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                  <text>Bulletin

I
©

Société

lA

des

ETUDES OCEANIENNES
72

TOME VII

(N° 1)

DÉCEMBRE 1944
Anthropologie
Histoire

—

des

—

Ethnologie

Institutions

—

Philologie,

et Antiquités

populations maories.

Littérature et Folklore.

Astronomie

—

Océanographie

—

Sciences naturelles

fWT

IMPRIMERIE

A

DU

GOUVERNEMENT

PAPEETE

iciété des

Études

(TAHITI)

Océanier

�Les articles
teur

à la

publiés dans le Bulletin, exceptés ceux dont l'au¬
ses droits, peuvent être traduits et reproduits
condition expresse, que l'origine et l'auteur en seront men¬
a

réservé

tionnés.
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versée une fois pour toutes. (Article 24 du Règlement Inté¬
rieur, Bulletins N° 17 et N° 29).
me

i° Le Bulletin continuera à lui être

adressé, quand bien même

il cesserait d'être Membre résidant à Tahiti.
2°

Le Membre à vie n'a

paiement de

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plus à se préoccuper de l'envoi ou du
cotisation annuelle, c'est une dépense et un souci

de moins.
En

conséquence: Dans leur intérêt et celui de la Société,

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TOUS CEUX

qui, résidant hors Tahiti, désirent recevoir le

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TOUS LES
TOUS

jeunes Membres de la Société.

CEUXqui, quittant Tahiti s'y intéressent quand même.

Société des

Études

Océaniennes

�a»W3,8&gt;3BttStt
de

SOCIÉTÉ

la

D'ÉTUDES

OCÉANIENNES

(POLYNÉSIE ORIENTALE)

TOME VII
I\l°

7a.

-

(No 1)

DÉCEMBRE

1944.

SOMMAIRE

Pages
I .il téralure.

mirage et l'exotisme tahitiens dans la littérature
(II Jacquier).

Le

3

Ethnographie.

/Essai de reconstitution des mœurs et coutumes de
l'Ancien Tahiti (Rey-Lescure)
Le "Mahu", phénomène social de l'Ancien Tahiti

28
35

(P. I. Nordmann)
Tourisme.

La

pierre de lune à Punaauia

39

Actualité.
La

40

Dengue à Tahiti

Divers.

Dons et achats pour

le Musée et la Bibliothèque....

Société des

Études Océaniennes

42

�Le Comité de la Société des Etudes Océaniennes

le

regret de porter à
très dévoué Président M. E. Ahnne
a dû cesser temporairement toute activité
pour de graves raisons de santé.
Le Comité, interprète des sentiments de tous les Sociétaires,
exprime
des vœux pour le prompt rétablissement de son vénérable Président.
la connaissance des Sociétaires que son

Société des

Études

Océaniennes

a

�&gt;A

&lt;$" &lt;$&gt; ($? Çp &lt;?P &lt;?P &lt;?p m 'SrW'J?®^
.ffiS»&lt;s^5(è^3^a&lt;^a)oS56§B^5.
l,!^1 ^20^, ATURla

Le mirage et

l'exotisme tahitiens dans la littérature
i
II

istoriquc.

Tu connais cette

maladie fiévreuse qui s'em¬

de nous dans les froides misères, cette
nostalgie du pays qu'on ignore, cette an¬
goisse de la curiosité.
pare

Baudelaire.

à la réalité de pays merveilleux où une hu¬
privilégiée jouit d'un bonheur paisible et enviable, est
vieille comme le monde lui même. La recherche d'un para¬
dis terrestre a longtemps hanté l'imagination et depuis la
Terre Promise de Moïse jusqu'au jardin des Hespérides l'An¬
tiquité a vécu dans cette idée.
Les descriptions d'îles enchantées dans l'Uliade et dans
l'Odyssée, les évocations d'un Age d'or dans les poésies pas¬
torales des Grecs, les pays fabuleux des contes persans tra¬
duisent simplement une des plus vieilles aspirations de
La croyance

manité

l'homme

: un

besoin d'évasion de son milieu.

époque où les connaissances géographiques concer¬
naient surtout la Méditérrannée orientale et où les colonnes
A

une

marquaient les bornes du monde, l'imagination
plus verdoyants dans les îles
dans les étendues pierreuses
de la Judée. Mais la croyance au merveilleux est un des cons¬
tituants les plus tenaces de l'âme; si parfois on le refoule,
on ne le détruit jamais, et les temps modernes ne semblent
pas s'en être affranchis.
Cette recherche nostalgique de paradis procédait avant
tout d'une idée sensuelle, du désir de se libérer de maux in¬
dépendants de la volonté humaine, souffrances, maladies,
vieillesse et le pire de tous, la mort. Ceci acquit de réaliser
un maximum de jouissances compatibles tout au moins avec
d'Hercule

devait situer les paysages les
calcaires de l'archipel grec ou

Société des

Études

Océaniennes

�_

4

—

physique de l'homme, en somme de tout ce qui
tard à définir une idée parfaitement païenne. Ce¬
pendant certains maux - et non des moindres - semblaient
bien provenir d'actes conscients. Déjà, devançant Rousseau
il se trouvait des philosophes dénonçant l'influence néfaste
de la société et prônant un retour à l'état de nature comme
seul moyen d'éviter au monde la plupart de ses maux.
La philosophie platonicienne et surtout l'avènement du
a

nature

servira plus

christianisme devaient bouleverser ces

aspirations. L'idée de

originelle, la nécessité de la souffrance, l'affirmation
que le bonheur terrestre réside dans la paix intérieure por¬
tèrent un rude coup à la conception païenne du sensualisme.
Cependant on voit le Moyen-Age revenir peu à peu à cette
idée, modifiée il est vrai, par une élévation plus grande des
sentiments. Les fictions et les pays merveilleux abondent
dans le « Roman de la Rose » et Christine de Pisan construit
de toute pièce une cité idéale. Mais c'est la Renaissance qui
va exhumer le vieux rêve antique. Tout y concourt d'ailleurs,
le perfectionnement de la navigation a permis les grands
voyages et l'invention de l'imprimerie diffusant la connais¬

faute

de pays nouveaux a stimulé l'esprit de recherche.
découverte de l'Amérique semble donner au monde une nou¬

La

sance

velle dimension,

jusqu'à ce jour les nouvelles

acquisitions

géographiques rentraient dans le cadre des suppositions,
mais pour l'Amérique son existence même n'était pas soup¬
çonnée.
On nage presque au sein du merveilleux lorsqu'on lit
relations de voyages des premiers navigateurs, et pour

les
ne

les assimiler aux contes de fées il faut se représenter
d'esprit du moment. Certaines lois scientifiques qui
nous semblent non seulement élémentaires mais évidentes
ne venaient pas freiner une imagination toujours en éveil.
pas

l'état

Les voyageurs

partaient l'esprit plein de légendes et surtout

persuadés que ces pays n'offraient rien de commun avec ce¬
lui qu'ils quittaient. Il faut aussi ajouter la part de mystifi¬
cation qui se retrouve si souvent dans les relations de voyage
et dont notre époque est loin d'être exempte.
Ainsi donc un champ immense s'ouvrait aux chercheurs
de paradis. A plusieurs reprises durant le XVIe et le XVIIe siè¬
cle on crut bien y avoir découvert le nouvel Eden. Hélas, il

Société des

Études

Océaniennes

�fallait bien déchanter; les braves Iroquois et les bons Indiens
semblaient bien porter en eux le germe de tous nos vices,

qui pis est, ils ne tardaient pas au contact des civilisés à les
corruption. La nature n'était souvent rien moins
qu'hostile, de nouvelles et terribles maladies se chargeaient
surpasser en

aussi de calmer l'enthousiasme des arrivants. Décidément il
fallait chercher ailleurs.

Mais de même

qu'un dormeur s'éprend peu à peu conscience des murs de la chambre
où il est enfermé, de même les chercheurs sentaient le monde
se rapetisser étrangement devant eux. Il restait
cependant
un grand champ
d'investigations, cet immense Océan Paci¬
fique traversé péniblement par Magellan, puis par Francis
Drake. C'est à ce moment que s'affermit l'idée de l'existence
d'un continent austral, certains y voyaient d'ailleurs la né¬
cessité d'un équilibre terrestre. Quant aux philosophes et aux
littérateurs qui ne s'embarassaient pas de pareilles considé¬
rations ils voyaient s'ouvrir devant eux un espace pour leur
veillant

imagination.
Le fait qu'on
gênante
à satiété

ne

possédait

aucune

réalité,

aucune

précision

terres mystérieuses, permettait d'épiloguer

sur ces

les

mœurs des peuples habitant ces pays ima¬
ginaires. Toutes les théories, toutes les utopies philosophi¬
ques ou politiques pouvaient aisément prendre place dans
un cadre où rien ne venait les contredire et c'est ainsi
que le
mirage océanien apparaît avant même la découverte de l'Osur

céanie.
Dès la fin du XVI0 et

au

début du XVIIe siècle quelques

navigateurs tentent d'explorer le Pacifique Austral. Un Fran¬
çais, Paulmier de Gonneville prétend bien dès 1504 avoir
parcouru le Grand Océan, visité plusieurs pays dont il ra¬
mène même en France un habitant mais Bougainville avoue
en le citant « qu'on ignore où sont situées les terres
auxquel¬
les il

a

abordé.

»

C'est Mendana

qui, le 21 juillet 1595 en découvrant le grou¬
des îles Marquises, établit sur la carte le premier chaînon
de la Polynésie orientale. Quelques années plus tard, en 1605,
le Portugais Fernandez de Queiros qui a-vait déjà accompagné
Mendana, entreprend une exploration systématique depuis
les côtes du Pérou jusqu'à la Nouvelle-Guinée. Ces voyages
font découvrir un grand nombre d'îles, mais les relations de
pe

Société des

Études

Océaniennes

�ces

navigateurs sont si

confuses et les cartes de leurs décou¬
est souvent difficile de les
à raison, reconnaître dans

tellement imprécises qu'il
identifier. On a voulu, à tort ou
vertes

engagée à ce su¬
définitivement close.
A deux reprises, les Hollandais en 1598 puis en 1614 tra¬
versent le Pacifique d'Est en Ouest, du détroit de Magellan
aux Moluques, mais la route qu'ils suivent, consiste à longer
les côtes américaines jusqu'au Mexique dans le but non équi¬
voque d'exercer la piraterie suivant en cela l'exemple de
Francis Drake. Quant au continent austral il semble bien se
dérober à toute recherche, il s'écoulera par la suite plus d'un
siècle durant lequel on semble avoir abandonné toute idée
«

Sagittaria

»

l'île de Tahiti, une polémique

jet n'est pas encore

de découvrir

le fameux continent.

A la vérité les

chaient l'or et les

navigateurs avaient été déçus, ils recher¬
épiees, et ces pays en semblaient bien dé¬

Depuis que Balboa avait, au nom du Roi d'Espagne
pris possession de l'Océan Pacifique, les sujets de sa Majesté
catholique comptaient bien y découvrir une nouvelle Amé¬
rique.
Si, pendant ce temps la passion des découvertes s'affai¬
blit. les esprits ne chôment pas. Les mœurs étranges des
peuples nouveaux qui vivent sous des climats inconnus dans
le vieux monde, ces pays fabuleux dont on rapporte des pro¬
duits et des nourritures extraordinaires, excitent au plus
haut point la curiosité,
La vieille société européenne donne des signes de fatigue,
on s'extasie avec complaisance sur le bonheur des primitifs
lesquels ne désirent que le nécessaire. Peu à peu se fait jour
l'idée des philosophes naturistes de l'Antiquité. Elle est mal¬
gré tout, encore assez vague, on constate simplement que la
civilisation ne représente pas un idéal de bonheur.
C'est Montaigne qui présentera la théorie naturiste d'une
façon nette et sous la forme qu'elle revêtira au XVIIIe siècle.
Il a pu recueillir de la bouche même des voyageurs revenant
du Brésil, des renseignements sur les mœurs des tribus sau¬
vages. Le temps n'est plus où on déplorait naïvement de voir
les pauvres païens idolâtres, suivre uniquement leurs ins¬
tincts. Montaigne se fait l'apologiste de l'état primitif.
« Ils sont sauvages, de mesmes que nous appelons sauva-

pourvus:

Société des

Études

Océaniennes

�les fruicts que nature de soy et de son progrez ordinaire
produicts : la où, à la vérité, ce sont ceux que nous avons
altérez par nostre artifice et détournez de l'ordre commun
que nous devrions appeler plutost sauvages. En ceux la sont
vives et vigoureuses les vrayes et plus utiles et naturelles
ges,
a

vertus et

proprietez lesquelles

nous avons

abastardies

en

ceux-cy, et les avons seulement accomodées au plaisir de
nostre goust corrompu » (1).
Il oppose

qui

sera

à la République de Platon un autre étatutopique
plus tard le Tahiti des « philosophes ».

