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                  <text>GÊ
IêêlI

Bulletin

S"

DE

i

S

Société

la

des

ÉTUDES OCÉANIENNES
N°

8.

ÉCEMBRE
DE

Anthropologie
Histoire

—

des

—

28
192Î

Ethnologie

Institutions

—

Philologie.

et Antiquités

populations maories.
Littérature et Folklore.

Astronomie

—

Océanographie — Sciences

naturelles.

Tourisme.

IMPRIMERIE

A

DU

GOUVERNEMENT

PAPEETE

Société d%s

(TAHITI)

Étodés Océaniennes-

8

�as©

■iÏM
Société dés

Étuilés Océaniennes

�de la

&gt;

SOCIÉTÉ D'ÉTUDES OCÉANIENNES
—**«—-r-

IV' 8.

—

DÉCEMBRE 1D23

SOMMAIEE

Rédaction

Editorial

Sciences

naturelles

Maladies et Médecines à

Fiji (suite)..

Abbé Rougier

Histoire

Uu voyage
en

de Taravao â Papeete

X. Caillet

1847

Folklore et Littérature

Mentalité féminine en

Bibliographie

Océanie

Orsmond H. Walker

Rédaction

��^

u: ^ cl* ïa sa

&lt;éê

Le 14 septembre 1923, sous la Présidence d'honneur de Mon¬
sieur le Gouverneur Rivet, la Société des Etudes Océaniennes
s'est réunie en assemblée générale, dans la salle ordinaire de ses

séances, Avenue Bruat à Papeete.
Monsieur E. Ahnne, Conservateur du Musée,

ouvre

la séance
à la

remerciant M. le Gouverneur de l'intérêt
qu'il porte
Société et de la part qu'il veut bien prendre à ses travaux.
en

Puis il expose comment, par suite de diverses circonstances,
le Bureau de la Société se trouvant singulièrement réduit, il a été

appelé par M. le Gouverneur à prendre provisoirement la prési¬
dence de la Société. Il regrette vivement que M. le Dr Sasportas
qui, pendant deux années, s'était consacré tout entier à la Société
et avait su lui imprimer un nouvel essor, se soit vu
obligé, par
ses occupations, de donner sa démission de Président. M. l'Abbé
Rougier qui, en qualité de Vice-Président, a remplacé pendant
quelques mois, avec beaucoup de compétence, le Dr Sasportas,
vient de quitter momentanément la Colonie pour un
voyage en
France. Enfin M. Chadourne qui était tout particulièrement qua¬
lifié pour la rédaction du Bulletin ayant été nommé provisoire¬
ment Administrateur des Iles-Sous-le-Vent, la Société ne
peut
plus compter d'une manière régulière sur son concours effectif.
M. Ahnne prie donc les membres présents de bien vouloir pro¬
céder à la réélection d'un

nouveau

Bureau.

Le vote qui a lieu au scrutin secret donne au premier tour et
à la quasi-unanimité des suffrages les résultats suivants :
Président : M. E. Ahnne.

Vice-Président : M. l'Abbé Rougier.
Secrétaire: M. G. Lagarde.
Conservateur du Musée: M. Orsmond Walker.
Trésorier : M. Leralle.
Bibliothécaire : M. Ably.
M. Ahnne estime que

été

d'autres membres de la Société eussent
beaucoup plus dignes que lui de remplir les fonctions de Pré¬

sident,

car

il

ne se

connaît d'autres titres à cette distinction que

�un

accueil

empressé dont la presse américaine a rendu compte.
qu'elle rencontrera à Paris, où elle a lieu

Il est vraisemblable

actuellement, le même succès.
L'assemblée générale de la Société réunie le 4 décembre 1922,
pour la réception de M. le Gouverneur Rivet, a donné l'occasion
au

à

Chef de la Colonie de fixer la

nos

travaux dans

une

Monsieur ie

participation du Gouvernement

allocution que nous

reproduisons ici

:

Président,

Messieurs,
Le

patronage que les statuts de la Société des Etudes Océa¬
niennes confèrent au Chef de la Colonie, s'il est un honneur
dont

j'apprécie, comme il convient, tout le prix, ne m'en appa¬
moins comme un devoir, agréable mais effectif, dont les
charges, pour nouveau Membre que je sois, ne me sont pas in¬
connues. Les entretiens qu'il m'a été donné d'avoir, avant mon
départ de France, avec le fondateur de votre Compagnie, le Gou¬
verneur JULIEN, dont je salue le souvenir, la lecture attentive des
actes qui ont présidé à la constitution et à l'organisation de votre
Institution, la vue d'ensemble que les Bulletins de la Société
raît pas

m'ont fourni

sur

ses

directions et

son

fonctionnement m'ont

permis de fixer ma conception du rôle qui m'est imparti de par
vos règlements. Ce rôle, je tiens d'ores et
déjà à vous en donner
l'assurance, m'apparaît déterminé non point par le souci d'exer¬
cer un

contrôle administratif

caractère et
mais par

sur une

Société d'études dont le

l'objet ne comportent aucune tutelle de
la nécessité d'apporter à votre groupement,

recherches,

ce genre,

pour ses

démarches et ses travaux, en vue de ses relations
intérieures et extérieures, l'autorité morale et les moyens maté¬
riels qui assurent son existence et son développement.
Si elle

ses

trouvait pas,

dans le pouvoir qui réglemente, un étai
indispensable dans son œuvre conservatoire, si elle ne disposait
d'autre part que des moyens procurés par ses propres ressour¬
ces, la Société d'Etudes, quels que soient l'énergie, l'activité et
le désintéressement de ses Membres, risquerait de se trouver
démunie et pratiquement dans l'incapacité d'atteindre son but.
C'est donc au Gouvernement de la Colonie qu'incombe la
charge
d'appuyer de son autorité et de doter des ressources nécessaires
un groupement
qui, en retour, assure à la Colonie le profit ma¬
ne

tériel et moral de ses travaux. Cette intervention laisse à la So¬
ciété d'Etudes toute l'indépendance nécessaire à ses recherches,

�à ses initiatives ; elle facilite ses
démarches sans entraver sort ac¬
tion, elle aide à ses réalisations sans leur
imposer aucune marque
officielle, en lui conservant son autonomie et son libre
jeu. Ma
conception personnelle à cet égard correspond, je crois, à la thèse
qui a prévalu depuis la reprise de vos travaux : c'est ainsi
que par
un arrêté du
31 décembre 1921 vous avez obtenu le rattachement
du Musée et acquis ainsi le droit d'en
administrer et surveiller
les collections, d'en
désigner le Conservateur et de disposer, au
mieux de vos intérêts, de la subvention annuelle
servie par la

Colonie.

J'ai donc tenu à vous affirmer dès maintenant mon intention
de continuer sur ces bases une collaboration
qui a déjà donné ses
fruits. En effet, les récentes
acquisitions faites par votre Bibliothè¬
que et votre Musée, la très intéressante dernière édition de votre
Bulletin et la propagande poursuivie à cette occasion en
France
et à l'étranger,
auprès des Institutions et des

personnalités scien¬
journaux, en un mot l'ensemble de
vos travaux et de vos démarches
depuis la reprise de votre ac¬
tivité, me donnent les plus fermes espoirs pour les résultats à

tifiques, des

revues et des

attendre de notre effort concerté.
Si vous voulez bien, en vue de
préciser

dès maintenant les as¬
pects pratiques de cette collaboration, nous passerons ensemble
en revue les différents domaines où votre
initiative pourra se trou¬
ver

secondée

parles moyens

que

je serai

en mesure de vous don¬

ner.

Le

premier des buts proposé par vos fondateurs est la conser¬
vestiges et des témoins de la civilisation maori, des
derniers monuments du passé de ces îles, d'un
passé aboli dont
les traces sont d'autant
plus précieuses qu'il devient plus diffi¬
cile de les déceler. Cette œuvre est nécessaire et
urgente, car il
s'agit de sauver ce qui demain ne sera plus. Mais elle est difficile
car les fragments
qui demeurent sont dispersés; les plus inté¬
ressants se trouvent dans les îles les
plus lointaines, exposés à
la détérioration, à la destruction inconsidérée ou à des
fouilles
souvent avides. Les découvrir, les classer les
préserver et, dans
la mesure du possible, les rassembler : telles sont les
quatre pha¬
ses de l'œuvre conservatoire dont vous avez la
responsabilité.
Dans chacune d'elles, je m'efforcerai de vous seconder. Le
per¬
sonnel administratif des
Archipels sera invité à joindre son
concours aux investigations que
vous voudrez tenter, soit par
correspondance en fournissant les renseignements que vous devation des

�long séjour à Tahiti et le profond attachement qu'il porte
petit pays où la destinée l'a appelé à résider depuis plusde 30

son

à

ce

Toutefois il s'efforcera,* avec la collaboration du Bureau et
concours de l'Administration, de ne
point laisser

ans.

le bienveillant

péricliter la Société, et de la maintenir dans la voie où
décesseurs l'ont orientée
ches

:

ses

pré¬

celle du travail fécond et des recher

patientes et désintéressées.

M. le Gouverneur Rivet souhaite la bienvenue au nouveau
Bureau dont il approuve pleinement la nomination. Il assure à
nouveau la Société des Etudes Océaniennes du concours de

l'Administration qui, sans vouloir en aucune manière lui im¬
poser une tutelle gênante ou restreindre son indépendance, est
toute

des

disposée à favoriser

ressources

son développement, soit en la dotant
nécessaires à ses études, soit en lui prêtant l'ap¬

pui moral dont elle peut avoir besoin pour poursuivre ses re¬
cherches et en tirer profit.
Déjà, en réponse à la circulaire que M. le Gouverneur a adressée
dès le début de l'année aux Administrateurs et
Agents spéciaux
des Archipels, plusieurs rapports, dont quelques-uns fort inté¬
ressants, lui sont parvenus. Ils ont été communiqués au Bureau
de la Société qui, après les avoir examinés,
pourra présenter à
l'Administration toutes propositions qu'il jugera utiles pour
assurer le classement et la conservation des monuments du
passé.
Le Président consulte ensuite l'Assemblée au
sujet de l'emploi
des fonds disponibles qui, suivant le
rapport du Trésorier, s'élè¬
vent à la somme de 4.080 francs. Il reste en outre à
percevoir
les cotisations de l'année courante.
Sur la

proposition de M. Orsmond Walker, il est décidé qu'une
francs sera affectée à l'achat d'objets anciens
pour le Musée. Le reste pourrait être employé à restaurer partiel¬
lement et à faciliter l'accès d'un petit marae en assez bon état de
conservation et situé à Paea, non loin de la route de ceinture.
L'Assemblée se sépare après avoir nommé une Commission
chargée d'étudier la participation éventuelle de la Colonie à l'Ex¬
position Internationale des Arts Décoratifs à Paris en 1925.
somme

de 3.000

�SCIiEItfCES

Maladies et Médecines à Fiji.
(suite)
II. Partie. Divination.

J'en distingue deux sortes
La divination directe.

: La directe et l'indirecte.
Elle n'a lieu que pour les

prêtres et
qu'ils soient marquants. Quelques possédés se font
aussi forts de deviner. Ils connaissent le passé, ils voient le pré¬
sent à distance. On les appelle dau ni vucu ou vu ni duvu, ce
sont les chefs des luve ni wai (société secrète). Pas de maléfice
chez eux, ce ne sont pas des sorciers, ce sont des possédés, de
encore

—

faut-il

bons diables.
Divination indirecte.

Un des

grand moyens de divination
pour les Fijiens de cette contrée, ce sont les rêves. Tout ce qu'on
a rêvé arrivera. Celui-ci rêve-t-il
que son voisin est mort, vite il
va l'avertir. Le futur mort aussitôt fait un cadeau au rêveur en
—

le

priant de contremander son rêve et qu'il soit épargné. Le rêve
joue encore un grand rôle dans la confection des médecines fijiennes; 10 fois sur 10, unfijien se dit possesseur d'un remède effi¬
cace

Il

contre telle maladie. Demandez-lui d'où il tient

ce

remède?

: « Je l'ai
La matière inerte

rêvé ».
placée dans certaines circonstances prédit
l'avenir. Un Rewien vous dira sans sourciller que si les yeux d'un
mort ne sont qu'à moitié fermés, il doit encore mourir quelqu'un
de la famille. Mourra également celui qui aura le hoquet ou éternuera en présence d'un mort.
répondra

III. Partie. Sorcellerie

ou

Magie noire.

