
l'expansion du commerce
maritime, des marins polyné¬
zons
sens de la pudeur, cjuelle valeur présentaient pour
élégamment peints qu’aucun autre de ceux rencon¬
trés jusqu’à présent ; même plus que les néo-zélan¬
dais puisqu’ils ont même la face interne de leurs
lèvres de tatouées. Les figures sur leurs
visages et leurs poitrines sont égale¬
ment
curieusement tracées et déli¬
mitées ; aucun peintre en Europe
n’aurait
pu
esquisser ainsi les
lignes générales d’un oiseau, un pois¬
son ou
autre animal avec autant de net¬
teté et plus d’exactitude
■
1804, U.F. Lisiansky : “La pratique
du tatouage m’apparut dans un premier
temps comme ridicule. Mais lorsque l’on
s’y accoutume, je trouvais que ceux
qui avaient le plus de
motifs étaient les plus
avenants ”™.
■
feuil :
1817-18, G. de Roque“Je
trouve,
comme
■
1838, C.A. Vincendon-Dumoulin : “Au pre¬
mier aspect cette curieuse peinture étonne, mais on
s’y accoutume bien vite et l’on finit par admirer la
variété et la régnlarité qui président aux caractères
qui la composent””’.
1838, même expédition, M. deRoqnemanrel :
“(Les Marquisiens) sont de vrais démons dont la
vue seule
pourrait faire pâlir d’effroi ; imaginez■
vous
des hommes dans l’état de nature, non point
cependant tels qu’ils sortirent des mains du
Créateur qui les fit, sans doute, à son image aussi
bien que nous, mais des hommes défigurés de la
pieds par le tatouage le plus
Figurez-vous ces corps
hideux, n’ayant pour tout vêtement
tête
aux
bizarre.
des peintures burlesques incrus¬
que
tées dans la peau...
■
1858
ou
59, Mrs. J. S. Warren :
“Le vaisseau fut environné de bateaux
Dening, 1980, p. 274.
387. J. Marra, 1775, p. 157-158.
388. U.F. Lisian.sk-y, 1814, p. 85.
389. C. de Roquefeuil, 1823, p. 311.
*
W. Ellis, 1829, p.315.
Hawaï
**
Apataki, Arutua, Kaukura et Toau, au
nord-est des Tuamotu.
Vincendon-Dumoulin
1843, p.222.
et
y f 392. M.de Roquemaurel, 1988, p.24.
C.L. Desgraz,
Te Patu Tiki
•
L’Art du
Tatouage aux Iles Marquises
bien
Portrait de Marquisien
par Lucien Gauthier, photo¬
graphe à Tahiti entre 1904
et
1921.
Exemplaire du Journal
Officiel interdisant le tatouage
en
date du 15 septembre 1898.
avant
que nous
atteignons la baie d’Omoa
(Tahuata)... Un grand nombre des natifs vinrent à
défigurés
par
le tatouage
que
leur
apparence
étaient excessivement révoltante””*.
■
à
l’administrateur, le 25 juin : “Je viens d’ap¬
première guerre mondiale
ration. Les fameux artistes tatoueurs sont morts et
avec
eux
leur
art est mort.
Dans
quelques baies
j’ai vu de jeunes hommes, en partie et assez pau¬
et attentatoire à la liberté individuelle.”
jamais ”*”L
que
au
chef de poste
vrement,
tatoués mais le réellement beau travail
qui est visible sur tous les corps des hommes ou des
femmes
de
Des
âgés de l’archipel à disparu à tout
premiers navigateurs
Hanapa’aoa (Hiva Oa) : “(Trois individus) qui se
sent
sont fait tatouer verseront,
XIX' siècle
entre les mains du chef
de vallée, chacun cinquante francs. De plus, vous
ici une évolution des
vers
un
aux
résidents, on
jugements, à la fin du
durcissement des attitudes.
long au milieu du nouveau
plus qu’à ces passants, c’est aux multiples
équipages cosmopolites, débarqués de plus en plus
fréquemment, pour quelques jours ou quelques
tatouage. Tout ce qui aura été donné à ... Kaitoua
semaines, de navirns marchands de tous acabits
à huit centimètres de
Bien
pour le travail et les outils seront confisqués et éga¬
qu’incombent les influences pertubatrices, en par¬
lement versés entre les mains du chef. ”
ticulier à ces nombreux Polynésiens venant souvent
de
Hanaiapa (Hiva Oa) : “Je tiens pour vrai que les
indigènes de la vallée de Hanaiapa se font
tatouer... À cause de leur éloignement, ils se sen¬
tent peu surveillés. Vous voudrez bien vous rendre
à Hanaiapa... et vous visiterez les jambes et les
bras de tous les indigènes sans exception”**®.
d’archipels beaucoup plus en contact avec les
Européens : Néo-zélandais, Hawaiiens, Tahitiens,
habitants des Iles de la Société, etc.). A cela vinrent
se
surajouter, dans la seconde moitié du XIX'
siècle, les quelques mesures prises par les autorités
militaires et administratives puis, de façon plus
D.Hall et A. Osbourne : “Les
largement tatoués, non seule¬
ment sur le corps, mais également en larges ban¬
deaux traversant leur visage ce qui les défigure
énormément. Les Français ayant un oeil tout parti¬
culièrement attiré par la beauté des
femmes, tout spécialement lorsqu’il
OFFI Cl EL
leur arrive de prendre en main la
liques que protestants. Sur ce point, H. Lavondès
et G. Dening relèvent tous deux le jugement rapide
des missionnaires qui “virent les liens profonds
reliant étroitement moralité, religion, esthétique et
statuts politiques et comprirent à quel point cela
était concentré dans une institution telle que le
tatouage. Ils (les missionnaires) n’étaient pas cer¬
tains que de telles institutions périraient d’elles-
îles, ont interdit aux
mêmes. Ils avaient besoin de l’excercice de la loi
Le sous-administrateur
Vers 1900,
■
hommes
FRANÇAIS ^DE
Il
A la fin de la
plusieurs individus, la plupart de
Jusqu’à
présent on appliquait en pareil cas des peines dis¬
ciplinaires ; une telle mesure me paraît arbitraire
prendre
ferez faire par le tatoueur une raie d’environ sept
Ucii a tr iljiiu no te ii
■
J.W. Church écrivait : “Il n’y a pas eu de pagaie,
pas eu de plat à popoi de sculpté de toute une géné¬
1887, Mr de Belleville, sous-administrateur,
Le sous-administrateur
JOURN
doit auparavant avoir été tatoué
bord... mais leurs visages et les corps nus étaient si
Puamau (Hiva Oa), s’étaient fait tatouer.
ETABLISSEMENTS
peuples tout garçon, arrivant à Tâge d’homme,
chef de poste
sont tous
L’OCÉANIE direction de
;Qiiiip(io r 1 fiirnni i ©Ifiiniii
au
|
filles,
par
ces
texte
législatif, d’être
tatouées. Par loi non écrite chez ces
durable, les sanctions des missionnaires tant catho¬
publique et c’est
en
cela qu’ils trouvèrent les
Commandants et Résidents inconstants
Les diverses positions des autorités
1856,
■
PAIVIUi
Oh'FlCIELLE
IC
h pii
de Tirii»
Tiripi: rneli» pni ce Tirmi
Dordillon
au
lettre
R"'
de
M®'
R.I.
père Orner sur la
position théologique à adopter envers
le tatouage.
1858, interdit du
■
NOUtflATIüXS, JlliTAÏliIN.s, JIDIIVKMII.N'IS
Apparemment
jusqu’en 1861.
Kermel.
■
tatouage.
en
■
rendre meilleure la terre de NukuHiva. ”
Signé La Richerie. Les sanctions sont rétablies.
pour
Cdt de
vigueur
1861 à 1863, les autorités civiles
semblent avoir cessé de s’opposer au
1863 à 1866, règlement du 20 mars : “Parole
■
Entre 1866
et
une
date
indéterminée, les
sanctions sont levées, puis rétablies.
■
En 1879, le Résident Chastanié, s’opposant
religieuses, lève les interdits qui
pèsent sur le tatouage.
aux
autorités
»
En V1884-1885, les i]|terdictions pesant sur le
,„veau appliquées.
tatouage sout a noWt'
—*
-
■W Une uettre
' ^u Résiœnt,
en date du 29 mai
àuiinscription du nom de
1885, limite le tatouage
l’individu sunle bvlas.
.
,
En
islo
rappàtot
Martiùyève les sane|ions reli-
1^ persoi^es qui s’étaifent faites
^^aJpHLéeslou
se ïaisaïent tatoupç^'j-'^^’^^'^^
1898,
ay^ÊMjjJ.-5-^'e|>tembre,gouver¬
Gallep'
i
n^rdSlint le tatouage dansHould’ar¬
chipel des Mes
■
neur
IV^arquises, poub raison d’hygiène et
19931 lettre clu
Motu\y [aka
demandant
l’abrogatioii^l de ïl’arrêté du iSviseptembre ^rS^R,
Quand M'' Martin... vint repreiïdi% le gouverne¬
ment de la mission en
1890, il rapporta la sentence
de M*' R.I. Dordillon.
Nous/>né'voyons pas que le
tatouage en ait beaucoup/pçofité ; il a continué à
//
dans tout l’archipel mais
lorsqu’on 1901, lé .Commandant Cerminet (sur le
Protêt) passattâns'les îles et qu’on lui demanda si la
la pratique du tatqua;ge
sérieuse : “ Tatouez-vous si cela vous
plaît, rép'bndît-il, et dites que c’est moi qui vous le
permets ! vféMalgré cette licence, nous pourrions
défense était
presque dire cet encoura¬
Réponse du Haut
le tatouage
marquisien s’en est
Haka, le 9
allé,
il
ciellement-considéré commb^ tombé en désuétitlle. il
\ I
bort
et
taWuage que l’on a cherché à interdire est très
souvenir
)J
ïtrihue, par les pratiques qui l’accompagnent, et
qu’il rappelle, à écarter les
Marquisiens de la christianisation. Ce que nous
àUKtdut
les idées
devons remarquer, c’est que le tatouage se fait sur¬
tout
à Puamau, dont l’esprit est médiocre, et où la
disparition du cannibalisme est récente”’. ”
L’interdiction du tatouage n’en était pas pour
autant aisée à formuler. Le père Siméon Delmas, en
1927, se souvenait des hésitations des missionnaires
et
de celles de l’Administration.
Quel fondement
légal donner à une telle interdiction ? “ Quelle loi
permettrait d’intervenir ? - Serait-ce pour “ coups
et blessures ” ?
Mais le patient est volontaire et
Mrs
394.
J.S. Warren,
1860,
p.85.
395.
territoriales,
Archives
Dossier 1
bis. Correspondance
Départ du Résident à Taiohae,
Niiku Hiva, sous série 7 B, 1887.
396.
D.Hall
et
A.Osbourne, 1901
Il s’agit du récit d’un voyage
touristique. Défait qu’il y ait eu lui
texte législatif s’appliquant tout
particulièrement aux femmes
paraît plutôt tenir de ces ,
réflexions plus épidermiques
qu’objectives. Il existe peutêtre, enfoui dans ur
registre oublié, signe
d’une fantaisie d’un
officiel de passsage,
p. 101.
nmis cela
douteux.
-
paie même pour qu’on le traite ainsi ! - Serait-ce
Mais les
tatoueurs (étaient) les seuls chirurgiens de l’archi¬
pel... - Mettre une forte patente sur le métier de
397. J.W. Church, 1919, p. 303.
tatoueur ?...
Monsieur
pour “exercice illégal de la médecine
_
C’était ridicule et inefficace
Mais pour cette coutume, alors qu’à la même
on débattait des problèmes juridiques
qu’elle posait, il était déjà trop tard !*"' Plus “que
époque
la
menace
de
l’excommunication,
un
sourire de
pitié dégoûta peu à peu les indigènes... Au contact
des blancs, ils commencèrent à ressentir une certaine
honte de se voir considérés de trop près et comme
des bêtes curieuses à cause de leur tatouage. Ne diton
pas que certains auraient désiré se “ détatouer ”
en
refaisant l’opération avec inoculation de lait ?...
398.
G.Dening,
1980,
p.231;
H.Lavondès, 1975, vol. I, p. 238.
399.
L.F.Tautain,
le
Administrateur
Monsieur
le
Etablissements
‘^Rapport de
docteur
des
Tautain,
Marquises à
Gouverneur
des
Français d’Océanie,
Taiohae, T'' avril 1894. “Archives du
Ministère de la Fr-ance d’Outre-Mer :
A
131-143.
Cité par
1975, vol. l,p.338.
H. Lavondes,
400. Père S. Delmas, 1927, p. 188-192.
401.
E.Berchon, 1861, p.22 écrit
:
“Yotete (chef) de Vaïtahu s’était même
opposé à ce qu’on tatouât
fils : Hinao, Tehoueo et
Teapouna... »
absolument
ses
(fatuiva) par J.P. Luce.
Te ipil tel que le rencontre
Charles Samuel Stewart, chape¬
août 1829.
n’est
UjiliShninistrateui^.F. Tautain, dans un '^ap-\^\
DUt^vdes missionnaires qui sont convaincus qu’il
Pétroglyphe relevé à Omoa
Vincennes^ à Taiohae en juillet-
guère plus qu’un
lae 1894, résumait ainsi l’importance
En fond
lain du navire américain le
R"' Thompson, 1978,
))£ltouaVe comme facteur de résistance culturelle i~'— z393'/
p.24.
Ae
15 septembre
'4898 jtarut nn arrêté deQ’Autorité Civile défendant
gement,
^ommis^^^^e
à l’Association
dejlembrie,
selon l^uell&-l!'arréte es^ offiA
..
baisser dans l’estime pûblique... Le
trois
402. Père S. Delmas, 1927, p. 190-192.
•
La perception
et l’évolution du tatouage
Les styles, réalité ou leurre ?
Nous avons le sentiment profond que
les modifications
qui apparaissent dans
riconographie de la seconde moitié du XX''
siècle, pour aussi importantes qu’elles
soient, restent inscrites dans la tradition..
Elles reflètent, peut-être, une évolution et
sont, sans doute, une réponse à une situa¬
tion nouvelle
cette
en
fin du siècle. Elles
marquisien en l'espace de quelques généra¬
tions. Crook remarque,
dès 1797-98 : "Le
d'îles et de vallées extrêmement restreint.
En dehors de Nuku Hiva
la région sud-est comprise entre la baie du
dernières années est évidentl."
mais
trahissent sûrement un désir d'arriver plus
—•
rapidement à un équilibre de la parure
Carte générale des Marquises
dition ,1e souci
d'identification au grou¬
De tels changements ne pouvaient,
en effet, se faire "à la
légère", malgré les
pe.
et
Hakaui] il n'existe de docu¬
quelques baies de Tahuata.
aussi rapidement et le système tradition¬
nel de pensée ne pouvait envisager d'em¬
simplement des
tatouages, propriétés d'un autre groupe.
Les autres documents concernent Hiva Oa,
Hatutu
île de sable
”
U
Eiao
ou pour
Nuku Hiva
^y^Haatun
HakauiL^^'^
Taipivai
Hokatu
S.
Ua Pou
Hakahau
..ç
les motifs
Canal du Bordelais
Vaitahu^^
Terihi
f
rieurs, à
un
caprice
emprunts
ou
encore
Omoav^
;
exté¬
à un
Des
Quelle part attribuer à la manière du
ou
au
talent particulier des
ment pas
créateurs de styles
régionaux : styles de Nuku Hiva, de Ua
Pou, de Hiva Oa pour reprendre des classi¬
fications chères à W. Handy, mais qu’il faut
tatoueurs perçus comme
toutefois nuancer.
K. von den Steinen, quant à lui, ne se
manquèrent certaine¬
de naître et de mourir en fonction
goûts
ne
avec
attention les diffé¬
rences
car
les
continuèrent à y exercer
jusqu'au XXe siècle et à
transmettre leur savoir à ceux des îles
alentours
;
ils avaient alors la réputation
d'être les meilleurs de l'archipel. La grande
quablement préservé cette tradition, ainsi
modes existèrent de tout temps et, proba¬
blement
plus encore vers la fin du XIX'
siècle, du fait d'un accroissement de la
demande.
En conclure,
avec
assurance,
nibles
il relève
art
Hiva Oa
gnent les quelques écrits recueillis à la fin
du XVIII" siècle. D es tendances et des
visible l'évolution considérable du tatouage
;
leur
concerne
vallée de Puamau, en particulier, a remar¬
signalées par les tatoueurs, qu'elles
tiennent au goût ou à la tradition, comme il
le constate pour le style komo'e par
exemple. Ce travail ne rend pas moins
naux
deux tendances du
des lieux et de l'histoire, comme en témoi¬
qu'une évolution des styles s'est faite du
réalisme au géométrique en ne s'appuyant
que sur le faible éventail de données dispo¬
nibles, relève plus d'une volonté illusoire
de classification que d'une analyse sérieu¬
se.
Les éléments iconographiques dispo¬
hasarde pas à déterminer des styles régio¬
tatoueurs
Fatuiva
î
engouement subit pour un genre nouveau.
moment
conservée
Hanavave
75 km
ou
En termes de quantité, l’icono¬
graphie la plus importante a avoir été
Rocher
5°
une
siècle dernier !
Thomasset
années 1860-1870, ne peuvent donc être
seuls
sentant
Motane
Tahuata
les siècles, en ne tenant compte
que de trois ou quatre peintres, repré¬
Puamau
fin de siècle. Les différences majeures de
aux
vers
Hiva Oa
Hanaiapa
genres, bien discernables jusque dans les
réellement
prendre conscience de l'ambi¬
guïté d'une telle entreprise, il faut
réaliser que cela équivaut à vouloir
étudier la peinture d'un pays, à tra¬
Vaipaee Hane
c'est encore en partie vrai dans cette
attribuées
Est-il dès lors
Pour
Ua Huka
d'ornements et les ornements eux-mêmes
et
l'île fut
possible de parler d'école, de style ?
Motu Iti
des thèmes de chants, de
récits, de procédés
car
.
que ce soit pour les échanges
de savoirs,
tardifs
assez
humain.
Il en allait ainsi dans la Polynésie tradi¬
,
long¬
fréquentée. Quant aux autres
îles du groupe, il n'y a que les témoi¬
gnages très tardifs, recueillis pour une
bonne part à une époque où les habi¬
tants de l'archipel se déplaçaient déjà
beaucoup, d'une île à l'autre, dans un
archipel transformé en désert
sont
temps peu
prunter, purement et
tionnelle
et
ments que pour
bouleversements de la société, car l'évo¬
lution des mentalités ne fonctionne pas
les vallées de Taiohae, de
Contrôleur2
Hakatea
révélateur d’une réussite sociale, tout en
gardant, malgré le relâchement de la tra¬
[essentiellement
échiquier qui est principalement
tatoué sur les côtés est beaucoup plus gros¬
sier chez les hommes âgés que chez les plus
jeunes, beaucoup plus fin. Un progrès dans
la façon de tatouer depuis les cinquante
motif en
proviennent d'un échantillonnage
les vallées voisines de Hanaïapa,
Hanapa'aoa, Hanamenu,
où furent
recueillis la plus grande partie des informa¬
que
tions collectées entre 1897 et 1921. Le tra¬
vail qui y fut réalisé
autant sur
aurait pu l'être tout
les plus petites îles de Eatuiva,
Tahuata, Ua Huka et Ua Pou, où le séjour
des uns et des autres (K. von den Steinen et
W.C. Handy) fut malheureusement
coup plus court.
ce
car
une
beau¬
Ce détail a son importan¬
île a été ainsi mise artificielle¬
ment en relief au détriment des autres.
165
Te Patu Tiki
•
Tatouage aux Iles Marquises
L’Art du
Style de Nuku Hiva
Pourl'expédition
les membres
amé¬
de
ricaine “Bayard Dominick
Epedition ”
dans
Baie Jlalilieu'
Aiialio
étaient
qui
l’obligation
de
l'archijjel
en
sa
contrèrent, en tout et pour
vingt-cinq per¬
tout, cent
Sur
tatouées.
sonnes
ce
s’intéresse
1900, il lui faudra attendre six
pour se consacrer, à titre
privé, à 1' étude des données ras¬
semblées sur l'arclîipel et dont la
publication, retardée par la guer¬
re, ne sera possible qu’en 1925-28.
plus aisément que la popu¬
Handy et ses collègues ren¬
et
ans
mettait de le faire d'autant
plus simple expression ; W.
Océanie
1897 à février 1898. Nommé pro¬
per¬
lation était réduite à
en
fesseur de rUniversité de Berlin
qu'ils rencontrè¬
dans
rent
Steinen (18551929) spécialiste en psychiatrie,
voyage autour du monde, mène
des recherclies en Amazonie puis
plus particulièrement aux îles
Marquises, où il séjourne d’août
systématiser. La
tentant de
J. Karl von rien
circule
publier rapidement, il était
situation
1.
TTTTTTTTTTT
179711799 : 22 500 à 19 500
habitants.
1838 : 4 à 5 000 h.
2.
Main
de
femme
:
relevé
Haiidy. L’ensemble est
composé (a) d’un mata putona
[im. 242], (b) d’une forme origina¬
le de ke\i [im. 177], (c) d’un mata
i’o [im. 232].
E.S.C.
I'^sî'^Sh^
1875 : 948 h.
1902 : 682 b.
1946 : 737 h.
1983 : 1 797 h.
nombre, d'après ses car¬
nets
de terrain, une bonne
partie des motifs relevés se
trouvaient répétés sur plu¬
individus,
sieurs
qu'ils avaient
doute parce
été
i66
“imprimés”
même
sans
tatoueur
par
un
à
une
ou
de six mois,
un
univers
d'une richesse qu'il s'effor¬
ça
de
comprendre
avec
infiniment
de
Pour cela il
entreprit un
rigueur.
travail considérable sur les
traditions, l'âme et la per¬
des
même époque et L'essentiel
ception
des personnes
peuple marquisien. Il s’in¬
concernées
étaient de, ou avaient
lien
avec,
tatouage
Hiva
téressa aux collections dis¬
Oa. Le
persées dans le monde,
de Nuku Hiva,
longtemps battu
trop
en
les autorités
brèche par
du
un
à lui, était depuis
quant
choses
tant
il
est
vrai
que
ces
objets et leur technique de
fabrication
sont
d’enseignements
riches
et
de
religieuses et civiles pour
connaissances. Compte tenu
beaucoup d'indi¬
de l'époque où il est inter¬
compter
vidus
qui acceptent de se
venu,
il a sauvé, très cer¬
livrer aux yeux de curieux
tainement, de grands pans
L'équipe amé¬
de la culture marqnisienne.
de passage.
n'en
ricaine
retira
pas
moins de fortes certitudes
et on peut regretter
parfois
qu’elles soient présentées
comme
des “vérités abso¬
lues”. En revanche, le tra¬
vail
plus riche de K. von
den Steinen
moins
est
connu.
beaucoup
Ce médecin
psychiatre allemand, atta¬
ché jusque-là à l'étude des
cultures
amérindiennes,
découvrit, lors d’un séjour
TTTTT7TT?TT
Tatouage des reins, ou
ka’ake hope [im. 148], de Tahia o
3.
Kahee, princesse tapu de Hakaui.
4.
Forme ancienne du tatouage
des jambes
d’homme de cette île,
d'api'ès Poriolio.
5.
Tatouage des jambes de
Tahia o Kahee, ha’atepeiu tatouée
dans
sa
Taheinni.
vallée
par
le tuhiina
•
La perception
et l'évolution du tatouage
167
9.
Main crhomme ornée de
vau
[im.249] ou toake
[im.442], paha niho [im.283],
mata
[im. 84] ; relevé
W.Handy, 1920-21.
hei kaki Yima
10.
Paheke [im.287], tatouage
facial propre à Nuku Hiva, éven¬
tuellement Ua Pou.
1920-21.
6.
Planche de motifs relevés
par
le naturaliste de l'expédition
russe
Photographie
de 1804 : D.Tilésius.
7. Habitant de Hakaui ; gravure
de l'Atlas de Krusenstern : expédi¬
tion de 1804.
8. Main tatouée ovnée de ka’otupa
[im. 168], poka’a [im.35.3],
[im.49], toake [im.442] ou
mata vau [im.249].
Dessin de
E. Fauque de Jonquières.
etua
^^^f^^^^assique dessiné pour
Sicilien par Kahi, tiihu-
^^^^pTiaupe (Hiva oa) et sil-
âïiÿ^é'ilu meme personnage remi:
en
volume. Dessin de Pat Cal).
Te Patu Tiki
Tatouage aux Iles Marquises
L’Art du
•
Cette île, dans les
années 1880,
comme
d'une
ment
uniformité
très
grande
qui n'existait
aujourd’hui encore, se dis¬
pas, ou pas à ce point dans
tingue nettement de Nuku
la réalité. Une telle homo¬
Hiva
généité, chronologique
;
distinction
une
nourrie des différences qui
géographique
confèrent
pond, du
chacune
à
personnalité.
sa
L’éloigne¬
Ce
ne
corres¬
reste,
guère à
“style” étant, pour
forte, une adminis¬
W. Handy,
tration
incapable de faire
conservé,
ce sont pour
observer les interdits, ont
plupart
ses
permis au tatouage de per¬
furent
publiés
plus longtemps que
dans d’autres îles.
Hanapaoa - ^
•
1797/1799 :
;
Puainau * ‘
37 500 à 32 500
^
habitants.
Mâtafeituîé
1838 : 6 500 h.
1875 : 3 510 h.
1902 : 1 658 h.
1946 : 836 h.
1983 : 1 522 h.
Haiiainate
Baie
Molu Haiiake
-
le
'
Baie
Hahamem
Hauaotiu
encore
durer
P.te"Kitikiii
et
l'esprit du pays !
tradition orale
ment, une
Stjle de Hiva Oa
Baie-des Traîtres
Baie Hananunau
-
-
'
•
mieux
motifs
dans
la
qui
le
Bulletin n° 1 du Beniice
Pauahi Bishop Muséum et
qui, depuis, perpétuent le
Ainsi,
1920-21
en
membres
de
Dominick
Expédition, à
la
Bayard
plus
souvent
l'image du
tatouage marquisien. Ainsi
et
bien
malgré la volonté
laquelle appartient Wil-
de W. Handy, une
lodean
riche et complexe se trouve
à
Handy, s'attardent
Hiva
Oa
ils
où
néficient de bonnes
d'accueil
tures
l68
les
maintien
des
autorise
de
et
bé¬
struc¬
où
réduite à quelques
culture
stéréo¬
types.
le
TTnTT7T?TT
traditions
Main
1.
fructueuses
d’homme de
Hiva Oa tatouée par un
tuhuna de Fatuiva ; relevé
dans le F" bulletin du Bernice
séum.
Pauahi
Bishop Mu¬
Celui-ci est complété
enquêtes. Ce séjour permet
W. Handy, 1920-21.
d'une étude plus large sur
de
2. Willowdean Craighill
l’occasion de
constituer
riche
un
Handy publie en 1921 son
catalogue d'ensembles de
travail
tatouages et de motifs iso¬
lés. Mais le travail effectué
rend,
ne
malgré
ampleur,
petit
nombre de
du
ont
été
relevés, ni de l'infiniment
plus petit nombre encore
de tatoueurs mis à contri¬
ceux
!
De
plus, parmi
qui témoignèrent, la
plupart étaient originaires
ou
avaient
Hiva
Oa,
été formés
à
Tahuata
ou
Fatuiva. Il n'en faut pas
plus pour que l’impression
d'unité créée, laisse croire
à la prédominance du style
de Hiva Oa
autres
îles.
de 1938.
l’Exposition
5.
sujets sur les¬
quels les motifs
bution
les tatouages
malheureuse¬
ment, pas compte,
son
sur
l'art, publiée en français à
sur
celui des
Cela
arbitrairement
le
donne
senti-
TT5TTTTTTTÏ
Eotafa, au visage barré d'un
ti'apu [im. 408], photographié par
E.S.C. Handy. Il porte sur la moi¬
tié droite du corps un bel ensemble
:
peka tua [ira. 329], fau tai
[im.66] et mata hoata [im.230],
kohe ta [im. 201], keheu [im. 183],
hue fai [im. 113], paka divers
[im.298], pahito [im. 290] et
tapuvae
[im.393], ipu ’oto
[im. 138], niho peata [im. 265]...
3.
3.
TTTTTTTTTrj'
4.
^
Tuuakeena, personne âgée d’environ
65 ans qui habitait Aluona en 1921.
5. Tatouage de la jambe gauche de Napueua,
de Puamau, tatouée par le tuhuna Tookohe de
Vaitaliu, à Tahuata. Les petits pahito [im.290]
sont placés aux chevilles, le
grandpoVi [im. 352]
de droite au centre du mollet tandis que celui de
gauche enveloppe le genou.
Te Patu Tiki
•
Tatouage aux Iles Marquises
L’Art du
Fatu Hiva
^88<
Ces quatre îles, que
faute de documenta¬
suffisante
tion
il
réunir, ont chacune
une
rent
pas sans transmettre
aux
Européens, curieux de
ne
perceptible, dont il est
impossible
importants de leur savoir,
d'imaginer
qu'elles ne trouvèrent pas
expression bien diffé¬
forme d'informations
sous
orales, de transcriptions
renciée dans le tatouage.
de motifs
La variété de cette pratique
ment
est
aussi évoquée par le Lt
H.Paulding
“Un petit
:
nombre d'hommes
tatoués
entièrement
d'autres
étaient
ne
et
de
éventuelle¬
ou
compositions.
Ceux de Ua Pou, excellents
comme
attestent
en
les
tatouages
de
Upoko
de Te Hono
ou
Hokati, eurent moins la
Certains
possibilité de pérenniser,
l'écrit, leur tradition.
s'abandonnaient au goût le
par
plus capricieux en s'étant
Et il y eut encore
fait piquer dans la chair de
d'Européens ponr se faire
façon indélébile des pois¬
l’écho du tatouage
sons,
oiseaux, et autres
animaux...
de
d'autres
tout
leur
alors
naissance,
étaient
rattache
que
rels
tatoués
moins
de Ua
Huka qui, par tradition, se
con¬
aux
TTTTSTTVTiT
Vierges
7.
MalahuÎHii
Onia
traits cultu¬
de la côte nord de
Hiva Oa.
[im. 423], de poka’a [im. 353],
pooi [im. 51-52], /'a’a mana
[im. 60].
etua
1875 :400 h.
1902 : 434 h.
1946 : 224 h.
1838 : 2 000
à 3 000 h.
1983 : 407 h.
'rrrrvîTTTTT
3. Motif pour la jambe des hom¬
:
W. Handy
bandeaux : hei [im. 82] et ti’i ooka
179711799 :
18 750
à 16 250 h.
mes
par
selle, ipu ’a’o [im. 133] puis la
série des ipu [im. 131] séparés de
Baie'
Omoa'
Motif relevé
pour la face interne du bras : ais¬
ti'i hoehoe [im. 415],
.5.
CT
CS
'TTTrmTTTT
Vahana
l'étaient que
légèrement...
,
Baie-de
disparu¬
et
leur monde, des éléments
une
170
Tauakika,
Taiokai
tels Porioho
faut
personnalité, encore
forte
Les tatoueurs de Fatuiva
et de Tahuata,
5. Ensemble ancien pour le tatoua¬
dos, des bras et des cuisses
(Fhoinmes, composé d’un moho
ge du
TTTTTTTTTTT
3.
Jambe d’homme tatouée
style de Hiva Oa mais
intégrant des motifs de Fatuiva
composé de kohe ta [im.201],
puto’o [im. 379], pahito [im. 290]
4.
[im.256] et kohe tua [im.203], de
mata [im. 226], pahito [im. 290] et
ipii ’oto [im. 138].
6. Raies, i’a va’u [im. 117] d’après
un
tuhuna de Ouia.
dans le
avec
mata
hoata
[ini.230],
ka’ake [im. 146] et tiki [im.440],
vaho [im. 248], pua hue
[im.372], fatina [im.65], hiku
atu [im. 94], tapit vue [im.393],
relevé par W. Haudy.
mata
de noir, jusque même
y'/ <
le revers des lèvres...”
■/Tl»
1.
TTTTTTTTTTî
1. Main et avant-bras de Tetua
pariho ;
Ha’a O Te Hono portant, en écri¬
b) Marthe Ha'atapu, de Hiva
Oa, tatouée par une tuhuna de
Fatuiva, jjorte en dehors d’un
’ama upe’a [im.l7], de poka’a et
etua, plusieurs po’i’i sur le dos de
la main et au revers du poignet. Sa
main est protégée par des fanaua
[im.63], matua hee moa [im.250]
et pariho aux doigts (relevé W.
Handy).
ture inversée, une
inscription hos¬
tile au passage à la nouvelle reli¬
gion. Photographie Louis Grelet.
2. Mains de femmes
: a) Hma
[im.l23] ornée de ka’otiipa
[iin.168], etua paou [im.50], fee’u
[iin.177], pariho [ini.323] ; au
revers
s’ajoute un tamau [im.391]
et sur le pourtour de la paume des
valia
ni
TTTTTrrrTTT
s. Tatouage ancien de jambe de
composé de koniho
[im.212], mata hoata [im.230],
vai ta ke’etu [im.484], panao ou
ponao [im.354], ikeike [im.l25],
hei po’i’i [im.87], akaaka fa’a
[im.l4], mata ’omo’e [im.233],
pahito [im.290], puha tahi
[im.375], nutu kaha [im.269],
tava [im. 398].
femme
4.Planche,
•
Uapou
Tahuata
Motopu j
179711799 :
4 500 à 3 900
habitants.
1838 : 1 000
à 1 100 h.
'
^Hapàtom^
1875 : 459 h.
1902 : 332 h.
XTrrTTTTiTT
1946 : 305 h.
1983 : 555 h.
1. Motif pour
l’aisselle relevé
Handy ; l’originalité de
cette composition réside dans
l’utilisation du poka’a [im. 353]
pour les visage qui cantonnent
le ipu [im. 131] de l’aisselle, et
la chaîne d”enata [im.42] dont
par W.
|
TTTTTTTrmr
1792/1799 :
4 500 à 3 900
i. Motif pour la jambe porté par
habitants.
Tahia Tahaani de Hapatoni.
1838 : 2 000 à
3 000 h.
1875 : 290 h.
1902 : 272 h.
1946 : 684 h.
deux
composent
[im. 49] central.
un
Motu Papa
179711799 :
3 000 à 2 600
habitants.
etua
1875 : 250 h.
1902 : 184 h.
1946 : 190 h.
1838 : 2000
à 3 000 h.
1983:1 791 h.
1983 : 476 h.
TTTTTTTTTTî'
2.
Tatouage de la jambe de
Te Hono Hokati, tatoué dans le
style ancien de l’île et relevé par
W. Handy. Il se caractérise par
un style spiralé très fin ; ef. vai
me’ama [im.478], mata Vo
[im. 232] et pakiei [im. 313].
3. Motif tatoué sur les mains de
MirrrrrrM
deux hommes de Ua Pou où
5. Main tatouée dont le tatouage,
distinguent
un
ka’otupa'
[im. 168], ou mata putona
[im.242], des poka’a [im.353],
des etua [im.49] et demi-efua,
etua paou [im. 50] et pariho
[im.323].
relevé par W. Handy, est inachevé :
’wia vaha [im.l23]. A la base des
doigts se succèdent des poka’a
[im.353], des poVi [im.352] for¬
mant un regard du type ka’otupa
[im. 169]. Le poignet est entouré
d’une succession depohu [ini.346]
et eia va’u [im.ll7].
se
TTTTTTTTTTT
1.
Motif pour la face interne du
bras
;
le ipu de l’aisselle est
absent par contre
l’espace qui
l’entoure, placé sous la garde
d’un petit etua [im.49] sc termi¬
par un
type de ka’ake
[im. 146] particulier où se devine
ne
la
de
terminaison
la
main.
Comme à Ua Pou les paires de ipu
[im. 131] sont presque carrées,
symbole de perfection. A chaque
extrémité de la série des ipu ’oto
[im.l38] se retrouve la demi-lune
propre aux tatouages des chefs.
2. L’île entretenait des contacts
privilégiés
Nuku
Hiva,
avec
et
les Taipi, de
la côte nord de
Hiva Oaj. ceci est sensible dans le
tatouage, tout
particulièrement
du visage : ti’apu [im.408].
''iTTTJTVrm'
2.
Uahuka
Hâiïateteiia
Hanàlèîo
et Févolution du tatouage
La perception
Gravure
d’une
femme
de
Tahuata, d’après un dessin de W.
Hodges ; voyage de J. Cook, 1774.
tirée du volume I de
K. von den Steinen, consacrée au
tatouage des jambes de femmes ;
photographie, représente les
jambes de Vahana Upoko. La gra¬
vure du bas a été réalisée à partir
la
d’un relevé des années 1840 par
Swanston de la
jambe de Tahia
Tahaani, de Hapatoni à Tahuata.
Te Patu Tiki
•
L'Art du
Tatouage aux Iles Marquises
La
dépréciation de cet art s’était amorçée à
partir des années 1830, mais selon un mouvement
très lent
et
endroits les
mal discernable. Alors que
dans les
plus fréquentés, comme Taiohae, les
baies du Contrôleur
ou
de Hakaui
ou
celle de
Vaitahu, on ressentait les effets des confrontations
avec un
flux important d’équipages de baleiniers et
santaliers, les autres vallées de l’archipel bénéfi¬
ciaient indirectement des retombées des
Longue inscription
portée par Moaetahi de Hakaui,
Nuku Hiva, relevée en 1897-98
par K. von den Steinen. Elle
contient des indications sur luimême et sa vie : ses noms, usuels
et
!?£
contre
les propagateurs de la
nouvelle foi et l'abandon
des|
anciens dieux.
Hokaohaaniau,
fassent
bien
moins
au
de popularité qu’il n’avait jamais connus.
sible
aux
revenus ou
rares
de vue du pittoresque, je sou¬
d’influence sociale stif-
lisante. Ceci entraîna du
/
reste
l’enrichissement de la “ corpo¬
ration”, comme on le remar¬
quait précédemment.
S’il est bien difficile d’établir quels
motifs ou quels styles disparurent
premier, compte tenu de la
façon sporadique pour ne pas
dire partiale, dont l’infor¬
mation nous est parvenue, il
raître cette coutume, à cause des
relativement
humains qui autrefois
prétendre faute de
groupes
n’auraient pu y
qu’autrefois et que chez les jeunes
gens on ne voie plus guère que des
tatouages incomplets, il n’est pas
de baie qui n’ait son opérateur... On
a
essayé officiellement de faire dispa¬
qui peuvent survenir. Au point
mai 1878.
la société traditionnelle, permit donc
tatouage, dans un premier temps, d’atteindre des
tatouer
jeune homme déssiné lors du
Nuku Hiva, entre le 5 et le 15
enfauts, du moins les garçons, soient
obligations, voulues
L’effritement des
tiquer cet art. En 1881-82 P. Claverie
passage de la corvette Ariane
B. von Werner, à Fatuiva et
par
population qui, jusque dans les années 1850 et sou¬
vent bien au-delà, continua à apprécier et pra
accidents
commandée par le capitaine
que ses
tatoués™.
11 devenait en effet beaucoup plus largement acces¬
se
aussi une invitation à résister
1840, s’opposa, ainsi, à
à Tahuata, dès les années
ce
sommets
de sa famille, son clan et celui
C'est
valeur, pour les personnes situées au sommet de la
hiérarchie sociale. lotete, principal chef de Vaitahu
cès au tatouage d’une partie plus importante de la
occasionnels, ceux de memhres
nait des liens particuliers...
de la coutume alors que dans un même temps
le tatouage perdait de son sens et se vidait de sa
commerciaux. Ceci avait accru les possibilités d’ac¬
constatait : “ Quoique les Marquisiens
d'autres avec lesquels il entrete¬
échanges
ment
en
,
-H
semble du moins assuré que
n’ait pas réus¬
cette lente érosion atteignit
si... D’autres causes que l’op¬
davantage les hommes que
position de gouvernement local
enco¬
agiront plus efficacement
i.NsüLAiRE DES M-AiiQuisEs.
les femmcs. Celles-ci conser¬
re ; encore deux ou trois
générations et cette mode vèrent très longtemps, surtout au sud, l’usage de se
tatouer les lèvres”’. Il est curieux du reste de
aura à
peu près vécu. Ces causes sont les relations
constater que le tatouage facial, pourtant si voyant
de plus en plus fréquentes des Marquisiens avec les
indigènes des Tuamotou et des îles de la Société ; et mal perçu par l’extérieur, survécut jusqu’aux
derniers temps du tatouage, pour les hommes.
pour ceux-ci, en effet, un Marquisien tatoué est un
A cette curieuse persistance, la conception
objet de raillerie””’.
maorie apporte sans doute un élément d’explica¬
haite que l’on
Cette dévalorisation n’avait touché, au début,
que ceux qu’attiraient les effets
de l’implantation
tion.
En
Nouvelle-Zélande, en effet, le tatouage
facial servait de signature aux chefs ; il marquait si
européenne sur leur île, et les richesses dont ils
clairement
pourraient être les bénéficiaires. Dans le même
groupe ou un rang social que les Européens qui y
une
identité
et
l’appartenance à
un
temps, les constantes infractions aux règles sociales
séjournaient étaient capables de le reconnaître"". Il
religieuses que suscitaient ces contacts, en affai¬
blissant la tradition, facilitèrent la propagation du
tatouage, “esthétique” surtout, par l’assouplisse-
était ainsi
et
intrinsèquement lié à la personne et
de son individualité. Ce sont, sinon, les
tatouages des parties cachées par les vêtements qui
garant
•
se
perpétuèrent le plus longtemps ;
une
vieille
exigé par les circonstances. Cette tendance à user
dame, décédée dans les années 1980 à Nuku Hiva,
de semblables
portait de tels tatouages qui ne furent découverts
précautions, évidente aujourd’hui
chez la plupart des jeunes chefs et des métis, se
enfants, et petits enfants, que lors de sa
manifestera chez les naturels des classes inférieures
par ses
dernière toilette. Il fallait “ ruser ” afin de concilier
les
exigences de
à
coutumes et
race
l’anecdote qui vient d’être citée, une remarque de
Clavel
égard ; “ Certain
chef intelligent de Nuku Hiva voulant à la fois
sacrifier au goût de ses compatriotes et frayer
“honnêtement” avec les Enropéens, se fit tatouer
tout le corps à l’exception des mains et du visage. Il
était ainsi toujours présentable, selon le costume
est
très révélatrice à
les relations avec les individus de
On peut
attribuer cette modification, d’un goût si prononcé
jadis, pour beaucoup à l’influence du métissage,
passablement à celle des missionnaires et des rési¬
dents, un peu aux relations avec les Européens et à
la facilité pins grande des communications avec
Tahiti où les Marquisiens s’exposent aux quolibets
d’un peuple qui, peu généreux à leur endroit, les
celles
imposées par le pouvoir colonial. En dehors de
ses propres
que
mesure
cet
blanche s’accentueront davantage...
traite en définitive de barbares”'*’*.
♦
Les formes ultimes du tatouage
Pour être tatoué
cependant, à partir des
années 1860, ce n’était plus aussi simple.
H fallait
s’arranger pour le faire loin des autorités civiles et
religieuses, et ne pas risqner d’être dénoncé. Il fal¬
lait se rendre dans des vallées moins évangélisées,
on
moins accessibles
aux
autorités, où un chef ne
risquait pas de vous dénoncer. Ce semble avoir été
le cas à Hatiheu et Anaho, à Nuku Hiva et peut-être
qui surent se faire encore plus
d’autres vallées
“
secrètes ” comme Ho’oumi ou l’île de Ua Pou et
les îles du groupe sud ; pour Hiva Oa, ce fut le cas
assez
longtemps,
en
dehors des vallées voisines
d’Atuona.
Le 29 mai
1885, le Résident interdisait com¬
plètement le tatouage traditionnel, ne laissant
comme exutoire aux
Marquisiens que
les caractères alphabétiques:
‘
""
“Le tatouage qui consiste à
écrire sur le bras d’un
individu son nom est
seul permis - Lettre du Résident numéro 54 du 29
mai 1887
-
personnes
Vous aurez donc à rechercher toutes les
qui se sont fait tatouer autrement”*’^.
W.P.Ci'ook, p.25 du Mss de Crook, soit p.l8 du Mss. de
406.
G.M.Sheahan.
407. P. Claverie, 1894, p. 52.
M.Radiguet constatait: “Aucun de ses enfants n’était tatoué,
s’y étant opposé jusqu’à ce jour.” Ce sont probablement ces
enfants dont Radiguet fera le portrait à Vaitahu en 1843. Ils étaient
trois aînés d’un premier înariage : “ Taheia ” (Tahia, unefdle. Son nom
complet, beaucoup plus long, aurait permis de mieux l’identifier) et les
garçons Timao et Tehoueo. Enfin d’un autre mariage il avait un plus
jeune fds Teapoua.
408.
lotete
...
409.
H.Best, 1924, “The Mao7-i” Polynesian Society Memoirs n°5,
vol. 2, p. 555.
du tatouage facial utilisé comme signature et marque
d’appartenance tribal, cf. pour la Nouvelle-Zélande : H.G. Robley,
1896 “Moko; Maori tattooing”, Londres, p.11-16 et fig.5-9 ;
J.S. Polack, 18.38, “ New Zaland : Beitig a Narrative of
410. A propos
traveh and adventures... ” Londres, vol. 1, p. 386-387 ;
W. Ellis, 1853 : “Polynesian Researches... ”, vol.
3, p. 355-356.
411. P. Claverie, 1894, p. 52.
412. .Archives territoriales de Papeete, Tahiti,
Correspondance de l’Administrateur au
Chef de poste de Puamau, le 21 juin
1887
La perception
et l’évolution du tatouage
Maison J. Hart & C’"
à Taiohae, Nuku Hiva. En 1872
John Hart {1836-1900} achète
800 hectares à Tahauku, vallée
voisine de Atuona (Hiva Oa) et
les fait cultiver par une main
d'œuvre chinoise et gilbertine
(archipel des Kiribati). Le
domaine ayant été ravagé par un
tsunami en 1877 ses biens,
comme ceux
de beaucoup
d'autres colons, passèrent peu à
peu aux mains de la Société com¬
merciale d'Océanie, filiale de la
Scharf und Kayser de
Hambourg.
Te Patu Tiki
•
L’Art du
Tatouage .aux Iles Marquises
La beauté et la diversité
des ornements marquisiens inspi¬
rèrent les lithographes, soucieux
C’est ainsi que se répandit la pratique de tatouer
Ils lisent
des lettres, qui n’était pas inconnue, mais était res¬
d’abord, comme autant de motifs inversés, alors
tée jusque là assez limitée.
que nos yeux sont plus entraînés à embrasser le mot
entier...”"'*. Ce détail
de regrouper en “planches” les '
populations des parties les plus
reculées du monde.
reconnaissent
et
En 1885, Charles Clavel écrivait :
“L’arrivée
son
importance si l’on
considère que nombre de motifs traditionnels pou¬
des Européens... n’a fait qu’apporter de fâcheuses
vaient
modifications au tatouage. Avec l’écriture, connue
étaient
de presque tous les naturels, s’est introduite une
aisément
Vîoutume regrettable au point de vue du Beau.
Sur
échappé à un clan voisin
apportait, sur le plan esthétique, une réelle richesse
la face antérieure des avant-bras et des bras s’éta¬
lorsqu'il transportait une
de variations et de significations aux compositions.
lent maintenant... d’immenses lettres
Page de droite
Cannibale recueilli par la
Mission après avoir lui-même
victime humaine destinée
au
site sacré de sa vallée
(Hiva Oa). Photographie
se
lus
OHOUOH
en
le
nom
le
et
différemment, selon le sens où ils
des
visions
différentes
et
Il faut reconnaître
inversées,
que
cette
nouvelle forme de tatouage, banale
et
rarement
gracieuse,
ne
retint
guère l’attention des visiteurs. K.
den Steinen avoue n’y avoir pas
von
AVEVHAT
inverse
sens
lire
regardés. Cette faculté de transposer si
majuscules
en
gros caractères d’imprimerie... La seule origina¬
lité qu’offre ce tatouage nouveau consiste en
ce
que la lecture des noms doit se faire
de droite à gauche, ainsi les mots
suivants
prêté attention pendant
plus grande partie de son
séjour jusqu’à ce qu’il rencontre un
lui-même
indiquent
prénom...
toute
la
TAHUEVA HOUOHO. Les
esprit curieux qui avait retranscrit et
femmes...
collectionné nombre de ces inscriptions.
affectionnent
particulièrement
Celles-ci, pour une grande part, perpé¬
de tatouage...
Cet
tuaient
engouement
au
cours
du XIX%
sous
une
forme quasi tradi¬
tionnelle la mémoire d’événements
pour
’écriture tatouée fut général,
174
a
les lettres isolément
particuliers, de l’appartenance à
groupe... Parallèlement à cette
dans l’en¬
un
Polynésie et cette
vocation, somme toute assez conven¬
particularité de lecture inversée,
tionnelle par rapport à la tradition du
semble de la
qui disparut au cours du siècle, fut
parfois
appelée,
“inversée
au
Steinen fait
cette
improprement,
miroir”. K.
en
développait un moyen d’ex¬
pression qui ressemble fort à une forme de
tatouage, se
von
manière de tatouer était due, en
grande partie, à la nouveauté de ces
motifs, pour les maîtres-tatoueurs.
Ceux-ci tatouaient
à la façon de
gauchers, inver¬
sant
les lettres non
symétriques
résistance ou de rébellion, une volonté d’af¬
den
effet remarquer que
comme
les N, culbutant le U on
bien encore le M qui deve¬
comparable à celle qui anime les
taggers d’aujourd’hui ! Ces lettres qui s’enchaî¬
firmation
assez
naient les unes aux autres devenaient de véritables
proclamations. Cette nouvelle forme d’expression
arrivait à point nommé pour exprimer, de la part
de quelques-uns, leur conviction profonde, ce à
quoi ils voulaient rester attachés tout en marquant,
“ouvertement”, une opposition affirmée au nouvel
ordre établi. K. von den Steinen regretta du reste
vivement de n’avoir pas recueilli davantage de ces
déclarations lors de son séjour.
nait un W. Sur ce point par¬
ticulier, l’ethnologue allemand
Le tatouage, cette ultime survivance exceptée,
l’aptitu¬
était pourtant bien mort et le Père Delmas pouvait
de qu’avaient les Marquisiens pour
conclure son paragraphe sur le tatouage : “ Ce qui
lire à l’envers : “J’ai été étonné de
a
observa
avec
admiration
laquelle les
indigènes, quels que soient leur âge
ou les sexes,
épellent des mots qui,
pour celui qui les lit étant donné sa
position, sont apparemment la tête en bas.
voir
la facilité
avec
persisté encore assez longtemps c’est l’inscription
sur
le bras, peu de choses en réalité...”'**®.
413. Ch.L. Clavel, 1885, p. 30-31.
414. K. von den Steinen, 1925-28, vol. 1, p. 94.
415. Père Delmas, 1927, p. 192.
♦
La renaissance de
l’art du tatouage
Si nous avons pu resituer, en
aucune
partie, cet art dans une dimen¬
épilogue à ce long
développement, laisser la paro¬
le aux Marquisiens et aux
aimé,
en
Aussi, à Célestine, Yvonne et
Liliane, Antoinette, Mina, Léa, Jean-Louis,
Chanel, Catherine, Jacques, Rua, Damien,
Léon, Peahi, Hahii, Ismaël, Mionne, Toti,
Ben, Roo, Jean-Louis, Puka, Sam, Robert,
ceux
“Aao/ia Nui]'\
ou
bonheur
nombreux
de Ua Pou,
Nous souhaitons
qu’un
jour, proche, vous puissiez tous passer des
heures agréables, non seulement à regarder
Je suis Polynésien, si ce nom ou cet
adjectif fixé par J. Dumont d’Urville a un
sens, mais, si ma prime enfance a gardé les
souvenirs des lagons de Tahaa et de
Tupuai, mon enfance se rappelle de la froi¬
dure des hivers belges et mon adolescence
de la chaleur des sables des confins du
Sahara. Revenu en Polynésie en 1965, j’y
découvris l’austère beauté des souveraines
mon
Marquises et celle qui y deviendrait
épouse. Depuis, nous avons vécu
ensemble dans bien des îles avant de reve¬
nir à la plus belle : celle où nous nous étions
connus.
Nos enfants
et
nos
morts
témoi¬
gnent de nos haltes. Alors, suis-je légitime¬
ment
y
heureux de leurs
sens
j
Carnet de modèles, rasoir
modifié équipé d’aiguilles à coudre, encre de Chine
(matériel du jeune tatoueur Lorenzo de Nuku Hiva).
Peignes à tatouer “traditionnels’
ces
images de ce qui fut une part de la
langue ornementale des anciens, mais aussi
à ressusciter leurs histoires, les lieux qu’ils
firent
surgirent des vallées, sans raideur
laissons le soin de dépeindre ce qui
I nous
surprit tant, alors que nous
nous
lançions dans ce long puzzle
plus
dont
subsistait et de
du
aspects
rien
nous
de
tracer
renouveau
vivant
un
ou
polynésien ? Mes connaissances pas¬
sent, elles, à travers le filtre d’une éduca¬
tion occidentale qui me fait tempérer sou¬
vent
l’enthousiasme de la découverte pro¬
léguées par ma mère.
C’est donc un peu “ à froid ” que j’essaie de
restituer ce que j’ai perçu autour de moi,
tout en ayant le sentiment d’en être un
observateur privilégié. Mais je me suis sou¬
vent posé la question de savoir si j’en avais
le droit, le véritable maohi s’exprimant
rarement par l’écrit. Je trouve regrettable
cependant que le capital d’expériences hu¬
maines de ces petites communautés îliennes
ne contribue pas davantage au patrimoine
de l’humanité, aussi je pense qu’il faut
savoir léguer un peu de ce que l’on a
fonde des racines
ne
deux
du tatouage...
sachant que chaque expérience est unique,
d’autres
penchent sur cette “histoire
contemporaine”, en paroles et
différente,
forcément
en
et que
images.
La renaissance vue de Ua Pou et écrite par Jean-Louis Candelot
îles
qui
jour peut-
un
parole” de cette culture que nous
de Puamau, d’Hatiheu, de
A’akapa, d’Hapatoni
si
C’est à deux ardents “porte-
l’écrit-papier n’est pas aussi
incitatif que la peau, ou le
bois, et moins “parlant” qu’une agréable
Toto...
grand
racines.
Malheureusement,
rencontre !
plus
enfants
être, le
le
des
rivières... pour
et
retrouveront,
tatoueurs eux-mêmes.
le respect de
qui les entourait : arbres,
ce
vallons
sion plus profonde, nous aurions
et dans
acquis, au-delà de ses enfants et
de ses proches, que ce soit
pour le bien ou l’indifférence
de tous.
Il est des faits
auxquels on
peut assister, voire même en
de
société
être
partie prenante,
sans
bien toujours en cerner les
finalités. Un se veut spectateur
et,
temps
logique
sans
avoir
eu
le
de percevoir une
évolutive, on se
retrouve
acteur...
C’est
un
peu cela que je voudrais res¬
tituer dans ce texte.
,
'
se
Te Patu Tiki
•
Tatouage aux Iles Marquises
L’Art du
La
démarche
de la
renaissance
du
■
tatouage aux îles Marquises participe de la
Etienne (Pua) Hokaupoko, secrétaire.
■
revendication culturelle des populations de
René (Huki) Haiti, trésorier.
■
Lucien (Mimio) Puhetini, commissaire.
■
Casimir (Teiki) Tamarii, membre.*'"
l’archipel, laquelle rejoint dans sa globali¬
té la recherche identitaire des populations
actuelles de la Polynésie française qui ont
compris leurs limites, dans leur environne¬
Cette
mêmes revendications culturelles
ment, face au modèle occidental donné en
référence par une
de Part du tatouage en est un
des aspects
les plus spectaculaires, mais
le seul
îles
Marquises, le 1" mai 1987, dans son
discours
H. Le
vitalité
et
de
efficacité
son
au
travers
de
au Festival des Arts du
Pacifique, en 1985, en appuyant la mise en
place et la reconnaissance de l’enseigne¬
ment de la langue marquisienne, en valori¬
sant l’artisanat local, sans compter de
nombreux déplacements de ses membres
tant à travers le Territoire qu’à l’étranger
participation
d’ouverture du 1“ Festival des
comme
l’insigne
temps
honneur
d’être
le
Secrétaire Général. “En décembre 1978, se
à
tenait
Taiohae
réunissant
178
un
trois Festivals Culturels dans l’archipel, sa
Cleac’h, évêque des
non
tout
archipel éloigné de Tahiti, fait preuve de sa
société importée. Le
renouveau
organisation, la première du
genre en Polynésie à regrouper à travers les
un
les
toutes
synode catholique
populations de l’ar¬
ambassadeurs
de leur culture*”.
l’esprit de cette note, je voudrais
signifier l’importance du rôle “ moral ” que
cette association a apporté auprès de la
jeune génération marquisienne pour que
Dans
chipel. A cette occasion des rencontres se
celle-ci osât s’affirmer en arborant à nou¬
firent, des idées furent échangées et une
veau
Arts des îles Marquises, à Ua Pou, décla¬
prise de conscience émergea concernant la
ancêtres.
rait : “Il est certain qu’une culture nouvel¬
crainte d’une proche disparition du patri¬
le s’ébauche
moine culturel local. Rapidement naquit
Marquises ”, et citant le
pape Jean Paul II : “La culture peut,
aujourd’hui, être considérée comme l’en¬
aux
distinctifs, spirituels et
semble des traits
matériels, intellectuels
caractérisent
et
affectifs, qui
Elle
société.
englobe
le principe de la création d’une associa¬
des bonnes volontés décidées à
tion
œuvrer
pour la protection de ce patri¬
moine. Le 30 décembre 1979, la décla¬
ration de cette association
paraît au
outre les arts et les lettres, les modes de vie,
“Journal
Polynésie
les droits fondamentaux de l’être humain,
Française ”.
une
officiel
de
les systèmes de valeur, les traditions et les
Elle a pour but
C’est elle qui fait de nous des
êtres spécifiquement humains.”*”
Il me faut ici dire quelques mots de
l’Association “Motu Haka” dont j’eus un
trimoine marquisien.
croyances.
comme
hier,
une
fête
aux
Marquises c'est d'abord un grand kaikai^ un grand
festin ! Avant
toute
cette abondance, puis
une
fois rôtis à la
chose le ciel
est
remercié pour
les fruits de l'arbre à pain, mei,
flamme, sont battus au pilon de
pierre, ke'a tukipopoi, sur la planche en bois d'arbre
à pain, hoaka ou hoana [im. 96],
Festival de 1991 à
Hiva Oa ; préparation du mei à Ua Pou.
Le
sculpteur Uki Haiti, de Taiohae, Nuku
Hiva, lors du festival de Hiva Oa.
Le monde des
sculpteurs fut un des premiers, avec
celui des instituteurs, à prendre conscience du danger
de disparition de cette culture.
la sauvegarde du
Les membres fondateurs en sont :
■
M*'^ Hervé Le
Cleac’h, évêque des
îles
Aujourd'hui
la
Marquises, prési
dent d’honneur.
Georges
Teikiehuupoko,
■
(Toti)
prési
dent.
■
Benjamin
Teikitutoua,
président.
v:
(Piri)
sur
sa
peau
ce
^
la symbolique de
ses
Maintenant, étant narrateur de
^
que j’ai observé ou vécu,
je vais devoir aborder
un
style personnel.
•
Aussi, dès
attendions-nous
notre retour,
certaine impatience l’occasion de
avec une
les revoir. Hélas, lorsque celle-ci se présen¬
n’en éprouvâmes qu’un profond
ta, nous
sentiment de consternation... Le program¬
me
dés festivités avait été fixé par un comi¬
té pourtant
composé de Marquisiens mais
les
devant être
danses
revenus
en
qu’enseignants nous sommes
famille à Ua Pou pour nous y
établir définitivement
Nous
venions
et
1981.
de passer
sept années aux
Vent
en
îles du
dans les froides
Australes.
J’y avais été
“sacs-de-riz”, dont les
plus élaborés avaient été teints en rouge à
l’aide de colorants pour sirop. Aucune
pièce de tapa, ne serait-ce le plus petit
fragment, n’entrait dans la composition de
ces costumes. Quant aux participants des
groupes de danse, la plupart gardaient obs¬
tinément les yeux baissés, probablement
perdus en rêveries dans la
contemplation des superbes
chaussures de football dépa¬
reillées qui ornaient leurs
pieds... si ce n’était dans la
vision du short rouge de leur
dont
le
cramoisi
synthétiques, blanches et
scintillantes, des
more
“sacs-de-riz”.
Aucune
fierté
passé antique était quasi par¬
ne
Seules
Toute
sous
en
transparaissait.
les
jeunes filles
rattrapaient par la grâce
les
de leurs formes la désola¬
fourches caudines de Tune des
cinq religions qui se partagent
l’archipel et, toutes se prévalant de la
tion du spectacle. C’est probablement en se
Bible,
composé en grande partie de marins
en
dehors de celle-ci,
qu’histoire de païens. Pourtant
richesses demeuraient...
Les
n’était
ce
que
rares
de
spec¬
basant sur ce critère féminin que le jury,
d’offieiels de passage
réputés
pour
ou
leur
éminente connaissance de la culture locale.
tacles “folkloriques ”, de mise lors des fêtes
du
“Juillet”, étaient d’inspiration tahi-
tienne si ce n’est une offrande de vivres à
l’autorité civile suprême alors représentée
l’Administrateur d’Etat, mais cela
tenait plutôt de la pantomime, voire de la
“grosse farce”. Nous étions loin, très loin,
de l’originalité et de l’authenticité des fêtes
marquisiennes que nous connaissions.
par
suite
comme
re
de
nouveaux
constats.
Si la
langue tahitienne
langue officielle avait été une victoi¬
de la
pour les tenants
du statut d’Autonomie
l’application des textes se traduisait aux
familiales, le
passait
La première année scolaire allait être
défibrées, tandis que quelques ornements
flamboyait sous les lanières
recherche
Que s’était-ü donc passé en nos années
d’absence ?
Interne
voisin,
amnésié.
eux.
lanières, en tissu synthétique, avaient été
archipel, et tout
particulièrement dans l’île
de Tupuai où j’avais de pro¬
faitement
société de consommation qui déferlait sur,
reconnaissance
cet
fondes racines
public, les oripeaux de la
en
Par souci de facilité, les costumes des dan¬
d’otea avaient été confectionnés à la
récompenses aux
moquer d’eux-mêmes en revêtant, pour
ru’u,
désolé de découvrir que,
dans
se
les exhiber
une
hâte à l’aide de
tant
chant
Festival de Tahuata, 1989
L'union des Marquisiens autour de lïdée de
renouveau
culturel s'est faite à l'aube des années 1980
par le biais
de l’association Motu Haka. Son but est
de préserver et de promouvoir la langue et la culture
marquisienne.
Etienne
Hokaupoko,
membre
Motu Haka, Ua Pou et son épouse.
fondateur
du
tatouage
compétiteurs en lice. Nous assistions à nne
mascarade où les Marquisiens paraissaient
rikui, aucun haka ne figuraient au menu.
seurs
En
Aucun
tahitiennes.
toutes
primées étaient
arrivait à attribuer des
La renaissance de l’art du
au
cours
des années
soixante-dix,
416. M'"’ H. Le Cleac’h : “Discours d^ouverture du J" Festival
des Arts en vue de la promotion de la Culture et de Fldentité
Marquisiennes”. Ua Pou, P' Mai 1987.
417. Extrait du discours du pape Jean-Paul II à Mexico en
1982.
418. Bulletin de l’association Motu haka o te henua eiiana,
n°l, Haere Po, Papeete, 1987.
419. Avec
quelquefois, il est vrai, les dérives de quelques
membres, contradictoires avec les statuts, à tâter du pou¬
voir. Il s’agit là d’un problème
assez
de dynamique associative,
typique des sociétés îliennes, mais qui ne retire rien du
mérite des
actions
collectives
179
Te Patù Tiki
•
L’Art du
Tatouage aux Iles Marquises
Marquises par une situation de casus belli.
Bien que la nouvelle donne pédagogique
souhaitât que les enfants soient scolarisés
dans leur langue maternelle dès leur tout
jeune âge, l’administration de son côté ne
connaissait que deux langues officielles : le
français et le tahitien. Que devraient faire
les enseignants Marquisiens ? Par ailleurs,
les textes officiels, certaines épreuves lors
des concours publics, incluaient désormais
une
partie en langue tahitienne, pénalisant
ainsi les candidats des autres archipels,
professeur
devait
rigoureusement
se
plaisantaient
entre-eux, amèrement, de ce que leur petit
Teiki ou leur petite Tahia mélangeassent les
deux langues en n’en
référer ! Les parents enana
maîtrisant
Pour
eux,
aucune.
qui bien
souvent
n’avaient pu
suivre
de
scolarité
dans
leur
enfance,
les
deux
systèmes
éducatifs leur échap¬
dont les enana. Dans le milieu de l’ensei¬
paient complètement.
gnement primaire, de compétence territo¬
Ils
avaient
toutefois
riale, la revendication à l’enseignement de
bien conscience que la clé de la réussite de
progéniture dépendait de la réussite
leur
des deux cursus scolaires, se traduisant par
un
diplôme et le départ vers Veldorado
tahitien du miracle atomique.
Motu Haka ne faisait
guère recette, étant composé surtout de
représentants d’une petite élite intellectuel¬
le locale ; leur message restait confiné à un
petit cercle. J’assistai d’ailleurs, à quel¬
ques reprises, à des contestations de la
démarche parmi la population. Certains
anciens, opposant les symboles de leur cul¬
ture à des arguments religieux, craignaient
que les deux ne puissent se concilier et de
En
ce
temps,
la langue marquisienne était portée par les
retourner
instituteurs membres du Motu Haka.
une
à
certaine
barbarie
qui
les ferait sor¬
tir du modèle
occidental qui
leur
parais¬
sait La Référence. Pourquoi s’intéresser au
passé puisqu’un avenir merveilleux, irré¬
sistible car plein de promesses d’argent
facile pour tous était là, et bien là ! La
i8o
norme
car
était de suivre le
nouveau
modèle
il serait irréversible. A cette époque, il
faut savoir que la commune embauchait sur
plus d’une centaine d’employés
(pour 1791 habitants), les services de
l’Equipement et de l’Agriculture, de la
Santé, pratiquement autant et que donc
ses
listes
étaient
rares
n’étaient pas
Dans
le
milieu
de
leur
de l’utilisation de leur
langue pendant les récréations ou dans
leurs familles ; on parlait d’interdire et on
élabora un règlement dans ce sens. Quand
à la découverte
ou
à la connaissance du
milieu local, elles ne figuraient pas dans les
programmes
nationaux auxquels chaque
art
dans l’indifférence des jeunes
visiteurs mais les activités manuelles, por¬
en
Afrique ou au pôle Nord, étaient ici battues
en brèche
par l’usage immodéré que leurs
élèves faisaient
salariés. Aussi l’artisanat
générations. Pourtant, la demande d’objets
ouvrés restait forte malgré la rareté des
considérant que leurs
pédagogiques personnelles, qui
gnants expatriés
de si bons résultats
qui
seuls quelques
sculpteurs continuaient à exercer
vieux
langue vernaculaire ; la plupart des ensei¬
avaient données
valides
sage pratiquement éteintes,
levée de boucliers contre l’usage de la
méthodes
hommes
était-il en plein déclin, les activités de tres¬
l’enseignement
secondaire, de compétence d’Etat, c’était
une
les
teuses
de l’expression de l’art local, sem¬
blaient ne devoir être réservées qu’à ceux
Le tatouage marquisien a investi la vie quoticlienne à Tahiti. Jeune homme de
qui restaient en marge.
Divers événements allaient
Papeete. Sa force
remettre
chez les populations marqui-
graphique est aussi une source d’inspiration pour les
en
artistes : carte de visite ‘‘Tiki-Mouse” d’A. Detloff.
siennes, la référence absolue au modèle du
“Pied
et
main
tatoués”, papier froissé de L. Kijno
(Coll, privée).
Vue des pics, ou pou, de Ua Pou.
cause,
développement tahitien.
Tout
d’abord, le retour de quelques
familles installées à Tahiti à l’occasion des
La renaissance de l'art du
•
toutes
liaisons maritimes, ou
aériennes,
à
ce
qui
pour
Tuamotu, à Tahiti même. Médica¬
carburants, nourriture vin¬
fut enfin officiellement créé par le service
ments, gaz et
rent
à manqner et les populations compri¬
rent
que
de l’Education Territoriale™.
dans la difficulté il leur faudrait
désormais
avant
tout
mêmes. Je pense que
compter sur ellesc’est à cette époque
Cependant, à mon avis, le véritable
point de départ du renouveau de la culture
certaine
marquisienne et de la valorisation de celle-
prise de conscience identitaire de l’archipel,
ci vis-à-vis du modèle “ centro-tahitien ” se
qu’a commencé à émerger
une
favorisée par des rassemblements inter-îles
situe en 1985, à l’occasion de la participa¬
plus en plus fréquents à l’occasion de
tion du groupe de danse Motu Haka, de Ua
manifestations sportives, de réunions reli¬
Pou, lors du IV“” Festival des Arts et de la
de
gieuses ou de camps de jeunesse. On n’en
Culture du Pacifique qui se tenait à Tahiti.
dira jamais assez sur l’influence profonde
Il fant dire que l’événement
de ces rencontres de jeunes menées à tra¬
préparé
tout
vers
Gilbert
l’archipel à la diligence du père
Parfois
Allain.
elles
avait été bien
houlette de Toti
Teikiehuupoko et de Tina Klima. Cette
la
sous
dame,
prenaient
déserte et abandonnée d’Eiao ; c’est à l’oc¬
localement
^
par
intérêt
casion de Tnne de celles-ci que je vis resur¬
de la chanson marquisienne.
tahitienne
d’origine, avait surpris
forme d’aventure, tel un séjour dans l’île
Rataro l chanteur à l’origine de la reconnaissance
constitue la
eux
représentation de l’image contemporaine
du divin. Pour clore le tout, un poste de
maître formateur en langue marquisienne
plnsieurs semaines. Les secours
partaient en priorité aux îles Sous-le-Vent,
durant
aux
amonr,
la
enana,
la valorisant
enfants y participaient avec leurs compa¬
son
pour
culture
gir l’antique danse haka, deux de nos
auprès
Toti Teikiehuupoko, président du Motu Haka
les regards de tous
des jeunes de l’île en
brillaient du même éclat d’une joie retrou¬
les incitant à retrouver
et
vée. Un nouveau type
gnons
chef du groupe de danse de Ua Pou au Festival des
arts
marquisiens, à Hiva Oa en 1991.
embauches massives de main-d’œuvre aux
débuts
des
chantiers
de
mesures
du
des
sites
spectacles organisés par cenx-ci et
l’émergence d’une musique nouvelle
d’inspiration marquisienne grâce au
archipels par rapport au développement
Tahiti, en apportant une
aide à la réinsertion dans les îles éloignées.
Les propos des émigrés étaient loin d’être
flatteurs envers les conditions de vie ren¬
dans la
avaient
rons
connu
de
grande île, la plupart
les bas
Papeete,
en
quartiers des envi¬
l’incertitude
des
embauches temporaires, un certain ostra¬
danses anciennes que celui-ci
quêtait à travers ses déplace¬
thèmes culturels à travers les réunions
des membres du Motu Haka, les petits
ge” des effectifs humains, accompagné de
primes incitatives an départ. Par aillenrs,
la politique volontariste du gouvernement
territorial d’alors visait à rééquilibrer les
contrées
également
auprès de Toti les gestes des
de rencontre se
place : celle à
Des
restructurations
azimuts de
et
C.E.P.
nucléaires avaient abouti à un “ dégraissa¬
tous
enana,
mettait
ments
dans
contre
l’archipel. Par
elle y
expérience des spec¬
tacles
allaient apporter lenr contribntion
sens
an
sentiment
d’unité des
avait intro-
dnit, à travers sa propre
chanteur Rataro. D’autres facteurs
tahitiens, le
de la rigueur,
de la tenue et de la
habi¬
de la Terre des Hommes,
discipline,
qui
man¬
ainsi, suite à une profonde réfor¬
quaient tant
aux
jeunes
tants
davantage
parmi la population en utilisant la langue
enana
dans le rituel liturgique. La
démarche n’était pas neuve qui fut celle de
me, l’Eglise s’intégrait
M®' H. Le Cleac’h, dès
les débuts de son
enana.
Sous leur direc¬
tion une troupe de quatre-vingts personnes
se
déplaça à Tahiti, y rencontrant un tel
snccès que les années suivantes les goupes
de danse des
autres
archipels y puisèrent
épiscopat, en application des décisions de
leur inspiration. Mais snrtout, l’événement
Vatican II, mais l’évêque était allé plus loin
fut diffusé par
la télévision dans tout le
arrachant
des
incitant les maîtres
Fenua
Enana,
de fierté
ils pouvaient comparer.
sculpteurs marquisiens à réaliser de véri¬
tables œuvres d’art sacrées pour orner les
larmes
Ensuite ce fut la série des cinq cyclones de
églises de l’archipel, voire de la Polynésie.
considéraient comme une dérive au Modèle
1983. L’archipel des Marquises fut relative¬
Les artisans avaient su concilier la dextéri¬
cisme
des
autres
communautés
polyné¬
siennes. Ils avaient connu ailleurs, ils reve¬
naient chez eux,
ment
épargné mais resta privé de presque
dans
tatouage
cette
voie
en
té héritée de leurs ancêtres, eti y
mêlant
aux
souvent
anciens
qui conti¬
nuaient à être les détracteurs de
420. Ce poste a été supprimé en 1994.
ce
qu’ils
i8i
Te Patu Tiki
•
Tatouage oux Iles Marquises
L'Art du
de société
polynésienne moder-
culture à part entière que certains eussent
fait, clamant leur
de
quinze jours tout
tatoué
nouveau
ou
ne‘“'. Ainsi, la culture marqui-
voulu morihonde.
sieiine était non seulement bien
identité
les
Depuis quelques années, à Tahiti, le
vivante, mais soutenait égale
longs cris de inave d’accueil, ils procla¬
tatouage maohi avait pris valeur de modèle
à
ment
avantage
son
comparaison
avec
En
leur différence à
et
travers
maient solennellement à la face des autres
la
nations du
les
démonstrations folk¬
d’identité*^’
dans
la
jeune génération
Pacifique, et
d’une société
du monde :
A
reste
au
tatoueur
en
mal-être.
l’origine du renouveau
loriques des déléga¬
tions
étrangères.
“Nous existons ! ”
Vis-à-vis du reste du
sition
Ces
Territoire, l’archipel
Maison
des
Jeunes
Marquises allait
prendre alors une image
nouvelle de Polynésie jirofonde, refuge des valeurs que
Maison
de
la
jeunes
et
gens
de cet art, une petite expo¬
des
qui présentait à la
culture
(devenue depuis OTAC),
en
1977, des dessins de
la moderne société néo-lahitienne avait un peu trop hâti¬
vement
rejetées. Certes, les
membres de celle-ci n’avaient
attendu l’apport
pas
mar¬
quisien pour effectuer leurs
propres démarches de retour
mais rins])ira-
aux
sources,
tion
s’essoufflait,
on
allait
chercher bien loin ailleurs ce
182
jeunes filles, qui pour la plu- /
qui avait toujour'- existé
part découvraient pour la pre¬
tout
près. Et tout près on
mière fois la grande île, avaient
démontré,
l’œil
sous
des
la
médias
internationaux,
vitalité
insoupçonnée d’une
loteve
Tuhipua dit
Son
Teve.
s'inspire
vures
tatouage
des
de
gra¬
l'Atlas
Krusenstern
de
(ci-dessus)
;
les
sentations
du
rares,
de
1804
étant
le tatoueur a reproduit
une
réalisation destinée à être
vue
de face.
Tapa de hiapo
(jeune banian) peint à Fatuiva de
motifs inspirés par le tatouage.
Cartes de téléphone
à l'honneur le tatouage
marquisien à partir de l'iconogra¬
phie de K. von den Steinen.
Pochette
de tatouages par transfert éditée
par
cru
hon de laisser
dépérir ce
qui paraissait être un obstacle à l’inté¬
gration d’un mirage. Les professionnels du
tourisme
ne
s’y trompèrent
pas,
peu
de
temps après, malgré les difficultés du voya¬
Au centre
mettant
avait
repré¬
dos
Tahiti tatou, mais d’ins
piration marcpiisienne.
d’après l’ou¬
vrage classique de Karl von den
Steinen. Mais les réticences à l’égard
de cet art particulier étaient encore si
fortes que les Eglises désapprouvèrent
cette exposition conçue et réalisée par
des jeunes'****. Egalement, par la suite,
la venue de tatoueurs samoans qui, en
démonstrations publiques, gravèrent
gratuitement sur Tépiderme des volon¬
taires des motifs de leur tradition. L’impact
médiatique, sous forme de cartes postales,
de clips télévisés fut la présentation de
loteve Tuhipua. Celui-ci, d’origine marquitatouages marquisiens,
ge, la
destination “Marquises” allait deve¬
sienne, “se fit entièrement tatouer,
en
nir un “must” pour les “tour operators".
dehors du visage, aux
définitif restait à franchir dans le
renouveau de
l’expression de Tait niarquisien : celui du tatouage. Je ne m’étendrai
pas sur les causes de son éradication dans
l’archipel à la fin du siècle dernier, signa¬
lons simplement que l’acte final signant sa
disparition fut un arrêté du gouveneur
Gallet, du 15 septembre 1898, condam¬
nant à un.e amende et à une peine de prison
1982. Il avait pris pour modèle une gravure
Un pas
Samoa en 1981 ou
de
guerrier marquisien tirée de l’Atlas
de
Krusenstern
et
reproduite
en
vraie
grandeur. ..”'***’.
Peu avant le Eestival de 1985 on com¬
mençait à rencontrer aux îles Marquises
des
jeunes filles ou jeunes femmes, origi¬
naires de l’archipel, ou d’origine tahitienne,
venues
en
visite dans leurs familles
•
depuis Tahiti, et arborant de discrets
motifs tatoués au poignet ou le plus souvent
bracelets de chevilles. La
en
féminine
modes !
sera
coquetterie
toujours le vecteur des
Tépiphénomène des
celles-ci
et
transformations sociales. Parmi les
nières
pion¬
peut citer Tina Klima qni se fit
on
tatouer la cheville droite à Rurutu à l’occa¬
d’une
sion
rencontre
accidentelle
signifient les dessins stylisés
comme des hiéroglyphes, qu’un tatouage
rituel imprimait dans la chair des hommes,
on illustrait d’un message, indéchiffrable
pour nous, l’élégance des femmes ? Nous
les jugeons si décoratifs et originaux que
leur usage est en voie de devenir le symbo¬
le de toute la Polynésie française*^". ”
1987 : “ Que
ancêtres, rejoignant ainsi par la riches¬
ses
de ses décors le médiatique Teve.
C’est
auprès de lui que les jeunes toiki trouvè¬
se
rudiments de l’art du tatouage, en
rent les
imitant rapidement leur maître pour se lan¬
dans
cer
leurs propres
démarches. En
moins d’une année, dans l’île de Ua Pou, le
renouveau
avec
du tatouage enana
était
accompli et allait s’étendre
Tavana, d’origine polynésienne, “et qui
fait
avait fait ses classes d’expert-tatoueur aux
en
tâche d’huile
aux
autres
îles de
l’archipel. Je possède dans ma biblio¬
thèque les classiques ouvrages de
Samoa”™. Mais la levée des tapu, quant à
reprise dn tatouage marquisien à Ua
qui
référence de Karl von den Steinen et
participé au IV‘"''Festival. Là-bas
portaient naturelle¬
Handy sur l’art des
Marquises. Je fus assailli des demandes
de mes élèves pour en obtenir quelques
photocopies des motifs qui les avaient
séduits, puis ma famille de Tahuata
réclama que je leur prête les ouvrages
au
complet. Comme facteurs de redif¬
la
symbolique de leurs
n’en dira jamais assez sur l’influence
Pou, est bien due au retour des
avaient
de Willowdean
ils avaient côtoyé la délégation samoane, en
avaient recueilli un chant qu’ils nous inter¬
prétèrent à leur retour, et
surtout constaté que les
jeunes de leur âge
fusion de l’art du tatouage enana on
ment sur leur peau
de la télévision, de
Eux avaient
ancêtres.
à l’aide de
feutre.
En
stylos-
réalité
gnées, s’y ajoutant à divers documents pro-
subsisté
Marquises
toujours
aux
îles
mais
sous
forme
on
Etua [hn.49] rayonnant,
une
variante de
po’Vi [iiu. 352].
d’es¬
Tatouage d'inspira¬
cales, car les jeunes
enana
tion traditionnelle.
s’engagent
volontiers dans la carrière militaire. En
Les événements s’enchaînèrent
fait si les Marquisiens avaient réalisé l’au¬
Depuis quelques temps, un jeune
instituteur marquisien de Ua Pon, Jacques
Dordillon, payant de sa personne, avait
entrepris en autodidacte une démarche
personnelle pour retrouver les gestes des
tuhuka patu tiki d’antan. Il avait expéri¬
menté sur sa peau diverses sortes d’ai¬
to-censure
des motifs de leur art appliqués
l’opprobre n’était pas jeté à
ceux qui se tatouaient mais
au symbole
à la peau,
d’un art antérieur au christianisme et dont
la
“charge magique”, pour le populaire,
aurait pu réveiller de vieux démons.
Je ne
par quelle dérive on trouvait par
contre peu dangereux de les reproduire sur
les supports du bois, de la pierre ou du
tapa. Pourtant, l’autorité ecclésiastique
avait adoptée à ce sujet un ton d’apaise¬
sais
ment,
ainsi Mi" H. Le Cleac’h écrivait en
autre
émission de
télévision, celle sur le puahi
c’est-à-dire le santal, à l’initiative du service des Traditions
de souvenirs de
régiments,
Une
421.
de
symboles hao’e ou
d’inscriptions écri¬
tes,
livres et la
l’archipel ! Les premières copies ont vite
essaimé jusque dans les vallées les plus éloi¬
la
technique du tatouage
a
ces
présence de photocopieuses modernes
dans les établissements publics de
dû se contenter de se gri¬
mer
tatouage
s’ornèrent au fils du temps de la parure de
un
la
La renaissance de l’art du
rapi¬
dement.
guilles et la recette des encres d’autrefois à
base de suie provenant de la combustion de
’ama, mais devant la réaction de son épi¬
derme il en était venu sagement à utiliser la
classique encre de Chine. Toujours est-il
que ses bras, ses mollets, puis sa poitrine
Orales du Centre Polynésien des Sciences Humaines, et en
particulier Tiitana Tetuanui, même malheureusement tronquée pour “raison d’antenne ” sut, par la qualité des témoi¬
gnages et la vérité des images, tirer des larmes aux
Marquisiens. Par conti'e, quelle déception, bien au-delà
même... fut le gâchis du reportage sur le festival des Arts des
Marquises de Hiva Oa auquel seules quelques malheureuses
minutes furent consacrées, débitant des fragments décousus,
incapables même de tourner de façon cohérente les quelques
pas et mouvements gracieux d’une danseuse remarquable.
422. H
aura
fallu attendre le 9 décembre 1993 pour que,
suite à une intervention du Motu Haka, le haut-commissaire
de la République déclare officiellement “qu’aucune person¬
ne
ne
fera l’objet de poursuites pénales sur la base de l’ar¬
rêté dont il/s’agit. ” Dans un bel esprit d’égalité républicaine
cet
interdit
s’appliquait
aux
Marquises.
423. A. Lavondès, 1990,
aux
seules populations des îles
“Un modèle d’identité : le tatouage
îles de la Société”, Cahier des Sciences Humaines,
Orstom, Paris, vol. 26, n° 4, p. 605-621.
424. Ibid, p. 609.
425. Ibid, p. 609.
426.
Ibid, p. 609.
Les jeunes enfants, la jeunesse, avec
affectueuse.
427. Toiki ou po’iti ;
une nuance
428.
H. Le Cleac’h, 1987,
Bulletin n°l, p.3, Papeete.
Motu haka o te henua enana,
183
Te Patu Tiki
•
L'Arf du
Tatouage aux Iles Marquises
venant d’autres sources.
Hélas, que n’avais-
je fait preuve d’un peu plus de prudence,
oubliant d’en
préalable
les dessins, car les textes étant en anglais ou
en allemand
personne ne prit la peine d’en
savoir plus. Ainsi se promènent, dans
quelques îles, les descendants mâles des
guerriers d’autrefois arborant fièrement
sur leur figure des marques
spécifiquement
réservées, par le passé, au sexe féminin.
Une des premières démarches des adeptes
du tatouage enana fut d’essayer de dissi¬
muler les marques plus anciennes issues de
en
la
culture
Ainsi
commenter au
des
muscles
appropriés
aux
ton
pour les avitres Polynésiens de passage
dans l’archipel, voire les étrangers, de s’y
Tatoueur au travail
avec
noms
sous les
figures de tiki aux
yeux étonnés. Pour
les hommes
un
rasoir
amenage ou en
utilisant un matériel de tatoueur
propres
professionnel.
La prise de conscience face aux
risques de Sida conduit tous les
de la
génération mûris¬
changer systémati¬
tatoueurs
à
quement
d'aiguilles, quel
que
soit le système adopté.
sante, en puissance
famille, beaucoup
restèrent à ce
stade. Les plus jeunes allèrent plus loin en
se
moins on est certain de sa “ maohitude
plus on s’y fait tatouer ; “ tatoo is beautifuV' ; pour les impétrants cela comporte
certains risques car le message est indélébile
et l’erreur ne pardonne pas ! Aussi
me fut-il demandé de
temps à autre,
fonction de ma connaissance livresque,
de réaliser quelques compositions de
motifs présentant une garantie d’au¬
thenticité. Je n’y tenais nullement, ne
me sentant aucune
légitimité à mani¬
puler les symboles d’une culture que
j’admire mais dont je ne suis pas
issu. Mais devant l’insistance répétée
des demandeurs il me fallut parfois
céder, les avertissant bien que cela risquait
-
disparurent
gammées et
184
reliefs
hao’e.
fleurs de lys, croix
de
les
meilleurs effets. Aussi est-il devenu de bon
d’être de bric
paraissait satisfait, le tatoué d’arborer une
symbolique personnelle, le néo-tuhuka
patu tiki d’avoir une nouvelle source d’ins¬
piration. Ma foi, si tout le monde était
content...
Cela
d’un dessin de
en
ou
de broc. Le résultat fixé
pour toujours dans la peau, tout le monde
faisant tatouer volontiers les avant-bras,
bras
et
épaules. Une étape plus engagée
rappelle le souvenir
pétroglyphe™ que j’avais
répertorié dans l’île de
Tupuai dans les années
me
soixante-dix. Je fus sur¬
consista à porter les tatouages sur les mol¬
pris et flatté de consta¬
lets, puis le haut des cuisses. Il y eut des
ter
tentatives d’invention
réalisation du logo du IV"
deux cultures
et
d’association des
qu’il avait inspiré la
symboles
supérieurs et en
plastron, sur la poitrine, la représentation
d’un oiseau aux ailes déployées, mais les
novateurs ne furent pas suivis. Pour la gent
loqué
féminine le bracelet de cheville
tahitien de ma connais-
enana
en
affichant des
Festival
les membres
sur
sera
la
Tatouage européen
recouvert de
constater
de
la
mes
étonnements
rapidité
avec
lion de
l’inter¬
néo-tuhuna
qui y déclarait
emphase qu’il s’agis-
sance
avec
*
i^
.
.
sait la de la
^
representa-
“Taaroa supportant le monde” !
dement réapproprié dans la nouvelle sym¬
a
été
de
bolique polynésienne.
Mais allant plus loin, je fus franche¬
ment amusé, quoique consterné, quand
quelques années plus tard une étudiante
laquelle les
gestes ataviques de leur art. En quelques
une
découvrant
Le pétroglyphe des Australes avait été rapi¬
jeunes tatoueurs ont su se réapproprier les
semaines ils avaient atteint
motifs
marciiiisiens.
abord, mais attirant les regards.
Un
d’un
view
premier
au
en
dans la presse
porté de préférence à une seule
jambe. S’y ajoute quelquefois un motif dis¬
cret
sur
l’une des omoplates. Depuis
quelques temps on a vu apparaître les orne¬
d’oreille, surprenants
Pacifique.
Je fus par contre inter¬
norme,
ments
du
dextérité
américaine
me
déclara doctement,
en me
remarquable soit sur eux-mêmes, soit sur
des camarades de leur âge ; en quelques
faire tatouer. Le tatouage enana, subi aux
présentant l’un des symboles des “ designs ”
qu’elle avait pieusement collectés à travers la
mois certains étaient considérés comme des
Marquises, paraît porteur d’une plus gran¬
virtuoses, sachant placer les symboles sur
Polynésie : “ Its Taaroa ivorld’s support"]
de authenticité. Je serais tenté de dire que
Ma foi, si tout le monde est content !...
•
A Ua
Pou, la réappropriation du
tatouage enana a surtout été
affaire de
jeunes, les tractations entre néo-tuhuka
patu tiki et candidat au tatouage se passent
à leur niveau. Curieux d’assister au suppli¬
de l’un
ce
de
mes
fils, parmi d’autres
équipé d’un faisceau d’aiguilles à coudre.
utilisateurs, c’est beaucoup
De l’avis des
plus rapide et moins douloureux mais les
puristes estiment que les dessins sont trop
superficiels, ne ressortent pas, et qu’il
faudra toujours souffrir pour être beau !
jeunes, je fus courtoisement mais ferme¬
ment
éconduit. Tout au plus ai-je pu assis¬
ter au début de la séance avant que
celle-ci
ne devienne
trop douloureuse. Aux débuts
du
renouveau
de
l’art
les
toiki
Vendeur du marché de Papeete. La ville est,
pour la création de tatouages, à la fois un point de
rencontre et
leur
babituellement
de
vaux
deux ou trois jours et la peau desquame légère¬
ment ;
certaines parties seront complétées ulté¬
rieurement d'un décor intérieur.
Po’i’f [im. 352] relevé en 1920-21 par
W. Handy.
tra¬
Mais
couture.
grandes douleurs
les
se
aux
de dispersion.
enveloppe un tatouage plus classique. Il n'a que
épiderme martelets et
peignes à tatouer, munis il est
vrai, à la place d’arêtes de pois¬
son, d’aiguilles en acier destinées
sur
voulant muettes les
Spartiates
nouveaux
à traiter. Certains souhaitent le
silence autour d’eux, d’autres remplacent
psalmodies des antiques tuhuka patu
les
tiki à jamais oubliées par l’écoute du der¬
nier “tube” à l’aide d’un walkman, mais il
m’est
arrivé
d’avoir
la
surprise d’en
spontanément dans la belle langue
rythme des coups de martelet. A
ma connaissance, à Ua Pou, il
n’y a encore
jamais eu de conséquence septique à l’une
de ces opérations. Un régime est conseillé
par le néo-tuhuka patu tiki à ses clients :
diète légère, surtout ne pas boire de bière,
éviter de manger trop de viande de porc
jusqu’à la cicatrisation complète, éviter les
bains de mer. A la suite de l’opération la
peau se boursoufle légèrement aux points
des piqûres, est rosâtre, puis quelques
heures après une sérosité apparaît. Celle-ci
ner
enana au
en
séchant formera des croûtes brunâtres,
supportaient pas de
puis des plaques transparentes sur l’en¬
témoins ! Pourtant, ce
semble des dessins. Ce sera la période la
plus pénible, durant quatre à cinq jours le
sujet est saisi de folles démangeaisons aux¬
ne
fut bien à l’indésirable
fois les opé¬
que, une
terminées,
rations
fournir
une
rétribution...
sont pas
té de
quelles ils lui faut résister
on
d’abîmer les motifs. Puis la peau s’exfolie
petite
Les douleurs ressenties
ne
feintes, et une échelle de l’intensi¬
celles-ci, suivant les motifs et leurs
phylactiques,
perfection. L’impétrant retourne chez
tourraenteur pour que celui-ci juge de
ses résultats, le rétribue en conséquence et
quelquefois un nouveau rendez-vous est
pris. Dans l’île de Ua Pou divers néo-tuhu¬
ka patu tiki, en dehors de Jacques
Dordillon déjà cité, allaient acquérir une
renommée dépassant le cadre de leur île :
Philippe Hueri, Mitero Taiaipuoho, lo
les jeunes ont
Komoe
pris plus vite
leur activité professionnelle, ou estudianti¬
conscience des
ne,
les
tatouages
obtenus
ce
de la
dérés.
De
résistance de celui
qui arborait de nou¬
motifs. Comme l’un des buts avoués
était d’attirer les faveurs
féminines, que
s’agissait de se démarquer des
plus jeunes, que beaucoup
choisissaient de passer à Pacte avant de
partir pour Tahiti et de quitter leur famil¬
le, pour la jeunesse enana, quelles que
soient les maladresses, il s’agit bien là d’un
rite de passage recréé spontanément par la
nouvelle génération en puisant aux sources
il
compagnons
de leur culture
temps
ancienne.
Fonction des
modernes et des différentes expé¬
riences, des améliorations ont été appor¬
tées
aux
techniques ancienne ; l’encre de
Chine a déjà été citée, l’ensemble martelet-
peigne à tatouer se voit remplacé par un
bricolage de vieux rasoir électrique vibrant
son
moyen sont
consi¬
d’estimer la valeur du courage et
sa
par
emplacements fut vite établie, permettant
souvent
éviter
laissant voir la nouvelle parure dans toute
moins
veaux
pour
de
demander
vint
tatouage
entendre quelques-uns se mettre à chanton¬
Le tatouage d’inspiration traditionnelle de Sam
jouaient le jeu, laissant utiliser
du corps
La renaissance de l'art du
que
j’ai
ce
pu
observer des
mesures
risques
pro¬
nouveaux que
n’est-il pas
leurs aîués. Ainsi
question d’utiliser d’autres
aiguilles que celles fournies par le candidat
au
tatouage, SIDA oblige. Elles sont pas¬
sées à l’alcool puis flambées avant tout
usage, la surface de la peau désinfectée, le
sang qui s’épanche soigneusement essuyé
d’un linge propre, au fur et à mesure, par
l’opérateur qui se lave les mains avant et
après chaque acte. Le client est soit allon¬
gé, soit assis sur un tabouret selon la partie
et
les frères Motuehitu... Comme
les amenait
souvent
à
se
rendre à
Tahiti, ils contribuèrent là-bas, ayant pour
“aura” leur
origine, à répandre leur art
parmi les jeunes de la communauté marquisienne expatriée.
veaux
En leur absence de nou¬
adeptes de la maîtrise des aiguilles se
déclarèrent, dont des jeunes filles, mais la
429. Qu’on me pardonne ce néologisme exotique en homma¬
ge au chantre de la négritude.
1980 : “/Vofe sur les pierres gravées^ de
Tupuai”, Journal de la Société des Océanistes, n° 66-67,
p.î36.
430. J-L. Candelot,
185
Te Patu Tiki
L’Art du
•
Tatouage aux Iles Marquises
qualité des résultats n’en a pas toujours été
de
très heureuse.
Peut-on dire que l’utilisation contem¬
poraine des motifs
d’une
leur
En 1947, vivaient également à Motopu, île
enana
s’accompagne
Tabuata, deux dames âgées ayant été
tatouées
aux
mains
et
sur
le
de
leurs lèvres dans leur jeunesse™. Il y a eu
authentique connaissance de
rupture totale
une
symbolique, et des étapes
qu’ils représentaient
contour
VON den
I dans la transmis-
steinen
\RnUESANER| gjnn de ce savoir
de la vie
de Karl von den Steinen et des Handy, les
gravures des voyageurs du siècle dernier et
le commentaires des résidents hao’e
qui
leurs regards
sur
voulurent bien porter
ceux
qui les entouraient, nous en saurions
bien peu.
autrefois ? J’en doute, même si,
d’un adulte portant dans sa chair la sym¬
souvent, il m’a été donné de per¬
bolique de ses ancêtres ne surprend plus,
même si parfois elle continue à choquer en
cevoir les
savantes
explications
surface les
communiquées à des touristes
mûrissantes, tombées en pâmoison
d’un
beau garçon faisant rouler de tous
une
vue
tenants
d’un
certain
ordre. Le porteur ou la porteuse
de
photographique, à la
ces
motifs n’en
ostentation
montrent pas
particulière,
ces
bleutés
dessins sont intégrés à leur person¬
récents de sa peau. La jeune géné¬
nalité et font partie de leur être sans
muscles
ses
les
motifs
ration actuelle n’a pu connaître les
que cela remette en cause leur parti¬
derniers hommes et femmes tatoués
cipation au siècle et à la religion de
de l’archipel, les quarante-soixante
leur cœur. Si à Tahiti, en nn premier
peuvent se souvenir de quelques
grands-parents connus dans leur
le renouveau du tatouage fut
témoigner d’une certaine
marginalité face à une société importée,
puis une façon de signer sa “maohitude”,
ici il s’agit plus simplement, pour la jeu¬
nesse de témoigner de sa fierté d’apparte¬
nir à une communauté porteuse de valeurs
spécifiques dans l’ensemble polynésien™.
temps,
ans
enfance. Ainsi
vers
l’occasion de
1940 habitait à
Hakamaii, île de Ua Pou, le dénommé
i86
Toujours est-il qu’en 1994, aux
îles Marquises, la rencontre d’un jeune ou
L’ouvrage
Tabipani, entièrement tatoué de la
tête aux pieds, et qui, par jeu, for¬
çant son rôle de “sauvage”, effrayait
les jeunes matelots des goélettes tabitiennes venues en quête de coprah*^'.
de K.vondenSteinen
“Die Marquisanei* und ilire Kunst” a été
l’irremplaçable référence du renouveau du tatouage.
Sculpture d’un bol,
motif de tiki.
Les premiers "vrais tatoués ” de Tahuata
au deuxième Festival des arts des
Marquises de Nuku Hiva, en
*
Malgré une longue continuité de cet
Marquises, puisque les derniers
Marquisiens tatoués de façon traditionnelle
moururent pour la plupart entre la fin des
art aux îles
années 1960 et le début des années 1970, à
une ou
deux exceptions rarissimes près, la
pratique proprement dite avait subi une
remarquer par
l’étendue et la finesse de
leurs tatouages. Il s’agissait de travailleurs
indépendants qui n’étaient
pas,
comme
beaucoup de leurs camarades, employés
par la municipalité. Nous avons bavardé en
français et ce sont ces idées, échangées sur
le moment, dont il s’agit ici.
C’est
interruption de près d’un siècle. Ce nouvel
en
lisant
un
article de “La
début, il a été fortement influencé par une
Dépêche de Tahiti”, où l’on précisait que
Marquisiens n’étaient plus tatoués,
qu’ils ont souhaité faire revivre leurs tradi¬
tradition ancestrale venue des Marquises™.
tions sous cette forme. Ils ont commencé à
intérêt pour un art
vers
disparu a commencé
les années 1980, à Tabiti mais, dès le
les
se
En
1989, à l’occasion du deuxième
de nom¬
breux Marquisiens venus de tout Tachipel
Eestival des Arts des Marquises,
se
rassemblèrent à Taiohae, dans l’île de
Nuku Hiva.
Dans
cette
foule, quelques
jeunes gens venus de Tahuata se faisaient
tatouer,
entre eux,
en
1987. A cette
époque, aucun d’eux ne faisait partie de
l’association culturelle Motu Haka qu’ils
ne
semblaient pas connaître. Eelix Eii était
le dessinateur du groupe. Il s’inspirait des
dessins transmis par K. von den Steinen et
W.
Handy dont les Erères de Ploërmel™
431. Communication personnelle de Toti Teikiehuupoko : les
anecdotes concernant Tahipani, célèbre par sa haute statu¬
re, son sabre d’abattis qu’il tenait toujours soigneusement
affûté et qu’il aiguisait de surcroît au moment de la pesée du
coprah font figure de légendes dans le folklore local.
432. Communication personnelle du père Gilbert Allain qui
les
rencontra,
dans les
tout
débuts de son sacerdoce dans
l’archipel.
économique qui sévit à travers toute la
Polynésie française et qui est accentuée de plein fouet dans
les archipels éloignés, remet en question bien des choses.
Ainsi des dérives mercantiles se font jour : comme je l’enten¬
dais cette semaine sur les ondes de la Radio Umetai spéci¬
fique à la. Terre des Hommes, certains néo-tuhuka patu tiki
entendent, désormais, transformer en une véritable profes¬
sion libérale, à l’usage des touristes en quête de souvenirs
originaux, l’exercice de leur art.
433. La. récession
434. Anne Lavondès envoya à chacun de ces jeunes leur pho¬
tographie.
435. Voir dans les
textes
suivants, de la seconde partie,
quelques détails sur cette réapparition.
436.
Les
frères de Ploëimel,
au
collège St-Joseph de
Taiohae, accueillent en pensionnat une bonne part des gar¬
çons
des vallées de l’archipel qui poursuivent leurs études
secondaires.
r
leur avaient donné des copies. Quand quel¬
qu’un vonlait se faire tatouer, il choisissait
les modèles parmi les dessins que lui pré¬
sentait Félix. Ensnite le dessinatenr traçait
les motifs à main levée avec un stylo. Mais
les motifs n’étaient pas tonjonrs reproduits
à l’endroit du corps indiqué par K. von den
Steinen on Handy car pen d’éléments sur
les planches le lenr indiquait. C’était ensui¬
Georges Barsinas, le tatoueur,
d’opérer. Il se servait d’aiguilles, fixées à
une
baguette, et d’encre de Chine. Le
aiguilles étaient enfoncées sous la peau
te au tour de
sans
l’aide d’un martelet, mais directement
avec
la main. Il
n’y eut aucun problème
d’infection et ils n’utilisaient aucun médi¬
particulier. Ils
cament
se
contentaient,
après chaque séance, d’enduire la peau de
puni puahi (huile de coco parfumée ici au
santal, appelée mono’i à Tahiti)®’. La lon¬
gueur des séances variait, selon le courage
des patients,
d’une demi-journée en géné¬
ral, à une journée entière, parfois.
l’opération, chaque candidat
Avant
était fermement prévenu qu’il
allait souf¬
frir et qu’il fallait bien réfléchir avant de se
faire
tatouer.
aussi:
“Tes
Le
dessinateur lui disait
tion”.
Quand l’accord était conclu, les
artistes
se
motifs
vont
attirer
l’atten¬
mettaient à l’oeuvre, sans
céré¬
monie. Il n’y avait pas, comme à Tahiti, de
tentative pour retrouver, dans une connais¬
sance
confuse du passé, l’aspect rituel qui
autrefois motivait et accompagnait le tatoua¬
ge.
Après les séances, toujours pénibles
même
avec
des méthodes modernes, les
patients étaient contents de voir la beauté
de leurs tatouages obtenus dans la douleur.
Ces deux notions de beauté et de souffran¬
ce
restent-
étroitement associées dans l’es¬
prit de tous ceux qui, aujourd’hui, se font
tatouer.
Pour des copains, ou des proches, les
opéraient gratuite¬
Quand ils tatouaient les étrangers de
passage, tout particulièrement ceux qui
artistes
de Tahuata
ment.
