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                  <text>�■4.

�DU,CAPITAINE COOK.

��O

ÉLOGE
DU CAPITAINE COOK.
Par M. blanc GILLI

,

de

Marseille.

Venient annis
Secula feris

quibus Oceanus
Vincula rerum laxet, Sc ingens
Pateat tellus tiphyfque novos
Delegat orbes ; nec fît terris
,

Ultima Thule.

Senec. Idedca. AB. II.

AMSTERDAM,

A

à Paris^
Libraire rue St. Jacques , à !a
Vérité, &amp; chez les Marchands de Nouveautés,
Et fe trouve

Chez Morin

,

,

M. DCC. LXXXVil.

�V

&gt;:.».Attl-

�V

AVERTISSEMENT.
E

célébré

reufe

a

Cook, dont la fin malheu-*

c-aufé les regrets

s’eft

de l’Europe

»

acquis tant de droits à la reconnoiffance univerfelle, que nous devons être
furpris qu’on ne fe foit pas encore oc¬
cupé parmi nous de fon éloge, fi l’on
confidere fur-tout que nous

puis long-tems

en

les honneurs de

fommes de¬

poffefiîon de rendre

l’apothéofe

grands
hommes de tous les pays. Notre filence
à l’égard de celui-ci ne doit pas être at¬

tribué à
moire

,

un

défaut de fenfibiiité

j’ofe le dire

,

aufli révérée en France
mais la raifon

fous

tous

aux

en

fa mé¬

eft pour le moins

qu’en Angleterre;

eft que pour

les rapports

:

les

apprécier

travaux

d’un

�grand navigateur
teur

foi-même,

,

ou

il faut être naviga¬

du moins il faut avoir

des connoiflances fuffifantes de la navi¬

gation , avoir

vu

la

mer

&amp; l’avoir bien

Les gens

de lettres ne fe montrent
guères fur cet élément ; les marins en
vue.

état d’écrire font affez

s’^attendre

je

rares.

Il faut donc

fort, qu’un
éloge de ce genre fera toujours foible
par un de ces côtés. S’il en eft un qui
réunilTe

,

ou

toutes

me trompe

les beautés de l’éloquence,

onn’y trouvera pas peut-être les tableaux
impofans de la mer les peines ^ les fa¬
tigues, les perplexités du Marin, moins
,

l’importance de ces obfervations
nautiques : fi quelqu’autre développe
d’une maniéré vraie ces objets importants
qu’il faut abfolument faire connoître,
on
rifque beaucoup de ne pas les voir
retracés avec ces grâces de ftyle qui
encore

�« «

vi;

peuvent

feules captiver la bienveillance

du Ledteur.
Il faut obferver de
vain célébré de

nos

plus

jours

avec un

que

Ecri¬

l’éloge tel

qu’on letraite ordinairement, devient un

d’éloquence affez indifférent, &amp;
qui ne parle pas au cœur, attendu que les
idées s’y trouvent tellement généralifées
que l’éloge d’un feul homme pourroit
être appliqué à tous ceux de fa profeffion, en changeant fimplement les noms.'
Il eft certain qu’en atténuant le récit des
faits on manque fon but, qui doit être
de manifefter les grandes aêlions de fon
genre

,

héros.

Quelqu’importantes
tes ces

confidérations

que
,

foient

comme

j’ai

tou¬

tou¬

jours aimé les grands tableaux de la mer
&amp; comme j’étois pénétré du fentimenc
,

de la

plus profonde vénération

pour

�viij

infortuné Cook , je
n’ai pu réfifter au defir confolant d’être
le premier à faire fon éloge. On
y
l’illuftre &amp; trop

trouvera

fans doute des

défauts,

parce

c’eft l’ouvrage d’un homme qui ne
peut guères donner aux lettres que des
que

dérobés à fon repos; niais il
lui eft doux de l’avouer en même tems :
momens

on ne

tardera pas

à s’appercevoir qu’il a

été écrit fous la diêtée feule de fon

cœur.

�E L
DU

D

CAPITAINE

ûucES

COCk.

illufidns de la vie ! BonHéur apires !e-

&lt;juel nous courons tous,qu’êtès-vous donc? Quellé
êft votre düréê ? Que peüc-dn àtténdre de vous
lorfquë les mdttels lès pllis accomplis né font pas
ëux-niêtnêà exempts dfe difgracés ;
Ibrfque nous
les voyons accablés du fàrdeàd dé leurs
peine s *
&amp; terrafles par les hafàtds lés
plus cruels ?
Oh ! puifqu’il faut qüé lés grands Hommes
theürenc, podtquoi l’heure detiiiere de leurs jours
li’eft-elle pas fixée au terme le plus reciilc? Pour¬
quoi forir-ils fdumis à là fatalité des évérieméns ?
Au mâtin • au rhidi, de leur cburfe, âu momeuc
où nous nous y attendons le moins ils nous fonc
enlevés. Ils meürenc

,

ils

nous

laiffent

comme

égarés ail milieu d’une huit orageufe, après qu’ils ont vu périr par la foudré
les guides qui les condnifoieut
j ils meurent j
des voyageurs

.

A

�perdons

amis, &amp; le fouvenir de
qui nous refte pour nous
confoler de leur perte. Abandonnés à nous-mè'
mes, nous favons alors les apprécier j nous ai¬
mons alors à nous
rappeller comment ils fe dé¬
vouèrent au bonheur de leurs
femblables, com¬
ment ils leur facrifierent leur
repos &amp; leurs jours 5
élevés tout-à-coup au-delTus des
objets qui nous
environnent, ravis d’admiration, nous voyons
s’embellir les rapides inftans de notre vie
palTagere , &amp; nous nous croyons tranfportés dans un
autre univers.
Pour moi qui trouve mes
plus
nous

leurs

vertus

en eux nos

eft

tout ce

clieres délices à m’entretenir des aétions mémo¬
rables de

généreux ;, je vois en eux,
images de la divinité je les révéré..... Eh !
que n’ai-je reçu les dons brülans du génie ! que,
ne m’eft-il donné de créer des
expreffions con¬
ces

mortels

les

,

formes à la fenfibilité de

mon

ame

) que ne

puis - je tranfmettre à ma plume cet enthouqui me pénétré &amp; je leur confacrerois des éloges qui feroient dignes de leurs
fiafme de feu

,

vertus.

quels mouvemens me lailfai je donc en¬
ma foiblede, &amp;
j’ofe donner
l’eflor à mes idées pour exalter la
gloire du
célébré navigateur qui a parcouru le globe dans
Mais à

traîner? Je connois

�(3l

qui en a découverc les dernleres
terres, &amp; qui poutTé par rincrépidité de fon con¬
tage^ a pénétré dans des lieux où jamais mortel
n’avoit pénétré avant lui &amp; où l’on ne retournera
plus (i) déformais. Ônné peut méconnoître l’im¬
mortel Cook aux èntrepriles que j’annonce.
Je l’admirois dans le filence, quand la vois
de la renommée nous annonça qu’il n’étsit plus.
Bientôt j’entendis répéter de bouche en bouché
le récit lamentable de fa mort ; bientôt fur les.
rives de la Tamife comme fur les bords de It^
Seine les Mufes déplorèrent (i) la cataftrophé
tnalheureufe qui le ravit à l’univers, &amp; fa patrie
teconnoiflante lui rendit des hommages que le
bronze impérilfable (3) fera palTer à la- derniere
poftériré.
toits

les fens

,

,

,

témoignages de douleur &amp; de vé¬
qu’on s’emprelfe à l’envi de confolet
fonombre affligée. Mais ce n’eft pas affez, &amp; vos
VŒux'ne four pas remplis
humains fenfibles /
qui pleurez les illuftres morts; vous défirez quel¬
que chofe-de plus pour celui-ci; vous défirez que
fon hymne funebre le rappelle en quelque forte
à la lumière, quelle fade revivre les merveilles
de fes travaux; puilfe un enfant des Phocéens ,
C’eft par ces

nération

,

avoir le bonheur de fatisfaire à votre attente.

A

Z

�( 4 )■
patrie fut le berceau des plus
grands navigateurs de l’anci&gt;}uicé (4) n’a-t-il pas
Celüi dont la

_

le droit de s’unit à

triomphe

neurs

du

notre

âge ?

Un titre fi

décerner les hon¬
plus grand navigateur de

vous

au

pour

digne d’envie, &amp; qui n’étoit refervé

qu’à Cook, reçoit

luftre de cet
qui renferme
l’humanké !...*
Jettons-nous dans la noble carrière qu""!! a par¬
courue ;
retraçons les beaux jours de fa vie qui
fe font trop tut écoulés j livrons nous à tous les
tranfports de notre imagination étonnée j faifons
retentir pour lui le vivat solemnei, &amp; rendons
tous enfemble un tribut éclatant de
louanges à
fa mémoire éternellement glorieufe.
un nouveau
homme extraordinaire par celui
feul tous les autres j bienfaiteur de

difparoît 5 les longues
habitudes de l’inimitié font oubliées : tel eft l’afIci la rivalité nationale

eendant de la

qu’elle fe fait toujours
elle peut fe faire eonnoître ÿ
croyois n’aimer autre chofe de

vertu

aimer par-tout où
&amp; moi-même qui

l’Angleterre que fes chefs-d’œuvre du génie,
je feus en cette oceafion quej’aimoîs un Auglois,
&amp; que je l’aime encore après fa mort d’une
amitié qui me fut infpirée quand je connus les
qualités de fa grande âme. Eh ! nous ferions bien

�(

malheureux fi, réfiftant

5

)

impulfionsde cet efpric philofophique qui tend journellement à,
réunir tous les humains
par les doux liens d’une
aux

bienveillance univerfelle, nous ne favions aimer
grands hommes quelle que foie leur patrie.
Si, dans les jours de la difeorde, la vue d’un
champ de bataille nous offre des fcênes terri¬
bles
le théâtre immenfe des mers nous pré¬
les

,

fente à fon

fpeéfacle bien plus impofouvent même des cataftrophes
encore
plus épouventables. Horace eut raifon de
le dire ; celui
qui le premier ofa s’embarquer
tour

un

fant,

&amp; trop

fur

frêle vaitTeau &amp; confier la deftinée de fes

un

jours

aux

flots inconflans de la

de la

nature une

&amp;

cœur

avoir reçu

mer,

âme inacceffiblc à la

cuirafle d’un

crainte,

triple airain. En effèc,
tranfportons-nous par ' la penfée fur ce.théâtre
redoutable où l'a puiflTance infinie du fouverain
un

,

dominateur fê manifefle

avec

d’énersi'e

tant

:

c’eft-là que le
courage le plus audacieux fléchit
fous le poids de cette force invincible

les éiémens

lieux

avec une

verge

qui frappe

de fer ; c’efl:

éloignés de la demeure des

en

hommes

,

ces

que

à connoître notre foiblefle &amp;
notre
fragile exiftence lorfque renverfés fous les
coups dévorans de la tempête, uous élevons nos,
nous

apprenons

,

A

3

�( &lt;?')

;

celui qui la gouverne k
fa volonté j c’efl: en ces lieux que nous pouvons
nous flatter de voir jouer les grandes fçenes de la
jiauire: l’intrépide Cook les a toutes vues'5 il en
mains tremblantes vers

.a

bravé mille fols les dangers.

Auflî pouvons-

fes travaux inouïs ne s’effaceront
jamais de la mémoire des hommes, &amp; que la
poftérité ravie les citera comme l’époque la plus
çliftinguée de notre fiécle. Je dois donc être eh
garde fur moi-même , &amp; ne rien précipiter fi
■je veux remplir mon but a vec dignité. Ces hautes
entreprifes tiennent d’ailleurs à tant de choies,
qu’il efl abfolument néceflaire de préparer la
dire que

nous

voie.

PREMIERE

PARTIE.

X)évoilons au grand jour une vérité dont nous
ne

fommes

chons

blés

nous

propre

peut-être pas bien convaincus, &amp;

avouer

ne

que

jufqu’à-

connoiflions

ces

époques mémora»

pas trop encore notre

habitation , je veux dire cette terre

fembloic devoir être

fâ¬

qui

le premier objet de nos

obfervatiçns &amp; de notre étude. La marche des
fciences étendue &amp; rapide , dès le moment de
leur renaiffance, ne fut pas toujours égale dans
fes

progrès. La navigation fur-tout,

la naviga-

�(?)

tion

qui, dirigée par la bienveillance &amp; l’équité,
devient Ci précieufe à la
Géographie à la connoiffance des produélions de la nature à l’Af,

,

tronomie elle-même

,

&amp;

bonheur du

au

eenre

humain, lediroir-on, qu’elle auroic été négli¬
gée au point que trois fiéclés prefque écoulés
depuis les expéditions immortelles de Colombe,
de Magellan ont à
peine fourni treize voyages
autour du monde &amp;
quelques tentatives parti¬
culières dans la mer Pacifique ? Bien
plus né
remarque-t-on pas que cet efpric de découvertes
fi peu fécond en
entreprifes , n’eut que l’ambi¬
tion pour objet, &amp;
que de ce petit nombre en¬
core
il en fut beaucoup qui fe terminèrent
fans fruit ? On doit feulement
diftinguer parmi
les pilotes fameux
qui les conduifirenc, les Me
,

,

,

nefes, les Alvarado les Torres, les Meudana,
les Quiros les Schouten,
les Lemaire, les Tafman les
Dampierre &amp; les
Roggevin qui méritèrent la couronne nautique
pour les découvertes nombreufes qu’ils firent
,

les Jean Fernandes

,

,

,

fur le vafte océan du Sud. Ce fut fur la fin du
fiécle dernier qu’un zele vrai

les fciences
quelques Philofophes aux courfes périlleufes de la navigation.
Halley le grand Halley
difciple &amp; ami de Newton afttonome 6c mapour

attira

,

,

,

A

4

�( M

pn tout enfemble, fut le premier
avec des idées
plus relevées, des

à s’y montrée
connoilTances
plus étendues j fo.n plan embralToic plus d’ob¬
jets &amp; les recherches précieufes, fort fur les
longitudes foit fur les déçlinaifons de l’aiguille
simantée ajoutèrent à la fcience maritime des
méthodes fayantes par fes calculs des tables af*tronomiques Sç la fameufe carte des variations.
A-peu-près dans ce même temSj des Mathéma¬
ticiens célébrés, des Botanîftes
infatigables furent,
envoyés dans les différentes régions de Tlnde ,
de l’Afrique &amp; de l’àmérique, fous les aufpiçes
_

^

,

,

,

,

de Louis le Grand. Aux ordres de Louis XV
les

,

Académiciens Erançois parcoururent les cli¬
torride &amp; du cercle

polaire pour
détermipet la %ure. de la terre. Entraîné par les
mats

de la

zone

charmes attachés, à l’étude des deux

Abbé de la Caille fut chercher

un

,

l’illulfra

nouvel hori-

rhémifphefe méridional, ou , dans le
efpaçe de deux années , il obferva la pofition de deu.x mille huit cents étoiles qui nous
étoient inconnues. Quelques expéditions au nord
de l’océan Pacifique &amp; de l’atlantique, fur ies deux
fon foiis
court

côtes du

nouveau

pouvernemens

Enfin

on

Monde

,

firent honneur

aux

de la Ruffie &amp; de l’Angleterre.

compte encore

de

nos

jours

un

petit

�{P )
entrepris parles Anglois &amp; pap
les François ils en rapportèrent 4esobfervations
météorologiques, des obfervations fur les longi¬
tudes &amp; des découvertes qui méritent une place;
diftinguée parmi les grandes chofes que nous de¬
vons aux efforts de
Fefprit humain.
Je me borne à cet apperçu de toutes les na¬
vigations dont les féiences ont pu recueillir quel¬
que fruit, Nonobftant qu’elles euffent ouvert la
carrière immenfe des recherches, elles n’avoient
pas atteint toutes les contrées qui reftoient à dé¬
couvrir. Quant à la ftructure étonnante du globe
entier nous ignorions abfolument ce que cétoit que d’obferver fur les lieux d’une maniera
méthodique l’état de fa formation intérieure. Necraignons donc pas de foutenir qu’avec tous ces
Hombrede voyages

,

,

fecours les
mieux

terres

connues.

&amp; les

mers ne nous

étoient pas

Quoi qu’il en foit, -les Phüofo-

réclamer des tentatives
foin j mais on ne penfoit pas encore à fe procurer de plus grands
avantages en envoyant de ces génies fupérietirs
fur les mers les plus éloignées , &amp; dans les mon¬
tagnes des continens , foit pour fixer les linaites
de la Géographie , foit pour ouvrir le champ,
des obfervations à la Cofmologie , qui rî’é-?
ne ceffbienr pas de
hardies &amp; dirigées avec

phes

�toic auparavant

(10 )
qu’une fcience fyftématique.

des hypothefes iugénieufes
s’effbrçoient à l’envi de nous dédommager. Les
Géographes jugeant par analogie fuppofoienc
au
pôle auftral à-peu-près le même ordre de cho¬
ies qu’ils voyoient au pôle
fepcentrional. Le
compas à la main, ils mefuroient cette étendue
immenfe de mer comprife entre les extrémités
méridionales de l’AfFrique, de
l’Amérique de
la nouvelle Hollande &amp; le Pôle
qui fait le centre
de cet efpace. Une
portion fi vafte de l’océan
devoir avoir félon eux de
grandes terres &amp; ils
demandoient s’il n’écoit pas même néceiïaire
que
ces terres exiftaffent
pour faire une prépondé¬
rance
d’équilibre avec celles qui terminent notre
hcmifphere. C’eft fur des raifons non moins fpécieufes qu’ils affuroient l’exiftence d’un
pafiage
Il eft vrai que

,

,

,

à la

du fud par

les dernieres
mérique feptentrionale.
mer

D’un

autre

terres

de l’A¬

côté, les Cofmologiftes entafibient

fyflême fur fyftême

expliquer l’origine de
continens, qui font inconteftablement l’ou¬
vrage de la mer qui les couvroit autrefois. De tou¬
,

pour

nos

tes ces

combinaifons

,

d’idées &amp; de conjeélures

la brillante théorie du Pline

fort les

,

françois j étonna fi
efprics, qu’elle réunit feule tous les faf-

�{

frages, On'ne

Il

)

pouvoic les refufer à

Inélégance

plan j &amp; à
l’accord parfait qu’elle fembloit préfenter avec
les lois immuables de la Géométrie. Cependant
beatî chef-d’œuvre d’un génie fublime n’avoit
pas pour lui la fanétion des expériences , ni le
réfultat des obfervationsjainfi la philofophie agi*
toit en vain fon flambeau , fa lumière vacillante
nous éblouilToit à la vérité , mais elle ne nous

inimitable du

ftyle , à la beauté du

ce

éclairoit pas.
Les

vœux

du monde favant

plis, &amp; la révolution

font enfin accom*

mémorable qui diflipe nos

munificence du Roi de U
Grande-Bretagne &amp; de fon augufté époufe.
Georgeslll, prince véritablement pbilofophe,

doutes eft due

à la

lumières, &amp; pat les vues
fublimesqui préfidentà toutes fes aélions, George
III choifit Jacques Cook pour achever le grand
ouvrage de la connoiflTance du globe. 11 lui
&amp; par

l’étendue de fes

ordonne d’embralfer

lui feul les différentes routes

qu’il venoit de faire exécuter
autour du monde par les Capitaines Biron ,
Vallis &amp; Carteret, &amp; après avoir parcouru tou*
tes les mers dans la direciion d’orient en occident,
de s’élever enfuite jufqu’aux plus hautes lati¬
tudes de l’un &amp; de l’autre pôle. Telle eft la tâi*-

des trois voyages

�î
)
aflîgnée au navigateur qui réunit les avan¬
tages de l’expérience à la grandeur du courage,
elle

&amp;

connoilTances univerfelles de fon état.
Charlotte qui, avec un cœur bienfaifant &amp; un
aux

efprit orné de

tout

encore

trône

l’éclat des fciences

donne
fpeélacle touchant des
vertus
domeftiques j Charlotte dis-je , appelle
un illuftre
naturaliftede Genève, Monfieur JeanAndré de Luc J elle l’invite à
parcourir les côtes
&amp; les
plaines les colines &amp; les grandes chaînes
fur le

,

le

,

,

de toutes'les
ver

la

'I

montagnes de l’Europe pour obferdans fes laboratoires les

plus feportion qui eft échue au Phylîcien le plus
capable de fouiller avec fuccès dans
ce vafte
champ &amp; de fatisfaire l’attente gé¬
crers

,

nature

&amp; c’eft la

nérale.