C'est

une nation,
diroy-je à Platon en laquelle il n'y a au¬
espèce de trafique, nulle cognoissance de lettres, nulle
science des nombres, nul nom de magistrat, ni de supériorité
politique, nul goust de service, de richesse ou de pauvreté,
nuls contrats, nulle successions, nuls partages, nulles occu¬
pations qu'oysives, nul respect de parenté que commun, nuls
vestements, nulle agriculture, nul métal, nul usage de vin ou
de bled. Les paroles mesmes qui signifient le mensonge, la
trahison, la dissimulation, l'avarice, l'envie, la détraclion,
le pardon, inouïes. Combien trouveroit-il la république
qu'il
a
imaginée esloignée de cette perfection.
«

cune

Hos natura modos

primum dédit

»

(2).

Plus d'un siècle après, en 1754, J. J. Rousseau publie son
« Discours sur
l'origine de l'inégalité parmi les hommes »,
où il expose son prétendu'état de nature par lequel l'homme

ayant débuté n'aurait depuis fait que dégénérer, c'est à ce
Voltaire lui écrira: « Il prend envie de marcher
à quatre pattes quand on lit votre livre ».
propos que

Malgré bon nombre d'utopies l'ouvrage fit sensation. La
critique et le public devaient d'ailleurs déformer sensible¬
ment la pensée de l'auteur. Tout en montrant les avantages
de l'état de nature, Rousseau ne préconise pourtant pas un
retour intégral à cet état, il avoue même que la vie civilisée
présente de nombreux avantages. Tout compte fait, s'il stig¬
matise la société il ne donne guère de recettes pour remédier
à ses défauts, à son œuvre comme celle de beaucoup de
ré(1) Montaigne - Essais. Des Cannibales.
(2) Idem. Telles sont les premières lois de la nature. ( Virgile, Georgiques).

Société des

Études

Océaniennes

�l'époque semble avoir comme devise : « Tout
proscriptions, rien en prescriptions ».
Si le « Discours » est remarquable par sa tenue littéraire,
par l'ingéniosité de son argumentation, il ne représente pas,
nous l'avons vu, une idée originale. D'autre part, on voit au
même moment paraître des ouvrages traitant de sujets ana¬
logues. Citons en particulier, le « Huron » de Lahoutan, le¬
quel a déjà l'idée d'ériger un sauvage en juge de notre so¬
ciété. Nous verrons plus tard un Tahitien tenir le même rôle.
On demeure stupéfait devant une véritable avalanche de dia¬
tribes philosophiques et d'études pseudo-scientifiques dans
lesquelles, s'il y a parfois du bon, il y a souvent le pire. Pour¬
tant. du point de vue de la géographie, il fautretenir le remar¬
quable ouvrage du Président de Brosse (1) paraissant en 1756
et résumant toutes les découvertes connues, faites jusqu'à
cettedate dans l'hémisphère Austral Ce travail sera un pré¬
cieux auxiliaire pour les navigateurs, maisil intéressaitcependantbeaucoup moins le public que les spéculations sans fin
des « Philosophes» sur l'état de nature. La mode du « bon sau¬
formateurs de
en

connaître aussitôt un grand succès, non seulement
France, mais en Angleterre. 11 devient malgré tout, né¬
cessaire de découvrtr quelque part dans le monde, ce fameux

vage » va
en

individu conçu dans le cerveau des philosophes. Précisément
s'ouvrait une nouvelle ère de découvertes. Une émulation

plusieurs nations, pour tâcher
mystère du continent Austral. Pour une
fois, dans l'histoire des découvertes, les navigateurs ne par¬
taient pas avec un but mercantile - immédiat tout au moins -.
Les expéditions avaient avant tout un but scientifique, mi¬
nutieusement préparées, elles devaient être confiées à des
chefs remarquables comme Cook et Bougainville.
méritoire allait naître entre
enfin d'éclaircir le

*

*

*

II

Boufjaiuville et la IVouvelle-Cytlière.
1767, Wallis, navigateur anglais, exécutant un
de circumnavigaton sur H. M. S. " Dolphin " décou-

Le 12 Juin

voyage

(1) Histoire des navigations aux Terres Australes.

Société des

Études Océaniennes

�vrait
a

Tahili, cet honneur lui a été plus ou moins contesté, on
fait valoir la possibilité, la vraisemblance même d'une ex¬

ploration de cet archipel par les Espagnols, à une époque
bien antérieure à l'arrivée des
Anglais et des Français. Au
demeurant,

pour ce

qui

nous

intéresse, cette polémique est

de peu d'importance, la célébrité naissante de Tahiti est tout
à fait étrangère, et ce sont les noms de

Bougainville et de

Gook qui lui resteront al tachés.
Wallis était un brave marin, peut-être un
peu frustre, qui
n'avait sans-doute pus lu le « Contrat social » et ne s'embarassait pas de savoir si l'état de nature était
sien. Son rapport de campagne se limita à des
et des explications purement professionnelles.
"

supérieur au
descriptions

Quelques mois après, le 6 avril 1768, Bougainville

sur

la

Boudeuse " et 1' " Etoile " mouillait devant Tahiti, et
n'ayant
pas connaissance du passage de Wallis qui, à ce moment
rentrait à

peine en Angleterre, croyant de bonne foi, décou¬
l'île, la baptisait la « Nouvelle-Cythère ». Les indigènes
devaient lui apprendre le séjour du "Dolphin", ce qui
lui
vrir

fit considérer amèrement le retard

apporté à son voyage par
portugaises de Rio-de-.laneiro (1)
L'année suivante, Gook débarquait à Tahiti une mission
scientifique, et plus tard, il devait au cours de ses voyages
dans le Pacifique, y revenir à plusieurs reprises.
Ce ne fut qu'en 1772, trois ans
après son retour en France,
que Bougainville fit paraître son « Voyage autour du monde
sur la frégate du Roi la Boudeuse et la flûte VEtoile ». Il avait
retardé la publication de sa relation et de ses découvertes
pensant que la cour de Versailles s'intéresserait à un éta¬
blissement dans les mers du Sud, mais lorsque parurent
les
relations du premier voyage de Gook, il
n'y avait plus de
raison delà différer. L'ouvrage connut aussitôt un très
grand
succès, il fut traduit en plusieurs langues et tout d'abord en
anglais par Forster. le naturaliste accompagnant Gook. Dans
son genre, le «
Voyage autour du monde» était une manière
de chef-d'œuvre, l'auteur se plaindra par la suite,
que le pules autorités

(1) Le gouvernement du Brésil faillit interner les deux vaisseaux
de la mauvaise entente existant

en ce

moment entre la France et le

Des rixes s'ensuivirent et l'aumônier de YEtoile fut même assassiné.

Société des

Études

Océaniennes

on

raison

Portugal.

�—

10

—

remarquable travail que la partie
ayant trait à Tahiti. Mais la mode
était au « bon sauvage a. Peu importait que l'expédition fut
une parfaite réussite au point de vue navigation, que Bougainville eut découvert d'autres terres plus importantes que
Tahiti, et que son livre ayant une grande portée pratique se
terminait par un plaidoyer en faveur d'une intervention colo¬
niale de la France. Tout cela ne comptait pas auprès du pu¬
blic, « c'était là parler en Huron » (1).
On a souvent prétendu et on soutient encore que Bougainville a créé un véritable mythe tahitien, nous aurons l'occa¬
sion de vérifier par la suite la valeur de cette opinion, en réa¬
lité, sa personnalité a contribué pour une grande part à la
blic n'ait retenu de son
-

assez

mince d'ailleurs

-

célébrité de Tahiti.

Exemple d'un « honnête homme », capitaine de vaisseau et
cavalerie, mathématicien et diplomate, chef d'es¬
cadre et académicien, soldat endurci dans les neiges du Ca¬
nada et excellent danseur de menuet à Versailles, Bougairiville représente une des figures les plus attachantes de la fin
du XVIIIe siècle. S'il était ami du plaisir, il n'en fut jamais
l'esclave, et s'il exigea toujours à bord des vaisseaux une
stricte discipline, peu d'officiers eurent comme lui le souci
du bien-être des équipages. Diderot le définit ayant «le goût
des amusements de la société, il aime les femmes, les spec¬
tacles, les repas délicats. Use prête au tourbillon du monde,
d'aussi bonne grâce qu'aux inconstances de l'élément sur
lequel il est baloté (sic). Il est aimable et gai, c'est un véri¬
table Français, lesté d'un bord, d'un « traité de calcul diffé¬
rentiel et intégral », et de l'autre, d'un « voyage autour du
colonel de

monde

»

(2).

Paris, en 1729, d'une famille de magistrats, il entre à
18 ans aux Mousquetaires, suif les leçons du célèbre d'Alembert et montre des dispositions remarquables pour-les ma¬
Né à

thématiques. A 22 ans, il publie un traité de calcul intégral,
il est secrétaire d'ambassade à Londres. Son intel¬
ligence, sa parfaite connaissance de la langue et son urba¬
nité le firent apprécier de plusieurs personnages appartenant
à 26 ans,

(1( Gilbert Chinard « Supplément au voyage de Bougainville ».
(52) Diderot. Supplément au voyage de Bougainville.

Société des

Études Océaniennes

Introduction.

�—

il

—

gouvernement et à la marine, surtout elles lui permirent
grandes lignes de la politique anglaise. Pré¬
cisément l'Angleterre commence à édifier un immense em¬
pire colonial, ses vues se tournent surtout vers l'Amérique
du Nord, mais la présence des Français établis depuis près
au

d'entrevoir les

d

un

siècle

en

Louisiane et

au

Canada est

un

obstacle

qu'il

lui faut tout d'abord éliminer.
La guerre éclate presque aussitôt et Bougainville aban¬
donne la diplomatie pour reprendre le métier de soldat. En
1756. il s'embarque à Brest sur la "Licorne", en qualité

d'aide de camp de Montealm et se rend au Canada où il de¬
vait se distinguer pendant la malheureuse guerre qui devait
nous

coûter cette colonie.

On

se rappelle celte lutte héroïque d'une poignée de Fran¬
çais luttant contre un ennemi dix fois plus nombreux, aban¬
donnés aussi bien du gouvernement que de l'opinion publi¬
que, au moment où Voltaire se demandait pourquoi l'on per¬
dait son temps à disputer à l'Angleterre « quelques arpents
de neige ».
Ces quatres années d'une vie extrêmement dure semée de
dangers, sous un climat rigoureux devaient constituer une
rude école d'entraînement pour le jeune officier. Pour la pre¬
mière fois, il allait pouvoir étudier de près, d'authentiques
sauvages. Beaucoup de tribus indiennes, des Iroquois en par¬
ticulier, s'étaient mises au service de la France. Les officiers
se voyaient à la tête de détachements comprenant quelques
troupes régulières et un plus grand nombre de sauvages plus
ou moins bien disciplinés. Avec son aménité coutumière il
sut se faire aimer d'eux, « j'ai beaucoup étendu votre famille,
écrit-il à Madame Hérault, et sans vanité je vous ai donné
d'assez vilains parents, des Iroquois du Saut Saint-Louis ont
naturalisé votre enfant adoptif et l'ont nommé Garoniatsigoa,
c'est-à-dire le grand ciel en courroux ».
Il s'étonne cependant du caractère extrêmement versatile
de ces primitifs. « Le caprice des sauvages est bien de tous
les caprices possibles, le plus capricieux. » Mais la férocité
des Indiens au cours de la campagne lui fera horreur. Lors
de la prise du Fort Edouard par les Français, la garnison an¬
glaise s'étant rendue avec tous les honneurs de la guerre,
les Indiens profitant de la confusion, se jetteront sur les ma-

Société des

Études

Océaniennes

�—

lades et les blessés pour
mières constatations que

12

—

les raassaerer et les scalper. Pre¬
Bougainville devait faire sur la

bonté de l'état de nature.