Jeunes de Tahuata, venus au Festival tle Nuku
Hiva en 1989 : 1. et 6. Toti Burns, 2.
Félix Fii, 3.
Maxime Toua, 4. et 5. Jean Teiefetii, 7. Kiki Timau,
8. Triphant Bangelina, 9. et 10.
Georges Barff.
•
Ces artistes
viennent en yacht jusqu’aux Marquises et
renouaient ainsi
avec
une
ancienne tradi¬
talents
aux
ne
réservaient pas
habitants de
; ceux des
leurs
autres îles pouvaient venir se
vu
T-shirts par exemple.
faire tatouer chez eux, mais ils étaient fiers
De très forts liens d’amitié unissaient
groupe de jeunes célibataires qui avaient
toutes
sortes
comme
c’est
d’activités
encore
en
commun,
la tradition dans les
vallées. Ils pratiquaient ensemble la pêche,
en
particulier
aux
langoustes, la chasse
sous-marine, la chasse
cochons
aux
ou
que
les jeunes de Tahuata soient les plus
Lorsqu’ils parlaient du tatouage,
“tatouaient des tifei” et
qu’ils étaient des “tatoueurs”. Ils connais¬
tatoués.
ils disaient qu’ils
le
saient
mot
tuhuna mais l’un
d’eux
employait aussi le mot tahutahu qui est un
équivalent, courant à présent, pour guéris¬
chèvres sauvages ou même aux bœufs qui
seur
vivent en quasi ou semi-liberté dans les îles
petite note peut-
Ils étaient sinon sculpteurs,
chasseurs, “coprahculteur”™... ; une acti¬
vité pratiquée par beaucoup sur leur
propres terres ou des terres en fermage. Ils
être
du groupe.
tatouage
Tahnata, on l’a
tion, ils acceptaient quelques cadeaux : des
ce
La renaissance de l’art du
et,
de
avec
une
bravade,
celui de sorcier.
Tahu
avait
doivent débrousser les cocoteraies où ils
reviennent tous les quatre,
six mois,
ou
plus, selon les endroits. Ils rassemblent
ensuite les cocos éparpillées au sol puis les
fendent,
les
ouvrent
et
en
Transmettre, faire école, donner un savoir-faire,
extraient
telle est la tâche de Damien Haturau au CETAD de
l’amande qui est ramassée pour être mise
à sécher dans des lieux très hien
Taiohae et de quelques autres au Centre des Métiers
d’Art à Tahiti.
enso¬
probablement, tout
l’ampleur
qu’allait prendre aux Marquises cette
renaissance. Il ne semble pas que les
Marquisiens les plus âgés soient inter¬
venus autrement que pour indiquer les
le plus souvent des abris
construits à cet effet. L’amande, une fois
leillés,
comme
séchée, est triée en fonction de la qualité et
Ceux-ci sont descendus à la
mise
en
mer
où il sont ramassés par l’Aranui, le
sac.
bien
sans
ou
Taporo et le Tamari’i Tuamotu qui est le
seul à aller à l’entrée de certaines vallées
du
coprah
par
Jean-Louis Candelot,
d’anciens motifs. A
noms
précoce du
peu habitées. Pour cette génération, le
ramassage
un
motifs
À l’égard du tatouage, ils avaient
les
ment
anciennes
femmes
à
ce
moment-là, seulement des
jeunes hommes de vingt ans.
comprendre la réserve
personnes âgées après les
sévères interdictions qu’ils avaient connues
et la longue interruption de cette pratique.
Les significations de certains modèles
étaient connues uniquement par les livres.
faut aussi
des
aux
beaucoup de courage ”. Pour eux, il est
clair qu’ils n’ont et ne pensent jamais avoir
de regrets de s’être ainsi tatoués. Un seul
cependant avait l’intention de faire tatouer
ses enfants, quand il en aurait ! De toutes
façons, tous étaient d’accord pour trouver
qu’il ne fallait pas obliger les enfants à se
faire tatouer et qu’il était préférable de
leur laisser le choix. On ne tatouait pas les
particuliers à l’île qui
les parutions dont ils disposaient. Il
coutumes :
gens qu’on est vrai¬
Marquisien, qu’on a de la volonté et
aucune
n’auraient pas été publiés dans
les mêmes motivations : faire
“montrer
stade
des anciens pour retrouver des
jours existé !
revivre
renouveau,
ce
recherche n’avait été faite auprès
bateauj allant d’île en île, a tou¬
tous
réaliser
été autrefois
un
dieu pour
les ka’ioi des
Marquises. En tahitien, dont le marquisien
actuel est souvent “contaminé”, le tahutahu était “nn sorcier païen d’autrefois”.
tous
Ces garçons interrogés en 1989 étaient
Comme on l’a dit, les motifs n’étaient pas
originaires de Tahnata et catholiques.
reconnus
population les appréciait et ni leurs
parents, ni les anciens ne leur avaient vrai¬
La
ment
fait de réflexion. Les missionnaires
cement
comme
appartenant à un empla¬
précis et pouvaient être tatoués sur
n’importe quel endroit du corps, selon les
vœux
du candidat. Cette liberté par rap-
catholiqnes, parmi les plus ouverts et les
plus respectueux de ce retour aux traditions,
437. Le santal est, entre autres, un excellent cicatrisant.
leur avaient fourni de la documentation
pour les huilej'ies.
438. Récolteurs de coprah, amande séchée de la. noix de coco
189
Te Patu Tiki
•
Tatouage aux Iles Marquises
L'Art du
traditionnel peut être
observée sur des photographies prises en
1989. Les ipu, par exemple, traditionnelle¬
ment plutôt réservés aux bras, ont été
port au tatouage
tatoués
le
sur
devant
de la cuisse
de
A la suite d’Anne Lavondès et de Jean
famille Peters. Son succès était dû au fait
qu’il n’y avait plus du tout de production
de tapa dans les archipels de Polynésie
française, du moins pour le commerce. On
Louis
mots
pour
notamment tont le savoir dn nom des motifs
plus profond dans l’Homme, c’est la
peau...”“’!
Une
boutade que n’au¬
rait pas reniée un
Marquisien, en ces
temps pas si loin¬
de leur “quoi, comment, pourquoi !”...
tains. Le tatouage
à l’heure actuelle, un
avait été transmis
Tiphant Bangelina, renouant pour un peu
des tapa en majorité fidjiens. La reproduc-
de
l’illustration de Porter du chef de
avec
guerre des Tei’i : Mauina .
Le tatouage, tout en ayant perdu une
énorme part
et
de ce qni le justifiait, dont
n’en est pas moins,
phénomène de société, à Tahiti comme dans
les îles, qui tente de renonveler un fond
par
les dieux et
l’on
devait
culturel ancien dont le sens a été oublié.
montrer
n’était qn’nne des nom¬
breuses formes d’attention, portées au
corps, pratiquées autrefois. Il faut citer,
toutes proches, les peintures corporelles
qui étaient autrefois largement utilisées,
préparer physique¬
ment et psychique¬
Le tatouage
surtout au moment
190
quelques
Valéry s’amusa à écrire : “Ce qu’il y a
trouvait, et trouve encore du reste, que
ne
Candelot,
conclure.
des
étaient
admirables,
usages
Détourner
de leur destination
originelle, c’était
assurément risquer
des plantes
leur
et sont
courroux...
En
malheurensement en plei¬
ne
digne, s’y
cet art et ses motifs
des fêtes. Les connais¬
multiples
sances
ment.
s’en
temps,
ces
l’image était
perdition. Des spécia¬
listes connaissaient les
de
teuse
por¬
pouvoir ;
possibi¬
elle était mémoire
lités qn’ils pouvaient en
transmise, garantie
fort nombreuses
de pouvoirs surna¬
tirer et notamment leurs
propriétés
turels
colorantes,
seules ou associées, afin
peintures éphémères
d’enseignement... !
Marin cuisinier de l’Aranui, le cargo
le monde des Hommes et une barrière pro¬
mixte qui dessert l’archipel.
des colorants assez
tectrice contre les influences maléfiques. Il
Page de droite
Main de Peiu Tataikua, par W.Handy.
durables. Elles ne sont
plus guère employées actuel¬
protégeait l’individu de la maladie, de la
perte de son énergie interne et proclamait
lement en dehors du ’eka, bien que les asso¬
tion de beaux motifs de tatouage ou de gra¬
ciations d’artisans se penchent, à nouveau,
vures
un
peu sur la question avec le renouvean de
l’artisanat marquisien.
Les talents
alliés
à
la
divers
de dessinateurs,
connaissance
des
motifs
de
les sculpteurs
qui sont très nombreux sur l’archipel, mal¬
gré la raréfaction du bois de qualité et une
politique territoriale toujours axée sur le
pin des Caraïbes, non exploité du reste ! Ils
sont exercés également par les artisans sur
tatouage, sont exercés par
tapa qui, depuis Fatuiva, avait connu un
renouveau
moyen
Petit tiki de pêcheurs de Tahuata
C’était à la fois un droit d’entrée dans
d’en faire de simples
ou
et
dans les années 1980 grâce à la
anciennes
d’inspiration marquisien-
dont celles publiés dans ce livre inesti¬
ne,
son
identité. Le tatouage était intimement
associé aux grandes étapes de la vie. Il mar¬
quait
son
appartenance au
monde des
mable pour les artisans qu’est le “Von den
Enata : “les Hommes”. Il était gage de suc¬
Steinen”, fut un réel succès commercial. Il
cès, de reconnaissance sociale et d’admis¬
est
devenu une source de revenus et c’est
très important. Là encore, il faudrait pré¬
voir
un
reboisement
en
bois à tapa.
On
peut regretter enfin que la vente directe,
par
exemple aux touristes, soit toujours
aussi difficile, pour le tapa et bien d’autres
produits, en raison du coût prohibitif des
transports qui les
nombreux.
sion dans le clan.
réapparaît au moment même où
l’archipel est sur le seuil d’un nouvel
Univers, au bord d’une immense fracture.
Il
Le tatouage y devient la marque profonde
d’une volonté de survie, et
sance, dans la différence.
empêche de venir plus
439. P. Valéry,
LTdéefixe”, Gallimard.
de reconnais¬
&îîî'rîir'*--
S25«î
Index illustré des motifs
Addenda
Situation des motifs sur le corps
Miseellanées
Le tatouage dans les légendes
Les pétroglyphes et le tatouage
Relevés de bambous
Annexes
Glossaire des mots marquisiens
Index des noms propres
Bibliographie
Crédits ieonographiques
Te Patu Tiki
■
L’Art du
Index des motifs
Tatouage aux îles Marquises
a
1. ’A’a ’enana, ’a’a ’enata, ’a^a kenana et
kenana : ce motif, constitué d'une succession de
7. ’A’a kiva : motif intercalaire
simple paire ou chaî¬
qui dérive de la figuration de la tortue. Il semble plus
destiné au visage et appartenir à ces ornements linéaires
intercalaires qui passent sur le nez comme les 'a'a niho et
'a'a t/kau-'e. Cf. ha'a kiva et 'au kohai, kivakiva, kikiva puhi et
ne
petits "hommes-bâtonnets", se situe de préférence sur le
côté des mains, des pieds ou au poignet : cf. 'a'a kenana
pour Vahana upoko (Ua Pou). Il apparaît également dans les
bandes intercalaires du visage, comme au menton de
mo'oa vaha.
Taniha (a kenana, à Ua Huka).
Le terme est formé de 'a'a (cf. ci-dessus) et de kiva : pier¬
Le terme est formé de 'a'a : file, suite, rangée... bande et
roulée par la mer, pierre de fronde, plombée de pêche,
balle de fusil... mais aussi, sous la forme kikiva, un des noms
re
de 'enata au S.-E., ’enana au N.-O. et kenana à Ua Pou : nom
générique de l'espèce humaine, autochtone. Le sens littéral
est donc rangée d'êtres humains, ce qui correspond au motif
très stylisé recueilli par K. vonden Steinen, W. Handy...
La main placée sous le menton suggère, sur certains tiki,
un rapport à la nourriture ; ce tatouage a
peut-être un sens
voisin. Par le choix de l'emplacement, sur les mains et les
pieds, et le thème iconographique, ce motif est à rappro¬
cher du pa'a n/ho. Il est probable que tous deux eurent pour
vocation de protéger de contacts nuisibles ; l'effet se trou¬
vait renforcé par la succession des silhouettes, rappelant
l'appartenance à une longue chaîne humaine et la puissan¬
ce
qui en découle. Cf. 'enata, pa'a niho.
2.
’A’a
donnés à la couleur de la lune lorsqu'elle apparaît à l'hori¬
zon.
Il peut s'agir d'un motif de protection où sont associés
l'allusion, à la carapace, très résistante, de l'animal et la
volonté de se protéger (K. von den Steinen). Les tau'a marquisiens avaient, entre autres, pour charge de sauvegarder
les combattants de l'atteinte des balles et se tenaient, pour
cela, sur un lieu élevé, non loin, du champ de bataille. Ils
conjuraient en ces termes les projectiles : "I te 'epo te kiva !
Ite 'epo te kiva !" :
terre les balles ! (ou pierres de fronde)
À
8, ’A’a niho : ce nom correspond tout à fait à l'appa¬
’epo, “aha epo”, fafa ’epo, ha’a
rence du motif : une
lèvres, supérieure et inférieure, ainsi que l'intérieur de la
peata. Comme lui, il peut être intercalé partout et spéciale¬
ment sur la face, les joues et le nez, comme pour Tai e vau
(Fatuiva), par exemple. Le terme est formé de 'a'a (cf. cidessus) et niho : dent.
Le terme est formé de 'a'a (cf. ci-dessus) ou de haha (N.0.), fafa (S.-E.) : bouche et de 'epo : boue, terre, saleté, sale.
3. ’A’a fanaua et ’a’a hanaua : les motifs, aux¬
quels K. von den Steinen et W. Handy donnent ce nom,
apparaissent à des endroits très différents : sur la nuque,
9. ’A-’a pateka : ce nom laisse supposer que le motif
présente comme une succession de lignes entrecroisées
ou,de motifs cruciformes, mais aucune représentation iden¬
se
derrière l'oreille et sur la face interne du bras deTakao (Hiva
tifiée n'est connue. Il pourrait s'agir d'un motif voisin du
Oa), ou sur le haut de la cuisse d'hommes de Fatuiva. L'idée
194
pateka ou pate'a tiki.
de protection, associée aux fanaua, se trouve probablement
Le terme est formé de 'a'a (cf. ci-dessus) et de pateka,
pakeka ou pate'a : croix, mettre en travers... Il désigne un
groupe d'étoiles et une façon de porter : sur les épaules ou
grâce à un bois de portage... ; pateka heana, signifie porter
renforcée par l'effet de répétition.
Le terme est formé de 'a'a : file, suite, rangée... bande et
de fanaua au S.-E., ou hanaua au N.-O. : femmes décédées
du fait de leur grossesse.
4.
’A’a
rangée de dents. Si le tracé est courbe,
il prend le nom de vi'i 'a'a niho. C'est une variante du niho
bouche des hommes.
ÈMM
"No te etua te kiva !" : Pour le dieu les balles !
ou
’epo : ce nom était donné à l'ensemble qui couvrait les
/
-
-
une victime humaine.
hikihiki : motif linéaire dont K. von den
10. ’A’a puaika : motif féminin rayonnant autour de
l'oreille. Cf. a puaina, omua puaina, vi'i puaika ou vi'i puai-
Steinen explique qu'il représente un alignement de ke'a, à
la fois motif et variété de crabes ou dé tortues. Le seul
na.
exemple identifié apparaît sur la face externe de la cuisse
d'un homme de Fatuiva, dans un type de motif inspiré du
puaina : oreille.
Le terme est formé de 'a'a (cf. ci-dessus) et de hiki : fuite,
évasion, s'enfuir... mais aussi arrêter la tresse d'une natte, la
11. ’A’a tikau’e : sous ce nom, le maître tatoueur
Tauakika, de Fatuiva, représente une rangée de mouches ;
Le terme est formé de 'a'a (cf.
fourreau des sabres de marine ; cf. kohe ta.
terminer. En effet, hi'i - autre forme possible de hiki - signi¬
fie large tresse de bourre de coco, rang, rangée, assises de
pierres...
mjTfjY
ci-dessus) et puaika ou
le tracé s'inspire directement de la figuration d'un 'enata. Il
le localise sur l'aile du nez ou à l'oreille : cf. papa tikau'e,
patikau'e ettikau'e.
Le terme est formé de 'a'a (cf. ci-dessus) et de tikau'e :
5. ’A’a hikuhïku : succession de motifs constitués
mouche...
de deux triangles superposés et inversés,
portée par les
hommes (cf. koko'o hau). Kahi, l'intègre à un kohe ta. Il est
Un rapport à la mort est très sensible.
aussi placé en bandeau au mollet là où, d'habitude, sont
attachés des ornements de cheveux. Cf. hikuatu, tava...
’epo.
12. “Aha
epo” : orthographe ancienne, cf. ha’a
située entre le ventre et la queue ; K. von den Steinen l'in¬
13. “Aha
haha poriri.
polili” : orthographe ancienne, cf.
Le terme est formé de 'a'a (cf. ci-dessus) et de hiku dont
le sens varie. Au propre, hiku désigne la partie du poisson
terprète comrfie des nageoires caudales. Sous une forme
archaïque, précise H. Lavondès, le terme s'applique aussi à
la zone en bord de mer où l'eau n'arrive qu'à mi-mollet ; au
figuré ; enfants, descendants. Ce dernier sens rejoint un
des thèmes importants, souvent très schématisé, de la sym¬
bolique du tatouage ; cf. an; ata, ani a Tiu, ani haupeka, pi'a
'0 Tiu, po'epo'e, po'e vae et ti'i vae tahi.
6. A’a hinena’o
ioe hinenau”.
:
cf. te a’a hinena’o ou “te
14. Akaaka fa’a : motif courbe destiné au pied des
femmes, à Fatuiva. I! était considéré comme ancien par le
tuhuna de l'île (Porioho) qui en fit le dessin pourW. Handy.
Il s'inspire du pandanus, plante très utilisée dans le tressage
activité plutôt féminine - pour ses feuilles ou les fibres
tirées de sa racine (cf. kaka fa'a et muko ha'a). La légende
-
de l'île aux femmes évoque un tout autre usage de cette
racine ;
Kae).
elle permet de pallier le manque d'hommes (cf.
Le terme est formé de a(ra ; racine des plantes... et fa'a
ou
ne" donné par K. vonden Steinen qui en identifia le "proto¬
type" dans une des figures de l'etua. Toutes les parties
constitutives de ces êtres divinisés que sont les etua ont
leur valeur propre et sont utilisées soit isolément, soit en
association. C'est le cas du ani ata et de ses équivalents : an/
haupeka, ani a Tiu, pi'a 'o Tiu et ti'i vae tahi. Ce motif en
bandeau permet souvent de souligner une composition,
ha'a : pandanus ; aux Tuamotu, aka ou akaaka signifie
l'âge où l'on devient solide sur ses pieds (J.F. Stimson).
15. ’Ama kopeka, ’ama '’ope’a et ’ama
’opeka : motif, en forme d'aile, idéalement adaptable à
certaines articulations qui l'animent ; c'est le cas du creux
poplité (à la place du fatina), des muscles fessiers et de la
région coccygienne où ses lignes fines et galbées se déve¬
loppent de part et d'autre de l'anus ; cf. ’ama tikau'e, kope¬
une courbe
atmosphère, lieu de bonheur... et de ata : image, statue...
ombre ; ce que K. von den Steinen traduit par nuages du
ciel ou ciel nuageux. Ces indications sont à compléter par
celles de J.F. Stimson, pour les Tuamotu, ata : image, appa¬
rence, ombre, reflet, nuage en général mais aussi ce qui
ka. Il se retrouve de Fatuiva (motif du tuhuna Putatoutaki), à
Nuku Hiva (dessin du chef Tamo), en passant par Hiva Oa
(tatouages de Takao) ou sur des modèles en bois sculptés.
Le terme est formé de 'ama : noix de bancoul, la lumière
qui en est tirée et de kopeka, ou o'pe'a à Fatuiva : virer,
.tourner... nom de la salangane - Aerodramus ocistus -... Il
faut noter que Kopeka, aux Tuamotu, désigne la Croix du
Sud ainsi qu'une façon d'attacher et un laçage croisé, utilisé
notamment pour maintenir la victime d'un sacrifice ; par
extension, la victime proprement dite, lorsqu'elle est prête
à être offerte... Il pourrait s'agir d'un ancien tatouage de
vengeance.
Une coutume permettait aux parentes d'un prisonnier de
le visiter dans le clan où il allait être mis à mort : ko'opeka
ka'ahu ahi à Nuku Hiva et Ua Pou. V. Segalen dans "Les
immémoriaux" (1907) l'évoque : "Elle se trace avec du char¬
bon
une
croix
sur
le front et le ventre
enfant."
puis pleure son
16. ’Ama tikau’e : ce dessin de Tauakika, (Fatuiva),
était destiné
au nombril. Les mouches y sont à nouveau
évoquées, peut-être en raison de leur familiarité avec la
mort. Le motif rappelle en effet le nutu kaha dont on ne sait
s'il représente un crâne d'ancêtre, de cochon, de chien im¬
molé, ou le visage d'une victime. Dans ses lignes générales,
il est voisin du ‘ama kopeka ou ‘opeka.
Le terme est formé de 'ama : noix de bancoul, lumière...
bougie de cire (d'où l'explication parfois donnée pour ce
motif en raison de la ligne verticale au centre) et de tikau'e,
mouche...
S'agit-il de commémorer un devoir de Vengeance à per¬
pétuer, du fait de la proximité du nombril symbole de filia¬
tion ; cf. la tradition pour le cas d'enlèvement de victime
dans une famille Ata et Timoteitei et le motif d'hameçon :
metau. Il se peut aussi que ce soit un "talisman" destiné à
protéger cette "porte du corps”. Cf. les motifs ‘a'a tikau'e,
tikau'e et pa tikau'e qui eurent sans doute la même vertu.
-
-
17. ’Ama upe’a : cette orthographe n'apparaît que
dans l'édition de 1938 de W. Handy. S'agit-il d'une erreur
d'impression - pour ‘ama ‘ope'a - ou d'un nom de tatouage
à part entière ? Ce motif est très différent des 'ama kopeka.
Il fut tatoué par un tuhuna de Fatuiva sur le dos de la main
droite de Marthe Haatapu (Hiva Oa). Il se situe entre le
pouce et l'index et correspondrait à deux noix de coco liées
entre elles.
L'interprétation donnée est très éloignée de ce que sug¬
gère une étymologie - bien sûr délicate à tenter et sujette à
caution car ‘ama correspond à : noix de bancoul, lumière...
mais aussi balancier de pirogue et upe'a, upeka, upena à
-
une sorte de filet.
D'autre part, le fait de lier entre elles des noix de coco
correspond à une façon de les assembler pour les compter,
les transporter... mais aussi l'indication d'un interdit placé
sur une
récolte ; un kahui. Le nom même de la personne
tatouée fait allusion au fait de rendre tapu ou d'avoir été
rendue tapu !
18. Ani ata : il s'agit d'un motif d'origine anthropo¬
morphe issu du thème du tiki, d'où le qualificatif de "tikigè-
musculaire (cf. hue fai).
Le terme est formé de ani, au S.-E. : ciel, firmament...
devient visible ou apparaît.
19. Ani
a
Tapa : motif féminin, fait de courbes,
placé sur les doigts ; il s'apparente aux “eata te hae", ipu,
mo'oa vaha et papua.
®
Le terme est formé de ani (cf. ci-dessus) et de a qui peut
exprimer ce qu'il y a de plus sacré ; placé en préfixe, il
indique un rapport de dépendance. Ceci permet de le tra-
duire littéralement par "Ciel de Tapa" d'où ciel d'orage.
K. von den Steinen y voit une allusion au bruit des maillets
frappant l'étoffe végétale, le tapa, associée au fait que Tapa
est la déesse des nuages d'orage et des éclairs. Elle était
aveugle et possédait la "corde des éclairs" (cf. kahakaha
u'ia). H. Lavondès souligne que les réalités écologiques et
météorologiques de l'archipel sont telles que les alizés
chargés de pluie - symbolisés par les nuages - sont gage
d'une abondance ardemment souhaitée et probablement,
par là même, de fécondité.
20. Ani a Tiu et “teia aniatiu”: ce motif anthro¬
pomorphe, se confond avec les ani ata, ani haupeka, pi'a ‘o
Tiu et ti'i vae tahi... Il est utilisé en anneau, bracelet, ou pour
souligner des courbes comme celle du lobe de l'oreille. Les
Pères remarquent qu'il s'étire souvent aussi sous l'ceil, le D'
L. Rollin précise la pomrfiette gauche ; cf. mata toetoe.
Le terme est formé de ani (cf. ci-dessus) et de a qui, là
encore, peut suggérer un rapport de dépendance... ce qui
permet littéralement de le traduire par "Ciel de Tiu", le vent
du N.-Ô. qui amène les nuages de pluie. Comme pour ani a
Tapa, cette évocation d'un vent au régime très capricieux
pourrait correspondre à un souhait de fertilité. Parmi les
noms allégoriques donnés aux chefs, figurent l'orage et les
éclairs.
21. Ani haupeka : ce motif en guirlande, d'origine
anthropomorphe, se confond avec les ani ata, ani a Tapa,
ani a Tiu, pi'a 'o Tiu et ti'i vae tahi... Il est utilisé de la même
façon.
Le terme est formé de ani
(cf. ci-dessus), de hau
:
Hibiscus tiliaceus... mais aussi serein, et de peka : branche,
puis croiser, croix... et, du fait des entrecroisements, fourré
impénétrable ou s'étendre au loin comme les branches d'un
arbre, s'en aller d'un pays dans un autre... Il pourrait être
traduit par "immensité d'un ciel serein" et faire allusion à la
notion de paix, souvent sous-entendue dans hau.
22. “Aouhoé” : cf. ’au hoi.
23. “Apihao” : tatouage de l'avant-bras, au dessus
du poignet. Le ipu 'oto lui fait suite, sur la face interne.
Ce nom, recueilli par Ch.L. Ciavel, probablement mal
orthographié, est à rattacher, comme d'autres noms de
tatouage, à l'idée d'enveloppement : être couvert de... car
api peut signifier qui se couvre d'odeurs ; pi veut dire :
plein ; pi'ao ou pikao : envelopper... et a'o : devant... ou
'a'o : bas, sous...
Te Patu Tiki
•
L'Art du
Tatouage aux Iles Marquises
A
24. A
puaina
identifiée de
ce
: il n'existe aucune représentation
motif dont W. Handy indique qu'il était
placé au bras. Le terme est à comparer à a kenana, variante
et 'a'a puaika. Toutefois, il ne
s'agit pas ici d'un alignement disposé autour de l'oreille,
mais d'une suite de tracés spiralés (sens de puaina). Cf.
kavi'ipu et kokoata.
Le terme est composé de a : marque, entre autres, du
pluriel... et puaina, au S.-E. : oreille, pampres des plantes.
semble-t-il du 'a'a ‘enana
25.
J
’Atiu
:
sous ce
nom,
Tauakika représente des
feuilles dont on peut supposer, par le nom qu'il en donne,
qu'il s'agit de celles d'une plante précise (cucurbitacée ; cf.
hue...), leur représentation est conventionnelle.
Au-delà de ce sens, et de son aspect purement esthé¬
tique, le dictionnaire comparatif des langues polynésiennes
de E. Tregear apporte un éclairage intéressant en proposant
pour tiu, aux Samoa : partir pour une partie de pêche... et à
Tahiti : aller de porte en porte demander de la nourriture ;
coutume pratiquée, dans l'archipel, notamment par les
tau'a (prêtres) et leurs assistants. Sinon Tiu, aux Marquises,
est le vent du nord, porteur
plantes et aux récoltes.
de pluies et donc bénéfique aux
26. ’Au ho’i, “aouho’e” et ’ou ho’i : le motif
correspond à un tatouage porté par les hommes sur la mal¬
léole interne. Il est à rapprocher d'une ancienne composi^tion de Fatuiva appelée ikeike.
Le terme est formé de 'au ou de ‘ou : feuille... et de ho'i :
igname sauvage, Dioscorea bulbifera, membre viril, sobri¬
quet donné à celui qui se fait tatouer...
Tout comme pour le précédent motif, au-delà du sens lit¬
d'igname sauvage" ou feuille sèche pour
K. von den Steinen, il faut probablement chercher le sens
de la métaphore. Le travail de J.F. Stimson est souvent riche
d'enseignement à cet égard. On y relève que au signifie :
aimer, être en accord avec... ou bien encore : moi..., perfo¬
rer, objet pointu..., et nuage, fumée... Le mot hoi a pour
sens : être disloqué, disjoint comme des os... ou apparaître,
téral
196
:
"feuille
comme une divinité.
27. ’Au kohai : motif intercalaire, destiné aux joues,
qui figure parmi les premiers qui furent tatoués à Kena pour
qui les séances de tatouage commencèrent par la tête. Il
n'en existe malheureusement aucune représentation.
Le terme est composé de ; 'au : feuille et de kohai :
Erythhna variegata, arbre d'une belle floraison rouge qui,
en plusieurs archipels, marque la saison de pêches particu¬
lières. Il a été dit que les prêtres inspirés de l'archipel (tau'a)
étaient particulièrement entreprenants lors de cette pério¬
de ; c'étaient eux qui bien souvent lançaient la "pêche" aux
victimes humaines, considérées comme poisson des dieux.
Le rapport entre cette plante, une période d'activité parti¬
culière pour les tau'a, et ce tatouage pourrait peut être s'ap¬
pliquer à une personne choisie par un prêtre, ou ayant une
fohction sacrée : cf. matua he'e moa.
28.
’Au kohe
:
motif, associé aux ipu ‘oto, koniho
haka'eva'eva et tiki paheke, qui fait partie de ceux que l'on
recommande à un jeune homme originaire de Fla'epapa, à
Flakamoui, pour retrouver le cœur de sa belle (cf. récit de
Fl. Lavondès). Il n'en existe aucune représentation identi¬
l'archipel, d'exemples de longues bandes tatouées
présentant la forme de feuilles de bambou. Par contre, les
relevés faits aux Marquises (entre 1890 et les années 1920)
font fréquemment apparaître le kohe : imitant un sabre de
dans
la marine {kohe ta, kohe tini...). Le couteau de bambou
resta longtemps en usage,
comme la
notamment lors de cérémonies
superincision du prépuce.Cf. un tatouage d'arioi,
aux îles de la Société :
‘ohe mara ou bambou sec.
29. ’Au kohuhu
et ’au kohu’u : motif repré¬
petit arbuste utile aux pêcheurs, dessiné par
Tauakika (Fatuiva) pour K. von den Steinen. Son côté figura¬
tif, assez maiadroit du reste, associé au fait qu'il puisse être
placé n'importe où, laisse supposer qu'il s'agit d'un motif
sentant un
tardif. Il semble conserver une valeur indicative - lien avec
la pêche ? - mais la nécessité de respecter une règle n'exis¬
tait probablement déjà plus lors de sa création.
Le terme est composé de
'au : feuille et de kohuhu :
arbrisseau - Tephrosia piscatoria.
Il semble que cette plante ait figuré parmi les végétaux
capables de chasser les mauvais esprits ; c'était du moins
une
plante médicinale susceptible d'être utiliséé pour les
enfants et soigner certaines maladies génitales. Son rôle le
plus important était d'endormir le poisson mais ses fleurs
pouvaient aussi être utilisées comme ornement et la fumée
dégagée par les rameaux éloigne mouches et moustiques.
30.
’Autupa : cf. ka’otupa.
31. Ava po’o po’o : ce nom, désignant un
ensemble de figures disposées sur la face antérieure de la
cuisse, fait partie de la liste recensée par M*' R.l. Dordillon
en 1856. On ne sait rien des figures proprement dites.
Le terme semble composé de ava : espace, fissure, pas¬
sage... et po'o : morceau, portion... Ce qui n'est guère
éclairant. Il est possible qu'il s'agisse d'une contraction de
l'expression : ava/ ha'a po'opo'o : faire durer longtemps les
vivres. Cette préoccupation essentielle de la société marquisienne a pu être concrétisée par un signe reconnaissant
des capacités particulières, une charge... Il se pourrait aussi
que le nom ait été formé, à l'origine, à partir de avae, terme
appliqué à des phases de la lune, mois lunaire...
32. Ave : ce motif correspond à une ligne ondulante
disposée isolément ou à la fin d'une série de petites figures,
les niho peata par exemple ; il peut aussi être intégré à une
composition, de façon à simuler par exemple une bouche
dans un visage.
Le terme est composé soit de ave : bout, morceau ou
toron de corde, morceau de la ligne qui tient l'hameçon,
soit de ‘ave au S.-E., ou kave : rang, rangées...
Quelques tracés particuliers et associations remar¬
quables, sur des bambous en particulier, font penser que ce
motif évoque des successions de personnages innom¬
brables, notamment dans le cas d'une suite de triangles le
précédant. Ceci est à rapprocher des aide-mémoire marquisiens utilisés pour se remémorer les chants et généalogies.
K. von den Steinen explique que la figure centrale de ces
aide-mémoire est appelée too mata. Elle est prolongée de
ramifications, les ave, sur lesquelles des nœuds : les pona,
servent de repères. Autant d'éléments qui permettent d'as¬
socier ce motif à la tradition orale.
fiée.
Le terme est composé de 'au : feuille et de kohe : bam¬
bou, couteau fait de bambou...
Esthétiquement la feuille de bambou, longue et effilée,
évoque bien une lame tranchante, qualité du reste bien
connue de cette plante dans le quotidien des îles. Si des
voyageurs signalent, en particulier dans les îles du sud, dès
motifs en forme de feuilles de fougère, on ne connaît pas
33.
“Eata
D.Tilésius
te
hae”
:
motif relevé en 1804 par
reproduit, un peu différemment, par
G.Fl. von Langsdorff. Il fait partie des compositions utilisant
des arcs, symboles d'un engagement réciproque entre
hommes et femmes, précisent-ils. Il était porté par celles‘ci
et
sur les mains et par
les non épanouies mais aussi canneler (effet obtenu par le
devoir conjugal. Il est constitué d'une suite d'arcs, associés
se aussi de ka'o : difficile à
ceux-là aux bras. L'engagement va de la
construction de la maison, aux tâches ménagères et au
martèlement du maillet rainuré ; ike). Il se peut qu'il s'agis-
comprendre, caché... ou couvert
de... d'où 'ua ka'o '/ te tiki : il est tout couvert de tatouages
par paires ; ceux de la rangée du haut s'imbriquent avec
ceux de la rangée du bas et forment un bel ovale. Ce dessin
et ka'o puhi : qui ne craint pas les balles. Vient enfin tapa :
est à rapprocher du mo'oa vaha ; cf. aussi honu.
étoffe, morceau, fragment...
Le terme est formé de e : article indéfini qui peut signi-
fier : simplement. S'y ajoutent ata : image, statue... puis te :
-
41. ’Emutete : motif de remplissage appliqué sur les
le, la... et enfin hae qui marque un état permanent, ou plutôt ha'e, au N.-O. et fa'e au S.-E. : maison.
fesses de Kena lors de la sixième séance, c'est-à-dire après
que son visage, ses jambes, son cou, sa poitrine, ses bras
puis son dos aient été tatoués. Il n'en existe aucune représentation. Cf. 'imutete.
34. “Ehi kokohaou” : cf. hei koko’o hau.
Le terme est formé de 'emu : fini, achevé... et tete : grin-
35. “Eho mac”probablement ’eo ma^a’e :
V. Lallour recueille ce nom donné au tatouage du menton.
mais aucune représentation identifiée en tant que telle n'a
été conservée ; cf. koniho, les dessins du chef Tamo.
cer des
tatouages, bien que la région
fessière ne soit pas'Ia plus sensible. Il est plus probable qu'il
s'agisse de faire frissonner l'adversaire en lui montrant son
postérieur, une attitude classique de provocation avant un
combat, parfois même sculptée sur quelques étriers
Le terme est formé de 'e'o : langue, organe de la parole
langue, dialecte, parole... et de ma'a'e : oublier.
L'expression 'eo ma'ake signifie : voix sans écho... d'où la
proposition de restitution d'orthographe.
Ce ,nom est à la fois évocateur et difficile à interpréter.
L'art de la parole mais aussi le rôle de "mémoire d'une famille", ou d'un clan, était de la plus haute importance.
S'agissait-il, dès lors, d'exorciser le risque de défaillance ?
S'agissait-il de concrétiser un don, reconnu à un maître en
ou
’eo :
d'échasse.
,
Etait-ce
une
_,™,
36. “Eia vau” : cf. Va va’u.
37.
Eipaoto
’enana
:
cf. planche pages 128 et
Hiva, note que les ka'ake font partie des signes d'appai^e-
s'était définitivement tue, un deuil ? Mais, plus que le men-
nance à un groupe et que ce motif, en forme d'arc.
témoigne de la participation à un de ces
repas évoqués à
propos des 'enata. J.B. Cabri raconte qu'Tétaitdifficile
d'échapper à ces "banquets" lorsque l'on avait intégré un
clan et participé à l'action. Rien ne semble le distinguer du
'enata u'o
W. Handy inscrit ce nom dans ses
notes en remarquant qu'il est donné à un motif placé soüs
le bras, tout comme le 'e'; pu'a'o qu'elle évoque plus loin.
Malheureusement il n'a été conservé aucune représentation identifiée pour chacun de ces deux termes. Par contre.
la définition correspond à la description d'un ipu 'oto.
Le terme est formé soit de ei : nourriture qu'on prend
après avoir bu une boisson enivrante à moins que ce ne soit
'e'/ : dent de cachalot. Vient ensuite pa : clôture, enclore...
<
et
43. ’Enata kake : D. Tilésius, qui se pencha avec
J.B. Cabri sur l'aspect et la fonction des tatouages de Nuku
façon de commémorer une voix qui
ton, c'est le tatouage de la langue qui était lié au deuil.
42. ’Enata
129.
l'art de dire ou de chanter, ou au contraire de le sanction-
ner ?
dents, frissonner... Ce nom pourrait mettre l'accent
sur le côté douloureux de ces
JTjnjm^li^uan^robablement l'autre. Entre deux
rangées de rectangles noirs, deux arcs de cercles non jointifs enserrent un point ; image, peut-être, de ce qui à la fin
d'un affrontement réunissait les vainqueurs. Cette disposition se retrouve avec des personnages plus individualisés
:
sur le "bambou du
Louvre".
Le terme est formé de 'enata : nom générique de l'espè-
ce humaine et de kake qui évoque l'idée de courbes et
signifiée grimper, se mouvoir du bas vers le haut... d'où
kakea : sacré...
et 'oto : cavité, intérieur...
38.
1f
—A
tatouage
j
l
^
premier cité par R. Linton (1923) puis repris, éventuellement corrigé en eipuoto, par les personnes qui travaillèrent
documents, sont appliqués par ces derniers aux
motifs de rectangles aux extrémités arrondies, cercles ou
ovales ouverts en un point, telle une passe dans un lagon
iiC* "
bois
“Eipoto” et eipuoto : ces deux termes, le
reprendre une image de W.P. Crook. Il en existe une
infinité de variantes qui se retrouvent aussi dans la gravure
sur bois. Ils sont nettement
re aux
apparentés aux ipu et plus encopoka'a. Pour l'étymologie, cf. ipu 'oto.
39. ’E’i pu’a’o : ce nom apparaît dans les notes de
W. Handy. Tout comme le eipaoto il s'agit d'un motif placé
le bras pour lequel aucune représentation n'a été
conservée. Est-ce un motif de la famille des niho peata (cf.
sous
signification) ou une variante orthographique de ipu 'oto ?
Le terme est formé de 'e'/ (cf. ci-dessus) et de pu'a'o, au
S.-E. : petit d'un requin.
la similitude de
40. E kao tapa : W. Handy le note dans ses carnets
à propos des tatouages de la famille du pasteur hawaiien
Kekela, arrivé jeune dans l'archipel où il fit souche. Elle pré-
cise qu'il s'agit d'un motif pour les mains.
Le terme est formé de e : article indéfini ; il peut aussi
signifier : simplement, puis de kao : spirale, sommet, feuil-
fS; r
44. ’Enata u’o : figure identique au 'enata kake.
Toujours relevé par D. Tilésius, il s'agit d'un des ces signes
de dépendance envers “la table" d'un chef. En l'occurrence.
une de ces marques qui rend obligatoire la participation au
prochaio affrontement... et que durent accepter les pre£y|.Qp^gp5 ^ séjourner dans l'archipel s'ils voulaient
être intégrés. D'autres marquaient des formes différentes de
dépendance et pouvaient apparaître sur les casse-tête, aux
bras... ; cf. certains niho peata, "tehou kake", "eu kake"...
Le terme est formé de 'enata : homme et uo : zèle, activi-
té... ou uho : mcelle des végétaux... Il est possible d'éclairer
la portée de ce uho, ou u'o, en se reportant aux précisions
qu'apporte J.F. Stimson à propos des Tuamotu. Ce nom
caractérise le potentiel de vie, de force..., le principe de
création divin ou naturel, à distinguer de iho qui implique
un commencement... Le uho est
l'impulsion qui permet la
création, la reproduction, l'évolution, la croissance... Cette
idée contient un dynamisme, un potentiel de création...
Contrairement au iho, attaché à ia personne comme l'ego.
le uho se transmet de génération en génération et peut, de
ce fait, apparaître dans de grands récits cosmogoniques.
Par analogie, il est poétiquement associé à un être primordial, au fait de donner la vie, au cordon ombilical, au phallus
en tant que source de vie...
Cette idée de centre, de mcelle... pourrait être rendue
dans le motif par le point central qui unit autour de lui ; cf.
mata puovo, etc.
Te Patu Tiki
•
L’Art du Tatouage aux Iles Marquises
45. ’Eo ma’ake
:
se rejoignent alors. Par contre, une autre suite d"enata, pra¬
tiquement identique, placée à l'épaule et sur les reins d'un
homme de Omoa (Fatuiva) est appelée etua po'o par K. von
cf. “eho maé”.
'46. Epootu : d. pootu.
47. Epuao : cf. ipu
’a’o.
48. Epuoto : cf. ipu
’oto.
den Steinen. Ces termes voisins posent de réels pro¬
blèmes ; il est indéniable qu'une erreur d'impression a dû
se glisser à leur propos I Le fait est net pour un unique etua
pooi. Il s'agit d'une évolution très géométrique de l"'etua
paou" équivalent au va; '0 Kena, porté autrefois à la.jointure du bras et de l'avant-bras par les hommes de Fatuiva.
49. Etna : cf. planche pages 38 et 39.
etua po’ou, tua po’ou,
etua pu’0'0, etua pooi, etua po'o, etuu po’o
ou tuu po'o : nous avons là une série de noms venant
pour la plupart des notes de terrain de W. Handy ; les etua
po'ou et etua pu'0'0 sont évoqués également par K. von
den Steinen. L'allusion à un aricêtre prestigieux y est tou¬
jours sensible ; tous sont apparentés et dérivent d'une figu¬
re anthropomorphe. L'etua paou et le tuu po’o sont les plus
50. Etua paou,
complexes car la juxtaposition d'etua de la famille des
motifs va; '0 Kena aboutit, parfois, à une sorte de regard
(mata) où sont intégrés des croissants de lune ; cf. mata
hoata. Ce détail est à rapprocher de tuu, qui signifie dixseptième nuit de la lune (celle-ci était consacrée semble-t-il
aux mânes des ancêtres), ou d'etua s'il s'agit de personnali¬
tés importantes. Or, parmi les motifs réservés aux membres
de la classe tapu, figurent les croissants de lune. Les autres
participent de la figure de r"homme-bâtonnet" ou, parfois,
au groupe des demi-etua pour l'etua po'ou. Ils semblent
plus prédestinés aux femmes et prédominent sur les mains
et les pieds, à la naissance des orteils, soit des endroits à
protéger tout spécialement de contacts qui pourraient nuire
à la personne ; cf. pa'a niho.
198
51. Etua paou, etuu po’o et tuu po’o : il
s'agit de motifs identiques dont l'orthographe varie proba¬
blement en raison de la difficulté à en saisir la prononciation.
W. Handy précise qu'ils correspondaient à un va; '0 Kena, à
Fatuiva ; cf. les exemples aux pieds de Napueua (Hiva Oa).
Le terme est formé soit de etua : divinité ou divin, très
habile... qui a pour équivalent tu'a ou de e : article indéfini
qui entre dans de nombreuses locutions et particules
conjonctives. Vient ensuite tuu (cf. ci-dessus) ou tu'u : don¬
ner, livrer, offrir... ; nom appliqué, dans le même esprit, à la
structure carrée, entourée de ke'etu, où les prêtres offraient
les victimes et à de petits foyers de pierre dont l'usage
n'était pas domestique. Tuu est enfin t pardonner, congé¬
dier... Il est à noter que J.F. Stimson, aux Tuamotu, met en
relief la notion de : supporter, affermir... et celle de vertica¬
lité : poteau, parties verticales d'une construction, bâton à
fouir ; au figuré, c'est un assistant qui seconde à la guerre.
Pour po'o : portion, morceau... dont fragment d'humérus
ou de fémur appartenant à un ancêtre ou à une personne
prestigieuse, taillé en cylindre. L'/v; po'o était une "perle"
d'os passée dans les cheveux ou placée sur un objet remar¬
quable : pu, tambour... il y était cantonné, la plupart du
temps, de deux graines sphériques noires. Cet os sacré tra¬
duit sa fonction de canal entre deux mondes
:
celui des
hommes et celui des dieux. Pour l'anecdote à propos de
paou, E. Tregear note en Nouvelle-Zélande pour paoru :
divinité secondaire reptile ; cf. ivi einui.
52. Etua po’ou, etua pooi et etua po’o :
pour \A/. Handy l'etua po'ou ou tu'a po'ou correspond à un
demi-etua particulier qui se rattache, d'après elle, aux
pohu. Il apparaît sur les mains (à la jointure du pouce et de
l'index), aux bras, aux jambes et sur le dessus du pied (à la
base des orteils). Mais il correspond aussi à un type
d"'hommes-bâtonnets'' placés, dans l'exemple recueilli, en
bordure du pouce et assez comparable à ceux dessinés par
Tauakika pour les oreilles ; K. von den Steinen et W. Handy
Le terme est formé de etua (cf. ci-dessus) et de po'ou,
tiré de porou pointé par K. von den Steinen. C'est un équi¬
valent de tapu ou de hihi, tous deux présents dans la
construction de quelques noms de motifs dont le sens est :
sacré. D'où po'ou : sacré, mais aussi étroit et étoffe pour
envelopper les morts, cf. po'o.
Les etua po'o et etua pu'0'0 peuvent être décrits comme
un alignement d"enata. Tauakika les dispose sur le pourtour
du majeur d'une main de femme et en rangée double au
poignet ; légèrement différents aux deux endroits, ils por¬
tent néanmoins le même nom. Bien qu'il s'agisse pratique¬
ment des mêmes motifs que ceux dessinés par Tauakika
pour l'oreille ou ceux portés par Hiaotiu à la main, ils sont
appelés cette fois etuà po'ou ; quant à ceux tatoués à
l'épaule et sur les reins d'un homme de Omoa, ce seraient
des etua po'o !
Le terme est formé de etua (cf. ci-dessus) et de pu'0'0 :
entièrement absorbé, évaporé, desséché, brûlé par le
soleil... À rapprocher de u'o, cf. 'enata u'o...
Des erreurs se sont glissées dans les notes ou lors des
publications. Il faut cependant retenir l'importance de raci¬
nes comme /0, ivi, pu, tu'u ou uo..., les nombreux pororo,
po'o, pu'0'0, puovo... et les notions qu'ils véhiculent : cen¬
tre, creux, vide, tube et passage, fente, poteau, axe ou spi¬
rale... qui transparaîtront dans le tatouage et leurs noms.
Les jeux sémantiques qu'ils permettent ne sont sans doute
pas insignifiants. Il en va de même dans l'iconographie ; ne
négligeons pas les jeux d'opposition, la place dans la com¬
position, l'image qui s'attache.à une forme, leur interpéné¬
tration, les recoupements dans leur évolution... Ici, se joue
la transformation entre l'humain, l'enata aux formes sim¬
ples, qui devient plus complexe à mesure qu'il approche du
comme les pohu, puis très travaillé pour devenir
"demi-etua". Parfois, tout ceci s'exprime à travers une
extrême stylisation ; un simple trait vertical est un homme,
un trait double est un chef. Celui-ci devient creux sphé¬
rique : hue, perle d'os : ivi po'o, "tube" : pu, ipu, pahjto...
divin,
53. Etua po’o : cf. etua paou...
54. Etua pooi : cf. etua paou...
55. Etua po’ou : cf. etua paou...
56. Etua potiki : K. von den Steinen donna ce nom
au
schéma de base à partir duquel il lui fut possible d'étu¬
dier l'évolution de la représentation humaine dans les arts
marquisiens : tatouage, tressage, gravure, sculpture... Il
obtint ce nom à Puamau (Hiva Oa), à propos d'un bas-relief
remarquable du site de Vipona ; sa traduction est
"enfant dieu". En tant que médecin, il y-reconnaissait une
sur un tiki
représentation de nourrisson qui se retrouve dans nombre
de figures où le rapport entre la tête et le reste du corps est
d'environ trois quarts pour un quart. Ce bas-relief est le
point de départ de son tableau sur l'évolution de la figure
humaine, de l'etua à \"enata.
Le terme est formé de etua : divinité, divin, très habile...
et de poti'i, po'iti ou potiki : jeune
nom
enfant, petit garçon. Ce
est donné au cadet de la famille.
Le tatouage représente rarement l'être humain dans son
entier, si ce n'est dans des figures très schématiques.
Lorsque ie personnage est encore assez reconnaissable,
mais de plus grande taille, il ne s'agit déjà plus d'un simple
mortel mais d'un être divinisé, un etua.
57. Etua pu’o’o : cf. etua paou...
58. Etuu po’o et tuu po’o : cf. etua paou...
part et d'autre de l'ouverture béante de la bouche, corres¬
pondent aux deux fouets céphaliques qui protègent les
yeux et lui permettent de rabattre sa nourriture. La figura¬
tion de cette raie n'est pas rare sur les bambous gravés où
elle est souvent
à Bâle qui semblent correspondre à des ensembles destinés
au
59. “Eu kake” ou “héou” : D.Tilésius qualifie
signe, visible sur la gravure de ka'ioi de 1804 (au coude),
magique" à mettre au rang des marques de
"dépendance". Parmi ces symboles qui indiquent que la
personne appartient à "la table" du chef, d'un prêtre..., on
trouve les ‘enata u'o, kake, mata 'epo, “mata toitoe", niho
peata, tehou (kake) et upoko. Prêtres et chefs portaient ces
motifs auréolés ou visages d'etua, qui sont des variantes de
"nœuds magiques effrayants ou menaçants" indiquant le
pouvoir de vie ou de mort détenu par les hauts dignitaires
sur leurs sujets. Ces tracés se retrouvent sur les casse-tête
et casse-tête pagaies.
Le terme ’ehu s'apparente à puovo, comme le souligne
R.l. Dordillon. Il a pour sens : se détruire, fragments, rési¬
du.... et se rapproche de he'u : gratter, racler... dans la
mesure où E. Tregear relève pour hahu, les sens d'exhumer,
en particulier exhumer les os dès chefs, disperser. Il faut
ajouter à cela uhu : pratiquer certaines cérémonies lors de
ce
de "nœud
l'exhumation des restes des chefs ; les os étaient alors net¬
toyés et entourés de soins particuliers avant d'être placés
dans un lieu sacré. Kake, par ailleurs, signifie grimper (façon
classique, dans les récits, d'accéder au ciel ou chez les
dieux), se mouvoir du bas vers le haut... d'où kakea : sacré.
Ces éléments apportent un sens supplémentaire aux
tatouages associés aux "banquets" évoqués par les mem¬
bres de l'expédition de 1804. C'était une façon d'assurer
une "garde d'honneur" au chef mais aussi, probablement,
d'unir les membres d'un groupe autour de devoirs sacrés
envers des morts à qui ils devaient leur puissance, leur bienêtre.... Il faut se souvenir de l'importance des mau tupapaku ou banquets en l'honneur d'ancêtres consacrés au rang
d'etua. J.B. Cabri et Mautai, d'après G.H. von Langsdorff
et D. Tilésius, partageaient des motifs communs ((reeheu,
mata toetoe) ; il est probable que leurs liens de parenté
soient à l'origine de cet “assujettissement" à Kiatonui, ses
ancêtres et "sa table" ! Une relation de ce type, concrétisée
par certains signes marquant des engagements envers les
etua, peut être envisagée pour les prêtres.
F
60. Ea’a mana ou ha’a mana : tatouage ancien
de Fatuiva destiné au-dessous du bras, pour les hommes ; il
représentée en bande, comme dans la
nature. C'est le cas dans les bambous conservés à Vienne et
bras.
W. Flandy relève un motif isolé au poignet de Tahiakahee
de Flakaui (Nuku Hiva). K.von den Steinen fait de même
pour la pointe du nez de Tapata, habitant de la même val¬
lée ; la raie s'y trouve associée à une bande de tortues ('au
kphai ou 'a'a k'iva) tatouée dans son alignement, sur la joue.
V. Lallour enfin, à propos du tatouage de la jambe keho vaevae, note qu'il comprenait des représentations de poissons
dont les hahau'a.
K. von den Steinen constate que les dessins zoomorphes
pourraient correspondre à des insignes de clan, notamment
dans les motifs faciaux de Nuku Hiva. Ainsi, alors que les
Taïpi semblent avoir eu une préférence pour le requin et la
raie (cf. les tapa enveloppant des crânes), leurs voisins et
adversaires Hapa'a marquaient une prédilection pour la tor¬
tue ; il ajoute qu'il n'était toutefois plus possible, à son
époque, d'en fournir la preuve irréfutable. En formulant les
mêmes réserves, il serait tentant d'ajouter que la raie repré¬
sentait une entité protectrice à laquelle la personne était rat¬
tachée par le biais de la généalogie du clan ou sa position
sociale.
Dening remarque que la raie manta, comme la tortue,
était utilisée lors d'offrandes importantes aux divinités et
pouvait être substituée à des victimes humaines.
63. Fanaua : ce motif, d'inspiration anthropo¬
morphe, est rarement représenté seul ; cf. 'a'a fanaua. Très
porté par les femmes et parfois par les hommes, ce qui
explique en partie la variété de ses représentations, il va de
la classique figure humaine aux schématisations les plus
abstraites, à partir du triangle. Les fanaua apparaissent sur
le dessus de la main (intégré parfois à un ka'ava), au poi¬
gnet, en bracelet, à l'arrière de l'oreille ou sur les reins, inté¬
gré au ka'ake hope... Chez les hommes, ils sont associés en
particulier aux mata hoata, tels ceux placés à l'extrémité des
bandes couvrant la poitrine comme une étole : les fau tai ou
kahu mo'ehu... Ils se trouvent dispersés, en fait, en maints
autres endroits du corps, alignés sur les reins, l'omoplate...,
juchés le long d'une carapace de ke'a nui ou imbriqués les
uns avec les autres comme des guerriers... Le dessin
semble évoluer sous diverses apparences : celle de l'hom¬
me, 'enata, de la mouche, tikau'e, ou de ces êtres batailleurs
que sont les mahitoua...
Le terme est issu de hanau, au N.-O. ou fanau, au S.-E. :
y est associé à un vi'i poi'i. Pour les femmes, il apparaît sur
la face interne de la cheville (W. Handy). Tauakika, tatoueur
naître, enfanter... Un hanaua est l'esprit d'une femme morte
les trois compositions s'organisent autour de va¬
pel accordèrent aux âmes tourmentées de ces femmes une
grande importance. On dit à K. von den Steinen que ces
esprits étaient des sortes de fantômes féminins, souvent
de cette même île, l'intègre à un motif appelé vaitoe : vagin.
De fait,
riantes du poka'a qui représente la matrice, le lieu et parfois
l'instant de la naissance de la vie.
Le terme est formé de fa'a au sud, ou ha'a au nord : pandanus et de mana : puissance, pouvoir, morceau, branche
d'arbre...
L'allusion à un morceau de pandanus, ou plus précisé¬
ment à sa racine comme le relève R. Suggs (cf. muko ha'a),
fait penser à la légende de l'île aux femmes où celles-ci sup¬
pléaient de la sorte au manque d'hommes 1
61. Fafa
’epo :cf. haha ’epo.
62. Fafau’a ou hahau’a : le terme de fafau'a au
sud, et hahau'a au nord, désigne la grande raie manta :
Manta birosths. Les deux petits appendices représentés de
pendant sa grossesse ou en couches.
Comme les Maoris en Nouvelle-Zélande, ceux de l'archi¬
reconnaissables à leur chevelure terminée par une tresse
rendue sur le dessin par une masse triangulaire noire.
Ils
qui leur était propre ; les plus puissants
étaient héréditaires (cf. pa'i'o). Ils protégeaient les femmes
avaient un
nom
et leur descendance contre les attaques d'autres esprits.
64. Fata va’e ou hata va’e : le père P.C. Chaulet
cite ce nom à propos des compositions placées sur le pied,
plus précisément sur le métatarse. Il n'en existe aucune
représentation identifiée.
Le terme est formé de hata ou fata : ramifié et va'e : pied.
Ces mots sont utilisés, par exemple, pour dire : le tatouage
d'un tel monte jusque-lâ : "A4a nei te hata vaevae o".
»
65. Fatina
: ce
motif était, au XIX‘ siècle, une des
pua, très présents dans le fonds iconographique polynésien
et océanien. Il est à rapprocher des pua hue, pua hitu et pua
compositions favorites des hommes du groupe sud pour
orner le creux poplité ; il s'étendit au groupe nord, au début
du siècle et était porté, dans les derniers temps du tatoua¬
ge, aussi bien par les hommes que par les femmes. Ses ori¬
gines sont sans doute anciennes mais il connut un plus
grand développement au moment où l'esthétique prima. Il
répondait à la recherche d'effets en négatif, où les parties
puaka, aux noms plus traditionnels, qui tous semblent desti¬
nés aux mêmes endroits du corps : les abords d'articulations
comme les chevilles, les
genoux, les épaules.
Ce nom de fe'o'o au S.-E., he'o'o au N.-O. désigne une
boussole, un compas de marine ainsi que les vibrations
taient sur un fond sombre. Les jambes (surtout leurs faces
H
sombres, appelées paka, où se détachait la blancheur
de bandes zigzagantes, non tatouées. Le creux du genou
68. “Ha’a epo”, haha ’epo, fafa ’epo,
’a ’a ’epo ou “aha hepo ” : ce tatouage, dont le nom
d'une alarme I
laissées en réserve, souvent ornées de niho peata, ressor¬
internes et postérieures) y étaient ordonnées en grandes
zones
était partagé en quatre paka triangulaires par deux obliques
qui déterminaient les fatina, ou paka fatina, animés par le
mouvement du corps ; cf. vai ta keetu très voisin d'aspect et
le hue tai qui semble être un négatif du fatina.
Le terme est issu de fati : casser, briser... d'où fatina :
(
jointure, articulation, section...
66. Fau tai, fautata’i, fau tataki ou hau
tataki : ce tatouage masculin du cou et du torse est com¬
ffi æ
parable aux pans d'une écharpe. En dehors de cette appel¬
lation propre au Sud, il était nommé parfois ti'i heke ou toi
ou bien hau tataki et ve'o a'o ; cf. également homae. Il était
très apprécié à Hiva Oa, notamment à Puamau, et fut tatoué
à Kena lors de sa troisième séance de tatouage. Les deux
pans partent du menton, passent par le cou, la poitrine, le
ventre
pour s'arrêter au pli de l'aine. Ils sont séparés l'un de
l'autre par une bande médiane étroite, non tatouée. Cha-,
cune de
ces^"bandes d'hibiscus" peut être caractérisée par
huit panneaux horizontaux où alternent motifs ornemen¬
taux et fonds unis (pepehipu). Ces derniers sont décorés de
rangées de dents de requins (niho peata) et de person¬
nages anthropomorphes miniaturisés. Un grand mata hoata
est cité
par V. Lallour,
Ch.L. Clavel, L. Rollin, K. von den
Steinen..., couvre la bouche ; cf. fafa 'epo. Il est à rattacher
au groupe
des bandes horizontales qui barrent le visage des
hommes. Non seulement il est appliqué sur les lèvres supé¬
rieure et inférieure mais aussi les gencives et s'étend parfois
jusqu'aux oreilles ; il peut alors correspondre à la bande
inférieure du tiapu. Les Pères notèrent qu'il pouvait, assez
souvent, n'être appliqué qu'au côté droit. À Ua Pou et Nuku
Hiva, il a pour équivalent le kutu 'epo ; cf. haha poriri.
Le terme est formé de haha : bouche, ouverture... et de
‘epo : boue, fange, sale.
\
E.Tregear note, à propos de haha, qu'en NouvelleZélande le motif pawaha correspond à des lignes de tatoua¬
ge qui vont du nez au menton en passant de chaque côté de
la bouche. Handy, qui travailla surtout à Hiva Oa, n'en parle
pas car il fait partie des termes, légèrement péjoratifs, utili¬
sés par les gens de Nuku Hiva, Ua Pou... pour se moquer de
ceux du sud ; il signifie bouche sale, terreuse.
69.
Ha’aki ti’iki
:
ce nom,
tiré des carnets de
W. Handy, correspond à un motif placé à la pliure du pied,
sur le devant de la
jambe de Tuuakeena, selon les goûts en
les termine toujours.
vogue dans les derniers temps du tatouage à Hiva Oa. Son
aussi serein et de tai : mer..., bord, génération, postérité...
mata ia. Pour V. Lallour,
Le terme est formé de fau ou hau : Hibiscus tiliaceus mais
ou
écoulements qui ont lieu après la mort... Le mot tataki
signifie : sortir de tous côtés, en très grand nombre, foison¬
ner... E.Tregear constate que les sens très variés de hau
s'enchaînent, allant de brise à fraîcheur, de fameux à illustre
et royal, à commander...
Lors du haihai heaka, ou cérémo¬
nie d'offrande de victimes
aux
divinités, le terme de fau
sacré (lanière sacrée d'écorce) était cité dans le chant “ami
hune". J.F. Stimson recueillit aux Tuamotu quelques maté¬
riaux qui contribuent à étoffer ces données ; fau signifie
aussi : lier, tordre, entrelacer... d'où décorer avec des
lanières flottantes
et
des couronnes,
témoignages de
consécration. Ceci conduit au sens de sage, patriarche... Tai
peut avoir également le sens de déclamer, réciter, pronon¬
cer..., de famille ou groupe
ordonné en fonction du sexe ou
et ke'a i'o he tai ; quant à
fau ou hau, il apparaît dans hei
autre... Il se retrouve dans d'autres noms de motifs
koko'o hau, veipu fau...
: hue tai
Pour éclairer le sens possible de ce motif, soulignons
qu'il a pour équivalent le ka mo'ehu et kahu mo'èhu dont on
sait qu'il était réservé aux chefs. On pourrait émettre l'hy¬
pothèse que ce tatouage, et l'ensemble qui s'y rattache,
furent attribués à ceux qui s'étaient emparés de captifs ou
au
groupe habilité à useï; du fau sacré, donc à offrir aux
dieux leurs victimes.
apparence le rapproche des ipu ani ; il a pour équivalent
qui résidait à Nuku Hiva, “hatiki"
était un motif destiné au dos du pied.
Le terme est formé de-ha'a ou haka, particule qui précè¬
de un très grand nombre de mots et leur communique l'idée
puis de ki qui marque le superlatif et
exprime soit un mécontentement soit l'équivalent de
allons! courage !... ou éventuellement de 'iki : petit, étroit...
Quant à ti'i, il indique qu'il s'agit d'un tatouage, d'une
image...
Ce nom de motif pourrait signifier : allons courage I II est
également proche de hahake. Dans ce cas, ke : n'être plus
le même, être différent..., est à rapprocher du ki cité par
J.F. Stimson pour les Tuamotu. Ce dernier note que la parti¬
cule indique le changement, le transfert d'un état à un
autre, et en même temps, la tension extrême des muscles
ou l'idée de plein, mûr... Ce nom est d'autant
plus difficile à
transcrire qu'il joue sur plusieurs sens ; ainsi, ha'a 'iki tiki
évoque le fait de faire un petit tiki... ce qui semble être le
de faire, causer...
cas dans ce motif.
70. Fia ’a kiva
: V.
Lallour et les Pères le citent com¬
tatouage du nez ; aucune représentation identifiée n'est
connue ; cf. 'a'a kiva.
La façon d'écrire ce nom et d'en interpréter les éléments
me
qu'il est d'autant plus arbitraire de faire un
choix. Le terme est formé de ha'a ou haka qui renferme
est si variée
67. Fe'o'o ou he'o’o : dans les derniers temps, ce
motif ornait fréquemment le tatouage du genou, ou paka
l'idée de faire, provoquer... mais il pourrait aussi s'agir de
haha : ouverture au-dessus d'un trou, espace, intervalle...
peut être dû au manque de données concernant les
femmes. Il s'agit d'un petit dessin rayonnant qui, par analo¬
gie de tracé, équivaut au terme boussole ou rose des vents.
lée par la mer, pierre de fronde, plomb de fusil...
muo, et semble avoir été surtout porté par les hommes, mais
ceci
Il correspond à une variante des motifs en fleur ou en étoile :
encoreVigne,
ou bien de 'a'a :
rangée... ou
exister, être,
version choisie par les Pères. Kiva désigne une pierre rou¬
Si l'on s'attache aux indications les plus appropriées à ce
tatouage, Tregear relève pour ha l'idée de souffle et, pour
I
Te Patu Tiki
•
L’Art du
Tatouage aux Iles Marquises
des provisions, d'où exterminer jusqu'au dernier.
piller, razzier... Ceci, d'une certaine façon, rejoint une préçision apportée par J. Rohr à propos d'un hami de 4 m de
long çollecté aux Marquises vers 1840 ; ce serait, indique-til, une ceinture de guerre, corrélation supplémentaire entre
le port de certains hami et la guerre.
a'a, le sens détaché noire. Tandis que kiva, aux Tuamotu, se
dit d'une couleur noire au chatoiement pourpre-(comme
comme
certaines plumes). Enfin, ce motif est à rapprocher de 'a'a
kiva qui a pour équivalent kikiva puhi. L'allusion aux balles
de fronde laisse supposer qu'il pouvait être attribué à ce
tracé la capacité de protéger des projectiles celui qui le por-
tait, ce qui en ferait une marque anciennement destinée aux
76. Hami ’o Tiu : ce motif intercalaire, situé sur le
guerriers.
71. Hahaka
nom
; ce
bas ventre, fut tatoué à Kena le septième et dernier jour des
séances de tatouage, quand étaient exécutés les motifs de
tatouage n'est pas identifié ; son
est cité dans le dictionnaire de M®' R.l. Dordillon
finition et de remplissage.
qui
Le terme est formé de hami : (cf. ci-dessus). Vient ensui-
indique que le mot peut correspondre à un redoublement
de haka dont les sens sont très variés. Une forme assez voi-
préposition 'o qui, devant les noms propres, signifie :
c'est, de... et Tiu : vent du nord. Nord... sous-entendant
éventuellement une allusion aux régions supérieures de
te la
sine : hahana signifie : piquant, brûlant... que l'on retrouve
dans l'expression "mea hahana..." : (les tatouages) sont culsants.
l'univers ; cf. ani a Tiu. K. von den Steinen traduit ce nom
Enfin, il ne faut pas négliger la formule, probable-
par "ceinturon de Tiu" ; Tiu étant le vent du N.-O.
amène les nuages de pluie... et donc l'abondance.
ment déformée mais intéressante, relevée à Nuku Hiva par
J.K.E. Buschmann : "ehaca, vahaca" : danser... venant pro-
bablement de haka : genre de danse dont le nom vient de
77. Hata va’e : ci. fata ua’e.
virer, tourner... Un certain nombre de motifs ont pour origine la participation aux fêtes communautaires qui se dérou-
78. Hatika ou hatina : d.fatina oupaka fatina.
laient sur des espaces largement consacrés à la danse. Ka,
enfin, peut vouloir dire voile et hakaa'a signifie voguer.
72. Hahake : ce tatouage, dont le nom est cité dans
le dictionnaire de M®' R.l. Dordillon, n'est pas identifié. Cf.
*
ha'aki ti'iki.
73. Haha poriri ou “aha polili” : Ch.L. Clavel
Æ
'
a
qui cite ce terme précise qu'il fait allusion à un tatouage circulaire autour de la bouche ; il n'en existe aucune représentation. il est à noter que W. Handy, à partir d'informa-
ment, ha renferme aussi l'idée de souffle, tout comme aux
permet de nommer la divinité suprême en ce qu'elle a
grande partie du visage et que, sur les tiki. il se
d'abstrait.
J®—missure des lèvres.
80. Hau huma ma : il s'agit du nom de dérision
donné au tatouage facial des habitants de Hiva Oa ; il a pour
Le terme est formé de haha : bouche et poriri : circonfé-
dans poriri
fenua : axe de la terre. À noter que J.K.E. Buschmann, toujours avec les difficultés de transcription liées à l'époque où
furent recueillis ces termqs, note "haapolioé" : être délivré.
être sauvé, au sens biblique. E.Tregear, de son côté, cite un
tatouage de Nouvelle-Zélande dont les lignes entouraient la
bouche : le rerepehi. J.F. Stimson enfin, pour les Tuamotu,
remarque que pori signifie : être rond, replet... d'où obésité, plis sur un corps'grassouillet... et que l'expression haka
pori s'applique à une pratique très valorisante au temps où
la maigreur était étroitement associée à la faim. Elle consistait, pour toute famille en mesure de le faire, à gaver un
enfant par une alimentation particulière afin qu'il soit le plus
replet possible.
rence, cercle, rond... anneau, pivot, axe comme
75. Haka hami
: ce nom,
équivalent : ti'ati'a pu.
Le terme est formé de hau : Hibiscus tiliaceus, écorce de
arbre puis oe humu : lier, attacher... et de ma : pâte du
W|^Hr
l'arbre à pain fermentée, conservée dans un silo. Sa
traduction équivaut à "ma empaqueté”. La pâte du fruit de
l'arbre à pain est enveloppée dans des feuilles de hau qui
préservent sa fraîcheur. Cf. pakapaka ma. De telles railleries, très volontiers colportées d'une île à l'autre, font partie
de l'esprit facétieux des îles. À Hiva Oa, les habitarits de
Nuku Hiva sont désignés, en raison du paheke, sous le
sobriquet de mata paheke et ceux de Fatuiva, se nomment
eux-mêmes ihu epo.
81. Hau tataki
tataki.
^
noté par les Pères, cor-
respond aux figures placées sur le devant des cuisses, près
-
P nH
du genou.
Le terme est formé de haka, aux sens multiples dont celui
de faire... d'où l'idée d'action mais aussi de danse, etc. et
uiiiuou-^
bnm
de hami : longue bande de tapa, cache-sexe porté par les
hommes.
L'attribution du premier hami d'un garçon était une étape
importante, en particulier pour les enfants de haka'iki pour
lesquels le tapa était tiré d'un arbre étroitement associé à la
symbolique du chef et des esprits : le banian. H. Lavondès
rappelle que dans les textes mythologiques polynésiens, le
hami était aussi considéré comme un équivalent du pénis, à
la fois par sa contiguïté et en raison de sa longueur. Dans un
l'expression
ordre d'idée, Stimson note pour
haka hami, aux Tuamotu, le sens d'épuiser complètement,
tout autre
mais également : très
vénéré, très sacré... jusqu'à la notion de sacré absolu. Ha
trouve souvent une paire de demi-cercles placés à la corn-
74. Hahau’a : cf. fafau’a.
79. ^^Hatiki" : V. Lallour en citant ce nom indique
qu'il s'agit du tatouage du dos du pied ; cette précision est
à rapprocher de ha'aki ti'iki.
Le terme est formé de ha qui peut signifier quatre... mais
aussi quintessence... Pour J.K.E. Buschmann, du reste, il
s'agit d'un équivalent de "a, ahou" et oumati : soleil.
E. Tregear, qui le confirme, ajoute qu'aux Marquises notamTuamotu où ha veut dire respirer...
tiens, reproduit un tatouage formant un cercle noir qui
couvre une
qui
.
H B
:
cf. fau
tai, fautatai ou fau
82. Hei : ce terme, généralement accompagné d'un
complément, s'applique à des motifs de remplissage issus
souvent, semble-t-il, des ke'a. Ils pouvaient être placés en
divers endroits du corps : le cou, autour des ipu de la face
interne du bras, au pied...
Le terme est formé de he/: collier, guirlande, couronne....
propriétaire, maître... Le travail de J.F. Stimson permet d'en
préciser les sens ; être capturé, encercler comme dans un
filet et marque circulaire... mais aussi : faire face..., accueillir
avec une couronne et être couronné, au sens polynésien du
terme, c'est-à-dire honoré de colliers. Enfin, par extension
poétique : résidence des dieux, ciel, etc. Comme pour 'a'a.
ce terme très général prend tout son sens lorsqu'il est déterminé par une image ou une allusion précise.
Mrs J.S. Warren remarqua que, dans l'archipel, une étroite bande de tapa portée autour du cou ou aux chevilles était
marque de distinction souvent invoquée pour expliquer
les attentions particulières portées à une personne.
ta'avaha
83. Hei kaki : tatouage aux pieds et aux mains ; cf.
hei kaki i'ima et hei kaki vaevae.
Le terme est formé de hei (cf. ci-dessus) et de ta'avaha :
coiffure, en plumes de coq, formant diadème.
une
Le terme est formé de hei (cf. ci-dessus), puis de kaki :
cou..., désirer passionnément...
Les observations de Mrs J.S. Warren permettent de pen¬
ser
qu'il s'agit ici d'une marque de distinction particulière.
84. Hei kaki ’i’ima : tatouage au poignet ; il n'en
existe aucune représentation identifiée.
Le terme est formé de hei et kaki (cf. ci-dessus) puis de
'ima ou 'i'ima : main, bras.
signifie qu'il forme une sorte de bracelet au bras.
L'usage de porter un lien, un anneau, ou une marque circu¬
Il
laire à proximité d'articulations est très ancienne et serait, à
l'origine, à associer plus spécialement au désir de protéger
ces articulations.
85. Hei kaki
vaevae
:
ce nom
a
été donné au
tatouage placé soit à la cheville, soit au pied. Le témoigna¬
ge du médecin V. Lallour est très précis : tatouage de l'arti¬
culation métatarse phalangienne ; cf. hei kaki, il n'en existe
aucune
représentation identifiée.
Le terme est formé de hei et kaki (cf. ci-dessus) puis de
vaevae :
jambes, pieds...
86. Hei koko^o hau
ou
“ehi kokohaou” :
pour Lallour il s'agit d'un tatouage sur le ventre ; K. von den
Steinen note pour koko'o hau : enlacements de fils. Cf. les
motifs hikuatu et hiku pona.
Le terme est formé de ehi : noix de coco ou hei (cf. cidessus) et de koko : enveloppe de l'inflorescence du coco¬
tier, mettre en lanières... enfin de hau au N'.-O., ou fau au
S.-E. Pour E.Tregear, les sens très variés de ce terme s'en¬
chaînent : de brise à fraîcheur, de fameux à illustre, royal,
commander... Il désigne le plus souvent un arbre, l'Hibiscus
tiiiaceus, son écorce et les lanières qui en sont tirées... lier,
entrelacer... d'où décorer avec des lanières flottantes et des
de consécration mais aussi ce qui
est serein, pacifique... Tout ceci aboutissant au sens de
sage, patriarche...
Il est possible que ce motif soit lié à l'idée d'abondance et
au souci de ne pas manquer de nourriture, qu'il soit le signe
d'un accès privilégié à celle-ci ou bien encore qu'il manifes¬
te le rôle du chef à cet égard. Les Marquisiens étaient répu¬
tés pour leur savoir en matière de magie, de même que
pour leur aptitude à réaliser des tressages d'une extrême
couronnes, témoignages
finesse. Leur façon de solliciter le sort tenait en bonne par¬
tie de l'art des nœuds et de l'entremêlement des fibres. Cf.
eu
AVrV^
vw\
kake, koko'o hau.
87. Hei poi’i’ : motif ancien de Fatuiva porté par les
femmes au-dessus du poignet, dans-un arrangement appe¬
lé kohi'u, ou à la cheville d'après le dessin et les indications
la prestigieuse coiffe en plumes de coq des guerriers : le
(cf. hopu moa). S'agit-il pour ces femmes d'un
devoir de mémoire, comparable à un tatouage de deuil ?
89. Hena
:
petit motif porté aussi bien par les hom¬
que par les femmes, d'après les Pères et dont K. von
den Steinen donne des exemples situés entre la région
mes
iliaque et l'aine, sur le modèle de femme tatouée de Kahi
(Hiva Oa). Il correspond au quart supérieur d'un corps
humain, divisé longitudinalement comme les ti'i vae tahi. Ce
genre de motif termine certains ka'ake et motifs en guir¬
landes tels ceux de la hanche, au-dessous de la courbe des
’otipi qui ornent le postérieur.
Le terme hena signifie : fortement et hehea : écarter for¬
tement les jambes, tandis que hena aux Samoa, d'après
B. Mosbiech, signifie : creux de la cuisse... et henahena
kopu aux Marquises ; extrémité des côtes.
Le côté contrefait, partiel, inachevé... de-certains êtres
est un sujet très présent dans la tradition orale ; dans le
tatouage il se retrouve à propos des ti'i vae tahi, Pohu, etc.
90. He’o’o :cf.fe’o’o.
91. “Heou”: d'après J.K.E. Buschmann ; espèce de
tatouage ; cf. keheu.
92. Hiamoe : c'est pour M. Radiguet le tatouage le
plus important, "celui des gens de qualité". Il se présente,
selon ses propres termes, comme un bandeau horizontal
qui couvre les yeux ; vient ensuite le paheke. Cf. mata hia¬
moe.
93. Hiki a tama : pièce de tatouage dont les seules
représentations connues sont conservées sur quelques
plaques d'écaille sculptées de “diadèmes" paeke'a ou paekaha. Le père P.G. Chaulet note que ce motif était porté sur
le cubitus par certaines femmes. Cf. également "eu kake",
"heou", keheu,.“tuaheu".
Le terme est formé de hiki : se mettre en lambeaux...,
puis de a qui peut désigner ce qu'il y a de plus sacré mais
indique aussi un rapport de dépendance, spécialement lors¬
qu'il s'agit de la famille, et de tama : fils, enfant...
Le sens habituel de hiki aboutit curieusement à l'expres¬
sion hiki ';■ te tama : prendre un enfant dans ses bras. Le
père P.G. Chaulet indique qu'être porté sur les épaules était
une très
grande marque de distinction, pratiquée en parti¬
culier pour les enfants de chefs et cheffesses. H. Lavondès
note à propos de ha'a fifi [fifi au S-E., hihi au N-0.) sa rela¬
tion avec le geste qui, pour l'oncle, consiste à placer son
neuveu utérin au-dessus de sa tête... à rapprocher de l'ex¬
pression maorie whaka ihi (E.Tregear) qui signifie rendre
sacré et de ihi qui, aux Tuamotu, a le sens de pouvoir, d'où
haka ihi : investir du pouvoir (J.F. Stimson).
de Porioho, vieux tatoueur de l'île, pour W. Handy. Il pour¬
94. Hikuatu, hikuhikuatu ou ’a’a hikuhiku : ce motif masculin constitué d'une succession de tri¬
Le terme est formé de hei (cf. ci-dessus) et de poi'i' ou
pohri : circonférence, anneau..., pivot, axe... c'est aussi le
nom du coquillage Turbo setosus (H. Lavondès). D'une
façon générale poli ou pori désigne la rotondité ou une
légère çonçavité...
angles opposés, diversement combinés, n'est pas rare sur
les bambous. Souvent disposé en doubles rangées, il appa¬
raît en bracelet ou par petits groupes dispersés sur le visa¬
ge, les bras ou les jambes ; cf. po'epo'e. Il est souvent inté¬
gré, dans les derniers temps du tatouage, aux grands aplats
noirs : fatina, paka et pahito. Au S.-E., ce terme a pour équi¬
valent tava tandis que koko'o hau est aussi utilisé à Nuku
rait représenter un collier de coquillages.Cf. an; a Tiu...
88. Hei ta’avaha : motif en guirlande, à la base du
poignet, destiné autrefois, aux femmes de Fatuiva et reçueilli
par W. Handy auprès du dernier tatoueur de l'île, Porioho. Il
rappelle un point de broderie ; cf. an; ata, an; a Tiu, pi'ia 'o
Tiu, ti'i vae tahi... Il peut paraître curieux qu'il s'agisse d'un
tatouage féminin si celui-ci est un rappel du droit de porter
'
Hiva et Ua Pou.
Pour hiku, cf. 'a'a hikuhiku. La seconde partie du nom :
atu, désigne la bonite, Scomber pelamys, de la famille des
thons (cf. tava) et marque la supériorité, l'éloignement ou la
crainte... Il exprime aussi la réciprocité d'action. L'expres-
Te Patu Tiki
•
L’Art du
Tatouage aux lies Marquises
sion ue atu ue mai signifie s'entr'aimer, ce qui serait assez
joliment représenté par cette chaîne de triangles unis par un
tion que D.Tilésius et G.FI. von Langsdorff en donne est
celle d'une courbe composée de quatre lignes ; deux épais¬
nea '0.
la répétition
ses et deux
des sommets ; cf. une certaine similitude avec le te a'ahi-
Le terme signifie douleur cuisante, courage, bravoure...
guerrier et jeune garçon ; ainsi, la grande fête de présenta¬
tion des tatouages pouvait être appelée koika tuhi tiki ou
hoka (père P.G.'Chaulet). W.P. Crook relève l'expression
ticulièrement le monde marin, a fourni nombre de noms de
motifs qui font allusion à des animaux dont la valeur sym¬
?
bolique était importante. Le poisson était l'offrande par
excellence faite aux divinités. À la bonite à ventre rayé était
accordée l'image d'un animal de proie ; à celle du tava (nom
du Sud pour les mulets qui se déplacent par bancs et sont
très appréciés) s'attachaient des qualités qui les rappro¬
chaient des humains dont ils comprenaient le langage,
“oka-oka" pour désigner les ka'ioi, à Nuku Fliva.
Les chevrons, dans les représentations humaines sché¬
matiques, évoquent parfois l'image du torse, en simulant les
côtes. K. von den Steinen associe les hoka, en général, aux
tracés en chevrons issus du tressage ; en particulier celui
selon d'anciennes traditions.
des éventails qui sont, pour leur forme la plus élaborée, un
Il est possible que, selon la partie du corps où apparaissait
le motif, tel ou tel aspect de ces différents sens l'ait emporté.
insigne de pouvoir. Ces mêmes marques ornaient souvent
les tiki, perpétuant peut-être la coutume, bien conservée en
Polynésie occidentale, d'envelopper de nattes précieuses
les plus hautes personnalités ou les morts (ce décor s'est
conservé en partie sur certains jusqu'à nos jours, mais les
intempéries les altèrent très rapidement). Le père PC. Chaulet
ajoute que les femmes avaient certaines parties du corps
Aux jambes, et aux mollets en particulier, semble être atta¬
chée l'idée d'agilité et d'efficacité ; à cet emplacement le
illustrer l'aptitude de celui qui le portait, tant
pêcheur que guerrier, à poursuivre sa proie. Une remarque
de D. Tilésius renforce cette idée. Il constate que les Marquisiens exprimaient leur pensée grâce à des images très signifi¬
catives ; ainsi ils comparaient un ennemi qui fuyait à un pois¬
son volant poursuivi par une dorade ou une bonite....
motif a pu
orné de chevrons ; cf. nafa.
K. von den Steinen remarque que les Polynésiens com¬
prenaient ce terme au sens de bâton pointu, traduisant
l'idée de piquer, percer... qui aboutit à celle d'homme, sous
95. Hikupona : K. von den Steinen relève ce motif
intercalaire sur le pourtour d'un triangle disposé au centre
les différentes facettes de sa puissance, dont celle de guer¬
du front de Neo Fitu, de Ouia, (Fatuiva).
rier
204
:
rayons du soleil... zénith. Les hommes qui, au XVIII' siècle,
portaient ces hoka, ont peut-être été considérés comme
frappés par la toute puissance d'une divinité. Dans la pen¬
sée et l'Iconographie, se trouveraient associées l'idée de
frapper et l'image d'un soleil ardent et de ses rayons ; cf.
mata komo'e, mata toetoe, uma oka...
compter.
L'art des nœuds et le terme pona, déjà évoqué à propos
s'apparente à la science des généalogies.
souligne la présence de nombreux
motifs inspirés des animaux : les dents de requin, vertèbres
d'anguilles, yeux de crabe, pattes de cent-pieds, queux de
bonites... À chacun est associé une vertu, un trait qui le rap¬
proche de l'homme. La pêche à la bonite dans le vieux
fonds iconographique océanien est associée à la quête de
victimes humaines. Le triangle enfin, présent avec ses déri¬
vés depuis ce lointain passé, est souvent utilisé pour suggé¬
rer des dents (cf. niho peata), quand ce ne sont pas de
petits êtres dont la forme indique le statut divin ; ils sont
petits car ce ne sont que des esprits familiers. Ils courent le
long des paipai'io et paka... Sous la forme de losange, ils
98. “Hoka hima”, hokahoka ’i’ima ou
’i’ima ’oka et ’oka ’i’ima : V. Lallour et P.G. Chaulet
du motif ave,
K. von den Steinen
indiquent que ce terme désignait le tatouage des avantbras: Le père précise qu'il s'agit en principe de raies trans¬
versales et M*' R.l. Dordillon, qu'il était appliqué sur la face
externe
§
enfant de sexe masculin et de '/ma ou '/'/ma :
main, bras.
K. von den Steinen en obtint une composition complexe,
re..., guerrier,
auprès d'un tuhuna de Fatuiva, dans laquelle entrent des
ces tatouages du bras
qu'il nomme /ma oka : "... Plus haut, les dessins sont beau¬
coup moins déliés ; ce sont des figures géométriques
variées ; carrés, triangles, losanges, rectangles plus ou
moins allongés, cercles concentriques, etc. séparés par des
lignes droites, courbes, brisées ou ponctuées, figures dont
les parties sont le plus souvent symétriques et correspon¬
dent à des dessins situés sur le membre du côté opposé...
Avec l'arrivée des Européens aux Marquises... s'est intro¬
chevrons. Ch.L. Clavel décrit ainsi
les lézards...
96. Hoana ou hoaka : cette pièce de tatouage qui
O
du bras.
Le terme est formé de hoka : douleur cuisante, bravou¬
caractérisent la tête d'êtres "surnaturels" comme les fanaua,
O
Parmi les significations relevées par
il faut noter : transpercer, percer comme les
intrépide.
J.F. Stimson,
partie du poisson située
entre le ventre et la queue d'où, pour K. von den Steinen,
les nageoires caudales et, au figuré, enfants, descendants...
puis de pona : nœud..., manière de compter par quatre,
mot, alliance sacrée. J.F. Stimson complète ces données
par : jointure, articulations... ainsi que : façon ésotérique de
Le terme est formé de hiku
régulière d'un demi-etua des plus simples, à
rattacher aux motifs en damier issus du tressage.
K. von den Stelnen constate que la zoologie, et tout par¬
H
fines, interrompues, pour trois d'entre elles, par
s'étalait sur le dos et les côtes représente la planche épais¬
légèrement concave, sur laquelle était battu le fruit cuit
de l'arbre à pain, denrée principale et nourriture par excel¬
se,
lence aux îles Marquises.
duite une coutume..., sur la face antérieure des avant-bras
auprès d'un tuhuna de Fatuiva, est figuré tout ce qui était
nécessaire à la réalisation de la popoi : cette planche, le
hoaka puis deux pilons, ke'a tuki popoi, et les deux réci¬
pients ronds, ko'oka, qui contenaient l'eau nécessaire au
pétrissage.
gros caractères d'imprimerie... dont la réunion indique les
s'étalent maintenant... d'immenses lettres
Dans le dessin figuratif, recueilli par K. von den Steinen
97. Hoka ou ’ofeo : motif inspiré par le symbole du
lien
qui, selon D.Tilésius, maintenait celui qui le portait
dans la subordination à un tau'a ou tuhuna important. Avec
le "nœud magique” (cf. eu kake), il manifestait le pouvoir
conféré à ces derniers et faisait, en outre, partie des mar¬
ques d'enrôlement en cas d'affrontement.
La représenta-
majuscules en
prénoms de l'individu... ou ceux de personnes
particulièrement affectionnent
ce genre de tatouage".
noms
et
aimées... Les femmes tout
'
Vouloir attribuer aux bras la force de frapper comme les
rayons du soleil, ou éventuellement de venger, n'est sans
doute pas absent de l'idée des tatoueurs et de ces tatou¬
ages anciens ; cf. les remarques faites pour hoka, ci-dessus.
99. Homae : le père P.G. Chaulet note que ce terme
désignait un motif masculin partant de la gorge pour des¬
cendre jusque sur le ventre.
•
Ce terme, de Fatuiva, désigne un poisson non identifié.
Le père remarque du reste que le tatouage "des anciens"
représentait souvent des poissons et des cocotiers. L'exem¬
ple obtenu par K. von den Steinen pouvait être placé où
l'on voulait, ce qui semble indiquer que ce tracé, maladroi¬
tement figuratif, était d'inspiration récente. Cf. Fau ta/, hau
tataki, kahu mo'ehu, teeva, vahana kaki, ve'o a'o...
100. Honona : pièce de tatouage pour la nuque. Le
spécimen porté par Takao (Hiva Oa), correspond à un
champ noir rectangulaire où se détache, dans le bas, une
rangée de motifs en dents de scie appelés koniho.
Le terme honona ou honoka signifie nuque. Il est luimême composé de hono : cri que pousse le prêtre, ou le
tuhuna, en certaines circonstances, cri poussé à l'unisson par
la multitude, puis ka : marquant le superlatif, variété d'oiseau,
plonger, voile d'embarcation ou grosse mer. Aux Samoa, à
Hawaii... hono désigne la nuque. E.Tregear rapproche hono,
aux /Warquises, de honu, la tortue. Les autres,sens de hono
étant : joindre, unir... pouvoir, influence, mana...I.F. Stimson,
précise que ce mot, aux Tuamotu, signifie aussi : retourner un
don en nourriture, nourriture offerte à une divinité, la victime
cuisses. W. Handy en relève un bel exemple sur la face pos¬
térieure de la jambe de Napueua (Hiva Oa) tatouée par
Tookohe (Tahuata). Il diffère peu de l'arrangement masculin
appelé puto'o.
Le terme est formé de
hope : derrière, queue, bout,
hope '/ 'a'o désigne la partie inférieure d'un objet long.
J.K.E. Buschmann remarque que le mot “hobe" était parti¬
culièrement utilisé dans le groupe nord de l'archipel et
entrait dans des tournures souvent liées à la danse comme
“hobe te cdica"
ornement
:
danser et “hobe moa et hobou moa" :
de danse, cheveux très
longs que portent les
danseurs, plumage porté au postérieur.
104. Hope
ke’a : variante du ke'a (Fatuiva), qui
dérive, comme lui, d'un tracé anthropomorphe privilégiant
la moitié supérieure du corps de l'etua.
L'exemple relevé
par K. von den Steinen est placé à l'index droit d'une femme
de Puamau (Hiva Oa).
^
Le terme est formé de hope (cf. ci-dessus) ; J.F. Stimson
pour hope note ; finir, terminer... d'où frontière, limite...,
moitié inférieure du tronc d'une femme, parties génitales
tortue, tuer afin de prévenir la mise à mort d'un être cher,
l'idée d'intercession avec l'au-delà.
tié", sous ce nom et dans ce dessin, sont probablement
venger une offense ou une insulte...
On remarquera l'abondance de sens associant ce terme à
101. Honu
ve renforcée ;
G.H
.
von
cf. “eata te hae", mo'oa vaha et peut-être cer¬
tains ke'a. Les représentations de tortues ne sont pas rares
sur les
écume, mousse, toute matière mucilagineuse, semence
humaine... ou tortue luth (Dermochelys coriacea). Par "moi¬
associés l'homme et la femme,
Langsdorff remarque que ce
tatouage de tortue porté par les hommes, sur le bras plus
spécialement, était dispersé sur le corps, comme d'autres
motifs zoomorphes, souvent entre des compositions plus
importantes ; cf. kivakiva. D.Tilésius note qu'il était, à Nuku
Hiva, un symbole de devoir réciproque. W. Handy retrouve
ce terme à propos d'un tracé du style ancien de Ua Pou
porté par une femme très âgée de Hakahetau : Hono Hokati.
Le mot honu désigne la tortue verte, ou tortue franche,
Testudo ou Chelonia mydas, dont la pêche et la consomma¬
tion étaient réservées aux membres les plus tapu de la
société. K. von den Steinen indique que les tortues étaient
d'importants médiateurs et pouvaient être offertes pour
obtenir la pluie, par exemple ; W. Handy mentionne leur of¬
frande lors des rites de fin de construction d'un paepae et le
départ de l'âme d'un défunt. La réflexion de D.Tilésius qui
rattache le honu à la série des motifs domestiques s'en trou¬
:
bambous pyrogravés... Dans les pétroglyphes, elles
sont nettement moins
nombreuses aux /Vtarquises qu'aux
Îles-Sous-le-Vent mais eurent leur importance. Cela semble
plus vrai dans certaines vallées que dans d'autres, comme le
remarque K. von den Steinen pour les Hapa'a, à Nuku Hiva,
ou à Fatuiva, pour les ke'a. De même, la place de motifs
zoomorphes, sur le visage notamment (cf. ’a'a kiva), fait
penser qu'ils furent associés plus spécialement à un rama¬
ge, un clan... tout comme certains noms le sont entre un
l'animal marin et l'oiseau,
l'homme et le divin.
105. Hope nui : motif tatoué au dos des cuisses de
Kena, au second jour de tatouage succédant à celui consa¬
cré au visage. Ce terme est à rapprocher de /pu nui et ke'a
nui. Il n'en existe aucune représentation identifiée.
(cf. ci-dessus) et de nui :
grand... ;.J.F. Stimson complète ces données par : fameux,
de haut rang, puissant..., difficile, nécessitant de la persévé¬
rance pour être accompli comme une tâche de longue halei¬
Le terme est formé de hope
ne.
Il s'agit d'un terme voisin de hope qui probablement
insiste, soit sur la grandeur du tatouage lui-même, qui
couvre une zone
plus importante, soit sur la dimension du
tracé par rapport à sa taille habituelle. Il se peut aussi que
cette importance soit en relation avec la personne ou l'acte
accompli. Ici, Kena, à ce moment du récit, n'est en principe
qu'un ka'ioi.
106. Hope vehine : ce motif remarquable d'Hiva
présente deux versions issues d'un motif anthropo¬
morphe. L'une est pratiquement équivalente au ke'a, la
seconde est de conception cruciforme. Dans les deux cas il
s'agit d'une évolution de l'image d'etua, comme l'a démon¬
Oa
tré K. von den Steinen. Le schéma de base connaît un déve¬
etc. Mais il ne s'agit que d'hypothèses que certains, comme
loppement plus important d'une de ses extrémités et
ici, de façon très abstraite, quatre membres alors
que, quelquefois, le tronc et la tête peuvent disparaître. Le
tout s'inscrit dans un carré, allusion possible au sacré.
W. Handy, en 1938, alors qu'elle reprend quelque peu ses
Hope : nom, recueilli par les Pères, désignant
tracés en trident, symboles de figures masculines ; l'union
homme et un animal, cf. Honu, chef de Vaitahu (Tahuata),
W. Handy, mirent en doute.
102.
un
tatouage des fesses ; il est parfois synonyme de ka'ake
hope. E.Tregear relève hopehope en Nouvelle-Zélande :
lignes tatouées sur les cuisses des femmes.
Le terme hope signifie notamment : derrière, fond... En
principe il est utilisé pour les femmes.
103. Hope
’a’o
: nom recueilli par les Pères et
donné aux motifs féminins placés à la naissance interne des
H
fond, demi... et de 'a'o : sous, dessous, bas... L'expression
comprises, d'où clitoris. Le mot ke'a, aux Marquises,
désigne habituellement une pierre ou ce qui y ressemble.
Aux Tuamotu, Keha est le nom d'une étoile ; kea signifie :
d'un sacrifice humain ou animal..., l'assistant d'un grand prê¬
tre... de même que, sous une tournure poétique, il désigne la
Index
conserve
travaux à la lumière de ceux de K. von den Steinen, remar¬
que que ce motif semble issu du rapprochement de deux
de deux d'entre eux formant un hope vehine.
K. von den
Steinen pense, par ailleurs, qu'une part des pahito est issue
de hope vehine dont les courbes de l'espace interne furent
partiellement noircies. Or le pahito symbolise la place du
chef entre les deux strates de l'univers. Autre aspect éton¬
nant de
ce
motif, qui n'en manque pas, probablement en
rapport avec ce qui précède, l'énorme paradoxe qu'il y a à
évoquer cette partie du corps de la femme considéré
205
Te Patu Tiki
H
•
L’Art du
Tatouage aux Iles Marquises
d'impureté par dessus tout. W. Handy
le sexe féminin est très discret, dans
l'art marquisien en général, et abordé essentiellement par
les poka'a, vaito'e et ce motif. Par contre, le désir de fécon¬
dité, intimement lié à toute entreprise dont on attend un
fruit, est omniprésent. On trouve ces hope vehine, pahito
ou ke'a, allant du
postérieur à la cheville, sur des jambes
d'hommes mais aussi sur le tronc, les bras et même les joues
et l'occiput. Ils peuvent être utilisés aussi en motif de rem¬
plissage (cf. le style komo'e) et être intégrés parfois à des
motifs composés comme les vai '0 Kena et vai '0 Tefio.
Le terme est formé de hope (cf. ci-dessus) et de vehine :
comme
femme, épouse...
Une traduction, au premier degré, donne "postérieur de
femme", mais il faut lui reconnaître plusieurs niveaux de lec¬
ture, comme c'est habituellement le cas que ce soit pour le
nom ou
le motif lui-même I
107. Hopu : motif porté par les hommes sur les
côtes, d'après les Pères ; aucune représentation identifiée
n'en a été conservée.
Le terme hopu signifie : embrasser, saisir au corps, adop¬
ter, prendre, concevoir, être enceinte... mais aussi, albatros.
108. Hopu moa ou ''%obumoa" : D.Tilésius
explique que sur les places des fêtes avaient lieu, pour la
plus grande joie des spectateurs, des compétitions d'échasses, de lutte, des courses, des danses... jusque tard dans la
nuit. Il ajoute qu'amis et ennemis, momentanément réunis
autour de ce que A.J. von Krusenstern nomme des "jeux
olympiques", portaient des tatouages liés à ces grands
moments : "tapuvai kake", hue ata, hue a kake et ce motif. Il
ajoute qu'il n'était pas destiné à être uniquement tatoué mais
aussi à orner les échasses. Cf. ‘emutete et hei ta'avaha.
ao6
Le terme est formé de hue
source
constate du reste que
Compte tenu de l'ancienneté des sourcés, dans les¬
quelles ce nom apparaît, il pourrait être tout aussi bien
orthographié 'opu moa ce qui serait différent. Si l'on tient
compte du contexte auquel il est associé, l'orthographe de
D. Tilésius est justifiée ; si l'on considère la place des jeunes
dans ces compétitions (des aînés, ou 'opu, en particulier), la
seconde n'est pas sans intérêt. Il est possible, là encore, de
jouer sur ces diverses combinaisons, peut-être voulues,
comme le souligne la parenté des sens.
Le terme est formé de hopu (cf. ci-dessus) ou de 'opu, au
S.-E., kopu au N.-O. ; ventre ou fils premier né, selon une
terminologie du sud (W. Handy). Aux Tuamotu hopu signi¬
fie en particulier plonger, saisir un adversaire par les jambes
(phase de certains jeux pratiqués sur le tohua). La traduc¬
tion de moa : poule, serviteur d'un tau'a (prêtre) ou cuit,
doit être éclairée par J.F. Stimson qui note aussi les sens :
être consacré
ou
rendu sacré. J.K.E. Buschmann, enfin,
mentionne le "hobou moa" comme "ornement de danse :
cheveux très longs que portent les danseurs ou plumage
porté sur le cul" ; le père P.G. Chaulet évoque ces orne¬
ments, plus haut que les ta'avaha, portés indifféremment
sur les reins ou encadrant le visage. Cf. matua he'e moa.
Soulignons, à propos du terme moa, au sens de cuit,
associé à sacré, que l'usage de la poudre de safran cuit : eka
moa avait une valeur symbolique extrêmement importante,
particulièrement lors des grandes fêtes communau¬
taires. Les seules représentations concernant ce motif sont
quelques étriers d'échasses de l'extrême fin du XVIII' et du
tout
début du XIX' siècle.
109. Hue
a
kake
ou
'^‘wehakake” : ce motif
marque pour D. Tilésius une obligation de travail sur un
tohua ; la réalisation ou remise en état de ces derniers se fai¬
sant en commun, à la demande du chef. D'après lui, ce qui
motivait ces activités était un ardent désir de fête et de paix
que ces compétitions permettaient de satisfaire. Cf. hue ata.
:
variété de cucurbitacées
(Lagenaha siceraria), d'où tout récipient à large ouverture
et au figuré : chef ; aux Tuamotu, nom donné aux organes
sexuels féminins... (en marquisien, u'e désigne le pénis). Le
son a exprime ce qui est sacré, désigne le jour, le soleil, etc.
Comme préfixe, il marque un rapport de dépendance, spé¬
cialement envers la nourriture ou la famille... Quant à (ra'a/re
kake, ce mot exprime la notion de monter ; c'est aussi un
important type de tatouage.
Le hue est une image attachée au chef, aux Marquises
comme aux Tuamotu très certainement ; cf. etua paou. Cette
composition est probablement une représentation symbo¬
lique du monde. L'espace central, vaste champ noir et rec¬
tangulaire, selon la forme choisie pour toute structure archi¬
tecturale, est occupé par la succession sans fin de deux
cercles unis par une horizontale allant d'un centre à l'autre.
Les courbes, d'après les notes de D. Tilésius, pourraient être
l'image de ce qui réglait la vie des hommes : un subtil équi¬
libre d'échange et de réciprocité. L'image est valable dans la
vie du couple, dans celle du clan ou, comme ici, envers ces
ou
deux entités que sont le monde des humains et celui des
esprits, auquel il est lié. La relation avec les esprits est située
symboliquement sur le tohua (ici le bandeau central), lieu
des échanges du groupe avec ses divinités tutélaires. Cette
composition se trouve cantonnée par deux frises diffé¬
rentes : en bas, une grecque,
ligne claire isolant des espaces
où alternent carrés et rectangles noirs, image du monde des
humains et, en haut, une alternance de triangles clairs, dont
les centres sont occupés par un motif très fin en T, et de
dents de scie noires (niho peata), symbolisation peut-être du
monde des esprits et de l'opposition entre po et ao.
110. Hue ^a’o : motif ornant la face interne du haut
de la cuisse. L'exemple recueilli par W. Handy à Nuku Hiva
est un
équivalent du pahito et du hope 'a'o ; il correspond
rectangulaire d'un puto'o, sans la partie courbe sous
au bloc
le fessier.