Le choix de

,

ces

deux hommes

rares

eft aftez

julUfié par l’admiration de leur fiécle. Ils ont
l’un &amp; l’autre ces dons précieux du ciel, qui
préparent le fuccès des tentatives les plus diffi¬
ciles j ils polfedent au même
dégré cette fer¬
meté d’ame que la vue des
dangers ne peut
abattre, cette vigueur de corps que les fatigues
reçu

&amp; les courfes

ne fauroient affoiblir. Ils
les deuxeette ptéfence
d’efprit à

çhappe, &amp; qui

ne manque

ont tous

laquelle rien n’éjamais de ces refr

�(

n

)'

fources du momenc
qui font furmonter les
obftacles inattendus. Ils ont l’un Sc l’aLure toute
l’étendue deslumieres néceffaires à lëuts
,

recherches
de

cette

cœurs

,

:

aménité de caraélere

&amp; dont ils

fluences chez les

habitans
ter tous

&amp; les

pénibles

ils font enfin doués l’un &amp; l’autre

qui attire les

éprouvent les heureufes in¬
peuples amples des îles &amp; les

paifibles des montagnes. L’un ofe affron¬
les hafards de la mer à travers les

orages

tempêtes ; l’autre marche &gt; fans fe lafler
dansles fentiers les
plus âpres ou des évéhemens non moins
périlleux irienacent fans cefle
les jours du
voyageur. Le Navigateur Anglois

,

,

s’élève fur tous les
parages, reeonnôît
îles découvertes avant lui j en découvre

toutes

leé

lui-même

prefque autant que les autres navigateurs en-r
femble, parvient jufqu’aux extrémités du globe ^
pénétré bien au-delà du monde habitable, ofe

attaquer avec une audace inouie les
du pôle auftral j tentative

approches

prodigieufe qu’on
ofoit à peine concevoir &amp; dont la feule
penfée
effraie l’imagination ;
navigue ainfi par diffé-*
rentes alternatives à travers les
glaces qui ter-'
minent les deux hémifphetes découvre dans
le^
mers
antaréliques une terre d'un afpeét affreux,
par fes neiges éternelles qui ne foudeuc jamais^
,

�tétre

'( i4 )
^
profcrite , retraite des mouftres marliis, ba

la moindre

moufTe

ne

fauroit croître pour nour-»

de défolation qui eft vé¬
ritablement la derniere rhulé de notre globe , &amp;
qui ne mérite pas d’être comptée pour les limi¬
tes de la Géographie : ainfi , point de continent
auftral j les voyages de Gook l’ont démontré j
&amp; les tentatives qu’il a faites par l’oueft jufqu’aux barrières du Septentrion, ont ptefque diffipé l’efpoir d’entrer jamais dans la mer Pacifique^
en fuivant d’aurres routes que celles de l’extré¬
mité méridionale de l’Amérique.
*
Le Phyficlen Genevois fe montre pareillement
infatigable fur le théâtre majeftueux des mon¬
tagnes, il brave les glaces éternelles de leurs fommets
les horreurs de leurs précipices, furmoncei
rir des infedtes ; terre

,

çourageufement les chaînes coloflales des Alpesj
école unique, où l’on peut efpérer de trouver les
vrais principes de la théorie du globe -, là,
par fes travaux immenfes &amp; fa maniéré admira¬
ble d’obferver
il nous conduit par la main
dans les ruines antiques de la nature bouleverfée,
nous
apprend à les difeerner au milieu de leur
eonfufion à leur alîigner des places à chacune :
,

,

fes obfervations font fi exaétes &amp; fi réitérées, '
les méthodes

qu’il établit font fi folides, les dif-

�(

cufïîons fî lumineufes

M

T

que nous en déduîfbns
conféqueiices. Il nous a fait con-‘
fut autrefois ce continent que nous
j

nous-mêmes les

noître

ce

que

habitons} le badin du vafte océan, &amp; non l’ou¬
vrage de fes opérations lentes &amp; continuées fur
l'es bords. 11 nous a convaincus par une véritable
démonftration, qu’une cataftrophe terrible força

fes

eaux

à

nous

dans les

retour

l’abandonner

nouveaux

en

fe rerirant fans

abîmes où le monde

ancien s’étoit écroulé.
Telle eft

l’analogie de rapport qu’il y a entre
entreprifes différentes dans leur exécution,
mais exaétement les mêmes dans leur but,
qui
cil la connoiflfance parfaite de notre demeurei
Après une liaifon fi frappante de leur objet Sz
de leur réfultat, pouvois-je, en faifant
l’éloge de
l’une, me difpehfer de faire mention .de l’autre?
Je ne puis décrire ici lès courfes pénibles da
voyageur (5) des montagnes , ce ferait m‘écartet
trop loin de mon fujet, ôc la tâche que je me
fuis impofée eft bien affez confidérable pour abforber toutes mes forces. Ce fera beaucoup de
pouvoir décrire les travaux du navigateur qui
nous intérelTe en ce
jour. L’apareil du départ s’a¬
vance
ce n’eft plus que fur lui que doivent fe
fixer nos regards.
deux

,

�'( lO

s’apperçoic que je ne viens pas décriré oH
lîmple voyage fur des mers fréquentées, donc les
moindres écueils font indiqués fur la carte conduétrice J quelle qii’eir fût pour nous Futilité ;
On

_

trouverions rien qui put exciter notre
s’agit de crois navigations aucouf
du mondeil s’agit des mers inconnues couvertes
d’iles baffes de terres fubmergées j de bancs &amp;
n-y

nous

étonnement. Il

j

de rochers à fleur d’eau. Les marins ordinaires

fauroienc être admis à de

pareilles expédrNavigateur le plus expérimenté n’eft
pas un moment en repos. Gomme il n’y à
point de faute légère pour lui, il n’y a poinc
de follicitude femblable à la fienne. Sa vigilance
eft toujours en aéfion, &amp; foie les dangers dé
la route fans ceffe préfents à fon
efpric, foie le
gouvernement du vaiffeau , iî ne lui eft pasi
même permis de fe livrer avec fécuticé au befoin indifpenfable du fommeil. Quellè fancé de
fer ne fauc-il pas avoir po'ur réfifter à ces tra¬
vaux
&amp; quelles connoiffances àftrono'miques ne'
fâut-il pas néceffairement pofféder, fi l’on veut
déterminer fans erreur la poficion des terres nou-,
velles qu’on découvre, &amp; ne pas s’expofer à une
perce certaine par la fauffe eftimè des routes !
Jf’ai déjà dit que Cook réunlffoit toutes ces qua¬
lités en fa perfonné.
Eh 1
ne

rions. Ici le

,

�( ^7 1

Eh ! d’où fortoic-il donc

Quels fonc les héros dé fa
fans douce

uné

j

cet

race

homme
? il

rare

?

en compte

longue génération. Ses

vertus 4

talens, fon intrépidité ^ peuvent-ils dériver
d’unè, autre foiirce ? Qu’on fe détrompe ; il na¬
quit pauvre ; ôc pour nous épargner les reehetches il nous l’apptend lui-même. [6) Ceux qui
fes

y

plus que lè hafàrd d’une grande
s’élever à une réputation qui finit
avec eux, feroht fans doute fiirpris d’apprendre
que cet homme admiré de tout l’univers, ns
devint illuftre que par lui-même..;.; Soyez à ja¬
mais les objets de notre vénération j magnani¬
mes enfàns de la pauvreté 4 dont les vertus font
l’honneur éternel de votre patrie ! &amp;; vous, pau¬
vreté généreufe j jouilfez de votre triomphe, vous
qui dénuée de tout fecdurs , avez produit dans
tous les fiécles une foule de grands hommes
par
votre feule énergie ! Cook a commencé pat êrrg
monde j à l’aveu qu’il en fait lui-même ; je reconnois le Philofophe. Aînfi le fubiime Horâcô
aimoic à fe rappellec le malheur de fa naiflance^
lorfqiie béni fiant les vertus de fon perô, il difoie qu’il n’en auroit pas choifi d’autre , fi avanS
que de naître , les Dieux l’avoient pu confulter&lt;
Ainfi s’avouoit pour avoir été pauvre ce géné-,
h’onc

lieii de

naiflance pour

.

B

�[ ts)

giietrrer à qui ma patrie s’honore d’avoir
donné le jour,rintrépide Chevalier Paul,(7) lorf^

feux

^

_

^

qu’au retour d’une expédition glorieufe , il s’é¬
chappe auxacclâmacions de fon triomphe, écarte
la foule nombreufe qui l’entoure,&amp; court embraffer un pauvee matelot fon ancien ami. O'h ! que
les grands cœurs font admirables ! ils reffemblenc
à ces plantes précieufes qui croilTent dans l’obfcurité d’un vallon, inconnues &amp; oubliées , jufqu’à ce que les citconftances réclamant leurs fecours, elles déploient tous les tréfors de leurs
vertus
&amp; redonnent une nouvelle vigueur à
notre vie
languilTante, De même Cook dans le
néant de fa naiffance dans le plus malheureux
de tous les apprentilTages j (8 ) méconnu, méprifé peut-être fous les haillons du dernier des
Matelots fe fcrmok déjà dans Euclide pour
fe montrer bientôt le pbénoinene de fon fiéele y
&amp; le héros de la: navigation.
Tout ce que j’ai dit jufqu’ici de cet homme
extraordinaire, ne fuffit pas , c’eft fut les mers
qu’il faut le fuivre..
L’heure du départ eft venue. La gloire vous
appelle , intrépide matin, vos équipages rem¬
plis d’ardeur n’attendent plus que vous pour ap¬
pareiller J on déferle les voiles, &amp; l’ancre ejî au
,

,

,

�'
O?)
lojfoir. Partez nouvel Argonaute ! le^ rems éft
favorable, lé vent de l’immortalité foufrle pour
vous. Ce ne font
point les bois de la forêt dé
Dodoné qui doivent alTuirer )a deftinée de votre
.

,

vailfeaii

,

ceux

des oracles

,

donc il èft conftruit ne tendent
pas
votre habileté fèulê le rarhenerà

triomphant dans votte patrie. Partez, horhme
fans peur , ce ne font
pas hon plus lès rribnftte^
de la Cdlcliide
qui vous attendent au têrmèj

vous

quand
vous

bien d’autres combats à foütènir

aurez

;

fur les

lutiez

mets

contre

ploieront fur

les

,

lointaines, il faudra qUé
élémens coütoucés
qui dé¬

Vous toute leur

ragè ; mais nous
les dangers ne fauroieric atrêtet uil
grand coeur.
Allez, nous prévoyons les peines
lavons

que

...

&amp;c les

fatigues

aurezàelïuyet, notre redans l’oubli.
Celui qui nè fortit jârriais de fès
foyers ; ne
éoririoît pas l’agiratiori d’un
coeur, lorfqu’à ce nia*
inènt de dépare, lès idées d’une
longue abfence
•viennent lè livrer tout entier aux
angbilfes ihor-’
Connoiflance

que voUs

rie

les iailTera
pas

telles dé la triélaricblie. Tout les
adieux font

faits, chacun
ftir le
*

rivage;

tourne

on

un

téndre

regard

fait Jervir^ * Sc lé vailTeau

Terme de marine

dans les voiles.

encore

qui fîgnijSe qu’on fait

encrer

B

Z

le

cinyertc

�(

-'J

}

gleà pleines voiles. Déjà les objets commencent
à fe racourcir, les édifices difparoiirent infenfiblemenc bientôt toute - la côte ne paroît plus
qu’une ombre légère dans le lointain. Les jours
,

&amp; les nuits fe

fuccedent, la terre ne fe montre
plus d’aucune part, &amp; le fpeéàacle impofant de

fe développe. Des milliers de mor¬
jamais vu ce magnifique théâtre où la
nature fe montre tour-à-tour
majeftuetife &amp; re¬
doutable comment feroient-ils en état d’appré¬
cier le' courage de ceux qui ofenr
s'y hafarder ?
11 faudroit au moins leur peindre par la
parole
fou immenfe étendue ainfi que le divin Verla

pleine

mer

tels n’oiu

y

j

net en

a

peint les

des couleurs. Son
cette mer

autres
art

fi grande

,

beautés

magique

ornée de

par
nous

l’harmonie
repréfente

toutes

les

grâces

quelle emprunte de la terre; il fait faire pafler
fur la toile toute la fraîcheur du matin , tout l’é¬
clat du foleil couchant &amp; les charmes d’une

belle nuit

qui fe

riants

,

pare

de la douce lumière de

ajouter à ces beautés des édifices
des ruines majefiueufes, des fcenes agréa¬

la lune. Il fait

qui forment les premiers groupes du ta¬
lointain gracieux le termine : mais
l’imagination enchantée chercheroit en vain la
vraie étendue de la furface ; elle échappe au pin-

bles

bleau ; un

�cea.li

du

(

Zï

}

Raphaël de la marine

preffions du langage

,

&amp;

les

toutes

ex-

ne peuvent guères mieux
vafte continuité d'eau oui étonne
même l’homme le plus inftruit ,

retracer &gt;06116

X

qué fur

ce

terrible élément, il

horifon fans fin

lorfqu’embar-

ne

voit pi us qu’un

qui fe renouvelle chaque jour
pendant une longue fuite de mois : &amp; fans doute,
,

donner une idée fi ce
la comparatfon du rems qui s’écoule
avec la
longueur des routes qu’on fait ? Qu’on fe
repréfente le vaifleau au milieu de ces effrayan¬
tes folitudes, où
après avoir fait Jufqu’à foixantecomment

ifeft par

peut-on en

,

dix lieues par

vingt-quatre heures, on ne voit
jamais que le même fpeetacle, le ciel &amp; la mer,
&amp; toujours le. ciel &amp; la mer comme la
premiers
fois qu’on perdit la terre de vue.
Ne venez pas brûler, ici votre encens
profane,
hommes

pufijla.nimes &amp; dégradés par la moleiîe
cafaniers,qui tremblez à la moindre
variation des.élémens, ni. vous encore
moins,
méprifables égoïftes,, qui n’avez jamais rien fait
pour votre patrie
vous qui tout occupés de
,

malheureux

,

votre

fordide intérêt

&amp;

du rafinement de

plaifirs , dévorez feuls vos riçhetfes fans
affigner la moindre portion au bien commun
,

la

grande famille jnon,

vous

vos

en

de

n’ê.tes pas aopellés

^3

‘

�(

-Si

)

à venir admirer l’excellent homme à

qui tpiues
hommage ! Le feul récit dés
fatigues §: des dangers de la mer blelTeroit vos
les nations .rendent

délicats,

fens

moment

terre

mourrie? de frayeur dès le

yous

auriez perdu de

que vous

qui gémit de

vue cette

vous porter.

Laifldns dans leur honteux repos ces

êtres lî
peu dignes de nous intérefler. FranchilTons l’Atiantique, &amp; rendons-nous au détroit de Magellan,.
C’eft déjà un trèss-grand voyage. lia fallu cent
quarante jours à Cook pour cette navigation j ce
n’eft pas toutefois ce que je prétends fairg valoirque feroit-ce auprès de tant d’autres courfes qu’il
a
glorieufement terminées ? PafTons égalemen.
fous filence tout ce qu’il a fait d’eflentiel peu
dant fa relâche fur la

terre

de Feu, de

concert ave

fes illuftres compagnons que les fciences lui on
affiociés. Son oeil obferyateur a mefuré toute;

des connoiflanqui yiçndront après lui
n’y trouveront plrrs les obftacles qu’on redoutoit,
Là font polées les limites de deux grande
mers j c’eft fur ces parages qu’il quitte un vaft'

ces
ces

côtes dont

nous

n’avions que

incertaines \ &amp; ceux

océan pour entrer

dans

un

océan plus vafte

en

au nord vers les latitudes d
Tropique 5 évitant de fuivre les routes des na
pore.

Il fe dirige

�(M)

^igateurs qui l’ont précédé. Les premières décou¬
vertes
qu’il fait dans cette dirediou, font l’île
du Lagon, terre baffe &amp;c habitée l’île du
Cap
Trumbqu’il ne voit qu’en paffant, l’île de l’Arc,
remarquable par l’intérieur de fes terres inon¬
dées l’île des Oifeaux qui n’eft peuplée
que des
feuls habitans dès airs/^&amp; l’île de la Chaîne qu’il
,

,

reconnoît être habitée
à la

comme

ifolées font de nouvelles

terres

Géographie dans le

les

autres.

Ces

acquifitions faites

court intervalle de queU
il eft vrai que par-tout où les
fciences préfident, elles nous enrichiffent plus
dans une feule
entreprife, que ne fauroient faire
la politique &amp; la valeur
guerriere pendant un

ques

jours ;

tant

fiécle de fuccés,
Il eft

je m’arrête aux principaux
voyage de que jç parle de
cette île fortunée
qu’un Anglois’* &amp; un Fran-&gt;
çois *'^ ont eu également la gloire de découvrir.
Taïti, la délicieufe l’aïti fe montre à fes re^
tems

événemens de

gards

que
ce

lieu d’hofpitalité où le voyageur
fatigues paffées. Quand le navi¬
gateur François mit au jour le riant tableau de
cette île enchantée, on crut d’abord
que, féduit
va

*

comme un

oublier fes

Le

Capiraine'Wallis,
Bougainville,

îyî. de

B 4

�(

M

)

!es preftiges d’un fonge agréable j il en ini-r
pofoit à fon fiécle , après s’en être impofé à luitnêmè. Rien n’étoic plus vrai cependant. Le féjour qu’y fait Gook le confirme , &amp; augmente
bien encore les nouveaux détails que nous déli¬
par

rions fur les

moeurs

douces &amp; aimables des ha-

Le vailTeau n’eft pas encore
mouillage , que des milliers de piro¬
gues ornées de guirlandes de fleurs , &lt;5c remplies
d’infulaires de tout âge, de tout fexe , voguent
autour de lui aux acclamations de la joie la plus
vive. C’eft uneefpece de triomphe : on s’emprelfe
à l’envi de toute part. Dans un inftant le pont fe
rrouve couvert de fleurs’, de fruits
de provilions
de toute efpece. En vain on veut reconnoître par

bitans de
arrivé

ce

pays.

au

,

des

ce

préfens

font dss

de témoignages de bienveillance,
premiers dons , pour lefquels on ne

tant

demande rien

en retour.

trois mois, tous
&amp; les

Pendant

une

relâche de

les jours font des jours de fêtes

occupations- du vaifleau font pour les équi¬

pages un

délaflement de leurs plaifirs. L’Arée du

pays, c’eft-à-dire, celui qui en eft tout à-la-fois le
défenfeur le fouverain &amp; le pere, l’Arée du
,

pays, dis-je , ne quitte plus
Liés cous deux dhine amitié

l’Arée du Vaifleau.

parfaite dès lapre-

paierfe entrevue , ils tâchent de fe furpafler à s’en

�{

]

de la forge y
charpentier , tout ce que font les éq
pages, ainfi que la fimphonie de nos inftrumens
de mufque
font les chofes les plus i
pour le prince Auftralien &amp; pour fes fujets.
A fou
le Philolophe Européen eft à chaq
inftant plus furpris de trouver les arcs agréables
déjà connus &amp; alfez avancés che? ee peu
Les heïvas de Taïti nous rectacenc au naturel 1
fpeélacles dramatiques de l’ancienne Grèce. On
y rappelle la valeur des héros qui ont défendu
la patrie, les travers de l’efpnt humain j &amp; les
intrigues amoureufes. Tantôt dans un
vif &amp; précipité
auquel fe mêlent des chants
donner des preuves.

ceux

du

Les travaux

,

tes

tout

,

majeftueux

,

fées par une
terribles on
,

reur

danfes guerrières
trépidation fougueufe &amp; des
voit au naturel le tumulte &amp; 1

&amp; des

des combats.

Tantôt dans des fcenes

gaies, le mafque de la folie &amp; la verge du ri¬
dicule excitent une joie bruyante dans toute l’af-r
femblée. Tantôt une troupe de jeunes filles ,
mifes dans un coftume qui femble être fait pour

le front couronné de jafmins , vient
occuper le lieu de la fcene. Infpitées par l’amour
même, elles offrent le tableau des paflîons dif¬
férentes qui agitent les cœurs fournis à fon em-.

les grâces,

�(

)
pire, Adlrices &amp; danfeufes tout à-k-fois elles
varient leurs chants
par des danfes charmantes
quelles exécutent au fon des timbales &amp; des flûtes.
Les Européens étonnés leur
adjugent le prix ,
^

elles font habiles dans leurs
allégories ca¬
dencées. On ne celTe dkdmirer la variété
de

tant

leurs

mouvemens

coufles

,

où

tout

eft

exprefliori

;

fe-

légères, repos d’une aimable langueur
ébranlemens rapides, abandon
gracieux de bras,

,

fourire enchanteur de la bouche

toujours d’ac¬
qui fe peint dans les yeux, roue
porte l’amoureufe ivrefle dans les âmes ravies.
cord

avec

,

celui

Aimables filles de

Terpficore elles doivent fans
perfeétion de leur art au tendre fentiment dont elles font
polTédées. Ici comme à
Paphos, le culte de l’amour eft établi. Au tems
preferit par les ufages, les jeunes filles voient
arriver leur plus beau
jour dans Ikppareil d’une
fête élégante. Alors conduites
par les Prêtreffes
fur un hôtel
champêtre, elles offrent folemnellement les prémices de leurs
tranfports à la Di¬
vinité qui couronne leur flamme.
Soyez atten¬
tifs fur vous-mêmes,
jeunes Européens, qui
avez laifTé dans votre
patrie une amante éplo¬
rée j craignez de vous
égarer feuls dans les bofquets de cette île fortunée j l’amoureufe Ta'£*
doute la

,

,

�f

)
aidée de fes amies

^7

épiera vos pas ;
entraînera fous des berceaux fleuris

aenne

vous'

,

elle
afyle

enfemble elles enton¬
neront les chants "de l’hymenée : &amp; comment
pourrez vous réfifter quand les grâces elles-mê¬
du bonheur

,

toutes

s’efforceront de

mes

éperdus

fon

5

là

,

,

ne

vous

viendrez

,

vous

fédujre ? Vos fens
I

connoîtront plus le joug de la rai-

oublierez

malgré

vos

fermens

j

&amp;

de¬

vous

infidèles. Que la pudeut
allarmée de ce tableau l’in¬
nocence du cœur
prcfide à ces tendres myAeres,
&amp; l’inconflance des amans n’y fur jamais connue.
timide

Des

,

ne

vous,

foit pas

mœurs

,

fi dift'érentes des nôtres,

ne

peu-

étonner fur-tout fi nous voulons
rechercher l’origine de cette nation aimable. Qui
peut donc l’avoir inflruite dans l’art de la navi¬
gation , &amp; lui avoir appris à fe guider jufqu’à
deux cents lieues loin des terres par le feul af-

yenc que nous

,

,

peéf des étoiles ? Qui
donnér des

peut

lui avoir fuggéré de

principales conftellations?
Comment fe fait il qu’on y fait très - bien diftinguer les cometes, qu’on y connoît leurs lon¬
gues révolutions, ôc qu’on y croit les planètes
noms aux
-

habitées ?
dit

Quel eft le Eontenelle,

comme

le

agréablement le navigateur François quel
qui a parlé de la pluralité des

eft le Fontenelle

,

�mondes
îfle j

un

a

ce

peuple ? Tout féduit dans

il femble que la

nature

libérale

traire fes habitans à l’anathême
vail. Ce n’ell:
pas à la culture

a

cetco

voulu fouf-

commun

du

tra¬

pénible du fro¬
longues préparations qu’ils doi¬
vent leur
nourriture journelle ; un fruit
pré¬
cieux quia le
goût du pain le plus délicat, leur
ment

,

ni à fes

fournit le
tour

premier aliment, &amp; ils trouvent au¬
foyers tout ce qu’il faut encore à

de leurs

leur fubfiftance. Heureux

comme

les oifeaux du

Ciel, ils mangent les fruits de la terre par-tout
où ils fe trouvent, &amp; ils
jouilFent paifiblement
des bienfaits de la nature
qui a tout fait pour
eux..... O heureux coin de l’univers !
que de
regrets vous

faites naître quand

le
peines défefpérantes qui nous tyrannifent dans notre Europe
fi éclairée. Mais
quoi
le contrafte de nos
maux
avec un bonheur qui nous eft
étranger,
ameneroit-il ici des penfées
affligeantes ? &amp; oferois-je répandre de fombres couleurs fur une
image gracieufe avec laquelle on aime à fe diftraire du fentiment de fes
peines ? N’imitons
pas ces efprits inquiets qui, guidés par un zele
condamnable, commencent leur carrière par dé¬
plorer les malheurs de leur patrie &amp; la finifbonheur de

vos

habitans

avec

on compare

les

,

,

,

�(

^9

)

blafphemanc contre elle. Sachons, noua
contenter d’un feul
foupirj rappelions les douces
idées
fur-tout ne perdons pas de vue le
grand homme qui, fur mer au milieu des dan¬
fent

en

,

gers , comme fur terre au fein du bonheur &amp;
des voluptés féduifances, ne perd jamais de vu®

rintcrêc des fciences.

principal objet de cette relâche eft fobpaflage de Vénus qui, faite fur
eetre
partie de l’hémifphere auftral, devient fi
importante pour l’Afironomie. Savane dans cet
art fublimej &amp; fécondé
par fes illuftres compa¬
gnons, il remplit cet ,objet à la fatisfaétion des
Afrronomes de l’Europe. Occupé fur-tout à étu¬
dier les mœurs du peuple intéreflant de cetre
île il nous en fait un tableau infiniment plus
étendu que celui que nous connoilTons , &amp; pour
ne rien lailfer à defirer fur cerce terre
précieiife,
il entreprend d’en faire le tour dans fa chaioupd,
c’eft par ce moyen quhl la reconnoît en détail &amp;
qu’il en drelTe lui-même la carre avec toute i’exac'titude que mérite un pareil ouvrage.
Cependant une moilfon plus abondante que
celle qu’il a déjà faite l’appelle ailleurs. Eu quit¬
tant Taïci il va vificer les îles
qui en font voifines. Il y trouve les memes productions, les
Le

fervation du

,

,

�(

30

)

nes^yfages &amp; la même liofpitalité. Huaheîné,'

jliécéa, Ocalia

Bolabola, Tubaï &amp; Maurûa
Archipel qu’il appelle du nom d’îles
de la fdciécéi Qu’il efl:
glorieux de donner des'
noms à la terre
&amp; qui mieux que Cook en
étoit digne ! A fix
degrés de ces îles il découvre
l’île d’Ohëceroa ^ &amp; c’eft ici
que finiffent les beâux
jours de ce voyage.

forment

,

cet

j

Il

le

plus

fi paifible qui
dédommageoit de là longueur des routés ces
ne

retrouvera

cette mèt

fi favorables

qui le fuivoientconftammèrit
qui lui fournifibient des
àlimens de toute èfpece j ni ces nations
hôfpitalieres qui l’accueilloient avec tant de bonté. L.i;
fcene va changer, &amp; lesélémens,^ comme les na¬
tions vont
multiplier autour de lui les dangers;
vents

ces

îles fi bien cultivées

J

&amp; les obftacles.