Cependant les efforts

espérés de France, par Montcalm. se

anglais

faisaient de plus en plus attendre. Les vaisseaux
croisaient dans l'embouchure du Saint-Laurent et leurs

ca¬
glissaient le soir jusque sous les murs de Québec.
Bougainville ne se doutait guère que dans l'un d'eux se trou¬
vait un maître d'équipage du nom de James Cook.

nots

se

expéditionnaire français semblait bien abandonné
Pourtant, Montcalm décida d'envoyer Bou¬
gainville en France, demander à la Cour une aide immédiate.
Reçu avec honneur par le Roi, décoré de l'ordre de SaintLouis, il dut se rembarquer la mort dans l'âme, sans avoir
rien obtenu de concret, « lorsque le feu est au château on ne
s'occupe pas des écuries » (1)
Il revenait au Canada pour assister au combat des plaines
d'Abraham, où Montcalm fut tué. Après la campagne déses¬
pérée de Levis, il fut le négociateur de la reddition auprès
du. général anglais Townshend qu'il avait connu autrefois à
Le corps

à son triste sort.

Londres.
Libéré sur parole qu'il ne reprendrait pas les armes contre
l'Angleterre, durant cette guerre, on le retrouve à Paris et à
Versailles, en 1761 et en 1762, où il mène une vie mondaine
assez mouvementée. Il avait alors 32 ans et une revanche à

qu'il avait endurées au

prendre sur les terribles privations
Canada. Il continue cependant, à fréquenter

les sociétés sa¬
alors, qu'il forme le projet de fonder un éta¬
blissement aux Iles Malouines, depuis appelées Falkland.
Le trésor de la Royauté passait à ce moment par une telle
crise, qu'il était inutile de demander à la Cour des subsides.
Prenant sur sa fortune personnelle, et aidé de sa famille, il
quitte Saint-Malo, le 15 décembre 1763, avec deux corvettes
l'Aigle et le Sphinx. Il n'avait obtenu qu'une faveur du Roi,
sa permutation dans la marine et son grade de colonel échan¬
gé contre celui de capitaine de vaisseau. Cela peut surpren¬
dre à notre époque de spécialisation à outrance dont le tort
est peut-être de condamner des intelligences supérieures à
vantes, et c'est

(1) Réponse du ministre

Berryer à Bougainville.

Société des

Études

Océaniennes

�—

43

—

véritable myopie, fixées sur leur seule profession. Le
mauvais, et l'ancien colonel de
cavalerie devait rapidement faire place à un grand marin.
line

choix n'était d'ailleurs pas

L'expédition emmenait plusieurs familles bretonnes, du
bétail, des instruments agricoles, bref, tout ce qui est néces¬
saire pour fonder une colonie. Le climat
tempéré de ces îles,
justifiait un établissement abattu au Canada, Bougainville
voulait prendre une revanche, mais surtout, il
pensait à une
position stratégique des Malouines, commandant l'accès à
l'Occan Pacifique. Tout semblait réussir, et il
accomplissait
un autre voyage l'année suivante. A ce
moment, l'Angleterre
réclama énergiquement l'abandon de ces îles par
la France.
L'Espagne pour ne pas être en reste, fit valoir - déjà à cette
époque - que ces terres dépendaient du continent américain.
Comme d'habitude, il était inutile de compter sur la Cour de
Versailles, peu soucieuse de rentrer en conflit. Il fallut se
résigner à tout abandonner, mais plutôt, que de céder ces
îles à l'Angleterre, la France conclut un accord avec l'Es¬
pagne, pour leur remise à l'amiable contre retour en France
des colons indemnisés. Ce fut encore
Bougainville à qui
échut la mission d'opérer la remise au nom de son
gouver¬
nement. Cependant, il avait obtenu en revanche, l'autorisa¬
tion de continuer son voyage en traversant le
grand Océan,
entre les Tropiques, pour rentrer par les Indes orientales.
Nommé en titre, Capitaine de vaisseau dans la marine
royale,
il quitte Brest, le 5 novembre 1766, avec la
frégate " la Bou¬
deuse" et la flûte "l'Etoile".
L'Etat-major comprenait 14 offi¬
ciers et aspirants, deux chirurgiens, un
écrivain, deux aumô¬
niers et un médecin naturaliste
remarquable, Commerson (1).
Après la remise des Malouines aux autorités espagnoles,
les deux navires s'engagent dans le détroit
de Magellan, le
(I) Ce dernier lut la victime d'une aventure aussi extraordinaire que co¬
mique. Le domestique qu'il avait engagé en France, pour l'aider dans ses tra¬
vaux
botaniques ou zoologiques cl dans ses excursions, lut reconnu à Tahiti,
par les indigènes, pour être en réalité du sexe féminin. Questionné par Bou¬
gainville, « il » dut avouer qu' « elle » était femme. Ce curieux hermaphrodite,
qui répondait par surcroît au nom de Baret, débarqua à l'Ile de France. Le
malheureux Commerson, malgré toutes ses dénégations
perdit auprès de l'é¬
quipage toute la considération que l'on porte à un savant austère.

Société des

Études

Océaniennes

�—

14

—

1767, plus d'un an après le départ de Brest. Le
ils découvrent les premières Pomotous que Bou¬
gainville baptise de noms charmants, « les Lanciers », « la
Harpe », « les quatre Facardins » ; le 4 avril, c'est la décou¬
verte de Tahiti, et le 6, les deux navires mouillent devant

8 décembre
21 mars,

Hitiaa.

L'enthousiasme de l'arrivée

a

été suffisamment décrit. Il

quatre mois, que les vaisseaux avaient quitté les so¬
glacées de la Terre de Feu, et plus de 6 mois, qu'une
notable partie de l'équipage, n'était descendue à terre. Le
paysage magnifique de l'île « couverte de forêts jusqu'au
sommet » (1), l'arrivée d'une multitude de pirogues, les unes
chargées de « nymphes nues, car les hommes et les vieilles
qui les accompagnaient, leur avait ôté le pagne dont ordinai¬
rement elles s'enveloppent », les autres, et cela avait aussi
son importance - chargées de « bananes, de cochons et de
fruits »
(2), tout ce spectacle avait tourné la tête à l'é¬
quipage. « Je le demande, comment retenir au travail, au
milieu d'un spectacle pareil, 400 Français, jeunes marins » (3).
L'escale dura exactement dix jours. On peut s'étonner du
peu de temps que Bougainville consacra àTahiti mais comme
il l'explique lui-même, le mauvais temps l'obligea d'écourter
son séjour. Le mouillage de Hitiaa qui, par beau temps est
acceptable, « est mauvais, surtout par vent du sud, à l'est,
la houle entre librement dans la passe de la Boudeuse » (4).
La situation des navires devint critique, lorsqu'après une sé¬
rie de grains, la Boudeuse eut le câble de son ancre principale
coupé, venant à l'appel de son ancre à jet, elle tomba sur
Y Etoile qui eut juste le temps de filer ses aussières, pour évi¬
ter l'abordage L'Etoile elle-même eut le câble de son ancre
sectionné par le corail pendant que la Boudeuse qui avait
mouillé son ancre de miséricorde, la perdait à son tour de la
même façon. Une saute de vent permit enfin aux vaisseaux,
de sortir de ce cul-de-sac, mais il n'était plus question évi¬
demment de prolonger l'escale. L'expédition avait failli se
y avait
litudes

-

(1)
(2)
(3)
(4;

Bougainville « Voyage autour du monde ».
Idem.
Idem.
Instructions nautiques Océan Pacifique, page 373.

Société des

Études

Océaniennes

�—

15

—

terminer à Tahiti, pour

le plus grand bonheur de l'équipage
s'est parfois demandé, si la section des câ¬
bles d'ancres n'était pas l'œuvre des indigènes, ou de la con¬
nivence de ces derniers et de
l'équipage. La Boudeuse emme¬
sans

doute, et

on

nait

en France, un Tahitien, nommé Aoutourou
qui, au der¬
nier moment, voulut à tout prix s'embarquer
malgré les ef¬
forts de persuasion de Bougainville. Cet

la suite, se fera appeler Poutaveri
de curiosité extraordinaire.

(1)

indigène qui*, par
objet

sera à Paris, un

Bougainville devait prélever un tiers de sa fortune pour
équiper un navire, chargé de ramener ce Tahitien dans son
pays, mais le malheureux insulaire devait en cours de route,
mourir de la variole.

Après une traversée très pénible des Nouvelles-Hébrides
Java, les deux navires rentraient en France, le 16 mars
1769, n'ayant « perdu que sept hommes en deux ans et quatre
mois », un record dans les annales de médecine navale de
l'époque.
à

Durant la guerre d'Amérique,
Bougainville prit part à de
nombreux engagements sous les ordres de Grasse. Pour la

première fois, il devait servir
pas « officier rouge », malgré
sidérait

un

en

ses

escadre, et comme il n'était
états de service, on le con¬

peu comme un parvenu. On le lui fit bien voir

après l'affaire des Saintes, où de Grasse, qui venait de rem¬
porter de brillants succès sur les côtes de Floride, eut le tort
de s'attaquer à une escadre anglaise bien
supérieure en nom¬
bre. Bougainville, dont le vaisseau était à moitié
désemparé,
fut blâmé, pour ne pas être venu au secours de son
amiral.
De retour
de

était mal

France, il

se mit aussitôt au
travail,,en vue
dans les mers artiques. Le moment
choisi, alors que les Etats-Généraux se réunissaient

préparer

en

un voyage

tâcher de rétablir
pérée.
pour

une

situatien financière quasi déses¬

Au début de la

Révolution, Bougainville était investi du
Beaucoup d'officiers no¬
prolongé des équipages
à terre, les soldes payées très
irrégulièrement avec une mon¬
naie dépréciée, tout cela entretenait un état d'anarchie
dé¬
commandement de la flotte à Brest.
bles avaient déjà émigré, le séjour

fi) Il traduisait ainsi le

nom

de Bougainville qu'il avait adopté.

Société des

Études

Océaniennes

�—r

16

—

plorable dans la flotte. Le gouvernement comptait beaucoup
sur Bougainville pour rétablir l'ordre en raison de l'autorité
et de l'affection qu'il avait toujours eues auprès des équipa¬
ges ; en janvier 1792, on lui offrit même le grade de Vice-Ami¬
ral, il refusa dignement, en écrivant au Ministre de la Marine
Bertrand de Molleville : « Le devoir et l'honneur me font une
loi de ne pas accepter un grade éminent, dont je ne pourrais
pas remplir les fonctions. La discipline militaire - cette dis¬
cipline sainte - sans laquelle ne peut agir, que dis—je "2 ne
peut exister une armée navale, surtout est anéantie ».
La Convention devait par la suite envoyer dans les ports
des représentants chargés de reconstituer les cadres de la ma¬
rine, mais, si quelques-uns furent à la hauteur de leur tâche,
beaucoup par contre, étaient dans l'ignorance complète des
choses de la mer. L'un d'eux, ancien oratorien, en mission à
Brest, avait décidé comme première mesure, de faire sim¬
plement guillotiner tout le personnel des équipages de la
flotte. Ce fut, dit Lenôtre, le plus bel acte d'accusation qui
fut sans doute envoyé au Comité de salut public.
Bougainville avait déjà démissionné, et s'était retiré avec
sa famille dans la propriété qu'il possédait en Normandie.
Pendant la Terreur, arrêté comme « ci-devant », il ne dut la
qu'au 9 thermidor. Sous le Consulat et l'Empire, comblé
Napoléon qui estimait particulièrement cet
homme intègre, il fut nommé membre de l'Académie des
Sciences, il devait mourir en 1811, âgé de 82 ans.
Esprit scientifique, marin de grande classe, caractère éner¬
gique, cherchant obstinément à intéresser le gouvernement
à une politique coloniale, le tout allié à un grand fonds de
bonté et à des manières de parfait homme du monde, c'est
ainsi, que l'on pourrait résumer ce caractère. Il faut conve¬
nir qu'il offrait peu de points communs avec la classe des
littérateurs philosophes ou des voyageurs en chambres de
l'époque. Rousseau n'a pas caché son dédain pour les rela¬
tions des navigateurs et Diderot écrivait:
C'est une belle chose que les voyages, mais il faut avoir
perdu son pere, sa mère, ses enfants, ses amis ou n'en avoir
jamais eu pour errer par état, sur la surface du globe » (1),
vie

d'honneur par

«

(I) Diderot. Salon de 17G7.