R.l. Dordillon note que hue est une métaphore de chef.
Quant à 'a'o, les sens varient selon l'accentuation.
Dans le tatouage, il s'agit souvent de a'o : sur le devant
dessous, mais les Marquisiens aiment jouer avec
les mots et il est probable qu'il y ait ici une allusion cachée
ou de 'a'o :
au
chef et à une vision de son rôle vis-à-vis des vivants.
E.Tregear explique en effet que Ao personnifie, dans la
mythologie, la lumière et le Monde Supéqeur par opposi¬
tion au Monde Souterrain ; d'où le sens de jour, lumière
opposé(e)s à ténèbres, de monde visible par rapport à l'in¬
visible. Dans la poésie, le terme est utilisé comme équiva¬
lent de chef, ou maître tout puissant, lors d'adresse ou d'in¬
terpellation de dignitaire ou de divinité (J.F. Stimson). En
cela, il est intéressant de rapprocher ce terme d'autres tels
que "apihao", etua paou, ipu 'a'o, hue po, kapu 'a'o...
Si l'on examine les divers équivalents de ce motif,
la
notion de passage, contenue dans pu, transparaît, de même
que celle d'axe vertical qu'exprime to'o ; à ces images s'as¬
socient celle du chef traduite dans le pahito qui symbolise
sa
position dans le monde. Dans celui-ci, le chef est évoqué
de façon on ne peut plus abstraite, probablement par l'axe
vertical clair. Il est dépeint comme support ou pivot de son
clan, au sens de médiateur entre le monde invisible et celui
des ‘enata. Le rôle du chef est de faire passer ce qui peut
satisfaire les dieux afin que ceux-ci le rendent en bienfaits
et fruits abondants aux humains.
111. Hue ata ou “wehata” : pour D Tilésius ce
motif est, comme le hue a kake, une marque d'obligation de
travail sur un tohua ou taha koina.
Le motif, légèrement différent chez Langsdorff, consiste
en une
étroite imbrication de carrés opposés à des carrés
inclus dans un tracé intermédiaire entre la courbe, le carré
et le
rectangle. Le jeu, entre parties noires et blanches, fait
ressortir des figures qui, isolées, se rattachent à l'extrême
114. Hue po : les hue po, "hommes au visage noir",
étaient des guerriers à la face entièrement tatouée qui, au
stylisation d'un être ayant, soit les deux mains levées, soit
XVIII' siècle, constituaient un groupe qui partageait la pros¬
tude qui se retrouve dans les pétroglyphes). Il est possible
existence est encore attestée au XIX', comme le journal du
l'une tournée vers le ciel et l'autre baissée vers la terre (atti¬
que l'on soit encore ici en présence d'une évocation du
monde alors que l'idée d'intercession et d'échange se trou¬
suggérée. L'univers y est présenté comme une combi¬
naison entre l'image parfaite du fenua (carré) et celle où le
ve
chef exercerait son autorité (rectangle). Cette vision serait
rendue par un tracé qui est un compromis entre la courbe
périté de Peiteitei, fils adoptif de Teinae, à Tahuata. Leur
R'" D. Darling (1835) nous l'apprend à propos de l'entoura¬
ge de lotete, haka'iki nui de l'île. Cf. hue ‘epo.
Le terme est formé de hue (cf. ci-dessus) et de po : nuit,
ténèbres... Il faut y ajouter, pour hue, les sens complémen¬
taires recueillis par J.F. Stimson : grande peur, sexe de la
femme... et pour po : obscur comme la nuit, le monde des
du monde céleste et le rectangle, image de la terre délé¬
guée au chef par les ancêtres du clan. Le rectangle semble
en effet
"appartenir" au haka'iki (cf. ; les ke'etu et la confi¬
guration donnée au paepae des chefs) alors que le carré,
forme associée à l'image de la perfection et du sacré, appa¬
raît dans les paepae des prêtres ou réservés au culte.
esprits, décomposé... mais aussi phallus et, par adjonction
de qualificatifs, le liquide séminal ou le fait de s'accoupler...
Pour ce nom et le suivant, po ou tai, voisinent à la fois ce qui
touche à la mort et ce qui est la vie, l'idée de descendance ;
image, statue...
hommes. Il était considéré comme ancien et son illustration
Le terme est formé de hue (cf. ci-dessus) et de ata : se
lever, briller pour les astres... paraître... surface... ombre,
Le rapport au chef se retrouve à nouveau {'atai'i ou 'ata-
cf. hue tai.
115. Hue tai : motif de Nuku Hiva qui pourrait être
comparé au négatif d'un fatina, placé au creux poplité des
nous
vient d'un tuhuna de Fatuiva
qui le dessina pour
iki : formule de politesse envers le chef, au S.-E). Le mot ata
W. Handy.
statue) mais aussi, comme J.K.E. Buschmann le remarque
partie de la terre qui avoisine la mer, époque, génération,
fait allusion à l'ombre de quelque chose de grand (astre,
nord de l'archipel, à l'idée de "faire bâtir" ou d'établir
au
une
surface parfaitement plane (R.l. Dordillon), ici un ter¬
rain de rencontre ou taha koina.
112. Hue
^epo : ce nom désigne des hommes au
visage noirci et paraît correspondre, à Nuku Hiva, à un
sobriquet. Le vieux Tahara de Nuku Hiva, né vers 1840, et
le chef Penapena de Ua Pou confirmèrent à W. Handy que
les Tef'i de Taiohae avaient le visage couvert d'un tatouage
formant un grand cercle couvrant les yeux, le nez et la
bouche ; cette apparence n'a jamais été décrite par les visi¬
teurs qui furent pourtant nombreux dans la baie. Par contre,
cette évocation est à rapprocher des hue po cités par
W.P. Crook à Tahuata.
Le terme est formé de hue (cf. ci-dessus) et de 'epo :
boue, crasse, sale. Cette locution signifie également : il y a
très longtemps.
113. Hue fai : nom donné à Fatuiva à un motif cir¬
culaire pour les fesses. Son équivalent, à Hiva Oa, est kotipi ou 'otipi. La partie supérieure de cet ornement est réser¬
vée à un motif spiralé ; cf. /'a va'u. Les anciens l'interpré¬
taient comme un "poisson"'étrangement stylisé : le vau ou
fai. Celui-ci est souligné par un tracé en guirlande, simple
ou double, qui se présente comme une chaîne anthropo¬
morphe : ani ata. Au centre se trouve parfois un petit mata
hoata.
Le terme est formé de hue (cf. ci-dessus) et de fai au S.E. ou hai au N.-O. : raie armée : aux Tuamotu, c'est aussi :
se
battre, pourchasser..., s'installer ou charmer, envoûter...
Au premier degré, le sens donné à cette expression fut celui
de "jatte de raie".
Les récits qui concernent "le grand Fai de Vàvau", puis¬
déplacements par¬
comparables à ceux d'un astre (cf. Récits anciens
p. 269) ; à ceci s'ajoute le fait que ce motif était aussi appe¬
lé kotipi, allusion à un disque. Autant d'éléments qui font
ressortir un rapport entre Fai, le plus ancien tracé destiné
au fessier masculin (fait de cercles concentriques ; cf. koti¬
pi) et le soleil (cf. va/ me'ama, pour les femmes). Deux
noms de motifs,
composés à partir de hue, semblent se
rapporter au cycle de Fai : hue fai et hue ata. Ces héros. Fai
et Ata, eurent tous deux à accomplir un long périple au
cours de leur vie... Ces tatouages, les hue... furent peutêtre associés à la reconnaissance de l'accomplissement
d'un périple particulier.
sant chef de clan, lui font effectuer des
Le terme est formé de hue (cf. ci-dessus) et de tai : mer,
descendants...
ou
excrétions d'un cadavre. J.F. Stimson
ajoute à l'idée defamille tout ce qui se distingue en un grou¬
pe. Tai signifie également réciter, déclamer, disposer ou
créer, en fonction d'un certain ordre, de façon ordinaire ou
par l'intermédiaire de formulations sacrées.
Différents noms de motifs semblent faire allusion au trai¬
tement des morts ; ici peut être évoqué le récipient destiné
à recueillir les humeurs s'écoulant d'un cadavre
(cf. hue
‘epo, hue po et ke'a i‘o he tai). E.S.C. Handy et R. Linton
donnent à celui-ci le nom de hue po‘o. A. Gell a une vision
très personnelle de cette pratique et de l'absorption par les
femmes de certaines de ces substances. Contentons-nous
d'en faire ressortir l'aspect sacré,
associé au souci, pour
celle qui donne la vie, d'assimiler ce qui a été et d'y voir, ici,
une
forme d'endocannibalisme. Plusieurs motifs témoi¬
gnent que de la mort peut renaître la vie ; celle-ci est une
boucle, une spirale, un enchaînement, un cycle... sur le
chemin duquel la femme occupe une position cruciale.
116. Huoikape : motif de poisson, tatoué horizon¬
talement sur le dos des hommes ; cf. puhi et le dessin d'un
tuhuna de Fatuiva pour K. von den Steinen.
Le terme est formé de huoi : poisson de très grande taille
mais inoffensif (de la famille des Rhincodontidés) que les
pêcheurs aimaient à chevaucher. La seconde partie peut se
rapporter à kape : taro à grande feuille (Alocasia macrorrhi-
za) mais aussi guerrier, tandis que kapekape signifie : gou¬
vernail ou aviron de queue des grandes pirogues.
D'autres motifs se rapportent à de grands poissons paci¬
fiques, complices des hommes dans les légendes de Kae ;
cf. pa'ao'a, terme appliqué aux cétacés, les dauphins en
particulier. La Voie lactée, elle-même, est comparée à un
grand poisson ; la à Hawaii, tka roa en Nouvelle-Zélande ;
cf. inaoa.
fois
I
117. l’a va’u, ika va’u ou ei’a va’u, taina
va’u ou va’u : motif ancien qui appartient au type ani¬
malier mais, sujet à une extrême stylisation, il varia énormé¬
ment selon
les tatoueurs, l'île et sans doute l'époque. Le
tuhuna Tahieinui tatoua celui, réaliste, de Tahiakahee (Nuku
Hiva), sur la cuisse droite. Il peut également se présenter
un etua aux membres inférieurs étirés, associé à
comme
figure ornée de poka'a dont la courbure s'adapte à
l'emplacement. Il pouvait également être placé sur la face
une
Te Patu Tiki
I
•
L’Art du
Tatouage aux Iles Marquises
interne du
mollet, sur le bas des reins, au poignet ou à la
qu'il s'applique à une personne sacrée, un tau'a en particu¬
lier. Il évoque, enfin, ce stade des rituels funéraires où le
corps a subi toutes les étapes du traitement nécessaire à
libérer la part immortelle qui est en lui : l'embaumement.
Alors seulement, les morts quittent les vivants.
main, entre le pouce et l'index...et fut aussi bien porté par
les hommes que par les femmes. À travers certaines figures,
perdure la forme de l'ancien style spiralé (comme équiva¬
lent du hue fai). K.von den Steinen apprit du tatoueur de
Ouia (Fatuiva) que le tracé spiralé correspondait à la repré¬
>
119. Ihu ’epo : sobriquet, porté par les hommes de
sentation d'une raie. Au bas des volutes, dont certaines
Fatuiva, qui signifie "nez plein de morve", en raison de la
bande de tatouage qui leur couvre la bouche en passant par
figurent les nageoires, se trouve la bouche et, parfois, le
dard représenté à l'autre extrémité.
Le terme est formé de ika ou /'a : poisson en général, et
une espèce en particulier, ou bien encore : nom du dieu des
petits enfants et des conjoints jaloux ou ennemi...
J.F. Stimson précise : ennemi vaincu, victime d'un sacrifice,
homme ou animal, habituellement prête à être immolée.
Vient ensuite vau : gros poisson (la raie blanche ou le thon
à dents de chien, Cymnosarda unicolor) mais plus vraisem¬
les narines et la pointe du nez.
ti'ati'apu.
Le terme est formé de ihu : nez... et de 'epo : boue, cras¬
se, sale...
E.Tregear relève que le terme signifiant, en Nouvelle: hupe, correspond à un tatouage
placé juste sous les narines, tandis que pongi ou pongaihu,
qui signifie narines, donne les noms de poniania ou pongiangia qui s'appliquent aux lignes de tatouage situées près
des narines. Le premier portrait de marquisien, Flonu,
esquissé avec soin par W. Flodges, en montre un exemple
raffiné dont il n'a pas été possible d'obtenir le cliché (col¬
Zélande, mucus nasal
blablement va'u : huit... mais aussi racler la peau... Le mot
correspond à une interjection d'encouragement ou
signifie : voici... ou, écrit ‘ei'a : là... Quant àtainga ou taika,
il s'agit du nom donné à ceux chargés de chercher des vic¬
times humaines (à partir de ta et de ika).
Le rapprochement avec un usage associé à la chasse aux
victimes : ika, renforce la valeur donnée à va'u qui évoque
un rituel funéraire. Il consistait, pour les femmes, à préparer
le corps de défunts proches (d'où l'euphémisme : peler le
poisson ?). Lorsqu'il s'agissait d'un défunt important, seules
des personnes tapu, d'un rang élevé, pouvaient accomplir
cette tâche délicate ; on parlait alors de hakapa'a ou e ha'a
pa'a 'i te tupapau... cf. pu'oe. K. von den Steinen remarque
que, parmi les thèmes issus des mondes végétal et anima¬
lier, ceux dont l'image symbolique aura été la plus forte,
e/a
lection américaine).
120. UHma : cf. planche pages 82 et 83.
121. ’l’ima oka,
122. ’IHma
gnet jusqu'à l'extrémité des phalanges ; le ti'i '/'/ma de
Vaekehu de Taiohae englobe les poignets. Ce mot a pour
équivalent tumu '/ma.
Le terme est formé de '/ma : main et de tiki : nom du pre¬
ihi pororo, ihi pu^o’o, ihi
mier homme, divinité, statue, dessin, tatouage ou créer, en
parlant des hommes et des êtres organisés, façonner... Il se
piiovo ou ipu puovo : la plupart de ces noms, diver¬
orthographiés, sont cités dans R.l. Dordilion.
D'après l'exemple recueilli par K. von den Steinen, auprès
d'un tatoueur de Fatuiva, le motif était placé sur les côtés du
traduit par : "main tatouée".
Littéralement ce nom se traduit par "coque de châtaigne
vide". Le mot ihi désigne bien la châtaigne de Polynésie,
popoi (sic) et on leur interdit également le pakoko... Enfin, il
sement
E. Berchon explique que "le tatouage minimal des fem¬
mes est celui de la main
leur est interdit de masser les cadavres à l'huile de coco..."
Inocarpus eduiis, mais veut dire également enlever la
peau... Il pourrait aussi s'agir de i'i : fureur, force, énergie,
faculté... ou de hihi : diverger comme les rayons du soleil et
rendre tapu... P.G. Chaulet note que prêtres et chefs, hom¬
'
'
mes ou
123. ’IHma vaha ou Hma vaha :,main en par¬
tie privée de dessins, au niveau des doigts ou de la main.
Le terme signifie : main inachevée ou, d'après les infor¬
mations de Ch.L. Clavel : "main levée (cf. '/'/ma) ; mouve¬
femmes, avaient cette faculté à travers ces mots. Ils
pouvaient consacrer à un dieu toutes sortes de choses en
disant : "L/a hihi tenei..." : "je consacre à...". J.F. Stimson,
aux Tuamotu, indique pour7h/ les sens d'ensorceler, char¬
me, pouvoir, d'où haka ihi : investir du pouvoir... Quant à
pororo, puroro ou po'0'0, ces termes équivalents expriment
aux Marquises l'idée de : maigreur, aridité... J.F.Stimson
rapproche pororo de roro : cerveau, monter en spirale. Aux
Marquises, porou veut dire : sacré et au figuré : personne
que l'on ne voit plus. Enfin puovo caractérise ce qui est
consumé par le feu, desséché, creux à l'intérieur... Ces allu¬
sions au creux, au vide, à la maigreur... pourraient avoir un
rapport avec l'état atteint par les chamans, ou tau'a, ces
êtres qui s'absentent mais dont on sait qu'ils sont ailleurs. Ils
devaient devenir un canal "creux" par lequel passait l'inspi¬
ration divine : leur enveloppe charnelle devait se vider et se
transformer en caisse de résonance, comme le pu (flûte ou
conque) ou le pahu, etc. Cf. etua paou, les autres noms où
apparaissent ivi, pororo ou puovo, mata puovo, ou ceux
composés à partir de pahu, pu, po'o...
Un autre rapprochement peut être fait entre l'ardeur
d'un rayonnement, et le dessèchement, entre "être consa¬
cré" et les rayons du soleil ou de la divinité. Ce motif est un
des rares dont on puisse imaginer, sans autres témoignages.
droite, dès qu'elles ont atteint l'âge
de douze ans, sinon elle sont exclues de la préparation du
visage.
\
tiki, ’ima tiki : nom donné à une
main dont la face dorsale est complètement tatouée du poi¬
ivi puhi.
118. Ihi poro,
Hma oka ou oka ’i’ima ;
tatouage du bras, pour Ch.L. Clavel ; cf. "hoka hima"
survécurent le mieux au cours du XIX* siècle. Cf. ivi einui et
208
Il s'agit d'une variante du
par la douleur atroce... Aussi n'est-ce point
sentiment de légitime orgueil que les Marqui-
ment motivé
sans
un
siennes, plus fières de ce tatouage que les hommes, mon¬
trent aux curieux les beaux dessins qui
manière !".
les gantent à leur
J24. Ika va’u : cf. i’a va’u.
125. Ikeike
LUT
ou
ke ike
:
motif porté au poignet
par la reine Vaekehu. Ce nom a été relevé, avec ses indica¬
tions, dans les notes de terrain de W. Flandy. Ce tatouage
fait également partie des anciens motifs portés sur les
jambes, à Fatuiva, aussi bien par les femmes que par les
hommes. Pour les femmes, il était placé au mollet ; pour les
hommes, il se rapprochait de la cheville. Ce motif semble
très voisin, pour ne pas dire identique, au 'au hoi.
Le terme est formé de ike : bois pour battre le tapa ; ike¬
ike, au S.-E. : arbuste (Freycinetia sp.) qui fournit des fibres
résistantes. B. Mosbiech note que ike, à Samoa, peut signi¬
fier : voir, connaître, comprendre, connaissance... sens qui
pourrait être sous-entendu dans la forme marquisienne ke :
autre, différent, n'être plus le même, avoir changé...
E.Tregear, par ailleurs, relève que '/e s'applique habituelle-
Te Patu Tiki
•
L’Art du
Tatouage aux lies Marquises
ment soit au tapa, soit à des nattes'très fines ; à chaque fois
pouvant servir de monnaie
d'échange. À Hawaii, il note, en outre, que les feuilles de ie
étaient utilisées pour orner les divinités et que l'expression
fioo-/e/e veut dire être anobli ou magnifié. Aux Tuamotu, ike
signifie, entre autres : détourner un coup, d'où ikeike : avoir
ce
sont des objets de prestige
détourné les Coups de nombreuses armes...
prendre des
airs d'élégance ou de supériorité (J.F. Stimson).
126. ’lma oka : cf. ’i’ima oka.
127. ’lma tiki : cf. ’i’ima tiki.
ments destinés au bras (cf. ipu iti) ; M*' R.l. Dordillon, par
contre, en parle comme des figures tracées à l'intérieur des
cuisses jusqu'à l'aine, ce à quoi le D' L. Rollin ajoute que,
lorsqu'elles se poursuivent jusqu'à la hanche, elles se nom¬
ment po'o keho. Ce motif, ou plutôt cette composition,
apparaît sur de nombreux bambous.
Le terme est formé de ipu (cf. ci-dessus) et ao dont les
sens varient selon l'accentuation. Il s'agit souvent de a'o :
devant ou 'a'o : dessous, mais il peut y avoir une allusion à
Ao, monde des vivants, de la lumière. Le mot pu signifie :
source, origine... et donc son, souffle... À cela, J.F. Stimson
ajoute parmi de nombreux sens liés à la création et à la pro¬
création ceux de maître de la connaissance des invocations
128. ’lma vaha : cf. ’i’ima vaha.
du clan, sage qui sait toute chose, divinité...
129.
ment différents de
’lmutete
masculin,
recueilli par les Pères, destiné aux côtes. Il n'en existe aucu¬
ne représentation ; cf. 'emutete.
Le terme est formé de 'imu : mousse de terre, algue,
lichen... (l'expression vehine he'e imu signifie servante) et
:
nom
d'un tatouage
de tete : frissonner, trembler...
À noter que le tatouage concernait également les captifs
et scellait en quelque sorte leur sort (cf. D. Tilésius).
130. Inaoa : motif placé au centre du genou de
Tuuakeena. W. Handy dans ses notes indique que celle-ci
fut tatouée par un tuhuna de Hiva Oa, à la façon moderne
de l'époque. Le motif est une forme de ipu ani.
Le terme est formé de ina, qui signifie au S.-E. chasser,
pêcher aux flambeaux. C'est aussi une ancienne façon
d'écrire poisson : ika ou inga. Vient ensuite 'oa : long, éloi¬
gné..., heure ou mâle ; à moins qu'il ne s'agisse de oa : peur
de... ou o'a : vivres, nourriture... AuxTuamotu, ina signifie :
avoir été insulté et être empli d'une colère juste, brûler de
ressentiment, rage...
En Nouvelle-Zélande, la Voie Lactée, mère des étoiles et
épouse de Kohu, était appelée ika ou ika roa ou bien enco¬
re Ika O te Rangi : poisson, grand poisson, poisson du ciel
quand il ne s'agissait pas du grand requin : mango-roa ; à
Hawaii, elle portait tout simplement le nom de la : poisson
(E. Tregear) ; cf. huoikape.
Il se peut que les ipu destinés aux femmes soient légère¬
105.
Ipu, ipuipu ou “vibu” : cf. planche page
quis de W. Handy. Quand cette partie est absente, et qu'il
s'agit seulement d'une composition faisant se succéder un
série de ipu face à face, le terme ipu a'o ne s'appliquerait
qu'au dessin situé sur le haut de la face interne du bras et
celui de ipu 'oto au motif placé vers le bas, comme cela est
indiqué sur une des planches de K. von den Steinen. Un
dessin de Porioho, de Fatuiva, témoigne pour W. Handy de
la diversité ancienne que connut cette figure ; celle-ci, por¬
tée autrefois par les hommes de l'île, est associée à des fa'a
mana ; ensemble, ils forment un vi'i po'i'i.
134. Ipu
’atu, ipu katu ou katu : tatouage du
creux axillaire. Ch.L.
comme
ces
Chaulet, plus précisément, le présente
le motif masculin tatoué autour de l'aisselle. Dans
ipu, l'ouverture est orientée verticalement au lieu d'être
à l'horizontale.
Dans un dessin inhabituel recueilli par
K. von den Steinen auprès d'un tuhuna de Fatuiva, les ipu,
disposés par paires, ne se font pas face mais se superpo¬
sent, l'ouverture tournée vers l'aisselle. Cf. pipikatu.
Le terme est formé de ipu (cf. ci-dessus) et de katu :
écouter en silence et en fixant des yeux ia personne qui
parle, ou de 'a tu ! : ordre de se mettre debout. W. Handy,
curieusement, donne comme traduction
humidifier les lèvres d'un malade !
135.
132. Ipu ani : K. von den Steinen le décrit comme
des hommes. Compte tenu de la
du bras, ce nom soit donné plutôt au grand ipu placé à l'ais¬
selle (cf. ipu 'atu), comme il apparaît dans le carnet de cro¬
assez
131.
ceux
similitude entre ipu a'o et ipu ’oto, il semble que, dans le cas
:
bol pour
Ipu iti : nom du motif, tatoué sur l'avant-bras
de Kena (cf.
ipu 'a'o), lors de la quatrième tranche de
visage sur le genou des femmes, à Hiva Oa. Il a pour
équivalent, à Ua Huka, le kautupa. Il se rapproche égale¬
ment du komo'e et des po'i'i. Sous ce dernier terme, assez
vague, étaient classés les motifs circulaires dont un type de
visage inscrit dans un cercle. Pour les maîtres tatoueurs de
son époque, le ipu ani ainsi que les ka'ake, les kahu mo'ehu
et mata hoata étaient réservés aux chefs. Il se présente
comme un visage circulaire encadré de deux courbes sur
les côtés. Le sommet du crâne et la partie qui lui est oppo¬
tatouage, après le visage, les jambes, le cou et la poitrine ;
soulignée par une forme en u, très proche du poka'a.
Le terme est formé de ipu (cf. ci-dessus) et de ani au S.E.
ou aki au N.-O. : ciel, d'où la traduction de
"coupe céleste".
Sur l'importance du crâne, P.E. Eyriaud des Vergnes écrit
ceci : "La tête... est une partie du corps considérée comme
sacrée, quoiqu'elle ne soit pas le siège de l'intelligence
(...cette dernière est logée dans les intestins) ; elle n'en est
pas moins considérée comme le membre le plus noble...".
Ce témoignage, parmi d'autres, et cette représentation sou¬
lignent combien la tête était sacrée, particulièrement en son
faire comprendre leur importance : "Certains sages disent
un
sée sont laissés ouverts. L'ouverture du haut du crâne est
sommet.
133. Ipu ’a’o ou epuao : W. Handy et K. von den
Steinen présentent essentiellement à son sujet des arrange-
elle fut suivie de celui du dos.
Le terme est formé de ipu (cf. ci-dessus) et de iti : petit...
C'est aussi le nom d'une constellation (cf. iti'iti'i). J.F. Stimson,
pour les Tuamotu, mentionne comme autre signification :
manière ésotérique de compter par neuf.
Le sens donné à ces différents ipu reste obscur ; toute¬
fois, la façon dont ils s'organisent en espaces courbes, sou¬
vent au nombre de trois, font penser-à une représentation
de l'univers. Un texte du père S. Delmas (1927), pourrait
qu'il y a sept deux, 'aki ; mais les plus doctes n'en détermi¬
nent que trois, c'est-à-dire trois régions célestes : celle de
l'air, celle des étoiles et celle des dieux... C'est dans cette
dernière que vont infailliblement... les hommes morts à la
guerre ou pris pour victimes, les prêtres... ceux qui meu¬
rent dans les naufrages, ou en tombant des arbres, ou...
dans les précipices..,., les femmes... mortes en couches et,
enfin, les victimes du nani kaha ou maléfice". Cette concep¬
tion est largement répandue en Polynésie.
À cet égard, le
témoignage confié à E. Caillot par le chef régent Paiore est
essentiel. Il explique que : "l'univers était comme un œuf...
Il finit par crever et donna naissance à trois plates-formes
superposées, celle du bas supportant les deux autres. Sur la
plate-forme inférieure demeurèrent Te Tumu (fondation) et
l'idée de mûr, tout à fait développé ou prêt et un lien avec
les plantes..." (T. Henry, 1988). Le dessin qui en a été tiré
appelés etua pu'o'o, ihi pororo, ipu puovo, mata puovo...
Te Papa (roc stratifié) qui créèrent l'homme, les animaux et
fait apparaître une nette séparation entre la gauche et la
droite du ciel : "la droite était réservée aux Dieux, la gauche
esprits humains. Les Dieux pouvaient pénétrer la région
des esprits, mais ceux-ci ne pouvaient aller chez les Dieux".
Ces deux textes permettent de comprendre la division en
sept parties..Il en va de même pour la représentation de
deux mondes, reflets l'un de l'autre, où le septième plan est
au centre, ce qui explique,
peut-être, dans les /pu ‘oto la
représentation de ces deux espaces concentriques face à
aux
face (cf. hue a kake).
’atu.
137. Ipu nui : motif tatoué sur la partie externe du
haut du bras durant la quatrième séance de tatouage de
Kena.
Le terme est formé de ipu (cf. ci-dessus) et de nui :
grand... sens auquel J.F. Stimson ajoute : large, important
ou grandeur, de haut
rang, puissant... mais aussi : sérieux,
difficile, requérant de grands efforts...
Ce nom distingue les ipu tatoués sur le bras, plus grands
(nui), de ceux de l'avant-bras (iti) ; cf. hope nui, ke'a nui.
138. Ipu ’oto ou epuoto : tatouage de la partie
antéro-supérieure de l'avant-bras, selon la définition des
Pères reprise par le D' L. Rollin. P.G. Chaulet précise qu'il
apparaît sur la partie longitudinale et interne du bras des
hommes ; il fut tatoué au bras de Kena lors de sa quatrième
séance de tatouage. G.H. von Langsdorff publie le tout pre¬
mier, en précisant qu'il ne put en obtenir le nom. De rares
bambous et les travaux de K. von den Steinen, W. Handy, les
dessins du chef Tamo, de Taiohae, et du tatoueur de Anaho
(Nuku Hiva) témoignent de leur diversité : mais ce dernier le
sont en
epuoto et le destine à la jambe (cf. tiki ipu ‘oto). Ils
général composés de trois paires de ipu. diversement
entourés de motifs complémentaires dont certains pourraient
être qualifiés de ipu katu, comme ceux dessinés par un vieux
tuhuna de Fatuiva, portés autrefois par les hommes de l'île.
Le terme est formé de ipu (cf. ci-dessus) et de ‘oto : inté¬
rieur, dans, cavité... ou bien de e et de pu (cf. ipu 'a'o).
D. Tilésius parle de ce genre de ipu à propos des signes
de réciprocité, ou d'échange de services ; ils étaient habi¬
tuellement portés sur les mains par les femmes, sur les bras
et les jambes par les hommes. Il remarque que l'épouse de
Kiatonui
:
Tahia Taioa,
140. Ipu puovo : associé à/h/pororo par R. I Dordilion
dans son dictionnaire, cf. ihi poro.
141. Ipu tete
sous un
en
présentait quantités de varian¬
tes... Situation qui se retrouve, quarante ans plus tard, sur
les mains de Vaekehu. C'est à partir des diverses esquisses
faites des mains de ces deux femmes remarquables que
139. Ipu pa’ipa’i : motif au creux de l'aisselle des
hommes, d'après le père P.G. Chaulet.
Le terme est formé de ipu (cf.
ci-dessus) puis, soit de
pa'ipa'i ou pakipaki, redoublement de paki signifiant : frap¬
per doucement, flatter de la main, mais aussi couvrir..., soit
de paki, au sens de briller comme le soleil, mûr... À moins
qu'il ne s'agisse de pa : barrière..., hameçon à bonites...
suivit de
aux acceptions multiples, dont celle de voir. Aux
Tuamotu, i peut signifier : résonner profondément mais
aussi impétueux, surgir ou bondir comme les poissons à
certains moments de la pêche...
Les constructions à partir de pa, pa'i et pa'i'o figurent à
plusieurs reprises dans le tatouage (cf. pa'i uma, pa'i'o,
pa'i'otiki, pa'ipa'i'i'o...) et sous-entendent la notion de pro¬
tection, contenue dans la racine pa, ou une allusion à des
divinités tutélaires, plutôt craintes, les pa'i'o ou bien encore
monstre marin. Ce demi-etua semble en
effet inscrit à
l'intérieur d'un corps (le/pu) dont les membres sont figurés.
Le terme est formé de ipu (cf. ci-dessus) et de tete : trem¬
bler, frissonner, montrer les dents... J.F. Stimson ajoute le sens
de se trouver en très mauvaise posture, se trouver cerné...
Ces éléments, étroitement associés dans la composition
du tuhuna à un thème faisant allusion au fusil (cf. kikiva et
puhi) laissent supposer que ce motif a, ici, un rapport avec
la guerre, pour conjurer une situation critique...
142. Ipu vaho : il n'existe aucune représentation,
identifiée en tant que telle, de ce motif dont le nom et l'in¬
terprétation nous sont livrés par K. von den Steinen. Le sens
de "coupe tournée vers l'extérieur" fait penser qu'il s'agit
d'un tatouage assez semblable au ipu katu, mais orienté dif¬
féremment. Il n'est pas possible d'en avoir la certitude,
d'autant qu'il peut planer un
vaho ou va'u...
doute sur l'orthographe de
Le terme est donc formé de ipu (cf. ci-dessus) puis de
vaho ou va'o : extérieur, fond d'une vallée..., rayures... Aux
Tuamotu, le mot est employé pour une chose préméditée,
préparée depuis longtemps mais aussi une région couverte
d'arbres... ou un long nuage blanc. L'expression "Vao noa"
désigne la Terre prise comme un tout, dont Tiki est le chef,
par opposition à Vao raka qui est une part de l'univers cor¬
respondant à la partie supérieure de la couche terrestre et à
la partie inférieure de la couche céleste, dont Tane est le
maître. S'il s'agit de va'u, huit, mais aussi racler la peau...,
nous avons vu, à propos de /'a va'u, le rapport entre ce mot
et la préparation des corps.
143. Iti’itVi : motif zoomorphe, allongé, formant un
bandeau sous le genou dans les tatouages de Napuaeua et
Teupoo, toutes deux originaires de Puamau (Hiva Oa), et
tatouées par le tuhuna Tookohe.
nom des Pléiades signifiant
petit... puis de iti'i autre forme de fiti'i ou
titiki pour : lier, attacher... sens retenu par W. Handy qui en
Le terme est formé de iti :
aussi diminuer,
fit le relevé.
R. Suggs (BSEO juin 1997) remarque que itiiti désignait,
K. von den Steinen établit l'essentiel du tableau des tracés
de ce type : ipu, papua et poka'a.
: Tauakika dessina ce motif, placé
kikiva puhi, pour K. von den Steinen qui ne semble
pas sûr du nom. Son décor se compose d'un demi anthro¬
pomorphe, proche du Pohu, qui pourrait correspondre à un
autre héros légendaire, Kae, par exemple, qui fut avalé par
un
136. Ipu katu : cf. ipu
nomme
le soleil ardent... ce qui rapprocherait ce tatouage de ceux
à Nuku Hiva, le premier mois de l'année (situé, selon les îles
les impératifs du calendrier lunaire, entre août et
octobre). Cette période correspond à l'hiver austral et à un
et
temps de disette qui explique le nom mata iti, ou mata /'/,
donné aux Pléiades. Ce nom, qui se retrouve en maints
endroits du Pacifique, est en effet compris au sens de
"petits yeux", car rapetissés par la faim ! Aux Gilbert, le mot
mata rigi s'apparente en outre à un vers ou à une chenille
légendaire : Rigi, qui sépara la terre et le ciel, dont il subsis¬
te quelques traces aux /Marquises (cf. puhi, tuna et l'allure
"serpentiforme" du motif).
144. Ivi einui, ivVivi ou ivi’ivi einui : tracé
zigzaguant dont K. von den Steinen dit qu'il n'était porté
que par les chefs et les guerriers de grande renommée ;
W. Handy note que ce tatouage était très douloureux. Il
apparaissait sur le visage, plus rarement sur le corps, mais
était pourtant tatoué à certaines femmes sur le haut de
Tiki
•
L'Art du
Tatouage aux Iles Marquises
importantes des clans ; celles où sont
honorés les mânes des ancêtres et les nouvelles récoltes
les fêtes les plus
l'épaule, transversalement, comme en témoigne, à la même
époque, P.G. Chaulet. Un demi-siècle plus tôt, V. Lallour,
d'arbre à pain. La place de certains puhi sur le corps de la
l'observe sur le ventre. Dans un dessin d'un tuhuna de
Fatuiva, il se combine avec des lignes entrecroisées et des
femme, son association ici avec le mot "os" sont autant d'in¬
tatouages appliqués à Kena, le septième et dernier jour des
séances, alors qu'il s'agissait d'harmoniser l'ensemble par
Ivieinui, l"'os sacré" pourrait-on dire, s'appelle Oupu, nom
K. von den Steinen l'associe à son tableau de chevrons et
que les héros, la plupart du temps des hommes, vont re¬
chercher une épouse disparue, enlevée par la mort et, sous
que
précise que les Marquisiens l'interprétaient comme des
pattes de "cent-pieds" (scolopendre dont la piqûre est très
cuisante) ou, de façon plus Imprécise, comme des arêtes. Il
souligne un lien probable entre le ivi etnu't et un vers, ou
une
qui sert de médiateur et peut donner la vie.
chenille légendaire que combattit Pohu ; un type de
K
iconographique issu
Le terme est formé de ivi'ivi, redoublement de ivi : très
146. Ka’ake
dur... d'où os, arêtes, nervures des feuilles... ; l'expression
addenda page 261.
ivi einui désigne un os long de la jambe ou du bras. Vient
grand ou, aux Tuamotu, important, puissant... alors
que ivinui est le nom d'une variété d'anguille. P.G. Chaulet,
à propos de Ivieinui, dit que c'était un dieu, démon incube,
époux de Oupu et donc gardien de Havaiki-a'o-oa : "loin en
dessous" où n'accédait que l'esprit de "ceux qui... ont eu
beaucoup d'hommes à leur service et beaucoup de
cochons", comme l'expliqua Taetanani, épouse de lotete,
au R”'' père Petithomme.
Sur un plan symboliqde, l'os tient une place extrême¬
ment importante, de même que les dents, la chevelure, les
ongles... Ce nom met en relief un personnage relativement
mal connu de la mythologie marquisienne qui permet, tou¬
pensée religieuse qui accorde un rôle important à ces restes
un peu plus durables de l'enveloppe charnelle. L'os, les
arêtes ou la colonne vertébrale de l'anguille (ivi puhi)...
donne sa tenue à un corps ; ce squelette devient un axe.
Pour un être divinisé, ces os longs et creux qui sont conser¬
vés et travaillés en ornements précieux, à l'image d'un dieu:
tiki, deviennent des médiateurs, des "canaux de transmis¬
sion" (cf. les ivi po'o, l'etua po'o).
145. Ivi puhi : il s'agit d'un motif très comparable
K. von den Steinen constate qu'aux îles Hawaii,
au ivi einui.
type de tracé est gravé sur des maillets qui servent à
imprimer cette autre "peau" qu'est le tapa.
Le terme est formé de ivi (cf. ci-dessus) et de puhi : souf¬
fler, appeler..., anguille, murène et autres espèces serpentice
formes, fusil ou arme à feu.
L'épouse d'Ivieinui était Oupu ; Taetanani l'évoque à pro¬
pos de l'usage de dépouiller les défunts de haut rang de
leur enveloppe zébrée de tatouages (à l'image, pourrait-on
dire, de l'anguille que l'on dépouille d'une peau trop noire :
cf. /'a va'u). Dans un récit recueilli par S. Elbert, au pays de
lotete et Taetanani (Tahuata), deux frères : Feke'e et Tea'a,
allèrent à Havai'i et s'y firent accompagner par un vieillard
aveugle, Tuna Hakaoho, qui vivait dans une grotte. Il était
tatoué de la tête aux pieds et portait sur le dos le tatouage
d'un poisson à l'apparence d'un serpent (cf. huoikape).
Aux Marquises, l'animal terrestre, dont la morsure est la
plus redoutable, est le ve'i (scolopendre). Cette "morsure"
douloureuse, comparable à celle de la murène ou de l'an¬
guille : puhi, est l'équivalent de celle des balles (cf. ’a'a
kiva). Sur un plan, plus symbolique encore, l'image de l'an¬
guille est souvent associée au membre viril, ainsi que l'os :
ivi. La notion de fertilité sous-entendant
abondance, et
donc bien-être, est sans arrêt présente dans ces îles sou¬
mises à des disettes terribles et donc à la faim et à la mort.
La mort et la fertilité sont sans cesse associées, jusque dans
kake
ou
:
cf. planche page 111 et
kake ’a’o
:
hope.
:
tefois, de s'immiscer dans la mentalité des anciens, leur
ou
147. Ka’ake ’a’o
ensuite ei ou 'e'/ : dent de cachalot et autres poissons... et
N
fois, après avoir accueilli la mort, laisse passer la vie.
Entre le monde des morts et celui des vivants, il y a un os...
du tressage ; cf. iti'iti'i, ivi puhi, kofati, nafapu et puhi.
nui
elle
certaines conditions, la ramène à la vie... La femme encore
vannerie à quatre brins est appelé ivi tuna. Tout ceci confor¬
te le rattachement de ce tracé au fonds
l'on pourrait traduire par ventre. Elle est femme et
ventre : matrice fécondée par le "grand os", c'est chez
des motifs de liaison. Il apparaît sur quelques bambous.
une
L'épouse de
dices de leurs liens avec l'idée de féconder.
espaces entièrement noircis. Il fait partie des tous derniers
cf. ka’ake
148. Ka’ake hope ou ka’ake : est un des noms
donné au tatouage des reins que portaient les femmes les
'KA KETUA
plus tapu de la société. Il part des fesses, ou sacrum, monte
jusqu'au dos et s'étend sur la région pubienne nous dit le
père P.G. Chaulet. V. Lallour en parle comme du "tatouage
royal des lombes". Il est également appelé ka'ake ’a'o,
ka'ake tua et parfois hope, bien que ce dernier terme soit
aussi utilisé pour un autre tatouage.
Compte tenu de la localisation du motif et du tapu entou¬
le portaient, les témoignages qui le
concernent sont très rares. Il n'en existe que deux représen¬
tations venant de Nuku Hiva : celui, remarquable, relevé en
1920 par W. Handy et porté par une ha'atepei'u très tapu de
la famille de la "reine" Vaekehu et un croquis fait par un chef
de Taiohae, Tamo, en 1901. Ce dernier parle de kake tua ; il
est possible qu'il ait représenté sur un même plan diverses
versions, dont quelques exemples de ce qui pouvait être
placé au dos et d'autres pour le pubis (dans la partie trian¬
gulaire de son dessin). Ce serait alors le seul exemple dont
nous disposerions pour cette partie du Corps et ce, de la
main d'un Marquisien. Le père P.G. Chaulet, à ce propos
écrit : "Je dois dire que le tatouage des femmes est très indé¬
cent ; les plus pudibondes se contentent... (d'un) hami, ou
simple ceinturon et les autres se font couvrir simplement les
mêmes parties par la main d'une tierce personne".
Nous venons de voir les sens de ka'ake ou kake, quant à
hope, il signifie : fond, derrière, demi... J.F. Stimson ajoute :
partie inférieure du tronc d'une femme, les parties génitales
incluses. Dans le cas où tua est utilisé, son sens est : dos,
échine et s'il s'agit de 'a'o. Il signifie : sous, dessous, bas...
rant les personnes qui
149. Ka’ake tua
hope.
150. Ka’ava
:
ou
kake
tua
:
cf. ka’ake
il s'agit de la bande de petits motifs
qui partage verticalement le tatouage du dessus de la
main en deux espaces égaux symétriquement organisés.
Le terme ka'ava s'applique au vocabulaire de la construc¬
tion ; il désigne les sablières d'une charpente. En Océanie,
l'habitation comme la pirogue reflète, dans sa structure,
l'image du corps humain et du corps social. Un des ka'ava
d'un bambou de Bordeaux est très parlant à cet égard car il
se présente sous forme de deux chaînes parallèles unies à
une extrémité par un coude (ka'ake). Ces alignements sont
constitués, d'un côté par une succession ininterrompue
cT'enata (cf. ani ata ou an/a Tiu) et de l'autre par la juxtapo¬
sition d'etua intercalés entre quelques 'enata.
151. Kaha : cf. nutu kaha.
152. Kahakahapu : nom d'un tatouage destiné au
dos de la jambe, dessiné par le chef Tamo de Taiohae (Nuku
Hiva), pour A. Seale. Les Pères parlent plutôt de kahapu,
redoublement... Par son tracé et son emplacement, il
sans
est à rapprocher des nutu kaha dans la composition des¬
quels sont privilégiés les motifs ka'ake et mata.
Le terme est formé de kaha : pouvoir de vie et de mort
attribué à certains prêtres se servant de nani kaha (sort) et
de pu : source, origine, principe vital..., nom des instru¬
ments de musique par où passe le souffle... À cela, il faut
ajouter bien d'autres sens associés à kaha dans les langues
polynésiennes.
L'association de ces deux mots aboutit à un pouvoir
symbolique très évocateur qui pourrait être accordé à ce
tatouage.
: nom
du tatouage féminin
qui, d'après le père P.G.Chaulet, était placé sur les mal¬
léoles ; il n'en existe aucune représentation identifiée.
Le terme est formé de kaha
(cf. ci-dessus), vae kaha
signifie invincible (vae : pied). E.Tregear relève pour kaha
les sens de : fort, puissant... d'où l'idée de cordage destiné
à contenir une forte tension mais aussi de limite de terre, de
frontière et de lignage ou de généalogie... Vient ensuite
ui'a : éclair, ou uika au S.-E. : oscillation. Le terme est répé¬
une acclamation poussée à l'unisson par les
Marquisiens qui apportent des vivres lors de cérémonies
solennelles. J.F. Stimson note pour uira ou uiranga : faire
invocation aux éclairs ou phallus de Kiho (divinité suprême
pour certains). E.Tregear ajoute à propos d'Uira : person¬
nage mythologique qui descendit du ciel en empruntant la
ligne de Rehua. Aux Marquises, e ua signifie : pluie ; cf. an/
a Tapa : Tapa, déesse des éclairs et des nuages d'orage qui
té dans
possédait la "corde des éclairs".
Lorsqu'il est fait allusion à un éclair, ce qui est toujours le
cas dans la tradition orale à propos de tatouages remar¬
quables, le conteur ajoute à chaque fois une formule qui
souligne combien ceux-ci sont dangereux, même mortels,
pour les personnes qui ne seraient pas'en mesure d'en sup¬
porter la vision. À cet aspect redoutable s'ajoute celui attri¬
bué aux liens de fibre de coco (kaha) et au pouvoir de vie et
de mort que détenaient ceux qui confectionnaient les nani
kaha (mauvais sort).
154. Kahapu : d. kahakahapu.
155. Kahu mo’ehu ou ka mo’ehu : motif mas¬
culin qui part du dessous du menton et descend jusqu'au
de
159.Kak’o
est, a priori, associé à une idée très négative ; à moins qu'il
corresponde à la reconnaissance d'un fait de guerre sou¬
pourrait alors
consacrer la capture de prisonniers, ou une action ayant
provoqué la déroute des forces ennemies... Ceci serait ren¬
forcé par l'hypothèse émise pour le fau tai lié, probable¬
ment, au droit de vie et de mort exercé sur les captifs, ou
une allusion approchante.
ne
vent intimement associé à ces "sociétés". Il
156. Kahui kokeneti
:
nom
mentionné dans le
dictionnaire de M*' R.l. Dordillon, dont on ignore tout.
Le terme est formé de kahui : régime, assemblage... ou
attacher ensemble, attacher par quatre... et de kokeneti :
mot récent, tiré de
l'anglais, signifiant noix de coco.
Le kahui était une forme de tapu, plus exactement une
interdiction provisoire placée sur des biens de consomma¬
protéger ou d'en augmenter la pro¬
duction. Cet interdit pouvait être décidé, en principe, par
tion dans le but d'en
153. Kahakaha u’ia
bas
158.Kak
tatouage dont l'interprétation est d'autant plus difficile qu'il
l'abdomen, d'après la description du
père
P.G. Chaulet. Il fut expliqué à K. von den Steinen (qui utilise
le premier de ces termes et W, Eiandy le second) que ce
motif était autrefois réservé aux chefs, à Nuku Eliva, et
consistait en une bande verticale couvrant la moitié supé¬
rieure du buste, l'épaule mise à part. Il pouvait n'être appli¬
qué que d'un seul côté ou, éventuellement, sur les deux ;
plusieurs gravures de M. Radiguet l'illustre. Il a pour équi¬
valent, ou variante, les hau tataki, homae, fau ta/, ti'i heke,
toi... et ve'o a'O.
Le terme est formé de kahu
:
manteau, couverture...
(équivalent de tapa, au S.-E.) puis de mo'ehu : banni, exilé,
vaincu, esclave, prisonnier de guerre.
La portée de ce type de motif s'éclaire par une réflexion
de D.Tilésius, notamment, qui voit dans les larges bandes,
placées sur la poitrine, les bras et le ventre, des signes cou¬
rants de reconnaissance de ce que l'on nomma des "socié¬
tés de banquet". Le nom relevé par les membres de l'expé¬
dition de 1804 pour ces bandes était "kehu" (cf. keeheu) ou
tuaheu. Cette remarque aide à comprendre la portée de ce
Il était souvent matérialisé par un bou¬
quet de feuillage, des palmes disposées d'une façon parti¬
culière ou des cocos liés à une perche, etc.
tout "propriétaire".
L'utilisation de kokeneti, dérivé de coconut, laisse sup¬
poser qu'il s'agissait d'un tatouage dont le nom, au moins,
était d'inspiration récente. La représentation réaliste de la
noix de coco semble n'être apparue que dans le courant du
XIX' siècle, à l'image des tatouages modernes que portaient
d'autres marins polynésiens, comme les Elawaiiens, relati¬
vement nombreux dans les équipages des bateaux faisant
escale dans l'archipel. P.G.Chaulet note, toutefois, que les
tatouages anciens, par rapport à ceux de son époque
(1858-1912), représentaient souvent des poissons et des
cocotiers, dont le nom se retrouve dans : kokeneti, koko
a 'ehi, koua 'ehi.
157. Kaka’a : cf. nana’a.
fa’a : motif géométrique inspiré du
laçage. K. von den Steinen en donne quelqùes exemples
dont l'un est dû au tuhuna Tauakika (Fatuiva) et évoque une
torsade. Les kaka fa'a furent couramment utilisés dans la
gravure sur bois, en particulier sur les poteaux arrières des
cases : les pou. Le motif de base consiste en V emboîtés,
combinés de diverses façons : en s'opposant par l'apex,
verticalement et horizontalement, les V aboutissent à une
figure quadrangulaire ; en se faisant face, ils composent des
losanges encastrés... K. von den Steinen traduit ce nom par
"racines de pandanus", ce qui s'écrirait autrement, mais le
rapproche de akaaka fa'a et de muko ha'a cité par R j Suggs.
Le terme est formé de kaka aux sens très divers : enve¬
loppe... ou inviter à guerroyer... et de fa'a au S.-E., ha'a au
N.-O. : pandanus. J.F. Stimson ajoute, à propos de kaka,
qu'il s'applique à une fibre isolée ; pour plusieurs fibres, il
faut dire kakakaka. Ce mot évoque, sinon, le fait d'être cou¬
vert de nombreuses petites craquelures, rides ou fissures...
Quant à ka, sous forme de particule, il souligne le caractère
autoritaire et sans contestation possible d'un ordre exprimé
par une autorité supérieure.
Ce nom pourrait signifier : couvert ou enveloppé de liens
de pandanus. Quant aux tracés, ils évoquent quelques-uns
des effets obtenus par les spécialistes du laçage ; art dont
plusieurs fois évoqué l'importance, notamment sur le
plan symbolique. En dehors d'une fonction pratique, il ser¬
vait à agrémenter le support sur lequel il était appliqué, que
ce soit des éléments de charpente, des lames d'herminettes
et autres outils. Ces arrangements variaient selon l'archipel.
on a
sur
: tatouage masculin, en bandeau, placé
le pied juste après les orteils ou au-dessus de la che¬
ville ; cf. tikaka'o, ti'i kaka'o.
Te Patu Tik.1
•
L'Art du
Tatouage aux Iles Marquises
K
/0^
lièrement sacrée. C'était un des pôles de circulation du mana
et donc le siège d'un pouvoir d'autant plus redoutable que
crânes d'ancêtres et de leur réserver un sort humiliant.
166.
rare dans le
enveloppe.... et pour ka'o : difficile à comprendre ou à rete¬
nir, caché, couvert de... ce qui donne 'ua ka'o ’i te tiki : il est
tout couvert de tatouages ou ka'opuhi : qui ne craint pas les
cerne le
rapprochement graphique avec les poka'a ; il est
possible que, tout comme ce dernier, le kaka'o ait symboli¬
sé la poche maternelle, la matrice. Mais il ne faut pas négli¬
ger, par ailleurs, surtout pour un motif masculin, l'allusion à
des poissons {Sphyraenidés) qui incarnent la voracité.
D'une extrême rapidité, le barracuda se présente comme
un
guetteur qui, embusqué à peu de distance de sa proie,
ne saurait la manquer. Autant de traits dont le guerrier ne
pouvait que s'enorgueillir.
OM tSs)
lU KE OTe
Le terme est formé de kake : monter... (pour plus de pré¬
cisions, cf. ka'ake) et de 'oto : intérieur, cavité, dans...
164. Kake tua : cf. ka’ake tua.
165. “Kake upogo”, ka’ake upoko ou upo’o :
G.H. von Langsdorff
le mentionne en tant que marque
directement placée au-dessus de l'œil ; ce à quoi D.Tilésius
ajoute qu'elle allait de l'œil à l'oreille. G.H. von Langsdorff
précise qu'elle était habituellement tracée à l'occasion d'un
grand repas, ou de l'abattage d'un porc, et D.Tilésius qu'el¬
le indiquait l'appartenance à une "société de banquet" et
coïncidait avec l'obligation de servir en temps de guerre.
Le terme est formé de kake : monter... (pour plus de pré¬
cisions, cf. ka'ake) et de upoko au N.-O. ou upo'o au S.-E. :
tête.
planches de tatouages de D.Tilésius et G.H von
Langsdorff sont légèrement différentes mais, sur toutes
deux, le dessin fait penser à un arc-en-ciel, voie souvent
empruntée par les héros de récits légendaires soucieux de se
Les
Les deux derniers, cités par les Pères, K. von den Steinen
correspondent à un type de tatouage porté
les hommes au-dessous du poignet et aux jambes
(genou, mollet et tarse), tandis que pour les femmes, il part
et W. Handy,
par
du sacrum et s'étend sur les hanches. Les représentations
de Tupa sont placées au front, quand
ment,
il s'agit d'un orne¬
alors que dans le tatouage, elles le sont sur les
membres ou partent du sacrum pour s'étendre sur les han¬
ches (cf. ka'ake hope). Souvent, on remarque une corres¬
pondance entre les bras et les jambes, les poignets et les
chevilles ; cf. fafau'a et keho vaevae.
èà n Tî-
—
KAO'T’UPA
dessin (ou ensemble de dessins)
dos de la page concerne le terme de plat creux.
rapproche des pakiel, pakipakiei et papa k'ie'i.
de femmes.
:
:
tatouage. S'agit-il d'une erreurtypographique ?
s'apparentent soit aux nutu kaha (par la forme générale en
U adoptée par la composition), soit aux /pu ani en raison
d'une certaine similitude avec ces visages. À Ua Huka, cer¬
tains kautupa sont les équivalents des /pu ani.
Le premier terme correspond à un dessin de Tamo (Nuku
Hiva) pour des épaules féminines. V. Lallour emploie le
second pour désigner le tatouage du deyant de l'aisselle. Le
maître tatoueur d'Anaho (Nuku Hiva), emploie le troisième
à propos de son dessin destiné aux épaules et aux jambes
161. Kake ’a’o : d. ka’ake ’a^o.
163. Kake ’oto
motif, auquel seul R.H.Drioult-
168. Ka’otupa, “kaoutoupa”, kautuka,
kautupa ou ’autupa : motifs qui, pour les plus nets,
160. Kake :cf. fea’afec.
composé de plusieurs éléments dispersés dont un ani a Tiu
et un kaka fa'a. Bien que cela ne soit pas frappant, le nom
donné à ce motif par son auteur, Tamo de Nuku Hiva, le rat¬
tache aux ka'ake. Il est possible que ce rattachement tienne
aux emplacements où il pouvait être placé ; il semble adap¬
té aux courbes, puisque la seule indication encore lisible au
ce
167. Ka mo’ehu : cf. kahu mo’ehu.
De tout ceci, émerge l'idée de poche d'un rouge lumi¬
neux et le
i
:
C'est possible d'autant que la seule indication qui le con¬
balles...
214
Kakiei
Gérard fait allusion, s'inspirerait du crabe, ce qui n'est pas
De la forme kaka, on peut citer les sens de : sac, poche,
composition où se reflètent des
paires de ka'ake abritant un demi-etua qui pourrait bien être
féminin ("chevelure" triangulaire). Ses bras retiennent des
grappes de poka'a, comme autant de promesses de vie, audessus d'une succession de petits ‘enata qui, eux aussi,
pourraient être des représentants du sexe dit faible. Le
maître tatoueur de la vallée de Anaho, à Nuku Hiva, qui le
dessina pour A.Seale ne précisa pas l'endroit où il était
porté. Par sa relative ampleur, l'abondance des poka'a et le
caractère très féminin de l'ensemble, il pourrait s'agir d'une
composition comparable à un ka'ake hope ou ka'ake tua.
Le terme kakekake signifie : tatouage entièrement fini.
Pour une étymologie plus significative, cf. ka'ake.
la
personne était tapu. En cas de raid, c'était une prouesse lour¬
de de conséquence que d'enlever, au clan adverse, des
ré : brûler avec l'ardeur d'un beau feu.
162. Kakekake
J.F
hisser vers le ciel et le monde des etua. La tête était particu¬
Le terme kakao ou kaokao désigne les barracudas et
grandes bécunes... mais si l'on s'appuie sur l'intuition qu'en
avait W. Handy, ou les indications qui lui furent données, il
est bon de se pencher sur les significations complémen¬
taires. E.Tregear note pour kaka le sens, communément
admis, de rouge ou flamboyant comme un feu. À.Tahiti, a
correspond à un stade de combustion et aa signifie, au figu¬
'
Trois mots, légèrement différents, forment la première
partie de ce nom. Kao : spirale, cannelé ; ka'o : côté de la
vallée le plus proche de soi... et aussi caché..., difficile à
comprendre ou à retenir..., couvert de... ; ce qui donne 'ua
ka'o '/ te tiki : il est tout couvert de tatouages ou ka'o puhi :
qui ne craint pas les balles..., cf. kaka'o. Aux Tuamotu,
Stimson relève pour kao : sorte d'hameçon recourbé,
courbe, côte... rigidité, dureté, turgescence à associer au
phallus. K. von den Steinen rapproche kau de karu : l'œil,
dans les langues polynésiennes ; E.Tregear donnant pour
kau : bâton, planchette de bois, ancêtre...
Dans la seconde partie du mot, tupa s'applique à une
variété'de crabe, nourriture des étoiles (K. von den Steinen),
intermédiaire entre deux mondes. Aux Tuamotu, ce mot
désigne : le phallus ou une peau abîmée par la mer, le soleil.
En dehors de l'allusion à l'astre solaire et à la fécondité, il est
intéressant de relever la relation avec la peau. A. Gell a éta¬
bli, du reste, un parallèle entre le changement de peau et
l'immortalité : deux aspects fondamentaux de la perception
de l'être humain auxquels le tatouage participe étroitement.
Le récit de l'île aux femmes, dont le héros est Kae, illustre
de façon frappante cette idée à travers l'image de l'héroïne,
Hina, comparée à un crabe, comme eux, en tant qu'immor¬
telle, elle n'est pas prisonnière de sa peau. Le héros Tupa,
à lui, est un mangeur d'hommes, dont
K. von den Steinen nous dit qu'il est souvent représenté sur
quant
les plaques d'écaille des uhikana ; P.E. Eyriaud des Vergnes
rapporte qu'il "était bien certainement le père des dieux, le
Jupiter du pays... (et que) Nukuhiva paraît avoir été son lieu
d'élection" ; ce à quoi le père S. Delmas ajoute : "Tupa est
l'Hercule marquisien". Sa sœur Ateanua (ou Ao) et lui tra¬
vaillaient uniquement la nuit (en fait sa sœur guettait l'ap-
parition du jour).S. Delmas précise que Ao personnifiait la
lumière donc le monde supérieur, et qu'elle était souvent
citée dans les lignées de chefs. Ce nom kaoWpa..., pourrait
faire allusion au-passage entre Ao, le jour, et Tupa n'œu¬
vrant que la nuit, entre obscurité et clarté, entre le monde
des mortels et celui des immortels ; thèmes évoqués par le
tatouage en dehors du jeu sur la peau entre blanc et noir.
Le terme Wka, également utilisé, n'apparaît pas dans le
dictionnaire de M*" R.l. Dordillon mais tu'a y est. L'expres¬
sion ha'e tu'a désigne le bâtiment en forme "d'obélisque",
sorte de case d'inspiration où le tau'a se recueillait. Tregear
confirme ce caractère sacré en notant que tua appartient au
langage religieux ; il se substitue à atua et implique un pou¬
voir illimité.
Le kautuka du tatoueur de Anaho est d'une richesse de
symbolisme toute particulière qui mérite que l'on s'y attar¬
de. Toutes les figures géométriques, et leur nombre, expri¬
mant probablement les valeurs essentielles de l'univers,
semblent regroupés dans ce motif où guerriers et 'enata
trouvent une place claire et nettement hiérarchisée. S'agitil ici d'une vision de "l'œil de l'etua" ? Tauakika apporte à
question son interprétation par un dessin qui, selon
lui, est une variante du mata hoata ; ce que le tuhuna
désigne comme un kautupa est l'etua qui occupe la place
cette
des yeux et du nez.
K. von den Steinen identifie, quant à lui, le kautupa à des
"yeux de crabe" ; dans la composition du regard, bien rond,
qui caractérise ces motifs, il observe, tout comme dans celui
des casse-tête, la présence d'etua à la place des pupilles.
Deux demi-efua y sont affrontés, soit horizontalement, soit
verticalement, de façon à former un cercle. Il pourrait s'agir
d'une allégorie de la lutte menée par Atea et Ono afin
d'écarter la voûte des Ténèbres pour que l'aurore paraisse.
Ce motif symbolise probablement quelques traits de la
puissance de Tupa, ou d'une divinité comparable, et mani¬
feste peut-être le lien entre celui qui le porte et l'etua. Il est
aussi fort probable qu'il évoque un "droit", ou une capacité,
à devenir autre, à passer d'un monde à l'autre. Le chef était
l'intermédiaire héréditaire entre le clan et le monde des
ancêtres.
169.
“Kaoutoupa” : cf. ka’otupa.
170, Kapu ’a’o : motif tatoué sur le dos de Kena au
cinquième jour de tatouage. Il n'en existe aucune représen¬
tation identifiée. Cf. kapu tua.
Le terme est formé de kapu : puiser, objet servant à pui¬
ser, cercle...
et de 'a'o : sous, bas... alors que a'o signifie :
face, devant... etao : respiration, souffle, nuage, jour (de
l'aurore au crépuscule), aller par mer, règne, ramasser avec
en
la main... E. Tregear fait ressortir l'image du creux formé par
les mains, mais les données les plus instructives viennent de
Tuamotu, kapu désigne le dessous du
pied, la paume de la main, un demi coquillage ou la carapa¬
ce de certains crustacés, d'où utiliser un objet creux pour
puiser... Kapu roro désigne le bol crânien et kapu ram, l'hé¬
misphère souterrain. Ao personnifie, par contre, la lumière
et le monde supérieur, par opposition au monde souterrain
et, par extension, l'univers.
En poésie, ao se substitue à roi ou maître tout-puissant,
divinité. L'au-delà marquisien se partageait en deux hémi¬
sphères, ou strates : le monde d'en'haut "Papa una" et celui
d'en bas "Papa a'o". Ces divers éléments rapprochent ce
motif de "apihao", hope 'a'o, hue 'a'o, ipu 'a'o, ve'o a'o...
L'image de la carapace est aussi à retenir car elle est sou¬
vent évoquée, en arrière plan, dans les noms de motifs.
Elle fait partie de la notion même du tatouage, au sens
de protection, auquel s'ajoute celui d'encerclement,
d'enveloppement ët peut-être une forme de représentation
J.F. Stimson. Aux
de l'univers.
171. Kapu ipu ’oto : motif masculin en forme
d'équerre ; le père P.G. Chaulet nous dit qu'il s'étendait en
partie sur l'épaule, en partie sur le dos (kapu tua). Il se rap¬
procherait en cela des ve'o a'o et ve'o tua avéc la différen¬
ce que ces derniers semblent plus longs ; il n'en existe pas
de représentation identifiée. Cf. ipu 'oto.
Le terme est formé de kapu, cf. kapu 'a'o puis de ipu :
jatte, coque... et de 'oto : intérieur, cavité, dans...
172. Kapu tua : motif tatoué sur le dos de Kena au
cinquième jour de tatouage. Il n'en existe aucune représen¬
tation identifiée.
Le terme est formé de kapu, cf. kapu 'a'o et de tua : dos,
échine..., sens premier auquel ii faut ajouter ceux de tu'a,
dont nous avons vu l'importance à propos de ka'otupa. Ce
terme appartient au
illimité.
langage sacré et implique un pouvoir
173. Katu ou “^kato'u” : cf. ipu '’atu.
174. Kautuka •. ci. ka'otupa.
175. Kautupa ou
'autupa : ci. ka’otupa.
176. Kavi’i pu : le terme désigne les spirales,
volutes et enroulements ; il n'en existe pas de représenta¬
tion identifiée dans le tatouage. Les témoignages au sujet
de ces tracés sont rares et anciens, au point d'avoir pu faire
oublier qu'ils avaient existé aux Marquises, aussi bien qu'en
Nouvelle-Zélande ; cf. a puaina et kokoata.
Le terme est formé de kavi'i : vrille, enlacer, tourner... le
ayant pour signification : glisser, tourner tout
autour, rouler sur soi-même... tandis que vi'ipu signifie :
mot vi'i
tour, circuit, circonférence... L'importance du mot pu fut à
plusieurs reprises évoquée, avec les sens de : source, origi¬
ne... puis de coquillages dont la spirale est bien marquée ;
les gastéropodes et la conque marine... mais aussi les ins¬
truments de musique par où passe le souffle... À cela,
J.F. Stimson ajoute l'idée de vulve, de source et de procréa¬
tion, d'où : phallus ou bien origine puis fœtus, enfant au
sein de sa mère, descendant, principale ligne de descen¬
dance... mais aussi maître de la connaissance des invoca¬
tions du clan, d'où sage qui sait toute chose, divinité...
J.R. Forster, qui accompagnait J. Cook, constata, à la fin
du XVIII' siècle, que les hommes adultes avaient pour habi¬
tude de soigneusement se tatouer le corps et le visage de
spirales, de cercles, de lignes, de damiers... G.H. von
Langsdorff remarque que les motifs étaient composés d'ani¬
maux et autres sujets assez fréquemment liés entre eux par
des courbes, des losanges, des grecques... D.Tilésius nous
laisse le seul témoignage iconographique fiable de ces
volutes marquisiennes - en dehors d'un pétroglyphe de
A'akapa, à Nuku Hiva - grâce au portrait d'"Omudei''.
M. Radiguet et C.A. Vincendon-Dumoulin purent encore
observer que ronds, spirales et dentelures capricieuses s'en¬
tremêlaient et se croisaient en tatouages admirables, peu
avant ia fin de la seconde moitié du XIX' siècle. Mais, cet art
d'agencer des courbes très travaillées, comme le montrent
les gravures russes de 1804, dut disparaître progres¬
sivement autour des années 1820. En 1881-82, Ch.L. Clavel
remarque, en effet, que ; “le tatouage des vieillards est un
peu différent, avec une perfection dont les jeunes gens sont
jaloux... On voit encore aujourd'hui de rares indigènes ayant
passé la soixantaine et qui font admirer les spirales ou les
anneaux effacés à demi qui ornent les différentes parties de
leur tronc. Ce tatouage antique aura bientôt disparu car il est
actuellement remplacé par de larges bandes...”.
177. Ke’a
dérive
: ce tatouage, pour K. von den Steinen,
d'anthropomorphes chers à Fatuiva, interprétés
Te Patu Tiki
•
L'Art du
Tatouage aux Iles Marquises
<K
comme des tortues. Fréquent dans la gravure sur bois, le
ke'a se rapproche des hope vehine de Hiva Oa.
Ce terme désigne habituellement une pierre, un rocher...
qui leur ressemble. Aux Tuamotu, Keha est le nom
d'une étoile et kea signifie : écume, mousse, matière muciou ce
lagineuse... ou tortue luth. Grande tortue de haute mer à
"cuir" souligné de sept
carapace allongée, couverte d'un
carènes longitudinales.
P A Q
Pour K. von den Steinen, ce motif se caractérise par une
hypertrophie du haut du corps de l'etua souvent figuré, par
exemple, dans le demi-etua acéphale des mata. La tortue
est très liée à l'image de la divinité, fréquente dans les
tatouages anciens, en particulier dans le style komo'e où la
fine découpe des ke'a couvrait entièrement le dos. Ils y for¬
maient des motifs secondaires : mata komo'e ettino 'omo'e.
Dans un souci de compromis, peut-être, entre l'ancien style
komo'e et le style moderne, cette figure apparaît sur le torse
des hommes, au-dessus de la taille, entre deux pepehipu
âi6
(larges bandeaux noirs) ou bien au coude, au-dessus du
poignet... Le vieux Porioho, tatoueur de Fatuiva, les place
aussi sur le haut de l'épaule. Dans le style “moderne" de
Hiva Oa, un ke'a peut entrer dans la composition du tifa qui
orne le fessier ou être intégré à la "gaine" des kohe et kohe
ta ; il peut aussi terminer un pepehipu et donc être placé à
la nuqup, sous l'oreille.
Les femmes, quant à elles, en portaient souvent, mais la
plupart du temps isolés comme à l'arrière de l'oreille, dans
un omua puaina par exemple, ou au revers du poignet et
souvent sur les jambes comme le haut de la cheville, le
devant de la cuisse ou au-dessus du genou. Le tuhuna
Tookohe, de Hiva Oa, les intègre à cet endroit à des nutu
kaha, comme sur les jambes de Tuuakeena et Napueua,
toutes deux originaires de l'île et tatouées dans le style
moderne de l'époque. Lorsqu'ils sont placés sur les deux
phalanges extrêmes des doigts (cf. hope ke'a), il s'agit de
marques d'engagement dans la vie de couple, pour les
membres de l'expédition russe de 1804 ; cf. "eata te hae",
honu et mo'oa vaha.
De l'image symbolique de l'animal il ne sera évoqué ici
qu'un simple trait : le mouvement suggestif de sa tête, pour
sortir de sa carapace et y rentrer, considéré comme un reflet
du mouvement du phallus.
monie. Vient ensuite he, en marquisien : erreur, d'où hehe
qui au S.-E. désigne un homme qui n'est pas tatoué comme
il convient, mais plus couramment : le, la, les... ; suivi de ta/ :
mer, eau de mer... mais aussi : époque, génération, postéri¬
té... et évacuations qui ont lieu après la mort. Ce sens est à
rapprocher de la pratique qui consistait, pour les femmes, à
ingérer une part de ces sécrétions car, à travers elle, une yie
nouvelle devait se transmettre. J.F. Stimson précise qu'à tra¬
vers la notion de famille, il faut comprendre tout ce qui se
distingue par groupe, ordre... l'usage, le sexe, les carac¬
tères... et que tai signifie également réciter, déclamer, dis¬
poser ou créer en fonction d'un certain ordre, de façon ordi¬
naire
ou
par
l'intermédiaire de formulations sacrées. Le
terme io se retrouve dans : mata i'o et tiki ipu'oto i'o.
Ce nom de motif, à la fols simple et descriptif, traduit
probablement l'image d'un passage au-delà de la mort,
perçu comme une promesse de vie ; cf. hue tai.
180. Ke’ake’a : motif dessiné, pourA.Seale, parle
tatoueur de Anaho (Nuku Hiva) ; on ne sait ni où, ni par qui
La forme ke'ake'a correspond au redouble¬
qui peut signifier rempli de pierres mais
désigne aussi des variétés de crabe, tortue, poisson et
coquillage qui ont une allure pierreuse.
Le nom et le motif correspondent à une forme magnifiée
il était porté.
ment
de ke'a
de ke'a et sans doute à une variante du ke'a nui.
181. Ke’a nui : dessin de tortue de grande taille ou
que l'on a voulu rendre plus éclatant. Il se déployait de pré¬
férence sur le buste, les côtes ou les reins, comme les ke'a
“d'apparat" de l'ancien style komo'e dessinés par Tauakika
(de Fatuiva). Le ke'a nui de Takao (Hiva Oa) est orné, le long
des deux côtés de sa carapace,
d'une double triades de
fanaua. Aux sens de ke'a s'ajoutent ici ceux de nui : grand,
gros, beaucoup... et pour J.F. Stimson ; grandeur, renom¬
mé, de haut rang, puissant... sérieux, difficile...
Au-delà de la grandeur du motif, il a pu être fait allusion
à la valeur de l'acte accompli et méritant un tel tatouage.
Notons aussi combien la pêche à la tortue était tapu, cet ani¬
mal était l'un des plus prestigieux du monde marin et sa
pêche, ainsi que sa consommation, étaient réservées aux
chefs et aux prêtres. G. Dening, rappelle que les rites de
Comme l'etua, ou en tant qu'etua, le ke'a
préparation qui entouraient la “pêche aux poissons hu¬
mains", ou victimes offertes aux dieux, se rapprochaient de
cette capture (G. Dening, 1972).
Steinen, dans laquelle la modification du corps passe par
son fractionnement et l'isolement d'éléments tels que les
182. Ke’a po’i’i ou po’i’i ke’a : cette figure
(aux deux noms cités par W. Handy) représente une tortue
1 78. Ke’a etua : cette figure hisse la tortue ke'a au
rang d'etua.
connaît une évolution très spéciale, étudiée par K. von den
pattes, ce qui aboutit au pa'a niho, par exemple.
Aux sens de ke'a (cf. ci-dessus) s'ajoute celui d'etua qui
signifie i divinité et, au figuré : très habile ou, au S.-E. :
devenir dieu.
Dàns bien des régions du monde, la tortue à cause de sa
intégrée à une composition appelée kohi'u. Elle était autre¬
fois destinée au dos de la main de femmes du sud, d'après
les indications et le dessin de Porioho, tatoueur de Fatuiva.
Ce motif est la représentation la plus réaliste de tortue
luth (Dermocheiys coriacea) appelée ke'a, aux Tuamotu, ou
carapace ronde sur le dessus, comme la voûte céleste, et
tifaikea. Au côté remarquable de cet animal, s'ajoutent les
l'univers.
sommet de la tête... souvent associés aux notions de com¬
plate sur le dessous, comme la terre, refléta une image de
sens de
poriri ou po'i'i : cercle, pivot, spirale de cheveux au
Vaikau (de Hanavave, à
munication, de passage d'un monde à l'autre. Ces facultés,
traditionnellement attribuées à la tortue, se trouvent éven¬
Fatuiva) qui dessina pour K. von den Steinen ce petit animal
tuellement renforcées dans le cas de celle-ci qui est rare et
179. Ke’a i’o he tai
:
rehaussé de noir, lui dessina des pattes curieusement angu¬
familière de la haute mer.
leuses.
À ke'a, cf. ci-dessus, est adjoint io qui peut signifier :
dedans, sur... Mais il s'agit ici plus vraisemblablement de
183. Keeheu, keheu, “kehou” ou “kehu” :
motif masculin autour des oreilles, dit PC. Chauiet, qui des¬
disparaître, égaré, enfui..., pouvoir ou faculté mais
cend sur le côté du cou vers la poitrine et couvre l'espace
d'un dieu ou d'un mort. J.F. Stimson note pour iho les sens
de la clavicule, et le devant de l'articulation de l'humérus.
'i'o :
aussi cri du grillon, d'un esprit... d'où 'io'io : sacré, esprit
laissé libre entre le tatouage du bras proprement dit, près
cendre, venir à la vie..., capitaine ou prêtre d'une pirogue et
Dans les modèles conservés, appartenant au "style de Hiva
Oa" pour reprendre la terminologie de W. Handy, ce large
tères sacrés, initier un tau'a et avoir reçu un nom de céré¬
rosace en son
de cœur, noyau... essence des choses ou des êtres..., des¬
pour ingo, l'allusion au fait d'être initié, d'où initier aux mys¬
ensemble n'est pas orné de motifs de bordure mais d'une
centre : fe'o'o ou pua hue. Un tatouage, très
Te Patu Tiki
•
L'Art du
Tatouage aux Iles Marquises
voisin de conception, le paka mu'o, souligne les côtés de
tion voulait qu'un jeune homme soit choisi pour y danser,
pas sans rappeler celles des ’ama kopeka, kopeka,
"hirondelles des Marquises". Pour les femmes, ce nom cor¬
keho.
l'articulation du genou. Les lignes générales de cette figure
ne sont
respond à un petit motif tatoué près de l'oreille.
Le terme keheu ou keehu au S.-E. signifie : aile, alors que
kehu est un équivalent de ahi : cendres. Il signifie aussi :
blond et blond roux aux Tuamotu.
L'évolution entre la figure exécutée par Kahi (Hiva Oa) et
le kehu, évoqué près d'un siècle auparavant par les mem¬
bres de l'expédition russe, n'est pas aisée à saisir mais il
s'agit probablement de tatouages ayant une origine ou un
sens identique. En 1804, G.H. von
Langsdorff évoque,
parmi les tatouages de Nuku Hiva, les “kehu" et “eu kake".
Il est intéressant de les rapprocher car ils sont assez voisins.
Les “kehu", ressemblent à de larges lanières qui barrent la
poitrine, les épaules (cf. J.B. Cabri), les bras ou le ventre,
ainsi probablement que le dos (cf. "tuaheu"). D. Tilésius dit
d'eux qu'il s'agissait d'ornements fréquents, figurant parmi
les signes de reconnaissance des "sociétés de banquets" de
l'île ; cf. kahu mo'ehu.
Notons enfin que ce qui était blond roux était consacré
le fait d'être couvert de cendres coïncidait
avec un statut provisoirement différent.
aux dieux et que
184. Ke’etu : cf. ketu.
185. Keho et keho vaha
: nom des figures qui
poitrine et le ventre des hommes, jusqu'au
sexe, d'après R.l. Dordillon et les notes de P.C. Chaulet (où
apparaît le second terme qui s'applique au motif lorsqu'il
est cantonné aux côtes). Aucune représentation identifiée.
Aux Marquises, comme à Mangareva, keho s'applique à
une variété de roche très dure. Dans
l'archipel ce mot dé¬
signe le basalte et des prismes basaltiques. Pour E.Tregear,
c'est le grès de plage en Nouvelle-Zélande et, à Hawaii, une
divinité ou un groupe de divinités taillées dans la pierre, un
couvrent la
monument...
Aux Tuamotu, J.F. Stimson donne les sens de
pierre
dressée sur laquelle en était placée une autre, horizontale¬
ment, afin d'y poser des offrandes. C'était aussi un poteau
dressé au centre d'un marae particulier (il était plus petit
que les autres marae et entouré de murs de galets au lieu de
dalles), à son sommet était fixée une planche transversale
sur
:
laquelle on déposait des offrandes pour les divinités ou
le_s ancêtres. Le terme vaha est utilisé habituellement à pro¬
pos d'un tatouage inachevé mais il signifie également : écar¬
té, séparé, non joint, non réuni...
L'intérêt symbolique de ce terme transparaît dans les
sens collectés à travers la Polynésie
qui recoupent, en les
précisant, ceux des Marquises. Le rapport entre un prisme
basaltique et ce motif qui s'étend jusqu'au bas ventre pour¬
rait être éclairé par la coutume qui consistait, pour un jeune
chef, à faire preuve de son adresse et de ses qualités excep¬
tionnelles en dansant sur une de ces pierres dressées. Or,
de ce chef, le clan attendait que ses qualités soient gage
d'abondance, de fertilité de la terre et des hommes ; cf.
keho vaevae.
186. Keho vaha : cf. keho.
187. Keho vaevae : tatouage des jambes, d'après
Lallour qui spécifie qu'ils étaient ornés de "poissons" : kaou-
tupa (crabes) et haha'ua (raie manta). Aucune image iden¬
tifiée n'en a été conservée.
Au sens évoqué ci-dessus pour keho s'ajoute celui accor¬
dé à vae : pied, jambe,... (vaevae : marquant le duel ou un
pluriel) mais aussi trier, choisir, élire...
Le rapprochement des deux termes, les animaux marins
évoqués et l'association avec ce prisme sur lequel la tradi-
semblent indiquer une forme d'élection, dont la personne
portant ce tatouage avait fait l'objet. Cf. fafau'a, ka'otupa et
188. Kehu : cf. keeheu.
189. Ke ike : cf. ikeike.
190. Kena : tatouage, appartenant à la série des
hommes-bâtonnets, représentant le héros légendaire Kena
qui fut tatoué en sept jours en compagnie des fils d'un chef
de Atuona (Hiva Oa) : Pekaha et Tiu. Dans les kena conser¬
vés, la tête, comme souvent dans ce type de figure, est à
peine visible ou pas du tout indiquée. Les noms de motifs
rattachés à la légende de Kena sont : ania Tiu, vai kau Kena,
vai 'o Kena et vai 'o Tefio.
Le kena est un oiseau de la famille des fous. Su/a sp.,
dont les os des pattes furent utilisés par les tatoueurs com¬
me instruments de
tatouage.
L'histoire de Kena est celle d'un être aimant la mer et
plus soucieux de profiter de son agilité sur les vagues que
son épouse. Leur désaccord naîtra de ce
manque d'empressement mais également de la transforma¬
tion subie par son corps ; sa peau était devenue sombre,
rugueuse et relativement malodorante, par sa trop grande
fréquentation du milieu marin. Il lui fallut en quelque sorte
en changer et c'est là qu'intervient le tatouage pour lui
redonner l'éclat et le prestige perdus.
de l'amour de
191. Ketu ou ke’etu : motif masculin, placé sur les
malléoles internes et externes, d'après le père P.C. Chaulet.
Ce genre
de dessin, évoqué également par K. von den
Steinen, pouvait être rendu en sculpture. W. Handy, en
1938, à la lueur du travail de l'auteur allemand, reprend le
terme qu'elle orthographie ke'etu car elle l'associe à un des¬
sin rectangulaire (un papua en fait) dont la forme lui rappel¬
le celle des dalles de tuf taillé : ke'etu !
Le nom à retenir est ketu. Il signifie : enlever au moyen
d'un levier. Dans la formulation de K. von den Steinen inter¬
vient l'idée qu'il pouvait marquer une "protubérance"... ce
qui est à rapprocher des petits reliefs aux bas des jambes de
quelques tiki, dont le plus ancien de l'ipona à Puamau (Hiva
Oa), et de remarques sur la lèpre du père P.C. Chaulet.
Cette maladie était considérée comme un fléau tombant sur
qui avaient enfreint un tapu. L'hypothèse qu'à titre
prophylactique, un motif ait simulé un bubon se retrouve
peut-être dans po'e vae.
ceux
192. Ki’i kutu
’epo
’epo, kikitu ’epo, ki’i nutu
ou kikutu ’epo : tatouage, cité par M®'
R.L Dordillon. Il n'en existe pas de description ; on peut
penser qu'il forme une bande noire autour des lèvres. C'est
peut-être un nom de dérision, cf. ihu 'epo...
Le terme est formé de kikutu, kikitu, au S.-E., ou ki'ikutu,
ki'inutu, au N.-O.-: lèvres, museau, bec, groin... ; ki'i : peau,
extérieur, couleur... et de 'epo : obscur, boue, terre, cras¬
se...
193. Kikipu : bandeau sur la bouche, dans l'angle
inférieur droit duquel se trouve un espace où est tatoué un
double alignement de niho peata ; du moins dans l'exemple
relevé par W. Handy sur le visage d'un homme de Hakahetau (Ua Pou). Cf. kikitu, nutu, ti'i nutu et tiki ou ti'i pu.
Le terme est composé dekiki : rouge, douleur cuisante...
la forme voisine ki'i signifiant : peau, écorce... Aux Samoa,
ki'i correspond à tiki d'où les sens d'idole, image, statue...
relevés par B. Mosbiech. W. Handy donne à pu le sens de
originaire d'ici ou marqué ici. À noter que pukiki signifie :
rouge, enflammé, plein de colère...
194. Kikitu ou ki’ikutu : bandeau sur la bouche
relevé par W. Handy, sur le visage de Taniha qui vivait à
Vaipaee, Ua Huka, en 1920. Il avait été fait à Atuona (Hiva
Oa) et correspondait au tatouage facial du clan des Ehuaa,
tribu de Hakahetau (Ua Pou).
cette
L'angle inférieur droit de
bande ménage un espace clair où sont alignés une
série d"enata ; elle est comparable au kikipu et ti'i nutu.
Le terme kikitu, au S.-E., ou ki'ikutu, au N.-O. signifie :
lèvres, museau... Si l'on décompose ce nom, ki'i signifie :
peau... nutu : bouche, lèvres, au temps de J.K.E. Buschmann,
puis museau, groin, tête d'animal...
Le nom de ce motif, comme celui du suivant, est peut-
être bâti sur l'idée d'un tatouage qui provoque une forte
douleur sur les lèvres.
195. Kikiva puhi : motif intercalaire, pour le visa¬
ge, représentant un cent-pieds. Il fut dessiné par Tauakika
(Fatuiva) et se rapproche des 'a'a k/va, 'au kohai, kivakiva et
mo'oa vaha dont le tracé dérive de la figuration de la tortue.
Le terme kiki signifie : rouge, tandis que kiva se traduit
par : galet, balle de fronde ou de fusil ; kikiva est le nom de
la couleur de la lune lors de son apparition à l'horizon, d'où
'u kikiva te meama : la lune paraît comme un disque, mais
briller. Quant à puhi, ce terme s'applique à une sorte
d'anguille ou de murène, ainsi qu'aux armes à feu.
Une première traduction par : balle de fronde ou de fusil,
ne fait guère de doute, de même que la vocation protectri¬
ce du tatouage. Il est possible qu'il y ait aussi un rapport
avec une phase de la lune et une activité qui lui était liée. Le
dessin du cent-pieds est réaliste, notamment les deux cro¬
chets venimeux qui causent une douleur très vive, d'où l'as¬
sans
sociation entre ces deux douleurs ! Pour K. von den Steinen
symboles, que sont la tortue et la balle de fronde,
s'associent pour traduire un souci de protection et la résis¬
ces deux
tance de la carapace de l'animal.
196. Kikomata ou kiko a mata : bande sur les
yeux portée par Kiu (Ua Huka), tatoué par Kaioho et relevée
par W. Handy ; équivalent de hiamoe, mata hiamoe et mata
versel, issu du tressage; cf. nafa et nafapu. K. von den
qu'au cours du XIX' siècle ces motifs
plectogènes, selon son expression, sont progressivement
remplacés par ceux issus du tiki.
Le terme correspond à : arrêter les bords d'une tresse,
plier. Le mot ko, aux sens variés, désigne aussi bien un côté
de la vallée que creuser, d'où bâton pointu pour travailler le
sol, ou écorcer.les cocos, mais aussi dépouiller, chasser une
personne... Quant à Fat; au sud, hati au nord, il signifie : cas¬
ser, rompre... d'où hati ia : jointure, articulation, section...
mais aussi : se montrer favorable, apaiser... ; celui qui ensei¬
gnait les chants anciens était un hati eka.
Steinen remarque
200. Kohe : tafouage formé par une bande, allant
(des reins au bassin, prolongée en courbe sur les hanches
puis descendant sur le côté des cuisses sous forme d'un
long rectangle. C'est le plus grand motif corporel, conçu
comme un tout
homogène, constate K. von den Steinen. Le
tatoueur Kahi (Hiva Oa) énumère dans sa composition la
poignée, la ceinture, le fourreau et l'embout. Les poignées,
qui s'arrêtent à la colonne vertébrale, forment la cinquième
zone du tatouage dorsal, appelée po'o ; cf. peka tua. Au
bord, en haut, se trouve parfois une rangée (ou deux)
d"enata tandis que la ceinture peut être ornée de motifs de
vannerie. L'extrémité inférieure est toujours terminée par
un mata hoata qui, parfois, se retrouve aussi en haut du
fourreau. Entre, l'espace central est quelquefois orné de
motifs verticaux ; cf. 'a'a fanaua, 'a'a hikihiki, ‘a'a hikuhiku,
kohe tini et kohe tua. Toutes les représentations connues
corrcernent des hommes, toutefois, selon les notes du père
P.G. Chaulet, ce motif de "sabre" était aussi porté par les
femmes. Avant l'apparition de cette figure, née de la fré¬
quentation des Européens, il semble que se trouvait à cet
endroit un motif végétal assez découpé, du moins pour les
îles du sud ; cf. kohe ta.
Le mot désigne le bambou et le couteau de bambou. Plus
tard, par extension, il s'appliqua au couteau mais aussi au
sabre ou à une épée, symbole de rang aussi bien aux yeux
des Européens que des Marquisiens, probablement.
mo'e.
Ces deux termes ont pout sens : œil, regard...
197. Kiva ou kivakiva : petits motifs intercalaires
pour le visage, communs à toutes les îles ; leur tracé dérive
de la tortue. Ils étaient placés au milieu du front ou sur les
joues, par paires ou à la chaîne. PourTapata, de Nuku Hiva,
qui les porte à la joue gauche, il s'agit de "pierres de fron¬
de". Cf. 'a'a kivakiva, 'au kohai, kikiva puhi et mo'oa vaha.
Le terme kiva signifie : caillou lisse, galet, pierre ou balle
de fronde, tandis que kivakiva peut correspondre au duel,
ou pluriel de kiva ou se traduire par : reins, lombes. Aux
Tuamotu, ce nom désigne Arcturus, principale étoile de la
constellation du Bouvier, important repère de navigation.
201.
Kohe
ta
tatouage de la région fessière.
:
Ch.L. Clavel remarque que chez un petit nombre de fem¬
mes du
sud, il consiste en figures ressemblant à des feuilles
de fougère. G. Cuzent observe que celles d'un certain âge,
à l'extrême fin du XIX', avaient le dos et les reins encadrés
de larges palmes. Plus tard, ce motif qui part des hanches et
s'étend longitudinalement sur la partie externe des cuisses,
sera remplacé par la représentation d'un sabre, cf. kohe.
W. Handy note qu'il s'agit d'un terme de Fatuiva, équivalent
au
"kohe tine" et kohe tua.
Pour le sens de kohe,
cf. ci-dessus. L'expression kohe
tapu désignait plus particulièrement le sabre ou l'épée, ce
qui en souligne bien le caractère officiel. La particule ta qui
tatouage de la paume et des doigts,
signifie ; pour... ou communique le sens de faire devenir...
pourrait renforcer cette idée.
Le ko'ao est un oiseau fouisseur, une espèce de râle très
même inspiration que les précédents, qui appartient au der¬
198. Ko ’ao
:
cité d'après R.l. Dordillon. Il n'en existe pas de représenta¬
tion identifiée.
Le mot ko signifie en particulier : pétrir la popoi avec la
main ; le ma ko'ao, fait avec la peau du fruit à pain, n'était
rare.
202. Kohe tini ou “kohe tine^’ : tatouage, de
nier style développé à Hiva Oa entre l'extrême fin du XIX' et
le début du XX' siècle. W. Handy en relève quelques beaux
La préparation
exemples, exécutés notamment pour Kohu de Hane par le
tuhuna Okahee Pehevai, tous deux de Ua Huka.
pour y être autorisées.
confère le prestige dû à l'immensité du nombre et l'associe
consommé qu'en période de disette.
du ma et de la popoi était une activité
essentielle qui occupait quotidiennement les femmes et
E. Berchon rapporte qu'il leur fallait avoir les mains tatouées
199. Kofati ou kohati : motif masculin placé sur
les hanches, notamment. Il se compose de bandes paral¬
lèles étroites, hachurées ou en arêtes de poisson. Ce genre
de’tracé appartient à un fond très ancien, pratiquement uni¬
Pour le sens de kohe, cf. ci-dessus. Le mot tini signifie :
innombrable, beaucoup... Accolé à un nom de famille, il lui
à l'idée de "noblesse", en sous-entendant l'importance du
groupe qu'il constitue.
203.
Kohe
tua
:
motif ancien de Fatuiva, très
simple, dessiné pour W. Handy par Porioho, vieux tatoueur
Te Patu Tiki
•
L'Art du
Tatouage aux Iles Marquises
(K
lever pour les astres. Aux Tuamotu, koata désigne l'intensi¬
de l'île. Sur le haut de la courbe des reins, là où apparais¬
parfois des 'enata, se trouve une succession de petits
té croissante de la clarté, à mesure que l'on sort de l'obscu¬
tisés, cantonnent le fourreau à ses extrémités ; sur la gaine,
koko, outre s'abattre, signifie tourbillonner, former une
courbe... et ata : nuage ou clarté d'un astre, à l'aube et au
crépuscule, devenir visible, apparence, reflet, etc.
Plusieurs des sens évoqués sont traditionnellement asso¬
sent
rité pour aller vers un point inondé de lumière tandis que
cercles surmontés d'un trait court. Deux mata, très schéma¬
est figurée une bande médiane de kofati ou chevrons très
espacés.
Pour le sens de kohe, cf. ci-dessus. Le mot tua signifie :
dos ; sous la forme tu'a, il appartient au langage religieux et
substitue à atua
se
en
ka'ake tua.
DM3
impliquant un pouvoir illimité, cf.
re.
polynésien (cf. Rata), dont les aventures se
confondent, en partie, avec celles de Vakauhi. Ce héros,
dont les parents furent enlevés comme victimes, décida à
204. Kohi’u ou kohiku : tracé linéaire ornant cer¬
une
son adolescence de
Il pourrait s'agir d'une forme d"enafa. Il apparaît dans
composition qui orne le dos de la main des femmes.
tures avant d'observer tous les rites et de partir
il semble plutôt placé aux hanches (cf.
kohe tua) ou sur la face interne du bras, intercalé entre des
vent ensuite de
Le terme kohi'u ou kohiku désigne le sommet, la cime...
aux
l'emplacement. Ils se succédaient du creux poplité à l'arriè¬
par une interruption médiane ou, s'il ne couvrait qu'une
moitié du front, il était appelé kokeka vaha. Cf. pa'etaka,
re du talon.
pakeka, ti'i ’ae, tou pa'e.
Ce terme
Le terme se traduit par : inégal, de travers... ou déboîter,
Clavel observe en 1881-82 : "de rares indigènes ayant
passé la soixantaine... qui font admirer les spirales ou les
anneaux effacés à demi qui ornent les différentes parties de
manquante, non jointe, séparée...
Ceci est à rapprocher des observations de J.E. Bell : "Les
lignes traversant la face ont à peu près deux pouces de lar¬
geur (environ 5 cm) avec un petit espace de peau laissé
intact entre elles. C'est habituellement la mode pour les
hommes de laisser libre la moitié gauche de leur front jus¬
qu'à ce qu'ils deviennent incapables de travailler. Le test
habituel pour consacrer cette inaptitude à remplir une fonc¬
leur tronc." En 1882-83, G.Cuzent parle des femmes des
îles du sud
210. Koko’o hau
hikuatu et hikupona.
figurant un cocotier ; il n'est pas rare sur les bambous gra¬
kahui
kokeneti, koko a'ehi et koua'ehi. Dans les années 1870, le
père P.C. Chaulet remarquait que les tatouages anciens
représentaient souvent des poissons et des cocotiers.
Ce terme est l'adaptation marquisienne du mot anglais ;
coconut.
:
motif évoqué par K. von den
expression désigne la gaine qui enveloppe les
fleurs de cocotier dont les usages pratiques sont variés.
Lors de la distribution du ma, chaque maisonnée se présen¬
tait avec une de ces gaines qui servait de mesure de base
pour la répartition de cet aliment. Elle apparaît également
dans les'légendes. Dans son étude, E. Tregear fait ressortir,
à propos du mot kere, un lien entre la gaine et la base des
palmes, une couleur sombre (gris anthracite), la Terre, le
Monde... le cœur et probablement la matrice...
Cette
208. Kokoata
les hanches
:
qui, selon
type de spirales, pour les joues et
un
informateur de W. Handy à
Fatuiva, distinguait autrefois les chefs ; cf. a puaina, kavi'i
Il n'en existe pas de représentations identifiées, mais
ces informations sont à rapprocher de tatouages maoris
importants.
Le terme ne figure pas dans le dictionnaire, il se compo¬
se de ko dont les sens variés désignent aussi bien un côté
de la vallée que creuser ou dépouiller une personne... ou
koko : enveloppe de l'inflorescence du cocotier, pleine
pu.
mer...
suivit de ata : surface, ombre, image, paraître ou se
motif formé de deux triangles
femmes, d'après les notes du père RG. Ghaulet. Il s'agit d'un
terme de Nuku Hiva et Ua Pou ; le motif est à la base des
206. Kokeneti : dessin réaliste, d'origine récente,
207. Koko a’ehi
:
unis par un sommet, destiné aussi bien aux hommes qu'aux
pain...".
Steinen ; il n'en existe aucune représentation.
qui portaient des rosaces ornant leurs fesses,
cuisses et jambes.
tion était un échec dans la collecte des fruits de l'arbre à
2^
désigne ce qui sert à fermer, ou signifie :
emmancher, introduire dans...
disloquer un os... tandis que kokeka vaha, signifie pièce
:
jambes d'hommes, à Nuku Hiva, une composition de
trois anneaux (ou po'i'i) dont la taille variait en fonction de
front du héros Kena, de Hiva Oa. Si ce motif était marqué
dans d'autres motifs
enfin ; sui¬
tifa. W. Handy, recueille parmi les anciens motifs destinés
205. Kokeka et kokeka vaha : motif tatoué au
retrouve
multiples péripéties.
209. Kokomo : large anneau pour les cuisses, des¬
siné par un tatoueur de Fatuiva pour K. von den Steinen ; cf.
ipu.
se
partir à leur recherche. Il entreprit alors
de construire une pirogue mais essuya bien des mésaven¬
Pour les hommes,
vés. Ce thème
En outre, Ata est le nom d'un personnage légendaire, un
demi-dieu
taines compositions anciennes de Fatuiva ; équivalent du fa'a
mana.
ciés à l'image du chef ; l'astre, le nuage, la courbe, la lumiè¬
H
H
Il se combine de façon à simuler un
laçage croisé, d'où le nom : "nœud en fibre d'hibiscus" qui
rappelle un motif pour le ventre appelé "ehi kokohaou" (cf.
hei koko'o hau) évoqué par V. Lallour. Lorsqu'il forme une
chaîne, il a pour équivalent le tava, au S.-E., et le hikuatu.
Ce terme a pour racine polynésienne koro,, ou ko'o :
boucle, lacet. Au S.-E. koko'o est un terme injurieux pour
apostropher un lâche, mais hau est une forme utilisée au
nord de l'archipel pour désigner l'Hibiscus tiliaceus, l'écor¬
ce de cet arbre ou signifier : serein, soigner, nourrir, éle¬
ver... Aux Tuamotu, koro se traduit par : appeler..., être fer¬
mement décidé à réussir, garder sa force de caractère et
son calme... mais exprime aussi ce qui est rond, gras¬
souillet, brillant (d'où kokoro : bien rond et replet, les testi¬
cules, la verge...) et un ancêtre, un ancien, un sage...
Le terme et l'emplacement (au mollet, sur le ventre) cor¬
respondraient à l'image d'une forme rebondie et à l'idée
d'abondance, d'où le pouvoir de nourrir et d'élever ; autant
d'éléments étroitement associés à la conception d'un chef
digne de l'être.
211. Komo’e ou ’omo’e
:
pièce de tatouage aux
genoux, pour M®' R.l. Dordillon. D.Tilésius remarque que
cette distinction était tatouée sur le devant des cuisses et se
présentait comme un visage humain (un crâne) auréolé d'un
cercle qui symbolisait le soleil ou une âme en partance : un
etua, selon lui ou ses informateurs. K. von den Steinen,
après avoir constaté que des tatoueurs reconnaissaient le
motif et lui donnaient un nom, eut le sentiment qu'on ne lui
apportait pas toute la lumière sur le sujet. Sous une forme
différente, mais toujours issu du visage, le motif se perpé¬
tuait dans l'ornementation du corps, en particulier à Fatuiva
où il constituait un "style" appelé parfois ‘Omo'e, selon les
îles. Tauakika, dessinant une silhouette masculine vue de
peut vouloir dire : être confus, être passif... faire un signe ou
descendre, pour les astres... L'expression ha'a 'eva'eva 'i te
dos, tatouée dans le style Komo'e, d'un côté, et dans le style
de l'époque, de l'autre, expliqua : "Mamua (autrefois), vivait
tama signifie : agiter doucement un enfant dans ses bras.
regard...)" - "Je n'ai pu obtenir plus de précisions ; j'ai même
eu l'impression que, de la
part de Tauakika, cette réponse
était un faux-fuyant..." écrit K. von den Steinen, qui ajoute
que cette précision implique, aux Marquises, l'existence
d'un tatouage de deuil en dehors de la coutume consistant à
marquer la langue ; cf. mata komo'e.
Le mot ko signifie en particulier dépouiller, chasser une
personne... et mo'e : se coucher, songer... Komo'e fut tra¬
duit à l'auteur allemand par "défiguré". À Mangareva, il
note que aka more veut dire décapiter et J.F. Stimson, aux
Tuamotu, indique pour ko : bâton àfouir, phallus..., creuser,
tatouer, percer, transpercer... tandis que komore corres¬
pond à une arme de guerre, longue lance ou javeline... et
moe : dormir, cohabiter,
plonger, passer sous la vague... ou
dance !
le chef Komo'e. Après sa mort, on tatoua son mata (visage,
Ce dernier sens, paraît un sympathique appel à descen¬
214.
l'illustration qu'en donne K. von den Steinen il fait partie
d'un ti'i pi'i kohe et apparaît donc sur le bas des côtes d'un
homme.
Le nom kopeka ou kope'a est celui d'une sorte d'hiron¬
delle, la salangane des Marquises (Aerodramus ocistus).
Aux Tuamotu, c'est un des noms de la Croix du sud mais
aussi celui d'un laçage croisé utilisé pour attacher la victime
d'un sacrifice. Ce mot désigne aussi la victime attachée,
prête à être offerte...
Il est intéressant de rappeler à ce sujet l'usage appelé à
ko'opeka ka'ahu ahi et dans les
qui rendait possible aux parentes
d'un prisonnier de le visiter, sans risque, là où il était retenu
afin de lui rendre les derniers hommages avant sa mise à
mort ; cf. ‘ama kopeka et ‘ama tikau'e.
Nuku Fliva et Ua Pou
bien mettre à mort, massacrer...
originaire probablement de Fatuiva,
à Ua Pou et
Nuku Hiva. En dehors de cet aspect historique, ce motif
peut personnifier ce que l'idée de moe sous-entend. À tra¬
vers ce faciès dessiné par G.H. von Langsdorff, c'est la mort
elle-même et le pouvoir, détenu par ceux qui l'arboraient,
de la donner (lorsque certaines règles n'étaient pas respec¬
tées) qui, comme le remarque D.Tilésius, étaient sans
doute évoqués. Le rapport entre ce motif et un souci de
commémoration est clairement évoqué par Tauakika ; le fait
qu'il se retrouve sur la pierre (pétroglyphes) à la suite de
deuil, de bataille ou de massacre est signalé par L.F. Tautain.
installée à présent dans le groupe nord,
215. Kopiko ou kopito : motif féminin en zigzag
les jambes, pour W. Flandy. On le trouve également à
l'extrémité de ka'ake, par exemple ; son aspect varia proba¬
sur
blement beaucoup. W. Flandy en représente un qui serait
un équivalent du an/ a Tiu ; il figure'de part et d'autre d'un
ipu ani, sur le côté du genou de Napueua (de Puamau, Fliva
Oa).