La Nouvelle Zélande
couverte

que Tafmàri avoir dé¬
dans le milieu du dernier fiécle j n’à,

plus été reconnue par les Européens. Oh
le navigateur Hollandois n’eut que trop’
à fe plaindre dé la
perfidie de fes habitans, &amp;
que défefpérant de les humanifer il ne vit
guères que le lieu de fa relâche, auquel il donna’
voit

fait que

,

le
.

nom

de Baie des AflTaflins. Il éroit réfcrvé à

'vigateur de

notre

fiécle de
,

nous

faire

uh

corr-

�fioîcre

C

due &amp; par

31

)

importante

&amp; par fon éteiifes productions qui promettenr les

cette terre

,

plus grandes relTources au commerce. Pendant
fix mois qu’il y palfe pour en achever l’enciere
circonnavigation, ce n’eft pour lui qu’une per¬
plexité continuelle. Fait-il quelque féjour à terre?
il a fans ceffe à fe tenir en
garde contre la
férocité des peuplades qu’il vifite. Eft -il en route ?
il- femble que les élémens veulent
confpirer con¬
tre fon
entreprife. Des orages qui éclatent fubitement
de gros rems qui font préparés par gra¬
j

dation J exercent non feulenient toute fon habi¬
leté mais ils épuifent encore les forces de fes
^

matelots. Si les horreurs du

les mêmes

naufrage

ne

font

c’eft ici quelles fe mon-*
trent à
l’imagination avec les circonftances les
plus effrayantes. Quand même un malheureux
équipage fe fauveroir fur les débris de fon vaiffeaufracafféjqiie deviendroit-il fur cette terre bar-*
bare ? Ah ! qu’il regreteroit bientôt de n’avoir
pas été englouti par les vagues quand il fe verroit au moment d’être dévoré
par ceuxdoilc
pas

par-tour,

il réclameroit la commifération &amp; l’affiftance !
Onne peut avoir de plus

©nnavigue fur

cette

que par-tout que

grande crainte quànd
côte, où l’on ne. trouve prefdes nations antropophages.

�•

Cook

( ni

réprouvé à chaque
^

iiiftaht, mâis ce ii’eft

raifon de fe défifïer de fa gidCette prudence qui le dirige
fur les mers ne l’abandonne pas e n ces lieux
difficiles. Il entrevoir bientôt toute la valeur de
contrée heureufement fituée , auffi ne la
quitte-t-il plus fans l’avoir parcourue fur tontes
fes côtes ik quelquefois dans rintcrieur deS
terres pour én connoître les produétions. Suive2!
fes pas dans cette relâche, &amp; admirez cette tranquilité d’ame qu’il conferve au milieu de tant de
dangers réunis , voyez-le fe livrer tout entier au
plaifir ràviffiint que lui fait éprouver là mélodie
enchantereffie des oifeaux,dont les chants, plus
brillants que ceux de Philomele dans nos cli¬
charment également pendant la nuit
dans les forêts fauvages de Cette contrée.
Il éft donc vrai que dans les moniens de la
plus grande détreffie , on peut encore être fenfble
l’harmonie, quand elle exprime fes airs

pas pour lui usie
rieufe entreprile.

cette

,

mats

,

a

ÉouchanS.
Il faut
ne

en

convenir, là fomfne

remporte pas fur

totale du mal

la mefure du bien dans cetté

qui doit s’élever un jour au plu^
haut degré de fplendeur. Sa pofition, qui dans
l’autre hémifphere correfpond à nos plus beaux

île immenfe

elimats

�ciitnats de

l’Europe,

( 33 )

l’abondance &amp; la
cent quatre-vingt
l’inégalité du terrein
&amp;c des plaines, pro¬

annonce

fertilité. Son étendue de deux
,

lieues du nord

coupé

par

mettent

au

fud, &amp;

des

une

montagnes
riche variété de

produdions. Les

ferrugineux qui s’y rencontrent, décelenè
préfence du plus utile de tous les métaux 5 &amp;
indépendamment de ces avantages, la plante dé
ce lin
précieux J qui, par fa blancheur parfaite
ic fon éclat brillant, ne le cède
pas à la plus
belle foie, pourroit feule en faire une des
plus
fables
la

riches contrées de 1 Univers,

Telle eft l’idée que nous pouvons nous formée
de la nouvelle Zélande, d’après les obfervhtions

Navigateur Philofopbe, que nous admirons.
avons
jetté un coup-d’œil rapide fur les
fatigues &amp; les obftacles qu’il a furmontésj de
plus grandes fatigues Ôc de plus grands obftacles
fe préparent pour lui fur la côte orientale de la
nouvelle Hollande, pays d’une fi vafte
étendue,
qu’il méritecoit de porter le nom de continént.
Tranfportons nous fur les lieux.
Les fureurs menaçantes de la
tempête ne font
pas toujours ce qu’il y a de plus dangereux pour
un
navigateur, il eft à la mer des poficions plus
redoutables : c’eft, par exemple,
lorfque navidu

Nous

G

�'(

34

)

gnant autour d’une terre inconnue 3 &amp; le vent
tombant tout-à-coup, il fevcna^alé fur la côte à

qui pouffent
elle, fans que les reffources de
l’art puiffent lui fervir aans ce dangereux mo¬
ment. Ainli
que toutes les ifles de la mer Pacifi¬
que, la nouvelle Hollande eft hériflée d’écueils
de toute efpece, principalement depuis la terre
de Vandiemenjà fon extrémité méridionale, jufqu’à fa partie oppofée dans un efpace de côte de
plus de trois cens foixante lieues. A quelque diftance du
rivage, régné fur toute cette longueurun rm/ de corail (9), où l’on rencontre par in¬
tervalle des coupures qui permettent d’approcher
du. riv.age. C’eft ce qu’on peut regarder comme
une barrière indeftrnéiible que la nature
oppofe
la merci des lames &amp; des

courants

fon vaiffeau fur

aux

du

flots courroucés d’une vâfte

récif, les

eaux

mer.

En dehors

font fi profondes, qu’on

ne

peut mouiller l’ancre dans aucun cas; en dedans,
voit des brifans innombrables hachés de toutes

on

qui ne permettent de naviguer que
la fonde à la main. Le relèvement de cette côte,
les maniérés,

jufqu’à nos jours, exigeoit un habile
navigateur ; il eft dans le plan de Cook, &amp; Cook
l’exécute malgré des périls que le marin le plus
tcmérai''c ne fauroit envifager qu’en tremblant.
inconnue

�On ne peut
menacenc

( ^5 )

décrire les accidcns muitipî’iés

du

^

^

qui

naatrage à chaque inftanc de

le

cette

navigacioiit 11 fait bien fe fervir quand il le faut
de tous les expédiens qu’il eft poffible de tiret
d’un heureux coup de manœuvre, mais il fait
auffi qu’il fera forcé de renoncer à fon projet s’il
ne donne rien au hafard ^ &amp; courut-on jamais à
la mer un plus grand hafard que dans cette fituarion allarmanre qui fait une des principales épo¬
ques de ce voyage? Il venoir de quitter un lieu
de relâche, &amp; il marchoit à plus de huit lieues
loin de la côte ayant une mer tranquille &amp; le
vent favorable.
4 cette diftance
quand on
ne voit
pas des écueils, on ne foupçonne gueres
qu’il s’en trouve de cachés. Il fe livroit un mo¬
ment à cette fécurité (i néceflTaire
pour réparée
les fatigues de l’efprit, lorfque tout-à-coup le
vaiflTeau fe trouve fufpendu fur la pointe d’un
rocher taillé en pyramide. Le mouvement des
vagues J quoique léger, caufe un raelemènt ef¬
froyable qui fait pâlir les plus déterminés. Quel¬
ques morceaux de la quille &amp; du doublage c]uî
font emportés &amp; qu’on voit flotter fur la vague,
achèvent de jerter la (mnfternation dans les efprits. Toutes les reflburces font épuifées; on tou¬
,

che

au moment

de defeendre dans les abîmés fi
C

i

�(

)

flottaifon. Tous perdent
efpérance, excepté celui qui commande. Il ra¬
nime les cœurs par fon courage; il ordonne &amp;
il met lui-même la main à l’œuvre : heureux &amp;:
mille fois heureux de ce que les vents demeu¬
rent en repos, car la moindre tourmente les eût
infailliblement engloutis. Enfin ^ après avoir fait
un appareil de dernière extrémité ( i o), après des
travaux infinis, on vient à bout de dégager le
vailTeau. C’eft-là ce moment qu’il redoute, mais
la voie d'eau ne gagnant pas fur l’effet des pom¬
pes, il fe voit en état d’atteindre un mouillage
qui lui permet de mettre fon vailfeau en caréné.
le vaiffeau

Faut-il

fe

remet en

encore

effliyer de nouveaux dangers

après s’être tiré d’une pareille poficion? Oui,
dans ces circonftances du voyage il n’y a de beaux

lui que ceux des relâches qu’il fait fur
côte, ôc tous les jours de
la route font des jouis de perplexité. S’il navigue
dedans du récif, le vent foufflant par raffales
le met dans le cas dé périr fur les rochers qui
forment là un véritable labyrinthe, ou bien il y
eft retenu des mois entiers par les calmes. S’il
jours pour

différens lieux de cette
en

faire routé en dehors , une
houle terrible qu’aucun effort ne peut maîtrifer,
le fait fans celTe dériver fur cette barrière fatale.

veut

fe hafarder de

�(

37

)

danger eft quelquefois fi prochain, qu’il
plus pour toute refîource que de faire
remorquer le vaifieau par les chaloupes. « Telles
où le
ne

refte

font, dit-il, les vicilîitudes de la vie (ce font
fes propres expreffions ), que nous nous crûmes

j&gt;

»

regagné une fituation que
jours auparavant nous étions impatiens
de quitter. Les rochers &amp; les bancs font toujours dangereux pour les navigateurs lorfque
leur gifement eft déterminé; ils le font bien
davantage dans les mers qu’on n’a pas encore
parcourues
D’ailleurs les lames énormes du
vafte océan méridional rencontrant un fi grand
heureux alors d’avoir

»

deux

)&gt;

»5

53
J3

33

33
33

33obftacle, fe brifent
cevable, &amp; forment
33

avec une
une

houle

violence inconque

les rochers

tempêtes de l’hémifphère feptentrional
peuvent pas produire..... Animés cependant
par l’efpérance dé la gloire qui couronne les
découvertes de» navigateurs, nous affrontions
gaiement tous les périls. 33. Enfin le voilà patr
venu dans le détroit
qui fépare cette vafte con¬
trée de la nouvelle Guinée, &amp; qu’il appelle le
»

&amp; les

33

ne

33

3»

j3

détroit de

l’Endéavour, du

S’il n’a trouvé fur

cette

petit nombre de peuplades
eft

encore

nom

de fon vaiffeau;

étendue de côte
errantes,

inconnue, mais; cm ne

qu’un

la caufe en

peut l’attrihuet
G }

�jii

au

climat ni

des ruilTeaux J

au

( 38 )
fol. On y voit des fleuves &amp;

des prairies &amp;

des forêts, des bof-

qucts Si des plaines; partout une
retife annonce la fertilité. Située

végétation vigou-

fous les latitudes

Tropique &amp; de la Zone tempérée de l’hémifphere auftral, elle eft faite pour réunir les riches
du

produétions de l’Inde &amp; des denrées analogues à
celles de nos continens. Un jour viendra que les
Nations, mieux éclairées qu’elles ne font à préfent fur leurs vrais intérêts, profiteront de ces

qui leur procureront une
nouvelle extenfion de richefles &amp; de puiflance.

heureufes découvertes
C’eft

par-là

imérefler dans
retourne

&amp;

du

ce

fe termine tout ce qui peut
voyage. 11 eft tems que Cook

il s’y rend par la mer
l’Atlantique; ce qui complette le

dans fes foyers

des Indes Sc
tour

que

:

globe, après une navigation de deux ans

neuf mois révolus.

point où il en eft, il a atteint la gloire de
qui l’ont précédé dans une carrière fi
périlleufe ; &amp; pour une fécondé fois,fon Prince,
fa patrie, les fciences, le monde entier ^ l’ap-.
pellenc à ces entreprifes.d’bà fi peu de mortels
font revenus heureufement. Leur choix, leurs
defirs leurs efpécances font pour lui des ordres
qu’il préfer# aux douceurs du repos. Il va s’ou-.
Au

îous ceux

J

�(

S9

)

vrir de nouvelles routes, il va
mers

de

i!

,

va

voir de nouvelles
fe livrer à de nouvelles fatigues.,5 à
O

dangers j.il

va, je puis le dire", in¬
ventée une nouvelle maniéré de
naviguer , car
ce, ne fera véricablemènnc
qu’à l’aide, de fes refnouveaux

fources

parciculierés qu’il terminera par

un

hea-

expédition.
Je ne regrete plus féclar pompeux de l’élo¬
quence qui fe refufe,'au fentiment dé mon ame.
D’après le récit queje viens défaire, on fenebien
que la mémoire de Cook fe foutiendra d’ellemême &amp; quand.j’aurai fait connoître tous fes
travaux
pourrai-je efamdre.les traits; de l’eixvie ? Naurai-je pas rempli, de devoir.que je iîie
fuis impofé ?..
.11 parb Les fciences attentives comptent .les
jours de fon abfence'j; elles voudroièiit déja cetn?
noître le réfulcac de fes courfes. L’époqtie deûr
réé arrive les difputes interminables; jELir d’exifreux

füccès

cette,

nouvelle,

,

,

.

,

îénee

d’un continentauftral

vont

jourk L’indomptabde navigateut

ceffer pourrou-

déeider-cette
queftion célebre.Son .pEe.mief. voyage ardéjsrdÉ.?'
montré que éé eontinenc, n’exifte. pas.foitsrles Izr
titudes- moyenne^ î' .voyons, de dansrla rtentative
inouie qu’il fait fut des parallèles plus élevés &amp;des
pli,ispr;qclies
q,d’^dî)b■p&lt;a!ffibleîdlatteindreva

C4

�(

)

40

lui ce genre de vie fi
peu naturel qu’on mene à la mer, ces peines inféparables des longues navigations, cette chaîne
d’ennui qui vous accable depuis le moment du
départ jufqu’au terme de l’arrivée. Que dis-je ?
Reprenons donc avec

L’ennui eft le
un

tourment

des hommes

vulgaires;

fait il
lui-même des refîources qui le

efpric cultivé l’a-t-il jamais connu ? ne

pas trouver en

dédommagent des longueurs de

la

route

? La

des beautés bien dignes d’être
l’objet de fon étude ? Quel champ immenfe
d’obfervations dans la variété de ces couranSjdans
mer

n’a-t-elle pas

météores, dans les
offre loin des terres !

la pompe étonnante de fes
feenes pittorefques qu’elle

S^il eft difficile de donner une

étendue
ficence

,

,

jufte idée de fora

peindre le fpeélacle de fa magni¬
il faudroit pouvoir fe fervir des cou¬
pour

La hier !

leurs même de la nature.

inclinons-

affez

nous de
refpeéi en la nommant, pourroit-on
l’admirer ? Tantôt immobile &amp; lumineiVfe, elle

paroît toute enflammée. Sa clarté refplendiffance

aii milieu de la nuit

femble fe confondre

diroit qu’elle

la’claîrcé des Çieux ; on
cet

le brillant des étoiles

s

veut

avec

effa.

tantôt doucement agi*

million de fois l’arc-en-ciel
qui s’imprime enf" petit, far chaque vague aveç
tée

,

elle reçoit

un

�( 41 )

tout

revêtu du reflet argenté
Ici des nuées de poifldns volans

l’éclat du foleti,

de la lune.

ou

s’échapper aux bo¬
là des troupes innombrables de
monftres énormes fillonnent avec rapidité la fur-

fortent du fein des eaux pour
nites

voraces

,

face des flots,

plongent, reviennent en

fe jouant,

quelquelois fi haut, qu’ils étalent aux
regards étonnés des matelots la mafle entière
de leurs corps &amp; les couleurs variées qui diftinguent leurs races. Ailleurs des fites d’une
beauté plus importante offrent une nouvelle dé¬
coration. Des milliers de trombes s’élèvent avec
majefté fous une forme de vapeurs cylindriques
qui admettent les rayons lumineux dans leur
fubftance aerienne. Les vents abattus paroiflent
contempler avec refpeâ cette fuperbe colonnade

s’élancent

l’horifon:,

préfente l’idée d’un édi¬
qui a pour enceinte l’étendue de
pour bafe le fond des abimes,&amp; pour

la

éleve

(il) dont l’enfemble

fice immenfe

Temple magnifique que
feul moment à la gloire
de l’architeéde éternel ! Rotonde ausiufte où l’on

voûte l’azut des deux.
nature

en un

adorer ce grand Être qu’avec un feotide vénération OIi
pourquoi ces chofes admirables jfe décruifenteUes fieôt ! La beauté eft donc paflagere par-tout ?

ne

peut

ment

mêlé de trouble &amp;

�Fiere &amp;
au

(

)

capricieiife la mer fourit quelque^
qui la parcourt, mais
,

morcel téméraire

dédommagement eft bien peu de chofe
les allarmes continuelles qu^elle lui donne.
Cook parti cette fois avec deux vaifleaux
s’a¬
que ce

pour

vance

dans les

,

antarétiques par la route du
Cap de Bonne-Efpérance. Il marche courageufement fur ces mers où
jamais l’art nautique n’a*

voit conduit

mers

pilote. Les premiers jours de
navigation fe paflTent fans accident 5 mais en
s’élevant en latitude,le
palTage fubit d’une tempé¬
rature douce à; des ?ones
très-froides éprouve bien¬
tôt les hommes les
plus endurcis. Déjà les mala¬
dies fe déclarent, les travaux fe
multiplient, plus
de repos
pendant toute la durée de ce voyage. Ar¬
aucun

fa

rivé fous le

quarante-huitième parallèle j une
prépare au fein des élémens.
L’âfpeét du ciel fe change, 5 des météores-effrayans frappent les bords de l’horifon ; de fombres nuées fe lèvent J la clarté du
jour fe diffipe j un bruit fourd fe fait entendre dans la
profondeur des abîmes il relTemble au bruit
fcene terrible fe

,

du

tonnerre

quand il gronde dans le lointain,
.les

Tous les êtres vivans font dans la crainte,
j
oifeaux voyageurs qui traverfent alors ces
rages

pa¬

fe précipitent fur le vaiflTeau^.qui fait route j

�(

45

)

domeftiques qui s’y trouvent, pouf¬
plaintifs j l’homme agité pat le tu¬
de fes penfées j fe fouvieiit qu’il y a nn
Dans un inftant la furface de la mer fe

les animaux

fent des cris
multe

Dieu.

déchaînés s’annoncent par un
rugiirement impétueux ; les vagues foulevées fe
les vents

brife ;

roulent

en

défordre ; femblables à des montagnes

jufqu’aux CieuXj elles fe précipitent
dans ce bouleverfeaffreux leurs bafes deviennent leurs foin-

amoncelées
les

unes

ment

mets

,

fur les autres, &amp;

qui

nouveau.

pour fe renverfer de
fentiment de la pitié , hu¬

ne. s’élèvent que

Cédez

mains fenfibles

,

au

qui, retirés dans vos

paifibles

foyers , goûtez les douceurs du repos au fein de
vos familles j fongez que quand le fommeil vient
réparer vos forces épuifées, ceux de vos fem¬

motifs patriotiques
, fe voient livrés à
la merci des ouragans j &amp; telle eft la détrelTe
du navigateur des fciences. Ainfi qu’un général
habile qui, coiifervanc fa préfence d’efprit dans

blables que le befoin ou des
forcent à parcourir les mers

de la bataille , fait faire prendre à
fon armée des pofitions fi avantageufes ^ lui fait
exécuter des mouvemens fi prompts, qu’il vient
eufin à bout de fixer la viéioire fous fes drapeaux j

les horreurs

ainfi

l’intré'pUe Cook, au fort de la

tempête.

�(

44

)

faic conferver le calme de fon
ame, &amp; dans
cet
épouvantable cahos où le ciel &amp; la mer

roilTent confondus

pa-

malgré ce déluge de vagues
qui remplit Patmofphere, malgré les vents &amp; la
grêle, les tonnerres &amp; les éclairs qui fe heur¬
tent autour de
lui
malgré que Ion vaiflTeau
abattu fur les flancs,
peut à peine obéir augou‘,

,

vernail

,

il fait

par

,

les

mens.

repos

Il

refpire

n’eft

rattendenc
&amp;

pas

hardies de

manœuvres

fon arc, fortir viéforieux de

ce

conflit des élé-

quelques jours mais fon
de longue durée. Les tempêtes
pour

encore

combien de fois

,

fur des latitudes
ne

plus élevées;

retrouvera-t-il pas ces dan¬

gers? A peine fon courage , ce courage magna¬
nime qui ne l’abandonne
jamais, les aura furmontés qu’il rencontrera fur fa
route de nou¬
veaux
objets de frayeur.
,

Au

de

cinquantième parallelle, les premières îles
glace qui fe détachent du pôle commencent

à flotter fur la furface de la

A deux

degrés
plus au fud, elles fe montrent en nombre pro¬
digieux &amp; parmi elles on en voit qui par leur
élévation, relTemblent aux édifices de nos villes.
Autour de ces îles
flottantes, le danger eft le
même que fi l’on étoit
près de la tetre : le froid
perçant qu’on ■ endure, la neige,qui tombe en
,

mer.