C'est l'art de nuire à l'homme grâce à un pacte avec le tevoro
ou démon. Il y
a magie ou sorcellerie quand l'objet mis en œu¬
n'a aucun rapport avec le but que l'agent se propose.
Le sorcier à Rewa s'appelle vaka drau ni kau (qui fait métier
des feuilles d'arbres). Il y en a encore un grand nombre. Ce sont
vre

des êtres ennemis de tout bien et
constamment

pétris de tous les vices,
occupés à faire des dépréciations et sorcelleries

contre leurs semblables ou leurs

Il y a

richesses.

plusieurs sortes de sorciers. Les une ne sont

que pour

�les maladies, d'autres doivent toucher et voir
pour réussir, enfin
d'autres, et ce sont les terribles, agissent à distance. On peut
être initié, mais généralement c'est héréditaire. Le
père initie son

fils

fille.

ou sa

Opération sur les passions. — 11 y a des herbes (drau ni kau)
pour démoraliser un homme, pour faire naître la haine, la ja¬
lousie et l'amour. C'est bien le philtre. Le charme n'est
rompu
que par d'autres herbes. Voici comment il trouve les herbes qui

lui sont nécessaires : c'est le tevoro lui-même
qui agite la plante !
Telle fille a épousé tel homme parce qu'elle avait bu d'une bois¬
son destinée à
engendrer en son cœur la passion pour cet
homme.
Les

opérations

sur

les personnes.,— Elles sont variées et

sou¬

vent très

voici

compliquées, d'ailleurs très difficiles à connaître. En
quelques-unes que j'ai pu me faire expliquer par des sor¬

ciers convertis. Un sorcier veut faire mourir

un ennemi, il
pren¬
de ce qu'il a rejeté de sa nourriture, ou quelques che¬
veux, ou quelque chose lui ayant appartenu, il le pile bien fort
dans un bambou avec des feuilles d'arbres
que lui seul connaît,
il bouche bien le bambou et va le
jeter en secret, ou dans sa case,
ou dans un endroit
désert, ou à l'eau. Le maléfice est fait, l'en¬
nemi mourra bientôt. Un autre fait cuire une
igname dont il
a
coupé la tête, il l'emporte dans les bois, et là après bien des
imprécations, il saisit son couteau et taille plus ou moins l'igname
suivant qu'il désire plus ou moins de mal à son ennemi.
Un Fijien se lève un jour à Rewa avec le
torticolis; c'est évi¬
dent, un sort est jeté sur lui ! Il faut chercher un autre médecin

dra

un

peu

sorcier pour

conjurer

ce sort.

IV. Partie. Vaines observances.

La vie du

Fijien, tout entière du berceau à la tombe, est comme
enveloppée de réseaux de vaines observances, de pratiques super¬
flues, sans proportion aucune avec l'effet qu'il en attend. Ces
observances sont de deux sortes : il y a des choses
qu'il faut faire,
il en est d'autres dont il faut se
garder. Ces dernières sont con¬
nues sous

le

nom

de tabu

«

sacré

».

.

Garder ponctuellement les unes et les
autres, c'est assurer son
bonheur et avec le bonheur, la santé.

Malheureusement ces observances sont si nombreuses, si
variées, elles embrassent tant d'objets, que le Fijien le plus atten¬
tif n'est pas certain de n'en
négliger aucune.

�Il y a

des pratiques à suivre relatives aux éléments, à l'agricul¬
pêche, à la santé.

ture, à la

1. Les éléments.

l'appeler poliment

Désire-t-on du vent? Il faut le siffler ou
Mr. ou Mme. » ou bien encore lui promet¬

—

«

tre femme ou bonne chère.

Si l'éclair aujourd'hui brille à l'Ouest, il faut croire
que demain
le vent viendra de l'Est. Si la sécheresse se
prolonge, on trouve
en certains endroits une
pierre pour attirer la pluie ; partout il
y a des herbes qui l'amèneront infailliblement au gré du sorcier.
Le soleil lui même obéit à ses ordres.
2.

L'agriculture. — Il serait trop long d'énumérer ici toutes
qui se rapportent aux plantes, chaque plante en
a de propres et de particulières
; je n'en citerai que quelques-unes:
i. Le coco :
quand on le plante, il faut fermer les yeux, si l'on
ne veut devenir
aveugle. 2. Il en est de même pour le voivoi ou
pandanus. 3. Le kava: vous en plantez? gardez-vous de boire
chaud, ou bien votre kava sécherait, 4. L'igname: le couteau qui
la taille ne peut servir à d'autres usages ni toucher rien de chaud,
jusqu'à la maturité des ignames. Si vous enfreignez ce tabu, vos
racines ne grossiront pas. L'igname une fois arrachée sera d'abord
trempée dans un bain d'herbes. Quatre jours après on y ajoutera
une carapace de crabe. Si
l'on vient à faire cuire une banane sous
la cendre, il ne faut pas, de quatre jours, aller au champ d'igna¬
mes, la plantation sûrement dépérirait. 5. Les taros: quand on
vient de planter des taros on doit se garder de tourner en avant
la pointe du pieu dont on s'est servi et qu'on
remporte. 6. La
banane : après avoir débarrassé un régime de son enveloppe,
une fois en bas de l'arbre, il ne faut
pas s'aviser de le regarder
de nouveau, il deviendrait la proie des bêtes et des serpents, etc.
3 La pêche. — Chaque poisson de quelque importance a sa
pêche particulière et ses observances.
La tortue.
Gardez-vous de montrer la tortue du doigt elle
s'enfuirait; mais vous pouvez l'indiquer avec le poing. — Il faut
encore s'abstenir de chanter et de danser au village quand on
pêche la tortue, les pêcheurs reviendraient bredouilles. Quel¬
qu'un a-t-il mangé du poisson le matin, pour faire bonne pêche
il doit se barbouiller le visage. Enfin celui qui pousse la pirogue,
quèlque dur que soit le travail, doit le faire sans aide, eût-il à
peiner de longues heures.
Le kanace (Mulet). — Le pêcheur de kanace doit éviter d'être
bena c'est à dire les cheveux couverts de chaux ; la canne à sucre,
les observances

—

lui est

également interdite.

�Un

jeune marié ne peut coopérer à
le rendre inutile: le poisson n'y

l'installation d'un vivier
vivra point ou ses œufs
seront dévorés aussitôt par le poisson appelé qitawa.
Il est tabu de demander où il va à quelqu'un qui se rend à la
pêche ; celui-ci n'aurait plus qu'à rentrer chez lui ; sa journée est
infailliblement perdue. Dès que le propriétaire d'un vivier
mange
du crabe, il ne peut plus compter trouver autre chose que des
.crabes dans son vivier. Défense à celui qui revient de poser une
nasse de manger du porc, sa nasse se casserait.
II est tabu de parler haut aux gens qui vous suivent quand
on
va pêcher à la
ligne; Jabu de casser les pattes des crabes (qari)
en se servant d'une pierre,
on n'en prendrait plus aucun; tabu
encore de faire cuire sur la cendre
le,poisson pris à la ligne; il
faut employer tout autre mode de cuisson, si l'on veut être heu¬
reux à la pêche prochaine.
4. La santé.
La santé étant le bien le plus précieux de l'hu¬
manité il est tout naturel que les recettes pour la conserver ou la
sans

—

soient en nombre considérable.
â
On les compte en effet par milliers. II yen a pour tous les
âges
et pour toutes les conditions. Citons en seulement
quelques
unes à titre de curiosité.
Prenons l'homme aux diverses époques de son existence.
recouvrer

Avant

naissance, le petit Fijien rend déjà sa mère tabu.
sur le
point d'accoucher, il faut en garder soi¬
gneusement le secret, si plus de dix personnes viennent a le
savoir, elle ne pourra pas mettre au monde son,enfant. La femme
enceinte pendant tout le temps de sa gestation doit s'abstenir
du poisson vesu de peur que son enfant n'ait
plus tard les dents
comme celles de ce
poisson. Il en est de même du requin, son
sa

Une femme est

enfant deviendrait

aveugle. Dans un enfantement pénible, on
patiente une décoction de la ceinture (malo) de son
mari, ou encore on lui fait mordre la plante des pieds de son
mari, sans doute autant pour le punir de l'avoir approchée pen¬
dant sa gestation, car elle était alors tabu,
que pour conjurer le
mauvais sort. Passer derrière une femme
enceinte, c'est l'expo¬
ser à ne donner le
jour qu'à un estropié.
Certaines herbes prises en infusion par une femme en couches
ont la vertu, prétendent les
Fijiens, de lui faire enfanter à son
gré soit une fille soit un garçon, il lui suffit de choisir les herbes
equises à cette effet.
Non seulement la femme fijienne en sa
grossesse est tabu et
porte malheur à tout ce qu'elle touche et approche, mais encore
fait boire à la

�foule de tabu à observer si elle veut ne point mourir,
enfant : v. g. manger un poisson entier lui serait

elle

a une

elle

ou son

funeste.
2. A

naissance. — Aussitôt né, on frotte l'enfant de safran
lui laisse pas toucher la natte de trois ou quatre jours.

sa

et on ne

Ceux

qui viennent le voir doivent frapper avec la main le linteau
de la porte d'entrée pour qu'une âme vienne dans l'enfant.
L'attache ombilicale est généralement coupée avec un bambou
on la plante avec un cocotier. L'enfant et le cocotier croissent
ensemble, cela porte bonheur. Toutes sortes de malheurs mena¬
cent le petit être si ses parents ne suivent pas bien le cérémo-

et

niaire et les tabus

fijiens.
Jadis il ne pouvait être nourri du lait d'une autre femme sans
en mourir; aussi les mères obligées d'aller aux champs (l'allai¬
tement durait de deux à trois ans) laissaient-elles de leur lait
dans un bambou avec de la nourriture mâchée d'avance qu'on
lui donnait en becquée à l'aide d'une broche. D'autres fo^s la
mère emportait son nourrisson dans une corbeille et le suspen¬
dait aux branches d'un arbre tandis qu'elle travaillait ; mais alors,
en rentrant dans sa case, elle avait grand soin de frapper sur les
nattes en appelant l'âme de son enfant, de peur que celle-ci ne
fût restée dans les champs.
Si la malheureuse met du bois d'oranger dans son foyer, sa
progéniture aura le goitre, et si quelque voisin vient prendre du
feu chez elle avant que l'enfant ait quatre jours, l'opération du
nombril

ne réussira
pas.
Le coko, sorte d'éruption cutanée atteint tout fijien en bas âge.
Au dire de ces peuples, cela lui donne la santé et la faculté de

grandir. Tant que l'enfant a le coko, il est tabu de lui couper les
cheveux, quelque soit la longueur de sa chevelure et le nombre
des habitants qui y grouillent. Si on lui coupait alors les cheveux,
il aurait les tibia arqués.
Enfin, et cela est profondément ancré dans la croyance fijienne,
si la femme connait son mari avant le sevrage de l'enfant (trois
ans environ), l'enfant est sûr de
mourir. Cela explique l'usage
des bure ou dortoirs d'hommes qui existaient jadis dans tous les
villages.
Une mère veillera à ce que la feuille de via (Arum géant), ou
parapluie fijien, qui l'abrite, elle et son enfant, ne touche à rien
de chaud : le corps du bébé deviendrait flasque. Elle ne per¬
mettra pas à son enfant de toucher des dents de baleine : il n'au¬
rait que de la malchance dans la vie. Elle lui défendra de sucer

�—

les entre-nœuds de la
les nœuds.

canne

40

—

à sucre, pour

en sucer

grandir vite, il n'a qu'à

Une fille

qui porte un poupard sur son dos, l'empêche sûre¬
grandir. Sa mère peut le porter ainsi, mais elle doit être
alors accompagnée, afin que
l'espiègle lutin ne vienne à son insu
ment de

dérober l'âme du

nouveau

né.