Le terme kopiko signifie tortueux, qui va en zigzag ; en
Nouvelle-Zélande, E.Tregear, précise ; qui va alternative¬
212. Konïho, “koliho”, 'oniho ou ‘‘‘'e’onio''’ :
ment dans des directions opposées. Il est tiré de piko qui
signifie un peu partout : plier, courber... avec d'autres sens
associés selon les archipels. Ainsi, à Flawaii, il s'agit de
courbes comme les arches de i'arc-en-ciel mais il signifie
aussi être vaincu, prisonnier, ou supérieur... et désigne le
grade le plus élevé parmi les chefs.
Pour K. von den Steinen, il s'agit moins d'un motif de
tatouage que d'un terme de sculpteur ; néanmoins, le tracé
existe bien dans le tatouage. Dans le cas de Napueua ou
des ka'ake, il est associé â des motifs dont l'usage est limité
à des personnes importantes.
lignes verticales sur les lèvres des femmes : souvent évo¬
quées, en particulier par J.K.E. Buschmann, V. Lallour... plu¬
sieurs auteurs insistent sur le fait qu'il ne s'agit cependant
pas d'une règle générale. Leur nombre semble avoir varié
selon un critère que l'on ignore. Ce peut être l'âge. Ch. Blin
écrit ainsi ; "Les femmes... impriment sur leurs lèvres des
raies bleues qui s'étendent jusqu'au bas des gencives... Les
jeunes filles ont... trois raies bleues à la lèvre et un bracelet
tatoué autour du poignet" alors que G.Cuzent parle de
"deux fines raies perpendiculaires à l'ouverture de la cavité
buccale". Pour Ch.L. Clavel ce sont : "quatre ou cinq lignes
bleuâtres, distantes d'un centimètre à peu près et coupant
normalement les deux lèvres dans toute leur hauteur. Il ajou¬
te à la physionomie des femmes un petit air dédaigneux qui
n'est pas sans charme". Le fait d'en porter, ou non, pourrait
216.
Kota : petite pièce de tatouage pour les
placée sur l'omoplate et aux pieds, d'après les
notes du père P.C. Chaulet. On n'eh connaît pas l'aspect et
le terme ne figure pas dans le dictionnaire.
femmes
être lié au fait d'avoir eu un enfant ; le vocabulaire est riche
217. Kota’a ou 'ota’a : motif placé au milieu du
front. Sur le visage de Neofitu, à Fatuiva, il est triangulaire,
sujet. D. Porter semble conforter l'hypothèse : "Les
lèvres d'un grand nombre sont striées de raies qui sont sou¬
à ce
vent
visibles' sur des femmes
mariées
ou
enfants...". Cf. nutu 'epo
ayant des
tandis que la composition d'un tatoueur de cette même île
(faite à la demande de K. von den Steinen), associe une sorte
de ke'a, un pate'a et un rectangle, coupé d'obliques alterna¬
Le chef Tamo (Nuku Fliva) indique, en 1902, que les des¬
tivement blanches et noires
sins qu'il trace sous ce nom sont destinés aux lèvres et au
indique que koniho dérive, par pré¬
fixation, de niho : dent. À noter parmi les nombreux sens de
ses
ko, révocation de la douleur de l'arrachement (ici, le fait
valents ; cf. kokeka.
Cf. nihoniho.
aussi piqûre.
213. Koniho haka’eva’eva : tatouage masculin,
à l'aisselle, associé au 'au kohe et venant après un tiki pahe-
ke et deux ipu 'oto, d'après un récit de Ua Pou rapporté par
Mo'oiiateheetehee. Le motif ci-contre pourrait en donner
une
idée, bien qu'il s'agisse d'un motif traditionnellement
destiné à la face interne du mollet, à Fatuiva.
Le sens de koniho à été évoqué ci-dessus.
Les sens de
ha'a, ou haka, sont très nombreux et communiquent en par¬
ticulier l'idée de faire, causer... Quant à 'eva'eva, le terme
qui correspondraient, d'après
indications, à la représentation des racines aériennes du
menton. Fl. Lavondès,
d'avoir donné le jour ?)... et que niho signifie
:
autres îles : kaue heaka
La famille Komoe,
est
Kopeka ou ’opeka : motif équivalent au
'ama kopeka, mais destiné à d'autres parties du corps. Dans
banian. Ces deux noms, cités par R.l. Dordillon, sont équi¬
te
La notion de rejet est exprimée par le mot kota'a ou ‘ota'a
alors que les pâte'a évoquent un "arbre généalogique". Kota'a
est aussi le nom de la grande frégate, Fregata minor, magni¬
fique oiseau de mer qui peut atteindre un mètre cinquante
d'envergure ; il pêche souvent à l'embouchure de rivières,
mais attaque aussi d'autres oiseaux, à la tête, pour leur voler
leur prise. En Polynésie, taha signifie : côté, d'où kotaha :
latéralement ou fronde, c'est aussi un élément d'un orne¬
ment de tête destiné au chef (E.Tregear) ; aux Marquises,
les guerriers enroulaient leur fronde autour du front.
Ce motif est à rapprocher, en outre, de la symbolique du
banian associée à celle du chef. C'est une forrhule tradition-
Te Patu Tiki
K
•
L’Art du
Tatouage aux Iles Marquises
nelle que de comparer cet arbre, qui abrite et nourrit tant
nuaient à l'être. Les doigts étaient souvent ornés de motifs
de son peuple. L'idée de lignée, associée au front, ressort
dant jusqu'au poignet ; les dessins se prolongeaient parfois
jusque sur l'avant-bras. Quelles que soient alors les varian¬
linéaires et le dos de la main l'était d'un grand visage s'éten¬
d'oiseaux, au haka'iki qui rassemble et assure le bien-être
de ce qu'exprime la langue aussi bien que l'art ornemental
tes, elles étalent appelées habituellement kou'u.
le tatouage. Enfin, la frégate, sans être un oiseau de
proie, outre son vol majestueux, fait preuve d'un tempéra¬
ment belliqueux. Il y a une certaine analogie entre sa façon
d'attaquer et ie but recherché par celui qui manie une fron¬
de. Faut-il en conclure que ceci compta aussi, il y a fort
longtemps, dans le choix de l'emplacement du motif et de
son nom ? Il est bien difficile d'en juger à présent.
ou
221. Ku’a
: ce nom
218. Kotipi ou ’otipi : arrangements d'inspiration
circulaire épousant un volume bombé : celui du postérieur du
genou. Au XVIII' siècle, ils (cf. po'i'i) constituaient une part
importante de la structure générale du tatouage sur le corps,
comme la figure du ka'ioi datant de 1804 en témoigne. Kahi,
tatoueur de Hiva Oa, appliquait les kotipi aussi bien aux
hommes qu'aux femmes. W.P. Crook, en 1798, décrit ainsi ce
qu'il vit : "Sur les fesses cinq ou six courbes concentriques,
presque circulaires, sont marquées avec une certaine irrégu¬
222. Kutu
^epo : cf. nutu ’epo.
larité et enferment, au centre, une tache ovale d'environ 5
M
pouces de long (presque 13 cm) et 3 de large (presque 8
cm). Cinq lignes partent en divergeant de ces cercles". Ce
englobe parfois d'autres motifs comme le hue fai, les ipu
ani, sans être vraiment leur équivalent.
Le terme kotipi est utilisé pour désigner le ma lorsqu'il
est rempli de gros grumeaux. Aux Tuamotu, ce mot exprime
l'idée de diverger, changer de direction par rapport à l'ori¬
ginale, de faire escale... À Tahiti, A. Lavondès remarque
que ’otipi désignait un filet de pêche.
223.
219.
Koua’ehi
:
motif au
revers
du poignet de
très proche du puhi, pour ne pas dire identique. Mais il est
tout à fait possible qu'un même tatouage soit appelé diffé¬
remment selon l'île (tant de noms diffèrent, entre îles et val¬
lées, pour toutes sortes de choses) ou que, selon la compo¬
sition dans laquelle il entre, il soit considéré comme diffé¬
palme est évoqué plusieurs fois à propos
des îles du sud de l'archipel, en particulier par G. Cuzent :
rent. Ce dessin de
"Les femmes d'un certain âge avaient le dos et les reins
larges palmes... Pour les hommes... beau¬
les épaules, les bras, les mains, les
reins, le ventre, les fesses, les cuisses, les pieds couverts... ;
ce sont des
lignes droites ou courbes, des zigzags, des
cercles, des losanges, des palmes, des rosaces, etc".
Le mot koua'ehi désigne les palmes vertes du cocotier,
souvent utilisées en signe d'accueil et de paix : kotipi
koua'ehi ou koua'ehi (G. Dening). Les tau'a et les tuhuna,
qui portaient habituellement une coiffe en pandanus, pou¬
vaient être coiffés d'un simple koua'eh/ plus rapidement réa¬
lisé, rapporte P.G.Chaulet. Le mot koü'a signifie aussi dis¬
ciple, élève et, aux Tuamotu, oua ou koua est le nom donné
à un jeune apprenti tatoueur (J.F. Stimson). Enfin, W. Handy
rapporte qu'à Ua Pou ie nom de koua'ehi était donné au
chant de création appelé, ailleurs dans l'archipel, pu'e.
encadrés de
coup... ont le visage,
220. Kou’u : tatouage aux poignets ; par extension,
nom donné à une main entièrement tatouée.
Sous ce terme
présente le tatouage de la main gauche de
Tahiatahaani, une ha'atepei'u (princesse) de Hapatoni
(Tahuata), tatouée par un tuhuna de Moea (Hiva Oa).
Kou'u se traduirait par : naissance, commencement...,
sommet. Par extension il s'applique à une extrémité qui va
en s'élargissant et signifie aussi la fin, le'point culminant.
K. vonden Steinen remarqua, qu'à son époque, alors
que le tatouage perdait en partie son caractère contraignant
au profit de l'esthétique, les mains des hommes n'étaient
que très rarement tatouées mais celles des femmes conti¬
W. Handy
Mahitoua
:
motifs du style des "hommes-
bâtonnets" dont ils se distinguent par une, deux ou trois
nom
Tahiatahaani (Tahuata), relevé par W. Handy. Ce tracé est
est cité par K.vonden Steinen
qui le traduit par plume rouge.
Le mot ku'a exprime l'excellence, la beauté, la bonté et
désigne en outre un oiseau devenu mythique.
La symbolique de l'oiseau est liée à sa capacité de fré¬
quenter à la fois la terre et le ciel, tel l'oiseau divin des tau'a
posé sur le toit des cases d'inspiration. Leur représentation
iconographique est très rare, en raison peut-être de leur
caractère particulièrement tapu. Le prestige du phaéton
(toake) est pêut-être lié à la majesté de son vol et à ses habi¬
tudes de fréquenter, à la fois, la mer et les cimes des arbres
ou des montagnes, domaine réservé des esprits divins.
barres transversales sur le tronc. Ils peuvent être placés sur
le buste, le bas des côtes, en l'occurrence sur la figure mas¬
culine du tatoueur Kahi (Hiva Oa), ou être intégrés à une
composition destinée au dos de la main : le ka'ava, qui la
mil
éÇSÏèîs
souligne d'une bande médiane, historiée comme sur la main
droite de Tahiatahaani (Tahuata). Ils sont si voisins parfois
des fanaua que l'on ne pourrait dire s'il s'agit de l'un ou
l'autre motif, si la personne tatouée ne l'avait elle-même
indiqué, comme dans le cas de la main de femme de
Puamau (Hiva Oa) dont K. von den Steinen a conservé
le
(vol. 1, fig. 136, r\°6). Une boîte à
poudre en bambou pyrogravé, de la même vallée, donne un
échantillon de la disposition de ces motifs dans une compo¬
sition : isolés, par trois, en deux rangées de quatre ou imbri¬
qués tête-bêche (entre des mata hoata et un vai ’o Kena).
Les ti'i vae tahi sont également très proches.
Le terme est formé de mahi : exciter quelqu'un à se
battre et de toua : guerre, dispute, bataille, combattre...
détail des tatouages
K. von den Steinen, sans doute en fonction de ses informa¬
tions, le traduit par ; guerriers batailleurs, coqs de combat.
Il existe une parenté d'idée entre le mahitoua, qui expri¬
me
le fait d'être belliqueux, et le
'enata u'o qui lie celui
ayant participé à un combat au repas qui s'en suivait,
l'expliqua J.B. Cabri ; cf. tehou kake. D'autres
motifs pourraient avoir une valeur approchante, comme les
comme
pa'L'o tiki ou pa'i'o, terme signifiant adversaire, selon
B. Mosbiech, ou le pariho.
224. Makamaka ou manamana : motif ramifié,
comparable à deux bras “dos à dos", porté au-dessus de la
cheville par Hono Hokati de Ua Pou.
Ce mot makamaka ou manamana, au S.-E., signifie :
branches, branchage... d'où manamana 'i'ima : doigts,
manamana vaevae : orteils. C'est le pluriel de maka : petit
morceau, branche... d'où pousser des branches, se
répandre partout... Si manamana était forgé sur la racine
mana, aux Tuamotu, il pourrait signifier : avoir de grands
pouvoirs surnaturels ; c'est le nom donné à un esprit qui en
assiste un autre, plus important.
Il est possible que ce motif fasse allusion à l'importance
de la famille et à la descendance, réelle ou escomptée, de
cette femme ; cf. tamanarnana vaevae
225.
Makamaka
d'après V. Lallour.
tiki
tatouage des orteils.
Index
Le terme est formé de makamaka, aux sens ci-dessus,
s'ajoutent ceux de fronde ou engager le combat avec une
fronde. Aux Tuamotu, ces idées sont renforcées par la
notion de vigueur. Le mot tiki, en dehors de : statue...,
signifie tatouage.
Il s'agit ici, comme pour le motif précédent, d'un terme
descriptif qui donne le nom de ce qu'il représente ou de
l'emplacement où il se situe. Dans le premier cas, il corres¬
pond à une image de doigts ; dans le second, il se situe près
des orteils.
Le mot tiki
indique qu'il s'agit d'un tatouage. Il n'en
demeure pas moins que, dans le cas présent, la représenta¬
tion, qui n'est probablement pas la même que celle du motif
relevé à Ua Pou par W. Handy, ait été un temps considérée
comme un talisman
sa fronde.
qui donnait vigueur au guerrier armé de
incomplets, ou ceux dans lesquels une partie est laissée
naturelle ; dans leurs noms apparaît souvent le terme vaha,
comme mata vaha.
230. Mata hoata : tatouage sur les malléoles, pour
hommes et femmes, selon le père P.G. Chaulet ; sa réparti¬
tion au temps de K. von den Steinen et W. Flandy est nette¬
ment plus large. C'est un motif d'Hiva Oa qui dérive d'un
anthropomorphe : le demi-etua acéphale, dans lequel une
grande importance est accordée à la partie supérieure du
corps. Les petites demi-lunes noires des pupilles de ce
motif, en forme de regard, simulent les mains (parfois les
pieds) de l'etua comme dans les mata i'o, mata putoka... Il a
pour équivalent, à Nuku Hiva, le mata 'uka. Le mata i'o en
est une forme voisine.
Le terme est formé de mata (cf. ci-dessus) et de hoata ;
pur, transparent, brillant..., "croissant de la troisième lune"
226. Mata : cf. planche page 94-95.
(c'est-à-dire à peine formée). Aux Tuamotu, hoata corres¬
227. Mata ai : tatouage autour des yeux, d'après le
dictionnaire marquisien de 1904, mais K.vonden Steinen
précise que, en fait, lorsque cette bande oculaire n'est que
d'un côté, l'autre qui n'est pas tatoué est un mata ai : "œil
qui reste clair" ; cf. l'exemple donné par un tuhuna de
Fatuiva et mata vaha.
Ce terme désigne une murène aux yeux clairs. Il est com¬
posé de mata (cf. ci-dessus) puis, soit de ai : tache, reflet,
lueur, clarté... soit, au S.-E., de 'ai : nourriture... ou a'i ;
épier, surprendre, tendre des embûches... C'est aussi le
nom du 10'jour de la lune. Il existe enfin 'a'i : cou..., priva¬
tion de tout, disette.
Il est intéressant de noter que mata hai, aux Tuamotu, est
le nom d'un plat de nourriture offerte aux divinités lors de
prières. Le récipient, précise-t-il, était en général une valve
pond à : lance..., phallus ou menteur ! La racine hoa est
intéressante car elle désigne des divinités secondaires qui
interviennent à l'instigation de divinités supérieures invo¬
quées par les tahuna, prophètes ou prêtres. Il s'agit d'êtres
bienfaisants : les hoahoatua, ancêtres déifiés qui agissaient
On s'adressait à ces créa¬
obtenir un avis ou être
guidé sur une question qui nécessitait une intervention sur¬
naturelle. Par extension, ce terme s'appliquait aux per¬
sonnes dotées de dons pour prophétiser ou de double vue
en
tant que divinités familiales.
tures mi’-divines, mi-humaines pour
(Stimson).
K. von den
Steinen,
en
étudiant l'évolution de l'etua,
observe que ces demi-etua acéphales ont les bras levés. Les
mains sont tournées vers l'intérieur ou l'extérieur ; bras et
mains sont normalement représentés par des courbes, alors
que jambes et pieds le sont par des angles. Des stries peu¬
bras, des mains dont on peut
de tridacne géant.
vent orner la courbure des
228. Mata ^epo : tatouage uniforme de toute la
face, nous dit M. Radiguet. M*' R.l. Dordillon précise : "Le
tés inférieures sont souvent négligées, sans recherche de
menton et les oreilles étant entièrement tatoués ou totale¬
Quand ils sont inscrits dans un demi-cercle ou un triangle,
visage, la face de l'homme, la partie antérieure de la tête qui
comprend le front, les yeux, le nez, les joues, la bouche, le
peints d'une couleur noire et indélébile se nomme
mata epo. La tête entièrement noircie prend le même nom".
Cf. hue 'epo et hue po.
Le terme est formé de mata (cf. ci-dessus) et de 'epo :
ment
couvert, boue, terre, crasse, sale, trouble, obscène... sexe
de la femme.
À l'époque où K. von den Steinen enquêta, l'usage de se
noircir entièrement le visage avait disparu et le terme ne
s'appliquait plus qu'à la bande passant sur le regard. Il le
traduit en effet par : "œil sale", précisant qu'il s'agit d'un
terme de Hiva Oa qui équivaut à va/ mata. Ce nom de déri¬
sion correspond à ti'apu, à Nuku Fliva ou ti'ati'apu à Ua Pou.
229. Mata hiamoe
et
hiamoe
:
motif sur les
paupières supérieures et inférieures pour les hommes, nous
dit le père P.C.Chaulet. En 1904, M*' R.l. Dordillon écrit :
"pièce de tatouage sur le visage, laquelle passe sur les
yeux." Cf. kikomata.
Le terme est formé de mata (cf. ci-dessus) et de hiamoe :
sommeil, dormir... Ce dernier terme est lui-même composé
de hi'a : désir, volonté, intention... et de mo'e : se coucher,
rêver, songer...
K. von den Steinen, qui traduit ce nom par "œil qui dort",
explique, dans son étude sur la disposition des tatouages
du visage, que la forme primitive des bandeaux qui se déve¬
loppèrent, au XIX' siècle, pour le front et les yeux, est issue
de deux rectangles qui laissaient libre un mince espace au
centre du visage ; c'est le cas du hiamoe. Ce mode de
tatouage perdura dans certains motifs considérés comme
compter parfois les doigts : 3, 4 ou,5, alors que les extrémi¬
réalisme ou fréquemment omises. Ces mata s'étirent au poi¬
gnet ou sur le haut des cuisses comme une jarretière. Ils
peuvent être placés sur le torse, le ventre, les jambes...
les sections de cercle qui le constituent le transforment aisé¬
ment en visage ; ce type
de "visages secondaires" peut être
destiné à l'épaule, à la cuisse ou au genou et devenir alors
presque aussi "expressif” qu'indéchiffrable, selon le degré
de schématisation ou le goût du tatoueur et de son client ;
cf. etua paou. Ils sont constitutifs de compositions comme
les bandes placées en écharpe sur le tronc : ti'i heke, toi, hau
tataki, fau ta/. Les pepehipu peuvent être interrompus de
des
nombre de compositions
circulaires sur les fesses : kotipi, hue fai au centre desquelles
on les trouve fréquemment. Quant au découpage ornemen¬
tal du kohe ta, son extrémité inférieure est toujours terminée
ainsi et, parfois, son extrémité supérieure.
Le mata hoata figure aussi parmi les motifs de prédilec¬
tion de remplissage, sous des formes dérivées ou apparen¬
motifs intermédiaires horizontaux qui, souvent, sont
mata hoata. Il en va de même pour
tées. On le trouve alors sur les bras, le cou, le tronc et les
jambes. Lorsqu'il est différencié par de petits croissants de
lune, ou lunules, comme dans les mata i'o qui en sont une
il était considéré par les maîtres
forme secondaire,
tatoueurs comme une marque de tapu et donc réservé aux
chefs.
Parmi les motifs favoris de la fin du XIX', début XX'siècle,
dans les îles du sud et appartenant au style "contemporain"
de Hiva Oa (W. Handy), illustré -par les tatoueurs Kaee,
Tookohe..., les mata hoata furent probablement aussi abon¬
dants au nord (cf. mata i'o...). Selon les relevés de
la plupart sont destinés aux jambes des deux
beaucoup sont classiques, quelques autres le sont
W. Handy,
sexes ; si
aa3
Te Patu Tiki
{M
-
L'Art du
Tatouage aux Iles Marquises
moins et l'on peut se demander si le terme leur convient
encore tout à fait ou s'il
s'agit de variantes plus anciennes.
motif, dû à un tuhuna de l'île, qui représente un tatouage
porté autrefois par des hommes de Nuku Hiva sur la cuisse
231. Mata ia
:
petit motif de visage inscrit dans un
ovale. Ce nom, difficilement lisible, figure dans les notes de
Il pouvait être, apparemment, placé
sur les mains aussi bien que sur les jambes. Un tuhuna de
Atuona (Hiva Oa), qui tatoua Tuuakeena dans le style
moderne de l'époque, le disposa sur le dessus du pied, à la
pliure de la cheville. Il a pour équivalent : ha'aki ti'iki.
terrain de W. Handy.
Le terme est formé de mata (cf. ci-dessus) et de i'a, mot
qui signifie entre autres : poisson (cf. ika) mais aussi : tache
de naissance (d'où i'a met : tache blanche sur la peau ou Ta
hiapo : grain de beauté) ou à une interjection : allons I coura¬
ge ! À moins qu'il ne s'agisse de ia, ou '/a : ce, cette, son, sa,
cela, lui... J.F. Stimson indique, en outre, que ia est le princi¬
pal épithète de la divinité suprême, nommée par le son A.
Ce dessin met l'accent sur le regard ; celui-ci est, en
quelque sorte, encadré de deux courbes, dans l'esprit des
ka'ake. L'idée que ce motif, comme le ka'otupa et d'autres
mata, tel le mata i'o et probablement le mata hoata, ait été
un temps identifié comme une représentation du regard
d'un être tout puissant n'est sans doute pas à négliger, dans
la conception du tatouage à ses origines.
232. Mata i’o : motiftout à fait comparable au mata
hoata, dont il est une forme secondaire pour K. von den
Steinen. On y retrouve des caractéristiques identiques. Le
dessin du tatoueur de Anaho (Nuku Hiva) est très classique,
bien
qu'il s'agisse plus d'une composition, cantonnée de
deux variantes de ces regards, que d'un dessin type. Pour
petit nombre d'initiés, d'autres nient son existence
n'en font qu'un simple "sorcier" (J.F. Stimson).
La forme i'o apparaît dans : ke'a i'o he tai et tiki ipu 'oto io.
C'est le cas de l'extrémité d'un kohe ta de Fatuiva ou d'un
et le mollet.
2^4
un très
ou
233. Mata kornoe, “matta-comoë” ou mata
’omoe : tatouage du genou ; cf. komo'e ou 'omo'e.
"Matta-comoë : comme cette figure semble représenter une
tête humaine et, comme elle est souvent associée à \"enata,
je pense que toutes deux sont les distinctions favorites d'un
héros. Elles sont piquetées principalement sur la poitrine, les
cuisses et le dos", dit G.H. von Langsdorff. Dans les années
1840, à Nuku Hiva, ce tracé semble être devenu l'apanage
des princesses (V. Lallour). Il avait été pourtant porté par
des hommes, comme en témoignent le père PC. Chaulet, la
tradition orale (cf. Kena, à Hiva Oa) et les portraits du vieux
guerrier à l'éventail de Nuku Hiva (C.H. von Langsdorff,
1804), de "Maulna" (Porter), ou de Te Ipu, guerrier des Tei'i
de Taiohae immortalisé par Ch. Stewart.
Le terme est formé de mata (cf. ci-dessus) et de komo'e :
tatouage aux genoux. Mot lui-même composé de ko : côté
de la vallée, type de bâton pointu pour travailler la terre,
creuser, ou débourrer les cocos..., chasser une person¬
ne,
l'expulser de force... et de mo'e : être couché, rêver,
songer...
K. von den Steinen pense que
le genou des personnes
autorisées à porter une telle distinction, était volontiers paré
d'un visage et que cet usage se perpétua sur les jambes de
quelques femmes. Il remarque, du reste, que pour les an¬
ciens, il ne pouvait ÿ avoir que des motifs circulaires sur les
articulations et autres surfaces convexes. W. Handy, obtint
de Porioho, vieux tatoueur de Fatuiva, le tracé de celui qui
était autrefois porté par quelques femmes de l'île.
Elle le
considère assez comparable à ce que, lors de son passage,
appelait un pahito. K. von den Steinen recueillit pour sa
part, auprès d'un tuhuna de la même île, un mata komo'e
on
Tamo, chef à Taiohae (Nuku Hiva), c'est plus compliqué.
cantonné de deux mata hoata aux pupilles marquées des
plat des tracés qu'il
connaissait mais n'avait jamais représentés de cette façon.
Sa manière de dessiner, d'organiser ses idées dans l'espace,
rend leur lecture difficile. Il n'en reste pas moins qu'il ne
s'agit pas, ici, de représentations inspirées par le regard
mais plus de tracés qui apportent quelque chose au regard.
Ces mata étaient affectionnés par les tatoueurs, pour des
jambes d'hommes et de femmes ou, plus rarement, des
daires du groupe sud : Kornoe, Pohu et Kena s'y trouvent
Pour lui, c'est un motif placé sous les yeux, mais il fut pro¬
bablement dérouté
en
dessinant à
mains féminines. Geci est vrai à Ua Pou (Hono
Hokati,
tatouée dans le style ancien de l'île), à Ua Huka (Taniha et
Kohu, tatoués dans le style moderne de l'époque) et à
Fatuiva où iis étaient obligatoires pour les,chefs et étaient
placés sur la face interne de la cheville ; dans les deux
exemples de W. Handy, ils sont intégrés à un pahito.
Le terme est formé de mata (cf. ci-dessus) et de io dont
les sens sont variés. C'est la racine 'i'o qui nous paraît la
plus pertinente. À travers elle s'exprime les notions de :
s'en aller, disparaître..., pouvoir, faculté... ou cri d'un reve¬
nant, ce qui donne ’/o'/o ou 'i'o'i'o : esprit d'un dieu ou d'un
mort puis pa'io'io : consacré aux dieux, tapu ou sacré,
tôme...
fan¬
Les travaux de J.F. Stimson permettent de saisir en quoi
lunules du tapu.
Trois des plus importants héros légen¬
associés. Il admire, par ailleurs, la richesse du style kornoe
dont Tauakika lui fournit
un
témoignage. Il s'inspire de
variantes du ke'a etua ou hope vehine et se compose, en
partie, de demi-visages aux yeux plus ou moins allongés :
les mata komo'e ; ces visages, qui se développent sur le
buste et n'ont ni bouche, ni nez, sont difficiles à repérer.
234. Mata mei nei : motif de mata hoata sous le
genou de Tuuakeena (Hiva Oa). Ce tatouage, relevé par W.
Handy, est en tout point semblable aux six autres mata
hoata qu'elle porte à la jambe. Seule particularité, il est voi¬
sin du genou, lequel est orné d'un autre motif de visage, cir¬
culaire cette fois : un ipu ani.
Le terme est formé de mata (cf.
ci-dessus) et de mei :
arbre et fruit de l'arbre à pain, préposition marquant un rap¬
port d'origine ou d'éloignement... L'expression mei mata
signifie : larmes ; nei exprime un sentiment d'affection : ce
cher... et le démonstratif cl ou se traduit par : ici, maintenant
et ne'i par : énorme, rempli...
Ce nom mei, correspond également à Antarès, quatriè¬
me étoile saisonnière du calendrier
marquisien. P.E. Eyriaud
io, aux Marquises, s'associe au sacré. Aux Tuamotu, iho
veut dire : descendre... venir à la vie... et aussi : cœur,
des Vergnes explique "Le mois, meama, se divise en vingt-
alors que io
signifie : éraflure, une façon poétique de nommer aussi le
dont on
noyau... essence des choses ou des êtres...
huit nuits, po ; l'année, puni, en dix mois. Une autre année
ne parle que rarement est l'année dite mei nui ;
elle... vaut deux puni. Ce qui l'a fait établir dans ia manière
reçu un nom de cérémonie, initier aux mystères sacrés, ini¬
de décompter le temps, c'est que sur deux récoltes des
fruits de l'arbre à pain, mei, il y en a toujours une plus abon¬
l'un des noms de "Kio" ou "Kiho", sur la qualité duquel les
Ainsi, si ce nom évoque l'idée de larmes qui s'écoulent, il
clitoris... mais encore : forme ou apparence... et ingo : avoir
tier un prêtre... Sous une forme proche, "Hio" ou '"Io" est
opinions diffèrent énormément selon les informateurs et les
îles des Tuamotu. Pour certains, il s'agit du Dieu Créateur
Suprême dont la connaissance ne serait partagée que par
r
dante que l'autre, mei nui qui signifie beaucoup de mei."
probable qu'il soit fait allusion à une étoile (sens
symbolique de mata) associée à une importante période
est plus
assurant l'alimentation et donc le
bien-être d'une
popula-,^
2
N
1
Te Patu Tiki • L'Art du Tatouage aux îles Marquises
TA/f
\y IVi
_«_ T J.
(jusqu'à un certain point) la bande
médiane qui passe sur le nez, alors que la limite horizontale
tion. Cet aspect se retrouve dans le mata porté à la jambe
semble laisser libre
d'étoile) et le mata 'uka. Il faut noter que la jambe de
Tuuakeena était tatouée de sept mata hoata et que, tradi-
passe juste au-dessus des narines. Ce "masque" s'étend à la
racine des cheveux et descend jusqu'au menton ou en des-
par une femme de Ua Pou (peut-être un mata i'o, autre nom
tionnellement, le septième élément d'une série était consa-
SOUS.
cré aux divinités ; ce nombre représentait déjà un souci de
"parrainage" sacré.
235. Mata mo’e
bande allant du
nez
G.H. von Langsdorff.
sur
ou
“matta moë”
:
large
les yeux et les oreilles, pour
'Le terme est formé de mata (cf. ci-dessus) et de rrro'e : se
coucher, être couchéj^vei^oi^er...
g.h. von Langsdorff distingue bien le mata mo'e du mata
Mj|V
hiamo'e ce que ne faisaient plus, au cours du XIX', curieux.
navigateurs et savants. Ceci peut, en partie, expliquer les
confusions ou différences entre ces divers noms où apparaissent mo'e.
236. Mata 'omo’e zcf.mata komo'e.
237. “Mata ouna” : cf. mata ^uka ou mata
una.
—s
1
aaô
(cf. ci-dessus) et de po'otu qui désigne : une belle
femme, élégante, pleine de charmes (s'il peut être utilisé
mata
pour une chose, il ne l'est jamais pour un homme).
Ce nom se traduit donc par "regard d'une belle".
241. Mata puovo ou
“matta buovo” : "à
Nuku Hiva, nous dit W.P. Crook, il y a une classe inconnue à
Tahuata et supérieure à toutes les autres. Celle-ci consiste
un petit nombre de personnes, la plupart sont des
hommes âgés. Ils sont appelés matta buovo (mata puovo) et
en
personne, dans les autres classes tapu, n'est autorisé à partager la nourriture qui est préparée pour eux, ou qui a été
Oa.
Au figuré mata puovo signifie : borgne. Le terme est
formé de mata (cf. ci-dessus) et de puovo : consumé par le
nique de hau humu ma, paquet de pâte de fruit d'arbre à
pain ficelé ou paquet de ma, à l'encontre de ceux de Hiva
Le terme est formé de mata (cf. ci-dessus) et de paheke :
glisser..., dans le S.-E. : s'écouler goutte à goutte et mata
paheke : couler, pour les larmes.
239. Mata pahutVe : oeil entièrement tatoué.
d'après K. von den Steinen. Pour le tatouage de l'œil droit.
cf. "mehama" qui sanctionnait une position sociale et, pour
l'œil gauche, cf. mata toetoe qui marque l'appartenance à
un
groupe social particulier.
Le terme est formé de mata (cf. ci-dessus) et de pahuti'e
qui, au S.-E., désigne le feuillage sur lequel on place un
porc en le sortant du four. Il est lui-même formé de pahu :
tambour. Ce terme exprime assez largement, en Polynésie,
la notion de bruit retentissant, jusqu'à effrayer comme à
l'annonce d'une mort, d'une calamité... L'expression pahu
tiki signifie : tatoué à l'extrême et de tihe : parvenir.
atteindre, paraître, poindre... L'expression tihena oumati.
au S.-E., désigne le Levant, le point où apparaît le soleil au
lever, l'est...
XjESInBW|iiy
L'expression mata po'otu désigne un tatouage mais aussi
la mauve indigène (Sida rhombifolia). Le terme est formé de
pect du paheke. Ces derniers se vengent par le surnom iro-
Nuku Hiva : yeux coulants ou chassieux, en raison de l'as-
ijm
tation identifiée.
entreposée dans les bâtiments où ils conservent les aliments pour leurs repas. Par contre les matta buovo peuvent
prétendre à la nourriture qui appartient aux autres"
(G. Dening, 1974). Il n'existe aucune représentation identifiée de ce tatouage qui pourrait ne concerner qu'un seul
238. Mata paheke : bande oblique ; cf. paheke.
Sobriquet que les habitants de Hiva Oa donnent à ceux de
’
240. Mata po'otu : motif masculin sur les fesses,
d'après le père P.G. Chaulet. Il n'en existe aucune représen-
Sur les gravures réalisées en 1804, deux personnes ont
un côté du visage très largement tatoué, de façon similaire.
autour des veux : Mautal et J.B. Cabri. Ce dernier expliqua
que ce tatouage était un signe de reconnaissance qui lui
garantissait l'appartenance à un groupe, dont Mautai faisait
probablement partie. Ces assodations^que G.H.von
Langsdorff qualifie joliment "d'assemblées festoyantes".
étaient nombreuses mais de nature et de vocation assez dif-
férentes, ce que nous avons déjà évoqué.
Le parallèle, qui semble s'établir entre ce tatouage, pour
lequel les informations manquent, et le soleil est à rapprocher du récit de Cabri à propos des rayons de soleil tatoués
sur son œil droit (cf. "mehama", détail inversé à la gravure).
Selon son témoignage (proche de celui sur lequel s'appuie
D.R.Simmons pour Ta Moko pour la Nouvelle-Zélande), le
visage serait partagé en quatre grandes zones qu'il appelle
"masque". J.B. Cabri explique qu'il ne reçut qu'un quart de
masque, au titre de gendre, alors que son beau-père portait
le masque entier du fait de sa position de chef principal
(hakai'ki nui ou roi, selon lui). Cette partition du visage
des deux yeux.
feu, brûlé, desséché, creux à l'intérieur...
Ce motif est le plus anciennement documenté (1798). Il
suggère un mouvement circulaire, ascendant, associé à
l'idée de ce qui est absorbé totalement comme la mœlle.
sens de puo. Ceci pourrait être mis en relation avec des privilèges strictement limités, assurant à certains la consommation exclusive de diverses chairs : tortues, poissons... ou
parties du corps humain. L'essentiel de ce qui caractérisait
ce groupe ne devait pas se limiter à ce qui n'est, ici, que
l'expression d'un caractère redoutable les concernant. Il ne
les excluait pas de la société mais, au contraire, les autorisait
à se nourrir, au besoin sur elle.
Aux Marquises, la puissance extrême, ne s'est jamais
réellement extériorisée par l'accumulation de biens, de
terres ou de territoires. Par contre, la toute puissance du
tapu y était l'expression d'une autre force, immatérielle. Elle
rendait la fréquentation de ceux qui en étaient investi.
sujette à de multiples précautions. Le pouvoir qui émanait
de-leur personne venait de leurs propres actes, mais ceuxci n'y auraient pas suffit, s'y ajoutait celui que leur accordait
la valeur de leurs ancêtres et la fréquentation des esprits...
Cette force était destructrice pour ceux qui n'étaient pas en
droit, ou en mesure, de l'approcher. Ils n'étaient qu'un petit
nombre.: chefs, prêtres et autres "grands" à pouvoir s'en
réclamer. La puissance de l'imaginaire, associée à quelques
connaissances, droits et privilèges, leur assura un ascendant immense et marqua les esprits.
À ces noms, où l'idée de desséché, consumé par Iqfeu,
vide... apparaît, se rattache une série de motifs, probable-
ment réservés aussi à de petits groupes, les etua pu'o'o, ihi
poro, ihi pu'o'o, ihi puovo, ipu puovo...
242. Mata putoka ou mata putona : motif sur
porté par les hommes et les femmes.
d'après le père P.G. Chaulet.
Le terme est formé de mata (cf. ci-dessus) et de putoka.
putona au S.-E. : conque marine, Tritonus variegatus. Le
mot pu désigne : le souffle... et une famille de coquillages.
dont la conque qui annonce et accompagne tout événele dos de la main,
\
ment important. Par ailleurs, toka ou tona sont des termes
associés à un pays (Tonga) et à une orientation, notamment
pour un vent : le sud-est {tuatona ou tuatoka, aux Mar¬
quises). Aux Tuamotu, J.F. Stimson note que tonga, en
dehors de ces indications, correspond au nom d'une divini¬
té qui règne sur les terres non cultivées... alors que putonga est celui d'une divinité, sans plus d'indication.
Le mata putona, relevé par W. Handy sur la main de
Tinitehitu (Nuku Hiva), tatouée par le tuhuna Tiehitu formé
à Tahuata, est un visage allongé dont le regard (deux paires
d'efua affrontés, disposés horizontalement) se rattache à un
type classique de ka'otupa. K. von den Stelnen en donne,
par contre, un exemple qui ne correspond pas à la défini¬
tion. Il s'agit d'un genre de mata hoata, destiné au haut de
l'os iliaque. Le seul point commun avec la figure de
W. Handy est la présence d"enata, même si ces derniers,
dans les deux cas, en sont des variantes assez originales.
Ce motif évoque peut-être un lien avec un fenua (pays)
ou le regard d'une divinité
qui ne serait pas Tupa, mais une
divinité tutélaire, associée au nom “putona". Comme patro¬
nyme, il apparaît dans les sources dès le XVIII' siècle.
243. Mata tViki : motif en forme de bandeau placé
à l'arrière des orteils, sur le dessus du pied de Tuuakeena
tatouée par un tuhuna de Atuona (Hiva Oa). C'est l'équiva¬
lent d'un type d'etua po'ou (cf. etua paou).
Le terme est formé de mata
(cf. ci-dessus) et de ti'i :
envoyer... ou préposition signifiant :
qui marque le superlatif.
près de... puis de ki
Ce dessin constitué de courbes évasées, adossées, peut
se
lire comme une suite de petits personnages très stylisés,
bras levés et aux jambes largement écartées,
dont la
tête est un poka'a. Ce type de tracé en U, qui épouse l'ap¬
proche des orteils, se remarque sur les portraits en pied de
1804 comme celui du vieux guerrier à l'éventail, de
aux
qui a été épargné... mais aussi partager, diviser, déchirer.
C'est aussi le pluriel de to'e : la vulve, le sexe de la femme
(H. Lavondès).
K. von den Steinen relève l'opposition apparente entre le
et le tracé des mata hiamoe ou mata mo'e ("œil qui
dort"), champ noir au plus près de l'œil, et le mata toitoi qui
sens
semble le représenter tout éveillé, au moins dans les plus
anciens tracés. Par contre, comme il le note dans les illus¬
trations de 1804, un même individu pouvait avoir à la fois un
œil endormi et un œil éveillé. Sur le tapa qui enveloppait un
la bande oblique qui passe sur l'œil
(matapaheke) ménage un disque clair sur lequel se détache
le motif d'une pupille entourée de cils.
crâne de Nuku Hiva,
De W.P. Crook à M*" R.l. Dordillon, le motif évolue et il
est difficile de saisir sous quelle impulsion.
effet, au cours du XIX' siècle. Elle pourrait débuter, à Nuku
Hiva, autour des années 1830, Le tatouage très minutieux,
complexe et parfois assez réaliste, de la fin du XVIII' ou du
siècle, va s'orienter vers de grands
champs noircis qui finissent par devenir de plus en plus
couvrants à la fin du XIX'. Par ailleurs, l'explication de ce
terme reflète bien, à la fois les difficultés à orthographier
la langue, l'évolution du tatouage, ainsi que les impréci¬
sions ou apparentes contradictions sur son aspect. Selon
l'époque, le terme semble être appliqué à un œil, ou à
tout début du XIX'
deux.
Le même flou transparaît pour le mata hiamoe dont il est
difficile de savoir, selon les auteurs,-si le terme s'applique à
la bande complète ou à une demi-bande.
Notons, à nouveau, le rapprochement possible entre
l'œil et le soleil (classique à travers le monde), qui s'étend
au sexe
G.H. von Langsdorff le décrit comme une marque sur les
yeux, telle qu'on peut la voir sur le portrait de J.B. Cabri.
D.Tilésius en donne la représentation et note qu'avec les
’epo, le mata toitoë (sic) appartient au type de motif
qui marque l'appartenance à la table d'un chef, prêtre... et
l'obligation de prendre part au combat. W.P. Crook, à pro¬
pos des ka'ioi, précise : "Unè part de cette classe, qui
consiste en un groupe d'hommes respectables... se dis¬
tingue des autres par le titre de mattatoetoe... et par le fait
qu'ils sont entièrement tatoués autour des yeux" ; cf. mata
mata
pahuti'e.
K. von den Steinen,
comme
J.K.E. Buschmann
et
de la femme
majeurs I
G.H. von Langsdorff.
244. Mata toetoe, “mattatoetoe” ou “mata
toïtoï” : motif rayonnant autour de l'œil (cf. mehama).
Une modifica¬
tion importante mais progressive du tatouage aura lieu, en
:
un
seul tracé pour trois symboles
245. Mata toitoi : cf. mata toetoe.
246. Mata 'uka ou mata una
;
tatouage desti¬
dos de la cuisse, pour V. Lallour qui l'orthographie
mata ouna. Pour le père PC. Chaulet, près de vingt à trente
né
au
plus tard : motif féminin couvrant le haut des mollets
ainsi que le tarse et le métatarse. Il s'agit d'un terme de Nuku
ans
Hiya dont K. von den Steinen explique qu'il est l'équivalent
local du mata hoata. Il l'illustre par un dessin du tuhuna
Putatoutaki. Le tatoueur de Anaho, en fournit également un
exemple ; par contre le chef Tamo, qui tente d'en donner
une idée, explique qu'il
apparaissait sur le visage au-dessus
du mata i'o. Dans les compositions qui illustrent ce motif, il y
a une
ressemblance avec certains kautuka.
Le terme est formé de mata (cf. ci-dessus) et de uka qui,
en
fonction de la prononciation, prend des sens très diffé¬
G.H. von Langsdorff, parle de "matta toitoi" ou mata toitoi.
rents
cils ; description à rapprocher de D. Tilésius et de J.B. Cabri.
deux et ‘ua : trou, fosse, creux... d'où 'ua mata : l'orbite de
Pour lui, il s'agit de l'évocation d'un œil au naturel, bordé de
,'"ouna" (V. Lallour), una, uka et u'a : s'enflammer,
brûler... d'où mata u'a : regard étincelant ; e 'ua signifie :
Cette image est omniprésente sur tous les casse-tête ('u'u)
l'œil et e ‘ua mata : les deux yeux ; ce pourrait être aussi "les
terminés. Par contre, en février 1856, R.l. Dordillon écrit au
R"' père O. Courtines "mata toetoe :
trois doigts de largeur qui couvre l'œil gauche... Quelquesuns
deux étoiles".
la barre de deux ou
n'ont que deux ou trois larges barres sur le visage, le
mata hiamoe, le mata toetoe et le haha 'epo." Quant au toe¬
toe, il s'agit d'un tatouage dont on peut imaginer qu'il cor¬
respond à ces mata, mais ce n'est qu'une hypothèse.
Le terme est formé de mata (cf. ci-dessus) et de toitoi :
juste, équitable, franc, droit, sincère, parfait, affable... Pour
souligner le caractère très marquisien dé quelqu'un on dit :
’enata toitoi ; dans l'expression tiohi toitoi, il signifie :
regarde bien, avec attention, fait attention I Dans le cas où
toetoe est utilisé, ce mot désigne : une pièce de
tatouage,
un crabe du
genre étrille... alors que toe signifie : suffi¬
sant... J.F. Stimson ajoute pour toe : reste, survivant, celui
Le début de l'année, en plein été austral, correspond à
un moment
privilégié voué à la récolte la plus importante du
fruit de l'arbre à pain : meinui, qui permet de renouveler les
silos de ma devant alimenter les familles tout au long de
l'année et reconstituer les réserves du clan en prévision de
disette (cf. mata mei nei). C'est une période de tatouage. À
cette
époque apparaissent à l'horizon les Hyades et le
Baudrier d'Orion, Na Tuitui Hoehoe ou Haka'iki e To'u, qui
marquent le ciel du scintillement de deux étoiles rouge
orangé, majeures pour les Polynésiens : Bételgeuse de la
constellation d'Orion et Aldébaran de la constellation du
Taureau. Cette dernière, Heeti aux Marquises, est une étoi¬
le
remarquable qui, à Tahiti (Ana mûri), est associée au
tatouage.
Te Patu Tiki
•
L’Art du
Tatouage aux Iles Marquises
K. von den Steinen explique que ce mot peut se traduire
247. Mata vaha : motif placé sur les côtés du visa¬
ge, à hauteur de la bouche pour Tamo, chef à Taiohae (Nuku
Hiva), qui en donne quelques illustrations à A.Seale. Pour
par personne qui à la démarche d'un coq ; celui-ci soulève
très haut les pattes et le danseur l'imite accroupi ; cf. hopu
qui correspond au côté non tatoué du regard. C'est, dans
ce cas, un
équivalent de mata ai.
Le terme est formé de mata (cf. ci-dessus) et de vaha :
victimes. Les pères P.G.Chaulet et S. Delmas nous disent
À cette explication, il faut probablement ajouter une
allusion au départ du moa, serviteur du prêtre, en quête de
K. von den Steinen, ce terme s'applique à la bande oculaire
moa.
que les moa, au N.-O. ou tapu oko au S.-E., avaient pour
fonctions de garder le me'ae, de tuer les victimes humaines
écarté, séparé, non joint, se dit d'une pièce de tatouage non
finie. À noter que non tatoué se dit mata tea {tea : blanc).
qui y étaient amenées vivantes (l'étranglement au moyen
d'un lacet était souvent de règle car verser le sang était un
acte redoutable), de préparer la nourriture du tau'a et d'as¬
surer tous les services dus à sa dignité... C'étaient eux qui
portaient aux pêcheurs les têtes des victimes du me'ae, afin
de rendre leur pêche fructueuse... Ils ne devenaient jamais
prêtres de haut rang et devaient vivre sur le me'ae, ce qui
les obligeait au célibat. Comme la fonction n'était pas des
plus plaisantes, le tau'a les désignait d'autorité ; il ne leur
restait plus alors qu'à se rendre en pleurant, et sans discus¬
sion possible, sur le me'ae d'où ils ne descendraient
presque plus ; cf. 'au kohai.
248. Mata vaho : nom recueilli par W. Handy qui
s'applique aux motifs allongés, légèrement ovales, placés
sur le côté extérieur du genou ou d'une autre articulation.
Le terme est formé de mata (cf. ci-dessus) et de vaho :
dehors, à l'extérieur... Ce terme signifie donc : “face ou
côté extérieur".
249. Mata
vau
: motif apparaissant sur les pre¬
phalanges pour une femme tatouée à la façon
ancienne de Fatuiva. L'ensemble de la composition dessi¬
née par Porioho, vieux tuhuna de l'île, pour W. Handy, s'ap¬
pelle kohiu. Elle précise qu'il s'agit d'une foëne, sans doute
mières
en
251. Matuku : représentation réaliste du héron cen¬
dré, Herodias sacra, par un tuhuna de Fatuiva, dans un style
“tardif" ; il pouvait, du reste, être placé n'importe où sur le
raison de ses recherches, en 1938, dans le dictionnaire
de M‘' R.l. Dordillon.
corps. Dans certaines légendes, le héron apparaît comme
Le terme est formé de mata (cf. ci-dessus) et de vau : raie
blanche ou thon à dents de chien, Cymnosarda unicolor ;
un
pêcheur, un voleur... ; c'est lui qui vient voler à Maui
plus vraisemblablement va'u : huit, racler la peau ou l'écor¬
ce..., raser..., lance à plusieurs dards pour la pêche.
Un tuhuna de Fatuiva expliqua à K. von den Steinen, à
propos du i'a va'u, que dans le motif spiralé qui évoquait la
raie, on pouvait distinguer, sur certains dessins, le ou les
ti'iti'i, l'épouse qu'il venait de trouver : Hina te Auihi I Dans
tatouer, etc. Nous avons également évoqué, à propos du
252. Mea poto : motif de l'ancien style komo'e,
placé à l'épaule d'un homme, d'après le témoignage de
Tauakika, tatoueur de Fatuiva, pour K. von den Steinen. On
pourrait le décrire par un point enfermé au cœur de mul¬
tiples ka'ake.
la légende de Fai, il est un des époux de Hina, la déesse
lunaire. Il lui pêchait bonites, raies, thons, requins et autres
poissons tenus en haute estime par la divinité ; des offran¬
des qui, lors de certaines cérémonies, pouvaient être sub¬
stituées à des victimes humaines.
ils trouvaient' leur usage
dans la vie des îles comme pointe de "harpon” ou peigne à
dards redoutables de l'animal ;
même terme, l'usage qui consistait, pour les femmes, à pré¬
parer le corps de leurs défunts, ce qui supposait qu'elles
aient les mains tatouées. Ce nom permet aussi de rappeler
que l'une des plus importantes fêtes organisées sur les
tohua était la koina tapava'u ou fête de l'abondance. Elle
co'mcidait avec la fin des travaux liés à la récolte la plus fruc¬
l'arbre à pain, mei nui, qui se situe
les doigts de
cette femme pourrait, du reste, tout aussi bien représenter
la longue perche au bout de laquelle sont collectés les fruits
de l'arbre à pain : le rond au bout du manche !
tueuse de l'année pour
vers
février-mars. Le motif représenté sur
250. Matua he’e
moa
:
petit motif anthropo¬
morphe, variante du Pohu qui se rattache aux formes issues
du tressage et pourrait être appelé ici "homme-damier". Il
est considéré à Fatuiva comme un Pohu te umauma, c'est-à-
dire : Pohu avec celui de ses frères qui n'avait que le torse
de bien formé et qui l'encourageait, lors des affrontements
sportifs, car il était le seul de ses frères à pouvoir parler. Il
était placé au front. L'origine du tracé n'est pas claire et
K. von den Steinen expérimenta, lorsqu'il enquêtait en fai¬
sant part des réflexions déjà obtenues d'autres spécialistes,
que ces derniers étaient critiqués et réfutés. W. Handy
recueille des motifs d'aspects assez différents d'ailleurs, et
à rattacher pourtant à des formes humaines très stylisées.
Ils ne sont lisibles que dans ses notes, où ils prennent trois
aspects bien distincts. Ils apparaissent sur le bord de la main
et sont à rapprocher des pa'aniho, pariho et fanaua.
Le terme est formé de matua : un homme, un parent ou
d'âge mûr ; puis
de he'e : ovaire, placenta ou bien encore : aller, s'en aller du
un être sacré, aux Tuamotu ; une personne
y'
Le terme est formé de mea : chose, matière, substance,
objet quelconque ou un tel, un individu... On se sert de ce
mot toutes les fois qu'on ne se rappelle pas d'un nom. Le
mot poto signifie : court, raccourcir... ou correspond au
point d'appui pour un levier et à une espèce de crabe. Ce
nom peut se traduire par : petit truc ou truc rabougri.
253. “Mehama” : tatouage, sur les deux paupières
de l'œil droit, représentant un soleil. Son but était de confé¬
le rôle de "juge" ; cf. mata toitoi.
Le mot n'est pas dans le dictionnaire mais il en existe un
rer à J.B. Cabri
approche. Tous sont à mettre en
relation avec la lumière. Le terme maheama au S.-E. signifie
certain nombre qui s'en
lumière, clarté, comme une forme voisine : ma'ama qui signi¬
fie aussi lumineux (aurore, pour W.P. Crook) ou instruit d'où
koekoe ma'ama : intelligent, savant qui a bonne mémoire...
Le nom Ao ma'ama s'applique au monde des vivants, ceux
de la lumière (H. Lavondès). Enfin meama ou mahina dési¬
gnent la lune (terme utilisé au sud), la sixième lune, ou un
mois mais aussi le clair de lune, pour W.P. Crook.
Le rapport entre le soleil et une fonction qui doit sanc¬
tionner, éventuellement détruire, n'est pas exceptionnel
dans la pensée ancienne de part le monde. Ce nom de motif
est à
rapprocher du mata toitoi dont il semble un équivalent
pour le sud, où J.B. Cabri reçut ses premiers tatouages.
Tous les sens évoqués à propos de toitoi se rapportent à des
hehe, aux Tuamotu : non domestiqué, qui se tient à l'écart,
qualités qui seraient à mettre au compte d'unibon juge :
juste, équitable, franc, droit, sincère... L'alternance dans le
tatouage entre le thème de la lune et du soleil, apparaît dans
être consacré,
sion à l'astre féminin
côté de la mer... mais aussi prendre au lacet, étrangler... ou
comme les
poules... et de moa : poule, serviteur d'un tau'a,
faire cuire ; W.P. Crook ajoute préparer lé
four où sont cuits les aliments, etc.
les noms de tatouage, avec kotipi, et les noms faisant allu¬
femmes.
:
cf. va/ me'ama, motif destiné aux
•A*
/
254. Metau : motif de rancune et de vengeance, en
forme d'hameçon, placé près des oreilles (G.P. Chaulet), sur
(P.F. Quiros, en 1595). En 1797, W.P. Crook, parle de raie
manta, de lézard, et de poissons, du type grande bécune ou
exemple auprès d'un tuhuna de Fatuiva. Il est ici sur¬
monté d'une figure d"enafa.
Le terme signifie hameçon d'où l'expression ha'ameta'u :
terrible, effrayer, peur, crainte...
L'hameçon suggère une image effrayante qui devait s'as¬
socier à celle de la "pêche aux victimes humaines" durant
laquelle des hameçons cérémoniels placés sur la victime, au
cours du rituel "Haihai heaka", rappelaient qu'elle avait été
pêchée pour les dieux. Une paire d'hameçons adossés
constitue, habituellement, le couronnement du disque
d'écaille travaillée de l'ornement frontal uhi kana, évoqué à
propos du ka'otupa.
que sur le visage, entre les bandes qui le partage à angles
255. Moemoe : tatouage sur les épaules (scapu/urrr)
Nouvelle-Zélande) est à la fois craint et respecté à peu près
la joue et le cou (L.F. Tautain). K. vonden Stelnen en obtient
un
qui représente une épaulette (Ch.L. Clavel et R.l. Dordillon).
Il n'en existe aucune représentation identifiée.
Le terme moemoe, au S.-E., correspond au cri de joie
que l'on pousse après avoir tué quelqu'un et signifie par
ailleurs : prendre, saisir, attraper....
C. de Roquefeull évoque, lors de son passage de quel¬
ques mois en 1817-18, les femmes qui portent des motifs
remarquables : "Beaucoup de femmes sont ainsi marquées
d'une espèce d'épaulette, ou bien elles ont sur le bras ou
sur les cuisses, la figure d'un lézard ou d'un poisson :
quelques-unes ont ces mêmes parties couvertes de dessins,
ainsi que le contour des reins, et des Américains m'ont
assuré avoir vu à la Madeleine C'Flatouhiva'' : Fatuiva) une
femme de la plus haute taille qui était tatouée de la tête aux
barracuda, qui apparaissent n'importe où sur le corps tandis
droits, il y avait des requins, des lézards, etc. ou des serres,
des bouches ouvertes... En 1804, C.H.von Langsdorff évo¬
que la tortue, ainsi que d'autres figures d'animaux comme
le lézard.'Entre 1860-70, ces sujets sonttoujours appréciés ;
E. Berchon note ainsi parmi les motifs : soleils, requins, noix
de coco et lézards. K. von den Steinen précise, toutefois,
qu'il n'en observa qu'occasionnellement et seulement sur
des femmes. Comme elles jouent un rôle très important
dans les soins apportés aux morts pour accéder à l'au-delà,
il n'est pas impossible que le lézard, souvent associé, en
Océanie, aux ancêtres, leur ait été tout particulièrement
réservé. Le moko (nom du tatouage et du lézard, en
partout dans le Pacifique ; les êtres surnaturels qui revê¬
taient leur forme, celle du gecko, et autres sauriens, y sont
légions. Ils connaissent également une grande faveur dans
l'art et la pensée religieuse car ils étaient dotés de puissants
pouvoirs pour repousser les forces maléfiques. Quelques
éléments, rassemblés par E. Tregear, permettent de mieux
saisir les liens qui unissent lézard, gecko et tatouage (cf.
nana'a).
257. Moho vaha ou mo’o vaha : motif mascu¬
lin qui part de l'épaule et descend sur les flancs pour se ter¬
miner aux hanches, d'après les notes du père PC. Chaulet.
Il n'en existe pas de représentation identifiée.
Le terme est composé
de moho (cf. ci-dessus) et de
pieds comme le sont les hommes." Le souci d'intégrer des
symboles, parlants pour les gens du pays mais appartenant
à des traits puisés à l'extérieur, se retrouve avec le kohe ta ;
il exista même des répliques d'épaulettes en bois.
vaha : pièce de tatouage non finie ou écarté, séparé...
Moho, moko ou mo’o : nom donné,
d'après les informations obtenues par W. Flandy à Ua Pou, à
remarque : "Les hommes ont plusieurs tatouages différents
et il y en a de si compliqués qu'ils paraissent noirs tout d'un
256.
la moitié du tronc entièrement noircie ; l'autre étant couver¬
les bras étaient ornés de
ipu ’oto. Lorsqu'il s'agit du dos, c'est uti équivalent de peka
tua. K. von den Steinen obtient pratiquement le même type
de renseignements, au sud : large bande longitudinale qui
couvre une moitié du buste ; cf. moho vaha.V. Lallour parle
de moko : tatouage du cou au nombril, alors que
R.l. Dordillon explique au R”"' père O. Courtines que le
moho s'étend tout le long de la colonne vertébrale, (pour
les hommes ?). Pour les femmes, il correspond à une large
et unique masse sur la poitrine et une partie des seins,
d'après Ch.L. Chaulet qui précise qu'il s'agit, dans ce cas,
d'un signe de vengeance. Enfin, K. von den Steinen présen¬
te une figure de lézard (mo'o), pour le tuhuna Tauakika de
Fatuiva qui la dessina, alors qu'à Hiva Oa elle était considé¬
te de motifs minutieux tandis que
rée comme une tortue et nommée ke'a. Le terme, on l'aura
compris, fut différemment entendu et transcrit : de façon
général il s'agit d'un noircissement de toute une partie du
buste dont l'aspect, pour des raisons que,tente d'expliquer
A. Cell, le rattache à un animal mythique, où quasiment : le
requin (moko ou mono) ou le lézard. K. vonden Steinen dif¬
férencie le moho : tout ou très "barbouillé" de bleu du mo'o
ou moko, qui l'est un peu moins et tend vers une représen¬
tation plus soignée de lézard, tortue ou autre.
Ce nom, sous la forme moho, correspond à une couleur, :
bleu foncé et à une plante odoriférante qui pourrait être une
fougère. Ecrit moko, il désigne un requin ou un lézard. Le
nom de moho aurait été également celui d'un petit râle noir,
très sauvage, déjà évoqué à propos du ko'ao : la marouette
fuligineuse, ou Porzana tabuensis.
Parmi les premiers motifs de tatouage cités aux Mar¬
quises figurent des oiseaux, des lézards et des poissons
On peut supposer qu'il s'agit d'un tatouage très couvrant
partie du corps, qui ne s'étend pourtant pas
le moho ou qui laisse apparaître une séparation au
de cette
comme
centre du buste ou du dos. F.X. Caillet, de passage en 1843,
côté et souvent même on entrevoit à peine la couleur pre^
mière de leur peau. D'autres, au contraire, en ont peu."
W. Handy cite ce terme dans ses notes pour un motif de
la main qu'il est préférable de classer àmo'oa et mo'oa vaha.
'
258. Momotuhena : pièce de tatouage près de l'ai¬
(cf. dictionnaire de R.l. Dordillon) ; il n'en existe aucune
représentation identifiée.
Ce terme, propre au S.-E., n'a pas d'autre sens particulier
et trouver celui des termes qui le composent n'est guère
ne
plus réalisable.
259. Mo’o ou moko
:
cf. moho.
260. Mo ’oa et mo’oa vaha : petits motifs inter¬
calaires, issus du monde animal. Pour K. von den Steinen, il
pourrait s'agir d'une forme stylisée de tortue apparentée au
kiva ou kivakiva ; cf. 'a'a kivakiva, ‘au kohai, kikiva puhi. Les
entrecroisements d'arcs-de-cercle qui les composent ou y
figurent en bonne place, avaient retenu l'attention de
D.Tilésius qui en releva un grand nombre sur la main, plus
particulièrement les doigts, de l'épouse du chef Kiatonui,
de Taiohae (Nuku Hiva). À Tahuata, W. Handy en relève un
exemple sur le dessus de la main gauche de Tahiatahaani,
une princesse (ha'atepei'u) de Hapatoni (Tahuata). La publi¬
cation manque de précision mais le situe à hauteur du poi¬
gnet ; il est possible qu'il s'agisse des deux motifs {vaha :
séparés) qui se trouvent de part et d'autre du ka'ava.
Le terme est composé de mo'o : lézard ou requin ou de
mooa : insouciant, las, fatigué... et de vaha : écarté, sépa¬
ré..., incomplet, terme également utilisé pour un tatouage
non terminé.
Si l'on choisi moho (cf. ci-dessus).
Te Patu Tiki
•
L’Art du
Tatouage aux Iles Marquises
ré ! En plongeant plus profondément et plus loin dans les
D.Tilésius, remarque un lien entre ce type de motif et
idée de soutien, d'entr'aide pour assurer l'essentiel de
la vie familiale ; cf. "eata te hae", hue a kake et hue ata.
racines de cet art, E. Tregear relève, parmi les poèmes mao¬
une
ris recueillis par G. Grey, un chant associé au motif appelé
"me he peke ngarara" qui compare celui-ci aux pattes d'un
261, Muko ha’a : nom relevé par R.Suggs à Nuku
lézard (ngarara : lézard en maori) et un chant de tatouage
de Mataora (recueilli par J. White) qui cite le "Nga nganga a
de représentation identifiée. Le
sujet, par contre, fait partie d'un récit légendaire du cycle
Hiva. Il n'en existe pas
Mataora" (en langue Taïpi, nganga : gecko). La NouvelleZélande connaissait un grand nombre de divinités repti¬
de Kae, dans l'île aux femmes : Vainoki. Cf. akaaka fa'a.
liennes, notamment des esprits maléfiques : atua kikokiko
(cf. aux /Marquises : ’i'o'i'o et pa'i'o) qui, sous l'apparence
de lézards, provoquaient des maladies ou la mort, en cap¬
Le terme est composé de muko : sommité des plantes...
et de ha'a ou fa'a : pandanus...
Faute d'hommes, les femmes avaient recours à l'extrémi¬
tant l'énergie vitale des êtres humains.
té de ces racines.
N
262.
velle-Zélande, Eudynamàs taitensis ou kokoea dans l'ancien
Nafa ou nafapu : motifs en chevrons ou
pays maori (aux Marquises : ko'oeva, ka'aevaeva ou kaeva-
kaeva), était censé hiberner dans le sol, perdre ses plumes
lignes brisées. Dans les exemples qui ont été conservés et
identifiés, en particulier à Fatuiva, ils étaient portés au bras
pour les hommes, ou sur les doigts pour les femmes. Les
chevrons trouvaient leur place beaucoup plus largement
sur tout le corps et le motif lui-même connut de nom¬
se transformer en lézard appelé ngaha (cf. nganga :
gecko, d'où nana'a, aux Marquises).
et
264.
tracés et les renseignements qui le concernent furent
Le terme nafa signifie : fissures, trevasses... ; pu contient
les idées de
;
source,
Le
Nuku Fliva, ils couvraient l'épaule et le
motif décoratif en forme de hachures, lignes parallèles... tel
était constitué de bandes régulières, d'ornements descen¬
qu'on les rencontre dans le tatouage et la sculpture. Pour le
tatouage des lèvres, dont le nom varie selon l'ïle ; cf. koniho.
dant des épaules vers les seins et formant des sortes de
chevrons sur les reins, les côtes et les cuisses. Ces mêmes
marques ornaient souvent les tiki, en souvenir peut-être de
la coutume consistant à envelopper de nattes précieuses les
230
265. Niho peata\ou
wwwwww
AJÊkÀJkAÂ.
constellation du Taureau, dessinent un V oblique.
263. Nana’a
ou
kaka’a
:
motif de gecko, bien
que la différence entre le lézard et ce petit animal ne soit
très sensible. Les femmes pouvaient le porter aux
jambes ; W. Flandy, en releva un bel exemple au creux
poplité de Flono FIokati, de Flakahetau (Ua Pou) tatouée
dans le style ancien de l'île. Cf. moho, mo'o ou moko.
pas
Le terme nana'a au S.-E., ou kaka'a au N.-O.,
signifie :
gecko, petit saurien ressemblant à un lézard dont les pattes
sont munies de ventouses.
/•
Quelques points de détails permettent de mieux saisir les
liens qui unissent lézard, gecko et tatouage. D. Porter rap¬
porte, par exemple, qu'après avoir vaincu les Flapa'a à la
demande de Kiatonui, il n'avait guère envie d'entrer à nou¬
veau en guerre, cette fois contre les Taïpi dont la réputation
était celle de guerriers redoutables et de fiers cannibales.
C'ek alors que Kiatonui se lança dans ce discours insultant :
"Quant aux Américains, ce sont des geckos blancs, une
véritable boue ; incapables de supporter la fatigue, de bra¬
ver la chaleur, de se passer d'eau, de grimper sur les mon¬
tagnes..."Deux jours après cet insolent défi. Porter envahit
le territoire des Taïpi. Le père P.G. Chaulet note cette invec¬
tive qui fait allusion, nous dit-il, au fait d'être tatoué ou non ;
elle oppose le gecko qui vit dans les murailles, et reste donc
très pâle, à celui qui reste au grand air, nettement plus colo-
“niho-piata” : motif en
requins qui dénote, d'après les informations
recueillies en 1804 par D. Tilésius, un lien avec la pêche aux
requins et le fait de plonger pour les pêcher. G'est aussi la
marque, avec le te a'ahinea'o, d'un engagement familial
(fiançailles ; pour R. Suggs, son sens symbolique est à tra¬
duire par "désir dévorant"). Ge pouvait être enfin le signe
d'un lien d'allégeance envers les prêtres, comme les 'enata
u'o, "eu kake" et tehou (kake), ce qui explique leur présen¬
ce sur certains casse-tête. Ces lignes dentelées sont utili¬
dent de
toutes étoiles, sont considérées comme des femmes et elles
apparaissent à un moment très important de la récolte de
l'arbre à pain. De la fécondité de la terre et des femmes,
dépend la survie du clan ; les honorer était, peut-être, une
façon de s'assurer leur bonne grâce ; ces étoiles, de la
À
haut du bras ; à
Fatuiva, iis étaient portés sur la jambe.
Le terme niho signifie : dent, piqûres... et désigne tout
père P.G.Chaulet note, à propos de la différence
plus hautes personnalités ou les morts.
Toute ouverture est synonyme de passage, de point de
communication ou d'échange. Sur la raison pour laquelle un
décor de chevrons orne cette partie du corps féminin, lié à
la fécondité, un rapport avec les étoiles, surtout les Hyades,
nous apporte, peut-être, une amorce de réponse... pour le
moins originale. Les Flyades : "Te Mata" (cf. mata), comme
Les
four¬
nis par Porioho, vieux tatoueur de Fatuiva, à W. Flandy.
origine, ouverture par où passe le
entre tatouage masculin et féminin, que celui des femmes
3 0^
Niho, nihoniho : motif masculin ancien qui
associe chevrons imbriqués et cercles concentriques.
breuses variantes, cf. hoka, "hoka h/ma", kofati.
souffle, la vie...
Sur ces petits sau¬
riens, une anecdote évoquée par E. Tregear, pour la Nou¬
velle-Zélande, mérite d'être signalée ; le coucou de Nou¬
en motif de remplissage et dispersées sur le corps.
Elles sont plus fréquentes sur les jambes, des hommes et
sées
jîm-ïmK
des femmes, mais ne semblent guère descendre en dessous
du genou. Le motif apparaît sinon sur le torse, les bras et le
visage ; cf. 'a'a niho et vi'i 'a'a niho. Ch.L. Clavel note en
particulier : “Le... tiapu... consiste essentiellement en deux
bandes transversales... Entre ces deux zones, il existe sou¬
vent, soit une ligne ponctuée, soit une ligne brisée... ; la
dernière... représente un cent-pieds ou des dents de
requins. Cette variété du t/apu^est désignée sous les noms
de vehi (cent-pieds) et de niho peata (dents de requins)" ;
cf. 'e'ipu'a'o. Pour K. von den Steinen, il est à rattacher au
type des motifs issu du tressage.
Le terme est composé de niho : dent, piqûre... et de
peata, nom donné à plusieurs requins.
RE. Eyriaud des Vergnes, raconte que "pour exprimer
qu'une fête était très belle, on dit qu'il y avait beaucoup de
cochons et de requins peata." Mais toutes les vallées, ne
consommaient pas de requin. Au contraire, cette différence
fait encore partie des distinctions marquées entre îles et val¬
lées. Certains l'ont en dégoût, en dehors du fait même que
sa chair est forte et nécessite une préparation un peu
longue. Ces attirances, ou répugnances, sont également
marquées pour l'anguille et le dauphin... autant d'animaux
marins qui occupent une place particulière dans la tradition.
Ce type de motif universel se retrouve tout particulière¬
ment à Rarotonga et aux Australes où il constitue un des
thèmes iconographiques fondamentaux ; il y porte le même
nom : dents de requins, "nio mango" (cf. Fl. Stolpe, 1927).
Te Patu Tiki
•
L’Art du
Tatouage aux lies Morqui'iej
Ce terme est composé de pahiko qui évoque un petit filet
ti'apu. Il pouvait être appelé, selon les îles : kokeka et kokeka vaha, pakeka, toüpa'e. Quatre îles de l'archipel, au XIX'
siècle, se caractérisaient par un tatouage facial fait de ban¬
des horizontales, à la façon des ti'apu. Nuku Hiva était
connue pour sa bande oblique : paheke, alors qu'à Lia Pou
les deux types coexistaient. Du temps de K. von den Steinen,
ce bandeau frontal consistait en un partage rectangulaire du
haut du front, ne couvrant assez souvent qu'un seul côté.
Le terme est constitué de pa'e, utilisé pour parler de tout
ce qui sert de coiffure et de taka : cordage pour attacher le
kiato (bras du balancier) à la pirogue, lanière...
W.P. Crook, explique que ce nom était donné à la coiffu¬
re féminine ia plus courante, à la fin de XVIII' siècle : une
pièce de tapa enveloppant la queue de cheval que les
au
poissons, de petits rats frugivores, etc., comme
l'indique W.P. Crook. Vient ensuite a qui, placé en préfixe,
indique un rapport de dépendance et tuivi, tu'ivi ou tuaivi :
montagne, colline, crête, nervure..., variété de poisson.
Aux Tuamotu, tuahivi correspond à une : bande de terrain
où il est difficile de marcher parce qu'étroite, rocailleuse...,
une
crête rocheuse, une arête au bord d'une forte pente...
C'est le nom donné à la très forte déclivité qui, au pays des
ombres, mène au monde de la lumière.
K. von den Steinen, traduit ce nom par : filet de Tuivi
pour capturer les âmes. À noter que tu peut signifier ; mon¬
ter la garde et ivi s'applique à une arête rocheuse.
Il ressort de E.Tregear, J.F. Stimson et K. von den Steinen
femmes avaient fait de leurs cheveux, ramenés sur l'une des
épaules, et qu'elles avaient ensuite enroulés autour de la
tête ; cf. la première gravure représentant une Marquisienne, d'après l'esquisse de W. Hodges, en 1774, cf. plan¬
che style Tahuata p. 171.
une
parenté entre Pahiko et Tuaivi. Le cadet des deux stra¬
tes à l'origine du monde : Papauka et Papaao était.Atea qui
"la crête des montagnes" ; tous
deux sont de la lignée d'Atea, divinité de la lumière, ils ont
eut pour épouse Tuaivi :
un
287. Paheke : bande tatouée qui part d'un côté du
lien avec les oiseaux et leur fonction se situe au passage
entre le Monde de là lumière et celui des Ombres... autant
de rapport entre ce filet et la pêche aux âmes.
front et traverse le visage jusqu'à l'autre joue, d'après les
notes du père P.G. Chaulet. M. Radiguet le distingue du hia-
290. Pahito : cf. planche p.137 et addenda p.261.
qui couvre l'œil restant ou les deux. Cette barre trans¬
versale couvre l'œil droit, puis la joue et le bord gauche du
moe
291. Pahito tua io
82) les principaux tatouages faciaux de l'archipel étaient le
tiapu et le paheke, explique : “ce dernier peut être simple
ou double ; il ne se voit que chez les chefs de Nuku Hiva et
de Ua Pou, jamais chez ceux du groupe sud-est. Ce respect
: motif porté par les hommes
région inférieure des cuisses, et par les femmes sous
les cuisses, d'après les notes du père P.G. Chaulet. Il n'en
existe pas de représentation identifiée.
Le terme est formé de pahito (cf. ci-dessus), de tua : dos,
puis de io : dedans, sur...
Si l'on tient compte du fait que io peut signifier clitoris
(aux Tuamotu), du sens parfois donné à pahito et que les
femmes pouvaient être tatouées assez totalement sur ces
parties du corps, jusque sur les muqueuses, il est possible
que ce nom s'applique, pour la femme, au tatouage du
périnée.
que à une époque où... la fantaisie individuelle est à l'ordre
du jour. Le paheke simple, ou oblique unilatéral, consiste en
292. Pahu hope : motif masculin du sacrum et de
la région coccygienne, d'après les notes du père P.G. Chaulet.
menton, ou l'inverse, il reste, au-dessus de l'autre œil, un
espace triangulaire qui recevait parfois un motif : quelques
arcs-de-cercle, variantes des "kake upogo", d'après des
informations communiquées à W. Handy, ou un
sur la
poisson,
tapa enveloppant un crâne, etc.
Ce terme désigne ce qui : glisse, coule, est en pente... et
comme sur un
parenté au troisième degré.
Ch.L. Clavel, après avoir précisé qu'à son époque (1881-
une
234
bout d'une perche, un genre d'épuisette destinée à cap¬
turer des
des anciens usages me semble un fait bien digne de remar¬
rectangle traversant un des côtés du visage à la façon de
la bande employée dans le bandage monocle... depuis la
Cf. pate'a hope.
un
Le terme est formé de pahu : tambour, gros paquet cylin¬
drique... et de hope : derrière...
Bien qu'il n'en existe pas de figure identifiée, quelques
représentations de Marquisiens vus de dos peuvent donner
une idée de l'aspect de certains pahu hope.
naissance des cheveux jusqu'au rebord du maxillaire infé¬
rieur... Le paheke double, ou pihe, oblique bilatéral, serait
bien représenté par un bandage binocle... Les chefs princi¬
paux se distinguent -par le paheke
secondaires par le paheke simple".
double et les chefs
293. Pahu tiki : Personne entièrement tatouée, au
En 1804, au temps de A.J. von Krusenstern, il y avait bien
point d'étre entièrement noire.
lignes parcourant la tête et le corps, mais
rien de comparable aux lourds bandeaux noirs, si ce n'est
leur emplacement qui était déjà souligné, mais avec beau¬
coup plus de délicatesse. Le visage et le crâne rasé, en lais¬
sant souvent subsister deux touffes tressées en chignons
telles des cornes, étaient couverts de lignes. Les graveurs
russes font
apparaître la complexité d'un tracé qui disparaît
totalement par la suite. Quand cette coiffure passa de
mode, remarque K. von den Steinen, le tatouage de la tête
toutes sortes de
Le terme est formé de pahu (cf. ci-dessus) et de tiki : des¬
sin, tatouage, créer, en parlant des hommes et des êtres
organisés, nom du premier homme, divinité... Aux Tuamotu,
pahu signifie : frapper, taper sur...
C'est ce sens qui est à retenir ; il permet de traduire cette
expression par entièrement frappé du peigne à tatouer et
donc couvert d'images. Pahu tiki signifie : tatoué à l'extrê¬
me. Il se distingue d'expressions voisines, également très
parlantes, comme : pakapakama, paka matia et papakama
enfin to'oata, personne à laquelle II ne manque aucune
pièce de tatouage ; une personne enveloppée d'images.
la bande frontale débuta à la naissance du
chevelu, laissant presque toujours apparaître, au
centre, le partage du visage en deux moitiés.
se transforma ;
cuir
288. Pahetaka
pa'e taka.
289. Pahiko
nom
relevé par Ch.L. Clavel, cf.
.
a
Tuivi ou pahiko a
Tuaivi :
motif issu du tressage ; il consiste en une suite de triangles
alternés, zébrés de lignes parallèles et peut se limiter à un
petit champ rectangulaire. Il s'agit d'une variante des motifs
scie, tels les niho peata, mais plus clair puisqu'il
n'est pas entièrement noirci.
en dents de
294. PaVo : nom donné, à Nuku Hiva, aux espaces
noirs assez irréguliers qui, par endroits, marquent plus par¬
ticulièrement le visage ou les jambes. Ce nom et ces motifs
sont à rapprocher des pahito de W. Handy qui, eux-mêmes,
sont une sorte d'équivalent des paka, du moins pour les
jambes. Signalé dans le dictionnaire de R.l. Dordillon et par
K. von den Steinen, celui-ci traduit pa'/'o par "portions com¬
plètement martelées", sous-entendu au peigne à tatouer.
Cf. également pa'/pa'/'/o et par/ho.
266. Nutu : plus qu'un motif, c'est une partie du
visage sur laquelle apparaît, ou non, des motifs comme
ceux cités ci-dessous ou \eskikitu, ki'ikutu 'epo...\N. Handy
le note dans un de ses carnets, indiquant qu'il s'agit de l'es¬
pace laissé libre dans le bandeau inférieur du visage d'un
homme de Puamau (Hiva Oa), où sont tatouées trois ran¬
gées de rr/'ho peata.
Ce mot signifie : museau, groin... E.Tregear, à travers
l'Océanie, trouve à ngutu les sens de : lèvres, bec, bouche
des humains et des animaux, bord d'une ouverture telle
que calebasse, fosse, grotte... À Tahiti, en dehors de ceci, il
faut ajouter à utu : nom donné aux cheveux d'ennemis por¬
tikau‘e, kahakaha u‘ia, kahakahapu, certains ka‘otupa, pihao
ou
sens, cf. ci-dessus) et de kaha : tresse de filament de coco...
(ici, large tressage qui maintenait les maxillaires inférieur et
supérieur, allusion à la façon de préparer et de présenter
certains crânes trophées), pouvoir de vie et de mort attribué
à certains tau‘a lors d'une cérémonie appelée nanikaha...
Le kaha est
ngu est le nom d'un motif sur la partie supérieure du nez ;
ngutuporoporo se disait de lèvres qui n'étaient qu'à moitié
tatouées et ngutupurua de lèvres qui l'étaient entièrement
quant à ngutukura, c'est un motif destiné à être gravé ou
peint. Aux Salomon, nguzunguzu est le nom porté par le
visage prognathe (cf. celui, au menton très allongé, des
pirogues de guerre marquisiennes) qui orne la proue des
pirogues de cet archipel et représente l'ancêtre mythique
chien qui, notamment, enseigna aux hommes à fabriquer
des pirogues.
267. Nutu
’epo et kutu ’epo ; tatouage aux
lèvres des femmes, cf. koniho. Nutu
‘epo est cité par
R.l. Dordillon ; kutu epo, recueilli par K.vonden Steinen,
s'applique à la large bande noire qui barre le visage des
hommes en passant sur la bouche. Il s'agit probablement, ici
encore, d'un terme de dérision. Cf. haha ‘epo, “ha'a epo".
Le terme est composé de nutu, “ngutu", ou kutu (cf. cidessus) et de ‘epo : boue, terre..., sale, couvert, obscur,
obscène...
Les femmes, en général, ne semblent pas avoir porté sur
le visage ces bandeaux noirs dont la largeur alla en s'accen¬
tuant au cours du XIX' siècle.
268. Nutu hue : motif sur les lèvres, exécuté le pre¬
mier jour du tatouage du héros Kena. Il n'en existe aucune
représentation identifiée.
Le terme est composé de nutu...(cf. ci-dessus) et de
hue : toute espèce de vase à large ouverture... ; au figuré :
chef... Dans l'ensemble de la Polynésie ce nom est donné,
ou se trouve intégré, à celui d'une liane ; cucurbitacée,
fournissant, notamment, des récipients indispensables, par¬
fois hissée à une fonction sacrée, ou une convolvulacée qui,
dans les récits anciens, peut devenir une plante aux pou¬
voirs extraordinaires (Kena s'en servit pour trouver l'aspect
lui permettant de se faire tatouer ; cf. K. von den Steinen et
E. Tregear). J.F. Stimson, pour les Tuamotu, y ajoute notam¬
ment (comme aux Marquises) les diodons, famille des pois¬
sons-globes qui usent de supercheries pour effrayer les
autres, d'où horrifier, causer de la terreur...
Tout ceci permet de penser qu'il s'agissait d'un motif
destiné, soit à marquer le rang de la personne, soit à
effrayer, comme le “ngutu" des pirogues de guerre marqui¬
siennes, au visage affublé d'une mâchoire inférieure consi¬
dérablement allongée ou les nutu kaha : crâne-trophée
symbolisé par un tatouage.
269. Nutu kaha ou kaha : motif de visage dont
partie inférieure a subi un traitement particulier. La
bouche est représentée ouverte et intègre alors toute une
la
composition, ou bien un etua étiré occupe l'espace corres¬
pondant au maxillaire inférieur. Cette attention spéciale
donnée au bas du visage est à rapprocher de la signification
et de l'effet qui, à l'origine, furent recherchés : la symboli¬
sation d'un crâne trophée. Ce type de visage n'est pas rare
sur les bambous et connaît plusieurs variantes : les ‘ama
un
motif ancien de Fatuiva, destiné
aux
femmes. Porioho qui en fit le dessin pour W. Handy lui indi¬
qua qu'il était porté sur la face interne de la jambe, au-des¬
sus de la cheville.
Le tatoueur de Anaho (Nuku Hivaj, donne du nutu kaha
tés au marae ou première personne tombée au cours d'hos¬
tilités (donc consacrée aux dieux). En Nouvelle-Zélande,
pihau, puto‘o ke‘ike‘i.
Le terme est composé de nutu : museau (pour les autres
une
illustration où apparaissent quelques-uns des princi¬
paux éléments les animant : la partie supérieure du visage,
qui s'inscrit dans un rectangle, est occupée par un mata à
rattacher au type des mata hoata. L'orifice nasal est suggé¬
ré par une variante du poka‘a. Dans le prolongement de
l'axe horizontal séparant les yeux du nez, se situent les
oreilles, symbolisées par un ipu très simple. Au-delà,
l'espace triangulaire aux angles arrondis de la
s'ouvre
bouche, à l'intérieur de laquelle s'organise un autre visage,
plus désarticulé. Il est formé de deux ka'ake classiques,
associés à deux fragments de bras d'etua, pour le regard.
Au-dessus et en dessous s'alignent, d'une part des ‘enata
sur un
socle, à l'image peut-être de strates de la Création
-papa - et, à l'opposé, une symbolisation extrême d'etua.
Sous cette grande figure s'en reflète une autre, nettement
plus petite et inversée ; entre elles l'espace est entièrement
rempli de cercles enfermant des poka‘a comme autant
d'œufs en attente d'éclosion.
Répandu à travers tout l'archipel, il semble avoir connu
grand succès à Fatuiva et dans toutes les îles du sud.
K. von den Steinen et W. Handy les observent sur le dessus
de la main et sur les jambes des hommes comme des
femmes : grands sur le haut de la cuisse, juste au-dessus du
genou, plus petits au-dessus de la cheville, sur la face inter¬
un
ne, certains couvrant le genou.
Très
probable image de crânes trophées, celui-ci était
conservé par les guerriers comme preuve de leur prouesse,
accroché aux pirogues afin de favoriser la pêche, placé sur
les me'ae... il se retrouve sculpté à l'avant des pirogues,
partant à la chasse aux victimes, ou en poignée de plat à
kava : tanoa...
270.
Nutu vaha
tatouage d'une moitié de la
:
bouche ; terme recueilli par K. von den Steinen. W. Handy
en
relève deux exemples sur les visages de Tuumea, (Ua
Pou) et d'un habitant de Hanaïapa (Hiva Oa).
Le terme est
composé de nutu...(cf. ci-dessus) et de
vaha : écarté, séparé...
O
271. ’Oka : cf. hoka.
272. ’Oka ’i’ima : cf. “hoka hima”.
273. ’Omoe :cf. komo’e.
274. Omua puaiua : motif placé autour du lobe de
l'oreille et de l'os mastoïdien. Il se présente, le plus souvent,
comme une
réplique tatouée des ornements d'oreille fémi¬
nins (plus petits et travaillés que ceux des hommes) réalisés
dans de l'écaille (cf. uhe), de l'ivoire marin ou de l'os (les
putaiana, cf. taiana puaina), quand il ne s'agissait pas de
tout autre ornement périssable ayant pour lui d'être beau,
original ou parfumé.
Ces motifs sont destinés plus aux femmes qu'aux
hommes ; K. von den Steinen et W. Handy n'en observé-
Te Patu Tiki
•
L’Art du
EF.W,
Tatouage aux Iles Marquises
K. vonden Steinen recomposa l'évolution. Depuis les spi¬
rales ou "méandres", par paire, se faisant face, s'adossant,
si ce n'est un seul, porté par
Puamau, à Hiva Oa. Ils sont toujours situés au
rent pratiquement pas sur eux,
un homme de
délaissées au profit de tracés angulaires, brisées, souvent
même emplacement qui, parfois, donne son nom au motif
terminées par un carré... ces pattes deviennent parfois de
lui-même (cf. po'o pito 'ua puaina). Ils s'articulent en deux
petits anthropomorphes, tout aussi schématiques que ceux
éléments distincts : l'un, assez stable, souligne le lobe (cf.
et vi'i puaika) alors que l'autre, à l'arrière de
l'oreille, est beaucoup plus sujet à modification. Il est fort
'a'a puaika
probable que ce tatouage, et ce second élément notam¬
ment, ait eu une vocation protectrice tout aussi importante
que décorative (comme le putaiana lui-même) qui influença
la disposition et le choix des détails qui le composent. Les
I
de la gamme des 'enata.
Ces
agencements sont typiques des tatouages des
mains, sur le pourtour de la paume et des doigts, ou du
pied, autour de la plante et sur les orteils ; ils entrent pour
des tapu vae. Dès 1804, ils
sont relevés sur les mains de l'épouse de Kiatonui, Tahia
cette raison dans la composition
motifs cités dans le texte sont des variantes ou des équiva¬
Taioa (Nuku Hiva) ; ils sont encore formés de courbes spira¬
qu'ils ne désignent pas, dans une composition, un petit
tracé symbolisant une oreille.
Le terme est formé de omua : avant... et de puaina au S.ou puaika au N.-O. : oreille, pampre des plantes. En
Nouvelle-Zélande, E.Tregear relève putainga et putaka,
comme noms de motifs de tatouage près des oreilles.
Christian en releva quelques éléments destinés à
l'oreille des femmes, qui furent publiés par Edge-Partington.
du XIX' siècle dans l'ancien style de l'île. Ils amorcent un
lents de celui-ci, comme certains puaina ou puainga lors¬
275. ’Oniho : cf. koniho et nihoniho.
276.
’Ope^a ou 'opeka •. d.kopeka.
277.
’Opu mon : cf. hopu moa.
leux, mais tout aussi élégant, dans le style moderne de Hiva
Oa, au pied de Tuuakeena (Hiva Oa).
Ces tatouages jouèrent probablement le rôle de barrière,
protégeant les pieds et les mains de tout contact dangereux
et évitant ainsi toute perte de mana.
284. Pa'a'oa
:
motif d''enata, à tête triangulaire,
associé à la représentation spiralée d'une grande créature
marine (déjà évoquée à propos du hue fai). Il forme une
des rares scènes représentées par le tatouage, avec le va;
‘0 Kena et va; '0 Tefio et était porté par les hommes comrne
’Otipi : cf. kotipi.
280. 'Ou hoi ou “aouhoé” : cf. 'au hoi.
281. 'Oua’ehi : cf. koua’ehi.
232
certain raidissement dans le tatouage de la paume de Peiu
Tataikua (Hiva Oa) et s'organisent en un tracé plus angu¬
par les femmes, du nord au sud de l'archipel (peut-être au
278. ’Ota’a : cf. kota’a.
279.
lées aux pieds de Mono Hokati, de Ua Pou, tatouée à la fin
gré de la répartition du clan Naiki). Il apparaît à l'intérieur
de compositions circulaires, sur les fesses (cf. kotipi) ou sur
les genoux ; ce dernier emplacement était réservé à des
motifs, ayant souvent la forme d'un visage, qui n'étaient
portés que par certaines catégories de personnes. Cette
composition où apparaît le pa'a'oa assure une valeur cer¬
taine au sujet.
Ce nom est donné aux cétacés : dauphins, baleine,
cachalot... et à un petit filet manié à deux personnes, ajou¬
te W.P, Crook.
282. Pa ou e pa : motif masculin pour les jambes ;
orthographié e pa dans les notes de W. Handy et sans repré¬
sentation identifiée.
Ce terme est formé de pa :
barrière, obstacle quel¬
conque, palissade, fort... mais aussi hameçon à bonites...
Quant à e, il s'agit ici d'un article indéfini qui permet de tra¬
duire ce nom par : “une barrière".
Gell
souligne l'insistance, dans le nom de certains
tatouages, à mettre en relief une fonction protectrice ; ce
que G. Dening, dès 1980, faisait remarquablement ressortir.
Vive était l'appréhension de l'inconnu ainsi que celle de
tout ce qui pouvait atteindre l'être, son
identité, son indé¬
pendance, sa singularité, diminuer sa force, ses connais¬
sances... et, par là même, instinctif était le souci de dresser
de multiples tapu et barrières, difficilement saisissables,
entre le ’enana et l'inconnu, l'inhabituel, ce qui est mal cer¬
né... En témoignent, pour le tatouage, de multiples exem¬
ples et tout particulièrement les nombreux pa... pa'a niho,
pa'ea, pahito, pa'i uma, etc. qui font transparaître le souci
d'enclore, d'enfermer, de défendre...
'
283. Pa'a niho : tatouage du bord interne du pied
(V. Lallour) et de la partie longitudinale externe du pouce,
pour les hommes et les femmes, d'après les notes du père
P.G. Ghaulet. Il a pour équivalent certains koniho.
Littéralement, cette expression se traduit par : gencives
ou
malpropreté sur les dents. À pa, cf. ci-dessus, s'ajoute a
qui marque un pluriel, et niho : dent, dentelé, piqûre...
Termes qui correspondent à la description du motif : un ali¬
gnement de dessins miniatures dressés comme autant de
petites pointes. Ces dernières correspondent, en fait, aux
innombrables transformations des pattes
de ke'a dont
Là encore, il est probablement fait allusion à un récit
légendaire, le cycle de Kae qui plonge ses racines bien audelà.de l'archipel, au pays mythique de Vainoki, habité de
femmes uniquement. De façon générale, les dauphins
étaient pour les Marquisiens des 'enata ensorcelés. Un récit
de Tahuata, qui conte le retournement de l'île de Fatu Huku,
explique comment Tana'oa Mehiano jeta ce sort sur ceux
des siens qui l'avaient abandonné, ainsi que le lien entre le
clan du héros et la vallée de Hanapa'a'oa ("la baie des dau¬
phins", à Hiva Oa) où iui et sa compagne Meto, originaire de
Fatu Huku, s'étaient réfugiés (d'après Uma G. Teiefitu). Il
faut aussi rapprocher ce sujet du huoikape, requin-baleine
ou grand cétacé, sur le dos desquels K. von den Steinen
rapporte que les hommes partis à la pêche prenaient plaisir
à glisser sur les vagues.
285. Pa'ea : motif destiné au visage dont le nom fut
recueilli par W. Handy ; il n'en existe aucune représentation.
ne concerne que les femmes et correspond à
divinité qui les rendait folles ; pa'ea signifie : délirer...
Ge nom
une
d'où folle, imbécile... Il semble avoir désigné également les
prêtresses ou femmes chamans qui "faisaient tomber les
mauvais dieux" ou arrachaient le mal qui avait pris posses¬
sion de quelqu'un.
Ce motif étant appliqué sur une partie très sacrée qui ne
pouvait être tatouée qu'en tenant compte de règles stric¬
tes; compte tenu du nom lui-même, on peut penser qu'il
était placé au front (pa'e) et ne concernait que des femmes
dotées de pouvoir.
286. Pa'e taka ou pahetaka : nom donné, à
Fatuiva, au tatouage frontal ; il constitue une variante du
■N.
Ge termepa/o signifie : portion, morceau... B.MosbIechy
ajoute : adversaire. Il est composé de pa : barrière, obstacle
quelconque... auquel est associé une forme de io ; la plus
pertinente nous paraît ; 7'o. À travers elle s'exprime les
notions de : pouvoir, faculté... mais aussi le cri d'un reve¬
nant, d'où 'io'io ou 'i'o'i'o : l'esprit d'un dieu ou d'un mort,
puis pa'io'io : consacré aux dieux, tapu ou sacré, fantôme...
Parmi les nombreuses variantes relevées par J.F. Stimson aux
Tuamotu, hio signifie siffler mais aussi personne ayant de
grands pouvoirs prophétiques... Les pères P.G.Chaulet et
S. Delmas, à propos des revenants qui occupent une place
très importante dans tout espace physique ou temporel des
Marquises, expliquent que les "veine hae (sic) étaient de
deux sortes : les uns étaient des esprits des morts, les autres
des esprits des dieux, les “paeoio" (sic) ou démons. Ceux-ci,
sans cesse occupés à nuire aux hommes... les attiraient
V
..^
Le terme est formé de pa : barrière, obstacle quel¬
conque... et une variante de pa'io'io équivalent à pariorio,
riorio... : fantôme, revenant, objet Imaginaire et animal...
consacré aux dieux, tapu, divinité...
Ce
nom
de motif participe
à l'esprit qui préside à la
construction des précédents ; il traduit le souci de se sentir
enveloppé de la protection et de l'aide nécessaires pour
accomplir sa tâche d'homme et être intégré, à part entière,
à la société dans laquelle toute une chaîne d'ancêtres vous
aident à jouer un rôle.
297. Pa’i uma : motif cité par K.vondenSteinen et
‘i‘o he ta/, mata puovo. pa'i'otiki, pa'ipa'i'io.
plaque pectorale ou plastron ; Il a pour
équivalent uma hoka. Il s'agit d'un ornement en damier can¬
tonné de deux ka'ake, fréquent entre la fin du XVIII' et le
début du XIX' siècle (cf. le prêtre guerrier de l'Atlas de
Krusenstern, par exemple).
Le terme est formé de pa qui suggère un souci de défen¬
se (cf. ci-dessus) puis de / : préposition qui se place devant
les indications de lieu et de uma : poitrine ; l'expression pa'i
uma désigne un jeu qui consistait à frapper en cadence sur
la poitrine.
J.B. Cabri explique qu'il obtint la moitié de "plastron" qu'il
portait sur "le sein droit" à la suite d'une prouesse guerrière
menée à Tahuata. C'est en^capturant une pirogue, et ses dix
occupants, qu'il fut considéré stratège officiel et devint alors
"commandant de la garde" ; son beau-frère, qui portait
l'équivalent mais à gauche, devait ce tatouage à sa position
familiale d'héritier présomptif. Il correspondait aüssi, sans
doute, à la reconnaissance d'une fonction dans le système
autres niho peata qui animent ces espaces noirs, pourraient
teur et distinctif, se confirme lorsqu'il ajoute que son beau-,
adroitement dans des lieux écartés et là, leur arrachaient les
yeux et les faisaient mourir. Les autres, moins redoutables,
étaient des esprits affamés auxquels on avait oublié de don¬
ner
des offrandes suffisantes..." Les Marquisiens évoquent
paioio ; pour eux, ce terme désigne
les esprits transmis par les parents, à qui on peut se recom¬
encore, à mi-mot, leurs
mander avant un travail ou une épreuve.
Il faut
rapprocher ce motif d'autres dont le nom est
construit sur les racines pu etpo'o et évoque, plus ou moins
directement, un mort libéré de son enveloppe mortelle ;
furent probablement pas portés
contrôle sévère étant donné les coutumes, cf. les
autant de tatouages qui ne
sans un
etua pu'o'o, ihi poro, pa'i'otiki, pa'ipa'i'io, ipu puovo, ke'a
Certaines variantes d"enata,
petits dessins succincts et
correspondre à ces pa'i'o ou pariho. Ces alignements d'es¬
prits tutélaires soulignent toutes sortes d'autres emplace¬
ments, comme la courbe inférieure d'un nutu kaha ou tifa
le fessier, par exemple. Ils représenteraient des esprits
familiaux, d'un rang inférieur aux etua, dont le rôle serait
conçu comme une
offensif ou défensif du clan. Ce double rôle, à la fols protec¬
père porte le plastron complet en tant que chef principal.
D. Tilésius corrobore ces éléments en précisant que ce motif
marquait l'obligation de prendre part aux engagements.
sur
positif bien que l'on puisse supposer que, comme les fanaua
avec lesquels II semblent parfois se confondre, ils aient pu
infliger quelque mal à leurs adversaires. La confusion appa¬
rente entre certains fanaua et ce qui correspondrait plutôt à
des pa'i'o, serait cause d'incertitude dans la différenciation
des motifs et s'expliquerait par le côté familial, donc très
tapu, de ces esprits assez redoutés, par ailleurs, ainsi que par
le flou qui régnait dans les esprits à une époque tardive où
les croyances, plus confuses, étalent empreintes de malaise
face à des convictions religieuses nouvelles. Les Handy,
notamment, remarquèrent ces hésitations et apparentes
confusions au cours de leurs enquêtes.
295. Pa’Votïki : motif pour le dos, signalé par
W.Handy, dont il n'existe pas de représentation identifiée.
Le terme est formé de pa'i'o (cf. ci-dessus) et de tiki :
dessin, tatouage, nom du premier homme, divinité...
Tiki est à prendre, ici, au sens de tatouage. Ce nom pour¬
rait désigner un agencement de grands champs noirs, tel
que le pahito du dos, indiqués par W. Handy pour Fatuiva, à
rapprocher du peka tua ou du moho.
296.
Pa’ipa’iHo : nom que Tahara communiqua à
W. Handy à propos des motifs qu'il portait aux jambes ; cf.
pahito. Il fut le seul, ainsi paré des tatouages géométriques
propres à Nuku Hiva, que l'expédition américaine put
observer. L'ensemble fait ressortir un réseau de lignes zig¬
zaguantes claires, en contretype des tatouages noirs. Le
'tout était limité, au haut de la cuisse, par une bande appe¬
lée puhi puha. L'homme qui avait enduré ces souffrances et
celles du paheke était proche, disait-on, de l'ultime étape
qui permettait d'être considéré comme pahu tiki, c'est-à-
dire entièrement noir.
298. Paka : terme générique qui s'applique aux
grands aplats qui ornent le visage et le corps, spécialement
les jambes. Ils soulignent indirectement un réseau de peau
intacte qui forme un second champ décoratif pour ce
tatouage c[ui existait dès avant 1840, mais qui connut,
ensuite, un tel succès qu'il devint le seul "style" bien repré¬
senté dans les derniers temps du tatouage. Pour mieux le
définir, toute une série de qualificatifs peuvent lui être acco¬
lé en fonction des emplacements et des variantes ; cf. pa'i'o
et pa'ipa'i'io à Nuku Hiva et certains pahito, à Fatuiva
notamment. W. Handy note que ce motif, sur la taille du¬
quel jouaient les tatoueurs, pouvait être placé au bras, ce
qui le cantonnait aux hommes, ou aux jambes et, dans ce
cas, il était également porté par les femmes.
Le terme paka signifie : desséché, durci... d'où croûte,
morceau...
P.G.Chaulet, dans ses notes datant des années 1870,
écrit : "Le tatouage des anciens est remplacé généralement
par de larges masses sur le corps." W. Handy ne différencie
pas les paka, sans doute parce que cela ne se justifiait pas
de ses informateurs pour lesquels les divers noms
faisaient que désigner un emplacement, qu'elle était
aux yeux
ne
capable de distinguer tout seule ; quelques-uns sont cepen¬
dant peu communs. Sur les jambes, ces paka se caractéri¬
sent par un découpage en zigzag qui varie selon l'emplace¬
ment ou l'appartenance régionale, semble-t-il : le triangle
pour les Taipi par exemple, les losanges, des zones rectan¬
gulaires disposées horizontalement, parfois très allongées
(cf. les jambes de Tahara ou Marant-Boissauveur), des
découpes en diagonales...
Sur les modèles sur papier, de Kahi (Hiva Oa), ou en bois,
par Teiki O Pua (de Anaho, à Nuku Hiva), on compte ainsi
sur la face interne de la jambe huit paka, de tailles diffé¬
rentes, ornés de motifs de bordure. Chez Tapata (de
Te Patu Tiki
{P
•
L'Art du
Tatouage aux Iles Marquises
Hakaui, à Nuku Hiva), ces paka et fatina ne sont pas déco¬
rés ; ils sont seulement "martelés”, selon l'expression mar-
quisienne, c'est-à-dire entièrement noircis. Il existe, parfois,
de petits motifs intercalaires mais surtout pour le visage.
Un moment, ces compositions furent très concrètement
de grandes plaques "croûteuses" qui, par leur étendue,
mirent parfois en danger la santé, comme le remarquent
des médecins militaires de passage à la fin du XIX" siècle.