�flocons, les
mets

trifte

de

ces

»

»

&gt;3
»

»
»

45

vagues
mafles énormes, ajoutent encore au

afpeél de

rête Cook.
»

)
qui s’élèvent jufqu’aux fom(

«

ces lieux malheureux. Rien n’ar¬
Ce fpeélacle, dit-il lui-même, fut

quelque tems agréable à nos yeux, mais
efprit fe remplit d’épouvante &amp; d’horreur en
penfant aux dangers qui nous menaçoient ; car un vailTeau qui dériveroit du côté
du vent d’une de ces ifles lorfque les coups de
mer font fi hauts, feroit mis en
pièces dans un
inftant...... O intrépidité de l’homme! rien ne
pour

notre

fauroit donc

vous

abattre! Peut

ferver les nobles flammes de la

on encore con-

gloire dans ces
glacés ? Oui ; quand on fent les fublimes
tranfports de cette gloire féduifante, quand on
voit approcher la couronne triomphale , eft-il
rien alors d’impoffible ? Pénétré de ces grandes
idées, il pourfuit gaiement fa ,route jufqu’au
foixante feptieme degré de latitude fur lequel il
contourne en
partie cette zone terrible. Les beaux
jours de l’été régnent alors fur cette portion du
globe J mais ils n’offrent rien autre que des torrens de neige, des ifles, des plaines de
glace,
parmi lefquelles. fon vaiffeau fe trouve fouvent
engagé. Les voiles, les cordages font couverts de
glaçons j le froid rigoureux qui exerce en ceS'
climats

�lieux fou éternel

( 40

empire, laiiïe échapper fes trifîesi
^

émanations dans les airs. Elevées eh brouillards

épais, elles dérobent la vue des écueils flottans j
Sc pour donner plus de vie à ce théâtre d’horreur,
la faifon des plaifirs y ramene des troupeaux de
baleines, qui viennent y jouer les fcènes tumiiltueufes de leurs amours. Quelle navigation ! Ôc ce
n’eft que le commencement de la tentative. Il
rétrograde au cinquantième parallèle pour re¬
tourner encore vers le cercle antarélique par des
longitudes différentes. Si dans cette fécondé re¬
cherche il lui faut fuppotter les mêmes peines j
quelquefois au moins des images nouvelles lui
font éprouver des feniimens confolateurs. Le
philofophe a des jouiffances par-tout. Ici l’aurore
àuftrale vient frapper fes regards pour la pre¬
mière fois

:

elle brille

au

milieu des nuits fans

obfcurité, déployant dans les cieux

toute la
radieufes. Tandis que fa
pôle des vives couleurs du
rubis celle-ci répand fur les conftellations méri¬
dionales le doux éclat &amp; le bleu tendre du faphir.
Elle fclntille avec la rapidité dè l’éclair, &amp; dans

pompe de fes clartés
rivale embellit notre

fes

mouvemens

rayons,

continuels fe brifant tantôt

en

fe montrant tantôt fous des formes cir¬
elle préfente à fon efprit obfervateur

culaires ,

�)

les tableaux les

47

)

plus dignes de fon admtrâtionr
Telles on voit les rofes fleurir
qtieltjuefois au
fein des arides rochers &amp; le
voyageur agréable¬
ment
furpris oublie à leur afpeét tout ce qu’il a
foufFert dans fa route pénible.
Ici la campagne eft finie': l’hiver
qui s’avance
à grands pas va fermer les hautes mers du cercle
polaire. Ceilt dix-fept jours écoulés dans des
fatigues qu’on ne peut exprimer-,' trois mille fix
j

cent

lieues parcourues au

milieu des brouillards

épais, parmi les mbnftres marins &amp; les glaces
effroyables de ces parages profcrits ^ méritent bien
le repos qu’il va prendre à la nouvelle Zélande &amp;
àTaïti. J’ai déjà parlé de ces terrespje
fupprime
le récit des nouvelles obfervations

je

me

hâte de le fuivre

dont Tafman

nous

a

vers

laifle

une

charmante.
Riches &amp; fécondes

qu’il y fait, 3c
les îles heureufes

comme

defcription fi

les campagnes

de

Sicile, Middelburg , Amfterdam St Roterdam (i i), s’annoncent dans
l’hémifphere auftral
la

leurs collines couronnées de fuperbes forêts.
groffes mafles de leur verdure antique for¬
ment un Gontrafte
pittorefque avec les planta¬
tions, les jardins, les ruifleaux qui divifent les
plaines. Ici comme fur toutes les îles où nos

par
Les

�( 48 )

ufages deftruâéurs n’ont pas |iénétré, ^ terre

aime à fe

montrer

la nourrice de l’bomme. On

voit jufqu’au bord du rivage des cocotiers majeftueux, d’autres arbres fruitiers de différentes
efpeces balancer leurs rameaux fur fonde amere-.

y

L’heure de farrivée eft

au

lever de l’aurore, dont

charmes fur
gracieufe les cœurs
des Européens s’épanouiffenc, l’image du bon¬
heur fe reproduit pour eux dans les moindres
objets. Déjà les paifibles habitans de ces contrées
s’élancent dans léttrs pirogues, ils viennent abor¬
der les vaiffcàux avec confiance. Le regard plein
dC' bonté le langage de l’amitié fur la bouche,
ils né ceffent d’exprimer leur furprife par des
acclamations de joie. Ils donnent de toutes mains
la douce clarté

répand de

nouveaux

des fîtes fi beaux. A cette vue

J

des étoffes de diverfés

couleurs, des outils de

des hameçons d’écaille, des pièces d’ajufcement ornées de plumes brillantes , travaillées
nacre,

avec une

élégance qn’on ne furpafléroic pas en

Europe. Defcendus à terre, e’eft encore le
accueil. On

ne connut

jamais

un

liiême

peuple auflt

carelfant que celui de ces îles : le moindre des
matelors fé trouve environné d’une foule d’amis

attentions. Lé Prince du
pays reçoit Cook dans fes bras, le ferre fur Ion

qui lut prodiguent leurs

fein

�49

)

depuis
longues années j &amp; pour mettre le fceau à la ren*
drelfe, il change de nom avec lui ; ufage fingulier pour nous qui ne connoiffbns plus le charme
de l’heureufe fimplicité, mais qui fait éprouver
fein

Comme un

frere

qu’.ii n’aiiroit

pas vu

véritablement des fenfations délicieufes. Bientôt

les chants,

les danfes, les jeux de la lutte, les

repréfentations dramatiques fe fuccédent, &amp; les
donnés dans un palais ruftique ou
des arbres odoriférans, achèvent
de porter le ravilfement dans les âmes. Scènes
charmantes qui n’échapperoient pas aux pinceaux
des poëtes J fi ces enfans des Mufes pouvoient les
avoir fous les yeux! Tous les jours de la vie font
des jours heureux dans ces ifles où régné par exrepas agréables
fous l’ombrage

cellénce la bonté du

cœur

humain, où les

arts

plus avancés qu’àTaïti même. Pé¬
l’accueil généreux
qu’on lai fait , Cook les appelle les îles des
font

encore

nétré de reconnoilTance pour

Amis, Grâces à

fes

travaux, nous en avons

les

plus étendues.
Cependant le printems eft de retour dans les
climats tempérés de cet hémifphere Les jours
fans nuit reviennent éclairer les zones froides,
les glaces polaires permeitent d’entreprendre une
nouvelle campagne- fur les hautes latitudes.

notions les

D

�L’ami des fciences

(

5°

)

perd

ne

pas

vrage , il fe difpofe à pourfuivre
recherches fur ces mers j dont les

devenus familiers.

de

de

vue

fon

nouveau

ou¬

fes

dangers lui font

Remarquons dans
mens

cette multitude d’événecombien la vie du marin eft
agitée, com¬

bien elle relTemble

au

terrible élément

contre

lequel il eft obligé fans cefte de lutter. Ses jours
font qu’un tiffu de trouble &amp; de
difparates,
un enchaînement de
jouiflances paftageres &amp; de
longues privations. Ne lui reprochons pas le foible encens de la gloire quand il fait fe montrer un
grand homme.
ne

Sous le ciel courroucé du foixante-fixieme
pa¬

rallèle, il femble

fois que

la mer fe plaît à
multiplier les dangers plus qu’elle n’avoit fait
encore. Les vents qui foufflant
toujours en tour¬
mente caufent fans
interruption un roulis incom¬
mode au vaifteau, les glaçons flottans qui le
heurtent, les courants qui le font dériver fur les
îles de glace qui marchent comme lui, ou qui fe
tournent fur elles-mêmes à fes côtés, les brouil¬
lards enfin qui cachent ces terribles écueils
que
fais-je? C’eft peut-être en ces lieux que la nature
veut arrêter les entreprifes audacieufes des mor¬
tels. Que n’en coutera t-il pas pour arriver jufcette

,

�( P )

qii’ici ? Fatigues inexprimables de ia manœuvré j
perplexités continuelles de l’efprit, intempérie
exceffiVe du froid
maladies violentes qu’il
caufe, longueur indéfinie du tems corruption
^

,

inévitable des aliments, tout efl: contraire à

vos

c’eft-à-dire qu’il faut marcher continuel
lement d’obftâcles en obftacles pour avancer fans

efforts

,

relâche de

dangers en dangers. Mon imagination
épouvantée. Cook accablé lui-même de
tant de maux,
plus qu’aucun de fes compagnons,
.affoibli par un dégoût mortel de tout aliment,
tourmenté d’une maladie bilieufe
qui le réduit
plufieurs fois à toute extrémité prêt à fuccomen

eft

,

ber à la fin

même Cook

dont il faut ce¬
pendant admirer l’obninatiori, a réfolii d’épuî,

ce

,

fer fes recherches

jufqu’au lieu le plus reculé
qui lui foit pofiible d’atteindre. Arrêté quelt]uefois par des plaines glacées il
change de route
jufqu’à ce qu’il trouve des ouvertures qui le con,

duifent au-delà. Entouré fur d’aurtes
parages
nombre infini de ces îles flotantes,

d’urt
qui, félon fes

expreflions, relfemblent aux débris d’uil
fracaffé, il perce néanmoins dans ce
dangereux labyrinthe. Plus loin il eft affiiili pat
des tempêtes les maîtrife avec fon
courage or¬
dinaire. Enfin, ces barrières
impénétrables du

propres
monde

,

Dz

�C

5^

)

fud fixées par la nature au feptahte-unietne degré
de latitude l’arrêtent heureufement dans facourfe,
car

fans

ces

obftacles invincibles, il

alloit pouiïer

julqu’au pôle.... C’en eft trop, mortel téméraire !
ç’en efl: trop j vous avez fait , il eft vrai y
tout ce
qu’il étoit donné au pouvoir humain de
faire
mais vos jours précieux au monde ont
couru
trop de dangers. Contemplez à préfent,
puifque vous avez pénétré jufqu’ici, contem¬
plez cet horrible féjour, ce chantier extraor¬
dinaire où fe préparent les grands travaux du
globe. Parcourez du regard ces glaces éternelles
qui voiis bloquent de l’orient à l’occident, qui,
,

toutes

enchaînées fur les différens méridiens de

s’élèvent par gradation jufqu’à l’axe
mondé, &amp; forment une coupole immenfe qui

cette zone

du

,

peut-être à la terre une figure (13) oblongue. Ces lieux ignorés jufqu’à ce jour n’avoient
jamais vu de mortels , &amp; j’ofe prédire que
jamais ils n’en reverront 5 ce qui eft pou rvouS l’ef¬
donne

fet d’un courage

admirable, feroit déformais

une

folie pour les autres. C’eft ici l’inépuifable arcenal d'où fortent cés îles de glace que les vents

entraînent

vers

les latitudes moyennes :

fondues

alors par l’aétion du foleil, elles s’écoulent fous
la zone torride, pour y remplacer les évapora-

�(55)
pieds des humains ne fauroient gravir ces
montagnes déglacé où font gar¬
dées les caufes premières des marées
(i 4) &amp; de?
courans de la mer. Les oifeaux
voyageurs four
les feuls êtres vivans
auxquels il foit permis d’al-.,.
1er au-delà de ces bornes, &amp; de s’élever
jufqiraa
point même du pôle.
Au récit que je viens de faire
aux images
effrayantes que l’on fe forme de cette terrible
navigation ne croiroit-on pas que les courfes
de ce fécond
voyage font ici terminées? Nous
le verrons
cependant retourner une troifieme fois,
fous ces climats
rigoureux &amp; ce ne fera qu’après avoir vifitéles îles les plus éloignées qu’après avoir découvert de nouveaux Archipels j.
qu’il fe permettra le repos néceffaire à fes longues
tîons de l’Océan. Les

,

,

,

,

fatigues.
Une

l’île de

terre

ifoléedans le vafteOcéan

Pâques découverte
de

fiécle

par

pacifique
Roggevin au

,,

,

eft le premier lieu,
de relâche qu’il doit rencontrer. Il en eft à un

commencement

ce

,

éloignement de mille lieues j, ce point decompafaire counoître la longueur des
routes
qui lui reften: à remplir..
Fertile pour les
fimples befoins de fîs haraifon pourra

bicans peu

nombreux (15),

cette

île offre â.

D J

�/

'(

)’

54

la curifîoté des Savants

,

fes ftatues coloflales!

érigées à la mémoire des morts j mais le Navi¬
gateur qui la vifite aujourd’hui, n’y trouve qua
peu de reffources. Il yfait toutes les recherches
utiles &amp; la quitte pour fe rendre aux Marquifes,
îles précieufes par la fertilité du fol , la beauté
du climat &amp; l’aimable fimplicité de leurs peuples.
Tout ce qu’en avoit dit l’infortuné Mendana ,
qui les découvrit , eft confirmé par Cook. Il
Va de-là fe rafraîchir uns fécondé
fois aux
îles de la Société, ainfi qu’à celles des Amis.
Il s’y rend par des routes fur lefquelles il dé¬
couvre les trois îles de Pallifer
celle de Palmerftou
l’île Sauvage, où il efl: attaqué par
des hommes farouches
&amp; un grand nombre
d’autres terres dont les peuples font affables &amp;
humains comme ceux de l’heureufe Roterdam ^
,

,

,

,

qui les avoifine.

Deux années fe

font écoulées

jufqu’à préfenr.

grandeur des découvertes ne les a pas fignalées, il n’y a pas moins de gloire d’avoir retrouvé
cellés des anciens Navigateurs, d’avoir redreffé
leurs erreurs confirmé leurs rapports, &amp; étendu
les connoiffances qu’ils nous en avoient données.
Sa navigation dans l’Archipel des nouvelles Hé¬
brides va procurer des poireffions immenfsg

Si la

,

,

�(

55

)

à la Géographie j ne nous

lafTons

fuivre.

pas

de Te'

Tranfportons-nous fur ce vafte efpace qui fe
rapproche des excrémités occidentales de l’océan
pacifique. Mefurons-en la partie fixée entre la
quatorzième &amp; le vingc-quatrieme degré de
latitude auftrale, fur deux cents lieues de lon¬
gitude. Nous y verrons d’un feul coup-d’œil 5c
fans confufion

les découvertes de l’infatigable
Navigateur. Là font fituées ces îles donc le
,

nombre eft fi
toutes

Ici

&amp;

prodigieux j qu’il n’a pu les vifiter
auxquelles il n’a poin c irapofé de nom.
découvrons les îles

l’Aurore, la
Ambryn Erronan, Annatan, Erramanga ; qu’il voie d’une maniéré plus étendue.
Là fe ( id) préfentent deux îles
plus confidérables qu’aucune de ces dernieres Mallicolo
nous

Pentecôte

,

de

,

,

,

Tanna, donc les habicans

fauvages &amp; foupçonoppofenc de fi grands obfiàcles à fon
débarquement. Ici nous rencontrons la terre aufr
traie du Saint-Efpric , où Quiros aborda lé
pre¬
mier ; Cook la vifite en détail il en fait la reconnoiffance entière
ne trouve
qu’une île,
en ce lieu même, où le
Navigateur EfpagnoL
croyoit avoir trouvé une portion du fameux conneux

,

«nenc

auftral. Au fud de

ces

grouppes nom-»-

�('

)

hiCLix, la nouvelle Calédonie agrandit le cercle
de fes découvertes. Moins fertile que les autres,

plus recommandable par la douceur de fes
peuples, elle donnera quelque jour des produits
précieux , s’il faut en croire les fignes de miné¬
raux
qui s’y manifeftent fur une chaîne de col¬
lines de plus de deux cents lieues de longueur.
Dans ce moment, au moins des avantages alTurés fe préfentent non loin de là fur l’île des
Pins, qu’il trouve entièrement couverte de ces
mais

bois (i

rares

dans

ces

mers,

&amp; néanmoins fi

la mâture des vailTeaux. Qu’a¬
? Cette multitude
étonnante d’îles de toutes les grandeurs , ne
vaut-elle pas mieux qu’un Continent ,folt par le
nombre infini des ports qu’elles offrent au com-r
merce, foit par les principaux liens de la naviga¬
tion qu’elles promettent de conferver, foit par leur
prodigieufe végétation qui invite les nations kr
borieufes à venir y chercher une fubfiftance qu’elles ne trouvent plus autour de leurs anciens
foyers ? Que de tréfors acquis aux connoiffances
humaines ! Mais auffi combien n’a-t-il pas fallu
endurer de fatigues, &amp; je ne puis encore m’ar¬
nécefiaires pour

vons nous

donc à regretter

rêter.

Cook voit bien que

le but de fon expédition

�(

$7

)

n’eftpas entièrement rempli j que les recherches

épuifées : oubliant dès-lors que les
plus nécelTaires &amp; pour les provifions &amp;
pour les agrès de fon vailTeau vont bientôt lui
manquer^ il ofe entreprendre une navigation laborieufe en-dehors du détroit de Magellan, autour
du Cap Horn&amp; de la terre des Etats. Il reconnoit

ne

font pas

chofesles

avec

détail

ces

dernieres côtes du Nouveau-

Monde, &amp;fesobfervations n^y laifiTent

plus rien

à defirer à l'art du Pilote. Il retourne de-là pour

glacées du Sud j
qui appartiennent à l’O¬
céan atlantique ÿ &amp; c’efl: ce qui doit achever le
tour du
globe fur la plus affreufe de toutes les
zones. Bravant de nouveau les tempêtes fur ces
parages malheureux, fa route le conduit fur une
terre aiïez grande , fituée fous le cinquante-quatrieme degré de latitude, &amp; qu’il défigne par le
nom de Nouvelle-Géorgie. Il n’y trouve d’autre
verdure que k moufle qui perce à travers fes
neiges éternelles. A quelques degrés plus au Sud ,
une

troifieme fois dans les

mers

c’eft à-dire dans celles

il découvre la

terre

de Sandwich, les IflesdeSaun-

ders, de la Chandeleur, &amp; enfin la Thulé auftraie derniete terre de notre planete (17), qui
,

montre

fon

afpeét effrayant fous les puiflances

glacées du foixantieme parallèle.

�c 5S )

Nous voici parvenus en ces lieux
où les Sciences doivent élever
de
'

phées à fa gloire. Nous y
cherchions j&amp;

nous

Géographes de

la vérité que
demandons plus aux

rencontrons

nous ne

dire où fe

nous

auftral dont ils

nent

remarquable^'
nouveaux tro¬

trouve ce

Conti¬

nous aflTuroient l’exiftence.
Pendant deux fois, fur les
pas de Cook, nous

avons

achevé le

yeux.

Où eft-il ? Où font

de la terre;

&amp; ce Continent
qu’on nous repréfentoit infiniment plus étendu
que l’ancien monde
ne s’eft pas offert à nos
tour

,

tant

de

Savans,

diftingués

ces

merveilles

,

que

les efprits même les plus

que

la foiblelTe de fe promettre?
dans leur imagination^
puifque nous n’àvons trouvé que des mers fur ces
mêmes parages
qu’ils avoient défignés pour une
terre immenfe.
Que diront à-préfent ces hommes
eurent

Tout cela n’exiftoic
que

préfomptueuxJ qui, loin de reconnoître combien

leur fa voir eft borné
tout,

ils

fans avoir rien

encore

créer des

tira tôt
La

ou

parlent de

tout,

expliquent

Que diront-ils ? oferontfyftêmes ? L’expérience les

vu

?

tard.

grande queftion de la Géographie eft à-pré¬

fent réfolue. Tout eft
de

,

mer

l’hémifphere auftral,

plus rien à

y remarquer.

fur les hautes latitudes

&amp; les Sciences n’ont

Les limites du gl«be

�( 59 )
; la ligne de démarcation des terres
habitables eft tracée; &amp; de nombreufes décou¬
vertes
préfentent de nouvelles reffburces au com¬
font

connues

qui réfulte de ces deux voyages
qui ont coûté fix années de travaux. Je n’en ai
rapporté que les principaux faits ; mais j’eûai
dit afifez pour épouvanter les âmes les plus in¬
trépides.
Plût à Dieu
qu'obligé de terminer ici la
narration des entreprifes de ce grand homme,
il ne me reftât plus qu’à le repréfenrer dans fa
patrie , jouilfant de rous les tréfors de la fanté ,
de l’eftime générale , &amp; des honneurs qui lui
font dûs! Sa gloire en feroit-elle diminuée, quand
je n’aurois pas à fournir le récit d’une nouvelle
expédition ? Hélas ! quelle puiflance pourroic
empêcher un torrenr de couler vers la pente qui
l’entraîne? Comment pourroit-on arrêter ce mor¬
tel généreux, livré tout entier aux nobles impulfions de fon cœur f

merce ;

c’eft

ce

,

SECONDE

PARTIE.

qui me trouble &amp; me fait
naître des réflexions défefpérantes fur cette fata¬
lité cruelle, qui femble s’attacher à la deftinée

11

en

eft

un

fur-tout

�Jes

Héros,

chofes que

(
comme s’il

étoic dans l’ordre de®
^

les plus grandes qualités, les plus
éminentes vertus, düflTent
toujours être fuivies
ides plus grandes difgraces ou d’une
mort pré¬
maturée.