Société des

Études Océaniennes

�—

et. encore

«

17

—

qui passerait; sa vie en voyages, res¬
qui s'occuperait du matin au soir, à des¬
grenier à la cave et à remonter de la cave au
un

homme

semblerait à celui
cendre du

grenier (1).
Bougainville n'ignorait, pas cet état d'esprit et c'est ainsi
qu'il débutait dans l'introduction du « Voyage autour du mon¬
de » par line violente attaque contre les philosophes ».
Avant que de commencer, qu'il me soit permis de pré¬
venir qu'on ne doit pas en regarder la relation comme un
ouvrage d'amusement, c'est surtout pour les marins qu'elle
«

est faite

».

cite, ni contredis personne, je prétends,
ou combattre aucune hypothèse. Quand
même les différences très sensibles que j'ai remarquées dans
les diverses contrées où j ai abordé, ne m'auraient pas empê¬
ché de me livrer à cet esprit de système si commun aujour¬
d'hui, et cependant, si peu compatible avec la vraie philoso¬
phie. Je suis voyageur et marin, c'est-à-dire un menteur et un
imbécile aux yeux de cette classe d'écrivains paresseux et
superbes qui, dans l'ombre de leur cabinet, philosophent à
perte de vue, sur le monde et ses habitants, et soumettent
impérieusement la nature à leur imagination. Procédé bien
singulier, bien inconcevable de la part de gens qui, n'ayant
rien observé par eux-mêmes, n'écrivent, ne dogmatisent que
d'après les observations empruntées à ces mêmes voyageurs
auxquels ils refusent la faculté de voir et de penser. »
«

Au reste

encore

je

ne

moins établir

#

*

#

III

Tahiti, "Terre d'Utopie".

Voyage autour du monde », publié en 1772, connut
grand succès, il en fut de même, des relations de Cook,
traduites aussitôt en français, et publiées à la même époque.
Ces ouvrages ne pouvaient paraître à un meilleur moment,
un siècle plus tôt ils n'auraient intéressé que quelques sa¬
vants et un public assez restreint. Ce qui en constituait d'ail¬
leurs, le principal attrait, était bien la relation tahitienne.
Si le

«

un

(1) Diderot. Lettre à MUe Voland, 14 octobre

Société des

Études

1760.

Océaniennes

�—

18

—

Quel triomphe, la philosophie naturiste semblait remporter ;
si les navigateurs' n'avançaient que des hypothèses sur
des faits examinés rapidement, les « philosophes » con¬
cluaient impérativement et dans le sens de. leurs propres

car,

idées.

citer que le plus célèbre, prit résolument
Supplément au voyage de Bougaintestament de la philosophie naturiste du

Diderot, pour ne

position en écrivant le «
ville

»

véritable

XVIIIe siècle

(1).

raison le « Supplément» ne fut
après la mort de Diderot et, à une
époque, où Bougainville ne devait guère s'en soucier. En
effet, le sens de la relation du « Voyage autour du monde »,
y était interprêté de la façon la plus fantaisiste, déformé, et
Nous

ignorons pour quelle

publié qu'en 1796, bien

beaucoup de points.
où les explorations des navigateurs semblent
bien démontrer l'inexistence d'un continent Austral, les as¬

contredit

sur

Au moment,

pirations philosophiques vont se cristalliser tout à coup à Ta¬
douceur d'un Age d'or retrouvé, s'al¬
lie à la sagesse de la Grèce, et les plaisirs des sens à une lon¬
gévité extraordinaire des habitants. Ce sont donc, les institu¬
tions de Tahiti que la vieille Europe se devra de copier.
Le genre de vie des Océaniens représentait-il au moins une

hiti. Là seulement, la

l'ancien monde ? Cela ne semble
évident. La civilisation océanienne en était au stade de
la pierre polie, l'industrie évidemment inexistante, l'agri¬
culture rudimentaire et- la langue très mal fixée, du fait de
l'absence de l'écriture. La société rappelait par certains cô¬
tés le système féodal. Il y avait trois castes absolument dis¬

véritable nouveauté pour
pas

tinctes.
Les

sinon

«

Arii

en

».

Descendants directs des dieux,

propriétaires

fait, du moins en droit,, de tous les biens

ayant pratiquement tous

fonciers,

les droits, leurs devoirs étaient ine¬

représentaient une sorte de noblesse provenant
doute de conquérants : c'était une caste héréditaire, ja¬
lousement gardée, il va sans dire.
Les « Raatiras ». Propriétaires fonciers, mais sous la dé¬

xistants. Ils
sans

pendance directe des « Ariis » à
vances.

Certains ne

qui, ils devaient des rede¬

possédaient parfois qu'une infime portion

(1) Gilbert Chinard. Supplément au voyage

Société des

Études

de Bougainville. Introduction.

Océaniennes

�19

—

de la

—

terre, mais moyennant la rétribution au

suzerain, ils

jouissaient d'une quasi indépendance.
Les

«

Manahunes

».

Véritables serfs attachés soit

au

sol,

grand personnage. Ils n'étaient que
les locataires de leur propre corps, pour reprendre l'expres¬
sion dont se servait Catherine II, décrivant l'état des moujiks
au XVIII0 siècle. Faut-il voir dans les « Ariis », des envahis¬
soit à la domesticité d'un

ayant réduit les premiers occupants au rang de « ma¬
peut se le demander en effet. Bougainville
signale que le « peuple de Tahiti est composé de deux races
d'hommes très différents qui, cependant ont la même langue,

seurs

nahunes »? On

les mêmes mœurs

»

(1).

Manahunes», qu'étaient géné¬
prélevées les victimes pour les sacrifices humains,
et si en temps de paix, tout au moins, les exécutions étaient
relativement peu nombreuses, elles laissaient planer une at¬
mosphère de terreur sur ces malheureux, durant toute leur
vie. Maximo Rodriguez, un Espagnol, ayant séjourné à Ta¬
hiti en 1774, relate une scène sauvage dont il fut témoin, d'un
père et de son enfant, traqués et abattus, pour être offerts en
C'était dans la classe des

«

ralement

holocauste
Ceci

nous

sur

le

« marae ».

amène à

à vrai dire une caste

parler des prêtres. Us ne formaient pas
« Ariis » dont ils

différente de celle des

provenaient d'ailleurs. On peut estimer que dès l'origine le
pouvoir royal avait réalisé une entière main-mise sur le pou¬
voir spirituel. Le chef de la branche aînée en devenant roi
ceignait le « maro » (2) rouge, insigne de la puissance tempo¬
relle, et le chef de la branche cadette le « maro » blanc, insi¬
gne du sacerdoce.
« On
voyait peu de cas de mésintelligence entre le haut
clergé et le chef suprême, d'autant plus que le grand prêtre
était toujours frère ou proche parent de ce chef, et qu'ils
avaient dès lors, intérêt à s'unir pour consolider leur pouvoir
mutuel. Il n'était pas rare non plus de voir les fonctions sa¬
cerdotales et administratives réunies sur la même tête, de
manière à donner au gouvernement le caractère d'une vérid) Bougainville. « Voyage autour
(2) Sorte de ceinture de plumes,
•

en

du Monde ».
emblème du pouvoir chez les Océaniens

général.

Société des

Études Océaniennes

�—

tablé théocratie

»

celles de

20

—

(1). Seules, certaines fonctions subalternes

Hare-po » par exemple, pouvaient être
remplies par des individus provenant de la classe des « Raacomme

tiras

«

».

Le

système religieux était sensiblement plus élevé que le
degré de civilisation, tout au moins, en égard de celui que
l'ethnologie fixe généralement pour l'âge delà pierre. LesTahitiens n'adoraient pas les éléments, mais ils avaient un cu¬
rieux polythéisme rappelant un peu celui de la Grèce primi¬
tive. Les idoles n'étaient que des symboles servant de trem¬
plin au sentiment religieux.
Les prêtres étaient en communication avec les dieux qui
leur dictaient les « tabus », c'est-à-dire les interdictions jetées
sur certains objets, certaines nourritures, certaines actions
et même certains mots. Il est évident, que les « tabus -, ne
concernaient à peu près uniquement que les classes infé¬
rieures, malheur à qui l'enfreignait, c'était la certitude de
finir, exposé sur le « marae ». Par exemple, la tortue qui est
un met rare à Tahiti, représentait une nourriture
rigoureu¬
sement « tabu », sauf bien entendu pour les chefs.
Une classe spéciale assez curieuse et qui n'avait pas d'é¬
quivalente chez beaucoup d'autres peuples océaniens, était
constituée par les « Ariois ». C'était la seule qui n'était pas
héréditaire,
n'avoir

ses

membres faisaient

en

effet le serment de

progéniture. Elle était recrutée en grande
partie parmi les « Ariis ». On s'est souvent demandé quel
était son rôle dans la société tahitienne, sorte de chevalerie,
ou de chambre haute de la noblesse? Il est
vraisemblable,
qu'ils avaient un rôle politique. Us étaient surtout célèbres,
par leur vie qui se passait en fêtes et en réjouissances. Evi¬
aucune

demment, le fait de renoncer à toute descendance, permet¬
tait de garder jalousement, certains privilèges partagés entre
un

nombre limité d'individus.

La famille n'existait pas au sens

qu'on lui accorde en Eu¬
Ce qui en tenait lieu, était constitué par une sorte de
clan, qui ne représentait pas obligatoirement une consanguinuité quelconque. Les enfants étaient pour la plupart du
temps, cédés dès leur naissance à une autre famille, à un
rope.

(l) Moerenhout.

«

Voyage

aux

Société des

Iles du grand Océan

Études

».

Océaniennes

�—

21

—

autre groupe

plus exactement qui les élevait comme ses pro¬
enfants.
Lorsque les personnages étaient suffisamment importants,

pres

ils vivaient
celle des

au

milieu d'une sorte de

cour

patriciens romains et de leurs

«

rappelant
clients

un peu

».

Cette hiérarchie sociale pour
catégorique et absolue qu'elle
ne semblait pas aussi rigide de
prime abord, aux yeux
des Européens. Le manque d'architecture,

était,

-cieux, de vêtements somptueux, bref, de

de métaux préce qui permet¬

tout

tait dans l'Ancien Monde de fixer très facilement et avec
cer¬
titude le rang d'un personnage ne laissait
pas paraître toute
■cette méticuleuse classification.

Cependant Bougainville était trop observateur et trop scru¬
puleux pour ne pas l'avoir signalée aussitôt « J'ai dit plus
•haut que les habitants de Taïti nous avaient
paru vivre dans
un bonheur
digne d'envie. Nous les avions cru presque égaux
entre eux, ou du moins jouissant d'une liberté
qui n'était sou¬
mise qu'aux lois établies
pour le bonheur de tous. Je me
trompais, la distinction des rangs est fort marquée à Taïti, et
la disproportion cruelle. Les Rois et les Grands, ont droit de
vie et de mort

sur

leurs esclaves et leurs valets,

je serais mê¬
qu'ils ont aussi ce droit barbare sur les
gens du peuple qu'ils nomment «Tataeinou», hommes vils ;
toujours est-il que c'est dans cette classe infortunée qu'on
prend les victimes pour les sacrifices humains. La viande et
le poisson sont réservés à la table des
Grands, le peuple ne
vit que de légumes et de fruits »
(1) et plus loin « Les sei¬
gneurs ont des livrées pour leurs valets : suivant que la qua¬
lité des maîtres est plus ou moins
élevée, les valets portent
plus ou inoins haut la pièce d'étoffe dont ils se ceignent ».
Anders Sparman, naturaliste suédois qui
accompagnait
Cook lors de son second voyage, a laissé une relation très vi¬
vante des mœurs tahitiennes. Son récit est d'une
précision
et d'une bonhomie toute nordique (2), lui
aussi a été frappé
de l'inégalité sociale des Tahitiens. Voici
l'aspect d'une au¬
dience tenue en présence du Roi : « Les hallebardiers et les
chambellans étaient obligés de donner des
coups à droite et à
me

tenté de croire

(1) bougainville. « Voyage autour du monde ».
(2) Anders Sparman. Un compagnon suédois du Capitaine James Cook, par

Kroepelien.