Ce tatouage était, à l'époque, très apprécié, en particulier
des Taipi, dont iis mettaient en valeur la résistance à la dou¬
leur. Le nom s'accorde bien à l'évolution de la cicatrisation ;
la zone tatouée commence par sécher en formant une légè¬
re
croûte, en principe quand tout se passe bien, puis des¬
Au-delà de l'allusion au dessèchement "tech¬
nique", se trouve l'idée de durcissement, ou d'endurcisse¬
ment appliqué à un état. À une époque ancienne, il est pos¬
sible que l'allusion à l'hameçon à bonite, qui transparaît ici,
ait rappelé un lien avec une pêche dont l'homme était l'ob¬
jet. À travers tout le Pacifique, la pêche à la bonite en fut le
symbole ; cf. ’a'a hikuhiku, hikuatu, hikupona... paka'a,
quame...
pakamati'a...
299. Paka’a : motif ancien de Fatuiva, porté au bras
et au revers du
mollet, par les hommes, d'après le dessin
d'un tatoueur de l'île pour W, Handy. Il se présente comme
d'étoiles à quatre branches qui surmonte un
pahito assez classique.
Nom du S.-E. qui désigne de petites crevettes ou de
petites anguilles.
Ce terme fait partie de ceux qui évoquent le fait d'être
brûlé ; paka signifie desséché, durci et aux Tuamotu : être
légèrement brûlé, cuit ou desséché... mais aussi complète¬
ment, totalement... Cette notion apparaît déjà avec : etua
paou, ihi poro, ipu puovo, mata puovo, pa'i'o, pa'i'otiki,
pa'ipa'i'io, paka, pakamati'a...
En outre, dans les régions de tradition chamanique, les
étoiles sont considérées comme un étroit passage qu'il est
possible d'emprunter pour accéder au monde des esprits.
un
£36
groupe
300. Paka
akafa’a
:
motif pour les jambes de
femmes, mentionné par W. Handy mais dont il n'existe pas
de représentation identifiée.
Le terme est formé de paka (cf. ci-dessus) puis de aka :
racine des plantes ou Aka, un des dieux du vent :
'aka, au
N.-O. signifie : mesurer à la brasse... mais aussi surnager,
planer sur les airs... et au figuré : vaincus, errants, vaga¬
bonds. Le fa'a est une plante très utile, le Pandanus odora-
tissimus.
Ce nom pourrait appartenir au langage symbolique d'un
chaman par l'allusion au fait de planer ; en dehors de cet
aspect et de l'évocation de l'exil ou de l'errance, se retrou¬
l'allusion aux racines de pandanus évoquées dans le
cycle de Kae, lors du séjour à Vainoki, l'île aux femmes ; cf.
ve
fa'a mana et muko fa'a.
301. Paka
Steinen, cf. fatina.
fatina
terme utilisé par
K.vonden
302. Paka hope : motif placé à l'arrière de la cuis¬
correspond assez bien
à la traduction du terme : morceau pour le derrière.
se, sous la courbe des fesses, ce qui
Que ce soit des modèles proposés à K von den Steinen
par des tatoueurs : Kahi de Hiva Oa, Tauakika de Fatuiva...
ou les tatouages de Takao et de Kekela tous deux de Hiva
Tookohe pour une femme de Puamau,
Napueua, sont un
peu plus simples mais suivent le même schéma.
Le terme est formé de paka (cf. ci-dessus) et de hope : le
derrière, fond, morceau...
303. Paka iti
:
motifs clairsemés sur les membres
inférieurs. Le nom recueilli par K von den Steinen signifie :
petit paka. Ce sont .souvent, d'assez petits triangles dispo¬
sés aux hanches, sur les faces internes du haut de la cuisse,
du genou, du mollet... Ce nom s'oppose à paka nui.
Le terme est formé de paka (cf. ci-dessus) et de iti : petit,
raccourci...
304. Pakamati’a : ce terme s'applique à une per-
'sonne couverte de croûtes de tatouage et, par extension, à
quelqu'un couvert de tatouage ; ce qui se dit également
pahu tiki et pakapakama.
Le mot est formé de paka (cf. ci-dessus) et de matika,
d'où mati'a : marque du superlatif, très... tandis que matiika
est un adjectif qui signifie : brûlant, en parlant du soleil et
t/a, aux Tuamotu : orné de fleurs... et vaillance naturelle...
Ce tatouage pourrait consacrer une incontestable vaillan¬
ce, ce qui
coïnciderait avec les premières observations de
personnages très tatoués : des chefs, des guerriers et autres
personnes ayant un rapport avec la guerre.
En dehors de cet aspect, le terme présente à nouveau un
lien avec le soleil : oumati, son côté brûlant qui dessèche et
brûle (mati : faire le feu, cf. Stimson) et son rayonnement
qui irradie les visages de tiki des casse-tête, l'arme par
excellence des guerriers ; cf. etua paou, etc.
305. Paka me te mata i’o : ce nom, recueilli par
K. von den Steinen, s'applique à un paka orné d'un mata i'o
destiné aux jambes. Il apparaît, sur le modèle dessiné par
Kahi, sur le côté du kohe ta.
Ce nom illustre la facilité à composer des noms à volonté,
il pourrait tout aussi bien y avoir un
paka me te mata hoata : paka avec un mata hoata, etc.
Le terme est formé de paka (cf. ci-dessus) et de me :
avec..., de.te : le, celui qui... puis de mata : visage, œil... et
de 'i'o qui exprime les notions de : disparaître, pouvoir,
en fonction des besoins :
faculté... ou cri d'un revenant, d'où 'io'io ou 'i'o'i'o : esprit
d'un dieu ou d'un mort puis pa'io'io : consacré aux dieux,
tapu ou sacré, fantôme...
Aux Tuamotu, Mataiho est une étoile de la constellation
de Pégase ; celle-ci forme une figure assez analogue à celle
de la Grande ou de la Petite Ourse, mais deux fois plus gran¬
de (M.W. /Wakemson).
306.
Paka mu’o
:
nom
recueilli par K.vonden
Steinen qui désigne le paka de la face interne du genou.
Ce motif est visible sur les dessins de Kahi, le modèle en
bois réalisé par le tatoueur de Anaho, Teiki O Pua (Nuku
Hiva) ou saisi par quelques photos et relevés. Comme le
keheu, cet espace triangulaire allongé est fréquemment
orné, dans ce style tardif, d'une rosace : fe'0'0, he'o'o, pua
hitu, pua hue... La reine Vaekehu de Taiohae (Nuku Hiva)
portait un tatouage aux genoux appelé ti'i mu'o mais on ne
sait s'il était comparable.
Le terme est formé dé paka (cf. ci-dessus) et de mu'o :
genou.
Compte tenu de l'importance de l'arbre à pain dans cette
société et de la place qu'elle lui accorde, signalons dans le
lexique de Crook à "mugo ou mugomugo" pour muo : le
Oa, ceux de Kohu de Ua Huka, de Taniha Ua Huka, tatoué à
Ua Pou... les compositions sont pratiquement identiques.
genou mais aussi bourgeon de l'arbre à pain.
sous
nom
L'agencement débute par un 'ama kopeka et/ou un puto'o
le- fessier, puis s'organise ensuite en triangles ou
losanges décorés de niho peata, hikuhikuatu, 'enata, mata-,
etc. Ceux relevés par W. Handy, réalisés par Kaee et
307. Paka nui : recueilli par K. von den Steinen, ce
désigne uri grand paka.
Comme dans le motif précédent, ils sont visibles sur les
modèles dessinés par Kahi, où ils sont figurés de face et de
profil, ornés parfois d'un mata hoata ou d'un mata i'o. Ils
sont placés sur le haut de la face interne de la cuisse, sur le
côté du kohe ta ou sur la face interne du mollet.
Le terme est formé de paka (cf. ci-dessus) et de nui :
grand... au sens de large, important, difficile, nécessitant de
la persévérance comme pour une tâche de longue haleine.
308. Paka ’oto : nom recueilli par K. von den
Steinen qui désigne les paka situés au creux de l'aine, d'où
’oto, ainsi que les trois ou quatre aplats souvent triangu¬
laires qui s'alignent sur la face interne de la jambe.
Le terme est formé de paka (cf. ci-dessus) et de
cavité, dans, en dedans par rapport à un extérieur.
'oto :
309. Pakapakama : motif faisant le tour du mollet
d'après les notes du père P.G.Chaulet, ou
paka de la face interne de la jambe. Ce nom exprimerait,
également, l'idée d'un martèlement tel qu'il conduit au noir¬
cissement total ; cf. pahu tiki, pakamati'a, papakama.
Le terme est formé de pakapaka, pluriel de paka : débris,
copeaux... et de ma : clair, à travers... mais aussi pâte du
fruit de l'arbre à pain fermentée et conservée dans un silo.
K. von den Steinen traduit ce nom par : croûtes se for¬
mant sur le ma, ce qui serait une façon imagée de décrire le
fait d'être entièrement couvert de tatouages. Il ne s'agit pas
de la première allusion au ma, base de l'alimentation, condi¬
tion de survie, source de richesse et d'échange... si du
moins le chef gère et défend comme il se doit les réserves
des femmes,
communautaires, cf. hau humu ma.
310. Paka puha : nom recueilli par K. von den
Steinen qui désigne les paka de la face interne de la cuisse.
Le terme est formé de paka (cf. ci-dessus) et de puha :
cuisse...
Aux Tuamotu, puha s'applique à un récipient fait de deux
à quatre pièces de bois, ou tubes de bambou, maintenus
par un laçage et muni d'une poignée, destiné à contenir
l'eau lors de grandes traversées, notamment, d'où s'échap¬
per comme de l'eau d'une fente. C'est aussi le nom donné
petit local où étaient tenus, à l'abri des regards et de tout
les enfants de chef,
en
général, afin d'éviter une perte de leur mana (Stimson).
Aux Marquises, ces enfants étaient habituellement élevés
par une nourrice, en montagne, dans le plus grand isole¬
Ce terme désigne ce qui est en forme de croix, croisé, en
travers...
Il pourrait correspondre ipake'a : muraille... et au
figuré : chef.
313. Pakiei, pakipakiei, papakiei ou kakiei :
désignent un motif d'efua aux jambes cour¬
bées et recourbées et dont les bras, traditionnellement
tous ces noms
levés, subissent ou non une déformation se limitant aux
mains ou s'accentuant au point d'évoluer en un motif cruci¬
forme rayonnant qui en fait une variante du hope vehine ou
de certains ke'a. En général simple, la composition peut être
double et représenter Kena et Tefio au bain, comme dans le
papakiei ou pakiei dessiné pour K. von den Steinen par
Vaikau Haka'iki de Fatuiva. D'après les notes du père
P.C. Chaulet, il s'agit d'un motif pour le cou de pied et le
péroné des femmes ; il apparaît sur les jambes de Mono
Hokati dé Ua Pou tatouée par le tuhuna Oaterea dans l'an¬
cien style de l'île, d'après les relevés de W. Handy.
Le terme pakiei signifie : crabe ou couteau... papa dési¬
gne en particulier une sorte d'étagère ou de panier suspen¬
du qui sert d'écrin à des ornements précieux, tandis que ’e'i
et taki'ei désignent une dent de cachalot et le collier de
dents de cachalot ou autres poissons, montées sur un lien et
portées autour du cou ou à la cheville (cf. W.P. Crook et
P.C. Chaulet).
Les sens accordés à paki dans les langues polynésiennes
gifler, frapper ensemble... mais aussi paï, à Tahiti :
apparaît à la suite du tatouage, tatouer,
frapper d'où écrire ; à Hawaii : frapper avec la paume, mar¬
quer son acquiescement en frappant des mains... traiter
sévèrement, rendre lajustice... mais aussi imprimer le tapa...
À Tonga, c'est un bruit sec... Aux Marquises, frapper...
(E.Tregear) et, aux Tuamotu, papaki veut dire : frapper en
cadence d'où l'évocation du rythme du martèlement lié au
travail du tapa et au tatouage (J.F. Stimson). Enfin, papakiei
rappelle le papa taki'ei cité par W.P. Crook dans son lexique
qui ferait de ces deux termes l'évocation d'une sorte d'écrin
sont
:
peau grenue qui
où auraient été conservés
ces
colliers
précieux qui
devaient guère être portés que par de hauts dignitaires.
ne
au
contact extérieur jusque vers seize ans,
314. Pao’o ou paoko : tatouage en arcs-decercle donnant un effet de bombement, situé à la base des
visage^ solidaires autour de deux
'ope'a. Il est disposé de part et d'autre de l'anus, alors
qu'au plus près est tatoué un motif en guirlande comme le
an/ata. Les ama 'ope'a apparaissant ailleurs sur le corps, on
peut imaginer que ce tracé ait pu y être associé et donc, se
retrouver à d'autres emplacements que là où II fut essen¬
tiellement relevé par K. von den Steinen.
Ce nom pao'o ou paoko, désigne le chaton de l'arbre à
pain (Artocarpus altilis) et, dans le groupe nord, un petit
poisson presque noir de la famille des Blénnidés qui ne se
distingue que par un léger bombement du rocher avec
lequel il semble faire corps, jusqu'à l'arrivée des vagues.
Forgé à partir de oho, il signifie, à travers la Polynésie ; sur¬
saut, cri de surprise ou de douleur, impulsion... c'est, à
Tahiti, le premier guerrier pris dans un engagement alors
que paoho veut dire bondir comme un poisson pris dans un
filet ou comme un guerrier qui va vaillamment de l'avant
(E. Tregear) ; aux Tuamotu paongo correspond à une vilaine
blessure, peine, torture... (J.F. Stimson).
Au-delà de l'allusion plaisante, ce nom pourrait s'associer
missure des lèvres s'unissent au centre de la composition et
existe, peut-être, entre la marque protubérante visible au-
ment.
Il est évident que ce nom désigne on ne peut plus claire¬
ment des paka sur la cuisse ; mais on peut supposer qu'il fut
temps où, à cet endroit du corps, de tels adolescents ne
pouvaient être tatoués qu'à la fin de leur période de réclu-.
un
sion et l'aboutissement de leur éducation.
311. Paka upoko : motif pour le sommet du crâne
dont le nom fut recueilli par W. Handy auprès de Taniha et
le motif relevé sur un poteau sculpté en bois polychrome
d'une maison de Ta'aoa (Hiva Oa), conservé â Papeete dans
les années 1920.
Le terme est formé de paka (cf. ci-dessus) et de upoko,
au
N.-O., ou upo'o au S.-E. : tête.
La tracé est une combinaison de visages de profils, acco¬
lés comme les têtes de pilons marquisiens. Les yeux sont les
mata
hoata de quatre
mâchoires entrouvertes. Les motifs traditionnels de la com¬
d'un passage médian, comme dans certains /pu an/.
312.
Pakeka
K. von den Steinen
auprès de Kahi de Hiva Oa, ce nom désigne le tatouage
:
recueilli par
d'un côté du front. Cette demi bande, sur la droite, s'arrê¬
tant au milieu du front est à comparer aux
vahana a'e ou vahana upoko.
kokeka, tiki a'e,
ama
à l'idée de vaillance et de résistance à la douleur. Un lien
dessus de la cheville des tiki (cf. ketu), le ama 'ope'a agré¬
menté de pao'o sur les côtés du genou (comme sur les
modèles de bois photographiés par H.Stolpe à Taiohae) et
la notion de vaillance (cf. po'epo'e, po'e vae). A. Lavondès
note l'existence de telles marques aux
Cambier où elles
affectent la forme d'un losange, comme par exemple aux
hanches du dieu Rao et souligne la présence des termes
Tiki
•
L’Art du
Tatouage aux Iles Marquises
pao'o, paoko aux îles Cook alors qu'à Mangaia, pa'oro cor¬
respond à des tatouages de la jambe et qu'à Aitutaki, il
s'agit de triangles et losanges (pour paeko). Le ama 'ope'a
fait partie des compositions triangulaires et piusieurs motifs,
pour les jambes en particulier, dérivent du triangle ou évo¬
luent vers le losange : 'a'a hikuhiku, hikuhiku atu ou
ponao... À cela, s'ajoute peut-être la très réelle hantise des
hémorro'îdes qui condamnait la personne qui en était attein¬
te à se donner la mort,
était considérée
comme
elle-même et seule, parce qu'elle
contagieuse. Ce motif aurait pu,
dès lors, avoir été exécuté à titre prophylactique.
Enfin, en Polynésie, paroro ou pa/o/o, pao'o... évoquent
invertébré marin ; nom et image qui, à travers le Paci¬
fique, s'associent à des étoiles. À Futuna, notamment, il
s'agit de Sirius et Regulus ; ce pouvait être aussi le nom d'un
un
mois. À Samoa, Futuna, Manihiki, Tongareva comme à
Tahiti paparoro mua et paroro mûri correspondent à une
période située entre mai et septembre. Ces mois avaient
une "épouse" qui était, pour le premier, les alizés à Tahiti, et
pour le second, le vent du nord, Tiu, aux Marquises (cf. M.
Makemson et P. Buck).
315. “PaouhihV' ou pauhihi, po’o pauhihi
po’o paofifi, paufifi et tVi paofifi : tatouage
des épaules. V. Lallour est le tout premier à en donner le
ou
nom. Vient ensuite K. von den Steinen qui, pour le tatouage
qui s'étend du bas de l'omoplate au creux de l'aisselle, parle
de po'o paofifi, ou "morceau de l'épaule", tandis que
W. Handy note dans ses carnets pour le tatouage que
Vaekehu, épouse de Temoana, portait à l'omoplate : ti'i pao¬
fifi. Ces noms, qui désignent un emplacement plus qu'un
motif proprement dit, ont pour équivalents : tafifi, ta'afifi et
tahi'i.
Ce terme pa'uhihi ou pa'ufifi s’applique à l'épaule, d'où e
ivi pa'ufifi : humérus, omoplate et tahi'i paufifi : omoplate.
S'y ajoute, selon les personnes et les lieux, po'o : morceau,
partie... ti'i ou tiki : idole, statue..., tatouage.
Les ornements portés à'l'épaule devaient obéir à des
règles dont aucune ne nous est parvenue, on ne peut
qu'imaginer leur existence si l'on considère l'importance
accordée aux gestes dans lesquels elles étaient impliquées
comme le fait de porter, d'être porté ou le statut de ce qui
avait été porté... objets, enfants, femmes, hommes, nota¬
bles ou étrangers de passage... ; pour un clan, le fait de his¬
ser sur les épaules celui qui avait été choisi était la façon de
le désigner comme chef (cf. H.Lavondès, 1964).
316. Papa huetu : motif masculin qui part de l'ai¬
descend sur les cuisses, d'après les notes du
père
L'exemple qu'en
donne ce dernier est flanqué aux deux extrémités d'un
ne
et
P.G.Chaulet
mata
et
équivalent du 'a'a tikau'e. L'ethnologue note qu'à Fatuiva il
a "obtenu un troisième nom pour les petits bonhommes "à
deux barres" : papa tikau'e ; dans ce cas toutefois, ils étaient
ordonnés en deux longues lignes... comme les sapins qui se
reflètent dans l'eau, au bord d'un lac. Il y en avait dix-neuf
dans la rangée supérieure et dix-huit dans la rangée infé¬
rieure." W. Handy, qui parle de patikau'e dit qu'ils étaient
placés sur la face interne de la cheville de la jambe droite et
réservés aux chefs, d'après Penapena, lui-même haka'iki de
Ua Pou. Par contre, les dessins qu'elle relève sous ce nom
sont UH. peu différents, ce qui peut tenir au changement
d'île et de tatoueur. Ce sont des triangles, étroits et longs,
surmontés d'un rond ; par rapport aux pariho, auxquels ils
ressemblent, leur base est unie par un arc de cercle qui les
groupe par trois. Ce type de liaison, prenant l'aspect d'un
socle ou d'un croissant de lune, se retrouve dans un certain
nombre d'enchaînements, notamment les pate'a.
Que ce
tracé ait eu la vertu, de tenir la mort éloignée de celui qui le
portait n'est pas à exclure.
Le terme est composé de pa : barrière, obstacle... ou de
papa (cf.
mouches.
ci-dessus) tandis que tikau'e correspond à
De l'union de papa et de tikau'e. allégorie de la mort, naît
l'image des longues planches creusées où étaient placés les
morts dont parlent W.P. Crook et R.l. Dordillon. Une autre
image, suggérée par K. von den Steinen, est celle du reflet ;
il écrit ; "Pour les âmes de tous les habitants des Marquises,
le chemin vers le royaume des morts passe par Kiukiu, cap
occidental de Hiva Oa... Tôt à l'aube, elles arrivent en une
longue procession sur la hauteur... le long de la crête de la
montagne, où on peut parfois les voir dans leurs habits de
tapa blancs... Elles sont fines et faibles comme des ombres
ou des reflets...". Ainsi, comme dans la représentation de
certains /pu, un monde en reflète un autre, comme aux ori¬
gines quand deux strates : "Papaiuna et Papaiao ; le rocher
d'en haut et le rocher d'en bas (la Terre-Mère et le Ciel-
Père), ils étaient étendus, pas encore séparés et avaient en
eux, comme
les enfants dans le ventre maternel, leurs fils
prisonniers des ténèbres, dont le nombre varie autour
d'une douzaine...".
La notion de pa est discrète mais présente. Au-delà de la
nuisance concrète que les mouches occasionnent et du soin
à les maintenir toujours éloignées des malades, des morts
des séances de tatouage, etc. se
Dans
les récits anciens, le bruit qu'elles font en nombre, leur
grouillement... évoque ce qui est répugnant, laid ou contre¬
ou des personnes au cours
cachent d'autres images et d'autres appréhensions.
fait (cf. ‘enata, tikau'e, TC. Lawson)...
de K. von den Steinen.
hoata et ressemble à un fourreau de kohe ta mais
serait porté sur la face interne de la cuisse.
Le terme est composé de papa : strate, classe, ordre
(s'emploie pour désigner des personnes de rang élevé) et
de huetu : variété de bananier au régime dressé. Musa fei
ou A4usa troglodytarum.
La valeur symbolique de ce bananier peut tenir à la posi¬
tion particulière de son régime, associée à sa couleur rouge
orangé qui est celle des réjouissances et proche de la teinte
obtenue à partir du safran des Indes : 'eka ou 'ena.
317. Papakama : terme
Dordillon, 1904. cf. pakapaka ma.
318.
furent recueillis par K. von den Steinen à Fatuiva ; c'est un
du S.-E., cité dans
Papakiei : nom cité dans le dictionnaire de
Dordillon, cf. pakiei.
319. Papa tikau’e et patikau’e : motif qui va
de l'aile du nez jusqu'aux oreilles, dont le nom et le tracé
320. Papua : des deux variantes de ce motif, la plus
simple apparaît sur les membres des hommes, mais c'est sur
les jambes et aux mains des femmes qu'elle est la plus fré¬
quente, comme le note W. Handy. Ce peut être un espace
quadrangulaire d'assez petite taille qui n'est pas totalement
noirci mais hachuré. Parfois il s'ouvre, dans un angle, sur
une fenêtre géométrique où apparaît, ou non, un groupe
d"enata. Sur le dessus du bras, ce tracé a parfois un pen¬
dant de l'autre côté d'un alignement ceritral, en partie com¬
posé de figures d'etua. Il se rapproche alors très nettement
du pahito ou de certains paka. L'autre forme, visuellement
proche du /pu ou de l'étrier, car construit sur la base de
demi-cercles superposés, appartient au type "tikigène".
K. von den Steinen y retrouve, en effet, l'image très altérée
d'un etua démembré qui évolua au moment où les ten¬
dances spiralées du tatouage l'emportaient. Ses transforma¬
tions sont si importantes et nombreuses, que le papua se
confond avec certaines formes de /pu et de poka'a. Parce
que sa métamorphose porte exclusivement sur la partie
supérieure d'un demi-etua qui, de plus, est acéphale;
/
consacré aux dieux, tapu... où l'on retrouve la racine pa :
fermeture, barrière... et ce qui tourne autour de 'i'o : dispa¬
raître, faculté de..,, 'io'io : esprit d'un dieu, d'un mort, etc.
K.vondenSteinen le rattache au groupe des hope vehine,
ka'ake, ke'a, vai ‘o Kena... Pour lui, le papua curviligne
émane d'un demi-/pu,
ment d'un seul
celui-ci étant lui-même l'aboutisse¬
Ces motifs pa'aniho, pa'io, patikau'e...
membre de l'etua : la main, beaucoup plus
Dans les tableaux de W. Handy (1938), on
voit ces papua schématisés en oreilles, nez, mains et pieds.
Ce terme papua signifie habituellement : enclos, cer¬
ner...
probablement plus en fonction du lieu, des personnes et de
l'époque que de différences importantes. Ils furent conçus
dans le souci de protéger ou de donner une vigueur parti¬
culière à la partie du corps qui en était habillée.
mais il résulte, lui aussi, de souches diverses, comme
aspect iconographique. En Polynésie, il peut avoir pour
sens : fécond,
qui se retrouve dans pua : fleur et semence
son
ou mapua
324. Pate’a ou pateka : motif "tikigène" issu
d'un demi-etua et de son démembrement qui, comme pour
: qui porte des fruits en abondance d'où, en mar-
quisien,* l'idée d'enclos et par conséquent de jardin
(E.Tregear). Il peut aussi procéder de la racine papu qui,
Tuamotu, signifie : être sûr et certain, correct, de
niveau, aplani... d'où, aux Marquises, papua : petite plate¬
forme destinée au chef, à la poupe d'une pirogue habituel¬
lement de guerre (W. Handy). L'usage de cette plate-forme
rappelle un autre aspect important du monde des ’enata,
suggéré par papua qui, aux Tuamotu, signifie : gober
comme un poisson, dévorer, consommer... : la chasse aux
certains papua, évolua au moment où les tendances spira¬
lées du tatouage prévalaient. Il se présente comme un etua
aux
victimes.
321.
Papua ’au ti ; composition de trois carrés
enserrant un poka'a que W. Handy (1938) classe parmi les
vai to'e ; elle la releva au revers du poignet d'une femme de
Tahuata, sous un po'i'i. Sur le pied, des ensembles très
proches de ceux de Nuku Hiva, Lia Huka ou Fatuiva sont
appelés kaka'o.
Le terme est composé de papua (cf. ci-dessus), de 'au :
feuille... et de ti : Cordyline fruticosa.
dont les bras et les mains se déforment selon un principe
dérivé de ia spirale ou de la grecque (qui existait peut-être
llllllllllllllütlUlllll
dans les 'a'a pateka). L'ensemble de la figure est rassemblée
par une accolade, mais par un trait qui en a l'esprit, où
l'on devine un bombement en arc-de-cercle de part et
non
d'autre de l'etua central qui est visible sur certains pati¬
kau'e. W. Handy releva le pate'a au centre d'un tapu vae, à
la cheville gauche d'un chef de Fatuiva. Ses notes ne don¬
nent pas le nom du chef mais précisent que le mot désigne
la gaule fourchue où l'on accrochait ce qui était mis à l'abri
des rats. Les autres exemples connus viennent de bambous
ou de
Papua ’enata
: composition destinée aux
hommes, à Nuku Hiva, placée autrefois sur la face interne
du mollet, au-dessus de la cheville, d'après le dessin et les
informations de Porioho, tatoueur de Fatuiva.
de papua (cf. ci-dessus) et de
'enata ou ‘enana : être humain né dans l'archipel.
L'espace rectangulaire est cerné par une succession de
papua composés, pour la plupart, non pas de trois, mais de
cinq arcs superposés. Sur un des petits côtés, la disposition
générale est interrompue par le prolongement du rectangle
intérieur. Au centre des deux grands côtés, les "étriers" sont
plus classiques, alors qu'ils se déforment aux angles pour
s'adapter au cadre. L'espace central est occupé par deux
demi-etua séparés par trois traits perpendiculaires (cf. hue
ata et ka'ake sur la valeur symbolique du rectangle). AuLe terme est composé
dessus et en dessous se trouvent, d'un côté, deux papua
triples et adossés, enserrant un espace entièrement noirci
et, de l'autre, deux croissants de lune adossés, tout à fait
clairs. Cette composition pourrait illustrer un récit des ori¬
gines, quand Atea, "le jour clair", se sépare de son épouse
Atanua, "l'aube", et permet, ainsi, à la lumière de donner ia
vie. En s'opposant à l'obscurité primordiale, ils engendrè¬
rent tous les éléments qui constituent le cadre de vie de
I "enata.
323. Pariho
LU UJ
petits motifs anthropomorphes, longs
et étroits, issus du triangle et surmontés d'une "tête” circu¬
laire. W. Handy en fit le relevé au menton de Kiu Ua Huka,
tatoué par le tuhuna Kaioho. Ils se rapprochent beaucoup de
patikau'e qu'elle vit sur le bras d'un autre homme de l'île,
Tihaehitu, tatoué par un tatoueur de Vaipaee (Ua Huka) mais
sans les arcs-de-cercle. Ils s'apparentent également à cer¬
tains pa'aniho et se retrouvent aux mêmes emplacements,
au revers
sur le
AAÂ
:
de la main d'une femme de Hanavave (Fatuiva),
pourtour de la paume et au poignet.
Ce terme
n'esfpas dans le dictionnaire. Les termes appa¬
rentés sont éventuellement pa'io : portion, fonds de terre,
partager... mais aussi paio : adversaire (B.MosbIech) ou
pa'io'io, ayant pour "équivalent” pahorio, riorio : fantôme...
plaques d'écaille des pa'eke'a où sont souvent repré¬
sentés des h/ki a tama.
Le mot pate'a au S.-E., ou pateka au N.-O., correspond à
civière ou un bois crochu, pour suspendre ; pour
W.P. Crook il peut s'agir du bois de portage que l'on place
une
sur
322.
qui tous procè¬
dent de l'idée de protection sont apparentés et ont évolué
rarement le pied.
l'épaule, d'où pateka heana destiné à porter les victimes
de sacrifices, mais l'expression patea papa hope désigne le
bas de la colonne vertébrale et pateka o ehua, la Voie lactée.
325. Pate’a hope, pateka hope et pate’a
tiki : motif sur le sacrum et la région coccygienne, pour les
hommes et les femmes, cf. pahu hope.
Le terme est composé de pate'a (cf. ci-dessus) et de tiki :
le premier humain, divinité, image, tatouage... ; pour K. von
den Steinen, le pate'a tiki, en dehors d'un tatouage, est une
poutre ou un système de brancard pour porter des tiki.
L'exemple que recueille K. von den Steinen pour illustrer
le pate'a tiki est un dessin d'un tuhuna de Fatuiva tout à fait
dans la lignée de celui identifié par W. Handy. Sur les bras
de l'etua se dressent un au plusieurs 'enata à "tête de clou".
K.vondenSteinen rapproche cette disposition du récit de
Pohu qui se déplace en portant sur une perche ces frag¬
ments de corps, ici des têtes, qui sont ses frères ; la perche
correspond ici aux bras très allongés de Pôhu.
Aux Samoa, A. Gell constate que le tatouage est appelé
pe'a (cf. peka tua) et que ce nom correspond à un titre de
noblesse et au nom de la chauve-souris. Il s'applique plus
précisément au tatouage du sacrum, tandis que la chauvesouris, animal prestigieux qui ne va pas au-delà des îles
Wallis et Futuna, se trouve étroitement associée au tatoua¬
ge ; dans les régions où elle n'existe pas, le lézard moho,
mo'o ou moko la remplace peut-être.
326. Pate’a tiki
:
nom
cité par R.l. Dordillon et
K.vondenSteinen, cf. pate'a hope.
327. Patikau’e
: nom
kau'e.
cité par W. Handy, cf. papati-
328. Paufifi ou pauhihi : motif pour la clavicule,
chez les femmes, cf. “paouhihi".
329. Peka tua
mun
:
motif cruciforme sur le dos, com¬
à tout l'archipel, d'après les notes de W. Handy ; à Ua
Pou, toutefois, le terme de moho est préféré. Elle l'illustre
Te Patu Tiki
•
L'Art du
Tatouage aux Iles Marquises
par le peka tua inachevé.du vieux Tahara, de Taiohae, Nuku
Hiva. D'après un autre informateur, moho ne s'applique
qu'à la moitié du corps noircie, par rapport à l'autre tatouée
de motifs soignés ; dans les deux cas les bras sont ornés de
/pu ’oto.
Le terme est composé de peka : croix, se croiser, fourré,
branche, s'étendre
au
loin
comme
les branches d'un
arbre... et de tua : dos.
240
Ce nom évoque les huit grands panneaux (4 paires de
pepehipu) qui structurent le tatouage du dos d'un homme.
Ce chiffre correspond à une façon de compter par paire qui
s'accorde avec une vision de la perfection et apparaît dans
la légende de Fai lorsqu'il réunit les Ti'i vae tahi : "deux mor¬
ceaux donnent une pièce, quatre donnent deux, huit don¬
nent quatre, ce qui était deux cents est devenu cinq fois
vingt...". Au-delà, comme la langue de Ua Pou l'a préservé,
se perpétue une alliance symbolique (sur laquelle A. Gell se
pencha), entre le tatouage et un animal prestigieux, le
lézard ou un saurien en Polynésie orientale, qui donne son
nom à la
pratique du tatouage en Nouvelle-Zélande :
tatouer ou frapper le "lézard": ta moko.
L'image de ce qui s'étend au loin est à mettre en parallè¬
le avec un passage de "Taïpi" de H. Melville, parlant du
Marquisien tapu "Marnoo" qui pouvait passer impunément
d'une tribu à l'autre, bien qu'elles aient été traditionnelle¬
ment hostiles. Il présentait la particularité d'avoir le dos
couvert d'un grand arbre dont la description et le nom
déformé correspondraient au badamier. Un autre arbre
déployé sur le dos d'un "étranger" se retrouve dans l'anec¬
dote sur Hillyard, à Ua Pou.
A. Gell, à propos de pe'a, nom de tatouage associé à la
chauve-souris très répandue à travers la Polynésie, reprend
une constatation faite, notamment, par R. Green, lors de
l'étude du décor de la poterie Lapita sur l'existence d'un
codage ornemental transporté, de place en place, entre
autres par le biais du tatouage ; reproduit, répété mais aussi
repensé, il se trouva réinterprété au gré des mouvements
des Océaniens. Ainsi, à la chauve-souris, qui disparaît à
l'orient de Wallis et Futuna, succéda l'image du lézard et de
ses proches parents ; cf. pate'a tiki. Celles liées au requin, à
des poissons, oiseaux remarquables, petits insectes et
plantes, à certaines activités, etc. continuèrent à trouver
leur place au côté de nouvelles images et perdurèrent dans
un
nom, un
dessin... Il en va de même, du reste, de la
langue et donc du vocabulaire.
330. Peke o mei, pepeke ’au mei ou pepeke ’ou mei : motif anthropomorphe pour la jambe, des¬
tiné aux femmes. Il apparaît sous le genou et accompagne,
à l'époque de W. Flandy et de K. von den Steinen (qui parle
de pepeke 'ou mei), des compositions où il est associé à des
ka'ake et parfois à des po'i'i apparentés aux ipu ani.
Les
exemples qu'en donnent ces deux auteurs sont rattachés à
Fliva Oa et remontent
aux
années 1860-70
:
cf. Mme
Bradera, Napueua, Tuuakeena... Ce sont des variantes du
po'tia hue, de certains vai '0 Kena, de même qu'il existe un
rapport entre eux et l'etua paou.
Ce nom pepeke 'ou mei correspond à des divinités
cruelles qui mettaient les âmes en pièces, nous dit M®
R.l. Dordillon. Il est construit sur les racines peke : fâcher,
irrite,-'..., avec une accentuation un peu différente, c'est
aussi : pêcher à la ligne en nageant, se retrousser... tandis
que 'au et 'ou correspondent à : feuille, manche d'outils,
perche pour cueillir le fruit à pain... et mei signifie : fruit à
pain, Artocarpus altilis...
À Mangareva, peke signifie : amonceler, mettre en tas...
ce
qui s'applique bien aux activités de collecte et de prépa¬
ration des silos à ma, et va de pair avec l'espoir d'éviter la
famine et même de connaître l'abondance. En Polynésie,
tepeke ou pepeke correspond notamment à : croiser les
jambes (E.Tregear), aux Tuamotu, peke donne : sauter,
bondir ou escorter, accompagner fidèlement... reproduire
le mouvement pour projeter une lance, d'où trajectoire,
force et vitesse... mais aussi s'élever dans les airs, flotter au
vent, se répandre...
Le père M.G. Mathias, en 1843, écrit que les Marquisiens
craignaient "des dieux méchants fort célèbres, ainsi : Ao
Mei ou Flau Mei et Flaka Nau, dieux qui dévorent surtout
les yeux." Le père S. Delmas note que les dieux qui récla¬
ment des victimes humaines se caractérisent par cette atti¬
rance ; les yeux sont utilisés par les tau'a dans des prépara¬
tions liées à la voyance. Dans les années 1950, R. Suggs fut
témoin du geste d'une vieille femme balayant sa cour des
feuilles de mei qui y étaient tombées lorsque l'une d'elle
voltigea sous elle. Il remarque alors qu'elle l'attrapa et la fit
passer entre ses jambes en murmurant quelques mots des¬
tinés à conjurer l'esprit malin qui n'était autre, apprit-il, que
l'efua peke 'ou mei : le dieu coléreux des feuilles de l'arbre
à pain. Dans le récit, classique à Ua Pou, qui concerne
Vakauhi : une sorte d'homologue de Ata, les vieilles
femmes qui l'élèvent et lui apprennent à respecter les rités
et honorer les esprits par des offrandes de nourriture sont
les "tetuapeke 'ou mei" (cf. Kahueinui Bruneau pour
Fl. Lavondès).
331. Pepehi, pepehipu et ti’i pepehipu : le
premier terme est défini par un champ noir alors que pepe¬
hipu, pour K. von den Steinen qui a étudié ces deux types
de tatouages, correspond à un martèlement exécuté plutôt
rapidement sur un autre. Le dernier terme, qui est un équi¬
valent, est utilisé par Kahi de Fliva Oa. Son aspect, à l'épo¬
que, se rapproche de certains pahito et des po'o. La diffé¬
entre pepehi et pepehipu résiderait dans le fait que
l'un est appliqué sur une peau vierge alors que le second
rence
l'est sur d'anciens motifs ; usage attesté sur l'archipel, com¬
Pacifique, là où cet art était pratiqué avec
ampleur, en Nouvelle-Zélande par exemple.
Le terme pepehi est le redoublement de pehi : frapper,
assommer, massacrer... et pepehipu abouti à : pardessus...
mais aussi sans but, sans propos... appliqué aux bandes :
"frappées à fond", c'est-à-dire surtatouées.
J.F. Stimson relève dans le langage légendaire, pourpepe,
les sens de : segment, division, côté avec l'extrémité arron¬
die, frontière, limite du ciel... tandis pue pehi signifie : lancer
une volée de pierres, abattre, précipiter à terré, vaincre ethi
:
jaillir, d'où avoir la diarrhée... être pris, emmêlé dans un
lacis, broussaille, embarrasser... ou irradier, rayon lumineux,
rayon de soleil, raie de lumière, cils... lever, les jambes d'où
grimper aux arbres, se hisser... entourer fermement en ser¬
rant. Ce peut être des démons obsédants, nommés I ou Fli,
qui correspqndent à l'esprit d'un mort ou à un être surnatu¬
rel malfaisant mais aussi un éloge, dans des chants...
J.F. Stimson ajoute aux nombreux sens de pu liés à la créa¬
tion et à la procréation, ceux de maître de la connaissance
des invocations du clan, sage qui sait toute chose, divinité...
La différence essentielle, du reste, qui se fait sentir, vers
la fin du XIX' siècle, entre les styles anciens, comme le
Komo'e, et les styles modernes tient à l'extension de ces
zones entièrement noircies qui occupent de plus en plus de
place sur le corps, surtout le torse, le dos et les jambes. En
1881-82, Ch.L. Clavel le remarque ; "Ce tatouage antique
aura bientôt disparu car il est actuellement remplacé par de
larges bandes...".
me ailleurs dans le
une certaine
332. Pepehipu : cf. pepehi.
333. Pepeke
’ou mei : cf. peke o mei.
V
334. Pi’a ’o Tiu, “piautiu”, pirira, pi’ia ou
pi’i’ia ’o Tiu : motif tikigène disposé en ligne ou en fes-
Te Patu Tiki
•
L’Art du
Tatouage aux Iles Marquises
ton, conformément à l'esprit du tràcé, et placé en bracelet à
bouche et le menton, ce qui correspond à la déformation du
visage sculpté à la proue de pirogues de guerre. Dans les
langues polynésiennes, pihao exprime l'idée d'enclore,
d'enfermer comme des pêcheurs qui referment leur filet
(E.Tregear).
Là encore surgit l'idée d'enclore, associée peut-être ici
l'articulation de la cheville, pour les hommes, ou au poignet,
pour les femmes de Fatuiva, d'après les dessins et les infor¬
mations de Porioho, tatoueur de l'île, pourW. Handy. Il peut
également être intégré à une composition : un hue fai et
apparaître sur la courbe des fesses (composition de Tauakika, autre tatoueur de Fatuiva, à Omoa, pour K. von den
Steinen), ou un ka'ava sur le devant de la jambe (chez
Vahana Upoko, femme de Hakahau, à Ua Pou). Issu d'un
"homme-bâtonnet", qui dérive d'un pohu pour K. von den
Steinen; le motif est réduit par endroit à un simple trait et,
qu'il soit entrecroisé ou que le point d'épine qui le constitue
soit cantonné de deux lignes horizontales, \"enata d'origine
devient méconnaissable. Ce motif a pour équivaient les ani
ata, ani haupeka, ani a Tiu et “teia aniatiu".
Le terme est composé de pi'i'ia : troupe, assemblée... à
partir de pi'i ou piri : coller, être uni, se rassembler, faire
alliance, aboutir... puis a qui, en préfixe, marque un rapport
de dépendance, notamment dans le cas d'enfants... et tiu :
annihile du même coup toute possibilité d'ouverture ou de
passage. Les Marquisiens ornaient de crânes leurs pirogues
de pêche car ils leur évitaient de rentrer bredouilles. Au-
delà de ces ultimes preuves de l'importance accordée à ces
trophées et à leur représentation, la place accordée à la tête
et au crâne dans cette société est perceptible.
337. Pihe : d.pi’e’e.
338. Pi’ia et pi’i’ia
nord, vent du Nord.
Ce terme de Fatuiva est traduit par Tauakika par “troupe
et
légion de Tiu" et compris comme la figuration d'amas de
ou
mythologie maorie, Tiu, fils de
Tawhiri-matea souverain des Tempêtes, est lui-même dieu
des vents tandis que dans un autre récit cité par E.Tregear,
il a pour frères Tangaroa et Tawhiri-matea et pour sœur
Poko Haruate Po, première épouse de Rangi, le Ciel.
cité par. Ch.L. Clavel,
^4a
be qui prolonge ces bandes dorsales sur les hanches.
Dans la
335. Pi’e’e ou pihe : tatouage sur le côté des yeux
R.l. Dordillon et K. von den Steinen
qui en obtint une représentation d'un tuhuna de Fatuiva.
Equivalent du paheke double, il s'agit de la marque distinc¬
tive de chefs importants: haka'iki nui. Ch.L.Clavel
explique que le "pihe" est l"'oblique latérale sur la face,
insigne des grands chefs... Aujourd'hui (il y a) deux princi¬
pales sortes de tatouage..^ pour la face (ce sont) le tiapu et
le paheke: Ce dernier peut être simple (oblique unilatérale)
ou double : pihe".
Le terme pi'e'e signifie : diarrhée... construit à partir de
pi : plein, rempli... de 'e'e : s'en aller et pihe : tout à fait
plein, comble... Les sens accordés à pihe, en Polynésie,
donne un autre éclairage à ce tatouage : chant maori enton¬
né au-dessus de corps massacrés ; à Tahiti, chant de condo¬
léances ; à Mangareva, hurlements ; à Hawaij, son de voix
qui se lamentent. Toujours en Nouvelle-Zélande, pihepihe
correspond à un type de ceinture, pihere, à un tatouage sur
lé côté des lèvres et pie signifie : se languir, désirer ardem¬
ment, appeler... (E.Tregear).
En plus de l'allusion à ce qui est rempli à ras bord, comme
une fosse à ma, promesse de traverser les disettes et assu¬
rance de grandes fêtes, cette résonance autour de cri de
deuil, de chant de douleur et de désespoir ou de condo¬
léances sonne comme un écho à l'explication du komo'e,
donnée par le tatoueur à K. von den Steinen ; le pihe pour¬
rait ainsi constituer un autre tatouage, associé à la même
logique et destiné à être porté par de grands chefs.
336. Pihao ou “pihau” : motif composé en visa¬
ge dont la construction est comparable au nutu kaha. Il
semble plus particulièrement destiné aux mains de fem¬
mes ; W. Handy {pihau) en releva un exemple sur Hiaotlu, à
Tahuata (tatouée par un tuhuna de Moea, à Hiva Oa) et K.
den Steinen deux exemples à Ua Pou, sur les mains de
Mahiaitu et de Teani, toutes deux de Hakahetau, s'y ajoute
von
le dessin du tatoueur de Anaho (Nuku Hiva), pour Seale.
Cf. tumu 'ima.
Le terme pihao désigne la proue d'une embarcation, ce à
quoi K. von den Steinen ajoute la portion du visage entre la
339. Pi’i kohe, po’o pi’ikohe, po’o ti’i kohe
ti’i pi’i kohe : champ noir agrémenté de motifs
kohe ta. Ce tatouage est une sorte de cinquième po'o, cour¬
Tiu correspond à une symbolique qui reste, en partie, à
cerner.
’o Tiu : d.pi’a ’o Tiu.
internes, situés sur le haut de la crête Iliaque, au-dessus du
nuages portés par le vent du nord, annonciateurs de pluie.
mieux
souci de contenir ou de maintenir comme l'attache ou
au
kaha qui ferme la mâchoire inférieure d'un crâne trophée et
Le terme est formé de pi'i ou piri : coller, être uni... et de
: roseau, bambou, couteau de bambou... auquel
s'ajoute parfois po'o : morceau, bout, partie, portion... à
Nuku Hiva, c'est aussi le nom générique des cônes (H.
Lavondès) ou tiki, ti'i : image, tatouage...
Ce nom ne fait que traduire la position du motif. Dans la
composition d'un kohe représentant un sabre, il est l'équi¬
valent du ceinturon et de la poignée.
kohe
m
340. Pi’i kotai : motif du bras placé sous l'aisselle,
le côté de la poitrine, dont on ignore l'aspect. Il fut
tatoué à Kena lors de sa quatrième tranche de tatouage qui
sur
succédait à celle du visage, des jambes, du cou et de la poi¬
trine et fut suivie de celle du dos.
Le terme est composé de pi'i ou piri (cf. ci-dessus) et de
kotai : odeur de l'aisselle ou plat à base d'arbre à pain. Aux
Tuamotu, piri : coller, venir à proximité, désirer charnelle¬
ment,
La façon dont le nom de ce motif s'est formé est claire
puisqu'il décrit une position qui correspond à l'emplace¬
ment du motif, qui plus est sous l'aisselle, alors que toute
odeur du corps était dès l'enfance farouchement combattue
par des soins quotidiens et contraignants pour la personne
en
charge du bébé. Pour les hommes et les femmes du
Pacifique, les odeurs et les parfums tienrTent une place sen¬
sible dans l'organisation même des plantations. Aujourd'hui
encore, pour certaines populations, il faut que l'âme prenne
plaisir à rester unie au corps, et que celui-ci l'attire, lui offre
un séjour plaisant pour se maintenir en vie ; à l'inverse, le
père S. Delmas notait que les esprits malfaisants avaient
horreur d'odeurs bien particulières.
341. Pipikatu : nom recueilli par G.H. von Langsdorff,
mais il n'en existe aucune représentation identifiée. Cf. ipu
'atu, pi'i kotai.Ch.L. Clavel, note pour katu, que ce tatouage
du creux axillaire "qui exige une épilation préalable, était un
grand honneur autrefois chez les Marquisiens. Dans l'ac¬
tion de danser et de battre le (tambour), il était montré avec
orgueil par les naturels qui ne manquaient point de lever
leurs bras aussi haut que possible afin de prouver aux assis¬
tants que cette région n'avait pas été plus épargnée que les
autres". D.Tilésius et G.H. von Langsdorff remarquèrent,
dans les accompagnements musicaux des fêtes, le geste de
claquer des aisselles (traduit par pipikatu) afin de produire
un son violent
qui, associé à d'autres effets musicaux, ryth¬
mait l'action.
Le terme est formé de pipi, nom générique de petits
coquillages, perle, grain... et aussi parfumer..., nœud cou¬
lant, prendre au lacet..., bout de la fleur du régime de bana¬
nier d'où suppurer, couler..., katu : écouter en silence et en
fixant des yeux la personne qui parle. Il est à noter que pipi
umauma désigne le sternum.
L'association coquillage et sternum rappelle (avec la note
de W. Handy) un usage très ancien, encore vivant en
Papouasie-Nouvelle-Guinée, qui renvoie, dans ces îles
océaniennes, à un ancêtre de référence légendaire : Roy
Mata qui, bien au-delà des mers et pour son ultime voyage,
porte un spondyle sur le sternum. Cet ornement, gage
peut-être de vie au-delà de la mort, pourrait correspondre
au motif
ovale, au centre de la lisière inférieure du pa ; uma,
porté par de rares personnages de la côte sud de Nuku
Hiva, dont le portrait fut réalisé en 1804.
342. Pirira xd.pi’a
‘o Tiu.
343. Poata : nom d'un tatouage du sud-est, cité par
R.l. Dordillon, dont il n'existe pas de représentation identi¬
fiée.
Le terme poata est formé de po : nuit, ténèbres... et de
ata : image, statue, ombre... et aux Tuamotu : forme, appa¬
rence, reflet, nuage, etc. Il pourrait aussi être construit à par¬
tir de po'a : feuille de cocotier ou poa : amorcer, enivrer le
poisson avec le suc de plantes et fa : à cause de, frapper...
Ce nom a pu jouer sur un des aspects les plus manifestes
du tatouage : l'opposition entre noir et blanc, obscurité et clar¬
té, jour et nuit... Dans la mythologie, rappelle J.F. Stimson, Po
correspond au monde des défunts et des esprits tandis que
poatea est la personnification de la nuit primordiale et Atea
règne sur le monde de la lumière et ce qu'on y trouve, dont les
humains. Ata est aussi un héros, ou demi-dieu polynésien
(Rata) qui se confond parfois aux Marquises avec Vakauhi (cf.
E.Tregear et H. Lavondès, 1966). On trouve ici un peu les
mêmes ambiguïtés et racines que dans kokoata.
Kena ou les visages au genou : poetc. L'aquarelle du Lt
Olivier,
sur
fArche d'Alliance"
en
1845,
en est un
bel
exemple. Sur le corps des hommes, ils s'alignent sur la
hanche, où ils sont intégrés au kohe ta, ou sur le haut du
dos dans le po'o ka'oka'o proche du haut de l'épaule ; ils
peuvent également se trouver côté bras, ainsi qu'aux
abords du coude et du poignet. Sur les jambes, les illustra¬
tions les montrent sur les cuisses dans les paka puha, ou sur
les fesses, proches de kotipi. W. Handy cite pour équiva¬
lents ou variantes : le potiahue, des va/ ‘o Kena et etua
po'ou (cf. etua paou). En outre, certains ke'a et hope vehi¬
ne \w sont apparentés, du point de vue stylistique, ainsi que
des versions issue^
de la répétition très schématisée de
fragments anthropomorphes tirés de l'image, déjà tron¬
quée, de Pohu ; cf. les tracés en guirlande comme les : aniata, anihaupeka, ani a Tiu, ti'i vaetahi et pi'a 'o Tiu.
Le mot pohu signifie : se terminer, cesser..., ce à quoi
J.F. Stimson ajoute une signification qui prolonge le récit :
ne plus pouvoir donner le jour à des enfants, être stérile.
Pohu est le dernier de treize enfants, le seul a être bien
formé, À la suite d'un reproche de son père sur son inacti¬
vité, Pohu se lance dans toutes sortes de défis et aventures
portant ses douze frères et sœurs incomplets avec lui.
Grâce à leurs pouvoirs et leurs conseils, il accomplit de mul¬
en
tiples exploits, tue des monstres dont Tuna... et l'emporte
dans les compétitions, notamment au combat d'échasses,
devenant ainsi le modèle idéal du Marquisien accompli,
comme le souligne H. Lavondès.
347. Pohu etua : motif représentant Pohu divinisé.
Le dessin est identique au Pohu i
'oto te ‘ima, Pohu aux
mains tournées vers l'intérieur, et Pohu tu te ‘ima, Pohu aux
bras levés. Leurtaille peut être plus importante que d'autres
pohu sur d'autres endroits du corps, car l'emplacement est
ici l'omoplate de Takao, de Hiva Oa, dont le tatouage fut
relevé par K. vondènSteinen. Leur attitude peut avoir un
rapport avec des gestes en l'honneur d'ancêtres divinisés
ou etua.
344.
sous
XX.X
XXX
Po’cpo’c ou po’c vae : motif en anneau
le mollet, au-dessus des chevilles, dont K. von den
Steinen est seul à parler.
Il appartient au fond iconogra¬
phique très ancien, issu du tressage et n'était déjà plus très
en vogue à son époque ; po'e vae est un terme de Fatuiva,
équivalent à po'epo'e.
Dans les dispositions classiques des derniers temps du
tatouage, il était presque toujours constitué de triangles
noirs, opposés par un sommet et placé du côté externe,
sous le pahito. W. Handy parle de hikuhikuatu.
Le nom correspond au pluriel de poe : frisé d'où po'e :
ornement en cheveux, en plumes, etc. et de vae : pied,
jambe... ou choisir, élire... J.F.Stimson relève pour poe
notamment : touffe, comme touffe de plumes...
Ce sont ces touffes qui sont schématisées par les tri¬
angles noirs. L'association autour de vae ; jambe et élire, qui
se juxtapose au port d'un ornement placé aux articulations
(des bras et des jambes, selon certains récits anciens) fait
de matières dont la valeur symbolique est forte (plumes ou
cheveux) a peut-être sanctionné la vaillance, cf. pao'o, ou
ce qui y mène : un devoir de
vengeance qu'une simple
mèche de cheveux suffit à rappeler.
345. Po^e vae : d. po'epo'e.
346. Pohu : représentation d'un héros, modèle de
vainqueur sportif, qui illustre le vieil adage universel :
l'union fait la force, souvent scandé par le tatouage.
W. Handy observe que le motif fut tatoué de préférence
sur les mains et les jambes des femmes. Sur leurs cuisses,
en particulier, ils intègrent des figures comme les hope
vehine, flanquent ou sont flanqués d'autres, comme des
Le terme est formé de pohu (cf. ci-dessus) et de etua :
divinité, très habile, devenir dieu.
Dans un épisode du récit, recueilli par K. von den Steinen,
Pohu est appelé "nuit bruissante” mais devient, parie biais
échange de nom avec un habitant de l'intérieur de
Hiva Oa, Hau Mei Uta, que l'auteur allemand traduit par
d'un
"vent de terre" ; le père M.G. Mathias relève que les Marquisiens craignaient particulièrement Hau Mei qui, avec
Haka Nau, passait pour dévorer les yeux. K. von den Steinen
met en rapport ce nom et un moment de l'année marqué
par ce vent, et gouverné par les Pléiades ; mata iti où les
hommes ont 'de "petits yeux", image traditionnelle de la
disette et de la faim. Pohu a pu symboliser la lutte pour se
protéger de ce terrible fléau avec qui il fait alliance par
l'échange du nom. Faire alliance avec ce qu'on redoute est
un moyen de se sauver, tout comme l'image des terribles
fanaua protège les femmes de la mort, au cours de la gros¬
sesse, et de naissances malheureuses.
348. Pohu i 'oto
te
'ima
:
représentation de
Pohu les mains tournées en dedans (cf. ci-dessus). Avec
Pohu tu te 'ima, il fut relevé sur la droite du dos de Takao, à
l'épaule ; ces deux pohu etua sont intégrés à un po'o
et diffèrent par la position des mains, d'où ces
noms qui les distinguent. K. von den Steinen souligne que
ce mythe pousse à son paroxysme un des aspects fonda¬
mentaux de la représentation iconographique marquisienne, que ce soit pour les anthropomorphes ou le monde ani¬
mai : la fragmentation du corps. Le tatoueur privilégie la
partie supérieure du corps qui, dans le fractionnement de
l'etua, sera source de toutes sortes de variantes, beaucoup
plus que la moitié inférieure.
ka'oka'o
Te Patu Tiki
•
L’Art du
Tatouage aux îles Marquises
Le terme est formé de pohu (cf. ci-dessus), de / : prépo¬
sition devant les indications de lieu puis de
dedans... et de 7ma : main, bras...
'oto : cavité,
départ, à la façon d'un cul-de-jatte dans un carré ; sort
"enviable” qu'il partage avec d'autres figures importantes
comme certains hope vehine, kâ'ake, ke'a, va/ '0 fCerra, etc.
Selon les informateurs et les îles, surtout au sud, ses pieds,
aux angles inférieurs du carré, représentent ses propres
extrémités mais se transforment en signe d'habitat; les
autres "détournements" de ce schéma classique sont ceux
où, comme ici, Pohu s'inscrit dans une chaîne et devient :
Pohu i 'oto te '/ma, Pohu tu te 'ima, Pohu te Umauma me te
Le terme est formé de pohu (cf. ci-dessus), de me : avec,
et... de ta : de, à cause de, pour... et ia : pronom personnel,
il, elle... puis fa'e, au S.-E. : maison...
Pour K. von den Steinen, les frères de Pohu correspon¬
dent à différentes formations nuageuses...
raison pour
laquelle ils suivent fidèlement Pohu, lui même associé à un
vent ; c'est aussi la raison pour laquelle, avant de pouvoir
sortir de chez eux, ils étaient accrochés dans un panier, au
faîte de la maison familiale ; détail qui rapproche une nou¬
velle fois ce motif du p/'/'/a '0 Tiu.
350. Pohu tu te ’ima : représentation de Pohu les
bras levés (cf. ci-dessus). Sur le tatouage où il fut relevé,
‘ima, sur la droite du dos de Takao, il est
intégré à un po'o ka'oka'o. Le langage des bras et des
avec Pohu i 'oto te
mains, intimement lié à la danse et aux invocations est un
de cette cujture.
Le terme est formé de pohu (cf. ci-dessus), de tu : debout,
dressé... puis de te : le, celui qui... et '/ma : main, bras.
351. Pohu
te
Umauma
me
Va’ava’a
te
dessin de Tauakika, tatoueur de Fatuiva
comme
:
qui l'interprète
Pohu me ta 'ia fa'e, Pohu avec sa maison ; lecture
contestée à Hiva Oa. La divergence tient à l'interprétation
des
N.-O. : plis, rides ; au figuré : querelle... tandis que po'ao
correspond à : envelopper, réunir, serrer l'un contre l'autre...
L'étymologie suggère que ce nom a pu s'appliquer éga¬
lement au tato'uage qui découpe le corps par grandes zones
(cf. po'o), comme celui du /Warquisien vivant à Tahiti dont
/Warant-Boissauveurfit le portrait.
355. Ponapona : motif sur la jambe d'une femme
dont le nom apparaît dans les notes de W. Handy, mais dont
elle ne donne pas d'exemple identifié. Un motif qui apparaît
dans
son
"pieds" de Pohu vus comme les côtes de ses frères
aînés, d'où ce nom : Pohu avec ses frères Poitrine et Côtes.
K. von den Steinen rapporte qu'il n'était pas rare que, selon
les lieux, les explications des tuhuna divergent.
Le terme est formé de pohu (cf. ci-dessus), de me ; avec,
plus... puis de te : le, celui qui... de umauma : présent que
l'on porte chez une femme qui est enceinte pour la premiè¬
re fois, poitrine et va'ava'a : fluet, de petite taille..., côtes.
Ces frères et sœurs de Pohu sont des embryons qui nais¬
saient à chaque nouvelle lune dans cette famille mythique,
étroitement associée au vent. Ces enfants sont de ces avor¬
tons qui, dans les conceptions polynésiennes, n'en sont pas
moins des émanations divines mais,
dans le récit, restent
individuellement sans force au point d'en être monstrueux,
travail mais
ne
porte pas de nom pourrait lui
convenir : c'est un bandeau pour le pied qui ressemble à un
début de maillage de filet mais correspond à un alignement
d"enata
Va 'ava'a...
autre aspect, tout aussi important,
signifie : couper par petites
au
349. Pohu me ta ia fa’e : représentation de
Pohu avec sa maison. Pohu dans tous ces motifs s'inscrit, au
^44
Le terme panao ou pakao
tranches, rayer, tracer, marquer... et ponad, au S.-E., pokao
; ces
anthropomorphes sont construits sur une
courbe au lieu du schéma angulaire plus habituel.
Le terme ponapona, pluriel de pona, signifie : nœud,
maille... d'où nouer, manière de compter par quatre mais
aussi mot, parole, sujet d'un discours... alliance sacrée, jonc
écangué que l'on porte chez quelqu'un pour avoir des fruits
de l'arbre à pain.
356. Po’o : nom appliqué aux bandes qui découpent
notamment le tronc en grandes zones ; à la différence
des
pepehipu, elles sont agrémentées de dessins sur les bords
ou aux angles. En fonction de l'emplacement, un détermi¬
nant est ajouté à po'o (cf. ci-dessous) ; ces noms ont été
pour l'essentiel recueillis par K. von den Steinen.
Le mot po'o signifie : morceau, bout, partie, portion... à
Nuku Fliva, c'est le nom générique des cônes (H. Lavondès).
Aux Tuamotu, poro veut dire : appeler, proclamer, invoquer
ou désigne l'extrémité arrondie d'une chose, d'une bâtisse,
du coude, du talon, le fessier, etc. Aux /Marquises, pokopoko désigne le sexe de la femme. Dans les langues polyné¬
siennes, le sens général que fait ressortir E.Tregear est
arrondi, creux, concave... po'o, aux Samoa, correspond à la
tête, qui se dit upoko, dans l'archipel. La perle d'os tubulai¬
re, souvent façonnée en tiki : ivipo'o désigne, à Flawaii, les
os du crâne {iwi poo), hopepoo ou panepoo : la nuque, et
poonoonoo : la pensée, la réflexion.
Les termes où apparaissent po'o, pu, puovo ou pahu, qui
suggèrent une forme circulaire ou la notion de passage...
ont dû être associés à des tatouages d'un usage limité, à
l'origine.
357. Po’o kake ou po’o ka’ake : motif sur les
malléoles des hommes et des femmes, selon les notes du
père P.G. Chaulet. Il n'eh existe pas de représentation iden¬
tifiée, mais quelques relevés de W. Flandy peuvent en don¬
ner une Idée ; cf. ka'ake.
Le terme est formé de po'o (cf. ci-dessus) et de ka'ake
associé à l'image d'une courbe montante.
Là encore, il se peut que ce tatouage ait été d'un usage
lis trouvent pourtant place au panthéon marquisien, grâce
restreint, compte tenu des règles qui touchaient les ka'ake.
inefficace ; belle image d'une société marquisienne
358. Po’o kaki : champ noir sur le cou agrémenté
de motifs internes : koniho et koko'o hau... ; cf. uhipapa et
de chacun mis au service de tous par le biais du
mieux adapté, Pohu, qui au départ n'était qu'un adolescent
aux dons
assez
qu'illustre celle d'un groupe étroitement uni !
352. Po’i’i
ou
addenda page 261.
353. Poka’a
page 261.
poriri : cf. planche page 115 et
cf.
planche page 104 et addenda
354. Ponao ou panao : motif formant un large
bandeau sous le genou des femmes, dans l'ancien style de
Fatuiva, d'après l'esquisse et les informations de Porioho,
tuhuna de l'île, pour W. Flandy.
ti'i pepehipu lorsque celui-ci est situé sur la gorge.
Les termes po'o kaki et uhi papa désignent l'omoplate ; il
est formé de po'o
désir...
(cf. ci-dessus) et de kaki : cou, gorge...
Pour le tatoueur cet espace s'étend du haut de l'omopla¬
te à l'articulation du
bras comprise ; une partie également
Crook associe ce nom à
l'appétit et E. Tregear fait ressortir un lien entre le cou et la
couverte par la cape en cheveux.
désobéissance.
359. Po’o ka’oka’o
:
champ noir agrémenté de
motifs internes sur les côtes ; cf. po'o tua et ti'i ka'oka'o.
/
Ce nom est formé depo'o (cf. ci-dessus) et de ka'o : côté
de la vallée le plus proche de soi... caché d'où épier, espion¬
Ce terme signifie :
belle, élégante, pleine de charmes ;
pour les hommes, l'équivalent est po'ea.
Il apparaît également dans un autre nom de tatouage
mais aussi difficile à comprendre ou à apprendre... et
noyé ou couvert de... qui donne ’ua ka'o 'i te tiki : il est tout
couvert de tatouages ou ka'o puhi : qui ne craint pas les
filles, au terme de leur période de formation, subissaient
Comme pour la plupart des noms bâtis à partir de po'o ou
souvent, et pouvaient recevoir un nom qui confirmait beau¬
ner...
balles.
destiné cette fois aux hommes : mata po'otu.
une examen
Les jeunes
attentif de leurs parties génitales, sur le tohua
n'exclut pas un jeu de sens, portant par exemple ici sur la
té, couleur... de ce qui faisait leur charme. Les hommes du
clan pouvaient prendre une part active à cette inspection
de combattre se modifièrent sous l'effet d'influences exté¬
taient un requin au bras.
t/7 et un déterminant, celui-ci décrit un emplacement. Cela
capacité à détourner les coups ou la qualité du camouflage
obtenu ; ce qui fut sans doute important lorsque les façons
rieures...
360. Po’o keho
figures sur la face externe des
cuisses, jusqu'à l'aine, d'après R.l. Dordillon ; le D' L. Rollin
ajoute qu'il est continué jusqu'à la hanche parle ipu 'a'o ; cf.
momotuhena, paka ‘oto.
Ce nom est formé de po'o (cf. ci-dessus) et de keho :
basalte..., longue pierre carrée.
À propos de keho, E. Tregear note dans les langues poly¬
nésiennes l'allusion à des roches particulières (résistantes,
difficiles à tailler ou ayant un beau poli, etc.), ce peut être
aussi le nom donné à des empilements de pierres ou cairns,
:
à des monuments ou divinités de pierre, un pic ou sommet
pointu d'une colline ; cf. keho.
361. Po’o kohe : motifs rectangulaires sur le devant
de la jambe de Tuuakeena qui fut tatouée par un tuhuna de
Atuona (Hiva Oa) ; le kohe ta n'était, en effet, pas un motif
réservé aux hommes. Ici, toutefois, le tracé n'a pas de rap¬
port avec un kohe mais correspond à un hope vehine.
Ce nom est formé de po'o (cf. ci-dessus) et de kohe :
bambou, roseau, couteau...
dans certains cas ; V. Lallour note que les femmes consa¬
crées, ou qui se consacraient aux activités sexuelles, por¬
368. Po’o tua : champs noirs agrémentés de motifs
internes sur le dos ; ils peuvent rejoindre le panneau tatoué
sur le torse ;
cf. peka tua et pepehipu.
Ce nom est formé de po'o (cf. ci-dessus) et de tua : dos,
échine, derrière...
369. “Potia hue” : motif anthropomorphe équi¬
valent de peke o mei et vai 'o Kena, d'après W. Handy qui
en
recueille le nom et le tracé sur la jambe de Tuuakeena
(Hiva Oa). Il est dispersé sur l'ensemble de la jambe, que ce
soit au dos ou sur le devant, et associé à des ka'ake et patikau'e.
Le nom potia ne figure pas dans le dictionnaire ; pot/veut
dire : crabe,
bigarré ou embarcation... et a qui peut mar¬
quer un caractère sacré ; poti'a'a signifie : nuire, tromper,
sorte de maléfice et hue désigne : tout récipient à large
ouverture et la plante qui produit une variété de calebasse,
Lagenaha siceraria ; au figuré, ce nom désigne le chef.
Les motifs de crabe sont fréquents. En Nouvelle-
Zélande, le nom de Te hue est donné à une étoile rattachée
à la tribu des Tuhoe (M.W. /Wakemson). Aux Tuamotu, hue
signifie : grande peur, grande perturbation mentale...
362. Po’o paofifi ou po’o pa’ufifi ou po’o
vulve, sexe de la femme. Peut-être existe-t-il un lien entre la
363. Po’o pi’ikohe : cf. pi’ikohe.
esprits malfaisants et l'équivalence avec peke o mei ; ce
tatouage aurait eu dès lors une vertu prophylactique.
pauhihi : cf. '^‘paouhihi”.
364. Po’o pito : il est possible que ce nom ait dési¬
gné un tatouage autour du nombril (pito) pour lequel il n'y
a pratiquement pas d'information, cf. vai me'ama.
peur à laquelle il est fait allusion par étymologie, le sexe de
la femme qui par ses caractères peut mettre en déroute des
Ce nom est formé de po'o (cf. ci-dessus) de pito : nom¬
370. Pu : motif s'inspirant du coquillage ; les
exemples recueillis sont de Ua Pou et se situent au-dessus
de la malléole de femmes : Vahana Upoko de Hakahau,
pour K. vo'n den Steinen, et Te Hono Hokati de Hakahetau,
pour W. Handy, tatouée au-dessus de la cheville droite.
Ce nom signifie : source, origine, tronc... d'où ivi pu :
sacrum, os pubien ; il désigne aussi de nombreux coquil¬
lages (gastéropodes) dont la conque marine et les instru¬
ments de musique par où passe le souffle...
Dans cette symbolisation de conque marine, l'importan¬
ce tient à révocation de la femme et au potentiel de vie
qu'elle fait passer, tout comme le coquillage permet au son
puaina ou puaika : oreille... Aux Tuamotu, pito signifie : cor¬
don ombilical, nombril... extrémité d'une terre, d'une corde...
note que les symboles de vulves abondent dans l'iconogra¬
365. Po’o pito ’ua puaina : motif à l'oreille dont
le nom et le dessin furent recueillis à Ho'oumi, vallée'voisine
de Taipivai (Nuku Hiva), par K.vondenSteinen, et par
W. Handy à l'oreille de Relu Tataikua, à Puamau (Hiva Oa) ;
cf. vi'ipuaika. Sous le lobe peut être tatoué un dessin rayon¬
nant, dérivant de
l'alignement d"enata, à qui W. Handy
donne le nom de aniatiu précisant que c'est un équivalent
du ani haupeka.
bril..., commencement, lieu..., de ua : creux, trou... et de
point extrême d'une frontière ; au figuré pitopito désigne le
des émotions intérieures (J.F. Stimson).
Ch.L. Clavel relève que "chez quelques femmes, le lobu¬
le de l'oreille et la région mastoïdienne sont agrémentés de
légers dessins de rosaces".
cœur, le siège
F. Forment (Catalogue de l'Exposition de
Bruxelles, 1990)
phie de l'île de Pâques et rerparque qu'un des synonymes
de henua : terre, est kainga : matrice. Tandis que placenta
se dit pu henua, littéralement : ouverture et terre. Il ne
s'agit donc pas forcément ici de la représentation d'une
conque, comme le présente W. Handy en 1938.
Ces deux motifs ovales sont conçus comme un corps
366. Po’opo’o : motif à l'aine des femmes, d'après
ouvert, de part en part, d'une fente longitudinale ou cruci¬
Ce nom est formé par le redoublement de po'o (cf. ci-
comme
les notes du père P.G. Chaulet ; cf. ipu 'a'o et momotuhena.
dessus), ce qui peut marquer le pluriel.
367. Po’otu ou “epootu” : motif de Fatuiva et
Ua Pou, dont W. Handy dit dans ses notes qu'il était destiné
au
de se diffuser ; le son est lié au souffle et celui-ci à la vie.
bras. Il n'en existe aucune représentation identifiée.
forme. Chez Vahana Upoko, l'animal n'a... ni queue ni tête,
nombre de demi-etua réunis par un long corps le
long duquel s'alignent de petits 'enata ; K. von den Steinen
les range souvent au rang des tortues, ou ke'a, lorsque ces
"extrémités" accolées créent, d'une certaine manière, une
carapace intermédiaire. Chez Te Hono, le demi-etua animal
est plus classique,
il se rapproche de 'aukohai, ou "tortues
Te Patu Tiki
•
L'Ari du
Tatouage aux lies Marquises
bipèdes" ! Les membres de l'etua sont dessinés comme des
et deux poka'a classiques leur sont
de l'adolescente est appelée "/7" et se rapproche de celle où
371. Pua hitu ou pua fitu : ancien motif en
forme d'étoile au genou des hommes de Nuku Hiva, selon
gage de fécondité.
variantes de poka'a
accolés.
les informations et le tracé recueillis par W. Handy auprès
de Porioho, tatoueur de Fatuiva. Il existe plusieurs variantes
le thème d'une fleur à sept pétales ; ceux-ci sont sou¬
sur
vent
aux
triangulaires. Un motif rayonnant était souvent intégré
compositions de la face externe du genou ; cf. paka
mu'o.
Ce terme est formé de pua : nom générique des fleurs et
particulièrement du Fagraea berteriana, mais aussi :
corolle..., fleurir, rejeton, descendant de la race de... et de
hitu, au N.-O., ou fitu : sept, septième, innombrable.
E.Tregear note qu'à Mangaia (au sud de Rarotonga, îles
Cook) le Fagraea berteriana ou pua est l'arbre mythique des
âmes ; aux Tuamotu, c'est le nom d'une étoile remarquable :
Eridan (10' des étoiles les plus brillantes du ciel), dont le
mouvement est assez comparable à celui des Pléiades ; aux
Marquises, hitu nui : la grande étoile, désigne Vénus
tout
(M.W. Makemson).
Qu'il s'agisse d'étoile (cf. pua puaka) ou de la fleur du
373. Puaina ou puainga : dessin, en partie spi¬
ralé, à l'arrière de l'oreille d'une femme de Taipivai (Nuku
Hiva). W. Handy donne également ce nom à un motif en
forme d'oreille, venant de Fatuiva, pour l'exemple cité ;
c'est une variante du poka'a. Il se situe au sommet de l'axe
vertical qui sépare les deux ipu classiques de la face interne
du bras. Cf. ‘a'a puaika, omua puaika, po'o pito ua puaina,
taiana puaina, vi'ipuaika.
Ce terme puaina au S.-E., puainga à Taipivai, puaika au
N. signifie : oreille.
374. Pua puaka ou puha puaka : motif circu¬
laire dont l'usage est comparable au pua hue ; autres équi¬
valents : fe'0'0.
L'expression puha puaka désigne un tressage ornemen¬
tal en fibre de coco sur le pa'ekutu ou pa'enutu, c'est-à-
dire la pièce de bois qui supporte les chevrons du devant
Fagraea, le symbole est toujours celui de la communication
entre deux univers. Ceci est manifeste dans plusieurs récits
anciens. Quand Pohu cherche une compagne, Flau Mei
Uta, son ikoa, le conduit dans la montagne, là où poussent
de la case. Le terme est composé de puha : cuisse... et de
puaka ou pua'a : animal, cochon... ; au figuré, nom de la
deuxième des dix-sept étoiles saisonnières recensées, par
M.W. Makemson, aux Marquises, peut-être l'Épi de la
Vierge qui domine novembre-décembre, début de la récol¬
mains, une tresse dont tu saisiras le bout d'en bas..." L'allu¬
façons selon qu'il s'agit d'un motif floral ou que l'on consi¬
quent pour ce qui est important ; pour des étoiles, le sens
d'innombrable est à retenir. Le récit de la vehinehae, ou
peut avoir un lien avec ce que représente le thème de l'étoi¬
le, ou l'une d'entre elles plus précisément ; cf. pua hitu. Les
les pua aux fleurs parfumées, et lui dit : "Il y a une foule de
femmes sur l'arbre pua. Celle à la cime tient, dans les
sion aux étoiles est claire. Le décompte par sept est fré¬
246
l'enfant, jeune, est placé sur les épaules de son oncle mater¬
nel (cf. hiki a tarna). L'assistance, venant de plusieurs val¬
lées, offre des chants et des fleurs qui sont peut-être un
revenante, Kopuhoroto'e en est un exemple remarquable.
Le fils de l'épouse de Tuteanuanua : Kakaatumeika se rendit
en
au
montagne pour rencontrer des compagnes. Elles étaient
nombre de sept et vivaient dans un arbre, un pandanus
te du fruit de l'arbre à pain.
Il semble que ce nom puisse être orthographié des deux
dère l'emplacement ! Quant à sa signification profonde, elle
fleurs ont symbolisé des étoiles,
comme des
considérées elles-mêmes
points de passage du ciel et comme des repères.
375. Puha tahi
:
motif sur la face interne de la
qui avait sept branches et les jeunes filles correspondaient à
sept fleurs {pua hitu) différentes. Chacune portant le nom
d'une plante, l'une s'appelait kaupe (nom du pua, au sud),
une autre eva, belle fleur à sept pétales dont le fruit servait
traditionnellement au suicide : le Cerbera manghas, etc.
L'élue de son cœur fut tuée par ses sœurs, jalouses, et il dû
partir à sa recherche dans l'autre monde (par Kehueinui
pour H. Lavondès, 1964).
jambe de femmes de Fatuiva, sous le genou d'après le des¬
372. Pua hue : motif rayonnant, comparé à une
fleur, le plus souvent intégré à une composition triangulaire
miniatures sur écaille, ce tracé, sans les visages, est utilisé
grande articulation : le genou (cf. paka muo) ou
l'épaule (cf. keeheu) ; il a pour équivalents certains ikeike,
les fe'0'0 et pua puaka. W. Handy note qu'il était appliqué
de préférence aux jambes d'hormmes. Des motifs floraux
pouvaient se retrouver ailleurs sur le corps, mais le nom
donné dans ce cas au tatouage n'a pas été conservé.
W. Handy en donne un exemple relevé au dos de la main
sin d'un tuhuna de l'île.
Le terme est formé de puha : cuisse... et de tahi : un...,
s'unir, se réunir...
Le motif recueilli par W. Handy illustre bien l'idée
d'union. Il s'apparente au ka'ake et se termine à ses deux
extrémités par un mata très simple. Sa composition partici¬
pe du même esprit que les ke'a, constitués par la réunion de
deux demi-corps. Dans la sculpture, en particulier dans les
pour suggérer des jambes fléchies.
sur une
d'un homme de Hiva Oa ; il avait été réalisé par un tatoueur
de Fatuiva (cf. planche style p. 170).
Ce terme est formé de pua (cf. d-dessus) et de hue : réci¬
pient à large ouverture et plante qui produit une variété de
calebasse Lagenaria siceraria ; au figuré, ce nom désigne le
chef. Pour K. von den Steinen, le dessin représente une fleur
de cucurbitacée (hue) : calebasse, courge ou potiron...
Ces deux termes désignent, en Polynésie, une étoile : Te
hue, "la gourde", étoile des Tuhoe en Nouvelle-Zélande, et
Pua, aux Tuamotu (cf. ci-dessus et M.W. Makemson).
Dans le récit de Fai, des ka'ioi montent dans la montagne
rencontrer des jeunes
filles occupées à cueillir des fleurs de
pua. Elles doivent en faire des couronnes destinées à la fête
en l'honneur d'une fille de Fai. Cette sorte de consécration
376. Puhi : motif pour les membres, de préférence
les bras et le haut des cuisses pour les hommes (cf. puhi
puha) et les jambes pour les femmes ; cf. Tahia Tahaani de
Tahuata et le dessin du tatoueur de Anaho (Nuku Hiva).
Pour K. von den Steinen, l'animal serpentiforme (anguille ou
murène) qui est symbolisé ici s'apparente à une chenille ; il
figuré par un double trait cilié, souvent repris sur la frise
inférieure des casse-tête.
est
Ce nom désigne murènes, anguilles et anguilles de mer...
et par extension les armes à feu.
La place tenue par ces animaux dans les récits anciens est
ambiguë. En tant que nourriture, elle était presque toujours
tapu. Une part de sa valeur symbolique est liée à la guerre.
La légende la plus importante concerne la ruse imaginée par
une petite anguille d'eau douce, Kuee Iti de Hanavave
(Fatuiva, petite île la plus au sud de l'archipel) pour attirer et
tuer l'immense anguille Kuee Nui, de Taipivai (Nuku Hiva,
grande île du nord). Cette estime particulière n'est, sans
doute, pas sans rapport avec le fait qu'on la retrouve sur les
casse-tête et qu'on l'associe au cent-pieds : ve'i. Lorsque le
•
tracé du puhi se combine avec l'idée de douleur qu'inspire
T
produise l'inverse, qui donne ces alignements
appelés kikiva puhi...
Leur présence sur des jambes féminines se justifie par
une analogie toute autre qui transparaît dans l'association
entre l'anguille et le bas-ventre ; elle est sensible dans quel¬
ques récits, dans l'association faite entre l'animal et le carac¬
381. Ta’a : motif symbolisant une sorte de dard,
peut-être le peigne du tatoueur ou un harpon (W. Handy) ;
Kahi de Hiva Oa représente cette pointe, vue de profil, au
cet animal, il naît un motif cruciforme : le vei pufau, à moins
que ne se
tère "dévorant" dévolu au sexe de la femme,
377. Puhi puha : motif issu d'un thème animalier
qui en fait une variante du puhi. Ce fut probablement un
tatouage ancien de Nuku Hiva, déjà signalé par V. Lallour,
qui apparaît aussi bien sur des'-jambes d'homme que sur
celles de Tahia Kahee, princesse de Hakaui, tatouée de
façon traditionnelle. Il encercle le haut des cuisses comme
jarretière dont le remplissage est fait de chevrons, ce
qui le rapproche du ivi einui ou ivi puhi, ou de simples
une
hachures verticales.
Le terme est formé à puhi (cf.
cuisse...
ci-dessus) et de puha :
378. Pu’oe ou puho’e : tatouage mentionné par
le dictionnaire de R.i. Dordillon. Il n'en existe pas de repré¬
sentation identifiée.
Terme qui se traduit par : vrille, tordre, tourner, et auquel
J.K.E. Buschmann ajoute :
"bouhohé", au nord : flûte à deux
tuyaux. Il est composé de pu : source, origine, tronc...
coquillages (gastéropodes), instruments de musique par où
passe le souffle... et d'un oe dont la forme la plus pertinente
semble être ho'e : rayer, cannelures, crénelures..., écanguer,
ôter les piquants, racler ou enlever la peau d'un cadavre.
Il est assez remarquable de trouver juxtaposés le fait de
peler un corps et la notion d'origine ; ils rappellent le proces¬
sus très long, ua ho'eteki'i, qui consistait à retirer le tégument
imprimé par le tatouage pour redonner à la personne son
aspect originel. Seules des femmes considérées, au moins
momentanément, comme tapu pour leur entourage pou¬
vaient s'y consacrer, dit le manuscrit de R.I. Dordillon confié à
E.S.C. Handy (1923). L'autre procédé, moins contraignant,
était de gratter la surface de la peau, en l'huilant et la massant,
afin de faire mieux ressortir le tatouage. Dans les rituels funé¬
raires, les morts ne quittaient les vivants qu'une fois ces rites
d'embaumement terminés ; cf. i'a va'u, tatatahi.
379. Puto ’o : composition sous les fesses, pour les
hommes ; il consiste en un paka qui souligne les courbes du
fessier à la façon d'un 'ama o'peka beaucoup plus étiré. Il
est souvent terminé, au moins à l'une de ses extrémités, par
poka'a, un hena ou un ke'a... C'est un motif très
apprécié qui semble, dans (es derniers temps du tatouage,
indissociable des compositions pour la jambe, puisque cha¬
que relevé de W. Handy en donne un exemple. Pour lesi
femmes l'équivalent, note-t-elle, est le hope 'a'o. Pour
K. von den Steinen puto'o ferait allusion au fond d'un filet.
Le terme est formé de pu (cf. ci-dessus) et de to'o : gros,
saillant (pour le ventre), protubérant (front, etc.), petit filet
au bout d'une perche, grosse racine, tubercule...
un ou deux
Le dessin et certains sens de la traduction tendraient à
associer ce tatouage au thème de la fécondité.
380. Puto’o ke’ike’i
au
: nom
donné aux nutu kaha
dos de la cuisse de femmes, dont ceux de Napueua de
Hiva Oa ; ce terme, mentionné dans les notes de W. Handy,
n'est pas repris dans la légende des planches du bulletin.
Le terme est formé de puto'o (cf. ci-dessus) et de
ke'ike'i, piuriel de ke'i : pleurer à chaudes larmes, fesse.
Le sens de ke'ike'i semble conçu pour ce mariage entre
emplacement et un motif qui évoque un crâne et, sans
doute, le fait de pleurer un mort.
un
mollet d'une femme.
Index
.
pointe, aiguillon, dard..., peigne des
tatoueurs..., crier, appeler.
Ce mot signifie :
Dans le récit de Fai, le héros aborde un pays rocheux :
Kuu O Hotu où habitent les Ti'i Vae Tahi, et il voit au matin
lever une première étoile : Taavera. K. von den Steinen
indique queTawera, en maori, correspond à Vénus (au sens
d'étoile du matin précise E.Tregear). Dans le nom de cette
étoile, wera correspond à chaud ou brûler...
se
382. Tafifi : motif dérivé d'une figuration anthropo¬
morphe appartenant au style komo'e dans une composition
du tatoueur Tauakika de Tahuata, pour K. von den Steinen.
Il épouse la forme du vei pufau qui lui succède légèrement
au bas de l'épaule.
Cé nom correspond à un arbuste odoriférant, probable¬
ment l'Aiyxia steiiata (à Tahiti, jasmin sauvage : Aiyxia scan¬
dons : pitate oviri). La forme tahi'i (cf. tahi'i) correspond à :
éventail et tahi'i paufifi à omoplate, tandis que ta'afifi signi¬
fie : grimper, s'accoler... pour les plantes. La cueillette de
cette plante était tapu et réservée aux tau'a : des chants et
le sacrifice d'un cochon la précédaient. Son écorce pouvait
servir à fabriquer une sorte de tapa. Ses autres noms sont
katea, mehe ou encore me/e qui signifie : serein, beau, pro¬
fane... tandis que ameie veut dire exorciser, désacraliser.
L'autre plante qui lui est associée dans cette composition
est une variété de fougère rampante, un Lycopodium.
Dans ce motif se croisent l'allusion à un emplacement :
l'omoplate et à un objet qui lui ressemble : l'éventail et par
extension, à la marque d'autorité qu'il représente. Il est pos¬
sible que ce motif fasse le lien entre le tatouage des épau¬
les, l'autorité et certaines pratiques comme celle de soule¬
ver de terre et porter sur ses épaules celui qui était désigné
comme son
chef (cf. H. Lavondès, 1964).
383i. Tahape : nom du dictionnaire de R.I. Dordillon,
cf. tahapu.
384. Tahapu et tahatahapu : tatouage diagonal
de la face, mentionné par V. Lallour. Equivalent du paheke et
du tahape, il part du front, couvre l'œil et une partie de la
joue. C'est aussi, note le père P.C. Chaulet, un motif mascu¬
lin qui part des côtes et s'étend en travers,-jusqu'au milieu du
ventre ; K. von den Steinen en donne une illustration avec le
po'o ka'oka'o (autre nom de ce motif) de Takao (Hiva Oa).
Ce nom est formé de taha : facile..., marcher, s'en aller,
dernier repas qu'on donne pour un mort..., endroit, por¬
tion... d'où haka'iki taha : chef peu important et pu : sour¬
ce,
origine... son, souffle... ou, parmi de nombreux sens
liés, aux Tuamotu, à la création et à la procréation, ceux de
maître de la connaissance des invocations du clan, sage qui
sait toute chose, divinité... (J.F. Stimson) puis de pe : mau¬
vais, usé, inconvenant, méchant, indécent..., au figuré :
oublié... Il faut ajouter à cela les sens notés par E.Tregear
pour taha : côté et pe
qui, la plupart du temps, fait allusion
à quelque chose de : très mûr, mou, en train de pourrir ou
de se décomposer... mais qui comme à Hawaii, à l'inverse,
à côté de : humble, courbé, écrasé... signifie aussi : endui¬
d'onguent parfumés... ou doux comme la voix d'un ami I
Pour K. von den Steinen, ce nom veut dire : pièce simple,
sans art. Le tatouage facial n'en désignait pas moins,
comme le souligne Ch.L. Clavel, un certain nombre de
re
chefs; P. Loti, l'illustre avec un chef de Taiohae (Nuku Hiva)
dont il fit le portrait en 1872. À l'inverse du pi'e'e, il a peutêtre été porté par des chefs secondaires.
247
Te Patu Tiki
•
L'Art du
Tatouage aux Iles Marquises
385. TahVi ou tafi’i : motif d'éventail, porté dans
le dos ou sur le bras, qui a peut-être des équivalents non
'enata réduits à leur plus simple expression, se retrouve
dans plusieurs compositions et suggère le côté incalculable
de la descendance, un thème
figuratifs, comme le tafifi. Un tuhuna de Fatuiva en donna
un
exemple à K. von den Steinen, qui rejoint celui de la flûte
C'est le cas des chevrons, des alignements de minuscules
de bambou conservée au Musée de Bâle, en Suisse, et dont
points, triangles ou carrés, etc. Les quatre autres doigts
Ch. Noury fit le dessin en 1848-49.
sont, du reste, ornés de dessins procédant de cette idée. Il
Le terme tahi'i, au N.-O., ou tafi'i, au S.-E. signifie : éven¬
présentent comme une alternance de : aniata, ani a Tiu
(motifs en pointe d'épine, souvent) et de ave.
Dans les autres tatouages des orteils, où le décor peut être
deviné, on retrouve les lignes ondulantes, les etua et des
compositions faites de poka'a.
Ce nom est formé de ta : tatouer et particule qui commu¬
nique l'idée de faire devenir... mais aussi marque du pluriel
tail ou arbrisseau... et au figuré ; chef ; l'expression tahi'i
se
ou ti'i vae tahi
paufifi désigne l'omoplate.
L'éventail est une marque d'autorité. Le soin apporté à sa
réalisation, le fait qu'il produise un souffle, les matières uti¬
lisées pour le manche comme l'os ou l'Ivoire (peut-être
tardivement avec plus d'ampleur, comme le remarque
A. Lavondès), les sculptures qui l'ornaient et qui s'appuient
sur le thème
pratiquement omniprésent
mais tellement schématisé qu'il en devient imperceptible.
et de manamanavaevae : orteils.
de la succession des générations... sont autant
Le mot manamana, au S.-E. signifie : branches, se diviser
d'éléments qui amplifient son caractère singulier.
plusieurs branches... ; àtravers lui et la racine mana, est
à la fols évoquée une puissance familiale (qui se transmet à
en
386. Ta
hope : tatouage des fesses qui, dans les
âges) et peut-être, cette terre qui génère les
travers
ticipent à un fond ancestral, commun à tous, qui entre très
tôt dans l'iconographie océanienne comme en témoigne
l'archéologie, tout particulièrement la poterie,et les pétroglyphes. Que ces cercles soient inscrits sur la peau ou sur
des rochers, ils durent borner, veiller, protéger.... et se
391. Tamau : motif anthropomorphe au revers du
poignet d'une femme de Hanavave (Fatuiva). Par manque
de repérage précis, l'identification est délicate ; il s'agit
peut-être du tracé légèrement spiralé au-dessus du po'i'i
'enata comme le grand ventre qu'elle représente dans la tra¬
dition.
devaient de susciter la terreur. Qu'il forme
ou
non
un
regard, ce tracé traduisait leur pouvoir. Que pour impres¬
sionner l'agresseur, il trouve sa place sur le fessier des
hommes, répond aux gestes provocateurs traditionnels.
387. Taiana puaina : série de petits traits rayon¬
ils n'apparaissent pas seuls
mais associés à un tracé derrière l'oreille ; ce nom, mention¬
nants sur le lobe de l'oreille ;
né par W. Handy dans ses notes, ne paraît pas dans la publi¬
cation de 1922. Cf. omua puaina.
Ce terme est formé de taiana, au N.-O. ou taiata, au S.-
E. : ornement d'oreille féminin et de puaina, au
S.-E. ou
puaika : oreille... Il est possible que taiana soit issu de la
même souche que tanga, aux Tuamotu, qui correspond à :
un mouvement enveloppant ou ramener vers le centre en
formant une courbe (J.F. Stimson) : cf. "uhe".
Ce motif désigne
et représente un ornement d'oreille
pour les femmes. Il pouvait être en os, en ivoire ou en
écaille. Il s'agissait d'un ornement familial de valeur dont la
vocation était ornementale mais aussi protectrice et gage,
probablement, de fécondité.
388. Taina vau : nom recueilli parW. Handy, cf. i'a
va'U.
389. Takapu : tatouage, mentionné par le diction¬
naire de R.l. Dordillon, pour lequel il n'existe pas de repré¬
nom signifie : charbons
mais aussi se ceindre, courroie, ceinture..,
sentation identifiée. Ce
ardents,
390. Tamanamanavaevae : tatouage aux orteils.
Du pied d'un etua, peut-être un Pohu, figuré au gros orteil
de Tuuakeena (Atuona, Hiva Oa, relevé W. Handy) part une
ligne sinueuse qui se prolonge sous les autres doigts. Ce
principe d'un motif terminé par une ligne zigzaguante, une
suite de triangles ou tout autre alignement de minuscules
L'analogie ne pouvait manquer de séduire le
tatoueur, depuis une longue suite de générations là aussi,
entre, notamment, l'image visuelle des orteils qui se déta¬
chent du pied et celle des familles qui se ramifient à partir
d'un ancêtre commun. Ce fonctionnement de la pensée,
qui enchaîne les ressemblances et les associations d'idées,
est un des principes de base de l'art et de la langue. Cf.
makamaka, tapu vae...
cuisses des femmes maories. Les cercles concentriques par¬
2.48
les
exemples les plus anciens, consiste en une succession de
cercles concentriques ; cf. le ka’ioi de G.H.vonLangsdorff.
En 1791, il se détache nettement au bas des lignes obliques
du torse dans le tatouage des piroguiers et du dignitaire ren¬
contrés par Ingraham, par exemple, et se retrouve dans le
décor d';V/po'o ou d'étriers d'échasses. Cf. kotipi.
L'expression ta hope signifie : sculpter, imager un plat,
une pirogue... sur ses deux bouts. Elle est formée de ta :
frapper, tatouer... et de hope : derrière, fond...
E. Tregear cite hopehope, nom des lignes tatouées sur les
ji
'
(motif circulaire).
Ce nom correspond aux vrilles des plantes, d'où : accro-
cher, attacher... Aux Tuamotu, à l'idée de tenir fermement
s'ajoutent celles de refuser d'abandonner, être fidèle, loyal...
tandis que tamaumau signifie : apprendre par cœur, garder
■à l'esprit... (J.F. Stimson)
Que ce soit l'idée de lien ou l'effort de mémoire, de sou¬
venir... ces deux thèmes sont présents dans le tatouage pour
marquer un engagement familial par exemple (cf.
D.Tilésius : "eata te hae"...) ou commémorer une fête, (cf.
hue a kake ou tapu vae kake), un mau... À propos de ces
banquets, pour lesquels les occasions ne manquaient pas, il
faut souligner qu'il furent trop facilement et systématique¬
ment qualifiés de
"groupements de malfaiteurs" avec pour
unique intérêt de consommer de la chair humaine ou de
s'assurer une survie alimentaire en temps de disette ; ces
repas furent tout aussi bien des regroupements entre gens
de même rang, notamment pour les femmes (cf. N.Thomas),
membres d'une même corporation, d'une même paren¬
ou
té... sans qu'il n'y ait en cela rien de plus blâmable.
392.
Tapo’o : raies transversales sur les bras des
femmes, d'après les notes du père P.G. Chaulet. Il n'en exis¬
te pas de représentation identifiée ; cf. hokahoka '/'/ma.
Ce mot désigne une palissade de gros piquets ou signi¬
fie : couper en morceaux, en tronçons... et pourrait, éven¬
tuellement, correspondre à l'association ta : tatouer, etc. et
po'o : morceau, partie...
Aux Tuamotu, ta signifie : façonner, préparer, couper,
frapper et trancher comme avec le tranchant d'une arme...
marquer, sculpter... d'où créateur, fabricant, mais aussi pro¬
créateur... ; il peut être utilisé comme épithète à des noms
de divinités... et signifie encore : prêter attention, osciller,
résonner comme le souffle d'une conque... (J.F. Stimson).
393.
ou
ti’i
Tapu vae, tapu vaevae, ti’i tapu vae
vae
;
tatouage des pieds jusqu'à mi-jambe.
rm
Te Patu Tiki
•
L’Art du
Tatouage aux Iles Marquises
d'après R.l. Dordillon. Celui de Kena fut tatoué lors de la
femmes sur les jambes et en motif intercalaire des joues,
ge, suivant l'habitude pour les ka'ioi. Le chef Tamo, de
Taiohae (Nuku Hiva), en donne quelques exemples {ti'i vae)
empreinte des pieds sur le sol, échasses... ti'i ou tiki : des¬
sin, divinité, tatouage... et vae : pied... mais aussi choisir,
équivalent des hikuhikuatu et koko'o hau ou obéir à une
composition plus complexe, comparable à celle de certains
ke'a : un même corps - sur lequel s'alignent des 'enata et
demi-etua, plus ou moins schématiques, ou variantes de
ceux-ci aux bouts duquel sont figurés des demi-etua. Se¬
lon l'île et d'autres critères mal connus, ils sont placés : sur
le péroné pour le père P.C. Chaulet, à Nuku Hiva probable¬
Un informateur dit à R. Linton que seuls les chefs avaient
la cheville d'après les indications et un dessin de Porioho.
seconde tranche de tatouage qui succédait à celle du visa¬
KÊfîr.iJ
et P. Loti
dessina,
1872,
en
ceux
Vaekehu (ti'itapu vae).
que
portaient la reine
Le terme tapuvae signifie : plante des pieds, pas, trace...,
élire...
les pieds tatoués mais W. Handy précise que ce n'était plus
vrai à son époque. Les observations concordent, toutefois,
témoignage jusque vers la fin du XIX' siècle, même
si cela restait surtout vrai des femmes chez qui les tatouages
essentiels se conservèrent plus longtemps. Des récits et
quelques usages, dont les échasses, mettent en évidence le
souci d'éviter aux personnes trop tapu le contact du sol, au
moins à certaines occasions. Il est possible que le tatouage
des pieds ait permit à ces personnes de se déplacer plus
avec ce
aisément.
394.
Tapu vae kake ou ^Hapu vai kake” :
D. Tilésius et A.J. von Krusenstern rapportent que, parmi les
personnes "enrôlées", en fonction de leurs tatouages, pour
la remise en état de lieux communautaires, les uns por¬
taient, selon les cas, un motif associé au lieu des compéti¬
tions : le hue ata (motif 11 de D. Tilésius), à la danse (cf.
hopu moa), à la place de danse (le hue a kake, motif 1j3 de
D. tilésius), ou aux échasses ; tapu vai kake...
Le terme est composé de tapuvae et de vae (cf. ci-dessus) et de kake qui fait allusion à une courbe montante.
395. Tatatahi : nom d'un tatouage cité dans le dic¬
^50
tionnaire de R.L Dordillon.
Ce nom signifie : mourir subitement... Il est formé detata :
proche, battre, se battre, battoir, nettoyer avec... d'où enle¬
ver l'épiderme d'une écorce ou couper le fruit de l'arbre à
pain pour le mettre dans le silo... etdetahi : un, une... Il exis¬
te trop peu d'informations sur ce motif pour en dire plus.
396. Ta ti’i
motif superposant deux tracés issus
:
d'une variante d"er7ata, éventuellement féminins (le trian¬
eja
gle de la natte, cf. fanaua). Chacun pourrait être décrit com¬
me un "clou" (forme d"enata), doté d'une tête à chaque
bout ; ce dessin, qui associe deux extrémités identiques à
un même corps, est proche de certains ke'a.
L'exemple de
référence apparaît à hauteur du coude sur un modèle de
tatouage masculin de Kahi (Hiva Oa). De part et d'autre,
figurent un papua et un pohu tandis qu'à proximité, isolés,
se trouve
deux tracés de base (clou à deux têtes).
particule qui communique
l'idée de faire, faire devenir, pour... ou marque le pluriel
mais se traduit aussi par frapper... et de ti'i ou tiki : premier
humain, divinité, statue de celle-ci, image, tatouage.
W. Handy, en 1938 l'interprète comme un maillet de
Ce terme est formé de ta
:
tatoueur du fait de la traduction
littérale, mais elle fit un
relevé d'un demi-etua au revers du poignet d'un femme de
Fatuiva (cf. tamau) qui le situe en tant que corps d'une divi¬
nité, ce qui le rapproche, encore une fois, de ke'a.
397. “Tatou
’i’ir^a” : tatouage des mains, nom
recueilli par V. Lallour.
Littéralement, ce terme se traduit par "nos mains” mais
orthographié à la française ; cf. '/'/'ma, '/'/'ma ti'i, tumu 'ima...
Le terme tatou correspond à : nous, nous tous... et '/'/'ma
au pluriel de '/'ma : mains.
398. Tava : tatouage issu de la représentation de
générations qui se succèdent, porté le plus souvent par les
pour les hommes. Il dérive d'anthropomorphes et peut être
un
-
ment, sur la face interne du mollet, à Fatuiva au-dessus de
Ou bien encore de part et d'autre du genou (en partie sur le
bas de la cuisse et sur le haut du péroné, à Ua Pou, pour
Vahana Upoko), ou tout à fait sur la cuisse comme dans
l'exemple de Tauakika (Fatuiva) qui porte le sien à la joue.
Le signification la plus courante de ce nom de tatouage,
cité par R.L Dordillon, est blanc et correspond, pour K. von
den Steinen, à une notion de partage par zones, de cloison¬
nement... C'est aussi le nom de poissons : mulets et autres
mugilidés.
Ces poissons de chair blanche se déplacent par banc et
occasionnent des pêches abondantes. P.E.Eyriaud des
Vergnes le cite parmi les animaux réservés aux dieux que
l'on ne pouvait tuer ou qui devaient leur être offerts ; à
Hawaii, on leur attribuait des qualités surnaturelles car ils
étaient de descendance humaine. L'autre poisson évoqué
iconographiquement par ce motif est leatu (cf. hikuhiku atu,
etc.) ou bonite à ventre rayé. Les nombreux renvois au
blanc, couleur du tapu, aux prêtres ta'u'a ainsi qu'au souci de
marquer une division de l'espace (le visage pour Tauakika),
a peut-être obéit à un statut particulier, sacré.
399. Ta ve’o ou “to ve’o” : tatouage au men¬
W. Handy note les deux orthographes à propos de
motifs de la face ; la première est plus sûre, même si elle
ton ;
n'est pas reprise dans la légende du bulletin, car accompa¬
gnée de la référence au visage de Taniha de Ua Huka. Dans
ses planches, ce motif apparaît sur deux visages d'habitants
de Vaipaee et correspond au début de la bande qui des¬
cend sur le torse : ka moehu, kahu moehu également appe¬
lée ve'o a'o et ve'o tua, d'où ce nom.
Ce terme est formé de ta (cf. ci-dessus) et de veo :
lan¬
harpon, dard..., queue... ; autant de sens qui se retrou¬
vent aux Tuamotu comme en Nouvelle-Zélande et auxquels
s'ajoutent : percer, transpercer..., d'où le nom donné aux
lignes tatouées au visage, chez les Maoris...