Voyez les défenfeurs de la Patrie qui
champ de bataille j comme les
feuilles de l’autonmej ils meurent fans
cueillir les
fruits de leurs
exploits. Voyez le vertueux Epictete5 digne d’un trône,il coule fes
jours malheu¬
reux dans
l’ignominie de l’efclavage ,en proie aux
caprices d’un maître barbare, qui le tourmente
par des tortures inouies, fans
que fon inalté¬
rable douceur fe
permette une feule plainte»
Voyez l’immortel Colomb devenu la viétime
,

tombent fur le

de la calomnie
j Colomb

,

à qui

devons
dirai-je?.... Oui, à
la honte éternelle de fon
fiecle
il ne trouve
pour récompenfe que des fers &amp; des
chagrins
qui le conduifent au tombeau. Je me
tin

Nouveau-Monde

J

le

,

nous

,

garde

d’ouvrir les annales des nations
j de combien
d’illuftres viétimes n’aurions-nous

pas à déplorer
la deftinée ? Et n’elt-ce
pas même encore ce qui
arrive tous les jours ? Ne
voyons-nous pas lan¬
guir dans l’oubli, mourir dans

qui

l’indigence

,

ceux

le plus contribué à perfeétionner les
arts, ceux qui ont fait jaillir de nouvelles
fource?
ont

�■de richeffes

qui

j

,

t
fans

)
eux

,

nous

feroienr en¬

dire

cela
que Cook eût jamais à craindre l’ingratitude dé
fa Patrie j mais ne favoit-il pas que la fortune
malheureufe pouvoir lui porrer d’autres coups?
Combien de fcenes de naufrages ne revenoienrelles pas dans fon fouvenir ? Combien d^affreufes
cataftrophes l’hiftoire des grandes navigations
ne lui
préfentoit-elle pas ? Il favoit bien que
le célébré Magellan périt dans le cours de la
mémorable entreprife , atteint d’un javelot empoifonné j il favoit bien que l’infortuné Men:dana, pourfuivi par un deftin aufli funelle , ter¬
core

inconnues ? Je

mina

comme

fes travaux^
fes

ne veux

pas

pour

lui fa carrière fur le théâtre de

il favoit bien que Willougby finit
milieu des glaces polaires, où fon

jours au
vailTeau refta malheureufement

engagé ; il faBehring mourut dans les horreurs
de la faim
de la mifere &amp; des fatigues fat
l’îie inhabitée, qui ne lui offrit qu’un fein frappé
de ftérilité j il favoit bien enfin que Hudfon
fut afTaffiné par fes propres Matelots ; que la
Salle Ile revint plus de fes recherches labôrieufes
fur le MifTifiipi; que Hall fut percé de la main
d’un Sauvage; que François Drack , plus maiheureux qu’eux tous, périt d’un genre de mort
voit bien que
,

�(

qu’on

ne peut fe figurer fans frémir, lorfqüa
defcendu fur une île déferre j il fut allailli
par
des millions de Crabes

qui le dévorèrent vivant,
eufienr pu
exemples (18)! inftruit à l’école du malheur
par la trille fin de ces
Navigateurs fameux par les dangers qu’il avoir
lui-même courus falloit-il
qufil entreprît un
troifieme voyage ?.... N’en
foyons pas furpris ;
celui qui ne craint
pas la mort ell toujours audelTus des événemens,
quelque périlleux qu’ils
puilTent fe montrer à fa penfée.
Cook doit, en
quelque forte ,|croifer cette fois
le globe d’un
pôle à l’autre, &amp; fur toutes fes
longitudes. Faifons encore un effort pour le fuivre.
Nous touchons aux derniers
prodiges de la na¬
vigation, Quand une fois il aura tracé toutes les
fans que fes armes &amp; fon
courage
lui fervir pour fe fauver.
Quels
,

,

routes,

rien déformais

pourra plus être cité
prodige fur les mers éloignées.
A peine quelques mois fe font écoulés
depuis
fon départ J que le flambeau de la
guerre s’al¬
ne

comme

lume

entre

fa Patrie &amp; la mienne. Ce

ne

feront

les François qui traiteront en ennemi le Na¬
vigateur Philofophe. Louis XVI a connu tout
le prix de fes fublimes
travaux, il eft le premier
à faire foa
éloge j en ordonnant à rbus les Gapas

�( ^3 )

pitaines de fa marine de l’accueillir avec hon*
neur, de refpedter fes vaiffeaux
de pourvoir
à tous fes befoins
par-tout où le hafard pourroic
le faire rencontrer tant il eftvrai que les
grands
hommes font Citoyens de tous les pays, &amp;
que
la guerre elle - même fufpend devant eux fes
_

_

,

,

j

fureurs.

Depuis plus de deux ficelés les nations de
l’Europe cherchoient à abréger les longueurs de
.la navigation des Indes. L’efpoir flatteur d’y réuflîr,
leur faifoit foupçonner au nord l’exiftence d’un
lieu de communication entre l’océan
atlantique,
&amp; la mer
Pacifique : on s’y trompa. Des ex¬
péditions nombreufes furent faites en divers
,

furies côtes orientalesduNouveau-Monde;
Nous connoilTons les réfultats malheureux de
tems

la

plupart de

furent

toutes

ces tentatives ; nous favons qu’elles
fans fuccès. Il reftoit à vérifier fl

partie nord-oueft n’ofFrlroit pas ce détroit
bayes, foit au-dehors des
côtes &amp; c’efl; le but principal de cette ex¬
la

,

foit dans le fond des
,

pédition.
Je

de la

la

ne
mer

retracerai

plus les images effrayantes
je ne dirai plus rien de

courroucée

,

longueur des routes j telles font les loix de
foible éloquence , qu’elles nous défendent

notre

�( ^4 )
le retout des memes objets, la vérité dût-ella
en être afFoiblie. Je me contenterai de dire fim*

plement

,

que

été fi confiantes

jamais les tempêtes n’avoient

qu’a lors. Elles le fuivent de¬

puis le Cap de Bonne-Efpérance , jufqu’au cin¬
quantième degré de latitude aufirale , où il va
reconnoître quelques îles arides nouvellement
découvertes par des François, &amp; de-là jufqu'’aux
différentes relâches qu’il fait fur toute l’étendue
de l’océan Pacifique. C’efi en un mot au milieu
des dangers dont il fut tant de fois le rendre
maître qu’il vifite de nouveau la terre de Vandiemen la nouvelle Zélande, Taïti, toutes les
îles de la Société &amp; les îles des Amis, qui de¬
viennent cette fois un immenfe Archipel par la
découverte de plus de foixante îles. Les jours
de repos qu’il pafle fur ces terres nouvelles font
peut-être les jours les plus beaux de fa vie ,
tant l’image qu’on nous en a tranfmife eft fédui,

,

regretables pour nous, qui
de femblables que par le fe-

fante. Jours trop
n’en connoiffons

l’imagination , lorfqu’elle nous tranfporte dans les bofquets de l’Arcadie , ou fous les
riants berceaux de la vallée de Tempé.
L’île de Noël, terre inhabitée qui fe trouve
encore dans la virginité de la nature, eft pa¬
cours

de

reillement

�reiileinent

\

( &lt;^5

une

nouvelle clécouvert-e fous le fé¬

parallèle de riiémifphere fepuentrional j
découve'rre plus importante l’attend
fous le vingtième degré de latitude j c’eft ce
groupe ifolé qu’il appelle les îles de Sandwich.
Elles lui préfenteiK fur ces parages un terme de
relâche commode pour la campagne pénible qu’il

cond
mais

va

une

faire dans les climats élevés

cendu fur

bienveillance
II

vent.

terres, on

ces

qu'aillears

retrouve au

au

nord. Def-

l’accueille

on

avec cette

lui témoigna fi fou.

milieu d’un

peuple doux &amp;

généreux les memes mœurs , les mêmes tilages
à-peu-près qu’à Taïti , la crvilifation en efl:

lui cede en
rien ôc les jeunes beautés parées de plumes &amp;
de Beurs font peut-être ici plus féduifantes en¬
core
tant la nature imprima fur leurs traits les

auffi avancée

,

la fertilité du fol

ne

,

,

charmes ineffables de l’innocence. C’efl:

tout ce

que je me permets de dire fur ces îles célébrés. Je
n’aurai bientôt que trop à en parler de nouveau.

Voyons-le s'approcher de ces côtes que la
navigation n’a pas encore reconnues. Vidorieux
des obftacles jufqu’à la fin , il en fuit toutes les
finuofités, il vifue tous les golfes, pénétré bien
avant

par

dans l’intérieur des

terres

,

en remontant

l’embouchure des fleuves, 3c fait defréquenE

�(66)
relâches, Toit pour ie radoub de fes vaiffeauxj foit pour fe procurer des provihons, foit
pour recoiinoîcre les peuples : par-tour leur ami¬
tié défintérelTée
s’emprefle de Pacciieillir. Ils s’ap¬
prochent avec confiance dès qu’ils s’apperçoivent
qu'on ne vient pas en ennemi. Ils chargent
fes chaloupes du produit de leurs
chafles, &amp; de
leurs pêches , de leurs
ptovifions d'huiles de
vêtemens commodes &amp; de fourrures
précieufes.
Ils exercent fes
équipages à imiter les cris des
tes

,

,

bêtes fauves &amp; à les chaffer fous les déouifemens
O.

d’un

mafque qui les trompe. Ils ne leur font pas
myftere de leurs méthodes admirables pour
attirer le poiîToii &amp; pour faire des
pêches abon¬
dantes j en un mot c’eft
parmi ces hommes
fimples qu’on voit éclater la bonté du cœur hu¬
mi

,

main j &amp; nous

ofons les appeller

fauvages

,

plus près de la nature que les nations
polies, ils n’ont d’autres arts que ceux de leurs
premiers befoins
Ils valent mieux que nous
avec notre vernis de
politelTe &amp; notre luxe infolent fous lefquels nous
mafquons l’infâme
égoïfme qui nous avilit à nos propres regards.
Ajoutons cette vérité humiliante darts nos pré¬
ceptes de morale, faifons taire notre orgueil,
parce que

&amp; nous nous

cacherons de honte.

�(

)

dérangeons pas l’enchaînement de
à notre fiijet. Si Cook dans
fes ïeckerches multipliées fur ces côtes ne ren¬
contre
pas le détroit qui en fait l’objet princi¬
pal , il en eft confolé par des obfervations intérelTantes fur des mœurs &amp; des produélions qui
nous croient jufqu’alors inconnues. 11 va de là
braver de nouveau routes les rigueurs du froid
aux
approches du pôle. Il s’y rend par ce fa¬
meux détroit du nord où Behring aborda le premierj&amp;cùfe féparenc les deux grands continens
du globe. A l’orient font les dernieres terres de
l’Amérique où les hommes jufqu’à préfent n’onc
eu d’autre maître que la bonne nature. A l’oc¬
cident font les limites de l’Afie, qui font en
même tems celles du vafte' empire de Catherine
fécondé dont la fage prévoyance s’étend égale¬
ment fur ceux qui environnent la majefté de
fon trône
comme fur le pauvre fauvage qui
habite ces lieux glacés. Il vifice routes ces côtes
Mais

nos

ne

idées

,

revenons

,

,

fur les deux continens, &amp;

ouverte

unième

pat

il s’avance

en mec

jufqu’à ce qu’ayant atteint le feptantedegré de latitude , il fe trouve arrêcé

les glaces. Il en eft au même point de celles

qui bornèrent fes courfes vers l’autre pôle. Ici
elles le hâtent de fermer le paffage à la navigaE

Z

�()
tioii, ca-iidis qu’à quelques degrés plus à 1 eft
fur l’océan Aclautique , elles permettent à nos
vailTeaux baldniers de s’élever jufqu’au quatrevingtieme parallèle. En ces lieux d’abandon la
faim cruelle qui le pourfuit le force de defcendre fur les plaines glacées pour y chalfer les ours
marins. Mais cette chaiTe, quelque abondante
qu’elle foit ne lui fournit qu’un aliment déteftable, plus dégoûtant cent fois que les viandes
pourries des vieilles provilions. Eprouva-t on ja¬
mais des peines 11 cruelles
Ah ! c’eft à ce
prix qu’on s’acquiert un nom immortel, &amp; non
pas au fein des plaifirs parmi des nymphes fé,

duifantes

à la table des Lucullus &amp; fur le.
duvet de l lflande
ou fe perd l’enthoufiafme
des belles adions
où s’éteint l’énergie de la
,

j

,

vertu.

Tel efl: le tableau de

expédition dont le
parfaitement rempli. Toujours égal à luimême l’admirable pilote qui la conduifoit s’eft
montré ferme &amp;'inébranlable dans le péril,
comme le rocher battu des
vagues orageufes :
fage &amp; irréprochable au féjour de la volupté ;
comme un être au-defllis des foibleffes humaines;
fenfible &amp; généreux envers les nations fimples
(19), comme un bon pere de famille envers les
hut eft

,

cette

�1^9)
objets de la cendreffe: tel je puis dire ,
qu’une divinité tutélaire qui diftribue l'es dons
fur tous les lieux de fon palfage , il a
répanda
fut tous les Archipels de l’océaiT Pacifique nos
inftrumens de labourage , nos végétaux les plus
nourriciers, nos-animaux domeftiqnes les plus
utiles, &amp; les principes de nos arts les plus nécelTaires. La bienfaifance n’a pas befoin de re^
garder aux liens du fang pour tendre une main
fecourableaux foibles mortels, quels qu’ilsfoienr.
Si en quelque lieu
qu’ils habitent , elle fait bien
leur faire part de fes tréfors. Tel encore
que ces
fages de l’antiquité qui ne revenoient jamais
de leurs courfes lointaines fans avoir
acquis de
chers

,

,

nouvelles lumières
tes

celles

,

il

nous

enrichit de

rou¬

qui tendent à perfeâionner la naviga¬

faire connoître ^ordonnance de
bienfaits, fes travaux,
qui n’appartiennent qu a lui feul , &amp; fi je rapportois tout ce qu’il a fait de concert avec les
tion

,

notre

&amp; à

nous

demeure. Voilà fes

coopérateurs qui l’accompagnoieiït, que
h’aurois-je pas à dire de fa maniéré fûre de voir
en toutes chofes, &amp;
principalement de ce genre
de recherches dont on ne s’étoit jamais
occupé t
je veux parler de ces recherches comparatives fuc
favans

E J

�(

7°

)

J’analogie des mœurs, fur l’affinité de langage
de tant de peuples établis à des diftances inimenfes les uns des autres; travail précieux qui,

raprochant les reiîemblances des langues princi¬
pales avec celle de Taïti qu’on parle jufqu’à un
éloignement de quatorze cents lieues, Jious con¬
duit au foyer primitif ; c’ed-à-dire qu’en réuniffant de la forte fous le même point de vue les
différens peuples de l’océan Indien &amp; de la mer
du Sud, depuis la côte orientale d’Afrique, jufqu’aux îles voilines des côtes occidentales de
l’Amérique , il nous fait reconnoître leur fource
originaire chez la nation Malaife, dont les migra¬
tions fur l’un &amp; l’autre hémifphere embraffient
les deux tiers du globe &amp; peuvent la faire re¬
garder comme la nation Phgenicienne du monde
,

oriental.

Fixons notre
nante

attention fur cette marche, éton»

des événemens.

Cook eft fufcité

prince, il lui confie un

par

fon

plan d’opérations vafte

mais qui paroît circonfctit à de certaines limites. Infenfiblement une
découverte le conduit d d’antres découvertes, &amp;

&amp;

fublime fans doute,

remplit fon objet, mais il rapcent fois au-delà de ce qu’on ofoit

non-feulement il
pone encore

efpérer. Notions fatisfaifantes

fur les mœurs des

�(

)

71

peuples J notions lumineufes fur les migrations
d’une moitié du genre humain (20} dont l’hiftoire ne fe lioit plus à la nôtre depuis les terns
anciens ; c’eft ce que nous ne croyions pas ac¬
quérir : quant au paflage du nord par la baye de
Baffin ou par celle d’Hudfon il nous démontre
qu’il n’exifte pas ; mais au lieu de ces vaftes
mers
que nous fuppofions il nous découvre des
,

,

’

habitées, il

terres

nous

fait connoître de

nou¬

velles

produélions. Un feul doute lui refte
glaces voifines du pôle admettent
pafiage par lequel on puifiTe fe rendre dans

c’efl: fi les
un

la

mer

du Groenland

,

&amp; il fe réferve pour une

prochaine le projet de le vérilier. Dans
il fe difpofe à retourner vers un cli¬
plus doux , ou fes befoins &amp; fa deftinée

campagne

ce moment

mat

l’appellent.

qu’une puilTance invifible veut
l’empêcher de defcendre fur Owihée la princi¬
pale des îles de Sandwich. Telle eft en effet la,
fingularicé de cet événement, que lors même
qu’il touche au rivage , que les peuples tranfporOn

diroit

,

tés d’amitié-lui tendent les

bras, le

tems

fe change

tout-à-coup,, les vents en fureur le pouffent au
large la houle qui leux fuccede comme les cou¬
rants qui varient leurs diredions , fe réunilfenc
Ë ^

�(

7i

)

pour l’éloiguer de la terre j &amp; qiv’il ne
bouc de la rejoindre qii'après avoir battu

pendant

quarante

maîcrifer.

cinq jours

,

vient i
la mer
fans avoir pu la

L’emprelTement généreux des naturels du pays
prince d’un carac¬
tère doux &amp;
prévenant arrive à fes vaiffeaux
avec des
provifions bien précieufes dans ces momens
pour des hommes épuifcs de foufFrances.
Il lui annonce l’abfence de fon
pere occupé d’une
expédition de guerre fur une île voifine j il le
conduit à terre &amp; lui affigne lui-même un lieu
propre pour le radoub des vailfeaux. Tous fes
fujets fe montrent jaloux de féconder l’afîeélion
du jeune prince j ils aident volontairement au
tranfporc des agrès , ils offrent leurs maifons
aux malades
&amp; pour me fervir des mêmes expreffions donc on s’eft fervi dans la relation du
voyage, jamais peuple n’exerça riiofpitalicé d’une
éclate alors. Le fils du Roi

,

,

j

j

maniéré fi défincéreffée &amp;

avec

tant

de grâces.

Cook de fon côté n’oublioit rien pour

correfd’amitié. Les caprodiguoic , l’actencion qu’il avoir à leur faire donner cous les
amafemens qui pouvoient exciter leur furprife,
la difcipline &amp; le bon ordre
qu’il faifoit obfer-

pondre à

tant de témoignages
reffes &amp; les préfens qu’il leur

�ver

à fes matelots

)
l’exaditade
(

j

73

avec

laquelle il

punir ceux qui pouvoienc fe rendre cou¬
pables d’ingratitude envers ces bons infulaires ,
tant de
preuves réunies de reconnoiflances &amp;c d’é¬
quité achevèrent de le faire regarder comme un
homme infiniment fupérieur aux autres, &amp; par
fes qualités perfonnelles , &amp; par l’étendue de fou
pouvoir.
Le Roi de retour de fon expédition paroîc fur
le rivage, fuivi de fon armée triomphante. Au
milieu de fa flote on diftingue fa pirogue qui
porte les divinités protectrices j il fait défiler fes
guerriers vers le temple où chacun dépofe fes
armes, &amp; il vient enfuite aux vailTeaux. Il s’ap¬
proche du chef, lui préfente les meilleures produétions de l’île, Sc après lui avoir exprimé tout
ce
que fon cœur éprouve d’affeétion , il fe profterne à fes
pieds ainfi que tous les fujets de fa

faifoic

fuite. Pénétré de reconnoilTance,

Cook

ne man¬

le lendemain d’aller lui en donner des
témoignages éclatans. Le bon prince le reçoit
avec de nouvelles marques d’eftime ,il fait pré¬
parer pour lui le feftin de l’hqfpitalité , &amp; le
fait afleoir à la place d’honneur. C’elt là qu’après
lui avoir parlé de tout ce que peuvent lui fuggéter fon amitié &amp; fa curiofité, il le révet d’un

que pas

�(

manteau

74

magnifique donc

lemnels la

)
on

pâte aux

jours fo»

grande divinité du pays, il le cou¬
ronne de
feuillages , &amp; le conduit en triomphe^
jufqu’au temple, aux acclamations de fon peu¬
ple. Un Pontife vénérable le reçoit dans le parvis
facré &amp; lui adrelTe une
harangue qui, par le
ton
majeftueux donc elle eft prononcée étonne
l’aflemblée augufte qui l’écoute. Alors le
pre¬
nant
par la main il le fait placer fur l’autel
&amp; fe livrant au fentiment
religieux qui le tranf,

^

porce

,

il lui rend les honneurs

,

penfez

divins. Eh !

pas que oe fage connût le
rémonie dont il écoic
l’objet, ou
avec

ne

fens de la cé¬

qu’il s’y prêtât
quelque complaifance fecrece. Qui plus que

lui fut ennemi de l’oftentation ? Il ne
voyoit dans
cette fête
que des marques de déférence j des

honneurs

politiques auxquels il croyoir

ne pou¬

voir décemment fe dérober
&amp; fon cœur fouffroit dans les plus beaux momens de fon
,

Soyez
dans

notre

un

génie tutelaire,

hymne qu’il

SUR NOUS

PLE VOUS

,

GRANDE

à fa gloire. Regnez

ADMIRABLE ETRANGER
APPARTIENDRA

n’aura d’autre
NOTRE

entonne

triomphe.

lui dit le Roi

GÉNIE

MAITRE

!....

CE TEM¬

DESORMAIS, ET
QUE

TUTELAIRE

DIVINITÉ..... Et le

VOUS.

SoYEZ

IL

SoYEZ
NOTRE

peuple ptofterné

�( 75 )
fon Roi, répétoic en cœur ces

paroles
(aijfacrées. Témoins des honneurs fuprèmes
qu’on rend à leur commandant, les équipages

comme

des deux vailfeaux

leur étonnement

j

entraînés par les preftiges de
fe mêlant aux acclamations

générales , partagent tous les

tranfports des infu-

enfuite avec la même folemnité on fe profterne fur fon paflage j enfin
ce beau jour eft terminé par des chants de rélaires. On le ramene
,

jouilfance , des fêtes dramatiques , 6c ces hon¬
neurs ne font- plus interrompus jufqu’au mo¬
ment de fon départ.
Ce jour arrive: les malades font rétablis , les
vailfeaux font radoubés ^ 6c

les provifions embar¬

quées. Il faut partir ; on diroit que cette féparation eft devenue une calamité pour l’île entière.
Les habitans rendus en foule fur le rivage fixent
triftement leurs regards fur les vailfeaux qui s’é¬
loignent. Les femmes fe lamentent, les enfans
dans les pleurs remplilfent l’air de leurs gémilfemens. Ils appellent, ils redemandent le mortel
qu’ils adorent, ils fembîent lui faire un reproche
de ce qu’il abandonne les autels qu’ils lui ont
élevés. Cependant le rems change , le vent con¬

l’arrête dans
heureux de

traire fe m.t ^ une tempête àîFreufe
fa route, &amp; bientôt on fe croit fort

�(,
3
pouvoir regagner le porc. On ne peut
exprimer
la joie,que caufa ce retour
parmi les infulaires.
Mais, hélas! qu’elle fut de courte durée &amp;
que
,

,

leurs

difpofitions hofpitalieres furent bientôt
changées! Deux jours fe font à peine écoulés,

que le
la plus

fentiment de

la haine fuccede à celui
de

douce amitié. Quel en eft le fujec?
Soupçonneroient-ils quelque perfidie de la
parc de ces.
étrangers qui reviennent chez eux pour la croi-

fie me fois (2.1)? Penferoient-ils
que le ciel
roucé les pourfuit fur les mers
pour les

cour¬

punir de

quelque-crime?Verroient-ils en eux des hommes

infatiables qui

ne faurolent fe contenter de cous
qu’on leur prodigue ? C’eft ce qu’on n’a
pu pénétrer, &amp; ce qu’on ne fauroit
comprendre.
Quoiqu’il en foit, la communication eft inter¬
rompue, l’indifférence eft peinte fur tous les vifages J on s’apperçoic de quelques préparatifs fur
un coteau voifin du
mouillage j des pirogues ar¬
mées viennent
par fois faire le tour des vaiffeaux;

les biens

on

reconnoîr des

chantes

fignes non équivoques de mé¬
difpofitions j on entend les femmes par¬

ler confufément d’une
commet

les

attaque prochaine

j on

plufieurs vols la chaloupe eft enlevée ^
,

font réitérées; on infulte avec
dace &amp; les chofes en font à un tel
point,
menaces
,

au¬

que

�( 77 )
venir à de fâcheufes extrémités,

pour ne pas en
Cook eft obligé de defcendre à
O

terre avec une

efcorte de sûreté, pour demander au Roi de faire
ceflér des violences fi
peu méritées. On le reçoit
avec

refpect , mais non fans la plus grande
expofe fes plaintes, &amp; finit par pro-

réferve. R

pofer
fon

aux

Roi de vouloir bien fe rendre à bord de
vaifleau, afin que fa préfence pût en impofer
au

féditieux

propofition fatale bc peut-être

:

un

peu trop hafardée! Le Roi confient à fa demande,
il le fuit; mais à peine eft-il arrivé fur le

rivage,

fes guerriers lèvent les armes. On nous ennotre Roi,
s’écrient-ils, &amp; dans le même
inftant ils attaquent avec fureur. Une nuée de
fléchés, de pierres &amp; de javelots, tombe fur la
garde de Cook. Il voit périr quelques-uns de fes
que

leve

foldats dans la

mêlée,les

autres

font

un

feu

con¬

tinuel de leurs armes, lui-même eft
obligé de fe
défendre tant il eft prefle par la foule; &amp; tandis

qu’il couche

malheureux quivenoit
lui, puis-je' le dire fans frémir?
Ah!
que n’étois-je au milieu de cet affreux tumulte!
que n’étois-je à côté de ce grand homme! In¬
différent pour une vie qu’un rien peut me ravir,
mon cœur ne fe feroit
pas démenti dans cette
dre fur

occafion

:

en

mon

joue

un

ardente amitié m’aiiroit donné

�( ys )

des

aîles, elle auroic développé en moi des forces

font inconnues, routes les facultés de
auroient palTé dans mon défefpoir j &amp;
j’en fuis sûr, ou j’aurois arrêté le bras déjà levé
fur une tête fi chere ou j’aurois reçu moi même
le coiip funefte, ou peut-être qu’entraîné par la
force de mes paroles vidlorieufes, ralTaflin fetoic
tombé repentant à fes pieds
Arrête-toi, me
ferois-je écrié, arrête-toi barbare! Où. vas-tu?
Quel cft ton delFein ? Quelle fureur infenfée
t’agite? Ne reconnois-tu pa^s le héros que tu vas
frapper ? C’eft ton ami, c’eft l’ami de tous les
humains, tu jettois n’agueres des fleurs fur fon
paûTage, tu te profternois devant lui, regarde
&amp; fâche qu’il vécut pour faire du bien
Seroitce toi
qui couperois la trame d’une fi belle vie ?
qui

me

mon ame

j

pleiire-

Ne fais-tu pas que tes propres enfans le
roienr comme on le pleureroit par-tout ou
armes

Nous allons
nier

la

encore des hommages? Quitte ces.
odieufes : laiflè-les tomber de ta main.

reçoit

vertu

féparer j ne fouille pas au der¬
les nœuds de la fainte amitié qui

nous

moment

regrets! l’heure fatale eft ar¬
les décrets éternels font prononcés, ils
font irrévocables. Le fauvage guerrier l’approche
par derrière, s’élance en agitant fa terrible mafnous

lie

rivée

j

Inutiles

�( 79 )
fue, &amp; le frappe du coup mortel. II tombe le
vifage contre terre, &amp; le crâne fracafle^ on lui
plonge un large couteau dans les reins &amp; il
^

refte fans

mouvement.