3. Arrivé à

l'âge de l'adolescence, le Fijien trouve de nouvelles
pratiques à observer. Il doit d'abord se soumettre à la circonci¬
sion qui se fait de 12 à
iyans.
Plus tard, s'il veut se marier, il aura
grandement à se surveil¬

ler dans les actions ordinaires de

sa

de

vie. Il

ne

pourra pas trouver

femme, si, faisant du vakalolo (pudding fijien) il arrache avec
ses
doigts le taro qui a adhéré au maillet de pierre : il doit pour
cela se servir d'un
fragment de noix de coco. S'il mord au taro
qui s'est collé à cette pierre, son foie enflera etc.
4. Une fols marié et avant d'être

père, le Fijien est arrivé au
temps le plus malheureux de son existence: c'est un-mauvais
génie qui porte malheur à tout et tous. Touche-t-il à une nasse?
On n'y prendra plus rien. Tient-il un
gouvernail? Le bateau
aussitôt ralentit

en

perce
Frôle-t-il

sa

marche. Si enlevant la bourre d'un
coco, il
son enfant sera aussi percée.

l'enveloppe, la tête de
un

cochon

qu'on tue? C'en est assez ! l'animal
rompt à l'instant. Pauvre infortuné! Chacun le redoute
cun

le fuit. Sa femme

se cor¬

et cha¬

partage avec lui le même traitement. L'acte

du

mariage empoisonne la vie; il demande une purification. Tout
guerrier doit être chaste s'il veut sortir sain et sauf d'un combat.
5. Homme fait.

enfant de
tions d'où

Le fijien est encore enveloppé,
comme un
langes, d'une foule d'observances et de supersti¬
dépendent sa vie et sa mort. Ses outils, ses meubles,
—

ses

maison, tout autour de lui est soumis à des rites qu'il ne peut
danger omettre ou transgresser.
«
Fait-il faire une pirogue? Il n'en doit
pas toucher le masi (cal¬
fatage), sous peine de maladie. Fait-il faire une cloche (lali), s'il
mange du porc, sa cloche ne rendra pas de son. Sa barbe même
est menacée de tomber, s'il boit du kava dans un
plat ou s'il
mange le coquillage tanavi; ce coquillage est exclusivement
réservé au femmes. S'il fume une
cigarette et que le papier ou
suluka flambe un instant, il lui faut vite la
passer au voisin, et
cela sous peine de mort. S'il ouvre un coco sur
le bord de sa
pirogue, il en retarde à jamais la marche.
Enfin tient-il à sa chevelure?
qu'il se garde bien de se laver les
sa

sans

�t

49»

—

mains dans

\\

—

rivière

après avoir mangé de la tortue ; il doit
pierre.
Construit-il un toit? quand le toit achevé, il en descend
pour
se reposer, qu'il appelle aussitôt son âme, ou sinon,
celui-ci res¬
tera au faîte de la maison et il n'aura plus qu'un
corps sans âme.
Il semble que le faîte des cases soit le poste privilégié
des bons
esprits et des mauvais génies. De là, il parle aux habitants de la
case. Quelqu'un rêve-t-il tout haut? c'est
que le lutin est des¬
cendu du toit, et selon leur expression « il
mange l'âme du dor¬
meur ». Dans ce
cas, pour que cela dure et que le rêveur leur
donne une plus longue séance, les Fijiens présents courent aux
piliers de la case et les lient fortement avec une liane, une corde
ou une ceinture. Le lutin
alors, entravé dans sa marche, ne peut
remonter au sommet de la case et il continue à
manger l'âme du
pauvre rêveur!
Le Fijien avait autrefois des totems. Chaque famille en recon¬
naissait trois: un animal, un arbre et un légume. Ces animaux
apparaissaient, dit-on, dans les cases lors des grands événements
de famille : naissance ou mort. J'ai connu la famille
Vunaqumu.
Elle avait l'anguille comme totem animal, \e qumu comme arbre
et le botia, sorte d'igname, comme légume. Il en était ainsi de
toutes les autres familles de Fiji. L'animal et l'arbre totems étaient
sacrés, on ne devait point y toucher ; mais le légume, plante ou
racine, était, au contraire, spécialement cultivé pour la nourri¬
une

les laver dans

un

bassin

en

ture de la famille.

Il y

aurait encore

volume à écrire sur ces superstitions, car
circonstance de la vie ordinaire n'y échap¬
pait. Le jeu national appelée Tiqa ne pouvait se tenir avant qu'on
un

pas un acte, pas une

eût sarclé la tombe des ancêtres et il était absolument interdit

antagonistes de se passer entre eux du tabac.
plupart des maladies chez les Fijiens s'expliquaient par la
violation ou la négligence d'observances: Avez-vous le goître?
vous avez sans doute mangé des restes laissés par un chef. Vous
êtes malade sans espoir de guérison? vous vous serez assis sur
le seuil d'une case et le tevoro vous aura frappé (2). Avez-vous
aux

La

mal

aux

deux,

côtés?

sans

avoir

vous

eu

avez

soin de

sucé de la
vous

canne

à

sucre

fendue

en

tâter les flancs pour rompre le

charme.

Prépare-t-il

le Fijien se garde
racine, son kava
tournerait en eau claire. Il faut avant de le boire filtrer la liqueur,
et ce faisant, prendre bien soin de n'en pas répandre une seule
de

se

sa boisson favorite, le kava? Que
rincer la bouche après en avoir mâché la

�—

12

—

goutte à terre ;

ce serait la mort prochaine de
quelqu'un dans
l'assistance.
Une femme arrive avec une marmite
pleine dans une

réunion,

toutes les personnes
présentes n'ont qu'à porter bien vite la main
à leur tête, sans cela elles deviendraient
chauves.

La maladie donc n'avait
point pour les Fijiens de cause natu¬
relle. Ils en cherchaient le secret
prœter naturam, comme dans
un monde
invisible, qui vivait côte-à-côte avec celui-ci et qui
avait mission de les punir
pour toute infraction aux règles que
la tradition teur avait transmises.
Né dans ce
milieu, ce n'est pas en quelques années que le
Fijien peut se débarrasser de ses superstitions enracinées. Il est
devenu chrétien de nom sans
doute, mais au fond il garde le
culte de ses traditions et s'il
professe que la religion est vraie, il
n'affirme pas moins énergiquement
que son culte à lui et ses
observances étaient et restent aussi très vraies.
Pour se guérir ou pour conserver sa santé le

toujours

un

œil, et le meilleur,

Fijien actuel garde

rites nationaux. De l'au¬
tre il veille sur ses remèdes à lui. Chez lui les
remèdes et les avis
des docteurs européens ne
jouissent d'aucun crédit. Ce n'est qu'à
la dernière extrémité, ou
pour
sur ses

quelques

a

insignifiants, qu'il

cas

recours à eux.

Mais, il faut bien le reconnaître, notre médecine lui a donné
plus juste idée de la sienne. Ses plantes ne lui sont plus un
simple charme contre les maléfices de l'ennemi ; elles sont des
drogues efficaces contre le mal, et il s'en sert, désormais, bien
plus comme remède naturel que comme philtre magique.
une

C'est de

remèdes

ces

autre

chapitre, qui
peut-être, mais qui

qu'il

pour

me reste

à parler. Je le ferai dans

un

beaucoup paraîtra moins intéressant

sera sûrement plus utile à ceux qui s'occu¬
pent de médecine. Il est certain que plusieurs de ces remèdes
fijiens ont un effet merveilleux et opèrent des cures étonnantes.
Bien des malades abandonnés dans les

hôpitaux du Gouverne¬
quelques jours sous l'action d'un
traitement indigène. Le Gouvernement
Britannique a doté deppis
quelques années chaque Province d'un hôpital. Les insulaires
ment ont recouvré la santé en

l'ont décoré du
tant

en cas

de

nom

de

«

maison de mort

nécessité, mais c'est

».

Ils y entrent pour¬

rarement pour

réclamer les
s'y soigner
mutuellement, à l'insu des docteurs et des autorités, d'après leurs
propres méthodes et avec leurs propres
remèdes. Voilà où l'on
en était encore en
1906.
secours

de notre

thérapeutique, c'est plutôt

pour

�—

13

—

CHAPITRE II.
La lutte actuelle du

Fijien contre l'invasion

des maladies nouvelles.

J'appelle maladie la réaction de l'organisme contre une attaque
morbifique. C'est la nature qui lutte pour se guérir. La médecine
consiste simplement à aider la nature. Comment le Fijien l'aidet-il? Se rend-il compte de la cause des maladies, de l'étiologie?
Non, le chapitre précédent le prouve. S'occupe-t-il des symp¬
tômes des maladies? Non plus. Connaît-il l'anatomie? Non en¬
core.

Enfin s'inquiète-t-il des signes de la maladie, du diagnostic?
Oui, beaucoup. 11 a connaissance de l'efficacité de certains remèdes
et avant de les employer il cherche à savoir si c'est bien le cas,
ou, comme il dit, si c'est sa maladie. Quant à la diathèse ou pré¬
disposition hérédiraire, il n'y connaît rien, pour la bonne raison
que ce sont là des maladies nouvelles à Fiji.
Mais arrivons-en à la

thérapeutique. Gomment l'indigène se
comporte-t-il vis-à vis des agents hygiéniques et médicamentaux?
Pour l'hygiène d'abord, il s'y entend peu; il vit, êe baigne, se
couche, n'importe quand et n'importe où ; il s'habille n'importe
comment, il mange n'importe quoi et à n'importe quelle heure.
Voyons maintenant les médicaments dont il se sert. Afin de
mettre quelque ordre dans ce travail, j'indiquerai les maladies (et
leurs remèdes fïjiens) en commençant par celles qui affectent la
tête, en descendant graduellement jusqu'aux pieds, puis je dirai
un mot de la
chirurgie indigène et je finirai par une liste des
plantes médicinales les plus employées. D'où les trois articles qui
suivent.
Article I.
et

de

Des maladies du corps

humain
quelques-uns de leurs médicaments.
—

Je désignerai les plantes médicinales sous leurs noms fïjiens
n'ayant pu jusqu'ici me procurer tous leurs noms scientifiques.
J'espère que le Professeur Guppy, qui fut mon premier maître,
voudra bien achever son œuvre et fihir de classer notre précieuse
flore.
Maladie de la tête.
Le fijien regarde notre tête comme
boîte, une caisse, où peut se loger un animal qui, sorte de
pieuvre, étend de là ses tentacules sur tout notre système orga¬
nique. La croyance est encore générale aujourd'hui que neuf
maux de tête sur dix sont dus à la présence de cet animal dans
i.

—

une

%

�—

14

—

le crâne humain. Il existe
pour ces maux quantité de

remèdes;

je donne ici les plus répandus et ceux qui paraissent avoir le
plus
de succès.

Diagnostic. Douleur interne

dans la tête et les deux
oreilles,
troublée ; se calme parfois avec la marée
haute, en d'autres
cas, au coucher du soleil.
Remède: Prendre plein le creux de la main de
l'écorce de moli
kurukuru, réduite en poudre, la taire macérer dans l'eau et boire
cette infusion.
Autre remède: Feuilles de wadamu et
vue

Autre remède: Ecorce de
mer et boire dans un
léger

deyaqoyaqona.

moamoa et

de vobo, à gratter,

mélange d'eau. Il faut

se

expri¬
garder de

manger tout animal qui devient rouge en cuisant et surtout de
la pieuvre. Enfin certains médecins
fijiens conseillent de friction¬
ner la tête avec du
jus de balabala. Contre les

migraines

conise 1 eyalu.

on

pré¬

2. Maladies d'oreilles.
Mâcher de la feuille de masaive ou
vasili damu et en exprimer le jus dans
l'oreille malade.
3. iMaladies d'yeux.— Douleur ordinaire: écorce de drou.
Douleurs extraordinaires : mâcher quatre ou
—

cinq feuilles de si-

nugaga.
4. Mal d'yeux, dit cika. — Diagnostic: gravier roulant dans
les yeux, douleurs très vives. Ecorce de bulei
râpée qu'on injecte
dans les yeux.
5. Maladies d'estomac. — Le Fijien regarde l'intérieur du
corps
humain comme un sac à nourriture.

Presque toutes ses indis¬
générique de macake, aussi les médi¬
l'infini. Le diagnostic se réduit à ceci : lan¬

positions reçoivent le
caments

variént-il à

nom

gue blanche, appétit nul.
Voici quelques-uns des remèdes

employés: feuilles de daumole; autre: feuilles de kauvalewa; autres: feuilles de denisiga
ou

haunisiga.

6.

maladies de poitrine.
De tout temps il y a eu des asth¬
matiques aux Fiji. On croit cette maladie très contagieuse et l'on
oblige ceux qui en sont atteints à boire et à manger à part. Le
remède employé est le jus de la feuille de Tamocemoce.
Contre la pleurésie, dont le diagnostic est une toux
sèche, ac¬
compagnée de fièvre et une soif ardente, il faut prendre des
—

feuilles de kalabucidamu.
Dans les maladies de consomption,
phtisie, que le Fijien appelle
« maladie
qui mange l'intérieur » {mate kana e loma), mais qu'il
confond très souvent avec la rechute ou
tadoka, on emploie sur-

�Cv

—

tout des
et de

15

—

toniques et l'on préconise les feuilles de bulibulisiwaro

totodro,

ou

les feuilles de drauniavudi mélées à

encore

celles de rorogo.
Maladies de foie.