C'est aussi le nom de la période située entre le 8' et le 10'
mois lunaire, de janvier à février ; d'après les notes des
Pères, Veo est associé à Tau Tou, époque qui correspond à
un temps doux et à la 4' récolte de mei (arbre à pain).
cer,
L'établissement d'un calendrier "clair" est délicat et varie en
fonction des années alors qu'une grande différence existe
entre
le calendrier dit de Fatuiva et celui conservé pour le
reste de l'archipel... Dans le premier. Tau Tou n'est pas men¬
tionné et Veo serait visible en juillet, selon celui de Fatuiva
adopté par K. von den Steinen. Pour M.W. Makemson, par
contre, et ailleurs dans l'archipel, Veo et Tau Tou apparaî¬
traient toutes deux vers janvier.
L'idée de frapper, de traverser, les rapprochements avec
le cordon ombilical, la teinte rouge du ciel au coucher de
soleil et une constellation importante... sont autant d'élé¬
ments
qui font de ce tatouage un motif dont l'intérêt se
trouve confirmé par son lien avec le fautai ou kahu mo'ehu,
qui était réservé aux chefs.
400. Te a’a hinea’o
ou
“tewehine-nau” :
cf. “Te ioe hinenau”.
401. Teeva ou “e teeva” : bande verticale qui
part du'menton et descend sur le côté de la poitrine des
hommes. Ta ve'o en fait éventuellement partie : l'exemple
recueilli était porté par Tahara. Ce nom apparaît dans le car¬
net de terrain de W. Handy mais la légende ne
le fait pas
ressortir. C'est un équivalent du kahu mo'ehu... Sur la ban¬
hinena'o : amour, affection..., chérir, aimer passionnément,
rangées de dents de requin, niho peata.
et na'o, notamment :
de portée par cet homme, de 80 ans environ, figure deux
Le terme est formé de e, article indéfini : un, une... puis
de tee : vert, frais, cru..., s'en aller en mer... et de va : fond
d'une pirogue, retirer son nom après l'avoir donné à quel¬
qu'un en l'adoptant, considérablement... Pour B.MosbIech,
espace entre deux choses, période...
va :
402. Te Fio : petit motif anthropomorphe représen¬
légende, épouse de Kena ; comme
K.vondenSteinen le précise, elle se reconnaît grâce à la
masse de sa chevelure
figurée par un lourd trait transversal.
Il est habituellement intégré à une composition appelé vai 'o
Tefio qui a pour pendant le vai ‘o Kena ou vai kau Kena.
tant une héroïne de
Ce nom est formé de te : le, la... et de fio : mêler, sau¬
vage...
Ce nom apparaît dans le récit légendaire du retournement
de l'île de Fatu Huku ; Te Fio est la fille de Meto etTanaoa(cf.
récit de UmaTeiefitu). Dans les cycles de Kena, ce nom, tout
Tehio ou Te Fio A Tinaku, est celui de la jeune
femme, à la fois cousine et épouse du héros, qui meurt avant
comme
de donner le jour à leur premier enfant. A. Cell relève à pro¬
pos du degré de parenté liant les deux époux, que leurs
mères étaient sœurs de Tu Tonga, grand chef d'une contrée
de Hawaiki que le chef Te Aa, de Fliva Oa, était allé com¬
battre. Les héros ne sont donc qu'en partie "humains", du
fait de leurs origines et de ce cousinage particulier, considé¬
ré comme incestueux... d'où leur destin tragique. Compte
tenu du rôle du tatouage
dans leur vie, ce mythe tendrait à
prouver, pour A. Gell, que cet art ne concerne strictement
que des humains (à comprendre par Marquisiens).
Kena,
malgré sa tentative pour "changer de peau” n'obtient en
effet qu'un succès provisoire, avec l'amour de sa bien aimée,
puisque leur union est vouée à la mort.
403. “Tehou” ou “tehou kake” : tatouage qui
marque un lien d'allégeance envers les prêtres, d'après
D. Tilésius, tout comme certains niho peata, f'enata u'o et le
"eukake" ; il induit également l'obligation de participer aux
affrontements. Il était
placé aux bras, ou, comme pour
Mautai, au visage. Ge motif, proche des puhipuha, fait par¬
tie de ceux qui figurent sur les casse-tête et casse-tête
pagaie.
Le terme est formé de te (cf. ci-dessus) et de hou : nou¬
récent, jeune... ou ho'u : percer... auquel s'ajoute
kake ou ka'ake qui fait allusion à une courbe montante.
veau,
Aux Tuamotu, hou signifie : forcer, forer... lancer, proje¬
ter... mais aussi : jeune
(chez les humains, les choses... la
lune) d'où nouveau, récent,-novice, qui ne connaît pas enco¬
re
les usages d'un lieu ou d'une activité, etc. (J.F. Stimson).
404. “Teia aniatiu” : nom figurant dans les notes
de W. Handy ; cf. aniatiu.
te
405. “Te ioe hinenau” on te a’ahinea’o ou
vehine na’u : double rangée de damiers que les
membres de l'expédition de 1804, à Nuku Hiva, virent pla¬
cée, comme en ruban, sur le cou ou au bras de guerriers.
ggjy
l'engagement qui en découle. La succession de triangles est
aussi une façon d'illustrer l'image d'une chaîne humaine.
Pour D. Tilésius et G.H. von Langsdorff, c'est le signe d'une
attache sentimentale, où l'alternance des carrés
indique
que l'amour est réciproque. Les damiers sont souvent asso¬
ciés à l'image d'une succession d'êtres humains, probable¬
ment hissés au niveau de la perfection du fait de leur forme
L'esprit de ce tracé se retrouve, comme D. Tilésius
le souligne, dans la double rangée de triangles, ou dents de
requins : niho peata qui pérennise le repas de fiançailles et
carrée.
Ce terme est formé de te : le, la... et de a'ahinena'o ou
être passionné pour ; formé de hine : femme, fille, femelle...
absent, caché... et coucher, se cou¬
cher, en parlant des astres. Expression qui fut également
comprise et traduite partevehine na'u : "ma petite femme".
406. Te vehine na’u {Tewehine-nau dansh version
anglaise) : cité par G.H. von Langsdorff ; cf. "Teioe hinenau".
407. “Thou taouto” ou totaihu : tatouage des
narines, pour V. Lallour qui l'orthographie avec difficulté.
Ce terme est formé de to : pour ou construire une embar¬
cation, frotter... de ta : frapper... et de ihu : nez, proue
d'une embarcation d'où ’ou'ou ihu : cartilage ou cloison
nasale. B. Mosbiech note pu taihu, aux Marquises : narines.
408. Ti’apu ou ti’ati’apu : "le tatouage ti'apu,
beaucoup plus répandu que le... paheke, seul en honneur
chez les naturels du groupe S.-E,, consiste essentiellement
en deux bandes transversales. Le bord supérieur de la
pre¬
mière traverse le visage en passant au-dessus de la ligne
des sourcils, le bord inférieur coupe la face au niveau de la
partie moyenne du nez ; les petits côtés de ce rectangle
s'arrêtent à quelques millimètres en avant des oreilles : la
partie inférieure du front, les yeux et la moitié supérieure du
nez sont donc compris dans cette zone. Le bord
supérieur
de la seconde bande s'étend d'un lobe de oreille à l'autre,
en
passant au-dessous de la base du nez, le bord inférieur
reliant les deux angles de la mâchoire ; une partie du men¬
ton, les lèvres et le bas de la face, est comprise dans ce rec¬
tangle. Le nom de dérision donné à ce motif est hau humu
ma" Ch.L. Clavel.
W. Handy,
utilise le terme ti'ati'apu pour désigner les
larges bandes qui barrent le visage à son époque.
Entre elles, il y eut souvent soit une ligne ponctuée, soit une
ligne brisée, transversalement étendues, représentant un
cent-pieds : vehi, des dents de requin : niho peata... et sur
le front un pahetaka, du moins, du temps de ce médecin
major. À Fatuiva, la variante locale, où la bande centrale
couvre les narines, est
appelée ihu 'epo.
Le terme ti'apu signifie : finir d'arranger la popoi..., cer¬
ner... alors que tiapu, en Polynésie, correspond à un vête¬
ment couvrant entièrement le corps (E.Tregear). Il est for¬
mé de ti'a : fermé, fini... ou mât, etc. Dans les langues poly¬
nésiennes : piquer, enfoncer, d'où plumes agencées en
coiffure pour un chef. Ce peut être aussi abdomen, basventre ou, aux Marquises notamment, pubis (E.Tregear) et
aux Tuamotu : briller, rayonner comme une étoile et encore
bas-ventre. C'est aussi, faire preuve de courage, réaliser
des prouesses... Ces deux notions se trouvant souvent
trois
associées... et de pu : tout à coup... mais aussi source, ori¬
gine, conque marine...
409. Ti’apu te nutu : terme du groupe sud qui
désigne la bande sur la bouche ; Il a pour équivalent nutu
'epo et kutu 'epo alors que tiki nutu ou ti'i' nutu désignent
les motifs des lèvres ; cf. haha porih.
Le terme est formé de ti'apu (cf. ci-dessus) de te : le, la...
et de nutu : hure, tête d'animal...
410.
Ti’apu te mata ou ti’ati’apu te mata :
termes de Ua Pou
qui désignent la bande qui encadre
l'œil... et se traduisent par "qui entoure les yeux” ; cf. les
équivalents mata epo et vaimata tandis que la bande pour
un seul œil est appelée mata vaha.
Le terme est formé de ti'apu (cf. ci-dessus) de te : le, la...
et de mata : œil, visage...
10 : dedans, sur... et au S.-E. : plissé... ; l'expression io 'oto
411. Tifa : motif sur la courbe des fesses ; cf. kotipi.
W. Handy en fit un relevé (voisin du hue fai), sur Taniha de
Ua Huka tatoué à Ua Pou. Relevé qui, selon sa classifica¬
tion, appartiendrait au style de Hiva Oa, c'est-à-dire carac¬
téristique de la dernière époque du tatouage.
Le nom tifa au S.-E. ou tiha au N.-O. signifie : opercule,
couvercle, fermer...
i
désigne la face interne des cuisses. J.F. Stimson, relève pour
: éraflure, entaille et façon poétique de
désigner le clitoris...
io, aux Tuamotu
418. Ti’i ou tiki ka’o ou ti’i kaka’o : cf. tikaka’o.
419. Ti’i ou tiki ka’oka’o : cf. tikaka’o
412. Ti’i ou tiki ; cf. planche page 36.
413. Ti’i ou tiki ’ae : tatouage du front qui corres¬
pond à l'évolution, au cours du XIX' siècle, de la forme pri¬
mitive des bandeaux du visage, décrite par K. von den
Steinen, à partir de deux rectangles ménageant un mince
espace libre, au centre. W. Handy en fit le relevé sur la moi¬
tié gauche du front de Kiu, Ua Huka. Le tatouage fut exécu¬
té par Kaioho. Le terme a pour équivalent to'o pa'e, vahana
ou vahana 'ae et vahana upoko.
Le terme est formé de ti'i ou tiki (cf. ci-dessus) et de 'ae :
front, cap, seuil d'une case...
le fait qu'il s'agisse pour Kiu de la partie gauche du front,
rappelle la remarque de J.E. Bell (cf. kokeka) relative au lien
entre ce tatouage et le constat de la vieillesse comme l'inca¬
pacité à accomplir une tâche importante... Vieillesse ne
rimant pas avec déchéance mais sagesse. Cette conception,
présente probablement dans tout l'archipel, a pu varier
d'expression, d'emplacement, etc.
414. Ti’i heke
:
bande verticale qui, d'après les
Couvre
Handy, ne
qu'une part du torse d’un
homme. C'était un tatouage traditionnel de l'ancien style de
notes de W.
Nuku Hiva dans la mesure où il prolongeait le paheke ; un
tatoueur de Fatuiva lui en
dessina un exemple très simple,
420. Ti’i ou tiki mata
Le terme est formé de ti'i ou tiki (cf.
ci-dessus) et de
heke : aller, se diriger vers la mer ou l'ouest, pêcher en plon¬
geant, couler... c'est aussi le nom des poulpes, au nord...
415. Ti’i ou tiki hoehoe
:
motif à la pliure du
genou porté, autrefois, par des hommes de Fatuiva, d'après
le dessin et les informations d'un tatoueur de l'île. La com¬
position s'inscrit dans un rectangle divisé par une bande
diagonale laissée intacte. D'un côté, trois papua en étrier et
une série de koniho découpent, pour l'essentiel, le triangle
noir où ils s'inscrivent ; à l'opposé, le même ensemble, un
peu plus large, n'est interrompu que par l'alignement de
trois papua identiques aux précédents.
Le terme est formé de ti'i ou tiki (cf. ci-dessus) et de hoe :
rejet, bourgeon..., pagaie ou ho'e : cannelures, crénelures... ou racler, enlever la peau d'un cadavre... Ce nom
rappelle la pratique d'"embaumement" qui consistait à faire
disparaître les trois couches de peau atteintes par le tatoua¬
ge : ua ho te ki'i (cf. : puo'e, tainavau...). Ce dessin, comme
le ipu et quelques autres, a peut-être été une représenta¬
tion des mondes environnant ï'enata.
4T6. Ti’i i’ima : nom du tatouage aux poignets de
Vaekehu (Nuku Hiva), noté par W. Handy, cf. 'i'ima tiki.
417. Tiki ipu ’oto io, tiki ipu ’oto ou tiki
’oto : tatouage autour des organes génitaux ; les deux
premiers noms, cités par les Pères, concernent la femme. Le
dernier, cité par le D' L. Rollin, concerne aussi bien les
hommes que les femmes.
Ces noms sont formés à partir de ti'i ou tiki (cf. ci-dessus)
ipu : petit récipient, coupe... 'oto : cavité, intérieur, dans...
selon K. von den Steinen
(Hiva Oa). C'est un équivalent de mata 'epo.
Le terme est formé de ti'i ou tiki (cf. ci-dessus) et de
mata : visage,
œil... extérieur d'une chose...
Le sens même du terme permet de penser qu'il fut aussi
utilisé pour désigner divers tatouages de l'œil.
421. Ti’i mu’o : motif porté aux genoux par
Vaekehu (Nuku Hiva) d'après les notes de W. Handy. Cf.
aussi paka mu'o. Il h'y a aucune représentation de ce motif.
Le tatouage de ses jambes était réputé et fut plusieurs fois
évoqué par des visiteurs de la fin du XIX' siècle ou du début
du XX'siècle.
Le terme est formé de ti'f ou tiki (cf.
ci-dessus) et de
mu'o : genou.
422. Ti’i ou tiki nutu : motif pour les joues ; pour
Kahi de Hanaupe (Hiva Oa) c'est le nom de la bande cou¬
vrant la bouche et une partie
des joues, sur le modèle des¬
tiné aux hommes qu'il réalisa pour K. von den Steinen.
Le terme est formé de ti'i ou tiki (cf.
ci-dessus) et de
nutu : hure, tête d'animal...
entièrement noir. Une forme plus ornée et classique a été
photographiée par K. von den Steinen sur Tutia de Hiva Oa
et correspond à l'une des deux bandes, fau ta; ou toi, qui
partent du menton, passent par le cou, la poitrine et le
ventre pour arriver souvent au pli de l'aine.
:
11 s'agit d'une bande sur l'oeil, comme sur le modèle de Kahi
423. Ti’i
ou
tiki ooka
:
sorte de poka'a parfois
intégré aux motifs intercalaires de la face interne du bras
dans les successions de ipu. Ces compositions sont souvent
inspirées du thème de l'etua, du demi-etua, du papua ou du
poka'a. Dans le relevé de W. Handy, il était porté par un
homme de Fatuiva. Il s'agit d'un dessin inspiré, soit du bras
d'une divinité, soit d'un de ces motifs que K. von den Steinen
regroupe dans la famille des/pu, papua...
Le terme est formé de ti'i ou tiki
(cf. ci-dessus) et de
ooka ; arbuste (de la famille des urticacées). E.Tregear note
pour ohonga, intermédiaire entre une personne envoûtée
et celui qui l'a ensorcelé...
424. Ti’i ou tiki ’oto
Tiki ipu ’oto io.
ou
tiki ipu
’oto : cf.
425. Tiki paheke : tatouage à l'aisselle associé à
deux ipu 'oto, dans le récit concernant un jeune homme de
Ua Pou. Il succède sur le bras au koniho haka'eva'eva et au
'au kohe.
Le terme est formé de ti'i ou tiki (cf.
ci-dessus) et de
paheke qui désigne, en dehors d'un tatouage de la face, ce
qui glisse, coule ou est en pente... et une parenté au troi¬
sième degré.
Il s'agit probablement d'un tatouage oblique sur le bras.
Les chevrons sur cette partie du corps n'étaient pas rares.
426. Ti’i paofifi : motif sur l'omoplate de Vaekehu
(Nuku Hiva) d'après W. Handy, cf. "paouhihi".
427. Ti’i papa hope : motif au dos des cuisses de
Vaekehu (Nuku Hiva) d'après les notes de W. Handy. Il n'y
a
aucune
représentation de ce motif mais ses tatouages
étaient réputés.
Le terme est formé de ti'i ou tiki (cf. ci-dessus), de papa :
plat, mets servis à un repas, grand "plat" où reposent les
Dans ces guirlandes, le tracé traduit l'union d'une foule
morts qui se dessèchent, tablette, écrin où étaient déposés
des objets précieux..., strate, ordre, classe, rang, file, moitié
de certaines choses qui se partagent naturellement, éclater'
au
feu, se fendre, tailler une pierre..., plante qui pousse sur
les rochers...
battement des mains
accompagnant un
chant... et de hope : bout, demi, fond... d'où patea papa
hohope : bas des reins, de la colonne vertébrale, os iliaque.
E.Tregear, indique que papa signifie : père en samoan et
que ce nom correspond à un titre donné aux grands chefs ;
à Hawaii, il s'agit d'un ancêtre éloigné de quelques généra¬
tions...
Il pourrait s'agir d'un tatouage réservé aux papa haka'iki,
c'est-à-dire à la classe des chefs. Le père P.G. Chaulet re¬
marque, toutefois, que tatouer les membres inférieurs d'une
femme noble était un risque majeur, aux temps anciens,
parce que les femmes étaient considérées comme impures.
Le tatoueur ne pouvait donc exercer que dans des condi¬
conçu de manière à ce que les
membres des uns deviennent ceux des autres. D'autres Ti'i
d'êtres humains et est
W
dessinés à la façon de mahitoua ou papa tikau'e, par groupe
de huit ou neuf et "tête en bas" (cf. vaitete). À [eur tête se
trouve un des leurs, doté de "trois jambes" ; les silhouettes
"tripodes" qui se retrouvent dans d'autres compositions et
dans les pétroglyphes. En dehors de l'universalité de la figu¬
w
simple, et de son possible caractère masculin, il est
probable que par cet attribut supplémentaire, part essentiel¬
le de la puissance qu'il incarne, soit rendue l'image d'un
meneur, guerrier ou chef, ici en l'occurrence Tia I te Pu.
re, très
VA
Le terme est formé de ti'i ou tiki (cf. ci-dessus) de vae :
pied, jambe..., choisir, élire... et de tahi : un, joindre, se
réunir, ne faire qu'un... P.G.Chaulet mentionne dans ses
notes que Te Tiki Vae Tahi est une divinité qui fut "chassée
du ciel".
tions hiérarchiques et de parenté, très rigoureuses ; ne pas
respecter ces règles était très grave, aussi bien pour iui que
pour la communauté. Les dieux ne pouvaient que punir
cette attitude en ie frappant non seuiement de cécité ou
lè'pre, mais en envoyant une grande disette dans le pays.
de
ici encore, les individus sont des êtres diminués à qui Fai
iDVvWvV'Ci
qui n'avaient qu'un œil, un bras, une
jambe... Ils habitaient les grottes d'un pays de rochers : Kuu
O Hotu, ne connaissaient pas l'usage du feu, comptaient
des tatoueurs parmi eux et vivaient dans la terreur de popu¬
lations légendaires : les Tonga Aua et les Fiti Au Pea. Le
récit, très court, est proche de celui de Pohu ; dans les deux
les Ti'i Vae Tahi
de Hiva Oa ; cf. pepehi.
429. Ti’i ou tiki pi’i kohe : nom donné par Kahi
de Hiva Oa ; cf. pi'i kohe.
430. Ti’i ou tiki pona : motif pour la taille et le
nombril dont divers exemples, à rattacher principalement
cas,
pense cette fragilité apparente.
groupe des /pu, poka'a, ka'ake et ke'a, ont été dessinés
436 Ti’i ou tiki vahi
vae.
431. Ti’i ou tiki pu : nom donné à la bande pas¬
sant sur la bouche de Kiu (Ua Huka) dont le relevé a été fait
par W. Handy. Aux bas de la mâchoire, de part et d'autre du
visage, celle-ci est ornée d'un alignement de pahho.
Le terme est formé de ti'i ou tiki (cf. ci-dessus) et de pu :
source, origine,
lignée...
Il est possible que ce motif tire sont nom de l'alignement
d'ascendants qui l'animent.
432. Ti’i pua ’i’ima : motif aux coudes de
Vaekehu (Nuku Hiva) dans les notes de W. Handy. Il n'y a
:
motifs dessinés par Tamo
pour le front, les joues et le menton.
Le terme est formé de ti'i ou tiki (cf. ci-dessus) et de
pona : manière de compter par quatre..., nœud, maille...,
mot, parole, alliance sacrée...
évoquer que ces nœuds réalisés pour chaque génération
sur les aide-mémoire des généalogies ; cf. tamanamanavae-
c'est la même façon de combattre la faiblesse d'un
corps contrefait ou démembré, par une alliance qui com¬
par le chef Tamo pour A. Seale.
Le terme est formé de ti'i ou tiki (cf. ci-dessus) et de
Aux abords du nombril et de la moitié du corps vouée à
la transmission de la vie, ce terme pona semble ne pouvoir
les unissant, par paires, afin
qu'ensemble ils constituent une entité qui ne soit plus l'ob¬
jet de crainte et de dégoût. En cherchant sa fille "le grand
redonne force et dignité en
Fai de Vevau", chef d'un clan d'Atuona(Hiva Oa), rencontre
428. Ti’i ou tiki pepehipu : nom donné par Kahi
au
tahi, comme sur le modèle de Tauakika (Fatuiva), sont
vae
Isx/w
nr»
«ao»
eus
vahi : lieu, endroit..., envelopper..., ouvrir, fendre en deux,
séparer...
En Nouvelle-Zélande les documents de Robley, le travail
de R. SImmons (1986).., associent motifs et emplacements,
spécialement pour le visage ; ces tatouages servirent même
de signature aux chefs maoris. Aux /Vlarquises, leurs tracés
identifiaient le crâne du défunt enveloppé de tapa. Tarno
représente ici des figures connues de lui, à titre individuel,
mais où ne se retrouve pas la logique complexe des repré¬
sentations du XVIII' siècle, ni la rigueur maorie,
437. Tika
: nom
ni représentation.
noté parW, Handy, sans indication
Le mot tika veut dire :
percer le fruit de l'arbre à pain
pour le faire mûrir..., ruisseler, abonder, être couvert de...
Ce dernier sens rapproche le nom de ceux qui insistent
représentation de ce motif mais celui-ci pourrait se
rapprocher du pua hue : motif rayonnant sur les grandes
l'ampleur de la couverture des tatouages, à un endroit
cf. "apihao", e kao tapa, pakamati'a, pakapaka ma, po'o ka'oka'o...
Le terme est formé de ti'i ou tiki (cf. ci-dessus) et de pua :
fleur, corolle..., descendant de la lignée de... puis '/'/ma,
438. Tikaka’o ou ti’i kaka’o, ti’i ou tiki
ka’o : terme de Fatuiva désignant un motif voisin des
aucune
articulations.
sur
ou sur l'ensemble du corps ;
434. Ti’i ou tiki vae : nom donné par le chef Tamo
poka'a, kaka'o. Dans les exemples donnés par K. von den
Steinen il apparaît, tout particulièrement, aux pieds ou sur
les mains, aux abords des phalanges (cf. le bambou de
Colmar). K. von den Steinen remarque sa présence, ou
celle de ce qu'il considère comme de petits /pu ou papua,
sur
quelques objets, principalement les casse-tête. Cf.
435. Ti’i ou tiki vaetahi : motif de Fatuiva, issu
variante d,e po'o ka'oka'o dans la mesure oû il
duel de '/ma : les deux mains.
433. Ti’i tapu vae : motif aux jambes de Vaekehu
(Nuku Hiva) d'après W. Handy, cf. tapu vae.
de Nuku Hiva, cf. tapu vae.
de la répétition de fragments anthropomorphes inspirés de
pohu. Il s'agit d'une variante ou de tracés très voisins des
aniata, ani a Tiu, ani haupeka et pi'a 'o Tiu.
kaka'o. Sous la forme ti'i ou tiki ka'o, ce tatouage peut cor¬
respondre, comme le souligne K.vonden Steinen, à une
pour les côtes.
signifie motif
Le terme est formé de tika : couvert de (cf. ci-dessus) et de
kaka'o : pluriel de ka'o : caché, couvert de... ou de ti'i ou tiki :
Tiki
•
L’Art du
Tatouage aux îles Marquises
image... tatouage et kao : jus, suc, spirale..., aux Tuamotu :
côtes, rigidité... turgescence associée au phallus...
Dans les mentalités polynésiennes, bravoure, force et
vaillance étaient étroitement associées aux qualités géni¬
tales.
439. Tikau’e : nom de tatouage cité par R.l. Dordillon,
cf. 'a'a tikau'e et papa tikau'e.
444. Toetoe : dictionnaire de R.l. Dordillon, cf. mata
toetoe.
445. Toi : motif comparable au ta ve'o, ti'i heke etc.
qui part du bas du visage au menton puis descend sur le
torse ; cf. fau tai.
Ce terme signifie : tirer, entraîner, attirer à soi, hâler sur...
Aux Tuamotu,
le terme contient également l'idée d'étirer,
diverses parties du corps : papua, bras, mains ou pieds... en
arrière... et, composé, exprime,
Marquises, la copulation. Il désigne aussi : la
pointe, l'extrémité..., d'où le sommet du dôme céleste, le
fond de la mer, le point le plus extrême de l'univers ou l'ori¬
gine de l'humanité (J.F. Stimson).
’omo'e, de Fatuiva ; cf. komo'e.
446. Toihamae : nom de tatouage du S.-E. de l'ar¬
chipel, cité dans le dictionnaire de R.l. Dordillon, mais dont
pousser en avant ou en
440. Tiki : cf. planche p. 36.
441. Tino ’omo’e
:
comme aux
motif qui accole, semble-t-il,
un bloc placé sous l'aisselle, dans le modèle masculin dessi¬
né par Tauakika pour illustrer l'ancien style komo'e, ou
Le nom est formé de tino, au S.-E. ou nino, au N.-O. :
corps et de komo'e : nom de famille et tatouage particulier.
Si komoe ou 'omoe, sous-entend en particulier "dormir"
"dormir avec", il évoque, dans le tatouage, le fait de res¬
ou
ter inerte sous l'effet de transes ou,
plus probablement,
parce que frappé par la mort, comme dans l'expression
haka moe : faire dormir pour de bon, mettre à mort. Le
terme pourrait
mort".
alors se traduire pratiquement par : "C'est la
Quant au nom entier et au motif, ils pourraient faire allu¬
un corps démembré, privé de sa tête (cf. sens à
Mangareva). L'image au sens symbolique se lirait alors
comme celle d'un clan privé de chef, du fait d'un deuil ; elle
ne serait valorisante, pour les membres contraints de la
por¬
ter par parenté ou à cause de leur fonction, que si elle com¬
mémore un événement tragique qui doit être vengé ou sur¬
sion à
monté.
442. Toake ou toa’e ou tovake ou tova’e
:
motif évoquant les plumes caudales du phaéton, dont celles
de l'anneau placé au métacarpe ou au majeur des danseurs
et danseuses. Elles étalent sacrées et conféraient, dans l'es¬
prit du temps, des pouvoirs ; le mot tu'a, qui désigne du
reste l'aigrette faite de ces plumes, correspond aussi àetua ;
cf. ka'otupa. Son tracé linéaire apparaît essentiellement sur
des mains de femmes, que ce soit le dessus de la main, au
XVIII' siècle (cf. Tahia Taioa de Nuku Fliva), ou sur les pha¬
langes de l'Index, du majeur et de l'annulaire de Teani de
Flakahetau, par exemple, ou Vahana upoko de Flakahau (Ua
Pou). Il a pour variante ou équivalent le ku'a.
Ce terme désigne un oiseau de mer qui niche à terre : le
phaéton ou paille-en-queue ; mais aussi des plantes rou¬
geâtres (variété de taro et de canne à sucre). W.P. Crook
note que ce nom est également donné aux personnes du
pays dont la peau est claire
Les oiseaux évoquent une image très liée aux "voyages",
déplacements d'un monde à l'autre... Certains.étaient
des messagers ou l'incarnation de divinités comme
Tehitikaupeka. Leur représentation est rare dans les pétroglyphes et plus encore dans le tatouage, du moins parmi
aux
ceux
qui ont été conservés.
443. Toata
:
tatouage au coude, d'après les Pères.
Un tatoueur de Fatuiva en donna une illustration à K. von
den Steinen. Il lui indiqua que le toata correspondait à des
coquillages et à un motif pour le cou. Une gravure de 1804
donne une idée de ce type de “ras-du-cou" en coquillages ;
la reine Tahia Taioa, épouse de Kiatonui, en porte à la main.
Ni le coquillage, ni le terme ne sont actuellement connus.
Il se retrouve, par contre, dans le nom de l'un des "dieux
des chefs" : Toatahee. Il faut également noter qu'il existe
une expression très proche, touchant le
tatouage : to'o ata
qui s'utilise pour désigner une personne à laquelle il ne
manque aucune pièce de tatouage.
il n'exIste aucune représentation.
Le terme est formé de toiha, au S.-E. : mentir, être double,
changeant ou infidèle à ses promesses et de mae : être
fâché..., mou..., bouderie... Aux Tuamotu, amae désigne
une variété de nacre, teintée de
jaune, utilisée pour fabri¬
quer les leurres à bonite fixés aux hameçons composés.
Est-il possible qu'il soit, ici, fait allusion à la pêche à la
bonite plutôt qu'à un trait de caractère ? Cette hypothèse
repose sur le sens de toi : tirer, hâler..., le fil de pêche où se
trouve le leurre à bonite. Cette pêche était entourée d'un
grand prestige ; que des tatouages s'y soit rapporté n'aurait
rien d'étonnant. Par ailleurs, ce type de pêche symbolisa
notamment la chasse aux têtes ; cf. hikupona.
447. To’o pa’e ou “tou pa’e” : nom de Fatuiva
pour la bande frontale ; le premier nom fut recueilli par K.
von den Steinen et le second par
W.'Flandy. Les exemples
qui l'illustrent concernent une demi-bande pour la moitié
droite du front (cf. ti'ipa'e). Cette disposition correspond à
l'évolution du tatouage facial décrite par l'auteur allemand.
Cf. ti'apu.
Le terme est formé de too qui se traduit par très ou de
toko, to'o ou tono : lourd, pesant, ennuyeux..., soutien,
bâton, tuteur, protecteur... et de pa'e qui désigne : tout ce
qui sert de coiffure... ou bien : piège, embuscade..: tandis
que pae signifie : aller, s'en aller, se séparer, abandonner...
et au figuré : mourir.
Le partage longitudinal de ce tatouage est à rapprocher
d'un des sens de toko, noté par E. Tregear : celui de bâton
ou poteau sacré, planté en l'honneur d'une divinité ; Toko
étant le nom donné aux piliers du Ciel. Un rapprochement
a
pu exister entre la voûte céleste et le crâne : 'aki : firma¬
ment..., tour de cheveu sur le front. Le bâton toko est asso¬
cié à la séparation des sexes lors de cérémonies qui com¬
mémorent la 1*™ séparation des ancêtres de l'humanité. Un
éloignement qui permit au monde d'exister et qui fut main¬
tenu par des piliers : Toko, d'où toko ou tokotoko, bâton de
commandement aux Marquises, surmonté d'une boule de
cheveux bouclés, maintenue par un tressage orné de motifs
en
damiers de lézards ou "croix marquisiennes"...
448. To taihu : cf. "thou taouto".
449. To
tipa
ou
“tou tipa”
:
tatouage du
genou, d'après V. Lallour.
Ce terme est formé de to : pour ou frictionner, frotter...
et de tipa : vaciller, chanceler..., bruit de la marche d'un boi¬
teux...
Les sens évoqués font penser à un tatouage prophylac¬
tique, comme il en exista quelques-uns semble-t-il ; il aurait
assuré la fermeté de la démarche, prévenant la boiterie, etc.
450. Touakehahake : motifs dessinés par le chef
Tamo (Nuku Fliva) dans une composition dont il est encore
V
une fois assez
difficile de saisir l'organisation. Celte forme
figure pas dans le dictionnaire mais une autre, très
proche compte tenu des déformations linguistiques pos¬
sibles, pourrait lui correspondre : Touatekahiaki, dieu qui
donne la mort pendant le sommeil.
Il est possible que ce motif ait prévenu celui qui le portait
d'un type de mort redouté dans la mesure où il correspon¬
dait au départ de la vie de façon inopinée.
ne
451. “Touki” ou tuke
:
tatouage des bras pour
V. Lallour ; le père P.C. Chaulet précise pour tuke : motif sur
le coude, pour les femmes.
La forme tuke '/"/ma : signifie coude et tuki : coudoyer,
cogner, battre, pétrir avec le pilon..., récompense... et
tuaki : vaincre, soumettre, conquérir, se rendre maître...
B. Mosbiech note touaki : culbuter, renverser, vaincre...
il en ressort l'image du pétrissage du fruit de l'arbre à
pain, grâce au tuki, le pilon de pierre, et l'idée d'une force
qui, éventuellement, a su vaincre ou qui sous-entend l'idée
de plier ou courber... assez souvent présente, sous une for¬
me ou sous une autre, dans les noms de motifs, d'usage
réservé comme ka'ake, ou pour indiquer le mouvement, cf.
ketu, pake o mei..., ceux destinés aux articulations : fatina,
ou ornés d'arêtes et chevrons, cf. kofati ou nafapu...
452. Tou pa’e : nom de W. Handy, cf. to'o pa'e.
453. “Tou tipa” : terme de V. Lallour, cf. to tipa.
454. Tove’e
N/Sii^V\A/VW
:
motif qui consiste en une ligne zigza¬
guante que K. von den Steinen définit comme une ligne de
pêche : sur un bambou de Bordeaux, la ligne est terminée
457. “Tuaheu” ou toua he’u : bandes pour les
épaules (keheu : ailes et nom d'un motif aux épaules).
G.H. von Langsdorff parle des larges bandes sur la poitrine,
les épaules, les bras et le ventre en tant que signes consi¬
dérés, habituellement, comme marques de reconnaissance
de sociétés de banquet, sur la côte sud de Nuku Hiva, évo¬
quées en particulier à propos de l"enata kake, etc.
Ce terme pourrait être formé de tua : couper..., dos, échi¬
ne, bosse... ou tu'a qui désigne l'aigrette en plumqs de
phaéton et appartient plus spécialement au langage reli¬
gieux. Il se substitue à atua d'où l'idée d'un pouvoir illimité
(cf. ka'otupa) ou toua ; guerre, guerroyer... et de keheu ou
keehu au S.-E. : aile ou he'u : faire trembler l'hameçon sur
l'eau pour prendre certains poissons...
Compte tenu de lafaçon dont J.K.E. Buschmann le trans¬
crit et dont ce terme fut entendu à une époque où cette
langue était méconnue, il est possible qu'il s'agisse aussi
bien de bandes pour le dos que de bandes dont la justifica¬
tion tient à la guerre. Le fait que ce tatouage soit-éventuel¬
lement associé aux repas organisés à la fin de conflits, pour¬
rait conforter cette hypothèse ainsi que le sens de he'u qui
correspond à la conception symbolique de pêche aux vic¬
vent : au poignet de Vaekehu, de Vahana Upoko, deTeani...
cité par W. Handy, cf. etua paou.
de façon à figurer la dentition de la mâchoire,
comme sur le dos de la main de Mahiaitu (Ua Pou).
Dans ce
appelée ave.
Le terme tove'e ou taveke signifie : pêcher à la ligne sur
cas, cette bouche peut être
la mer, sans canne de roseau, ou embrouillé, entortillé...
d'où personnefière, orgueilleuse...
viennent à l'esprit à propos de cette
ligne : le fait que dans certains récits, des héros soient con¬
crètement "pêchés" par des divinités, souvent contre leur
gré... la ligne illustrerait alors un procédé pour s'élever au
pays des dieux qui, par ailleurs dans le quotidien des 'enata,
correspondrait à la façon inattendue dont les victimes humai¬
nes, pêchées pour les divinités, se trouvaient capturées puis
Deux remarques
offertes lors des cérémonies de consécration': Haihai heaka.
Le rapport se resserre avec son intégration aux nutu kaha ou
pihao ; le fait qu'il soit en générai porté;_semble-t-il, par des
femmes pourrait s'expliquer aussi par un tatouage commé¬
moratif pour celles touchées par ces enlèvements et morts
qui nécessitaient vengeance. Mais le visage où il apparaît
peut aussi commémorer Lin ancêtre ; ce pourrait être l'autre
vocation de ce motif et du ave, celle de souligner la succes¬
sion de générations d'une lignée prestigieuse.
eJTs
456. Toveo : cf. ta irc’o.
times humaines.
ou encore
vVvWV^/^^
rapproche de celle utilisée pour certains tava. Le prestige
du cent-pieds fut plusieurs fois évoqué (cf. puhi) ; il est
intéressant d'y ajouter le rapport avec l’idée d'une troupe,
sans doute par analogie à la multitude des pieds en dépla¬
cement et donc à l'image d'un groupe puissant.
par une ancre européenne qui remplace l'hameçon éven¬
tuellement représenté. Ce tracé apparaît intégré ou aux
abords d'un visage et sur des mains de femme, le plus sou¬
‘'VWVWW
de toutes les façons beaucoup plus vaste ; le tracé est effec¬
tivement proche du vehi mais la manière de le traduire se
455. To ve’i : motif, voisin du tava, dont le nom et le
tracé furent relevés par
W. Handy sur le visage de
Ki'ihapani. Elle mentionne que ce dessin correspondait à la
bande faciale propre au clan des Ehuaa, une tribu de Ua
Pou ; le tatouage fut réalisé àTa'a'oa, (Hiva Oa), par Kaioho.
Le terme est formé de to : frotter..., pour construire une
embarcation, canne à sucre ou... et de ve'i : cent-pieds
(myriapodes), vehi : 27' (ou 28' au S.-E.) "jour de la lune" ou
vei : aligner, bande, troupe...
Il est possible que le cent-pieds soit un animal lié au
ramage évoqué par Handy, rattaché lui même à un réseau
458. Tua po’ou : motif pour la main des femmes,
459. Tuke : motif pour le coude des femmes, cité par
P.G.Chaulet, cf. "fouk/".
460. Tumu ’ima : nom donné à une main tatouée,
G.H. von Langsdorff et D.Tilésius à propos de
l'épouse de Kiatonui (Nuku Hiva) : Tahia Taioa. W. Handy
l'utilise pour Hiaotiu de Tahuata dont le tatouage de la main
avait été réalisé par un tatoueur de Moea (Hiva Oa) ; cf.
cité par
'/"/ma, '/ma tiki...
Le terme est formé de tumu : tronc, souche, base... et de
'/ma : main, bras...
N.Burnel remarque, en 1866, que "les femmes sont
tatouées... sur une main et un pied, rarement sur les deux
mains et les deux pieds à la fois..."; ce à quoi le père
S. Delmas, en 1927, ajoute : "les grandes cheffesses... se fai¬
saient tatouer... les deux mains et l'avant-bras...
;
les
femmes nobles, une seule main et l'avant-bras... ; les autres
femmes presque rien".
461. Tupito : nom du tatouage aux oreilles, au S.-E.,
dans le dictionnaire de R.l. Dordillon.
Ce terme signifie : rétréci, racorni... Ses racines sont plus
instructives, tu : dieu de la guerre... monter la garde, faire
sentinelle... et pito : nombril, cordon ombilical..., commen¬
cer, bout, commencement d'un filet..., partie, portion,
endroit...
lieu,
Ce nom souligne la vocation, pour ce tatouage, de mon¬
ter la garde à cet endroit du corps. L'image du pito est celle
utilisée en général pour situer le centre symbolique d'un
lieu, un axe.
462. Tuu po’o ou etuu po^o : noms cités par
W. Handy, cf. etua paou.
Te Patu Tiki
•
L’Art du
U
Tatouage aux Iles Marquises
U
463. Uatevei : nom de tatouage cité par R.I.Dordillon
dont il n'existe aucune représentation identifiée.
Ce terme est formé de ua dont les sens, selon l'accen¬
tuation, sont très nombreux : deux..., sur, fosse..., pluie...
langouste, flamme, s'enflammer, flamboyer..! et
’u'a : vomir... puis de te : le, la... etvei : aligner, bande, trou¬
pe... vehi : 27' (ou 28' au S.-E.) jour de la lune, ve'i ; centpieds et, pour W.P. Crook, se déplacer rapidement.
u'a
ou
:
464. “Uhe” ou uuhe : motif à l'oreille de femmes
qui représente un ornement ; le nom a été recueilli par
K. von den Steinen à Ho'oumi (Nuku Hiva).
Le terme uuhe désigne une parure pour les oreilles des
femmes dont les exemples conservés sont en écaille de tor¬
tue.
465. Uhi papa : tatouage de l'épaule qui s'étend du
haut de l'omoplate à l'articulation du bras comprise, équiva¬
lent, selon K. von défi Steinen, de po'o kaki et probable¬
ment de ti'i pepehipu.
Ce terme est formé de uhi
:
huître nacrière, variété
d'igname, Dioscorea sp., couvrir... et de papa : plat...
couche, moitié de certaines choses qui se partagent natu¬
rellement...
Ces sens se retrouvent à travers toute la Polynésie où, à
Tahiti par exemple, les uhipapa sont des ignames de zones
rocheuses tandis que uhi au figuré s'applique, aux Samoa, à
un homme difficile à saisir, un guerrier que l'on ne peut pas
vaincre facilement. Aux Tuamotu, en dehors des sens évo¬
qués, uhi correspond à : plonger... et une variété de nacre,
Enfin, E. Tregear relève en langue maorie pour ce même mot :
sein, poitrine... irrégularités laissées sur une herminette
inachevée... et ajoute que la poitrine était couramment consi¬
dérée en Polynésie comme le siège de l'affection.
Ce
nom
de motif traduit
assez
clairement l'idée de
piquer, percer... comme les rayons du soleil ; image symbo¬
lique à rapprocher du tracé figurant les rayons de soleil
autour du regard des casse-tête, ou ceux tatoués aux guer¬
riers, comme J.B. Cabri... d'où celle de guerrier intrépide.
468.
Upoko ou “upogo” : motif de la famille des
ka'ake, placé ici en travers au-dessus de l'ceil. Il est docu¬
menté par D. Tilésius et correspond, pour lui, à une marque
d'appartenance à la table d'un notable. De la même façon
qu'il entraîne pour celui qui le porte une obligation, puis¬
qu'il devient débiteur de sa nourriture, il comporte, en
échange, l'assurance d'être nourri ou du moins d'appartenir
à un groupe solidaire en temps de disette et qui, par cette
marque, signifie au clan son importance. Ce nom a pour
équivalent kake upoko.
Le terme upoko, au N.-O., ou upo'o au S.-E. signifie : tête
d'un homme, en tant que siège de la pensée, d'où chef
comme tête d'une tribu
Ce nom est également donné à la
sculpture de tête de proue et à la poupe de pirogues ou à la
poignée de plats, tel celui destiné à la préparation du kava...
Upoko désigne enfin, plus particulièrement, la partie supé¬
...
rieure de la tête ou le crâne, comme aux Samoa ou à Hawaii
où le terme utilisé dans ce cas est poo.
469. Upoupoko tuiha : nom de tatouage cité dans
le dictionnaire de R.L Dordillon et par K. von den Steinen
généalogies. C'est aussi le nom d'un
groupe, décrit par Paea, formé de quatre étoiles, juste au
nord de Véga.
tatoueur de Fatuiva qui
chants ancestraux,
i
pour lui, signifie soleil (peut-être par confusion avec oumati).
blanche avec des protubérances ou, au figuré, vulve tandis
que papa signifie : roche, fondations... dont celles par
excellence de la Terre-Mère... d'où réciter, déclamer les
2,56
oka : percer, tuer... saignée... chevron... et o'a : guéri, cica¬
trisé... terminer la guerre... D.Tilésius insiste sur uma qui,
466. Uhi puha : motif sur la face externe des
cuisses, pour les femmes et les hommes, d'après les notes
du père PC. Chaulet.
Le terme est formé de uhi (cf. ci-dessus) et puha : cuisse...
pourrait désigner un motif rattaché par les
des uhi, apparemment associés au
point d'attache des membres : épaule ou cuisse.
Le lien entre le tatouage des jeunes et la maturité sexuel¬
le paraît évident. H. Lavondès souligne, à propos des aven¬
tures de Maui, le parallèle entre le moment où le héros
pénètre dans une huître perlière et celui où il pénètre dans
l'ouverture vaginale de la lune. Cette assimilation est attes¬
tée dans les langues polynésiennes et se retrouve, d'une
certaine façon en archéologie, avec le tunnel de Naniuhi à
Hatiheu. Ce motif en serait une marque. Le mot uhi possè¬
Ce
nom
tatoueurs au groupe
qui en obtint des représentations réalistes auprès.d'un
lui expliqua qu'il s'agissait de très
petits poissons.
Le mot est formé de upoupo : fluet, de petite taille... qui
désigne aussi un poisson (Carangoïdes sp.) dont la carangue tachetée ou rayée. Le terme upoko, au N.-O., upo'o au
S.-E. a été vu ci-dessus, quant à tu'iha ce nom est donné à
un petit poisson d'eau douce...
J.F. Stimson apporte un éclairage supplémentaire à ce mot
dont la portée reste obscure. Le nom Upo est donné à une
étoile du Baudrier d'Orion appelée également Toru (Tau Tou
aux
Marquises) ou Fakaiti, quant à houpo, il désigne un bon
artisan, régulier dans son travail, énergique, actif, etc. Quant
à tui ou tu/a, il signifie : maintenir à l'aide de cordes passées
dans des trous, coudre... passer à l'oreille quelque chose,
d'où lien passé dans les ouïes des poissons pour faire les
glanes destinées à les transporter ; c'est aussi une prise à la
lutte ou pointer du doigt, aller jusqu'à transpercer... un rai
de lumière ojj les rayons brillants du soleil à l'aube.
de une connotation sexuelle enrichie, ici, par sa correspon¬
dance avec puha, puhanga : source, origine, apparition à la
vie, d'où acte de procréer, géniteur... et un stade de l'ado¬
lescence. Aux Tuamotu, puha désigne, en effet, l'endroit où
regards et des contacts, jusqu'à
l'âge d'environ seize ans, des enfants importants pour les
leurs : coutume qui se retrouve aux Marquises comme
ailleurs dans la zone Indo-Pacifique et au-delà.
était retenu à l'abri des
467. Uma hoka, “uma-oka” ou “ourtmhoca” : ce nom recueilli en 1804 désigne le plastron protec¬
poitrine, pour G.H.vonLangsdorff. Comme le
pa'i uma, dont il paraît ainsi un équivalent, il répond à l'idée
de bouclier pectoral ou panneau de poitrine.
Le terme est formé de uma : poitrine et de hoka : douleur
cuisante d'où courage, bravoure... enfant mâle, guerrier... ou
teur de la
470. Vaha : tatouage non joint ou inachevé.
Ce mot vaha signifie : écarté, séparé... et dans les
langues polynésiennes : bouche, ouverture au-dessus d'un
trou..., espace, intervalle... d'où pawaha : lignes de tatoua¬
ge qui, sur les visages maoris, vont du nez au menton en
passant de chaque côté de la bouche (E. Tregear).
Ce qualificatif va/ia est utilisé pour : '/ma vaha, keho vahà,
kokeka vaha, moho et mo'oa vaha, mata vaha, nutu vaha...
471. Vahaka ou vahana : motif cité par K. von
den Steinen et W. Handy qui, dans ses notes, précise qu'il
était destiné au front, comme le tiki 'ae. Ce nom correspon¬
drait à une forme, moins précise, ou une variante des koke¬
ka..., pa’e taka..., vahana ‘ae et vahana upoko.
)
Tl Kl
;
Le terme vshaka, au N.-O. ou vahana, au S.-E. signifie ;
morceau,
parcell^..,, valve..., mâle, homme, époux...
472. Vahana ’ae
: nom
cité par W. Handy pour un
motif, ici sur le côté gauche du front d'un homme de
Vaipaee (Ua Huka). Le rectangle ornant la moitié du front
est agrémenté d'une rangée d"enata ; il est sinon tout à fait
comparable au tiki 'ae relevé par W. Handy.
des jambes, puis du cou et de la poitrine, etc.
Ce nom signifie : larmes, pleurs... C'est le nom de la qua¬
trième des neuf fêtes funéraires (P.C. Chaulet et S. Delmas).
Le père P.C. Chaulet note que le nom no te hâve vai mata
était donné au repas de funérailles offert par la famille du
Le terme est formé de vahaka ou vahana (cf. ci-dessus) et
défunt à ceux qui venaient pleurer le mort ; ceux-ci appor¬
taient de grandes quantités de tapa, de poissons tandis que
473. Vahana kaki, va’a'a ou va’aka kaki :
repas faisaient partie de la koina vai mata ou fête de funé¬
railles qui se déroulait en une succession de cérémonies
de 'ae : front, cap...
la famille avait tué, de son côté,
large barre qui part de la naissance du cou et descend jus¬
qu'au dessous de la poitrine, sur le côté droit ou gauche,
d'après la définition donnée par R.l. Dordillon au R”'* père
O. Courtines. Il écrit vaaka kaki tandis que le D' L. Rollin,
reprenant cette description, note va'aa kaki. K. von den Steinen
utilise, lui, la forme vahana kaki à propos d'un tatouage du
cou et de la nuque. Ce motif appartient à la famille des kahu
mo'ehu, fau tai, homae, ve'o a'o...
Le terme est formé de vahaka ou vahana (cf. ci-dessus)
ou
477. Vaimata : motif tatoué aux yeux de Kena lors
de la première tranche de tatouage auquel succéda celui
va'ana
:
pour... (va'a signifie s'éveiller, se dresser... ou
quantité de porcs. Ces
anniversaires. Ces épisodes suivaient les différents stades
du traitement du corps et le départ de l'âme du défunt ; le
tau'a, comme le souligne D.Tilésius à propos du uma hoka,
y jouait un rôle essentiel. De la même façon, ces cérémo¬
nies ne pouvaient se dérouler sans offrandes considérables
aux ancêtres, d'où la
présence de victimes humaines, par¬
fois remplacées par des tortues, et l'accompagnement de
chants dont D.Tilésius dit de certains d'entre eux qu'ils
évoquaient le soleil et étaient accompagnés de tambours et
de flûtes nasales.
pirogue pour vaka) et de kaki : cou, gorge..., désir, désirer
passionnément...
478. Vai me’ama ou vai ’o te me’ama : motif
talon, pour les femmes, d'après les notes du père
PG. Chaulet (le dictionnaire cite la seconde forme) ;
au
474. Vahana
upoko : nom cité par K. von den
Steinen désignant un tatouage d'une partie du front et com¬
W. Handy, en relève de bien identifiés au bas des mollets de
Le terme est formé de vahaka ou vahana (cf. ci-dessus) et
l'île par Oaterea, comme Tahiakahee de Nuku Hiva. Les rele¬
vés faits par W. Handy au dos des jambes de Tahiakahee,
parable ou équivalent à tiki 'ae ou vahana 'ae...
de upoko, au N.-O. : tête...
Te Hono Hokati, de Ua Pou, tatouée dans le style ancien de
princesse tapu de Hakaui, ne sont pas identifiés mais consti¬
475. Vai kau haka’iki : nom d'un motif, équiva¬
tuent d'indéniables variantes. Un tuhuna de Fatuiva fournit à
par K. von den Steinen. Une version de ce bain, creusé tra¬
ditionnellement dans une pierre de teinte rouge -un ke'etu-
tions, au front ou au nombril. On en retrouve des variantes
sur les bambous de Cherbourg et de Douai. Le chef Tamo
rivière à son intention, a été esquissée par le chef, lui-même
des précédents, toujours assez difficiles à "lire”, destinés aux
lent au vai ta ke'etu, porté, du reste, par un chef rencontré
pour un premier-né de chef, puis aménagé plus tard dans la
maître tatoueur, sur le carnet de notes de l'auteur. Dans ce
motif, deux ka'ake encadrent, deux hope vehine et une
composition de même dimension qu'un des hope vehine
dans laquelle figure un 'enata est figuré au centre d'une
figure quadrangulaire enrichie de tracés en coudes ou de
rectangles. Il s'agit d'un dessin de la famille des vai 'o Kena
et vai '0 Tefio.
K. von den Steinen un exemple destiné, d'après ses indica¬
(Nuku Hiva) en donne enfin des exemples, très différents
mains et aux doigts de femmes.
Le terme est formé de vai (cf. ci-dessus), de 'o : être,
c'est, de... de te : le, la... et de me'amà ou mahina, parfois
au
S.-E.
:
lune, nom de la sixième lune..., mois..., s'épa¬
nouir, fleurir..,, grand plat rond ; au S.-E. maheama signifie :
lumière, clarté comme ma'ama d'où : éclairé, lumineux, ins¬
truit... koekoe ma'ama
:
intelligent, savant qui a bonne
Le terme est formé de vai : eau... de kau : nager... et de
mémoire... et Ao ma'ama : le monde des vivants, ceux de la
Aux Tuamotu, J.F. Stimson relève pour va/' les sens d'eau,
ou aux
haka'iki : chef...
habituellement fraîche dans la nature..., liquide, d'où liqui¬
de amniotique à la naissance et bassin sacré d'un chef à la
rivière... tandis que kau veut dire : nager, se mouvoir, être
porté par l'eau...
476. Vai kau Kena
:
ce
nom
recueilli par W.
Handy, est désigné par elle comme un équivalent de vai 'o
Kena-,
Le terme est formé de vai (cf. ci-dessus), de kau : nager...
et de Kena, le héros légendaire.
Kena, trop passionné par le plaisir de la glisse sur les
lumière (H.Lavondès, 1975). Ce même mot, à Rarotonga
Tonga, signifie : lumière et chérir...
Ce motif pourrait illustrer l'image symbolique du bassin
sacré où se baigne la lune, en quelque sorte son miroir. Ces
derniers étaient assez comparables aux bassins taillés dans
l'on baignait les enfants. Le fond de la
était enduit de suie et, lorsqu'elle était remplie
d'eau, elle renvoyait l'image qui s'y mirait. Pour la tradition
orale, seules les personnes de la classe tapu avaient cette
possibilité, en particulier les princesses ou ha'atepei'u, dont
la beauté était comparée à Hina, la lune, alors que le soleil
une roche tendre où
vasque
était masculin ; cf. vaito'e.
vagues de Ta'aoa à Hiva Oa, perd l'amour de sa compagne
Tefio. Il cherche à le reconquérir, ainsi qu'une place dans la
479. Vai ’o ’eka : motif sur la moitié du dos, pour
les femmes ; il n'en existe aucune représentation identifiée.
du sel et du soleil qui l'avait rendu "trop commun", il déci¬
safran Curcuma
société ; diminué par sa fréquentation excessive de la mer,
de, pour retrouver cette position, de se mêler au groupe
des jeunes qui se font tatouer en même temps que les fils
d'un chef d'Atuona (Hiva Oa) : Pekaha et Tiu. Le bain sépa¬
ré de Kena, et celui de sa compagne Tefio, se situent sur le
même torrent ; ce sera, comme le veut la tradition, le lieu de
leurs retrouvailles romantiques, l'endroit par excellence des
échanges de messages d'amour par le biais des fleurs, des
couronnes, des fruits et des reflets.
Le terme est formé de vai et de 'o (cf. ci-dessus), de 'eka :
longa, joie, réjouissance, allégresse...,
agréable, plaisant..., s'amuser, s'attarder..., séjourner...
l'expression vai eka signifie : ne faire qu'un avec...
Ce nom de motif semble faire pendant à vaimata ; l'un
exprime la tristesse et l'autre la joie.
480. Vai ’o Kena : motif qui, dans sa forme la plus
simple due au tatoueur Kofiutete, représente la partie supé¬
rieure d'un homme-bâtonnet inscrit dans une figure qua-
drangulaire, le bain ; Il se rapproche tout à fait du vai kau
tales du système de parenté marquisien, comme le souligne
beaucoup plus complexes. Si l'on y retrouve le per¬
sonnage du potia hue, Inséré dans un schéma plus rectan¬
gulaire afin d'obéir à l'image du bassin, le motif répond sou¬
vent à une construction croisée en X qui abandonne tout
repère' anthropomorphe. L'analyse de K.vondenSteinen
permet cependant de suivre l'évolution à partir des hope
vehine et ke'a ; du schéma de base du corps de l'etua ne
sont conservés que les quatre membres en forme d'arc, ou
place originale dans le tatouage est d'autant moins éton¬
qu'il fait partie de ces mots faisant écho à tous ces sym¬
bolismes, qu'il est forgé sur la racine pa et la notion d'encer¬
clement ou de protection... Il figure aussi parmi les noms où
intervient l'idée de creux,- de passage, de résonance...
comme ivi, pu, puovo ou po'o... qui prennent toute leur
importance dans le système religieux de ces îles où les
échanges entretenus entre le monde des hommes et celui
des esprits, des ancêtres, ne cessent jamais.
recueillies par K.vondenSteinen et W. Handy ; la plupart
j\.
maternel, nièces et neveux utérins, les relations fondamen¬
haka'iki. Mais ce tatouage connaît de multiples variantes
sont
de coude. Ceux-ci sont tournés vers l'extérieur et rejetés
angles du tracé rectangulaire qu'affecte ce motif; le lien
diagonal qui les unit constitue la trame croisée de la figure.
Parfois, les jambes de l'etua s'étirent de façon très abstraite,
à angle droit, dans un écartèlement digne de celui subit par
Pohu ; à chaque fois, la tète et le tronc disparaissent.
Comme l'expliqua à W. Handy un informateur de Ua
Huka, ce motif fait partie de ceux qui, sous un même nom
mais sous une forme différente, étaient portés par les
hommes et par les femmes. Ce tatouage et ses variantes
sont portés aux mains, aux poignets et à leur revers, pour
les femmes, mais c'est de préférence sur leurs jambes qu'il
apparaît dans les derniers temps du tatouage, comme dans
les compositions de Tuuakeena ou de Napueua, originaires
des deux vallées importantes de Hiva Oa. Dans les anciens
arrangements de Fatuiva, il se trouve à l'arrière de la jambe
des hommes, en dessous de la pliure du genou comme en
témoigne le vieux tatoueur de l'île à W. Handy ou, dans le
style "contemporain", dans ces ensembles que sont les
pahito, les puto'o ou dans des dispositions soignées et com¬
plexes comme celle portée par un habitant de Hanaupe
(Hiva Oa). Pour W. Handy, ce terme a pour équivalent le vai
kau Kena et peut être remplacé dans le tatouage des jambes
par le potia hue, le peke o mei ou le tuu po'o.
H. Lavondès et A. Gell ; cf. hiki a tama. Que pahu occupe
une
nant
aux
Le terme est formé de vai et de '0 (cf. ci-dessus), et de
kena : héros légendaire et oiseau de mer de la famille des
fous. Su/a sp.
484. Vai ta ke’etu : motif à rapprocher des fat/na
qui était porté autrefois aux jambes des femmes de Fatuiva,
d'après les informations et le dessin communiqués à W.
Handy par un tatoueur de l'île ; il a pour équivalent vai kau
haka'iki.
Le terme est formé de va/(cf. ci-dessus), de ta : de, par...,
marque du pluriel..., frapper, marteler, tatouer... et
ke'etu : se hâter ou tuf volcanique...
de
Sur l'importance de cette roche, souvent rouge et assez
tendre pour être aisément taillée, J.F. Stimson apporte un
éclairage qui permet de percevoir la portée symbolique de
ce motif. Le mot kere (pour ke'e) signifie : frapper... mais
désigne aussi ce qui est sombre, ou bien encore la terre, le
sol, la boue... et, du même coup, la Terre, le Monde. C'est
aussi le nom de cette gaine qui protège la base des palmes
de cocotiers, d'où cœur et probablement matrice. C'est
enfin un aménagement où placer de la nourriture... Ainsi se
dégagent la plupart des éléments qui touchent à la percep¬
tion du sol et de la terre et, par-delà, au rôle du chef (ou
haka'iki) sur l'habitation duquel s'alignent ces dalles
taillées, rectangulaires {ke'etu), parentes de celles où, dès
son plus jeune âge, il s'est baigné dans cette union de la
terre et de l'eau (cf. vai kau haka'iki).
485. Vaitete
:
motif sur le dos, pour les hommes
pour les femmes, d'après les notes de P.G. Chaulet
et le dessin transmis à K.vondenSteinen par Tauakika
comme
481. Vai ’o Tefio : ce motif répond à la même
construction que le vai ‘0 Kena dans un dessin dû au même
tuhuna : Kofiutete. Tefio, la compagne de Kena, se reconnaît
grâce à son chignon figuré par un trait transversal très épais.
Le terme est formé de vai et de '0 (cf. ci-dessus), de te :
la... et de fio : sauvage...
482. Vai ’o
d. vaime'ama.
I
te
me’ama : nom cité par les Pères,
483. Vai pahu : motif à la jambe de Tuuakeena,
style contemporain de l'époque par un
tuhuna de Atuona (Hiva Oa), dont le nom et le tracé furent
tatouée dans le
recueillis par W. Handy. Dans les deux exemples qui se pré¬
d'autre de deux ka'ake, les pieds sont à
rattacher aux papua en étrier, quant aux bras, l'un est clas¬
sique des vai '0 Kena (deux courbes tournées vers l'exté¬
rieur et surmontées d'un carré qui correspond à la main pro¬
prement dite), l'autre se présente comme un patea, aux
bras linéaires portant deux ‘enata cunéiformes de type
simple.
Le terme est formé de vai (cf. ci-dessus) et de pahu : tam¬
bour ou gros paquet cylindrique... C'est à travers la fonc¬
tion de pahupahu, terme qui désigne les oncles et tantes
maternels d'un enfant, que toute la profondeur du sens de
sentent de part et
ce mot
transparaît.
Tout au long de la vie d'un enfant, les événements les plus
marquants interviendront à des moments cruciaux, à travers
(Fatuiva). Il consiste, sur ce modèle masculin tatoué dans le
style moderne de l'époque, en un po'o kaki, situé à la base
de la nuque, dans lequel est intégré un alignement en dents
de scie : koniho ou niho peata.
Le terme est formé de vai (cf. ci-dessus) et de tete : fris¬
sonner, avoir de la fièvre...
remarquable de J.F. Stimson
à propos de tete avec l'ex¬
pression vahiné tete ou tetea... qui désigne une ondine,
une nymphe ou naïade..., de ces esprits des eaux nésde la
Encore
une
fois le travail
offre un éclairage intéressant
nature et tout à fait dévêtus.
486. Vai to’e
:
motif construit selon un schéma en
demi-lune, très comparable au vai me'ama, qui fut transmis
à K. von den Steinen par à un tatoueur de Fatuiva.
Le terme est formé de vai (cf. ci-dessus) et de to'e : vulve
(H. Lavondès, J.S.O., 1973) d'où vai to'e : sécrétion vagina¬
le (R. Suggs, 1966).
Ce tatouage est construit, très probablement, autour de
l'image d'une divinité familiale, un etua qui affecte le forme
symbolique de la matrice : poka'a, le tout étant inscrit dans
un tracé en demi-lune associé aux chefs et à l'image de la
femme, dans le croissant duquel une série de hachure,
simples 'enata, se substitue au ani ata, ou chaîne humaine
un peu moins stylisée qui souligne les vai me'ama.
487. “Vatevei”
:
nom
de tatouage qui fait partie
cérémonial complexe ; ils joueront un rôle essentiel, très
d'une liste établie par W. Handy dans ses notes, à partir du
tourage... qui font de ces liens entre tante paternelle, oncle
pour lequel on ne dispose d'aucune information, ni bien sûr
un
symbolique des fonctions de transmission, d'initiation, d'en¬
dictionnaire de M®' R.l. Dordillon, mais pas
uniquement,
Te Patu .Tiki
/
•
L’Art du
Tatouage aux Iles Marquises
V
wm-iWï
fmmmmJ
de représentation. Il se peut qu'il s'agisse d'une erreur, de
la même façon qu'il peut s'agir d'une information de terrain,
détachée de son contexte, pour lequel
même a manqué de précision.
l'informateur lui-
Le terme serait formé de va : considérablement..., fond
d'une pirogue... ou de vai qui n'aurait pas été bien entendu
puis de te : le, la... et vei : bande, troupe... ou ve'i : cent-
pieds.
488. Va’u : cité par K.vondenSteinen, cf. /'a va'u.
489. Vehi ou ve’i : nom d'une variante du ti'apu,
d'après Ch.L. Clavel, où la bande intermédiaire des joues
représente un cent-pieds ; l'autre variante de cette bande
intercalaire consiste en un alignement de dents de requin ;
niho peata.
Ce nom vehi. ou 'o vehi. désigne au S.-E. : le 27'jour de
la lune et au N.-O. le 28' (B.S.E.O., 1929, n"30 et 1947,
n°78) tandis que vei signifie : aligner, bande, troupe... et
ve'i : cent-pieds et, comme le souligne W.P. Crook, par ana¬
logie, se déplacer rapidement.
La différence orthographique, épisode tardif dans l'his¬
toire de la langue, modifie peu le contenu du terme. L'idée
qu'il tend à transmettre est celle d'un déplacement rapide
d'une troupe censée infliger une douleur cuisante à son
adversaire ; de la même façon, il peut y avoir identification
avec une autre attitude de cet animal qui défend avec
vigueur et courage ses petits en leur offrant un rempart de
son corps (la femelle se love autour d'eux)... une notion qui
ne pouvait que frapper l'imagination de ces guerriers cher¬
chant à se protéger et à protéger les leurs avec vaillance.
490. Vehine na’u ou ‘‘tewèhine nau” : nom
cité par J.K.E. Buschmann, cf. "Te ioe hinenau".
z6o
491. Ve’i pufau ou ve’i puhau : motif tatoué
l'épaule de Ahu (Hiva Oa) ainsi que sur
l'épaule du modèle traité dans le style komo'e parTauakika
sur
le haut de
(Fatuiva).
Les noms de ve'i pufau. à Fatuiva, ou vei puhau à Hiva
n s cm
I
Oa, ve'i hau à Nuku Hiva ou encore veivei pufau et ve'i uta
désignent une variété de fougère épiphyte très décorative,
le Lycopodium phlegmaria. variété marchionicum qui pous¬
se sur des troncs et dont la disposition du feuillage, très fin,
fait penser au cent-pieds (cf. F.W. Brown). L'expression
pufaufau ou puhauhau. quant à elle, désigne un petit vent
frais, un zéphyr. Ce nom est construit à partir de vei ou ve'i
(cf. ci-dessus), de pu : source, origine, tronc... coquillages
(gastéropodes) dont la conque marine et instruments de
musique par où passe le souffle... et de fau ou hau :
Hibiscus tiliaceus... mais aussi serein.
Au-delà du sens littéral associé à cette fougère, artisti¬
quement tressée, comme on l'expliqua à K. von den
Steinen, il est probable que la plante elle-même et l'image
qu'elle suggère, par les éléments qui en constituent le nom,
ait une valeur qui justifie sa représentation en termes de
tatouage.
L'importance symbolique de pu tient à son évocation des
origines et de la vie. Celle-ci passe par le son et son sup¬
port : le coquillage, qui lui permet à la fois de naître, grâce
au souffle, et de se diffuser... À son image, la femme trans¬
met la vie, tout comme le chef qui dispose de sa conque et
dont le rôle est d'assurer la vie de son clan, ou le guerrier
qui est chargé de la protéger et, grâce à sa conque, donne
l'alarme. À cela, s'ajoute un terme : hau ou fau. dont
E.Tregear et J.F. Stimson constatent l'éventail des sens qui
témoignages de la
consécration du sage... Autant d'éléments qui rassemblent
autour de ce nom l'idée d'une troupe unie par une alliance
ou une aspiration à la paix.
vont de la fraîcheur de la brise aux
492. Ve’o
:
Handy, cf. ta ve'o.
tatouage au menton, nom relevé par W.
493. Ve’o a’o
;
bande descendant sur le côté du
torse ; cf. ve'o tua. Ce terme ancien de Hiva Oa
au
correspond
kahu mo'ehu dont un maître tatoueur expliqua à K. von
den Steinen qu'il était réservé aux chefs.
Le terme est formé de ve'o : lance, harpon, percer avec
harponner, se précipiter sur..., faire des re¬
proches... C'est aussi une étoile et le dixième mois lunaire,
et a'o : devant mais qui sous-entend peut-être ao : jour
(depuis l'aurore jusqu'au crépuscule)..., aller par mer en
embarcation..., respirer..., gouvernement, commandement...
Comme le remarque J.F. Stimson pour les Tuamotu, Ao
désigne le monde visible et, en poésie dans les adresses ou
invocations envers un personnage important ou une divini¬
té, ce mot est équivalent à maître tout-puissant.
•la lance,
494. Ve’o tua : bande qui est l'équivalent de la pré¬
cédente mais dans le dos.
Le terme est formé de ve'o (cf. ci-dessus) et de tua : dos,
échine...
495. Vi’i ’a’a niho : alignement de dents, ou koni-
ho. disposé de façon circulaire afin de souligner une articu¬
lation, en général semble-t-il, les genoux comme celui rele¬
vé par K.vondenSteinen au genou de Vahana Upoko (Ua
Pou) ou par W. Handy sur celui de Tahiakahee (Nuku Hiva),
toutes deux tatouées dans le style de leur île.
Le terme est formé de vi'i : tourner autour... de 'a'a : file,
rangée, suite... et de niho : dents... Aux Tuamotu, Stimson
relève pour viri les sens de : enroulement en une petite spi¬
rale comme pour une corde..., s'enrouler, rouler sur soi, se
fracasser comme une vague...
496. Vi’i po’i’i : motif circulaire, concentrique, audessous du bras, porté autrefois par les hommes de Fatuiva
à l'emplacement des ipu dont il semble être proche parent
du tikaka'o. Ce dessin se présente comme une
combinaison des deux ; W. Handy en obtint le tracé d'un
ainsi que
vieux tatoueur de l'île. Bien que cela n'apparaisse pas dans
la légende de l'édition du Bishop muséum, elle mentionne
dans ses notes, comme autre vi'i po'i'i. un motif ancien de
Fatuiva placé sous l'aisselle des hommes de l'île à la façon
d'un ipu katu. d'après les indications et dessins de ce même
tuhuna.
Le terme est formé de vi'i (cf. ci-dessus) et de po'i'i ou
poriri : cercle, circonférence..., pivot, axe..., constellation
marquisienne (M.W. Makemson).
Ce nom de tatouage, ainsi que les noms composés à par¬
tir de vi'i et de po'i'i. témoignent en partie, de l'idée de
tournoiement, de spirale ou d'enroulement qui prima dans
l'esthétisme du tatouage à une époque légèrement anté¬
rieure au XVIII' siècle... Au moment où furent recueillis les
motifs marquisiens, la spirale était devenue très rare dans
les vallées où les dessinateurs collectèrent la plupart de
leurs témoignages .
497. Vi’i puaika ou vi’i puaina : tatouage des
oreilles, nom recueilli par le médecin V. Lallour ; plus préci¬
sément sur les lobes des oreilles, comme l'explique
au R“‘' père O. Courtines. K.vondenSteinen
parle d'un motif arqué, tandis que Ch.L. Clavel note : "Chez
quelques femmes, le lobule de l'oreille et la région mastoï¬
dienne sont agrémentés de légers dessins de rosaces". C. de
Roquefeuil en décrit la forme la plus simple : "Les femmes...
parfois... ont au lobe de l'oreille un cercle concentrique au
milieu duquel est pratiqué l'ouverture ordinaire."
Le terme est formé de vi'i (cf. ci-dessus) et de puaika.
puaina ou puainga : oreille.
R.l. Dordillon
Addenda
•
Addenda
Les motifs décrits ici in extenso, ont été traités essentiellement en illustrations dans les planches situées dans
la première partie du livre : Ka’ake p.112 , Pahito Pv137, Po’i’i p.115, Poka’a p. 104-105.
Ka’ake ou kake : K. von den Steinen les décrit comme une pièce courbe, en forme de
W. Handy pu relever, grâce à Tahara, les caractéristiques du tatouage masculin de Nuku Hiva.
bras ou d'équerre, terminée par une main issue de l'image d'un etua. Pour les femmes, ils pou¬
Ses cuisses et le bas de ses jambes étaient couverts de tels pahito appelés pa'ipa'i'io ; la simili¬
vaient être placés sur le dessus de la main ou dispersés au poignet. Celui qui couvrait les reins :
tude entre les deux noms souligne leur parenté.
ka'ake hope était réservé aux princesses de très haut rang et était appelé ka'ake tout simple¬
Lorsque le pahito est composé, il s'articule le plus souvent de part et d'autre d'une bande
ment, ou kake 'a'o et kake tua. Il pouvait être placé à la cheville des hommes, mais c'est sur les
médiane étroite, vierge dans la majorité des cas. Les exceptions sont très rares et concernent
jambes des femmes qu'il paraît le plus fréquent au XIX' siècle. Il était parfois utilisé en remplis¬
pratiquement toujours un poka'a situé au centre. Les deux champs quadrangulaires où s'orga¬
sage, en particulier dans lespahito, et entrait dans la composition de ces visages placés au genou
nise le décor sont la plupart du temps inégaux ; de rares fois, sur des tatouages de Ua Huka, une
ou
à la cheville. W. Handy apprit, d'un informateur de Ua Huka, que le ka'ake faisait partie de
ces
tatouages qui étaient disposés différemment selon le sexe et l'appartenance géographique.
R. Greiner note par ailleurs que son usage sur le bois était des plus courant.
Selon l'orthographe adoptée, la signification précise diffère mais l'idée, d'après K. von den
mince bande partage horizontalement l'ensemble du pahito. D'un côté apparaît souvent un visa¬
ge : po'i'i ou ipu ani, un mata, desdemi-etua ouke'aetua..., de l'autrefigurent plutôt des ka'ake
et des 'enata... mais les arrangements sont variés. Le pahito traduit
probablement une concep¬
tion du monde partagé en deux univers entre lesquels une communication est possible.
Steinen, demeure associée à l'image d'une courbe montante. E. Tregear en mentionne une ver¬
sion assez proche, utilisée en Nouvelle-Zélande, kape, qui signifie : prendre congé, repousser...
Po’i’i ou poriri : motif circulaire dispersé sur le corps ; il s'organise parfois à la façon
mais surtout désigne le sourcil, l'espace entre cils et sourcils et le tatouage situé à cet endroit (cf.
d'un regard ou d'une tête.
“kake upogo").
construction du visage qui s'inscrit en général dans un cercle souligné sur les côtés par deux
De l'idée de courbe à une allusion possible au cheminement du soleil, il n'y a qu'un pas que
D'aspect assez varié, une unité se fait toutefois sentir dans la
arcs, ou ka'ake. Les deux "pôles" du crâne sont ouverts et le vide au sommet est souligné la plu¬
K. von den Steinen franchit en constatant que les langues austronésiennes utilisent souvent les
part du temps par un poka'a (cf. ipu ani). La place de prédilection du po'i'i se situe sur les arti¬
termes ra, la ou ha, pour le désigner ; ka étant plus orienté vers la notion d'intensité d'un feu ou
culations auxquelles il s'adapte fort bien. Il est fréquent sur les jambes des femmes : du dos de
de flamboiement. Il faut ajouter à cela que le motif s'apparente aux tracés en équerre et dérive
la cuisse au genou, du mollet à la pliure du pied et au talon. Sur celles des hommes, il apparaît
du rectangle, aussi bien que du mouvement de bras des t/W qui s'appuie sur leur ventre. Ces élé¬
aux chevilles et au
ments et le fait qu'il était réservé aux chefs, laissent supposer que le ka'ake a pu symboliser, à
visages pihau, tumu 'ima... et dessine des mata, mata hoata et mata putona... également au poi¬
rnollet, dans les pahito. Il est très présent sur les mains où il s'intégre aux
époque ancienne, le pouvoir " de droit divin" accordé aux chefs sur la terre, leur faculté à
gnet. Les bambous illustrent l'engouement pour ces figures, isolées ou intégrées aux nutu kaha,
nourrir et faire foisonner aussi bien qu'à donner la vie (les ka'ake sont placés sur les reins des
ipu... Selon les cas, la composition ou leur intégration, le nom diffère ; il s'agit alors plutôt de 'au
princesses). Cette hypothèse n'exclue pas d'autres analogies avec le soleil, comme un pouvoir
ho'i, qui ailleurs sera ipu ani ou kautupa... éventuellement mata komo'e...
une
destructeur car desséchant, envisagé par exemple pour le "noeud magique ou eu kake", le
komo'e.
Pahito : motif pour le bas des jambes, tatoué au héros Kena. Il présente, pour les femmes,
l'aspect d'un damier et se situe sur les molléts, d'après le père P.G. Chaulet ; V. Lallour le locali¬
se
également sur la malléole externe. Il en existe de nombreuses variantes dont quelques bam¬
Parallèlement aux problèmes d'identification, s'aventurer dans la signification des tatouages,
c'est pénétrer une épaisse forêt de noms où tout n'est pas forcément contradictoire. Les diver¬
gences sont issues de la singularité voulue par chaque clan, chaque vallée... d'un goût manifes¬
te pour l'analogie,
le plaisir du jeu des mots et la coexistence de noms "neutres" et de mots
savants...
Le terme po'i'i ou poriri signifie : cercle, pivot, axe... et désigne la spirale de cheveux portée
bous pyrogravés, modèles ou objets commémoratifs, témoignent. Rarement isolés sur la jambe,
au sommet
ils succèdent aux fatina et sont fréquemment associés aux hikuhiku atu, po'epo'e et po'e vae.
rotondité du ventre, des testicules...
K. von den Steinen souligne qu'il s'agit de motifs caractéristiques de la face postérieure de la
cuisse et du mollet.
Ce nom, pahito, désigne une étoffe de tapa grossièrement battue. Il est lui-même formé de
de la tête, un coquillage {Turbo setosus) et une constellation... et pori traduit la
E. Tregear, relève à travers les langues polynésiennes pour powhiri ou pohiri : faire signe de
la main, flotter au vent, s'enrouler, tourbillonner... et se dérouler pourpohiihii, aux Marquises ;
ils dérivent de whiri, fili, hili ou vi'i qui, aux Marquises, signifie : natter, tresser, tordre, enrouler...
pa : fermeture, obstacle quelconque... et de hito qui au S.-E. signifie : vaniteux, orgueilleux, fier...
Plusieurs traits de la légende de Kae trouvent un écho dans le tatouage ; ce sont ici les deux
En Polynésie, pahiko était le nom donné à l'intervalle observé entre les prêtres maoris et la popu¬
matrones : Po Hihi et Po Haha... qui résonnent dans po'i'i et poka'a ; cf. k'aotupa et poka'a. Ce
lation, ce qui souligne la notion d'espace particulier.
dernier est important par sa fréquence d'apparition et sa valeur symbolique; le po'i'i pourrait
Dans le cas de pahito en damier, le décor est rarement compliqué d'une autre composition.
"sombrer" dans la banalité s'il ne désignait qu'une configuration, mais il trouve une force méta¬
Pour ceux ornant des jambes d'hommes, K. von den Steinen, situe leur origine dans des hope
phorique toute particulière par le lien qui se noue autour du poka'a et l'enjeu de la naissance, ainsi
vehine, difficilement reconnaissables en raison de leur déformation et du noircissement ; ils tien¬
que par sa capacité à suggérer l'image du cercle ou de la spirale. Par son dessin, le tuhuna a peut-
draient aussi du ke'a où une fusion diagonale du décor interne aurait eu lieu. Ces deux motifs
être voulu symboliser un aspect de la féminité, "porte" de la vie, aussi bien que la voie de la
sont du reste pratiquement équivalents. Une double ligne verticale claire (cf. hue ata et hue 'a'o)
connaissance... figurées par ces ouvertures opposées.
sépare ces pahito agencés par paire, inégale dans la plupart des cas. Il n'est pas rare d'observer
qué l'un des deux côtés est plus décoré que l'autre ou porte un etua, sans doute parce que l'un
des champs correspond au monde des esprits et l'autre à celui des hommes. Il s'agirait alors, à
l'origine, d'une représentation de l'univers où le chef, comme dans certains ipu, occupe une
position centrale ; il est ici figuré par un double trait.
Les pahito pouvaient être placés, en dehors des jambes, sur les bras dans le style ancien de
Fatuiva, ainsi que dans le dos. En dehors de pahito classiques, W. Handy en releva un certain
Poka’a : K. von den Steinen le classe avec les papua et ipu, distingue celui en forme de
champignon et celui en forme de bol.
Le mot poka'a désigne une sorte d'arbre à pain.
Pour retrouver sa valeur symbolique, il faut plonger dans ses racines et dérivés ; Poka est le
nom
d'une constellation
marquisienne (M.W. Makemson), poka'apoka'a suggère une large
ouverture..., pokaka et kaka : un "trou rond", gousse, bogue, sac, poche, enveloppe à la base
nombre qui ne l'étaient pas du tout, tels ceux qu'elle qualifie de "champs noirs" : équivalents des
des palmes de cocotier... tandis que po renvoie à la nuit, aux ténèbres... et, par la même, à la
paka. Il y eut également une version appartenant au style développé autour de tatoueurs de
femme, du côté du po.
Hiva Oaet autres îles du sud, dans les derniers temps du tatouage. Dans ce cas, le motif tend à
Chez E.Tregear, on retrouve les mêmes notions : l'idée de quelque chose de circulaire, un
couvrir une large surface de part et d'autre d'une composition centrale qui apparaît au dos de la
peu ovale (cf. eipoto), de puits, creux... qui peut aller jusqu'à castrer alors que pohaha signifie :
cuisse ou sur le côté du genou. De l'esprit d'origine, le pahito conserve une découpe en crois¬
fendre, ouvrir... Sens à rapprocher de l'épisode du cycle de Kae où celui-ci doit faire face aux
sant de lune et un cadre rectangulaire qui s'adapte, dans un premier temps, au champ auquel il
naissances telles qu'elles sont pratiquées à Vainoki, l’île aux femmes : une césarienne qui sup¬
est destiné, en se courbant, puis s'allonge à une de ses extrémités pour se terminer en poirite.
pose la mort de la mère. Ces femmes étranges, difformes semble-t-il, étaient appelées Nuu Mau
Dans le cas des pahito évoluant en paka, les deux rectangles d'origine se séparent et se
Toe, à Hiva Oa, et accouchaient entourées de deux matrones redoutables : Po Haha et Po Hihi.
déforment en se biaisant soit légèrement, soit au point de se transformer en deux triangles unis
Ces divinités complémentaires présidaient aux opérations, l'une pratiquant la césarienne, l'autre
par un sommet. Ce type de pahito apparaît surtout au dos des cuisses où il prend l'allure d'un
"veillant" au risque que représente l'enroulement du cordon ombilical. Comme pour les fanaua,
papillon ; il'pourrait être qualifié de paka, paka hope ou paka fatina à la composition desquels il
proches parentes en quelque sorte de ces accoucheuses, il s'agit peut-être d'établir un pacte,
participe.
comme
Pohu le fit, pour se protéger de la cause du danger.
a6i
ifs sur le corps
■
Les motifs pour le front, hayhumuma, hiamo'e,
ri, hau tai, kahu moehu, koniho, kutu ‘epo, paheke, pariho,
hikupona, kiva, kokeka, kokeka vaha, kota'a, mata ‘epa,
pepehipu, ta veo, te eva, tiapu, tiapu te nutu, ti'i' heke, ti'i
mata hiamoe, matua he'e moa, mooa et moo avaha, niho,
vahi, toi etve'o.
ota'a, pa'e'a, pa'etaka, paheke, pahetaka, paka, pakeka,
pihe, tahapu, ti'apu, ti'ati'apu, ti'i ae, ti'i vahi, to'o pa'e,
tou pa'e,
vahaka, vahana, vahana ae, vahana upoko, vai-
■ Les motifs sur la nuque :
'a'a fanaua, honona, ke'a,
vahana kaki, vaitete.
me'ama.
■ Les motifs
■
Sur les joues peuvent apparaître des motifs interca¬
laires, isolés, comme les ani a Tiu, ‘aukohai, honu, kokoa-
etua paou, etua pooi, etua poou,
ha'a mana, hei, hikuatu et hikuhikuatu, hoka hima, honu,
passent sur les joues : fafau'a, mata 'epo, mata hiamoe,
ke'a, ka'otupa, et oka i'ima, hope vehine, i'ima, i'ima oka,
paheke, pi'e'e, tahapu, tava, ti'i nutu.
ipu et ipuipu, ipu ao, ipu iti, ipu katu, ipu nui, ipu ‘oto,
Lorsque cette bande est large elle couvre la moitié supé¬
kake, kake upoko, ka mo'ehu, keetu, keheu et kehu, ketu,
rieure du nez.
kofati, kohe, kou'u, mata hoata, moho, nafa, niho, nihoni-
toetoe,
Ces bandes du tnsage qui passent par le nez
tapo'o, tati'i, “teioehinenau" ou te vehine nau, ti'i et tiki
hau humu ma, hiamoe, ihu
o'oka, ti'i paheke, toata, touki et tuki, tua keheu et tuaheu,
'epo, mata ‘epo, mata mo'e,
tiapu, tiatiapu, tiapu te mata et vaimata.
uhi papa, vai kau Kena, vai ‘o Kena, vai ‘o Tefio, vei pufau
Ces bandes du visage qui passent par le nez (mais pas sys¬
et vei nau, vi'i po'i'i.
ma, ihu epo, kutu 'epo, mata epo, mata
komo'e, mata moe,
qui apparaissent au creux de Faisselle
les fa'amana, ha'amana, ipu ao, ipu ‘atu,
papa tikau'e, "thou taouto", tiapu, tiatiapu, tiapu te mata,
vaha et vaimata.
ipu oto, ipu pa'ipa'i, ka'ake, ka'otupa, katu, koniho, “paou-
Le tatouage des yeux ou bandes passant par les
yeux, cf. ani a Tiu, hau humu ma, hiamoe, hue ‘epo, hue
po,
“kake upogo", kikomata, mata, mata ai, mata ‘epo,
hiamoe, mata i‘o, mata mo‘e, mata paheke, mata
mata
pahutie, mata toetoe, mata toitoi, mata uka, mata una,
mata vaha, mehama, paheke, pTe'e, pihe, tahape,
tahapu,
ti‘apu, ti‘ati‘apu, ti'apu te mata, ti'i mata, vai mata....
■ Motifs
placés à l’oreille dont le nom est conservé
sont les 'a'a fanaua,
'a'a tikau'e, 'a'a puaika, ani a Tiu,
à proximité :
hihi", papahuetu, pi'i kotai, pipi katu, poka'a, po'o paofifi,
ti'i paheke, tino ‘omoe, vai o Kena et vi'i po'i'i.
■ Les motifs au coude : "eu kake", honu, ka'ake, ke'a,
keetu, ketu, nafapu, pohu, puhi, ta ti'i, "tehou", "touki",
toata, tuke.
■ Les motifs
qui apparaissent à l’épaule ou à l'omo¬
plate : ave, 'enata, etua paou, feo'o et heo'o, kahu moehu,
kaotupa, kautupa, kea, keetu et ketu, keeheu, mata hoata,
mea
poto, moemoe, nihoniho, "paouhihi", Pohu, po'o
ke'a, omua puaika, pepehipu poo pito ua
kaki, po'o paufifi, pua hue, pua puaka, tafifi et tahi'i, ti'i
puaina, puaina et puainga, taiana puaina, ti'apu, uhe et
paofifi, ti'i pepehipu, ti'i vaetahi, uhi papa, vaitete et vei
vi'i puaika.
pufau.
etua paou,
de K. von den Steinen.
■ Les motifs
ou
■
Silhouettes des modèles
ho, niho peata, oka i'ima, pahito, paka, paka'a, papua, pi'i
kotai, Pohu, poi'i et poriri, po'o kaki, po'otu, puhi, tafif\,
(mais pas systématiquement) sont les 'a'a 'epo, fafau'a,
tématiquement) sont les ha'a 'epo, ha'a kiva, hau humu
..
fa'a mana, fafau'a, fe'o'o,
ta, metau, ti'i vahi ou en rangées, comme les 'a'a kiva, 'a'a
■
^Dessin de K. von den Steinen.
“apihao" et api ao, a puaina, autupa, "eata te hae", eipaoto, 'e'i pu'a'o, 'enana et ‘enata, e pootu, e puao, e puoto,
niho, kiva, kivakiva, vei, veo. Il y a enfin les bandes qui
mata
Peignes à tatouer
qui apparaissent au bras : 'a'a fanaua,
lèvres de femmes simulant des dents (cf. koniho), sont :
■ Les motifs qui apparaissent sur la main : 'a'a
kenana, ama upe'a, 'autupa, ave, ‘enata, etua poou et etua
■
La bande des lèvres, en dehors du tatouage des
'a'a 'epo, aha polili, fafa 'epo, haha poriri, hau humu ma,
puoo, fanaua ou hanaua, hei kaki, hope vehine, i'a va'u,
hue 'epo, hue po, ihu epo, ki'i kutu epo, ki'i nutu epo, kiki
i'ima, i'ima ti'iki, i'ima vaha, ka'ava, kake, kautupa, kea
pu, kikitu, kikutu epo, koniho, kutu epo, mata 'epo, nutu
po'i'i, koao, kohiu et kohiku, kou'u, ku'a, mahitoua, mata
hue, nutu epo, nutu vaha, ti'apu, ti'apu te nutu, ti'i nutu,
io, mata putona, mata vau, matua hee moa, moho vaha,
tiki nutu, ti'i pu.
nutu kaha, pa'a niho, paka'a, papaua, papua auti,
■
Les motifs apparaissant au menton sont les a
kenana, 'eo ma'a'e, fau fa/, fau tataki, haa ‘epo, haha pori¬
pariho,
pi'ia o Tiu, pihao, Pohu, po'i'i ou poriri, po'i'i kea, poka'a,
pua hue, taina vau, tatou i'ima, tikakao, ti'i kao et ti'i kakao,
toake, tove'e, tua poou, tumu i'ima.
W"W
•
III
.
■ -
i 11
»■
Les motifs qui apparaissent au poignet : 'a'a
kenana ou 'a'a 'enata, ani a Tiu, etua puo'o, fafau'a,
■
T!«
■I.
MUC
•]!>■■!■■
au-dessus sont très nombreux, "
et
faut citer
:
'ama
kopeka, fa'a mana
fanaua, hei kaki 'i'ima, hei po'i'i, i'a vau. 'i'ima, 'i'ima tiki,
fatina, feo'o, haka hami, hatika, hati
ikeike, ka'ake, ka'otupa, ke'a, koniho, koua'ehi, kou'u,
na,
mata hoata, mata i'o, mo'oa vaha, nutu kaha,
inaoa, ipu ani, ka'ake, kaka'a, kake,
papua 'auti,
parlho, pi'a o Tiu, Pohu, po'i'i, poka'a, tamau, tati'i, teia ani
a
Tiu, ti'i 'i'ima, tove'e et vai o Kena.
heo'o, hikuatu ou hikuhiku'atu,
kautupa, kea, kopito, kotipi, mata
hoata, mata komoe, mata mei nei,
■ Les motifs
qui apparaissent sur la région dorsa¬
le -.'a'a kiva, a'a tikaue, ama kopeka et ama 'opea, ama
tikaue, au kohuhu, 'enata, emu tete, eu kake, hoaka et
hoana, hope, huoikape, ka'ake, ka'ake hope, kake, kake
mata vaho, 'otipi, pa'aoa, panao, paka
fatina, paka muo, Pohu, po'i'i, poka'a,
pua hitu, pua hue, puha tahi, ti'i hoe-
hoe, ti'i muo, totipa ou tou tipa et vi'i
a'a niho.
'a'o, kake tua, kapu 'a'o, kapu ipu'oto, kapu tua, ke'a, keeheu, keheu, kohe ta, kohe tua, kokoata, komoe, kotipi,
mata komoe, moho, moho vaha, moko, mo'o, niho
pe'ata,
'opea, 'otipi, pahito, paio tiki, papua, peka tua, pepehipu,
■ Les motifs
qui apparaissent sur les
cuisses : 'a'a fanua et a'a hikihiki, 'a'a hikuhiku,
pi’i kohe, Pohu, Pohu etua, Pohu i oto te 'ima, Pohu tu te
po'opo'o, etua, hena, hikuhiku, hikuhikuatu, hope nui,
hope vehine, hue 'a'o, i'a va'u, ika vau, kake, kea, koheta,
'ima po'o, po'o ka'oka'o, po'o pi'i kohe, po'o tua, tahi'i, te
kokomo, koniho, mata hoata, mata io, mata ouna, nutu
po'o, tino 'omoe, ti'i et tiki pi'i kohe, "tuaheu" et tua
keheu, vai o ‘eka, vaitete, ve'o ao. Ve'o tua.
ava
kaha, 'oniho, pahito, pa'ipa'i'io, paka hope, paka iti, paka
nui, paka puha, paka 'oto, papahuetu, papua, Pohu, po'i'i
et
■
Les motifs qui apparaissent sur la face anté¬
rieure du tronc : ‘enata, etua, fanua, fautai, fautataki,
hautataki, hei, hei koko'o hau, homae, hope vehine, ivieinui, kahu moehu, kake upogo, ka moehu, katu, kavi'i pu,
pohri, poka'a-, pua puaka, puhi, puhi puha, puto'o,
puto'o keikei, tava, ti'i et tiki, ti'i papa hope, uhi puha.
■
Les motifs qui apparaissent
les jambes
sur
:
'ama kopeka et ‘ama 'opea, aouhoe etauhoi, ava po'opo'o,
ke'a, ke'a nui, keeheu, keho, keho vaha, koko'o hau, mahi
etua po'ou, fatina, haka hami, hatiki, hatina, hei kaki vae-
toua, mata hiamoe, mata hoata, mata io, mata komoe, mata
vae, hena, hikuatu et hikuhikuatu,
uka, mata una, moemoe, moho, moko, mo'o, niho peata,
ke, inaoa, ipu ani, ka'ake, kake, kautuka, kea, keho, kohe
pa'a niho, pahu tiki, pa i uma, paouhhi, pepehipu, pi'i
ta,
hope ao, hope nui, ikei¬
kopiko et kopito, kotipi, makamaka tiki, mata hoata,
—•
Matériel
kotai, po'o, po'o ka'oka'o, teeva, tahapu, ti'i heke, ti'i
mata io, mata komoe, mata una, momo tuhena,
pepehipu, tikau'e, tino omo'e, toi, "tuaheu", uma hoka,
mo'o, niho peata, nutu kaha, pa, pahito, paka'a, paka fati¬
Dessin de
na, paka muo, pakiei, panao et pakao, papua, papua enata,
K. von den Steinen.
vahana kaki, vai kau kena, vai '0 kena, vai '0 Tefio, veo a'o.
■
Les motifs pour le cou, (en dehors des bandes fau
moko et
pepehipu, poepoe, Pohu, po'i'i et pohri, ponao, po'o
keho, "potia hue", pua hue, puhi puha, ta'a, tapu vaevae,
tai, fau tatai et fau tataki, hau tataki, ti'i' heke et toi) po'o
tava, f/fa, tiki, totipa ou tou tipa, vai mata, vai meama, vai o
kaki, ti'i pepehipu, uhi papa mais fréquemment ils appa¬
Kena, vai ta keetu, vi'i'a'a niho.
raissent aillleurs au moins en
un
autre
emplacement du
corps comme les hei, metau, moko, te vehine nau et toata.
■ Motifs sur le bas ventre et les
parties sexuelles :
ka'ake hope (femme) et hami '0 Tiu (homme).
■
■ A la cheville, se trouvent quelques motifs ou compo¬
sitions propres
à cette partie du corps : ‘auhoi, heikaki
vaevae, makamaka ou manamana, patikaue ou papatikaue,
poepoe ou poe vae, tapu vae ou tapu vaevae et d'autres
Les motifs qui apparaissent aux fesses : 'ama
kopeka et 'ama 'opeka et 'ama 'opea, ani ata, eia vau,
'emuete, eu kake, fatina, hope, hue fai, ia vau, ka'ake,
ka'ake ao, ka'ake hope, ka'ake tua, kotipi, mata io, 'otipi,
qui se trouvent également soit aux jambes soit aux poi¬
gnets pour la plupart : ha'aki tiki, hei po'i'i, hope vehine,
ikeike, kaha, kake, kea, mata hoata, mata ia, mata io, mata
uka et mata una, nutu kaha, pa'a niho, pahito et p/a 0 Tiu.
pahu hope, paka, pi'a 0 Tiu, pi'ia o Tiu, Pohu, puto'o kei-
■ Les motifs
kei, ta hope, teia ani a Tiu, vau.
po'ou, hei kaki, hei kaki vaevae, kakao, ka'otupa, koniho,
■ Les motifs
qui apparaissent au genou, au creux
poplité, sur les côtés de l'articulation ou bien au-dessous
V-
qui apparaissent sur les pieds ; etua
makamaka tiki, ‘oniho, pa'a niho, papua, pokaa, tamanamanavaevae, tapu vae, tapuvae kake, tikakao, ti'i kao et ti'i
kakao.
de tatouage
Miscellanées
Le tatouage dans les légendes
Les pétrogljphes et le tatonage
Relevés de hambous
Te Patu Tiki
•
L’Art du
Récits anciens
Tatouage aux Iles Marquises
Quand Kena décida de
N
se
faire
tatouer
récit de Hiva Oa
Récit recueilli à Hiva Oa par Karl von
den Steinen et traduit de i'aliemand par
Jean
Pagès, chercheur ORSTOM et son
épouse Almut Pagès™.
"li me sembie que ia description dont
tatouage {pati'i) de Pekaha et Tiu (les fils
Kena ! le clan doit s'exclamer
du chef qui était en construction).
Kena
voulons tatouer le petit !" Et ils martelè¬
dit : "J'y vais !" et les femmes lui dirent :
rent à Kena le tapu vae, motif du pied, le
"Attends ! Si tu vas là-bas transforme-toi
pahito, motif du mollet, le mata komoe,
petit garçon !" Il alla sur la plage et
motif de visage aux genoux, le hope nui,
en un
j'ai recueiili mot à mot ia traduction à
Atuona, à propos de la légende de Kena,
mer™, devint tout petit et se rendit à la
charbon de bois, le
le héros qui se distinguait par ses sorti¬
maison de tatouage.
pierre en le mêlant à de l'eau et s'enduisit
tatouage, une source plus sûre que l'in¬
mit une ceinture de liane du bord de
Ils étaient
en
d'y marteler les
train
motifs de Pekaha et Tiu.
Kena dit alors : "ça fait mal, ça fait mal,
tatouage de tout ie corps ne demande là
cette crampe due au martelement !" (for¬
obtenons un
mule murmurée à voix basse qui fit que
tableau
explicite de la succession des
différentes
opérations. Les
noms
des
personnages principaux de la légende :
Kena avec son
épouse Tefio et Tiu, se
motif à l'arrière de la cuisse. Il
le voient pas.
Deuxième
jour
:
tatouage d'une
jambe de bas en haut.
l'un des deux tatoués fut saisi de vives
Tôt le lendemain matin,
douleurs et dut suspendre l'opération, si
l'autre pied de Pekaha et Tiu.
bien que
l'artiste fut libre pour Kena).
Kena dit à
nouveau
:
(autre “formule
retrouvent dans quelques motifs : les vai
magique" pour faire croire aux tatoueurs
'0 kena, vai '0 tefio
prit du
pulvérisa sur une
le visage de cette pâte pour que les gens
ne
formation obtenue par des questions. Le
que sept jours ; nous y
\
"Nous
se
lèges, est pour plusieurs processus du
a66
:
ils tatouèrent
Kena dit : "ça fait mal, ça fait mal, cette
crampe due au martelement"
Pekaha eut mal et sortit.
"i'eau ou le bain de
que l'invitation venait d'eux) : "Me voilà,
Kena et de Tefio", ani a Tiu "ie ciel de Tiu".
moi Kena ! le clan doit s'exclamer : "Nous
Kena ! le clan doit
Kena, qui avait épousé sa nièce Tefio,
voulons te tatouer !" et le clan dit : "Nous
voulons tatouer l'autre jambé du petit !"
Kena dit
:
"Me voici, me voici, moi
s'exclamer : "Nous
vivait chez ses parents à Ta'aoa, sur ia
voulons tatouer notre petit là !" Et ils mar¬
Et ils martelèrent le tapu vae, ie pahito, le
côte sud de Hiva Oa et consacrait des
telèrent sur Kena ces motifs : le nutu hue,
mata komoe, le hope nui.
journées entières sur sa pianche de surf.
motif des lèvres, le ‘au kohai, motif des
bon de bois, le pulvérisa sur une pierre
Il revenait dans un si vilain état, couvert
joues, le vai mata, motif des yeux, le
en
d'algues décomposées et malodorantes,
kokeka, motif du front.
visage de cette pâte.
que sa
le mêlant à de l'eau.et s'enduisit le
femme l'abandonna, horrifiée.
S
Premier jour : le tatouage du visage
Lui-rnême partit, se maria plusieurs fois
ailleurs, puis se fit tatouer à Atuona, qui
Il prit du char¬
est réalisé.
Troisième
jour
:
tatouage de la
deuxième jambe.
n'est d'ailleurs éloigné que de quelques
Quand ce fut fini, Kena prit du charbon
kilomètres de Ta'aoa. Il souhaitait par ce
de bois, le pulvérisa sur une pierre en le
Pekaha et Tiu le fau ta/, motif de bandes
biais retrouver une beauté éblouissante,
mêlant à de l'eau et s'enduisit le visage
sur le cou et la
à laquelle le beau sexe ne pourrait résis¬
de cette pâte afin que les gens ne voient
ter, ce
qui lui permettrait d'heureuses
avec Tefio. À la tête du
pas son tatouage.
des femmes, celle-ci effective¬
le
retrouvailles
groupe
poitrine, partant du menton.
