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                  <text>Bulletin

C2=L

m

|

DE

Société

la

des

ÉTUDES OCÉANIENNES
X» 66

TOME VI
.IITIX

Anthropologie
Histoire

—

des

—

(N° 5)

1113»

Ethnologie

Institutions

—

Philologie.

et

Antiquités
populations maories.

Littérature et Folklore.

Astronomie

—

Océanographie

—

Sciences naturelles

Tourisme.

IMPRIMERIE

A

&gt;ciei

DU

PAPEETE

&lt;JOUVERHBMKHT

(TAHITI)

5

�Les articles
teur

à la

publiés dans le Bulletin, exceptés ceux dont l'au¬
ses droits,
peuvent être traduits et reproduits
condition expresse, que l'origine et l'auteur en seront men¬
a

réservé

tionnés.
la

Toutes communications relatives
Société, doivent être adressées

au

Bulletin

au

Président.

au

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Papeete, Tahiti.
Le Bulletin est
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envoyé gratuitement à

tous ses Membres.

numéro

10

Cotisation annuelle des Membres résidents

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»

30 francs.

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français

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étrangers

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Avantages de
me

versée

une

se

France

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l'Etranger, six livres sterling

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fois pour toutes.

(Article

a

24

rieur, Bulletins N° 17 et N° 29).

ou

vie pour cette som¬

du Règlement Inté¬

i° Le Bulletin continuera à lui être
adressé,
il cesserait d'être Membre résidant à Tahiti.
20

colonies. 500 fr.

quand bien même

L'intérêt de cette modique somme assure à la Société
supérieur à la cotisation annuelle de 30 fr.

un

revenu

30 Le Membre à vie n'a plus à se préoccuper de l'envoi ou du
paiement de sa cotisation annuelle, c'est une dépense et un souci
de moins.

•

Ln
sont

conséquence: Dans leur intérêt
invités il devenir Membre à vie:

et celui de

la

Société,

TOUS CEUX qui, résidant hors
Tahiti, désirent recevoir le
Bulletin. TOUS LES

jeunes Membres de

la Société.

TOUS CEUX qui, quittant Tahiti
s'y intéressent quand même.

Société des

Études

Océaniennes
I

�DE

LA

SOCIÉTÉ D'ÉTUDES

OCÉANIENNES

(POLYNÉSIE ORIENTALE)
—

TOME VI
X"

G6.-

(No 5)

JUIN

193».

sommaire

Pages
Folklore.

Légende marquisienne de Ono,

par

G. Lagarde

173

Histoire.

Contribution à l'Histoire des

Iles-Sous-le-Vent,

par

Rey Lescure (fin)
Iles

180

Marquises: Voyage de Lisiansky, traduction de

J. Cottez (fin)

196

Divers.

Bibliothèque

-

Dons et achats

Société des

Études

206

Océaniennes

��&lt;?# &lt;$?&gt;

&lt;&amp;&gt; W $9 &amp;&gt; $? &amp;&gt; #2 &lt;$?2^

&lt;?$&gt; &amp;■&lt;&amp;)&lt;&amp;)

P0I1I.(Û1I3
-3z*r

Légende marquisienne de Ono
E a'akekai tenei
0 te ino'a

Ono

o

o mua o

Te in'oa i muiho
Te in'oa i te

Ono

Onopohopoho
paona o Tohetika, i Nuuhiva
o

o

Tohetia, i Hivaoa

Ceci est la

légende de Ono
primitif était Ono
Puis il s'appela Onopohopoho
Son dernier nom fut Tohetika, à Nuuhiva
Tohetia, à Hivaoa
Son

nom

Le roi Tanaoakauhue vivait dans la vallée de

Hivaoa),
res

dont

Hanaupe (île
femme Kuaianaei. Celle-ci avait trois frè¬
ignorons les noms. Elle avait deux filles nées

avec sa
nous

d'un autre mari: l'une avait

nom

Eimua, l'autre Eitea. Ils

habitaient la terre Katia dans la vallée de

Hanaupe.
(e ahana pekio ou peio) (1).
Cet homme se nommait Aio. C'est lui qui préparait les ali¬
ments et les servait à Tanaoakauhue et à sa femme, qui
s'occupait du ménage de la femme et de deux filles qu'il aKuaianaei avait

vait

eues

un

second mari

d'une autre femme: Otu'u était le

nom

de l'une,

l'autre

s'appelait Oliua.
père et la mère de Tanaoakauhue étaient Iiao et litepo ;
tous deux étaient sacrés; les jours consacrés, ils siégaient
dans le marae de I-Iaania, au haut de Hatua.
Aio était jaloux et détestait le roi Tanaoakauhue; la fem¬
me en était la cause; il l'épiait, jour après jour, cherchant à
le tuer pour que la femme fût à lui.
Le

Note.

-

(i) La polyandrie était
dans

vahine

honneur

Marquises. Mgr. Dordillon
pekio par secondaire — e
pekio, deuxième femme d'un homme — e vahana pekio,

son

en

auv

dictionnaire traduit le mot

deuxiènie mari d'une femme.

Société des

Études Océaniennes

�174

_

—

Tanaoakauhue vécut longtemps avec Kuaianaei sans avoir
d'enfant; enfin elle devint enceinte. Elle était enceinte de
trois mois, lorsqu'elle eut envie des choses de la mer, du
poisson qu'on nomme "Teeiao".
Kuaianaei dit à

son

mari

:

Va à la

«

pêche

mon

mari

;

j'ai

envie de poisson cru, de la chair de "Teeiao".
Tanaoakauhue prépara ses engins de pèche et partit; ar¬
rivé sur le sable de la plage, il prit sa
pirogue, la vida et la
mita la mer;
Au

il alla loin, cherchant un endroit poissonneux.
large de la pointe Oao, il se mit à pêcher, à la ligne de

fond.

Aio avait suivi Tanaoakauhue et l'avait

vu

s'embarquer;

quand la pirogue fut loin, il longea le pied de la falaise pour
le guetter.
Aio vit alors

qu'il

avait deux hommes dans la pirogue ;
péchait et l'autre mangeait le poisson
qu'il prenait. Mais le pêcheur ne s'apercevait pas qu'il y avait, derrière lui, un autre homme qui mangeait son poisson.
Aio connut alors que c'était
Heva, le mauvais esprit, qui
mangeait le poisson de Tanaokauhue : "kaoo, matiahae, moioe, veinehae": Heva représente tous ces maléfices.
Les deux filles de Aio, Otuu etOhua, du haut de la haute
crête de Panao, avaient vu
également lleva le fantôme dans
la pirogue. Quand il eut mangé tout le
poisson de Tanaoa¬
kauhue, elles se mirent à crier : « E pao, e pao te ia ia Heva !
Mangé ! mangé ! tout le poisson est mangé par Heva ! ».
Le spectre disparut aussitôt et Tanaoakauhue resta seul
dans
la pirogue.
Aio se jeta alors à la mer,
gagna la pirogue à la nage, y
y

l'un des deux hommes

—

monta et tua Tanaoakauhue. Il
morceaux de

dépeça le cadavre, prit des
sac de la victime
qui é-

chair, les mit dans le

tait fait de fibres de cocotier et jeta à la mer les restes du
corps.
Puis il

la

ramena

pirogue

au

porter à sa femme Kuaianaei
son, viens et mange-le».
La femme reconnut le
gea

la main et

en

retira

sac

de

rivage, prit le

en

lui disant:

son

«

sac et alla le
Voici le pois¬

mari, elle l'ouvrit, y plon¬
de chair. «Qu'est ceci,

un morceau

dit-elle à Aio? Quel est ce

Société des

poisson ? Dis-moi

Études

Océaniennes

son nom »,

�Aio

rie sut

que

répondre et chercha à inventer

histoire

une

mensongère.
Mais la femme le pressant de questions, il finit par avouer
« Ce poisson, c'est une victime humaine, c'est un

.

et lui dit:

de la chair de Tanaoakauhue

morceau

Kuaianaei éclata alors

».

sanglots et poussa de grands
cris : « Un morceau de victime humaine ! Ce n'est pas le pois¬
son dont j'avais envie ; je voulais du teeiao. Pourquoi as-tu ap¬
porté ce morceau de chair humaine? Pourquoi as-tu l'ait mou¬
rir mon mari, le père de l'enfant qui est dans mon sein? ».
Kuaianaei pleura amèrement son mari Tanaoakauhue. Elle
lamentait ainsi

se

en

:

E tuu ahana e,

«

ku ku ku, u, u, u,
hakaiki, u, u, u, u, ku, ku, ku,
te ue hakahevaheva,

tuu ahana

«

e

«

o

te ne !

o

«

o

taua

tuu

«

a

pae au, u, u. u, hu,

«

a

pae oe

i Papanui, ku, ku, ku, tihihi.

«

O

mari,

e

mon

Ce sont les

«
«

Je suis

«

Tu

es

akana,

e e e, e e e,

hi,

e ku... O mon époux royal, u,u...
pleurs ! les pleurs de la danse du deuil,

séparée, u, u,
séparé, au large de Papanui, ku, ku.

Kuaianaei tomba malade, elle souffrait, l'enfant
dans

bougea

ventre; elle eut les douleurs de l'accouchement et
l'enfant tomba.
son

Cet enfant était
ses

un œuf. Ceux qui étaient présents le virent,
parents le virent. Peu de temps après, cet œuf disparut

sans

ils

ne

laisser de traces. La mère le chercha, Aio le chercha ;
le trouvèrent pas. L'enfant s'était enfui chez ses grands-

parents, dans l'endroit sacré, au meae de Haania, plus haut
que Hatua.
C'est le

morceau

de chair du cadavre de Tanaoakauhue

fit tomber l'enfant du ventre de
sance

sa

qui
mère, qui causa cette nais¬

monstrueuse d'un œuf.
#

*

#

Une nuit, vers le milieu de la nuit, les deux personnes sa¬
crées liao et
eurent

un

Iitepo dormaient dans leur maison, lorsqu'elles

songe.

Société des

Études Océaniennes

�—

176

—

Iiao rêvait que l'œuf avait donné naissance à un garçon
qui disait: « Aiau, aiau, me voici, me voici ! ».
Iitepo rêvait que l'enfant l'appelait: « Amaieiaau - Viens,
me

Voici

».