Les Fijiens qui prétendent
s'y connaître
leur diagnostic est à peu près nul, le seul remède
que j'ai trouvé employé dans ces cas et le vasa (Cerberia lactaria), dont la feuille et le fruit sont un vomitif puissant. Sa racine
râpée constitue un purgatif très actif qui ne serait pas, paraît-il,
—

sont rares;

action

sans

sur

8. Maladies

le foie.

vessie.
Les rétentions d'urine se combat¬
succès par des tisanes de la barbe de
maïs, des décoc¬
tions d'écorce de salato ou de fruits du boro. Les calculs de la
vessie se dissolvent par des infusions froides,

tent

de

—

avec

chaudes de feuilles de
racine du co moce. Les

quelquefois

wa

uvi

ou

wakai. D'autres préconisent la

pissements de sang sont traités avec une
tisane froide faite de huit feuilles de
roga.
9. Maladies d'intestins. — La grande maladie des Fijiens est
la dyssenterie qu'on nomme ici kalou ni wai c'est-à-dire « dieu
.

de l'eau », tant

des eaux, de la
sains.

il leur semble évident que c'est le mauvais génie
pluie, des marais, des endroits humides et mal¬

Diagnostic: Douleurs intestinales, difficultés de satisfaire ses
besoins naturels, pertes de sang et de bile.
Remèdes : Ecorce de mulomulo et de lauci à
gratter et faire
boire en tisanes froides. Autres reinèdes : Feuilles de
goyaves en
infusions chaudes ou encore mélange de feuilles de moli karo et
de verevere. Toute partie de la plante dite deniose est
également
employée contre la dyssenterie.
10. Les rhumatismes d'intestins. —
Diagnostic, chaud et froid'
douleurs intestinales à l'avant et à l'arrière. Ils se guérissent par
les feuilles de la fameuse plante diteyalu.
11. Contre la diarrhée le remède suivant est donné
comme
très efficace: mélange de feuilles de totodro, de roseaux ordi¬
naires (l'extrémité) et de dawa sere. Les feuilles de la
mawamawa a une action toute
maux

de ventre ordinaires

spéciale

sur

plante dite
le gros intestin. Les

traitent surtout par des tisanes
katiqa et de liane wasobiwi. D'autres pourtant préfè¬
rent employer une décoction de feuilles
deyaro, et d'autres en¬
core, les jeunes feuilles de voivoi que l'on boit en potions.
Le purgatif le plus
employé, purgatif efficace mais doux, ce
se

froides de

sont les

feuilles de
l'eau. Le wiriwiri,

wa

vuti mâchées

ou

triturées, et dont on boit

demi-graine, est plus rarement employé.

�o

16

—

—

Le jus de l'oleti ou papaye sert de vermifuge. Enfin la feuille
de tavola est vantée comme un diaphorétique puissant.
12. Maladies syphilitiques. — Il
y a trois quarts de siècle, la
syphilis était totalement inconnue dans ces îles. Elle y fut intro¬
duite par ce qu'on appelle en Europe la civilisation et qui devrait
plutôt se nommer ici la syphilisation. Le Fijien, étonné de son
apparition, a dû chercher parmi ses plantes mille remèdes pour
se défendre. A-t-il rencontré le bon? J'en doute. Cependant il est
certain qu'il a mis la main sur des plantes d'une vertu rare et
qu'il est utile de mentionner. Je me borne à donner ici la nomen¬
clature des plus connues: l'écorce de makosoi est très vantée
pour ses vertus emmènagogues et antisyphilitiques. L'écorce de

vesivesi l'est aussi, surtout celle de vesiwai, l'écorce de saucawa,
l'écorce de

Les

segai et la feuille de tarawau.
plaies syphilitiques sont traitées par l'écorce de daniâani

et les feuilles

de tarawau et de baka recommandées aussi contre

les ulcères blancs.
13. Les maladies de peau sont nombreuses à Fiji. Les plus
répandues sont :
a) le karokaro. Diagnostic: Démangeaisons aux jointures,
petites pustules et croûtes. Remède: l'extrémité des feuilles de
vasa qu'on trempe dans l'huile de coco et dont on se sert pour
masser le patient.
b) le tokalau, sorte de maladie qui ronge en cercle et forme
des écailles, sans occasionner de plaie, Remède: Fruits du mulomulo concassés et mis dans l'huile pour friction.
c) la dartre fijienne, elle se guérirait avec les jeunes pousses
des feuilles de kura.
14. Les rhumatismes ne prédominent pas à Fiji, et souvent ils
passent comme ils viennent. On frotte les membres atteints avec
des piments borodina pilés ou de l'huile de dilo on emploie en¬
core les feuilles de kura que l'on applique en cataplasmes.
15. Le Fijien est très sujet aux abcès. Contre l'anthrax il se
sert de cataplasmes de lavere ou de haile. D'autres emploient

les feuilles de

kaunisiga mâchées.
*

*
*

Parmi les toniques les plus en vogue, citons : la racine du soni,
leseécorces de kavika (très renommées), de moli kana (apéritif

supérieur), et de lauci; on mâche également des feuilles de qiqila.
Le meilleur calmant narcotique est la boisson faite de la racine

�(•

—

47

—

de kava

grattée et pilée. Parmi lés autres calmants renommés,
place les feuilles de matiavi, de boiboida, deyaumica, de sinudamu (calmant interne ou
externe), de kaumoce.
Les feuilles de lavere de
yaumica, le masi sont de bons réso¬
on

lutifs.

Comme

antiseptique le Fijien emploie:

Le botebote koro,

i.

dont il mâche les feuilles. 2. Le
nokonoko, il en mâche également
les feuilles. 3. Le batimadramadra.
4. Le wakalou, les charpen¬
tiers fijiens font usage de ces deux dernières
plantes.
Le poison le plus violent est le fruit du vutu
raharaka, mais
il y a d'autres poisons en
grand nombre, parmi

lesquels le kau
sont les plus

haro, le sinugaga, les graines pilées de diridamu
connus.
*

*
*

t

,

Pour être

complet, il nous faut aussi dire
maladies des enfants et des femmes.
Une maladie commune chez les

quelques mots des

petits Fijiens c'est l'éclampsie;
emploie contre elle le kaumoce. L'entérite infantile se traite
par les feuilles de diridamu en décoction. Comme
tonique on
on

donne

aux

enfantsTécorce de

mavu ni
toga, délayée dans l'eau.
regies se traite par l'écorce de mohosoi, de saucava, de yalu-j, vesiwai et salato, qu'on
gratte et qu'on mélange
pour la prendre en breuvage pendant quatre jours. Durant ce
temps il faut s'abstenir de se baigner à l'eau de mer et de man¬
ger du poisson:
Quelques médecins fijiens traitent aussi la. stérilité et je dois

Le retour des

dire même

avec un

certain succès. Ils ordonnent

une

infusion de

feuilles de wakai et d'écorce de dawa sere. Le traitement dure
quatre jours pendant lesquels le patient doit garder un
repos
absolu.
De jeunes femmes nouvellement mariées usent de feuilles de
wakalou et de evuevu pour retarder,
disent-elles, la conception;
elles prétendent que boire de cette
décoction, une fois par mois
à la lune, les empêchera de
concevoir. D'autres mâchent et
avalent des feuilles de kava. Quant à la
plante qu'elles

emploient

pour se faire avorter, c'est surtout le wakiwaki ou
walawala,
dont elles boivent les jus des fleurs. II
y a, dit-on, des plantes,
ou

mieux

été

impossible de

une

plante, qui rend stérile. C'est
me

faire dire le

nom

un

de cette

fait ; mais il m'a
plante.

Dans le cas d'un accouchement laborieux, on se sert non sans
succès, paraît-il, d'une décoction froide de feuilles de kedra ivi

�t)

18

—

nayalewa kalou. Pour

—

donner du lait les mères emploient les

se

feuilles de boiboid# en tisane froide

ou encore

de feuilles de la-

vere.

Il faut dire aussi un mot des foulures et fractures de membres.
Toute foulure est ici réputée fracture. Nombreux sont les

rebouteurs de profession. Ils usent des feuilles de
kofekofe déla¬
yées dans de l'huile pour oindre ou masser le membre foulé ou
fracturé. Les rebouteurs sont fort en vogue car toute maladie soit
interne, soit externe, qui résiste aux traitements purement médi¬
caux, est généralement portée devant le rebouteur, et il est bien
rare
que celui-ci ne découvre pas chez le patient quelque foulure
ou

fracture.

Le massage est le plus fréquent des remèdes
employés. Le
malade s'étend tout de son long sur une natte
par terre. Dans
cette

position, le rebouteur le

même il lui monte

sur

le dos

masse

à tour de bras. Souvent

le ventre et le

piétine conscien¬
moins énergiques que poussent les
patients, indiquent au rebouteur s'il lui faut cesser ou continuer.
Voilà donc toute la médecine fijienne. On ne
s'y sert que
d'herbes et de plantes. Je n'ai connu
qu'un seul médecin fîjien
qui préconisât comme remède une autre matière que la matière
végétale : il conseillait l'eau de chaux contre la dyssenterie.
cieusement. Les cris

La

plus

ou

ou

préparation des remèdes

i°. Par

la mastication

se

fait

:

mâche la plante destinée au re¬
mède, on l'enveloppe dans unfiltre de toile (c'est généralement
de la toile naturelle de cocotier), on
immerge le tout dans une
écuelle en coco remplie d'eau froide, ou
appuie dessus de toutes
ses forces et le
jus du remède se mêlant à l'eau forme la potion
que le malade devra prendre.
2°. Par trituration
; on ne saurait mâcher toutes les plantes :
certaines d'entre elles sont des poisons violents. Pour celles-là
on les triture donc et voici comment on
opère.
On mélange d'ordinaire une, deux, trois de ces
plantes ensem¬
ble pour les broyer. Le
filtrage ne se fait guère dans la toile de
coco, on emploie plutôt des feuilles de roseaux. Le remède s'ad¬
ministre très rarement pur ; la
plupart du temps on le mélange
d'eau. Doit-on l'administrer sans
mélange, on applique alors sur
la partie malade une sorte
d'entonnoir, fait d'une feuille de Ti
;

on

�vasili

de

banane, et pressant fortement le remède, on en
exprime le jus qui coule goutte à goutte dans l'entonnoir.
Les écorces et les racines d'arbres sont
toujours râpées ou
broyées, après en avoir gratté la surface, qui pourrait contenir
des matières étrangères.
Durant sa maladie, chaque malade a toujours
près de lui, sus¬
pendus au foyer, ses petits paquets de médicaments ; il s'en sert
trois, quatre ou cinq jours suivant la prescription du médecin.
Le traitement fini, on noie, on brûle, ou l'on enterre les
paquets
restés sans emploi.
Le malade guéri paye son médecin soit en vivres soit en mon¬
naie fïjienne. Il appelle cela «obtenir une
permission de se bai¬
gner». Une fois le médecin payé, le convalescent peut alors man¬
ger des mets qui lui avaitent été jusque-là défendus, car en règle
générale, tout remède porte avec lui son tabu.
ou

ou

Article II. De la

La

chirurgie fijiennc.

chirugie fïjienne est extrêmement simple ': ses instruments
en un bambou
tranchant, quelquefois aussi en untes-

consistent
son

de bouteille.

Les

opérations chirurgicales son au nombre de quatre: i. l'in¬
nombril; 2. la circoncision; 3. la saignée ou vei-ta;
4. la poncture des abcès ou veicili.
1. Le
fijien coupe le cordon ombilical au moyen d'un bambou
tranchant à quatre doigts environ du ventre de l'enfant. 11 le lais¬
sait autrefois saigner librement, aujourd'hui il
y fait deux liga¬
cision du

tures.
2.
ans.

La circoncision se pratique encore de nos jours entre 12 et
15
Dans certains districts, à Beau, par exemple, c'es la vraie

circoncision qui est en vigueur. Dans d'autres, comme à Rewa,
et ses dépendances, on se borne à fendre la partie
supérieure du
prépuce en laissant retomber à droite et à gauche les deux lam_
beaux, sans rien enlever. C'est toujours un bambou qui est l'ins¬

obligatoire de cette cérémonie. $
Le vei-ta ou saignée se pratique: i. dans le cas de plaies
invétérées; on fait, avec un tesson de bouteille, une incision au
dessus de la plaie, et on laisse saigner le patient jusqu'à ce qu'il
tombe presque en faiblesse : 2. dans le cas de maladies internes
à causes inconnues
qui ont résisté à tous les remèdes fijiens;
c'est un expédient de dernière ressource.
J'ai connu un jeune homme de dix-huit ans qui avait, je crois,
trument

3.

�—

20

—

maladie de foie. Ne sachant à quel saint se vouer, il demanda
d'être saigné.
Le chirurgien fijien n'y fit naturellement aucune

tine

objection, il

entailla le dos du malheureux un
peu au-dessous de la dernière
côte. La plaie béante mesurait deux
pouces de long et un de large,
quatre petits bambous y étaient enfoncés. Etonné d'une barbarie
qui me paraissait inutile, ou m'expliqua qu'il faîlait maintenir la

plaie ouverte

pour laisser sortir le mauvais sang et le mauvais
air que le corps du malade contenait.
4. Le veicili ou percement d'abcès se fait au moyen d'un bam¬
bou aiguisé ou d'un débris de verre. Le
Fijien ne s'y soumet
qu'à grande peine, cependant ce cas se rencontre, et l'opération
mérite d'être mentionnée.