Société des

Études Océaniennes

�—

gauche

avec

silence

»

de

gros

22

—

bâtons de bambou

en

criant

« mamu»

-

pour établir une certaine distance et pour
silence à une foule de cinq cents personnes qui se

imposer
pressait
partout mais supportait avec patience le traitement qu'on lui
infligeait... Un fonctionnaire à la voix de trompette se mon¬
trait surtout ardent dans le service, cassant des bâtons en ta¬
pant sur la foule, à tel point, que je craignais qu'il ne brisât
quelques crânes. Nul cependant, ne se plaignait, ce qui me
faisait penser à ces mots de Tite Live
milis servit, aut superbe dominatur ».
Notre Suédois n'est pas

vivre dans
se

un

«

Multitudo aut hu-

moins étonné de voir la noblesse

désœuvrement complet. « Les grands du pays

font par paresse,

apporter des contributions, consistant en
poissons par ceux
qui travaillent, ainsi que des quantités de porcs, - une frian¬
dise qui n'est pas souvent dans le menu du vulgaire - et ils
finissent souvent par égaler, sinon surpasser en grosseur, les
cochons engraissés du pays. Mais ils ne
peuvent probable¬
ment échapper à la punition d'être mélancoliques,
sujets à
l'ennui, moins alertes de corps et d'esprit, toutes choses qui
accompagnent la paresse comme son ombre et dont on ne
peut la séparer ».
Nous voici loin du Tahiti idéal des « philosophes », de ce¬
lui de Diderot en particulier où règne un égalitarisme inté¬
gral doublé d'une aimable anarchie, et où « l'île entière of¬
frait l'image d'une seule famille nombreuse, dont chaque ca¬
bane représentait les appartements d'une de nos grandes
fruits de l'arbre à pain, en racines et en

maisons

»

(1).

Aoutourou, le Tahitien ramené en France par Bougainville
avait, nous l'avons vu, excité la curiosité des Parisiens au
plus haut point. S'il était étrange d'être Persan, il semblait
bien plus extraordinaire d'être Tahitien. Certes, ce n'était
pas la première fois qu'on voyait un primitif à Paris, mais
celui-ci était

authentique « bon sauvage », et puis, on se
appartenait à une race spéciale d'hommes,
dont la seule occupation consistait à honorer Vénus. Présenté
au Roi, à Versailles, il fut la curiosité des salons
pendant
toute une saison. Décidément, Paris donnait bien le ton de la
un

chuchotait qu'il

(1) Diderot.

«

Supplément

au voyage

Société des

de Bougainville

Études

Océaniennes

».

�23

—

mode,

car

—

Londres n'avait pas encore son Tahitien. Le bon
son côté, à le célébrer en
quelques vers

abbé Delilie tint de

gracieux.
Des

champs de Taïti si chers à son enfance,
sans pudeur n'est
pas sans innocence,
Ce sauvage indigène, dans nos murs
transporté,
Regrettait dans son cœur sa douce liberté
Et son île riante et ses plaisirs faciles.
«

Où l'amour

Ebloui, mais lassé de l'éclat de
Souvent il s'écriait

:

«

nos

Rendez-moi

villes,

mes

forêts

»

'

Un

jour, dans le jardin où Louis à grands frais
Des quatre points du monde en un seul lieu rassemblé
Ces peuples végétaux surpris de croître ensemble,
Qui, changeant à la fois de saison et de lieu,
Viennent tous à l'envi rendre

hommage à Jussieu

L'Indien parcourait leurs tribus réunies,
Quand tout à coup parmi ces vertes colonies,
Un arbre

qu'il connut dès ses plus jeunes ans,
soudain avec des cris perçants
Il s'élance, il l'embrasse, il le baigne de larmes
Le couvre de baisers. Mille objets plein de charmes
Ces beaux champs, ce beau ciel,
qui le virent heureux
Le fleuve qu'il fendait de ses bras vigoureux
La forêt dont ses traits perçaient l'hôte sauvage,
Ces bananiers chargés et de fruits et d'ombrage
Et le toit paternel, et les bois d'alentour
Ces bois qui répondaient à ces doux chants d'amour,
Frappe

ses yeux,

Il croit les voir encore, et son âme attendrie,
Au moins pour un

instant retrouva sa patrie ».
philosophes » tenaient particulièrement à
près, l'état d'esprit et la mentalité du malheureux

Cependant, les
étudier de

tahitien. Pour

«

bonheur néanmoins, il entendait fort mal
qui lui évita de voir sa raison vaciller devant
les questions qu'on se proposait de lui poser sur l'état de na¬
ture, l'origine de l'inégalité ou le matérialisme. Aussi, Bougainville ne cache pas son impatience. « L'empressement
pour le voir a été vif. Curiosité stérile qui n'a servi presque
qu'adonner des idées fausses à des hommes persifleurs par
état qui ne sont jamais sortis de la capitale,
qui n'appro¬
le

français,

son

ce

fondissent rien

».

Société des

Études

Océaniennes

�—

Mais

u

—

puisque Aoutourou ne peut ni s'exprimer suffisam¬

ment, ni faire connaître sa pensée ; qu'à cela ne tienne, on
le fera pour lui, un
devait s'en charger

écrivain de second ordre, La Dixmerie
(1). Voici le tahitien érigé en juge sévère

de la société

européenne.
Chaque hameau, chaque village a son seigneur et sou¬
vent quels seigneurs. Presque tous des demi-souverains s'é¬
rigent en despotes. Le devoir de celui qui a plus, est de don¬
ner à celui qui a moins ; c'est au contraire celui qui a le moins
qu'on dépouille en faveur de celui qui a le plus. J'ai vu ces
hommes si simples et si utiles, ces hommes que votre or¬
gueil dédaigne et tyrannise, je les ai vus, chaque matin, de¬
vancer le retour du Grand Astre, et reprendre en chantant,
ces durs travaux si utiles pour vous, si stériles pour eux,
C'est pour vous qu'ils ouvrent le sein de la terre, qu'ils y dé¬
posent le germe qu'elle doit développer, qu'ils moissonnent
les fruits qu'elle fait éclore ».
A vrai dire, Aoutourou semble plutôt faire une peinture
des mœurs de Tahiti et les « Ariis » auraient fait dépêcher sur
le « marae » le plus proche l'auteur d'une pareille critique.
11 est évident que dans le Tahiti des « philosophes » la paix
perpétuelle est de rigueur, puisque l'ambition des grands,
n'existe pas. 11 est d'autre part inutile d'essayer de conqué¬
rir des biens, puisque « ici tout est à tous » (2) et que le mot
« vol » n' a
pas de signification.
Cependant, Bougainville disait: « La guerre se fait chez
eux d'une manière cruelle » (3). Il ne se trompait pas, les
vainqueurs détruisait les habitations et les plantations des
vaincus, les vieillards et les enfants étaient massacrés, quant
aux femmes, elles étaient destinées à l'office qui leur échoit
dans ce genre d'aventures, depuis la création du monde. Et
Sparmann relate : « Il est incontestable que ce pays est tel¬
lement fertile qu'il eut été un véritable paradis si les indi¬
gènes avaient mis autant d'ardeur à cultiver leurs terres qu'ils
«

(1) Le sauvage de Taïti au Français, avec un envoi au philosophe ami des
A Paris chez Le Jay, Libraire, rue Saint-Jacques au grand Cor¬
neille, MDCCLXX.
(2) Diderot. «Supplément au voyage de Bougainville ».
(3) « Voyage autour du monde »/ Bougainville.
sauvages.

Société des

Études

Océaniennes

�^

25

—

construire dix-sept cent vingt pirogues
Il est certain, qu'on aurait pu entretenir le double
de la population présente sans avoir recours aux autres îles.
Mais la noblesse de Tahiti, les illustres Arioi, taxent sérieu¬
sement la population pour subvenir à leur vie d'excès et de
libertinage et jouissent du terrible pouvoir do tuer les en¬
fants à leur naissance. C'est pourquoi, à cause des guerres
de conquêtes des rois, et des sacrifices humains, c.e beau
pays d'Otaheite offrait un bien triste aspect » (1).
Dans le « Supplément au voyage de Bougainville » qui est
présenté sous forme de dialogues, un sage vieillard tahitien
appartenant à la catégorie des « philosophes nuds » harangue
Bougainville « Tu nous as prêché je ne sais quelle distinc¬
en

avaient rais pour

de guerre.

tion du tien et du mien

»

!

Cette

précaution n'était pourtant pas inutile, sinon toute ex¬
pédition aurait dû se terminer à Tahiti, les navires et leur
matériel ayant été transportés pièce à pièce sur le rivage.
C'est bien là un point où tous les navigateurs sans exception
sont d'accord. « Car il n'y a point en Europe, de plus adroits fi¬
lous que les gens de ce pays » ditBougainville etil ajoute phi¬
losophiquement « et d'ailleurs il y a partout de la canaille ».
Sparmann n'est pas moins catégorique « Il n'en était que plus
regrettable de constater leur excessif penchant au vol et à la
friponnerie ». Tout disparaissait et semblait s'envoler comme
par enchantement. Certes, une certaine expérience et un
grand entraînement devaient être nécessaires aux Tahitiens
pour en être arrivé à ce degré de dextérité. C'est Bougain¬
ville, apercevant un respectable vieillard lui subtilisant sa
longue-vue pendant qu'il lui adresse un discours de bienve¬
nue, c'est le prince de Nassau, couché en galante compagnie
voyant ses draps s'envoler par le sabord, c'est Sparmann
lui-même qui, au cours d'une excursion botanique, est jeté à
terre par ses guides, dévalisé et dépouillé de ses vêtements.
Chaque navigateur relate ses mésaventures et la liste en
est interminable. Le vol représentait presque une institution,
enfants et vieillards rivalisaient d'adresse, les

nymphes nues
de leur tenue à

»

«

délicieuses

réussissaient malgré le peu de ressources

débarquer du bord les objets les plus invrai-

(1) Anders Sparmann. Un compagnon suédois du Capitaine James Cook.

Société des

Études

Océaniennes

�—

26

—

semblables et les chefs tâchaient d'exercer leur adresse

sans

trop perdre de leur dignité. Cette kleptomanie généralisée,
n'était d'ailleurs pas particulièrement à Tahiti, mais semblait
bien répandue dans toutes les îles du Grand Océan.
Lorsque Diderot fait dire à son honorable vieillard « Lors¬
qu'on t'a enlevé une des méprisables bagatelles dont ton bâ¬
timent est rempli, tu t'es récrié, tu t'es
vengé, et dans le mê¬
me ins-tant tu as
projetté (sic) au fond de ton cœur, le vol de
toute une contrée» il semble oublier
que Bougainville écri¬
vait « mais j'ai su depuis à n'en
pas douter, qu'ils ontl'usage
de pendre les voleurs à des arbres ».
Si les Tahitiens considéraient comme un
exploit de voler
l'étranger, ils n'en avaient pas moins pour cela un sens aigu
de la propriété vis-à-vis l'un de l'autre.
Diderot devait reprendre dans le

« Supplément » la théorie
primitifs. L'idée lui paraissait très sé¬
duisante d'autant plus que la discussion se situe entre un Tahitien, Orou, et l'aumonier de la " Boudeuse ". Ainsi donc
Orou lui déclare : « Je ne sais ce que c'est que la chose
que
tu appelles Religion, mais
je ne puis qu'en mal penser» Bou¬
gainville avait pourtant recueilli une opinion bien différente
auprès des Tahitiens « Nous avons fait sur sa religion beau¬
coup de questions à Aoutourou et nous avons cru compren¬
dre qu'en général ses compatriotes sont fort
supertilieux, que
les prêtres ont chez eux la plus redoutable autorité,
qu'in¬
dépendamment d'un être supérieur nommé Eri-te-Era, le roi
du Soleil ou de la Lumière, être qu'ils ne représentent
par
aucune image matérielle, ils admettent
plusieurs divinités,
les unes bienfaisantes, les autres malfaisantes,
que le nom
de ces divinités ou génies, est
Eatoua, qu'ils attachent à cha¬
que action importante de la vie, un bon et un mauvais génie,
lesquels y président et décident du succès et du malheur » (1).
Sparmann fait des constatations analogues « Le premier

du matérialisme des

.

ministre Eti, nous demanda si
lui rendions

nous

avions

un

culte. Il fut très content

dieu et si

nous

lorsque nous lui ap_
prîmes, d'une manière abrégée, que nous adorions un dieu
invisible et qu'il régnait tout puissant sur la terre et dans les
un

(1) hougainville

«

Voyage autour du inonde

Société des

Études

».