Ils s'éveillèrent

en sursaut et s'interrogèrent : « Qu'y a-t-il?
Que signifie ce rêve? ».
Ils se rendormirent, mais le matin, à l'aube, tous deux en¬
tendirent une voix, comme le cri d'un oiseau : « Pio, pio, pioo,

pioo ».
Intrigués, ils regardèrent et virent un petit enfant assis sur
une

branche de tamanu, dans le meae de Ilaania.

comprirent alors que c'était là leur petit-fils, l'enfant
sa femme Kuaianaei et ils préparè¬
rent un endroit, pour le recevoir comme on reçoit les dieux.
Ils couvrirent le sol de tapokau tuafîtu, sorte de fougère ;
comme entourage, ils placèrent sept poteaux de bois écorcé,
Ils

de Tanaoakauhue et de

ornés de feuilles de cocotier tressées.

Quand cela fut terminé, leur petit-fils descendit de la bran¬
prit place sur l'emplacement, réservé aux

che de tamanu et

dieux. Les deux personnes sacrées lui donnèrent alors un
Ono fut ce nom. Elles acclamèrent leur petit—fils en
chantant un hymne d'offrande aux dieux, en criant: « Ehu,

nom.

no tetua - Cendre, cendre pour les dieux ! ».
Les habitants de Ilatua entendant les éclats de voix des

eliu

deux vieillards dans le
en

savoir la

cause

Ono demeura

meae

de Ilaania, accoururent pour

et.ils virent l'enfant.

ses grands-parents qui le nourrirent.
l'ombre
des mets, aucun aliment solide;
mangait que
l'air seul était la nourriture de Ono, parce qu'il était un dieu.
Ono avait grandi. Il y avait un mois qu'il était chez ses
grands-parents, quand la nouvelle en parvint à Kuaianaei et
à Aio et la femme éprouva un violent désir de voir son en¬

Il

avec

ne

fant.
Elle dit à son mari pekio : « Aio, va à la mer chercher du
poisson pour l'enfant Ono ». Aio se rendit à la mer et il pé¬
cha un gros poisson du nom de "uuapu". Il le mit sur son épaule et le porta à sa femme dans leur maison de Paepaeoa.
Kuaianaei dit alors à son frère : « Va. porte ce poisson à
ton neveu ; if demeure là-haut, dans le meae de Haania ».
Le frère se leva, mit le poisson sur son épaule et le porta

Société des

Études

Océaniennes

�—

au

haut de la vallée,

en

m

—

traversant le

village. Plus loin,

ii

s'arrêta, posa le poisson au milieu du chemin, lui arracha
les deux yeux et les mangea.
Ono le voyait, du haut du meae de Haania. «0, o, o, dit-il,
on

mange

le poisson du dieu.

-

Aï, aï, aï, ils vont forts les

rongeurs, les gens qui parlent par derrière».
L'homme reprit le poisson, le mit sur son épaule,

le porta
jusqu'à l'endroit sacré à Haania et le déposa devant Ono.
« Tutatu »
(bruit d'un fardeau qu'on dépose).
Alors Ono sauta
arracha les yeux

sur

la tête de l'homme, le renversa, lui

et les mit à la place de ceux du poisson,

puis il le tua.
Kuaianaei attendit

son

frère

;

Aio l'attendit aussi, jusqu'à

la nuit. Mais il ne revint pas.
Le lendemain Kuaianaei dit.encore à Aio:

« Va, pêche le
poisson que désire le "ataii" », (Ataii ou ataiki, chef,,ter¬
me d'honneur, de politesse).
Aio retourna à la pêche et prit un "uuapu". Il le mit sur
son épaule et le porta à sa femme, à Paepaeoa.
La femme dépêcha le deuxième de ses frères en lui di¬
sant : « Va porter ce poisson à ton neveu, là-haut, à l'endroit

le

sacré de Haania

».

Le frère

prit le poisson, le mit sur son épaule et partit tra¬
versant le village de Hanaupe. A mi-chemin, il s'arrêta, po¬
sa le poisson par terre, enleva les yeux et se mit à les dé¬
vorer.

Mais Ono le

voyait, du haut du meae de Haania; il dit à
grands-parents: « Eh! mes vieux, voyez cet homme qui
mange mon poisson! Voyez! Voyez! il enlève les yeux d,e
mon poisson et les mange. - Il faut le tuer, il
périra .de ma
main. C'est un homme qui donne à regret».
L'homme reprit sa charge, la porta jusqu'au meae de.Haa¬
nia et la déposa devant Ono.
Celui-ci sauta sur cet homme, le tua et lui enleva Les yeux
qu'il mit à la place de ceux du poisson.
Kuaianaei et Aio attendirent cet homme, se demandant ce
qu'il était devenu. - Peut-être est-il resté pour aider à la pré¬
préparation du mei (fruit de l'arbre à pain) pour Ono,?;
Ils attendirent jusqu'à la nuit, mais les deux frères .ne re¬
vinrent pas, puisqu'ils étaient morts.
ses

Société des

Études

Océaniennes

�—

Le lendemain

l7B

Âio retourna

—

encore

uapu, mit ce gros poisson sur son
femme.
Celle-ci

à la

pêche. If prit un
épaule et le porta à

usa

son troisième frère, c'était le dernier et lui
poisson à ton neveu à Haania et vois quel est
le travail qui a retenu tes deux frères ; quand l'ouvrage sera
terminé, vous reviendrez tous ensemble ».
Ce jeune homme alla se baigner et mit son hami (sorte de
ceinture, ornement des hommes - Tihere, en tahitien) ; c'é¬

appela

dit: «Porte

tait

un

ce

hami blanc; il fit

une couronne

de feuilles de cocotier

ceignit la tête/puis il chargea le poisson sur son épaule et se mit en marche en criant tout le long du chemin :
E hu, hu, hu no te etua, no te etuaet s'en

«

e

«

hu i te etua, i te etua !

Pour le dieu, pour le dieu - au dieu, au dieu !
Ono voyait le jeune homme, du haut de Haania et il enten¬
dait ses cris.

«

Voici

poisson qui arrive, dit-il à ses grands-parents;
préparez-vous; parez-vous de vos beaux vêtements sacer«

d o tau x

un

».

Tous deux

alors s'habillèrent: l'un avait

l'autre aussi avait

un

un

hami aka,

hami aka; l'un avait une robe de tapa,

également; l'un avait un ukihana (couronne en fibre
avec une nacre), l'autre aussi ; l'un avait un einui
(dent de cachalot suspendue au cou), l'autre aussi avait un
l'autre

de

coco

einui.

lis

firent alors

lit

de'fougère, pour recevoir le poisson.
jeune homme arriva portant le poisson sur son épaule
et il le déposa sur la fougère, en criant toujours: « E hu, e
hu, i te etua ! ».
iiU "
•'• • • '
Puis il se mit à psalmodier le chant suivant :
« Ee rnakavey e makave, i tai o te
ahu, e kaikai meitai, no
«
puna oa, no puna polo, kai meitei, no puna nui, no'puna iti,
«kai meitei. E apa, e apa i fifi, e apa i ton a apae, apae i te
« au o Manae, a pau i te au o Tliia, a pâe i te au o Maui. O
« Maui hea, o Maui i te ani. o Maui i te ao tea. O te puhinau
e te tua. À kai, kai meitei. O te makave, te makave kave.
« E
makave eiei o tu. E patanaoa; e metani oia, e makave,
un

Le

-

«

makave

e

tou makave kave. O

ai,

ai tetua i tai e, i tou

«

e

«

makave kave nei. Eimi toitoi-tenei i Puhinau

Société des

Études

.0

Océaniennes

».

�-

179

—

Il esl très difficile de traduire exactement cette invoca¬

—

qui est dans un langage inconnu des Marquisiens d'au¬
jourd'hui. On peut la comprendre à peu près ainsi :
« On
porte du ma (pulpe conservée du fruit de l'arbre à
pain), on porte du ma, dans le lieu sacré, du côté de la
tion

«

«

mer.

C'est de la nourriture donnée de bon cœur.... Adieu

Salut à la mémoire de Manae,
mémoire de Maui !
Quel Maui? Maui du ciel? Maui du jour clair? - Voici la
«
prière que nous t'adressons ô dieu : Mange ce ma que nous
«
t'apportons, c'est une bonne nourriture
».
Ono s'adressant alors à ce jeune homme lui dit :
« Tu es un homme intelligent, tu es bon, lu n'a pas mangé
mon poisson ; ce poisson est arrivé intact devant moi. Re¬
garde tes deux frères aînés qui sont là étendus. Ils sont
morts parce qu'ils avaient mangé mon poisson ».
Le garçon regarda et vit ses deux frères: ils étaient morts,
enflés, décomposés ; tous deux ils sentaient mauvais.
Il ne resta pas chez Ono, il retourna chez Kuaianaei et lui
dit: « Tes deux honmmes qui avaient porté du poisson chez
Fiji, adieu à Tonga (1)

«

à

«

salut à la mémoire de Hiia, salut à la

«

; ils ont été tués, ils sont gonflés, ils sentent
déjà mauvais parce qu'ils ont mangé le poisson destiné à

Ono sont morts
Ono

».

Kuaianaei dit alors à son frère : « Retourne, là-haut, chez
Ono et dis-lui de ressusciter ses oncles ; il ne doit pas leur
en vouloir, c'est mal car ce sont ses oncles ».
Le

jeune frère retourna donc chez

message de sa mère.
Ono s'approcha alors

Ono et lui transmit le

des cadavres de ses oncles et des

poissons qu'ils avaient apportés. Il reprit les yeux de ses on¬
cles qu'il avait placés dans la tête des poissons et les remit
dans leurs orbites. Et aussitôt, les deux hommes revinrent à
la vie et ils retournèrent chez leur sœur, dans sa maison, à
Paepaeoa.
Quant à Ono, il demeura avec ses grands-parents dans le
meae

de Haania.

(A suivre.)
1) Dans les récils anciens, on laisse entendre que les Marquisiens
originaires de Fiji el de Tonga. Quand on va quêter pour les repas
funèbres, celui qui n'a rien à donner répond : Tu trouveras des cochons à
Fiji, à Tonga.

jXote. —
seraient

Société des

Études

Océaniennes

�—

180

—

HZSTOIHE
CONTRIBUTION A L'HISTOIRE DE L'INSURRECTION
LES ILES SOUS-LE-VENT
1846-1897

(Suite et fin)
(Letlrcs de M. G. ALBY, Itésldenl)

Raiatea, 1er octobre 1888.
Cher Monsieur. Les nouvelles
de Huahine
cevra ou
veur.

faire

Il

;

ne sont
pas bonnes du côté
à Avéra, on est en train de discuter si on me re¬

non;

nous

je crois avoir presque une moitié en ma fa¬
faut absolument de la forcé à Huahine
pour

respecter le pavillon. Les

meneurs Tau et Paeau vou¬
Ordre de le faire respecter ;
j'irai
accrocher tout seul que de le laisser enlever. Une

lant absolument l'amener

plutôt m'y

:

bonne partie de la population serait
peut-être décidée à res¬
pecter notre drapeau sous la réserve des promesses que
je
leur ai faites de liberté, de respect des
lois, de tranquillité

absolue, mais les fortes tètes n'en veulent pas. Je crains d'y
aller de peur de me faire poser des
questions trop précises,
il me faut attendre
desréponses de Papeete. Ici tout va bien...
G. ALBY.
21 novembre 1888.