(A suivre).

UN VOYAGE DE TARAVAO A PAPEETE
Ensr 184V.

Extrait des

papiers de X. CAILLET.

Lieutenant de Vaisseau.

Le 21 janvier 1847, la "
Phaéton. Je venais de

lorsque,
il,

au

Meurihe" était au mouillage de Portreprendre mon service depuis deux jours,
matin, le capitaine me fit appeler : « Caillet, me dit-

vous sentez-vous assez remis de votre chute
pour entreprendre
la corvée que j'ai à vous donner ! » Sur ma
réponse affirmative, le

capitaine reprit

Eh bien, vous allez partir pour Teahupoo ; là,
à la disposition du missionnaire
anglais M.
Orsmond pour le conduire à
Papeete. Vous effectuerez votre
: «

vous vous mettrez

retour

en

suivant les ordres de la

Majorité. »
Je quittai donc le bord à 7 h. du matin : le capitaine m'avait
donné sa baleinière avec sept hommes. Le
temps était pluvieux ;
de gros nuages noirs amoncelés sur les
montagnes de la pres¬
qu'île de Taiarapu, s'en détachaient et venaient, en se déchar¬
geant, no-us cacher les profondes vallées qui aboutissent aux
différents villages du bord de la mer. Nous
naviguions à l'aven-

�'It

—

21

—

ture au milieu des bancs de coraux
qui se terminent aux récits ex¬
térieurs. Enfin, vers ioh. nous aperçûmes dans une éclaircie les

découpures de Teahupoo. 11 y avait 3 heures que nous étions
pluie battante.
Georges, le fils de M. Orsmond nous attendait au rivage et
vint me prendre pour me conduire chez son père. 11 mefit traverser
une partie du village de
Teahupoo et nous arrivâmes dans un joli
jardin, dont les allées bien sablées étaient bordées de bananiers
et d'orangers qui formaient une voûte
impénétrable aux rayons
du soleil. On entrevoyait à travers les
larges feuilles vert-clair
des palmiers, la blancheur éclatante de la maison du missionnaire.
Cette maison, comme toutes celles des
Européens à Taïti ressem¬
blait à un grand kiosque carré couvert de feuilles
; elle était en¬
tourée d'une galerie où la famille du missionnaire se réunissait
pour aspirer la brise embaumée du soir.
Je trouvai M. Orsmond lisant la Bible au milieu de ses petites
filles ; il me fit signe de m'asseoir. J'attendis en silenc^la fin de
sa prière et j'examinai cette belle tête blanchie dans les missions
lointaines : ses traits mâles exprimaient la franchise et le bon¬
heur, son front développé et ouvert indiquait ce courage moral
qu'il déploya toujours dans sa vie, et surtout dans nos affaires
de Taïti où sa belle conduite comme homme de paix fut admirée
sous une

de tout le monde.
M. Orsmond ne connaissant pas le français, son fils
Georges
nous servit
d'interprète : « Aussitôt que le temps le permettra,

dit-il, nous partirons. Et, si vous n'avez pas de répugnance
pour les fruits du pays, voulez-vous partager le simple déjeuner
de famille d'un missionnaire taïtien ? »
me

Cette offre me fut faite avec tant de cordialité qui j'acceptai sans
façon. Un quart d'heure après, nous passions dans une seconde
salle qui, comme la première, se ressentait, par sa simplicité, de
la rigidité du quaker: deux ou trois chaises en rotin, quelques
pliants et une table composaient l'ameublement de cette1 pièce.
Sur la table étaient servis des fruits dans des corbeilles de
feuilles de cocotier; devant moi, on avait placé quelques œufs
durs et un bol de lait chaud.
Les deux jeunes filles du Missionnaire, dont l'aînée paraissait
avoir

10

ans,

entouraient leur père de ces soins prévenants que

l'affection sait si bien deviner.
Pendant le déjeuner, la pluie avait cessé, mais le temps était
resté couvert. Cependant nous ralliâmes la plage ; en traversant
le village, je fus à même de voir le respect que tous les Indigènes

�22

_

—

portaient à M. Orsmond : les habitants sortaient en foule de
leurs cases, pour l'entourer et lui
parler. Pendant qu'il s'entre¬
tenait avec eux, je pris les devants
pour veiller aux préparatifs
du départ.
Je trouvai
nattes

au

mes

matelots habillés

milieu d'une

en

canaques et assis sur des

ils terminaient un déjeuner qu'ils
avaient partagé avec la famille de leur hôte. Celui-ci ne
voulant
pas rester en arrière de politesse avait fourni des bananes, du
maioré et même un morceau de
porc frais.
Je pressai l'armement de la baleinière et bientôt le Missionnaire
arriva accompagné d'un grand nombre de Taïtiens
accourus des
environs pour lui souhaiter un bon
voyage.
case

;

*
*

*

Il était environ n h.
quand nous poussâmes au large. Dans
le commencement, nous fûmes abrités de la
mer, mais, arrivés

par le travers de Papeari, nous ressentîmes de fortes risées et
mer
commença à devenir houleuse. Quand nous eûmes
doublé la pointe de Maraa les lames étaient si creuses
que nous
la

disparaissions à chaque instant
M. Orsmond

nous

qui enveloppent Taïti

dit

entre deux

en nous

montagnes d'eau.

montrant les récifs écumants

ligne de défenses extérieures .:
fait les entrées de l'enfer » 1
Cependant, nous fûmes assez heureux pour donner dans la
passe de Punauia avant la nuit.
Le Gouverneur du district
reçut M. Orsmond chez lui : quant
à nous, nous fûmes
dans
«Les anciens

de

en

comme une

eussent

logés
une grande case qui avait servi
magasin ; des feuilles sèches nous servirent de lits.
Le lendemain, dès la pointe du
jour, nous sortîmes de Punauia

pour rentrer en dedans des récifs par une

vis-à-vis; le temps était à grains,

nous

petite passe située
avançions lentement et

les courants ralentissaient notre marche.
L'arrivée de Pomare avait changé
l'aspect de la côte des envi¬
rons de Papeete; le
rivage était couvert de cases d'où sortaient
de gracieuses femmes en habits de fête : elles se
rendaient à la
upa-upa dont nous entendions les chalumeaux de bambou accom¬

pagnant les voix qui chantaient en chœur.
Les premiers navigateurs ont tous été
surpris de la beauté des
Taïtiennes : mais depuis, elles ont
pris un costume qui les rend
encore plus séduisantes. Leurs beaux cheveux
noirs, ornés d'une
couronne de fleurs tombent sur
leut;s épaules en deux

tresses

longues

parfumées de monoï (huile odoriférante du pays) ; leur

�—

23

—

vêtement

se compose d'une pièce
de coton, nommée pareu,
faisant deux où trois fois le tour de la taille et d'une robe de soie
sans ceinture recouverte d'un sarrau de mousseline
transparente.
L'habillement des hommes ressemble à celui des femmes : ils

également le pareu et par dessus une simple chemise bien
plissée. La coiffure des deux sexes se compose d'un chapeau de
rotin garni d'un large ruban; cependant les hommes
préfèrent
la casquette galonnée des officiers anglais.

ont

*
*

*

Aussitôt que nous eûmes doublé la pointe de Faâa, la rade de
Papeete se présenta à notre vue : elle était couverte de navires de
toutes les nations parmi lesquels on
distinguait le long corps
noir et les flèches élancées de la belle frégate " YUranie".
Cette
rade était sillonnée dans tous les sens par une foule d'embarca¬
tions. A côté d'un grand canot chargé de matelots se rendant
à bord d'un des navires de guerre, partait comme une flèche, une
de ces pirogues canaques si gracieuses à la voile. Plus loin, des

yoles, dans lesquelles brillaient les riches uniformes des officiers
de la marine, luttaient de vitesse avec les baleinières américaines.
Nous apercevions, au milieu du feuillage, les petites maisons

blanches de la

ville; des groupes d'Indigènes réunis aux Euro¬
péens animaient ce tableau dont le fond était formé par des col¬
lines étagées en amphithéâtre et couvertes de blockhaus.
En arrivant au débarcadère, je me rendis tout de suite chez le
Gouverneur. Pour cela; il me fallut traverser la ville et suivre la
route qui relie le camp retranché au Gouvernement. Cette route
était bordée de jardinets situés devant les maisons des officiers
employés à terre. J'arrivai ainsi dans l'avenue conduisant à l'an¬
cien Gouvernement. Là j'aperçusdanslacour dedevant, plusieurs
factionnaires de la garde royale. Je demandai à l'un deux où se
trouvait le Gouvernement ; il me fit tourner à droite et me dirigea
vers une
grande bâtisse destinée à loger nos troupes campées
dans de mauvaises

cases.

J'avais à peine fait quelques pas que je me trouvai à côté d'une
clairière au fond de laquelle s'élevait un vaste pavillon en bois
entouré d'une double galerie. Le planton de service me fit entrer,
et je trouvai le Gouverneur déjeunant en famille avec un mis¬
sionnaire français.
Je rendis compte de ma mission à l'Amiral, puis j'allai mettre
mes hommes en subsistance à bord de \' " Ariane". Là, je trouvai?
dans le poste des élèves, Chancerel que j'avais connu à Nuhiva

�—

M

—-

et

avec lequel nous étions tous liés
intimement. Il regrettait la
goélette "Clémentine" sur laquelle il avait été embarqué com¬
me second. A bord de 1'
"Ariane", me dit-il, les officiers sont
tqutv les élèves ne sont rien. Ainsi, lorsque les officiers sont
fatigués de la terre, on n'arme pas le canot-major et alors, le
peu d'élèves qui pourraient descepdre sont forcés de
garder le
bord. L'élève est le chien du bord : à lui les corvées et
les puni¬
tions ; les officiers paraissent
jaloux de son activité et de son

insouciance.
Le soir,

je descendis à terre avec mon ami, j'étais heureux de
pouvoir lui offrir une place dans la baleinière, au grand dépit du
Commandant M. Dutaillis. Celui-ci était un de ces
hommes qui
se vexent de tout et cherchent à
tyranniser pour montrer leur
autorité. Le lendemain matin, il mé fit dire
parle Lieutenant du
bord de ne reprendre la baleinière
que pour retourner à Taravao.
Je répondis que j'avais reçu des ordres du Commandant de la
Meurthe" et qu'il m'avait confié sa baleinière
pour pouvoir les
exécuter plus facilement.
Une fois à terre, Chancerel me conduisit dans la cour
du Gou¬
vernement pour y entendre la
musique qu'nn grand nombre de
Tahitiens des deux sexes suivaient en dansant
gracieusement.
De là, nous fûmes passer la soirée dans une
case pleine de
monde où les uns chantaient en
chœur, tandis que d'autres
jouaient aux cartes à la lueur d'un lampion de coco.
A 8 heures, le canon de retraite
part avec éclat d'une des pièces
de l'Uranie et va s'éteindre en roulements
prolongés dans les
vallées sonores des environs de
Papeete. Aussitôt, le Chef de la
case se lève,
prononce le mot "pure" (prière) et chaque personne
se jette à
genoux répétant tout haut une oraison.
Quelques minutes après, la brise rafraîchissante du soir nous
apportait les bouffées d'harmonie que la frégate 1' " Uranie" lan¬
çait au milieu du silence de cette belle nuit tropicale. C'était l'air
mélancolique et tendre : « Ah ! que j'ai douce souvenance ».
Le lendemain matin, nous allâmes nous
baigner à une demilieue de Papeete, dans un torrent descendant de la
fameuse val¬
lée de Fautaua qu'on
appelle aussi vallée du Diadème parce
qu'une montagne à pic, couronnée de dentelures formant un
diadème s'élève, par un caprice de la
nature, à l'extrémité de
"

cette

vallée. Nous

courant ; une

nous

amusâmes à

nous

laisser dériver

avec

le

fois arrivés près d'un certain arbre, l'eau y deve¬
nait plus profonde. Un
jeu des baigneurs tahitiens était de tra¬
verser en
plongeant, les racines de cet arbre. Mais pour pouvoir

�25

—

—

sortir de ce trou, il fallait se détourner sur le flanc, car le
passage
devenait très étroit dans un certain endroit. Et, ce
qui rendait la
traversée difficile, c'est que si l'on plongeait

restait droâsé
riva la première fois.

bas,

on

en travers contre les

en ville à midi, je
le permettrait.