C’eft

en

fait! il eft tombé

plus fe relever, il a fermé les yeux à la
lumière, &amp; l’Angleterre ne le reverra plus. Envi¬
pour ne

ronné d’ombres

funèbres,Cook eft defcenduchez

les morts, &amp; le
quatorzième jour de février de
l’an mil fept cent foixante-dix-neiif, a été le der¬
nier de fes jours
Jour funefte ! jour trop funefte qui s’eft confondu dans l’abîme des deftinées malheureufes !
la vertu!

Amis! très-chers amis de

repréfentez-vous cette fcene de défolarepréfentez - vous le corps pâle &amp; fanglant de ce mortel refpeélable, enlevé malgré le
carnage d’une vengeance légitime, entraîné dans
l’obfcurité des bois, dépecé
par morceaux, &amp;
dévoré par fes meurtriers dans un feftin de réjouiftance. Repréfentez-vous la cérémonie attendrilTante de quelques uns de ces infulaires,
qui
n’ayant point eu de part au crime de fa mort,
portèrent pieufement aux vaifteaux fes triftes
reftes enveloppés dans des étoffes.
Repréfentezrion ;

vous

la douleur &amp; la confternation de fes

com¬

de voyage quand ils reçurent ces mânes
plaintives, &amp; qu’ils leur rendirent les devoirs de
la fépuîture fur le
rivage. Oh ! que ces circonfpagnons

�( 8® )
déplorables coiuraftent cruellement avec
les témoignages de tendrelTe &amp; l’accueil glorieux
qui l’attendoient parmi les fiens. Plus fortunés
que lui, fes compagnons reverront la terre na¬
tale
Eh! quand ils en approcheront, que le
parfum des campagnes arrivera jufqu’à eux fur
l’aîle des zéphirs, que le chant des oifeaux frap¬
pera leurs oreilles, qu’ils verront fe développer
peu à peu les édifices majeftueux, les toits de
leurs foyers J les objets du rivage, un peuple
nombreux qui s’emprelTera pour les voir arriver,
leurs parens raffemblés &amp; leurs amis qui leur
tendront les bras : hélas ! ces émotions délicieufes, qui dans ces momens careflent le cœur
avec tant de volupté, ces émotions fi douces ne
feront plus faites pour lui. Non, il ne les reverra
plus ces objets enchanteurs Encore fi fa mort
avoir été naturelle, fa famille défolée pourroit
trouver quelque moment de calme à fa douleur,
tances

mais il

a

été mafiacré

Ainfi finit fa brillante

carrière le plus hardi,

plus entreprenant de tous les navigateurs _&gt; le
fage, l’immortel Cook, l’honneur de l’Angleterrcj qui fe glorifiera éternellement de lui avoir
le

grand en tout, &amp; plus mê¬
par ^excellence de fon ame que par l’étendue

donné le
me

jour. Il fut

de

�due

( Sï )

de Tes

travaux.

Si fon

nom

vient dllluftrer

les annales de la

navigation, fi en ouvrant
tables immortelles de fes voyages vous êtes

les
ef¬
qu’il a

frayé du nombre prodigieux de routes
faites, fuivez toutes les circonftances des cvénemenSj vous verrez briller par-tout la fenfibilité
de fon cœur généreux. Avec quelles follicitudes
ne veilla-t-il
pas fur la fanté de fes matelots?
Avec quelle tendreffe n’aima-t-il pas ces bons
Taïriens, qui s’embarquèrent avec lui à chaque
époque de fes relâches! Quelle douleur ne lui
caufa pas la fin malheureufe du fage &amp; religieux
Tupia? Quelle bonté paternelle n’eut-il pas pour
le jeune CEdidée &amp; le foible Omaï? De quelles
larmes n’honora-t-il pas la mémoire du bon
Roi Orée lorfqu’il apprit à Hüaheïne la mort
de ce vénérable vieillard pour lequel il confervoit l’amitié la plus tendre ? Et nonobftant cette
bonté de caraétere, quelle
fagefle dans fes
mœurs! quelle régularité dans fa conduite ! L’auftérité de fes principes étoit empreinte fur tous
les traits de fon vifage, elle éclatoit dans cet
air noble &amp; réfléchi qui lui concilioit le
refpeél
dès la première fois qu’on le voyoit. Mais n’eût-il
pas été doué de tant de belles qualités, il méri-»
teroic nos éloges quand il n’auroit
reçu de la
,

S

t ♦

I»

�■( Si )

efprit obfervateur auque! nous
ouvrage précieux l’ur ia fanté des
gens^e mer, fruit d’une longue expérience qui lui
valut la couronne Académique de fa patrie (i j).
A ces titres nous pouvons dire qu’il a fourni fa
carrière avec cette intrépidité d’âme, avec cette
étendue de génie qui caraélérifent tout à la fois
&amp; l’habile navigateur &amp; le vrai philofophe. 11 a
lailTé des traces de fa gloire fur tous les points
du globe : oïl ne pourra déformais faire un pas
fur les mers éloignées fans qu’on fe dife, Cook
nature

devons

que cet
cet

détermina la fituation de

lieux, Cook

tra-

Cook vifita ces contrées. Déjà
peuples reconnoilTans de la mer pacifique

verfa
les

ces

ces

parages

,

leurs en-,
reffources
de leur fiibfiftance. Ses équipages, dont il étoit le
pere, la bénilfent encore; &amp; quand un jour les
marins de toutes les nations auront adopte fes
méthodes pour prévenir les maladies delà mer,
ils la béniront à leur tour. Tel a été ce digne
Aiigiois, telle a été la trempe de fon âme, qu’il
îit' confifter fon bonheur à travailler pour le bon¬
heur de fes femblabies, &amp; qu’il a fait du bien à
fon fiecle corrime aux générations futures ....
bénilTenf fa mémoire eri apprenant à
fans que ce fut lui qui augmenta les

Hélas!

gues

rant

de

travaux

&amp; de

foucis,

tant

de fati¬

&amp; de’peines, tant de bienfaits &amp; de vertus

�( 83 )

dcvoient-ils êcre terminés par

la plus
Qui rauroit dit, qu’après avoir
navigué pendant neuf ans fur toutes les mers
dans les trois feules expéditions où nous l’avons
fuivi, qu’après avoir parcouru des millions de
lieues fur l’élément perfide , qu’après avoir
franchi les écueils inapperçus dans les moinens
les plus défefpérés
qu’après avoir affronté
les glaces innombrables des deux pôles, qu’a¬
près avoir réfifté à l’intempérie des faifons j
à la variété des climats, qu’après avoir été mille,
malheiireufe ?

la

mort

,

&amp; mille

fois environné des feux menaçans

tonnerre,

battu des

vents en

du

fureur, abîmé fous

bouleverfées , accablé de fatigues, afles maladies j qu’après avoir échappé,
en un mot, à tous les
périls qu’on puiffe imagi¬
ner
qui l’auroit dit qu’il moiîrroit de la main
d’un fauvage!
O inftabilité des chofes hu¬
maines! O fragilité de la vie! O deftinée incompréhenfible 1 Eft-ce donc pour nous être enlevés
après un court intervalle de pofTeffionque, le ciel

les vagues
foibli par
,

nous

envoie

ces

hommes

rares

dont l’exiftence

marquée par des bienfaits? Ils
pendant quelques inftans à l’Uni¬
vers, &amp; ils s’éclipfent prefqu’auffitôt ; femblables &amp; parfaitement femblables à ces étoiles ra-

toute

fe

entière eft

montrent

F

a

�( S4 )

tîieufes

qui répandent pour un certain tems leur
éclatante, &amp; qui dans une belle nuit,
au
grand étonnement de (24) i’Allronome obfervateur difparoiilent &amp; s’enfoncent dans l’immenfité des cieux
pour ne jamais plus revenir.
Ainfi vous avez
diiparu de ce monde grand
homme, que je revere &amp; que je pleure. Eh !
comment ne
pas vous pleurer ? Ebloui de l’éclat
de votre gloire, de la
magnanimité de vos ver¬
tus, de la grandeur de vos entreprifes, en appre¬
nant votre mort il m’a femblé
que je perdois un
frere. J’ai connu à votre occafion
que c’eft bien
Inutilement qu’on nous dit de ne point
déplorer
le fort de ne
point gémir fur la mort cruelle de
celui qui s’e/Z rendu immortel
parla vertu.,.. Vaine
confolation ! nous n’avons
pas des cœurs de ro¬
cher pour ne pas
répandre des larmes fur la mort
lumière

,

^

de l’homme de bien..

.

Ah ! fi les chofes de la

toucher, daignez,
daignez agréer le foible hom¬

terre

peuvent encore, vous
ombre immortelle,

je vous rends comme une fleur inno¬
que je jette far votre tombeau : il efl; d’au¬
tant
plus pur, que c’eft l’hommage d’un étran¬
ger qui ne tient par aucun lien à votre patrie, &amp;:
qui ne connoît que les mouvemens libres de fon
mage que
cente

cœur.
mon

Pardonnez à

zele, pardonnez à

amitié

pardonnez à
mon admiration, fi toute

mon

,

�{ S5 )

lamefure cîe

mes

talens n’a pu me

fournir des

louanges plus clignes de vous! Que dirai-je? •
Vos travaux
glorieux éroienc fi liés au fpeclacle
de

l’Univers, qu’il m’a fallu embrafier l’immennature
pour poirvoir les faire connoîrre.... Eh!
qui'fuis-je? je n’ai reçu d’autre préfenc
du ciel que la fenfibilitc de
mon.ame, &amp; ma
plume baignée de larmes ne pouvoir retracer .que
fité de la

douleur

ma

O

vous

,

peuple de philofophes, braves &amp;

généreux Anglois! s’il eft vrai que les grandes
pertes rcuniflènr prefque toujours les cœurs les
plus éloignés, rapprochons-nous aujourd’hui que
fommes affeéfés de la même

douleur, &amp;
de joindre vos vœux a ceux que
je fais pour l’heureux rerour du navigateur de
ma
patrie. Pourquoi n’auriez-vous pas pour celuinous
ne

refufez pas

ci les mêmes follicicudes
que nous avons en
pour le vôtre? Le nom de la Peyroufe ne vous
eft pas inconnu? Vous avez exalté
la

générofité de fon

vous-mêmes

cœur

dans les

rems

malheu¬

(z6) de nos divifions. C’eft un- ami de l’hu¬
qui va recueillir les derniers fruits échap¬
pés à la riche moiffon de Cook. Il a un exempte

reux

manité

déplus
dans

parmrtantdegrandshommesquiontpéri

ces

expéditions glorienfes r falfe ié ciel qiill
le nombre L
F j

n’en augmente
pas

�Mais

ce

n’eft pas au

bonheur d’un feul mortel

fe bornent mes voeux 5 ils s’étendent fur
fur mes compatriotes, fut les nations voifineSjfur les peuples éloignés j ils embralTent tous
les humains fans exception j je ne puis les ren¬
fermer plus long-tems dans le filènce de ma
penfée, &amp; ce n’eft que par-là que je dois ter¬
miner l’éloge d’un mortel bienfalfant. Je' les
adreflerai à l’arbitre fuprême qui conduit tout,
&amp;■ puifte-t-il m’exaucer!.... La paix, m’écrieraije vers lui, la paix perpétuelle fur toute l’éten¬
due de l’Univers, &amp; périfTe mille fois la guerre,
l’odieufe dévaftatrice des empires ! Elle a bien
alTez défolé les malheureux humains. La longue
expérience des fiecles accumulés doit nous avoir
appris que fes plus brillantes promelfes ne font
rien. Nous favons que tôt ou tard elle détruit les
peuples conquérans par leurs propres fuceès, car
tel eû cet ordre admirable établi par la juflice
éternelle, que le bonheur à"une nation, &lt;!Cune na¬
tion même viclorieufe , dépend irrévocablement du
bonheur de' toutes celles qui Venvironnent. Mais
quelle puiftance pourra donc enchaîner les paf-

que

vous,

fions foulevées, concilier les
cre

les

intérêts divers, vain¬

préjugés, dominer les opinions, conduire
triomphante, perfuftder

chez les Rois la vérité

�en

un

( 8? )
inconftans, &amp; fixer à

les hommes

mot

jamais parmi

le

heureux d’Aftrée?
Angloisj ce fêta vous, quand liés avec les Fran¬
çois d’une amitié aufîi durable que le monde,
direz

régné

Vivons heureux

&amp;

que ce fait
le bonheur du genre humaiâ.... Magnanime

vous vous

pour

eux

réfolucion !

:

^

grand Henri la conçut le prer
fage digne de nos autels -, notre bon
Abbé de Saint Pierre la développa, lui donna
toute l’extenfion
qu’on pouvoit fe promettre de
mier, &amp;

notre

un

fa bienfaifance fublime. Ne

nous

flattons pas

cependant de la voir jamais fe réajifer d’après,
ces âmes cc'leftes. Je le
rép.ete, Anglois, ce ne fera que pat le pacte facré q ;e vous
formerez avec nous. Prononçons
imcj fois cet
inviolable ferment que nos intérêts nous foienc
chers, que nos volontés foient les mêmes, que
nos
jalouûes fe changent en une noble émula¬
tion, que notre amitié foit en grand comme
celle de deux frétés qui s’aiment au
point de fe
facrifier l’un pour l’autre, &amp; nous deviendrons
les idées de

:

les arbitres du monde entier.

d’aimer

nation

qui

Que craindriez-

jamais la
aimer plus
que nous ne genfons, &amp; nous notis aimons peut,
être plus que nous, n’ofons l’avouer. Il ne me
vous

une

ne connut

haine? Nous fommes faits
pour nous

F 4

�( 8§ )

parler de la vénération
que nous avons pour vos grands hommes, mais
je ferai valoir votre entlioufiafme pour les nôtres,
&amp; je vous dirai ; rappeliez vous le grand Turenne...
conviendtoit pas

de

vous

Rappeliez-vous^le divin Pontife de Cambrai....
N’avez-vous pas idolâtré ces incomparables mor¬
tels (28) Oh! par leur fouvenir fi cher, par la

mémoire de

tant

d’autres que nous

tuellement, unilTons-nous

,

révérons mu¬

montrons-nous eu

puiflance, rendons-nous invincibles
par nos armées combinées, &amp; déployons nos
efcadres fur toutes les mers j non pour être les
perturbateurs du genre humain, mais pour en
devenir les pacificateurs &amp; les amisj non pour
fubjuguer les peuples fimples des régions éloi¬
gnées , mais pour étendre leur bonheur j non
pour détruire les nations barbares, mais pour
faire tomber le defpotifme de leurs tyrans; non
pour envahir coures les terres de nos découvertes,
mais pour en faire un jtifte partage avec les
nations pauvres, qui n’ont pas même chez elles
force &amp;

une

en

fubfiftance afilirée.

grandes vues ; formons le
projet de rendre les hommes heureux.

Elevons-nous

fubiime
Les

travaux

ordre’ dé

aux

de Cook

chofes, ils

vont

vont

ameaéti

un

nouvel

faire changer de face

�( 89 )

à rUnivers j ne

ferions-nous pas faits pour

premiers moteurs du grand événement
peut éternifer le btuit de notre renommée?

les

être

qui
Le?

Pacifique nous offrent
leurs terres fertiles, &amp; leurs peuples intéreffans
nous invitent comme des frétés qui veulent fe
réunir à la famille univerfelle. Faifons fuccéder

îles nombreufes de la mer

paix à la fureur des combats, &amp;
commençons à jouir de nos biens. Qu’attendrions-nous pour préparer nos établiiremens fut
des terres deftinées par la nature à joindre le
commerce des deux hémifpheres? La navigation
n’a-t-elle pas achevé fa tâche? Il eft tems d’en
recueillir les fruits : mais que rien de cela ne
s’accomplifîé jamais, fi ce ne doit pas être fous
les aufpices de la philofophie&amp; de la vertu!Loin
de ces nobles entreprifes ces hommes fangainaires, ces adminiftrateurs infatiablés &amp; corrom¬
pus qui fe baignent dans les larmes des malheu¬

l’héroiTme de la

reux

,

loin de

nous ces

déteftables fpoliateurs !...;

partir bien¬

Puiffe jej au contraire, puilfé-je voir
tôt des hommes femblables à un Penn,
bles à

tant

d’autres

fembla-

qui n’attendent pour récom-

penfe qu’un feul regard du ciel, qui ont aflez de
grandeur d’âme pour affronrer tous les hafards
au milieu des forêts, pour courir après les nations

�( 5&gt;o )
leur communiquer les lumières de
lerernelle fagelTe, &amp; leur faire
goûter les dou¬
ceurs de la focicté.
Ames véritablement héroï¬
errantes,

qui cherchent les périls fans témoins! Ou¬
infatigables dans leurs travaux efprics
ornés des précieufes
connoiflances des arts! eux
ques

vriers

,

feuls méritent d’être les
des grandes

précurfeurs &amp; les chefs
migrations, quand on voudra pofer

fur des bafes folides des
établilfemens lointains.

Rappelions

fous les drapeaux de la
acquis plus de fujets fidellesj
plus de riches domaines, que par les conquêtes
les plus éclatantes!.... O France
aimable! O An¬
gleterre généreufe! vous êtes appellées à devenir
vertu

nous que

les Princes

ont

les bienfaitrices de

les

peuples de l’Univers,
d’entreprendre ce grand ouvrage, qui
fera celui de vos brillantes
profpérités : hâtezvous de fonder une
nouvelle Tyr, une nouvelle
Memphis, une nouvelle Carthage, qui puilfenr
actirerles flottes de tous les climats
par leur opu¬
hâtez-vous

tous

lence induftrie j alors
face enciere du
globe

fors du

alors

tous

circuler fur la fur-

l’aménité des

les créconfervatrices du
les humains devenus freres,

commerce &amp;

bonheur j

on verra

les

arcs,

vercus

éleveront les mains au ciel en célébrant
l’alliance
des deux nations
libér3trices&gt;&amp; leurs chants folem-

�(

91

)

jufqu’à la poftcricé la plos reculée
glorieux de Louis XVI &amp; de George III.
Mais il faut, avant tout, fatisfaire au devoir
de la reconnoilTance envers le généreux naviga¬
teur à
qui nous devrons de fi grands avantages.
Que l’île d’Owihée, celte île, hélas! malheureufement trop fanreufe par la fin déplorable de ce
grand homme , que cette île fe montre la pre¬
mière comme une Reine bienfaifante qui reçoit
tous les humains fous le toit de l’hofpitaliré !
Qu’un monument digne de celui qui la décou¬
vrit s’élève bientôt avec majefté fur ce même
rivage où il perdit la vie! A peine le cifeau des
arts l’aura t-il achevé
qu’un tendre fouvenir
remuera l’ame fenfible de Tétranger qui defcendra fur cette terre. Conduit par fes penfées mé¬
lancoliques il contemplera le marbre funebre, &amp;
dés larmes paifibles couleront de fes yeux quand

iiels exalteront
les régnés

,

,

il lira

Ici
CEUX
■

ces mots :

mourut

Coox. Il

fut

ArrÉte-toi

par

AUTELS.

navigateur: regrette, pleure,

ADMIRE TON MODELE LE PLUS
TON AME AUX

SIENNE FUT

massacré

QUI LUI DRESSERENT DES

MEME

PARFAIT,...

LiVRE

MAGNANIMES SENTIMENS DONT LA

PÉNÉTRÉE. EmBRASE-TOI DES NOBLES

FLAMMES DE LA

GLOIRE, ET TU ENVIERAS

PEUT-

�'l

Itre

(

REÇUT PAS, IL
LUI

PRÉPAROIT

TIER

)

Il

ne

EST VRAI, LES RECOMPENSES
QUE

SA
PATRIE, MAIS LE MONDE
l’a pleuré.... Sa mémoire
est

PARMI LES HOMMES
JAMAIS CELEBRE

l’immortalité.

'i J

92

toutes les rigueurs de
son sort.

EN¬

vivante

VERTUEUX, ET SON NOM A
EST ÉCRIT DANS LES
FASTES DS

�(

)

93

NOTES.
i

J’ai lieu de croire qu’on ne m’accufera jamais

d’a¬
prophète dans cette occafion ^ parce qu’il
n’efl: pas trop à préfumer qu’on retourne une fécondé
fois au feptante-unieme degré de latitude auflrale pour
aller contempler les glaces du pôle. Les fciences ne de¬
mandent plus rien à ces régions mallieureufes
&amp; le
(i)

voir été faux

,

commerce

encore

moins.,

.