Résident-administrateur ou
Administrateur-résident, peu
; le plus curieux, c'est qu'après une nomination
qui
date de plus de 6 mois, je n'ai encore
rien en main d'officiel
qui la consacre.

importe

J'espère que ce sera le Résident qui subsistera et que nos
amis réussiront dans l'intérêt de notre

dignité à Raiatea à
faire établir l'état de choses
qui fait le fond de mes idées
sur ce pays et
que vous connaissez.
A Huahine la situation est absolument calme et
l'on ne
craint plus rien pour la sécurité du
pavillon, sans toutefois
l'avoir fait reconnaître par la
population, ce qui pourra être

Société des

Études

Océaniennes

�—

assez

m

—

long, mais là au moins, il n'y a pas de Irais ni de trou¬

pes. Le "Taravao" y suffit.
A Borabora où je compte
en sera

de même

du sien, mais
les

uns

assez

retourner bientôt, je pense qu'il
facilementsi le Résident actuel y met

le nœud de la question est'ici. Comme toujours,
fort, et je m'efforce de

sont à Avéra, les autres au

faire venir les

premiers à la ville, tout en montrant aux se¬
Je me suis installé pour
cela à 2 ou 300 mètres plus loin que la Société Commerciale
et j'y vais dormir très tranquillement chaque soir. On ne m'a
pas encore enlevé ; j'ai reçu au contraire l'assurance que les
Teraupistes n'avaient aucune intention de me troubler. De
temps en temps, je vois quelques-uns de nos dissidents et
je leur prêche la bonne parole, la paix et la conciliation. J'ai
eu même l'occasion de faire entrer Teraupoo dans un beau
pantalon bleu que je lui ai fait remettre etTiafariu dans mes
chemises, de sorte qu'un certain trio de nos grands adversai¬
res est tout disposé à me recevoir (Teraupoo. Tiafariu et Paraurahi). J'allais du reste partir aujourd'hui même pour Avé¬
ra sans un avertissement qui me fait remettre ce projet à
demain. 11 va y avoir demain matin jeudi, un grand "apooraa" entre les gens d'Avera, ceux de Tevaitoa et ceux de
Tahaa venus exprès pour délibérer, si l'on devait me rece¬
voir; J'ai rencontré la semaine dernière à Tahaa un homme
fort intelligent qui s'est décidé à venir poser la question à
Avéra même, bien qu'il fut un "pirifarani". C'est Vaine, an¬
cien chef, actuellement tohitu. J'ai bon espoir dans cet "apooraa" où je compterai bien des amis. Quoi qu'il en soit je sau¬
rai dès demain ce qui s'y sera passé et si rien n'est trop brû¬
lant, j'irai carrément montrer ma tête à Messieurs les enne¬
mis. Je ne pense pas qu'il y soit résolu rien en notre faveur,
mais la simple entrée serait déjà un grand pas
Ce que les gens d'Avera disent de notre yacht protecteur
doit être vrai, sauf peut-être l'exactitude fantaisiste de l'œu¬
vre de nos boulets. Le 21 avril (c'est-à-dire le même jour que
le 21 mars à un mois près) le "Scorpion" et le "Décrès" ont
voulu venger l'incident de Huahine, sans aucun autre motif
que l'opinion des chefs pirifarani qui prétendent qu'on ne
viendra à bout des' gens d'Avera que par la force. Le ''Dé¬
crès" aurait probablement sans s'en apercevoir tiré sur le
conds le chemin de la campagne.

Société des

Études Océaniennes

�—

183

—

pavillon protecteur que Teraupoo mà n'avaient cessé de
hisser à Avéra et ce sont nos boulets qui l'ont labouré : c'est
le grand grief d'Avera et j'avoue qu'il me gêne considéra¬
blement. Que répondre à cela? Si nous n'avons pas respec¬
té notre propre yacht que ferons-nous quand il sera seul à
flotter partout ? Une fois de plus je reconnais que j'ai raison
dans la solution que j'ai demandée et que je souhaite. Veuil¬
lez faire part à M. Caillet des détails que je vous donne et
rappelez-lui, je vous prie, que ses conseils ne me sortent
pas de la tête.
Demandez à M. Jaulmes s'il est facile d'entrer à Avéra?

Voilà

près de 10 mois qu'il l'essaye sans y avoir encore réus¬
cependant pas à ma place. 11 faut une énorme
patience et une grande volonté pour ne pas s'écarter des
prescriptions ministérielles, pour rester au point.
si et il n'est

Bien à

G. ALBY.

vous.

-y

—

24 novembre 1888.
Je

profite d'un petit retard du courrier pour vous certifier
je ne suis pas mort des suites de la bonne foi de Mes¬
sieurs lesTeraupistes. Nous sommes revenus tous trois sains
et saufs. Toute la responsabilité de l'événement dont vous
avez certainement été mis au courant retombe sur Teraupoo
qui y a assisté caché derrière une maison sans rien vouloir
faire pour empêcher ses soldats de nous fusiller. (Voir plus
loin la lettre du Résident à Teraupoo). Quelle chance cepen¬
dant que l'humidité du pays ait fait.rater ces 3 coups de fu¬
sil et aussi que les Tahitiens aient les jambes rapides. Tout
est bon dans ce pays-ci.
Je supplie qu'on nous laisse le temps de débrouiller enco¬
re cette question avant d'engager l'action militaire. La ma¬
rine ne pourra pas dire cependant que les civils sont des
poltrons, je les défie bien d'en faire plus que je n'ai fait.
Communiquez je vous prie cela à M. Caillet et dites-moi son
avis sur ma lettre à Teraupoo aussi, quelque longue qu'elle
J'ai changé la face des choses puisque, aujour¬
soit
d'hui, c'estTeraupoo qui est bien évidemment dans son tort
et qu'à tous ses raisonnements j'en ai de plus forts à oppo¬
ser; toutes les histoires passées tombent par ce fait qu'il
que

Société des

Études

Océaniennes

�—

183

—

suis en jeu en même temps
l'honneur de la France ; je demande un délai de 10 à 15
jours avant délaisser faire la marine. Si vous avez quelque
influence sur le Pouvoir, aidez-moi de ce côté. Pas d'embal¬
lement guerrier. Je demande encore 15 jours de liberté pour
faire tout retomber sur Teraupoo ; lui disparu, toutes causes
premières doivent, je crois, disparaître. S'il faut encore me
risquer, j'ai confiance dans celte excellente humidité qui fait
m'a sciemment laissé fusiller; je
que

rater tous les fusils.

J'ai envoyé ce matin des hommes influents à Vairahi pour
le consulter avant de fermer ma lettre. J'espère que je pour¬

calmer toute effer¬
d'un projet de retirer la dé¬
fense des Teraupistes sur ma libre entrée ; puis, délégations
des gens qui iraient chercher Tamatoa à Huahine et convo¬
queraient une réunion des 3 îles pour tâcher de s'arranger
avec les Français. Si j'avais le pavillon du protectorat dans
ma poche, quelle superbe occasion ! Enfin, si je ne puis em¬
pêcher cette réunion, je tâcherai d'y assister avec M. Gârai lui donner des assurances propres à
vescence.

J'ai entendu parler

dousteau.

Raiatea, 26 décembre 1888.
Je continue malgré tout à fréquenter Messieurs les
dissidents, je dois en avoir deux à ma table vendredi. Sous
bois, bien entendu, mais je crains qu'il ne soit difficile de

les convaincre par
par

l'estomac.

"SIIOON LEE" 2 mars 1889.

qu'à Papeete la grande ma¬
jorité des gens veut la conquête brutale, pour mettre la main
sur les terres qui ne leur appartiennent pas ; d'autres veu¬
lent un servage politique à cause des opinions possibles de
cette population ; d'autres tiennent surtout à ajouter un nou¬
veau domaine à leur direction administrative ; sans comp¬
ter les nombreuses personnes qui doivent aspirera des em¬
plois pour utiliser leur activité à vexer les contribuables;
enfin d'autres ne rêvent qu'occupation militaire. Pour être
Comme

moi,

vous savez

Pour faire un
juste, d'autres voudraient tout lâcher
budget de voies et moyens, il faut savoir, si les impôts exis¬
tants subsisteront ou non, et pour les dépenses, quelle sera

Société des

Ét\ides Océaniennes

�—

184

—

quantité de fonctionnaires anciens ou nouveaux, à émar¬
Vous savez comme moi qu'on a déjà parlé de suppri¬
mer les principales recettes; on a aussi proposé d'adjoindre
les fonctionnaires d'un ancien gouvernement à ceux d'un
nouveau, les uns devenant les "mono" des autres. Déjà les
lois locales vont être atteintes, si l'on ne crée pas une Justice
de Paix ici et si on ne transforme pas les lois locales modi¬
fiées, en règlements de police. C'est le seul moyen à mon
avis de concilier la justice due aux Européens avec les us
et coutumes du pays que l'on a solennellement promis de
la

ger.

maintenir.
Le

premier pas est fait, que sera le second ? les lois sur
ouvertement violées ici, par les Européens,

les boissons sont

qu'ypuis-je?

maximum des lois actuelles et se borner à les
appliquer aux Européens sous une forme française,
après avoir fait adopter cette forme nouvelle aux autorités
indigènes, de manière que, soit qu'elles soient appliquées à
des Européens par un juge français, soit qu'elles le soient
à des Indigènes par leurs propres juges, l'esprit des lois an¬
ciennes subsiste toujours sans obliger aux complications de
la procédure française. Conserver aussi les institutions ac¬
tuelles qui, peu à peu, pourront être mieux définies, plus li¬
mitées, mais qui ont ceci de précieux en l'état actuel, de se
suffire à elles-mêmes. Il y aura des questions de personnes
à régler, ce sera assez délicat. Payer aux rois et aux'chefs
des pensions promises, mais sur un pied très modeste. Quant
à notre administration à nous, je persiste à croire qu'avec
un Résident un peu libre en ses attributions, ayant rang suf¬
fisant pour ne pas être humilié par les divers commandants
de bâtiments qui pensent demeurer; remplissant les fonc¬
tions de juge de paix à compétence étendue, comme dans
les autres groupes; correspondant directement avec le Gou¬
verneur, comme actuellement ; chargé de toutes les fonctions
administratives ; ayant pour l'aider un secrétaire interprète,
percepteur des contributions, greffier, huissier etc... et un
instituteur, tout doit pouvoir marcher d'une manière suffi¬
Conserver le

faire

sante.