En rentrant
le temps me

reçus

trop haut ou trop
racines, ce qui m'ar-'

l'ordre de partir dès que

★
*

*

Depuis la veille, de forts grains d'ouest avaient rendu la

mer

très grosse. Les navires dehors attendaient en
cape le retour du
beau temps ; la corvette anglaise, le " Talbot"
pressée de sortir,
n'osait se risquer dans la passe qui paraissait

impraticable.

Cependant, j'appareillai

; nous avions vent arrière avec une
brise carabinée et la baleinière partit comme un alcyon.
Elle vo¬

lait

en

rasant l'eau et les

pointes de l'île fuyaient derrière

nous

par magie.
Arrivés près de

comme

nous

Punaauia, nous sortîmes facilement, mais
peines du monde à entrer dans la passe
elle était couverte d'écume ; une espèce de barre la

eûmes toutes les

opposée,

car
confondait avec les récifs et le courant en sortait avec violence
redressant les lames poussées par le vent contraire.

Malgré la grande voile que gonflait une brise carabinée,vinaigré
les 6 avirons que manœuvraient 7 hommes, quatre fois au mo¬
ment d'atteindre la plage, la baleinière fut rejetée au dehors avec
la vitesse d'une flèche. Des militaires accourus sur la plage sui¬
vaient

nos efforts et s'efforçaient de nous
encourager. Enfin, la
cinquième fois, nous réussîmes à atteindre Punaauia.
Je n'avais pas apporté de provisions et les matelots m'offrirent
de leur ration, mais je refusai, pour les punir, car le matin du
départ plusieurs d'entre eux avaient abusé de la permission que
je leur avais accordée de descendre à terre. Cependant nous avan¬
cions toujours ; le courant nous fit doubler les passes du Diable
malgré leur peu de profondeur et j'arrivai ainsiàMaraa. Le soleil
approchait de l'horizon; devant ce village, une baleinière fran¬
çaise était mouillée. Les hommes auraient bien voulu y passer
la nuit, mais j'avais encore trop de chemin à faire et je continuai
jusqu'aux premières cases de Papara, où nous arrivâmes dans
un
grain à la fin du crépuscule. Nous avions fait 30 milles en 5

heures.

Je fis hâler la baleinière
chef vint

nous

recevoir

au

avec

sec,

vis-à-vis d'une

aménité. Un

case dont le
Indigène se chargea du

�génies à Rewa apparaissaient sous la forme de vieilles
en vit deux en
1874, lors de la premiere visite de la
rougeole qui emporta en 6 mois 70.000Pijiens, elles se prome¬
nèrent le soir dans le
village de Rewa et portaient une charge sur
leur dos d'où dégouttait du
sang ! C'était donc pour les éloigner"
qu'on faisait tout ce tapage, appelé Vakaliïioo, tapage qu'ils
avaient négligé de faire en
1874. Or en 1903 ils firent le vakaliïioo
avec un renouveau merveilleux.
Résultat: le lendemain plus de
20 s'alitaient
déjà sous les attaques de l'épidémie ! Cela n'empê¬
che pas que si le
pays était encore menacé demain d'une épidé¬
mie, ils recommenceraient ce soir leur tapage infernal.
que ces

femmes. On

Art. II. Manolâtrie.

Que croient d'abord les Fijiens au sujet des mânes? Ils croient
l'âme survit au corps. Il y a deux âmes dans le corps
humain. L'une, la vraie
(yalodina), va dans le séjour des âmes,
manger, boire, chanter, être heureuse. Ce ciel là c'est le cobo cobo
ou cibaciba,
précipice généralement vers l'ouest soit à Bua, soit
à Na Kauvadra; ici à
Rewa, il est à Cakau yaw a (ou lointains
récifs). On y voit au fond de la mer des cases, des tortues toutes
cuites (rouges), on y entend des chants et la
conversation des
tous que

âmes. C'est le " BUROTU" des Rewiens.
Il ne faut pas passer cette occasion sans dire ici
un mot de Caron et de sa
barque invisible. L'âme arrive pour passer l'embou¬
chure de la Rewa où le rez de marée est terrible
(na sese). « Qui
donc est là! » crieleCaron des
Fijiens, «Côté bois dur», répond
l'âme. « C'est un chef »,
pense Caron et il donne l'extrémité bois
dur de sa pirogue, car l'autre extrémité n'est
qu'en arbre à pain
et est réservée à la
plèbe.
La deuxième âme erre à l'endroit ou elle a
vécu et où elle est
enterrée, elle s'appelle drau ni ivi (feuille de châtaigne). C'est elle
qui folâtre sur les nattes et s'amuse des vivants ; elle n'est
point
méchante et ne tue pas comme les
tevoros, à peine si elle vole
quelque nourriture ; car ces âmes mangent et boivent. Voilà
pourquoi encore aujourd'hui dans les montagnes on rencontre
sur des tumulus
d'enfants, une tasse

remplie de lait. C'est la

des pauvres créatures mortes,
qui continue à donner son
lait pendant plusieurs semaines à la
deuxième âme de son enfant.
C'est cette deuxième âme
que gronde le Rewien, lorsque les
chenilles mangent ses taros. Quand il a bien
insulté ou répri¬
mandé l'âme de son
père, les chenilles doivent disparaître. Les
maman

�mânes sont invisibles

quoique pouvant agir sur les corps. Voici
qui est à retenir: la deuxième âme ou ombre (yalo)
des chefs est à redouter. Il peut y avoir tempête à cause d'eux
;
la lune se voile-t-elle de rouge, c'est un chef qui est mort. Elle
peut engendrer tous les maux et ravager des familles entières.
C'est que les chefs ont quelque chose de divin.
Les revenants existent aussi, on les voit sous forme d'hommes
ou de bêtes, ou simplement
ils viennent crier ou tapager dans la
case. Rien de mieux à faire alors
que de prendre un pieu le len¬
demain et d'aller l'enfoncer.cent fois dans le tumulus qui s'élève
maintenant

sur

la tombe du revenant.

Quand

on n'a pu s'expliquer la mort de quelqu'un, on appelle
le mort, la nuit, à pleins poumons et s'il a été tué
par un malé¬
fice le mort vient le dire.

Les femmes mortes en couches reviennent tracasser les vivants,
elles sont même terribles et peuvent faire mourir si on n'a
pas
eu

soin, quand

ceau

de bois

ou

on les enterre, de mettre à côté d'elles un mor¬
de bananier pour figurer leur enfant, afin qu'ainsi

trompées elles laissent tranquilles les vivants.
On ne garde guère des ancêtres que leur nom qui se transmet
de génération en génération. Il n'y a de culte
spécial que pour
les ascendants mâles. Les ascendants femelles sont peu invo¬
qués, ou sinon pour obtenir qu'ils laissent les vivants en paix,
car une femme morte
peut encore tracasser et agacer et être la
source

de bien des maladies.
Culte.

Le culte

envers

les morts consiste

en

offrandes et

en

commé-

moratifs.
Offrandes.

Un

esprit vient-il tracasser une famille ou la
frapper de maladie, vite on fera un festin (et un hava) et on l'of¬
frira, avec prière à l'esprit de s'en aller. Quelquefois les Rewiens
ont de grandes contestations ; est-ce un tevoro ? est-ce lame d'un
chef?

car

—

autre chose est le culte dû à

un

tevoro et autre chose

celui dû à l'âme d'un chef.
A

peine un Rewien est-il mort qu'on dépose une dent de'ba(tabua) sur sa poitrine, c'est pour qu'il ait le repos (nonai
cegu). Ceux qui viendront embrasser le mort porteront aussi une
offrande aux parents du moit. Pendant quatre jours on pleurera
dans sa maison. Le quatrième on fait un festin. Un festin le iome,
un festin le 30ma ou 40me quand on soigne sa tombe (sable ou
leine

�m

_

ayant trouvé

une

28

—

longue chemise qui

me

descendait jusqu'aux

genoux. Les autres avaient complété leur costume avec des bran¬
ches de goyaviers. Mais nous n'avions
pas de souliers et lorsque
nous traversions une
plage de sable brûlant, les coupures de nos
pieds déchirés par les coraux nous faisaient souffrir cruellement.

Cependant

nous

continuions

notre route sans

nous plaindre
;
pauvres camarades que
nous venions de voir mourir à la fin d'une
longue campagne et
à 5000 lieues de la France.

chacun de

nous

pensait tristement

aux

Enfin, nous arrivâmes à bord à la nuit tombante ; on y connais¬
déjà le sinistre événement. Le Commandant, les officiers et
l'équipage mêlèrent leurs regrets aux nôtres, car, dans un voyage
sait

de 5 ans, il s'était établi des relations
presque

l'équipage et l'état-major.

familiales

entre

Les coups de soleil dont
j'étais couvert me firent rester 3 se¬
maines au lit. J'avais des éSlouissements : tous les
jours, le Doc¬
teur me tirait un demi-litre d&lt;?sérosité
des cloches qui me cou¬
vraient tout le corps comme d'un vaste
vésicatoire.
Mes amis du bord, se conduisirent en frères
avec moi; des
députations de l'équipage vinrent prendre de mes nouvelles;
toutes ces marques d'intérêt
compensèrent au-delà mes souffran¬
ces.

Le quartier-maître Louis
qui fut si beau d'abnégation et de cou¬
rage, n'a jamais été récompensé ; il est mort à
l'hôpital de Brest,
l'an après son retour en France.
X. Caillet.

�—

29

fei.li,omE SHE1

—

x&amp;Tén&amp;.'Œ'uwm

TAHITI

Mentalité

féminine

(Par Orsmond H: WALKER).
Autrefois.

Dans la

grande vallée de Papenoo, à flanc de montagne et à un
principale reçoit un petit affluent, se trouve
une grotte appelée "Te ana marara a rere a tau
Cette grotte est assez spacieuse, haute d'une dizaine de
mètres»
profonde d'autant et mesure environ vingt mètres de large. Par
une particularité assez curieuse de la
nature, elle est divisée en
deux par un mur allant du fond à l'ouverture, mais
n'atteignant
pas la voûte, de sorte qu'on peut facilement l'escalader et que de
l'un des compartiments on entend tout ce
qui se dit dans l'autre.
Elle est orientée vers le soleil levant et de telle
façon que l'on
n'aperçoit la mer que de l'une des salles, la vue de l'autre se trou¬
vant masquée par la montagne.
C'est là que nous nous trouvions un soir, confortablement ins¬
tallés pour passer la nuit sur des lits de fougère
desséchée et re¬
gardant distraitement les reflets rougeâtres que le feu allumé
dans la salle voisine qui nous servait de cuisine
projetait sur la
voûte, lorsque le vieux Tavi qui nous servait de guide nous ra¬
conta la légende suivante que
je transcris littéralement :
Dans les temps anciens où les habitants de Tahiti étaient
trop
nombreux pour vivre tous surle rivage, cette grotte était habitée
par un homme Turi et sa femme Reva dans ce compartiment-ci, et
par un homme Tere dans le compartiment d'à côté. Tere n'avait
pas de femme. Pendant très longtemps, ils vécurent en bons voi¬
sins ; le célibataire venait souvent le soir après le coucher du
soleil faire la causette avec Turi et Reva. Ils se donnaient
récipro¬
tournant où la rivière

quement des vivres suivant les circonstances.

Quelquefois Tere

ou Turi descendait à la plage pour chercher
paatai" et toujours le partage s'effectuait au retour ; si
l'un ou l'autre faisait bonne pêche, anguilles, chevrettes
ou nato,
le produit en était également partagé. Mais il arriva
un temps où
toute nourriture devint rare ; les feïs ne produisaient
pas, les

du sel "

�g)

—

rivières étaient

30

—

dépourvues de poissons et la famine

se fit

bientôt

sentir.
Pendant les

premiers temps de cette disette, leur sincère amitié
poussait à partager loyalement les rares victuailles qu'ils
avaient la chance de trouver ; mais petit à petit les choses chan¬
gèrent ; Tere s'aperçut que le ménage Turi avait quelquefois de
bonnes aubaines qu'il mangeait en cachette. Il en conçut une
grande colère et, pour se venger de son ami, résolut de lui enle¬
les

ver sa

compagne.
Il continua cependant

à faire bonne figure à Turi, mais ne par¬
avec lui et sa femme. En outre il profitait de
toutes les sorties de son voisin pour passer le mur et faire des
tageait plus rien

propositions malhonnêtes à Revà, qui toujours les repoussait,
le menaçant d'en informer son mari.
Il fut d'abord doux et persuasif, puis

il voulut employer la force,
toujours sans atteindre son but, tellement Reva était fidèle
à Turi. Il pensaalors qu'en se privant un peu pour pouvoir donner
quelque chose de plus à manger à Reva, il la disposerait favora¬
blement à son égard. Dès lors, chaque fois qu'il le pouvait, il
glissait à sa voisine quelque friandise, un morceau d'igname
sauvage, ou un feï vert, trouvé à grand'peine dans un vallon
éloigné. Elle acceptait tout de bon cœur, et quoique Tere lui recommandâtde manger séance tenante, elledisaittoujours:"Non,
je partagerai avec mon mari." Ceci lui causait de la peine, mais,
d'un autre côté, comme elle semblait être moins rigide à son
égard, il continua son petit manège.
Un jour, il découvrit qu'à peine il avait tourné le dos, Reva
avalait tous les aliments qu'il lui donnait sans se soucier d'en
laisser la moindre parcelle pour son mari. Ceci le remplit de joie
et il se dit : «C'est par son ventre que
je prendrai cette femme ; je
ne crains plus rien, je l'aurai ;
je n'ai plus qu'à attendre le mo¬
ment propice. »
mais

Ce moment arriva le soir même. Turi était rentré

avec une

belle

anguille qu'il avait eu la chance extraordinaire de trouver dans
un ruisseau très
éloigné. Il se mit à la préparer pour leur repas
du soir; l'enveloppa soigneusement dans des feuilles de bananier
et la mit cuire sur les charbons ardents.