Océaniennes

�—

27

—

cieux. Il expliqua le tout à ceux de ses compatriotes qui l'en¬
touraient et ils semblèrent sur ce point d'accord avec lui».
Orou semble d'ailleurs avoir fréquenté la société de Dide
rot et de

d'Holbach, son athéisme ne le
compte, il n'y aurait ni vrai ni
vais, ni beau ni laid, au moins que
Grand Ouvrier, à tes magistrats, à tes
«

A

ce

rend guère indulgent.
faux, ni bon ni mau¬

qu'il plairait à ton
prêtres de prononcer
tel ; et d'un moment à l'autre, tu serais obligé de
changer
d'idées et de conduite. Un jour on te dirait : tue, et tu serais
obligé en conscience de tuer, un autre jour, vole, et tu serais
tenu de voler, ou ne mange pas de ce fruit, et tu n'oserais
en manger,
je te défends ce légume ou cet animal, et tu te
garderais d'y toucher » (1).
Diderot aurait été fort étonné d'apprendre que son Tahitien expose dans cette tirade un véritable abrégé de la théo¬
rie du « tabu ». Quant aux déclamations contre les « trois maî¬
tres du genre humain, le Grand Ouvrier, les magistrats et les
prêtres ». les Chaumette et les Hébert les reprendront plus
tard pour leur propre compte.
Le Tahitien Orou inspirateur du « Père Duchêne », voilà
bien une conséquence innatendue de la découverte de Tahiti.
ce

A suivre.

H.JACQUIER.
(1) Diderot

-

Supplément

au voyage

Société des

de Cougainville

Études

Océaniennes

�—

28

—

ssraisr®@i&amp;ii,s&gt;m23

Essai de reconstitution des

moeurs

Le vocabulaire tahitien

et des coutumes de l'ancien Tahiti.
réduit de plus en

plus. De plus
plus un seul mot sert à désigner plusieurs choses. Il n'en
était pas ainsi jadis, le vocabulaire était plus fourni et avait
un mot pour chaque chose ou chaque état. On ne compren¬
drait plus qu'avec difficulté aujourd'hui la langue parlée il
se

en

y a

cent ans.

Avec l'ancien vocabulaire nous avons
tituer l'ancien

Tahiti,

ses mœurs

essayé de recons¬

et ses coutumes. Cela est

incomplet, il faudrait dire le pourquoi de cer¬
toutefois nous pouvons avoir certains aper¬
temps révolus.

forcément très

taines coutumes,
çus sur ces

REY LESCURE.
*

*

*

I
I,e Marae.

Autour du marae: étaient plantés des " Aito " (arbres de
fer) au feuillage sombre et triste ; des " amae " ou " miro "
(boisde rose) parce que leurs feuilles étaient employées dans
certaines cérémonies, feuilles " ruaava " et " moa ".
Les chemins autour du marae portaient le nom de " aranoa " pour les distinguer de ceux qui menaient au marae et
qui étaient sacrés.

1/ Le marae.— Ses différentes parties avaient toutes un
en voici quelques-uns: les fondations étaient faites
avec de larges dalles retirées de l'eau (ihipapa) ; à l'intérieur
des murs étaient des décombres ou des pierres (aau) ; pour
commencer un nouveau marae il fallait emprunter une de
ses pierres à un ancien pour la continuité (haea) ; la première
pierre posée, (amara) on dressait le mur (ahu) ; l'espace en¬
tre les deux murs (avaa) ; le mur postérieur (patuhamuri) ;
le dessus du marae (hoho); le dallage (paepae) ; les angles
(ripoamarae) ; la partie principale du marae (tahua rauava) ;
nom,

Société des

Études Océaniennes

�—

une

autre

rieur
Il

partie (tuahu)

;

29

le roi

—

se

plaçait

sur un

pavé supé¬

(ahuarii)

se

;
trouvait à l'intérieur la

pierre "faaat.ii maraa" ou
laquelle le prêtre s'appuyait en officiant;
une autre
(rooniatane) était surmontée de fleurs odorantes.
11 y avait des autels
(fata) et, pour les sacrifices communs,
( fa tara u).
On y trouvait des ornements: des pierres
sculptées (ra,
mauna).
"

tiaturi " contre

Le

marae

avaitcertains apanages comme le " manutoroa",

image d'un oiseau, et d'autres (ahutiitii).
Un mur de marae pouvait se déplacer (ru) ; il y avait des
marae temporaires
(arapai); un nouveau marae placé de¬
vant un ancien portait le nom de "
ahutapae " ; la cérémonie
de la dédicace (fao) ; la destruction d'un marae
(ahoro).

2/ Les prêtres.— Le collège des prêtres (autahua). Les prê¬
en général (tahua) ; le "
tahuapure " était l'officiant ; les
"ahitu" étaient.des prêtres, sorte de nazaréens,
qui habi¬
tres

taient

une

maison à l'intérieur du

marae ;

et ne coupaient pas leurs cheveux
espions les " oripo " ou " haerepo
pas

;

ils

le

ne

se

rasaient

marae avait

ses

3/ Les cérémonies n'allaient jamais sans prières.— Les
publiques (taurua), les fêtes religieuses (oroa).
La prière " amoo'' était dite au commencement d'hostilités.
»
" purepapa " était dite
par trois, quatre ou plu¬
sieurs prêtres.
»
" arotira
en prévision d'un
voyage.
»
"moria", pour la guérison d'une personne dan¬

fêtes

gereusement malade.
prières étaient divisées en " ave
elles avaient 8 ou
10 sections: pour se les remémorer l'officiant se servait de
tapau
pièce plate faite avec une feuille de cocotier.
Certains mots comme " tuatua " ne pouvaient être dits que
dans les prières du soir.
On faisait des prières pour la construction d'une nouvelle
maison, on apportait alors une branche "Muoo", la fin de
la prière (faafai). La prière " taataata" était faite sur la mâ¬
Les

"

choire d'un homme tué.

4/ Les sacrifices humains portaient des

Société des

Études

noms

Océaniennes

différents.—

�30

—

—

'■Taatatapu, tuia, tafeta, ruruapaa, haia". Le sacrifice hu¬
main " pivaiarii" avait lieu lors de l'investiture d'un chef;
le " panirua " terminait la cérémonie.
Le sacrifice humain publiquement
offert à Oro était appelé
tapufaaite, uruarii
"

D'autres de

ces

sacrifices étaient offerts

au

début de la

guerre " aea tamai". On offrait alors au marae le premier
ennemi abattu pendant le combat, il s'appelait " aha " nom
de la tresse de fibre de

laquelle il avait été lié,
procédait alors à la cérémonie " aha taata
On retrouve
monie

de

aha " dans

une

on

autre céré¬

elle était demandée par une flotte pour son

débarquement;

en reconnaissance pour la protec¬
offrait des bananes si les porcs manquaient.
prières lors des sacrifices humains étaient " faiaia".

tion des
Les

encore ce nom

au marae ;

heureux

coco avec

dieux,

on

Un autre sacrifice humain
cérémonie pour

" haeamati "

était aussi

une

l'inauguration d'un filet neuf.

L'homme destiné

au

sacrifice " horoiatoto

Celui

qui était chargé de le tuer " ehii".
Les cérémonies au marae s'accomplissaient avec des
chants " roroo
des instruments, le tambour " ahu ", le tam¬
bour long "pahutoere", la conque sacrée "
puoroaitau
II

Les Dieux.
Les dieux étaient nombreux,
monde connaît le

les déesses aussi. Tout le

des

principaux d'enlre eux. En voici
et, qui ont aussi leur place
dans le Panthéon tahitien, héros,
demi-dieux, personnages
fabuleux " aitu, faipo, atUa, rua, ruahine ".
Arii tapiripiri était un dieu qui
guérissait les maladies.
de secondaires,

nom

moins

connus

Atuahara entrait dans

une personne par malédiction.
Feitareotemoana etRuahatu étaient des dieux marins ainsi

que

Ruapuna qui n'avait

pas

de narines et

ne

pouvait rester

longtemps sous l'eau.
Ihoariitepa, dieu de la compagnie des ariois.
Rolie était le père de la famine.
Rereatua était un dieu volant, un météore.
Punua vivait dans les rochers et les précipices.

Société des

Études

Océaniennes

�-

M

-

Oa était visible seulement la nuit et

lui

comme on

prêtait

la couleur noire il était

Potiitarire était
Raa était

cheur

un

appelé aussi Hivari.
invoqué par les sorciers.

chef dieu tahitien. contenu dans

un

martin-pê-

ruro.

Rio, dieu tahitien.
Toaliiti était le dieu des vallées.

Tohu,

un dieu requin.
Tuete, dieu de l'adultère et de la fornication.
Urataetae, dieu qui présidait aux upaupa.

Le dieu Ruaru était contenu dans le crabier Otuu.
Manetea étaitcontenu dans

une

sorte de coucou,

Parmi les déesses il faut citer

Arevareva.

:

Ruahine arutaruta. déesse des

rapporteurs et des bavards.
Ruahine faaipu. déesse de la franchise.
Ruahine auna, déesse de la sollicitude.
Ruahine moeuuru, déesse des rêves.
Ruahine nihoniho roa, déesse du meurtre.
Ruahine

orerorero

et vanaanaa,

déesse des orateurs.

Ruahine temaumau auahi, déesse du feu.
Ruahine tahua, déesse des prêtres et des artistes.
Ruahine puonoono, déesse du désir persévérant etc.
Parmi les êtres

légendaires

on

peut citer:

Anaanataeuramea célèbre par sa

cruauté.
Aoaomaraia qui trouva, le premier, le moyen de produire
du feu par frottement ; jusque là la nourriture était toujours
consommée

crue.

Matehainu était célèbre
Tutoa était

un

comme

escaladeur de rochers.

monstre cannibale.

Arerorau, lézard fabuleux à plusieurs queues, etc. etc.
III
La Mort.

1/ La mort et le deuil donnaient lieu à bien des cérémo¬
nies, '' putopopau " :
Le cadavre : " tinopohe " ; quand il était royal : " mate ".
L'état de mort "maruhi" ; les restes des personnes mor¬
tes " ihoibo, pera " ; l'esprit de la mort " ererefenua ".
Les cérémonies des sorciers pour un

Société des

Études

mort: " turoo

Océaniennes

�—

32

—

Lorsque l'oiseau " otare" poussait son cri l'oti" au-dessus
de

quelqu'un c'était signe de mort.
annoncer une mort on frappait deux nacres l'une con¬
tre l'autre: "faatete". On se lamentait "hautaihea"; les
voix de femmes qui se lamentaient "rurerure". Avec des
dents de requin elles se faisaient des incisions'à la figure,
le sang qui en coulait : ' ' totopao, hooura
On se rasait une
On coupait des mèches de che¬
partie de la tête : " oimo
Pour

du mort

veux

présents

:

en

souvenir:

" ahutai

" horuhoru

On donnait des

Le deuil était conduit par les " heva

Leur chef avait

un chapeau de forme particulière "
parae
habit de deux couleurs différentes " putahi
On insultait
les deuilleurs " fatihae
On attachait au doigt du mort une
touffe de plumes rouges pour prévenir le dieu de ne
pas man¬
ger son âme dans le " po": " manuhoa". On embaumait le
un

corps " miri" ; il était placé sur un échafaud " Tuuraaturuma"; le chant des funérailles "ahee". Ensuite avait lieu une
cérémonie pour la purification de ceux qui avaient eu affaire
avec

le mort: " tutaee "

; on

brûlait tous les restes " panilu-

tui

L'esprit d'un mort: " tupapau". Il y avait encore une cé¬
empêcher le retour des morts parmi les vivants
panitatui

rémonie pour
"

2/ Après la mort.— Le Tahitien croyait à la survivance de
l'âme

:

Il avait divisé l'au delà

différentes parties. Il connais¬
" qui était une sorte d'enfer, c'était le sombre in¬
connu "airua". Il y
avait des divisions dans le " po " : une
supérieure : " rahutunamua" ; une éternité supérieure " raituatini " ; un ciel impérissable " raitupoara
" ; une troisième
en

sait le " po

éternité " raituatoru
Nous n'avons

aucune

précision

sur tout cela.