Dans chacune des autres îles, un

instituteur résident pour¬
Résident des îles.

rait suffire à tout sous la direction du

Société des

Études

Océaniennes

�—

183

—

Quant à la garnison ; un sergent et 8 hommes dont un cui¬
une ordonnance, me paraissent suffisants quand tout
sera réglé.
Le règlement de la pacification doit avoir pour corollaire
le désarmement de tous et l'exil de quelques-uns ; les terres

sinier et

jouissance en ville devraient être affec¬
des fonctionnaires français par
voie de compensation et d'échange.
En somme, je voudrais voir installer le protectorat comme
je l'ai toujours demandé, mais sans m'occuper de la ques¬
tion de drapeau qui est désormais réglée, ni de celle de pri¬
se de possession qui est aussi un fait accompli sur le papier.
dont ceux-ci ont la
tées à

assurer

16

le logement

mars

1889.

Depuis 8 semaines nous sommes sous l'eau sans être inon¬
pourtant, la mer est trop près de nous, cela pourrait in¬
fluer peut-être sur le moral des Teraupistes et sur la qualité
explosible de leur poudre. M'est avis qu'actuellement, ils ne
doivent pas avoir de quoi faire partir un coup de feu si per¬
sonne ne leur fournit de nouvelles ressources. Le "Volta"
dés

n'a pas encore paru

à l'horizon....

sujet de Huahine, peut-être, avez-vous mieux réussi
que vous ne le pensez. Le fait est que depuis votre départ
les choses y sont d'un calme inouï et cela continue jusqu'aux
dernières nouvelles que je tiens du 14 mars par le "Décrès"
Au

qui pourrait se passer à la
obtenue ; c'est du moins
l'explication que nous avons donnée à l'arrivée du "Volage"
ici. Je ne me suis plus mêlé d'aller moi-même à Huahine
pensant n'y avoir rien à faire, puisque tout allait bien. J'ai
y est allé pour surveiller ce
fameuse échéance que vous aviez

qui

le "Décrès" à qui j'avais indiqué de re¬
présence n'était pas nécessaire, a été de retour

du reste eu raison et

venir si
2

sa

jours après son départ. M.

Thibault, lui-même, pense que

nécessaire, d'ici
quelques temps, d'envoyer un gros bâtiment pour le "tapati
oroa". D'ailleurs, nous connaissons de longue date ce que
valent les échéances en ce pays-ci, ils connaissent les moyens
dilatoires, mais non les délais, aussi n'at-il été question de
rien de cela. A mon avis, ce qui a bien opéré c'est la distri¬
bution que vous avez faite à nos partisans, elle a été suivie
si celte situation continue il ne sera pas

Société des

Études

Océaniennes

�—

de celle faite par

486

—

M. Thibault aux plus gros bonnets. NoS
au moins en nous une confiance pécu¬

ainis ont donc tout

qui les fera patienter.
part, les actions de Tau et de Pirae sont en baisse7;
ils sont accusés par Apito et Afai de voler le gouvernement ;
nous avons toujours accablé de bons procédés ces gredins
influents, nous continuons. Le Commandant du "Décrès" a
presque fait cadeau a Apito d'une machine à coudre et Afai,
son îetii, a toujours table et bouteille abord, de telle sorte
que dernièrement Tau et Pirae ayant voulu faire juger le pi¬
lote Mai t i pour l'obligera partager avec la Reine les frais de
pilotage que lui paient les navires de guerre français, celuici qui a toujours été un de nos plus vilains ennemis a su se
débrouiller et répondre que la loi n'obligeait nullement les
navires de guerre français à payer le pilotage, que si on le
lui payait c'était un cadeau du commandant, donc qu'il ne
devait rien au gouvernement, tout cela était vrai. Il a été ac¬
quitté. Tau et Pirae ont donné leur démission comme M. Floquet; elles ont été refusées par le gouvernement tout comme
Sadi Carnot. Bref les revoilà à flot, mais très mécontents
et divisés. Vous voyez les conséquences possibles de ces
petites choses. Je vais recommander de soigner encore mieux
Apito et Afai, qui ont beaucoup de "fetii", et si quelques
promesses peuvent allécher ces aimables vauriens, les cho¬
ses pourront aller d'elles-mêmes avec un peu de patience.
Cela est si vrai que dans le moment Tau revient à vos pro¬
positions et qu'il tourne autour du Commandant Thibault
pour tâcher de se les faire réoffrir.
Si Teufema pouvait dégringoler comme les vieilles pom¬
mes, ce serait mieux, mon seul effort sera pour secouer
niaire

D'autre

l'arbre.
18 avril 1880.

fait pressenlir le Commandant Thibault la
qui vient d'être faite à la famille royale à
les chefs dissidents, en faveur de Teuhe, doit

Ainsi que le
triste situation

Huahine, par

susciter à brève échéance des difficultés de nature à com¬

promettre le calme et la sérénité de cette île, et diminuer sin¬
gulièrement la confiance que nos partisans peuvent avoir
dans notre

protection. Marama privé de toutes ressources

Société des

Études

Océaniennes

�par
ter

les dissidents ne consentira probablement pas à patien¬
longtemps sans recevoir de sérieuses compensations et

■des promesses formelles de
•dont il vient d'être dépouillé

rentrer bientôt dans les biens

malgré les lois du pays. Le na¬
vire chilien "Naulilus" capitaine Michaeli doit prochainement
arriver à Huahine réclamer l'exécution d'un marché d'oran¬

conclu en novembre dernier. Le capitaine Michaeli est
forte somme dont celui-ci
pensait s'acquitter en livraison d'oranges et de coprah, pro¬
duits de ses propriétés; qu'adviendra-t-il si Marama reste
ges

le créancier de Marama pour une

les mains vides?
Nos

partisans se montrent toujours fort dévoués malgré
qu'ils subissent,

la situation humiliante

R.aiatea 14 avril 1889.
A Huahine tout se

instructions

ce

de cette île,

res

gâte très sérieusement; si j'avais des

serait peut-être l'occasion de régler les

affai¬

faut-il maintenir toujours le "pas d'histoi¬

res" ?
Raiatea 28 avril 1889.
Je

crois, comme vous, qu'un règlement définitif dans cette

(Huahine) faciliterait les choses ailleurs, mais comment
règlement? La lettre de Marama au Gouverneur est typi¬
que ; devons-nous demander à nos amis de se laisser pendre
et exiler par nous ? que leur offrirons-nous en échange ? No¬
île
ce

tre
ner

reconnaissance? Il m'a fallu dans ces circonstances don¬
des ordres au "Taravao" et à la "Vire": je leur ai dit

qu'il fallait pousser la patience et l'esprit de conciliation jus¬
qu'aux extrêmes limites et qu'il fallait persuader encore
Marama de compter sur nous en prenant patience. Il n'y
croit plus, ce pauvre Marama, traqué par son créancier Mi¬
chaeli. d'un côté et de l'autre par nos ennemis qui le dépouil¬
lent de tous ses biens ; que feriez-vous à sa place ? Il expli¬
que ses griefs tout au long au Gouvernement et il finit en di¬
sant qu'il craint de ne pouvoir supporter davantage cette si¬
tuation. Evidemment notre pavillon, n'aura rien à craindre
dans la bagarre, s'il y en a une, mais croyez-vous loyal, po¬
litique, même, de laisser ainsi succomber nos partisans ; la
seule voie à prendre pour eux serait alors de se ranger con¬
tre nous ; -c'est à ce moment-là que notre pavillon ne sera

Société des

Études Océaniennes

�—

188

—

plus à l'aise. Patiiti l'a dit lui-même carrément, il y a long¬
temps. Sur nos instances il s'est placé de nos côtés parcequ'il dit que le pavillon doit être celui du plus fort, et qu'il
nous croit les plus forts : mais le jour où cette apparence se¬
ra contre nous il sera tout prêt à renverser ce qu'il soutient
aujourd'hui. Tout ceci est du raisonnement qui peut être dé¬
menti par les faits, mais, dire que toute notre politique re¬
pose sur de si fragiles éventualités, c'est la juger. Il suffira
que quelques mauvais drôles veuillent empêcher Mararna de
recueillir ses cocos, pour les remettre à Michaeli en paie¬
ment de ce qu'il doit, pour que tout éclate. Et notez bien que
les chefs réunis ont décidé officiellement d'empêcher Mara¬
rna de prendre ses produits: ils sont retenus par une crainteinstinctive. La "Vire" est là pour faire durer cette période de
timidité aussi longtemps que possible.
A Tahaa, les Teraupistes progressent lentement, ils ont
reconstruit à neuf leur fort sous notre nez ; dans 5 jours ils
en fêteront la nouvelle inauguration sous nos yeux ; celui
qui hisse le pavillon de Teraupoo tous les jours à portée de
fusil de notre installation, a déjà réclamé des appointements
au gouvernement de Tahaa. J'ai dit de l'envoyer promener,
le fera-t-on ? Je ne serais point surpris que nos amis, par
prudence, ne payent des deux côtés, que puis-je faire? Les
Teraupistes se moquent toujours de nous, ils plantent leurs
taros, cueillent les cocos de nos partisans et les vendent; en.
attendant nous n'avons pas le droit d'entrer dans la "Farebau" neuve parce que ces Messieurs ne le veulent pas, ils
circulent en ville tant qu'ils veulent mais si l'un des nôtres va.
à Avéra il est menacé de recevoir des coups de fusil ; l'ab¬
surde est

sans

limite.

Le 26 mai 1889.

Pour poursuivre, jusqu'au bout, mon
administration des Iles Sous-le-Vent,

idée sur la meilleureje reviendrai encoresur la théorie du protectorat puisque vous admettez, commemoi, que mieux vaudrait encore un protectorat sous notre
pavillon que pas de protectorat du tout ; l'essentiel est derayer absolument le mot d'annexion de nos papiers parceque, s'il est vrai que tant valent les hommes, tant valent les
institutions, il n'est pas moins vrai qu'en administration, les.