Reva

possédait pas de joie à la pensée de manger de ce
poisson dont ils étaient privés depuis si longtemps.

ne se

délicieux

Tere reniflait avec envie l'odeur de la cuisine de ses voisins et
cherchait un moyen de mettre à exécution son
projet.

�—

De

31

—

compartiment, il pouvait voir la mer, tandis que de
voisins on ne voyait que la montagne en face.
Il se mit donc à crier de toutes ses forces en regardant la mer
;
« Ah, le beau bateau, ah, qu'il est grand
! Qu'il vogue vite ! Dire
qu'il va disparaître et mes amis ne l'auront même pas vu. Ah,
quel dommage ! », et il continuait à pousser de telles exclama¬
tions que Turi et Reva accoururent à ses côtés pour contempler
cette merveille, laissant leur anguille dans son
enveloppe de
feuilles de bananier, posée sur la braise ardente.
« Ah ! vous arrivez trop tard, dit
Tere, le navire vient de dis¬
paraître derrière cette montagne, attendez un instant que je grim¬
pe sur le mur, je vous dirai s'il est visible de là ».
Les deux époux regardent naïvementl'horizonet Tere de
passer
vivement dans leur compartiment, de prendre le
paquet conte¬
nant l'anguille et de repasser de nouveau chez lui, en leur criant :
« On ne voit rien de là-haut, mais j'ai
pu me rendre compte que
votre dîner est complètement consumé par les flammes. » Il
avait eu soin en emportant l'anguille de jeter une brassée de
fougères sèches sur les braises et une grande flamme s'éleva.
Turi et Reva se précipitèrent chez eux et ne trouvant
plus trace
de leur anguille ils furent persuadés que le feu l'avait consumée.
Il s'ensuivit une dispute où l'on échangea des paroles amères :
Reva dit a Turi qu'il ne méritait pas d'avoir une femme,
puis¬
qu'il n'arrivait pas à la nourrir; elle ajouta qu'il fallait être un
fier imbécile pour n'avoir pas songé à écarter les matières inflammablesde la braise, lorsqu'on faisait cuire un mets aussi précieux.
Pendant ce temps, Tere mangeait l'anguille tout en se livrant
à haute voix aux réflexions suivantes : « En
ai-je eu de la chance
d'avoir attrapé une si belle anguille, et a^ec ça si près d'ici. Je me
demande comment mon voisin Turi ne l'a pas trouvée avant
moi;
lui qui a une femme à nourrir, il devrait être plus adroit
que moi
qui suis seul ».
Reva entendait ces propos et ne tarda pas à se rendre
compte
que Tere avait vraiment une anguille, car l'odeur en parvenait
jusqu'à elle.
Elle eut vite fait de prendre son parti : « Je m'en vais, dit-elle
à Turi, je vais rejoindre Tere
qui, lui, a bien su trouver, cuire et
ne pas laisser brûler une
anguille. Désormais je serai sa femme
et je resterai avec lui ». Turi eut beau la
supplier de rester et
lui promettre les mets les plus
succulents, rien ne l'arrêta. Elle
s'en alla vers Tere dont elle
partagea le souper et la couche.
Turi de son côté maugréait contre sa mauvaise fortune et sa
son

celui de

ses

�m)

—

32

—

négligence. «J'aurais dû, se disait-il, faire plus attention au feu »,
ne savait que
gémir et pleurer.
Les jours passèrent, et Reva restait toujours avec Tere. Turi
chantait quelquefois ou jouait de la flûte, quoique sans beau¬
coup d'entrain, espérant que sa musique évoquerait chez Reva le
souvenir de son amour et la ferait revenir à lui, mais hélas
et il

sans

succès.

Il allait

en

der conseil à
bord de la

faire
son

son

deuil, quand l'idée lui vint d'aller deman¬
qui demeurait dans la plaine, au

vieil oncle

mer.

L'oncle l'accueillit très bien et lui dit en souriant : « Mon enfant
souviens-toi d'une chose : la femme ne suit que son désir, elle
n'aime que l'homme fort, rude et subtil, qui peut satisfaire tous

caprices. Et puisque dans le cas de Reva, c'est le désir de
des aliments qui est la passion dominante, il nous faut
pour la reconquérir faire tomber devant elle une pluie d'aliments.
D'après ce que tu m'as raconté, il semblerait que le poisson est
son mets préféré, il faut donc
que cette pluie d'aliments soit une
pluie de poissons. Je vais te tirer d'embarras, tu n'auras qu'à
suivre mes conseils. Retourne donc à la montagne, prends un
air dégagé, chante, joue de ta flûte, et tous les soirs, jusqu'à la
pleine lune, adresse à haute voix une prière aux dieux de tes an¬
cêtres pour qu'ils t'envoient une pluie de poissons. Trois nuits
après la pleine lune, tu profiteras du moment entre le coucher
du soleil et le lever de la lune pour abattre la tête de tous les
pieds de feï qui couvrent le flanc de la montagne devant la grotte,
jusqu'au fond de la vallée. J'arriverai alors avec des centaines de
poissons volants et j'en accrocherai à chaque tronc que tu auras
décapité. A ce moment, je te dirai ce que tu auras à faire ».
Le jeune homme partit presque consolé, assuré, qu'avec l'aide
de son oncle, il regagnerait bientôt sa femme.
L'oncle fut fidèle au rendez-vous ; il avait pris une quantité de
poissons volants et, en compagnie de son neveu, il en mit un ou
deux, même trois, sur chaque tronc de feï suivant leur grandeur.
Quand tout ceci fut terminé, il dit à Tere : « Remonte mainf)
tenant a ta grotte ; tiens-toi à l'entrée et prononce
à haute voix
ses

manger

*

•

de manière à être entendu de Turi et de Reva l'incantation sui¬
vante
«
«
«

«

:

O dieux de

mes ancêtres, venez à mon aide,
Apportez-moi des aliments, du poisson de préférence,
Faites pleuvoir sur moi, une pluie de poissons.
Et pour mieux faire voir votre puissance,

�—

«

Détruisez

«

Ordonnez

arbres

33

-

fruits

qui se trouvent devant moi ;
poissons de la mer de prendre leur essor :
« Qu'ils volent jusqu'à moi. Exaucez ma prière.
« Faites que dans quelques instants, je puisse voir que vous
« avez exaucé le fils de ceux qui vous ont toujours servis ».
« Tu répéteras cette prière, continua l'oncle, jusqu'à ce que la
lune apparaisse aiw&gt;dessus de la crête de la montagne et le spec¬
tacle qui s'offrira aux yeux des habitants de la grotte sera pro¬
digieux. Sous les rayons de la lune tous les poissons scintille¬
ront comme autant d'étoiles. Tu pousseras alors de grands cris
de joie et tu rendras grâce aux dieux de tes ancêtres, puis tu ap¬
pelleras Tere et Reva pour qu'ils contemplent ton œuvre, et tu
demanderas à Tere si ses dieux pourraient en faire autant. Pro¬
fite de l'embarras où il se trouvera pour le tourner en ridicule aux
yeux de Reva à qui tu offriras du poisson. Tu verras qu'elle ira
droit se coucher dans ton compartiment tant elle sera émerveillée
de la puissance de tes dieux. »
ces

sans

aux

Turi suivit à la lettre les conseils de
du côté où elle

son

oncle, et il arriva

celui-ci avait prédit : Reva repassa
trouvait à satisfaire son appétit.

exactement ce que

sans

façon

Aujourd'hui.
Manea, Chef de Maraa, avait une fille qu'il jugea en âge de se
marier; il lui tint donc le langage suivant: « Je vois que tu es
devenue une femme et il serait bon que tu aies un mari qui puisse
subvenir à tes besoins, car je deviens vieux et puis mourir d'un
moment à l'autre. J'ai pensé que Tino te conviendrait. C'est
un garçon tranquille, honnête et laborieux. Il est estimé de tous
dans le pays, d'une très bonne famille et il héritera un jour de
toutes les terres de ses parents. Si le ciel vous accorde des en¬
fants, il pourront se vanter d'une illustre lignée d'ancêtres ».
Hira (c'était le nom de la fille) répondit à son père, qu'à aucun
prix elle ne consentirait à se donner à un homme comme Tino.
« Comment, dit-elle, c'est un fait bien connu de tout le district
qu'un jour en revenant de la vallée avec une charge de feï, il s'est
arrêté près d'un tronc d'arbre coupé pour y déposer sa charge
et la reprendre sur l'autre épaule, tandis que son compagnon fit
glisser le bois supportant la charge d'une épaule à l'autre sans
même arrêter sa marche. Tu comprendras donc aisément, père,
que mes amies ne manqueraient pas, le cas échéant, de me rap-

�—

34

—

peler ce manque d'adresse, et je ne veux pas que l'on puisse re¬
procher pareille chose à l'homme qui sera mon mari ».
Le père contrarié la pria de réfléchir encore, mais elle lui dé¬
clara que c'était inutile d'insister, qu'il fallait renoncer à Tino, sa
décision étant irrévocable.
11

le tint pour

dit et, quelque temps après, jeta son dévolu
jeune homme d'un district voisin, qui à peu de chose près
valait le premier. Il s'appelait Terai. Mais, avant d'en parler à sa
fille, il dit à un de ses fils de l'inviter à venir passer quelques
jours au milieu d'eux, sous prétexte d'assister à la pêche du thon
qui battait alors son plein.
Terai arriva donc, et à la première rencontre avec Hira,lechef
crut deviner que son protégé avait fait bonne impression sur sa
fille. Il attendit quelques jours, et voyant que Hira n'avait pas
changé d'attitude enyers Terai, il lui en toucha quelques mots.
Grande fut sa surprise lorsque sa fille lui dit d'un ton ferme
et décidé : « Non, je ne veux pas de cet homme ; tu me l'aurais
proposé hier, que je l'aurais peut-être encore accepté, mais après
ce que mes yeux ont vu ce matin même, non, no», je ne pour¬
rais pas me résoudre à m'unir à pareil époux. »
Le père interloqué la prie de préciser. « Eh bien, dit-elle, c'est
bien simple, jamais aucun de mes frères, ni toi, ni mes oncles
n'avez fait pareille chose. J'étais assise sur la plage, attendant le
retour des pêcheurs et je m'aperçus que Terai qui n'était pas allé
aux thons péchait le long du bleu dans ta petite pirogue.
Je fus
prise d'une grande joie ; je savais que c'était pour moi qu'il pé¬
chait des « tarao » car, la veille, je lui avais dit que j'étais fiu (fa¬
tiguée) du thon et que le tarao était mon poisson préféré. J'étais
pleine d'orgueil et mes amies me regardaient d'un oeil envieux ;
un si beau jeune homme sacrifiant pour moi le plaisir de
pêcher
le thon en pleine mer, pour prendre ces petits poissons dans le
lagon ; n'était-ce pas un signe qu'il m'aimait? Mais ne, voilà-t-il
pas qu'en arrivant à la plage, il descend de la pirogue et la fait
échouer sur le sable ; puis au lieu de la prendre par une des tra¬
verses du balancier et de la traîner en la soulevant,
jusqu'à l'abri ;
il s'assied sur le rebord de la pirogue et appelle à son aide deux
ou trois garçonnets qui jouaient sur le sable à
quelques pas. Au¬
tant mon orgueil avait été grand, autant le fut ma honte. Mes
amies se regardèrent en étouffant leurs rires ; et l'une d'elles,
Tiiva, dit à haute voix: « Que je suis heureuse que ces poissons
n'aient pas été péchés pour moi, où est donc celle d'entre nous
qui en mangera? », et elle me lança un regard ironique. Tu vois,
se

sur un

�c..