(z) Donnez des fleurs, donnez, j’en couvrirai ces fages.
Qui , dans un noble exil, fur de lointains rivages ,
Cherchoient

répandoient les arts confolateurs.
qui cher à 'tous les cœurs
Unis par les regrets la France &amp;
l’Angleterre ;
Toi, qui dans ces climats où le bruit du tonnerre
Nons annonçoit jadis, Triptoleme nouveau,
Apportois le courfier la brebis le taureau

Toi

on

fur-tout, brave Cook

,

,

Le foc

culti'vateur

,

,

,

les

arts

Et des.

de

ta

patrie

,

brigands d’Europe expiois la furie.
en arrivant leur
annonçoit la paix
Et ta voile en partant leur lailToit des bienfaits.
Reçois donc ce tribnt d’un enfant de la France.
Eh ! qne fait fon pays à ma recotinoiflance î
Ta voile

Ses

vertus en ont

Imitons
Hélas !
Air

,

vu

fait

notre

concitoyen.

digne d’être le lien.
de quoi lui fett que deux fois fon audace
notre

Roi

des cieux bridants

Que des peuples, des

,

vents,

fendu des

mers

des ondes révéré

de
,

glace,

�(5)On

(4)Du

Seul fur les vafles

mers

( 94 )
fon vailTcau fut facré

;

pour lui feul la guerre oubliât fes ravages 1
L’anri du monde
hélas ! meurt en proye aux fauvages.

Que

M.

,

l'AhbéDtlille,-poème des Jardins, chant IV.

(3) Il s’agit ici de la médaille que le Gouvernement
d’Angleterre a fait frapper en fon honneur.
tems de Ptolomée Philadclphe, c’eft-à-dire bien
des fiéclcs avant l’invention de la boulTole
&amp; lorfquc
l’art de la
croient

,

manœuvre

,

comme

dans l’enfance

celui de la conflruétion

,

privés par conféquent
de tous les fecours
que nous avons acquis Enthymenes
&amp; Pithéas avoient
déjà immortalité leurs noms par des
navigations auxquelles on ne s’étoit pas hafardé jufqu'alors
&amp; qui même de nos jours
pourroient être ci¬
tées pour de
très-grands voyages. Le premier parvint
îufqu’à la ligne équinoxiale en fuivant les côtes d’A¬
frique. Le fécond s’élev^a dans le nord jufqu’à Thulc
encore

,

,

,

,

( l’Iflande ) où il s’arrêta, ils rapportèrent, l’un &amp; l’autre

des

fingularités fi furprenantes de leurs voyages, que Polibe,

StrabonSc Arillide les décrièrent

comme

le

ces

tems

confirma les relations de

&amp;leur rendit

toute

la

ritée.

des

fables; mais

illuftres Marfeillois

,

gloire qu’ils avoient jufteracnr mé¬

ne doit pas fe flatter de rien connoître en Cof-,
mologie , fi l’on n’a lu très-attentivement les lettres
phyfiques &amp; morales fur rhilloire de la terre &amp; de

l’homme par M. J. André de Luc. Je
en

état de donner

ne me

précis bien fait de
mais je puis dire que j’ai
un

cet

fens pas
ouvrage

qui m’a étonné
vu la vérité
jufqu’à la dernierc évidence. J’ai été éclairé à chaque
,

�(

)

95

page, &amp; fes obfervations fur les côtes m'ont fait dire
mille fois en moi-même ; voilà ce que je voyois depuis

&amp; ce à quoi je n’avois jamais fait atten¬
quel plaifii je fuivois les travaux de ce grand
j’aimois à le voir s’enfoncer dans les gorges

enfance

mon

,

tion. Avec

homme !

plus fauvages des montagnes , gravir fur leurs fomglacés , parcourir les carrières , marcher avec fécurite fous leurs voûtes dangereufes , fe glilfer dans les
fentes des rochers defcendre jufqu’au fond des abîmes,
pénétrer dans les filions &amp; les galeries des mines , vifiter leurs fouterrains les
plus profonds, où régné une
éternelle nuit, dont l’horreur efb encore augmentée
par
le bruit monotone &amp; lugubre de la chute des eaux. Je
m’imagine encore le voir tout occupé de fes recher¬
ches ; le marteau à la main
attaquer les différentes cou¬
ches des montagnes , cafier les pierres qui les compofent &amp; les foumettre à l’efFervefcence des liqueurs diffolvantes
pour reconnoître leur origine. Son œil obfervateur s'attache à tous les objets 5 il apperçoit par¬
les

mets

j

,

,

,

tout

le

travail de la mer, mais

dans

un

tel cahos

,

qu’il n’eft donné qu’à lui feul de favoir le débrouiller.
Dans les plus hautes chaînes , il nous apprend à diftinguer les montagnes primordiales , ou l'on ne voit ni
couches horifontales
ni dépouilles des corps marins,
,

fur de moindres élévations
tres
une

,

il

nous

fait obferver- d'au¬

montagnes que la mer n’a recouvertes que jufqu’à
certaine hauteur où fe terminent des couches
que
,

confidérer comme les véritables lignes bien
caradférifées de fon ancien niveau. Ici font des monta¬

l’oa peut

gnes entièrement fecondaires, dont les dépouilles marines
ont formé toute la mafle. Là s'en élevent d’autres donc

�(90

les bafës font des lames
flancs &amp; leurs fommets

volcaniques

font

,

tandis

recouverts

que

leurs

de dépôts de la

inconteftables d’anciens volcans qui
éruptions que fous les eaux. Prefquc par¬
tout la nature lui offre le fpe&amp;clc furprenant de dé¬
bris de coquillages , de poillons &amp; d’animaux terreftres confondus tous cnfcmble
&amp; dans plufieurs collines
de nos climats feptentrionaux , d’autres dépouilles Je
mer, monumens

n’ont fait leurs

J

,

quadrupèdes dont les analogues vivans n’exiltcnt plus
que fous le ciel de la zone torride. Par-tout il nous fait
remarquer avec le plus grand foin les caraéteres déter¬
minés des trois genres de pierres qui compofent la
maffe du globe , carafteres qui prouvent inconteftablcment que notre terre n’a pas été détachée du corps du
foleil ou de tout autre corps tenu en fufîon par l’ac¬
tion du feu
ainfî que le prétend notre immortel Naturalifte dans fa théorie. Et comment ne pas fe rendre
à l’évidence î routes les' matières opii compofent notre
,

globe , quelques foient leurs dénominations, hors les
les métaux , fe clalTent dans les trois
genres fuivantes , favoir matières virrefciblcs , c’eft-àdire, qui ont la propriété de fe changer en verre, ma¬
tières calcaires donc la propriété eft de fe réduire en
chaux par l’aéfion du feu , &amp; matière réfradaire qui,
réfiftant à fon adioii, acquiert une très-grande dureté,
fans fe changer ni en chaux ni en verre ; tels font les
argiles pour la plupart. U eft donc par-là meme dé¬
montré que li notre globe avoit appartenu primitive¬
ment à un corps en fufion , nous n’y trouverions que
du verre ou des matières déjà vitrifiées au lieu de ma¬
tières vitrefcibles ; ( &amp; c’efi:, pour le dire en paflànt,
laves, les fels &amp;

de

�( 57 )
aflez remarcpué la différence du vitrefcilîla
que la célébré théorie de M. de Buffon

■(3e n’avoir pas
au

vitrifié,

les faits. Nous ne trou¬
de la chaux &amp; d'autres matières calcinées
au lieu de
gypse crud &amp; de tant de pierres calcaires en¬
core neuves qui compofent un fi grand nombre de mon¬
tagnes ; nous ne trouverions enfin que de la brique
toute cuite au lieu d'argile dilToluble dans l’eau , comme

devient abfolumcnt nulle pour
verions que

nous

mot, notre globe ne feroit
bout à l’autre , s’il eût jamais fubi

la voyons ; en un

qu’une lave d’un

fan entier

l’acflion du feu dans
retrouvons

par-tout que

fjnt les lumières
nève

fu tirer de

a

pas tout:

la

trace

lieu que nous

au

,

ne

"V^oilà quelles
le naturalifte de Ge¬

des

primitives que
l’iufpeâion des

eaux.

montagnes. Ce

n’eli

les plaines &amp; les bruyères non encore cultivées,

calculés de l’épailfeur de leurs couches
, l’aident encore à reconnoître àpeu-près l’époque de la retraite des eaux j Sc les tra¬

par les progrès
Sc de leur végétation
arStuels de la

vaux

fervés

,

par une
douces

mer

fur les côtes attentivement ob-

lui démontrent que , tout ce qu’ils peuvent faire
opération lente Sc continuée. Ce réduit à des pentes
ou

des talus

,

à des dunes

ou

des atterrilTemens

plats, produits par les débris des matières fufceptibles de
décompofition , dont l’arrangement eft un obftacle infutmontable à ce qu’elle fe fabrique elle-même. Tels font

pareillement les travaux des fleuves &amp; des torrens qu’il
nous fait remarquer. Nous les voyous attaquer &amp; battre
en ruine les afpérités des montagnes , étendre leurs bafes
par les débris des fommités qui cedent tôt ou tard aux
intempéries de l’air, arrondir leurs flancs fous des for¬
mes

folides, &amp; concourir

avec

les fecours de la végéG

�C 5*8 )

lation à les fixer d’une maniéré
permanente, bien loin de
les détruire pour faire
place au changement des eaux.
Il réfulte donc des
obfcrvations laborieufes de ce
grand

homme

,

mais

qu’ils

continens, tels qu’ils font, n’ont pas

que nos

été formés par
ont

l’ouvrage lent de la

été

cien lit; que nos

cous

enfcmble

fur fes bords

mer

&amp; de tout tems fon

grandes montagnes

en

,

aU'

étoient les îles;

que nos collines fecondaires n’ont été
façonnées comme
nous les
voyous , qu’autanc qu’elles ont été couvertes

entièrement par les
vagues ; que les dépouilles des ani¬
terreftres, différens de ceux de nos climats

maux

été

apportés dans nos latitudes par les courans dont
tion puifl'ante elf li connue
; que toutes ces

d’animaux terreftres
à fec

nens

tinens
même

ou

été

indiquent qu’il

dépouilles

vivoient leurs individus

,

&amp; que ces

,

le niveau de l’ancienne
mer,
&amp; de nous abandonner fon

a

ont

l’ac¬

avoit des conti¬

y

engloutis par une cataftrophe ; que
cataftrophe en laifl'ant un vuide immenfe
ont

,

con-,

cette

fous

obligé celle-ci d’y couler

premier lit, devenu aujourd’hui
notre demeure. En deux
mots, l’ancienne terre s’eft écrou¬
lée pour devenir le baflîn des
mers

l’ancien balTin des
nous

mers

habitons. C’eft

ce

d’aujourd’hui,

eft devenu la nouvelle

terre

8C

que

que nous devons conclure d’une

longue fuite d’obfervations faites fur les lieux avec toute
l’habileté requifè dans une
pareille étude. Les travaux
de M. de Luc font
appuyés fur des faits réels, des faits,
accelftbles à nos fens, Sc non fur un
fyftême de cabi¬

net.

L’on

Ils deviennent donc
en

chent par

trop peu

peut rcjetter les

une

véritable démonftration

conféquences qui

nous atta¬

de nouveaux liens à la révélation de
Moyfe,
méditée &amp; - trop peu comparée

jufqu’à

ce

�jour avec les
parts.

( 59 )
phénomènes ejui nous environnent de toutes

(6) Lifez la

préface de fon fécond voyage , où il
fon enfance a été des plus pé¬

déclare lui-même que

commencé par être mouilc fur les
qui font le commerce du charbon de pierre.
(7) L’événement que je rapporte eut lieu fur le quai
de Marfeille. L’illuftre Chevalier Paul naquit d'une
mere blanchifl'eufe
qui le mit au monde dans un bâ¬
teau en allant au château d’If. Ce héros palfa par tous

nibles

,

8c qu’il a

vailfeaux

,

grades de la mifere avant de parvenir à ceux de l’hon¬
Sa bravoure fit enfin connoicrc combien il méritoic
&amp; fa brillante réputation commença par fes cam¬

les

neur.
,

fur les .galcres de Malthe. Il fut appelle par
, qui l’éleva
fucceflivement jufqu’au
grade de 'Vice-Amiral. On a remarqué qu’il fut toujours

pagnes

Louis quatorze

vidforieux dans les

combats.

tels exemples , nous avons encore
quelques marins brutaux qui ne roughl'ent pas d’afficher
la morgue ridicule de leur fot orgueil , Sc de moleffcr,
félon leur caprice , ces pauvres enfans que la mifere
dévoue cous les jours à la mer. N’eft-ce pas à la honts.
(8) Et malgré de

de

l’humanité

,

&amp;

n’eft-ce

pas

ici le

cas

de

recomman¬

l'honneur de celle-ci un peu plus de charité. S’il
n’ell pas permis de corriger avec humeur , il l’eft
bien moins encore d’être cruel envers des êtres infor¬
tunés &amp; fans apui, qui en font d’autant plus dignes
de commifération. Le marin qui fait tant foit peu lire,
ne
peut pas ignorer que Jean Barth &amp; Cook ont été
moufles il doit fe dire que ce même moufle qu’il mal¬
traite en ce moment peut. devenir un jour un grand

der pour

,

G

i

�(

homme
der

)

digue de

comman¬

être que celui à qui il obéit. Heureulel’application n'en peut être faite qu’au plus pe¬

peut

ment

-

tit nombre des
vouloir faire

cieufe de
vaux

loo

la gloire de l’dtat, &amp; plus

^

,

&amp;

commandans. Je

fuis fort éloisné de

reproche général à

un

l’Etat, qui enrichit le

cette

portion préles tra¬

commerce par

qui défend la patrie par fes fervices. Je
les fupérieurs fots ou cruels.

m’élève que contre

(ÿ) Si
de

j’ofois donner

mon

ne

opinion fur la formation

rochers, je dirois qu'ils furent primitivement le
produit des polypes qui vivent à l’abri des îles; je dirois
que les madrépores de ces polypes détruits après avoir
formé une forêt fous les eaux
la véîufté aban¬
ces

,

donne leurs débris

la

mouvement

longue le gluten de la
maffe folide, qui forme
Ces rochers

ne

font

ches horifontales

,

pointes à l’extérieur

des vagues

, &amp; qu’à
débris en une
ce qu’on appelle des récifs.
prefque jamais compofés de cou¬

au

mer

ils font
,

ce

au

réunit

ces

contraire fort hérilTés de

qu’on peut regarder

refte de leur ancienne forme de

comme un

plantes. Il ne feroit
impolTible de furprendre la nature dans

être pas

tranfmutation de fes matériaux. L’Ile de France

peutcette
,

par

exemple eft entièrement environnée de madrépores à
une certaine diftance de fes
rivages. Ils y font en fi grand
nombre &amp; d’une groffeur fi monftrueufe , qu’en bien
des endroits ils forment déjà des blocs &amp; de véritables
écueils pour les vaifTeaux. Qui fait fi, par la fucceflion
des

tems

,

ces

madrépores brifés , bouleverfés par la

mer,

toujours jettés fur les gros tronçons qui fervent de
noyaux , n’arrêteront pas fes graviers, &amp; ne formeront
pas gn jour de véritables rochers de corail î II y en a
&amp;

�déjà qaelqus'-uns, &amp; s’ils
cet

état

,

ne

font

pas encore tons

c’eft vraifemblablement

parce que

dans

Me de

Prance eft moins ancienne que les autres îles, où l’on
une forme de rochers. Cette île eft

voit les- récifs fous

volcanique fans contredit

dans

toute

fon étendue

,

;

fon fol n’cft qu’une lave

elle eft même alfez nouvelle

,

qu’on peut en juger par le peu de profondeur de
lès terres ; je penche à croire que les polypes marins
ainfi

qui vivent aujourd’hui à l’abri de fa bafe, font les

ou¬

qui travaillent à lui former cette digue protec¬
trice donc prefque toutes les îles font pourvues. Une
chofe bien remarquable , &amp; qui prouve évidemment
que
les récifs on été formés long - tems
après les îles:
qu’ils environnent, c’eft qu’ils ont des coupures par¬
tout où l’on voie des traces de
gros ravins correfponri
vriers

dans fur la côte

,

&amp; devant l’embouchure des rivieres.-

II’ eft par

conféquent bien plus aifé de concevoir
que le courant des eaux auroit empêché l’aéiiou de leur
caufe génératrice, plutôt que d’imaginer qu’il les au¬
roit détruits après leur formation.
Comme cctre idée peut devenir intérelTante
pour lesnaturaliftes, je vais l’appliquer à certaines montagnes,
de nos continent, qui leur paroilfent inexplicables dans,
quelques-unes de leurs parties-. On lit ce qui fuit dans.
l’ouvrage de M. de Luc ( c’eft fon frere qui parle) pag,
414
JJ

JJ

JJ

35

du

tome 5

,

édition in^8°. de Paris-

qui font face à

1-779-. ——

de débris font
phénomène:
fîngulier. Deux côtes relevées:, qui. l’une &amp; Lâutrc;
defeendent de fort haut, &amp; font trcs'voifincs
pré-Les montagnes-

fehifteufes

,

ce mur

&amp; offrent fur leurs pentes un

,

fenteut du calcaire fous- deux formes bien différentes,
G J

�33

33

33

33

83

pretnicre eft de l’albâtre, comir.ùn dans les Alpes,
qui fuit eft de gypfe. Ainli toujours plus de
myftere. Il paroît bien que ces deux côtes relevées
font d’une formation poftérieure à celle de la inonLa

&amp;

celle

,

fur laquelle elles repofent ; mais l’une

tagne

33

lubie dans les acides, &amp;

33

donc les

l’autre

ne

l’eft

pas.

produits de caufes différentes &amp;

eft fo-

Ce font

également

rapproche à préfent la deferiptiou
de CCS deux côtes de celle d’un grand nombre de récifs ,
on
y trouve une fimilitude frappante quant à la forme
extérieure. Pour ce qui eft de leur matière, quoiqu’un
peu différente , elle appartient toujours à deux combinaifons de calcaire
&amp; li ces deux côtes ont été des
récifs de l’ancienne mer
la différence de leur matière
ne
peut détruire le foupçon où je fuis que ces efpeces
de rochers proviennent des madrépores, parce que j’ima¬
gine que les polypes , &amp; généralement tous IcS poiffoiis à ' coquilles , forment leurs habitations avec les
matières calcaires qu’ils trouvent dans la mer , comme
les abeilles forment leurs alvéoles avec la pouilîe're
eîutineule qu’elles ramaffent fur les fleurs : tous ces
petits êtres ne font donc qu’élaborer dans leurs élémeus
la. cire
les coquilles &amp; les madrépores où ils fe logent,
mais ils n’en ptffedent pas eux-mêmes les matériaux.
On ne fauroit en effet concevoir que ce foit eux qui
compofent , ou pour mieux dire, qui créent.les ma¬
tières calcaires : toutes les coquilles &amp; les madrépores
33

inconnues.

—

Si l’on

,

,

,

de dix mondes comme
femble

,

pour en

contient. Au
mets aux

le nôtre

ne

fuffiroient pas. Ce me

former les milliers de lieues cubes qu'il
, ce n’eft ici qu’une idée que je fou-

furplus

lumières des iiaturaliftcs exercés.

�( 105 )

moyens pour empêcher un vailTeaii
de couler bas. Celui dont fe fervit le Capitaine Cook ctoit

(i.o) II

allez

y a

connu,

fllvers

c’eft une opération qu’on appelle en terme de
( Voyez le dictionnaire de ma¬

marine larder la bonnete.

) On pique une voile avec des étoupes,, &amp; on fait
pafler cette voile au-deflbus du vaifl'eau, ce qui le fan-

rine.

gle

en

quelque façon. La comptefllon de l’eau ,, fur le
pénétrer les étoupes dans L’ouver¬

dehors de la voile fait

&amp; diminue par ce moyen fon introduéïron» Un
citoyen avoit publié dans un tems une autre opéra¬
tion qui ne paroît pas moins efEcace. Ce feroit d’avoir
des outres en quantité fufiifante pour balancer la pefanteur fpécifique du vailTeau. Cette quantité ne feroit
pas aulTi conlldérable qu’on pourroit l’imaginer 5 le cal¬
ture

,

bon

défefpéré , chaque
Téquipage s’occuperoit à fouiller les outres
qu’on placeroit de Luite aux lieux défignés , &amp; le vaifcul démontre cela. Dans

un moment

homme de

feau fe trouveroit foutenu dans l’inftant même où il
feroit

prêt à couler bas. A

ce

fujet il

me

vient

une

à perfeélionnec
l’art de la marine n’occupe pas trop les favans ( j’ex¬
cepte fans contredit les travaux des Alïronomcs ) ; i! cil
fur-tout iuoui qu’on n’ait jamais fait dans les ports de mer
une feule expérience de phyfique ou
de méclianique
fur les moyens de prévenir les cas défaftreux qui arri¬

réflexion

;

e’efb que tout ce qui tend

crois que celles-là, feroient
d’autres qu'on fait &amp; qui ne
m-enent à rien. Une
expérience , par exemple ^ que jeverrois avec le plus grand plaifir , feroit celle d’éteindre
une iiicendie à bord. Voici comment
je conçois la chofe
fi l’on veut me pafler dé prolonger un. peu mes note*

vent

à la

bien

préférables à

mer

;

&amp; certes- je

tant

.G 4.

�faveur

(

)

104

l'iiivention. Je

vaifTeau chargé
pourrie efl tout
ce
qu’il faut pour l'épreuve. En faifant cette épreuve
pour éteindre un incendie qui fe déclare dans la calle,

en

de

de matières

combuftiblcs,

fuppofe

un

une coque

,

on

mettroit le feu

aux

matières

,

on

fermeroit les écou¬

jufqu’à

ce que la chaleur du pour , marquant
rinftant de l’incendie déclaré , on adapteroit prompte¬
ment deux
pompes hors du bord qui puiferoient dans
tilles

la

&amp;

mer

dégorgeroient dans le vaifleau

qu’on feroit fur la couverte

L’intérieur de la calle

1

e

par un trou

avec un coup

s’emplillant

vaifleau tendroit à couler bas

j

on ne

de hache.

doute

pas que

mais dans le même

,

s’occuperoit à le foutenir

par le moyen des
pafler la fumée, &amp;
pour le mettre enfuite à flot , on appliqueroit deux
pompes vuidantes dans la calle , fi celles qu’il portoit
avoieiit été dégradées par le feu, toutes proportions gar¬
tems

on

outres

décrit ci-deflus. On laifleroit

dées d’ailleurs

le nombre des bras

entre

agifl'ans &amp; la

grandeur du vaifleau. Les réglés St les principes d’une

refl'ource de
obfcrvées

làlut, les
fécurité

traces

intcricurcs de l’incendie

dommages caiifés tant aux
membrures qu’aux pieds des mats
ainfi que l’état du
vaifTeaü bien connus
c’cfl-à-dire, la capacité des for¬
ces
qui lui refleroicnt pour tenir encore la mer pen¬
dant tel tems qu’on diroit d’après ces notions
feroient les réfultats prqcieux d’une pareille expérience. Je
dirai toujours que la vie des hommes &amp; l’importance
de 1’ art naval mériteroient aflez
qu’on adoptât l’ulage
des épreuves pour tous les cas
propofés.
(il) J’ai vu ce fpeâacie, tel que je le décris à deux
ceiits lieiics nord-oueft des
éçores ; St félon toute appa'
rente la nature ne l’offre
pas bien fouvent avec-des traiM
avec

,

les

,

,

,

,

�( 105 )
frappans,puifquc nos Officiers &amp; deux vieux matelots
qui avoient parcouru les Indes &amp; travciTé la mer du fud
avec le Galion de Manille
affiiroicnt n’avoir jamais rien
vu defcmblable. Les deferiptions que quelques naturaliftes ont données des trombes marines, font abfoiument
différentes de ce que je voyois. M. Valmont de Boles décrit dp forme conique , dont la pointe eft
tournée en bas, tandis que la bafe touche aux nuagesî
apparemment ce font les trombes des tems orageux.
Celles que j’ai vues étoient parfaitement cylindriques,
&amp; leurs bafes touchoient fur la mer ; elles montoient
ligne droite fous la forme d’une eau réduite en
vapeur qui paroiffoit élevée par un agent très-puiflant.
Comme le tems étoit calme
&amp; qu’il n’y avoir point
de nuages , i’ai toujours préfumé
quelles pouvoient être caufées par des volcans qui faifoient leurs
éruptions fous la mer , mais attendu que leur nombre
ctoit prodigieux, ne puis-je pas être encore en doute d’a¬
voir faifi la vérité î Au refte
M. Cook a vu le même
fpcélacle à-peu-près dans fon fécond voyage , aux ap¬
proches de la nouvelle Zélande.
(il) Tafman avoir ainfl nommé ces îles. M.Cooknous
fait connoître leurs véritables noms qu’il a appris des habitans. Ils appellent Ea-oo-ive celle de Middelbarg ,
Tongatahoo celle d’Amfterdam , &amp; Anamocoa celle de

aulîî

,

mare

en

,

,

a

Roterdam.