Société des

Études

Océaniennes

�—

189

—

importent souvent plus que les choses. Lorsqu'il aura
considérant suffisamment
net, clair, et précis, que les îles continueront à jouir de leur
autonomie en tout ce qui concerne les affaires indigènes,
que les lois, les us et coutumes du pays, seront maintenus
comme par le passé, l'action du Résident de France devra
se borner au maintien de la tranquillité publique, à la direc¬
tion des affaires en tout ce qui concerne les habitants non
indigènes et les relations extérieures, à l'exercice de la jus¬
tice conformément, aux lois communes locales, en tout ce qui
touche les différends entre indigènes et non indigènes. L'in¬
fluence du Résident devra aussi se borner au développement
progressif de la civilisation par le bon exemple et la recti¬
tude de ses bons procédés, de manière à établir chez les In¬
digènes le bon renom de la France, en évitant tout acte ar¬
bitraire ou contraire aux mœurs du pays. Gela dit, officielle¬
ment., dans une note dont la fin ne démentira pas le début,
vaudrait mieux que toutes les institutions possibles. Seule¬
ment, croyez-vous qu'une administration quelconque aura
le courage de supprimer officiellement ce mot annexion qui
flatte les amours-propres et donne beaucoup à croire aux
ignorants ?
Quel est le fonctionnaire qui osera laisser supposer aux
badauds qu'en protégeant au lieu d'annexer, il va diminuer
mots

été établi officiellement avec un

le "territoire national". L'influence des mots est immense,
c'est pour cela que je ne saurais
crois le plus efficace en ce sens.

trop insister sur ce que je

Supprimer le mot annexion du vocabulaire à l'usage des
remplacer par celui de Protectorat, le
reste ira de soi, en limitant le fonctionnarisme à un Résident
Iles Sous-le-Vent, le
et à des instituteurs

faisant fonction de sous-administrateurs.

point d'interrogation à côté du mot, sousadministrateurs, que j'emploie à dessein, parce qu'il me sem¬
ble nécessaire que les situations soient bien nettement dé¬
finies. 11 importe, en effet, que les uns n'empiètent pas sur
la besogne des autres, autrement c'est le gâchis seul qui
peut en résulter. L'instituteur doit être dans son école et dans
son action morale sur le public absolument libre.
Le Résident qui voudrait se mêler de ces choses-là serait
un sot, mais au point de vue politique et administratif, quelVous mettez un

Société des

Études Océaniennes

�—

î 90

—

restreint que soit ce dernier, il doit y avoir unité de di¬
rection, c'est pour cela que l'instituteur qui devra nécessai-

que
•

rement avoir

une

dans l'île où il

certaine action politique et administrative
le seul représentant constant delà Fran¬

sera

ce, devra, sous ce rapport, être placé sous les ordres du Ré¬
sident, qui seul, assure l'exercice de la justice à l'égard des

étrangers.
Si vous voulez savoir le fond de ma pensée sur ce chapi¬
tre, qui doit vous intéresser, je vous dirai qu'il me semble
difficile que l'on puisse trouver des instituteurs, surtout par¬
mi les

jeunes, qui puissent avoir des aptitudes suffisantes
régler les affaires commerciales et politiques dans ce
pays-ci.

pour

Par la nature même de son

éducation,

un

instituteur doit

quelque peu autoritaire ; c'est une des qualités de sa
profession ; il doit se faire obéir de ses élèves et en obtenir
une confiance passive ; ses opinions ne peuvent être discu¬
tées ; elles doivent au contraire être fortement affirmées
sans qu'aucun doute puisse naître dans les jeunes esprits
qu'il a à former. Tout autre doit être le procédé administra¬
tif dans ce pavs-ci, où il ne peut vivre que par la persuasion,
la discussion très souvent inutile, par les transactions de
simple opportunité et sans avoir trop confiance en son infailli¬
bilité ; il y faut aussi une certaine habitude des affaires com¬
merciales qui sont les plus importantes avec les étrangers
et quelque fréquentation des affaires budgétaires.
Peu importe le titre qui sera donné: sous-administrateur,
sous-résident ou autre, l'essentiel est que la démarcation
soit bien établie. Ceci est une conviction à laquelle je tiens.
L'instituteur et le résident doivent marcher côte à côte, mais
le résident doit toujours tenir la droite.
Dans ce moment, les lois indigènes sont en vigueur vis-àvis des indigènes et des étrangers etles choses peuvent con¬
tinuer ainsi sans obstacles ; le seul qui soit sur ma route est
l'impossibilité de soumettre au même régime la garnison et
la flotte qui profitent largement de cette situation et me for¬
cent à de petits compromis dont profitent aussi les indigènes,
leur esprit égalifaire ne pouvant admettre qu'il y ait deux
façons de faire; ce qui est vrai pour les uns devant l'être
aussi pour les autres, Patience, le temps viendra, je l'espè¬
re, où cet obstacle disparaîtra.
être

Société des

Études

Océaniennes

�-P91

-

Tout reste calme ici, comme devant ; Tamatoa, qui
d'après la rumeur publique avait été envoyé par le Gouver¬
neur à Avéra pour amener un accomodement est reparti ven¬
15

séjour de
très bien
Tout le monde raconte sa dé¬
dit-on, la fameuse phrase de

Pluahine tout à fait bredouille, après un
jours chez Teraupoo, où il avait été cependant

dredi pour

reçu, en

véritable roi du pays.

confiture, il s'est fait répéter
l'orateur de Raiatea que « Raiatea ne
vomissements
c'est la

».

Je ne garantis pas

retournerait pas à ses
l'authenticité du texte,

chronique qui le dit.
toujours avec un point d'interro¬

Cette situation demeure

gation à solutionner. Il est parfaitement avéré qu'une bonne
partie de la population d'Avera en a assez de tout cela et
voudrait en finir, mais une crainte incompréhensible les re¬
tient. "Matau noa" est le refrain de tous ceux qui viennent
ici, ils craignent tout, les "pirifarani", les soldats, les canons
du "Volta", le résident, leurs propres gardiens, leurs chefs
etsurtout, je crois, cette poignée de cinq ou six individus qui
ont tout intérêt à maintenir les choses en l'état, ils craignent
perdre les titres dont ils sont affublés.
matin le chef des Cent de Tevaitoa, chez Mehao
vahine, pendant une heure. Sur tous les points je lui ai dé¬
montré l'erreur où ils étaient; je lui ai affirmé notre intention,
notre conduite pacifique ; je lui ai demandé si depuis 6 mois
que je suis ici ils avaient quelque chose à me reprocher, si
leurs lois n'étaient pas appliquées, leurs habitudes respec¬
tées, leur liberté absolument garantie. La réponse est tou¬
jours la même: "oui, parau mau, oia mau, nous sommes
ignorants, le monde sait que tu ne veux pas de mal aux Taliitiens, nous sommes contents de toi etc... mais nous restons
là". Pourquoi? Parce que. Je lui ai démontré à lui, chef de
troupe, que leurs forces étaient nulles, que je savais très
bien qu'ils n'avaient pas chacun plus de 10 cartouches à brû¬
ler, que nous pouvions tous les écraser par le nombre si nous
voulions, et toujours: "c'est vrai la guerre serait une mau¬
vaise chose, nous sommes des ignorants, tu es un homme ! ".
Il retourne demain chez lui, il paiera une amende de 3 ou
4 piastres pour être venu et cela continuera.... jusqu'à ce
surtout de
J'ai

vu ce

Société des

Études

Océaniennes

�—

192

—

qu'ils changent d'idées ; cela peut arriver quand on s'y atten¬
dra le moins.
15 novembre 1889.

Savez-vous

queTiaîariu n'est plus avecTeraupoo ? Il était

il y a 9 jours à la limite
ville. Prévenu immédiatement,
venu

voyant des boîtes de conserve ;
ses contre promesses ; puis sur

de la barrière actuelle de la
je suis allé le voir en lui en¬
longue conférence ; promes¬
mes indications tous nos par¬

dimanche, gontlé peutaccueil, il veut le prendre de haut avec moi, di¬
sant que mes promesses devaient se réaliser avant qu'il se
décide à chercherl'exécution des siennes. Je remets à la pla¬
tisans sont allés le voir. Le lendemain
être de cet

qui convient, un tel animal ; il repart à Avéra, il y est ju¬
gé, condamné à l'exil et déporté à Huahine depuis jeudi der¬

ce

nier pour

avoir reçu les présents d'Artaxerxès. 11 sollicite

ses amis de la ville une place à nos loyers.
disposé à le recevoir, ce sera une triste acquisi¬
tion pour nous. Il est en moins à Avéra, c'est l'essentiel.
Je ne perds pas courage tout en n'ayant plus confiance que
dans les hasards des bizarreries indigènes.

actuellement de

Je suis tout

Quanta oublier que nous avons à droite Tevaitoa et à gau¬
che Avéra, qu'à Huahine les choses peuventpour desimpies
vétilles tourner au tragique je ne puis pas l'oublier. J'aurai,
le veut, une patience à toute épreuve et j'en gar¬
responsabilité tout entière, mais je ne perds pas
de vue que ma place ici, peu intéressante, peut devenir à un
moment quelconque un poste d'honneur, et je tiens à ne pas

comme on

derai la

y manquer.

Ici, tout continue à être tranquille, Tavana va être décoré;
le malheureux avait

pris la veille une cuite si forte que je ne

communiqué la nouvelle, ce sont des pro¬
Quant aux questions royales, le meilleur est
qu'elles tombent dans l'oubli, aucun roi ou reine n'est ca¬
pable de dénouer la situation actuelle.
lui ai pas encore
cédés royaux.

La

cheiresseTeururia de Tevaitoa est devenue notre enne¬

mie par

le seul fait de la prise de possession du titre de chefêtre autrement, ces gens

fesse à Tevaitoa, il ne peut pas en
là

ne

seront " fiu " que

lorsqu'il leur tombera quelques obus

Société des

Études Océaniennes

�—

193

—

sur le dos, à moins que les hasards des circonstances n'ar¬
rangent tout, ce qui peut arriver.

**#
Lettre adressée par Mr G.Alby, Résident aux Iles Sousle-Vent à Teraupoo à Avéra, à la suite des événements men¬
tionnés dans sa lettre du 24 novembre 1888.
Le Résident des Iles Sous-le-Vent.
à

Teraupoo à Avéra.