Kena dit : "Le tatouage de Pekaha .fait
mal avec cette crampe due au martele¬
Tôt le lendemain matin, ils tatouèrent
ment !"
pieds de Pekaha et, de Tiu. Pour le
dit : "Me voici, me voici, me voici, moi,
Pekaha eut mal et se leva. Kena
tatouage de Tiu, Kena ne dit pas que ça
moi Kena ! le clan doit s'exclamer : "Nous
devait faire mal, mais pour le tatouage de
voulons tatouer le petit !" Et ils martelè¬
Il y a de cela fort longtemps : "... Kena
Pekaha, Kena dit : “ça fait mal, ça fait mal,
rent un fau tai avec un mata hoata, motif
réveilla ...et entendit les chants des
cette crampe
ment le salua d'un nouveau nom."
se
Le lendemain matin, ils tatouèrent à
gens :
"hohoi... é". C'était la maison de
nouveau
due au martelement !" À
Kena prononça : "Me voilà, moi
sur
les côtés des bandes de
poitrine.
Quand ce fut fini, il prit du charbon de
bois, le pulvérisa sur une pierre en le
grandeur normale et descendit chez ses
dues
mêlant à de l'eau en enduisit le fau tai.
parents. Quand il arriva devant la maison,
offrande pour libérer le tuhuka
éclair jaillit de
un
Quatrième jour : tatouage du cou
et de la poitrine.
l'aisselle de Kena (’u
Tôt le lendemain matin, ils tatouèrent
Le père dit : "C'est une lumière !"
le sol du
patiki étaient une
de son
tapu).
poha te ui'a meiao te ka'ake 0 Kena).
La mère s'exclama : "Qu'est-ce donc ?"
sur
Tiahe'e, la mère, monta avec le hami,
les ornements de tête pour la tenue de
fête et les apporta à Kena.
Le fils dit :
les bras de Pekaha et de Tiu. C'étaient
La mère dit à nouveau : "Je pense que
des ipu ’oto, motifs en forme de calebas¬
c'est mon fils." Alors elle ouvrit la maison.
"Demain tôt, au jour de la fête." La mère
la face interne du bras, Kena dit :
La mère vit le fils dehors. Elle dit : "Es-tu
se
Kena ?" Kena dit : "Mais oui I"
la pâte (de charbon). Alors la mère vit la
se sur
"Le
tatouage de Pekaha fait mal, avec
due au martèlement !"
"En quel pays lointain es-tu resté, mon
Pekaha eut mal et se leva. Kena dit : "Me
fils ? J'ai attendu et attendu. Tu n'es pas
voici, me voici, me voici, moi, moi Kena !
venu
cette
crampe
!"
"Tefio viendra-t-elle ?" La mère dit
:
mit au travail et débarbouilla le fils de
beauté du corps de son fils ; "Merveilleux !
Merveilleux !"
Un éclair de lumière jaillit de l'aisselle
"À Atuona." "Qu'avais-tu
du fils ; la mère s'exclama : "Ne provoque
d'important à faire, mon fils pour rester si
'pas cela ! Ce n'est pas bon ! Ta cousine
le pi'i kotai, ce motif'sur le côté du buste
longtemps à Atuona ?" Le fils dit : "Me
en tomberait à la renverse d'effroi."
qui monte jusque sous l'aisselle, le ipu
faire tatouer. Je suis venu chez vous deux
le clan doit s'exclamer : "Nous voulons
tatouer le petit !" Et ils martelèrent à Kena
Kena dit
:
nui, motif d'une grande calebasse au bras
pour la nourriture. Pour chercher ce qu'il
Et, le matin de la fête, la mère orna son
petit motif de calebasse de
faut pour ma fête, à Atuona : les cochons,
fils : deux touffes de plumes (de phaé-
le pake, le feikai, les bananes mûres."
ton),
et le ipu iti,
l'avant-bras. Quand ce fut fini, il prit du
charbon de bois, le
pulvérisa sur une
Le lendemain matin la mère fit le tour
pierre en le mêlant à de l'eau et s'enduisit
des gens des environs.
le bras de cette pâte.
fils : "Retourne ! (à Atuona) ; Le jour des
Cinquième jour : tatouage du côté
du corps et du bras.
Le
lendemain, ils tatouèrent le dos
d'un kapu tua, du kapu ’a'o, etc. et Kena
qui dissimula à nouveau ces motifs.
Puis elle dit au
un
paekua, diadème de plumes
rouges ; une touffe de barbe de vieillard,
deux
ornements,d'oreille
couronne
bois,
une
cadeaux les gens viendront avec la nour¬
la tête était prête. Un collier de dents de
riture pour les ka'ioi." (La fête se situe le
cachalot, deux plumes pour les doigts, un
lendemain du jour où les ka'ioi quittent la
hami de tapa de banian, deux anneaux de
maison du tatouage).
cheveux pour les chevilles.
Le jour des cadeaux, les gens vinrent
la nourriture pour les ka'ioi.
Kena se rendit sur la place des fêtes.
Kena
Tefio arriva avec toutes les femmes. Elles
distribua la nourriture et les cochons et
s'exclamèrent : "Tonaania, eh !" C'était le
avec
Sixième jour : tatouage du dos.
les poissons et le pake et le fekai parmi
nouveau nom
Tôt le lendemain matin, ils tatouèrent à
les ka'ioi. Il donna à celui qui tient le men¬
son
Pekaha et à Tiu le emutete, motif des
ton.
fesses, le hami '0 Tiu, le ivi einui, qui tous
mouches, il donna à celui
trois sont des motifs de décoration et de
pied.
remplissage ou de bordure pour le tronc,
en
de plumes de coq. Avec cela,
Il donna à celui
qui chasse les
qui tient le
donné au beau Kena après
tatouage : "Cher ange !" Les hommes
ajoutèrent : "Voici ton ornement de pal¬
mes." Les hommes emplirent la place des
fêtes. Ils
frappèrent les tambours. Ils
réglées les obligations
chantèrent le chant de \apunana, le chant
grands motifs exécutés la veille.
qu'il avait pour le tatouage. (Ce n'est pas
de "qui est caché en embuscade", chant
Kena dit : "Le tatouage de Pekaha fait
Kena qui rétribue le tuhuka, mais Pekaha,
entonné lors des grandes fêtes et destiné
entre les
Ainsi étaient
mal, avec cette crampe due au martèle¬
qui l'avait loué le premier. Kena s'était fait' ,à la chasse aux victimes.
ment !" Pekaha eut mal et se leva.
seulement tatouer avec lui).
Kena dit : "Me voici, me voici, me voici,
moi, moi Kena ! Le clan doit s'exclamer ;
"Nous voulons tatouer le
petit !" Et ils
Le soir,
la mère et le père arrivèrent
chez le fils. La mère dit : "Je vais chez ta
cousine
(Tefio, la fille de sa sœur, et
martelèrent à Kena le hami '0 Tiu, le ivi
épouse de Kena qu'il avait abandonnée
einui qu'il enduisit.
et avec
laquelle il voulait à nouveau
s'unir, à présent). Elle viendra ici pour
Septième jour
:
tatouage
des
motifs de remplissage.
Et la mère alla voir sa nièce. Elle dit à la
Pendant la nuit, Kena dit à Tiu : "Je vais
aller à Ta'aoa, chez mon
mère." Il
appôrter les palmes tressées."
père et
ma
partit la nuit même, reprit sa
fille de sa sœur :
"Apporte, avec toutes
les femmes, la garniture
de palmes du
cousin (et époux, Kena ; les palmes éten¬
Tefio monta aux côtés de Kena.
Kena dit : “Viens vers moi ! Sommes-
.^ous réunis ?"
Tefio dit : "Oui !"
TTŸTTTTTTiirTT
440. Dans cette traduction, Almut et Jean Pagès ont pris
le parti de respecter le rythme des phrases de K. von den
Steinen ; ce dernier a volontairement adopté un style qui
rend, au plus près, les constructions de phrases et le
"parler marquisien", comme le remarque H. Lavondès.
441. Il peut s'agir d'une sorte de convovulacée qui res¬
semble à un liseron rose à grandes feuilles. C'est une
plante médicinale qui pousse sur les plages, jusqu'à la
limite des vagues. Cf. Pétard. 1986, p. 258.
Te Patu Tiki
•
L’Art du
Tatouage aux îles Marquises
Le jeune délaissé de Hakamo’ui, à Ua Pou
Récit recueilli
auprès de Valentin
Ha'atoua et traduit par
avec
H. Lavondès
la collaboration de Samuel Teikie-
Le fils y alla. Il se fit faire des tatouages
sur la
partie interne du bras, les tatouages
Le père dit : "Les gens qui habitent der¬
rière chez vous ne vous donnent rien de
Hikutini-Candelot.
Trois jours après s'être fait tatouer,
'•'•’i'.'iV.'iV,
V.'ftViV//.
vaillait pas ;
ne
tra¬
il ne faisait que manger et
il
Le fils dit : "Non."
prendre un bain et frotte-toi avec le eka
Le père dit : "Demain, nous irons toi et
qui sert à enduire le hami."
lui dit
parents adoptifs, il alla la prendre.
Monte auprès de ta femme."
"Comme tu
:
es
beau, mon fils.
Cette jeune fille tomba amoureuse du
Le fils monta à travers la brousse, il sif¬
fla. Sa femme le regarda. Le jeune hom¬
mangé de carné {‘iina'i). Ils
mangeaient du ka'aku et c'était le tro¬
e68
gnon du mei qui
KK
sa
détourna. Le jeune homme descendit en
me veut
Le
Le jeune homme arriva à la maison de
"Ma femme ne
Il dit : "Voici
du poisson !”
pas!"
Les vieux dirent : "Quel festin !"
père dit encore : "Fais-toi encore
La femme entendit ces propos. Elle se
résistance {'iina'i).
tifs de feuilles de bambou, 'au kohe et les
réveilla, alla prendre son mari dans ses
Depuis que notre petite-fille vit avec cet
hachures inclinées, koniho ‘haka'eva'eva.
bras et lui donna un baiser.
Le père dit : "Tu es très beau, mon fils !
Ta femme t'embrassera !"
me.
ne
mence.
Quand le jeune homme voulait pren¬
dre sa femme, elle lui tournait le dos. Elle
faisait plus attention à lui... La femme
Il montajusque chez sa femme, il siffla.
Sa femme le
rer
tant et
tâche. Je n'ai plus de force dans le ventre. "
son
père.
Lejeune homme s'enfuit plein de hon¬
Son père lui dit : "Te voilà ?"
Son fils lui dit
:
"Ma femme
va
regarda, elle lui tourna le
plus. Il descendit auprès de
Quand son ventre fut rassasié, elle fut
pleine de forces pour faire l'amour.
.
Le jeune
homme vit que ce que son
Le père dit à son fils : "Qu'est-ce qui ne
père lui avait dit était vrai. Le jeune hom¬
pas avec vous deux ?
me
nourrissez-vous
De quoi vous
quand vous êtes chez
travailla et tous deux vécurent heu¬
reux.
vous ?"
ne
veut
plus de moi !"
Le fils
répondit : "De popoi et de
ka'aku."
Le père dit : "Qu'est-ce qu'il y a ?"
Le père dit : "Et quoi d'autre ?"
Le fils dit : "Je me le demande !"
Le fils dit : "C'est tout."
Son père lui dit : "Va dans la maison de
Le père dit : "Vous ne mangez rien de
tatouage."
rivière, com¬
par manger ; tu iras ensuite pren¬
dre ton bain."
dos. Alors le jeune homme se mit à pleu¬
murmurait : "Je n'ai plus de la cœur à la
te. Il arriva chez son père, à Ha'epapa.
Les grands-parents dirent : "Va prendre
un bain. Mais avant d'aller à la
Cette femme se fatigua du jeune hom¬
’ÎXXKÜ'C'
Monte chez ta femme,"
sa femme et des deux vieux.
Le jeune homme dit :
homme, on ne nous donne plus rien.”
ixxx>^p
enseigné. C'était ma
faute, je ne t'avais pas appris à pêcher.
faire des tatouages aux aisselles : les mo¬
fournissait le plat de
lkksss!
Le père dit à son fils : "Salut, mon fils.
Fais ce que je t'ai
Son père lui dit : "Qu'est-ce qui te fait
pleurer ?"
parentèle ne s'occupait plus d'elle.
Les deux vieux dirent : "Avant on nous
poisson. Ils allèrent tous deux à leur
pleurant chez son père.
parentèle de Pae'oa qui lui procurait.
Depuis que la belle vivait avec un mari, sa
lui fit voir ses tatouages. Sa femme se
me
leur servait de plat de
résistance {‘iina'i). Avant, le ‘iina'i, c'était
poisson. Quand il fit jour, ils emportèrent
ce
maison de Fla'e papa.
jeune homme. Ils vécurent ensemble.
aient rien
À la nuit ils pêchèrent tous deux du
dit. Il arriva auprès de son père. Son père
habitait à Teava'i te 'aki avec ses grands-
passèrent, sans qu'ils
nous
pêcherons du poisson à la ligne."
Le fils alla faire ce que son père lui avait
Il entendit parler d'une jolie femme qui
la nuit à Hakateivi,
moi passer
dormir. Cet enfant grandit et commença
Deux semaines
carné ?"
arriva chez son père. Son père lui dit : "Va
à penser aux femmes.
iV.V,VAV,S
fruit à pain qui nous sert de ‘iina'i."
tiki paheke et les deux ipu ‘oto.
huupoko, Tahiatuoutini et Célestine
Il vivait avec ses richesses, il
Le fils dit : "Non, c'est le trognon du
carné ?"
C'est
une
histoire
qui s'est passée
autrefois à Flakamou'i. Ce n'est pas une
légende, c'est une histoire vraie.
C'est Mo'oi'iatehe'etehe'e
qui l'a ra¬
contée à Fiu Samuel et c'est Fiu qui me l'a
racontée.
L’étincelant tatonage de Teahi à Puaiki
Recueilli par S. Elbert le 7 août 1934 et
traduit de
l'anglais
par
Marie-Noëlle
“Est-ce que tu as senti ses cheveux ?"
demandèrent-ils.
Ottino-Garanger.
Durant tout ce temps il était accompa¬
gné du fantôme de sa sœur. Il ne pouvait
“Oh oui ! Pouah !" répondit-elle :
"Je
pas le voir, mais parfois il lui parlait,
n'ai jamais rien senti d'aussi écœurant de
Teahi a Puaiki était l'un des jeunes gar¬
ma vie."
"O ai te niho me te keu I" lui disait la
voix sans arrêt depuis qu'il parcourait la
les plus beaux d'Atuona. Il était
"Une belle femme comme toi ! C'est de
aussi élancé qu'un plant de bananier et
la bêtise de gâcher ta vie avec une nullité
aussi droit qu'un casse-tête marquisien,
de la conque ?" C'était la façon
pareille I II est sale I II ne se lave pas ! Est-
rieuse
çons
un
'u’u. il avait le teint clair,
des lèvres
délicates, des yeux perçants et ses che¬
ce
que tu ne nous préfères pas tous les
deux ?
montagne, jour après jour. "Qui souffle
mysté¬
qu'avait l'esprit de s'exprimer et
de lui faire comprendre que sa femme
Regarde un peu I Nos cheveux
était de retour. Elle y avait ouvert le plat
noire, toute
sont parfumés. Pourquoi est-ce que tu ne
bouclée, autour de son visage. Il vivait
tapu en forme d'oiseau, appelé otu'e, qui
viendrais pas avec nous dans la vallée ?
contenait les deux rats.
épouse Momea sur un beau
Nous te traiterons comme tu le mérites :
veux
avec
formaient
son
une
masse
paepae nommé Pohotona.
Chaque jour Teahi a Puaiki partait à la
La femme n'avait pas
été heureuse
du poisson tous les jours de la semaine.
avec
Nous avons beaucoup de poissons,
l'avaient emmenée, loin dans la vallée, ne
des
pêche au hum, un petit poisson d'eau
milliers. Tu auras du poisson chaque jour
douce pas plus grand qu'un pouce. Alors
et tu n'auras pas à travailler. Est-ce que tu
les deux
mauvais
garçons
qui
la nourrisant que
de châtaignes de
Polynésie et du fruit de l'arbre à pain. Pas
qu'il était parti, deux hommes mal inten¬
ne nous trouves pas
tionnés avaient l'habitude de venir parler
Une belle femme comme toi ! Tu n'as rien
avec Momea.
à faire à passer ton temps avec cet espèce
heureuse et à la première occasion elle
de moins que rien de Teahi a Puaiki !"
s'était .enfuie pour rejoindre Pohatona.'
"Ton mari est
un
bon à rien" lui di¬
beaux tous les deux ?
saient-ils. "En plus c'est un menteur et un
"Très bien" dit la femme après un petit
voleur. Il te dit que les huivi qu'il rappor¬
moment de discussion. “Je suis lasse de
de
poisson du tout ! Elle se repentait
d'avoir quitté son foyer où elle avait été
"Aue...e" dit-elle dans
son
désespoir
lorsqu'elle vit la maison vide.
te sont à lui. C'est faux ! En fait il nous les
rester
toujours au même endroit. J'ai
"Aue...e" hurla-t-elle lorsqu'elle trouva
vole car il les attrape sur nos terres. Une
envie d'aventure. Je veux que l'on m'ai¬
les rats dans le plat tapu en forme d'oi¬
jolie femme comme toi, tu n'as rien à faire
à rester
avec
une
loque pareille, cette
natte'"'^ ! Et il est si laid !"
me et
je veux manger du poisson tous les
seau, appelé otu'e.
jours ! Donc je viens !" Et les trois s'en
allèrent à travers la brousse.
“Oh, je ne trouve pas qu'il soit laid I" dit
Pendant ce temps, Teahi a Puaiki allait
au hasard à travers la brousse.
Peu de temps après, Teahi a Puaiki s'en
Momea.
"Ah ! tu ne trouves pas I Tu n'as qu'à
revint au logis, là où il avait connu tant de
sentir sa tête une fois et tu t'en rendras
jours heureux. Il le trouva absolument
compte. Ses cheveux puent I"
désert. Pas de trace de Momea.
Soudain, il
arriva à une clairière et des voix, venant
d'une petite habitation, l'invitèrent,
"Viens ! Viens ici fils ! Viens ici fils !"
Dans la maison il trouva deux vieillards.
Cette nuit-là, alors qu'elle s'était éten¬
"Elle s'est enfuie I" se dit Teahi a Puaiki,
due à ses côtés, elle senti ses cheveux.
et il se mit à pleurer amèrement. Il s'arra¬
"Quelle niaise je fais I" se dit-elle en réali¬
cha les cheveux, se roula au sol. Puis, les
lumeur du feu"]
chevelure était
yeux pleins de larmes lui coulant sur les
s'exclama Oihi Mei, "Quel beau terrain
emmêlée et ne sentait réellement
joups, il attrapa deux rats et les enferma
pour y exercer un peigne de tatoueur !"
En fait c'est qu'après la pêche
dans un plat à popoi qui avait pour nom
poursuivit Tahuahi.
huivi il s'était touché les cheveux et
Tapu te Umiumi, "Interdit au nom de la
Teahi a Puaiki haussa légèrement ses
barbe sacrée." Il le plaça dans sa maison
sourcils et voilà l'assentiment donné"”^ ! Il
sant. C'est vrai que sa
toute
pas bon.
aux
l'odeur de ses mains y était restée.
Le jour suivant, alors que Teahi a Puaiki
L'un
se
nommait Oihi Mei, ["Celui
qui
pèle les me/"] et l'autre Tahuahi [“L'al¬
:
"Quel beau garçon !"
puis ressortit et regarda partout. Il courut
n'en fallait pas plus pour passer à l'action.
était à nouveau parti à la pêche les deux
à chaque
méchants hommes revinrent voir Momea
but, sans même regarder où il allait. Tant
qui était une belle femme.
sa
XTÏTTÏTTTTÏ'
442. Traiter quelqu'un de "natte" est une grave injure.
Cet objet fait partie des plus vils car il est supposé qu 'une
personne, en particulier une femme, s'y est étendue.
buisson. Il erra ici et là, sans
peine était grande, elle le rendait fou.
_Te Patu Tiki
■
L’Art du
Tatouage aux Iles Marquises
Oihi Mei et Tahuahi étaient des maîtres
La fin des séances'approchait pour tous
Momea ! Je l'ai entendu dire qu'elle te
particulièrement les préparatifs de la
choisira. Tu sais le mauvais tour qu'elle t'a
guissaient de beaux jeunes gens à ta¬
fête de présentation des nouveaux tatou¬
joué. Arrange-toi pour n'avoir rien à faire
touer, comme un homme se languit d'une
ages des ka'ioi de la vallée. Tous avaient
avec elle
tatoueurs et leurs
doigts agiles se lan¬
femme. À ce moment-là, Ils travaillaient
au
tatouage d'un grand groupe de jeu¬
nes,
et
des tenues de fête, des ornements, tous
sauf Teahi a Puaiki qui n'avait rien.
L'esprit de sa sœur s'envola, à la nuit,
avec
a
Puaiki examina ses
présents
grande satisfaction et bonheur.
d'Atuona, mais pas un n'avait la perfec¬
chez leurs parents. "Teahi a Puaiki est pra¬
tion physique de Teahi a Puaiki. Leur fils,
tiquement entièrement tatoué," dit-elle.
correspondant à celle du jeune homme
adopté, était heureux
"Jamais on n'a vu un aussi merveilleux tra¬
du groupe qui était le plus beau, après
d'endurer la torture que les peignes des
vail.
Teahi
deux tatoueurs lui
matin,
infligeaient. Sa peau
Lorsqu'on lui retire les feuilles, au
motifs lancent comme des
ses
avait la teinte crème de la chair d'un mei
flammes. Mais Teahi a Puaiki est très tris¬
Oihi Mei tressa la couronne de fleurs
a
Puaiki. Quand il eut terminé il
appela un grand oiseau de mer gris.
"Oh mon ami le no/'o" dit-il à l'oiseau.
rôti à la flamme, mais elle était nue, sans
te. Tous
tatouage, et donc peu attrayante. À son
un uhi
âge c'était honteux de ne pas être tatoué.
tapa. Tous, sauf Teahi a Puaiki. Il n'a rien,
celui qui est le second en beauté. Laisse
rien du tout. C'est honteux !"
tomber la couronne sur la poitrine de la
La durée du
tatouage s'étendit sur
deux mois. Teahi a Puaiki restait étendu
sur le sol. Ses
chevilles, ses poignets et sa
les autres auront leur pavahina,
kana, leur topepu et ce qu'il faut de
"J'irai lui porter ses ornements" dit sa
mère "Ce sera de beaux ornements !"
"Prends cette
pour Atuona.
couronne
et envole-toi
Trouve une fiancée pour
belle. Fais bien attention à ce qu'elle soit
vraiment belle !"
taille étaient liés par les liens d'écorce de
Momea, la traîtresse était de visite ce
Le noio attrapa la couronne de son bec
fau à un tronc de bananier de façon à ce
soir-là. "Je serai heureuse de revoir Teahi
solide et s'envola vers Atuona. S'élevant
Puaiki. Lorsqu'il apparaîtra sur la place
au-dessus de la maison de Fai, il vit ses
que,
dans sa douleur, il ne puisse se
débattre et donner des coups. Les deux
a
des fêtes, je le choisirai pour époux."
hommes étaient assis sur son corps et
C'était
la coutume
aux
deux filles : Kua Nui "Amarante" et Kua Iti
Marquises
"Garance" qui se prélassaient au soleil sur
l'un maintenait la peau tendue tandis que
qu'au cours de ces grandes fêtes, où les
la terrasse du paepae.
l'autre travaillait.
jeunes hommes montraient leurs
observèrent l'oiseau qui transportait une
Le peigne était en os humain, ivi patu
veaux
nou¬
tatouages, les jeunes femmes choi¬
Les jeunes filles
si belle couronne.
tiki, et avait dix dents comme celles d'une
sissent leur futur époux. Aucun homme
"Oh mon ami le noio" dit Amarante à
scie. Il martelait la peau jusqu'à ce que le
ne
peut refuser le choix de celles-ci, peu
l'oiseau. "Laissetomberta couronne pour
sang s'écoule,
importe qu'elle soit laide ou vieille.
puis il était plongé dans
moi !" L'oiseau regarda Kua Nui. Elle était
l'encre noire faite de la noix du ‘ama car¬
bien faite mais avait un œil malade.
bonisée. La peau se mit ensuite à enfler
Peu de temps après la mère rendit visi¬
et Teahi a Puaiki dut supporter les fièvres.
te à son fils, dans la montagne. Son corps
La nuit ses
plaies étaient recouvertes
de sept
couches de tapa et de feuilles
alternées
(tapa ‘au tua fitu). Au matin
était
enveloppé de palmes de cocotier
"Oh
mon
ami le noio" dit Garance à
l'oiseau. "Laisse tomber ta couronne pour
mqi !" L'oiseau regarda Kua Iti et vit qu'el¬
le était vraiment belle. Sa poitrine était
tressées.
"Voici de beaux ornements pour
toi
généreuse et son teint était crème, mais
lorsque ces couches étaient enlevées les
lorsque tu apparaîtras sur la place haute.
pas fade.
tatouages étincelaient si fort que pour
Tu seras vraiment incomparable quand tu
tomber la couronne sur la chevelure de
quelques instants Teahi a Puaiki était
danseras et je serai vraiment fière de toi.
Kua Iti.
complètement caché et l'on ne voyait
Mais j'aimerais tant
plus que les éclairs.
P
Puis la mère redescendit dans la vallée
et Teahi
des kai'oi parmi les plus beaux
nouvellement
2,70
!"
voir tes tatouages.
"A... hu... e !" s'exclama la jeune fille de
Retire donc ces feuilles qui sont si laides,
plaisir "Quelle belle couronne ! Quel
que je te voies !"
beau fiancé sera le mien à la fête !"
L'esprit de ia sœur de Teahi a Puaiki
Oihi Mei retira délicatement les feuilles
À la nuit, elle
mais, alors qu'il enlevait la septième
le laissait et allait dans la demeure de leurs
couche, Teahi a Puaiki disparut derrière
parents, à Atuona. "Votre fils se porte
un
continuait à l'accompagner.
bien !" leur disait-elle, "li a été adopté par
L'oiseau ouvrit le bec et laissa
grand éclair.
>
La coutume voulait que
la jeune fille
choisisse l'homme qui avait une couron¬
ne
identique et que celui-ci accepte son
offre.
.
"C'est une bonne chose que j'ai été la
"ETeina !" interpella-t-elle son frère "Va
Il est en train
première" dit la mère très fière "Toutes
chercher un cochon et porte-le jusqu'à la
d'être tatoué. Sa souffrance est grande,
les femmes voudront té choisir lorsque tu
place sacrée où auront lieu les fêtes du
mais il sera d'une beauté époustouflante.
paraîtras sur le tohua. Avant que je parte,
tatouage pour que je l'offre à mon fian¬
Vous serez fiers de lui !"
encore une
chose : Fais attention à cette
cé." Le frère attrapa un cochon tout mai-
deux anciens, des sages.
gre,
bien misérable, qu'il emporta jus¬
qu'au tohua pour le fiancé de sa sœur,
Tahuahi, fit à son tour une couronne de
cérémonies il y aura trois appels de tam¬
sent l'homme qu'elle avait méprisé, sur¬
bours. Au premier, ne fait rien ! Au se¬
tout que son triomphe était unanime. Elle
cond, mets tes ornements ! Au troisième,
s'élança à travers la foule et parvint à l'at¬
fleurs, à l'intention de Teahi a Puaiki, qui
fais ton entrée
teindre. Mais
brillait comme un feu. Il appela alors la
Momea, cette mauvaise femme, voudra
fruits de pandanus qui se mirent à mur¬
petite hirondelle noire des Marquises.
te choisir,
murer à voix si
"Eh I
'ope'a" interpella-t-il "Prends
la
sur
mais à ce moment-là les fruits
de pandanus parleront.
cette couronne et porte-la à la plus belle
ce
des filles d'Atuona. Laisse-la tomber sur
que Kua Nui viendra te
son cœur
pour qu'elle devienne la fian¬
cée de Teahi a Puaiki."
mais n'y parvint pas car elle était
trop lourde. Elle ne pouvait la transporter.
"Attends !" dit Tahuahi "Je vais te l'allé¬
ger !" et il retira quelques fleurs. Le petit
oiseau put alors s'envoler avec la couron¬
ne
jusqu'à Atuona. Au-dessus de la de¬
de Fai il vit les deux jeunes filles
meure
Ils dénonceront
ne
qu'elle a fait et elle aura honte. Lors¬
parler, détache
mains heurtèrent les
ses
çlaire et distincte que nul
pouvait l'ignorer :
"Voici venir cette femme sans cœur !"
se
mirent à chanter les fruits de panda¬
pandanus. Alors tu
nus.
"Catin sans pudeur ! comment ose-t-
par-Kua Iti, celle qui doit être
elle
présenter son visage à un homme
deux des fruits de
seras choisi
La petite 'ope'a essaya d'attraper la cou¬
ronne
place sacrée !
ta fiancée."
juste ! C'est elle ! C'est elle qui abandon¬
Teahi a Puaiki attacha les quatre fa'a à
sa taille.
na Teahi a Puaiki et courut la brousse pour
vivre avec deux hommes sans foi ni loi !
"Tu-Tu-Tu-Tu-Tu-Tu !" firent les batte¬
ments de tambours.
Tous, sauf Teahi a
Puaiki, commencèrent à mettre leurs
Comment ose-t-elle venir jusqu'ici
! Tu
n'es qu'une litière, une natte, une pauvre
ribaude, truie de peu, sale garce !"
tenues de cérémonies.
Momea devint rouge de honte.
"Oh-ô-ô-ô-ô" s'écria la foule,
"Tu-Tu-Tu-Tu-Tu-Tu !" résonnèrent à
qui la
prendre le soleil sur le paepae. Il regarda
nouveau
les tambours. Tous, sauf Teahi a
tourna en dérision tout en s'écartant d'el¬
leur tête et vit une couronne qui étince¬
Puaiki, se mirent en marche vers le tohua.
le parce que ce fait incroyable et surnatu¬
lait comme des millions d'étoiles.
Pendant ce temps, Teahi a Puaiki attacha
rel l'avait frappée.
"Oh ! mon amie l'hirondelle" dit Ama¬
rante "laisse tomber sur moi ta belle cou¬
ronne."
i"ope'a regarda Kua Nui mais
passa son
réagissant bien en femme, se
brillait au-
et
Puaiki
poursuivit sa progres¬
sion vers le centre de la cour et Kua Nui
le tenue, mais son apparence trop apprê¬
épaules, aux chevilles et aux poignets il
première
veux.
Sa taille était enveloppée d'un res¬
ber sa couronne qui tomba comme une
a
s'approcha de lui. Elle portait une nouvel¬
implora l'oiseau. "Eh ! toi,
flamboyante sur mon cœur !" Alors
Teahi
de plumes de toake et sur ses
les étonnants ornements de che¬
l'hirondelle ouvrit son bec et laissa tom¬
comme une ombre.
rables vieillards. À ses doigts, il plaça les
noua
amie \"ope'a ! Laisse tomber ta cou¬
ronne
Elle était maudite et
furtivement se coula vers les buissons,
pavahina, un
anneaux
mit à envier la couronne qui
mon
ornement central qui brillait de
mille feux, surmonté du
panache de barbes blanches de véné¬
/dessus d'elle. Elle arracha la
couronne
avec son
la parure d'écaille, le uhi kapa
chemin à cause de son œil
malade.
Kua Iti,
sur sa tête
plendissant hami d'un tapa de mei d'une
blancheur immaculée
son dos comme une
tée semblait faire ressortir le voile
"À toi la santé, mon beau-frère !" lui
dit-elle pour le congratuler.
qui traînait dans
longue traîne.
qui
obscurcissait son regard,
"Vilaine borgne !" commencèrent à lui
murmurer les fruits du
pandanus, mettant
L'ornement de nacre et d'écaille ciselé
à nu ce qui n'était que la vérité, mais vite
bijou le
Teahi a Puaiki trancha les liens de deux
plus précieux et pourtant son éclat se
des fruits qui tombèrent sans âme au sol,
plaisir." Quelle belle couronne ! Quel
perdait dans l'étincellante splendeur du
et il poursuivit sa marche.
beau fiancé
feu sacré qui embrasait l'ensemble de ses
pluie d'étoiles au-dessus de Kua Iti.
>
"A... hu... e !" s'exclama lajeune fille de
sera
le mien à la fête ! E
Teina ! Va chercher un cochon et porte-le
jusqu'à la place sacrée où auront lieu les
fêtes du tatouage pour que je
l'offre à
mon amoureux."
Cette fois son frère attrapa un cochon
si gras qu'il pouvait à peine le porter afin
qu'elle l'offre sur la place sacrée.
scintillait à son front comme le
tatoüages fraîchement découverts.
flamboyante. Il s'approcha et elle la lui
passa au-dessus de la tête.
Teahi a Puaiki fit alors irruption sur la
"Sois mien, Teahi a Puaiki" lui dit-elle.
tambours.
place sacrée en dansant dans toute sa
"Sois mienne, Kua Iti" lui répondit-il.
lumineuse gloire.
Alors Kua Nui s'enfuit, et Fai, avec
"Ahue
e-e-e-e-e-e-e
!"
s'exclama
d'étonnement la multitude qui se pressait
"Maintenant Teahi a Puaiki écoute bien
sur les
que tu cueilles quatre fruits de pandanus,
quatre fa'a et noue-les àtataille. Lors des
d'allégresse. Elle lui tendait la couronne
!" tonnèrent les
"Tu-Tu-Tu-Tu-Tu-Tu
Le jour des festivités arriva enfin.
ceci !" dirent Oihi Mei et Tahuahi. "Il faut
Là, se tenait Kua Iti, le regard embrasé
gradins. "Qui ajamais vu un pareil
quelques hommes qu'il désigna, se rua à
poursuite allant, pour elle, jusqu'au
sa
ciel où les hommes n'ont plus de jambes.
rayonnement ?"
Pendant ce temps,
Momea surveillait
l'entrée du tohua car elle convoitait à pré¬
Ici se termine le récit de Mahana, de
Vaitahu à Tahuata.
•
L'Art du
Tatouage aux Iles Marquises
le^enike tatoué î
John Hilljard,
L.R. Freeman. “In the tracks ofthe trades".
longue, le propriétaire
la Mission avec une fièvre qui faisait rage.
lui
La nuit même, la traîtresse s'enfuit avec
C'est alors qu'au sommet de sa pros¬
d'une des goélettes d'Hillyard et fit voile
vers les Tuamotu où ils établirent un com¬
Hillyard, le menike tatoué !
Ou comment naissent les légendes et
d'une concession et de bateaux qui
se noircissent les intentions™.
appartenaient.
John
merce
et, à la
prêcheur, demi-métis, en s'emparant
un
La plus pittoresque des réalisations qui
périté, il rencontra et devint captif des
ait jamais été exécutée sur le corps d'aur
charmes de Mareva qui était réputée très
merce
marquisien, vivant ou mort, paraît
belle et indubitablement chipie, comme
autant qu'on puisse le savoir y
la suite le prouve.
après tout cela, des jours heureux.
cun
bien pâle, jusqu'à l'insignifiance, en com¬
paraison avec les plus invraisemblables
hiéroglyphes jamais décrits qui furent
réalisés sur la peau d'un américain "mar-
à leur propre
compte ; et pour
écoulent,
les présents d'Hillyard
bien qu'elle
Qu'Hillyard, après ces événements, ne
apprécie sa personnalité, la vue de sa
soit pas mort d'un empoisonnement du
Elle accepta
mais lui fit remarquer que
"Que le ta¬
sang est un vrai miracle ! Il n'en resta pas
moins à hésiter entre la vie et la mort
d'un homme tatoué, pre¬
village voit ce qu'il peut faire I"
Le pauvre en était assez amouraché
mier résident de Taiohae à découvrir l'ap¬
pour, avant même qu'elle eut terminé, se
grâce aux soins aimablement prodigués
parition de l'étrange goélette, au début
placer de lui-même sous l'aiguille.
par les missionnaires.
peau blanche lui déplaisait :
quesanisé", John Hillyard.
Les lecteurs de Stevenson se souvien¬
nent peut-être
du
chapitre "Les naufrageurs". Il y est
toueur du
Mareva survint
durant un mois pour finir par survivre,
Il en demeura pourtant si brisé,
inopinément lors des
dans
esprit et son corps, qu'il ne fut plus
question de cet étrange personnage.
séances de torture
Mais si j'en crois à présent ce qu'on en dit
tantôt en lançant une critique, tantôt en
jamais capable de faire tourner son affai¬
grève de Taiohae, tout cela est faux.
donnant son accord, elle pressa les artis¬
re.
sur la
tes afin qu'ils ne
qui s'en suivirent ;
faiblissent pas.
son
Le résident français fut assez honnête
pour placer les intérêts d'Hillyard,
dans
banque de Tahiti, dont les dividen¬
Pour le récit véritable, je le dois à notre
Lorsque l'on eut épuisé les volutes géo¬
ami Mac Crath, le commerçant de Hati-
métriques, les bandeaux et les parallélo¬
des étaient suffisants pour- permettre, à
heu qui soigna une fois Hillyard pris par
grammes, Mareva elle-même trempa son
cette victime
la fièvre et qui reçut de
index dans la teinture de noix de bancoul
fou, de vivre confortablement.
étonnant “outcast"
confidences que
sur l'île
la part de cet
(déclassé) plus de
n'importe qui d'autre
(de Nuku Hiva).
D'Hillyard lui-même, un homme d'en¬
viron soixante-dix ans au corps entière¬
ment
imagé, vêtu le plus possible et le
visage entièrement mangé par une barbe
et commença à improviser des
"Cette large poitrine est faite pour un
d'autre que simplement exister,
avoir de plus pictural que quelques porcs
un
bien gras, se gorgeant
de mangues au
creux de ce dos ?"
hyménées destinées à couvrir les
gémissements d'Hillyard lorsqu'il était
était un garçon
Hillyard
de vingt ans qui s'était
enfui de chez lui, une colonie de mineurs
conscient et, lorsqu'il s'évanouissait sous
la douleur, ils
des
s'emparaient eux-mêmes
aiguilles et s'essayaient à quelque
tatouage.
Au bout du second jour, alors que son
engagé à San
corps était couvert de long en large de
Francisco. Les blancs étaient peu nom¬
motifs, ils se désintéressèrent, moins par
breux aux Marquises et après avoir tra¬
fatigue que par manque de peau suffisan¬
vaillé un certain temps chez un commer¬
te pour y ajouter quelque impression.
en
Californie. Il s'était
rapidement
Hillyard demeura dans un semi-coma
subrécargue sur une goélette de com¬
toute une nuit et au matin fut transporté à
çant de Taiohae, il devint
devenu
objet de raillerie pour les indigènes et
de pitié pour les blancs... sur la grève de
Taiohae I
Elle, et une bande d'amis, chantèrent
apprendre...
Anaho dans les années 1860...
qu'il lui restaient à vivré, il ne fit rien
bosquet de bananiers ! Que pourrait-il y
les
cain le Nancy Dawson mis en carénage à
malchanceuse d'un amour
Durant les quarante dernières années
dessins.
broussailleuse, je n'ai absolument rien pu
Déserteur du navire baleinier améri¬
une
TTF?TÎTTTTr
444. L'histoire de cet homme est encore connue à Ua
Pou et la façon dont ces deux récits sont relatés est bien
caractéristique des effets littéraires d'une époque...
Certaines versions de l'histoire sont dignes des man¬
chettes de journaux à sensation ! C'est le cas dans le récit
de l'expédition du Mary Pinchot : Cf Cifford-Pinchot :
"To the South Seas. The cruise of the schooner Mary
Pinchot to the
Galapagos, the Marquesas and the
Tuamotu Islands and Tahiti".
N.B. : Une descendante de cet homme est venue à Ua
Pou avec des documents de cette époque et rencontra le
Président du Motu Haka. Toti Teikiehuupoko.
Mareva
n'est pas un prénom marquisien comme Miriamma (cf.
2*'"' récit), bien sûr.
À leur baptême, les Marquisiens
recevaient un nom de saint dont la prononciation était
adaptée à la langue.
L.R. Freeman : “Jo le tatoué !". In the tracks ofthe trades...
•
Récits anciens
L amoureux éconduit
E. Pallander. “The log of sn Island Wanderer... "
atteignant Nuku Hiva, le "Nancy
En
ne faire
du cabotage qu'autour de Nuku
Deux vénérables barbons l'assistaient
Dawson" fut mis en carénage dans la baie
Hiva. Cela signifiait pour Hillyard la sépa¬
dans cette opération et chantaient quel¬
de Anaho et la surveillance fut provisoire¬
ration de sa déesse. Il n'hésita pas ! Il se
ques notes pour couvrir les gémissements
ment relâchée... (Hillyard en profita pour)
détermina à quitter la compagnie pour de
d'Hillyard.
déserter et passa une nuit dans la brous¬
bon, et à s'en aller s'installer à Huapu (Ua
À la fin de la semaine, celui qui était le
Il fini par parvenir jusqu'à Taiohae où,
Pou). Miriamma ne se réjouissait pas de
prétendant de Miriamma avait une forte
se.
la main-d'œuvre blanche
comme
man¬
quait, il obtint un emploi chez un com¬
merçant français ; le premier et le
le revoir... À sa proposition de mariage,
elle éclata d'un rire bruyant...
plus
ancien de l'île.
La compétition était tout, sauf pressan¬
fièvre. Ils le mirent au lit et l'enveloppè¬
rent
Temaki, jeune frère de Mariamma, un
d'une des couvertures de
work que
Apollon au corps cuivré d'une quinzaine
appris à faire. Ils lui avaient bandé le
d'années, si tatoué qu'il en ressemblait à
front. Lorsqu'à la fin il fut en état de mar¬
te et, en peu de temps, il parvint de gar¬
un
çon errant à laveur de bouteilles puis pa¬
Hillyard l'avait libéralement pourvu en
froi. Les faisceaux d'arêtes de
du Tikehau, le nom d'une goélette
pains de tabac et il se sentait amicale¬
utilisées
de trente tonneaux principalement utili¬
ment disposé envers
cet amant malheu¬
des points d'enflure au
sée pour faire de la réclame à l'entreprise
reux
Beretane (britannique). Il en débat¬
qui avaient été tracées...
tron
et
battre le rappel en vue d'une future
campagne commerciale.
C'était l'époque dorée I Hillyard se dé¬
couvrit
une
âme de vrai
négociant des
patch¬
les missionnaires leur avaient
décor chinois, proposa sa médiation.
cher, Hillyard était devenu un objet d'ef¬
tit avec sa sœur : Tous les blancs n'étaient
comme
poisson
aiguilles avaient laissé
Temaki lui-même
long des lignes
craignait pour son
pas noirs, disons des fripouilles I Quant à
travail. Cela prit un certain temps avant
la "médiocrité" de l'allure d'Hillyard, il y
qu'il n'osa
remédierait
rapidement. Il sortit
un
Mers du Sud. Se tenant droit à la proue
paquet, d'où pointait quelques os, conte¬
de son navire, il s'enivrait de liberté...
nant une calebasse,
se
montrer à Miriamma.
Lorsqu'il le fit, la punition de sa folie l'en¬
vahit
jusqu'à l'agonie, Miriamma qui
poissante encore de
jusque-là était restée indifférente, était à
Les
premiers voyages furent courts...
teinturç noire. Temaki était l'artiste du vil¬
présent horrifiée... Hillyard ressemblait à
Alors
qu'il faisait une sieste digestive à
lage et II brûlait d'envie de le démontrer.
un
faible encablure de Ua Pou, des voix le
Hillyard était totalement éperdu... il
Durant des mois,
il
mena
la vie d'un
rivage. Il s'agissait de deux
^donna à Temaki son dernier pain de tabac
déclassé (un marginal), dormant dans de
gracieuses silhouettes, vêtues de pourpre,
et commença sérieusement à penser à la
vagues abris à peine suffisants contre la
détachant sur la verdure. L'une était
question... Il laisserait Temaki le tatouer à
pluie, se nourrissant de toutes sortes de
origines anglo-
résidus végétaux. Comment n'en perdit-
hélèrent du
se
Miriamma, la fille christianisée d'un chef
la façon de l'île... Ses
dont les clayonnages de bambous (de la
saxonnes,
demeure) étaient à peine visibles derrière
PIritane) une fois effacées, peut-être que
les frondaisons, la seconde était une cou¬
le cœur de Miriamma s'attendrirait...
Beretane (britannique, en fait
il pas la tête est un mystère I
Il finit par se réfugier àTaiohae où il trou¬
va du travail dans une
Temaki prit ses os appointés et se mit à
sine mariée, Mau (prononcer Ma-oo)...
plantation qui venait
d'être créée et où son apparence lui valut
C'était pratiquement la fin de l'année
l'ouvrage. Il commença par marquer le
un
heureux succès auprès de la popula¬
lorsqu'il la revit. Hillyard avait travaillé
visage d'Hillyard de larges bandes vertes
tion féminine I
dur le dialecte de l'île et cette fois il était
qui, partant du front, se perdaient en
n'étaient pas indifférentes au charme de la
capable de lui offrir autre chose que de
volutes concentriques sur chacune
nouveauté.
À présent, pour tout l'or du
doux hors-d'œuvre ; il fut reçu cepen¬
joues et descendaient derrière la nuque
monde,
ne
dant par
de faibles encouragements.
en
des
s'élargissant. Il marqua la poitrine
Miriamma n'aimait pas les visages pâles,
d'Hillyard d'un échiquier qui, selon la
Hillyard l'amusait et l'approvision¬
règle de Staunton, n'était pas proportion¬
mais
nait en chocolat. À Taiohae, les biens de
né et choisit d'orner son dos d'un man¬
on
raconter son
Beaucoup d'entre elles
peut le convaincre de
histoire d'amoureux écon¬
duit ou de se laisser prendre en photo I
'TTJ_»1”ÏTTTTï'
L'anecdote est “fâcheuse" mais les intentions beaucoup
moins noires que le premier récit le laisse entendre avec
la compagnie allaient croissant. Un autre
guier étalant sa ramure au-dessus de
navire entama le commerce et le Tikehau,
deux porcs plantureux qui se régalaient
complaisance ; le second texte, du reste, en rend comp¬
te avec beaucoup plus de nuances !
des fruits tombés au sol.
E. Pallander : "The log of an Island Wanderer"
avec son
capitaine, furent contraints de
\
homme mis au supplice de la roue.
©(6)@
T# Pat U TiKi • L'Art du Tiiiou.^e aux lies Marquises
les pétroglyiiÿesj
X
A.
tn
■
Les pétroglyphes marquisiens n'ont guère retenu
l'attention des premiers chercheurs. Depuis 1984, un
programme d'étude de l'art lithique, entamé pqr le
Département d'Archéologie du Centre Polynésien
des Sciences Humaines "Te Anavaharau" et mené par
"'ûhe équipe dirigée par E.
Edward et S. 'Millerstrôm,
notamment, a permis, sur une dizaine d'année?,
recenser
6 331 figures individuelles dans 41
de
vallées^
prospectées sur les six îles (Sidsel N. Millerstrôm'',. ..
1997 : "Carved and painted rock images in the Mar-
quesas
•
Islands, French Polynesia, Archaeology in
Oceania", n“
32, p. 181-196). L'ancienneté de ces
motifs remonte sans doute aux premiers Polynésiens.
R.Suggs (1961) estime que les représentations
anthropomorphes, traitées par de simples traits, mais
aussi les poissons, tortues et chiens remontent à la
période d'implantation sur l'archipel ; les visages
Prototypes grossiers de dessins conventionnels.
Pétroglyphes de Hiva Oa, origine inconnue. —
Visage censé être îe modèle du motif de tatouage dit poi^i, cercle ou spirale (voir la figure 3, B, a-c). —
B. Figuration linéaire d’un bonhomme, enata (voir figure 3 A).
,
—
quant à eux, seraient postérieurs au premier millénai¬
re.
La recherche
en
A.
la matière n'est cependant pas
suffisamment avancée pour l'affirmer avec certitude.
L'interprétation des pétroglyphes est également
^74
de tous et l'autre pas forcément Certaines analogies
crânes ou sert à répertorier les motifs de tatouage. De
d'autant plus délicate que le répertoire des tracés est
entre
pierre et peau, pétroglyphes et "tatuglyphes"
même, le cortex de la pierre, à l'instar de l'écorce et
restreint. Ce mqnque de variété des motifs ne facilite
sont toutefois si frappantes que l'on peut se demander
de la peau, se durcit, se patine, s'altère avec le temps.
pas leur compréhension et laisse supposer qu'il ne
si, par comparaison avec l'encre qui marquait la peau,
Pour les Marquisiens, les pierres poussent, grandis¬
s'agit pas de récits individuels mais plutôt de repères,
le tracé sur la pierre n'était pas ou ne devait pas être
sent, certains blocs se délitent en couches régulières,
végétales ou minérales qui
les crêtes exposées à l'ardeur du soleil pèlent comme
de supports mnémotechniques liés au quotidien, mais
aussi à la religion,
à la création, aux origines d'une
tribu, à ses relations avec un lieu, avec ses ancêtres...
Quel que soit le type de site, la plupart des pétro¬
rehaussé de couleurs
auraient
permis de mieux "démêler" la densité de
des corps momifiés... Doit-on y voir une ressemblan¬
supplémentaire entre tatouage et marquage de la
signes imbriqués, dont l'organisation échappe aujour¬
ce
d'hui tant les dessins se superposent.
pierre, en rapport avec une pratique funéraire (cf. ua
glyphes s'inscrivent sur de gros rochers. Or, selon
Autre
parenté entre tatouage et pétroglyphe, le
hoe te tiki) ?
Marquisien qui ressentait vivement la filiation
certains récits anciens, les Marquisiens eux-mêmes
support et la façon de l'aborder : corps d'un côté,
étaient nés de tels rochers. Ces blocs ornés émergent
rocher de l'autre. Tout deux se caractérisent par un
qui l'unissait au sol de sa vallée, a parfois choisi de
présentant des surfaces
marquer la roche et les arbres, comme lui-même, de
et
semblent émaner de la terre,
comme par
souci
d'être au plus proche de l'essence du lieu, de rester
en
harmonie avec sans le perturber ni le transformer.
volume variable, le bloc
assez
planes et des parties plus en rondeur, en relief,
comme
le corps humain.
mouvement et vie aux motifs qui y sont inscrits et cer¬
pour certains, se retrouver dans le tatouage. Les plus
tains signes jouent deifces différences et endroits pri¬
courants étant les mata komo'e et des figurations styli¬
vilégiés : un creux, une protubérance qui leur don¬
sées, représentations anthropomorphes et animales,
nent plus de réalisme, à la façon des motifs placés aux
auxquels s'ajoutent des /pu. En général, cependant,
les répertoires et l'agencement diffèrent. Celui-ci, en
articulations ou sur les masses musculaires qui les ani¬
effet, suit fatalement les contraintes du corps, ce qui
façon assez similaire ; on ne traite que l'extérieur : la
donne à l'ensemble une symétrie, sinon systématique,
peau, ou la partie corticale de la roche, éventuelle¬
du moins une organisation en fonction de lignes maî¬
ment l'écorce de l'arbre. La matière n'est
tresses qui n'a pas de raison d'être sur la roche (excep¬
attaquée en profondeur ; la marque est superficielle
tion notable : un panneau d'Hatiheu, Nuku Hiva). Sur
et se fait au moyen d'un outil qui travaille par ponc¬
les rochers, un agencement est parfois
tuations multiples et répétées : le peigne du tatoueur
perceptible
Le travail de marquage
lui-même se fait de
donc'pas
la pointe du “tailleur". Que le Marquisien ait asso¬
mais l'aspect esthétique n'intervient pas réellement ;
ou
l'important tient à la marque elle-même, l'événement
cié la peau humaine et la peau de l'arbre avec laquel¬
rappelé, etc. C'est une des différences entre tatouage
le, à l'exemple du tapa, il protège la sienne, semble
destiné à être vu
évident. C'est encore le tapa qui la remplace sur les
et pétroglyphe : le fait que l'un soit
signes qui unissent leur "histoire”.
Forme et volume donnent
fLes motifs rencontrés sur les pétroglyphes peuvent,
ment.
Le
TTTTTTTrrrr
représentation
regard comme les mata
[im.226]. En dehors de rares motifs circulaires ouverts,
idcnti(jues aux ipu [im.l31] du tatouage, la plupart sont
fermés et correspondent à des yeux auxquels une bouche est
ajoutée. Le visage ou crâne est rarement vu de profil et sou¬
vent sculpté sur un relief ou une arête de rocher pour lui
donner “vie”. Les sites à pétroglyphes de crête ont ])u mar¬
quer un passage entre deux vallées, la limite entre un
territoire connu et un qui l'est moins, le monde des
Certains sites tapu étaient marqués par la
(l'une
face humaine
vivants
esprits.
et
ou
celui réservé
d'un
aux
O
O
Une autre part iiiiportaiite et plus
variée, de jiélroglyphes se trouve sur
des sites coniimuiautaires, des eiisein-
bles céréinoniels mêlant profane et
religieux, qui associentlohua
et mpd'e. Aux mata jim. 226] s’ajou¬
tent les motifs antiiropomorplies très
stylisés qui représentent des liommcs,
des femmes où des divinités ; ce sont
plus nombreux. Les tatouages
ont nionlré que là différence
entré 'enata [ini. 42 j et ptua [im. 4,9]
pouvait être minime, que les hommes
les
nous
deSjCendaient des dieux et qu’ils pou¬
vaient être <livinisés.
/1
P 1
}
surface d'un grand rocher est couverte
de motifs dont deux grandes représen¬
cl;iiens qui pourraient être
comme deux grandes
pirogues, tant leurs longs corps sont
semblables à une coque, tant les cous et
tations de
aussi bien lues
les têtes se confondent avec une proue
'j] »
/
1 i[jr^
^
Kahuvai, dans la vallée de Hatiheu, la
relevée.
i
/
\r
üVi
i
m
wm
Te Patu Tiki
•
Tatouage aux Iles Alarquises
L'Art du
Les relevés de bambous
Les bambous
l'avons
vu
gravés sont, nous
Nutu kaha
Mata plus etua
(cf. modèles p.60), quel
que soit leur usage ou leur fonction,
Fafau'a ou
représentatifs d'un art décoratif très
Niho peata
élaboré.
Moho
Leur intérêt est d'autant plus grand
qu'ils sont relativement
n'en connaît que
3?TÎTî»
quelques dizaines,
dans
conservées
rares. On
les
musées
Hanau'a
(requin marteau)
Ka'ake
Kofati
‘Enata
ou
ivi puhi
du
mondes
Mata
K. von den Steinen a été le premier
Etua
à mettre en avant, le rôle de "modèle"
Pakiei
de ces bambous, seuls témoignages
Etua
tracés de la main des tuhuna, à nous
Moho
être parvenus à travers les siècles.
Le relevé sur calque est le meilleur
moyen
WWW
de faire se "dérouler" et de
révéler une composition.
'Enata
Nous avons choisi de présenter ici
huit bambous, au style différent, qui
Ke'a
mettent en valeur la permanence et la
diversité de l'art du tatoueur.
Niho peata
Te vehine nau
2.78
Nutu kaha
Vai to'e
'A'a enan
Papua
Kofati,
ou
ivi puh
Poka'a
Nutu kaha
Pams
Musée
des
Arts
d'Afrique
et
Historique : Musée naval du Louvre
Opea
jusqu'en 1908/11 ; première mention,
d'Océanie, France.
N'^ d'inventaire : 84.398.
192 ; Musée des Antiquités Nationales
Fonction ; flûte nasale.
de St Cermain-en-Laye, jusqu'en 1991.
L. 69cm-70cm, D. 4,8cm ; 2 trous ;
Relevé par K. v. d. Steinen et P. Ottino.
fermé à une extrémité.
Dessin
:
Paire de ipu
développé sur toute la lon¬
gueur, détail des différents registres ;
'Au kohai
Collet, détaché à Nuku Hiva.
dessin partiel présenté par K. von den
Etua
figure 109, Louvre ;
Kiva
Collecteur
:
Capitaine de corvette
Lieu de la collecte : Taiohae, tribu des
Steinen, vol. 1,
Tei'i, Nuku Hiva.
développé sur 1/3 de longueur seule¬
'Enata
Date de la collecte : 1843.
ment.
organisés selon quatre
Ka'ake
Circonstances de la collecte
:
collec¬
Motifs
registres horizontaux, séparés par trois
tion d'environ 25 pièces pour le Musée
frises plus fines.
de la Marine du Louvre.
Remarque
:
Pahito en damier
étude complète par
P. Ottino.
Mata
•
Les bambous
Bordeaux
Hena
Musée d'Aquitaine, Bordeaux, France.
Tovee
N° d'inventaire : C 188. 12. 692.
'Au kohai
bambou gravé.
Fonction
:
Ouvert à une extrémité. L.
Papua
69cm-70cm, D. 6,5cm soit 20cm à plat.
Ti'i vae tahi ou
ancienne, U"moitié du XIX'.
ani ata
Relevé par Pierre Ottino.
Date de la collecte : Vers 1840. Pièce
Dessin : les 2 tiers du modèle corres¬
Pahito avec
un
pondent aux motifs ornant le bras, côté
po'i'i et des
intérieur pour les motifs de gauche et
kofati
extérieur pour ceux de droite, avec le
dessus de la main et des doigts. Le der¬
Partie Nutu
nier tiers était destiné aux jambes.
Ani ata
Poka'a pour
la cavité nasale
'A'a kiva
~
Nutu kaha
ou
Ave
Ka'ake
Pâte'a avec
triade d"enata de
part et d'autre
d’un demi-etua et
poka'a
Ke'a
Paire de poka'a
intégrée au ka'ava
Couple d"enata
Ka'ake imbriqués
intégrés au ka'ava
Pahito du bras
Poka'a simple
Papua ornés de
kofati ou nafa
Puaina
ou
pour les oreilles
Pate'a avec
nafapu
poka'a et triade
d "enata
pihao
ayg
[@j
Te Patu Tiki
•
L'Art du
Tatouage aux Iles Marquises
Poka'a
Ivi puhi
—
Nutu kaha
Fafau'a <
hahau'a
Ti’i vaetahi ou
Paire de ipu
ani ata
Pakiei
Vai to'e
Demi-etua
Pahito
Niho peata
—
Mena
Pate'a
Variante
I— Hei
Ka'ake
de ke'a etua
avec un
corps
orné de nafa ou
kofati bordé de
na'a hiku hiku
Hikuatu
280
Ke'a etua
Hanau'a ou
fafau'a
Po'i'i
Ivi einui
Ke’a etua
\\s\ssss ■>
Nutu kaha
Pahito
Ka'ake
MS
ssv
Demif-nutu
Genève
Musée
Bordeaux
d'Ethnographie de Genève
(collection Eugène Pittard).
N° d'inventaire
Dessin : développé sur toute la longueur.
Musée d'Aquitaine, Bordeaux, France.
Motifs destinés au bras et disposés de
N° d'inventaire : inconnu
façon traditionnelle, c'est-à-dire comme
Fonction : bambou gravé.ouvert à une
gén. 12.939.
ils le sont sur le bras. Sur la droite et en
extrémité.
Fonction : modèle de tatoueur.
bas le motif de l'aisselle puis 5 registres
Relevé par Pierre Ottino.
L. 68 cm, D. 5,2 cm.
au-dessus dont trois paires de ipu ‘oto,
Dessin
et enfin le nutu kaha ornant le dos de la
parmi lesquels de nombreux végétaux.
:
bambou n°1,
Date de la collecte
:
Rép.
probablement
main et les nombreux poka'a destinés
avant 1850.
Historique : première mention, 1934.
Relevé et étude
Begouen.
complète par Henri
aux
doigts. Sur la colonne de gauche
les motifs sont ceux qui correspondent
au dessus du
bras.
:
quelques motifs figuratifs
Jambe
Bras
'A'a 'enana
'A'a niho'
Nafa ou kofati
Po’i’i
Papua
Paire de ipu
Puaina
Poka'a
Papua
Demi-etua
Po'i'i
Ka'ake
Devant
Derrière
Jambe
Colmar
Musée de Colmar, France.
Fonction : modèle de tatoueur. Fermé à
développé sur toute la lon¬
Dessin
:
gueur.
Bambou en deux parties bien
bas à droite, les motifs correspondant
à i'aisselie puis, au-dessus, trois paires
aux
de /pu 'oto et, à gauche, les ornements
Lieu de la collecte : Nuku Fliva.
motifs destinés, pour l'une, à orner la
du dessus du bras avec, en bas, ceux
Date de la collecte : 1842.
jambe et, pour l'autre, au bras.
une extrémité ;
Collecteur
:
différenciées et
2 trous.
correspondant
en
Sur chaque partie, selon la représenta¬
Marine).
ornant le dos de la main et les doigts.
A gauche, le registre supérieur concer¬
Daniel Rohr (officier de
ne
le haut de la cuisse
puis,
sur
la
tion conventionnelle, l'artiste a disposé
gauche, les motifs du devant de la
côte à côte les dessins destinés à l'inté¬
jambe avec, au centre, le nutu kaha
Historique : première mention, 1925.
rieur et à l'extérieur du bras, à l'avant
ornant
Relevé : K.v.d. Steinen, vol. 1, fig. 108.
et à l'arrière de la
Circonstances de la collecte
;
expédi¬
tion de Dupetit-Thouars.
jambe. Pour le bras.
le genoux et, sur le côté droit,
les motifs de l'arrière de la jambe.
Tatouage omx- îles Marquises
•Te Pat-u Tijcr.;’*
'A'a 'enana
Vai to'e
Arrière
_
Devant de la jambe
—
Succession
d"enata
Poka'a
Koua'ehi ou
triangulaires
Puhi puha
puhi
Fa’a mana
ou
Ke'a
.
Frise de paka
vaito’e
igI7--i3Sl
Ti'l vaetahi
\ 'Enata aux
Mata qui,
souvent, est
E_
iXX.XXKXX
SMKXXS
ïxxiisi;-
du visage
g
de la chaîne
koniho
2
des ascendants
^
r+
^
_
Q_
à un oiseau
oT
3
V
TJ
.
Ut
C
a>
c
P
ani a Tiu,
ti'i vaetahi
_
Nutu kaha
AV*VA
AWiW
/
Vai to'e
Pahito en
damier
Demi-etua
de la main
d'enata :
VïWiW
VAVtW
CD
CD
ani ata,
Po'i'i
Q_
le dessus
Chaîne
2.82.
Paka me te
qui
ressemble
^
souvent sur
'A'a 'enata
Demi-etua
représentation
^
Pihao nom
ani ata
petits etua,
O
asymétrique
_
bras levés ou
<
inversé ou
ou
‘Ima
Etua
'Enata
Mata double,
les
Pahito avec
deux faces
deux demi-
de l'univers
etua
poka'a pour les
des 'enata,
'A'a niho
oreilles et
comme
Po'i'i avec
ils se reflètent
demi-etua
l'un l'autre.
dans la
Au centre
bouche
un
poi'i de
chaque côté
'A'a niho
des poka'a
Mena
et un papua
Papua
Série d"enata
Puaina
au
poignet
Double mata
avec un
poka’a
central simple
pour le revers
du poignet
Toulouse
Brive
Musée de Brive, France.
Dessin
Fonction : modèle de tatoueur.
L. 45 cm,
D. 4,9 cm
gueur.
pas'de trou.
;
Fermé aux deux extrémités.
:
donné
des
Begouen.
registres réguliers et transversaux, for¬
paires de /pu ’oto. Le
A droite,
le remplissage entre les ipu
‘oto est assuré par
Relevé : Henri Delsol, étude complète
motifs
Organisation du bambou en
grand motif sommital orne l'aisselle.
vers
1928 au Musée de Brive.
différents
développé sur toute la lon¬
més de trois
Collecteur : Joseph Soulingeas.
Historique collection
:
par
Henri
des motifs plus
Musée d'Histoire Naturelle, France.
complète des motifs par H. Begouen.
Fonction : modèle de tatoueur.
Relevé
L. 70 cm, D. 6,5 cm.
K.v.d. Steinen.
Lieu de la collecte : Nuku Hiva.
Dessin
Date de l'a collecte : 1838.
gueur. Motifs organisés selon leur dis¬
Collecteur : Cdt de Roquemaurel.
Circonstances de la collecte :
expédi¬
:
:
par
Henri Begouen pour
développé sur toute la lon¬
position réelle sur la jambe, en haut,
ceux
destinés au haut de la cuisse et,
petits. Cette bande moins large est
tion de Dumont d'Urville.
plus bas, d'un côté la représentation du
destinée au dessus du bras avec, en
Historique : première mention, 1928 ;
devant de la jambe avec le nutu kaha
haut, un nutu kaha destiné au dos de la
bambou présenté dans K.v.d. Steinen,
du genou et, de l'autre côté, les motifs
main.
1925, vol. 2, figure 232 ; étude
de l'arrière de la jambe.
N° d'inventaire : 87.3T.185.
Fonction
sm
:
flûte nasale. L. 41 cm, D.
bien L. 43 cm, D.
4 cm ; 2 trous ; ou
->
4,7 cm soit 15 cm déplié.
EîYtQ tnrVo n
Lieu collecte : Nuku Hiva.
Historique : première mention, 1925 ;
Mata
Puhi ou
U 4^
koua'ehi
Ipu
ri
Moho
K. von den Steinen
fafau'a
et vol. 2, fig. 210, nomme
"bambou
^
aux
,
cette^li^
«^1
poissons" et é^
"l'artiste du bambou aux poissons*”(à
Nuku
Hiva)
des îles
"Trésors
et
Marquises" : 1995 p. 56 n'^1.
Relevé par K. v. d. Steinen et P. Ottino.
Dessin
L|J
Demi-etua
vol. 1, figure 150
Hahau'a ou
gueur.
:
développé sur toute la t
Motifs disposés
en
Demi-etua
registres verticaux, d'un côté ceux qui
Enana nul
du bras avec, en bas, le nutu kaha du
pourraient correspondre au dessous
dos de la main, à droite, des motifs
Demi-etua
figuratifs (poissons, requins, tortues et
Val to'e
végétaux). Ce second registre était-il
braSjî
destiné au dessus du
Mata toetoe
simple
Po'l'l
Papua
T
'A'a ‘enana
Moho dont
requin
marteau
Val to'e
Iz
Nutu kaha
3îS)
liiilL
Cette succession de motifs
de poissons et de plantes, qui
peut se lire comme un rébus,
Poka'a
est une invocation à la fertilité.
Kokeneti
Les hommes
^
demandent à
leurs ancêtres
la fécondité
les femmes
Ka'ava
pour
,
zl-AAJSh
les plantes
'A’a hikuhiku
.
et les
^
espèces
marines.
0
KMîîîlî!!!!!»!
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II
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A
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“
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J
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u«
Annexes
Glossaire des mots marquisiens
Index des noms propres
Bibliographie
Crédits iconographiqnes
esnsfi
mf.
Te Patu Tiki
L’Art du
•
Glossaire
♦
Tatouage aux Iles Marquises
A
A
^Ama : zA/eur/fes mo/uccana, bancoulier
_i
et lumière... Arbre donnant des noix très hui¬
Cette préparation, strictement tapu, était un
C'est à ce moment que l'on
monopole de Muake (Nuku Hiva).
hune, ou Hami Hune, pour le père S. Delmas ;
^Enana, ’enata et kenana : per¬
_i
leuses servant à l'éclairage, la suie produite
sonne
par leur combustion servait de pigment pour
terme s'utilise en opposition à hao'e, étranger.
l'encre du tatouage.
_i
_i
Amahi ^ama : four constitué de trois
originaire de l'archipel marquisien. Le
Etua
:
divinité, ancêtre divinisé et au
figuré, très habile...
pierres supportant un galet plat, le pa'e hinu.
F
Procédé pour recueillir la suie produite par la
combustion de chandelles de noix de 'ama.
—1
Ama kiko : chandelle faite de noix de
A
toto
:
matériaux
en
littéralement "jour du sang".
Fa’e patVi ou patiki : abri construit
_j
Jour de repos entre les séances de tatouage.
spécialement pour les séances de tatouage ;
C’est alors que les camarades de la personne
synonyme de ha'eputa.
loppé dans le tapa et conservé dans une case
tapu.
chant, lors des sacrifices, durant lequel
V'
sont nommés
tes 4
Pendant
certain
un
temps
on
continu(ait) à entretenir le cadavre en le frot¬
premiers sacrifiés. Ce
chant explique que ces victimes,
plus tard, quand la décom¬
tant d'huile. Bien
qui sont
position (était) totale, on recueill(ait) son
devenues 4 dieux, sont toutes mortes par le
crâne et ses ossements et on les port(aient)
"hau long"... Alors que le 7* chant... Ukatia...
dans un lieu inaccessible" (P. Claverie, 1894).
explique que l'on envoie l'âme de la victime
_i
dans l'autre monde. Ch. Noury ajoute, qu'en
dieux pour se
souvenir de cet usage, les tuhuka o'oko qui
tatoueurs, au dieu du tatouage, les pêcheurs,
Hakapu : offrande que faisaient aux
les rendre favorables, les
présidaient au sacrifice, remplaçaient la "cein¬
au dieu de la
ture" de la victime par une "ceinture"de fau.
de la mer ; etc. (D. 1904).
pêche, les navigateurs, au dieu
Hakapu’a
_j
H
_i
po’a : abri couvert de palmes de
pour qui les séances sont organisées peuvent
zSd
végétaux sur la plate-forme
lithique : paepae.
bancou! enfilées sur une baguette.
_i
Fa^e ou ha^e : maison ; partie dressée
_i
chante le Ami
:
cadeaux d'usage reçus
par le maître tatoueur après le lever du tapu,
Ha’atepeVu : cheffesse, princesse...
à la fin des séances de tatouage.
femme issue de la classe tapu, héritière du
Haka tihi tiki : danse où un jeune fils
_i
être tatoués à leur tour.
cocotier. Nom donné à l'édifice
—\Atua \ "Nom du 14* jour de la lune ; au
construit contre l'habitation
figuré, habile, artiste" (D. 1904). Ce terme
s'installait toute la famille le temps du tatoua¬
adolescents ; plus
est souvent utilisé dans les textes dans le
ge d'une de leur fille.
çons, si la vallée comptait deux bâtiments de
_ifa’e pou : abri où le fils d'un chef était
sexe, portée par les
type.
_i Ha’e
_i
Hanaua : cf. fanaua.
_i
Heaka ou heana : victime, surtout
sens
d'etua ; divinité. En Nouvelle-Zélande.
E.Tregear note les sens de divinité, être sur¬
instruit.
naturel, démon mais aussi personne mali¬
_i
cieuse, rusée ainsi que 14* nuit de la lune.
Autou
également
provisoire,
familiale, où
Fa’e tukau ou tukaka : édifice, au
prestige et du mana de toute une lignée.
_j Ha’e
ka’ioi : bâtiment destiné aux
ce
mako : bâtiment destiné
aux
comme une maison de courtisanes.
rendre profane une case ou un lieu sacré, il
Ha’e
pati’i ou patiki
Fanaua ou hanaua : sous ce terme
—J
sont parfois confondus l'esprit qui s'acharne
sur
E
_i
une
marquisiennes. C'est
re
_i
grossesse, et leurs lieux de sépultu¬
qui pouvaient aussi être appelés tokai.
Fao ou hao : prendre de force,
le tatouage
Ha’e puta ou fa’e puta : abri pour
S. Delmas, 1927).
les séances de tatouage.
-J
Haka’iki : chef, pouvoir de comman¬
der, autorité.
comme aux fêtes qui suivaient
des personnes notables (père
en fallait une.
:
•
_j
He/ie : homme non tatoué, au sud-est ;
e
tama hehe
:
jeune homme qui n'est pas
tatoué.
Hiapo
—\Haka ’oho : "chant très mauvais pour
_i
le tatouage... " ou chant pour "mettre en colè¬
dont l'écorce sert à faire
:
jeune banian. Ficus prolixa,
une
étoffe brun
des deux grandes périodes de l'année
piller... Simulacre d'attaque mené par les
re", dans la seconde partie
marque le passage de l'hiver à l'été
jeunes gens afin d'obtenir les matériaux
tatouage, il visait à contrebalancer le chant
pour hiako, en langue maorie, le sens d'écor¬
correspond à la principale des
nécessaires à la construction de l'abri de
d'éloge qui avait précédé, et consacrait la rup¬
ce, peau, peau d'un enfant ; à Hawaii, hiapo
tatouage, fa'e pati'i. Cette razzia s'exerçait sur
ture du jeune tatoué avec sa vie antérieure.
est le V' enfant d'une famille. Un peu partout
les bâtiments des parents
_i
car elle
austral et
récoltes des fruits de l'arbre à pain.
_j
les femmes enceintes, celles mortes en
cours de
Ehua : Antarès, quatrième des dix-sept
étoiles saisonnières
hommes.
_j
_i
pour le tatouage.
longue bande de tapa, cache-
:
de la place publique, tohua, lors de la derniè¬
noire, qui aurait pu être utilisée
une encre
;
montrer ses
toit élevé et pentu, construit sur le pourtour
phase des'fêtes du tatouage.
urens
pour
victime humaine... Que le grand tau'a voulût
appelée papaniao'e, cette liane sert à faire
A^ucuna
nu
jeunes femmes : poko'ehu, considéré parfois
re
:
chef dansait
tatouages.
_i Hami
généralement aux gar¬
cf. fa'e
pati' ; synonyme de ha'e ou fa'e puta. oho'au.
_i
de
’Eka ou ^ena : joie, plaisir... et aussi :
du jeune pour
safran d'Océanie ou Curcuma longa. Râpé et
lequel les séances étaient organisées.
mélangé à l'huile de coco, il servait de cos¬
_]
des fêtes du
Hakapa’a : faire dessécher un cada¬
vre :
devoir- des femmes, envers les morts,
rouge à l'usage bien codifié. E. Tregear donne
ce sens se
retrouve comme dans matahiapo
ou mata hiako.
Fau ou hau : Hibiscus tiliaceus ; il ser¬
qui consiste à les frictionner d'une prépara¬
_J
tion huileuse jusqu'à obtenir une sorte d'em¬
('ama, le charbon pilé ou les cendres, il est
baumement. Pendant plusieurs jours après le
parfois fait mention d'encre végétale dont
décès, le cadavre était conservé dans sa mai¬
celle tirée du
était râpé en grande quantité et délayé dans
gaules écorcées,
blanches et droites, qui marquaient les
emplacements sacrés. À Hawaii, il était
impossible aux gens du commun de couper
ce bois sans la permission du chef. Aux
Tonga, le terme hau désignait une grande
aiguille d'os, des ornements pour le nez et les
le sang humain, le tout était enveloppé dans
oreilles, le peigne.à tatouer... mais aussi, un
ment enduit
placé au four traditionnel.
conquérant, un "prince" régnant ou celui qui
qui aid(ait) à sa conservation et (faisait) res¬
bifera et par analogie, testicules... ; sobriquet
Mélangé à l'huile de coco, ce safran cuit était
servait le Tui Tonga, etc. Ch. Noury rapporte,
sortir les tatouages.... Cela entraîn(ait) bien
donné à celui qui se fait tatouer car la douleur
réservé aux dignitaires qui s'en enduisaient le
à propos des cérémonies de mise à mort aux
entendu un certain nombre de connaissance,
corps avant les grandes cérémonies, il parfu¬
Marquises "autrefois la victime était toujours
de
mait et colorait le corps en jaune
étranglée avec un morceau d'écorce de hau..."
cette tâche terminée, le cadavre (était) enve¬
métique pour s'oindre le corps, le protéger, le
parfumer et rendre le tatouage plus appa¬
rent. Il donnait à la peau une teinte jaune pro¬
noncée, tirant sur le verdâtre lorsqu'il cou¬
vrait les tatouages ; cf. huhe.
_j
’Eka moa ou ’ena moa : Le 'eka,
des feuilles et
orangé.
vait à confectionner les
Hinu : encre, suinter... Outre la suie de
y
puis quelques "femmes, désignées par
Tephrosia piscatoria, ou de
bourgeons de Mor/nc/a citrifolia, mais cela n'a
leur parenté avec le mort, le ma5s(aient) for¬
pu être confirmé. Certains pensent que des
son
tement" de façon à en exprimer les liquides
en
décomposition... Le corps (était) égale¬
d'huile spécialement préparée
préparation et de contrainte. Une fois
plantes dont la sève tâche beaucoup,
auraient pu servir au tatouage (cf. 'autou).
-J
Ho’i : igname sauvage, Dfoscorea bu/-
le gagne.
-J
Huhe : huile de coco clarifiée pour les
soins du corps et danse qui s'exécutait en cia-
•
I
G/oi50i>e des noms communs marquisiens
I
P
quant des mains (koika huhe). La préparation
leurs cérémonies appelée nan'i kaha ; tresse
—i
pour les corps récemment tatoués permettait
de filament de coco pour lier le patua (petites
début des séances de tatouage.
à la peau
de bien cicatriser et de ne pas
sécher trop vite afin d'éviter qu'elle ne se
fendille, en particulier aux articulations. De
rogue)..." (D. 1904).
pou.
_i
peau et du tatouage.
tatouage...
—iKahu : vêtement, étoffe, membrane...
_j
’l’ita’a
:
agitation des membres par
suite de l'action incessante du tatouage.
_]
Ika : poisson en général ; offrande habi¬
charbon, suie, encre pour le
important. Sur les plus importants se dres¬
pour la vulve. Il s'agit de la dernière étape des
saient des bâtiments où étaient conservés les
fêtes du tatouage, mais également d'une fête
objets de culte et ceux où résidaient les tau'a
et personnes au service des dieux. Il pouvait
guerre... terme ancien qui se substitue par
des jeunes filles ; elle pouvait avoir lieu en
s'y dérouler des rites funéraires, des sacri¬
dehors des fêtes de tatouage.
fices et l'on y portait les offrandes les plus
endroit à tapa.
Parmi les sens relevés par
E.Tregear pour kahukahu,
en
Nouvelle-
devenu mauvais esprit et linge utilisé par les
protectrices. Ce don pouvait être, dans cer¬
femmes lors de leurs menstrues ; il précise
tains cas, une victime humaine car la plus
que les deux
digne d'être considérée comme "poisson des
dieux". L'offrande était alors symbolique¬
ment pêchée au moyen d'hameçons sacrés
placés par le tuhuna o'oko lors de la cérémo¬
ciser que les caillots étaient considérés, à peu
Ikoa, inoa ou ingoa : pacte d'ami¬
relief, le cadre et l'ombre jouaient un rôle
Koina to^e haka : littéralement fête
l’épanouissement et les qualités
tatouage au maître tatoueur pour les divinités
_i
: espacetapuparexcelience.il
dégageait pas un plan défini mais le
consacrant
Zélande,
du clan.
ne s'en
mordre, se fâcher, engager le combat, faire la
tuelle du commanditaire des séances de
nie de consécration de la victime sur leme'ae
_jMe’ac
fêtes de présentation des jeunes tatoués ; cf.
_iKa’«/iw
:
prolongé par des cordelettes présentant des
séries de noeuds." (A. Lavondès).
Koina pou fau : seconde partie des
_i
façon générale, elle préservait l'éclat de la
I
trouvent :
se
embryon humain
terme^ sont associés. Il faut pré¬
_i
Koina tuhi tiki
tVi :
ou
koina tuhi
prestigieuses, consacrées au divinités.
présentation des premiers
—iMei : fruit de l'arbre à pain, Artocarpus
tatouages ; synonyme de koina pati'i.
Kou’a ou ’ow’a : crevette ou dis¬
a/t/7/5, qui était à la base de l'alimentation
fête de
marquisienne.
^Mei nui
_i
près partout en Polynésie, comme des foe¬
ciple, élève... : nom donné au premier assis¬
tant du maître tatoueur. Il était chargé de pré¬
parer l'encre, les peignes et de tendre la peau.
tus. Une nouvelle fois se trouvent associés le
_i
tapa et une promesse de vie...
-J JtCa’ioi : ensemble
de jeunes gens.
plète, synonyme de ta. qui désigne le martelet du tatoueur : une baguette de bois dur.
V'* récolte des fruits de
:
l'arbre à pain, la plus importante de l'année.
Elle se situe au début de l'été austral.
Ko^u ta patu tiki : expression com¬
_i
Mei ’omui
:
3* récolte des fruits de
l'arbre à pain appelée, à Tahuata, kavaia et. à
Nuku Hiva, mata iki, du nom de la constella¬
mahai, et jeunes filles, poko'ehu, vivant un
tion qui gouverne cette période.
moment de leur adolescence qui consacrait
M
tié, nom... L'échange du nom contribuait à
leur puberté. Ils n'étaient plus placés sous la
_!
sceller des alliances et fut largement utilisé
responsabilité de leurs parents mais sous
conservée dans une fosse, ‘ua ma ; cuite puis
—i/Vc’ofic’o : ce mot exprime ce qui ins¬
celle de leurs maîtres et jouissaient d'une
mélangée au pilon de pierre à des fruits frais,
rôtis, elle donne \apopoi. Le ma se conservait
pire de l'horreur, en parlant d'une plaie, et fut
périodes de tapu où ils recevaient une forma¬
de très nombreuses années ; il
tatouage, pour parler de quelqu'un de très
tion et leurs tatouages.
d'alimenter population et visiteurs lors des
par les Européens, car il répondait en partie à
une attente
locale et garantissait un grand
nombre de droits, mais aussi, et ce fut loin
d'être compris ou accepté, des obligations !
_i
’/ma toki
tuiva :
sonne
j
planches qu'on met sur le calfatage pour le
protéger et qui unissent les fargues à la pi¬
Koina patu tiki : fête marquant le
'ima toni à Fa-
ou
totale
Kaka
_i
croûte
:
offrande que fait, au dieu, la per¬
plaies... cf. ka.
qui vient d'être tatouée, qui s'est fait
-jKakaho
percer les oreilles, etc. Cette offrande, sou¬
lus ; par
vent un poisson, est mangée par le tuhuka et
tatouer.
permet aux mains du "patient" de redevenir
_i
profanes et donc, d'être de nouveau utilisées.
_i
_J
Ipu hinu : coque de coco, nacre ou
sexuelle,
liberté
en
dehors des
qui se forme sur les
provoque
utilisé, peut-être dans les derniers temps du
permettait
tatoué : ne'one'o 1 te tiki.
grandes festivités et de maintenir la survie du
plante, Piper methysticum, qui
somnolence appréciée...
une
a87
O
Mana : cette notion fut galvaudée d'où
roseau,/Vl/scanfhus fîor/c/u-
Kake kake : tatouage entièrement fini.
:
N
groupe lors des périodes de disette .
:
extension, manche du peigne à
Kava
Ma : pâte du fruit de l'arbre à pain,
_\Oho’au
l'extrême prudence des ethnologues â l'utili¬
o/io’aw patu
ou
abri construit pour les séances de tatouage ;
ser.
Pouvoir, possibilités particulières, force
synonyme de ha‘e pati'i.
ou
énergie... ce caractère sacré émanait
_i
d'une divinité, d'un ancêtre, d'une personne,
d'une chose... Il
passait de génération en
tiki :
^Otu’e
d'oiseau
^
;
:
sud, grand plat en forme
au
colombe tapu des Marquises,
Gallicolumba rubescens ; les instruments de
petit réceptacle sur lequel était recueilli le
Ch.L Clavel, à son propos donne ce détail :
génération, donnant à l'enfant un pouvoir
pigment pour préparer l'encre à tatouer ;
"... La calotte crânienne de la victime, embel¬
supérieur à celui de ses parents ; c'est pour¬
petit récipient la contenant.
courbes faites d'os de cet oiseau et permet¬
lie plus tard par des sculptures ressemblant
quoi, à fa naissance de son premier-né. le
tant de réaliser les motifs les plus fins.
Ivi heana : os d'une victime humaine
aux dessins du
chef devenait une sorte de régent.
dont on se sert en particulier pour la réalisa¬
aux
_i
tion des lames les plus larges des peignes à
dans cette tasse étrange".
tatouer.
_iKe’a hakaHa po’otu, ke^a vehi-
-J
_i
Ivi patu tiki : peigne à tatouer, litté¬
ne
tatouage, servait de récipient
indigènes privilégiés qui buvaient le kava
kaka^a ou ke’a vehine po’otu :
Mata
:
visage, œil... W.P. Crook note
que de nombreuses personnes, considérées
particulière dont les paupières et leur pour¬
tour étaient tatoués.
_j
tapu, se reconnaissaient à la manière
pierre de présentation des jeunes femmes
généralement un os de victime humaine,
sur le
taillé en forme de lame dont le tranchant était
certaines danses et de cérémonies
divisé en pointes aiguës semblables à celles
crant leur beauté.
d'une scie. La lame porte une à douze dents
_i
selon le travail à exécuter, souvent droite, elle
fou à pied rouge. Sula sula qui a pour homo¬
constellation qui gouverne la période ;
forme parfois une courbe. Les os d'oiseaux
nyme Kena. le héros.
Pléiades. A Nuku Hiva, nom donné à la 3'
étaient aussi utilisés et, notamment, ceux des
_i Koika ou
Kena
:
fou brun, Sula leucogaster ou
koina : fête, réjouissance,
fous, des albatros ainsi qu'un os de l'aile du
vacarme,.., place publique...
Phaëton aetherus.
_j
K
^Ka
:
croûtes... d'où 'ua topa te ka tiki :
"les croûtes du tatouage sont tombées".
_]
Ka’ae’a : sorte d'ocre rouge.
_]
Kaha : "Pouvoir de vie et de mort attri¬
bué à certains prêtres païens dans une de
consa¬
Koika huhe
P
—jPa’e hinu
galet plat sur lequel se
dépose la suie des chandelles de 'ama des
petits fours à suie appelés amahi 'ama.
comme
ralement : os pour frapper les motifs. C'était
tohua, où elles prenaient place lors de
tatouage de Pueu comportaient des lames
_i
Mata
iki
:
une
des deux grandes
:
Pa^e kaha ou pa^e kea : diadème
d'écaille.
périodes de l'année, de mai à octobre ; celle
—iPa’e ku\i : coiffe de plumes en demi-
où soufflent les vents de sud-est : tuatoka.
lune, placée sur le haut du front, à l'arrière de
Ce
nom
est aussi
un
de ceux donnés à la
les
récolte des fruits de l'arbre à pain, vers août.
_i
Mata
te tau
:
"Généalogie, histoire
laquelle étaient placées les aigrettes de
plumes ou touffes blanches.
Paepae : plate-forme lithiquequadrangulaire, destinée à recevoir une structure
—1
d'habitation : le fa'e ou ha'e.
danse, mais aussi rite
des ancêtres" (D. 1904). "Aux Marquises...
—iPahu ana^ana
lors des fêtes du tatouage, mettant fin au der¬
existaient des experts en généalogies ainsi
que
nier tapu qui interdisait au fils de prendre ses
que ceux qui connaissaient particulièrement
repas avec sa mère.
bien les légendes, les faits remarquables ou
qu'accompagnait souvent une série de trois
plus petits ; les utu, joués notamment lors
des fêtes du tatouage sur le tohua.
_j Pa ka matia,
pa ka makati ou
Koina
:
patVi : fête de présentation
l'histoire de personnages célèbres, tuhuna
des premiers tatouages des jeunes qui sanc¬
ha'akekai... Les Marquisiens
tionne leur
aide-mémoire, to'o mata, faits d'un cylindre
intégration à la communauté ;
synonyme de koina tuhi ti'i.
creux,
utilisaient des
tressé en fibres de bourre de coco.
:
très haut tambour
l'on frappait du haut d'un paepae et
pa ka makati : toute la croûte du tatoua¬
ge ou tatouage très profond.
Te Patu Tiki
•
L’Art du
Tatouage aux Iles Marquises
P
V
Parti : huile parfumée tirée de l’amande
qui désigne la deuxième partie des fêtes de
Autrefois, plus une personne était d’un rang
de terrain d'entraînement aux jeux d'agilité et
de coco râpée, exposée au soleil ; monoi en
présentation des jeunes tatoués ; pou fau et
élevé, plus elle étaitsacrée et donc tapu. Ainsi
simulacres de combat, d'autres, plus sacrés,
tahitien. "Il existait aux Marquises plusieurs
dans
des noms de l’habitation tapu du
était maintenue une distance entre les indivi¬
préparations à base d’huile de coco, diverse¬
premier-né : tona pou, ainsi que dans celui
dus du commun et ceux qui jouissaient de
d'Océanie, ‘eka ou
de l'abri tapu où il était instruit : fa'e pou. Tout
pouvoirs supérieurs..." (Dictionnaire illustré
—1
‘ena, caractérisant les jeunes gens, ka'ioi... Le
ceci évoque le rôle de médiateur du fils de
de la Polynésie). Le tapu était prononcé par le ^
tatoueur à son patient.
chef : rôle associé à une autre image couran¬
prêtre, le chef de clan ou, pour des questions
_i
te ; celle d'axe ou de pilier central.
secondaires,
_i
ment colorées au safran
parti, encore fabriqué aujourd'hui, est à base
d'huile de
fortement
coco
parfumée... Le
Puaka : porc. Sus scrofa. Le droit d'en
par
le
chef de famille.
n'étaient fréquentés que par
^
les membres
tatoués du groupe.
“Toi
!
toi
!” : encouragement du
Tona pou : habitation tapu du fils pre¬
mier-né.
—iTo’o’ata : personne à laquelle il ne
huhe, faiblement additionné de safran, est
-J
destiné à donner un bel aspect brillant à la
consommer
aux
grave, comme la cécité ou la lèpre. Il y avait
manque aucune pièce de tatouage. Le terme
peau..." (H. Lavondès, 1975).
cérémonies du tatouage, rares occasions où
divers types d'interdits ; celui réglant les res¬
s'oppose à hehe et kikino.
les femmes
trictions
_j
Papa tea : titre utilisé en Polynésie
pour désigner des chefs importants et per¬
sonnes ne
sion
portant pas de tatouage. L'expres¬
signifie
:
"strate de ceux qui sont
blancs".
_i
aussi
pouvaient s’en régaler. C'est
l’Épi de la vierge, constellation qui
L’enfreindre entraînait la mort ou une maladie
d'usage alimentaires ou écono¬
miques, visant à protéger les récoltes ou l'ex¬
apparaît à l’époque où se faisait la dernière
ploitation d'une ressource, était appelé kahui.
récolte de mei.
—I
_i
PatVi ou patiki : nom de dérision
était étroitement associé
Puho tutu i a ka^ahu : grand four
à suie, sorte de galerie basse, longue d'envi¬
Tu’a : aigrette en plumes de phaéton ;
d'après P.E. Eyriaud des Vergnes il y en avait
_j
de blanches, rouges et saumons.
_i
Tuhuka
ou
tuhuna
:
savant, ins¬
pour le désigner ; tatou (tatu). paatou (patu)
truit, artisan, habile, maître, spécialiste...
et e (ti'i).
—1
Tau’a : prêtre ou prêtresse, grand
ron
tatoué.
de dalles creusées de cupules, où venait se
prêtre, prêtre inspiré, chaman.
déposer la suie de très nombreuses chan¬
—J
cher un instrument, en jouer, projeter avec
delles de noix de bancoul ; ‘amakiko.
_!
les doigts, parer un coup avec la main...
_j
Patu : écrire, dessiner, tatouer... tou¬
2'm. dont la partie supérieure était faite
Tatu : tatouage ; J.K.E. Buschmann cite,
donné, lors des fêtes de tatouage, au jeune
_i
_i
Tuhuka o’oko
:
chantre, maître de
chant, maître de cérémonie.
_i
Tuhuna patu tiki : maître tatoueur.
Ua hoe te ki’i : activité longue et fas¬
Tavaha : diadème de plumes de coqs.
Tiki ou ti’i : "Tiki est à la fois un nom
U
propre, celui d'un demi-dieu, plus proche de
_i
Patu H te hamani : écrire ; vient de
Pukohe fau hinu : section de bam¬
bou, gravée ou pyrogravée parfois, dans
l'humain que du divin toutefois, et un nom
tidieuse, pratiquée dans un endroit tapu par
l'idée de "frapper à coups secs et répétés" le
laquelle étaient conservés le pigment et les
commun
papier.
lames des peignes à tatouer.
désigne, tout d'abord, les grandes statues
"peler" le défunt afin d'enlever les couches
_i
Patu H
tiki
tatouer, "frapper à
Pukohe ka ^ahu
qui renvoie à des référents variés. Il
une
parente proche du mort. Elle consistait à
section de bam¬
anthropomorphes, de pierre ou de bois, qui
de peau atteintes par le tatouage, pour ne
coups secs et répétés" une image, un tiki.
bou, parfois gravée, dans laquelle était
accompagnent les sanctuaires ou marquent
laisser qu'une chair sèche, de teinte sombre.
Cf. Tuteanuanua; tantôt maître d'école, tantôt
conservé le pigment.
la façade des habitations édifiées sur les
tatoueur.
_i
_i
_i
s88
un
:
Pava : nom abrégé donné aux aigrettes
en barbe
_i
te
blanche, ou barbe de vieillards.
Pavahina
:
nom
_j
Pukohe ta’a patuki : synpnyme de
pukohe fau hinu ; nom cité par K. von den
Steinen.
donné aux aigrettes
T
de barbe blanche.
_i
:
Pehi : chant moqueur qui précédait,
-iTa : martelet du tatoueur.
Ib’a
parfois, à la deuxième partie des fêtes du
_i
tatouage, l’attribution du pati'i. Les femmes
tatouer ; fa‘a patuki dans K. von den Steinen.
lus... A travers l'histoire de Tiki s'affirme la
n'y prenaient pas part.
Cf. ivi patu tiki.
confiance universelle que
_j
Pekio : secondaire, d'où varianape/c/o :
second mari...
_j
Peni, pini ou peni pukiki : nom
récent donné, à
Nuku Hiva et Ua Pou, au
:
pointes ou lames d’un peigne à
plates-formes de pierre. Tiki désigne aussi
tout motif, sculpté ou non... tatouer se dit
patu '/ fe tiki, littéralement "frapper des tiki."
Cela n’a rien d'étonnant puisque la plupart
des motifs décoratifs marquisiens... dérivent
de la personne de Tiki. Enfin, tiki, dans cer¬
tains contextes, peut faire référence au phal¬
les Polynésiens
Ua kao i te tiki : être entièrement
_i
’Ua
ma :
fosse-silo où
se
conservait
très longtemps, à l'abri de l'air, la pâte du fruit
de l'arbre â pain. Cf. ma.
—i
Uhi : huître perlière, Pinctada margariti-
plaçaient en l'homme, en son pouvoir de
participer à l'œuvre de création et de la
peignes de l'archipel trouvés en fouille. Uhi
Hawaii, kahuahi désigne celui qui a la charge
poursuivre, de génération en génération,
désigne aussi un instrument tranchant. En
du feu ou de préparer le feu.
par
Tama haka^iki : "enfant de chef" lit¬
téralement et, par extension,
Oa, il continue à être appelé mahiha.
son héritier" ;
"fils du chef,
il est forgé sur la racine ahki qui
l'art et ta sexualité." (H. Lavondès,
1995).
_i
Tiki kaka : tatouage bien marqué ; de
kaka : croûte qui se forme sur les plaies.
pokopoko’ehu :
désigne le premier-né d'une lignée. R. Linton
—1
jeunes filles nubiles. Elles se regroupaient,
aime à souligner que dans les mythes mar-
par K. von den Steinen. Cf. tatu, tiki.
habituellement, autour d’une fille de chef :
quisiens l'histoire d'un héros se termine à la
—1
ha'atepei'u, et échappaient à la responsa¬
bilité parentale. L’équivalent chez les garçons
naissance de son premier enfant, le cycle se
fer, Casuarina equisetifoiia.
poursuivant par les aventures de ce dernier.
_i
une
_!
tatoué (B. Mosbiech).
gé d'allumer le feu ; 2"'' mari (polyandrie). A
ture, car le fruit produit un suc rouge ; à Hiva
et
funéraire : fa'e tupapa'u qui lui était destiné.
fera
_]
Poko^ehu
tapa et revêtu de ses .ornements puis
placé dans une sorte de cercueil dans l'abri
Tahu ahi : serviteur, domestique char¬
_i
rocouyer Bixa orellana, forgé à partir de pein¬
_i
Le corps était alors enveloppé dans un linceul
en
Tiki patu : tatouage : expression citée
ou
nacre,
matière des- plus anciens
Nouvelle-Zélande, uhi est le nom générique
des peignes à tatouer. Cf. ta'a.
-iVte : mûrier
à
papier, Broussonetia
papyhfera, donnant un tapa blanc et très fin.
_J
’U’u
:
casse-tête, souvent taillé dans le
bois très lourd du bois de fer, ou toa...
Toa : mâle, brave, fort, guerrier ; bois de
Tohi ’i te tiki : tenir la peau ferme
V
_i
Vehineha ’e
ou
veinehae : reve¬
est le mahai. Ces deux groupes constituaient
_)
Ta moko : nom maori du tatouage.
pour faciliter le tatouage (D. 1904).
nant, spectre... Fréquemment de sexe fémi¬
les ka'ioi ou okaoka.
_i
Tapa : étoffe faite à partir du liber de
_i
nin, laide et cruelle dans les récits légen¬
—i
Po^okeho : terme qui signifie : tout
couvert de tatouage.
Popoi : pâte fermentée de saveur
aigrelette, préparée à partir du fruit de l'arbre
à pain frais, rôti à la flamme puis pilé avec une
part de ma. Elle était la base de l'alimenta¬
tion ; kaikai, et s'accompagnait si possible de
noix, amandes, algues... ou mieux, mais rare¬
_i
appelé taha koina ou koika... était le lieu de
daires, elle pouvait se métamorphoser et
l'arbre à pain et surtout le mûrier à papier.
réunion ouvert à toute-la tribu et ses nom¬
avoir une descendance. Il s'agit d'êtres pour
L’écorce était grattée, mise à tremper, battue
breux invités, lors de célébrations publiques,
lesquels les rites entourant la mort n'avaient
une_ enclume de pierre ou de bois, au
toujours imprégnées toutefois de caractère
pu être pratiqués ou n'étaient pas totalement
moyen d'un battoir qui permettait d'aggluti¬
sacré. La place, de forme rectangulaire, était
accomplis, d'où la situation curieuse de cette
ner les fibres et de
souvent
"gradins", terrasses
pavées qui, à l'arrière, supportaient les abris.
L'ensemble occupait une superficie moyen¬
femme de la danse de l'oiseafl qui vit encore,
sur
"coller" diverses pièces.
—iTapu : "interdiction à caractère magicoreligieux dont la transgression était censée
poteau arrière d'un édifice, sup¬
entraîner un châtiment surnaturel... Le tabou
est une interdiction religieuse appliquée à ce
port vertical. Ce mot entre dans la tournure
qui est considéré comme sacré ou impur...
ment, de viande : ina'i.
_J
Pou
:
Tohua : cet espace dégagé, également
l'écorce de certains arbres tels le banian,
ne
bordée de
de 1000 m^ mais pouvait être beaucoup
en
dehors de chez les siens, jusqu'à ce que
toutes les
étapes du processus funéraire
aient été réalisées. Leur achèvement la
plus vaste et accueillir plus d’un millier de
contraint à quitter définitivement sa nouvelle
personnes. Certains tohua pouvaient servir
famille.
/
Index
•
Index des noms propres
Index des noms propres marquisiens
A
A
_i
♦
Ahu : homme dont K. von den Steinen
I
auprès du tsar pour qui il entraîne les Cadets
Tiki et Kahu One. De son premier mariage est
Kiatonui. Elle épousa son cousin "Duetowa",
de
issu Kae et du second naquirent Ku'a Nui et
probablement Tuhi Toua, fils de Kiatonui, de
héroïnes de l'histoire de Teahi a
plus de 20 ans son cadet ; on dit d'elle qu'el¬
Krondstadt
devenir de
à
meilleurs
photographia le visage tatoué à Puamau
nageurs.
(Hiva Oa).
rejoindre l'archipel, tentant de survivre sur les
Puaiki. Comme pour la légende de Kena, des
le avait 40 pek/'o.
foires en montrant ses tatouages jusqu'à sa
épisodes de ce récit sont évoqués dans le
—I
tatouage.
sacrifice, à Nuku Hiva, en 1867 à l'occasion
—1
Apeku’a, Tahia Apeku’a : cf.
Tahia Oko.
—1
Ata : personnage illustre de la mytholo¬
gie polynésienne (Rata, etc.) qui construisit
une
pirogue pour partir à la recherche de son
père et connut bien des mésaventures. Aux
Le reste de sa vie, il, cherchera à
fin, misérable, le 23 septembre 1822.
_i
Collins
Ku'a Iti,
Robinson : irlandais,
ou
Coulterjohn M.D. : dans son récit,
le “Stratford", sur lequel il était médecin, le
H
_i
photographia le tatouage de la jambe à
laissa en 1833 dans une vallée de Hiva Oa
Puamau (Hiva Oa).
Pohu, souffrirent dans lei^r enfance
qu'il ne cite pas mais où il avait pour ikoa un
_j
d'une image sociale difficile. Grâce à sa per¬
chef, "Toomova".
sévérance, son habileté et sa force, il retrou¬
va une
place importante chez les siens.
D
B
Baudichon, M'" Joseph Paul :
1812-1882,
1" vicaire
apostolique des
Ha’atapu Marthe
fut partagé et consommé en
—I
de Hiva Oa,
tatouée à la main par un tuhuna de Fatuiva.
:
présence de
Kuamua, chef et tatoueur de la vallée.
Hiaotiu ; habitante de Vaitahu (Tahua¬
ta) dont les rfiains furent tatouées à Moea par
un
tatoueur de cette vallée (Hiva Oa) ; (W.
—iHaio : habitant de Nuku Hiva tatoué au
Handy).
visage par un tatoueur de Ua Huka.
_i
Hiha : chef d'Anamiai (Tahuata), ami de
Haka Pua : petit-fils de Po'ino'ino, fils
lotete et probablement membre de sa famil¬
deuxième évêque des Marquises, nommé en
d'une vehine ha'e épousée par un mortel. Ses
le. "Jamais enveloppe mortelle ne fut plus
1855 ; il avait débarqué à Tahuata en 1846 et
tatouages étaient remarquables et lançaient
richement couverte de bandes, de spirales,
mourut à Taiohae
des éclairs comme ceux de Kena ou de Teahi
de cercles concentriques, de dentelures, de
méandres, d'ondulations, les végétaux, les
_j
—I
Dordillon, M‘' René Ildefonse :
organisée sur le tohua Naniuhi de Hatiheu. Il
Ha’a : homme dont K. von den Steinen
Marquises, Ata fait partie de ces héros qui,
comme
dernière personne offerte en
:
d'une fête pour le tatouage : koika tuhi tiki,
natif de Dublin, qui habita Tahuata en 1837.
_i
Here
en
1888. Avec les autres
_i
Marquises. Il entre dans la congrégation des
pères de la Congrégation des Sacrés Cœurs
a Puaiki.
Sacrés Cœurs de Picpus en 1837 et arrive le
de Jésus et de Marie, il travailla aux deux seuls
_i
3 février 1839 à Vaitahu. En avril 1842, il
dictionnaires de marquisien, jusqu'à la paru¬
tatouage, frère de Kikioani. Il couvrit entière¬
agençaient avec une symétrie et une délica¬
accueille A. Dupetit-Thouars et lui sert d'in¬
tion du lexique de M®' H. Lecléac'h en 1997.
ment de tatouages Tu qui désirait reconqué¬
tesse...
terprète auprès de lotete. Il est nommé
_i
rir son épouse et tatoua également
_i
évêque en décembre 1845 et quitte les
(peut-être Tuhi Toua), pour un des fils de
Nuku Hiva.
Marquises en 1848.