Avant d'aller dans le " po "
l'esprit
un " rori "
(biche de mer dans le corps

du mort passait dans
de laquelle se trouve
un vide qui servait de retraite à
l'âme, ce vide : " puorori ").
Dans le " po " les dieux râclaient l'âme des morts avec
une coquille de palourde avant de les
manger '• tupere ".
Les âmes passaient par une certaine voie '• Tutahora "
;
leur départ : " faafano " ; le vol de l'âme : " reremauri

Société des

Études

Océaniennes

�—

33

—

L'âme rencontrait deux stations dans

son

vol

vers

le Me-

hani, montagne de Raiatea, rassemblement des âmes. C'é¬
taient des pierres: la première '' ofaiarariorio " avec deux
autres " ofaireiriorio " e " ofaimaueraa

A

Papeare, Moorea, se trouvait une pierre " ofaiora " vers
laquelle s'envolaient les âmes à la mort apparente du corps,
mais de laquelle elles retournaient. C'était aussi la
pierre de
vie et la

pierre de mort du mont Taata à Tahiti. Une

autre

pierre à Papeare, la pierre de mort "ofai pohe" : les âmes
qui y volaient, périssaient ou ne revenaient jamais à la vie.
La voix " opeti " était entendue à midi ou à minuit, elle di¬
sait: «je suis détruit». On pensait que c'était l'âme d'un
homme tué à la guerre ou le signe d'une guerre imminente.
Le lieu ou les têtes des morts étaient présentées aux dieux
"tiriaina". Le lieu où les ossements pourrissaient " tiria—
paa ".

3/ Les esprits.— Les sorciers, la magie, les esprits jouaient
un

grand rôle

:

Les

esprits se tenaient sur le mont Mehani à Raiatea "ivi
puomahu ".
Il y avait des esprits méchants " tii, tumotoe, tiimaiora,
tuputupua, aoaopeap'ea ". L'esprit des personnes noyées
"

hae

L'esprit qui venait visiter les vivants et leur infligeait des
maladies

ou

la mort: "ihoihoa".

L' " oromatua" était

un esprit de la mort
qui se transfor¬
inférieur; il avait des dispositions malveillan¬
tes, il lui fallait des prières pour l'amadouer, il provoquait

mait

en

dieu

des maladies.
L'action de l'esprit des morts sur les vivants " aiea "
quand ils infligeaient la mort: "aiora".
On exorcisait les personnes qui

;

avaient un démon " pal¬
pai". "Tahurere", prière pour un ami défunt avant d'en¬
voyer un sort sur son ennemi.
Les sorciers "taatii, rahupohe, natinatiaha, tahutahu, hiohio" usaient de conjurations destructives contre les vivants
pifao ". Us s'emparaient d'objets leur appartenant pour les
frapper, ongles, cheveux, etc., "tupu" pour leur jeter des
sorts, ou encore d'un morceau de natte " tupumoea". La
"

Société des

Études

Océaniennes

�—

34

—

première personne détruite par un sorcier " tapoa
Les ob¬
jets dont se servaient les sorciers se trouvaient dans un pa¬
nier particulier " puaroa
Les sorciers avaient leurs céré¬
monies " hereti
ils entraînaient par des prières " apua" la
mort des voleurs.

Pour

défendre des

sorciers, certaines personnes usaient
qui annihilaient les effets de la sorcellerie " tupua, haetupua, matahiti". Dans les charmes on prononçait
souvent le mot "aitoa". Pour une pirogue qui devait pren¬
dre la mer le charme était " ahatahatai
"Apa" était une
personne ayant mangée de la nourriture prohibée et qui
ne pouvait être en butte aux effets de la sorcellerie. Le dieu
des a Apa" était Roa à qui on adressait des prières remplies
se

de charmes,

de malédictions contre le sorcier et les siens.

(à suivre.)

Société des

Études

Océaniennes *

�—

Le

'MAHU"

35

-

(1), phénomène social de l'ancien Tahiti.
«

«

«
«

Je

puis vous dire que c'est le
seul coin de la terre où habitent des hommes sans vices,
sans

« sans

préjugés, sans besoins,
dissensions.

»

Philibert

COMMERSON, de l'A¬
Sciences, Compagnon
Bougainville, Fondateur d'un

cadémie des
de

Prix de Vertu.

L'éloignement de Tahiti de l'Europe constitue une des dis¬
plus considérables d'un point à l'autre du globe;
les formes extérieures de la civilisation, avec leurs inconvé¬
nients, séparées par cette distance, semblent diamétrale¬
ment opposées - c'est le cas de le dire ou jamais - mais elles
le sont en réalité bien moins que l'on ne pourrait le
suppo¬
tances les

ser.

On

souvent

parlé de l'amour contre nature à Tahiti. Mais
vice existait avant l'arrivée des Blancs.
quelques voyageurs parlent, paraissent
plutôt relever de la pshychiâtrie, mettons de la pshychanalyse de nos jours, que d'une cause physique. Des raisons so¬
ciales ont une part importante dans ces mœurs assez spé¬
a

il est certain que ce
Les "Mahu ", dont

ciales.
Wilson relate que dans

différents districts de Tahiti, il y
paraît-il, des hommes qui s'habillaient comme des
femmes, qui participaient à la fabrication des vêtements fé¬
minins et observaient les mêmes restrictions des "Tapus "
que les femmes. C'est-à-dire qu'ils ne pouvaient pas manger
en compagnie des hommes, la nourriture réservée aux mâles
leur était interdite. Ils n'avaient plus accès aux cérémonies
du marae (temple). Le seul avantage qu'ils tiraient de cet
état social, était qu'ils ne pouvaient être
désignés pour être
aurait eu,

(r) Tepano Jansen traduit " Mahu" : doux, patient.
Lorrin Andrews est plus explicite : "Mahu": a
milâtes his

manners

hermaphrodite,

a

and dresses his person

eunuch.

Société des

Études

Océaniennes

man

like

who assi¬

a woman, a

�—

36

—

sacrifiés

comme victimes, leur sexe était considéré comme
impropre à cette cérémonie religieuse.
Le Capitaine Wilson du Duff avait rencontré un jour un
"Mahu" qui cachait son visage comme une jolie femme.
D'abord il explique ce geste comme devant exprimer la gène
(le tahitien moderne " cà fait honte") mais, dit-il, il paraît
que c'était une simagrée de femme. Les Mahu vivaient abso¬

lument

comme

des femmes et le même Wilson continue

:

Probablement que

c'était une secte d homosexuels ; ces
tellement corrompus, que les femmes
ne méprisent même pas ce genre d'hommes, elles se lient
même d'amitié avec eux. Le Mahu en question était le tayo
(ami) de Iddiah, l'épouse de Pomare. Des auteurs comme
Williams Turnbull et d'autres plus récents parlent des Ma¬
hu sans approfondir le sujet.
Aux îles Marquises, où les conditions d'existence sont plus
difficiles, l'homme exerçant la profession de domestique fé¬
minin était méprisé. Tandis qu'à Tahiti où la vie a toujours
été relativement facile, c'était au contraire un moyen de
parvenir et de gravir l'échelle sociale. Les Missionnaires du
Duff racontent que Iddiah, épouse de Pomare, vivait avec un
Tahitien de la dernière catégorie sociale (tautau) qui était
son domestique très personnel.
Cette même Iddiah, Messaline tahitienne, avait l'habitude
de se baigner dans la rivière en présence d'une vingtaine
«

pauvres païens sont

d'hommes et

on ne

lui connaissait

aucune

domesticité fémi¬

nine.
Les femmes d'un niveau social élevé semblaient recher¬
cher les

hommes

d'allure

'■ Mahu "

domestiques
delphinse " ; les apparences étaient sauvées.
Il retombait peut-être un peu d'éclat de la renommée de
leurs augustes patronnes sur leurs serviteurs d'un milieu
aussi "ad

comme

usum

inférieur.
Wilson

sépare nettement les Pédérastes des domestiques
(Lifis). Il n'était pas rare de voir des jeunes gens
de bonne famille s'abaisser à cette position de domesticité,
malgré que cela leur enlevait certaines prérogatives.
Biologiquement cet état peut s'expliquer, il s'agissait de
degrés intermédiaires de toutes les classes de la société.
D'une part des hommes très efféminés, extrêmement soimasculins

Société des

Études

Océaniennes

�—

37

—

gneux de leur personne qui prennent des allures

féminines

et d'autre

part des femmes d'allure masculine. Selon de
nombreux voyageurs de l'époque, certaines dames tahitiennes, surtout dans la noblesse, avaient une stature imposante
et des traits masculins marqués. Certaines occupaient des
positions élevées dans la hiérarchie sociale et n'étaient pas
obligées d'observer les Tapus alimentaires, tout en vivant
très librement.
Les
Iddiah

Missionary Transactions (vol. 1

p.

45) citent la même

lutteuse

crainte, il en était de même pour
une certaine Tetua, épouse de Tu.
Nous ne parlerions pas d'intersexes, si l'on n'avait pas si¬
gnalé à la fin du 18me siècle l'existence d'homosexuels d'al¬
lure féminine et psychiquement anormaux.
Il est possible qu'il y ait eu des sélections homotypiques,
des femmes de complexe masculin cherchant des partenai¬
res

comme une

leur convenant,

ou

alors d'autres dames d'un rang un

peu moins élevé cherchant à satisfaire
riorité protectrice ou de despotisme.

leur désir de supé¬

Le

mariage avec un mari socialement équivalent n'était
qu'une formalité de courte durée - exemple Iddiah qui vi¬
vait séparée de Pomare - Purea qui avait l'allure masculine
très prononcée quitta Amo après la naissance de son fils
Teriiere
son.tempérament ardent ne supportait pas etc.
(v. Ariitaimai).
Un incident amusant était arrivé lors d'un des premiers
contacts Européens à Tahiti. Commerson, naturaliste atta¬
ché à l'expédition de Bougainville, avait amené avec lui une
domestique nommée Jeanne Baret déguisée en homme. Se¬
lon le Chirurgien Vives, tout en ce " petit homme " annon¬
çait son sexe: taille courte et grosse, large croupe, poitrine
élevée, voix vive et tendre. Lorsqu'elle descendit à terre, les
Tahitiens très observateurs et experts en la matière s'aper¬
-

çurent de la mascarade et s'écrièrent:

«

mahu teie

».

La

jeune femme perdit contenance et retourna à bord tête
basse.
En souvenir de cet

événement, Commerson selon son bio¬
graphe, le Docteur Montessus, dédia à Baret une des Plan¬
tes de son herbier: la " Baretia "de caractères sexuels assez

douteux.

Société des

Études

Océaniennes

�38

—

Concluons brièvement
et morales ont,
terre

:

—

les mêmes misères

physiologiques

depuis des temps immémoriaux et

entière, tourmenté l'humanité et

ses

sur

la

réactions ont été

partout les mêmes.
#

Je

*

#

suis abstenu

d'employer un langage trop " techni¬
seul les initiés (en Ethnologie) auraient compris.
Aux yeux du lecteur, la brièveté de cet essai n'en constitue¬
ra sans doute pas le moindre mérite.
que

me

"

que

Paul I. NORDMANN.

Secrétaire de la S. E. 0.
Auteurs

cités:

TEPANO JANSEN

DORSENNE

WILSON

LEFRANC

MONTESSUS

TURNBULL

BOUGAINVILLE

MISSIONARY TRANSACTIONS

Société des

Études

Océaniennes

�—

39

—

Dans un livre intitulé : NARRATIVE OF A WHALING
VOYAGE ROUND THE GLOBE FROM THE YEAR 1833 TO
1840 - par Frederick DEBELL- Londres 1840 - (p 53, vol.
nous

lisons le passage

bablement naturelle,
11

suivant concernant

se

ner

un

nous

nos

J'ai pu

RAMA "

ignorions complètement

lecteurs pourrait-il nous don¬
ce

sujet?