Hier, jeudi 22. Novembre à cinq he,ures, je me suis rendu
vous à Avéra, pour entrer en relations, amicales avec
vous, bien que jusqu'à présent vous ne soyez pas encore venu
me saluer, comme l'ont fait les autres chefs des districts de
chez

Raiatea et de Tahaa.
Vous connaissiez très bien, vous et

les vôtres, mes inten¬

pacifiques et conciliantes. Depuis deux mois, je les affir¬
me à tout le monde et je les ai spécialement expliquées aux
gens d'Avera qui venaient librement et sans être inquiétés
faire leurs affaires à la ville. Vous saviez très bien que dans
ma propre maison, loin du fort qui vous effraye, j'ai reçu avec
amitié tous ceux des vôtres qui se sont présentés, que je
leur ai offert l'hospitalité, que ceux même qui passaient pour
nos plus acharnés ennemis, ont mangé à ma table, ont dor¬
mi sous le môme toit que moi et sont retournés à Avéra sans
que je leur aie dit d'autres paroles que des paroles de paix,
tions

habiter la ville, en oubliant tous les trou
passés et leur promettant même d'indemniser ceux dont

les invitant à revenir

bles

les maisons avaient été brûlées avant mon

C'est dans

ces

arrivée.

circonstances, sachant que ce jour-là vous

convoqué à une " apooraa " les gens de Tevaitoa et
de Tahaa pour délibérer sur la conduite que vous deviez
suivre à mon égard, et voulant vous éclairer moi-même dans
aviez

ceux

vos

résolutions, que je suis

allé seul

au

milieu de vous, en

pirogue, accompagné d'un homme de Raiatea pour ramer, et
aviez déjà reçue, il y a peu de jours

d'une femme que vous
comme votre amie.

voyant arriver, calme et sans défense, vous avez fui.
prière, et
l'ai écoutée respectueusement avec ceux qui y étaient. J'ai saEn

me

Je suis entré dans votre maison ou l'on faisait la

Sôciété des

Études

Océaniennes

�—

1§4

—

vahine en lui disant que je venais en ami; elle
répondu que vous étiez absent depuis quatre jours, ce
qui était faux puisque vous étiez caché pendant ce temps der¬
lué Teraupoo
m'a

rière la maison.
Vos gens, vos soldats, se sont alors précipités sur leurs ar¬
et m'ont couché en joue ainsi que les deux personnes

mes

qui étaient avec moi. Teraupoo vahine qui pou¬
s'éloignant pas, m'a laissé seul
et un de vos soldats est venu me dire que puisque Teraupoo
n'était pas là je n'avais qu'à partir. Je lui ai répondu en lui
disant le but pacifique de ma visite, mais que, puisque la po¬
pulation d'Avera me recevait aussi mal et que Teraupoo ne
voulait pas me voir, j'allais m'en retourner.
inoffensives

vait alors

J'ai

me sauver en ne

appelé alors Teriifatau pour me reconduire dans mapi-

rogue; vous l'avez retenu prisonnier et en même temps un
homme lui a tiré un coup de fusil, et comme je me dirigeais

tranquillement avec la femme qui m'accompagnait pour re¬
pirogue, vos soldats ont encore tiré deux coups
nous. Deux hommes courageux alors se sont pré¬
cipités dans ma pirogue et j'ai dû entrer dans l'eau pour y
gagner ma
de fusil sur

monter moi-même.

Vos soldats allaient continuer à tirer sur

nous

s'ils n'a¬

vaient craint de blesser Tehaumarua etOhua

qui nous con¬
duisaient. Près de cent personnes étaient sur le rivage pour
voir ces choses. Le représentant de la France n'a du son sa¬
lut, chez vous, qu'à Dieu qui a fait rater vos fusils.
Cette conduite abominable n'a d'exemple que chez les peu¬
ples les plus féroces etindignes de toute pitié; elle attirerait
certainement sur vos têtes les plus terribles représailles si
je ne tenais à vous montrer une fois de plus, comment une
grande nation comme la France peut prendre en pitié un pe¬
tit peuple qu'elle protège depuis longtemps.
Cette odieuse tentative de massacre vous sera pardonnée
si vous montrez votre regret de l'avoir laissée commeltre.
Si vous venez, vous Teraupoo qui êtes le chef de tous nos
ennemis et tous les principaux personnages qui vous entou¬
rent, demander pardon de votre crime et réclamer l'indul¬
gence de la France, en vous engageant à faire cesser immé¬
diatement l'état de division que vous avez

Société des

Études Océaniennes

créé à Raiatea.

�Vous pouvez
il

ne vous sera

venir sans aucune crainte, vous serez libre et
fait aucun mal, je vous le garantis formelle¬

ment.
Le Gouvernement

deRaiatea et

ses

lois seront

encore res¬

pectées bien que vous soyez le premier à les avoir violées.
Je veux bien vous le dire encore en ami, réfléchissez et ve¬
nez le plus tôt possible me porter votre réponse, c'est le seul
bon conseil que je puisse encore vous donner.
G. ALBY.

Société des

Études

Océaniennes

�—

196

—

ETUDE SUR LISIANSKI
ILES

MARQUISES.

—

(2" partie)

—

suite et fin.

(Traduit de l'anglais par le Capitaine de Corvette J. COTTEZ).
qu'au cours de la relation des événe¬
naturel, j'aie peut-être réussi à
donner un assez bon aperçu des îles que nous quittions, ou
de leurs habitants, je dois cependant ajouter certains détails,
pour rendre cette peinture encore plus complète.
Les anciennes îles Marquises, dont j'ai déjà cité les noms
antérieurement sont au nombre de cinq. Eiles s'étendent
d'après les observations que j'ai faites de 138°18' à 138" 55^
Ouest en longitude (1) et de 9°23' à 10"30' Sud en latitude.
Mai 1804.— Bien

ments narrés dans leur ordre

Marquises sont de même au nombre de
et elles sont appelées par leurs habitants Ooaboa qui
est 1 île Trévannion ; Ooahoonha qui est l'île Riou, Noocahiva
qui est 1 île Martin ; enfin Iliaoo, et Fatooia qui sont les îles
Roberts. Les trois premières occupent environ 35 milles en
latitude et quarante en longitude: elles furent découvertes
en 1791 par Mr Ingram des Etats-Unis,
dans son voyage
d'Amérique à la recherche des fourrures, et furent baptisées
par lui du nom de l'immortel Washington. M'étant arrêté
seulement à l'île Noocahiva, je ne peux rien dire des autres
îles, si ce n'est qu'elles sont hautes et escarpées.
Les nouvelles îles

cinq

;

Cependant j'ai été frappé par cette singularité qu'aucune
une forme conique, mais qu'elles s'élèvent,
de la nier presque perpendiculairement. L'île de Noocahiva
d'après moi est la plus grande de tout le groupe. En ayant
presque fait le tour, je peux m'aventurer à dire qu'il n'y a
aucun danger à ranger ses côtes de très près, à la voile.

d'entre elles n'a

d'un aspect peu plaisant
cette baie me semble ou¬
verte aux vents de la partie Est. qui dans cette région du
monde soufflent presque continuellement. Au Sud sont, trois
baies : la première appelée Iloumé est située près de la
Sur la côte Est, qui est haute et
voit la baie appelée Hotisheve :

on

l) Greenwiçh.

Société des

Études Océaniennes

�—

pointe S.E.
un

197

—

la seconde Jegawé, à la pointe Sud-Ouest avec
mouillage, comme je l'ai déjà fait remarquer,
troisième Tayohaia, à peu près à mi-chemin entre les
;

excellent

et la

deux autres.
Cette dernière offre également un bon mouillage
étant entourée de hautes terres, est sujette à de fortes
les : contre celles-ci un navire doit être en garde quand

mais,
rafa¬
il est
ancré; il doit aussi veiller à être toujours bien mouillé. En

entrant

ou en

sortant, les ancres et les embarcations doivent

être

parées, en cas de changement de vent ou de calme.
Quand les îlots de Mitao et de Mootonove - (ils se trouvent
à l'entrée de la baie, si près de terre qu'ils peuvent être dif¬
ficilement distingués à une certaine distance; je les situe
d'après mes observations par 139° 40' Ouest et 8° 56' Sud)sont en vue, faites route sur le premier et doublez-le, quand
il est à une distance de quarante brasses, point où vous trou¬
verez encore vingt-sept brasses d'eau. En sortant, le navire
doit ranger la côte Est., en raison des vents, qui en mer souf¬
flent toujours de l'Est. Le meilleur mouillage dans cette baie,
compte tenu des courants est sous la pointe S.E., par des
fonds de douze brasses. Ayant mouillé assez près de l'autre
côte, j'étais obligé de faire parer mes câbles tous les jours,
car le navire
évitait continuellement.. Cependant cet en¬
droit est le plus sûr, si le navire vient à chasser sur ses an¬
cres, dans une rafale tombant des montagnes, comme cela
est arrivé une fois à un Américain, parce qu'il peut appareil¬
ler aisément avec ses focs seuls. Bien que le ravitaillement
en eau ne soit pas pratique dans la baie de
Tayohaia, cepen¬
dant avec l'assistance des indigènes, une embarcation peut
être remplie en moins de deux heures, car les barriques de¬
mandent seulement à être mises à l'eau pour être remplies,
et les insulaires sont expéditifs pour couper sur la plage du
bois à brûler; pour ce dérangement, un petit morceau de
fer par homme, est une récompense suffisante. Il est néces¬
saire toutefois, pendant que la corvée se fait qu'un ou deux
hommes de l'équipage soient de garde, autrement beaucoup
de choses pourraient être perdues car les indigènes sont dé¬
nués de tout scrupule et feraient même sauter les cercles de
fer des barriques pendant c|u'ils les
roulent dans la mer. Upe

Société des

Études

Océaniennes

�—

198

—

décharge de mousquet suffit cependant à terrifier les plus
entreprenants.
Notre court séjour sur celte île et notre ignorance de la
langue des indigènes auraient rendu nos informations très
incomplètes si nous n'avions eu la chance de rencontrer R.oberts qui semblait avoir été envoyé providentiellement à no¬
tre secours. Ce personnage

était un matelot anglais déser¬

longtemps résidé dans l'île. Il avait épousé une
parente du roi et était traité en conséquence avec grand res¬
pect par ses nouveaux compatriotes dont il semblait parler
couramment le langage. De cet Anglais je recueillis beau¬
coup des particularités que je vais relater.
Noocahiva, comme toutes les autres îles de ce groupe, est
gouvernée par un certain nombre de chefs, chacun est indé¬
pendant des autres et possède un district séparé et des su¬
jets différents. Ces chefs ou rois sont presque toujours en
guerre les uns avec les autres. Quoique leur dignité royale
soit, d'après l'apparence extérieure, plus fictive que réelle,
ils jouissent cependant de grands privilèges. Ils possèdent
de grands domaines et sont très respectés par le peuple. Au
moment de la récolte des fruits ils ont droit au quart des
teur et avait

produits des terres de leurs sujets : et dans les autres sai¬
à une part proportionnée aux circonstances. Leur di¬
gnité leur échoit par droit de succession héréditaire. Ils peu¬
vent. déclarer la guerre sans consulter leur peuple et ont
quelquefois une manière heureuse de faire la paix : par exem¬
ple après une guerre qui avait duré un long temps aussi bien
sur mer que sur terre entre les chefs de la baie de Tayohaïa
et deux autres chefs de baies voisines, le frère du roi de

sons

Tayohaïa épousa la fille de l'un d'eux ; et son fils, la fille de
l'autre chef : et la conséquence de ces mariages fut la sus¬
pension des hostilités sur mer; avec cette condition que si
les deux princesses finissaient leurs jours en harmonie et
bonheur avec leurs époux, il en résulterait une paix perpé¬
tuelle sur terre et sur mer entre les trois nations. Combien
serait-il heureux, pour l'humanité, combien de sang inno¬
cent serait-il épargné, si tous les hommes du monde voulaient
par de simples alliances instaurer le règne de la paix ! Mais
hélas, les unions entre les rois ne sont pas, en général, des
garanties de sécurité pour leurs nations respectives.