Kiatonui. En mai 1804, les membres de l'ex¬
_]
pédition russe assistent aux préparatifs pré¬
Poehapa et d'un maître tatoueur qui fut tué et
histoire d'amour et l'épreuve du tatouage.
"mis au four" à Ha'atuatua, vers 1853.
_i
—iHaty : “chef de la garde" du beau-père
(Tahuata), qui, comme ses frères et sœurs,
_i
Bayard Dominick Expédition :
expédition dirigée par le Bishop Muséum sur
“Duetoiva” : nomcitéparW.P.Crook
cédant ses premiers tatouages.
les Marquises, en 1920-21, comprenant en
anthropologie E.S.C. Handy,
sa
_i
E
femme
W.C. Handy et R. Linton.
—J
Mme Bradera : deHanahi{HivaOa),
Hamatakee : divinité protectrice du
Hanao
Hiva. “Il était tatoué des talons à la tête de
rébus hiéroglyphiques,^
Haua'i
poissons, les reptiles nageant, rampant s'y
remarquable" (M. Radiguet).
Hillyard John : héros malgré lui, à la
fin du XIX' siècle, de mésaventures encore
:
habitant de Taiohae, frère de
de J.B. Cabri ;
“English Charlie” : pilote de Nuku
probablement un guerrier
connues à Ua Pou et
Hiitao
ayant pour origine une
fils de lotete, chef de Vaitahu
:
n'était pas tatoué.
“Hokaye ” : femme de très haut rang,
important des Ahutini (Tahuata), chez qui
—I
résida J.B. Cabri.
entièrement tatouée, qui jouissait vers 1840
K. von den Steinen relève les motifs de sa
tous
Haua’i Nu’uhiva : fille de Po'ino'ino,
"d'une influence et d'un prestige incroyable".
jambe droite.
animaux grossiers : serpent, poisson, insecte
qui cherchait un époux mais avait honte de
Issue du clan des Puhioho de Hatiheu (Nuku
et fier dragon qui pouvaient avoir peuplé une
n'être pas
imagination des plus sauvages. Même ses
Hamatakee qui la tatoua aux jambes, aux poi¬
Taipi.
C
Cabri
Jean-Baptiste
-J
tatouée, aussi fit-elle appel à
Hiva), elle était l'épouse de Hokiahe, un chef
Honu
paupières et ses lèvres n'y avaient pas échap¬
gnets, sur le lobe des oreilles et les lèvres.
—I
Joseph Kabris, Kabrit, Cadiche... est originaire
pé." (Milo Calkin de passage en 1833).
Son fils Haka Pua était également remarqua¬
1774
de Bordeaux. Né en 1780, il s'embarque à 14
_i
blement tatoué.
"Pepeto Eya" ; frère de Pahu Honu et oncle
ans sur un
tapeta
_i
:
dit aussi
les tatouages,
navire corsaire de l'État ; fait pri¬
Eri Vaekehu, Elisabeth ou Eri-
1869-1901, fille de Stanislas
:
_i
Heato : chef de Ua Pou, appelé parfois
;
:
chef de Vaitahu (Tahuata), en
l'appelle également
W.P. Crook
du jeune Timoteitei, son portrait fut dessiné
sonnier par les anglais, il embarquera sur le
Moana Tini, chef de Taiohae (Nuku Hiva),
"Teato", fils de Nouahitu. Il résidait à Haka-
par W. Hodges. Lorsque le “Duff" passa, en
capitaine Knite et déserte à
elle est nommée chef de Vaitahu, à.Tahuata,
mouLet fut le seul chef de l'archipel à avoir
1797, il était décédé de mort naturelle.
imposé son autorité à toute une île, sans l'ai¬
_i
Il est aussi cité comme
exemple de très grand chef dont le visage
n'était pas tatoué, en raison de son importan¬
Puamau (Hiva Oa) les jambes de Uraria de Ua
baleinier du
Tahuata, vers 1795 ; intégré aux clans des
en 1880.
Ahutini, il y épouse '"Valmaïki", mais quitte llle
à la façon de celui de Tahia Kahee.
et est débarqué, à Nuku Hiva, le 7 mars 1799.
—i
Eriko
Il y aurait épousé une fille de Kiatonui dont il a
F.
Christian, avait adopté la future reine
deux enfants et réside dans une vallée qui
Vaekehu, seconde épouse de Temoana de
ce, de son mana. Il mourut en 1842.
pourrait être Ho'oumi. Du 6 au 17 mai 1804, il
Taiohae.
_j
Elle portait un tatouage sur les reins
:
fils de Putona
qui, d'après
de des Européens.
“Hemi
te
i ani Tai hoiw Tutu
Hootio
:
maître tatoueur qui tatoua à
Huka ; (W. Handy).
_j
Huotohetia : homme dont K. von den
Steinen photographia les jambes à Puamau
(Hiva Oa).
servit de guide et d'interprète à Langsdorff. Il
F
ake” ou “Anateatm” : nièce de Kiato¬
est à bord de la “Nadiejda" lors de son départ
—ifoi: héros légendaire du panthéon
nui, fille du chef Tauahakatahaani, du clan
_i
l'archipel malgré lui. Durant la tra¬
polynésien. Dans le recueil de mythes de
K. von den Steinen, il apparaît comme fils de
des Piu UaTongi de Ho'oumi (Nuku Hiva), et
tectrice
d'une sœur de "Butahaie" (Putahaii), mère de
Hamatakee, à Nuku Hiva. Cf. Kikioani.
et quitte
versée, il fascine les Russes et est introduit
marquisiens
I
Ikioani ;
du
nom
^
donnésà'îâ déesse pro¬
tatouage,
avec
son
frère
a8g
Te Patu Tiki
L’Art du
•
Tatouage aux Iles Marquises
I
M
lotete
_i
ou
Yotete
:
grand chef de
_i
:
maître tatoueur dont la pré¬
évoquée par W. Handy à Hakahau
_i
Kohu : originaire de Hiva Oa, il habitait
l'expédition du Bishop
sence est
Hanamiai mais regroupait sous son autorité
(Ua Pou) ; il tatoua, entre autres, lepatikau'e
Muséum. Il avait été tatoué
chefs porté à la cheville par
O. Kaee Pehevai, et avait
tous
les chefs de l'île, d'où le titre que lui
donnèrent les Européens, "Le roi de Tahuata
de haute taille et d'un
embonpoint florissant. Sa peau, envahie par
était
un
canaque
propre aux
visage par
au
également les
jambes tatouées.
Penapena.
_i
Ua Huka lors de
Kaitoua
:
tatoueur
qui travailla à
—i
la poitrine, différents signes gravés rap¬
sur
pelaient ses hauts faits ou ceux de ses
ancêtres, sa position élevée parmi ses com¬
pagnons. Aux reins, des lignes courbes par¬
tant
Kohumo'etiiii Pierre
:
originaire
du dos venaient s'y concentrer.
avait les mains et les pieds si
Maki
bien tatoués
Hanapa'aoa (Hiva Oa) en 1887, et se vit
de Hoho'i (Ua Pou), c'est un des premiers
qu'on aurait juré que des gants et des bas de
le tatouage, était entièrement bleue." (Max
condamné à une amende par l'administration.
tatoueurs marquisiens du renouveau actuel.
soie...couvraient
Radiguet). Il accueillit Abel Dupetit-Thouars
_i
1838 avec qui, ainsi que d'autres chefs, il
en
Kao
homme âgé de 70 ans, vivant à
:
Atuona (Hiva Oa),
qui avait été tatoué à
signa en 1842 l'acte de rattachement de son
l'épaule gauche par un tuhuna de la vallée.
île et du groupe sud à la France.
_i
J
—I
Joe le Tatoué
;
de son vrai nom
“Karky” : nom fantaisiste du tatoueur
—I
Komo’e
ou
’Omo^e
:
chef presti¬
gieux de Fatuiva dont la mémoire s'est à pré¬
sent perdue.
ces
parties...” (F.X.Caillet
en 1843).
_i
Manou Tavayié : chef des Atitoka,
C'est aussi le nom d'un motif
de (Nuku Hiva), à l'époque de l'occupation
représentant un visage (également fréquent
française (1842-48) ; son nom se traduit par
de Taipivai qui, vers 1842, tenta de tatouer
dans les pétroglyphes) et celui d'un type de
"oiseau blanc" (Manu Tavaie). Il
H. Melville.
tatouage de Fatuiva qui couvrait tout le
nombreux tatouages ; jusqu'à sa mort il pré¬
corps, comme en témoigne Tauakika,
serva le secret de ses
_J
Kekela James
H. : missionnaire
Ku’a Iti : fille de Fai. Fort belle, elle fut
"Joseph Lefèvre, déserteur en 1832 d'un
hawaiien, il arrive en 1854 à Fatuiva, puis
baleinier anglais (il) se fixe... à Vaitahu, puis
s'installe à Tahuata et reste longtemps à Hiva
choisie pour devenir l'épouse du héros de la
HivaOaet... Nuku Hiva... il adopte complète¬
Oa. Il rentre à Hawaii en 1899. Les tatouages
fête du tatouage, Teahi a Puaiki.
de
naturalistes de son fils, Emere Samuel, furent
_]
remarqués par K. von den Steinen.
tatoueur et chef de Hatiheu (Nuku Hiva) ; il.
-A
_i
portait de
origines normandes.
Maniihu : "le plus célèbre tatoueur de
Tahuata" lors du séjour de M. Radiguet, vers
1840.
Kae : dans les récits recueillis par
femmes et du surf a fait partie des grands
Petit, alors officier d'administration à bord de
E.Tregear en Nouvelle-Zélande, celui de
classiques marquisiens. Il y incarnait, notam¬
l'aviso le "Mistral", de passage entre juin
Mapiau : homme dont le portrait a été
publié par A. Marin. A propos de ce dessin,
qui est en fait de E. Fauque de Jonquières
vers 1880, il écrit qu'il rencontra ce vieillard
de Hanaiapa alors qu'il se rendait à^un grand
rassemblement tribal pour une fête à
Tura offre de nombreuses correspondances
ment, l'image d'un jeune homme transfiguré
1881 et février 1882. Celui-ci explique : "J'ai
Tahauku (Hiva Oa).
par le tatouage.
profité de mon long séjour à Nuku Hiva pour
_j
dauphin Tutunui apprivoisé par le maître des
_i
demander... des renseignements précis sur
Melville, dans "Taïpi". Il était tapu et pouvait
poissons Tinirau ; aux Marquises, Tunua Iti
Katanuah ou Gattanewa... : un des
la coutume du tatouage... en faisant causer
se
le dauphin dont la mise à mort par les
principaux chefs de Taiohae (Nuku Hiva),
les chefs... et surtout le vieux Kuamua... 60
inquiété, il portait de superbes tatouages,
grand, pourvu de biceps énormes,
agencés avec une élégance remarquable,
ment les mœurs des Marquises au point
se tatouer tout le corps
d'où son nom...".
_i
K
—I
avec celui
est
^90
Kaioho
Tahuata qui contrôlait les baies de Vaitahu et
Kena
:
héros légendaire, le récit des
aventures de ce jeune sportif amoureux des
de Kae, en particulier l'épisode du
Kiatonui, Keatonui, Keatanui,
Kuamua ou “Kooamua” : maître
donna toutes sortes d'informations et
un
échantillonnage de ses instruments à Ed.
—I
“Marnoo” : personnage évoqué par
déplacer d'une vallée à l'autre sans être
Naiki fut à l'origine d'une guerre à Hiva Oa ; le
époux de "Taheya Troa", probablement Tahia
ans... très
second, chevauché par Kae, fut Tunua Nui.
Taioa de Hakaui. Par les alliances familiales,
le corps complètement tatoué à l'ancienne
dont un magnifique arbre sur le dos.
Divers traits de la légende sont repris dans le
ses
ancêtres et lui avaient étendu leur in¬
mode ; le chef... a une physionomie typique,
-J
tatouage : les racines de pandanus, les êtres
fluence sur une bonne moitié de lîle, que ce
la
surnaturels qui assistent les parturientes : Po
soit par le biais de chefs, de prêtres ou de
marques de la petite vérole.’
Haha et Po Hihi dont les noms semblent faire
maîtres spécialistes. Il fut le principal contact
écho aux motifs poka'a et po'/'/...
des Européens qui abordèrent cette côte sud,
Kahi : maître
figure tatouée obliquement porte les
demeurajusqu'àsamort en 1912. Il est inhu¬
mé à Atuona, non loin de Paul Gauguin décé¬
à
M
“Mahéono”
Martin Joseph : 1849-1912, nommé
évêque des îles Marquises en 1892, il y
dé en 1903.
de lotete avec
Mata hai : habitant de Nuku Hiva qui
de Hanaupe
la seule à offrir des baies bien abritées, ce qui
_i
(Hiva Oa) auteur de plusieurs modèles de
accrut son importance. En 1798, il avait entre
qui il signa, le 1" mai 1842 à Vaitahu
fut tatoué
tatouage pour le corps entier à l'intention de
40 et 50 ans, et serait mort vers 1818.
(Tahuata), l'acte de prise de possession du
Tahuata : cf. le motif mata ai.
—I
K.
von
tatoueur
den Steinen. La contribution de ce
_i
Kiipani ou Kiihopu : homme rési¬
groupe
:
neveu
sud de l'archipel par A. Dupetit-
_i
_j
au
Mataora
visage
:
par un
tuhuna de
fondateur d'un renouveau
dernier au renouveau actuel du tatouage est
dant à Ua Pou, tatoué au visage par Kaioho.
Thouars. Il était alors chef de Hanatetena et
du tatouage en, Nouvelle-Zélande. Dans les
c'est essentiellement à partir
Ses tatouages des mains étaient identiques à
avait "de 25 à 30 ans. La disposition de son'
récits maoris, il est dit quil utilisait un peigne
proches de
tatouage dont les bandes horizontales lui
immense
car
des planches de cet auteur allemand, et de
ceux
celles de W. Handy, que les jeunes prirent
ceux
connaissance de ce patrimoine artistique.
_i
_i
Ka Hou Piau : chef qui avait partici¬
de Tuumea, c'est-à-dire
portés par les femmes.
couvraient le nez,
la bouche, sa chevelure
en os
_i
d'albatros, appelé Uhi a Mataora.
Mate : chef âgé et puissant de la vallée
Kikioani, Ki’ioani : nom donné, à
noire et frisée... donnait à sa physionomie
de Hiva Oa où se situe le récit de J. Coulter.
Fatuiva, à la déesse protectrice du tatouage.
naturellement expressive un certain caractè¬
Après que ce dernier ait accepté de se faire
de fierté et d'audace" (M. Radiguet).
tatouer et de remplir les fonctions de
"chef de
pé à la révolte de Hiva Oa et dont le portrait
Il
fut publié par le lieutenant A. Davin, de pas¬
céleste" ; kiki désigne un rouge comparable à
avril 1880, capturé à Ututehe (Hiva Oa), il est
sage en 1884. Il le présente ainsi : "un des
celui d'une blessure ou rouge de colère et
mis à mort par les Pahatai, sa tête fut dépecée
hommes les mieux proportionnés et les plus
exprime l'idée d'une douleur cuisante ; sous
et offerte aux dieux sur un paepae en
(il) repré¬
la forme de ki'i il signifie peau ; 'art/ ou 'aki :
dure du me'ae i'ipona, à Puamau.
sente à merveille ces anciens chefs... en tout
ciel, firmament... et 'o correspond à : c'est,
_j
Mahiatiu : habitante de Hakahetau
Nuku Hiva) qui, à la mort du grand prêtre
temps prêts à combattre...".
_i Kahueinui :
"vieux guerrier tatoué",
de... ; cf. Ikioani.
(Ua Pou) dont K. von den Steinen reproduit
Teiapu, autour des années 1860-65, accéda à
les motifs de la main gauche,
la fonction de grande prêtresse grâce à sa
tatoués que j'ai jamais rencontré,
_i
pourrait se traduire par "rougeoiement
Kiu : cet homme fut tatoué au visage à
re
En
bor¬
Maki : pekio de Paetini, ancien chef de
photographié en 1934 à Atuona (Hiva Oa)
Hokatu (Ua Huka) par le tatoueur Kaioho ;
_]
par van den Broek d'Obrenan.
(W. Handy).
Taiohae. "Sa figure, fond olivâtre, était ren¬
_i
—I
Kahukua ou Kahukuna (?) : ha¬
Koaruu : habitant de Hakahetau (Ua
due bleue d'un côté par
la quantité de
guerre. Mate lui donna son propre couvre-
chef quil porta en plus de quinze batailles...".
_iMate
Hevi
ou
“Maté hévi” :
accoucheuse de la tribu des Taioa (Hakaui,
personnalité et à ses connaissances.
_i
Mate Omo ou “Mate Oumo ” :
"prince de l'île de Nouka Hiva", ce jeune
bitante de Hiva Oa dont K. von den Steinen
Pou) ; âgé de près de 70 ans lors du passage
tatouages qui s'y trouvait. Du reste, tout son
homme, frère du chef "Vavanouha" à Taiohae,
reproduit les motifs de la main droite.
de l'expédition du Bishop Muséum, il avait
corps que nous étions â même de voir, car il
fit l'admiration de J. Dumont d'Urville.
Kahutoua
Matia
habitant de Hakahetau (Ua
maître tatoueur, auteur
été tatoué à Ta'aoa (Hiva Oa) par un tuhuna
n'avait pas de pagne, était tatoué jusqu'aux
_i
des motifs portés au visage par Putouhitu
de Ua Huka, trois de Ua Pou et trois de Hiva
articulations ; les lignes de tatouage s'arron¬
Pou) dont K. von den Steinen reproduit le
(Hiva Oa) et Kiu de Hokatu (Ua Huka).
Oa, dontToainunamu.
dissaient en suivant les contours des cuisses ;
tatouage du visage.
_j
:
:
Index des noms propres marquisiens
•
P
M
—1
“Mauina” ou “Mouina” : chef des
guerriers Tei'i de Taiohae (Nuku Hiva), dessi¬
sinés par M*' T. Jaussen et publiés dans l'ou¬
meitai ou Havaiki a'o oa ; son époux Ivieinui,
vrage du père S. Delmas de 1927.
donne son
Porter entre octobre et décembre
né pour
N
1813. Il se distingua durant la guerre contre
,
Naiki : important clan disséminé sur Ua
lesTaipi.
_J
_i
Huka, Ua Pou, Nuku Hiva et Hiva Oa. Un
Montai, “Mouwateie” ou Omu-
dei : W.P.Crook (1797) nous apprend qu'il
informateur de
était le fils du chef "Tahedeiyo" du clan des
des motifs qui lui étaient propres ; les fem¬
Handy rapporta qu'il avait
étaient tatouées sur les fesses et autour
Hapa'a de l'intérieur des terres, vers Muake
mes y
(Nuku Hiva). A l'époque de D. Porter, qui le
du front si elles pouvaient le supporter.
nomme
"Mowattaeeh", il était chef du clan
—I
nom
à un tatouage.
Taetanani,
un
des fils de Kiatonui et chef principal de
Taiohae au début du XIX' siècle.
Parurn
chef du fond de la vallée de
épouse de lotete, expliqua en 1847 au R"'
_i
père Petithomme quil fallait que le corps de
Taipivai (Nuku Hiva), à l'époque du gouver¬
son mari fut sans tache pour
qu'elle lui permit
de se baigner dans son lac et de vivre sur ses
terres où ne
pouvaient accéder "que ceux
:
neur Ed. Petit,
de passage aux Marquises en
1881-82. C'est chez lui qu'il vit l'épisode de la
personne écartée d'un plat de popoi parce
qui... ont eu beaucoup d'hommes à leur ser¬
qu'elle n'avait pas la main droite tatouée.
vice et beaucoup de cochons".
_i
“Patekee” ou Patiki : chef d'une
vallée de Taiohae avec lequel J.
Naonuguheva : surnom donné à
approximatif de
Shillibeer,
lieutenant du "Briton", se lia d'amitié (ikoa), il
P
Paetini, “Piteenee” ou Ha’apa
en fit le
portrait entre le 19 août et le 2 sep¬
Hapa'a des "Nieekee" (Naiki) à la tête de 1200
"Timoteitei",
guerriefs. Il avait épousé la fille aînée de
Kiatonui, "Tahhatabbu Fettutinne" (TahiaTapu
"Souviens-toi de Nuku Hiva" qui s'ajoute au
Vahiné : il semble qu'elle soit la fille de
tembre 1814.
tatouage facial-et devait lui rappeler le
Mautai et de Tahia Tapu Hitutini, fille aînée de
—I
Hitutini). D. Tilésius fit son portrait en 1804.
meurtre de son
père Pahu Honu commis à
Kiatonui. Elle était chef de Hikoei et de
Steinen photographia à Puamau (Hiva Oa) les
Napueua : habitante de Puamau (Hiva
Akapehi, partie de Taiohae où D. Porter s'éta¬
blit. En 1813, cette "élégantejeune fille d'envi¬
tatouages du dos et du bras.
—iPantn Teikiheekna : conteur de
_i
Mehiahana :
nom de la danseuse de
Hiva Oa que E. Fauque de Jonquières dessi¬
na, en
costume de danse de l'oiseau,
lors
d'une fête à Atuona vers 1880.
_j
Moa te tahi : cet homme portait sur la
au
sens
:
Nuku Hiva.
—I
_j
Patnpe : homme dont K. von den
Oa) dont les jambes furent tatouées par
ron
18 ans, beaucoup plus pâle de teint qu'à
Taiohae, décédé en 1997, qui figure parmi les
Tookohe, de Vaitahu (Tahuata).
l'habitude... (au) port... majestueux" devint la
dernières grandes mémoires de cette vallée
“Nateaitepu”: nom difficile à déchif¬
_j
compagne
d'un de ses officiers. Plus tard,
(Nuku Hiva).
Pein Tataikna : habitante de Puamau
face interne des bras une très longue inscrip¬
frer d'une femme tatouée dont la photo est
J. Dumont d'Urville la rencontre : "C'est une
-J
tion, relevée par K. von den Steinen, qui
conservée
l'iconothèque du Bishop
femme de 30 ans environ, d'un embonpoint
(Hiva Oa) ; ses jambes furent tatouées, alors
à
contient des indications sur lui-même et sa
Muséum.
majestueux et ayant la peau assez blanche ;
qu'elle avait 25 ans, par Kaee, un frère de sa
vie : ses noms usuels et occasionnels, ceux
—iNeno : homme dont K. von den Steinen
ses
épaules et ses bras étaient couverts d'un
mère et Tookohe. Elle avait 50 ans en 1920-
de membres de sa famille, de son clan et
fit à Puamau (Hiva Oa) la photographie des
merveilleux tatouage, hiéroglyphes bizarres,
21 et céda à l'expédition du Bishop Muséum
d'autres personnes avec lesquelles il entrete¬
tatouages du dos et de lajambe.
poissons fantastiques, arabesques uniques
nait des liens particuliers... C'était aussi une
-J
invitation à résister contre les propagateurs
de la nouvelle foi et l'abandon des anciens
Neofitu
habitant de Ouia (Fatuiva)
dont K. von den Steinen reproduisit le
:
sans
type nulle part, dessinés purement en
belles
lignes bleues sur sa peau lisse. Sa
majesté fut très affable à notre égard et nous
tatouage du visage.
des ornements familiaux.
—iPekaha : filsde chef avec Tiu, pour qui
furent organisées
les séances de tatouage
auxquelles Kena se joignit. Ce n'est qu'au
cours des séances le concernant que Kena
dieux. Il appartenait au clan des Naiki et habi¬
—iNiehitu, “Niéitu”, “Néahidoo”
laissa admirer et toucher à volonté sa parure
tait Hakaui. Un frère de "Butahaie" (Puahaii)
ou
des chefs Tei'i de Taiohae,
ineffaçable". En 1839 elle recevait les mission¬
usait de la formule qui les rendait insuppor¬
nommait "Moatetahhe" selon l'ortho¬
qui assura la régence lorsque Temoana, son
naires catholiques dont le père M.G. Mathias.
tables, afin d'être tatoué à son tour.
graphe de W.P. Crook (Moatetahi) et était le
pekio de l'épouse de Tamati.
Angleterre. Une scène
Elle semble être née vers 1798 et mourir entre
_i
de ses funérailles a été décrite et représentée
55 et 60 ans. E.A. Goupil, en dessine un por¬
Pou) dans les années 1920, tatoué par le
par M. Radiguet.
trait, entre le 26 août et le 3 septembre 1838,
maître Kaioho et ami d'enfance de Samuel
se
—1
Moana Tini : Stanislas, dit Taniha, fils
du chef principal de Taiohae, Temoana, et de
Hiou :
un
neveu, se trouvait en
—i“Noomai”
:
que
nom
H. Melville
publié dans l'Atlas de J. Dumont d'Urville.
expédition,^ en
de Vaekehu. Marié à
donne au chef principal de Hanamenu (Hiva
E.Le Guillou, de la même
Tahiautooho, il eut deux filles ; Tahiatutuaki,
Oa) où eut lieu une .grande campagne de
publie une version un peu différente.
"princesse" de Hakaui, et Eri Vaekehu, "chef-
Apeku'a,
sœur
Pahatai
Pa’ahatai
des
Penapena
:
chef de Hakahau (Ua
Kekela.
_i
Piaehua
:
marquisien dont E. Fauquç
de Jonquières fit le portrait à Hiva Oa, lors du
passage du "Cuichen" entre 1880 et 1882.
tatouages. Radiguet s'y trouvait au même
—t
fesse" de Vaitahu et "reine de Tahuata". En
moment et laisse le portrait des trois chefs et
clans de Puamau (Hiva Oa) qui, à la suite des
_i
1880, c'était "un homme d'environ 40 ans, de
leurs noms : Opehue, Tohetohue, Totika.
multiples déchirements que connut lîle, resta
tatoueurs des Hapa'a (E. Berchon) ; il tatoua
à la fin du XIX' siècle le seul de cette vallée.
Tahia Oko, épouse de Temoana.
haute taille... toujours strictement vêtu à l'eu¬
O
ropéenne, ce qui n'empêch(ait) pas quil soit,
comme ses
sujets, complètement tatoué, à
des mains et du visage"
(P. Claverie). Pierre Loti esquissa rapidement
l'exception
les tatouages de son torse. Il serait né vers
1841 et mourut en 1893.
Mouipu ; tatoueur de Hanaiapa (Hiva
Oa) photographié en 1897-98 par K. von den
_i
Steinen, en tenue traditionnelle de tapa.
_i
“Mounatini” :
nom
donné au man¬
nequin féminin présenté lors de l'Exposition
Universelle de 1900, à Paris. Le corps.entièrement tatoué,
présentait une composition
tout à fait libre de
motifs tant féminins que
masculins...
_i
Muhaoe : il portait au bras un tatouage
marquisien caractéristique de la période
_j
Oaterea
Ennemis des
maître tatoueur qui tatoua
:
Te Hono Hokati de Hakahetau (Ua Pou).
:
un
Naiki, ils les chassèrent lors
d'une guerre mémorable, unissant pratique¬
ment tous
les clans de la côte nord-est de
_i
Piko : un des plus grands maîtres
Poe Ei Nni : chef investi de Atuona.
Il fut le 1" à se faire tatouer
malgré les
défenses administratives, et son exemple fut
vieux maître tatoueur du
Hiva Oa. Pueu, leur dernier maître tatoueur,
suivi par d'autres. Âgé de 29 ans en 1887, il
récit de Teahi a Puaiki ; son compagnon s'ap¬
fut, par le biais de ses enfants, un des impor¬
fut révoqué pour incitation au tatouage et
pelait Tahuahi.
tants
_i
_i
Oihi Mei
:
O Kaee Pehevai
:
maître tatoueur
de Puamau (Hiva Oa) qui tatoua dans la val¬
lée les jambes de Peiu Tataikua, sa nièce, ainsi
informateurs de la Bayard Dominick
Expédition ; ses outils sont conservés au
Bernice Pauahi Bishop Muséum.
_i
Palm Honn ou “Pahonhonon” :
pour diverses raisons plus importantes.
_J
Pohn : héros légendaire né à Hekeani
(Hiva Oa), doué pour tous les sports. Il était
le 13' enfant et dernier fils de Apo Apo et de
qu'un homme de Vaipaee (Ua Huka) ; vers
1900, il tatoua le visage de Kohu, de Hiva Oa
frère du chef Honu que rencontra J. Cook à
Nana li. De cette union naquirent un premier
Tahuata, en 1774 et père de "Timoteitei". Il
enfant qui n'avait que la poitrine, un autre qui
que W. Handy rencontra à Ua Huka.
fut tué à Nuku Hiva alors qu'il était allé se pro¬
n'avait que des côtes, un qui
_i
Opehue ou Hopehue : un des trois
chefs de Hanamenu (Hiva Oa)
au
visage
curer du safran
cuit, ‘eka moa, d'où le tatoua¬
n'avait qu'un
nez, un autre le rire ou la luette... et ainsi
jus¬
qu'à la naissance d'un enfant normal, Pohu
ge imposé à son fils.
Paieua : marquisien dont le lieutenant
Makaioma. Prenant ses frères et sœurs dans
entièrement tatoué et dont M. Radiguet fit le
_]
portrait en 1842. Cf. Tohetohue, Totika.
de vaisseau E. Fauque de Jonquières, de pas¬
un
sage sur le “Cuichen" entre 1880-82, fit le
pétitions et, grâce à eux, en sortit toujours
portrait.
vainqueur.
—iOta’a : maître tatoueur de Ho'oumi
charnière où les tatouages traditionnels res¬
(Nuku Hiva) qui tatoua Tahara ; (W. Handy).
taient en vigueur mais intégraient des lettres
_j
d'imprimerie. Certains des motifs furent des¬
ou
Oupu ou Upotonohiti : déesse du
pays des morts qui veille à l'accès de Havaiki
_i
“Pakauoteii” ou Pakou Tei’i
nom
:
probable du père de Temoana ; il était
_J
panier, il participa à de nombreuses com¬
Poikeho
;
maître tatoueur de Puamau
(Hiva Oa) qui avait tatoué les jambes d'un
291
Te Patu Tiki
Tatouage aux Iles Marquises
L’Art du
•
P
T
quarantaine d'années qui
habile... Quand arriva à Taiohae l'un des plus
Petithomme rendait visite à la "reine" en deuil
habitait ftanaupe (Hiva Oa).
grands touhouka (tuhuka) du pays, Piko des
de son mari, il fut témoin de ceci : "on appor¬
Dennoana roi de "Nou Hiva" est un travail
_j
Hapa'a (Nuku Hiva) que la cheffesse Taiaoko
ta son corps (lotete)... La reine le reçut dans
admirable. Quand
dont la fille, Haua'i Nu'uhiva, fut tatouée par
(Tahia Oko)... avait fait demander expressé¬
sa
Hamatakee. Son petit-fils, Haka Pua, était lui-
ment pour
même remarquablement tatoué.
l'atelier du
_J
“Poopie” : Marquisien rencontré par
second mais elle ne dut qu'à sa grande beau¬
demandai, depuis, la raison de cette étrange
ravissante,
le Hollandais C.P. Troost à Nuku Hiva, dont le
té, à ses relations avec Taiaoko (parente et
cérémonie. Elle me répondit que c'était pour
copiés par nos statuaires." Tahia Oko fut,
portrait fut exécuté lors du passage du
amie) et à sa réputation d'esprit... de vaincre
effacer le tatouage". Cf. Oupu, ua ho'e te ki'i.
notamment tatouée en
"Maria Reigersberg" (15-26 avril 1825).
la résistance du tatoueur émérite qui... se fai¬
—i
Piko, célèbre tatoueur des Hapaa.
homme d'une
PO ’ino ’ino ou Tepoinoino : héros
Porioho
considérer, elle relève sans cérémonie sa
elle, Poutona déserta bien vite
occupée à enlever de ses doigts, la peau du
tapa et découvre toute la richesse des formes
premier pour envahir celui du
mort à
qu'elle se détachait. Je lui
de son corps. La jambe de cette femme est
mesure
Tafati : clan d'une vallée au nord de
sait prier et refusait des clients." Cet épisode
Hiva Oa entre Hanaiapa et Hanatekua. Il se
se situait vers mars-avril 1844 (E.
qui il éonfia nombre d'informations sur les
—1
distinguait des autres par un langage différent
et parce qu'il ne se tatouait pas (W.P. Crook).
motifs anciens, accompagnées de réflexions
homme de Ua Pou dont le visage, en particu¬
importantes sur le tatouage en général. Selon
lier, fut tatoué par Kahutoua, maître de
du tatouage, aux Marquises.
lui, les maîtres de Hiva Oa allaient enseigner
Hanaiapa (Hiva Oa).
_i
:
dans le groupe
vieux maître tatoueur de
Putouhitu
ou
Berchon).
“Putaihitu” :
nord, d'où l'insistance de
R
W. Handy à faire du tatouage de Hiva Oa, le
Robinson ou Collins : irlandais de
style dominant des derniers temps de cet art.
_i
Les autres îles furent moins visitées et les
Dublin qui résidait à Tahuata en 1837.
tatoueurs devaient se cacher pour pratiquer.
—I
Cf. Poikeho (dans les deux cas, les noms sont
vers
difficiles à déchiffrer).
_i
Pota
te mau
a
:
jeune héros d'un
récit recueilli, à Atuona par
H. Lavondès,
Tahia
sa
main et
son
bras seraient
mars-avril 1844, par
Piamahako : K.
von
den
Steinen. à Taiohae (Nuku Hiva) entre août
1897 et février 1898, photographia les deux
faces de sa main droite.
Tahia Tahaani
:
cette personne de
rang important, vivant au cours du XIX* siècle
(Nuku Hiva), A 80 ans, c'est la personne la
à
plus âgée, entièrement tatouée, rencontrée
ment à Atuona (Hiva Oa). où elle fut tatouée
par la Bayard Dominick Expédition. Il reçut
aux oreilles
premiers motifs vers 1860 et les autres,
plus ou moins en cachette, entre 1880 et
Hapatoni (Tahuata), se rendait fréquem¬
parTaipapau de Moea. W. Handy
précise quelle avait aussi les lèvres, les mains
et les jambes tatouées ;
K. von den Steinen
de
reproduisit les motifs de sa main gauche.
décembre 1798 sur le baleinier\"'Euphrates".
Taiohae, Otaa de Ho'oumi pour le visage, il
Edge-Partington, dans son album, présente
il s'allie à la famille de Kiatonui, en épousant
eut également recours à un tuhuna de Nuku
une vue
une de ses filles dont il ne cite
Hiva et à un autre de Ua Pou.
tanani". Ce nom est aussi à rapprocher de
1771.
aux
Marquises
en
jamais le nom.
1890. Ses tatoueurs furent Timione,
Taheinui ; maître tatoueur qui tatoua à
Installé à Taiohae, il pilote les navires, ce qui
_i
les hauteurs chercher des kuku dont les
lui donne une position clef entre Marquisiens
Hakaui (Nuku Hiva) Tahia Kahee, petite-fille
plumes orneront son pa'eku'a pour les fêtes
et
de présentation de ses tatouages.
qu'Anglais, sont très marquées et amusèrent
_i
les membres de
Poufau ; expression, notée à Puamau,
_i
_i
Tahara : né en 1841, il habitait Taiohae
ses
Robarts : marin d'origine écossaise, né
Il arrive
Taliamatakee : divinité protectrice
_i
auprès de Ha'apunui. Ses parents partent sur
pour la seconde partie des fêtes du tatouage,
lui demande de le
on
cabane où elle le garda durant 30 jours,
'Omoa (Fatuiva) que rencontra W. Handy et à
—i
"Le tatouage de la reine Tahiaoko, femme de
étrangers. Ses préférences,
en
tant
l'expédition de 1804. Il
détestait J.B. Cabri, en tant que
Français :
celui de deux autres personnes remarqua¬
bles, évoquées pour leurs tatouages :
l'épouse de lotete : "Taetanani" et Tahia O
deTemoana.
_j
des motifs de la jambe de 'Tahia-
Tahia Kahee ou Tahia o Kahee :
Te Ani, photographiée en 1897-98 à Puamau
"princesse" de Hakaui
par K. von den Steinen qui dit d’elle, qu'elle
(Nuku Hiva) que rencontra W. Handy en
était la meilleure conteuse de légendes qu'il
fille de Marianne,
laquelle le jeune fils de chef,
"Nous venions de débarquer au sud-est de
1920-21 alors qu'elle avait 80 ans. Elle vivait
tama haka'iki, ou de notable, 'opou, recevait
Nuku Hiva. Je n'étais pas peu étonné lors¬
sur un paepae
vallée au nord-est de Hiva
qu'une personne me prit la main. Je le regar¬
dais mais je ne le connaissais pas. Son visage
l'approchait qu'avec infiniment de respect.
Son nom rappelle ses liens avec le dan des
Oa pour laquelle huit clans sont connus, dont
était tout tatoué ce qui lui cachait les traits.
Kahee dont les terres s'étendaient de cette
"Matohomo" (Mate Omo ?) qui était un des
les Naiki et les Pahatai. Au début d'avril 1880,
Lorsqu'il parla je retirais mes mains des
cascade jusqu'au fond de la vallée. Elle por¬
chefs des Taioa de Hakaui. Les membres de
Mahéono, capturé par trois guerriers Pahatai,
siennes. Je devinais qu'il était le garçon fran¬
tait un ensemble de tatouages
anciens de
l'expédition de 1804 la rencontrèrent et rele¬
y est offert aux dieux. C'est la dernière victi¬
çais. Je lui posais froidement quelques ques¬
l'île ; ses jambes furent tatouées par Tahiei-
vèrent les tatouages d'une de ses mains. Une
tions. Quand je fus à peu de distance, je vis
nui. Il semble que sa tante, Eri Vaekehu, ait
des filles de Kiatonui, née en dehors de cette
au
cours
de
un nom de dérision :
—1
Puamau
:
patiki.
me sacrifiée à Puamau
(S. Delmas, 1929). Les
tapu près de la cascade ; on ne
Pahatai restent les seuls à occuper la vallée au
ua
informé qu'il
porté sur les reins un ka'ake hope très voisin
passage de K. von den Steinen. C'est, pour
était anglais et je pris la liberté de lui parler."
du sien. Sa mère était la fille de Moana Tini.
autre blanc venir... Je fus
l'essentiel, dans cette partie de l'île que les
S
Handy et R. Linton collectent le plus d'infor¬
mations et de matériel.
—I
_]
Pueu : dernier maître
tatoueur
des
Stanislas
Moana
Tini
:
Cf.
Moana Tini.
Pahatai à Puamau (Hiva Oa). Selon son petit-
appartenaient en propre. C'est à l'épouse de
ce derniér que
le Bishop Muséum acheta son
matériel de tatoueur.
_]
Putatouaki : chef
T
_J
Ta ’ainunamu : habitant de Hakahetau
(Ua Pou) qui avait été tatoué au bras vers
1875 parTa'aoua.
et
tatoueur
de
_J
Ta ’aoua : tatoueur qui vers 1875 tatoua
:
orthographe probable
partie de son nom lui venait de son père
unioTij*portait aussi le nom de Tahia Taioa.
_i
Tahia Tapu Hitutini : orthographe
probable de "Tahhatabbu Fettutinne", fille
Temoana dont elle eut un fils, Moana Tini,
aînée de TahiaTaioa et Kiatonui. Elle serait
parfois appelée, Apeku'a (Tahia
née entre 1720-30 et était particulièrement
Apeku'a). Lorsqu'elle mourut, sa sœur Vae¬
tapu, vivant à l'écart, entourée de toutes
auprès de Temoana. Le
sortes de soins, sur un paepae tapu ; c'était la
Commandant F.X. Caillet se souvenait que la
fille préférée de sa grand-mère Puahaii qui
elle est
kehu lui succéda
fils, les tatoueurs avaient des motifs qui leur
Tahia Taioa
de "Taheya Tioa", épouse de Kiatonui ; cette
Oko : première épouse de
_i
Tahia
rencontra.
_i
reine "livrait à nos regards bien des beautés
"régnait" sur Meau et Hoata, à Taiohae. Son
seulement lui cachait les reins ;
ses épaules étaient couvertes d'épaulettes
époux aurait été Mautai et leur fille : Paetini.
car un pagne
—I
Tahiatutuaki : nom marquisien de
tatouées. Elle avait les mains si bien piquées
Marianne, fille de Stanislas Moana Tini, sœur
Hakaui (Nuku Hiva) dont l'épouse était de
Taainunamu de Hakahetau (Ua Pou).
_i
Taetanani : épouse de lotete, chef de
qu'on aurait juré des gants ; ses pieds, de
même, se distinguaient par la finesse des
de Eri Vaekehu, ha'atepei'u de Hakaui (Nuku
Fatuiva ; auprès de lui, K. von den Steinen pu
discuter de motifs adaptés à la sculpture.
Vaitahu (Tahuata). Le capitaine H.W. Bruce,
tatouages ; sur ses lèvres on avait tracé des
cinq enfants dont Stanislas, chef du district
Putona ou “Poutona”: épouse de
Hiva). Elle disparut avant son père, laissant
de passage en août-septembre 1837, reçut à
lignes courbes en bleu, suivant verticalement
de Taiohae de 1964 à 1972.
Haavao Nui Atea, son fils Eriko fut le père
bord de r"/mogène'' la famille "royale" : "La
le contour de la bouche. Quelques grandes
_i
adoptif de Vaekehu (F.W. Christian, 1910).
"Elle... se fit... illustrer presque toute la super¬
ficie de sa gracieuse personne. C'est un
tatoueur de Roua Houga (Ua Huka) qui avait
commencé les piqûres... Il n'était pas très
reine était magnifiquement et tout particuliè¬
lignes dessinaient la taille, s'élevaient au
Sabine, épouse de Moana Tini. Elle est mère
_i
rement
tatouée, même sur les lèvres. Elle
avait de beaux yeux, très noirs et étincelants
ainsi que
de très bonnes et belles dents
blanches". En 1847, le R”'*
père Amable
Tahiautooho : nom marquisien de
sein : du reste toutes les femmes de ces pays
de Tahiatutuaki et d'Eri Vaekehu.
bleu uniforme". A la même
époque, Mme de Dombasie et Edmond
Ginoux de la Coche sont reçus par la reine :
-jTahipani : célèbre pour sa haute taille,
ont ce tatouage
son
sabre d'abattis "qu'il tenait toujours soi¬
gneusement aiguisé" et ses tatouages qui le
Index des
•
noms
T
propres marquisiens
T
couvraient de la tête aux pieds ;
vers 1940 Hakamaii
Tahu
il habitait
(Ua Pou).
Tetua Ha^a O Te Hono : épouse
lui transmis de nombreux motifs et composi¬
lui que viennent la plus grande partie des
_i
tions dont il était l'auteur ainsi que des don¬
informations concernant le déroulement des
du prêtre Taua Pupa, de 'Omoa à Fatuiva,
sacrifices humains offerts aux dieux.
dont la main était tatouée et dont l'avant-bras
apprentis, du moins à Puamau (Hiva Oa) ;
nées plus générales et un aperçu de l'ancien
style Komo'e. Comme Kahi, sa contribution à
cf. Uta Pupuke.
la conservation et la à transmission de ce
Taiohae entre juillet et août 1829'pour le pas¬
den Steinen, hostile aux efforts d'évangélisa¬
savoir, par le biais de K. von den Steinen, est
teur C.S. Stewart, chapelain du “Vincennes".
tion.
irremplaçable.
Temoana, était alors un prince de 8 ans envi¬
_i
_j
ron.
_i
_j
divinité protectrice des jeunes
:
Tahuahi : "L'allumeur du feu",
Oihi
Mei, c'est
tatoueurs
un
avec
des deux vieillards
de Teahi a Puaikl à Atuona (Hiva
Oa).
Tai
Tauata^a ou '^‘‘Tawattaa^^ (trans¬
position du nom par Porter) : cf.
Tei'i Tauata^a.
_!
Te
Ipu : guerrier Tei'i. dessiné à
portait une inscription, relevée par K. von
Teupoo : femme originaire de Puamau
vingtaine d'années
(Hiva Oa) qui habitait Hane (Ua Huka) lors du
auparavant, mentionne "Teiebo" (Te Ipu ?).
passage de l'expédition du Bishop Muséum.
W.P. Crook, une
fils de Kiatonui et de la plus jeune soeur de
Elle était alors âgée de 59 ans et avait eu les
épouse.
_j Temaki : jeune frère de Miriamma, et
jambes tatouées par le tuhuna Tookohe de
_i
Ku'a'lti.
jeune tatoueur.
_i Temoana : chef principal de Taiohae,
vallées
—iTeAo : habitant de Hakahetau(Ua Pou)
du temps de
période où le chef "Noomai" (à Hanamenu,
occupées, autrefois, par autant de tribus ; les
dont le tatouage du visage fut reproduit par
48). Cinq victimes
Tei'i y étaient le ramage dominant. J. Roberts
K. von den Steinen.
sacrifiées à sa naissance en 1821. Il était un
disette, des cérémonies de tatouages offer¬
_i
e
vau
:
habitant de Hanavave
(Fatuiva) dont le tatouage
du visage fut
reproduit par K. von den Steinen.
_i
Taiohae : "capitale" administrative des
Marquises, constituée par la caldeira d'un
ancien cratère où convergent sept
y
séjourne plus de 4 mois
E. Fanning en
en
1792
;
1798 y dépose W.P. Crook ;
A.J.vonKrusenstern
en
1804 rend visite à
Teahi
_i
a
Puaiki
:
héros originaire
d'Atuona (Hiva Oa). dans le cycle de
Fai.
Son tatouage resplendissant en fera l'élu de
son
l'occupation française (1842humaines avaient été
Vaitahu (Tahuata).
‘^The lora tattoo ” : nom fantaisiste
H. Melville, dans "Omo'o", à la
donné par
à la suite d'une grande
Hiva Oa) organisa,
^^Tearoroo^’ : rencontré à Nuku Hiva
des petits-fils de Kiatonui et épousa successi¬
tes aux personnes sans ressources.
par Fanning et W.P. Crook, il les frappa par
vement deux sœurs : Tahia Oko (avec qui il
—iTiha’ehitu : habitant de Ua Huka,'
cf.
eut un fils, Stanislas Moana Tini) et. à la mort
tatoué au bras par un tuhuna de Vaipaee (Ua
_j
l'abondance
de
tatouages
ses
Kiatonui. D. Porter en fait, en 1813, une base
"Toohoorebooa".
contre les baleiniers anglais et y fortifie une
_i
station nommée Madisonville. Les navires en
désigner le chef de Ua Pou, Heato.
escales ne cesseront de s’y relayer car c'est
_i
;
Teato : orthographe parfois usitée pour
Tefio : cousine et épouse de Kena.
de celle-ci, Vaekehu. Le 2 juin 1842, la France
Huka) ; (W. Handy).
prenait possession du groupe nord de l'archi¬
_i
pel, en présence de Temoana et de quelques
communs.
autres
chefs. "C'était un homme de taille
_i
Tiki
tVi
ou
cf. glossaire des noms
:
Timao : personne qui fut tatouée au
Polynésie
française. En 1842, la France s'y installe,
mais Tahiti retiendra plus totalement son
Ayant perdu son amour par trop d'absences,
moyenne pour ces pays, il était bien consti¬
d'incartades et un goût trop prononcé pour
tué, sa tête à l'expression ouverte et franche
à Ua Huka ; (W. Handy).
le surf, il la reconquit grâce au tatouage ; cf.
garnie d’une chevelure frisée... Il n'était
_J
attention.
nom de motif vai '0 Tefio.
tatoué que sur
une
_i
des meilleures baies de
Taipapau : ma'ître tatoueur de Moea
(HivaOa) qui tatoua TahiaTahaani et Hiaotiu.
Taipihuu : jeune
—1
Tehono Hokati
:
le nom exact de
cette personne de Hakahetau à Ua Pou, âgée
les reins" (F.X. Caillet, en
1843). Il fut baptisé, du prénom de Charles,
en
compagnie de Vaekehu et de 62 parents
visage par un tatoueur de Puamau (Hiva Oa)
Timione : maître tatoueur qui tatoua
Tahara de Taiohae (NKH).
_i
^^Timoteitei”
(cf.
Timaotete
ou
H. Le Cléac’h), dit John
homme tatoué,
bastingage dans la baie de
Hanaiapa (Hiva Oa). Son portrait fut dessiné
par E. Fauque de Jonquières sur le “Guichen",
plus de 70 ans lors du passage de la
et alliés, le 29juin1853. Les tapu furent tous
Butterworth
Bayard Dominick Expédition, n'est pas tout à
fait sûr. Arrière-grand-mère de Heeatu, elle
abolis à cette occasion. Il décéda de pleuré¬
de Vaitahu, â Tahuata, naquit vers 1783. Il
lorsque son père prépara les
E. Berchon pensait que le tatouage n’était pas
tomba dans
de passage entre 1880 et 1882.
fêtes de son tatouage. Elle fut tatouée par le
du goût de tous, d'après ce que Temoana lui
alors qu'il était allé y chercher du 'eka moa.
Oaterea et fut la seule représentante de l'an¬
avait dit.
Mais G.Cuzent rapporte que
En souvenir de sa mort violente et de l'esprit
dont les tatouages du dos sont reproduits par
cien style de Ua Pou que W. Handy rencon¬
Temoana avait pour cela des raisons incon¬
de vengeance qui devait l'animer, il reçu sur
K. von den Steinen.
tra.
_i
accoudé à un
_j
Takao : habitant de Puamau (Hiva Oa)
de
avait 12
ans
Elle lui fournit de nombreuses informa¬
sie
en
septembre 1863, avant Vaekehu.
nues des autres
Marquisiens : "Le roi de lîle...
:
ce neveu
était le fils de Pahu Honu
un
du chef Honu
qui. vers 1784,
guet-apens, à Nuku Hiva,
le visage, ainsi que d'autres membres de sa
Tamati : un des frères cadets de
tions sur le tatouage des filles, en particulier
Temoana.
mer,
famille dont sa sœur, la marque de ceux qui
Kiatonui ; son épouse s'appelait Kamohei. Il
la préparation de l'encre, du tapa et de l'abri,
immensité... fut appelé ainsi en mémoire du
avaient tué son père. Son portrait fut dessi¬
était le préféré de sa mère et possédait plus
fa'epo'a, où vivait la famille de la jeune fille, le
temps qu'elle subisse ses premiers
voyage qu'il fit en Angleterre, en 1837, à la
né, peu avant sa mort, à Londres, en 1800,
suite d'une rébellion dont il
rendit cou¬
alors qu'il devait avoir environ 16 ans. Son
tatouages.
Tei’i Tauata^a ou ^^Taivattaa"’ :
pable envers les trois chefs... Niehitu, Vava i
histoire fut publiée par les missionnaires de
nui et Pakoko ses parents. Il fut contraint de
la London
prêtre très influent de Ha'avao à Taiohae
appartenait le R''‘^ W.P. Crook qui l'avait
(Nuku Hiva) et chef dans les faits depuis que
réfugier surjjn navire anglais le "Royal
Sovereign" qui le conduisit à Londres
garçon de Vaipaee (?), Ua
les habitants de Ha'avao avaient déchu le
{Central School of the Bible Society).
Huka), tatoué au visage, avait environ 17 ans
leur. D. Porter nous en laisse un portrait des¬
Comme il était alors très je^une, on
siné entre fin-octobre et mi-décembre 1813.
_i
de bien que son aîné. Il avait le visage orné
d'un mata toetoe et était chef d'un groupe
reconnaissable à ce motif.
_]
Taniha ou Stanislas : cf. Moana
Tini.
—I
Taniha
: ce
lorsqu'il reçu sesTatouages aux jambes, à Ua
Pou. Il avait 64 ans au passage de l'expédition
du Bishop Muséum, en 1920-21.
—I
Tapata : habitant de Hakaui (Nuku
_i
nom
qui signifie grande
se
se
utilisa
Missionary Society, à laquelle
emmené en Angleterre.en 1799, sur le "John
Butterworth".
^Tinitehitu : elle résidait à Taipivai
Temoana, pendant la traversée, en lui faisant
(Nuku Hiva) lors du passage de l'expédition
Pua : maître tatoueur de
laver la vaisselle. Lorsque cet illustre marmi¬
du
-Anaho (Nuku Hiva), auteur du modèle en
ton revint à Nuka Hiva. son oncle Niéhitu, qui
tatouée par Tohuku Teiehitu qui avait fait son
bois de bras tatoué reproduit par K. von den
alors gouvernait la tribu de Tels, lui remit ses
apprentissage à Tahuata.
pourrait être également l'auteur
comptes de tutelle ainsi que le pouvoir.
-J
Temoana, le
Ua Pou, proche du littoral où se rencontraient
"d'un ancien tatoueur de Anaho" (en 1902).
"sauvage tatoué" qu'on avait
montré à Londres pour deux pences, ayant
Haka'ohoka, et dont la tradition rapporte que
_i
Teiki
o
Hiva) dont K. von den Steinen reproduit le
Steinen. Il
tatouage du visage.
_i Tauakaohu : habitant de Hanavave
des dessins collectés par
A.Seale auprès
Bishop Muséum ; elle avait une main
Tipeke ^ou mio : tohua de Hoho'i, à
les Tavaka de Hoho'i et les Ka'avahope'oa de
(Fatuiva) dont K. von den Steinen reproduit
^
Teikipa^anui ; célèbre tuhuka o'o/co
conservé aux yeux de son peuple son carac¬
le tatouage de la jambe.
(maître de cérémonie) de Taipivai qui fit part
tère indélébile de "Nui Akariki" (grand chef),
l'accès était interdit à ceux qui n'étaient pas
retrouva, avec le trône, tout son prestige.
tatoués.
_i
Tauakika : maître tatoueur de ’Omoa
au
père Pierre de nombreux souvenirs des
^^Tetouha Tetini..,^’ : il "portaitsur
(Fatuiva) auteur de planches modèles à l'in¬
temps anciens. Sa fonction en faisait le gar¬
_i
tention de K. von den Steinen ; il lui donna
dien de la mémoire de son clan, mais aussi le
chacune de
autant d’informations que son éducation res¬
principal ordonnateur des cérémonies où laïc
assez
pectueuse de la tradition le lui permettait. Il
et sacré étaient intimement mêlés. C'est de
ron..." (E. Berchon).
ses
fesses des bonshommes
singuliers d'une hauteur de 30 cm envi¬
-J
Tiu
:
son
père, un chef d’Atuona (Hiva
Oa), avait organisé des séances de tatouage
pour lui et son frère Pekaha, auxquelles Kena
s'était joint par ruse. Tiu personnifie la force
^93
Te Patu Tiki
Tatouage aux Iles Marquises
L’Art du
•
T
w
impétueuse du vent du nord et une pro¬
_jTu*itonga : chef sacré de Tonga qui
juin 1853, elle mourut à 78 ans. en juin 1901.
ce de son
messe d'abondance liée à la
présentait la particularité de ne jamais être
Vaekehu serait née en 1823 et aurait donc eut
communs et se lance dans une
tatoué car son sang ne pouvait être versé tant
27 ans lors du passage de G.Cuzent. Elle en
mer pour
Toainunamu
_i
tatoua le visage
:
pluie.
maître tatoueur qui^
de Koaruu de Ta'aoa (Hiva
son mana était
grand.
Tumamani
aurait eut 25
expédition en
pouvoir retrouver son père au pays
des morts.
Vava : chef de Taiohae ; Temoana "rail¬
jeune marquisien pho¬
main droite, s'il le fit en 1848, et 49 environ au
_i
Tohetohue : le plus âgé des trois chefs
tographié dans l'atelier de F. Homes,
moment du passage de P. Loti. Ce dernier fit
lait... un autre vieux chef, Vava, chargé de
de Hanamenu, à Hiva Oa. qui en 1842 fut
contemporain de K. von den Steinen et de
son
portrait et releva d'autres tatouages dont
tatouages multiples et qui n'osait plus en (rai¬
dessiné par M. Radiguet. Cf. Opehue, Pi'ina,
F.W. Christian. Son
Totika.
étaient tatoués ; il est dit qu'il était de Puamau
G. Cuzent, pharmacien de Marine de passage
(Hiva Oa).
aux
Oa).
_j
_!
Tohuku Teiehitu : tatoueur formé à
_i
:
visage et ses jambes
ceux de Moana Tini du 19 au 24
janvier 1872.
Marquises en novembre 1850, raconte :
son de
l'interdit) encourager ses gens à l'imi¬
ter." (E. Berchon). Il est possible qu'il s'agisse
de Vava i nui.
Tahuata et tatoua la main de Tinitehitu de
__i
Tuteanuanua : tantôt considéré com¬
"Vaekeu... paraissait avoir une trentaine d'an¬
_i
Taipivai (Nuku Hiva).
me
maître tatoueur, tantôt comme maître
nées. C'était une femme très bien faite, aux
Niehitu et Pakoko, contre
formes harmonieuses,
intelligente, sachant
"rebellé" Temoana, dans sa jeunesse, ce qui
l'avait contraint à accepter la proposition des
Tohutai : marquisien qui fut tatoué au
_i
légende raconte qu'il avait été
d'école. La
Vava i nui :
un
des trois chefs, avec
lesquels s'était
visage en présence de M. Radiguet dans les
séduit par Kopuhoroto'e, une vehineha'e qui
lire, coudre... Elle venait récemment d'être
années 1840.
avait pris les traits de son épouse, Maiotera.
convertie au catholicisme, ainsi que son mari
missionnaires de
_j
et ses enfants, par M®' R.l. Dordillon... Vaekeu
Society de se rendre en Angleterre.
—J
Tona ania : surnom de tatouage, pati-
_i
Tutia : homme dont K. von den Steinen
ki, donné à Kena lors des fêtes de présenta¬
photographia les tatouages du visage et du
avait les mains merveilleusement tatouées,
tion des jeunes tatoués : koina tuhi ti'i. Il est
torse.
ainsi que presque toutes
parfois traduit par "qui a beaucoup pleuré
_J
comme un nourrisson".
65 ans qui habitait Atuona (Hiva Oa) lors du
“Too/ioorc6ooa”ou“7earoroo” ;
—1
personnage
important, qui semble avoir
Tuuakeena : femme âgée d'environ
passage de l'expédition du Bishop Muséum
en 1921 ;
elle était tatouée aux jambes et aux
assumé, au moins provisoirement, la respon¬
oreilles, notamment.
sabilité de chef principal à Taiohae. Le capi¬
_]
taine E. Fanning le rencontre le 29 mai 1798 à
tatoué par un
"Paypayachee" (sic. Taiohae), "Nuggoheeva"
tatouages des mains étaient comparables à
(Nuku Hiva) : "le régent... était un homme
ceux de
Tuumea : habitant de Ua Pou qui fut
tatoueur de l'île et dont les
Kiihapani, également de Ua Pou.
quelque peu au-dessus de la moyenne,...
les parties de sa
royale personne. Aussi se montrait-elle jadis
avec
orgueil... Mais, depuis sa conversion,
l'évêque lui avait sévèrement interdit ce genre
d'exhibition. En sa qualité de médecin de la
reine, notre collègue nous mena chez Vaekeu
de laquelle il sollicita, en notre faveur, la vue
de ses tatouages les plus secrets. Après avoir
un instant
hésité, la reine demanda à son doc¬
teur s'il répondait de notre discrétion :
"Lui,
pas dire à Dordillon" murmura-t-elle à voix
U
droit et élégant, d'une force exceptionnelle...
294
lorsque Ch.Noury dessina sa
père. Il partage avec Ata des points
basse, tout en
nous
regardant craintive...
“Vavanouha” : chef, à Taiohae, frère
la "Zélée" et dont J. Dumont d'Ürville fit une
description enthousiaste. Ce nom est peutêtre
une
version déformée de Vava i nui,
"Vava le grand".
_i
“Véahitou” : chef de la vallée d'Hi-
koei, à Taiohae, il avait adopté deux soldats
d'infanterie de marine : W. Leblanc et son ami
Jullien (1842-48). C'était "un homme taillé
en Hercule.
Son tatouage était d'une beauté
remarquable. Comme guerrier, il était
redouté de toutes les tribus de ITIe, même
toujours prêt à faire tout son possible pour
Uhi a Mataora : nom du peigne, en
"Sois sans inquiétudes", répondit notre inter¬
des fameux Taipi.
visiteurs, même à ses propres dépens.
os
d'albatros, de Mataora. héros du tatouage
locuteur. Dénouant aussitôt son pareu et lais¬
nous
L'amitié la plus sincère
unissait à lui ; de son côté, il nous en
Son visage et ses oreilles étaient défigurées
en Nouvelle-Zélande.
la
_j
Uitete : habitant de Ouia (Fatuiva) dont
témoignait une non moins grande, enfin il
de tatouages, ce qui était la marque de ses
recouvrait ; "Tiens, nous dit-elle alors avec
était pour nous d'une prévoyance exception¬
mérites... Il devait en avoir plus que le plupart
le tatouage du visage fut reproduit par K. von
orgueil, le corps entièrement nu, regarde !"...
nelle." (W. Leblanc).
des indigènes que nous rencontrâmes... et
den Steinen.
E. Berchon, également médecin, fit escale en
-J
cela avait pour effet de rendre sa peau aussi
_j
Uma
Teiefitu Grégoire, Noël :
mai-juin 1853 et se souvient que : "Vaikehou,
Toua Titi Hau Putona : femme de
foncée qu'un africain..."
conteur
remarquable, parmi les grandes
femme du chef de Taiô Haé, nous montra...
Hanavave (Fatuiva) qui portait au bras gau¬
tatouage serpentin que la pudeur ne per¬
che une longue inscription mentionnant sa
_j
Tookohe : maître de Vaitahu (Tahuata)
la gaule de mousseline qui
Missionary
de Mate Omo qui, en 1838, monta à bord de
_i
ses
la London
sant tomber
mémoires encore en vie de Tahuata.
un
qui tatoua les jambes de trois femmes de
_J
Vraria : femme qui résidait à Hane (Ua
met pas de décrire d'une manière minutieu¬
Puamau (Hiva Oa) Napueua, Peiu Tataikua et
Huka) lors du passage de l'expédition du
se". Stevenson vanta, lui aussi, la beauté de
Teupoo.
^^Toomova^^ : chef secondaire et aussi
Bishop Muséum. Ses jambes avaient été
ses
_i
tatouées à Puamau (Hiva Oa) par Hootio.
droite.
chef des guerriers de la vallée où J. Coulter
—1
situe ses aventures ; il était son ikoa. Son nom
pourrait correspondre à To'o Mou'a ou. pour
Uta Pupuke : divinité protectrice du
filiation, relevée par K. von den Steinen.
W
tatouages, en particulier ceux de la jambe
_i
Waitangi : traité signé en février 1840
par les chefs maoris de Nouvelle-Zélande et
principal assistant du maître tatoueur, du
vahana signifie homme, époux, il s'agit d'une
moins à Puamau. Hiva Oa.
femme, dont K. von den Steinen releva et
capitaine W. Hobson, représentant la
Grande-Bretagne. Il tendait à mettre un
terme à l'implantation de colons français
Totika : le plus jeune des trois chefs de
_i
Vahana
photographia le tatouage des mains et des
jambes. Elle vivait alors à Hakahau (Ua Pou).
V
Vaekehu : nom porté notamment par
Hanamenu (Hiva Oa). dont M. Radiguet fit le
_i
portrait en 1842. Cf. "Noomai", Opehue,
deux "reines" ; l'une étant la petite-fille de
Tohetohue.
l'autre. La
Touahoka : habitant
Tapu Vahi 'Ata I Te
Upoko : bien que le mot
K. von den Steinen, àTumoa.
_i
Vehine
plus connue était l'épouse de
_i
Vaikau Haka’iki
:
maître tatoueur
de Hanavave (Fatuiva) qui fournit à K. von
den Steinen
un
certain nombre d'informa¬
le
dans la baie d'Akaroa, où relâchaient les rares
baleiniers s'aventurant dans ces eaux. Il éta¬
blissait
la souveraineté
Nouvelle-Zélande
anglaise
sur
la
qui était annexée. En
Pou
Temoana, chef principal de Taiohae ; la secon¬
tions et de motifs dont celui qui porte son
contre-partie, le gouvernement britannique
tatoué au visage par un tuhuna de Ua Pou ;
de fut nommée, en 1880, chef de Vaitahu
nom
devait faire partie de son fond
s'engageait à assurer le droit de propriété
(W. Handy).
(Tahuata). La première était la fille de Paetini
personnel.
des maoris sur leurs terres, ce que ne respec¬
_j
Vaitahu : baie de Tahuata appelée
tèrent jamais les colons britanniques. Les tri¬
_J
de
Ua
_i
Touiha
au
visage par un tuhuna de Ta'aoa (Hiva Oa);
:
habitant de Ua Pou tatoué
(W. Handy).
et Temaunui.
D'un
premier mariage avec
et qui
Touahapa'a elle eut une fille, Titahuupoko, qui
aussi "Madré de Dios" car P.F. de Quiros et
bus maories se trouvèrent alors entraînées
mourut enfant. A la mort de sa sœur Tahia
A.deMendaha y
mouillèrent, de même
dans une guerre qui dura 10 années. Ce trai¬
W.P. Cook, d'où le nom de "Resolu-
té enfin, rompait l'accord tacite de non-inter¬
Tuhipua loteve, Teve ou
Joseph : danseur marquisien qui fait sa
Oko, elle épousa en seconde noce Temoana
que
et adopta Moana Tini.
Elle "fit ikoa", afin de
tion's Bay". Elle dut sa renommée à la quali¬
vention
"européenne" dans le Pacifique et
carrière à Tahiti ; ce fut le tout premier à avoir
les rendre tapu et donc de les protéger, des
té de son mouillage, et ses chefs en tirèrent
amena
la France à s'installer, aux Marquises
le corps
personnes tels M®' R.l. Dordillon et G. Winter,
parti.
en
—J
entièrement tatoué en s'inspirant
des premières gravures sur l'archipel. Ce tra¬
un soldat
vail fut exécuté par un tatoueur samoan.
intéressants.
vosgien qui laissa des souvenirs très
Baptisée, avec son mari, le 29
_i
Vakauhi : héros légendaire de Ua Pou
qui, orphelin de mère, souffre de l'indifféren-
particulier, afin d'assurer des points de
relâche â ses navires de
cette zone du Pacifique.
commerce
dans^
Te Patu Tiki
•
L’Art du
Bibliographie
♦
Tatouage aux lies Marquises
(
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TA : Tahuata
D. 1931
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M*' : monseigneur
:
UHK : Ua Huka
R”"' : révérend
NKH : Nuku Hiva
MA : master of Arts
UAP : Ua Pou
s.
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ms. :
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d. : sans date
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manuscrit
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1.Tik J.L
Te Patu Tiki
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L’Art du
P.6 et 7. Carnet de W. Handy, Bishop
Timbre : coll. privée ■ p.26, A. Dupetit-
Tau'a; aquarelle de M. Radiguet,
p.lO, Carte hollandaise:
Thouars; coll. Ch. Gleizal. J. Dumont
historique de la Marine ■
p.47. Tauakika; K. von de Steinen.
Tatoueur femme; "Young girl being
tattoed", Bishop Muséum ■ p.48,
Mouipu : K. von den Steinen. Tatoueur
des Samoa ® J. Boyer/R. Viollet ■
p.49. Planches de K. von den Steinen.
Relevés de A. Seale ; Bishop Muséum
■
p.50. Casse-tête ; Musée des
Antiquités Nationales, Saint-Germain
en Laye. Ornement d'oreille ; Musée
Muséum
■
Bibliothèque Nationale
p.11, Balei¬
d'Urville; coll. Gh. Gleizal. Page de
nier: cûll. Ch. Gleizal. Représentation
titre; coll. Ch. Gleizal. Planche de
coll. Bishop
G.H. von Langsdorff; coll. Ch. Gleizal
■
du monde par Paiore :
Muséum. Poterie Lapita : relevé de R.
■
Green. Sépulture de Hane : photogra¬
Muséum
phie Y. Sinoto ® Bishop Muséum ■
de M. Radiguet,
p.12, Ptilinopus: dessin J.L. Saquet.
de la Marine ■ p.29. Fascicule ; coll.
diagramme d'un secteur de
Ch. Gleizal. Tatouage facial ; coll. Ch.
Bloc
p.28, Groupe ; aquarelle
Service historique
Gleizal. Maheono;
Salem.
Tatouages de Jambes ; cl.
Handy. Tiki en bois ; Musée
d^Ethnographie de Lille. Manches
et
des Tuamotu; dessin de M. Orliac.
d’Histoire Naturelle et d’Ethnographie
Evulsion d'une incisive: dessin de J.
de Lille ■ p.64. Planche du Trocadéro ;
Arago, coll. Ch. Gleizal ■ p.79. Scène
de
Musée
Planche de
l'Homme.
Wellington;
Muséum
of
New
de deuil; coll. Ch. Gleizal
p.81, Mate Oumo ; dessin de E. Le
Zealand. Te Papa Tongarewa (F 4915-
■
2) ■ p.65, Paetini ; dessin original, cl.
Guillou, coll. Ch. Gleizal
F. Velard. coll. L.J. Bouge, Musée des
Motif de fond ; Carnet de W. Handy
Beaux-Arts de Chartres. Paetini ; des¬
"Tattoo design from Nuku Hiva", Bishop
Muséum. Mains de Tahia Taioa
Paetini: lithographie de L. Lebreton,
G.H. von Langsdorff; coll. Ch. Gleizal.
coll. Ch. Gleizal. Eventail ; Musée de
2.
Fruit'de
l'arbre à pain: gravure
M. Radiguet. Service historique de la
lézard ; K. von den Steinen. Eventail :
Tahiti et des Iles
p.66. Mains et
Tatowirte
hand
d'après
S. Parkinson,
Marine.
Congrégation Saint-Joseph
Musée d'Aquitaine ® Musée d'Aquitaine,
pieds de Vaekehu ; dessins originaux,
Nukahiva,
1814;
Bordeaux. Scène de troc; coll. Ch.
coll.
Gleizal
dessin de P. Loti
Image.
coll.
Ch.
Gleizal. Baie de Taiohae : coll. Ch.
Gleizal
■
p.14, Pétroglyphe ; CP5H
de Tahiti et des Iles
Cluny; coll. Ch. Gleizal ■ p.31,
de
Père P.G. Chaulet;
coll. Ch. Gleizal.
p.51, Etua-
■
p.52. Peignes à tatouer; K.
■
département d'Archéologie. Aide-
Père R.i. Dordillon; coll. Ch. Gleizal.
von
mémoire : Bishop Muséum. Habitant
Gravure missionnaire ; coll. Ch. Gleizal
tatouage; Bishop Muséum
de la baie Anna Maria ; coll. Ch.
■
p.32. Chef marquisien; coll. Ch.
de Lille, 4. Bandeau de fibres: cl.
Aquarelle; Paul Gauguin.
D.R. Noix de coco sculptée; Otago
Muséum ■ p.33, Couple de Vaitahu ;
photographie de P. Miot, Musée de
l'Homme ■ p.34, Lieu sacré; dessin
de M. Radiguet, Service historique de
la Marine ■ p.35. Manches de
peignes; dessin de Pat Cab. Tiki;
Musée de l'Homme ■ p.36.1. Homme
Oster, Musée de l'Homme, 5. Diadème
et
Gleizal ■ p.T5. "Indiens venant cher¬
aquarelle de Gh,
Antig, Rex Nan Kivell Collection.
cher des vivres":
National Library of Australia. ■ p.16.
:
coll. de l'évêché de Nuku
Hiva, 2. Coiffure de chef : Musée de
l'Homme, 3. Crâne trophée : Musée
d'Histoire Naturelle et d'Ethnographie
folioles
den
■
Lpti-Viaud. Vaekehu;
P & J
■
p.67. Modèle de
coll. Ch. Gleizal. 2. "Mouina"
Steinen.
The National Muséum of Ethnography,
Ch. Gleizal. 3.
"Poopie"; National
Choris, coll. Ch. Gleizal ■ p.85. Fond ;
Sweden ■ p.54, Te Po ; illustration de
Library of Australia. 4. "Chef de Nuku
Hiva": aquarelle de M. Radiguet. 5.
Chef marquisien; dessin de J.D.
relevé du bambou de Grenoble par
K. von den Steinen. Te Po; gravure,
coll. Ch. Gleizal
p.55,'Matériel de
tatouage ; Musée de l’Homme. Etui et
■
:
coll.
Rohr, Muséum d'Histoire Naturelle de
tiki; The National Muséum of
Bouge, Musée des Beaux-Arts de
Dixson Library, by courtesy of Library
coll. Ch. Gleizal. Fruit de noni ; dessin
7.
J.L. Saquet. coll. Ch. Gleizal. Pandanus:
dessin de J.L. Saquet ■ p.87. Poissons ;
Bouge. Musée des Beaux-Arts de
8.
Taïpihuu; dessin de E. Fauque de
Jonquières, cl. F. Velard, coll. L.J.
p.56. Noix de bancoul,
Bouge, Musée des Beaux-Arts de
from
3. Manche d'éventail; K.
den Steinen, 4. Tiki; Musée de
den Steinen, 6.7.8. Motifs; W.
Handy, R. Greiner, 9. Pétroglyphe;
relevé de P. Ottino., 10. Ivi po'o ; K.
von
Ornement d'oreille : cl. Bo Gabrielsson,
l'Homme, 12. Ecaille; K.
The National Muséum of Ethnography,
Steinen, 13. Ivi po'o ; relevé de P. Ottino
Sweden, 10. Poinçon
■
coll. Ch. Gleizal. Baie de
Vaitahu ; gravure, coll.
den Steinen, 11. Tiki ; Musée de
von
den
p.37, Carte du ciel ; infographie L.
Denarie. Arbre à
pain ; dessin de
Saquet ■ p.38. Fond : relevé du
Pat Cab.
Ch. Gleizal
■
p.18, Carte: coll. Ch. Gleizal ■
p.19. J. Cook ; National Portrait Callery.
Bambou du Musée
A de Mendana; coll. Ch. Gleizal
Muséum. Tableau d'etua ; K. von den
■
de
F.
Marant-Boissauveur,
original drawing in the
-
Dent de requin ; ci. F. Velard, coll. L.J.
Chartres
■
phie,
Récipient; photographie M. Sexton,
Fond ; Carnet de W. Handy,
Habitant de Nuka-Hiva; lithographie
Peabody Muséum of Salem. Jeune
Muséum.
coloriée de G. Engelmann, Rex
■
homme de Vaitahu; "Handsome lad
Africains et Océaniens. Kea kea; des¬
sin de
p.58. Effigie en tapa;
drawing in the Dixon Library, by cour¬
Effigie en tapa;
tesy of Library Council of New South
Bishop Muséum. Pierre à poissons:
Musée de l'Homme ■ p.89. Plat; cl.
M. Delaplanche, Musée de l'Homme.
Lieu sacré; dessin de M. Radiguet,
Service historique de la Marine ■
p.90. Femme ; photographie, coll. pri¬
vée ■ p.91. Pilon; Musée d'Histoire
de Berne. Partage de la nourriture ;
Bishop Muséum ■ p.92. Tête ; K. von
Zealand, Te Papa
Wales
■
p.70. Tambour; Musée de
Tahiti et des Iles.
Préparation du
kava : dessin de M. Radiguet, Service
historique de la Marine ■ p.71, Plat à
tatouant,
Muséum. J.B. Cabri ; coll. Ch. Gleizal.
Langsdorff; coll. Ch. Gleizal ■ p.41,
Pétroglyphes ; relevés de S. Millerstrôm.
CPSH département d'Archéologie.
Fa'e tupapau ; aquarelle de Ch. Antig,
Muséum
Kivell Collection, National
Muséum
Gleizal. L'Astrolabe et la Zélée : litho¬
Library of Australia ■ p.42, Tohua;
Grenoble
graphie, coll. Ch. Gleizal. .G.H. von
dessin de M. Radiguet, Service histo¬
Cannes,
Langsdorff; coll. Ch. Gleizal ■ p.23,
rique de la Marine.
Musée de la Castre, Cannes. Planche
au
Lettre : coll. Ch. Gleizal. Ch. Stewart;
dessin de D. Tilésius. Mouina; coll.
de l'Album de Ch.
p.75. Motif circulaire: K.
coll. Ch. Gleizal. D. Porter; coll. Ch.
Ch. Gleizal
Gleizal. Navire de
Planche de W. Hodges :
coll. Ch.
coll. Ch. Gleizal. Madisonville ; coll.
Ch. Gleizal
■
p.22, Carte; coll. Ch.
Rex Nan
■
■
p.43, Motifs;
p.44. Femme de Nuku
Muséum. Bambou de La
Rochefort sur Mer ■ p.72. Bananier:
den Steinen. Nutu kaha; motif de
Anaho, carnet de A. Seale, Bishop
Bordeaux. Bambous de Grenoble (3) ;
tatouage ; Bishop Muséum. Gestes de
Muséum. Guerrier;
tatouage ; K. von den Steinen. Séance
■
d'Histoire
Naturelle
de
■
p.61. Bambou de
photographie O. Houeix;
Noury; Musée
d'Aquitaine ©Musée d'Aquitaine,
Bordeaux.
Bambou
l’Homme.
Bambous
dessin de M. Berthier, coll. Gallimard
Tahiatanani ; photographie reproduite
Musée
D.R. Planches ; Bibliothèque Nationale.
"with the kind
Bordeaux ;
Harponnage, lithographie ; coll. Ch.
Trustées of the National Muséums
Gleizal ■ p.25. Scène de chasse ; coll.
and Galleries of North Ireland" Ulster
particulière. Collier de dents de
Muséum ■ p.45, Ornement d'oreille,;
cachalot : Musée de Tahiti et des Iles.
K. von
Planches: Bibliothèque Nationale.
"Views sketched while
Pétroglyphe ; relevé de S. Millerstrôm,
CP5H département d'Archéologie.
Leander and Dauntless", 1820-1822,
Steinen. Bras
National Library of Australia ■ p.46.
M.
serving in
coll. Ch. Gleizal.
Conque marine ; Musée municipal de
coll. Ch. Gleizal
1815, Bishop Muséum. Jambe de
Plate-forme;
La
kava; Musée de l'Homme. Kava;
dessin J.L. Saquet,
Rochelle ■ p.60. Bambou de Bordeaux ;
Hiva; D. Porter, gravure de Kneass,
den Steinen.
Rochelle;
Anaho, carnet de A. Seale,
Musée d'Aquitaine ® Musée d'Aquitaine,
coll.
permission of the
Bishop
Naturelle.
d’Histoire
Ch. Gleizal ■ p.24. Harpon et barque ;
commerce ;
Bishop
Bambou; Musée des Arts
of Resolution bay", from the original
Christine Takata,
cl.
Council of New South Wales ■ p.88,
Nan
Musée de l'Homme,
(2):
Dixson Library, by courtesy of Library
Library of
Kivell Collection, National
Australia
coll.
Fronde : The Trustrees of the British
von
original drawing in the
the
p.57.
■
photogra¬
Ch. Gleizal ■ p.69.
9. Tumamani;
Steinen
G.H.
(2) ; dessins de F. Marant-Boissauveur,
bancoulier ; cl. P. Ottino. Demi-coques ;
Tongarewa (F 4915-6). Femme ; dessin
de M. Radiguet, Service historique
de la Marine ■ p.59. Effigie en tapa
de
coll. Ch. Gleizal. Marquisiens émigrés
Musée d’Histoire de Berne
d'Aquitaine ■
p.39. Carnets de A. Seale (2) ; Bishop
gravure
pandanus; dessin J.L. Saquet,
Chartres.
Muséum of New
■
Planches de W. Handy ■ p.86. Fruit
de
coque ; K. von den Steinen. Fruit du
bambou' de Grenoble par
p.40. Noukahiviens se
H. Stolpe.
Marquisien;
p.20, W.P. Crook; coll. Ch. Gleizal.
Gleizal ■ p.21, A.J. von Krusenstern ;
Cherbourg.
Pétroglyphe : relevé de S. Millerstrôm,
CPSH département d'Archéologie.
from the
Musées Royaux d'Art et d'Histoire, 9.
gravure,
cochon; Musée
d'Histoire Naturelle de
Dard de raie; cl. F. Velard, coll. L.J.
von
p.17, Honu ;
L.
Colmar. 6. Emigré marquisien à Tahiti;
de Lille. 7. Planche de D. Porter : des¬
■
Pat Cab. Tête de
dessin de
dessin
l'Homme, 5. Ornement d'oreille; K.
Tahiti et des Iles
Hawaiien;
peignes: cl. F. Velard, coll. L.J. Bouge,
d'Histoire Naturelle et d'Ethnographie
Musée de
photographie de K. von den
Musée des Beaux-Arts de Chartres.
von
;
bois: Muséum of New Zealand. Te
Peigne emmanché ; cl. Bo Gabrielsson,
Bordeaux, 6. Etrier d'échasse. Musée
8. Casse-tête ;
National
Library of
p.83. Main tatouée en
Papa Tongarewa ■ p.84, Tahia 0 te
Council of New South Wales.
Muséum,
Kivell
Tani ;
Jeune
Bishop
aus
Nan
à droite et de bas en haut : 1. Guerrier ;
Raiatea; Musée de Tahiti et des lies.
sin et gravure de W. Strickland, 1815,
Konigin
Rex
Otago Muséum.
;
Chartres. Os et nacre provenant de
Musée
der
Kahi ; K. von den Steinen. Transposition ;
Ethnography, Sweden, 2. Planche;
cocotier;
■
coll. Gh. Gleizal. 3.
dessin de Pat Cab ■ p.68. De gauche
W. Handy,
de
Collection,
Australia
1.
de
■
d'Aquitaine ® Musée d'Aquitaine,
en
D. Tilésius;
:
p.53.
Steinen.
Etui de bambou
Gleizal.
Matériel
p.82.
■
sin de E. Le Guillou, coll. Ch. Gleizal.
Rhyncogonus: dessin de J.L. Saquet
■
p.13, Baliste: coll. Ch. Gleizal.
Spot
Hiva:
p.80.
■
Jambes et mains ; K. von den Steinen
aquarelle de M.
Radiguet, Service historique de la
Marine ■ p.30. Femmes ; dessin de
Nuku
30E
Service
p.27, Planche de D. Porter; Bishop
■
E.SC
Crédits iconographiques
♦
Tatouage aux Iles Marquises
de
au
Samoa;
Bishop
p.74. Scène de tatouage
Samoa ® J. Boyer/R. Viollet
von
■
Gleizal
p.94. Fond; pétroglyphe,
■
relevé de P. Ottino. Tête sculptée ; cl.
M. Delaplanche, Musée de l'Homme.
den
Etrier d'échasse ; Musée d'Histoire et
d'Ethnographie de Lille ■ p.95. Mata
de
(2),
d'Histoire de Berne.
Tatouage du
Seale, Bishop Muséum. Planche de
Bambou
de
visage en Nouvelle-Zélande; peinture
de G. Lindauer, D.R ■ p.77, Mata
W. Handy ■ p.96. Bain ; dessin de M.
vaha; dessin de Tamo, carnet de A.
Marine. Heikai ; photographie, Bishop
Seale, Bishop Muséum. Ha'anoa;
Muséum
dessin
de M. Radiguet,
d’Aquitaine ®
d'Aquitaine, Bordeaux ■
p.62. Jambes (2) ; cl. Christine Takata,
Bishop Muséum ■ p.63. Photographie
de jambes ; H. Stolpe, K. von den
Steinen. Planche n® 63 ; K. von
Sexton,
■
coll. Ch. Gleizal
p.93. Victimes humaines; coll. Ch.
Paris
Musée
Musée
en
tatouage
Muséum
p.73, Scène de
Visages; A.J.von Krusenstern,
coll. Ch. Gleizal ■ p.76. Tapa ; Musée
de
l’Homme.
Musée
de
■
den
bois; photographie
Peabody Muséum of
Steinen.
de
F. Marant-Boissauveur,
una;
motif de Anaho, carnet de A.
Radiguet, Service historique de la
■
p.97, Guerrier; aquarelle
Service historique
p.98. Couronne de
dents de dauphin ; Musée de Tahiti et
from the original drawing of Dixson
de la Marine
Library, by courtesy of Library Council
of New South Wales ■ p.78, Manche
des Iles. Couronne de dents de dau¬
d'Hawaii; Musée d'Histoire Naturelle
phin ;
■
Musées
Royaux
d’Art et
N
d'Histoire, Bruxelles. Titi ouoho : cl.
Delaplanche,
M.
l'Homme.
Musée
Diadème
de
d'écaille;
Peabody Muséum of Natural
History, Yale university, New Haven
■
p.99, Danseur; cl. F. Velard. coll.
L.J. Bouge, Musée des Beaux-Arts
de Chartres. Princesse Mounatini ;
Bishop Muséum. Danseur enduit de
'eka; coll. Ch. Gleizal
Patookee;
National
Ferguson collection,
Library of Australia.
den Steinen
Danseur ; K. von
p.lOI,
p.100.
■
Grand tambour;
■
L.J
de Colmar; cl. Cl. Boehrer, Musée
Jambe de bois; Musée de l’Hôpital
Muséum. Modèle par Kahi. mis en
de Colmar ■
maritime de Brest ■
volume par
p.llô, Ipu; détail de
p.138, Crâne;
l'effigie en tapa. Musée de l'Homme
■
p.117. Poinçon d'écaille; Musée
de l'Homme. Procession; photogra¬
phie Grelet, coll. Ch. Gleizal ■
p.118, Mapiau : dessin de E. Fauque
de Jonquières. cl. F. Velard, coll.
L.J. Bouge, Musée des Beaux-Arts
cl. J.M. Hedouin, Musée de Colmar
de Chartres. Jeune homme : dessin
"Breadfruit draining basket". Bishop
de E.A. Goupil,
Muséum. Scène
L.J.
cl. F. Velard. coll.
Bouge, Musée des Beaux-Arts
de Chartres
■
p.119, Ekeouoho;
dessin de E, Fauque de Jonquières,
Pat Cab. Photo-gra¬
phies (2); K. von den Steinen
■
Ruth Greiner, 1923 : "Polynesian
décorative designs".
Les relevés de motifs
sur
bambou
p.139, Mautai ; gravure rehaussée
p.168, Carte; dessin de Pat Cab.
sont dus à Karl von den
Steinen,
de couleur, Rex Nan Kivell Collection,
Photographies (4); E.S.C. Handy.
Pierre Ottino, Henri Begouen.
Bishop Muséum ■ p.169, Photo¬
graphies; K. von den Steinen ■
p.170, Carte; dessin de Pat Cab ■
p.171, Cartes: dessins de Pat Cab.
Gravure d’après W. Hodges; coll.
Ch. Gleizal ■ p.172, Hokao haamau ;
Bibliothèque illustrée des Voyages,
Cab.
■
Library of Australia ■
p.140. Peinture: G. Ainsworth, Rex
National
Collection.
Kivell
Nan
National
Library of Australia ■ p.141. Fosse;
funéraire: litho¬
graphie, coll. Ch. Gleizal ■ p.142.
Étrier d’échasse ; cl. A. Lavondès.
■
Pat
REMERCIEMENTS
Nos remerciements vont à Christian
Kervella, passionné de gravure sur
bambou, de Ua Pou.
coll. Ch. Gleizal ■ p.173. Maison J.
À travers les carnets de Alvin Seale,
conservés
Musée
d'Aquitaine ® Musée
d'Aquitaine, Bordeaux. Tiki ; Musée
Hart; The National Muséum of
cl. F. Velard, coll. L.J. Bouge, Musée
des Beaux-Arts de Chartres. Femme ;
Taiohae, le tatoueur de Anaho et
naturels"; dessin de L. Lebreton,
de l'Homme ■ p.143. Dessin d’étrier
Atlas de Krusenstern,
d'échasse;
Ethnography, Sweden ■ p.174,
Marquisiens ; lithographies, coll. Ch.
Gleizal
coll. Ch. Gleizal
tous les tatoueurs marquisiens dont
Gleizal ■ p.120. Main de Vaekehu;
Planche: Musée de l’Homme
dessin de Ch. Noury. Femme ; des¬
p.145. Timoteitei : British Library.
coll. Ch. Gleizal
sin de M. Radiguet.
Hameçon ; Hôpital militaire de Brest
tatouée: cl. F. Brouillet
Musée
d'Histoire Naturelle et d'Eth-nogra-
phie de Lille. Détail de "Cases de
■
p.l02, Plumes
de phaéton ; cl. D. Ponsard, Musée
de l'Homme. Danseuse: dessin de
de Jonquières, cl. F.
Velard. coll. L.J. Bouge. Musée des
E. Fauque
Beaux-Arts de Chartres
■
p.103.
P. Gauguin. ' D.R.
Pétroglyphe : relevé de S. Millerstrbm,
CPSH département d'Archéologie
■
p.104, Fond; Carnet de W.
Handy, Bishop Muséum. Eotafa,
Hiva Oa: E.S.C. Handy, Bishop
Aquarelle:
coll. Ch.
Service histo¬
rique de la Marine ■ p.121. Femme
■
p.175, "Le dernier canni¬
■
bale" ; photographie de L. Gauthier,
■
le nom n'a pas été retenu.
p.176. Epaule
p.177.
Nos recherches documentaires et
Carnet: cl. F. Brouillet. Matériel de
iconographiques ont été considéra¬
et enfant ; aquarelle de M. Radiguet,
■
p.147. Chefs de Hanamenu ; aqua¬
tatouage; cl. F. Charleux ■ p.178.
blement facilitées par
Service historique de
relle de M. Radiguet. Service histo¬
la Marine ■
p.122. Personnage du clan des
rique de la Marine ■ p.148, lotete
Teei, 1813; coll.
(2);
Ch. Gleizal
■
p.123. Mate Omo ; gravure, coll. Ch.
Gleizal. Mate Omo; dessin original
de E.A. Goupil,
cl. F. Velard, coll.
Bouge. Musée des Beaux-Arts
de Chartres ■ p.124. Marquisien de
Vaitahu ; dessin de C.A. Thomson.
Anaho, carnet de A. Seale, Bishop
Dixson
p.106. Groupe; aqua¬
p.144.
p.146. Miti : gravure, coll. Ch. Gleizal
des Iles ■ p.105, Epuoto; motif de
■
■
chef de
Tamo
■
Muséum. Bol; Musée de Tahiti et
Muséum
P. Ottino.
Bishop Muséum,
au
remercions
nous
Library. by courtesy of
Library Council of New South
Fête (3) :
■
cl. P. Ottino. René Uki
Haiti ; ci. P. Ottino ■ p.179, Festival
l'aide que
apportée ;
nous ont
Wallet, Conservateur
Mme Marie
aquarelles de M. Radiguet.
Service historique de la Marine ■
p.149, Prise de possession; dessin
de M. Radiguet. Service historique
de la Marine ■ p.150, "Précis histo¬
rique..." : coll. Musée de Tahiti et des
Iles ■ p.151. J.B. Cabri; coll. Ch.
Gleizal ■ p.152. Vue de Nuku Hiva ;
de Tahuata; cl. Cl. Coirault. Étien¬
des Musées de Cannes.
Hokaupoko; cl. J.Cl. Bosmel ■
p.180, Jeune homme: cl. Cl. Coirault.
Barsante,
ne
Carte de visite;
coll. A. Detloff.
Musée de la Castre.
Gaye,
■
département
Magali
photo.
■
Mme C. de
Bibliothèque,
Muséum
Pied et main ; "Papiers froissés" de
d'Histoire Naturelle, La Rochelle. ■
Kijno, coll. Ch. Gleizal. Pic de Ua
Melle Lafont-Couturier, Conservateur
Pou : cl. Les Editions du Pacifique ■
du Musée d’Aquitaine. ■ Mr Bertrand
p.181, Rataro; cl. F. Brouillet. Toti
Radigois, Conservateur en chef.
illustration de J.A. Schillibeer, coll.
Teikiehuupoko ; cl. P. Ottino ■ p.182.
Musée
Gravure Krusenstern ; coll. Ch. Gleizal.
d’Ethnologie de Lille.
relle de M. Radiguet, Service histo¬
Wales. Crâne; coll. Ch. Gleizal
■
Ch. Gleizal ■ p.153. Morai ; Domeny
rique de la Marine ■ p.107, Enfant
p.125. Crâne ; Musée de La Rochelle.
d'Histoire
Naturelle
et
Mme G.
■
de Rienzi, coll. Ch. Gleizal ■ p.154.
loteve Tuhipua (2) ; cl. H. Cao. Tapa ;
marquisien; détail de "Scène funé¬
raire". coll. Ch. Gleizal ■ p.108,
Poopie le veuf; P. Troost, Rare Book
Portrait de marquisienne ; coll. pri¬
cl. A. Lavondès. Carte de téléphone ;
Fuchs, responsable des collections
ethnographiques. Muséum d'Histoire
Coll., National Library of Australia ■
vée
OPT. Pochette de tatouages; Tahiti
Naturelle de Colmar.
de Rochefort.
p.126, Funérailles de Niehitu ; aqua¬
Superincision; coll. Ch. Gleizal.
relle de M. Radiguet, Service histo¬
Po'e vae; Musée
Jeune
dessin
garçon,
de
M.
Radiguet, Service historique de la
■
p.109, Ka’ioi; d'après'
G.H. von Langsdorff, coll. Ch. Gleizal
■ p.110, Groupe de femmes à bord
rique de la Marine
■
p.127.
Lithographie; L. Lebreton, coll. Ch.
■
p.155, Détail; dessin de M.
Radiguet, Service historique de la
Marine ■ p.156. Modèle de tatoua¬
ge: K. von den Steinen ■ p.157.
Modèle de tatouage par Kahi ; K.
Tatou
■
p.183, J.Dordillon; cl. F.
Brouillet. Dos tatoué ; cl. E. Deschamps
Sachdeva,
p.184. Tatoueur: cl. A. Lavondès.
Muséum.
■
■
Betty Lou
Kam, Stuart W.H. Ching, Neena
Archives
Bishop
du
Muguette Dumont.
■
Tatoueur; cl. Cl. Coirault. Jambes : ci.
Musée de l'Homme. ■ lan D. Morris,
von
den Steinen. Mise en volume
Cl. Coirault.
Tatouage recouvert;
Senior Reference Librarian, National
par
Pat Cab
cl. F. Brouillet ■
p.185. Homme; cl.
Library of Australia. ■ WendyMorrow,
Pictorial Reference Librarian. National
de M. Radiguet, Service historique
cl. A.
Lavondès ■ p.186. Planches; K.
von den Steinen ■ p.187,
Sculpture
de la Marine ■ p.160. Maori ; des¬
;
carnet de A. Seale. Bishop Muséum
sin de F. Marant-Boissauveur, from
Tahuata (10); cl. A. Lavondès
■
the
Kakekake ;
p.129. Rocher de Hatiheu ; relevé
de S. Millerstrôm, CPSH département
motif de Anaho, carnet de A. Seale,
d'Archéologie. Ornement d'oreille ;
Council
Bishop Muséum. Pierre, Taipivai;
Musée de Tahiti et des Iles. Bambou
Hawaiien ;
Broeck, Musée de
de Brive ; relevé de H. Begouen, D.R
Marine
Gleizal. Femmes, enfant et guerrier ;
séduction; lithographie, coll. Ch.
de l'Astrolabe; dessin
de E. Le
aquarelle de M. Radiguet, Service
historique de la Marine ■ p.128,
Fond : Carnet de W. Handy. Bishop
Guillou, coll. Ch. Gleizal
■
Planche;
de
L'Astrolabe ; dessin de L. Lebreton,
l'Homme. Dessin du chef Tamo;
coll. Ch. Gleizal ■ p.112, Fond ; bas-
relief, relevé de P. Ottino. Bas-relief;
Musée
cl.
de
l'Homme.
Van den
p.111,
Gleizal
■
■
p.158. Scène de
p.159. Entrevue ; dessin
F. Brouillet.
Desqua-mation ;
Library of Australia. ■ SannaTôreman,
Damien Haturau ; cl. J.C. Bosmel ■
photographie collections,
Ethnografiska. ■
Kevin Leamon, Copyright Clearance
Officer, Mitchell Library, State
Library of New South Wales. ■ Mrs
Wales.
p.190, Tiki ; cl. P. Ottino. Marin ; cl. F.
Janet
aquarelle de J. Weber.
Brouillet. Ro'onui ; cl. Ci. Coirault. ■
Collection.
p. 264, Pétroglyphe, cl. P.Ottino. ■
Zealand, Te Papa Tongarewa.
p.130, Te'ii Tau'ata'a; K. von den
Bishop Muséum. Jeune homme;
"Hair eut to represent a scottish
p.276 et 277, photograhies E.S.C.
Suzanne
Muséum.
Musée
cl. M. Foleo ■ p.188. Jeunes de
■
original drawing in the Dixson
p.189. Sculpteur; cl. P. Ottino.
Library, by courtesy of Library
of New
South
Curator
Folkens Muséum
Davidson, Curator Pacific
Muséum
of
New
■
l'Homme ■ p.113, Teapoua; aqua¬
■
relle de M. Radiguet, Service histo¬
Steinen.
Anonyme; cl. F. Velard,
cap", J. Addison. Dixson Library, by
Handy. Bishop Muséum. ■ p.284 et
Knight, Image Library
Superviser, Muséum of New
rique de la Marine. Paepae ; Journal
coll. L.J. Bouge. Musée des Beaux-
courtesy of Library Council of New
285, Bambou du Musée de Colmar,
Zealand, Te Papa Tongarewa. ■ Cl.
du Virago, Mitchell Library ■ p.114,
Arts de Chartres
South Wales
relevé de K. von den Steinen.
Stéfani, Attaché de Conservation,
■
p.131. Gravure
■
p.161, Océaniens ;
marquisien; Domeny de
colorée ; Atlas de Krusenstern. coll.
Rienzi, coll. Ch. Gleizal. Taquet
Ch. Gleizal ■ p.132. Jeune chef de
lithographie, coll. Ch. Gleizal ■
p.162, Portrait: photographie de L.
d'amarrage ; Musée d'Ethnographie
Taiohae : dessin de P. Loti ■ p.133.
Gauthier, coll. Ch. Gleizal ■ p.163,
Les motifs de
de Genève. Chef de la côte sud;
Homme, Atlas de Krusenstern ; coll.
Ch. Gleizal
Pétroglyphe: relevé de J.P. Luce.
ipu; coll. Ch. Gleizal ■ p.164.
dans l'ensemble de
dessin de E.A. Goupil, cl. F. Velard,
coll. L.J. Bouge, Musée des Beaux-
Kaee
Guerrier
■
p.134, Sculpture de
Taupotini, cl. P. Ottino
■
Te
Motif de Anaho;
carnet
de A.
p.115. Photo¬
p.135. Détail, guerrier; dessin de
Seale. Bishop Muséum ■ p.165.
graphies de W. Handy. Jambe de
Tahia Tahaani. photographie repro¬
duite "with the kind permission of
M. Radiguet. Service historique de
carnet de A. Seale,
générale; infographie Isa
Artur ■ p.166. Carte; dessin de Pat
Cab m p.167, Planche de motifs ; D.
of
Arts de Chartres
■
la Marine ■ p.136. Kautuka; dessin
de Anaho,
Carte
the
National
Bishop Muséum. Scène de vie;
Tilésius, coll. Ch. Gleizal. Habitant
Muséums and Galleries
of North
aquarelle de M. Radiguet, Service
historique de la Marine ■ p.137.
de
the
Trustées
Ireland", Ulster Muséum. Bambou
Hakahui;
coll.
Ch. Gleizal.
Photographie : E.S.C. Handy, Bishop
îïH-rHïïIti'H ÎtIH
tatouage figurant
l'ouvrage et.
plus particulièrement, dans la secon¬
de partie (de la page 194 à 283) ont
été extraits pour l'essentiel de :
■
Karivon den Steinen. 1925-1928;
"Die Marquisaner und ihre Kunst";
Willowdean
Craighill Handy,
1922 : "Tatooing in the Marquesas" ;
■
Willowdean Craighill Handy.
1938: "L'Art des îles Marquises":
■
Musée des Beaux-Arts de Chartres.
Mrs Winifred
Glover, Curator of
Ethnography. Ulster Muséum. ■
Mrs Pat Mac Lean, Rights and
Reproductions Officer. Ulster
Dr Marion Melk-Koch.
Muséum.
■
Curator
Oceania,
Vôlkerkunde
zu
fü^r
Didier
Muséum
Leipzig.
■
Deroeux, Conservateur du Musée
des
chef
de Dunkerque. ■
Fayard, Conservateur en
Beaux-Arts
Armand
du
Muséum
Naturelle de Grenoble.
d'Histoire
V
I \
COORDINATION
À SINGAPOUR
PHOTOGRAVURE +•>
IMPRESSION
EDITIONS DIDIER MILLET
COLOURSCAN CO
PTE LTD
•»-> TIEN WAH PRESS PTE LTD
Singapour
j
Décembre
1 ^ÿ 8
Abb. 15L TUHUN A-ORIGIN
A
NFo lo Wa s s e r d e s M O n d e s
(Stirrî, Nabe
Auge (1 Augenseite). 2. Leere Kas
knôchel, Frau Ellboge
Nr.
Schlafaugen (Stirn-Nasenmitte). 2, Schmutzm
Jir). 4. M i e s m U s c h e 1 n (um Hais)» 5. Wachslicht (Ba
vfaâmana Pandanuszweige.
Nr. 1
,
.
K lare s
n
oben nach
unten.
\.ugen). 3o Sparren (Arm
ai
Gesichts). 3. Dioscoreabl
Schenkel),
chliefiend), 3. Flieeenreih
Le Tatouage aux Iles Marquises, Te Palu Tiki, est
preiiiier d’iuie collection d’ouvrages consacrée à
art
du tatouage
'
A
dans les îles du triangle jiolyné-
Pâques à Hawaii en passant par la
de l’île de
N
A
Nouvelle-Zélande. Un éclairage particulier y est bien
entendu réservé
aux
cinq archipels de la Polynésie
rançaise
La
première livraison de cette série de référen-
Te Patu Tiki,
qui s’attache à décrire la pratique
de cet art aux îles Marquises, est due au remarquable
travail
•JC*
effectué
bï'
par
l’ethnologue
Marie-Noëlle
Ottino-Garanger. Ce travail, présenté d’abord sous
la forme d’une
fait
thèse, a été adapté ijour Péditioii et
l’objet de l’ouvrage que nous vous présentons
isr ■'■'Ci-"''
ÿ'’a'uiourd’liui. Œuviye savante, elle s’appuie
sur le
ravaiïwde.,terrain de l’archéologue Pierre Ottino-
Garanger
MARIE-NOELLE OTTINO-GARANGER,
docteur
en
préhistoire, ethnologue et anthropologue, est
membre associé du laboratoire 27ü du CNRS,
rassembler et à rèudre
de la société marquisienne dans ce
qu 'elle a su réaliser, adapter, créer : le tatouage eu étant une
des manifestations les plus étonnantes.
Dans ses travaux, elle s’est attachée à
accessible les aspects
PIERRE
OTTINO-GARANGER,
docteur en archéologie préhistorique et chercheur à l’OttSTtmt,
Depuis quinze ans il consacre ses recherches à étudier, dans
les sociétés du Pacifique, la façon dont l’homme a organisé son
espace et a su y développer des cultures riches et originales.
Wmm
^wwsvw'fns!®^
•â»5SSJiSS^V*^^
ÿS)Hlÿ*iWm|§;i
Fait partie de Le tatouage aux Iles Marquises = Te Patu Tiki