Ticho-brahé , Kepler &amp;: d’autres aftronomes ,
remarqué dans les éclipfes centrales de lune , que
l’ombre de la terre étoit fort allongée &amp; de fio-ure ovale
fur fes pôles. M. Caffuii a évalué ce prolongement.
Voilà des autorités. Je uefaurois décider fi elles valent
(i;)

ont

�(

)

d’autres mais fachant d'ailleurs que bien fouvent nos (ciences nous
trompent, jem'cn tiens au peut-être.
(14) C’efl; l’opinion de M. de Saint-Pierre &amp;

moins que

,

l’adopte telle qu’elle efl développée dans fon

mortel fur les études de la nature.
a fa maniéré à lui
de voir le

elle eft

je

,

ouvrage im¬
Cet illuftre écrivain

grand théâtre des êtres,
&amp; quoiqu’en difent lesquelques écarts htblimes qu’on y
ouvrage admirable lous tous les points de

certainement la vraie
deux favants
pour

,

,

trouve
vue

cet

,

doit

amener

infailliblement

une

grande révolution

dans les hautes fciences comme
dans le gouvernement
de la fbciété. Sans entrer
dans le moindre détail
je

m’arrête

au

paflage où il

que les elFulions polaires
marées &amp; des courans

,

prouve avec tant de foliditc

font les caufes premières des
généraux de la mer. En efrer
il faut bien
que les neiges qui tombent continuellement
fur ces deux
portions du globe deviennent quelque chofe
après s’être changées en
glaces Sc s’être amoncelées en
montagnes , qui fe détachent enfuite
par l'alternative
,

des faifons
là

on

,

ne

î

Les fources de l’océan font
véritablement
fauroit les méconnoître. Il falloit

qu’elles

fuflent intariflables
pour fournir à l'immenfité des éva¬

porations ; c’efl: pourquoi^ elles font glacées &amp; retenues
cet ordre admirable
qui les fait couler alternative¬

dans

ment des
pôles jufqu’à l’équateur. Quant aux
qu’il donne pour expliquer la grande
cataftrophe
luge , elles rentrent dans l’ordre de l’hypothefe.
voit pas fans doute connoiflance
de
l’ouvrage de

raifons

du dé¬
Il n’a-

M. de
quand il écrivoit le fien &amp; fon opinion n’efl:
pas
fondée fur des obfervations faites dans les
grandes chaî¬
Luc

nes

,

des continens.

�.

(

loy

)

(ly)'Non-feuIement fes peuples font peu nombreux,
quelque chofe de plus, c'eft que la génération
préfente s’y éteint journellement par la rareté des femmes,
La caufe de ce phénomène n’a pu être connue de nos
lavans Anglois , quelques peines qu’ils fe foient données
pour s’en inl.truire. Quand on s’arrête à l’étonnante par¬
ticularité de leurs ftatues coloifales ; on voit bien qu’el¬
les font le fruit d’idées grandes &amp; relevées qui ne feroient pas naturelles aux habitans d’une petite île per¬
due
s’ils ne tiroient leur origine de quelque nation

il y a

,

célébré du continent.

doit pas ravir à Al. de Bougainville la
gloire d’avoir découvert avant le Capitaine Cook un por¬
tion de cet Archipel auquel il a donné le nom de
grandes Cycladcs. Ce n’en cft pas moins une décou¬
verte pour le navigateur Anglois i &amp; qui devient infi¬
niment plus intérefl'ante , pnifqti'il l’a vu en entier ,
qu’il a vifité plufieuis de ces terres avec le plus grand
foin 8c pendant plus long-tems.
(16) On ne

,

(17) Nec jït

terris ultima TItule.

Qu’on l’explique comme on

voudra, je ne croîs pas

puilTe rien trouver de plus frappant dans les ou¬
vrages des anciens , que cette fiagulicrc prédiftion de
Séneque, dont les vers m’ont fervi d’épigraphe. Prenez-la
mot à mot, Chriftophe Colomb à commencé de la réalifer par la découverte du nouveau monde. Et ingens
patent tellus. Succefllvement ceux qui font venus après lui
ont pleinement fatisfait aux autres découvertes qui s’y
rapportent, tiphifque novos delegat orbes ; 8c, le dernier
événement qui s’accomplit de nos jours écoit rélervé à'

qu’on

/

�la

couronner

(

gloire de

)

loS

Cook. Il n’y a pas même
jüf-

qu’à l'ordre des rems qui n'y fok bien
défigné
fecula feris &amp; nous y fommes de

beaucoup

,

à

:

annisr

par rapport

Seneque.
(l8) Magellan fut le premier
qui traverfa le vafte
océan
Pacifique après avoir découvert le fameux détroit

qui eft

faut
Il

découvrit

,

un

établir

une

ériger fon fiécle.

fur la nou¬
à fes extrémités les
Mariannes
Ce fut fur l'une de ces dernieres, nom¬

qu’il fut tué l'an

Ayant entrepris

colonie fur

Sainte-Croix le

bien plus impo-

grand nombre d'îles

1510.

Alvaro Mendana découvrit les

de Salomon.

,

notamment

Philippines.

mée Maétan

gloire

qu’auroit dû lui

ceux

encore

velle mer, &amp;

&amp; les

de fa

un monument

qu'aucun de

18

un

Marquifes

&amp; les îles,
fécond voyage pour

îles il mourut fur celle de.
oélobre ijç^y des fuites du
ces

,

chagrin
fatigues qui le confumerent pendant fa navigation.,
Hudlon parti
d’Angleterre pour la recherche du paflage

&amp; des

du nord

minés à
Hall

vage

fut afiafliné par fes matelots
qu’il avoit déter¬
palier l’hiver fur le détroit qui conlerve fon nom.
fon compatriote fut tué en
i6iz par un fau,

d.ans la même recherche.
Hugh Willougby

Le Chevalier

,

envoyé

Elizabeth pour cette même découverte

d’être arrêté
pat

,

eut

la Reine
le malheur

par

les glaces où il périt avec tous fes ma¬
qui refterent gelés chacun au pofte
qu’il occupoit.
Bakring , navigateur Danois au fervice de la Ruffie

telots

,
fit de nombreufes découvertes
à l’eft du
Kamtchatska,,
aborda fur la côte occidentale du
nord de
l’Amérique ^
&amp; mourut à fon
retour, faute de

île llérile

en

1741.

provifions, fur

imc

�(

)

lo?

envoyé par Louis XIV ,
découvrit l'imnienfe pÆys de la Louifianne en i68j , &amp;
fc noya fur le Miffiffipi en remontant le fleuve pour en
Robert Cavalier de la Sale,

chercher les fpu'rces.
François Drack

Amiral Anglois

,

,

périt miférable-

dévoré par les crabes en ifÿtf fur l’île des Cancres
près la Grenade. Les crabes multiplient infiniment dans
ment,

réglés pour aller
repaître d’infeéles dans l’intérieur du pays : ils mar¬
chent en armée li nombreux &amp;: fi ferrés, que la cam¬
pagne en eft quelquefois entièrement couverte. Il n’efl;
pas aifé de fe former une idée des tourmens que dut
endurer l’infortuné Drack quand il tomba au milieu de
ces

climats. Ils fortent de la

mer

à

tems

fe

,

ces

animaux,

&gt;

Les bornes du difeours

m’obligent de fupprimer bien
cataftrophes telles que la mort funefte du Capi¬
taine Marion rapportée dans le journal abrégé dutroifiemc
voyage de Cook. Ce navigateur parti de l'île de France,
ayant fous fon commandement les vaifleaux le Mafcarin
d’autres

&amp; le

,

Caftries

,

fut maflacré

de fes matelots

par

Zélande. L’hiflioire

fervé

un

1771

avec

vingt-huit

les antropophages de la nouvelle

générale des

nombre infini de

renyoie le leâeur.

en

ces

voyages nous a conterribles événemens : j’y

(19) Les envieux, les méchans, les détraéleurs des

grands hommes

&amp; généralement cette foule de fots
pénible , ou qui ne font pas en état
de réfléchir n’ont pas rougi d’attaquer en quelque lorre
la mémoire de ce fage , en lui reprochant, comme une
véritable févérité l'exaélitude avec laquelle il punilfoit
l’attentat du vol chez les dilrérens peuples qu'il vificoit.

.qui

,

trouvent trop
,

'

,

�( IIO )
éloigné de pcnfcr qu’il ait befoiii d'une apologie ,
&amp; ne voulant faire qne fon éloge , j’ai trouvé cette
accufation lî mal fondée
que j’aurois cru fouiller ma
plume d’en toucher quelque chofe dans le difcours.
Qu’on pefe fans préjugé la pofition d’un homme expa¬
trié au-delà des mers
chargé de remplir une million
Bien

,

,

importante

,

n’ayant pour tout

afyle

que

fon vailfeau ,

pour tout fecours que fa bonne tête , pour toutes reffources que celles qu’il peut fe procurer par la voie
honnête des échanges avec des peuples dont il connoît

fi peu la langue &amp; les ufages. Comment pouria-t-on
l’accufer d’être févcre envers eux parce qu’il les for¬
,

équitables &amp; paifibles quand ils feront auda¬
qu’ils attaqueront fa propriété î Où en ferat-il
fi malheureufement il lailTe appcrcevoir quelque
crainte 5 Le falut &amp; la réuflite de fon expédition ne
dépendent-ils pas de fon habileté à conferver dans les
efprits cette opinion de fupériorité qu’ils ont conçue
de lui ? D’ailleurs avec quel ménagement cet illuftre
Anglois ne réprimoit-il pas les violences , &amp;c combien
de fois ne ferma-t-il pas les yeux fur les petits vols,
quand il croyoit que la fûreté de fes équipages n’étoit
pas compromife ? RéfléchilTons , &amp; n’attribuons pas à

cera

d’être

cieux

ou

J

grand homme des défauts que nous ne faurions lui
affligée auroit droit de nous
reprocher notre injuftice. Croyons à des vertus fans
taches, il y en eut toujours dans ce bas univers j Sc
ce

rcconnoître. Son ombre

telles furent les vertus de Cook.

du difcours d’introduéiion, au troilîemc
voyage du Capitaine Cook, obferve fort judicieufement
que cette derniere entreprile a rendu ■ fervice à la
(lo) L’auteur

�(

religion,

III

).

en ce qu’elle a donné lieu de comparer les
teflcmblances des mœurs &amp; des langues d'ungrand nom bre de

peuples inconnus jufqu’àlors , avec ce que nous
déjà des mœurs Sc de langues de l’Afie , ce
qui renverfe d’un feul coup les idées abfurdes de ceux
qui n’admettent pas l’origine primitive du genre humain,
telle que nous la trouvons dans les livres de
Moyfe.
En effet, quoiqu’on ne puiffe pas dire que la
religion
reçoive jamais quelque fervice de la part des hommes
puifque ce lont eux au contraire qui en reçoivent coctinucllement d’elle il eft certain qu’elle acquiert ici de
nouvelles preuves de Ton inftitution
&amp; qui plus
cfl;, ces preuves font démonftratives. On ne s’en apper*
cevroit pas, fi elle n’avoit
jamais été niée que par l’i¬
gnorance ; mais la manie de vouloir palfer pour efprit
fort, a fufeité' contre elle des hommes qui auroient pu
mériter la recomioilfance de la poftérité
s’ils n’avoient
confacré leurs talens qu’au bonheur du genre humain.
Une de leurs principales
attaques devoit naturellement
fe diriger contre l’hiftoricn facré qui nous a tranfmis
les événemens des premiers tems du monde ; c’ell ce
qu’ils ont fait. Il n’y a pas forte de fyftêmes qu’ils
n’aient adoptés pour démentir fon récit fur notre
origine. Telles, par exemple , font celles de l’au¬
teur
des recherches philofophiques fur les Améri¬
cains, qui ne veut en aucune maniéré que le nouveau
monde ait été peuplé ni par l’Europe , ni
par le nord
de l’Afîe, ni par les îles de la mer du Sud. Ce n’étoit
pas la peine de faire un livre
parce qu’il ignoroit les
témoignages réunis de la proximité des terres au nord
de l’immenfe quantité d’îles fur la mer Pacifique, &amp; de
connoillions

,

,

,

,

,

,

�(

Ili

)

navigation de proche en proche jufqu’aux côte*
occidentales de l’Amérique. Telles font les idées de M,
leur

de la couleur
de carafteres , de genres difté&amp; qui conclud de-Ià que chaque pays a enfanté
fon premier .homme fans nous dire comment. Telles
font encore celles de notre fameux conful au Caire dans
fon Telliamed, où il nous fait lortir du limon des
comme les GfenouiUes
8c nous donne un ber¬
commun avec les poilTons , les oifeaux , les qua¬
drupèdes , les reptiles i Sc tous les êtres organifés fans
diftinélion. En voilà plus qu'il n'en faut 5 on ne perd
rien à lailfer dans l'oubli de p.areillcs idées. Quoi
qu'il en foit , les recherches fur les langues rempor¬
tent une nouvelle viéloire fur la philofophiCj j’entens
fur la fmfl'e phüofophie , fur la philofophie d’affeélation.
Son mafque tombe avec le tems, les efprits s’éclairent,
8c on ne veut pas être dupe de la vanité d'autrui. La
vérité fe montre enfin à la fuite des orages que fufeitoit contre elle le meufonge. On commence à fentir
qu’il n’y a de vrai philofophe que l’honnête homme , le
bon citoyen. Que les devoirs d’honnête homme s’éten¬
dent plus loin qu’on ne penfe, 8c qu’on ne peut en
acquérir le titre qu’en faifant du bien à l’humanité , loin
contraire de lui ravir la religion qui feule peut aflurcr
fon bonheur 8c l’élever au-deffus d’elle-même dans toutes
les fituations de la vie. C’ell la religion qui confole les
malheureux, cjui tonne contre les'attentats des méchants,
6c qui cft en tout le plus ferme appui de la fociété ,
parce qu’elle va bien plus loin-que nos loix, puifqu’clle
nous

de Voltaire

J

qui trouve dans les nuances

de la peau tout
rens

eaux
ceau

au

autant

,

,

�(

nous

)

ÎM

ordoflüe d’étoufFer la vengeance ;

&amp; ce qui nous

furprendra toujours, de rendre le bien -pour le mal : puiCquelle nous défend non-lculemen: de commettre le crime,
mais de

nous

arrêter même à la

penfée du crime. Avouons

bien plus grande Sc plus
puifqu'il a dit ce qui ne feroit jamais tombé
dans l’efprit de nos Philofophes modernes.
(ii)Je n’ai rien changé à la noble fiinplicité des paroles
de cette hymne. Je leur ai laiflé le même fens quelles
ont dans le Journal abrégé du voyage par un officier
de la découverte 5 &amp; comme il y a des gens qui blâ¬
ment fans favoir à quoi tiennent les chofes , j'ajouterai
pour leur fatisfaâion que le Capitaine Cook n’a peutêtre jamais fù qu’on l’avoit adoré réellement , &amp; qu’il
n’attendit pas la fin de fon exaltation quand il trouva
le moment de s’y foullraire fans faire affront aux hon¬
neurs de l’hofpitalité. C’eft ce que rapporte exprefiément le continuateur de la grande relation, qu’il faut

que

la Philofoplrie de J. C. a été

fublime,

au

moins lire

avant

de cenfurer.

(zr) En comprenant la première ftation fur les îles
Voifines de la dépendance d’Owihéc.
(23) En rapportant ce qu’il dit lui-même dans le
Journal de fon fécond voyage , on n’en connoîira que
mieux la bonté de fon cœur. =3 Quel que foit, dit-il,
le fentiment du public fur nos travaux &amp; fut leurs fuccès, je finis cette relation en obfervant avec une vé33

33

lorfque les philofophes ne

33

ritable fatisfaftion

33

difputeront plus fur le prétendu Continent

33

ce

«3

tous

»3

à bout de conferver la

que

auftral,
yeux de

voyage au moins fera remarquable aux
les hommes fenfibles, parce que je fuis venu

fantc d'un nombreux équiH

�( ii4 )

«

oi

»

page durant un
climats li divers

,

auflî long cfpace de tems dans des
&amp; malgré une fuite continuelle de

peines &amp; de fatigues.

(24)Commelefpeâ:acle des deux nous montre fa ma¬
gnificence de fi loin que le fimple regard ne fauroic
appercevoir ce qui fe palfe dans la région des étoiles
fixes, il eft à propos de citer les autorités afin que
perfonne ne m’accufe d'avoir puifé de pareils faits dans
mon
imagination. Ces phénomènes fi étonnans ont
frappé les hommes de tous les fiécles. Les anciens en
,

,

beaucoup parlé comme de la difparition de la
feptieme des Plcyadcs qu'on remarqua lors de l'embrafement de Troye, ce qui fit dire à Ovide quelle fut fi
touchée du fort de cette ville malheureufe
que de
douleur elle fe couvrit le vifage avec fa main. J’ai trouvé
cette
remarque dans les études de la nature de M. de
Saint-Pierre ; j'y ajouterai feulement le
palfage du qua¬
ont

,

trième livre des faites

le voici

:

t@ut

entier.

Pleïades

incipiunt humeras relevare paternos
feptem dici fex tamen ejfe folent.
Seu quod in amplexum fex hinc vénéré Deorum
Nam fieropen Marti concubuijfe ferunt
Neptuno ALcionem ,ii te formofa Calma
Maïam &amp; EleBram
Taygetemque Jovi.
Septima mortali Merope tibi Sifiphe nupjtt.
Pœnitet j &amp; facli fola pudore latet
Sive quod EleBra Trojs, fpeBare ruinas
,

l

,

,

,

,

,

,

Non tulit

;

ante

oculos

oppofuitque

manum.

qu’il y a de bien curieux dans cette difparition.,
qu'elle fembleroit avoir été défignée long-tems
avant
l’événement
d’après les paroles qu'on li»
Ce

c’efh

,

�fteHas
Eft-cc
vous
qui lierez enfemble les brillantes Pléyades ! Au¬
rez-vous le
pouvoir de détruire les loix qui tiennenc
l'arcture à fa place ? On ne peut traduire différemment
le mot de gyrum qui fe rapporte pareillement aux phé¬

âans Job. Numquid conjmigere valebis micantes
Pleïadas ; aut gyrum ArBari poteris dijftpare ?

nomènes

de

ce

genre.

Les obfervations des modernes

en

comptent encore

plus grand nombre. Ticho-brahé, Fortunio Liceti ,
Cufpinianus , Kepler , Maraldi, CalTini, Bayer j Kirch ,
Hévélius
le perc Antelme , le pere Riccioli , M. de
Maupertuis , font les aftronomes qui en ont le. plus re¬
connu. La nouvelle étoile obferyée en 389 près de l’ai¬
gle,'parut aufll brillante que Venus pendant trois fernainés, &amp; difparut enfuite. Celle de 1571 dans la conRellatioii de Calliopée fut au commencement lî éclatante qu’ofi
lavoyoit même pendantlejour, S: qu’tlle furpaffoit Cirius
la plus brillante de toutes les étoiles. On la perdit de vue
un

,

au

mois de Mars

en

1574.

En léoo, il

en apparut une

poitrine du cigne , qui croit de la troilieme
grandeur , &amp; qu’on vit pendant cinq ans dans la même
pofition , après quoi elle difparut. La nouvelle étoile du
ferpcntâire fut obfervée par Kepler en 16045 elle di£parut quelque tems après. En 161 a &amp; 1638, on en a vu
autre

dans la

dans la ceinture d’Andromède &amp; dans la baleine

,

on en

remarqué encore trois dans la conftellation du cigne ,
qui fe font pareillement éclipfées. M. Caffini fils , dans
-fes élémens d’aftronomie parle aufll avec beaucoup de
détail des étoiles nouvelles changeantes ou totalement
perdues , fur-tout de celles qui ont été obfervées dans
Iss conftellations de Caffiopée , de s^l’Eridan , de la baa

,

,

H

4

i

�y

(

le

grand &amp; le petit chien , Sec. Je ne crois
pas au furplus qu’il foit. befoin de dire que nous par¬
lons ici d’étoiles fixes peu de petfonnes ignorent cela. On
ne doit
pas confondre ces phénomènes incompréhenfîbles
avec
l’aparition &amp; la difparition des cometes qui font des
fei'ne

entre

,

chofes fort

différentes, &amp; dont nous connoiffons la*théorie,

(ij) Non eft gemendus , nec gravi urgendus
Virtate quisquis abflulit fatis iter.

nece ;

Seneque Hercul. (Et. Aft.’ V.

(kj) Je rappelle avec bien du plaifîr un événement de

la derniere guerre
M. de la

,
qui fait le plus grand honneur à
Peyroufe. C’eft fon expédition à la baye d’Hud'

foïi. En dévaftant

cet

établiffement

Anglois , il prévi*^

les habitans réfugiés dans les forêts ne tarderoient
pas à périr de faim &amp; de mifere. Ces fentimens d’humanité
le déterminèrent affaire tranfpôrter toutes les provifions
dans les principaux
magafins , afin qu’à leur retour , les
malheureux fugitifs puffent retrouver leur fubfiftance.
Quand on ufe ainfi du droit de conquête , on peut
compter fur la reconnoiffance &amp; la vénération des peuples.
(ay) Jean-Jacques Rouffeau a dit quelque part que la na¬
tion françoife étoit la feule qui ne connût ce que c’étoit
que d’avoir de haine envers aucune
&amp; qui cependant

que

,

ctoit haie très-cordialement de

eft vrai, mais il faut l'entendre des
car nous

fommes chéris de

Nous voilà par

tous

conféquent placés

Jaloufie &amp; l’amitié.

les

toutes

les

autres.

nations

Cela

policées

,

peuples naturels.
monde entre k

en ce

(i8) Quelle que foit notre admiration pour ces
hommes qui réijmiffoient chacun toutes les vertus,

deux
celle

�iies

Angloîs

ne
thoufiafjne. Ils
ils apprennent

(

II7

)'

lui cede en rien ; elle va jufqm’à l’enparlent de Turenne avec tranfport,&amp;
aux enfans à lire dans Fanélon.

Fin des NoteSi

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