—

35

—

père, cela m'est impossible d'avoir un mari
m'obligerait un jour à traîner sa pirogue, et
neraient

en

ridicule et moi

comme celui-là ; il
amies le tour¬

mes

avec ».

père qui commençait à connaître sa fille ne trouva rien à
lui répondre tout d'abord. Puis timidement, il est vrai, il essaya
d'excuser le malheureux Terai en disant que peut-être il était
malade, ou avait les pieds piqués par les oursins. « Non ! fut la
réponse de Hira, je n'en veux pas ».
Quelque temps après, le chef qui avait à faire un voyage dans
un district éloigné, résolut d'emmener avec lui sa fille
pour lui
faire faire la connaissance d'un certain jeune homme de ce dis¬
trict qui s'appelait Paitia et qu'il trouvait digne d'être son gen¬
Le

dre.
Le chef et

fille arrivèrent donc chez les parents

de Paitia, et
à se faire des amies parmi les jeunes filles de
son âge. Paitia se montrait empressé auprès des visiteurs et fai¬
sait son possible pour plaire à Hira qui elle-même le regardait
d'un œil favorable. La démarche vive et aisée de ce jeune homme,
l'agilité avec laquelle il sautait achevai, plaisaient à la jeune fille,
et sa voix surtout lui était agréable quand il chantait les « ute »
Hira

de

ne

son

sa

tarda pas

district.

Le chef était heureux de voir

sa fille prendre le jeune Paitia en
amitié et bientôt il demanda à Hira si elle avait enfin rencontré

•celui

qui lui convenait : « Oui père, je ne trouve rien à reprocher
jeune homme, mais je ne suis pas ici depuis assez longtemps
pour pouvoir bien l'apprécier, je te demande donc de m'accorder un ou deux jours encore avant de me prononcer définitive¬
ment. Elle se mit dès lors, à questionner ses amies sur les habi¬
tudes, qualités et défauts du jeune homme.
Toutes lui dirent qu'il avait des défauts; d'après l'une il était
coureur, mais Hira répondit que ce n'était pas un défaut et qu'elle
aurait vite fait de le mettre au pas. Une autre lui dit qu'il s'eni¬
vrait quelquefois, lorsqu'il portait le coprah à Papeete, et qu'il
lui était arrivé souventde rapporter moins d'argent qu'il n'aurait
dû. Elle répondit à celle-là, que si Paitia était à elle, elle ne le
laisserait pas aller seul en ville et qu'elle se faisait forte de l'em¬
pêcher de boire. Une troisième amie lui raconta qu'il était joueur
et qu'il avait plus d'une fois levé la main sur une femme dans
des moments décoléré. « Oh, fit Hira, tout cela n'est rien;
l'homme qui joue, le fait pour s'amuser quand il n'a pas d'autre
distraction ; quant à celui qui bat une femme, c'est généralement
-par jalousie, et pour être jaloux, il faut aimer. »
à ce

�—

36

—

Elle était presque décidée à dire à son père qu'elle voulait Pai¬
tia, lorsqu'elle aperçoit un jour ce dernier sortant de la « fareumu» et portant un panier
plein de maiore qui sortait du «ahimaa ». Elle éprouva une certaine fierté à le voir
ainsi, persua¬
dée que c'était lui qui avait allumé le feu et préparé le four. Elle
s'empressa d'en faire la remarque à ses amies, vantant l'adresse
de Paitia: « Celui-là est un homme, dit-elle, voyez comme il a
réussi son four ; les maiore sont bien cuits et les viandes bien
rôties.
Sans

arrière-pensée, les

sœurs de Paitia et leurs amies s'écriè¬
Mais pas du tout, ce n'est pas lui, c'est Mata
qui
fait le four. Paitia ne s'y hasarde plus depuis que nous l'avons

rent
a

»

en

riant

: «

taquiné lorsqu'il a raté la cuisson de tout un repas, un jour que
notre père avait des invités; même nous l'avons surnommé
depuis « ai ota » (mangeur d'aliments crus). »
La malheureuse Hira ne pouvait en croire ses oreilles
; elle fail¬
lit perdre connaissance; quelle honte d'avoir voulu d'un homme
incapable de réussir un four ! Ah non, décidément, ce n'est pas
celui-là qu'elle épousera ! Elle ne
s'exposera pas lorsque plus
tard, elle traversera le district, le dimanche pour aller au temple,
à entendre les gens dire: Voilà Umu ama ore ma
(four mal
chauffé), voilà Hira et son homme Aiota ! Quel affront ! Non, se
dit-elle, je n'en veux plus.
.Elle alla droit à son père, et lui raconta ce
qu'elle venait d'ap¬
prendre, ajoutant qu'il fallait retourner le plus tôt possible dans
leur district et qu'elle ne voulait plus voir Paitia.
Le père navré, mais au fond ne pouvant blâmer la
perspicacité
de sa fille, lui dit : « C'est très bien, Hira, désormais tu feras ce
que tu voudras, je ne te présenterai plus aucun jeune homme.
Je ne te demande qu'une chose, avant de choisir un époux, pré¬
viens-moi d'abord de tes intentions.
Au départ, Paitia versa quelques larmes en serrant la main in¬
différente de Hira et il ne put réprimer un mouvement

décoléré,
lorsqu'il vit Hira sourire aimablement à Mata, le souillon de la
maison, qui avait si bien réussi la cuisson des aliments.
Hira et son père étaient de retour chez eux
depuis plusieurs
semaines quand un matin apparut Mata.
Fatigué des injures que Paitia ne cessait de lui prodiguer de¬
puis le départ de Hira, il résolut de quitter la maison et d'aller
demander asile au père de Hira. Il fut bien accueilli, le vieux
chef ne se doutant de rien,
l'employa pour la pêche, pour marier
la vanille et pour tous les travaux de la maison. Hira
put bientôt

�—

37

—

rendre compte que

c'était un jeune homme adroit et très actif :
voyait revenir de la montagne avec de lourdes charges de
feï qu'il faisait passer d'une épaule à l'autre sans aucune difficul¬
té ; il était excellent pêcheur et comme il était très fort, portait
seul les pirogues les plus lourdes. Le four était souvent préparé
par lui et les aliments étaient toujours cuits à point. Le soir au
bord de la mer, avec les jeunes gens et jeunes filles de son
âge,
il était le boute-en-train pour les danses et chants.
Il lui arrivait bien parfois de se procurer quelques
spiritueux
et alors les réunions se terminaient par des batailles, mais il
y
déployait beaucoup de force physique et de ruse.
Il était d'humble origine et n'était pas très bien fait de sa per¬
sonne : ses pieds étaient tellement
larges et les orteils tournés
en dedans à un tel
point qu'il n'avait jamais pu se chausser a
l'européenne comme les autres jeunes gens du district.
Hira avait observé tout cela mais sa résolution était prise :
Puisque son père ne lui parlait plus de mariage, elle lui ferait sa¬
se

elle le

voir

qu'elle avait choisi Mata.
choix, le vieux s'écria que c'était une mésal¬
liance, que sa fille pourrait trouver beaucoup mieux ; rien n'y fit.
Hira répondit que s'il persistait à s'opposer à leur mariage, elle
se sauverait de la maison avec Mata
; si bien que le père finit par
y consentir.
Ils se marièrent donc et font bon ménage ; Hira paraît très heu¬
reuse d'avoir son Mata,
malgré les coups qu'elle reçoit lorsqu'il
a trop bu, ou
lorsqu'elle refuse de lui donner de l'argent (car
c'est elle qui tient les cordons de la bourse) pour aller jouer avec
En apprenant ce

amis.
Du moment que le fare-maa est bien garni de régimes de feï ou
d'autres fruits, et que la pêche est fructueuse et que les pierres
du ahi-maa sont chauffées convenablement, Hira est satisfaite
et n'en demande pas davantage.
ses

Orsmond H. Walker.

�—

NOTES
La

38

—

BIBLIOGRAPHIQUES

Bibliothèque de la Société des Etudes Océaniennes vient
suivants qui sont à la disposition des

de recevoir les ouvrages
Sociétaires.
The

reptiles ol Western America, by John Van Den Btjrgh.
(California Academy of Sciences.)

Deux forts volumes ornés de nombreuses illustrations
repro¬
duisant tous les sauriens, ophidiens, batraciens ou chéloniens
de l'Amérique Occidentale.
Wild Animals of North
The Book of

America, by Edward W. Nelson.

Birds, by Henry W. Henshaw.

(National Geographic Society.)
Ces deux ouvrages ornés de nombreuses planches en couleur
remarquables de vie et d'exactitude, s'adressent aussi bien au
grand public qu'aux érudits et aux amateurs d'histoire naturelle.
Fishes and fisheries of Porto-Rico

—

Mollusca

of Porto-Rico.

(Department of Commerce, Washington.)
Publication qui intéressera tout particulièrememt les

ichtyologistes et même les simples pêcheurs de l'Océanie qui recon¬
naîtront et pourront déterminer, grâce aux magnifiques planches
qui ornent cet ouvrage, quantité de poissons qui fréquentent les
parages de nos îles.
Tattoing in the Marquesas, by Willodean Chatterson Handy.
Cette

(Bernice P. Bishop Museum, Honolulu.)
plaquette, d'une exécution très soignée, due à la plume

érudite de la

distinguée compagne du Dr Handy, bien connu
déjà été envoyé deux fois en mission par le Bishop Museum de Honolulu, constitue un document des plus com¬

à Tahiti où il

a

plets et sans doute définitif sur le tatouage aux Iles Marquises.
En effet, les lois françaises ayant interdit la
pratique du ta¬
touage dans les îles à partir de 1884, les sujets d'étude devien¬
nent de plus en plus rares. Lors de son
séjour aux Marquises en
1921, Mme Handy estimait à 125 environ le nombre des Indigènes
tatoués encore vivants dans
l'Archipel, et, parmi ceux-ci, il n'exis¬
te, à sa connaissance, qu'un seul individu dont le corps soit com¬
plètement tatoué.

.

�39

—

—

Les

38 planches en noir, photographiées ou dessinées d'après
qui illustrent cette brochure, reproduisent, avec une
minutie et une exactitude remarquables, plus de 150 modèles de
tatouages des différentes parties du corps et constituent une
collection unique dans son genre.
Non moins intéressantes, quoique trop concises à notre gré,
sont les considérations qui accompagnent ces illustrations et
traitent avec beaucoup de compétence de la manière dont le
tatouage était pratiqué, de son but et de l'analyse des différents
dessins qui, tout en se rattachant à un type unique, varient ce*
pendant suivant les îles, l'époque, ou le talent de l'artiste.
nature,

Exemple à suivre.
Grâce à la générosité de M. et Mme Handy, du Bernice P. Bis¬
hop Museum, et à leur respect de l'arrêté interdisant l'exporta¬
tion des objets ayant un caractère historique, notre Musée de
Papeete vient de s'enrichir d'un « tii » que ces patients explora¬
teurs ont

eu

la bonne fortune de découvrir eux-mêmes dans

une

vallée de

Papetoai (Moorea).
Ce dieu, ou plus exactement cette déesse, taillé dans une roche
volcanique, mesure 35 centimètres de hauteur ; la tête aplatie
au sommet est légèrement déviée à droite, les bras ramenés sur
la poitrine. Quoique d'une facture assez fruste, cette pièce est
bien conservée et paraît d'une authenticité incontestable.
*
*

Toutes communications relatives
sées

*

au

Bulletin, doivent être adres¬

Président de la Société des Etudes Océaniennes à

Papeete.
reproduction et la traduction de tous les articles publiés dans
le. Bulletin sont expressément réservées.
au

La

Papeete —Imprimerie

du

Gouvernement.

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        <description>The Dublin Core metadata element set is common to all Omeka records, including items, files, and collections. For more information see, http://dublincore.org/documents/dces/.</description>
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                <text>La Société des Études Océaniennes (SEO) est la plus ancienne société savante du Pays. Depuis 1917, elle publie plusieurs fois par an un bulletin "s’intéressant à l’étude de toutes les questions se rattachant à l’anthropologie, l’ethnographie, la philosophie, les sciences naturelles, l’archéologie, l’histoire, aux institutions, mœurs, coutumes et traditions de la Polynésie, en particulier du Pacifique Oriental" (article 1 des statuts de la SEO). La version numérique du BSEO dispose de son ISSN : 2605-8375.</text>
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              <text>Editorial (Rédaction)&#13;
Sciences naturelles - Maladies et Médecines à Fiji (suite) (Abbé Rougier) 5&#13;
Histoire - Un voyage de Taravao à Papeete en 1847 (extrait des papiers de X. Caillet) 20&#13;
Folklore et Littérature - Mentalité féminine en Océanie Orsmond (H. Walker) 29&#13;
Bibliographie (Rédaction) 38</text>
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