Société des

Études

Océaniennes

�199

—

—

jusqu'à présent rien dit des lois et des religions
ni les uns ni les autres n'avaient
d'existence dans le pays. Avec les particuliers comme avec
les chefs, la loi du droit semble être la loi de la force ; et
même la violence, le vol et le meurtre n'ont comme punition
que ce que la vengeance personnelle peut dicter. Pour la re¬
ligion, bien qu'il y ait des prêtres parmi eux, nous n'avons
jamais découvert le moindre signe d'adoration. Quand une
personne meurt, le cadavre est immédiatement lavé, et ex¬
posé sur une planche au milieu de la maison, et ses parents
et amis s'assemblent en signe de deuil : en cette occasion ils
pleurent abondamment et écorchent leur corps avec des os
pointus ou des coquilles. Quelquefois cet hommage rendu
au mort consiste en une scène de cris et de rires alternés : ces
différents mouvements se succèdent immédiatement, com¬
me je l'ai souvent constaté chez les sauvages.
Ainsi, au départ d'un coup de canon, bien qu'ils soient
presque mortellement terrifiés, un éclat de rire succède pres¬
que instantanément à leur frayeur. La cérémonie du lavage
et des pleurs terminée, le cadavre est porté au cimetière, où
il demeure exposé sur une plateforme de bois : on le laisse
se désagréger à l'air libre. En guerre, les corps des morts
sont toujours enterrés, par peur qu'ils ne tombent.entre les
mains des ennemis, rien n'étant aussi humiliant pour un
Marquisien que de voir un crâne de l'un des siens attaché au
pied d'un individu d'une tribu ennemie, qui proclame ainsi
sa victoire, si tant est qu'il y réussisse.
Les honneurs les plus barbares sont rendus ici aux prê¬
tres. Roberts m'assura qu'à la .mort d'un prêtre trois hom¬
mes doivent être sacrifiés: deux d'entre eux sont pendus au
cimetière, tandis que le troisième est coupé en morceaux
et mangé par les visiteurs: tout est dévoré sauf la tête qui
est placée sur une des idoles. Quand la chair des deux pre¬
miers a disparu les os qui restent sont brûlés. La coutume du
pays veut que les hommes destinés aux sacrifices appartien¬
nent à quelque tribu voisine et en conséquence ils sont gé¬
néralement volés. Ceci occasionne des guerres de six et quel¬
quefois douze mois : leur durée cependant dépend du plus
proche parent du prêtre : celui-ci, dès qu'il a connaissance
de cette mort, se retire dans un lieu "taboo", Et tant qu'il ne
Je n'ai

établies

:

il m'a semblé que

Société des

Études Océaniennes

�—

se

200

—

décide pas à en sortir, le sang des deux
de couler. Pendant sa retraite il est

ser

partis ne doit ces¬
approvisionné de

qui peut lui être utile, la chair humaine n'étant pas
exceptée.
Des voyageurs plus anciens ont affirmé que les Marquisiens, hommes et femmes, n'ont pas de liens individuels
mais cohabitent dans la plus étroite promiscuité, d'après
l'inclination qui peut les y pousser. Ceci cependant est une
erreur: l'état de mariage est considéré comme aussi sacré
parmi eux, que chez n'importe quel peuple non civilisé. Il
est vrai cependant que des pères nous offrirent leurs filles
et des maris leurs femmes: mais ce fait provenait de leur
désir de posséder du fer ou d'autres articles européens, qui
d'après eux, étaient sans prix. Ceci mis à part, la jalousie
est si puissante chez les hommes que sur le plus léger soup¬
çon d'infidélité ils punissent leurs femmes avec sévérité.
Bien qu'il n'y ait ici aucune loi contre l'adultère, pas plus
que contre tout autre crime, il existe une coutume si géné¬
ralement respectée que celle-ci en certains cas remplace la
loi: si un mari apprend que sa femme lui a été infidèle il
peut essayer de séduire la femme de l'adultère et venger son
honneur en la possédant. La seule cérémonie relative au ma¬
riage qui ait lieu aux Marquises est la suivante : si un jeune
homme devient amoureux d'une jeune fille, il essaie de pren¬
dre possession de sa personne, ou s'il n'y réussit pas, va im¬
médiatement la réclamer aux parents : et si ceux-ci consen¬
tent il vient habiter avec eux. Les jeunes amoureux vivent
ensemble un moment, dans la plus stricte intimité ; et si à la
lin de cette période ils sont encore attachés l'un à l'autre le
mariage est conclu par leur départ de la maison paternelle
et leur installation dans une maison personnelle.
Dans les riches familles, chaque femme a deux maris, dont
l'un peut être appelé le mari auxiliaire. Ce dernier quand le
mari est à la maison n'est rien de plus que le principal do¬
mestique de la maison ; mais en cas d'absence il exerce tous
les droits conjugaux et est obligé d'accompagner sa maîtresse
partout où elle va. Il arrive quelquefois que le partenaire su¬
balterne est choisi après le mariage ; mais en général deux
hommes se présentent à la même femme qui, si elle admet
leur demande, prend l'un pour époux en pied et l'autre
tout ce

Société des

Études

Océaniennes

�—

comme

201

auxiliaire; l'auxiliaire

—

est

généralement pauvre,

mais beau et bien fait.

ici un malheur si une femme s'alite pour ac¬
jour même de son mariage : l'enfant est encore
légitime: en effet il n'y a rien de connu comme illégitime.
Les divorces s'accomplissent avec aussi peu de cérémonie
que les rites nuptiaux sont célébrés.
Un homme peut prendre une autre femme, et une femme
un autre époux, chaque fois qu'ils trouvent mutuellement
convenable d'agir ainsi. Bien qu'il soit interdit aux proches
parents de se marier entre eux il arrive cependant parfois
qu'un père vive avec sa fille, et un frère avec sa sœur. Quel¬
ques années auparavant le cas se produisit d'une mère co¬
habitant avec son fils, mais ce fait était cité avec horeur ; ce
qui montre que même chez les sauvages les droits de la ma¬
ternité sont respectés au dessus de tous les autres. A la
naissance d'un enfant, une cérémonie est pratiquée pour
trancher le cordon ombilical : et jusqu'à ce que cela soit fait
personne ne peut entrer ou sortir de la maison dans laquelle
se trouve l'enfant. Toutes les interdictions sont ici signifiées
Ce n'est pas

coucher le

le mot "taboo" lequel se divise en "taboo" du roi et en
très strictement observé par la
cependant le violent quelquefois.
Chaque habitant de l'île peut posséder des propriétés par
succession ou par d'autres moyens. Ici il y a des riches et
par

"taboo" des prêtres et est
communauté : les puissants

Les riches ont des plantations, des maisons,
pirogues; les pauvres n'ont rien et passent leur temps
comme leurs semblables dans le reste du monde. Toutes les
habitations sont bâties de la même manière et ressemblent
à des résidences d'été, comme je l'ai déjà fait observer dans
ma description de la maison du roi. J'ai admiré la propreté
de l'intérieur de ces petites maisons. Les riches ont des bâ¬
timents séparés pour les salles à manger, dans des occasions
particulières, où les femmes ne sont pas admises. Et si
stricte est cette interdiction qu'elles n'osent même pas pas¬
ser près de ces pièces. La gloutonnerie égoïste des hommes
qui veulent priver l'autre sexe du plaisir de manger de la
viande de cochon se trouve, je crois, à l'origine de cette cou¬
des pauvres.

des

tume.

A côté de leurs

magasins à provisions les riches ont de

Société des

Études Océaniennes

�—

202

—

petits jardins, ou plutôt des enclos autour de leurs maisons,
plantés d'arbres, dont l'écorne sert à faire une sorte d'étoffe.
Les magasins sont simplement des trous profonds creusés
dans le sol et couverts de feuilles, d'argile et de sable. Les
maisons ne possèdent pas de cuisine. La nourriture est pré¬
parée n'importe où près de l'habitation, à l'air libre, de la
même manière que dans les autres îles de ces mers, et ainsi
que de nombreux navigateurs l'ont déjà décrit.
Mes essais pour déterminer avec certitude la population
de l'île restèrent vains : en comparant cependant les asser¬
tions de Roberts avec ce que je pus observer par moi-même,
je jugeai que le côté Sud de l'île contenait environ quatre
mille habitants.
Les

indigènes forment une population belle et bien faite,
en particulier sont grands et bien charpentés.
Le peuple est de teinte foncée, avec des cheveux raides et
noirs. La noblesse est beaucoup plus belle.
Le tatouage est si fort à la mode ici qu'on ne rencontre pas
un individu qui n'en possède quelques marques. Plusieurs
les hommes