:

La
«

de

quelques renseignements à
Traduction

II),
curiosité, pro¬

trouvant dans la vallée de Punaruu.

s'agit d'une pierre dont

l'existence. Peut-être

une

pierre de lune.

aussi visiter à

(moon stone

mon retour

le fameux " OFAI MA-

pierre de lune) des indigènes. Au
point de vue des curiosités naturelles elle se place immédia¬
tement après le lac Vaihiria. L'emplacement est dans la val¬
-

lée de Punaruu. environ deux milles à

l'intérieur, depuis la
le village de Punaauia. On suit la rivière,
dans un défilé très étroit, bordé des deux
de précipices, nous avons trouvé l'objet qui nous in¬

côte ouest, derrière
au fond de la vallée,
côtés

téressait

:

Une colonne

basaltique couchée, à moitié enterrée dans le
grotte comme faite exprès pour la recevoir.
Cette grotte est située au pied d'une muraille d'une hauteur
considérable. La position de la pierre est horizontale, pres¬
que parallèle aux parois de la grotte, la longueur est d'en¬
viron sept pieds, elle est marquée par quelques fissures ver¬
ticales disposées de telle façon qu'on a l'impression que la
colonne est composée de plusieurs blocs
séparés, unis par
une main-d'œuvre de primitifs.
Cette colonne semble attachée au rocher, la partie que l'on
aperçoit à l'entrée de la caverne a une surface lisse et res¬
semble étrangement à une demi-lune, d'où le nom
indigène
sol, dans

"

une

Pierre de Lune
En résumé cette

pierre offre un exemple intéressant de
basaltique qui, primitivement, devait faire partie de
paroi de rochers environnante.

colonne
la

LA

Société des

Études

RÉDACTION.

Océaniennes

�—

40

—

Historique de la dengue à Tahiti (1).
Après la grippe, à côté d'elle, et souvent confondue

avec

elle, il faut placer la " dengue
La

dengue

a

été signalée

pour

la première fois dans les

Etablissements français de l'Océanie en 1846. Elle y a sévi
de 1846 à 1848. On l'a confondue avec tout, même avec le
pa¬
ludisme. Cette maladie infectieuse a-t'elle perdu à Tahiti sa

bénignité habituelle? C'est ce qu'il est impossible de déci¬
der aujourd'hui. Faut-il rattacher à la dengue
l'épidémie de
1842 aux îles Gambier et qui. d'après ce que les Missionnai¬
res racontèrent à
Leborgne, se manifesta sous forme d'une
affection fébrile aiguë accompagnée de délire? Elle
aug¬
menta de gravité de 1842 à 1846, puis
s'éteignit pour repa¬
raître

en

1856.

Est-ce à la

dengue qu'il faut rapporter cette maladie épi—
démique, cette fièvre continue dont parle Dutrouleau et que
les rapports officiels de
l'époque désignent sous le nom d'é¬
tat muqueux adynamique
d'après un chef de service, de fiè¬
vre bilieuse
d'après un autre?
Il semble que c'est incontestablement à la
dengue qu'il
faiile attribuer l'épidémie de 1852-1854. On l'a
dépeinte com¬
me une fièvre bilieuse caractérisée
par faiblesse, lassitude,
céphalalgie sus-orbitaire des plus intenses, douleurs lom¬
baires très aiguës gênant les mouvements et arrachant des
cris aux malades, s'étendant à toutes les
articulations, cel¬
les des membres inférieurs surtout, soif vive,
langue rouge
sur les bords et couverte de deux bandes
jaunes, douleurs
hépatiques, quelquefois ictère, pouls souvent faible, mais
toujours fréquent, avec chaleur de la peau ; la maladie du¬
rait deux ou trois jours. Pas de décès. Voilà donc une des¬
cription qui rappelle assez bien la dengue. Lacroix qui la
donne, croit cependant avoir affaire à des fièvres paludéen¬
nes. Est-ce à la
dengue encore qu'il faut rapporter les fiè(i) Page d'une Revue Médicale qu'il nous a été impossible d'iden¬
tifier, le titre ayant été mangé parles rats. — Le Secrétaire.

t

Société des

Études

Océaniennes

�—

41

—

intermittentes que

Comeyras prétend avoir observées
quantités de fièvres que Guidasse (1) prétend avoir
aussi rencontrées mais en négligeant de fournir à
l'appui de
'ses assertions la moindre observation clinique en poussant
la négligence jusqu'à s'abstenir de donner des détails sur
le type, la forme des accès. Est-ce toujours à la dengue
qu'il
faut attribuer la congestion cérébrale
épidémique fréquente
à Tahiti, d'après le même auteur, et dont il a vu une
épidé¬
vres

et les

mie

en

1871 ?

C'est Erliel

qui, au dire de Koergrohen, a décrit la pre¬
épidémie de dengue à Tahiti. D'après Koergrohen,
toutes ces épidémies se seraient montrées
bénignes. Celle
de 1885 s'est accompagnée d'une éruption caractéristique
de tâches rouges scarlatiniformes. Comeyras aux Marqui¬
ses signale : « C'est une
myélite qui a enlevé près d'un quart
de la population lors du séjour delà " Boussole" dans la baie
de Taiohae. Elle commençait par des douleurs dans la région
lombaire, des contractures dans tous les membres, des con¬
vulsions de la face, de la photophobie, du larmoiement, du
trismus, du grincement des dents, de la rétention d'urine et
des matières fécales. Très peu guérirent. « Cependant, il a
vu un enfant de deux ans qui guérit avec une
paralysie des
extrémités. L'affection resta limitée aux indigènes et épargna
complètement les Européens. Ne serait-ce pas là une ménin¬
gite cérébro-spinale ou une forme de maladie d'Heine Medin?
En février 1902, Buisson (2) signale encore une nouvelle
apparition de la dengue au cours de laquelle tous ceux qui
étaient débilités par la tuberculose ou une affection chroni¬
que succombèrent.
J'ai moi-môme été témoin de la facilité avec
laquelle on
parle de dengue à Tahiti. En 1890 on signalait l'apparition de
mière

cette maladie dans

Je fus

envoyé

die et donner

en

un

district de la côte orientale de Tahiti.

mission
soins

pour constater

la nature de la mala¬

indigènes qui en étaient atteints.
Je n'eus pas de peine à reconnaître
qu'il s'agissait non de
dengue, mais dè typhoïde ou de paratyplioïde.
mes

aux

LA

RÉDACTION.

(1) Guidasse Dr, Chef du Service de Santé à Tahiti en 1858.
[2) Buisson D1', Médecin-major de 2e classe à Tahiti en 1902.

Société des

Études

Océaniennes

�—

42

—

DONS ET ACHATS

Bibliothèque.
The

Hieroglyphics of Easter Island, by I. Park Harison.
Don de M. Rey-Lescure.

London 1874.

Die Osterinselchrift.
York 1938.

-

-

-

-

Don du Dr

Von R. Von Heine Geldern.

-

New-

Demarquette.
Musée.

Un

boomerang australien.

Un dieu tahitien

en

corail.

-

Don du Dr Rollin.
Station Agricole de Pirae.

Don de 1.000 irancs du Général Léontieff.

ACHATS

Bibliothèque et Musée.
Schenk
Jackson

Saffroni
Munford
Richards
Van Loon

Bullen
Kassel

Keith

Traprock
Holmes
Me Laren

Bougainville
Musprat
Chatterton

—

—

—

—

—

—

—

—

—

—

—

—

—

—

—

Corne unto these Yellow Sands.
You'll dance in Tahiti.
South Sea foam.
Iiermann Mellville.

White Man, Brown

Woman.

Story of the Pacific.
The crutse of the Cachalot.
I went native.

Land below the wind.
The cruise of the Kawa,

Bibliography of Cap-tan James Cook.
My South Seas adventures.
Voyage autour du Monde.
My South Seas Islands.
Walhers and whaling.

Société des

Études

Océaniennes-

�43

—

Tietjens

■

Saffroni Middleton

•

Saffroni Middleton-

■

Dalmeras

•

Wright

■

Mulhauser

-

Coffee

-

Gessler Clifford

•

Berge

•

Becke

-

Becke

■

Becke

-

Sttoddard

■

Sttoddard

Gibbings
Colquhoun
Segalen

•

—

Boy of the South Seas.
Wine dark seas tropic skies.
Sailor and beachcomber.
Le

mariage chez les peuples.

Puritans in the South Seas.
The cruise of the

Amarillys.
the Pacific.
dangerous Islands.

Forty
The

years on

Pearl diver.

Pacific Taies
The

ebbing of the Tide.

Wild life in Southern Seas.
The Islands of

tranquil Delights.

Summer cruising in the South Seas
Iaorana.
The Mastery

of the Pacific.

Les Immémoriaux.

Dorsenne

La vie de

Routledge

The

Gaffarel

Les colonies

Bougainville.

Mistery of Easter Island.

françaises.
Géographie Universelle (Tome I).
Revendications des propriétés des
Tuamotu (III Tomes : 1888 à 1900).
Répertoire des déclarations de terres

Malte Brun

des Tuamotu.

Un couvercle de

gourde (Marquisien).

Société des

Études

Océaniennes

�-

,

Société des Etudes Océaniennes

�BUREAU DE LA SOCIETE
Président

M. E. Ahnne.

Vice-Président

M. le Dr Rollin.

Trésorier

M. A. Cabouret.

Secrétaire-Archiviste

M. P. I. Nordmann.

Assesseur

M. M. Rey-Lescure.

Assesseur

M. A. Poroi.

Secrétaire-Bibliothécaire-Conservateur du Musée M1Ie Ahnne.
Pour être reçu Membre de la Société se faire
membre titulaire.

présenter par

un

BIBLIOTHÈQUE.
Le Bureau de la Société informe ses Membres que dé¬
sormais ils peuvent emporter à domicile certains livres de
la Bibliothèque en signant une reconnaissance de dette en
cas

où ils

ne

rendraient pas

le livre emprunté à la date

fixée.
Le Bibliothécaire
La
et à

présentera la formule à signer.
Bibliothèque est ouverte aux membres de la Société
leurs invités tous les jours, de 14 à 17 heures, sauf le

Dimanche.
La salle de lecture est ouverte
de 14

à

17

public tous les jours

au

heures
MUSÉE.

Le Musée est ouvert tous les

jours, sauf le lundi de 14 à 17 h.
jours d'arrivée et de départ des courriers : de 9 à 11 et de 14
17 h.

Les
à

Pour tout achat de
s'adresser

au

Musée, Boîte

Bulletins, échanges

Président de la Société,
110,

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ou
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LE BULLETIN

Le Bureau de la Société accepte

l'impression de tous les articles
qui paraissent dans le Bulletin mais cela n'implique pas qu'il
épouse les théories qui y sont exposées, o-u qu'il fait sien les
commentaires et les assertions des divers auteurs
qui, seuls, en
prennent toute la responsabilité.
Aux lecteurs de former leur appréciation.
La Rédaction.

Société des

Études

Océaniennes

�-

,

Société des Etudes Océaniennes

&amp; MMÉMÈËÉM

■

■■■'.:

�</text>
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                <text>La Société des Études Océaniennes (SEO) est la plus ancienne société savante du Pays. Depuis 1917, elle publie plusieurs fois par an un bulletin "s’intéressant à l’étude de toutes les questions se rattachant à l’anthropologie, l’ethnographie, la philosophie, les sciences naturelles, l’archéologie, l’histoire, aux institutions, mœurs, coutumes et traditions de la Polynésie, en particulier du Pacifique Oriental" (article 1 des statuts de la SEO). La version numérique du BSEO dispose de son ISSN : 2605-8375.</text>
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              <text>Bulletin de la Société des Études Océaniennes numéro 72</text>
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              <text>Littérature - Le mirage et l'exotisme tahitiens dans la littérature (H. Jacquier) 3&#13;
Ethnographie&#13;
- Essai de reconstitution des mœurs et coutumes de l'Ancien Tahiti (Rey-Lescure) 28&#13;
- Le "Mahu", phénomène social de l'Ancien Tahiti (P. I. Nordmann) 35&#13;
Tourisme - La pierre de lune à Punaauia 39&#13;
Actualité - La Dengue à Tahiti 40&#13;
Divers - Dons et achats pour le Musée et la Bibliothèque 42</text>
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