étaient tout couverts de dessins variés, dont certains témoi¬

gnaient de beaucoup de goût. Le roi cependant dépassait
tous ses sujets dans cette sorte d'embellissement. Son corps
était si complètement tatoué, qu'à peine pouvait-on découvrir
un petit bout de peau ayant conservé sa teinte naturelle. Un
tatouage aussi parfait nécessite une grande dépense, car les
maîtres de cet art comptent être largement payés pour leur
travail. La pratique du tatouage me parut au premier abord
extrêmement ridicule, mais quand j'y fus accoutumé, je con¬
sidérais ceux qui en possédaient le plus comme les plus
élégants. Il est étonnant que les femmes, qui dans tous les
pays sont si désireuses d'embellir leur personne ne se ta¬
touent pas ici, si ce n'est avec quelques lignes, sur les lè¬
vres, autour du lobe de l'oreille et sur les mains.
Ce peuple porte à peine de vêtements. Les hommes ont
quelquefois une sorte de serviette autour du buste, mais en
général ils vont à peu près nus. M. Langsdorff a dit que la
circoncision est générale parmi eux. Si éloigné que cela soit
de ce cas, j'ai observé des exemples de prépuces tirés sur
le gland et attachés par une ficelle dont les bouts pendaient
de près de quatre pouces. A cette ficelle une grande valeur

Société des

Études

Océaniennes

�—

203

—

paraissait attachée : car il arriva que le père du roi, en ve¬
bord, eut la malchance de la perdre et son anxiété à
cette occasion fut extrême. Lorsqu'il grimpa sur la coupée
il couvrait soigneusement la partie nue avec ses mains et
faisait les signes les plus vifs pour obtenir un fil de caret:
jusqu'à ce qu'il l'ait reçu et ait remis les choses en étal, il
apparût comme incapable d'agir, depuis le moment où l'ac¬
cident s'était produit.
nant à

habitants, il est
qu'ils soient cannibales.
Roberts cependant m'assura que les corps des prisonniers
pris à la guerre étaient complètement mangés, à l'exception
des crânes qui étaient conservés comme trophées. Nous
achetâmes plusieurs de ces crânes, payant un couteau pour
chacun; mais ni leur conservation comme trophée, ni leur
vente ne prouvent le canibalisme: comme les autres sau¬
vages ils peuvent couper la tète de leurs ennemis vaincus,
sans avoir l'idée de manger leur chair.
Les Marquisiens font la guerre à la fois par terre et par
mer. Leurs armes consistent en lourdes massues, en lances
et en uninstrumentenformede petit aviron. Les massues ont
4 pieds 9 pouces de long avec une tète plate et large qui est
généralement ornée de différents dessins. La longueur de
l'aviron est de 6 pieds et les lances ont de onze à treize pieds.
En considération du caractère doux des

difficile de croire

A côté de

ces armes

formidables, les insulaires ont l'art de

faites en fibres de noix
de courage, ils ne com¬
battent jamais ouvertement. Ils sont très effrayés par les ar¬
mes à feu, dont ils ont appris à connaître la puissance quel¬
que temps auparavant, lorsqu'un navire américain fit une
décharge qui tua un membre de la famille royale, alors qu'il
circulait à la nage avec un grand nombre de ses compatriotes.
pierres avec des frondes
Bien que ne manquant pas

lancer des
de

coco.

des insulaires
fruit d'arbre à pain à bord, qui frappa le capitaine,

Les circonstances étaient les suivantes: l'un

lança

un

lequel se promenait sur la dunette. La sentinelle voyant cela
déchargea instantanément son mousquet et, manquant le cou¬
pable, tua malheureusement un frère du roi. Cet événement
produisit un tel effet que la vue seule des armes à feu est
suffisante pour maintenir dans la crainte l'île entière.
La simplicité de ce peuple est étonnante. Leurs actions

Société des

Études

Océaniennes

�semblent le résultat de l'instinct, plutôt que

celui du sens

qui leur fait commettre des fautes, nuisibles
même à eux-mêmes. Le vol est si commun parmi eux que
rien n'est en sécurité absolue dans leurs maisons, spéciale¬
ment en période de disette. Roberts m'assure que l'île abon¬
derait en cochons, si les jeunes n'étaient volés et mangés
aussitôt pour faire disparaître toute preuve du larcin. Je puis
aisément accorder créance à cette propension au vol quand
commun; ce

je me rapelle que le frère du roi lui-même me déroba un pain
de sucre et étant accusé de ce délit, essaya de la manière la
plus ébontée de me persuader qu'il avait été commis par un
canard que je lui avais donné et qu'il tenait sous son bras.
Il est prouvé par les faits que l'ignorance est mère de la
superstition. On ne sera donc pas étonné d'apprendre que
les habitants de Noocahiva possèdent cette qualité au plus
haut degré. Chacun ici est persuadé que l'âme d'un grandpère est transmise par la Nature dans le corps de son petit
fils : et que si une femme stérile se place sous le cadavre de
son grand père, elle est sûre de devenir enceinte. C'est aussi
une opinion courante qu'il y a des individus sur l'île qui
peuvent combattre les effets du poison le plus fort, simple¬
ment en frottant les lianes du patient avec leurs mains, ce
qui est supposé faire venir le poison sous les côtes. Mais la
croyance dans les mauvais esprits a le plus grand poids et
est poussée à la plus grande absurdité parmi eux, car on
imagine que les esprits viennent quelquefois dans les mai¬
sons, et par des sifflements et autres bruits effrayants, récla¬
ment du cochon, du cava ou ava, qui étant placés au mi¬
lieu de la pièce et servis sont immédiatement dévorés par
eux. Sûrement ces exemples prouvent combien faible, dans
son état naturel, est l'entendement humain.
Je n'ai vu aucune des pirogues de guerre de cet endroit et
ne peux par conséquent rien dire de ce qui les concerne;
mais la pirogue ordinaire est longue et étroite, le fond fait
d'un seul arbre, et lié aux bordées par l'insertion d'une sorte
de fil à voile passant dans de nombreux trous. La proue res¬
semble à celle d'une galère et à la poupe est fixé un mor¬
ceau de bois recourbé, dans lequel court l'écoute d'une voile
triangulaire, faite de nattes. Ces bateaux étroits sont bien
équilibrés par trois longues perches de bois placées en tra-

Société des

Études Océaniennes

�—

20o

—

à l'extrémité desquelles, sur un côté est amarrée une
pièce de bois.
L'île de Noocahiva produit tout ce qui est nécessaire à la
vie. Elle a de l'eau douce excellente, et en telle abondance,
qu'elle coule en cascades de différentes hauteurs, contribuant
beaucoup à embellir en certains endroits, la vue de la côte.
Le climat est si salubre que d'après le rapport de Roberts
beaucoup d'indigènes vivent ici jusqu'à l'âge de cent ans.
J'ai vu moi-même la mère de la reine, qui avait environ
quatre-vingts ans, et qui ne pensait pas être encore très âgée.
Durant notre séjour à Tayohaïa, je n'ai pu l'aire aucune ob¬
servation à terre : cependant ayant pris un grand nombre de
distances lunaires la veille de notre arrivée à l'île de Noo¬
cahiva, nous fûmes en mesure de placer avec une grande
précision l'île de Motané.
De là nous prîmes des relèvements de toutes les autres
îles quand elles furent vues et trouvâmes leurs latitudes et
longitudes comme suit:
Lat. S.
Long. W.
vers,

Pointe Est de l'île de Fatooliiva

10°28'

138°18'

Pointe Sud de Motané

1(M)

138°30'

Pointe Est de Tonata

9°59'

138°45'

Pointe Est d'Hoivahoa

9345'

138°26'1/2

Pointe Sud de Oohoona

8°56'

139°12'

8"56'

139°40'

9" 19*

139°40*

9°27'

138°31'

Entrée de la baie de

Tayohaïa

Pointe Nord de Ooaboa
Le milieu de

Fatoohoo

La variation du compas,

d'après différents azimuts, était

de 6" Est.

Société des

1/2

Études

Océaniennes

�—

206

—

BIBLIOTHÈQUE
Nouveaux ouvrages.
Don»

:

vol. Grasset, Editeur.

de l'auteur:

lie de Pâques, 1

H.

L'île de Pâques, île polynésienne, bro¬

Lavaehery:

chure.

Mission franco-belge
brochure.
du

à l'Ile de Pâques,

Bishop Muséum. Ethnologv of Mangareva.

Honolulu

-

P.H. Buck.

Zonited Inails from Pacific Islands II.B.

:

Baker, Bulletin 158.
Vanderbilt Marine
Muséum:

Algues, Echinodermes, Mollusques.
Bulletin, Vol. VII.

Polynesian Society : The Journal of the Polynesian Society.
N° 189. March 1939.

Achats:

Gauguin, par sa fille Pola Gauguin.
Paul Gauguin, par Robert Rey.

Paul

Société des

Études Océaniennes

�BUREAU DE LA

SOCIÉTÉ

Président

M. E. AhnnE.

Vice-Président

M. G. Lagarde.

Trésorier

M. A. Cab'oueet.

Secrétaire-Archiviste

M. le D1' Rollin.

Assesseur

M. M. Rey-Lescuee.

Assesseur

M. W. Malinowski.

Secrétaire-Bibliothécaire-Conservateur du Musée M. Bouvier.
Pour être reçu

Membre de la Société

se

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membre titulaire.

un

BIBLIOTHÈQUE.
Le Bureau de la Société informe

Membres que dé¬
sonnais ils peuvent emporter à domicile certains livres de
la Bibliothèque en signant une reconnaissance de dette au
cas où ils ne rendraient pas le livre emprunté à la date
fixée.
ses

Le Bibliothécaire
La
et à

présentera la formule à signer.
Bibliothèque est ouverte aux membres de la Société
leurs invités tous les jours, de 14 à 17 heures, sauf le

Dimanche.
La salle de lecture est ouverte
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17

au

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heures
MUSÉE.

jours, sauf le lundi de 14 à 17 h.
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                <text>La Société des Études Océaniennes (SEO) est la plus ancienne société savante du Pays. Depuis 1917, elle publie plusieurs fois par an un bulletin "s’intéressant à l’étude de toutes les questions se rattachant à l’anthropologie, l’ethnographie, la philosophie, les sciences naturelles, l’archéologie, l’histoire, aux institutions, mœurs, coutumes et traditions de la Polynésie, en particulier du Pacifique Oriental" (article 1 des statuts de la SEO). La version numérique du BSEO dispose de son ISSN : 2605-8375.</text>
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              <text>Folklore - Légende marquisienne de Ono, par G. Lagarde 173&#13;
Histoire&#13;
- Contribution à l'Histoire des Iles-Sous-le-Vent, par Rey Lescure (fin) 180&#13;
- Iles Marquises: Voyage de Lisiansky, traduction de J. Cottez (fin) 196&#13;
Divers - Bibliothèque - Dons et achats 206</text>
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